{"numero_id": "bm-bmtnabj-1908-07-15-01", "volume": "bmtnabj_1908-07-15_01", "ocr_sha256": "1d6238142e231d52ea109782573ccac569ac12ace47e84e6bd58d0b018d72ec3", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1908/07/15_01/bmtnabj_1908-07-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1908/07/15_01/bmtnabj_1908-07-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-15_01#c001", "volume": "bmtnabj_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "401", "page_fin": "416", "image_debut": 1, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.2.1", "titre_corps": "Exécutions et publications récentes.", "titre_sommaire": "Exécutions et publications récentes.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "401", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.1", "debut_caractere": 135, "fin_caractere_exclue": 1992, "texte": "Exécutions et publications récentes.\n\n— M. Th. Dubois,\ndepuis qu'il a renoncé volontairement aux soucis de l'administration,\nsemble s'être spécialement consacré à la musique symphonique ou à la mu-\nsique de chambre. Il vient de publier une Sonate pour piano que M. E. Risler\neut l'occasion de faire entendre avec grand succès à la fin de la dernière saison.\nCette importante composition, parue chez l'éditeur Heugel, est de nature à\nintéresser les lecteurs dé la Revue musicale : elle nous paraît mériter une sérieuse\nattention.\nL'oeuvre de M. Th. Dubois est assez développée : trente-cinq pages de parti*\ntion pour les trois mouvements. L'auteur n'a pas cru devoir rien écrire qui cor-\nresponde au scherzo de la sonate classique. Un premier morceau, allegro mode-\nrato con fuoco, un adagio, un finale, composent toute l'œuvre, pour laquelle le\ncompositeur n'a pas cru devoir non plus s'astreindre à la forme cyclique, actuel-\nlement fort à la mode chez nos symphonistes modernes.\nRemarque, au surplus, qui ne saurait constituer une critique, la forme cyclique\nne présentant pas toujours des avantages qui compensent suffisamment la con-\ntrainte qu'elle impose dans le choix des thèmes propres à fournir le développe*\nment de plusieurs morceaux. Dans la sonate de M. Th. Dubois, 1 unité paraît\nsolidement établie sans cet artifice ; bien que les trois parties puissent être con-\nsidérées isolément, le finale se relie directement à Yadagio par 1 introduc-\ntion, débutant dans le ton de cet adagio pour ramener ensuite, assez rapide-\nment, la tonalité principale.\nLa sonate est en la mineur. Sans prélude, sans introduction, sans préparation\nd'aucune sorte, le premier allegro débute par l'exposition, à 1 unisson, du thème\nprincipal, fortement rythmé, d'un caractère affirmatif et dominateur (A, ex. i°) i\n\nSONATE EN LA MINEUR, POUR PIANO, DE M. TH. DUBOIS."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "402", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.2", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 889, "texte": "Il s'enchaîne immédiatement à diverses formules mélodiques (B, ex. i°) qui,\noscillant entre les tonalités de si bémol et de la mineur, prépareront d'abord une\nrépétition du thème A, puis l'entrée des thèmes secondaires sur quoi est bâti le\ndéveloppement. Le premier de ces thèmes épisodiques, de caractère très mélo-\ndique, est présenté pour la première fois en si bémol, après une brève cadence\nen ré mineur. Il est immédiatement répété une tierce plus haut en ré majeur\n(ex. 2, C et C 2).\nLe deuxième thème secondaire, d'un mouvement plus retenu et d'une allure\nplus voisine de celle que les classiques donnent ordinairement au second thème\nd'un premier mouvement de sonate, apparaît alors (Ex. 3, D). Il est en mi\nmineur et s'accompagne d'une seconde partie, indépendante cependant mélodi-\nquement, mais unie à la précédente parla tonalité de mi mineur (ex. 3, E) :"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "403", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.3", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2078, "texte": "Contrairement à l'usage classique encore, M. Th. Dubois a tiré tout le déve-\nloppement de son premier morceau de ces thèmes secondaires C et D avec E. Le\nthème principal A ne reparaît (avant la grande reprise) qu'une seule fois, nulle-\nment transformé d'ailleurs, en ré mineur. Il garde donc partout le caractère\nd'une sorte d'introduction, contrastant, par sa forme immuable, avec les transfor-\nmations des autres thèmes. Et comme ces-thèmes (ceci d'ailleurs en conformité\navec les habitudes classiques) ont un caractère surtout mélodique, il s'en-\nsuit que ce développement apparaîtra partout beaucoup plus mélodique que\nrythmique. Et c'est là, sans que cette sonate affecte le moins du monde des\nprétentions révolutionnaires, ce qui la différencie le plus nettement des œuvres\nanciennes et l'apparente, malgré tout, aux compositions les plus modernes.\nRien ne démontre mieux, sans que cela soit, je pense, l'intention de l'auteur,\ncombien notre mentalité musicale diffère radicalement de celle des compositeurs\nque nous tenons pour classiques.\nCeci dit, avant de passer à Xadagio, il convient peut-être de faire remarquer\ncombien, après la reprise du thème A dans le ton initial, tout concourt rapide-\nment à la conclusion. La réapparition assez rapide des thèmes secondaires\nn'entraîne point, à proprement parler, de développements nouveaux. Il n'y a rien\nd'analogue à ce travailcomplémentaire que les classiques s'imposent ordinaire-\nment à cet endroit, au risque, trop souvent, de longueurs tantsoit peu fastidieuses\npropres à diminuer l'impression triomphante de la réapparition du motif prin-\ncipal.\nLa construction de Xadagio est, comme il convient, beaucoup plus simple. Ce\nmorceau est essentiellement constitué par l'exposition d'une phrase lente, large-\nment chantée etd'une belle allure beethovenienne, revenant à intervalles pério-\ndiques interrompre deux développements un peu différents, quoique apparentés\nde très près.\nVoici ce motif principal : dans le ton du morceau, à la tierce majeure au-\ndessous de la tonalité de Xallegro précédent."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "404", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.4", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1665, "texte": "La partie développée du morceau comporte les thèmes suivants dont le premier\nsurtout se réduit, en somme, à une figure mélodique et rythmique très courte\nrépétée à divers intervalles (ex. 5 B).\nLa première exposition de cette formule amène presque immédiatement le\nsecond thème, susceptible, celui-ci, d'effusions mélodiques plus prolongées et\nplus expressives (ex. 6 C).\nLe premier développement de ces deux thèmes à travers diverses tonalités\nramène la phrase du début, A, esquissée une première fois en si bémol avant de\ns'étendre en fa. Il est peut-être permis de trouver que cette simple transposition\naffaiblit un peu l'effet de la réapparition de ce beau motif. Quoi qu'il en soit,\nsuccèdent à ce thème de nouvelles transformations du motif B, traité cette fois-ci\nseul. Puis un rappel du début de A concluant en fa, un souvenir du motif C très\nexpressif, et pour conclure, dans le grave, les premières mesures de A. Conclu-\nsion très simple et d'un grand effet.\nLe finale garde, au début, cette tonalité de fa sur quoi s'étagent de larges ac-\ncords. Bientôt résonne une quinte augmentée (do dièse). Les accords de fa\nreprennent suivis d'une sixte, ré.lls reprennent encore avec une sixte augmentée,\nré dièse. Le mouvement s'anime ; des traits rapides, de vigoureux accords sur-\ngissent... Et nous voici sur la dominante du ton principal, la mineur. Voici le\nschéma harmonique de cette transition, très heureuse, et qui relie parfaitement\nles deux morceaux :\nDe la dominante du ton, on retombe naturellement sur le thème principal du\nmorceau, d'un caractère vif et rythmé, assez proche, avec moins de force, de\ncelui du premier allegro :"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "405", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.5", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1296, "texte": "Il se continue naturellement par une expansion mélodique assez différente qui\nreparaîtra plus tard avec lui, toujours à sa suite :\nContrairement à ce qui s'était passé pour Y allegro, ce thème principal, avec\nson complément, contribue pour une large part au développement général, non\nseulement en contrastant avec les autres motifs, mais encore par les diverses\ntransformations qu'il subit. Il est traité, à ce point de vue, exactement comme les\nthèmes secondaires, ici assez nombreux et très nettement caractérisés dont il\nsera suffisant de dresser la liste :\nlequel est ordinairement suivi de ce complément mélodique :\nUn autre, très nettement rythmé, vient ensuite :\nqui s'épanouit à son tour sous une forme alanguie et expressive, contrastant\nheureusement avec la vigueur de la première partie.\nIl est superflu de faire remarquer que cette riche moisson mélodique de six\nthèmes (un principal, deux secondaires, chacun avec un motif complémentaire\nd'égale importance) suffit amplement à bâtir un morceau développé sans s as-\ntreindre à de trop minutieuses transformations. Aucontraire, une pareille abon-\ndance risquerait de disperser l'attention au détriment de l'unité d'ensemble, si le\ncompositeur ne prenait soin, comme ici, d'élire des motifs mélodiques assez étroi-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "406", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.6", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3714, "texte": "tement apparentés, au moins pour la plupart d'entre eux. L'effet de ce finale\ndemeure donc excellent dans sa variété Et s'il est permis de préférer la majesté\net la profondeur de Y adagio, il convient de reconnaître qu'aucun morceau, dans\ncette sonate, ne lui est assez notablement inférieur pour altérer la belle tenue\nd'une œuvre qui peut compter parmi les\" meilleures de M. Th. Dubois, et qui a\nune très haute valeur. J'en ai indiqué la structure ; mais le reste, le charme,\nla poésie, le sentiment, très personnels ici, ne s'analyse pas.\nM. ANDRÉ GAILHARD ; M. LENEPVEU. Si les concerts chôment en juin et\nen juillet, les jeunes compositeurs et artistes qui sont l'espérance de l'avenir ont\nà se donner tout entiers, durant cette période où tant de gens songent moins au\ntravail qu'au repos : avec les concours d'harmonie, où triomphent les élèves de\nM. Lavignac, ceux de contrepoint où M. Gédalge reste un maître incontesté,\net les concours d'orgue sur lesquels plane l'image vénérable de M. Guilmant,\nil y a la grande épreuve de composition musicale pour l'attribution du prix de\nRome. C'est l'lnstitut qui donnele prix, mais c'est le Conservatoire qui le prépare.\nEn adressant nos plus vifs compliments à M- André Gailhard, fils de l'ancien\ndirecteur de l'Opéra, qui vient d'obtenir la récompense suprême, nous tenons à\nrendre hommage à son maître, M. Lenepveu. C'est, dans l'art contemporain, une\nfigure singulièrement originale que celle de ce compositeur émérite, aussi admi-\nrable par son enseignement et son talent que par le dévouement paternel qu'il\nprodigue à ses élèves. Je ne connais pas personnellement M. Lenepveu. J'ima-\ngine qu'il se tient à l'écart du bruit, de la réclame et de la bataille, par regret de\nvoir le goût public perverti et comme empoisonné pardes œuvres qui ne s'accor-\ndent pas avec l'idéal qui est le sien, et qu'il a réalisé dans des œuvres de haute\nvaleur ; mais il a choisi non peut-être sans arrière-pensée militante un\nrôle qui est beau et brillant entre tous. Au lieu d'écrire des compositions,\nil crée des compositeurs ; il maintient la tradition des grands principes de l'art.\nIl reste modestement dans la coulisse ; mais il donne mouvement et vie à ceux\nqui affrontent les feux de la rampe, et tient tous les fils dans sa main. Voilà\nlongtemps que, chaque année, les « prix de Rome » sortent de sa classe. 11 ne\nrègne pas, mais il est, comme dirait Bergerat, faiseur de rois ; peut-être cela\nest-il encore plus beau que de s'asseoir sur le trône. En tout cas, la fonction de\nM. Lenepveu est une des plus utiles de notre temps. Au moment où les forces\nrévolutionnaires et anarchistes envahissent l'art musical, il est bon qu'on leur\noppose des forces conservatrices, pour tâcher d'obtenir une sorte d'équilibre...\nCONCOURS DU CONSERVATOIRE. CHANT. Le concours des hommes (20 can-\ndidats) a été faible, sensiblement inférieur à ceux des quinze dernières années ;\nM. Paulet, avec un fragment d'Alceste, a obtenu un premier prix ; MM. Vaurs\n(air du Polyeucte de Gounod), M. Tessier (air d'Eliede Mendelssohn), ont eu un\nsecond prix. Ce sont de bons élèves. Il est fâcheux que les belles voix et les\ntempéraments artistiques pleins de promesse deviennent plus en plus rares !\nLe concours des femmes a été meilleur, avec de graves lacunes. Dans ce\nconcours, qui est un point terminus des études, on entend des voix qui ne sont\npas encore posées ; des voix qui crient au lieu de chanter, et parfois, on prend\navec les textes musicaux (ex. l'air de « Sombres forêts » dans Guillaume Tell) des\nlibertés que nous croyions enfin interdites ! Il y a eu du mauvais, il y a eu du\nbon, et même de l'excellent. Tout cela tait une moyenne satisfaisante. La somme"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "407", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.7", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3676, "texte": "de travail préparatoire semble avoir été très sérieuse, mais trop dirigée vers\nle gros effet, sans une attention suffisante aux principes élémentaires du chant.\nLe succès de la journée a été pour Mllc Raveau qui, concourant pour la pre-\nmière fois, a chanté de façon saisissante, avec une grande unité de style, la\nCloche de Saint-Saëns. Habituellement, on tire de cette mélodie un effet de force\net d ampleur ; Mllc Raveau l'a dite —et il faut en féliciter son professeur avec\nune douceur expressive et quasi mystique. Elle n'a pas donné d'intensité banale\na la cadence du morceau (... dans le ciel), ce qui est très méritoire ; et le redou-\ntable passage qui exige de la chanteuse une extraordinaire tenue du souffle a\nété souligné par les ovations du public. La voix est bien posée, juste et de\ntimbre fort agréable. Je signalerai aussi une élève de Mme Caron qui a dit avec\nadresse Y Air avec variations de Rode, si difficile.\nTrente-cinq concurrentes!... Trente-cinq voix dont il a fallu apprécier et\ncomparer les mérites. Deux premiers prix (Mme Gachery et Mlle Raveau), quatre\nseconds (Mlles Kaiser, Le Senne, Gustin et Bourdon), quatre premiers accessits\n(Mlles Pradier, Amoretti, Billard et Mme Delisle), cinq seconds (Mlles Daumas,\nRénaux, Delavoine, G. Demougeot, Fraisse).\nParmi les morceaux choisis, six de Gluck, quatre de Mozart, quatre de Weber,\ncinq de Haendel, deux de Haydn, deux de Beethoven, un de Rameau, un de\nLulli, deux de Sacchini, etc. Les modernes, qui jadis fournissaient la presque\ntotalité des airs, ne sont plus représentés que par deux morceaux de Rossini, un\nd'Ambroise Thomas et une mélodie de Saint-Saëns. Ce qu'on appelle aujour-\nd'hui la « musicalité » ne peut que gagner à cette école qui développe sans\naucun doute l'intelligence artistique et la qualité de déclamation lyrique, d'arti-\nculation et de style ; et cependant il ne faut pas proscrire la musique à couplets\net à roulades, celle d un Sacchini ou d'un Haendel. Elle comporte des qualités\nd'interprétation, de légèreté et de finesse qui chez certains sujets méritent, à\ndéfaut d'autres, d'être particulièrement cultivées. Le public, même ce public\nartiste et averti qui afflue aux concours de fin d'année (mais, comme a dit\nChampfort, combien faut-il de sots pour faire un public ?) y prend un réel\nplaisir.\nQui dira la part qui revient au choix du morceau dans le succès de chaque\nélève, et la part qui revient à la comparaison, au contraste dans le succès du\nmorceau lui-même r Qui dira aussi par quelle méthode précise ou par quel\ninstinct supérieur le jury, où dominent sinon les chanteurs, au moins les musi-\nciens, parvient à peser exactement et comparer ensuite les mérites de chacun ?\nTelle concurrente a la chance d'interpréter une musique moderne, d'ailleurs\nfacile à comprendre et à faire comprendre, après une série d'oeuvres anciennes,\nde caractère et de style ardus et d'exécution très difficile. Telle autre a des into-\nnations douteuses ; faut-il les imputer à l'émotion ou à une insensibilité\nincurable de l'oreille ? Et par quel effort de jugement et de volonté le jury\npourra-t-il conserver assez vives les impressions éprouvées au début d'une\nséance de quatre ou cinq heures pour les rapprocher, même avec le secours de\nquelques notes, des impressions de la fin de la journée ? Ces réflexions et d autres\npareilles nous venaient à l'esprit pendant la délibération du jury. Et quand les\nnoms des élues ont été proclamés, nous avons pu éprouver quelques étonne-\nments ou quelques regrets, mais nous avons été obligés de reconnaître que les\ndécisions prises ne soulevaient aucun reproche grave, et qu elles étaient confor-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "408", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.8", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3214, "texte": "mes à l'opinion delà grande majorité du public. C'est une confirmation dont il\nfaut bien tenir compte.\nPIANO (FEMMES). Le morceau imposé pour le concours de piano était le\n2e concerto de Saint-Saëns, œuvre brillante, d'une poésie pleine de charme,\ndifficile, mais sans abus de virtuosité inutile, que je me rappelle avoir\nentendue aux Concerts Pasdeloup... et qui est hautement appréciée de tous\nles musiciens dignes de ce nom. Les élèves du Conservatoire ne nous en ont\ndonné qu'un arrangement de circonstance. Le concerto est écrit, bien entendu,\npour piano et orchestre ; il en existe une édition à 2 pianos où la seconde partie\nremplace l'orchestre : c'est cette version qui a été utilisée, avec une combinaison\nqui réduit parfois les deux parties en une seule, et supprime un cinquième envi-\nron du premier mouvement par des coupures inégales et pas toujours heu-\nreuses. Si l'auteur a été consulté avant ces tripatouillages, et s'il y a consenti,\nje n'ai rien à dire.\nCe concours a été très fort. Que de travail î Combien de talent précoce chez\nces jeunes filles ! Les plus frêles d'apparence ont une énergie singulière, et\ndes doigts, « des doigts » à miracle î Un des premiers prix, les plus remarqués,\nest Mlle Lewinsohn, qui a 12 ans 9 mois, et qui, après avoir magnifiquement\njoué le concerto de Saint-Saëns, a déchiffré impeccablement une page assez\njolie, dissonante et mignarde, de M. Pierné. Mlle Déroché qui a fait grande\nimpression (ier prix aussi) n'a pas 14 ans, et Mlle Guller (2e prix) a treize ans!\nEt sauf quelques très rares exceptions, tout le reste\nexcellent ou très bon. Voilà qui est admirable. Comme observation critique, je\nme bornerai à rappeler que les traits d'agilité ne trouvent grâce devant le public\nqu'à une condition : c'est d'être exécutés nettement et sans pédale. La recherche\nde l'effet pousse certains pianistes à taper fort et à brouiller les notes, comme\ncertains chanteurs à crier...\nOPÉRA COMIQUE. Voici un concours un peu pénible pour l'auditeur, et\nsingulièrement difficile pour les concurrents : pénible parce qu'il fait repasser\ndevant nos yeux, sans décors, sans costumes et avec un piano pour orchestre,\ndes scènes tiès connues, qui n ont pas toutes une haute valeur artistique 5 diffi-\ncile, cai, poui jouei la comédie lyrique, il faut de 1 aisance, de l'autorité, qua-\nlités que n ont pas encore les élèves du Conservatoire. Ajoutez que beaucoup\nd'entre eux, originaires du Midi, sont obligés de se faire un langage artificiel\navec un « accent » spécial, pour ne pas choquer sur une scène de Paris, ce qui\nles iend paifois comiques autrement qu ils ne voulaient ; ajoutez aussi que le\nprogiamme s est îcssenti de la mode du jour qui met le noir mélodrame sur\nle même lang que la comédie, et oblige les acteurs à abandonner trop souvent\nle chant poui le ai , ajoutez enfin que cette séance fut très longue ! jugez-en par\ncette liste à laquelle puisqu il s'agit du « genre national » par excellence\nje ferai les honneurs de la reproduction intégrale :\nMANON, ler ACTE. (M. MASSENET.)\n1. Mlle MÉNARD 21.9 Rôle de MANON.\nRéplique : M. PAULET.\nLE PARDON DE PLOERMEL, jer ACTE, (MEYERBEER.)\n2. M. COULOMB 23.5 Rôle de CORENTIN."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "409", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.9", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1575, "texte": "JEAN DE NIVELLE, I®R ACTE, (LÉO DELIBES.)\n3. Mlle PRADIER 22.3 Rôle CI'ARLETTE.\nRépliques :M. PAULET et MLLE CÉBRON-NORBENS.\nSAPHO, 4e ACTE, (MASSENET.)\n4M. TARÉRIA 25.9 Rôle de JEAN GAUSSIN.\nRépliques : M. AUDIGER.\nMLLTS CÉBRON-NORBENS, DUVERNAY\net PRADIE.\nLES NOCES DE JEANNETTE, (VICTOR MASSÉ.)\n5. M. BELLET. ..... 25.11 Rôle de JEAN.\nRéplique : M,le AMORETTI.\nWERTHER, 3e ACTE, (MASSENET.)\n6. MUe GUSTIN 25.10 Rôle de CHARLOTTE.\nRéplique : MLLE CHANTAL.\nMANON, 2e ACTE, (MASSENET.)\n7. M. FÉLISAZ. . . . . . 26.11 Rôle de DES GRIEUX. «\nRéplique : Mlle LAMBERT.\nLES NOCES DE FIGARO, 2E ACTE, (MOZART.)\n8. MUe JURAND 23.10 Rôle de SUZANNE.\n2e accessit en 1907.\nRépliques : MLLES CHANTAL et GUSTIN .\nCAVALLERIA RUSTICANA. (MASCAGNI.)\n9. M'lo DUVERNAY. . . . . 24.10 Rôle de SANTUZZA.\nRépliques : M. TARÉRIA.\nMlles DEMOUGEOT (Gabrielle)\net GUSTIN.\nWERTHER, 3e ACTE. (M. MASSENET.)\n10. MEIC GARCHERY 23.1 Rôle de CHARLOTTE.\nler accessit en 1907.\nRéplique : Mlle AMORETTI.\nMIREILLE, 2E ACTE, (GOUNOD.)\n11. M. AUDIGER 26.1 Rôle de RAMON.\na concouru en 1907.\nRépliques ; MM. VILLARET, COMBES, ANCELIN.\nMLLES ROBUR et DUVERNAY. /\nCARMEN, lERIER ACTE. (G. BIZET.)\n12. MUE DEMOUGEOT (Gabrielle) 21.11 Rôle de CARMEN.\nier accessit en 1907.\nRépliques : MM. TARÉRIA, VILLARET.\nMLLES DEVRIÈS et Mme RÉNAUX.\nLA VIE DE BOHÈME, 3E ACTE, (PUCCINI.)\n13. Mlle CHANTAL. .... 22.7 Rôle de MIMI.\nRépliques : MM. PAULET , VILLARET et\nML,E JURAND.\nLOUISE, 3e ACTE, (CHARPENTIER.)\n14. Mlle ROBUR 24.3 Rôle de LOUISE.\nler accessit en 1907.\nRéplique : MLLE TARÉRIA."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "410", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.10", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1998, "texte": "LE BARBIER DE SÉVILLE, lER ACTE, (ROSSINI.)\n15. M. PONZIO 25.4 Rôle de EIGARO,\n2E accessit en 1907.\nRéplique : M. ANCEL'N.\nAPHRODITE, ier ACTE. (c. ERLANGER.)\n16. MLLE CÉBRON-NORBENS. . 20.3 Rôle de CHRYSIS.\n2E accessit en 1907.\nRéplique: M. TARÉRIA.\nMANON, 1°R ACTE, (MASSENET.)\n17. MUE LAMBERT 21.5 Rôle de MANON.\nRéplique : M. COULOMB.\nCARMEN, 2E ACTE, (BIZET.)\n18. M. LALOYE 21.5 Rôle de DON JOSÉ.\nRéplique : M,NC GARCHERY.\nLE ROI L'A DIT. (LÉO DELIBES.)\n19. M. VILLARET 23.9 Rôle du MARQUIS DE MONCONTOUR.\nRépliques ;M. PAULET, MUO ROBUR, DEMOU-\nGEOT (Gabrielle).\nMLLES CHANTAL, CÉBRONS-NORBENS et\nDEVRIÈS.\nLE BARBIER DE SÉVILLE, 2E ACTE, (ROSSINI.)\n20. M. VAURS 26.10 Rôle de BARTHOLO.\nler accessit en 1907.\n21. M. DUPRÉ (Pierre) . . . 23.11 Rôle de BASILE.\nRéplique : M,le LAMBERT.\nLA TOSCA, 2E ACTE, (PUCCINI.)\n22. M. COMBES 28.4 Rôle de SCARPIA.\nRéplique : MM. AUDIGER, RAULEF.\nMUE CÉBRON-NORBENS.\nWERTHER, 3e ACTE, (MASSENET.)\n23. M'ie RAVEAU (Alice). . . 20.10 Rôle de CHARLOTTE.\nRéplique ; MME MATHIEU-LUTZ.\nL'ÉPREUVE VILLAGEOISE, (GRÉTRY.)\n24 M. PAULET 21. i Rôle d'ANDRÉ.\nRéplique : Mlle DEMOUGEOT (Gabrielle).\nHÀNSEL ET GRETEL, IEI* ACTE, (HUMPERDINK.)\n25. Mlte AMORETTI 22.11 Rôle de GRETEL.\na concouru en 1907.\nRéplique : MUE CIIANTAL.\nDans son ensemble, le concours a été médiocre, et il ne pouvait en être autre-\nment, pour des raisons diverses. Dépouillées de tout ce qui leur donne un peu\nd'éclat dans les représentations ordinaires, certaines scènes (comme celle du\nPardon de Ploèrmel, ier acte) sont d'une pauvreté musicale ahurissante !... Dans\nAphrodite, Mlle Cébron-Norbens a voulu forcer le succès par le charme savant\net la transparence d'un costume qu'autorisait le rôle très voluptueux de Chrysis ;\nmais l'art du costume entre-t-il en ligne de compte? En ce cas, les noms des\nmodistes devraient figurer au palmarès ! Mlle Demougeot, sœur de l'artiste de\nl'Opéra, a beaucoup plu dans une scène de Carmen, où elle a de la grâce et du"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "411", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.11", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3556, "texte": "piquant, avec une voix très juste, et M. Ponzio, dont nous avions apprécié la\nrondeur [ceci sans plaisanterie !) en 1907, a très bien dit l'air du Barbier. Dans\nles œuvres très méloLamatiques, comme Cavalleria, l'impression fat plutôt\npénible.\nPIANO (HOMMES). Le morceau de concours était la 4e ballade de Chopin,\nœuvre de haute poésie romantique, de grande fantaisie et de sentiment profond.\nPour jouer convenablement cela, il faut procéder comme l'acteur qui veut inter-\npréter un rôle dans un drame de Shakespeare ou d'Hugo : faire la synthèse du\npersonnage et faire sentir partout Y unité du caractère, au lieu de juxtaposer des\ndétails minutieusement étudiés. Je souligne, car cette qualité, qui consiste à saisir\net à exprimer le caractère d'un ensemble, est la vraie qualité de l'artiste. Trop\nd'élèves raffinent sur les menues choses et font des effets quelconques sans\nparaître comprendre le sens général du morceau 1 Cependant malgré cette\nréserve le concours fut très bon. J'ai particulièrement remarqué un pianiste\ngrec de 14 ans, Eustratiou, élève de M. Diémer : c'est un tempérament d'artiste ;\nil chante intérieurement; il vit ce qu'il joue; il a fait la synthèse dont je parlais.\nIl faut signaler aussi le mérite très sérieux de MM. Trillat, Gayraud (premier\nprix), Gallou, Gaunlett (2e prix), Moretti, Schmidt, Schwaab (accessits). Le\nmorceau de déchiffrage était une brève composition entortillée, un peu pénible,\navec une construction rythmique peu claire, de M. Widor. Presque tous les\ncandidats l'ont jouée avec une exactitude matérielle impeccable, mais sans\nparaître comprendre ce qu'ils jouaient ; ils sont excusables.\nHARPE CHROMATIQUE ET HARPE A PÉDALES. La harpe chromatique, de l'avis\nunanime des auditeurs, a fait excellente figure. C'est un instrument qu'il\nserait déplorable de voir disparaître du Conservatoire de Paris, et nous espérons\nbien que M. Gaston Doumergue, avec son habituelle impartialité, saura se\nplacer au-dessus de rivalités mesquines pour garantir à deux instruments\ndifférents, mais non exclusifs l'un de l'autre, un régime d'entière liberté. Nous ne\nsommes plus à l époque des privilèges, comme au temps de Lulli, et le concours\nd'hier vient de prouver une fois de plus que la harpe à pédales pouvait conti-\nnuer à vivre à côté de la harpe chromatique. Les virtuoses choisiront. Le morceau\nde concours, pour la harpe chromatique, était, une fantaisie brillante, sur-\nchargée de difficultés, du regretté Pfeiffer. Le morceau de lecture à vue, écrit par\nM. Lavignac, était également très difficile. Les élèves de Mme Tassu-Spencer\nont fait honneur à la classe de ce professeur éminent : après une exécution pleine\nde charme et d'une sûreté merveilleuse, M. Mulot et Mlle Chalot deux\nenfants ! ont obtenu un premier prix. Nous espérions mieux qu un premier\naccessit pour Mlle Montmartin, qui ade très réelles qualités de virtuose et de\nmusicienne.\nPour la harpe à pédales, le morceau de concours, agréable mais un peu banal,\nétait dû à M. Galeotti. Il y eut quelques cordes cassées ; nul n'a le privilège\nde ces incidents ; mais il y eut aussi des élèves de sérieuse valeur. Mlles Pierre\nPetit, Delgado-Perez et Laggé, Inghelbrecht, Dretz et Gaulier. Lan dernier,\nun compositeur avancé qui se pique de «justice » mais qui n est pas toujours\nimpartial, exaltait la harpe à pédales (au détriment de 1 autre, bien entendu), à\ncause de ses « fusées de notes », du glissando poétique (?) qu on opère sut\nle plan unique de ses cordes. Cette année, les amateurs du glissando que"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "412", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.12", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3131, "texte": "je tiens pour antimusical ont dû être satisfaits. Sur la harpe chromatique\ncomme sur la harpe à pédales, nous avons eu des fusées de notes en glissando.\nVoilà qui est rassurant pour l'avenir de la musique.\nCONCOURS DE CONTREBASSE, VIOLONCELLE ET ALTO. —Entre autres traditions,\nle Conservatoire de musique perpétue celle qui consiste à ouvrir la série des\nconcours publics par les instruments graves de la famille des archets et des\ncordes : c'est la journée des joies austères.\nOr donc, le samedi 4 juillet, le jury, qui, sous la présidence coutumière de\nM. Gabriel Fauré, réunissait les compétences diverses de MM. E. Colonne,\nXavier Leroux, G. Caussade, E. de Bailly, J. Salmon, P. Chavy, L. Fournier,\nHasselmans, A. Bruneau et R. Schidenhelm, fit comparaître le premier contre-\nbassiste sur le coup de neuf heures et, quand le dernier de la série eut achevé la\nfantaisie, assez fantaisiste, de M. E- Ratez, on eut assez nettement l'impression\nde ce qui allait se produire, c'est qu'une juste sévérité ne trouverait pas matière\nà premier prix. Ainsi décida le jury. Le concours nous a semblé gris et monotone,\nsans relief. Est-ce la faute à l'instrument ? Au morceau de concours > aux con-\ncurrents ?\nRépétons ici une fin d'hexamètre virgilien: Paulo majora canamus, et passons\nau violoncelle. Le concours de cette année, qui se jouait sur le concerto de\nSchumann, mit en avant la personnalité artistique de M. Vaugeois, un virtuose\nde demain, dont les quinze ans s'unirent aux dix-sept ans de M. Mas dans le\npartage d'un premier prix. Ensuite comment le jury s y prit pour attribuer dans\nle lot des autres concurrents seconds prix et accessits, c'est ce que nous ne sau-\nrions dire. Nous croyons que son choix fut juste ; au reste le public s y rangea.\nMontons encore une octave et arrivons au domaine des altistes A notre sens,\nleur concours aura été le clou delà journée. La classe de M. Laforge présentait\nsix concurrents : il y eut six récompenses, motivées par l'exécution du Concert-\nstïick de M. Enesco et un morceau de lecture à vue de M. Xavier Leroux. Nous\ndevons dire que ce tournoi artistique avait quelque chose de particulièrement\nattachant, chaque concurrent apportant sa note personnelle, son individualité artis-\ntique, sa manière propre de comprendre et d'interpréter l'oeuvre de M. Enesco.\nTrois premiers prix à l'unanimité : M. Rousseau, un beau tempérament de\nvirtuose, domine l'ensemble ; la sonorité est chaude et généreuse ; 1 artiste s im-\npose. A ses côtés, plus modestes, mais tout aussi solides à leur poste, Mlle Du-\nmont et M. Taine. M. Barrier fît preuve d'une réelle personnalité: à l'unanimité,\nle jury lui décerne un second prix. Enfin les qualités de charme et d'élégance\nqui caractérisent M. Mayena le désignèrent pour un premier accessit, tandis que\nMlle Desnoyers jeu égal et modeste dut se contenter d'un second.\nAu reste, voici la nomenclature des récompenses en ce jour :\nCONTREBASSE\nClasse de M. CHARPENTIER.\nMorceau de concours et de lecture à vue de M. E. RATEZ.\nLe jury ne décerne pas de premier prix.\nDEUXIÈMES PRIX.\nMM. Dumont, Juste et Anrès."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "413", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.13", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1730, "texte": "PREMIER ACCESSIT\n- M. Leuliet, à l'unanimité.\nALTO\nClasse de M. LAFORGE.\nMorceau de concours : Concertstûck, de G. ENESCO.\nMorceau de lecture à vue de M. XAVIER LEROUX.\nPREMIERS PRIX\nxM. Rousseau, Mlle Dumont et M. Taine, à l'unanimité.\nDEUXIÈME PRIX\nM. Barrier, à l'unanimité.\nPREMIER ACCESSIT\nM. Mayeux.\nDEUXIÈME ACCESSIT\nMlle Desnoyers. /\nVIOLONCELLE\nt*. * . *\n*\nMorceau de concours : Concerto de SCHUMANN.\nMorceau de lecture à vue de PAUL VIDAL.\nPREMIERS PRIX\nM. Paul Mas, élève de M. Cros Saint-Ange.\nM. Vaugeois, élève de M. Cros Saint-Ange.\nSECONDS PRIX\nM. Pierre Jamin, élève de M. Loëb.\nM. Ruyssen, élève de M. Loèb.\nPREMIERS ACCESSITS\nM. Challet, élève de M. Cros Saint-Ange.\nM. Dussol, élève de M. Cros Saint-Ange.\nM. Dumont, élève de M. Loëb.\nSECONDS ACCESSITS\n4 M. Maréchal, élève de M. Loëb.\nM. Mangot, élève de M. Loëb.\nM. Alaux, élève de M. Loëb.\nM. Roger Martin, élève de M. Cros Saint-Ange.\nCONCOURS DE VIOLON. — Vingt-huit candidats ou candidates, entre lesquels le\njury a partagé 4 premiers prix (M. Michelon,M. Carembat, Mlle Wolff et M1,e Tal-\nluel ; à noter que M. Carembat concourait pour la première fois) ; quatre se-\nconds prix (M1,e Roussel, également à son premier concours, MM. Tinlot, Poir-\nrier et Brettly), cinq premiers accessits (MM. Cornette, Hémery, premier con-\ncours), Mlles Goyon et de la Hardrouyères, M. Olmagu), enfin quatre seconds\naccessits (M. Duran, Mlles Elwell et Didier, M. Villain).\nLe morceau imposé était le concerto (op. 53) de Dvorak. Le morceau de\nlecture à vue (un quatre temps, andante) était dû à M. Albert Bertelm, qui 1\nvait hérissé de notes diésées ou bémolisées, plutôt que de coups d archet diffi-\nciles ou de doigtés compliqués."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "414", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.14", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3498, "texte": "L ensemble du concours donne lieu de constater que l'enseignement du vio-\nlon est poussé à un degré de perfection remarquable, et que dans les quatre\nclasses, il y a une émulation qui rend bien difficile de faire un choix et de\nformuler des préférences. Comment a pu procéder le jury, par quels moyens de\nnotation et de comparaison, pour faire son office et prononcer des jugements\nélection et élimination fondés sur la justice et l'équité ? Nous nous le deman-\ndions avec angoisse avant, comme après la proclamation des récompenses.\nUne des premières qualités du violoniste, disons la première, est la qualité de\nl'archet ; car des mains gauches habiles et brillantes, vigoureuses et agiles à la\nfois on en rencontre en grand nombre. C'est par le bras droit que le violoniste\naffirme sa personnalité, traduit sa pensée et son interprétation de la musique,\npasse de la catégorie des élèves dans le cénacle des maîtres. Il a paru hier que\nle jury avait un peu méconnu ce principe et n'y avait point toujours conformé ses\njugements. Quelques lauréats sont possesseurs d'un bras droit qui ne leur per-\nmettra jamais de s'élever au-dessus du vulgaire ; d'autres, au contraire (en tête\ndesquels nous placerons M. Allard), ont des qualités d'archet et de son qui\nauraient dû leur attirer les faveurs d'un aéropage éclairé. Il est vrai que si\néclairé fût-il, l'aréopage a pu commettre des oublis, et se laisser aller par mo-\nments à une douce somnolence ou à une poétique rêverie. Entendre vingt-huit\nfois de suite le même solo de violon, et vingt-huit fois la même page de déchif-\nfrage, est une corvée qui est dure, surtout pour des esprits délicats et des intelli-\ngences d'artistes. Il faut être du métier, non pas seulement de la musique, mais\ndu violon, l'avoir étudié au point de vue technique, l'aimer passionnément,\npour supporter une pareille épreuve, et encore, pour qui veut faire son devoir\njusqu'au bout, il faut être inaccessible... à l'intrigue I\nVIENNENT DE PARAÎTRE :\nŒuvres en prose de Richard Wagner, traduites en français par J.-G. Prod'-\nhomme et F. Holl, tome second des Gesammelte Schriften, i vol., chez Dela-\ngrave, 3 fr. 50.\nSchubert, par L.-A. Bourgault-Ducoudray ; Rameau, par Lionel de la Lau-\nrencie ; Boïeldieu, par L. Augé de Lassus. Ces 3 vol. dans la collection des\n« Musiciens célèbres » (Laurens).\nL\"Almanach des.spectacles par Alfred Soubies, année 1907 (Flammarion).\nLES CHORALES DANS LES LYCÉES DE JEUNES FILLES. Récemment, dans le\ngrand amphithéâtre de la Sorbonne, il y eut deux grands concerts : l'un donné\npar la chorale des lycées de jeunes filles de Paris (700 exécutantes), l'autre donné\npar la chorale du lycée Fénelon seul (180 exécutantes environ), sous la direction\neffective de M. Gabriel Pierné, chef d'orchestre. La Revue musicale, sachant que\nje me suis spécialement consacrée à l'enseignement de la diction et du chant, a\nbien voulu me demander quelques impressions et idées générales. Je m'en\nacquitte bien volontiers, sans revenir sur le détail de charmantes exécutions\ndont le compte rendu a été donné ici même.\nC'est une bonne et heureuse innovation d'avoir créé des chorales dans les\nlycées de jeunes filles. L'esprit féminin, plus souple, plus spontané, plus brillant\nque l'esprit masculin, est servi par des organes délicats et frêles qui risque-\nraient de s'épuiser rapidement, au détriment de la vie féminine future, sous l'in-\nfluence d'un surmenage intellectuel continu. Le chant, la diction, viennent"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "415", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.15", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3193, "texte": "apporter la distraction voulue, la gymnastique pulmonaire nécessaire. Non pas\nque cette gymnastique soit inutile aux hommes ; mais elle s'impose moins,\nparce que, quant à présent, les filles ne sont pas fatalement destinées, comme\nleurs frères, à exercer rapidement un métier. Par conséquent beaucoup d'entre\nelles consacreront à la musique les heures que les collégiens emploient à des\nrépétitions multiples dans le but d'arriver bons premiers à cette course que la\nconcurrence pour la vie rend obligatoire. Les chorales devraient englober tous\nles enfants, quelles que soient leurs aptitudes ; effectivement, il ne s'agit pas ici\nde créer deschœurs artistiques comme à l'Opéra, et par conséquent d'opérer une\nsélection forcée. Il s'agit de développer les poumons et les goûts artistiques de\ntous les enfants, et particulièrement de ceux qui, étant peu doués, ont besoin de\nplus d'exercices, de plus de conseils. Ce qu'il serait nécessaire de reviser, c'est\nl'âge moyen qu'il convient d'adopter pour les choristes. De 6 à 12 ou 13 ans, et\nà partir de 75ans, il n'y a ordinairement aucun inconvénient à développer la voix.\nMais de 13 à 15 ans il vaudrait mieux se contenter de travailler la pronon-\nciation, les agglomérations de voyelles ou de consonnes difficiles, la mesure, le\nphrasé musical, que le solfège ou le chant. Les jeunes filles se forment à ce\nmoment, la voix mue, et le repos vocal est indispensable.\nActuellement, quelle est la situation des chorales dans les lycées de jeunes\nfilles ? Les enfants peuvent être choisies à partir de 13 ans pour la chorale exté-\nrieure et de 6 ou 7 ans pour la chorale intérieure. Elles sont dirigées par un\nmaître ou une maîtresse de solfège. Or, pour qu'un ensemble marche d'accord,\nplusieurs conditions s'imposent. Une respiration moyenne réglée d'avance, qui\nconvienne aux souffles les plus courts. Un souffle pris sans brutalité pour ne pas\ndétonner. Une prononciation uniforme, de façon que les quantité de voyelles\nou l'explosion des consonnes ne se contrarie pas. Enfin, il faut à tout prix em-\npêcher les éclats de voix de certains enfants qui ont un goût désordonné pour\nléchant individuel, même dans les chœurs. Or tout cela peut être réduit en\nquelques maximes inscrites au tableau noir.\nPRINCIPES A INSCRIRE AU TABLEAU NOIR.\n1. — Tenez-vous debout en station hanchée.\n2. — Pas de vêtements serrés ; le corps et le col libres.\n3 . — Regardez le chef d'orchestre.\n4. — Tenez le cahier de la main gauche, un peu éloigné du visage.\n5. — Chantez ; ne criez pas.\n6. — Articulez nettement les consonnes. Pour les voyelles, ouvrez la bouche\ncomme dans la parole.\n7. — Ne traînez pas le son.\n8. — Ne prenez pas le son en-dessous.\n9. — Ne faites pas d'efforts ni de grimaces en chantant. Soyez simple.\n10. — Devenez bonnes musiciennes, si vous voulez plus tard être bonnes chan-\nteuses.\nDu reste, en attirant l'attention du maître de solfège sur les nécessités d une\nchorale, il comprendra de lui-même que son rôle n est plus seulement de faire\ndonner la notejuste et en mesure, maisencore de régler rigoureusement la mesure,\nles reprises, la prononciation communes, et de ne pas laisser ies empiétements"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "416", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.16", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "se produire, parce qu ils détruisent l'harmonie-de l'ensemble. Aux maîtres de\nchant pur et individuel, reviendra plus tard le soin de cultiver la voix dans le\nsens de l'étendue du timbre, de la légèreté de l'expression raffinée. Mais si le\nmaître de solfège ne veut pas être distancé, il doit s'occuper de fixer la mise de\nvoix en commun, la prononciation, les tenues de son, les forte et les diminuendo.\nUn morceau, avant d'être chanté, doit être parlé d'abord, puis parlé en mesure,\npuis expliqué comme expression, enfin étudié pour l'intonation seulement,\naprès avoir été dicté. Ces opérations terminées, on pourra joindre sans crainte\nla parole au chant et se passer au besoin de solfèges spéciaux. Une dernière con-\ndition est nécessaire : il faut donner des chœurs très faciles. Les chorales ne\nsont pas créées pour des individualités brillantes, pour des exceptions ; elles\nsont faites pour une masse qui, prise d'ensemble, a des aptitudes moyennes.\nPourquoi abuser des difficultés d'intonation, de mesures composées? L'essentiel\nest d'habituer les enfants à être très corrects et à ne pas perdre l'ensemble.\nQuand on arrive à ce résultat, on a fait beaucoup pour développer l'oreille et le\ngoût. Certains enfants ont une tendance à crier; la majorité ne chante pas, et se\ncontente d'ouvrir démesurément la bouche. Il faut exiger que les unes donnent\nmoins et les autres plus. L'ensemble s'en trouvera mieux. Il faut tenter aussi\nd'assouplir les nuances du forte au piano. Toujours trop ou trop peu ! Enfin se\ngarder comme du feu des morceaux passionnels qui troublent la limpidité de la\nvoix. Il faut, bien entendu, exiger des fillettes que la respiration ne soit pas gênée\npar le corset ou les vêtements. Pour les ensembles, quand le morceau est à peu\nprès su, elles doivent être debout, savoir autant que possible le morceau par\ncœur, pour regarderie chef d'orchestre. Se tenir en station hanchée pour chan-\nger de pied sans se fatiguer et rester gracieuses. Pas de contorsions de visage\nou de mouvements désordonnés du col à chaque note. Autant que possible le\ncou libre. Pas de cols qui l'emprisonnent. Nous dirons plus tard comment un\nmaître de chant, qui peut surveiller les élèves individuellement, doit arriver en\npeu de temps à un bon résultat, s'il fait un bon départ.\nNous résumons notre opinion sur les chorales en disant que là où il faut ins-\ntruire une masse et coordonner ses éléments, il faut que ces éléments restent\ntrès simples pour se combiner.\nDans les lycées de jeunes filles, on apprend l'anatomie du corps humain. Le\nprofesseur d'histoire naturelle aura soin d'indiquer aux enfants combien la con-\nnaissance du larynx et de l'appareil pulmonaire leur facilitera l'étude du chant.\n\nALIX LENOEL-ZEVORT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-15_01#c002", "volume": "bmtnabj_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "401", "page_fin": "416", "image_debut": 1, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.2.1.1", "titre_corps": "SONATE EN LA MINEUR, POUR PIANO, DE M. TH. DUBOIS.", "titre_sommaire": "SONATE EN LA MINEUR, POUR PIANO, DE M. TH. 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L'auteur n'a pas cru devoir rien écrire qui cor-\nresponde au scherzo de la sonate classique. Un premier morceau, allegro mode-\nrato con fuoco, un adagio, un finale, composent toute l'œuvre, pour laquelle le\ncompositeur n'a pas cru devoir non plus s'astreindre à la forme cyclique, actuel-\nlement fort à la mode chez nos symphonistes modernes.\nRemarque, au surplus, qui ne saurait constituer une critique, la forme cyclique\nne présentant pas toujours des avantages qui compensent suffisamment la con-\ntrainte qu'elle impose dans le choix des thèmes propres à fournir le développe*\nment de plusieurs morceaux. Dans la sonate de M. Th. Dubois, 1 unité paraît\nsolidement établie sans cet artifice ; bien que les trois parties puissent être con-\nsidérées isolément, le finale se relie directement à Yadagio par 1 introduc-\ntion, débutant dans le ton de cet adagio pour ramener ensuite, assez rapide-\nment, la tonalité principale.\nLa sonate est en la mineur. Sans prélude, sans introduction, sans préparation\nd'aucune sorte, le premier allegro débute par l'exposition, à 1 unisson, du thème\nprincipal, fortement rythmé, d'un caractère affirmatif et dominateur (A, ex. i°) i\n\nSONATE EN LA MINEUR, POUR PIANO, DE M. TH. DUBOIS."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "402", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.2", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 889, "texte": "Il s'enchaîne immédiatement à diverses formules mélodiques (B, ex. i°) qui,\noscillant entre les tonalités de si bémol et de la mineur, prépareront d'abord une\nrépétition du thème A, puis l'entrée des thèmes secondaires sur quoi est bâti le\ndéveloppement. Le premier de ces thèmes épisodiques, de caractère très mélo-\ndique, est présenté pour la première fois en si bémol, après une brève cadence\nen ré mineur. Il est immédiatement répété une tierce plus haut en ré majeur\n(ex. 2, C et C 2).\nLe deuxième thème secondaire, d'un mouvement plus retenu et d'une allure\nplus voisine de celle que les classiques donnent ordinairement au second thème\nd'un premier mouvement de sonate, apparaît alors (Ex. 3, D). Il est en mi\nmineur et s'accompagne d'une seconde partie, indépendante cependant mélodi-\nquement, mais unie à la précédente parla tonalité de mi mineur (ex. 3, E) :"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "403", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.3", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2078, "texte": "Contrairement à l'usage classique encore, M. Th. Dubois a tiré tout le déve-\nloppement de son premier morceau de ces thèmes secondaires C et D avec E. Le\nthème principal A ne reparaît (avant la grande reprise) qu'une seule fois, nulle-\nment transformé d'ailleurs, en ré mineur. Il garde donc partout le caractère\nd'une sorte d'introduction, contrastant, par sa forme immuable, avec les transfor-\nmations des autres thèmes. Et comme ces-thèmes (ceci d'ailleurs en conformité\navec les habitudes classiques) ont un caractère surtout mélodique, il s'en-\nsuit que ce développement apparaîtra partout beaucoup plus mélodique que\nrythmique. Et c'est là, sans que cette sonate affecte le moins du monde des\nprétentions révolutionnaires, ce qui la différencie le plus nettement des œuvres\nanciennes et l'apparente, malgré tout, aux compositions les plus modernes.\nRien ne démontre mieux, sans que cela soit, je pense, l'intention de l'auteur,\ncombien notre mentalité musicale diffère radicalement de celle des compositeurs\nque nous tenons pour classiques.\nCeci dit, avant de passer à Xadagio, il convient peut-être de faire remarquer\ncombien, après la reprise du thème A dans le ton initial, tout concourt rapide-\nment à la conclusion. La réapparition assez rapide des thèmes secondaires\nn'entraîne point, à proprement parler, de développements nouveaux. Il n'y a rien\nd'analogue à ce travailcomplémentaire que les classiques s'imposent ordinaire-\nment à cet endroit, au risque, trop souvent, de longueurs tantsoit peu fastidieuses\npropres à diminuer l'impression triomphante de la réapparition du motif prin-\ncipal.\nLa construction de Xadagio est, comme il convient, beaucoup plus simple. Ce\nmorceau est essentiellement constitué par l'exposition d'une phrase lente, large-\nment chantée etd'une belle allure beethovenienne, revenant à intervalles pério-\ndiques interrompre deux développements un peu différents, quoique apparentés\nde très près.\nVoici ce motif principal : dans le ton du morceau, à la tierce majeure au-\ndessous de la tonalité de Xallegro précédent."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "404", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.4", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1665, "texte": "La partie développée du morceau comporte les thèmes suivants dont le premier\nsurtout se réduit, en somme, à une figure mélodique et rythmique très courte\nrépétée à divers intervalles (ex. 5 B).\nLa première exposition de cette formule amène presque immédiatement le\nsecond thème, susceptible, celui-ci, d'effusions mélodiques plus prolongées et\nplus expressives (ex. 6 C).\nLe premier développement de ces deux thèmes à travers diverses tonalités\nramène la phrase du début, A, esquissée une première fois en si bémol avant de\ns'étendre en fa. Il est peut-être permis de trouver que cette simple transposition\naffaiblit un peu l'effet de la réapparition de ce beau motif. Quoi qu'il en soit,\nsuccèdent à ce thème de nouvelles transformations du motif B, traité cette fois-ci\nseul. Puis un rappel du début de A concluant en fa, un souvenir du motif C très\nexpressif, et pour conclure, dans le grave, les premières mesures de A. Conclu-\nsion très simple et d'un grand effet.\nLe finale garde, au début, cette tonalité de fa sur quoi s'étagent de larges ac-\ncords. Bientôt résonne une quinte augmentée (do dièse). Les accords de fa\nreprennent suivis d'une sixte, ré.lls reprennent encore avec une sixte augmentée,\nré dièse. Le mouvement s'anime ; des traits rapides, de vigoureux accords sur-\ngissent... Et nous voici sur la dominante du ton principal, la mineur. Voici le\nschéma harmonique de cette transition, très heureuse, et qui relie parfaitement\nles deux morceaux :\nDe la dominante du ton, on retombe naturellement sur le thème principal du\nmorceau, d'un caractère vif et rythmé, assez proche, avec moins de force, de\ncelui du premier allegro :"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "405", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.5", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1296, "texte": "Il se continue naturellement par une expansion mélodique assez différente qui\nreparaîtra plus tard avec lui, toujours à sa suite :\nContrairement à ce qui s'était passé pour Y allegro, ce thème principal, avec\nson complément, contribue pour une large part au développement général, non\nseulement en contrastant avec les autres motifs, mais encore par les diverses\ntransformations qu'il subit. Il est traité, à ce point de vue, exactement comme les\nthèmes secondaires, ici assez nombreux et très nettement caractérisés dont il\nsera suffisant de dresser la liste :\nlequel est ordinairement suivi de ce complément mélodique :\nUn autre, très nettement rythmé, vient ensuite :\nqui s'épanouit à son tour sous une forme alanguie et expressive, contrastant\nheureusement avec la vigueur de la première partie.\nIl est superflu de faire remarquer que cette riche moisson mélodique de six\nthèmes (un principal, deux secondaires, chacun avec un motif complémentaire\nd'égale importance) suffit amplement à bâtir un morceau développé sans s as-\ntreindre à de trop minutieuses transformations. Aucontraire, une pareille abon-\ndance risquerait de disperser l'attention au détriment de l'unité d'ensemble, si le\ncompositeur ne prenait soin, comme ici, d'élire des motifs mélodiques assez étroi-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "406", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.6", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3714, "texte": "tement apparentés, au moins pour la plupart d'entre eux. L'effet de ce finale\ndemeure donc excellent dans sa variété Et s'il est permis de préférer la majesté\net la profondeur de Y adagio, il convient de reconnaître qu'aucun morceau, dans\ncette sonate, ne lui est assez notablement inférieur pour altérer la belle tenue\nd'une œuvre qui peut compter parmi les\" meilleures de M. Th. Dubois, et qui a\nune très haute valeur. J'en ai indiqué la structure ; mais le reste, le charme,\nla poésie, le sentiment, très personnels ici, ne s'analyse pas.\nM. ANDRÉ GAILHARD ; M. LENEPVEU. Si les concerts chôment en juin et\nen juillet, les jeunes compositeurs et artistes qui sont l'espérance de l'avenir ont\nà se donner tout entiers, durant cette période où tant de gens songent moins au\ntravail qu'au repos : avec les concours d'harmonie, où triomphent les élèves de\nM. Lavignac, ceux de contrepoint où M. Gédalge reste un maître incontesté,\net les concours d'orgue sur lesquels plane l'image vénérable de M. Guilmant,\nil y a la grande épreuve de composition musicale pour l'attribution du prix de\nRome. C'est l'lnstitut qui donnele prix, mais c'est le Conservatoire qui le prépare.\nEn adressant nos plus vifs compliments à M- André Gailhard, fils de l'ancien\ndirecteur de l'Opéra, qui vient d'obtenir la récompense suprême, nous tenons à\nrendre hommage à son maître, M. Lenepveu. C'est, dans l'art contemporain, une\nfigure singulièrement originale que celle de ce compositeur émérite, aussi admi-\nrable par son enseignement et son talent que par le dévouement paternel qu'il\nprodigue à ses élèves. Je ne connais pas personnellement M. Lenepveu. J'ima-\ngine qu'il se tient à l'écart du bruit, de la réclame et de la bataille, par regret de\nvoir le goût public perverti et comme empoisonné pardes œuvres qui ne s'accor-\ndent pas avec l'idéal qui est le sien, et qu'il a réalisé dans des œuvres de haute\nvaleur ; mais il a choisi non peut-être sans arrière-pensée militante un\nrôle qui est beau et brillant entre tous. Au lieu d'écrire des compositions,\nil crée des compositeurs ; il maintient la tradition des grands principes de l'art.\nIl reste modestement dans la coulisse ; mais il donne mouvement et vie à ceux\nqui affrontent les feux de la rampe, et tient tous les fils dans sa main. Voilà\nlongtemps que, chaque année, les « prix de Rome » sortent de sa classe. 11 ne\nrègne pas, mais il est, comme dirait Bergerat, faiseur de rois ; peut-être cela\nest-il encore plus beau que de s'asseoir sur le trône. En tout cas, la fonction de\nM. Lenepveu est une des plus utiles de notre temps. Au moment où les forces\nrévolutionnaires et anarchistes envahissent l'art musical, il est bon qu'on leur\noppose des forces conservatrices, pour tâcher d'obtenir une sorte d'équilibre...\nCONCOURS DU CONSERVATOIRE. CHANT. Le concours des hommes (20 can-\ndidats) a été faible, sensiblement inférieur à ceux des quinze dernières années ;\nM. Paulet, avec un fragment d'Alceste, a obtenu un premier prix ; MM. Vaurs\n(air du Polyeucte de Gounod), M. Tessier (air d'Eliede Mendelssohn), ont eu un\nsecond prix. Ce sont de bons élèves. Il est fâcheux que les belles voix et les\ntempéraments artistiques pleins de promesse deviennent plus en plus rares !\nLe concours des femmes a été meilleur, avec de graves lacunes. Dans ce\nconcours, qui est un point terminus des études, on entend des voix qui ne sont\npas encore posées ; des voix qui crient au lieu de chanter, et parfois, on prend\navec les textes musicaux (ex. l'air de « Sombres forêts » dans Guillaume Tell) des\nlibertés que nous croyions enfin interdites ! Il y a eu du mauvais, il y a eu du\nbon, et même de l'excellent. Tout cela tait une moyenne satisfaisante. La somme"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "407", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.7", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3676, "texte": "de travail préparatoire semble avoir été très sérieuse, mais trop dirigée vers\nle gros effet, sans une attention suffisante aux principes élémentaires du chant.\nLe succès de la journée a été pour Mllc Raveau qui, concourant pour la pre-\nmière fois, a chanté de façon saisissante, avec une grande unité de style, la\nCloche de Saint-Saëns. Habituellement, on tire de cette mélodie un effet de force\net d ampleur ; Mllc Raveau l'a dite —et il faut en féliciter son professeur avec\nune douceur expressive et quasi mystique. Elle n'a pas donné d'intensité banale\na la cadence du morceau (... dans le ciel), ce qui est très méritoire ; et le redou-\ntable passage qui exige de la chanteuse une extraordinaire tenue du souffle a\nété souligné par les ovations du public. La voix est bien posée, juste et de\ntimbre fort agréable. Je signalerai aussi une élève de Mme Caron qui a dit avec\nadresse Y Air avec variations de Rode, si difficile.\nTrente-cinq concurrentes!... Trente-cinq voix dont il a fallu apprécier et\ncomparer les mérites. Deux premiers prix (Mme Gachery et Mlle Raveau), quatre\nseconds (Mlles Kaiser, Le Senne, Gustin et Bourdon), quatre premiers accessits\n(Mlles Pradier, Amoretti, Billard et Mme Delisle), cinq seconds (Mlles Daumas,\nRénaux, Delavoine, G. Demougeot, Fraisse).\nParmi les morceaux choisis, six de Gluck, quatre de Mozart, quatre de Weber,\ncinq de Haendel, deux de Haydn, deux de Beethoven, un de Rameau, un de\nLulli, deux de Sacchini, etc. Les modernes, qui jadis fournissaient la presque\ntotalité des airs, ne sont plus représentés que par deux morceaux de Rossini, un\nd'Ambroise Thomas et une mélodie de Saint-Saëns. Ce qu'on appelle aujour-\nd'hui la « musicalité » ne peut que gagner à cette école qui développe sans\naucun doute l'intelligence artistique et la qualité de déclamation lyrique, d'arti-\nculation et de style ; et cependant il ne faut pas proscrire la musique à couplets\net à roulades, celle d un Sacchini ou d'un Haendel. Elle comporte des qualités\nd'interprétation, de légèreté et de finesse qui chez certains sujets méritent, à\ndéfaut d'autres, d'être particulièrement cultivées. Le public, même ce public\nartiste et averti qui afflue aux concours de fin d'année (mais, comme a dit\nChampfort, combien faut-il de sots pour faire un public ?) y prend un réel\nplaisir.\nQui dira la part qui revient au choix du morceau dans le succès de chaque\nélève, et la part qui revient à la comparaison, au contraste dans le succès du\nmorceau lui-même r Qui dira aussi par quelle méthode précise ou par quel\ninstinct supérieur le jury, où dominent sinon les chanteurs, au moins les musi-\nciens, parvient à peser exactement et comparer ensuite les mérites de chacun ?\nTelle concurrente a la chance d'interpréter une musique moderne, d'ailleurs\nfacile à comprendre et à faire comprendre, après une série d'oeuvres anciennes,\nde caractère et de style ardus et d'exécution très difficile. Telle autre a des into-\nnations douteuses ; faut-il les imputer à l'émotion ou à une insensibilité\nincurable de l'oreille ? Et par quel effort de jugement et de volonté le jury\npourra-t-il conserver assez vives les impressions éprouvées au début d'une\nséance de quatre ou cinq heures pour les rapprocher, même avec le secours de\nquelques notes, des impressions de la fin de la journée ? Ces réflexions et d autres\npareilles nous venaient à l'esprit pendant la délibération du jury. Et quand les\nnoms des élues ont été proclamés, nous avons pu éprouver quelques étonne-\nments ou quelques regrets, mais nous avons été obligés de reconnaître que les\ndécisions prises ne soulevaient aucun reproche grave, et qu elles étaient confor-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "408", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.8", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3214, "texte": "mes à l'opinion delà grande majorité du public. C'est une confirmation dont il\nfaut bien tenir compte.\nPIANO (FEMMES). Le morceau imposé pour le concours de piano était le\n2e concerto de Saint-Saëns, œuvre brillante, d'une poésie pleine de charme,\ndifficile, mais sans abus de virtuosité inutile, que je me rappelle avoir\nentendue aux Concerts Pasdeloup... et qui est hautement appréciée de tous\nles musiciens dignes de ce nom. Les élèves du Conservatoire ne nous en ont\ndonné qu'un arrangement de circonstance. Le concerto est écrit, bien entendu,\npour piano et orchestre ; il en existe une édition à 2 pianos où la seconde partie\nremplace l'orchestre : c'est cette version qui a été utilisée, avec une combinaison\nqui réduit parfois les deux parties en une seule, et supprime un cinquième envi-\nron du premier mouvement par des coupures inégales et pas toujours heu-\nreuses. Si l'auteur a été consulté avant ces tripatouillages, et s'il y a consenti,\nje n'ai rien à dire.\nCe concours a été très fort. Que de travail î Combien de talent précoce chez\nces jeunes filles ! Les plus frêles d'apparence ont une énergie singulière, et\ndes doigts, « des doigts » à miracle î Un des premiers prix, les plus remarqués,\nest Mlle Lewinsohn, qui a 12 ans 9 mois, et qui, après avoir magnifiquement\njoué le concerto de Saint-Saëns, a déchiffré impeccablement une page assez\njolie, dissonante et mignarde, de M. Pierné. Mlle Déroché qui a fait grande\nimpression (ier prix aussi) n'a pas 14 ans, et Mlle Guller (2e prix) a treize ans!\nEt sauf quelques très rares exceptions, tout le reste\nexcellent ou très bon. Voilà qui est admirable. Comme observation critique, je\nme bornerai à rappeler que les traits d'agilité ne trouvent grâce devant le public\nqu'à une condition : c'est d'être exécutés nettement et sans pédale. La recherche\nde l'effet pousse certains pianistes à taper fort et à brouiller les notes, comme\ncertains chanteurs à crier...\nOPÉRA COMIQUE. Voici un concours un peu pénible pour l'auditeur, et\nsingulièrement difficile pour les concurrents : pénible parce qu'il fait repasser\ndevant nos yeux, sans décors, sans costumes et avec un piano pour orchestre,\ndes scènes tiès connues, qui n ont pas toutes une haute valeur artistique 5 diffi-\ncile, cai, poui jouei la comédie lyrique, il faut de 1 aisance, de l'autorité, qua-\nlités que n ont pas encore les élèves du Conservatoire. Ajoutez que beaucoup\nd'entre eux, originaires du Midi, sont obligés de se faire un langage artificiel\navec un « accent » spécial, pour ne pas choquer sur une scène de Paris, ce qui\nles iend paifois comiques autrement qu ils ne voulaient ; ajoutez aussi que le\nprogiamme s est îcssenti de la mode du jour qui met le noir mélodrame sur\nle même lang que la comédie, et oblige les acteurs à abandonner trop souvent\nle chant poui le ai , ajoutez enfin que cette séance fut très longue ! jugez-en par\ncette liste à laquelle puisqu il s'agit du « genre national » par excellence\nje ferai les honneurs de la reproduction intégrale :\nMANON, ler ACTE. (M. MASSENET.)\n1. Mlle MÉNARD 21.9 Rôle de MANON.\nRéplique : M. PAULET.\nLE PARDON DE PLOERMEL, jer ACTE, (MEYERBEER.)\n2. M. COULOMB 23.5 Rôle de CORENTIN."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "409", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.9", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1575, "texte": "JEAN DE NIVELLE, I®R ACTE, (LÉO DELIBES.)\n3. Mlle PRADIER 22.3 Rôle CI'ARLETTE.\nRépliques :M. PAULET et MLLE CÉBRON-NORBENS.\nSAPHO, 4e ACTE, (MASSENET.)\n4M. TARÉRIA 25.9 Rôle de JEAN GAUSSIN.\nRépliques : M. AUDIGER.\nMLLTS CÉBRON-NORBENS, DUVERNAY\net PRADIE.\nLES NOCES DE JEANNETTE, (VICTOR MASSÉ.)\n5. M. BELLET. ..... 25.11 Rôle de JEAN.\nRéplique : M,le AMORETTI.\nWERTHER, 3e ACTE, (MASSENET.)\n6. MUe GUSTIN 25.10 Rôle de CHARLOTTE.\nRéplique : MLLE CHANTAL.\nMANON, 2e ACTE, (MASSENET.)\n7. M. FÉLISAZ. . . . . . 26.11 Rôle de DES GRIEUX. «\nRéplique : Mlle LAMBERT.\nLES NOCES DE FIGARO, 2E ACTE, (MOZART.)\n8. MUe JURAND 23.10 Rôle de SUZANNE.\n2e accessit en 1907.\nRépliques : MLLES CHANTAL et GUSTIN .\nCAVALLERIA RUSTICANA. (MASCAGNI.)\n9. M'lo DUVERNAY. . . . . 24.10 Rôle de SANTUZZA.\nRépliques : M. TARÉRIA.\nMlles DEMOUGEOT (Gabrielle)\net GUSTIN.\nWERTHER, 3e ACTE. (M. MASSENET.)\n10. MEIC GARCHERY 23.1 Rôle de CHARLOTTE.\nler accessit en 1907.\nRéplique : Mlle AMORETTI.\nMIREILLE, 2E ACTE, (GOUNOD.)\n11. M. AUDIGER 26.1 Rôle de RAMON.\na concouru en 1907.\nRépliques ; MM. VILLARET, COMBES, ANCELIN.\nMLLES ROBUR et DUVERNAY. /\nCARMEN, lERIER ACTE. (G. BIZET.)\n12. MUE DEMOUGEOT (Gabrielle) 21.11 Rôle de CARMEN.\nier accessit en 1907.\nRépliques : MM. TARÉRIA, VILLARET.\nMLLES DEVRIÈS et Mme RÉNAUX.\nLA VIE DE BOHÈME, 3E ACTE, (PUCCINI.)\n13. Mlle CHANTAL. .... 22.7 Rôle de MIMI.\nRépliques : MM. PAULET , VILLARET et\nML,E JURAND.\nLOUISE, 3e ACTE, (CHARPENTIER.)\n14. Mlle ROBUR 24.3 Rôle de LOUISE.\nler accessit en 1907.\nRéplique : MLLE TARÉRIA."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "410", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.10", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1998, "texte": "LE BARBIER DE SÉVILLE, lER ACTE, (ROSSINI.)\n15. M. PONZIO 25.4 Rôle de EIGARO,\n2E accessit en 1907.\nRéplique : M. ANCEL'N.\nAPHRODITE, ier ACTE. (c. ERLANGER.)\n16. MLLE CÉBRON-NORBENS. . 20.3 Rôle de CHRYSIS.\n2E accessit en 1907.\nRéplique: M. TARÉRIA.\nMANON, 1°R ACTE, (MASSENET.)\n17. MUE LAMBERT 21.5 Rôle de MANON.\nRéplique : M. COULOMB.\nCARMEN, 2E ACTE, (BIZET.)\n18. M. LALOYE 21.5 Rôle de DON JOSÉ.\nRéplique : M,NC GARCHERY.\nLE ROI L'A DIT. (LÉO DELIBES.)\n19. M. VILLARET 23.9 Rôle du MARQUIS DE MONCONTOUR.\nRépliques ;M. PAULET, MUO ROBUR, DEMOU-\nGEOT (Gabrielle).\nMLLES CHANTAL, CÉBRONS-NORBENS et\nDEVRIÈS.\nLE BARBIER DE SÉVILLE, 2E ACTE, (ROSSINI.)\n20. M. VAURS 26.10 Rôle de BARTHOLO.\nler accessit en 1907.\n21. M. DUPRÉ (Pierre) . . . 23.11 Rôle de BASILE.\nRéplique : M,le LAMBERT.\nLA TOSCA, 2E ACTE, (PUCCINI.)\n22. M. COMBES 28.4 Rôle de SCARPIA.\nRéplique : MM. AUDIGER, RAULEF.\nMUE CÉBRON-NORBENS.\nWERTHER, 3e ACTE, (MASSENET.)\n23. M'ie RAVEAU (Alice). . . 20.10 Rôle de CHARLOTTE.\nRéplique ; MME MATHIEU-LUTZ.\nL'ÉPREUVE VILLAGEOISE, (GRÉTRY.)\n24 M. PAULET 21. i Rôle d'ANDRÉ.\nRéplique : Mlle DEMOUGEOT (Gabrielle).\nHÀNSEL ET GRETEL, IEI* ACTE, (HUMPERDINK.)\n25. Mlte AMORETTI 22.11 Rôle de GRETEL.\na concouru en 1907.\nRéplique : MUE CIIANTAL.\nDans son ensemble, le concours a été médiocre, et il ne pouvait en être autre-\nment, pour des raisons diverses. Dépouillées de tout ce qui leur donne un peu\nd'éclat dans les représentations ordinaires, certaines scènes (comme celle du\nPardon de Ploèrmel, ier acte) sont d'une pauvreté musicale ahurissante !... Dans\nAphrodite, Mlle Cébron-Norbens a voulu forcer le succès par le charme savant\net la transparence d'un costume qu'autorisait le rôle très voluptueux de Chrysis ;\nmais l'art du costume entre-t-il en ligne de compte? En ce cas, les noms des\nmodistes devraient figurer au palmarès ! Mlle Demougeot, sœur de l'artiste de\nl'Opéra, a beaucoup plu dans une scène de Carmen, où elle a de la grâce et du"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "411", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.11", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3556, "texte": "piquant, avec une voix très juste, et M. Ponzio, dont nous avions apprécié la\nrondeur [ceci sans plaisanterie !) en 1907, a très bien dit l'air du Barbier. Dans\nles œuvres très méloLamatiques, comme Cavalleria, l'impression fat plutôt\npénible.\nPIANO (HOMMES). Le morceau de concours était la 4e ballade de Chopin,\nœuvre de haute poésie romantique, de grande fantaisie et de sentiment profond.\nPour jouer convenablement cela, il faut procéder comme l'acteur qui veut inter-\npréter un rôle dans un drame de Shakespeare ou d'Hugo : faire la synthèse du\npersonnage et faire sentir partout Y unité du caractère, au lieu de juxtaposer des\ndétails minutieusement étudiés. Je souligne, car cette qualité, qui consiste à saisir\net à exprimer le caractère d'un ensemble, est la vraie qualité de l'artiste. Trop\nd'élèves raffinent sur les menues choses et font des effets quelconques sans\nparaître comprendre le sens général du morceau 1 Cependant malgré cette\nréserve le concours fut très bon. J'ai particulièrement remarqué un pianiste\ngrec de 14 ans, Eustratiou, élève de M. Diémer : c'est un tempérament d'artiste ;\nil chante intérieurement; il vit ce qu'il joue; il a fait la synthèse dont je parlais.\nIl faut signaler aussi le mérite très sérieux de MM. Trillat, Gayraud (premier\nprix), Gallou, Gaunlett (2e prix), Moretti, Schmidt, Schwaab (accessits). Le\nmorceau de déchiffrage était une brève composition entortillée, un peu pénible,\navec une construction rythmique peu claire, de M. Widor. Presque tous les\ncandidats l'ont jouée avec une exactitude matérielle impeccable, mais sans\nparaître comprendre ce qu'ils jouaient ; ils sont excusables.\nHARPE CHROMATIQUE ET HARPE A PÉDALES. La harpe chromatique, de l'avis\nunanime des auditeurs, a fait excellente figure. C'est un instrument qu'il\nserait déplorable de voir disparaître du Conservatoire de Paris, et nous espérons\nbien que M. Gaston Doumergue, avec son habituelle impartialité, saura se\nplacer au-dessus de rivalités mesquines pour garantir à deux instruments\ndifférents, mais non exclusifs l'un de l'autre, un régime d'entière liberté. Nous ne\nsommes plus à l époque des privilèges, comme au temps de Lulli, et le concours\nd'hier vient de prouver une fois de plus que la harpe à pédales pouvait conti-\nnuer à vivre à côté de la harpe chromatique. Les virtuoses choisiront. Le morceau\nde concours, pour la harpe chromatique, était, une fantaisie brillante, sur-\nchargée de difficultés, du regretté Pfeiffer. Le morceau de lecture à vue, écrit par\nM. Lavignac, était également très difficile. Les élèves de Mme Tassu-Spencer\nont fait honneur à la classe de ce professeur éminent : après une exécution pleine\nde charme et d'une sûreté merveilleuse, M. Mulot et Mlle Chalot deux\nenfants ! ont obtenu un premier prix. Nous espérions mieux qu un premier\naccessit pour Mlle Montmartin, qui ade très réelles qualités de virtuose et de\nmusicienne.\nPour la harpe à pédales, le morceau de concours, agréable mais un peu banal,\nétait dû à M. Galeotti. Il y eut quelques cordes cassées ; nul n'a le privilège\nde ces incidents ; mais il y eut aussi des élèves de sérieuse valeur. Mlles Pierre\nPetit, Delgado-Perez et Laggé, Inghelbrecht, Dretz et Gaulier. Lan dernier,\nun compositeur avancé qui se pique de «justice » mais qui n est pas toujours\nimpartial, exaltait la harpe à pédales (au détriment de 1 autre, bien entendu), à\ncause de ses « fusées de notes », du glissando poétique (?) qu on opère sut\nle plan unique de ses cordes. Cette année, les amateurs du glissando que"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "412", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.12", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3131, "texte": "je tiens pour antimusical ont dû être satisfaits. Sur la harpe chromatique\ncomme sur la harpe à pédales, nous avons eu des fusées de notes en glissando.\nVoilà qui est rassurant pour l'avenir de la musique.\nCONCOURS DE CONTREBASSE, VIOLONCELLE ET ALTO. —Entre autres traditions,\nle Conservatoire de musique perpétue celle qui consiste à ouvrir la série des\nconcours publics par les instruments graves de la famille des archets et des\ncordes : c'est la journée des joies austères.\nOr donc, le samedi 4 juillet, le jury, qui, sous la présidence coutumière de\nM. Gabriel Fauré, réunissait les compétences diverses de MM. E. Colonne,\nXavier Leroux, G. Caussade, E. de Bailly, J. Salmon, P. Chavy, L. Fournier,\nHasselmans, A. Bruneau et R. Schidenhelm, fit comparaître le premier contre-\nbassiste sur le coup de neuf heures et, quand le dernier de la série eut achevé la\nfantaisie, assez fantaisiste, de M. E- Ratez, on eut assez nettement l'impression\nde ce qui allait se produire, c'est qu'une juste sévérité ne trouverait pas matière\nà premier prix. Ainsi décida le jury. Le concours nous a semblé gris et monotone,\nsans relief. Est-ce la faute à l'instrument ? Au morceau de concours > aux con-\ncurrents ?\nRépétons ici une fin d'hexamètre virgilien: Paulo majora canamus, et passons\nau violoncelle. Le concours de cette année, qui se jouait sur le concerto de\nSchumann, mit en avant la personnalité artistique de M. Vaugeois, un virtuose\nde demain, dont les quinze ans s'unirent aux dix-sept ans de M. Mas dans le\npartage d'un premier prix. Ensuite comment le jury s y prit pour attribuer dans\nle lot des autres concurrents seconds prix et accessits, c'est ce que nous ne sau-\nrions dire. Nous croyons que son choix fut juste ; au reste le public s y rangea.\nMontons encore une octave et arrivons au domaine des altistes A notre sens,\nleur concours aura été le clou delà journée. La classe de M. Laforge présentait\nsix concurrents : il y eut six récompenses, motivées par l'exécution du Concert-\nstïick de M. Enesco et un morceau de lecture à vue de M. Xavier Leroux. Nous\ndevons dire que ce tournoi artistique avait quelque chose de particulièrement\nattachant, chaque concurrent apportant sa note personnelle, son individualité artis-\ntique, sa manière propre de comprendre et d'interpréter l'oeuvre de M. Enesco.\nTrois premiers prix à l'unanimité : M. Rousseau, un beau tempérament de\nvirtuose, domine l'ensemble ; la sonorité est chaude et généreuse ; 1 artiste s im-\npose. A ses côtés, plus modestes, mais tout aussi solides à leur poste, Mlle Du-\nmont et M. Taine. M. Barrier fît preuve d'une réelle personnalité: à l'unanimité,\nle jury lui décerne un second prix. Enfin les qualités de charme et d'élégance\nqui caractérisent M. Mayena le désignèrent pour un premier accessit, tandis que\nMlle Desnoyers jeu égal et modeste dut se contenter d'un second.\nAu reste, voici la nomenclature des récompenses en ce jour :\nCONTREBASSE\nClasse de M. CHARPENTIER.\nMorceau de concours et de lecture à vue de M. E. RATEZ.\nLe jury ne décerne pas de premier prix.\nDEUXIÈMES PRIX.\nMM. Dumont, Juste et Anrès."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "413", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.13", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1730, "texte": "PREMIER ACCESSIT\n- M. Leuliet, à l'unanimité.\nALTO\nClasse de M. LAFORGE.\nMorceau de concours : Concertstûck, de G. ENESCO.\nMorceau de lecture à vue de M. XAVIER LEROUX.\nPREMIERS PRIX\nxM. Rousseau, Mlle Dumont et M. Taine, à l'unanimité.\nDEUXIÈME PRIX\nM. Barrier, à l'unanimité.\nPREMIER ACCESSIT\nM. Mayeux.\nDEUXIÈME ACCESSIT\nMlle Desnoyers. /\nVIOLONCELLE\nt*. * . *\n*\nMorceau de concours : Concerto de SCHUMANN.\nMorceau de lecture à vue de PAUL VIDAL.\nPREMIERS PRIX\nM. Paul Mas, élève de M. Cros Saint-Ange.\nM. Vaugeois, élève de M. Cros Saint-Ange.\nSECONDS PRIX\nM. Pierre Jamin, élève de M. Loëb.\nM. Ruyssen, élève de M. Loèb.\nPREMIERS ACCESSITS\nM. Challet, élève de M. Cros Saint-Ange.\nM. Dussol, élève de M. Cros Saint-Ange.\nM. Dumont, élève de M. Loëb.\nSECONDS ACCESSITS\n4 M. Maréchal, élève de M. Loëb.\nM. Mangot, élève de M. Loëb.\nM. Alaux, élève de M. Loëb.\nM. Roger Martin, élève de M. Cros Saint-Ange.\nCONCOURS DE VIOLON. — Vingt-huit candidats ou candidates, entre lesquels le\njury a partagé 4 premiers prix (M. Michelon,M. Carembat, Mlle Wolff et M1,e Tal-\nluel ; à noter que M. Carembat concourait pour la première fois) ; quatre se-\nconds prix (M1,e Roussel, également à son premier concours, MM. Tinlot, Poir-\nrier et Brettly), cinq premiers accessits (MM. Cornette, Hémery, premier con-\ncours), Mlles Goyon et de la Hardrouyères, M. Olmagu), enfin quatre seconds\naccessits (M. Duran, Mlles Elwell et Didier, M. Villain).\nLe morceau imposé était le concerto (op. 53) de Dvorak. Le morceau de\nlecture à vue (un quatre temps, andante) était dû à M. Albert Bertelm, qui 1\nvait hérissé de notes diésées ou bémolisées, plutôt que de coups d archet diffi-\nciles ou de doigtés compliqués."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "414", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.14", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3498, "texte": "L ensemble du concours donne lieu de constater que l'enseignement du vio-\nlon est poussé à un degré de perfection remarquable, et que dans les quatre\nclasses, il y a une émulation qui rend bien difficile de faire un choix et de\nformuler des préférences. Comment a pu procéder le jury, par quels moyens de\nnotation et de comparaison, pour faire son office et prononcer des jugements\nélection et élimination fondés sur la justice et l'équité ? Nous nous le deman-\ndions avec angoisse avant, comme après la proclamation des récompenses.\nUne des premières qualités du violoniste, disons la première, est la qualité de\nl'archet ; car des mains gauches habiles et brillantes, vigoureuses et agiles à la\nfois on en rencontre en grand nombre. C'est par le bras droit que le violoniste\naffirme sa personnalité, traduit sa pensée et son interprétation de la musique,\npasse de la catégorie des élèves dans le cénacle des maîtres. Il a paru hier que\nle jury avait un peu méconnu ce principe et n'y avait point toujours conformé ses\njugements. Quelques lauréats sont possesseurs d'un bras droit qui ne leur per-\nmettra jamais de s'élever au-dessus du vulgaire ; d'autres, au contraire (en tête\ndesquels nous placerons M. Allard), ont des qualités d'archet et de son qui\nauraient dû leur attirer les faveurs d'un aéropage éclairé. Il est vrai que si\néclairé fût-il, l'aréopage a pu commettre des oublis, et se laisser aller par mo-\nments à une douce somnolence ou à une poétique rêverie. Entendre vingt-huit\nfois de suite le même solo de violon, et vingt-huit fois la même page de déchif-\nfrage, est une corvée qui est dure, surtout pour des esprits délicats et des intelli-\ngences d'artistes. Il faut être du métier, non pas seulement de la musique, mais\ndu violon, l'avoir étudié au point de vue technique, l'aimer passionnément,\npour supporter une pareille épreuve, et encore, pour qui veut faire son devoir\njusqu'au bout, il faut être inaccessible... à l'intrigue I\nVIENNENT DE PARAÎTRE :\nŒuvres en prose de Richard Wagner, traduites en français par J.-G. Prod'-\nhomme et F. Holl, tome second des Gesammelte Schriften, i vol., chez Dela-\ngrave, 3 fr. 50.\nSchubert, par L.-A. Bourgault-Ducoudray ; Rameau, par Lionel de la Lau-\nrencie ; Boïeldieu, par L. Augé de Lassus. Ces 3 vol. dans la collection des\n« Musiciens célèbres » (Laurens).\nL\"Almanach des.spectacles par Alfred Soubies, année 1907 (Flammarion).\nLES CHORALES DANS LES LYCÉES DE JEUNES FILLES. Récemment, dans le\ngrand amphithéâtre de la Sorbonne, il y eut deux grands concerts : l'un donné\npar la chorale des lycées de jeunes filles de Paris (700 exécutantes), l'autre donné\npar la chorale du lycée Fénelon seul (180 exécutantes environ), sous la direction\neffective de M. Gabriel Pierné, chef d'orchestre. La Revue musicale, sachant que\nje me suis spécialement consacrée à l'enseignement de la diction et du chant, a\nbien voulu me demander quelques impressions et idées générales. Je m'en\nacquitte bien volontiers, sans revenir sur le détail de charmantes exécutions\ndont le compte rendu a été donné ici même.\nC'est une bonne et heureuse innovation d'avoir créé des chorales dans les\nlycées de jeunes filles. L'esprit féminin, plus souple, plus spontané, plus brillant\nque l'esprit masculin, est servi par des organes délicats et frêles qui risque-\nraient de s'épuiser rapidement, au détriment de la vie féminine future, sous l'in-\nfluence d'un surmenage intellectuel continu. Le chant, la diction, viennent"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "415", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.15", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3193, "texte": "apporter la distraction voulue, la gymnastique pulmonaire nécessaire. Non pas\nque cette gymnastique soit inutile aux hommes ; mais elle s'impose moins,\nparce que, quant à présent, les filles ne sont pas fatalement destinées, comme\nleurs frères, à exercer rapidement un métier. Par conséquent beaucoup d'entre\nelles consacreront à la musique les heures que les collégiens emploient à des\nrépétitions multiples dans le but d'arriver bons premiers à cette course que la\nconcurrence pour la vie rend obligatoire. Les chorales devraient englober tous\nles enfants, quelles que soient leurs aptitudes ; effectivement, il ne s'agit pas ici\nde créer deschœurs artistiques comme à l'Opéra, et par conséquent d'opérer une\nsélection forcée. Il s'agit de développer les poumons et les goûts artistiques de\ntous les enfants, et particulièrement de ceux qui, étant peu doués, ont besoin de\nplus d'exercices, de plus de conseils. Ce qu'il serait nécessaire de reviser, c'est\nl'âge moyen qu'il convient d'adopter pour les choristes. De 6 à 12 ou 13 ans, et\nà partir de 75ans, il n'y a ordinairement aucun inconvénient à développer la voix.\nMais de 13 à 15 ans il vaudrait mieux se contenter de travailler la pronon-\nciation, les agglomérations de voyelles ou de consonnes difficiles, la mesure, le\nphrasé musical, que le solfège ou le chant. Les jeunes filles se forment à ce\nmoment, la voix mue, et le repos vocal est indispensable.\nActuellement, quelle est la situation des chorales dans les lycées de jeunes\nfilles ? Les enfants peuvent être choisies à partir de 13 ans pour la chorale exté-\nrieure et de 6 ou 7 ans pour la chorale intérieure. Elles sont dirigées par un\nmaître ou une maîtresse de solfège. Or, pour qu'un ensemble marche d'accord,\nplusieurs conditions s'imposent. Une respiration moyenne réglée d'avance, qui\nconvienne aux souffles les plus courts. Un souffle pris sans brutalité pour ne pas\ndétonner. Une prononciation uniforme, de façon que les quantité de voyelles\nou l'explosion des consonnes ne se contrarie pas. Enfin, il faut à tout prix em-\npêcher les éclats de voix de certains enfants qui ont un goût désordonné pour\nléchant individuel, même dans les chœurs. Or tout cela peut être réduit en\nquelques maximes inscrites au tableau noir.\nPRINCIPES A INSCRIRE AU TABLEAU NOIR.\n1. — Tenez-vous debout en station hanchée.\n2. — Pas de vêtements serrés ; le corps et le col libres.\n3 . — Regardez le chef d'orchestre.\n4. — Tenez le cahier de la main gauche, un peu éloigné du visage.\n5. — Chantez ; ne criez pas.\n6. — Articulez nettement les consonnes. Pour les voyelles, ouvrez la bouche\ncomme dans la parole.\n7. — Ne traînez pas le son.\n8. — Ne prenez pas le son en-dessous.\n9. — Ne faites pas d'efforts ni de grimaces en chantant. Soyez simple.\n10. — Devenez bonnes musiciennes, si vous voulez plus tard être bonnes chan-\nteuses.\nDu reste, en attirant l'attention du maître de solfège sur les nécessités d une\nchorale, il comprendra de lui-même que son rôle n est plus seulement de faire\ndonner la notejuste et en mesure, maisencore de régler rigoureusement la mesure,\nles reprises, la prononciation communes, et de ne pas laisser ies empiétements"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "416", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.16", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "se produire, parce qu ils détruisent l'harmonie-de l'ensemble. Aux maîtres de\nchant pur et individuel, reviendra plus tard le soin de cultiver la voix dans le\nsens de l'étendue du timbre, de la légèreté de l'expression raffinée. Mais si le\nmaître de solfège ne veut pas être distancé, il doit s'occuper de fixer la mise de\nvoix en commun, la prononciation, les tenues de son, les forte et les diminuendo.\nUn morceau, avant d'être chanté, doit être parlé d'abord, puis parlé en mesure,\npuis expliqué comme expression, enfin étudié pour l'intonation seulement,\naprès avoir été dicté. Ces opérations terminées, on pourra joindre sans crainte\nla parole au chant et se passer au besoin de solfèges spéciaux. Une dernière con-\ndition est nécessaire : il faut donner des chœurs très faciles. Les chorales ne\nsont pas créées pour des individualités brillantes, pour des exceptions ; elles\nsont faites pour une masse qui, prise d'ensemble, a des aptitudes moyennes.\nPourquoi abuser des difficultés d'intonation, de mesures composées? L'essentiel\nest d'habituer les enfants à être très corrects et à ne pas perdre l'ensemble.\nQuand on arrive à ce résultat, on a fait beaucoup pour développer l'oreille et le\ngoût. Certains enfants ont une tendance à crier; la majorité ne chante pas, et se\ncontente d'ouvrir démesurément la bouche. Il faut exiger que les unes donnent\nmoins et les autres plus. L'ensemble s'en trouvera mieux. Il faut tenter aussi\nd'assouplir les nuances du forte au piano. Toujours trop ou trop peu ! Enfin se\ngarder comme du feu des morceaux passionnels qui troublent la limpidité de la\nvoix. Il faut, bien entendu, exiger des fillettes que la respiration ne soit pas gênée\npar le corset ou les vêtements. Pour les ensembles, quand le morceau est à peu\nprès su, elles doivent être debout, savoir autant que possible le morceau par\ncœur, pour regarderie chef d'orchestre. Se tenir en station hanchée pour chan-\nger de pied sans se fatiguer et rester gracieuses. Pas de contorsions de visage\nou de mouvements désordonnés du col à chaque note. Autant que possible le\ncou libre. Pas de cols qui l'emprisonnent. Nous dirons plus tard comment un\nmaître de chant, qui peut surveiller les élèves individuellement, doit arriver en\npeu de temps à un bon résultat, s'il fait un bon départ.\nNous résumons notre opinion sur les chorales en disant que là où il faut ins-\ntruire une masse et coordonner ses éléments, il faut que ces éléments restent\ntrès simples pour se combiner.\nDans les lycées de jeunes filles, on apprend l'anatomie du corps humain. Le\nprofesseur d'histoire naturelle aura soin d'indiquer aux enfants combien la con-\nnaissance du larynx et de l'appareil pulmonaire leur facilitera l'étude du chant.\n\nALIX LENOEL-ZEVORT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-07-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-07-15_01#c018", "volume": "bmtnabj_1908-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "416", "page_fin": "424", "image_debut": 16, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.2.2", "titre_corps": "Pierre Montan Berton (d'après le Journal de son fils, suite) DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE ET DU COMMENCEMENT DE LA RÉVOLUTION MUSICALE EN FRANCE.", "titre_sommaire": "Pierre Montan Berton (d'après le Journal de son fils, suite) DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE ET DU COMMENCEMENT DE LA RÉVOLUTION MUSICALE EN FRANCE.", "signature_source": "TRIAL, BERTON (I). 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Aussi Voltaire a-t-il pu écrire :"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "417", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.17", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3634, "texte": "Il faut se rendre à ce palais magique,\nOù les beaux vers, la Danse, la Musique,\nL'a/7 de tromper les yeux par les couleurs,\nL'art plus heureux de séduire les cœurs,\nDe cent plaisirs font un plaisir unique.\n/\nS il est viai que pai la longévité des œuvres on peut apprécier le mérite de\nleur conception, certes, celle qui présida à la fondation de notre grand Opéra fut\n(artistiquement parlant) une chose admirable, car c'est en 1646 que le cardinal\nMazarin fît inaugurer ce temple des Beaux-Arts! Nous sommes en 1837, et,\nmalgré les changements de gouvernements, la tempête révolutionnaire, l'impé-\nritie de certains directeurs, ce monument national ! ce monument unique ! est\nencore debout M! et plus brillant que jamais après 191 ans d'existence.\nVainement les souverains étrangers ont tenté de créer des théâtres semblables\ndans leurs Etats : malgré leur puissance, leur or, les copies sont toujours restées\nau-dessous du modèle ; quelques parties souvent y ont été égalées, mais jamais\ndans aucun de ces théâtres étrangers on n'a pu parvenir à atteindre cette perfec-\ntion, cet accord de chacune des parties dont en France se compose ce grand\ntout, et qui lui ont assuré la suprématie dont il jouit à juste titre dans l'opinion\nde toute l'Europe civilisée. Aussi, l'existence de notre Académie royale de\nmusique fut-elle considérée, par tous les gouvernements qui ont régi la France\ndepuis la fondation de cet établissement, comme une chose d'intérêt public, non\nseulement sous les rapports de gloire artistique, mais encore dans ceux de son\ninfluence politique et commerciale. Car il est notoire que presque tous les\nétrangers qui forment le projet de visiter dans le cours de leurs voyages notre\nbelle France, et surtout Paris, y sont attirés par le désir de connoître tous\nles monuments de science et d'arts que renferme cette illustre cité. Et l'on peut\naffirmer que notre grand Opéra est pour beaucoup dans l'atrait irrésistible qui\nleur fait y prolonger leur séjour. Aussi toutes les fois que le trésor royal se\ntrouvoit dans l'impossibilité de subvenir aux frais énormes et indispensables\nqu'exige la nature de cet établissement, tout le corps de ville s'est-il empressé\nde prendre l'Opéra à son compte, sachant combien le commerce de la ville de\nParis, et même, quoi qu'en aient voulu dire certains économistes, celui des pro-\nvinces, acquéroient de prospérité par le mouvement incessant des capitaux que\nle luxe nécessaire des représentations faisait verser dans le commerce (1).\nCette vérité a été reconnue par tous nos Rois, et même la Convention ! cette\nterrible Convention, dont la fièvre de nivellement ! de destruction ! s'étoit em-\nparé! n'a pu s'empêcher de respecter l'œuvre de Louis XIV. Elle s'est seulement\ncontentée de suprimer le titre d Académie royale de musique et de le remplacer\npar celui de Théâtre des Arts.\nSi elle n'avoit jamais fait plus de mal, nous ne prononcerions pas son nom\navec un souvenir d'effroy, et consentirions, peut-être, à écouter l'éloge de cer-\ntains membres de cette Assemblée qui, par leurs talens, leur énergique patrio-\ntisme, ont puissamment contribué à purger le sol français de la présence des\narmées étrangères... mais... mais... hélas ! je m'arrête. . Je ne suis qu'un ar-\n\n(1) Il y a là, évidemment, une exagération. L'Opéra offrit de tout temps un attrait certain, mais\nau xvme siècle cet attrait résidait particulièrement dans la partie chorégraphique. Au point de\nvue commercial, l'Opéra n'eut jamais beaucoup d'influence, car le luxe des représentations était\nfactice ; les fournisseurs attitrés étaient soumis à des réductions notables."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "418", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.18", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3770, "texte": "tiste. il me siérait donc fortmal de parler Révolution, car je n'entends\nrien à la première, crains la seconde et redoute sa sœur (1 \\ ce qui fait, cher lec-\nteur, que je retourne à mon cher Opéra. J'ai déjà dit que mon père prit possession\nde la place de maître de musique chef d orchestre à l'Académie royale de mu-\nsique sous la direction de M. Francœur. C étoit en 1 année 1757 (2)* Comme\nmon père étoit né en 1727, il avoit donc trente ans à cette époque. Son directeur,\nqui connaissoit son goût épuré et son savoir dans l'art de la composition musi-\ncale, le chargea de retoucher presque tous les anciens opéras que l'on remet-\ntoit en scène Les progrès qu'il avoit fait faire dans 1 exécution, tant aux\ninstrumentistes qu'aux chanteurs, permettoient de faire quelques tentatives pour\nassayer de tirer la musique françoise de 1 ornière dans laquelle on 1 avoit em-\nbourbée, par l'usage incessant d'une insipide psalmodie! qui n'étoit ni du chant\nni du récitatif, non comme celui de 1 ingénieux Lully ! qui, par la simplicité de\nses formes, sa vérité scénique, la religieuse observance des lois de la prosodie,\npourait encore maintenant servir de modèle en ce genre, mais par un prétendu\nrécitatif, contraint et presque mesuré, tantôt à 2, à 3 ou à 4 tems, et toujours\norné des fioritures de l'époque, flutés, perlés, trilles, port de voix, etc., etc., etc. Ce\nmauvais goût siégeoit alors à notre grand Opéra ; ses supots étoient d autant\nplus blâmables dans l'entêtement de leur statu quo, qu'ils ne pouvoient ignorer\nle pouvoir qu'a toujours sur les masses une mélodie suivie, accentuée et vérita-\nblement chantante, une riche harmonie, et surtout un rhytme constant et bien\naproprié aux sentimens, aux passions que l'on veut exprimer. La Mélodie, Y Har-\nmonie et le Rythme sont donc en musique une trinité indivisible ! et ce n'est\nqu'en en faisant un judicieux employ que le génie de nos grands compositeurs\nsut luy faire prendre rang parmi les Beaux Arts (3) !\nPourtant nos rétrogrades n'ignoraient pas entièrement les effets que l'on\npouvait obtenir par l'usage de ces moyens, car on en trouve quelques fois des\nexemples dans leurs œuvres, mais ce n'est jamais que dans les parties acces-\nsoires du drame, c'est-à-dire dans les airs de Danse, dans ce qu'on appeloit les\npetits airs, toujours chantés par les coryphées, ou bien dans les chœurs et dans\nles marches. Les situations les plus vives, les plus touchantes, les plus pathétiques,\nétoient le domaine exclusif de leur froid et lourd récitatif. C'est assurément de\ncette insipide psalmodie dont J.-J. a voulu parler, lorsqu'il dit que l'allure de\nla musique française lui semblait être celle d'une vache qui voudrait galoper.\nLe besoin des améliorations se fesoit d'autant plus sentir que déjà l'on\nconnoissoit en France le Stabat de Pergolèse et sa Serva padrona, opéra écrit\nen 1734, ainsi que les belles compositions des Hcendel, des Léo, des liasse, des\nDurante, des Scarlati, du célèbre Jomelli et de tant d'autres illustres maîtres,\ndont les œuvres fesaient l'ornement des bibliothèques musicales de toutes les\n\n(1) Berton parlait souvent par énigmes. Dans son esprit la sœur de la Révolution devait être\nla guillotine.\n(2) Voici une daie controuvée par les dires antérieurs de Berton et parles biographes lesplus\nautorisés. S il remplaça Boyer, mort en 1755, alors qu'il fut appelé par Francœur, Pierre Berton\naurait eu 28 ans et non 30.\n(3 Cette critique s'adressait plus particulièrement à Rameau et à ceux qui avaient travaillé selon\nses principes II s'agit bien là d'une opinion personnelle, car Pierre Berton était grand admirateur\nde Rameau, et il s'empoyla, comme directeur de l'Opéra, à remettre à la scène les principaux ou-\nvrages du maître de la musique française,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "419", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.19", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3584, "texte": "personnes douées de cet instinct qui fait apprécier les véritables beautés de cet\nart magique.\nMon père étoit possesseur d'une grande partie de ces chefs-d'œuvre en Ma-\nnuscrits, cadeaux que lui avoient fait deux illustres amateursde musique, le comte\nde Lauragitais et le comte d'Albaret. Comme il chantoit fort bien, c'est-à-dire en\ncompositeur, et qu'il accompagnoit encore mieux, il se plaisoit souvent à dire,\ndans les cercles d'amateurs, une grande partie des œuvres de ces Aristotes, de\nces Horaces de la véritable musique, à en analyser les beautés, et à en faire\napprécier tous les mérites.\nSi les philosophes du xvme siècle ont sçu par leurs écrits préparer les esprits\naux idées qui ont amené la réforme sociale, et engendré notre grande Révolu-\ntion ! je puis dire avec orgueil que je suis fils d'un homme qui, par son savoir\net la pureté de son goût, sut aussi préparer les esprits à notre Révolution musi-\ncale ! et lui forger des armes, pour l'aider à triompher, lorsque son heure serait\nvenue (i). Ce fut en 1776, le 18 d'avril, que l'on représenta pour la première fois\nI'/phigénie en Aulide de Gluck, et c'est de ce jour de triomphe harmonique, que\nl'on doit compter l'ère de cette grande Révolution artistique, c'est-à-dire 13 ans\navant celle de 1789. Elle n'a pas fait répandre autant de larmes que cette der-\nnière, mais elle a, ainsi qu'elle, donné naissance à de vives discussions, à une\npolémique acerbe, à des disputes passionnées, et même à une malédiction\npaternelle!!! car un certain M. de Gouges, Président au Parlement de Toulouse,\na déshérité son fils parce qu'il étoit l'un des séides les plus passionnés du\nGluckisme.\nLe fait est constant, et je puis l'affirmer, car, bien jeune encore, étant après\nle dîner dans le salon, j'entendis raconter à Gluck ce fait par l'exilé lui-même.\nAlors son père avoit cessé d'exister, et ce malheur lui avoit rendu la liberté, mais\nnon sa fortune. Il revenoit d'Egypte, où il avoit, dans la ville du Caire, été forcé,\npour tâcher d'exister, de faire le métier de maître d'un café. A la fin de son récit,\nGluck tout ému l'étreignit dans ses bras avec efusion, et lui dit : « Bon jeune\nhomme, il faut plaider, et entrer dans vos biens ; il vous faut un avocat, eh\nbien c'est moi qui veux l'être ; j'ai bien su dans mon Orphée attendrir et toucher\nles supots de lJluton ; je saurai bien pour une aussi belle cause attendrir et\ntoucher lessupots de Thémis. » Toute la société applaudit à ce beau mouvement,\net mon père de suitte, en remettant un papier à Gluck, lui dit : « Je prie l'illustre\nMaître de vouloir bien offrir en son nom à M. de Gouges ce titre d'une grande\nentrée à l'Académie royale de Musique. »\nGluck en la lui offrant dit, avec sa chaleur et son énergie accoutumées : « Oui,\nje vais aller, avec mon ami Berton, me jeter aux pieds de mon auguste Ecolière ;\nnous lui raconterons tout ; nous la suplierons d'intercéder pour vous près du grand\nchancelier. Elle est si bonne, ma chère Marie-Antoinette, votre sainte reine, ma\nchère Elève ; oui, oui, j'en ai l'assurance, vous gagnerez votre cause et nous\nserons tous heureux. » L'illustre Maître ne s'étoit pas trompé ; la Reine prit unvif»\nintérêt à l'affaire, et M. de Gouges fut réintégré dans tous ses biens dans l'année.\n\n(i) Encore une fois, cette affirmation est fausse. Pierre Berton devint gluckiste par la force\ndes choses, mais il était lulliste et ramiste jusqu'à l'arrivée du compositeur allemand, et ce n'est\nqu'en raison des relations nouvelles qu'il se fit dans le nouveau monde musical que son goût se\ntransforma. ' • '"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "420", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.20", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3278, "texte": "L'un des premiers employs qu'il en fit fut de faire de magnifiques cadeaux à\ntous les premiers artistes qui avoient figuré dans Iphigème et de louer à 1 année\nune première loge à l'Opéra, qu il ne manqua jamais d occuper jusqu au dernier\njour de sa vie, mais qu'il avoit toujours eu soin de laisser vuide, lorsqu'on ne\nreprésentoit pas l'un des chefs-d'œuvre du Père de la Tragédie lyrique (1).\nOEUVRES DE MON PÈRE, SA NOMINATION A LA DIRECTION DE L'ACADÉMIE ROYALE\nDE MUSIQUE ET MA NAISSANCE.\nMon père, ainsi que l'on vient de le voir, par ses talens administratifs et\nle mérite de ses diverses productions, prit une part active dans le mouvement\nqui fît crouler le gothique système de notre prétendue musique française.\nPour parler convenablement de ses œuvres diverses, et éviter d être taxé\nd'une partialité filiale, je crois ne pouvoir mieux faire que de relater ici ce\nqu'en ont dit Choron et Fayolle dans leur Dictionnaire des Musiciens ainsi que les\narticles des Mémoires de Bachaumont où son nom est cité.\nIl est dit dans le Dictionnaire, ler volume, page 72, à l'article Pierre Montan-\nBerton :\n« La place de maître d'orchestre de l'Opéra de Paris étant venue à vaquer (2),\nde l'aveu même de'ses rivaux, il y fut nommé\n« Il obtint successivement, par ses talens, la place de maître de la musique du\nRoi et celles de surintendant de la musique de S. M. et d'administrateur de\nl'Opéra.\n« Comme compositeur, il donna à l'Académie royale de musique, en 1755, en\nsociété avec Giraud, Deucalion et Pyrrha, paroles de Sainle-Eoix. Ln 1761, il\nraccomoda et ajouta des chœurs et des airs de danse à l'opéra de Camille, de\nCampra. En 1764 il composa la partition d'Erosine, paroles de Moncrif. En\n1766, il refît tous les chœurs et airs de danse de Ylphigénie en Tauride de Des-\nmarels. En 1767, il fit, en société avec Trial, Silvie, paroles de Laujon. En 1771, il\nfit également en société avec Granier 1 opéra de Thèonis, paroles de Poinsinet.\nEn 1772, il arrangea avec l'auteur des Essais sur la musique ancienne et moderne,\nM. de la Borde, YAmadis des Gaules de Lully (le récitatif excepté). En 1773, il\ncomposa en société avec la Borde l'opéra d'Adèle de Ponthieu, paroles du mar-\nquis de Saint-Marc. En 1774 il arrangea aussi, en société avec Granier, deux\nopéras pour le théâtre de la Cour, Bellérophon de Lully et Issé de Campra. Enfin,\nen 1775, il fit tous les divertissements de Cythère assiégée, opéra de Gluck.\n« Jusqu'à sa mort, il s'est peu donné d'opéras anciens qu'il n'y ait travaillé,\nsoit pour les coupures ou pour les augmentations jugées nécessaires, même\ndans Castor et dans Dardanus de Rameau dont plusieurs morceaux ajoutés sont\nde lui, notamment la chaconne si connue sous le nom de Chaconne de Berton.\nt «Ce fut sous son administration qu'on appela à Paris les célèbres Gluck et\nPiccini et que s'opéra en France la révolution musicale.\n« Gluck avoit tant de confiance en ses talens, qu'il le chargea de refaire le\n\n(1) Cette anecdote n'est pas facilement contrôlable. J'y vois surtout le désir qu'avait Henri\nBerton d'exalter le gluckisme de son père.\n(2) Les auteurs du Dictionnaire, ajoutaient : <( Il se présenta au concours. » Dans tout ce qui\nsuit il se trouve plusieurs variantes tendant toujours à exalter la valeur du père."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "421", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.21", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3386, "texte": "dénouement de son Iphigénie en Aulide, qui s'exécute encore telle que Berton\nl'a arrangée; et comme l'a très bien remarqué l'auteur de 1 \"Essai sur la musique\nancienne et moderne, sans ses nombreuses occupations, cet habile musicien eût\nété l'un de nos plus grands compositeurs.\n(( Personne ne posséda le talent de faire exécuter à un si haut degré que Berton,\net son travail étoit d'autant plus pénible qu'à cette époque les artistes de l'orches-\ntre de 1 Opéra étoient loin d'avoir le grand talent qu'ils ont aujourd'hui, et que\nfaire exécuter alors aux acteurs et aux musiciens la musique nouvelle, c'étoit leur\nfaire parler une langue étrangère. Enfin l'on peut dire que c'est à lui que\nl'orchestre de 1 Opéra est redevable du haut degré de réputation dont il jouit en\nEurope. »\nBachaumont dit au ier volume de sesmémoires, àla date du 16 novembre 1662 :\n« Iphigénie en Tauride a été jouée aujourd'hui à ïOpéra ; les paroles sont de\nMM. Dauchet et Dupi é, la musique de Campra et Desmarest. Ce drame si vanté n'a\npas eu un succès très marqué. On a beaucoup applaudi aux morceaux de sympho-\nnie ajoutés : ils sont d'un nommé Berton, et donnent de grandes espérances de ce\njeune homme. »\nJe crois que Choron a été mal informé en disant que mon père avoit composé\npour la remise en scène de l'opéra de Dardanus sa célèbre chaconne, car j'ai\ntoujours entendu dire que c'étoit pour Y Iphigénie de Campra et Desmarets qu'il\nl'avoit faite, et ce que dit Bachaumont semble venir à l'appui de mon assersion ( 1).\nJ'ai le bonheur d'être possesseur du manuscrit autographe de cette chaconne ; le\nplan général de ce morceau est largement conçu ; le motif principalement noble\net élégant, les opositions y sont bien entendues et variées avec art, l'instrumen-\ntation y est traitée d'une manière surprenante pour l'époque ; mais ce qui est\nencore plus surprenant, ce fut la stretta, car n'en déplaise à tous les maestros\npassés, présents et futurs, c'est un véritable et beau crescendo, le premier que\nl'on ait jamais entendu, et qui a été le type de tous ceux qu'on a composés depuis.\nCette chaconne acquit alors une si grande célébrité que le Roi Louis A l lui-\nmême, lorsqu il vouloit adresser la parole à mon père, ne l'interpelloit jamais\npar son nom, mais bien par celui de Monsieur de la Chaconne !\nDans les entr'actes dramatiques, dans les concerts publiques et dans ceux\nd'amateurs, dans les sérénades, enfin, ainsi que de nos jours l'on a, en pareille\ncirconstance, toujours exécuté la belle ouverture du Jeune Henry de notre illustre\nconfrère Méhul, la chaconne de Berton étoit devenue le palladium des sympho-\nnistes.\nCe morceau fut composé en 1762 et 27 ans après, en 1789, le célèbre Viotti\nétant alors directeur de l'Opéra Bufjfa au Théâtre Teydeau, voulant, selon les\nusages du temps, donner le jour de Pâques un Concert spirituel, me demanda la\npartition de la chaconne de mon père II la fit exécuter avec le plus grand soin,\net quoiqu'en compagnie de l'une des belles symphonies de l'immortel Haydn,\net d'une des plus renommées de l'illustre maître Gossec, malgré ce voisinage et\nl'antériorité de sa conception, ce morceau eut un succès complet, et vint prouver\nencore qu en fait de production dans les Beaux-Arts, le vrai Beau le sera tou-\njours.\n\n(1) Le doute subsiste au sujet de cette chaconne. Jusqu ici tous les biographes 1 ont appliquée\nà Dardanus."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "422", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.22", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3435, "texte": "Vers la fin de l'année 1776, mon père fut nommé Directeur de 1 Opéra.\nEt c'est aussi vers la fin de cette même année que je vis le jour, car je suis né\nle 17 de septembre de l'an 1766 (1).\nD'après la similitude des dates, de ce double événement les tireurs d oroscopes\ndu tems auroient peut-être pu prédire que le fils du Directeur de 1 Académie\nroyale, d'un compositeur aussi distingué, ne pouvoit infaiblement (s*c) que mar-\ncher sur les traces de son illustre père. Il ne m'apartient pas de juger la ques-\ntion, c'est au public à prononcer. »\nA Villers-en-Bray, septembre 1836.\nComme on vient de le voir par les nombreuses annotations que j'ai ajoutées\nau texte de Henri Berton, le journal de ce musicien ne pouvait étte accepté sans\ncontrôle. Néanmoins il présente un intérêt capital, en ce sens qu il éclaite la\nphysionomie d'un ancien artiste dont l'influence fut manifeste à 1 Opéra lors\ndelà période transitoire qui mit aux prises ramistes et gluckistes.\nAfin de compléter une documentation très précieuse, jecrois devoir reproduire\nici la soumission des Sieurs Berton et 1 rial, datée du 3 janvier 1767. Elle précise\nplusieurs points historiques ignorés des biographes :\n« Nous soussignés Pierre Montan Berton, maître de musique de 1 Académie\nroyale, et Jean-Claude Trial, compositeur et directeur de la musique de\nS. A. S. Monseigneur le Prince de Conty, nous soumettons par ces présentes\nde prendre et accepter de Messieurs les Prévôts des marchands et échevins\nde la ville de Paris l'exercice et administration du privilège de 1 Académie\nroyale de musique pour trente années, à compter de la prochaine clôture du\nthéâtre, ier avril 1767, jusques àla clôture du théâtre, dernier mars de 1 année\n1797, moyennant le prix et somme de 600.000 livres, sçavoir 10.000 livres pen-\ndant chacune des dix premières années qui écheront au dernier mars 1777,\n20.000 livres pendant chacune des dix années suivantes qui écheront au dernier\nmars 1787, et 30.000 livres par chacune des dix dernières années qui écheront au\ndernier mars 1797, les dites sommes payables sans aucunes déductions ni\nretenues, sous aucun prétexte de chargesou impositions établies ou à établir pour\nquelque cause que ce soit ; et seront les dits payemens faits par chacune année,\nde six mois en six mois et par avance, ainsi qu'ils s'y , soumettent et s y\nobligent.\n<( Plus les dits Sieurs Trial et Berton offrent et se soumettent de payer outre\net par-dessus le susdit prix de la concession les pensions viagères demandées\npar les Sieurs Rebel (2) et Francœur (3), sçavoir :\n\n(1) Il y a là cleux erreurs manifestes : Pierre Montan Berton fut nommé directeur de l'Opéra\nen 1767 (6 février), ainsi qu'en témoignent les archives de l'Opéra, et c'est en cette même année\nque le narrateur vit le jour. 11 avait 16 ans lorsqu'il se mit en ménage avec la célèbre MUe Mail-\nlard, d'un an plus âgée que lui, et il fut père l'année suivante Chose curieuse, dans une lettre\nqu'il écrivait en 1841 à Edouard Monnais, il se disait âgé de 75 ans. Il se serait donc toujours\nvolontairement vieilli d'une année dans ses narrations.\n(2) Rebel (François), né le 19 juin 1701, mort en 1775 à Paris (7 nov.). De 1772 à 1775 il fut\nadministrateur général de l'Opéra, après en avoir été co-directeur.\n(3) Francœur (François), né le 28 septembre 1698, mort à Paris le 6 août 1787. 11 fut directeur\nde l'Opéra en compagnie de Rebel pendant 31 ans, de 1736 à 1767."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "423", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.23", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3531, "texte": "« Au Sieur Rebel la somme de 6.000 livres de pension viagère au par-\ndessus de 3.000 livres de pareille pension dont il jouit actuellement, des\nquelles deux sommes faisant ensemble celle de 9.000 livres. Il sera réversible\nlors du décès du Sieur Rebel 2.000 livres aussi de pension viagère à la\nDame son épouse, des quelles 2.000 livres, au décès de la dite Dame Rebel, ilen\npassera mille livres à la Dame Girard, fille du dit Sieur Rebel, au même titre de\npension viagère et le surplus des dites 9.000 livres sera éteint et suprimé à la-\nmort du dit Sieur Rebel.\n(( Au Sieur Francœur la somme de quatre mille livres de pareille pension\nviagère au pardessus de 2.000 livres de pension dont il jouit actuellement,\ndes quelles deux sommes faisant ensemble celle de 6.000 il en sera réversible\nlors de la mort dudit Sieur Francœur celle de 1.000 livres au Sieur Francœur\nson fils (1 ) et pareille somme de 1.000 livres à la Dame Laval, fille du dit Sieur\nFrancœur père et le surplus des dites 6.000 livres sera éteint et suprimé au jour\nde la mort du Sieur Francœur père.\n« Flus les dits Sieurs Trial et Berton offrent et se soumettent de payer pareil-\nlement et à compter du dit jour ier avril 1767 les appointements des acteurs, des\npréposés, commis et employés, les pensions dues par Lacademie, le quart des\npauvres et toutes les autres charges et dépenses de la dite Académie royale de\nmusique telles et ainsi que les dits Sieurs Rebel et Francœur en étoient tenus et\nchargés par les délibérations et arrêts du Conseil.\n« Plus d'entretenir et exécuter toutes les autres charges et clauses et condi-\ntions portées aux dits délibérations et arrêts du Conseil dont ils déclarent avoir\ndes copies et expéditions et avoir du tout entière et parfaite connoissance en\nsorte que les dites délibérations et arrêts du Conseil seront exécutés par eux,\nainsi de même que s'ils avoient été concessionnaires par iceux aux lieu et place\ndes susdits Sieurs Rebel et Francœur se soumettant singulièrement d'exécuter\nles charges portées sur la délibération et arrêt du Conseil qui avoient réduit le\nprix de la concession des susdits Sieurs Rebel et Francœur de cinq mille livres\npar an, sans pouvoir par les dits Sieurs Trial et Berton prétendre que les dites\ncharges leur soient déduites ni diminuées.\n« Plus les dits Sieurs Trial et Berton offrent et se soumettent d'entretenir\ntous les baux faits pour le loyer des petites loges à l'année jusqu'à leur expira-\ntion ainsi que ceux du Concert spirituel, de l'Opéra-Comique, des opéras de\nprovince et autres baux en marchés à l'année actuellement existant, si mieux ils\nn'aiment les résilier à leurs frais, dépens, risques, périls et fortune.\n« Les Sieurs Berton et Trial se soumettent et s'obligent de prendre et recevoir\ndes dits Sieurs Rebel et Francœur toutes les marchandises et effets compo-\nsant le fonds de la dite Académie et servants à l'exploitation de son privilège\ndu quel fonds sera fait état et estimation par experts à frais communs, du prix\nde la quelle estimation les dits Sieurs Trial et Berton demeureront débiteurs à\nla charge par eux leurs hoirs et ayans cause d'en représenter et remettre à la\nville à l'expiration des dites trente années la même quantité et valeur soit en\nnature, soit en argent, d'après nouvelle estimation et inventaire qui en seront\nfaits lors ainsi et de la même manière qu'il va être fait avec les dits Sieurs Rebel\n\n(1) Francœur (Louis-Joseph) était ieneveu de François Francœur et non son fils, mais on le\nconsidérait comme tel."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "424", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.24", "debut_caractere": 105, "fin_caractere_exclue": 3049, "texte": "et Francœur, et promettent et s'obligent les dits Sieurs Trial et Berton conserver\net entretenir les dits fonds appartenant à la ville, de même valeur pendant le\ncours de ladite concession et en justifier à la dite ville par inventaire et esti-\nmation qui en seront fais à l'amiable chaque année à la clôture du théâtre.\n« Plus les Sieurs Triai et Berton se soumettent et s'obligent de ne pouvoir\ncéder ni transporterie droit de la dite concession en toutou partiesans l'agrément\nde la ville et la permission de Sa Majesté.\n« Plus les dits Sieurs Berton et Trial offrent et se soumettent pour sûreté:\ni 0 envers la ville de l'exécution de ladite concession et de toutes les obligations\nqu'elle pourra être en droit d'exercer contre eux et 2° et subsidiairement et\naprès que la dite ville aura été entièrement satisfaite pour sûreté de toutes les\ndettes particulières que les dits Sieurs Trial et Berton pourront contracter\nrelativement à l'exercice du dit privilège, de remettre et déposer incontinent\naprès l'acceptation de leurs dites offres et arrêt d'homologation d'icelles la\nsomme de quatre cens mille livres à la caisse de la ville dont les dits Sieurs\nPrévôts des Marchands et Echevins disposeront, ainsi qu'ils aviseront pendant\nles dites trente années de concession, des dits Sieurs Trial et Berton, après\nles quelles les dites 400.000 livres seront remises aux dits Sieurs Trial et\nBerton ou leurs représentans, et après avoir par eux ou leurs représentans satis-\nfait à l'exécution de la dite concession et de toutes obligations envers la ville et\nsubsidiairement au payement de toutes les dettes particulières relatives à\nl'exercice du susdit privilège, à l'effet de quoi les dites 400.000 livres demeu-\nreront spécialement et par privilège affectées, et en outre les dits Sieurs Berton\net Trial y affectent généralement tous leurs autres biens meubles et immeubles\nprésens et à venir.\n(c Et attendu que la dite somme de 400.000 livres doit servir aux dits Sieurs\nPrévôts des marchands et Echevins à acquitter en partie aux dits Sieurs Rebel et\nFrancœur ce que la ville se trouvera leur devoir pour le prix des marchandises\net effets composans le fonds de la dite Académie au delà de 83.000 livres qui\nappartiennent à la ville dans le dit fonds, les dits Sieurs Trial et Berton propo-\nsent que ce qui se trouvera excéder les dites 83.000 livres et dont la ville se\ntrouvera parce moyen débitrice envers les dits Sieurs Rebel et Francœur soit\nconservé par la ville sans être tenue envers eux d'aucun intérêt pendant le tems\nde la dite concession, mais qu'à l'égard de l'excédant des dites 400.000 livres\nqu'il leur en soit payé l'interest sur le pied du denier vingt cinq sans aucune\nretenue par chaque année de la dite concession, lesquels interests seront com-\npensés sur les sommes qu'ils devront annuellement à la ville.\n<( A Paris, ce trois janvier 1767.\n[A suivre.)\n\nTRIAL,\nBERTON (I).\nMARTIAL TENEO.\n\n(i) Archives de l'Opéra."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "401", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\n(Honorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction publique.)\nN° 14 (huitième année)\n15 Juillet\n1908\nR. M.\nI\n\nExécutions et publications récentes.\n\n— M. Th. Dubois,\ndepuis qu'il a renoncé volontairement aux soucis de l'administration,\nsemble s'être spécialement consacré à la musique symphonique ou à la mu-\nsique de chambre. Il vient de publier une Sonate pour piano que M. E. Risler\neut l'occasion de faire entendre avec grand succès à la fin de la dernière saison.\nCette importante composition, parue chez l'éditeur Heugel, est de nature à\nintéresser les lecteurs dé la Revue musicale : elle nous paraît mériter une sérieuse\nattention.\nL'oeuvre de M. Th. Dubois est assez développée : trente-cinq pages de parti*\ntion pour les trois mouvements. L'auteur n'a pas cru devoir rien écrire qui cor-\nresponde au scherzo de la sonate classique. Un premier morceau, allegro mode-\nrato con fuoco, un adagio, un finale, composent toute l'œuvre, pour laquelle le\ncompositeur n'a pas cru devoir non plus s'astreindre à la forme cyclique, actuel-\nlement fort à la mode chez nos symphonistes modernes.\nRemarque, au surplus, qui ne saurait constituer une critique, la forme cyclique\nne présentant pas toujours des avantages qui compensent suffisamment la con-\ntrainte qu'elle impose dans le choix des thèmes propres à fournir le développe*\nment de plusieurs morceaux. Dans la sonate de M. Th. Dubois, 1 unité paraît\nsolidement établie sans cet artifice ; bien que les trois parties puissent être con-\nsidérées isolément, le finale se relie directement à Yadagio par 1 introduc-\ntion, débutant dans le ton de cet adagio pour ramener ensuite, assez rapide-\nment, la tonalité principale.\nLa sonate est en la mineur. Sans prélude, sans introduction, sans préparation\nd'aucune sorte, le premier allegro débute par l'exposition, à 1 unisson, du thème\nprincipal, fortement rythmé, d'un caractère affirmatif et dominateur (A, ex. i°) i\n\nSONATE EN LA MINEUR, POUR PIANO, DE M. TH. DUBOIS."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "402", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.2", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nIl s'enchaîne immédiatement à diverses formules mélodiques (B, ex. i°) qui,\noscillant entre les tonalités de si bémol et de la mineur, prépareront d'abord une\nrépétition du thème A, puis l'entrée des thèmes secondaires sur quoi est bâti le\ndéveloppement. Le premier de ces thèmes épisodiques, de caractère très mélo-\ndique, est présenté pour la première fois en si bémol, après une brève cadence\nen ré mineur. Il est immédiatement répété une tierce plus haut en ré majeur\n(ex. 2, C et C 2).\nLe deuxième thème secondaire, d'un mouvement plus retenu et d'une allure\nplus voisine de celle que les classiques donnent ordinairement au second thème\nd'un premier mouvement de sonate, apparaît alors (Ex. 3, D). Il est en mi\nmineur et s'accompagne d'une seconde partie, indépendante cependant mélodi-\nquement, mais unie à la précédente parla tonalité de mi mineur (ex. 3, E) :"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "403", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.3", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nContrairement à l'usage classique encore, M. Th. Dubois a tiré tout le déve-\nloppement de son premier morceau de ces thèmes secondaires C et D avec E. Le\nthème principal A ne reparaît (avant la grande reprise) qu'une seule fois, nulle-\nment transformé d'ailleurs, en ré mineur. Il garde donc partout le caractère\nd'une sorte d'introduction, contrastant, par sa forme immuable, avec les transfor-\nmations des autres thèmes. Et comme ces-thèmes (ceci d'ailleurs en conformité\navec les habitudes classiques) ont un caractère surtout mélodique, il s'en-\nsuit que ce développement apparaîtra partout beaucoup plus mélodique que\nrythmique. Et c'est là, sans que cette sonate affecte le moins du monde des\nprétentions révolutionnaires, ce qui la différencie le plus nettement des œuvres\nanciennes et l'apparente, malgré tout, aux compositions les plus modernes.\nRien ne démontre mieux, sans que cela soit, je pense, l'intention de l'auteur,\ncombien notre mentalité musicale diffère radicalement de celle des compositeurs\nque nous tenons pour classiques.\nCeci dit, avant de passer à Xadagio, il convient peut-être de faire remarquer\ncombien, après la reprise du thème A dans le ton initial, tout concourt rapide-\nment à la conclusion. La réapparition assez rapide des thèmes secondaires\nn'entraîne point, à proprement parler, de développements nouveaux. Il n'y a rien\nd'analogue à ce travailcomplémentaire que les classiques s'imposent ordinaire-\nment à cet endroit, au risque, trop souvent, de longueurs tantsoit peu fastidieuses\npropres à diminuer l'impression triomphante de la réapparition du motif prin-\ncipal.\nLa construction de Xadagio est, comme il convient, beaucoup plus simple. Ce\nmorceau est essentiellement constitué par l'exposition d'une phrase lente, large-\nment chantée etd'une belle allure beethovenienne, revenant à intervalles pério-\ndiques interrompre deux développements un peu différents, quoique apparentés\nde très près.\nVoici ce motif principal : dans le ton du morceau, à la tierce majeure au-\ndessous de la tonalité de Xallegro précédent."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "404", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.4", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nLa partie développée du morceau comporte les thèmes suivants dont le premier\nsurtout se réduit, en somme, à une figure mélodique et rythmique très courte\nrépétée à divers intervalles (ex. 5 B).\nLa première exposition de cette formule amène presque immédiatement le\nsecond thème, susceptible, celui-ci, d'effusions mélodiques plus prolongées et\nplus expressives (ex. 6 C).\nLe premier développement de ces deux thèmes à travers diverses tonalités\nramène la phrase du début, A, esquissée une première fois en si bémol avant de\ns'étendre en fa. Il est peut-être permis de trouver que cette simple transposition\naffaiblit un peu l'effet de la réapparition de ce beau motif. Quoi qu'il en soit,\nsuccèdent à ce thème de nouvelles transformations du motif B, traité cette fois-ci\nseul. Puis un rappel du début de A concluant en fa, un souvenir du motif C très\nexpressif, et pour conclure, dans le grave, les premières mesures de A. Conclu-\nsion très simple et d'un grand effet.\nLe finale garde, au début, cette tonalité de fa sur quoi s'étagent de larges ac-\ncords. Bientôt résonne une quinte augmentée (do dièse). Les accords de fa\nreprennent suivis d'une sixte, ré.lls reprennent encore avec une sixte augmentée,\nré dièse. Le mouvement s'anime ; des traits rapides, de vigoureux accords sur-\ngissent... Et nous voici sur la dominante du ton principal, la mineur. Voici le\nschéma harmonique de cette transition, très heureuse, et qui relie parfaitement\nles deux morceaux :\nDe la dominante du ton, on retombe naturellement sur le thème principal du\nmorceau, d'un caractère vif et rythmé, assez proche, avec moins de force, de\ncelui du premier allegro :"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "405", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.5", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nIl se continue naturellement par une expansion mélodique assez différente qui\nreparaîtra plus tard avec lui, toujours à sa suite :\nContrairement à ce qui s'était passé pour Y allegro, ce thème principal, avec\nson complément, contribue pour une large part au développement général, non\nseulement en contrastant avec les autres motifs, mais encore par les diverses\ntransformations qu'il subit. Il est traité, à ce point de vue, exactement comme les\nthèmes secondaires, ici assez nombreux et très nettement caractérisés dont il\nsera suffisant de dresser la liste :\nlequel est ordinairement suivi de ce complément mélodique :\nUn autre, très nettement rythmé, vient ensuite :\nqui s'épanouit à son tour sous une forme alanguie et expressive, contrastant\nheureusement avec la vigueur de la première partie.\nIl est superflu de faire remarquer que cette riche moisson mélodique de six\nthèmes (un principal, deux secondaires, chacun avec un motif complémentaire\nd'égale importance) suffit amplement à bâtir un morceau développé sans s as-\ntreindre à de trop minutieuses transformations. Aucontraire, une pareille abon-\ndance risquerait de disperser l'attention au détriment de l'unité d'ensemble, si le\ncompositeur ne prenait soin, comme ici, d'élire des motifs mélodiques assez étroi-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "406", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.6", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\ntement apparentés, au moins pour la plupart d'entre eux. L'effet de ce finale\ndemeure donc excellent dans sa variété Et s'il est permis de préférer la majesté\net la profondeur de Y adagio, il convient de reconnaître qu'aucun morceau, dans\ncette sonate, ne lui est assez notablement inférieur pour altérer la belle tenue\nd'une œuvre qui peut compter parmi les\" meilleures de M. Th. Dubois, et qui a\nune très haute valeur. J'en ai indiqué la structure ; mais le reste, le charme,\nla poésie, le sentiment, très personnels ici, ne s'analyse pas.\nM. ANDRÉ GAILHARD ; M. LENEPVEU. Si les concerts chôment en juin et\nen juillet, les jeunes compositeurs et artistes qui sont l'espérance de l'avenir ont\nà se donner tout entiers, durant cette période où tant de gens songent moins au\ntravail qu'au repos : avec les concours d'harmonie, où triomphent les élèves de\nM. Lavignac, ceux de contrepoint où M. Gédalge reste un maître incontesté,\net les concours d'orgue sur lesquels plane l'image vénérable de M. Guilmant,\nil y a la grande épreuve de composition musicale pour l'attribution du prix de\nRome. C'est l'lnstitut qui donnele prix, mais c'est le Conservatoire qui le prépare.\nEn adressant nos plus vifs compliments à M- André Gailhard, fils de l'ancien\ndirecteur de l'Opéra, qui vient d'obtenir la récompense suprême, nous tenons à\nrendre hommage à son maître, M. Lenepveu. C'est, dans l'art contemporain, une\nfigure singulièrement originale que celle de ce compositeur émérite, aussi admi-\nrable par son enseignement et son talent que par le dévouement paternel qu'il\nprodigue à ses élèves. Je ne connais pas personnellement M. Lenepveu. J'ima-\ngine qu'il se tient à l'écart du bruit, de la réclame et de la bataille, par regret de\nvoir le goût public perverti et comme empoisonné pardes œuvres qui ne s'accor-\ndent pas avec l'idéal qui est le sien, et qu'il a réalisé dans des œuvres de haute\nvaleur ; mais il a choisi non peut-être sans arrière-pensée militante un\nrôle qui est beau et brillant entre tous. Au lieu d'écrire des compositions,\nil crée des compositeurs ; il maintient la tradition des grands principes de l'art.\nIl reste modestement dans la coulisse ; mais il donne mouvement et vie à ceux\nqui affrontent les feux de la rampe, et tient tous les fils dans sa main. Voilà\nlongtemps que, chaque année, les « prix de Rome » sortent de sa classe. 11 ne\nrègne pas, mais il est, comme dirait Bergerat, faiseur de rois ; peut-être cela\nest-il encore plus beau que de s'asseoir sur le trône. En tout cas, la fonction de\nM. Lenepveu est une des plus utiles de notre temps. Au moment où les forces\nrévolutionnaires et anarchistes envahissent l'art musical, il est bon qu'on leur\noppose des forces conservatrices, pour tâcher d'obtenir une sorte d'équilibre...\nCONCOURS DU CONSERVATOIRE. CHANT. Le concours des hommes (20 can-\ndidats) a été faible, sensiblement inférieur à ceux des quinze dernières années ;\nM. Paulet, avec un fragment d'Alceste, a obtenu un premier prix ; MM. Vaurs\n(air du Polyeucte de Gounod), M. Tessier (air d'Eliede Mendelssohn), ont eu un\nsecond prix. Ce sont de bons élèves. Il est fâcheux que les belles voix et les\ntempéraments artistiques pleins de promesse deviennent plus en plus rares !\nLe concours des femmes a été meilleur, avec de graves lacunes. Dans ce\nconcours, qui est un point terminus des études, on entend des voix qui ne sont\npas encore posées ; des voix qui crient au lieu de chanter, et parfois, on prend\navec les textes musicaux (ex. l'air de « Sombres forêts » dans Guillaume Tell) des\nlibertés que nous croyions enfin interdites ! Il y a eu du mauvais, il y a eu du\nbon, et même de l'excellent. Tout cela tait une moyenne satisfaisante. La somme"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "407", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.7", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nde travail préparatoire semble avoir été très sérieuse, mais trop dirigée vers\nle gros effet, sans une attention suffisante aux principes élémentaires du chant.\nLe succès de la journée a été pour Mllc Raveau qui, concourant pour la pre-\nmière fois, a chanté de façon saisissante, avec une grande unité de style, la\nCloche de Saint-Saëns. Habituellement, on tire de cette mélodie un effet de force\net d ampleur ; Mllc Raveau l'a dite —et il faut en féliciter son professeur avec\nune douceur expressive et quasi mystique. Elle n'a pas donné d'intensité banale\na la cadence du morceau (... dans le ciel), ce qui est très méritoire ; et le redou-\ntable passage qui exige de la chanteuse une extraordinaire tenue du souffle a\nété souligné par les ovations du public. La voix est bien posée, juste et de\ntimbre fort agréable. Je signalerai aussi une élève de Mme Caron qui a dit avec\nadresse Y Air avec variations de Rode, si difficile.\nTrente-cinq concurrentes!... Trente-cinq voix dont il a fallu apprécier et\ncomparer les mérites. Deux premiers prix (Mme Gachery et Mlle Raveau), quatre\nseconds (Mlles Kaiser, Le Senne, Gustin et Bourdon), quatre premiers accessits\n(Mlles Pradier, Amoretti, Billard et Mme Delisle), cinq seconds (Mlles Daumas,\nRénaux, Delavoine, G. Demougeot, Fraisse).\nParmi les morceaux choisis, six de Gluck, quatre de Mozart, quatre de Weber,\ncinq de Haendel, deux de Haydn, deux de Beethoven, un de Rameau, un de\nLulli, deux de Sacchini, etc. Les modernes, qui jadis fournissaient la presque\ntotalité des airs, ne sont plus représentés que par deux morceaux de Rossini, un\nd'Ambroise Thomas et une mélodie de Saint-Saëns. Ce qu'on appelle aujour-\nd'hui la « musicalité » ne peut que gagner à cette école qui développe sans\naucun doute l'intelligence artistique et la qualité de déclamation lyrique, d'arti-\nculation et de style ; et cependant il ne faut pas proscrire la musique à couplets\net à roulades, celle d un Sacchini ou d'un Haendel. Elle comporte des qualités\nd'interprétation, de légèreté et de finesse qui chez certains sujets méritent, à\ndéfaut d'autres, d'être particulièrement cultivées. Le public, même ce public\nartiste et averti qui afflue aux concours de fin d'année (mais, comme a dit\nChampfort, combien faut-il de sots pour faire un public ?) y prend un réel\nplaisir.\nQui dira la part qui revient au choix du morceau dans le succès de chaque\nélève, et la part qui revient à la comparaison, au contraste dans le succès du\nmorceau lui-même r Qui dira aussi par quelle méthode précise ou par quel\ninstinct supérieur le jury, où dominent sinon les chanteurs, au moins les musi-\nciens, parvient à peser exactement et comparer ensuite les mérites de chacun ?\nTelle concurrente a la chance d'interpréter une musique moderne, d'ailleurs\nfacile à comprendre et à faire comprendre, après une série d'oeuvres anciennes,\nde caractère et de style ardus et d'exécution très difficile. Telle autre a des into-\nnations douteuses ; faut-il les imputer à l'émotion ou à une insensibilité\nincurable de l'oreille ? Et par quel effort de jugement et de volonté le jury\npourra-t-il conserver assez vives les impressions éprouvées au début d'une\nséance de quatre ou cinq heures pour les rapprocher, même avec le secours de\nquelques notes, des impressions de la fin de la journée ? Ces réflexions et d autres\npareilles nous venaient à l'esprit pendant la délibération du jury. Et quand les\nnoms des élues ont été proclamés, nous avons pu éprouver quelques étonne-\nments ou quelques regrets, mais nous avons été obligés de reconnaître que les\ndécisions prises ne soulevaient aucun reproche grave, et qu elles étaient confor-"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "408", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.8", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nmes à l'opinion delà grande majorité du public. C'est une confirmation dont il\nfaut bien tenir compte.\nPIANO (FEMMES). Le morceau imposé pour le concours de piano était le\n2e concerto de Saint-Saëns, œuvre brillante, d'une poésie pleine de charme,\ndifficile, mais sans abus de virtuosité inutile, que je me rappelle avoir\nentendue aux Concerts Pasdeloup... et qui est hautement appréciée de tous\nles musiciens dignes de ce nom. Les élèves du Conservatoire ne nous en ont\ndonné qu'un arrangement de circonstance. Le concerto est écrit, bien entendu,\npour piano et orchestre ; il en existe une édition à 2 pianos où la seconde partie\nremplace l'orchestre : c'est cette version qui a été utilisée, avec une combinaison\nqui réduit parfois les deux parties en une seule, et supprime un cinquième envi-\nron du premier mouvement par des coupures inégales et pas toujours heu-\nreuses. Si l'auteur a été consulté avant ces tripatouillages, et s'il y a consenti,\nje n'ai rien à dire.\nCe concours a été très fort. Que de travail î Combien de talent précoce chez\nces jeunes filles ! Les plus frêles d'apparence ont une énergie singulière, et\ndes doigts, « des doigts » à miracle î Un des premiers prix, les plus remarqués,\nest Mlle Lewinsohn, qui a 12 ans 9 mois, et qui, après avoir magnifiquement\njoué le concerto de Saint-Saëns, a déchiffré impeccablement une page assez\njolie, dissonante et mignarde, de M. Pierné. Mlle Déroché qui a fait grande\nimpression (ier prix aussi) n'a pas 14 ans, et Mlle Guller (2e prix) a treize ans!\nEt sauf quelques très rares exceptions, tout le reste\nexcellent ou très bon. Voilà qui est admirable. Comme observation critique, je\nme bornerai à rappeler que les traits d'agilité ne trouvent grâce devant le public\nqu'à une condition : c'est d'être exécutés nettement et sans pédale. La recherche\nde l'effet pousse certains pianistes à taper fort et à brouiller les notes, comme\ncertains chanteurs à crier...\nOPÉRA COMIQUE. Voici un concours un peu pénible pour l'auditeur, et\nsingulièrement difficile pour les concurrents : pénible parce qu'il fait repasser\ndevant nos yeux, sans décors, sans costumes et avec un piano pour orchestre,\ndes scènes tiès connues, qui n ont pas toutes une haute valeur artistique 5 diffi-\ncile, cai, poui jouei la comédie lyrique, il faut de 1 aisance, de l'autorité, qua-\nlités que n ont pas encore les élèves du Conservatoire. Ajoutez que beaucoup\nd'entre eux, originaires du Midi, sont obligés de se faire un langage artificiel\navec un « accent » spécial, pour ne pas choquer sur une scène de Paris, ce qui\nles iend paifois comiques autrement qu ils ne voulaient ; ajoutez aussi que le\nprogiamme s est îcssenti de la mode du jour qui met le noir mélodrame sur\nle même lang que la comédie, et oblige les acteurs à abandonner trop souvent\nle chant poui le ai , ajoutez enfin que cette séance fut très longue ! jugez-en par\ncette liste à laquelle puisqu il s'agit du « genre national » par excellence\nje ferai les honneurs de la reproduction intégrale :\nMANON, ler ACTE. (M. MASSENET.)\n1. Mlle MÉNARD 21.9 Rôle de MANON.\nRéplique : M. PAULET.\nLE PARDON DE PLOERMEL, jer ACTE, (MEYERBEER.)\n2. M. COULOMB 23.5 Rôle de CORENTIN."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "409", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.9", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATION RÉCENTES\n\nJEAN DE NIVELLE, I®R ACTE, (LÉO DELIBES.)\n3. Mlle PRADIER 22.3 Rôle CI'ARLETTE.\nRépliques :M. PAULET et MLLE CÉBRON-NORBENS.\nSAPHO, 4e ACTE, (MASSENET.)\n4M. TARÉRIA 25.9 Rôle de JEAN GAUSSIN.\nRépliques : M. AUDIGER.\nMLLTS CÉBRON-NORBENS, DUVERNAY\net PRADIE.\nLES NOCES DE JEANNETTE, (VICTOR MASSÉ.)\n5. M. BELLET. ..... 25.11 Rôle de JEAN.\nRéplique : M,le AMORETTI.\nWERTHER, 3e ACTE, (MASSENET.)\n6. MUe GUSTIN 25.10 Rôle de CHARLOTTE.\nRéplique : MLLE CHANTAL.\nMANON, 2e ACTE, (MASSENET.)\n7. M. FÉLISAZ. . . . . . 26.11 Rôle de DES GRIEUX. «\nRéplique : Mlle LAMBERT.\nLES NOCES DE FIGARO, 2E ACTE, (MOZART.)\n8. MUe JURAND 23.10 Rôle de SUZANNE.\n2e accessit en 1907.\nRépliques : MLLES CHANTAL et GUSTIN .\nCAVALLERIA RUSTICANA. (MASCAGNI.)\n9. M'lo DUVERNAY. . . . . 24.10 Rôle de SANTUZZA.\nRépliques : M. TARÉRIA.\nMlles DEMOUGEOT (Gabrielle)\net GUSTIN.\nWERTHER, 3e ACTE. (M. MASSENET.)\n10. MEIC GARCHERY 23.1 Rôle de CHARLOTTE.\nler accessit en 1907.\nRéplique : Mlle AMORETTI.\nMIREILLE, 2E ACTE, (GOUNOD.)\n11. M. AUDIGER 26.1 Rôle de RAMON.\na concouru en 1907.\nRépliques ; MM. VILLARET, COMBES, ANCELIN.\nMLLES ROBUR et DUVERNAY. /\nCARMEN, lERIER ACTE. (G. BIZET.)\n12. MUE DEMOUGEOT (Gabrielle) 21.11 Rôle de CARMEN.\nier accessit en 1907.\nRépliques : MM. TARÉRIA, VILLARET.\nMLLES DEVRIÈS et Mme RÉNAUX.\nLA VIE DE BOHÈME, 3E ACTE, (PUCCINI.)\n13. Mlle CHANTAL. .... 22.7 Rôle de MIMI.\nRépliques : MM. PAULET , VILLARET et\nML,E JURAND.\nLOUISE, 3e ACTE, (CHARPENTIER.)\n14. Mlle ROBUR 24.3 Rôle de LOUISE.\nler accessit en 1907.\nRéplique : MLLE TARÉRIA."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "410", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.10", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nLE BARBIER DE SÉVILLE, lER ACTE, (ROSSINI.)\n15. M. PONZIO 25.4 Rôle de EIGARO,\n2E accessit en 1907.\nRéplique : M. ANCEL'N.\nAPHRODITE, ier ACTE. (c. ERLANGER.)\n16. MLLE CÉBRON-NORBENS. . 20.3 Rôle de CHRYSIS.\n2E accessit en 1907.\nRéplique: M. TARÉRIA.\nMANON, 1°R ACTE, (MASSENET.)\n17. MUE LAMBERT 21.5 Rôle de MANON.\nRéplique : M. COULOMB.\nCARMEN, 2E ACTE, (BIZET.)\n18. M. LALOYE 21.5 Rôle de DON JOSÉ.\nRéplique : M,NC GARCHERY.\nLE ROI L'A DIT. (LÉO DELIBES.)\n19. M. VILLARET 23.9 Rôle du MARQUIS DE MONCONTOUR.\nRépliques ;M. PAULET, MUO ROBUR, DEMOU-\nGEOT (Gabrielle).\nMLLES CHANTAL, CÉBRONS-NORBENS et\nDEVRIÈS.\nLE BARBIER DE SÉVILLE, 2E ACTE, (ROSSINI.)\n20. M. VAURS 26.10 Rôle de BARTHOLO.\nler accessit en 1907.\n21. M. DUPRÉ (Pierre) . . . 23.11 Rôle de BASILE.\nRéplique : M,le LAMBERT.\nLA TOSCA, 2E ACTE, (PUCCINI.)\n22. M. COMBES 28.4 Rôle de SCARPIA.\nRéplique : MM. AUDIGER, RAULEF.\nMUE CÉBRON-NORBENS.\nWERTHER, 3e ACTE, (MASSENET.)\n23. M'ie RAVEAU (Alice). . . 20.10 Rôle de CHARLOTTE.\nRéplique ; MME MATHIEU-LUTZ.\nL'ÉPREUVE VILLAGEOISE, (GRÉTRY.)\n24 M. PAULET 21. i Rôle d'ANDRÉ.\nRéplique : Mlle DEMOUGEOT (Gabrielle).\nHÀNSEL ET GRETEL, IEI* ACTE, (HUMPERDINK.)\n25. Mlte AMORETTI 22.11 Rôle de GRETEL.\na concouru en 1907.\nRéplique : MUE CIIANTAL.\nDans son ensemble, le concours a été médiocre, et il ne pouvait en être autre-\nment, pour des raisons diverses. Dépouillées de tout ce qui leur donne un peu\nd'éclat dans les représentations ordinaires, certaines scènes (comme celle du\nPardon de Ploèrmel, ier acte) sont d'une pauvreté musicale ahurissante !... Dans\nAphrodite, Mlle Cébron-Norbens a voulu forcer le succès par le charme savant\net la transparence d'un costume qu'autorisait le rôle très voluptueux de Chrysis ;\nmais l'art du costume entre-t-il en ligne de compte? En ce cas, les noms des\nmodistes devraient figurer au palmarès ! Mlle Demougeot, sœur de l'artiste de\nl'Opéra, a beaucoup plu dans une scène de Carmen, où elle a de la grâce et du"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "411", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.11", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\npiquant, avec une voix très juste, et M. Ponzio, dont nous avions apprécié la\nrondeur [ceci sans plaisanterie !) en 1907, a très bien dit l'air du Barbier. Dans\nles œuvres très méloLamatiques, comme Cavalleria, l'impression fat plutôt\npénible.\nPIANO (HOMMES). Le morceau de concours était la 4e ballade de Chopin,\nœuvre de haute poésie romantique, de grande fantaisie et de sentiment profond.\nPour jouer convenablement cela, il faut procéder comme l'acteur qui veut inter-\npréter un rôle dans un drame de Shakespeare ou d'Hugo : faire la synthèse du\npersonnage et faire sentir partout Y unité du caractère, au lieu de juxtaposer des\ndétails minutieusement étudiés. Je souligne, car cette qualité, qui consiste à saisir\net à exprimer le caractère d'un ensemble, est la vraie qualité de l'artiste. Trop\nd'élèves raffinent sur les menues choses et font des effets quelconques sans\nparaître comprendre le sens général du morceau 1 Cependant malgré cette\nréserve le concours fut très bon. J'ai particulièrement remarqué un pianiste\ngrec de 14 ans, Eustratiou, élève de M. Diémer : c'est un tempérament d'artiste ;\nil chante intérieurement; il vit ce qu'il joue; il a fait la synthèse dont je parlais.\nIl faut signaler aussi le mérite très sérieux de MM. Trillat, Gayraud (premier\nprix), Gallou, Gaunlett (2e prix), Moretti, Schmidt, Schwaab (accessits). Le\nmorceau de déchiffrage était une brève composition entortillée, un peu pénible,\navec une construction rythmique peu claire, de M. Widor. Presque tous les\ncandidats l'ont jouée avec une exactitude matérielle impeccable, mais sans\nparaître comprendre ce qu'ils jouaient ; ils sont excusables.\nHARPE CHROMATIQUE ET HARPE A PÉDALES. La harpe chromatique, de l'avis\nunanime des auditeurs, a fait excellente figure. C'est un instrument qu'il\nserait déplorable de voir disparaître du Conservatoire de Paris, et nous espérons\nbien que M. Gaston Doumergue, avec son habituelle impartialité, saura se\nplacer au-dessus de rivalités mesquines pour garantir à deux instruments\ndifférents, mais non exclusifs l'un de l'autre, un régime d'entière liberté. Nous ne\nsommes plus à l époque des privilèges, comme au temps de Lulli, et le concours\nd'hier vient de prouver une fois de plus que la harpe à pédales pouvait conti-\nnuer à vivre à côté de la harpe chromatique. Les virtuoses choisiront. Le morceau\nde concours, pour la harpe chromatique, était, une fantaisie brillante, sur-\nchargée de difficultés, du regretté Pfeiffer. Le morceau de lecture à vue, écrit par\nM. Lavignac, était également très difficile. Les élèves de Mme Tassu-Spencer\nont fait honneur à la classe de ce professeur éminent : après une exécution pleine\nde charme et d'une sûreté merveilleuse, M. Mulot et Mlle Chalot deux\nenfants ! ont obtenu un premier prix. Nous espérions mieux qu un premier\naccessit pour Mlle Montmartin, qui ade très réelles qualités de virtuose et de\nmusicienne.\nPour la harpe à pédales, le morceau de concours, agréable mais un peu banal,\nétait dû à M. Galeotti. Il y eut quelques cordes cassées ; nul n'a le privilège\nde ces incidents ; mais il y eut aussi des élèves de sérieuse valeur. Mlles Pierre\nPetit, Delgado-Perez et Laggé, Inghelbrecht, Dretz et Gaulier. Lan dernier,\nun compositeur avancé qui se pique de «justice » mais qui n est pas toujours\nimpartial, exaltait la harpe à pédales (au détriment de 1 autre, bien entendu), à\ncause de ses « fusées de notes », du glissando poétique (?) qu on opère sut\nle plan unique de ses cordes. Cette année, les amateurs du glissando que"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "412", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.12", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nje tiens pour antimusical ont dû être satisfaits. Sur la harpe chromatique\ncomme sur la harpe à pédales, nous avons eu des fusées de notes en glissando.\nVoilà qui est rassurant pour l'avenir de la musique.\nCONCOURS DE CONTREBASSE, VIOLONCELLE ET ALTO. —Entre autres traditions,\nle Conservatoire de musique perpétue celle qui consiste à ouvrir la série des\nconcours publics par les instruments graves de la famille des archets et des\ncordes : c'est la journée des joies austères.\nOr donc, le samedi 4 juillet, le jury, qui, sous la présidence coutumière de\nM. Gabriel Fauré, réunissait les compétences diverses de MM. E. Colonne,\nXavier Leroux, G. Caussade, E. de Bailly, J. Salmon, P. Chavy, L. Fournier,\nHasselmans, A. Bruneau et R. Schidenhelm, fit comparaître le premier contre-\nbassiste sur le coup de neuf heures et, quand le dernier de la série eut achevé la\nfantaisie, assez fantaisiste, de M. E- Ratez, on eut assez nettement l'impression\nde ce qui allait se produire, c'est qu'une juste sévérité ne trouverait pas matière\nà premier prix. Ainsi décida le jury. Le concours nous a semblé gris et monotone,\nsans relief. Est-ce la faute à l'instrument ? Au morceau de concours > aux con-\ncurrents ?\nRépétons ici une fin d'hexamètre virgilien: Paulo majora canamus, et passons\nau violoncelle. Le concours de cette année, qui se jouait sur le concerto de\nSchumann, mit en avant la personnalité artistique de M. Vaugeois, un virtuose\nde demain, dont les quinze ans s'unirent aux dix-sept ans de M. Mas dans le\npartage d'un premier prix. Ensuite comment le jury s y prit pour attribuer dans\nle lot des autres concurrents seconds prix et accessits, c'est ce que nous ne sau-\nrions dire. Nous croyons que son choix fut juste ; au reste le public s y rangea.\nMontons encore une octave et arrivons au domaine des altistes A notre sens,\nleur concours aura été le clou delà journée. La classe de M. Laforge présentait\nsix concurrents : il y eut six récompenses, motivées par l'exécution du Concert-\nstïick de M. Enesco et un morceau de lecture à vue de M. Xavier Leroux. Nous\ndevons dire que ce tournoi artistique avait quelque chose de particulièrement\nattachant, chaque concurrent apportant sa note personnelle, son individualité artis-\ntique, sa manière propre de comprendre et d'interpréter l'oeuvre de M. Enesco.\nTrois premiers prix à l'unanimité : M. Rousseau, un beau tempérament de\nvirtuose, domine l'ensemble ; la sonorité est chaude et généreuse ; 1 artiste s im-\npose. A ses côtés, plus modestes, mais tout aussi solides à leur poste, Mlle Du-\nmont et M. Taine. M. Barrier fît preuve d'une réelle personnalité: à l'unanimité,\nle jury lui décerne un second prix. Enfin les qualités de charme et d'élégance\nqui caractérisent M. Mayena le désignèrent pour un premier accessit, tandis que\nMlle Desnoyers jeu égal et modeste dut se contenter d'un second.\nAu reste, voici la nomenclature des récompenses en ce jour :\nCONTREBASSE\nClasse de M. CHARPENTIER.\nMorceau de concours et de lecture à vue de M. E. RATEZ.\nLe jury ne décerne pas de premier prix.\nDEUXIÈMES PRIX.\nMM. Dumont, Juste et Anrès."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "413", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.13", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nPREMIER ACCESSIT\n- M. Leuliet, à l'unanimité.\nALTO\nClasse de M. LAFORGE.\nMorceau de concours : Concertstûck, de G. ENESCO.\nMorceau de lecture à vue de M. XAVIER LEROUX.\nPREMIERS PRIX\nxM. Rousseau, Mlle Dumont et M. Taine, à l'unanimité.\nDEUXIÈME PRIX\nM. Barrier, à l'unanimité.\nPREMIER ACCESSIT\nM. Mayeux.\nDEUXIÈME ACCESSIT\nMlle Desnoyers. /\nVIOLONCELLE\nt*. * . *\n*\nMorceau de concours : Concerto de SCHUMANN.\nMorceau de lecture à vue de PAUL VIDAL.\nPREMIERS PRIX\nM. Paul Mas, élève de M. Cros Saint-Ange.\nM. Vaugeois, élève de M. Cros Saint-Ange.\nSECONDS PRIX\nM. Pierre Jamin, élève de M. Loëb.\nM. Ruyssen, élève de M. Loèb.\nPREMIERS ACCESSITS\nM. Challet, élève de M. Cros Saint-Ange.\nM. Dussol, élève de M. Cros Saint-Ange.\nM. Dumont, élève de M. Loëb.\nSECONDS ACCESSITS\n4 M. Maréchal, élève de M. Loëb.\nM. Mangot, élève de M. Loëb.\nM. Alaux, élève de M. Loëb.\nM. Roger Martin, élève de M. Cros Saint-Ange.\nCONCOURS DE VIOLON. — Vingt-huit candidats ou candidates, entre lesquels le\njury a partagé 4 premiers prix (M. Michelon,M. Carembat, Mlle Wolff et M1,e Tal-\nluel ; à noter que M. Carembat concourait pour la première fois) ; quatre se-\nconds prix (M1,e Roussel, également à son premier concours, MM. Tinlot, Poir-\nrier et Brettly), cinq premiers accessits (MM. Cornette, Hémery, premier con-\ncours), Mlles Goyon et de la Hardrouyères, M. Olmagu), enfin quatre seconds\naccessits (M. Duran, Mlles Elwell et Didier, M. Villain).\nLe morceau imposé était le concerto (op. 53) de Dvorak. Le morceau de\nlecture à vue (un quatre temps, andante) était dû à M. Albert Bertelm, qui 1\nvait hérissé de notes diésées ou bémolisées, plutôt que de coups d archet diffi-\nciles ou de doigtés compliqués."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "414", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.14", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RECENTES\n\nL ensemble du concours donne lieu de constater que l'enseignement du vio-\nlon est poussé à un degré de perfection remarquable, et que dans les quatre\nclasses, il y a une émulation qui rend bien difficile de faire un choix et de\nformuler des préférences. Comment a pu procéder le jury, par quels moyens de\nnotation et de comparaison, pour faire son office et prononcer des jugements\nélection et élimination fondés sur la justice et l'équité ? Nous nous le deman-\ndions avec angoisse avant, comme après la proclamation des récompenses.\nUne des premières qualités du violoniste, disons la première, est la qualité de\nl'archet ; car des mains gauches habiles et brillantes, vigoureuses et agiles à la\nfois on en rencontre en grand nombre. C'est par le bras droit que le violoniste\naffirme sa personnalité, traduit sa pensée et son interprétation de la musique,\npasse de la catégorie des élèves dans le cénacle des maîtres. Il a paru hier que\nle jury avait un peu méconnu ce principe et n'y avait point toujours conformé ses\njugements. Quelques lauréats sont possesseurs d'un bras droit qui ne leur per-\nmettra jamais de s'élever au-dessus du vulgaire ; d'autres, au contraire (en tête\ndesquels nous placerons M. Allard), ont des qualités d'archet et de son qui\nauraient dû leur attirer les faveurs d'un aéropage éclairé. Il est vrai que si\néclairé fût-il, l'aréopage a pu commettre des oublis, et se laisser aller par mo-\nments à une douce somnolence ou à une poétique rêverie. Entendre vingt-huit\nfois de suite le même solo de violon, et vingt-huit fois la même page de déchif-\nfrage, est une corvée qui est dure, surtout pour des esprits délicats et des intelli-\ngences d'artistes. Il faut être du métier, non pas seulement de la musique, mais\ndu violon, l'avoir étudié au point de vue technique, l'aimer passionnément,\npour supporter une pareille épreuve, et encore, pour qui veut faire son devoir\njusqu'au bout, il faut être inaccessible... à l'intrigue I\nVIENNENT DE PARAÎTRE :\nŒuvres en prose de Richard Wagner, traduites en français par J.-G. Prod'-\nhomme et F. Holl, tome second des Gesammelte Schriften, i vol., chez Dela-\ngrave, 3 fr. 50.\nSchubert, par L.-A. Bourgault-Ducoudray ; Rameau, par Lionel de la Lau-\nrencie ; Boïeldieu, par L. Augé de Lassus. Ces 3 vol. dans la collection des\n« Musiciens célèbres » (Laurens).\nL\"Almanach des.spectacles par Alfred Soubies, année 1907 (Flammarion).\nLES CHORALES DANS LES LYCÉES DE JEUNES FILLES. Récemment, dans le\ngrand amphithéâtre de la Sorbonne, il y eut deux grands concerts : l'un donné\npar la chorale des lycées de jeunes filles de Paris (700 exécutantes), l'autre donné\npar la chorale du lycée Fénelon seul (180 exécutantes environ), sous la direction\neffective de M. Gabriel Pierné, chef d'orchestre. La Revue musicale, sachant que\nje me suis spécialement consacrée à l'enseignement de la diction et du chant, a\nbien voulu me demander quelques impressions et idées générales. Je m'en\nacquitte bien volontiers, sans revenir sur le détail de charmantes exécutions\ndont le compte rendu a été donné ici même.\nC'est une bonne et heureuse innovation d'avoir créé des chorales dans les\nlycées de jeunes filles. L'esprit féminin, plus souple, plus spontané, plus brillant\nque l'esprit masculin, est servi par des organes délicats et frêles qui risque-\nraient de s'épuiser rapidement, au détriment de la vie féminine future, sous l'in-\nfluence d'un surmenage intellectuel continu. Le chant, la diction, viennent"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "415", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.15", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\napporter la distraction voulue, la gymnastique pulmonaire nécessaire. Non pas\nque cette gymnastique soit inutile aux hommes ; mais elle s'impose moins,\nparce que, quant à présent, les filles ne sont pas fatalement destinées, comme\nleurs frères, à exercer rapidement un métier. Par conséquent beaucoup d'entre\nelles consacreront à la musique les heures que les collégiens emploient à des\nrépétitions multiples dans le but d'arriver bons premiers à cette course que la\nconcurrence pour la vie rend obligatoire. Les chorales devraient englober tous\nles enfants, quelles que soient leurs aptitudes ; effectivement, il ne s'agit pas ici\nde créer deschœurs artistiques comme à l'Opéra, et par conséquent d'opérer une\nsélection forcée. Il s'agit de développer les poumons et les goûts artistiques de\ntous les enfants, et particulièrement de ceux qui, étant peu doués, ont besoin de\nplus d'exercices, de plus de conseils. Ce qu'il serait nécessaire de reviser, c'est\nl'âge moyen qu'il convient d'adopter pour les choristes. De 6 à 12 ou 13 ans, et\nà partir de 75ans, il n'y a ordinairement aucun inconvénient à développer la voix.\nMais de 13 à 15 ans il vaudrait mieux se contenter de travailler la pronon-\nciation, les agglomérations de voyelles ou de consonnes difficiles, la mesure, le\nphrasé musical, que le solfège ou le chant. Les jeunes filles se forment à ce\nmoment, la voix mue, et le repos vocal est indispensable.\nActuellement, quelle est la situation des chorales dans les lycées de jeunes\nfilles ? Les enfants peuvent être choisies à partir de 13 ans pour la chorale exté-\nrieure et de 6 ou 7 ans pour la chorale intérieure. Elles sont dirigées par un\nmaître ou une maîtresse de solfège. Or, pour qu'un ensemble marche d'accord,\nplusieurs conditions s'imposent. Une respiration moyenne réglée d'avance, qui\nconvienne aux souffles les plus courts. Un souffle pris sans brutalité pour ne pas\ndétonner. Une prononciation uniforme, de façon que les quantité de voyelles\nou l'explosion des consonnes ne se contrarie pas. Enfin, il faut à tout prix em-\npêcher les éclats de voix de certains enfants qui ont un goût désordonné pour\nléchant individuel, même dans les chœurs. Or tout cela peut être réduit en\nquelques maximes inscrites au tableau noir.\nPRINCIPES A INSCRIRE AU TABLEAU NOIR.\n1. — Tenez-vous debout en station hanchée.\n2. — Pas de vêtements serrés ; le corps et le col libres.\n3 . — Regardez le chef d'orchestre.\n4. — Tenez le cahier de la main gauche, un peu éloigné du visage.\n5. — Chantez ; ne criez pas.\n6. — Articulez nettement les consonnes. Pour les voyelles, ouvrez la bouche\ncomme dans la parole.\n7. — Ne traînez pas le son.\n8. — Ne prenez pas le son en-dessous.\n9. — Ne faites pas d'efforts ni de grimaces en chantant. Soyez simple.\n10. — Devenez bonnes musiciennes, si vous voulez plus tard être bonnes chan-\nteuses.\nDu reste, en attirant l'attention du maître de solfège sur les nécessités d une\nchorale, il comprendra de lui-même que son rôle n est plus seulement de faire\ndonner la notejuste et en mesure, maisencore de régler rigoureusement la mesure,\nles reprises, la prononciation communes, et de ne pas laisser ies empiétements"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "416", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.16", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\n\nse produire, parce qu ils détruisent l'harmonie-de l'ensemble. Aux maîtres de\nchant pur et individuel, reviendra plus tard le soin de cultiver la voix dans le\nsens de l'étendue du timbre, de la légèreté de l'expression raffinée. Mais si le\nmaître de solfège ne veut pas être distancé, il doit s'occuper de fixer la mise de\nvoix en commun, la prononciation, les tenues de son, les forte et les diminuendo.\nUn morceau, avant d'être chanté, doit être parlé d'abord, puis parlé en mesure,\npuis expliqué comme expression, enfin étudié pour l'intonation seulement,\naprès avoir été dicté. Ces opérations terminées, on pourra joindre sans crainte\nla parole au chant et se passer au besoin de solfèges spéciaux. Une dernière con-\ndition est nécessaire : il faut donner des chœurs très faciles. Les chorales ne\nsont pas créées pour des individualités brillantes, pour des exceptions ; elles\nsont faites pour une masse qui, prise d'ensemble, a des aptitudes moyennes.\nPourquoi abuser des difficultés d'intonation, de mesures composées? L'essentiel\nest d'habituer les enfants à être très corrects et à ne pas perdre l'ensemble.\nQuand on arrive à ce résultat, on a fait beaucoup pour développer l'oreille et le\ngoût. Certains enfants ont une tendance à crier; la majorité ne chante pas, et se\ncontente d'ouvrir démesurément la bouche. Il faut exiger que les unes donnent\nmoins et les autres plus. L'ensemble s'en trouvera mieux. Il faut tenter aussi\nd'assouplir les nuances du forte au piano. Toujours trop ou trop peu ! Enfin se\ngarder comme du feu des morceaux passionnels qui troublent la limpidité de la\nvoix. Il faut, bien entendu, exiger des fillettes que la respiration ne soit pas gênée\npar le corset ou les vêtements. Pour les ensembles, quand le morceau est à peu\nprès su, elles doivent être debout, savoir autant que possible le morceau par\ncœur, pour regarderie chef d'orchestre. Se tenir en station hanchée pour chan-\nger de pied sans se fatiguer et rester gracieuses. Pas de contorsions de visage\nou de mouvements désordonnés du col à chaque note. Autant que possible le\ncou libre. Pas de cols qui l'emprisonnent. Nous dirons plus tard comment un\nmaître de chant, qui peut surveiller les élèves individuellement, doit arriver en\npeu de temps à un bon résultat, s'il fait un bon départ.\nNous résumons notre opinion sur les chorales en disant que là où il faut ins-\ntruire une masse et coordonner ses éléments, il faut que ces éléments restent\ntrès simples pour se combiner.\nDans les lycées de jeunes filles, on apprend l'anatomie du corps humain. Le\nprofesseur d'histoire naturelle aura soin d'indiquer aux enfants combien la con-\nnaissance du larynx et de l'appareil pulmonaire leur facilitera l'étude du chant.\n\nALIX LENOEL-ZEVORT.\n\nPierre Montan Berton (d'après le Journal de son fils, suite)\nDE L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE ET DU COMMENCEMENT DE LA RÉVOLUTION\nMUSICALE EN FRANCE.\n\nL'Académie royale de musique, vulgairement appellée grand Opéra, est une deb\ncréations du grand siècle ! son organisation porte l'empreinte du grandiose qui\nprésidoit à toutes les conceptions de cette époque. Aussi Voltaire a-t-il pu écrire :"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "417", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.17", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\nR. M.\n2\n\nIl faut se rendre à ce palais magique,\nOù les beaux vers, la Danse, la Musique,\nL'a/7 de tromper les yeux par les couleurs,\nL'art plus heureux de séduire les cœurs,\nDe cent plaisirs font un plaisir unique.\n/\nS il est viai que pai la longévité des œuvres on peut apprécier le mérite de\nleur conception, certes, celle qui présida à la fondation de notre grand Opéra fut\n(artistiquement parlant) une chose admirable, car c'est en 1646 que le cardinal\nMazarin fît inaugurer ce temple des Beaux-Arts! Nous sommes en 1837, et,\nmalgré les changements de gouvernements, la tempête révolutionnaire, l'impé-\nritie de certains directeurs, ce monument national ! ce monument unique ! est\nencore debout M! et plus brillant que jamais après 191 ans d'existence.\nVainement les souverains étrangers ont tenté de créer des théâtres semblables\ndans leurs Etats : malgré leur puissance, leur or, les copies sont toujours restées\nau-dessous du modèle ; quelques parties souvent y ont été égalées, mais jamais\ndans aucun de ces théâtres étrangers on n'a pu parvenir à atteindre cette perfec-\ntion, cet accord de chacune des parties dont en France se compose ce grand\ntout, et qui lui ont assuré la suprématie dont il jouit à juste titre dans l'opinion\nde toute l'Europe civilisée. Aussi, l'existence de notre Académie royale de\nmusique fut-elle considérée, par tous les gouvernements qui ont régi la France\ndepuis la fondation de cet établissement, comme une chose d'intérêt public, non\nseulement sous les rapports de gloire artistique, mais encore dans ceux de son\ninfluence politique et commerciale. Car il est notoire que presque tous les\nétrangers qui forment le projet de visiter dans le cours de leurs voyages notre\nbelle France, et surtout Paris, y sont attirés par le désir de connoître tous\nles monuments de science et d'arts que renferme cette illustre cité. Et l'on peut\naffirmer que notre grand Opéra est pour beaucoup dans l'atrait irrésistible qui\nleur fait y prolonger leur séjour. Aussi toutes les fois que le trésor royal se\ntrouvoit dans l'impossibilité de subvenir aux frais énormes et indispensables\nqu'exige la nature de cet établissement, tout le corps de ville s'est-il empressé\nde prendre l'Opéra à son compte, sachant combien le commerce de la ville de\nParis, et même, quoi qu'en aient voulu dire certains économistes, celui des pro-\nvinces, acquéroient de prospérité par le mouvement incessant des capitaux que\nle luxe nécessaire des représentations faisait verser dans le commerce (1).\nCette vérité a été reconnue par tous nos Rois, et même la Convention ! cette\nterrible Convention, dont la fièvre de nivellement ! de destruction ! s'étoit em-\nparé! n'a pu s'empêcher de respecter l'œuvre de Louis XIV. Elle s'est seulement\ncontentée de suprimer le titre d Académie royale de musique et de le remplacer\npar celui de Théâtre des Arts.\nSi elle n'avoit jamais fait plus de mal, nous ne prononcerions pas son nom\navec un souvenir d'effroy, et consentirions, peut-être, à écouter l'éloge de cer-\ntains membres de cette Assemblée qui, par leurs talens, leur énergique patrio-\ntisme, ont puissamment contribué à purger le sol français de la présence des\narmées étrangères... mais... mais... hélas ! je m'arrête. . Je ne suis qu'un ar-\n\n(1) Il y a là, évidemment, une exagération. L'Opéra offrit de tout temps un attrait certain, mais\nau xvme siècle cet attrait résidait particulièrement dans la partie chorégraphique. Au point de\nvue commercial, l'Opéra n'eut jamais beaucoup d'influence, car le luxe des représentations était\nfactice ; les fournisseurs attitrés étaient soumis à des réductions notables."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "418", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.18", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\n\ntiste. il me siérait donc fortmal de parler Révolution, car je n'entends\nrien à la première, crains la seconde et redoute sa sœur (1 \\ ce qui fait, cher lec-\nteur, que je retourne à mon cher Opéra. J'ai déjà dit que mon père prit possession\nde la place de maître de musique chef d orchestre à l'Académie royale de mu-\nsique sous la direction de M. Francœur. C étoit en 1 année 1757 (2)* Comme\nmon père étoit né en 1727, il avoit donc trente ans à cette époque. Son directeur,\nqui connaissoit son goût épuré et son savoir dans l'art de la composition musi-\ncale, le chargea de retoucher presque tous les anciens opéras que l'on remet-\ntoit en scène Les progrès qu'il avoit fait faire dans 1 exécution, tant aux\ninstrumentistes qu'aux chanteurs, permettoient de faire quelques tentatives pour\nassayer de tirer la musique françoise de 1 ornière dans laquelle on 1 avoit em-\nbourbée, par l'usage incessant d'une insipide psalmodie! qui n'étoit ni du chant\nni du récitatif, non comme celui de 1 ingénieux Lully ! qui, par la simplicité de\nses formes, sa vérité scénique, la religieuse observance des lois de la prosodie,\npourait encore maintenant servir de modèle en ce genre, mais par un prétendu\nrécitatif, contraint et presque mesuré, tantôt à 2, à 3 ou à 4 tems, et toujours\norné des fioritures de l'époque, flutés, perlés, trilles, port de voix, etc., etc., etc. Ce\nmauvais goût siégeoit alors à notre grand Opéra ; ses supots étoient d autant\nplus blâmables dans l'entêtement de leur statu quo, qu'ils ne pouvoient ignorer\nle pouvoir qu'a toujours sur les masses une mélodie suivie, accentuée et vérita-\nblement chantante, une riche harmonie, et surtout un rhytme constant et bien\naproprié aux sentimens, aux passions que l'on veut exprimer. La Mélodie, Y Har-\nmonie et le Rythme sont donc en musique une trinité indivisible ! et ce n'est\nqu'en en faisant un judicieux employ que le génie de nos grands compositeurs\nsut luy faire prendre rang parmi les Beaux Arts (3) !\nPourtant nos rétrogrades n'ignoraient pas entièrement les effets que l'on\npouvait obtenir par l'usage de ces moyens, car on en trouve quelques fois des\nexemples dans leurs œuvres, mais ce n'est jamais que dans les parties acces-\nsoires du drame, c'est-à-dire dans les airs de Danse, dans ce qu'on appeloit les\npetits airs, toujours chantés par les coryphées, ou bien dans les chœurs et dans\nles marches. Les situations les plus vives, les plus touchantes, les plus pathétiques,\nétoient le domaine exclusif de leur froid et lourd récitatif. C'est assurément de\ncette insipide psalmodie dont J.-J. a voulu parler, lorsqu'il dit que l'allure de\nla musique française lui semblait être celle d'une vache qui voudrait galoper.\nLe besoin des améliorations se fesoit d'autant plus sentir que déjà l'on\nconnoissoit en France le Stabat de Pergolèse et sa Serva padrona, opéra écrit\nen 1734, ainsi que les belles compositions des Hcendel, des Léo, des liasse, des\nDurante, des Scarlati, du célèbre Jomelli et de tant d'autres illustres maîtres,\ndont les œuvres fesaient l'ornement des bibliothèques musicales de toutes les\n\n(1) Berton parlait souvent par énigmes. Dans son esprit la sœur de la Révolution devait être\nla guillotine.\n(2) Voici une daie controuvée par les dires antérieurs de Berton et parles biographes lesplus\nautorisés. S il remplaça Boyer, mort en 1755, alors qu'il fut appelé par Francœur, Pierre Berton\naurait eu 28 ans et non 30.\n(3 Cette critique s'adressait plus particulièrement à Rameau et à ceux qui avaient travaillé selon\nses principes II s'agit bien là d'une opinion personnelle, car Pierre Berton était grand admirateur\nde Rameau, et il s'empoyla, comme directeur de l'Opéra, à remettre à la scène les principaux ou-\nvrages du maître de la musique française,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "419", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.19", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\n\npersonnes douées de cet instinct qui fait apprécier les véritables beautés de cet\nart magique.\nMon père étoit possesseur d'une grande partie de ces chefs-d'œuvre en Ma-\nnuscrits, cadeaux que lui avoient fait deux illustres amateursde musique, le comte\nde Lauragitais et le comte d'Albaret. Comme il chantoit fort bien, c'est-à-dire en\ncompositeur, et qu'il accompagnoit encore mieux, il se plaisoit souvent à dire,\ndans les cercles d'amateurs, une grande partie des œuvres de ces Aristotes, de\nces Horaces de la véritable musique, à en analyser les beautés, et à en faire\napprécier tous les mérites.\nSi les philosophes du xvme siècle ont sçu par leurs écrits préparer les esprits\naux idées qui ont amené la réforme sociale, et engendré notre grande Révolu-\ntion ! je puis dire avec orgueil que je suis fils d'un homme qui, par son savoir\net la pureté de son goût, sut aussi préparer les esprits à notre Révolution musi-\ncale ! et lui forger des armes, pour l'aider à triompher, lorsque son heure serait\nvenue (i). Ce fut en 1776, le 18 d'avril, que l'on représenta pour la première fois\nI'/phigénie en Aulide de Gluck, et c'est de ce jour de triomphe harmonique, que\nl'on doit compter l'ère de cette grande Révolution artistique, c'est-à-dire 13 ans\navant celle de 1789. Elle n'a pas fait répandre autant de larmes que cette der-\nnière, mais elle a, ainsi qu'elle, donné naissance à de vives discussions, à une\npolémique acerbe, à des disputes passionnées, et même à une malédiction\npaternelle!!! car un certain M. de Gouges, Président au Parlement de Toulouse,\na déshérité son fils parce qu'il étoit l'un des séides les plus passionnés du\nGluckisme.\nLe fait est constant, et je puis l'affirmer, car, bien jeune encore, étant après\nle dîner dans le salon, j'entendis raconter à Gluck ce fait par l'exilé lui-même.\nAlors son père avoit cessé d'exister, et ce malheur lui avoit rendu la liberté, mais\nnon sa fortune. Il revenoit d'Egypte, où il avoit, dans la ville du Caire, été forcé,\npour tâcher d'exister, de faire le métier de maître d'un café. A la fin de son récit,\nGluck tout ému l'étreignit dans ses bras avec efusion, et lui dit : « Bon jeune\nhomme, il faut plaider, et entrer dans vos biens ; il vous faut un avocat, eh\nbien c'est moi qui veux l'être ; j'ai bien su dans mon Orphée attendrir et toucher\nles supots de lJluton ; je saurai bien pour une aussi belle cause attendrir et\ntoucher lessupots de Thémis. » Toute la société applaudit à ce beau mouvement,\net mon père de suitte, en remettant un papier à Gluck, lui dit : « Je prie l'illustre\nMaître de vouloir bien offrir en son nom à M. de Gouges ce titre d'une grande\nentrée à l'Académie royale de Musique. »\nGluck en la lui offrant dit, avec sa chaleur et son énergie accoutumées : « Oui,\nje vais aller, avec mon ami Berton, me jeter aux pieds de mon auguste Ecolière ;\nnous lui raconterons tout ; nous la suplierons d'intercéder pour vous près du grand\nchancelier. Elle est si bonne, ma chère Marie-Antoinette, votre sainte reine, ma\nchère Elève ; oui, oui, j'en ai l'assurance, vous gagnerez votre cause et nous\nserons tous heureux. » L'illustre Maître ne s'étoit pas trompé ; la Reine prit unvif»\nintérêt à l'affaire, et M. de Gouges fut réintégré dans tous ses biens dans l'année.\n\n(i) Encore une fois, cette affirmation est fausse. Pierre Berton devint gluckiste par la force\ndes choses, mais il était lulliste et ramiste jusqu'à l'arrivée du compositeur allemand, et ce n'est\nqu'en raison des relations nouvelles qu'il se fit dans le nouveau monde musical que son goût se\ntransforma. ' • '"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "420", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.20", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\n\nL'un des premiers employs qu'il en fit fut de faire de magnifiques cadeaux à\ntous les premiers artistes qui avoient figuré dans Iphigème et de louer à 1 année\nune première loge à l'Opéra, qu il ne manqua jamais d occuper jusqu au dernier\njour de sa vie, mais qu'il avoit toujours eu soin de laisser vuide, lorsqu'on ne\nreprésentoit pas l'un des chefs-d'œuvre du Père de la Tragédie lyrique (1).\nOEUVRES DE MON PÈRE, SA NOMINATION A LA DIRECTION DE L'ACADÉMIE ROYALE\nDE MUSIQUE ET MA NAISSANCE.\nMon père, ainsi que l'on vient de le voir, par ses talens administratifs et\nle mérite de ses diverses productions, prit une part active dans le mouvement\nqui fît crouler le gothique système de notre prétendue musique française.\nPour parler convenablement de ses œuvres diverses, et éviter d être taxé\nd'une partialité filiale, je crois ne pouvoir mieux faire que de relater ici ce\nqu'en ont dit Choron et Fayolle dans leur Dictionnaire des Musiciens ainsi que les\narticles des Mémoires de Bachaumont où son nom est cité.\nIl est dit dans le Dictionnaire, ler volume, page 72, à l'article Pierre Montan-\nBerton :\n« La place de maître d'orchestre de l'Opéra de Paris étant venue à vaquer (2),\nde l'aveu même de'ses rivaux, il y fut nommé\n« Il obtint successivement, par ses talens, la place de maître de la musique du\nRoi et celles de surintendant de la musique de S. M. et d'administrateur de\nl'Opéra.\n« Comme compositeur, il donna à l'Académie royale de musique, en 1755, en\nsociété avec Giraud, Deucalion et Pyrrha, paroles de Sainle-Eoix. Ln 1761, il\nraccomoda et ajouta des chœurs et des airs de danse à l'opéra de Camille, de\nCampra. En 1764 il composa la partition d'Erosine, paroles de Moncrif. En\n1766, il refît tous les chœurs et airs de danse de Ylphigénie en Tauride de Des-\nmarels. En 1767, il fit, en société avec Trial, Silvie, paroles de Laujon. En 1771, il\nfit également en société avec Granier 1 opéra de Thèonis, paroles de Poinsinet.\nEn 1772, il arrangea avec l'auteur des Essais sur la musique ancienne et moderne,\nM. de la Borde, YAmadis des Gaules de Lully (le récitatif excepté). En 1773, il\ncomposa en société avec la Borde l'opéra d'Adèle de Ponthieu, paroles du mar-\nquis de Saint-Marc. En 1774 il arrangea aussi, en société avec Granier, deux\nopéras pour le théâtre de la Cour, Bellérophon de Lully et Issé de Campra. Enfin,\nen 1775, il fit tous les divertissements de Cythère assiégée, opéra de Gluck.\n« Jusqu'à sa mort, il s'est peu donné d'opéras anciens qu'il n'y ait travaillé,\nsoit pour les coupures ou pour les augmentations jugées nécessaires, même\ndans Castor et dans Dardanus de Rameau dont plusieurs morceaux ajoutés sont\nde lui, notamment la chaconne si connue sous le nom de Chaconne de Berton.\nt «Ce fut sous son administration qu'on appela à Paris les célèbres Gluck et\nPiccini et que s'opéra en France la révolution musicale.\n« Gluck avoit tant de confiance en ses talens, qu'il le chargea de refaire le\n\n(1) Cette anecdote n'est pas facilement contrôlable. J'y vois surtout le désir qu'avait Henri\nBerton d'exalter le gluckisme de son père.\n(2) Les auteurs du Dictionnaire, ajoutaient : <( Il se présenta au concours. » Dans tout ce qui\nsuit il se trouve plusieurs variantes tendant toujours à exalter la valeur du père."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "421", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.21", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\n\ndénouement de son Iphigénie en Aulide, qui s'exécute encore telle que Berton\nl'a arrangée; et comme l'a très bien remarqué l'auteur de 1 \"Essai sur la musique\nancienne et moderne, sans ses nombreuses occupations, cet habile musicien eût\nété l'un de nos plus grands compositeurs.\n(( Personne ne posséda le talent de faire exécuter à un si haut degré que Berton,\net son travail étoit d'autant plus pénible qu'à cette époque les artistes de l'orches-\ntre de 1 Opéra étoient loin d'avoir le grand talent qu'ils ont aujourd'hui, et que\nfaire exécuter alors aux acteurs et aux musiciens la musique nouvelle, c'étoit leur\nfaire parler une langue étrangère. Enfin l'on peut dire que c'est à lui que\nl'orchestre de 1 Opéra est redevable du haut degré de réputation dont il jouit en\nEurope. »\nBachaumont dit au ier volume de sesmémoires, àla date du 16 novembre 1662 :\n« Iphigénie en Tauride a été jouée aujourd'hui à ïOpéra ; les paroles sont de\nMM. Dauchet et Dupi é, la musique de Campra et Desmarest. Ce drame si vanté n'a\npas eu un succès très marqué. On a beaucoup applaudi aux morceaux de sympho-\nnie ajoutés : ils sont d'un nommé Berton, et donnent de grandes espérances de ce\njeune homme. »\nJe crois que Choron a été mal informé en disant que mon père avoit composé\npour la remise en scène de l'opéra de Dardanus sa célèbre chaconne, car j'ai\ntoujours entendu dire que c'étoit pour Y Iphigénie de Campra et Desmarets qu'il\nl'avoit faite, et ce que dit Bachaumont semble venir à l'appui de mon assersion ( 1).\nJ'ai le bonheur d'être possesseur du manuscrit autographe de cette chaconne ; le\nplan général de ce morceau est largement conçu ; le motif principalement noble\net élégant, les opositions y sont bien entendues et variées avec art, l'instrumen-\ntation y est traitée d'une manière surprenante pour l'époque ; mais ce qui est\nencore plus surprenant, ce fut la stretta, car n'en déplaise à tous les maestros\npassés, présents et futurs, c'est un véritable et beau crescendo, le premier que\nl'on ait jamais entendu, et qui a été le type de tous ceux qu'on a composés depuis.\nCette chaconne acquit alors une si grande célébrité que le Roi Louis A l lui-\nmême, lorsqu il vouloit adresser la parole à mon père, ne l'interpelloit jamais\npar son nom, mais bien par celui de Monsieur de la Chaconne !\nDans les entr'actes dramatiques, dans les concerts publiques et dans ceux\nd'amateurs, dans les sérénades, enfin, ainsi que de nos jours l'on a, en pareille\ncirconstance, toujours exécuté la belle ouverture du Jeune Henry de notre illustre\nconfrère Méhul, la chaconne de Berton étoit devenue le palladium des sympho-\nnistes.\nCe morceau fut composé en 1762 et 27 ans après, en 1789, le célèbre Viotti\nétant alors directeur de l'Opéra Bufjfa au Théâtre Teydeau, voulant, selon les\nusages du temps, donner le jour de Pâques un Concert spirituel, me demanda la\npartition de la chaconne de mon père II la fit exécuter avec le plus grand soin,\net quoiqu'en compagnie de l'une des belles symphonies de l'immortel Haydn,\net d'une des plus renommées de l'illustre maître Gossec, malgré ce voisinage et\nl'antériorité de sa conception, ce morceau eut un succès complet, et vint prouver\nencore qu en fait de production dans les Beaux-Arts, le vrai Beau le sera tou-\njours.\n\n(1) Le doute subsiste au sujet de cette chaconne. Jusqu ici tous les biographes 1 ont appliquée\nà Dardanus."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "422", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.22", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\n\nVers la fin de l'année 1776, mon père fut nommé Directeur de 1 Opéra.\nEt c'est aussi vers la fin de cette même année que je vis le jour, car je suis né\nle 17 de septembre de l'an 1766 (1).\nD'après la similitude des dates, de ce double événement les tireurs d oroscopes\ndu tems auroient peut-être pu prédire que le fils du Directeur de 1 Académie\nroyale, d'un compositeur aussi distingué, ne pouvoit infaiblement (s*c) que mar-\ncher sur les traces de son illustre père. Il ne m'apartient pas de juger la ques-\ntion, c'est au public à prononcer. »\nA Villers-en-Bray, septembre 1836.\nComme on vient de le voir par les nombreuses annotations que j'ai ajoutées\nau texte de Henri Berton, le journal de ce musicien ne pouvait étte accepté sans\ncontrôle. Néanmoins il présente un intérêt capital, en ce sens qu il éclaite la\nphysionomie d'un ancien artiste dont l'influence fut manifeste à 1 Opéra lors\ndelà période transitoire qui mit aux prises ramistes et gluckistes.\nAfin de compléter une documentation très précieuse, jecrois devoir reproduire\nici la soumission des Sieurs Berton et 1 rial, datée du 3 janvier 1767. Elle précise\nplusieurs points historiques ignorés des biographes :\n« Nous soussignés Pierre Montan Berton, maître de musique de 1 Académie\nroyale, et Jean-Claude Trial, compositeur et directeur de la musique de\nS. A. S. Monseigneur le Prince de Conty, nous soumettons par ces présentes\nde prendre et accepter de Messieurs les Prévôts des marchands et échevins\nde la ville de Paris l'exercice et administration du privilège de 1 Académie\nroyale de musique pour trente années, à compter de la prochaine clôture du\nthéâtre, ier avril 1767, jusques àla clôture du théâtre, dernier mars de 1 année\n1797, moyennant le prix et somme de 600.000 livres, sçavoir 10.000 livres pen-\ndant chacune des dix premières années qui écheront au dernier mars 1777,\n20.000 livres pendant chacune des dix années suivantes qui écheront au dernier\nmars 1787, et 30.000 livres par chacune des dix dernières années qui écheront au\ndernier mars 1797, les dites sommes payables sans aucunes déductions ni\nretenues, sous aucun prétexte de chargesou impositions établies ou à établir pour\nquelque cause que ce soit ; et seront les dits payemens faits par chacune année,\nde six mois en six mois et par avance, ainsi qu'ils s'y , soumettent et s y\nobligent.\n<( Plus les dits Sieurs Trial et Berton offrent et se soumettent de payer outre\net par-dessus le susdit prix de la concession les pensions viagères demandées\npar les Sieurs Rebel (2) et Francœur (3), sçavoir :\n\n(1) Il y a là cleux erreurs manifestes : Pierre Montan Berton fut nommé directeur de l'Opéra\nen 1767 (6 février), ainsi qu'en témoignent les archives de l'Opéra, et c'est en cette même année\nque le narrateur vit le jour. 11 avait 16 ans lorsqu'il se mit en ménage avec la célèbre MUe Mail-\nlard, d'un an plus âgée que lui, et il fut père l'année suivante Chose curieuse, dans une lettre\nqu'il écrivait en 1841 à Edouard Monnais, il se disait âgé de 75 ans. Il se serait donc toujours\nvolontairement vieilli d'une année dans ses narrations.\n(2) Rebel (François), né le 19 juin 1701, mort en 1775 à Paris (7 nov.). De 1772 à 1775 il fut\nadministrateur général de l'Opéra, après en avoir été co-directeur.\n(3) Francœur (François), né le 28 septembre 1698, mort à Paris le 6 août 1787. 11 fut directeur\nde l'Opéra en compagnie de Rebel pendant 31 ans, de 1736 à 1767."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "423", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.23", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\n\n« Au Sieur Rebel la somme de 6.000 livres de pension viagère au par-\ndessus de 3.000 livres de pareille pension dont il jouit actuellement, des\nquelles deux sommes faisant ensemble celle de 9.000 livres. Il sera réversible\nlors du décès du Sieur Rebel 2.000 livres aussi de pension viagère à la\nDame son épouse, des quelles 2.000 livres, au décès de la dite Dame Rebel, ilen\npassera mille livres à la Dame Girard, fille du dit Sieur Rebel, au même titre de\npension viagère et le surplus des dites 9.000 livres sera éteint et suprimé à la-\nmort du dit Sieur Rebel.\n(( Au Sieur Francœur la somme de quatre mille livres de pareille pension\nviagère au pardessus de 2.000 livres de pension dont il jouit actuellement,\ndes quelles deux sommes faisant ensemble celle de 6.000 il en sera réversible\nlors de la mort dudit Sieur Francœur celle de 1.000 livres au Sieur Francœur\nson fils (1 ) et pareille somme de 1.000 livres à la Dame Laval, fille du dit Sieur\nFrancœur père et le surplus des dites 6.000 livres sera éteint et suprimé au jour\nde la mort du Sieur Francœur père.\n« Flus les dits Sieurs Trial et Berton offrent et se soumettent de payer pareil-\nlement et à compter du dit jour ier avril 1767 les appointements des acteurs, des\npréposés, commis et employés, les pensions dues par Lacademie, le quart des\npauvres et toutes les autres charges et dépenses de la dite Académie royale de\nmusique telles et ainsi que les dits Sieurs Rebel et Francœur en étoient tenus et\nchargés par les délibérations et arrêts du Conseil.\n« Plus d'entretenir et exécuter toutes les autres charges et clauses et condi-\ntions portées aux dits délibérations et arrêts du Conseil dont ils déclarent avoir\ndes copies et expéditions et avoir du tout entière et parfaite connoissance en\nsorte que les dites délibérations et arrêts du Conseil seront exécutés par eux,\nainsi de même que s'ils avoient été concessionnaires par iceux aux lieu et place\ndes susdits Sieurs Rebel et Francœur se soumettant singulièrement d'exécuter\nles charges portées sur la délibération et arrêt du Conseil qui avoient réduit le\nprix de la concession des susdits Sieurs Rebel et Francœur de cinq mille livres\npar an, sans pouvoir par les dits Sieurs Trial et Berton prétendre que les dites\ncharges leur soient déduites ni diminuées.\n« Plus les dits Sieurs Trial et Berton offrent et se soumettent d'entretenir\ntous les baux faits pour le loyer des petites loges à l'année jusqu'à leur expira-\ntion ainsi que ceux du Concert spirituel, de l'Opéra-Comique, des opéras de\nprovince et autres baux en marchés à l'année actuellement existant, si mieux ils\nn'aiment les résilier à leurs frais, dépens, risques, périls et fortune.\n« Les Sieurs Berton et Trial se soumettent et s'obligent de prendre et recevoir\ndes dits Sieurs Rebel et Francœur toutes les marchandises et effets compo-\nsant le fonds de la dite Académie et servants à l'exploitation de son privilège\ndu quel fonds sera fait état et estimation par experts à frais communs, du prix\nde la quelle estimation les dits Sieurs Trial et Berton demeureront débiteurs à\nla charge par eux leurs hoirs et ayans cause d'en représenter et remettre à la\nville à l'expiration des dites trente années la même quantité et valeur soit en\nnature, soit en argent, d'après nouvelle estimation et inventaire qui en seront\nfaits lors ainsi et de la même manière qu'il va être fait avec les dits Sieurs Rebel\n\n(1) Francœur (Louis-Joseph) était ieneveu de François Francœur et non son fils, mais on le\nconsidérait comme tel."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "424", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080715-01.1.24", "texte": "PIERRE MONTAN BERTON\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\net Francœur, et promettent et s'obligent les dits Sieurs Trial et Berton conserver\net entretenir les dits fonds appartenant à la ville, de même valeur pendant le\ncours de ladite concession et en justifier à la dite ville par inventaire et esti-\nmation qui en seront fais à l'amiable chaque année à la clôture du théâtre.\n« Plus les Sieurs Triai et Berton se soumettent et s'obligent de ne pouvoir\ncéder ni transporterie droit de la dite concession en toutou partiesans l'agrément\nde la ville et la permission de Sa Majesté.\n« Plus les dits Sieurs Berton et Trial offrent et se soumettent pour sûreté:\ni 0 envers la ville de l'exécution de ladite concession et de toutes les obligations\nqu'elle pourra être en droit d'exercer contre eux et 2° et subsidiairement et\naprès que la dite ville aura été entièrement satisfaite pour sûreté de toutes les\ndettes particulières que les dits Sieurs Trial et Berton pourront contracter\nrelativement à l'exercice du dit privilège, de remettre et déposer incontinent\naprès l'acceptation de leurs dites offres et arrêt d'homologation d'icelles la\nsomme de quatre cens mille livres à la caisse de la ville dont les dits Sieurs\nPrévôts des Marchands et Echevins disposeront, ainsi qu'ils aviseront pendant\nles dites trente années de concession, des dits Sieurs Trial et Berton, après\nles quelles les dites 400.000 livres seront remises aux dits Sieurs Trial et\nBerton ou leurs représentans, et après avoir par eux ou leurs représentans satis-\nfait à l'exécution de la dite concession et de toutes obligations envers la ville et\nsubsidiairement au payement de toutes les dettes particulières relatives à\nl'exercice du susdit privilège, à l'effet de quoi les dites 400.000 livres demeu-\nreront spécialement et par privilège affectées, et en outre les dits Sieurs Berton\net Trial y affectent généralement tous leurs autres biens meubles et immeubles\nprésens et à venir.\n(c Et attendu que la dite somme de 400.000 livres doit servir aux dits Sieurs\nPrévôts des marchands et Echevins à acquitter en partie aux dits Sieurs Rebel et\nFrancœur ce que la ville se trouvera leur devoir pour le prix des marchandises\net effets composans le fonds de la dite Académie au delà de 83.000 livres qui\nappartiennent à la ville dans le dit fonds, les dits Sieurs Trial et Berton propo-\nsent que ce qui se trouvera excéder les dites 83.000 livres et dont la ville se\ntrouvera parce moyen débitrice envers les dits Sieurs Rebel et Francœur soit\nconservé par la ville sans être tenue envers eux d'aucun intérêt pendant le tems\nde la dite concession, mais qu'à l'égard de l'excédant des dites 400.000 livres\nqu'il leur en soit payé l'interest sur le pied du denier vingt cinq sans aucune\nretenue par chaque année de la dite concession, lesquels interests seront com-\npensés sur les sommes qu'ils devront annuellement à la ville.\n<( A Paris, ce trois janvier 1767.\n[A suivre.)\n\nTRIAL,\nBERTON (I).\nMARTIAL TENEO.\n\n(i) Archives de l'Opéra."}]}