{"numero_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_sha256": "e8266f0d36b676257ff8e9d6e4782cd71767337fd549e65fdaaab8670af305b3", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1908/04/01_01/bmtnabj_1908-04-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1908/04/01_01/bmtnabj_1908-04-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c001", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "193", "page_fin": "200", "image_debut": 1, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.1", "titre_corps": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "titre_sommaire": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "193", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.1", "debut_caractere": 134, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nHistoire du Théâtre lyrique\nLe culte de Dionysos.\n\n{suite).\nLe culte d'un Esprit devenu plus tard un dieu personnel, d'un Esprit qui\nest d'abord conçu comme l'auteur de cette série de miracles qu'est la .production\ndu vin, puis assimilé à la force régénératrice du printemps, et enfin, par une\ngénéralisation de plus en plus grande, à la cause de tous les biens matériels de\nla vie, ce culte-là, observé dans son point de départ ou son aboutissement rituels,\nest constitué par un processus de la pensée primitive qui n'a rien d'étonnant pour\nnous. Les Grecs, comme les Égyptiens, comme tous les peuples, vivaient des\nproduits de la terre ; nous comprenons que l'idée du sol nourricier, élargie par\nla réflexion jusqu'au concept de Nature, se soit de bonne heure transformée en\nl'idée d'un Pouvoir invisible, mystérieux, supérieur à l'homme, capricieux aussi\ncomme lui, et considéré par conséquent comme susceptible d'être fléchi, dans\nses moments de malveillance, par un culte. Ce que nous avons quelque peine à\ncomprendre, c'est que des œuvres comme les Choéphores ou /'Œdipe-Roi doivent\nêtre rattachées, historiquement, à une telle origine. On dit : la tragédie sort\ndu dithyrambe ; or, si nous admettons que le dithyrambe n'est que 1 ancienne\nincantation traitée artistiquement et développée, il semble bien que tout se\ntienne, et que nous ayons les anneaux nécessaires pour reconstituer une chaîne\nd'évolution ininterrompue. M ais la tragédie lyrique des Grecs est fondée sur\ndeux sentiments qui paraissent contradictoires avec l'état d esprit dionysiaque :\nla terreur et la pitié, <po6o<; xaUXéoç, devise du théâtre sérieux qu'on inscrivait\nencore, au xvne siècle, sur le frontispice des œuvres dun Racine. Comment\narranger cela ?\nDans un livre qui est plein d'étrangetés, de chimères et de belles fulgurations*\nNietzsche a mis son intelligence à la torture pour découvrir un lien entre ces\ndeux extrêmes : le culte de Dionysos, tout de libre joie sensuelle, et le spec-\ntacle offert à la foule (comme épisode d'une fête !) des pires catastrophes que\nl'homme puisse connaître. Avec sa grande imagination d esthéticien allemand\net romantique, Nietzsche agrandit le problème et y voit tout de suite un intérêt\nd'ordre universel» En constatant chez les Grecs un désir toujours grandissant"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.2", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3483, "texte": "de réjouissances bruyantes, avec un amour contraire de l'« horrible », une\nâpre inclination pour le mythe tragique, pour tout ce qu il y a de terreur, de\ncruauté, de mystère, de néant, de fatalité au fond des choses de la vie, il pose\ndes questions troublantes comme celles-ci : en somme, le sensualisme débridé\ndes Hellènes n'était-il pas fait de détresse initiale, de misère, de mélancolie et\nde douleur ? ou bien, si Ton admet l'antériorité du bonheur de vivre, le tragique\nsort-il naturellement de la force, de la santé exubérante, de l'excès de vitalité ?\nY a-t-il une névrose de la jeunesse des peuples et de leur adolescenee ? Les\nGrecs, précisément dans la splendeur première de leur jeunesse, ont-ils eu le\nbesoin du tragique parce qu'ils étaient pessimistes ? Nietzsche, très intrépide,\nva jusqu'à demander : s'il est vrai que le culte de Dionysos est d'un naturalisme\nabsolument libre, ignorant le quod decet des sociétés modernes, et que ce\nculte coïncide avec la plus grande force du génie grec et l'éclat premier de\nsa jeunesse, faut-il dire que tout ce qui est venu plus tard pour régler la\nnature (goût, logique, morale, esprit scientifique) n'a pu être qu'un symptôme\ndu déclin de la force, une preuve de vieillesse, de lassitude physiologique, le\nsigne d'une corruption à laquelle il fallait trouver un remède ?... J'indique ces\nproblèmes à titre de curiosité ; je n'ai nullement à les résoudre. Je me bornerai\nà marquer les étapes principales de l'évolution d'où le théâtre lyrique est sorti.\nI\nVincantation primitive.\nje crois qu'il est impossible de rien comprendre au principe du culte dionysien,\ncomme à tous les autres cultes antiques, si on ne remonte pas jusqu'aux pra-\ntiques populaires de la magie musicale, qui sont certainement ce qu'il y ade\nplus ancien dans la civilisation. Cette thèse n'est pas classique : je ne l'ai trouvée\ndans aucun des ouvrages modernes qui font autorité sur la question ; mais tel\nest mon sentiment personnel : les formes de la composition musicale, et, en\nparticulier, celles du théâtre lyrique, ont une origine religieuse ; or les cultes\nreligieux antiques restent pour nous une énigme dépourvue de sens ou indé-\nchiffrable, si on ne les considère pas comme un développement des rites de\nla magie chantée.\nDe l'incantation primitive adressée au dieu de la vigne, il ne nous reste aucun\nspécimen. Elle se réduisait probablement, au point de vue oral et rythmique, à\nun appel modulé, à la simple invocation d'un nom répété un certain nombre de\nfois, dans de certaines conditions. Cet appel (comme ko analogue àrU iralav,\névohê, etc.) est l'embryon et le premier jet du lyrisme ; il s'est maintenu, en\nleur servant de refrain, dans les compositions développéeset littéraires que nous\nfont connaître les manuscrits et les inscriptions dés périodes civilisées. A défaut\nde documents directs, nous pouvons nous faire une idée de ce qu'a été la magie\ngrecque primitive, par voie d'analogie, en partant de ce principe qu'en pareille\nmatière les habitudes de presque tous les peuples connus ont été partout les\nmêmes. Nous avons des primitifs contemporains, qui nous permettent de conjec-\nturer ce qu ont pu être les primitifs de l'histoire. Les Indiens d'Amérique (qui\nne sont plus à proprement parler des « sauvages », mais qui observent des\ntraditions tellement anciennes que très souvent ils n'en comprennent plus le vrai\nsens) ont, eux aussi, des cérémonies rituelles où ils invoquent des Esprits qui"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.3", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3750, "texte": "sont les dispensateurs des biens de la vie, surtout des biens de la terre et de\nce qui est nécessaire à la puissance d une tribu : un grand nombre d'enfants.\nPar ces deux dernières idées, la cérémonie Hako, pratiquée chez les Indiens\nPawnees, ressemble fort au culte de Dionysos. (Il faut même remarquer qu'au\nlieu de prendre le cynique phallos ithyen comme symbole de la fécondité, les\nPawnees ont adopté l'épi de maïs, dont l'analogue est peut-être dans la pomme\nde pin du thyise des bacchants). Les moiceaux lyriques chantés par ces Indiens\net notés par miss Fletcher comprennent une série de couplets où l'on ne trouve\nque le nom de l'Esprit invoqué, et, pour encadrer ce nom, de pures interjections\n(Ho ! hare! He ! etc...) signifiant attention ! voici ! etc.., ou indiquant un senti\"\nment de respect (ier rituel de la cérémonie Hako). C'est bien le lyrisme sous sa\nforme initiale ; la magie fournit l'élément premier : plus tard, l'imagination des\npoètes brodera là-dessus ; (souvent, elle conservera l'élément initial, l'appel à'\nl'Esprit, ou la formule magique essentielle, pour en faire le refrain que les mo-\ndernes ne comprendront plus).\nCe qu'il faut bien comprendre aussi, c'est que la magie des primitifs est fondée\nsur Y imitation. Un de ses grands principes est d'agir « sur le semblable par le\nsemblable ». L'australien qui veut obtenir la pluie pour le bien d'une récolte atten-\ndue, verse à terre de l'eau contenue dans un bassin : il croit que l'image artificiel-\nlement reproduite d'une chose entraîne la réalité de cette chose. Sur ce principe\nest établie la figuration des dieux Tlalocs, au Mexique. Or on « imite » (dans le\nsens antique du mot) de plusieurs façons ; d'abord par la parole ; et c'est certai-\nnement le titre d ((artisans créateurs » qu Homère entendait donner aux hommes\nen les appelant : « les êtres à la voix articulée ». On « imite )) par le chant et le dessin\nmélodique ; j'ai analysé ici même une mélodie magique notée par Lumholtz et\ndans laquelle on trouve de véritables gestes vocaux, d'une direciion identique à\ncelle des mouvements que l'incantateur veut obtenir dans le monde extérieur.\nOn imite par la danse. (J'ai déjà lu ici, dans un autre cours, des descriptions de\ndanses où des peuples chasseurs reproduisent les bonds, les démarches, les\nruses,etc., du gibier dont ils ont l'intention de faire la capture). On imite enfin\npar la physionomie, la gesticulation, les changements de toute sorte qui peuvent\nêtre apportés à 1 habitus physique du magicien. L'usage du masque, si répandu\nchez les primitifs, n a pas eu d'autre but. Incidemment, et sans en faire un\nargument; je rappellerai que sur les parois de certaines cavernes habitées par\nles hommes de la préhistoire, on a trouvé, à côté de dessins d'animaux admi-\nrablement exécutés, des dessins de figure humaine qui tous sont grotesques,\nparce que, très-probablement, ce sont des reproductions de masques ayant servi\ndans des rites de magie.\nCette théorie de l'imitation employée dans un but magique etutilitairenousest\nimposée par les documents archéologiques ; mais voici ce qui est bien suggestif :\ncette théorie est précisément celle d'Aristote, lorsque, inconscient des origines de\nsa propre thèse, Aristote parle de la poésie et des arts désintéressés, uniquement\norientés vers la réalisation du beau ! Il dit (et cette parole sera un dogme pour\nles siècles ultérieurs dans la civilisation occidentale) que toute œuvre d'art est une\n« imitation » (pitu7)<jtç) ; et il énumère, comme moyens d'imiter, les moyens qui\nont été employés par les magiciens de tous les temps ! Le lien qui rattache la\nmagie et 1' « art » proprement dit est d'une évidence manifeste, à la fois dans les\nfaits et dans les doctrines."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.4", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3430, "texte": "Nous trouvons donc dans la magie primitive tous les éléments qui servi-\nront à constituer le théâtre lyrique : formules verbales, chant, rythmes, danses,\ntravestissements imitatifs, masques. Suivons l'évolution en ce qui concerne\nle lyrisme seul.\nII\nLe dithyrambe.\nLe dithyrambe est une incantation développée et ornée, transformée en chant\nchoral d'apparat, à un moment où la religion succède à la magie.\nAvec les progrès de l'intelligence humaine et de la vie sociale, tout se déve-\nloppe, se précise, s'agrandit. La notion des Esprits supérieurs à 1 homme se fixe\net se détermine dans des dogmes ; les opérations magiques (peut-être par suite\nde leurs échecs) deviennent des cultes réguliers où la prière se substitue aux in-\njonctions. Parallèlement, l'incantation se transforme et assouplit sa raideur :\nd'une recette empirique réputée infaillible, on fait un « hommage » à la divinité.\nAvec le temps, les rites de la religion elle-même s'affranchissent, sur certains\npoints, d'un formalisme rigoureux. D'abord, le sentiment qui leur est lié, est\natténué, moins inquiet : à la superstition (c'est-à-dire à la confiance dans une\nrecette), puis à la foi, a succédé un état d'esprit nouveau, moitié religieux, moitié\nesthétique, où le divin est mêlé à ce qui est politique, et où la piété pure entre\ndans le domaine de la poésie pour s'allier à l'imagination. On maintient sans\ndoute les liturgies traditionnelles, mais, en dehors du peuple ignorant et docile,\nles hommes supérieurs les pratiquent cum grano salis ou cum grano voluptatis. Les\nfidèles de Dionysos ressemblent à ces modernes qui, sans doute, sont de « bons\ncatholiques », mais qui vont à la messe autant pour entendre de la belle musique\net de beaux chants que pour prier. Aux obscures croyances populaires qui restent\npeut-être intactes, se superpose un libre travail d'interprétation d'où sort, épa-\nnouie, la fleur de l'art littéraire et musical.\nC'est la période du dithyrambe. Nous pouvons nous en faire une idée d'après\nun fragment de Pindare que je vais lire. Denys d'Halicarnasse y voyait un\nspécimen d' « harmonie austère ». On y trouve, reconnaissable, l'incantation,\nl'appel aux Esprits dont on veut gagner la bienveillance à l'aide des formules\nchantées ; mais on y voit également tout autre chose :\n<( Jetez les yeux sur notre chœur, envoyez-nous la joie et l'éclat, ô dieux\n« olympiens qui, au milieu des parfums de l'encens, visitez le centre de la sainte\n« Athènes et sa place brillante de gloire et de magnificence. Recevez les cou-\n« ronnes de violettes et l'offrande des fleurs printanières, et daignez regarder\n« le poète qui, de la fête de Jupiter, s'est avancé avec un hymne éclatant vers le\n« dieu couronné de lierre, celui que nos bouches mortelles invoquent sous les\n« noms de Bromios et d'Eriboas. Je suis venu célébrer la race des héros glorieux\n« et des femmes de la famille de Cadmos (c'est-à-dire Dionysos fils de Sémélé et\n« petit-fils de Cadmos). Dans l'argienne Némée, le devin attentif saisit le moment\n(t où la palme s élance du tronc, quand s'ouvre la chambre des heures et que\n« les fleurs odorantes sentent le souffle embaumé du printemps. Alors le feuil-\n« lage aimable des violettes se répand sur la terre immortelle, alors les roses\n« s'enlacent dans les chevelures, les voix retentissent mêlées aux accords des\n« flûtes, et les chœurs font résonner les louanges de Sémélé, ceinte d'un gracieux"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3497, "texte": "« bandeau. » Et dans un autre fragment dithyrambique, le poète thébain chantait\nle merveilleux éclat dont rayonnait Athènes à pareil jour : « O ville brillante,\n« ville couronnée de violettes, mille fois digne d'être chantée, rempart de la\n« Grèce, illustre Athènes, acropole divine ! »\nCe texte donne lieu aux observations suivantes :\nLe poète est devenu le collaborateur du prêtre (successeur du magicien). Il ne\nse borne pas à voir en Dionysos le dieu qui personnifie les forces et le renouveau\nde la nature : il établit une certaine solidarité entre Dionysos et les autres divinités\ndu panthéon hellénique II généralise. Il voit surtout Dionysos sous l'angle po-\nlitique : il parle en citoyen d'Athènes pour qui la vie publique de la cité et les\nchoses religieuses ne font qu'un. Cette connexité établie entre le divin et le pro-\nfane est un fait capital. Il y en a un autre : on voit très bien que Pindare traite\ndes mythes déterminés, mais les interprète librement. Il parle des «chevelures\noù s'enlacent des roses ». Ce n'est plus une formule rituelle; c'est un ornement\nde langage. Il dit cela ; il aurait pu dire autre chose. Il n'est plus prisonnier des\nmots et des rythmes. L'imagination va faire son œuvre.\nIII\nL'action dramatique. D'après le fragment de la composition de Pindare qui\nvient d'être cité, on peut se faire une idée de la double extension qu'a prise le\nculte du dieu de la vigne, à la fois du côté religieux et du côté social, grâce à\nl'imagination d'un poète hellénique. Ce qui subsiste et subsistera toujours\n(même sous des formes nouvelles) des anciens rites, c'est l'invocation ; c'est\naussi le principe même des rites qui accompagnent les formules orales : l'imita-\ntion.\nDans le culte initial de Dionysos, à côté des choses dites (ou chantées), il y\navait les chosesy~af/es, l'action, dont l'objet était de représenter tout ce qui est\nessentiel dans la conception de la personne du dieu. Cette dualité formera tou-\njours la base du théâtre grec, et il nous paraît facile de saisir les divers mo-\nments de révolution. Lorsque le dieu a une légende complète, la partie mimée\nprend plus d'importance et de développement. Lorsqu'il est rattaché aux autres\ndieux, l'invocation n'a plus un objet unique, étroitement limité, et s'enrichit de\ntoutes les idées morales sur la condition de 1 homme, la nécessité de la modéra-\ntion et de la sagesse, etc., etc., qu'entraîne cette généralisation. En même temps\nque le point de vue se déplace et que l'horizon s'agrandit, s'effectue peu à peu\nun progrès décisif : à l'origine, c'est un seul officiant qui, avec le concours d'au-\ntres hommes servant de figurants ou de comparses pour les cortèges, est chargé\nde mimer la légende ou certains épisodes caractéristiques de la légende de Dio-\nnysos; il est, non pas soliste ou monologuiste, comme on dirait aujourd'hui, mais\n« pantomime ». Puis il s'adjoint un « second acteur ». Enfin la cérémonie ri-\ntuelle n'ayant plus un caractère exclusivement religieux et étant associée à une\nsolennité politique, on songe tout naturellement à traiter d'autres légendes divi-\nnes que celles de Dionysos. Dans une dernière période, où, d'ailleurs, on ne\nrompra jamais d'une façon absolue avec le principe du mythe, mais où on se\nrapprochera de plus en plus de la réalité, on traitera des légendes purement\nhumaines. Le chœur, qui était d'abord l'essentiel parce qu'il représentait 1 in-\ncantation primitive, verra son rôle diminuer peu à peu et sera obligé de cédei"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.6", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3691, "texte": "la première place aux simples acteurs. Avec Sophocle, avec Euripide surtout, il\ncommencera à être dépossédé et à devenir un hors-d'œuvre. Pendant la période\nromaine, l'orchestre où il régnait d'abord (sans scène) devient un demi-cercle ;\nau lieu d'un demi-cercle, chez les modernes, ce sera moins encore ; et, d'autre\npart, sur la « scène », le progrès continuera de plus en plus, dans un sens opposé,\nOn traite des sujets « tragiques » ? Sans doute ; mais il ne faut pas être dupe de ces\nmots de « terreur et pitié ». C'est, comme dirait Montaigne, « un fantôme à eston-\nner les gens ». Il s'agit avant tout de rehausser l'attrait d'une grande fête popu-\nlaire, et on peut y arriver, entre autres moyens, par des spectacles qui, en dépit\nd'Aristote et de Nietzsche, n'ont rien de douloureux, d'austère, de sombre, ou de\n« pessimiste », parce que la poésie les enveloppe et les transforme en beauté.\nAinsi, une Parisienne très délicate mettra dans son salon la statue en bronze\nd'un dieu chinois monstrueux, ou un masque japonais grimaçant, non pas pour\neffrayer ses hôtes, mais parce que ce sont des pièces d'art, d'un travail curieux.\nN'oublions pas, d'ailleurs, que les Grecs avaient aussi, à côté de la tragédie, le\ndrame satyrique et la comédie..,\nL'évolution que j'ai esquissée constitue un ensemble où tout paraît bien en\nplace. Du point de départ à la première étape importante (représentée, si l'on\nveut, par le Promèlhèe ou les Perses d'Eschyle), tout semble s'enchaîner, tout\nconcorde avec les observations qu'on pourrait faire dans d'autres domaines de\nl'histoire ; et, de cette étape jusqu'à Lulli, Meyerbeer ou R. Wagner, il n'y a\npoint de difficultés.\nL'important, c'est le point de départ que j'ai proposé d'admettre. On a dit :\ncelui qui, au lieu de raconter la légende de tel ou tel personnage, s'identifia\navec lui et agit en conséquence, fut le vrai créateur du théâtre. Je ne crois pas\nque l'apparition du drame lyrique soit due à cette sorte de coup d'audace ; je ne\nle crois pas, parce que la magie est ce qu'il y a de plus ancien dans l'histoire des\nsociétés humaines, et parce que la magie contenait tout ce qu'il fallait pour le\nthéâtre : l'imitation (au sens aristotélicien du mot, c'est-à-dire la reproduction\nd'un groupe de faits et d'idées) ; elle était faite de chant, de gestes, de danses ;\nelle avait donc tous les éléments que nous retrouvons dans les chefs-d'œuvre\nde 1 âge classique. Il suffisait du génie des poètes pour tirer le chêne du germe où\nil était inclus.\nOn a dit aussi (ce fut 1 opinion de Boeckh) : le premier genrequi fait son appa-\nrition, c est le récit, 1 épopée ; puis vient le lyrisme ; enfin le théâtre. Si l'on\nadmet ce que je viens de dire, une telle manière de voir doit paraître inexacte.\nI oui la justifiei, on a dit que le lyrisme était personnel, « subjectif », et que,\nvraisemblablement, on n'avait pas débuté par une poésie de ce genre. Faut-il\ndiie si 1 incantation des primitifs est quelque chose de « subjectif »ou d'« ob-\njectif » ? Je penche pour <( objectif », car le magicien emploie des formules qu'il\nn invente pas et qu il considère comme capables d'agir par elles-mêmes. Je suis\ndonc en règle avec les définitions d'école. Je n'irai pas jusqu'à dire que le drame\nchanté est la première forme qu'ait prise la poésie ; un tel paradoxe ne serait\ntolérable que si on s entendait d abord sur le sens à donner au mot drame, et il\nfaudrait sans doute réduire ce sens à trop peu de chose pour qu'un tel mot lui\nfût applicable. Mais je suis convaincu que le premier genre, historiquement, est\nla poésie lyrique, avec la forme primitive de l'incantation ; et que le théâtre\nchanté est sorti de là-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.7", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3284, "texte": "IV\nLaissons maintenant de côté ces problèmes un peu ardus. Revenons àla\nsimple constatation des faits que je signalais au début de ma dernière leçon, en\nmontrant le singulier éclat du culte de Dionysos au ve siècle. A pareille époque,\nce culte a déjà un caractère commémoratif ; la tradition s'y combine avec le génie\ndes poètes musiciens ; et, après l'esprit philosophique, un demi-septicisme ne\ntardera pas à y pénétrer ; mais quel élan il donne à l imagination des artistes\ncréateurs ! quel public admirablement préparé il leur offre ! quels éléments de\n« succès » pour ceux qui aiment à entrer en communion avec la foule et à la\ndominer !\nLes Grecs ont fait sans effort ce que nous, modernes, nous cherchons péni-\nblement à réaliser sans y parvenir et ce qui est si favorable à la production\nd'un art vraiment supérieur : ils ont eu des fêtes populaires. Nous n'en avons\nplus; et il en résulte que notre théâtre lyrique est sans orientation, sans\ncontact direct avec l'esprit public. Cette impuissance à organiser une grande fête\npopulaire conséquence peut-être obligée de l'énorme extension de l'Etat me\nparaît être un des caractères les mieux constatés de notre démocratie. La royauté,\nsous l'ancien régime, avait organisé des fêtes extrêmement brillantes ; mais\nréservées seulement à la noblesse: le peuple les payait, sans y participer. Par\nsuite, elles ne pouvaient donner naissance qu'à un art conventionnel et faux, sans\nindépendance et sans variété, restreint à une esthétique de cour ou de salon. La\nRévolution a pu organiser quelques fêtes sublimes, mais dans des circonstances\nexceptionnelles (comme la Fédération). Elle a bien voulu glorifier et chanter la\nnature : ainsi en 1796, il y a des hymnes de xWartini, de Berton, de Lefèvre, de\nJanin, à l'Agriculture, pour rendre\nhommage à la pompe rustique\nqui règne aux jours de la moisson;\nmais tout cela est artificiel, inspiré par des souvenirs de littérature classique,\nplein de bonnes intentions, abstrait, sans racines dans les usages réels et les tra-\nditions nationales !\nAujourd'hui, la situation est encore plus défavorable : la foi et l'enthousiasme\nfont défaut ; l'esprit de critique et de scepticisme arrête tout élan ; et puis, plus on\nest nombreux, plus une réjouissance comme celle des Grecs devient difficile. Il\nfaut qu'une fête nationale ait beaucoup d'ampleur, mais qu'un certain esprit de\nfamille y persiste ; et cela n'est plus possible dans nos vastes sociétés modernes*\nsi confuses et si mêlées. Au cours delà dernière grande Exposition universelle, on\navait construit une « salle des fêtes » grandiose. Elle n'a servi qu'à réunir des\npersonnages officiels pour entendre quelques discours ; sa véritable fonction n'a\npu être remplie. Les Parisiens et les étrangers s'y rendaient non pour prendre\npart effectivement à des aGtes collectifs, mais pour assister, comme spectateurs, à\ndes réjouissances qui n'existaient pas, ce qui réduisait leur concours à une simple\npromenade d'oisifs. Nous avons une religion qui, à beaucoup d'égards, est bien\nsupérieure à celle des Grecs; mais comme je l'ai dit, elle condamne la nature; et\nau lieu d'être identifiée, comme chez les anciens, avec le gouvernement et la loi\ndu pays, elle est en dehors d'eux, et ne s'entend pas avec eux."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.8", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "Nous avons une fête civile, le 14 juillet; mais, sauf l'illumination obligée des\nmonuments publics, les harangues officielles et les décorations, elle se réduit,\ncomme manifestation populaire, à quelques petits bals de quartier avec un maigre\norchestre en plein air. Le carnaval, on sait ce qu'il est devenu. Frappé de cette\nsituation commune à tous les pays, qui a son contre-coup inévitable dans les arts\net qui contrarie leur essor, R. Wagner a voulu refaire, en Allemagne, ce qu une\nculture intensive et cosmopolite avait détruit : il a créé le théâtre de Bayreuth ;\nmais il n'a pas réussi de la façon qu'il voulait : dans les premières années, son\nappel a été surtout entendu par des Américains, et des Français ; et aujour-\nd'hui son œuvre semble compromise, ou dépassée, ou simplement classée comme\ncelle des grands compositeurs qui l'avaient précédé.\nEn France, nous avons eu aussi des velléités de renouveau : lorsque des cadres\nmagnifiques comme le théâtre d'Orange ou les arènes de Béziers ont été remis\nen usage, nous avons cru un instant que 1 art musical contemporain allait faire\nrevivre l'art antique avec sa grandeur, son éclatet presque son caractère religieux;\nmais on s'est bientôt aperçu que, si on avait le cadre, on était fort embarrassé\npour trouver ce qu'il fallait mettre dedans ; après avoir demandé des opéias aux\ncompositeurs les plus estimés, on en a été réduit à reprendre des œuvres\nanciennes :on est allé, à Orange, jusqu'à jouer la ixc symphonie avec chœurs\nde Beethoven ! et ces exécutions sont devenues semblables à celles de Paris, avec\ncette seule différence qu'elles imposent aux amateurs, aux « critiques » et aux\nreporters, un déplacement considérable et fatigant dans la période des\nvacances.\nDevant notre drame lyrique désemparé, celui des Grecs va apparaître jeune,\nfort, brillant, soutenu par tout ce qui fait la vie d'une nation.\n(.A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c002", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "193", "page_fin": "200", "image_debut": 1, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.1.1", "titre_corps": "Histoire du Théâtre lyrique Le culte de Dionysos.", "titre_sommaire": "Histoire du Théâtre lyrique Le culte de Dionysos.", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "193", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.1", "debut_caractere": 162, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "Histoire du Théâtre lyrique\nLe culte de Dionysos.\n\n{suite).\nLe culte d'un Esprit devenu plus tard un dieu personnel, d'un Esprit qui\nest d'abord conçu comme l'auteur de cette série de miracles qu'est la .production\ndu vin, puis assimilé à la force régénératrice du printemps, et enfin, par une\ngénéralisation de plus en plus grande, à la cause de tous les biens matériels de\nla vie, ce culte-là, observé dans son point de départ ou son aboutissement rituels,\nest constitué par un processus de la pensée primitive qui n'a rien d'étonnant pour\nnous. Les Grecs, comme les Égyptiens, comme tous les peuples, vivaient des\nproduits de la terre ; nous comprenons que l'idée du sol nourricier, élargie par\nla réflexion jusqu'au concept de Nature, se soit de bonne heure transformée en\nl'idée d'un Pouvoir invisible, mystérieux, supérieur à l'homme, capricieux aussi\ncomme lui, et considéré par conséquent comme susceptible d'être fléchi, dans\nses moments de malveillance, par un culte. Ce que nous avons quelque peine à\ncomprendre, c'est que des œuvres comme les Choéphores ou /'Œdipe-Roi doivent\nêtre rattachées, historiquement, à une telle origine. On dit : la tragédie sort\ndu dithyrambe ; or, si nous admettons que le dithyrambe n'est que 1 ancienne\nincantation traitée artistiquement et développée, il semble bien que tout se\ntienne, et que nous ayons les anneaux nécessaires pour reconstituer une chaîne\nd'évolution ininterrompue. M ais la tragédie lyrique des Grecs est fondée sur\ndeux sentiments qui paraissent contradictoires avec l'état d esprit dionysiaque :\nla terreur et la pitié, <po6o<; xaUXéoç, devise du théâtre sérieux qu'on inscrivait\nencore, au xvne siècle, sur le frontispice des œuvres dun Racine. Comment\narranger cela ?\nDans un livre qui est plein d'étrangetés, de chimères et de belles fulgurations*\nNietzsche a mis son intelligence à la torture pour découvrir un lien entre ces\ndeux extrêmes : le culte de Dionysos, tout de libre joie sensuelle, et le spec-\ntacle offert à la foule (comme épisode d'une fête !) des pires catastrophes que\nl'homme puisse connaître. Avec sa grande imagination d esthéticien allemand\net romantique, Nietzsche agrandit le problème et y voit tout de suite un intérêt\nd'ordre universel» En constatant chez les Grecs un désir toujours grandissant"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.2", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3483, "texte": "de réjouissances bruyantes, avec un amour contraire de l'« horrible », une\nâpre inclination pour le mythe tragique, pour tout ce qu il y a de terreur, de\ncruauté, de mystère, de néant, de fatalité au fond des choses de la vie, il pose\ndes questions troublantes comme celles-ci : en somme, le sensualisme débridé\ndes Hellènes n'était-il pas fait de détresse initiale, de misère, de mélancolie et\nde douleur ? ou bien, si Ton admet l'antériorité du bonheur de vivre, le tragique\nsort-il naturellement de la force, de la santé exubérante, de l'excès de vitalité ?\nY a-t-il une névrose de la jeunesse des peuples et de leur adolescenee ? Les\nGrecs, précisément dans la splendeur première de leur jeunesse, ont-ils eu le\nbesoin du tragique parce qu'ils étaient pessimistes ? Nietzsche, très intrépide,\nva jusqu'à demander : s'il est vrai que le culte de Dionysos est d'un naturalisme\nabsolument libre, ignorant le quod decet des sociétés modernes, et que ce\nculte coïncide avec la plus grande force du génie grec et l'éclat premier de\nsa jeunesse, faut-il dire que tout ce qui est venu plus tard pour régler la\nnature (goût, logique, morale, esprit scientifique) n'a pu être qu'un symptôme\ndu déclin de la force, une preuve de vieillesse, de lassitude physiologique, le\nsigne d'une corruption à laquelle il fallait trouver un remède ?... J'indique ces\nproblèmes à titre de curiosité ; je n'ai nullement à les résoudre. Je me bornerai\nà marquer les étapes principales de l'évolution d'où le théâtre lyrique est sorti.\nI\nVincantation primitive.\nje crois qu'il est impossible de rien comprendre au principe du culte dionysien,\ncomme à tous les autres cultes antiques, si on ne remonte pas jusqu'aux pra-\ntiques populaires de la magie musicale, qui sont certainement ce qu'il y ade\nplus ancien dans la civilisation. Cette thèse n'est pas classique : je ne l'ai trouvée\ndans aucun des ouvrages modernes qui font autorité sur la question ; mais tel\nest mon sentiment personnel : les formes de la composition musicale, et, en\nparticulier, celles du théâtre lyrique, ont une origine religieuse ; or les cultes\nreligieux antiques restent pour nous une énigme dépourvue de sens ou indé-\nchiffrable, si on ne les considère pas comme un développement des rites de\nla magie chantée.\nDe l'incantation primitive adressée au dieu de la vigne, il ne nous reste aucun\nspécimen. Elle se réduisait probablement, au point de vue oral et rythmique, à\nun appel modulé, à la simple invocation d'un nom répété un certain nombre de\nfois, dans de certaines conditions. Cet appel (comme ko analogue àrU iralav,\névohê, etc.) est l'embryon et le premier jet du lyrisme ; il s'est maintenu, en\nleur servant de refrain, dans les compositions développéeset littéraires que nous\nfont connaître les manuscrits et les inscriptions dés périodes civilisées. A défaut\nde documents directs, nous pouvons nous faire une idée de ce qu'a été la magie\ngrecque primitive, par voie d'analogie, en partant de ce principe qu'en pareille\nmatière les habitudes de presque tous les peuples connus ont été partout les\nmêmes. Nous avons des primitifs contemporains, qui nous permettent de conjec-\nturer ce qu ont pu être les primitifs de l'histoire. Les Indiens d'Amérique (qui\nne sont plus à proprement parler des « sauvages », mais qui observent des\ntraditions tellement anciennes que très souvent ils n'en comprennent plus le vrai\nsens) ont, eux aussi, des cérémonies rituelles où ils invoquent des Esprits qui"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.3", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3750, "texte": "sont les dispensateurs des biens de la vie, surtout des biens de la terre et de\nce qui est nécessaire à la puissance d une tribu : un grand nombre d'enfants.\nPar ces deux dernières idées, la cérémonie Hako, pratiquée chez les Indiens\nPawnees, ressemble fort au culte de Dionysos. (Il faut même remarquer qu'au\nlieu de prendre le cynique phallos ithyen comme symbole de la fécondité, les\nPawnees ont adopté l'épi de maïs, dont l'analogue est peut-être dans la pomme\nde pin du thyise des bacchants). Les moiceaux lyriques chantés par ces Indiens\net notés par miss Fletcher comprennent une série de couplets où l'on ne trouve\nque le nom de l'Esprit invoqué, et, pour encadrer ce nom, de pures interjections\n(Ho ! hare! He ! etc...) signifiant attention ! voici ! etc.., ou indiquant un senti\"\nment de respect (ier rituel de la cérémonie Hako). C'est bien le lyrisme sous sa\nforme initiale ; la magie fournit l'élément premier : plus tard, l'imagination des\npoètes brodera là-dessus ; (souvent, elle conservera l'élément initial, l'appel à'\nl'Esprit, ou la formule magique essentielle, pour en faire le refrain que les mo-\ndernes ne comprendront plus).\nCe qu'il faut bien comprendre aussi, c'est que la magie des primitifs est fondée\nsur Y imitation. Un de ses grands principes est d'agir « sur le semblable par le\nsemblable ». L'australien qui veut obtenir la pluie pour le bien d'une récolte atten-\ndue, verse à terre de l'eau contenue dans un bassin : il croit que l'image artificiel-\nlement reproduite d'une chose entraîne la réalité de cette chose. Sur ce principe\nest établie la figuration des dieux Tlalocs, au Mexique. Or on « imite » (dans le\nsens antique du mot) de plusieurs façons ; d'abord par la parole ; et c'est certai-\nnement le titre d ((artisans créateurs » qu Homère entendait donner aux hommes\nen les appelant : « les êtres à la voix articulée ». On « imite )) par le chant et le dessin\nmélodique ; j'ai analysé ici même une mélodie magique notée par Lumholtz et\ndans laquelle on trouve de véritables gestes vocaux, d'une direciion identique à\ncelle des mouvements que l'incantateur veut obtenir dans le monde extérieur.\nOn imite par la danse. (J'ai déjà lu ici, dans un autre cours, des descriptions de\ndanses où des peuples chasseurs reproduisent les bonds, les démarches, les\nruses,etc., du gibier dont ils ont l'intention de faire la capture). On imite enfin\npar la physionomie, la gesticulation, les changements de toute sorte qui peuvent\nêtre apportés à 1 habitus physique du magicien. L'usage du masque, si répandu\nchez les primitifs, n a pas eu d'autre but. Incidemment, et sans en faire un\nargument; je rappellerai que sur les parois de certaines cavernes habitées par\nles hommes de la préhistoire, on a trouvé, à côté de dessins d'animaux admi-\nrablement exécutés, des dessins de figure humaine qui tous sont grotesques,\nparce que, très-probablement, ce sont des reproductions de masques ayant servi\ndans des rites de magie.\nCette théorie de l'imitation employée dans un but magique etutilitairenousest\nimposée par les documents archéologiques ; mais voici ce qui est bien suggestif :\ncette théorie est précisément celle d'Aristote, lorsque, inconscient des origines de\nsa propre thèse, Aristote parle de la poésie et des arts désintéressés, uniquement\norientés vers la réalisation du beau ! Il dit (et cette parole sera un dogme pour\nles siècles ultérieurs dans la civilisation occidentale) que toute œuvre d'art est une\n« imitation » (pitu7)<jtç) ; et il énumère, comme moyens d'imiter, les moyens qui\nont été employés par les magiciens de tous les temps ! Le lien qui rattache la\nmagie et 1' « art » proprement dit est d'une évidence manifeste, à la fois dans les\nfaits et dans les doctrines."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.4", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3430, "texte": "Nous trouvons donc dans la magie primitive tous les éléments qui servi-\nront à constituer le théâtre lyrique : formules verbales, chant, rythmes, danses,\ntravestissements imitatifs, masques. Suivons l'évolution en ce qui concerne\nle lyrisme seul.\nII\nLe dithyrambe.\nLe dithyrambe est une incantation développée et ornée, transformée en chant\nchoral d'apparat, à un moment où la religion succède à la magie.\nAvec les progrès de l'intelligence humaine et de la vie sociale, tout se déve-\nloppe, se précise, s'agrandit. La notion des Esprits supérieurs à 1 homme se fixe\net se détermine dans des dogmes ; les opérations magiques (peut-être par suite\nde leurs échecs) deviennent des cultes réguliers où la prière se substitue aux in-\njonctions. Parallèlement, l'incantation se transforme et assouplit sa raideur :\nd'une recette empirique réputée infaillible, on fait un « hommage » à la divinité.\nAvec le temps, les rites de la religion elle-même s'affranchissent, sur certains\npoints, d'un formalisme rigoureux. D'abord, le sentiment qui leur est lié, est\natténué, moins inquiet : à la superstition (c'est-à-dire à la confiance dans une\nrecette), puis à la foi, a succédé un état d'esprit nouveau, moitié religieux, moitié\nesthétique, où le divin est mêlé à ce qui est politique, et où la piété pure entre\ndans le domaine de la poésie pour s'allier à l'imagination. On maintient sans\ndoute les liturgies traditionnelles, mais, en dehors du peuple ignorant et docile,\nles hommes supérieurs les pratiquent cum grano salis ou cum grano voluptatis. Les\nfidèles de Dionysos ressemblent à ces modernes qui, sans doute, sont de « bons\ncatholiques », mais qui vont à la messe autant pour entendre de la belle musique\net de beaux chants que pour prier. Aux obscures croyances populaires qui restent\npeut-être intactes, se superpose un libre travail d'interprétation d'où sort, épa-\nnouie, la fleur de l'art littéraire et musical.\nC'est la période du dithyrambe. Nous pouvons nous en faire une idée d'après\nun fragment de Pindare que je vais lire. Denys d'Halicarnasse y voyait un\nspécimen d' « harmonie austère ». On y trouve, reconnaissable, l'incantation,\nl'appel aux Esprits dont on veut gagner la bienveillance à l'aide des formules\nchantées ; mais on y voit également tout autre chose :\n<( Jetez les yeux sur notre chœur, envoyez-nous la joie et l'éclat, ô dieux\n« olympiens qui, au milieu des parfums de l'encens, visitez le centre de la sainte\n« Athènes et sa place brillante de gloire et de magnificence. Recevez les cou-\n« ronnes de violettes et l'offrande des fleurs printanières, et daignez regarder\n« le poète qui, de la fête de Jupiter, s'est avancé avec un hymne éclatant vers le\n« dieu couronné de lierre, celui que nos bouches mortelles invoquent sous les\n« noms de Bromios et d'Eriboas. Je suis venu célébrer la race des héros glorieux\n« et des femmes de la famille de Cadmos (c'est-à-dire Dionysos fils de Sémélé et\n« petit-fils de Cadmos). Dans l'argienne Némée, le devin attentif saisit le moment\n(t où la palme s élance du tronc, quand s'ouvre la chambre des heures et que\n« les fleurs odorantes sentent le souffle embaumé du printemps. Alors le feuil-\n« lage aimable des violettes se répand sur la terre immortelle, alors les roses\n« s'enlacent dans les chevelures, les voix retentissent mêlées aux accords des\n« flûtes, et les chœurs font résonner les louanges de Sémélé, ceinte d'un gracieux"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3497, "texte": "« bandeau. » Et dans un autre fragment dithyrambique, le poète thébain chantait\nle merveilleux éclat dont rayonnait Athènes à pareil jour : « O ville brillante,\n« ville couronnée de violettes, mille fois digne d'être chantée, rempart de la\n« Grèce, illustre Athènes, acropole divine ! »\nCe texte donne lieu aux observations suivantes :\nLe poète est devenu le collaborateur du prêtre (successeur du magicien). Il ne\nse borne pas à voir en Dionysos le dieu qui personnifie les forces et le renouveau\nde la nature : il établit une certaine solidarité entre Dionysos et les autres divinités\ndu panthéon hellénique II généralise. Il voit surtout Dionysos sous l'angle po-\nlitique : il parle en citoyen d'Athènes pour qui la vie publique de la cité et les\nchoses religieuses ne font qu'un. Cette connexité établie entre le divin et le pro-\nfane est un fait capital. Il y en a un autre : on voit très bien que Pindare traite\ndes mythes déterminés, mais les interprète librement. Il parle des «chevelures\noù s'enlacent des roses ». Ce n'est plus une formule rituelle; c'est un ornement\nde langage. Il dit cela ; il aurait pu dire autre chose. Il n'est plus prisonnier des\nmots et des rythmes. L'imagination va faire son œuvre.\nIII\nL'action dramatique. D'après le fragment de la composition de Pindare qui\nvient d'être cité, on peut se faire une idée de la double extension qu'a prise le\nculte du dieu de la vigne, à la fois du côté religieux et du côté social, grâce à\nl'imagination d'un poète hellénique. Ce qui subsiste et subsistera toujours\n(même sous des formes nouvelles) des anciens rites, c'est l'invocation ; c'est\naussi le principe même des rites qui accompagnent les formules orales : l'imita-\ntion.\nDans le culte initial de Dionysos, à côté des choses dites (ou chantées), il y\navait les chosesy~af/es, l'action, dont l'objet était de représenter tout ce qui est\nessentiel dans la conception de la personne du dieu. Cette dualité formera tou-\njours la base du théâtre grec, et il nous paraît facile de saisir les divers mo-\nments de révolution. Lorsque le dieu a une légende complète, la partie mimée\nprend plus d'importance et de développement. Lorsqu'il est rattaché aux autres\ndieux, l'invocation n'a plus un objet unique, étroitement limité, et s'enrichit de\ntoutes les idées morales sur la condition de 1 homme, la nécessité de la modéra-\ntion et de la sagesse, etc., etc., qu'entraîne cette généralisation. En même temps\nque le point de vue se déplace et que l'horizon s'agrandit, s'effectue peu à peu\nun progrès décisif : à l'origine, c'est un seul officiant qui, avec le concours d'au-\ntres hommes servant de figurants ou de comparses pour les cortèges, est chargé\nde mimer la légende ou certains épisodes caractéristiques de la légende de Dio-\nnysos; il est, non pas soliste ou monologuiste, comme on dirait aujourd'hui, mais\n« pantomime ». Puis il s'adjoint un « second acteur ». Enfin la cérémonie ri-\ntuelle n'ayant plus un caractère exclusivement religieux et étant associée à une\nsolennité politique, on songe tout naturellement à traiter d'autres légendes divi-\nnes que celles de Dionysos. Dans une dernière période, où, d'ailleurs, on ne\nrompra jamais d'une façon absolue avec le principe du mythe, mais où on se\nrapprochera de plus en plus de la réalité, on traitera des légendes purement\nhumaines. Le chœur, qui était d'abord l'essentiel parce qu'il représentait 1 in-\ncantation primitive, verra son rôle diminuer peu à peu et sera obligé de cédei"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.6", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3691, "texte": "la première place aux simples acteurs. Avec Sophocle, avec Euripide surtout, il\ncommencera à être dépossédé et à devenir un hors-d'œuvre. Pendant la période\nromaine, l'orchestre où il régnait d'abord (sans scène) devient un demi-cercle ;\nau lieu d'un demi-cercle, chez les modernes, ce sera moins encore ; et, d'autre\npart, sur la « scène », le progrès continuera de plus en plus, dans un sens opposé,\nOn traite des sujets « tragiques » ? Sans doute ; mais il ne faut pas être dupe de ces\nmots de « terreur et pitié ». C'est, comme dirait Montaigne, « un fantôme à eston-\nner les gens ». Il s'agit avant tout de rehausser l'attrait d'une grande fête popu-\nlaire, et on peut y arriver, entre autres moyens, par des spectacles qui, en dépit\nd'Aristote et de Nietzsche, n'ont rien de douloureux, d'austère, de sombre, ou de\n« pessimiste », parce que la poésie les enveloppe et les transforme en beauté.\nAinsi, une Parisienne très délicate mettra dans son salon la statue en bronze\nd'un dieu chinois monstrueux, ou un masque japonais grimaçant, non pas pour\neffrayer ses hôtes, mais parce que ce sont des pièces d'art, d'un travail curieux.\nN'oublions pas, d'ailleurs, que les Grecs avaient aussi, à côté de la tragédie, le\ndrame satyrique et la comédie..,\nL'évolution que j'ai esquissée constitue un ensemble où tout paraît bien en\nplace. Du point de départ à la première étape importante (représentée, si l'on\nveut, par le Promèlhèe ou les Perses d'Eschyle), tout semble s'enchaîner, tout\nconcorde avec les observations qu'on pourrait faire dans d'autres domaines de\nl'histoire ; et, de cette étape jusqu'à Lulli, Meyerbeer ou R. Wagner, il n'y a\npoint de difficultés.\nL'important, c'est le point de départ que j'ai proposé d'admettre. On a dit :\ncelui qui, au lieu de raconter la légende de tel ou tel personnage, s'identifia\navec lui et agit en conséquence, fut le vrai créateur du théâtre. Je ne crois pas\nque l'apparition du drame lyrique soit due à cette sorte de coup d'audace ; je ne\nle crois pas, parce que la magie est ce qu'il y a de plus ancien dans l'histoire des\nsociétés humaines, et parce que la magie contenait tout ce qu'il fallait pour le\nthéâtre : l'imitation (au sens aristotélicien du mot, c'est-à-dire la reproduction\nd'un groupe de faits et d'idées) ; elle était faite de chant, de gestes, de danses ;\nelle avait donc tous les éléments que nous retrouvons dans les chefs-d'œuvre\nde 1 âge classique. Il suffisait du génie des poètes pour tirer le chêne du germe où\nil était inclus.\nOn a dit aussi (ce fut 1 opinion de Boeckh) : le premier genrequi fait son appa-\nrition, c est le récit, 1 épopée ; puis vient le lyrisme ; enfin le théâtre. Si l'on\nadmet ce que je viens de dire, une telle manière de voir doit paraître inexacte.\nI oui la justifiei, on a dit que le lyrisme était personnel, « subjectif », et que,\nvraisemblablement, on n'avait pas débuté par une poésie de ce genre. Faut-il\ndiie si 1 incantation des primitifs est quelque chose de « subjectif »ou d'« ob-\njectif » ? Je penche pour <( objectif », car le magicien emploie des formules qu'il\nn invente pas et qu il considère comme capables d'agir par elles-mêmes. Je suis\ndonc en règle avec les définitions d'école. Je n'irai pas jusqu'à dire que le drame\nchanté est la première forme qu'ait prise la poésie ; un tel paradoxe ne serait\ntolérable que si on s entendait d abord sur le sens à donner au mot drame, et il\nfaudrait sans doute réduire ce sens à trop peu de chose pour qu'un tel mot lui\nfût applicable. Mais je suis convaincu que le premier genre, historiquement, est\nla poésie lyrique, avec la forme primitive de l'incantation ; et que le théâtre\nchanté est sorti de là-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.7", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3284, "texte": "IV\nLaissons maintenant de côté ces problèmes un peu ardus. Revenons àla\nsimple constatation des faits que je signalais au début de ma dernière leçon, en\nmontrant le singulier éclat du culte de Dionysos au ve siècle. A pareille époque,\nce culte a déjà un caractère commémoratif ; la tradition s'y combine avec le génie\ndes poètes musiciens ; et, après l'esprit philosophique, un demi-septicisme ne\ntardera pas à y pénétrer ; mais quel élan il donne à l imagination des artistes\ncréateurs ! quel public admirablement préparé il leur offre ! quels éléments de\n« succès » pour ceux qui aiment à entrer en communion avec la foule et à la\ndominer !\nLes Grecs ont fait sans effort ce que nous, modernes, nous cherchons péni-\nblement à réaliser sans y parvenir et ce qui est si favorable à la production\nd'un art vraiment supérieur : ils ont eu des fêtes populaires. Nous n'en avons\nplus; et il en résulte que notre théâtre lyrique est sans orientation, sans\ncontact direct avec l'esprit public. Cette impuissance à organiser une grande fête\npopulaire conséquence peut-être obligée de l'énorme extension de l'Etat me\nparaît être un des caractères les mieux constatés de notre démocratie. La royauté,\nsous l'ancien régime, avait organisé des fêtes extrêmement brillantes ; mais\nréservées seulement à la noblesse: le peuple les payait, sans y participer. Par\nsuite, elles ne pouvaient donner naissance qu'à un art conventionnel et faux, sans\nindépendance et sans variété, restreint à une esthétique de cour ou de salon. La\nRévolution a pu organiser quelques fêtes sublimes, mais dans des circonstances\nexceptionnelles (comme la Fédération). Elle a bien voulu glorifier et chanter la\nnature : ainsi en 1796, il y a des hymnes de xWartini, de Berton, de Lefèvre, de\nJanin, à l'Agriculture, pour rendre\nhommage à la pompe rustique\nqui règne aux jours de la moisson;\nmais tout cela est artificiel, inspiré par des souvenirs de littérature classique,\nplein de bonnes intentions, abstrait, sans racines dans les usages réels et les tra-\nditions nationales !\nAujourd'hui, la situation est encore plus défavorable : la foi et l'enthousiasme\nfont défaut ; l'esprit de critique et de scepticisme arrête tout élan ; et puis, plus on\nest nombreux, plus une réjouissance comme celle des Grecs devient difficile. Il\nfaut qu'une fête nationale ait beaucoup d'ampleur, mais qu'un certain esprit de\nfamille y persiste ; et cela n'est plus possible dans nos vastes sociétés modernes*\nsi confuses et si mêlées. Au cours delà dernière grande Exposition universelle, on\navait construit une « salle des fêtes » grandiose. Elle n'a servi qu'à réunir des\npersonnages officiels pour entendre quelques discours ; sa véritable fonction n'a\npu être remplie. Les Parisiens et les étrangers s'y rendaient non pour prendre\npart effectivement à des aGtes collectifs, mais pour assister, comme spectateurs, à\ndes réjouissances qui n'existaient pas, ce qui réduisait leur concours à une simple\npromenade d'oisifs. Nous avons une religion qui, à beaucoup d'égards, est bien\nsupérieure à celle des Grecs; mais comme je l'ai dit, elle condamne la nature; et\nau lieu d'être identifiée, comme chez les anciens, avec le gouvernement et la loi\ndu pays, elle est en dehors d'eux, et ne s'entend pas avec eux."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.8", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "Nous avons une fête civile, le 14 juillet; mais, sauf l'illumination obligée des\nmonuments publics, les harangues officielles et les décorations, elle se réduit,\ncomme manifestation populaire, à quelques petits bals de quartier avec un maigre\norchestre en plein air. Le carnaval, on sait ce qu'il est devenu. Frappé de cette\nsituation commune à tous les pays, qui a son contre-coup inévitable dans les arts\net qui contrarie leur essor, R. Wagner a voulu refaire, en Allemagne, ce qu une\nculture intensive et cosmopolite avait détruit : il a créé le théâtre de Bayreuth ;\nmais il n'a pas réussi de la façon qu'il voulait : dans les premières années, son\nappel a été surtout entendu par des Américains, et des Français ; et aujour-\nd'hui son œuvre semble compromise, ou dépassée, ou simplement classée comme\ncelle des grands compositeurs qui l'avaient précédé.\nEn France, nous avons eu aussi des velléités de renouveau : lorsque des cadres\nmagnifiques comme le théâtre d'Orange ou les arènes de Béziers ont été remis\nen usage, nous avons cru un instant que 1 art musical contemporain allait faire\nrevivre l'art antique avec sa grandeur, son éclatet presque son caractère religieux;\nmais on s'est bientôt aperçu que, si on avait le cadre, on était fort embarrassé\npour trouver ce qu'il fallait mettre dedans ; après avoir demandé des opéias aux\ncompositeurs les plus estimés, on en a été réduit à reprendre des œuvres\nanciennes :on est allé, à Orange, jusqu'à jouer la ixc symphonie avec chœurs\nde Beethoven ! et ces exécutions sont devenues semblables à celles de Paris, avec\ncette seule différence qu'elles imposent aux amateurs, aux « critiques » et aux\nreporters, un déplacement considérable et fatigant dans la période des\nvacances.\nDevant notre drame lyrique désemparé, celui des Grecs va apparaître jeune,\nfort, brillant, soutenu par tout ce qui fait la vie d'une nation.\n(.A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c003", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "200", "page_fin": "209", "image_debut": 8, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.2", "titre_corps": "Exécutions et publications récentes.", "titre_sommaire": "Exécutions et publications récentes.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.8", "debut_caractere": 1945, "fin_caractere_exclue": 3294, "texte": "Exécutions et publications récentes.\n\nŒUVRES DE M. RICHARD STRAUSS.\n\nAu concert du Châtelet (22 mars),\nM. Strauss a dirigé lui-même un concert dont le programme était consacré à\nun choix de ses œuvres. C'est une très grande personnalité musicalè que\nM. Strauss, cela n'est pas douteux ;sa puissance orchestrale de construction est\nmerveilleuse. Mais nous ne l'admirons pas sans de sérieuses réserves. Le prélude\nde l'opéra Guntram (œuvre de jeunesse, il est vrai) est trop visiblement imité\ndes préludes de Lohengrin, de Tristan, et, dans la deuxième partie, de l'ouverture\ndes Maîtres chanteurs. La mélodie Stcendchen (accompagnée au piano) est jolie,\nmais un peu banale : c'est le « gemûth » allemand, avec des clausules mélodi-\nques dont l'ingénuité est un peu bébête ; l'ensemble est légèrement commun et\n« café de dames viennoises ». Mort et Transfiguration est écrit sur des lieux com-\nmuns romantiques surannés, et s'en ressent un peu. La Symphonie domestique\nest une œuvre d'une extraordinaire valeur technique, mais touffue et longue à\nl'excès sans nécessité, trop dépourvue de goût, et surtout de sentiment. Comme\nje préfère une symphonie de César Franck, —ou un lied de Schumann !... Je\npréfère aussi en ce qui concerne la couleur et pour des motifs de goût français\nune œuvre comme la Danse macabre de Saint-Saëns !M. Dukas a fait encore"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.9", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3451, "texte": "tout aussi bien, avecmoins de fracas que M. Strauss, La tour Saint-Jacques me\nsemble plus belle que la tour Eiffel ; les pyramides d'Egypte, si on pouvait les\nmettre l'une sur l'autre, ne vaudraient pas certaines statuettes de Tanagra.\nM. Strauss met Pélion sur Ossa et remue ciel et terre trop inutilement, dans les\npetits sujets. Et M. Rimsky-Korsakoff me paraît beaucoup plus poète que lui !\nMme Wieniawski est une cantatrice agréable, mais la j.ustesse de la voix a\nlaissé quelquefois à désirer.\n\nS.\n\nOPÉRA.\nH.\nLes recettes détaillées contenues dans le « baromètre musical » que\nnous publions plus loin sont plus instructives pour le lecteur —et plus impar-\ntiales— que de longues dissertations. On y verra d'abord'que, sous la direction\nde MM. Messager et Broussan, les recettes n'ont pas sensiblement varié ;on y\nverra ensuite que le public continue à donner nettement sa faveur à Faust et au\nSarnson et Dalila de Saint-Saëns. A l'Opéra-Comique, les œuvres de M. Masse-\nnet font aussi le maximum. Les compositeurs sont prévenus ; ils peuvent mé-\npriser cette esthétique : mais il sera bien entendu qu'en ce cas ils ne tiennent pas à\nl'approbation du public, et qu'ils écrivent pour eux-mêmes plutôt que pour les\nautres.\n\n«RÉDEMPTION» DE CÉSAR FRANCK (SOCIÉTÉ DES CONCERTS DU CONSERVATOIRE).\nH. B.\nLe poème-symphonie de Franck, qui eut si peu de succès lors de son apparition\nen 1873, fait maintenant partie du répertoire de nos grandes compagnies sym-\nphoniques, et la fameuse ouverture de la seconde partie, qui est d'ailleurs bâtie\nsur des thèmes empruntés à l'ouvrage, est une des pièces orchestrales les plus\njouées présentement. Ce morceau symphonique pourrait être le couronnement\net la conclusion de l'œuvre; ce qui vient ensuite est un peu superflu. La musique\nancienne avait d'interminables reprises; la musique moderne a des redites aussi\ncoupables, j'aime beaucoup le chœur d'hommes qui vient après l'interlude.\nLes sons bouchés des cuivres et les cordes pizzicati donnent aux voix un relief\nsaisissant. Et pourtant j'aimerais à voir l'œuvre finir sur les derniers accords\ndu morceau symphonique !\nIl est oiseux de dire que l'orchestre de la Société des concerts a été àla hauteur\nde sa tâche. Les chœurs ont également très bien chanté. Je serai plus réservé en\nce qui concerne Mlle Rose Féart. Quant àM. Brémont, c'est le récitant idéal.\nQui pourra jamais songer à remplacer un jour M. Brémont ?\n\n«LE SACRIFICE D'ISAAC.» (CONCERT PAUL SEGUY ALA SALLE PLEYEL).\n\n-M.Seguy\ndonne chaque année un grand concert dans lequel il s'efforce de produire des\nœuvres nouvelles et de rendre à la lumière des œuvres anciennes oubliées. La\ndernière séance qu'il organisa se terminait par le tableau des Incas des Indes ga-\nlantes de Rameau. On ne saurait trop louer le zèle qui a été déployé en cette\noccurrence, lorsqu'on songe au travail que nécessitent les études d'une œuvre\nsemblable, dont les parties séparées d'orchestre et de chœurs n'existent même\npas. La « Fête du soleil », qui constitue la plus belle partie de cette « entrée », est\nd'une splendeur et d'une richesse mélodique extrêmes. Rameau fut un précurseur\net l'on conçoit qu'il put être discuté par ses contemporains autant, sinon plus,\nque Wagner durant la seconde moitié du siècle dernier.\nM. Mouquet a écrit une partition sur le poème biblique de Paul Gollin :le\nSacrifice d'lsaac, dont M. Seguy nous donnait la primeur. Ce petit oratorio se"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.10", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3415, "texte": "divise en trois parties d'où se dégage un parfum séraphique très distinct de 10-\ndeur d'encens des œuvres fades, très différent aussi relents musqués\ndes compositions ultra-modernes. N'ayant à sa disposition qu un orchestre res-\ntreint, M. Mouqueta sagement fait parler l'harmonium, et aussi le piano ; l'im-\npression générale que donne cet oratorio est reposante et douce. Peut-etre la\nscène du sacrifice n'est-elle pas assez dramatique ; mais lon sait que c est un\nsacrifice « pour rire », et l'ange qui arrête la main d'Abraham s exprime en un\nandantino d une inspiration vraiment suave, et dont Mme Tresse a bien rendu le\nsentiment. Le chœur des pasteurs qui sert d'introduction à 1 œuvre, le joli prélude\ndelà deuxième partie et le chœur final sont de- belles pages, qui honorent le\ncompositeur. M»»0 Huguet a chanté avec beaucoup de goût musical la partie de\nSara. M. Seguy est un Abraham trop jeune. Quant à M. Bernard, c est un Isaac\ndont la voix est bien peu étendue. Le registre grave de ce ténoi est tout à fait\ndéfectueux. M. Bernard a eu pourtant de meilleurs moments dans la Saison des\nsemailles, un chœur mixte de M. Fernand Masson écrit en style fugué et d une\nagréable sonorité, à qui 1 on fit un succès mérité. Des œuvres de MM. Sachs, de\nla Tombelle, Villain et Adalbert Mercier complétaient le programme.\n\nH. B.\n\nMONTE-CARLO.\nE. D.\nUne œuvre très intéressante a été révélée aux Concerts\nclassiques : la Dogaresse, opéra en 3 actes de M. Sinadino, dont Mllcs \\ vonne\nDubel, Lucey, MM. Koubitzki et Ananian, ont chanté plusieurs grandes scènes.\nL'orchestre en a donné d'importants fragments symphoniques.\nL'inspiration sincère, la chaleur passionnée de la musique mélodique de\nM. Sinadino, le coloris et la plénitude de son orchestration, ont valu un très vit\nsuccès aux fragments de la Dogaresse qu il faut espérer entendre bientôt àla\nscène.\nLes concerts sont toujours du plus haut intérêt : aux dernières séances, on a\nchaleureusement applaudi une sélection d'oeuvres de Mme Gabrielle Ferrari,\npages d'orchestre d'un beau souffle, mélodies délicieusement chantées par\nMlle Yvonne Dubel, et une brillante Rapsodie espagnole qui a permis à Mmc Ferrari\nde faire admirer sa virtuosité de pianiste M Alexandre Georges a conduit des\nfragments de Miarka, des fragments à'Axel et un superbe poème symphonique,\nla Naissance de Vamour. On a bissé l'exquise chanson Si Veau qui court divinement\nchantée par Mme Marguerite Carré.\nParmi les virtuoses les plus acclamés, il faut citer le merveilleux violoniste,\nM. Georges Enesco, dont la pureté de son et l'ampleur de style ont soulevé\nl'enthousiasme, —et Mme Clotilde Kleeberg, pianiste remarquable, d'un doigté\ndélicat et d'un charme délicieux.\n\nL'OFFICE DE LA CIRCONCISION, IMPROPREMENT APPELÉ « OFFICE DES FOUS »,\nI vol. xn-244 p., par l'abbé VILLETARD (chez A. PICARD, 12 fr.). — Il existe\ndeux manuscrits célèbres reproduisant cet office : le manuscrit de Beauvais et\ncelui de Sens. Ils reposent, l'un dans le Musée Britannique, — avec plusieurs de\nnos dépouilles opimes, naturellement ! — et l'autre dans le musée municipal de\nSens.\nLe premier reste encore inédit, mais pas pour longtemps, il faut l'espérer.\nLe second vient d'être mis sous nos yeux — le mot n'est point trop fort — par\nM. l'abbé Henri Villetard, qui, on le voit, sait noblement occuper les loisirs que\nlui laisse la modeste paroisse de Serrigny."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.11", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "Le musicologue s'est proposé un double but : disculper l'Église d'accusations\ninjustes et enrichir le trésor de l'archéologie musicale.\nQu'était-ce donc que cette Fête des Fous ou de Y Ane qui a fait couler tant\nde flots d'encre ? C'était probablement une épave des fêtes naturalistes que\nles païens célébraient au commencement de janvier en l'honneur de Janus.\nSans aucun doute, à l'origine, l'Église avait tenté de substituer à ces rites\norgiaques des cérémonies s'harmonisant mieux avec la morale pure du Christ :\nc'est ainsi, au dire des canonistes, que la procession de la Chandeleur avait\nremplacé les Lupercales. Mais on sait combien s'incrustent tenaces au cœur du\npeuple les traditions invétérées : ces réunions religieuses dégénéraient souvent\nen scènes de carnaval, et plus d'une fois les jeux devinrent sanglants. Aussi\nentendons-nous, dès le xie siècle, l'autorité ecclésiastique tonner contre de telles\nprofanations.\nDevenu archevêque de Sens, Pierre de Corbeil (-}- 1221) s'empressa, non pas\nd'abolir, mais de transformer la Fête des Fous; c'est dans cette intention qu'il\ncentonisa car il n'en composa point toutes les pièces l'office de la Circon-\ncision. Ce même Pierre de Corbeil, l'un des docteurs les plus fameux de l'Uni-\nversité, très versé aussi dans l'art musical, avait déjà composé pour la fête de\nl'Assomption un office qui renferme de superbes mélodies, notamment le Rf. Vir-\nginitas, inséré dans les ■ Varice preces de Solesmes, p. 194. Tout porte à croire\nque l'auteur essaya de convertir la fête profane en une fête musicale, dont le\nbacularius ou préchantre serait le héros.\nExaminez cet office avec la dernière minutie, vous n'y découvrirez aucune\nexpression grossière ou impie, aucune rubrique contraire aux convenances ou\nmême au bon goût.\nLa seule pièce un peu extraordinaire, c'est la fameuse Prose de VAsne) dont\non a fait mal à propos tant de gorges chaudes. Nous allons la transcrire in\nextenso ; on aura ainsi un joli spécimen de l'art populaire au xme siècle, et puis\nl'on se convaincra que le texte ne blesse en rien les bonnes mœurs.\n\nPROSE DE L'ASNE\n\n2. Hic in collibus Sichen\nenutritus sub Ruben,\ntransiit per lordanen,\nSaliit in Bethleem. HEZ !\n3. Saltu uincit hinnulos,\ndagmas et capreolos,\nsuper dromedarios\npelox Madianeos. HEZ I\n4. Aurum de Arabia,\nthus et myrram de Sabba\ntulit in ecclesia\nuirtus asinaria. HEZ !\n5. Dum trahit uehicula,\nmultacum sarcinula,\nillius mandibula\ndura terit pabula. HEZ 1"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.12", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2963, "texte": "6. Cum aristis ordeum\ncomedit et carduum :\ntriticum a palea\nsegregat in area. HEZ I\n7. Amen dicas, asine,\niam saturex gramine,\namen, amen itéra,\naspernare uetera. HEZ !\nA remarquer en passant que le codex de Beauvais écrit cette prose en tritusy\nc'est-à-dire dans un ton qui correspond à notre ut majeur. Le fa naturel du ma*\nnuscrit de Sens paraît bien dur à nos oreilles affinées, et lon se demande si,\ndans la pratique, les choristes ne l'adoucissaient pas un tantinet.\nAprès la dernière strophe, le manuscrit de Beauvais ajoute ce refrain :\nHez va, hez va, hez va, hez !\nBiax sire asne, car alez,\nBele bouche, car chantez.\nEn somme, cette Prose est bien innocente; il n'y a pas de quoi fouetter un chat.\nMais, dira-t-on, que diable venait faire l'âne dans un office divin ? L'équité\ncommande de ne pas juger le moyen âge avec nos idées modernes. Les gens\nnaïfs d'alors voulaient tout simplement honorer l'âne qui porta la Vierge et le\nChrist : « Ce serait méconnaître entièrement l'esprit du temps, dit à ce sujet\nAlbert Réville, que de s'imaginer qu'il y eût dans tout cela la moindre intention\nrailleuse contre l'Église ou ses doctrines. Ces incroyables naïvetés étaient sé-\nrieuses. Elles attestent une époque de foi absolue, intacte. »\nMalheureusement, la populace ne sut pas se contenir longtemps dans les justes\nlimites tracées par Pierre de Corbeil : malgré de fréquents anathèmes lancés\npar l'Université, les Pontifes et les Conciles, ces indécents badinages reprirent\ncours de plus belle et se prolongèrent jusqu'au xvie siècle.\nLes esprits délicats qui se plaisent aux choses du passé rendront justice à\nM. Villetard : impossible de trouver dans une étude plus de conscience, plus\nd'érudition, plus de sagacité. Ajoutons que l'éditeur Alphonse Picard s'est sou-\nvenu que noblesse oblige ; avec ses splendides phototypies et son originale no-\ntation médiévale, ce riche volume peut se présenter dans tous les salons.\nRien n'échappe aux investigations de l'auteur : il descend jusqu'aux plus mi-\nnimes détails ; le paragraphe des lacérations mentionnant soit les lacunes d'une\nnote produite par un trou, soit l'usure et les traces laissées au coin intérieur des\nfeuillets par le contact des doigts, prouverait à lui seul l'amour respectueux et,\nsi on l'ose dire, le culte dont l'archéologue a entouré ces vénérables parchemins.\nAh! ce n'est pas lui, bien sûr, qu'aurait ainsi vitupéré le moine de Corbie :\n« Ami lecteur, retiens tes doigts ; prends garde d'altérer l'écriture de ces\npages ! »\nGrâce à M. Villetard, nous avons, après lecture, une connaissance appro-\nfondie du manuscrit ; sa reliure avec son diptyque d'ivoire remontant au ve ou\nvie siècle, et par conséquent d'une valeur inappréciable, son format, son âge, sa\nnotation musicale, son état matériel, etc., etc., rien n'est oublié.\nFormulons pourtant deux légères critiques.\nLe chercheur préférerait sans doute avoir sous la main, immédiatement avant"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.13", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "le texte musical, tous les renseignements, avis, corrections, notes, remarques,\nvariantes ayant trait au chant: s'il est obligé d'errer çà et là, de revenir sur ses\npas à la découverte d'un détail qui l'avait frappé, il lui arrive de s'égarer : alors\nil perd patience et fait retomber sur l'auteur les conséquences d'un mauvais\ncaractère.\nAutre desideratum : nous aurions voulu des éclaircissements plus abondants\nsur quelques rubriques de la fête. On sort insuffisamment documenté sur les\ndifférents corteges. En quoi consistaient au juste les conductus ad ludos, ad\npoculum ? On aimerait à le savoir.\nMentionnons au vol quelques particularités.\nLe codex comprend 33 folios de vélin dont l'écriture et la notation annoncent\nles premières années du xme siècle ; ce qui en augmente le prix, c'est qu'il fut\nprobablement écrit par Pierre de Corbeil lui-même. Ainsi pense du moins ré-\nminent paléographe M. Quantin :\nCet office n'est autre que l'office ordinaire de la Circoncision, avec adjonction\nde nombreux tropes, de 4 ou 5 morceaux extra-liturgiques et de plusieurs autres\nempruntés à des fêtes diverses. Nous avons été quelque peu déçu de n'y pas\nrencontrer les leçons des matines et l'acrostiche en vers sibyllins :\nludicii signum tellus sudore madescet, etc.\nParmi diverses rubriques musicales, il en est une qui concerne le faux-bour-\ndon antique à trois voix et 1 autre Yorganum ou diaphonie. C'est un des plus\nanciens manuscrits qui fassent mention de ces rubriques.\nLe faux-bourdon à troix voix se composait du chant, ayant au-dessus de lui,\ncomme effet réel, des tierces et des sixtes, tandis que Yorganum ou diaphonie\nn était que le redoublement de la mélodie à la quinte supérieure ou à la quarte\ninférieure.\nSans doute, dans ces rudes accords, il y a de quoi dérouter l'oreille moderne,\nfaçonnée par une éducation séculaire à d'autres agrégations ; mais il ne faut pas\noublier que cette harmonie primitive a engendré la polyphonie actuelle : à ce\ntitre, elle mérite le respect de l'archéologue et du véritable artiste.\nVoici, comme curiosités musicales, ces deux fragments harmonisés par\nM. Villetard :"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.14", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1792, "texte": "Des cantilènes, charmantes de grâce et de naturel, surtout dans les chants\nsyllabiques, ornent chaque page de ce recueil. Il faut reconnaître que les musi-\nciens du moyen âge possédaient le génie de la mélodie ; les airs naissent en\nquelque sorte sur leurs lèvres, comme les fleurettes poussent dans les bois, et\nM. Bourgault-Ducoudray a grandement raison quand il dit que nos composi-\nteurs modernes ne perdraient rien à retremper leurs inspirations à ces sources\npures : il y a là de quoi rajeunir la langue musicale.\nNe sachant encore que bégayer des harmonies enfantines, les médiévistes se\nrattrapaient en se grisant de mélodie ; parfois même, semblables aux musi-\nciens d'Horace, ils n'en finissaient plus. De là certains mélismes exubérants,\ncertains répons justement appelés prolixes, comme par exemple le fcibrice mundi\net le collocaret qui permettaient aux choristes aimés des fidèles leurs\nvoix, pavonis instar. Mais quoi, le rossignol, lui aussi, est prolixe, et il lance à\npleins poumons des roulades, des trilles, des fioritures, des points d'orgue, des\nbroderies, etc. Qui donc oserait s'en plaindre ?\nPlusieurs de ses mélodies devancent leur époque : on les croirait écloses tout\nprès de notre siècle, tant elles exhalent un parfum moderne. Ainsi en est-il, par\nexemple, des chants processionnels : Natus est, natus est ! Nouus annus hodief\nKalendas ianuarias, qui, même aujourd'hui, passeraient pour neufs.\nAnalysez par le menu les fragments suivants du Répons Viderunl Emmanuel:\nbranchement, si 1 on ne savait, par 1 écriture et la notation, que ce morceau\nremonte au moins aux débuts du xine siècle, la muse sémillante c'e Grétry ou\nde Monsigny pourrait en revendiquer la paternité : il y a là comme un air de\nfamille avec le Déserteur,"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.15", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3412, "texte": "Nous n'avons pu que tracer un faible aperçu de ce beau volume ; si néanmoins\ncette sèche énumération suggère à d'autres l'envie de parcourir l'office de\nPierre de Corbeil, nous n'aurons pas perdu notre temps, et nous sommes\nconvaincu qu'après lecture ils nous remercieront de la noble jouissance qu'ils\nauront éprouvée.\nEn finissant, nous retournerons à M. Villetard, comme bien mérité, le com-\npliment qu'il adresse aux pionniers de la première heure : « Sachons gré à ceux\nqui, les premiers, ont su tirer des manuscrits poudreux du moyen âge les\nfranches et naïves mélodies qui ravissaient l'âme de nos pieux ancêtres. »\n\nEUGÈNE CHAMINADE, ch. hon.\n\n— Chacun de nous a\npu éprouver par lui-même que la vie intérieure est une chose assez obscure.\nNous ne nous rendons pas très bien compte de ce qui se passe en nous, et si\ncertainspoints de notreâmesont vivement éclairés par lalumière de la conscience,\nla majeure partie reste dans l'ombre et s'agite confusément comme un grand\ntumulte ignoré. Cet inconnu psychologique a reçu des philosophes le nom\nd'inconscient. Mais doit-on renoncer définitivement à s'en faire une idée au\nmoins approximative ? Tel n'est pas l'avis de M. Bazaillas : il pense, au con-\ntraire, qu'il y a un moyen d'explorer l'inconscient, et ce moyen, c'est la\nmusique.\nM. Bazaillas prend pour point de départ la théorie de Schopenhauer sur la\nsignification métaphysique de la musique. Pour Schopenhauer, la véritable\nréalité, ce n'est pas le monde tel que nous le voyons ou tel que notre intelli-\ngence le conçoit ; c'est la volonté, l'élan profond qui a tout créé. Or la musique\nnous replace au-dessous des apparences intellectuelles et évoque l'image de\ncette volonté. Ainsi « le musicien nous révèle l'essence intime du monde ; il\nénonce la sagesse la plus profonde dans un langage que sa raison ne com-\nprend pas » (Le Monde comme volonté et représentation, trad. Cantacuzène,\nt. II, p. 417). L'œuvre musicale, dontles éléments dériventdu cri et delà plainte,\npeut nous suggérer instantanément toutes les nuances du désir universel. Telle\nest la valeur métaphysique de la musique.\nMais le monde des apparences intellectuelles, de la « représentation »,\nexprime lui aussi, à sa façon, cette volonté qui est l'essence de tout. Il y a\ndonc entre ces deux expressions différentes d'une même volonté une sorte de\nparallélisme ; il y a un rapport entre la musique et le monde tel que le conçoit\nnotre intelligence. La musique se trouve ainsi avoir une « signification objec-\ntive ». Et à ce propos Schopenhauer s'ingénie, avec une insistance un peu\nétrange, à trouver des analogies entre les choses et la musique : l'harmonie\névoque le cosmos et la mélodie l'âme humaine ; « la basse fondamentale est\npour l'harmonie ce qu'est pour le monde la nature inorganique, toute proche\nde la fatalité, soumise aux lois de l'inertie et de la pesanteur. Aussi sa marche\nest-elle lente et lourde ; elle ne monte ou ne descend que péniblement, par\ngrands intervalles... Les voix les plus rapprochées delà basse correspondent\naux degrés inférieurs de la nature, aux corps inorganiques qui ont déjà\ncependant un commencement d'individualité. Les notes plus élevées repré-\nsentent le monde végétal et animal... La mélodie correspond au degré\n\nMUSIQUE ET INCONSCIENCE. INTRODUCTION A LA PSYCHOLOGIE DE L'INCONSCIENT,\npar A. BAZAILLAS, I vol. in-8°, VI-320 p. (chez ALCAN)."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.16", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3504, "texte": "cTobjectivation le plus élevé de la volonté, la vie et laspiiation îéfléchie de\nl'homme (i). » #\nAinsi, en évoquant le monde, la musique évoque l'âme, et si lon songe, en\noutre, que la dissonance exprime bien l'angoisse de la volonté entravée, on\nverra que la musique a non seulement une signification métaphysique, non\nseulement une signification objective, mais aussi et surtout une « signification\npsychologique ». Elle nous fait assister à toutes les vicissitudes de la sensibi-\nlité qui oscille entre ses deux manières d'être essentielles, le plaisir et la\npeine. Est-ce à dire que la musique exprime et provoque des joies et des tris-\ntesses réelles ? Est-ce à dire que nous soyons nous-mêmes « la corde tendue\net pincée qui vibre » ? Nullement. La musique nous présente les agitations de\nla volonté transposées sur le plan du rêve ; elles sont non pas réellement\néprouvées, mais seulement contemplées. L'impression musicale, d abord\nrecueillie par la sensibilité, est projetée ensuite dans l'imagination et devient\nla matière d'une contemplation esthétique où nous entrevoyons la réalité\npsychologique dans sa force primitive de création et de synthèse spontanée.\nLe progrès de la pensée de Schopenhauer s'est donc effectué de la métaphy-\nsique à la psychologie, « de l'idée du monde à la révélation de la vie intérieure ».\nC'est cette partie psychologique de la théorie schopenhauerienne que M. Ba-\nzaillas approfondit et développe pour son propre compte. Il montre que ce\ncaractère contemplatif de l'impression musicale nous conduit à une sorte\nd'engourdissement de l'intelligence et delà volonté. « La musique ne nous fait\nni penser, ni agir, ni vouloir ; elle nous fait éprouver la pure jouissance de\nl'inaction, je ne sais quelle torpeur et quelle lassitude ineffable qui nous enlève\ninsensiblement au travail intellectuel, aux réalités douloureuses de la lutte et\nde l'effort pour nous replacer dans la vie du rêve, dans la continuité infiniment\ndouce et pacifique de l'existence végétative (2) ». Mais surtout, ce qui est plus\nintéressant, M. Bazaillas essaie de déterminer le mécanisme psychologique de\ncette contemplation, de montrer comment des impressions auditives se trans-\nforment en émotions esthétiques Ces impressions, qui ne provoquent tout\nd'abord que des attitudes variées du corps et diverses dispositions de la sen-\nsibilité, prennent un caractère esthétique par l'entremise de notre imagi-\nnation. Celle-ci, dès que nous entendons des sons, construit spontanément un\nschéma dynamique, c'est-à-dire une sorte de cadre à émotions, qui nous représente\nsur le plan du rêve et sous une forme concentrée toutes les directions possibles\nde la vie sentimentale- Dès lors, la musique entendue ne fait qu'accuser et\ndévelopper une des directions préformées dans le schéma, et ainsi elle prend\nun sens psychologique, elle devient objet de contemplation esthétique. Ce déve-\nloppement des facultés de rêve, libérées par la musique, abolit momentanément\nla personnalité et provoque la dissolution du moi dans l'inconscient.\nA ce propos, M. Bazaille fait une étude psychologique de l'inconscient, et,\nchose curieuse, il la fait en se passant presque entièrement de l'expérience\nmusicale à laquelle il semblait se proposer de faire appel. Cette étude intéresse\ndonc fort peu les musiciens, et c'est pourquoi je me dispenserai ici de l ana-\nlyser en détail. Pour M. Bazaillas, l'inconscient ne paraît tel que par opposition\n\n(0 PP. 49 ET 51.\n(2) P. 136,"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.17", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2608, "texte": "à la conscience intellectuelle et logique, et l'on pourrait l'appeler plus justement\nrirreprésenté ; il correspond aux forces primitives de la sensibilité, qui, après\navoir joué le principal rôle dans la vie humaine, se sont peu à peu effacées\ndevant la raison grandissante ; il peut être assimilé àun type de conscience\ntout animale, que l'intelligence refoule dans l'ombre, mais qui révèle parfois sa\nprésence par de brusques explosions. Il peut ainsi soit vivre en dehors des\nformes supérieures de l'activité, soit se laisser capter par elles et mettre sa\nforce à leur disposition. C'est lui qui, dédaigné par la science et par la philo-\nsophie, s'exprime par l'art musical où transparaît sa fraîcheur et son éternelle\njeunesse.\nSi j'écrivais en ce moment pour une revue de philosophie, et non pour\nla Revue musicale, je demanderais à M. Bazaillas si, en assimilant incons-\ncient et affectif, il n'a pas négligé une partie très importante de l'inconscient,\nla partie intellectuelle. Je me contenterai ici de lui faire une seule objection:\nc'est que son livre ne répond ni au titre qu'il lui a donné ni au problème\nqu'il s'est posé au début. Quand nous lisons ce titre : Musique et incons-\ncience, nous nous imaginons naturellement qu'il va être question des rapports\nde la musique et de l'inconscient. Or le livre contient deux parties (j'allais dire\ndeux livres) trop distinctes : i° une étude sur la signification métaphysique de\nla musique dans Schopenhauer ; 20 un essai de psychologie de l'inconscient.\nCela peut être une bonne « introduction» au sujet annoncé, mais le sujet lui-\nmême reste à traiter. Nulle part les deux termes musique et inconscience n'ont\nété mis vraiment en contact ; nulle part on ne nous a montré par une analyse\ndétaillée portant sur des données précises comment et en quoi la musique\npouvait servir à explorer l'inconscient. Après avoir vivement excité notre\ncuriosité, on ne l'a point satisfaite. Est-ce à dire que le livre de M. Bazaillas\nsoit désagréable à lire ? Certes non. Il est écrit d'une façon originale, et mille\nremarques de détail, très fines et très suggestives, arrivent à faire oublier ce que\nl'ensemble a d'un peu décevant. Notamment M. Bazaillas excelle à décrire les\nétats de torpeur où s'évanouit la pensée, les élans troubles des forces affectives\net demi-animales, les après-midi d'un faune que chacun de nous porte en soi.\nJe doute que n'importe quelle symphonie m'en donne une idée plus suggestive,\net l'auteur se trouve tout excusé d'avoir un peu trop oublié la musique, puisqu'il\nl'a remplacée.\n\nPaul-Marie MASSON."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c004", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "200", "page_fin": "201", "image_debut": 8, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.2.1", "titre_corps": "ŒUVRES DE M. RICHARD STRAUSS.", "titre_sommaire": "ŒUVRES DE M. RICHARD STRAUSS.", "signature_source": "S", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.8", "debut_caractere": 1983, "fin_caractere_exclue": 3294, "texte": "ŒUVRES DE M. RICHARD STRAUSS.\n\nAu concert du Châtelet (22 mars),\nM. Strauss a dirigé lui-même un concert dont le programme était consacré à\nun choix de ses œuvres. C'est une très grande personnalité musicalè que\nM. Strauss, cela n'est pas douteux ;sa puissance orchestrale de construction est\nmerveilleuse. Mais nous ne l'admirons pas sans de sérieuses réserves. Le prélude\nde l'opéra Guntram (œuvre de jeunesse, il est vrai) est trop visiblement imité\ndes préludes de Lohengrin, de Tristan, et, dans la deuxième partie, de l'ouverture\ndes Maîtres chanteurs. La mélodie Stcendchen (accompagnée au piano) est jolie,\nmais un peu banale : c'est le « gemûth » allemand, avec des clausules mélodi-\nques dont l'ingénuité est un peu bébête ; l'ensemble est légèrement commun et\n« café de dames viennoises ». Mort et Transfiguration est écrit sur des lieux com-\nmuns romantiques surannés, et s'en ressent un peu. La Symphonie domestique\nest une œuvre d'une extraordinaire valeur technique, mais touffue et longue à\nl'excès sans nécessité, trop dépourvue de goût, et surtout de sentiment. Comme\nje préfère une symphonie de César Franck, —ou un lied de Schumann !... Je\npréfère aussi en ce qui concerne la couleur et pour des motifs de goût français\nune œuvre comme la Danse macabre de Saint-Saëns !M. Dukas a fait encore"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.9", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 540, "texte": "tout aussi bien, avecmoins de fracas que M. Strauss, La tour Saint-Jacques me\nsemble plus belle que la tour Eiffel ; les pyramides d'Egypte, si on pouvait les\nmettre l'une sur l'autre, ne vaudraient pas certaines statuettes de Tanagra.\nM. Strauss met Pélion sur Ossa et remue ciel et terre trop inutilement, dans les\npetits sujets. Et M. Rimsky-Korsakoff me paraît beaucoup plus poète que lui !\nMme Wieniawski est une cantatrice agréable, mais la j.ustesse de la voix a\nlaissé quelquefois à désirer.\n\nS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c005", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "201", "page_fin": "201", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.2.2", "titre_corps": "OPÉRA.", "titre_sommaire": "OPÉRA.", "signature_source": "H", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.9", "debut_caractere": 542, "fin_caractere_exclue": 1262, "texte": "OPÉRA.\nH.\nLes recettes détaillées contenues dans le « baromètre musical » que\nnous publions plus loin sont plus instructives pour le lecteur —et plus impar-\ntiales— que de longues dissertations. On y verra d'abord'que, sous la direction\nde MM. Messager et Broussan, les recettes n'ont pas sensiblement varié ;on y\nverra ensuite que le public continue à donner nettement sa faveur à Faust et au\nSarnson et Dalila de Saint-Saëns. A l'Opéra-Comique, les œuvres de M. Masse-\nnet font aussi le maximum. Les compositeurs sont prévenus ; ils peuvent mé-\npriser cette esthétique : mais il sera bien entendu qu'en ce cas ils ne tiennent pas à\nl'approbation du public, et qu'ils écrivent pour eux-mêmes plutôt que pour les\nautres."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c006", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "201", "page_fin": "201", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.2.3", "titre_corps": "«RÉDEMPTION» DE CÉSAR FRANCK (SOCIÉTÉ DES CONCERTS DU CONSERVATOIRE).", "titre_sommaire": "«RÉDEMPTION» DE CÉSAR FRANCK (SOCIÉTÉ DES CONCERTS DU CONSERVATOIRE).", "signature_source": "H. B", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.9", "debut_caractere": 1264, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "«RÉDEMPTION» DE CÉSAR FRANCK (SOCIÉTÉ DES CONCERTS DU CONSERVATOIRE).\nH. B.\nLe poème-symphonie de Franck, qui eut si peu de succès lors de son apparition\nen 1873, fait maintenant partie du répertoire de nos grandes compagnies sym-\nphoniques, et la fameuse ouverture de la seconde partie, qui est d'ailleurs bâtie\nsur des thèmes empruntés à l'ouvrage, est une des pièces orchestrales les plus\njouées présentement. Ce morceau symphonique pourrait être le couronnement\net la conclusion de l'œuvre; ce qui vient ensuite est un peu superflu. La musique\nancienne avait d'interminables reprises; la musique moderne a des redites aussi\ncoupables, j'aime beaucoup le chœur d'hommes qui vient après l'interlude.\nLes sons bouchés des cuivres et les cordes pizzicati donnent aux voix un relief\nsaisissant. Et pourtant j'aimerais à voir l'œuvre finir sur les derniers accords\ndu morceau symphonique !\nIl est oiseux de dire que l'orchestre de la Société des concerts a été àla hauteur\nde sa tâche. Les chœurs ont également très bien chanté. Je serai plus réservé en\nce qui concerne Mlle Rose Féart. Quant àM. Brémont, c'est le récitant idéal.\nQui pourra jamais songer à remplacer un jour M. Brémont ?"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c007", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "201", "page_fin": "202", "image_debut": 9, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.2.4", "titre_corps": "«LE SACRIFICE D'ISAAC.» (CONCERT PAUL SEGUY ALA SALLE PLEYEL).", "titre_sommaire": "«LE SACRIFICE D'ISAAC.» (CONCERT PAUL SEGUY ALA SALLE PLEYEL).", "signature_source": "H. B", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.9", "debut_caractere": 2452, "fin_caractere_exclue": 3451, "texte": "«LE SACRIFICE D'ISAAC.» (CONCERT PAUL SEGUY ALA SALLE PLEYEL).\n\n-M.Seguy\ndonne chaque année un grand concert dans lequel il s'efforce de produire des\nœuvres nouvelles et de rendre à la lumière des œuvres anciennes oubliées. La\ndernière séance qu'il organisa se terminait par le tableau des Incas des Indes ga-\nlantes de Rameau. On ne saurait trop louer le zèle qui a été déployé en cette\noccurrence, lorsqu'on songe au travail que nécessitent les études d'une œuvre\nsemblable, dont les parties séparées d'orchestre et de chœurs n'existent même\npas. La « Fête du soleil », qui constitue la plus belle partie de cette « entrée », est\nd'une splendeur et d'une richesse mélodique extrêmes. Rameau fut un précurseur\net l'on conçoit qu'il put être discuté par ses contemporains autant, sinon plus,\nque Wagner durant la seconde moitié du siècle dernier.\nM. Mouquet a écrit une partition sur le poème biblique de Paul Gollin :le\nSacrifice d'lsaac, dont M. Seguy nous donnait la primeur. Ce petit oratorio se"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.10", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1368, "texte": "divise en trois parties d'où se dégage un parfum séraphique très distinct de 10-\ndeur d'encens des œuvres fades, très différent aussi relents musqués\ndes compositions ultra-modernes. N'ayant à sa disposition qu un orchestre res-\ntreint, M. Mouqueta sagement fait parler l'harmonium, et aussi le piano ; l'im-\npression générale que donne cet oratorio est reposante et douce. Peut-etre la\nscène du sacrifice n'est-elle pas assez dramatique ; mais lon sait que c est un\nsacrifice « pour rire », et l'ange qui arrête la main d'Abraham s exprime en un\nandantino d une inspiration vraiment suave, et dont Mme Tresse a bien rendu le\nsentiment. Le chœur des pasteurs qui sert d'introduction à 1 œuvre, le joli prélude\ndelà deuxième partie et le chœur final sont de- belles pages, qui honorent le\ncompositeur. M»»0 Huguet a chanté avec beaucoup de goût musical la partie de\nSara. M. Seguy est un Abraham trop jeune. Quant à M. Bernard, c est un Isaac\ndont la voix est bien peu étendue. Le registre grave de ce ténoi est tout à fait\ndéfectueux. M. Bernard a eu pourtant de meilleurs moments dans la Saison des\nsemailles, un chœur mixte de M. Fernand Masson écrit en style fugué et d une\nagréable sonorité, à qui 1 on fit un succès mérité. Des œuvres de MM. Sachs, de\nla Tombelle, Villain et Adalbert Mercier complétaient le programme.\n\nH. B."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c008", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "202", "page_fin": "202", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.2.5", "titre_corps": "MONTE-CARLO.", "titre_sommaire": "MONTE-CARLO.", "signature_source": "E. 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Sinadino, le coloris et la plénitude de son orchestration, ont valu un très vit\nsuccès aux fragments de la Dogaresse qu il faut espérer entendre bientôt àla\nscène.\nLes concerts sont toujours du plus haut intérêt : aux dernières séances, on a\nchaleureusement applaudi une sélection d'oeuvres de Mme Gabrielle Ferrari,\npages d'orchestre d'un beau souffle, mélodies délicieusement chantées par\nMlle Yvonne Dubel, et une brillante Rapsodie espagnole qui a permis à Mmc Ferrari\nde faire admirer sa virtuosité de pianiste M Alexandre Georges a conduit des\nfragments de Miarka, des fragments à'Axel et un superbe poème symphonique,\nla Naissance de Vamour. On a bissé l'exquise chanson Si Veau qui court divinement\nchantée par Mme Marguerite Carré.\nParmi les virtuoses les plus acclamés, il faut citer le merveilleux violoniste,\nM. Georges Enesco, dont la pureté de son et l'ampleur de style ont soulevé\nl'enthousiasme, —et Mme Clotilde Kleeberg, pianiste remarquable, d'un doigté\ndélicat et d'un charme délicieux."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c009", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "202", "page_fin": "203", "image_debut": 10, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.2.6", "titre_corps": "L'OFFICE DE LA CIRCONCISION, IMPROPREMENT APPELÉ « OFFICE DES FOUS »,", "titre_sommaire": "L'OFFICE DE LA CIRCONCISION, IMPROPREMENT APPELÉ « OFFICE DES FOUS »,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.10", "debut_caractere": 2743, "fin_caractere_exclue": 3415, "texte": "L'OFFICE DE LA CIRCONCISION, IMPROPREMENT APPELÉ « OFFICE DES FOUS »,\nI vol. xn-244 p., par l'abbé VILLETARD (chez A. PICARD, 12 fr.). — Il existe\ndeux manuscrits célèbres reproduisant cet office : le manuscrit de Beauvais et\ncelui de Sens. Ils reposent, l'un dans le Musée Britannique, — avec plusieurs de\nnos dépouilles opimes, naturellement ! — et l'autre dans le musée municipal de\nSens.\nLe premier reste encore inédit, mais pas pour longtemps, il faut l'espérer.\nLe second vient d'être mis sous nos yeux — le mot n'est point trop fort — par\nM. l'abbé Henri Villetard, qui, on le voit, sait noblement occuper les loisirs que\nlui laisse la modeste paroisse de Serrigny."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.11", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2115, "texte": "Le musicologue s'est proposé un double but : disculper l'Église d'accusations\ninjustes et enrichir le trésor de l'archéologie musicale.\nQu'était-ce donc que cette Fête des Fous ou de Y Ane qui a fait couler tant\nde flots d'encre ? C'était probablement une épave des fêtes naturalistes que\nles païens célébraient au commencement de janvier en l'honneur de Janus.\nSans aucun doute, à l'origine, l'Église avait tenté de substituer à ces rites\norgiaques des cérémonies s'harmonisant mieux avec la morale pure du Christ :\nc'est ainsi, au dire des canonistes, que la procession de la Chandeleur avait\nremplacé les Lupercales. Mais on sait combien s'incrustent tenaces au cœur du\npeuple les traditions invétérées : ces réunions religieuses dégénéraient souvent\nen scènes de carnaval, et plus d'une fois les jeux devinrent sanglants. Aussi\nentendons-nous, dès le xie siècle, l'autorité ecclésiastique tonner contre de telles\nprofanations.\nDevenu archevêque de Sens, Pierre de Corbeil (-}- 1221) s'empressa, non pas\nd'abolir, mais de transformer la Fête des Fous; c'est dans cette intention qu'il\ncentonisa car il n'en composa point toutes les pièces l'office de la Circon-\ncision. Ce même Pierre de Corbeil, l'un des docteurs les plus fameux de l'Uni-\nversité, très versé aussi dans l'art musical, avait déjà composé pour la fête de\nl'Assomption un office qui renferme de superbes mélodies, notamment le Rf. Vir-\nginitas, inséré dans les ■ Varice preces de Solesmes, p. 194. Tout porte à croire\nque l'auteur essaya de convertir la fête profane en une fête musicale, dont le\nbacularius ou préchantre serait le héros.\nExaminez cet office avec la dernière minutie, vous n'y découvrirez aucune\nexpression grossière ou impie, aucune rubrique contraire aux convenances ou\nmême au bon goût.\nLa seule pièce un peu extraordinaire, c'est la fameuse Prose de VAsne) dont\non a fait mal à propos tant de gorges chaudes. Nous allons la transcrire in\nextenso ; on aura ainsi un joli spécimen de l'art populaire au xme siècle, et puis\nl'on se convaincra que le texte ne blesse en rien les bonnes mœurs."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c010", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "203", "page_fin": "207", "image_debut": 11, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.2.7", "titre_corps": "PROSE DE L'ASNE", "titre_sommaire": "PROSE DE L'ASNE", "signature_source": "EUGÈNE CHAMINADE, ch. hon", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.11", "debut_caractere": 2117, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "PROSE DE L'ASNE\n\n2. Hic in collibus Sichen\nenutritus sub Ruben,\ntransiit per lordanen,\nSaliit in Bethleem. HEZ !\n3. Saltu uincit hinnulos,\ndagmas et capreolos,\nsuper dromedarios\npelox Madianeos. HEZ I\n4. Aurum de Arabia,\nthus et myrram de Sabba\ntulit in ecclesia\nuirtus asinaria. HEZ !\n5. Dum trahit uehicula,\nmultacum sarcinula,\nillius mandibula\ndura terit pabula. HEZ 1"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.12", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2963, "texte": "6. Cum aristis ordeum\ncomedit et carduum :\ntriticum a palea\nsegregat in area. HEZ I\n7. Amen dicas, asine,\niam saturex gramine,\namen, amen itéra,\naspernare uetera. HEZ !\nA remarquer en passant que le codex de Beauvais écrit cette prose en tritusy\nc'est-à-dire dans un ton qui correspond à notre ut majeur. Le fa naturel du ma*\nnuscrit de Sens paraît bien dur à nos oreilles affinées, et lon se demande si,\ndans la pratique, les choristes ne l'adoucissaient pas un tantinet.\nAprès la dernière strophe, le manuscrit de Beauvais ajoute ce refrain :\nHez va, hez va, hez va, hez !\nBiax sire asne, car alez,\nBele bouche, car chantez.\nEn somme, cette Prose est bien innocente; il n'y a pas de quoi fouetter un chat.\nMais, dira-t-on, que diable venait faire l'âne dans un office divin ? L'équité\ncommande de ne pas juger le moyen âge avec nos idées modernes. Les gens\nnaïfs d'alors voulaient tout simplement honorer l'âne qui porta la Vierge et le\nChrist : « Ce serait méconnaître entièrement l'esprit du temps, dit à ce sujet\nAlbert Réville, que de s'imaginer qu'il y eût dans tout cela la moindre intention\nrailleuse contre l'Église ou ses doctrines. Ces incroyables naïvetés étaient sé-\nrieuses. Elles attestent une époque de foi absolue, intacte. »\nMalheureusement, la populace ne sut pas se contenir longtemps dans les justes\nlimites tracées par Pierre de Corbeil : malgré de fréquents anathèmes lancés\npar l'Université, les Pontifes et les Conciles, ces indécents badinages reprirent\ncours de plus belle et se prolongèrent jusqu'au xvie siècle.\nLes esprits délicats qui se plaisent aux choses du passé rendront justice à\nM. Villetard : impossible de trouver dans une étude plus de conscience, plus\nd'érudition, plus de sagacité. Ajoutons que l'éditeur Alphonse Picard s'est sou-\nvenu que noblesse oblige ; avec ses splendides phototypies et son originale no-\ntation médiévale, ce riche volume peut se présenter dans tous les salons.\nRien n'échappe aux investigations de l'auteur : il descend jusqu'aux plus mi-\nnimes détails ; le paragraphe des lacérations mentionnant soit les lacunes d'une\nnote produite par un trou, soit l'usure et les traces laissées au coin intérieur des\nfeuillets par le contact des doigts, prouverait à lui seul l'amour respectueux et,\nsi on l'ose dire, le culte dont l'archéologue a entouré ces vénérables parchemins.\nAh! ce n'est pas lui, bien sûr, qu'aurait ainsi vitupéré le moine de Corbie :\n« Ami lecteur, retiens tes doigts ; prends garde d'altérer l'écriture de ces\npages ! »\nGrâce à M. Villetard, nous avons, après lecture, une connaissance appro-\nfondie du manuscrit ; sa reliure avec son diptyque d'ivoire remontant au ve ou\nvie siècle, et par conséquent d'une valeur inappréciable, son format, son âge, sa\nnotation musicale, son état matériel, etc., etc., rien n'est oublié.\nFormulons pourtant deux légères critiques.\nLe chercheur préférerait sans doute avoir sous la main, immédiatement avant"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.13", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "le texte musical, tous les renseignements, avis, corrections, notes, remarques,\nvariantes ayant trait au chant: s'il est obligé d'errer çà et là, de revenir sur ses\npas à la découverte d'un détail qui l'avait frappé, il lui arrive de s'égarer : alors\nil perd patience et fait retomber sur l'auteur les conséquences d'un mauvais\ncaractère.\nAutre desideratum : nous aurions voulu des éclaircissements plus abondants\nsur quelques rubriques de la fête. On sort insuffisamment documenté sur les\ndifférents corteges. En quoi consistaient au juste les conductus ad ludos, ad\npoculum ? On aimerait à le savoir.\nMentionnons au vol quelques particularités.\nLe codex comprend 33 folios de vélin dont l'écriture et la notation annoncent\nles premières années du xme siècle ; ce qui en augmente le prix, c'est qu'il fut\nprobablement écrit par Pierre de Corbeil lui-même. Ainsi pense du moins ré-\nminent paléographe M. Quantin :\nCet office n'est autre que l'office ordinaire de la Circoncision, avec adjonction\nde nombreux tropes, de 4 ou 5 morceaux extra-liturgiques et de plusieurs autres\nempruntés à des fêtes diverses. Nous avons été quelque peu déçu de n'y pas\nrencontrer les leçons des matines et l'acrostiche en vers sibyllins :\nludicii signum tellus sudore madescet, etc.\nParmi diverses rubriques musicales, il en est une qui concerne le faux-bour-\ndon antique à trois voix et 1 autre Yorganum ou diaphonie. C'est un des plus\nanciens manuscrits qui fassent mention de ces rubriques.\nLe faux-bourdon à troix voix se composait du chant, ayant au-dessus de lui,\ncomme effet réel, des tierces et des sixtes, tandis que Yorganum ou diaphonie\nn était que le redoublement de la mélodie à la quinte supérieure ou à la quarte\ninférieure.\nSans doute, dans ces rudes accords, il y a de quoi dérouter l'oreille moderne,\nfaçonnée par une éducation séculaire à d'autres agrégations ; mais il ne faut pas\noublier que cette harmonie primitive a engendré la polyphonie actuelle : à ce\ntitre, elle mérite le respect de l'archéologue et du véritable artiste.\nVoici, comme curiosités musicales, ces deux fragments harmonisés par\nM. Villetard :"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.14", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1792, "texte": "Des cantilènes, charmantes de grâce et de naturel, surtout dans les chants\nsyllabiques, ornent chaque page de ce recueil. Il faut reconnaître que les musi-\nciens du moyen âge possédaient le génie de la mélodie ; les airs naissent en\nquelque sorte sur leurs lèvres, comme les fleurettes poussent dans les bois, et\nM. Bourgault-Ducoudray a grandement raison quand il dit que nos composi-\nteurs modernes ne perdraient rien à retremper leurs inspirations à ces sources\npures : il y a là de quoi rajeunir la langue musicale.\nNe sachant encore que bégayer des harmonies enfantines, les médiévistes se\nrattrapaient en se grisant de mélodie ; parfois même, semblables aux musi-\nciens d'Horace, ils n'en finissaient plus. De là certains mélismes exubérants,\ncertains répons justement appelés prolixes, comme par exemple le fcibrice mundi\net le collocaret qui permettaient aux choristes aimés des fidèles leurs\nvoix, pavonis instar. Mais quoi, le rossignol, lui aussi, est prolixe, et il lance à\npleins poumons des roulades, des trilles, des fioritures, des points d'orgue, des\nbroderies, etc. Qui donc oserait s'en plaindre ?\nPlusieurs de ses mélodies devancent leur époque : on les croirait écloses tout\nprès de notre siècle, tant elles exhalent un parfum moderne. Ainsi en est-il, par\nexemple, des chants processionnels : Natus est, natus est ! Nouus annus hodief\nKalendas ianuarias, qui, même aujourd'hui, passeraient pour neufs.\nAnalysez par le menu les fragments suivants du Répons Viderunl Emmanuel:\nbranchement, si 1 on ne savait, par 1 écriture et la notation, que ce morceau\nremonte au moins aux débuts du xine siècle, la muse sémillante c'e Grétry ou\nde Monsigny pourrait en revendiquer la paternité : il y a là comme un air de\nfamille avec le Déserteur,"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.15", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 687, "texte": "Nous n'avons pu que tracer un faible aperçu de ce beau volume ; si néanmoins\ncette sèche énumération suggère à d'autres l'envie de parcourir l'office de\nPierre de Corbeil, nous n'aurons pas perdu notre temps, et nous sommes\nconvaincu qu'après lecture ils nous remercieront de la noble jouissance qu'ils\nauront éprouvée.\nEn finissant, nous retournerons à M. Villetard, comme bien mérité, le com-\npliment qu'il adresse aux pionniers de la première heure : « Sachons gré à ceux\nqui, les premiers, ont su tirer des manuscrits poudreux du moyen âge les\nfranches et naïves mélodies qui ravissaient l'âme de nos pieux ancêtres. »\n\nEUGÈNE CHAMINADE, ch. hon."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c015", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "207", "page_fin": "209", "image_debut": 15, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.2.8", "titre_corps": "MUSIQUE ET INCONSCIENCE. INTRODUCTION A LA PSYCHOLOGIE DE L'INCONSCIENT, par A. BAZAILLAS, I vol. in-8°, VI-320 p. (chez ALCAN).", "titre_sommaire": "MUSIQUE ET INCONSCIENCE. INTRODUCTION A LA PSYCHOLOGIE DE L'INCONSCIENT, par A. BAZAILLAS, I vol. in-8°, VI-320 p. (chez ALCAN).", "signature_source": "Paul-Marie MASSON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.15", "debut_caractere": 689, "fin_caractere_exclue": 3412, "texte": "— Chacun de nous a\npu éprouver par lui-même que la vie intérieure est une chose assez obscure.\nNous ne nous rendons pas très bien compte de ce qui se passe en nous, et si\ncertainspoints de notreâmesont vivement éclairés par lalumière de la conscience,\nla majeure partie reste dans l'ombre et s'agite confusément comme un grand\ntumulte ignoré. Cet inconnu psychologique a reçu des philosophes le nom\nd'inconscient. Mais doit-on renoncer définitivement à s'en faire une idée au\nmoins approximative ? Tel n'est pas l'avis de M. Bazaillas : il pense, au con-\ntraire, qu'il y a un moyen d'explorer l'inconscient, et ce moyen, c'est la\nmusique.\nM. Bazaillas prend pour point de départ la théorie de Schopenhauer sur la\nsignification métaphysique de la musique. Pour Schopenhauer, la véritable\nréalité, ce n'est pas le monde tel que nous le voyons ou tel que notre intelli-\ngence le conçoit ; c'est la volonté, l'élan profond qui a tout créé. Or la musique\nnous replace au-dessous des apparences intellectuelles et évoque l'image de\ncette volonté. Ainsi « le musicien nous révèle l'essence intime du monde ; il\nénonce la sagesse la plus profonde dans un langage que sa raison ne com-\nprend pas » (Le Monde comme volonté et représentation, trad. Cantacuzène,\nt. II, p. 417). L'œuvre musicale, dontles éléments dériventdu cri et delà plainte,\npeut nous suggérer instantanément toutes les nuances du désir universel. Telle\nest la valeur métaphysique de la musique.\nMais le monde des apparences intellectuelles, de la « représentation »,\nexprime lui aussi, à sa façon, cette volonté qui est l'essence de tout. Il y a\ndonc entre ces deux expressions différentes d'une même volonté une sorte de\nparallélisme ; il y a un rapport entre la musique et le monde tel que le conçoit\nnotre intelligence. La musique se trouve ainsi avoir une « signification objec-\ntive ». Et à ce propos Schopenhauer s'ingénie, avec une insistance un peu\nétrange, à trouver des analogies entre les choses et la musique : l'harmonie\névoque le cosmos et la mélodie l'âme humaine ; « la basse fondamentale est\npour l'harmonie ce qu'est pour le monde la nature inorganique, toute proche\nde la fatalité, soumise aux lois de l'inertie et de la pesanteur. Aussi sa marche\nest-elle lente et lourde ; elle ne monte ou ne descend que péniblement, par\ngrands intervalles... Les voix les plus rapprochées delà basse correspondent\naux degrés inférieurs de la nature, aux corps inorganiques qui ont déjà\ncependant un commencement d'individualité. Les notes plus élevées repré-\nsentent le monde végétal et animal... La mélodie correspond au degré\n\nMUSIQUE ET INCONSCIENCE. INTRODUCTION A LA PSYCHOLOGIE DE L'INCONSCIENT,\npar A. BAZAILLAS, I vol. in-8°, VI-320 p. (chez ALCAN)."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.16", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3504, "texte": "cTobjectivation le plus élevé de la volonté, la vie et laspiiation îéfléchie de\nl'homme (i). » #\nAinsi, en évoquant le monde, la musique évoque l'âme, et si lon songe, en\noutre, que la dissonance exprime bien l'angoisse de la volonté entravée, on\nverra que la musique a non seulement une signification métaphysique, non\nseulement une signification objective, mais aussi et surtout une « signification\npsychologique ». Elle nous fait assister à toutes les vicissitudes de la sensibi-\nlité qui oscille entre ses deux manières d'être essentielles, le plaisir et la\npeine. Est-ce à dire que la musique exprime et provoque des joies et des tris-\ntesses réelles ? Est-ce à dire que nous soyons nous-mêmes « la corde tendue\net pincée qui vibre » ? Nullement. La musique nous présente les agitations de\nla volonté transposées sur le plan du rêve ; elles sont non pas réellement\néprouvées, mais seulement contemplées. L'impression musicale, d abord\nrecueillie par la sensibilité, est projetée ensuite dans l'imagination et devient\nla matière d'une contemplation esthétique où nous entrevoyons la réalité\npsychologique dans sa force primitive de création et de synthèse spontanée.\nLe progrès de la pensée de Schopenhauer s'est donc effectué de la métaphy-\nsique à la psychologie, « de l'idée du monde à la révélation de la vie intérieure ».\nC'est cette partie psychologique de la théorie schopenhauerienne que M. Ba-\nzaillas approfondit et développe pour son propre compte. Il montre que ce\ncaractère contemplatif de l'impression musicale nous conduit à une sorte\nd'engourdissement de l'intelligence et delà volonté. « La musique ne nous fait\nni penser, ni agir, ni vouloir ; elle nous fait éprouver la pure jouissance de\nl'inaction, je ne sais quelle torpeur et quelle lassitude ineffable qui nous enlève\ninsensiblement au travail intellectuel, aux réalités douloureuses de la lutte et\nde l'effort pour nous replacer dans la vie du rêve, dans la continuité infiniment\ndouce et pacifique de l'existence végétative (2) ». Mais surtout, ce qui est plus\nintéressant, M. Bazaillas essaie de déterminer le mécanisme psychologique de\ncette contemplation, de montrer comment des impressions auditives se trans-\nforment en émotions esthétiques Ces impressions, qui ne provoquent tout\nd'abord que des attitudes variées du corps et diverses dispositions de la sen-\nsibilité, prennent un caractère esthétique par l'entremise de notre imagi-\nnation. Celle-ci, dès que nous entendons des sons, construit spontanément un\nschéma dynamique, c'est-à-dire une sorte de cadre à émotions, qui nous représente\nsur le plan du rêve et sous une forme concentrée toutes les directions possibles\nde la vie sentimentale- Dès lors, la musique entendue ne fait qu'accuser et\ndévelopper une des directions préformées dans le schéma, et ainsi elle prend\nun sens psychologique, elle devient objet de contemplation esthétique. Ce déve-\nloppement des facultés de rêve, libérées par la musique, abolit momentanément\nla personnalité et provoque la dissolution du moi dans l'inconscient.\nA ce propos, M. Bazaille fait une étude psychologique de l'inconscient, et,\nchose curieuse, il la fait en se passant presque entièrement de l'expérience\nmusicale à laquelle il semblait se proposer de faire appel. Cette étude intéresse\ndonc fort peu les musiciens, et c'est pourquoi je me dispenserai ici de l ana-\nlyser en détail. Pour M. Bazaillas, l'inconscient ne paraît tel que par opposition\n\n(0 PP. 49 ET 51.\n(2) P. 136,"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.17", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2608, "texte": "à la conscience intellectuelle et logique, et l'on pourrait l'appeler plus justement\nrirreprésenté ; il correspond aux forces primitives de la sensibilité, qui, après\navoir joué le principal rôle dans la vie humaine, se sont peu à peu effacées\ndevant la raison grandissante ; il peut être assimilé àun type de conscience\ntout animale, que l'intelligence refoule dans l'ombre, mais qui révèle parfois sa\nprésence par de brusques explosions. Il peut ainsi soit vivre en dehors des\nformes supérieures de l'activité, soit se laisser capter par elles et mettre sa\nforce à leur disposition. C'est lui qui, dédaigné par la science et par la philo-\nsophie, s'exprime par l'art musical où transparaît sa fraîcheur et son éternelle\njeunesse.\nSi j'écrivais en ce moment pour une revue de philosophie, et non pour\nla Revue musicale, je demanderais à M. Bazaillas si, en assimilant incons-\ncient et affectif, il n'a pas négligé une partie très importante de l'inconscient,\nla partie intellectuelle. Je me contenterai ici de lui faire une seule objection:\nc'est que son livre ne répond ni au titre qu'il lui a donné ni au problème\nqu'il s'est posé au début. Quand nous lisons ce titre : Musique et incons-\ncience, nous nous imaginons naturellement qu'il va être question des rapports\nde la musique et de l'inconscient. Or le livre contient deux parties (j'allais dire\ndeux livres) trop distinctes : i° une étude sur la signification métaphysique de\nla musique dans Schopenhauer ; 20 un essai de psychologie de l'inconscient.\nCela peut être une bonne « introduction» au sujet annoncé, mais le sujet lui-\nmême reste à traiter. Nulle part les deux termes musique et inconscience n'ont\nété mis vraiment en contact ; nulle part on ne nous a montré par une analyse\ndétaillée portant sur des données précises comment et en quoi la musique\npouvait servir à explorer l'inconscient. Après avoir vivement excité notre\ncuriosité, on ne l'a point satisfaite. Est-ce à dire que le livre de M. Bazaillas\nsoit désagréable à lire ? Certes non. Il est écrit d'une façon originale, et mille\nremarques de détail, très fines et très suggestives, arrivent à faire oublier ce que\nl'ensemble a d'un peu décevant. Notamment M. Bazaillas excelle à décrire les\nétats de torpeur où s'évanouit la pensée, les élans troubles des forces affectives\net demi-animales, les après-midi d'un faune que chacun de nous porte en soi.\nJe doute que n'importe quelle symphonie m'en donne une idée plus suggestive,\net l'auteur se trouve tout excusé d'avoir un peu trop oublié la musique, puisqu'il\nl'a remplacée.\n\nPaul-Marie MASSON."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c016", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "209", "page_fin": "210", "image_debut": 17, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.3", "titre_corps": "Notre supplément musical", "titre_sommaire": "Notre supplément musical", "signature_source": "H. Q", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.17", "debut_caractere": 2610, "fin_caractere_exclue": 3186, "texte": "Notre supplément musical\n\nLA (( STRATONICE » DE MÉHUL. Si la musique de Méhul n'est pas complè-\ntement oubliée de nos jours, elle n'est plus connue, il le faut bien avouer, que\npar l'unique partition de Joseph, qui figure toujours au répertoire de l'Opéra-\nComique. Assurément, c'est là une œuvre de premier ordre. Mais il ne con-\nvient pas d'oublier qu'elle n'est pas la seule du compositeur qui mérite d'être\nconnue.\n11 est bien regrettable, pour les anciens maîtres de notre école française (et\nMéhul reste un des plus grands), que la connaissance de leurs ouvrages demeure"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.18", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1098, "texte": "de nos jours pratiquement interdite. Publiés de leur temps sous la seule forme\nde la partition d'orchestre, leurs opéras passèrent de mode au moment de 1 in-\nvasion rossinienne juste comme s'introduisait 1 usage des éditions pour chant et\npiano. Leurs œuvres n'eurent donc jamais 1 avantage de connaître cette forme\npopulaire. Les partitions d'orchestre ne sont plus dans le commet ce et furent\ntoujours peu répandues. Et c'est ainsi que pour Méhul comme pour ses contem-\nporains il est à peu près impossible de trouver, ailleurs qu en les bibliothèques,\nmoyen de le lire et de le connaître, Joseph excepté.\nLa Revue musicale essaiera de combler un peu cette lacune. Nous publions\ndonc aujourd'hui un des plus beaux airs de Stratomce, une de ses pi entières\nœuvres. C'est un opéra comique en un acte, représenté sur le théâtre des\nItaliens en 1792. Méhul, né en 1763, avait alors 29 ans. Il n avait encore\ndonné au théâtre que sa partition d\"Euphrosine et Coradin (1790), une de ses\ncompositions les plus caractéristiques, son chef-d'œuvre, au dire de Berlioz.\n\nH. Q."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c017", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "210", "page_fin": "213", "image_debut": 18, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.4", "titre_corps": "G.-J. Pfeiffer et son oeuvre.", "titre_sommaire": "G.-J. Pfeiffer et son oeuvre.", "signature_source": "L. AUGÉ DE LASSUS", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.18", "debut_caractere": 1100, "fin_caractere_exclue": 3310, "texte": "G.-J. Pfeiffer et son oeuvre.\n\nAu bourg cTAult, non loin de la grève tragique et désolée, grandiose\ncependant, où la rivière picarde dite la Somme achève son cours et jette à\nl'Océan ses eaux troubles qui s'alanguissent et se lassent à charrier tout le limon\nqu'elles ont drainé au passage, surgit de loin, de haut, une tour faite de\nbriques et de galets roulés.\nEn des temps oubliés, ce fut, semble-t-il, un moulin dont les tempêtes ont arra-\nché et emporté les ailes. Cependant cette bâtisse toute ronde et solide encore a\ndes airs superbes et farouches de donjon. Elle trône et menace. C'est une sen-\ntinelle qui guette et espionne un immense horizon. On pourrait y rêver quel-\nqu'un de ces bandits redoutés, complices des naufrages meurtriers, ramasseurs\nd'épaves, dont s'épouvantaient naguère les vaisseaux en détresse ; on pourrait\nimaginer là quelque drame de la mer, si dans les vieilles murailles ne s'ou-\nvraient quelques fenêtres accueillantes à la libre lumière et comme à une joie\ntoute familiale. Ces pierres moroses, où pèsent tant d'années et tant d'orages\nsubis, ont en quelque sorte laissé filtrer le sourire. Ce fut le logis très aimé de\nGeorges Pfeiffer. Il l'avait embelli, quelque peu égayé. Il nous souvient d'un\nsalon où des boiseries ravies à quelque château du voisinage évoquent le sou-\nvenir des assemblées galantes, des cercles badins, des conversations légères où\nlaissait papillonner son âme gentille et un peu folle la France des anciens jours.\nSans doute, c'était bienlà le décor qu'il fallait alentour de cet homme rêvant de\nRegnard, un auteur médiocre, disait de son temps quelque fâcheux, non pas\nmédiocrement comique, ripostait le vieux Boileau qui dès lors ne riait plus guère\ncependant ; c'était bien le berceau où devait s'éveiller 1 œuvre capitale, nous\nentendons révélée au public, où Pfeiffer s'est affirmé le mieux. Autant qu'il doit\nespérer et qu'il peut recueillir quelque souvenir delà hâtive et distraite postérité,\nPfeiffer restera l'auteur du Légataire universel, et sans doute il y a quelque hon-\nneur à naviguer, fût-ce dans une fragile nacelle, au sillage que laisse derrière\nlui le vaisseau portant la fortune de Regnard et de la vieille Comédie-Française»"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.19", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3850, "texte": "Cette pensée un peu singulière en soi d'envelopper de musique quelques pièces\nfameuses, domaine qui semblait tout d abord réservé aux comédiens du roi,\ncette pensée d'une alliance inattendue certainement d'un Molière, d'un Regnard\nou d'un Beaumarchais, avait déjà hanté quelques-uns des plus illustres et des\nplus grands parmi les remueurs de notes et les bons créateurs d'admirables chan-\nsons. On sait quels chefs-d'œuvre de musique, et d'esprit, et de grâce exquise,\nun Mozart, un Rossini devaient ajouter et superposer à ces chefs-d'œuvre : le\nBai bieide Se vil le et le Al ai lage de F.igai oceci égalant, dépassant peut-être cela.\nEn des jours qui sont plus voisins de ceux où nous vivons, Gounod donne la ré-\nplique à Sganarelle, et, non sans bonheur, usurpe le Médecin malgré ; Poise\ntrouve ses inspirations les plus fines dans VAmour médecin, et voici que Molière\ndevient, en sa vie d'outre-tombe, comme un librettiste fameux. Pessard, dans\nles Folies amoureuses, collabore précisément avec ce même Regnard que Pfeiffer\naborde et veut conquérir. La pièce choisie, le Légataire universel, pour être la\nplus célèbre et la plus populaire entre toutes celles dont se glorifie Regnard, ne\nnous semble pas la mieux complaisante aux fiançailles de la musique. Cette his-\ntoire de captation, de testament supposé, d'agonie menteuse et de mort simulée,\nrépugnante en soi, mais que la verve prodigieuse du poète emporte et gaiement\nnous impose, n'est pas de celles qui aisément et d'elles-mêmes se traduisent en\nchansons. Hâtons-nous de reconnaître cependant que le musicien s'est joué\nadroitement en ces difficultés premières. Il a semé partout de l'agrément, des\ngrâces faciles ; et quelques pages, nous allions dire quelques mélodies, si le mot\nne paraissait désormais fâcheux et suranné, gazouillent encore bien gentiment\ndans notre mémoire. Périer, Grivot, chanteurs adroits, aussi excellents comé-\ndiens, ce qui était d'absolue nécessité en la circonstance, pouvaient certainement\nrevendiquer leur part en la jolie victoire aussitôt remportée. La première repré-\nsentation est du 6 juillet 1901. Assurément la date était bien tardive, etl'Opéra-\nComique allait fermer ses portes à l'heure même où elles venaient enfin de s'ou-\nvrir à Pfeiffer menant par la main le bonhomme Géronte et le joyeux Crispin.\nToutefois, après le grand silence des vacances, cet opéra résolument comique\ndevait reparaître sur la scène natale et commencer même, à travers les théâtres\nde province et par delà les frontières de France, un heureux voyage. L'œuvre\ncependant, hors de la saison jadis de gaieté presque constante, arrivait un peu\ntard, et lorsque l'opéra dit comique, sans doute par antiphrase, menait déjà ce\nconcert de désespoirs, de tristesses et de lamentations qui semble à peu près\ndésormais son unique langage, le Légataire universel voulait rire, et son rire\néveilla des échos complaisants, un peu étonnés toutefois. Certes le compositeur\nétait bien innocent de cette presque inopportunité. Des années s'étaient passées\ndepuis le jour où, sa partition toute plaisante sous le bras, il avait, obstiné solli-\nciteur, franchi le seuil redouté et peu hospitalier d'un théâtre où les directeurs\nchangeants, de Paravey à Carré, s'étaient transmis la promesse et la tâche de\nmonter le Légataire universel. Ce n'est pas une des moindres tristesses de ces\nremises, de ces retards, que l'œuvre même ne parlons pas du martyre de\n1 auteur ! n'est plus toujours, lorsque enfin elle vit sur les planches, en étroite\nharmonie avec les choses et avec le temps. C'est une demoiselle à marier qui\ns est un peu lassée, et jusque dans son juvénile visage, à espérer, attendre le\nmirage de fuyantes fiançailles. Toutefois l'œuvre de Pfeiffer gardait les meilleurs\nde ses sourires. On peut, on doit s'y réjouir encore. C est une fleur remon-"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.20", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3681, "texte": "tante et que Ton reverra peut-être un jour en de nouveaux épanouissements.\nLe Légataire universel n'est pas l'œuvre première de théâtre que Pfeiffer ait\nlivrée aux feux de la rampe. En remontant les jours passés, par delà une Jacque-\nline répétée mais non représentée, évoquons 1 année lointaine de 1884. Par une\nsoirée d'été, le 23 juin, trois ouvrages nouveaux, d'auteurs tous débutants en la\ncarrière malaisée du théâtre, se produisent et sollicitent un public peu bienveil-\nlant, et déjà tout disposé à faire assez fâcheux'accueil à ce défilé de choses iné-\ndites et recommandées de personne. IL Enclume est de Pfeiffer ;le Baise?, de Des-\nlandres ; Partie carrée, musique de Lavello, paroles de celui qui signe ces lignes,\nencadrent l\"Enclume, et, nous le reconnaissons tout franchement, lui paraissent\nsubordonnés. Les préférences de la maison, aussi bientôt du public, vont à 1 œu-\nvre de Pfeiffer. Elle devait être reprise par la suite et fournir une carrière que ne\npeuvent plus guère espérer les petits ouvrages en un acte, cruellement relégués\ndésormais presque toujours au début du spectacle, et dans la tâche de faire lever\nle rideau sur les banquettes vides et les loges désertes.\nLe théâtre attire et fascine tous nos compositeurs de France, et Pfeiffer en\nsubit comme pas un autre la hantise impérieuse. Il écrit des ballets ; et les Folies-\nBergères, le Casino de Paris, accueillent et font applaudir Mada?ne Bonaparte et\nCléopatre. Il nous souvient mieux encore d'un petit ballet pantomime dansé par\nles sœurs Mante, et qui n'ambitionnait que le cadre modeste d'un salon familial\nou d'une scène improvisée.\nLe défunt Palais de l'lndustrie, volontiers si accueillant à tant de choses,\ntémoignait cependant d'une mauvaise humeur singulière à tout ce qui était de la\nmusique, ou à peu près. Là, on chanta, on joua, on dansa du Pfeiffer, et ce fut\ntrès agréable, triomphe certes bien extraordinaire.\nLentement, mais constamment, sans recul et sans défaillance, Pfeiffer pour-\nsuivait sa tâche laborieuse. Il se faisait connaître, estimer. Critique de l'art qu'il\npossédait bien, il écrivait dans le Voltaire, la Mode illustrée, accueillant, appré-\nciant, les œuvres des autres, ce qui est mélancolique lorsque soi-même on se\ncroit, on se sent capable de créer et de jeter au vent une pensée vivante et\nsonore. Pfeiffer, en ses aptitudes variées, eut du moins la possibilité d'aborder\nune forme de la musique moins retentissante que celle dont frémissent les\néchos d'un théâtre, non certes moins glorieuse en soi, ni moins difficile. La\nmusique dechambre et de concert ledevaitsolliciter, distraire, consoler peut-être.\nParmi tant d'autres œuvres de cette même lignée, un grand quintette a maintes\nfois été apprécié, goûté, hautement loué. Naguère une légende pour piano et\norchestre donnait, au très habile Pugno, une occasion de succès retentissant.\nAu reste Pfeiffer, un des grands chefs de la glorieuse maison Pleyel, pianiste\nlui -même, était, de par ses occupations journalières, ses attirances personnelles,\nses intérêts premiers, amené à servir, honorer le piano comme d'une tendresse\ntoute particulière.\nNaguère, ce fut une mode d'appeler un public, hélas 1 souvent clairsemé et même\nindifférent, à de petites séances de causerie et de musique en la salle dite joyeuse-\nment la Bodinière. Chaque compositeur avait son jour, son heure d'audience :\net là nous fut présenté Pfeiffer; et l'on chanta, non sans bon accueil, quelques-\nunes de ses mélodies. Malgré moi devait plaire beaucoup, presque autant que\nla Belle Fille, sur les paroles de Déroulède.\nNous l'avons dit, on estimait Pfeiffer, ceux mêmes qui ne lui étaient pas très"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.21", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1851, "texte": "accueillants. Au Cercle de la critique littéraire et musicale, il devenait vice-prési-\ndent, et présidait la Société des compositeurs, patronant aussi le groupe fraternel\ndes instruments à vent. Tout cela, même la croix de la Légion d'honneur, n'est\nque de la monnaie de billon à qui peut-être a rêvé l'or resplendissant de la\ngloire. En ces frontières un peu étroites devaient cependant se limiter la vie et\nla carrière de Georges Pfeiffer. Entre le jour lointain où il naissait à Versailles\net le jour d hier où, dans son logis de Paris, soixante-douze ans après, torturé\nd une longue maladie, il vient de s'éteindre, l'espace est long, le labeur fut\ngrand, combien de fois trahi et déçu ! Pfeiffer se sentait cependant capable d'une\ntâche plus haute que celle où il s'était essayé et dépensé. Du drame de Jean\nRichepin, les Truands, il venait de tirer un opéra, et l'œuvre est considérable.\nElle demeure là comme sur le seuil d une tombe, pensée dernière, suprême\neffort, espérance obstinée qui fut noble et qu'il nous plaît de saluer. Ah ! que la\nvie d'un artiste bon serviteur de son art Pfeiffer le fut ade tristesses !Au\njour, à l'heure où tant d'autres qui se disent bruyamment des travailleurs, et\nqui du reste ont le plus souvent travaillé le moins possible, désertent l'atelier\nou le bureau, le chantier ou l'usine, le musicien, le poète, poursuivants de\nl'idéal, quémandeurs de la gloire se doivent efforcer encore. L'âge ne leur\npromet nul répit. Il faut qu'ils peinent sur le chemin, inlassablement et\ndurement. Il n'est de repos pour eux que dans la mort. Sur cette pierre qui vient\nde se fermer, que du moins descende un souvenir fidèle, et puisse de cette\nombre s'exhaler quelquefois encore quelqu'une des phrases bien chantantes où la\npensée désormais silencieuse se révélait et se faisait aimer !\n\nL. AUGÉ DE LASSUS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c018", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "213", "page_fin": "216", "image_debut": 21, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.5", "titre_corps": "«SNIÉGOUROTGHKA» OPÉRA DE RIMSKY-KORSAKOFF", "titre_sommaire": "«SNIÉGOUROTGHKA» OPÉRA DE RIMSKY-KORSAKOFF", "signature_source": "H. GETTEMAN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.21", "debut_caractere": 1853, "fin_caractere_exclue": 3179, "texte": "«SNIÉGOUROTGHKA»\nOPÉRA DE RIMSKY-KORSAKOFF\n\n(fin).\nLes lecteurs de la Revue musicale trouveront dans la biographie suivante de\nRimsky-Korsakoff, outre quelques particularités peu connues, une nomenclature\ncomplète de ses oeuvres les plus importantes, avec indication de Tannée de leur\ncomposition, numéro de Yopus, etc. Cette nomenclature, que j'emprunte à\nM. 8.-B. Jastrebzeff, qui a bien voulu me communiquer maint renseignement\nsur Rimsky-Korsakoff et son œuvre, pourrait être utile à plus\nd'un titre aux musiciens et écrivains qui s'intéressent particulièrement à la mu-\nsique de réminent compositeur russe.\nNicolas-Andréiévitch Rimsky-Korsakoff est né le 6/18 mars 1844, à Tichvine\ngouvernement de Novgorod). Ses parents l'ayant destiné à la carrière maritime,\nil entra en 1856 à l'Ecole de marine, où il termina le cours en 1862. Ses premiè-\nres leçons de musique, ou plus exactement de piano, datent de sa première en-\nfance, et dans la même époque se placent sespremiers essais de composition. Les\nessais ultérieurs de ce genre ont eu lieu, dans sa jeunesse, sous la direction de\nson professeur de piano, Théodore A. Camille. En 1861, Rimsky-Korsakoff fît\nla connaissance de M. A. Balakireff et de son cercle (C. Cui et M. Moussorgsky).\nCe fut non seulement le point de départ d'ouvrages plus sérieux, mais aussi celui"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.22", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3790, "texte": "de toute son activité ultérieure. A vingt ans, un voyage au long cours de trois\nans, en qualité de midship abord d'un navirede guerre russe, luidonna le moyen\nde s'occuper de composition d'une manière plus suivie. A son retour, en 1865,\népoque à laquelle il prit sa résidence définitive à Saint Pétersbourg, il présenta\nà Balakireff sa ire symphonie (1862-1865), qui est en même temps la première\nsymphonie russe. Elle fut exécutée pour la première fois, en matinée, le 19 dé-\ncembre 1865, dans la salle de la Douma,au concert de 1 Ecole de Musique g? cituite,\nsous la direction de M. Balakireff, auquel Rimsky-Korsakoff est ledevable, dans\nsa jeunesse, des plus précieux conseils quant à l'orchestration et aux formes de\nla composition. La symphonie fit sensation, bien que, comparée aux créations\nultérieures du compositeur, elle ne saurait prétendre qu'à l'intérêt d'une œuvre\nde jeunesse peu importante, mais accusant déjà dans mainte page le don de\ncomposition éminent de l'auteur (1). La ire symphonie fut suivie, en 1867,\ndu premier poème symphonique russe : la fantaisie pour orchestre Sadko,\nop. 5, réinstrumentée en 1891-1892 (2). Puis vint la Fantaisie sur des thèmes\nserbes, op. 6, et en 1868 la 2e symphonie, op. 9, connue sous le titre de Suite\norientale, Antar, réinstrumentée en 1897. Le 24 octobre 1871, le directeur\nnouvellement nommé du Conservatoire de Saint-Pétersbourg, Michel-P. Azant-\nchewsky, offrit à Rimsky-Korsakoff le poste de professeur d'instrumentation et\nde composition. De iß72à 1873, R. Korsakoff composa, comme œuvre principale,\nsa 3e symphonie, nt majeur, op. 32, réinstrumentée en 1886. (A signalerle scherzo\noriginal en 5 parties). En 1873, il termina son service de marin, et, sur le désir\ndu grand-duc Constantin, fut nommé inspecteur des orchestres militaires de\nla flotte, fonctions dans lesquelles il resta jusqu'à leur suppression, en 1884. De\n1874 à 1881, Rimsky-Korsakoff fut en outre directeur de l'Ecole de musique gra-\ntuite, et en dirigea les concerts, en remplacement de Balakireff, qui s'était démis\nde ces fonctions, mais les reprit en 1881. C'est l'époque de : six chœurs à ca-\npella (1875-1876), op. 16 ; Poème d'Alexis, homme de Dieu (1877-1878), op. 20 ;\nla chanson populaire des jeux de Noël, Gloire (1880), op. 21; Ouverture sur des\nthèmes russes ( 1880), ré majeur, op. 28 ; Légende (pour grand orchestre, d'après\nle prologue de Russlan et Ludmillaàt Puschkin (1879-1880), op. 29 ; concerto\npour piano (1882), ut % mineur, op. 30. Dans la même époque, viennent se pla-\ncer ses trois premiers opéras : i° la Pskovite (Pskovitianka) (1868-72), d'après le\ndrame de I. Mée, opéra en 3 actes et 6 tableaux, représenté pour la première fois\nau Théâtre Mariinsky en 1873 (l'opéra a subi des modification en 1891-92 et\n1894); le prologue la Bojare Vèra Schéloga a été composé en 1898;\n20 la Nuit de mai (1879-80), opéra en 3 actes et 4 tableaux, d'après la nouvelle de\nN. Gogol; 30 Sniégourotchka (1880-1881), conte de printemps, opéra en quatre\nactes et un prologue, d'après la pièce de A. Ostrowsky, représentée pour la pre-\nmière fois au même théâtre en janvier 1882. Enfin, tout en étant professeur au\nConservatoire, Rimsky-Korsakoff fut pendant onze années consécutives (du\n23 février 1883 au 21 janvier 1894) adjoint du directeur des Chœurs impériaux\n(réunion, sur son initiative, des classes de chant, d'ensemble et d'orchestre). La\npériode 1883-1894 comprend : Symphometta sur des thèmes russes (1885), la\n\n(1) Rimsky-Korsakoff a remanié plus tard sa première symphonie [mi \\> mineur, op. 1), il l'a\nréinstrumentée trois fois, et finalement transposée en mi mineur.\n(2) L'édition originale portait le titre Episode de la légende de Sadko, l'édition nouvelle porte\nle titre : Tableau musical pour orchestre, Sadko."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.23", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3803, "texte": "mineur, op. 31 ; Fantaisie pour violon et orchestre sur des thèmes russes (1885), op.\n33 , Capuccio sur des thèmes espagnols (1887), °P» 34 î Schêhérazade, suite sym~\nphonique sur les Mille et une Nuits j 1888), op. 35 ; Fêtes de Pâques, ouverture sur\ndes thèmes religieux (1888), op. 36 ; Mlada, opéra-ballet féerie en 4actes(iBB9-\n90), texte d après Gédéonoff. En 1882, Rimsky-Korsakoff dirigea deux concerts à\n1 Exposition de Moscou , en 1889, deux concerts de musique à l'Exposition uni-\nverselle de Paris (les 10/22 et 17/29 juin, àla salle du Trocadéro) les 1/13 avril\n1890 et 5/18 mars 1900 deux concerts populaires au théâtre de la Monnaie, à\nBruxelles (le piogramme offrait exclusivement des œuvres d'auteurs russes),\nainsi que deux concerts de la section d'Odessa de la Société impériale russe de\nmusique, les set 12 février 1894. En outre., il dirigea à Moscou le23 décembre 1900,\net le 15 décembre 1901 dans la même ville, le 3e acte (transcrit pour le concert) de\nMlada. Enfin, de 1886 à 1900, Rimsky-Korsakoff evt àla tête des concerts sym-\nphoniques russes annuels institués à Saint-Pétersbourg par l'éditeur M. P. Bié-\nlaeff. Dans cette période, viennent se placer : la cantate Svitesianka, op. 44 ;\nd'après les paroles de Mitzkevitch-Mée ; la scène dramatique de Pouschkine\nMozart et Salièri, qui obtint le 2e prix ; Glinha, le 27 novembre 1907, représentée\nen 1898 à Moscou, en 1899 à Saint-Pétersbourg; 1898 : le prologue la Bojare\nVéra Schéloga, op. 54, déjà cité 1899 : Tableau musical d'aprèsle Conte du tsar\n« Saltan », op. 57. Opéras :1a légende la Nuit de Noël (1894-95), en 4 acteset 9 ta-\nbleaux (d'après N. Gogol); kopéra-légende Sadko (1895-6), en 7 tableaux, repré-\nsenté en 1897 à l'Opéra Russe Privé de Moscou avec grand succès, et en 1898 à\nSaint-Pétersbourg ; la Fiancée du tsar ( 1898), opéra en 3 actes et 4 tableaux (d'après\nle drame de L. Mée, scènes complémentaires de I. Tioumeneff); Conte du tsar Sal-\ntari, de son fils Slavni, du puissant seigneur prince Gwidon Saltanovich et delà belle\ntsarine Lebeda (1899-1900), opéra en 4 acteset un prologue et 7 tableaux (libretto\nde W. Bielsky d'après Pouschkine) ; Servilia, opéra en 5 actes (1900-01), tiré\ndu drame de L. Mée ; Kaschtschei bessmertnij (1) (Conte d'automne), qui obtint le\npremier prix ; Glinha, le 27 novembre 1907, opéra en 1 acte et 3 tableaux, dont\nle sujet est emprunté à E M. Petrovsky, mais considérablement modifié et trans-\ncrit par Rimsky-Korsakofflui-même (1902); Pan Wojewoda ( 1902-1903), opéra en\n4 actes, texte de I. Tioumeneff. En 1904, Rimsky-Korsakoff reçut le titre de pro-\nfesseur émérite, et le 19 mars 1905 il fut arbitrairement, sans motion du Conseil\nartistique, et conséquemment contre le § 21 des statuts de la Société impériale\nrusse de musique (confirmée le 25 novembre 1878), révoqué du nombre des pro-\nfesseurs du Conservatoire de Saint-Pétersbourg. Le résultat de cet acte sans pré-\ncédent de l'administration fut la déclaration de Y autonomie du Conservatoire. Le\n5 décembre 1905, Rimsky-Korsakoff assistait de nouveau aux séances du Conseil\nartistique. N. A. Rimsky-Korsakoff estmembred'honneur de plusieurs sociétés de\nmusique. En outre, le 17/30 novembre 1907, il fut élu membre correspondant de\nl'Académie des Beaux-Arts de Paris en remplacement d'Edvard Grieg. Les der-\nnières œuvres de Rimsky-Korsakoff sont : Histoire de la Ville invisible Kitesch et\nde la jeune Fébronie, opéra en 4 actes et 6 tableaux, texte de W.-I. Bielsky (1903-\n1905) ; enfin l'opéra-légende le Coq d'Or (1906 1907) en 3 actes avec un épilogue,\nlivret de W.-l. Bielsky d'après Pouschkine. Je n'ai pas mentionné dans cette no-\nmenclature très succincte les recueils de romances de Rimsky-Korsakoff (85 nu-\n\n(1) Intraduisible ; se dit d'une personne maigre comme un squelette."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.24", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "méros), duos et trios, ses innombrables chœurs et chants religieux, ses recueils\nd'airs populaires (plus de 155 numéros), ses compositions de musique de chambre\n(entre autres les Variations sur le thème B-A-C-11, op. 10) (1), le quartette en\nsi majeur, le sextette pour instruments à cordes en la majeur, le quartette en\nsol majeur (ces 2 derniers manuscrits), les Variations sur un thème russe en la\nmajeur, etc.)? ni une foule d'autres compositions, telles que cantates, concertos,\nfugues, pièces pour piano, violoncelle, etc. 11 existe également de Rimsky-\nKorsakoff un Cours pratique d'harmonie (1886) fort apprécié en Russie. Enfin,\nRimsky-Korsakoff a consacré le temps que lui laissait la composition de ses\npropres œuvres à la transcription et à la réorchestration de plusieurs œuvres de\nses collègues russes. C'est ainsi qu'il a réinstrumenté tout l'Hôte de Pierre de\nDargomijsky (1870 et été 1902), une grande moitié de Prince Igor (1887) et le\nfinale de Topéra-ballet Mlada de Borodine, l'lntroduction du lERIER acte et YEntr acte\ndu 3e de William Ratcliff de C. Cui (1894). Il acheva, réharmonisa et réinstru-\nmenta les deux opéras de Moussorgsky : Khovantschina (1882) et Boris Godounow\n(1892-96), ainsi que, en général, toutes les compositions de cet auteur pour\norchestre et chœurs, par exemple la Nuit sur la Montagne des Renards (1886),\nIntermezzo, Scherzo, la Défaite de Sennachérib, Salammbô (1883). H n'est pas à\nnier que toutes ces compositions d'un des talents les plus originaux de la jeune\nécole russe, vu la défectuosité de leur technique, auraient été à peine compré-\nhensibles au point de vue purement musical sans les retouches que Rimsky-\nKorsakoff y a apportées. Je citerai encore, pour finir, la réinstrumentation, pen-\ndant l'été de 1906, de Gopah (danse), la Cueillette des Champignons, Dors, dors,\nenfant de paysan (Moussorgsky), et le rétablissement de toutes les coupures de\nBoris Godounoff. Pendant l'hiver de 1907, Rimsky-Korsakoff a composé deux\npetits fragments complémentaires de la scène de la Glorification de Boris, en\nvue de la représentation projetée de cette œuvre à Paris.\nOdessa, 25 février 1908.\n\nH. GETTEMAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c019", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "216", "page_fin": "220", "image_debut": 24, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.6", "titre_corps": "La notation symétrique.", "titre_sommaire": "La notation symétrique.", "signature_source": "J. COURAU, Ancien élève de l'Ecole polytechnique", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.24", "debut_caractere": 2184, "fin_caractere_exclue": 2985, "texte": "La notation symétrique.\n\nL'article ci dessous est la seconde partie du travail que M. Courau avait bien voulu nous com-\nmuniquer ; nous n'avons pu l'insérer plus tôt, mais M. Allix verra que cette étude allait au-\ndevant du desideratum qu'il a récemment formulé ici même.\nL idée du clavier symétrique, c'est-à-dire à touches alternativement blanches\net noires, qui a été antérieurement développée dans la Revue (2), est connexe à\ncelle d une notation symétrique, présentant des avantages analogues, mais d'une\napplication générale et indépendante de tout système de musique, de clavier ou\nd instruments. Ce principe ferait disparaître les inconvénients reconnus de tout\n\n(1) La 6« variation, intitulée Fugue, est composée sur le thème de la fugue de J.-S. Bach :\n(2) Voir la Revue du ier février 1908."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.25", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3493, "texte": "temps dans la notation actuelle et ceux que les derniers progrès de la musique\nont mis en évidence.\nLe style moderne emploie de plus en plus les notes altérées, dans les tonalités\nles plus variées. Je me garderais bien de dire qu'il tend à devenir chromatique,\ncar un énoncé même général de cette question pourrait entraîner à d'intermi-\nnables discussions. Mais on ne peut nier que l'aspect, sinon le fond, de la com-\nposition, est de plus en plus chromatique et que la notation exclusivement diato-\nnique que nous avons héritée d'époques musicales beaucoup plus simples, ne\npeut suivre ce mouvement que'par l'emploi excessif des dièses et des bémols,\nsignes nécessaires pour relier une forme avec l'autre.\nOuvrons au hasard une partition moderne, et nous y verrons, poussées à l'ex-\ntrême, les conséquences de cette dualité. Les signes accidentels parfois existent\ntacitement comme inscrits dans la même mesure, ce qui augmente les difficultés\nde lecture provenant de l'armure, parfois se succèdent sans interruption à côté des\nnotes, ce qui double le travail de l'écriture. Inscrire tous ces signes de façon à\nconserver une certaine clarté en même temps qu'un aspect concordant à peu près\navec le rythme, est devenu une tâche bien ingrate, car certains accords composés\nde notes serrées et altérées exigent deux et trois fois la place qu occupent les\naccords voisins de même durée rythmique.\nD'autre part, l'écriture actuelle présente et a toujours présenté deux inconvé-\nnients : elle ne figure pas les intervalles, puisque la différence d'un interligne\nsur la portée correspond tantôt à un ton', tantôt à un demi-ton ; et de plus une\nmême note s'inscrit tantôt sur une ligne, tantôt entre deux lignes. lien résulte\nqu'il est impossible d'écrire ou de reconnaître une gamme, un accord ou un in-\ntervalle sans rechercher les notes qui les composent.\nPour éviter à la fois toutes ces irrégularités, ces inconvénients et ces difficul-\ntés, il suffirait de faire, dans Vécriture, une place aux notes altérées. Ici encore je\nn'aurais garde de parler d'écriture chromatique, et nous allons voir d aiLeuis\nque ce principe n'exige nullement 1 adoption d une base chromatique et qu il per-\nmet au contraire d'écrire les gammes diatoniques d une façon particulièrement\nclaire et commode. Sans entrer dans les longs détails d application qu il serait\nfacile d'en déduire, exposons-le brièvement.\nPour désigner les douze notes de l'octave, on pourra imaginer tous les sys-\ntèmes que l'on voudra, en modifiant les voyelles ou les consonnes des noms de\nnotes actuels (i). Mais on peut aussi prendre tout simplement les chiffres, qui\nprécisément, jusqu'à 12, sont monosyllabiques et faciles à solfier.\nIls présenteront ce grand avantage de montrer tout de suite si les intervalles\nsont composés ou non d'un nombre entier de tons, suivant que les deux chiffies\nsont ou non de même parité. De même, ils permettront d épeler sans travail de\nmémoire les gammes diatoniques, majeures ou mineuies, anciennes ou modernes,\n\n(0 Si l'on a adopté diverses modifications des finales pour désigner les dièses ou bémols (mé-\nthode allemande, méthode Chevé), on ne touche pas aux radicaux. On comprend importance\nque cela pourrait avoir pour le système diatonique, et il n'y a pas a se dissimuler que ' emPloi\ndes chiffres aurait les mêmes conséquences. Quoi qu'il en soit, il serait temps de remp\nversellement par des sons qui puissent se solfier des phrases comme « do diese », « bémol », etc."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.26", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3190, "texte": "puisqu'elles sont caractérisées uniquement par la position des demi-tons.\nIl suffira de suivre les chiffres de même parité en changeant au demi-ton. La\ngamme majeure sera par exemple :\n3\n2\nEn ce qui concerne l'écriture, il suffira d'une portée de trois lignes, car les\ndouze notes s'y inscrivent si on les représente par des notes ovales, ou mieux des\ntraits, inclinés tantôt à droite, tantôt à gauche (fi g. a.)\nPour établir la relation parfaite entre les noms et les signes des notes, on ap-\npellera pairs ceux penchés d'un côté, impairs les autres.\nQuant aux signes actuels de la durée des notes, rien n'empêche de les conser-\nver. Pour les deux seules notes, isolées et d'usage relativement rare, qui s'écri-\nvent par des cercles, la blanche et la ronde, on pourra employer des ovales\ninclinés ou barrer les queues d'une façon spéciale.\nLes mêmes notes s'inscrivant toujours sur la même ligne, dans le même sens,\non appellera ligne des i (des dos si l'on veut) la ligne inférieure. On peut ainsi\nréunir deux groupes de trois lignes, et, surtout si l'on renforce un peu la ligne\ndes i du groupe supérieur, les deux octaves s'y liront facilement, sans qu'il puisse\ny avoir jamais la moindre ambiguité.\nToute clef devient donc superflue ; il suffit d'indiquer sur la ligne des i à quelle\noctave on se trouve en employant les indices ordinaires : 1,1,2,3, etc- (0-\nTout signe d'accident, dièse, bémol ou bécarre, tant à la clef que sur les\nnotes, devient inutile, et les gammes diatoniques de toute classe s'écrivent et se\nreconnaissent instantanément, puisqu'il suffît de changer l'inclinaison des\nsignes au demi-ton. Do majeur, fa %ou sol majeurs, par exemple s'écrivent\nexactement de la même façon. Chaque type de gamme ayant son dessin\n\n(i) Sans vouloir aborder la question si controversée de la suppression générale des clefs, il est\ndifficile de ne pas tout au moins déplorer que la tâche des pianistes soit doublée par remploi\nsimultané de deux clefs différentes. On pourrait défendre ce système comme issu de l'exis-\ntence tacite d'une ligne intermédiaire entre les deux portées, celle du do, où l'on placerait\nune seule clef, celle d'ut ; mais d'abord on n'utilise pas cette clef, qu'il faudrait appliquer sur\nune portée de i i lignes, sans compter celles en dessus ou en dessous. Les trois quarts des mu-\nsiciens ignorant d ailleurs cette ligne imaginaire, qu'on la suppose tout simplement doublée, et\nla clef de sol s'appliquera en bas comme en haut.\nOn n emploie pas dans ces questions, la méthode scientifique consistant à supposer le pro-\nblème résolu. Qu on imagine que la musique de piano n'ait jamais été écrite qu'avec la clef de\nsol à la main gauche et qu'on dise quel inconvénient aurait pu obliger à modifier cette clef !\nCei taines personnes croient, il est vrai, que 1 emploi de la clef de fa est destiné à diminuer le\nnombre de notes basses en dehors de la portée. Non seulement cet avantage, pour une différence\nd une ligne, serait insignifiant (comme d ailleurs pour plusieurs autres clefs d instruments ou de\nvoix) ; mais c est exactement 1 inverse, et pour remplir ce but, il eût fallu mettre la clef de fa en\nhaut et celle de sol en bas."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.27", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "propre, on 1 écrit sans avoir- même à penser aux notes qui le composent. 11 en\nest de même de tous les intervalles, de tous les accords, qui ont chacun leur\nessin caractéristique, ou tout au plus deux dessins, suivant que la note de\nbasse est inclinée à droite ou à gauche (paire ou impaire).\nAinsi la tierce majeure est toujours formée de deux traits parallèles, à la\ndistance d une ligne (fig. g). La tierce mineure ne peut avoir que deux figures\ntrès simples (fig. /). Il suffit de les retenir pour écrire immédiatement tous\nles accords dans leur position fondamentale en tierces superposées, et récipro-\nquement un accord se décompose de visu en ses éléments constitutifs, tierces\nou accords plus simples. Exemples: fig. h,i,j, k (2e fig.).\nDans l'écriture actuelle, la forme d'un accord ne donne aucune indication\nsur sa nature. Les trois accords suivants :\nidentiques déformé,\nsont absolument différents : (septième mineure, septième de dominante, septième\nsensible). Il faut pour les reconnaître épeler les notes et examiner la valeur des\ntierces une par une. Dans l'écriture symétrique au contraire, les formes sont in-\ndépendantes de la position sur la portée et les accords, nous le répétons, s'écri-\nvent et se reconnaissent sans qu'on ait à songer aux notes qui les composent.\nComme d'ailleurs ces notes, aux différentes octaves, s'écrivent toujours de la\nmême façon sur les mêmes lignes, l'écriture de l'accord dans tous ses renverse-\nments,toutes ses positions, est aussi facile et ne peut donner lieu à aucune erreur.\nLes avantages de logique et de simplicité que la notation symétrique appor-\nterait dans la technique musicale sont aussi nombreux que faciles à déduire et\nse rencontreraient à chaque pas d'une théorie complète basée sur ce principe.\n11 est inutile de faire ressortir qu'il s'adapterait particulièrement bien au clavier\nsymétrique, puisque l'inclinaison des traits, à droite ou à gauche, indiquerait\npar elle-même s'il s'agit d'une blanche ou d'une noire (i). La portée devient\nainsi, dans tous les tons, l'image directe et invariable du clavier, et l'on pourrait\n\n(1) On aurait même pu employer sur la portée des notes alternativement blanches et noires,\nreproduisant ainsi les touches du clavier. Mais les traits inclinés nous paraissent plus clairs et\nplus pratiques, surtout pour l'écriture manuscrite. De toutes façons, à chaque dessin type de\ngamme ou d'accord correspond une position type des doigts, ce qui est le principal."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.28", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 816, "texte": "rendre encore plus sensible cette concordance. On se rappelle en effet que, pour\npermettre de se répérer sur le clavier symétrique, nous avons imaginé de faire\ncourir au-dessus une bande mobile reproduisant, par exemple, à titre transi-\ntoire, les divisions blanches et noires du clavier actuel (i). Il est évident que\nl'on pourrait, au lieu de cela, inscrire sur la bande les trois lignes de la\nnotation symétrique, avec les séries de douze notes, en marquant au besoin\nd'un signe ou d'une couleur spéciale les notes principales, comme les toniques\net les dominantes. La bande une fois placée de façon que la note i vienne en\nface de la tonique du ton où l'on doit jouer, chaque note se trouverait éga-\nlement en face de la touche qu'elle représente.\n\nJ. COURAU,\nAncien élève de l'Ecole polytechnique."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.28", "debut_caractere": 1331, "fin_caractere_exclue": 1554, "texte": "(0 Rappelons qu un des avantages du clavier symétrique est de permettre la transposition far\nsimple déplacement parallèle des mains, et par suite d'écrire la musique dans un ton unique.\nLa bande mobile guide ce déplacement."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c026", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "220", "page_fin": "223", "image_debut": 28, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.7", "titre_corps": "Informations.", "titre_sommaire": "Informations.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.28", "debut_caractere": 818, "fin_caractere_exclue": 1329, "texte": "Informations.\n\nRENNES. Par arrêté préfectoral, M. Lavello a été nommé professeur de\nviolon à l'École de musique succursale du Conservatoire national, en rempla-\ncement de M. Gravraud, démissionnaire.\n\nTOURS. Par arrêté de M. le Préfet du département d'lndre-et-Loire,\nMlle Hennequin a été nommée professeur dune classe élémentaire de piano,\nà l'École nationale de musique, en remplacement de Mme Zwierkowska,\ndémissionnaire.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. - Opéra.\nRecettes détaillées du 16 février au 15 mars 1908."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.29", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 235, "texte": "II. - Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 16 février au 15 mars 1908.\n\nTOULON. —Par arrêté préfectoral en date du 25 février 1908, M. J. Lacaze\nest nommé pianiste-accompagnateur à l'École nationale de musique de Toulon."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.30", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2863, "texte": "LE MANS. Par arrêté de M. le Préfet de la Sarthe, M. Françaix (Alfred)\na été nommé professeur de piano et de solfège (cours supérieur) à 1 École\nnationale de musique, en remplacement de M. Guyon, décédé.\n\nROUBAIX. Par arrêté en date du 6 mars courant de M. le Préfet du Nord,\nM. Dufermont est nommé Secrétaire surveillant à 1 École de musique succursale\ndu Conservatoire national.\n\nNAMOUNA, le très élégant ballet d'Ed.Lalo, vient d'être repris avec succès\nà TOpéra. Musique délicate, très mélodique, faisant songer assez souvent au Roi\ncTYs, tout en lui restant inférieure. L'ensemble de la partition est très distin-\ngué, mais un peu froid. Grand succès pour Mlle Zambelli.\nLa symphonie descriptive de M. Vincent d'lndy (concert Lamoureux) a été\ntrès favorablement accueillie ; mais nous désirons la réentendre avant de risquer\nune appréciation.\n\nMUSIQUE ANCIENNE. XM. Joseph Debroux qui, en dehors de son enseigne-\nment si apprécié, s'applique à rééditer, à jouer et à faire revivre notre ancienne\nmusique française, a donné à la salle Pleyel, le 25 mars, son troisième et très\nbrillant récital de violon. Au programme, des œuvres de Jean-Marie Leclair\n(1697-1761), Mondonville le jeune (1748-1808), Jacques Aubert (1678-1753),\nl'Abbé, le fils (1727-1787) : sonates et concertos, tout pleins de l'aimable esprit\nsocial de l'ancien régime, qui ont été exécutés avec une sûreté parfaite. OEuvre\nde restauration excellente, à laquelle nous applaudissons !\nA la salle des Agriculteurs (30 mars), la Société des concerts d'autre fois a donné\nun bien original concert consacré à la musique ancienne avec des instruments\nanciens. Au programme : le Ballet de Chimène de Sacchini (1734-1786) ; une\nsonate de Haendel pour viole de gambe et clavecin; une mélodie et un menuet\njoués sur une petite « harpe irlandaise » très curieuse, par Mme Wurmser-\nDelcourt ; la Cantate nuptiale de Bach, accompagnée par la viole, le hautbois\nd'amour, etc. ; des pièces de Couperin (1668-1733), de Boismortier (1691-1765),\nMouret ( 1682-1738), etc... M. Michaux a eu un succès d'hilarité et de surprise\nen jouant sur la vielle (instrument populaire à cordes qui se joue en tournan\nune manivelle) des pièces de Chédeville. Trois pièces pour hautbois d'amour et\ncontrebasse, par MM. Bleuzet et Nanny, ont été fort applaudies. xMlle Margue-\nrite Delcourt a eu un vif succès en jouant au clavecin les Tricoteuses de Cou-\nperin.\nNous assistons, aujourd'hui, à un tel dévergondage de hardiesses cacopho-\nniques, à des fracas de musique si agressifs,* que nous éprouvons un vrai sou-\nlagement à des séances exquises et reposantes comme celles que nous procure\nxM. Joseph Debroux ou la «Société des concerts d'autrefois ». C'est l'embarque-\nment pour Cythère, sur une eau transparente et entre de frais ombrages, après\nla traversée d'un pays barbare plein de loups et de sauvages."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.31", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1797, "texte": "SALLE PLEYEL.\nConcerts de Ire Quinzaine d'Avril.\n\nE. D.\nDE MONTE CARLO. M. Raoul Gunsbourg a réuni, pour interpréter la Vie de\nBohême, de Puccini, une admirable pléiade de grands artistes qui ont triomphé\navec l'oeuvre de façon éclatante.\nMme Selma Kury, dans le rôle de Mimi, fit acclamer sa voix splendide, son art\nincomparable du chant et son magnifique tempérament dramatique.\nM. Rousselière, qui jouait Rodolfo, y fut le généreux ténor et le comédien\némouvant qu'on ne se lasse pas d'admirer.\nTous les autres rôles étaient remarquablement interprétés : Musette, par la\nmerveilleuse cantatrice Mme Giachetti ; Marcel, par M. Scandiani ; Schaunard,\npar M. Chalmin ; Benoist, par M. Pini-Corsi.\n11 faut citer à part M. Chaliapine, qui a composé le rôle de Colline avec une\npersonnalité et un sentiment qui lui ont valu un succès énorme.\nL'orchestre était dirigé par le maestro Alexandre Pomé.\n\nSous le patronage de la Société J.-S. Bach de Paris, de M. le chevalier de\nStuers, ministre des Pays-Bas à Paris, d'un comitécomposé de Mraes Alphen-Sal-\nvador, baronne d'Asbeck, comtesse R. de Béarn, princesse Bassaraba de Brancô-\nvan, MM. Michel Ephrussi, Edmond Fuchs, la marquise de Ganay, la comtesse\nGreffulhe, Jameson, Kinen, Ménard-Dorian, la princesse Edmond de Polignac,\nThéodore Reinach,Jean de Reszké, aura lieu le mârdi 14 avril, au Trocadéro, une\nsolennité musicale qui s'annonce comme le grand événement artistique de la\nsaison. Deux des sociétés les plus fameuses d'Europe, le Chœur de la Toonkunst\netl'orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam viendront à Paris s'unir sous la di-\nrection de leur chef, le célèbre kappelmeister Willem Mengelberg, dans une\nexécution du chef-d'œuvre dej-S. Bach: la Passion selon saint Matthieu. 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Lavello a été nommé professeur de", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.28", "debut_caractere": 833, "fin_caractere_exclue": 1017, "texte": "RENNES. Par arrêté préfectoral, M. Lavello a été nommé professeur de\nviolon à l'École de musique succursale du Conservatoire national, en rempla-\ncement de M. 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Wagner.\nVerdi.\nGounod.\nR. Wagner.\nSaint-Saëns. L. De-\nlibes.\nR. Wagner.\nMassenet.\nSaint-Saëns. L. De-\nlibes.\nR. Wagner.\nGounod.\nR. Wagner.\nMassenet.\nSaint-Saëns. L. De-\nlibes.\nMeyerbeer.\nR. Wagner.\n19.815 41\n17.746 76\n17.631 25\n19.463 »\n16.173 41\n17.947 76\n16.1 10 25\n11.528 ))\n19.230 41\n14.367 76\n20.014\n14.034 »\n13.797 41\n18.426 76\n15.908 25\n13.951 ))"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c031", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "221", "page_fin": "221", "image_debut": 29, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.7.4", "titre_corps": "II. – Opéra-Comique. 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Messager.\n5.877\n— soirée\nCavalleria Rusticana. — Wer-\nther.\nMascagni. Massenet.\n6.729 5o\nl7 —\nLa Fille du Régiment. — Gala-\nthée.\n18 -\nDonizetti. V. Massé.\n4.345 ))\nAphrodite.\nG. Erlanger.\n7.993 5o\n19 —\nCarmen.\nBizet.\n7.212 5o\n20 —\nAphrodite.\nG. Erlanger.\n/\n8.719 5o\n21 —\nWerther.\nMassenet.\n6.606 5o\n22 —\nAphrodite.\nG. Erlanger.\np.6o3 5O\n23 — matin.\nManon.\nMassenet.\n*7-236 5o\n— soirée\nLa Traviata. — Cavalleria\nRusticana.\nVerdi. Mascagni.\n5.328 5o\n24 —\nMignon.\nA. Thomas.\n4.570 5o\n25 —\nWerther.\nMassenet.\n9.211 »\n26 —\nLa Habanera. — Ghyslaine.\nRaoul Laparra. M\nBertrand.\n1.459 »\n27 — matin.\nCarmen.\nBizet.\n4.742 »\n— soirée\nLa Habanera. — Ghyslaine.\nRaoul Laparra. M.\nBertrand.\n7.416 »\n28 —\nMme Butterfly.\nPuccini.\n6.129 »\n29 -\nLa Habanera. — Ghyslaine.\nRaoul Laparra. M.\nBertrand.\n8.733 33\nIer mars mat.\nWerther. — Le Chalet.\nMassenet. Adam.\n8.669 5°\n— soirée\nManon.\nMassenet.\n7.969 5o\n2 — matin.\nLa Traviata. — La Fille du\nRégiment.\nVerdi Donizetti.\n3.163.5o\n— soirée\nCarmen.\nBizet.\n6.344 }>\n3 — matin.\nMme Butterfly. — Les Noces de\nJeannette.\nPuccini. V. Massé.\n6.652 5o\n— soirée\nLa Vie de Bohème. — Cavalleria\nRusticana.\nPuccini. Mascagni.\n9.023 5o\n4 —\nLa Habanera. — Ghyslaine.\nRaoul Laparra. M.\nBertrand.\n3.174 »\n5 — matin.\nFortunio. .\nA. Messager.\n2.O65 »\n— soirée\nLa Habanera. — Ghyslaine.\nRaoul Laparra. M.\nBertrand.\n7.474 »\n6 —\nAie este.\nGluck.\n7.456 5o\n7 —\nLa Habanera. — Ghyslaine.\nRaoul Laparra. M.\nBertrand.\n8.537 »\n8 — matin.\nAlceste.\nGluck.\n8.377 5o\n. — soirée\nCarmen.\nBizet.\n6.393 5o\n9 —\nMireille.\nGounod.\n3.874 5o\n10 —\nAlceste.\nGluck.\n6.754 »\n11 —\nLa Habanera. — Ghyslaine.\nRaoul Laparra. M.\n4.998 »\nBertrand.\n12 — matin.\nManon.\nMassenet.\n4.521 »\n— soirée\nAlceste.\nGluck.\n8.233 »\n13 —\nCarmen.\nBizet.\n7.3I3 5O\n14 —\nAlceste.\nGluck.\n9.489 33\ni5 — matin.\nGalathée. — Werther.\nV. Massé. Massenet.\n7.798 5o\n— soirée\nCavalleria Rusticana. — Mme\nMascagni. Puccini.\n6.272 ))\nButterfly."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c033", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "221", "page_fin": "221", "image_debut": 29, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.7.5", "titre_corps": "TOULON. —Par arrêté préfectoral en date du 25 février 1908, M. J. 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Dufermont est nommé Secrétaire surveillant à 1 École de musique succursale\ndu Conservatoire national."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c036", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "222", "page_fin": "222", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.7.8", "titre_corps": "NAMOUNA, le très élégant ballet d'Ed.Lalo, vient d'être repris avec succès", "titre_sommaire": "NAMOUNA, le très élégant ballet d'Ed.Lalo, vient d'être repris avec succès", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.30", "debut_caractere": 396, "fin_caractere_exclue": 861, "texte": "NAMOUNA, le très élégant ballet d'Ed.Lalo, vient d'être repris avec succès\nà TOpéra. Musique délicate, très mélodique, faisant songer assez souvent au Roi\ncTYs, tout en lui restant inférieure. L'ensemble de la partition est très distin-\ngué, mais un peu froid. Grand succès pour Mlle Zambelli.\nLa symphonie descriptive de M. Vincent d'lndy (concert Lamoureux) a été\ntrès favorablement accueillie ; mais nous désirons la réentendre avant de risquer\nune appréciation."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c037", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "222", "page_fin": "222", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.7.9", "titre_corps": "MUSIQUE ANCIENNE. XM. Joseph Debroux qui, en dehors de son", "titre_sommaire": "MUSIQUE ANCIENNE. XM. Joseph Debroux qui, en dehors de son", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.30", "debut_caractere": 863, "fin_caractere_exclue": 2863, "texte": "MUSIQUE ANCIENNE. XM. Joseph Debroux qui, en dehors de son enseigne-\nment si apprécié, s'applique à rééditer, à jouer et à faire revivre notre ancienne\nmusique française, a donné à la salle Pleyel, le 25 mars, son troisième et très\nbrillant récital de violon. Au programme, des œuvres de Jean-Marie Leclair\n(1697-1761), Mondonville le jeune (1748-1808), Jacques Aubert (1678-1753),\nl'Abbé, le fils (1727-1787) : sonates et concertos, tout pleins de l'aimable esprit\nsocial de l'ancien régime, qui ont été exécutés avec une sûreté parfaite. OEuvre\nde restauration excellente, à laquelle nous applaudissons !\nA la salle des Agriculteurs (30 mars), la Société des concerts d'autre fois a donné\nun bien original concert consacré à la musique ancienne avec des instruments\nanciens. Au programme : le Ballet de Chimène de Sacchini (1734-1786) ; une\nsonate de Haendel pour viole de gambe et clavecin; une mélodie et un menuet\njoués sur une petite « harpe irlandaise » très curieuse, par Mme Wurmser-\nDelcourt ; la Cantate nuptiale de Bach, accompagnée par la viole, le hautbois\nd'amour, etc. ; des pièces de Couperin (1668-1733), de Boismortier (1691-1765),\nMouret ( 1682-1738), etc... M. Michaux a eu un succès d'hilarité et de surprise\nen jouant sur la vielle (instrument populaire à cordes qui se joue en tournan\nune manivelle) des pièces de Chédeville. Trois pièces pour hautbois d'amour et\ncontrebasse, par MM. Bleuzet et Nanny, ont été fort applaudies. xMlle Margue-\nrite Delcourt a eu un vif succès en jouant au clavecin les Tricoteuses de Cou-\nperin.\nNous assistons, aujourd'hui, à un tel dévergondage de hardiesses cacopho-\nniques, à des fracas de musique si agressifs,* que nous éprouvons un vrai sou-\nlagement à des séances exquises et reposantes comme celles que nous procure\nxM. Joseph Debroux ou la «Société des concerts d'autrefois ». C'est l'embarque-\nment pour Cythère, sur une eau transparente et entre de frais ombrages, après\nla traversée d'un pays barbare plein de loups et de sauvages."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c038", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "223", "page_fin": "223", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.7.10", "titre_corps": "SALLE PLEYEL. Concerts de Ire Quinzaine d'Avril.", "titre_sommaire": "SALLE PLEYEL. 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Gabriel Basset.\n9 h.\n2 Avril\nMme Maniaque (Elèves).\nM. R. Aust.\ni h.\n9 h.\n»\n2\n»\nLa Soc. des Instruments à vent.\n4 h.\n» »\n))\n»\nLa Soc. des compositeurs de\n3 »\nM. Louis Delune.\nmusique.\n9 h.\n4 \"\nMme du Collet.\n»\ni h.\n3\n»\nM. David Blitz.\n»\n5 »\nMme Edouard Lyon (Elèves).\nMlle Marthe Grumbach.\nMme Steiger (Elèves).\n4\n»\nMll° Adeline Bailet.\n»\n6 »\nq h\n5\n»\nMme A. Favre (Elèves).\ni h.\n8 »\ny \"•\ni h.\n6\n»\nM. Joseph Salmon.\n9 h.\n» »\nLe Quatuor Calliat.\na h\n7\n»\nM,le Thérèse de Laulerie.\n»\n10 »\nM. Louis Delune.\ny 11 •\n»\n8\n»\nMlle Nelly Eminger.\n»\nI 2 »\nMme Montel (Elèves).\ni h.\n9\n»\nMme Roger Miclos-Battaille.\n»\n10\n»\nMnie G. Chevillard (Elèves).\nMlle Cam. Pastoureau.\n2 h.\n»\n»\n9 h.\n11\n»\nM. Gaston Bernheimer.\n/\n»\nI 2\n»\nMme Bertrand-Papin (Elèves).\nt h.\n14\n»\nMusique pour harpe chroma-\ntique.\n4 h.\n»\n»\nMlle Blanche Huguet.\n9 h.\n15\n»\nM. Agricol Meiffre.\n))"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c040", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "223", "page_fin": "223", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.7.11", "titre_corps": "DE MONTE CARLO. M. Raoul Gunsbourg a réuni, pour interpréter la Vie de", "titre_sommaire": "DE MONTE CARLO. M. Raoul Gunsbourg a réuni, pour interpréter la Vie de", "signature_source": "E. 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Pini-Corsi.\n11 faut citer à part M. Chaliapine, qui a composé le rôle de Colline avec une\npersonnalité et un sentiment qui lui ont valu un succès énorme.\nL'orchestre était dirigé par le maestro Alexandre Pomé."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c041", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "223", "page_fin": "223", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.7.12", "titre_corps": "Sous le patronage de la Société J.-S. Bach de Paris, de M. le chevalier de", "titre_sommaire": "Sous le patronage de la Société J.-S. Bach de Paris, de M. le chevalier de", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.31", "debut_caractere": 910, "fin_caractere_exclue": 1797, "texte": "Sous le patronage de la Société J.-S. Bach de Paris, de M. le chevalier de\nStuers, ministre des Pays-Bas à Paris, d'un comitécomposé de Mraes Alphen-Sal-\nvador, baronne d'Asbeck, comtesse R. de Béarn, princesse Bassaraba de Brancô-\nvan, MM. Michel Ephrussi, Edmond Fuchs, la marquise de Ganay, la comtesse\nGreffulhe, Jameson, Kinen, Ménard-Dorian, la princesse Edmond de Polignac,\nThéodore Reinach,Jean de Reszké, aura lieu le mârdi 14 avril, au Trocadéro, une\nsolennité musicale qui s'annonce comme le grand événement artistique de la\nsaison. Deux des sociétés les plus fameuses d'Europe, le Chœur de la Toonkunst\netl'orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam viendront à Paris s'unir sous la di-\nrection de leur chef, le célèbre kappelmeister Willem Mengelberg, dans une\nexécution du chef-d'œuvre dej-S. Bach: la Passion selon saint Matthieu. Le\nchiffre des exécutants sera d'environ 400."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c042", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "224", "page_fin": "224", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.8", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.32", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 942, "texte": "CHEMINS DE FER DE PARIS-LYON-MEDITERRANEE.\nLa Compagnie organise, avec le concours de l'agence Lubin, les excursions\nsuivantes :\nItalie.\nDu 18 mars au 17 -avril 1908.\nPrix (tous frais compris). ire cl. : 1080 fr. 2e cl. : 990 fr.\nNaples, Sicile et Naples.\nDéparts de Paris, les 25 mars et 15 avril 1908.\nPrix (tous frais compris). Irecl. : 1100 fr. 2e cl. : 1 000 fr. »\n1 .\nBords de la Méditerranée.\nDu 11 au 26 avril 1908.\nPrix (tous frais compris). ire cl. : 550 fr 2e cl. : 500 fr. »\nItalie (Semaine Sainte à Rome).\n■ Du 13 avril au 13 mai 1908.\nPrix (tous frais compris). ire cl. : 1.090 fr. —2e cl. : 990 fr.\nHaute-Italie et Lacs Italiens.\nDu 29 avril au 24 mai 1908.\nPrix (tous frais compris). iVt cl. : 980 fr. —2e cl. : 890 fr.\nS'adresser, pour renseignements et billets, aux bureaux de l'agence Lubin,\n36, boulevard, Haussmann, à Paris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-04-01-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-04-01_01#c043", "volume": "bmtnabj_1908-04-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "224", "page_fin": "224", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.2.9", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.32", "debut_caractere": 944, "fin_caractere_exclue": 1261, "texte": "L.ES VOYAGES niODGRiVEi\nAgence officielle des Compagnies des Chemins de fer et de Navigation\nPARIS 1, rue de l'Échelle, 1 PARIS\nOrganisation d'excursions, toutes dépenses comprises, pour\n* l'Orient, l'Amérique\nBILLETS DE CHEMINS DE FER ET COUPONS DE PASSAGE\nBUREAUX CORRESPONDANTS DANS LES PRINCIPALES VILLES DU MONDE"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "193", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\n(Honorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction publique.)\nN° 7 (huitième année)\nie,r Avril\n1908\nR. M.\nI\n\nCOURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nHistoire du Théâtre lyrique\nLe culte de Dionysos.\n\n{suite).\nLe culte d'un Esprit devenu plus tard un dieu personnel, d'un Esprit qui\nest d'abord conçu comme l'auteur de cette série de miracles qu'est la .production\ndu vin, puis assimilé à la force régénératrice du printemps, et enfin, par une\ngénéralisation de plus en plus grande, à la cause de tous les biens matériels de\nla vie, ce culte-là, observé dans son point de départ ou son aboutissement rituels,\nest constitué par un processus de la pensée primitive qui n'a rien d'étonnant pour\nnous. Les Grecs, comme les Égyptiens, comme tous les peuples, vivaient des\nproduits de la terre ; nous comprenons que l'idée du sol nourricier, élargie par\nla réflexion jusqu'au concept de Nature, se soit de bonne heure transformée en\nl'idée d'un Pouvoir invisible, mystérieux, supérieur à l'homme, capricieux aussi\ncomme lui, et considéré par conséquent comme susceptible d'être fléchi, dans\nses moments de malveillance, par un culte. Ce que nous avons quelque peine à\ncomprendre, c'est que des œuvres comme les Choéphores ou /'Œdipe-Roi doivent\nêtre rattachées, historiquement, à une telle origine. On dit : la tragédie sort\ndu dithyrambe ; or, si nous admettons que le dithyrambe n'est que 1 ancienne\nincantation traitée artistiquement et développée, il semble bien que tout se\ntienne, et que nous ayons les anneaux nécessaires pour reconstituer une chaîne\nd'évolution ininterrompue. M ais la tragédie lyrique des Grecs est fondée sur\ndeux sentiments qui paraissent contradictoires avec l'état d esprit dionysiaque :\nla terreur et la pitié, <po6o<; xaUXéoç, devise du théâtre sérieux qu'on inscrivait\nencore, au xvne siècle, sur le frontispice des œuvres dun Racine. Comment\narranger cela ?\nDans un livre qui est plein d'étrangetés, de chimères et de belles fulgurations*\nNietzsche a mis son intelligence à la torture pour découvrir un lien entre ces\ndeux extrêmes : le culte de Dionysos, tout de libre joie sensuelle, et le spec-\ntacle offert à la foule (comme épisode d'une fête !) des pires catastrophes que\nl'homme puisse connaître. Avec sa grande imagination d esthéticien allemand\net romantique, Nietzsche agrandit le problème et y voit tout de suite un intérêt\nd'ordre universel» En constatant chez les Grecs un désir toujours grandissant"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "194", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.2", "texte": "COURS DU COLLEGE DE FRANCE\n\nde réjouissances bruyantes, avec un amour contraire de l'« horrible », une\nâpre inclination pour le mythe tragique, pour tout ce qu il y a de terreur, de\ncruauté, de mystère, de néant, de fatalité au fond des choses de la vie, il pose\ndes questions troublantes comme celles-ci : en somme, le sensualisme débridé\ndes Hellènes n'était-il pas fait de détresse initiale, de misère, de mélancolie et\nde douleur ? ou bien, si Ton admet l'antériorité du bonheur de vivre, le tragique\nsort-il naturellement de la force, de la santé exubérante, de l'excès de vitalité ?\nY a-t-il une névrose de la jeunesse des peuples et de leur adolescenee ? Les\nGrecs, précisément dans la splendeur première de leur jeunesse, ont-ils eu le\nbesoin du tragique parce qu'ils étaient pessimistes ? Nietzsche, très intrépide,\nva jusqu'à demander : s'il est vrai que le culte de Dionysos est d'un naturalisme\nabsolument libre, ignorant le quod decet des sociétés modernes, et que ce\nculte coïncide avec la plus grande force du génie grec et l'éclat premier de\nsa jeunesse, faut-il dire que tout ce qui est venu plus tard pour régler la\nnature (goût, logique, morale, esprit scientifique) n'a pu être qu'un symptôme\ndu déclin de la force, une preuve de vieillesse, de lassitude physiologique, le\nsigne d'une corruption à laquelle il fallait trouver un remède ?... J'indique ces\nproblèmes à titre de curiosité ; je n'ai nullement à les résoudre. Je me bornerai\nà marquer les étapes principales de l'évolution d'où le théâtre lyrique est sorti.\nI\nVincantation primitive.\nje crois qu'il est impossible de rien comprendre au principe du culte dionysien,\ncomme à tous les autres cultes antiques, si on ne remonte pas jusqu'aux pra-\ntiques populaires de la magie musicale, qui sont certainement ce qu'il y ade\nplus ancien dans la civilisation. Cette thèse n'est pas classique : je ne l'ai trouvée\ndans aucun des ouvrages modernes qui font autorité sur la question ; mais tel\nest mon sentiment personnel : les formes de la composition musicale, et, en\nparticulier, celles du théâtre lyrique, ont une origine religieuse ; or les cultes\nreligieux antiques restent pour nous une énigme dépourvue de sens ou indé-\nchiffrable, si on ne les considère pas comme un développement des rites de\nla magie chantée.\nDe l'incantation primitive adressée au dieu de la vigne, il ne nous reste aucun\nspécimen. Elle se réduisait probablement, au point de vue oral et rythmique, à\nun appel modulé, à la simple invocation d'un nom répété un certain nombre de\nfois, dans de certaines conditions. Cet appel (comme ko analogue àrU iralav,\névohê, etc.) est l'embryon et le premier jet du lyrisme ; il s'est maintenu, en\nleur servant de refrain, dans les compositions développéeset littéraires que nous\nfont connaître les manuscrits et les inscriptions dés périodes civilisées. A défaut\nde documents directs, nous pouvons nous faire une idée de ce qu'a été la magie\ngrecque primitive, par voie d'analogie, en partant de ce principe qu'en pareille\nmatière les habitudes de presque tous les peuples connus ont été partout les\nmêmes. Nous avons des primitifs contemporains, qui nous permettent de conjec-\nturer ce qu ont pu être les primitifs de l'histoire. Les Indiens d'Amérique (qui\nne sont plus à proprement parler des « sauvages », mais qui observent des\ntraditions tellement anciennes que très souvent ils n'en comprennent plus le vrai\nsens) ont, eux aussi, des cérémonies rituelles où ils invoquent des Esprits qui"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "195", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.3", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nsont les dispensateurs des biens de la vie, surtout des biens de la terre et de\nce qui est nécessaire à la puissance d une tribu : un grand nombre d'enfants.\nPar ces deux dernières idées, la cérémonie Hako, pratiquée chez les Indiens\nPawnees, ressemble fort au culte de Dionysos. (Il faut même remarquer qu'au\nlieu de prendre le cynique phallos ithyen comme symbole de la fécondité, les\nPawnees ont adopté l'épi de maïs, dont l'analogue est peut-être dans la pomme\nde pin du thyise des bacchants). Les moiceaux lyriques chantés par ces Indiens\net notés par miss Fletcher comprennent une série de couplets où l'on ne trouve\nque le nom de l'Esprit invoqué, et, pour encadrer ce nom, de pures interjections\n(Ho ! hare! He ! etc...) signifiant attention ! voici ! etc.., ou indiquant un senti\"\nment de respect (ier rituel de la cérémonie Hako). C'est bien le lyrisme sous sa\nforme initiale ; la magie fournit l'élément premier : plus tard, l'imagination des\npoètes brodera là-dessus ; (souvent, elle conservera l'élément initial, l'appel à'\nl'Esprit, ou la formule magique essentielle, pour en faire le refrain que les mo-\ndernes ne comprendront plus).\nCe qu'il faut bien comprendre aussi, c'est que la magie des primitifs est fondée\nsur Y imitation. Un de ses grands principes est d'agir « sur le semblable par le\nsemblable ». L'australien qui veut obtenir la pluie pour le bien d'une récolte atten-\ndue, verse à terre de l'eau contenue dans un bassin : il croit que l'image artificiel-\nlement reproduite d'une chose entraîne la réalité de cette chose. Sur ce principe\nest établie la figuration des dieux Tlalocs, au Mexique. Or on « imite » (dans le\nsens antique du mot) de plusieurs façons ; d'abord par la parole ; et c'est certai-\nnement le titre d ((artisans créateurs » qu Homère entendait donner aux hommes\nen les appelant : « les êtres à la voix articulée ». On « imite )) par le chant et le dessin\nmélodique ; j'ai analysé ici même une mélodie magique notée par Lumholtz et\ndans laquelle on trouve de véritables gestes vocaux, d'une direciion identique à\ncelle des mouvements que l'incantateur veut obtenir dans le monde extérieur.\nOn imite par la danse. (J'ai déjà lu ici, dans un autre cours, des descriptions de\ndanses où des peuples chasseurs reproduisent les bonds, les démarches, les\nruses,etc., du gibier dont ils ont l'intention de faire la capture). On imite enfin\npar la physionomie, la gesticulation, les changements de toute sorte qui peuvent\nêtre apportés à 1 habitus physique du magicien. L'usage du masque, si répandu\nchez les primitifs, n a pas eu d'autre but. Incidemment, et sans en faire un\nargument; je rappellerai que sur les parois de certaines cavernes habitées par\nles hommes de la préhistoire, on a trouvé, à côté de dessins d'animaux admi-\nrablement exécutés, des dessins de figure humaine qui tous sont grotesques,\nparce que, très-probablement, ce sont des reproductions de masques ayant servi\ndans des rites de magie.\nCette théorie de l'imitation employée dans un but magique etutilitairenousest\nimposée par les documents archéologiques ; mais voici ce qui est bien suggestif :\ncette théorie est précisément celle d'Aristote, lorsque, inconscient des origines de\nsa propre thèse, Aristote parle de la poésie et des arts désintéressés, uniquement\norientés vers la réalisation du beau ! Il dit (et cette parole sera un dogme pour\nles siècles ultérieurs dans la civilisation occidentale) que toute œuvre d'art est une\n« imitation » (pitu7)<jtç) ; et il énumère, comme moyens d'imiter, les moyens qui\nont été employés par les magiciens de tous les temps ! Le lien qui rattache la\nmagie et 1' « art » proprement dit est d'une évidence manifeste, à la fois dans les\nfaits et dans les doctrines."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "196", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.4", "texte": "COURS DU COLLEGE DE FRANCE\n\nNous trouvons donc dans la magie primitive tous les éléments qui servi-\nront à constituer le théâtre lyrique : formules verbales, chant, rythmes, danses,\ntravestissements imitatifs, masques. Suivons l'évolution en ce qui concerne\nle lyrisme seul.\nII\nLe dithyrambe.\nLe dithyrambe est une incantation développée et ornée, transformée en chant\nchoral d'apparat, à un moment où la religion succède à la magie.\nAvec les progrès de l'intelligence humaine et de la vie sociale, tout se déve-\nloppe, se précise, s'agrandit. La notion des Esprits supérieurs à 1 homme se fixe\net se détermine dans des dogmes ; les opérations magiques (peut-être par suite\nde leurs échecs) deviennent des cultes réguliers où la prière se substitue aux in-\njonctions. Parallèlement, l'incantation se transforme et assouplit sa raideur :\nd'une recette empirique réputée infaillible, on fait un « hommage » à la divinité.\nAvec le temps, les rites de la religion elle-même s'affranchissent, sur certains\npoints, d'un formalisme rigoureux. D'abord, le sentiment qui leur est lié, est\natténué, moins inquiet : à la superstition (c'est-à-dire à la confiance dans une\nrecette), puis à la foi, a succédé un état d'esprit nouveau, moitié religieux, moitié\nesthétique, où le divin est mêlé à ce qui est politique, et où la piété pure entre\ndans le domaine de la poésie pour s'allier à l'imagination. On maintient sans\ndoute les liturgies traditionnelles, mais, en dehors du peuple ignorant et docile,\nles hommes supérieurs les pratiquent cum grano salis ou cum grano voluptatis. Les\nfidèles de Dionysos ressemblent à ces modernes qui, sans doute, sont de « bons\ncatholiques », mais qui vont à la messe autant pour entendre de la belle musique\net de beaux chants que pour prier. Aux obscures croyances populaires qui restent\npeut-être intactes, se superpose un libre travail d'interprétation d'où sort, épa-\nnouie, la fleur de l'art littéraire et musical.\nC'est la période du dithyrambe. Nous pouvons nous en faire une idée d'après\nun fragment de Pindare que je vais lire. Denys d'Halicarnasse y voyait un\nspécimen d' « harmonie austère ». On y trouve, reconnaissable, l'incantation,\nl'appel aux Esprits dont on veut gagner la bienveillance à l'aide des formules\nchantées ; mais on y voit également tout autre chose :\n<( Jetez les yeux sur notre chœur, envoyez-nous la joie et l'éclat, ô dieux\n« olympiens qui, au milieu des parfums de l'encens, visitez le centre de la sainte\n« Athènes et sa place brillante de gloire et de magnificence. Recevez les cou-\n« ronnes de violettes et l'offrande des fleurs printanières, et daignez regarder\n« le poète qui, de la fête de Jupiter, s'est avancé avec un hymne éclatant vers le\n« dieu couronné de lierre, celui que nos bouches mortelles invoquent sous les\n« noms de Bromios et d'Eriboas. Je suis venu célébrer la race des héros glorieux\n« et des femmes de la famille de Cadmos (c'est-à-dire Dionysos fils de Sémélé et\n« petit-fils de Cadmos). Dans l'argienne Némée, le devin attentif saisit le moment\n(t où la palme s élance du tronc, quand s'ouvre la chambre des heures et que\n« les fleurs odorantes sentent le souffle embaumé du printemps. Alors le feuil-\n« lage aimable des violettes se répand sur la terre immortelle, alors les roses\n« s'enlacent dans les chevelures, les voix retentissent mêlées aux accords des\n« flûtes, et les chœurs font résonner les louanges de Sémélé, ceinte d'un gracieux"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "197", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.5", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\n« bandeau. » Et dans un autre fragment dithyrambique, le poète thébain chantait\nle merveilleux éclat dont rayonnait Athènes à pareil jour : « O ville brillante,\n« ville couronnée de violettes, mille fois digne d'être chantée, rempart de la\n« Grèce, illustre Athènes, acropole divine ! »\nCe texte donne lieu aux observations suivantes :\nLe poète est devenu le collaborateur du prêtre (successeur du magicien). Il ne\nse borne pas à voir en Dionysos le dieu qui personnifie les forces et le renouveau\nde la nature : il établit une certaine solidarité entre Dionysos et les autres divinités\ndu panthéon hellénique II généralise. Il voit surtout Dionysos sous l'angle po-\nlitique : il parle en citoyen d'Athènes pour qui la vie publique de la cité et les\nchoses religieuses ne font qu'un. Cette connexité établie entre le divin et le pro-\nfane est un fait capital. Il y en a un autre : on voit très bien que Pindare traite\ndes mythes déterminés, mais les interprète librement. Il parle des «chevelures\noù s'enlacent des roses ». Ce n'est plus une formule rituelle; c'est un ornement\nde langage. Il dit cela ; il aurait pu dire autre chose. Il n'est plus prisonnier des\nmots et des rythmes. L'imagination va faire son œuvre.\nIII\nL'action dramatique. D'après le fragment de la composition de Pindare qui\nvient d'être cité, on peut se faire une idée de la double extension qu'a prise le\nculte du dieu de la vigne, à la fois du côté religieux et du côté social, grâce à\nl'imagination d'un poète hellénique. Ce qui subsiste et subsistera toujours\n(même sous des formes nouvelles) des anciens rites, c'est l'invocation ; c'est\naussi le principe même des rites qui accompagnent les formules orales : l'imita-\ntion.\nDans le culte initial de Dionysos, à côté des choses dites (ou chantées), il y\navait les chosesy~af/es, l'action, dont l'objet était de représenter tout ce qui est\nessentiel dans la conception de la personne du dieu. Cette dualité formera tou-\njours la base du théâtre grec, et il nous paraît facile de saisir les divers mo-\nments de révolution. Lorsque le dieu a une légende complète, la partie mimée\nprend plus d'importance et de développement. Lorsqu'il est rattaché aux autres\ndieux, l'invocation n'a plus un objet unique, étroitement limité, et s'enrichit de\ntoutes les idées morales sur la condition de 1 homme, la nécessité de la modéra-\ntion et de la sagesse, etc., etc., qu'entraîne cette généralisation. En même temps\nque le point de vue se déplace et que l'horizon s'agrandit, s'effectue peu à peu\nun progrès décisif : à l'origine, c'est un seul officiant qui, avec le concours d'au-\ntres hommes servant de figurants ou de comparses pour les cortèges, est chargé\nde mimer la légende ou certains épisodes caractéristiques de la légende de Dio-\nnysos; il est, non pas soliste ou monologuiste, comme on dirait aujourd'hui, mais\n« pantomime ». Puis il s'adjoint un « second acteur ». Enfin la cérémonie ri-\ntuelle n'ayant plus un caractère exclusivement religieux et étant associée à une\nsolennité politique, on songe tout naturellement à traiter d'autres légendes divi-\nnes que celles de Dionysos. Dans une dernière période, où, d'ailleurs, on ne\nrompra jamais d'une façon absolue avec le principe du mythe, mais où on se\nrapprochera de plus en plus de la réalité, on traitera des légendes purement\nhumaines. Le chœur, qui était d'abord l'essentiel parce qu'il représentait 1 in-\ncantation primitive, verra son rôle diminuer peu à peu et sera obligé de cédei"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "198", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.6", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nla première place aux simples acteurs. Avec Sophocle, avec Euripide surtout, il\ncommencera à être dépossédé et à devenir un hors-d'œuvre. Pendant la période\nromaine, l'orchestre où il régnait d'abord (sans scène) devient un demi-cercle ;\nau lieu d'un demi-cercle, chez les modernes, ce sera moins encore ; et, d'autre\npart, sur la « scène », le progrès continuera de plus en plus, dans un sens opposé,\nOn traite des sujets « tragiques » ? Sans doute ; mais il ne faut pas être dupe de ces\nmots de « terreur et pitié ». C'est, comme dirait Montaigne, « un fantôme à eston-\nner les gens ». Il s'agit avant tout de rehausser l'attrait d'une grande fête popu-\nlaire, et on peut y arriver, entre autres moyens, par des spectacles qui, en dépit\nd'Aristote et de Nietzsche, n'ont rien de douloureux, d'austère, de sombre, ou de\n« pessimiste », parce que la poésie les enveloppe et les transforme en beauté.\nAinsi, une Parisienne très délicate mettra dans son salon la statue en bronze\nd'un dieu chinois monstrueux, ou un masque japonais grimaçant, non pas pour\neffrayer ses hôtes, mais parce que ce sont des pièces d'art, d'un travail curieux.\nN'oublions pas, d'ailleurs, que les Grecs avaient aussi, à côté de la tragédie, le\ndrame satyrique et la comédie..,\nL'évolution que j'ai esquissée constitue un ensemble où tout paraît bien en\nplace. Du point de départ à la première étape importante (représentée, si l'on\nveut, par le Promèlhèe ou les Perses d'Eschyle), tout semble s'enchaîner, tout\nconcorde avec les observations qu'on pourrait faire dans d'autres domaines de\nl'histoire ; et, de cette étape jusqu'à Lulli, Meyerbeer ou R. Wagner, il n'y a\npoint de difficultés.\nL'important, c'est le point de départ que j'ai proposé d'admettre. On a dit :\ncelui qui, au lieu de raconter la légende de tel ou tel personnage, s'identifia\navec lui et agit en conséquence, fut le vrai créateur du théâtre. Je ne crois pas\nque l'apparition du drame lyrique soit due à cette sorte de coup d'audace ; je ne\nle crois pas, parce que la magie est ce qu'il y a de plus ancien dans l'histoire des\nsociétés humaines, et parce que la magie contenait tout ce qu'il fallait pour le\nthéâtre : l'imitation (au sens aristotélicien du mot, c'est-à-dire la reproduction\nd'un groupe de faits et d'idées) ; elle était faite de chant, de gestes, de danses ;\nelle avait donc tous les éléments que nous retrouvons dans les chefs-d'œuvre\nde 1 âge classique. Il suffisait du génie des poètes pour tirer le chêne du germe où\nil était inclus.\nOn a dit aussi (ce fut 1 opinion de Boeckh) : le premier genrequi fait son appa-\nrition, c est le récit, 1 épopée ; puis vient le lyrisme ; enfin le théâtre. Si l'on\nadmet ce que je viens de dire, une telle manière de voir doit paraître inexacte.\nI oui la justifiei, on a dit que le lyrisme était personnel, « subjectif », et que,\nvraisemblablement, on n'avait pas débuté par une poésie de ce genre. Faut-il\ndiie si 1 incantation des primitifs est quelque chose de « subjectif »ou d'« ob-\njectif » ? Je penche pour <( objectif », car le magicien emploie des formules qu'il\nn invente pas et qu il considère comme capables d'agir par elles-mêmes. Je suis\ndonc en règle avec les définitions d'école. Je n'irai pas jusqu'à dire que le drame\nchanté est la première forme qu'ait prise la poésie ; un tel paradoxe ne serait\ntolérable que si on s entendait d abord sur le sens à donner au mot drame, et il\nfaudrait sans doute réduire ce sens à trop peu de chose pour qu'un tel mot lui\nfût applicable. Mais je suis convaincu que le premier genre, historiquement, est\nla poésie lyrique, avec la forme primitive de l'incantation ; et que le théâtre\nchanté est sorti de là-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "199", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.7", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nIV\nLaissons maintenant de côté ces problèmes un peu ardus. Revenons àla\nsimple constatation des faits que je signalais au début de ma dernière leçon, en\nmontrant le singulier éclat du culte de Dionysos au ve siècle. A pareille époque,\nce culte a déjà un caractère commémoratif ; la tradition s'y combine avec le génie\ndes poètes musiciens ; et, après l'esprit philosophique, un demi-septicisme ne\ntardera pas à y pénétrer ; mais quel élan il donne à l imagination des artistes\ncréateurs ! quel public admirablement préparé il leur offre ! quels éléments de\n« succès » pour ceux qui aiment à entrer en communion avec la foule et à la\ndominer !\nLes Grecs ont fait sans effort ce que nous, modernes, nous cherchons péni-\nblement à réaliser sans y parvenir et ce qui est si favorable à la production\nd'un art vraiment supérieur : ils ont eu des fêtes populaires. Nous n'en avons\nplus; et il en résulte que notre théâtre lyrique est sans orientation, sans\ncontact direct avec l'esprit public. Cette impuissance à organiser une grande fête\npopulaire conséquence peut-être obligée de l'énorme extension de l'Etat me\nparaît être un des caractères les mieux constatés de notre démocratie. La royauté,\nsous l'ancien régime, avait organisé des fêtes extrêmement brillantes ; mais\nréservées seulement à la noblesse: le peuple les payait, sans y participer. Par\nsuite, elles ne pouvaient donner naissance qu'à un art conventionnel et faux, sans\nindépendance et sans variété, restreint à une esthétique de cour ou de salon. La\nRévolution a pu organiser quelques fêtes sublimes, mais dans des circonstances\nexceptionnelles (comme la Fédération). Elle a bien voulu glorifier et chanter la\nnature : ainsi en 1796, il y a des hymnes de xWartini, de Berton, de Lefèvre, de\nJanin, à l'Agriculture, pour rendre\nhommage à la pompe rustique\nqui règne aux jours de la moisson;\nmais tout cela est artificiel, inspiré par des souvenirs de littérature classique,\nplein de bonnes intentions, abstrait, sans racines dans les usages réels et les tra-\nditions nationales !\nAujourd'hui, la situation est encore plus défavorable : la foi et l'enthousiasme\nfont défaut ; l'esprit de critique et de scepticisme arrête tout élan ; et puis, plus on\nest nombreux, plus une réjouissance comme celle des Grecs devient difficile. Il\nfaut qu'une fête nationale ait beaucoup d'ampleur, mais qu'un certain esprit de\nfamille y persiste ; et cela n'est plus possible dans nos vastes sociétés modernes*\nsi confuses et si mêlées. Au cours delà dernière grande Exposition universelle, on\navait construit une « salle des fêtes » grandiose. Elle n'a servi qu'à réunir des\npersonnages officiels pour entendre quelques discours ; sa véritable fonction n'a\npu être remplie. Les Parisiens et les étrangers s'y rendaient non pour prendre\npart effectivement à des aGtes collectifs, mais pour assister, comme spectateurs, à\ndes réjouissances qui n'existaient pas, ce qui réduisait leur concours à une simple\npromenade d'oisifs. Nous avons une religion qui, à beaucoup d'égards, est bien\nsupérieure à celle des Grecs; mais comme je l'ai dit, elle condamne la nature; et\nau lieu d'être identifiée, comme chez les anciens, avec le gouvernement et la loi\ndu pays, elle est en dehors d'eux, et ne s'entend pas avec eux."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "200", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.8", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nNous avons une fête civile, le 14 juillet; mais, sauf l'illumination obligée des\nmonuments publics, les harangues officielles et les décorations, elle se réduit,\ncomme manifestation populaire, à quelques petits bals de quartier avec un maigre\norchestre en plein air. Le carnaval, on sait ce qu'il est devenu. Frappé de cette\nsituation commune à tous les pays, qui a son contre-coup inévitable dans les arts\net qui contrarie leur essor, R. Wagner a voulu refaire, en Allemagne, ce qu une\nculture intensive et cosmopolite avait détruit : il a créé le théâtre de Bayreuth ;\nmais il n'a pas réussi de la façon qu'il voulait : dans les premières années, son\nappel a été surtout entendu par des Américains, et des Français ; et aujour-\nd'hui son œuvre semble compromise, ou dépassée, ou simplement classée comme\ncelle des grands compositeurs qui l'avaient précédé.\nEn France, nous avons eu aussi des velléités de renouveau : lorsque des cadres\nmagnifiques comme le théâtre d'Orange ou les arènes de Béziers ont été remis\nen usage, nous avons cru un instant que 1 art musical contemporain allait faire\nrevivre l'art antique avec sa grandeur, son éclatet presque son caractère religieux;\nmais on s'est bientôt aperçu que, si on avait le cadre, on était fort embarrassé\npour trouver ce qu'il fallait mettre dedans ; après avoir demandé des opéias aux\ncompositeurs les plus estimés, on en a été réduit à reprendre des œuvres\nanciennes :on est allé, à Orange, jusqu'à jouer la ixc symphonie avec chœurs\nde Beethoven ! et ces exécutions sont devenues semblables à celles de Paris, avec\ncette seule différence qu'elles imposent aux amateurs, aux « critiques » et aux\nreporters, un déplacement considérable et fatigant dans la période des\nvacances.\nDevant notre drame lyrique désemparé, celui des Grecs va apparaître jeune,\nfort, brillant, soutenu par tout ce qui fait la vie d'une nation.\n(.A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU.\n\nExécutions et publications récentes.\n\nŒUVRES DE M. RICHARD STRAUSS.\n\nAu concert du Châtelet (22 mars),\nM. Strauss a dirigé lui-même un concert dont le programme était consacré à\nun choix de ses œuvres. C'est une très grande personnalité musicalè que\nM. Strauss, cela n'est pas douteux ;sa puissance orchestrale de construction est\nmerveilleuse. Mais nous ne l'admirons pas sans de sérieuses réserves. Le prélude\nde l'opéra Guntram (œuvre de jeunesse, il est vrai) est trop visiblement imité\ndes préludes de Lohengrin, de Tristan, et, dans la deuxième partie, de l'ouverture\ndes Maîtres chanteurs. La mélodie Stcendchen (accompagnée au piano) est jolie,\nmais un peu banale : c'est le « gemûth » allemand, avec des clausules mélodi-\nques dont l'ingénuité est un peu bébête ; l'ensemble est légèrement commun et\n« café de dames viennoises ». Mort et Transfiguration est écrit sur des lieux com-\nmuns romantiques surannés, et s'en ressent un peu. La Symphonie domestique\nest une œuvre d'une extraordinaire valeur technique, mais touffue et longue à\nl'excès sans nécessité, trop dépourvue de goût, et surtout de sentiment. Comme\nje préfère une symphonie de César Franck, —ou un lied de Schumann !... Je\npréfère aussi en ce qui concerne la couleur et pour des motifs de goût français\nune œuvre comme la Danse macabre de Saint-Saëns !M. Dukas a fait encore"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "201", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.9", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\ntout aussi bien, avecmoins de fracas que M. Strauss, La tour Saint-Jacques me\nsemble plus belle que la tour Eiffel ; les pyramides d'Egypte, si on pouvait les\nmettre l'une sur l'autre, ne vaudraient pas certaines statuettes de Tanagra.\nM. Strauss met Pélion sur Ossa et remue ciel et terre trop inutilement, dans les\npetits sujets. Et M. Rimsky-Korsakoff me paraît beaucoup plus poète que lui !\nMme Wieniawski est une cantatrice agréable, mais la j.ustesse de la voix a\nlaissé quelquefois à désirer.\n\nS.\n\nOPÉRA.\nH.\nLes recettes détaillées contenues dans le « baromètre musical » que\nnous publions plus loin sont plus instructives pour le lecteur —et plus impar-\ntiales— que de longues dissertations. On y verra d'abord'que, sous la direction\nde MM. Messager et Broussan, les recettes n'ont pas sensiblement varié ;on y\nverra ensuite que le public continue à donner nettement sa faveur à Faust et au\nSarnson et Dalila de Saint-Saëns. A l'Opéra-Comique, les œuvres de M. Masse-\nnet font aussi le maximum. Les compositeurs sont prévenus ; ils peuvent mé-\npriser cette esthétique : mais il sera bien entendu qu'en ce cas ils ne tiennent pas à\nl'approbation du public, et qu'ils écrivent pour eux-mêmes plutôt que pour les\nautres.\n\n«RÉDEMPTION» DE CÉSAR FRANCK (SOCIÉTÉ DES CONCERTS DU CONSERVATOIRE).\nH. B.\nLe poème-symphonie de Franck, qui eut si peu de succès lors de son apparition\nen 1873, fait maintenant partie du répertoire de nos grandes compagnies sym-\nphoniques, et la fameuse ouverture de la seconde partie, qui est d'ailleurs bâtie\nsur des thèmes empruntés à l'ouvrage, est une des pièces orchestrales les plus\njouées présentement. Ce morceau symphonique pourrait être le couronnement\net la conclusion de l'œuvre; ce qui vient ensuite est un peu superflu. La musique\nancienne avait d'interminables reprises; la musique moderne a des redites aussi\ncoupables, j'aime beaucoup le chœur d'hommes qui vient après l'interlude.\nLes sons bouchés des cuivres et les cordes pizzicati donnent aux voix un relief\nsaisissant. Et pourtant j'aimerais à voir l'œuvre finir sur les derniers accords\ndu morceau symphonique !\nIl est oiseux de dire que l'orchestre de la Société des concerts a été àla hauteur\nde sa tâche. Les chœurs ont également très bien chanté. Je serai plus réservé en\nce qui concerne Mlle Rose Féart. Quant àM. Brémont, c'est le récitant idéal.\nQui pourra jamais songer à remplacer un jour M. Brémont ?\n\n«LE SACRIFICE D'ISAAC.» (CONCERT PAUL SEGUY ALA SALLE PLEYEL).\n\n-M.Seguy\ndonne chaque année un grand concert dans lequel il s'efforce de produire des\nœuvres nouvelles et de rendre à la lumière des œuvres anciennes oubliées. La\ndernière séance qu'il organisa se terminait par le tableau des Incas des Indes ga-\nlantes de Rameau. On ne saurait trop louer le zèle qui a été déployé en cette\noccurrence, lorsqu'on songe au travail que nécessitent les études d'une œuvre\nsemblable, dont les parties séparées d'orchestre et de chœurs n'existent même\npas. La « Fête du soleil », qui constitue la plus belle partie de cette « entrée », est\nd'une splendeur et d'une richesse mélodique extrêmes. Rameau fut un précurseur\net l'on conçoit qu'il put être discuté par ses contemporains autant, sinon plus,\nque Wagner durant la seconde moitié du siècle dernier.\nM. Mouquet a écrit une partition sur le poème biblique de Paul Gollin :le\nSacrifice d'lsaac, dont M. Seguy nous donnait la primeur. Ce petit oratorio se"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "202", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.10", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\ndivise en trois parties d'où se dégage un parfum séraphique très distinct de 10-\ndeur d'encens des œuvres fades, très différent aussi relents musqués\ndes compositions ultra-modernes. N'ayant à sa disposition qu un orchestre res-\ntreint, M. Mouqueta sagement fait parler l'harmonium, et aussi le piano ; l'im-\npression générale que donne cet oratorio est reposante et douce. Peut-etre la\nscène du sacrifice n'est-elle pas assez dramatique ; mais lon sait que c est un\nsacrifice « pour rire », et l'ange qui arrête la main d'Abraham s exprime en un\nandantino d une inspiration vraiment suave, et dont Mme Tresse a bien rendu le\nsentiment. Le chœur des pasteurs qui sert d'introduction à 1 œuvre, le joli prélude\ndelà deuxième partie et le chœur final sont de- belles pages, qui honorent le\ncompositeur. M»»0 Huguet a chanté avec beaucoup de goût musical la partie de\nSara. M. Seguy est un Abraham trop jeune. Quant à M. Bernard, c est un Isaac\ndont la voix est bien peu étendue. Le registre grave de ce ténoi est tout à fait\ndéfectueux. M. Bernard a eu pourtant de meilleurs moments dans la Saison des\nsemailles, un chœur mixte de M. Fernand Masson écrit en style fugué et d une\nagréable sonorité, à qui 1 on fit un succès mérité. Des œuvres de MM. Sachs, de\nla Tombelle, Villain et Adalbert Mercier complétaient le programme.\n\nH. B.\n\nMONTE-CARLO.\nE. D.\nUne œuvre très intéressante a été révélée aux Concerts\nclassiques : la Dogaresse, opéra en 3 actes de M. Sinadino, dont Mllcs \\ vonne\nDubel, Lucey, MM. Koubitzki et Ananian, ont chanté plusieurs grandes scènes.\nL'orchestre en a donné d'importants fragments symphoniques.\nL'inspiration sincère, la chaleur passionnée de la musique mélodique de\nM. Sinadino, le coloris et la plénitude de son orchestration, ont valu un très vit\nsuccès aux fragments de la Dogaresse qu il faut espérer entendre bientôt àla\nscène.\nLes concerts sont toujours du plus haut intérêt : aux dernières séances, on a\nchaleureusement applaudi une sélection d'oeuvres de Mme Gabrielle Ferrari,\npages d'orchestre d'un beau souffle, mélodies délicieusement chantées par\nMlle Yvonne Dubel, et une brillante Rapsodie espagnole qui a permis à Mmc Ferrari\nde faire admirer sa virtuosité de pianiste M Alexandre Georges a conduit des\nfragments de Miarka, des fragments à'Axel et un superbe poème symphonique,\nla Naissance de Vamour. On a bissé l'exquise chanson Si Veau qui court divinement\nchantée par Mme Marguerite Carré.\nParmi les virtuoses les plus acclamés, il faut citer le merveilleux violoniste,\nM. Georges Enesco, dont la pureté de son et l'ampleur de style ont soulevé\nl'enthousiasme, —et Mme Clotilde Kleeberg, pianiste remarquable, d'un doigté\ndélicat et d'un charme délicieux.\n\nL'OFFICE DE LA CIRCONCISION, IMPROPREMENT APPELÉ « OFFICE DES FOUS »,\nI vol. xn-244 p., par l'abbé VILLETARD (chez A. PICARD, 12 fr.). — Il existe\ndeux manuscrits célèbres reproduisant cet office : le manuscrit de Beauvais et\ncelui de Sens. Ils reposent, l'un dans le Musée Britannique, — avec plusieurs de\nnos dépouilles opimes, naturellement ! — et l'autre dans le musée municipal de\nSens.\nLe premier reste encore inédit, mais pas pour longtemps, il faut l'espérer.\nLe second vient d'être mis sous nos yeux — le mot n'est point trop fort — par\nM. l'abbé Henri Villetard, qui, on le voit, sait noblement occuper les loisirs que\nlui laisse la modeste paroisse de Serrigny."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "203", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.11", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nLe musicologue s'est proposé un double but : disculper l'Église d'accusations\ninjustes et enrichir le trésor de l'archéologie musicale.\nQu'était-ce donc que cette Fête des Fous ou de Y Ane qui a fait couler tant\nde flots d'encre ? C'était probablement une épave des fêtes naturalistes que\nles païens célébraient au commencement de janvier en l'honneur de Janus.\nSans aucun doute, à l'origine, l'Église avait tenté de substituer à ces rites\norgiaques des cérémonies s'harmonisant mieux avec la morale pure du Christ :\nc'est ainsi, au dire des canonistes, que la procession de la Chandeleur avait\nremplacé les Lupercales. Mais on sait combien s'incrustent tenaces au cœur du\npeuple les traditions invétérées : ces réunions religieuses dégénéraient souvent\nen scènes de carnaval, et plus d'une fois les jeux devinrent sanglants. Aussi\nentendons-nous, dès le xie siècle, l'autorité ecclésiastique tonner contre de telles\nprofanations.\nDevenu archevêque de Sens, Pierre de Corbeil (-}- 1221) s'empressa, non pas\nd'abolir, mais de transformer la Fête des Fous; c'est dans cette intention qu'il\ncentonisa car il n'en composa point toutes les pièces l'office de la Circon-\ncision. Ce même Pierre de Corbeil, l'un des docteurs les plus fameux de l'Uni-\nversité, très versé aussi dans l'art musical, avait déjà composé pour la fête de\nl'Assomption un office qui renferme de superbes mélodies, notamment le Rf. Vir-\nginitas, inséré dans les ■ Varice preces de Solesmes, p. 194. Tout porte à croire\nque l'auteur essaya de convertir la fête profane en une fête musicale, dont le\nbacularius ou préchantre serait le héros.\nExaminez cet office avec la dernière minutie, vous n'y découvrirez aucune\nexpression grossière ou impie, aucune rubrique contraire aux convenances ou\nmême au bon goût.\nLa seule pièce un peu extraordinaire, c'est la fameuse Prose de VAsne) dont\non a fait mal à propos tant de gorges chaudes. Nous allons la transcrire in\nextenso ; on aura ainsi un joli spécimen de l'art populaire au xme siècle, et puis\nl'on se convaincra que le texte ne blesse en rien les bonnes mœurs.\n\nPROSE DE L'ASNE\n\n2. Hic in collibus Sichen\nenutritus sub Ruben,\ntransiit per lordanen,\nSaliit in Bethleem. HEZ !\n3. Saltu uincit hinnulos,\ndagmas et capreolos,\nsuper dromedarios\npelox Madianeos. HEZ I\n4. Aurum de Arabia,\nthus et myrram de Sabba\ntulit in ecclesia\nuirtus asinaria. HEZ !\n5. Dum trahit uehicula,\nmultacum sarcinula,\nillius mandibula\ndura terit pabula. HEZ 1"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "204", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.12", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\n6. Cum aristis ordeum\ncomedit et carduum :\ntriticum a palea\nsegregat in area. HEZ I\n7. Amen dicas, asine,\niam saturex gramine,\namen, amen itéra,\naspernare uetera. HEZ !\nA remarquer en passant que le codex de Beauvais écrit cette prose en tritusy\nc'est-à-dire dans un ton qui correspond à notre ut majeur. Le fa naturel du ma*\nnuscrit de Sens paraît bien dur à nos oreilles affinées, et lon se demande si,\ndans la pratique, les choristes ne l'adoucissaient pas un tantinet.\nAprès la dernière strophe, le manuscrit de Beauvais ajoute ce refrain :\nHez va, hez va, hez va, hez !\nBiax sire asne, car alez,\nBele bouche, car chantez.\nEn somme, cette Prose est bien innocente; il n'y a pas de quoi fouetter un chat.\nMais, dira-t-on, que diable venait faire l'âne dans un office divin ? L'équité\ncommande de ne pas juger le moyen âge avec nos idées modernes. Les gens\nnaïfs d'alors voulaient tout simplement honorer l'âne qui porta la Vierge et le\nChrist : « Ce serait méconnaître entièrement l'esprit du temps, dit à ce sujet\nAlbert Réville, que de s'imaginer qu'il y eût dans tout cela la moindre intention\nrailleuse contre l'Église ou ses doctrines. Ces incroyables naïvetés étaient sé-\nrieuses. Elles attestent une époque de foi absolue, intacte. »\nMalheureusement, la populace ne sut pas se contenir longtemps dans les justes\nlimites tracées par Pierre de Corbeil : malgré de fréquents anathèmes lancés\npar l'Université, les Pontifes et les Conciles, ces indécents badinages reprirent\ncours de plus belle et se prolongèrent jusqu'au xvie siècle.\nLes esprits délicats qui se plaisent aux choses du passé rendront justice à\nM. Villetard : impossible de trouver dans une étude plus de conscience, plus\nd'érudition, plus de sagacité. Ajoutons que l'éditeur Alphonse Picard s'est sou-\nvenu que noblesse oblige ; avec ses splendides phototypies et son originale no-\ntation médiévale, ce riche volume peut se présenter dans tous les salons.\nRien n'échappe aux investigations de l'auteur : il descend jusqu'aux plus mi-\nnimes détails ; le paragraphe des lacérations mentionnant soit les lacunes d'une\nnote produite par un trou, soit l'usure et les traces laissées au coin intérieur des\nfeuillets par le contact des doigts, prouverait à lui seul l'amour respectueux et,\nsi on l'ose dire, le culte dont l'archéologue a entouré ces vénérables parchemins.\nAh! ce n'est pas lui, bien sûr, qu'aurait ainsi vitupéré le moine de Corbie :\n« Ami lecteur, retiens tes doigts ; prends garde d'altérer l'écriture de ces\npages ! »\nGrâce à M. Villetard, nous avons, après lecture, une connaissance appro-\nfondie du manuscrit ; sa reliure avec son diptyque d'ivoire remontant au ve ou\nvie siècle, et par conséquent d'une valeur inappréciable, son format, son âge, sa\nnotation musicale, son état matériel, etc., etc., rien n'est oublié.\nFormulons pourtant deux légères critiques.\nLe chercheur préférerait sans doute avoir sous la main, immédiatement avant"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "205", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.13", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nle texte musical, tous les renseignements, avis, corrections, notes, remarques,\nvariantes ayant trait au chant: s'il est obligé d'errer çà et là, de revenir sur ses\npas à la découverte d'un détail qui l'avait frappé, il lui arrive de s'égarer : alors\nil perd patience et fait retomber sur l'auteur les conséquences d'un mauvais\ncaractère.\nAutre desideratum : nous aurions voulu des éclaircissements plus abondants\nsur quelques rubriques de la fête. On sort insuffisamment documenté sur les\ndifférents corteges. En quoi consistaient au juste les conductus ad ludos, ad\npoculum ? On aimerait à le savoir.\nMentionnons au vol quelques particularités.\nLe codex comprend 33 folios de vélin dont l'écriture et la notation annoncent\nles premières années du xme siècle ; ce qui en augmente le prix, c'est qu'il fut\nprobablement écrit par Pierre de Corbeil lui-même. Ainsi pense du moins ré-\nminent paléographe M. Quantin :\nCet office n'est autre que l'office ordinaire de la Circoncision, avec adjonction\nde nombreux tropes, de 4 ou 5 morceaux extra-liturgiques et de plusieurs autres\nempruntés à des fêtes diverses. Nous avons été quelque peu déçu de n'y pas\nrencontrer les leçons des matines et l'acrostiche en vers sibyllins :\nludicii signum tellus sudore madescet, etc.\nParmi diverses rubriques musicales, il en est une qui concerne le faux-bour-\ndon antique à trois voix et 1 autre Yorganum ou diaphonie. C'est un des plus\nanciens manuscrits qui fassent mention de ces rubriques.\nLe faux-bourdon à troix voix se composait du chant, ayant au-dessus de lui,\ncomme effet réel, des tierces et des sixtes, tandis que Yorganum ou diaphonie\nn était que le redoublement de la mélodie à la quinte supérieure ou à la quarte\ninférieure.\nSans doute, dans ces rudes accords, il y a de quoi dérouter l'oreille moderne,\nfaçonnée par une éducation séculaire à d'autres agrégations ; mais il ne faut pas\noublier que cette harmonie primitive a engendré la polyphonie actuelle : à ce\ntitre, elle mérite le respect de l'archéologue et du véritable artiste.\nVoici, comme curiosités musicales, ces deux fragments harmonisés par\nM. Villetard :"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "206", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.14", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nDes cantilènes, charmantes de grâce et de naturel, surtout dans les chants\nsyllabiques, ornent chaque page de ce recueil. Il faut reconnaître que les musi-\nciens du moyen âge possédaient le génie de la mélodie ; les airs naissent en\nquelque sorte sur leurs lèvres, comme les fleurettes poussent dans les bois, et\nM. Bourgault-Ducoudray a grandement raison quand il dit que nos composi-\nteurs modernes ne perdraient rien à retremper leurs inspirations à ces sources\npures : il y a là de quoi rajeunir la langue musicale.\nNe sachant encore que bégayer des harmonies enfantines, les médiévistes se\nrattrapaient en se grisant de mélodie ; parfois même, semblables aux musi-\nciens d'Horace, ils n'en finissaient plus. De là certains mélismes exubérants,\ncertains répons justement appelés prolixes, comme par exemple le fcibrice mundi\net le collocaret qui permettaient aux choristes aimés des fidèles leurs\nvoix, pavonis instar. Mais quoi, le rossignol, lui aussi, est prolixe, et il lance à\npleins poumons des roulades, des trilles, des fioritures, des points d'orgue, des\nbroderies, etc. Qui donc oserait s'en plaindre ?\nPlusieurs de ses mélodies devancent leur époque : on les croirait écloses tout\nprès de notre siècle, tant elles exhalent un parfum moderne. Ainsi en est-il, par\nexemple, des chants processionnels : Natus est, natus est ! Nouus annus hodief\nKalendas ianuarias, qui, même aujourd'hui, passeraient pour neufs.\nAnalysez par le menu les fragments suivants du Répons Viderunl Emmanuel:\nbranchement, si 1 on ne savait, par 1 écriture et la notation, que ce morceau\nremonte au moins aux débuts du xine siècle, la muse sémillante c'e Grétry ou\nde Monsigny pourrait en revendiquer la paternité : il y a là comme un air de\nfamille avec le Déserteur,"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "207", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.15", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RECENTES\n\nNous n'avons pu que tracer un faible aperçu de ce beau volume ; si néanmoins\ncette sèche énumération suggère à d'autres l'envie de parcourir l'office de\nPierre de Corbeil, nous n'aurons pas perdu notre temps, et nous sommes\nconvaincu qu'après lecture ils nous remercieront de la noble jouissance qu'ils\nauront éprouvée.\nEn finissant, nous retournerons à M. Villetard, comme bien mérité, le com-\npliment qu'il adresse aux pionniers de la première heure : « Sachons gré à ceux\nqui, les premiers, ont su tirer des manuscrits poudreux du moyen âge les\nfranches et naïves mélodies qui ravissaient l'âme de nos pieux ancêtres. »\n\nEUGÈNE CHAMINADE, ch. hon.\n\n— Chacun de nous a\npu éprouver par lui-même que la vie intérieure est une chose assez obscure.\nNous ne nous rendons pas très bien compte de ce qui se passe en nous, et si\ncertainspoints de notreâmesont vivement éclairés par lalumière de la conscience,\nla majeure partie reste dans l'ombre et s'agite confusément comme un grand\ntumulte ignoré. Cet inconnu psychologique a reçu des philosophes le nom\nd'inconscient. Mais doit-on renoncer définitivement à s'en faire une idée au\nmoins approximative ? Tel n'est pas l'avis de M. Bazaillas : il pense, au con-\ntraire, qu'il y a un moyen d'explorer l'inconscient, et ce moyen, c'est la\nmusique.\nM. Bazaillas prend pour point de départ la théorie de Schopenhauer sur la\nsignification métaphysique de la musique. Pour Schopenhauer, la véritable\nréalité, ce n'est pas le monde tel que nous le voyons ou tel que notre intelli-\ngence le conçoit ; c'est la volonté, l'élan profond qui a tout créé. Or la musique\nnous replace au-dessous des apparences intellectuelles et évoque l'image de\ncette volonté. Ainsi « le musicien nous révèle l'essence intime du monde ; il\nénonce la sagesse la plus profonde dans un langage que sa raison ne com-\nprend pas » (Le Monde comme volonté et représentation, trad. Cantacuzène,\nt. II, p. 417). L'œuvre musicale, dontles éléments dériventdu cri et delà plainte,\npeut nous suggérer instantanément toutes les nuances du désir universel. Telle\nest la valeur métaphysique de la musique.\nMais le monde des apparences intellectuelles, de la « représentation »,\nexprime lui aussi, à sa façon, cette volonté qui est l'essence de tout. Il y a\ndonc entre ces deux expressions différentes d'une même volonté une sorte de\nparallélisme ; il y a un rapport entre la musique et le monde tel que le conçoit\nnotre intelligence. La musique se trouve ainsi avoir une « signification objec-\ntive ». Et à ce propos Schopenhauer s'ingénie, avec une insistance un peu\nétrange, à trouver des analogies entre les choses et la musique : l'harmonie\névoque le cosmos et la mélodie l'âme humaine ; « la basse fondamentale est\npour l'harmonie ce qu'est pour le monde la nature inorganique, toute proche\nde la fatalité, soumise aux lois de l'inertie et de la pesanteur. Aussi sa marche\nest-elle lente et lourde ; elle ne monte ou ne descend que péniblement, par\ngrands intervalles... Les voix les plus rapprochées delà basse correspondent\naux degrés inférieurs de la nature, aux corps inorganiques qui ont déjà\ncependant un commencement d'individualité. Les notes plus élevées repré-\nsentent le monde végétal et animal... La mélodie correspond au degré\n\nMUSIQUE ET INCONSCIENCE. INTRODUCTION A LA PSYCHOLOGIE DE L'INCONSCIENT,\npar A. BAZAILLAS, I vol. in-8°, VI-320 p. (chez ALCAN)."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "208", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.16", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\ncTobjectivation le plus élevé de la volonté, la vie et laspiiation îéfléchie de\nl'homme (i). » #\nAinsi, en évoquant le monde, la musique évoque l'âme, et si lon songe, en\noutre, que la dissonance exprime bien l'angoisse de la volonté entravée, on\nverra que la musique a non seulement une signification métaphysique, non\nseulement une signification objective, mais aussi et surtout une « signification\npsychologique ». Elle nous fait assister à toutes les vicissitudes de la sensibi-\nlité qui oscille entre ses deux manières d'être essentielles, le plaisir et la\npeine. Est-ce à dire que la musique exprime et provoque des joies et des tris-\ntesses réelles ? Est-ce à dire que nous soyons nous-mêmes « la corde tendue\net pincée qui vibre » ? Nullement. La musique nous présente les agitations de\nla volonté transposées sur le plan du rêve ; elles sont non pas réellement\néprouvées, mais seulement contemplées. L'impression musicale, d abord\nrecueillie par la sensibilité, est projetée ensuite dans l'imagination et devient\nla matière d'une contemplation esthétique où nous entrevoyons la réalité\npsychologique dans sa force primitive de création et de synthèse spontanée.\nLe progrès de la pensée de Schopenhauer s'est donc effectué de la métaphy-\nsique à la psychologie, « de l'idée du monde à la révélation de la vie intérieure ».\nC'est cette partie psychologique de la théorie schopenhauerienne que M. Ba-\nzaillas approfondit et développe pour son propre compte. Il montre que ce\ncaractère contemplatif de l'impression musicale nous conduit à une sorte\nd'engourdissement de l'intelligence et delà volonté. « La musique ne nous fait\nni penser, ni agir, ni vouloir ; elle nous fait éprouver la pure jouissance de\nl'inaction, je ne sais quelle torpeur et quelle lassitude ineffable qui nous enlève\ninsensiblement au travail intellectuel, aux réalités douloureuses de la lutte et\nde l'effort pour nous replacer dans la vie du rêve, dans la continuité infiniment\ndouce et pacifique de l'existence végétative (2) ». Mais surtout, ce qui est plus\nintéressant, M. Bazaillas essaie de déterminer le mécanisme psychologique de\ncette contemplation, de montrer comment des impressions auditives se trans-\nforment en émotions esthétiques Ces impressions, qui ne provoquent tout\nd'abord que des attitudes variées du corps et diverses dispositions de la sen-\nsibilité, prennent un caractère esthétique par l'entremise de notre imagi-\nnation. Celle-ci, dès que nous entendons des sons, construit spontanément un\nschéma dynamique, c'est-à-dire une sorte de cadre à émotions, qui nous représente\nsur le plan du rêve et sous une forme concentrée toutes les directions possibles\nde la vie sentimentale- Dès lors, la musique entendue ne fait qu'accuser et\ndévelopper une des directions préformées dans le schéma, et ainsi elle prend\nun sens psychologique, elle devient objet de contemplation esthétique. Ce déve-\nloppement des facultés de rêve, libérées par la musique, abolit momentanément\nla personnalité et provoque la dissolution du moi dans l'inconscient.\nA ce propos, M. Bazaille fait une étude psychologique de l'inconscient, et,\nchose curieuse, il la fait en se passant presque entièrement de l'expérience\nmusicale à laquelle il semblait se proposer de faire appel. Cette étude intéresse\ndonc fort peu les musiciens, et c'est pourquoi je me dispenserai ici de l ana-\nlyser en détail. Pour M. Bazaillas, l'inconscient ne paraît tel que par opposition\n\n(0 PP. 49 ET 51.\n(2) P. 136,"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "209", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.17", "texte": "NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL\nR. M.\n2\n\nà la conscience intellectuelle et logique, et l'on pourrait l'appeler plus justement\nrirreprésenté ; il correspond aux forces primitives de la sensibilité, qui, après\navoir joué le principal rôle dans la vie humaine, se sont peu à peu effacées\ndevant la raison grandissante ; il peut être assimilé àun type de conscience\ntout animale, que l'intelligence refoule dans l'ombre, mais qui révèle parfois sa\nprésence par de brusques explosions. Il peut ainsi soit vivre en dehors des\nformes supérieures de l'activité, soit se laisser capter par elles et mettre sa\nforce à leur disposition. C'est lui qui, dédaigné par la science et par la philo-\nsophie, s'exprime par l'art musical où transparaît sa fraîcheur et son éternelle\njeunesse.\nSi j'écrivais en ce moment pour une revue de philosophie, et non pour\nla Revue musicale, je demanderais à M. Bazaillas si, en assimilant incons-\ncient et affectif, il n'a pas négligé une partie très importante de l'inconscient,\nla partie intellectuelle. Je me contenterai ici de lui faire une seule objection:\nc'est que son livre ne répond ni au titre qu'il lui a donné ni au problème\nqu'il s'est posé au début. Quand nous lisons ce titre : Musique et incons-\ncience, nous nous imaginons naturellement qu'il va être question des rapports\nde la musique et de l'inconscient. Or le livre contient deux parties (j'allais dire\ndeux livres) trop distinctes : i° une étude sur la signification métaphysique de\nla musique dans Schopenhauer ; 20 un essai de psychologie de l'inconscient.\nCela peut être une bonne « introduction» au sujet annoncé, mais le sujet lui-\nmême reste à traiter. Nulle part les deux termes musique et inconscience n'ont\nété mis vraiment en contact ; nulle part on ne nous a montré par une analyse\ndétaillée portant sur des données précises comment et en quoi la musique\npouvait servir à explorer l'inconscient. Après avoir vivement excité notre\ncuriosité, on ne l'a point satisfaite. Est-ce à dire que le livre de M. Bazaillas\nsoit désagréable à lire ? Certes non. Il est écrit d'une façon originale, et mille\nremarques de détail, très fines et très suggestives, arrivent à faire oublier ce que\nl'ensemble a d'un peu décevant. Notamment M. Bazaillas excelle à décrire les\nétats de torpeur où s'évanouit la pensée, les élans troubles des forces affectives\net demi-animales, les après-midi d'un faune que chacun de nous porte en soi.\nJe doute que n'importe quelle symphonie m'en donne une idée plus suggestive,\net l'auteur se trouve tout excusé d'avoir un peu trop oublié la musique, puisqu'il\nl'a remplacée.\n\nPaul-Marie MASSON.\n\nNotre supplément musical\n\nLA (( STRATONICE » DE MÉHUL. Si la musique de Méhul n'est pas complè-\ntement oubliée de nos jours, elle n'est plus connue, il le faut bien avouer, que\npar l'unique partition de Joseph, qui figure toujours au répertoire de l'Opéra-\nComique. Assurément, c'est là une œuvre de premier ordre. Mais il ne con-\nvient pas d'oublier qu'elle n'est pas la seule du compositeur qui mérite d'être\nconnue.\n11 est bien regrettable, pour les anciens maîtres de notre école française (et\nMéhul reste un des plus grands), que la connaissance de leurs ouvrages demeure"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "210", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.18", "texte": "G. -J. PFEIFFER ET SON OEUVRE\n\nde nos jours pratiquement interdite. Publiés de leur temps sous la seule forme\nde la partition d'orchestre, leurs opéras passèrent de mode au moment de 1 in-\nvasion rossinienne juste comme s'introduisait 1 usage des éditions pour chant et\npiano. Leurs œuvres n'eurent donc jamais 1 avantage de connaître cette forme\npopulaire. Les partitions d'orchestre ne sont plus dans le commet ce et furent\ntoujours peu répandues. Et c'est ainsi que pour Méhul comme pour ses contem-\nporains il est à peu près impossible de trouver, ailleurs qu en les bibliothèques,\nmoyen de le lire et de le connaître, Joseph excepté.\nLa Revue musicale essaiera de combler un peu cette lacune. Nous publions\ndonc aujourd'hui un des plus beaux airs de Stratomce, une de ses pi entières\nœuvres. C'est un opéra comique en un acte, représenté sur le théâtre des\nItaliens en 1792. Méhul, né en 1763, avait alors 29 ans. Il n avait encore\ndonné au théâtre que sa partition d\"Euphrosine et Coradin (1790), une de ses\ncompositions les plus caractéristiques, son chef-d'œuvre, au dire de Berlioz.\n\nH. Q.\n\nG.-J. Pfeiffer et son oeuvre.\n\nAu bourg cTAult, non loin de la grève tragique et désolée, grandiose\ncependant, où la rivière picarde dite la Somme achève son cours et jette à\nl'Océan ses eaux troubles qui s'alanguissent et se lassent à charrier tout le limon\nqu'elles ont drainé au passage, surgit de loin, de haut, une tour faite de\nbriques et de galets roulés.\nEn des temps oubliés, ce fut, semble-t-il, un moulin dont les tempêtes ont arra-\nché et emporté les ailes. Cependant cette bâtisse toute ronde et solide encore a\ndes airs superbes et farouches de donjon. Elle trône et menace. C'est une sen-\ntinelle qui guette et espionne un immense horizon. On pourrait y rêver quel-\nqu'un de ces bandits redoutés, complices des naufrages meurtriers, ramasseurs\nd'épaves, dont s'épouvantaient naguère les vaisseaux en détresse ; on pourrait\nimaginer là quelque drame de la mer, si dans les vieilles murailles ne s'ou-\nvraient quelques fenêtres accueillantes à la libre lumière et comme à une joie\ntoute familiale. Ces pierres moroses, où pèsent tant d'années et tant d'orages\nsubis, ont en quelque sorte laissé filtrer le sourire. Ce fut le logis très aimé de\nGeorges Pfeiffer. Il l'avait embelli, quelque peu égayé. Il nous souvient d'un\nsalon où des boiseries ravies à quelque château du voisinage évoquent le sou-\nvenir des assemblées galantes, des cercles badins, des conversations légères où\nlaissait papillonner son âme gentille et un peu folle la France des anciens jours.\nSans doute, c'était bienlà le décor qu'il fallait alentour de cet homme rêvant de\nRegnard, un auteur médiocre, disait de son temps quelque fâcheux, non pas\nmédiocrement comique, ripostait le vieux Boileau qui dès lors ne riait plus guère\ncependant ; c'était bien le berceau où devait s'éveiller 1 œuvre capitale, nous\nentendons révélée au public, où Pfeiffer s'est affirmé le mieux. Autant qu'il doit\nespérer et qu'il peut recueillir quelque souvenir delà hâtive et distraite postérité,\nPfeiffer restera l'auteur du Légataire universel, et sans doute il y a quelque hon-\nneur à naviguer, fût-ce dans une fragile nacelle, au sillage que laisse derrière\nlui le vaisseau portant la fortune de Regnard et de la vieille Comédie-Française»"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "211", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.19", "texte": "G.-J. PFEIFFER ET SON OEUVRE\n\nCette pensée un peu singulière en soi d'envelopper de musique quelques pièces\nfameuses, domaine qui semblait tout d abord réservé aux comédiens du roi,\ncette pensée d'une alliance inattendue certainement d'un Molière, d'un Regnard\nou d'un Beaumarchais, avait déjà hanté quelques-uns des plus illustres et des\nplus grands parmi les remueurs de notes et les bons créateurs d'admirables chan-\nsons. On sait quels chefs-d'œuvre de musique, et d'esprit, et de grâce exquise,\nun Mozart, un Rossini devaient ajouter et superposer à ces chefs-d'œuvre : le\nBai bieide Se vil le et le Al ai lage de F.igai oceci égalant, dépassant peut-être cela.\nEn des jours qui sont plus voisins de ceux où nous vivons, Gounod donne la ré-\nplique à Sganarelle, et, non sans bonheur, usurpe le Médecin malgré ; Poise\ntrouve ses inspirations les plus fines dans VAmour médecin, et voici que Molière\ndevient, en sa vie d'outre-tombe, comme un librettiste fameux. Pessard, dans\nles Folies amoureuses, collabore précisément avec ce même Regnard que Pfeiffer\naborde et veut conquérir. La pièce choisie, le Légataire universel, pour être la\nplus célèbre et la plus populaire entre toutes celles dont se glorifie Regnard, ne\nnous semble pas la mieux complaisante aux fiançailles de la musique. Cette his-\ntoire de captation, de testament supposé, d'agonie menteuse et de mort simulée,\nrépugnante en soi, mais que la verve prodigieuse du poète emporte et gaiement\nnous impose, n'est pas de celles qui aisément et d'elles-mêmes se traduisent en\nchansons. Hâtons-nous de reconnaître cependant que le musicien s'est joué\nadroitement en ces difficultés premières. Il a semé partout de l'agrément, des\ngrâces faciles ; et quelques pages, nous allions dire quelques mélodies, si le mot\nne paraissait désormais fâcheux et suranné, gazouillent encore bien gentiment\ndans notre mémoire. Périer, Grivot, chanteurs adroits, aussi excellents comé-\ndiens, ce qui était d'absolue nécessité en la circonstance, pouvaient certainement\nrevendiquer leur part en la jolie victoire aussitôt remportée. La première repré-\nsentation est du 6 juillet 1901. Assurément la date était bien tardive, etl'Opéra-\nComique allait fermer ses portes à l'heure même où elles venaient enfin de s'ou-\nvrir à Pfeiffer menant par la main le bonhomme Géronte et le joyeux Crispin.\nToutefois, après le grand silence des vacances, cet opéra résolument comique\ndevait reparaître sur la scène natale et commencer même, à travers les théâtres\nde province et par delà les frontières de France, un heureux voyage. L'œuvre\ncependant, hors de la saison jadis de gaieté presque constante, arrivait un peu\ntard, et lorsque l'opéra dit comique, sans doute par antiphrase, menait déjà ce\nconcert de désespoirs, de tristesses et de lamentations qui semble à peu près\ndésormais son unique langage, le Légataire universel voulait rire, et son rire\néveilla des échos complaisants, un peu étonnés toutefois. Certes le compositeur\nétait bien innocent de cette presque inopportunité. Des années s'étaient passées\ndepuis le jour où, sa partition toute plaisante sous le bras, il avait, obstiné solli-\nciteur, franchi le seuil redouté et peu hospitalier d'un théâtre où les directeurs\nchangeants, de Paravey à Carré, s'étaient transmis la promesse et la tâche de\nmonter le Légataire universel. Ce n'est pas une des moindres tristesses de ces\nremises, de ces retards, que l'œuvre même ne parlons pas du martyre de\n1 auteur ! n'est plus toujours, lorsque enfin elle vit sur les planches, en étroite\nharmonie avec les choses et avec le temps. C'est une demoiselle à marier qui\ns est un peu lassée, et jusque dans son juvénile visage, à espérer, attendre le\nmirage de fuyantes fiançailles. Toutefois l'œuvre de Pfeiffer gardait les meilleurs\nde ses sourires. On peut, on doit s'y réjouir encore. C est une fleur remon-"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "212", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.20", "texte": "G.-J. PFEIFFER ÉT SON OEUVRE\n\ntante et que Ton reverra peut-être un jour en de nouveaux épanouissements.\nLe Légataire universel n'est pas l'œuvre première de théâtre que Pfeiffer ait\nlivrée aux feux de la rampe. En remontant les jours passés, par delà une Jacque-\nline répétée mais non représentée, évoquons 1 année lointaine de 1884. Par une\nsoirée d'été, le 23 juin, trois ouvrages nouveaux, d'auteurs tous débutants en la\ncarrière malaisée du théâtre, se produisent et sollicitent un public peu bienveil-\nlant, et déjà tout disposé à faire assez fâcheux'accueil à ce défilé de choses iné-\ndites et recommandées de personne. IL Enclume est de Pfeiffer ;le Baise?, de Des-\nlandres ; Partie carrée, musique de Lavello, paroles de celui qui signe ces lignes,\nencadrent l\"Enclume, et, nous le reconnaissons tout franchement, lui paraissent\nsubordonnés. Les préférences de la maison, aussi bientôt du public, vont à 1 œu-\nvre de Pfeiffer. Elle devait être reprise par la suite et fournir une carrière que ne\npeuvent plus guère espérer les petits ouvrages en un acte, cruellement relégués\ndésormais presque toujours au début du spectacle, et dans la tâche de faire lever\nle rideau sur les banquettes vides et les loges désertes.\nLe théâtre attire et fascine tous nos compositeurs de France, et Pfeiffer en\nsubit comme pas un autre la hantise impérieuse. Il écrit des ballets ; et les Folies-\nBergères, le Casino de Paris, accueillent et font applaudir Mada?ne Bonaparte et\nCléopatre. Il nous souvient mieux encore d'un petit ballet pantomime dansé par\nles sœurs Mante, et qui n'ambitionnait que le cadre modeste d'un salon familial\nou d'une scène improvisée.\nLe défunt Palais de l'lndustrie, volontiers si accueillant à tant de choses,\ntémoignait cependant d'une mauvaise humeur singulière à tout ce qui était de la\nmusique, ou à peu près. Là, on chanta, on joua, on dansa du Pfeiffer, et ce fut\ntrès agréable, triomphe certes bien extraordinaire.\nLentement, mais constamment, sans recul et sans défaillance, Pfeiffer pour-\nsuivait sa tâche laborieuse. Il se faisait connaître, estimer. Critique de l'art qu'il\npossédait bien, il écrivait dans le Voltaire, la Mode illustrée, accueillant, appré-\nciant, les œuvres des autres, ce qui est mélancolique lorsque soi-même on se\ncroit, on se sent capable de créer et de jeter au vent une pensée vivante et\nsonore. Pfeiffer, en ses aptitudes variées, eut du moins la possibilité d'aborder\nune forme de la musique moins retentissante que celle dont frémissent les\néchos d'un théâtre, non certes moins glorieuse en soi, ni moins difficile. La\nmusique dechambre et de concert ledevaitsolliciter, distraire, consoler peut-être.\nParmi tant d'autres œuvres de cette même lignée, un grand quintette a maintes\nfois été apprécié, goûté, hautement loué. Naguère une légende pour piano et\norchestre donnait, au très habile Pugno, une occasion de succès retentissant.\nAu reste Pfeiffer, un des grands chefs de la glorieuse maison Pleyel, pianiste\nlui -même, était, de par ses occupations journalières, ses attirances personnelles,\nses intérêts premiers, amené à servir, honorer le piano comme d'une tendresse\ntoute particulière.\nNaguère, ce fut une mode d'appeler un public, hélas 1 souvent clairsemé et même\nindifférent, à de petites séances de causerie et de musique en la salle dite joyeuse-\nment la Bodinière. Chaque compositeur avait son jour, son heure d'audience :\net là nous fut présenté Pfeiffer; et l'on chanta, non sans bon accueil, quelques-\nunes de ses mélodies. Malgré moi devait plaire beaucoup, presque autant que\nla Belle Fille, sur les paroles de Déroulède.\nNous l'avons dit, on estimait Pfeiffer, ceux mêmes qui ne lui étaient pas très"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "213", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.21", "texte": "SNIÉGOUROTCHKA\n\naccueillants. Au Cercle de la critique littéraire et musicale, il devenait vice-prési-\ndent, et présidait la Société des compositeurs, patronant aussi le groupe fraternel\ndes instruments à vent. Tout cela, même la croix de la Légion d'honneur, n'est\nque de la monnaie de billon à qui peut-être a rêvé l'or resplendissant de la\ngloire. En ces frontières un peu étroites devaient cependant se limiter la vie et\nla carrière de Georges Pfeiffer. Entre le jour lointain où il naissait à Versailles\net le jour d hier où, dans son logis de Paris, soixante-douze ans après, torturé\nd une longue maladie, il vient de s'éteindre, l'espace est long, le labeur fut\ngrand, combien de fois trahi et déçu ! Pfeiffer se sentait cependant capable d'une\ntâche plus haute que celle où il s'était essayé et dépensé. Du drame de Jean\nRichepin, les Truands, il venait de tirer un opéra, et l'œuvre est considérable.\nElle demeure là comme sur le seuil d une tombe, pensée dernière, suprême\neffort, espérance obstinée qui fut noble et qu'il nous plaît de saluer. Ah ! que la\nvie d'un artiste bon serviteur de son art Pfeiffer le fut ade tristesses !Au\njour, à l'heure où tant d'autres qui se disent bruyamment des travailleurs, et\nqui du reste ont le plus souvent travaillé le moins possible, désertent l'atelier\nou le bureau, le chantier ou l'usine, le musicien, le poète, poursuivants de\nl'idéal, quémandeurs de la gloire se doivent efforcer encore. L'âge ne leur\npromet nul répit. Il faut qu'ils peinent sur le chemin, inlassablement et\ndurement. Il n'est de repos pour eux que dans la mort. Sur cette pierre qui vient\nde se fermer, que du moins descende un souvenir fidèle, et puisse de cette\nombre s'exhaler quelquefois encore quelqu'une des phrases bien chantantes où la\npensée désormais silencieuse se révélait et se faisait aimer !\n\nL. AUGÉ DE LASSUS.\n\n«SNIÉGOUROTGHKA»\nOPÉRA DE RIMSKY-KORSAKOFF\n\n(fin).\nLes lecteurs de la Revue musicale trouveront dans la biographie suivante de\nRimsky-Korsakoff, outre quelques particularités peu connues, une nomenclature\ncomplète de ses oeuvres les plus importantes, avec indication de Tannée de leur\ncomposition, numéro de Yopus, etc. Cette nomenclature, que j'emprunte à\nM. 8.-B. Jastrebzeff, qui a bien voulu me communiquer maint renseignement\nsur Rimsky-Korsakoff et son œuvre, pourrait être utile à plus\nd'un titre aux musiciens et écrivains qui s'intéressent particulièrement à la mu-\nsique de réminent compositeur russe.\nNicolas-Andréiévitch Rimsky-Korsakoff est né le 6/18 mars 1844, à Tichvine\ngouvernement de Novgorod). Ses parents l'ayant destiné à la carrière maritime,\nil entra en 1856 à l'Ecole de marine, où il termina le cours en 1862. Ses premiè-\nres leçons de musique, ou plus exactement de piano, datent de sa première en-\nfance, et dans la même époque se placent sespremiers essais de composition. Les\nessais ultérieurs de ce genre ont eu lieu, dans sa jeunesse, sous la direction de\nson professeur de piano, Théodore A. Camille. En 1861, Rimsky-Korsakoff fît\nla connaissance de M. A. Balakireff et de son cercle (C. Cui et M. Moussorgsky).\nCe fut non seulement le point de départ d'ouvrages plus sérieux, mais aussi celui"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "214", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.22", "texte": "SNIÉGOUROTCHKA\n\nde toute son activité ultérieure. A vingt ans, un voyage au long cours de trois\nans, en qualité de midship abord d'un navirede guerre russe, luidonna le moyen\nde s'occuper de composition d'une manière plus suivie. A son retour, en 1865,\népoque à laquelle il prit sa résidence définitive à Saint Pétersbourg, il présenta\nà Balakireff sa ire symphonie (1862-1865), qui est en même temps la première\nsymphonie russe. Elle fut exécutée pour la première fois, en matinée, le 19 dé-\ncembre 1865, dans la salle de la Douma,au concert de 1 Ecole de Musique g? cituite,\nsous la direction de M. Balakireff, auquel Rimsky-Korsakoff est ledevable, dans\nsa jeunesse, des plus précieux conseils quant à l'orchestration et aux formes de\nla composition. La symphonie fit sensation, bien que, comparée aux créations\nultérieures du compositeur, elle ne saurait prétendre qu'à l'intérêt d'une œuvre\nde jeunesse peu importante, mais accusant déjà dans mainte page le don de\ncomposition éminent de l'auteur (1). La ire symphonie fut suivie, en 1867,\ndu premier poème symphonique russe : la fantaisie pour orchestre Sadko,\nop. 5, réinstrumentée en 1891-1892 (2). Puis vint la Fantaisie sur des thèmes\nserbes, op. 6, et en 1868 la 2e symphonie, op. 9, connue sous le titre de Suite\norientale, Antar, réinstrumentée en 1897. Le 24 octobre 1871, le directeur\nnouvellement nommé du Conservatoire de Saint-Pétersbourg, Michel-P. Azant-\nchewsky, offrit à Rimsky-Korsakoff le poste de professeur d'instrumentation et\nde composition. De iß72à 1873, R. Korsakoff composa, comme œuvre principale,\nsa 3e symphonie, nt majeur, op. 32, réinstrumentée en 1886. (A signalerle scherzo\noriginal en 5 parties). En 1873, il termina son service de marin, et, sur le désir\ndu grand-duc Constantin, fut nommé inspecteur des orchestres militaires de\nla flotte, fonctions dans lesquelles il resta jusqu'à leur suppression, en 1884. De\n1874 à 1881, Rimsky-Korsakoff fut en outre directeur de l'Ecole de musique gra-\ntuite, et en dirigea les concerts, en remplacement de Balakireff, qui s'était démis\nde ces fonctions, mais les reprit en 1881. C'est l'époque de : six chœurs à ca-\npella (1875-1876), op. 16 ; Poème d'Alexis, homme de Dieu (1877-1878), op. 20 ;\nla chanson populaire des jeux de Noël, Gloire (1880), op. 21; Ouverture sur des\nthèmes russes ( 1880), ré majeur, op. 28 ; Légende (pour grand orchestre, d'après\nle prologue de Russlan et Ludmillaàt Puschkin (1879-1880), op. 29 ; concerto\npour piano (1882), ut % mineur, op. 30. Dans la même époque, viennent se pla-\ncer ses trois premiers opéras : i° la Pskovite (Pskovitianka) (1868-72), d'après le\ndrame de I. Mée, opéra en 3 actes et 6 tableaux, représenté pour la première fois\nau Théâtre Mariinsky en 1873 (l'opéra a subi des modification en 1891-92 et\n1894); le prologue la Bojare Vèra Schéloga a été composé en 1898;\n20 la Nuit de mai (1879-80), opéra en 3 actes et 4 tableaux, d'après la nouvelle de\nN. Gogol; 30 Sniégourotchka (1880-1881), conte de printemps, opéra en quatre\nactes et un prologue, d'après la pièce de A. Ostrowsky, représentée pour la pre-\nmière fois au même théâtre en janvier 1882. Enfin, tout en étant professeur au\nConservatoire, Rimsky-Korsakoff fut pendant onze années consécutives (du\n23 février 1883 au 21 janvier 1894) adjoint du directeur des Chœurs impériaux\n(réunion, sur son initiative, des classes de chant, d'ensemble et d'orchestre). La\npériode 1883-1894 comprend : Symphometta sur des thèmes russes (1885), la\n\n(1) Rimsky-Korsakoff a remanié plus tard sa première symphonie [mi \\> mineur, op. 1), il l'a\nréinstrumentée trois fois, et finalement transposée en mi mineur.\n(2) L'édition originale portait le titre Episode de la légende de Sadko, l'édition nouvelle porte\nle titre : Tableau musical pour orchestre, Sadko."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "215", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.23", "texte": "SNIÉGOUROTCHKA\n\nmineur, op. 31 ; Fantaisie pour violon et orchestre sur des thèmes russes (1885), op.\n33 , Capuccio sur des thèmes espagnols (1887), °P» 34 î Schêhérazade, suite sym~\nphonique sur les Mille et une Nuits j 1888), op. 35 ; Fêtes de Pâques, ouverture sur\ndes thèmes religieux (1888), op. 36 ; Mlada, opéra-ballet féerie en 4actes(iBB9-\n90), texte d après Gédéonoff. En 1882, Rimsky-Korsakoff dirigea deux concerts à\n1 Exposition de Moscou , en 1889, deux concerts de musique à l'Exposition uni-\nverselle de Paris (les 10/22 et 17/29 juin, àla salle du Trocadéro) les 1/13 avril\n1890 et 5/18 mars 1900 deux concerts populaires au théâtre de la Monnaie, à\nBruxelles (le piogramme offrait exclusivement des œuvres d'auteurs russes),\nainsi que deux concerts de la section d'Odessa de la Société impériale russe de\nmusique, les set 12 février 1894. En outre., il dirigea à Moscou le23 décembre 1900,\net le 15 décembre 1901 dans la même ville, le 3e acte (transcrit pour le concert) de\nMlada. Enfin, de 1886 à 1900, Rimsky-Korsakoff evt àla tête des concerts sym-\nphoniques russes annuels institués à Saint-Pétersbourg par l'éditeur M. P. Bié-\nlaeff. Dans cette période, viennent se placer : la cantate Svitesianka, op. 44 ;\nd'après les paroles de Mitzkevitch-Mée ; la scène dramatique de Pouschkine\nMozart et Salièri, qui obtint le 2e prix ; Glinha, le 27 novembre 1907, représentée\nen 1898 à Moscou, en 1899 à Saint-Pétersbourg; 1898 : le prologue la Bojare\nVéra Schéloga, op. 54, déjà cité 1899 : Tableau musical d'aprèsle Conte du tsar\n« Saltan », op. 57. Opéras :1a légende la Nuit de Noël (1894-95), en 4 acteset 9 ta-\nbleaux (d'après N. Gogol); kopéra-légende Sadko (1895-6), en 7 tableaux, repré-\nsenté en 1897 à l'Opéra Russe Privé de Moscou avec grand succès, et en 1898 à\nSaint-Pétersbourg ; la Fiancée du tsar ( 1898), opéra en 3 actes et 4 tableaux (d'après\nle drame de L. Mée, scènes complémentaires de I. Tioumeneff); Conte du tsar Sal-\ntari, de son fils Slavni, du puissant seigneur prince Gwidon Saltanovich et delà belle\ntsarine Lebeda (1899-1900), opéra en 4 acteset un prologue et 7 tableaux (libretto\nde W. Bielsky d'après Pouschkine) ; Servilia, opéra en 5 actes (1900-01), tiré\ndu drame de L. Mée ; Kaschtschei bessmertnij (1) (Conte d'automne), qui obtint le\npremier prix ; Glinha, le 27 novembre 1907, opéra en 1 acte et 3 tableaux, dont\nle sujet est emprunté à E M. Petrovsky, mais considérablement modifié et trans-\ncrit par Rimsky-Korsakofflui-même (1902); Pan Wojewoda ( 1902-1903), opéra en\n4 actes, texte de I. Tioumeneff. En 1904, Rimsky-Korsakoff reçut le titre de pro-\nfesseur émérite, et le 19 mars 1905 il fut arbitrairement, sans motion du Conseil\nartistique, et conséquemment contre le § 21 des statuts de la Société impériale\nrusse de musique (confirmée le 25 novembre 1878), révoqué du nombre des pro-\nfesseurs du Conservatoire de Saint-Pétersbourg. Le résultat de cet acte sans pré-\ncédent de l'administration fut la déclaration de Y autonomie du Conservatoire. Le\n5 décembre 1905, Rimsky-Korsakoff assistait de nouveau aux séances du Conseil\nartistique. N. A. Rimsky-Korsakoff estmembred'honneur de plusieurs sociétés de\nmusique. En outre, le 17/30 novembre 1907, il fut élu membre correspondant de\nl'Académie des Beaux-Arts de Paris en remplacement d'Edvard Grieg. Les der-\nnières œuvres de Rimsky-Korsakoff sont : Histoire de la Ville invisible Kitesch et\nde la jeune Fébronie, opéra en 4 actes et 6 tableaux, texte de W.-I. Bielsky (1903-\n1905) ; enfin l'opéra-légende le Coq d'Or (1906 1907) en 3 actes avec un épilogue,\nlivret de W.-l. Bielsky d'après Pouschkine. Je n'ai pas mentionné dans cette no-\nmenclature très succincte les recueils de romances de Rimsky-Korsakoff (85 nu-\n\n(1) Intraduisible ; se dit d'une personne maigre comme un squelette."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "216", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.24", "texte": "LA NOTATION SYMÉTRIQUE\n\nméros), duos et trios, ses innombrables chœurs et chants religieux, ses recueils\nd'airs populaires (plus de 155 numéros), ses compositions de musique de chambre\n(entre autres les Variations sur le thème B-A-C-11, op. 10) (1), le quartette en\nsi majeur, le sextette pour instruments à cordes en la majeur, le quartette en\nsol majeur (ces 2 derniers manuscrits), les Variations sur un thème russe en la\nmajeur, etc.)? ni une foule d'autres compositions, telles que cantates, concertos,\nfugues, pièces pour piano, violoncelle, etc. 11 existe également de Rimsky-\nKorsakoff un Cours pratique d'harmonie (1886) fort apprécié en Russie. Enfin,\nRimsky-Korsakoff a consacré le temps que lui laissait la composition de ses\npropres œuvres à la transcription et à la réorchestration de plusieurs œuvres de\nses collègues russes. C'est ainsi qu'il a réinstrumenté tout l'Hôte de Pierre de\nDargomijsky (1870 et été 1902), une grande moitié de Prince Igor (1887) et le\nfinale de Topéra-ballet Mlada de Borodine, l'lntroduction du lERIER acte et YEntr acte\ndu 3e de William Ratcliff de C. Cui (1894). Il acheva, réharmonisa et réinstru-\nmenta les deux opéras de Moussorgsky : Khovantschina (1882) et Boris Godounow\n(1892-96), ainsi que, en général, toutes les compositions de cet auteur pour\norchestre et chœurs, par exemple la Nuit sur la Montagne des Renards (1886),\nIntermezzo, Scherzo, la Défaite de Sennachérib, Salammbô (1883). H n'est pas à\nnier que toutes ces compositions d'un des talents les plus originaux de la jeune\nécole russe, vu la défectuosité de leur technique, auraient été à peine compré-\nhensibles au point de vue purement musical sans les retouches que Rimsky-\nKorsakoff y a apportées. Je citerai encore, pour finir, la réinstrumentation, pen-\ndant l'été de 1906, de Gopah (danse), la Cueillette des Champignons, Dors, dors,\nenfant de paysan (Moussorgsky), et le rétablissement de toutes les coupures de\nBoris Godounoff. Pendant l'hiver de 1907, Rimsky-Korsakoff a composé deux\npetits fragments complémentaires de la scène de la Glorification de Boris, en\nvue de la représentation projetée de cette œuvre à Paris.\nOdessa, 25 février 1908.\n\nH. GETTEMAN.\n\nLa notation symétrique.\n\nL'article ci dessous est la seconde partie du travail que M. Courau avait bien voulu nous com-\nmuniquer ; nous n'avons pu l'insérer plus tôt, mais M. Allix verra que cette étude allait au-\ndevant du desideratum qu'il a récemment formulé ici même.\nL idée du clavier symétrique, c'est-à-dire à touches alternativement blanches\net noires, qui a été antérieurement développée dans la Revue (2), est connexe à\ncelle d une notation symétrique, présentant des avantages analogues, mais d'une\napplication générale et indépendante de tout système de musique, de clavier ou\nd instruments. Ce principe ferait disparaître les inconvénients reconnus de tout\n\n(1) La 6« variation, intitulée Fugue, est composée sur le thème de la fugue de J.-S. Bach :\n(2) Voir la Revue du ier février 1908."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "217", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.25", "texte": "LA NOTATION SYMÉTRIQUE\n\ntemps dans la notation actuelle et ceux que les derniers progrès de la musique\nont mis en évidence.\nLe style moderne emploie de plus en plus les notes altérées, dans les tonalités\nles plus variées. Je me garderais bien de dire qu'il tend à devenir chromatique,\ncar un énoncé même général de cette question pourrait entraîner à d'intermi-\nnables discussions. Mais on ne peut nier que l'aspect, sinon le fond, de la com-\nposition, est de plus en plus chromatique et que la notation exclusivement diato-\nnique que nous avons héritée d'époques musicales beaucoup plus simples, ne\npeut suivre ce mouvement que'par l'emploi excessif des dièses et des bémols,\nsignes nécessaires pour relier une forme avec l'autre.\nOuvrons au hasard une partition moderne, et nous y verrons, poussées à l'ex-\ntrême, les conséquences de cette dualité. Les signes accidentels parfois existent\ntacitement comme inscrits dans la même mesure, ce qui augmente les difficultés\nde lecture provenant de l'armure, parfois se succèdent sans interruption à côté des\nnotes, ce qui double le travail de l'écriture. Inscrire tous ces signes de façon à\nconserver une certaine clarté en même temps qu'un aspect concordant à peu près\navec le rythme, est devenu une tâche bien ingrate, car certains accords composés\nde notes serrées et altérées exigent deux et trois fois la place qu occupent les\naccords voisins de même durée rythmique.\nD'autre part, l'écriture actuelle présente et a toujours présenté deux inconvé-\nnients : elle ne figure pas les intervalles, puisque la différence d'un interligne\nsur la portée correspond tantôt à un ton', tantôt à un demi-ton ; et de plus une\nmême note s'inscrit tantôt sur une ligne, tantôt entre deux lignes. lien résulte\nqu'il est impossible d'écrire ou de reconnaître une gamme, un accord ou un in-\ntervalle sans rechercher les notes qui les composent.\nPour éviter à la fois toutes ces irrégularités, ces inconvénients et ces difficul-\ntés, il suffirait de faire, dans Vécriture, une place aux notes altérées. Ici encore je\nn'aurais garde de parler d'écriture chromatique, et nous allons voir d aiLeuis\nque ce principe n'exige nullement 1 adoption d une base chromatique et qu il per-\nmet au contraire d'écrire les gammes diatoniques d une façon particulièrement\nclaire et commode. Sans entrer dans les longs détails d application qu il serait\nfacile d'en déduire, exposons-le brièvement.\nPour désigner les douze notes de l'octave, on pourra imaginer tous les sys-\ntèmes que l'on voudra, en modifiant les voyelles ou les consonnes des noms de\nnotes actuels (i). Mais on peut aussi prendre tout simplement les chiffres, qui\nprécisément, jusqu'à 12, sont monosyllabiques et faciles à solfier.\nIls présenteront ce grand avantage de montrer tout de suite si les intervalles\nsont composés ou non d'un nombre entier de tons, suivant que les deux chiffies\nsont ou non de même parité. De même, ils permettront d épeler sans travail de\nmémoire les gammes diatoniques, majeures ou mineuies, anciennes ou modernes,\n\n(0 Si l'on a adopté diverses modifications des finales pour désigner les dièses ou bémols (mé-\nthode allemande, méthode Chevé), on ne touche pas aux radicaux. On comprend importance\nque cela pourrait avoir pour le système diatonique, et il n'y a pas a se dissimuler que ' emPloi\ndes chiffres aurait les mêmes conséquences. Quoi qu'il en soit, il serait temps de remp\nversellement par des sons qui puissent se solfier des phrases comme « do diese », « bémol », etc."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "218", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.26", "texte": "LA NOTATION SYMÉTRIQUE\n\npuisqu'elles sont caractérisées uniquement par la position des demi-tons.\nIl suffira de suivre les chiffres de même parité en changeant au demi-ton. La\ngamme majeure sera par exemple :\n3\n2\nEn ce qui concerne l'écriture, il suffira d'une portée de trois lignes, car les\ndouze notes s'y inscrivent si on les représente par des notes ovales, ou mieux des\ntraits, inclinés tantôt à droite, tantôt à gauche (fi g. a.)\nPour établir la relation parfaite entre les noms et les signes des notes, on ap-\npellera pairs ceux penchés d'un côté, impairs les autres.\nQuant aux signes actuels de la durée des notes, rien n'empêche de les conser-\nver. Pour les deux seules notes, isolées et d'usage relativement rare, qui s'écri-\nvent par des cercles, la blanche et la ronde, on pourra employer des ovales\ninclinés ou barrer les queues d'une façon spéciale.\nLes mêmes notes s'inscrivant toujours sur la même ligne, dans le même sens,\non appellera ligne des i (des dos si l'on veut) la ligne inférieure. On peut ainsi\nréunir deux groupes de trois lignes, et, surtout si l'on renforce un peu la ligne\ndes i du groupe supérieur, les deux octaves s'y liront facilement, sans qu'il puisse\ny avoir jamais la moindre ambiguité.\nToute clef devient donc superflue ; il suffit d'indiquer sur la ligne des i à quelle\noctave on se trouve en employant les indices ordinaires : 1,1,2,3, etc- (0-\nTout signe d'accident, dièse, bémol ou bécarre, tant à la clef que sur les\nnotes, devient inutile, et les gammes diatoniques de toute classe s'écrivent et se\nreconnaissent instantanément, puisqu'il suffît de changer l'inclinaison des\nsignes au demi-ton. Do majeur, fa %ou sol majeurs, par exemple s'écrivent\nexactement de la même façon. Chaque type de gamme ayant son dessin\n\n(i) Sans vouloir aborder la question si controversée de la suppression générale des clefs, il est\ndifficile de ne pas tout au moins déplorer que la tâche des pianistes soit doublée par remploi\nsimultané de deux clefs différentes. On pourrait défendre ce système comme issu de l'exis-\ntence tacite d'une ligne intermédiaire entre les deux portées, celle du do, où l'on placerait\nune seule clef, celle d'ut ; mais d'abord on n'utilise pas cette clef, qu'il faudrait appliquer sur\nune portée de i i lignes, sans compter celles en dessus ou en dessous. Les trois quarts des mu-\nsiciens ignorant d ailleurs cette ligne imaginaire, qu'on la suppose tout simplement doublée, et\nla clef de sol s'appliquera en bas comme en haut.\nOn n emploie pas dans ces questions, la méthode scientifique consistant à supposer le pro-\nblème résolu. Qu on imagine que la musique de piano n'ait jamais été écrite qu'avec la clef de\nsol à la main gauche et qu'on dise quel inconvénient aurait pu obliger à modifier cette clef !\nCei taines personnes croient, il est vrai, que 1 emploi de la clef de fa est destiné à diminuer le\nnombre de notes basses en dehors de la portée. Non seulement cet avantage, pour une différence\nd une ligne, serait insignifiant (comme d ailleurs pour plusieurs autres clefs d instruments ou de\nvoix) ; mais c est exactement 1 inverse, et pour remplir ce but, il eût fallu mettre la clef de fa en\nhaut et celle de sol en bas."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "219", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.27", "texte": "LA NOTATION SYMÉTRIQUE\n\npropre, on 1 écrit sans avoir- même à penser aux notes qui le composent. 11 en\nest de même de tous les intervalles, de tous les accords, qui ont chacun leur\nessin caractéristique, ou tout au plus deux dessins, suivant que la note de\nbasse est inclinée à droite ou à gauche (paire ou impaire).\nAinsi la tierce majeure est toujours formée de deux traits parallèles, à la\ndistance d une ligne (fig. g). La tierce mineure ne peut avoir que deux figures\ntrès simples (fig. /). Il suffit de les retenir pour écrire immédiatement tous\nles accords dans leur position fondamentale en tierces superposées, et récipro-\nquement un accord se décompose de visu en ses éléments constitutifs, tierces\nou accords plus simples. Exemples: fig. h,i,j, k (2e fig.).\nDans l'écriture actuelle, la forme d'un accord ne donne aucune indication\nsur sa nature. Les trois accords suivants :\nidentiques déformé,\nsont absolument différents : (septième mineure, septième de dominante, septième\nsensible). Il faut pour les reconnaître épeler les notes et examiner la valeur des\ntierces une par une. Dans l'écriture symétrique au contraire, les formes sont in-\ndépendantes de la position sur la portée et les accords, nous le répétons, s'écri-\nvent et se reconnaissent sans qu'on ait à songer aux notes qui les composent.\nComme d'ailleurs ces notes, aux différentes octaves, s'écrivent toujours de la\nmême façon sur les mêmes lignes, l'écriture de l'accord dans tous ses renverse-\nments,toutes ses positions, est aussi facile et ne peut donner lieu à aucune erreur.\nLes avantages de logique et de simplicité que la notation symétrique appor-\nterait dans la technique musicale sont aussi nombreux que faciles à déduire et\nse rencontreraient à chaque pas d'une théorie complète basée sur ce principe.\n11 est inutile de faire ressortir qu'il s'adapterait particulièrement bien au clavier\nsymétrique, puisque l'inclinaison des traits, à droite ou à gauche, indiquerait\npar elle-même s'il s'agit d'une blanche ou d'une noire (i). La portée devient\nainsi, dans tous les tons, l'image directe et invariable du clavier, et l'on pourrait\n\n(1) On aurait même pu employer sur la portée des notes alternativement blanches et noires,\nreproduisant ainsi les touches du clavier. Mais les traits inclinés nous paraissent plus clairs et\nplus pratiques, surtout pour l'écriture manuscrite. De toutes façons, à chaque dessin type de\ngamme ou d'accord correspond une position type des doigts, ce qui est le principal."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "220", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.28", "texte": "INFORMATIONS\n\nrendre encore plus sensible cette concordance. On se rappelle en effet que, pour\npermettre de se répérer sur le clavier symétrique, nous avons imaginé de faire\ncourir au-dessus une bande mobile reproduisant, par exemple, à titre transi-\ntoire, les divisions blanches et noires du clavier actuel (i). Il est évident que\nl'on pourrait, au lieu de cela, inscrire sur la bande les trois lignes de la\nnotation symétrique, avec les séries de douze notes, en marquant au besoin\nd'un signe ou d'une couleur spéciale les notes principales, comme les toniques\net les dominantes. La bande une fois placée de façon que la note i vienne en\nface de la tonique du ton où l'on doit jouer, chaque note se trouverait éga-\nlement en face de la touche qu'elle représente.\n\nJ. COURAU,\nAncien élève de l'Ecole polytechnique.\n\nInformations.\n\nRENNES. Par arrêté préfectoral, M. Lavello a été nommé professeur de\nviolon à l'École de musique succursale du Conservatoire national, en rempla-\ncement de M. Gravraud, démissionnaire.\n\nTOURS. Par arrêté de M. le Préfet du département d'lndre-et-Loire,\nMlle Hennequin a été nommée professeur dune classe élémentaire de piano,\nà l'École nationale de musique, en remplacement de Mme Zwierkowska,\ndémissionnaire.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. - Opéra.\nRecettes détaillées du 16 février au 15 mars 1908.\n\n(0 Rappelons qu un des avantages du clavier symétrique est de permettre la transposition far\nsimple déplacement parallèle des mains, et par suite d'écrire la musique dans un ton unique.\nLa bande mobile guide ce déplacement.\n\nDATES\ni ; ; r (:\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n17 février\n19 -\n21 —\n22 —\n24 —\n26 —\n28 —\n29 -\n2 mars\n4 —\n6 —\n\"7 —\n9 -\n11 —\n13 —\n14 —\nFaust.\nLohengrin.\nAida.\nFaust.\nLa Valkyrie.\nSamson et Dalila. — Coppélia.\nLa Valkyrie.\nSamson et Dalila. — Coppélia.\nLa Valkyrie.\nFaust.\nTannhauser.\nAriane.\nSamson et Dalila. — Coppélia.\nLes Huguenots.\nLa Valkyrie.\nGounod.\nR. Wagner.\nVerdi.\nGounod.\nR. Wagner.\nSaint-Saëns. L. De-\nlibes.\nR. Wagner.\nMassenet.\nSaint-Saëns. L. De-\nlibes.\nR. Wagner.\nGounod.\nR. Wagner.\nMassenet.\nSaint-Saëns. L. De-\nlibes.\nMeyerbeer.\nR. Wagner.\n19.815 41\n17.746 76\n17.631 25\n19.463 »\n16.173 41\n17.947 76\n16.1 10 25\n11.528 ))\n19.230 41\n14.367 76\n20.014\n14.034 »\n13.797 41\n18.426 76\n15.908 25\n13.951 ))"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "221", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.29", "texte": "INFORMATIONS\n\nII. - Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 16 février au 15 mars 1908.\n\nTOULON. —Par arrêté préfectoral en date du 25 février 1908, M. J. Lacaze\nest nommé pianiste-accompagnateur à l'École nationale de musique de Toulon.\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n16 février m.\nFortunio.\nA. Messager.\n5.877\n— soirée\nCavalleria Rusticana. — Wer-\nther.\nMascagni. Massenet.\n6.729 5o\nl7 —\nLa Fille du Régiment. — Gala-\nthée.\n18 -\nDonizetti. V. Massé.\n4.345 ))\nAphrodite.\nG. Erlanger.\n7.993 5o\n19 —\nCarmen.\nBizet.\n7.212 5o\n20 —\nAphrodite.\nG. Erlanger.\n/\n8.719 5o\n21 —\nWerther.\nMassenet.\n6.606 5o\n22 —\nAphrodite.\nG. Erlanger.\np.6o3 5O\n23 — matin.\nManon.\nMassenet.\n*7-236 5o\n— soirée\nLa Traviata. — Cavalleria\nRusticana.\nVerdi. Mascagni.\n5.328 5o\n24 —\nMignon.\nA. Thomas.\n4.570 5o\n25 —\nWerther.\nMassenet.\n9.211 »\n26 —\nLa Habanera. — Ghyslaine.\nRaoul Laparra. M\nBertrand.\n1.459 »\n27 — matin.\nCarmen.\nBizet.\n4.742 »\n— soirée\nLa Habanera. — Ghyslaine.\nRaoul Laparra. M.\nBertrand.\n7.416 »\n28 —\nMme Butterfly.\nPuccini.\n6.129 »\n29 -\nLa Habanera. — Ghyslaine.\nRaoul Laparra. M.\nBertrand.\n8.733 33\nIer mars mat.\nWerther. — Le Chalet.\nMassenet. Adam.\n8.669 5°\n— soirée\nManon.\nMassenet.\n7.969 5o\n2 — matin.\nLa Traviata. — La Fille du\nRégiment.\nVerdi Donizetti.\n3.163.5o\n— soirée\nCarmen.\nBizet.\n6.344 }>\n3 — matin.\nMme Butterfly. — Les Noces de\nJeannette.\nPuccini. V. Massé.\n6.652 5o\n— soirée\nLa Vie de Bohème. — Cavalleria\nRusticana.\nPuccini. Mascagni.\n9.023 5o\n4 —\nLa Habanera. — Ghyslaine.\nRaoul Laparra. M.\nBertrand.\n3.174 »\n5 — matin.\nFortunio. .\nA. Messager.\n2.O65 »\n— soirée\nLa Habanera. — Ghyslaine.\nRaoul Laparra. M.\nBertrand.\n7.474 »\n6 —\nAie este.\nGluck.\n7.456 5o\n7 —\nLa Habanera. — Ghyslaine.\nRaoul Laparra. M.\nBertrand.\n8.537 »\n8 — matin.\nAlceste.\nGluck.\n8.377 5o\n. — soirée\nCarmen.\nBizet.\n6.393 5o\n9 —\nMireille.\nGounod.\n3.874 5o\n10 —\nAlceste.\nGluck.\n6.754 »\n11 —\nLa Habanera. — Ghyslaine.\nRaoul Laparra. M.\n4.998 »\nBertrand.\n12 — matin.\nManon.\nMassenet.\n4.521 »\n— soirée\nAlceste.\nGluck.\n8.233 »\n13 —\nCarmen.\nBizet.\n7.3I3 5O\n14 —\nAlceste.\nGluck.\n9.489 33\ni5 — matin.\nGalathée. — Werther.\nV. Massé. Massenet.\n7.798 5o\n— soirée\nCavalleria Rusticana. — Mme\nMascagni. Puccini.\n6.272 ))\nButterfly."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "222", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.30", "texte": "INFORMATIONS\n\nLE MANS. Par arrêté de M. le Préfet de la Sarthe, M. Françaix (Alfred)\na été nommé professeur de piano et de solfège (cours supérieur) à 1 École\nnationale de musique, en remplacement de M. Guyon, décédé.\n\nROUBAIX. Par arrêté en date du 6 mars courant de M. le Préfet du Nord,\nM. Dufermont est nommé Secrétaire surveillant à 1 École de musique succursale\ndu Conservatoire national.\n\nNAMOUNA, le très élégant ballet d'Ed.Lalo, vient d'être repris avec succès\nà TOpéra. Musique délicate, très mélodique, faisant songer assez souvent au Roi\ncTYs, tout en lui restant inférieure. L'ensemble de la partition est très distin-\ngué, mais un peu froid. Grand succès pour Mlle Zambelli.\nLa symphonie descriptive de M. Vincent d'lndy (concert Lamoureux) a été\ntrès favorablement accueillie ; mais nous désirons la réentendre avant de risquer\nune appréciation.\n\nMUSIQUE ANCIENNE. XM. Joseph Debroux qui, en dehors de son enseigne-\nment si apprécié, s'applique à rééditer, à jouer et à faire revivre notre ancienne\nmusique française, a donné à la salle Pleyel, le 25 mars, son troisième et très\nbrillant récital de violon. Au programme, des œuvres de Jean-Marie Leclair\n(1697-1761), Mondonville le jeune (1748-1808), Jacques Aubert (1678-1753),\nl'Abbé, le fils (1727-1787) : sonates et concertos, tout pleins de l'aimable esprit\nsocial de l'ancien régime, qui ont été exécutés avec une sûreté parfaite. OEuvre\nde restauration excellente, à laquelle nous applaudissons !\nA la salle des Agriculteurs (30 mars), la Société des concerts d'autre fois a donné\nun bien original concert consacré à la musique ancienne avec des instruments\nanciens. Au programme : le Ballet de Chimène de Sacchini (1734-1786) ; une\nsonate de Haendel pour viole de gambe et clavecin; une mélodie et un menuet\njoués sur une petite « harpe irlandaise » très curieuse, par Mme Wurmser-\nDelcourt ; la Cantate nuptiale de Bach, accompagnée par la viole, le hautbois\nd'amour, etc. ; des pièces de Couperin (1668-1733), de Boismortier (1691-1765),\nMouret ( 1682-1738), etc... M. Michaux a eu un succès d'hilarité et de surprise\nen jouant sur la vielle (instrument populaire à cordes qui se joue en tournan\nune manivelle) des pièces de Chédeville. Trois pièces pour hautbois d'amour et\ncontrebasse, par MM. Bleuzet et Nanny, ont été fort applaudies. xMlle Margue-\nrite Delcourt a eu un vif succès en jouant au clavecin les Tricoteuses de Cou-\nperin.\nNous assistons, aujourd'hui, à un tel dévergondage de hardiesses cacopho-\nniques, à des fracas de musique si agressifs,* que nous éprouvons un vrai sou-\nlagement à des séances exquises et reposantes comme celles que nous procure\nxM. Joseph Debroux ou la «Société des concerts d'autrefois ». C'est l'embarque-\nment pour Cythère, sur une eau transparente et entre de frais ombrages, après\nla traversée d'un pays barbare plein de loups et de sauvages."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "223", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.31", "texte": "INFORMATIONS\n\nSALLE PLEYEL.\nConcerts de Ire Quinzaine d'Avril.\n\nE. D.\nDE MONTE CARLO. M. Raoul Gunsbourg a réuni, pour interpréter la Vie de\nBohême, de Puccini, une admirable pléiade de grands artistes qui ont triomphé\navec l'oeuvre de façon éclatante.\nMme Selma Kury, dans le rôle de Mimi, fit acclamer sa voix splendide, son art\nincomparable du chant et son magnifique tempérament dramatique.\nM. Rousselière, qui jouait Rodolfo, y fut le généreux ténor et le comédien\némouvant qu'on ne se lasse pas d'admirer.\nTous les autres rôles étaient remarquablement interprétés : Musette, par la\nmerveilleuse cantatrice Mme Giachetti ; Marcel, par M. Scandiani ; Schaunard,\npar M. Chalmin ; Benoist, par M. Pini-Corsi.\n11 faut citer à part M. Chaliapine, qui a composé le rôle de Colline avec une\npersonnalité et un sentiment qui lui ont valu un succès énorme.\nL'orchestre était dirigé par le maestro Alexandre Pomé.\n\nSous le patronage de la Société J.-S. Bach de Paris, de M. le chevalier de\nStuers, ministre des Pays-Bas à Paris, d'un comitécomposé de Mraes Alphen-Sal-\nvador, baronne d'Asbeck, comtesse R. de Béarn, princesse Bassaraba de Brancô-\nvan, MM. Michel Ephrussi, Edmond Fuchs, la marquise de Ganay, la comtesse\nGreffulhe, Jameson, Kinen, Ménard-Dorian, la princesse Edmond de Polignac,\nThéodore Reinach,Jean de Reszké, aura lieu le mârdi 14 avril, au Trocadéro, une\nsolennité musicale qui s'annonce comme le grand événement artistique de la\nsaison. Deux des sociétés les plus fameuses d'Europe, le Chœur de la Toonkunst\netl'orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam viendront à Paris s'unir sous la di-\nrection de leur chef, le célèbre kappelmeister Willem Mengelberg, dans une\nexécution du chef-d'œuvre dej-S. Bach: la Passion selon saint Matthieu. Le\nchiffre des exécutants sera d'environ 400.\n\nGrande Salle\nSalle des Quatuors\nI\nAvril\nM. Gabriel Basset.\n9 h.\n2 Avril\nMme Maniaque (Elèves).\nM. R. Aust.\ni h.\n9 h.\n»\n2\n»\nLa Soc. des Instruments à vent.\n4 h.\n» »\n))\n»\nLa Soc. des compositeurs de\n3 »\nM. Louis Delune.\nmusique.\n9 h.\n4 \"\nMme du Collet.\n»\ni h.\n3\n»\nM. David Blitz.\n»\n5 »\nMme Edouard Lyon (Elèves).\nMlle Marthe Grumbach.\nMme Steiger (Elèves).\n4\n»\nMll° Adeline Bailet.\n»\n6 »\nq h\n5\n»\nMme A. Favre (Elèves).\ni h.\n8 »\ny \"•\ni h.\n6\n»\nM. Joseph Salmon.\n9 h.\n» »\nLe Quatuor Calliat.\na h\n7\n»\nM,le Thérèse de Laulerie.\n»\n10 »\nM. Louis Delune.\ny 11 •\n»\n8\n»\nMlle Nelly Eminger.\n»\nI 2 »\nMme Montel (Elèves).\ni h.\n9\n»\nMme Roger Miclos-Battaille.\n»\n10\n»\nMnie G. Chevillard (Elèves).\nMlle Cam. Pastoureau.\n2 h.\n»\n»\n9 h.\n11\n»\nM. Gaston Bernheimer.\n/\n»\nI 2\n»\nMme Bertrand-Papin (Elèves).\nt h.\n14\n»\nMusique pour harpe chroma-\ntique.\n4 h.\n»\n»\nMlle Blanche Huguet.\n9 h.\n15\n»\nM. Agricol Meiffre.\n))"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "224", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080401-01.1.32", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nCHEMINS DE FER DE PARIS-LYON-MEDITERRANEE.\nLa Compagnie organise, avec le concours de l'agence Lubin, les excursions\nsuivantes :\nItalie.\nDu 18 mars au 17 -avril 1908.\nPrix (tous frais compris). ire cl. : 1080 fr. 2e cl. : 990 fr.\nNaples, Sicile et Naples.\nDéparts de Paris, les 25 mars et 15 avril 1908.\nPrix (tous frais compris). Irecl. : 1100 fr. 2e cl. : 1 000 fr. »\n1 .\nBords de la Méditerranée.\nDu 11 au 26 avril 1908.\nPrix (tous frais compris). ire cl. : 550 fr 2e cl. : 500 fr. »\nItalie (Semaine Sainte à Rome).\n■ Du 13 avril au 13 mai 1908.\nPrix (tous frais compris). ire cl. : 1.090 fr. —2e cl. : 990 fr.\nHaute-Italie et Lacs Italiens.\nDu 29 avril au 24 mai 1908.\nPrix (tous frais compris). iVt cl. : 980 fr. —2e cl. : 890 fr.\nS'adresser, pour renseignements et billets, aux bureaux de l'agence Lubin,\n36, boulevard, Haussmann, à Paris.\n\nL.ES VOYAGES niODGRiVEi\nAgence officielle des Compagnies des Chemins de fer et de Navigation\nPARIS 1, rue de l'Échelle, 1 PARIS\nOrganisation d'excursions, toutes dépenses comprises, pour\n* l'Orient, l'Amérique\nBILLETS DE CHEMINS DE FER ET COUPONS DE PASSAGE\nBUREAUX CORRESPONDANTS DANS LES PRINCIPALES VILLES DU MONDE"}]}