{"numero_id": "bm-bmtnabj-1908-07-01-01", "volume": "bmtnabj_1908-07-01_01", "ocr_sha256": "15fa196c4064f26ae90f7f3a680ce00e5fa0524de43ca41f67bba489a1449bc2", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1908/07/01_01/bmtnabj_1908-07-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1908/07/01_01/bmtnabj_1908-07-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-01_01#c001", "volume": "bmtnabj_1908-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "369", "page_fin": "374", "image_debut": 1, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.2.1", "titre_corps": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "titre_sommaire": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "369", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.1", "debut_caractere": 135, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nHistoire du théâtre lyrique\nLe Chorège antique.\n\n{suite).\nQu est-ce, aujourd hui, que le musicien chef de chœur ou « chef du chant »\nchargé d instruire des choristes en vue de la représentation d'un drame lyri-\nque r Un praticien particulièrement habile, un spécialiste d'importance moyenne,\net lien de plus. Les chanteurs qu il dirige sont des personnes que nous n'avons\naucune raison, en principe, de ne pas considérer comme honorables ; mais nos\nchoiistes de théâtre ne sont certainement pas des « personnages », de hauts\nfonctionnaires portant dans les plis de leur robe quelque chose de l'honneur et\nde la dignité de la République. Nul n'aurait l'idée de leur rendre, à eux ou à\nleur directeur, les mêmes hommages qu'à un conseiller d Etat ou à un mi-\nnistie !... Chez les Grecs, la situation est toute différente. Dans l'organisation de\nleui théâtre, les choses de la musique ont une valeur sociale de premier ordre,\nparce qu'elles sont connexes aux choses de la religion et que la religion est la\nbase de la politique. Rien n est plus original et plus éloigné de nos usages mo-\ndernes que le rôle et le caractère du chorège antique.\n• Nous sommes particulièrement bien renseignés sur ce sujet par les inscrip-\ntions et par des documents littéraires. Nous savons que l'institution delà chorégie,\nprécise depuis l'an 500 avant l'ère chrétienne, dura jusqu'en 412, où ellefut modi-\nfiée (sous l'archontat de Kallias).\nLa fonction du « chorège », chargé d'organiser et d'équiper une petite\ntroupe de chanteurs-danseurs, n'était pas accessible à tout le monde. Il n'était\npas indispensable d être musicien, car le chorège pouvait déléguer la partie\ntechnique de sa tâche àun sous-ordre ; mais il fallait avoir d'abord la qualité\nde citoyen ; il fallait surtout être citoyen riche. L'organisation du chœur tragi-\nque, bien qu'elle coûtât moins cher que celle d'un chœur lyrique (3.000 fr. envi-\nron), était une assez lourde charge dans un théâtre qui était institution d'Etat.\nL Etat avait un moyen très simple deconcilier cette charge avec le souci de l'éco-\nnomie pour le trésor public : il imposait cette dépense aux citoyens qui, par le\nchiffre connu de leur fortune, étaient considérés comme capables de la supporter."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "370", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.2", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3534, "texte": "C'est ce que nous appellerions des prestations, etc'est ce queles Grecs appelaient\ndes liturgies. Ces prestations périodiques —sorte d impôt sur le revenu étaient\ndiverses : il y avait, pour les riches, l'obligation, dans les jeux du gymnase, de\nfournir l huile et les repas pour les concurrents (gymncisiarquies) ; celle d'organi-\nser les courses aux flambeaux (lampadarquies) ; celle d'équiper les vaisseaux de\nguerre (triérarquies), d'avancer certains impôts (eisphora), etc... La chorégie,\nannuelle et régulière, qui obligeait tel ou tel citoyen à faire les frais d'une repré-\nsentation dramatique, était une des plus importantes de ces liturgies. Le citoyen\ndésigné pour cette charge disait parfois cela se comprend aisément qu'on\nl'estimait plus riche qu'il n'était en réalité ; s'il se croyait lésé, il avait le droit\nde désigner celui de ses concitoyens qu'il prétendait être plus fortuné, et, si sa\ndéclaration était reconnue fondée, de forcer ce concitoyen, en cas de refus de sa\npart, à échanger ses biens avec lui (antidose) : le plaignant s'acquittait alors de\nla liturgie avec les biens de l'adversaire. Système ingénieux et naïf, possible\nseulement là où l'Etat n'est qu une cité, et où cette cité n'a pas, comme nos capi-\ntales, un très grand nombre d'habitants !\nHabituellement, malgré les sacrifices infligés à sa bourse, le chorège s'enor-\ngueillissait de son emploi. Il était, dans sa tribu, une manière de « premier»,\ni\nun homme puissant et magnifique, quelque chose comme un seigneur de village\ndevenu très populaire, parce que c'est lui qui régale les pauvres et paie tous les\nfrais de la fête. L'ambition politique et le goût du paraître, naturels aux méri-\ndionaux, trouvaient là leur compte. Il y avait aussi les honneurs attachés à la\nfonction. Comme récompense, le chorège pouvait recevoir un trépied d honneur\nqu'il consacrait dans une des petites chapelles alignées dans la « rue des Tré-\npieds ». Il y avait, en outre, les inscriptions sur marbre pour perpétuer le souve-\nnir du service rendu ou de la victoire remportée ; inscriptions qui auraient aujour-\nd'hui pour équivalent une insertion au Journal officiel avec la signature du Prési-\ndent de la République, et dont la concision avait quelque chose de rituel :\nXenocliUe étant chorège,\nMagnès étant maître,\nAux tragédies (i).\nPour la comédie, le chorège avait, outre le flûtiste, 24 choreutes à trouver, à\ninstruire, à équiper, à nourrir ; pour la tragédie, 12 (plus tard 15). C'est sur\n1 initiative de Sophocle que le nombre des choreutes fut accru ; mais Eschylen'en\nemployait que 12 (la conjecture contraire qu'on a faité au sujet des Eumènides\nétant reconnue erronée). Le même chœur servait pour toutes les pièces d'un\npoète. Le chorège devait choisir des chanteurs parmi les citoyens libres de sa\ntribu ou des autres tribus (car, contrairement au poète lyrique, il prenait part au\nconcours au nom de la collectivité), mais exclusivement parmi les citoyens libres.\nS il se permettait d'introduire dans le chœur un étranger à la cité, il était pas-\nsible d une forte amende ; et nous savons qu'un chorège ayant commis cette im-\nprudence dut payer jusqu à cent mille drachmes ! Loi très curieuse qui nous\navertit encore de la connexitéde la musique avec la religion et la politique. Les\nétrangers sont rigoureusement exclus du chœur, parce que le chœur a le caractère\n\n(1) V. le Corpus des inscriptions attiques, T. 11, section 2e, Catalogues se rapportant aux\nconcours des Dionysies etdes Lènèennes, n°* 971 et suiv."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "371", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.3", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3323, "texte": "d une fonction et d une cérémonie religieuses d'où les non-initiés, ou les profanes,\nou les membres d une autre cité (soit les fidèles d'un autre culte), sont exclus.\nAujouid hui, que nous importe la nationalité des chanteurs, et surtout celle des\nchoi istes ? L apparition, sur la scène de notre Opéra, d'artistes italiens ourusses,\nest au contraire considérée comme un « gala ».\nAprès avoir recruté ses artistes, le chorège avait à trouver un local (x.°Prrr£^0V)-\nIl laissait au poète 1 instruction technique des acteurs, mais il y était intéressé\ncomme collaboi ateui. Il prenait la direction du chœur, s'il en était capable ; assez\nsouvent il se réservait la fonction de flûtiste (la flûte paraissant avoir été un\ninstiument aussi lépandu dans la « bonne société »du ve siècle que l'était le\nluth sous notre ancien régime ; au théâtre elle représentait tout l'orchestre). Si\nle chorège ne savait pas jouer de la flûte, il avait à trouver un flûtiste, à le payer,\net à 1 entretenir comme les choristes (fourniture de tout ce qui est nécessaire pour\nparaître sur la scène, et banquet). Le chorège devait mettre aussi à la disposition\ndu poète un certain nombre de sujets accessoires, car, depuis Eschyle, trois ac-\nteurs ne suffisaient pas ; il fournissait un certain nombre de figurants, de choristes\nsuppléants, quelquefois un personnel pour un second chœur (Tcpaxopy^sva).\nCette charge était devenue si lourde qu'elle ruinait beaucoup de gens. En 412,\nsous 1 archontat de Kallias, on la dédoubla. X'JVSUÛ e'Soije y opriyeïv uà Atovjo'ta : un\ndécret décida que les Dionysies seraient organisées par deux chorèges (1).\nII\nPournous faireune idée du chorège antique autrement quepar des inscriptions\nsur marbre, laconiques et mutilées, nous avons un document très étendu et fort\nintéressant : c'est un plaidoyer de Démosthène qui passe pour un de ses chefs-\nd'œuvre : le plaidoyer contre Midias. Je crois utile d'en rappeler ici quelques\npages J'ai dit que le chorège était un très haut personnage, s'acquittant d'une\nfonction d'Etat. Nous allons voir que, par suite, il était inviolable et sacré, et que\nl'outrager, dans le théâtre de Dionysos, c'était commettre un sacrilège.\nCette harangue contre Midias est l'œuvre du plus grand orateur de l'antiquité;\nelle est animée d'un admirable mouvement de dialectique dans la passion, ou\nde passion dans la dialectique, comme on voudra : mais il ne faut pas oublier\nque c'est l'œuvre d'un avocat, d'un méridional, d'un politicien, d'un Grec pour\ntout dire. Il y a des pages où l'exagération me paraît évidente, et où je serais\ntenté, comme on dit, de « diviser par soixante ».La harangue n'en est pas moins\nfort instructive.\nAvant de dégager ce qui concerne le chorège, je signalerai dans cette haran-\ngue un certain nombre de documents précis, montrant bien le caractère musical\net les origines religieuses (j'interprète : magiques, en remontant plus haut) des\nfêtes du théâtre. Il est essentiel, pour Démosthène, de bien établir qu'une re-\nprésentation dramatique est du domaine des choses sacrées, et il le lait en\ncitant des oracles comme ceux-ci :\nORACLE DE DELPHES. « O vous, descendants d Erechthée, habitants de la\n\n(t ) Aristophane, note d'un commentateur grec sur le vers 404 de la comédie des Grenouilles\n|* Cf. C. I. A., t. 11, n° 1 280."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "372", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.4", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3702, "texte": "ville de Pandion (Athènes), soyez fidèles à observer dans les fêtes les rites an-\ntiques ; n'oubliez pas le dieu Dionysos ; rendez-lui tous ensemble, dans les carre-\nfours, les honneurs accoutumés ; immolez-lui des victimes sur les autels, la tête\nornée de couronnes. »\nAUTRE ORACLE DE DELPHES. «On fera des sacrifices et on adressera des\nprières pour la santé des citoyens au souverain des dieux, à Hercule, au grand\nApollon. On fera des libations dans les carrefours pour la prospérité de la ville ;\non formera des choeurs,• on portera des couronnes suivant ies rites antiques...\nElevant des mains pures vers tous les dieux et toutes les déesses de l'Olympe,\non leur témoignera la reconnaissance pour les faveurs reçues.\nORACLE DE DODONE. « Voici ce que vous ordonne le prêtre de Jupiter : im-\nmolez à Dionysos, protecteur du peuple, une victime sans tache ; honorez ce\ndieu par des libations et par des chœurs... Faites porter des couronnes aux\nhommes libres, etc... » En tous pays, de tels usages ont été ceux de la magie.\nLe rappel de ces prescriptions lointaines explique bien pourquoi, au centre de\nl'orchestre, dans le théâtre grec, il y avait un autel (thymélé) ; il montre que si\nune représentation dramatique était d'abord une fête nationale, c'est parce qu'elle\nétait d'abord une fête religieuse, et, auparavant, un acte de magie.\nVoici une loi —la fameuse loi d'Evagoras que reproduit Démosthène, et\nqui, animée de l'esprit des vieux oracles, y ajoute une prescription curieuse,\nconséquence naturelle du devoir religieux recommandé :\n« Lorsqu'on célèbre les fêtes de Dionysos... par des tragédies et des comédies\n... avec des troupes de jeunes gens et des chœurs de musiciens ... il ne sera point\npermis, dans les jours consacrés à ces fêtes, de prendre des gages, de rien exiger\nde personne, de ceux mêmes qui seront en retard pour ïexécution d un jugement.\nQuiconque enfreindra cette loi pourra être accusé par ceux auxquels il aura fait\nviolence ; on pourra porter plainte contre lui dans F assemblée du temple de Diony-\nsos :il sera poursuivi comme ayant violé la sainteté de la fête, et on le jugera comme\non juge tout violateur d'une fête. » Aujourd'hui encore, durant nos fêtes officielles,\nles opérations commerciales sont suspendues et les échéances retardées.\nCes textes-là forment pour ainsi dire les assises de la démonstration que veut\nfaire notre grand avocat, et l'histoire du théâtre lyrique les recueille comme des\ndocuments de première importance. Voici maintenant.un exposé de faits inté-\nressant l'histoire de la démocratie grecque, celle du théâtre lyrique, et, en\nparticulier, celle du chorège. Bien qu'une traduction soit très insuffisante, j'use\nde celle qu'a faite l'abbé Auger pour laisser la parole au plaignant lui-même:\n« Depuis trois ans, dit Démosthène, il n'y avait pas eu de chorège dans la\ntribu Pandionide (entendez : dans mon arrondissement). On tenait l'assemblée\ndans laquelle la loi ordonne à l'archonte de tirer au sort le musicien qui doit\nconduire les chœurs. On se faisait mutuellement des reproches. L'archonte s'en\nprenait aux administrateurs de la tribu, et ceux-ci à l'archonte. Alors je m'offris\nde moi-même pour être chorège. Le sort me procura l'avantage de choisir, avant\nmes rivaux, 1 homme le plus essentiel du chœur (le coryphée). Applaudissant\ntous au zèle avec lequel je m'étais offert et à la fortune qui l avait favorisé, vous\ntémoignâtes à 1 envi votre contentement par les démonstrations les plus écla-\ntantes. Midias seul en fut offensé. »\nCe Midias était 1 ennemi personnel de Démosthène. Ici, il convient de penser\nà ces rivalités d influence, à ces haines furieuses, à ces « tempêtes dans un verre"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "373", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3629, "texte": "d eau », comme a dit M. Lavisse, qui caractérisaient la vie des républiques an-\ntiques. Midias éprouva un violent dépit devoir son rival nommé chorège, c'est-\nà-dire investi d une fonction très brillante qui, au milieu de ses concitoyens,\nassurait sa supériorité et l'entourait d'une sorte d'auréole. Démosthène se plaint\nd aboi d de menues tracasseries, de vexations, d obstacles de tout genre dressés\ndevant lui par son irréconciliable adversaire. Il arrive enfin à articuler des griefs\nprécis qui éclairent d'un jour très net, dans le détail, les mœurs du temps :\n... « Ce que je vais dire vous indignera tous autant que moi-même. Ce que\nvous allez entendre est au-dessus de toute expression, et je n'entreprendrais pas\naujourd'hui d'en accuser Midias si je ne l'eusse convaincu sur-le-champ, devant\nle peuple.\naII a voulu, Athéniens, déchirer ma robe sacrée, car une robe qu'on prépare\npour une fête est sacrée, tant qu'elle est destinée à cet usage ; il a voulu briser\nles couronnes d'or que j'avais commandées pour décorer ma troupe. Forçant, de\nnuit, la maison de l'orfèvre, il a exécuté son dessein en partie, et il aurait été\nplus loin si on ne l'eût arrêté. Qui jamais, dans une cité, se porta à de tels excès ?\nCe n'est pas tout : il a corrompu le maître de ma troupe, et si Téléphane, mon\nprincipal sujet, ne se fût montré fidèle, et, s'apercevant de la manœuvre, n'eût\nchassé le traître et ne se fût chargé lui-même d'exercer la troupe, elle serait\nentrée (au théâtre), Athéniens, sans avoir été instruite ; et moi, chorège, hors\nd'état de disputer le prix, j'aurais essuyé le plus cruel affront. Peu satisfait de\nces injures, il a été jusqu'à corrompre l'archonte, un des chefs de la féte ;il a\nanimé contre moi mes rivaux ; il a crié, menacé, obsédé des juges liés par la\nreligion du serment. Il a fermé et cloué la forte du théâtre ; enfin n'étant que\nparticulier, il n'a cessé de me nuire par des coups d'autorité, par des attentats\ninouïs... Après avoir corrompu les juges, les acteurs de danse et de musique, il a\ncouronné tous ces beaux exploits en me frappant outrageusement et en enlevant\nle prix de la victoire à ma tribu qui avait l'avantage. »\nDémosthène caractérise ainsi l'importance de cette dernière insulte :\n« Ce n'est pas Démosthène qu on a insulté sur le théâtre : c est votre chorège...\nCelui qui, par un mouvement de haine, insulte un personnage du chœur ou un\nchorège, et cela dans le temple même de Dionysos, dans le jour même oû l'on\ndispute le prix, ne peut-on pas dire qu il est coupable d'impiété ? »\nTels sont les griefs de Démosthène. Evidemment un rival n'a pas été gentil\npour lui et a cherché à rendre sa tâche très difficile. On a voulu détériorer sa\nrobe et son matériel, alors qu'ils étaient encore chez le confectionneur ; on a\nquasiment cambriolé son costumier; on a cherché à le priver de ses collabora-\nteurs les plus utiles; on a sollicité les juges pour les indisposer contre lui. Enfin,\ndans un mouvement d'impatience, et probablement àla fin d'une querelle où\ndes injures homériques avaient été échangées de part et d'autre, on s'est\nlivré à des voies de fait ; on a frappé le chorège de la tribu Pandionide Tout\ncela est certainement très mal. Mais il n'y a là rien de tragique, à voir les choses\nde notre point de vue moderne. Il n'y a pas un concours de fin d'année, au\nConservatoire de Paris, où plusieurs élèves des classes de comédie, de chant ou\nde piano ne croient posséder à peu près les éléments d'un réquisitoire de ce\ngenre. Et c'est là que je serais assez disposé à croire « qu'il faut diviser par\n60 ». Mais voici le plus curieux."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "374", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.6", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1508, "texte": "Savez-vous quel est le châtiment réclamé par Démosthène contre Midias\npour lui avoir donné un soufflet dans l'exercice de ses fonctions de chorège ?\nC'est tout simplement I.A PEINE DE MORT ! Il y avait, paraît-il, des précédents.\n• Je comparerais volontiers ces exagérations à celles de certains chanteurs\nmodernes. Un journaliste reproche-t-il à tel ténor à la mode d'avoir fait quel-\nques fausses notes ?Le ténor assigne immédiatement le journaliste devant les\ntribunaux et lui réclame cent mille francs de dommages intérêts. Les juges lui\naccordent cinq cents francs, et on l'esiime très heureux.\nMais peu importe. Ce qu'il nous suffit de constater, c'est qu'une pareille\ndemande ait pu être sérieusement soutenue devant un tribunal athénien, parce\nque le chorège était à la fois une personnification de la république et l'officiant\nd'un culte national, de telle sorte qu'un outrage infligé à sa personne pouvait\nêtre dénoncé comme un sacrilège. En Espagne, au xvic siècle, quiconque aurait\nsouffleté un cardinal en pleine église eût été sûr de passer devant le tribunal\nde l'lnquisition et de monter sur le bûcher. Chez les Grecs, au ive siècle avant\nnotre ère, on a pu dire qu'un citoyen était tout aussi coupable pour avoir\nfrappé un chorège en plein théâtre. Un tel fait nous montre combien important\nétait le rôle social attribué à la musique ; il nous permet de mesurer la distance\nqui sépare le drame lyrique des anciens et celui des modernes.\n(A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-01_01#c002", "volume": "bmtnabj_1908-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "369", "page_fin": "374", "image_debut": 1, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.2.1.1", "titre_corps": "Histoire du théâtre lyrique Le Chorège antique.", "titre_sommaire": "Histoire du théâtre lyrique Le Chorège antique.", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "369", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.1", "debut_caractere": 163, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "Histoire du théâtre lyrique\nLe Chorège antique.\n\n{suite).\nQu est-ce, aujourd hui, que le musicien chef de chœur ou « chef du chant »\nchargé d instruire des choristes en vue de la représentation d'un drame lyri-\nque r Un praticien particulièrement habile, un spécialiste d'importance moyenne,\net lien de plus. 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L'ambition politique et le goût du paraître, naturels aux méri-\ndionaux, trouvaient là leur compte. Il y avait aussi les honneurs attachés à la\nfonction. Comme récompense, le chorège pouvait recevoir un trépied d honneur\nqu'il consacrait dans une des petites chapelles alignées dans la « rue des Tré-\npieds ». Il y avait, en outre, les inscriptions sur marbre pour perpétuer le souve-\nnir du service rendu ou de la victoire remportée ; inscriptions qui auraient aujour-\nd'hui pour équivalent une insertion au Journal officiel avec la signature du Prési-\ndent de la République, et dont la concision avait quelque chose de rituel :\nXenocliUe étant chorège,\nMagnès étant maître,\nAux tragédies (i).\nPour la comédie, le chorège avait, outre le flûtiste, 24 choreutes à trouver, à\ninstruire, à équiper, à nourrir ; pour la tragédie, 12 (plus tard 15). C'est sur\n1 initiative de Sophocle que le nombre des choreutes fut accru ; mais Eschylen'en\nemployait que 12 (la conjecture contraire qu'on a faité au sujet des Eumènides\nétant reconnue erronée). Le même chœur servait pour toutes les pièces d'un\npoète. Le chorège devait choisir des chanteurs parmi les citoyens libres de sa\ntribu ou des autres tribus (car, contrairement au poète lyrique, il prenait part au\nconcours au nom de la collectivité), mais exclusivement parmi les citoyens libres.\nS il se permettait d'introduire dans le chœur un étranger à la cité, il était pas-\nsible d une forte amende ; et nous savons qu'un chorège ayant commis cette im-\nprudence dut payer jusqu à cent mille drachmes ! Loi très curieuse qui nous\navertit encore de la connexitéde la musique avec la religion et la politique. Les\nétrangers sont rigoureusement exclus du chœur, parce que le chœur a le caractère\n\n(1) V. le Corpus des inscriptions attiques, T. 11, section 2e, Catalogues se rapportant aux\nconcours des Dionysies etdes Lènèennes, n°* 971 et suiv."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "371", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.3", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3323, "texte": "d une fonction et d une cérémonie religieuses d'où les non-initiés, ou les profanes,\nou les membres d une autre cité (soit les fidèles d'un autre culte), sont exclus.\nAujouid hui, que nous importe la nationalité des chanteurs, et surtout celle des\nchoi istes ? L apparition, sur la scène de notre Opéra, d'artistes italiens ourusses,\nest au contraire considérée comme un « gala ».\nAprès avoir recruté ses artistes, le chorège avait à trouver un local (x.°Prrr£^0V)-\nIl laissait au poète 1 instruction technique des acteurs, mais il y était intéressé\ncomme collaboi ateui. Il prenait la direction du chœur, s'il en était capable ; assez\nsouvent il se réservait la fonction de flûtiste (la flûte paraissant avoir été un\ninstiument aussi lépandu dans la « bonne société »du ve siècle que l'était le\nluth sous notre ancien régime ; au théâtre elle représentait tout l'orchestre). Si\nle chorège ne savait pas jouer de la flûte, il avait à trouver un flûtiste, à le payer,\net à 1 entretenir comme les choristes (fourniture de tout ce qui est nécessaire pour\nparaître sur la scène, et banquet). Le chorège devait mettre aussi à la disposition\ndu poète un certain nombre de sujets accessoires, car, depuis Eschyle, trois ac-\nteurs ne suffisaient pas ; il fournissait un certain nombre de figurants, de choristes\nsuppléants, quelquefois un personnel pour un second chœur (Tcpaxopy^sva).\nCette charge était devenue si lourde qu'elle ruinait beaucoup de gens. En 412,\nsous 1 archontat de Kallias, on la dédoubla. X'JVSUÛ e'Soije y opriyeïv uà Atovjo'ta : un\ndécret décida que les Dionysies seraient organisées par deux chorèges (1).\nII\nPournous faireune idée du chorège antique autrement quepar des inscriptions\nsur marbre, laconiques et mutilées, nous avons un document très étendu et fort\nintéressant : c'est un plaidoyer de Démosthène qui passe pour un de ses chefs-\nd'œuvre : le plaidoyer contre Midias. Je crois utile d'en rappeler ici quelques\npages J'ai dit que le chorège était un très haut personnage, s'acquittant d'une\nfonction d'Etat. Nous allons voir que, par suite, il était inviolable et sacré, et que\nl'outrager, dans le théâtre de Dionysos, c'était commettre un sacrilège.\nCette harangue contre Midias est l'œuvre du plus grand orateur de l'antiquité;\nelle est animée d'un admirable mouvement de dialectique dans la passion, ou\nde passion dans la dialectique, comme on voudra : mais il ne faut pas oublier\nque c'est l'œuvre d'un avocat, d'un méridional, d'un politicien, d'un Grec pour\ntout dire. Il y a des pages où l'exagération me paraît évidente, et où je serais\ntenté, comme on dit, de « diviser par soixante ».La harangue n'en est pas moins\nfort instructive.\nAvant de dégager ce qui concerne le chorège, je signalerai dans cette haran-\ngue un certain nombre de documents précis, montrant bien le caractère musical\net les origines religieuses (j'interprète : magiques, en remontant plus haut) des\nfêtes du théâtre. Il est essentiel, pour Démosthène, de bien établir qu'une re-\nprésentation dramatique est du domaine des choses sacrées, et il le lait en\ncitant des oracles comme ceux-ci :\nORACLE DE DELPHES. « O vous, descendants d Erechthée, habitants de la\n\n(t ) Aristophane, note d'un commentateur grec sur le vers 404 de la comédie des Grenouilles\n|* Cf. C. I. A., t. 11, n° 1 280."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "372", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.4", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3702, "texte": "ville de Pandion (Athènes), soyez fidèles à observer dans les fêtes les rites an-\ntiques ; n'oubliez pas le dieu Dionysos ; rendez-lui tous ensemble, dans les carre-\nfours, les honneurs accoutumés ; immolez-lui des victimes sur les autels, la tête\nornée de couronnes. »\nAUTRE ORACLE DE DELPHES. «On fera des sacrifices et on adressera des\nprières pour la santé des citoyens au souverain des dieux, à Hercule, au grand\nApollon. On fera des libations dans les carrefours pour la prospérité de la ville ;\non formera des choeurs,• on portera des couronnes suivant ies rites antiques...\nElevant des mains pures vers tous les dieux et toutes les déesses de l'Olympe,\non leur témoignera la reconnaissance pour les faveurs reçues.\nORACLE DE DODONE. « Voici ce que vous ordonne le prêtre de Jupiter : im-\nmolez à Dionysos, protecteur du peuple, une victime sans tache ; honorez ce\ndieu par des libations et par des chœurs... Faites porter des couronnes aux\nhommes libres, etc... » En tous pays, de tels usages ont été ceux de la magie.\nLe rappel de ces prescriptions lointaines explique bien pourquoi, au centre de\nl'orchestre, dans le théâtre grec, il y avait un autel (thymélé) ; il montre que si\nune représentation dramatique était d'abord une fête nationale, c'est parce qu'elle\nétait d'abord une fête religieuse, et, auparavant, un acte de magie.\nVoici une loi —la fameuse loi d'Evagoras que reproduit Démosthène, et\nqui, animée de l'esprit des vieux oracles, y ajoute une prescription curieuse,\nconséquence naturelle du devoir religieux recommandé :\n« Lorsqu'on célèbre les fêtes de Dionysos... par des tragédies et des comédies\n... avec des troupes de jeunes gens et des chœurs de musiciens ... il ne sera point\npermis, dans les jours consacrés à ces fêtes, de prendre des gages, de rien exiger\nde personne, de ceux mêmes qui seront en retard pour ïexécution d un jugement.\nQuiconque enfreindra cette loi pourra être accusé par ceux auxquels il aura fait\nviolence ; on pourra porter plainte contre lui dans F assemblée du temple de Diony-\nsos :il sera poursuivi comme ayant violé la sainteté de la fête, et on le jugera comme\non juge tout violateur d'une fête. » Aujourd'hui encore, durant nos fêtes officielles,\nles opérations commerciales sont suspendues et les échéances retardées.\nCes textes-là forment pour ainsi dire les assises de la démonstration que veut\nfaire notre grand avocat, et l'histoire du théâtre lyrique les recueille comme des\ndocuments de première importance. Voici maintenant.un exposé de faits inté-\nressant l'histoire de la démocratie grecque, celle du théâtre lyrique, et, en\nparticulier, celle du chorège. Bien qu'une traduction soit très insuffisante, j'use\nde celle qu'a faite l'abbé Auger pour laisser la parole au plaignant lui-même:\n« Depuis trois ans, dit Démosthène, il n'y avait pas eu de chorège dans la\ntribu Pandionide (entendez : dans mon arrondissement). On tenait l'assemblée\ndans laquelle la loi ordonne à l'archonte de tirer au sort le musicien qui doit\nconduire les chœurs. On se faisait mutuellement des reproches. L'archonte s'en\nprenait aux administrateurs de la tribu, et ceux-ci à l'archonte. Alors je m'offris\nde moi-même pour être chorège. Le sort me procura l'avantage de choisir, avant\nmes rivaux, 1 homme le plus essentiel du chœur (le coryphée). Applaudissant\ntous au zèle avec lequel je m'étais offert et à la fortune qui l avait favorisé, vous\ntémoignâtes à 1 envi votre contentement par les démonstrations les plus écla-\ntantes. Midias seul en fut offensé. »\nCe Midias était 1 ennemi personnel de Démosthène. Ici, il convient de penser\nà ces rivalités d influence, à ces haines furieuses, à ces « tempêtes dans un verre"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "373", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3629, "texte": "d eau », comme a dit M. Lavisse, qui caractérisaient la vie des républiques an-\ntiques. Midias éprouva un violent dépit devoir son rival nommé chorège, c'est-\nà-dire investi d une fonction très brillante qui, au milieu de ses concitoyens,\nassurait sa supériorité et l'entourait d'une sorte d'auréole. Démosthène se plaint\nd aboi d de menues tracasseries, de vexations, d obstacles de tout genre dressés\ndevant lui par son irréconciliable adversaire. Il arrive enfin à articuler des griefs\nprécis qui éclairent d'un jour très net, dans le détail, les mœurs du temps :\n... « Ce que je vais dire vous indignera tous autant que moi-même. Ce que\nvous allez entendre est au-dessus de toute expression, et je n'entreprendrais pas\naujourd'hui d'en accuser Midias si je ne l'eusse convaincu sur-le-champ, devant\nle peuple.\naII a voulu, Athéniens, déchirer ma robe sacrée, car une robe qu'on prépare\npour une fête est sacrée, tant qu'elle est destinée à cet usage ; il a voulu briser\nles couronnes d'or que j'avais commandées pour décorer ma troupe. Forçant, de\nnuit, la maison de l'orfèvre, il a exécuté son dessein en partie, et il aurait été\nplus loin si on ne l'eût arrêté. Qui jamais, dans une cité, se porta à de tels excès ?\nCe n'est pas tout : il a corrompu le maître de ma troupe, et si Téléphane, mon\nprincipal sujet, ne se fût montré fidèle, et, s'apercevant de la manœuvre, n'eût\nchassé le traître et ne se fût chargé lui-même d'exercer la troupe, elle serait\nentrée (au théâtre), Athéniens, sans avoir été instruite ; et moi, chorège, hors\nd'état de disputer le prix, j'aurais essuyé le plus cruel affront. Peu satisfait de\nces injures, il a été jusqu'à corrompre l'archonte, un des chefs de la féte ;il a\nanimé contre moi mes rivaux ; il a crié, menacé, obsédé des juges liés par la\nreligion du serment. Il a fermé et cloué la forte du théâtre ; enfin n'étant que\nparticulier, il n'a cessé de me nuire par des coups d'autorité, par des attentats\ninouïs... Après avoir corrompu les juges, les acteurs de danse et de musique, il a\ncouronné tous ces beaux exploits en me frappant outrageusement et en enlevant\nle prix de la victoire à ma tribu qui avait l'avantage. »\nDémosthène caractérise ainsi l'importance de cette dernière insulte :\n« Ce n'est pas Démosthène qu on a insulté sur le théâtre : c est votre chorège...\nCelui qui, par un mouvement de haine, insulte un personnage du chœur ou un\nchorège, et cela dans le temple même de Dionysos, dans le jour même oû l'on\ndispute le prix, ne peut-on pas dire qu il est coupable d'impiété ? »\nTels sont les griefs de Démosthène. Evidemment un rival n'a pas été gentil\npour lui et a cherché à rendre sa tâche très difficile. On a voulu détériorer sa\nrobe et son matériel, alors qu'ils étaient encore chez le confectionneur ; on a\nquasiment cambriolé son costumier; on a cherché à le priver de ses collabora-\nteurs les plus utiles; on a sollicité les juges pour les indisposer contre lui. Enfin,\ndans un mouvement d'impatience, et probablement àla fin d'une querelle où\ndes injures homériques avaient été échangées de part et d'autre, on s'est\nlivré à des voies de fait ; on a frappé le chorège de la tribu Pandionide Tout\ncela est certainement très mal. Mais il n'y a là rien de tragique, à voir les choses\nde notre point de vue moderne. Il n'y a pas un concours de fin d'année, au\nConservatoire de Paris, où plusieurs élèves des classes de comédie, de chant ou\nde piano ne croient posséder à peu près les éléments d'un réquisitoire de ce\ngenre. Et c'est là que je serais assez disposé à croire « qu'il faut diviser par\n60 ». Mais voici le plus curieux."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "374", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.6", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1508, "texte": "Savez-vous quel est le châtiment réclamé par Démosthène contre Midias\npour lui avoir donné un soufflet dans l'exercice de ses fonctions de chorège ?\nC'est tout simplement I.A PEINE DE MORT ! Il y avait, paraît-il, des précédents.\n• Je comparerais volontiers ces exagérations à celles de certains chanteurs\nmodernes. Un journaliste reproche-t-il à tel ténor à la mode d'avoir fait quel-\nques fausses notes ?Le ténor assigne immédiatement le journaliste devant les\ntribunaux et lui réclame cent mille francs de dommages intérêts. Les juges lui\naccordent cinq cents francs, et on l'esiime très heureux.\nMais peu importe. Ce qu'il nous suffit de constater, c'est qu'une pareille\ndemande ait pu être sérieusement soutenue devant un tribunal athénien, parce\nque le chorège était à la fois une personnification de la république et l'officiant\nd'un culte national, de telle sorte qu'un outrage infligé à sa personne pouvait\nêtre dénoncé comme un sacrilège. En Espagne, au xvic siècle, quiconque aurait\nsouffleté un cardinal en pleine église eût été sûr de passer devant le tribunal\nde l'lnquisition et de monter sur le bûcher. Chez les Grecs, au ive siècle avant\nnotre ère, on a pu dire qu'un citoyen était tout aussi coupable pour avoir\nfrappé un chorège en plein théâtre. Un tel fait nous montre combien important\nétait le rôle social attribué à la musique ; il nous permet de mesurer la distance\nqui sépare le drame lyrique des anciens et celui des modernes.\n(A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-01-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-01_01#c003", "volume": "bmtnabj_1908-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "374", "page_fin": "376", "image_debut": 6, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.2.2", "titre_corps": "Les exécutions récentes.", "titre_sommaire": "Les exécutions récentes.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "374", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.6", "debut_caractere": 1510, "fin_caractere_exclue": 3336, "texte": "Les exécutions récentes.\n\n— Nous continuons à donner régulièrement les\nrecettes officielles de l'Opéra et de l'Opéra-Comique. 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DEBUSSY ET LA MUSIQUE RUSSE. — A propos de la récente et très brillante\nreprise de Pellèas et Mélisande à l'Opéra-Comiqùe, M. Adolphe de Chennevières\nnous envoie de Paris-Plage une très élégante — mais trop longue ! — lettre,\noù il développe l'idée suivante : ce n'est pas aux musiciens russes que Debussy\na emprunté son système (?) musical ; le vrai précurseur de Debussy, c'est le\nfiançais Emmanuel Chabrier. Il y a du vrai dans cette thèse intéressante, et\nnul n admire plus que nous 1 auteur de Gwendoline. Mais nous ferons remarquer\nà M. de Chennevières que, s'il emploie volontiers « la superposition de tona-\nlités différentes », Chabrier traite les voix tout autrement que l auteur de\nPellèas, et que sa musique est le triomphe du rythme, alors que M. Debussy\ns ingénie à détruire le rythme. (V. les trois Valses caractéristiques pour 2 pianos,\nécrites par Chabrier en 1880, et comparer ces pièces admirables à celles de\nM. Debussy pour le piano.)\n\n— Mme Rose Caron, professeur au Conservatoire, che-\nvalier de la Légion d'honneur, fut une très grande artiste. Elle a encore sur la\nscène une tenue et une méthode excellentes. Mais la reprise du rôle de Sa-\nlammbô n'a pas servi, je le crains, sa réputation. Quand on a parcouru une\nlongue et brillante carrière, pourquoi ne pas reconnaître de bonne grâce qu'on\na le droit d'être un peu fatiguée et de se reposer? A quoi bon abuser de la cour-\n\nMme ROSE CARON.\n\nCHEZ FÉLIA LITVINNE.\nT.\n— Le 21 juin, dans son hôtel-musée du boulevard de\nClichy, en l'honneur du peintre Alexis Harlamoff, auteur d'un très beau portrait\nde l'illustre cantatrice, Mme Félia Litvinne, après avoir dit d'exquises mélodies\nde Godard, de Fauré, de Diémer, a chanté avec M. Lelubez le duo du 2e acte\nde Parsifcil. Ce fut, devant un auditoire d'élite, et dans un cadre de rare élé-\ngance, un enchantement. Jamais la grande cantatrice ne fut plus admirée.\nAprès avoir joué de jolies pièces de Rameau, Diémer lui accompagna au piano\nune de ses compositions, le Cavalier, dont j'ai déjà eu l'occasion de dire tout le\nbien que j'en pensais. Schubert ou Schumann aurait pu signer cela.\nVALSE CHROMATIQUE DE B. GODARD, POUR PIANO. — Voici une valse que j'ai\nentendue trois fois, la semaine dernière, dans des réceptions mondaines. Pia-\nnistes, notez bien ceci : si vous voulez connaître un typè parfait de composition\npompeuse et vide, agressive et brutale dans la banalité, cynique et corrosive\ndans TinsigniHance, c'est celle-là qu'il faut lire."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "376", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.8", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1579, "texte": "toisie des critiques en les obligeant à des euphémismes qui ne trompent per-\nsonne ?\n\nT.\n\nUN TÉNOR RUSSE. Chez Mme Edmée 8...; au programme de cette soirée\nmondaine, un très bel aria inédit de Bach, joué par Enesco, Hekking et Daene\n(organiste à Bordeaux), puis le duo du 2e acte de Lohengrin. Eisa, c'est\nMllc Grandjean; Lohengrin, c'est Jean Altchevsky, que nous avons déjà applaudi\nà l Opéra, dans Boris Godounow. Après ce duo, Jean Altchevsky se met au\npiano et chante par cœur, en s'accompagnant lui-même, une douzaine de mé-\nlodies russes. On passe au buffet ; mais Altchevsky demande la permission de\nrester au piano et de chanter d'autres compositions : c'est sa manière de se\nrafraîchir. Il est plus de minuit, et il faut songer à prendre congé ; mais Alt-\nchevsky commence une nouvelle série où il va chanter en voix de baryton : c'est\nsa manière de se reposer. On est fatigué d'écouter; mais Altchevsky, vers deux\nheures du matin, se sent bien en forme, exécute un trille à pleine voix sur le\nsC , cède au flot de souvenirs mélodiques dont sa mémoire est envahie, et, entre\ndeux phrases, fait des exercices d'attaque, avec la voix, contre le lustre du salon :\nc'est sa manière de s'amuser. Heureux privilège de la jeunesse I Altchevsky a\n28 ans. Il vient de débuter triomphalement à l'Opéra, dans les Huguenots.\nM. Charles-H. Farnham, littérateur distingué des Etats-Unis, nous écrit pour\nnous demander notre avis sur un grandiose projet : la création d'une Université\ndes beaux-arts. 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Ajoutez que si le\npublic se trompe souvent, trop souvent, il y aurait outrecuidance de la part\nd un (( critique » à vouloir juger à fond, par une sentence ne varietur, une\nœuvre née d hier. Rien n'est plus difficile que d'apprécier les œuvres contempo-\nraines, à moins que la critique ne consiste à faire de la réclame aux amis\nou à « éreinter » de parti pris tel ou tel en prenant des airs de pédant. Dans\nune telle situation, il faut surtout s'attacher aux faits positifs, indiscutables.\nLe bilan du dernier mois donne lieu aux observations suivantes : i° Opéra,\nA 1 Opéra, la situation de M. Massenet est toujours solide avec Thaïs, qui a dé-\npassé 20,000 fr.; celle de Samson et Dalila a été un peu éprouvée, passagère-\n\nRECETTES DES THÉÂTRES."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "375", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.7", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 972, "texte": "ment, semble-t il. 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La plupart des œuvres du répertoire courant (sauf le Barbier de\nSévi lie, 8.835 fr-) sont en baisse, y compris , Werther et Manon :\nMignon elle-même clôture faiblement à 4.077 fr. 50.\n\nS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-01_01#c005", "volume": "bmtnabj_1908-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "375", "page_fin": "375", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.2.2.2", "titre_corps": "M. DEBUSSY ET LA MUSIQUE RUSSE. — A propos de la récente et très brillante", "titre_sommaire": "M. DEBUSSY ET LA MUSIQUE RUSSE. — A propos de la récente et très brillante", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "375", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.7", "debut_caractere": 974, "fin_caractere_exclue": 1932, "texte": "M. DEBUSSY ET LA MUSIQUE RUSSE. — A propos de la récente et très brillante\nreprise de Pellèas et Mélisande à l'Opéra-Comiqùe, M. Adolphe de Chennevières\nnous envoie de Paris-Plage une très élégante — mais trop longue ! — lettre,\noù il développe l'idée suivante : ce n'est pas aux musiciens russes que Debussy\na emprunté son système (?) musical ; le vrai précurseur de Debussy, c'est le\nfiançais Emmanuel Chabrier. Il y a du vrai dans cette thèse intéressante, et\nnul n admire plus que nous 1 auteur de Gwendoline. Mais nous ferons remarquer\nà M. de Chennevières que, s'il emploie volontiers « la superposition de tona-\nlités différentes », Chabrier traite les voix tout autrement que l auteur de\nPellèas, et que sa musique est le triomphe du rythme, alors que M. Debussy\ns ingénie à détruire le rythme. (V. les trois Valses caractéristiques pour 2 pianos,\nécrites par Chabrier en 1880, et comparer ces pièces admirables à celles de\nM. Debussy pour le piano.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-01_01#c006", "volume": "bmtnabj_1908-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "375", "page_fin": "375", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.2.2.3", "titre_corps": "CHEZ FÉLIA LITVINNE.", "titre_sommaire": "CHEZ FÉLIA LITVINNE.", "signature_source": "T", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "375", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.7", "debut_caractere": 2396, "fin_caractere_exclue": 3449, "texte": "CHEZ FÉLIA LITVINNE.\nT.\n— Le 21 juin, dans son hôtel-musée du boulevard de\nClichy, en l'honneur du peintre Alexis Harlamoff, auteur d'un très beau portrait\nde l'illustre cantatrice, Mme Félia Litvinne, après avoir dit d'exquises mélodies\nde Godard, de Fauré, de Diémer, a chanté avec M. Lelubez le duo du 2e acte\nde Parsifcil. Ce fut, devant un auditoire d'élite, et dans un cadre de rare élé-\ngance, un enchantement. Jamais la grande cantatrice ne fut plus admirée.\nAprès avoir joué de jolies pièces de Rameau, Diémer lui accompagna au piano\nune de ses compositions, le Cavalier, dont j'ai déjà eu l'occasion de dire tout le\nbien que j'en pensais. Schubert ou Schumann aurait pu signer cela.\nVALSE CHROMATIQUE DE B. GODARD, POUR PIANO. — Voici une valse que j'ai\nentendue trois fois, la semaine dernière, dans des réceptions mondaines. Pia-\nnistes, notez bien ceci : si vous voulez connaître un typè parfait de composition\npompeuse et vide, agressive et brutale dans la banalité, cynique et corrosive\ndans TinsigniHance, c'est celle-là qu'il faut lire."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-01_01#c007", "volume": "bmtnabj_1908-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "375", "page_fin": "376", "image_debut": 7, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.2.2.4", "titre_corps": "Mme ROSE CARON.", "titre_sommaire": "Mme ROSE CARON.", "signature_source": "T", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "375", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.7", "debut_caractere": 1934, "fin_caractere_exclue": 2394, "texte": "— Mme Rose Caron, professeur au Conservatoire, che-\nvalier de la Légion d'honneur, fut une très grande artiste. Elle a encore sur la\nscène une tenue et une méthode excellentes. Mais la reprise du rôle de Sa-\nlammbô n'a pas servi, je le crains, sa réputation. Quand on a parcouru une\nlongue et brillante carrière, pourquoi ne pas reconnaître de bonne grâce qu'on\na le droit d'être un peu fatiguée et de se reposer? A quoi bon abuser de la cour-\n\nMme ROSE CARON."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "376", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.8", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 127, "texte": "toisie des critiques en les obligeant à des euphémismes qui ne trompent per-\nsonne ?\n\nT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-01_01#c008", "volume": "bmtnabj_1908-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "376", "page_fin": "376", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.2.2.5", "titre_corps": "UN TÉNOR RUSSE. Chez Mme Edmée 8...; au programme de cette soirée", "titre_sommaire": "UN TÉNOR RUSSE. Chez Mme Edmée 8...; au programme de cette soirée", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "376", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.8", "debut_caractere": 129, "fin_caractere_exclue": 1579, "texte": "UN TÉNOR RUSSE. Chez Mme Edmée 8...; au programme de cette soirée\nmondaine, un très bel aria inédit de Bach, joué par Enesco, Hekking et Daene\n(organiste à Bordeaux), puis le duo du 2e acte de Lohengrin. Eisa, c'est\nMllc Grandjean; Lohengrin, c'est Jean Altchevsky, que nous avons déjà applaudi\nà l Opéra, dans Boris Godounow. Après ce duo, Jean Altchevsky se met au\npiano et chante par cœur, en s'accompagnant lui-même, une douzaine de mé-\nlodies russes. On passe au buffet ; mais Altchevsky demande la permission de\nrester au piano et de chanter d'autres compositions : c'est sa manière de se\nrafraîchir. Il est plus de minuit, et il faut songer à prendre congé ; mais Alt-\nchevsky commence une nouvelle série où il va chanter en voix de baryton : c'est\nsa manière de se reposer. On est fatigué d'écouter; mais Altchevsky, vers deux\nheures du matin, se sent bien en forme, exécute un trille à pleine voix sur le\nsC , cède au flot de souvenirs mélodiques dont sa mémoire est envahie, et, entre\ndeux phrases, fait des exercices d'attaque, avec la voix, contre le lustre du salon :\nc'est sa manière de s'amuser. Heureux privilège de la jeunesse I Altchevsky a\n28 ans. Il vient de débuter triomphalement à l'Opéra, dans les Huguenots.\nM. Charles-H. Farnham, littérateur distingué des Etats-Unis, nous écrit pour\nnous demander notre avis sur un grandiose projet : la création d'une Université\ndes beaux-arts. A bientôt l'examen de cette grosse question."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-01_01#c009", "volume": "bmtnabj_1908-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "376", "page_fin": "377", "image_debut": 8, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.2.3", "titre_corps": "ALEXANDRE CHORON, d'après des documents inédits.", "titre_sommaire": "ALEXANDRE CHORON, d'après des documents inédits.", "signature_source": "UN CHORÈGE MODERNE ; N. D. L. R", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "376", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.8", "debut_caractere": 1581, "fin_caractere_exclue": 2869, "texte": "ALEXANDRE CHORON,\nd'après des documents inédits.\nUN CHORÈGE MODERNE\nN. D. L. R.\nLes pages qu'on va lire sont empruntées àun ouvrage inédit intitulé : Alexandre\nChoron, d'après des documents inédits, et reproduisant les lettres écrites par ce\nmusicien pendant les voyages qu'en 1819 il fît à titre officiel dans le Nord et dans\nle Midi. L'auteur de ce travail est un très distingué professeur de l'Université, doc-\nteur et agrégé des lettres, M. Gabriel Vauthier, que nous remercions ici pour sa\ntrès intéressante communication sur un musicien précurseur fort original qui fut\nun apôtre du chant choral.\nCe serait un travail considérable, et d'ailleurs plein d'intérêt, que de\nreproduire en entier la correspondance de Choron. Dans ces lettres si\nnombreuses, écrites au courant de la plume, et souvent fort longues, on\nverrait jour par jour, pour ainsi dire, au moins à partir de 1815, vivre\ndans sa fébrile activité cet homme trop oublié qui, pour l'art dont il\nétait passionnément épris, a dissipé sa fortune et consumé ses forces,\nsans avoir recueilli les fruits qu'il pouvait attendre du zèle le plus\nardent et du plus généreux désintéressement.\nIl a fallu nous borner, et nous ne publions que les lettres adressées\nen 1819 par Choron au comte de Pradel, directeur général de la Maison"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "377", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.9", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 617, "texte": "du roi, qui 1 avait chargé d'une mission dont nous parlons dans le\ncours de cette étude.\nAvant de présenter ces lettres aux lecteurs, nous voulons rappeler et\nrajeunir les traits de celui qui les écrivit. Sans doute, dans les livres\nou les articles de ceux qui l'ont vu de près, on trouve, sur l'homme et\nle musicien, des témoignages précieux; ses contemporains lui ont con-\nsacré d'importantes biographies, mais tout ce qui a été dit à son sujet\nest bien ancien déjà. Notre but n'est pas de le répéter sous une autre\nforme : c'est de faire connaître Choron par Choron lui-même."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-01_01#c010", "volume": "bmtnabj_1908-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "377", "page_fin": "389", "image_debut": 9, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.2.4", "titre_corps": "La famille de Choron (1). — Sa vie jusqu'en 1804.", "titre_sommaire": "La famille de Choron (1). — Sa vie jusqu'en 1804.", "signature_source": "GABRIEL VAUTHIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "377", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.9", "debut_caractere": 619, "fin_caractere_exclue": 3121, "texte": "La famille de Choron (1). — Sa vie jusqu'en 1804.\n\nLa famille Choron est originaire de Crépy-en-Valois.Le grand-père du\nmusicien, mort en 1751, exerçait dans cette ville les fonctions de procu-\nreur au bailliage ; un de ses oncles, notaire à Paris sous LouisXVl,\n\n(1) Pour la famille Choron, on remonte jusqu'en 1600 : Antoine Choron, 1600-\ni 650, est prévôt royal de Béthisy ; son fils, François Choron, i620-r686, son petit-\nfils, François, 1653-1726, sont procureurs au bailliage de Crépy. Vient ensuite\nEtienne, 1701-1753, grand-père du musicien.\nNous devons cette note à Mme Sano, petite-fille de Mme d'Arcet.\nDes documents nous ont été également communiqués par M. le baron de la\nFresnaye, à Falaise, par M. le baron de la Fresnaye, ancien élève de l'Ecole Poly-\ntechnique, lieutenant-colonel en retraite à Paris, petits-fils de Mme Guéneau\nde Montbeillard. Nous leur exprimons à tous notre gratitude pour leur aimable\nempressement.\nNous adressons aussi nos remerciements àM. Charles Schmidt, archiviste aux\nArchives nationales, et à M. Tiersot, bibliothécaire au Conservatoire : nous\nleur sommes très reconnaissant d'avoir bien voulu mettre à notre disposition des\npapiers très intéressants.\nChoron avait épousé en 1816 Françoise-Marie Weniger, née à Paris en 1788,\nmorte dans cette ville le 25 mai iBq3. De ses six filles, cinq moururent très jeunes.\nLa seule qui survécut devint la femme d'un élève de l'Ecole de chant, Nicou ; elle\nmourut le 15 août 1835.\nSon fils unique, Frédéric, après avoir échoué à l'Ecole Polytechnique, séjourna en\nAllemagne, puis se consacra à l'enseignement. Il fut, de 1842 à 1845, professeur de\nphysique et chimie au collège de Troyes. Voici ce qu'a bien voulu nous écrire\nà son sujet son ancien élève, M. UfToltz, organiste de la cathédrale de cette\nville : «Je me rappelle encore qu'il était blond et d'aspect très sympathique. Il était\ntrès estimé, travaillait beaucoup, et s'intéressait tout particulièrement aux recherches\nde Boucheri sur la coloration des bois par injections. Un jour qu'il étudiait cette\nquestion chez un pépiniériste, survint un cyclone qui projeta en l'air plusieurs cloches\nà melons, qui retombèrent absolument intactes. M. Choron rendit compte\nde ce phénomène dans la classe du lendemain. » Il fut envoyé à Saint-Denis, dans\nl'île de la Réunion, quand on y ouvrit le lycée. C'est là qu'il mourut.\nIl publia, avec deux traités élémentaires d'arithmétique, une Théorie des atomes\net des équivalents chimiques, deux éditions, 1837 et 1839."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "378", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.10", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "et plus tard administrateur au Département des domaines et finances\nde la municipalité, y possédait des biens considérables. Son père,\nEtienne-Louis, avocat au Parlement de Paris, avait été envoyé à Caen\ncomme « directeur des fermes pour les traites, gabelles et tabacs».\nC'est là qu'il épousa Anne-Rosalie Geoffroy de Gomesnil, fille du rece-\nveur général des fermes du roi à Caen, qui lui apporta en dot un très\nbeau domaine situé sur le territoire de Sainte-Marie-aux-Anglais,\narrondissement de Lisieux.\nAlexandre-Etienne Choron naquit le 21 octobre 1771. Baptisé le\nlendemain à Saint-Pierre, il eut pour parrain son grand-père paternel\net pour marraine sa grand'mère, Marie-Thérèse Delahaute, veuve\nChoron, qui, trop âgée sans doute, ne put quitter Crépy et se fit\nreprésenter.\nIl eut deux frères : l'un, Hippolyte, mort très jeune, l'autre, Frédéric,\n»\ninspecteur divisionnaire des douanes, mort à Toulon en 1827 sans\npostérité. De ses trois sœurs, la première, Rosalie, épousa François\nGuéneau de Montbeillard, fils du collaborateur de Buffon ; la seconde,\nFélicité, veuve en 1813 de M. Genet de Quincy, commissaire des guer-\nres, se remaria avec M. Le Monnier, intendant militaire ; enfin, la\ndernière, Claire, devint femme de M. d'Arcet, fils du savant, savant lui-\nmême et inspecteur des essais à la Monnaie. Une de ses filles épousa le\nstatuaire Pradier.\nUne lettre adressée par Boucher de Perthes à samère, le 11 mars 1813\n(collection Parent de Rosan, à l'Hôtel de Ville), donne sur cette famille\ndes détails piquants :\n« J'ai été faire une visite àma merveilleuse cousine, Mme Genet ;il\nétait 2 heures. Il y avait dix à douze personnes, et elle était couchée.\nElle reçoit ainsi : elle n'a pas tort, car on ne peut rien voir de plus\ncharmant, et elle a passé la trentaine. Veuve, sans beau coup de fortune,\nelle nen a pas moins tourné bien des têtes,et refusé les plus beauxpartis.\nRien en elle ne dénote la moindre coquetterie ; elle est d'une simplicité\nextrême : la nature est le nec plus ultra de l'art. Sa phrase ou sa manière\nde causer est celle de son frère Frédéric, l'homme modèle par la\ngrâce et l'élégance, et un peu de son autre frère, Alexandre, l'homme\naux projets. Malgré sa position de veuve et de femme à la mode, sa\nréputation est intacte. Sa sœur, Mme de Montbeillard, est également\nfort aimable, mais pas belle.\n« Leur mère habite une jolie campagne à Passy. J'ai été lui faire une\nvisite. Elle ne dément pas sa réputation d'esprit, et d'esprit un peu\ncaustique. Elle est fort maigre, ce qui la fait paraître assez vieille. Sa"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "379", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.11", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2917, "texte": "mise, extrêmement soignée, lui donne l'air un peu prétentieux, chose\nqui frise le ridicule à cet âge. Sa bien-aimée est sa dernière fille,\nMme d'Arcet ; malgréles belles dots qu'ont eues ses filles, elle peut passer\npour riche.\n(( Avec la musique, Alexandre dépensera toute sa fortune, si ce n'est\ndéjà fait. C'est plus qu'un homme d'esprit : il a du génie. »\nA l'âge de sept ans, Choron est envoyé au collège de Juilly. —Ce\nchoix fut évidemment inspiré par le voisinage de Crépy. C'est là qu'il\nse lia avec Fayolle, qui fut, comme lui, chef de brigade à l'École Polytech-\nnique (1), et avec lequèl il a publié le Dictionnaire des Musiciens, 1810-\n1811.\nEn 178(5, après de bonnes études, il retourne à Caen. Une passion\nirrésistible pour la musique s'empare de lui. Son père, pour l'arracher\nà des études qui lui déplaisent, l'envoie à Paris chez un procureur ; le\njeune homme, tout entier à son rêve, griffonne des mesures jusque\nsur le papier timbré : pour ce crime et son dégoût de la pratique,\nil est rendu à ses parents.. Etienne-Louis meurt le i 5 août 1788.\nAlexandre, qui avait reçu sa part de patrimoine, se sépare de sa mère,\nqui ne peut lui pardonner sa vocation, et revient à Paris. Il présente à\nGrétry, qui l'encourage, ses premiers essais. Il travaille avec l'abbé\nRoze et Bonesi. En 1791, on le juge assez habile pour lui confier les\nfonctions de maître de chapelle à Saint-Séverin : il les conserve jus-\nqu'en 1793 (2).\n\n(1) On appelait ainsi des élèves choisis parmi les meilleurs. Ils étaient tout à la\nfois surveillants et répétiteurs ; ils étaient obligés de donner l'exemple et de servir\nde modèles. Pour plus de détails, consulter le remarquable ouvrage de M. le Com-\nmandant Pinet, bibliothécaire à l'Ecole Polytechnique, Histoire de l'Ecole Poly-\ntechnique, Paris, Baudry, 1887.\nTrès fier de ce titre, Choron se plaisait à le rappeler en tête de ses publications.\n(2) Pour les détails concernant les premières années de Choron, quand nous ne\npouvons donner des renseignements de première main, nous renvoyons aux grands\ndictionnaires, où l'on trouvera des biographies écrites par P'étis, Fayolle, Denne-\nBaron, etc.\n11 convient de consulter aussi: Eloge de Choron, par E. Gautier, professeur de\nbelles-lettres, Paris et Caen, 1845, avec la liste des principaux élèves de Choron.\nIl y a un appendice bibliographique, auquel il faut ajouter des ouvrages postérieurs :\nd'Estourmel, Souvenirs de France et d'ltalie, 1848 ; Scudo, Critique et littérature\nmusicales, iBso ; Laferrière, Mémoires, 1876; Duprez, Souvenirs d'un chanteur,\n1880, etc.\nVoir également : Cariez, Choron, sa vie et ses travaux, Caen, 1882, et H. Réty,\nNotice historique sur Choron et son école, Paris, 1873.\nIl est probable que dans les papiers de Fétis il y a des lettres de Choron. Le\nConservatoire de Bruxelles est en pourparlers pour les acheter, mais ils sont encore\nsous scellés."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "380", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.12", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "En 1794, il est surnuméraire à l'Ecole nationale des Travaux publics.\nUne lettre conservée dans sa famille nous apprend comment Monge\nle distingua :\n«A la citoyenne Eulalie-Rosalie Choron, chez la citoyenne sa mère,\nà Canon, par Croissanville, Calvados.\n« Tu sais que je suis élève surnuméraire de l'Ecole nationale des\n. 1 '\nTravaux publics, et que cette Ecole est ou était le lieu de mon travail ;\naujourd'hui, il y a quelque changement dans tout cela. Le C. Monge,\ngéomètre et chimiste, agent du Comité de Salut public, ayant besoin\nde quelqu'un pourêtre employé à ses travaux plus ou moins importants,\nest venu à l'École voir s'il n'y aurait pas quelqu'un propre à remplir son\nobjet. Il a eu avec plusieurs quelques entretiens et avec moi un assez\nlong colloque sur des objets profonds de géométrie. Il m'a aussi parlé\nde chimie. Deux jours après, le huitième de la dernière décade, j'ai reçu\nune invitation dépasser au' Comité de Salut public. J'y suis allé, et\nj'ai trouvé le même citoyen qui m'a dit être autorisé par le Comité de\nSalut public àme prendre sous le titre d'élève du Comité de Salut\npublic aux appointements de 1.800 francs, pour m'instruire de tout ce\nqui concerne la fabrication des armes, poudres et salpêtres et autres\nobjets divers. J'ai accepté avec plaisir cette proposition, et dès le lende-\nmain, je suis venu là travailler sous la direction du C. Monge.\n«Il est bonde te dire que, quoique je semble être dirigé particulière-\nment vers les armes et poudres , ma destination n'est pas restreinte à\ncet objet ; elle en embrasse beaucoup d'autres, et la condition requise\npour ceci est d'être propre à tout ou capable de le devenir. Je ne sors\npas non plus pour cela de l'Ecole des travaux publics, et je ne me suis\npas muni d autre réquisition que celle que j'avais précédemment à titre\nd'élève des Ponts et Chaussées.\n« Paris, le 22 Messidor an 11. »\nLe i 5 mars, il annonce à cette même sœur qu'il compte partir pour\nNancy ou Strasbourg. Peut-être se rendait-il à Sainte-Marie-aux-Mines\nou à Giromagny, où l'on se proposait d'ouvrir une « Ecole de théorie de\nperfectionnement» sous ladirection du Conseil desMines.De 1 795 à 1802\nles documents font défaut. Cette lacune est sommairement comblée\npar ces quelques lignes de Choron, reproduites en partie par tous ses\nbiographes : « Dans les sciences physiques et mathématiques, il avait\nmanifesté assez de capacité pour que le célèbre géomètre comte Monge\nle jugeât digne de ses leçons particulières. Il a été attaché à sa personne,\npendant un assez long espace de temps, à titre d'élève particulier, et il"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "381", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.13", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2593, "texte": "a fait en cette qualité les fonctions de répétiteur pour la géométrie des-\ncriptive à l'Ecole normale en 1795 : » et il ajoute : « d'où il est sorti pour\nrentrer dans ses foyers et se livrer en paix à son goût pour les sciences\net les arts, aussi peu soucieux de fortune que de titres, d'honneurs et\nmême de renommée. »\nUne lettre du 12 messidor an X, où il déclare être propriétaire et\nrésider à Sainte-Marie-aux-Anglais, tout en ayant un domicile à Paris, est\nadressée à son libraire. Choron s'occupe de la réimpression et de la\ndiffusion d'un petit livre, publié pour la première fois en 1799, Méthode\npour apprendre en même temps à lire et à écrire. C'était une forme de\nl'enseignement mutuel.\nL'ancien élève de l'Ecole Polytechnique était devenu maître\nd'école (1).\nNavré de l'ignorance qui régnait dans les campagnes, Choron voulut,\navec sa méthode, mettre rapidement les enfants et les adultes en état\nde lire et d'écrire. Les résultats, paraît-il, en étaient surprenants, et\nle triomphe fut de voir le citoyen Lasalle, « artiste vétérinaire » de la\ncommune de Saint-Julien, arrondissement de Lisieux, et connaissant\nà peine les lettres, apprendre en treize leçons à lire et à écrire.\nMédiocrement encouragé à Caen, où il avait pourtant réussi à dégros-\nsir les hommes d'un régiment, il ouvre une école à Sainte-Marie-aux-\nAnglais, puis à Saint-Pierre-sur-Dives. Il a ou on lui donne le titre\nd'instituteur. Bientôt il revient à Caen, demande à Fourcroy de l'aider\nauprès du préfet du Calvados à obtenir, en vue d'un nouvel établis-\nsement, le couvent des Ursulines. Le projet n'aboutit pas. Choron se\nrend à Falaise, et, avec un certain Coessin, il y ouvre un collège.\nMais « l'homme à projets », comme l'appelle si bien Boucher de\nPerthes, ne se contente pas d'une modeste institution. Son pro-\ngramme est vaste, et va bien au delà de son temps. Il s'agit\n« d'une Ecole libérale et industrielle où l'on enseignera les langues\nlatine et grecque, les éléments des sciences exactes et du dessin, la\ngéométrie descriptive et les arts, la physique expérimentale, l'arpen-\ntage, l'agriculture, etc. ».\nDéjà, dans cet esprit toujours en travail, tout plan s'agrandit.\nC'est un des traits dominants d'une physionomie si originale. Il en\nest deux autres qui sont l'honneur de sa vie: son désintéressement, sa\nprofonde sympathie pour les humbles et les déshérités.\nPour appliquer sa méthode, Choron se consacre à une modeste\n\n(1) Sa vocation pour l'enseignement se manifesta de bonne heure. En 1792, il\napprenait bénévolement la musique à de jeunes enfants."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "382", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.14", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2351, "texte": "mission ; pour la propager, il en abandonne les éditions à son libraire,\n« sans réserve, sans aucune rétribution ». Il l'envoie à tous les préfets,\nmultiplie ses elforts pour la faire adopter à Paris, il y vient souvent\npendant cette période, et il recueille les encouragements les plus\nflatteurs. Le 3o fructidor an XI, Fourcroy le félicite « de ce qu'il fait\npour le perfectionnement de l'instruction primaire ». Dans une autre\nlettre, il l'informe qu'il a invité la Société philanthropique à lui faire\nconnaître les résultats de .l'essai de sa méthode. Le citoyen Gibert,\nmembre de cette Société, écrit un long rapport tout en faveur de\nChoron.\nUn savant, le baron de Silvestre, le recommande à Duquesnoy, maire\ndu Xe arrondissement. « J'ai été, dit-il, à portée d'apprécier ses con-\nnaissances au Conseil des Mines où il était élève. Le plan qu'il a conçu\npour donner avec facilité les connaissances les plus utiles à la classe\nindigente me paraît mériter d'attirer votre attention... Il met le plus\ngrand désintéressement dans ses procédés, et ne désire que trouver les\nmoyens d'être plus généralement et plus sûrement utile à ses conci-\ntoyens. »\nRetenons ces derniers mots : ils annoncent les sentiments qui inspi-\nreront Choron dans toute sa carrière.\nDans la deuxième partie de son travail, l'auteur raconte la vie de Choron sous\nl'Empire. Il l'étudié comme éditeur et comme compositeur. Dans le dernier chapi-\ntre, il parle des critiques adressées par Choron à la musique religieuse de son temps\net de ses efforts pour rétablir les maîtrises.\nCHORON RÉGISSEUR GÉNÉRAL DE L'OPÉRA\n20 novembre i8i5-iqv avril i8iy.\nSi Choron était peu satisfait des voix qu'on entendait dans les\néglises, il n'était pas moins sévère pour les artistes qui chantaient dans\nles théâtres. En 1811, dans un mémoire où il propose une vaste orga-\nnisation des chapelles et la création d'une surintendance générale de\nla musique et des théâtres de l'Empire, il ne trouve partout que\ndégradation extrême, des gens sans talent, sans moyens, sans méthode,\nqui « hurlent » au lieu de chanter. Il n'excepte de ces critiques, et\nencore fait-il sur eux des restrictions, que des acteurs applaudis, Garat,\nLays et Martin.\nCes plaintes qu'il exprime, on en trouve l'écho chez les contem-\nporains. A l'Opéra, on ne chantait pas, on criait."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "383", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.15", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2822, "texte": "Crier, dit un dictionnaire du temps, est presque le sublime du talent\nd'un chanteur d'opéra. « Tout se crie d'une voix aiguë, écrivait Lady\nMorgan, sans flexibilité, sans exécution, sans goût, sans expression.\nLes premières cantatrices chantent hors de mesure, et plus elles s'aban-\ndonnent à « leur criaillerie », et plus elles sont couvertes d'applau-\ndissements. » Les meilleurs artistes avaient leurs défaillances, et, au\ntémoignage de Geoffroy, il arrivait quelquefois à Lays de chanter\ncomme un chantre de paroisse. Le mal devait durer longtemps encore.\nIl ne cessa qu'après l'arrivée de Rossini à Paris, quand l'illustre maître,\nengagé à écrire pour l'Opéra, exigea avant tout qu'on lui donnât,\nsuivant le mot d'Adolphe Adam, des chanteurs qu'on pût faire\nchanter.\nQuel était à cette époque le directeur de l'Opéra? Un excellent\nhomme, l'auteur de la Petite Ville, Picard, qu'en 1807 on était allé\nchercher au théâtre de l'lmpératrice pour le mettre à une place qui ne\nlui convenait pas.\nEtranger à la musique, quel bien pouvait-il faire ? quelle autorité\npouvait-il espérer ? Administrateur indulgent, il laissait tout aller à la\ndérive ; les dépenses étaient énormes, sans profit pour l'art. Il y avait\nde grandes réformes à opérer, le gaspillage à supprimer. Pour sauver\nun théâtre qui court à sa ruine, Choron n'est-il pas là ? En juillet 1814,\nle bruit court que Picard va se retirer ; bien vite il écrit au comte de\nBlacas, au comte de Pradel, directeur général de la Maison du roi : il\ndemande la place ; si Picard ne se retire pas encore, qu on le nomme\nadjoint au directeur : «ce qu'il a déjà fait lui donne le pressentiment\nqu'il peut rendre des services peu communs ».\nIl n'entra à l'Opéra que le 20 novembre 181 5 (1), et seulement avec\nle titre de régisseur général. Persuis était nommé inspecteur général\ndelà musique; Kreutzer, chef d'orchestre (2). L'intendant des Menus,\n\n(1) Il fut nommé, sur la recommandation du comte Ferrand, ami de M. de Blacas,\net aussi sur celle d'un de ses camades de Juilly, M. Petit, agent de change à Paris,\nqui l'aida plus d'une fois de sa bourse dans des circonstances difficiles.\n(2) Situation de l'Opéra, d'après 1 'Etatmatrice de l'Académie royale de musique\npour 1816.\nADMINISTRATION. Choron, régisseur général, 6.000 francs. Courtin, secrétaire géné-\nral, 5.500, Bonnemer; caissier, 6.000. Bureaux : 7 employés et garçons.\nCHANT. Inspecteur général, Persuis, 3.000 (il avait de plus 7.000 francs comme\nchef d'orchestre) ; 2 chefs de chant, Lebrun et Adrien, 4.000.\nPremiers artistes (d'après un arrêté du comte de Pradel, leurs traitements, comme\npour les premiers sujets de la danse, ne devaient pas dépasser 10.000 francs ; c est\nce qu'ils touchaient) : hommes : Lays, Dérivis, Nourrit ; femmes : Branchu,\nArmand, Albert."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "384", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.16", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3209, "texte": "Papillon de la Ferté, s'était réservé la haute direction, étrange person-\nnage, « à la volonté stupide », hanneton, dit Castil-Blaze, qui comman-\ndait à ce triumvirat comme aux laveuses de la vaisselle (il avait dans\nses attributions l'argenterie royale) ; « homme sans talent, écrit à son\ntour Choron en 1821, esclave de mille petites passions, ennemi de\nl'autorité de son ministre », à cette époque le marquis de Lau-\nriston.\nAvant même de prendre possession d'un poste amoindri, Choron,\nsans doute dans les orchestres qu'il avait dressés, était connu pour sa\nsévérité, s'il faut appeler de ce mot ce qu il exigeait de chacun, la\nconscience, l'amour du devoir et de 1 art, et cette haute piobité qui\nle faisait partir en guerre contre les abus de toutgenie. En 1814.5 ses\nennemis publiaient qu'il ne pourrait être employé utilement. Choron\n\nRemplacements : hommes 4, Lavigne, Albert, 7.200 ; Laforêt, 6.000 ; Bonel,\n4.800 ; femmes, 2 : M™* Paulin, 7.200 ; Granier, 5.000.\nDoubles : hommes, 5 ; traitements allant de 4.000 à 2.400 ; femmes 2 ; 4.000 et\n3.500.\nChœurs : hommes : basses-tailles, 12, de 1.500 à 1.000; tailles, 9, de 2.000 à 1.000;\nhautes-contre, 8, de 1.500 à 1.000 ; femmes, 24, de 1.500 à 800 ; t maître de solfège,\n2 accompagnateurs, 1 accordeur, 2 avertisseurs.\nDANSE. 2 chefs : Gardel, 10.000 ; Milon, 6.000. Hommes, 1 premier artiste, Albert ;\nfemmes, 3 : M»»es Clotilde, Bigottini et Gosselin.\nRemplacements : 1 homme, 7.000 ; femmes, 4, de 6.600 à 3.000.\nDoubles : hommes, 6, de 4.500 à 4.100 ; femmes, 8, de 3.600 à 1. 500.\nBallets : hommes, 30, de i.500 à 500 ; femmes, 3i, de i.500 à 500 ; 1 inspecteur,\n3 répétiteurs, 2 avertisseurs, de i.500 à 900.\nORCHESTRE. 24 violons, conduits par Kreutzer aîné, 5.000 ; les autres, de 3.000 à\n1.000 ; 3 haut bois : Wogt, 2.750 ; Félix Miolan, 1.800; SchneitzœfTer, 1 600; 2 flûtes :\nTulou, 2.500 ; Lépine, 1.500; 3 clarinettes, 3.000, 2.000, i .400 ;4 cors, 3.000, 1 .800,\n1.700, 1.400 ; 4 bassons, 3.000, i.Boo, i.300, 1.000; 2 trompettes, 1.600, 1.200;\n3 trombones, 1.200,1.000 ; 8 altos, de 1.500 à 1.000 ; i o violoncelles : le premier, 3.000;\nles autres de 1.800 à 1.000 ; 8 contrebasses : la première, 2.000 ; les autres, de 1.500 à\n1.000 ; 1 timbalier, 1.400 ; 1 harpiste, 1000 ; 1 bibliothécaire, i.500 ; 1 préposé,\n800.\nSERVICE DE LA SALLE ET DU THÉÂTRE, I inspecteur, 1 médecin en titre, 1 médecin\nhonoraire, 2 chirurgiens ; concierges, petit personnel, 40 ; ouvreuses, 23 ; service\nde l'habillement, des décors, ouvriers, garçons, atelier de peinture, 122 personnes.\nRECETTES. A la porte. 469.500 ; loges à l'année, 80.000 ; bals (ils étaient assez\nnombreux en hiver) et locations de boutiques, 25.000 ; impôt du quinzième sur les\nthéâtres, 145.000, en tout 719.500. Subvention fournie par le roi, 600.531.\nLes recettes et les dépenses s'équilibraient donc. Gela ne dura pas longtemps ;\nchaque année le ministère de l'intérieur comblait le déficit ; en 1829, il donna\n1.300.000 francs.\nLes plus fortes recettes s'élevaient à près de 9.000 francs ; les plus faibles descen-\ndaient à 1400 francs environ.\nOn jouait les dimanches, mardis et vendredis. On fermait pendant la quinzaine de\nPâques."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "385", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.17", "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 2670, "texte": "se défend contre ces attaques et ces sinistres prophéties. Il oubliait qu'il\nserait mal soutenu et qu'il resterait seul, quand il lui faudrait batailler\navec les auteurs, les acteurs, les subalternes, et que de vastes projets\nde réformes qui allaient jusqu'à balayer tout un personnel ne pour-\nraient être seulement soupçonnés sans exciter chez les futures victimes\ndes cris de fureur et de vengeance.\nLe 16 juin 1816, il écrit un rapport sur les réformes à apporter dans\nle personnel à partir du icr janvier 1817.\nDans l'orchestre et sur la scène, quelle hécatombe !\nPiccinni, - petit-fils du grand musicien, l'accompagnateur, d'ail-\nleurs chef d'orchestre à la Porte-Saint-Martin, « ne s'acquitte de ses\nfonctions qu'avec dégoût et nonchalance ». A réformer.\nL'exécution musicale est pesante et monotone. La faute en est au\nmauvais goût qui règne à l'Opéra. Persuis (1) en est un des plus zélés\ndéfenseurs. A réformer.\nLes artistes qui jouent les premiers rôles resteront, bien que certains\nlaissent à désirer: Dérivis, qui plaît beaucoup au public; Lays, qui\napprochait pourtant de la soixantaine; Nourrit (le père), « qui ne fait\nqu'imparfaitement la roulade, et qui est mauvais acteur » ; Mm\" Branchu,\n« qui décline d'une manière sensible » à trente-six ans ! (2)\nQuant aux autres, ils ne sont pas ménagés.\nUn chanteur insuffisant demande-t-il un congé ? Qu'on prenne la\nballe au bond pour le renvoyer.\n« M. Brice est incapable, et doit être réputé nul de l'avis de tous les\nhommes qui peuvent en juger. Il faut prendre l'occasion de s'en débar-\nrasser le plus promptement possible, puisqu'on ne peut compter sur\nlui. »\nParmi les « remplacements», Bonel a une belle voix, mais il n'a ni\ngoût ni méthode ; il est paresseux ; il n'aime pas son art : qu'il reste au\nsecond rang ! Haby est très médiocre concordant, on appelait ainsi\nla voix qui procède de la basse-taille et du ténor. Bonnet a une assez\n\n(1) Choron et Persuis se détestaient cordialement. On cite à ce propos une ven-\ngeance, la seule que Choron se soit permise. Par ordre, on devait reprendre la\nJérusalem délivrée de Persuis, donnée en 1812. Le régisseur général, qui n'aimait\npas cet ouvrage, se serait, d'après les uns, hâté, au premier bruit, de dénaturer les\ndécors de cet opéra ; suivant les autres, le décor aurait représenté des chaumières,\nguinguettes, charmilles.\n(2) Mme Branchu « égala la tendre et tragique Saint-Huberti ».\nDérivis: « Voix magnifique, stature imposante, et ses gestes manquent de noblesse;\nil a l'aspect tragique, et je ne sais quoi de bourgeois perce en lui au travers du man-\nteau royal. » (Dictionnaire théâtral, 1824.)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "386", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.18", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "belle voix; il chante quelquefois assez bien, mais il n'a ni intelligence\nni chaleur ; en outre, c'est un acteur détestable. Ils sont maintenus, mais\njugés.\nLes doublures, les femmes surtout, ne sont pas plus épargnées, et\nquelles notes ! Celle-ci, sujet ignoble, sans moyens aujourd'hui, entiè-\nrement usée (1)5 celle-là, voix dure et glapissante, maintien gauche et\nde mauvais goût, sifflée par le public ; telle, par son inconduite, a\nperdu fraîcheur, beauté et voix ; telle autre enfin est vieille, laide, n'a\njamais eu de voix ni su un mot de musique. Toutes sont à réformer.\nA réformer aussi ces choristes trop vieilles, désagréables avoir, désa-\n«\ngréables à entendre. Et tout ce monde maudit le régisseur général et\nfait agir ses protecteurs. Persuis, menacé dans ses fonctions, s'adresse\nà Spontini. L'auteur de la Vestale multiplie les démarches en sa faveur\net, dans une lettre au secrétaire général de la Maison du roi, il écrit\nces aménités à l'égard de Choron ; « Ce malheureux Opéra, moribond\ncomme il est, a-t-il besoin d'autres coups pour expirer que ceux dont il\nest frappé par l'inepte, tyrannique et ignoble administration actuelle ? »\nNommez-moi directeur, ajoute Spontini, qui, trois ans après, en-\nvoyait des lettres aimables à celui qu'il vilipendait en pareils termes. Il\nest vrai qu'en février 1816, le même Spontini avait demandé que l'on\nreprit son Fernand Corte\\, et Choron avait répondu officiellement que\nla musique de cet ouvrage était « embrouillée et inapprenable ».\nLe régisseur général a l'œil sur toute sa troupe. Il surveille, stimule\nun acteur comme Lavigne, physiquement bien doué, mais paresseux. Il\ndistingue dans la foule des talents qu'on peut développer ; « il les fait\ntravailler, les met en bonne main ».\nPour personne, il n'admet d'infractions aux règlements. Dérivis, à.\nla fin de 1816, est parti pour le Midi, sans permission, et il a emporté\nune garde-robe qui appartient à l'Opéra. On apprend qu'il est à Nîmes.\nChoron s'adresse immédiatement à la Police générale pour qu'on donne\nordre au préfet du Gard de renvoyer le délinquant à Paris, et sous\nescorte. Lavigne n'a paru à aucune répétition des Abencérages : trois\ncents francs d'amende et huit jours de prison, car on enfermait encore\nles acteurs à l'Abbaye. On annonce que trois sujets, Lecomte, Levas-\nseur et Bégret, ont des engagements pour l'Angleterre. D'autres se pro-\nposent de partir avec eux. On en informera le préfet de police, qui\nrefusera les passeports. On ne doublait pas les rôles des opéras et des\nballets : sur la proposition de Choron, le ministre de la Maison du roi\n\n(1) Elle s'appelait Jaunard. Elle dut quitter l'Opéra. En 1819, Choron la retrouva\nà Marseille. La malheureuse ne put être supportée par le public."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "387", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.19", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "exige qu on les double, et, si une représentation n'a pas lieu faute de\nremplaçants, on punira de fortes amendes les chefs du chant, les maî-\nties de ballets, 1 inspecteur général de la musique et le régisseur géné-\nral lui-même, dans le cas ou il ne dénoncerait pas les contraventions.\nLes amateurs de billets gratuits sont fustigés à leur tour. Pour un\nspectacle du mois de janvier 1816, quatre-vingt-dix-huit billets de\nfaveur ont été distribués. C est trop, écrit Choron, et il demande que\nles privilégiés ne soient admis qu'après l'entrée du public, et il ne\ns agissait ni des moins bonnes places ni des moindres personnages.\nAutant de mécontents, autant d'ennemis (i) !\nToujours sur la brèche, obligé de contrôler un à un les détails maté-\nriels d'une grande administration, Choron n'est pas libre dans le do-\nmaine de la musique. A ses côtés, pour juger les ouvrages présentés à\nl'Académie, il a un comité dont les membres sont Méhul, Cherubini,\nBerton, Spontini et Boïeldieu. N'eut-on pas l'idée d'instituer un comité\nlittéraire avec HofFman, Michaud, Raynouard, Picard et Charles\nNodier ? Les littérateurs jugent comme s'ils étaient au Théâtre-Fran-\nçais ; de là, lutte entre les comités et lutte de Choron avec les deux\ncomités. Il n'est pas toujours maître chez lui, et parfois, comme pour\nles Dieux rivaux, donnés à l'occasion du mariage du duc de Berry, le\ndirecteur général désigne les acteurs qui doivent jouer ; il n'est pas\nmaître non plus de son répertoire, et, pour les pièces nouvelles, il doit\ntenir des engagements pris avant lui.\nC'est ce qu'oublie Fétis, qui, dans son article sur Spontini, reproche\nà Choron ses mauvais choix. En laissant de côté les ballets ou les\npièces de circonstance, le régisseur général a fait représenter en tout\ntrois opéras nouveaux : le Rossignol de Lebrun, « ordure musicale, dit\ncrûment Castil-Blaze, mais qui, malgré sa faiblesse, se maintint assez\nlongtemps ; Nathalie ou la famille russe c'est l'histoire de Mentzikoll\nde Reicha, vers raboteux, musique sombre et monotone, un insuc-\ncès ; Roger de Sicile ou le roi troubadou, donné extremis le 6 mars\n1817, et froidement accueilli.\nSans doute, et c'était ce qui plaisait alors au public, Choron, avec la\nPsyché de Lulli et le Devin du village, dont les jours étaient comptés,\nreprend ou garde au répertoire des productions très médiocres; mais\ns'il donne ces Mystères d lsis, horrible travestissement de la Flûte\nchantée, les Prétendus de Lemoyne, 1 de Kreutzer et des\n\n(1) Certains privilégiés durent encore faire la grimace quand, en juillet 1816,\nChoron défendit, « pour le bon ordre et la sûreté du théâtre », de ne laisser entrer\naucune personne étrangère au service."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "388", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.20", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "œuvres secondaires de Grétry (i), au moins voit-on parfois sur ses\naffiches, avec la Vestale de Spontini, les chefs-d'œuvre de Gluck,\nAlceste, Armide, Orphée, Iphigénieen et en\nD'ailleurs, pour avoir du nouveau, à qui Choron peut-il s'adresser ?\nIl craint un instant que les compositeurs français, paresseux, dit-il, et\npeu nombreux, ne se coalisent pour maîtriser l'administration. Ce n é-\ntait qu'une menace, mais qu'attendre de ceux qu'il passe en revue, et\nqui sont les premiers ?\n« M. Cherubini n'a jamais pu obtenir de succès ; il est d'ailleurs\noccupé par les travaux de la Chapelle (du roi).\n« La santé de M. Méhul est tellement dérangée qu'il y a lieu de craindre\nqu'on ne le conserve pas longtemps ; il est hors d'état de travailler; il\nn'a d'ailleurs jamais eu de succès à l'Opéra.\n« M. Lesueur travaille difficilement ; il n'a rien de prêt ; il s'occupe\nd'un Alexandre à Babylone, ouvrage à fracas et de peu d'espérance.\n« M. Paè'r, pressé mille fois, et en ce moment encore, de travailler\npour l'Opéra, élude sans cesse; il ne travaillera jamais.\n« M. Boïeldieu ne veut point travailler pour l'Opéra : cela est bien\nconnu.\n« M. Nicolo ne veut rien donner avant la Lampe merveilleuse.\n« Il ne reste pour tout espoir que MM. Berton et Spontini. Le pre-\nmier, depuis quelque temps, donne lieu de craindre que son talent ne\nsoit épuisé ou du moins très fatigué. Le second, depuis la Vestale, n'a\nrien fait que de baroque et n'a point eu de succès. Ces deux composi-\nteurs sont donc nos principales ressources ; je ne parle point de\nM. Catel, dont les moyens sont très faibles, et dont les amateurs goûtent\ngénéralement fort peu les compositions. » (4 janvier 1817.)\nComment parer à cet épuisement ? En s'adressant aux jeunes compo-\nsiteurs, aux prix de Rome en particulier, et en prenant même des ou-\nvrages de troisième ordre. Choron dépassait la mesure : c'était, d'un\ncôté, encourager la médiocrité, et de l'autre, comme on le lui a repro-\nché, transformer l'Opéra en théâtre d'essai.\nIl propose en même temps de faire des emprunts à l'étranger. Il\nparle du Sacrifice interrompu (2) de Winter, et de YObéron de Weber.\nObéron en 1816! On sait qu'il ne fut donné intégralement à Paris\nqu'en 1857.\n\n(1) Il était dur pour certains ouvrages de ce musicien. <c Opéra à la glace, opéra de\nvinaigre ! » disait-il en parlant de Zémire et Azor.\n(2) Winter était depuis 1806 Correspondant de l'Institut. Le Sacrifice interrompu\nfut donné le 21 octobre 1824 à FOdéon par une troupe lyrique qui y jouait avec\nsuccès. La musique avait été « arrangée » par Crémont."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "389", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.21", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 727, "texte": "Il reste encore un moyen, ajoute-t-il : c'est de faire venir de l'étranger\ndes compositeurs tels que Mayer et Fioravanti, etc., et de les faire tra-\nvailler à forfait, comme jadis on l'avait imaginé avec Gluck, Piccinni et\nSacchini.\nDans toutes les mesures prises ou proposées, Choron ne voyait\nqu'une bonne administration ; il sentait néanmoins qu'il s'agitait dans\nle vide. On ne donne aucune suite à ses projets de réformes ; il est gêné\npar les lenteurs et les incertitudes administratives, « par l'action réci-\nproque des autorités qui se contrarient ». L'Opéra, écrit-il à La Ferté\nle 22 décembre 1816, «est dans une langueur réelle avec les apparences\ndu mouvement ».\n{A suivre.)\n\nGABRIEL VAUTHIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-01-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-01_01#c011", "volume": "bmtnabj_1908-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "389", "page_fin": "397", "image_debut": 21, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.2.5", "titre_corps": "Pierre Montan Berton (Fragments inédits.)", "titre_sommaire": "Pierre Montan Berton (Fragments inédits.)", "signature_source": "MARTIAL TENEO", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "389", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.21", "debut_caractere": 729, "fin_caractere_exclue": 2921, "texte": "Pierre Montan Berton\n(Fragments inédits.)\n\n(0-\nD'APRÈS LES «SOUVENIRS DE FAMILLE HISTORIQUES ET ARTISTIQUES » DE SON FILS.\nLes biographes sont presque toujours des déformateurs de personnalités ; les\néléments les plus approchants de la vérité doivent donc être recueillis dans\ndes mémoires ou dans des documents familiaux. Toutefois, il ne faut pas se\nleurrer sur la valeur de certains faits puisés à pareilles sources.\nLes détails curieux que nous apportent les souvenirs dits « historiques » ont*\nbesoin d'être rigoureusement contrôlés, surtout lorsqu'il s'agit des artistes, quels\nqu'ils soient. Parfois, on grossit singulièrement les moindres choses, et le désir\nmême d'être cru sur parole pousse aux exagérations les plus extravagantes.\nAussi m'appliquerai-je, en présentant quelques chapitres d'un journal tenu par\nMenri Montan Berton, le célèbre auteur de Montano Stéphanie (2), à souli-\ngner les invraisemblances qu'on y rencontre, à rectifier des erreurs volontaires,\nà remplir des lacunes, à expliquer des opinions qui pourraient surprendre\nou choquer. Je ferai observer, d'autre part, combien précieux pour l'his-\ntoire du théâtre lyrique au xvme siècle sont maints récits de l'émule de\nSacchini.\nPierre Montan Berton, dont il est question dans les souvenirs qui vont suivre\n\n(1) Compositeur de très réel talent, dont la musique est souvent fort dramatique et originale.\nNé à Paris en 1767, disent ses biographes, en 1766 selon lui, il eut une carrière brillante. Très\nintrigant, àla manière de Berlioz, c'est-à-dire se plaignant toujours, bien que jouissant des\ndistinctions les plus flatteuses, il fut avant tout un homme de coterie, et l'influence italienne\nle rendit souvent injuste envers les novateurs et particulièrement envers Rameau. Mais il faut\nreconnaître qu'il fut un acharné producteur et qu'il se fit estimer dans tous les genres, depuis\nla cantate et l'oratorio jusqu'à l'opéra comique et le drame lyrique. Il écrivit plus de 40 opéras,\nfut tour à tourprofesseur d'harmonie au Conservatoire (1795 directeur de la musique de 1 Opéra\nItalien (1807), chef de chant à l'Opéra (1809), membre de l'lnstitut en 1815.\n(2) Opéra en 3 actes, donné à l'Opéra-Comique en i 799'"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "390", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.22", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3570, "texte": "et qui sont demeurés ignorés jusqu'ici, naquit à Rocroy en 1727. Aucun biogra-\nphe, que je sache, n'a signalé ce lieu de naissance et personne n'a rien publié de\nprécis sur l'ancien chef d'orchestre de l'Opéra, non plus que sur ses ascendants.\nOr il n'est pas inutile d'établir que le goût de la musique était inné dans la\nfamille Berton. Le père de Pierre Montanßerton, fils d'un riche cultivateur des\nenvirons d'Amiens, avait reçu son éducation et appris la musique à la maîtrise\nde cette ville où il était enfant de chœur.\nDevenu agriculteur comme ses propres parents, il allait souvent à Paris et\nlogeait chez son frère, Gustave Berton, riche marchand de galons cie la rue aux\nFers et chef de la lignée des Berton de Cahors. C'est là qu'il fit la connaissance\nde la fille d'une marchande de toile et fut marié par les soins d'un abbé delà\nchapelle des Innocents, grand compositeur de motets devant l'Eternel.\nPierre Montan Berton eut trois frères : Louis-Michel, André-Charles, Alexan-\ndre-Edouard, et une sœur : Marie-Elisabeth. Les quatre fils de l'agriculteur\nfurent placés tour à tour comme enfants de chœur à la maîtrise de la cathédrale\nde Senlis. Une fois son éducation terminée, Louis entra comme commis à\nla Ferme générale (il avait 16 ans). Il mourut le 20 mars 1815, étant chef\nde division de la Chambre des Comptes. Alexandre s'engagea comme fifre\ndans le régiment des gardes et fut tué à la bataille de Fontenoy. André\nentra au séminaire et remplit plus tard, pendant 40 ans, le poste de maître de\nchapelle à la cathédrale de Poitiers. Il mourut en 1804.\nQuant à Pierre, l'aîné, il avait montré, dès son plus bas âge, des disposi-\ntions naturelles pour la musique. A 10 ans, il faisait exécuter avec succès,\nà la cathédrale de Senlis, un motet de sa composition, à grand chœur et\norchestre.\nLorsqu'il vint habiter, Paris avec sa famille, il continua ses études sous\nla direction du maître de chapelle des Innocents, puis, à l'âge de 16 ans, il\nfut agréé comme baryton soliste à Notre-Dame.\nC'est alors que se passa dans la vie de Pierre Montan Berton un incident\ncurieux qui faillit l'enlever pour toujours à la composition musicale. Certain\nCavalier Furet, chanteur coryphée de l'Opéra, payé par la direction de ce théâtre\npour rechercher de belles voix, entendit un jour le soliste de la métropole.\nEmerveillé, il se fit autoriser à proposer un engagement en règle au jeune homme.\nPierre Montan hésita tout d'abord, mais, pris d'une fièvre de gloire, il fit taire\nses scrupules, signa et se mit à travailler en vue de son proche début. Celui-ci\nfut lamentable. Peu propre au métier d'acteur, le téméraire supplia qu'on voulût\nbien résilier son engagement. Le directeur, Francœur, consentit d'autant mieux\nqu il connaissait les dispositions naturelles du jeune homme pour la compo-\nsition et qu'il le savait bon organiste, bon claveciniste et excellent violon-\ncelliste. Il lui compta ses maigres appointements du premier mois d'engagement\net, le lestant d'une somme suffisante, il lui fit promettre qu'il se rendrait à Bor-\ndeaux pour y remplir l'emploi de premier violoncelle au Grand-Théâtre. C'était\nune consolation bien médiocre. Pierre Montan avait été blâmé par son père ; son\noncle, un des « marguilliers du parterre de l'Opéra », n'avait pas craint de\nhausser les épaules le soir de ses débuts, en plein spectacle, et la pauvre maman\nBerton avait beaucoup pleuré en songeant que son fils ferait partie bientôt de la\nvilaine bande des comédiens.\nSa détermination fut vite prise. Il ne pouvait décemment reparaître au logis"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "391", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.23", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3634, "texte": "familial. Il écrivit donc à sa mère qu'il partait pour Bordeaux, qu'il entendait se\ncréer un brillant avenir et il terminait en sollicitant son pardon. Ce fut un\ncoup de foudre dans la maison de la rue aux Fers.\nLe père s'enferma dans un silence menaçant ; la mère pleura plus fort que\njamais et l'oncle tempêta, jura d'abord, et finalement démontra aux siens que\nle jeune homme avait choisi le moyen le plus honorable pour réparer sa\nfaute.\nVoilà donc notre chanteur d'un jour parti vers l'inconnu. Je laisse main-\ntenant la parole à son fils, narrateur au style décousu mais très person-\nnel (i): /\nDÉPART POUR BORDEAUX. \\ :\n« Pour les âmes bien faites, l'honneur est le culte de la vertu, et chez l'homme\nqui est appellé à le pratiquer, toutes les actions de la vie se ressentent de cette\ninfluence divine, qui le fait marcher avec courage et persévérance vers le\nbien, et vient l'aider à éviter et fuir le mal ! Mon Père étoit né avec cette force\nd'âme ! aussi fut-il le plus tendre et le plus respectueux des fils ! le meillieure\ndes pères ! des frères !et des époux 1 et devint par sa noble conduite, son esprit\net ses talens, l'un des artistes les plus considérés de son tems. Mais suivons-le\ndans sa fugue nocturne.\n« Il avoit donc pris place dans le coche, qui cheminoit doucement vers Bor-\ndeaux, et pendant les 180 lieux qu'il avoit à parcourir, plus il s'éloignait de la\ncapitale, plus ses esprits le ramenoient vers la rue aux Fers. Sa première pensée\nétoit toujours pour sa bonne, sa tendre mère : il tremblait souvent en pensant à\nla sévérité de son père ; il étoit plus tranquille en songeant à son bon oncle.\nToutes ses pensées venoient se heurter dans sa pauvre tête, et portoient à\nchaque instant le trouble en ses esprits, quelques fois même il voulait arrêter,\net retourner à Paris, mais l'honneur, ce mot pris dans sa véritable acception,\nlui disoit : Tu as commis une faute, il faut la réparer dignement, et par ta con-\nduite à venir te la faire pardonner. Une brillante carrière s'offre à toi, sache en\nprofiter et la parcourir avec honneur. Ce penser consolateur venoit un peu calmer\nle trouble de son âme, et cette douce espérance venoit aussi l'aider à reprendre\ncourage, car, pour une jeune tête, pour une tête d'artiste surtout, l'Espérance\nest le Roman du cœur. Comme pour nous, pauvres vieillards, le souvenir en est\nVhistoire (2).\n« Il arrive enfin à Bordeaux, content d'être débloqué de son coche, mais tour-\nmenté par l'attente d'une réponse à sa suplique; il demande, il questionne tout\nle monde, depuis le maître et la maîtresse de l'auberge, les marmitons, les filles\nde service, et jusqu'aux valets d écurie. Personne n'a entendu parler d une lettre\n\n(1) Henri Berton crut devoir faire précéder son étude de l'avis suivant : « Cet espèce de livre,\nou plutôt de journal, doit être parcouru avec autant d'indulgence que j'ai mis peu de pré-\ntention littéraire à 1 écrire. Ce que j'y dis est le résumé des faits dont jai été témoin, de ceux\nque j'ai recueillis d'après les récits, les conversations de mon père, de son frère Louis, de son\nami Granier, du sieur Cavalier et d'autres parents et amis de la famille Berton. Le sieur Cavalier\nfut mon maître de solfège; l'ami Granier, après la mort de mon père, se chargea de continuer mon\néducation musicale pour le violon et la composition. Je cite ici ces deux derniers à dessein, car\nce sont eux qui, ayant suivi mon père dans les premiers pas de sa carrière, m ont fait le nairé de\ntout ce qui lui est advenu dans son séjour à Bordeaux. »\n(2) Henri Montan Berton était âgé de 69 ans lorsqu'il rédigea ces fragments de Mémoires."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "392", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.24", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3263, "texte": "pour M. Berton. Il allait se désoler de nouveau, lorsqu'un grand laquais se mit\nà dire : « Moussu de le Berton, mon maître est z a qui vous espère dans son\nmagazine des galons. Sei Vostre Seigneurie veut... »\n« Mon père, sans le laisser finir sa harangue, ayant, au mot de galons, pres-\nsenti l'intervention du cher oncle, lui dit : « Mon ami, conduit-moi de suitte\nchez ton maître. » Il fut accueilli parfaitement, car ce marchand était le corres-\npondant de son oncle et déplus son ami. Il lui remit la lettre de ses parents ;\nl'effet touchant qu'elle produisit sur mon père intéressa de suite le marchand et\nsa famille en sa faveur. Après la première efusion de sentiment de piété filiale,\non lui remit aussi un petit ballot à son adresse ; il s'empressa de l'ouvrir et sa\njoie fut encore extrême, surtout en trouvant en dessus des effets qu'il contenoit,\nun billet ainsi conçu :\nm\n« Mon cher neveu,\n« Tu as une bien mauvaise tête ; tu as fait une grosse faute, mais tu vas la\nréparer avec honneur ! Cependant il faut encore te corriger d'un autre petit\ndéfaut, car tu es par trop étourdi. Comment, tu pars de Paris comme une\nbombe, et ce, avec les seuls vêtements que tu as sur toi ! C'est impardonnable.\nM. Berton, premier violoncelle solo du Grand-Théâtre de Bordeaux, iroit se\nprésenter à son nouveau directeur vêtu comme le dernier crin-crin de l'or-\nchestre ! Non, personne de nous ne veut le souffrir. Aussi nous nous empressons\nde réparer ton oubli. D'abord nous t'envoyons, de la part de ta bonne mère, 12\nbelles chemises de toille de Hollande, et 12 belles paires de bas de fil. Ta belle-\nsœur y a joint 6 paires de beaux bas de soie de Grenoble ; ton père a voulu qu'on\najoutât à ce premier petit envoi 2 belles paires de manchettes de dentelle\navec jabot idem et de son choix. Quant à moi, je crois utile de t'envoyer de quoi\ngarnir en galons d'or deux habillements complets, c'est-à-dire habit vert et\nculotte, c'est la mode maintenant, et d'ailleurs je m'en rapporte à toi pour dirri-\nger MM. les tailleurs de Bordeaux. Car ton penchant à la coquetterie nous est\nconnu, et a fort souvent inquietté ton brave père. Je n'ai pas toujours été de\nson avis à ce sujet ; tu es jeune, joli homme, artiste distingué, je trouve cela tout\nsimple. Mais pas de folies, monsieur mon neveu, pas d'extravagance, aie toujours\ndevant toi ton noble but, marche y avec constance, avec courage, et tu arriveras.\nTu te nomme Berton, tu es un brave garçon, cela suffit.\n« Je t'embrasse de tout cœur.\n« Ton oncle : GUSTAVE BERTON. »\n« N. B. Comme il faut acheter des étoffes et payer de suite le mémoire des\ntailleurs, mon ami, mon correspondant, te comptera de ma part la somme de\n250 livres pour arrondir ton petit trésor. »\n« L émotion, la joie de mon père étoit à son comble ! Le brave correspondant\n1 aimoit déjà comme son propre fils ; il se chargeât de lui faire retenir de suite un\nlogement dans la ville, car ayant trois fort jolies filles, il ne jugeât pas fort\nprudent de faire habiter ce jeune et beau jouvenceau sous le même toit que ces\ntrois jeunes jouvencelles. En racontant ce fait, mon père souriait souvent de sou-\nvenir, et disoit que, malgré ses principes de morale, il avoit toujours pensé que\nle papa avoit agi fort sagement."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "393", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.25", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3633, "texte": "« Le tailleur fut mandé, l'habit galonné futpromptement confectionné et M. le\nvioloncelle solo put bientôt se présenter convenablement chez son nouveau\nDirecteur. Il en fut reçu à merveille, car le bon, le bienveillant M. Francœur avoit\neu l'attention de lui écrire pour le lui recommander vivement et vanter ses mérites.\n« Dès le jour même le Directeur le conduisit au théâtre et en le présentant à\ntoute la troupe réunie, fit un discours pompeux dans lequel il énumérait avec\nemphase, car le cher Directeur étoit des bords de la Garonne, tous les talents du\nvirtuose que lui envoyait de Paris M. le Surintendant de la musique du Roi,\ndirecteur et administrateur général de son Académie Royale de Musique. Mon\npère répondit modestement qu il ne croyait pas mériter tous ces éloges, mais\nqu'il feroit ses efforts pour s'en rendre digne un jour, et surtout conquérir\nl'estime et l'amitié de ses nouveaux camarades. Un houra approbateur de toute\nla troupe fut la réponse à cette courte et modeste allocution.\n«Le Directeur,qui étoit un homme actif, voulant ne pas perdre un seul instant\npour ses intérêts et pour la gloire de son théâtre, prenant la main d'une jeune et\nbelle personne, dit : « J'ai l'honneur de présenter au célèbre compositeur Berton\nla divine Gambilla ; c'est Therpsicore descendue parmi nous sous les traits do>\nVénus ! Elle est béarnoise et née à Pau, comme le verd galant, et sait aussi bien\ndanser qu'il savait batre les Ligueurs. Mlle Gambilla doit donc débuter inces-\nsamment ; mais pour que ce jour soit un jour mémorable dans les fastes de ma\nDirection, je veux que votre début sur le violoncelle s'éfectu le même jour, et\npour cet effet, je vous prie de composer un solo pour votre instrument, un air\nde danse, par exemple, en manière de sarabande, car la divine Gambilla brille\nsurtout dans le genre sérieux. Vos deux débuts réunis feront fureur, j'en suis\nassuré. Vous connaissez le goût du Bordelais pour la danse et pour la mélodie.\nTous deux comptés sur un triomphe éclatant.\n«M. le compositeur qûi, pendant ce discours, étoit resté en admiration\ndevant les charmes de la jeune Therpsicore, quand il falu répondre, rougit\nd'abord, et tout troublé qu'il étoit, dit qu'il se trouvait heureux de pouvoir con-\ntribuer par ses faibles talens au triomphe de la belle Gambilla. Notre Therpsi-\ncore, qui pourtant était plus jeune que lui, carelle n'avoit que 17 ans, mais qui,\naparament, avoit un peu plus d'expérience,ayant remarqué avec orgueil le motif\nde son trouble, s'avança vers lui en le remerciant, avec toutes les grâces d'une\ncoquéterie sentimentale. Tout à coup, en changeantde ton et lui prenant familiè-\nrement la main, elle lui dit : « Mon cher maestro, mon cher confrère, j'aime les\naffaires qui vont vite, très vite, ainsi donc, sans façon, acceptez aujourd'hui mon\ndîner, car il faut que nous nous consultions tous deux, pour bien nous entendre.\nJ'ai un clavecin chez moi, nous causerons de notre affaire pendant le repas, et\naprès... mais cela ne regarde que nous. Ainsi MM. et MMmes, j'ai l'honneur de\nvous saluer.\n« En disant ces derniers mots, elle prit le bras du maître et l'emmena chez\nelle. Le diné se passa très bien, si ce n'est que dans le commencement il fut un\npeu silencieux. Le maestro n'étoit que galant et respectueux ; l'impétuosité de\nnotre Béarnoise ne s'accomodait guère de ces manières de novice, aussi avec son\nesprit, ses grâces, car elle en avoit beaucoup, elle parvint facilement à retrouver-\nsous l'enveloppe du maestro le jeune artiste de 18 ans (1).\n\n(1) D'après le narrateur, Pierre Berton serait arrivé à Bordeaux en 1745* Fétis dit que de"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "394", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.26", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3745, "texte": "« Au dessert ils étoient tous deux à l'unisson et d'un parfait accord, et dégus-\ntant du Soterne de première qualité, portaient tour à tour des toasts à leurs\nsuccès futurs. Le maestro, qui s étoit singulièrement enhatdit, lui demanda la\npermission déporter aussi la santé de sa bonne et digne mère. A ces mots, tout\nà coup, en lui prenant affectueusement la main, elle lui dit : « Vous êtes un brave\ngarçon, je vous estime ! Et moi aussi, Monsieur, j ai des parents : j ai un brave\npère, un pauvre militaire infirme, et je n'exerce mon art avec tant d ardeur que\ndans le but de le secourir. Buvons tous deux aux auteurs de nos jours, mais un\ngenou en terre, Monsieur, un genou en terre pour porter leur santé ! Car pour\nnous, ici-bas, un père I une mère ! sont la représentation de la Divinité.\n« Tous les deux le verre en main s'agenouillent ; mais étant nécessairement\nparleur position très rapprochés l'un de l'autre, leurs jeunes têtes déjà un peu\néchauffées par les fumées de Soterne, en fixant leurs regards sur 1 étrangeté de\nleur situation,partirent simultanément d éclats de rires immodérés.Gambilla (1),\nqui de sa nature étoit très rieuse, et le maestro qui ne 1 étoit pas moins, se livrè-\nrent aux élans d'une aimable et douce hilarité !!!\n« Mais après quelques instants d'un mutisme mutuel, tout à coup Gambilla,\nse relevant subitement, en battant un entrechat, dit : « C est très amusant de\nrire comme cela, mais au fait ce ne sont que des bêtises. Mets-toi au clavecin,\ncher ami ! et compose-moi une belle sarabande ; pendant ce tems, j en réglerai\nles pas. »\n« Le lendemain, la sarabande fut copiée, répétée généralement. Deux jours\naprès eurent lieu les débuts de nos jeunes artistes.\n« Le Directeur, homme habile et passé maître en forfanteries gascognes, pro-\nfita del'occassion pour déployer sur une affiche de 6 pieds de haut sur 4 de\nlarge le pathos accoutumé de MM les Directeurs des spectacles de province. Les\nnoms de Gambilla et de Berton y étoient précédés et suivis des épithètes les plus\ngigantesques que puisse fournir le dictionnaire de l'Académie, et les incompa-\nrables 1 les admirables ! les célébrissimes î etc., etc., etc., y abondaient.\n« Le succès fut immense pendant plus de 20 représentations; à chacune les\nbouquets, les couronnes, les vers, en l'honneurdes deux jeunes débutants, pleu-\nvoient dans la salle, ainsi que les écus dans la caisse du Directeur.\n« Aussi ce dernier, dans son enchantement, son ravissement, fit-il la galanterie\nd'envoyer à son incomparable danseuse une corbeille garnie d'éventails chinois,\nde gants de Grenoble,de pots de pomade, de rouge et de mouches venant de Paris,\net de plus une belle épée damasquinée, qu'il la prioit, par un petit écrit de sa\nmain, très gracieux mais un peu malin, de vouloirbien l'offrir de sa part à son\ncélèbre compositeur, pensant qu'en vrai chevalier françois il lui seroit plus\nagréable d'être armé parles mains de sa belle camarade que par les siennes.\n« Il n'étoit donc bruit dans tout Bordeaux que des talens, des mérites de la\nbelle danseuse et du jeune compositeur. Les hommes vantoient les grâces, les\n\n1744 1746 chanta à 1 Opéra. Malheureusement, les documents administratifs manquent com-\nplètement pour cette période. Il paraît certain que le débutant, n'ayant pas réussi, s'éloigna de\nParis et qu'il avait 18 ans à son arrivée à Bordeaux. Mais alors que devient l'affirmation de\nFétis déclarant que Pierre passa deux années au théâtre de Marseille comme chanteur avant de\nse rendre à Bordeaux?\n(1) Il faut croire que cette jeune danseuse, si vraiment elle eut un grand talent, avait des rai-\nsons particulières de rester en province, car elle ne figure nulle part parmi les illustrations\nchorégraphiques de Paris."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "395", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.27", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3629, "texte": "beaux yeux, la légèreté de la moderne Therpsicore ; les dames la suavité\nmélodieuse des compositions et de l'exécution du moderne Amphion.\n« Les peuples du midi, en général, sont fort chauds en toutes choses, et\nsui tout en fait de Beaux-Arts, aussi mon père devint-il de suite l'homme àla\nmode de tout Bordeaux. Il fut recherché par les premières maisons de la No-\nblesse, de la magistrature et du haut commerce. Il ne savoit auquel entendre ;\ncar toutes les belles dames de la ville vouloient recevoir des leçons de chant ou\nde clavecin du jeune et intéressant professeur. Les hommes vouloient aussi en\nrecevoir de violoncelle, et même de composition. Déplus, tous les dimanches et\nfêtes, il alloit toucher l'orgue à la cathédrale. Les moins pieuses de ces dames\ns'étoient alors fait dévotes, et se gardoient de manquer à aucun des offices où\nse faisait entendre le professeur, et écoutoient véritablement avec une componc-\ntion évangélique !\n« Un événement inattendu vint tout à coup changer, mais d'une manière heu-\nreuse pour lui, sa position artistique, car en un jour, desimpie caporal qu'il\nétoit, il devint général, c'est-à-dire que depuis de longues années le sceptre de\nl'orchestre étoit entre les mains d'un homme qui avoit eu du talent ; mais il\navoit près de 80 ans, et la mort vint rendre inopinément cette place vacante.\n« Alors, quoique l'usage fut de donner cette place par concours, le Directeur\ndécida que, puisqu'il étoit reconu en principe qu'un musicien compositeur étoit\nplus apte à remplir ces fonctions qu'un autre professeur du même art, il y nom-\nmoit le sieur Pierre Montan Berton. L'influence de Gambilla ne nuisit pas à\ncette résolution, mais il n'en étoit pas besoin, car il entendoit trop bien ses\nintérêts pour agir différament ; d'ailleurs, il estimoit le beau caractère de mon\npère et admiroit son talent.\n« Il prit possession le jour même de ses nouvelles fonctions et les remplit à la\nsatisfaction de tous. Malheureusement, cette nomination fit surgir quelques\njalousies cachées et vint attiser le feu de quelques ambitions déçues. Deux des\nmusiciens de l'orchestre qui avoient des prétentions à cette place le provoquèrent\nen duel, car il est de notoriété publique que Messieurs les Bordelais sont de\nleur nature fort queréleurs, et très grands ferrailleurs. Le cartel fut accepté et\nfixé au lendemain matin. Mon père prit pour témoins le premier violon solo de\nl'orchestre, son ami M. Granier. Le duel eut donc lieu le lendemain. Dans la\npremière rencontre il fut heureux, car ayant désarmé deux fois son adversaire,\nil eut le bonheur de lui accorder la vie.\n« La seconde n'eut pas tout à fait la même issue ; en blessant assez griève-\nment son adversaire, il reçut un coup d'épée au bras droit. L'affaire ainsi termi-\nnée, on s'embrassa comme de coutume en se jurant une éternelle amitié.\n«Quel bizare ! quel barbare usage est resté dans nos mœurs, dans les\nmœurs d'un peuple qui a la prétention de se donner pour l'un des plus civillisés\ndu globe. La mort ou seulement un peu de sang répandu, tous les outrages\nsont effacés, toutes les haines sont éteintes... O pauvre humanité! ô... mais\nc'est assez philosopher, alons retrouvé notre pauvre blessé. Sa prouesse étoit\ndéjà connue de toute la ville, et lorsqu'il arriva chez lui, il trouva son domicile\nenvahi par ses amis, ses camarades, et bien entendu Gambilla en tête avec le\ncher Directeur. Ils furent tous rassurés promptement, car la blessure étoit très\nlégère. Gambilla seule ne pouvoit calmer son émoi, et voulut elle-même étan-\ncher son sang avec son mouchoir ; puis elle dit au Directeur que, vu l'émotion"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "396", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.28", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3620, "texte": "qu'elle venoit d'éprouver, il ne devoit pas compter sur elle pour la représenta-\ntion. Le blessé, voyant l'effroi du pauvre Directeur, s'empressa de dire de suite\nqu'il alloit mètre un écharpe au bras droit, et qu'il conduira tout aussi bien avec\nle gauche. Cette résolution fut approuvée partout le monde, surtout parle\nDirecteur. Chacun se retira chez soi, mais dans son chemin, chacun ne manqua\npas de raconter l'aventure du duel et de ses suites à ses amis, aussi, le soir, la\nsalle fut-elle comble, et lorsque Monsieur le chef d'orchestre vint y prendre sa\nplace, il fut reçu par une salve d'applaudissements unanimes qui redoublèrent\nencore lorsqu'on le vit prendre de la main gauche son bâton de mesure. Gam-\nbilla dansa encore mieux qu'à son ordinaire ; on dit même qu au lieu de battre\ndes entrechas à six, elle en fît à huit, lorsqu'elle vit pleuvoir sur l'orchestre une\ngrelle de bouquets, de couronnes, de lauriers que quelques malins avoient\naccompagnés de couronnes de mirthe. Après le spectacle, les amateurs et les\nartistes improvisèrent un banquet dans lequel on porta maints toasts en 1 hon-\nneur du héros de la fête.\n«Mais, comme dans toute espèce d'action, dramatique ou non, et de telle\nnature qu'elle soit, une péripétie est toujours d'un bon effet, heureusement pour\nmon père, il en advint une dans cette joyeuse fête qui lui ouvrit la carrière\nqu'il sut, depuis, parcourir avec tant d'éclat 1\n« Vers la fin de la soirée, on vint lui annoncer qu'un personnage, se disant\nporteurd'une dépêche ministérielle, désiroit la lui remettre de suite ; on fit in-\ntroduire l'envoyé, qui n'étoit autre que le sieur Cavalier, dont j'ai déjà parlé\ncomme de l'un des limiers du Directeur de l'Opéra. Aussitôt qu'il put aborder\nmon père, en lui prenant la main et l'embrassant, il lui dit : « Mon cher M. Ber-\nton, c'est encore moi qui viens vous enlever, non comme jadis à vos pieuses fonc -\ntions (i), mais aujourd'hui aux plaisirs, aux douces jouissances de mes chers\ncompatriotes, MM. et MMmes de Bordeaux, qui, j'ose l'espérer, me pardonneront\nde mettre chargé de cette mission, en faveur de son motif. » Puis, remettant à\nmon père la missive scellée des armes du Roi, il lui dit : « Tenez, et lisez à\nhaute voix. »\ncc Mon père, en rompant le cachet, y trouva deux écrits, le premier : un ordre\ndu Roi de se rendre de suitte à Paris près du directeur de son Académie Royale\nde Musique. Le second papier étoit une lettre du bon M. Francœur dans laquelle\nil lui disoit que toutes ses prévisions à son égard s'étant réalisées, il ne pouvoit\nrien faire de mieux que de l'attacher au service de S. M. ; qu'ayant apris, sans\nétonnement, ses nombreux succès à Bordeaux, qu'en conséquence la place de\nMaître de Musique et chef d'orchestre du grand Opéra de Paris étant vacante\nen cet instant, lui étoit dévolue et qu'il étoit invité à en venir de suite prendre\npossession.\n« Ses vrais amis qui étoient nombreux, et même le Directeur, malgré la\npeine que tous éprouvoient de le perdre, le félicitèrent sincèrement de la marque\nhonorable qu'il venoit de recevoir. Gambilla fut la seule qui ne put pas prendre\npart à ces touchants regrets, car la pauvrette s'étoit évanouie en entendant la\nlecture de l'ordre royal.\n\n(1) C'est-à-dire lorsqu'il était baryton solo à la maîtrise de Notre-Dame. Le singulier narra-\nteur qu'est Berion semble avoir voulu escamoter plusieurs années, car nous sommes présentement\nen 1755, et s'il est vrai que Pierre Berton arriva à Bordeaux en 1745, les dates ne concordeni\npas. Il faudrait admettre que le jeune virtuose ne fut que très peu de temps chef d'orchestre."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "397", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.29", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1044, "texte": "« L ami Granier, qui étoit véritablement le Pylade de mon père, lui fit sentir\nqu il devoit de suitte obéir à cet ordre et 1 entraîna hors des lieux où, comme un\nautre Renaud, une nouvelle Armide pouvoit par ses enchantements lui faire\noublier un moment son devoir. Une voiture 1 attendoit à sa porte ; tous les maî-\ntres de postes avoient reçu 1 ordre de lui fournir des chevaux sur la route de\nBordeaux à Paris. Arrivé dans son domicile, avant de le quitter pour toujours,\nil voulut écrire à Gambilla, et chargeât son ami de la lettre.\n« Pendant ce temps 1 ami avoit réuni tous ses effets, et en faisant charger sa\nmalle, il lui dit qu il avoit pris cette précaution pour qu'il ne fit pas la même\nétourderie qu à son départ de Paris, mais qu'il lui avoit laissé le plaisir d'em-\nporter son épée, car elle étoit ornée dun beau nœud de rubans formé par les\njolies mains de Gambilla. Les deux amis s'embrassèrent tandrement, en se\nrenouvellant les serments d'une amitié qui ne s'est jamais démentie (i).\n(A suivre.)\n\nMARTIAL TENEO."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "397", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.29", "debut_caractere": 1144, "fin_caractere_exclue": 1442, "texte": "{t) Comment admettre un pareil départ ? Berton, très amoureux de Gambilla, pouvait-il quitter\nainsi la femme qui venait de lui fournir tant de marques de tendresse, et, à défaut de passion\nsincère, « le galant chevalier » que le dit son fils, était-il homme à se libérer simplement par\nune lettre ?"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-01_01#c012", "volume": "bmtnabj_1908-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "397", "page_fin": "398", "image_debut": 29, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.2.6", "titre_corps": "Informations.", "titre_sommaire": "Informations.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "397", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.29", "debut_caractere": 1046, "fin_caractere_exclue": 1142, "texte": "Informations.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. - Opéra.\nRecettes détaillées du 16 mai au 15 juin 1908."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "398", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.30", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 704, "texte": "II. - Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 16 mai au 15 juin 1908.\n\nAux amateurs de cartes postales. La Compagnie de l'Ouest a l'hon-\nneur de rappeler au public qu'elle a fait publierdeux séries composées chacune de\n8 cartes postales illustrées reproduisant en couleurs ses plus jolies affiches.\nire Série. Affiches du service de Paris à Londres.\n2e Série. Affiches des excursions en Normandie et en Bretagne.\nCes deux séries sont mises en vente séparément dans les bibliothèques des\ngares du réseau de 1 Ouest ou adressées franco à domicile contre l'envoi de leur\nvaleur (o fr. 40 chaque série), sur demande affranchie, au service delà publicité\nde la Compagnie, 20, rue de Rome, à Paris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-01_01#c013", "volume": "bmtnabj_1908-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "397", "page_fin": "397", "image_debut": 29, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.2.6.1", "titre_corps": "LE BAROMÈTRE MUSICAL : I. – Opéra. 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L. Delibes.\n16.827 »\n24\n—\nBoris Godounow.\nMoussorgsky.\n20.213 »\n2 5\n—\nThaïs.\nMassenet.\n18.571 91\n26\n—\nBoris Godounow.\nMoussorgsky.\n28.079 60\n27\n—\nSamson et Dalila. —\nCoppélia.\nSt-Saëns. L. Delibes.\n17.005 76\n29\n—\nLohengrin.\nR. Wagner.\n18.413 25\n3o\n—\nHippolyte et Aricie.\nRameau.\n1 I.I33 5o\n31\n—\ntfori's Godounow.\nMoussorgsky.\n25.137 35\nLer\njuin\nSamson et Dalila. —\nLa Korri-\ngane.\nSt-Saëns. Widor.\n14.952 41\n2\n—\nBoris Godounow.\nMoussorgsky.\n27.861 »\n3\n—\nHippolyte et Aricie.\nRameau.\n11.665 76\n4\n—\nBoris Godounow.\nMoussorgsky.\n29.992 60\n5\n—\nThaïs.\nMassenet.\n19.155 25\n6\n—\nLohengrin.\nR. Wagner.\n12.417 »\n8\n—\nFaust.\nGounod.\n19.m 41\n10\n—\nSamson et Dalila. —\nLa Korri-\ngane.\nSt-Saëns. Widor.\n17.904 76\n12\n—\nSalammbô.\nReyer.\n19.165 25\n13\n—\nFaust.\nGounod.\n16.212 ))\n15\nHippolyte et Aricie.\nRameau.\n13.685 41"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-01_01#c015", "volume": "bmtnabj_1908-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "398", "page_fin": "398", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.2.6.2", "titre_corps": "II. – Opéra-Comique. Recettes détaillées du 16 mai au 15 juin 1908.", "titre_sommaire": "II. – Opéra-Comique. 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Mascagni.\n8.833 3o\nvalleria Rusticana.\n17 — matin.\nCarmen.\nBizet.\n4.918 »\n/\n17 — soirée\nWerther.\nMassenet.\n<7i\n00\nU\\\nO\niS —\nLa Habanera. — La Fille du\nRégiment.\nR. Laparra. Donizetti.\n3.470 »\n19 —\nLe Clown. — Les Armaillis.\nIsaac de Gamondo.\nG. Doret.\n8.823 3o\n20 —\nManon.\nMassenet.\n6.071 »\n2 1 —\nLe Clown. — Les Armaillis.\nIsaac de Gamondo.\nG. Doret.\n9.137 3o\n22 —\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n1.699 »\n23 —\nLe Clown. — Les Armaillis.\nIsaac de Gamondo.\nG. Doret.\n9.710 83\n24 — matin.\nCarmen.\nBizet.\n4.3.*8 3o\n24 — soirée\nLa Vie de Bohème. — Cavalleria\nRusticana.\nPuccini. Mascagni.\n3.499 }>\ni25 ~\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n3.493 5o\n26 —\nLe Clown. — Les Armaillis.\nIsaac de Camondo.\nG. Doret.\n8.920 »\n27 —\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n9°\nKjr\\'\nVI\nO\n»\n28 —\nLe Clown. — Les Armaillis.\nIsaac de Gamondo.\n'\nG. Doret.\n9.088 »\n29 -\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n9.OI6 »\n3o -\nLe Clown. — Les Armaillis.\nIsaac de Gamondo.\nG. Doret.\n9.370 3o\n3 1 — matin.\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n6.026 »\n3i — soirée\nManon.\nMassenet.\n3.708 »\nier juin\nLakmé.\nL. Delibes.\n2.718 »\n2 —\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n6.903 3o\n3 -\nCarmen.\nBizet.\n6.691 3o\n4 —\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n7.702 »\n3 —\nManon.\nMassenet.\n4.600 3o\n6 —\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n9.021 33\n7 —\nCarmen.\nBizet.\n7.oo3 »\n8 —\nFôrtunio.\nA. Messager.\n4.193 5o\n9 —\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n7.819 »\n10 —\nManon.\nMassenet.\n2 934 »\n11 —\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n8.184 »\n12 —\nPelléas et Mélisande.\nDebussy.\n7.702 5o\n13 —\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n8.723 »\n14 —\nCarmen.\nBizet.\n3.646 3o\n13 —\nMignon.\nA. Thomas.\n4.077 3o"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-01_01#c017", "volume": "bmtnabj_1908-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "398", "page_fin": "398", "image_debut": 30, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.2.6.3", "titre_corps": "Aux amateurs de cartes postales. La Compagnie de l'Ouest a", "titre_sommaire": "Aux amateurs de cartes postales. 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Affiches des excursions en Normandie et en Bretagne.\nCes deux séries sont mises en vente séparément dans les bibliothèques des\ngares du réseau de 1 Ouest ou adressées franco à domicile contre l'envoi de leur\nvaleur (o fr. 40 chaque série), sur demande affranchie, au service delà publicité\nde la Compagnie, 20, rue de Rome, à Paris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-01_01#c018", "volume": "bmtnabj_1908-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "399", "page_fin": "399", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.2.7", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "399", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.31", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2455, "texte": "CHEMINS DE FER DE L'OUEST\nVoyages d'excursions.\nLa Compagnie des chemins de fer de l'Ouest fait délivrer pendant la saison\nd'été, par ses gares et bureaux de ville de Paris, des billets à prix très réduits\npermettant aux touristes de visiter la Normandie et la Bretagne, savoir :\n1° EXCURSION AU MONT SAINT-MICHEL\npar Pontorson, avec passage facultatif au retour par Granville.\nBillets d'aller et retour valables 7 jours.\nire classe, 47 fr. 70 ;2e classe, 35 fr. 75 ; 3eclasse, 26 fr. 10.\n2° EXCURSION DE PARIS AU HAVRE\navec trajet en bateau dans un seul sens entre Rouen et le Havre.\nBillets d'aller et retour valables 5 jours.\nire classe, 32 fr. ; 2e classe, 23 fr. ;3e classe, 16 fr. 50.\n3° VOYAGE CIRCULAIRE EN BRETAGNE\nBillets délivrés toute l'année, valables 30 jours, permettant de faire le tour de la\npresqu'île bretonne.\nire classe, 65 fr. ;2e classe, 50 fr.\nItinéraire. Rennes, Saint-Malo-Saint-Servan, Dinan, Dinard-Saint-\nEnogat, Saint-Brieuc, Guingamp, Lannion, Morlaix, Roscoff, Brest, Quimper,\nDouarnenez, Pont-l'Abbé, Concarneau, Lorient, Auray, Quiberon, Vannes,\nSavenay, leCroisic, Guérande, Saint-Nazaire, Pont-Château, Redon, Rennes.\nRéduction de 40 °/0 sur le tarif ordinaire accordée aux voyageurs partant de\nParis pour rejoindre l'itinéraire ou en revenir.\nPour plus de renseignements, consulter le livret-guide illustré du réseau de\nl'Ouest, vendu o fr. 50 dans les bibliothèques des gares de la Compagnie.\nEXCURSIONS DE PARIS ET DE ROUEN AU HAVRE ET VICE VERSA\nPAR CHEMIN DE FER ET BATEAU A VAPEUR.\n«\nL'une des plus charmantes excursions qu'il soit possible de faire sans dépla-\ncement important est certainement la descente de la Seine entre Rouen et le\nHavre. Les rives verdoyantes du fleuve et les admirables points de vue qui se\ndéroulent aux yeux du voyageur en rendent le parcours des plus agréables.\nEn vue de faciliter cette excursion, la Compagnie de l'Ouest délivre jusqu'au\n30 septembre 1908, de Paris, de Rouen ou du Havre, des billets spéciaux\nd'aller et retour à prix très réduits qui permettent d'accomplir en BATEAU A\nVAPEUR le trajet de Rouen au Havre, ou vice versa, et le reste du voyage en\nCHEMIN DE FER.\nLes prix de ces billets, sont ainsi fixés :\n1° De Paris au Havre ou vice versa.\nire classe, 32 fr. 2e classe, 23 fr. 3e classe, 16 fr. 50. Durée de vali-\ndité, 5 jours.\n2° De Rouen au Havre ou vice versa.\nirc classe, 13 fr. 2e classe, 9 fr. 3e classe, 7 fr. 50. 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Arrivée à Fontainebleau Bh. 41 matin ;\nMoret, à 8 h. 56.\nRetour par tous les trains du dimanche dans les conditions prévues pour les\nvoyageurs ordinaires.\nNombre de places limité. Franchise de 30 kilos de bagages par place.\n%\n'«V"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "369", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.1", "texte": "LA\n■%\nREVUE MUSICALE\n(Honorée d une souscription du Ministère de l'lnstruction publique.)\nN° 13 (huitième année)\nler Mai\n1908\nR. M.\nI\n\nCOURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nHistoire du théâtre lyrique\nLe Chorège antique.\n\n{suite).\nQu est-ce, aujourd hui, que le musicien chef de chœur ou « chef du chant »\nchargé d instruire des choristes en vue de la représentation d'un drame lyri-\nque r Un praticien particulièrement habile, un spécialiste d'importance moyenne,\net lien de plus. Les chanteurs qu il dirige sont des personnes que nous n'avons\naucune raison, en principe, de ne pas considérer comme honorables ; mais nos\nchoiistes de théâtre ne sont certainement pas des « personnages », de hauts\nfonctionnaires portant dans les plis de leur robe quelque chose de l'honneur et\nde la dignité de la République. Nul n'aurait l'idée de leur rendre, à eux ou à\nleur directeur, les mêmes hommages qu'à un conseiller d Etat ou à un mi-\nnistie !... Chez les Grecs, la situation est toute différente. Dans l'organisation de\nleui théâtre, les choses de la musique ont une valeur sociale de premier ordre,\nparce qu'elles sont connexes aux choses de la religion et que la religion est la\nbase de la politique. Rien n est plus original et plus éloigné de nos usages mo-\ndernes que le rôle et le caractère du chorège antique.\n• Nous sommes particulièrement bien renseignés sur ce sujet par les inscrip-\ntions et par des documents littéraires. Nous savons que l'institution delà chorégie,\nprécise depuis l'an 500 avant l'ère chrétienne, dura jusqu'en 412, où ellefut modi-\nfiée (sous l'archontat de Kallias).\nLa fonction du « chorège », chargé d'organiser et d'équiper une petite\ntroupe de chanteurs-danseurs, n'était pas accessible à tout le monde. Il n'était\npas indispensable d être musicien, car le chorège pouvait déléguer la partie\ntechnique de sa tâche àun sous-ordre ; mais il fallait avoir d'abord la qualité\nde citoyen ; il fallait surtout être citoyen riche. L'organisation du chœur tragi-\nque, bien qu'elle coûtât moins cher que celle d'un chœur lyrique (3.000 fr. envi-\nron), était une assez lourde charge dans un théâtre qui était institution d'Etat.\nL Etat avait un moyen très simple deconcilier cette charge avec le souci de l'éco-\nnomie pour le trésor public : il imposait cette dépense aux citoyens qui, par le\nchiffre connu de leur fortune, étaient considérés comme capables de la supporter."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "370", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.2", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nC'est ce que nous appellerions des prestations, etc'est ce queles Grecs appelaient\ndes liturgies. Ces prestations périodiques —sorte d impôt sur le revenu étaient\ndiverses : il y avait, pour les riches, l'obligation, dans les jeux du gymnase, de\nfournir l huile et les repas pour les concurrents (gymncisiarquies) ; celle d'organi-\nser les courses aux flambeaux (lampadarquies) ; celle d'équiper les vaisseaux de\nguerre (triérarquies), d'avancer certains impôts (eisphora), etc... La chorégie,\nannuelle et régulière, qui obligeait tel ou tel citoyen à faire les frais d'une repré-\nsentation dramatique, était une des plus importantes de ces liturgies. Le citoyen\ndésigné pour cette charge disait parfois cela se comprend aisément qu'on\nl'estimait plus riche qu'il n'était en réalité ; s'il se croyait lésé, il avait le droit\nde désigner celui de ses concitoyens qu'il prétendait être plus fortuné, et, si sa\ndéclaration était reconnue fondée, de forcer ce concitoyen, en cas de refus de sa\npart, à échanger ses biens avec lui (antidose) : le plaignant s'acquittait alors de\nla liturgie avec les biens de l'adversaire. Système ingénieux et naïf, possible\nseulement là où l'Etat n'est qu une cité, et où cette cité n'a pas, comme nos capi-\ntales, un très grand nombre d'habitants !\nHabituellement, malgré les sacrifices infligés à sa bourse, le chorège s'enor-\ngueillissait de son emploi. Il était, dans sa tribu, une manière de « premier»,\ni\nun homme puissant et magnifique, quelque chose comme un seigneur de village\ndevenu très populaire, parce que c'est lui qui régale les pauvres et paie tous les\nfrais de la fête. L'ambition politique et le goût du paraître, naturels aux méri-\ndionaux, trouvaient là leur compte. Il y avait aussi les honneurs attachés à la\nfonction. Comme récompense, le chorège pouvait recevoir un trépied d honneur\nqu'il consacrait dans une des petites chapelles alignées dans la « rue des Tré-\npieds ». Il y avait, en outre, les inscriptions sur marbre pour perpétuer le souve-\nnir du service rendu ou de la victoire remportée ; inscriptions qui auraient aujour-\nd'hui pour équivalent une insertion au Journal officiel avec la signature du Prési-\ndent de la République, et dont la concision avait quelque chose de rituel :\nXenocliUe étant chorège,\nMagnès étant maître,\nAux tragédies (i).\nPour la comédie, le chorège avait, outre le flûtiste, 24 choreutes à trouver, à\ninstruire, à équiper, à nourrir ; pour la tragédie, 12 (plus tard 15). C'est sur\n1 initiative de Sophocle que le nombre des choreutes fut accru ; mais Eschylen'en\nemployait que 12 (la conjecture contraire qu'on a faité au sujet des Eumènides\nétant reconnue erronée). Le même chœur servait pour toutes les pièces d'un\npoète. Le chorège devait choisir des chanteurs parmi les citoyens libres de sa\ntribu ou des autres tribus (car, contrairement au poète lyrique, il prenait part au\nconcours au nom de la collectivité), mais exclusivement parmi les citoyens libres.\nS il se permettait d'introduire dans le chœur un étranger à la cité, il était pas-\nsible d une forte amende ; et nous savons qu'un chorège ayant commis cette im-\nprudence dut payer jusqu à cent mille drachmes ! Loi très curieuse qui nous\navertit encore de la connexitéde la musique avec la religion et la politique. Les\nétrangers sont rigoureusement exclus du chœur, parce que le chœur a le caractère\n\n(1) V. le Corpus des inscriptions attiques, T. 11, section 2e, Catalogues se rapportant aux\nconcours des Dionysies etdes Lènèennes, n°* 971 et suiv."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "371", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.3", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nd une fonction et d une cérémonie religieuses d'où les non-initiés, ou les profanes,\nou les membres d une autre cité (soit les fidèles d'un autre culte), sont exclus.\nAujouid hui, que nous importe la nationalité des chanteurs, et surtout celle des\nchoi istes ? L apparition, sur la scène de notre Opéra, d'artistes italiens ourusses,\nest au contraire considérée comme un « gala ».\nAprès avoir recruté ses artistes, le chorège avait à trouver un local (x.°Prrr£^0V)-\nIl laissait au poète 1 instruction technique des acteurs, mais il y était intéressé\ncomme collaboi ateui. Il prenait la direction du chœur, s'il en était capable ; assez\nsouvent il se réservait la fonction de flûtiste (la flûte paraissant avoir été un\ninstiument aussi lépandu dans la « bonne société »du ve siècle que l'était le\nluth sous notre ancien régime ; au théâtre elle représentait tout l'orchestre). Si\nle chorège ne savait pas jouer de la flûte, il avait à trouver un flûtiste, à le payer,\net à 1 entretenir comme les choristes (fourniture de tout ce qui est nécessaire pour\nparaître sur la scène, et banquet). Le chorège devait mettre aussi à la disposition\ndu poète un certain nombre de sujets accessoires, car, depuis Eschyle, trois ac-\nteurs ne suffisaient pas ; il fournissait un certain nombre de figurants, de choristes\nsuppléants, quelquefois un personnel pour un second chœur (Tcpaxopy^sva).\nCette charge était devenue si lourde qu'elle ruinait beaucoup de gens. En 412,\nsous 1 archontat de Kallias, on la dédoubla. X'JVSUÛ e'Soije y opriyeïv uà Atovjo'ta : un\ndécret décida que les Dionysies seraient organisées par deux chorèges (1).\nII\nPournous faireune idée du chorège antique autrement quepar des inscriptions\nsur marbre, laconiques et mutilées, nous avons un document très étendu et fort\nintéressant : c'est un plaidoyer de Démosthène qui passe pour un de ses chefs-\nd'œuvre : le plaidoyer contre Midias. Je crois utile d'en rappeler ici quelques\npages J'ai dit que le chorège était un très haut personnage, s'acquittant d'une\nfonction d'Etat. Nous allons voir que, par suite, il était inviolable et sacré, et que\nl'outrager, dans le théâtre de Dionysos, c'était commettre un sacrilège.\nCette harangue contre Midias est l'œuvre du plus grand orateur de l'antiquité;\nelle est animée d'un admirable mouvement de dialectique dans la passion, ou\nde passion dans la dialectique, comme on voudra : mais il ne faut pas oublier\nque c'est l'œuvre d'un avocat, d'un méridional, d'un politicien, d'un Grec pour\ntout dire. Il y a des pages où l'exagération me paraît évidente, et où je serais\ntenté, comme on dit, de « diviser par soixante ».La harangue n'en est pas moins\nfort instructive.\nAvant de dégager ce qui concerne le chorège, je signalerai dans cette haran-\ngue un certain nombre de documents précis, montrant bien le caractère musical\net les origines religieuses (j'interprète : magiques, en remontant plus haut) des\nfêtes du théâtre. Il est essentiel, pour Démosthène, de bien établir qu'une re-\nprésentation dramatique est du domaine des choses sacrées, et il le lait en\ncitant des oracles comme ceux-ci :\nORACLE DE DELPHES. « O vous, descendants d Erechthée, habitants de la\n\n(t ) Aristophane, note d'un commentateur grec sur le vers 404 de la comédie des Grenouilles\n|* Cf. C. I. A., t. 11, n° 1 280."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "372", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.4", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nville de Pandion (Athènes), soyez fidèles à observer dans les fêtes les rites an-\ntiques ; n'oubliez pas le dieu Dionysos ; rendez-lui tous ensemble, dans les carre-\nfours, les honneurs accoutumés ; immolez-lui des victimes sur les autels, la tête\nornée de couronnes. »\nAUTRE ORACLE DE DELPHES. «On fera des sacrifices et on adressera des\nprières pour la santé des citoyens au souverain des dieux, à Hercule, au grand\nApollon. On fera des libations dans les carrefours pour la prospérité de la ville ;\non formera des choeurs,• on portera des couronnes suivant ies rites antiques...\nElevant des mains pures vers tous les dieux et toutes les déesses de l'Olympe,\non leur témoignera la reconnaissance pour les faveurs reçues.\nORACLE DE DODONE. « Voici ce que vous ordonne le prêtre de Jupiter : im-\nmolez à Dionysos, protecteur du peuple, une victime sans tache ; honorez ce\ndieu par des libations et par des chœurs... Faites porter des couronnes aux\nhommes libres, etc... » En tous pays, de tels usages ont été ceux de la magie.\nLe rappel de ces prescriptions lointaines explique bien pourquoi, au centre de\nl'orchestre, dans le théâtre grec, il y avait un autel (thymélé) ; il montre que si\nune représentation dramatique était d'abord une fête nationale, c'est parce qu'elle\nétait d'abord une fête religieuse, et, auparavant, un acte de magie.\nVoici une loi —la fameuse loi d'Evagoras que reproduit Démosthène, et\nqui, animée de l'esprit des vieux oracles, y ajoute une prescription curieuse,\nconséquence naturelle du devoir religieux recommandé :\n« Lorsqu'on célèbre les fêtes de Dionysos... par des tragédies et des comédies\n... avec des troupes de jeunes gens et des chœurs de musiciens ... il ne sera point\npermis, dans les jours consacrés à ces fêtes, de prendre des gages, de rien exiger\nde personne, de ceux mêmes qui seront en retard pour ïexécution d un jugement.\nQuiconque enfreindra cette loi pourra être accusé par ceux auxquels il aura fait\nviolence ; on pourra porter plainte contre lui dans F assemblée du temple de Diony-\nsos :il sera poursuivi comme ayant violé la sainteté de la fête, et on le jugera comme\non juge tout violateur d'une fête. » Aujourd'hui encore, durant nos fêtes officielles,\nles opérations commerciales sont suspendues et les échéances retardées.\nCes textes-là forment pour ainsi dire les assises de la démonstration que veut\nfaire notre grand avocat, et l'histoire du théâtre lyrique les recueille comme des\ndocuments de première importance. Voici maintenant.un exposé de faits inté-\nressant l'histoire de la démocratie grecque, celle du théâtre lyrique, et, en\nparticulier, celle du chorège. Bien qu'une traduction soit très insuffisante, j'use\nde celle qu'a faite l'abbé Auger pour laisser la parole au plaignant lui-même:\n« Depuis trois ans, dit Démosthène, il n'y avait pas eu de chorège dans la\ntribu Pandionide (entendez : dans mon arrondissement). On tenait l'assemblée\ndans laquelle la loi ordonne à l'archonte de tirer au sort le musicien qui doit\nconduire les chœurs. On se faisait mutuellement des reproches. L'archonte s'en\nprenait aux administrateurs de la tribu, et ceux-ci à l'archonte. Alors je m'offris\nde moi-même pour être chorège. Le sort me procura l'avantage de choisir, avant\nmes rivaux, 1 homme le plus essentiel du chœur (le coryphée). Applaudissant\ntous au zèle avec lequel je m'étais offert et à la fortune qui l avait favorisé, vous\ntémoignâtes à 1 envi votre contentement par les démonstrations les plus écla-\ntantes. Midias seul en fut offensé. »\nCe Midias était 1 ennemi personnel de Démosthène. Ici, il convient de penser\nà ces rivalités d influence, à ces haines furieuses, à ces « tempêtes dans un verre"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "373", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.5", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nd eau », comme a dit M. Lavisse, qui caractérisaient la vie des républiques an-\ntiques. Midias éprouva un violent dépit devoir son rival nommé chorège, c'est-\nà-dire investi d une fonction très brillante qui, au milieu de ses concitoyens,\nassurait sa supériorité et l'entourait d'une sorte d'auréole. Démosthène se plaint\nd aboi d de menues tracasseries, de vexations, d obstacles de tout genre dressés\ndevant lui par son irréconciliable adversaire. Il arrive enfin à articuler des griefs\nprécis qui éclairent d'un jour très net, dans le détail, les mœurs du temps :\n... « Ce que je vais dire vous indignera tous autant que moi-même. Ce que\nvous allez entendre est au-dessus de toute expression, et je n'entreprendrais pas\naujourd'hui d'en accuser Midias si je ne l'eusse convaincu sur-le-champ, devant\nle peuple.\naII a voulu, Athéniens, déchirer ma robe sacrée, car une robe qu'on prépare\npour une fête est sacrée, tant qu'elle est destinée à cet usage ; il a voulu briser\nles couronnes d'or que j'avais commandées pour décorer ma troupe. Forçant, de\nnuit, la maison de l'orfèvre, il a exécuté son dessein en partie, et il aurait été\nplus loin si on ne l'eût arrêté. Qui jamais, dans une cité, se porta à de tels excès ?\nCe n'est pas tout : il a corrompu le maître de ma troupe, et si Téléphane, mon\nprincipal sujet, ne se fût montré fidèle, et, s'apercevant de la manœuvre, n'eût\nchassé le traître et ne se fût chargé lui-même d'exercer la troupe, elle serait\nentrée (au théâtre), Athéniens, sans avoir été instruite ; et moi, chorège, hors\nd'état de disputer le prix, j'aurais essuyé le plus cruel affront. Peu satisfait de\nces injures, il a été jusqu'à corrompre l'archonte, un des chefs de la féte ;il a\nanimé contre moi mes rivaux ; il a crié, menacé, obsédé des juges liés par la\nreligion du serment. Il a fermé et cloué la forte du théâtre ; enfin n'étant que\nparticulier, il n'a cessé de me nuire par des coups d'autorité, par des attentats\ninouïs... Après avoir corrompu les juges, les acteurs de danse et de musique, il a\ncouronné tous ces beaux exploits en me frappant outrageusement et en enlevant\nle prix de la victoire à ma tribu qui avait l'avantage. »\nDémosthène caractérise ainsi l'importance de cette dernière insulte :\n« Ce n'est pas Démosthène qu on a insulté sur le théâtre : c est votre chorège...\nCelui qui, par un mouvement de haine, insulte un personnage du chœur ou un\nchorège, et cela dans le temple même de Dionysos, dans le jour même oû l'on\ndispute le prix, ne peut-on pas dire qu il est coupable d'impiété ? »\nTels sont les griefs de Démosthène. Evidemment un rival n'a pas été gentil\npour lui et a cherché à rendre sa tâche très difficile. On a voulu détériorer sa\nrobe et son matériel, alors qu'ils étaient encore chez le confectionneur ; on a\nquasiment cambriolé son costumier; on a cherché à le priver de ses collabora-\nteurs les plus utiles; on a sollicité les juges pour les indisposer contre lui. Enfin,\ndans un mouvement d'impatience, et probablement àla fin d'une querelle où\ndes injures homériques avaient été échangées de part et d'autre, on s'est\nlivré à des voies de fait ; on a frappé le chorège de la tribu Pandionide Tout\ncela est certainement très mal. Mais il n'y a là rien de tragique, à voir les choses\nde notre point de vue moderne. Il n'y a pas un concours de fin d'année, au\nConservatoire de Paris, où plusieurs élèves des classes de comédie, de chant ou\nde piano ne croient posséder à peu près les éléments d'un réquisitoire de ce\ngenre. Et c'est là que je serais assez disposé à croire « qu'il faut diviser par\n60 ». Mais voici le plus curieux."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "374", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.6", "texte": "LES EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nSavez-vous quel est le châtiment réclamé par Démosthène contre Midias\npour lui avoir donné un soufflet dans l'exercice de ses fonctions de chorège ?\nC'est tout simplement I.A PEINE DE MORT ! Il y avait, paraît-il, des précédents.\n• Je comparerais volontiers ces exagérations à celles de certains chanteurs\nmodernes. Un journaliste reproche-t-il à tel ténor à la mode d'avoir fait quel-\nques fausses notes ?Le ténor assigne immédiatement le journaliste devant les\ntribunaux et lui réclame cent mille francs de dommages intérêts. Les juges lui\naccordent cinq cents francs, et on l'esiime très heureux.\nMais peu importe. Ce qu'il nous suffit de constater, c'est qu'une pareille\ndemande ait pu être sérieusement soutenue devant un tribunal athénien, parce\nque le chorège était à la fois une personnification de la république et l'officiant\nd'un culte national, de telle sorte qu'un outrage infligé à sa personne pouvait\nêtre dénoncé comme un sacrilège. En Espagne, au xvic siècle, quiconque aurait\nsouffleté un cardinal en pleine église eût été sûr de passer devant le tribunal\nde l'lnquisition et de monter sur le bûcher. Chez les Grecs, au ive siècle avant\nnotre ère, on a pu dire qu'un citoyen était tout aussi coupable pour avoir\nfrappé un chorège en plein théâtre. Un tel fait nous montre combien important\nétait le rôle social attribué à la musique ; il nous permet de mesurer la distance\nqui sépare le drame lyrique des anciens et celui des modernes.\n(A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU.\n\nLes exécutions récentes.\n\n— Nous continuons à donner régulièrement les\nrecettes officielles de l'Opéra et de l'Opéra-Comique. Nous avons supprimé, comme\nn'étant pas à leur place dans un périodique, la plupart des menues informations\nque nos lecteurs trouvent en suffisante abondance dans tous les journaux quoti-\ndiens, sous la rubrique « théâtres » ; en revanche, nous donnons les « recettes »\nqu on trouvera plus loin, et que la Revue musicale est seule à publier dans\ntoute la presse. Ces statistiques sont instructives. Nous ne croyons nullement\nque la valeur d une œuvre soit déterminée par la somme d'argent qu'elle per-\nmet à un directeur de réaliser aux guichets de son théâtre : mais nous pensons\n— et c'est en cela que nos tableaux ont une importance de premier ordre —\nque le chiffre des diverses recettes est une indication précieuse, absolument\ndécisive, sur le goût du public. Or il est plus intéressant, pour l'observateur,\nde savoir ce que pense M. Tout le Monde que de connaître l'opinion de M. X...\nou de M. Z..., « critique » très influent (dans son cabinet). Ajoutez que si le\npublic se trompe souvent, trop souvent, il y aurait outrecuidance de la part\nd un (( critique » à vouloir juger à fond, par une sentence ne varietur, une\nœuvre née d hier. Rien n'est plus difficile que d'apprécier les œuvres contempo-\nraines, à moins que la critique ne consiste à faire de la réclame aux amis\nou à « éreinter » de parti pris tel ou tel en prenant des airs de pédant. Dans\nune telle situation, il faut surtout s'attacher aux faits positifs, indiscutables.\nLe bilan du dernier mois donne lieu aux observations suivantes : i° Opéra,\nA 1 Opéra, la situation de M. Massenet est toujours solide avec Thaïs, qui a dé-\npassé 20,000 fr.; celle de Samson et Dalila a été un peu éprouvée, passagère-\n\nRECETTES DES THÉÂTRES."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "375", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.7", "texte": "LES EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nment, semble-t il. Le Faust de Gounod est en baisse (19.155 fr., puis 16.212), ce\nqui ne nous permet pas d'adresser à M\"\" Garden les compliments que nous\nvoudrions. Salammbô, avec Mn,eßose Caron,a peu donné (19.165 fr.). En dehors\ndes contemporains français, il faut noter la dégringolade d'Hippolyte et Aricie,\ndescendu a 13.685 fr., ce qui ne peut amener que l'abandon de l'œuvre de\nRameau. Lohengrin flotte lourdement de 12.417 fr. (ce qui est dans la région des\néchecs-limite) à 18.571 fr. La situation réelle de Boris ne pourra être\ndégagée que quand les places seront revenues au tarif normal.\n2» Opéra-Comique.Les recettes les plus brillantes ont été celles du ,de\nM. I. de Camondo, et de Snegourotchka, le charmant opéra du regretté Rimsky-\nKorsakoff. La plupart des œuvres du répertoire courant (sauf le Barbier de\nSévi lie, 8.835 fr-) sont en baisse, y compris , Werther et Manon :\nMignon elle-même clôture faiblement à 4.077 fr. 50.\n\nS.\n\nM. DEBUSSY ET LA MUSIQUE RUSSE. — A propos de la récente et très brillante\nreprise de Pellèas et Mélisande à l'Opéra-Comiqùe, M. Adolphe de Chennevières\nnous envoie de Paris-Plage une très élégante — mais trop longue ! — lettre,\noù il développe l'idée suivante : ce n'est pas aux musiciens russes que Debussy\na emprunté son système (?) musical ; le vrai précurseur de Debussy, c'est le\nfiançais Emmanuel Chabrier. Il y a du vrai dans cette thèse intéressante, et\nnul n admire plus que nous 1 auteur de Gwendoline. Mais nous ferons remarquer\nà M. de Chennevières que, s'il emploie volontiers « la superposition de tona-\nlités différentes », Chabrier traite les voix tout autrement que l auteur de\nPellèas, et que sa musique est le triomphe du rythme, alors que M. Debussy\ns ingénie à détruire le rythme. (V. les trois Valses caractéristiques pour 2 pianos,\nécrites par Chabrier en 1880, et comparer ces pièces admirables à celles de\nM. Debussy pour le piano.)\n\n— Mme Rose Caron, professeur au Conservatoire, che-\nvalier de la Légion d'honneur, fut une très grande artiste. Elle a encore sur la\nscène une tenue et une méthode excellentes. Mais la reprise du rôle de Sa-\nlammbô n'a pas servi, je le crains, sa réputation. Quand on a parcouru une\nlongue et brillante carrière, pourquoi ne pas reconnaître de bonne grâce qu'on\na le droit d'être un peu fatiguée et de se reposer? A quoi bon abuser de la cour-\n\nMme ROSE CARON.\n\nCHEZ FÉLIA LITVINNE.\nT.\n— Le 21 juin, dans son hôtel-musée du boulevard de\nClichy, en l'honneur du peintre Alexis Harlamoff, auteur d'un très beau portrait\nde l'illustre cantatrice, Mme Félia Litvinne, après avoir dit d'exquises mélodies\nde Godard, de Fauré, de Diémer, a chanté avec M. Lelubez le duo du 2e acte\nde Parsifcil. Ce fut, devant un auditoire d'élite, et dans un cadre de rare élé-\ngance, un enchantement. Jamais la grande cantatrice ne fut plus admirée.\nAprès avoir joué de jolies pièces de Rameau, Diémer lui accompagna au piano\nune de ses compositions, le Cavalier, dont j'ai déjà eu l'occasion de dire tout le\nbien que j'en pensais. Schubert ou Schumann aurait pu signer cela.\nVALSE CHROMATIQUE DE B. GODARD, POUR PIANO. — Voici une valse que j'ai\nentendue trois fois, la semaine dernière, dans des réceptions mondaines. Pia-\nnistes, notez bien ceci : si vous voulez connaître un typè parfait de composition\npompeuse et vide, agressive et brutale dans la banalité, cynique et corrosive\ndans TinsigniHance, c'est celle-là qu'il faut lire."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "376", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.8", "texte": "UN CHORÈGE MODERNE : ALEXANDRE CHORON\n\ntoisie des critiques en les obligeant à des euphémismes qui ne trompent per-\nsonne ?\n\nT.\n\nUN TÉNOR RUSSE. Chez Mme Edmée 8...; au programme de cette soirée\nmondaine, un très bel aria inédit de Bach, joué par Enesco, Hekking et Daene\n(organiste à Bordeaux), puis le duo du 2e acte de Lohengrin. Eisa, c'est\nMllc Grandjean; Lohengrin, c'est Jean Altchevsky, que nous avons déjà applaudi\nà l Opéra, dans Boris Godounow. Après ce duo, Jean Altchevsky se met au\npiano et chante par cœur, en s'accompagnant lui-même, une douzaine de mé-\nlodies russes. On passe au buffet ; mais Altchevsky demande la permission de\nrester au piano et de chanter d'autres compositions : c'est sa manière de se\nrafraîchir. Il est plus de minuit, et il faut songer à prendre congé ; mais Alt-\nchevsky commence une nouvelle série où il va chanter en voix de baryton : c'est\nsa manière de se reposer. On est fatigué d'écouter; mais Altchevsky, vers deux\nheures du matin, se sent bien en forme, exécute un trille à pleine voix sur le\nsC , cède au flot de souvenirs mélodiques dont sa mémoire est envahie, et, entre\ndeux phrases, fait des exercices d'attaque, avec la voix, contre le lustre du salon :\nc'est sa manière de s'amuser. Heureux privilège de la jeunesse I Altchevsky a\n28 ans. Il vient de débuter triomphalement à l'Opéra, dans les Huguenots.\nM. Charles-H. Farnham, littérateur distingué des Etats-Unis, nous écrit pour\nnous demander notre avis sur un grandiose projet : la création d'une Université\ndes beaux-arts. A bientôt l'examen de cette grosse question.\n\nALEXANDRE CHORON,\nd'après des documents inédits.\nUN CHORÈGE MODERNE\nN. D. L. R.\nLes pages qu'on va lire sont empruntées àun ouvrage inédit intitulé : Alexandre\nChoron, d'après des documents inédits, et reproduisant les lettres écrites par ce\nmusicien pendant les voyages qu'en 1819 il fît à titre officiel dans le Nord et dans\nle Midi. L'auteur de ce travail est un très distingué professeur de l'Université, doc-\nteur et agrégé des lettres, M. Gabriel Vauthier, que nous remercions ici pour sa\ntrès intéressante communication sur un musicien précurseur fort original qui fut\nun apôtre du chant choral.\nCe serait un travail considérable, et d'ailleurs plein d'intérêt, que de\nreproduire en entier la correspondance de Choron. Dans ces lettres si\nnombreuses, écrites au courant de la plume, et souvent fort longues, on\nverrait jour par jour, pour ainsi dire, au moins à partir de 1815, vivre\ndans sa fébrile activité cet homme trop oublié qui, pour l'art dont il\nétait passionnément épris, a dissipé sa fortune et consumé ses forces,\nsans avoir recueilli les fruits qu'il pouvait attendre du zèle le plus\nardent et du plus généreux désintéressement.\nIl a fallu nous borner, et nous ne publions que les lettres adressées\nen 1819 par Choron au comte de Pradel, directeur général de la Maison"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "377", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.9", "texte": "UN CHORÈGE MODERNE : ALEXANDRE CHORON\n\ndu roi, qui 1 avait chargé d'une mission dont nous parlons dans le\ncours de cette étude.\nAvant de présenter ces lettres aux lecteurs, nous voulons rappeler et\nrajeunir les traits de celui qui les écrivit. Sans doute, dans les livres\nou les articles de ceux qui l'ont vu de près, on trouve, sur l'homme et\nle musicien, des témoignages précieux; ses contemporains lui ont con-\nsacré d'importantes biographies, mais tout ce qui a été dit à son sujet\nest bien ancien déjà. Notre but n'est pas de le répéter sous une autre\nforme : c'est de faire connaître Choron par Choron lui-même.\n\nLa famille de Choron (1). — Sa vie jusqu'en 1804.\n\nLa famille Choron est originaire de Crépy-en-Valois.Le grand-père du\nmusicien, mort en 1751, exerçait dans cette ville les fonctions de procu-\nreur au bailliage ; un de ses oncles, notaire à Paris sous LouisXVl,\n\n(1) Pour la famille Choron, on remonte jusqu'en 1600 : Antoine Choron, 1600-\ni 650, est prévôt royal de Béthisy ; son fils, François Choron, i620-r686, son petit-\nfils, François, 1653-1726, sont procureurs au bailliage de Crépy. Vient ensuite\nEtienne, 1701-1753, grand-père du musicien.\nNous devons cette note à Mme Sano, petite-fille de Mme d'Arcet.\nDes documents nous ont été également communiqués par M. le baron de la\nFresnaye, à Falaise, par M. le baron de la Fresnaye, ancien élève de l'Ecole Poly-\ntechnique, lieutenant-colonel en retraite à Paris, petits-fils de Mme Guéneau\nde Montbeillard. Nous leur exprimons à tous notre gratitude pour leur aimable\nempressement.\nNous adressons aussi nos remerciements àM. Charles Schmidt, archiviste aux\nArchives nationales, et à M. Tiersot, bibliothécaire au Conservatoire : nous\nleur sommes très reconnaissant d'avoir bien voulu mettre à notre disposition des\npapiers très intéressants.\nChoron avait épousé en 1816 Françoise-Marie Weniger, née à Paris en 1788,\nmorte dans cette ville le 25 mai iBq3. De ses six filles, cinq moururent très jeunes.\nLa seule qui survécut devint la femme d'un élève de l'Ecole de chant, Nicou ; elle\nmourut le 15 août 1835.\nSon fils unique, Frédéric, après avoir échoué à l'Ecole Polytechnique, séjourna en\nAllemagne, puis se consacra à l'enseignement. Il fut, de 1842 à 1845, professeur de\nphysique et chimie au collège de Troyes. Voici ce qu'a bien voulu nous écrire\nà son sujet son ancien élève, M. UfToltz, organiste de la cathédrale de cette\nville : «Je me rappelle encore qu'il était blond et d'aspect très sympathique. Il était\ntrès estimé, travaillait beaucoup, et s'intéressait tout particulièrement aux recherches\nde Boucheri sur la coloration des bois par injections. Un jour qu'il étudiait cette\nquestion chez un pépiniériste, survint un cyclone qui projeta en l'air plusieurs cloches\nà melons, qui retombèrent absolument intactes. M. Choron rendit compte\nde ce phénomène dans la classe du lendemain. » Il fut envoyé à Saint-Denis, dans\nl'île de la Réunion, quand on y ouvrit le lycée. C'est là qu'il mourut.\nIl publia, avec deux traités élémentaires d'arithmétique, une Théorie des atomes\net des équivalents chimiques, deux éditions, 1837 et 1839."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "378", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.10", "texte": "UN CHORÈGE MODERNE : ALEXANDRE CHORON\n\net plus tard administrateur au Département des domaines et finances\nde la municipalité, y possédait des biens considérables. Son père,\nEtienne-Louis, avocat au Parlement de Paris, avait été envoyé à Caen\ncomme « directeur des fermes pour les traites, gabelles et tabacs».\nC'est là qu'il épousa Anne-Rosalie Geoffroy de Gomesnil, fille du rece-\nveur général des fermes du roi à Caen, qui lui apporta en dot un très\nbeau domaine situé sur le territoire de Sainte-Marie-aux-Anglais,\narrondissement de Lisieux.\nAlexandre-Etienne Choron naquit le 21 octobre 1771. Baptisé le\nlendemain à Saint-Pierre, il eut pour parrain son grand-père paternel\net pour marraine sa grand'mère, Marie-Thérèse Delahaute, veuve\nChoron, qui, trop âgée sans doute, ne put quitter Crépy et se fit\nreprésenter.\nIl eut deux frères : l'un, Hippolyte, mort très jeune, l'autre, Frédéric,\n»\ninspecteur divisionnaire des douanes, mort à Toulon en 1827 sans\npostérité. De ses trois sœurs, la première, Rosalie, épousa François\nGuéneau de Montbeillard, fils du collaborateur de Buffon ; la seconde,\nFélicité, veuve en 1813 de M. Genet de Quincy, commissaire des guer-\nres, se remaria avec M. Le Monnier, intendant militaire ; enfin, la\ndernière, Claire, devint femme de M. d'Arcet, fils du savant, savant lui-\nmême et inspecteur des essais à la Monnaie. Une de ses filles épousa le\nstatuaire Pradier.\nUne lettre adressée par Boucher de Perthes à samère, le 11 mars 1813\n(collection Parent de Rosan, à l'Hôtel de Ville), donne sur cette famille\ndes détails piquants :\n« J'ai été faire une visite àma merveilleuse cousine, Mme Genet ;il\nétait 2 heures. Il y avait dix à douze personnes, et elle était couchée.\nElle reçoit ainsi : elle n'a pas tort, car on ne peut rien voir de plus\ncharmant, et elle a passé la trentaine. Veuve, sans beau coup de fortune,\nelle nen a pas moins tourné bien des têtes,et refusé les plus beauxpartis.\nRien en elle ne dénote la moindre coquetterie ; elle est d'une simplicité\nextrême : la nature est le nec plus ultra de l'art. Sa phrase ou sa manière\nde causer est celle de son frère Frédéric, l'homme modèle par la\ngrâce et l'élégance, et un peu de son autre frère, Alexandre, l'homme\naux projets. Malgré sa position de veuve et de femme à la mode, sa\nréputation est intacte. Sa sœur, Mme de Montbeillard, est également\nfort aimable, mais pas belle.\n« Leur mère habite une jolie campagne à Passy. J'ai été lui faire une\nvisite. Elle ne dément pas sa réputation d'esprit, et d'esprit un peu\ncaustique. Elle est fort maigre, ce qui la fait paraître assez vieille. Sa"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "379", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.11", "texte": "UN CHORÈGE MODERNE I ALEXANDRE CHORON\n\nmise, extrêmement soignée, lui donne l'air un peu prétentieux, chose\nqui frise le ridicule à cet âge. Sa bien-aimée est sa dernière fille,\nMme d'Arcet ; malgréles belles dots qu'ont eues ses filles, elle peut passer\npour riche.\n(( Avec la musique, Alexandre dépensera toute sa fortune, si ce n'est\ndéjà fait. C'est plus qu'un homme d'esprit : il a du génie. »\nA l'âge de sept ans, Choron est envoyé au collège de Juilly. —Ce\nchoix fut évidemment inspiré par le voisinage de Crépy. C'est là qu'il\nse lia avec Fayolle, qui fut, comme lui, chef de brigade à l'École Polytech-\nnique (1), et avec lequèl il a publié le Dictionnaire des Musiciens, 1810-\n1811.\nEn 178(5, après de bonnes études, il retourne à Caen. Une passion\nirrésistible pour la musique s'empare de lui. Son père, pour l'arracher\nà des études qui lui déplaisent, l'envoie à Paris chez un procureur ; le\njeune homme, tout entier à son rêve, griffonne des mesures jusque\nsur le papier timbré : pour ce crime et son dégoût de la pratique,\nil est rendu à ses parents.. Etienne-Louis meurt le i 5 août 1788.\nAlexandre, qui avait reçu sa part de patrimoine, se sépare de sa mère,\nqui ne peut lui pardonner sa vocation, et revient à Paris. Il présente à\nGrétry, qui l'encourage, ses premiers essais. Il travaille avec l'abbé\nRoze et Bonesi. En 1791, on le juge assez habile pour lui confier les\nfonctions de maître de chapelle à Saint-Séverin : il les conserve jus-\nqu'en 1793 (2).\n\n(1) On appelait ainsi des élèves choisis parmi les meilleurs. Ils étaient tout à la\nfois surveillants et répétiteurs ; ils étaient obligés de donner l'exemple et de servir\nde modèles. Pour plus de détails, consulter le remarquable ouvrage de M. le Com-\nmandant Pinet, bibliothécaire à l'Ecole Polytechnique, Histoire de l'Ecole Poly-\ntechnique, Paris, Baudry, 1887.\nTrès fier de ce titre, Choron se plaisait à le rappeler en tête de ses publications.\n(2) Pour les détails concernant les premières années de Choron, quand nous ne\npouvons donner des renseignements de première main, nous renvoyons aux grands\ndictionnaires, où l'on trouvera des biographies écrites par P'étis, Fayolle, Denne-\nBaron, etc.\n11 convient de consulter aussi: Eloge de Choron, par E. Gautier, professeur de\nbelles-lettres, Paris et Caen, 1845, avec la liste des principaux élèves de Choron.\nIl y a un appendice bibliographique, auquel il faut ajouter des ouvrages postérieurs :\nd'Estourmel, Souvenirs de France et d'ltalie, 1848 ; Scudo, Critique et littérature\nmusicales, iBso ; Laferrière, Mémoires, 1876; Duprez, Souvenirs d'un chanteur,\n1880, etc.\nVoir également : Cariez, Choron, sa vie et ses travaux, Caen, 1882, et H. Réty,\nNotice historique sur Choron et son école, Paris, 1873.\nIl est probable que dans les papiers de Fétis il y a des lettres de Choron. Le\nConservatoire de Bruxelles est en pourparlers pour les acheter, mais ils sont encore\nsous scellés."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "380", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.12", "texte": "UN CHORÈGE MODERNE : ALEXANDRE CHORON\n\nEn 1794, il est surnuméraire à l'Ecole nationale des Travaux publics.\nUne lettre conservée dans sa famille nous apprend comment Monge\nle distingua :\n«A la citoyenne Eulalie-Rosalie Choron, chez la citoyenne sa mère,\nà Canon, par Croissanville, Calvados.\n« Tu sais que je suis élève surnuméraire de l'Ecole nationale des\n. 1 '\nTravaux publics, et que cette Ecole est ou était le lieu de mon travail ;\naujourd'hui, il y a quelque changement dans tout cela. Le C. Monge,\ngéomètre et chimiste, agent du Comité de Salut public, ayant besoin\nde quelqu'un pourêtre employé à ses travaux plus ou moins importants,\nest venu à l'École voir s'il n'y aurait pas quelqu'un propre à remplir son\nobjet. Il a eu avec plusieurs quelques entretiens et avec moi un assez\nlong colloque sur des objets profonds de géométrie. Il m'a aussi parlé\nde chimie. Deux jours après, le huitième de la dernière décade, j'ai reçu\nune invitation dépasser au' Comité de Salut public. J'y suis allé, et\nj'ai trouvé le même citoyen qui m'a dit être autorisé par le Comité de\nSalut public àme prendre sous le titre d'élève du Comité de Salut\npublic aux appointements de 1.800 francs, pour m'instruire de tout ce\nqui concerne la fabrication des armes, poudres et salpêtres et autres\nobjets divers. J'ai accepté avec plaisir cette proposition, et dès le lende-\nmain, je suis venu là travailler sous la direction du C. Monge.\n«Il est bonde te dire que, quoique je semble être dirigé particulière-\nment vers les armes et poudres , ma destination n'est pas restreinte à\ncet objet ; elle en embrasse beaucoup d'autres, et la condition requise\npour ceci est d'être propre à tout ou capable de le devenir. Je ne sors\npas non plus pour cela de l'Ecole des travaux publics, et je ne me suis\npas muni d autre réquisition que celle que j'avais précédemment à titre\nd'élève des Ponts et Chaussées.\n« Paris, le 22 Messidor an 11. »\nLe i 5 mars, il annonce à cette même sœur qu'il compte partir pour\nNancy ou Strasbourg. Peut-être se rendait-il à Sainte-Marie-aux-Mines\nou à Giromagny, où l'on se proposait d'ouvrir une « Ecole de théorie de\nperfectionnement» sous ladirection du Conseil desMines.De 1 795 à 1802\nles documents font défaut. Cette lacune est sommairement comblée\npar ces quelques lignes de Choron, reproduites en partie par tous ses\nbiographes : « Dans les sciences physiques et mathématiques, il avait\nmanifesté assez de capacité pour que le célèbre géomètre comte Monge\nle jugeât digne de ses leçons particulières. Il a été attaché à sa personne,\npendant un assez long espace de temps, à titre d'élève particulier, et il"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "381", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.13", "texte": "UN CHORÈGE MODERNE ALEXANDRE CHORON\n\na fait en cette qualité les fonctions de répétiteur pour la géométrie des-\ncriptive à l'Ecole normale en 1795 : » et il ajoute : « d'où il est sorti pour\nrentrer dans ses foyers et se livrer en paix à son goût pour les sciences\net les arts, aussi peu soucieux de fortune que de titres, d'honneurs et\nmême de renommée. »\nUne lettre du 12 messidor an X, où il déclare être propriétaire et\nrésider à Sainte-Marie-aux-Anglais, tout en ayant un domicile à Paris, est\nadressée à son libraire. Choron s'occupe de la réimpression et de la\ndiffusion d'un petit livre, publié pour la première fois en 1799, Méthode\npour apprendre en même temps à lire et à écrire. C'était une forme de\nl'enseignement mutuel.\nL'ancien élève de l'Ecole Polytechnique était devenu maître\nd'école (1).\nNavré de l'ignorance qui régnait dans les campagnes, Choron voulut,\navec sa méthode, mettre rapidement les enfants et les adultes en état\nde lire et d'écrire. Les résultats, paraît-il, en étaient surprenants, et\nle triomphe fut de voir le citoyen Lasalle, « artiste vétérinaire » de la\ncommune de Saint-Julien, arrondissement de Lisieux, et connaissant\nà peine les lettres, apprendre en treize leçons à lire et à écrire.\nMédiocrement encouragé à Caen, où il avait pourtant réussi à dégros-\nsir les hommes d'un régiment, il ouvre une école à Sainte-Marie-aux-\nAnglais, puis à Saint-Pierre-sur-Dives. Il a ou on lui donne le titre\nd'instituteur. Bientôt il revient à Caen, demande à Fourcroy de l'aider\nauprès du préfet du Calvados à obtenir, en vue d'un nouvel établis-\nsement, le couvent des Ursulines. Le projet n'aboutit pas. Choron se\nrend à Falaise, et, avec un certain Coessin, il y ouvre un collège.\nMais « l'homme à projets », comme l'appelle si bien Boucher de\nPerthes, ne se contente pas d'une modeste institution. Son pro-\ngramme est vaste, et va bien au delà de son temps. Il s'agit\n« d'une Ecole libérale et industrielle où l'on enseignera les langues\nlatine et grecque, les éléments des sciences exactes et du dessin, la\ngéométrie descriptive et les arts, la physique expérimentale, l'arpen-\ntage, l'agriculture, etc. ».\nDéjà, dans cet esprit toujours en travail, tout plan s'agrandit.\nC'est un des traits dominants d'une physionomie si originale. Il en\nest deux autres qui sont l'honneur de sa vie: son désintéressement, sa\nprofonde sympathie pour les humbles et les déshérités.\nPour appliquer sa méthode, Choron se consacre à une modeste\n\n(1) Sa vocation pour l'enseignement se manifesta de bonne heure. En 1792, il\napprenait bénévolement la musique à de jeunes enfants."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "382", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.14", "texte": "UN CHORÈGE MODERNE .\" ALEXANDRE CHORON\n\nmission ; pour la propager, il en abandonne les éditions à son libraire,\n« sans réserve, sans aucune rétribution ». Il l'envoie à tous les préfets,\nmultiplie ses elforts pour la faire adopter à Paris, il y vient souvent\npendant cette période, et il recueille les encouragements les plus\nflatteurs. Le 3o fructidor an XI, Fourcroy le félicite « de ce qu'il fait\npour le perfectionnement de l'instruction primaire ». Dans une autre\nlettre, il l'informe qu'il a invité la Société philanthropique à lui faire\nconnaître les résultats de .l'essai de sa méthode. Le citoyen Gibert,\nmembre de cette Société, écrit un long rapport tout en faveur de\nChoron.\nUn savant, le baron de Silvestre, le recommande à Duquesnoy, maire\ndu Xe arrondissement. « J'ai été, dit-il, à portée d'apprécier ses con-\nnaissances au Conseil des Mines où il était élève. Le plan qu'il a conçu\npour donner avec facilité les connaissances les plus utiles à la classe\nindigente me paraît mériter d'attirer votre attention... Il met le plus\ngrand désintéressement dans ses procédés, et ne désire que trouver les\nmoyens d'être plus généralement et plus sûrement utile à ses conci-\ntoyens. »\nRetenons ces derniers mots : ils annoncent les sentiments qui inspi-\nreront Choron dans toute sa carrière.\nDans la deuxième partie de son travail, l'auteur raconte la vie de Choron sous\nl'Empire. Il l'étudié comme éditeur et comme compositeur. Dans le dernier chapi-\ntre, il parle des critiques adressées par Choron à la musique religieuse de son temps\net de ses efforts pour rétablir les maîtrises.\nCHORON RÉGISSEUR GÉNÉRAL DE L'OPÉRA\n20 novembre i8i5-iqv avril i8iy.\nSi Choron était peu satisfait des voix qu'on entendait dans les\néglises, il n'était pas moins sévère pour les artistes qui chantaient dans\nles théâtres. En 1811, dans un mémoire où il propose une vaste orga-\nnisation des chapelles et la création d'une surintendance générale de\nla musique et des théâtres de l'Empire, il ne trouve partout que\ndégradation extrême, des gens sans talent, sans moyens, sans méthode,\nqui « hurlent » au lieu de chanter. Il n'excepte de ces critiques, et\nencore fait-il sur eux des restrictions, que des acteurs applaudis, Garat,\nLays et Martin.\nCes plaintes qu'il exprime, on en trouve l'écho chez les contem-\nporains. A l'Opéra, on ne chantait pas, on criait."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "383", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.15", "texte": "UN CHORÈGE MODERNE K. ALEXANDRE CHORON\n\nCrier, dit un dictionnaire du temps, est presque le sublime du talent\nd'un chanteur d'opéra. « Tout se crie d'une voix aiguë, écrivait Lady\nMorgan, sans flexibilité, sans exécution, sans goût, sans expression.\nLes premières cantatrices chantent hors de mesure, et plus elles s'aban-\ndonnent à « leur criaillerie », et plus elles sont couvertes d'applau-\ndissements. » Les meilleurs artistes avaient leurs défaillances, et, au\ntémoignage de Geoffroy, il arrivait quelquefois à Lays de chanter\ncomme un chantre de paroisse. Le mal devait durer longtemps encore.\nIl ne cessa qu'après l'arrivée de Rossini à Paris, quand l'illustre maître,\nengagé à écrire pour l'Opéra, exigea avant tout qu'on lui donnât,\nsuivant le mot d'Adolphe Adam, des chanteurs qu'on pût faire\nchanter.\nQuel était à cette époque le directeur de l'Opéra? Un excellent\nhomme, l'auteur de la Petite Ville, Picard, qu'en 1807 on était allé\nchercher au théâtre de l'lmpératrice pour le mettre à une place qui ne\nlui convenait pas.\nEtranger à la musique, quel bien pouvait-il faire ? quelle autorité\npouvait-il espérer ? Administrateur indulgent, il laissait tout aller à la\ndérive ; les dépenses étaient énormes, sans profit pour l'art. Il y avait\nde grandes réformes à opérer, le gaspillage à supprimer. Pour sauver\nun théâtre qui court à sa ruine, Choron n'est-il pas là ? En juillet 1814,\nle bruit court que Picard va se retirer ; bien vite il écrit au comte de\nBlacas, au comte de Pradel, directeur général de la Maison du roi : il\ndemande la place ; si Picard ne se retire pas encore, qu on le nomme\nadjoint au directeur : «ce qu'il a déjà fait lui donne le pressentiment\nqu'il peut rendre des services peu communs ».\nIl n'entra à l'Opéra que le 20 novembre 181 5 (1), et seulement avec\nle titre de régisseur général. Persuis était nommé inspecteur général\ndelà musique; Kreutzer, chef d'orchestre (2). L'intendant des Menus,\n\n(1) Il fut nommé, sur la recommandation du comte Ferrand, ami de M. de Blacas,\net aussi sur celle d'un de ses camades de Juilly, M. Petit, agent de change à Paris,\nqui l'aida plus d'une fois de sa bourse dans des circonstances difficiles.\n(2) Situation de l'Opéra, d'après 1 'Etatmatrice de l'Académie royale de musique\npour 1816.\nADMINISTRATION. Choron, régisseur général, 6.000 francs. Courtin, secrétaire géné-\nral, 5.500, Bonnemer; caissier, 6.000. Bureaux : 7 employés et garçons.\nCHANT. Inspecteur général, Persuis, 3.000 (il avait de plus 7.000 francs comme\nchef d'orchestre) ; 2 chefs de chant, Lebrun et Adrien, 4.000.\nPremiers artistes (d'après un arrêté du comte de Pradel, leurs traitements, comme\npour les premiers sujets de la danse, ne devaient pas dépasser 10.000 francs ; c est\nce qu'ils touchaient) : hommes : Lays, Dérivis, Nourrit ; femmes : Branchu,\nArmand, Albert."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "384", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.16", "texte": "UN CHORÈGE MODERNE : ALEXANDRE CIIORON\n\nPapillon de la Ferté, s'était réservé la haute direction, étrange person-\nnage, « à la volonté stupide », hanneton, dit Castil-Blaze, qui comman-\ndait à ce triumvirat comme aux laveuses de la vaisselle (il avait dans\nses attributions l'argenterie royale) ; « homme sans talent, écrit à son\ntour Choron en 1821, esclave de mille petites passions, ennemi de\nl'autorité de son ministre », à cette époque le marquis de Lau-\nriston.\nAvant même de prendre possession d'un poste amoindri, Choron,\nsans doute dans les orchestres qu'il avait dressés, était connu pour sa\nsévérité, s'il faut appeler de ce mot ce qu il exigeait de chacun, la\nconscience, l'amour du devoir et de 1 art, et cette haute piobité qui\nle faisait partir en guerre contre les abus de toutgenie. En 1814.5 ses\nennemis publiaient qu'il ne pourrait être employé utilement. Choron\n\nRemplacements : hommes 4, Lavigne, Albert, 7.200 ; Laforêt, 6.000 ; Bonel,\n4.800 ; femmes, 2 : M™* Paulin, 7.200 ; Granier, 5.000.\nDoubles : hommes, 5 ; traitements allant de 4.000 à 2.400 ; femmes 2 ; 4.000 et\n3.500.\nChœurs : hommes : basses-tailles, 12, de 1.500 à 1.000; tailles, 9, de 2.000 à 1.000;\nhautes-contre, 8, de 1.500 à 1.000 ; femmes, 24, de 1.500 à 800 ; t maître de solfège,\n2 accompagnateurs, 1 accordeur, 2 avertisseurs.\nDANSE. 2 chefs : Gardel, 10.000 ; Milon, 6.000. Hommes, 1 premier artiste, Albert ;\nfemmes, 3 : M»»es Clotilde, Bigottini et Gosselin.\nRemplacements : 1 homme, 7.000 ; femmes, 4, de 6.600 à 3.000.\nDoubles : hommes, 6, de 4.500 à 4.100 ; femmes, 8, de 3.600 à 1. 500.\nBallets : hommes, 30, de i.500 à 500 ; femmes, 3i, de i.500 à 500 ; 1 inspecteur,\n3 répétiteurs, 2 avertisseurs, de i.500 à 900.\nORCHESTRE. 24 violons, conduits par Kreutzer aîné, 5.000 ; les autres, de 3.000 à\n1.000 ; 3 haut bois : Wogt, 2.750 ; Félix Miolan, 1.800; SchneitzœfTer, 1 600; 2 flûtes :\nTulou, 2.500 ; Lépine, 1.500; 3 clarinettes, 3.000, 2.000, i .400 ;4 cors, 3.000, 1 .800,\n1.700, 1.400 ; 4 bassons, 3.000, i.Boo, i.300, 1.000; 2 trompettes, 1.600, 1.200;\n3 trombones, 1.200,1.000 ; 8 altos, de 1.500 à 1.000 ; i o violoncelles : le premier, 3.000;\nles autres de 1.800 à 1.000 ; 8 contrebasses : la première, 2.000 ; les autres, de 1.500 à\n1.000 ; 1 timbalier, 1.400 ; 1 harpiste, 1000 ; 1 bibliothécaire, i.500 ; 1 préposé,\n800.\nSERVICE DE LA SALLE ET DU THÉÂTRE, I inspecteur, 1 médecin en titre, 1 médecin\nhonoraire, 2 chirurgiens ; concierges, petit personnel, 40 ; ouvreuses, 23 ; service\nde l'habillement, des décors, ouvriers, garçons, atelier de peinture, 122 personnes.\nRECETTES. A la porte. 469.500 ; loges à l'année, 80.000 ; bals (ils étaient assez\nnombreux en hiver) et locations de boutiques, 25.000 ; impôt du quinzième sur les\nthéâtres, 145.000, en tout 719.500. Subvention fournie par le roi, 600.531.\nLes recettes et les dépenses s'équilibraient donc. Gela ne dura pas longtemps ;\nchaque année le ministère de l'intérieur comblait le déficit ; en 1829, il donna\n1.300.000 francs.\nLes plus fortes recettes s'élevaient à près de 9.000 francs ; les plus faibles descen-\ndaient à 1400 francs environ.\nOn jouait les dimanches, mardis et vendredis. On fermait pendant la quinzaine de\nPâques."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "385", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.17", "texte": "Ufo CHORÈGE MODERNE : ALEXANDRE CHORON\nR. M.\n1\n\nse défend contre ces attaques et ces sinistres prophéties. Il oubliait qu'il\nserait mal soutenu et qu'il resterait seul, quand il lui faudrait batailler\navec les auteurs, les acteurs, les subalternes, et que de vastes projets\nde réformes qui allaient jusqu'à balayer tout un personnel ne pour-\nraient être seulement soupçonnés sans exciter chez les futures victimes\ndes cris de fureur et de vengeance.\nLe 16 juin 1816, il écrit un rapport sur les réformes à apporter dans\nle personnel à partir du icr janvier 1817.\nDans l'orchestre et sur la scène, quelle hécatombe !\nPiccinni, - petit-fils du grand musicien, l'accompagnateur, d'ail-\nleurs chef d'orchestre à la Porte-Saint-Martin, « ne s'acquitte de ses\nfonctions qu'avec dégoût et nonchalance ». A réformer.\nL'exécution musicale est pesante et monotone. La faute en est au\nmauvais goût qui règne à l'Opéra. Persuis (1) en est un des plus zélés\ndéfenseurs. A réformer.\nLes artistes qui jouent les premiers rôles resteront, bien que certains\nlaissent à désirer: Dérivis, qui plaît beaucoup au public; Lays, qui\napprochait pourtant de la soixantaine; Nourrit (le père), « qui ne fait\nqu'imparfaitement la roulade, et qui est mauvais acteur » ; Mm\" Branchu,\n« qui décline d'une manière sensible » à trente-six ans ! (2)\nQuant aux autres, ils ne sont pas ménagés.\nUn chanteur insuffisant demande-t-il un congé ? Qu'on prenne la\nballe au bond pour le renvoyer.\n« M. Brice est incapable, et doit être réputé nul de l'avis de tous les\nhommes qui peuvent en juger. Il faut prendre l'occasion de s'en débar-\nrasser le plus promptement possible, puisqu'on ne peut compter sur\nlui. »\nParmi les « remplacements», Bonel a une belle voix, mais il n'a ni\ngoût ni méthode ; il est paresseux ; il n'aime pas son art : qu'il reste au\nsecond rang ! Haby est très médiocre concordant, on appelait ainsi\nla voix qui procède de la basse-taille et du ténor. Bonnet a une assez\n\n(1) Choron et Persuis se détestaient cordialement. On cite à ce propos une ven-\ngeance, la seule que Choron se soit permise. Par ordre, on devait reprendre la\nJérusalem délivrée de Persuis, donnée en 1812. Le régisseur général, qui n'aimait\npas cet ouvrage, se serait, d'après les uns, hâté, au premier bruit, de dénaturer les\ndécors de cet opéra ; suivant les autres, le décor aurait représenté des chaumières,\nguinguettes, charmilles.\n(2) Mme Branchu « égala la tendre et tragique Saint-Huberti ».\nDérivis: « Voix magnifique, stature imposante, et ses gestes manquent de noblesse;\nil a l'aspect tragique, et je ne sais quoi de bourgeois perce en lui au travers du man-\nteau royal. » (Dictionnaire théâtral, 1824.)"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "386", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.18", "texte": "UN CHORÈGE MODERNE I ALEXANDRE CHORON\n\nbelle voix; il chante quelquefois assez bien, mais il n'a ni intelligence\nni chaleur ; en outre, c'est un acteur détestable. Ils sont maintenus, mais\njugés.\nLes doublures, les femmes surtout, ne sont pas plus épargnées, et\nquelles notes ! Celle-ci, sujet ignoble, sans moyens aujourd'hui, entiè-\nrement usée (1)5 celle-là, voix dure et glapissante, maintien gauche et\nde mauvais goût, sifflée par le public ; telle, par son inconduite, a\nperdu fraîcheur, beauté et voix ; telle autre enfin est vieille, laide, n'a\njamais eu de voix ni su un mot de musique. Toutes sont à réformer.\nA réformer aussi ces choristes trop vieilles, désagréables avoir, désa-\n«\ngréables à entendre. Et tout ce monde maudit le régisseur général et\nfait agir ses protecteurs. Persuis, menacé dans ses fonctions, s'adresse\nà Spontini. L'auteur de la Vestale multiplie les démarches en sa faveur\net, dans une lettre au secrétaire général de la Maison du roi, il écrit\nces aménités à l'égard de Choron ; « Ce malheureux Opéra, moribond\ncomme il est, a-t-il besoin d'autres coups pour expirer que ceux dont il\nest frappé par l'inepte, tyrannique et ignoble administration actuelle ? »\nNommez-moi directeur, ajoute Spontini, qui, trois ans après, en-\nvoyait des lettres aimables à celui qu'il vilipendait en pareils termes. Il\nest vrai qu'en février 1816, le même Spontini avait demandé que l'on\nreprit son Fernand Corte\\, et Choron avait répondu officiellement que\nla musique de cet ouvrage était « embrouillée et inapprenable ».\nLe régisseur général a l'œil sur toute sa troupe. Il surveille, stimule\nun acteur comme Lavigne, physiquement bien doué, mais paresseux. Il\ndistingue dans la foule des talents qu'on peut développer ; « il les fait\ntravailler, les met en bonne main ».\nPour personne, il n'admet d'infractions aux règlements. Dérivis, à.\nla fin de 1816, est parti pour le Midi, sans permission, et il a emporté\nune garde-robe qui appartient à l'Opéra. On apprend qu'il est à Nîmes.\nChoron s'adresse immédiatement à la Police générale pour qu'on donne\nordre au préfet du Gard de renvoyer le délinquant à Paris, et sous\nescorte. Lavigne n'a paru à aucune répétition des Abencérages : trois\ncents francs d'amende et huit jours de prison, car on enfermait encore\nles acteurs à l'Abbaye. On annonce que trois sujets, Lecomte, Levas-\nseur et Bégret, ont des engagements pour l'Angleterre. D'autres se pro-\nposent de partir avec eux. On en informera le préfet de police, qui\nrefusera les passeports. On ne doublait pas les rôles des opéras et des\nballets : sur la proposition de Choron, le ministre de la Maison du roi\n\n(1) Elle s'appelait Jaunard. Elle dut quitter l'Opéra. En 1819, Choron la retrouva\nà Marseille. La malheureuse ne put être supportée par le public."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "387", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.19", "texte": "UN CHORÈGE MODERNE : ALEXANDRE CHORON\n\nexige qu on les double, et, si une représentation n'a pas lieu faute de\nremplaçants, on punira de fortes amendes les chefs du chant, les maî-\nties de ballets, 1 inspecteur général de la musique et le régisseur géné-\nral lui-même, dans le cas ou il ne dénoncerait pas les contraventions.\nLes amateurs de billets gratuits sont fustigés à leur tour. Pour un\nspectacle du mois de janvier 1816, quatre-vingt-dix-huit billets de\nfaveur ont été distribués. C est trop, écrit Choron, et il demande que\nles privilégiés ne soient admis qu'après l'entrée du public, et il ne\ns agissait ni des moins bonnes places ni des moindres personnages.\nAutant de mécontents, autant d'ennemis (i) !\nToujours sur la brèche, obligé de contrôler un à un les détails maté-\nriels d'une grande administration, Choron n'est pas libre dans le do-\nmaine de la musique. A ses côtés, pour juger les ouvrages présentés à\nl'Académie, il a un comité dont les membres sont Méhul, Cherubini,\nBerton, Spontini et Boïeldieu. N'eut-on pas l'idée d'instituer un comité\nlittéraire avec HofFman, Michaud, Raynouard, Picard et Charles\nNodier ? Les littérateurs jugent comme s'ils étaient au Théâtre-Fran-\nçais ; de là, lutte entre les comités et lutte de Choron avec les deux\ncomités. Il n'est pas toujours maître chez lui, et parfois, comme pour\nles Dieux rivaux, donnés à l'occasion du mariage du duc de Berry, le\ndirecteur général désigne les acteurs qui doivent jouer ; il n'est pas\nmaître non plus de son répertoire, et, pour les pièces nouvelles, il doit\ntenir des engagements pris avant lui.\nC'est ce qu'oublie Fétis, qui, dans son article sur Spontini, reproche\nà Choron ses mauvais choix. En laissant de côté les ballets ou les\npièces de circonstance, le régisseur général a fait représenter en tout\ntrois opéras nouveaux : le Rossignol de Lebrun, « ordure musicale, dit\ncrûment Castil-Blaze, mais qui, malgré sa faiblesse, se maintint assez\nlongtemps ; Nathalie ou la famille russe c'est l'histoire de Mentzikoll\nde Reicha, vers raboteux, musique sombre et monotone, un insuc-\ncès ; Roger de Sicile ou le roi troubadou, donné extremis le 6 mars\n1817, et froidement accueilli.\nSans doute, et c'était ce qui plaisait alors au public, Choron, avec la\nPsyché de Lulli et le Devin du village, dont les jours étaient comptés,\nreprend ou garde au répertoire des productions très médiocres; mais\ns'il donne ces Mystères d lsis, horrible travestissement de la Flûte\nchantée, les Prétendus de Lemoyne, 1 de Kreutzer et des\n\n(1) Certains privilégiés durent encore faire la grimace quand, en juillet 1816,\nChoron défendit, « pour le bon ordre et la sûreté du théâtre », de ne laisser entrer\naucune personne étrangère au service."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "388", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.20", "texte": "UN CHORÈGE MODERNE : ALEXANDRE CHORON\n\nœuvres secondaires de Grétry (i), au moins voit-on parfois sur ses\naffiches, avec la Vestale de Spontini, les chefs-d'œuvre de Gluck,\nAlceste, Armide, Orphée, Iphigénieen et en\nD'ailleurs, pour avoir du nouveau, à qui Choron peut-il s'adresser ?\nIl craint un instant que les compositeurs français, paresseux, dit-il, et\npeu nombreux, ne se coalisent pour maîtriser l'administration. Ce n é-\ntait qu'une menace, mais qu'attendre de ceux qu'il passe en revue, et\nqui sont les premiers ?\n« M. Cherubini n'a jamais pu obtenir de succès ; il est d'ailleurs\noccupé par les travaux de la Chapelle (du roi).\n« La santé de M. Méhul est tellement dérangée qu'il y a lieu de craindre\nqu'on ne le conserve pas longtemps ; il est hors d'état de travailler; il\nn'a d'ailleurs jamais eu de succès à l'Opéra.\n« M. Lesueur travaille difficilement ; il n'a rien de prêt ; il s'occupe\nd'un Alexandre à Babylone, ouvrage à fracas et de peu d'espérance.\n« M. Paè'r, pressé mille fois, et en ce moment encore, de travailler\npour l'Opéra, élude sans cesse; il ne travaillera jamais.\n« M. Boïeldieu ne veut point travailler pour l'Opéra : cela est bien\nconnu.\n« M. Nicolo ne veut rien donner avant la Lampe merveilleuse.\n« Il ne reste pour tout espoir que MM. Berton et Spontini. Le pre-\nmier, depuis quelque temps, donne lieu de craindre que son talent ne\nsoit épuisé ou du moins très fatigué. Le second, depuis la Vestale, n'a\nrien fait que de baroque et n'a point eu de succès. Ces deux composi-\nteurs sont donc nos principales ressources ; je ne parle point de\nM. Catel, dont les moyens sont très faibles, et dont les amateurs goûtent\ngénéralement fort peu les compositions. » (4 janvier 1817.)\nComment parer à cet épuisement ? En s'adressant aux jeunes compo-\nsiteurs, aux prix de Rome en particulier, et en prenant même des ou-\nvrages de troisième ordre. Choron dépassait la mesure : c'était, d'un\ncôté, encourager la médiocrité, et de l'autre, comme on le lui a repro-\nché, transformer l'Opéra en théâtre d'essai.\nIl propose en même temps de faire des emprunts à l'étranger. Il\nparle du Sacrifice interrompu (2) de Winter, et de YObéron de Weber.\nObéron en 1816! On sait qu'il ne fut donné intégralement à Paris\nqu'en 1857.\n\n(1) Il était dur pour certains ouvrages de ce musicien. <c Opéra à la glace, opéra de\nvinaigre ! » disait-il en parlant de Zémire et Azor.\n(2) Winter était depuis 1806 Correspondant de l'Institut. Le Sacrifice interrompu\nfut donné le 21 octobre 1824 à FOdéon par une troupe lyrique qui y jouait avec\nsuccès. La musique avait été « arrangée » par Crémont."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "389", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.21", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\n\nIl reste encore un moyen, ajoute-t-il : c'est de faire venir de l'étranger\ndes compositeurs tels que Mayer et Fioravanti, etc., et de les faire tra-\nvailler à forfait, comme jadis on l'avait imaginé avec Gluck, Piccinni et\nSacchini.\nDans toutes les mesures prises ou proposées, Choron ne voyait\nqu'une bonne administration ; il sentait néanmoins qu'il s'agitait dans\nle vide. On ne donne aucune suite à ses projets de réformes ; il est gêné\npar les lenteurs et les incertitudes administratives, « par l'action réci-\nproque des autorités qui se contrarient ». L'Opéra, écrit-il à La Ferté\nle 22 décembre 1816, «est dans une langueur réelle avec les apparences\ndu mouvement ».\n{A suivre.)\n\nGABRIEL VAUTHIER.\n\nPierre Montan Berton\n(Fragments inédits.)\n\n(0-\nD'APRÈS LES «SOUVENIRS DE FAMILLE HISTORIQUES ET ARTISTIQUES » DE SON FILS.\nLes biographes sont presque toujours des déformateurs de personnalités ; les\néléments les plus approchants de la vérité doivent donc être recueillis dans\ndes mémoires ou dans des documents familiaux. Toutefois, il ne faut pas se\nleurrer sur la valeur de certains faits puisés à pareilles sources.\nLes détails curieux que nous apportent les souvenirs dits « historiques » ont*\nbesoin d'être rigoureusement contrôlés, surtout lorsqu'il s'agit des artistes, quels\nqu'ils soient. Parfois, on grossit singulièrement les moindres choses, et le désir\nmême d'être cru sur parole pousse aux exagérations les plus extravagantes.\nAussi m'appliquerai-je, en présentant quelques chapitres d'un journal tenu par\nMenri Montan Berton, le célèbre auteur de Montano Stéphanie (2), à souli-\ngner les invraisemblances qu'on y rencontre, à rectifier des erreurs volontaires,\nà remplir des lacunes, à expliquer des opinions qui pourraient surprendre\nou choquer. Je ferai observer, d'autre part, combien précieux pour l'his-\ntoire du théâtre lyrique au xvme siècle sont maints récits de l'émule de\nSacchini.\nPierre Montan Berton, dont il est question dans les souvenirs qui vont suivre\n\n(1) Compositeur de très réel talent, dont la musique est souvent fort dramatique et originale.\nNé à Paris en 1767, disent ses biographes, en 1766 selon lui, il eut une carrière brillante. Très\nintrigant, àla manière de Berlioz, c'est-à-dire se plaignant toujours, bien que jouissant des\ndistinctions les plus flatteuses, il fut avant tout un homme de coterie, et l'influence italienne\nle rendit souvent injuste envers les novateurs et particulièrement envers Rameau. Mais il faut\nreconnaître qu'il fut un acharné producteur et qu'il se fit estimer dans tous les genres, depuis\nla cantate et l'oratorio jusqu'à l'opéra comique et le drame lyrique. Il écrivit plus de 40 opéras,\nfut tour à tourprofesseur d'harmonie au Conservatoire (1795 directeur de la musique de 1 Opéra\nItalien (1807), chef de chant à l'Opéra (1809), membre de l'lnstitut en 1815.\n(2) Opéra en 3 actes, donné à l'Opéra-Comique en i 799'"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "390", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.22", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\n\net qui sont demeurés ignorés jusqu'ici, naquit à Rocroy en 1727. Aucun biogra-\nphe, que je sache, n'a signalé ce lieu de naissance et personne n'a rien publié de\nprécis sur l'ancien chef d'orchestre de l'Opéra, non plus que sur ses ascendants.\nOr il n'est pas inutile d'établir que le goût de la musique était inné dans la\nfamille Berton. Le père de Pierre Montanßerton, fils d'un riche cultivateur des\nenvirons d'Amiens, avait reçu son éducation et appris la musique à la maîtrise\nde cette ville où il était enfant de chœur.\nDevenu agriculteur comme ses propres parents, il allait souvent à Paris et\nlogeait chez son frère, Gustave Berton, riche marchand de galons cie la rue aux\nFers et chef de la lignée des Berton de Cahors. C'est là qu'il fit la connaissance\nde la fille d'une marchande de toile et fut marié par les soins d'un abbé delà\nchapelle des Innocents, grand compositeur de motets devant l'Eternel.\nPierre Montan Berton eut trois frères : Louis-Michel, André-Charles, Alexan-\ndre-Edouard, et une sœur : Marie-Elisabeth. Les quatre fils de l'agriculteur\nfurent placés tour à tour comme enfants de chœur à la maîtrise de la cathédrale\nde Senlis. Une fois son éducation terminée, Louis entra comme commis à\nla Ferme générale (il avait 16 ans). Il mourut le 20 mars 1815, étant chef\nde division de la Chambre des Comptes. Alexandre s'engagea comme fifre\ndans le régiment des gardes et fut tué à la bataille de Fontenoy. André\nentra au séminaire et remplit plus tard, pendant 40 ans, le poste de maître de\nchapelle à la cathédrale de Poitiers. Il mourut en 1804.\nQuant à Pierre, l'aîné, il avait montré, dès son plus bas âge, des disposi-\ntions naturelles pour la musique. A 10 ans, il faisait exécuter avec succès,\nà la cathédrale de Senlis, un motet de sa composition, à grand chœur et\norchestre.\nLorsqu'il vint habiter, Paris avec sa famille, il continua ses études sous\nla direction du maître de chapelle des Innocents, puis, à l'âge de 16 ans, il\nfut agréé comme baryton soliste à Notre-Dame.\nC'est alors que se passa dans la vie de Pierre Montan Berton un incident\ncurieux qui faillit l'enlever pour toujours à la composition musicale. Certain\nCavalier Furet, chanteur coryphée de l'Opéra, payé par la direction de ce théâtre\npour rechercher de belles voix, entendit un jour le soliste de la métropole.\nEmerveillé, il se fit autoriser à proposer un engagement en règle au jeune homme.\nPierre Montan hésita tout d'abord, mais, pris d'une fièvre de gloire, il fit taire\nses scrupules, signa et se mit à travailler en vue de son proche début. Celui-ci\nfut lamentable. Peu propre au métier d'acteur, le téméraire supplia qu'on voulût\nbien résilier son engagement. Le directeur, Francœur, consentit d'autant mieux\nqu il connaissait les dispositions naturelles du jeune homme pour la compo-\nsition et qu'il le savait bon organiste, bon claveciniste et excellent violon-\ncelliste. Il lui compta ses maigres appointements du premier mois d'engagement\net, le lestant d'une somme suffisante, il lui fit promettre qu'il se rendrait à Bor-\ndeaux pour y remplir l'emploi de premier violoncelle au Grand-Théâtre. C'était\nune consolation bien médiocre. Pierre Montan avait été blâmé par son père ; son\noncle, un des « marguilliers du parterre de l'Opéra », n'avait pas craint de\nhausser les épaules le soir de ses débuts, en plein spectacle, et la pauvre maman\nBerton avait beaucoup pleuré en songeant que son fils ferait partie bientôt de la\nvilaine bande des comédiens.\nSa détermination fut vite prise. Il ne pouvait décemment reparaître au logis"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "391", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.23", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\n\nfamilial. Il écrivit donc à sa mère qu'il partait pour Bordeaux, qu'il entendait se\ncréer un brillant avenir et il terminait en sollicitant son pardon. Ce fut un\ncoup de foudre dans la maison de la rue aux Fers.\nLe père s'enferma dans un silence menaçant ; la mère pleura plus fort que\njamais et l'oncle tempêta, jura d'abord, et finalement démontra aux siens que\nle jeune homme avait choisi le moyen le plus honorable pour réparer sa\nfaute.\nVoilà donc notre chanteur d'un jour parti vers l'inconnu. Je laisse main-\ntenant la parole à son fils, narrateur au style décousu mais très person-\nnel (i): /\nDÉPART POUR BORDEAUX. \\ :\n« Pour les âmes bien faites, l'honneur est le culte de la vertu, et chez l'homme\nqui est appellé à le pratiquer, toutes les actions de la vie se ressentent de cette\ninfluence divine, qui le fait marcher avec courage et persévérance vers le\nbien, et vient l'aider à éviter et fuir le mal ! Mon Père étoit né avec cette force\nd'âme ! aussi fut-il le plus tendre et le plus respectueux des fils ! le meillieure\ndes pères ! des frères !et des époux 1 et devint par sa noble conduite, son esprit\net ses talens, l'un des artistes les plus considérés de son tems. Mais suivons-le\ndans sa fugue nocturne.\n« Il avoit donc pris place dans le coche, qui cheminoit doucement vers Bor-\ndeaux, et pendant les 180 lieux qu'il avoit à parcourir, plus il s'éloignait de la\ncapitale, plus ses esprits le ramenoient vers la rue aux Fers. Sa première pensée\nétoit toujours pour sa bonne, sa tendre mère : il tremblait souvent en pensant à\nla sévérité de son père ; il étoit plus tranquille en songeant à son bon oncle.\nToutes ses pensées venoient se heurter dans sa pauvre tête, et portoient à\nchaque instant le trouble en ses esprits, quelques fois même il voulait arrêter,\net retourner à Paris, mais l'honneur, ce mot pris dans sa véritable acception,\nlui disoit : Tu as commis une faute, il faut la réparer dignement, et par ta con-\nduite à venir te la faire pardonner. Une brillante carrière s'offre à toi, sache en\nprofiter et la parcourir avec honneur. Ce penser consolateur venoit un peu calmer\nle trouble de son âme, et cette douce espérance venoit aussi l'aider à reprendre\ncourage, car, pour une jeune tête, pour une tête d'artiste surtout, l'Espérance\nest le Roman du cœur. Comme pour nous, pauvres vieillards, le souvenir en est\nVhistoire (2).\n« Il arrive enfin à Bordeaux, content d'être débloqué de son coche, mais tour-\nmenté par l'attente d'une réponse à sa suplique; il demande, il questionne tout\nle monde, depuis le maître et la maîtresse de l'auberge, les marmitons, les filles\nde service, et jusqu'aux valets d écurie. Personne n'a entendu parler d une lettre\n\n(1) Henri Berton crut devoir faire précéder son étude de l'avis suivant : « Cet espèce de livre,\nou plutôt de journal, doit être parcouru avec autant d'indulgence que j'ai mis peu de pré-\ntention littéraire à 1 écrire. Ce que j'y dis est le résumé des faits dont jai été témoin, de ceux\nque j'ai recueillis d'après les récits, les conversations de mon père, de son frère Louis, de son\nami Granier, du sieur Cavalier et d'autres parents et amis de la famille Berton. Le sieur Cavalier\nfut mon maître de solfège; l'ami Granier, après la mort de mon père, se chargea de continuer mon\néducation musicale pour le violon et la composition. Je cite ici ces deux derniers à dessein, car\nce sont eux qui, ayant suivi mon père dans les premiers pas de sa carrière, m ont fait le nairé de\ntout ce qui lui est advenu dans son séjour à Bordeaux. »\n(2) Henri Montan Berton était âgé de 69 ans lorsqu'il rédigea ces fragments de Mémoires."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "392", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.24", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\n\npour M. Berton. Il allait se désoler de nouveau, lorsqu'un grand laquais se mit\nà dire : « Moussu de le Berton, mon maître est z a qui vous espère dans son\nmagazine des galons. Sei Vostre Seigneurie veut... »\n« Mon père, sans le laisser finir sa harangue, ayant, au mot de galons, pres-\nsenti l'intervention du cher oncle, lui dit : « Mon ami, conduit-moi de suitte\nchez ton maître. » Il fut accueilli parfaitement, car ce marchand était le corres-\npondant de son oncle et déplus son ami. Il lui remit la lettre de ses parents ;\nl'effet touchant qu'elle produisit sur mon père intéressa de suite le marchand et\nsa famille en sa faveur. Après la première efusion de sentiment de piété filiale,\non lui remit aussi un petit ballot à son adresse ; il s'empressa de l'ouvrir et sa\njoie fut encore extrême, surtout en trouvant en dessus des effets qu'il contenoit,\nun billet ainsi conçu :\nm\n« Mon cher neveu,\n« Tu as une bien mauvaise tête ; tu as fait une grosse faute, mais tu vas la\nréparer avec honneur ! Cependant il faut encore te corriger d'un autre petit\ndéfaut, car tu es par trop étourdi. Comment, tu pars de Paris comme une\nbombe, et ce, avec les seuls vêtements que tu as sur toi ! C'est impardonnable.\nM. Berton, premier violoncelle solo du Grand-Théâtre de Bordeaux, iroit se\nprésenter à son nouveau directeur vêtu comme le dernier crin-crin de l'or-\nchestre ! Non, personne de nous ne veut le souffrir. Aussi nous nous empressons\nde réparer ton oubli. D'abord nous t'envoyons, de la part de ta bonne mère, 12\nbelles chemises de toille de Hollande, et 12 belles paires de bas de fil. Ta belle-\nsœur y a joint 6 paires de beaux bas de soie de Grenoble ; ton père a voulu qu'on\najoutât à ce premier petit envoi 2 belles paires de manchettes de dentelle\navec jabot idem et de son choix. Quant à moi, je crois utile de t'envoyer de quoi\ngarnir en galons d'or deux habillements complets, c'est-à-dire habit vert et\nculotte, c'est la mode maintenant, et d'ailleurs je m'en rapporte à toi pour dirri-\nger MM. les tailleurs de Bordeaux. Car ton penchant à la coquetterie nous est\nconnu, et a fort souvent inquietté ton brave père. Je n'ai pas toujours été de\nson avis à ce sujet ; tu es jeune, joli homme, artiste distingué, je trouve cela tout\nsimple. Mais pas de folies, monsieur mon neveu, pas d'extravagance, aie toujours\ndevant toi ton noble but, marche y avec constance, avec courage, et tu arriveras.\nTu te nomme Berton, tu es un brave garçon, cela suffit.\n« Je t'embrasse de tout cœur.\n« Ton oncle : GUSTAVE BERTON. »\n« N. B. Comme il faut acheter des étoffes et payer de suite le mémoire des\ntailleurs, mon ami, mon correspondant, te comptera de ma part la somme de\n250 livres pour arrondir ton petit trésor. »\n« L émotion, la joie de mon père étoit à son comble ! Le brave correspondant\n1 aimoit déjà comme son propre fils ; il se chargeât de lui faire retenir de suite un\nlogement dans la ville, car ayant trois fort jolies filles, il ne jugeât pas fort\nprudent de faire habiter ce jeune et beau jouvenceau sous le même toit que ces\ntrois jeunes jouvencelles. En racontant ce fait, mon père souriait souvent de sou-\nvenir, et disoit que, malgré ses principes de morale, il avoit toujours pensé que\nle papa avoit agi fort sagement."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "393", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.25", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\n\n« Le tailleur fut mandé, l'habit galonné futpromptement confectionné et M. le\nvioloncelle solo put bientôt se présenter convenablement chez son nouveau\nDirecteur. Il en fut reçu à merveille, car le bon, le bienveillant M. Francœur avoit\neu l'attention de lui écrire pour le lui recommander vivement et vanter ses mérites.\n« Dès le jour même le Directeur le conduisit au théâtre et en le présentant à\ntoute la troupe réunie, fit un discours pompeux dans lequel il énumérait avec\nemphase, car le cher Directeur étoit des bords de la Garonne, tous les talents du\nvirtuose que lui envoyait de Paris M. le Surintendant de la musique du Roi,\ndirecteur et administrateur général de son Académie Royale de Musique. Mon\npère répondit modestement qu il ne croyait pas mériter tous ces éloges, mais\nqu'il feroit ses efforts pour s'en rendre digne un jour, et surtout conquérir\nl'estime et l'amitié de ses nouveaux camarades. Un houra approbateur de toute\nla troupe fut la réponse à cette courte et modeste allocution.\n«Le Directeur,qui étoit un homme actif, voulant ne pas perdre un seul instant\npour ses intérêts et pour la gloire de son théâtre, prenant la main d'une jeune et\nbelle personne, dit : « J'ai l'honneur de présenter au célèbre compositeur Berton\nla divine Gambilla ; c'est Therpsicore descendue parmi nous sous les traits do>\nVénus ! Elle est béarnoise et née à Pau, comme le verd galant, et sait aussi bien\ndanser qu'il savait batre les Ligueurs. Mlle Gambilla doit donc débuter inces-\nsamment ; mais pour que ce jour soit un jour mémorable dans les fastes de ma\nDirection, je veux que votre début sur le violoncelle s'éfectu le même jour, et\npour cet effet, je vous prie de composer un solo pour votre instrument, un air\nde danse, par exemple, en manière de sarabande, car la divine Gambilla brille\nsurtout dans le genre sérieux. Vos deux débuts réunis feront fureur, j'en suis\nassuré. Vous connaissez le goût du Bordelais pour la danse et pour la mélodie.\nTous deux comptés sur un triomphe éclatant.\n«M. le compositeur qûi, pendant ce discours, étoit resté en admiration\ndevant les charmes de la jeune Therpsicore, quand il falu répondre, rougit\nd'abord, et tout troublé qu'il étoit, dit qu'il se trouvait heureux de pouvoir con-\ntribuer par ses faibles talens au triomphe de la belle Gambilla. Notre Therpsi-\ncore, qui pourtant était plus jeune que lui, carelle n'avoit que 17 ans, mais qui,\naparament, avoit un peu plus d'expérience,ayant remarqué avec orgueil le motif\nde son trouble, s'avança vers lui en le remerciant, avec toutes les grâces d'une\ncoquéterie sentimentale. Tout à coup, en changeantde ton et lui prenant familiè-\nrement la main, elle lui dit : « Mon cher maestro, mon cher confrère, j'aime les\naffaires qui vont vite, très vite, ainsi donc, sans façon, acceptez aujourd'hui mon\ndîner, car il faut que nous nous consultions tous deux, pour bien nous entendre.\nJ'ai un clavecin chez moi, nous causerons de notre affaire pendant le repas, et\naprès... mais cela ne regarde que nous. Ainsi MM. et MMmes, j'ai l'honneur de\nvous saluer.\n« En disant ces derniers mots, elle prit le bras du maître et l'emmena chez\nelle. Le diné se passa très bien, si ce n'est que dans le commencement il fut un\npeu silencieux. Le maestro n'étoit que galant et respectueux ; l'impétuosité de\nnotre Béarnoise ne s'accomodait guère de ces manières de novice, aussi avec son\nesprit, ses grâces, car elle en avoit beaucoup, elle parvint facilement à retrouver-\nsous l'enveloppe du maestro le jeune artiste de 18 ans (1).\n\n(1) D'après le narrateur, Pierre Berton serait arrivé à Bordeaux en 1745* Fétis dit que de"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "394", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.26", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\n\n« Au dessert ils étoient tous deux à l'unisson et d'un parfait accord, et dégus-\ntant du Soterne de première qualité, portaient tour à tour des toasts à leurs\nsuccès futurs. Le maestro, qui s étoit singulièrement enhatdit, lui demanda la\npermission déporter aussi la santé de sa bonne et digne mère. A ces mots, tout\nà coup, en lui prenant affectueusement la main, elle lui dit : « Vous êtes un brave\ngarçon, je vous estime ! Et moi aussi, Monsieur, j ai des parents : j ai un brave\npère, un pauvre militaire infirme, et je n'exerce mon art avec tant d ardeur que\ndans le but de le secourir. Buvons tous deux aux auteurs de nos jours, mais un\ngenou en terre, Monsieur, un genou en terre pour porter leur santé ! Car pour\nnous, ici-bas, un père I une mère ! sont la représentation de la Divinité.\n« Tous les deux le verre en main s'agenouillent ; mais étant nécessairement\nparleur position très rapprochés l'un de l'autre, leurs jeunes têtes déjà un peu\néchauffées par les fumées de Soterne, en fixant leurs regards sur 1 étrangeté de\nleur situation,partirent simultanément d éclats de rires immodérés.Gambilla (1),\nqui de sa nature étoit très rieuse, et le maestro qui ne 1 étoit pas moins, se livrè-\nrent aux élans d'une aimable et douce hilarité !!!\n« Mais après quelques instants d'un mutisme mutuel, tout à coup Gambilla,\nse relevant subitement, en battant un entrechat, dit : « C est très amusant de\nrire comme cela, mais au fait ce ne sont que des bêtises. Mets-toi au clavecin,\ncher ami ! et compose-moi une belle sarabande ; pendant ce tems, j en réglerai\nles pas. »\n« Le lendemain, la sarabande fut copiée, répétée généralement. Deux jours\naprès eurent lieu les débuts de nos jeunes artistes.\n« Le Directeur, homme habile et passé maître en forfanteries gascognes, pro-\nfita del'occassion pour déployer sur une affiche de 6 pieds de haut sur 4 de\nlarge le pathos accoutumé de MM les Directeurs des spectacles de province. Les\nnoms de Gambilla et de Berton y étoient précédés et suivis des épithètes les plus\ngigantesques que puisse fournir le dictionnaire de l'Académie, et les incompa-\nrables 1 les admirables ! les célébrissimes î etc., etc., etc., y abondaient.\n« Le succès fut immense pendant plus de 20 représentations; à chacune les\nbouquets, les couronnes, les vers, en l'honneurdes deux jeunes débutants, pleu-\nvoient dans la salle, ainsi que les écus dans la caisse du Directeur.\n« Aussi ce dernier, dans son enchantement, son ravissement, fit-il la galanterie\nd'envoyer à son incomparable danseuse une corbeille garnie d'éventails chinois,\nde gants de Grenoble,de pots de pomade, de rouge et de mouches venant de Paris,\net de plus une belle épée damasquinée, qu'il la prioit, par un petit écrit de sa\nmain, très gracieux mais un peu malin, de vouloirbien l'offrir de sa part à son\ncélèbre compositeur, pensant qu'en vrai chevalier françois il lui seroit plus\nagréable d'être armé parles mains de sa belle camarade que par les siennes.\n« Il n'étoit donc bruit dans tout Bordeaux que des talens, des mérites de la\nbelle danseuse et du jeune compositeur. Les hommes vantoient les grâces, les\n\n1744 1746 chanta à 1 Opéra. Malheureusement, les documents administratifs manquent com-\nplètement pour cette période. Il paraît certain que le débutant, n'ayant pas réussi, s'éloigna de\nParis et qu'il avait 18 ans à son arrivée à Bordeaux. Mais alors que devient l'affirmation de\nFétis déclarant que Pierre passa deux années au théâtre de Marseille comme chanteur avant de\nse rendre à Bordeaux?\n(1) Il faut croire que cette jeune danseuse, si vraiment elle eut un grand talent, avait des rai-\nsons particulières de rester en province, car elle ne figure nulle part parmi les illustrations\nchorégraphiques de Paris."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "395", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.27", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\n\nbeaux yeux, la légèreté de la moderne Therpsicore ; les dames la suavité\nmélodieuse des compositions et de l'exécution du moderne Amphion.\n« Les peuples du midi, en général, sont fort chauds en toutes choses, et\nsui tout en fait de Beaux-Arts, aussi mon père devint-il de suite l'homme àla\nmode de tout Bordeaux. Il fut recherché par les premières maisons de la No-\nblesse, de la magistrature et du haut commerce. Il ne savoit auquel entendre ;\ncar toutes les belles dames de la ville vouloient recevoir des leçons de chant ou\nde clavecin du jeune et intéressant professeur. Les hommes vouloient aussi en\nrecevoir de violoncelle, et même de composition. Déplus, tous les dimanches et\nfêtes, il alloit toucher l'orgue à la cathédrale. Les moins pieuses de ces dames\ns'étoient alors fait dévotes, et se gardoient de manquer à aucun des offices où\nse faisait entendre le professeur, et écoutoient véritablement avec une componc-\ntion évangélique !\n« Un événement inattendu vint tout à coup changer, mais d'une manière heu-\nreuse pour lui, sa position artistique, car en un jour, desimpie caporal qu'il\nétoit, il devint général, c'est-à-dire que depuis de longues années le sceptre de\nl'orchestre étoit entre les mains d'un homme qui avoit eu du talent ; mais il\navoit près de 80 ans, et la mort vint rendre inopinément cette place vacante.\n« Alors, quoique l'usage fut de donner cette place par concours, le Directeur\ndécida que, puisqu'il étoit reconu en principe qu'un musicien compositeur étoit\nplus apte à remplir ces fonctions qu'un autre professeur du même art, il y nom-\nmoit le sieur Pierre Montan Berton. L'influence de Gambilla ne nuisit pas à\ncette résolution, mais il n'en étoit pas besoin, car il entendoit trop bien ses\nintérêts pour agir différament ; d'ailleurs, il estimoit le beau caractère de mon\npère et admiroit son talent.\n« Il prit possession le jour même de ses nouvelles fonctions et les remplit à la\nsatisfaction de tous. Malheureusement, cette nomination fit surgir quelques\njalousies cachées et vint attiser le feu de quelques ambitions déçues. Deux des\nmusiciens de l'orchestre qui avoient des prétentions à cette place le provoquèrent\nen duel, car il est de notoriété publique que Messieurs les Bordelais sont de\nleur nature fort queréleurs, et très grands ferrailleurs. Le cartel fut accepté et\nfixé au lendemain matin. Mon père prit pour témoins le premier violon solo de\nl'orchestre, son ami M. Granier. Le duel eut donc lieu le lendemain. Dans la\npremière rencontre il fut heureux, car ayant désarmé deux fois son adversaire,\nil eut le bonheur de lui accorder la vie.\n« La seconde n'eut pas tout à fait la même issue ; en blessant assez griève-\nment son adversaire, il reçut un coup d'épée au bras droit. L'affaire ainsi termi-\nnée, on s'embrassa comme de coutume en se jurant une éternelle amitié.\n«Quel bizare ! quel barbare usage est resté dans nos mœurs, dans les\nmœurs d'un peuple qui a la prétention de se donner pour l'un des plus civillisés\ndu globe. La mort ou seulement un peu de sang répandu, tous les outrages\nsont effacés, toutes les haines sont éteintes... O pauvre humanité! ô... mais\nc'est assez philosopher, alons retrouvé notre pauvre blessé. Sa prouesse étoit\ndéjà connue de toute la ville, et lorsqu'il arriva chez lui, il trouva son domicile\nenvahi par ses amis, ses camarades, et bien entendu Gambilla en tête avec le\ncher Directeur. Ils furent tous rassurés promptement, car la blessure étoit très\nlégère. Gambilla seule ne pouvoit calmer son émoi, et voulut elle-même étan-\ncher son sang avec son mouchoir ; puis elle dit au Directeur que, vu l'émotion"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "396", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.28", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\n\nqu'elle venoit d'éprouver, il ne devoit pas compter sur elle pour la représenta-\ntion. Le blessé, voyant l'effroi du pauvre Directeur, s'empressa de dire de suite\nqu'il alloit mètre un écharpe au bras droit, et qu'il conduira tout aussi bien avec\nle gauche. Cette résolution fut approuvée partout le monde, surtout parle\nDirecteur. Chacun se retira chez soi, mais dans son chemin, chacun ne manqua\npas de raconter l'aventure du duel et de ses suites à ses amis, aussi, le soir, la\nsalle fut-elle comble, et lorsque Monsieur le chef d'orchestre vint y prendre sa\nplace, il fut reçu par une salve d'applaudissements unanimes qui redoublèrent\nencore lorsqu'on le vit prendre de la main gauche son bâton de mesure. Gam-\nbilla dansa encore mieux qu'à son ordinaire ; on dit même qu au lieu de battre\ndes entrechas à six, elle en fît à huit, lorsqu'elle vit pleuvoir sur l'orchestre une\ngrelle de bouquets, de couronnes, de lauriers que quelques malins avoient\naccompagnés de couronnes de mirthe. Après le spectacle, les amateurs et les\nartistes improvisèrent un banquet dans lequel on porta maints toasts en 1 hon-\nneur du héros de la fête.\n«Mais, comme dans toute espèce d'action, dramatique ou non, et de telle\nnature qu'elle soit, une péripétie est toujours d'un bon effet, heureusement pour\nmon père, il en advint une dans cette joyeuse fête qui lui ouvrit la carrière\nqu'il sut, depuis, parcourir avec tant d'éclat 1\n« Vers la fin de la soirée, on vint lui annoncer qu'un personnage, se disant\nporteurd'une dépêche ministérielle, désiroit la lui remettre de suite ; on fit in-\ntroduire l'envoyé, qui n'étoit autre que le sieur Cavalier, dont j'ai déjà parlé\ncomme de l'un des limiers du Directeur de l'Opéra. Aussitôt qu'il put aborder\nmon père, en lui prenant la main et l'embrassant, il lui dit : « Mon cher M. Ber-\nton, c'est encore moi qui viens vous enlever, non comme jadis à vos pieuses fonc -\ntions (i), mais aujourd'hui aux plaisirs, aux douces jouissances de mes chers\ncompatriotes, MM. et MMmes de Bordeaux, qui, j'ose l'espérer, me pardonneront\nde mettre chargé de cette mission, en faveur de son motif. » Puis, remettant à\nmon père la missive scellée des armes du Roi, il lui dit : « Tenez, et lisez à\nhaute voix. »\ncc Mon père, en rompant le cachet, y trouva deux écrits, le premier : un ordre\ndu Roi de se rendre de suitte à Paris près du directeur de son Académie Royale\nde Musique. Le second papier étoit une lettre du bon M. Francœur dans laquelle\nil lui disoit que toutes ses prévisions à son égard s'étant réalisées, il ne pouvoit\nrien faire de mieux que de l'attacher au service de S. M. ; qu'ayant apris, sans\nétonnement, ses nombreux succès à Bordeaux, qu'en conséquence la place de\nMaître de Musique et chef d'orchestre du grand Opéra de Paris étant vacante\nen cet instant, lui étoit dévolue et qu'il étoit invité à en venir de suite prendre\npossession.\n« Ses vrais amis qui étoient nombreux, et même le Directeur, malgré la\npeine que tous éprouvoient de le perdre, le félicitèrent sincèrement de la marque\nhonorable qu'il venoit de recevoir. Gambilla fut la seule qui ne put pas prendre\npart à ces touchants regrets, car la pauvrette s'étoit évanouie en entendant la\nlecture de l'ordre royal.\n\n(1) C'est-à-dire lorsqu'il était baryton solo à la maîtrise de Notre-Dame. Le singulier narra-\nteur qu'est Berion semble avoir voulu escamoter plusieurs années, car nous sommes présentement\nen 1755, et s'il est vrai que Pierre Berton arriva à Bordeaux en 1745, les dates ne concordeni\npas. Il faudrait admettre que le jeune virtuose ne fut que très peu de temps chef d'orchestre."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "397", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.29", "texte": "INFORMATIONS\n\n« L ami Granier, qui étoit véritablement le Pylade de mon père, lui fit sentir\nqu il devoit de suitte obéir à cet ordre et 1 entraîna hors des lieux où, comme un\nautre Renaud, une nouvelle Armide pouvoit par ses enchantements lui faire\noublier un moment son devoir. Une voiture 1 attendoit à sa porte ; tous les maî-\ntres de postes avoient reçu 1 ordre de lui fournir des chevaux sur la route de\nBordeaux à Paris. Arrivé dans son domicile, avant de le quitter pour toujours,\nil voulut écrire à Gambilla, et chargeât son ami de la lettre.\n« Pendant ce temps 1 ami avoit réuni tous ses effets, et en faisant charger sa\nmalle, il lui dit qu il avoit pris cette précaution pour qu'il ne fit pas la même\nétourderie qu à son départ de Paris, mais qu'il lui avoit laissé le plaisir d'em-\nporter son épée, car elle étoit ornée dun beau nœud de rubans formé par les\njolies mains de Gambilla. Les deux amis s'embrassèrent tandrement, en se\nrenouvellant les serments d'une amitié qui ne s'est jamais démentie (i).\n(A suivre.)\n\nMARTIAL TENEO.\n\nInformations.\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. - Opéra.\nRecettes détaillées du 16 mai au 15 juin 1908.\n\n{t) Comment admettre un pareil départ ? Berton, très amoureux de Gambilla, pouvait-il quitter\nainsi la femme qui venait de lui fournir tant de marques de tendresse, et, à défaut de passion\nsincère, « le galant chevalier » que le dit son fils, était-il homme à se libérer simplement par\nune lettre ?\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\nI 6\nmai\nThaïs.\nMassenet.\n19.874 ))\n18\n—\nHippolyte et Aricie.\nRameau.\n16.177 41\n<9\n—\nBoris Godounow.\nMoussorgsky.\n27.450 95\n20\n—\nThaïs.\nMassenet.\n20.247 26\n11\n—\nBoris Godounow.\nMoussorgsky.\n25.644 »\n22\n—\nHippolyte et Aricie.\nRameau.\n16.368 25\n2 3\n—\nSamson et Dali la. —\nCoppélia.\nSt-Saëns. L. Delibes.\n16.827 »\n24\n—\nBoris Godounow.\nMoussorgsky.\n20.213 »\n2 5\n—\nThaïs.\nMassenet.\n18.571 91\n26\n—\nBoris Godounow.\nMoussorgsky.\n28.079 60\n27\n—\nSamson et Dalila. —\nCoppélia.\nSt-Saëns. L. Delibes.\n17.005 76\n29\n—\nLohengrin.\nR. Wagner.\n18.413 25\n3o\n—\nHippolyte et Aricie.\nRameau.\n1 I.I33 5o\n31\n—\ntfori's Godounow.\nMoussorgsky.\n25.137 35\nLer\njuin\nSamson et Dalila. —\nLa Korri-\ngane.\nSt-Saëns. Widor.\n14.952 41\n2\n—\nBoris Godounow.\nMoussorgsky.\n27.861 »\n3\n—\nHippolyte et Aricie.\nRameau.\n11.665 76\n4\n—\nBoris Godounow.\nMoussorgsky.\n29.992 60\n5\n—\nThaïs.\nMassenet.\n19.155 25\n6\n—\nLohengrin.\nR. Wagner.\n12.417 »\n8\n—\nFaust.\nGounod.\n19.m 41\n10\n—\nSamson et Dalila. —\nLa Korri-\ngane.\nSt-Saëns. Widor.\n17.904 76\n12\n—\nSalammbô.\nReyer.\n19.165 25\n13\n—\nFaust.\nGounod.\n16.212 ))\n15\nHippolyte et Aricie.\nRameau.\n13.685 41"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "398", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.30", "texte": "INFORMATIONS\n\nII. - Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 16 mai au 15 juin 1908.\n\nAux amateurs de cartes postales. La Compagnie de l'Ouest a l'hon-\nneur de rappeler au public qu'elle a fait publierdeux séries composées chacune de\n8 cartes postales illustrées reproduisant en couleurs ses plus jolies affiches.\nire Série. Affiches du service de Paris à Londres.\n2e Série. Affiches des excursions en Normandie et en Bretagne.\nCes deux séries sont mises en vente séparément dans les bibliothèques des\ngares du réseau de 1 Ouest ou adressées franco à domicile contre l'envoi de leur\nvaleur (o fr. 40 chaque série), sur demande affranchie, au service delà publicité\nde la Compagnie, 20, rue de Rome, à Paris.\n\nDATES\nPIÈGES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n16 mai\nLe Barbier de Séville. — Ca-\nRossini. Mascagni.\n8.833 3o\nvalleria Rusticana.\n17 — matin.\nCarmen.\nBizet.\n4.918 »\n/\n17 — soirée\nWerther.\nMassenet.\n<7i\n00\nU\\\nO\niS —\nLa Habanera. — La Fille du\nRégiment.\nR. Laparra. Donizetti.\n3.470 »\n19 —\nLe Clown. — Les Armaillis.\nIsaac de Gamondo.\nG. Doret.\n8.823 3o\n20 —\nManon.\nMassenet.\n6.071 »\n2 1 —\nLe Clown. — Les Armaillis.\nIsaac de Gamondo.\nG. Doret.\n9.137 3o\n22 —\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n1.699 »\n23 —\nLe Clown. — Les Armaillis.\nIsaac de Gamondo.\nG. Doret.\n9.710 83\n24 — matin.\nCarmen.\nBizet.\n4.3.*8 3o\n24 — soirée\nLa Vie de Bohème. — Cavalleria\nRusticana.\nPuccini. Mascagni.\n3.499 }>\ni25 ~\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n3.493 5o\n26 —\nLe Clown. — Les Armaillis.\nIsaac de Camondo.\nG. Doret.\n8.920 »\n27 —\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n9°\nKjr\\'\nVI\nO\n»\n28 —\nLe Clown. — Les Armaillis.\nIsaac de Gamondo.\n'\nG. Doret.\n9.088 »\n29 -\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n9.OI6 »\n3o -\nLe Clown. — Les Armaillis.\nIsaac de Gamondo.\nG. Doret.\n9.370 3o\n3 1 — matin.\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n6.026 »\n3i — soirée\nManon.\nMassenet.\n3.708 »\nier juin\nLakmé.\nL. Delibes.\n2.718 »\n2 —\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n6.903 3o\n3 -\nCarmen.\nBizet.\n6.691 3o\n4 —\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n7.702 »\n3 —\nManon.\nMassenet.\n4.600 3o\n6 —\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n9.021 33\n7 —\nCarmen.\nBizet.\n7.oo3 »\n8 —\nFôrtunio.\nA. Messager.\n4.193 5o\n9 —\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n7.819 »\n10 —\nManon.\nMassenet.\n2 934 »\n11 —\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n8.184 »\n12 —\nPelléas et Mélisande.\nDebussy.\n7.702 5o\n13 —\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n8.723 »\n14 —\nCarmen.\nBizet.\n3.646 3o\n13 —\nMignon.\nA. Thomas.\n4.077 3o"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "399", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.31", "texte": "INFORMATIONS\n\nCHEMINS DE FER DE L'OUEST\nVoyages d'excursions.\nLa Compagnie des chemins de fer de l'Ouest fait délivrer pendant la saison\nd'été, par ses gares et bureaux de ville de Paris, des billets à prix très réduits\npermettant aux touristes de visiter la Normandie et la Bretagne, savoir :\n1° EXCURSION AU MONT SAINT-MICHEL\npar Pontorson, avec passage facultatif au retour par Granville.\nBillets d'aller et retour valables 7 jours.\nire classe, 47 fr. 70 ;2e classe, 35 fr. 75 ; 3eclasse, 26 fr. 10.\n2° EXCURSION DE PARIS AU HAVRE\navec trajet en bateau dans un seul sens entre Rouen et le Havre.\nBillets d'aller et retour valables 5 jours.\nire classe, 32 fr. ; 2e classe, 23 fr. ;3e classe, 16 fr. 50.\n3° VOYAGE CIRCULAIRE EN BRETAGNE\nBillets délivrés toute l'année, valables 30 jours, permettant de faire le tour de la\npresqu'île bretonne.\nire classe, 65 fr. ;2e classe, 50 fr.\nItinéraire. Rennes, Saint-Malo-Saint-Servan, Dinan, Dinard-Saint-\nEnogat, Saint-Brieuc, Guingamp, Lannion, Morlaix, Roscoff, Brest, Quimper,\nDouarnenez, Pont-l'Abbé, Concarneau, Lorient, Auray, Quiberon, Vannes,\nSavenay, leCroisic, Guérande, Saint-Nazaire, Pont-Château, Redon, Rennes.\nRéduction de 40 °/0 sur le tarif ordinaire accordée aux voyageurs partant de\nParis pour rejoindre l'itinéraire ou en revenir.\nPour plus de renseignements, consulter le livret-guide illustré du réseau de\nl'Ouest, vendu o fr. 50 dans les bibliothèques des gares de la Compagnie.\nEXCURSIONS DE PARIS ET DE ROUEN AU HAVRE ET VICE VERSA\nPAR CHEMIN DE FER ET BATEAU A VAPEUR.\n«\nL'une des plus charmantes excursions qu'il soit possible de faire sans dépla-\ncement important est certainement la descente de la Seine entre Rouen et le\nHavre. Les rives verdoyantes du fleuve et les admirables points de vue qui se\ndéroulent aux yeux du voyageur en rendent le parcours des plus agréables.\nEn vue de faciliter cette excursion, la Compagnie de l'Ouest délivre jusqu'au\n30 septembre 1908, de Paris, de Rouen ou du Havre, des billets spéciaux\nd'aller et retour à prix très réduits qui permettent d'accomplir en BATEAU A\nVAPEUR le trajet de Rouen au Havre, ou vice versa, et le reste du voyage en\nCHEMIN DE FER.\nLes prix de ces billets, sont ainsi fixés :\n1° De Paris au Havre ou vice versa.\nire classe, 32 fr. 2e classe, 23 fr. 3e classe, 16 fr. 50. Durée de vali-\ndité, 5 jours.\n2° De Rouen au Havre ou vice versa.\nirc classe, 13 fr. 2e classe, 9 fr. 3e classe, 7 fr. 50. Durée de vali-\ndité, 3 jours."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "400", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080701-01.1.32", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'Imprimerie et de Librairie.\n\nCHEMINS DE FER DE PARIS A LYON ET A LA MÉDITERRANÉE\nExcursions à Fontainebleau et à Moret.\nDes trains d'excursion auront lieu les dimanches 5, 12, 19 et 26 juillet, entre\nParis, Fontainebleau et Moret.\nPrix des places, aller et retour : Fontainebleau, 2e classe, 4 fr. $0 ; 3eclasse,\n3 francs.\nMoret : 2e classe, 5 fr. 50 ; 3e classe, 3 fr. 50.\nDépart de Paris à 7 h. 26 matin. Arrivée à Fontainebleau Bh. 41 matin ;\nMoret, à 8 h. 56.\nRetour par tous les trains du dimanche dans les conditions prévues pour les\nvoyageurs ordinaires.\nNombre de places limité. Franchise de 30 kilos de bagages par place.\n%\n'«V"}]}