{"numero_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_sha256": "35ed762cf4f708f8401f4f450748c9013ca3dff275b02787622b8a2ea849d5fe", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1909/05/01_01/bmtnabj_1909-05-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1909/05/01_01/bmtnabj_1909-05-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-01_01#c001", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "237", "page_fin": "237", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.2.1", "titre_corps": "Jeunes filles de Londres et de Paris.", "titre_sommaire": "Jeunes filles de Londres et de Paris.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.1", "debut_caractere": 133, "fin_caractere_exclue": 1776, "texte": "Jeunes filles de Londres et de Paris.\nElles seront mille environ, le 14 mai, à 2 heures précises, au Trocadéro, pour\nchanter des airs populaires d'Angleterre et de France, et aussi quelques\ngrandes compositions accompagnées par l'orgue et un orchestre de 98 musi-\nciens. Vingt et une école anglaises ont répondu à l'invitation. L'objet du festival?\nune contribution charitable à l'œuvre de protection de l'enfance contre la tuber-\nculose. Les moyens? le chant l'élan discipliné de la seizième année,\nla culture d'une précieuse entente entre deux grands pays amis. Le Comité\n(parisien) de patronage est ainsi constitué grâce à de généreux concours :\nLE MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX-ARTS ;\nLady Feodorowna BERTIE;\nMME ST.-PICHON ;\nMME Louis LIARD ; Lady AUSTIN LEE ;\nMme Jules GAUTIER ; Mrs. HEATON ELLIS;\nPrincesse DE CYSTRIA-FAUCIGNY ; Mrs. HOWARD ;\nQTESSE Jean DE CASTELLANE ; Mr. WALTER BEHRENS, Président of\nMme GRANCHER; the british Chamber of Commerce, and\nMme Edward RAPHAËL; Mrs. BEIIRENS ;\nMme Madeleine LEMAIRE ; Right Rev. Bishop and Mrs. ORMSBY ;\nMme François FLAMENG; Mr. R. WALTON, vice-President, and\nMme Armand LINOL ; Mrs. WALTON;\nPrincesse Ed. DE POLIGNAC; _ Mr. and Mrs. O. E. BODINGTON ;\nMr. and Mrs. ALEC S. WALEY ;\nMr. and Mrs. C. H. JONES;\nMr. and Mrs. W. C. ROBERTSON, and\nMiss ROBERTSON ;\nMr. and. Mrs. A. VYE-PARMINTER ;\nMr. and Mrs. D. ANDRADE.\nPrix des fauteuils et des places de loges : 10 fr. Les demandes de billets et\nles souscriptions nécessaires à une grande fête de charité sont reçues à la\nSociété musicale, 32, rue Louis-le-Grand, qui accuse réception parla voie des\njournaux quotidiens;"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-01_01#c002", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "238", "page_fin": "248", "image_debut": 2, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.2.2", "titre_corps": "Exécutions et publications récentes.", "titre_sommaire": "Exécutions et publications récentes.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.2", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 287, "texte": "Exécutions et publications récentes.\n\nSelon notre habitude, nous jugeons les statistiques précises plus éloquentes\nque des développements littéraires pour indiquer Fétat du gout public:\n\nOpéra-Comique.\nRecettes détaillées du 16 mars au 15 avril 1909."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.3", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2145, "texte": "Opéra.\nRecettes détaillées du 16 mars au 15 avril 1909.\n\n« LA VIE DE F. CHOPIN DANS SON OEUVRE ; SA LIAISON AVEC GEORGE SAND », PAR\nEDOUARD GAUCHE (I broch. 54 p., avec bibliographie du sujet, à la Société des\nauteurs-éditeurs). La Revue musicale (années 1903 et suiv.) a publié toute la\nCorrespondance, alors inédite, de Chopin, qui forme aujourd'hui le fort volume\npublié par M. Karlnwicz. Elle a donc qualité pour signaler l'intérêt de la bro-\nchure de M. Gauche. On y trouve un « journal »de Chopi n, dont M. Rosentha\na nié l'authenticité, mais qui paraîtra difficilement avoir pu être écrit par une\nautre main que celle du grand compositeur. Pour expliquer les œuvres de Chopin\npar sa vie, pour relier au moins avec suite et méthode chacune des premières\naux circonstances de la seconde, il faudrait que les éditeurs nous donnent deux\nrenseignements qu'ils ont le grand tort de négliger ; pourquoi, sur la couver-\nture de chaque ouvrage, ne mettent-ils pas deux dates, l'une indiquant 1' ((achevé\nd'écrire », l'autre 1' « achevé d'imprimer ou de graver » ? Le travail élégant\nun peu trop bref de M. Gauche dit ce qu'on peut dire. Pour en donner une\nidée, au lieu d'une sèche analyse, je citerai les pages suivantes :\nDans son Histoire de ma Vie, George Sand parle ainsi de Chopin à Majorque :\n« Le pauvre grand artiste était un malade détestable. Ce que j'avais redouté,\npas assez, malheureusement arriva. Il se démoralisa d'une manière complète.\nSupportant les souffrances avec assez de courage, il ne pouvait vaincre l'inquié-\ntude de son imagination. Le cloître était pour lui plein de terreurs et de fan-\ntômes, même quand il se portait bien. Il ne le disait pas et il me fallut Le devi-\nner. Au retour de mes explorations nocturnes, dans les ruines, avec mes enfants,\nje le trouvais à onze heures du soir, pâle devant son piano, les yeux hagards et\nles cheveux presque dressés sur la tête. Il lui fallait quelques instants pour nous\nreconnaître. Il faisait un grand effort pour rire et il nous jouait des choses subli-\nmes qu'il venait de composer, ou pour mieux dire, des idées terribles ou déchi-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.4", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3603, "texte": "rantes qui venaient de s'emparer de lui, comme à son insu, dans cette heure de\nsolitude, de tristesse et d'effroi.\n<( C'est là qu'il a composé les plus belles de ces courtes pages qu'il intitulait\nmodestement des préludes. Ce sont des chefs-d'oeuvre. Plusieurs présentent à la\npensée des visions de moines trépassés et l'audition des chants funèbres qui l'as-\nsiégeaient; d'autres sont mélancoliques et suaves ; ils lui venaient aux heures\nde soleil et de santé... D'autres encore sont d'une tristesse morne et en vous\ncharmant l'oreille vous navrent le cœur. Il y en a un qui lui vint par une soirée\nde pluie lugubre et qui jette dans l'âme un abattement effroyable. Nous l'avions\nlaissé bien portant ce jour-là, Maurice et moi, pour aller à Palma acheter des\nobjets nécessaires à notre campement. La pluie était venue, les torrents avaient\ndébordé ; nous avions fait trois lieues en six heures pour revenir au milieu de\nl'inondation et nous arrivions en pleine nuit, sans chaussures, abandonnés de\nnotre voiturin, à travers des dangers inouïs. Nous nous hâtions en vue de l'in-\nquiétude de notre malade. Elle avait été vive, en effet, mais elle s'était comme\nfigée en une sorte de désespérance tranquille et il jouait son admirable prélude\nen pleurant. »\nLiszt commente différemment cette scène et prétend « qu'au retour de la\nfemme aimée, Chopin tomba évanoui. Elle fut peu touchée, fut agacée même de\ncette preuve d'un attachement qui semblait vouloir empiéter sur la liberté de ses\nallures, limiter sa recherche effrénée de sensations nouvelles, lui soustraire\nquelque impression trouvée n'importe où et n'importe comment, donner un lien\nà sa vie, enchaîner ses mouvements par les droits de l'amour.\n« Le lendemain, Chopin joua le Prélude en si bémol mineur ; elle ne comprit\npas l'angoisse qu'il lui racontait/-\n« Depuis, il le rejoua souvent dévant elle, mais elle l'ignora, et si elle l'avait\ndeviné, elle eût intentionnellement igrforé quel monde d'amour de telles angoisses\nrévélaient. Son cœur, à lui, éclatait et se brisait à la pensée de perdre celle qui\nvenait de le rendre à la vie. Son esprit, à elle, ne voyait qu'un passe-temps amu-\nsant. »\nEn juin 1839, ils étaient revenus à Nohant, propriété de George Sand dans le\nBerry. Chopin devait désormais passer là tous les étés et résider à Paris l'hiver,\ndans un pavillon voisin de celui habité par son amie, rue Pigalle.\nLa vie à Nohant lui fut salutaire, elle le reposait des fatigues occasionnées\npar les obligations mondaines, la fiévreuse activité de la capitale, et lui permet-\ntait de travailler librement. Il écrivit le Prélude en do dièse majeur, les Polonaises\nen mi mineur et do mineur, des mazurkas, la Sonate en si bémol mineur, dans\nlaquelle il intercala la sublime Marche Funèbre composée antérieurement et\nimprovisée par Chopin dans l'atelier d'un peintre de ses amis, à la vue d'un\nsquelette articulé. Une autre version assure que Chopin voulut accompagner au\npiano des funérailles terminant le spectacle d'un théâtre de marionnettes.\nDe nombreuses distractions entouraient Chopin à la campagne. George Sand\nrecevait l'élite de son époque, un monde de littérateurs et d'artistes, auquel\nChopin préférait néanmoins la société aristocratique. Il se trouvait avec Balzac,\nLouis Blanc, Edgar Quinet, Etienne Arago, l'acteur Bocage,le chanteur Lablache,\nUiric Guttinguer, Mme Pauline Viardot et Eugène Delacroix dont les lettres\nrévèlent la vie à Nohant et son contact avec Chopin : « Quand on n'est pas retenu\npour dîner, déjeuner, jouer au billard ou se promener, on est dans sa chambre à"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "241", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.5", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3466, "texte": "lire ou à se goberger sur son canapé. Par instant, il vous arrive, par la fenêtre\nouverte sur le jardin, des bouffées de la musique de Chopin qui travaille de son\ncôté... J'ai des tête-à-tête à perte de vue avec Chopin que j'aime beaucoup et\nqui est un homme d'une distinction rare. C'est le plus vrai artiste que j'aie ren-\ncontré. Il est de ceux, en petit nombre, qu'on peut admirer et estimer. »\nProfitant d'une amélioration de sa santé, Chopin donna, en 1841 et 1842, deux\nconcerts à la salle Pleyel. Deux ans avant, il avait, avec Moschelés, de passage\nà Paris, joué au château de Saint-Cloud, devant le roi Louis-Philippe.\nLa maladie le terrassa de nouveau, le minant lentement, sûrement. La com-\npagnie d'un poitrinaire ne pouvait plaire longtemps à George Sand. Elle avait\ndéjà reporté son affection sur d'autres et attendait une séparation qu'elle n'osait\nprovoquer. Dans son roman, Floriani, elle voulut, d'après Liszt et ses\ncontemporains, en prêtant au prince Charles le caractère de Chopin, lui faire\ncomprendre l'ennui d'une vie avec un malade dont la disparition serait un soula-\ngement.\nIls se séparèrent en juin 1847. Si Chopin était devenu indifférent à George\nSand, il l'aimait toujours et son chagrin fut inexprimable.\nIls se rencontrèrent par hasard, l'année suivante, et George Sand raconte cette\ndernière entrevue : « Je le revis un instant en mars 1848. Je serrai sa main trem-\nblante et glacée. Je voulus lui parler, il s'échappa. C'était à mon tour de dire\nqu'il ne m'aimait plus. Je lui épargnai cette souffrance et je remis tout aux\nmains de la Providence et de l'avenir. Je ne devais plus le revoir. Il y avait de\nmauvais cœurs entre nous. Il y en eut de bons aussi qui ne surent pas s'y pren-\ndre. »\n\nANNUAIRE DE LA BIBLIOTHÈQUE PETERSJPOUR 1908 (LEIPZIG, CHEZPETERS).\nSuccesseur du très regretté Emil Vogel, M. Rudolf Schwartz publie un très élé-\ngant et très substantiel volume où l'on trouve, avec la bibliographie musicale de\n1908, les études suivantes : Vhétérophonie, parGuido Adler ;J. -G.N overre et son\ninfluence sur la composition du ballet dans le drame lyrique, par Hermann\nAbert ; deux opéras de Nicolo Logroscinos, par Hermann Kretzschmar ; les\nSymphonies de jeunesse de Jos. Hydn, par le même. Publication très soignée\net des plus utiles.\n\nLÉON VALLAS, «LA MUSIQUE A LYON AU XVIIIe SIÈCLE».\n\n— Tome I : La musique\nà VAcadémie. — Editions de la Revue musicale de Lyon. — Voici un excel-\nlent ouvrage et qui vient singulièrement enrichir la série encore bien incomplète\ndes études consacrées à la musicologie de nos provinces. Il est à peine besoin de\nreprésenter une fois de plus l'intérêt capital de semblables travaux, pourvu\nqu'ils soient conçus dans un esprit véritablement scientifique et réalisés avec une\nméthode précise. L'histoire de la musique française, prise dans son ensemble\nou pour une époque déterminée, ne pourra être sérieusement établie que du jour\noù ceux qui s'essaieront à en tracer le tableau complet auront à leur disposition un\nnombre suffisant d'ouvrages de cette sorte. La patience et la sagacité des érudits\nde nos villes de province doivent donc journellement contribuer à élaborer cette\nsérie de matériaux préparatoires, sans lesquels toute généralisation ne saurait\nêtre qu'incomplète et mensongère.\nCar la centralisation artistique est chose relativement récente. Des grands\nmusiciens du xvie, du xvne et du xvme siècle, même de ceux qui établirent tant"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.6", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3718, "texte": "à la Cour qu'à la Ville les plus solides fondements de leur renommée, il en est\nbien peu qui aient été formés à Paris ou qui n'aient point passé en d'autres\nrégions de la France une part très notable de leur existence artistique. Il en est,\net non des moindres toujours, que la capitale n'attira jamais. Comment juger\nsainement de l'étendue et de la valeur des efforts des uns comme des autres, si\ndemeure inconnu tout à fait le milieu où ils se sont développés, où ils ont même\nvécu leur vie toute entière ? C est dans les archives et les bibliothèques provincia-\nles que gisent ignorés les documents qui risquent de pouvoir nous enseigner\nquelque chose d'eux-mêmes.\nEn pareille matière, rien n est à dédaigner. Le renseignement biographique le\nplus insignifiant d apparence, 1 anecdote la moins significative à première vue,\npeuvent fournir la matière de rapprochements suggestifs, lesquels, éclairant\nsoudain une période obscure de la vie d'un grand homme, nous fourniront sur\nson œuvre les données susceptibles de nous en faciliter l'intelligence. Aussi, ne\nsaurait-on trop louer les érudits modestes qui se consacrent à la tâche, d'ap-\nparence ingrate, du dépouillement soigneux d'un dépôt d'archives en leur ville\nnatale. Eux seuls sont à même de mener à bonne fin ce long travail. Car les\narchives françaises, si elles sont redevables à la centralisation un peu brutale\nopérée à l'époque révolutionnaire d'être d'accès particulièrement facile, lui doi-\nvent aussi de se présenter partout, en général, remarquablement mutilées. Rien\nn'est plus exceptionnel chez nous que les séries complètes de documents, regis-\ntres capitulaires des églises par exemple, où l'on trouverait rapidement et sans\npeine assez de renseignements pour établir l'histoire d'une maîtrise, des maîtres\nqui y travaillèrent et des élèves qui s'y instruisirent dans leur art. C'est donc\ntoujours un peu partout et presque au hasard que le chercheur est contraint\nd opérer. Souvent, il trouvera le renseignement poursuivi partout ailleurs\nqu il eût pu s'imaginer le découvrir. Mais ce n'est qu'au prix d'un labeur infati-\ngable et longtemps continué qu il risque d'avoir ces surprises agréables. Elles\nn arrivent jamais à 1 historien qui, au cours d'un voyage d'études, s'essaierait à\nune exploration de quelques heures ou de quelques jours.\nUn ouvrage comme celui de M. Léon Vallas, seul, un érudit lyonnais pou-\nvait songer à l'entreprendre. Seul, il pouvait le poursuivre et le mener à bonne\nfin. Le distingué directeur de la Revue musicale de L,yovi s'est en effet proposé\nd éciiie toute 1 histoire musicale de la seconde ville de France au xvme siècle.\nVoilà un sujet considérable et qui peut-être, cependant, serait utilement complété\npar une étude consacrée aux deux siècles précédents. Cette étude, il est\npermis d espérer que M. Vailas nous la donnera un jour, si toutefois les docu-\nments originaux qu il doit connaître mieux que personne ne sont pas notoire-\nment insuffisants pour qu'on y puisse songer.\nQuoi qu'il en soit, louvrage complet de M. Vallas comprendra quatre gros\nvolumes. Dans le premier, le seul encore paru et celui dont je m'occupe ici,\n1 auteur a retracé 1 histoire très complète de 1 Académie de Lyon, fondée en 1713.\nL Académie de Lyon . Académie musicale, cela va sans dire \\ une de ces sociétés\nprivées comme il sen créa un peu partout au xvme siècle, et dont le but était\nd organiser des concerts réguliers pour 1 agrément des associés. Ce premier\nvolume doit prochainement se compléter d un second où seront réunies un cer-\ntain nombre d'œuvres musicales inédites de compositeurs lyonnais du même\ntemps. Car par un hasard heureux, malheureusement trop rare, pas mal des"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.7", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3531, "texte": "nombreux volumes imprimés ou manuscrits qui composaient la riche biblio-\nthèque de l'Académie lyonnaise ont été conservés et font encore partie des col-\nlections de la ville.\nDans un troisième volume, à paraître, M. Vailas retracera l'histoire de l'opéra\nà Lyon, de 1687 (date de sa première apparition aux bords du Rhône) jusqu'en\n1800. Enfin l'oeuvre se complétera d'un dernier tome, consacré aux concerts en\ndehors de l'Académie, au théâtre musical des amateurs ou du collège des jésui-\ntes, à la musique des fêtes publiques, aux artistes, aux professeurs,aux luthiers,\netc... En un mot, rien ne sera omis, dans cette monographie monumentale, de\ntout ce qui s'est fait ou écrit de musique à Lyon pendant le siècle choisi par\nl'auteur.\nTenons-nous-en au seul volume paru, que l'Université de Lyon reçut comme\nthèse de doctorat ès lettres, inaugurant ainsi en province l'acceptation d'un ordre\nde sujets encore trop rarement présentés. L'ouvrage se divise en deux parties.\nD'abord l'histoire de la fondation de l'Académie et celle de ses concerts. Puis,\naprès la pratique, la théorie,que les Académiciens lyonnais ne méprisaient point.\nEt nous avons le résumé des discussions historiques,esthétiques ou scientifiques,\ntenues sur la musique, tant à l'Académie des Beaux-Arts qu'à celle des Sciences\net Belles-Lettres.\nL'intérêt de cette seconde partie n'est pas médiocre, puisque le grand Rameau\nne dédaigna pas d'intervenir dans un de ces savants colloques et qu'une longue\nlettre de sa main, datée du 3 novembre 1741, figure encore dans la correspon-\ndance de la Compagnie. Soit dit en passant, ce document (que M. Vallas repro-\nduit en fac-similé) vient heureusement grossir le petit nombre des autographes\nconnus du maître. Néanmoins, il se peut que l'histoire, plus variée et très atta-\nchante, des efforts des premiers fondateurs de l'Académie ou celle des péripéties\ndiverses qui marquèrent son existence, pique davantage encore la curiosité du\nlecteur.\nM. Vallas ressuscite devant nous les attachantes figures des deux passionnés\nde musique à qui revient l'honneur de l'établissement du concert lyonnais : J.-P.\nChristin et Bergiron du Fort-Michon ; le premier, connu déjà de quelques éru-\ndits pour ses travaux scientifiques, sinon comme musicien ; le second, tout à fait\nignoré. C'est une curieuse figure que celle de ce fils d'un avocat lyonnais,\ncompositeur de mérite, en tous cas dilettante déterminé et capable pour l'amour\nde l'art de se donner tout entier à l'œuvre qu'il avait entreprise. Presque exclu-\nsivement composée d'amateurs à l'origine, la Société lyonnaise ne tarda point à\nprendre un caractère plus nettement professionnel, à mesure que l'extension\nde son répertoire rendait indispensable le concours d'exécutants nombreux et\nexercés. Si Bergiron conserva longtemps l'emploi de batteur de mesure, du\nmoins n'eut-il assez vite sous ses ordres que des musiciens de métier : les ama-\nteurs limitèrent leur collaboration au rôle d'auditeurs ou à celui, plus important,\nde souscripteurs. >\nM. Vallas nous fait connaître les différents domiciles où l'Académie établit ses\npénates. Il nous fait assister à ses séances plus ou moins brillantes, au cours\nd'une carrière dont la prospérité ne fut pas constante. C'est vers 1736 que la\nSociétéronnut ses plus beaux jours. Mais à mesure que les concerts prenaient\nplus d'éclat, qu'elle enrôlait dans son orchestre des exécutants plus notoires,\nJ.-M. Leclair le cadet par exemple, ou qu'elle offrait l'hospitalité à des virtuoses"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.8", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3668, "texte": "réputés, Grignon, Mondonville, Leclair, Mlle Fel, les frais augmentaient et\nl'équilibre du budget devenait plus chancelant. Il y eut des périodes difficiles, très\ndifficiles même. Et quand Bergiron meurt, en 1768, son œuvre est déjà frappée\nà mort. Elle ne lui survivra que cinq ans. L'année 1773 est la dernière de l'Aca-\ndémie musicale de Lyon.\nPendant ces 69 années d'existence, son répertoire avait curieusement évolué,\nsuivant le goût du siècle et les influences diverses que la musique française\nsubissait alors. Nous le connaissons à merveille, ce répertoire, puisque le cata-\nlogue de sa bibliothèque, une des plus riches du royaume, subsiste toujours et\nque M. Vallas n'a point manqué de publier intégralement ce document signifi-\ncatif, daté de 1768. De Lulli et de Campra, puis de Rameau, dont les fragments\nd'opéra ou les airs de danse défrayèrent les premiers concerts, des motets de\nLalande ou de ses imitateurs, nous passons aux oratorios latins de Scarlatti, de\nMelani ou de Bononcini. A côté des pièces de violon françaises, nous rencon-\ntrons les œuvres des grands violonistes italiens. Hsendel, Gluck, figurent sur ce\ncatalogue qui reflète en somme fidèlement les variations du goût français dont\nles tendances, à Lyon, demeurent assez exactement apparentées à celles que les\nprogrammes du Concert Spirituel nous font connaître à Paris pour la même\npériode.\nQuelque intéressantes qu'elles soient, ces constatations, dira-t-on, n'ont\nqu'un intérêt médiocre en ce qui regarde l'histoire générale de la musique\nfrançaise. Il se peut. Mais, sans vouloir débattre ce point contestable, notons du\nmoins que le travail de M. Vallas apporte une contribution assez notable à la\nbiographie de Rameau, d'où l'on peut très vraisemblablement déduire quelques\nrenseignements fort intéressants pour la chronologie de son œuvre.\nDepuis que j'ai publié ici même,en 1902, les documents qui établissaient irré-\nfutablement le premier séjour de Rameau à Clermont en 1702 (séjour ignoré\njusqu'ici), divers travaux ont contribué à établir l'emploi de son temps jusqu'à\nl'époque où, à Clermont pour la seconde fois, il prépare son Traité de /'Harmo-\nnie. Détails biographiques qui ne sont pas indifférents, puisqu'en ruinant la\nlégende ridicule qui voulait faire de Rameau pendant près de 20 ans une manière\nde musicien errant, apprenant la théorie de son art au hasard des grandes\nroutes, ils mettaient en relief le caractère hautement traditionnel de son art.\nM. Vallas nous apporte, avec une date certaine, la confirmation d'un séjour de\nRameau à Lyon, que l'on n'ignorait point, mais qu'on ne savait à quelle année\nfixer. Pendant toute l'année 1714, nous l'apprenons maintenant, il fut organiste\ndes Jacobins à Lyon, aux appointements de 200 livres.\nCeci suffirait à établir les rapports qui ne purent manquer d'exister entre le\njeune organiste et l'Académie naissante,rapports que confirme, rétrospectivement\nen quelque sorte, la lettre très postérieure qui montre en 1741 Rameau s'inté-\nressant encore aux discussions des académiciens lyonnais. M. Vallas est très\nlégitimement parti de là pour supposer que deux des motets connus du maître :\nDeus noster refugium et In convertendo, ainsi qu'un troisième : Exultet cœlumlau-\ndibus, aujourd'hui perdu, remontent à cette période lyonnaise. En effet, ces pièces\nfiguraient, en partition et parties séparées,dans la bibliothèque delà Compagnie\nsous un numéro d'ordre qui indique qu'elles furent des premières à y entrer. C'est\nainsi que le Deus noster refugium porte le n° 11. N'est-ce pas assez pour démon-\ntrer avec évidence que ce morceau fut exécuté par l'Académie dès la première"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.9", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3468, "texte": "année de sa fondation, en 1714, et que très vraisemblablement Rameau l'avait\nécrit à cette intention) Le même raisonnement s'applique à plusieurs cantates de\nl'auteur futur d'Hippolyte et Aricie, dont la date, difficile à déterminer jusqu'ici,\nse trouve ainsi établie avec une quasi-certitude.\nAssurément personne necontestera qu'établir ainsi quelques points importants\nde l'histoire de l'œuvre d'un grand maître ne soit un utile apport à l'histoire\ngénérale de l'art. N'y eût-il que cela dans le livre de M. Vallas, nous ne devrions\npas moins lui rendre grâces. J'espère cependant avoir montré qu'on y trouve\nautre chose. J'ajouterai enfin en terminant que la lecture en est agréable, que le\nvolume est présenté avec un luxe de bon goût, que les recherches y sont rendues\nfaciles par des tables claires et complètes. Ce sera, j'imagine, plus qu'assez pour\ninspirer aux musicologues et aux simples amateurs le désir d'en prendre connais-\nsance.\n\nHENRI QUITTARD.\n\nLA MUSIQUE FRANÇAISE A ROME.\n\n— Le dernier événement de la saison d'opéra\nà Rome : l'insuccès de Pelléas et Mèlisahde sifflé dès le début de la représen-\ntation, et sans même être écouté, n'est guère dénaturé à donner aux musiciens\nou aux critiques de France une idée bien favorable du goût et de la tenue du\npublic de cette ville, réputée déjà la moins musicienne de la péninsule. Il n'est\ndonc pas inutile que l'on sache en France que cette attitude et cette démonstra-\ntion hostile d'un public irrité par la maladresse et les insuccès toujours crois-\nsants de la direction du bostanzi (l'opéra) n'ont été jugées nulle part plus sévè-\nrement qu'à Rome même : Pelléas a été la victime beaucoup plus que la cause\nréelle d'une manifestation dirigée contre cette malheureuse direction ; et ceux-\nlà même parmi les spectateurs qui seraient venus avec l'intention de siffler\nl'œuvre nouvelle à la fin de l'opéra auraient été bien empêchés de le faire en\nconnaissance de cause, puisqu'il était impossible de juger de la musique et de\nl'entendre dans des conditions normales.\nDès le lendemain et les jours suivants, les critiques de musique de Rome ont\ndonné à l'incident son interprétation véritable et ils ont rendu hommage à la\nmusique de Debussy en termes justes et élogieux. Plus significative encore que\nleurs articles m'a paru la réclamation des habitués du « paradis », du bostanzi\n(publiée dans la Tribunà) : « Nous demandons un jugement en appel de Pelléas\net Mélisande, c'est-à-dire une représentation hors l'abonnement et à prix popo-\nlarissimi. — Sigrié : Beaucoup d'habitués du « cerveau » du bostanzi, c'est-à-\ndire du paradis, qui n'ont pu assister à la première représentation... et pour\ncause ! (Les prix des places, les soirs de « premières », sont beaucoup plus\nélevés.)\nAprès des déclarations de ce genre, un esprit impartial ne peut tirer de ce\nregrettable incident les conclusions fâcheuses qui s'imposaient d'abord.\nIl me semble au contraire que des observations assez favorables à notre\nmusique française ressortent de tous ces débats et qu'il est même curieux de\nnoter l'évolution du goût des Romains pour la musique moderne : une des\ncauses principales en est sans aucun doute l'augmentation dans les salles de\nconcert ou de théâtre du public populaire, ce public qui depuis l'ouverture de\nl'immense amphithéâtre borea (de 3.000 places) entend depuis deux ans et écoute\navec intérêt et impartialité Y Après-Midi d'un Faune, le quatuor de Debussy,"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.10", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3588, "texte": "Y Apprenti sorcier de Dukas, voire la Mer, en même temps que les symphonies à\nprogramme de Strauss. C'est ce même public ~~~ composé d'étudiants, de jeunes\ngens, de petits bourgeois qui a protesté l'autre jour contre la mise au ban\nde Pelléas, et qui me paraît digne de l'attention bienveillante des musiciens et\ndes artistes français.\nIl ne faut pas oublier non plus qu'il existe à Rome et en Italie de\njeunes chefs d'orchestre, des musiciensqui connaissent et étudient attentivement\nla nouvelle musique française, même parmi ceux qui appartiennent à une\nécole bien différente, comme Perosi par exemple. Bien loin d'être animés d'un\nesprit de parti pris contre ces formes d'art nouvelles, ils souhaitent les connaître\ndavantage ; je n'en veux pour preuve que les représentations de Pelléas et\nMéhsande à Milan l'hiver dernier, dont l'exécution et le succès furent à la hau-\nteur de l'oeuvre. Milan est, à vrai dire, beaucoup plus touché que Rome par les\ncourants de l'art moderne ; et d'ailleurs il semble naturel que la fine atmos-\nphère voilée de brume et de fumée parisienne dont s'enveloppe la musique de\nDebussy s'harmonise mieux avec le brouillard milanais qu'avec la lumière méri-\ndionale de la capitale. Mais, après tout, la musique n'est pas une question de\nclimat, précisément ; et on trouve ici même des amateurs pour l'impressionnisme\nde Claude Debussy, comme il en est d'autres pour les violentes peintures musi-\ncales de Richard Strauss.\nA ce propos, on n'aura sans doute pas manqué de faire à Paris des comparai-\nsons fâcheuses entre le bruyant succès des concerts de Strauss (où il a dirigé\nlui-même et pour la seconde fois déjà ses propres œuvres) et le non moins\nbruyant insuccès àce qu'il semblait de Pelléas. Les Allemand sont sur nous\nl'avantage d'être en matière d'art, comme en industrie plus exportateurs\nque nous. Sans parler des nombreux chefs d'orchestre allemands qui viennent\ndiriger les concerts hebdomadaires du borea un compositeur de l'importance\nde Strauss ne dédaigne pas de venir livrer ses batailles musicales en personne...,\nce qui dans un pays où le prestige personnel d'un artiste a tant d'importance\ncontribue pour une grande part au succès de son œuvre. L'amour-propre italien\nest lort sensible à de pareilles marques d intérêt ; il est bien regrettable que les\nartistes français ne se préoccupent pas d'en donner de semblables au public\nitalien. On juge sans doute du goût et des préférences de ce public par ces repré-\nsentants populaires et peu sérieux de l'opéra italien que sont Mascagni, Puccini\nou Leoncavallo ; à vrai dire, ils ne sont pas beaucoup plus populaires ici qu'à\nParis même.\nSi l'on voulait s'en donner la peine/on découvrirait en Italie des symptômes\nintéressants de la sympathie et de l'intérêt de beaucoup de musiciens pour les\nformes d'art et de pensée musicales françaises : qu'il me soit permis d'en relever\nun indice caractéristique dans une analyse des volumes intitulée : « Le peuple le\nplus musicien du monde », de Révolte, de Jean-Christophe, et publiée par un jour-\nnal de Florence. M. Silvio Tanzi, jeune compositeur de talent, commentait\nd'une manière amusante et inattendue l'œuvre d'un écrivain dont la pensée im-\npartiale et élevée contribue plus que toute autre manifestation d'art français à\nnous faire comprendre et aimer en Italie :\n« Voici enfin que la musique allemande a été observée par un regard et sous\n« un aspect nouveaux et que cette analyse aiguë, sûre, originale, impitoyable\n« parfois, a été faite par un Français. Cela est très réconfortant pour la France"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.11", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3733, "texte": "« et de bon augure pour tous les autres pays. Car il est encourageant et réjouis-\n« sant de constater que les Français ne sont plus intimidés par les Allemands\n« et que la frivolité gauloise ose découvrir avec une joyeuse irrévérence tout le\n« ridicule qui se cache sous la gravité teutone. -\n« Manquer de respect à quelqu'un ou à quelque chose signifie qu'on n'en a\n« plus peur. Le respect en effet s'il n'est pas une des formes nobles de l'igno-\n« rance, est une des formes ignobles de la peur. La critique portée par un Fran-\n« çais sur ce qui constitue la partie la plus noble, la plus élevée de l'esprit\n« allemand, est sans nul doute un bel et significatif acte de « revanche ».\nEt en un autre passage : « Nous savons que cette floraison superficielle de\n« la musique allemande cache un état morbide et sentimental ».\n... Quand on se souvient que nous avons à Rome une institution unique dans\nson genre (puisque les autres académies étrangères n'ont point de section\npour les musiciens) et que la Villa Médicis serait un terrain de contact tout indi-\nqué entre les musiciens des deux pays— on regrette d'autant plus vivement\nl'absence d'intérêt dont témoignent les artistes ou les musiciens de France à\nl'égard de cette maison. Chaque printemps, en une séance traditionnelle, les\njeunes Médicéens donnent au monde officiel et des arts une audition de leurs\nenvois. Combien la présence de quelques personnalités du monde musical pa-\nrisien n'ajouterait-elle pas de prestige et de signification à ces séances ! Et pour-\nquoi nos compositeurs ou nos chefs d'orchestre n'y viendraient-ils pas diriger\nleurs œuvres, si difficiles parfois à interpréter pour des étrangers ? Notre mu-\nsique de chambre française, si peu connue ici, trouverait dans la Bibliothèque\nde la Villa, une salle parfaite. Il y aurait là un moyen excellent de préparer le\ngoût et l'opinion en notre faveur et en vue des exécutions musicales de 1911\nauxquelles nous serons conviés (de grands concerts seront organisés pour l'ex-\nposition de Rome).\nLa villa Médicis, il est vrai, semble assez tombée en défaveur dans l'opinion\npublique et même auprès des jeunes musiciens que l'on y envoie. Ceux-ci s'y\ntrouvent très dépaysés, au sortir delà grande fournaise de travail et d'émulation\nqu'est Paris. Mais si Rome n'estpasen effet un centre musical et si ses ressources\nparticulières en cette matière sont encore assez limitées, n'est-elle pas dans un\nautre sens et plus véritablement la ville la plus suggestive de musique qu'il soit ?\nSon air harmonieux et doux est tellement imprégné de chaleur et de lumière\nqu'il semble les communiquer aux sons eux-mêmes. Quel concert est plus mer-\nveilleux que celui de ses cloches innombrables aux timbres et aux rythmes les\nplus variés que l'on puisse imaginer? Comment décrire le joyeux éclat de toutes\nces voix de bronze sous le soleil ardent de midi, ou le decrescendo grave et mélo-\ndieux de l'angélus, qui semble s'éteindre avec les teintes variables du coucher du\nsoleil ? Et où l'oreille du musicien, harcelée et obsédée par les bruits et les dis-\nsonances de nos grandes villes, trouverait-elle un repos plus complet et plus\nbienfaisant que dans le silence enveloppant de la campagna, troué seulement de\nloin en loin par le trille des alouettes invisibles ?... Tout ceci ne vaut-il pas les\nconcerts les plus savants ou les discussions d'art les plus suggestives ?\nSans vouloir paraître trop optimiste, il me semble que l'on trouvera dans\ntout ce que j'ai indiqué des symptômes de réveil musical à Rome. Je serais heu-\nreuse qu'un élan de sympathie et de compréhension de la part de mes compa-\ntriotes les portât vers elle. Au lieu de s'intéresser uniquement au passé artistique"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.12", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1451, "texte": "et historique de cette sœur latine, ne serait-il pas opportun de rechercher dans\nle présent les éléments communs de vie et d'art qui peuvent nous rapprocher\nd'elle ?\nPourquoi ne cherchons-nous pas, en musique, à nous prévaloir d'argu-\nments d'une importance majeure, puisque la musique devient toujours davan-\ntage une langue générale et qu'elle est peut-être le meilleur moyen de compré-\nhension entre les différents peuples ? Il serait regrettable que nous négligions de\nnous servir des armes excellentes qu'elle peut nous fournir ici et qui pourront\nêtre les plus persuasives de toutes !\nRome, avril 1909.\n\nHÉLÈNE BARRÈRE.\n\nSÉANCES DE MUSIQUE ANCIENNE ET MODERNE POUR HARPE CHROMATIQUE. — La\nneuvième séance a eu lieu à la salle Pleyel, le 27 avril, avec le concours de\nMlle Rose Féart, de l'Opéra, de Mme L. Wurmser-Delcourt, de M. André Caplet\net M. Lucien Wurmser.\nAu programme, les œuvres de Florent Schmitt (un des compositeurs les plus\navancés de l'Ecole moderne!), André Caplet (même note !), Ed. Lalo,L. Delune,\nG. Enesco.Ch. Quef, L.-M. Tedeschi, Cl. Debussy. L'auditoire, toujours élé-\ngant et très nombreux, s'est mieux familiarisé avec le Masque de la Mort Rouge\n(légende tirée d'Edgard Poe), de M. Caplet, qui, récemment exécuté aux con-\ncerts Colonne, avait mieux dérouté l'auditoire. Les charmantes Danses de Cl.\nDebussy, pour harpe chromatique et orchestre à cordes, ont été particulièrement\napplaudies."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-01_01#c003", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "238", "page_fin": "238", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.2.2.1", "titre_corps": "Selon notre habitude, nous jugeons les statistiques précises plus éloquentes", "titre_sommaire": "Selon notre habitude, nous jugeons les statistiques précises plus éloquentes", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.2", "debut_caractere": 75, "fin_caractere_exclue": 222, "texte": "Selon notre habitude, nous jugeons les statistiques précises plus éloquentes\nque des développements littéraires pour indiquer Fétat du gout public:"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-01_01#c004", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "238", "page_fin": "238", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.2.2.2", "titre_corps": "Opéra-Comique. Recettes détaillées du 16 mars au 15 avril 1909.", "titre_sommaire": "Opéra-Comique. Recettes détaillées du 16 mars au 15 avril 1909.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.2", "debut_caractere": 224, "fin_caractere_exclue": 287, "texte": "Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 16 mars au 15 avril 1909."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-01_01#c005", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "238", "page_fin": "238", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.2.2.2.1", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.2", "debut_caractere": 289, "fin_caractere_exclue": 2144, "texte": "DATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\ni6mars 1909\nSolange.\nG. Salvayre.\n7.747 5o\nl7\nLouise.\nG. Charpentier.\n7.204 5o\n18\n— matin.\nCarmen.\nBizet.\n6.831 »\n— soirée.\nSolange.\nG. Salvayre.\n8.683 »\n19\n—\nWerther. -\nMassenet.\n7076 5o\n9.116 5o\n20\n—\nSolange.\nG. Salvayre.\n2 1\n— matin.\nSapho.\nMassenei.\n7.854 5o\n— soirée.\nManon.\nMassenet.\n/ •\n4.602 »\n22\n—\nMireille.\nGounod.\n4.072 »\n6.020 »\n23\n—\nSolange.\nG. Salvayre.\n24\n—\nSapho.\nMassenet.\n5.6o8 »\n2 5\n— matin.\nWerther. — La légende du Point\nMassenet. — F. Four-\nd7 Argentan.\ndrain.\n4.767 »\n26\n— soirée.\nPelléas et Mélisande.\nSolange.\nDebussy.\nG. Salvayre.\n7.581 5o\n6.473 »\n27\n—\n-» r 1 r~t rt\nMadame Butterfly.\nPuccini.\n1 /\n9.706 16\n28\n— matin.\nLa Habanera. — Le Jong\nleur\nR. Laparra. — Mas-\n— soirée.\nde Notre-Dame.\nsenet.\n4.727 5o\nLa Vie de Bohème. — Cavalle-\nPuccini. — Mascagni.\nria Rusticana.\n8.000 5o\n29\n—\nLouise.\nG. Charpentier.\n4.608 »\n3o\n—\nIphigénie en Tauride.\nGluck.\n7.487 5o\n31\navril matin.\nManon.\nMassenet.\n0.655 5o\n1\nCarmen.\nBizet.\n4.141 »\n0.522 5o\n— soirée.\nWerther.\nMassenet.\n2\n—\nSolange.\nG. Salvayre.\n5.951 »\n3\n—\nIphigénie en Tauride.\nGluck.\n8.1 52 5o\n4\n— matin.\nWerther. — Les Noces\nde\nMassenet.—V. Massé.\n— soirée.\nJeannette.\nSapho.\nMassenet.\n4.584 5o\n5.234 5o\n5\n—\nLa Traviata.\nVerdi.\n3.8o8 »\n6\n—\nManon.\nMassenet.\n8.226 5o\n7\n—\nSolange.\nG. Salvayre.\n3.5 2 3 5 0\n8\n—\nIphigénie en Tauride.\nGluck.\n3.318 »\n9\n—\nRelâche.\n»\n»\n10\n—\nPelléas et Mélisande.\nDebussy.\n6.962 »\n11\n— matin.\nAphrodite.\nG. Erlanger.\n3.960 »\n■\n— soirée.\nCarmen.\nBizet.\n6.947 5°\n5.576 »\n12\n— matin.\nOrphée.\nGluck.\n— soirée.\nManon.\nMassenet.\n9.562 5o\n13\n— matin.\nWerther. — Les Noces\nde\nMassenet.—V. Massé.\nJeannette.\n5.876 5o\n6.5 J 3 5o\n— soirée.\nAphrodite.\nG. Erlanger.\n14\n—\nLa Vie de Bohème. — Cavalle-\nPuccini. — Mascagni.\n1 5\nria Rusticana.\n9.394 5o\n»\n— matin.\nPelléas et Mélisande.\nDebussy.\n— soirée.\nSolange.\nG. Salvayre.\n»"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-01_01#c006", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "239", "page_fin": "239", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.2.2.3", "titre_corps": "Opéra. Recettes détaillées du 16 mars au 15 avril 1909.", "titre_sommaire": "Opéra. Recettes détaillées du 16 mars au 15 avril 1909.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.3", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 92, "texte": "Opéra.\nRecettes détaillées du 16 mars au 15 avril 1909."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-01_01#c007", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "239", "page_fin": "239", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.2.2.3.1", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.3", "debut_caractere": 2147, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "DATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n17 mars 1909\n19 —\n20 —\n22 —\n24 —\n26 —\n27 —\n29 —\n31 —\n2 avril 1909\n3 —\n5 —\n7 —\n12 —\n14 —\nMonna Vanna. — Javotte.\nFaust.\nSigurd.\nLohengrin.\nSamson et Dalila. — Javotte.\nRigoletto. — Coppélia.\nLa Valkyrie.\nSigurd.\nLa Walkyrie.\nLohengrin.\nMonna Vanna. — Javotte.\nLa Valkyrie.\nFaust.\nFaust.\nSamson et Dalila. — Coppélia.\nH. Février. — Saint-\nSaëns.\nGounod.\nReyer.\nR. Wagner.\nSaint-Saëns.\nVerdi. — L. Delibes.\nR. Wagner.\nReyer.\nR. Wagner.\nR. Wagneh.\nH. Février. — Saint-\nSaëns. \\\nR. Wagner.\nGounod.\nGounod.\nSaint-Saëns.\n13.028 39\n18.85 1 33\n10.482 »\n14.297 95\n13.712 39\n16.097 33\n12.643 »\n14.003 45\n13.712 39\n15.152 33\n10.627 5o\n15.007 95\n17.878 39\n22.167 95\n19.002 39"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-01_01#c008", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "239", "page_fin": "241", "image_debut": 3, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.2.2.4", "titre_corps": "« LA VIE DE F. CHOPIN DANS SON OEUVRE ; SA LIAISON AVEC GEORGE SAND », PAR", "titre_sommaire": "« LA VIE DE F. CHOPIN DANS SON OEUVRE ; SA LIAISON AVEC GEORGE SAND », PAR", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.3", "debut_caractere": 94, "fin_caractere_exclue": 2145, "texte": "« LA VIE DE F. CHOPIN DANS SON OEUVRE ; SA LIAISON AVEC GEORGE SAND », PAR\nEDOUARD GAUCHE (I broch. 54 p., avec bibliographie du sujet, à la Société des\nauteurs-éditeurs). La Revue musicale (années 1903 et suiv.) a publié toute la\nCorrespondance, alors inédite, de Chopin, qui forme aujourd'hui le fort volume\npublié par M. Karlnwicz. Elle a donc qualité pour signaler l'intérêt de la bro-\nchure de M. Gauche. On y trouve un « journal »de Chopi n, dont M. Rosentha\na nié l'authenticité, mais qui paraîtra difficilement avoir pu être écrit par une\nautre main que celle du grand compositeur. Pour expliquer les œuvres de Chopin\npar sa vie, pour relier au moins avec suite et méthode chacune des premières\naux circonstances de la seconde, il faudrait que les éditeurs nous donnent deux\nrenseignements qu'ils ont le grand tort de négliger ; pourquoi, sur la couver-\nture de chaque ouvrage, ne mettent-ils pas deux dates, l'une indiquant 1' ((achevé\nd'écrire », l'autre 1' « achevé d'imprimer ou de graver » ? Le travail élégant\nun peu trop bref de M. Gauche dit ce qu'on peut dire. Pour en donner une\nidée, au lieu d'une sèche analyse, je citerai les pages suivantes :\nDans son Histoire de ma Vie, George Sand parle ainsi de Chopin à Majorque :\n« Le pauvre grand artiste était un malade détestable. Ce que j'avais redouté,\npas assez, malheureusement arriva. Il se démoralisa d'une manière complète.\nSupportant les souffrances avec assez de courage, il ne pouvait vaincre l'inquié-\ntude de son imagination. Le cloître était pour lui plein de terreurs et de fan-\ntômes, même quand il se portait bien. Il ne le disait pas et il me fallut Le devi-\nner. Au retour de mes explorations nocturnes, dans les ruines, avec mes enfants,\nje le trouvais à onze heures du soir, pâle devant son piano, les yeux hagards et\nles cheveux presque dressés sur la tête. Il lui fallait quelques instants pour nous\nreconnaître. Il faisait un grand effort pour rire et il nous jouait des choses subli-\nmes qu'il venait de composer, ou pour mieux dire, des idées terribles ou déchi-"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.4", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3603, "texte": "rantes qui venaient de s'emparer de lui, comme à son insu, dans cette heure de\nsolitude, de tristesse et d'effroi.\n<( C'est là qu'il a composé les plus belles de ces courtes pages qu'il intitulait\nmodestement des préludes. Ce sont des chefs-d'oeuvre. Plusieurs présentent à la\npensée des visions de moines trépassés et l'audition des chants funèbres qui l'as-\nsiégeaient; d'autres sont mélancoliques et suaves ; ils lui venaient aux heures\nde soleil et de santé... D'autres encore sont d'une tristesse morne et en vous\ncharmant l'oreille vous navrent le cœur. Il y en a un qui lui vint par une soirée\nde pluie lugubre et qui jette dans l'âme un abattement effroyable. Nous l'avions\nlaissé bien portant ce jour-là, Maurice et moi, pour aller à Palma acheter des\nobjets nécessaires à notre campement. La pluie était venue, les torrents avaient\ndébordé ; nous avions fait trois lieues en six heures pour revenir au milieu de\nl'inondation et nous arrivions en pleine nuit, sans chaussures, abandonnés de\nnotre voiturin, à travers des dangers inouïs. Nous nous hâtions en vue de l'in-\nquiétude de notre malade. Elle avait été vive, en effet, mais elle s'était comme\nfigée en une sorte de désespérance tranquille et il jouait son admirable prélude\nen pleurant. »\nLiszt commente différemment cette scène et prétend « qu'au retour de la\nfemme aimée, Chopin tomba évanoui. Elle fut peu touchée, fut agacée même de\ncette preuve d'un attachement qui semblait vouloir empiéter sur la liberté de ses\nallures, limiter sa recherche effrénée de sensations nouvelles, lui soustraire\nquelque impression trouvée n'importe où et n'importe comment, donner un lien\nà sa vie, enchaîner ses mouvements par les droits de l'amour.\n« Le lendemain, Chopin joua le Prélude en si bémol mineur ; elle ne comprit\npas l'angoisse qu'il lui racontait/-\n« Depuis, il le rejoua souvent dévant elle, mais elle l'ignora, et si elle l'avait\ndeviné, elle eût intentionnellement igrforé quel monde d'amour de telles angoisses\nrévélaient. Son cœur, à lui, éclatait et se brisait à la pensée de perdre celle qui\nvenait de le rendre à la vie. Son esprit, à elle, ne voyait qu'un passe-temps amu-\nsant. »\nEn juin 1839, ils étaient revenus à Nohant, propriété de George Sand dans le\nBerry. Chopin devait désormais passer là tous les étés et résider à Paris l'hiver,\ndans un pavillon voisin de celui habité par son amie, rue Pigalle.\nLa vie à Nohant lui fut salutaire, elle le reposait des fatigues occasionnées\npar les obligations mondaines, la fiévreuse activité de la capitale, et lui permet-\ntait de travailler librement. Il écrivit le Prélude en do dièse majeur, les Polonaises\nen mi mineur et do mineur, des mazurkas, la Sonate en si bémol mineur, dans\nlaquelle il intercala la sublime Marche Funèbre composée antérieurement et\nimprovisée par Chopin dans l'atelier d'un peintre de ses amis, à la vue d'un\nsquelette articulé. Une autre version assure que Chopin voulut accompagner au\npiano des funérailles terminant le spectacle d'un théâtre de marionnettes.\nDe nombreuses distractions entouraient Chopin à la campagne. George Sand\nrecevait l'élite de son époque, un monde de littérateurs et d'artistes, auquel\nChopin préférait néanmoins la société aristocratique. Il se trouvait avec Balzac,\nLouis Blanc, Edgar Quinet, Etienne Arago, l'acteur Bocage,le chanteur Lablache,\nUiric Guttinguer, Mme Pauline Viardot et Eugène Delacroix dont les lettres\nrévèlent la vie à Nohant et son contact avec Chopin : « Quand on n'est pas retenu\npour dîner, déjeuner, jouer au billard ou se promener, on est dans sa chambre à"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "241", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.5", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1766, "texte": "lire ou à se goberger sur son canapé. Par instant, il vous arrive, par la fenêtre\nouverte sur le jardin, des bouffées de la musique de Chopin qui travaille de son\ncôté... J'ai des tête-à-tête à perte de vue avec Chopin que j'aime beaucoup et\nqui est un homme d'une distinction rare. C'est le plus vrai artiste que j'aie ren-\ncontré. Il est de ceux, en petit nombre, qu'on peut admirer et estimer. »\nProfitant d'une amélioration de sa santé, Chopin donna, en 1841 et 1842, deux\nconcerts à la salle Pleyel. Deux ans avant, il avait, avec Moschelés, de passage\nà Paris, joué au château de Saint-Cloud, devant le roi Louis-Philippe.\nLa maladie le terrassa de nouveau, le minant lentement, sûrement. La com-\npagnie d'un poitrinaire ne pouvait plaire longtemps à George Sand. Elle avait\ndéjà reporté son affection sur d'autres et attendait une séparation qu'elle n'osait\nprovoquer. Dans son roman, Floriani, elle voulut, d'après Liszt et ses\ncontemporains, en prêtant au prince Charles le caractère de Chopin, lui faire\ncomprendre l'ennui d'une vie avec un malade dont la disparition serait un soula-\ngement.\nIls se séparèrent en juin 1847. Si Chopin était devenu indifférent à George\nSand, il l'aimait toujours et son chagrin fut inexprimable.\nIls se rencontrèrent par hasard, l'année suivante, et George Sand raconte cette\ndernière entrevue : « Je le revis un instant en mars 1848. Je serrai sa main trem-\nblante et glacée. Je voulus lui parler, il s'échappa. C'était à mon tour de dire\nqu'il ne m'aimait plus. Je lui épargnai cette souffrance et je remis tout aux\nmains de la Providence et de l'avenir. Je ne devais plus le revoir. Il y avait de\nmauvais cœurs entre nous. Il y en eut de bons aussi qui ne surent pas s'y pren-\ndre. »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-01_01#c009", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "241", "page_fin": "241", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.2.2.5", "titre_corps": "ANNUAIRE DE LA BIBLIOTHÈQUE PETERSJPOUR 1908 (LEIPZIG, CHEZPETERS).", "titre_sommaire": "ANNUAIRE DE LA BIBLIOTHÈQUE PETERSJPOUR 1908 (LEIPZIG, CHEZPETERS).", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "241", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.5", "debut_caractere": 1768, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "ANNUAIRE DE LA BIBLIOTHÈQUE PETERSJPOUR 1908 (LEIPZIG, CHEZPETERS).\nSuccesseur du très regretté Emil Vogel, M. Rudolf Schwartz publie un très élé-\ngant et très substantiel volume où l'on trouve, avec la bibliographie musicale de\n1908, les études suivantes : Vhétérophonie, parGuido Adler ;J. -G.N overre et son\ninfluence sur la composition du ballet dans le drame lyrique, par Hermann\nAbert ; deux opéras de Nicolo Logroscinos, par Hermann Kretzschmar ; les\nSymphonies de jeunesse de Jos. Hydn, par le même. Publication très soignée\net des plus utiles."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-01_01#c010", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "241", "page_fin": "245", "image_debut": 5, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.2.2.6", "titre_corps": "LÉON VALLAS, «LA MUSIQUE A LYON AU XVIIIe SIÈCLE».", "titre_sommaire": "LÉON VALLAS, «LA MUSIQUE A LYON AU XVIIIe SIÈCLE».", "signature_source": "HENRI QUITTARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "241", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.5", "debut_caractere": 2322, "fin_caractere_exclue": 3466, "texte": "LÉON VALLAS, «LA MUSIQUE A LYON AU XVIIIe SIÈCLE».\n\n— Tome I : La musique\nà VAcadémie. — Editions de la Revue musicale de Lyon. — Voici un excel-\nlent ouvrage et qui vient singulièrement enrichir la série encore bien incomplète\ndes études consacrées à la musicologie de nos provinces. Il est à peine besoin de\nreprésenter une fois de plus l'intérêt capital de semblables travaux, pourvu\nqu'ils soient conçus dans un esprit véritablement scientifique et réalisés avec une\nméthode précise. L'histoire de la musique française, prise dans son ensemble\nou pour une époque déterminée, ne pourra être sérieusement établie que du jour\noù ceux qui s'essaieront à en tracer le tableau complet auront à leur disposition un\nnombre suffisant d'ouvrages de cette sorte. La patience et la sagacité des érudits\nde nos villes de province doivent donc journellement contribuer à élaborer cette\nsérie de matériaux préparatoires, sans lesquels toute généralisation ne saurait\nêtre qu'incomplète et mensongère.\nCar la centralisation artistique est chose relativement récente. Des grands\nmusiciens du xvie, du xvne et du xvme siècle, même de ceux qui établirent tant"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.6", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3718, "texte": "à la Cour qu'à la Ville les plus solides fondements de leur renommée, il en est\nbien peu qui aient été formés à Paris ou qui n'aient point passé en d'autres\nrégions de la France une part très notable de leur existence artistique. Il en est,\net non des moindres toujours, que la capitale n'attira jamais. Comment juger\nsainement de l'étendue et de la valeur des efforts des uns comme des autres, si\ndemeure inconnu tout à fait le milieu où ils se sont développés, où ils ont même\nvécu leur vie toute entière ? C est dans les archives et les bibliothèques provincia-\nles que gisent ignorés les documents qui risquent de pouvoir nous enseigner\nquelque chose d'eux-mêmes.\nEn pareille matière, rien n est à dédaigner. Le renseignement biographique le\nplus insignifiant d apparence, 1 anecdote la moins significative à première vue,\npeuvent fournir la matière de rapprochements suggestifs, lesquels, éclairant\nsoudain une période obscure de la vie d'un grand homme, nous fourniront sur\nson œuvre les données susceptibles de nous en faciliter l'intelligence. Aussi, ne\nsaurait-on trop louer les érudits modestes qui se consacrent à la tâche, d'ap-\nparence ingrate, du dépouillement soigneux d'un dépôt d'archives en leur ville\nnatale. Eux seuls sont à même de mener à bonne fin ce long travail. Car les\narchives françaises, si elles sont redevables à la centralisation un peu brutale\nopérée à l'époque révolutionnaire d'être d'accès particulièrement facile, lui doi-\nvent aussi de se présenter partout, en général, remarquablement mutilées. Rien\nn'est plus exceptionnel chez nous que les séries complètes de documents, regis-\ntres capitulaires des églises par exemple, où l'on trouverait rapidement et sans\npeine assez de renseignements pour établir l'histoire d'une maîtrise, des maîtres\nqui y travaillèrent et des élèves qui s'y instruisirent dans leur art. C'est donc\ntoujours un peu partout et presque au hasard que le chercheur est contraint\nd opérer. Souvent, il trouvera le renseignement poursuivi partout ailleurs\nqu il eût pu s'imaginer le découvrir. Mais ce n'est qu'au prix d'un labeur infati-\ngable et longtemps continué qu il risque d'avoir ces surprises agréables. Elles\nn arrivent jamais à 1 historien qui, au cours d'un voyage d'études, s'essaierait à\nune exploration de quelques heures ou de quelques jours.\nUn ouvrage comme celui de M. Léon Vallas, seul, un érudit lyonnais pou-\nvait songer à l'entreprendre. Seul, il pouvait le poursuivre et le mener à bonne\nfin. Le distingué directeur de la Revue musicale de L,yovi s'est en effet proposé\nd éciiie toute 1 histoire musicale de la seconde ville de France au xvme siècle.\nVoilà un sujet considérable et qui peut-être, cependant, serait utilement complété\npar une étude consacrée aux deux siècles précédents. Cette étude, il est\npermis d espérer que M. Vailas nous la donnera un jour, si toutefois les docu-\nments originaux qu il doit connaître mieux que personne ne sont pas notoire-\nment insuffisants pour qu'on y puisse songer.\nQuoi qu'il en soit, louvrage complet de M. Vallas comprendra quatre gros\nvolumes. Dans le premier, le seul encore paru et celui dont je m'occupe ici,\n1 auteur a retracé 1 histoire très complète de 1 Académie de Lyon, fondée en 1713.\nL Académie de Lyon . Académie musicale, cela va sans dire \\ une de ces sociétés\nprivées comme il sen créa un peu partout au xvme siècle, et dont le but était\nd organiser des concerts réguliers pour 1 agrément des associés. Ce premier\nvolume doit prochainement se compléter d un second où seront réunies un cer-\ntain nombre d'œuvres musicales inédites de compositeurs lyonnais du même\ntemps. Car par un hasard heureux, malheureusement trop rare, pas mal des"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.7", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3531, "texte": "nombreux volumes imprimés ou manuscrits qui composaient la riche biblio-\nthèque de l'Académie lyonnaise ont été conservés et font encore partie des col-\nlections de la ville.\nDans un troisième volume, à paraître, M. Vailas retracera l'histoire de l'opéra\nà Lyon, de 1687 (date de sa première apparition aux bords du Rhône) jusqu'en\n1800. Enfin l'oeuvre se complétera d'un dernier tome, consacré aux concerts en\ndehors de l'Académie, au théâtre musical des amateurs ou du collège des jésui-\ntes, à la musique des fêtes publiques, aux artistes, aux professeurs,aux luthiers,\netc... En un mot, rien ne sera omis, dans cette monographie monumentale, de\ntout ce qui s'est fait ou écrit de musique à Lyon pendant le siècle choisi par\nl'auteur.\nTenons-nous-en au seul volume paru, que l'Université de Lyon reçut comme\nthèse de doctorat ès lettres, inaugurant ainsi en province l'acceptation d'un ordre\nde sujets encore trop rarement présentés. L'ouvrage se divise en deux parties.\nD'abord l'histoire de la fondation de l'Académie et celle de ses concerts. Puis,\naprès la pratique, la théorie,que les Académiciens lyonnais ne méprisaient point.\nEt nous avons le résumé des discussions historiques,esthétiques ou scientifiques,\ntenues sur la musique, tant à l'Académie des Beaux-Arts qu'à celle des Sciences\net Belles-Lettres.\nL'intérêt de cette seconde partie n'est pas médiocre, puisque le grand Rameau\nne dédaigna pas d'intervenir dans un de ces savants colloques et qu'une longue\nlettre de sa main, datée du 3 novembre 1741, figure encore dans la correspon-\ndance de la Compagnie. Soit dit en passant, ce document (que M. Vallas repro-\nduit en fac-similé) vient heureusement grossir le petit nombre des autographes\nconnus du maître. Néanmoins, il se peut que l'histoire, plus variée et très atta-\nchante, des efforts des premiers fondateurs de l'Académie ou celle des péripéties\ndiverses qui marquèrent son existence, pique davantage encore la curiosité du\nlecteur.\nM. Vallas ressuscite devant nous les attachantes figures des deux passionnés\nde musique à qui revient l'honneur de l'établissement du concert lyonnais : J.-P.\nChristin et Bergiron du Fort-Michon ; le premier, connu déjà de quelques éru-\ndits pour ses travaux scientifiques, sinon comme musicien ; le second, tout à fait\nignoré. C'est une curieuse figure que celle de ce fils d'un avocat lyonnais,\ncompositeur de mérite, en tous cas dilettante déterminé et capable pour l'amour\nde l'art de se donner tout entier à l'œuvre qu'il avait entreprise. Presque exclu-\nsivement composée d'amateurs à l'origine, la Société lyonnaise ne tarda point à\nprendre un caractère plus nettement professionnel, à mesure que l'extension\nde son répertoire rendait indispensable le concours d'exécutants nombreux et\nexercés. Si Bergiron conserva longtemps l'emploi de batteur de mesure, du\nmoins n'eut-il assez vite sous ses ordres que des musiciens de métier : les ama-\nteurs limitèrent leur collaboration au rôle d'auditeurs ou à celui, plus important,\nde souscripteurs. >\nM. Vallas nous fait connaître les différents domiciles où l'Académie établit ses\npénates. Il nous fait assister à ses séances plus ou moins brillantes, au cours\nd'une carrière dont la prospérité ne fut pas constante. C'est vers 1736 que la\nSociétéronnut ses plus beaux jours. Mais à mesure que les concerts prenaient\nplus d'éclat, qu'elle enrôlait dans son orchestre des exécutants plus notoires,\nJ.-M. Leclair le cadet par exemple, ou qu'elle offrait l'hospitalité à des virtuoses"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.8", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3668, "texte": "réputés, Grignon, Mondonville, Leclair, Mlle Fel, les frais augmentaient et\nl'équilibre du budget devenait plus chancelant. Il y eut des périodes difficiles, très\ndifficiles même. Et quand Bergiron meurt, en 1768, son œuvre est déjà frappée\nà mort. Elle ne lui survivra que cinq ans. L'année 1773 est la dernière de l'Aca-\ndémie musicale de Lyon.\nPendant ces 69 années d'existence, son répertoire avait curieusement évolué,\nsuivant le goût du siècle et les influences diverses que la musique française\nsubissait alors. Nous le connaissons à merveille, ce répertoire, puisque le cata-\nlogue de sa bibliothèque, une des plus riches du royaume, subsiste toujours et\nque M. Vallas n'a point manqué de publier intégralement ce document signifi-\ncatif, daté de 1768. De Lulli et de Campra, puis de Rameau, dont les fragments\nd'opéra ou les airs de danse défrayèrent les premiers concerts, des motets de\nLalande ou de ses imitateurs, nous passons aux oratorios latins de Scarlatti, de\nMelani ou de Bononcini. A côté des pièces de violon françaises, nous rencon-\ntrons les œuvres des grands violonistes italiens. Hsendel, Gluck, figurent sur ce\ncatalogue qui reflète en somme fidèlement les variations du goût français dont\nles tendances, à Lyon, demeurent assez exactement apparentées à celles que les\nprogrammes du Concert Spirituel nous font connaître à Paris pour la même\npériode.\nQuelque intéressantes qu'elles soient, ces constatations, dira-t-on, n'ont\nqu'un intérêt médiocre en ce qui regarde l'histoire générale de la musique\nfrançaise. Il se peut. Mais, sans vouloir débattre ce point contestable, notons du\nmoins que le travail de M. Vallas apporte une contribution assez notable à la\nbiographie de Rameau, d'où l'on peut très vraisemblablement déduire quelques\nrenseignements fort intéressants pour la chronologie de son œuvre.\nDepuis que j'ai publié ici même,en 1902, les documents qui établissaient irré-\nfutablement le premier séjour de Rameau à Clermont en 1702 (séjour ignoré\njusqu'ici), divers travaux ont contribué à établir l'emploi de son temps jusqu'à\nl'époque où, à Clermont pour la seconde fois, il prépare son Traité de /'Harmo-\nnie. Détails biographiques qui ne sont pas indifférents, puisqu'en ruinant la\nlégende ridicule qui voulait faire de Rameau pendant près de 20 ans une manière\nde musicien errant, apprenant la théorie de son art au hasard des grandes\nroutes, ils mettaient en relief le caractère hautement traditionnel de son art.\nM. Vallas nous apporte, avec une date certaine, la confirmation d'un séjour de\nRameau à Lyon, que l'on n'ignorait point, mais qu'on ne savait à quelle année\nfixer. Pendant toute l'année 1714, nous l'apprenons maintenant, il fut organiste\ndes Jacobins à Lyon, aux appointements de 200 livres.\nCeci suffirait à établir les rapports qui ne purent manquer d'exister entre le\njeune organiste et l'Académie naissante,rapports que confirme, rétrospectivement\nen quelque sorte, la lettre très postérieure qui montre en 1741 Rameau s'inté-\nressant encore aux discussions des académiciens lyonnais. M. Vallas est très\nlégitimement parti de là pour supposer que deux des motets connus du maître :\nDeus noster refugium et In convertendo, ainsi qu'un troisième : Exultet cœlumlau-\ndibus, aujourd'hui perdu, remontent à cette période lyonnaise. En effet, ces pièces\nfiguraient, en partition et parties séparées,dans la bibliothèque delà Compagnie\nsous un numéro d'ordre qui indique qu'elles furent des premières à y entrer. C'est\nainsi que le Deus noster refugium porte le n° 11. N'est-ce pas assez pour démon-\ntrer avec évidence que ce morceau fut exécuté par l'Académie dès la première"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.9", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 999, "texte": "année de sa fondation, en 1714, et que très vraisemblablement Rameau l'avait\nécrit à cette intention) Le même raisonnement s'applique à plusieurs cantates de\nl'auteur futur d'Hippolyte et Aricie, dont la date, difficile à déterminer jusqu'ici,\nse trouve ainsi établie avec une quasi-certitude.\nAssurément personne necontestera qu'établir ainsi quelques points importants\nde l'histoire de l'œuvre d'un grand maître ne soit un utile apport à l'histoire\ngénérale de l'art. N'y eût-il que cela dans le livre de M. Vallas, nous ne devrions\npas moins lui rendre grâces. J'espère cependant avoir montré qu'on y trouve\nautre chose. J'ajouterai enfin en terminant que la lecture en est agréable, que le\nvolume est présenté avec un luxe de bon goût, que les recherches y sont rendues\nfaciles par des tables claires et complètes. Ce sera, j'imagine, plus qu'assez pour\ninspirer aux musicologues et aux simples amateurs le désir d'en prendre connais-\nsance.\n\nHENRI QUITTARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-01_01#c011", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "245", "page_fin": "248", "image_debut": 9, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.2.2.7", "titre_corps": "LA MUSIQUE FRANÇAISE A ROME.", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE FRANÇAISE A ROME.", "signature_source": "HÉLÈNE BARRÈRE", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.9", "debut_caractere": 1001, "fin_caractere_exclue": 3468, "texte": "LA MUSIQUE FRANÇAISE A ROME.\n\n— Le dernier événement de la saison d'opéra\nà Rome : l'insuccès de Pelléas et Mèlisahde sifflé dès le début de la représen-\ntation, et sans même être écouté, n'est guère dénaturé à donner aux musiciens\nou aux critiques de France une idée bien favorable du goût et de la tenue du\npublic de cette ville, réputée déjà la moins musicienne de la péninsule. Il n'est\ndonc pas inutile que l'on sache en France que cette attitude et cette démonstra-\ntion hostile d'un public irrité par la maladresse et les insuccès toujours crois-\nsants de la direction du bostanzi (l'opéra) n'ont été jugées nulle part plus sévè-\nrement qu'à Rome même : Pelléas a été la victime beaucoup plus que la cause\nréelle d'une manifestation dirigée contre cette malheureuse direction ; et ceux-\nlà même parmi les spectateurs qui seraient venus avec l'intention de siffler\nl'œuvre nouvelle à la fin de l'opéra auraient été bien empêchés de le faire en\nconnaissance de cause, puisqu'il était impossible de juger de la musique et de\nl'entendre dans des conditions normales.\nDès le lendemain et les jours suivants, les critiques de musique de Rome ont\ndonné à l'incident son interprétation véritable et ils ont rendu hommage à la\nmusique de Debussy en termes justes et élogieux. Plus significative encore que\nleurs articles m'a paru la réclamation des habitués du « paradis », du bostanzi\n(publiée dans la Tribunà) : « Nous demandons un jugement en appel de Pelléas\net Mélisande, c'est-à-dire une représentation hors l'abonnement et à prix popo-\nlarissimi. — Sigrié : Beaucoup d'habitués du « cerveau » du bostanzi, c'est-à-\ndire du paradis, qui n'ont pu assister à la première représentation... et pour\ncause ! (Les prix des places, les soirs de « premières », sont beaucoup plus\nélevés.)\nAprès des déclarations de ce genre, un esprit impartial ne peut tirer de ce\nregrettable incident les conclusions fâcheuses qui s'imposaient d'abord.\nIl me semble au contraire que des observations assez favorables à notre\nmusique française ressortent de tous ces débats et qu'il est même curieux de\nnoter l'évolution du goût des Romains pour la musique moderne : une des\ncauses principales en est sans aucun doute l'augmentation dans les salles de\nconcert ou de théâtre du public populaire, ce public qui depuis l'ouverture de\nl'immense amphithéâtre borea (de 3.000 places) entend depuis deux ans et écoute\navec intérêt et impartialité Y Après-Midi d'un Faune, le quatuor de Debussy,"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.10", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3588, "texte": "Y Apprenti sorcier de Dukas, voire la Mer, en même temps que les symphonies à\nprogramme de Strauss. C'est ce même public ~~~ composé d'étudiants, de jeunes\ngens, de petits bourgeois qui a protesté l'autre jour contre la mise au ban\nde Pelléas, et qui me paraît digne de l'attention bienveillante des musiciens et\ndes artistes français.\nIl ne faut pas oublier non plus qu'il existe à Rome et en Italie de\njeunes chefs d'orchestre, des musiciensqui connaissent et étudient attentivement\nla nouvelle musique française, même parmi ceux qui appartiennent à une\nécole bien différente, comme Perosi par exemple. Bien loin d'être animés d'un\nesprit de parti pris contre ces formes d'art nouvelles, ils souhaitent les connaître\ndavantage ; je n'en veux pour preuve que les représentations de Pelléas et\nMéhsande à Milan l'hiver dernier, dont l'exécution et le succès furent à la hau-\nteur de l'oeuvre. Milan est, à vrai dire, beaucoup plus touché que Rome par les\ncourants de l'art moderne ; et d'ailleurs il semble naturel que la fine atmos-\nphère voilée de brume et de fumée parisienne dont s'enveloppe la musique de\nDebussy s'harmonise mieux avec le brouillard milanais qu'avec la lumière méri-\ndionale de la capitale. Mais, après tout, la musique n'est pas une question de\nclimat, précisément ; et on trouve ici même des amateurs pour l'impressionnisme\nde Claude Debussy, comme il en est d'autres pour les violentes peintures musi-\ncales de Richard Strauss.\nA ce propos, on n'aura sans doute pas manqué de faire à Paris des comparai-\nsons fâcheuses entre le bruyant succès des concerts de Strauss (où il a dirigé\nlui-même et pour la seconde fois déjà ses propres œuvres) et le non moins\nbruyant insuccès àce qu'il semblait de Pelléas. Les Allemand sont sur nous\nl'avantage d'être en matière d'art, comme en industrie plus exportateurs\nque nous. Sans parler des nombreux chefs d'orchestre allemands qui viennent\ndiriger les concerts hebdomadaires du borea un compositeur de l'importance\nde Strauss ne dédaigne pas de venir livrer ses batailles musicales en personne...,\nce qui dans un pays où le prestige personnel d'un artiste a tant d'importance\ncontribue pour une grande part au succès de son œuvre. L'amour-propre italien\nest lort sensible à de pareilles marques d intérêt ; il est bien regrettable que les\nartistes français ne se préoccupent pas d'en donner de semblables au public\nitalien. On juge sans doute du goût et des préférences de ce public par ces repré-\nsentants populaires et peu sérieux de l'opéra italien que sont Mascagni, Puccini\nou Leoncavallo ; à vrai dire, ils ne sont pas beaucoup plus populaires ici qu'à\nParis même.\nSi l'on voulait s'en donner la peine/on découvrirait en Italie des symptômes\nintéressants de la sympathie et de l'intérêt de beaucoup de musiciens pour les\nformes d'art et de pensée musicales françaises : qu'il me soit permis d'en relever\nun indice caractéristique dans une analyse des volumes intitulée : « Le peuple le\nplus musicien du monde », de Révolte, de Jean-Christophe, et publiée par un jour-\nnal de Florence. M. Silvio Tanzi, jeune compositeur de talent, commentait\nd'une manière amusante et inattendue l'œuvre d'un écrivain dont la pensée im-\npartiale et élevée contribue plus que toute autre manifestation d'art français à\nnous faire comprendre et aimer en Italie :\n« Voici enfin que la musique allemande a été observée par un regard et sous\n« un aspect nouveaux et que cette analyse aiguë, sûre, originale, impitoyable\n« parfois, a été faite par un Français. Cela est très réconfortant pour la France"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.11", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3733, "texte": "« et de bon augure pour tous les autres pays. Car il est encourageant et réjouis-\n« sant de constater que les Français ne sont plus intimidés par les Allemands\n« et que la frivolité gauloise ose découvrir avec une joyeuse irrévérence tout le\n« ridicule qui se cache sous la gravité teutone. -\n« Manquer de respect à quelqu'un ou à quelque chose signifie qu'on n'en a\n« plus peur. Le respect en effet s'il n'est pas une des formes nobles de l'igno-\n« rance, est une des formes ignobles de la peur. La critique portée par un Fran-\n« çais sur ce qui constitue la partie la plus noble, la plus élevée de l'esprit\n« allemand, est sans nul doute un bel et significatif acte de « revanche ».\nEt en un autre passage : « Nous savons que cette floraison superficielle de\n« la musique allemande cache un état morbide et sentimental ».\n... Quand on se souvient que nous avons à Rome une institution unique dans\nson genre (puisque les autres académies étrangères n'ont point de section\npour les musiciens) et que la Villa Médicis serait un terrain de contact tout indi-\nqué entre les musiciens des deux pays— on regrette d'autant plus vivement\nl'absence d'intérêt dont témoignent les artistes ou les musiciens de France à\nl'égard de cette maison. Chaque printemps, en une séance traditionnelle, les\njeunes Médicéens donnent au monde officiel et des arts une audition de leurs\nenvois. Combien la présence de quelques personnalités du monde musical pa-\nrisien n'ajouterait-elle pas de prestige et de signification à ces séances ! Et pour-\nquoi nos compositeurs ou nos chefs d'orchestre n'y viendraient-ils pas diriger\nleurs œuvres, si difficiles parfois à interpréter pour des étrangers ? Notre mu-\nsique de chambre française, si peu connue ici, trouverait dans la Bibliothèque\nde la Villa, une salle parfaite. Il y aurait là un moyen excellent de préparer le\ngoût et l'opinion en notre faveur et en vue des exécutions musicales de 1911\nauxquelles nous serons conviés (de grands concerts seront organisés pour l'ex-\nposition de Rome).\nLa villa Médicis, il est vrai, semble assez tombée en défaveur dans l'opinion\npublique et même auprès des jeunes musiciens que l'on y envoie. Ceux-ci s'y\ntrouvent très dépaysés, au sortir delà grande fournaise de travail et d'émulation\nqu'est Paris. Mais si Rome n'estpasen effet un centre musical et si ses ressources\nparticulières en cette matière sont encore assez limitées, n'est-elle pas dans un\nautre sens et plus véritablement la ville la plus suggestive de musique qu'il soit ?\nSon air harmonieux et doux est tellement imprégné de chaleur et de lumière\nqu'il semble les communiquer aux sons eux-mêmes. Quel concert est plus mer-\nveilleux que celui de ses cloches innombrables aux timbres et aux rythmes les\nplus variés que l'on puisse imaginer? Comment décrire le joyeux éclat de toutes\nces voix de bronze sous le soleil ardent de midi, ou le decrescendo grave et mélo-\ndieux de l'angélus, qui semble s'éteindre avec les teintes variables du coucher du\nsoleil ? Et où l'oreille du musicien, harcelée et obsédée par les bruits et les dis-\nsonances de nos grandes villes, trouverait-elle un repos plus complet et plus\nbienfaisant que dans le silence enveloppant de la campagna, troué seulement de\nloin en loin par le trille des alouettes invisibles ?... Tout ceci ne vaut-il pas les\nconcerts les plus savants ou les discussions d'art les plus suggestives ?\nSans vouloir paraître trop optimiste, il me semble que l'on trouvera dans\ntout ce que j'ai indiqué des symptômes de réveil musical à Rome. Je serais heu-\nreuse qu'un élan de sympathie et de compréhension de la part de mes compa-\ntriotes les portât vers elle. Au lieu de s'intéresser uniquement au passé artistique"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.12", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 654, "texte": "et historique de cette sœur latine, ne serait-il pas opportun de rechercher dans\nle présent les éléments communs de vie et d'art qui peuvent nous rapprocher\nd'elle ?\nPourquoi ne cherchons-nous pas, en musique, à nous prévaloir d'argu-\nments d'une importance majeure, puisque la musique devient toujours davan-\ntage une langue générale et qu'elle est peut-être le meilleur moyen de compré-\nhension entre les différents peuples ? Il serait regrettable que nous négligions de\nnous servir des armes excellentes qu'elle peut nous fournir ici et qui pourront\nêtre les plus persuasives de toutes !\nRome, avril 1909.\n\nHÉLÈNE BARRÈRE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-01_01#c012", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "248", "page_fin": "248", "image_debut": 12, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.2.2.8", "titre_corps": "SÉANCES DE MUSIQUE ANCIENNE ET MODERNE POUR HARPE CHROMATIQUE. — La", "titre_sommaire": "SÉANCES DE MUSIQUE ANCIENNE ET MODERNE POUR HARPE CHROMATIQUE. — La", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.12", "debut_caractere": 656, "fin_caractere_exclue": 1451, "texte": "SÉANCES DE MUSIQUE ANCIENNE ET MODERNE POUR HARPE CHROMATIQUE. — La\nneuvième séance a eu lieu à la salle Pleyel, le 27 avril, avec le concours de\nMlle Rose Féart, de l'Opéra, de Mme L. Wurmser-Delcourt, de M. André Caplet\net M. Lucien Wurmser.\nAu programme, les œuvres de Florent Schmitt (un des compositeurs les plus\navancés de l'Ecole moderne!), André Caplet (même note !), Ed. Lalo,L. Delune,\nG. Enesco.Ch. Quef, L.-M. Tedeschi, Cl. Debussy. L'auditoire, toujours élé-\ngant et très nombreux, s'est mieux familiarisé avec le Masque de la Mort Rouge\n(légende tirée d'Edgard Poe), de M. Caplet, qui, récemment exécuté aux con-\ncerts Colonne, avait mieux dérouté l'auditoire. Les charmantes Danses de Cl.\nDebussy, pour harpe chromatique et orchestre à cordes, ont été particulièrement\napplaudies."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-01_01#c013", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "248", "page_fin": "251", "image_debut": 12, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.2.3", "titre_corps": "Bibliographie de la musique.", "titre_sommaire": "Bibliographie de la musique.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.12", "debut_caractere": 1453, "fin_caractere_exclue": 2756, "texte": "Bibliographie de la musique.\nHISTOIRES\n(suite).\nSAVERIEN : Histoire des progrès de l'esprit humain dans les sciences exactes et\ndans les arts qui en dépendent, sçavoir l'arithmétique, ïalgèbre, la géométrie, l'a-\ncoustique, la musique, etc., avec un abrégé de la vie des auteurs les plus célèbres...\nParis, 1766, in-B°, 600 p. Peu important.\nBLAINVILLE (Charles-Henry de). Histoire générale, critique et philologique\ndelà musique. Paris, 1761 ; Paris Pissot, 1767, in-40, xi-189 p. et 69 tableaux.\n(Une édition gr. in-8° a dû paraître à Paris en 1765, d'après le Musik\nAlmanach de Reichardt.) « Ouvrage qui promet beaucoup et tient peu »\n(Forkel).\nBlainville, né à Tours en 1725, 1769, violoncelliste, protégé de la marquise de\nVilleroy, a fait une œuvre aussi faible que celle de Bonnet-Bourdelot, mais avec\nune pointe de prétention naïve en plus. L?auteur croit faire œuvre « critique »\n(puisqu'il insère le mot dans le titre de son Histoire), mais il ne fait rien moins\nque cela.\nBlainville est l'auteur de deux symphonies pour orchestre et de quelques\npièces (qui sont à la B. N.) ; il a aussi arrangé sous forme de « grands concerts »\nquelques sonates de Tartini. Théoricien en même temps que virtuose et profes-\nseur, il a écrit une brochure curieuse, Essai sur un troisième mode (1751). Il s'agit"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.13", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3516, "texte": "de la « découverte, » d'un mode nouveau qu'il appelait mixte ou\nhellemque, parce que ce mode tenait le milieu entre le majeur et le mineur. C'est\nen somme un mode du plain-chant, équivalent à la mineur, sans note sensible,\net commençant par la dominante. Ce mode fut appliqué dans une symphonie\nen i7sï. (Voir Mercure,juin 1751; réponse de Serre (de Genève),\nseptembre 175! ; Observations de Blainville, ibid.,nov. 1751 ; dispute terminée\npar les Essais sur les principes de l'harmonie, publiés par Blainville en 1753).\nLA BORDE (Jean-Benjamin). Essai sur la musique ancienne et moderne, Eug.\nn roy, Paris, 1780, 4 vol. in-40. Tome ler,Ier, 445 p. et 5g p. d'exemples notés ;\nt. 11, 444 p. et 178 de musique ; t. 111, 698 p. et 59 p. de musique ; t. IV, 476 p.\net 59 p. de musique (sans tables). L'ouvrage (annoncé par un prospectus\npublié en 1778) fut publié sans nom d'auteur. De la Borde en était l'éditeur, plus\nque 1 auteur ; les matériaux de cette histoire avaient par Bêche et\nRoussier.\nC est 1 histoire de la musique la plus considérable, la plus riche et la plus\noriginale du xvme siècle. Mais le témoignage de l'auteur est sujet à caution et il\nne faut pas considérer comme authentiques tous les documents produits par\nl'auteur (M; Riemann s'y trompa un jour !...) Le vol. I contient de nombreuses\nplanches d instruments ; le vol. II (ch. XII) contient une série de chansons\nfrançaises depuis le siècle de saint Louis, mises à 4 parties. Le tome 111, qui est\nla source principale pour l'étudedes musiques italienne et française à cette épo-\nque, est un Dictionnaire des musiciens. Un des mérites de l'auteur est d'utiliser\nles monuments figurés et d'avoir une certaine curiosité d'esprit. Il traite de la\nmusique chinoise.\nDe la Borde est un des types de l'amateur brillant et superficiel, instruit cepen-\ndant et assez habile connaisseur. Né à Paris le 5 septembre 1734, fils d'une\nancienne et riche famille française, élève de d'Auvergne pour le violon, de\nRameau pour la composition (il a écrit 28 opéras !), il fut gouverneur du Louvre\nsous Louis XV et guillotiné par la Révolution le 22 juillet 1794.\nAprès le xvme siècle, il y a une série d'historiens peu importants. Il faut, pour\ntrouver un travail digne d'attention, arriver à 1844. Avant cette date, je citerai :\nAUBERT (P.-F. Olivier) : Histoire abrégée de la musique ancienne et moderne,\nou Réflexions sur ce qu'il y a de plus probable dans les écrits qui ont traité ce sujet...\n- Paris, 1827, in-B°, 44 p. Peu important ; extrait du Dictionnaire de Choron.\nBERGERRE (Alexandre). —Exposé raisonné des principes de la musique... ac-\ncompagné de l histoire des signes et des faits... Paris, Frey, 1835, in-8° ; dédié\nà Reicha.\n2e édit., Paris et Lyon, Périsse frères, 1843, in-B°. Peu important.\nLEDHUI (Adolphe) et BERTINI (Henri). Encyclopédie pittoresque de la\nmusique, contenant l histoire de la musique ancienne et moderne, la description et la\nfigure des instruments les plus curieux, la biographie et le portrait des artistes\ncélèbres... Paris, H. Delloye, 1835, in-40. Inachevé (tome lerIer seul);\nmédiocre. La collaboration de Bertini se réduit à l'insertion de quelques mor-\nceaux de piano.\nTous ces opuscules sont peu de chose à côté de LAFAGE (Adrien de) i Histoire\ngénérale de la musique et de la danse... Paris, au Comptoir des imprimeurs,\n1844, 2 vol. in-B°, avec un Atlas in-f° de 28 planches, nombreux exemples notés\net appendices. Tome Itl, 614 p. ;< t. 11, 449 p. Travail très important, ayant le"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.14", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 3241, "texte": "mérite de réunir beaucoup de documents épars dans des ouvrages spéciaux,\ndevenu très rare aujourd'hui ; inachevé. Traite seulement de la musique des\nChinois, Indiens, Egyptiens et Hébreux.\nFÉTIS (François-Joseph) : I° La musique mise à la portée de tout le monde,\nexposé succinct de tout ce qui est nécessaire pour juger de cet art et pour en parler\nsans Vavoir étudié... Paris, Mesnier, 1830, in-8° ;\n2e édit., Liège, Collardin, 1830, in-B°.\n2e édit., augm., Paris, Paulin, 1834, in~i2.\nAutre édit., Bruxelles, Hauman, 1839 (et 1840), in-12.\n3e édit., augm., Paris, Brandus, 1747, in-B°.\nTraductions : en allemand, par Blum (Berlin, 1830) ; en italien, par E.\nPredari (Turin, 1858, 2 vol. in-16) ; en anglais, abrégé sous le titre : The\nMusic lover s Handbook (Londres, 1846, in-16) ; Boston, B. Perkins, 1842, d'a-\nprès la 2e édit. de Paris, et Londres, Clarke, 1844 ; en espagnol, par Soriano-\nFuertès (Barcelone, 1840) ; en russe, par Belikoff (Saint-Pétersbourg, 1833).\nOuvrage dont le titre fait tache dans la bibliographie musicale et justifie trop\nle succès.\n20 Curiosités historiques de la musique, complément nécessaire de « la Musique\nmise àla portée de tout le monde »... Paris, Janet et Cotelle, 1830, in-B°.\n30 Résumé philosophique de Vhistoire de la musique, publié par Fétis comme\nIntroduction à sa Biographie Universelle des musiciens (Paris, Bruxelles, 1835-44,\nvol. gr. in-8°), mais n'ayant pas paru à part ; nombreuses inexactitudes.\n40 Histoire générale de la musique... Tomes let 11, Paris, 1869, in-8° ;t. 111,\nIV, V, publiés après la mort de l'auteur, par les soins de son fils (Ffirmin-Didot,\n1872-76). Ouvrage de haute valeur, malgré des défauts presque aussi grands\nque les qualités, où est indiquée, pour la première fois, la connexité nécessaire\nde l'histoire de la musique avec toutes les autres parties de l'histoire générale.\nPour ce qui concerne l'antiquité, l'influence de de la Fage et de C. Engel est\nvisible.\nVoici l'indication du plan suivi par Fétis :\nVol. I. - « Considérant qu'en dehors des peuples de la race blanche il n'y a\npas de musique élevée à la dignité d'art et que les chants instinctifs des autres\nraces n'ont pas contribué à sa création...j'ai cru devoir traiter de ce qui les con-\ncerne dans une Introduction h l'histoire delà musique véritable. » Les trois\niers livres sont consacrés aux peuples sémitiques de l'Egypte, de la Chaldée, de\nl'Assyrie, de la Phénicie et de la Judée.\nVol. II.—Le4e livre est consacré aux Arabes et aux diverses époques de leur\nhistoire ;le 5e livre,à la race arienne ; ITnde ;le 6e livre aux Perses et à l'intro-\nduction de la musique persane chez les Turcs.\nVol. 111. Peuples d'Asie-Mineure. Grecs et Romains.\nVol. IV. La Musique dans les Eglises d'Orient et d'Occident.\nVol. V. Histoire de l'harmonie (du xive au xvie s.).\nVol. VI. Histoire de la rénovation de l'art, par l'invention du drame lyrique,\net par la transformation de la tonalité ; invention de la cantate et de l'oratorio ;\ncréation de formes nouvelles dans la musique instrumentale.\nVol. VIL Histoire des transformations de la musique dans toutes ses direc-\ntions, depuis 1750-1868. *\nDans la table analytique,on trouve des phrases comme celle-ci : « Temps anté-"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.15", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 746, "texte": "diluviens et postdiluviens. Quelle a pu être la musique dans les premiers âges de\n1 humanité ? On peut le décider a priori par la comparaison des crânes fossiles\navec ceux des peuples sauvages de l'Océanie » ! ! Dans l'lntroduction, sont pas-\nsés en revue avec une assurance singulière et un désordre effroyable, Polynésiens,\nAustraliens, nègres d Afrique, race finlandaise, race jaune ou mongolique,\nChinois, Japonais, Kalmouks, Kirghis et Kamtschadales, Malais, Mexicains et\nPéruviens... historique de Fétis, très estimée en son temps par des lec-\nteurs peu informés, est aujourd'hui en grand discrédit.\nJ indiquerai prochainement les principales histoires de la musique qui ne sont\npas écrites en français."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-01_01#c014", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "251", "page_fin": "260", "image_debut": 15, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.2.4", "titre_corps": "Le livret de la «Flûte enchantée».", "titre_sommaire": "Le livret de la «Flûte enchantée».", "signature_source": "Louis WEILL", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.15", "debut_caractere": 748, "fin_caractere_exclue": 2997, "texte": "Le livret de la «Flûte enchantée».\n\nL Opéra-Comique va mettre à la scène une nouvelle adaptation du livret clas-\nsique de la Flûte enchantée. Quelle sera l'exactitude ou l'originalité de la traduc-\ntion ? C est ce qu il sera intéressant de rechercher en comparant l'œuvre nou-\nvelle avec le texte allemand,, et en la rapprochant du scénario français antérieur.\nOn sera d autant plus à 1 aise pour formuler un jugement qu'on aura plus pré-\nsentes à 1 esprit 1 histoire ou plutôt les histoires d'où furent tirées à l'origine les\n(( paroles » de la Flûte enchantée.\nC est pour cette raison que ce premier article est consacré au livret allemand\net à ses sources.\nI. L'auteur. L'auteur de la Flûte enchantée est Schikaneder. Du moins, c'est\nlui qui l'a signée. Il eut certainement pour collaborateur Gieseke, « choriste et\nlibrettiste », dont le véritable nom était C. F. Metzler. Ce dernier, né en 1778,\naprès une carrière médiocre, abandonna le théâtre en 1804 et devint professeur\nde minéralogie àDublin, où il mourut en 1833. Mais il est difficile de déterminer\nla part qui revient au second de Schikaneder. M. Auguste Sauer signale la pré-\nface de 1 opéra intitulé le Miroir d'Arcadie (Vienne, 1795). Schikaneder\ns'indigne de l'insolence avec laquelle certain courriériste de Ratisbonne pré-\ntend se faire passer pour le collaborateur de la Flûte enchantée. « De telles\nimpertinences, s'écrie-t-il, confinent à l'escroquerie. » Toujours est-il que la\ncritique ne lui conteste pas la paternité de l'ouvrage. Il est probable que le\nfactotum se contenta de mettre au point certaines données de son directeur.\nQuant à Schikaneder lui-même (1), c'est en 1791 qu'il offrit à Mozart le sujet. Il\nconnaissait le musicien pour l'avoir rencontré à Salzbourg. C'était le plus jeune\nd une famille de douze enfants. Né à Ratisbonne en 1751, il se voua au théâtre,\njoua, devint chef de troupe, inauguraen 1801 le Théâtre « An der Wien », prit en\n1807 direction du théâtre de Brunn, tenta d'organiser des représentations à\ngrand spectacle, mais échoua misérablement. De nouveaux déboires à Vienne\net à Pest ébranlèrent sa raison. Après une série de prodigalités et d'orgies, il\n\n(i) Voir: Allgemeine deutsche Biographie, vol. XXXI, et Auguste Sauer : Schikaneder."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.16", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3531, "texte": "succomba à la folie en 1812. Le nombre des pièce de toute nature qu'il a com-\nposées est considérable. L'édition complète de ses œuvres, parue en 1792, ne\ncontient que quelques pièces de chevalerie.\nL'idée première de la Flûte enchantée est empruntée à un conte de fées. Mais\ntandis que Schikanedertravaillait à son sujet, deux poètes du théâtre de Léopold-\nstadt s'inspiraient du même récit. Heusler faisait représenter, le 3 mars 1791,\nGaspard Voiseleur ; Périnet, le 8 juin de la même année, Le Basson ou la\nCithare enchantée ; l'un et l'autre avec une partition de Venceslas Millier. Sont-\nce les deux opéras de ses rivaux qui mirent Schikaneder sur la piste du recueil\noù se trouve Loulou ou la Flûte enchantée ? N'eût-il vent de ces imitations qu'a-\nprès avoir entamé ses chants, ses duos, ses chœurs et ses dialogues }En tout\ncas, c'est en mars 1791 qu'il propose le livret à Mozart, et c'est le 30 septembre\nqu'a lieu la première représentation ; déplus, au lieu de s'en tenir à la fable de\nLoulou, Schikaneder introduit dans l'action et dans les caractères des éléments\ndivers dont on a pu préciser l'origine.\n11. Les sources. Quoi qu'il en soit, Loulou parut en 1789 dans le troisième\nvolume publié à Winterthur chez les éditeurs Steiner et Cie par Wieland sous\nle titre de « Dschinnistan (i)ou Choix de contes de fées et d'histoires fantastiques\nen partie originaux, en partie traduits à nouveau et refondus ». Dans la préface\nde ce troisième volume (datée du 18 mars 1789 à Weimar) (2), Wieland se révèle\ncomme le principal narrateur de la collection, nomme ses collaborateurs Chris-\ntophe Martin, F. Hildebrand, von Einsiedel et A. J. Liebeskind, en désignant\nle dernier l'auteur des Feuilles de palmier comme l'auteur de Loulou\nou la Flûte enchantée. A Liebeskind revient donc l'honneur d'avoir, indirec-\ntement, inspiré Mozart.\nPour se rendre compte de ce qu'a réalisé Schikaneder et de ce à quoi il a pré-\ntendu, il est nécessaire de connaître, au moins sommairement, le conte du\nDschinnistan.\n111. Analyse du conte initial. La fable se déroule à Mehrou, capitale du pays\ndeCorassan. Le roi Djamide, fondateur de l'empire, a bâti un château « par\nenchantement » ; mais ses successeurs n'ont pas su commander aux esprits qui\nhantent la vieille demeure. Ne se souciant pas d'être jetés au bas de leur lit, ils\nont laissé les appartements inoccupés. C'est ainsi qu'une fée en a fait sa rési-\ndence. Elle écarte les indiscrets et trouve moyen de leur enlever jusqu'à l'envie\nde traverser la forêt où se dresse lechâteau. Carellese métamorphose à volonté ;\nsurtout, elle s'entoure d'un éclat aveuglant. C'est la « fée rayonnante ».\nLe roi actuel évite la région de la demeure magique. Mais son fils Loulou ne\npartage pas cette crainte de la forêt. S'il se tient à distance respectueuse, c'est\npour ne point importuner la fée. Il entraîne peu à peu les courtisans à la chasse\nparmi les buissons et les arbres, et, désireux de se distinguer, il compte pour\nle moins rapporter quelque lion ou quelque tigre. Justement, un tigre poursuit\nune gazelle : bonne aubaine pour Loulou. Mais la gazelle est si prompte et si\nhabile qu'elle échappe toujours au carnassier. Loulou se laisse entraîner. Le\nvoici soudain devant la fée (( vêtue de lumière ». Pour ne point être ébloui,\nle jeune homme se protège les yeux de ses mains, puis il s'agenouille et s'excuse\n\n(1) En français, il est plus conforme à nos habitudes de prononcer DjinnistcMi\n(2) Le tome I parut en 1786 ; le tome 11, en 1787."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.17", "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 3690, "texte": "d'avoir, par mégarde, violé le mystère de la retraite. La fée Périfirime assure\nle prince de toute sa bienveillance. Loulou lui promettant obéissance, elle\nl'autorise à fixer sans danger les yeux sur elle, l'emmène au château et finale-\nment lui confie une mission. « La porte s'ouvrit d'elle-même. Un nuage vint en\nplanant se poser devant eux : c'était une voiture. Ils y montèrent. La voiture se\nsouleva et s'envola doucement et vite, telle une hirondelle au-dessus de la\nforêt. »\nEt voici la tâche dont elle charge son protégé. Il s'agit de pénétrer chez un\nsorcier qui a dérobé à Périfirime, « il y a longtemps » un bijou précieux. Ce\nbijou, c'est une plaque « d'acier flamboyant doré » : talisman auquel obéissent\nles esprits de tous les éléments et de toutes les contrées. A chaque étincelle\nqu on en fait jaillir, un esprit puissant vient, sous la forme souhaitée, offrir ses\nservices en esclave empressé. C'est le roi Djamide, le fondateur même de la\ndynastie de Loulou, qui avait remis à la fée l'acier magique. Entre les mains du\nsorcier Dilsenghouine, le bijou perd en partie sa vertu ; mais pour le lui reprendre\nil faut un jeune homme dont le cœur n'ait pas encore battu d'amour, courageux\net innocent à la fois. Loulou sera ce merle blanc.\nL'expédition n'est toutefois pas exempte de périls. Dilsenghouine retient pri-\nsonnière une vierge dont il est épris ; la jalousie le rend singulièrement circons-\npect. Gagner sa confiance, pénétrer dans la demeure située « derrière la mon-\ntagne », subtiliser le talisman, tout cela exige beaucoup de sang-froid et d'intel-\nligence. Heureusement, Loulou reçoit des mains de Périfirime deux objets\nenchantés : une flûte et une bague. La flûte possède le pouvoir de concilier\nl'affection de tous les auditeurs et d'apaiser à volonté toutes les passions. La\nbague est munie d'un diamant : suivant qu'on tourne le chaton vers la paume\nou en dehors, on revêt tous les déguisements souhaités. En cas d'extrême\ndanger, l'anneau peut, à titre de messager, s'envoler chez la fée.\nLe prince se met en route. Grâce à sa bague, il prend l'aspect d'un vieux vaga-\nbond. Dans les parages de l'habitation ensorcelée, il joue sur sa flûte des airs\ninfiniment doux. Nouvel Orphée, il charme les animaux de la forêt. Dilsen-\nghouine ouvre sa fenêtre et se sent irrésistiblement attiré par les fioritures du\nmusicien. Il sort parune porte dérobée et s'approche du prince. Son air est ter-\nrifiant : c'est ungéant aux lèvres épaisses, aux joues boursouflées, au nez retroussé,\nmoustachu, ventru, clignotant. Loulou se donne comme un musicien nomade,\nindifférent à la fortune, gagnant sa pitance au jour le jour. La magie de sa flûte\nopérant, il arrive à se faire engager par le sorcier. Le voilà dans la place.\nNaturellement, Dilsenghouine a été tenté de porter à ses lèvres le mélodieux\ninstrument, mais il n'en a tiré que des sons criards. Il admirera davantage l'art\ndu musicien. D'ailleurs, c'est moins pour sa propre satisfaction qu'il l'introduit\ndans son palais que dans l'espoir d'une influence heureuse sur le caractère de sa\nfemme. Car elle est maussade au dernier degré et résiste à toutes les avances.\nEntre temps, le sorcier a recours à son talisman pour se faire servir. Chaque\nfois qu'il frappe le métal d'un bâtonnet, des gardes, des sbires, des domestiques\nactifs, vont au devant de ses ordres. Un nain surveille l'exécution des moindres\ncommandements.\nLoulou est amené devant dix fileuses peu diligentes : il en distingue une, aux\nyeux noirs, dont la vue le remplit d'admiration. C'est Sidi parmi ses dames\nd'honneur. A peine est-il capable, sur l'invitation expresse et réitérée du sorcier,-"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.18", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3714, "texte": "d'exécuter des variationstour àtour langoureuses, plaintives, angoissées, tendres,\ngaies, chorégraphiques. La belle Sidi commence, ainsi que ses compagnes, à\ntourner vers le flûtiste des regards de reconnaissance. Dilsenghouine préfère les\nairs joyeux. Mais Loulou de feindre l'impatience : il prétend diriger les morceaux\nà sa fantaisie. Qu'on aille chercher un autre artiste, s'il suffit d'obéir aux caprices\nd'un maître ! Aussi bien, les premiers résultats ne donnent-ils pas toute satis-\nfaction ? Quel est le but de Dilsenghouine ?De gagner le cœur de Sidi. Au lieu\nd'user de la contrainte, mieux vaut s'évertuer à plaire et à persuader. Tandis\nque, prêt à suivre ces conseils, le sorcier va se parer de ses plus beaux atours et\nqu'il emmène son nain, Loulou retourne le chaton de sa bague et paraît sous ses\ntraits véritables II n'a que le temps de rassurer la princesse et de lui exprimer\nson amour subit et son intention de la délivrer. Sidi éprouve des scrupules. Le\njeune homme ne serait-il pas quelque nouvel esprit au service du tyran ? Mais\nnon. Le prince n'a pas de peine à convaincre la prisonnière. Il faudra seulement\nqu'elle fasse bonne figure au barbon et qu'elle aide son sauveur à dérober la\nplaque d'acier.\nQuand le sorcier revient, les femmes ne peuvent se défendre d'un sentiment de\nsurprise, tant les esprits évoqués par le talisman l'ont paré de riches couleurs et\nde bijoux. Quelques compliments adroitement assénés par Loulou qui, par la\nvertu de sa bague, a repris son aspect de musicien ambulant, l'attitude amusée\net bienvaillante de Sidi, mettent le galant en joyeuses dispositions. Le flûtiste se\nplace derrière lui, manœuvre derechef son diamant et se livre envers la jeune\nfille à une pantomime expressive dont le tyraninterprèteles réponses en sa faveur.\nDilsenghouine est si content qu'il s'avance pour embrasser la princesse. Loulou\nn'y peut tenir. Nouvelle volte de la bague et sons stridents de la flûte. C'est une\nfausse note commise par mégarde, explique le musicien. Cela n'empêche pas le\nsorcierdeprétendre célébrer ses noces le jour même. De son talisman il fait surgir\ntoute une armée et commande les préparatifs de la fête.\nJusque-là Sidi avait toujours résisté victorieusement aux avances du magi\ncien ; car elle tenait de sa mère, la fée Périfirime, un don. Il lui suffisait d'oppo-\nser la force d'inertie à ce qui ne lui agréait point pour enempêcher la réalisation.\nMais ce don devait être annihilé sitôt que Sidi deviendrait amoureuse. L'incli-\nnation pour Loulou la livre aux caprices de Dilsenghouine. Déjà elle a subi le\nbaiser du vilain. Déjà les esclaves apportent les parures de la mariée. Le flûtiste\nne peut qu'offrir d'égayer le festin de sa musique. Mais tout à coup il feint de\ntrouver l'hospitalité du maître peu généreuse et déclare vouloir reprendre son\nchemin. Sous la menace de châtiments terribles, il exécute quelques trilles,\nagace les valets et les gardes et déchaîne leur colère contre le nain du sorcier.\nGrâce à ce stratagème, il peut poursuivre Dilsenghouine. Il le trouve en train\nde calmer la jalousie et les soupçons de sa favorite, Barsine. Le monstre déclare\nqu'il instruira dans l'art des maléfices le garçon qu'il a eu d'elle, Barka, le nain,\npuis promet de jeter en prison les suivantes de Sidi et d'éloigner le joueur de\nflûte.\nCependant Périfirime célébrait un festin dans son château. Dilsenghouine va\nla surveiller au moyen d'un télescope, sans se douter que, précisément, la fée\nl'observait par un jeu de miroirs, lui et son entourage, et riait à gorge déployée\nde voir le nain Barka servir de jouet aux esclaves.\nLe banquet de noces commence. Loulou de diriger les dispositions des con-"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.19", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3801, "texte": "vives. Le sorcier s'oublie et s'enivre : il a le vin gai. Or, le nain s'avise d'un\ncaprice dangereux. Ne s'imagine-t-il pas savoir tirer de la flûte des sons enchan-\nteurs ? « Nem'enlève pas mon gagne-pain I », s'écrie le prince pour se défendre :\n<( Que ne vends-tu ta bague? » riposte Dilsenghouine, découvrant le diamant. Le\nflûtiste portait d'ordinaire l'anneau à son pouce gauche, si bien qu'en jouant il\nle cachait. Il se trouve en mauvaise posture, car il risque de perdre simultané-\nment ses deux fétiches. Comment faire face au danger ? Il demande la faveur\nd'exécuter un dernier air avant de se séparer à jamais de son fidèle instrument et\nil joue une berceuse. Tous les assistants s'endorment. Loulou s'avance vers le\nsorcier, lui glisse la main sur la poitrine et enlève l'acier magique. C'est une\ndouble poignée dorée retenue par un ressort, enchâssant, d'un côté, une tige\nd'acier, de l'autre une pierre à feu aiguisée. Le prince, involontairement, appuie\nsur le ressort. Les gardes et les serviteurs tressaillent et accourent protester\npar gestes de leur obéissance. Il retourne sa bague et réveille Sidi. Enthousiasme\ndes deux amants. La princesse révèle son origine. Fille de Périfirime et du roi\nde Cachemire, elle a eu le malheur de suivre un oiseau dans la forêt et d'être\nsurprise par Dilsenghouine : c'est ainsi qu'elle s'est laissé ravir le talisman et la\nliberté.\nLes amoureux jasent. Ils ne prennent pas garde au nain qui avertit son père.\nLe sorcier se précipite sur le prince. Mais c'est ce dernier que les esprits pro-\ntègent. Loulou retire sa bague et la lance loin de lui. Aussitôt apparaît dans\ntoute sa splendeur la fée. En vain Dilsenghouine se métamorphose en faucon.\nPérifirime le transforme en oiseau de nuit, ainsi que le nain. Elle pardonne à\n1 infidèle Barsine d'avoir aimé le sorcier. Puis elle fait monter l'heureux couple\ndans son char et fiance les jeunes gens. Elle fait trois fois le tour de la demeure\nensorcelée qui s'écroule et, « par le chemin des airs », ramène sa fille et son\nfutur gendre auprès des rois de Cachemire.et de Corassan.\nIV. Histoire du livret et de ses modifications. Cette analyse un peu détaillée\ndu conte de Liebeskind dispensera d'insister sur les livrets de Heusler et de Péri-\nnet, car ils reproduisent exactement la marche du récit. Celui de Périnet suit pas\nà pas le modèle. A peine change-t-il quelques noms et quelques circonstances\naccessoires. Loulou devient Armidoro, prince d'Eldorado ; le sorcier s'appelle\nBosphoro ; le gardien de son sérail est un goinfre ventru, Zoumio. La fée et la\nprincesse conservent leur nom. Périnet prend seulement soin de doubler son\njeune premier d'un domestique , Gaspard, et Sidi, de la confidente Palmire. Un\ngénie particulier,le petit Pizichi, estattaché aux personnes de Gaspard et d'Armi-\ndoro. Quant aux instruments donnés par la fée, une cithare remplace la flûte et\nla bague garde le pouvoir que lui attribue la fable primitive. Mais le serviteur\nreçoit un basson dont la vertu magique produit des effets analogues à ceux de\nla cithare confiée au maître. Déplus, la fée envoie au moment du danger un\ncheveu enchantéà Gaspard, et au prince une boule. A part ces légères additions,\nle conte n'est guère que découpé en scènes. Quelques couplets àla fin de chaque\nacte ou entre les dialogues célèbrent la chasse, la nature, la danse, le pouvoir\ndes instruments magiques, le génie Pizichi, l'amour, le bonheur, tout cela sans\nombre d'originalité. Quant aux plaisanteries-réservées à Gaspard et à Zoumio,\nelles portent exclusivement sur la boisson et sur la bedaine du gourmand. Les\ndécors choisis par Périnet représentent une forêt, puisle palais de Bosphoro, enfin\nl'appartement des femmes et le jardin. A l'occasion de ses noces, le sorcier songe"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.20", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3447, "texte": "à une fête nautique. C'est à ce propos qu'il empoisonnera les hôtes gênants. Ses\nplans sont déjoués, et finalement Armidoro épouse Sidi et Gaspard conquiert le\ncœur de Palmire.\nPérifirime, restée « la fée rayonnante », retrouve, comme chez Liebeskind, son\ntalisman que constitue également « l'acier flamboyant doré ». Le sorcier vaincu\nsera condamné à vivre trois cents ans sous terre.\nPérinet se s'est guère mis en frais d'imagination. Mais quelles modifications\nSchikaneder a-t-il fait subir à son sujet ?\nIl l'a tout bonnement amalgamé avec une série de descriptions empruntées\npour la plupart à un livre d'origine française : « Séthos, histoire ou vie tirée des\nmonumens anecdotes de l'ancienne Egypte, traduite d'un manuscrit grec »\n(parle P. Terrasson) (1). Il s'est souvenu de « YObéron viennois » (2) dont la\nmusique était de Paul Wranitsky. Il a pris une pincée du conte des Trois habiles\ngarçons paru dans la même collection que le conte de Loulou ou la Flûte en-\nchantée (3). Enfin il a saupoudré le tout d'allusions aux rites et aux usages de\nla Franc-Maçonnerie. S'il n'avait pas créé avec l'aide de Gieseke le per\nsonnage de Papageno, on serait en droit de se demander ce dont il faut le plus\ns'étonner : que Schikaneder ait eu besoin de tant d'inspirations pour aboutir à\nun tel tissu de contradictions et d'absurdités, ou que Mozart, et, avec lui, le\npublic et les critiques, se soient intéressés à une œuvre si confuse, si maladroite\net, malgré tous les ingrédients dont elle se compose, si voisine de la niaiserie.\nMais puisque la partition de Mozart a immortalisé le livret, force est bien de\ndémêler « l'intrigue » et « les caractères » de la Flûte enchantée.\nSéthos est la biographie d'un prince égyptien. Pour échapper aux poursuites\nde sa belle-mère, Daluca, il se fera recevoir parmi les prêtres initiés de la trinité:\nIsis, Osiris, Horus. Les épreuves de sagesse et d'humanité le prépareront à sa\nmission idéale de futur roi. -\nLe librettiste allemand a mis à profit les chapitres 111 et iv consacrés à l'ini-\ntiation du prince ; il a peu tenu compte du reste de l'ouvrage : voyages de Séthos\nen Afrique, fondation d'Etats, lois données aux sauvages, retour en Egypte,\nvictoires sur ses adversaires, abdication au profit de ses demis-frères Béon et\nPemphos. Mais ce qu'il a utilisé, il l'a copié de très près et par endroits littéra-\nlement transcrit.\nAinsi l'on idendifie (q\\ pour ainsi dire, les passages suivants :\nDans Séthos :\nLe grand prêtre. Isis, ô grande déesse\ndes Egyptiens, donnez votre esprit au nouveau\nserviteur qui-a surmonté tant de périls et de\ntravaux pour se présenter à vous. Rendez le\nvictorieux de même dans les épreuves de son\nâme en le rendant docile à vos lois, afin qu'il\nmérite d'être admis à vos mystères.\n(Ch. m.)\nDans la Flûte enchantée :\nSarastro. O Isis et Osiris, accordez l'es-\nprit de sagesse au jeune couple ! Vous qui\ndirigez les pas des voyageurs, donnez-leur dans\nle danger la force de la patience... accueillez-\nles dans vos demeures.\n(Acte I', se. 1.)\n\n(1) L'ouvrage parut en 1731 à Paris, en 3 parties, et fut réimprimé en 1732 à Amsterdam en\n2 parties in-B°. Il fut traduit en anglais par M. Lediard (Londres, 1732) ; en allemand par Clau-\ndius (1777 et 177%> Breslau).\n(2) Cf. Gœthes Fortsetzung der Mozartschen Zauberflàte par Victor Junk (Berlin, Verlag von\nAlexander Dunker, 1900).\n(3) Voir Otto Jahn : Mozart, t. 11.\n(4) Junk, op. cit."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.21", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3764, "texte": "Inscription. Quiconque fera cette route\nseul, et sans regarder derrière lui, sera puri-\nfié par l'eau et par l'air ; et s'il peut vaincre la\nfrayeur de la mort, il sortira du sein de la terre,\nil reverra la lumière, et il auradroit de prépa-\nrer son âme à la révélation des mystères de la\ngrande déesse Isis.\n(Id., p. 214.;\nLe chœur. Quiconque parcourt cette\nroute pleine de difïicul és devient pur par le\nfeu, l'eau, l'air et la terre ; s'il peut surmonter\nles terreurs de la mort, il s'élance de la terre\nau ciel ; illuminé, il seradès lors en état de s'i-\nnitier pleinement aux mystères d'lsis.\n(Acte 11, se. XXVIII.)\nSchikaneder a-t-il du moins harmonieusement fondu les deux thèmes de\nLiebeskind et du P. Terrasson ? Il faudrait être bien prévenu en sa faveur pour\nl'affirmer.\nDans Sélhos, le prince et son compagnon Amédès, l'ancien conseiller de la\nreine Nephte, descendent dans la pyramide où les initiés se livrent à leurs prati-\nques rituelles. Amédès révèle à son jeune ami maint secret et mainte merveille,\npique sa curiosité,aiguillonne son courage Puis Séthos découvre l'inscription en\nlettres noires sur marbre blanc qui annonce l'épreuve de la triple purification par\nle feu, l'eau et l'air. L'avis est confirmé par trois guerriers en armes. Après ces\népreuves, le héros devra encore marcher seul et droit devant lui sans se retour-\nner, vaincre la peur de la mort et préparer son âme aux mystères d'lsis. Les\népreuves commencent. La première impose de traverser au pas une mer de\nflammes ; la seconde de passer à la nage un canal alimenté par une cascade au\nbruit étourdissant ; la troisième de se faire transporter sans lumière par deux\nroues gigantesques qui engendrent un effroyable courant d'air. Finalement\nSéthos arrive au temple lumineux, sanctuaire des divinités Osiris, Isis et Horus.\nIl y retrouve Amédès, déjà classé parmi les élus L'archiprêtre des initiés l'ac-\ncueille. Après vingt-quatre jours de jeûne, il obtient « la purification du corps ».\nSuivront la « purification de l'âme » et la « manifestation ». La purification de\nl'âme comporte « linvocation » et « l'instruction». Durant toute l'initiation,\ndéfense d'adresser la parole aux femmes. Après les épreuves de « renoncement »\net du « silence », l'archiprêtre pose à l'aspirant trois questions ; neuf jours sont\naccordés pour la réponse, et le silence est pour la seconde fois de rigueur. Les\nsujets sur lesquels on interroge Séthos ont trait à l'héroïsme, à l'honneur,\nau et à l'humanité La « purification de l'âme » ayant eu lieu la\n« manifestation » s'accomplit. L'entrée du prince parmi les initiés est célébrée\nen grande pompe.\nAu point de vue de l'action Schikaneder a fait passer au premier plan l'histoire\nd'amour : l'enlèvement de Pamina sert de pivot à la pièce. Le talisman de la fée\nest devenu le septuple cercle solaire ; mais le librettiste l'oublie quelque peu. Il\ns'en souviendra dans la Suite de la Flûte enchantée. C'est pour délivrer Pa-\nmina que Tamino s'efforcera de mériter l'initiation. Loulou se transfigure en\nSéthos. Comme d'autre part Sarastro tient Pamina sous sa domination, il faut\nqu'il remplisse les fonctions de grand prêtre. Voilà donc le sorcier Dilsenghouine\npromu à la dignité de chef des initiés. Mais alors son ennemie n'est plus la\nbonne fée ! Noircissons-la. Périfirime est escamotée pour céder la place à la\nreine de la nuit, personnage vindicatif. Les trois dames qui escortent cette mé-\nchante passeront au camp adverse,tandis que les trois garçons dévoués à Tamino\ndemeureront jusqu'au bout ses compagnons fidèles. Par contre, Monostatos,\nvilain nègre, furieux d'être repoussé par Pamina, abandonne Sarastro pour le\nparti de la nuit. C'est bien le moins qu'on entende une voix d'homme auprès"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.22", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3491, "texte": "delà reine et des trois autres femmes ! Quant aux amoureux, leur cause triom-\nphe : Papageno et Papagena forment le pendant comique du couple éprouvé.\nEt maintenant, si vous ne tirez pas de ces constatations des conséquences très\nambitieuses, c'est que vous n'avez pas l'âme métaphysique. Schopenhauer (i)\ndiscute gravement : « Le progrès serait parfait si, à la fin, Tamino, écartant le\ndésir déposséder Pamina, n'avait plus qu'une aspiration : être initié au tem-\nple de la sagesse, et la réalisait ; si, au contraire, par un contraste nécessaire,\nPapageno obtenait sa Papagena.., Cette perfection attribuée à Séthos nuirait à\nl'effet de l'opéra. Schikaneder a raison de réunir ses amants. »\nEh oui, Schikaneder a raison.Mais que nousimporte la perfectibilitéde Loulou\nou de Tamino dans un conte de fées ? Que nous chaut le symbole franc-maçon-\nnique emprunté à l'histoire de Séthos dans un décor égyptien ? Victoire de la\nlumière sur les ténèbres, du bien sur le mal, purification de l'homme par les\népreuves ! Que de principes sublimes ! « Le jour est en lutte avec la nuit.L'un a\npour moyens d'action la raison et la bienfaisance, l'autre la cruauté, la duperie\net les intrigues, déclare solennellement Herder (2). «Le grand public prend\nplaisir à l'apparition du jour ; à l'initié n'échappera pas le sens supérieur du phé-\nnomène, comme c'est le cas dans la Flûte enchantée et dans d'autres choses »,\nconfie Goethe à Eckermann (3)... O Mozart, que ta divine Flûte conféra donc,\npar sa grâce magique, de profondeur et d'esprit à Schikaneder î\nToujours est-il que Séthos fournit à l'auteur allemand une ample moisson\nd'allusions à l'Ordre tarabusté par Léopold 11. L'épreuve de l'impétrant conduit\naux portes du temple ; le bandeau appliqué sur les yeux de l'étranger ; le dis-\ncours de l'orateur ; les symboles de la lumière, ici la bible, l'équerre et le\ncompas, là le soleil, la lune et le maître de la chaire ; les formules amitié, fra-\nternité, humanité,transposées en principes d'amour, perfection, discrétion, abs-\ntinence et continence; les expressions: la divinité,la vertu,le bien, toutes ces\nexplications du P. Terrasson se retrouvent dans la Flûte enchantée. « Dès que te\nconduira la main de l'amitié » ; « l'harmonie del'amitié » ; « l'amour et la frater-\nnité » ; « quand un homme est tombé l'amour le mène au devoir » ; « puis il che-\nmine à la main d'un ami », etc. Schikaneder a suivi docilement son modèle. Il\nn'est pas jusqu'aux chiffres fatidiques, et surtout le chiffre 3, dont le librettiste\nn'ait usé et abusé : il présente 3 dames de la reine, 3 garçons, 3 prêtres, 3 escla-\nves ; il faut subir 3 épreuves ; on sonne 3 fois le cor ; 3 appels de trompette\nattirent Tamino et Pamina dans le sanctuaire. Enfin, parmi les personnages,\nles 3 garçons, la reine de la nuit, et Papagena font une triple apparition. Les\nindications de ce genre abondent dans Séthos.\nDans la franc-maçonnerie les femmes sont exclues. « Elles ne doivent pas\nscruter ce qui est incompréhensible à l'esprit humain » ; le récit français, au\ncontraire, appelle les femmes des « prêtresses par honneur ». Schikaneder fera\ndonc sacrer Pamina prêtresse : « Une femme qui ne craint ni la nuit ni la mort\nest digne d'être initiée. »\nLa double source à laquelle a puisé le directeur de théâtre allemand explique,\n\n(1) Pcirerga und parctlipomenct, I, 5. Cf. Junk, p. 23.\n(2) Adiasta, 11, 284. Cf. Junk, p. 24.\n(3) Conversations avec Eckermann, I, 219. Cf. Junk, ib."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.23", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3388, "texte": "sans la justifier, la déformation subie par les «personnages. Le sorcier Dilsen-\nghouine se scinde pour ainsi dire : d'une part ses fonctions de gardien sont attri-\nbuées à Sarastro, façonné à l'image du grand prêtre, et devenu dans l'opéra le\npère adoptif de Pamina ; d'autre part, l'horreur qu'inspire chez Liebeskind le\ntyran à Sidi se reporte dans l'âme de Pamina sur Monostatos. Schikaneder\naime dans son théâtre les rôles de pères nobles : son Sarastro s'idéalisa jusqu'à\ndevenir .une des figures sympathiques de la pièce.\nDe même la princesse du conte est pourvue, sous les traits de Pamina, de\ntoutes les qualkés.A la questionde Papageno : « Mon enfant,que dirons-nous ? »\nelle répond fièrement : «la vérité, quand ce serait un crime I » Elle ne pouvait\nd'ailleurs guère subir l'influence de l'ouvrage français. Pamina est donc Sidi,\nsans trop d'altérations.Elle est seulement moins passive que l'héroïne de Liebes-\nkind. Peut-être Schikaneder a-t il aussi pour ce personnage emprunté quelques\ntraits à l'Armande de YObèron viennois (i).\nLe caractère le plus méconnaissable est celui de la fée. De Périfirime il n'y a\npresque plus trace. Car la reine de la nuit est méchante et envieuse. L'obscurité\nqui l'entoure contraste avec la clarté qui baigne le royaume des initiés. D'abord\nprésentée comme « la reine aux flammes d'étoiles », elle a bien pu ressembler\npeu à peu à la belle-mère de Séthos, Daluca, qui cherche à faire sombrer la\nmoralité dans le peuple comme à la cour. De toute façon, elle est précipitée dans\nla nuit éternelle.\nPapageno, c'est le personnage comique cher aux farces viennoises. Schikane-\nder jouait lui-même ce rôle et ajoutait au texte des plaisanteries improvi-\nsées. La physionomie précise, par contraste, l'élévation des sentiments de\nTamino. «Je suis, dit-il, un homme de la nature qui se contente de dormir, de\nmanger et de boire, et, si cela pouvait se faire, d'attraper une fois une belle\npetite femme. »\nOn s'accorde à louer l'originalité du personnage de Papageno. Il ne fau-\ndrait pourtant pas oublier que les couples de serviteurs ne manquent pas dans\nla comédie viennoise.\nQuant à Monostatos, c'est un mélange de Dilsenghouine et d'Osmin, eunuque\ndu bey de Tunis, et chargé de surveiller Armande dans YObéron viennois.\nParmi les figures de second plan,on s'est demandé s'il fallait chercher aux trois\nsuivantes de la reine des modèles dans le théâtre de Shakespeare. Ont-elles\nquelque analogie avec les furies de Macbeth ou les furies qui apparaissent dans\nle prologue de Hamlet? C'est,croyons-nous,s'ingénier à soulever de bien grosses\nquestions à propos de fantoches sans consistance.Les 3 garçons ontpour origine,\ncomme nous l'avons signalé, un conte du Dschinnistan Enfin l'archiprêtre a\nsans doute été créé sous l'influence d'habitudes locales. Il correspond à quel-\nque « orateur » franc-maçon.\nLe chœur n'était pas une nouveauté. Au point de vue musical le chœur avait déjà\nété introduit par Gluck dans Orphée en 1762 et dans Iphigéme à Anhs en 1774.\nMozart lui-même avait, en 1780,distingué les chœurs intimement mêlés à l'action\net ceux qui sont de simples fioritures. Dans la Flûte enchantée le chœur se mêle\npar trois fois à l'action, mais en restant invisible : pour assurer à Tamino que\nPamina est encore en vie ; pour l'aider à trouver le vrai temple ; pour mettre un\n\n(1 ) V. Junk, op. cit."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.24", "debut_caractere": 104, "fin_caractere_exclue": 1698, "texte": "terme aux agaceries des femmes qui s'efforcent d'égarer Tamino et Papageno. Le\nchœur visible n'en a pas pour cela moins d'importance dans l'opéra.\nLes rapprochements établis avec le conte de Loulou et avec l'histoire de Séthos\nsuffisent amplement pour comprendre la manière dont a travaillé Schikaneder.\nEst-il utile de poursuivre dans le détail les rapports avec YObéron viennois et\navec d'autres pièces contemporaines r Vaut-il la peine de rechercher les allu-\nsions que le public a voulu voir à des événements du temps ou d'analyser la\ndescription des décors, eux aussi pour la plupart imités de Séthos, ou encore de\ndiscuter la signification des instruments magiques, flûte et jeu de clochettes ?\nNous ne le pensons pas.\nAvant d'examiner les adptations françaises de la Flûte enchantée, ajoutons seu-\nlement que la pièce de Schikaneder fut colportée sur toutes les scènes et traduite\ndans toutes les langues. Les imitations surgirent. L'auteur lui même écrivit un\nopéra : le Labyrinthe ou le combat avec les éléments, dont il confia en 1798 la\npartition à Winter et qu'il désigna comme la seconde partie de la Flûte en-\nchantée. Tieck, dans son Chat Botté, fit chanter des airs entiers sur les paroles\nde la Flûte enchantée, évoquant aussi le pacificateur avec son jeu de clochettes.\nGrillparzer, en 1826, consacra deux satires à la Flûte enchantée : une soi-\ndisant suite et YErmite en prison ; il en tira aussi des indications pour la pièce :\nLe Rêve d'une vie. Quant à Gœthe, il jugea l'œuvre digne d être reprise, mais\nson poème est resté à 1 état de fragment.\n(A suivre.)\n\nLouis WEILL."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-01_01#c015", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "260", "page_fin": "260", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.2.5", "titre_corps": "MONTE-CARLO. Une des attractions qui auront obtenu le plus de succès,", "titre_sommaire": "MONTE-CARLO. Une des attractions qui auront obtenu le plus de succès,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.24", "debut_caractere": 1700, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "MONTE-CARLO. Une des attractions qui auront obtenu le plus de succès,\ndurant la saison montécarlienne, c'est assurément l'orchestre des jeunes virtuo-\nses dressés, façonnés, dirigés par ce maestro merveilleux qui se nomme Louis\nGanne.\nAussi l'lnternational Sporting-Club, où se manifestent les concerts de gala\ndonnés par Ganne et son orchestre, est-il le rendez-vous à la mode de la société\nmondaine du littoral, venant en foule assister aux Concerts Ganne, dont le succès\nest triomphal."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-01-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-01_01#c016", "volume": "bmtnabj_1909-05-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "260", "page_fin": "260", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.2.6", "titre_corps": "Le supplément musical (Danses de la Renaissance, suite) qui devait paraître", "titre_sommaire": "Le supplément musical (Danses de la Renaissance, suite) qui devait paraître", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.24", "debut_caractere": 2190, "fin_caractere_exclue": 2356, "texte": "Le supplément musical (Danses de la Renaissance, suite) qui devait paraître\ndans ce numéro, est renvoyé au prochain, par suite d'une erreur de transmis-\nsion postale."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "237", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.1", "texte": "LA\n' REVUE MUSICALE\n(Honorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction publique.)\nN° 9 (neuvième année)\nler Mai\n1909\nR. M.\nî\n\nJeunes filles de Londres et de Paris.\nElles seront mille environ, le 14 mai, à 2 heures précises, au Trocadéro, pour\nchanter des airs populaires d'Angleterre et de France, et aussi quelques\ngrandes compositions accompagnées par l'orgue et un orchestre de 98 musi-\nciens. Vingt et une école anglaises ont répondu à l'invitation. L'objet du festival?\nune contribution charitable à l'œuvre de protection de l'enfance contre la tuber-\nculose. Les moyens? le chant l'élan discipliné de la seizième année,\nla culture d'une précieuse entente entre deux grands pays amis. Le Comité\n(parisien) de patronage est ainsi constitué grâce à de généreux concours :\nLE MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX-ARTS ;\nLady Feodorowna BERTIE;\nMME ST.-PICHON ;\nMME Louis LIARD ; Lady AUSTIN LEE ;\nMme Jules GAUTIER ; Mrs. HEATON ELLIS;\nPrincesse DE CYSTRIA-FAUCIGNY ; Mrs. HOWARD ;\nQTESSE Jean DE CASTELLANE ; Mr. WALTER BEHRENS, Président of\nMme GRANCHER; the british Chamber of Commerce, and\nMme Edward RAPHAËL; Mrs. BEIIRENS ;\nMme Madeleine LEMAIRE ; Right Rev. Bishop and Mrs. ORMSBY ;\nMme François FLAMENG; Mr. R. WALTON, vice-President, and\nMme Armand LINOL ; Mrs. WALTON;\nPrincesse Ed. DE POLIGNAC; _ Mr. and Mrs. O. E. BODINGTON ;\nMr. and Mrs. ALEC S. WALEY ;\nMr. and Mrs. C. H. JONES;\nMr. and Mrs. W. C. ROBERTSON, and\nMiss ROBERTSON ;\nMr. and. Mrs. A. VYE-PARMINTER ;\nMr. and Mrs. D. ANDRADE.\nPrix des fauteuils et des places de loges : 10 fr. Les demandes de billets et\nles souscriptions nécessaires à une grande fête de charité sont reçues à la\nSociété musicale, 32, rue Louis-le-Grand, qui accuse réception parla voie des\njournaux quotidiens;"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "238", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.2", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nExécutions et publications récentes.\n\nSelon notre habitude, nous jugeons les statistiques précises plus éloquentes\nque des développements littéraires pour indiquer Fétat du gout public:\n\nOpéra-Comique.\nRecettes détaillées du 16 mars au 15 avril 1909.\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\ni6mars 1909\nSolange.\nG. Salvayre.\n7.747 5o\nl7\nLouise.\nG. Charpentier.\n7.204 5o\n18\n— matin.\nCarmen.\nBizet.\n6.831 »\n— soirée.\nSolange.\nG. Salvayre.\n8.683 »\n19\n—\nWerther. -\nMassenet.\n7076 5o\n9.116 5o\n20\n—\nSolange.\nG. Salvayre.\n2 1\n— matin.\nSapho.\nMassenei.\n7.854 5o\n— soirée.\nManon.\nMassenet.\n/ •\n4.602 »\n22\n—\nMireille.\nGounod.\n4.072 »\n6.020 »\n23\n—\nSolange.\nG. Salvayre.\n24\n—\nSapho.\nMassenet.\n5.6o8 »\n2 5\n— matin.\nWerther. — La légende du Point\nMassenet. — F. Four-\nd7 Argentan.\ndrain.\n4.767 »\n26\n— soirée.\nPelléas et Mélisande.\nSolange.\nDebussy.\nG. Salvayre.\n7.581 5o\n6.473 »\n27\n—\n-» r 1 r~t rt\nMadame Butterfly.\nPuccini.\n1 /\n9.706 16\n28\n— matin.\nLa Habanera. — Le Jong\nleur\nR. Laparra. — Mas-\n— soirée.\nde Notre-Dame.\nsenet.\n4.727 5o\nLa Vie de Bohème. — Cavalle-\nPuccini. — Mascagni.\nria Rusticana.\n8.000 5o\n29\n—\nLouise.\nG. Charpentier.\n4.608 »\n3o\n—\nIphigénie en Tauride.\nGluck.\n7.487 5o\n31\navril matin.\nManon.\nMassenet.\n0.655 5o\n1\nCarmen.\nBizet.\n4.141 »\n0.522 5o\n— soirée.\nWerther.\nMassenet.\n2\n—\nSolange.\nG. Salvayre.\n5.951 »\n3\n—\nIphigénie en Tauride.\nGluck.\n8.1 52 5o\n4\n— matin.\nWerther. — Les Noces\nde\nMassenet.—V. Massé.\n— soirée.\nJeannette.\nSapho.\nMassenet.\n4.584 5o\n5.234 5o\n5\n—\nLa Traviata.\nVerdi.\n3.8o8 »\n6\n—\nManon.\nMassenet.\n8.226 5o\n7\n—\nSolange.\nG. Salvayre.\n3.5 2 3 5 0\n8\n—\nIphigénie en Tauride.\nGluck.\n3.318 »\n9\n—\nRelâche.\n»\n»\n10\n—\nPelléas et Mélisande.\nDebussy.\n6.962 »\n11\n— matin.\nAphrodite.\nG. Erlanger.\n3.960 »\n■\n— soirée.\nCarmen.\nBizet.\n6.947 5°\n5.576 »\n12\n— matin.\nOrphée.\nGluck.\n— soirée.\nManon.\nMassenet.\n9.562 5o\n13\n— matin.\nWerther. — Les Noces\nde\nMassenet.—V. Massé.\nJeannette.\n5.876 5o\n6.5 J 3 5o\n— soirée.\nAphrodite.\nG. Erlanger.\n14\n—\nLa Vie de Bohème. — Cavalle-\nPuccini. — Mascagni.\n1 5\nria Rusticana.\n9.394 5o\n»\n— matin.\nPelléas et Mélisande.\nDebussy.\n— soirée.\nSolange.\nG. Salvayre.\n»"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "239", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.3", "texte": "EXECUTIONS ET PUBLICATIONS RECENTES\n\nOpéra.\nRecettes détaillées du 16 mars au 15 avril 1909.\n\n« LA VIE DE F. CHOPIN DANS SON OEUVRE ; SA LIAISON AVEC GEORGE SAND », PAR\nEDOUARD GAUCHE (I broch. 54 p., avec bibliographie du sujet, à la Société des\nauteurs-éditeurs). La Revue musicale (années 1903 et suiv.) a publié toute la\nCorrespondance, alors inédite, de Chopin, qui forme aujourd'hui le fort volume\npublié par M. Karlnwicz. Elle a donc qualité pour signaler l'intérêt de la bro-\nchure de M. Gauche. On y trouve un « journal »de Chopi n, dont M. Rosentha\na nié l'authenticité, mais qui paraîtra difficilement avoir pu être écrit par une\nautre main que celle du grand compositeur. Pour expliquer les œuvres de Chopin\npar sa vie, pour relier au moins avec suite et méthode chacune des premières\naux circonstances de la seconde, il faudrait que les éditeurs nous donnent deux\nrenseignements qu'ils ont le grand tort de négliger ; pourquoi, sur la couver-\nture de chaque ouvrage, ne mettent-ils pas deux dates, l'une indiquant 1' ((achevé\nd'écrire », l'autre 1' « achevé d'imprimer ou de graver » ? Le travail élégant\nun peu trop bref de M. Gauche dit ce qu'on peut dire. Pour en donner une\nidée, au lieu d'une sèche analyse, je citerai les pages suivantes :\nDans son Histoire de ma Vie, George Sand parle ainsi de Chopin à Majorque :\n« Le pauvre grand artiste était un malade détestable. Ce que j'avais redouté,\npas assez, malheureusement arriva. Il se démoralisa d'une manière complète.\nSupportant les souffrances avec assez de courage, il ne pouvait vaincre l'inquié-\ntude de son imagination. Le cloître était pour lui plein de terreurs et de fan-\ntômes, même quand il se portait bien. Il ne le disait pas et il me fallut Le devi-\nner. Au retour de mes explorations nocturnes, dans les ruines, avec mes enfants,\nje le trouvais à onze heures du soir, pâle devant son piano, les yeux hagards et\nles cheveux presque dressés sur la tête. Il lui fallait quelques instants pour nous\nreconnaître. Il faisait un grand effort pour rire et il nous jouait des choses subli-\nmes qu'il venait de composer, ou pour mieux dire, des idées terribles ou déchi-\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n17 mars 1909\n19 —\n20 —\n22 —\n24 —\n26 —\n27 —\n29 —\n31 —\n2 avril 1909\n3 —\n5 —\n7 —\n12 —\n14 —\nMonna Vanna. — Javotte.\nFaust.\nSigurd.\nLohengrin.\nSamson et Dalila. — Javotte.\nRigoletto. — Coppélia.\nLa Valkyrie.\nSigurd.\nLa Walkyrie.\nLohengrin.\nMonna Vanna. — Javotte.\nLa Valkyrie.\nFaust.\nFaust.\nSamson et Dalila. — Coppélia.\nH. Février. — Saint-\nSaëns.\nGounod.\nReyer.\nR. Wagner.\nSaint-Saëns.\nVerdi. — L. Delibes.\nR. Wagner.\nReyer.\nR. Wagner.\nR. Wagneh.\nH. Février. — Saint-\nSaëns. \\\nR. Wagner.\nGounod.\nGounod.\nSaint-Saëns.\n13.028 39\n18.85 1 33\n10.482 »\n14.297 95\n13.712 39\n16.097 33\n12.643 »\n14.003 45\n13.712 39\n15.152 33\n10.627 5o\n15.007 95\n17.878 39\n22.167 95\n19.002 39"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "240", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.4", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nrantes qui venaient de s'emparer de lui, comme à son insu, dans cette heure de\nsolitude, de tristesse et d'effroi.\n<( C'est là qu'il a composé les plus belles de ces courtes pages qu'il intitulait\nmodestement des préludes. Ce sont des chefs-d'oeuvre. Plusieurs présentent à la\npensée des visions de moines trépassés et l'audition des chants funèbres qui l'as-\nsiégeaient; d'autres sont mélancoliques et suaves ; ils lui venaient aux heures\nde soleil et de santé... D'autres encore sont d'une tristesse morne et en vous\ncharmant l'oreille vous navrent le cœur. Il y en a un qui lui vint par une soirée\nde pluie lugubre et qui jette dans l'âme un abattement effroyable. Nous l'avions\nlaissé bien portant ce jour-là, Maurice et moi, pour aller à Palma acheter des\nobjets nécessaires à notre campement. La pluie était venue, les torrents avaient\ndébordé ; nous avions fait trois lieues en six heures pour revenir au milieu de\nl'inondation et nous arrivions en pleine nuit, sans chaussures, abandonnés de\nnotre voiturin, à travers des dangers inouïs. Nous nous hâtions en vue de l'in-\nquiétude de notre malade. Elle avait été vive, en effet, mais elle s'était comme\nfigée en une sorte de désespérance tranquille et il jouait son admirable prélude\nen pleurant. »\nLiszt commente différemment cette scène et prétend « qu'au retour de la\nfemme aimée, Chopin tomba évanoui. Elle fut peu touchée, fut agacée même de\ncette preuve d'un attachement qui semblait vouloir empiéter sur la liberté de ses\nallures, limiter sa recherche effrénée de sensations nouvelles, lui soustraire\nquelque impression trouvée n'importe où et n'importe comment, donner un lien\nà sa vie, enchaîner ses mouvements par les droits de l'amour.\n« Le lendemain, Chopin joua le Prélude en si bémol mineur ; elle ne comprit\npas l'angoisse qu'il lui racontait/-\n« Depuis, il le rejoua souvent dévant elle, mais elle l'ignora, et si elle l'avait\ndeviné, elle eût intentionnellement igrforé quel monde d'amour de telles angoisses\nrévélaient. Son cœur, à lui, éclatait et se brisait à la pensée de perdre celle qui\nvenait de le rendre à la vie. Son esprit, à elle, ne voyait qu'un passe-temps amu-\nsant. »\nEn juin 1839, ils étaient revenus à Nohant, propriété de George Sand dans le\nBerry. Chopin devait désormais passer là tous les étés et résider à Paris l'hiver,\ndans un pavillon voisin de celui habité par son amie, rue Pigalle.\nLa vie à Nohant lui fut salutaire, elle le reposait des fatigues occasionnées\npar les obligations mondaines, la fiévreuse activité de la capitale, et lui permet-\ntait de travailler librement. Il écrivit le Prélude en do dièse majeur, les Polonaises\nen mi mineur et do mineur, des mazurkas, la Sonate en si bémol mineur, dans\nlaquelle il intercala la sublime Marche Funèbre composée antérieurement et\nimprovisée par Chopin dans l'atelier d'un peintre de ses amis, à la vue d'un\nsquelette articulé. Une autre version assure que Chopin voulut accompagner au\npiano des funérailles terminant le spectacle d'un théâtre de marionnettes.\nDe nombreuses distractions entouraient Chopin à la campagne. George Sand\nrecevait l'élite de son époque, un monde de littérateurs et d'artistes, auquel\nChopin préférait néanmoins la société aristocratique. Il se trouvait avec Balzac,\nLouis Blanc, Edgar Quinet, Etienne Arago, l'acteur Bocage,le chanteur Lablache,\nUiric Guttinguer, Mme Pauline Viardot et Eugène Delacroix dont les lettres\nrévèlent la vie à Nohant et son contact avec Chopin : « Quand on n'est pas retenu\npour dîner, déjeuner, jouer au billard ou se promener, on est dans sa chambre à"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "241", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.5", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nlire ou à se goberger sur son canapé. Par instant, il vous arrive, par la fenêtre\nouverte sur le jardin, des bouffées de la musique de Chopin qui travaille de son\ncôté... J'ai des tête-à-tête à perte de vue avec Chopin que j'aime beaucoup et\nqui est un homme d'une distinction rare. C'est le plus vrai artiste que j'aie ren-\ncontré. Il est de ceux, en petit nombre, qu'on peut admirer et estimer. »\nProfitant d'une amélioration de sa santé, Chopin donna, en 1841 et 1842, deux\nconcerts à la salle Pleyel. Deux ans avant, il avait, avec Moschelés, de passage\nà Paris, joué au château de Saint-Cloud, devant le roi Louis-Philippe.\nLa maladie le terrassa de nouveau, le minant lentement, sûrement. La com-\npagnie d'un poitrinaire ne pouvait plaire longtemps à George Sand. Elle avait\ndéjà reporté son affection sur d'autres et attendait une séparation qu'elle n'osait\nprovoquer. Dans son roman, Floriani, elle voulut, d'après Liszt et ses\ncontemporains, en prêtant au prince Charles le caractère de Chopin, lui faire\ncomprendre l'ennui d'une vie avec un malade dont la disparition serait un soula-\ngement.\nIls se séparèrent en juin 1847. Si Chopin était devenu indifférent à George\nSand, il l'aimait toujours et son chagrin fut inexprimable.\nIls se rencontrèrent par hasard, l'année suivante, et George Sand raconte cette\ndernière entrevue : « Je le revis un instant en mars 1848. Je serrai sa main trem-\nblante et glacée. Je voulus lui parler, il s'échappa. C'était à mon tour de dire\nqu'il ne m'aimait plus. Je lui épargnai cette souffrance et je remis tout aux\nmains de la Providence et de l'avenir. Je ne devais plus le revoir. Il y avait de\nmauvais cœurs entre nous. Il y en eut de bons aussi qui ne surent pas s'y pren-\ndre. »\n\nANNUAIRE DE LA BIBLIOTHÈQUE PETERSJPOUR 1908 (LEIPZIG, CHEZPETERS).\nSuccesseur du très regretté Emil Vogel, M. Rudolf Schwartz publie un très élé-\ngant et très substantiel volume où l'on trouve, avec la bibliographie musicale de\n1908, les études suivantes : Vhétérophonie, parGuido Adler ;J. -G.N overre et son\ninfluence sur la composition du ballet dans le drame lyrique, par Hermann\nAbert ; deux opéras de Nicolo Logroscinos, par Hermann Kretzschmar ; les\nSymphonies de jeunesse de Jos. Hydn, par le même. Publication très soignée\net des plus utiles.\n\nLÉON VALLAS, «LA MUSIQUE A LYON AU XVIIIe SIÈCLE».\n\n— Tome I : La musique\nà VAcadémie. — Editions de la Revue musicale de Lyon. — Voici un excel-\nlent ouvrage et qui vient singulièrement enrichir la série encore bien incomplète\ndes études consacrées à la musicologie de nos provinces. Il est à peine besoin de\nreprésenter une fois de plus l'intérêt capital de semblables travaux, pourvu\nqu'ils soient conçus dans un esprit véritablement scientifique et réalisés avec une\nméthode précise. L'histoire de la musique française, prise dans son ensemble\nou pour une époque déterminée, ne pourra être sérieusement établie que du jour\noù ceux qui s'essaieront à en tracer le tableau complet auront à leur disposition un\nnombre suffisant d'ouvrages de cette sorte. La patience et la sagacité des érudits\nde nos villes de province doivent donc journellement contribuer à élaborer cette\nsérie de matériaux préparatoires, sans lesquels toute généralisation ne saurait\nêtre qu'incomplète et mensongère.\nCar la centralisation artistique est chose relativement récente. Des grands\nmusiciens du xvie, du xvne et du xvme siècle, même de ceux qui établirent tant"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "242", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.6", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nà la Cour qu'à la Ville les plus solides fondements de leur renommée, il en est\nbien peu qui aient été formés à Paris ou qui n'aient point passé en d'autres\nrégions de la France une part très notable de leur existence artistique. Il en est,\net non des moindres toujours, que la capitale n'attira jamais. Comment juger\nsainement de l'étendue et de la valeur des efforts des uns comme des autres, si\ndemeure inconnu tout à fait le milieu où ils se sont développés, où ils ont même\nvécu leur vie toute entière ? C est dans les archives et les bibliothèques provincia-\nles que gisent ignorés les documents qui risquent de pouvoir nous enseigner\nquelque chose d'eux-mêmes.\nEn pareille matière, rien n est à dédaigner. Le renseignement biographique le\nplus insignifiant d apparence, 1 anecdote la moins significative à première vue,\npeuvent fournir la matière de rapprochements suggestifs, lesquels, éclairant\nsoudain une période obscure de la vie d'un grand homme, nous fourniront sur\nson œuvre les données susceptibles de nous en faciliter l'intelligence. Aussi, ne\nsaurait-on trop louer les érudits modestes qui se consacrent à la tâche, d'ap-\nparence ingrate, du dépouillement soigneux d'un dépôt d'archives en leur ville\nnatale. Eux seuls sont à même de mener à bonne fin ce long travail. Car les\narchives françaises, si elles sont redevables à la centralisation un peu brutale\nopérée à l'époque révolutionnaire d'être d'accès particulièrement facile, lui doi-\nvent aussi de se présenter partout, en général, remarquablement mutilées. Rien\nn'est plus exceptionnel chez nous que les séries complètes de documents, regis-\ntres capitulaires des églises par exemple, où l'on trouverait rapidement et sans\npeine assez de renseignements pour établir l'histoire d'une maîtrise, des maîtres\nqui y travaillèrent et des élèves qui s'y instruisirent dans leur art. C'est donc\ntoujours un peu partout et presque au hasard que le chercheur est contraint\nd opérer. Souvent, il trouvera le renseignement poursuivi partout ailleurs\nqu il eût pu s'imaginer le découvrir. Mais ce n'est qu'au prix d'un labeur infati-\ngable et longtemps continué qu il risque d'avoir ces surprises agréables. Elles\nn arrivent jamais à 1 historien qui, au cours d'un voyage d'études, s'essaierait à\nune exploration de quelques heures ou de quelques jours.\nUn ouvrage comme celui de M. Léon Vallas, seul, un érudit lyonnais pou-\nvait songer à l'entreprendre. Seul, il pouvait le poursuivre et le mener à bonne\nfin. Le distingué directeur de la Revue musicale de L,yovi s'est en effet proposé\nd éciiie toute 1 histoire musicale de la seconde ville de France au xvme siècle.\nVoilà un sujet considérable et qui peut-être, cependant, serait utilement complété\npar une étude consacrée aux deux siècles précédents. Cette étude, il est\npermis d espérer que M. Vailas nous la donnera un jour, si toutefois les docu-\nments originaux qu il doit connaître mieux que personne ne sont pas notoire-\nment insuffisants pour qu'on y puisse songer.\nQuoi qu'il en soit, louvrage complet de M. Vallas comprendra quatre gros\nvolumes. Dans le premier, le seul encore paru et celui dont je m'occupe ici,\n1 auteur a retracé 1 histoire très complète de 1 Académie de Lyon, fondée en 1713.\nL Académie de Lyon . Académie musicale, cela va sans dire \\ une de ces sociétés\nprivées comme il sen créa un peu partout au xvme siècle, et dont le but était\nd organiser des concerts réguliers pour 1 agrément des associés. Ce premier\nvolume doit prochainement se compléter d un second où seront réunies un cer-\ntain nombre d'œuvres musicales inédites de compositeurs lyonnais du même\ntemps. Car par un hasard heureux, malheureusement trop rare, pas mal des"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "243", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.7", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nnombreux volumes imprimés ou manuscrits qui composaient la riche biblio-\nthèque de l'Académie lyonnaise ont été conservés et font encore partie des col-\nlections de la ville.\nDans un troisième volume, à paraître, M. Vailas retracera l'histoire de l'opéra\nà Lyon, de 1687 (date de sa première apparition aux bords du Rhône) jusqu'en\n1800. Enfin l'oeuvre se complétera d'un dernier tome, consacré aux concerts en\ndehors de l'Académie, au théâtre musical des amateurs ou du collège des jésui-\ntes, à la musique des fêtes publiques, aux artistes, aux professeurs,aux luthiers,\netc... En un mot, rien ne sera omis, dans cette monographie monumentale, de\ntout ce qui s'est fait ou écrit de musique à Lyon pendant le siècle choisi par\nl'auteur.\nTenons-nous-en au seul volume paru, que l'Université de Lyon reçut comme\nthèse de doctorat ès lettres, inaugurant ainsi en province l'acceptation d'un ordre\nde sujets encore trop rarement présentés. L'ouvrage se divise en deux parties.\nD'abord l'histoire de la fondation de l'Académie et celle de ses concerts. Puis,\naprès la pratique, la théorie,que les Académiciens lyonnais ne méprisaient point.\nEt nous avons le résumé des discussions historiques,esthétiques ou scientifiques,\ntenues sur la musique, tant à l'Académie des Beaux-Arts qu'à celle des Sciences\net Belles-Lettres.\nL'intérêt de cette seconde partie n'est pas médiocre, puisque le grand Rameau\nne dédaigna pas d'intervenir dans un de ces savants colloques et qu'une longue\nlettre de sa main, datée du 3 novembre 1741, figure encore dans la correspon-\ndance de la Compagnie. Soit dit en passant, ce document (que M. Vallas repro-\nduit en fac-similé) vient heureusement grossir le petit nombre des autographes\nconnus du maître. Néanmoins, il se peut que l'histoire, plus variée et très atta-\nchante, des efforts des premiers fondateurs de l'Académie ou celle des péripéties\ndiverses qui marquèrent son existence, pique davantage encore la curiosité du\nlecteur.\nM. Vallas ressuscite devant nous les attachantes figures des deux passionnés\nde musique à qui revient l'honneur de l'établissement du concert lyonnais : J.-P.\nChristin et Bergiron du Fort-Michon ; le premier, connu déjà de quelques éru-\ndits pour ses travaux scientifiques, sinon comme musicien ; le second, tout à fait\nignoré. C'est une curieuse figure que celle de ce fils d'un avocat lyonnais,\ncompositeur de mérite, en tous cas dilettante déterminé et capable pour l'amour\nde l'art de se donner tout entier à l'œuvre qu'il avait entreprise. Presque exclu-\nsivement composée d'amateurs à l'origine, la Société lyonnaise ne tarda point à\nprendre un caractère plus nettement professionnel, à mesure que l'extension\nde son répertoire rendait indispensable le concours d'exécutants nombreux et\nexercés. Si Bergiron conserva longtemps l'emploi de batteur de mesure, du\nmoins n'eut-il assez vite sous ses ordres que des musiciens de métier : les ama-\nteurs limitèrent leur collaboration au rôle d'auditeurs ou à celui, plus important,\nde souscripteurs. >\nM. Vallas nous fait connaître les différents domiciles où l'Académie établit ses\npénates. Il nous fait assister à ses séances plus ou moins brillantes, au cours\nd'une carrière dont la prospérité ne fut pas constante. C'est vers 1736 que la\nSociétéronnut ses plus beaux jours. Mais à mesure que les concerts prenaient\nplus d'éclat, qu'elle enrôlait dans son orchestre des exécutants plus notoires,\nJ.-M. Leclair le cadet par exemple, ou qu'elle offrait l'hospitalité à des virtuoses"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "244", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.8", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nréputés, Grignon, Mondonville, Leclair, Mlle Fel, les frais augmentaient et\nl'équilibre du budget devenait plus chancelant. Il y eut des périodes difficiles, très\ndifficiles même. Et quand Bergiron meurt, en 1768, son œuvre est déjà frappée\nà mort. Elle ne lui survivra que cinq ans. L'année 1773 est la dernière de l'Aca-\ndémie musicale de Lyon.\nPendant ces 69 années d'existence, son répertoire avait curieusement évolué,\nsuivant le goût du siècle et les influences diverses que la musique française\nsubissait alors. Nous le connaissons à merveille, ce répertoire, puisque le cata-\nlogue de sa bibliothèque, une des plus riches du royaume, subsiste toujours et\nque M. Vallas n'a point manqué de publier intégralement ce document signifi-\ncatif, daté de 1768. De Lulli et de Campra, puis de Rameau, dont les fragments\nd'opéra ou les airs de danse défrayèrent les premiers concerts, des motets de\nLalande ou de ses imitateurs, nous passons aux oratorios latins de Scarlatti, de\nMelani ou de Bononcini. A côté des pièces de violon françaises, nous rencon-\ntrons les œuvres des grands violonistes italiens. Hsendel, Gluck, figurent sur ce\ncatalogue qui reflète en somme fidèlement les variations du goût français dont\nles tendances, à Lyon, demeurent assez exactement apparentées à celles que les\nprogrammes du Concert Spirituel nous font connaître à Paris pour la même\npériode.\nQuelque intéressantes qu'elles soient, ces constatations, dira-t-on, n'ont\nqu'un intérêt médiocre en ce qui regarde l'histoire générale de la musique\nfrançaise. Il se peut. Mais, sans vouloir débattre ce point contestable, notons du\nmoins que le travail de M. Vallas apporte une contribution assez notable à la\nbiographie de Rameau, d'où l'on peut très vraisemblablement déduire quelques\nrenseignements fort intéressants pour la chronologie de son œuvre.\nDepuis que j'ai publié ici même,en 1902, les documents qui établissaient irré-\nfutablement le premier séjour de Rameau à Clermont en 1702 (séjour ignoré\njusqu'ici), divers travaux ont contribué à établir l'emploi de son temps jusqu'à\nl'époque où, à Clermont pour la seconde fois, il prépare son Traité de /'Harmo-\nnie. Détails biographiques qui ne sont pas indifférents, puisqu'en ruinant la\nlégende ridicule qui voulait faire de Rameau pendant près de 20 ans une manière\nde musicien errant, apprenant la théorie de son art au hasard des grandes\nroutes, ils mettaient en relief le caractère hautement traditionnel de son art.\nM. Vallas nous apporte, avec une date certaine, la confirmation d'un séjour de\nRameau à Lyon, que l'on n'ignorait point, mais qu'on ne savait à quelle année\nfixer. Pendant toute l'année 1714, nous l'apprenons maintenant, il fut organiste\ndes Jacobins à Lyon, aux appointements de 200 livres.\nCeci suffirait à établir les rapports qui ne purent manquer d'exister entre le\njeune organiste et l'Académie naissante,rapports que confirme, rétrospectivement\nen quelque sorte, la lettre très postérieure qui montre en 1741 Rameau s'inté-\nressant encore aux discussions des académiciens lyonnais. M. Vallas est très\nlégitimement parti de là pour supposer que deux des motets connus du maître :\nDeus noster refugium et In convertendo, ainsi qu'un troisième : Exultet cœlumlau-\ndibus, aujourd'hui perdu, remontent à cette période lyonnaise. En effet, ces pièces\nfiguraient, en partition et parties séparées,dans la bibliothèque delà Compagnie\nsous un numéro d'ordre qui indique qu'elles furent des premières à y entrer. C'est\nainsi que le Deus noster refugium porte le n° 11. N'est-ce pas assez pour démon-\ntrer avec évidence que ce morceau fut exécuté par l'Académie dès la première"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "245", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.9", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nannée de sa fondation, en 1714, et que très vraisemblablement Rameau l'avait\nécrit à cette intention) Le même raisonnement s'applique à plusieurs cantates de\nl'auteur futur d'Hippolyte et Aricie, dont la date, difficile à déterminer jusqu'ici,\nse trouve ainsi établie avec une quasi-certitude.\nAssurément personne necontestera qu'établir ainsi quelques points importants\nde l'histoire de l'œuvre d'un grand maître ne soit un utile apport à l'histoire\ngénérale de l'art. N'y eût-il que cela dans le livre de M. Vallas, nous ne devrions\npas moins lui rendre grâces. J'espère cependant avoir montré qu'on y trouve\nautre chose. J'ajouterai enfin en terminant que la lecture en est agréable, que le\nvolume est présenté avec un luxe de bon goût, que les recherches y sont rendues\nfaciles par des tables claires et complètes. Ce sera, j'imagine, plus qu'assez pour\ninspirer aux musicologues et aux simples amateurs le désir d'en prendre connais-\nsance.\n\nHENRI QUITTARD.\n\nLA MUSIQUE FRANÇAISE A ROME.\n\n— Le dernier événement de la saison d'opéra\nà Rome : l'insuccès de Pelléas et Mèlisahde sifflé dès le début de la représen-\ntation, et sans même être écouté, n'est guère dénaturé à donner aux musiciens\nou aux critiques de France une idée bien favorable du goût et de la tenue du\npublic de cette ville, réputée déjà la moins musicienne de la péninsule. Il n'est\ndonc pas inutile que l'on sache en France que cette attitude et cette démonstra-\ntion hostile d'un public irrité par la maladresse et les insuccès toujours crois-\nsants de la direction du bostanzi (l'opéra) n'ont été jugées nulle part plus sévè-\nrement qu'à Rome même : Pelléas a été la victime beaucoup plus que la cause\nréelle d'une manifestation dirigée contre cette malheureuse direction ; et ceux-\nlà même parmi les spectateurs qui seraient venus avec l'intention de siffler\nl'œuvre nouvelle à la fin de l'opéra auraient été bien empêchés de le faire en\nconnaissance de cause, puisqu'il était impossible de juger de la musique et de\nl'entendre dans des conditions normales.\nDès le lendemain et les jours suivants, les critiques de musique de Rome ont\ndonné à l'incident son interprétation véritable et ils ont rendu hommage à la\nmusique de Debussy en termes justes et élogieux. Plus significative encore que\nleurs articles m'a paru la réclamation des habitués du « paradis », du bostanzi\n(publiée dans la Tribunà) : « Nous demandons un jugement en appel de Pelléas\net Mélisande, c'est-à-dire une représentation hors l'abonnement et à prix popo-\nlarissimi. — Sigrié : Beaucoup d'habitués du « cerveau » du bostanzi, c'est-à-\ndire du paradis, qui n'ont pu assister à la première représentation... et pour\ncause ! (Les prix des places, les soirs de « premières », sont beaucoup plus\nélevés.)\nAprès des déclarations de ce genre, un esprit impartial ne peut tirer de ce\nregrettable incident les conclusions fâcheuses qui s'imposaient d'abord.\nIl me semble au contraire que des observations assez favorables à notre\nmusique française ressortent de tous ces débats et qu'il est même curieux de\nnoter l'évolution du goût des Romains pour la musique moderne : une des\ncauses principales en est sans aucun doute l'augmentation dans les salles de\nconcert ou de théâtre du public populaire, ce public qui depuis l'ouverture de\nl'immense amphithéâtre borea (de 3.000 places) entend depuis deux ans et écoute\navec intérêt et impartialité Y Après-Midi d'un Faune, le quatuor de Debussy,"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "246", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.10", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nY Apprenti sorcier de Dukas, voire la Mer, en même temps que les symphonies à\nprogramme de Strauss. C'est ce même public ~~~ composé d'étudiants, de jeunes\ngens, de petits bourgeois qui a protesté l'autre jour contre la mise au ban\nde Pelléas, et qui me paraît digne de l'attention bienveillante des musiciens et\ndes artistes français.\nIl ne faut pas oublier non plus qu'il existe à Rome et en Italie de\njeunes chefs d'orchestre, des musiciensqui connaissent et étudient attentivement\nla nouvelle musique française, même parmi ceux qui appartiennent à une\nécole bien différente, comme Perosi par exemple. Bien loin d'être animés d'un\nesprit de parti pris contre ces formes d'art nouvelles, ils souhaitent les connaître\ndavantage ; je n'en veux pour preuve que les représentations de Pelléas et\nMéhsande à Milan l'hiver dernier, dont l'exécution et le succès furent à la hau-\nteur de l'oeuvre. Milan est, à vrai dire, beaucoup plus touché que Rome par les\ncourants de l'art moderne ; et d'ailleurs il semble naturel que la fine atmos-\nphère voilée de brume et de fumée parisienne dont s'enveloppe la musique de\nDebussy s'harmonise mieux avec le brouillard milanais qu'avec la lumière méri-\ndionale de la capitale. Mais, après tout, la musique n'est pas une question de\nclimat, précisément ; et on trouve ici même des amateurs pour l'impressionnisme\nde Claude Debussy, comme il en est d'autres pour les violentes peintures musi-\ncales de Richard Strauss.\nA ce propos, on n'aura sans doute pas manqué de faire à Paris des comparai-\nsons fâcheuses entre le bruyant succès des concerts de Strauss (où il a dirigé\nlui-même et pour la seconde fois déjà ses propres œuvres) et le non moins\nbruyant insuccès àce qu'il semblait de Pelléas. Les Allemand sont sur nous\nl'avantage d'être en matière d'art, comme en industrie plus exportateurs\nque nous. Sans parler des nombreux chefs d'orchestre allemands qui viennent\ndiriger les concerts hebdomadaires du borea un compositeur de l'importance\nde Strauss ne dédaigne pas de venir livrer ses batailles musicales en personne...,\nce qui dans un pays où le prestige personnel d'un artiste a tant d'importance\ncontribue pour une grande part au succès de son œuvre. L'amour-propre italien\nest lort sensible à de pareilles marques d intérêt ; il est bien regrettable que les\nartistes français ne se préoccupent pas d'en donner de semblables au public\nitalien. On juge sans doute du goût et des préférences de ce public par ces repré-\nsentants populaires et peu sérieux de l'opéra italien que sont Mascagni, Puccini\nou Leoncavallo ; à vrai dire, ils ne sont pas beaucoup plus populaires ici qu'à\nParis même.\nSi l'on voulait s'en donner la peine/on découvrirait en Italie des symptômes\nintéressants de la sympathie et de l'intérêt de beaucoup de musiciens pour les\nformes d'art et de pensée musicales françaises : qu'il me soit permis d'en relever\nun indice caractéristique dans une analyse des volumes intitulée : « Le peuple le\nplus musicien du monde », de Révolte, de Jean-Christophe, et publiée par un jour-\nnal de Florence. M. Silvio Tanzi, jeune compositeur de talent, commentait\nd'une manière amusante et inattendue l'œuvre d'un écrivain dont la pensée im-\npartiale et élevée contribue plus que toute autre manifestation d'art français à\nnous faire comprendre et aimer en Italie :\n« Voici enfin que la musique allemande a été observée par un regard et sous\n« un aspect nouveaux et que cette analyse aiguë, sûre, originale, impitoyable\n« parfois, a été faite par un Français. Cela est très réconfortant pour la France"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "247", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.11", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\n« et de bon augure pour tous les autres pays. Car il est encourageant et réjouis-\n« sant de constater que les Français ne sont plus intimidés par les Allemands\n« et que la frivolité gauloise ose découvrir avec une joyeuse irrévérence tout le\n« ridicule qui se cache sous la gravité teutone. -\n« Manquer de respect à quelqu'un ou à quelque chose signifie qu'on n'en a\n« plus peur. Le respect en effet s'il n'est pas une des formes nobles de l'igno-\n« rance, est une des formes ignobles de la peur. La critique portée par un Fran-\n« çais sur ce qui constitue la partie la plus noble, la plus élevée de l'esprit\n« allemand, est sans nul doute un bel et significatif acte de « revanche ».\nEt en un autre passage : « Nous savons que cette floraison superficielle de\n« la musique allemande cache un état morbide et sentimental ».\n... Quand on se souvient que nous avons à Rome une institution unique dans\nson genre (puisque les autres académies étrangères n'ont point de section\npour les musiciens) et que la Villa Médicis serait un terrain de contact tout indi-\nqué entre les musiciens des deux pays— on regrette d'autant plus vivement\nl'absence d'intérêt dont témoignent les artistes ou les musiciens de France à\nl'égard de cette maison. Chaque printemps, en une séance traditionnelle, les\njeunes Médicéens donnent au monde officiel et des arts une audition de leurs\nenvois. Combien la présence de quelques personnalités du monde musical pa-\nrisien n'ajouterait-elle pas de prestige et de signification à ces séances ! Et pour-\nquoi nos compositeurs ou nos chefs d'orchestre n'y viendraient-ils pas diriger\nleurs œuvres, si difficiles parfois à interpréter pour des étrangers ? Notre mu-\nsique de chambre française, si peu connue ici, trouverait dans la Bibliothèque\nde la Villa, une salle parfaite. Il y aurait là un moyen excellent de préparer le\ngoût et l'opinion en notre faveur et en vue des exécutions musicales de 1911\nauxquelles nous serons conviés (de grands concerts seront organisés pour l'ex-\nposition de Rome).\nLa villa Médicis, il est vrai, semble assez tombée en défaveur dans l'opinion\npublique et même auprès des jeunes musiciens que l'on y envoie. Ceux-ci s'y\ntrouvent très dépaysés, au sortir delà grande fournaise de travail et d'émulation\nqu'est Paris. Mais si Rome n'estpasen effet un centre musical et si ses ressources\nparticulières en cette matière sont encore assez limitées, n'est-elle pas dans un\nautre sens et plus véritablement la ville la plus suggestive de musique qu'il soit ?\nSon air harmonieux et doux est tellement imprégné de chaleur et de lumière\nqu'il semble les communiquer aux sons eux-mêmes. Quel concert est plus mer-\nveilleux que celui de ses cloches innombrables aux timbres et aux rythmes les\nplus variés que l'on puisse imaginer? Comment décrire le joyeux éclat de toutes\nces voix de bronze sous le soleil ardent de midi, ou le decrescendo grave et mélo-\ndieux de l'angélus, qui semble s'éteindre avec les teintes variables du coucher du\nsoleil ? Et où l'oreille du musicien, harcelée et obsédée par les bruits et les dis-\nsonances de nos grandes villes, trouverait-elle un repos plus complet et plus\nbienfaisant que dans le silence enveloppant de la campagna, troué seulement de\nloin en loin par le trille des alouettes invisibles ?... Tout ceci ne vaut-il pas les\nconcerts les plus savants ou les discussions d'art les plus suggestives ?\nSans vouloir paraître trop optimiste, il me semble que l'on trouvera dans\ntout ce que j'ai indiqué des symptômes de réveil musical à Rome. Je serais heu-\nreuse qu'un élan de sympathie et de compréhension de la part de mes compa-\ntriotes les portât vers elle. Au lieu de s'intéresser uniquement au passé artistique"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "248", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.12", "texte": "BIBLIOGRAPHIE DE LA MUSIQUE\n\net historique de cette sœur latine, ne serait-il pas opportun de rechercher dans\nle présent les éléments communs de vie et d'art qui peuvent nous rapprocher\nd'elle ?\nPourquoi ne cherchons-nous pas, en musique, à nous prévaloir d'argu-\nments d'une importance majeure, puisque la musique devient toujours davan-\ntage une langue générale et qu'elle est peut-être le meilleur moyen de compré-\nhension entre les différents peuples ? Il serait regrettable que nous négligions de\nnous servir des armes excellentes qu'elle peut nous fournir ici et qui pourront\nêtre les plus persuasives de toutes !\nRome, avril 1909.\n\nHÉLÈNE BARRÈRE.\n\nSÉANCES DE MUSIQUE ANCIENNE ET MODERNE POUR HARPE CHROMATIQUE. — La\nneuvième séance a eu lieu à la salle Pleyel, le 27 avril, avec le concours de\nMlle Rose Féart, de l'Opéra, de Mme L. Wurmser-Delcourt, de M. André Caplet\net M. Lucien Wurmser.\nAu programme, les œuvres de Florent Schmitt (un des compositeurs les plus\navancés de l'Ecole moderne!), André Caplet (même note !), Ed. Lalo,L. Delune,\nG. Enesco.Ch. Quef, L.-M. Tedeschi, Cl. Debussy. L'auditoire, toujours élé-\ngant et très nombreux, s'est mieux familiarisé avec le Masque de la Mort Rouge\n(légende tirée d'Edgard Poe), de M. Caplet, qui, récemment exécuté aux con-\ncerts Colonne, avait mieux dérouté l'auditoire. Les charmantes Danses de Cl.\nDebussy, pour harpe chromatique et orchestre à cordes, ont été particulièrement\napplaudies.\n\nBibliographie de la musique.\nHISTOIRES\n(suite).\nSAVERIEN : Histoire des progrès de l'esprit humain dans les sciences exactes et\ndans les arts qui en dépendent, sçavoir l'arithmétique, ïalgèbre, la géométrie, l'a-\ncoustique, la musique, etc., avec un abrégé de la vie des auteurs les plus célèbres...\nParis, 1766, in-B°, 600 p. Peu important.\nBLAINVILLE (Charles-Henry de). Histoire générale, critique et philologique\ndelà musique. Paris, 1761 ; Paris Pissot, 1767, in-40, xi-189 p. et 69 tableaux.\n(Une édition gr. in-8° a dû paraître à Paris en 1765, d'après le Musik\nAlmanach de Reichardt.) « Ouvrage qui promet beaucoup et tient peu »\n(Forkel).\nBlainville, né à Tours en 1725, 1769, violoncelliste, protégé de la marquise de\nVilleroy, a fait une œuvre aussi faible que celle de Bonnet-Bourdelot, mais avec\nune pointe de prétention naïve en plus. L?auteur croit faire œuvre « critique »\n(puisqu'il insère le mot dans le titre de son Histoire), mais il ne fait rien moins\nque cela.\nBlainville est l'auteur de deux symphonies pour orchestre et de quelques\npièces (qui sont à la B. N.) ; il a aussi arrangé sous forme de « grands concerts »\nquelques sonates de Tartini. Théoricien en même temps que virtuose et profes-\nseur, il a écrit une brochure curieuse, Essai sur un troisième mode (1751). Il s'agit"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "249", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.13", "texte": "BIBLIOGRAPHIE DE LA MUSIQUE '\n\nde la « découverte, » d'un mode nouveau qu'il appelait mixte ou\nhellemque, parce que ce mode tenait le milieu entre le majeur et le mineur. C'est\nen somme un mode du plain-chant, équivalent à la mineur, sans note sensible,\net commençant par la dominante. Ce mode fut appliqué dans une symphonie\nen i7sï. (Voir Mercure,juin 1751; réponse de Serre (de Genève),\nseptembre 175! ; Observations de Blainville, ibid.,nov. 1751 ; dispute terminée\npar les Essais sur les principes de l'harmonie, publiés par Blainville en 1753).\nLA BORDE (Jean-Benjamin). Essai sur la musique ancienne et moderne, Eug.\nn roy, Paris, 1780, 4 vol. in-40. Tome ler,Ier, 445 p. et 5g p. d'exemples notés ;\nt. 11, 444 p. et 178 de musique ; t. 111, 698 p. et 59 p. de musique ; t. IV, 476 p.\net 59 p. de musique (sans tables). L'ouvrage (annoncé par un prospectus\npublié en 1778) fut publié sans nom d'auteur. De la Borde en était l'éditeur, plus\nque 1 auteur ; les matériaux de cette histoire avaient par Bêche et\nRoussier.\nC est 1 histoire de la musique la plus considérable, la plus riche et la plus\noriginale du xvme siècle. Mais le témoignage de l'auteur est sujet à caution et il\nne faut pas considérer comme authentiques tous les documents produits par\nl'auteur (M; Riemann s'y trompa un jour !...) Le vol. I contient de nombreuses\nplanches d instruments ; le vol. II (ch. XII) contient une série de chansons\nfrançaises depuis le siècle de saint Louis, mises à 4 parties. Le tome 111, qui est\nla source principale pour l'étudedes musiques italienne et française à cette épo-\nque, est un Dictionnaire des musiciens. Un des mérites de l'auteur est d'utiliser\nles monuments figurés et d'avoir une certaine curiosité d'esprit. Il traite de la\nmusique chinoise.\nDe la Borde est un des types de l'amateur brillant et superficiel, instruit cepen-\ndant et assez habile connaisseur. Né à Paris le 5 septembre 1734, fils d'une\nancienne et riche famille française, élève de d'Auvergne pour le violon, de\nRameau pour la composition (il a écrit 28 opéras !), il fut gouverneur du Louvre\nsous Louis XV et guillotiné par la Révolution le 22 juillet 1794.\nAprès le xvme siècle, il y a une série d'historiens peu importants. Il faut, pour\ntrouver un travail digne d'attention, arriver à 1844. Avant cette date, je citerai :\nAUBERT (P.-F. Olivier) : Histoire abrégée de la musique ancienne et moderne,\nou Réflexions sur ce qu'il y a de plus probable dans les écrits qui ont traité ce sujet...\n- Paris, 1827, in-B°, 44 p. Peu important ; extrait du Dictionnaire de Choron.\nBERGERRE (Alexandre). —Exposé raisonné des principes de la musique... ac-\ncompagné de l histoire des signes et des faits... Paris, Frey, 1835, in-8° ; dédié\nà Reicha.\n2e édit., Paris et Lyon, Périsse frères, 1843, in-B°. Peu important.\nLEDHUI (Adolphe) et BERTINI (Henri). Encyclopédie pittoresque de la\nmusique, contenant l histoire de la musique ancienne et moderne, la description et la\nfigure des instruments les plus curieux, la biographie et le portrait des artistes\ncélèbres... Paris, H. Delloye, 1835, in-40. Inachevé (tome lerIer seul);\nmédiocre. La collaboration de Bertini se réduit à l'insertion de quelques mor-\nceaux de piano.\nTous ces opuscules sont peu de chose à côté de LAFAGE (Adrien de) i Histoire\ngénérale de la musique et de la danse... Paris, au Comptoir des imprimeurs,\n1844, 2 vol. in-B°, avec un Atlas in-f° de 28 planches, nombreux exemples notés\net appendices. Tome Itl, 614 p. ;< t. 11, 449 p. Travail très important, ayant le"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "250", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.14", "texte": "BIBLIOGRAPHIE DE LA MUSIQUE\n\nmérite de réunir beaucoup de documents épars dans des ouvrages spéciaux,\ndevenu très rare aujourd'hui ; inachevé. Traite seulement de la musique des\nChinois, Indiens, Egyptiens et Hébreux.\nFÉTIS (François-Joseph) : I° La musique mise à la portée de tout le monde,\nexposé succinct de tout ce qui est nécessaire pour juger de cet art et pour en parler\nsans Vavoir étudié... Paris, Mesnier, 1830, in-8° ;\n2e édit., Liège, Collardin, 1830, in-B°.\n2e édit., augm., Paris, Paulin, 1834, in~i2.\nAutre édit., Bruxelles, Hauman, 1839 (et 1840), in-12.\n3e édit., augm., Paris, Brandus, 1747, in-B°.\nTraductions : en allemand, par Blum (Berlin, 1830) ; en italien, par E.\nPredari (Turin, 1858, 2 vol. in-16) ; en anglais, abrégé sous le titre : The\nMusic lover s Handbook (Londres, 1846, in-16) ; Boston, B. Perkins, 1842, d'a-\nprès la 2e édit. de Paris, et Londres, Clarke, 1844 ; en espagnol, par Soriano-\nFuertès (Barcelone, 1840) ; en russe, par Belikoff (Saint-Pétersbourg, 1833).\nOuvrage dont le titre fait tache dans la bibliographie musicale et justifie trop\nle succès.\n20 Curiosités historiques de la musique, complément nécessaire de « la Musique\nmise àla portée de tout le monde »... Paris, Janet et Cotelle, 1830, in-B°.\n30 Résumé philosophique de Vhistoire de la musique, publié par Fétis comme\nIntroduction à sa Biographie Universelle des musiciens (Paris, Bruxelles, 1835-44,\nvol. gr. in-8°), mais n'ayant pas paru à part ; nombreuses inexactitudes.\n40 Histoire générale de la musique... Tomes let 11, Paris, 1869, in-8° ;t. 111,\nIV, V, publiés après la mort de l'auteur, par les soins de son fils (Ffirmin-Didot,\n1872-76). Ouvrage de haute valeur, malgré des défauts presque aussi grands\nque les qualités, où est indiquée, pour la première fois, la connexité nécessaire\nde l'histoire de la musique avec toutes les autres parties de l'histoire générale.\nPour ce qui concerne l'antiquité, l'influence de de la Fage et de C. Engel est\nvisible.\nVoici l'indication du plan suivi par Fétis :\nVol. I. - « Considérant qu'en dehors des peuples de la race blanche il n'y a\npas de musique élevée à la dignité d'art et que les chants instinctifs des autres\nraces n'ont pas contribué à sa création...j'ai cru devoir traiter de ce qui les con-\ncerne dans une Introduction h l'histoire delà musique véritable. » Les trois\niers livres sont consacrés aux peuples sémitiques de l'Egypte, de la Chaldée, de\nl'Assyrie, de la Phénicie et de la Judée.\nVol. II.—Le4e livre est consacré aux Arabes et aux diverses époques de leur\nhistoire ;le 5e livre,à la race arienne ; ITnde ;le 6e livre aux Perses et à l'intro-\nduction de la musique persane chez les Turcs.\nVol. 111. Peuples d'Asie-Mineure. Grecs et Romains.\nVol. IV. La Musique dans les Eglises d'Orient et d'Occident.\nVol. V. Histoire de l'harmonie (du xive au xvie s.).\nVol. VI. Histoire de la rénovation de l'art, par l'invention du drame lyrique,\net par la transformation de la tonalité ; invention de la cantate et de l'oratorio ;\ncréation de formes nouvelles dans la musique instrumentale.\nVol. VIL Histoire des transformations de la musique dans toutes ses direc-\ntions, depuis 1750-1868. *\nDans la table analytique,on trouve des phrases comme celle-ci : « Temps anté-"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "251", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.15", "texte": "LE LIVRET DE LA « FLUTE ENCHANTÉE »\n\ndiluviens et postdiluviens. Quelle a pu être la musique dans les premiers âges de\n1 humanité ? On peut le décider a priori par la comparaison des crânes fossiles\navec ceux des peuples sauvages de l'Océanie » ! ! Dans l'lntroduction, sont pas-\nsés en revue avec une assurance singulière et un désordre effroyable, Polynésiens,\nAustraliens, nègres d Afrique, race finlandaise, race jaune ou mongolique,\nChinois, Japonais, Kalmouks, Kirghis et Kamtschadales, Malais, Mexicains et\nPéruviens... historique de Fétis, très estimée en son temps par des lec-\nteurs peu informés, est aujourd'hui en grand discrédit.\nJ indiquerai prochainement les principales histoires de la musique qui ne sont\npas écrites en français.\n\nLe livret de la «Flûte enchantée».\n\nL Opéra-Comique va mettre à la scène une nouvelle adaptation du livret clas-\nsique de la Flûte enchantée. Quelle sera l'exactitude ou l'originalité de la traduc-\ntion ? C est ce qu il sera intéressant de rechercher en comparant l'œuvre nou-\nvelle avec le texte allemand,, et en la rapprochant du scénario français antérieur.\nOn sera d autant plus à 1 aise pour formuler un jugement qu'on aura plus pré-\nsentes à 1 esprit 1 histoire ou plutôt les histoires d'où furent tirées à l'origine les\n(( paroles » de la Flûte enchantée.\nC est pour cette raison que ce premier article est consacré au livret allemand\net à ses sources.\nI. L'auteur. L'auteur de la Flûte enchantée est Schikaneder. Du moins, c'est\nlui qui l'a signée. Il eut certainement pour collaborateur Gieseke, « choriste et\nlibrettiste », dont le véritable nom était C. F. Metzler. Ce dernier, né en 1778,\naprès une carrière médiocre, abandonna le théâtre en 1804 et devint professeur\nde minéralogie àDublin, où il mourut en 1833. Mais il est difficile de déterminer\nla part qui revient au second de Schikaneder. M. Auguste Sauer signale la pré-\nface de 1 opéra intitulé le Miroir d'Arcadie (Vienne, 1795). Schikaneder\ns'indigne de l'insolence avec laquelle certain courriériste de Ratisbonne pré-\ntend se faire passer pour le collaborateur de la Flûte enchantée. « De telles\nimpertinences, s'écrie-t-il, confinent à l'escroquerie. » Toujours est-il que la\ncritique ne lui conteste pas la paternité de l'ouvrage. Il est probable que le\nfactotum se contenta de mettre au point certaines données de son directeur.\nQuant à Schikaneder lui-même (1), c'est en 1791 qu'il offrit à Mozart le sujet. Il\nconnaissait le musicien pour l'avoir rencontré à Salzbourg. C'était le plus jeune\nd une famille de douze enfants. Né à Ratisbonne en 1751, il se voua au théâtre,\njoua, devint chef de troupe, inauguraen 1801 le Théâtre « An der Wien », prit en\n1807 direction du théâtre de Brunn, tenta d'organiser des représentations à\ngrand spectacle, mais échoua misérablement. De nouveaux déboires à Vienne\net à Pest ébranlèrent sa raison. Après une série de prodigalités et d'orgies, il\n\n(i) Voir: Allgemeine deutsche Biographie, vol. XXXI, et Auguste Sauer : Schikaneder."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "252", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.16", "texte": "LE LIVRET DE LA (( FLUTE ENCHANTÉE »\n/\n\nsuccomba à la folie en 1812. Le nombre des pièce de toute nature qu'il a com-\nposées est considérable. L'édition complète de ses œuvres, parue en 1792, ne\ncontient que quelques pièces de chevalerie.\nL'idée première de la Flûte enchantée est empruntée à un conte de fées. Mais\ntandis que Schikanedertravaillait à son sujet, deux poètes du théâtre de Léopold-\nstadt s'inspiraient du même récit. Heusler faisait représenter, le 3 mars 1791,\nGaspard Voiseleur ; Périnet, le 8 juin de la même année, Le Basson ou la\nCithare enchantée ; l'un et l'autre avec une partition de Venceslas Millier. Sont-\nce les deux opéras de ses rivaux qui mirent Schikaneder sur la piste du recueil\noù se trouve Loulou ou la Flûte enchantée ? N'eût-il vent de ces imitations qu'a-\nprès avoir entamé ses chants, ses duos, ses chœurs et ses dialogues }En tout\ncas, c'est en mars 1791 qu'il propose le livret à Mozart, et c'est le 30 septembre\nqu'a lieu la première représentation ; déplus, au lieu de s'en tenir à la fable de\nLoulou, Schikaneder introduit dans l'action et dans les caractères des éléments\ndivers dont on a pu préciser l'origine.\n11. Les sources. Quoi qu'il en soit, Loulou parut en 1789 dans le troisième\nvolume publié à Winterthur chez les éditeurs Steiner et Cie par Wieland sous\nle titre de « Dschinnistan (i)ou Choix de contes de fées et d'histoires fantastiques\nen partie originaux, en partie traduits à nouveau et refondus ». Dans la préface\nde ce troisième volume (datée du 18 mars 1789 à Weimar) (2), Wieland se révèle\ncomme le principal narrateur de la collection, nomme ses collaborateurs Chris-\ntophe Martin, F. Hildebrand, von Einsiedel et A. J. Liebeskind, en désignant\nle dernier l'auteur des Feuilles de palmier comme l'auteur de Loulou\nou la Flûte enchantée. A Liebeskind revient donc l'honneur d'avoir, indirec-\ntement, inspiré Mozart.\nPour se rendre compte de ce qu'a réalisé Schikaneder et de ce à quoi il a pré-\ntendu, il est nécessaire de connaître, au moins sommairement, le conte du\nDschinnistan.\n111. Analyse du conte initial. La fable se déroule à Mehrou, capitale du pays\ndeCorassan. Le roi Djamide, fondateur de l'empire, a bâti un château « par\nenchantement » ; mais ses successeurs n'ont pas su commander aux esprits qui\nhantent la vieille demeure. Ne se souciant pas d'être jetés au bas de leur lit, ils\nont laissé les appartements inoccupés. C'est ainsi qu'une fée en a fait sa rési-\ndence. Elle écarte les indiscrets et trouve moyen de leur enlever jusqu'à l'envie\nde traverser la forêt où se dresse lechâteau. Carellese métamorphose à volonté ;\nsurtout, elle s'entoure d'un éclat aveuglant. C'est la « fée rayonnante ».\nLe roi actuel évite la région de la demeure magique. Mais son fils Loulou ne\npartage pas cette crainte de la forêt. S'il se tient à distance respectueuse, c'est\npour ne point importuner la fée. Il entraîne peu à peu les courtisans à la chasse\nparmi les buissons et les arbres, et, désireux de se distinguer, il compte pour\nle moins rapporter quelque lion ou quelque tigre. Justement, un tigre poursuit\nune gazelle : bonne aubaine pour Loulou. Mais la gazelle est si prompte et si\nhabile qu'elle échappe toujours au carnassier. Loulou se laisse entraîner. Le\nvoici soudain devant la fée (( vêtue de lumière ». Pour ne point être ébloui,\nle jeune homme se protège les yeux de ses mains, puis il s'agenouille et s'excuse\n\n(1) En français, il est plus conforme à nos habitudes de prononcer DjinnistcMi\n(2) Le tome I parut en 1786 ; le tome 11, en 1787."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "253", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.17", "texte": "LE LIVRET DE LA « FLUTE ENCHANTÉE »\nR. M.\n2\n\nd'avoir, par mégarde, violé le mystère de la retraite. La fée Périfirime assure\nle prince de toute sa bienveillance. Loulou lui promettant obéissance, elle\nl'autorise à fixer sans danger les yeux sur elle, l'emmène au château et finale-\nment lui confie une mission. « La porte s'ouvrit d'elle-même. Un nuage vint en\nplanant se poser devant eux : c'était une voiture. Ils y montèrent. La voiture se\nsouleva et s'envola doucement et vite, telle une hirondelle au-dessus de la\nforêt. »\nEt voici la tâche dont elle charge son protégé. Il s'agit de pénétrer chez un\nsorcier qui a dérobé à Périfirime, « il y a longtemps » un bijou précieux. Ce\nbijou, c'est une plaque « d'acier flamboyant doré » : talisman auquel obéissent\nles esprits de tous les éléments et de toutes les contrées. A chaque étincelle\nqu on en fait jaillir, un esprit puissant vient, sous la forme souhaitée, offrir ses\nservices en esclave empressé. C'est le roi Djamide, le fondateur même de la\ndynastie de Loulou, qui avait remis à la fée l'acier magique. Entre les mains du\nsorcier Dilsenghouine, le bijou perd en partie sa vertu ; mais pour le lui reprendre\nil faut un jeune homme dont le cœur n'ait pas encore battu d'amour, courageux\net innocent à la fois. Loulou sera ce merle blanc.\nL'expédition n'est toutefois pas exempte de périls. Dilsenghouine retient pri-\nsonnière une vierge dont il est épris ; la jalousie le rend singulièrement circons-\npect. Gagner sa confiance, pénétrer dans la demeure située « derrière la mon-\ntagne », subtiliser le talisman, tout cela exige beaucoup de sang-froid et d'intel-\nligence. Heureusement, Loulou reçoit des mains de Périfirime deux objets\nenchantés : une flûte et une bague. La flûte possède le pouvoir de concilier\nl'affection de tous les auditeurs et d'apaiser à volonté toutes les passions. La\nbague est munie d'un diamant : suivant qu'on tourne le chaton vers la paume\nou en dehors, on revêt tous les déguisements souhaités. En cas d'extrême\ndanger, l'anneau peut, à titre de messager, s'envoler chez la fée.\nLe prince se met en route. Grâce à sa bague, il prend l'aspect d'un vieux vaga-\nbond. Dans les parages de l'habitation ensorcelée, il joue sur sa flûte des airs\ninfiniment doux. Nouvel Orphée, il charme les animaux de la forêt. Dilsen-\nghouine ouvre sa fenêtre et se sent irrésistiblement attiré par les fioritures du\nmusicien. Il sort parune porte dérobée et s'approche du prince. Son air est ter-\nrifiant : c'est ungéant aux lèvres épaisses, aux joues boursouflées, au nez retroussé,\nmoustachu, ventru, clignotant. Loulou se donne comme un musicien nomade,\nindifférent à la fortune, gagnant sa pitance au jour le jour. La magie de sa flûte\nopérant, il arrive à se faire engager par le sorcier. Le voilà dans la place.\nNaturellement, Dilsenghouine a été tenté de porter à ses lèvres le mélodieux\ninstrument, mais il n'en a tiré que des sons criards. Il admirera davantage l'art\ndu musicien. D'ailleurs, c'est moins pour sa propre satisfaction qu'il l'introduit\ndans son palais que dans l'espoir d'une influence heureuse sur le caractère de sa\nfemme. Car elle est maussade au dernier degré et résiste à toutes les avances.\nEntre temps, le sorcier a recours à son talisman pour se faire servir. Chaque\nfois qu'il frappe le métal d'un bâtonnet, des gardes, des sbires, des domestiques\nactifs, vont au devant de ses ordres. Un nain surveille l'exécution des moindres\ncommandements.\nLoulou est amené devant dix fileuses peu diligentes : il en distingue une, aux\nyeux noirs, dont la vue le remplit d'admiration. C'est Sidi parmi ses dames\nd'honneur. A peine est-il capable, sur l'invitation expresse et réitérée du sorcier,-"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "254", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.18", "texte": "LE LIVRET DE LA « FLUTE ENCHANTÉE ))\n\nd'exécuter des variationstour àtour langoureuses, plaintives, angoissées, tendres,\ngaies, chorégraphiques. La belle Sidi commence, ainsi que ses compagnes, à\ntourner vers le flûtiste des regards de reconnaissance. Dilsenghouine préfère les\nairs joyeux. Mais Loulou de feindre l'impatience : il prétend diriger les morceaux\nà sa fantaisie. Qu'on aille chercher un autre artiste, s'il suffit d'obéir aux caprices\nd'un maître ! Aussi bien, les premiers résultats ne donnent-ils pas toute satis-\nfaction ? Quel est le but de Dilsenghouine ?De gagner le cœur de Sidi. Au lieu\nd'user de la contrainte, mieux vaut s'évertuer à plaire et à persuader. Tandis\nque, prêt à suivre ces conseils, le sorcier va se parer de ses plus beaux atours et\nqu'il emmène son nain, Loulou retourne le chaton de sa bague et paraît sous ses\ntraits véritables II n'a que le temps de rassurer la princesse et de lui exprimer\nson amour subit et son intention de la délivrer. Sidi éprouve des scrupules. Le\njeune homme ne serait-il pas quelque nouvel esprit au service du tyran ? Mais\nnon. Le prince n'a pas de peine à convaincre la prisonnière. Il faudra seulement\nqu'elle fasse bonne figure au barbon et qu'elle aide son sauveur à dérober la\nplaque d'acier.\nQuand le sorcier revient, les femmes ne peuvent se défendre d'un sentiment de\nsurprise, tant les esprits évoqués par le talisman l'ont paré de riches couleurs et\nde bijoux. Quelques compliments adroitement assénés par Loulou qui, par la\nvertu de sa bague, a repris son aspect de musicien ambulant, l'attitude amusée\net bienvaillante de Sidi, mettent le galant en joyeuses dispositions. Le flûtiste se\nplace derrière lui, manœuvre derechef son diamant et se livre envers la jeune\nfille à une pantomime expressive dont le tyraninterprèteles réponses en sa faveur.\nDilsenghouine est si content qu'il s'avance pour embrasser la princesse. Loulou\nn'y peut tenir. Nouvelle volte de la bague et sons stridents de la flûte. C'est une\nfausse note commise par mégarde, explique le musicien. Cela n'empêche pas le\nsorcierdeprétendre célébrer ses noces le jour même. De son talisman il fait surgir\ntoute une armée et commande les préparatifs de la fête.\nJusque-là Sidi avait toujours résisté victorieusement aux avances du magi\ncien ; car elle tenait de sa mère, la fée Périfirime, un don. Il lui suffisait d'oppo-\nser la force d'inertie à ce qui ne lui agréait point pour enempêcher la réalisation.\nMais ce don devait être annihilé sitôt que Sidi deviendrait amoureuse. L'incli-\nnation pour Loulou la livre aux caprices de Dilsenghouine. Déjà elle a subi le\nbaiser du vilain. Déjà les esclaves apportent les parures de la mariée. Le flûtiste\nne peut qu'offrir d'égayer le festin de sa musique. Mais tout à coup il feint de\ntrouver l'hospitalité du maître peu généreuse et déclare vouloir reprendre son\nchemin. Sous la menace de châtiments terribles, il exécute quelques trilles,\nagace les valets et les gardes et déchaîne leur colère contre le nain du sorcier.\nGrâce à ce stratagème, il peut poursuivre Dilsenghouine. Il le trouve en train\nde calmer la jalousie et les soupçons de sa favorite, Barsine. Le monstre déclare\nqu'il instruira dans l'art des maléfices le garçon qu'il a eu d'elle, Barka, le nain,\npuis promet de jeter en prison les suivantes de Sidi et d'éloigner le joueur de\nflûte.\nCependant Périfirime célébrait un festin dans son château. Dilsenghouine va\nla surveiller au moyen d'un télescope, sans se douter que, précisément, la fée\nl'observait par un jeu de miroirs, lui et son entourage, et riait à gorge déployée\nde voir le nain Barka servir de jouet aux esclaves.\nLe banquet de noces commence. Loulou de diriger les dispositions des con-"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "255", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.19", "texte": "LE LIVRET DE LA (( FLUTE ENCHANTÉE ))\n\nvives. Le sorcier s'oublie et s'enivre : il a le vin gai. Or, le nain s'avise d'un\ncaprice dangereux. Ne s'imagine-t-il pas savoir tirer de la flûte des sons enchan-\nteurs ? « Nem'enlève pas mon gagne-pain I », s'écrie le prince pour se défendre :\n<( Que ne vends-tu ta bague? » riposte Dilsenghouine, découvrant le diamant. Le\nflûtiste portait d'ordinaire l'anneau à son pouce gauche, si bien qu'en jouant il\nle cachait. Il se trouve en mauvaise posture, car il risque de perdre simultané-\nment ses deux fétiches. Comment faire face au danger ? Il demande la faveur\nd'exécuter un dernier air avant de se séparer à jamais de son fidèle instrument et\nil joue une berceuse. Tous les assistants s'endorment. Loulou s'avance vers le\nsorcier, lui glisse la main sur la poitrine et enlève l'acier magique. C'est une\ndouble poignée dorée retenue par un ressort, enchâssant, d'un côté, une tige\nd'acier, de l'autre une pierre à feu aiguisée. Le prince, involontairement, appuie\nsur le ressort. Les gardes et les serviteurs tressaillent et accourent protester\npar gestes de leur obéissance. Il retourne sa bague et réveille Sidi. Enthousiasme\ndes deux amants. La princesse révèle son origine. Fille de Périfirime et du roi\nde Cachemire, elle a eu le malheur de suivre un oiseau dans la forêt et d'être\nsurprise par Dilsenghouine : c'est ainsi qu'elle s'est laissé ravir le talisman et la\nliberté.\nLes amoureux jasent. Ils ne prennent pas garde au nain qui avertit son père.\nLe sorcier se précipite sur le prince. Mais c'est ce dernier que les esprits pro-\ntègent. Loulou retire sa bague et la lance loin de lui. Aussitôt apparaît dans\ntoute sa splendeur la fée. En vain Dilsenghouine se métamorphose en faucon.\nPérifirime le transforme en oiseau de nuit, ainsi que le nain. Elle pardonne à\n1 infidèle Barsine d'avoir aimé le sorcier. Puis elle fait monter l'heureux couple\ndans son char et fiance les jeunes gens. Elle fait trois fois le tour de la demeure\nensorcelée qui s'écroule et, « par le chemin des airs », ramène sa fille et son\nfutur gendre auprès des rois de Cachemire.et de Corassan.\nIV. Histoire du livret et de ses modifications. Cette analyse un peu détaillée\ndu conte de Liebeskind dispensera d'insister sur les livrets de Heusler et de Péri-\nnet, car ils reproduisent exactement la marche du récit. Celui de Périnet suit pas\nà pas le modèle. A peine change-t-il quelques noms et quelques circonstances\naccessoires. Loulou devient Armidoro, prince d'Eldorado ; le sorcier s'appelle\nBosphoro ; le gardien de son sérail est un goinfre ventru, Zoumio. La fée et la\nprincesse conservent leur nom. Périnet prend seulement soin de doubler son\njeune premier d'un domestique , Gaspard, et Sidi, de la confidente Palmire. Un\ngénie particulier,le petit Pizichi, estattaché aux personnes de Gaspard et d'Armi-\ndoro. Quant aux instruments donnés par la fée, une cithare remplace la flûte et\nla bague garde le pouvoir que lui attribue la fable primitive. Mais le serviteur\nreçoit un basson dont la vertu magique produit des effets analogues à ceux de\nla cithare confiée au maître. Déplus, la fée envoie au moment du danger un\ncheveu enchantéà Gaspard, et au prince une boule. A part ces légères additions,\nle conte n'est guère que découpé en scènes. Quelques couplets àla fin de chaque\nacte ou entre les dialogues célèbrent la chasse, la nature, la danse, le pouvoir\ndes instruments magiques, le génie Pizichi, l'amour, le bonheur, tout cela sans\nombre d'originalité. Quant aux plaisanteries-réservées à Gaspard et à Zoumio,\nelles portent exclusivement sur la boisson et sur la bedaine du gourmand. Les\ndécors choisis par Périnet représentent une forêt, puisle palais de Bosphoro, enfin\nl'appartement des femmes et le jardin. A l'occasion de ses noces, le sorcier songe"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "256", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.20", "texte": "LE LIVRET DE LA (( FLUTE ENCHANTEE »\n\nà une fête nautique. C'est à ce propos qu'il empoisonnera les hôtes gênants. Ses\nplans sont déjoués, et finalement Armidoro épouse Sidi et Gaspard conquiert le\ncœur de Palmire.\nPérifirime, restée « la fée rayonnante », retrouve, comme chez Liebeskind, son\ntalisman que constitue également « l'acier flamboyant doré ». Le sorcier vaincu\nsera condamné à vivre trois cents ans sous terre.\nPérinet se s'est guère mis en frais d'imagination. Mais quelles modifications\nSchikaneder a-t-il fait subir à son sujet ?\nIl l'a tout bonnement amalgamé avec une série de descriptions empruntées\npour la plupart à un livre d'origine française : « Séthos, histoire ou vie tirée des\nmonumens anecdotes de l'ancienne Egypte, traduite d'un manuscrit grec »\n(parle P. Terrasson) (1). Il s'est souvenu de « YObéron viennois » (2) dont la\nmusique était de Paul Wranitsky. Il a pris une pincée du conte des Trois habiles\ngarçons paru dans la même collection que le conte de Loulou ou la Flûte en-\nchantée (3). Enfin il a saupoudré le tout d'allusions aux rites et aux usages de\nla Franc-Maçonnerie. S'il n'avait pas créé avec l'aide de Gieseke le per\nsonnage de Papageno, on serait en droit de se demander ce dont il faut le plus\ns'étonner : que Schikaneder ait eu besoin de tant d'inspirations pour aboutir à\nun tel tissu de contradictions et d'absurdités, ou que Mozart, et, avec lui, le\npublic et les critiques, se soient intéressés à une œuvre si confuse, si maladroite\net, malgré tous les ingrédients dont elle se compose, si voisine de la niaiserie.\nMais puisque la partition de Mozart a immortalisé le livret, force est bien de\ndémêler « l'intrigue » et « les caractères » de la Flûte enchantée.\nSéthos est la biographie d'un prince égyptien. Pour échapper aux poursuites\nde sa belle-mère, Daluca, il se fera recevoir parmi les prêtres initiés de la trinité:\nIsis, Osiris, Horus. Les épreuves de sagesse et d'humanité le prépareront à sa\nmission idéale de futur roi. -\nLe librettiste allemand a mis à profit les chapitres 111 et iv consacrés à l'ini-\ntiation du prince ; il a peu tenu compte du reste de l'ouvrage : voyages de Séthos\nen Afrique, fondation d'Etats, lois données aux sauvages, retour en Egypte,\nvictoires sur ses adversaires, abdication au profit de ses demis-frères Béon et\nPemphos. Mais ce qu'il a utilisé, il l'a copié de très près et par endroits littéra-\nlement transcrit.\nAinsi l'on idendifie (q\\ pour ainsi dire, les passages suivants :\nDans Séthos :\nLe grand prêtre. Isis, ô grande déesse\ndes Egyptiens, donnez votre esprit au nouveau\nserviteur qui-a surmonté tant de périls et de\ntravaux pour se présenter à vous. Rendez le\nvictorieux de même dans les épreuves de son\nâme en le rendant docile à vos lois, afin qu'il\nmérite d'être admis à vos mystères.\n(Ch. m.)\nDans la Flûte enchantée :\nSarastro. O Isis et Osiris, accordez l'es-\nprit de sagesse au jeune couple ! Vous qui\ndirigez les pas des voyageurs, donnez-leur dans\nle danger la force de la patience... accueillez-\nles dans vos demeures.\n(Acte I', se. 1.)\n\n(1) L'ouvrage parut en 1731 à Paris, en 3 parties, et fut réimprimé en 1732 à Amsterdam en\n2 parties in-B°. Il fut traduit en anglais par M. Lediard (Londres, 1732) ; en allemand par Clau-\ndius (1777 et 177%> Breslau).\n(2) Cf. Gœthes Fortsetzung der Mozartschen Zauberflàte par Victor Junk (Berlin, Verlag von\nAlexander Dunker, 1900).\n(3) Voir Otto Jahn : Mozart, t. 11.\n(4) Junk, op. cit."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "257", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.21", "texte": "LE LIVRET DE LA (( FLUTE ENCHANTÉE »\n\nInscription. Quiconque fera cette route\nseul, et sans regarder derrière lui, sera puri-\nfié par l'eau et par l'air ; et s'il peut vaincre la\nfrayeur de la mort, il sortira du sein de la terre,\nil reverra la lumière, et il auradroit de prépa-\nrer son âme à la révélation des mystères de la\ngrande déesse Isis.\n(Id., p. 214.;\nLe chœur. Quiconque parcourt cette\nroute pleine de difïicul és devient pur par le\nfeu, l'eau, l'air et la terre ; s'il peut surmonter\nles terreurs de la mort, il s'élance de la terre\nau ciel ; illuminé, il seradès lors en état de s'i-\nnitier pleinement aux mystères d'lsis.\n(Acte 11, se. XXVIII.)\nSchikaneder a-t-il du moins harmonieusement fondu les deux thèmes de\nLiebeskind et du P. Terrasson ? Il faudrait être bien prévenu en sa faveur pour\nl'affirmer.\nDans Sélhos, le prince et son compagnon Amédès, l'ancien conseiller de la\nreine Nephte, descendent dans la pyramide où les initiés se livrent à leurs prati-\nques rituelles. Amédès révèle à son jeune ami maint secret et mainte merveille,\npique sa curiosité,aiguillonne son courage Puis Séthos découvre l'inscription en\nlettres noires sur marbre blanc qui annonce l'épreuve de la triple purification par\nle feu, l'eau et l'air. L'avis est confirmé par trois guerriers en armes. Après ces\népreuves, le héros devra encore marcher seul et droit devant lui sans se retour-\nner, vaincre la peur de la mort et préparer son âme aux mystères d'lsis. Les\népreuves commencent. La première impose de traverser au pas une mer de\nflammes ; la seconde de passer à la nage un canal alimenté par une cascade au\nbruit étourdissant ; la troisième de se faire transporter sans lumière par deux\nroues gigantesques qui engendrent un effroyable courant d'air. Finalement\nSéthos arrive au temple lumineux, sanctuaire des divinités Osiris, Isis et Horus.\nIl y retrouve Amédès, déjà classé parmi les élus L'archiprêtre des initiés l'ac-\ncueille. Après vingt-quatre jours de jeûne, il obtient « la purification du corps ».\nSuivront la « purification de l'âme » et la « manifestation ». La purification de\nl'âme comporte « linvocation » et « l'instruction». Durant toute l'initiation,\ndéfense d'adresser la parole aux femmes. Après les épreuves de « renoncement »\net du « silence », l'archiprêtre pose à l'aspirant trois questions ; neuf jours sont\naccordés pour la réponse, et le silence est pour la seconde fois de rigueur. Les\nsujets sur lesquels on interroge Séthos ont trait à l'héroïsme, à l'honneur,\nau et à l'humanité La « purification de l'âme » ayant eu lieu la\n« manifestation » s'accomplit. L'entrée du prince parmi les initiés est célébrée\nen grande pompe.\nAu point de vue de l'action Schikaneder a fait passer au premier plan l'histoire\nd'amour : l'enlèvement de Pamina sert de pivot à la pièce. Le talisman de la fée\nest devenu le septuple cercle solaire ; mais le librettiste l'oublie quelque peu. Il\ns'en souviendra dans la Suite de la Flûte enchantée. C'est pour délivrer Pa-\nmina que Tamino s'efforcera de mériter l'initiation. Loulou se transfigure en\nSéthos. Comme d'autre part Sarastro tient Pamina sous sa domination, il faut\nqu'il remplisse les fonctions de grand prêtre. Voilà donc le sorcier Dilsenghouine\npromu à la dignité de chef des initiés. Mais alors son ennemie n'est plus la\nbonne fée ! Noircissons-la. Périfirime est escamotée pour céder la place à la\nreine de la nuit, personnage vindicatif. Les trois dames qui escortent cette mé-\nchante passeront au camp adverse,tandis que les trois garçons dévoués à Tamino\ndemeureront jusqu'au bout ses compagnons fidèles. Par contre, Monostatos,\nvilain nègre, furieux d'être repoussé par Pamina, abandonne Sarastro pour le\nparti de la nuit. C'est bien le moins qu'on entende une voix d'homme auprès"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "258", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.22", "texte": "LE LIVRET DE LA « FLUTE ENCHANTÉE »\n\ndelà reine et des trois autres femmes ! Quant aux amoureux, leur cause triom-\nphe : Papageno et Papagena forment le pendant comique du couple éprouvé.\nEt maintenant, si vous ne tirez pas de ces constatations des conséquences très\nambitieuses, c'est que vous n'avez pas l'âme métaphysique. Schopenhauer (i)\ndiscute gravement : « Le progrès serait parfait si, à la fin, Tamino, écartant le\ndésir déposséder Pamina, n'avait plus qu'une aspiration : être initié au tem-\nple de la sagesse, et la réalisait ; si, au contraire, par un contraste nécessaire,\nPapageno obtenait sa Papagena.., Cette perfection attribuée à Séthos nuirait à\nl'effet de l'opéra. Schikaneder a raison de réunir ses amants. »\nEh oui, Schikaneder a raison.Mais que nousimporte la perfectibilitéde Loulou\nou de Tamino dans un conte de fées ? Que nous chaut le symbole franc-maçon-\nnique emprunté à l'histoire de Séthos dans un décor égyptien ? Victoire de la\nlumière sur les ténèbres, du bien sur le mal, purification de l'homme par les\népreuves ! Que de principes sublimes ! « Le jour est en lutte avec la nuit.L'un a\npour moyens d'action la raison et la bienfaisance, l'autre la cruauté, la duperie\net les intrigues, déclare solennellement Herder (2). «Le grand public prend\nplaisir à l'apparition du jour ; à l'initié n'échappera pas le sens supérieur du phé-\nnomène, comme c'est le cas dans la Flûte enchantée et dans d'autres choses »,\nconfie Goethe à Eckermann (3)... O Mozart, que ta divine Flûte conféra donc,\npar sa grâce magique, de profondeur et d'esprit à Schikaneder î\nToujours est-il que Séthos fournit à l'auteur allemand une ample moisson\nd'allusions à l'Ordre tarabusté par Léopold 11. L'épreuve de l'impétrant conduit\naux portes du temple ; le bandeau appliqué sur les yeux de l'étranger ; le dis-\ncours de l'orateur ; les symboles de la lumière, ici la bible, l'équerre et le\ncompas, là le soleil, la lune et le maître de la chaire ; les formules amitié, fra-\nternité, humanité,transposées en principes d'amour, perfection, discrétion, abs-\ntinence et continence; les expressions: la divinité,la vertu,le bien, toutes ces\nexplications du P. Terrasson se retrouvent dans la Flûte enchantée. « Dès que te\nconduira la main de l'amitié » ; « l'harmonie del'amitié » ; « l'amour et la frater-\nnité » ; « quand un homme est tombé l'amour le mène au devoir » ; « puis il che-\nmine à la main d'un ami », etc. Schikaneder a suivi docilement son modèle. Il\nn'est pas jusqu'aux chiffres fatidiques, et surtout le chiffre 3, dont le librettiste\nn'ait usé et abusé : il présente 3 dames de la reine, 3 garçons, 3 prêtres, 3 escla-\nves ; il faut subir 3 épreuves ; on sonne 3 fois le cor ; 3 appels de trompette\nattirent Tamino et Pamina dans le sanctuaire. Enfin, parmi les personnages,\nles 3 garçons, la reine de la nuit, et Papagena font une triple apparition. Les\nindications de ce genre abondent dans Séthos.\nDans la franc-maçonnerie les femmes sont exclues. « Elles ne doivent pas\nscruter ce qui est incompréhensible à l'esprit humain » ; le récit français, au\ncontraire, appelle les femmes des « prêtresses par honneur ». Schikaneder fera\ndonc sacrer Pamina prêtresse : « Une femme qui ne craint ni la nuit ni la mort\nest digne d'être initiée. »\nLa double source à laquelle a puisé le directeur de théâtre allemand explique,\n\n(1) Pcirerga und parctlipomenct, I, 5. Cf. Junk, p. 23.\n(2) Adiasta, 11, 284. Cf. Junk, p. 24.\n(3) Conversations avec Eckermann, I, 219. Cf. Junk, ib."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "259", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.23", "texte": "LE LIVRET DE LA « FLUTE ENCHANTÉE »\n\nsans la justifier, la déformation subie par les «personnages. Le sorcier Dilsen-\nghouine se scinde pour ainsi dire : d'une part ses fonctions de gardien sont attri-\nbuées à Sarastro, façonné à l'image du grand prêtre, et devenu dans l'opéra le\npère adoptif de Pamina ; d'autre part, l'horreur qu'inspire chez Liebeskind le\ntyran à Sidi se reporte dans l'âme de Pamina sur Monostatos. Schikaneder\naime dans son théâtre les rôles de pères nobles : son Sarastro s'idéalisa jusqu'à\ndevenir .une des figures sympathiques de la pièce.\nDe même la princesse du conte est pourvue, sous les traits de Pamina, de\ntoutes les qualkés.A la questionde Papageno : « Mon enfant,que dirons-nous ? »\nelle répond fièrement : «la vérité, quand ce serait un crime I » Elle ne pouvait\nd'ailleurs guère subir l'influence de l'ouvrage français. Pamina est donc Sidi,\nsans trop d'altérations.Elle est seulement moins passive que l'héroïne de Liebes-\nkind. Peut-être Schikaneder a-t il aussi pour ce personnage emprunté quelques\ntraits à l'Armande de YObèron viennois (i).\nLe caractère le plus méconnaissable est celui de la fée. De Périfirime il n'y a\npresque plus trace. Car la reine de la nuit est méchante et envieuse. L'obscurité\nqui l'entoure contraste avec la clarté qui baigne le royaume des initiés. D'abord\nprésentée comme « la reine aux flammes d'étoiles », elle a bien pu ressembler\npeu à peu à la belle-mère de Séthos, Daluca, qui cherche à faire sombrer la\nmoralité dans le peuple comme à la cour. De toute façon, elle est précipitée dans\nla nuit éternelle.\nPapageno, c'est le personnage comique cher aux farces viennoises. Schikane-\nder jouait lui-même ce rôle et ajoutait au texte des plaisanteries improvi-\nsées. La physionomie précise, par contraste, l'élévation des sentiments de\nTamino. «Je suis, dit-il, un homme de la nature qui se contente de dormir, de\nmanger et de boire, et, si cela pouvait se faire, d'attraper une fois une belle\npetite femme. »\nOn s'accorde à louer l'originalité du personnage de Papageno. Il ne fau-\ndrait pourtant pas oublier que les couples de serviteurs ne manquent pas dans\nla comédie viennoise.\nQuant à Monostatos, c'est un mélange de Dilsenghouine et d'Osmin, eunuque\ndu bey de Tunis, et chargé de surveiller Armande dans YObéron viennois.\nParmi les figures de second plan,on s'est demandé s'il fallait chercher aux trois\nsuivantes de la reine des modèles dans le théâtre de Shakespeare. Ont-elles\nquelque analogie avec les furies de Macbeth ou les furies qui apparaissent dans\nle prologue de Hamlet? C'est,croyons-nous,s'ingénier à soulever de bien grosses\nquestions à propos de fantoches sans consistance.Les 3 garçons ontpour origine,\ncomme nous l'avons signalé, un conte du Dschinnistan Enfin l'archiprêtre a\nsans doute été créé sous l'influence d'habitudes locales. Il correspond à quel-\nque « orateur » franc-maçon.\nLe chœur n'était pas une nouveauté. Au point de vue musical le chœur avait déjà\nété introduit par Gluck dans Orphée en 1762 et dans Iphigéme à Anhs en 1774.\nMozart lui-même avait, en 1780,distingué les chœurs intimement mêlés à l'action\net ceux qui sont de simples fioritures. Dans la Flûte enchantée le chœur se mêle\npar trois fois à l'action, mais en restant invisible : pour assurer à Tamino que\nPamina est encore en vie ; pour l'aider à trouver le vrai temple ; pour mettre un\n\n(1 ) V. Junk, op. cit."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "260", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090501-01.1.24", "texte": "L.E LIVRET DE LA « FLUTE ENCHANTÉE »\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie\n\nterme aux agaceries des femmes qui s'efforcent d'égarer Tamino et Papageno. Le\nchœur visible n'en a pas pour cela moins d'importance dans l'opéra.\nLes rapprochements établis avec le conte de Loulou et avec l'histoire de Séthos\nsuffisent amplement pour comprendre la manière dont a travaillé Schikaneder.\nEst-il utile de poursuivre dans le détail les rapports avec YObéron viennois et\navec d'autres pièces contemporaines r Vaut-il la peine de rechercher les allu-\nsions que le public a voulu voir à des événements du temps ou d'analyser la\ndescription des décors, eux aussi pour la plupart imités de Séthos, ou encore de\ndiscuter la signification des instruments magiques, flûte et jeu de clochettes ?\nNous ne le pensons pas.\nAvant d'examiner les adptations françaises de la Flûte enchantée, ajoutons seu-\nlement que la pièce de Schikaneder fut colportée sur toutes les scènes et traduite\ndans toutes les langues. Les imitations surgirent. L'auteur lui même écrivit un\nopéra : le Labyrinthe ou le combat avec les éléments, dont il confia en 1798 la\npartition à Winter et qu'il désigna comme la seconde partie de la Flûte en-\nchantée. Tieck, dans son Chat Botté, fit chanter des airs entiers sur les paroles\nde la Flûte enchantée, évoquant aussi le pacificateur avec son jeu de clochettes.\nGrillparzer, en 1826, consacra deux satires à la Flûte enchantée : une soi-\ndisant suite et YErmite en prison ; il en tira aussi des indications pour la pièce :\nLe Rêve d'une vie. Quant à Gœthe, il jugea l'œuvre digne d être reprise, mais\nson poème est resté à 1 état de fragment.\n(A suivre.)\n\nLouis WEILL.\n\nMONTE-CARLO. Une des attractions qui auront obtenu le plus de succès,\ndurant la saison montécarlienne, c'est assurément l'orchestre des jeunes virtuo-\nses dressés, façonnés, dirigés par ce maestro merveilleux qui se nomme Louis\nGanne.\nAussi l'lnternational Sporting-Club, où se manifestent les concerts de gala\ndonnés par Ganne et son orchestre, est-il le rendez-vous à la mode de la société\nmondaine du littoral, venant en foule assister aux Concerts Ganne, dont le succès\nest triomphal.\n\nLe supplément musical (Danses de la Renaissance, suite) qui devait paraître\ndans ce numéro, est renvoyé au prochain, par suite d'une erreur de transmis-\nsion postale."}]}