{"numero_id": "bm-bmtnabj-1909-03-01-01", "volume": "bmtnabj_1909-03-01_01", "ocr_sha256": "385fe1096fef4c5d7cfd2b646a727b4c6e6094e0a058e926ad0c35036e1ea585", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1909/03/01_01/bmtnabj_1909-03-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1909/03/01_01/bmtnabj_1909-03-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1909-03-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-03-01_01#c001", "volume": "bmtnabj_1909-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "129", "page_fin": "131", "image_debut": 1, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.2.1", "titre_corps": "A l Opéra.", "titre_sommaire": "A l Opéra.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.1", "debut_caractere": 132, "fin_caractere_exclue": 1978, "texte": "A l Opéra.\n\nLes journaux qui parlent de la « question de l'Opéra », laquelle reprend un\ncaractère alarmant, ne voient pas les vraies causes de la crise que nous traver-\nsons.\nD'un certain côté, on incrimine les personnes. Un commanditaire a écrit au\nministre pour demander le départ de MM. Messager et Broussan et la nomi-\nnation d'un intérimaire en vue de la liquidation.., L'assemblée du 26 lui a donné\nraison. Je ne vois pas en quoi cette mesure violente pourrait être salutaire.\nNon, le mal n'est pas dans la présence de M. X... ou dans l'absence de M. Z...\n(En ce qui concerne l'administration proprement dite, une seule chose est à\ndemander, à exiger même : un commissaire du gouvernement qui remplisse sa\nfonction et qui contrôle réellement l'Opéra, au lieu de lui demander des services\npour une œuvre à côté.)\nLe groupe parlementaire de l'art, présidé par M. Georges Berger, demande\nla régie directe par l'Etat. Soyez assuré que ce coup d'Etat serait inefficace !\nLe mal est ailleurs. La Revue musicale est en mesure de le faire toucher du\ndoigt au public, en publiant des statistiques précises.\nDeux faits essentiels méritent toutes les réflexions.\nLe premier, c'est que le public se détourne de plus en plus de l'ancien réper-\ntoire. Nous arrivons comme à un tournant où les « chefs-d'œuvre » qui régnèrent\nsi longtemps sur la scène de l'Opéra ont épuisé leur crédit, et paraissent vieillis,\nusés, mûrspourla retraite définitive. Des chanteursexcep ionnellement brillants\npourraient sans doute leur conserver une apparence de jeunesse ; mais nous ne\nsommes plus au temps où on allait à l'Opéra pour entendre tel ou tel grand vir-\ntuose !\nL'Opéra, pour ne pas être en déficit, doit faire, à chaque soirée, une recette\nminimum de 16.000 francs. Le Faust de Gounod allait jusqu'à 21 et 22.000 francs!\nOr voici les recettes du dernier mois."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.2", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 988, "texte": "Opéra.\nRecettes détaillées du 16 janvier au i 5 février igoq.\ny -\nCes chiffres sont d'une éloquence lamentable !\nLe second fait est indiqué dans cette statistique : c'est l'insuffisance des\ncompositeurs contemporains, sauf un ou deux noms, à créer un nouveau réper-\ntoire normalement productif. La représentation de Mona Vanna fut une\nerreur, et elle devient une manière de symbole.\nLe remède } Il est difficile à trouver. Cette pénurie de grands chanteurs et\nde grands compositeurs a des causes profondes et en grande partie insaisis-\nsables.\nComme compensation à ce tableau noir, voici les recettes de l'Opéra-Comique\ndans la même période. Elle sont très satisfaisantes. Mais, là aussi, on peut\nconstater le crépuscule de certains dieux. Mignon est en baisse visible ; elle a\nd'ailleurs de quoi se consoler dans les souvenirs de sa longue carrière ; les\nNoces de Jeannette ne suffisent plus à attirer la foule, et le délicieux Barbier de\nSéville se tait pour quelque temps..."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.3", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 342, "texte": "Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 16 janvier au 15 février 1909.\nQue nous réserve révolution de la musique contSmporaine ? 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NOTES SUR LES SONATES DE BEETHOVEN.", "signature_source": "JULES COAIBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.4", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2344, "texte": "Questions de rythme : la diérèse.\nNOTES SUR LES SONATES DE BEETHOVEN.\n\nJe vois avec plaisir qu'une « revision de l'édition des œuvres de Beethoven »\nfigure au programme d'un congrès musical qui doit avoir lieu prochainement à\nVienne. Un tel travail a deux objets : l'établissement exact du texte, mais aussi\net surtout — en ce qui concerne les œuvres pour piano — l'indication du rythme\ncorrect. Nous n'avons pas encore, dans notre enseignement officiel, une termino-\nlogie précise et rationnelle pour l'analyse rythmique du discours musical ;dans\nla pratique même subsistent des erreurs assez fâcheuses.\nJ'ai sous les yeux la dernière édition de quelques sonates de Beethoven par un\nexcellent musicien, M. Georges Sporck. Je regrette de me trouver en désaccord\navec lui sur quelques points importants. Il a mille fois raison de dire, dans une\nPréface, que « trop d'élèves ne voient dans l'interprétation d'une œuvre que la\nnote à faire ». J'expliquerai ainsi, pour ce qui regarde le rythme, cette juste\nobservation :\nUn allegro, un andante, un scherzo, etc..., de Beethoven ressemblent à un dis-\ncours qui serait écrit en vers inégaux. Le bon exécutant est celui qui reconnaît\nl'étendue exacte des phrases, celle de chaque vers, celle des hémistiches, et\nqui, en sachant bien placer les césures, les virgules, les points, se rend compte\nà la fois de la distinction et de l'enchaînement des parties de l'ensemble. Le\nbon éditeur est celui qui facilite la tâche de l'exécutant en marquant les divisions\ndu rythme par des procédés visibles. 11 est chargé de la ponctuation, si l'on peut\ndire du texte musical. Pour la marquer, il a deux moyens : la diérèse ou\ndivision.\net le\nlegato. Voici quelques exemples, pour la restitution desquels (telle que je la\ncomprends) je ne ferai intervenir aucune théorie antique et me bornerai à faire\nappel au sens musical.\nje prends la charmante sonate op. 22, si vive et si brillante d'allégresse.\nM. Georges Sporck édite ainsi :\nLe legato indiquant les groupes rythmiques ne me paraît pas bien placé ;\nfinissant avec le si fi , il fait un non-sens (reproduit de l'édition Winkler et\nKôhler) ;de plus, pour la clarté du texte, je n'hésiterais pas, si j'étais éditeur,\nà employer une diérèse. L'ossature mélodique du premier vers est celle ci :\nLe vers suivant commence ainsi :"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.5", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1927, "texte": "Il faut donc présenter le rythme en distinguant les vers musicaux et leurs\nhémistiches :\nRemarquez quela diérèsequivaut pourune voix ne doit pas être nécessairement\nintroduite dans toutes les autres. Chaque partie conserve son rythme propre.\nLa même observation trouverait plusieurs fois sa place dans la suite de cette\nsonate. Ce qui est bizarre, c'est que les éditeurs pratiquent quelquefois la\ndiérèse ; pour être logiques, ils devraient l'employer partout où elle est\nnécessaire.\nDans Xadagio de la même sonate (même édition) je lis :\nJe ne vois là aucune construction rythmique.\nEn beaucoup de cas, certainement, il y a plusieurs façons de comprendre le\nrythme d'une phrase. Encore faut-il en avoir une...\nCet adagio molf expressivo est une sorte de thrène, un chant de deuil, d'un\naccent profond. Le sol B temps fort sur lequel on fait commencer la phrase\net qu'on rattache au groupe suivant, doit être détaché, mis en dehors et à part.\n(Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à jeter un coup d'oeil sur la même formule\nreparaissant dans la suite de la phrase. ) Une telle note de début est ce qu'on\nappelle, dans la terminologie classique, un êpiphonème, c'est-à-dire une excla-\nmation, analogue ici à celle que l'on trouve au début de certains vers. Victor\nHugo dit :\nOh I pourquoi la souffrance et pourquoi la laideur ?\nOh ! combien de marins, combien de capitaines,\nQui sont partis joyeux pour des courses lointaines,\nDans ce morne horizon se sont évanouis !...\nEt Ronsard, en parlant de la rose :\nLas ! voyez comme en peu d'espace,\nMignonne, elle a dessus la place,\nLas ! las ! ses beautés laissé choir !\nEt Corneille :\nQuoi ! vous vous arrêtez au songe d'une femme ?...\nEt Musset :\nAh \\ J'oserais parler si je croyais bien dire !\nLe discours musical (j'emploie ce mot de discours.h dessein) a parfois une al-\nlure identique. Je laisse donc en dehors en la séparant par l'équivalent d'un"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.6", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1295, "texte": "point à la fin d'une phrase cette note sol, et je considère la période qui com-\nmence aussitôt après comme débutant par une anacrouse (c'est-à-dire par un\nlevé, sur un temps faible)* Remarquez que cette interprétation change complète-\nment l'expression de l'ensemble. En commençant la phrase par le sol, nous\naurions une phrase solidement appuyée sur sa base et traduisant un sentiment\nde sérénité parfaite En commençant par l'anacrouse, nous pouvons traduire\nune aspiration douloureuse. Je dirai donc :\nLa diérèse a une importance capitale. Dans le menuet de la même sonate, il\ny a Une rentrée ainsi présentée par le même éditeur :\nCe texte me fait penser à un moulin à café dont on tournerait la manivelle\navec des vitesses inégales. Les éditeurs ne paraissent pas voir qu'il y a là un\nbadinage L'ossature est, en simplifiant :\nLe badinage consiste à placer cette formule (/a, mi, ré, do) tantôt sur le\ntemps fort, tantôt à cheval sur le temps laible et le temps fort, en ayant l'air\nde tout brouiller, pour mieux faire ressortir par voie de contraste la claire\nréapparition du thème principal. Je dirais donc :\nLe petit trait horizontal ne figure ici que pour la clarté de l'analyse ; dans\nune édition, le legato et la diérèse suffiraient.\n\nJULES COAIBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-03-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-03-01_01#c018", "volume": "bmtnabj_1909-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "135", "page_fin": "135", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.2.3", "titre_corps": "Certificat d'aptitude à l'enseignement du chant dans les écoles normales et les écoles primaires supérieures (DEGRÉ SUPÉRIEUR)", "titre_sommaire": "Certificat d'aptitude à l'enseignement du chant dans les écoles normales et les écoles primaires supérieures (DEGRÉ SUPÉRIEUR)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.7", "debut_caractere": 67, "fin_caractere_exclue": 2145, "texte": "Certificat d'aptitude à l'enseignement du chant dans les écoles\nnormales et les écoles primaires supérieures\n(DEGRÉ SUPÉRIEUR)\nAu dernier examen, ont été donnés les sujets de composition suivants :\nI. Rédaction sur une question d'enseignement ou d'art musical. Schu-\nmann est l'un des noms les plus considérables de l'histoire de la musique.\nSes principaux « lieder » sont portés au programme des œuvres que les candi-\ndats doivent avoir plus particulièrement étudiées.\nRépondre aussi brièvement et aussi nettement que possible aux trois questions\nsuivantes :\ni° Quels sont les sentiments que Schumann a su exprimer avec le plus de\nbonheur ?\n20 Si l'on compare à ce point de vue les « lieder » de Schumann avec des\nmélodies d'auteurs français, n'est-on pas frappé de certaines différences très\nimportantes ?\n30 Quel est le rôle que Schumann attribue au piano dans la composition de\nses lieder ? Montrer que l'intérêt musical de ses œuvres ne réside pas unique-\nment (ni même quelquefois principalement) dans la partie vocale.\n11. Solfège :\nSuiveat d'autres sujets d'épreuve dont nous nous occuperons dans notre pro-\nchain numéro, celui-ci étant suffisamment chargé de musique.\nDans la leçon de solfège on a, selon l'usage, accumulé les difficultés et les\npièges. Cela rappelle un peu la composition en orthographe donnée en 1855 à\nde futurs instituteurs : Quelles que soient depuis quelque dix ans les négligences,\nde mes gardes-chasse, etc... Parmi nos chanteurs d'opéra comique, combien y\nen a-t-il qui pourraient,sans catastrophes, se tirer d'une telle épreuve ? (Je parle\ndu solfège et non de l'orthographe.)\nA ce propos, nous ne saurions demander avec trop d'insistance qu'une\népreuve de solfège fût imposée à tous les élèves du Conservatoire qui sont\nadmis aux concours de fin d'année. On en dispense les chanteurs qui devraient,\nplus que tous les autres, y être soumis. C'est sans doute pour ménager leur\namour-propre. Ils veulent, alors qu'ils sont encore des élèves, se présenter\ncomme des artistes. Mais, de ces résistances de l'amour-propre, il faut savoir\ntriompher."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-03-01-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-03-01_01#c020", "volume": "bmtnabj_1909-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "136", "page_fin": "137", "image_debut": 8, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.2.4", "titre_corps": "Le « Fervaal » de M. Vincent d'lndy.", "titre_sommaire": "Le « Fervaal » de M. Vincent d'lndy.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.8", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3668, "texte": "Le « Fervaal » de M. Vincent d'lndy.\nUne nouvelle édition de la remarquable Etude thématique et analytique sur\nFervaal par Pierre de Bréville et Henry Gauthier-Villars vient de paraître\nchez les éditeurs A. Durand et fils 'broch. de 63 p.)* En voici bavant-propos,\nreproduit de l'édition de 1897 :\nLes beaux jours sont finis de V antique opéra selon la formule, fait de pièces et\nde morceaux détachés, « détachables » tout au moins, vaguement reliés par l'artifice\nd'un livret aux gauches ingéniosités. On réclame, désormais, des drames sympho-\nniques, où la musique suive pas à pas les paroles, fasse corps avec l'action, s'iden-\ntifie avec les sentiments exprimés, se modifiant avec eux sans cesse, de telle sorte\nque Va/fabulation et le développement musical forment un tout indivisible.\nLa réalisation d'un pareil desideratum exige un vrai musicien, familiarisé avec la\nmusique pure (1), connaissant à fond toutes les ressources de son art : nul plus\nque M. Vincent d'lndg n'en apparaissait capable.\nSes premières œuvres, universellement connues aujourd'hui, l'ont placé à la\ntête de cette jeune Ecole française, si appréciée déjà à l'étranger, et qui tout\narrive finira peut-être par obtenir en France le renom quelle mérite. Après de\nfortes études musicales, il n'a cessé de se consacrer à la musique pure, ci la musique\nsymphonique, écrivant des quatuors, trios, symphonies, ne négligeant aucune forme,\ns'instruisant ainsi de toutes les combinaisons.\nAinsi préparé, il aborda le.drame et écrivit Fervaal. A l'exemple de Wagner, et\npour que fût plus parfaite l'unité de ce Wort-ton-drama, il en composa également\nle poème, dont nous verrons que, désireux d'empreindre d'une plus large humanité\nles personnages et, dès lors, ennemi des contingences trop précises, il situa l'action\ndans une époque très reculée.\nDes traditions locales (2) ont fourni les éléments de cette œuvre que l'art du poète\ncompositeur a transformées, magnifiées, élevées jusqu'au symbole. Fervaal, c'est la\nlutte entre l'Eau et le Feu, la religion druidique à son déclin et l'avènement de\nla religion d'amour... Certains critiques musicaux ont paru regretter les livrets\noù se déroulaient les péripéties, follement passionnantes, à la suite desquelles Anatole\nfinissait par épouser Armande. Il faut plaindre ces critiques musicaux.\nIl y aurait beaucoup à dire sur cet « avant-propos », qui tranche cavaliè-\nrement le nœud gordien de l'esthétique moderne î II y a des opéras de l'ancien\nrépertoire qui sont aujourd'hui démodés et paraissent hors de service : rien\nn'est plus vrai. S'ensuit-il qu' « on » réclame désormais des « drames symphoni-\nques » ? Quel est cet « on » qui pose ses conditions aux compositeurs et\nconfisque leur liberté ? J'ai bien peur qu'il n'y ait, en critique musicale, une sorte\nde C. G. T. où la vérification des pouvoirs amènerait des surprises.\n\n(1) La vieille distinction entre les compositeurs dramatiques et symphoniques, qui fut toujours\nabsurde, ne peut même plus être risquée aujourd'hui, En effet, le drame devenu symphoniquey il\nserait puéril de proclamer l'antagonisme de deux éléments qui doiveiit au contraire se fondre et\ns'identifier. Il faut donc qu'un compositeur dramatique soit symphoniste, c'est-à-dire puisse mettre en\nœuvre toutes les ressources de la musique pure, en un mot de l'art musical.\n(2) On ne saurait trop relire la préface de Quatre Poèmes d'Opéras où Wagner explique les\nraisons qui Vont conduit à choisir le mythe comme thème général de ses drames. — Pour ce qui\nconcerne spécialement Fervaal, on consultera avec profit la très intéressante brochure de notre con-\nfrère Etienne Destranges."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.9", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 674, "texte": "Les compositeurs les plus avancés seraient bien contrariés si on ne trouvait\nplus dans leurs œuvres des morceaux « détachables ». Est-ce que, dans la\nsymphonie elle-même, on ne peut pas « détacher » un menuet ou un adagio ?\nest-ce que chaque jour, au concert, on ne «détache» pas tel prélude ou telle\nscène des opéras d un Alfred Bruneau, d'un R. Wagner, d'un R. Strauss, que\ndis-je ! d un Vincent d Indy ? Les auteurs de la brochure oublient-ils qu'un\ntrès beau fragment de Fervaal fut « détaché » de la partition pour être joué\ndans un concert donné à l'Opéra-Comique, et que l'orchestre était dirigé par\n...M. Vincent d'lndy en personne !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-03-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-03-01_01#c021", "volume": "bmtnabj_1909-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "137", "page_fin": "142", "image_debut": 9, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.2.5", "titre_corps": "NOTES SUR L'HISTOIRE DU THEATRE", "titre_sommaire": "NOTES SUR L'HISTOIRE DU THEATRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.9", "debut_caractere": 676, "fin_caractere_exclue": 3187, "texte": "NOTES SUR L'HISTOIRE DU THEATRE\n\nLes théâtres de province en 1818\n\n(suite).\nIl est assez facile de rappeler ce qui s'est passé dans les théâtres, mais comment\nen évoquer la physionomie?\n« En province, dit Castil-Blaze, l'auditoire se compose toujours à peu près du\nmême nombre d'habitués qui se connaissent tous... Le spectacle commence à\nune heure où l'on ne s'occupe plus d'affaires ; on vient au théâtre pour s'en\nentretenir. On tourne le dos à la scène, et l'on continue... La salle des spectacles\nest un lieu de rendez-vous préférable au marché, à la promenade, à la place\nd'armes, puisqu'on y est à l'abri de la pluie. 11 y règne une aimable liberté : l'or-\nchestre et les chanteurs n'empêchent personne d'y trouver du plaisir, d'y conclure\ndes traités et d'y placer au cours le papier sur Paris, Lyon, Bordeaux ou\nMarseille. » La comédie, ajoute-t-il, est dans la salle (1).\nCe qui domine, au moins dans le Midi, c'est le bruit. A Bordeaux, suivant le\nmot d'un voyageur, on n'écoute que le ballet. Le reste du temps, on cause, on\ninterpelle, on s'agite. En 1829, dans une lettre anonyme adressée au ministre de\nl'lntérieur, un propriétaire et un négociant de Montpellier se plaignent de ce\nsans-gêne : «Les personnes qui habitent ou voyagent dans le Midi de la France\nont dû remarquer avec douleur que la police s'y fait dans quelques cas avec la\nplus grande négligence ». Le bruit y est constant. Ce sont des caquetages,\ndes rixes parfois violentes au parterre, soit parce qu'on ne veut pas laisser siffler,\nsoit parce qu'on croit en imposer sans cesse au public par des gendarmes et des\nfactionnaires armés de fusils et de sabres (2). Il n'y a pas de banquettes au par-\nterre ; à Paris le parterre ne devint plus calme que quand il fut assis ; comme\n\n(1) Cf. ce qu'écrit Stendhal en 1837 dans les Mémoires d'un Touriste : « C'est tout le\nbout du monde s'il va (un jeune homme a Marseille) se montrer une heure au théâtre, où pour-\ntant il est abonné, et encore, cette heure, il la passe dans les coulisses ; car, à Marseille, tout ce\nqui va aux premières loges passe sur le théâtre par une certaine petite porte ouverte au bout du\ncouloir, et le directeur sait bien que s'il fermait cette porte, il pourrait fermer aussi celle du\nthéâtre. »\n(2) « Les femmes s'occupent aussi, dans les loges qui leur sont indiquées, de leurs petites\nspéculations ; il en résulte un bourdonnement général... » Essai sur l'état actuel des Théâti es de\nParis et des principales villes de l'Empirey etc., par J. D. B. 1813."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.10", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3513, "texte": "à Toulouse, les filles publiques sont à l'orchestre, et au parterrelesétudiants sont\ncôte à côte avec les gendarmes.\nC'est à Toulouse que la jeunesse semble le plus ardente. Les étudiants en\ndroit sont les plus turbulents, et ils entraînent leurs camarades de l'école de\nmédecine. Plus d'une fois, dans ces désordres, il n'y a, comme l'écrit paternelle-\nment un colonel de gendarmerie, que l'exubérance « de jeunes têtes chaudes,\nde jeunes gens qui viennent de quitter la maison paternelle, et sont\nenchantés de faire du bruit. » Il y a aussi le plaisir d être de l'opposition, avec\nl'humeur frondeuse et les idées libérales naturelles à la jeunesse. En 1820,\ndans les rapports officiels, les Facultés de Toulouse sont signalées comme un\nfoyer d'où partent les provocations qui se répandent dans les autres académies.\nLes étudiants de cette ville cherchent à travailler leurs camarades des différentes\nF'acultés de France : à Grenoble, à Dijon, c'est sur leur conseil que les jeunes\ngens, lors du passage du duc d'Angoulême, au lieu de crier : Vive le Roi l ont\ncrié : Vive la Charte ! Les étudiants de Rennes s'agitent, frondent le pouvoir :\nles coupables, ce sont les étudiants de Toulouse, « ces étourdis mal dirigés. »\nOn cherche à quel mot d'ordre ils peuvent bien obéir, et le 7 mai 1820, la Com-\nmission (ministère d'alors) de l'instruction publique prend un arrêté concer-\nnant la police intérieure des Facultés. Le préfet de police, les préfets de la Seine,\ndes Bouches-du-Rhône, du Calvados, de la Côte-d'Or, de l'lsère delà Vienne,\nd Ille-et-Vilaine, du Bas-Rhin et de la Haute-Garonne, ont reçu la veille une\ncirculaire où l'on appelle leur attention sur la conduite des élèves. Dès le\nmême mois, Cuvier, écrivant au baron Mounier, directeur général de la police,\nse plaint qu' « une partie des professeurs en droit montre toujours peu d'empres-\nsement à suivre les directions qu'ils reçoivent pour le maintien de l'ordre ».\nLE RÉPERTOIRE. VALEUR ET APPOINTEMENTS DES ACTEURS EN 181 8. CONCLUSIONS\nDES RAPPORTS DE DUVERGER.\nSous l'Empire, on aimait encore la tragédie, et des comédiens de campagne la\njouaient même dans des bourgades. En 1818, elle n'est nulle part représentée à\ntitre permanent. A Bordeaux, Eric-Bernard la soutient avec beaucoup de peine;\nà Nantes, on parle de la supprimer ; à Rouen, on ne peut pas la jouer, parce que\nles sujets n'ont pas été remplacés. C'est par les grands acteurs de Paris, sans\noublier Mlle Mars, c'est avec Talma, Mlle Georges, Mlle Duchesnois,\nMlle Leverd, avec Victor, avec Joanny, que la province entendra les chefs-d'œuvre\ndu Théâtre-Français, mais parfois dans quelles conditions ! « Les acteurs de\nParis, quand ils voyagent, sont obligés d'avoir recours à des chanteurs pour les\nseconder, et remplir souvent les rôles les plus tragiques. »\nTrop coûteux avec la mise en scène et le personnel qu'il exige, le grand opéra\nne peut se donner que dans les villes du premier ou du second ordre : c'est le\nrépertoire de l'Académie royale de musique, la Vestale, la Caravane, le Rossignol,\nFernand Cortez, les Mystères d lsis, les Prétendus, etc. (En 1822, on donne à\nxMarseille le Barbier de Rossini.)\nCe qu'on aime le mieux, c'est, avec l'opéra comique, ce qu'on appelle le petit\nopéra, facile à monter, facile à jouer. A côté de pièces déjà anciennes, le Déserteur,\nRose et Colas, de Monsigny, Joconde, de Jadin, Biaise etßabet, de Dezède, figu-\nrent, avec les œuvres de Boieldieu,/a Jeune Femme colère, Jean de Paris, le Non*"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.11", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3705, "texte": "> _\nveau Seigneur de village, Nina et Maison à vendre, de Dalayrac, /a Fausse Magie,\nRichard Cœur-de-Lion, la Rosière de Salency, de Grétry, /'Auberge de Bagnères,\nde Catel, le Pe/z/ Paze, de Kreutzer et Nicolo Isouard, les Rosières, d'Hérold.\nIl est rare qu'on joue la comédie classique : elle n'est représentée que par des\nœuvres secondaires, la Gageure imprévue, Crispin rival de son maître, le Vieux\nCélibataire, les Châteaux en Espagne, etc. Les Variétés et les petits théâtres de\nParis fournissent le reste des pièces. Le mélodrame sévit, le Château de Paluzii,\n- c'est sous des noms italiens l'histoire de Fualdès, — de Melesville et Borie,\nWerther, de Gourney, les Francs-Maçons, Victor ou VEnfant de la foret, et\nbeaucoup d'autres aussi inconnus. On donne aussi des féeries et des panto-\nmimes ; les théâtres sont ouverts aux improvisateurs, aux faiseurs de tours,\naux gobelets et muscades. En somme, le répertoire est peu varié; il a peu\nchangé depuis la fin de l'Empire, quand Duverger se plaignait que, depuis\nquinze ou vingt ans, on représentât éternellement le Père de famille, Eugénie,\nP Abbé de l Epée, le Déserteur, Tom Jones, Misanthropie et repentir, la Mère\ncoupable, Mélanie, les Amours de Bayard.\nLa représentation des œuvres musicales est peu satisfaisante : même dans les\ngrandes villes, les ensembles laissent à désirer, et les troupes, comme on l'a vu,\nn'ont pas toujours le nombre nécessaire de sujets.\nDuverger ne peut louer qu'un petit nombre d'orchestres. A Bruxelles (i), il est\nnombreux et très bon ; très bon à Gand, à Bordeaux, à Strasbourg ; bon à\nAnvers, à Lille, à Marseille, à Lyon, mais dans cette ville il est incomplet,\nsurtout en violons ; assez bon à La Haye, à Liège, à Metz ; passable seulement\nà Nantes, et partout ailleurs, à Aix, à Amiens, à Besançon, à Calais, à Carcas-\nsonne, à Clermont, à Lorient, à Nancy, à Toulon, à Vesoul, il est déclaré faible\nou très-faible.\nA Lille, il y a trente-deux musiciens ; à Calais, quatre ou cinq, avec quelques\namateurs ; à Mézières, un pauvre orchestre est aidé par les musiciens prus-\nsiens.\nDans une seule ville, à Toulouse, les chœurs ont douze chanteurs : « Ceux-ci\nsont des amateurs du pays qui forment un ensemble remarquable » (2) ; à Stras-\nbourg, il y a quatre chanteuses et six chanteurs ; à Bordeaux, cinq chanteurs et\nsept chanteuses, à Nantes, six de chaque sexe ; — c'est le chiffre à peu près par-\ntout. A Lyon, on compte dix danseurs et dix danseuses ; à Bordeaux, dix figu-\nrants et dix figurantes. Mais les chœurs ne se trouvent pas partout : à cela ne\ntienne! les acteurs les chantent. Dans les petits théâtres, on les supprime (3), et,\nà force de simplifier, on en arrive à ce qu'a vu Castil-Blaze. Dans Fernand Cor-\nte\\, un même acteur faisait le Mexicain et l'Espagnol ; un seul acteur, dans le\ndernier finale de Joseph, « remplissait tour à tour les rôles des quatre voix, et\nmontait ainsi des pédales de la basse aux sons aigus de la haute-contre » Un\nacteur chantait les rôles des deux personnages en même temps en scène, Thésée\n\n(1) « Le public de Toulouse est passionné pour le spectacle; le goût du chant y est généra-\nlement répandu. Un étranger pourrait se croire en Italie, en entendant de simples ouvriers\nchanter en parties, avec une précision étonnante, des morceaux d ensemble des meilleurs\nopéras. » J. D. B. Essai, etc.\n(2) En 1 8r8, Mnle Desbordes-Valmore joue à Bruxelles : « Jeune première, dit Duverger, 36 ans;\nphysique très usé; 6.000 T. d'appointements ; toujours du talent, mais trop de sensibilité. » Son\nmari est au même théâtre. Valmore père est au théâtre de Rouen.\n(3) A Rennes, on les chanta pour la première fois en 1827. L. Decombe."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.12", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3680, "texte": "et le grand prêtre dans Œdipe à Colorie. « Après avoir rempli sa partie, ie roi\nd'Athènes, se tournant comme pour cracher, récitait celle du pontife, tandis\nqu'un soldat de la garnison, revêtu de la robe sacerdotale, le front ceint du ban-\ndeau sacré, ouvrait la bouche, roulait les yeux, étendait les bras et jetait de\nl'encens sur le feu. »\nLes chanteurs, ajoute t-il, les choeurs, les musiciens, tous se valent. On exé-\ncute dans telle ville Paul et Virginie sans parties séparées. « Le chef d orchestre\net le bassiste lisaient sur la partition, et quelques instruments à vent répandus\nçà et là dans l'orchestre accompagnaient de mémoire, ou suivaient le chant à\nl'unisson. Les choristes ne sont jamais assez nombreux pour faire masse d'har-\nmonie ; les chœurs de femmes surtout sont une véritable cacophonie. » Que dire\ndes acteurs ? « Qui pourrait reconnaître Orphée, la Vestale, Fernand Corte\\% les\nDeux Journées, Jeannot et Colin, Jean de Paris, sur certains théâtres? Quelle\npitoyable exécution 1 Quelle confusion étrange 1 Quel charivari I Quel sabbat\ninfernal ! Les troupes de première classe n'offrent cependant pas cette foule de\ndéfauts portés à l'excès... Sans être jamais bonne,l'exécution y est souvent d'une\ndécente médiocrité ; un ou deux chanteurs soutiennent l'opéra ; le reste va comme\nil peut. » iMais dans les villes d'ordre inférieur, les représentations deviennent\nparfois grotesques. Ici, « des chanteuses à la voix glapissante exécutent, sou-\ntenues par un aigre violon, les airs de bravoure des Prétendus ou du Rossignol » ;\nlà, à Limoges, « la troupe est une collection unique, où le mauvais le dispute\nau ridicule ; tout est prétentieux, quoique déguenillé... Il paraît que le goût des\nhabitants n'est pas fort éclairé, car ils applaudissent avec fureur une première\nchanteuse qui a soixante ans (i), et dont la voix chevrotante ne conserve pas\nmême un reste d'éclat, ce qui ne l'empêche pas de jouer les rôles à roulades\navec un aplomb inconcevable » (2).\nOn peut rire de ces détails, mais la conclusion est navrante : « Une part des\nspectateurs a perdu l'exercice de la bonne musique, à force d'en entendre de la\nmauvaise ; l'autre est insensible à des charmes qu'elle n'a jamais pu connaître. »\nDuverger, après son inspection, tiendra le même langage que Castil-Blaze deux\nans plus tard, mais, avant de parler de ses appréciations, je voudrais dire rapi-\ndement quels étaient en 1818 les appointements des acteurs.\nIls sont soigneusement consignés sur son registre. Pour beaucoup de chiffres,\nil y a sans doute des réserves à faire. Si les sommes indiquées par certains\nchefs de troupes sont exactes, on se demande si elles ne sont pas un trompe-\nl'oeil. Elles sont marquées pour l'année, mais, si la saison du carnaval était lucra-\ntive, en était-il de même pour les mois d été, et alors, que recevait le personnel ?\nQue gagnaient ces acteurs qui, après une faillite, s'administraient eux-mêmes,\nou ces sociétés à prorata formées par les directeurs privilégiés des arrondisse-\nments de troisième et quatrième ordre, dans lesquelles les comédiens, vivant\ndans une perpétuelle inquiétude, « n'avaient nulle assurance d'un traitement,\nmême modique ? » Les chiffres ne doivent donc être acceptés que pour les\ngrandes villes ; ailleurs, ils ne peuvent servir que d'indication.\nLes appointements les plus élevés approchent de dix mille francs, c'est ce\nqu'on donne àla Philis de Rouen, Mlle Mercier, mais c'est l'exception. Le Lays,\n\n(1) A Bruxelles, en 1818 le premier comique avait 70 ans. Il allait enfin prendre sa retraite.\n(2) Mme Ducrest (nièce de Mrae de Genlis), Paris en Province et la Province à Paris, 1831."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.13", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3807, "texte": "à Lyon, a 8.000 francs ; la première chanteuse de Lille gagne 6.000 fr., Y Elle-\nviou, 7.000 ; à Marseille, le premier sujet pour l'Opéra-Comique, a 8.000 ; celui\nde l'Opéra, seulement 5.000; à Nantes, le traitement le plus élevé est de 6.000;\nà Montpellier, de 7.000 ; à Toulouse, de 6.500 pour la première actrice comique,\nde 4.200 pour le premier acteur ; à Grenoble, à Amiens, de 3.600 ; à Strasbourg,\nde 2.800; à Calais, de 2.400. Dans les grands théâtres, les seconds rôles arrivent\nà peine à 4.000 ; il faut descendre à 1.800, 1.500 et même 1.200 — c'esjt partout\nle minimum — pour les troisièmes rôles et les utilités. Le théâtre de Lille, pour\nses acteurs, — opéra et comédie, et non compris seize choristes, —dépense un\npeu plus de soixante mille francs par an ; celui de Grenoble, près de vingt-sept\nmille. Il serait peut-être téméraire de se demander ce que coûtaient les troupes\nde Mézières, de Vesoul ou de Perpignan.\nCe que valaient les acteurs, Duverger le fait connaître deux fois. D'abord\ndans son registre : chaque page, avec le nom du directeur et du régisseur, donne\ncelui de chacun des sujets, leur genre * d'emploi, leur âge, leur physique, leurs\nappointements, et enfin des observations sur leur talent et leur moralité. Ce\ndernier mot ne tient pas ce qu'il promet ; pour leur valeur, il apprécie en quel-\nques mots : un tel, aimé, mais peu de naturel ; une telle : voix pure, flexible,\npeu comédienne ; celui-ci : disant bien, comédien exact, un peu lourd ; celle-là :\npoint d'âme, voix lâche, mais pouvant acquérir. Pour tous avec les restrictions\nnécessaires, il est poli et bienveillant.\nIl réserve pour le baron de La P'erté des explications plus étendues : cette\nfois, il s'agit d'apprécier les sujets les plus connus et ceux qu'on peut appeler à\nParis. Des talents renommés en province ne lui semblent pas répondre à leur\nréputation. Les meilleurs artistes ne sont pas jeunes : les ufis terminent leur\ncarrière, les autres ont, dans leur âge mûr, des défauts dont ils ne se corrigeront\npas. A Lille, Mlle Julien a « une voix assez pure et flexible, mais lâche » ; de\nplus, elle manque de méthode classique. Au même théâtre, Péages, qui chante les\nMartin, « a du mordant ; sa voix est franche, mais il en abuse, et lie difficile-\nment la voix de poitrine avec celle de fausset ; bon musicien, il est pauvre\ncomédien, et sa tenue est commune ». A Bruxelles, le jeune premier manque de\nnaturel dans sa diction ; la première basse-taille est maniérée dans son jeu. A\nLa Haye, une actrice est extrême en tout, son jeu maniéré, sa méthode outrée ;\nà Liège, la voix d'un jeune acteur physiquement bien doué promettait beaucoup,\nla voix n'est pas mal, mais « c'est déjà gâté », et son jeu n'a rien de distingué ; à\nMetz, un jeune premier tragique et comique détruit tout effet par une diction\nfatigante qu'il appelle de l'école ; à Marseille, M1Ie Paradol — la future mère de\nPrévost-Paradol — n'est pas mieux notée : « depuis son début à l'Opéra (à Paris,\nen 1816), elle a de l'afféterie dans la tenue, et sa prononciation est toujours lâche ;\nelle a l'avantage d'une voix assez pure, d'un beau physique, mais doit beau-\ncoup travailler, si elle veut par suite obtenir des succès. »\nDu travail ! voilà le mot qui revient souvent, et Duverger ajoute qu'il faudrait\nà tous de bons modèles et des conseils. Mais quoi ! les vieux acteurs s'en sou-\ncient peu, et, à quelques exceptions près, les jeunes ne prennent pas assez de\npeine. Tous, ou presque tous, Duverger les a entendus ; ceux qu'il n'a pas vus,\nil les connaît pour les avoir eus sous ses ordres comme directeur, ou il se fait,\nsur leur compte, remettre des notes. Ses lettres et son registre portent sur plus de\ncent théâtres et sur un peu plus d'un millier de sujets. Combien en désigne-t-il"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.14", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1773, "texte": "pour Paris ? Trente-cinq en tout. Vingt-deux acteurs et treize actrices tirés de la\nfoule (1) : voilà le bilan d'une inspection !\nEt encore, il n'a pas tout dit dans ses rapports : «\"De vive voix, écrit-il au\nbaron de La Ferté, je vous exposerai la situation vraiment désastreuse de nos\nthéâtres, sur lesquels on ne peut plus compter à l'avenir pour fournir un seul\nsujet à la capitale... La pauvreté des talents et la rareté des jeunes sujets est\ntoujours la même dans toutes les villes que je parcours... Il faut être témoin du\nmécontentement du public partout, et dans nombre de villes, les représentations\nsont constamment interrompues par les sifflets... Il n'y a pas un instant à perdre\nsi l'on veut remédier à la gravité du mal. »\nQue pouvait l'intendant des théâtres royaux contre cette universelle médio-\ncrité > A Paris, la triste situation de l'Opéra et des classes de chant au Conser-\nvatoire préoccupait déjà suffisamment le ministre de la Maison du roi. En 1819,\nil chargeait Choron d'aller découvrir, où il le pourrait, dans les départements,\nles belles voix que l'on ne rencontrait pas sur la scène (2) ; au printemps de\n1821, par un envoyé qui n'a pas signé son rapport, et avec l'intention d'attirer à\nParis des talents étrangers, il se faisait rendre compte de la situation des\nthéâtres en Allemagne et en Italie, et la comparaison n'était pas flatteuse pour\nla France : en dehors des frontières, dans les grandes villes, au moins pour la\nmusique, production abondante, public éclairé, acteurs en général satisfaisants;\nchez nous, pas de centres artistiques en province, un répertoire peu varié, le\nplus souvent médiocre, venant toujours de Paris, et des interprètes trop rarement\ndignes d'être appelés des artistes (3).\n\nGABRIEL VAUTHIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-03-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-03-01_01#c022", "volume": "bmtnabj_1909-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "137", "page_fin": "142", "image_debut": 9, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.2.5.1", "titre_corps": "Les théâtres de province en 1818", "titre_sommaire": "Les théâtres de province en 1818", "signature_source": "GABRIEL VAUTHIER", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.9", "debut_caractere": 709, "fin_caractere_exclue": 3187, "texte": "Les théâtres de province en 1818\n\n(suite).\nIl est assez facile de rappeler ce qui s'est passé dans les théâtres, mais comment\nen évoquer la physionomie?\n« En province, dit Castil-Blaze, l'auditoire se compose toujours à peu près du\nmême nombre d'habitués qui se connaissent tous... Le spectacle commence à\nune heure où l'on ne s'occupe plus d'affaires ; on vient au théâtre pour s'en\nentretenir. On tourne le dos à la scène, et l'on continue... La salle des spectacles\nest un lieu de rendez-vous préférable au marché, à la promenade, à la place\nd'armes, puisqu'on y est à l'abri de la pluie. 11 y règne une aimable liberté : l'or-\nchestre et les chanteurs n'empêchent personne d'y trouver du plaisir, d'y conclure\ndes traités et d'y placer au cours le papier sur Paris, Lyon, Bordeaux ou\nMarseille. » La comédie, ajoute-t-il, est dans la salle (1).\nCe qui domine, au moins dans le Midi, c'est le bruit. A Bordeaux, suivant le\nmot d'un voyageur, on n'écoute que le ballet. Le reste du temps, on cause, on\ninterpelle, on s'agite. En 1829, dans une lettre anonyme adressée au ministre de\nl'lntérieur, un propriétaire et un négociant de Montpellier se plaignent de ce\nsans-gêne : «Les personnes qui habitent ou voyagent dans le Midi de la France\nont dû remarquer avec douleur que la police s'y fait dans quelques cas avec la\nplus grande négligence ». Le bruit y est constant. Ce sont des caquetages,\ndes rixes parfois violentes au parterre, soit parce qu'on ne veut pas laisser siffler,\nsoit parce qu'on croit en imposer sans cesse au public par des gendarmes et des\nfactionnaires armés de fusils et de sabres (2). Il n'y a pas de banquettes au par-\nterre ; à Paris le parterre ne devint plus calme que quand il fut assis ; comme\n\n(1) Cf. ce qu'écrit Stendhal en 1837 dans les Mémoires d'un Touriste : « C'est tout le\nbout du monde s'il va (un jeune homme a Marseille) se montrer une heure au théâtre, où pour-\ntant il est abonné, et encore, cette heure, il la passe dans les coulisses ; car, à Marseille, tout ce\nqui va aux premières loges passe sur le théâtre par une certaine petite porte ouverte au bout du\ncouloir, et le directeur sait bien que s'il fermait cette porte, il pourrait fermer aussi celle du\nthéâtre. »\n(2) « Les femmes s'occupent aussi, dans les loges qui leur sont indiquées, de leurs petites\nspéculations ; il en résulte un bourdonnement général... » Essai sur l'état actuel des Théâti es de\nParis et des principales villes de l'Empirey etc., par J. D. B. 1813."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.10", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3513, "texte": "à Toulouse, les filles publiques sont à l'orchestre, et au parterrelesétudiants sont\ncôte à côte avec les gendarmes.\nC'est à Toulouse que la jeunesse semble le plus ardente. Les étudiants en\ndroit sont les plus turbulents, et ils entraînent leurs camarades de l'école de\nmédecine. Plus d'une fois, dans ces désordres, il n'y a, comme l'écrit paternelle-\nment un colonel de gendarmerie, que l'exubérance « de jeunes têtes chaudes,\nde jeunes gens qui viennent de quitter la maison paternelle, et sont\nenchantés de faire du bruit. » Il y a aussi le plaisir d être de l'opposition, avec\nl'humeur frondeuse et les idées libérales naturelles à la jeunesse. En 1820,\ndans les rapports officiels, les Facultés de Toulouse sont signalées comme un\nfoyer d'où partent les provocations qui se répandent dans les autres académies.\nLes étudiants de cette ville cherchent à travailler leurs camarades des différentes\nF'acultés de France : à Grenoble, à Dijon, c'est sur leur conseil que les jeunes\ngens, lors du passage du duc d'Angoulême, au lieu de crier : Vive le Roi l ont\ncrié : Vive la Charte ! Les étudiants de Rennes s'agitent, frondent le pouvoir :\nles coupables, ce sont les étudiants de Toulouse, « ces étourdis mal dirigés. »\nOn cherche à quel mot d'ordre ils peuvent bien obéir, et le 7 mai 1820, la Com-\nmission (ministère d'alors) de l'instruction publique prend un arrêté concer-\nnant la police intérieure des Facultés. Le préfet de police, les préfets de la Seine,\ndes Bouches-du-Rhône, du Calvados, de la Côte-d'Or, de l'lsère delà Vienne,\nd Ille-et-Vilaine, du Bas-Rhin et de la Haute-Garonne, ont reçu la veille une\ncirculaire où l'on appelle leur attention sur la conduite des élèves. Dès le\nmême mois, Cuvier, écrivant au baron Mounier, directeur général de la police,\nse plaint qu' « une partie des professeurs en droit montre toujours peu d'empres-\nsement à suivre les directions qu'ils reçoivent pour le maintien de l'ordre ».\nLE RÉPERTOIRE. VALEUR ET APPOINTEMENTS DES ACTEURS EN 181 8. CONCLUSIONS\nDES RAPPORTS DE DUVERGER.\nSous l'Empire, on aimait encore la tragédie, et des comédiens de campagne la\njouaient même dans des bourgades. En 1818, elle n'est nulle part représentée à\ntitre permanent. A Bordeaux, Eric-Bernard la soutient avec beaucoup de peine;\nà Nantes, on parle de la supprimer ; à Rouen, on ne peut pas la jouer, parce que\nles sujets n'ont pas été remplacés. C'est par les grands acteurs de Paris, sans\noublier Mlle Mars, c'est avec Talma, Mlle Georges, Mlle Duchesnois,\nMlle Leverd, avec Victor, avec Joanny, que la province entendra les chefs-d'œuvre\ndu Théâtre-Français, mais parfois dans quelles conditions ! « Les acteurs de\nParis, quand ils voyagent, sont obligés d'avoir recours à des chanteurs pour les\nseconder, et remplir souvent les rôles les plus tragiques. »\nTrop coûteux avec la mise en scène et le personnel qu'il exige, le grand opéra\nne peut se donner que dans les villes du premier ou du second ordre : c'est le\nrépertoire de l'Académie royale de musique, la Vestale, la Caravane, le Rossignol,\nFernand Cortez, les Mystères d lsis, les Prétendus, etc. (En 1822, on donne à\nxMarseille le Barbier de Rossini.)\nCe qu'on aime le mieux, c'est, avec l'opéra comique, ce qu'on appelle le petit\nopéra, facile à monter, facile à jouer. A côté de pièces déjà anciennes, le Déserteur,\nRose et Colas, de Monsigny, Joconde, de Jadin, Biaise etßabet, de Dezède, figu-\nrent, avec les œuvres de Boieldieu,/a Jeune Femme colère, Jean de Paris, le Non*"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.11", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3705, "texte": "> _\nveau Seigneur de village, Nina et Maison à vendre, de Dalayrac, /a Fausse Magie,\nRichard Cœur-de-Lion, la Rosière de Salency, de Grétry, /'Auberge de Bagnères,\nde Catel, le Pe/z/ Paze, de Kreutzer et Nicolo Isouard, les Rosières, d'Hérold.\nIl est rare qu'on joue la comédie classique : elle n'est représentée que par des\nœuvres secondaires, la Gageure imprévue, Crispin rival de son maître, le Vieux\nCélibataire, les Châteaux en Espagne, etc. Les Variétés et les petits théâtres de\nParis fournissent le reste des pièces. Le mélodrame sévit, le Château de Paluzii,\n- c'est sous des noms italiens l'histoire de Fualdès, — de Melesville et Borie,\nWerther, de Gourney, les Francs-Maçons, Victor ou VEnfant de la foret, et\nbeaucoup d'autres aussi inconnus. On donne aussi des féeries et des panto-\nmimes ; les théâtres sont ouverts aux improvisateurs, aux faiseurs de tours,\naux gobelets et muscades. En somme, le répertoire est peu varié; il a peu\nchangé depuis la fin de l'Empire, quand Duverger se plaignait que, depuis\nquinze ou vingt ans, on représentât éternellement le Père de famille, Eugénie,\nP Abbé de l Epée, le Déserteur, Tom Jones, Misanthropie et repentir, la Mère\ncoupable, Mélanie, les Amours de Bayard.\nLa représentation des œuvres musicales est peu satisfaisante : même dans les\ngrandes villes, les ensembles laissent à désirer, et les troupes, comme on l'a vu,\nn'ont pas toujours le nombre nécessaire de sujets.\nDuverger ne peut louer qu'un petit nombre d'orchestres. A Bruxelles (i), il est\nnombreux et très bon ; très bon à Gand, à Bordeaux, à Strasbourg ; bon à\nAnvers, à Lille, à Marseille, à Lyon, mais dans cette ville il est incomplet,\nsurtout en violons ; assez bon à La Haye, à Liège, à Metz ; passable seulement\nà Nantes, et partout ailleurs, à Aix, à Amiens, à Besançon, à Calais, à Carcas-\nsonne, à Clermont, à Lorient, à Nancy, à Toulon, à Vesoul, il est déclaré faible\nou très-faible.\nA Lille, il y a trente-deux musiciens ; à Calais, quatre ou cinq, avec quelques\namateurs ; à Mézières, un pauvre orchestre est aidé par les musiciens prus-\nsiens.\nDans une seule ville, à Toulouse, les chœurs ont douze chanteurs : « Ceux-ci\nsont des amateurs du pays qui forment un ensemble remarquable » (2) ; à Stras-\nbourg, il y a quatre chanteuses et six chanteurs ; à Bordeaux, cinq chanteurs et\nsept chanteuses, à Nantes, six de chaque sexe ; — c'est le chiffre à peu près par-\ntout. A Lyon, on compte dix danseurs et dix danseuses ; à Bordeaux, dix figu-\nrants et dix figurantes. Mais les chœurs ne se trouvent pas partout : à cela ne\ntienne! les acteurs les chantent. Dans les petits théâtres, on les supprime (3), et,\nà force de simplifier, on en arrive à ce qu'a vu Castil-Blaze. Dans Fernand Cor-\nte\\, un même acteur faisait le Mexicain et l'Espagnol ; un seul acteur, dans le\ndernier finale de Joseph, « remplissait tour à tour les rôles des quatre voix, et\nmontait ainsi des pédales de la basse aux sons aigus de la haute-contre » Un\nacteur chantait les rôles des deux personnages en même temps en scène, Thésée\n\n(1) « Le public de Toulouse est passionné pour le spectacle; le goût du chant y est généra-\nlement répandu. Un étranger pourrait se croire en Italie, en entendant de simples ouvriers\nchanter en parties, avec une précision étonnante, des morceaux d ensemble des meilleurs\nopéras. » J. D. B. Essai, etc.\n(2) En 1 8r8, Mnle Desbordes-Valmore joue à Bruxelles : « Jeune première, dit Duverger, 36 ans;\nphysique très usé; 6.000 T. d'appointements ; toujours du talent, mais trop de sensibilité. » Son\nmari est au même théâtre. Valmore père est au théâtre de Rouen.\n(3) A Rennes, on les chanta pour la première fois en 1827. L. Decombe."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.12", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3680, "texte": "et le grand prêtre dans Œdipe à Colorie. « Après avoir rempli sa partie, ie roi\nd'Athènes, se tournant comme pour cracher, récitait celle du pontife, tandis\nqu'un soldat de la garnison, revêtu de la robe sacerdotale, le front ceint du ban-\ndeau sacré, ouvrait la bouche, roulait les yeux, étendait les bras et jetait de\nl'encens sur le feu. »\nLes chanteurs, ajoute t-il, les choeurs, les musiciens, tous se valent. On exé-\ncute dans telle ville Paul et Virginie sans parties séparées. « Le chef d orchestre\net le bassiste lisaient sur la partition, et quelques instruments à vent répandus\nçà et là dans l'orchestre accompagnaient de mémoire, ou suivaient le chant à\nl'unisson. Les choristes ne sont jamais assez nombreux pour faire masse d'har-\nmonie ; les chœurs de femmes surtout sont une véritable cacophonie. » Que dire\ndes acteurs ? « Qui pourrait reconnaître Orphée, la Vestale, Fernand Corte\\% les\nDeux Journées, Jeannot et Colin, Jean de Paris, sur certains théâtres? Quelle\npitoyable exécution 1 Quelle confusion étrange 1 Quel charivari I Quel sabbat\ninfernal ! Les troupes de première classe n'offrent cependant pas cette foule de\ndéfauts portés à l'excès... Sans être jamais bonne,l'exécution y est souvent d'une\ndécente médiocrité ; un ou deux chanteurs soutiennent l'opéra ; le reste va comme\nil peut. » iMais dans les villes d'ordre inférieur, les représentations deviennent\nparfois grotesques. Ici, « des chanteuses à la voix glapissante exécutent, sou-\ntenues par un aigre violon, les airs de bravoure des Prétendus ou du Rossignol » ;\nlà, à Limoges, « la troupe est une collection unique, où le mauvais le dispute\nau ridicule ; tout est prétentieux, quoique déguenillé... Il paraît que le goût des\nhabitants n'est pas fort éclairé, car ils applaudissent avec fureur une première\nchanteuse qui a soixante ans (i), et dont la voix chevrotante ne conserve pas\nmême un reste d'éclat, ce qui ne l'empêche pas de jouer les rôles à roulades\navec un aplomb inconcevable » (2).\nOn peut rire de ces détails, mais la conclusion est navrante : « Une part des\nspectateurs a perdu l'exercice de la bonne musique, à force d'en entendre de la\nmauvaise ; l'autre est insensible à des charmes qu'elle n'a jamais pu connaître. »\nDuverger, après son inspection, tiendra le même langage que Castil-Blaze deux\nans plus tard, mais, avant de parler de ses appréciations, je voudrais dire rapi-\ndement quels étaient en 1818 les appointements des acteurs.\nIls sont soigneusement consignés sur son registre. Pour beaucoup de chiffres,\nil y a sans doute des réserves à faire. 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Pour tous avec les restrictions\nnécessaires, il est poli et bienveillant.\nIl réserve pour le baron de La P'erté des explications plus étendues : cette\nfois, il s'agit d'apprécier les sujets les plus connus et ceux qu'on peut appeler à\nParis. Des talents renommés en province ne lui semblent pas répondre à leur\nréputation. Les meilleurs artistes ne sont pas jeunes : les ufis terminent leur\ncarrière, les autres ont, dans leur âge mûr, des défauts dont ils ne se corrigeront\npas. A Lille, Mlle Julien a « une voix assez pure et flexible, mais lâche » ; de\nplus, elle manque de méthode classique. Au même théâtre, Péages, qui chante les\nMartin, « a du mordant ; sa voix est franche, mais il en abuse, et lie difficile-\nment la voix de poitrine avec celle de fausset ; bon musicien, il est pauvre\ncomédien, et sa tenue est commune ». A Bruxelles, le jeune premier manque de\nnaturel dans sa diction ; la première basse-taille est maniérée dans son jeu. A\nLa Haye, une actrice est extrême en tout, son jeu maniéré, sa méthode outrée ;\nà Liège, la voix d'un jeune acteur physiquement bien doué promettait beaucoup,\nla voix n'est pas mal, mais « c'est déjà gâté », et son jeu n'a rien de distingué ; à\nMetz, un jeune premier tragique et comique détruit tout effet par une diction\nfatigante qu'il appelle de l'école ; à Marseille, M1Ie Paradol — la future mère de\nPrévost-Paradol — n'est pas mieux notée : « depuis son début à l'Opéra (à Paris,\nen 1816), elle a de l'afféterie dans la tenue, et sa prononciation est toujours lâche ;\nelle a l'avantage d'une voix assez pure, d'un beau physique, mais doit beau-\ncoup travailler, si elle veut par suite obtenir des succès. »\nDu travail ! voilà le mot qui revient souvent, et Duverger ajoute qu'il faudrait\nà tous de bons modèles et des conseils. Mais quoi ! les vieux acteurs s'en sou-\ncient peu, et, à quelques exceptions près, les jeunes ne prennent pas assez de\npeine. Tous, ou presque tous, Duverger les a entendus ; ceux qu'il n'a pas vus,\nil les connaît pour les avoir eus sous ses ordres comme directeur, ou il se fait,\nsur leur compte, remettre des notes. Ses lettres et son registre portent sur plus de\ncent théâtres et sur un peu plus d'un millier de sujets. Combien en désigne-t-il"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.14", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1773, "texte": "pour Paris ? Trente-cinq en tout. Vingt-deux acteurs et treize actrices tirés de la\nfoule (1) : voilà le bilan d'une inspection !\nEt encore, il n'a pas tout dit dans ses rapports : «\"De vive voix, écrit-il au\nbaron de La Ferté, je vous exposerai la situation vraiment désastreuse de nos\nthéâtres, sur lesquels on ne peut plus compter à l'avenir pour fournir un seul\nsujet à la capitale... La pauvreté des talents et la rareté des jeunes sujets est\ntoujours la même dans toutes les villes que je parcours... Il faut être témoin du\nmécontentement du public partout, et dans nombre de villes, les représentations\nsont constamment interrompues par les sifflets... Il n'y a pas un instant à perdre\nsi l'on veut remédier à la gravité du mal. »\nQue pouvait l'intendant des théâtres royaux contre cette universelle médio-\ncrité > A Paris, la triste situation de l'Opéra et des classes de chant au Conser-\nvatoire préoccupait déjà suffisamment le ministre de la Maison du roi. En 1819,\nil chargeait Choron d'aller découvrir, où il le pourrait, dans les départements,\nles belles voix que l'on ne rencontrait pas sur la scène (2) ; au printemps de\n1821, par un envoyé qui n'a pas signé son rapport, et avec l'intention d'attirer à\nParis des talents étrangers, il se faisait rendre compte de la situation des\nthéâtres en Allemagne et en Italie, et la comparaison n'était pas flatteuse pour\nla France : en dehors des frontières, dans les grandes villes, au moins pour la\nmusique, production abondante, public éclairé, acteurs en général satisfaisants;\nchez nous, pas de centres artistiques en province, un répertoire peu varié, le\nplus souvent médiocre, venant toujours de Paris, et des interprètes trop rarement\ndignes d'être appelés des artistes (3).\n\nGABRIEL VAUTHIER."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-03-01-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-03-01_01#c023", "volume": "bmtnabj_1909-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "142", "page_fin": "152", "image_debut": 14, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.2.6", "titre_corps": "Georges Bizet", "titre_sommaire": "Georges Bizet", "signature_source": "RENÉ BRANCOUR", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.14", "debut_caractere": 1775, "fin_caractere_exclue": 3303, "texte": "Georges Bizet\n\n(4).\nMESDAMES, MESSIEURS,\nLe grand musicien dont je vais avoir l'honneur de vous parler aujourd'hui se\nrattache à la trop nombreuse famille de ceux qui. si nous en croyons Musset\naprès Ménandre, sont aimés des dieux, et à laquelle appartiennent Pergolèse,\nPurcell, Mozart, Schubert, Weber, Mendelssohn, Bellini et Chopin. Le plus\nâgé d'entre eux meurt à quarante ans, le plus jeune à vingt-cinq. Bizet, le plus\nproche de nous, ne devait point achever sa trente-septième année.\n\n(1) Quatre seulement sont connus : un chanteur, Ponchard cadet ; trois tragédiens, Eric-\nBernard. Menjaud, et 1 éminent sociétaire du Théâtre Français, Samson, ainsi apprécié en 1818 '\n« de 1 Ecole royale, jeune comique intéressant, donnant tout à 1 étude, bonne école, scrupuleux\nsur les traditions. »\n(2) Tenté par ces tournées, Picard, en [B2l, demande la place d'inspecteur des théâtres des dépar-\ntements. mission temporaire. Il développe, dans sa lettre au ministre, tout un plan de réformes.\n(3) Bien plus tard, des plaintes se faisaient toujours entendre. Voir Notice sur les causes de\nla décadence du théâtre en province et des moyens de le régénérer, par M. D., ancien directeur\net artiste, 1852, et Carmouche, le Théâtre en province, 1859.\n(4) Conférence faite récemment à 1 hôtel de ville de Nancy, sous les auspices de la Ligue\nFrançaise de l'Enseignement, et la présidence de M. Bourcart, professeur àla Faculté de droit,\npar M. René Brancour, conservateur du Musée du Conservatoire national de Musique et de\nDéclamation."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.15", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3502, "texte": "Né à Paris le 25 octobre 1838, admis à neuf ans au Conservatoire, élève de\nZimmermann, d'Halévy et de Gounod pour lequel son admiration ne se démentira\njamais, il témoigna, à un âge où les candidats à la gloire sont en général\nenclins à d étroites partialités, d'un éclectisme véritablement surprenant : Bach,\nBeethoven, Mozart, Meyerbeer, Rossini sont tour à tour ou simultanément les\nobjets de son culte enthousiaste. Il les admire passionnément, violemment, et\nleur ouvre à deux battants les portes de son âme. Non qu'il cherche à les copier,\n— il a horreur de l imitation servile et n'eût certes pas pris pour devise, ainsi\nque l'ont fait maints de ses contemporains, ces vers du Trésor :\nQui pourrai-je imiter pour être original ?\nLaissons aux impuissants le peu enviable privilège de démarquer pieusement\nBach, Wagner ou César Franck. Bizet, lui, réserve faite des influences ambiantes\nauxquelles nul ne peut se soustraire, sera lui-même, et, sans refuser de le\nchoquer contre ceux des autres convives, s'obstinera, comme le poète des\nNuits, à « boire dans son verre ! ».\nEn 1857 il obtient le prix de Rome. Sa correspondance, récemmentpubliée, nous\nmontre, dans la fraîcheur des impressions de cette période, l'homme et l'artiste.\nIl s'y peint avec l'ardeur, la foi, le don quichottisme de la jeunesse, — et. aussi\navec la tendresse familière et délicate du meilleur des fils. Rome l'éblouit et le\nsubjugue. D'abord dominé par les surhumaines créations de Michel-Ange, il\nse sent bientôt irrésistiblement attiré vers Raphaël et nous ne sommes donc pas\nsurpris de rencontrer chez lui, à cette occasion, des préférences ((parallèles! »\n« Oui, s'écrie-t-il, j ai le courage de préférer Raphaël à Michel-Ange, Mozart à\nBeethoven et Rossini à Meyerbeer. Je ne mets pas les uns au second rang pour\nmettre les autres au premier, ce serait absurde, seulement c'est une affaire de\ngoût: un ordre d'idées exerce sur ma nature une plus forte attraction que\nl'autre. » Au reste, tout cela bouillonne en lui sans qu'il se rende un compte\nexact de ce mystérieux travail ; il sent plus qu'il n'analyse.\nLes mille aventures en commun à la Villa Médicis, les préoccupations poli-\ntiques, les excursions, les projets d'avenir, tout cela s'inscrit avec la même spon-\ntanéité en ces feuillets remplis à la hâte. Il parle sans-indulgence, mais sans\naigreur, de ses commensaux ; — non toutefois sans malice : « Les peintres sont\ntoujours divisés en deux camps : les coloristes et les dessinateurs. Malheureuse-\nment les coloristes ne savent pas plus la couleur que les dessinateurs, et les\ndessinateurs ignorent le dessin comme les coloristes. » Bizet prévoyait-il déjà\nl'esthétique du Salon d'automne ?\nHélas ! une tout autre prescience se révèle au cours de ces lettres ; un froid\nrayon se glisse parmi tant de chauds effluves. A propos de la mort d'un cama-\nrade nous lisons : « Donnez-vous donc du mal pour avoir le prix de Rome, luttez\nau retour pour vous faire une belle position, et cela aboutira peut-être à mourir à\ntrente-huit ans... » Et, quelques lignes plus bas, en songeant à une enfant\nmalade : « Plus je vais, et plus l'idée de la mort me glace... » N'oubliez pas ce\nfrisson prophétique. C'est le leit-motiv qui se répète et se déroule à travers\nl'oeuvre du musicien. Au milieu même des élans les plus passionnés, et comme\nen embuscade derrière les paroles de joie et d'amour, apparaîtra la funèbre pen-\nsée ; et surtout dans ses deux chefs-d'œuvre nous la verrons s'insinuer et surgir,"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.16", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3412, "texte": "vêtue de noir, ainsi que l'étranger de la Nuit de Décembre. Et c'est sur une scène\nde sang et de désespoir que tombe le rideau, dans ce Jeu de l'Amour et de la Mort.\nMais c'est d'abord l'amour qui parle, dans les Pécheurs de Perles, joués en\n1863. Le livret sans doute est des plus médiocres. Nous partageons à cet égard\nl'opinion des auteurs eux-mêmes, dont l'un écrivait avec une naïveté qui l'ho-\nnore : « Si nous avions connu le talent de M. Bizet, nous ne lui aurions jamais\ndonné cette pièce. » Habemus confiientem reum / Mais la musique est si souvent\némue et charmante! Parfois elle est radieuse et bleue comme la mer qui baigne\nles pieds de la vierge Leila, parfois aussi doucement lumineuse comme les\nperles qu'y viennent cueillir les pêcheurs. Les mélodies s'en laissent écouter,\nmême après celles du Désert et de Lalla-Roukh. Moins indolemment orientales,\nmoins grisées de soleil, elles sont peut-être plus humaines Mais le génie de Bizet,\nlà et dans les Adieux de l'Hôtesse arabe? rejoint celui du plus poétique rêveur\nqu'ait engendré l'école française : j'ai nommé Félicien David.\nLe livret de la Jolie Fille de Perlh, représentée trois ans plus tard, n'est pas\nsupérieur au précédent, quoique emprunté à Walter Scott qui s'en fût bien passé.\nMais la musique témoigne d'une maturité plus grande, sinon d'une inspiration\nplus originale. Une page surtout, au-dessus de beaucoup d'autres que je vou-\ndrais citer, s'y détache en un puissant relief. C'est Y air de Ralph, la chanson du\nmalheureux qui essaie de noyer sa raison dans l'ivresse et d'y éteindre son\namour. En avons-nous entendu, de ces « chansons bachiques » célébrant le vin,\nce jus divin ; le jus de la treille qui rougit la bouteille de sa liqueur vermeille, le son\ndes glouglous si douxl Ola poncive niaiserie de ces élucubrations tradition-\nnelles ! Bien peu avaient eu le courage de s'y soustraire : Meyerbeer, Rossini,\nFélicien David, Auber, Hérold, Donizetti, Gounod, Massé, M. Saint-Saëns ont\npayé leur tribut à cette esthétique de cabaret qui suffirait à justifier le prosé-\nlytisme des sociétés de tempérance. Et voilà que tout à coup jaillit de ce lieu\ncommun une plainte humaine, où résonne le rire le plus amer et le plus déchi-\nrant sanglot. Ala faveur d'une telle pensée, et aussi de la Ronde bohémienne,\nj'amnistie volontiers telle cavatine ou tel « air de la folie » avec les roulades qui\naccompagnent obligatoirement l'aliénation mentale chez les jeunes premières\ndans tout opéra qui sait les usages, témoin Lucie de Lammermoor, Ophélie,\nCatherine de l'Étoile du Nord, etc.\nSept ans se sont écoulés : Djamileh paraît à son tour, œuvre délicieuse, dont\nle sujet n'est autre que celui delà Namouna de Musset, mais plus habillé et sans\nque les personnages puissent y être comparés au « discours d'un académicien)).\nCet acte, a-t-on dit, n'est pas « scénique ». Il se peut, et je ne nie point que ce\ntableau, si discrètement nuancé, doive un peu trop s'atténuer sous les feux de\nla rampe. Mais rien n'est plus touchant ni d'une grâce plus exquise que ce\nmarivaudage oriental, et le musicien s'y est montré digne du poète\nEn voulant prendre au vol les rêves de son cœur.\n« L'Amour est frère de la Mort, le destin les a engendrés tous deux en même\ntemps. » Ces vers de Leopardi (1) pourraient servir d'épigraphe à l'Artésienne*\n\n(i) Fratelli, a un tempo stesso, Amore e Morte\nIngenerô la sorte. (Amore et Morte.)"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "145", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.17", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 3496, "texte": "L9Artésienne ! Comment prononcer ce nom sans émotion ! Auparavant Bizet\navait donné d indéniables preuves d'un talent tout ensemble souple et fort. Dès\nlors il se révèle comme un grand, un très grand musicien. Avec YEgmont de\nBeethoven, le Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn, le Manfred de Schumann,\nle Struensée deMeyerbeer, les Erinnyes de M. Massenet, Y Artésienne demeure l'un\ndes modèles — et 1 un des plus parfaits — de la musique commentant, illustrant,\nfécondant le drame sans pourtant s'y mélanger, chacun d'eux conservant son\nindividualité et son autonomie. Mais ici, de même que dans les plus belles des\nœuvres que nous venons de nommer, le mystère des sonorités crée autour de\n1 action une atmosphère plus lumineuse et donne au verbe des protagonistes une\nsignification plus intense.\nReprésenté quelques mois après Djamileh, — le ier octobre 1872, — le beau\ndrame d'Alphonse Daudet n'eut pas l'heur de plaire au public.Celui-ci n'y trouva\nrien de divertissant et qui fût de nature à favoriser ses digestions. Tout cela était\ntrop simple et trop vrai. La partition partagea fraternellement l'accueil fait à la\npièce,et les vingt-six musiciens parcimonieusement octroyés au compositeur\nexécutèrent leur besogne au milieu de l'indifférence générale. Peut-être estima-\nt-on qu'ils gênaient les conversations des messieurs chauves avec les dames\ndécolletées. Et le double chef-d'œuvre s'effondra, bêtement assassiné par le\npublic « si parisien » des premières.\nJe n'ai pas besoin de vous rappeler l'affabulation du drame : l'irrésistible\npassion de Frédéri pour son arlésienne, le candide amour de Vivettè, le demi-\nsommeil où vacille la raison embrumée de l'Innocent, dont l'éveil n'aura lieu\nqu'au prix de la mort de son frère ; tous ces « états d'âme » et les événements qui\nen résultent ; vous savez aussi quel parti en a tiré le musicien.\nVoici d'abord le thème, dur et résolu, de la Marche des Rois, dont les lignes\nrigides font songer aux paysages sèchement découpés sous les flammes des ciels\ndu Midi. Puis celui, ingénument plaintif, de l'Innocent, comme enveloppé de\ncaresses par la douceur de l'accompagnement. Enfin le cri de désespoir de\nFrédéri, aussi éperdu que le cri du naufragé s'abîmant sous les flots, et mou-\nrant en un immense effort.\nVous les retrouverez tous trois au cours de la partition, modifiés dans leurs\nnuances, dans leurs colorations, parfois dans leurs rythmes, mais toujours et\npartout fidèles à leur mission psychologique, accentuant la portée delà situation\ndramatique et battant, pour ainsi dire, avec le cœur des personnages.\nEt tant d'autres richesses ! Quelle solennité dans cet hymne au « Grand soleil\nde la Provence » I Quelle vigueur dans la Pastorale ! Quelle rustique allégresse\ndans le chœur qui la suit ! Quelle indicible impression de mystère, quelle sen-\nsation d horizons infinis dans ce chœur de quelques mesures, profond cependant\ncomme un paysage de Millet, où résonnent les vagues appels des bergers épars à\ntravers la plaine !...\nComment exprimer la douloureuse noblesse dont s'empreint l'entracte précé-\ndant le second tableau du deuxième acte ! Après une majestueuse entrée, la phrase\ns'élève, grandit, déploie la fierté de sa courbe sonore. Mais elle ne consent pas à\nfléchir sous le fardeau de la souffrance, et semble vouloir mourir debout.\nEcoutez maintenant le délicieux carillon : The air broke into a ?nist of bells dit\nRobert Browning en des vers qui seraient intraduisibles sans la magie de cette"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.18", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": "musique. Eu effet,-l'air semble vibrer à l'appel continu des trois cloches et se\nvoiler de brumes légères sous l'effort de leurs battements. Autour de leurs notes\nobstinées se groupent des sons tour à tour joyeux et graves, et cette symphonie\naérienne se termine en un glorieux crescendo irradié d'espoir.\nIl se souvient sans doute de deux personnages dessinés par le poète avec une ten-\ndresse toute particulière : le vieux berger Balthazar et la mère Renaud, qui s'aiment.,\ndepuis toujours et peuvent, au soir de leur vie, s'en faire enfin l'aveu réciproque.\nIls ont inspiré à Bizet deux des plus admirables morceaux de sa partition.\nIntermezzo d'abord. En adoptant la forme du menuet classique (on l'a sur-\nnommé le menuet des vieillards), le musicien semble avoir voulu caractériser àla\nfois le moment où ceux-ci ont senti naître leur amour etcelui de la rencontre inat-\ntendue d où jaillit enfin 1 aveu. Le thème débute allègrement en majeur, puis recom-\nmence aussitôten mineur, mais atténué, comme affaibli et ridé par les années. Un\npeu plus loin,- des successions de tierces se balancent au-dessus de quatre notes\nattristées. C'est comme un chant très lointain s'éveillant dans la mémoire, et je\nne puis m'empêcher d'évoquer ici les beaux vers du poète, suppliant ses amis\nd'aller chercher, pour bercer son agonie, sa vieille nourrice, afin\nD'entendre chanter, tout bas, de sa bouche,\nUn air d'autrefois,\nSimple et monotone, un doux air qui touche\nAvec peu de voix.\nVous nous laisserez tous les deux ensemble :\nNos cœurs s'uniront ;\nElle chantera d'un accent qui tremble,\nLa main sur mon front ( i ).\nLà aussi les voix s'unissent et les cœurs s'étreignent sur le rythme delà\ndanse ancienne, tandis que montent lentement aux yeux les pleurs du souvenir.\nMais, au milieu du menuet, voici venir la phrase printanière, largement\népanouie sous le murmure ailé des violons. C'est l'immortel amour qui apparaît\nen pleine lumière, et je ne sais rien qui soit supérieur à cette inspiration où se\ntrouve réuni ce que peut offrir de plus beau la vie humaine ; le rêve de la\njeunesse, et son image fidèlement gardée, à l'heure crépusculaire, dans les cœurs\nqui ont véritablement aimé.\nUne autre conception est sinon plus du moins autrement belle : c'est Yada-\ngio qui accompagne la rencontre de Balthazar et de Renaude. Celle-ci est annon-\ncée par un air doux et lassé, à la démarche claudicante. Mais lorsqu'elle recon-\nnaît le vieux pâtre, alors une ineffable mélodie confiée au violon se pose sur\nune tenue du violoncelle, puis monte et s'éploie, unie au reste du quatuor et le\ndominant toutefois; elle plane, redescend, puis reprend son essor. Une voix\nplus grave lui répond cette fois, et lorsque, parvenue de nouveau à son apogée,\nelle va retomber encore, cette voix, et d'autres avec elle, la soutiennent et l'em-\npêchent de défaillir. Une dernière étreinte, et comme dit Hamlet expirant, le\nreste est silence...\nEn face de telles inspirations, la louange doit demeurer silencieuse. Qu'il nous\nsuffise de dire que jamais l'amour, la douleur, et ce je ne sais quoi de divin qui\nnaît de leur union, n'ont rien inspiré de plus profond ni de plus pur.\n\n(i) Sully-Prudhomme, i'Agonie."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.19", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3464, "texte": "Récapitulons à présent les « succès » de Bizet : les Pêcheurs de perles avaient eu\ndix-huit représentations ; la Jolie Fille de Perth vingt et une ; Djamileh dix ;/'ArU-\nsienne quinze — oui, j'ai bien dit QUINZE ! Il était réservé à Carmen de doubler le\nplus élevé de ces nombres, et de ne disparaître qu après trente-sept représentations.\nCarmen 1 Ce nom évoque non seulement le poignant réalisme de Mérimée, le\ndrame passionnant et brutal si prodigieusement condensé dans sa courte nou-\nvelle, mais aussi le rutilant décor que lui peuvent fournir les récits de voyage de\nThéophile Gautier et plus encore les tableaux de son Espaha. Vous souvient-il,\nparmi cette galerie, de la Fontaine du cimetière ? Le poète a trempé ses lèvres\ndans l'eau limpide qui déborde « d'une vasque éplorée », et recule, frissonnant :\nCette eau de diamant avait un goût de mort !\nCe «goût», nous le retrouvons dans la partitionde Carmen, imprégnée, comme\ncelle de ïArtésienne, de la pensée de la mort. Après la marche pompeuse attaquée\npar le Prélude, et la vulgaire chanson du Toréador, elle s'insinue en une phrase\ntortueuse et inquiétante, caractéristique de l'amour diabolique de l'héroïne. Et\nmaintenant, place au soleil, à la galante bonne humeur des soldats, à la chaste\ndouceur de Micaëla, à l'allégressedes gamins ! Placeà la fringante coquetterie des\ncigarières, à la fatuité du bellâtre Escamillo, à la ververusée des contrebandiers,\nà la fiévreuse attente des aficionados et de la foule en liesse ! Qu'elle coule à flots,\nl'eau diamantine, et chatoie, scintillante, sous les feux du soleil 1 le « goût de\nmort » y subsistera toujours,\nlrai-je analyser tous ces épisodes si présents à votre mémoire, et vous parler\nde la Seguedille — ce modèle de séduction perverse — ou de la Chanson bohème,\n— ce merveilleux exempledeprogression rythmique— ou du Quintette — si fine-\nment spirituel ? A quoi bon î Mais comment ne pas nous arrêter devant le duo si\npassionnément douloureux où la danse de Carmen, rivalisant avec l'appel des\nclairons sonnant la retraite, symbolise la lutte qui déchire l'âme de Don José ?\nL'humble lancier se trouve placé, aussi tragiquement qu'un héros de Corneille,\nentre l'amour et ledevoir. Toute une agoniemorales'accomplit sous nosyeux. Et\nquel plaidoyer profère ce soldat déjà voué à la désertion! Ola longue, l'ardente,\nla plaintive mélodie émanant de la fleur à lui jetée par la sorcière ! Fleur empoi-\nsonnée et dont le parfum affole et anéantit la volonté. Tout s'évanouit ; les mu-\nrailles de la f osada semblent s'effacer pour laisser apparaître l'horizon tentateur.\nMystérieusement s'esquisse le rythme haletant de la fuite : « Là-bas, là-bas dans\nla montagne ; là-bas, là-bas tu me suivras... » — « Carmen 1 »... balbutie l'amou-\nreux éperdu... Et lorsque, dans un suprême effort, il s'est arraché à l'étreinte\nensorcelante, vous savez comment sa destinée le ressaisit, et comment triomphe,\nrepris par toutes les voix, cet hymne farouche à la liberté !\nDe ce sommet Carmen et son amant vont maintenant descendre, à pastoujours\nplus précipités, puis rouler ensemble jusqu'à l'abîme. Dans une gorge sauvage\noù la troupe des contrebandierss'apprête à camper, et tandis que ses compagnes\ndemandent aux cartes la réalisation de leurs rêves de tendresse ou de fortune,\nCarmen, essayant aussi de les interroger, n'obtient, pour elleet pour José, que cet\narrêt : « la mort ». — A l'appel menaçant des cuivres, et sur un rythme solennel"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.20", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3727, "texte": "et pesant, une admirable phrase s élève, calme comme le destin et comme lui\ninexorable, tel le fantôme royal sur la terrasse d'Elseneur. Et les rieuses gi-\ntanes ont beau redire leur refrain gracieux, ce sont les paroles entrecoupées de\nCarmen qui nous frappent à la façon d'un glas monotone : « Encor le désespoir\n... encor, toujours la mort î » Ainsi que dans la Dame de pique de Pouchkine, l'i-\nvresse ardente du jeu s'y mêle à la stupéfiante ivresse du néant.\nLe prélude du dernier acte, si bruyamment scandé au début, s'obscurcit pres-\nque aussitôt pour laisser percer le gémissement obsédant du hautbois alternant\navec le tournoiement affolé de la flûte La gaîté s'efforce pourtant de reprendre\nle dessus, mais le thèmese redresseplus violemment encore, puis s'apaise, s'en-\nvole, disparaît...\nIl faut en effet que le pressentiment laisse la place à l'action. Voici 1 heure\nde la corrida qui s'approche, et le cortège s'avance, annoncé, décrit au fur et à\nmesure par les assistants Quel grouillement pittoresque et quelle fièvre popu-\nlaire où se mêlent la joie de vivre et la soif du sang qui va jaillir ! La musique\nelle-même semble costumée et chamarrée de cannetilles d'or, et les motifs forte-\nment accentués semblent porter le poing sur la hanche ( i ). La proximitédu danger\nennoblit Escamillo lui-même, lorsque, après la tapageuse reprise de son refrain\nde cape et d'épée, il échange avec Carmen l'une des phrases les plus exquise-\nment émues, mélange de sincérité, de bravoure et de désir, que l'amour ait\ninspirées à la musique.\nC'est l'amour aussi qui règne dans le sublime duo par où se termine l'œuvre.\nJamais les supplications ne se sont agenouillées si bas, jamais l'orgueil humain\nne s est si complètement prosterné, jamais non plus l'amour n'a plus irrémé-\ndiablement possédé la créature. Car c'est la possession au sens diabolique du\nterme, l'envoûtement absolu qui abolit toute la personnalité. Mais rien n'entame\nl'implacable franchise et la hautaine résignation de Carmen : « Je ne t'aime\nplus...» « —Mais moi, je t'aime encore ! » Et l'imploration désespérée repart,\ntalonnée par l'orchestre qui semble vouloir se hâter vers le dénouement... On\ncroit entendre la ballade de Burger : « En avant ! hâte-toi ! nous sommes au\nbout, au bout de notre course... Nous voilà, nous voilà au but !» Les instru-\nments, à l'unisson de la voix de José, joignent leurs efforts aux siens... Alors\néclate le thème brutalement vainqueur de l'Espada, le sinistre leit-motiv de son\namante, et la destinée s'accomplit...\nQue de sang, que d'amour, que de parfums, de sonorités et de rêves ! La Danse\nmacabre du moyen âge passait ainsi, entraînant l'empereur, le soldat, le paysan,\nla matrone et la courtisane aux bras de ses squelettes.\nLe public ne fut guère satisfait A l'instar du héron de la fable, il « s'attendait\nà mieux ». UArtésienne avait été jugée ennuyeuse ; Carmen fut jugée immorale\net choqua les vertus bourgeoises. Les gens comme il faut n'osèrent y mener\nleurs dames et leurs demoiselles. D'ailleurs, l'exemple leur tombait de haut. Un\nministre ayant demandé à M. du Locle une loge pour la première représen-\n\n(1) Un savant critique d'alors il a laissé des descendants à l'usage de certains de nos grands\njournaux qualifia le motif du chœur des marchands de « thème de quadrille », bien qu il\nsoit écrit à trois temps 1 Peut-être cet érudit avait-il été entraîné à cette trouvaille par les paroles\ndu chœur suivant annonçant «/a quadrille (cuadrilla) des toreros». On sait que la coutume géné-\nralement observée par les feuilles à fort tirage, de choisir leurs critiques musicaux parmi les écri-\nvains Q) ignorant complètement la musique ne date pas d'hier. Honneur aux saines traditions ."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.21", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3516, "texte": "tation, ce directeur scrupuleux et pudique lui conseilla prudemment d'assister à\nla répétition générale, la pièce étant à tel point immorale qu'il était bon d'en\nprendre connaissance avant de se décider à l'entendre en famille.\nPeut-être est-il bon de rappeler que l'Opéra-Comique servait alors de vestibule\nau « temple de l'Hymen », et que les familles y organisaient des rencontres\nfortuites entre les jeunes gensetles jeunes filles, en vue de projets matrimoniaux.\nDe mauvaises langues prétendaient même qu'un notaire était attaché à l'établis-\nsement. On conçoit dès lors que le motif sensuel et pervers de Carmen ne pût\npasser auprès de ces braves gens pour le « bon motif » î — Heureuse époque que\ncelle où les familles, les directeurs, les ministres, étaient revêtus d'une telle\ncouche de moralité !\nAprès cette triste soirée, anéanti par l'accueil froidement poli—car il faut\nsavoir se montrer bien élevé, même envers la musique qui ne l'est pas —\naccordé à son dernier chef-d'oeuvre, Bizet, la mort dans l'âme, erra à travers\nParis l'aube : « Je croyais pourtant ne pas m'être trompé cette fois, » dit-\nil à un ami. Déjà malade, il venait de recevoir le coup de grâce. Il voulut quitter\nParis (( dont l'air m'empoisonne », disait-il ; et c'est à Bougival, dans sa petite\nmaison de campagne, qu'il mourut le 3 juin 1875, trois mois jour pour jour après\nla première de Carmen. D'ailleurs le public parisien ne lui garda point rancune de\nson insuccès, et saisit avec empressement l'occasion que lui procurèrent les funé-\nrailles pour assurer le cercueil du maître de sa considération la plus distinguée.\nPuis vinrent les grandes manœuvres familières à la moutonnière armée du\ngénéral Panurge : il en fut de Carmen comme il en avait été de Don Juan,\nd'Obéron, de la Damnatioji de Faust ; la sympathie éveillée si tardivement par ce\ntrépas prématuré attira l'attention sur l'œuvre, et l'admiration y succéda lors\ndes reprises des deux maîtresses partitions. « Nous ne reprenons pas les chefs-\nd'œuvre, » écrivait Jules Janin, « ce sont eux qui nous reprennent. » A quel point\nceux-là l'ont fait, nous possèdent, nous étreignent, nous font palpiter d'une\nintense et religieuse émotion, vous le savez 1 — Mais peut-être ne serait-il pas\ninutile de déterminer ici quelques-unes des causes de cette prise de possession\nsi complètement acceptée par notre intelligence et par notre cœur, et c'est ce que\nje vais m'efforcer défaire en terminant cette étude.\nInterrogeons d'abord Bizet lui-même pour savoir de quels principes se réclame\nson esthétique. Nous avons vu quels sont les maîtres qui fixaient, avant tous les\nautres, son admiration. Ajoutons à leurs noms, mais à quelque distance, celui\nde Wagner : « Le grand, l'immense musicien que vous adoreriez si vous con-\nnaissiez sa musique, est tellement en dehors et au-dessus de tous les autres,\nqu'il n'y a pas à s'en préoccuper, » écrit-il. Mais ce qu'il a surtout aimé chez\nl'auteur de Lohengrin, c'est « le charme indicible, inexprimable » de sa musique,\nc'est «la volupté, la tendresse, l'amour». Quant à devenir son disciple, il n'y a\npas même songé, ce qui ne l'a nullement empêché d'être taxé de « wagnérisme »,\naccusation terrible à une certaine heure. Qui dira combien l'épithète de\n« wagnérien » a été néfaste à maints compositeurs de talent 1 Mais qui dira,\nen revanche, combien elle aura été utile à d'autres qui, s'enrégimentant sous le\ndrapeau du maître, semblaient invoquer son autorité en garantie de leur persé-\nvérante impuissance 1"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.22", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3697, "texte": "Ce que veut Bizet, lui, c'est le libre etnormal développement, en dehors de tout\nparti pris sectaire, de l'idée du musicien. Mais il entend que ce développement\nsoit conforme aux éternels et nécessaires principes qui ont guidé tous les maîtres\ndu passé et du présent. Il a « horreur du pédantisme et de la fausse érudition...\nne fait partie d'aucune coterie »... étudie les œuvres sans s'occuper « de 1 étiquette\nqui les accompagne ». Pour lui « il n'existeque deux musiques : la bonne et la mau-\nvaise... Faites-moi rire ou pleurer ; peignez-moi l'amour, la haine, le fanatisme,\nle crime; charmez-moi, éblouissez-moi, transportez-moi. et je ne vous ferai certes\npas la sotte injure de vous étiqueter comme des coléoptères î...» Sur un seul point\nil est inflexible : « La rêverie, le vague, le spleen, le découragement, le dégoût,\ndoivent être exprimés comme les autres sentiments par des moyens solides. Il faut\ntoujours que ce soit fait. » Et qu il ait eu raison de parler ainsi et de découvrir\nen outre le mal qui sévit de plus en plus, en disant : « On chicane au lieu\nde produire ; l'Art s'appauvrit jusqu'à la misère, mais la technologie s'enrichit...\nQuel galimatias !» qu il ait vu et prévu juste, nous ne sommes que trop à\nmême de le constater. Nous pouvons nous figurer sans peine la stupeur indignée\nqu'eussent provoquée en lui les vagissements de ces musiques mort-nées d'où\nla mélodie, 1 harmonie, la vie et la pensée sont également absentes, où l'orchestre\nce sublime interprète de M ozart, de Beethoven, de Wagner ! - ne sert plus qu'à\noindre d'une douceâtre pommade les bandeaux moins plats que leurs chants\nde chlorotiques Mélisandes. O musiques philosophiques, alchimiques, ésoté-\nriques,extatiques etsurtoutsoporifiques, d'où lamusique seule estexclue, la muse\nqui vous inspire possède peut-être toutes les vertus de la jument de Roland, à qui\nl'on ne pouvait guère reprocher que d'être morte ! Encore cette excellente bête\n(c'estla jument que je veux dire) avait-ellela louable discrétion de rester muette !\nMais ce «libre etnormal développement » dont je viens de parler s'est manifesté\nchez Bizet par l'emploi de procédés nouveaux qui, lorsque nous les étudions dans\nses deux maîtresses oeuvres, nous frappent comme appartenant au « moder-\nnisme » le plus affiné, et nous montrent en lui un précurseur, qui eût d'ailleurs\nrépudié maints disciples dégénérés Des Pêcheurs de perles et de la Jolie Fille de\nPerth à ïArlèsienne et à Carmen, que de chemin parcouru ! La coupe tradition-\nnelle, sans avoir disparu, car Bizet, à juste titre, en estime la logique et la\nsolidité, fait souvent place à des constructions plus hardies et moins prévues.\nL'harmonie s'imprègne d'un chromatisme àla pénétrante saveur. Nous avons\nsignalé l'appel des bergers, et telles autres pages de VArlèsienne. Mais Carmen\nsurtout nous offre, à cet égard, des exemples d un singulier intérêt. Je ne revien-\ndrai pas sur la phrase caractéristique qui semble incarner l'héroïne et qui. dès\nqu'elle apparaît dans le prélude, met en présence l'ancien et le nouveau monde\nde la musique. Bien d'autres sont riches en modulations curieuses : la Seguedille\nau ler acte ; au second, la Chanson bohème dont j'ai précédemment loué\nles qualités rythmiques —etqui, résonnant tour à tour dans des tonalités diverses,\nbizarrement enchaînées, forme un véritable kaléidoscope de sonorités.\nLe chœur des contrebandiers, à l acté suivant, n'est pas moins curieusement\nouvré. Dès le commencement, les montées et lesdescentes de l orchestre apportent\njene sais quelle impression de vague inquiétude. Peu après les voix s'allient aux\ninstruments pour l'augmenter encore : la douceur étrange de ces dégradations"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.23", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3502, "texte": "chromatiques est d'une mystérieuse beauté, mais pour l'époque, une telle har-\nmonie pouvait être considérée comme une témérité. — Cette fois, Bizet méritait la\nqualification de « wagnérien ». — Et pour en être convaincu, il suffît d'ouvrir la\npartition de la Walkyrie, à l'admirable passage où Wotan, posant un dernier\nbaiser sur les yeux de Brunnhilde, la livre aux ombres du sommeil.\nVoulez-vous d'autres exemples > Voyez la reprise, par l'orchestre, de la chanson\ndu toréador, lorsque celui-ci quitte la bandedu Dancaïre. — Que de raffinements\nmodernes pour un air de l'ancien régime, et quelle parure nouvelle pour un\nvêtement de coupe surannée 1 — Je n'insiste pas, et il faudrait faire une étude\nspéciale d'un sujet aussi intéressant. xMais il était nécessaire d'indiquer, ne fût-\nce que d'une façon sommaire, l'évolution du style de Bizet, en faisant voir\ncomment il a uni au respect de la tradition l'indépendance la plus hardie, et\nintroduit dans la musique dramatique des éléments nouveaux à bien des titres, en\ndemandant aux combinaisons harmoniques des effets, des coloris, des sensations\ndont il a été, en France tout au moins, le premier créateur.\nSans doute, Mesdames et Messieurs, il vous sied de goûter avec une préfé-\nrence toute particulière l'art de Bizet, si vigoureux, si sain, si délicat, — si mys-\ntérieux parfois, et toujours si profondément humain. Il présente plus d'une affi-\nnité avec cette noble ville où règne l harmonieuse pureté des lignes architec-\nturales, où une grâce sérieuse et charmante fleurit dans la pierre, le marbre, les\nmétaux et les feuillages, où dans l'atmosphère que nous respirons s'entrelacent\nles pensées d'aujourd'hui aux. souvenirs d'autrefois. Rien de ce qui touche à\nl'art ne vous est étranger, car vous le possédez\nEt par droit de conquête et par droit de naissance.\nQue n'ai-je pu aussi parler de cette belle ouverture où flamboie le mot : Patrie !\net qui est doublement digne de votre admiration ? Voilà la musique de la cité ! —\nEt voici, avec les Jeux d'enfants, la musique du berceau et du foyer, rieuse et\ndouce, spirituelle et attendrie et au sujet de laquelle on peut évoquer sans irré-\nvérence la grande ombre de Schumann ! Roma nous emmène à son tour vers la\nville où s'ébauchèrent les premiers songes et les légitimes ambitions du compo-\nsiteur qui. même après Mendelssohn, ne craignit pas d'écrire une Symphonie ita-\nlienne. — Quant à la musique du rêve celle qui nous transporte vers les contrées\nlointaines et parfumées, nous en avons ensemble analysé quelques pages, et\nc'est avec regret que nous nous arrachons à la contemplation de ces larges et\nlumineux décors au milieu desquels se livrela grande bataille des passions, des\namours et des haines, interrompue par l'éternelle chanson des illusions déce-\nvantes et bénies. Musique du rêve et musique de la vie, où nous sentons\ntoujours palpiter l'âme même de l'humanité.\nBelle par la pensée qui l'anime, la musique de Bizet est belle aussi par la\nforme qu'elle revêt. La mélodie y circule à libres flots; l'harmonie en est pleine\net riche sans jamais devenir lourde et compacte. L'orchestration, franchement\ncolorée, respecte le caractère individuel des instruments, et contraste singuliè-\nrement avec cet amas de sonorités entassées qui constitue le luxe indigent de certains\nmusiciens, don* les partitions font parler toutes les voix de l'orchestre cons-\ntamment et simultanément, sans que cette fois hélas î « ces deux adverbes joints\nfassent admirablement » !"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.24", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2961, "texte": "Me reprochera-t-on d'être banal si je me sers, pour caractériser Bizet, d'une\nexpression dont on a quelquefois abusé, et si j'affirme qu'il est « bien français » •\nMais qui contestera que, par son amour de la forme et du style, de la mesure et\ndes proportions, il appartienne bien authentiquement à notre race ? Il lui appartient\naussi par cette jeunesse d'imagination, par cette plasticitéd'adaptation qui a permis\nà nos grands artistes de s'assimiler, sans rien aliéner de leurs facultés natives, les\ncaractères spécifiques des autres races. Qui donc a été plus espagnol que Corneille\nquand il écrivait le Cidl Mais ne pouvons-nous justement soutenir que Mérimée\net Bizet ne l'ont pas été à un moindre degré }\n« Dans les interminables journées d'été », a dit Baudelaire d'après de Quincey,\n« il est difficile de ne pas penser à la mort. » Nous l'avons senti planer au-des-\nsus du Castelet de /'Artésienne et des arènes de Séville. Mais le soleil n'en baigne\npas moins les plaines de la Provence et les sierras de l'Andalousie ; il n'en donne\npas moins les fleurs à la terre, la joie au coeur, le sourire aux lèvres. Savez-vous\nce qu'avouait un jour Wagner : «Un instinct secret nous avertit que nous autres (Al\"\nlemands)nepossédons pas l'essence totale de l'art ; une voix intérieure nous dit que\nl'oeuvred'artdoit être un tout complet qui charme les sens eux-mêmes, qui touche\ntoutes les fibres de l'homme, qui l'envahisse comme un torrent de joie. » Et\nc'est aussi, je pense, l opinion de Nietzsche, qui prisait par-dessus tout la richesse,\nle goût, l'éclat de la musique de Carmen. Or cette joie inonde l'œuvre de Bizet,\nluttant contre l'issue fatale, lui disputant pied à pied le terrain, la défiant et lui\nfaisant face, et d'autant plus ardente à jouir de la vie qu'elle en sent la brièveté.\nCette joie fiévreuse, fragile, mais enivrante, Bizet nous l'a donnée. Accueillons-\nla sans réserve et laissons-nous envahir par elle, en rendant grâces au maître qui\na si bien répondu aux désirs formulés soupirés par le grand Allemand, et fait\nsi complètement vibrer « toutes les fibres de l'homme »,\nMais il en est une entre autres qu'il a su toucher avec une prédilection particu-\nlière. J'entends marquer par là ce sentiment de compassion qui le fait se pencher\nsur les souffrances des humbles et des déshérités. Son âme était pleinede ce « lait\nde l'humaine tendresse » dont parle Shakespeare : Songez à la chanson de\nRalph, à la rêverie de 1 Innocent, au poignant désespoir de Frédéri et de José,\nà la sublime résignation de Renaude et de Balthazar....\nOui, Bizet se place au rang de ces maîtres à qui nous donnons notre cœur parce\nqu'ils l'ont fait battre à l'unisson du leur. Parmi ceux dont les doigts ont frémi\nsur la lyre divine, si prématurément échappée à son étreinte, il vivra dans la\nmémoire des hommes, car il s'est mesuré avec ces deux mystères sacrés entre\nlesquels se meut la destinée : l'Amour et la Mort.\n\nRENÉ BRANCOUR."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-03-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-03-01_01#c024", "volume": "bmtnabj_1909-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "152", "page_fin": "153", "image_debut": 24, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.2.7", "titre_corps": "Exécutions récentes.", "titre_sommaire": "Exécutions récentes.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.24", "debut_caractere": 2963, "fin_caractere_exclue": 3222, "texte": "Exécutions récentes.\n\n<< LAÏS >> drame lyrique de MM. LACRIE et PONTIER, musique de M. Marc DELMAS\n(représenté pour la ire fois au théâtre municipal de Dijon).\n\n— Depuis que nous\npossédons à Paris trois théâtres lyriques, l'Opéra, l'Opéra-Comique et la Gaîté,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.25", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2694, "texte": "il semble que les œuvres nouvelles trouvent encore plus de difficultés que par\nle passé à paraître aux chandelles. Certain critique prétendait il y a peu de jours\nqu'il n'y avait pas à l'heure actuelle une seule partition inédite susceptible d'être\njouée. Je n en croisrienet j'ai tout au contraire de fortes raisons de supposer que\nde volumineux manuscrits languissent et sommeillent dans maints tiroirs. Pour-\nquoi nos théâtres de province ne monteraient-ils pas des opéras nouveaux? En\nAllemagne, il n'est pas de ville où chaque année on ne donne deux ou trois pièces\nmusicales, et les juges ne manquent pas, même en dehors de Berlin. Il faut\napplaudir à tous les essais de décentralisation et féliciter la direction du théâtre\nde Dijon, qui vient de représenter Laïs, dont l'auteur, M. Marc Delmas, est\nencore étudiant ès musique à Paris. Le sujet qu'il a traité est une histoire d'a-\nmour et de violence, qui convenait admirablement au jeune compositeur dont\nla verve fougueuse s'épanche en une orchestration très colorée. M. Marc Delmas\nest merveilleusement doué pour le théâtre, et lorsque le recueillement que lui\nimposera son poétique séjour à Rome lui aura permis de guider son inspiration\nprime-sautière et de classer ses idées, il produira des œuvres durables. Ses pre-\nmières compositions dénotent déjà une personnalité, et cette Laïs contient des\npages que nos concerts symphoniques pourraient recueillir en attendant qu'une\nde nos scènes lyriques suive l'exemple de Dijon.\nL'œuvre de M. Delmas est bâtie sur plusieurs thèmes, dont le principal est\ncelui de Laïs amoureuse :\nCette phrase caractéristique, avec son gracieux dessin montant à la neuvième,\net reproduite en imitation, révèle les qualités de mélodiste de M. Marc\nDelmas. qualités que l'audition de Laïs a rendues manifestes, et sur lesquelles\nje ne saurais trop insister à cette époque où si souvent les musiciens, pour\néviter le Charybde de la banalité, échouent contre le Scylla de l'incohérence\nAyant su naviguer entre ces récifs, M. Marc Delmas peut aller loin.\nD'ailleurs, élève de MM. Lenepveu et Caussade, il n'est pas homme à perdrede\nvue les principes fondamentaux qui aident à établir l'ordonnance d'une œuvre\nmusicale et l'architecture d'une partition.\n\nHENRI BRODY.\n\n— La Socié'é J.-S. Bach (salle Gaveau) annonce pour le mercredi 10 mars une\naudition de quatre cantates religieuses, entre autres la célèbre « Wachet auf »\ncontenant des chœurs très importants et des soli pour lesquels sont engagés\ndeux des plus réputés chanteurs allemands: Mme Tilly-Cahubley Henken et\nM. Fritz Haas.\nChœur et orchestre sous la direction de M. Gustave Bret. 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Marc Delmas\nest merveilleusement doué pour le théâtre, et lorsque le recueillement que lui\nimposera son poétique séjour à Rome lui aura permis de guider son inspiration\nprime-sautière et de classer ses idées, il produira des œuvres durables. Ses pre-\nmières compositions dénotent déjà une personnalité, et cette Laïs contient des\npages que nos concerts symphoniques pourraient recueillir en attendant qu'une\nde nos scènes lyriques suive l'exemple de Dijon.\nL'œuvre de M. Delmas est bâtie sur plusieurs thèmes, dont le principal est\ncelui de Laïs amoureuse :\nCette phrase caractéristique, avec son gracieux dessin montant à la neuvième,\net reproduite en imitation, révèle les qualités de mélodiste de M. Marc\nDelmas. qualités que l'audition de Laïs a rendues manifestes, et sur lesquelles\nje ne saurais trop insister à cette époque où si souvent les musiciens, pour\néviter le Charybde de la banalité, échouent contre le Scylla de l'incohérence\nAyant su naviguer entre ces récifs, M. Marc Delmas peut aller loin.\nD'ailleurs, élève de MM. Lenepveu et Caussade, il n'est pas homme à perdrede\nvue les principes fondamentaux qui aident à établir l'ordonnance d'une œuvre\nmusicale et l'architecture d'une partition.\n\nHENRI BRODY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-03-01-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-03-01_01#c027", "volume": "bmtnabj_1909-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "153", "page_fin": "153", "image_debut": 25, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.2.7.2", "titre_corps": "— La Socié'é J.-S. Bach (salle Gaveau) annonce pour le mercredi 10 mars une", "titre_sommaire": "— La Socié'é J.-S. Bach (salle Gaveau) annonce pour le mercredi 10 mars une", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.25", "debut_caractere": 2276, "fin_caractere_exclue": 2694, "texte": "— La Socié'é J.-S. Bach (salle Gaveau) annonce pour le mercredi 10 mars une\naudition de quatre cantates religieuses, entre autres la célèbre « Wachet auf »\ncontenant des chœurs très importants et des soli pour lesquels sont engagés\ndeux des plus réputés chanteurs allemands: Mme Tilly-Cahubley Henken et\nM. Fritz Haas.\nChœur et orchestre sous la direction de M. Gustave Bret. Répétition publique\nle mardi 9, à qheures."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-03-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-03-01_01#c028", "volume": "bmtnabj_1909-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "154", "page_fin": "156", "image_debut": 26, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.2.8", "titre_corps": "Théâtre de Monte-Carlo", "titre_sommaire": "Théâtre de Monte-Carlo", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.26", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3206, "texte": "Théâtre de Monte-Carlo\nPREMIÈRES REPRÉSENTATIONS : « NARISTÉ », DE XVL BELLEVOT ; « LE COBZAR »,\nDE MME GABRIELLE FERRARI. D'une inlassable activité, M. Raoul Gunsbourg\nvient de nous donner deux nouveaux ouvrages lyriques dont le succès fut\ntrès vif.\nNaristé est une comédie lyrique en un acte, fort agréable. Le librettiste,\nM. Alban de Polhes, a imaginé une fiction fantaisiste aimable et ingénieuse,\ndans un pittoresque décor japonais. Cette féerie poétique a fourni à M. Phi-\nlippe Bellenot, l'excellent maître de chapelle de Saint-Sulpice, l'occasion d'écrire\nune musique très mélodique, d'inspiration abondante et bien personnelle, et de\nfacture élégante, dont le charme a ravi les auditeurs.\nL'interprétation en fut excellente avec l'exquise cantatrice Mlle Bessie Abott\net le ténor très artiste qu'est M. Swolfs, tous deux remarquablement secondés\npar Mmes Marguerite d Elty et Mary Girard, MM. Chalmin, Marvini et\nPhilippon.\nLe Cobzar est un drame lyrique, également en un acte, très empoignant.\nC'est, avec les coutumes et les superstitions populaires de Roumanie servant\nd'atmosphère, une action cl'amour, de jalousie et de vengeance, dont la violence\nproduit un grand effet. Solidement construite par l'habile dramaturge M. Paul\nMilliet, émaillée de fort jolis détails poétiques par Ml,e Hélène Vacaresco, cette\npièce eut un très beau succès.\nMme Ferrari a emprunté au folklore roumain ses thèmes caractéristiques,\nqu'elle a développés amplement, avec une science parfaite de l'orchestration\net un très louable sentiment du théâtre. Un beau souffle anime sa musique et\nl'on y remarque un très vif coloris. D'adroites coupures rendraient l'œuvre\nplus émouvante encore, sans rien lui enlever de sa musicalité.\nMme Marguerite Carré fut admirable de passion ; le brillant ténor M. Alt-\nchewsky, M. Gilly, Mmes de Kowska et Liéry complétaient excellemment\ncette distribution.\nM. Visconti, pour ces deux œuvres, a brossé de très beaux décors. Et, sous la\ndirection de M. Léon Jehin, les chœurs et l'orchestre ont vaillamment concouru\nà l'éclat de la représentation.\n« LE VIEIL AIGLE », drame lyrique en un acte, poème et musique de\nM. RAOUL GUNSBOURG.\nL'action du Vieil Aigle se déroule en Crimée, au xive siècle, et fait revivre\nles passions sauvages et héroïques des guerriers farouches de cette époque\nC'est la rivalité d'amour du khan Asvak et de son fils, le vainqueur Tolaïk,\ntous deux épris de la belle esclave russe Zina. Par l'épouvante qu'ils ont de se\nhaïr et de s'entre-tuer, en leur jalousie féroce, ils décident de supprimer la cause\nde leur conflit : Zina, la douce esclave, éprise du khan, son « vieil aigle », accepte\nde se sacrifier par amour. Asvak la jette dans la mer, et s'y précipite à son tour.\nCe drame violent, bien construit, où les personnages expriment avec force et\ndouleur les sentiments qui les troublent, a produit une profonde impression sur\nle public Le succès fut d'autant plus considérable que la musique, intimement\nliée au poème, est extrêmement scénique et contribue beaucoup à l'effet théâtral.\nElle est abondamment mélodique en sa simplicité et en sa clarté. L'orchestration,\nconfiée à M. Léon Jehin, est bien pleine et d'un vif coloris."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.27", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3145, "texte": "L'interprétation réunissait les trois grands artistes : MM. Chaliapine, Rousse-\nlière et Mme Marguerite Carré. M. Chaliapine a fait du « vieil aigle » une figure\nformidable de chef redouté et en a traduit avec un sentiment pathétique tout\n1 amour et toute la douleur. M. Rousselière, le superbe ténor, est un admirable\nTolaïk. Mme Marguerite Carré incarne délicieusement, avecuncharme adorable,\nle rôle si poétique de Zina.\nL'œuvre et ses interprètes ont été chaleureusement acclamés.\n— La représentation italienne de Rigoletto fut une très belle soirée de\nrépertoire. Jamais encore l'opéra de Verdi n'avait trouvé à Monte-Carlo une\ninterprétation si compTètement parfaite.\nM. Titta-Ruffo est un magnifique Rigoletto. Sa voix splendide, jeune et facile,\nson art du chant, sobre d effets et pur de style, et son merveilleux talent de comé-\ndien le servent remarquablement dans ce rôle.\nMlle Frieda Hempel, dans le rôle de Gilda, fait admirer une voix délicieusement\npure et d'un timbre éclatant. Elle chante avec une virtuosité prodigieuse, dont\nelle a le bon goût de .ne jamais abuser. Avec elle la musicalité reste absolue.\nElle compose et joue le personnage de Gilda avec une exquise simplicité et un\nprofond sentiment dramatique.\nLe jeune ténor russe M. Smirnoff, qui jouait le duc de Mantoue, y est fort\nélégant cavalier. Sa voix est charmante, très souple, et il s'en sert avec un art\nirréprochable.\nMlle de Kouska, de sa superbe voix de contralto, chante à ravir le rôle de\nMaddalena : avec ces quatre artistes, le quatuor est allé aux nues.\nM. Vallier est un robuste et farouche Sparafucile. M. Marvini fait sonner\nson bel organe dans le rôle de iMonterone.\nMmes Mary Girard, Liéry, d'Elty, MM. Padouréano et Fabert complètent\nexcellemment cette magnifique distribution.\nIl ne faut oublier ni les chœurs, remarquablement sonores, ni l'orchestre, qui\nexécuta en perfection cet opéra sous la direction de M. Pomé.\n— Le célèbre chef d'orchestre M. Otto Loshe, directeur de l'Opéra de Cologne,\nvient de diriger la seconde partie du dernier concert classique. Par une modestie\ntropgrande, il n'avait inscrit au programme aucune de ses œuvres, qui lui méri-\ntent pourtant la plus haute estime. Il a dirigé magistralement des œuvres de\nBeethoven, Liszt, Tschaïkowsky et Wagner, et a été acclamé unanimement\npour la perfection de style et la vie qui caractérisent sa manière, très fidèle\ninterprète des chefs-d'œuvre.\n— M. Raymond MARTHE a donné une soirée consacrée tout entière aux œuvres\nde Henry MARÉCHAL. AU programme, le Spectre de la Rose, mélodie (Mme Bru-\nnet) ; air de Y Etoile, opéra comique en i acte (M. Vernudachi); air de Daphnis\net Chloé, opéra en 3 actes (Mme Dorska) ; deux morceaux pour violoncelle, Des-\ndémone endormie et Sérénade joyeuse (M. Raymond Marthe) ; duo du Miracle de\nNaim, drame sacré (Mme Brunet et M. Vernudachi) ; duo de Calendal, opéra\ncomique (Mme Brunet et Mme Dorska) ; Mona (M£ie Dorska) ; morceaux pour\npiano : Comme il vous p laira, Rêve d'enfant, Sérénade interrompue (Mme Marcel\nChailley) ; le trio de la Taverne des Trabans, opéra comique (Mme Dorska,\nMme Brunet, M. Vernudachi)."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.28", "debut_caractere": 87, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "M. Maréchal est un compositeur qui se réclame de l'école de Gounod. Sa\nmusique tantôt tendre, tantôt spirituelle, toujours claire et bien française, a été\ntrès applaudie, ainsi que ses excellents interprètes.\n— Les obsèques de M* Clément Loret, compositeur, ancien organiste à Saint-\nLouis-d'Antin, ancien professeur à l'Ecole de musique classique Niedermeyer,\nchevalier de la Légion d'honneur et de l'ordre de Léopold, ont eu lieu à Notre-\nDame de Bois-Colombes, au milieu d'une nombreuse assistance d'amis et d'an-\nciens élèves. — Le deuil était conduit par MxM. Victor et Charles Loret, ses fils.\nMIle BRÉVAL DANS LE RÔLE DE CARMEN. — On a rarement l'occasion d'entendre\nCarmen aussi admirablement interprétée que cette fois : Mlle Lucienne Bréval\nabordait au théâtre de Monte-Carlo le rôle de Carmen, et la présence de la\nmagnifique artiste lyrique suffisait à donner à la soirée un intérêt tout particu-\nlier. Les admirateurs de Mlle Lucienne Bréval n'ont pas été déçus : jamais\nencore peut-être l'héroïne de Bizet ne fut plus belle, plus vivante ; l'interpréta-\ntion toute personnelle de Mlle Bréval se distingue à la fois par une incomparable\npureté de style et par une variété merveilleuse de nuances, aussi bien dans le\nchant que dans le jeu. Ce fut une vraie révélation. Et les ovations enthousiastes du\npublic ont acclamé triomphalement la nouvelle Carmen, splendide entre toutes.\nTous les autres rôles étaient, d'ailleurs, admirablement interprétés : M. Rous-\nselière est un superbe Don José, chanteur de voix chaude et jeune, comédien\nplein de passion. M. Gilly, dans le rôle d'Escamillo, fait applaudir un généreux\norgane, sonore et timbré. M1Ie Dubel est une délicieuse Micaëla. Et MM. Chai-'\nmin, Philippon, Marvini, Delestan, Mmes Mary Girard, Detroy, complètent le\nplus parfait ensemble qu'on puisse désirer.\nL'orchestre, dirigé par M. Léon Jehin, a remarquablement exécuté la parti-\ntion de Bizet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-03-01-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-03-01_01#c029", "volume": "bmtnabj_1909-03-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "156", "page_fin": "156", "image_debut": 28, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.2.9", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.28", "debut_caractere": 2005, "fin_caractere_exclue": 2754, "texte": "CHEMINS DE FER DE PARIS LYON-MÉDITERRANÉE\nLa Compagnie organise, avec le concours de l'Agence Cook, les excursions\nsuivantes :\n1° Carnaval de Nice-Italie\nDu 18 février au 18 mars 1909.\nPrix (tous frais compris) irecl., 1.300 fr. ; 2e cl., 1.170 fr.\n2° Egypte, le Nil et la Palestine\nDu 24 février au 28 avril 1909.\nPrix (tous frais compris) : ire cl. 3650 fr.\n3° Tunisie-Algérie\nDéparts de Paris les 28 février et 4 avril 1909.\nPrix (tous frais compris) : ire cl., 1.270 fr. ;2e cl., 1.150 fr.\n4° Italie (Semaine Sainte à Rome)\nDu 23 mars au 20 avril 1909.\nPrix (tous frais compris) : ire cl., 1.225 fr- î2e cl., 1.125 fr.\nS'adresser, pour renseignements et billets, aux bureaux de l'Agence Cook,\ni, place de l'Opéra, et 250, rue de Rivoli, à Paris."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "129", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\n(Honorée d'une souscription du Ministère de l'Instruction publique.)\nN° 5 (neuvième année)\n19'r Mars\n1909\nK. M\nI\n\nA l Opéra.\n\nLes journaux qui parlent de la « question de l'Opéra », laquelle reprend un\ncaractère alarmant, ne voient pas les vraies causes de la crise que nous traver-\nsons.\nD'un certain côté, on incrimine les personnes. Un commanditaire a écrit au\nministre pour demander le départ de MM. Messager et Broussan et la nomi-\nnation d'un intérimaire en vue de la liquidation.., L'assemblée du 26 lui a donné\nraison. Je ne vois pas en quoi cette mesure violente pourrait être salutaire.\nNon, le mal n'est pas dans la présence de M. X... ou dans l'absence de M. Z...\n(En ce qui concerne l'administration proprement dite, une seule chose est à\ndemander, à exiger même : un commissaire du gouvernement qui remplisse sa\nfonction et qui contrôle réellement l'Opéra, au lieu de lui demander des services\npour une œuvre à côté.)\nLe groupe parlementaire de l'art, présidé par M. Georges Berger, demande\nla régie directe par l'Etat. Soyez assuré que ce coup d'Etat serait inefficace !\nLe mal est ailleurs. La Revue musicale est en mesure de le faire toucher du\ndoigt au public, en publiant des statistiques précises.\nDeux faits essentiels méritent toutes les réflexions.\nLe premier, c'est que le public se détourne de plus en plus de l'ancien réper-\ntoire. Nous arrivons comme à un tournant où les « chefs-d'œuvre » qui régnèrent\nsi longtemps sur la scène de l'Opéra ont épuisé leur crédit, et paraissent vieillis,\nusés, mûrspourla retraite définitive. Des chanteursexcep ionnellement brillants\npourraient sans doute leur conserver une apparence de jeunesse ; mais nous ne\nsommes plus au temps où on allait à l'Opéra pour entendre tel ou tel grand vir-\ntuose !\nL'Opéra, pour ne pas être en déficit, doit faire, à chaque soirée, une recette\nminimum de 16.000 francs. Le Faust de Gounod allait jusqu'à 21 et 22.000 francs!\nOr voici les recettes du dernier mois."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "130", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.2", "texte": "A L OPERA\n\nOpéra.\nRecettes détaillées du 16 janvier au i 5 février igoq.\ny -\nCes chiffres sont d'une éloquence lamentable !\nLe second fait est indiqué dans cette statistique : c'est l'insuffisance des\ncompositeurs contemporains, sauf un ou deux noms, à créer un nouveau réper-\ntoire normalement productif. La représentation de Mona Vanna fut une\nerreur, et elle devient une manière de symbole.\nLe remède } Il est difficile à trouver. Cette pénurie de grands chanteurs et\nde grands compositeurs a des causes profondes et en grande partie insaisis-\nsables.\nComme compensation à ce tableau noir, voici les recettes de l'Opéra-Comique\ndans la même période. Elle sont très satisfaisantes. Mais, là aussi, on peut\nconstater le crépuscule de certains dieux. Mignon est en baisse visible ; elle a\nd'ailleurs de quoi se consoler dans les souvenirs de sa longue carrière ; les\nNoces de Jeannette ne suffisent plus à attirer la foule, et le délicieux Barbier de\nSéville se tait pour quelque temps...\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\ni-6 janv. 1909\nMonna Vanna.\nH. Février.\n9.481 5o\n18 -\nMonna Vanna.\nH. Février.\n12.294 45\n20 —\nTannhàuser.\nR. Wagner.\ni3.o6o 73\n22 —\nMonna Vanna. — L'Etoile.\nH. Février. — G. Er-\nlanger.\n14.304 25\n13 —\nRigoletto. — Coppélia.\nVerdi. — L. Delibes.\n9.860 »\n24 —\n(Galafranco-italien) La Vestale.\nSpontini.\n75.345 »\n2 5 —\nFaust.\nGounod.\n16.768 95\n2 7 \"\nSamson et Dalila. — Coppélia.\nSaint-Saëns.\n13.410 39\n29 —\nLe Crépuscule des Dieux.\nR. Wagner.\n16.758 2-5\n3o —\nMonna Vanna. — L'Etoile.\nH. Février. — C. Er-\nlanger.\n8.769 5o\nter février\nLohengrin.\nR. Wagner.\n15.468 95\n3 ——\nRigoletto. —L'Etoile.\nVerdi. — L. Delibes.\n9.949 89\n5 —\nSamson et Dalila. — Javotte.\nSaint-Saëns.\n14.989 79\n6 —\nFaust.\nGoanod.\n16.565 5o\n8 —\nLe Crépuscule des Dieux.\nR. Wagner.\n14.010 45\n10 —\nLohengrin.\nR. Wagner.\n18.700 39 1\n12 —\nFaust.\nGounod.\ni3 383 33\n13 —\nSamson et Dalila. — Javotte.\nSaint-Saëns.\n11.861 »\n15 —\nMonna Vanna. — Javotte.\nH. Février. — Saint-\n—i\nSaëns.\n16.470 45"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "131", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.3", "texte": "A L OPÉRA\n\nOpéra-Comique.\nRecettes détaillées du 16 janvier au 15 février 1909.\nQue nous réserve révolution de la musique contSmporaine ? Il faut patienter.\nLe commanditaire apportant ou refusant la 'forte somme est moins important\nque le compositeur qui apporterait un vrai chef-d'oeuvre, ou l'artiste qui serait\ndoué d une voix admirable...\n\nDATES\nPIECES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n16]\nanv. 1909\nWerther.\nMassenet.\n9.884 16\nl7\n— matin.\nOrphée.\nGluck.\n9.322 5o\n18\n— soirée.\nLouise.\nG. Charpentier.\n5.763 5o\n—\nLakmé.\nL. Delibes.\n4-5 14 5o\nl9\n—\nOrphée.\nGluck.\n8.657 >}\n20\n—\nSang a.\nPelteas et Mélisande.\nI. de Lara.\n7.622 »\n2 I\n—\nDebussy.\n9.670 »\n22\n(reprn-pop.)\nSapho.\nMassenet.\n1.6 31 5o\n13\n—\nCarmen.\nBizet.\n9.876 5o\n24\n— matin.\nOrphée.\nGluck.\n9.173 5o\n-\n— soirée.\nLa Tosca.\nPuccini.\n6.689 5o\n2 5\n—\nMignon.\nA. Thomas.\n4.567 5o\n26\n—\nSapho.\nMassenet.\n6.739 5o\n2 7\n—\nCarmen.\nBizet.\n9.o5o »\n28\n— matin.\nOrphée.\nGluck.\n5.365 »\n— soirée.\nSapho.\nMassenet.\n9.546 5o\n29\n—\nSanga.\nI. de Lara.\n7.1 10 5o\n3o\n—\nSapho.\nMassenet.\n9.816 66 .\n3i\n— matin.\nLe Jongleur de Notre-Dame. —\nMassenet, — R. La-\nLa Habanera.\nparra.\n9.185 »\n— soirée.\nManon.\nMassenet.\nOv\noc\n0\n(-0\nO\nIer\nfévr. 1909\nLakmé.\nL. Delibes.\n4T48 »\n2\nSapho.\nMessager.\n7 g58 »\n3\n—\nCarmen.\nBizet.\n8.216 5o\n4\n— matin.\nLouise.\nG. Charpentier.\n3.456 »\n— soirée.\nSapho.\nMassenet.\n9-5o6 5o\n5\n—\nSanga.\nL de Lara.\n6.723 »\n6\n—.\nSapho.\nMassenet.\n9.845 5o\n7\n— matin.\nOrphée.\nGluck.\n8.144 »\n— soirée.\nCarmen.\nBizet.\n7.207 5o\n8\n—\nLe Jongleur de Notre-Dame. —\nLes Noces de Jeannette.\nMassenet.—V. Massé.\n4.592 »\n9\n—\nPelléas et Mélisande.\nDebussy.\n.8.894 »\n10\n—\nWerther.\nMassenet.\n8.347 5°\ni i\n— matin.\nOrphée.\nGluck.\n3.375 5o\n— soirée.\nCarmen.\nBizet.\n9.826 5o\n12\n—\nSa»ga.\n1. de Lara.\n7.091 »\n9 669 16\n13\n—\nPelléas et Mélisande.\nDebussy.\n14\n— matin.\nCarmen.\nBizet.\n8.715 5o\n— soirée.\nManon.\nMassenet.\n6.977 5o\n(5\n—\nLe Jongleur de Notre-Dame. —\nLes Noces de Jeannette.\nMassenet. —V. Massé.\n4.479 5o"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "132", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.4", "texte": "QUESTIONS DE RYTHME ! LA DIÉRÈSE\n\nQuestions de rythme : la diérèse.\nNOTES SUR LES SONATES DE BEETHOVEN.\n\nJe vois avec plaisir qu'une « revision de l'édition des œuvres de Beethoven »\nfigure au programme d'un congrès musical qui doit avoir lieu prochainement à\nVienne. Un tel travail a deux objets : l'établissement exact du texte, mais aussi\net surtout — en ce qui concerne les œuvres pour piano — l'indication du rythme\ncorrect. Nous n'avons pas encore, dans notre enseignement officiel, une termino-\nlogie précise et rationnelle pour l'analyse rythmique du discours musical ;dans\nla pratique même subsistent des erreurs assez fâcheuses.\nJ'ai sous les yeux la dernière édition de quelques sonates de Beethoven par un\nexcellent musicien, M. Georges Sporck. Je regrette de me trouver en désaccord\navec lui sur quelques points importants. Il a mille fois raison de dire, dans une\nPréface, que « trop d'élèves ne voient dans l'interprétation d'une œuvre que la\nnote à faire ». J'expliquerai ainsi, pour ce qui regarde le rythme, cette juste\nobservation :\nUn allegro, un andante, un scherzo, etc..., de Beethoven ressemblent à un dis-\ncours qui serait écrit en vers inégaux. Le bon exécutant est celui qui reconnaît\nl'étendue exacte des phrases, celle de chaque vers, celle des hémistiches, et\nqui, en sachant bien placer les césures, les virgules, les points, se rend compte\nà la fois de la distinction et de l'enchaînement des parties de l'ensemble. Le\nbon éditeur est celui qui facilite la tâche de l'exécutant en marquant les divisions\ndu rythme par des procédés visibles. 11 est chargé de la ponctuation, si l'on peut\ndire du texte musical. Pour la marquer, il a deux moyens : la diérèse ou\ndivision.\net le\nlegato. Voici quelques exemples, pour la restitution desquels (telle que je la\ncomprends) je ne ferai intervenir aucune théorie antique et me bornerai à faire\nappel au sens musical.\nje prends la charmante sonate op. 22, si vive et si brillante d'allégresse.\nM. Georges Sporck édite ainsi :\nLe legato indiquant les groupes rythmiques ne me paraît pas bien placé ;\nfinissant avec le si fi , il fait un non-sens (reproduit de l'édition Winkler et\nKôhler) ;de plus, pour la clarté du texte, je n'hésiterais pas, si j'étais éditeur,\nà employer une diérèse. L'ossature mélodique du premier vers est celle ci :\nLe vers suivant commence ainsi :"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "133", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.5", "texte": "QUESTIONS DE RYTHME : LA DIÉRÈSE\n\nIl faut donc présenter le rythme en distinguant les vers musicaux et leurs\nhémistiches :\nRemarquez quela diérèsequivaut pourune voix ne doit pas être nécessairement\nintroduite dans toutes les autres. Chaque partie conserve son rythme propre.\nLa même observation trouverait plusieurs fois sa place dans la suite de cette\nsonate. Ce qui est bizarre, c'est que les éditeurs pratiquent quelquefois la\ndiérèse ; pour être logiques, ils devraient l'employer partout où elle est\nnécessaire.\nDans Xadagio de la même sonate (même édition) je lis :\nJe ne vois là aucune construction rythmique.\nEn beaucoup de cas, certainement, il y a plusieurs façons de comprendre le\nrythme d'une phrase. Encore faut-il en avoir une...\nCet adagio molf expressivo est une sorte de thrène, un chant de deuil, d'un\naccent profond. Le sol B temps fort sur lequel on fait commencer la phrase\net qu'on rattache au groupe suivant, doit être détaché, mis en dehors et à part.\n(Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à jeter un coup d'oeil sur la même formule\nreparaissant dans la suite de la phrase. ) Une telle note de début est ce qu'on\nappelle, dans la terminologie classique, un êpiphonème, c'est-à-dire une excla-\nmation, analogue ici à celle que l'on trouve au début de certains vers. Victor\nHugo dit :\nOh I pourquoi la souffrance et pourquoi la laideur ?\nOh ! combien de marins, combien de capitaines,\nQui sont partis joyeux pour des courses lointaines,\nDans ce morne horizon se sont évanouis !...\nEt Ronsard, en parlant de la rose :\nLas ! voyez comme en peu d'espace,\nMignonne, elle a dessus la place,\nLas ! las ! ses beautés laissé choir !\nEt Corneille :\nQuoi ! vous vous arrêtez au songe d'une femme ?...\nEt Musset :\nAh \\ J'oserais parler si je croyais bien dire !\nLe discours musical (j'emploie ce mot de discours.h dessein) a parfois une al-\nlure identique. Je laisse donc en dehors en la séparant par l'équivalent d'un"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "134", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.6", "texte": "QUESTIONS DE RYTHME ! LA DIÉRÈSE\n\npoint à la fin d'une phrase cette note sol, et je considère la période qui com-\nmence aussitôt après comme débutant par une anacrouse (c'est-à-dire par un\nlevé, sur un temps faible)* Remarquez que cette interprétation change complète-\nment l'expression de l'ensemble. En commençant la phrase par le sol, nous\naurions une phrase solidement appuyée sur sa base et traduisant un sentiment\nde sérénité parfaite En commençant par l'anacrouse, nous pouvons traduire\nune aspiration douloureuse. Je dirai donc :\nLa diérèse a une importance capitale. Dans le menuet de la même sonate, il\ny a Une rentrée ainsi présentée par le même éditeur :\nCe texte me fait penser à un moulin à café dont on tournerait la manivelle\navec des vitesses inégales. Les éditeurs ne paraissent pas voir qu'il y a là un\nbadinage L'ossature est, en simplifiant :\nLe badinage consiste à placer cette formule (/a, mi, ré, do) tantôt sur le\ntemps fort, tantôt à cheval sur le temps laible et le temps fort, en ayant l'air\nde tout brouiller, pour mieux faire ressortir par voie de contraste la claire\nréapparition du thème principal. Je dirais donc :\nLe petit trait horizontal ne figure ici que pour la clarté de l'analyse ; dans\nune édition, le legato et la diérèse suffiraient.\n\nJULES COAIBARIEU."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "135", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.7", "texte": "CERTIFICAT D'APTITUDE A I/ENSEIGNEIYIENT DU CHANT DANS LES ÉCOLES\n\nCertificat d'aptitude à l'enseignement du chant dans les écoles\nnormales et les écoles primaires supérieures\n(DEGRÉ SUPÉRIEUR)\nAu dernier examen, ont été donnés les sujets de composition suivants :\nI. Rédaction sur une question d'enseignement ou d'art musical. Schu-\nmann est l'un des noms les plus considérables de l'histoire de la musique.\nSes principaux « lieder » sont portés au programme des œuvres que les candi-\ndats doivent avoir plus particulièrement étudiées.\nRépondre aussi brièvement et aussi nettement que possible aux trois questions\nsuivantes :\ni° Quels sont les sentiments que Schumann a su exprimer avec le plus de\nbonheur ?\n20 Si l'on compare à ce point de vue les « lieder » de Schumann avec des\nmélodies d'auteurs français, n'est-on pas frappé de certaines différences très\nimportantes ?\n30 Quel est le rôle que Schumann attribue au piano dans la composition de\nses lieder ? Montrer que l'intérêt musical de ses œuvres ne réside pas unique-\nment (ni même quelquefois principalement) dans la partie vocale.\n11. Solfège :\nSuiveat d'autres sujets d'épreuve dont nous nous occuperons dans notre pro-\nchain numéro, celui-ci étant suffisamment chargé de musique.\nDans la leçon de solfège on a, selon l'usage, accumulé les difficultés et les\npièges. Cela rappelle un peu la composition en orthographe donnée en 1855 à\nde futurs instituteurs : Quelles que soient depuis quelque dix ans les négligences,\nde mes gardes-chasse, etc... Parmi nos chanteurs d'opéra comique, combien y\nen a-t-il qui pourraient,sans catastrophes, se tirer d'une telle épreuve ? (Je parle\ndu solfège et non de l'orthographe.)\nA ce propos, nous ne saurions demander avec trop d'insistance qu'une\népreuve de solfège fût imposée à tous les élèves du Conservatoire qui sont\nadmis aux concours de fin d'année. On en dispense les chanteurs qui devraient,\nplus que tous les autres, y être soumis. C'est sans doute pour ménager leur\namour-propre. Ils veulent, alors qu'ils sont encore des élèves, se présenter\ncomme des artistes. Mais, de ces résistances de l'amour-propre, il faut savoir\ntriompher."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "136", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.8", "texte": "LE (( FERVAAL » DE M. VINCENT D'iNDY\n\nLe « Fervaal » de M. Vincent d'lndy.\nUne nouvelle édition de la remarquable Etude thématique et analytique sur\nFervaal par Pierre de Bréville et Henry Gauthier-Villars vient de paraître\nchez les éditeurs A. Durand et fils 'broch. de 63 p.)* En voici bavant-propos,\nreproduit de l'édition de 1897 :\nLes beaux jours sont finis de V antique opéra selon la formule, fait de pièces et\nde morceaux détachés, « détachables » tout au moins, vaguement reliés par l'artifice\nd'un livret aux gauches ingéniosités. On réclame, désormais, des drames sympho-\nniques, où la musique suive pas à pas les paroles, fasse corps avec l'action, s'iden-\ntifie avec les sentiments exprimés, se modifiant avec eux sans cesse, de telle sorte\nque Va/fabulation et le développement musical forment un tout indivisible.\nLa réalisation d'un pareil desideratum exige un vrai musicien, familiarisé avec la\nmusique pure (1), connaissant à fond toutes les ressources de son art : nul plus\nque M. Vincent d'lndg n'en apparaissait capable.\nSes premières œuvres, universellement connues aujourd'hui, l'ont placé à la\ntête de cette jeune Ecole française, si appréciée déjà à l'étranger, et qui tout\narrive finira peut-être par obtenir en France le renom quelle mérite. Après de\nfortes études musicales, il n'a cessé de se consacrer à la musique pure, ci la musique\nsymphonique, écrivant des quatuors, trios, symphonies, ne négligeant aucune forme,\ns'instruisant ainsi de toutes les combinaisons.\nAinsi préparé, il aborda le.drame et écrivit Fervaal. A l'exemple de Wagner, et\npour que fût plus parfaite l'unité de ce Wort-ton-drama, il en composa également\nle poème, dont nous verrons que, désireux d'empreindre d'une plus large humanité\nles personnages et, dès lors, ennemi des contingences trop précises, il situa l'action\ndans une époque très reculée.\nDes traditions locales (2) ont fourni les éléments de cette œuvre que l'art du poète\ncompositeur a transformées, magnifiées, élevées jusqu'au symbole. Fervaal, c'est la\nlutte entre l'Eau et le Feu, la religion druidique à son déclin et l'avènement de\nla religion d'amour... Certains critiques musicaux ont paru regretter les livrets\noù se déroulaient les péripéties, follement passionnantes, à la suite desquelles Anatole\nfinissait par épouser Armande. Il faut plaindre ces critiques musicaux.\nIl y aurait beaucoup à dire sur cet « avant-propos », qui tranche cavaliè-\nrement le nœud gordien de l'esthétique moderne î II y a des opéras de l'ancien\nrépertoire qui sont aujourd'hui démodés et paraissent hors de service : rien\nn'est plus vrai. S'ensuit-il qu' « on » réclame désormais des « drames symphoni-\nques » ? Quel est cet « on » qui pose ses conditions aux compositeurs et\nconfisque leur liberté ? J'ai bien peur qu'il n'y ait, en critique musicale, une sorte\nde C. G. T. où la vérification des pouvoirs amènerait des surprises.\n\n(1) La vieille distinction entre les compositeurs dramatiques et symphoniques, qui fut toujours\nabsurde, ne peut même plus être risquée aujourd'hui, En effet, le drame devenu symphoniquey il\nserait puéril de proclamer l'antagonisme de deux éléments qui doiveiit au contraire se fondre et\ns'identifier. Il faut donc qu'un compositeur dramatique soit symphoniste, c'est-à-dire puisse mettre en\nœuvre toutes les ressources de la musique pure, en un mot de l'art musical.\n(2) On ne saurait trop relire la préface de Quatre Poèmes d'Opéras où Wagner explique les\nraisons qui Vont conduit à choisir le mythe comme thème général de ses drames. — Pour ce qui\nconcerne spécialement Fervaal, on consultera avec profit la très intéressante brochure de notre con-\nfrère Etienne Destranges."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "137", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.9", "texte": "NOTES SUR L'HISTOIRE DU THÉÂTRE\n\nLes compositeurs les plus avancés seraient bien contrariés si on ne trouvait\nplus dans leurs œuvres des morceaux « détachables ». Est-ce que, dans la\nsymphonie elle-même, on ne peut pas « détacher » un menuet ou un adagio ?\nest-ce que chaque jour, au concert, on ne «détache» pas tel prélude ou telle\nscène des opéras d un Alfred Bruneau, d'un R. Wagner, d'un R. Strauss, que\ndis-je ! d un Vincent d Indy ? Les auteurs de la brochure oublient-ils qu'un\ntrès beau fragment de Fervaal fut « détaché » de la partition pour être joué\ndans un concert donné à l'Opéra-Comique, et que l'orchestre était dirigé par\n...M. Vincent d'lndy en personne !\n\nNOTES SUR L'HISTOIRE DU THEATRE\n\nLes théâtres de province en 1818\n\n(suite).\nIl est assez facile de rappeler ce qui s'est passé dans les théâtres, mais comment\nen évoquer la physionomie?\n« En province, dit Castil-Blaze, l'auditoire se compose toujours à peu près du\nmême nombre d'habitués qui se connaissent tous... Le spectacle commence à\nune heure où l'on ne s'occupe plus d'affaires ; on vient au théâtre pour s'en\nentretenir. On tourne le dos à la scène, et l'on continue... La salle des spectacles\nest un lieu de rendez-vous préférable au marché, à la promenade, à la place\nd'armes, puisqu'on y est à l'abri de la pluie. 11 y règne une aimable liberté : l'or-\nchestre et les chanteurs n'empêchent personne d'y trouver du plaisir, d'y conclure\ndes traités et d'y placer au cours le papier sur Paris, Lyon, Bordeaux ou\nMarseille. » La comédie, ajoute-t-il, est dans la salle (1).\nCe qui domine, au moins dans le Midi, c'est le bruit. A Bordeaux, suivant le\nmot d'un voyageur, on n'écoute que le ballet. Le reste du temps, on cause, on\ninterpelle, on s'agite. En 1829, dans une lettre anonyme adressée au ministre de\nl'lntérieur, un propriétaire et un négociant de Montpellier se plaignent de ce\nsans-gêne : «Les personnes qui habitent ou voyagent dans le Midi de la France\nont dû remarquer avec douleur que la police s'y fait dans quelques cas avec la\nplus grande négligence ». Le bruit y est constant. Ce sont des caquetages,\ndes rixes parfois violentes au parterre, soit parce qu'on ne veut pas laisser siffler,\nsoit parce qu'on croit en imposer sans cesse au public par des gendarmes et des\nfactionnaires armés de fusils et de sabres (2). Il n'y a pas de banquettes au par-\nterre ; à Paris le parterre ne devint plus calme que quand il fut assis ; comme\n\n(1) Cf. ce qu'écrit Stendhal en 1837 dans les Mémoires d'un Touriste : « C'est tout le\nbout du monde s'il va (un jeune homme a Marseille) se montrer une heure au théâtre, où pour-\ntant il est abonné, et encore, cette heure, il la passe dans les coulisses ; car, à Marseille, tout ce\nqui va aux premières loges passe sur le théâtre par une certaine petite porte ouverte au bout du\ncouloir, et le directeur sait bien que s'il fermait cette porte, il pourrait fermer aussi celle du\nthéâtre. »\n(2) « Les femmes s'occupent aussi, dans les loges qui leur sont indiquées, de leurs petites\nspéculations ; il en résulte un bourdonnement général... » Essai sur l'état actuel des Théâti es de\nParis et des principales villes de l'Empirey etc., par J. D. B. 1813."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "138", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.10", "texte": "NOTES SUR L'HISTOIRE DU THEATRE\n\nà Toulouse, les filles publiques sont à l'orchestre, et au parterrelesétudiants sont\ncôte à côte avec les gendarmes.\nC'est à Toulouse que la jeunesse semble le plus ardente. Les étudiants en\ndroit sont les plus turbulents, et ils entraînent leurs camarades de l'école de\nmédecine. Plus d'une fois, dans ces désordres, il n'y a, comme l'écrit paternelle-\nment un colonel de gendarmerie, que l'exubérance « de jeunes têtes chaudes,\nde jeunes gens qui viennent de quitter la maison paternelle, et sont\nenchantés de faire du bruit. » Il y a aussi le plaisir d être de l'opposition, avec\nl'humeur frondeuse et les idées libérales naturelles à la jeunesse. En 1820,\ndans les rapports officiels, les Facultés de Toulouse sont signalées comme un\nfoyer d'où partent les provocations qui se répandent dans les autres académies.\nLes étudiants de cette ville cherchent à travailler leurs camarades des différentes\nF'acultés de France : à Grenoble, à Dijon, c'est sur leur conseil que les jeunes\ngens, lors du passage du duc d'Angoulême, au lieu de crier : Vive le Roi l ont\ncrié : Vive la Charte ! Les étudiants de Rennes s'agitent, frondent le pouvoir :\nles coupables, ce sont les étudiants de Toulouse, « ces étourdis mal dirigés. »\nOn cherche à quel mot d'ordre ils peuvent bien obéir, et le 7 mai 1820, la Com-\nmission (ministère d'alors) de l'instruction publique prend un arrêté concer-\nnant la police intérieure des Facultés. Le préfet de police, les préfets de la Seine,\ndes Bouches-du-Rhône, du Calvados, de la Côte-d'Or, de l'lsère delà Vienne,\nd Ille-et-Vilaine, du Bas-Rhin et de la Haute-Garonne, ont reçu la veille une\ncirculaire où l'on appelle leur attention sur la conduite des élèves. Dès le\nmême mois, Cuvier, écrivant au baron Mounier, directeur général de la police,\nse plaint qu' « une partie des professeurs en droit montre toujours peu d'empres-\nsement à suivre les directions qu'ils reçoivent pour le maintien de l'ordre ».\nLE RÉPERTOIRE. VALEUR ET APPOINTEMENTS DES ACTEURS EN 181 8. CONCLUSIONS\nDES RAPPORTS DE DUVERGER.\nSous l'Empire, on aimait encore la tragédie, et des comédiens de campagne la\njouaient même dans des bourgades. En 1818, elle n'est nulle part représentée à\ntitre permanent. A Bordeaux, Eric-Bernard la soutient avec beaucoup de peine;\nà Nantes, on parle de la supprimer ; à Rouen, on ne peut pas la jouer, parce que\nles sujets n'ont pas été remplacés. C'est par les grands acteurs de Paris, sans\noublier Mlle Mars, c'est avec Talma, Mlle Georges, Mlle Duchesnois,\nMlle Leverd, avec Victor, avec Joanny, que la province entendra les chefs-d'œuvre\ndu Théâtre-Français, mais parfois dans quelles conditions ! « Les acteurs de\nParis, quand ils voyagent, sont obligés d'avoir recours à des chanteurs pour les\nseconder, et remplir souvent les rôles les plus tragiques. »\nTrop coûteux avec la mise en scène et le personnel qu'il exige, le grand opéra\nne peut se donner que dans les villes du premier ou du second ordre : c'est le\nrépertoire de l'Académie royale de musique, la Vestale, la Caravane, le Rossignol,\nFernand Cortez, les Mystères d lsis, les Prétendus, etc. (En 1822, on donne à\nxMarseille le Barbier de Rossini.)\nCe qu'on aime le mieux, c'est, avec l'opéra comique, ce qu'on appelle le petit\nopéra, facile à monter, facile à jouer. A côté de pièces déjà anciennes, le Déserteur,\nRose et Colas, de Monsigny, Joconde, de Jadin, Biaise etßabet, de Dezède, figu-\nrent, avec les œuvres de Boieldieu,/a Jeune Femme colère, Jean de Paris, le Non*"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "139", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.11", "texte": "NOTES SUR L'HISTOIRE DU THEATRE\n\n> _\nveau Seigneur de village, Nina et Maison à vendre, de Dalayrac, /a Fausse Magie,\nRichard Cœur-de-Lion, la Rosière de Salency, de Grétry, /'Auberge de Bagnères,\nde Catel, le Pe/z/ Paze, de Kreutzer et Nicolo Isouard, les Rosières, d'Hérold.\nIl est rare qu'on joue la comédie classique : elle n'est représentée que par des\nœuvres secondaires, la Gageure imprévue, Crispin rival de son maître, le Vieux\nCélibataire, les Châteaux en Espagne, etc. Les Variétés et les petits théâtres de\nParis fournissent le reste des pièces. Le mélodrame sévit, le Château de Paluzii,\n- c'est sous des noms italiens l'histoire de Fualdès, — de Melesville et Borie,\nWerther, de Gourney, les Francs-Maçons, Victor ou VEnfant de la foret, et\nbeaucoup d'autres aussi inconnus. On donne aussi des féeries et des panto-\nmimes ; les théâtres sont ouverts aux improvisateurs, aux faiseurs de tours,\naux gobelets et muscades. En somme, le répertoire est peu varié; il a peu\nchangé depuis la fin de l'Empire, quand Duverger se plaignait que, depuis\nquinze ou vingt ans, on représentât éternellement le Père de famille, Eugénie,\nP Abbé de l Epée, le Déserteur, Tom Jones, Misanthropie et repentir, la Mère\ncoupable, Mélanie, les Amours de Bayard.\nLa représentation des œuvres musicales est peu satisfaisante : même dans les\ngrandes villes, les ensembles laissent à désirer, et les troupes, comme on l'a vu,\nn'ont pas toujours le nombre nécessaire de sujets.\nDuverger ne peut louer qu'un petit nombre d'orchestres. A Bruxelles (i), il est\nnombreux et très bon ; très bon à Gand, à Bordeaux, à Strasbourg ; bon à\nAnvers, à Lille, à Marseille, à Lyon, mais dans cette ville il est incomplet,\nsurtout en violons ; assez bon à La Haye, à Liège, à Metz ; passable seulement\nà Nantes, et partout ailleurs, à Aix, à Amiens, à Besançon, à Calais, à Carcas-\nsonne, à Clermont, à Lorient, à Nancy, à Toulon, à Vesoul, il est déclaré faible\nou très-faible.\nA Lille, il y a trente-deux musiciens ; à Calais, quatre ou cinq, avec quelques\namateurs ; à Mézières, un pauvre orchestre est aidé par les musiciens prus-\nsiens.\nDans une seule ville, à Toulouse, les chœurs ont douze chanteurs : « Ceux-ci\nsont des amateurs du pays qui forment un ensemble remarquable » (2) ; à Stras-\nbourg, il y a quatre chanteuses et six chanteurs ; à Bordeaux, cinq chanteurs et\nsept chanteuses, à Nantes, six de chaque sexe ; — c'est le chiffre à peu près par-\ntout. A Lyon, on compte dix danseurs et dix danseuses ; à Bordeaux, dix figu-\nrants et dix figurantes. Mais les chœurs ne se trouvent pas partout : à cela ne\ntienne! les acteurs les chantent. Dans les petits théâtres, on les supprime (3), et,\nà force de simplifier, on en arrive à ce qu'a vu Castil-Blaze. Dans Fernand Cor-\nte\\, un même acteur faisait le Mexicain et l'Espagnol ; un seul acteur, dans le\ndernier finale de Joseph, « remplissait tour à tour les rôles des quatre voix, et\nmontait ainsi des pédales de la basse aux sons aigus de la haute-contre » Un\nacteur chantait les rôles des deux personnages en même temps en scène, Thésée\n\n(1) « Le public de Toulouse est passionné pour le spectacle; le goût du chant y est généra-\nlement répandu. Un étranger pourrait se croire en Italie, en entendant de simples ouvriers\nchanter en parties, avec une précision étonnante, des morceaux d ensemble des meilleurs\nopéras. » J. D. B. Essai, etc.\n(2) En 1 8r8, Mnle Desbordes-Valmore joue à Bruxelles : « Jeune première, dit Duverger, 36 ans;\nphysique très usé; 6.000 T. d'appointements ; toujours du talent, mais trop de sensibilité. » Son\nmari est au même théâtre. Valmore père est au théâtre de Rouen.\n(3) A Rennes, on les chanta pour la première fois en 1827. L. Decombe."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "140", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.12", "texte": "NOTES SUR L'HISTOIRE DU THEATRE\n\net le grand prêtre dans Œdipe à Colorie. « Après avoir rempli sa partie, ie roi\nd'Athènes, se tournant comme pour cracher, récitait celle du pontife, tandis\nqu'un soldat de la garnison, revêtu de la robe sacerdotale, le front ceint du ban-\ndeau sacré, ouvrait la bouche, roulait les yeux, étendait les bras et jetait de\nl'encens sur le feu. »\nLes chanteurs, ajoute t-il, les choeurs, les musiciens, tous se valent. On exé-\ncute dans telle ville Paul et Virginie sans parties séparées. « Le chef d orchestre\net le bassiste lisaient sur la partition, et quelques instruments à vent répandus\nçà et là dans l'orchestre accompagnaient de mémoire, ou suivaient le chant à\nl'unisson. Les choristes ne sont jamais assez nombreux pour faire masse d'har-\nmonie ; les chœurs de femmes surtout sont une véritable cacophonie. » Que dire\ndes acteurs ? « Qui pourrait reconnaître Orphée, la Vestale, Fernand Corte\\% les\nDeux Journées, Jeannot et Colin, Jean de Paris, sur certains théâtres? Quelle\npitoyable exécution 1 Quelle confusion étrange 1 Quel charivari I Quel sabbat\ninfernal ! Les troupes de première classe n'offrent cependant pas cette foule de\ndéfauts portés à l'excès... Sans être jamais bonne,l'exécution y est souvent d'une\ndécente médiocrité ; un ou deux chanteurs soutiennent l'opéra ; le reste va comme\nil peut. » iMais dans les villes d'ordre inférieur, les représentations deviennent\nparfois grotesques. Ici, « des chanteuses à la voix glapissante exécutent, sou-\ntenues par un aigre violon, les airs de bravoure des Prétendus ou du Rossignol » ;\nlà, à Limoges, « la troupe est une collection unique, où le mauvais le dispute\nau ridicule ; tout est prétentieux, quoique déguenillé... Il paraît que le goût des\nhabitants n'est pas fort éclairé, car ils applaudissent avec fureur une première\nchanteuse qui a soixante ans (i), et dont la voix chevrotante ne conserve pas\nmême un reste d'éclat, ce qui ne l'empêche pas de jouer les rôles à roulades\navec un aplomb inconcevable » (2).\nOn peut rire de ces détails, mais la conclusion est navrante : « Une part des\nspectateurs a perdu l'exercice de la bonne musique, à force d'en entendre de la\nmauvaise ; l'autre est insensible à des charmes qu'elle n'a jamais pu connaître. »\nDuverger, après son inspection, tiendra le même langage que Castil-Blaze deux\nans plus tard, mais, avant de parler de ses appréciations, je voudrais dire rapi-\ndement quels étaient en 1818 les appointements des acteurs.\nIls sont soigneusement consignés sur son registre. Pour beaucoup de chiffres,\nil y a sans doute des réserves à faire. Si les sommes indiquées par certains\nchefs de troupes sont exactes, on se demande si elles ne sont pas un trompe-\nl'oeil. Elles sont marquées pour l'année, mais, si la saison du carnaval était lucra-\ntive, en était-il de même pour les mois d été, et alors, que recevait le personnel ?\nQue gagnaient ces acteurs qui, après une faillite, s'administraient eux-mêmes,\nou ces sociétés à prorata formées par les directeurs privilégiés des arrondisse-\nments de troisième et quatrième ordre, dans lesquelles les comédiens, vivant\ndans une perpétuelle inquiétude, « n'avaient nulle assurance d'un traitement,\nmême modique ? » Les chiffres ne doivent donc être acceptés que pour les\ngrandes villes ; ailleurs, ils ne peuvent servir que d'indication.\nLes appointements les plus élevés approchent de dix mille francs, c'est ce\nqu'on donne àla Philis de Rouen, Mlle Mercier, mais c'est l'exception. Le Lays,\n\n(1) A Bruxelles, en 1818 le premier comique avait 70 ans. Il allait enfin prendre sa retraite.\n(2) Mme Ducrest (nièce de Mrae de Genlis), Paris en Province et la Province à Paris, 1831."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "141", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.13", "texte": "NOTES SUR L'HISTOIRE DU THEATRE\n\nà Lyon, a 8.000 francs ; la première chanteuse de Lille gagne 6.000 fr., Y Elle-\nviou, 7.000 ; à Marseille, le premier sujet pour l'Opéra-Comique, a 8.000 ; celui\nde l'Opéra, seulement 5.000; à Nantes, le traitement le plus élevé est de 6.000;\nà Montpellier, de 7.000 ; à Toulouse, de 6.500 pour la première actrice comique,\nde 4.200 pour le premier acteur ; à Grenoble, à Amiens, de 3.600 ; à Strasbourg,\nde 2.800; à Calais, de 2.400. Dans les grands théâtres, les seconds rôles arrivent\nà peine à 4.000 ; il faut descendre à 1.800, 1.500 et même 1.200 — c'esjt partout\nle minimum — pour les troisièmes rôles et les utilités. Le théâtre de Lille, pour\nses acteurs, — opéra et comédie, et non compris seize choristes, —dépense un\npeu plus de soixante mille francs par an ; celui de Grenoble, près de vingt-sept\nmille. Il serait peut-être téméraire de se demander ce que coûtaient les troupes\nde Mézières, de Vesoul ou de Perpignan.\nCe que valaient les acteurs, Duverger le fait connaître deux fois. D'abord\ndans son registre : chaque page, avec le nom du directeur et du régisseur, donne\ncelui de chacun des sujets, leur genre * d'emploi, leur âge, leur physique, leurs\nappointements, et enfin des observations sur leur talent et leur moralité. Ce\ndernier mot ne tient pas ce qu'il promet ; pour leur valeur, il apprécie en quel-\nques mots : un tel, aimé, mais peu de naturel ; une telle : voix pure, flexible,\npeu comédienne ; celui-ci : disant bien, comédien exact, un peu lourd ; celle-là :\npoint d'âme, voix lâche, mais pouvant acquérir. Pour tous avec les restrictions\nnécessaires, il est poli et bienveillant.\nIl réserve pour le baron de La P'erté des explications plus étendues : cette\nfois, il s'agit d'apprécier les sujets les plus connus et ceux qu'on peut appeler à\nParis. Des talents renommés en province ne lui semblent pas répondre à leur\nréputation. Les meilleurs artistes ne sont pas jeunes : les ufis terminent leur\ncarrière, les autres ont, dans leur âge mûr, des défauts dont ils ne se corrigeront\npas. A Lille, Mlle Julien a « une voix assez pure et flexible, mais lâche » ; de\nplus, elle manque de méthode classique. Au même théâtre, Péages, qui chante les\nMartin, « a du mordant ; sa voix est franche, mais il en abuse, et lie difficile-\nment la voix de poitrine avec celle de fausset ; bon musicien, il est pauvre\ncomédien, et sa tenue est commune ». A Bruxelles, le jeune premier manque de\nnaturel dans sa diction ; la première basse-taille est maniérée dans son jeu. A\nLa Haye, une actrice est extrême en tout, son jeu maniéré, sa méthode outrée ;\nà Liège, la voix d'un jeune acteur physiquement bien doué promettait beaucoup,\nla voix n'est pas mal, mais « c'est déjà gâté », et son jeu n'a rien de distingué ; à\nMetz, un jeune premier tragique et comique détruit tout effet par une diction\nfatigante qu'il appelle de l'école ; à Marseille, M1Ie Paradol — la future mère de\nPrévost-Paradol — n'est pas mieux notée : « depuis son début à l'Opéra (à Paris,\nen 1816), elle a de l'afféterie dans la tenue, et sa prononciation est toujours lâche ;\nelle a l'avantage d'une voix assez pure, d'un beau physique, mais doit beau-\ncoup travailler, si elle veut par suite obtenir des succès. »\nDu travail ! voilà le mot qui revient souvent, et Duverger ajoute qu'il faudrait\nà tous de bons modèles et des conseils. Mais quoi ! les vieux acteurs s'en sou-\ncient peu, et, à quelques exceptions près, les jeunes ne prennent pas assez de\npeine. Tous, ou presque tous, Duverger les a entendus ; ceux qu'il n'a pas vus,\nil les connaît pour les avoir eus sous ses ordres comme directeur, ou il se fait,\nsur leur compte, remettre des notes. Ses lettres et son registre portent sur plus de\ncent théâtres et sur un peu plus d'un millier de sujets. Combien en désigne-t-il"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "142", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.14", "texte": "GEORGES BIZET\n\npour Paris ? Trente-cinq en tout. Vingt-deux acteurs et treize actrices tirés de la\nfoule (1) : voilà le bilan d'une inspection !\nEt encore, il n'a pas tout dit dans ses rapports : «\"De vive voix, écrit-il au\nbaron de La Ferté, je vous exposerai la situation vraiment désastreuse de nos\nthéâtres, sur lesquels on ne peut plus compter à l'avenir pour fournir un seul\nsujet à la capitale... La pauvreté des talents et la rareté des jeunes sujets est\ntoujours la même dans toutes les villes que je parcours... Il faut être témoin du\nmécontentement du public partout, et dans nombre de villes, les représentations\nsont constamment interrompues par les sifflets... Il n'y a pas un instant à perdre\nsi l'on veut remédier à la gravité du mal. »\nQue pouvait l'intendant des théâtres royaux contre cette universelle médio-\ncrité > A Paris, la triste situation de l'Opéra et des classes de chant au Conser-\nvatoire préoccupait déjà suffisamment le ministre de la Maison du roi. En 1819,\nil chargeait Choron d'aller découvrir, où il le pourrait, dans les départements,\nles belles voix que l'on ne rencontrait pas sur la scène (2) ; au printemps de\n1821, par un envoyé qui n'a pas signé son rapport, et avec l'intention d'attirer à\nParis des talents étrangers, il se faisait rendre compte de la situation des\nthéâtres en Allemagne et en Italie, et la comparaison n'était pas flatteuse pour\nla France : en dehors des frontières, dans les grandes villes, au moins pour la\nmusique, production abondante, public éclairé, acteurs en général satisfaisants;\nchez nous, pas de centres artistiques en province, un répertoire peu varié, le\nplus souvent médiocre, venant toujours de Paris, et des interprètes trop rarement\ndignes d'être appelés des artistes (3).\n\nGABRIEL VAUTHIER.\n\nGeorges Bizet\n\n(4).\nMESDAMES, MESSIEURS,\nLe grand musicien dont je vais avoir l'honneur de vous parler aujourd'hui se\nrattache à la trop nombreuse famille de ceux qui. si nous en croyons Musset\naprès Ménandre, sont aimés des dieux, et à laquelle appartiennent Pergolèse,\nPurcell, Mozart, Schubert, Weber, Mendelssohn, Bellini et Chopin. Le plus\nâgé d'entre eux meurt à quarante ans, le plus jeune à vingt-cinq. Bizet, le plus\nproche de nous, ne devait point achever sa trente-septième année.\n\n(1) Quatre seulement sont connus : un chanteur, Ponchard cadet ; trois tragédiens, Eric-\nBernard. Menjaud, et 1 éminent sociétaire du Théâtre Français, Samson, ainsi apprécié en 1818 '\n« de 1 Ecole royale, jeune comique intéressant, donnant tout à 1 étude, bonne école, scrupuleux\nsur les traditions. »\n(2) Tenté par ces tournées, Picard, en [B2l, demande la place d'inspecteur des théâtres des dépar-\ntements. mission temporaire. Il développe, dans sa lettre au ministre, tout un plan de réformes.\n(3) Bien plus tard, des plaintes se faisaient toujours entendre. Voir Notice sur les causes de\nla décadence du théâtre en province et des moyens de le régénérer, par M. D., ancien directeur\net artiste, 1852, et Carmouche, le Théâtre en province, 1859.\n(4) Conférence faite récemment à 1 hôtel de ville de Nancy, sous les auspices de la Ligue\nFrançaise de l'Enseignement, et la présidence de M. Bourcart, professeur àla Faculté de droit,\npar M. René Brancour, conservateur du Musée du Conservatoire national de Musique et de\nDéclamation."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "143", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.15", "texte": "GEORGES BIZET\n\nNé à Paris le 25 octobre 1838, admis à neuf ans au Conservatoire, élève de\nZimmermann, d'Halévy et de Gounod pour lequel son admiration ne se démentira\njamais, il témoigna, à un âge où les candidats à la gloire sont en général\nenclins à d étroites partialités, d'un éclectisme véritablement surprenant : Bach,\nBeethoven, Mozart, Meyerbeer, Rossini sont tour à tour ou simultanément les\nobjets de son culte enthousiaste. Il les admire passionnément, violemment, et\nleur ouvre à deux battants les portes de son âme. Non qu'il cherche à les copier,\n— il a horreur de l imitation servile et n'eût certes pas pris pour devise, ainsi\nque l'ont fait maints de ses contemporains, ces vers du Trésor :\nQui pourrai-je imiter pour être original ?\nLaissons aux impuissants le peu enviable privilège de démarquer pieusement\nBach, Wagner ou César Franck. Bizet, lui, réserve faite des influences ambiantes\nauxquelles nul ne peut se soustraire, sera lui-même, et, sans refuser de le\nchoquer contre ceux des autres convives, s'obstinera, comme le poète des\nNuits, à « boire dans son verre ! ».\nEn 1857 il obtient le prix de Rome. Sa correspondance, récemmentpubliée, nous\nmontre, dans la fraîcheur des impressions de cette période, l'homme et l'artiste.\nIl s'y peint avec l'ardeur, la foi, le don quichottisme de la jeunesse, — et. aussi\navec la tendresse familière et délicate du meilleur des fils. Rome l'éblouit et le\nsubjugue. D'abord dominé par les surhumaines créations de Michel-Ange, il\nse sent bientôt irrésistiblement attiré vers Raphaël et nous ne sommes donc pas\nsurpris de rencontrer chez lui, à cette occasion, des préférences ((parallèles! »\n« Oui, s'écrie-t-il, j ai le courage de préférer Raphaël à Michel-Ange, Mozart à\nBeethoven et Rossini à Meyerbeer. Je ne mets pas les uns au second rang pour\nmettre les autres au premier, ce serait absurde, seulement c'est une affaire de\ngoût: un ordre d'idées exerce sur ma nature une plus forte attraction que\nl'autre. » Au reste, tout cela bouillonne en lui sans qu'il se rende un compte\nexact de ce mystérieux travail ; il sent plus qu'il n'analyse.\nLes mille aventures en commun à la Villa Médicis, les préoccupations poli-\ntiques, les excursions, les projets d'avenir, tout cela s'inscrit avec la même spon-\ntanéité en ces feuillets remplis à la hâte. Il parle sans-indulgence, mais sans\naigreur, de ses commensaux ; — non toutefois sans malice : « Les peintres sont\ntoujours divisés en deux camps : les coloristes et les dessinateurs. Malheureuse-\nment les coloristes ne savent pas plus la couleur que les dessinateurs, et les\ndessinateurs ignorent le dessin comme les coloristes. » Bizet prévoyait-il déjà\nl'esthétique du Salon d'automne ?\nHélas ! une tout autre prescience se révèle au cours de ces lettres ; un froid\nrayon se glisse parmi tant de chauds effluves. A propos de la mort d'un cama-\nrade nous lisons : « Donnez-vous donc du mal pour avoir le prix de Rome, luttez\nau retour pour vous faire une belle position, et cela aboutira peut-être à mourir à\ntrente-huit ans... » Et, quelques lignes plus bas, en songeant à une enfant\nmalade : « Plus je vais, et plus l'idée de la mort me glace... » N'oubliez pas ce\nfrisson prophétique. C'est le leit-motiv qui se répète et se déroule à travers\nl'oeuvre du musicien. Au milieu même des élans les plus passionnés, et comme\nen embuscade derrière les paroles de joie et d'amour, apparaîtra la funèbre pen-\nsée ; et surtout dans ses deux chefs-d'œuvre nous la verrons s'insinuer et surgir,"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "144", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.16", "texte": "GEORGES BIZET\n\nvêtue de noir, ainsi que l'étranger de la Nuit de Décembre. Et c'est sur une scène\nde sang et de désespoir que tombe le rideau, dans ce Jeu de l'Amour et de la Mort.\nMais c'est d'abord l'amour qui parle, dans les Pécheurs de Perles, joués en\n1863. Le livret sans doute est des plus médiocres. Nous partageons à cet égard\nl'opinion des auteurs eux-mêmes, dont l'un écrivait avec une naïveté qui l'ho-\nnore : « Si nous avions connu le talent de M. Bizet, nous ne lui aurions jamais\ndonné cette pièce. » Habemus confiientem reum / Mais la musique est si souvent\némue et charmante! Parfois elle est radieuse et bleue comme la mer qui baigne\nles pieds de la vierge Leila, parfois aussi doucement lumineuse comme les\nperles qu'y viennent cueillir les pêcheurs. Les mélodies s'en laissent écouter,\nmême après celles du Désert et de Lalla-Roukh. Moins indolemment orientales,\nmoins grisées de soleil, elles sont peut-être plus humaines Mais le génie de Bizet,\nlà et dans les Adieux de l'Hôtesse arabe? rejoint celui du plus poétique rêveur\nqu'ait engendré l'école française : j'ai nommé Félicien David.\nLe livret de la Jolie Fille de Perlh, représentée trois ans plus tard, n'est pas\nsupérieur au précédent, quoique emprunté à Walter Scott qui s'en fût bien passé.\nMais la musique témoigne d'une maturité plus grande, sinon d'une inspiration\nplus originale. Une page surtout, au-dessus de beaucoup d'autres que je vou-\ndrais citer, s'y détache en un puissant relief. C'est Y air de Ralph, la chanson du\nmalheureux qui essaie de noyer sa raison dans l'ivresse et d'y éteindre son\namour. En avons-nous entendu, de ces « chansons bachiques » célébrant le vin,\nce jus divin ; le jus de la treille qui rougit la bouteille de sa liqueur vermeille, le son\ndes glouglous si douxl Ola poncive niaiserie de ces élucubrations tradition-\nnelles ! Bien peu avaient eu le courage de s'y soustraire : Meyerbeer, Rossini,\nFélicien David, Auber, Hérold, Donizetti, Gounod, Massé, M. Saint-Saëns ont\npayé leur tribut à cette esthétique de cabaret qui suffirait à justifier le prosé-\nlytisme des sociétés de tempérance. Et voilà que tout à coup jaillit de ce lieu\ncommun une plainte humaine, où résonne le rire le plus amer et le plus déchi-\nrant sanglot. Ala faveur d'une telle pensée, et aussi de la Ronde bohémienne,\nj'amnistie volontiers telle cavatine ou tel « air de la folie » avec les roulades qui\naccompagnent obligatoirement l'aliénation mentale chez les jeunes premières\ndans tout opéra qui sait les usages, témoin Lucie de Lammermoor, Ophélie,\nCatherine de l'Étoile du Nord, etc.\nSept ans se sont écoulés : Djamileh paraît à son tour, œuvre délicieuse, dont\nle sujet n'est autre que celui delà Namouna de Musset, mais plus habillé et sans\nque les personnages puissent y être comparés au « discours d'un académicien)).\nCet acte, a-t-on dit, n'est pas « scénique ». Il se peut, et je ne nie point que ce\ntableau, si discrètement nuancé, doive un peu trop s'atténuer sous les feux de\nla rampe. Mais rien n'est plus touchant ni d'une grâce plus exquise que ce\nmarivaudage oriental, et le musicien s'y est montré digne du poète\nEn voulant prendre au vol les rêves de son cœur.\n« L'Amour est frère de la Mort, le destin les a engendrés tous deux en même\ntemps. » Ces vers de Leopardi (1) pourraient servir d'épigraphe à l'Artésienne*\n\n(i) Fratelli, a un tempo stesso, Amore e Morte\nIngenerô la sorte. (Amore et Morte.)"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "145", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.17", "texte": "GEORGES BIZET\nR. M.\n2\n\nL9Artésienne ! Comment prononcer ce nom sans émotion ! Auparavant Bizet\navait donné d indéniables preuves d'un talent tout ensemble souple et fort. Dès\nlors il se révèle comme un grand, un très grand musicien. Avec YEgmont de\nBeethoven, le Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn, le Manfred de Schumann,\nle Struensée deMeyerbeer, les Erinnyes de M. Massenet, Y Artésienne demeure l'un\ndes modèles — et 1 un des plus parfaits — de la musique commentant, illustrant,\nfécondant le drame sans pourtant s'y mélanger, chacun d'eux conservant son\nindividualité et son autonomie. Mais ici, de même que dans les plus belles des\nœuvres que nous venons de nommer, le mystère des sonorités crée autour de\n1 action une atmosphère plus lumineuse et donne au verbe des protagonistes une\nsignification plus intense.\nReprésenté quelques mois après Djamileh, — le ier octobre 1872, — le beau\ndrame d'Alphonse Daudet n'eut pas l'heur de plaire au public.Celui-ci n'y trouva\nrien de divertissant et qui fût de nature à favoriser ses digestions. Tout cela était\ntrop simple et trop vrai. La partition partagea fraternellement l'accueil fait à la\npièce,et les vingt-six musiciens parcimonieusement octroyés au compositeur\nexécutèrent leur besogne au milieu de l'indifférence générale. Peut-être estima-\nt-on qu'ils gênaient les conversations des messieurs chauves avec les dames\ndécolletées. Et le double chef-d'œuvre s'effondra, bêtement assassiné par le\npublic « si parisien » des premières.\nJe n'ai pas besoin de vous rappeler l'affabulation du drame : l'irrésistible\npassion de Frédéri pour son arlésienne, le candide amour de Vivettè, le demi-\nsommeil où vacille la raison embrumée de l'Innocent, dont l'éveil n'aura lieu\nqu'au prix de la mort de son frère ; tous ces « états d'âme » et les événements qui\nen résultent ; vous savez aussi quel parti en a tiré le musicien.\nVoici d'abord le thème, dur et résolu, de la Marche des Rois, dont les lignes\nrigides font songer aux paysages sèchement découpés sous les flammes des ciels\ndu Midi. Puis celui, ingénument plaintif, de l'Innocent, comme enveloppé de\ncaresses par la douceur de l'accompagnement. Enfin le cri de désespoir de\nFrédéri, aussi éperdu que le cri du naufragé s'abîmant sous les flots, et mou-\nrant en un immense effort.\nVous les retrouverez tous trois au cours de la partition, modifiés dans leurs\nnuances, dans leurs colorations, parfois dans leurs rythmes, mais toujours et\npartout fidèles à leur mission psychologique, accentuant la portée delà situation\ndramatique et battant, pour ainsi dire, avec le cœur des personnages.\nEt tant d'autres richesses ! Quelle solennité dans cet hymne au « Grand soleil\nde la Provence » I Quelle vigueur dans la Pastorale ! Quelle rustique allégresse\ndans le chœur qui la suit ! Quelle indicible impression de mystère, quelle sen-\nsation d horizons infinis dans ce chœur de quelques mesures, profond cependant\ncomme un paysage de Millet, où résonnent les vagues appels des bergers épars à\ntravers la plaine !...\nComment exprimer la douloureuse noblesse dont s'empreint l'entracte précé-\ndant le second tableau du deuxième acte ! Après une majestueuse entrée, la phrase\ns'élève, grandit, déploie la fierté de sa courbe sonore. Mais elle ne consent pas à\nfléchir sous le fardeau de la souffrance, et semble vouloir mourir debout.\nEcoutez maintenant le délicieux carillon : The air broke into a ?nist of bells dit\nRobert Browning en des vers qui seraient intraduisibles sans la magie de cette"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "146", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.18", "texte": "GEORGES BIZET\n\nmusique. Eu effet,-l'air semble vibrer à l'appel continu des trois cloches et se\nvoiler de brumes légères sous l'effort de leurs battements. Autour de leurs notes\nobstinées se groupent des sons tour à tour joyeux et graves, et cette symphonie\naérienne se termine en un glorieux crescendo irradié d'espoir.\nIl se souvient sans doute de deux personnages dessinés par le poète avec une ten-\ndresse toute particulière : le vieux berger Balthazar et la mère Renaud, qui s'aiment.,\ndepuis toujours et peuvent, au soir de leur vie, s'en faire enfin l'aveu réciproque.\nIls ont inspiré à Bizet deux des plus admirables morceaux de sa partition.\nIntermezzo d'abord. En adoptant la forme du menuet classique (on l'a sur-\nnommé le menuet des vieillards), le musicien semble avoir voulu caractériser àla\nfois le moment où ceux-ci ont senti naître leur amour etcelui de la rencontre inat-\ntendue d où jaillit enfin 1 aveu. Le thème débute allègrement en majeur, puis recom-\nmence aussitôten mineur, mais atténué, comme affaibli et ridé par les années. Un\npeu plus loin,- des successions de tierces se balancent au-dessus de quatre notes\nattristées. C'est comme un chant très lointain s'éveillant dans la mémoire, et je\nne puis m'empêcher d'évoquer ici les beaux vers du poète, suppliant ses amis\nd'aller chercher, pour bercer son agonie, sa vieille nourrice, afin\nD'entendre chanter, tout bas, de sa bouche,\nUn air d'autrefois,\nSimple et monotone, un doux air qui touche\nAvec peu de voix.\nVous nous laisserez tous les deux ensemble :\nNos cœurs s'uniront ;\nElle chantera d'un accent qui tremble,\nLa main sur mon front ( i ).\nLà aussi les voix s'unissent et les cœurs s'étreignent sur le rythme delà\ndanse ancienne, tandis que montent lentement aux yeux les pleurs du souvenir.\nMais, au milieu du menuet, voici venir la phrase printanière, largement\népanouie sous le murmure ailé des violons. C'est l'immortel amour qui apparaît\nen pleine lumière, et je ne sais rien qui soit supérieur à cette inspiration où se\ntrouve réuni ce que peut offrir de plus beau la vie humaine ; le rêve de la\njeunesse, et son image fidèlement gardée, à l'heure crépusculaire, dans les cœurs\nqui ont véritablement aimé.\nUne autre conception est sinon plus du moins autrement belle : c'est Yada-\ngio qui accompagne la rencontre de Balthazar et de Renaude. Celle-ci est annon-\ncée par un air doux et lassé, à la démarche claudicante. Mais lorsqu'elle recon-\nnaît le vieux pâtre, alors une ineffable mélodie confiée au violon se pose sur\nune tenue du violoncelle, puis monte et s'éploie, unie au reste du quatuor et le\ndominant toutefois; elle plane, redescend, puis reprend son essor. Une voix\nplus grave lui répond cette fois, et lorsque, parvenue de nouveau à son apogée,\nelle va retomber encore, cette voix, et d'autres avec elle, la soutiennent et l'em-\npêchent de défaillir. Une dernière étreinte, et comme dit Hamlet expirant, le\nreste est silence...\nEn face de telles inspirations, la louange doit demeurer silencieuse. Qu'il nous\nsuffise de dire que jamais l'amour, la douleur, et ce je ne sais quoi de divin qui\nnaît de leur union, n'ont rien inspiré de plus profond ni de plus pur.\n\n(i) Sully-Prudhomme, i'Agonie."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "147", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.19", "texte": "GEORGES BIZET\n\nRécapitulons à présent les « succès » de Bizet : les Pêcheurs de perles avaient eu\ndix-huit représentations ; la Jolie Fille de Perth vingt et une ; Djamileh dix ;/'ArU-\nsienne quinze — oui, j'ai bien dit QUINZE ! Il était réservé à Carmen de doubler le\nplus élevé de ces nombres, et de ne disparaître qu après trente-sept représentations.\nCarmen 1 Ce nom évoque non seulement le poignant réalisme de Mérimée, le\ndrame passionnant et brutal si prodigieusement condensé dans sa courte nou-\nvelle, mais aussi le rutilant décor que lui peuvent fournir les récits de voyage de\nThéophile Gautier et plus encore les tableaux de son Espaha. Vous souvient-il,\nparmi cette galerie, de la Fontaine du cimetière ? Le poète a trempé ses lèvres\ndans l'eau limpide qui déborde « d'une vasque éplorée », et recule, frissonnant :\nCette eau de diamant avait un goût de mort !\nCe «goût», nous le retrouvons dans la partitionde Carmen, imprégnée, comme\ncelle de ïArtésienne, de la pensée de la mort. Après la marche pompeuse attaquée\npar le Prélude, et la vulgaire chanson du Toréador, elle s'insinue en une phrase\ntortueuse et inquiétante, caractéristique de l'amour diabolique de l'héroïne. Et\nmaintenant, place au soleil, à la galante bonne humeur des soldats, à la chaste\ndouceur de Micaëla, à l'allégressedes gamins ! Placeà la fringante coquetterie des\ncigarières, à la fatuité du bellâtre Escamillo, à la ververusée des contrebandiers,\nà la fiévreuse attente des aficionados et de la foule en liesse ! Qu'elle coule à flots,\nl'eau diamantine, et chatoie, scintillante, sous les feux du soleil 1 le « goût de\nmort » y subsistera toujours,\nlrai-je analyser tous ces épisodes si présents à votre mémoire, et vous parler\nde la Seguedille — ce modèle de séduction perverse — ou de la Chanson bohème,\n— ce merveilleux exempledeprogression rythmique— ou du Quintette — si fine-\nment spirituel ? A quoi bon î Mais comment ne pas nous arrêter devant le duo si\npassionnément douloureux où la danse de Carmen, rivalisant avec l'appel des\nclairons sonnant la retraite, symbolise la lutte qui déchire l'âme de Don José ?\nL'humble lancier se trouve placé, aussi tragiquement qu'un héros de Corneille,\nentre l'amour et ledevoir. Toute une agoniemorales'accomplit sous nosyeux. Et\nquel plaidoyer profère ce soldat déjà voué à la désertion! Ola longue, l'ardente,\nla plaintive mélodie émanant de la fleur à lui jetée par la sorcière ! Fleur empoi-\nsonnée et dont le parfum affole et anéantit la volonté. Tout s'évanouit ; les mu-\nrailles de la f osada semblent s'effacer pour laisser apparaître l'horizon tentateur.\nMystérieusement s'esquisse le rythme haletant de la fuite : « Là-bas, là-bas dans\nla montagne ; là-bas, là-bas tu me suivras... » — « Carmen 1 »... balbutie l'amou-\nreux éperdu... Et lorsque, dans un suprême effort, il s'est arraché à l'étreinte\nensorcelante, vous savez comment sa destinée le ressaisit, et comment triomphe,\nrepris par toutes les voix, cet hymne farouche à la liberté !\nDe ce sommet Carmen et son amant vont maintenant descendre, à pastoujours\nplus précipités, puis rouler ensemble jusqu'à l'abîme. Dans une gorge sauvage\noù la troupe des contrebandierss'apprête à camper, et tandis que ses compagnes\ndemandent aux cartes la réalisation de leurs rêves de tendresse ou de fortune,\nCarmen, essayant aussi de les interroger, n'obtient, pour elleet pour José, que cet\narrêt : « la mort ». — A l'appel menaçant des cuivres, et sur un rythme solennel"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "148", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.20", "texte": "GEORGES BIZET\n\net pesant, une admirable phrase s élève, calme comme le destin et comme lui\ninexorable, tel le fantôme royal sur la terrasse d'Elseneur. Et les rieuses gi-\ntanes ont beau redire leur refrain gracieux, ce sont les paroles entrecoupées de\nCarmen qui nous frappent à la façon d'un glas monotone : « Encor le désespoir\n... encor, toujours la mort î » Ainsi que dans la Dame de pique de Pouchkine, l'i-\nvresse ardente du jeu s'y mêle à la stupéfiante ivresse du néant.\nLe prélude du dernier acte, si bruyamment scandé au début, s'obscurcit pres-\nque aussitôt pour laisser percer le gémissement obsédant du hautbois alternant\navec le tournoiement affolé de la flûte La gaîté s'efforce pourtant de reprendre\nle dessus, mais le thèmese redresseplus violemment encore, puis s'apaise, s'en-\nvole, disparaît...\nIl faut en effet que le pressentiment laisse la place à l'action. Voici 1 heure\nde la corrida qui s'approche, et le cortège s'avance, annoncé, décrit au fur et à\nmesure par les assistants Quel grouillement pittoresque et quelle fièvre popu-\nlaire où se mêlent la joie de vivre et la soif du sang qui va jaillir ! La musique\nelle-même semble costumée et chamarrée de cannetilles d'or, et les motifs forte-\nment accentués semblent porter le poing sur la hanche ( i ). La proximitédu danger\nennoblit Escamillo lui-même, lorsque, après la tapageuse reprise de son refrain\nde cape et d'épée, il échange avec Carmen l'une des phrases les plus exquise-\nment émues, mélange de sincérité, de bravoure et de désir, que l'amour ait\ninspirées à la musique.\nC'est l'amour aussi qui règne dans le sublime duo par où se termine l'œuvre.\nJamais les supplications ne se sont agenouillées si bas, jamais l'orgueil humain\nne s est si complètement prosterné, jamais non plus l'amour n'a plus irrémé-\ndiablement possédé la créature. Car c'est la possession au sens diabolique du\nterme, l'envoûtement absolu qui abolit toute la personnalité. Mais rien n'entame\nl'implacable franchise et la hautaine résignation de Carmen : « Je ne t'aime\nplus...» « —Mais moi, je t'aime encore ! » Et l'imploration désespérée repart,\ntalonnée par l'orchestre qui semble vouloir se hâter vers le dénouement... On\ncroit entendre la ballade de Burger : « En avant ! hâte-toi ! nous sommes au\nbout, au bout de notre course... Nous voilà, nous voilà au but !» Les instru-\nments, à l'unisson de la voix de José, joignent leurs efforts aux siens... Alors\néclate le thème brutalement vainqueur de l'Espada, le sinistre leit-motiv de son\namante, et la destinée s'accomplit...\nQue de sang, que d'amour, que de parfums, de sonorités et de rêves ! La Danse\nmacabre du moyen âge passait ainsi, entraînant l'empereur, le soldat, le paysan,\nla matrone et la courtisane aux bras de ses squelettes.\nLe public ne fut guère satisfait A l'instar du héron de la fable, il « s'attendait\nà mieux ». UArtésienne avait été jugée ennuyeuse ; Carmen fut jugée immorale\net choqua les vertus bourgeoises. Les gens comme il faut n'osèrent y mener\nleurs dames et leurs demoiselles. D'ailleurs, l'exemple leur tombait de haut. Un\nministre ayant demandé à M. du Locle une loge pour la première représen-\n\n(1) Un savant critique d'alors il a laissé des descendants à l'usage de certains de nos grands\njournaux qualifia le motif du chœur des marchands de « thème de quadrille », bien qu il\nsoit écrit à trois temps 1 Peut-être cet érudit avait-il été entraîné à cette trouvaille par les paroles\ndu chœur suivant annonçant «/a quadrille (cuadrilla) des toreros». On sait que la coutume géné-\nralement observée par les feuilles à fort tirage, de choisir leurs critiques musicaux parmi les écri-\nvains Q) ignorant complètement la musique ne date pas d'hier. Honneur aux saines traditions ."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "149", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.21", "texte": "GEORGES BIZET\n\ntation, ce directeur scrupuleux et pudique lui conseilla prudemment d'assister à\nla répétition générale, la pièce étant à tel point immorale qu'il était bon d'en\nprendre connaissance avant de se décider à l'entendre en famille.\nPeut-être est-il bon de rappeler que l'Opéra-Comique servait alors de vestibule\nau « temple de l'Hymen », et que les familles y organisaient des rencontres\nfortuites entre les jeunes gensetles jeunes filles, en vue de projets matrimoniaux.\nDe mauvaises langues prétendaient même qu'un notaire était attaché à l'établis-\nsement. On conçoit dès lors que le motif sensuel et pervers de Carmen ne pût\npasser auprès de ces braves gens pour le « bon motif » î — Heureuse époque que\ncelle où les familles, les directeurs, les ministres, étaient revêtus d'une telle\ncouche de moralité !\nAprès cette triste soirée, anéanti par l'accueil froidement poli—car il faut\nsavoir se montrer bien élevé, même envers la musique qui ne l'est pas —\naccordé à son dernier chef-d'oeuvre, Bizet, la mort dans l'âme, erra à travers\nParis l'aube : « Je croyais pourtant ne pas m'être trompé cette fois, » dit-\nil à un ami. Déjà malade, il venait de recevoir le coup de grâce. Il voulut quitter\nParis (( dont l'air m'empoisonne », disait-il ; et c'est à Bougival, dans sa petite\nmaison de campagne, qu'il mourut le 3 juin 1875, trois mois jour pour jour après\nla première de Carmen. D'ailleurs le public parisien ne lui garda point rancune de\nson insuccès, et saisit avec empressement l'occasion que lui procurèrent les funé-\nrailles pour assurer le cercueil du maître de sa considération la plus distinguée.\nPuis vinrent les grandes manœuvres familières à la moutonnière armée du\ngénéral Panurge : il en fut de Carmen comme il en avait été de Don Juan,\nd'Obéron, de la Damnatioji de Faust ; la sympathie éveillée si tardivement par ce\ntrépas prématuré attira l'attention sur l'œuvre, et l'admiration y succéda lors\ndes reprises des deux maîtresses partitions. « Nous ne reprenons pas les chefs-\nd'œuvre, » écrivait Jules Janin, « ce sont eux qui nous reprennent. » A quel point\nceux-là l'ont fait, nous possèdent, nous étreignent, nous font palpiter d'une\nintense et religieuse émotion, vous le savez 1 — Mais peut-être ne serait-il pas\ninutile de déterminer ici quelques-unes des causes de cette prise de possession\nsi complètement acceptée par notre intelligence et par notre cœur, et c'est ce que\nje vais m'efforcer défaire en terminant cette étude.\nInterrogeons d'abord Bizet lui-même pour savoir de quels principes se réclame\nson esthétique. Nous avons vu quels sont les maîtres qui fixaient, avant tous les\nautres, son admiration. Ajoutons à leurs noms, mais à quelque distance, celui\nde Wagner : « Le grand, l'immense musicien que vous adoreriez si vous con-\nnaissiez sa musique, est tellement en dehors et au-dessus de tous les autres,\nqu'il n'y a pas à s'en préoccuper, » écrit-il. Mais ce qu'il a surtout aimé chez\nl'auteur de Lohengrin, c'est « le charme indicible, inexprimable » de sa musique,\nc'est «la volupté, la tendresse, l'amour». Quant à devenir son disciple, il n'y a\npas même songé, ce qui ne l'a nullement empêché d'être taxé de « wagnérisme »,\naccusation terrible à une certaine heure. Qui dira combien l'épithète de\n« wagnérien » a été néfaste à maints compositeurs de talent 1 Mais qui dira,\nen revanche, combien elle aura été utile à d'autres qui, s'enrégimentant sous le\ndrapeau du maître, semblaient invoquer son autorité en garantie de leur persé-\nvérante impuissance 1"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "150", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.22", "texte": "GEORGES BIZET\n\nCe que veut Bizet, lui, c'est le libre etnormal développement, en dehors de tout\nparti pris sectaire, de l'idée du musicien. Mais il entend que ce développement\nsoit conforme aux éternels et nécessaires principes qui ont guidé tous les maîtres\ndu passé et du présent. Il a « horreur du pédantisme et de la fausse érudition...\nne fait partie d'aucune coterie »... étudie les œuvres sans s'occuper « de 1 étiquette\nqui les accompagne ». Pour lui « il n'existeque deux musiques : la bonne et la mau-\nvaise... Faites-moi rire ou pleurer ; peignez-moi l'amour, la haine, le fanatisme,\nle crime; charmez-moi, éblouissez-moi, transportez-moi. et je ne vous ferai certes\npas la sotte injure de vous étiqueter comme des coléoptères î...» Sur un seul point\nil est inflexible : « La rêverie, le vague, le spleen, le découragement, le dégoût,\ndoivent être exprimés comme les autres sentiments par des moyens solides. Il faut\ntoujours que ce soit fait. » Et qu il ait eu raison de parler ainsi et de découvrir\nen outre le mal qui sévit de plus en plus, en disant : « On chicane au lieu\nde produire ; l'Art s'appauvrit jusqu'à la misère, mais la technologie s'enrichit...\nQuel galimatias !» qu il ait vu et prévu juste, nous ne sommes que trop à\nmême de le constater. Nous pouvons nous figurer sans peine la stupeur indignée\nqu'eussent provoquée en lui les vagissements de ces musiques mort-nées d'où\nla mélodie, 1 harmonie, la vie et la pensée sont également absentes, où l'orchestre\nce sublime interprète de M ozart, de Beethoven, de Wagner ! - ne sert plus qu'à\noindre d'une douceâtre pommade les bandeaux moins plats que leurs chants\nde chlorotiques Mélisandes. O musiques philosophiques, alchimiques, ésoté-\nriques,extatiques etsurtoutsoporifiques, d'où lamusique seule estexclue, la muse\nqui vous inspire possède peut-être toutes les vertus de la jument de Roland, à qui\nl'on ne pouvait guère reprocher que d'être morte ! Encore cette excellente bête\n(c'estla jument que je veux dire) avait-ellela louable discrétion de rester muette !\nMais ce «libre etnormal développement » dont je viens de parler s'est manifesté\nchez Bizet par l'emploi de procédés nouveaux qui, lorsque nous les étudions dans\nses deux maîtresses oeuvres, nous frappent comme appartenant au « moder-\nnisme » le plus affiné, et nous montrent en lui un précurseur, qui eût d'ailleurs\nrépudié maints disciples dégénérés Des Pêcheurs de perles et de la Jolie Fille de\nPerth à ïArlèsienne et à Carmen, que de chemin parcouru ! La coupe tradition-\nnelle, sans avoir disparu, car Bizet, à juste titre, en estime la logique et la\nsolidité, fait souvent place à des constructions plus hardies et moins prévues.\nL'harmonie s'imprègne d'un chromatisme àla pénétrante saveur. Nous avons\nsignalé l'appel des bergers, et telles autres pages de VArlèsienne. Mais Carmen\nsurtout nous offre, à cet égard, des exemples d un singulier intérêt. Je ne revien-\ndrai pas sur la phrase caractéristique qui semble incarner l'héroïne et qui. dès\nqu'elle apparaît dans le prélude, met en présence l'ancien et le nouveau monde\nde la musique. Bien d'autres sont riches en modulations curieuses : la Seguedille\nau ler acte ; au second, la Chanson bohème dont j'ai précédemment loué\nles qualités rythmiques —etqui, résonnant tour à tour dans des tonalités diverses,\nbizarrement enchaînées, forme un véritable kaléidoscope de sonorités.\nLe chœur des contrebandiers, à l acté suivant, n'est pas moins curieusement\nouvré. Dès le commencement, les montées et lesdescentes de l orchestre apportent\njene sais quelle impression de vague inquiétude. Peu après les voix s'allient aux\ninstruments pour l'augmenter encore : la douceur étrange de ces dégradations"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "151", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.23", "texte": "GEORGES BIZET\n\nchromatiques est d'une mystérieuse beauté, mais pour l'époque, une telle har-\nmonie pouvait être considérée comme une témérité. — Cette fois, Bizet méritait la\nqualification de « wagnérien ». — Et pour en être convaincu, il suffît d'ouvrir la\npartition de la Walkyrie, à l'admirable passage où Wotan, posant un dernier\nbaiser sur les yeux de Brunnhilde, la livre aux ombres du sommeil.\nVoulez-vous d'autres exemples > Voyez la reprise, par l'orchestre, de la chanson\ndu toréador, lorsque celui-ci quitte la bandedu Dancaïre. — Que de raffinements\nmodernes pour un air de l'ancien régime, et quelle parure nouvelle pour un\nvêtement de coupe surannée 1 — Je n'insiste pas, et il faudrait faire une étude\nspéciale d'un sujet aussi intéressant. xMais il était nécessaire d'indiquer, ne fût-\nce que d'une façon sommaire, l'évolution du style de Bizet, en faisant voir\ncomment il a uni au respect de la tradition l'indépendance la plus hardie, et\nintroduit dans la musique dramatique des éléments nouveaux à bien des titres, en\ndemandant aux combinaisons harmoniques des effets, des coloris, des sensations\ndont il a été, en France tout au moins, le premier créateur.\nSans doute, Mesdames et Messieurs, il vous sied de goûter avec une préfé-\nrence toute particulière l'art de Bizet, si vigoureux, si sain, si délicat, — si mys-\ntérieux parfois, et toujours si profondément humain. Il présente plus d'une affi-\nnité avec cette noble ville où règne l harmonieuse pureté des lignes architec-\nturales, où une grâce sérieuse et charmante fleurit dans la pierre, le marbre, les\nmétaux et les feuillages, où dans l'atmosphère que nous respirons s'entrelacent\nles pensées d'aujourd'hui aux. souvenirs d'autrefois. Rien de ce qui touche à\nl'art ne vous est étranger, car vous le possédez\nEt par droit de conquête et par droit de naissance.\nQue n'ai-je pu aussi parler de cette belle ouverture où flamboie le mot : Patrie !\net qui est doublement digne de votre admiration ? Voilà la musique de la cité ! —\nEt voici, avec les Jeux d'enfants, la musique du berceau et du foyer, rieuse et\ndouce, spirituelle et attendrie et au sujet de laquelle on peut évoquer sans irré-\nvérence la grande ombre de Schumann ! Roma nous emmène à son tour vers la\nville où s'ébauchèrent les premiers songes et les légitimes ambitions du compo-\nsiteur qui. même après Mendelssohn, ne craignit pas d'écrire une Symphonie ita-\nlienne. — Quant à la musique du rêve celle qui nous transporte vers les contrées\nlointaines et parfumées, nous en avons ensemble analysé quelques pages, et\nc'est avec regret que nous nous arrachons à la contemplation de ces larges et\nlumineux décors au milieu desquels se livrela grande bataille des passions, des\namours et des haines, interrompue par l'éternelle chanson des illusions déce-\nvantes et bénies. Musique du rêve et musique de la vie, où nous sentons\ntoujours palpiter l'âme même de l'humanité.\nBelle par la pensée qui l'anime, la musique de Bizet est belle aussi par la\nforme qu'elle revêt. La mélodie y circule à libres flots; l'harmonie en est pleine\net riche sans jamais devenir lourde et compacte. L'orchestration, franchement\ncolorée, respecte le caractère individuel des instruments, et contraste singuliè-\nrement avec cet amas de sonorités entassées qui constitue le luxe indigent de certains\nmusiciens, don* les partitions font parler toutes les voix de l'orchestre cons-\ntamment et simultanément, sans que cette fois hélas î « ces deux adverbes joints\nfassent admirablement » !"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "152", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.24", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nMe reprochera-t-on d'être banal si je me sers, pour caractériser Bizet, d'une\nexpression dont on a quelquefois abusé, et si j'affirme qu'il est « bien français » •\nMais qui contestera que, par son amour de la forme et du style, de la mesure et\ndes proportions, il appartienne bien authentiquement à notre race ? Il lui appartient\naussi par cette jeunesse d'imagination, par cette plasticitéd'adaptation qui a permis\nà nos grands artistes de s'assimiler, sans rien aliéner de leurs facultés natives, les\ncaractères spécifiques des autres races. Qui donc a été plus espagnol que Corneille\nquand il écrivait le Cidl Mais ne pouvons-nous justement soutenir que Mérimée\net Bizet ne l'ont pas été à un moindre degré }\n« Dans les interminables journées d'été », a dit Baudelaire d'après de Quincey,\n« il est difficile de ne pas penser à la mort. » Nous l'avons senti planer au-des-\nsus du Castelet de /'Artésienne et des arènes de Séville. Mais le soleil n'en baigne\npas moins les plaines de la Provence et les sierras de l'Andalousie ; il n'en donne\npas moins les fleurs à la terre, la joie au coeur, le sourire aux lèvres. Savez-vous\nce qu'avouait un jour Wagner : «Un instinct secret nous avertit que nous autres (Al\"\nlemands)nepossédons pas l'essence totale de l'art ; une voix intérieure nous dit que\nl'oeuvred'artdoit être un tout complet qui charme les sens eux-mêmes, qui touche\ntoutes les fibres de l'homme, qui l'envahisse comme un torrent de joie. » Et\nc'est aussi, je pense, l opinion de Nietzsche, qui prisait par-dessus tout la richesse,\nle goût, l'éclat de la musique de Carmen. Or cette joie inonde l'œuvre de Bizet,\nluttant contre l'issue fatale, lui disputant pied à pied le terrain, la défiant et lui\nfaisant face, et d'autant plus ardente à jouir de la vie qu'elle en sent la brièveté.\nCette joie fiévreuse, fragile, mais enivrante, Bizet nous l'a donnée. Accueillons-\nla sans réserve et laissons-nous envahir par elle, en rendant grâces au maître qui\na si bien répondu aux désirs formulés soupirés par le grand Allemand, et fait\nsi complètement vibrer « toutes les fibres de l'homme »,\nMais il en est une entre autres qu'il a su toucher avec une prédilection particu-\nlière. J'entends marquer par là ce sentiment de compassion qui le fait se pencher\nsur les souffrances des humbles et des déshérités. Son âme était pleinede ce « lait\nde l'humaine tendresse » dont parle Shakespeare : Songez à la chanson de\nRalph, à la rêverie de 1 Innocent, au poignant désespoir de Frédéri et de José,\nà la sublime résignation de Renaude et de Balthazar....\nOui, Bizet se place au rang de ces maîtres à qui nous donnons notre cœur parce\nqu'ils l'ont fait battre à l'unisson du leur. Parmi ceux dont les doigts ont frémi\nsur la lyre divine, si prématurément échappée à son étreinte, il vivra dans la\nmémoire des hommes, car il s'est mesuré avec ces deux mystères sacrés entre\nlesquels se meut la destinée : l'Amour et la Mort.\n\nRENÉ BRANCOUR.\n\nExécutions récentes.\n\n<< LAÏS >> drame lyrique de MM. LACRIE et PONTIER, musique de M. Marc DELMAS\n(représenté pour la ire fois au théâtre municipal de Dijon).\n\n— Depuis que nous\npossédons à Paris trois théâtres lyriques, l'Opéra, l'Opéra-Comique et la Gaîté,"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "153", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.25", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nil semble que les œuvres nouvelles trouvent encore plus de difficultés que par\nle passé à paraître aux chandelles. Certain critique prétendait il y a peu de jours\nqu'il n'y avait pas à l'heure actuelle une seule partition inédite susceptible d'être\njouée. Je n en croisrienet j'ai tout au contraire de fortes raisons de supposer que\nde volumineux manuscrits languissent et sommeillent dans maints tiroirs. Pour-\nquoi nos théâtres de province ne monteraient-ils pas des opéras nouveaux? En\nAllemagne, il n'est pas de ville où chaque année on ne donne deux ou trois pièces\nmusicales, et les juges ne manquent pas, même en dehors de Berlin. Il faut\napplaudir à tous les essais de décentralisation et féliciter la direction du théâtre\nde Dijon, qui vient de représenter Laïs, dont l'auteur, M. Marc Delmas, est\nencore étudiant ès musique à Paris. Le sujet qu'il a traité est une histoire d'a-\nmour et de violence, qui convenait admirablement au jeune compositeur dont\nla verve fougueuse s'épanche en une orchestration très colorée. M. Marc Delmas\nest merveilleusement doué pour le théâtre, et lorsque le recueillement que lui\nimposera son poétique séjour à Rome lui aura permis de guider son inspiration\nprime-sautière et de classer ses idées, il produira des œuvres durables. Ses pre-\nmières compositions dénotent déjà une personnalité, et cette Laïs contient des\npages que nos concerts symphoniques pourraient recueillir en attendant qu'une\nde nos scènes lyriques suive l'exemple de Dijon.\nL'œuvre de M. Delmas est bâtie sur plusieurs thèmes, dont le principal est\ncelui de Laïs amoureuse :\nCette phrase caractéristique, avec son gracieux dessin montant à la neuvième,\net reproduite en imitation, révèle les qualités de mélodiste de M. Marc\nDelmas. qualités que l'audition de Laïs a rendues manifestes, et sur lesquelles\nje ne saurais trop insister à cette époque où si souvent les musiciens, pour\néviter le Charybde de la banalité, échouent contre le Scylla de l'incohérence\nAyant su naviguer entre ces récifs, M. Marc Delmas peut aller loin.\nD'ailleurs, élève de MM. Lenepveu et Caussade, il n'est pas homme à perdrede\nvue les principes fondamentaux qui aident à établir l'ordonnance d'une œuvre\nmusicale et l'architecture d'une partition.\n\nHENRI BRODY.\n\n— La Socié'é J.-S. Bach (salle Gaveau) annonce pour le mercredi 10 mars une\naudition de quatre cantates religieuses, entre autres la célèbre « Wachet auf »\ncontenant des chœurs très importants et des soli pour lesquels sont engagés\ndeux des plus réputés chanteurs allemands: Mme Tilly-Cahubley Henken et\nM. Fritz Haas.\nChœur et orchestre sous la direction de M. Gustave Bret. Répétition publique\nle mardi 9, à qheures."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "154", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.26", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nThéâtre de Monte-Carlo\nPREMIÈRES REPRÉSENTATIONS : « NARISTÉ », DE XVL BELLEVOT ; « LE COBZAR »,\nDE MME GABRIELLE FERRARI. D'une inlassable activité, M. Raoul Gunsbourg\nvient de nous donner deux nouveaux ouvrages lyriques dont le succès fut\ntrès vif.\nNaristé est une comédie lyrique en un acte, fort agréable. Le librettiste,\nM. Alban de Polhes, a imaginé une fiction fantaisiste aimable et ingénieuse,\ndans un pittoresque décor japonais. Cette féerie poétique a fourni à M. Phi-\nlippe Bellenot, l'excellent maître de chapelle de Saint-Sulpice, l'occasion d'écrire\nune musique très mélodique, d'inspiration abondante et bien personnelle, et de\nfacture élégante, dont le charme a ravi les auditeurs.\nL'interprétation en fut excellente avec l'exquise cantatrice Mlle Bessie Abott\net le ténor très artiste qu'est M. Swolfs, tous deux remarquablement secondés\npar Mmes Marguerite d Elty et Mary Girard, MM. Chalmin, Marvini et\nPhilippon.\nLe Cobzar est un drame lyrique, également en un acte, très empoignant.\nC'est, avec les coutumes et les superstitions populaires de Roumanie servant\nd'atmosphère, une action cl'amour, de jalousie et de vengeance, dont la violence\nproduit un grand effet. Solidement construite par l'habile dramaturge M. Paul\nMilliet, émaillée de fort jolis détails poétiques par Ml,e Hélène Vacaresco, cette\npièce eut un très beau succès.\nMme Ferrari a emprunté au folklore roumain ses thèmes caractéristiques,\nqu'elle a développés amplement, avec une science parfaite de l'orchestration\net un très louable sentiment du théâtre. Un beau souffle anime sa musique et\nl'on y remarque un très vif coloris. D'adroites coupures rendraient l'œuvre\nplus émouvante encore, sans rien lui enlever de sa musicalité.\nMme Marguerite Carré fut admirable de passion ; le brillant ténor M. Alt-\nchewsky, M. Gilly, Mmes de Kowska et Liéry complétaient excellemment\ncette distribution.\nM. Visconti, pour ces deux œuvres, a brossé de très beaux décors. Et, sous la\ndirection de M. Léon Jehin, les chœurs et l'orchestre ont vaillamment concouru\nà l'éclat de la représentation.\n« LE VIEIL AIGLE », drame lyrique en un acte, poème et musique de\nM. RAOUL GUNSBOURG.\nL'action du Vieil Aigle se déroule en Crimée, au xive siècle, et fait revivre\nles passions sauvages et héroïques des guerriers farouches de cette époque\nC'est la rivalité d'amour du khan Asvak et de son fils, le vainqueur Tolaïk,\ntous deux épris de la belle esclave russe Zina. Par l'épouvante qu'ils ont de se\nhaïr et de s'entre-tuer, en leur jalousie féroce, ils décident de supprimer la cause\nde leur conflit : Zina, la douce esclave, éprise du khan, son « vieil aigle », accepte\nde se sacrifier par amour. Asvak la jette dans la mer, et s'y précipite à son tour.\nCe drame violent, bien construit, où les personnages expriment avec force et\ndouleur les sentiments qui les troublent, a produit une profonde impression sur\nle public Le succès fut d'autant plus considérable que la musique, intimement\nliée au poème, est extrêmement scénique et contribue beaucoup à l'effet théâtral.\nElle est abondamment mélodique en sa simplicité et en sa clarté. L'orchestration,\nconfiée à M. Léon Jehin, est bien pleine et d'un vif coloris."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "155", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.27", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nL'interprétation réunissait les trois grands artistes : MM. Chaliapine, Rousse-\nlière et Mme Marguerite Carré. M. Chaliapine a fait du « vieil aigle » une figure\nformidable de chef redouté et en a traduit avec un sentiment pathétique tout\n1 amour et toute la douleur. M. Rousselière, le superbe ténor, est un admirable\nTolaïk. Mme Marguerite Carré incarne délicieusement, avecuncharme adorable,\nle rôle si poétique de Zina.\nL'œuvre et ses interprètes ont été chaleureusement acclamés.\n— La représentation italienne de Rigoletto fut une très belle soirée de\nrépertoire. Jamais encore l'opéra de Verdi n'avait trouvé à Monte-Carlo une\ninterprétation si compTètement parfaite.\nM. Titta-Ruffo est un magnifique Rigoletto. Sa voix splendide, jeune et facile,\nson art du chant, sobre d effets et pur de style, et son merveilleux talent de comé-\ndien le servent remarquablement dans ce rôle.\nMlle Frieda Hempel, dans le rôle de Gilda, fait admirer une voix délicieusement\npure et d'un timbre éclatant. Elle chante avec une virtuosité prodigieuse, dont\nelle a le bon goût de .ne jamais abuser. Avec elle la musicalité reste absolue.\nElle compose et joue le personnage de Gilda avec une exquise simplicité et un\nprofond sentiment dramatique.\nLe jeune ténor russe M. Smirnoff, qui jouait le duc de Mantoue, y est fort\nélégant cavalier. Sa voix est charmante, très souple, et il s'en sert avec un art\nirréprochable.\nMlle de Kouska, de sa superbe voix de contralto, chante à ravir le rôle de\nMaddalena : avec ces quatre artistes, le quatuor est allé aux nues.\nM. Vallier est un robuste et farouche Sparafucile. M. Marvini fait sonner\nson bel organe dans le rôle de iMonterone.\nMmes Mary Girard, Liéry, d'Elty, MM. Padouréano et Fabert complètent\nexcellemment cette magnifique distribution.\nIl ne faut oublier ni les chœurs, remarquablement sonores, ni l'orchestre, qui\nexécuta en perfection cet opéra sous la direction de M. Pomé.\n— Le célèbre chef d'orchestre M. Otto Loshe, directeur de l'Opéra de Cologne,\nvient de diriger la seconde partie du dernier concert classique. Par une modestie\ntropgrande, il n'avait inscrit au programme aucune de ses œuvres, qui lui méri-\ntent pourtant la plus haute estime. Il a dirigé magistralement des œuvres de\nBeethoven, Liszt, Tschaïkowsky et Wagner, et a été acclamé unanimement\npour la perfection de style et la vie qui caractérisent sa manière, très fidèle\ninterprète des chefs-d'œuvre.\n— M. Raymond MARTHE a donné une soirée consacrée tout entière aux œuvres\nde Henry MARÉCHAL. AU programme, le Spectre de la Rose, mélodie (Mme Bru-\nnet) ; air de Y Etoile, opéra comique en i acte (M. Vernudachi); air de Daphnis\net Chloé, opéra en 3 actes (Mme Dorska) ; deux morceaux pour violoncelle, Des-\ndémone endormie et Sérénade joyeuse (M. Raymond Marthe) ; duo du Miracle de\nNaim, drame sacré (Mme Brunet et M. Vernudachi) ; duo de Calendal, opéra\ncomique (Mme Brunet et Mme Dorska) ; Mona (M£ie Dorska) ; morceaux pour\npiano : Comme il vous p laira, Rêve d'enfant, Sérénade interrompue (Mme Marcel\nChailley) ; le trio de la Taverne des Trabans, opéra comique (Mme Dorska,\nMme Brunet, M. Vernudachi)."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "156", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090301-01.1.28", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie\n\nM. Maréchal est un compositeur qui se réclame de l'école de Gounod. Sa\nmusique tantôt tendre, tantôt spirituelle, toujours claire et bien française, a été\ntrès applaudie, ainsi que ses excellents interprètes.\n— Les obsèques de M* Clément Loret, compositeur, ancien organiste à Saint-\nLouis-d'Antin, ancien professeur à l'Ecole de musique classique Niedermeyer,\nchevalier de la Légion d'honneur et de l'ordre de Léopold, ont eu lieu à Notre-\nDame de Bois-Colombes, au milieu d'une nombreuse assistance d'amis et d'an-\nciens élèves. — Le deuil était conduit par MxM. Victor et Charles Loret, ses fils.\nMIle BRÉVAL DANS LE RÔLE DE CARMEN. — On a rarement l'occasion d'entendre\nCarmen aussi admirablement interprétée que cette fois : Mlle Lucienne Bréval\nabordait au théâtre de Monte-Carlo le rôle de Carmen, et la présence de la\nmagnifique artiste lyrique suffisait à donner à la soirée un intérêt tout particu-\nlier. Les admirateurs de Mlle Lucienne Bréval n'ont pas été déçus : jamais\nencore peut-être l'héroïne de Bizet ne fut plus belle, plus vivante ; l'interpréta-\ntion toute personnelle de Mlle Bréval se distingue à la fois par une incomparable\npureté de style et par une variété merveilleuse de nuances, aussi bien dans le\nchant que dans le jeu. Ce fut une vraie révélation. Et les ovations enthousiastes du\npublic ont acclamé triomphalement la nouvelle Carmen, splendide entre toutes.\nTous les autres rôles étaient, d'ailleurs, admirablement interprétés : M. Rous-\nselière est un superbe Don José, chanteur de voix chaude et jeune, comédien\nplein de passion. M. Gilly, dans le rôle d'Escamillo, fait applaudir un généreux\norgane, sonore et timbré. M1Ie Dubel est une délicieuse Micaëla. Et MM. Chai-'\nmin, Philippon, Marvini, Delestan, Mmes Mary Girard, Detroy, complètent le\nplus parfait ensemble qu'on puisse désirer.\nL'orchestre, dirigé par M. Léon Jehin, a remarquablement exécuté la parti-\ntion de Bizet.\n\nCHEMINS DE FER DE PARIS LYON-MÉDITERRANÉE\nLa Compagnie organise, avec le concours de l'Agence Cook, les excursions\nsuivantes :\n1° Carnaval de Nice-Italie\nDu 18 février au 18 mars 1909.\nPrix (tous frais compris) irecl., 1.300 fr. ; 2e cl., 1.170 fr.\n2° Egypte, le Nil et la Palestine\nDu 24 février au 28 avril 1909.\nPrix (tous frais compris) : ire cl. 3650 fr.\n3° Tunisie-Algérie\nDéparts de Paris les 28 février et 4 avril 1909.\nPrix (tous frais compris) : ire cl., 1.270 fr. ;2e cl., 1.150 fr.\n4° Italie (Semaine Sainte à Rome)\nDu 23 mars au 20 avril 1909.\nPrix (tous frais compris) : ire cl., 1.225 fr- î2e cl., 1.125 fr.\nS'adresser, pour renseignements et billets, aux bureaux de l'Agence Cook,\ni, place de l'Opéra, et 250, rue de Rivoli, à Paris."}]}