{"numero_id": "bm-bmtnabj-1909-01-15-01", "volume": "bmtnabj_1909-01-15_01", "ocr_sha256": "f9f9c34cee955d72bf4cb95787927a7222e6ab00389cf1e28e9bbb36c9da9dcc", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1909/01/15_01/bmtnabj_1909-01-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1909/01/15_01/bmtnabj_1909-01-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1909-01-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-01-15_01#c001", "volume": "bmtnabj_1909-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "37", "page_fin": "44", "image_debut": 1, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.2.1", "titre_corps": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "titre_sommaire": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.1", "debut_caractere": 134, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nHistoire du théâtre lyrique.\nLes drames liturgiques au moyen âge\n\n(suite).\nI. LES PROPHÈTES.\nLes drames primitifs du moyen âge sont une illustration et un complément\nde la liturgie. Or la liturgie est consacrée à la glorification du Christ ; elle en\nfait son objet principal, sinon unique. Je disposerai donc les pièces dont j'ai à\nparler dans l'ordre qui correspond à l'histoire même du Christ ; je commence\npar celle où sa venue est prédite.\nEst-il vraiment possible d'employer le mot « drame » en parlant de cette sin-\ngulière série de scènes si brèves dont le manuscrit de Saint-Martial de Limoges\nnous donne le texte ? Je ne sais rien de plus naïf, de plus simpliste, de plus\néloigné de tous les artifices du théâtre. Ce que j'ai à décrire, c'est un défilé de\npersonnages comme on en voit à la cathédrale de Strasbourg, sur le coup de\nmidi, en une sorte de guignol pittoresque où chaque battement de l'horloge\nfait passer devant le spectateur une nouvelle figure de l'ancien Testament. C'est\nbien quelque chose comme cela; mais avec une petite différence !... A Stras-\nbourg, le spectacle a lieu devant des voyageurs de l'agence Cook, armés de\nleur Bedeker, sous la surveillance d'un suisse magnifique très attentif aux\npourboires d'usage. C'est une curiosité de mécanique, recommandée avant le\ndéjeuner à la table d'hôte. Les prophètes nous replacent dans une atmosphère\nde foi où tout est pur, sincère ; où les grands souvenirs bibliques produisent\nune émotion réelle et dont la source est intérieure, toute d'amour et de respect\nreligieux.\nCe drame — appelons-le ainsi — se jouait dans l'église, la veille de Noël.\nPour se replacer dans l'état d'esprit d'où il est sorti, il ne faut pas oublier que\ndans la période qui précède Noël, l'Avent, aussi bien dans les chants de la\nmesse que dans ceux des offices du jour et de la nuit, l'Église faisait converger\ntoute sa liturgie vers cette idée : le Christ est proche, le Sauveur va naître.\nElle l'exprime de mille façons*: sous forme de prière, de supplication, d'annonce"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.2", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2946, "texte": "solennelle, de vision mystique et anticipée, de chant d'allégresse, avec toutes les\nnuances de sentiment qui correspondent à ces divers modes de la foi. Ainsi\non chante, à la férié 11, (infra Hebdom, 111. Adventus), à Laudes et pendant\nles Heures :\nCésar Franck, en sa Rédemption, dit cela autrement. Nous sommes aû moyen\nâge. Les antiennes de l'antiphonaire, durant cette période, sont toutes pleines\nd'images brillantes ; elles annoncent une « source » prochaine où toutes les na-\ntions viendront boire la joie et la salut, une « rosée » ou « une pluie de justice »\nqui, du ciel, va tomber sur la terre (feria 111 : ad Laudes et fer Hor as), une récom-\npense suprême qui sera donnée aux observateurs de la Loi... On compare Jésus\nà une lumière dans la nuit, au soleil qui va paraître à l'horizon (antienne in\nVigilia Nativ. Dom.). C'est une attente « universelle » (graduel du lerIer dim. de\nl'Avent). La nature entière va être transformée : « Les montagnes distilleront\nle nectar ; des collines, couleront'des fleuves de lait et de miel » (aux vêpres,\nler1er dim. de l'Avent). « Jérusalem, lève-toi et vois le bonheur que ton Dieu\nt'apporte ! » (com Ilie du Dim. de l'Avent). C est un enthousiasme qui va gagner\nla nature entière et même les objets inanimés : « Les arbres des forêts applau-\ndiront » (omnia ligna silvarum plaudent manibus, ant. du IIe dim. de l'Avent).\nOn va jusqu'à dire naïvement au Christ : «Viens, ne sois pas en retard ! » Noli\ntard are !\nPour parler et chanter ainsi, on s'appuie sur le témoignage des prophètes,\ndont les prédictions vont se réaliser. Ainsi (férié lll,in/ra Hebdomadam Adventus,\nAntiph.) : « Da mercedem Domine sustinentibus te, ut prophetce tui fideles\ninveniantur », et, férié IV : « Prophetceprœdicaverunt nasci Salvatorem de Virgine\nMaria. » Ces prophéties occupent une place très importante dans la liturgie ; à\nl'office du matin,le samedi saint,l'Eglise n'en lit pas moins de douze,d une étendue\nconsidérable. Elle célèbre THomme-Dieu, qui en vertu de sa double nature a\nété connu avant son incarnation : « Vult [enim] ostendere utramque naturam\nesse in Christo, ut sic plures sint testes nativitatis Christi. . scilicet ab eis qui\nfuerunt ante legem, sub lege et post legem, quoniam integrum est judicium quod\nplurimorum sententiis confirmatur. »\nOr, le peuple des fidèles ne veut pas seulement se souvenir, penser et croire;\nil veut voir. Les arts plastiques furent mis à contribution. A la façade des\npresque toutes les cathédrales du xme siècle, il y a une galerie de statues colos-\nsales : ce ne sont pas les rois de France, comme on l'a cru pendant quelque\ntemps, mais les rois de Juda, prédécesseurs de Jésus. L'image des prophètes\nrépond au même besoin instinctif de réaliser les idées abstraites et d'en jouir\n\n(i) Dans le texte de l'antiphonaire de Solesmes (189 î, p. 93) que j'ai sous les yeux, il ya,\naprès Deus, une barre césure qui me paraît fâcheuse..."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.3", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3339, "texte": "autrement que par la pensée. En eux-mêmes, les prophètes de l'ancien\nTestament sont des figures extraordinaires, bien capables de séduire l'imagina-\ntion d'un statuaire, d'un poète ou d un compositeur, surtout s'il a des tendances\nromantiques. Considérés d'un point de vue purement historique et humain,\nils fournissent à l'artiste une matière très riche. Ce sont des inspirés, des\n« surhommes » à la fois brillants et violents. Arrachés à la vie commune par une\nforce supérieure, enivrés de bruit et de musique, \"ils ébranlent les villes et les\nsociétés de leur verbe retentissant. Ils prophétisent du fond des citernes ; ils\nrasent leurs cheveux et leurs sourcils ; ils déchirent leur manteau, marchent nus\ndans le désert... Et chacun d'eux a une psychologie propre, un caractère per-\nsonnel, une attitude marquée par un trait énergique. Représenter les prophètes,\nd'une façon quelconque, avec le pinceau, le ciseau ou la plume, c'est composer\nune galerie, où la couleur et le dessin semblent devoir former des tableaux\néblouissants et très distincts.\nIl n'y a qu'un seul artiste qui, en s'inspirant de la Bible, ait compris ainsi un\ntel sujet et l'ait traité de façon émouvante. C'est Michel-Ange. Le moyen âge,\ndans les arts du rythme comme dans les arts plastiques, n'a rien fait de sem-\nblable, rien d'approchant: Une conception tout autre de l'Ancien Testament a\ninspiré ses œuvres.\nA très peu de chose près, il a négligé ce qui, aux yeux d'un poète ou d'un\nartiste proprement dit, est si important. Pour lui, les prophètes perdent leurs\nqualités individuelles et s'absorbent, si je puis dire, dans une vérité générale et\nthéologique ; ce qu'il retient d'eux, avec les noms qui sont comme la garantie\nd'une certitude, c est que tous, sous des formes dont les différences importent\npeu, ont annoncé la même chose : la venue du Messie, l'apparition du Christ.\nAinsi, bien qu'ils appartiennent à l'ancienne Loi, les sculpteurs les rapprochent\ndes apôtres ; ils les traitent comme eux : ils leur donnent la même tunique, le\nmême livre, le même nimbe d'or (par exemple sur les vitraux de Bourges) ; on\nles distingue à peine, quelquefois, par le bonnet conique des Juifs. De là, une\ncertaine monotonie dans les représentations plastiques, monotonie résultant de\nce que l'idée du Christ est étendue à tout, domine tout, et relègue dans l'ombre\nles traits personnels, particuliers et contingents. On la retrouve dans le drame\nmusical.\nII\nLe manuscrit de Saint-Martial de Limoges, aujourd'hui à la Bibliothèque\nnationale, qui contient le texte des Prophètes (avec celui des Vierges sages et des\nVierges folles et celui de la Résurrection), est du xic siècle. 11 a été l'objet de\ndivers travaux philologiques, déjà indiqués par de CoUssemaker. Le premier\nest celui de l'abbé Lebeuf, qui eut le mérite de le découvrir en 1741 (Disserta-\ntion sur ïHistoire ecclésiastique de Pans, (t. II, p. 65). Après les Bénédictins, qui\ndans leur Histoire littéraire delà France (1746, t. VII, p. 127), s'en servirent\npour reculer et fixer les origines du théâtre moderne, le manuscrit resta oublié\njusqu'en 1816 où il fut publié par Raynouard,, exclusivement intéressé par les\nlambeaux de langue romane qui (dans les pièces autres que les Prophètes) sont\nmêlés au latin. De Montmerqué et Fr. Michel rééditèrent le texte en 1839."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.4", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3457, "texte": "Édelestan du Mesnil s'en occupa incidemment en 1849, dans son opuscule sur\nles Origines latines du théâtre français. 11 faut ajouter les études de Magnin dans\nle Journal de l'lnstruction publique (1835 et 1836), et dans le Journal des Savants\n(1846). Ces philologues n'avaient pu ignorer que les paroles latines sont\naccompagnées d'un bout à l'autre, ]— sauf une petite lacune, d'une notation\nmusicale à points superposés, dite notation d'Aquitaine, avec une ligne tracée\nà la pointe sèche du stylet dans l'épaisseur du vélin ; mais pour des causes\ndiverses, ils avaient négligé cette partie du document à étudier. La musique\ndu manuscrit est mentionnée pour la première fois en 1838 par Bottée de Toul-\nmont qui, dans ses instructions aux correspondants du ministère de l'instruc-\ntion publique (comité créé par Guizot), la cite avec précision comme exemple\nde pièce très ancienne; elle a été enfin publiée par De Coussemaker, avec quel-\nques fac-similés en couleur de l'original, en 1852 dans son Histoire de l'Har-\nmonie au moyen âge, et en 1861 dans ses Drames liturgiques.\nComme on le voit par cette esquisse bibliographique, l'évolution suivie par\nl'esprit critique est l'inverse de l'évolution que suivent les faits dans la réalité.\nDans l'histoire, c'est la musique qui apparaît d'abord ; on débute par le chant ;\nla poésie est fille de la mélodie (ainsi le drame purement littéraire vient très\ntard, après le drame lyrique). Dans la critique, comme si on était sous l'in-\nfluence des derniers et plus récents produits de l'esprit humain, on débute au\ncontraire par l'étude des textes littéraires. C'est sur le tard seulement qu'en\nremontant vers les origines on s'élève à l'étude de la musique.\nDans cette pièce, qui se réduit à une scène unique avec une succession de\n« tableaux » rapides, il y a 14 personnages : un préchantre, qui fait songer au\n« prologue » de la comédie latine (le prologue est un acteur chargé du prélude\nou de l'annonce), et qui en même temps introduit et interroge les prophètes :\nIsraël, Moïse, Isaïe, Jérémie, Daniel, Abacuc, David, Siméon, Elisabeth, Jean-\nBaptiste, Virgile, Nabuchodonosor et la Sybille ; choix singulier, où des élé-\nments païens se mêlent aux souvenirs de la Bible 1 A chacun de ces personnages,\nle préchantre pose une question naïve : Toi, un tel, que sais-tu sur le Christ?\nDis-nous quelque chose ! Le prophète répond par une phrase tirée habituelle-\nment d'un texte biblique, et on passe à un autre. Tout est en latin et en\nplain-chant.\nIII\ni° Voici le prélude du préchantre annonçant la représentation :\n« Que toutes les nations se réjouissent et entonnent un chant d'allégresse !\nDieu se fait homme; de la maison de David, il naît aujourd'hui. O Juifs, qui\nniez le verbe de Dieu, écoutez, en ordre, les hommes de votre loi, les témoins\nde votre Roi. Et vous, peuples, qui ne croyez pas qu'une Vierge ait enfanté,\nchassez votre erreur devant les preuves tirées de [l'histoire de] votre nation* »\nDans cette annonce, l'idée d'enseignement et d'édification est nettement\nindiquée. Le mot documentis est typique. C'est bien une preuve visible, une\ndémonstration, que le spectateur attend. Cela revêt la forme d'une séquence\nlatine où on trouve deux éléments essentiels de la versification française moderne !\ni° la rime ; 2° les vers (?) à rime masculine (terminés sur une syllabe forte) et\nles vers à rime féminine (terminés sur une syllabe faible). En réalité, le latin"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1098, "texte": "ignore les finales foi tes, puisqu il ne place jamais l'accent tonique sur la dernière\nsyllabe du mot, mais le principe adopté ici, dans le voisinage des langues\nromanes, est, avec le maintien (sauf exception) de l'accent à sa place normale\n(syllabe pénultième ou antépénultième), l'introduction d'un accent secondaire\nde deux en deux, si bien que la formule a l'allure ïambique ou trochaïque :\nr\nOmnes géntes\nCôngaudéntes\nDént Cantum leticié !\nDéus hômo fit,\nDe Dômo David\nNâtus hôdié.\nO Judéi\nVérbum Déi\nQui negâtis, hominém\nVéstre légis\nTéstem régis\nAudité per ordiném.\nEt vos, géntes,\nNon credénles\nPéperisse Virginém,\nVéstre géntîs\nDôcuméntis\nPéllité caliginém.\nVoici ces mêmes paroles avec la transcription de la musique contenue dans le\nmanuscrit :\nBien qu'il s'agisse d'exprimer l'allégresse, et bien que les paroles aient un\ncaractère un peu agressif — puisqu'il s'agit de combattre l'incrédulité par une\ndémonstration décisive — le plain-chant ramène tout à la sérénité de ses for-\nmules habituelles. Ce motif gracieux et limpide évoque le souvenir de beaucoup"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.6", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "de pièces du paroissien écrites dans le 5e ton. On en retrouve le dessin initial,\navec plus ou moins d'exactitude, dans 1 offertoire (Jubilate Deoomnis terra,..) du\ndimanche dans l'octave de l'Epiphanie ; dans le graduel du VIe dimanche et\n(plus altéré) dans l'offertoire du VIIIe après la Pentecôte; dans celui du\nXVIIIe dimanche (Sanctificavit Moyses altare Domino) ; dans le graduel Gloria\net honore de la messe pour un martyr pontife ; dans l'introït de la messe du\n18 juillet; dans l'offertoire Confessio et pulchritudo de la fête du 10 août...\nCe n'est pas seulement pour la lecture correcte et l'interprétation de la\nmusique des Prophètes qu'il importe d'indiquer ces rapprochements. Nous\nsaisissons ici une des différences essentielles qui séparent un moderne d'un\nprimitif. Un moderne cherche de parti pris la nouveauté ; il croit que la nou-\nveauté de son langage, littéraire ou musical, est précisément la justification de\nson œuvre, sans quoi celle-ci serait inutile et n'aurait aucune raison d'être. A\nmesure qu'on se rapproche du temps présent, cette idée s'exagère de plus en\nplus : de là l'étrangetéde certains compositeurs contemporains qui semblent se\nmettre l'esprit à la torture pour trouver du neuf. Le primitif est tout autre. Au\nlieu d'être tourné vers l'avenir, il est tourné vers le passé. Faisant œuvre reli-\ngieuse, il s'applique à suivre la tradition; la conformité à la tradition justifie\nprécisément son œuvre, sans quoi celle-ci serait une sorte de monstre. De là,\ndans les drames liturgiques, la persistance du plain-chant. De là aussi les\nformules bibliques déjà en usage dans les offices.\n20 Après ce prélude, le préchantre interroge le premier prophète paraissant\ndevant les spectateurs :\nlsraël, vir lenis, inque ! De Christo quid nosti firme } Israël, homme doux il\na l'air de dire aux assistants : n'ayez pas peur ! il n'est pas méchant I), parle-nous\nun peu. Que sais-tu de sûr au sujet du Christ ?\nEt Israël répond :\nLe sceptre restera dans Juda, jusqu'à ce que soit présent celui qui doit\nêtre marqué (d'infamie?). Le Verbe Sauveur de Dieu est attendu par les peuples\navec moi :\nDux de Jûda non tollétur (1)\nDônec adsit qui notétur;\nSâlutâre Déi Vérbum\nExspectâbunt géntes mécum.\nVoici la musique :\nISRA.EL (Entrée d'). Le préchantre.\n\n(r) Je lis tollitur (au lieu de tolletur)."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.7", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3415, "texte": "Tout est biblique ici (sauf le chant). Israël est le nom de Jacob. Dans la\nGenèse (xxxn, 24 et suiv.), un ange, sous la figure d'un homme, lutte avec\nJacob jusqu'au matin ; puis il lui dit : « On ne te nommera plus Jacob, mais\nIsraël (mot hébreu signifiant fort contre Dieu ) ; si tu as été fort contre Dieu,\ncombien le seras-tu davantage contre les hommes? » Et les paroles chantées\ndans notre drame sont la reproduction presque rigoureuse de celles que prononce\nJacob, lorsqu'avant de mourir il prédit à chacun de ses enfants (Siméon, Lévi,\nJuda, etc.), ce qui doit arriver: « Le sceptre ne sera point ôté de Juda, ni le\nprince de sa postérité, jusqu'à ce que celui qui doit être envoyé soit venu ; et\nc'est lui qui sera l'attente des nations. »\nSans transition et sans se préoccuper de relier l'un à l'autre ces petits\ntableaux, le préchantre continue ses apostrophes :\nLE PRÉCHANTRE. —Législateur, Moïse, approche-toi ici ! et dis-nous quelque\nchose qui soit digne du Christ !\nMOÏSE. Dieu vous donnera un prophète ; écoutez-le comme moi-même\n(huic ut mihi aurem date). Et il ajoute de façon ambiguë : « Celui qui n'entend pas\nce prophète qui m'entend (?) sera chassé de sa nation. Qui non audit hune audien-\ntem expelletur (?) sua gen te. »\nLa première partie de la réponse est chantée exactement sur la même mélodie\nque la question !\nLE PRÉCHANTRE. Isaïe, toi qui sais la vérité, pourquoi ne la dis-tu pas ?\n(lsaïe est en effet au premier rang des Prophètes : il prédit la prise de Jéru-\nsalem, la captivité de Babylone, le retour des Juifs, etc... Saint Jérôme disait de\nlui qu'il faut le considérer comme un Evangéliste, car il semble plutôt réciter des\nhistoires déjà accomplies que prédire des événements futurs )\nISAÏE. Il est nécessaire qu'un rameau sorte de la souche de Jessé. De lui\nsortira une fleur qui est l'esprit de Dieu.\nCes paroles reproduisent le texte de la Bible (Isaïe, début du ch. vi, 1-7). Les\narts du dessin les ont réalisées dans de bien nombreuses compositions Dans le\nbas, le vieux Jessé, étendu et endormi. De sa poitrine ou de sa bouche sort un\narbre (vigne, ou arbre de fantaisie, chargé de feuilles, de fleurset de fruits déco-\nratifs). Sur les branches, en buste ou en pied, les rois de Juda, ancêtres du Christ ;\nsur la dernière, dans le calice d'une fleur, en costume royal et entourée d'une\nauréole, est la Vierge, tenant Jésus dans ses bras. Parmi les ancêtres du\nChrist, on voit David, tenant la harpe, avec un costume plus riche. Quelquefois\nsurtout dans les compositions du xve siècle tous les rois font de la musique\n(vitraux de la chapelle du Christ, à la cathédrale du Mans et du sanctuaire de\nla Sainte-Chapelle, miniature du psautier de saint Louis à l'Arsenal, etc.. )\nJérémie le prophète mélancolique, représenté par Michel Ange dans une\nattitude de tristesse pensive et douloureuse est interpellé par le préchantre :\nApproche-toi, Jérémie; dis-nous des prophéties !\nEt Jérémie répond : « Le Christ est notre Dieu, celui qui n'aura pas de se-\ncond, » sur la même mélodie qui a servi déjà pour Moïse (question et réponse).\nParmi les autres « prophètes » qui défilent, Daniel, Abacuc, David,\nSiméon, Elisabeth (cousine de la Vierge1, Jean-Baptiste (reproduisant le mot\ndevenu populaire : Je ne suis pas digne de dénouer les cordons de ses souliers),\nNabuchodonosor, il faut remarquer Virgile et la.Sibylle. Virgile dit le vers\nincorrect :"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.8", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2600, "texte": "Ecce polo demissa solo nova progenies est,\nsouvenir du 7e vers de l'Eglogue IV :\nJam nova progenies cœlo demittitur alto.\n•\nLa Sibylle était un personnage très populaire. Le moyen âge en a connu une\ndizaine. Il yen avait une sculptée au portail de presque toutes les cathédrales.\nLa plus célèbre était la Sibylle Erythrée, qui était censée avoir prophétisé au\ntemps de la fondation de Rome. C'est à elle qu'il est fait allusion dans le Dies irœ\n(Teste David cum Sibylla). Sa célébrité venait d'un chapitre de la Cité de Dieu\n(23, 1. XVIII), où saint Augustin lui attribue des vers acrostiches sur le juge-\nment dernier. Elle en reproduit ici le début :\nJudicii ad signum tellus sudore madescet, etc.\nyil ' '■ 1\n« Aux approches du Jugement dernier, la terre s'humectera d'une sueur\n[d'épouvante]. »\nLa pièce se termine par cette phrase, résumant l'effet présumé de tous les\ntémoignages : Judœa iticredula, cur mânes adhuc inverecunda ? « Juifs incrédules,\npourquoi refusez-vous encore d'honorer le Christ ? »\nTelle est cette pièce des Prophètes. Scène d'édification et de démonstration\nthéologique, on le voit, beaucoup plus que « drame », bien qu'il y ait dialogue\net « imitation » réelle. Drame liturgique ? Oui, si Ton veut. N'oublions pas que\ncette étiquette de «drame liturgique » est une invention de Didron (qui en re-\nvendiquait jalousement la paternité, Annales archéologiques, t. XVII), mais\nqu'elle ne saurait être acceptée par un liturgiste serrant de près le sens des\nmots. Elle correspond d'ailleurs à une idée assez juste, les Prophètes étant tout\nimprégnés des croyances d'une époque. Ainsi les contemporains d'Auguste\naimaient à citer les vieux oracles qui avaient prédit et annoncé la toute-puis-\nsance universelle de Rome. Drame lyrique ? Sans doute, puisque tout est chanté,\nen plain-chant, je crois, et non en musique mesurée ; mais quelle monotonie !\ntoujours la même tonalité, une suite de questions et de réponses ayant toutes\nle même objet et presque la même formule musicale. Une des lois de la compo-\nsition lyrique est d'approprier le langage musical au caractère de celui qui\nparle et de le marquer, autant que possible, par un trait particulier : ici on est\ntrès éloigné de cette préoccupation. Virgile, Nabuchodonosor, la Sibylle,\ns'expriment à peu près de la même manière ! L'Eglise elle-même ne donnait-\nelle pas l'exemple de cette uniformité en adaptant ses timbres grégoriens à\ndes paroles très différentes ? Les éléments du drame lyrique commencent à se\ndégager ; l'art du drame lyrique nexiste pas encore.\n( A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-01-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-01-15_01#c002", "volume": "bmtnabj_1909-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "37", "page_fin": "44", "image_debut": 1, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.2.1.1", "titre_corps": "Histoire du théâtre lyrique. Les drames liturgiques au moyen âge", "titre_sommaire": "Histoire du théâtre lyrique. Les drames liturgiques au moyen âge", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.1", "debut_caractere": 162, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "Histoire du théâtre lyrique.\nLes drames liturgiques au moyen âge\n\n(suite).\nI. LES PROPHÈTES.\nLes drames primitifs du moyen âge sont une illustration et un complément\nde la liturgie. Or la liturgie est consacrée à la glorification du Christ ; elle en\nfait son objet principal, sinon unique. Je disposerai donc les pièces dont j'ai à\nparler dans l'ordre qui correspond à l'histoire même du Christ ; je commence\npar celle où sa venue est prédite.\nEst-il vraiment possible d'employer le mot « drame » en parlant de cette sin-\ngulière série de scènes si brèves dont le manuscrit de Saint-Martial de Limoges\nnous donne le texte ? Je ne sais rien de plus naïf, de plus simpliste, de plus\néloigné de tous les artifices du théâtre. Ce que j'ai à décrire, c'est un défilé de\npersonnages comme on en voit à la cathédrale de Strasbourg, sur le coup de\nmidi, en une sorte de guignol pittoresque où chaque battement de l'horloge\nfait passer devant le spectateur une nouvelle figure de l'ancien Testament. C'est\nbien quelque chose comme cela; mais avec une petite différence !... A Stras-\nbourg, le spectacle a lieu devant des voyageurs de l'agence Cook, armés de\nleur Bedeker, sous la surveillance d'un suisse magnifique très attentif aux\npourboires d'usage. C'est une curiosité de mécanique, recommandée avant le\ndéjeuner à la table d'hôte. Les prophètes nous replacent dans une atmosphère\nde foi où tout est pur, sincère ; où les grands souvenirs bibliques produisent\nune émotion réelle et dont la source est intérieure, toute d'amour et de respect\nreligieux.\nCe drame — appelons-le ainsi — se jouait dans l'église, la veille de Noël.\nPour se replacer dans l'état d'esprit d'où il est sorti, il ne faut pas oublier que\ndans la période qui précède Noël, l'Avent, aussi bien dans les chants de la\nmesse que dans ceux des offices du jour et de la nuit, l'Église faisait converger\ntoute sa liturgie vers cette idée : le Christ est proche, le Sauveur va naître.\nElle l'exprime de mille façons*: sous forme de prière, de supplication, d'annonce"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.2", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2946, "texte": "solennelle, de vision mystique et anticipée, de chant d'allégresse, avec toutes les\nnuances de sentiment qui correspondent à ces divers modes de la foi. Ainsi\non chante, à la férié 11, (infra Hebdom, 111. Adventus), à Laudes et pendant\nles Heures :\nCésar Franck, en sa Rédemption, dit cela autrement. Nous sommes aû moyen\nâge. Les antiennes de l'antiphonaire, durant cette période, sont toutes pleines\nd'images brillantes ; elles annoncent une « source » prochaine où toutes les na-\ntions viendront boire la joie et la salut, une « rosée » ou « une pluie de justice »\nqui, du ciel, va tomber sur la terre (feria 111 : ad Laudes et fer Hor as), une récom-\npense suprême qui sera donnée aux observateurs de la Loi... On compare Jésus\nà une lumière dans la nuit, au soleil qui va paraître à l'horizon (antienne in\nVigilia Nativ. Dom.). C'est une attente « universelle » (graduel du lerIer dim. de\nl'Avent). La nature entière va être transformée : « Les montagnes distilleront\nle nectar ; des collines, couleront'des fleuves de lait et de miel » (aux vêpres,\nler1er dim. de l'Avent). « Jérusalem, lève-toi et vois le bonheur que ton Dieu\nt'apporte ! » (com Ilie du Dim. de l'Avent). C est un enthousiasme qui va gagner\nla nature entière et même les objets inanimés : « Les arbres des forêts applau-\ndiront » (omnia ligna silvarum plaudent manibus, ant. du IIe dim. de l'Avent).\nOn va jusqu'à dire naïvement au Christ : «Viens, ne sois pas en retard ! » Noli\ntard are !\nPour parler et chanter ainsi, on s'appuie sur le témoignage des prophètes,\ndont les prédictions vont se réaliser. Ainsi (férié lll,in/ra Hebdomadam Adventus,\nAntiph.) : « Da mercedem Domine sustinentibus te, ut prophetce tui fideles\ninveniantur », et, férié IV : « Prophetceprœdicaverunt nasci Salvatorem de Virgine\nMaria. » Ces prophéties occupent une place très importante dans la liturgie ; à\nl'office du matin,le samedi saint,l'Eglise n'en lit pas moins de douze,d une étendue\nconsidérable. Elle célèbre THomme-Dieu, qui en vertu de sa double nature a\nété connu avant son incarnation : « Vult [enim] ostendere utramque naturam\nesse in Christo, ut sic plures sint testes nativitatis Christi. . scilicet ab eis qui\nfuerunt ante legem, sub lege et post legem, quoniam integrum est judicium quod\nplurimorum sententiis confirmatur. »\nOr, le peuple des fidèles ne veut pas seulement se souvenir, penser et croire;\nil veut voir. Les arts plastiques furent mis à contribution. A la façade des\npresque toutes les cathédrales du xme siècle, il y a une galerie de statues colos-\nsales : ce ne sont pas les rois de France, comme on l'a cru pendant quelque\ntemps, mais les rois de Juda, prédécesseurs de Jésus. L'image des prophètes\nrépond au même besoin instinctif de réaliser les idées abstraites et d'en jouir\n\n(i) Dans le texte de l'antiphonaire de Solesmes (189 î, p. 93) que j'ai sous les yeux, il ya,\naprès Deus, une barre césure qui me paraît fâcheuse..."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.3", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3339, "texte": "autrement que par la pensée. En eux-mêmes, les prophètes de l'ancien\nTestament sont des figures extraordinaires, bien capables de séduire l'imagina-\ntion d'un statuaire, d'un poète ou d un compositeur, surtout s'il a des tendances\nromantiques. Considérés d'un point de vue purement historique et humain,\nils fournissent à l'artiste une matière très riche. Ce sont des inspirés, des\n« surhommes » à la fois brillants et violents. Arrachés à la vie commune par une\nforce supérieure, enivrés de bruit et de musique, \"ils ébranlent les villes et les\nsociétés de leur verbe retentissant. Ils prophétisent du fond des citernes ; ils\nrasent leurs cheveux et leurs sourcils ; ils déchirent leur manteau, marchent nus\ndans le désert... Et chacun d'eux a une psychologie propre, un caractère per-\nsonnel, une attitude marquée par un trait énergique. Représenter les prophètes,\nd'une façon quelconque, avec le pinceau, le ciseau ou la plume, c'est composer\nune galerie, où la couleur et le dessin semblent devoir former des tableaux\néblouissants et très distincts.\nIl n'y a qu'un seul artiste qui, en s'inspirant de la Bible, ait compris ainsi un\ntel sujet et l'ait traité de façon émouvante. C'est Michel-Ange. Le moyen âge,\ndans les arts du rythme comme dans les arts plastiques, n'a rien fait de sem-\nblable, rien d'approchant: Une conception tout autre de l'Ancien Testament a\ninspiré ses œuvres.\nA très peu de chose près, il a négligé ce qui, aux yeux d'un poète ou d'un\nartiste proprement dit, est si important. Pour lui, les prophètes perdent leurs\nqualités individuelles et s'absorbent, si je puis dire, dans une vérité générale et\nthéologique ; ce qu'il retient d'eux, avec les noms qui sont comme la garantie\nd'une certitude, c est que tous, sous des formes dont les différences importent\npeu, ont annoncé la même chose : la venue du Messie, l'apparition du Christ.\nAinsi, bien qu'ils appartiennent à l'ancienne Loi, les sculpteurs les rapprochent\ndes apôtres ; ils les traitent comme eux : ils leur donnent la même tunique, le\nmême livre, le même nimbe d'or (par exemple sur les vitraux de Bourges) ; on\nles distingue à peine, quelquefois, par le bonnet conique des Juifs. De là, une\ncertaine monotonie dans les représentations plastiques, monotonie résultant de\nce que l'idée du Christ est étendue à tout, domine tout, et relègue dans l'ombre\nles traits personnels, particuliers et contingents. On la retrouve dans le drame\nmusical.\nII\nLe manuscrit de Saint-Martial de Limoges, aujourd'hui à la Bibliothèque\nnationale, qui contient le texte des Prophètes (avec celui des Vierges sages et des\nVierges folles et celui de la Résurrection), est du xic siècle. 11 a été l'objet de\ndivers travaux philologiques, déjà indiqués par de CoUssemaker. Le premier\nest celui de l'abbé Lebeuf, qui eut le mérite de le découvrir en 1741 (Disserta-\ntion sur ïHistoire ecclésiastique de Pans, (t. II, p. 65). Après les Bénédictins, qui\ndans leur Histoire littéraire delà France (1746, t. VII, p. 127), s'en servirent\npour reculer et fixer les origines du théâtre moderne, le manuscrit resta oublié\njusqu'en 1816 où il fut publié par Raynouard,, exclusivement intéressé par les\nlambeaux de langue romane qui (dans les pièces autres que les Prophètes) sont\nmêlés au latin. De Montmerqué et Fr. Michel rééditèrent le texte en 1839."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.4", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3457, "texte": "Édelestan du Mesnil s'en occupa incidemment en 1849, dans son opuscule sur\nles Origines latines du théâtre français. 11 faut ajouter les études de Magnin dans\nle Journal de l'lnstruction publique (1835 et 1836), et dans le Journal des Savants\n(1846). Ces philologues n'avaient pu ignorer que les paroles latines sont\naccompagnées d'un bout à l'autre, ]— sauf une petite lacune, d'une notation\nmusicale à points superposés, dite notation d'Aquitaine, avec une ligne tracée\nà la pointe sèche du stylet dans l'épaisseur du vélin ; mais pour des causes\ndiverses, ils avaient négligé cette partie du document à étudier. La musique\ndu manuscrit est mentionnée pour la première fois en 1838 par Bottée de Toul-\nmont qui, dans ses instructions aux correspondants du ministère de l'instruc-\ntion publique (comité créé par Guizot), la cite avec précision comme exemple\nde pièce très ancienne; elle a été enfin publiée par De Coussemaker, avec quel-\nques fac-similés en couleur de l'original, en 1852 dans son Histoire de l'Har-\nmonie au moyen âge, et en 1861 dans ses Drames liturgiques.\nComme on le voit par cette esquisse bibliographique, l'évolution suivie par\nl'esprit critique est l'inverse de l'évolution que suivent les faits dans la réalité.\nDans l'histoire, c'est la musique qui apparaît d'abord ; on débute par le chant ;\nla poésie est fille de la mélodie (ainsi le drame purement littéraire vient très\ntard, après le drame lyrique). Dans la critique, comme si on était sous l'in-\nfluence des derniers et plus récents produits de l'esprit humain, on débute au\ncontraire par l'étude des textes littéraires. C'est sur le tard seulement qu'en\nremontant vers les origines on s'élève à l'étude de la musique.\nDans cette pièce, qui se réduit à une scène unique avec une succession de\n« tableaux » rapides, il y a 14 personnages : un préchantre, qui fait songer au\n« prologue » de la comédie latine (le prologue est un acteur chargé du prélude\nou de l'annonce), et qui en même temps introduit et interroge les prophètes :\nIsraël, Moïse, Isaïe, Jérémie, Daniel, Abacuc, David, Siméon, Elisabeth, Jean-\nBaptiste, Virgile, Nabuchodonosor et la Sybille ; choix singulier, où des élé-\nments païens se mêlent aux souvenirs de la Bible 1 A chacun de ces personnages,\nle préchantre pose une question naïve : Toi, un tel, que sais-tu sur le Christ?\nDis-nous quelque chose ! Le prophète répond par une phrase tirée habituelle-\nment d'un texte biblique, et on passe à un autre. Tout est en latin et en\nplain-chant.\nIII\ni° Voici le prélude du préchantre annonçant la représentation :\n« Que toutes les nations se réjouissent et entonnent un chant d'allégresse !\nDieu se fait homme; de la maison de David, il naît aujourd'hui. O Juifs, qui\nniez le verbe de Dieu, écoutez, en ordre, les hommes de votre loi, les témoins\nde votre Roi. Et vous, peuples, qui ne croyez pas qu'une Vierge ait enfanté,\nchassez votre erreur devant les preuves tirées de [l'histoire de] votre nation* »\nDans cette annonce, l'idée d'enseignement et d'édification est nettement\nindiquée. Le mot documentis est typique. C'est bien une preuve visible, une\ndémonstration, que le spectateur attend. Cela revêt la forme d'une séquence\nlatine où on trouve deux éléments essentiels de la versification française moderne !\ni° la rime ; 2° les vers (?) à rime masculine (terminés sur une syllabe forte) et\nles vers à rime féminine (terminés sur une syllabe faible). En réalité, le latin"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1098, "texte": "ignore les finales foi tes, puisqu il ne place jamais l'accent tonique sur la dernière\nsyllabe du mot, mais le principe adopté ici, dans le voisinage des langues\nromanes, est, avec le maintien (sauf exception) de l'accent à sa place normale\n(syllabe pénultième ou antépénultième), l'introduction d'un accent secondaire\nde deux en deux, si bien que la formule a l'allure ïambique ou trochaïque :\nr\nOmnes géntes\nCôngaudéntes\nDént Cantum leticié !\nDéus hômo fit,\nDe Dômo David\nNâtus hôdié.\nO Judéi\nVérbum Déi\nQui negâtis, hominém\nVéstre légis\nTéstem régis\nAudité per ordiném.\nEt vos, géntes,\nNon credénles\nPéperisse Virginém,\nVéstre géntîs\nDôcuméntis\nPéllité caliginém.\nVoici ces mêmes paroles avec la transcription de la musique contenue dans le\nmanuscrit :\nBien qu'il s'agisse d'exprimer l'allégresse, et bien que les paroles aient un\ncaractère un peu agressif — puisqu'il s'agit de combattre l'incrédulité par une\ndémonstration décisive — le plain-chant ramène tout à la sérénité de ses for-\nmules habituelles. Ce motif gracieux et limpide évoque le souvenir de beaucoup"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.6", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "de pièces du paroissien écrites dans le 5e ton. On en retrouve le dessin initial,\navec plus ou moins d'exactitude, dans 1 offertoire (Jubilate Deoomnis terra,..) du\ndimanche dans l'octave de l'Epiphanie ; dans le graduel du VIe dimanche et\n(plus altéré) dans l'offertoire du VIIIe après la Pentecôte; dans celui du\nXVIIIe dimanche (Sanctificavit Moyses altare Domino) ; dans le graduel Gloria\net honore de la messe pour un martyr pontife ; dans l'introït de la messe du\n18 juillet; dans l'offertoire Confessio et pulchritudo de la fête du 10 août...\nCe n'est pas seulement pour la lecture correcte et l'interprétation de la\nmusique des Prophètes qu'il importe d'indiquer ces rapprochements. Nous\nsaisissons ici une des différences essentielles qui séparent un moderne d'un\nprimitif. Un moderne cherche de parti pris la nouveauté ; il croit que la nou-\nveauté de son langage, littéraire ou musical, est précisément la justification de\nson œuvre, sans quoi celle-ci serait inutile et n'aurait aucune raison d'être. A\nmesure qu'on se rapproche du temps présent, cette idée s'exagère de plus en\nplus : de là l'étrangetéde certains compositeurs contemporains qui semblent se\nmettre l'esprit à la torture pour trouver du neuf. Le primitif est tout autre. Au\nlieu d'être tourné vers l'avenir, il est tourné vers le passé. Faisant œuvre reli-\ngieuse, il s'applique à suivre la tradition; la conformité à la tradition justifie\nprécisément son œuvre, sans quoi celle-ci serait une sorte de monstre. De là,\ndans les drames liturgiques, la persistance du plain-chant. De là aussi les\nformules bibliques déjà en usage dans les offices.\n20 Après ce prélude, le préchantre interroge le premier prophète paraissant\ndevant les spectateurs :\nlsraël, vir lenis, inque ! De Christo quid nosti firme } Israël, homme doux il\na l'air de dire aux assistants : n'ayez pas peur ! il n'est pas méchant I), parle-nous\nun peu. Que sais-tu de sûr au sujet du Christ ?\nEt Israël répond :\nLe sceptre restera dans Juda, jusqu'à ce que soit présent celui qui doit\nêtre marqué (d'infamie?). Le Verbe Sauveur de Dieu est attendu par les peuples\navec moi :\nDux de Jûda non tollétur (1)\nDônec adsit qui notétur;\nSâlutâre Déi Vérbum\nExspectâbunt géntes mécum.\nVoici la musique :\nISRA.EL (Entrée d'). Le préchantre.\n\n(r) Je lis tollitur (au lieu de tolletur)."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.7", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3415, "texte": "Tout est biblique ici (sauf le chant). Israël est le nom de Jacob. Dans la\nGenèse (xxxn, 24 et suiv.), un ange, sous la figure d'un homme, lutte avec\nJacob jusqu'au matin ; puis il lui dit : « On ne te nommera plus Jacob, mais\nIsraël (mot hébreu signifiant fort contre Dieu ) ; si tu as été fort contre Dieu,\ncombien le seras-tu davantage contre les hommes? » Et les paroles chantées\ndans notre drame sont la reproduction presque rigoureuse de celles que prononce\nJacob, lorsqu'avant de mourir il prédit à chacun de ses enfants (Siméon, Lévi,\nJuda, etc.), ce qui doit arriver: « Le sceptre ne sera point ôté de Juda, ni le\nprince de sa postérité, jusqu'à ce que celui qui doit être envoyé soit venu ; et\nc'est lui qui sera l'attente des nations. »\nSans transition et sans se préoccuper de relier l'un à l'autre ces petits\ntableaux, le préchantre continue ses apostrophes :\nLE PRÉCHANTRE. —Législateur, Moïse, approche-toi ici ! et dis-nous quelque\nchose qui soit digne du Christ !\nMOÏSE. Dieu vous donnera un prophète ; écoutez-le comme moi-même\n(huic ut mihi aurem date). Et il ajoute de façon ambiguë : « Celui qui n'entend pas\nce prophète qui m'entend (?) sera chassé de sa nation. Qui non audit hune audien-\ntem expelletur (?) sua gen te. »\nLa première partie de la réponse est chantée exactement sur la même mélodie\nque la question !\nLE PRÉCHANTRE. Isaïe, toi qui sais la vérité, pourquoi ne la dis-tu pas ?\n(lsaïe est en effet au premier rang des Prophètes : il prédit la prise de Jéru-\nsalem, la captivité de Babylone, le retour des Juifs, etc... Saint Jérôme disait de\nlui qu'il faut le considérer comme un Evangéliste, car il semble plutôt réciter des\nhistoires déjà accomplies que prédire des événements futurs )\nISAÏE. Il est nécessaire qu'un rameau sorte de la souche de Jessé. De lui\nsortira une fleur qui est l'esprit de Dieu.\nCes paroles reproduisent le texte de la Bible (Isaïe, début du ch. vi, 1-7). Les\narts du dessin les ont réalisées dans de bien nombreuses compositions Dans le\nbas, le vieux Jessé, étendu et endormi. De sa poitrine ou de sa bouche sort un\narbre (vigne, ou arbre de fantaisie, chargé de feuilles, de fleurset de fruits déco-\nratifs). Sur les branches, en buste ou en pied, les rois de Juda, ancêtres du Christ ;\nsur la dernière, dans le calice d'une fleur, en costume royal et entourée d'une\nauréole, est la Vierge, tenant Jésus dans ses bras. Parmi les ancêtres du\nChrist, on voit David, tenant la harpe, avec un costume plus riche. Quelquefois\nsurtout dans les compositions du xve siècle tous les rois font de la musique\n(vitraux de la chapelle du Christ, à la cathédrale du Mans et du sanctuaire de\nla Sainte-Chapelle, miniature du psautier de saint Louis à l'Arsenal, etc.. )\nJérémie le prophète mélancolique, représenté par Michel Ange dans une\nattitude de tristesse pensive et douloureuse est interpellé par le préchantre :\nApproche-toi, Jérémie; dis-nous des prophéties !\nEt Jérémie répond : « Le Christ est notre Dieu, celui qui n'aura pas de se-\ncond, » sur la même mélodie qui a servi déjà pour Moïse (question et réponse).\nParmi les autres « prophètes » qui défilent, Daniel, Abacuc, David,\nSiméon, Elisabeth (cousine de la Vierge1, Jean-Baptiste (reproduisant le mot\ndevenu populaire : Je ne suis pas digne de dénouer les cordons de ses souliers),\nNabuchodonosor, il faut remarquer Virgile et la.Sibylle. Virgile dit le vers\nincorrect :"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.8", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2600, "texte": "Ecce polo demissa solo nova progenies est,\nsouvenir du 7e vers de l'Eglogue IV :\nJam nova progenies cœlo demittitur alto.\n•\nLa Sibylle était un personnage très populaire. Le moyen âge en a connu une\ndizaine. Il yen avait une sculptée au portail de presque toutes les cathédrales.\nLa plus célèbre était la Sibylle Erythrée, qui était censée avoir prophétisé au\ntemps de la fondation de Rome. C'est à elle qu'il est fait allusion dans le Dies irœ\n(Teste David cum Sibylla). Sa célébrité venait d'un chapitre de la Cité de Dieu\n(23, 1. XVIII), où saint Augustin lui attribue des vers acrostiches sur le juge-\nment dernier. Elle en reproduit ici le début :\nJudicii ad signum tellus sudore madescet, etc.\nyil ' '■ 1\n« Aux approches du Jugement dernier, la terre s'humectera d'une sueur\n[d'épouvante]. »\nLa pièce se termine par cette phrase, résumant l'effet présumé de tous les\ntémoignages : Judœa iticredula, cur mânes adhuc inverecunda ? « Juifs incrédules,\npourquoi refusez-vous encore d'honorer le Christ ? »\nTelle est cette pièce des Prophètes. Scène d'édification et de démonstration\nthéologique, on le voit, beaucoup plus que « drame », bien qu'il y ait dialogue\net « imitation » réelle. Drame liturgique ? Oui, si Ton veut. N'oublions pas que\ncette étiquette de «drame liturgique » est une invention de Didron (qui en re-\nvendiquait jalousement la paternité, Annales archéologiques, t. XVII), mais\nqu'elle ne saurait être acceptée par un liturgiste serrant de près le sens des\nmots. Elle correspond d'ailleurs à une idée assez juste, les Prophètes étant tout\nimprégnés des croyances d'une époque. Ainsi les contemporains d'Auguste\naimaient à citer les vieux oracles qui avaient prédit et annoncé la toute-puis-\nsance universelle de Rome. Drame lyrique ? Sans doute, puisque tout est chanté,\nen plain-chant, je crois, et non en musique mesurée ; mais quelle monotonie !\ntoujours la même tonalité, une suite de questions et de réponses ayant toutes\nle même objet et presque la même formule musicale. Une des lois de la compo-\nsition lyrique est d'approprier le langage musical au caractère de celui qui\nparle et de le marquer, autant que possible, par un trait particulier : ici on est\ntrès éloigné de cette préoccupation. Virgile, Nabuchodonosor, la Sibylle,\ns'expriment à peu près de la même manière ! L'Eglise elle-même ne donnait-\nelle pas l'exemple de cette uniformité en adaptant ses timbres grégoriens à\ndes paroles très différentes ? Les éléments du drame lyrique commencent à se\ndégager ; l'art du drame lyrique nexiste pas encore.\n( A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-01-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-01-15_01#c006", "volume": "bmtnabj_1909-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "45", "page_fin": "51", "image_debut": 9, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.2.2", "titre_corps": "Exécutions récentes.— Varia.", "titre_sommaire": "Exécutions récentes.— Varia.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.9", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3357, "texte": "Exécutions récentes.— Varia.\n\nAUDITION DES ENVOIS DE L'ECOLE DE ROME : «AMPHYTRION» (PROLOGUE\nET Ier ACTE) DE M. RAOUL LAPARRA.\n\n— Le mercredi 30 décembre dernier a eu\nlieu au Conservatoire l'exécution de cette œuvre, signée par M. Laparra\n(grand prix de composition musicale au concours de Rome en 1903). En voici\nle sujet :\n« L'aurore naît sur un paysage grec. Les nymphes appellent (sic) ; .les échos\nrépondent. Le jour apparaît, chantant son hymne lumineux.\nMercure intervient, ordonne au Jour de se retirer. Jupiter le veut ainsi.\nLes travailleurs des champs, surpris, en plein midi, par le retour de l'ombre,\nreviennent à leurs logis, craintivement. Et la Nuit se présente, Mme la Nuit,\nà laquelle Mercure dit les desseins de Jupiter, la priant de les seconder par ses\nartifices.\nLa Nuit invoque alors les illusions nocturnes ; et les chauves-souris, les feux-\nfollets commencent un ballet fantastique. Des invocations mystérieuses\ns'exhalent... Dans le ciel, Vénus passe... Puis, c'est le grouillement grotesque du\ncortège de Silène, avec les appels fous des bacchantes... La Nuit préside tout\ncela, semant ses conseils malins. Et voici que la bacchanale s'exalte d'une fureur\nmystique... Jupiter apparaît, comme une vision. Il s'est assoupi avec, sur ses\ngenoux, Alcmène endormie aussi. Le dieu, trahi par le sommeil, grandit,\ngrandit ; sa silhouette bientôt remplit le ciel... Alcmène se réveille, a un geste\nde rêve terrifié qui détruit la vision et replonge toute chose dans la nuit, dans\ncette nuit comiquement redoutable où, déjà, s'entendent les « euh ! » effrayés de\nSosie arrivant avec sa lanterne. Le poltron, cependant, se rassure quelque peu en\napercevant, enfin, la villa de son maître. Son esprit fanfaron reprend le dessus,\net le voilà débitant à sa lanterne le récit qu'il prépare à l'adresse d'Alcmène\npour lui annoncer la victoire de son époux Amphitryon. Mais, au plus brillant\nde l'action, les rires ironiques de Mercure se font entendre dans l'ombre. Le\nhéros Sosie se heurte au dieu qui, ayant pris sa forme, lui interdit l'accès de la\nvilla, lui ordonnant, en outre, de renoncer .à s'appeler par son nom. Le tout\nappuyé d'un maître soufflet et de force coups de bâton. Sosie, stupéfait et gei-\ngnant, retourne vers son maître, parmi la moquerie des follets. Cela laisse\nplace aux épanchements amoureux, au tendre « au revoir ! » qu'échangent\nAlcmène, mystifiée, et Jupiter sous la forme d'Amphitryon. Pour plaire à son\namante mortelle, le dieu crée, à chaque pas, des enchantements dans la nature ;\nAlcmène, extasiée, croit rêver, croit entrevoir les secrets de l'infini, pendant\nqu'autour d'elle dansent les divinités de l'amour et les Grâces du printemps.\nD'autre part, cependant, une séparation moins touchante se produit entre\nMercure et la tempétueuse Cléanthis, laquelle prend le messager des dieux\npour son époux Sosie, l'accablant de reproches sur sa froideur. Mercure cherche\nle repos dans une prompte fuite, ne laissant à Cléanthis que la seule ressource\nd'une attaque de nerfs. »\nMusical, ce sujet l'est certainement. 11 contient tout ce qu'il faut pour plaire :\ndu pittoresque et de la couleur, delà passion, du sentiment, du sérieux et du\ncomique. Avec une sagesse d'écriture indiquant des tendances encore toutes\nclassiques, M. Laparra ne s'est pas montré inférieur à son livret et en a rendu"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.10", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3699, "texte": "les principaux aspects en musicien qui connaît très bien son métier. Coloré,\nsentimental, comique, il l'a été tour à tour, de façon très convenable/ Ce qui\nmanque, c est quelque chose de personnel et d'original ; c'est une pointe d'« em-\nballement » pour le sujet traité ; c'est ce je ne sais quoi qui provoque beaucoup\nplus qu une sympathie approbative et qui, étant la signature des maîtres, per-\nmet de dire : ex nngue leonem. L ensemble est fort agréable, mais un peu gris\n(à 1 audition, et contrairement à l'attente probable de 1 auteur) ; les mélodies\nen dépit de quelques rythmes un peu marqués —ne tombent jamais dans la\nvulgarité et sont distinguées : elles ne sont pas ce langage rare et imprévu qui\ntire 1 auditeur hors de lui-même ou l'enchante par des impressions inattendues.\nTout est d un mérite honnête. Le comique obtenu par Sosie qui, suivant la\nscène de Molière, contrefait de temps en temps sa voix pour imiter les répliques\nd Alcmène, a fait à peine sourire. Cette séance fut trop froide. On sentait vague-\nment que cette cantate avait été écrite et qu'elle était exécutée sans apparat,\ntrop de fauteuils étant vides en vertu d'un règlement administratif. Je suis\npersuadé que M. Raoul Laparra fera honneur à l'École française, mais il faut\nque sa personnalité se dégage un peu plus. J'exprimerai un regret précis. En\nécoutant cette œuvre, j'attendais un morceau qui me paraissait tout indiqué et\nqui, à de certains moments, est comme imposé par la situation : c'est un quin-\ntette vocal. Quelle excellente occasion ! Ici, le ménage roturier, Cléanthis et\nSosie, qui doit avoir le langage de l'opéra bouffe ;en regard, le couple héroïque,\nJupiter et Aclmène ; entre les deux, Mercure dont l'esprit intrigant vient de\ntriompher. De ces éléments, je voulais voir sortir une belle construction ;il me\nfallait un quintette, sérieux, complet, prolongé, avec de jolies entrées et de\npiquantes combinaisons de contraste ; un quintette durant au moins dix\nbonnes minutes et me jetant en plein contre-point. Je n'ai pas eu cette satisfac-\ntion. De petites illustrations de détail, des dialogues, quelques mélodies déta-\nchées, voilà ce qui m'a été offert. Ce n'est pas assez. J'irai jusqu'à formuler un\nvœu. Puisqu'on oblige les prix de Rome à faire des « envois », l'lnstitut ne\npourrait-il pas leur imposer d'introduire dans leur composition un ensemble\ntel qu'un quintette ou un quatuor, voire une fugue vocale ?Il réagirait utile-\nment contre la tendance actuelle à abandonner ces formes si belles de la cons-\ntruction musicale, —ce qui est grand dommage.\n\ns.\n\n- L'examen de la classe d'ensemble dirigée par\nM. Charles Lefebvre a eu lieu le 28 décembre. L'excellent professeur avait choisi\nles morceaux d'études dans le répertoire des grands maîtres, ce qui est une tra-\ndition à peu près constante, puisqu'on ne peut pas prendre les compositions\nd'auteurs vivants. Ses choix étaient particulièrement heureux. La sonate à trois\nen ré, de Leclair (1687-1764), successivement interprétée par Mlles Vargues et\nFritsch (piano), M. Hémery (un des meilleurs sujets de la maison) et Mlle de la\nHardrouyère (violon), MM. Anirel et Maréchal (basse) ; un trio de J.-S. Bach,\npour piano(Mlle Parody), violon (Mlle Fidide) et flûte (M. Friscourt) le quatuor à\ncordes en ut de Mozart, Mlle Wolff (ier violon), M. Tinlot (excellent comme\njustesse et archet, 2e violon), Mîle Dumont (alto), et M. Ruyssen (basse). L'intro-\nduction et l'allégro du quintette en mi bémol de Beethoven, joué trop souvent\nparles cordes, pour lesquelles il fut transcrit par Beethoven lui-même, mais que\nM. Ch. Lefebvre a bien fait de faire exécuter selon le premier texte par les\n\nAu CONSERVATOIRE."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.11", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3119, "texte": "instruments à vent : hautbois (M. Morel), clarinette (M. Jauffrion), cor(M. Doyen),\nbasson (M. Verdier) ; au piano, M. Laporte. Le n° 3 des Màrchenbilder de\nSchumann, avec Mlle Haskil (piano), Mlle delà Hardrouyère (violon), M. Mayeux\n(alto). Enfin, le trio en ut mineur de Mendelssohn, dont les quatre parties ont\nété partagées entre Mlle Landsmann, M. Schulof, M. Bouvaist, M. Boucheron\n(piano) ;M. Duran, M. Olmagu, M. Tinlot, Mlle Wolff (violon), MM. Laurent-\nLongy, Mangot, Ruyssen (basse).\nEn général, l'interprétation pèche par défaut d'archet. Ces jeunes violonistes,\nqui ontébloui le jury et le public du concours de juillet dernier, par la virtuosité\navec laquelle ils ont interprété le concerto traditionnel, sont, sauf de rares excep-\ntions, trèsinsuffisantspour donner à la musique de chambre l'accent quiconvient :\nvigueur et souplesse de l'archet, sûreté de la justesse, sobriété du jeu, discrétion\ndans le vibrato ; ils ne sont plus en état de témoigner de ces qualités qui sont les\nprincipales, et pourtant les moins généralement cultivées et appréciées. Aussi tel\nsujet qui a fait merveille et a remporté les plus hautes récompenses il y a six\nmois, est sévèrement jugé dans cette épreuve moins solennelle et retentissante,\nmais au fond plus exacte, de l'examen de classe d'ensemble. Souhaitons que\ncelui-ci parvienne à corriger les erreurs de celui-là.\n\ns.\n\n— On nous informe que S. A. S. le prince de Monaco\nvient de décider que les recettes du premier cycle de Tétralogie, avec lequel le\nthéâtre de Monte-Carlo inaugurera la saison d'Opéra, dans la seconde quin-\nzaine de janvier, seront envoyées totalement aux comités de secours constitués\npour venir en aide aux victimes de la Sicileet de la Calabre.\nDE MONTE-CARLO. — La Société des Bains de mer vient d'informer M. le\nConsul d'Italie qu'elle met à la disposition du Comité de secours pour les vic-\ntimes de la Sicile et de la Calabre une somme de vingt-cinq mille francs.\n— C'est le mardi 26 janvier que s'ouvrira, sous le haut patronage de S. A. S.\nle prince de Monaco, la saison d'opéra, dirigée par M. Raoul Gunsbourg, —\navec la Tétralogie de Richard Wagner, qui sera représentée en deux cycles.\nEn voici les dates et la distribution.\nPremier cycle :\nMardi 26 janvier : VOr du Rhin (Mmes Maly Borga, Herleroy, Deschamps-\nJehin, Lormont, Bériza, Berjot, de Kowska ; MM. Van Dyck, Delmas, Bouvet\nVallier, Swolifs, Philippon, Marvini, Padouréano et Fabert).\nJeudi 38 : la Walkyrie (Mmes Félia Litvinne, Jeanne Raunay, Maly Borga,\nLormont, Bériza, Spennert, Liery, d'Elty,de Kowska, MaryGirard et Mancini ;\nMM. Rousselière, Delmas et Vallier).\nSamedi 30 : Siegfried (Mmes Félia Litvinne, de Hidalgo et de Kowska :\nMM. Rousselière, Delmas, Bouvet, Philippon et Vallier).\nDimanche 31 (en matinée) : Le Crépuscule des Dieux (Mmes Félia Litvinne,\nSpennert, Lormont, Bériza, Mancini, Liéry, Mary Girard, Ughetto et de\nKowska ; MM. Van Dyck, Gilly, Bouvet et Vallier).\nDeuxième cycle :\nMardi 2 février : lOr du Rhin.\nJeudi 4 : la Walkyrie.\nSamedi 6 : Siegfried.\nDimanche 7 (en matinée) : le Crépuscule des Dieux.\n\nDE MONTE-CARLO."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.12", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3126, "texte": "PARADOXE SUR BEETHOVEN : L'ANCIEN INTROÏT DE L'ÉGLISE LATINE ET L'ALLÉ-\nGRETTO DE LA SONATE OP. io, N° 2. Récemment, dans un salon où la musique\nest exécutée par des artistes qui l'aiment pour elle-même, ce qui est raris-\nsime ! et où, tous les samedis, on passe quelques heures délicieuses dans\nl'intimité des chefs-d'œuvre, une jeune pianiste de quinze ans, déjà prête pour\nles triomphes du Conservatoire, mais ingénue à souhait et parfaitement simple,\njouait la charmante sonate de Beethoven :\nŒuvre aimable, légère, de grâce souriante, qu'anime parfois au milieu de la\njoie de vivre en toute sérénité d'innocence, un mouvement de tendresse pressante\net un peu mutine, à la façon du xvme siècle mondain. Et voici qu'en écoutant\nce poème à la Watteau, malgré moi je cédais à la tentation d'un rapprochement\nparadoxal. Il n'y a rien de pédantesque pour un pédant de profession. Aussi\nbien, il faut cultiver avec soin les plaisirs esthétiques d'un certain ordre : les\nrattacher à des faits nombreux, leur trouver un cadre inattendu, c'est en multi-\nplier le charme. Je dirai donc ici l'association d'idées qui se fit en moi.\nAutrefois l'introït de Noël, à la messe de minuit, se chantait suivant un mode\nd'exécution caractérisé par un rythme très net. Deux chœurs étaient en présence\navec un préchantre qui disait les premières notes, et remplissait ainsi, en ce qui\nconcerne les attaques, une fonction nécessaire, analogue à celle du chef d'or-\nchestre moderne. (Le préchantre, c'est le chef d'orchestre, mais sans les grands\nbras et sans ces mouvements violents d'écuyer de cirque voulant faire dresser\nun cheval sur les pattes de derrière.) Et voici comment opéraient ces deux\nchœurs. Suivez bien, je vous prie, ce rythme, c'est-à-dire ce plan de construction.\ni° Le premier chœur, suivant l'intonation du préchantre qui lui ouvrait dou-\ncement la voie, exécutait l'« antienne » du psaume. Dominus dixit ad me : filins\nmens es tu. Ego hodie genui te. —Le deuxième chœur répétait ensuite le même\nchant.\n2° Le premier chœur, après ce prélude, chantait le premier verset du psaume :\nQuare Jremuerunt gentes, etc— A quoi le deuxième chœur répliquait par la\nreprise de l'antienne Dominus dixit ad me, etc.\n3° Le premier chœur chantait ensuite le second verset du psaume : adstiterunt\nreges terree et principes convenerunt in unum adversus Dominum et adversus.\nA quoi le deuxième chœur répliquait par une nouvelle reprise de son antienne :\nChristum ejus. Dominus dixit ad me, etc.\n4° Ici, s'intercalait une sorte d'intermède chanté par les deux chœurs réunis et\nà trois phrases : la doxologie Gloria patri et filio... ; puis le Sicut erat inprin-\ncipio... ; enfin la formule résumée dans les manuscrits par EUOUAE, abrévia-\ntion de et in sœcula sœculorum, amen.\n5° Pour conclure, le premier chœur chantait un autre verset, le verset dit\nad repetendum. A quoi le deuxième chœur répliquait par une dernière et obs-\ntinée reprise de son antienne : Dominus dixit ad me...\nDésignons les chœurs par les signes romains I et II et les phrases mélodiques\npar les lettres de l'alphabet. Nous aurons le schéma suivant :"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.13", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1172, "texte": "Un tel rythme est essentiellement musical, c'est le Rondo populaire; le rappro-\nchement avec les maîtres de la composition moderne n'est nullement déplacé.\nCette répétition initiale, due au partage des exécutants en deux choeurs, est\nune forme de « l'antiphonie )) antique, laquelle était chez les Grecs le double-\nment à l'octave d'une mélodie donnée : elie est devenue ensuite (l'idée'd'octave\nétant abandonnée) une simple reprise par un second choeur, une sorte d'anti-\nstrophe succédant à la strophe. (Ne trouve-t-onpas cependant une trace de la forme\nantique dans des pièces comme l'adagio de la Sonate pathétique où la pre-\nmière idée est immédiatement répétée à l'octave supérieure ?...) Le retour fré-\nquent de A (quatre fois), qui encadre toute la composition et qui s'intercale entre\nles thèmes nouveaux, A, C, abc, D, donne à l'ensemble une forme bien\nconnue : celle du rondo. Voyez comment est construit l'allegretto de cette\nsonate, op. 10, n° 2 :\ni° Première phrase, soumise à la reprise:\n2° Deuxième phrase '\nRemarquez les imitations auxquelles donne lieu ce dessin ascendant. Tandis\nque la partie supérieure dit :\nla seconde voix dit :"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.14", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 969, "texte": "C'est de l'antiphonie à la quinte inférieure* tenant l'intermédiaire entre celle\nqui est simultanée et celle qui est successive î\nCette deuxième phrase est suivie d'une reprise partielle du thème initial qui\ndonne lieu à une jolie ébauche de construction en canon :\n(Cet essai, indiqué seulement, d'imitation canonique, est encore une manière\nd'antiphonie.)\nSuivent deux phrases de conclusion, formées chacune d'une proposition qui se\nrépète.\n3° Ici, changement complet. Trio :\nCette première phrase du trio est répétée (avec un dessin de basseensyncope),\npuis imitée (en mineur) :\nEt ces trois imitations successives donnent lieu à une reprise d'ensemble.\n4° Pour finir, vous le devinez déjà, Beethoven répète la phrase initiale de\nY allegretto, qu'il se borne à varier par des syncopes et parfois aussi par des\nébauches de renversement.\nFaisons notre compte. En représentant les mêmes phrases par les mêmes\nlettres, nous avons le schéma suivant :"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.15", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "C est bien de 1 antiphonie à la moderne ; c'est, à peu près, la structure de\n1 introït Cela ne veut pas dire que Beethoven a pensé àun introït en écrivant\ncet aimable ; mais cela veut dire qu'en matière de rythme il y a des\nlois générales instinctivement observées par tout compositeur. Quel est le fon-\ndement de ces lois ? quelle est, en dehors de l'histoire-, leur origine? ceci est\nplus difficile à dire. A cette jeune pianiste dont les doigts délicats évoquaient ce\nrapprochement, j étais tenté de dire 1 Dominus dixit ad te : filia mea es tu ; hodie\ngenui te.. .\n\nJ.G.\n\nJ.C.\nJe suis heureux d'avoir traduit à mon insu les intentions de M. Gabriel Astruc,\net si je publie son aimable lettre, ce n'est pas avec Tarrière-pensée d'en tirer\nplus tard argument, si l'occasion le réclamait... L'organisation d'un théâtre\nlyrique est une très grosse affaire : de multiples intérêts y sont engagés ;il ne\nlaut pas gêner, en pareille matière, un homme intelligent, actif et de bonne vo-\nlonté. Il y a là néanmoins une sorte d engagement dont il faut prendre acte.\nNous reviendrons sur ce sujet en publiant une autre lettre intéressante que j'ai\nreçue et qui appelle une discussion..\n\nCORRESPONDANCE.\n«GABRIEL ASTRUC.»\n- Dans un récent article, j'annonçais que M. Gabriel\nAstruc, l'éditeur de musique bien connu, allait édifier, avenue des Champs-\nElysées, un grand et beau théâtre lyrique; et, suivant une conception toute per-\nsonnelle, je disais que ce nouvel Opéra me plairait infiniment, si tout en étant un\nthéâtre d avant-garde, ouvert aux grandes œuvres nouvelles (comme fut la\nSalomé de R. Strauss), il nous rendait une chose que la grande majorité du pu-\nblic regrette et désire de plus en plus : le drame lyrique où Von chante, celui où\nil y a de vrais chanteurs, capables de « bel canto », de vocalises et de virtuosité,\nbref, quelques œuvres — convenablement choisies — du répertoire italien d'au-\ntrefois. Bientôt après, je recevais la lettre suivante :\n« Paris, 4 janvier 1909.\n<( CHER MONSIEUR COMBARIEU,\n« Trouver sur sa table, un lundi matin, un article comme celui que vous avez\nbien voulu me consacrer en parlant du prochain théâtre des Champs-Elysées,\nc est prendre du cordial non seulement pour toute la semaine, mais pour un\ntemps illimité... Merci du fond du cœur ! Vous avez eu la divination de mes\nidées et de mes projets artistiques, en regardant le plan du théâtre à la création\nduquel je travaille depuis deux ans. Oui, c est bien là ce que je rêve de faire ; et\nje vous jure que je tiendrai vos promesses !\n« Votre bien cordialement dévoué,"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-01-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-01-15_01#c007", "volume": "bmtnabj_1909-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "45", "page_fin": "46", "image_debut": 9, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.2.2.1", "titre_corps": "AUDITION DES ENVOIS DE L'ECOLE DE ROME : «AMPHYTRION» (PROLOGUE ET Ier ACTE) DE M. RAOUL LAPARRA.", "titre_sommaire": "AUDITION DES ENVOIS DE L'ECOLE DE ROME : «AMPHYTRION» (PROLOGUE ET Ier ACTE) DE M. 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Et la Nuit se présente, Mme la Nuit,\nà laquelle Mercure dit les desseins de Jupiter, la priant de les seconder par ses\nartifices.\nLa Nuit invoque alors les illusions nocturnes ; et les chauves-souris, les feux-\nfollets commencent un ballet fantastique. Des invocations mystérieuses\ns'exhalent... Dans le ciel, Vénus passe... Puis, c'est le grouillement grotesque du\ncortège de Silène, avec les appels fous des bacchantes... La Nuit préside tout\ncela, semant ses conseils malins. Et voici que la bacchanale s'exalte d'une fureur\nmystique... Jupiter apparaît, comme une vision. Il s'est assoupi avec, sur ses\ngenoux, Alcmène endormie aussi. Le dieu, trahi par le sommeil, grandit,\ngrandit ; sa silhouette bientôt remplit le ciel... Alcmène se réveille, a un geste\nde rêve terrifié qui détruit la vision et replonge toute chose dans la nuit, dans\ncette nuit comiquement redoutable où, déjà, s'entendent les « euh ! » effrayés de\nSosie arrivant avec sa lanterne. 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L ensemble est fort agréable, mais un peu gris\n(à 1 audition, et contrairement à l'attente probable de 1 auteur) ; les mélodies\nen dépit de quelques rythmes un peu marqués —ne tombent jamais dans la\nvulgarité et sont distinguées : elles ne sont pas ce langage rare et imprévu qui\ntire 1 auditeur hors de lui-même ou l'enchante par des impressions inattendues.\nTout est d un mérite honnête. Le comique obtenu par Sosie qui, suivant la\nscène de Molière, contrefait de temps en temps sa voix pour imiter les répliques\nd Alcmène, a fait à peine sourire. Cette séance fut trop froide. On sentait vague-\nment que cette cantate avait été écrite et qu'elle était exécutée sans apparat,\ntrop de fauteuils étant vides en vertu d'un règlement administratif. Je suis\npersuadé que M. Raoul Laparra fera honneur à l'École française, mais il faut\nque sa personnalité se dégage un peu plus. J'exprimerai un regret précis. En\nécoutant cette œuvre, j'attendais un morceau qui me paraissait tout indiqué et\nqui, à de certains moments, est comme imposé par la situation : c'est un quin-\ntette vocal. Quelle excellente occasion ! Ici, le ménage roturier, Cléanthis et\nSosie, qui doit avoir le langage de l'opéra bouffe ;en regard, le couple héroïque,\nJupiter et Aclmène ; entre les deux, Mercure dont l'esprit intrigant vient de\ntriompher. De ces éléments, je voulais voir sortir une belle construction ;il me\nfallait un quintette, sérieux, complet, prolongé, avec de jolies entrées et de\npiquantes combinaisons de contraste ; un quintette durant au moins dix\nbonnes minutes et me jetant en plein contre-point. Je n'ai pas eu cette satisfac-\ntion. De petites illustrations de détail, des dialogues, quelques mélodies déta-\nchées, voilà ce qui m'a été offert. Ce n'est pas assez. J'irai jusqu'à formuler un\nvœu. Puisqu'on oblige les prix de Rome à faire des « envois », l'lnstitut ne\npourrait-il pas leur imposer d'introduire dans leur composition un ensemble\ntel qu'un quintette ou un quatuor, voire une fugue vocale ?Il réagirait utile-\nment contre la tendance actuelle à abandonner ces formes si belles de la cons-\ntruction musicale, —ce qui est grand dommage.\n\ns."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-01-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-01-15_01#c008", "volume": "bmtnabj_1909-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "46", "page_fin": "47", "image_debut": 10, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.2.2.2", "titre_corps": "Au CONSERVATOIRE.", "titre_sommaire": "Au CONSERVATOIRE.", "signature_source": "s", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.10", "debut_caractere": 2598, "fin_caractere_exclue": 3699, "texte": "- L'examen de la classe d'ensemble dirigée par\nM. Charles Lefebvre a eu lieu le 28 décembre. L'excellent professeur avait choisi\nles morceaux d'études dans le répertoire des grands maîtres, ce qui est une tra-\ndition à peu près constante, puisqu'on ne peut pas prendre les compositions\nd'auteurs vivants. Ses choix étaient particulièrement heureux. La sonate à trois\nen ré, de Leclair (1687-1764), successivement interprétée par Mlles Vargues et\nFritsch (piano), M. Hémery (un des meilleurs sujets de la maison) et Mlle de la\nHardrouyère (violon), MM. Anirel et Maréchal (basse) ; un trio de J.-S. Bach,\npour piano(Mlle Parody), violon (Mlle Fidide) et flûte (M. Friscourt) le quatuor à\ncordes en ut de Mozart, Mlle Wolff (ier violon), M. Tinlot (excellent comme\njustesse et archet, 2e violon), Mîle Dumont (alto), et M. Ruyssen (basse). L'intro-\nduction et l'allégro du quintette en mi bémol de Beethoven, joué trop souvent\nparles cordes, pour lesquelles il fut transcrit par Beethoven lui-même, mais que\nM. Ch. Lefebvre a bien fait de faire exécuter selon le premier texte par les\n\nAu CONSERVATOIRE."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.11", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1396, "texte": "instruments à vent : hautbois (M. Morel), clarinette (M. Jauffrion), cor(M. Doyen),\nbasson (M. Verdier) ; au piano, M. Laporte. Le n° 3 des Màrchenbilder de\nSchumann, avec Mlle Haskil (piano), Mlle delà Hardrouyère (violon), M. Mayeux\n(alto). Enfin, le trio en ut mineur de Mendelssohn, dont les quatre parties ont\nété partagées entre Mlle Landsmann, M. Schulof, M. Bouvaist, M. Boucheron\n(piano) ;M. Duran, M. Olmagu, M. Tinlot, Mlle Wolff (violon), MM. Laurent-\nLongy, Mangot, Ruyssen (basse).\nEn général, l'interprétation pèche par défaut d'archet. Ces jeunes violonistes,\nqui ontébloui le jury et le public du concours de juillet dernier, par la virtuosité\navec laquelle ils ont interprété le concerto traditionnel, sont, sauf de rares excep-\ntions, trèsinsuffisantspour donner à la musique de chambre l'accent quiconvient :\nvigueur et souplesse de l'archet, sûreté de la justesse, sobriété du jeu, discrétion\ndans le vibrato ; ils ne sont plus en état de témoigner de ces qualités qui sont les\nprincipales, et pourtant les moins généralement cultivées et appréciées. Aussi tel\nsujet qui a fait merveille et a remporté les plus hautes récompenses il y a six\nmois, est sévèrement jugé dans cette épreuve moins solennelle et retentissante,\nmais au fond plus exacte, de l'examen de classe d'ensemble. Souhaitons que\ncelui-ci parvienne à corriger les erreurs de celui-là.\n\ns."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-01-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-01-15_01#c009", "volume": "bmtnabj_1909-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "47", "page_fin": "51", "image_debut": 11, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.2.2.3", "titre_corps": "DE MONTE-CARLO.", "titre_sommaire": "DE MONTE-CARLO.", "signature_source": "J. G", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.11", "debut_caractere": 1398, "fin_caractere_exclue": 3119, "texte": "— On nous informe que S. A. S. le prince de Monaco\nvient de décider que les recettes du premier cycle de Tétralogie, avec lequel le\nthéâtre de Monte-Carlo inaugurera la saison d'Opéra, dans la seconde quin-\nzaine de janvier, seront envoyées totalement aux comités de secours constitués\npour venir en aide aux victimes de la Sicileet de la Calabre.\nDE MONTE-CARLO. — La Société des Bains de mer vient d'informer M. le\nConsul d'Italie qu'elle met à la disposition du Comité de secours pour les vic-\ntimes de la Sicile et de la Calabre une somme de vingt-cinq mille francs.\n— C'est le mardi 26 janvier que s'ouvrira, sous le haut patronage de S. A. S.\nle prince de Monaco, la saison d'opéra, dirigée par M. Raoul Gunsbourg, —\navec la Tétralogie de Richard Wagner, qui sera représentée en deux cycles.\nEn voici les dates et la distribution.\nPremier cycle :\nMardi 26 janvier : VOr du Rhin (Mmes Maly Borga, Herleroy, Deschamps-\nJehin, Lormont, Bériza, Berjot, de Kowska ; MM. Van Dyck, Delmas, Bouvet\nVallier, Swolifs, Philippon, Marvini, Padouréano et Fabert).\nJeudi 38 : la Walkyrie (Mmes Félia Litvinne, Jeanne Raunay, Maly Borga,\nLormont, Bériza, Spennert, Liery, d'Elty,de Kowska, MaryGirard et Mancini ;\nMM. Rousselière, Delmas et Vallier).\nSamedi 30 : Siegfried (Mmes Félia Litvinne, de Hidalgo et de Kowska :\nMM. Rousselière, Delmas, Bouvet, Philippon et Vallier).\nDimanche 31 (en matinée) : Le Crépuscule des Dieux (Mmes Félia Litvinne,\nSpennert, Lormont, Bériza, Mancini, Liéry, Mary Girard, Ughetto et de\nKowska ; MM. Van Dyck, Gilly, Bouvet et Vallier).\nDeuxième cycle :\nMardi 2 février : lOr du Rhin.\nJeudi 4 : la Walkyrie.\nSamedi 6 : Siegfried.\nDimanche 7 (en matinée) : le Crépuscule des Dieux.\n\nDE MONTE-CARLO."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.12", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3126, "texte": "PARADOXE SUR BEETHOVEN : L'ANCIEN INTROÏT DE L'ÉGLISE LATINE ET L'ALLÉ-\nGRETTO DE LA SONATE OP. io, N° 2. Récemment, dans un salon où la musique\nest exécutée par des artistes qui l'aiment pour elle-même, ce qui est raris-\nsime ! et où, tous les samedis, on passe quelques heures délicieuses dans\nl'intimité des chefs-d'œuvre, une jeune pianiste de quinze ans, déjà prête pour\nles triomphes du Conservatoire, mais ingénue à souhait et parfaitement simple,\njouait la charmante sonate de Beethoven :\nŒuvre aimable, légère, de grâce souriante, qu'anime parfois au milieu de la\njoie de vivre en toute sérénité d'innocence, un mouvement de tendresse pressante\net un peu mutine, à la façon du xvme siècle mondain. Et voici qu'en écoutant\nce poème à la Watteau, malgré moi je cédais à la tentation d'un rapprochement\nparadoxal. Il n'y a rien de pédantesque pour un pédant de profession. Aussi\nbien, il faut cultiver avec soin les plaisirs esthétiques d'un certain ordre : les\nrattacher à des faits nombreux, leur trouver un cadre inattendu, c'est en multi-\nplier le charme. Je dirai donc ici l'association d'idées qui se fit en moi.\nAutrefois l'introït de Noël, à la messe de minuit, se chantait suivant un mode\nd'exécution caractérisé par un rythme très net. Deux chœurs étaient en présence\navec un préchantre qui disait les premières notes, et remplissait ainsi, en ce qui\nconcerne les attaques, une fonction nécessaire, analogue à celle du chef d'or-\nchestre moderne. (Le préchantre, c'est le chef d'orchestre, mais sans les grands\nbras et sans ces mouvements violents d'écuyer de cirque voulant faire dresser\nun cheval sur les pattes de derrière.) Et voici comment opéraient ces deux\nchœurs. Suivez bien, je vous prie, ce rythme, c'est-à-dire ce plan de construction.\ni° Le premier chœur, suivant l'intonation du préchantre qui lui ouvrait dou-\ncement la voie, exécutait l'« antienne » du psaume. Dominus dixit ad me : filins\nmens es tu. Ego hodie genui te. —Le deuxième chœur répétait ensuite le même\nchant.\n2° Le premier chœur, après ce prélude, chantait le premier verset du psaume :\nQuare Jremuerunt gentes, etc— A quoi le deuxième chœur répliquait par la\nreprise de l'antienne Dominus dixit ad me, etc.\n3° Le premier chœur chantait ensuite le second verset du psaume : adstiterunt\nreges terree et principes convenerunt in unum adversus Dominum et adversus.\nA quoi le deuxième chœur répliquait par une nouvelle reprise de son antienne :\nChristum ejus. Dominus dixit ad me, etc.\n4° Ici, s'intercalait une sorte d'intermède chanté par les deux chœurs réunis et\nà trois phrases : la doxologie Gloria patri et filio... ; puis le Sicut erat inprin-\ncipio... ; enfin la formule résumée dans les manuscrits par EUOUAE, abrévia-\ntion de et in sœcula sœculorum, amen.\n5° Pour conclure, le premier chœur chantait un autre verset, le verset dit\nad repetendum. A quoi le deuxième chœur répliquait par une dernière et obs-\ntinée reprise de son antienne : Dominus dixit ad me...\nDésignons les chœurs par les signes romains I et II et les phrases mélodiques\npar les lettres de l'alphabet. Nous aurons le schéma suivant :"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.13", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1172, "texte": "Un tel rythme est essentiellement musical, c'est le Rondo populaire; le rappro-\nchement avec les maîtres de la composition moderne n'est nullement déplacé.\nCette répétition initiale, due au partage des exécutants en deux choeurs, est\nune forme de « l'antiphonie )) antique, laquelle était chez les Grecs le double-\nment à l'octave d'une mélodie donnée : elie est devenue ensuite (l'idée'd'octave\nétant abandonnée) une simple reprise par un second choeur, une sorte d'anti-\nstrophe succédant à la strophe. (Ne trouve-t-onpas cependant une trace de la forme\nantique dans des pièces comme l'adagio de la Sonate pathétique où la pre-\nmière idée est immédiatement répétée à l'octave supérieure ?...) Le retour fré-\nquent de A (quatre fois), qui encadre toute la composition et qui s'intercale entre\nles thèmes nouveaux, A, C, abc, D, donne à l'ensemble une forme bien\nconnue : celle du rondo. Voyez comment est construit l'allegretto de cette\nsonate, op. 10, n° 2 :\ni° Première phrase, soumise à la reprise:\n2° Deuxième phrase '\nRemarquez les imitations auxquelles donne lieu ce dessin ascendant. Tandis\nque la partie supérieure dit :\nla seconde voix dit :"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.14", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 969, "texte": "C'est de l'antiphonie à la quinte inférieure* tenant l'intermédiaire entre celle\nqui est simultanée et celle qui est successive î\nCette deuxième phrase est suivie d'une reprise partielle du thème initial qui\ndonne lieu à une jolie ébauche de construction en canon :\n(Cet essai, indiqué seulement, d'imitation canonique, est encore une manière\nd'antiphonie.)\nSuivent deux phrases de conclusion, formées chacune d'une proposition qui se\nrépète.\n3° Ici, changement complet. Trio :\nCette première phrase du trio est répétée (avec un dessin de basseensyncope),\npuis imitée (en mineur) :\nEt ces trois imitations successives donnent lieu à une reprise d'ensemble.\n4° Pour finir, vous le devinez déjà, Beethoven répète la phrase initiale de\nY allegretto, qu'il se borne à varier par des syncopes et parfois aussi par des\nébauches de renversement.\nFaisons notre compte. En représentant les mêmes phrases par les mêmes\nlettres, nous avons le schéma suivant :"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.15", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 595, "texte": "C est bien de 1 antiphonie à la moderne ; c'est, à peu près, la structure de\n1 introït Cela ne veut pas dire que Beethoven a pensé àun introït en écrivant\ncet aimable ; mais cela veut dire qu'en matière de rythme il y a des\nlois générales instinctivement observées par tout compositeur. Quel est le fon-\ndement de ces lois ? quelle est, en dehors de l'histoire-, leur origine? ceci est\nplus difficile à dire. A cette jeune pianiste dont les doigts délicats évoquaient ce\nrapprochement, j étais tenté de dire 1 Dominus dixit ad te : filia mea es tu ; hodie\ngenui te.. .\n\nJ.G."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-01-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-01-15_01#c021", "volume": "bmtnabj_1909-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "51", "page_fin": "51", "image_debut": 15, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.2.2.4", "titre_corps": "CORRESPONDANCE.", "titre_sommaire": "CORRESPONDANCE.", "signature_source": "«GABRIEL ASTRUC. »", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.15", "debut_caractere": 1201, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "CORRESPONDANCE.\n«GABRIEL ASTRUC.»\n- Dans un récent article, j'annonçais que M. Gabriel\nAstruc, l'éditeur de musique bien connu, allait édifier, avenue des Champs-\nElysées, un grand et beau théâtre lyrique; et, suivant une conception toute per-\nsonnelle, je disais que ce nouvel Opéra me plairait infiniment, si tout en étant un\nthéâtre d avant-garde, ouvert aux grandes œuvres nouvelles (comme fut la\nSalomé de R. Strauss), il nous rendait une chose que la grande majorité du pu-\nblic regrette et désire de plus en plus : le drame lyrique où Von chante, celui où\nil y a de vrais chanteurs, capables de « bel canto », de vocalises et de virtuosité,\nbref, quelques œuvres — convenablement choisies — du répertoire italien d'au-\ntrefois. Bientôt après, je recevais la lettre suivante :\n« Paris, 4 janvier 1909.\n<( CHER MONSIEUR COMBARIEU,\n« Trouver sur sa table, un lundi matin, un article comme celui que vous avez\nbien voulu me consacrer en parlant du prochain théâtre des Champs-Elysées,\nc est prendre du cordial non seulement pour toute la semaine, mais pour un\ntemps illimité... Merci du fond du cœur ! Vous avez eu la divination de mes\nidées et de mes projets artistiques, en regardant le plan du théâtre à la création\nduquel je travaille depuis deux ans. Oui, c est bien là ce que je rêve de faire ; et\nje vous jure que je tiendrai vos promesses !\n« Votre bien cordialement dévoué,"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-01-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-01-15_01#c022", "volume": "bmtnabj_1909-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "51", "page_fin": "51", "image_debut": 15, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.2.2.5", "titre_corps": "Je suis heureux d'avoir traduit à mon insu les intentions de M. Gabriel Astruc,", "titre_sommaire": "Je suis heureux d'avoir traduit à mon insu les intentions de M. Gabriel Astruc,", "signature_source": "J. 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Il y a là néanmoins une sorte d engagement dont il faut prendre acte.\nNous reviendrons sur ce sujet en publiant une autre lettre intéressante que j'ai\nreçue et qui appelle une discussion.."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-01-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-01-15_01#c023", "volume": "bmtnabj_1909-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "52", "page_fin": "53", "image_debut": 16, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.2.3", "titre_corps": "Théorie musicale : la gamme", "titre_sommaire": "Théorie musicale : la gamme", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.16", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3549, "texte": "Théorie musicale : la gamme\n\n(fin).\nAinsi, sur aucun des trois points envisagés par M. Boutroux, la théorie criti-\nquée ne se montre en désaccord avec les faits. Mais M. Boutroux n'approuve\npas non plus qu'elle soit trop d'accord avec eux ; en effet, après avoir constaté le\nparallélisme complet existant entre cette théorie et l'harmonie telle que les\nmaîtres l'ont fondée d'intuition, mon critique ajoute : « Mais cette adaptation si\nparfaite à l'harmonie moderne peut à son tour être considérée comme une\nmarque de l'insuffisance de la théorie » (p. 605).\nOn attend avec curiosité la justification de cette assertion, d'aspect un peu\nparadoxal; malheureusement, et pour la seconde fois, M. Boutroux ne peut\ndévelopper sa pensée, car « elle soulève encore une grande question » qu'il ne\nsaurait « traiter ici avec l'ampleur qu'elle exigerait » : La mélodie dérive-t-elle de\nl9harmonie, « la gamme étant composée d'une série de notes déterminées par la\ncomparaison de chacune d'elles avec une tonique », ou ïharmonie dérive-t-elle\nde la mélodie, «la gamme étant primitivement constituée par une série d'inter-\nvalles juxtaposés ».\nOserais je le dire ? Malgré son apparence de netteté, la question n'est pas très\nbien posée ; car la mélodie et l'harmonie ne sont pas entre elles dans le rapport\nde mère à fille, ou inversement, et il n'y a pas lieu de se demander laquelle des\ndeux procède de l'autre; toutes deux, en effet, dérivent de l'application d'un\nmême principe, la comparaison des divers sons employés, soit à l'un d'eux\n(accords avec fondamentale), soit au souvenir de l'un d'eux (accords sans fon-\ndamentale et mélodie) (1). M. Boutroux croit que c'est là une conception toute\nmoderne de la musique (p. 606) ; cependant, dans les problèmes musicaux\nd'Aristote (ou du pseudo-Aristote), problèmes dont l'antiquité n'est pas mise en\ndoute, on voit que les anciens avaient constaté le fait suivant : quand l'une des\ncordes de la lyre est mal tendue, elle, et elle seule, sonne faux ; toutefois si c'est\nla mèse qui n'est pas bien réglée, toutes les autres cordes sonnent faux. Ne suit-\nil pas de là que les anciens, de même que nous, rapportaient les divers degrés de\nla gamme à l'un d'entre eux.\nAu début, l'homme a fait de la peinture, comme de la musique, avec les très\nfaibles ressources dont il disposait; lorsque celles-ci se sont trouvées suffisam-\nment accrues, l'homme a commencé à sentir le besoin de les classer méthodique-\nment ; c'est ainsi que nous voyons aujourd'hui, chez certains marchands, des\nbâtons de pastels rangés par série où le ton varie progressivement ; c'est ainsi\nencore que les musiciens ont disposé méthodiquement, a côté les unes des autres,\nsur la portée ou sur certains instruments (pas tous), les diverses notes dont ils\npeuvent avoir à faire usage ; c'est donc la gamme qui est née de la musique, et\nnon la musique de la gamme, et c'est, je pense, une pure illusion de considérer\n\n(1) Cette comparaison, en général, n'est pas consciente, mais elle peut le devenir, par\nexemple quand nous contrôlons la justesse des sorts entendus, ou quand nous cherchons men-\ntalement leurs positions relatives pour les inscrire sur la portée. Quant au terme de compa-\nraison, le son auquel on rapporte les autres, est souvent la tonique principale ou sa dominante,\nplus rarement la sous-dominante (dominée) ; mais il existe aussi beaucoup de styles musicaux où\nles « oscillations » (Essai sur la gamme, p. 396) sont très fréquentes, en sorte que la tonique\ndu moment y change continuellement."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.17", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3075, "texte": "la gamme comme primitivement constituée par une série d'intervalles juxtapo-\nsés (1). Qu'est-ce que cette série incréée (2) } Pourquoi l'admettre plutôt que\ntoute autre ? Il faudrait d'ailleurs en admettre non point une mais beaucoup, car\non sait que les types de gammes possibles sont fort nombreux.\nCette illusion conduit M. Boutroux à affirmer qu'au point de vue de la mélo-\ndie, 1 esi et le ré sont les notes les plus étroitement apparentées à do (p. 607).\nPour vérifier qu'il n'en est rien, considérons le cas d'un pâtre, ou d 'une bergère,\nou de toute autre personne absolument étrangère aux choses de l'harmonie, et\nsupposons que cette personne ait commencé une chanson en la mineur, ce ton\nétant trop haut ou trop bas pour son organe. Si elle arrive, par exemple, à un\ndo qu'elle ne puisse émettre, elle lui substituera peut être tout naturellement un la\nou un pii, ou même une octave du do impossible à former (3) ; c'est ainsi qu elle\ncommettra la déformation minima. Mais si au contraire elle substituait au do\nirréalisable l'un de ses degrés conjoints, si ou rc, le sens de la phrase mélodique\npourrait être très sensiblement modifié, contrairement à ce qui devrait résulter\ndu principe affirmé par mon critique.\nSi M. Boutroux, ayant égard aux présomptions d'exactitude (4) présentées\npar le postulat des rapports simples, voulait bien prendre connaissance de mes\nréponses et soumettre la question à un nouvel examen, il ne m'est pas interdit\nd'espérer que cette fois il arriverait à une opinion encore moins éloignée de la\nmienne. Et peut-être sera-t-il curieux un jour de jeter un second coup\nd'œil sur une théorie qui « sans bouleversement, sans révolution » fournit le\nmoyen de rentrer dans la vérité musicale en satisfaisant aux desiderata formulés\npar des musiciens tels que M. Saint-Saëns (p. 605) et d'expliquer avec évidence\ndivers effets paradoxaux l'altération de notre justesse d'oreille\nsous l'action de certain répertoire), effets que les maîtres constatent bien\n(p. 608), mais dont ils n'indiquent pas les causes.\n\nMaurice GANDILLOT.\n\n(1) Platon disait : <ï L'échelle des sons n'est pas un fait primordial ; à l'origine, elle était\ndésordonnée )) (cité par Gevaërt, Problèmes musicaux d'Aristote, p. 144).\n(2) Même au point de vue de l'antiquité, cette conception doit être inexacte. Si les anciens\navaient réellement « senti » la gamme comme une série d'intervalles juxtaposés, le déréglage de\nla mèse n'aurait dû altérer que les intervalles formés avec la mèse (par le lichanos et la para-\nmèse) ; cependant tous les autres intervalles paraissaient faux, avons-nous vu, quand la mèse\nn'était plus au ton.\n(3) C'est-à-dire une note prise dans la même échelle que la note à remplacer; c est ce que les\nharmonistes appellent (C une note appartenant à l'harmonie », expression à peu près équivalente\nmais souvent incorrecte, ainsi que dans le cas actuel où il s'agit d'une mélodie dépourvue d'har-\nmonie.\n(4) Présomptions qu'il ne nie pas (au contraire) ainsi que je l'ai fait observer au début de\ncette réponse."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-01-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-01-15_01#c024", "volume": "bmtnabj_1909-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "52", "page_fin": "53", "image_debut": 16, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.2.3.1", "titre_corps": "(fin).", "titre_sommaire": "(fin).", "signature_source": "Maurice GANDILLOT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.16", "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 3549, "texte": "(fin).\nAinsi, sur aucun des trois points envisagés par M. Boutroux, la théorie criti-\nquée ne se montre en désaccord avec les faits. Mais M. Boutroux n'approuve\npas non plus qu'elle soit trop d'accord avec eux ; en effet, après avoir constaté le\nparallélisme complet existant entre cette théorie et l'harmonie telle que les\nmaîtres l'ont fondée d'intuition, mon critique ajoute : « Mais cette adaptation si\nparfaite à l'harmonie moderne peut à son tour être considérée comme une\nmarque de l'insuffisance de la théorie » (p. 605).\nOn attend avec curiosité la justification de cette assertion, d'aspect un peu\nparadoxal; malheureusement, et pour la seconde fois, M. Boutroux ne peut\ndévelopper sa pensée, car « elle soulève encore une grande question » qu'il ne\nsaurait « traiter ici avec l'ampleur qu'elle exigerait » : La mélodie dérive-t-elle de\nl9harmonie, « la gamme étant composée d'une série de notes déterminées par la\ncomparaison de chacune d'elles avec une tonique », ou ïharmonie dérive-t-elle\nde la mélodie, «la gamme étant primitivement constituée par une série d'inter-\nvalles juxtaposés ».\nOserais je le dire ? Malgré son apparence de netteté, la question n'est pas très\nbien posée ; car la mélodie et l'harmonie ne sont pas entre elles dans le rapport\nde mère à fille, ou inversement, et il n'y a pas lieu de se demander laquelle des\ndeux procède de l'autre; toutes deux, en effet, dérivent de l'application d'un\nmême principe, la comparaison des divers sons employés, soit à l'un d'eux\n(accords avec fondamentale), soit au souvenir de l'un d'eux (accords sans fon-\ndamentale et mélodie) (1). M. Boutroux croit que c'est là une conception toute\nmoderne de la musique (p. 606) ; cependant, dans les problèmes musicaux\nd'Aristote (ou du pseudo-Aristote), problèmes dont l'antiquité n'est pas mise en\ndoute, on voit que les anciens avaient constaté le fait suivant : quand l'une des\ncordes de la lyre est mal tendue, elle, et elle seule, sonne faux ; toutefois si c'est\nla mèse qui n'est pas bien réglée, toutes les autres cordes sonnent faux. Ne suit-\nil pas de là que les anciens, de même que nous, rapportaient les divers degrés de\nla gamme à l'un d'entre eux.\nAu début, l'homme a fait de la peinture, comme de la musique, avec les très\nfaibles ressources dont il disposait; lorsque celles-ci se sont trouvées suffisam-\nment accrues, l'homme a commencé à sentir le besoin de les classer méthodique-\nment ; c'est ainsi que nous voyons aujourd'hui, chez certains marchands, des\nbâtons de pastels rangés par série où le ton varie progressivement ; c'est ainsi\nencore que les musiciens ont disposé méthodiquement, a côté les unes des autres,\nsur la portée ou sur certains instruments (pas tous), les diverses notes dont ils\npeuvent avoir à faire usage ; c'est donc la gamme qui est née de la musique, et\nnon la musique de la gamme, et c'est, je pense, une pure illusion de considérer\n\n(1) Cette comparaison, en général, n'est pas consciente, mais elle peut le devenir, par\nexemple quand nous contrôlons la justesse des sorts entendus, ou quand nous cherchons men-\ntalement leurs positions relatives pour les inscrire sur la portée. Quant au terme de compa-\nraison, le son auquel on rapporte les autres, est souvent la tonique principale ou sa dominante,\nplus rarement la sous-dominante (dominée) ; mais il existe aussi beaucoup de styles musicaux où\nles « oscillations » (Essai sur la gamme, p. 396) sont très fréquentes, en sorte que la tonique\ndu moment y change continuellement."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.17", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3075, "texte": "la gamme comme primitivement constituée par une série d'intervalles juxtapo-\nsés (1). Qu'est-ce que cette série incréée (2) } Pourquoi l'admettre plutôt que\ntoute autre ? Il faudrait d'ailleurs en admettre non point une mais beaucoup, car\non sait que les types de gammes possibles sont fort nombreux.\nCette illusion conduit M. Boutroux à affirmer qu'au point de vue de la mélo-\ndie, 1 esi et le ré sont les notes les plus étroitement apparentées à do (p. 607).\nPour vérifier qu'il n'en est rien, considérons le cas d'un pâtre, ou d 'une bergère,\nou de toute autre personne absolument étrangère aux choses de l'harmonie, et\nsupposons que cette personne ait commencé une chanson en la mineur, ce ton\nétant trop haut ou trop bas pour son organe. Si elle arrive, par exemple, à un\ndo qu'elle ne puisse émettre, elle lui substituera peut être tout naturellement un la\nou un pii, ou même une octave du do impossible à former (3) ; c'est ainsi qu elle\ncommettra la déformation minima. Mais si au contraire elle substituait au do\nirréalisable l'un de ses degrés conjoints, si ou rc, le sens de la phrase mélodique\npourrait être très sensiblement modifié, contrairement à ce qui devrait résulter\ndu principe affirmé par mon critique.\nSi M. Boutroux, ayant égard aux présomptions d'exactitude (4) présentées\npar le postulat des rapports simples, voulait bien prendre connaissance de mes\nréponses et soumettre la question à un nouvel examen, il ne m'est pas interdit\nd'espérer que cette fois il arriverait à une opinion encore moins éloignée de la\nmienne. Et peut-être sera-t-il curieux un jour de jeter un second coup\nd'œil sur une théorie qui « sans bouleversement, sans révolution » fournit le\nmoyen de rentrer dans la vérité musicale en satisfaisant aux desiderata formulés\npar des musiciens tels que M. Saint-Saëns (p. 605) et d'expliquer avec évidence\ndivers effets paradoxaux l'altération de notre justesse d'oreille\nsous l'action de certain répertoire), effets que les maîtres constatent bien\n(p. 608), mais dont ils n'indiquent pas les causes.\n\nMaurice GANDILLOT.\n\n(1) Platon disait : <ï L'échelle des sons n'est pas un fait primordial ; à l'origine, elle était\ndésordonnée )) (cité par Gevaërt, Problèmes musicaux d'Aristote, p. 144).\n(2) Même au point de vue de l'antiquité, cette conception doit être inexacte. Si les anciens\navaient réellement « senti » la gamme comme une série d'intervalles juxtaposés, le déréglage de\nla mèse n'aurait dû altérer que les intervalles formés avec la mèse (par le lichanos et la para-\nmèse) ; cependant tous les autres intervalles paraissaient faux, avons-nous vu, quand la mèse\nn'était plus au ton.\n(3) C'est-à-dire une note prise dans la même échelle que la note à remplacer; c est ce que les\nharmonistes appellent (C une note appartenant à l'harmonie », expression à peu près équivalente\nmais souvent incorrecte, ainsi que dans le cas actuel où il s'agit d'une mélodie dépourvue d'har-\nmonie.\n(4) Présomptions qu'il ne nie pas (au contraire) ainsi que je l'ai fait observer au début de\ncette réponse."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-01-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-01-15_01#c026", "volume": "bmtnabj_1909-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "54", "page_fin": "58", "image_debut": 18, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.2.4", "titre_corps": "L'Ecole de Choron", "titre_sommaire": "L'Ecole de Choron", "signature_source": "GABRIEL VAUTHIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.18", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2982, "texte": "L'Ecole de Choron\n\n■ (0\n{suite).\nVII\nL'INSTITUTION ROYALE DE MUSIQUE CLASSIQUE\n1830-1834\nCe que réclamait un ennemi, la Révolution de Juillet l'accomplit. Cette fois,\nc'était le coup de grâce. L'Ecole, que son nom peut-être rendait suspecte au nou-\nveau régime, cessa de figurer au budget, et le directeur fut mis à la retraite avec\nune pension de douze mille francs (2).\nChoron feint de considérer cette somme comme une subvention ; il multiplie\nles démarches pour obtenir le maintien de son établissement. Il s'appelle désor-\nmais Institution royale de musique classique. On y étudie les œuvres anciennes\net modernes, sacrées et profanes. « Elle remplit les fonctions d'un véritable Con-\nservatoire dans toute l'étendue du mot : elle est, par rapport à la musique et aux\nautres établissements, ce que le Musée et la Galerie des Antiques sont dans les\narts du dessin relativement au Salon d'exposition des ouvrages modernes. »\nLe directeur crie misère ; il frappe à toutes les portes. On lui a dit que le roi\ns'intéressait à sa position : vite, il écrit en haut lieu, et on lui répond sèchement\nqu'il n'y a rien de vrai dans ce bruit. Il s'adresse à Thiers. Le ministre veut bien\nl'aider, mais, le budget étant réglé pour 1833, il ne peut promettre une subven-\ntion que pour l'année suivante. Choron porte ses plaintes jusqu'à la Chambre\ndes Députés ; il fait imprimer un Mémoire non daté qu'il envoie à la Com-\nmission du budget. « Il est victime d'un déni de justice. » En 1827, pour faire\nconstruire chez lui une salle de concerts, il a avancé une assez grosse somme ; le\nministre d'alors s'est reconnu son débiteur, et le contrat, qui lui accordait, pour\nse rembourser, le produit des exercices, portait qu'il aurait droit à une indem-\nnité, s'il était troublé dans sa jouissance. Rien ne lui a été payé : ses douze\nélèves, sa famille, ses employés, ses domestiques, doivent vivre avec ses douze\nmille francs. Il suffit encore à tout « avec son propre argent », mais bientôt, dit-il\nen terminant, « l'épuisement de tous mes moyens ne me laissera d'autre perspec-\ntive que la misère la plus profonde. Voilà, je le répète, le fruit de tous mes tra-\nvaux, la récompense de tous mes services ».\nEt pourtant, il ne se.décourage pas ; la vieillesse ne peut rien sur son activité.\nA-t-on besoin de lui ? il reprend son bâton de voyageur et se met en route.\nLe nouveau gouvernement avait supprimé les allocations pour chœurs et\npsaltistes. Les évêques s'adressent à Choron pour qu'il avise aux moyens de\nsauver le chant d'église menacé par cette mesure. Deux fois, en 1833, il se rend\ndans les diocèses de l'Ouest ; il visite les villes, grandes ou petites, les cathé-\ndrales, les couvents, les séminaires, et partout, avec une incroyable rapidité, il\n\n(1) Voir la Revue Musicale n° 23 du ler décembre 1908.\n•2) La liste civile, réduite de moitié, ne put conserver la charge des théâtres royaux, et, par\nsuite, cette administration fut distraite de la Maison du roi."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.19", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3815, "texte": "accomplit ses prodiges habituels. Un soir, il arrive à Pons à 6 heures ; à 7, « toute\nla maison un collège ecclésiastique composée de cent quarante personnes,\nchante un chœur admirablement », et toujours d'après la Méthode concertante.\nMême succès à la Rochelle, avec quatre-vingt-dix personnes. A Angers, « le\nchœur chante parfaitement bien l'Office entier de saint Jean : toute la ville est\ndans l'étonnement ». A Nantes, il espère avoir sous peu « un chœur de huit\ncents à mille chanteurs : c'est une croisade, tout le monde veut en être (1) ».\nCe labeur ne suffit pas à Choron : il trouve le temps de composer et d'arranger\nbeaucoup de cantiques, et aussi des couplets pour une distribution de prix ; et\npartout il apporte des copies de musique, bientôt en nombre insuffisant.\nA Paris, ses concerts continuaient, et ils réunissaient autant d'auditeurs\nqu'avant 1830, mais les élèves étant peu nombreux, il fallait payer des auxiliaires,\net ces frais absorbaient tous les bénéfices. « Notre établissement marche à mer-\nveille », écrivait-il le 20 mars 1832 (2) ; oui, mais il faisait flèche de tout bois.\nL'Ecole gagnait un peu à chanter dans les églises, et aussi, triste retour après\nles triomphes de la Sorbonne, au Tivoli d'hiver (3), où, à partir de 1830, elle\ndonne trois fois par semaine de grands concerts de musique classique (4).\nChoron, dans cette dernière période de sa vie, revient à ce qui fut l'objet de sa\npréoccupation constante, à l'enseignement du chant dans les écoles primaires.\nIl l'a organisé rue Barbette et au Gros-Caillou ; il veut l'introduire dans l'école\nde la rue de l'Ecole-de-Médecine et dans celle de la rue Madame ; il est en pour-\nparlers avec le préfet de la Seine et les maires de Paris pour la faire pénétrer\ndans tous les établissements de la ville.\nEn 1833, Guizot, ministre de l'instruction publique, l'autorise « à faire dans\nl'Université, et pour commencer, à l'Ecole normale d'instituteurs à Versailles,\nl'essai du système vocal dont il est l'inventeur ». Le jeudi 17 octobre, Choron se\nrend dans cette ville; le succès est stupéfiant. « Une heure a suffi pour mettre\nen état de chanter un chœur à plusieurs parties, avec beaucoup de justesse et\nd'ensemble, une masse de soixante élèves professeurs, auxquels a été adjoint\nun nombre égal d'enfants de l'école élémentaire y annexée. » (Moniteur\nuniversel.)\nLe lendemain, presque dans les mêmes termes, il fait part à Guizot de son\ntriomphe. Il ajoute : « C'est à peu près la quarantième expérience de ce genre\nque je fais depuis le commencement de cette année, et toujours avec le même\nsuccès. Quelques semaines me suffiraient pour mettre cette même masse, ou\ntoute autre, fût-elle dix fois plus nombreuse, en état d'exécuter les compositions\nles plus difficiles, ou bien, en restant dans le genre simple, pour populariser et\nétendre indéfiniment la pratique du chant à plusieurs parties. »\nEt il revient à son vieil ennemi, le Conservatoire ; il adresse encore de vives\n\n(1) Lettres adressées à son gendre ou à sa fille.\n(2) « Je suis de nouveau alité, arriéré dans toutes mes dépenses. Je vous conjure, écrit-il à un\nami, de venir à mon aide. Je ne sais à quel saint me vouer. » 18 avril 1834. « Je n'obtiens des\nrésultats qu'au prix de sacrifices qui m'épuisent. » 25 avril 1834.\n(3) Rue de Grenelle Saint-Honoré. Déjà, en 1825, on y donnait des concerts d'amateurs. Le\nTivoli d été était rue Saint-Lazare. « Égaré certain soir d'août dans ces jardins, un journaliste\ny aperçoit Choron escorté de ses vingt élèves, et le désigne aux promeneurs. Entouré, supplié,\nle maître consent à organiser un concert dans lequel ses intéressants virtuoses font merveille »\nMartinet, Histoire anecdotique du Conservatoire, s d.\n(4) Le 29 mars 1833, on donna au Théâtre-Italien une soirée au bénéfice de l'École."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.20", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3803, "texte": "critiques à cet établissement (1). « S'il vous plaît, dit-il en terminant, de placer\nsous mon autorité toutes les parties de l'enseignement du chant du Conserva-\ntoire, je m'engage à mettre, avant l'ouverture des concerts de cette année, toute\nla masse des exécutants en état de rendre parfaitement les parties les plus\ndifficiles de ce répertoire. »\nIl semble que l'imagination de Choron s'exalte de plus en plus, à mesure qu'il\napproche de sa fin. Jusqu à ce jour, il avait vu grand, il va maintenant jusqu'au\ngigantesque. Il forme le projet de prendre à l'entreprise renseignement du\nchant dans toutes les écoles de Charité de Paris. Chaque année, il réunira tous\nles enfants pour donner, à tour de rôle, un concert au bénéfice des indigents de\nchaque arrondissement; une ou deux fois par an, « la réunion générale de tous\nles enfants de Charité donnera au Champ-de-Mars un concert au bénéfice des\nindigents de la ville de Paris. Peu m'importe le nombre : fussent-ils quarante ou\ncinquante mille, je les ferai marcher ensemble à plusieurs parties : je suis sûr\nde mon fait. »\nAu milieu de ces longs espoirs et de ces vastes pensées, en janvier 1834, une\ngrave maladie une inflammation intestinale, compliquée d'une pleurésie\naiguë (2), vint condamner au repos le corps de Choron, mais non son esprit.\nCalme devant la mort, il se joue au milieu de ses souffrances. « En raisonnant\nmon affaire, dit-il à son médecin Descuret, je suis parvenu à mettre ma respi-\nration en harmonie avec ma douleur de côté ; j'ai même coordonné le rythme de\nma respiration avec mes quintes de toux. » Il donne ses dernières pensées à son\nEcole bien-aimée, et, deux jours avant d'expirer, il dicte à son fils « une lettre\nqu'il adressait à l'administration des Beaux-Arts, et dans laquelle il exposait,\navec sens et clarté, ce qu il y avait de mieux à faire pour la maintenir, et tirer le\nmeilleur parti possible de tous ses travaux. »\nDeux fois, sur son lit de mort, il composa en latin l'épitaphe qui a été gravée\nsur sa tombe. Sur deux petites feuilles de papier, où l'écriture, toujours lisible,\nn a plus la fermeté d autrefois, il écrivit * Obut die junii ; obut die..... julii.\nLa mort choisit le 24 juin (3).\nAinsi disparaissait l'homme, et avec lui, tombait pour toujours l'édifice dont\nil soutenait les ruines depuis quatre ans. « Il est impossible, écrivait Berlioz en\n1836, de ne pas éprouver un véritable serrement de cœur en songeant aux longs\nefforts que cet infatigable et courageux artiste a faits toute sa vie pour introduire\nà Paris, et de là en France, le sentiment de la grande musique, et en leur com-\n\n(ï) Son dernier écrit est consacré au Conservatoire : Considérations sur la situation actuelle de\nInstitution royale ou Conservatoire de musique classique, et sur la nécessité de rendre à cet établis-\nsement les moyens propres à lui faire atteindre le but tour lequel il a été créé, 1824 in-4° de\n8 pages. *\n(2) Il fut soigné à Sainte-Périne, puis ramené chez lui.\n(3) Il fut enterré le icr juillet au cimetière Montparnasse. Sa tombe, en bon état, existe tou-\njours. Ce modeste monument, élevé par souscription, est ainsi décrit dans les Richesses d'art de\na France, 111 Monuments civils : Stèle quadrangulaire, en marbre avec fronton sur les quatre\nfaces, et que domine une croix sans socle. Cette stèle est posée sur une dalle tumulaire, à sur-\nface plane, en pierre de Châtillon, entourée d'une grille. Dans ce tombeau reposent sa femme,\nsa fille et son petit-fils, mort en 1854, à dix-neuf ans.\nLe 8 août suivant, ses élèves firent célébrer à sa mémoire un service aux Invalides On y\nexécuta le Requiem de Mozart, et Y Alla riva del Tebro, de Palestrina.\nDuprez, après 1842, donna, à la salle Herz, un concert au bénéfice des anciens élèves beso-\ngneux de 1 Ecole de Choron."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.21", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3887, "texte": "parant les déboires cruels et la triste fin qui en ont été le prix. Choron n'était\npoint un spéculateur : c'était un artiste dans la haute acception du mot. »\nArtiste, il le fut par le désintéressement, par l'enthousiasme, par sa passion\npour les grands modèles.\nArtiste, il chercha des natures d'élite pour donner aux plus belles œuvres les\ninterprètes les mieux doués et les plus savants.\nC'est là ce qui le distingue de ceux de ses contemporains qui essayèrent comme\nlui de rendre populaire l'enseignement de la musique.\nDe ceux-là, nous ne rappellerons que le nom de Wilhem (i). Il convient\nd'accorder un souvenir à celui qui, pour initier à la musique les enfants du peu-\nple, n'épargna aucun effort et mourut à la tâche. Il se proposait, comme dit un\nde ses biographes, « de s'élever de rien à quelque chose, et d'appliquer ren-\nseignement mutuel à une langue dont les signes mystérieux étaient expliqués\ndans une série de tableaux. Avec une infatigable patience, il dressa toute une\ngénération d'écoliers ; à certains jours, il les fit avec grand succès (2) chanter\nen mesure et sans accompagnement. C'étaient de jeunes esprits s'appliquant\naux rudiments d'un art difficile ; mais, si les voix étaient exercées, qui peut dire\nquelle part avaient dans cet apprentissage l'intelligence et le cœur?\nChoron formait des musiciens, des artistes ; il dirigeait une école de chant\nliturgique et de musique religieuse ; il étudiait, en remontant jusqu'à la Renais-\nsance, les maîtres anciens. Palestrina, Vittoria, Josquin des Près, Goudimel.\nCe programme est, sans y changer un seul mot, celui des chanteurs de Saint-\nGervais et de la Schola cantorum. Les ressemblances, en tout, sont frappantes.\nChoron, sousla Restauration, « faisait trembler l'Ecole royale poursonexistence ».\n«La Schola, écrit M D.-Alf. Agachedans les Documents du Progrès, vers 1900,\nn'était plus la simple école des chanteurs, primitivement conçue, mais un véri-\ntable Conservatoire libre, dont les tendances devaient révolutionner l'enseigne-\nment musical en France... Tandis que le Conservatoire officiel s'endormait\ndans l'enseignement de méthodes surannées, ne cherchant à former que des\nvirtuoses ou des prix de Rome, c'est-à-dire d'habiles artisans qui possédaient\nleur métier sans plus, la Schola donnait à ses élèves cette culture générale qui\nélargit les idées, forme le goût, développe l'enthousiasme. » Ce programme est-il\nnouveau pour nos lecteurs ? Est-il de 1825 ou de 1900 ?\nL'auteur de l'article rend hommage à « l'activité inlassable et avertie d'un\n\n(1) Voir sur Wilhem : Jomard, Discours, etc., 1842 ; Ad. de Lafage, notice sur G.-L. Bocquillon-\nWilhem, 1844.\n(2) « M. Wilhem a donné le mois passé, écrit Berlioz à Liszt le 6 août 1839, deux séances\npubliques ; ses cinq cents élèves chanteurs ont été fort applaudis. Je n'ai pas trouvé leur exé-\ncution en voie de progrès. Tous ces jeunes hommes et ces enfants ont un sentiment rythmique\nd'un vulgarisme désespérant. Ils martèlent chaque temps de la mesure : ils convertissent tout,\nplus ou moins, en mouvement de marche Certainement, ce résultat est très beau, si l'on com-\npare l'ancienne ignorance des classes populaires à ce qu'elles savent aujourd'hui, mais savoir\nn'est pas tout en musique, il faut sentir aussi » Savoir et sentir, c'est bien la différence entre\nla méthode de Wilhem et celle de Choron.\nAjoutons que Berlioz avait été très frappé de cet emploi des masses. Dans une lettre à J. d'Or-\ntigue, du 21 juin 1851, il parle de l'enthousiasme qu'il a ressenti en entendant à Saint-Paul de\nLondres un chœur de six mille cinq cents enfants des écoles de Charité. « Voilà la réalisation\nd'une partie de mes rêves, et la preuve que la puissance des œuvres musicales est encore\ninconnue. » Le 27 avril 1855, il pouvait enfin donner son Te Deum à Saint-Eustache avec six\ncents enfants et deux cents choristes artistes."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.22", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 355, "texte": "Ch. Bordes, àla compétence indiscutable d'un Alexandre Guilmant, enfin à\nl'enthousiasme moderniste d'un Vincent d'lndy ». 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M.\nI\n\nCOURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nHistoire du théâtre lyrique.\nLes drames liturgiques au moyen âge\n\n(suite).\nI. LES PROPHÈTES.\nLes drames primitifs du moyen âge sont une illustration et un complément\nde la liturgie. Or la liturgie est consacrée à la glorification du Christ ; elle en\nfait son objet principal, sinon unique. Je disposerai donc les pièces dont j'ai à\nparler dans l'ordre qui correspond à l'histoire même du Christ ; je commence\npar celle où sa venue est prédite.\nEst-il vraiment possible d'employer le mot « drame » en parlant de cette sin-\ngulière série de scènes si brèves dont le manuscrit de Saint-Martial de Limoges\nnous donne le texte ? Je ne sais rien de plus naïf, de plus simpliste, de plus\néloigné de tous les artifices du théâtre. Ce que j'ai à décrire, c'est un défilé de\npersonnages comme on en voit à la cathédrale de Strasbourg, sur le coup de\nmidi, en une sorte de guignol pittoresque où chaque battement de l'horloge\nfait passer devant le spectateur une nouvelle figure de l'ancien Testament. C'est\nbien quelque chose comme cela; mais avec une petite différence !... A Stras-\nbourg, le spectacle a lieu devant des voyageurs de l'agence Cook, armés de\nleur Bedeker, sous la surveillance d'un suisse magnifique très attentif aux\npourboires d'usage. C'est une curiosité de mécanique, recommandée avant le\ndéjeuner à la table d'hôte. Les prophètes nous replacent dans une atmosphère\nde foi où tout est pur, sincère ; où les grands souvenirs bibliques produisent\nune émotion réelle et dont la source est intérieure, toute d'amour et de respect\nreligieux.\nCe drame — appelons-le ainsi — se jouait dans l'église, la veille de Noël.\nPour se replacer dans l'état d'esprit d'où il est sorti, il ne faut pas oublier que\ndans la période qui précède Noël, l'Avent, aussi bien dans les chants de la\nmesse que dans ceux des offices du jour et de la nuit, l'Église faisait converger\ntoute sa liturgie vers cette idée : le Christ est proche, le Sauveur va naître.\nElle l'exprime de mille façons*: sous forme de prière, de supplication, d'annonce"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.2", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nsolennelle, de vision mystique et anticipée, de chant d'allégresse, avec toutes les\nnuances de sentiment qui correspondent à ces divers modes de la foi. Ainsi\non chante, à la férié 11, (infra Hebdom, 111. Adventus), à Laudes et pendant\nles Heures :\nCésar Franck, en sa Rédemption, dit cela autrement. Nous sommes aû moyen\nâge. Les antiennes de l'antiphonaire, durant cette période, sont toutes pleines\nd'images brillantes ; elles annoncent une « source » prochaine où toutes les na-\ntions viendront boire la joie et la salut, une « rosée » ou « une pluie de justice »\nqui, du ciel, va tomber sur la terre (feria 111 : ad Laudes et fer Hor as), une récom-\npense suprême qui sera donnée aux observateurs de la Loi... On compare Jésus\nà une lumière dans la nuit, au soleil qui va paraître à l'horizon (antienne in\nVigilia Nativ. Dom.). C'est une attente « universelle » (graduel du lerIer dim. de\nl'Avent). La nature entière va être transformée : « Les montagnes distilleront\nle nectar ; des collines, couleront'des fleuves de lait et de miel » (aux vêpres,\nler1er dim. de l'Avent). « Jérusalem, lève-toi et vois le bonheur que ton Dieu\nt'apporte ! » (com Ilie du Dim. de l'Avent). C est un enthousiasme qui va gagner\nla nature entière et même les objets inanimés : « Les arbres des forêts applau-\ndiront » (omnia ligna silvarum plaudent manibus, ant. du IIe dim. de l'Avent).\nOn va jusqu'à dire naïvement au Christ : «Viens, ne sois pas en retard ! » Noli\ntard are !\nPour parler et chanter ainsi, on s'appuie sur le témoignage des prophètes,\ndont les prédictions vont se réaliser. Ainsi (férié lll,in/ra Hebdomadam Adventus,\nAntiph.) : « Da mercedem Domine sustinentibus te, ut prophetce tui fideles\ninveniantur », et, férié IV : « Prophetceprœdicaverunt nasci Salvatorem de Virgine\nMaria. » Ces prophéties occupent une place très importante dans la liturgie ; à\nl'office du matin,le samedi saint,l'Eglise n'en lit pas moins de douze,d une étendue\nconsidérable. Elle célèbre THomme-Dieu, qui en vertu de sa double nature a\nété connu avant son incarnation : « Vult [enim] ostendere utramque naturam\nesse in Christo, ut sic plures sint testes nativitatis Christi. . scilicet ab eis qui\nfuerunt ante legem, sub lege et post legem, quoniam integrum est judicium quod\nplurimorum sententiis confirmatur. »\nOr, le peuple des fidèles ne veut pas seulement se souvenir, penser et croire;\nil veut voir. Les arts plastiques furent mis à contribution. A la façade des\npresque toutes les cathédrales du xme siècle, il y a une galerie de statues colos-\nsales : ce ne sont pas les rois de France, comme on l'a cru pendant quelque\ntemps, mais les rois de Juda, prédécesseurs de Jésus. L'image des prophètes\nrépond au même besoin instinctif de réaliser les idées abstraites et d'en jouir\n\n(i) Dans le texte de l'antiphonaire de Solesmes (189 î, p. 93) que j'ai sous les yeux, il ya,\naprès Deus, une barre césure qui me paraît fâcheuse..."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.3", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nautrement que par la pensée. En eux-mêmes, les prophètes de l'ancien\nTestament sont des figures extraordinaires, bien capables de séduire l'imagina-\ntion d'un statuaire, d'un poète ou d un compositeur, surtout s'il a des tendances\nromantiques. Considérés d'un point de vue purement historique et humain,\nils fournissent à l'artiste une matière très riche. Ce sont des inspirés, des\n« surhommes » à la fois brillants et violents. Arrachés à la vie commune par une\nforce supérieure, enivrés de bruit et de musique, \"ils ébranlent les villes et les\nsociétés de leur verbe retentissant. Ils prophétisent du fond des citernes ; ils\nrasent leurs cheveux et leurs sourcils ; ils déchirent leur manteau, marchent nus\ndans le désert... Et chacun d'eux a une psychologie propre, un caractère per-\nsonnel, une attitude marquée par un trait énergique. Représenter les prophètes,\nd'une façon quelconque, avec le pinceau, le ciseau ou la plume, c'est composer\nune galerie, où la couleur et le dessin semblent devoir former des tableaux\néblouissants et très distincts.\nIl n'y a qu'un seul artiste qui, en s'inspirant de la Bible, ait compris ainsi un\ntel sujet et l'ait traité de façon émouvante. C'est Michel-Ange. Le moyen âge,\ndans les arts du rythme comme dans les arts plastiques, n'a rien fait de sem-\nblable, rien d'approchant: Une conception tout autre de l'Ancien Testament a\ninspiré ses œuvres.\nA très peu de chose près, il a négligé ce qui, aux yeux d'un poète ou d'un\nartiste proprement dit, est si important. Pour lui, les prophètes perdent leurs\nqualités individuelles et s'absorbent, si je puis dire, dans une vérité générale et\nthéologique ; ce qu'il retient d'eux, avec les noms qui sont comme la garantie\nd'une certitude, c est que tous, sous des formes dont les différences importent\npeu, ont annoncé la même chose : la venue du Messie, l'apparition du Christ.\nAinsi, bien qu'ils appartiennent à l'ancienne Loi, les sculpteurs les rapprochent\ndes apôtres ; ils les traitent comme eux : ils leur donnent la même tunique, le\nmême livre, le même nimbe d'or (par exemple sur les vitraux de Bourges) ; on\nles distingue à peine, quelquefois, par le bonnet conique des Juifs. De là, une\ncertaine monotonie dans les représentations plastiques, monotonie résultant de\nce que l'idée du Christ est étendue à tout, domine tout, et relègue dans l'ombre\nles traits personnels, particuliers et contingents. On la retrouve dans le drame\nmusical.\nII\nLe manuscrit de Saint-Martial de Limoges, aujourd'hui à la Bibliothèque\nnationale, qui contient le texte des Prophètes (avec celui des Vierges sages et des\nVierges folles et celui de la Résurrection), est du xic siècle. 11 a été l'objet de\ndivers travaux philologiques, déjà indiqués par de CoUssemaker. Le premier\nest celui de l'abbé Lebeuf, qui eut le mérite de le découvrir en 1741 (Disserta-\ntion sur ïHistoire ecclésiastique de Pans, (t. II, p. 65). Après les Bénédictins, qui\ndans leur Histoire littéraire delà France (1746, t. VII, p. 127), s'en servirent\npour reculer et fixer les origines du théâtre moderne, le manuscrit resta oublié\njusqu'en 1816 où il fut publié par Raynouard,, exclusivement intéressé par les\nlambeaux de langue romane qui (dans les pièces autres que les Prophètes) sont\nmêlés au latin. De Montmerqué et Fr. Michel rééditèrent le texte en 1839."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.4", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nÉdelestan du Mesnil s'en occupa incidemment en 1849, dans son opuscule sur\nles Origines latines du théâtre français. 11 faut ajouter les études de Magnin dans\nle Journal de l'lnstruction publique (1835 et 1836), et dans le Journal des Savants\n(1846). Ces philologues n'avaient pu ignorer que les paroles latines sont\naccompagnées d'un bout à l'autre, ]— sauf une petite lacune, d'une notation\nmusicale à points superposés, dite notation d'Aquitaine, avec une ligne tracée\nà la pointe sèche du stylet dans l'épaisseur du vélin ; mais pour des causes\ndiverses, ils avaient négligé cette partie du document à étudier. La musique\ndu manuscrit est mentionnée pour la première fois en 1838 par Bottée de Toul-\nmont qui, dans ses instructions aux correspondants du ministère de l'instruc-\ntion publique (comité créé par Guizot), la cite avec précision comme exemple\nde pièce très ancienne; elle a été enfin publiée par De Coussemaker, avec quel-\nques fac-similés en couleur de l'original, en 1852 dans son Histoire de l'Har-\nmonie au moyen âge, et en 1861 dans ses Drames liturgiques.\nComme on le voit par cette esquisse bibliographique, l'évolution suivie par\nl'esprit critique est l'inverse de l'évolution que suivent les faits dans la réalité.\nDans l'histoire, c'est la musique qui apparaît d'abord ; on débute par le chant ;\nla poésie est fille de la mélodie (ainsi le drame purement littéraire vient très\ntard, après le drame lyrique). Dans la critique, comme si on était sous l'in-\nfluence des derniers et plus récents produits de l'esprit humain, on débute au\ncontraire par l'étude des textes littéraires. C'est sur le tard seulement qu'en\nremontant vers les origines on s'élève à l'étude de la musique.\nDans cette pièce, qui se réduit à une scène unique avec une succession de\n« tableaux » rapides, il y a 14 personnages : un préchantre, qui fait songer au\n« prologue » de la comédie latine (le prologue est un acteur chargé du prélude\nou de l'annonce), et qui en même temps introduit et interroge les prophètes :\nIsraël, Moïse, Isaïe, Jérémie, Daniel, Abacuc, David, Siméon, Elisabeth, Jean-\nBaptiste, Virgile, Nabuchodonosor et la Sybille ; choix singulier, où des élé-\nments païens se mêlent aux souvenirs de la Bible 1 A chacun de ces personnages,\nle préchantre pose une question naïve : Toi, un tel, que sais-tu sur le Christ?\nDis-nous quelque chose ! Le prophète répond par une phrase tirée habituelle-\nment d'un texte biblique, et on passe à un autre. Tout est en latin et en\nplain-chant.\nIII\ni° Voici le prélude du préchantre annonçant la représentation :\n« Que toutes les nations se réjouissent et entonnent un chant d'allégresse !\nDieu se fait homme; de la maison de David, il naît aujourd'hui. O Juifs, qui\nniez le verbe de Dieu, écoutez, en ordre, les hommes de votre loi, les témoins\nde votre Roi. Et vous, peuples, qui ne croyez pas qu'une Vierge ait enfanté,\nchassez votre erreur devant les preuves tirées de [l'histoire de] votre nation* »\nDans cette annonce, l'idée d'enseignement et d'édification est nettement\nindiquée. Le mot documentis est typique. C'est bien une preuve visible, une\ndémonstration, que le spectateur attend. Cela revêt la forme d'une séquence\nlatine où on trouve deux éléments essentiels de la versification française moderne !\ni° la rime ; 2° les vers (?) à rime masculine (terminés sur une syllabe forte) et\nles vers à rime féminine (terminés sur une syllabe faible). En réalité, le latin"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.5", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nignore les finales foi tes, puisqu il ne place jamais l'accent tonique sur la dernière\nsyllabe du mot, mais le principe adopté ici, dans le voisinage des langues\nromanes, est, avec le maintien (sauf exception) de l'accent à sa place normale\n(syllabe pénultième ou antépénultième), l'introduction d'un accent secondaire\nde deux en deux, si bien que la formule a l'allure ïambique ou trochaïque :\nr\nOmnes géntes\nCôngaudéntes\nDént Cantum leticié !\nDéus hômo fit,\nDe Dômo David\nNâtus hôdié.\nO Judéi\nVérbum Déi\nQui negâtis, hominém\nVéstre légis\nTéstem régis\nAudité per ordiném.\nEt vos, géntes,\nNon credénles\nPéperisse Virginém,\nVéstre géntîs\nDôcuméntis\nPéllité caliginém.\nVoici ces mêmes paroles avec la transcription de la musique contenue dans le\nmanuscrit :\nBien qu'il s'agisse d'exprimer l'allégresse, et bien que les paroles aient un\ncaractère un peu agressif — puisqu'il s'agit de combattre l'incrédulité par une\ndémonstration décisive — le plain-chant ramène tout à la sérénité de ses for-\nmules habituelles. Ce motif gracieux et limpide évoque le souvenir de beaucoup"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.6", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nde pièces du paroissien écrites dans le 5e ton. On en retrouve le dessin initial,\navec plus ou moins d'exactitude, dans 1 offertoire (Jubilate Deoomnis terra,..) du\ndimanche dans l'octave de l'Epiphanie ; dans le graduel du VIe dimanche et\n(plus altéré) dans l'offertoire du VIIIe après la Pentecôte; dans celui du\nXVIIIe dimanche (Sanctificavit Moyses altare Domino) ; dans le graduel Gloria\net honore de la messe pour un martyr pontife ; dans l'introït de la messe du\n18 juillet; dans l'offertoire Confessio et pulchritudo de la fête du 10 août...\nCe n'est pas seulement pour la lecture correcte et l'interprétation de la\nmusique des Prophètes qu'il importe d'indiquer ces rapprochements. Nous\nsaisissons ici une des différences essentielles qui séparent un moderne d'un\nprimitif. Un moderne cherche de parti pris la nouveauté ; il croit que la nou-\nveauté de son langage, littéraire ou musical, est précisément la justification de\nson œuvre, sans quoi celle-ci serait inutile et n'aurait aucune raison d'être. A\nmesure qu'on se rapproche du temps présent, cette idée s'exagère de plus en\nplus : de là l'étrangetéde certains compositeurs contemporains qui semblent se\nmettre l'esprit à la torture pour trouver du neuf. Le primitif est tout autre. Au\nlieu d'être tourné vers l'avenir, il est tourné vers le passé. Faisant œuvre reli-\ngieuse, il s'applique à suivre la tradition; la conformité à la tradition justifie\nprécisément son œuvre, sans quoi celle-ci serait une sorte de monstre. De là,\ndans les drames liturgiques, la persistance du plain-chant. De là aussi les\nformules bibliques déjà en usage dans les offices.\n20 Après ce prélude, le préchantre interroge le premier prophète paraissant\ndevant les spectateurs :\nlsraël, vir lenis, inque ! De Christo quid nosti firme } Israël, homme doux il\na l'air de dire aux assistants : n'ayez pas peur ! il n'est pas méchant I), parle-nous\nun peu. Que sais-tu de sûr au sujet du Christ ?\nEt Israël répond :\nLe sceptre restera dans Juda, jusqu'à ce que soit présent celui qui doit\nêtre marqué (d'infamie?). Le Verbe Sauveur de Dieu est attendu par les peuples\navec moi :\nDux de Jûda non tollétur (1)\nDônec adsit qui notétur;\nSâlutâre Déi Vérbum\nExspectâbunt géntes mécum.\nVoici la musique :\nISRA.EL (Entrée d'). Le préchantre.\n\n(r) Je lis tollitur (au lieu de tolletur)."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.7", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nTout est biblique ici (sauf le chant). Israël est le nom de Jacob. Dans la\nGenèse (xxxn, 24 et suiv.), un ange, sous la figure d'un homme, lutte avec\nJacob jusqu'au matin ; puis il lui dit : « On ne te nommera plus Jacob, mais\nIsraël (mot hébreu signifiant fort contre Dieu ) ; si tu as été fort contre Dieu,\ncombien le seras-tu davantage contre les hommes? » Et les paroles chantées\ndans notre drame sont la reproduction presque rigoureuse de celles que prononce\nJacob, lorsqu'avant de mourir il prédit à chacun de ses enfants (Siméon, Lévi,\nJuda, etc.), ce qui doit arriver: « Le sceptre ne sera point ôté de Juda, ni le\nprince de sa postérité, jusqu'à ce que celui qui doit être envoyé soit venu ; et\nc'est lui qui sera l'attente des nations. »\nSans transition et sans se préoccuper de relier l'un à l'autre ces petits\ntableaux, le préchantre continue ses apostrophes :\nLE PRÉCHANTRE. —Législateur, Moïse, approche-toi ici ! et dis-nous quelque\nchose qui soit digne du Christ !\nMOÏSE. Dieu vous donnera un prophète ; écoutez-le comme moi-même\n(huic ut mihi aurem date). Et il ajoute de façon ambiguë : « Celui qui n'entend pas\nce prophète qui m'entend (?) sera chassé de sa nation. Qui non audit hune audien-\ntem expelletur (?) sua gen te. »\nLa première partie de la réponse est chantée exactement sur la même mélodie\nque la question !\nLE PRÉCHANTRE. Isaïe, toi qui sais la vérité, pourquoi ne la dis-tu pas ?\n(lsaïe est en effet au premier rang des Prophètes : il prédit la prise de Jéru-\nsalem, la captivité de Babylone, le retour des Juifs, etc... Saint Jérôme disait de\nlui qu'il faut le considérer comme un Evangéliste, car il semble plutôt réciter des\nhistoires déjà accomplies que prédire des événements futurs )\nISAÏE. Il est nécessaire qu'un rameau sorte de la souche de Jessé. De lui\nsortira une fleur qui est l'esprit de Dieu.\nCes paroles reproduisent le texte de la Bible (Isaïe, début du ch. vi, 1-7). Les\narts du dessin les ont réalisées dans de bien nombreuses compositions Dans le\nbas, le vieux Jessé, étendu et endormi. De sa poitrine ou de sa bouche sort un\narbre (vigne, ou arbre de fantaisie, chargé de feuilles, de fleurset de fruits déco-\nratifs). Sur les branches, en buste ou en pied, les rois de Juda, ancêtres du Christ ;\nsur la dernière, dans le calice d'une fleur, en costume royal et entourée d'une\nauréole, est la Vierge, tenant Jésus dans ses bras. Parmi les ancêtres du\nChrist, on voit David, tenant la harpe, avec un costume plus riche. Quelquefois\nsurtout dans les compositions du xve siècle tous les rois font de la musique\n(vitraux de la chapelle du Christ, à la cathédrale du Mans et du sanctuaire de\nla Sainte-Chapelle, miniature du psautier de saint Louis à l'Arsenal, etc.. )\nJérémie le prophète mélancolique, représenté par Michel Ange dans une\nattitude de tristesse pensive et douloureuse est interpellé par le préchantre :\nApproche-toi, Jérémie; dis-nous des prophéties !\nEt Jérémie répond : « Le Christ est notre Dieu, celui qui n'aura pas de se-\ncond, » sur la même mélodie qui a servi déjà pour Moïse (question et réponse).\nParmi les autres « prophètes » qui défilent, Daniel, Abacuc, David,\nSiméon, Elisabeth (cousine de la Vierge1, Jean-Baptiste (reproduisant le mot\ndevenu populaire : Je ne suis pas digne de dénouer les cordons de ses souliers),\nNabuchodonosor, il faut remarquer Virgile et la.Sibylle. Virgile dit le vers\nincorrect :"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.8", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nEcce polo demissa solo nova progenies est,\nsouvenir du 7e vers de l'Eglogue IV :\nJam nova progenies cœlo demittitur alto.\n•\nLa Sibylle était un personnage très populaire. Le moyen âge en a connu une\ndizaine. Il yen avait une sculptée au portail de presque toutes les cathédrales.\nLa plus célèbre était la Sibylle Erythrée, qui était censée avoir prophétisé au\ntemps de la fondation de Rome. C'est à elle qu'il est fait allusion dans le Dies irœ\n(Teste David cum Sibylla). Sa célébrité venait d'un chapitre de la Cité de Dieu\n(23, 1. XVIII), où saint Augustin lui attribue des vers acrostiches sur le juge-\nment dernier. Elle en reproduit ici le début :\nJudicii ad signum tellus sudore madescet, etc.\nyil ' '■ 1\n« Aux approches du Jugement dernier, la terre s'humectera d'une sueur\n[d'épouvante]. »\nLa pièce se termine par cette phrase, résumant l'effet présumé de tous les\ntémoignages : Judœa iticredula, cur mânes adhuc inverecunda ? « Juifs incrédules,\npourquoi refusez-vous encore d'honorer le Christ ? »\nTelle est cette pièce des Prophètes. Scène d'édification et de démonstration\nthéologique, on le voit, beaucoup plus que « drame », bien qu'il y ait dialogue\net « imitation » réelle. Drame liturgique ? Oui, si Ton veut. N'oublions pas que\ncette étiquette de «drame liturgique » est une invention de Didron (qui en re-\nvendiquait jalousement la paternité, Annales archéologiques, t. XVII), mais\nqu'elle ne saurait être acceptée par un liturgiste serrant de près le sens des\nmots. Elle correspond d'ailleurs à une idée assez juste, les Prophètes étant tout\nimprégnés des croyances d'une époque. Ainsi les contemporains d'Auguste\naimaient à citer les vieux oracles qui avaient prédit et annoncé la toute-puis-\nsance universelle de Rome. Drame lyrique ? Sans doute, puisque tout est chanté,\nen plain-chant, je crois, et non en musique mesurée ; mais quelle monotonie !\ntoujours la même tonalité, une suite de questions et de réponses ayant toutes\nle même objet et presque la même formule musicale. Une des lois de la compo-\nsition lyrique est d'approprier le langage musical au caractère de celui qui\nparle et de le marquer, autant que possible, par un trait particulier : ici on est\ntrès éloigné de cette préoccupation. Virgile, Nabuchodonosor, la Sibylle,\ns'expriment à peu près de la même manière ! L'Eglise elle-même ne donnait-\nelle pas l'exemple de cette uniformité en adaptant ses timbres grégoriens à\ndes paroles très différentes ? Les éléments du drame lyrique commencent à se\ndégager ; l'art du drame lyrique nexiste pas encore.\n( A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.9", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nExécutions récentes.— Varia.\n\nAUDITION DES ENVOIS DE L'ECOLE DE ROME : «AMPHYTRION» (PROLOGUE\nET Ier ACTE) DE M. RAOUL LAPARRA.\n\n— Le mercredi 30 décembre dernier a eu\nlieu au Conservatoire l'exécution de cette œuvre, signée par M. Laparra\n(grand prix de composition musicale au concours de Rome en 1903). En voici\nle sujet :\n« L'aurore naît sur un paysage grec. Les nymphes appellent (sic) ; .les échos\nrépondent. Le jour apparaît, chantant son hymne lumineux.\nMercure intervient, ordonne au Jour de se retirer. Jupiter le veut ainsi.\nLes travailleurs des champs, surpris, en plein midi, par le retour de l'ombre,\nreviennent à leurs logis, craintivement. Et la Nuit se présente, Mme la Nuit,\nà laquelle Mercure dit les desseins de Jupiter, la priant de les seconder par ses\nartifices.\nLa Nuit invoque alors les illusions nocturnes ; et les chauves-souris, les feux-\nfollets commencent un ballet fantastique. Des invocations mystérieuses\ns'exhalent... Dans le ciel, Vénus passe... Puis, c'est le grouillement grotesque du\ncortège de Silène, avec les appels fous des bacchantes... La Nuit préside tout\ncela, semant ses conseils malins. Et voici que la bacchanale s'exalte d'une fureur\nmystique... Jupiter apparaît, comme une vision. Il s'est assoupi avec, sur ses\ngenoux, Alcmène endormie aussi. Le dieu, trahi par le sommeil, grandit,\ngrandit ; sa silhouette bientôt remplit le ciel... Alcmène se réveille, a un geste\nde rêve terrifié qui détruit la vision et replonge toute chose dans la nuit, dans\ncette nuit comiquement redoutable où, déjà, s'entendent les « euh ! » effrayés de\nSosie arrivant avec sa lanterne. Le poltron, cependant, se rassure quelque peu en\napercevant, enfin, la villa de son maître. Son esprit fanfaron reprend le dessus,\net le voilà débitant à sa lanterne le récit qu'il prépare à l'adresse d'Alcmène\npour lui annoncer la victoire de son époux Amphitryon. Mais, au plus brillant\nde l'action, les rires ironiques de Mercure se font entendre dans l'ombre. Le\nhéros Sosie se heurte au dieu qui, ayant pris sa forme, lui interdit l'accès de la\nvilla, lui ordonnant, en outre, de renoncer .à s'appeler par son nom. Le tout\nappuyé d'un maître soufflet et de force coups de bâton. Sosie, stupéfait et gei-\ngnant, retourne vers son maître, parmi la moquerie des follets. Cela laisse\nplace aux épanchements amoureux, au tendre « au revoir ! » qu'échangent\nAlcmène, mystifiée, et Jupiter sous la forme d'Amphitryon. Pour plaire à son\namante mortelle, le dieu crée, à chaque pas, des enchantements dans la nature ;\nAlcmène, extasiée, croit rêver, croit entrevoir les secrets de l'infini, pendant\nqu'autour d'elle dansent les divinités de l'amour et les Grâces du printemps.\nD'autre part, cependant, une séparation moins touchante se produit entre\nMercure et la tempétueuse Cléanthis, laquelle prend le messager des dieux\npour son époux Sosie, l'accablant de reproches sur sa froideur. Mercure cherche\nle repos dans une prompte fuite, ne laissant à Cléanthis que la seule ressource\nd'une attaque de nerfs. »\nMusical, ce sujet l'est certainement. 11 contient tout ce qu'il faut pour plaire :\ndu pittoresque et de la couleur, delà passion, du sentiment, du sérieux et du\ncomique. Avec une sagesse d'écriture indiquant des tendances encore toutes\nclassiques, M. Laparra ne s'est pas montré inférieur à son livret et en a rendu"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.10", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nles principaux aspects en musicien qui connaît très bien son métier. Coloré,\nsentimental, comique, il l'a été tour à tour, de façon très convenable/ Ce qui\nmanque, c est quelque chose de personnel et d'original ; c'est une pointe d'« em-\nballement » pour le sujet traité ; c'est ce je ne sais quoi qui provoque beaucoup\nplus qu une sympathie approbative et qui, étant la signature des maîtres, per-\nmet de dire : ex nngue leonem. L ensemble est fort agréable, mais un peu gris\n(à 1 audition, et contrairement à l'attente probable de 1 auteur) ; les mélodies\nen dépit de quelques rythmes un peu marqués —ne tombent jamais dans la\nvulgarité et sont distinguées : elles ne sont pas ce langage rare et imprévu qui\ntire 1 auditeur hors de lui-même ou l'enchante par des impressions inattendues.\nTout est d un mérite honnête. Le comique obtenu par Sosie qui, suivant la\nscène de Molière, contrefait de temps en temps sa voix pour imiter les répliques\nd Alcmène, a fait à peine sourire. Cette séance fut trop froide. On sentait vague-\nment que cette cantate avait été écrite et qu'elle était exécutée sans apparat,\ntrop de fauteuils étant vides en vertu d'un règlement administratif. Je suis\npersuadé que M. Raoul Laparra fera honneur à l'École française, mais il faut\nque sa personnalité se dégage un peu plus. J'exprimerai un regret précis. En\nécoutant cette œuvre, j'attendais un morceau qui me paraissait tout indiqué et\nqui, à de certains moments, est comme imposé par la situation : c'est un quin-\ntette vocal. Quelle excellente occasion ! Ici, le ménage roturier, Cléanthis et\nSosie, qui doit avoir le langage de l'opéra bouffe ;en regard, le couple héroïque,\nJupiter et Aclmène ; entre les deux, Mercure dont l'esprit intrigant vient de\ntriompher. De ces éléments, je voulais voir sortir une belle construction ;il me\nfallait un quintette, sérieux, complet, prolongé, avec de jolies entrées et de\npiquantes combinaisons de contraste ; un quintette durant au moins dix\nbonnes minutes et me jetant en plein contre-point. Je n'ai pas eu cette satisfac-\ntion. De petites illustrations de détail, des dialogues, quelques mélodies déta-\nchées, voilà ce qui m'a été offert. Ce n'est pas assez. J'irai jusqu'à formuler un\nvœu. Puisqu'on oblige les prix de Rome à faire des « envois », l'lnstitut ne\npourrait-il pas leur imposer d'introduire dans leur composition un ensemble\ntel qu'un quintette ou un quatuor, voire une fugue vocale ?Il réagirait utile-\nment contre la tendance actuelle à abandonner ces formes si belles de la cons-\ntruction musicale, —ce qui est grand dommage.\n\ns.\n\n- L'examen de la classe d'ensemble dirigée par\nM. Charles Lefebvre a eu lieu le 28 décembre. L'excellent professeur avait choisi\nles morceaux d'études dans le répertoire des grands maîtres, ce qui est une tra-\ndition à peu près constante, puisqu'on ne peut pas prendre les compositions\nd'auteurs vivants. Ses choix étaient particulièrement heureux. La sonate à trois\nen ré, de Leclair (1687-1764), successivement interprétée par Mlles Vargues et\nFritsch (piano), M. Hémery (un des meilleurs sujets de la maison) et Mlle de la\nHardrouyère (violon), MM. Anirel et Maréchal (basse) ; un trio de J.-S. Bach,\npour piano(Mlle Parody), violon (Mlle Fidide) et flûte (M. Friscourt) le quatuor à\ncordes en ut de Mozart, Mlle Wolff (ier violon), M. Tinlot (excellent comme\njustesse et archet, 2e violon), Mîle Dumont (alto), et M. Ruyssen (basse). L'intro-\nduction et l'allégro du quintette en mi bémol de Beethoven, joué trop souvent\nparles cordes, pour lesquelles il fut transcrit par Beethoven lui-même, mais que\nM. Ch. Lefebvre a bien fait de faire exécuter selon le premier texte par les\n\nAu CONSERVATOIRE."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.11", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\ninstruments à vent : hautbois (M. Morel), clarinette (M. Jauffrion), cor(M. Doyen),\nbasson (M. Verdier) ; au piano, M. Laporte. Le n° 3 des Màrchenbilder de\nSchumann, avec Mlle Haskil (piano), Mlle delà Hardrouyère (violon), M. Mayeux\n(alto). Enfin, le trio en ut mineur de Mendelssohn, dont les quatre parties ont\nété partagées entre Mlle Landsmann, M. Schulof, M. Bouvaist, M. Boucheron\n(piano) ;M. Duran, M. Olmagu, M. Tinlot, Mlle Wolff (violon), MM. Laurent-\nLongy, Mangot, Ruyssen (basse).\nEn général, l'interprétation pèche par défaut d'archet. Ces jeunes violonistes,\nqui ontébloui le jury et le public du concours de juillet dernier, par la virtuosité\navec laquelle ils ont interprété le concerto traditionnel, sont, sauf de rares excep-\ntions, trèsinsuffisantspour donner à la musique de chambre l'accent quiconvient :\nvigueur et souplesse de l'archet, sûreté de la justesse, sobriété du jeu, discrétion\ndans le vibrato ; ils ne sont plus en état de témoigner de ces qualités qui sont les\nprincipales, et pourtant les moins généralement cultivées et appréciées. Aussi tel\nsujet qui a fait merveille et a remporté les plus hautes récompenses il y a six\nmois, est sévèrement jugé dans cette épreuve moins solennelle et retentissante,\nmais au fond plus exacte, de l'examen de classe d'ensemble. Souhaitons que\ncelui-ci parvienne à corriger les erreurs de celui-là.\n\ns.\n\n— On nous informe que S. A. S. le prince de Monaco\nvient de décider que les recettes du premier cycle de Tétralogie, avec lequel le\nthéâtre de Monte-Carlo inaugurera la saison d'Opéra, dans la seconde quin-\nzaine de janvier, seront envoyées totalement aux comités de secours constitués\npour venir en aide aux victimes de la Sicileet de la Calabre.\nDE MONTE-CARLO. — La Société des Bains de mer vient d'informer M. le\nConsul d'Italie qu'elle met à la disposition du Comité de secours pour les vic-\ntimes de la Sicile et de la Calabre une somme de vingt-cinq mille francs.\n— C'est le mardi 26 janvier que s'ouvrira, sous le haut patronage de S. A. S.\nle prince de Monaco, la saison d'opéra, dirigée par M. Raoul Gunsbourg, —\navec la Tétralogie de Richard Wagner, qui sera représentée en deux cycles.\nEn voici les dates et la distribution.\nPremier cycle :\nMardi 26 janvier : VOr du Rhin (Mmes Maly Borga, Herleroy, Deschamps-\nJehin, Lormont, Bériza, Berjot, de Kowska ; MM. Van Dyck, Delmas, Bouvet\nVallier, Swolifs, Philippon, Marvini, Padouréano et Fabert).\nJeudi 38 : la Walkyrie (Mmes Félia Litvinne, Jeanne Raunay, Maly Borga,\nLormont, Bériza, Spennert, Liery, d'Elty,de Kowska, MaryGirard et Mancini ;\nMM. Rousselière, Delmas et Vallier).\nSamedi 30 : Siegfried (Mmes Félia Litvinne, de Hidalgo et de Kowska :\nMM. Rousselière, Delmas, Bouvet, Philippon et Vallier).\nDimanche 31 (en matinée) : Le Crépuscule des Dieux (Mmes Félia Litvinne,\nSpennert, Lormont, Bériza, Mancini, Liéry, Mary Girard, Ughetto et de\nKowska ; MM. Van Dyck, Gilly, Bouvet et Vallier).\nDeuxième cycle :\nMardi 2 février : lOr du Rhin.\nJeudi 4 : la Walkyrie.\nSamedi 6 : Siegfried.\nDimanche 7 (en matinée) : le Crépuscule des Dieux.\n\nDE MONTE-CARLO."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.12", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nPARADOXE SUR BEETHOVEN : L'ANCIEN INTROÏT DE L'ÉGLISE LATINE ET L'ALLÉ-\nGRETTO DE LA SONATE OP. io, N° 2. Récemment, dans un salon où la musique\nest exécutée par des artistes qui l'aiment pour elle-même, ce qui est raris-\nsime ! et où, tous les samedis, on passe quelques heures délicieuses dans\nl'intimité des chefs-d'œuvre, une jeune pianiste de quinze ans, déjà prête pour\nles triomphes du Conservatoire, mais ingénue à souhait et parfaitement simple,\njouait la charmante sonate de Beethoven :\nŒuvre aimable, légère, de grâce souriante, qu'anime parfois au milieu de la\njoie de vivre en toute sérénité d'innocence, un mouvement de tendresse pressante\net un peu mutine, à la façon du xvme siècle mondain. Et voici qu'en écoutant\nce poème à la Watteau, malgré moi je cédais à la tentation d'un rapprochement\nparadoxal. Il n'y a rien de pédantesque pour un pédant de profession. Aussi\nbien, il faut cultiver avec soin les plaisirs esthétiques d'un certain ordre : les\nrattacher à des faits nombreux, leur trouver un cadre inattendu, c'est en multi-\nplier le charme. Je dirai donc ici l'association d'idées qui se fit en moi.\nAutrefois l'introït de Noël, à la messe de minuit, se chantait suivant un mode\nd'exécution caractérisé par un rythme très net. Deux chœurs étaient en présence\navec un préchantre qui disait les premières notes, et remplissait ainsi, en ce qui\nconcerne les attaques, une fonction nécessaire, analogue à celle du chef d'or-\nchestre moderne. (Le préchantre, c'est le chef d'orchestre, mais sans les grands\nbras et sans ces mouvements violents d'écuyer de cirque voulant faire dresser\nun cheval sur les pattes de derrière.) Et voici comment opéraient ces deux\nchœurs. Suivez bien, je vous prie, ce rythme, c'est-à-dire ce plan de construction.\ni° Le premier chœur, suivant l'intonation du préchantre qui lui ouvrait dou-\ncement la voie, exécutait l'« antienne » du psaume. Dominus dixit ad me : filins\nmens es tu. Ego hodie genui te. —Le deuxième chœur répétait ensuite le même\nchant.\n2° Le premier chœur, après ce prélude, chantait le premier verset du psaume :\nQuare Jremuerunt gentes, etc— A quoi le deuxième chœur répliquait par la\nreprise de l'antienne Dominus dixit ad me, etc.\n3° Le premier chœur chantait ensuite le second verset du psaume : adstiterunt\nreges terree et principes convenerunt in unum adversus Dominum et adversus.\nA quoi le deuxième chœur répliquait par une nouvelle reprise de son antienne :\nChristum ejus. Dominus dixit ad me, etc.\n4° Ici, s'intercalait une sorte d'intermède chanté par les deux chœurs réunis et\nà trois phrases : la doxologie Gloria patri et filio... ; puis le Sicut erat inprin-\ncipio... ; enfin la formule résumée dans les manuscrits par EUOUAE, abrévia-\ntion de et in sœcula sœculorum, amen.\n5° Pour conclure, le premier chœur chantait un autre verset, le verset dit\nad repetendum. A quoi le deuxième chœur répliquait par une dernière et obs-\ntinée reprise de son antienne : Dominus dixit ad me...\nDésignons les chœurs par les signes romains I et II et les phrases mélodiques\npar les lettres de l'alphabet. Nous aurons le schéma suivant :"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.13", "texte": "EXECUTIONS RÉCENTES\n\nUn tel rythme est essentiellement musical, c'est le Rondo populaire; le rappro-\nchement avec les maîtres de la composition moderne n'est nullement déplacé.\nCette répétition initiale, due au partage des exécutants en deux choeurs, est\nune forme de « l'antiphonie )) antique, laquelle était chez les Grecs le double-\nment à l'octave d'une mélodie donnée : elie est devenue ensuite (l'idée'd'octave\nétant abandonnée) une simple reprise par un second choeur, une sorte d'anti-\nstrophe succédant à la strophe. (Ne trouve-t-onpas cependant une trace de la forme\nantique dans des pièces comme l'adagio de la Sonate pathétique où la pre-\nmière idée est immédiatement répétée à l'octave supérieure ?...) Le retour fré-\nquent de A (quatre fois), qui encadre toute la composition et qui s'intercale entre\nles thèmes nouveaux, A, C, abc, D, donne à l'ensemble une forme bien\nconnue : celle du rondo. Voyez comment est construit l'allegretto de cette\nsonate, op. 10, n° 2 :\ni° Première phrase, soumise à la reprise:\n2° Deuxième phrase '\nRemarquez les imitations auxquelles donne lieu ce dessin ascendant. Tandis\nque la partie supérieure dit :\nla seconde voix dit :"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.14", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nC'est de l'antiphonie à la quinte inférieure* tenant l'intermédiaire entre celle\nqui est simultanée et celle qui est successive î\nCette deuxième phrase est suivie d'une reprise partielle du thème initial qui\ndonne lieu à une jolie ébauche de construction en canon :\n(Cet essai, indiqué seulement, d'imitation canonique, est encore une manière\nd'antiphonie.)\nSuivent deux phrases de conclusion, formées chacune d'une proposition qui se\nrépète.\n3° Ici, changement complet. Trio :\nCette première phrase du trio est répétée (avec un dessin de basseensyncope),\npuis imitée (en mineur) :\nEt ces trois imitations successives donnent lieu à une reprise d'ensemble.\n4° Pour finir, vous le devinez déjà, Beethoven répète la phrase initiale de\nY allegretto, qu'il se borne à varier par des syncopes et parfois aussi par des\nébauches de renversement.\nFaisons notre compte. En représentant les mêmes phrases par les mêmes\nlettres, nous avons le schéma suivant :"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.15", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nC est bien de 1 antiphonie à la moderne ; c'est, à peu près, la structure de\n1 introït Cela ne veut pas dire que Beethoven a pensé àun introït en écrivant\ncet aimable ; mais cela veut dire qu'en matière de rythme il y a des\nlois générales instinctivement observées par tout compositeur. Quel est le fon-\ndement de ces lois ? quelle est, en dehors de l'histoire-, leur origine? ceci est\nplus difficile à dire. A cette jeune pianiste dont les doigts délicats évoquaient ce\nrapprochement, j étais tenté de dire 1 Dominus dixit ad te : filia mea es tu ; hodie\ngenui te.. .\n\nJ.G.\n\nJ.C.\nJe suis heureux d'avoir traduit à mon insu les intentions de M. Gabriel Astruc,\net si je publie son aimable lettre, ce n'est pas avec Tarrière-pensée d'en tirer\nplus tard argument, si l'occasion le réclamait... L'organisation d'un théâtre\nlyrique est une très grosse affaire : de multiples intérêts y sont engagés ;il ne\nlaut pas gêner, en pareille matière, un homme intelligent, actif et de bonne vo-\nlonté. Il y a là néanmoins une sorte d engagement dont il faut prendre acte.\nNous reviendrons sur ce sujet en publiant une autre lettre intéressante que j'ai\nreçue et qui appelle une discussion..\n\nCORRESPONDANCE.\n«GABRIEL ASTRUC.»\n- Dans un récent article, j'annonçais que M. Gabriel\nAstruc, l'éditeur de musique bien connu, allait édifier, avenue des Champs-\nElysées, un grand et beau théâtre lyrique; et, suivant une conception toute per-\nsonnelle, je disais que ce nouvel Opéra me plairait infiniment, si tout en étant un\nthéâtre d avant-garde, ouvert aux grandes œuvres nouvelles (comme fut la\nSalomé de R. Strauss), il nous rendait une chose que la grande majorité du pu-\nblic regrette et désire de plus en plus : le drame lyrique où Von chante, celui où\nil y a de vrais chanteurs, capables de « bel canto », de vocalises et de virtuosité,\nbref, quelques œuvres — convenablement choisies — du répertoire italien d'au-\ntrefois. Bientôt après, je recevais la lettre suivante :\n« Paris, 4 janvier 1909.\n<( CHER MONSIEUR COMBARIEU,\n« Trouver sur sa table, un lundi matin, un article comme celui que vous avez\nbien voulu me consacrer en parlant du prochain théâtre des Champs-Elysées,\nc est prendre du cordial non seulement pour toute la semaine, mais pour un\ntemps illimité... Merci du fond du cœur ! Vous avez eu la divination de mes\nidées et de mes projets artistiques, en regardant le plan du théâtre à la création\nduquel je travaille depuis deux ans. Oui, c est bien là ce que je rêve de faire ; et\nje vous jure que je tiendrai vos promesses !\n« Votre bien cordialement dévoué,"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.16", "texte": "THEORIE MUSICALE : LA GAMME\n\nThéorie musicale : la gamme\n\n(fin).\nAinsi, sur aucun des trois points envisagés par M. Boutroux, la théorie criti-\nquée ne se montre en désaccord avec les faits. Mais M. Boutroux n'approuve\npas non plus qu'elle soit trop d'accord avec eux ; en effet, après avoir constaté le\nparallélisme complet existant entre cette théorie et l'harmonie telle que les\nmaîtres l'ont fondée d'intuition, mon critique ajoute : « Mais cette adaptation si\nparfaite à l'harmonie moderne peut à son tour être considérée comme une\nmarque de l'insuffisance de la théorie » (p. 605).\nOn attend avec curiosité la justification de cette assertion, d'aspect un peu\nparadoxal; malheureusement, et pour la seconde fois, M. Boutroux ne peut\ndévelopper sa pensée, car « elle soulève encore une grande question » qu'il ne\nsaurait « traiter ici avec l'ampleur qu'elle exigerait » : La mélodie dérive-t-elle de\nl9harmonie, « la gamme étant composée d'une série de notes déterminées par la\ncomparaison de chacune d'elles avec une tonique », ou ïharmonie dérive-t-elle\nde la mélodie, «la gamme étant primitivement constituée par une série d'inter-\nvalles juxtaposés ».\nOserais je le dire ? Malgré son apparence de netteté, la question n'est pas très\nbien posée ; car la mélodie et l'harmonie ne sont pas entre elles dans le rapport\nde mère à fille, ou inversement, et il n'y a pas lieu de se demander laquelle des\ndeux procède de l'autre; toutes deux, en effet, dérivent de l'application d'un\nmême principe, la comparaison des divers sons employés, soit à l'un d'eux\n(accords avec fondamentale), soit au souvenir de l'un d'eux (accords sans fon-\ndamentale et mélodie) (1). M. Boutroux croit que c'est là une conception toute\nmoderne de la musique (p. 606) ; cependant, dans les problèmes musicaux\nd'Aristote (ou du pseudo-Aristote), problèmes dont l'antiquité n'est pas mise en\ndoute, on voit que les anciens avaient constaté le fait suivant : quand l'une des\ncordes de la lyre est mal tendue, elle, et elle seule, sonne faux ; toutefois si c'est\nla mèse qui n'est pas bien réglée, toutes les autres cordes sonnent faux. Ne suit-\nil pas de là que les anciens, de même que nous, rapportaient les divers degrés de\nla gamme à l'un d'entre eux.\nAu début, l'homme a fait de la peinture, comme de la musique, avec les très\nfaibles ressources dont il disposait; lorsque celles-ci se sont trouvées suffisam-\nment accrues, l'homme a commencé à sentir le besoin de les classer méthodique-\nment ; c'est ainsi que nous voyons aujourd'hui, chez certains marchands, des\nbâtons de pastels rangés par série où le ton varie progressivement ; c'est ainsi\nencore que les musiciens ont disposé méthodiquement, a côté les unes des autres,\nsur la portée ou sur certains instruments (pas tous), les diverses notes dont ils\npeuvent avoir à faire usage ; c'est donc la gamme qui est née de la musique, et\nnon la musique de la gamme, et c'est, je pense, une pure illusion de considérer\n\n(1) Cette comparaison, en général, n'est pas consciente, mais elle peut le devenir, par\nexemple quand nous contrôlons la justesse des sorts entendus, ou quand nous cherchons men-\ntalement leurs positions relatives pour les inscrire sur la portée. Quant au terme de compa-\nraison, le son auquel on rapporte les autres, est souvent la tonique principale ou sa dominante,\nplus rarement la sous-dominante (dominée) ; mais il existe aussi beaucoup de styles musicaux où\nles « oscillations » (Essai sur la gamme, p. 396) sont très fréquentes, en sorte que la tonique\ndu moment y change continuellement."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.17", "texte": "THÉORIE MUSICALE : LA GAMME\nR. M.\n2\n\nla gamme comme primitivement constituée par une série d'intervalles juxtapo-\nsés (1). Qu'est-ce que cette série incréée (2) } Pourquoi l'admettre plutôt que\ntoute autre ? Il faudrait d'ailleurs en admettre non point une mais beaucoup, car\non sait que les types de gammes possibles sont fort nombreux.\nCette illusion conduit M. Boutroux à affirmer qu'au point de vue de la mélo-\ndie, 1 esi et le ré sont les notes les plus étroitement apparentées à do (p. 607).\nPour vérifier qu'il n'en est rien, considérons le cas d'un pâtre, ou d 'une bergère,\nou de toute autre personne absolument étrangère aux choses de l'harmonie, et\nsupposons que cette personne ait commencé une chanson en la mineur, ce ton\nétant trop haut ou trop bas pour son organe. Si elle arrive, par exemple, à un\ndo qu'elle ne puisse émettre, elle lui substituera peut être tout naturellement un la\nou un pii, ou même une octave du do impossible à former (3) ; c'est ainsi qu elle\ncommettra la déformation minima. Mais si au contraire elle substituait au do\nirréalisable l'un de ses degrés conjoints, si ou rc, le sens de la phrase mélodique\npourrait être très sensiblement modifié, contrairement à ce qui devrait résulter\ndu principe affirmé par mon critique.\nSi M. Boutroux, ayant égard aux présomptions d'exactitude (4) présentées\npar le postulat des rapports simples, voulait bien prendre connaissance de mes\nréponses et soumettre la question à un nouvel examen, il ne m'est pas interdit\nd'espérer que cette fois il arriverait à une opinion encore moins éloignée de la\nmienne. Et peut-être sera-t-il curieux un jour de jeter un second coup\nd'œil sur une théorie qui « sans bouleversement, sans révolution » fournit le\nmoyen de rentrer dans la vérité musicale en satisfaisant aux desiderata formulés\npar des musiciens tels que M. Saint-Saëns (p. 605) et d'expliquer avec évidence\ndivers effets paradoxaux l'altération de notre justesse d'oreille\nsous l'action de certain répertoire), effets que les maîtres constatent bien\n(p. 608), mais dont ils n'indiquent pas les causes.\n\nMaurice GANDILLOT.\n\n(1) Platon disait : <ï L'échelle des sons n'est pas un fait primordial ; à l'origine, elle était\ndésordonnée )) (cité par Gevaërt, Problèmes musicaux d'Aristote, p. 144).\n(2) Même au point de vue de l'antiquité, cette conception doit être inexacte. Si les anciens\navaient réellement « senti » la gamme comme une série d'intervalles juxtaposés, le déréglage de\nla mèse n'aurait dû altérer que les intervalles formés avec la mèse (par le lichanos et la para-\nmèse) ; cependant tous les autres intervalles paraissaient faux, avons-nous vu, quand la mèse\nn'était plus au ton.\n(3) C'est-à-dire une note prise dans la même échelle que la note à remplacer; c est ce que les\nharmonistes appellent (C une note appartenant à l'harmonie », expression à peu près équivalente\nmais souvent incorrecte, ainsi que dans le cas actuel où il s'agit d'une mélodie dépourvue d'har-\nmonie.\n(4) Présomptions qu'il ne nie pas (au contraire) ainsi que je l'ai fait observer au début de\ncette réponse."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.18", "texte": "L'ÉCOLE DE CHORON\n\nL'Ecole de Choron\n\n■ (0\n{suite).\nVII\nL'INSTITUTION ROYALE DE MUSIQUE CLASSIQUE\n1830-1834\nCe que réclamait un ennemi, la Révolution de Juillet l'accomplit. Cette fois,\nc'était le coup de grâce. L'Ecole, que son nom peut-être rendait suspecte au nou-\nveau régime, cessa de figurer au budget, et le directeur fut mis à la retraite avec\nune pension de douze mille francs (2).\nChoron feint de considérer cette somme comme une subvention ; il multiplie\nles démarches pour obtenir le maintien de son établissement. Il s'appelle désor-\nmais Institution royale de musique classique. On y étudie les œuvres anciennes\net modernes, sacrées et profanes. « Elle remplit les fonctions d'un véritable Con-\nservatoire dans toute l'étendue du mot : elle est, par rapport à la musique et aux\nautres établissements, ce que le Musée et la Galerie des Antiques sont dans les\narts du dessin relativement au Salon d'exposition des ouvrages modernes. »\nLe directeur crie misère ; il frappe à toutes les portes. On lui a dit que le roi\ns'intéressait à sa position : vite, il écrit en haut lieu, et on lui répond sèchement\nqu'il n'y a rien de vrai dans ce bruit. Il s'adresse à Thiers. Le ministre veut bien\nl'aider, mais, le budget étant réglé pour 1833, il ne peut promettre une subven-\ntion que pour l'année suivante. Choron porte ses plaintes jusqu'à la Chambre\ndes Députés ; il fait imprimer un Mémoire non daté qu'il envoie à la Com-\nmission du budget. « Il est victime d'un déni de justice. » En 1827, pour faire\nconstruire chez lui une salle de concerts, il a avancé une assez grosse somme ; le\nministre d'alors s'est reconnu son débiteur, et le contrat, qui lui accordait, pour\nse rembourser, le produit des exercices, portait qu'il aurait droit à une indem-\nnité, s'il était troublé dans sa jouissance. Rien ne lui a été payé : ses douze\nélèves, sa famille, ses employés, ses domestiques, doivent vivre avec ses douze\nmille francs. Il suffit encore à tout « avec son propre argent », mais bientôt, dit-il\nen terminant, « l'épuisement de tous mes moyens ne me laissera d'autre perspec-\ntive que la misère la plus profonde. Voilà, je le répète, le fruit de tous mes tra-\nvaux, la récompense de tous mes services ».\nEt pourtant, il ne se.décourage pas ; la vieillesse ne peut rien sur son activité.\nA-t-on besoin de lui ? il reprend son bâton de voyageur et se met en route.\nLe nouveau gouvernement avait supprimé les allocations pour chœurs et\npsaltistes. Les évêques s'adressent à Choron pour qu'il avise aux moyens de\nsauver le chant d'église menacé par cette mesure. Deux fois, en 1833, il se rend\ndans les diocèses de l'Ouest ; il visite les villes, grandes ou petites, les cathé-\ndrales, les couvents, les séminaires, et partout, avec une incroyable rapidité, il\n\n(1) Voir la Revue Musicale n° 23 du ler décembre 1908.\n•2) La liste civile, réduite de moitié, ne put conserver la charge des théâtres royaux, et, par\nsuite, cette administration fut distraite de la Maison du roi."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.19", "texte": "L'ÉCOLE DE CHORON\n\naccomplit ses prodiges habituels. Un soir, il arrive à Pons à 6 heures ; à 7, « toute\nla maison un collège ecclésiastique composée de cent quarante personnes,\nchante un chœur admirablement », et toujours d'après la Méthode concertante.\nMême succès à la Rochelle, avec quatre-vingt-dix personnes. A Angers, « le\nchœur chante parfaitement bien l'Office entier de saint Jean : toute la ville est\ndans l'étonnement ». A Nantes, il espère avoir sous peu « un chœur de huit\ncents à mille chanteurs : c'est une croisade, tout le monde veut en être (1) ».\nCe labeur ne suffit pas à Choron : il trouve le temps de composer et d'arranger\nbeaucoup de cantiques, et aussi des couplets pour une distribution de prix ; et\npartout il apporte des copies de musique, bientôt en nombre insuffisant.\nA Paris, ses concerts continuaient, et ils réunissaient autant d'auditeurs\nqu'avant 1830, mais les élèves étant peu nombreux, il fallait payer des auxiliaires,\net ces frais absorbaient tous les bénéfices. « Notre établissement marche à mer-\nveille », écrivait-il le 20 mars 1832 (2) ; oui, mais il faisait flèche de tout bois.\nL'Ecole gagnait un peu à chanter dans les églises, et aussi, triste retour après\nles triomphes de la Sorbonne, au Tivoli d'hiver (3), où, à partir de 1830, elle\ndonne trois fois par semaine de grands concerts de musique classique (4).\nChoron, dans cette dernière période de sa vie, revient à ce qui fut l'objet de sa\npréoccupation constante, à l'enseignement du chant dans les écoles primaires.\nIl l'a organisé rue Barbette et au Gros-Caillou ; il veut l'introduire dans l'école\nde la rue de l'Ecole-de-Médecine et dans celle de la rue Madame ; il est en pour-\nparlers avec le préfet de la Seine et les maires de Paris pour la faire pénétrer\ndans tous les établissements de la ville.\nEn 1833, Guizot, ministre de l'instruction publique, l'autorise « à faire dans\nl'Université, et pour commencer, à l'Ecole normale d'instituteurs à Versailles,\nl'essai du système vocal dont il est l'inventeur ». Le jeudi 17 octobre, Choron se\nrend dans cette ville; le succès est stupéfiant. « Une heure a suffi pour mettre\nen état de chanter un chœur à plusieurs parties, avec beaucoup de justesse et\nd'ensemble, une masse de soixante élèves professeurs, auxquels a été adjoint\nun nombre égal d'enfants de l'école élémentaire y annexée. » (Moniteur\nuniversel.)\nLe lendemain, presque dans les mêmes termes, il fait part à Guizot de son\ntriomphe. Il ajoute : « C'est à peu près la quarantième expérience de ce genre\nque je fais depuis le commencement de cette année, et toujours avec le même\nsuccès. Quelques semaines me suffiraient pour mettre cette même masse, ou\ntoute autre, fût-elle dix fois plus nombreuse, en état d'exécuter les compositions\nles plus difficiles, ou bien, en restant dans le genre simple, pour populariser et\nétendre indéfiniment la pratique du chant à plusieurs parties. »\nEt il revient à son vieil ennemi, le Conservatoire ; il adresse encore de vives\n\n(1) Lettres adressées à son gendre ou à sa fille.\n(2) « Je suis de nouveau alité, arriéré dans toutes mes dépenses. Je vous conjure, écrit-il à un\nami, de venir à mon aide. Je ne sais à quel saint me vouer. » 18 avril 1834. « Je n'obtiens des\nrésultats qu'au prix de sacrifices qui m'épuisent. » 25 avril 1834.\n(3) Rue de Grenelle Saint-Honoré. Déjà, en 1825, on y donnait des concerts d'amateurs. Le\nTivoli d été était rue Saint-Lazare. « Égaré certain soir d'août dans ces jardins, un journaliste\ny aperçoit Choron escorté de ses vingt élèves, et le désigne aux promeneurs. Entouré, supplié,\nle maître consent à organiser un concert dans lequel ses intéressants virtuoses font merveille »\nMartinet, Histoire anecdotique du Conservatoire, s d.\n(4) Le 29 mars 1833, on donna au Théâtre-Italien une soirée au bénéfice de l'École."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.20", "texte": "L'ÉCOLE DE CHORON\n\ncritiques à cet établissement (1). « S'il vous plaît, dit-il en terminant, de placer\nsous mon autorité toutes les parties de l'enseignement du chant du Conserva-\ntoire, je m'engage à mettre, avant l'ouverture des concerts de cette année, toute\nla masse des exécutants en état de rendre parfaitement les parties les plus\ndifficiles de ce répertoire. »\nIl semble que l'imagination de Choron s'exalte de plus en plus, à mesure qu'il\napproche de sa fin. Jusqu à ce jour, il avait vu grand, il va maintenant jusqu'au\ngigantesque. Il forme le projet de prendre à l'entreprise renseignement du\nchant dans toutes les écoles de Charité de Paris. Chaque année, il réunira tous\nles enfants pour donner, à tour de rôle, un concert au bénéfice des indigents de\nchaque arrondissement; une ou deux fois par an, « la réunion générale de tous\nles enfants de Charité donnera au Champ-de-Mars un concert au bénéfice des\nindigents de la ville de Paris. Peu m'importe le nombre : fussent-ils quarante ou\ncinquante mille, je les ferai marcher ensemble à plusieurs parties : je suis sûr\nde mon fait. »\nAu milieu de ces longs espoirs et de ces vastes pensées, en janvier 1834, une\ngrave maladie une inflammation intestinale, compliquée d'une pleurésie\naiguë (2), vint condamner au repos le corps de Choron, mais non son esprit.\nCalme devant la mort, il se joue au milieu de ses souffrances. « En raisonnant\nmon affaire, dit-il à son médecin Descuret, je suis parvenu à mettre ma respi-\nration en harmonie avec ma douleur de côté ; j'ai même coordonné le rythme de\nma respiration avec mes quintes de toux. » Il donne ses dernières pensées à son\nEcole bien-aimée, et, deux jours avant d'expirer, il dicte à son fils « une lettre\nqu'il adressait à l'administration des Beaux-Arts, et dans laquelle il exposait,\navec sens et clarté, ce qu il y avait de mieux à faire pour la maintenir, et tirer le\nmeilleur parti possible de tous ses travaux. »\nDeux fois, sur son lit de mort, il composa en latin l'épitaphe qui a été gravée\nsur sa tombe. Sur deux petites feuilles de papier, où l'écriture, toujours lisible,\nn a plus la fermeté d autrefois, il écrivit * Obut die junii ; obut die..... julii.\nLa mort choisit le 24 juin (3).\nAinsi disparaissait l'homme, et avec lui, tombait pour toujours l'édifice dont\nil soutenait les ruines depuis quatre ans. « Il est impossible, écrivait Berlioz en\n1836, de ne pas éprouver un véritable serrement de cœur en songeant aux longs\nefforts que cet infatigable et courageux artiste a faits toute sa vie pour introduire\nà Paris, et de là en France, le sentiment de la grande musique, et en leur com-\n\n(ï) Son dernier écrit est consacré au Conservatoire : Considérations sur la situation actuelle de\nInstitution royale ou Conservatoire de musique classique, et sur la nécessité de rendre à cet établis-\nsement les moyens propres à lui faire atteindre le but tour lequel il a été créé, 1824 in-4° de\n8 pages. *\n(2) Il fut soigné à Sainte-Périne, puis ramené chez lui.\n(3) Il fut enterré le icr juillet au cimetière Montparnasse. Sa tombe, en bon état, existe tou-\njours. Ce modeste monument, élevé par souscription, est ainsi décrit dans les Richesses d'art de\na France, 111 Monuments civils : Stèle quadrangulaire, en marbre avec fronton sur les quatre\nfaces, et que domine une croix sans socle. Cette stèle est posée sur une dalle tumulaire, à sur-\nface plane, en pierre de Châtillon, entourée d'une grille. Dans ce tombeau reposent sa femme,\nsa fille et son petit-fils, mort en 1854, à dix-neuf ans.\nLe 8 août suivant, ses élèves firent célébrer à sa mémoire un service aux Invalides On y\nexécuta le Requiem de Mozart, et Y Alla riva del Tebro, de Palestrina.\nDuprez, après 1842, donna, à la salle Herz, un concert au bénéfice des anciens élèves beso-\ngneux de 1 Ecole de Choron."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.21", "texte": "L'ÉCOLE DE CHORON\n\nparant les déboires cruels et la triste fin qui en ont été le prix. Choron n'était\npoint un spéculateur : c'était un artiste dans la haute acception du mot. »\nArtiste, il le fut par le désintéressement, par l'enthousiasme, par sa passion\npour les grands modèles.\nArtiste, il chercha des natures d'élite pour donner aux plus belles œuvres les\ninterprètes les mieux doués et les plus savants.\nC'est là ce qui le distingue de ceux de ses contemporains qui essayèrent comme\nlui de rendre populaire l'enseignement de la musique.\nDe ceux-là, nous ne rappellerons que le nom de Wilhem (i). Il convient\nd'accorder un souvenir à celui qui, pour initier à la musique les enfants du peu-\nple, n'épargna aucun effort et mourut à la tâche. Il se proposait, comme dit un\nde ses biographes, « de s'élever de rien à quelque chose, et d'appliquer ren-\nseignement mutuel à une langue dont les signes mystérieux étaient expliqués\ndans une série de tableaux. Avec une infatigable patience, il dressa toute une\ngénération d'écoliers ; à certains jours, il les fit avec grand succès (2) chanter\nen mesure et sans accompagnement. C'étaient de jeunes esprits s'appliquant\naux rudiments d'un art difficile ; mais, si les voix étaient exercées, qui peut dire\nquelle part avaient dans cet apprentissage l'intelligence et le cœur?\nChoron formait des musiciens, des artistes ; il dirigeait une école de chant\nliturgique et de musique religieuse ; il étudiait, en remontant jusqu'à la Renais-\nsance, les maîtres anciens. Palestrina, Vittoria, Josquin des Près, Goudimel.\nCe programme est, sans y changer un seul mot, celui des chanteurs de Saint-\nGervais et de la Schola cantorum. Les ressemblances, en tout, sont frappantes.\nChoron, sousla Restauration, « faisait trembler l'Ecole royale poursonexistence ».\n«La Schola, écrit M D.-Alf. Agachedans les Documents du Progrès, vers 1900,\nn'était plus la simple école des chanteurs, primitivement conçue, mais un véri-\ntable Conservatoire libre, dont les tendances devaient révolutionner l'enseigne-\nment musical en France... Tandis que le Conservatoire officiel s'endormait\ndans l'enseignement de méthodes surannées, ne cherchant à former que des\nvirtuoses ou des prix de Rome, c'est-à-dire d'habiles artisans qui possédaient\nleur métier sans plus, la Schola donnait à ses élèves cette culture générale qui\nélargit les idées, forme le goût, développe l'enthousiasme. » Ce programme est-il\nnouveau pour nos lecteurs ? Est-il de 1825 ou de 1900 ?\nL'auteur de l'article rend hommage à « l'activité inlassable et avertie d'un\n\n(1) Voir sur Wilhem : Jomard, Discours, etc., 1842 ; Ad. de Lafage, notice sur G.-L. Bocquillon-\nWilhem, 1844.\n(2) « M. Wilhem a donné le mois passé, écrit Berlioz à Liszt le 6 août 1839, deux séances\npubliques ; ses cinq cents élèves chanteurs ont été fort applaudis. Je n'ai pas trouvé leur exé-\ncution en voie de progrès. Tous ces jeunes hommes et ces enfants ont un sentiment rythmique\nd'un vulgarisme désespérant. Ils martèlent chaque temps de la mesure : ils convertissent tout,\nplus ou moins, en mouvement de marche Certainement, ce résultat est très beau, si l'on com-\npare l'ancienne ignorance des classes populaires à ce qu'elles savent aujourd'hui, mais savoir\nn'est pas tout en musique, il faut sentir aussi » Savoir et sentir, c'est bien la différence entre\nla méthode de Wilhem et celle de Choron.\nAjoutons que Berlioz avait été très frappé de cet emploi des masses. Dans une lettre à J. d'Or-\ntigue, du 21 juin 1851, il parle de l'enthousiasme qu'il a ressenti en entendant à Saint-Paul de\nLondres un chœur de six mille cinq cents enfants des écoles de Charité. « Voilà la réalisation\nd'une partie de mes rêves, et la preuve que la puissance des œuvres musicales est encore\ninconnue. » Le 27 avril 1855, il pouvait enfin donner son Te Deum à Saint-Eustache avec six\ncents enfants et deux cents choristes artistes."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.22", "texte": "INFORMATIONS\n\nCh. Bordes, àla compétence indiscutable d'un Alexandre Guilmant, enfin à\nl'enthousiasme moderniste d'un Vincent d'lndy ». Activité, compétence, enthou-\nsiasme, ce sont là les mérites que nous avons salués dans Choron : n'est-il pas\njuste d'associer sa mémoire aux triomphes de ses brillants et plus heureux suc-\ncesseurs ?\n\nGABRIEL VAUTHIER.\n\nInformations.\n\nLe monde de la lutherie a été mis en mouvement par une vente d'instruments\nde musique anciens et modernes, qui a été faite, à l'Hôtel Drouot, après décès\nde M. Simoutre, par les soins de MMes Véron et Baudoin, commissaires pri-\nseurs. -\nOn y remarquait un violoncelle du fameux luthier de Crémone, Andréa\nAmati, qui eut pour élève Stradivarius.\nCe violoncelle avait fait partie de la chapelle de Charles IX ; son étiquette\nest ainsi libellée : « Andréa Amati, Cremona, MDLXXII. » Les armes de France\nentourées du collier de Saint-Michel et surmontées de la couronne royale que\nsoutiennent deux anges ; de chaque côté, des armoiries, puis la devise : Pietate\nJusticiae, ainsi que les trois lettres A, initiales de Karolus.\nCet instrument, un des rares spécimens de cette époque, a atteint 1.220 francs.\nUn violoncelle pour enfant, avec son étui en cuir de l'époque, par Léopold\nRenaudin, luthier à Paris, qui fut condamné à mort par le Tribunal révolution-\nnaire et exécuté le 7 mai 1795, a été payé 195 francs. Un petit demi-violon, fait\npar /Egidius Klotz, année 1762, est allé à 205 francs.\nUn violon marqué Jh. Guarnérius a fait 160 francs ; un de/. B. Guadaguini,\n230 francs ; un marqué Petrus Guarnérius, 520 francs ;un de Vincent Panormof\n190 francs ; un marqué Nicolas Renault, 80 francs ; un violon de Lutz, 1811,\n100 francs ;un de Laurentius Storioni, 175 francs ; un de Salomon, à Paris,\néclisses en biais, 82 francs ; un de Joseph HelL de Lille, 240 francs ; un de\nNicolas Morloty 37 francs ; un de Thiery, d Paris, 24 francs ; un violon marqué\nau fer Maline, 45 francs ; un d'Antonio Bagatella, 6 francs ; un de Nicolas\nLupot, d'Orléans, 27 francs.\ni Plusieurs violons de Simoutre, à Paris, ont été vendus à des prix variant entre\n20 et 100 francs ;un violoncelle trois quarts, marqué Nicolas Amati, a été\nobtenu pour 78 francs ; un de Gaspard de Salo, pour 105 francs.\nUn ancien quinton par Desrousseaux à Verdun, 1762, a été adjugé à 145 francs;\nune contrebasse de Simoutre, fond voûté à quatre cordes, 105 francs ; une harpe\néo lien ne, grand format, 15 francs ; un archet de Schwartz, 41 francs ; un archet,\nimitation Lupot, moderne, 16 francs.\nSignalons, dans une vente d'autographes faite également à l'hôtel Drouot,\npar Desvouges, commissaire priseur, et M. Charavay, expert, la cote des auto-\ngraphes de compositeurs célèbres.\nUne lettre de Donizetti a été payée 18 francs ; un morceau de musique contenant"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.23", "texte": "INFORMATIONS\n\n16 mesures de l'ouverture de Struensée (harpe, autographié par Meyerbeer),\n38 francs ; une lettre de Piccini, au directeur Moulin, du 6 vendémiaire an VIII,\noù il réclame les termes arriérés de ses pensions, 28 francs ; une lettre de\nSchumann, 6 janvier 1849, 41 francs ; une lettre de Spohr, à M. Gye, directeur\ndu Théâtre-Italien à Londres, où il parle des concerts qu'il doit donner et de son\nopéra Jessonda, 22 francs ; un fragment de la Traviata, daté de Naples,\n6 avril 1858, et signé Verdi, 50 francs ; une lettre de Weber, du 22 mai 1826,\nrelative à une cantate, donnée à Argyle Rooms, 70 francs.\n\nH.R.\n\nCONCERT FRANCO-ANGLAIS. — La circulaire suivante vient d'être envoyée à 'un certain\nnombre de dames de Paris. Nous la publions ici parce qu'elle s'adresse à toutes les bonnes\nvolontés. Prière de répondre soit à la Revue Musicale, soit à M. Gabriel Astruc, édiieur, 32, rue\nLouis-le-G ranci.\nIl existe depuis 4 ans une chorale composée de jeunes filles ayant de 14 à\n18 ans, élèves ou anciennes élèves des lycées de jeunes filles de Paris. Cette\nchorale est divisée en autant de sections qu'il y a de lycées ; au début de chaque\nannée, un programme d'études lui est donné par un Comité de direction, et\ntous les ans, au mois de mai, les sections se réunissent pour donner un concert,\nsur invitations. Voici, pour l'année 1908-09, l'effectif de cette chorale :\nLe lycée Fénelon (2, rue de l'Eperon) fournit 170 choristes\nLe lycée Racine (26, rue du Rocher) — 70 —\nLe lycée Molière (71, rue du Ranelagh) — 90 : —\nLe lycée Lamartine (121, rue du Fg.-Poissonnière) — 134 —\nLe lycée Victor-Hugo (27, rue de Sévigné) — 137 —\nLes cours de la rue Spinoza (XIe et XXe arrond1) fourn. 27 —\nTotal des choristes. . . 628\n(Nous avons en outre une petite chorale qui, en certaines occasions, peut se\njoindre à la grande : elle est composée de fillettes ayant moins de 13 ans. Leur\nnombre, cette année, est de 396.)\nLe Comité de direction de la chorale est ainsi composé :\nM. Liard, membre de l'Institut, recteur de l'Académie de Paris, président ;\nM. Jules Combarieu, chargé du cours d'histoire de la musique au Collège de\nFrance, Inspecteur ;\nM. Gabriel Pierné, chef, chargé des répétitions et des exécutions aux concerts ;\nLes directrices des lycées de Paris.\nLes membres bienfaiteurs de la chorale sont :\nLe Ministère de l'Instruction publique ;\nMM. C. Saint-Saëns, Massenet, Paladilhe, Lenepveu, membres de l'Ins-\ntitut ; M. Bourgault-Ducoudray, M. Louis Diémer, etc., etc.\nLe répertoire de cette chorale se compose de deux parties très distinctes ;\ni° Des airs français populaires, successivement choisis dans les diverses pro-\nvinces de notre pays ;\n20 Des compositions d'auteurs classiques ou d'auteurs contemporains. (Ont\nété publiquement exécutées, à ce jour: des œuvres de Schumann, Rameau,\nGluck, C. Franck, Félicien David, Beethoven, B. Godard, Massenet, Saint-Saëns,\nG. Marty, Bourgault-Ducoudray, G. Pierné.)"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090115-01.1.24", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie et de Librairie.\n\nTous les concerts ont eu lieu jusqu'ici, avec le concours de l'orchestre Colonne\n(réduit à 50 musiciens) et des solistes de choix.\nLes membres de la chorale des jeunes filles de Paris ont eu l'idée, cette\nannée, d'inviter les jeunes filles de Londres à venir participer au prochain con-\ncert, qui aura lieu dans la première quinzaine de mai 1909, au Trocadéro. Pour\naugmenter l'intérêt et le but élevé de cette réunion, le concert sera donné au\nprofit de 1« Œuvre de protection de l'enfance contre la tuberculose ».\nNous avons demandé à la chorale des jeunes filles de Londres :\nD'abord, de chanter des chansons populaires anglaises ;\nEnsuite, de prendre part à l'exécution en commun, avec les jeunes filles de\nParis, d'un certain nombre d'œuvres françaises A cette occasion, M. E. Paladilhe\na bien voulu écrire, pour les chorales des deux pays, une œuvre charmante à\n4 parties (La chanson de frère Jacques), sur le canon populaire : « Frère Jacques,\ndormez-vous ? ». M. Lenepveu, de l'lnstitut, a bien voulu écrire aussi, pour la\ncirconstance, une œuvre nouvelle.\nAvec l'orgue et l'orchestre qui accompagneront cette grande massechorale,\nnous aurons quelques solistes, dont le choix ne peut être encore indiqué.\nM. Saint-Saëns a accepté de diriger lui-même l'exécution d'une de ses œuvres.\nAprès le concert aura lieu, à la Sorbonne, une réception où les jeunes filles\nde Londres, accompagnées de leurs familles, seront invitées à faire plus étroite-\nment connaissance avec celles de Paris et à nouer avec elles des relations dura-\nbles.\nLe Comité de direction de la chorale des jeunes filles de Paris recevra avec\nreconnaissance tous les concours utiles qui lui seront apportés. Il serait heureux\nqu'en dehors de l'Université, un comité de dames de Paris, réunissant quelques\nnoms autorisés, voulût bien encourager et recommander, par son appui moral,\ncette œuvre à la fois artistique et charitable, sur l'intérêt de laquelle il serait\nsuperflu d'insister.\nL'heure trop tardive où quelques manuscrits nous ont été remis, nous\noblige à renvoyer au prochain numéro un article sur Y Orphée, de Gluck, récem-\nment repris à l'Opéra-Comique ; le compte rendu de Monna Vanna, jouée\nle 14 à l'Opéra, et une notice sur Fr. Aug. Gevaërt, Déminent musicologue,\nmort après une si glorieuse carrière."}]}