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Cette méthode est conforme à celle du compositeur lui-même\nqui, avant de chercher des idées mélodiques, des rythmes et des combinaisons\nde timbres, doit se pénétrer profondément du sujet que lui livre le poète. Je con-\nsidérerai donc les drames antiques (partie littéraire) comme de simples livrets ;\nnous n'avons d'ailleurs prise que sur le côté verbal de ces œuvres, les documents\nmusicaux se réduisant à presque rien. L'écueil d'une étude de ce genre est\nd'incliner vers la littérature ce qui devrait rester dans le domaine de la musique;\nje l'éviterai dans la mesure du possible. Après l'analyse de quelques sujets,\nj'indiquerai comment le drame lyrique des Grecs était construit. Je consacrerai\nenfin ces leçons spéciales à la flûte, au chœur, et à la danse.\nD'une façon générale, les tragédies antiques se rattachent à des idées et à des\nhabitudes de pensée qui ne sont plus celles des modernes; une lente évolution\nnous a placés très loin de l'état d'esprit des contemporains de Périclès. Ces tra-\ngédies pourtant, même quand on les explore en restant sur le versant du Par-\nnasse réservé aux littérateurs, nous paraissent extraordinairement brillantes.\nElles ont attiré, séduit, stimulé presque tous les grands artistes ultérieurs. Pour\nles raisons que j'ai indiquées dans l'introduction de ce cours, elles sont très favo-\nrables à l'expression musicale ; elles sont lyriques, plus encore que dramatiques.\nQuel dommage qu'un de nos grands compositeurs ne nous ait pas donné, en\ns'inspirant des drames d'Eschyle ou de Sophocle, l'équivalent de ce que Wagner\na fait pour les vieilles légendes germaniques ! Quel dommage que Wagner lui-\nmême, si grand admirateur du génie grec, ne nous ait pas donné une tétralogie\nsur Or este ou sur Œdipe !...\n\nHistoire du théâtre lyrique\nLES LIVRETS DU DRAME LYRIQUE CHEZ LES GRECS. — ESCHYLE ET SON\n«PROMÉTHÉE»."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "426", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.2", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3676, "texte": "Plus elles sont éloignées de notre état d'esprit, plus ces pièces antiques\nparaissent attrayantes. Je signalerai d'abord leur caractère principal pour un\nmoderne : ce sont des pièces sans amour.\nL'opéra moderne, depuis Monteverde et Lulli, semble avoii pour piincipe,\nou pour objet, l'expression de l'amour. Sur notre scène lyrique, l'amour tient autant\nde place que dans nos romans. Il y règne en souverain et tout se ramène à lui.\nAu xvne siècle, il est le thème habituel des livrets mythologiques et madriga-\nlesques d'un Quinault ;au xvuie, les moeurs du temps ne font que favoiiser la\ntradition où il est établi et, jusqu à 1 heure présente, les choses n ont guère\nchangé. Les protagonistes représentatifs de notre opéra sont F'aust et xMargue-\nrite, Roméo et Juliette, Raoul et Valentine, Werther et Charlotte, Tristan et\nIsolde. Nous ne concevons guère un opéra sans une scène capitale sur laquelle\nse concentre l'intérêt, et cette scène est un duo de tendresse. Ceux-là mêmes qui\ncomme Meyerbeer ont voulu élargir l'horizon du drame lyrique et traiter d'un\npeu près des sujets d'histoire (comme dans les Huguenots, le Prophète, VAfricaine,\nVÉtoile du Nord), Verdi dans Don Carlos, et bien d'autres, ont seulement changé\nle cadre et recherché une couleur spéciale, sans rien modifier d essentiel.\nWagner est dans le même cas, bien qu'en faisant revivre les légendes de la\nmythologie germanique, il dût, semble-t-il, nous offrir une source d intérêt\ntoute différente. D'abord, l'expression de l'amour s'épanouit dans le Vaisseau\nfantôme, dans Tannhauscr, dans Lohengrin, dans Tiistan, dans Paisifal aussi,\nbien que ce soit un sujet religieux ; la Tétralogie elle-même est, à certains\négards, sous sa dépendance -, on la trouve (avec des formes diverses) dans le\nCrépuscule des dieux, dans Siegfried, dans la Walkure, et dans lOr du Rhin,\npuisque, dès le prologue, il est dit que l'Anneau, à la possession duquel est\nattachée la souveraineté du monde, n'appartiendra qu'à celui qui méprisera\nl'amour et saura résister à son charme. On pourrait dire, en parodiant le mot du\npoète ancien, qu'Erôs n'est pas seulement la volupté des hommes et des dieux,\nmais qu'il est, dans le théâtre moderne, le tyran, soumettant tout à sa loi, des\npoètes et des compositeurs.\nChez les Grecs, rien de semblable. Dans leur théâtre, on peut dire qu'il n'y\na pas d'amour. Cela tient à plusieurs raisons ; la principale, c'est que les Grecs\nsont des orientaux et que, chez eux, la femme est très loin d avoir la même\nimportance sociale que chez nous. Leur moralité, d'ailleurs, ne gagnait rien à\ncette situation, bien au contraire.\nNon seulement les Grecs ignorent l'amour tel que l'ont compris les poètes\nmodernes, mais il est très remarquable que, partout où il y aurait selon nos\nidées une scène d'amour à écrire, ils l'oublient, la négligent ou la dédaignent.\nLes exemples sont nombreux. Voici VOrestie d'Eschyle. Agamemnon a quitté\nMycènes pour aller guerroyer contre Troie. Au bout de dix ans, il revient chez\nlui, avec une captive (Cassandre) qui, selon la loi de la guerre antique, est sa\npart de butin. Mais pendant l'absence de l'époux, l'épouse, Clytemnestre, a pris\nun amant : Égisthe. De là un conflit qui aboutit à l'assassinat du mari pat sa\nfemme. Ce meurtre est bientôt vengé par un autre meurtre : sur 1 ordre d Apollon,\nOreste tue sa mère Clytemnestre. Un librettiste de notre temps, ayant à traitei\npareil sujet, se serait dit : il y a là une série de crimes énormes (en remontant au\nsacrifice d'lphigénie par son père) ; pour les faire accepter par le spectateui, il\nfaut les préparer en les expliquant; or, comme, d'après l'esthétique moderne"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "427", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.3", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3745, "texte": "(depuis Racine), une grande passion explique, excuse presque, les grands for-\nfaits, nous allons peindre de grandes passions réelles chez les personnages. Il y\na, comme on dit, plusieurs scènes « à faire » : scène où nous montrerons, pour\nlui chercher une excuse, la détresse où s est trouvée Clytemnestre, une fois seule\ndans son palais, sans protection, pendant que l'époux guerroyait au loin; scène\noù on peindra sa passion devenue irrésistible pour cet Égisthe. Parallèlement,\nscène d amour entre Cassandre et Agamemnon ; au moins, scène d'explication\nentre le mari et la femme, ou encore scène de grand conflit et de provocation\nentre le mari et l'amant. Voilà ce que n'aurait pas manqué de faire un moderne.\nEschyle néglige absolument tout cela. Il n'y a dans sa pièce aucune analyse\npsychologique et aucun de ces artifices à l'aide desquels on pourrait nous inté-\nresser progressivement à un thème passionnel. Eschyle est d'abord un lyrique,\nc'est-à-dire qu'il n'entre pas dans le détail ; il peint à grands traits. Ensuite il est\npréoccupé de tout autre chose que d'analyses d'amour. La trilogie (si l'on élimine\ntous les développements du chœur sur la guerre de Troie et les considérations\ngénérales sur les vicissitudes de la vie humaine) peut être ramenée à l'idée sui-\nvante formulée à la fin : le meurtre de Clytemnestre fait une suite nécessaire à\ncelui d'Agamemnon, et ce dernier à celui d'lphigénie ; tous les trois sont la\nconséquence d'une malédiction jadis prononcée contre l'ancêtre: Atrée. Aga-\nmemnon appartient à une famille qui, dans des circonstances légendaires, a\nété maudite par un ennemi : la formule d'imprécation prononcée contre elle\ndoit fatalement se réaliser.\nOn peut faire une observation du même genre sur les Trachiniennes de So-\nphocle. Hercule revient auprès de sa femme Déjanire après une de ses grandes\nexpéditions, avec une favorite, lolla. « C'est pour cette jeune fille qu'il a détruit\nla ville d'Eurytus, aux tours élevées. L'amour est la seule divinité qui\nl'ait poussé à cette guerre... N'ayant pu persuader au père de lui donner sa fille\npour une union clandestine, il a saisi le motif le plus frivole pour tuer le roi et\nravager son pays. » Or, dans la pièce, il n'y a pas de scène de passion entre\nHercule et lolla. Il en est de même, dans Antigone, pour Antigone et JEmon.\nDans VAlceste d'Euripide, une femme se sacrifie pour sauver son mari ; mais, cet\nhéroïsme de l'amour, par quoi est-il motivé ? Comment cette tendresse prit-\nelle naissance ? Le poète néglige des explications où un moderne se serait\nattardé avec complaisance...\nVoici qui est encore plus significatif. Il y a dans le chef-d'œuvre d'Eschyle,\nYOrestie, à laquelle je reviens, une scène dont la lecture m'a toujours été pénible\net dont je rappellerai un curieux passage. Oreste a .tué sa mère (par ordre d'A-\npollon et pour venger son père) ; il est poursuivi par les Euménides; mais\nApollon le défend devant l'Aréopage, comme un avocat défendrait son client.\nQu'un parricide soit défendu, excusé par un dieu, c'est déjà d'une barbarie toute\nprimitive (d'autant plus qu'Oreste est un piètre héros : il a eu peur des souf-\nfrances dont le menaçait Apollon s'il n'obéissait pas, et il n'a pas songé un seul\ninstant qu'il y avait un moyen très simple de tout arranger : c'était de se tuer\nlui-même, avant ou après le parricide, plutôt avant . Mais il y a quelque chose\nde plus choquant. Dans sa plaidoirie, Apollon compare le meurtrier et sa victime,\nle fils et la mère, qui tous deux furent des assassins ; et solennellement, devant\nce fameux Aréopage dont le poète a placé ici, très ingénieusement, la fondation, il\ndéclare que, dans une famille, l'assassinat du père (par la femme délaissée qui a"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "428", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.4", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3743, "texte": "pris un protecteur) est beaucoup plus grave que l'assassinat de la mere (par son\nfils). En effet, dit-il, le père est indispensable, pour procréer; tandis que la\nfemme, on peut se passer d'elle. Et il cite comme exemple Pallas elle-même, juge\nde ce débat : n'est-elle pas sortie de Jupiter tout seul?... Voilà des idées qui\nmettent à rude épreuve notre admiration pour la poésie antique !\nOn dit : « Il ne faut pas juger cela d'après nos habitudes modernes , il faut se\nfaire un esprit grec pour apprécier les Grecs ! » J'entends bien. Mais ne con-\nfondons pas le jugement de l'historien et celui du critique ou de 1 honnête\nhomme. L'historien qui veut juger les œuvres de l'antiquité doit se fane une\nâme antique ; le critique, lui, ne connaît que la nature et l'humanité : ce qui est\nen dehors de l'une et de l'autre lui paraît franchement mauvais. Il y a cependant\ndeux faits dont il convient de tenir compte, et que j'indiquerai sans m arrêter\ntrop longtemps à ces généralités.\nJe disais que les grands poètes grecs ont ignoré l'amour. En réalité, ils ont\nété préoccupés de problèmes dont les primitifs leur avaient certainement trans-\nmis l'angoisse, et qui leur semblaient beaucoup plus intéressants qu une intrigue\nromanesque entre deux jeunes gens.\nDans un livret conçu à la manière moderne, le poète ne peut guère montrer\nque la lutte de l'homme soit avec lui-même, quand il s'agit du conflit de la\npassion et du devoir, soit avec un obstacle extérieur créé par un groupe social\nquelconque. Les Grecs, sans négliger absolument le point de vue humain, s ap-\npliquaient à peindre une lutte tout autre et beaucoup plusrgrandiose : c est la\nlutte de l'homme contre les Esprits invisibles qui sont au-dessus de lui, contre\nles dieux qui sont ses maîtres et souvent ses ennemis, contre toutes les puissances\nde magie qui pouvaient paralyser sa volonté libre, et, plus encore, sa lutte\ncontre ce qui plane au-dessus des êtres et des choses : le Destin. Le rôle du\npoète était de raconter les péripéties de ce duel inégal et gigantesque, den\nmontrer les effets, d'en expliquer les épisodes à l'aide des mythes, de lui cher-\ncher un dénouement possible dans le sens de la justice, et den adoucir pour\nainsi dire la cruauté par le charme des arts du rythme. Cette conception est très\néloignée du duo de tendresse entre un Roméo et une Juliette: mais elle a beau-\ncoup de grandeur. Voici un autre caractère très important du drame antique.\nPour réaliser leur dessein, les poètes grecs n'inventaient pas les sujets à traiter :\nils se servaient de mythes, à l'égard desquels on commençait à être un peu scep-\ntique, mais qui restaient consacrés par les croyances nationales. Or les légendes\nreligieuses et populaires ont un singulier privilège : elles sont comme en dehors\nde la région où on raisonne avec le bon sens, la nature et 1 expéiience , elles\nportent en elles-mêmes leur raison d'être, comme les mystères de la foi et les\ndogmes des théologiens. C'est une sorte de matière intangible, qu'on peut bien\norner, présenter dans tel ou tel cadre, mais à laquelle on ne change rien pour le\nfond. Les contemporains de Sophocle ne songeaient pas plus à discuter ces\nfables (comme nous ne pouvons nous empêcher de le faire) qu un homme du\nmoyen âge ne se permettait de discuter un récit tiré de la Bible, tel que le\nsacrifice d'Abraham, ou de la vie des saints. Les librettistes du ve siècle avant\nnotre ère trouvaient dans cette situation une grande force. Ils étaient soutenus\net comme portés par la tradition. Ils ne ressemblaient nullement aux écrivains\nd'aujourd'hui qui, pour trouver un livret d'opéra, vont faire des recherches dans\nles bibliothèques-, ils puisaient dans un répertoire d'idées connues de tout le"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "429", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3386, "texte": "monde, acceptées d'avance et même « redemandées » sans cesse comme étant\nquelque chose d'inhérent à l'esprit et à la vie de la nation.\nLes grands poètes du théâtre grec vivent dans une atmosphère de légendes\nbrillantes et barbares, admirables et affreuses, que la tradition des lointains\nprimitifs a créée autour d eux. Déjà indépendants, mais respectueux des mythes\nsans avoir la foi intégrale, ils font une œuvre grandiose qui est comme un com-\npromis entre l'esprit de tradition et le libre esprit de la poésie. En lisant les\ndrames d Eschyle et de Sophocle, on croit voir des montagnes majestueuses\nencore enveloppées de brouillards que le soleil du matin le libre esprit\npoétique n'a pas entièrement dissipés.\nJ'ai à parler d'abord d'Eschyle. Il y a eu certainement, avant lui, des auteurs\nde drames lyriques : mais de cette période initiale, il ne nous est resté que des\nnoms d'auteurs, comme ceux de Thespis et de Phrynichus. Eschyle est vrai-\nment, pour nous modernes, le fondateur du drame chanté : disons le mot :de\nl'opéra.\nSa biographie nous est mal connue (par une rédaction anonyme). 11 était né\nen 525 avant J.-C. au dème d'Eleusis. En 490, il combattit comme un des héros\nde la guerre d'indépendance et fut blessé à Marathon. Esprit très religieux,\nil était initié aux mystères de Cérès, comme il nous l'apprend lui-même dans\nun fragment. Il fut douze fois couronné dans les concours dionysiaques ; les\nAthéniens lui élevèrent une statue à cause de ses vertus civiques et de son génie,\net les magistrats gardaient, dans les archives de la cité, un exemplaire de ses\nœuvres, dont une très faible partie, à peine le dixième, nous a été conservée.\nVoilà les quelques faits certains qu'on peut rappeler.\nPromêthée faisait partie d'une trilogie qui comprenait trois drames: Promê-\nthée ravisseur du feu, Promêthée enchaîné, Promêthée délivré. La seconde\nseule nous a été conservée ; encore offre-t-elle de graves lacunes.\nCette œuvre est, au sens figuré comme au sens propre, un sommet dans\nl'histoire de l'art. C'est une œuvre extraordinairement originale, et je ne crois\npas que, depuis 25 siècles, les peuples latins et anglo-saxons qui font du théâtre\naient produit une pièce, je ne dirai pas aussi belle au point de vue de l'action\ndramatique ou de l'exécution (il y en a de beaucoup mieux faites), mais d'une\nconception aussi grandiose. Ce sujet, que les Latins avaient, de bonne heure, fait\npasser dans leur théâtre, a préoccupé beaucoup d'artistes modernes, littérateurs\net musiciens. En Angleterre, Miiton s'en est inspiré en dessinant la figure altière\nde l'Archange, dans son Paradis perdu ; Byron a écrit un Promêthée enchaîné\net s'est souvenu du même modèle dans son Manfred. En Allemagne, Gœthe a\nfait une admirable esquisse intitulée Promêthée. En Espagne, Calderon a écrit\nla Statue de Promêthée. En Erance, sans parler de versificateurs tels que Lefranc\nde Pompignan, de Senneville, Grenier, nous avons sur Prométhée l'œuvre en\nvers d'un penseur, Edgar Quinet. Les musiciens, eux aussi, et parfois les plus\ngrands, ont été préoccupés de l'œuvre d'Eschyle, de son éclat et de son lyrisme*\nAu xvine siècle, il y a sur Promêthée un opéra (175 3) de Royer, qui fut directeur\nde l'Académie de musique (1741), professeur des enfants de France (1746), etc.,\nmais compositeur médiocre. Gluck n'a rien écrit sur ce drame antique, qui était"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "430", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.6", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1306, "texte": "d'ailleurs trop violent pour son génie ami de la sérénité. Beethoven a composé\n(1801) un Ballet de Prométhée sur un livret de Vigano qui s'écarte beaucoup de\nla tradition grecque et quid'ailleursne ressemble guèreauxlivrets de nos ballets\nhabituels. (Prométhée façonne d'abord la créature humaine avec de l'argile, puis\nil l'anime avec l'étincelle qu'il a dérobée au feu céleste ; ensuite, il la conduit sur le\nParnasse où Euterpe, Amphion, Arion, Orphée, l'initient à la musique, Terpsi-\nchore et Bacchus à la danse, Melpomène et Fhalie à 1 art dramatique. De\ncette oeuvre, on connaît surtout l'ouverture, qui offre cette particularité de com-\nmencer par un accord dissonant, comme la ire Symphonie.) De Liszt, il y a des\nchœurs pour le Prométhée enchaîné de Herder et un poème symphonique intitulé\nProméthée. En France, Hérold a écrit sur une traduction du chef-d'œuvre d'Es-\nchyle par Léon Halévy une musique exécutée au Conservatoire en 1849. Il y a\nquelques années, on a joué aux Arènes de Béziers un Prométhée de M. G.\nFauré, récemment repris à l'Hippodrome; et il n'y a pas quinze jours, dans un\nde nos concerts dominicaux, on a donné un nouveau Prométhée (de M. Raynaldo\nHahn). C'est donc un sujet qu'il convient d'étudier de près.\n(A suivre,)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-08-01-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-08-01_01#c003", "volume": "bmtnabj_1908-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "425", "page_fin": "430", "image_debut": 1, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.2.2.1", "titre_corps": "Histoire du théâtre lyrique LES LIVRETS DU DRAME LYRIQUE CHEZ LES GRECS. — ESCHYLE ET SON «PROMÉTHÉE».", "titre_sommaire": "Histoire du théâtre lyrique LES LIVRETS DU DRAME LYRIQUE CHEZ LES GRECS. — ESCHYLE ET SON «PROMÉTHÉE».", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "425", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.1", "debut_caractere": 357, "fin_caractere_exclue": 2311, "texte": "(suite).\nAujourd'hui, quand nous voulons apprécier un opéra, nous commençons par\nanalyser le livret. 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Il y règne en souverain et tout se ramène à lui.\nAu xvne siècle, il est le thème habituel des livrets mythologiques et madriga-\nlesques d'un Quinault ;au xvuie, les moeurs du temps ne font que favoiiser la\ntradition où il est établi et, jusqu à 1 heure présente, les choses n ont guère\nchangé. Les protagonistes représentatifs de notre opéra sont F'aust et xMargue-\nrite, Roméo et Juliette, Raoul et Valentine, Werther et Charlotte, Tristan et\nIsolde. Nous ne concevons guère un opéra sans une scène capitale sur laquelle\nse concentre l'intérêt, et cette scène est un duo de tendresse. Ceux-là mêmes qui\ncomme Meyerbeer ont voulu élargir l'horizon du drame lyrique et traiter d'un\npeu près des sujets d'histoire (comme dans les Huguenots, le Prophète, VAfricaine,\nVÉtoile du Nord), Verdi dans Don Carlos, et bien d'autres, ont seulement changé\nle cadre et recherché une couleur spéciale, sans rien modifier d essentiel.\nWagner est dans le même cas, bien qu'en faisant revivre les légendes de la\nmythologie germanique, il dût, semble-t-il, nous offrir une source d intérêt\ntoute différente. D'abord, l'expression de l'amour s'épanouit dans le Vaisseau\nfantôme, dans Tannhauscr, dans Lohengrin, dans Tiistan, dans Paisifal aussi,\nbien que ce soit un sujet religieux ; la Tétralogie elle-même est, à certains\négards, sous sa dépendance -, on la trouve (avec des formes diverses) dans le\nCrépuscule des dieux, dans Siegfried, dans la Walkure, et dans lOr du Rhin,\npuisque, dès le prologue, il est dit que l'Anneau, à la possession duquel est\nattachée la souveraineté du monde, n'appartiendra qu'à celui qui méprisera\nl'amour et saura résister à son charme. On pourrait dire, en parodiant le mot du\npoète ancien, qu'Erôs n'est pas seulement la volupté des hommes et des dieux,\nmais qu'il est, dans le théâtre moderne, le tyran, soumettant tout à sa loi, des\npoètes et des compositeurs.\nChez les Grecs, rien de semblable. Dans leur théâtre, on peut dire qu'il n'y\na pas d'amour. Cela tient à plusieurs raisons ; la principale, c'est que les Grecs\nsont des orientaux et que, chez eux, la femme est très loin d avoir la même\nimportance sociale que chez nous. Leur moralité, d'ailleurs, ne gagnait rien à\ncette situation, bien au contraire.\nNon seulement les Grecs ignorent l'amour tel que l'ont compris les poètes\nmodernes, mais il est très remarquable que, partout où il y aurait selon nos\nidées une scène d'amour à écrire, ils l'oublient, la négligent ou la dédaignent.\nLes exemples sont nombreux. Voici VOrestie d'Eschyle. Agamemnon a quitté\nMycènes pour aller guerroyer contre Troie. Au bout de dix ans, il revient chez\nlui, avec une captive (Cassandre) qui, selon la loi de la guerre antique, est sa\npart de butin. Mais pendant l'absence de l'époux, l'épouse, Clytemnestre, a pris\nun amant : Égisthe. De là un conflit qui aboutit à l'assassinat du mari pat sa\nfemme. Ce meurtre est bientôt vengé par un autre meurtre : sur 1 ordre d Apollon,\nOreste tue sa mère Clytemnestre. Un librettiste de notre temps, ayant à traitei\npareil sujet, se serait dit : il y a là une série de crimes énormes (en remontant au\nsacrifice d'lphigénie par son père) ; pour les faire accepter par le spectateui, il\nfaut les préparer en les expliquant; or, comme, d'après l'esthétique moderne"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "427", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.3", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3745, "texte": "(depuis Racine), une grande passion explique, excuse presque, les grands for-\nfaits, nous allons peindre de grandes passions réelles chez les personnages. Il y\na, comme on dit, plusieurs scènes « à faire » : scène où nous montrerons, pour\nlui chercher une excuse, la détresse où s est trouvée Clytemnestre, une fois seule\ndans son palais, sans protection, pendant que l'époux guerroyait au loin; scène\noù on peindra sa passion devenue irrésistible pour cet Égisthe. Parallèlement,\nscène d amour entre Cassandre et Agamemnon ; au moins, scène d'explication\nentre le mari et la femme, ou encore scène de grand conflit et de provocation\nentre le mari et l'amant. Voilà ce que n'aurait pas manqué de faire un moderne.\nEschyle néglige absolument tout cela. Il n'y a dans sa pièce aucune analyse\npsychologique et aucun de ces artifices à l'aide desquels on pourrait nous inté-\nresser progressivement à un thème passionnel. Eschyle est d'abord un lyrique,\nc'est-à-dire qu'il n'entre pas dans le détail ; il peint à grands traits. Ensuite il est\npréoccupé de tout autre chose que d'analyses d'amour. La trilogie (si l'on élimine\ntous les développements du chœur sur la guerre de Troie et les considérations\ngénérales sur les vicissitudes de la vie humaine) peut être ramenée à l'idée sui-\nvante formulée à la fin : le meurtre de Clytemnestre fait une suite nécessaire à\ncelui d'Agamemnon, et ce dernier à celui d'lphigénie ; tous les trois sont la\nconséquence d'une malédiction jadis prononcée contre l'ancêtre: Atrée. Aga-\nmemnon appartient à une famille qui, dans des circonstances légendaires, a\nété maudite par un ennemi : la formule d'imprécation prononcée contre elle\ndoit fatalement se réaliser.\nOn peut faire une observation du même genre sur les Trachiniennes de So-\nphocle. Hercule revient auprès de sa femme Déjanire après une de ses grandes\nexpéditions, avec une favorite, lolla. « C'est pour cette jeune fille qu'il a détruit\nla ville d'Eurytus, aux tours élevées. L'amour est la seule divinité qui\nl'ait poussé à cette guerre... N'ayant pu persuader au père de lui donner sa fille\npour une union clandestine, il a saisi le motif le plus frivole pour tuer le roi et\nravager son pays. » Or, dans la pièce, il n'y a pas de scène de passion entre\nHercule et lolla. Il en est de même, dans Antigone, pour Antigone et JEmon.\nDans VAlceste d'Euripide, une femme se sacrifie pour sauver son mari ; mais, cet\nhéroïsme de l'amour, par quoi est-il motivé ? Comment cette tendresse prit-\nelle naissance ? Le poète néglige des explications où un moderne se serait\nattardé avec complaisance...\nVoici qui est encore plus significatif. Il y a dans le chef-d'œuvre d'Eschyle,\nYOrestie, à laquelle je reviens, une scène dont la lecture m'a toujours été pénible\net dont je rappellerai un curieux passage. Oreste a .tué sa mère (par ordre d'A-\npollon et pour venger son père) ; il est poursuivi par les Euménides; mais\nApollon le défend devant l'Aréopage, comme un avocat défendrait son client.\nQu'un parricide soit défendu, excusé par un dieu, c'est déjà d'une barbarie toute\nprimitive (d'autant plus qu'Oreste est un piètre héros : il a eu peur des souf-\nfrances dont le menaçait Apollon s'il n'obéissait pas, et il n'a pas songé un seul\ninstant qu'il y avait un moyen très simple de tout arranger : c'était de se tuer\nlui-même, avant ou après le parricide, plutôt avant . Mais il y a quelque chose\nde plus choquant. Dans sa plaidoirie, Apollon compare le meurtrier et sa victime,\nle fils et la mère, qui tous deux furent des assassins ; et solennellement, devant\nce fameux Aréopage dont le poète a placé ici, très ingénieusement, la fondation, il\ndéclare que, dans une famille, l'assassinat du père (par la femme délaissée qui a"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "428", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.4", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3743, "texte": "pris un protecteur) est beaucoup plus grave que l'assassinat de la mere (par son\nfils). En effet, dit-il, le père est indispensable, pour procréer; tandis que la\nfemme, on peut se passer d'elle. Et il cite comme exemple Pallas elle-même, juge\nde ce débat : n'est-elle pas sortie de Jupiter tout seul?... Voilà des idées qui\nmettent à rude épreuve notre admiration pour la poésie antique !\nOn dit : « Il ne faut pas juger cela d'après nos habitudes modernes , il faut se\nfaire un esprit grec pour apprécier les Grecs ! » J'entends bien. Mais ne con-\nfondons pas le jugement de l'historien et celui du critique ou de 1 honnête\nhomme. L'historien qui veut juger les œuvres de l'antiquité doit se fane une\nâme antique ; le critique, lui, ne connaît que la nature et l'humanité : ce qui est\nen dehors de l'une et de l'autre lui paraît franchement mauvais. Il y a cependant\ndeux faits dont il convient de tenir compte, et que j'indiquerai sans m arrêter\ntrop longtemps à ces généralités.\nJe disais que les grands poètes grecs ont ignoré l'amour. En réalité, ils ont\nété préoccupés de problèmes dont les primitifs leur avaient certainement trans-\nmis l'angoisse, et qui leur semblaient beaucoup plus intéressants qu une intrigue\nromanesque entre deux jeunes gens.\nDans un livret conçu à la manière moderne, le poète ne peut guère montrer\nque la lutte de l'homme soit avec lui-même, quand il s'agit du conflit de la\npassion et du devoir, soit avec un obstacle extérieur créé par un groupe social\nquelconque. Les Grecs, sans négliger absolument le point de vue humain, s ap-\npliquaient à peindre une lutte tout autre et beaucoup plusrgrandiose : c est la\nlutte de l'homme contre les Esprits invisibles qui sont au-dessus de lui, contre\nles dieux qui sont ses maîtres et souvent ses ennemis, contre toutes les puissances\nde magie qui pouvaient paralyser sa volonté libre, et, plus encore, sa lutte\ncontre ce qui plane au-dessus des êtres et des choses : le Destin. Le rôle du\npoète était de raconter les péripéties de ce duel inégal et gigantesque, den\nmontrer les effets, d'en expliquer les épisodes à l'aide des mythes, de lui cher-\ncher un dénouement possible dans le sens de la justice, et den adoucir pour\nainsi dire la cruauté par le charme des arts du rythme. Cette conception est très\néloignée du duo de tendresse entre un Roméo et une Juliette: mais elle a beau-\ncoup de grandeur. Voici un autre caractère très important du drame antique.\nPour réaliser leur dessein, les poètes grecs n'inventaient pas les sujets à traiter :\nils se servaient de mythes, à l'égard desquels on commençait à être un peu scep-\ntique, mais qui restaient consacrés par les croyances nationales. Or les légendes\nreligieuses et populaires ont un singulier privilège : elles sont comme en dehors\nde la région où on raisonne avec le bon sens, la nature et 1 expéiience , elles\nportent en elles-mêmes leur raison d'être, comme les mystères de la foi et les\ndogmes des théologiens. C'est une sorte de matière intangible, qu'on peut bien\norner, présenter dans tel ou tel cadre, mais à laquelle on ne change rien pour le\nfond. Les contemporains de Sophocle ne songeaient pas plus à discuter ces\nfables (comme nous ne pouvons nous empêcher de le faire) qu un homme du\nmoyen âge ne se permettait de discuter un récit tiré de la Bible, tel que le\nsacrifice d'Abraham, ou de la vie des saints. Les librettistes du ve siècle avant\nnotre ère trouvaient dans cette situation une grande force. Ils étaient soutenus\net comme portés par la tradition. Ils ne ressemblaient nullement aux écrivains\nd'aujourd'hui qui, pour trouver un livret d'opéra, vont faire des recherches dans\nles bibliothèques-, ils puisaient dans un répertoire d'idées connues de tout le"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "429", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3386, "texte": "monde, acceptées d'avance et même « redemandées » sans cesse comme étant\nquelque chose d'inhérent à l'esprit et à la vie de la nation.\nLes grands poètes du théâtre grec vivent dans une atmosphère de légendes\nbrillantes et barbares, admirables et affreuses, que la tradition des lointains\nprimitifs a créée autour d eux. Déjà indépendants, mais respectueux des mythes\nsans avoir la foi intégrale, ils font une œuvre grandiose qui est comme un com-\npromis entre l'esprit de tradition et le libre esprit de la poésie. En lisant les\ndrames d Eschyle et de Sophocle, on croit voir des montagnes majestueuses\nencore enveloppées de brouillards que le soleil du matin le libre esprit\npoétique n'a pas entièrement dissipés.\nJ'ai à parler d'abord d'Eschyle. Il y a eu certainement, avant lui, des auteurs\nde drames lyriques : mais de cette période initiale, il ne nous est resté que des\nnoms d'auteurs, comme ceux de Thespis et de Phrynichus. Eschyle est vrai-\nment, pour nous modernes, le fondateur du drame chanté : disons le mot :de\nl'opéra.\nSa biographie nous est mal connue (par une rédaction anonyme). 11 était né\nen 525 avant J.-C. au dème d'Eleusis. En 490, il combattit comme un des héros\nde la guerre d'indépendance et fut blessé à Marathon. Esprit très religieux,\nil était initié aux mystères de Cérès, comme il nous l'apprend lui-même dans\nun fragment. Il fut douze fois couronné dans les concours dionysiaques ; les\nAthéniens lui élevèrent une statue à cause de ses vertus civiques et de son génie,\net les magistrats gardaient, dans les archives de la cité, un exemplaire de ses\nœuvres, dont une très faible partie, à peine le dixième, nous a été conservée.\nVoilà les quelques faits certains qu'on peut rappeler.\nPromêthée faisait partie d'une trilogie qui comprenait trois drames: Promê-\nthée ravisseur du feu, Promêthée enchaîné, Promêthée délivré. La seconde\nseule nous a été conservée ; encore offre-t-elle de graves lacunes.\nCette œuvre est, au sens figuré comme au sens propre, un sommet dans\nl'histoire de l'art. C'est une œuvre extraordinairement originale, et je ne crois\npas que, depuis 25 siècles, les peuples latins et anglo-saxons qui font du théâtre\naient produit une pièce, je ne dirai pas aussi belle au point de vue de l'action\ndramatique ou de l'exécution (il y en a de beaucoup mieux faites), mais d'une\nconception aussi grandiose. Ce sujet, que les Latins avaient, de bonne heure, fait\npasser dans leur théâtre, a préoccupé beaucoup d'artistes modernes, littérateurs\net musiciens. En Angleterre, Miiton s'en est inspiré en dessinant la figure altière\nde l'Archange, dans son Paradis perdu ; Byron a écrit un Promêthée enchaîné\net s'est souvenu du même modèle dans son Manfred. En Allemagne, Gœthe a\nfait une admirable esquisse intitulée Promêthée. En Espagne, Calderon a écrit\nla Statue de Promêthée. En Erance, sans parler de versificateurs tels que Lefranc\nde Pompignan, de Senneville, Grenier, nous avons sur Prométhée l'œuvre en\nvers d'un penseur, Edgar Quinet. Les musiciens, eux aussi, et parfois les plus\ngrands, ont été préoccupés de l'œuvre d'Eschyle, de son éclat et de son lyrisme*\nAu xvine siècle, il y a sur Promêthée un opéra (175 3) de Royer, qui fut directeur\nde l'Académie de musique (1741), professeur des enfants de France (1746), etc.,\nmais compositeur médiocre. Gluck n'a rien écrit sur ce drame antique, qui était"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "430", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.6", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1306, "texte": "d'ailleurs trop violent pour son génie ami de la sérénité. Beethoven a composé\n(1801) un Ballet de Prométhée sur un livret de Vigano qui s'écarte beaucoup de\nla tradition grecque et quid'ailleursne ressemble guèreauxlivrets de nos ballets\nhabituels. (Prométhée façonne d'abord la créature humaine avec de l'argile, puis\nil l'anime avec l'étincelle qu'il a dérobée au feu céleste ; ensuite, il la conduit sur le\nParnasse où Euterpe, Amphion, Arion, Orphée, l'initient à la musique, Terpsi-\nchore et Bacchus à la danse, Melpomène et Fhalie à 1 art dramatique. De\ncette oeuvre, on connaît surtout l'ouverture, qui offre cette particularité de com-\nmencer par un accord dissonant, comme la ire Symphonie.) De Liszt, il y a des\nchœurs pour le Prométhée enchaîné de Herder et un poème symphonique intitulé\nProméthée. En France, Hérold a écrit sur une traduction du chef-d'œuvre d'Es-\nchyle par Léon Halévy une musique exécutée au Conservatoire en 1849. Il y a\nquelques années, on a joué aux Arènes de Béziers un Prométhée de M. G.\nFauré, récemment repris à l'Hippodrome; et il n'y a pas quinze jours, dans un\nde nos concerts dominicaux, on a donné un nouveau Prométhée (de M. Raynaldo\nHahn). C'est donc un sujet qu'il convient d'étudier de près.\n(A suivre,)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-08-01-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-08-01_01#c004", "volume": "bmtnabj_1908-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "430", "page_fin": "435", "image_debut": 6, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.2.3", "titre_corps": "Exécutions et publications récentes", "titre_sommaire": "Exécutions et publications récentes", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "430", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.6", "debut_caractere": 1308, "fin_caractere_exclue": 3349, "texte": "Exécutions et publications récentes\n\n— Avec la suite de l'opéra de Méhul, Uthal, dont\nnous continuons à donner, pour la première fois, la réduction au piano avec l'in-\ndication des parties d'orchestre, nous publions, en traduisant les paroles, une très\nbelle composition de l'admirable musicien qui a écrit 634 lieder, 10 sympho-\nnies, 20 quatuors à cordes, 1 quintette, 2 trios, 10 sonates pour piano, 18\nouvrages de théâtre, etc., et qui est mort à 31 ans. Schubert est le Raphaël de la\nmusique. Dieu dans la nature — à peu près inconnu en P rance est une œuvre\nde sincérité très expressive et de belle construction classique : adagio d'introduc-\ntion, cantabile, allegro. Dans la première partie apparaît le Dieu de l'ancien Tes-\ntament, redoutable et toujours armé, pour qui le ciel est comme un château féodal\nsans limites; dans la seconde, c'est le Dieu protecteur et bon, dont un regard fait\nfleurir le printemps. Avec le parfait équilibre des voix si bien disposées pour\nl'exécution chorale, avec la symétrie et l'opposition de certaines formules mélo-\ndiques, on remarquera, dans le cantabile, les deux modulations enharmoniques,\nle passage du majeur au mineur, et vice versa, qui est familier à Schubert : il se\nfait ici de façon exquise, par la ligne mélodique du soprano, bien en dehors,\ninfléchie et souple comme une feuille d'acanthe. Une telle page n'a pas besoin de\nsignature; on y trouve cette grâce, cette effusion du sens musical, ces transpa-\nrences d'âme, et, comme disent les Allemands, ce Gemûth, qui font reconnaître\nSchubert entre tous. Art simple et grand, exempt d'effort et de ruses, facile, in-\ngénu et pur, aimable et profond à la fois ! là est le cachet authentique du génie.\nJe ne veux pas terminer cette note sans signaler encore le très remarquable\nSchubert que M. Bourgault-Ducoudray vient de publier dans la collection\nLaurens. Je n'y ai rien trouvé, il est vrai, sur Dieu dans la nature ; mais les\nautres chefs-d'œuvre du maître y sont caractérisés avec précision, —avec compé-\n\nNOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "431", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.7", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2122, "texte": "tence et grande autorité, je n'ai pas besoin de l'ajouter, et, ce qui est\nl'essentiel, avec un sentiment très vif de la beauté musicale. Dérogeant un peu\naux habitudes de l'esprit critique, M. Bourgault-Ducoudray sans dissi-\nmuler les inégalités de Schubert a une généreuse faculté d'admiration- Plus\nd'une fois il ose dire : « C est beau I c'est sublime !))Et il a raison d'aller ainsi\ndroit à l'essentiel, en se bornant à une esquisse pour la partie biographique.\nLa musique est un langage que peuvent parler ou comprendre ceux-là seuls\nqui ont beaucoup de cœur.\n\nJ.C.\n\nREPRÉSENTATIONS DE L'OPÉRA ET DE L'OPÉRA-COMIQUE.—Toutesles valeurs de\nla Bourse musicale, ou, si vous préférez, toutes les indications du baromètre\nlyrique sont à la baisse, surtout en ce qui concerne l'Opéra. Al'Opéra-Comique,\nles valeurs Massenet sont toujours fermes et haut cotées. Voici les recettes\nofficielles, qui (dans les limites sur lesquelles nous nous sommes déjà expliqué)\nsont significatives :\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. — Opéra.\nRecettes détaillées du 16 juin au 15 juillet 1908.\n\nMAURICE REUCHSEL : «UN VIOLONISTE EN VOYAGE» (CHEZ FISCHBACHER).\nH. BRODY.\n— Au\ncours de ses voyages, l'excellent violoniste lyonnais Maurice Reuchsel a fait de\nnombreuses recherches dans les bibliothèques et dans les archives des pays qu'il\nvisitait : il est ainsi arrivé à découvrir des faits ignorés concernant la vie, la\ntechnique et les œuvres de certains violonistes illustres. Sous le titre général et\nmodeste de Un violoniste en voyage, M. Reuchsel se propose de publier les\nnotes qu'il a prises et les documents qu'il a transcrits.\nUn premier fascicule relatif aux « Notes d'Italie » a récemment paru. Il est\ndivisé en trois chapitres distincts : Padoue et le tombeau de Tartini ; Crémone\net son école de lutherie; le Violon de Paganini.\nA côté de faits connus, ce petit livre, très joliment illustré, contient des rensei-\ngnements tout à faits inédits que les violonistes seront heureux de connaître.\nAussi nous contentons-nous, sans plus, de leur recommander cet aimable\nouvrage. Ils le liront avec fruit."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "432", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.8", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1989, "texte": "II. — Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 16 au 30 juin 1908.\n\nLA MUSIQUE A CONSTANTINOPLE : LA CAVALLERIA RUSTICANA DE M. MONLEONE.\n\nNous avons reçu la lettre suivante :\n... Cette nouvelle oeuvre,inconnue en France, a été représentée ici, à la faveur\nde circonstances particulières. On sait que Mascagni, l'auteur initial de la Caval-\nleria rusticana, a intenté un procès à M. Monleone, pour s'être approprié le\nlibietto de son opéra. Les tribunaux italiens, lui donnant gain de cause, ont\ninterdit les représentations, en Italie, de la nouvelle . C est ainsi que\nnous en avons eu la primeur à Constantinople.\nLe fait est que, sauf une variante dans le prologue, on assiste à une réédition\npure et simple des scènes et des personnages connus. Et l'on ne peut, dès lors,\ns'empêcher d'éprouver un sentiment qui tient de l'étonnement et de l'ennui!\nPourquoi M. Monleone a-t-il choisi un sujet déjà traité avec tant de succès ?\nSans doute, un libretto n est qu un canevas sur lequel tous les musiciens peu-\nvent broder. Mais ce sujet offrait-il des attraits particuliers, une rare situation\ndramatique, bref, un caractère unique? Appartient-il à cette catégorie de con-\nceptions qui ouvrent à 1 esprit un horizon toujours nouveau, suivant le point de\nvue auquel on se place? A-t-il une large portée philosophique où l'analyse et\nl'observation se mesurent, comme Carmen, Faust, Werther ? On ne saurait\nsérieusement le soutenir. Il n'y a qu'un banal fait divers dans la Cavalleria ; une\ncouleui rustique appropriée, du réalisme, une certaine fraîcheur rude et naïve\nque les personnages empruntent au cadre dans lequel ils se meuvent : c'est tout.\nQu'un compositeur reprît, par exemple, le sujet des Paillasses, je le compren-\ndrais. Il est poignant, humain, d'une profonde et douloureuse vérité humaine.\nOn y trouve un heureux assemblage de situations très simples, mais d'où le\nspectateur peut tirer toute une analyse de notre cœur. Mais, dans l'aventure"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "433", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.9", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3364, "texte": "sommaire de ces ruraux qui se disputent une femme, je ne trouve rien de sug-\ngestif et d'universel. Mascagni en a extrait une œuvrette éminemment esti-\nmable ; cela est vrai, mais n'explique guère la tentative de M. Monleone.\nDonc, nous voici légèrement prévenus contre le jeune compositeur italien,\nqui dirigeait lui-même l'orchestre. Dès le prologue, on sent sa musique person-\nnelle, conduite avec un certain soin. L'auteur sait ce qu'il veut ; il ne tâtonne pas ;\nla palette orchestrale lui est familière ; et, dans le maniement de cette armée\nque représentent les instruments de l'orchestre, avec les voix du chœur, M. Mon-\nleone fait preuve d'énergie, de volonté, de savoir-faire. Il n'est point exempt de\ndéfaillances. Sa science n'est pas impeccable. A côté de très jolies choses, il en\nplace d'autres qui le sont manifestement moins. Mais, chez lui, les qualités l'em-\nportent sur les défauts. C'est un mélange qui, somme toute, laisse une impres-\nsion favorable.\nJ'analyserai, en quelques lignes, ces éléments contraires qui se coudoient dans\nla nouvelle Cavalleria rusticana.\nLa pensée musicale y est généralement bien ordonnée. La phrase a de l'ori\nginalité ; cependant, elle revêt tantôt une distinction du meilleur aloi, tantôt elle\nfrise la vulgarité. Malgré son caractère nettement contemporain et « vériste »,\nla musique de M. Monleone ne semble pas pouvoir se garer toujours des\natteintes de l'ancienne école italienne. Ainsi les fins de phrase affectent, très\nsouvent, une forme chère à cette école : gradation ascendante au moyen du\ncrescendo aboutissant au fortissimo, tandis que lavant-dernière note se prolonge\ndémesurément, comme le sifflet de la locomotive entrant en gare ! Certains\naccompagnements reposent, avec trop d'uniformité, sur une longue succession\nd'arpèges ou de gammes, au détriment de l'idée musicale. Une phrase exquise\npeut facilement être défigurée, enlaidie, par un accompagnement banal ou\ninapproprié. Par contre, six notes informes se métamorphosent, moyennant\nun habile travail de contrepoint, en une mélodie, un motif, un thème admirables.\nJe ne reprocherai pas à M. Monleone d'être un maladroit, puisque son œuvre\npossède, entre autres mérites, celui d'une bonne orchestration. Mais il semble,\npar endroits, avoir négligé de se maintenir à un niveau harmonieusement égal.\nJe n'oublie, d'ailleurs, pas que la Cavalleria est son premier ouvrage.\nLes chœurs sont bien traités. Dans les passages pathétiques, j'ai trouvé des\nphrases amples, claires, impressionnantes, de très jolis effets de timbre et de\nrythme; M. Monleone, tout en faisant un fréquent emploi des dissonances,\nn'abuse pas des moyens d'intimidation acoustiques. Il n'est, pas grandiloquent ;\npar contre, je lui reproche un peu de monotonie Enfin, la dernière page du\ndrame, qui devrait, pour ainsi dire, résumer beaucoup de sensations, m'a paru\nmoins réussie que tout le reste Les clameurs des cuivres ne m'ont pas ému.\nL'idée finale est terne et dégage quelque chose comme la fatigue, plutôt que la\ndouleur.\nEn résumé, l'œuvre est fort intéressante, très italienne, non moins sincère ;\nelle respire la foi de la jeunesse. M. Monleone débute sous d'heureux auspices.\nAttendons l'éclosion de toutes ses facultés, pour porter un jugement plus appro-\nfondi sur son talent.\nConstantinople, 16 juillet.\n\nTIGRANE TCHAIAN."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "434", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.10", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3371, "texte": "— Au sujet d'un récent article\ninspiré par l étude que Michel Brenet a fait paraître dans la Rivistci musicale de\nTurin, et où nous disions que la musique descriptive remonte aux pratiques\nde la magie, — c'est-à-dire aux origines lointaines de la civilisation, — nous\nrecevons la lettre suivante. Le mot « défense » employé par notre honorable\ncorrespondant donnerait à croire que nous l'avons « attaqué », ce qui était loin\nde notre pensée. Nous lui soumettions simplement quelques observations,\npensant qu'il les admettrait comme complément de sa remarquable étude.\nNous nous proposons de revenir plus tard et plus amplement sur cette\nimportante question des origines de la musique descriptive et imitative ; elle de-\nmande de très longs développements. Quant au reproche d «'ignorance », Michel\nBrenet est la dernière personne à qui nous l'adresserions :\nLa ferme des Craies, par Vaivre (Haute Saône), 10 juillet 1908.\nMONSIEUR LE DIRECTEUR,\nEloigné de Paris, je prends tardivement connaissance des observations que\nvous a suggérées la lecture du premier article de mon Essai sur les origines de la\nmusique descriptive, et des compliments flatteurs dont vous avez bien voulu les\naccompagner. Ce n'est pas, croyez-le bien, pour lutter avec vous de courtoisie\nque je vous assurerai à mon tour de l'attention avec laquelle je ne manque pas de\nsuivre vos publications, et de l'intérêt que j'ai pris, en particulier, à vos re-\n\nLES ORIGINES DE LA MUSIQUE DESCRIPTIVE.\n\nCONCERT NIN.\nP.A.\n— M. J.-J. Nin consacrait récemment une dernière séance aux\nOrigines françaises de la musique de clavecin actuelle. Combien le talent du jeune\npianiste catalan nous a paru mûri et élargi, depuis ses premières et déjà loin-\ntaines auditions, à la salle en 1904 et 1905 ! Non, certes, que le souci de\nla perfection jusque dans le moindre détail ne s'y révélât, à cette époque comme\naujourd'hui ; mais ce qui semblait alors un effet de la volonté apparaît désor-\nmais dans toute l'aisance indépendante et sereine d'un talent sûr de lui-même et\nlibre de toute entrave de métier.\nIl est intéressant de constater aussi que l'érudition ne le cède en rien, chez\nM. Nin, au talent musical. Ses patientes recherches ont mis au jour instamment\nun fait à peu près ignoré de ses devanciers : certain rondeau des plus exquis,\nintitulé : les Bergeries, et ingénument ajouté au volume des Suppléments de\nJ.-S. Bach, fut tout bonnement copié par l'immortel auteur de la Matthaeus-\nPassion (ni plus ni moins que les concerts d'orgue de Vivaldi), et appartient à\nl'œuvre du claveciniste français François Couperin (le Grand).\nIl y a donc dans l'entreprise de vulgarisation de nos anciens chefs-d'œuvre du\nclavecin, tentée par M. Nin, de quoi intéresser les musicographes tout autant\nque les musiciens : M. G.-Jean Aubry nous en a administré la preuve en une cau-\nserie familière, complétant cette audition du 12 juin, et abondant en aperçus\ningénieux, sinon indiscutables, sur les traditions de notre musique française.\nNous espérons que M. Nin reviendra parmi nous quelques jours, pour colla-\nborer par des exemples modernes empruntés à Debussy, Ravel, Séverac et\nSchmitt, le parallèle pittoresque et personnel proposé par le jeune conférencier\ntrès discret, entre ces musiciens français contemporains et leurs prédécesseurs :\nCouperin, Rameau, Dandrieu, Daquin, etc."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "435", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.11", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3150, "texte": "cherches sur la magie musicale, Je voudrais essayer de me justifier à vos yeux\ndu reproche d ignorance ou d'indifférence que je puis sembler mériter, puisque\nje n'ai pas fait état, dans mon étude, des travaux relatifs à la musique des\npeuples de l'antiquité. J aurais plus clairement défini le but et les limites de\nmon travail, si je l'avais intitulé: « Essai sur les origines de notre musique des-\ncriptive », car il n'y aurait guère eu de doutes, alors, sur le choix des documents\nque j'y devais employer.\nA supposer qu'un critique d'art s'occupe des origines de la peinture de paysage,\nil est probable qu'il prendra son point de départ dans les miniatures du moyen\nâge, sans se croire tenu de rapporter les témoignages des auteurs qui ont parlé\ndes œuvres perdues d'Apelles et de Zeuxis, et de la fameuse représentation en\n« trompe-l'œil » d'une grappe de raisins, que venaient becqueter les oiseaux.\nPerdues aussi sont les créations de la musique antique. Malgré les textes litté-\nraires ou théoriques qui ont été conservés, malgré les précieux autant que\nrares et incomplets fragments notés que l'on a découverts dans les « trésors » des\ntemples, la musique de l'antiquité reste un continent disparu, une mystérieuse\nAtlantide, un terrain géologique dont la faune fossile nous échappe, et qui\nn'a livré aux plus habiles, aux plus ardents chercheurs, ni le squelette d'un\n« grand diplodocus », ni même une pauvre « ammonite » intacte. Beaucoup\nd'anneaux manquent à la chaîne qui rattacherait les espèces vivantes à ces espèces\néteintes, l'art actuel à celui que l'usure des siècles a réduit en poussière. La\ngénéalogie de notre musique descriptive, comme celle de nos vieilles familles\noccidentales, remonte jusqu'au moyen âge, et se perd au delà dans le brouil-\nlard des hypothèses.\nLoin de moi l'intention de vouloir contester dans la moindre mesure la valeur,\nl'importante, l'utilité scientifique, des recherches que l'archéologie dirige vers\nles musiques lointaines. J'ose croire seulement que ces musiques ne sont pas en\nrelation directe, en relation de cause à effet, avec les formes artistiques dans\nlesquelles s'exprime notre vie intellectuelle présente.\nVeuillez, Monsieur et cher confrère, excuser cette longue défense, et recevez,\nje vous prie, l'expression de mes plus distingués sentiments.\n\nM. BRENET.\n\nFESTIVAL ANNONCÉ.\nF.\n— Trop souvent les concours orphéoniques ne sont pré-\ntexte qu'à fêtes bruyantes et peu artistiques. Il y a pourtant parmi les sociétés\nmusicales des groupements d'un très haut intérêt, et lepublicle plus raffiné serait\nparfois surpris d'entendre certaines grandes sociétés chorales ou instrumentales.\nComœdia se propose d'organiser pour le 22 novembre prochain — jour de la\nSainte-Cécile — un grand concours ouvert aux meilleures sociétés françaises.\nCette audition, à laquelle de très bonnes sociétés prendront part, sera jugée par\nun jury composé de sommités du monde musical. Nous aurons occasion d'en\nreparler plus longuement.\n—On annonce la représentation de Siegfried, avec M. Catherine comme\nchef d'orchestre, pour le 16 août, au théâtre de verdure de Cauterets."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-08-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-08-01_01#c005", "volume": "bmtnabj_1908-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "430", "page_fin": "431", "image_debut": 6, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.2.3.1", "titre_corps": "NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL.", "titre_sommaire": "NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL.", "signature_source": "J. 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Dans la première partie apparaît le Dieu de l'ancien Tes-\ntament, redoutable et toujours armé, pour qui le ciel est comme un château féodal\nsans limites; dans la seconde, c'est le Dieu protecteur et bon, dont un regard fait\nfleurir le printemps. Avec le parfait équilibre des voix si bien disposées pour\nl'exécution chorale, avec la symétrie et l'opposition de certaines formules mélo-\ndiques, on remarquera, dans le cantabile, les deux modulations enharmoniques,\nle passage du majeur au mineur, et vice versa, qui est familier à Schubert : il se\nfait ici de façon exquise, par la ligne mélodique du soprano, bien en dehors,\ninfléchie et souple comme une feuille d'acanthe. Une telle page n'a pas besoin de\nsignature; on y trouve cette grâce, cette effusion du sens musical, ces transpa-\nrences d'âme, et, comme disent les Allemands, ce Gemûth, qui font reconnaître\nSchubert entre tous. Art simple et grand, exempt d'effort et de ruses, facile, in-\ngénu et pur, aimable et profond à la fois ! là est le cachet authentique du génie.\nJe ne veux pas terminer cette note sans signaler encore le très remarquable\nSchubert que M. Bourgault-Ducoudray vient de publier dans la collection\nLaurens. Je n'y ai rien trouvé, il est vrai, sur Dieu dans la nature ; mais les\nautres chefs-d'œuvre du maître y sont caractérisés avec précision, —avec compé-\n\nNOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "431", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.7", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 606, "texte": "tence et grande autorité, je n'ai pas besoin de l'ajouter, et, ce qui est\nl'essentiel, avec un sentiment très vif de la beauté musicale. Dérogeant un peu\naux habitudes de l'esprit critique, M. Bourgault-Ducoudray sans dissi-\nmuler les inégalités de Schubert a une généreuse faculté d'admiration- Plus\nd'une fois il ose dire : « C est beau I c'est sublime !))Et il a raison d'aller ainsi\ndroit à l'essentiel, en se bornant à une esquisse pour la partie biographique.\nLa musique est un langage que peuvent parler ou comprendre ceux-là seuls\nqui ont beaucoup de cœur.\n\nJ.C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-08-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-08-01_01#c006", "volume": "bmtnabj_1908-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "431", "page_fin": "431", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.2.3.2", "titre_corps": "MAURICE REUCHSEL : «UN VIOLONISTE EN VOYAGE» (CHEZ FISCHBACHER).", "titre_sommaire": "MAURICE REUCHSEL : «UN VIOLONISTE EN VOYAGE» (CHEZ FISCHBACHER).", "signature_source": "H. 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Il est\ndivisé en trois chapitres distincts : Padoue et le tombeau de Tartini ; Crémone\net son école de lutherie; le Violon de Paganini.\nA côté de faits connus, ce petit livre, très joliment illustré, contient des rensei-\ngnements tout à faits inédits que les violonistes seront heureux de connaître.\nAussi nous contentons-nous, sans plus, de leur recommander cet aimable\nouvrage. 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Reyer.\nR. Wagner.\nGounod.\nE. Reyer.\nMeyerbeer.\nE. Reyer.\nGounod.\nSt-Saëns. Widor.\n16.944 26\n16.454 25\nI I .599 »\ni5.8oo 41\n16.601 26\ni3.8o8 75\n12.275 60\n13.772 91\nier juillet\n3 -\n6 —\n8 —\n10 —\n13 —\n14 —\n15 —\ngane.\nTannhàuser.\nRoméo et Juliette.\nThaïs.\nRoméo et Juliette.\nFaust.\nTristan et Isolde.\nHippolyte et Aricie.\nLes Huguenots.\nR. Wagner.\nGounod.\nMassenet.\nGounod.\nGounod.\nWagner.\nMatinée gratuite.\nMeyerbeer.\n14.689 76\n18.510 75\n16.292 41\n14.954 76\n19.904 25\n17.015 41\n14.855 76"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-08-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-08-01_01#c010", "volume": "bmtnabj_1908-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "432", "page_fin": "432", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.2.3.5", "titre_corps": "II. — Opéra-Comique. Recettes détaillées du 16 au 30 juin 1908.", "titre_sommaire": "II. — Opéra-Comique. 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Delibes. —• Mas-\n6.066 »\nLe Barbier de Sévi lie. — Les\ncagni.\n22\n—\nRossini. — V. Masset.\n4.296 5o\nNoces de Jeannette.\n23\n—\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n00\n00\n0\n24\n—\nCarmen.\nBizet.\n7.389 5o\n2 3\n—\nWerther.\nMassenet.\n8.122 5o\n26\n—\nMme Butterfly.\nPuccini.\n7.757 5o\n6.467 »\n27\n—\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n28\n— matin.\nPelléas et Mélisande.\nDebussy.\n4.067 »\n28\n— soiree.\nLa Vie de Bohème. — Cavalle-\nPuccini. — Mascagni.\n3.437 »\nria Rusticana.\n29\n—\nLa Basoche.\nA. Messager.\n2.935 »\n3o\n—\nManon.\nMassenet.\n8.236 5o\njer\njuillet\nClôture annuelle."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-08-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-08-01_01#c012", "volume": "bmtnabj_1908-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "432", "page_fin": "433", "image_debut": 8, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.2.3.6", "titre_corps": "LA MUSIQUE A CONSTANTINOPLE : LA CAVALLERIA RUSTICANA DE M. MONLEONE.", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE A CONSTANTINOPLE : LA CAVALLERIA RUSTICANA DE M. MONLEONE.", "signature_source": "TIGRANE TCHAIAN", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "432", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.8", "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 1989, "texte": "LA MUSIQUE A CONSTANTINOPLE : LA CAVALLERIA RUSTICANA DE M. MONLEONE.\n\nNous avons reçu la lettre suivante :\n... Cette nouvelle oeuvre,inconnue en France, a été représentée ici, à la faveur\nde circonstances particulières. On sait que Mascagni, l'auteur initial de la Caval-\nleria rusticana, a intenté un procès à M. Monleone, pour s'être approprié le\nlibietto de son opéra. Les tribunaux italiens, lui donnant gain de cause, ont\ninterdit les représentations, en Italie, de la nouvelle . C est ainsi que\nnous en avons eu la primeur à Constantinople.\nLe fait est que, sauf une variante dans le prologue, on assiste à une réédition\npure et simple des scènes et des personnages connus. Et l'on ne peut, dès lors,\ns'empêcher d'éprouver un sentiment qui tient de l'étonnement et de l'ennui!\nPourquoi M. Monleone a-t-il choisi un sujet déjà traité avec tant de succès ?\nSans doute, un libretto n est qu un canevas sur lequel tous les musiciens peu-\nvent broder. Mais ce sujet offrait-il des attraits particuliers, une rare situation\ndramatique, bref, un caractère unique? Appartient-il à cette catégorie de con-\nceptions qui ouvrent à 1 esprit un horizon toujours nouveau, suivant le point de\nvue auquel on se place? A-t-il une large portée philosophique où l'analyse et\nl'observation se mesurent, comme Carmen, Faust, Werther ? On ne saurait\nsérieusement le soutenir. Il n'y a qu'un banal fait divers dans la Cavalleria ; une\ncouleui rustique appropriée, du réalisme, une certaine fraîcheur rude et naïve\nque les personnages empruntent au cadre dans lequel ils se meuvent : c'est tout.\nQu'un compositeur reprît, par exemple, le sujet des Paillasses, je le compren-\ndrais. Il est poignant, humain, d'une profonde et douloureuse vérité humaine.\nOn y trouve un heureux assemblage de situations très simples, mais d'où le\nspectateur peut tirer toute une analyse de notre cœur. Mais, dans l'aventure"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "433", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.9", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3364, "texte": "sommaire de ces ruraux qui se disputent une femme, je ne trouve rien de sug-\ngestif et d'universel. Mascagni en a extrait une œuvrette éminemment esti-\nmable ; cela est vrai, mais n'explique guère la tentative de M. Monleone.\nDonc, nous voici légèrement prévenus contre le jeune compositeur italien,\nqui dirigeait lui-même l'orchestre. Dès le prologue, on sent sa musique person-\nnelle, conduite avec un certain soin. L'auteur sait ce qu'il veut ; il ne tâtonne pas ;\nla palette orchestrale lui est familière ; et, dans le maniement de cette armée\nque représentent les instruments de l'orchestre, avec les voix du chœur, M. Mon-\nleone fait preuve d'énergie, de volonté, de savoir-faire. Il n'est point exempt de\ndéfaillances. Sa science n'est pas impeccable. A côté de très jolies choses, il en\nplace d'autres qui le sont manifestement moins. Mais, chez lui, les qualités l'em-\nportent sur les défauts. C'est un mélange qui, somme toute, laisse une impres-\nsion favorable.\nJ'analyserai, en quelques lignes, ces éléments contraires qui se coudoient dans\nla nouvelle Cavalleria rusticana.\nLa pensée musicale y est généralement bien ordonnée. La phrase a de l'ori\nginalité ; cependant, elle revêt tantôt une distinction du meilleur aloi, tantôt elle\nfrise la vulgarité. Malgré son caractère nettement contemporain et « vériste »,\nla musique de M. Monleone ne semble pas pouvoir se garer toujours des\natteintes de l'ancienne école italienne. Ainsi les fins de phrase affectent, très\nsouvent, une forme chère à cette école : gradation ascendante au moyen du\ncrescendo aboutissant au fortissimo, tandis que lavant-dernière note se prolonge\ndémesurément, comme le sifflet de la locomotive entrant en gare ! Certains\naccompagnements reposent, avec trop d'uniformité, sur une longue succession\nd'arpèges ou de gammes, au détriment de l'idée musicale. Une phrase exquise\npeut facilement être défigurée, enlaidie, par un accompagnement banal ou\ninapproprié. Par contre, six notes informes se métamorphosent, moyennant\nun habile travail de contrepoint, en une mélodie, un motif, un thème admirables.\nJe ne reprocherai pas à M. Monleone d'être un maladroit, puisque son œuvre\npossède, entre autres mérites, celui d'une bonne orchestration. Mais il semble,\npar endroits, avoir négligé de se maintenir à un niveau harmonieusement égal.\nJe n'oublie, d'ailleurs, pas que la Cavalleria est son premier ouvrage.\nLes chœurs sont bien traités. Dans les passages pathétiques, j'ai trouvé des\nphrases amples, claires, impressionnantes, de très jolis effets de timbre et de\nrythme; M. Monleone, tout en faisant un fréquent emploi des dissonances,\nn'abuse pas des moyens d'intimidation acoustiques. Il n'est, pas grandiloquent ;\npar contre, je lui reproche un peu de monotonie Enfin, la dernière page du\ndrame, qui devrait, pour ainsi dire, résumer beaucoup de sensations, m'a paru\nmoins réussie que tout le reste Les clameurs des cuivres ne m'ont pas ému.\nL'idée finale est terne et dégage quelque chose comme la fatigue, plutôt que la\ndouleur.\nEn résumé, l'œuvre est fort intéressante, très italienne, non moins sincère ;\nelle respire la foi de la jeunesse. M. Monleone débute sous d'heureux auspices.\nAttendons l'éclosion de toutes ses facultés, pour porter un jugement plus appro-\nfondi sur son talent.\nConstantinople, 16 juillet.\n\nTIGRANE TCHAIAN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-08-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-08-01_01#c013", "volume": "bmtnabj_1908-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "434", "page_fin": "434", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.2.3.7", "titre_corps": "CONCERT NIN.", "titre_sommaire": "CONCERT NIN.", "signature_source": "P. A", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "434", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.10", "debut_caractere": 1504, "fin_caractere_exclue": 3371, "texte": "CONCERT NIN.\nP.A.\n— M. J.-J. Nin consacrait récemment une dernière séance aux\nOrigines françaises de la musique de clavecin actuelle. Combien le talent du jeune\npianiste catalan nous a paru mûri et élargi, depuis ses premières et déjà loin-\ntaines auditions, à la salle en 1904 et 1905 ! Non, certes, que le souci de\nla perfection jusque dans le moindre détail ne s'y révélât, à cette époque comme\naujourd'hui ; mais ce qui semblait alors un effet de la volonté apparaît désor-\nmais dans toute l'aisance indépendante et sereine d'un talent sûr de lui-même et\nlibre de toute entrave de métier.\nIl est intéressant de constater aussi que l'érudition ne le cède en rien, chez\nM. Nin, au talent musical. Ses patientes recherches ont mis au jour instamment\nun fait à peu près ignoré de ses devanciers : certain rondeau des plus exquis,\nintitulé : les Bergeries, et ingénument ajouté au volume des Suppléments de\nJ.-S. Bach, fut tout bonnement copié par l'immortel auteur de la Matthaeus-\nPassion (ni plus ni moins que les concerts d'orgue de Vivaldi), et appartient à\nl'œuvre du claveciniste français François Couperin (le Grand).\nIl y a donc dans l'entreprise de vulgarisation de nos anciens chefs-d'œuvre du\nclavecin, tentée par M. Nin, de quoi intéresser les musicographes tout autant\nque les musiciens : M. G.-Jean Aubry nous en a administré la preuve en une cau-\nserie familière, complétant cette audition du 12 juin, et abondant en aperçus\ningénieux, sinon indiscutables, sur les traditions de notre musique française.\nNous espérons que M. Nin reviendra parmi nous quelques jours, pour colla-\nborer par des exemples modernes empruntés à Debussy, Ravel, Séverac et\nSchmitt, le parallèle pittoresque et personnel proposé par le jeune conférencier\ntrès discret, entre ces musiciens français contemporains et leurs prédécesseurs :\nCouperin, Rameau, Dandrieu, Daquin, etc."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-08-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-08-01_01#c014", "volume": "bmtnabj_1908-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "434", "page_fin": "435", "image_debut": 10, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.2.3.8", "titre_corps": "LES ORIGINES DE LA MUSIQUE DESCRIPTIVE.", "titre_sommaire": "LES ORIGINES DE LA MUSIQUE DESCRIPTIVE.", "signature_source": "M. BRENET", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "434", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.10", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1502, "texte": "— Au sujet d'un récent article\ninspiré par l étude que Michel Brenet a fait paraître dans la Rivistci musicale de\nTurin, et où nous disions que la musique descriptive remonte aux pratiques\nde la magie, — c'est-à-dire aux origines lointaines de la civilisation, — nous\nrecevons la lettre suivante. Le mot « défense » employé par notre honorable\ncorrespondant donnerait à croire que nous l'avons « attaqué », ce qui était loin\nde notre pensée. Nous lui soumettions simplement quelques observations,\npensant qu'il les admettrait comme complément de sa remarquable étude.\nNous nous proposons de revenir plus tard et plus amplement sur cette\nimportante question des origines de la musique descriptive et imitative ; elle de-\nmande de très longs développements. Quant au reproche d «'ignorance », Michel\nBrenet est la dernière personne à qui nous l'adresserions :\nLa ferme des Craies, par Vaivre (Haute Saône), 10 juillet 1908.\nMONSIEUR LE DIRECTEUR,\nEloigné de Paris, je prends tardivement connaissance des observations que\nvous a suggérées la lecture du premier article de mon Essai sur les origines de la\nmusique descriptive, et des compliments flatteurs dont vous avez bien voulu les\naccompagner. Ce n'est pas, croyez-le bien, pour lutter avec vous de courtoisie\nque je vous assurerai à mon tour de l'attention avec laquelle je ne manque pas de\nsuivre vos publications, et de l'intérêt que j'ai pris, en particulier, à vos re-\n\nLES ORIGINES DE LA MUSIQUE DESCRIPTIVE."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "435", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.11", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2357, "texte": "cherches sur la magie musicale, Je voudrais essayer de me justifier à vos yeux\ndu reproche d ignorance ou d'indifférence que je puis sembler mériter, puisque\nje n'ai pas fait état, dans mon étude, des travaux relatifs à la musique des\npeuples de l'antiquité. J aurais plus clairement défini le but et les limites de\nmon travail, si je l'avais intitulé: « Essai sur les origines de notre musique des-\ncriptive », car il n'y aurait guère eu de doutes, alors, sur le choix des documents\nque j'y devais employer.\nA supposer qu'un critique d'art s'occupe des origines de la peinture de paysage,\nil est probable qu'il prendra son point de départ dans les miniatures du moyen\nâge, sans se croire tenu de rapporter les témoignages des auteurs qui ont parlé\ndes œuvres perdues d'Apelles et de Zeuxis, et de la fameuse représentation en\n« trompe-l'œil » d'une grappe de raisins, que venaient becqueter les oiseaux.\nPerdues aussi sont les créations de la musique antique. Malgré les textes litté-\nraires ou théoriques qui ont été conservés, malgré les précieux autant que\nrares et incomplets fragments notés que l'on a découverts dans les « trésors » des\ntemples, la musique de l'antiquité reste un continent disparu, une mystérieuse\nAtlantide, un terrain géologique dont la faune fossile nous échappe, et qui\nn'a livré aux plus habiles, aux plus ardents chercheurs, ni le squelette d'un\n« grand diplodocus », ni même une pauvre « ammonite » intacte. Beaucoup\nd'anneaux manquent à la chaîne qui rattacherait les espèces vivantes à ces espèces\néteintes, l'art actuel à celui que l'usure des siècles a réduit en poussière. La\ngénéalogie de notre musique descriptive, comme celle de nos vieilles familles\noccidentales, remonte jusqu'au moyen âge, et se perd au delà dans le brouil-\nlard des hypothèses.\nLoin de moi l'intention de vouloir contester dans la moindre mesure la valeur,\nl'importante, l'utilité scientifique, des recherches que l'archéologie dirige vers\nles musiques lointaines. J'ose croire seulement que ces musiques ne sont pas en\nrelation directe, en relation de cause à effet, avec les formes artistiques dans\nlesquelles s'exprime notre vie intellectuelle présente.\nVeuillez, Monsieur et cher confrère, excuser cette longue défense, et recevez,\nje vous prie, l'expression de mes plus distingués sentiments.\n\nM. BRENET."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-08-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-08-01_01#c015", "volume": "bmtnabj_1908-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "435", "page_fin": "435", "image_debut": 11, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.2.3.9", "titre_corps": "FESTIVAL ANNONCÉ.", "titre_sommaire": "FESTIVAL ANNONCÉ.", "signature_source": "F", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "435", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.11", "debut_caractere": 2359, "fin_caractere_exclue": 3150, "texte": "FESTIVAL ANNONCÉ.\nF.\n— Trop souvent les concours orphéoniques ne sont pré-\ntexte qu'à fêtes bruyantes et peu artistiques. Il y a pourtant parmi les sociétés\nmusicales des groupements d'un très haut intérêt, et lepublicle plus raffiné serait\nparfois surpris d'entendre certaines grandes sociétés chorales ou instrumentales.\nComœdia se propose d'organiser pour le 22 novembre prochain — jour de la\nSainte-Cécile — un grand concours ouvert aux meilleures sociétés françaises.\nCette audition, à laquelle de très bonnes sociétés prendront part, sera jugée par\nun jury composé de sommités du monde musical. Nous aurons occasion d'en\nreparler plus longuement.\n—On annonce la représentation de Siegfried, avec M. Catherine comme\nchef d'orchestre, pour le 16 août, au théâtre de verdure de Cauterets."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-08-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-08-01_01#c016", "volume": "bmtnabj_1908-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "436", "page_fin": "442", "image_debut": 12, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.2.4", "titre_corps": "ALEXANDRE CHORON, d'après des documents inédits.", "titre_sommaire": "ALEXANDRE CHORON, d'après des documents inédits.", "signature_source": "UN CHORÈGE MODERNE ; GABRIEL VAUTHIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "436", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.12", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "ALEXANDRE CHORON,\nd'après des documents inédits.\nUN CHORÈGE MODERNE\n\n(Suite.)\nChoron fauche largement dans les abus et fait abstraction des per-\nsonnes. Celles-ci se retournent contre lui ; un des deux chefs du chant,\nLebrun, ose écrire en ces termes au ministère :\n« Pour arriver au but désiré de la régénération de l'Académie de\nmusique, tant sous le rapport de l'administration que sous celui de\nl'art, je pense que l'opération de nécessité et d'urgence absolues, c'est\nl'expulsion du régisseur actuel. Il faut un directeur par intérim et non\npas un régisseur : ce titre est avili, méprisé, exécré. »\nChoron restait-il indifférent aux marques répétées de défiance et de\nhaine, aux calomnies dont il était l'objet ? On devine chez lui des mou-\nvements d'impatience, des accès de colère, et, sur ce point, il fait son\nmeaculpa dans une lettre au comte de Pradel.\nOn se plaint de « ses formes ». Il avoue ses torts, mais il s'excuse\n« sur le zèle qui l'anime, et l'horreur que lui inspirent la mauvaise foi,\nles injustes prétentions des individus auxquels il a le plus souvent\naffaire, le ton indécent avec lequel ils exposent des prétentions imper-\ntinentes en elles-mêmes ».\nIl se rend en même temps témoignage que « sur l'esprit et les formes\nde sa gestion », il n'a écouté que sa conscience.\n« Les reproches essentiels que ces messieurs m'adressent, celui\nauquel se réduisent tous les autres, et qu'effectivement tous mes actes\njustifient, c'est, selon leur propre expression, de n'être pas Yhomme des\nartistes. Je ne crois pas -en cela être aucunement blâmable, et je crois\nmême remplir parfaitement vos intentions qui ont été que je fusse\nY homme de l'Opéra, et, comme les intérêts de l'Etat sont en opposition\nimmédiate avec ceux des artistes, il s'ensuit que je dois être avec ceux-\nci dans une guerre et une contradiction perpétuelles. Cette disposition\nde ma part est d'autant plus sensible qu'elle contraste plus fortement\navec ce qui existait précédemment et de temps immémorial. Précé-\ndemment, une administration faible et corrompue laissait tout à l'aban-\ndon ; on ne travaillait que selon les vues de certains artistes et tou-\njours les plus intrigants (i); aujourd'hui, tout, jusqu'au moindre détail,\n\n(i) Lays, par exemple, demande le maintien du traitement supplémentaire de\n10.000 francs, dont il avait joui jusqu'en 1816, un congé annuel de deux à trois\nmois, une année de la totalité de son traitement en lieu et place de la représentation"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "437", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.13", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3020, "texte": "marche selon les intérêts de l'Etablissement ; les artistes y sont entiè-\nrement subordonnés. Voilà ce qui les révolte. »\nNoble et fier plaidoyer, mais aussi illusions communes aux réforma-\nteurs généreux qu'emporte un ardent amour du bien, et qui oublient\nde compter avec le temps et les hommes !\nChoron succombera : ses ennemis sont trop nombreux, leurs cla-\nmeurs trop violentes. Ala fin de janvier, on commence à parler de son\ndépart, et le même Lebrun lui donne le coup de pied de l'âne :\n« Vous ne vous faites pas une idée, écrit-il encore au ministère le\n3i janvier, des mille et une folies, inepties et turpitudes qui sortent du\ncerveau de cet homme. En honneur, c'est à n'y pas tenir. Je suis toute\nla journée sur des charbons ardents; je souffre au physique comme au\nmoral. Tant que je n'ai pas vu briller un rayon d'espérance, j'ai patienté,\nmais aujourd'hui que j'entrevois l'espérance d'un meilleur sort pour\ntout le monde, cet homme me paraît dans tout son jour plus laid, plus\nhorrible et plus nuisible que jamais. »\nVoilà ce que pouvait inspirer une haine aveugle. Ecœuré, malade, dit-\nil lui-même, Choron sort de cet enfer. Le 23 mars, il annonce à un de\nses beaux-frères qu'il va quitter incessamment l'Opéra. « Je passe à un\nautre poste qui, j'espère, sera plus tranquille. » Le 27, le comte de\nPradel écrit à La Ferté : « Choron vient de me demander sa démission. »\nElle lui fut accordée pour le ier avril.\nPersuis le remplaçait comme directeur de la scène et du personnel.\nUne mesquine vengeance le privait de ses entrées, qui ne lui furent\nrendues qu'en 1821 (2).\n\nà bénéfice à laquelle il a droit. Choron fait rejeter cette dernière demande. « Pré-\nsentée dans un moment où il sait que ses services sont d'une indispensable néces-\nsité, elle est une nouvelle preuve de l'état de dépendance où le manque de sujets\nplace l'Administration. »\nUn sieur Louvet, artiste de la Chapelle du roi et volontaire royal, émargeait au\nbudget de l'Opéra, où il neparaissait pas. Choron le raye. Il se fâche et écrit au comte\nde Pradel : « Je viens d'apprendre par M. Choron que je n'étais point porté sur\nl'état des appointements de l'Opéra pour l'année 1817. Je ne vois que trop que je suis\nvictime de l'odieuse perfidie de M. Choron. »\nLes subalternes imitaient les exemples qu'on leur donnait. En janvier 1817, le\npremier machiniste, Héry, se montre grossier à l'égard de Lebrun, qui causait avec\nChoron. Celui-ci l'invite à se taire. Héry se met « à vomir contre le régisseur une\nfoule d'imprécations et d'injures ». De là une scène scandaleuse. Choron demande\nqu'on le punisse en vertu de certains articles du décret du ler septembre 1807\nabrogé en iB3o —qui condamnait à l'amende, à différentes peines et enfin àla prison.\n(1) On comprend qu'il ait gardé de l'Opéra un amer souvenir. « Le brouhaha et\nles fioritures Ï> qu'on y entendait le mettaient hors de lui. «Tu n'as pas grand'voix,\ndit un jour Choron à Duprez, c'est Oscar Comettant qui le raconte dans le Siècle"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "438", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.14", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3097, "texte": "Nous donnons une des lettres adressées par Choron au comte de Pradel, et le\nrapport qu'il envoya au baron de la Ferté après son retour. Les recrues étaient\ndestinées à la Chapelle du roi, au Conservatoire, ou à l'Ecole de Choron.\nDouai, le dimanche 28 mars 1819.\nMONSIEUR LE COMTE,\nMardi dernier, je suis allé, ainsi que j'avais eu l'honneur de vous en\nprévenir, à Estourmel, à deux petites lieues de Cambrai, entendre une\nbasse-taille qui m'était indiquée. C'est un jeune homme de vingt-deux\nans, d'une grande taille et d'un physique passable. Sa voix est en effet\nune basse-taille assez forte, mais d'un timbre mat et d une teinte sépul-\ncrale : il sait bien son chant. J'ai pensé qu'il serait admissible au besoin,\nmais comme j'espérais trouver mieux, je ne l'ai point engagé.\nJe suis parti le lendemain pour Douai : il faisait un très mauvais\ntemps; j'ai néanmoins parcouru la ville pour chercher des renseigne-\nments ; j'en ai obtenu quelques-uns sur la ville et les environs, mais la\npluie continuelle m'obligeant à rester oisif à l'auberge, j'ai préféré\nmonter de suite en diligence pour me rendre à Lille, où l'on m'avait in-\ndiqué plusieurs sujets, sauf à revenir à Douai, en allant de Lille à Arras.\nLe jeudi matin, j'ai employé les premiers moments de la matinée à\nvérifier les indications dont je viens de parler : elles se sont trouvées\ninexactes sur plusieurs points ; mais m'étant rendu à midi à l'Académie\nde musique, j'ai discerné entre autres une excellente basse-taille dans\nun jeune homme de dix-sept ans, nommé Royer. Sa voix, qui a une\ntrès grande étendue, est suffisamment forte ; elle est surtout très égale\net très harmonieuse ; il est déjà passablement musicien. J'ai demandé\n\ndu 6 octobre 1873, mais tu chanterais avec rien, avec ton genou ;tu deviendras le\nplus grand chanteur du monde, si tu ne vas pas brailler à l'Opéra. »\nIl y avait toujours une guerre sourde entre le directeur de l'Ecole de chant et\n1 Académie de musique. Des élèves acceptés comme choristes en 1819 étaient\nrefusés en 1821, mais, à la première date, « régnait Persuis, avec lequel Choron\nétait brouillé, mais qui se piquait de probité administrative, aujourd'hui l'Opéra\npossède un simulacre de directeur dans la personne de M. Viotti, homme absolument\nnul ». (Lettre du 20 août 1821, au marquis de Lauriston.) Choron se plaint de parti\npris. Or, Viotti, dans une lettre du 17 septembre, l'informait que les deux jeunes\ngens n avaient pu être entendus, parce qu'ils ne savaient point d'airs, mais seulement\ndes parties chorales, et il invitait le directeur à les préparer pour un nouvel examen\nfixé au 28. Le i 5 janvier suivant, deux élèves sont refusés; les précédents sont admis.\nLes élèves de Choron avaient leurs entrées à l'Opéra .-Voilà l'Espérance, disait-on\nau théâtre, laissez passer 1 Espérance. « Un soir, Duprez, c'est lui qui le raconte,\nMonpou, Boulanger et Renault se plaignent à leur maître : Eh bien î leur dit-il,\nrépondez : Nous sommes l'Espérance, et nous vous ferons la Charité, quand on\nn'aura plus Foi dans nos vieilles reliques. »"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "439", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.15", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "au premier professeur de l'Académie, le sieur Leplus, si je pourrais\nemmener ce jeune homme; il m'a répondu qu'il fallait m'adresser à\nM. le maire de la ville ( M. le comte de Muyssart) et à l'administration\nde l'Académie. Je suis demeuré d'accord avec ces messieurs, que je vous\nen ferais mon rapport et que la demande serait adressée par vous. Je\nvous prie donc, Monsieur le comte, de vouloir bien, au reçu de la pré-\nsente, faire cette demande qui ne souffrira aucune difficulté, mais qui,\nvenant de votre part, flattera beaucoup les autorités de la ville et l'admi-\nnistration de l'Académie. Cette récompense leur est due pour le zèle\navec lequel ils dirigent cet établissement dont j'ai été on ne peut plus\nsatisfait. Je recommande aussi à votre bienveillance le sieur Leplus,\nprofesseur de l'Académie, qui a mis beaucoup de bonne volonté et\nde générosité à se dépouiller en votre faveur d'un sujet qui lui est\nréellement utile. Je pense qu'il aurait droit à la récompense pécuniaire\n• • /\npromise aux professeurs qui procurent des sujets à l'Ecole royale (i)\net vous le demande avec d'autant plus de raison qu'il m'a promis de\nm'en fournir encore d'autres par la suite.\nJ'ai employé la matinée du vendredi à parcourir les environs de Lille,\net renvoyé d'un point à un autre, j'ai trouvé à Houplin, à deux lieues\nde cette ville, un jeune homme de vingt-cinq à vingt-six ans, déjà\npassablement musicien, ayant une fort belle taille (2) et qui se rendra à\nParis, si sa famille y consent : il se nomme Florimond Bonnet.\nDe retour à Lille vers une heure, j'ai visité la classe des demoiselles\nà l'Académie: j'en ai distingué quatre qui, en raison de leurs moyens\nnaturels et de leur acquis en musique, formeraient bientôt de bon«\nsujets pour l'Ecole de musique et pour la scène ; leurs noms sont : Léa\nWeisse, Remi, Hodlers, Godfautem. Mlle Léa a une voix superbe et\nr '\nplus belle qu'aucune que j'ai entendue à l'Ecole royale de musique',\nelle est bonne musicienne. Mais on ne pourra jamais décider les\nparents de ces jeunes personnes à les envoyer à Paris tant qu'on ne\nleur offrira point un asile où elles puissent être en sûreté (3).\nMon projet était de quitter Lille le jour même pour continuer mes\nrecherches aux environs pour revenir ensuite à Douai et Arras : les\nprofesseurs de l'Académie et l'administration m'ont prié d'y rester\njusques au lendemain pour organiser leurs classes de solfège selon mes\nprocédés. Je me suis rendu à leur désir; j'ai consacré à cet objet la\n\n(1) C'était, sous la Restauration, le nom du Conservatoire.\n(2) Voix de ténor.\n(3) On logeait les jeunes filles dans le voisinage de l'École de Choron; le pen-\nsionnat de femmes ne fut ouvert qu'en 1822."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "440", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.16", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2333, "texte": "matinée du samedi, et voyant que les jours s'avançaient, que j'avais\nd'ailleurs de bons renseignements sur Douai et Arras, qu'enfin il me\nrestait encore toute la campagne d'Amiens à exploiter, je pris le parti\nde quitter Lille et de revenir à Douai, où je suis depuis hier au soir ;\nj'y resterai jusqu'à demain, i° pour faire mes recherches ; 20 pour\nrendre à l'Académie de cette ville, qui avait envoyé à Lille un de ses\nprofesseurs m'en faire l'invitation, les mêmes services que j'ai rendus à\ncelle de cette dernière ville. Je partirai demain soir pour Arras ; je\nserai mercredi au plus tard à Péronne. Ce sera le point d'où je partirai\npour exploiter l'Amiénois.\nLe résultat de mes opérations jusqu'à ce jour est de six bonnes\nbasses-tailles, sachant toutes le plain-chant et déjà avancées en\nmusique, le plus âgé ayant vingt-deux ans, les quatre autres de quinze\nà dix-huit, à l'exception de l'homme de Saint-Quentin, qui en a vingt-\nsix, et que j'oubliais ; trois bonnes tailles, total : g. J'espère trouver ici\ndeux sujets, autant à Arras. La campagne d'Amiens, Fécamp, Conches\net Chaulnes me fournira, et au delà, de quoi me compléter. Toute mon\nopération sera terminée en moins d'un mois, ainsi que j'avais eu\nl'honneur de vous l'annoncer.\nJ'ai l'honneur d'être, etc...\nA Monsieur de La Ferlé, Intendant général des Menus plaisirs du Roi.\nMONSIEUR,\nEn m'occupant spécialement durant le cours de mes voyages de\nrechercher des sujets propres aux chœurs de la Musique du Roi en\nvoix viriles, je n'ai point négligé de remarquer les sujets d'un autre\ngenre qui pouvaient être utiles pour tout autre branche de service et\nqui par cette raison conviennent proprement à l'Ecole royale. L'objet\ndu présent rapport est de vous transmettre les renseignements que\nj'ai recueillis sur cet objet. Dans cette vue, je vais d'abord tracer la note\nnominale des individus dont il s'agit; j'entrerai ensuite dans quelques\ndétails sur chacun d'eux.\n1 Lefèvre, à Arras. 5 Trézeguette, à Agen.\n2 Humblot, à Compiègne. 6 Isabelle Borie\n3 Casaubon, à Pau. 7 Ursule Connor\n4 Romain, à Limoges.\n1. Lefèvre d'Arras est fils d'un boulanger demeurant sur l'Esplanade;\nil a 18 ans, taille de 5 p. 6 p., bel extérieur, jolie voix de ténor, sachant\npeu de musique, mais bien organisé, plein dégoût, aimant beaucoup le"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "441", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.17", "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "chant et chantant avec grâce. Il a le plus grand désir de suivre la car-\nrière dramatique, qu'il parcourrait avec succès, étant, je crois, propre\nà former un charmant sujet pour les rôles de jeunes princes à l'Opéra ;\nmais ses parents s'y opposent. Je crois cependant que si le ministre\nécrivait à ce sujet au Préfet pour faire la demande du jeune homme en\nl'assurant de toute sa bienveillance et de sa protection spéciale, on\nvaincrait leur obstination. Le jeune homme est sage et de bonne con-\nduite, d'un caractère honnête et doux.\n2. Humblot de Compiègne, âgé de 17 ans, taille de 5 p. 2 p., jeune\nsujet de la figure et de la tournure la plus jolie et la plus élégante, joue\ndans la comédie bourgeoise les rôles de femmes avec beaucoup de\nsuccès; propre aux Colins (1) ou aux Elleviou (2). Il suffit d'écrire à\nM. Hyd e Neuville, conservateur des eaux et forêts de la Couronne, qui\nprotège ce jeune homme privé de sa famille : il l'enverra aussitôt. Il\nest déjà musicien.\n3. Casaubon à Pau, 23 ans, 5 p. 4 p., belle basse-taille, beaucoup\nd'amour pour le chant, bonne acquisition ; s'adresser à M. Meisner à\nPau. M. Meisner, qui est son maître et qui a été celui de M. d'Abadie (3),\nle place au-dessus de celui-ci pour la force et la beauté de la voix.\n4. Romain, acteur à Limoges, 22 ans, 5 p. 3 pouces, très beau et très\njoli homme : belle et forte basse-taille annonçant de l'intelligence et de\nla chaleur, propre aux rôles de vigueur : demande à être appelé.\n5. Trézeguette à Agen, 17 ans, 5 p. 2 p., très joli garçon ayant con-\nservé après la mue une très belle voix de dessus comme était celle de\nM. Cherdou; pourrait être utilisé à la Chapelle du Roi.\n6° Isabelle Borie, couturière à Agen, 17 a 18 ans, un peu petite et\npuissante, non jolie : possède malgré ces désavantages une tournure\nagréable, une physionomie spirituelle et pleine d'expression; superbe\nvoix de dessus, intelligence et goût de chant extraordinaires ; chantant\navec infiniment de grâce et d'expression naturelles, propre aux trois\ngenres : pathétique, demi-caractère et comique ; sujet précieux à\nacquérir : ses parents consentent à l'envoyer à condition : i° qu'elle\nsera amenée par un de ses parents dont on payera le voyage d'aller et\nde retour et qui sera défrayé à Paris ; 20 que la jeune personne sera\nenfermée dans une maison d'éducation où elle recevra l'instruction\nconvenable à sa profession.\n\n(1) Jeunes amoureux villageois. Ce nom vient de l'opéra comique de Nicolo,\nJeannot et Colin, 1806.\n(2) Dans les rôles de petits-maîtres et de jeunes militaires.\n(3) D'Abadie débuta, dit Fétis, en décembre 1819, dans le rôle de Cinna, delà\nVestale.C'est pour lui que Rossini écrivit le rôle de Guillaume Tell."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "442", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.18", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 879, "texte": "7° Ursule Connor, blanchisseuse à Agen, i 3 ans et demi, taille ordi-\nnaire, bien tournée, figure ni belle ni laide, mais spirituelle et expressive,\nvoix charmante, gosier léger, goût extraordinaire : charmant sujet de\ndemi-caractère, chante avec grâce et exécute des roulades avec un fini in-\nconcevable. Ses parents l'enverront sous la condition qu'elle sera enfer-\nmée dans une maison d'éducation où elle recevra l'instruction musicale.\nJe crois devoir observer à cette occasion, Monsieur, que si l'on ne\nprend point le parti de suivre cette marche, on n'obtiendra point que\n/\nles parents envoient leurs enfants à l'Ecole royale et que l'on ne par-\nviendra point à conserver et à former un seul sujet, ainsi que le\nprouvent la raison et l'expérience du passé.\nJ'ai l'honneur d'être, etc.\nParis, le 20 septembre 1819.\n\nGABRIEL VAUTHIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-08-01-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-08-01_01#c017", "volume": "bmtnabj_1908-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "442", "page_fin": "447", "image_debut": 18, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.2.5", "titre_corps": "Variétés : Les danseuses de cour à Java", "titre_sommaire": "Variétés : Les danseuses de cour à Java", "signature_source": "Dr J.-E. 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Chez beaucoup de ces peuples, ce ne sont que des imitations de la nature,\ndes scènes de chasse ou de guerre, le vol des oiseaux, le combat d'animaux sau-\nvages, etc., et quiconque a vu de près les Alfours dans les Moluques, les Dajaks\nà Bornéo ou les Battaks à Sumatra, peuples très rudes et très peu civilisés, pourra\ncertifier ce que j'avance.\nM ais à Java, où, depuis une époque très reculée, une civilisation assez avan-\ncée semble avoir pénétré, les danses, les jeux et les chants s'en sont ressentis et\nsont calmes, mélancoliques et sérieux, bien plutôt que bruyants ou joyeux. Il\nest excessivement rare que l'excitation s'en mêle ; au contraire, tout est également\nmonotone ; chants, jeux, mouvements de la danse (tandakh), où les bras et les\nreins jouent un beaucoup plus grand rôle que les jambes et les pieds, tout est si\nuniforme et si extraordinairement peu varié, qu'un Européen est très vite fati-\ngué de ce qu il voit et de ce qu'il entend et soupire après la fin du spectacle, que,\npar politesse, il lui faut attendre.\nTel est le cas principalement pour les Européens fixés aux Indes, dans les\ncours javanaises (nous voulons parler de celles de Sourakarta et de Djokjokarta),\ncar les danses à la cour n ont lieu que dans des cérémonies officielles et dans les\nfêtes particulières ; les fonctionnaires européens ne sauraient échapper à ce spec-\ntacle sans blesser 1 étiquette, à laquelle les princes javanais attachent un grand\nprix, comme au dernier reste de leur ancienne grandeur. Quant au Javanais, il\ntrouve dans cette danse un plaisir vraiment incompréhensible ; il peut la con-\ntempler pendant plusieurs nuits consécutives et, lors même qu'il y a assisté\ndéjà nombre de fois, il en suit tous les détails avec une curiosité stupide. L'ennui,\n\n(1) Tiré de la Eevue de l Ecole cj> cinlhvopologie de Pans (mai 1908)"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "443", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.19", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 3815, "texte": "qui apparaît si facilement sur le visage dun Européen, ne se voit jamais sur\nles traits d un habitant de Java ; et même, avec le flegme qui lui est propre, on\npourrait se demander s'il comprend seulement le sens de ce mot.\nQuiconque connaît les Javanais doit convenir que c'est chez eux une passion\nque d'assister et souvent même de participer au tandakh, et si c'est le cas pour\nles gens du peuple, ce l est encore plus, d'une manière plus relevée, il est vrai,\npour les princes indigènes en général et pour ceux des deux grandes cours en\nparticulier. Le bonheur, pour un homme du peuple, c'est de contempler pendant\ndes nuits entières des femmes delà lie de la population et de mœurs plus que\nrelâchées, qui se tordent dans tous les sens et s'agitent aux accords monotones\ndu gamelang, tout en chantant d'une voix criarde et rauque des pantoun, chan-\nsons le plus souvent fades, prosaïques, sans suite. L'homme du peuple, disons-\nnous, ne connaît pas de jouissance plus grande ; il ne laissera jamais échapper\nl'occasion de se la procurer et sacrifiera son temps et sa fortune, s'exposera\nmême à la plus complète misère, pour satisfaire sa passion. Le prince, lui, recher-\nche quelque chose déplus élevé, de plus noble, et quoique l'origine semble en\nêtre la même, quelque chose de différent à bien des égards de la danse, du spec-\ntacle et delà musique des gens du peuple, mais cependant quelque chose qui\nflatte ses yeux et ses oreilles et dont il est tout aussi avide que ses sujets. Les\nfemmes qui dansent devant lui ne sont pas des êtres vils et complètement abrutis ;\nce sont ses propres filles, celles de ses plus proches parents ou de ses principaux\ncourtisans, jeunes filles choisies et élevées dans le but de récréer leur souverain.\nCes danseuses se divisent en deux classes : les bedojo et les serimpie.\nC'est en vain que l'on voudrait rechercher l'origine de ces danses ; ni le prince\nni ses sujets ne sauraient donner aucune indication àce sujet. Ce qu'il y a de\ncertain, c'est qu'elles ont existé de temps immémorial et leur ont été léguées\npar leurs ancêtres, et ce fait seul suffit pour leur faire respecter cette institution.\nEn effet, les Javanais sont très attachés à tout ce qui leur vient de leurs ancêtres ;\nc'est un trait distinctif de leur caractère ; quiconque voudrait y apporter le moin-\ndre changement est taxé par eux de suprême imprudence ; non seulement il ren-\ncontrerait les plus grandes difficultés à faire accepter son innovation, mais il\ns'attirerait sûrement le mépris général. Le prince seul pourrait faire accepter\nquelque modification dans les coutumes nationales, mais il s'en garderait bien,\ncar le peu de puissance qui lui reste repose uniquement sur le respect des vieilles\ninstitutions.\nNous avons déjà dit en deux mots que les danseuses de la cour ont la même\norigine que celles du peuple. Cette opinion est générale, et l'on peut admettre\nque les bedojo et les serimpie n'étaient à l'origine que de simples filles de tandakh,\ndont les fonctions ont été remplies plus tard par des membres de la famille ré-\ngnante ou par des concubines du roi. Il résulte de ce dernier fait que les bedojo\net les serimpie ne dansent qu'à la cour ou chez de très grands personnages. La\njalousie du prince ne permettrait pas qu'elles sortissent du cercle de sa famille,\net même il y a une distinction dont il faut encore tenir compte, comme nous le\nverrons plus loin. Ces danseuses sont donc de jeunes femmes ; quelquefois ce-\npendant leurs fonctions sont remplies par.de très jeunes garçons ; mais ceux-ci\nreprésentent toujours des femmes. Ce fait montre combien les mœurs des Java-\nnais sont plus douces que celles des autres peuples de l'Archipel, qui ne veulent\nvoir que des hommes sur la scène. Les Javanais, d'autre part, sont bien loin de"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "444", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.20", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 3621, "texte": "mépriser les femmes qui se livrent à cet exercice, puisqu'on choisit pour cela les\njeunes princesses du plus haut rang et que celles-ci en sont très fières.\nLorsque la danse est exécutée par devant le Sousouhounan de Sourakarta\nou le sultan de Djokjokarta, le nombre des bedojo est de neuf, tandis que les\nprinces de la famille régnante et les principaux princes ou régents javanais ne\npeuvent jamais en faire danser plus de sept à la fois. Pour tous ces derniers, la\npermission de faire exécuter la danse leur est toujours accordée à titre de faveur\npar les deux princes qui, sur leur demande, leur envoient les bedojo dans les\nfêtes solennelles. Si parfois les régents entretiennent eux-mêmes des bedojo,\ncelles-ci ne sont pas les véritables, et ne peuvent pas l'être, vu que la plupart\ndes régents javanais n'appartiennent pas à une haute et ancienne noblesse, et,\npour ainsi dire, ne possèdent pas la source même d'où sont tirées les bedojo et\nles serimpie de la cour.\nCe qui distingue ces deux espèces de danseuses, c'est que les serimpie ne sont\njamais plus de quatre et que le prince seul a le droit de les faire danser. Le\nprince ne les cède jamais à personne ; elles ne se produisent qu'en présence du\nprince, et leurs représentations n'ont lieu que dans les dalam ou palais des princes\nrégnants de Sourakarta et de Djokjokarta.\nOutre la différence de nombre, les serimpie se distinguent encore des bedojo\npar le costume : elles ont quelque chose de plus viril et sont toujours armées,\nsoit d'un kris, soit d'un arc et de flèches, soit d'un pistolet ; lorsqu'elles portent\nle krisy elles ont toujours aussi un bouclier fait en plumes de paon.\nLes danses exécutées par les serimpie représentent toujours quelque épisode\nhistorique ou quelque sujet héroïque d'un caractère généralement guerrier,\ncomme les armes qu'elles portent l'indiquent. Les bedojo, au contraire, se con-\ntentent de danser ; et lors même qu'un récit accompagne la représentation, la\ndanse elle-même n'y fait aucune allusion.\nNi les serimpie ni les bedojo ne chantent en dansant, et c'est un des carac-\ntères qui les distinguent des vulgaires danseuses de tandakh. Les représenta-\ntions à la cour sont accompagnées de chant ; mais c'est un artiste spécial qui\nchante d'après un livre, sur une mélodie appropriée, le sujet qui va être repré-\nsenté par les danseuses ; celles-ci, pendant ce temps, sont assises par terre, les\nyeux baissés dans la posture la plus humble, et disposées dans tel ou tel ordre\nsuivant le récit que l'on chante. Le passage terminé, les serimpie ou les bedojo\n(jamais ces deux espèces de danseuses ne se produisent en même temps) se lè-\nvent et dansent avec accompagnement de musique ; un petit nombre des instru-\nments du fameux orchestre gamelang, ceux dont le son est le plus doux, exécutent\ncet accompagnement Ce sont le rabab (violon javanais à deux cordes), la flûte\n(.souling), le tjemp long ou tjelempoung (harpe javanaise horizontale) et les plus\ndoux des instruments de métal, tels que le grand et le petit pernanak, le kendang,\nle kethock, le kênong, le gong, le gambang, le gindhir et quelquefois le petit\nbônang.\nIl serait difficile de décrire d'une manière précise la musique du gamelang ;\nmais on ne saurait méconnaître qu'elle est harmonieuse et mélodieuse.\nLa danse des serimpie dure une heure ou une heure et demie; celle des bedojo\nun peu plus longtemps, et il faut avouer qu'elle est très gracieuse.\nLes danseuses se placent sur une ligne, les unes derrière les autres et presque\nsans aucun intervalle entre elles, puis, au son de la musique, elles exécutent"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.21", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 3646, "texte": "toutes à la fois, avec un ensemble parfait, un même mouvement qui consiste à\nplier, on dirait même disloquer, la partie supérieure du corps ; les bras jouent\nle t oie pi incipal, ils se tournent et se replient dans tous les sens. Leurs articula-\ntions sont si souples (c est le cas chez toutes les Javanaises) qu'elles peuvent, à\n1 ébahissement des Européens, replier la main en arrière jusqu'à ce qu elle\nvienne se poset à plat sur 1 avant-bras ; elles peuvent également replier leurs\ndoigts jusque sur le revers de la main. Les jambes et les pieds participent fort\npeu à cette danse ; de temps en temps seulement, faisant quelques pas en\narrière, les danseuses repoussent leur traîne par un mouvement du pied des\nplus gracieux. C est encore là un point qui les distingue des simples filles de\ntandakh, car celles-ci se servent beaucoup de leurs jambes, non pas pour dan-\nser, il est vrai, mais pour courir en rond avec une rapidité souvent très grande.\nComme nous 1 avons déjà dit, tous les mouvements de la danse sont exécutés\nsimultanément et d une manière identique par les différentes danseuses ; lorsque\n1 une replie ses doigts d une certaine manière, on voit le même mouvement\nreproduit exactement par toutes les autres ; l'œil le plus perçant ne saurait y\ndécouvrir la plus petite différence. Quelque étranges que soient souvent ces\nmouvements, ils ne sont jamais ni inconvenants ni désagréables à voir, ce qui\nest presque toujours le cas chez les danseuses du peuple.\nLes senmpie et les kedojo ne dansent que dans de grandes occasions, comme\nun anniversaire, un mariage, une circoncision ou d'autres circonstances de ce\ngenre. Lorsque le gouverneur général des Indes néerlandaises fait un voyage\ndans l'île, il ne manque jamais d aller rendre visite aux princes régnants de Sou-\nrakarta et de Djokjokarta ; ceux-ci, qui attachent un très grand prix à cette\nvisite, produisent toujours leurs danseuses et leur font même revêtir un costume\nencore plus riche que de coutume, afin de rendre au « grand-père » (1) les plus\ngrands honneurs possibles.\nIl est d'usage à la cour qu'à l'occasion du jour de l'an chrétien et de l'anni-\nversaire de S. M. le roi des Pays-Bas, les princes aillent faire au résident une\nvisite de félicitations et assistent le soir aux fêtes offertes par ce fonctionnaire.\nIls y paraissent en grande pompe et avec tout l'éclat possible, et ne manquent\npas d'amener leurs bedojo pour amuser (?) la société pendant une heure ou\ndeux.\nPendant la danse, les serimpie et les bedojo ont la gorge et les bras entièrement\nnus et toutes les parties visibles de leur corps sont frottées de boreh (2) ; cette\nmixture est assez allongée d eau pour qu'on n'en puisse rien apercevoir à la\nlumière des lampes ou des bougies ; elle est destinée à donner à la peau la cou-\nleur la plus pâle possible, ce que les Javanais considèrent comme une grande\nbeauté. Les sourcils sont rasés vers le haut, au-dessus du coin extérieur de 1 œil,\nde manière à les rendre très minces; puis on les travaille ensuite au moyen d'un\npigment noir, de sorte qu'ils forment deux lignes très minces presque rectangu-\nlaires.\n\n(1) Les deux princes régnants, lorsqu'ils écrivent au gouverneur général, lui donnent toujours\nle titre de grand père, et celui ci les nomme toujours ses petits-fils. Ils nomment les résidents\nleurs frères aînés (en malais abang).\n(2) Le boreh est un liniment formé de différentes espèces de bois odoriférant, réduit en poudre\net mélangé avec de l'eau ; on sen sert pour embellir la peau et aussi pour apporter quelque\nsoulagement dans certaines maladies, comme le rhumatisme, par exemple."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "446", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.22", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 3474, "texte": "Voici quels sont le costume et les atours d'une bedojo :\nElles sont coiffées en koukèlkltng, c'est-à-dire que leurs cheveux sont tendus\nsur un arc de bambou fixé derrière la tête, à l'endroit où les femmes attachent\ngénéralement leur chevelure ; elles ne portent ni kondèj ni sanggol, laêcoiffure\nordinaire des Javanaises, et leurs cheveux ont l'apparence d'une mince planche\nplacée verticalement derrière la tête.\nLe peigne fixé dans leur chevelure a la forme d un oiseau et se nomme garou-\ndo ;il est en or et enrichi de diamants et de pierres précieuses. A droite du\npeigne est fixée une épingle à cheveux ornée de diamants que 1 on nomme men-\niold et qui est connue à Batavia sous le nom de kembang gojang (fleur mobile).\nUn peu en arrière de cet ornement, à la hauteur de la partie antérieure de\nl'oreille, sont fixés deux petits peignes en or, nommés tjonthoong ; sur le côté\nde la tête, à la hauteur des sourcils, se trouvent des épingles ayant la forme\nd'une feuille d'arbre ; on les nomme von ; au-dessous de ces épingles se trouve\nencore une rosette de diamants, nommée grompol.\nSur le devant de la tête, les cheveux sont rabattus et collés sur le front (prias :\nen javanais patès). On les peint en vert, mais un vert si foncé qu'ils paraissent\npresque noirs ; sur les bords, on y applique de la dorure.\nLes bedojo portent des pendants d'oreilles en or ornés de diamants (soubang)\nd une grandeur et d'un poids généralement considérables. Elles ont au cou une\nchaîne d'or à laquelle pendent trois plaques du même métal (kabong, parure du\ncou , ornées d'arabesques et enrichies de diamants\nLa jaquette ou badjou des bedojo (pamekok) est d ordinaire en soie ou en\nvelours et généralement très petite ; elle leur couvre le sein et leur enveloppe la\ntaille de telle manière que l'une des extrémités pend par devant ; l'autreextrémité\nleur descend jusqu'au-dessous des hanches par derrière et a une forme arrondie\nqui fait ressembler cette partie de vêtement à une jaquette ; les bords en sont\ndorés ou ornés de passements d'or.\nLa robe s'appelle sârong ; dans les cours où ces robes sont extrêmement riches,\non les nomme gebalikth. Les bedojo portent leur robe de la manière que l'on\nappelle piendjoung, c'est-à-dire que la robe est fixée autour du corps de telle\nsorte que l'extrémité du pan inférieur forme une traîne qui passe entre les pieds,\net que l autre extrémité est fixée plus haut et pend par devant.\nLes bedojo portent autour de la taille une étroite écharpe de soie ordinaire\n(■oudat) dont elles tiennent les bouts en dansant ; au-dessous de cette écharpe\nétincelle une ceinture d'or ; cette ceinture est quelquefois remplacée par des\npassements d'or, mais dans ce cas on voit briller au milieu une plaque d'or ornée\nde diamants.\nLeurs bras nus sont richement ornés de bracelets d'or (gelang}.\nLa coiffure et le costume des bedojo peut varier beaucoup suivant les circons-\ntances. Par exemple, lorsqu'elles doivent figurer dans la danse nommée : Pra-\nboudewa, elles sont vêtues de la manière suivante :\nElles portent un njamping parang sawout (i), orné d'une longue traîne qui,\ncontrairement à l'usage ordinaire, pend du côté gauche pour laisser plus de\n\n(i) Le parang sawout et le parang rousak ne peuvent être portés que par le prince, ses deux\nfemmes en titre et les enfants de celles-ci. Les danseuses de la cour les portent soit à ce titre,\nsoit parce qu'elles représentent des nymphes ou des filles de prwice."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "447", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.23", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 3384, "texte": "liberté à la jambe droite. Elles portent la coiffe nommée Pahésan : les cheveux\nsont taillés et rasés sur le front de manière à former sept pointes dont les côtés\nsont légèrement arrondis et dorés ; les pointes extrêmes de chaque côté sont\naplaties sur les tempes et légèrement inclinées vers l'oreille.\nToute la chevelure est ramenée derrière la tête, où elle forme un gros et large\nchignon (oukël-bâkor), recouvert d un réseau de fleurs de melati et surmonté d'un\npeigne (pètat) enrichi de diamants ou de joyaux. Au-dessous du chignon, les\ncheveux forment encore une espèce de queue qui pend sur la nuque comme un\nkontjèr, et qui est également recouverte de fleurs de melati (cette queue s'appelle\nen bas javanais: geloung bôkôr) Au-dessus du chignon et du peigne se dressent\ndes fleurs vibrantes (mëntoul et gëtël) en argent et en pierres précieuses, montées\nsur des tiges longues et recourbées, ou en spirale. Cette coiffure est complétée\npar des feuilles d'argent (;von) qui s'agitent au-dessus des oreilles ; de précieux\nsoubang (en haut javanais senkang) étincellent au lobe de l'oreille.\nIl est certain que cette coiffure peut être d'origine hindoue ; certains savants\njavanais Je prétendent ou l'affirment ; mais il faudrait en aller chercher les\npreuves dans l'Hindoustan même. Les bedojo de l'ancien régent de Bandoung\nportaient un kontjèr bouclé et doré, et avaient sur le sommet de la tète 4 petits\narcs d'or. Cela aussi passait pour être d'origine hindoue. Ces kontjèr rappelaient\nla forme de ceux des poupées Wajang. Quelques danseuses du chef de la\nmaison princière Sourakarta, portent ce kontjèr bouclé du wajang.\nMais revenons au costume des bedojo pour la danse Praboudewa.\nLes feuilles d'argent (ron) qu'elles portent sont un ornement princier, que les\nservantes (abdi) n'ont pas le droit de porter.\nUn corsage guerrier en velours noir bordé d'or leur couvre la poitrine et\nles épaules, laissant les bras nus ; la robe est fixée autour de la taille par une\nceinture d'or ou d'argent dont la boucle est en pierres précieuses. Les deux\npans de la robe, qui retombent sur le devant des jambes, jouent un rôle dans\nla danse; les mains élégantes des bedojo les soulèvent et les laissent retomber\ntour à tour d'après des règles précises, ou les rejettent par-dessus le bras ou\nl'épaule ; les deux pieds exécutent des mouvements à peu près semblables avec\nla traîne du njamping.\nLeur ceinture est ornée du côté gauche d'un poignard à fourreau d'or (patrëm),\nplus petit que le douwoung des hommes, et dont le manche est entouré d'une\npetite guirlande de fleurs et de melati.\nUne quantité d'ornements d'or et d'argent enrichis de pierreries couvrent leur\ncou, leur poitrine, leurs bras, leurs poignets et leurs doigts ; le plus brillant de\nces joyaux, ce sont les trois plaques d'or en forme de croissant qui sont suspen-\ndues à leur collier ; on les appelle sangsangan. Les danseuses de plus haute\nnaissance portent eri outre un papillon en diamants fixé au-dessus du chignon,\net quelquefois même une épingle non moins précieuse sur l'os sacrum.\nLe bracelet du haut du bras porte l'image de l'aigle de Wishnou (garouda ou\npëksibëri).\nToutes les parties du corps laissées à nu sont naturellement peintes au boreh ;\nles paupières et les sourcils sont traités au pinceau suivant le goût des Javanais.\n(A suivre.)\n\nDr J.-E. DE STURLER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-08-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-08-01_01#c018", "volume": "bmtnabj_1908-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[448]", "page_fin": "[448]", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.2.6", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "[448]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.24", "debut_caractere": 84, "fin_caractere_exclue": 1514, "texte": "CHEMIN DE FER P'ORLÉANS\nExcursions aux Gorges du Tarn.\nIl est délivré pendant toute l'année des billets de voyage circulaire de ire et\n2e classe, permettant de visiter les Gorges du Tarn et comprenant divers itiné-\nraires, dont ci-après un exemple :\nParis — Vierzon — Limoges — Brive — Figeac ou Bourges — Montluçon —\nAurillac — Neussargues ; Rodez ( i) — Mende ou Banassac-la-Canourgue (Inter-\nruption du voyage par fer). — Garabit Aguessac ou Millau — Béziers — Carcas-\nsonne — Toulouse ou Bédarieux — Lamalou-les-Bains — Castres (Tarn) —\nMontauban — Cahors — Brive — Limoges — Vierzon — Paris.\nire classe : 136 francs. — 2e classe 96 francs\nVALIDITÉ DES BILLETS : 30 JOURS, NON COMPRIS LE JOUR DE DÉPART ;\nFACULTÉ DE PROLONGATION MOYENNANT SUPPLÉMENT\nRelations rapides entre Paris et Luchon.\nEn vue de faciliter les relations entre Paris et la station thermale de Luchon,\nla Compagnie d'Orléans, d'accord avec la Compagnie du Midi, mettra en marche,\njusqu'au 21 septembre inclus, un train rapide composé de ire, 2e, 3e classe,\npartant de Paris Quai d'Orsay, à 7 h. du soir, de Paris Austerlitz à 7 h, 9\net arrivant à Luchon à 8 h. 59 du matin.\nWagon-restaurant au départ de Paris.\nCompartiments-couchettes.\nPour le retour, ce train part de Luchon à 8 h. 45 du soir et arrive à Paris\nAusterlitz à 10 h. 32 du matin et à Paris Quai d'Orsay à 10 h. 41.\nlia été attelé à ces trains un sleeping-car de la Compagnie des Wagons-\nLits."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1908-08-01-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabj_1908-08-01_01#c019", "volume": "bmtnabj_1908-08-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "[448]", "page_fin": "[448]", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.2.7", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "[448]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.24", "debut_caractere": 1516, "fin_caractere_exclue": 2348, "texte": "CHEMIN DE FER DE PARIS-LYON-MÉDITERRANÉE\nTrains express\nRAPIDES ET LUXE\nPour Vichy, Riom (Châtel-Guyon), Clermont (Royat).\n2° De Marseille, de Genève et de Lyon :\nTrains express quotidiens, ire et 2e classe en correspondance, directe avec\nle Midi de la France.\n20 De Paris :\na) Vichy Royat-Express (Train de luxe) V.-S. V.-R. — Nombre de places\nlimité. Aller : départ de Paris 13 h. s5 s. (mardi, jeudi, samedi) — Retour :\ndépart de Clermont, 8 h m., de Riom, 8 h. 14 m., de Vichy, 8 h. 55 m.,\nlundi, mercredi, vendredi.\nb) Train rapide : ire classe à couloir. — L.-S. ; V.-R. à l'aller. - Aller : départ\nde Paris, 11 h. 10 m. — Retour : départ de Clermont, midi 45, de Riom, 1 h. 01 s.\nde Vichy, 1 h. 18 s.\nPour plus amples renseignements, consulter le Livret-Guide Horaire P.-L.-M.,\nvendu o fr. 50 dans toutes les gares du réseau."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "425", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\n(Honorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction publique.)\nN° 15 (huitième année)\nler Août\n1908\nR. M.\nI\n\nSuivant Image observé depuis sa f, la Revue Musicale devient\nmensuelle pendant la période des vacances, c'est-à-dire que nos deux\nprochains numéros paraîtront le icr septembre et le /er octobre.\n\nCOURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\n(suite).\nAujourd'hui, quand nous voulons apprécier un opéra, nous commençons par\nanalyser le livret. Cette méthode est conforme à celle du compositeur lui-même\nqui, avant de chercher des idées mélodiques, des rythmes et des combinaisons\nde timbres, doit se pénétrer profondément du sujet que lui livre le poète. Je con-\nsidérerai donc les drames antiques (partie littéraire) comme de simples livrets ;\nnous n'avons d'ailleurs prise que sur le côté verbal de ces œuvres, les documents\nmusicaux se réduisant à presque rien. L'écueil d'une étude de ce genre est\nd'incliner vers la littérature ce qui devrait rester dans le domaine de la musique;\nje l'éviterai dans la mesure du possible. Après l'analyse de quelques sujets,\nj'indiquerai comment le drame lyrique des Grecs était construit. Je consacrerai\nenfin ces leçons spéciales à la flûte, au chœur, et à la danse.\nD'une façon générale, les tragédies antiques se rattachent à des idées et à des\nhabitudes de pensée qui ne sont plus celles des modernes; une lente évolution\nnous a placés très loin de l'état d'esprit des contemporains de Périclès. Ces tra-\ngédies pourtant, même quand on les explore en restant sur le versant du Par-\nnasse réservé aux littérateurs, nous paraissent extraordinairement brillantes.\nElles ont attiré, séduit, stimulé presque tous les grands artistes ultérieurs. Pour\nles raisons que j'ai indiquées dans l'introduction de ce cours, elles sont très favo-\nrables à l'expression musicale ; elles sont lyriques, plus encore que dramatiques.\nQuel dommage qu'un de nos grands compositeurs ne nous ait pas donné, en\ns'inspirant des drames d'Eschyle ou de Sophocle, l'équivalent de ce que Wagner\na fait pour les vieilles légendes germaniques ! Quel dommage que Wagner lui-\nmême, si grand admirateur du génie grec, ne nous ait pas donné une tétralogie\nsur Or este ou sur Œdipe !...\n\nHistoire du théâtre lyrique\nLES LIVRETS DU DRAME LYRIQUE CHEZ LES GRECS. — ESCHYLE ET SON\n«PROMÉTHÉE»."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "426", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.2", "texte": "COURS DU COLLEGE DE FRANCE\n\nPlus elles sont éloignées de notre état d'esprit, plus ces pièces antiques\nparaissent attrayantes. Je signalerai d'abord leur caractère principal pour un\nmoderne : ce sont des pièces sans amour.\nL'opéra moderne, depuis Monteverde et Lulli, semble avoii pour piincipe,\nou pour objet, l'expression de l'amour. Sur notre scène lyrique, l'amour tient autant\nde place que dans nos romans. Il y règne en souverain et tout se ramène à lui.\nAu xvne siècle, il est le thème habituel des livrets mythologiques et madriga-\nlesques d'un Quinault ;au xvuie, les moeurs du temps ne font que favoiiser la\ntradition où il est établi et, jusqu à 1 heure présente, les choses n ont guère\nchangé. Les protagonistes représentatifs de notre opéra sont F'aust et xMargue-\nrite, Roméo et Juliette, Raoul et Valentine, Werther et Charlotte, Tristan et\nIsolde. Nous ne concevons guère un opéra sans une scène capitale sur laquelle\nse concentre l'intérêt, et cette scène est un duo de tendresse. Ceux-là mêmes qui\ncomme Meyerbeer ont voulu élargir l'horizon du drame lyrique et traiter d'un\npeu près des sujets d'histoire (comme dans les Huguenots, le Prophète, VAfricaine,\nVÉtoile du Nord), Verdi dans Don Carlos, et bien d'autres, ont seulement changé\nle cadre et recherché une couleur spéciale, sans rien modifier d essentiel.\nWagner est dans le même cas, bien qu'en faisant revivre les légendes de la\nmythologie germanique, il dût, semble-t-il, nous offrir une source d intérêt\ntoute différente. D'abord, l'expression de l'amour s'épanouit dans le Vaisseau\nfantôme, dans Tannhauscr, dans Lohengrin, dans Tiistan, dans Paisifal aussi,\nbien que ce soit un sujet religieux ; la Tétralogie elle-même est, à certains\négards, sous sa dépendance -, on la trouve (avec des formes diverses) dans le\nCrépuscule des dieux, dans Siegfried, dans la Walkure, et dans lOr du Rhin,\npuisque, dès le prologue, il est dit que l'Anneau, à la possession duquel est\nattachée la souveraineté du monde, n'appartiendra qu'à celui qui méprisera\nl'amour et saura résister à son charme. On pourrait dire, en parodiant le mot du\npoète ancien, qu'Erôs n'est pas seulement la volupté des hommes et des dieux,\nmais qu'il est, dans le théâtre moderne, le tyran, soumettant tout à sa loi, des\npoètes et des compositeurs.\nChez les Grecs, rien de semblable. Dans leur théâtre, on peut dire qu'il n'y\na pas d'amour. Cela tient à plusieurs raisons ; la principale, c'est que les Grecs\nsont des orientaux et que, chez eux, la femme est très loin d avoir la même\nimportance sociale que chez nous. Leur moralité, d'ailleurs, ne gagnait rien à\ncette situation, bien au contraire.\nNon seulement les Grecs ignorent l'amour tel que l'ont compris les poètes\nmodernes, mais il est très remarquable que, partout où il y aurait selon nos\nidées une scène d'amour à écrire, ils l'oublient, la négligent ou la dédaignent.\nLes exemples sont nombreux. Voici VOrestie d'Eschyle. Agamemnon a quitté\nMycènes pour aller guerroyer contre Troie. Au bout de dix ans, il revient chez\nlui, avec une captive (Cassandre) qui, selon la loi de la guerre antique, est sa\npart de butin. Mais pendant l'absence de l'époux, l'épouse, Clytemnestre, a pris\nun amant : Égisthe. De là un conflit qui aboutit à l'assassinat du mari pat sa\nfemme. Ce meurtre est bientôt vengé par un autre meurtre : sur 1 ordre d Apollon,\nOreste tue sa mère Clytemnestre. Un librettiste de notre temps, ayant à traitei\npareil sujet, se serait dit : il y a là une série de crimes énormes (en remontant au\nsacrifice d'lphigénie par son père) ; pour les faire accepter par le spectateui, il\nfaut les préparer en les expliquant; or, comme, d'après l'esthétique moderne"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "427", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.3", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\n(depuis Racine), une grande passion explique, excuse presque, les grands for-\nfaits, nous allons peindre de grandes passions réelles chez les personnages. Il y\na, comme on dit, plusieurs scènes « à faire » : scène où nous montrerons, pour\nlui chercher une excuse, la détresse où s est trouvée Clytemnestre, une fois seule\ndans son palais, sans protection, pendant que l'époux guerroyait au loin; scène\noù on peindra sa passion devenue irrésistible pour cet Égisthe. Parallèlement,\nscène d amour entre Cassandre et Agamemnon ; au moins, scène d'explication\nentre le mari et la femme, ou encore scène de grand conflit et de provocation\nentre le mari et l'amant. Voilà ce que n'aurait pas manqué de faire un moderne.\nEschyle néglige absolument tout cela. Il n'y a dans sa pièce aucune analyse\npsychologique et aucun de ces artifices à l'aide desquels on pourrait nous inté-\nresser progressivement à un thème passionnel. Eschyle est d'abord un lyrique,\nc'est-à-dire qu'il n'entre pas dans le détail ; il peint à grands traits. Ensuite il est\npréoccupé de tout autre chose que d'analyses d'amour. La trilogie (si l'on élimine\ntous les développements du chœur sur la guerre de Troie et les considérations\ngénérales sur les vicissitudes de la vie humaine) peut être ramenée à l'idée sui-\nvante formulée à la fin : le meurtre de Clytemnestre fait une suite nécessaire à\ncelui d'Agamemnon, et ce dernier à celui d'lphigénie ; tous les trois sont la\nconséquence d'une malédiction jadis prononcée contre l'ancêtre: Atrée. Aga-\nmemnon appartient à une famille qui, dans des circonstances légendaires, a\nété maudite par un ennemi : la formule d'imprécation prononcée contre elle\ndoit fatalement se réaliser.\nOn peut faire une observation du même genre sur les Trachiniennes de So-\nphocle. Hercule revient auprès de sa femme Déjanire après une de ses grandes\nexpéditions, avec une favorite, lolla. « C'est pour cette jeune fille qu'il a détruit\nla ville d'Eurytus, aux tours élevées. L'amour est la seule divinité qui\nl'ait poussé à cette guerre... N'ayant pu persuader au père de lui donner sa fille\npour une union clandestine, il a saisi le motif le plus frivole pour tuer le roi et\nravager son pays. » Or, dans la pièce, il n'y a pas de scène de passion entre\nHercule et lolla. Il en est de même, dans Antigone, pour Antigone et JEmon.\nDans VAlceste d'Euripide, une femme se sacrifie pour sauver son mari ; mais, cet\nhéroïsme de l'amour, par quoi est-il motivé ? Comment cette tendresse prit-\nelle naissance ? Le poète néglige des explications où un moderne se serait\nattardé avec complaisance...\nVoici qui est encore plus significatif. Il y a dans le chef-d'œuvre d'Eschyle,\nYOrestie, à laquelle je reviens, une scène dont la lecture m'a toujours été pénible\net dont je rappellerai un curieux passage. Oreste a .tué sa mère (par ordre d'A-\npollon et pour venger son père) ; il est poursuivi par les Euménides; mais\nApollon le défend devant l'Aréopage, comme un avocat défendrait son client.\nQu'un parricide soit défendu, excusé par un dieu, c'est déjà d'une barbarie toute\nprimitive (d'autant plus qu'Oreste est un piètre héros : il a eu peur des souf-\nfrances dont le menaçait Apollon s'il n'obéissait pas, et il n'a pas songé un seul\ninstant qu'il y avait un moyen très simple de tout arranger : c'était de se tuer\nlui-même, avant ou après le parricide, plutôt avant . Mais il y a quelque chose\nde plus choquant. Dans sa plaidoirie, Apollon compare le meurtrier et sa victime,\nle fils et la mère, qui tous deux furent des assassins ; et solennellement, devant\nce fameux Aréopage dont le poète a placé ici, très ingénieusement, la fondation, il\ndéclare que, dans une famille, l'assassinat du père (par la femme délaissée qui a"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "428", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.4", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\npris un protecteur) est beaucoup plus grave que l'assassinat de la mere (par son\nfils). En effet, dit-il, le père est indispensable, pour procréer; tandis que la\nfemme, on peut se passer d'elle. Et il cite comme exemple Pallas elle-même, juge\nde ce débat : n'est-elle pas sortie de Jupiter tout seul?... Voilà des idées qui\nmettent à rude épreuve notre admiration pour la poésie antique !\nOn dit : « Il ne faut pas juger cela d'après nos habitudes modernes , il faut se\nfaire un esprit grec pour apprécier les Grecs ! » J'entends bien. Mais ne con-\nfondons pas le jugement de l'historien et celui du critique ou de 1 honnête\nhomme. L'historien qui veut juger les œuvres de l'antiquité doit se fane une\nâme antique ; le critique, lui, ne connaît que la nature et l'humanité : ce qui est\nen dehors de l'une et de l'autre lui paraît franchement mauvais. Il y a cependant\ndeux faits dont il convient de tenir compte, et que j'indiquerai sans m arrêter\ntrop longtemps à ces généralités.\nJe disais que les grands poètes grecs ont ignoré l'amour. En réalité, ils ont\nété préoccupés de problèmes dont les primitifs leur avaient certainement trans-\nmis l'angoisse, et qui leur semblaient beaucoup plus intéressants qu une intrigue\nromanesque entre deux jeunes gens.\nDans un livret conçu à la manière moderne, le poète ne peut guère montrer\nque la lutte de l'homme soit avec lui-même, quand il s'agit du conflit de la\npassion et du devoir, soit avec un obstacle extérieur créé par un groupe social\nquelconque. Les Grecs, sans négliger absolument le point de vue humain, s ap-\npliquaient à peindre une lutte tout autre et beaucoup plusrgrandiose : c est la\nlutte de l'homme contre les Esprits invisibles qui sont au-dessus de lui, contre\nles dieux qui sont ses maîtres et souvent ses ennemis, contre toutes les puissances\nde magie qui pouvaient paralyser sa volonté libre, et, plus encore, sa lutte\ncontre ce qui plane au-dessus des êtres et des choses : le Destin. Le rôle du\npoète était de raconter les péripéties de ce duel inégal et gigantesque, den\nmontrer les effets, d'en expliquer les épisodes à l'aide des mythes, de lui cher-\ncher un dénouement possible dans le sens de la justice, et den adoucir pour\nainsi dire la cruauté par le charme des arts du rythme. Cette conception est très\néloignée du duo de tendresse entre un Roméo et une Juliette: mais elle a beau-\ncoup de grandeur. Voici un autre caractère très important du drame antique.\nPour réaliser leur dessein, les poètes grecs n'inventaient pas les sujets à traiter :\nils se servaient de mythes, à l'égard desquels on commençait à être un peu scep-\ntique, mais qui restaient consacrés par les croyances nationales. Or les légendes\nreligieuses et populaires ont un singulier privilège : elles sont comme en dehors\nde la région où on raisonne avec le bon sens, la nature et 1 expéiience , elles\nportent en elles-mêmes leur raison d'être, comme les mystères de la foi et les\ndogmes des théologiens. C'est une sorte de matière intangible, qu'on peut bien\norner, présenter dans tel ou tel cadre, mais à laquelle on ne change rien pour le\nfond. Les contemporains de Sophocle ne songeaient pas plus à discuter ces\nfables (comme nous ne pouvons nous empêcher de le faire) qu un homme du\nmoyen âge ne se permettait de discuter un récit tiré de la Bible, tel que le\nsacrifice d'Abraham, ou de la vie des saints. Les librettistes du ve siècle avant\nnotre ère trouvaient dans cette situation une grande force. Ils étaient soutenus\net comme portés par la tradition. Ils ne ressemblaient nullement aux écrivains\nd'aujourd'hui qui, pour trouver un livret d'opéra, vont faire des recherches dans\nles bibliothèques-, ils puisaient dans un répertoire d'idées connues de tout le"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "429", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.5", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nmonde, acceptées d'avance et même « redemandées » sans cesse comme étant\nquelque chose d'inhérent à l'esprit et à la vie de la nation.\nLes grands poètes du théâtre grec vivent dans une atmosphère de légendes\nbrillantes et barbares, admirables et affreuses, que la tradition des lointains\nprimitifs a créée autour d eux. Déjà indépendants, mais respectueux des mythes\nsans avoir la foi intégrale, ils font une œuvre grandiose qui est comme un com-\npromis entre l'esprit de tradition et le libre esprit de la poésie. En lisant les\ndrames d Eschyle et de Sophocle, on croit voir des montagnes majestueuses\nencore enveloppées de brouillards que le soleil du matin le libre esprit\npoétique n'a pas entièrement dissipés.\nJ'ai à parler d'abord d'Eschyle. Il y a eu certainement, avant lui, des auteurs\nde drames lyriques : mais de cette période initiale, il ne nous est resté que des\nnoms d'auteurs, comme ceux de Thespis et de Phrynichus. Eschyle est vrai-\nment, pour nous modernes, le fondateur du drame chanté : disons le mot :de\nl'opéra.\nSa biographie nous est mal connue (par une rédaction anonyme). 11 était né\nen 525 avant J.-C. au dème d'Eleusis. En 490, il combattit comme un des héros\nde la guerre d'indépendance et fut blessé à Marathon. Esprit très religieux,\nil était initié aux mystères de Cérès, comme il nous l'apprend lui-même dans\nun fragment. Il fut douze fois couronné dans les concours dionysiaques ; les\nAthéniens lui élevèrent une statue à cause de ses vertus civiques et de son génie,\net les magistrats gardaient, dans les archives de la cité, un exemplaire de ses\nœuvres, dont une très faible partie, à peine le dixième, nous a été conservée.\nVoilà les quelques faits certains qu'on peut rappeler.\nPromêthée faisait partie d'une trilogie qui comprenait trois drames: Promê-\nthée ravisseur du feu, Promêthée enchaîné, Promêthée délivré. La seconde\nseule nous a été conservée ; encore offre-t-elle de graves lacunes.\nCette œuvre est, au sens figuré comme au sens propre, un sommet dans\nl'histoire de l'art. C'est une œuvre extraordinairement originale, et je ne crois\npas que, depuis 25 siècles, les peuples latins et anglo-saxons qui font du théâtre\naient produit une pièce, je ne dirai pas aussi belle au point de vue de l'action\ndramatique ou de l'exécution (il y en a de beaucoup mieux faites), mais d'une\nconception aussi grandiose. Ce sujet, que les Latins avaient, de bonne heure, fait\npasser dans leur théâtre, a préoccupé beaucoup d'artistes modernes, littérateurs\net musiciens. En Angleterre, Miiton s'en est inspiré en dessinant la figure altière\nde l'Archange, dans son Paradis perdu ; Byron a écrit un Promêthée enchaîné\net s'est souvenu du même modèle dans son Manfred. En Allemagne, Gœthe a\nfait une admirable esquisse intitulée Promêthée. En Espagne, Calderon a écrit\nla Statue de Promêthée. En Erance, sans parler de versificateurs tels que Lefranc\nde Pompignan, de Senneville, Grenier, nous avons sur Prométhée l'œuvre en\nvers d'un penseur, Edgar Quinet. Les musiciens, eux aussi, et parfois les plus\ngrands, ont été préoccupés de l'œuvre d'Eschyle, de son éclat et de son lyrisme*\nAu xvine siècle, il y a sur Promêthée un opéra (175 3) de Royer, qui fut directeur\nde l'Académie de musique (1741), professeur des enfants de France (1746), etc.,\nmais compositeur médiocre. Gluck n'a rien écrit sur ce drame antique, qui était"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "430", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.6", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nd'ailleurs trop violent pour son génie ami de la sérénité. Beethoven a composé\n(1801) un Ballet de Prométhée sur un livret de Vigano qui s'écarte beaucoup de\nla tradition grecque et quid'ailleursne ressemble guèreauxlivrets de nos ballets\nhabituels. (Prométhée façonne d'abord la créature humaine avec de l'argile, puis\nil l'anime avec l'étincelle qu'il a dérobée au feu céleste ; ensuite, il la conduit sur le\nParnasse où Euterpe, Amphion, Arion, Orphée, l'initient à la musique, Terpsi-\nchore et Bacchus à la danse, Melpomène et Fhalie à 1 art dramatique. De\ncette oeuvre, on connaît surtout l'ouverture, qui offre cette particularité de com-\nmencer par un accord dissonant, comme la ire Symphonie.) De Liszt, il y a des\nchœurs pour le Prométhée enchaîné de Herder et un poème symphonique intitulé\nProméthée. En France, Hérold a écrit sur une traduction du chef-d'œuvre d'Es-\nchyle par Léon Halévy une musique exécutée au Conservatoire en 1849. Il y a\nquelques années, on a joué aux Arènes de Béziers un Prométhée de M. G.\nFauré, récemment repris à l'Hippodrome; et il n'y a pas quinze jours, dans un\nde nos concerts dominicaux, on a donné un nouveau Prométhée (de M. Raynaldo\nHahn). C'est donc un sujet qu'il convient d'étudier de près.\n(A suivre,)\n\nJULES COMBARIEU.\n\nExécutions et publications récentes\n\n— Avec la suite de l'opéra de Méhul, Uthal, dont\nnous continuons à donner, pour la première fois, la réduction au piano avec l'in-\ndication des parties d'orchestre, nous publions, en traduisant les paroles, une très\nbelle composition de l'admirable musicien qui a écrit 634 lieder, 10 sympho-\nnies, 20 quatuors à cordes, 1 quintette, 2 trios, 10 sonates pour piano, 18\nouvrages de théâtre, etc., et qui est mort à 31 ans. Schubert est le Raphaël de la\nmusique. Dieu dans la nature — à peu près inconnu en P rance est une œuvre\nde sincérité très expressive et de belle construction classique : adagio d'introduc-\ntion, cantabile, allegro. Dans la première partie apparaît le Dieu de l'ancien Tes-\ntament, redoutable et toujours armé, pour qui le ciel est comme un château féodal\nsans limites; dans la seconde, c'est le Dieu protecteur et bon, dont un regard fait\nfleurir le printemps. Avec le parfait équilibre des voix si bien disposées pour\nl'exécution chorale, avec la symétrie et l'opposition de certaines formules mélo-\ndiques, on remarquera, dans le cantabile, les deux modulations enharmoniques,\nle passage du majeur au mineur, et vice versa, qui est familier à Schubert : il se\nfait ici de façon exquise, par la ligne mélodique du soprano, bien en dehors,\ninfléchie et souple comme une feuille d'acanthe. Une telle page n'a pas besoin de\nsignature; on y trouve cette grâce, cette effusion du sens musical, ces transpa-\nrences d'âme, et, comme disent les Allemands, ce Gemûth, qui font reconnaître\nSchubert entre tous. Art simple et grand, exempt d'effort et de ruses, facile, in-\ngénu et pur, aimable et profond à la fois ! là est le cachet authentique du génie.\nJe ne veux pas terminer cette note sans signaler encore le très remarquable\nSchubert que M. Bourgault-Ducoudray vient de publier dans la collection\nLaurens. Je n'y ai rien trouvé, il est vrai, sur Dieu dans la nature ; mais les\nautres chefs-d'œuvre du maître y sont caractérisés avec précision, —avec compé-\n\nNOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "431", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.7", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATION RÉCENTES\n\ntence et grande autorité, je n'ai pas besoin de l'ajouter, et, ce qui est\nl'essentiel, avec un sentiment très vif de la beauté musicale. Dérogeant un peu\naux habitudes de l'esprit critique, M. Bourgault-Ducoudray sans dissi-\nmuler les inégalités de Schubert a une généreuse faculté d'admiration- Plus\nd'une fois il ose dire : « C est beau I c'est sublime !))Et il a raison d'aller ainsi\ndroit à l'essentiel, en se bornant à une esquisse pour la partie biographique.\nLa musique est un langage que peuvent parler ou comprendre ceux-là seuls\nqui ont beaucoup de cœur.\n\nJ.C.\n\nREPRÉSENTATIONS DE L'OPÉRA ET DE L'OPÉRA-COMIQUE.—Toutesles valeurs de\nla Bourse musicale, ou, si vous préférez, toutes les indications du baromètre\nlyrique sont à la baisse, surtout en ce qui concerne l'Opéra. Al'Opéra-Comique,\nles valeurs Massenet sont toujours fermes et haut cotées. Voici les recettes\nofficielles, qui (dans les limites sur lesquelles nous nous sommes déjà expliqué)\nsont significatives :\n\nLE BAROMÈTRE MUSICAL : I. — Opéra.\nRecettes détaillées du 16 juin au 15 juillet 1908.\n\nMAURICE REUCHSEL : «UN VIOLONISTE EN VOYAGE» (CHEZ FISCHBACHER).\nH. BRODY.\n— Au\ncours de ses voyages, l'excellent violoniste lyonnais Maurice Reuchsel a fait de\nnombreuses recherches dans les bibliothèques et dans les archives des pays qu'il\nvisitait : il est ainsi arrivé à découvrir des faits ignorés concernant la vie, la\ntechnique et les œuvres de certains violonistes illustres. Sous le titre général et\nmodeste de Un violoniste en voyage, M. Reuchsel se propose de publier les\nnotes qu'il a prises et les documents qu'il a transcrits.\nUn premier fascicule relatif aux « Notes d'Italie » a récemment paru. Il est\ndivisé en trois chapitres distincts : Padoue et le tombeau de Tartini ; Crémone\net son école de lutherie; le Violon de Paganini.\nA côté de faits connus, ce petit livre, très joliment illustré, contient des rensei-\ngnements tout à faits inédits que les violonistes seront heureux de connaître.\nAussi nous contentons-nous, sans plus, de leur recommander cet aimable\nouvrage. Ils le liront avec fruit.\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\ni7 juin\n19 —\n20 —\n22 —\n24 -\n26 —\n27 —\n29 —\nSalammbô.\nLohengrin.\nFaust.\nSalammbô.\nLes Huguenots.\nSalammbô.\nFaust.\nSamson et Dalila. —La Korri-\nE. Reyer.\nR. Wagner.\nGounod.\nE. Reyer.\nMeyerbeer.\nE. Reyer.\nGounod.\nSt-Saëns. Widor.\n16.944 26\n16.454 25\nI I .599 »\ni5.8oo 41\n16.601 26\ni3.8o8 75\n12.275 60\n13.772 91\nier juillet\n3 -\n6 —\n8 —\n10 —\n13 —\n14 —\n15 —\ngane.\nTannhàuser.\nRoméo et Juliette.\nThaïs.\nRoméo et Juliette.\nFaust.\nTristan et Isolde.\nHippolyte et Aricie.\nLes Huguenots.\nR. Wagner.\nGounod.\nMassenet.\nGounod.\nGounod.\nWagner.\nMatinée gratuite.\nMeyerbeer.\n14.689 76\n18.510 75\n16.292 41\n14.954 76\n19.904 25\n17.015 41\n14.855 76"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "432", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.8", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nII. — Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 16 au 30 juin 1908.\n\nLA MUSIQUE A CONSTANTINOPLE : LA CAVALLERIA RUSTICANA DE M. MONLEONE.\n\nNous avons reçu la lettre suivante :\n... Cette nouvelle oeuvre,inconnue en France, a été représentée ici, à la faveur\nde circonstances particulières. On sait que Mascagni, l'auteur initial de la Caval-\nleria rusticana, a intenté un procès à M. Monleone, pour s'être approprié le\nlibietto de son opéra. Les tribunaux italiens, lui donnant gain de cause, ont\ninterdit les représentations, en Italie, de la nouvelle . C est ainsi que\nnous en avons eu la primeur à Constantinople.\nLe fait est que, sauf une variante dans le prologue, on assiste à une réédition\npure et simple des scènes et des personnages connus. Et l'on ne peut, dès lors,\ns'empêcher d'éprouver un sentiment qui tient de l'étonnement et de l'ennui!\nPourquoi M. Monleone a-t-il choisi un sujet déjà traité avec tant de succès ?\nSans doute, un libretto n est qu un canevas sur lequel tous les musiciens peu-\nvent broder. Mais ce sujet offrait-il des attraits particuliers, une rare situation\ndramatique, bref, un caractère unique? Appartient-il à cette catégorie de con-\nceptions qui ouvrent à 1 esprit un horizon toujours nouveau, suivant le point de\nvue auquel on se place? A-t-il une large portée philosophique où l'analyse et\nl'observation se mesurent, comme Carmen, Faust, Werther ? On ne saurait\nsérieusement le soutenir. Il n'y a qu'un banal fait divers dans la Cavalleria ; une\ncouleui rustique appropriée, du réalisme, une certaine fraîcheur rude et naïve\nque les personnages empruntent au cadre dans lequel ils se meuvent : c'est tout.\nQu'un compositeur reprît, par exemple, le sujet des Paillasses, je le compren-\ndrais. Il est poignant, humain, d'une profonde et douloureuse vérité humaine.\nOn y trouve un heureux assemblage de situations très simples, mais d'où le\nspectateur peut tirer toute une analyse de notre cœur. Mais, dans l'aventure\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n16\njuin\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n4.675 5o\n'7\n—\nPelléas et Mélisande.\nDebussy.\n6.142 ))\n18\n—\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n5.099 33\n19\n—\nPelléas et Mélisande.\nDebussy.\n7.616 »\n20\n—\nLa Vie de Bohême.\nPuccini.\n7.223 5o\n21\n— matin.\nPelléas et Mélisande.\nDebussy.\n7.789 »\n21\n— soirée\nLakmé. — Cavalleria Rusticana.\nL. Delibes. —• Mas-\n6.066 »\nLe Barbier de Sévi lie. — Les\ncagni.\n22\n—\nRossini. — V. Masset.\n4.296 5o\nNoces de Jeannette.\n23\n—\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n00\n00\n0\n24\n—\nCarmen.\nBizet.\n7.389 5o\n2 3\n—\nWerther.\nMassenet.\n8.122 5o\n26\n—\nMme Butterfly.\nPuccini.\n7.757 5o\n6.467 »\n27\n—\nSnegourotchka.\nRimsky-Korsakoff.\n28\n— matin.\nPelléas et Mélisande.\nDebussy.\n4.067 »\n28\n— soiree.\nLa Vie de Bohème. — Cavalle-\nPuccini. — Mascagni.\n3.437 »\nria Rusticana.\n29\n—\nLa Basoche.\nA. Messager.\n2.935 »\n3o\n—\nManon.\nMassenet.\n8.236 5o\njer\njuillet\nClôture annuelle."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "433", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.9", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nsommaire de ces ruraux qui se disputent une femme, je ne trouve rien de sug-\ngestif et d'universel. Mascagni en a extrait une œuvrette éminemment esti-\nmable ; cela est vrai, mais n'explique guère la tentative de M. Monleone.\nDonc, nous voici légèrement prévenus contre le jeune compositeur italien,\nqui dirigeait lui-même l'orchestre. Dès le prologue, on sent sa musique person-\nnelle, conduite avec un certain soin. L'auteur sait ce qu'il veut ; il ne tâtonne pas ;\nla palette orchestrale lui est familière ; et, dans le maniement de cette armée\nque représentent les instruments de l'orchestre, avec les voix du chœur, M. Mon-\nleone fait preuve d'énergie, de volonté, de savoir-faire. Il n'est point exempt de\ndéfaillances. Sa science n'est pas impeccable. A côté de très jolies choses, il en\nplace d'autres qui le sont manifestement moins. Mais, chez lui, les qualités l'em-\nportent sur les défauts. C'est un mélange qui, somme toute, laisse une impres-\nsion favorable.\nJ'analyserai, en quelques lignes, ces éléments contraires qui se coudoient dans\nla nouvelle Cavalleria rusticana.\nLa pensée musicale y est généralement bien ordonnée. La phrase a de l'ori\nginalité ; cependant, elle revêt tantôt une distinction du meilleur aloi, tantôt elle\nfrise la vulgarité. Malgré son caractère nettement contemporain et « vériste »,\nla musique de M. Monleone ne semble pas pouvoir se garer toujours des\natteintes de l'ancienne école italienne. Ainsi les fins de phrase affectent, très\nsouvent, une forme chère à cette école : gradation ascendante au moyen du\ncrescendo aboutissant au fortissimo, tandis que lavant-dernière note se prolonge\ndémesurément, comme le sifflet de la locomotive entrant en gare ! Certains\naccompagnements reposent, avec trop d'uniformité, sur une longue succession\nd'arpèges ou de gammes, au détriment de l'idée musicale. Une phrase exquise\npeut facilement être défigurée, enlaidie, par un accompagnement banal ou\ninapproprié. Par contre, six notes informes se métamorphosent, moyennant\nun habile travail de contrepoint, en une mélodie, un motif, un thème admirables.\nJe ne reprocherai pas à M. Monleone d'être un maladroit, puisque son œuvre\npossède, entre autres mérites, celui d'une bonne orchestration. Mais il semble,\npar endroits, avoir négligé de se maintenir à un niveau harmonieusement égal.\nJe n'oublie, d'ailleurs, pas que la Cavalleria est son premier ouvrage.\nLes chœurs sont bien traités. Dans les passages pathétiques, j'ai trouvé des\nphrases amples, claires, impressionnantes, de très jolis effets de timbre et de\nrythme; M. Monleone, tout en faisant un fréquent emploi des dissonances,\nn'abuse pas des moyens d'intimidation acoustiques. Il n'est, pas grandiloquent ;\npar contre, je lui reproche un peu de monotonie Enfin, la dernière page du\ndrame, qui devrait, pour ainsi dire, résumer beaucoup de sensations, m'a paru\nmoins réussie que tout le reste Les clameurs des cuivres ne m'ont pas ému.\nL'idée finale est terne et dégage quelque chose comme la fatigue, plutôt que la\ndouleur.\nEn résumé, l'œuvre est fort intéressante, très italienne, non moins sincère ;\nelle respire la foi de la jeunesse. M. Monleone débute sous d'heureux auspices.\nAttendons l'éclosion de toutes ses facultés, pour porter un jugement plus appro-\nfondi sur son talent.\nConstantinople, 16 juillet.\n\nTIGRANE TCHAIAN."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "434", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.10", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\n— Au sujet d'un récent article\ninspiré par l étude que Michel Brenet a fait paraître dans la Rivistci musicale de\nTurin, et où nous disions que la musique descriptive remonte aux pratiques\nde la magie, — c'est-à-dire aux origines lointaines de la civilisation, — nous\nrecevons la lettre suivante. Le mot « défense » employé par notre honorable\ncorrespondant donnerait à croire que nous l'avons « attaqué », ce qui était loin\nde notre pensée. Nous lui soumettions simplement quelques observations,\npensant qu'il les admettrait comme complément de sa remarquable étude.\nNous nous proposons de revenir plus tard et plus amplement sur cette\nimportante question des origines de la musique descriptive et imitative ; elle de-\nmande de très longs développements. Quant au reproche d «'ignorance », Michel\nBrenet est la dernière personne à qui nous l'adresserions :\nLa ferme des Craies, par Vaivre (Haute Saône), 10 juillet 1908.\nMONSIEUR LE DIRECTEUR,\nEloigné de Paris, je prends tardivement connaissance des observations que\nvous a suggérées la lecture du premier article de mon Essai sur les origines de la\nmusique descriptive, et des compliments flatteurs dont vous avez bien voulu les\naccompagner. Ce n'est pas, croyez-le bien, pour lutter avec vous de courtoisie\nque je vous assurerai à mon tour de l'attention avec laquelle je ne manque pas de\nsuivre vos publications, et de l'intérêt que j'ai pris, en particulier, à vos re-\n\nLES ORIGINES DE LA MUSIQUE DESCRIPTIVE.\n\nCONCERT NIN.\nP.A.\n— M. J.-J. Nin consacrait récemment une dernière séance aux\nOrigines françaises de la musique de clavecin actuelle. Combien le talent du jeune\npianiste catalan nous a paru mûri et élargi, depuis ses premières et déjà loin-\ntaines auditions, à la salle en 1904 et 1905 ! Non, certes, que le souci de\nla perfection jusque dans le moindre détail ne s'y révélât, à cette époque comme\naujourd'hui ; mais ce qui semblait alors un effet de la volonté apparaît désor-\nmais dans toute l'aisance indépendante et sereine d'un talent sûr de lui-même et\nlibre de toute entrave de métier.\nIl est intéressant de constater aussi que l'érudition ne le cède en rien, chez\nM. Nin, au talent musical. Ses patientes recherches ont mis au jour instamment\nun fait à peu près ignoré de ses devanciers : certain rondeau des plus exquis,\nintitulé : les Bergeries, et ingénument ajouté au volume des Suppléments de\nJ.-S. Bach, fut tout bonnement copié par l'immortel auteur de la Matthaeus-\nPassion (ni plus ni moins que les concerts d'orgue de Vivaldi), et appartient à\nl'œuvre du claveciniste français François Couperin (le Grand).\nIl y a donc dans l'entreprise de vulgarisation de nos anciens chefs-d'œuvre du\nclavecin, tentée par M. Nin, de quoi intéresser les musicographes tout autant\nque les musiciens : M. G.-Jean Aubry nous en a administré la preuve en une cau-\nserie familière, complétant cette audition du 12 juin, et abondant en aperçus\ningénieux, sinon indiscutables, sur les traditions de notre musique française.\nNous espérons que M. Nin reviendra parmi nous quelques jours, pour colla-\nborer par des exemples modernes empruntés à Debussy, Ravel, Séverac et\nSchmitt, le parallèle pittoresque et personnel proposé par le jeune conférencier\ntrès discret, entre ces musiciens français contemporains et leurs prédécesseurs :\nCouperin, Rameau, Dandrieu, Daquin, etc."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "435", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.11", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\ncherches sur la magie musicale, Je voudrais essayer de me justifier à vos yeux\ndu reproche d ignorance ou d'indifférence que je puis sembler mériter, puisque\nje n'ai pas fait état, dans mon étude, des travaux relatifs à la musique des\npeuples de l'antiquité. J aurais plus clairement défini le but et les limites de\nmon travail, si je l'avais intitulé: « Essai sur les origines de notre musique des-\ncriptive », car il n'y aurait guère eu de doutes, alors, sur le choix des documents\nque j'y devais employer.\nA supposer qu'un critique d'art s'occupe des origines de la peinture de paysage,\nil est probable qu'il prendra son point de départ dans les miniatures du moyen\nâge, sans se croire tenu de rapporter les témoignages des auteurs qui ont parlé\ndes œuvres perdues d'Apelles et de Zeuxis, et de la fameuse représentation en\n« trompe-l'œil » d'une grappe de raisins, que venaient becqueter les oiseaux.\nPerdues aussi sont les créations de la musique antique. Malgré les textes litté-\nraires ou théoriques qui ont été conservés, malgré les précieux autant que\nrares et incomplets fragments notés que l'on a découverts dans les « trésors » des\ntemples, la musique de l'antiquité reste un continent disparu, une mystérieuse\nAtlantide, un terrain géologique dont la faune fossile nous échappe, et qui\nn'a livré aux plus habiles, aux plus ardents chercheurs, ni le squelette d'un\n« grand diplodocus », ni même une pauvre « ammonite » intacte. Beaucoup\nd'anneaux manquent à la chaîne qui rattacherait les espèces vivantes à ces espèces\néteintes, l'art actuel à celui que l'usure des siècles a réduit en poussière. La\ngénéalogie de notre musique descriptive, comme celle de nos vieilles familles\noccidentales, remonte jusqu'au moyen âge, et se perd au delà dans le brouil-\nlard des hypothèses.\nLoin de moi l'intention de vouloir contester dans la moindre mesure la valeur,\nl'importante, l'utilité scientifique, des recherches que l'archéologie dirige vers\nles musiques lointaines. J'ose croire seulement que ces musiques ne sont pas en\nrelation directe, en relation de cause à effet, avec les formes artistiques dans\nlesquelles s'exprime notre vie intellectuelle présente.\nVeuillez, Monsieur et cher confrère, excuser cette longue défense, et recevez,\nje vous prie, l'expression de mes plus distingués sentiments.\n\nM. BRENET.\n\nFESTIVAL ANNONCÉ.\nF.\n— Trop souvent les concours orphéoniques ne sont pré-\ntexte qu'à fêtes bruyantes et peu artistiques. Il y a pourtant parmi les sociétés\nmusicales des groupements d'un très haut intérêt, et lepublicle plus raffiné serait\nparfois surpris d'entendre certaines grandes sociétés chorales ou instrumentales.\nComœdia se propose d'organiser pour le 22 novembre prochain — jour de la\nSainte-Cécile — un grand concours ouvert aux meilleures sociétés françaises.\nCette audition, à laquelle de très bonnes sociétés prendront part, sera jugée par\nun jury composé de sommités du monde musical. Nous aurons occasion d'en\nreparler plus longuement.\n—On annonce la représentation de Siegfried, avec M. Catherine comme\nchef d'orchestre, pour le 16 août, au théâtre de verdure de Cauterets."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "436", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.12", "texte": "UN CHORÈGE MODERNE : ALEXANDRE CHORON\n\nALEXANDRE CHORON,\nd'après des documents inédits.\nUN CHORÈGE MODERNE\n\n(Suite.)\nChoron fauche largement dans les abus et fait abstraction des per-\nsonnes. Celles-ci se retournent contre lui ; un des deux chefs du chant,\nLebrun, ose écrire en ces termes au ministère :\n« Pour arriver au but désiré de la régénération de l'Académie de\nmusique, tant sous le rapport de l'administration que sous celui de\nl'art, je pense que l'opération de nécessité et d'urgence absolues, c'est\nl'expulsion du régisseur actuel. Il faut un directeur par intérim et non\npas un régisseur : ce titre est avili, méprisé, exécré. »\nChoron restait-il indifférent aux marques répétées de défiance et de\nhaine, aux calomnies dont il était l'objet ? On devine chez lui des mou-\nvements d'impatience, des accès de colère, et, sur ce point, il fait son\nmeaculpa dans une lettre au comte de Pradel.\nOn se plaint de « ses formes ». Il avoue ses torts, mais il s'excuse\n« sur le zèle qui l'anime, et l'horreur que lui inspirent la mauvaise foi,\nles injustes prétentions des individus auxquels il a le plus souvent\naffaire, le ton indécent avec lequel ils exposent des prétentions imper-\ntinentes en elles-mêmes ».\nIl se rend en même temps témoignage que « sur l'esprit et les formes\nde sa gestion », il n'a écouté que sa conscience.\n« Les reproches essentiels que ces messieurs m'adressent, celui\nauquel se réduisent tous les autres, et qu'effectivement tous mes actes\njustifient, c'est, selon leur propre expression, de n'être pas Yhomme des\nartistes. Je ne crois pas -en cela être aucunement blâmable, et je crois\nmême remplir parfaitement vos intentions qui ont été que je fusse\nY homme de l'Opéra, et, comme les intérêts de l'Etat sont en opposition\nimmédiate avec ceux des artistes, il s'ensuit que je dois être avec ceux-\nci dans une guerre et une contradiction perpétuelles. Cette disposition\nde ma part est d'autant plus sensible qu'elle contraste plus fortement\navec ce qui existait précédemment et de temps immémorial. Précé-\ndemment, une administration faible et corrompue laissait tout à l'aban-\ndon ; on ne travaillait que selon les vues de certains artistes et tou-\njours les plus intrigants (i); aujourd'hui, tout, jusqu'au moindre détail,\n\n(i) Lays, par exemple, demande le maintien du traitement supplémentaire de\n10.000 francs, dont il avait joui jusqu'en 1816, un congé annuel de deux à trois\nmois, une année de la totalité de son traitement en lieu et place de la représentation"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "437", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.13", "texte": "UN CHORÈGE MODERNE : ALEXANDRE CHORON\n\nmarche selon les intérêts de l'Etablissement ; les artistes y sont entiè-\nrement subordonnés. Voilà ce qui les révolte. »\nNoble et fier plaidoyer, mais aussi illusions communes aux réforma-\nteurs généreux qu'emporte un ardent amour du bien, et qui oublient\nde compter avec le temps et les hommes !\nChoron succombera : ses ennemis sont trop nombreux, leurs cla-\nmeurs trop violentes. Ala fin de janvier, on commence à parler de son\ndépart, et le même Lebrun lui donne le coup de pied de l'âne :\n« Vous ne vous faites pas une idée, écrit-il encore au ministère le\n3i janvier, des mille et une folies, inepties et turpitudes qui sortent du\ncerveau de cet homme. En honneur, c'est à n'y pas tenir. Je suis toute\nla journée sur des charbons ardents; je souffre au physique comme au\nmoral. Tant que je n'ai pas vu briller un rayon d'espérance, j'ai patienté,\nmais aujourd'hui que j'entrevois l'espérance d'un meilleur sort pour\ntout le monde, cet homme me paraît dans tout son jour plus laid, plus\nhorrible et plus nuisible que jamais. »\nVoilà ce que pouvait inspirer une haine aveugle. Ecœuré, malade, dit-\nil lui-même, Choron sort de cet enfer. Le 23 mars, il annonce à un de\nses beaux-frères qu'il va quitter incessamment l'Opéra. « Je passe à un\nautre poste qui, j'espère, sera plus tranquille. » Le 27, le comte de\nPradel écrit à La Ferté : « Choron vient de me demander sa démission. »\nElle lui fut accordée pour le ier avril.\nPersuis le remplaçait comme directeur de la scène et du personnel.\nUne mesquine vengeance le privait de ses entrées, qui ne lui furent\nrendues qu'en 1821 (2).\n\nà bénéfice à laquelle il a droit. Choron fait rejeter cette dernière demande. « Pré-\nsentée dans un moment où il sait que ses services sont d'une indispensable néces-\nsité, elle est une nouvelle preuve de l'état de dépendance où le manque de sujets\nplace l'Administration. »\nUn sieur Louvet, artiste de la Chapelle du roi et volontaire royal, émargeait au\nbudget de l'Opéra, où il neparaissait pas. Choron le raye. Il se fâche et écrit au comte\nde Pradel : « Je viens d'apprendre par M. Choron que je n'étais point porté sur\nl'état des appointements de l'Opéra pour l'année 1817. Je ne vois que trop que je suis\nvictime de l'odieuse perfidie de M. Choron. »\nLes subalternes imitaient les exemples qu'on leur donnait. En janvier 1817, le\npremier machiniste, Héry, se montre grossier à l'égard de Lebrun, qui causait avec\nChoron. Celui-ci l'invite à se taire. Héry se met « à vomir contre le régisseur une\nfoule d'imprécations et d'injures ». De là une scène scandaleuse. Choron demande\nqu'on le punisse en vertu de certains articles du décret du ler septembre 1807\nabrogé en iB3o —qui condamnait à l'amende, à différentes peines et enfin àla prison.\n(1) On comprend qu'il ait gardé de l'Opéra un amer souvenir. « Le brouhaha et\nles fioritures Ï> qu'on y entendait le mettaient hors de lui. «Tu n'as pas grand'voix,\ndit un jour Choron à Duprez, c'est Oscar Comettant qui le raconte dans le Siècle"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "438", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.14", "texte": "UN CIIORÈGE MODERNE : ALEXANDRE CHORON\n\nNous donnons une des lettres adressées par Choron au comte de Pradel, et le\nrapport qu'il envoya au baron de la Ferté après son retour. Les recrues étaient\ndestinées à la Chapelle du roi, au Conservatoire, ou à l'Ecole de Choron.\nDouai, le dimanche 28 mars 1819.\nMONSIEUR LE COMTE,\nMardi dernier, je suis allé, ainsi que j'avais eu l'honneur de vous en\nprévenir, à Estourmel, à deux petites lieues de Cambrai, entendre une\nbasse-taille qui m'était indiquée. C'est un jeune homme de vingt-deux\nans, d'une grande taille et d'un physique passable. Sa voix est en effet\nune basse-taille assez forte, mais d'un timbre mat et d une teinte sépul-\ncrale : il sait bien son chant. J'ai pensé qu'il serait admissible au besoin,\nmais comme j'espérais trouver mieux, je ne l'ai point engagé.\nJe suis parti le lendemain pour Douai : il faisait un très mauvais\ntemps; j'ai néanmoins parcouru la ville pour chercher des renseigne-\nments ; j'en ai obtenu quelques-uns sur la ville et les environs, mais la\npluie continuelle m'obligeant à rester oisif à l'auberge, j'ai préféré\nmonter de suite en diligence pour me rendre à Lille, où l'on m'avait in-\ndiqué plusieurs sujets, sauf à revenir à Douai, en allant de Lille à Arras.\nLe jeudi matin, j'ai employé les premiers moments de la matinée à\nvérifier les indications dont je viens de parler : elles se sont trouvées\ninexactes sur plusieurs points ; mais m'étant rendu à midi à l'Académie\nde musique, j'ai discerné entre autres une excellente basse-taille dans\nun jeune homme de dix-sept ans, nommé Royer. Sa voix, qui a une\ntrès grande étendue, est suffisamment forte ; elle est surtout très égale\net très harmonieuse ; il est déjà passablement musicien. J'ai demandé\n\ndu 6 octobre 1873, mais tu chanterais avec rien, avec ton genou ;tu deviendras le\nplus grand chanteur du monde, si tu ne vas pas brailler à l'Opéra. »\nIl y avait toujours une guerre sourde entre le directeur de l'Ecole de chant et\n1 Académie de musique. Des élèves acceptés comme choristes en 1819 étaient\nrefusés en 1821, mais, à la première date, « régnait Persuis, avec lequel Choron\nétait brouillé, mais qui se piquait de probité administrative, aujourd'hui l'Opéra\npossède un simulacre de directeur dans la personne de M. Viotti, homme absolument\nnul ». (Lettre du 20 août 1821, au marquis de Lauriston.) Choron se plaint de parti\npris. Or, Viotti, dans une lettre du 17 septembre, l'informait que les deux jeunes\ngens n avaient pu être entendus, parce qu'ils ne savaient point d'airs, mais seulement\ndes parties chorales, et il invitait le directeur à les préparer pour un nouvel examen\nfixé au 28. Le i 5 janvier suivant, deux élèves sont refusés; les précédents sont admis.\nLes élèves de Choron avaient leurs entrées à l'Opéra .-Voilà l'Espérance, disait-on\nau théâtre, laissez passer 1 Espérance. « Un soir, Duprez, c'est lui qui le raconte,\nMonpou, Boulanger et Renault se plaignent à leur maître : Eh bien î leur dit-il,\nrépondez : Nous sommes l'Espérance, et nous vous ferons la Charité, quand on\nn'aura plus Foi dans nos vieilles reliques. »"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "439", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.15", "texte": "UN CHORÈGE MODERNE î ALEXANDRE CHORON\n\nau premier professeur de l'Académie, le sieur Leplus, si je pourrais\nemmener ce jeune homme; il m'a répondu qu'il fallait m'adresser à\nM. le maire de la ville ( M. le comte de Muyssart) et à l'administration\nde l'Académie. Je suis demeuré d'accord avec ces messieurs, que je vous\nen ferais mon rapport et que la demande serait adressée par vous. Je\nvous prie donc, Monsieur le comte, de vouloir bien, au reçu de la pré-\nsente, faire cette demande qui ne souffrira aucune difficulté, mais qui,\nvenant de votre part, flattera beaucoup les autorités de la ville et l'admi-\nnistration de l'Académie. Cette récompense leur est due pour le zèle\navec lequel ils dirigent cet établissement dont j'ai été on ne peut plus\nsatisfait. Je recommande aussi à votre bienveillance le sieur Leplus,\nprofesseur de l'Académie, qui a mis beaucoup de bonne volonté et\nde générosité à se dépouiller en votre faveur d'un sujet qui lui est\nréellement utile. Je pense qu'il aurait droit à la récompense pécuniaire\n• • /\npromise aux professeurs qui procurent des sujets à l'Ecole royale (i)\net vous le demande avec d'autant plus de raison qu'il m'a promis de\nm'en fournir encore d'autres par la suite.\nJ'ai employé la matinée du vendredi à parcourir les environs de Lille,\net renvoyé d'un point à un autre, j'ai trouvé à Houplin, à deux lieues\nde cette ville, un jeune homme de vingt-cinq à vingt-six ans, déjà\npassablement musicien, ayant une fort belle taille (2) et qui se rendra à\nParis, si sa famille y consent : il se nomme Florimond Bonnet.\nDe retour à Lille vers une heure, j'ai visité la classe des demoiselles\nà l'Académie: j'en ai distingué quatre qui, en raison de leurs moyens\nnaturels et de leur acquis en musique, formeraient bientôt de bon«\nsujets pour l'Ecole de musique et pour la scène ; leurs noms sont : Léa\nWeisse, Remi, Hodlers, Godfautem. Mlle Léa a une voix superbe et\nr '\nplus belle qu'aucune que j'ai entendue à l'Ecole royale de musique',\nelle est bonne musicienne. Mais on ne pourra jamais décider les\nparents de ces jeunes personnes à les envoyer à Paris tant qu'on ne\nleur offrira point un asile où elles puissent être en sûreté (3).\nMon projet était de quitter Lille le jour même pour continuer mes\nrecherches aux environs pour revenir ensuite à Douai et Arras : les\nprofesseurs de l'Académie et l'administration m'ont prié d'y rester\njusques au lendemain pour organiser leurs classes de solfège selon mes\nprocédés. Je me suis rendu à leur désir; j'ai consacré à cet objet la\n\n(1) C'était, sous la Restauration, le nom du Conservatoire.\n(2) Voix de ténor.\n(3) On logeait les jeunes filles dans le voisinage de l'École de Choron; le pen-\nsionnat de femmes ne fut ouvert qu'en 1822."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "440", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.16", "texte": "UN CIIORÈGE MODERNE : ALEXANDRE CHORON\n\nmatinée du samedi, et voyant que les jours s'avançaient, que j'avais\nd'ailleurs de bons renseignements sur Douai et Arras, qu'enfin il me\nrestait encore toute la campagne d'Amiens à exploiter, je pris le parti\nde quitter Lille et de revenir à Douai, où je suis depuis hier au soir ;\nj'y resterai jusqu'à demain, i° pour faire mes recherches ; 20 pour\nrendre à l'Académie de cette ville, qui avait envoyé à Lille un de ses\nprofesseurs m'en faire l'invitation, les mêmes services que j'ai rendus à\ncelle de cette dernière ville. Je partirai demain soir pour Arras ; je\nserai mercredi au plus tard à Péronne. Ce sera le point d'où je partirai\npour exploiter l'Amiénois.\nLe résultat de mes opérations jusqu'à ce jour est de six bonnes\nbasses-tailles, sachant toutes le plain-chant et déjà avancées en\nmusique, le plus âgé ayant vingt-deux ans, les quatre autres de quinze\nà dix-huit, à l'exception de l'homme de Saint-Quentin, qui en a vingt-\nsix, et que j'oubliais ; trois bonnes tailles, total : g. J'espère trouver ici\ndeux sujets, autant à Arras. La campagne d'Amiens, Fécamp, Conches\net Chaulnes me fournira, et au delà, de quoi me compléter. Toute mon\nopération sera terminée en moins d'un mois, ainsi que j'avais eu\nl'honneur de vous l'annoncer.\nJ'ai l'honneur d'être, etc...\nA Monsieur de La Ferlé, Intendant général des Menus plaisirs du Roi.\nMONSIEUR,\nEn m'occupant spécialement durant le cours de mes voyages de\nrechercher des sujets propres aux chœurs de la Musique du Roi en\nvoix viriles, je n'ai point négligé de remarquer les sujets d'un autre\ngenre qui pouvaient être utiles pour tout autre branche de service et\nqui par cette raison conviennent proprement à l'Ecole royale. L'objet\ndu présent rapport est de vous transmettre les renseignements que\nj'ai recueillis sur cet objet. Dans cette vue, je vais d'abord tracer la note\nnominale des individus dont il s'agit; j'entrerai ensuite dans quelques\ndétails sur chacun d'eux.\n1 Lefèvre, à Arras. 5 Trézeguette, à Agen.\n2 Humblot, à Compiègne. 6 Isabelle Borie\n3 Casaubon, à Pau. 7 Ursule Connor\n4 Romain, à Limoges.\n1. Lefèvre d'Arras est fils d'un boulanger demeurant sur l'Esplanade;\nil a 18 ans, taille de 5 p. 6 p., bel extérieur, jolie voix de ténor, sachant\npeu de musique, mais bien organisé, plein dégoût, aimant beaucoup le"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "441", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.17", "texte": "UN CHORÈGE MODERNE : ALEXANDRE CHORON\nR. M.\n2\n\nchant et chantant avec grâce. Il a le plus grand désir de suivre la car-\nrière dramatique, qu'il parcourrait avec succès, étant, je crois, propre\nà former un charmant sujet pour les rôles de jeunes princes à l'Opéra ;\nmais ses parents s'y opposent. Je crois cependant que si le ministre\nécrivait à ce sujet au Préfet pour faire la demande du jeune homme en\nl'assurant de toute sa bienveillance et de sa protection spéciale, on\nvaincrait leur obstination. Le jeune homme est sage et de bonne con-\nduite, d'un caractère honnête et doux.\n2. Humblot de Compiègne, âgé de 17 ans, taille de 5 p. 2 p., jeune\nsujet de la figure et de la tournure la plus jolie et la plus élégante, joue\ndans la comédie bourgeoise les rôles de femmes avec beaucoup de\nsuccès; propre aux Colins (1) ou aux Elleviou (2). Il suffit d'écrire à\nM. Hyd e Neuville, conservateur des eaux et forêts de la Couronne, qui\nprotège ce jeune homme privé de sa famille : il l'enverra aussitôt. Il\nest déjà musicien.\n3. Casaubon à Pau, 23 ans, 5 p. 4 p., belle basse-taille, beaucoup\nd'amour pour le chant, bonne acquisition ; s'adresser à M. Meisner à\nPau. M. Meisner, qui est son maître et qui a été celui de M. d'Abadie (3),\nle place au-dessus de celui-ci pour la force et la beauté de la voix.\n4. Romain, acteur à Limoges, 22 ans, 5 p. 3 pouces, très beau et très\njoli homme : belle et forte basse-taille annonçant de l'intelligence et de\nla chaleur, propre aux rôles de vigueur : demande à être appelé.\n5. Trézeguette à Agen, 17 ans, 5 p. 2 p., très joli garçon ayant con-\nservé après la mue une très belle voix de dessus comme était celle de\nM. Cherdou; pourrait être utilisé à la Chapelle du Roi.\n6° Isabelle Borie, couturière à Agen, 17 a 18 ans, un peu petite et\npuissante, non jolie : possède malgré ces désavantages une tournure\nagréable, une physionomie spirituelle et pleine d'expression; superbe\nvoix de dessus, intelligence et goût de chant extraordinaires ; chantant\navec infiniment de grâce et d'expression naturelles, propre aux trois\ngenres : pathétique, demi-caractère et comique ; sujet précieux à\nacquérir : ses parents consentent à l'envoyer à condition : i° qu'elle\nsera amenée par un de ses parents dont on payera le voyage d'aller et\nde retour et qui sera défrayé à Paris ; 20 que la jeune personne sera\nenfermée dans une maison d'éducation où elle recevra l'instruction\nconvenable à sa profession.\n\n(1) Jeunes amoureux villageois. Ce nom vient de l'opéra comique de Nicolo,\nJeannot et Colin, 1806.\n(2) Dans les rôles de petits-maîtres et de jeunes militaires.\n(3) D'Abadie débuta, dit Fétis, en décembre 1819, dans le rôle de Cinna, delà\nVestale.C'est pour lui que Rossini écrivit le rôle de Guillaume Tell."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "442", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.18", "texte": "VARIÉTÉS : LES DANSEUSES DE COUR A JAVA\n\n7° Ursule Connor, blanchisseuse à Agen, i 3 ans et demi, taille ordi-\nnaire, bien tournée, figure ni belle ni laide, mais spirituelle et expressive,\nvoix charmante, gosier léger, goût extraordinaire : charmant sujet de\ndemi-caractère, chante avec grâce et exécute des roulades avec un fini in-\nconcevable. Ses parents l'enverront sous la condition qu'elle sera enfer-\nmée dans une maison d'éducation où elle recevra l'instruction musicale.\nJe crois devoir observer à cette occasion, Monsieur, que si l'on ne\nprend point le parti de suivre cette marche, on n'obtiendra point que\n/\nles parents envoient leurs enfants à l'Ecole royale et que l'on ne par-\nviendra point à conserver et à former un seul sujet, ainsi que le\nprouvent la raison et l'expérience du passé.\nJ'ai l'honneur d'être, etc.\nParis, le 20 septembre 1819.\n\nGABRIEL VAUTHIER.\n\nVariétés : Les danseuses de cour à Java\n\n(0-\nChaque nationalité a ses récréations, ses plaisirs à elle, qui varient ordinai-\nrement suivant le caractère et les moeurs du peuple. Aux Indes surtout, on peut\nremarquer que plus une population est sauvage et peu civilisée, plus il y a de\nrudesse et de manque de variété dans ses jeux, ses chants et ses danses publi-\nques. Chez beaucoup de ces peuples, ce ne sont que des imitations de la nature,\ndes scènes de chasse ou de guerre, le vol des oiseaux, le combat d'animaux sau-\nvages, etc., et quiconque a vu de près les Alfours dans les Moluques, les Dajaks\nà Bornéo ou les Battaks à Sumatra, peuples très rudes et très peu civilisés, pourra\ncertifier ce que j'avance.\nM ais à Java, où, depuis une époque très reculée, une civilisation assez avan-\ncée semble avoir pénétré, les danses, les jeux et les chants s'en sont ressentis et\nsont calmes, mélancoliques et sérieux, bien plutôt que bruyants ou joyeux. Il\nest excessivement rare que l'excitation s'en mêle ; au contraire, tout est également\nmonotone ; chants, jeux, mouvements de la danse (tandakh), où les bras et les\nreins jouent un beaucoup plus grand rôle que les jambes et les pieds, tout est si\nuniforme et si extraordinairement peu varié, qu'un Européen est très vite fati-\ngué de ce qu il voit et de ce qu'il entend et soupire après la fin du spectacle, que,\npar politesse, il lui faut attendre.\nTel est le cas principalement pour les Européens fixés aux Indes, dans les\ncours javanaises (nous voulons parler de celles de Sourakarta et de Djokjokarta),\ncar les danses à la cour n ont lieu que dans des cérémonies officielles et dans les\nfêtes particulières ; les fonctionnaires européens ne sauraient échapper à ce spec-\ntacle sans blesser 1 étiquette, à laquelle les princes javanais attachent un grand\nprix, comme au dernier reste de leur ancienne grandeur. Quant au Javanais, il\ntrouve dans cette danse un plaisir vraiment incompréhensible ; il peut la con-\ntempler pendant plusieurs nuits consécutives et, lors même qu'il y a assisté\ndéjà nombre de fois, il en suit tous les détails avec une curiosité stupide. L'ennui,\n\n(1) Tiré de la Eevue de l Ecole cj> cinlhvopologie de Pans (mai 1908)"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "443", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.19", "texte": "VARIÉTÉS ! LES DANSEUSES DE COUR A JAVA\n\nqui apparaît si facilement sur le visage dun Européen, ne se voit jamais sur\nles traits d un habitant de Java ; et même, avec le flegme qui lui est propre, on\npourrait se demander s'il comprend seulement le sens de ce mot.\nQuiconque connaît les Javanais doit convenir que c'est chez eux une passion\nque d'assister et souvent même de participer au tandakh, et si c'est le cas pour\nles gens du peuple, ce l est encore plus, d'une manière plus relevée, il est vrai,\npour les princes indigènes en général et pour ceux des deux grandes cours en\nparticulier. Le bonheur, pour un homme du peuple, c'est de contempler pendant\ndes nuits entières des femmes delà lie de la population et de mœurs plus que\nrelâchées, qui se tordent dans tous les sens et s'agitent aux accords monotones\ndu gamelang, tout en chantant d'une voix criarde et rauque des pantoun, chan-\nsons le plus souvent fades, prosaïques, sans suite. L'homme du peuple, disons-\nnous, ne connaît pas de jouissance plus grande ; il ne laissera jamais échapper\nl'occasion de se la procurer et sacrifiera son temps et sa fortune, s'exposera\nmême à la plus complète misère, pour satisfaire sa passion. Le prince, lui, recher-\nche quelque chose déplus élevé, de plus noble, et quoique l'origine semble en\nêtre la même, quelque chose de différent à bien des égards de la danse, du spec-\ntacle et delà musique des gens du peuple, mais cependant quelque chose qui\nflatte ses yeux et ses oreilles et dont il est tout aussi avide que ses sujets. Les\nfemmes qui dansent devant lui ne sont pas des êtres vils et complètement abrutis ;\nce sont ses propres filles, celles de ses plus proches parents ou de ses principaux\ncourtisans, jeunes filles choisies et élevées dans le but de récréer leur souverain.\nCes danseuses se divisent en deux classes : les bedojo et les serimpie.\nC'est en vain que l'on voudrait rechercher l'origine de ces danses ; ni le prince\nni ses sujets ne sauraient donner aucune indication àce sujet. Ce qu'il y a de\ncertain, c'est qu'elles ont existé de temps immémorial et leur ont été léguées\npar leurs ancêtres, et ce fait seul suffit pour leur faire respecter cette institution.\nEn effet, les Javanais sont très attachés à tout ce qui leur vient de leurs ancêtres ;\nc'est un trait distinctif de leur caractère ; quiconque voudrait y apporter le moin-\ndre changement est taxé par eux de suprême imprudence ; non seulement il ren-\ncontrerait les plus grandes difficultés à faire accepter son innovation, mais il\ns'attirerait sûrement le mépris général. Le prince seul pourrait faire accepter\nquelque modification dans les coutumes nationales, mais il s'en garderait bien,\ncar le peu de puissance qui lui reste repose uniquement sur le respect des vieilles\ninstitutions.\nNous avons déjà dit en deux mots que les danseuses de la cour ont la même\norigine que celles du peuple. Cette opinion est générale, et l'on peut admettre\nque les bedojo et les serimpie n'étaient à l'origine que de simples filles de tandakh,\ndont les fonctions ont été remplies plus tard par des membres de la famille ré-\ngnante ou par des concubines du roi. Il résulte de ce dernier fait que les bedojo\net les serimpie ne dansent qu'à la cour ou chez de très grands personnages. La\njalousie du prince ne permettrait pas qu'elles sortissent du cercle de sa famille,\net même il y a une distinction dont il faut encore tenir compte, comme nous le\nverrons plus loin. Ces danseuses sont donc de jeunes femmes ; quelquefois ce-\npendant leurs fonctions sont remplies par.de très jeunes garçons ; mais ceux-ci\nreprésentent toujours des femmes. Ce fait montre combien les mœurs des Java-\nnais sont plus douces que celles des autres peuples de l'Archipel, qui ne veulent\nvoir que des hommes sur la scène. Les Javanais, d'autre part, sont bien loin de"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "444", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.20", "texte": "VARIÉTÉS I LES DANSEUSES DE COUR A JAVA\n\nmépriser les femmes qui se livrent à cet exercice, puisqu'on choisit pour cela les\njeunes princesses du plus haut rang et que celles-ci en sont très fières.\nLorsque la danse est exécutée par devant le Sousouhounan de Sourakarta\nou le sultan de Djokjokarta, le nombre des bedojo est de neuf, tandis que les\nprinces de la famille régnante et les principaux princes ou régents javanais ne\npeuvent jamais en faire danser plus de sept à la fois. Pour tous ces derniers, la\npermission de faire exécuter la danse leur est toujours accordée à titre de faveur\npar les deux princes qui, sur leur demande, leur envoient les bedojo dans les\nfêtes solennelles. Si parfois les régents entretiennent eux-mêmes des bedojo,\ncelles-ci ne sont pas les véritables, et ne peuvent pas l'être, vu que la plupart\ndes régents javanais n'appartiennent pas à une haute et ancienne noblesse, et,\npour ainsi dire, ne possèdent pas la source même d'où sont tirées les bedojo et\nles serimpie de la cour.\nCe qui distingue ces deux espèces de danseuses, c'est que les serimpie ne sont\njamais plus de quatre et que le prince seul a le droit de les faire danser. Le\nprince ne les cède jamais à personne ; elles ne se produisent qu'en présence du\nprince, et leurs représentations n'ont lieu que dans les dalam ou palais des princes\nrégnants de Sourakarta et de Djokjokarta.\nOutre la différence de nombre, les serimpie se distinguent encore des bedojo\npar le costume : elles ont quelque chose de plus viril et sont toujours armées,\nsoit d'un kris, soit d'un arc et de flèches, soit d'un pistolet ; lorsqu'elles portent\nle krisy elles ont toujours aussi un bouclier fait en plumes de paon.\nLes danses exécutées par les serimpie représentent toujours quelque épisode\nhistorique ou quelque sujet héroïque d'un caractère généralement guerrier,\ncomme les armes qu'elles portent l'indiquent. Les bedojo, au contraire, se con-\ntentent de danser ; et lors même qu'un récit accompagne la représentation, la\ndanse elle-même n'y fait aucune allusion.\nNi les serimpie ni les bedojo ne chantent en dansant, et c'est un des carac-\ntères qui les distinguent des vulgaires danseuses de tandakh. Les représenta-\ntions à la cour sont accompagnées de chant ; mais c'est un artiste spécial qui\nchante d'après un livre, sur une mélodie appropriée, le sujet qui va être repré-\nsenté par les danseuses ; celles-ci, pendant ce temps, sont assises par terre, les\nyeux baissés dans la posture la plus humble, et disposées dans tel ou tel ordre\nsuivant le récit que l'on chante. Le passage terminé, les serimpie ou les bedojo\n(jamais ces deux espèces de danseuses ne se produisent en même temps) se lè-\nvent et dansent avec accompagnement de musique ; un petit nombre des instru-\nments du fameux orchestre gamelang, ceux dont le son est le plus doux, exécutent\ncet accompagnement Ce sont le rabab (violon javanais à deux cordes), la flûte\n(.souling), le tjemp long ou tjelempoung (harpe javanaise horizontale) et les plus\ndoux des instruments de métal, tels que le grand et le petit pernanak, le kendang,\nle kethock, le kênong, le gong, le gambang, le gindhir et quelquefois le petit\nbônang.\nIl serait difficile de décrire d'une manière précise la musique du gamelang ;\nmais on ne saurait méconnaître qu'elle est harmonieuse et mélodieuse.\nLa danse des serimpie dure une heure ou une heure et demie; celle des bedojo\nun peu plus longtemps, et il faut avouer qu'elle est très gracieuse.\nLes danseuses se placent sur une ligne, les unes derrière les autres et presque\nsans aucun intervalle entre elles, puis, au son de la musique, elles exécutent"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.21", "texte": "VARIÉTÉS : LES DANSEUSES DE COUR A JAVA\n\ntoutes à la fois, avec un ensemble parfait, un même mouvement qui consiste à\nplier, on dirait même disloquer, la partie supérieure du corps ; les bras jouent\nle t oie pi incipal, ils se tournent et se replient dans tous les sens. Leurs articula-\ntions sont si souples (c est le cas chez toutes les Javanaises) qu'elles peuvent, à\n1 ébahissement des Européens, replier la main en arrière jusqu'à ce qu elle\nvienne se poset à plat sur 1 avant-bras ; elles peuvent également replier leurs\ndoigts jusque sur le revers de la main. Les jambes et les pieds participent fort\npeu à cette danse ; de temps en temps seulement, faisant quelques pas en\narrière, les danseuses repoussent leur traîne par un mouvement du pied des\nplus gracieux. C est encore là un point qui les distingue des simples filles de\ntandakh, car celles-ci se servent beaucoup de leurs jambes, non pas pour dan-\nser, il est vrai, mais pour courir en rond avec une rapidité souvent très grande.\nComme nous 1 avons déjà dit, tous les mouvements de la danse sont exécutés\nsimultanément et d une manière identique par les différentes danseuses ; lorsque\n1 une replie ses doigts d une certaine manière, on voit le même mouvement\nreproduit exactement par toutes les autres ; l'œil le plus perçant ne saurait y\ndécouvrir la plus petite différence. Quelque étranges que soient souvent ces\nmouvements, ils ne sont jamais ni inconvenants ni désagréables à voir, ce qui\nest presque toujours le cas chez les danseuses du peuple.\nLes senmpie et les kedojo ne dansent que dans de grandes occasions, comme\nun anniversaire, un mariage, une circoncision ou d'autres circonstances de ce\ngenre. Lorsque le gouverneur général des Indes néerlandaises fait un voyage\ndans l'île, il ne manque jamais d aller rendre visite aux princes régnants de Sou-\nrakarta et de Djokjokarta ; ceux-ci, qui attachent un très grand prix à cette\nvisite, produisent toujours leurs danseuses et leur font même revêtir un costume\nencore plus riche que de coutume, afin de rendre au « grand-père » (1) les plus\ngrands honneurs possibles.\nIl est d'usage à la cour qu'à l'occasion du jour de l'an chrétien et de l'anni-\nversaire de S. M. le roi des Pays-Bas, les princes aillent faire au résident une\nvisite de félicitations et assistent le soir aux fêtes offertes par ce fonctionnaire.\nIls y paraissent en grande pompe et avec tout l'éclat possible, et ne manquent\npas d'amener leurs bedojo pour amuser (?) la société pendant une heure ou\ndeux.\nPendant la danse, les serimpie et les bedojo ont la gorge et les bras entièrement\nnus et toutes les parties visibles de leur corps sont frottées de boreh (2) ; cette\nmixture est assez allongée d eau pour qu'on n'en puisse rien apercevoir à la\nlumière des lampes ou des bougies ; elle est destinée à donner à la peau la cou-\nleur la plus pâle possible, ce que les Javanais considèrent comme une grande\nbeauté. Les sourcils sont rasés vers le haut, au-dessus du coin extérieur de 1 œil,\nde manière à les rendre très minces; puis on les travaille ensuite au moyen d'un\npigment noir, de sorte qu'ils forment deux lignes très minces presque rectangu-\nlaires.\n\n(1) Les deux princes régnants, lorsqu'ils écrivent au gouverneur général, lui donnent toujours\nle titre de grand père, et celui ci les nomme toujours ses petits-fils. Ils nomment les résidents\nleurs frères aînés (en malais abang).\n(2) Le boreh est un liniment formé de différentes espèces de bois odoriférant, réduit en poudre\net mélangé avec de l'eau ; on sen sert pour embellir la peau et aussi pour apporter quelque\nsoulagement dans certaines maladies, comme le rhumatisme, par exemple."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "446", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.22", "texte": "VARIÉTÉS : LES DANSEUSES DE COUR A JAVA\n\nVoici quels sont le costume et les atours d'une bedojo :\nElles sont coiffées en koukèlkltng, c'est-à-dire que leurs cheveux sont tendus\nsur un arc de bambou fixé derrière la tête, à l'endroit où les femmes attachent\ngénéralement leur chevelure ; elles ne portent ni kondèj ni sanggol, laêcoiffure\nordinaire des Javanaises, et leurs cheveux ont l'apparence d'une mince planche\nplacée verticalement derrière la tête.\nLe peigne fixé dans leur chevelure a la forme d un oiseau et se nomme garou-\ndo ;il est en or et enrichi de diamants et de pierres précieuses. A droite du\npeigne est fixée une épingle à cheveux ornée de diamants que 1 on nomme men-\niold et qui est connue à Batavia sous le nom de kembang gojang (fleur mobile).\nUn peu en arrière de cet ornement, à la hauteur de la partie antérieure de\nl'oreille, sont fixés deux petits peignes en or, nommés tjonthoong ; sur le côté\nde la tête, à la hauteur des sourcils, se trouvent des épingles ayant la forme\nd'une feuille d'arbre ; on les nomme von ; au-dessous de ces épingles se trouve\nencore une rosette de diamants, nommée grompol.\nSur le devant de la tête, les cheveux sont rabattus et collés sur le front (prias :\nen javanais patès). On les peint en vert, mais un vert si foncé qu'ils paraissent\npresque noirs ; sur les bords, on y applique de la dorure.\nLes bedojo portent des pendants d'oreilles en or ornés de diamants (soubang)\nd une grandeur et d'un poids généralement considérables. Elles ont au cou une\nchaîne d'or à laquelle pendent trois plaques du même métal (kabong, parure du\ncou , ornées d'arabesques et enrichies de diamants\nLa jaquette ou badjou des bedojo (pamekok) est d ordinaire en soie ou en\nvelours et généralement très petite ; elle leur couvre le sein et leur enveloppe la\ntaille de telle manière que l'une des extrémités pend par devant ; l'autreextrémité\nleur descend jusqu'au-dessous des hanches par derrière et a une forme arrondie\nqui fait ressembler cette partie de vêtement à une jaquette ; les bords en sont\ndorés ou ornés de passements d'or.\nLa robe s'appelle sârong ; dans les cours où ces robes sont extrêmement riches,\non les nomme gebalikth. Les bedojo portent leur robe de la manière que l'on\nappelle piendjoung, c'est-à-dire que la robe est fixée autour du corps de telle\nsorte que l'extrémité du pan inférieur forme une traîne qui passe entre les pieds,\net que l autre extrémité est fixée plus haut et pend par devant.\nLes bedojo portent autour de la taille une étroite écharpe de soie ordinaire\n(■oudat) dont elles tiennent les bouts en dansant ; au-dessous de cette écharpe\nétincelle une ceinture d'or ; cette ceinture est quelquefois remplacée par des\npassements d'or, mais dans ce cas on voit briller au milieu une plaque d'or ornée\nde diamants.\nLeurs bras nus sont richement ornés de bracelets d'or (gelang}.\nLa coiffure et le costume des bedojo peut varier beaucoup suivant les circons-\ntances. Par exemple, lorsqu'elles doivent figurer dans la danse nommée : Pra-\nboudewa, elles sont vêtues de la manière suivante :\nElles portent un njamping parang sawout (i), orné d'une longue traîne qui,\ncontrairement à l'usage ordinaire, pend du côté gauche pour laisser plus de\n\n(i) Le parang sawout et le parang rousak ne peuvent être portés que par le prince, ses deux\nfemmes en titre et les enfants de celles-ci. Les danseuses de la cour les portent soit à ce titre,\nsoit parce qu'elles représentent des nymphes ou des filles de prwice."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "447", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.23", "texte": "VARIÉTÉS I LES DANSEUSES DE COUR A JAVA\n\nliberté à la jambe droite. Elles portent la coiffe nommée Pahésan : les cheveux\nsont taillés et rasés sur le front de manière à former sept pointes dont les côtés\nsont légèrement arrondis et dorés ; les pointes extrêmes de chaque côté sont\naplaties sur les tempes et légèrement inclinées vers l'oreille.\nToute la chevelure est ramenée derrière la tête, où elle forme un gros et large\nchignon (oukël-bâkor), recouvert d un réseau de fleurs de melati et surmonté d'un\npeigne (pètat) enrichi de diamants ou de joyaux. Au-dessous du chignon, les\ncheveux forment encore une espèce de queue qui pend sur la nuque comme un\nkontjèr, et qui est également recouverte de fleurs de melati (cette queue s'appelle\nen bas javanais: geloung bôkôr) Au-dessus du chignon et du peigne se dressent\ndes fleurs vibrantes (mëntoul et gëtël) en argent et en pierres précieuses, montées\nsur des tiges longues et recourbées, ou en spirale. Cette coiffure est complétée\npar des feuilles d'argent (;von) qui s'agitent au-dessus des oreilles ; de précieux\nsoubang (en haut javanais senkang) étincellent au lobe de l'oreille.\nIl est certain que cette coiffure peut être d'origine hindoue ; certains savants\njavanais Je prétendent ou l'affirment ; mais il faudrait en aller chercher les\npreuves dans l'Hindoustan même. Les bedojo de l'ancien régent de Bandoung\nportaient un kontjèr bouclé et doré, et avaient sur le sommet de la tète 4 petits\narcs d'or. Cela aussi passait pour être d'origine hindoue. Ces kontjèr rappelaient\nla forme de ceux des poupées Wajang. Quelques danseuses du chef de la\nmaison princière Sourakarta, portent ce kontjèr bouclé du wajang.\nMais revenons au costume des bedojo pour la danse Praboudewa.\nLes feuilles d'argent (ron) qu'elles portent sont un ornement princier, que les\nservantes (abdi) n'ont pas le droit de porter.\nUn corsage guerrier en velours noir bordé d'or leur couvre la poitrine et\nles épaules, laissant les bras nus ; la robe est fixée autour de la taille par une\nceinture d'or ou d'argent dont la boucle est en pierres précieuses. Les deux\npans de la robe, qui retombent sur le devant des jambes, jouent un rôle dans\nla danse; les mains élégantes des bedojo les soulèvent et les laissent retomber\ntour à tour d'après des règles précises, ou les rejettent par-dessus le bras ou\nl'épaule ; les deux pieds exécutent des mouvements à peu près semblables avec\nla traîne du njamping.\nLeur ceinture est ornée du côté gauche d'un poignard à fourreau d'or (patrëm),\nplus petit que le douwoung des hommes, et dont le manche est entouré d'une\npetite guirlande de fleurs et de melati.\nUne quantité d'ornements d'or et d'argent enrichis de pierreries couvrent leur\ncou, leur poitrine, leurs bras, leurs poignets et leurs doigts ; le plus brillant de\nces joyaux, ce sont les trois plaques d'or en forme de croissant qui sont suspen-\ndues à leur collier ; on les appelle sangsangan. Les danseuses de plus haute\nnaissance portent eri outre un papillon en diamants fixé au-dessus du chignon,\net quelquefois même une épingle non moins précieuse sur l'os sacrum.\nLe bracelet du haut du bras porte l'image de l'aigle de Wishnou (garouda ou\npëksibëri).\nToutes les parties du corps laissées à nu sont naturellement peintes au boreh ;\nles paupières et les sourcils sont traités au pinceau suivant le goût des Javanais.\n(A suivre.)\n\nDr J.-E. DE STURLER."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "[448]", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19080801-01.1.24", "texte": "Le Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nCHEMIN DE FER P'ORLÉANS\nExcursions aux Gorges du Tarn.\nIl est délivré pendant toute l'année des billets de voyage circulaire de ire et\n2e classe, permettant de visiter les Gorges du Tarn et comprenant divers itiné-\nraires, dont ci-après un exemple :\nParis — Vierzon — Limoges — Brive — Figeac ou Bourges — Montluçon —\nAurillac — Neussargues ; Rodez ( i) — Mende ou Banassac-la-Canourgue (Inter-\nruption du voyage par fer). — Garabit Aguessac ou Millau — Béziers — Carcas-\nsonne — Toulouse ou Bédarieux — Lamalou-les-Bains — Castres (Tarn) —\nMontauban — Cahors — Brive — Limoges — Vierzon — Paris.\nire classe : 136 francs. — 2e classe 96 francs\nVALIDITÉ DES BILLETS : 30 JOURS, NON COMPRIS LE JOUR DE DÉPART ;\nFACULTÉ DE PROLONGATION MOYENNANT SUPPLÉMENT\nRelations rapides entre Paris et Luchon.\nEn vue de faciliter les relations entre Paris et la station thermale de Luchon,\nla Compagnie d'Orléans, d'accord avec la Compagnie du Midi, mettra en marche,\njusqu'au 21 septembre inclus, un train rapide composé de ire, 2e, 3e classe,\npartant de Paris Quai d'Orsay, à 7 h. du soir, de Paris Austerlitz à 7 h, 9\net arrivant à Luchon à 8 h. 59 du matin.\nWagon-restaurant au départ de Paris.\nCompartiments-couchettes.\nPour le retour, ce train part de Luchon à 8 h. 45 du soir et arrive à Paris\nAusterlitz à 10 h. 32 du matin et à Paris Quai d'Orsay à 10 h. 41.\nlia été attelé à ces trains un sleeping-car de la Compagnie des Wagons-\nLits.\n\nCHEMIN DE FER DE PARIS-LYON-MÉDITERRANÉE\nTrains express\nRAPIDES ET LUXE\nPour Vichy, Riom (Châtel-Guyon), Clermont (Royat).\n2° De Marseille, de Genève et de Lyon :\nTrains express quotidiens, ire et 2e classe en correspondance, directe avec\nle Midi de la France.\n20 De Paris :\na) Vichy Royat-Express (Train de luxe) V.-S. V.-R. — Nombre de places\nlimité. Aller : départ de Paris 13 h. s5 s. (mardi, jeudi, samedi) — Retour :\ndépart de Clermont, 8 h m., de Riom, 8 h. 14 m., de Vichy, 8 h. 55 m.,\nlundi, mercredi, vendredi.\nb) Train rapide : ire classe à couloir. — L.-S. ; V.-R. à l'aller. - Aller : départ\nde Paris, 11 h. 10 m. — Retour : départ de Clermont, midi 45, de Riom, 1 h. 01 s.\nde Vichy, 1 h. 18 s.\nPour plus amples renseignements, consulter le Livret-Guide Horaire P.-L.-M.,\nvendu o fr. 50 dans toutes les gares du réseau."}]}