{"numero_id": "bm-bmtnabj-1909-05-15-01", "volume": "bmtnabj_1909-05-15_01", "ocr_sha256": "2d80c61974c27733dee7789ab6dc583083005733104e0e84360c90c6cdeea782", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1909/05/15_01/bmtnabj_1909-05-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1909/05/15_01/bmtnabj_1909-05-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-15_01#c001", "volume": "bmtnabj_1909-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "261", "page_fin": "261", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.2.1", "titre_corps": "La musique et notre état social.", "titre_sommaire": "La musique et notre état social.", "signature_source": "J. 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Jamais il n'y eut autant de concerts 1 autant de « récitals »! autant de\ngrands virtuoses en vedette sur les affiches ! autant de « saisons sensation-\nnelles » !...\nComment expliquer que cette débauche excessive de musique coincide avec\nun tel état social ? Philosophes, avez-vous une réponse ?\nLa mienne est celle-ci :\nAu fond, on n'est pas musicien ; toute cette agitation musicale est àla\nsurface. C'est la houle des vanités au moment où passe le vent de la mode ;\nc'est aussi la forme que prend une certaine entente des affaires. Rares sont les\ngens qui aiment à pénétrer dans l'intimité d'une belle œuvre et à l'entendre sans\nsouci d'être vus. En réalité, il y a deux souverains dans le domaine musical:\nl'un a nom Snobisme ; l'autre, Mercantilisme. Heureusement qu'aujourd'hui\nles souverains ne sont pas tout dans un pays.\nAu premier plan de la scène, il y a ceux qui se servent de la musique au lieu\nde la servir, et qui transforment la lyre en tire-lire. Moins en vue mais plus en\ncrédit, sont les compositeurs qui respectent leur art, les amateurs qui ne courti-\nsent pas les gazettes et les critiques qui répugnent àla réclame. 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Au pied d'une montagne, un étang de\nlotus bleus et de nymphéas roses... Une grande statue du Bouddha. Autour\nd'elle, des ascètes hindous sont plongés dans la contemplation et la méditation.\nLa tête rasée, vêtus de haillons, ils sont immobiles ; ils ne s'interrompent que\npour baiser des amulettes ou proclamer le néant des choses. Avec une sorte de\nvolupté à rebours, ils oublient le monde, et cultivent en eux-mêmes l'idée du\nnéant :\nL'apparence n'est rien, et tout est apparence ;\nDonc, vivants, tout n'est rien.\nLa terre aux belles fleurs, le ciel aérien,\nN'existent pas. Il n'est de vrai que la souffrance.\nMais voici qu'on entend au loin un tumulte joyeux d'hommes et de bêtes.\nIo I Poean ! Evohé ! C'est un chaos déchaîné qu'accompagne un bruit de flûtes,\nde tambourins, d'instruments sauvages. Les ascètes voient là une tentative du\ndiable pour troubler leurs pénitences ;et leur extase est à peine troublée... Mais\non vient leur faire le récit d'une terrible bataille :le pays a été envahi par une\narmée de guerriers chanteurs et de vierges ivres qui profanent tout, et dont la\njoie triomphante déjà déborde. On entend se rapprocher le chant des prêtres de\nBacchus. Les ascètes sortent ; cependant, entrent très joyeux, en deux groupes,\ndes vignerons que précèdent quatre jeunes Bassarides, très jeunes, Bacchantes\nthraces, armées comme des guerriers. Debout sur le pont, elles donnent des\nordres aux vignerons qui enfoncent des plants de vigne dans la terre, comme on\nficherait une lance pour prendre possession d'une conquête. Après, entrent à\nreculons des prêtresses qui agitent des encensoirs entourés de pampres et de\nlierres. Plus nombreux, précédés par un danseur au bruyant tambourin, appa-\nraissent en un glorieux tumulte les chefs des hommes qui ont suivi Bacchus. Ce\nsont les conducteurs de son armée ; les guerriers aux belles armures, deThèbes,\nde Thespies. Et des Lybiens. Et des Ethiopiens. —Et les conducteurs des\nphalanges voluptueuses de la Lydie. —Et leurs armes resplendissent.\nEt voici traîné par des bêtes fauves liées de fleurs, de lierres et de branches\nvertes, et que fouettent des Bassarides avec des fouets fleuris —le char de\nBacchus. Le char est d'or. Bacchus se tient debout, appuyé sur le thyrse, en\nblanche robe dorée ; sous la couronne de pampres, son visage est beau comme\ncelui d'une belle jeune femme avec de longs cheveux, couleur des rayons du\nsoleil. Ariane est couchée à ses pieds sur un léopard endormi. Et, autour du\nchar, c'est la bande frénétique et sacrée des demi-dieux, des dieux monstres, des\nSilènes, fils cornus de la terre, des Cyclopes, des Centaures, des Corybantes,\net des Vierges bassarides et des Ménades qui font tinter des cymbales, et des\nchanteuses qui portent des lyres, et des danseuses aux chevilles sonores de\nclochettes. Sur l'universelle clameur s'élève la voix triomphante du jeune dieu\nBacchus : c'est le ténor Muratore.\nDans ce pays de l'lnde qu'il vient de conquérir, là même où les ascètes pro-\nclamaient le néant des choses, le règne de la souffrance, la nécessité du retour"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.3", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2739, "texte": "au Nirvana, il lance à pleine voix, avec une sorte de violence sereine, les strophes\nsuivantes :\nMortels 1 la vie est dans le monde !\nLe blé mûrit au champ, et la vigne au ravin.\nPar Cérès et Bacchus, par le pain et le vin\nMûrit l'humanité féconde.\nMortels ! la vie est dans le monde !\nVierges ! l'amour est dans le monde 1\nLes grappes ont saigné sous les pesants pressoirs;\nLes forts adolescents dans l'ivresse des soirs\nPressent la chair de l'enfant blonde.\nVierges ! l'amour est dans le monde!\nMuses I le rythme est dans le monde !\nLa danse ondule sous les amphores de grès...\nLa haute lyre avec la flûte aux rires frais\nS:allie à la conque profonde.\nMuses ! le rythme est dans le monde !\nVivants ! la joie est dans le monde !\nJ'ai massacré la nuit et j'ai tué la mort ;\nDu meurtre de la nuit c'est le matin qui sort ;\nHors du tombeau, la vie abonde.\nVivants 1 la joie est dans le monde !\nLa frénésie de l'enthousiasme orgiaque secoue toute la multitude, qui reprend:\n« Vivants ! la joie est dans le monde ! »\nTelle est l'idée maîtresse de l'œuvre : l'opposition de la vie àla négation de la\nvie. M. Massenet l'a magnifiquement exprimée à l'aide des plus heureux con-\ntrastes, avec un orchestre extrêmement coloré. Et bien que j'aie résumé seule-\nment le deuxième acte, je voudrais m'arrêter là. Le reste m'a paru obscur et\nentortillé (je parle du livret). Je vois bien que les deux religions en conflit s'incar-\nnent en deux femmes, Ariane et Amarelli (celle-ci reine de l'lnde), qui, toutes\ndeux, deviennent amoureuses de Bacchus ; mais cette intrigue me ramène aux\nlivrets du xvinc siècle, et, dans le détail de l'action, j'ai peine àla suivre jusqu'au\nbout. Je ne sais pour quelle cause, je ne distingue pas très bien. Je vous autorise\nà me comparer au dindon de la fable. Pourquoi, lorsqu'une impression a été\ntrès forte et très nette, la gâter par un cortège d'analyses qui seraient nécessai-\nrement très sèches ? La joie de vivre (prenez le mot joie dans le sens profond)\ns'oppose au mépris de la vie : c'est là le vrai sujet, le sujet essentiellement musi-\ncal, celui où Massenet s'est donné tout entier. Plus tard, après de nombreuses\nauditions, nous verrons s'il y a lieu d'examiner autre chose... Pour le moment,\nje neveux pas faire de pédantisme, chicaneries auteurs sur ceci ou sur cela.\nLes directeurs de l'Opéra ont monté cet ouvrage avec beaucoup d'éclat ;et les\nartistes font un magnifique effort pour être àla hauteur de leur tâche.\nMlle Zambelli triomphe comme toujours, aérienne et infiniment gracieuse. En ce\nqui concerne le ballet, me permettra-t-on une réserve d'archéologue ? 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Il est d'abord une partie à\npeine distincte du culte; il devient ensuite un acte social où apparaissent et\nentrent en jeu les organes principaux de la cité. La scène n'est plus dans l'église,\ncomme il arrive le plus souvent durant la première période : elle s'installe sur\nla place publique ; elle aura enfin un théâtre couvert et fermé. Les acteurs ne\nsont plus des prêtres, mais des bourgeois, puis des professionnels ; il y a désor-\nmais des entrepreneurs de spectacles, des auteurs payés, un vrai public, une\ncensure, des magistrats qui président au « jeu » et le surveillent. La langue\nemployée ne sera plus à peu près exclusivement celle des offices, le latin, mais\nla langue vulgaire. D'ailleurs, comme la cité elle-même est profondément pénétrée\npar l'idée religieuse, il s'ensuit que pendant longtemps l'évolution apparaît dans\nles modalités du drame beaucoup plus que dans son esprit, lequel ne sera dominé\nque très tard par l'esprit laïque. Le genre reste « sacré », tout en devenant\npolitique. Dans toutes les parties de la société civile, il retrouve l'atmosphère\nde l'Eglise, sinon celle qui est chargée de prières rituelles et d'encens, au moins\ncelle des idées, des croyances et des règles directrices de la vie. Le sujet des\npièces est toujours tiré de l'Ancien et du Nouveau Testament, des miracles de\nNotre-Dame, de la vie des Saints : l'objet poursuivi, c'est toujours la représen-\ntation par personnages d'un dogme, en vue de la démonstration de ce dogme et\nde l'édification des auditeurs. Le groupe des œuvres purement profanes est très\nrestreint et peu important (il ne comprend guère que l'histoire de Grisélidis et\nsix moralités).\nTel est le caractère général des « mystères », faisant suite à ce que nous avons\nappelé les « drames liturgiques ». Il y en a près de quatre cents; leur âge d'or a\nété le xive siècle, le xve siècle et la première moitié du xvie ; leur règne s'étend\njusqu'au 17 novembre 1548, date de l'arrêté du Parlement de Paris qui, pour\nmettre un terme à de gros abus, « inhibe et deffend de jouer le mystère de la\nPassion Nostre Sauveur ne autres mystères sacrez ». (En 1548, nous sommes en\npleine « Renaissance », à la veille du jour où, en prenant la forme de la tragédie\net du'ballet, le théâtre rompra définitivement ses attaches avec le culte.)\nSi je me conformais à l'usage adopté par les historiens, il devrait me suffire de\ndonner cette caractéristique très sommaire, sans pousserplus loin. Les mystères\ndu moyen âge sont considérés comme étant placés en dehors d'une histoire du\nthéâtre lyrique. Je ne veux pas donner une extension paradoxale au domaine\nque j'ai à parcourir ; je suivrai cependant une autre opinion et une autre méthode."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3720, "texte": "A priori, avant même d'avoir consulté les textes, on pourrait affirmer qu'ici\nencore la musique joue un rôle plus ou moins considérable, plus ou moins rap-\nproché de ces précisions nettes et rigoureuses qu'exige l'œuvre d'art, mais un\nrôle réel. L'existence, dans les siècles antérieurs à la Renaissance, d'un théâtre\ndénué de tout caractère musical, serait, en soi, peu vraisemblable, parce qu'elle\nsupposerait une conception et un goût du drame « littéraire» qui sont étrangers\naux primitifs ; ce goût n'apparaît qu'assez tard ; il est le privilège des âges\ntrès cultivés où des abstractions hardies et raffinées ont rompu l'unité tradition-\nnelle des arts du rythme. Les primitifs ne vont pas au théâtre, comme au temps\nde Jodelle ou de Racine, pour goûter un régal de « littérature » ; ils y vont\npour assister à un spectacle sur des tréteaux, pour suivre une image vivante de\ncertains faits, une imitation réalisée par des personnages agissants et costumés.\nLes paroles, le style, si importants aujourd'hui, n'ont alors qu'une importance\nsecondaire ; on ne conçoit même pas tout comme dans la période grecque\nantérieure à Eschyle qu'ils puissent présenter un intérêt durable et méritent\nd'être conservés après la solennité où on les a employés comme moyen d'imita-\ntion. Or les fables qu'on représente sont empruntées à la religion; et l'élé-\nment religieux, depuis le passé le plus lointain, implique et contient l'élément\nmusical. Le primitif ne connaît que le drame mimé, ou bien celui où la parole\nest plus ou moins accompagnée de musique instrumentale et vocale ; il ignore le\ndrame qui est l'œuvre d'un « homme de lettres » pur. De plus, en dehors des\nusages religieux, les instruments et le chant lui paraissent inséparables de toute\nfête où l'éclat et l'agrément sont de règle. Il ne faut cependant rien exagérer. Les\nmystères ne sont déjà plus des drames musicaux ; ce sont des drames où il y ade\nla musique. Ce n'est pas la même chose ; mais cela me suffit pour m'y arrêter un\ninstant et marquer les caractères principaux de l'évolution qui s'accomplit. Je\nne dois pas mettre cette partie de mon sujet sur le même plan que les autres ;\nje ne dois pas non plus la passer sous silence. Si nos mystères, dans leur en-\nsemble, sont inférieurs aux drames lyriques de l'antiquité, ils ne laissent pas de\nformer, sur bien des points, un pendant symétrique à l'histoire du théâtre\ngrec.\nL'organisation du spectacle devient, dans les parties principales, une œuvre\nmixte : l'élément religieux se combine avec l'élément politique et profane ; ils\ncollaborent ; l'analyse peut les distinguer, bien qu'au moyen âge, en fait, ils se\npénètrent constamment.\nL'Eglise ne s'oppose pas aux « jeux », à condition qu'elle les surveille et les\ntienne sous son contrôle. Elle exerce un droit de censure avec une sévérité qui,\nlorsque les abus lui paraîtront excessifs, ira, au moins dans certaines villes,\njusqu'à la prohibition totale et définitive. Même dans la période la plus récente,\nun mystère ne peut être joué sans l'agrément de son tribunal, celui de l'official,\nqui est le représentant direct de l'évêque ou de l'archevêque. En 1462, à Bouafles,\nun sieur de Vieux-Pont, qui s'est passé de l'autorisation régulière, est con-\ndamné à deux jours de prison. En 1527, l'évêque de Meaux impose son visa\npour toute représentation. Ainsi l'autorité ecclésiastique impose aujourd'hui\nY imprimatur aux livres publiés par les prêtres. En 1547, l'évêque de Gambrai\nnomme une commission de docteurs en théologie pour examiner la Passion qui\ndoit se jouer à Valenciennes. L'idée religieuse reste d'ailleurs l'inspiratrice pre-\nmière du théâtre. J'ai déjà cité, d'après Danjou, le testament d'un chanoine"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.6", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3788, "texte": "léguant une somme d'argent au chapitre, pour qu'après sa mort on représente\ntous les ans ce qu'on a appelé un (( drame liturgique ». Il en est souvent de même\npour les mystères. Ainsi, à Coutances, le chanoine Bazire, soucieux du repos de\nson âme après la mort, lègue 90 livres tournois pour célébrer une fois par an,\ndevant la statue de Notre-Dame du Pilier, la veille de la fête de l'Annonciation,\n<x un service et mystère de l'Annonciation de la benoiste Vierge Marie et faire\nreprésentation par personnages de la dicte Annonciation ». D'autres fois, à l'en-\nsemble du jeu est attribué le même pouvoir ou le même but qu'à l'incantation\nmagique des primitifs : ainsi à Poitiers, en 1508, on joue un mystère pour\nobtenir delà bonté céleste que la peste cesse et que la récolte des céréales ne\nsoit plus mauvaise ; à Romans, en 1509, on représente le « mystère des trois\ndoms » pour remercier Dieu d'avoir accordé des pluies bienfaisantes après une\npériode de sécheresse..,\nL'Eglise ne reste pas seulement l'autorité qui surveille et censure au besoin ;\nelle participe effectivement aux jeux. Les fabriques et les chapitres prêtent le\nmatériel, les ornements, costumes et « accessoires », que sans eux on n'aurait\nqu'à grands frais. Les heures des offices sont parfois changées pour faciliter la\nreprésentation. Quelquefois (comme à Metz en 1437, à Dijon en 1447), c'est un\nmembre de l'Eglise qui dirige un mystère ou prend l'initiative de son organisa-\ntion. Les chapelains de la cathédrale sont autorisés à figurer dans la pièce.\nBeaucoup de prêtres deviennent des acteurs d'occasion; à Romans, l'official lui-\nmême, représentant l'archevêque de Vienne, figure parmi les acteurs, et (en\n1436) une subvention de 5 florins est accordée à deux curés pour faire un jeu\nsur la place publique. En général, ce sont les rôles d'apôtres, de saints, de\nsaintes, ou de personnes divines, qui sont tenus par les ecclésiastiques ; à Metz\n(en 1437), un religieux et deux curés jouent les rôles de saint Jean, de Jésus, de\nJudas, de Titus; en 1490, à Troyes, Nicole Molu, jacobin, avoue que, depuis\nsept ans, il néglige ses devoirs religieux pour étudier et jouer le rôle de Jésus ;\nà Seurre (1496), le rôle du père de saint Martin est rempli par messire Oudet-\nGabillon, vicaire, et cinq religieux ont les rôles de l'évêque des Ariens, de maî-\ntres et de sacristains ; à Metz (1437), le curé Nicolle joua si bien au naturel le\nrôle du Christ au moment de la Passion, que « le cœur lui faiblit et qu'il cuyda\nmourir en l'arbre de la croix » ; à Laval (1507), c'est le clergé de Sainte-Thugal\nqui représente « le sacrifice d'Abraham ». Mais tous les rôles sont comme sanc-\ntifiés par la pensée religieuse qui anime l'ensemble. Ici, un prêtre ne craint pas\nde prendre le rôle de bourreau de Dieu ; ailleurs, un chantre fait celui de Satan.\nA Amboise, plusieurs ecclésiastiques obtiennent la permission de laisser pousser\nleur barbe pour mieux faire leurs personnages dans les mystères.\nCette action de l'Eglise est complétée par celle de la vie civile. Il n'y a pas,\ncomme chez les Grecs, des lois réglant de façon précise la fonction des magis-\ntrats delà cité ; mais des usages analogues veulent que l'organisation du spec-\ntacle soit l'œuvre de la commune tout entière. Un intérêt collectif, en même\ntemps que le goût des réjouissances locales, y est en jeu. Chez les modernes,\naussi bien que chez les anciens, les fêtes du théâtre ne sont pas des choses\nbanales, quotidiennes, passées dans le courant des distractions ou des affaires\nde chaque jour ; on n'en abuse pas : on les apprécie d'autant plus; on leur\nconserve leur caractère de grande solennité annuelle ; de part et d'autre, il y a\nconcert de toutes les activités du groupe social, élan populaire, foi dans cer-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.7", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3491, "texte": "taînes idées, esprit de tradition, et beuveries énormes. Les administrations\nmunicipales, maires et échevins, paient de leur personne, ou accordent des\nsubsides, A Bourges, le jour d'une représentation, on voit dès six heures du\nmatin le maire et les échevins montés sur leurs mules recouvertes de housses,\naccompagnés de trente-six officiers à pied, vêtus de robes rouges et vertes, un\nbâton blanc à la main, prendre leurs dispositions pour diriger les mouvements\nde la foule ; ils se transportent au monastère de Saint-Sulpice, font sonner le\nrassemblement par les trompettes, rangent les acteurs en bon ordre après appel\nnominal, puis, à leur tête, font à travers la ville un triomphal cortège d'annonce.\nAilleurs (à Rouen, en 1454) les échevins allouent aux organisateurs d'un mys-\ntère de sainte Catherine une somme de 25 livres (375 fr. environ) pour les aider à\nsupporter de « très grands frais et coustaiges ». Les acteurs sont recrutés dans\ntous les rangs de la société : hommes du peuple, corps de métiers, artisans,\nconfréries, membres des puys, bourgeois, seigneurs ; car la noblesse elle-même\nne dédaigne pas de monter sur les planches. A Valenciennes (1547), Arnould de\nCordes, seigneur de Maubray, figure parmi les organisateurs du mystère de la\nPassion, et tient le rôle de Ruben mis à mort par son fils Juda.\nParmi ces amateurs de théâtre, il ne faut pas oublier de mentionner les élèves\ndes écoles claustrales et diocésaines, ceux que nous appellerions aujourd'hui les\n« Etudiants ». J'ai déjà commenté l'inscription placée en tête du manuscrit du\ndrame lyrique de Daniel, composé et exécuté à Beauvais :\nAd honorent tui, Christe,\nDanielis ludus iste\nIn Belvaco est inventus,\nEtinvenit hune Juventus.\nCette jeunesse, c'est celle des « Scholars ». Moralement, elle est, bien entendu,\nsous la direction de l'Eglise ; mais elle a, comme aujourd'hui et comme partout,\nune tendance à ne pas se contenter des fêtes organisées autour des autels. Elle\nveut dépenser sa force et sa verve dans des réjouissances plus libres, voire\nlicencieuses. Elle aime particulièrement le théâtre, celui qu'elle crée et qu'elle\nréalise elle-même. Ces écoles, annexes des monastères et des églises cathédrales,\nsont les aïeules de nos Universités. Telles furent en France les écoles annexes\nde l'abbayede Saint-Benolt-sur-Loireet du monastère Saint-Martial de Limoges\nd'où nous sont venus des manuscrits de drames lyriques si précieux ; l'école de\nl'abbaye de Vaucelles (où étudia le poète musicien Adam de la Halle) ; celle de\nl'abbayede Saint-Vaast (Arras), dont le trouvère Jean Bodel fut l'élève ; celle\nde l'abbaye de Saint-Victor, à Paris, fondée par Guillaume de Champeaux ;\ncelle de la cathédrale du Mans, d'où sortirent les deux Gréban, etc. Leurs\n« étudiants », qui avaient le goût du théâtre et faisaient souvent concurrence aux\nmoines comme librettistes, se partageaient en deux classes : les novices, formés\npar le clergé pour son recrutement, et les clers vagants, ou volants, qui prenaient\nseulement les ordres mineurs et rentraient ensuite dans le monde pour s'y ma-\nrier. La psychologie de l'étudiant, s'il est bien permis d'employer ici ce mot,\nest à peu près la même à toutes les époques. Voici comment dès l'an 813 !\nûn canon du Concile de Mayence parle des clers vagants (sortes d'étudiants\nlibres) : « Ils ne respectentpas l'autorité... Ils aiment le plaisir et tombent dans\nla licence, comme des animaux ; ils ressemblent à des Hippocentaures plus"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.8", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3521, "texte": "qu'à des hommes. » (Nullum metnunt, voluptatis causa licentiam sectantur, quasi\nanimalia bruta,.., hippocentauris similes, nec homines. - Conciles, coll. Mansi,\nVenise, 1769, t. XIV, col. 71, canon xxin.) L'état d'esprit caractérisé ainsi se\nretrouve au théâtre et dans ses alentours, même quand le sujet de la pièce est\ntout religieux.\nPeu à peu on voit apparaître un personnage dont l'existence est profondé-\nment regrettable, bien qu'il soit presque inévitable, parce qu'en créant une spécia-\nlisation, il favorisera la rupture de plus en plus grande entre le théâtre et la vie\ncommunale : c'est l'acteur de profession. Déjà, dans le haut moyen âge, il y avait\nles jongleurs. En 1398, une compagnie de bourgeois et d'artisans se voit interdire\npar un édit du prévôt de Paris « les jeux de personnages, par manière de farces,\nvie de saints, etc... » qu'elle donnait à Saint-Maur ; elle plaide contre le prévôt,\ngagne son procès, et se voit officiellement reconnue sous le nom de Confrérie de\nla Passion. C'est la première constitution d'une troupe régulière d'après les idées\nde l'ancien régime, c'est-à-dire d'une troupe ayant un privilège. Les lettres\npatentes de Charles VI (4 décembre 1402) lui confèrent, en effet, le droit exclusif\nde représenter des mystères et des miracles dans le ressort de Paris. Ces con-\nfrères de la Passion installent leur scène dans la salle du rez-de-chaussée de\nl'hôpital de la Trinité ; à la troupe régulière s'ajoute ainsi le premier théâtre fixe\nà Paris. Ailleurs, les usages sont très divers.\nCette apparition du professionnel est conforme aux lois de l'évolution ; mais,\nje le répète, elle est bien regrettable. Elle aura pour conséquence, dans les âges\nsuivants, 1 apparition de 1 acteur, si éloigné des choses de la foi et du culte que\nl'Eglise sera obligée de l'excommunier. En exprimant ce regret, je ne plaide pas\npour l'influence indéfinie de l'Eglise en matière dethéâtre, le divorce du divin\net du profane était fatal, —mais pour une certaine conception du drame lyrique.\nCe qui m a toujours paru très beau,chez les Grecs delà bonne époque (première\nmoitié du ve siècle avant l'ère chrétienne), c'est que la partie essentielle d'une\ntragédie, le chœur, était formée de citoyens libres n'exerçant pas le métier de\nchanteurs ; s'ils répondaient aux exigences de la loi, ils étaient admis à aban-\ndonner momentanément leurs affaires pour remplir une fonction religieuse et\nartistique, très enviée, où ils représentaient la cité. Au moyen âge, il y a eu d'abord\nquelque chose d'analogue ; et c'est là ce qui a fait la grandeur du drame lyrique :\nil était une synthèse de la vie sociale, en même temps qu'une synthèse de tous\nles arts ; il sortait d'une foi commune, d'un élan collectif et sincère. Le jour où\nil y a des salariés de métier, l'habileté technique y gagne sans doute, mais la\ngrandeur de l'œuvre est diminuée ; par surcroît, on tombera bientôt dans l'af-\nfectation et le maniérisme...\nLe lieu de la représentation est successivement déterminé par une évolution\nanalogue à celle dont je viens de parler. On joue d abord, nous l'avons vu, dans\n1 église, puis sur le parvis, parfois dans le cimetière qui entoure la cathédrale,\nensuite sur la place publique, enfin dans une salle couverte. Ces diverses\nphases ne se suivent pas partout avec la même régularité. Le moyen âge a une\nhistoire faite de très nombreuses histoires locales. Ainsi à Rouen, en 1451,0 a\njoue encore un mystère dans, l'église de Saint-Maclou ; en 1400, un autre mys-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.9", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3736, "texte": "tèreest joué à Vienne dans le cimetière de l'abbaye Saint-Pierre. Il arrive (comme\nà Bourges en 1536) qu'on utilise un ancien amphithéâtre romain. L'installation\ndans un lieu clos semble avoir été justifiée par la date de la fête d'un saint (célé-\nbrée par le mystère qu'on représente) coïncidant avec une époque de l'année qui\nne permettait pas un jeu de plein air.\nIl y a eu parfois aussi des représentations mobiles, formant une sorte de pro-\ncession ou de cortège allant d'un lieu à l'autre. Le moyen âge a eu son char de\nThespis ; il en a même employé plusieurs à la fois, formant des décors successifs\net en marche, comme on voit aujourd'hui encore à Paris, le jour de la mi-carême.\nAinsi, pour le Mystère du Juif qui, après avoir reçu l'hostie en gage, la pro-\nfane, il y avait un premier char où on voyait le juif garrotté ; sur un second char,\nà la suite , étaient les juges, la femme et les enfants du prisonnier. C'est surtout\nen Angleterre que ce système de parades (pageants) a été employé. Les chars\ns'arrêtaient, l'un après l'autre, à des endroits fixés d'avance (carrefours, maison\nd'un magistrat ou d'un personnage important). En Flandre, ces scènes popu-\nlaires, simplement mimées peut-être, se sont appelées wagenspiel (jeux sur les\nchars).\nMalgré l'impossibilité de tout ramener à l'unité, prenons le cas leplusfréquent,\ncelui où le théâtre est fixé sur la place publique.\nLes charpentiers dressent d'abord les « échafauds » ou « establies », de façon à\navoir, sur des piliers, une plate-forme qui s'appelle le champ, la terre, le parc,\nle parquet, le deambulatory en Angleterre, c'est-à-dire la scène. Ses dimensions\nsont très variables, comme dans tous les théâtres de circonstance: la longueur\nest, une fois, de 19 m. 49 sur 4 m. 86 de large ; une autre fois, de 60 mètres et\nmême de 100. Comment sont compris les décors sur la scène ? Pour la représen-\ntation de ces dramesénormes où l'action se passait dans des lieuxtrès nombreux\net assez distants l'un de l'autre, il y a eu trois systèmes également naïfs : la con-\nvention préalablement indiquée dans un prologue, où on avertissait le specta-\nteur qu'il devait considérer telle partie de la scène comme étant tel palais ou telle\nville ; l'écriteau si fréquent au temps de Shakespeare où les choses étaient\nremplacées par leur nom ; enfin la juxtaposition simultanée de tous les décors,\nplus ou moins exacts ou enfantins, qui étaient nécessaires à l'action. On en a un\nexemple très connu dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale (fran-\nçais, 12536) qui donne l'image du théâtre où fut jouée la Passion (Valen-\nciennes, 1547) et dont une reproduction en relief est au musée de l'Opéra. On y\nvoit à la fois le paradis, Nazareth, le Temple, Jérusalem, un palais, la mer\n(représentée par un petit bassin), et, à l'autre extrémité, l'enfer. Chaque partie de\nce décor multiple s'appelle une mansion. Lorsque le xvne siècle posera « l'unité\nde lieu » comme une des règles essentielles de l'art dramatique, il ne fera que\nréagir contre les habitudes du moyen âge et de la première moitié du xvie siècle ;\nhabitudes contraires à la vraisemblance et possibles seulement dans un âge où\nla foi était plus forte que les exigences du sens critique.\nIl est intéressant de voir comment on a représenté le paradis. Voici ce que dit,\nau milieu du xve siècle, l'auteur anonyme d'une Résurrection : « Icelui paradis\ndoit être fait de papier, au dedans duquel doit avoir branches d'arbres les uns\nfleuris, les autres chargés de fruitz de plusieurs espèces comme cerises, poires,\npommes, figues, raisins et telles choses artificiellement faictes, et d'autres bran-\nches de may et des rosiers dont les roses et les fleurs doivent excéder la haulteur"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.10", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3534, "texte": "des carneaux (créneaux) et doivent estre de frais couppez et mis en vaisseaux\nplains d'eaue pour les tenir plus freschement (1). )) Le manuscrit ajoute encore\nqu'il faut mettre des « prunes, poires allemandes, oranges, grenades, romarins,\nmarjolaines », et ne pas oublier la « fontaine qui se déversera en quatre ruis-\nseaux ». Quant à l'Enfer, il est figuré à droite de la scène par la gueule énorme\net mobile d'un monstre, d'où sortent les diables et qui se referme sur les\ndamnés.\nSur une scène où le paradis et l'enfer sont les deux choses principales, il y a\nnécessairement des machines, un certain art de réaliser, pour le spectateur, le\nmerveilleux. On en jugera par ce témoignage d'un historien de Valenciennes au\nxviie siècle (2) :\n« Aux festes de la Pentecoste de l'an 1547, les principaux bourgeois de la ville\nreprésentèrent sur le théâtre en la maison du duc d'Arschot, la vie, mort et\npassion de Nostre Seigneur en vingt-cinq journées, en chacune desquelles on\nvit paraître des choses estranges et pleines d'admiration. Les secrets du Paradis\net de l'Enfer estoient tout à fait prodigieux, et capables d'estre pris par la popu-\nlace pour enchantemens. Car l'on voyait la Vérité, les Anges et divers person-\nnages descendre de bien haut, tantost visiblement, autrefois comme invisibles,\npuis paroistre tout à coup ; de l'Enfer, Lucifer s'élevoit sans qu'on vît comment,\nporté sur un dragon. La verge de Moyse, de sèche et stérile, jettoit à coup des\nfleurs et des fruictz ; les âmes de Hérodes et de Judas estoient emportées en l'air\npar les Diables ; les Diables chassés des corps, les hydropiques et autres mala-\ndes guéris, le tout d'une façon admirable. Ici Jésus Christ estoit élevé du diable\nqui rampait le long d'une muraille de quarante pieds de haut ; là, il se rendoit\nailleurs, il se transfiguroit sur la montagne de Thabor.On y vit l'eau changée en\nvin, si mystérieusement qu'on ne le pouvait croire ; et plus de cent personnes\nvoulurent gouster de ce vin ; les cinq pains et les deux poissons y furent sem-\nblablement multipliés et distribués à plus de mille personnes; nonobstant\nquoi il y en eut plus de douze corbeilles de reste. Le figuier maudit par Nostre-\nSeigneur parut séché et les feuilles flétries en un instant. L'éclypse, le tremble-\nment de terre, le brisement des pierres et les autres miracles advenus à la mort\nde Nostre-Sauveur furent représentés avec de nouveaux miracles. »\nOn a des « feintes » pour représenter tout ce qui est matériel de féerie ; des\nappareils (habituellement des contrepoids) qui servent à enlever certains person-\nnages dans les airs, jusqu'à une hauteur de 40 pieds ; des fils pour faire descen-\ndre le pigeon en fer-blanc qui vient se poser sur la tête de Jésus pendant son\nbaptême dans le Jourdain ; des toiles peintes pour figurer les nuages. On fait\ndes orages; on imite les langues de feu qui viennent se poser sur la tête d'un\nsaint. On produit des effets de lumière à l'aide de flambeaux apparaissant et dis-\nparaissant soudain derrière des toiles et restant invisibles au spectateur. Du côté\nde l'Enfer, on n'a pas de mal à imiter, quand il le faut, la foudre et la tempête,\nou à faire un vacarme terrible. On a des trappes, comme le prouve ce texte du\nmystère de la Résurrection (3) : « Après la dite résurrection faite, s'en doivent les\n\n(1) Texte cité par Gustave Cohen [Histoire de la mise en scène dansle théâtre religieux français\ndu moyen âge, trad. fr., p. 91).\n(2) Cité par Cohen, ibid,, p. 142.\n(3) Cohen, ibid., p. 162."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.11", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 508, "texte": "dictes troys âmes aler par soubz terre... Et Jésus vestu de blanc, accompagné\nde troys anges, Michel, Raphaël et Uriel, doit soudainement et subtilement\nsaillir de dessoubs terre de costé son tombeau, par une petite trappe de boys,\ncouverte de ierie, laquelle se reclost sans qu'on s'en apperçoive. »\nJe ne m arrêterai pas plus longtemps à ces analyses. Il est temps de décrire\n1 aspect généiat d une représentation et de dire quelle place y occupait la mu-\nsique.\n\nJules COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-15_01#c005", "volume": "bmtnabj_1909-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "264", "page_fin": "271", "image_debut": 4, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.2.3.1", "titre_corps": "Histoire du théâtre lyrique", "titre_sommaire": "Histoire du théâtre lyrique", "signature_source": "Jules COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.4", "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 3037, "texte": "Histoire du théâtre lyrique\nLe drame lyrique au moyen âge : les mystères.\n\n{Suite),\nLe drame a suivi, au moyen âge, la même évolution que dans la Grèce an-\ntique : après s'être organisé dans une liturgie déterminée, il se développe hors\nde cette liturgie et s'enrichit d'éléments profanes. Il est d'abord une partie à\npeine distincte du culte; il devient ensuite un acte social où apparaissent et\nentrent en jeu les organes principaux de la cité. La scène n'est plus dans l'église,\ncomme il arrive le plus souvent durant la première période : elle s'installe sur\nla place publique ; elle aura enfin un théâtre couvert et fermé. Les acteurs ne\nsont plus des prêtres, mais des bourgeois, puis des professionnels ; il y a désor-\nmais des entrepreneurs de spectacles, des auteurs payés, un vrai public, une\ncensure, des magistrats qui président au « jeu » et le surveillent. La langue\nemployée ne sera plus à peu près exclusivement celle des offices, le latin, mais\nla langue vulgaire. D'ailleurs, comme la cité elle-même est profondément pénétrée\npar l'idée religieuse, il s'ensuit que pendant longtemps l'évolution apparaît dans\nles modalités du drame beaucoup plus que dans son esprit, lequel ne sera dominé\nque très tard par l'esprit laïque. Le genre reste « sacré », tout en devenant\npolitique. Dans toutes les parties de la société civile, il retrouve l'atmosphère\nde l'Eglise, sinon celle qui est chargée de prières rituelles et d'encens, au moins\ncelle des idées, des croyances et des règles directrices de la vie. Le sujet des\npièces est toujours tiré de l'Ancien et du Nouveau Testament, des miracles de\nNotre-Dame, de la vie des Saints : l'objet poursuivi, c'est toujours la représen-\ntation par personnages d'un dogme, en vue de la démonstration de ce dogme et\nde l'édification des auditeurs. Le groupe des œuvres purement profanes est très\nrestreint et peu important (il ne comprend guère que l'histoire de Grisélidis et\nsix moralités).\nTel est le caractère général des « mystères », faisant suite à ce que nous avons\nappelé les « drames liturgiques ». Il y en a près de quatre cents; leur âge d'or a\nété le xive siècle, le xve siècle et la première moitié du xvie ; leur règne s'étend\njusqu'au 17 novembre 1548, date de l'arrêté du Parlement de Paris qui, pour\nmettre un terme à de gros abus, « inhibe et deffend de jouer le mystère de la\nPassion Nostre Sauveur ne autres mystères sacrez ». (En 1548, nous sommes en\npleine « Renaissance », à la veille du jour où, en prenant la forme de la tragédie\net du'ballet, le théâtre rompra définitivement ses attaches avec le culte.)\nSi je me conformais à l'usage adopté par les historiens, il devrait me suffire de\ndonner cette caractéristique très sommaire, sans pousserplus loin. Les mystères\ndu moyen âge sont considérés comme étant placés en dehors d'une histoire du\nthéâtre lyrique. Je ne veux pas donner une extension paradoxale au domaine\nque j'ai à parcourir ; je suivrai cependant une autre opinion et une autre méthode."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.5", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3720, "texte": "A priori, avant même d'avoir consulté les textes, on pourrait affirmer qu'ici\nencore la musique joue un rôle plus ou moins considérable, plus ou moins rap-\nproché de ces précisions nettes et rigoureuses qu'exige l'œuvre d'art, mais un\nrôle réel. L'existence, dans les siècles antérieurs à la Renaissance, d'un théâtre\ndénué de tout caractère musical, serait, en soi, peu vraisemblable, parce qu'elle\nsupposerait une conception et un goût du drame « littéraire» qui sont étrangers\naux primitifs ; ce goût n'apparaît qu'assez tard ; il est le privilège des âges\ntrès cultivés où des abstractions hardies et raffinées ont rompu l'unité tradition-\nnelle des arts du rythme. Les primitifs ne vont pas au théâtre, comme au temps\nde Jodelle ou de Racine, pour goûter un régal de « littérature » ; ils y vont\npour assister à un spectacle sur des tréteaux, pour suivre une image vivante de\ncertains faits, une imitation réalisée par des personnages agissants et costumés.\nLes paroles, le style, si importants aujourd'hui, n'ont alors qu'une importance\nsecondaire ; on ne conçoit même pas tout comme dans la période grecque\nantérieure à Eschyle qu'ils puissent présenter un intérêt durable et méritent\nd'être conservés après la solennité où on les a employés comme moyen d'imita-\ntion. Or les fables qu'on représente sont empruntées à la religion; et l'élé-\nment religieux, depuis le passé le plus lointain, implique et contient l'élément\nmusical. Le primitif ne connaît que le drame mimé, ou bien celui où la parole\nest plus ou moins accompagnée de musique instrumentale et vocale ; il ignore le\ndrame qui est l'œuvre d'un « homme de lettres » pur. De plus, en dehors des\nusages religieux, les instruments et le chant lui paraissent inséparables de toute\nfête où l'éclat et l'agrément sont de règle. Il ne faut cependant rien exagérer. Les\nmystères ne sont déjà plus des drames musicaux ; ce sont des drames où il y ade\nla musique. Ce n'est pas la même chose ; mais cela me suffit pour m'y arrêter un\ninstant et marquer les caractères principaux de l'évolution qui s'accomplit. Je\nne dois pas mettre cette partie de mon sujet sur le même plan que les autres ;\nje ne dois pas non plus la passer sous silence. Si nos mystères, dans leur en-\nsemble, sont inférieurs aux drames lyriques de l'antiquité, ils ne laissent pas de\nformer, sur bien des points, un pendant symétrique à l'histoire du théâtre\ngrec.\nL'organisation du spectacle devient, dans les parties principales, une œuvre\nmixte : l'élément religieux se combine avec l'élément politique et profane ; ils\ncollaborent ; l'analyse peut les distinguer, bien qu'au moyen âge, en fait, ils se\npénètrent constamment.\nL'Eglise ne s'oppose pas aux « jeux », à condition qu'elle les surveille et les\ntienne sous son contrôle. Elle exerce un droit de censure avec une sévérité qui,\nlorsque les abus lui paraîtront excessifs, ira, au moins dans certaines villes,\njusqu'à la prohibition totale et définitive. Même dans la période la plus récente,\nun mystère ne peut être joué sans l'agrément de son tribunal, celui de l'official,\nqui est le représentant direct de l'évêque ou de l'archevêque. En 1462, à Bouafles,\nun sieur de Vieux-Pont, qui s'est passé de l'autorisation régulière, est con-\ndamné à deux jours de prison. En 1527, l'évêque de Meaux impose son visa\npour toute représentation. Ainsi l'autorité ecclésiastique impose aujourd'hui\nY imprimatur aux livres publiés par les prêtres. En 1547, l'évêque de Gambrai\nnomme une commission de docteurs en théologie pour examiner la Passion qui\ndoit se jouer à Valenciennes. L'idée religieuse reste d'ailleurs l'inspiratrice pre-\nmière du théâtre. J'ai déjà cité, d'après Danjou, le testament d'un chanoine"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.6", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3788, "texte": "léguant une somme d'argent au chapitre, pour qu'après sa mort on représente\ntous les ans ce qu'on a appelé un (( drame liturgique ». Il en est souvent de même\npour les mystères. Ainsi, à Coutances, le chanoine Bazire, soucieux du repos de\nson âme après la mort, lègue 90 livres tournois pour célébrer une fois par an,\ndevant la statue de Notre-Dame du Pilier, la veille de la fête de l'Annonciation,\n<x un service et mystère de l'Annonciation de la benoiste Vierge Marie et faire\nreprésentation par personnages de la dicte Annonciation ». D'autres fois, à l'en-\nsemble du jeu est attribué le même pouvoir ou le même but qu'à l'incantation\nmagique des primitifs : ainsi à Poitiers, en 1508, on joue un mystère pour\nobtenir delà bonté céleste que la peste cesse et que la récolte des céréales ne\nsoit plus mauvaise ; à Romans, en 1509, on représente le « mystère des trois\ndoms » pour remercier Dieu d'avoir accordé des pluies bienfaisantes après une\npériode de sécheresse..,\nL'Eglise ne reste pas seulement l'autorité qui surveille et censure au besoin ;\nelle participe effectivement aux jeux. Les fabriques et les chapitres prêtent le\nmatériel, les ornements, costumes et « accessoires », que sans eux on n'aurait\nqu'à grands frais. Les heures des offices sont parfois changées pour faciliter la\nreprésentation. Quelquefois (comme à Metz en 1437, à Dijon en 1447), c'est un\nmembre de l'Eglise qui dirige un mystère ou prend l'initiative de son organisa-\ntion. Les chapelains de la cathédrale sont autorisés à figurer dans la pièce.\nBeaucoup de prêtres deviennent des acteurs d'occasion; à Romans, l'official lui-\nmême, représentant l'archevêque de Vienne, figure parmi les acteurs, et (en\n1436) une subvention de 5 florins est accordée à deux curés pour faire un jeu\nsur la place publique. En général, ce sont les rôles d'apôtres, de saints, de\nsaintes, ou de personnes divines, qui sont tenus par les ecclésiastiques ; à Metz\n(en 1437), un religieux et deux curés jouent les rôles de saint Jean, de Jésus, de\nJudas, de Titus; en 1490, à Troyes, Nicole Molu, jacobin, avoue que, depuis\nsept ans, il néglige ses devoirs religieux pour étudier et jouer le rôle de Jésus ;\nà Seurre (1496), le rôle du père de saint Martin est rempli par messire Oudet-\nGabillon, vicaire, et cinq religieux ont les rôles de l'évêque des Ariens, de maî-\ntres et de sacristains ; à Metz (1437), le curé Nicolle joua si bien au naturel le\nrôle du Christ au moment de la Passion, que « le cœur lui faiblit et qu'il cuyda\nmourir en l'arbre de la croix » ; à Laval (1507), c'est le clergé de Sainte-Thugal\nqui représente « le sacrifice d'Abraham ». Mais tous les rôles sont comme sanc-\ntifiés par la pensée religieuse qui anime l'ensemble. Ici, un prêtre ne craint pas\nde prendre le rôle de bourreau de Dieu ; ailleurs, un chantre fait celui de Satan.\nA Amboise, plusieurs ecclésiastiques obtiennent la permission de laisser pousser\nleur barbe pour mieux faire leurs personnages dans les mystères.\nCette action de l'Eglise est complétée par celle de la vie civile. Il n'y a pas,\ncomme chez les Grecs, des lois réglant de façon précise la fonction des magis-\ntrats delà cité ; mais des usages analogues veulent que l'organisation du spec-\ntacle soit l'œuvre de la commune tout entière. Un intérêt collectif, en même\ntemps que le goût des réjouissances locales, y est en jeu. Chez les modernes,\naussi bien que chez les anciens, les fêtes du théâtre ne sont pas des choses\nbanales, quotidiennes, passées dans le courant des distractions ou des affaires\nde chaque jour ; on n'en abuse pas : on les apprécie d'autant plus; on leur\nconserve leur caractère de grande solennité annuelle ; de part et d'autre, il y a\nconcert de toutes les activités du groupe social, élan populaire, foi dans cer-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.7", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3491, "texte": "taînes idées, esprit de tradition, et beuveries énormes. Les administrations\nmunicipales, maires et échevins, paient de leur personne, ou accordent des\nsubsides, A Bourges, le jour d'une représentation, on voit dès six heures du\nmatin le maire et les échevins montés sur leurs mules recouvertes de housses,\naccompagnés de trente-six officiers à pied, vêtus de robes rouges et vertes, un\nbâton blanc à la main, prendre leurs dispositions pour diriger les mouvements\nde la foule ; ils se transportent au monastère de Saint-Sulpice, font sonner le\nrassemblement par les trompettes, rangent les acteurs en bon ordre après appel\nnominal, puis, à leur tête, font à travers la ville un triomphal cortège d'annonce.\nAilleurs (à Rouen, en 1454) les échevins allouent aux organisateurs d'un mys-\ntère de sainte Catherine une somme de 25 livres (375 fr. environ) pour les aider à\nsupporter de « très grands frais et coustaiges ». Les acteurs sont recrutés dans\ntous les rangs de la société : hommes du peuple, corps de métiers, artisans,\nconfréries, membres des puys, bourgeois, seigneurs ; car la noblesse elle-même\nne dédaigne pas de monter sur les planches. A Valenciennes (1547), Arnould de\nCordes, seigneur de Maubray, figure parmi les organisateurs du mystère de la\nPassion, et tient le rôle de Ruben mis à mort par son fils Juda.\nParmi ces amateurs de théâtre, il ne faut pas oublier de mentionner les élèves\ndes écoles claustrales et diocésaines, ceux que nous appellerions aujourd'hui les\n« Etudiants ». J'ai déjà commenté l'inscription placée en tête du manuscrit du\ndrame lyrique de Daniel, composé et exécuté à Beauvais :\nAd honorent tui, Christe,\nDanielis ludus iste\nIn Belvaco est inventus,\nEtinvenit hune Juventus.\nCette jeunesse, c'est celle des « Scholars ». Moralement, elle est, bien entendu,\nsous la direction de l'Eglise ; mais elle a, comme aujourd'hui et comme partout,\nune tendance à ne pas se contenter des fêtes organisées autour des autels. Elle\nveut dépenser sa force et sa verve dans des réjouissances plus libres, voire\nlicencieuses. Elle aime particulièrement le théâtre, celui qu'elle crée et qu'elle\nréalise elle-même. Ces écoles, annexes des monastères et des églises cathédrales,\nsont les aïeules de nos Universités. Telles furent en France les écoles annexes\nde l'abbayede Saint-Benolt-sur-Loireet du monastère Saint-Martial de Limoges\nd'où nous sont venus des manuscrits de drames lyriques si précieux ; l'école de\nl'abbaye de Vaucelles (où étudia le poète musicien Adam de la Halle) ; celle de\nl'abbayede Saint-Vaast (Arras), dont le trouvère Jean Bodel fut l'élève ; celle\nde l'abbaye de Saint-Victor, à Paris, fondée par Guillaume de Champeaux ;\ncelle de la cathédrale du Mans, d'où sortirent les deux Gréban, etc. Leurs\n« étudiants », qui avaient le goût du théâtre et faisaient souvent concurrence aux\nmoines comme librettistes, se partageaient en deux classes : les novices, formés\npar le clergé pour son recrutement, et les clers vagants, ou volants, qui prenaient\nseulement les ordres mineurs et rentraient ensuite dans le monde pour s'y ma-\nrier. La psychologie de l'étudiant, s'il est bien permis d'employer ici ce mot,\nest à peu près la même à toutes les époques. Voici comment dès l'an 813 !\nûn canon du Concile de Mayence parle des clers vagants (sortes d'étudiants\nlibres) : « Ils ne respectentpas l'autorité... Ils aiment le plaisir et tombent dans\nla licence, comme des animaux ; ils ressemblent à des Hippocentaures plus"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.8", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3521, "texte": "qu'à des hommes. » (Nullum metnunt, voluptatis causa licentiam sectantur, quasi\nanimalia bruta,.., hippocentauris similes, nec homines. - Conciles, coll. Mansi,\nVenise, 1769, t. XIV, col. 71, canon xxin.) L'état d'esprit caractérisé ainsi se\nretrouve au théâtre et dans ses alentours, même quand le sujet de la pièce est\ntout religieux.\nPeu à peu on voit apparaître un personnage dont l'existence est profondé-\nment regrettable, bien qu'il soit presque inévitable, parce qu'en créant une spécia-\nlisation, il favorisera la rupture de plus en plus grande entre le théâtre et la vie\ncommunale : c'est l'acteur de profession. Déjà, dans le haut moyen âge, il y avait\nles jongleurs. En 1398, une compagnie de bourgeois et d'artisans se voit interdire\npar un édit du prévôt de Paris « les jeux de personnages, par manière de farces,\nvie de saints, etc... » qu'elle donnait à Saint-Maur ; elle plaide contre le prévôt,\ngagne son procès, et se voit officiellement reconnue sous le nom de Confrérie de\nla Passion. C'est la première constitution d'une troupe régulière d'après les idées\nde l'ancien régime, c'est-à-dire d'une troupe ayant un privilège. Les lettres\npatentes de Charles VI (4 décembre 1402) lui confèrent, en effet, le droit exclusif\nde représenter des mystères et des miracles dans le ressort de Paris. Ces con-\nfrères de la Passion installent leur scène dans la salle du rez-de-chaussée de\nl'hôpital de la Trinité ; à la troupe régulière s'ajoute ainsi le premier théâtre fixe\nà Paris. Ailleurs, les usages sont très divers.\nCette apparition du professionnel est conforme aux lois de l'évolution ; mais,\nje le répète, elle est bien regrettable. Elle aura pour conséquence, dans les âges\nsuivants, 1 apparition de 1 acteur, si éloigné des choses de la foi et du culte que\nl'Eglise sera obligée de l'excommunier. En exprimant ce regret, je ne plaide pas\npour l'influence indéfinie de l'Eglise en matière dethéâtre, le divorce du divin\net du profane était fatal, —mais pour une certaine conception du drame lyrique.\nCe qui m a toujours paru très beau,chez les Grecs delà bonne époque (première\nmoitié du ve siècle avant l'ère chrétienne), c'est que la partie essentielle d'une\ntragédie, le chœur, était formée de citoyens libres n'exerçant pas le métier de\nchanteurs ; s'ils répondaient aux exigences de la loi, ils étaient admis à aban-\ndonner momentanément leurs affaires pour remplir une fonction religieuse et\nartistique, très enviée, où ils représentaient la cité. Au moyen âge, il y a eu d'abord\nquelque chose d'analogue ; et c'est là ce qui a fait la grandeur du drame lyrique :\nil était une synthèse de la vie sociale, en même temps qu'une synthèse de tous\nles arts ; il sortait d'une foi commune, d'un élan collectif et sincère. Le jour où\nil y a des salariés de métier, l'habileté technique y gagne sans doute, mais la\ngrandeur de l'œuvre est diminuée ; par surcroît, on tombera bientôt dans l'af-\nfectation et le maniérisme...\nLe lieu de la représentation est successivement déterminé par une évolution\nanalogue à celle dont je viens de parler. On joue d abord, nous l'avons vu, dans\n1 église, puis sur le parvis, parfois dans le cimetière qui entoure la cathédrale,\nensuite sur la place publique, enfin dans une salle couverte. Ces diverses\nphases ne se suivent pas partout avec la même régularité. Le moyen âge a une\nhistoire faite de très nombreuses histoires locales. Ainsi à Rouen, en 1451,0 a\njoue encore un mystère dans, l'église de Saint-Maclou ; en 1400, un autre mys-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.9", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3736, "texte": "tèreest joué à Vienne dans le cimetière de l'abbaye Saint-Pierre. Il arrive (comme\nà Bourges en 1536) qu'on utilise un ancien amphithéâtre romain. L'installation\ndans un lieu clos semble avoir été justifiée par la date de la fête d'un saint (célé-\nbrée par le mystère qu'on représente) coïncidant avec une époque de l'année qui\nne permettait pas un jeu de plein air.\nIl y a eu parfois aussi des représentations mobiles, formant une sorte de pro-\ncession ou de cortège allant d'un lieu à l'autre. Le moyen âge a eu son char de\nThespis ; il en a même employé plusieurs à la fois, formant des décors successifs\net en marche, comme on voit aujourd'hui encore à Paris, le jour de la mi-carême.\nAinsi, pour le Mystère du Juif qui, après avoir reçu l'hostie en gage, la pro-\nfane, il y avait un premier char où on voyait le juif garrotté ; sur un second char,\nà la suite , étaient les juges, la femme et les enfants du prisonnier. C'est surtout\nen Angleterre que ce système de parades (pageants) a été employé. Les chars\ns'arrêtaient, l'un après l'autre, à des endroits fixés d'avance (carrefours, maison\nd'un magistrat ou d'un personnage important). En Flandre, ces scènes popu-\nlaires, simplement mimées peut-être, se sont appelées wagenspiel (jeux sur les\nchars).\nMalgré l'impossibilité de tout ramener à l'unité, prenons le cas leplusfréquent,\ncelui où le théâtre est fixé sur la place publique.\nLes charpentiers dressent d'abord les « échafauds » ou « establies », de façon à\navoir, sur des piliers, une plate-forme qui s'appelle le champ, la terre, le parc,\nle parquet, le deambulatory en Angleterre, c'est-à-dire la scène. Ses dimensions\nsont très variables, comme dans tous les théâtres de circonstance: la longueur\nest, une fois, de 19 m. 49 sur 4 m. 86 de large ; une autre fois, de 60 mètres et\nmême de 100. Comment sont compris les décors sur la scène ? Pour la représen-\ntation de ces dramesénormes où l'action se passait dans des lieuxtrès nombreux\net assez distants l'un de l'autre, il y a eu trois systèmes également naïfs : la con-\nvention préalablement indiquée dans un prologue, où on avertissait le specta-\nteur qu'il devait considérer telle partie de la scène comme étant tel palais ou telle\nville ; l'écriteau si fréquent au temps de Shakespeare où les choses étaient\nremplacées par leur nom ; enfin la juxtaposition simultanée de tous les décors,\nplus ou moins exacts ou enfantins, qui étaient nécessaires à l'action. On en a un\nexemple très connu dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale (fran-\nçais, 12536) qui donne l'image du théâtre où fut jouée la Passion (Valen-\nciennes, 1547) et dont une reproduction en relief est au musée de l'Opéra. On y\nvoit à la fois le paradis, Nazareth, le Temple, Jérusalem, un palais, la mer\n(représentée par un petit bassin), et, à l'autre extrémité, l'enfer. Chaque partie de\nce décor multiple s'appelle une mansion. Lorsque le xvne siècle posera « l'unité\nde lieu » comme une des règles essentielles de l'art dramatique, il ne fera que\nréagir contre les habitudes du moyen âge et de la première moitié du xvie siècle ;\nhabitudes contraires à la vraisemblance et possibles seulement dans un âge où\nla foi était plus forte que les exigences du sens critique.\nIl est intéressant de voir comment on a représenté le paradis. Voici ce que dit,\nau milieu du xve siècle, l'auteur anonyme d'une Résurrection : « Icelui paradis\ndoit être fait de papier, au dedans duquel doit avoir branches d'arbres les uns\nfleuris, les autres chargés de fruitz de plusieurs espèces comme cerises, poires,\npommes, figues, raisins et telles choses artificiellement faictes, et d'autres bran-\nches de may et des rosiers dont les roses et les fleurs doivent excéder la haulteur"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.10", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3534, "texte": "des carneaux (créneaux) et doivent estre de frais couppez et mis en vaisseaux\nplains d'eaue pour les tenir plus freschement (1). )) Le manuscrit ajoute encore\nqu'il faut mettre des « prunes, poires allemandes, oranges, grenades, romarins,\nmarjolaines », et ne pas oublier la « fontaine qui se déversera en quatre ruis-\nseaux ». Quant à l'Enfer, il est figuré à droite de la scène par la gueule énorme\net mobile d'un monstre, d'où sortent les diables et qui se referme sur les\ndamnés.\nSur une scène où le paradis et l'enfer sont les deux choses principales, il y a\nnécessairement des machines, un certain art de réaliser, pour le spectateur, le\nmerveilleux. On en jugera par ce témoignage d'un historien de Valenciennes au\nxviie siècle (2) :\n« Aux festes de la Pentecoste de l'an 1547, les principaux bourgeois de la ville\nreprésentèrent sur le théâtre en la maison du duc d'Arschot, la vie, mort et\npassion de Nostre Seigneur en vingt-cinq journées, en chacune desquelles on\nvit paraître des choses estranges et pleines d'admiration. Les secrets du Paradis\net de l'Enfer estoient tout à fait prodigieux, et capables d'estre pris par la popu-\nlace pour enchantemens. Car l'on voyait la Vérité, les Anges et divers person-\nnages descendre de bien haut, tantost visiblement, autrefois comme invisibles,\npuis paroistre tout à coup ; de l'Enfer, Lucifer s'élevoit sans qu'on vît comment,\nporté sur un dragon. La verge de Moyse, de sèche et stérile, jettoit à coup des\nfleurs et des fruictz ; les âmes de Hérodes et de Judas estoient emportées en l'air\npar les Diables ; les Diables chassés des corps, les hydropiques et autres mala-\ndes guéris, le tout d'une façon admirable. Ici Jésus Christ estoit élevé du diable\nqui rampait le long d'une muraille de quarante pieds de haut ; là, il se rendoit\nailleurs, il se transfiguroit sur la montagne de Thabor.On y vit l'eau changée en\nvin, si mystérieusement qu'on ne le pouvait croire ; et plus de cent personnes\nvoulurent gouster de ce vin ; les cinq pains et les deux poissons y furent sem-\nblablement multipliés et distribués à plus de mille personnes; nonobstant\nquoi il y en eut plus de douze corbeilles de reste. Le figuier maudit par Nostre-\nSeigneur parut séché et les feuilles flétries en un instant. L'éclypse, le tremble-\nment de terre, le brisement des pierres et les autres miracles advenus à la mort\nde Nostre-Sauveur furent représentés avec de nouveaux miracles. »\nOn a des « feintes » pour représenter tout ce qui est matériel de féerie ; des\nappareils (habituellement des contrepoids) qui servent à enlever certains person-\nnages dans les airs, jusqu'à une hauteur de 40 pieds ; des fils pour faire descen-\ndre le pigeon en fer-blanc qui vient se poser sur la tête de Jésus pendant son\nbaptême dans le Jourdain ; des toiles peintes pour figurer les nuages. On fait\ndes orages; on imite les langues de feu qui viennent se poser sur la tête d'un\nsaint. On produit des effets de lumière à l'aide de flambeaux apparaissant et dis-\nparaissant soudain derrière des toiles et restant invisibles au spectateur. Du côté\nde l'Enfer, on n'a pas de mal à imiter, quand il le faut, la foudre et la tempête,\nou à faire un vacarme terrible. On a des trappes, comme le prouve ce texte du\nmystère de la Résurrection (3) : « Après la dite résurrection faite, s'en doivent les\n\n(1) Texte cité par Gustave Cohen [Histoire de la mise en scène dansle théâtre religieux français\ndu moyen âge, trad. fr., p. 91).\n(2) Cité par Cohen, ibid,, p. 142.\n(3) Cohen, ibid., p. 162."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.11", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 508, "texte": "dictes troys âmes aler par soubz terre... Et Jésus vestu de blanc, accompagné\nde troys anges, Michel, Raphaël et Uriel, doit soudainement et subtilement\nsaillir de dessoubs terre de costé son tombeau, par une petite trappe de boys,\ncouverte de ierie, laquelle se reclost sans qu'on s'en apperçoive. »\nJe ne m arrêterai pas plus longtemps à ces analyses. Il est temps de décrire\n1 aspect généiat d une représentation et de dire quelle place y occupait la mu-\nsique.\n\nJules COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-15_01#c006", "volume": "bmtnabj_1909-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "271", "page_fin": "274", "image_debut": 11, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.2.4", "titre_corps": "Le chant et les méthodes", "titre_sommaire": "Le chant et les méthodes", "signature_source": "LENOËL-ZÉVORT", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.11", "debut_caractere": 510, "fin_caractere_exclue": 2990, "texte": "Le chant et les méthodes\n\n(Fin) (i).\nIl est entendu que le mécanisme vocal se produit d'ensemble, mais qu'il\ndoit être modifié suivant les individualités.\nLes tenues de son demandent une inspiration suffisante et une expiration\nprolongée. (Il est facile de régler la respiration, de la mesurer, au moyen d'ins-\ntruments spéciaux.) Ce rythme respiratoire s'applique au chant, et à la parole,\ndans un degré moins accusé. En un mot, il faut rester maître de la respiration,\net diriger 1 expiration de façon àne pas chanter sous une poussée trop forte\nd'air comprimé, ce qui peut nuire à l'intonation.\nLes sons liés donnent lieu à un écoulement non interrompu de l'air ; et les\nsons brisés à une secousse aérienne et glottique.\nPour monter la gamme, il suffit de contracter régulièrement, et de plus en plus,\nles coides vocales, tout en surveillant les mouvements expiratoires, que le\nheurt de la hauteur nouvelle peut faire dévier et soustraire à la volonté, volonté\nqui retient et dirige les muscles expiratoires au moyen de leurs antagonistes.\nPour descendre la gamme, il y a détente régulière des contractions glottiques.\nIl faut en quelque sorte éprouver cette détente et veiller à ce que l'air n'en pro-\nfite pas pour se précipiter à travers les lèvres vocales moins tendues.\nEnfin, pour les notes disjointes, il faut prévoir soit la contraction, soit le re-\nlâchement qu'elles entraînent par l'ascension ou la descente ; les attaquer juste,\nsans coups de glotte trop accusés, et sans traînée de voix. La meilleure gymnas-\ntique vocale consiste à étudier le trille sur tous les degrés de la gamme J on\nacquiert ainsi l'agilité et la sûreté dans les notes disjointes. Les notes élevées\nnécessitent plus de souffle que les notes basses. Elles annoncent une surexcita-\ntion plus grande, un mouvement musculaire plus accusé ; elles entraînent l'as-\ncension du larynx en totalité et se produisent plus facilement en timbre clair.\nL'émission dépend donc : d'une part, du souffle ; de l'autre, des contractions\nglottiques ; et enfin de la pureté et de la situation des résonances. Je crois avoir\nétabli que la pondération entre la pression aérienne et les tensions glottiques\npouvait s'obtenir par la volonté agissant sur les muscles antagonistes des\nexpirateurs, et par l'appropriation des mouvements glottiques à la note et à sa\ndurée (ce qui s'obtient par l'habitude). La glotte a encore des secrets; mais d'une\n\n(i) Voir la Revue du 5 novembre 1907 et du 15 févrierigoß, conclusion"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.12", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3501, "texte": "façon générale, ses contractions dominent le tableau, et les positions d'ensemble\ndu larynx, sans avoir l'importance de générateur du son, influent sur les réso-\nnances. Nous savons encore que la contraction des muscles pharyngiens, la\ndirection du souffle, son écoulement en avant ou en arrière de la luette, a un très\ngrand effet sur ces mêmes résonances. Il faut donc chercher dans la structure\ndu larynx, dans son mécanisme la raison unique de tous les phénomènes du\nchant.\nIl faut tenter de fixer les modes nouveaux que détermine dans ce mécanisme\nla différence des sensations des sentiments. Ici, l'intervention des médecins est\nnécessaire ; nous apprendrons d'eux à connaître les changements respiratoires\net circulatoires qu'entraînent la maladie ou la passion. Nous viserons plus\ndirectement alors les changements de timbre, de hauteur de voix, d'intensité,\ncorrespondant à ces variations.\nCes faits, opposés au calme vocal qu'entraînent les sentiments simples ou\nnuls, deviendront le critérium de l'expression à employer, à condition que les\nsujets en expérience soient assez nombreux pour établir une moyenne, et assez\nsincères pour être pris sur le fait ; l'état somnambulique pourrait rendre de\ngrands services pour fixer la mesure du souffle, déterminer la contraction vocale\ndans le son paisible, et voir immédiatement les différences de souffle, de hau-\nteur de voix, d'intensité de timbre, dans le son passionnel.\nNous remarquons dès à présent que dans le plaisir vrai ou imaginaire, l'exci-\ntation nerveuse entraîne un souffle assez puissant, une forte tension glottique de\nla couleur dans le timbre, couleur qui répond à l'échauffement des résonateurs.\nLes sons se produisent plutôt coulés, par conséquent sous l'influence d'un souffle\nrégulier.\nDans le calme : circulation, respiration large et lente; par conséquent, ten-\nsion vocale modérée, et comme conséquence : sons moyens, intensité moyenne,\ntimbre peu coloré.\nDouleur : ressemble à l'effort, à la lutte ; tendance à immobiliser la cage thora-\ncique et à tenir le diaphragme bas ; respiration interrompue, forte ; glotte très fer-\nmée ; sons rauques par suite du tremblement qui accompagne l'effort.\nDans Y amour : mélange d'admiration et de plaisir ; analogie avec le plaisir\ndéjà décrit, mais suspension du souffle et interruption de la coulée aérienne par\nsuite de l'admiration qui est une sorte d'étonnement suspendant sa respiration.\nCet essai d'adaptation émotionnelle à nos mouvementsmécaniques, suffit à ouvrir\nune route inexplorée qui n'en reste pas moins réelle, puisque nous éprouvons\ntous les effets que je viens de décrire, sans penser à les faire dériver, comme\nil convient, les uns des autres.\nQuand nous formons un chanteur, nous n'avons pas seulement pour but\nde former une machine parfaite, mais encore d'adapter cette machine à la\ngamme des émotions ; le but de la voix, ce merveilleux instrument, n'est pas de\nvibrer à faux ou sans but, mais d'aller éveiller les vies environnantes ; d'aller\ncueillir la fleur du sentiment à l'aide de la sensation ; de faire surgir les bons\ninstincts par un appel énergique ; d'éteindre, d'endormir les pires, par des sons\nmonotones, par des timbres sombres, des mouvements lents ; de provoquer, par\nla hauteur des sons, leur intensité, leur timbre éclatant, les enthousiasmes juvé-\nniles ; de provoquer par leur vigueur, leur ampleur, leur tenue, les colères géné-\nreuses, sœurs des décisions viriles. Nous voulons encore, à l'aide de la voix,"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.13", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3534, "texte": "calmer les malades auxquels elle peut apporter la sérénité morale,... En un\nmot, la voix est éducatrice par excellence, quand elle a commencé par être\nsoumise à un entraînement physique et expressif. De même que l'appareil de\nM. Dussaud réveille l'ouïe, la sensation musico-vocale, plus que toute autre, a\nle pouvoir de réveiller tel ou tel sentiment. Notre ensemble de molécules impres-\nsionnables, suivant le point où les atteint le son, ordonne aux jambes de danser\nou aux yeux de pleurer. Il est curieux qu'un moyen d'éducation aussi puissant\nsoit relégué au second plan. Quelle belle étude à faire que celle de l'instrumen-\ntation au point de vue spécial de son effet sur l'organisme humain ! Nous y ver-\nrions que rien n'égale le cor anglais, ou la flûte, ou le hautbois, pour peindre les\n•passions tendres et douces, et nous remarquons en même temps que ces instru-\nment sont frères de la voix humaine, mais ne Y égalent jamais. C'est à cet instru-\nment merveilleux qu'est réservé le pouvoir d'inspirer l'amour et ses nobles en-\ntraînements : la pitié, la fraternité, qui n'est qu'une sympathie intelligente, un\nattrait nécessaire.\nLa connaissance du phrasé musical, et par conséquent de l'harmonie élémen-\ntaire, a une grande importance pour le chanteur, car elle doit régler la respira-\nlion de façon que les membres des phrases ne se confondent pas. La cadence\nfinale, la demi-cadence, les silences, rendent la respiration nécessaire. En règle\ngénérale, les membres ou les dessins de phrase ne sont pas toujours coupés par\ncette même respiration.\nNous avons remarqué que toute gamme montante occasionne une dépense de\nforce graduellement plus grande, et que le contraire se produit dans la gamme\ndescendante. Le chanteur doit aussi étaler par un temps d'arrêt toute note\nétrangère à l'accord et au mode, parce que cette note constitue un fait nouveau.\nJe n'ai pas besoin de dire que nous déconseillons la fioriture, qui altère le plus\nsouvent le caractère général d'une œuvre. Est-il nécessaire de dire aux jeunes\nchanteurs d'interrompre leurs études au moment de la mue } L'organe est alors\ndans un état de gonflement et de surexcitation qui nécessite le' repos. Ce temps\nde repos peut être très utilement employé à corriger les défauts de prononciation\nqui chez un chanteur sont beaucoup plus remarqués que chez un diseur, puisqu'il\ntient généralement le son plus longtemps.\nPour finir, quelques observations.\nNous devons signaler ce fait : un souffle insuffisant ne nourrit pas la voix qui\ns'éteint; une mauvaise circulation, qu'elle soit naturelle ou causée par la maladie\nou la passion, la rend irrégulière; le manque de précision dans les mouvements\nglottiques peut la rendre criarde ou la contrarier; le manque de direction du\nsouffle peut entraîner le timbre nasal ou guttural. La position trop basse du\nlarynx entraîne le timbre sombré trop haut des résonances de tête.\nL'effort trop répété, le coup de glotte, la rendront chevrotante.\nLes ouvertures de bouche, loin d'être uniformes, doivent varier avec les voyelles\net varier aussi avec l'individualité. L'ouverture de bouche ne doit jamais être\nexagérée, pour éviter le rétrécissement de l'arrière-bouche.\nL'agilité gagne à être étudiée piano ; le chant dramatique répond à des respi-\nrations pleines, des tenues de voix très grandes, et en général des tensions vocales\nassez faibles.\nExaminons à quelles manifestations expressives correspondent les principaux\ntermes employés en musique. L'allegro indique une accélération du mouvement"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.14", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2807, "texte": "qui nécessite des changements glottiques fréquents, et qui annonce de\nl'excitation corporelle. Cette excitation répond souvent à la joie, au désir, à la\nfièvre, sentiments employés plus souvent dans l'opéra comique ou bouffe que\ndans l'opéra.\nUandante indique le ralentissement du mouvement, respiration plus lente,\nmouvements glottiques moins fréquents. Il dénote le calme organique, et se\nrencontre plus fréquemment dans le drame lyrique que dans l'opéra comique. Il\nsuppose la pratique des tenues de voix, des sons filés, des traits larges, conduits\npar une respiration pleine et bien dirigée. Mandante peut se donner en douceur ;\nmais il nécessite en général plus de force que Y allegro ; il est mieux timbré,\npuisque la note dure plus longtemps, et devient par cela même plus musical,\nL\"agitato désigne un mouvement varié inégal ; il s'applique aux passions\nextrêmes et contraires. Il suppose tous les mouvements corporels se succédant,\npar conséquent une possession parfaite des respirations prises à différents\ndegrés, interrompues, continues ; la direction du souffle doit agir soit de façon\nà rendre le son guttural, soit de façon à le rendre pur ; d'où mouvements très\nétudiés du voile du palais. Mouvements glottiques très variés : le son pouvant\nse produire haut, bas, fort ou doux, ou tremblé ou interrompu.\nUagitato accompagne le délire des sens, la folie, la colère furieuse, etc.\nIl faut remarquer quelles hauteurs de voix, quels timbres, quelles intensités,\nquels mouvements correspondent aux différentes passions. Les exemples seront\npris chez les grands maîtres, Mozart surtout, qui unit la simplicité à la largeur\nd'expression.\n. L'accejito se marque en force par l'énergie du souffle et souvent par un léger\ncoup de glotte; il s'applique à un seul son ou à l'ensemble du trait. Quand il sou-\nligne des paroles, il se rend par la force articulaire.\nLegando exprime que plusieurs sons doivent être rendus d'un seul mouvement\nglottique pendant qu'ils sont nourris par le souffle. Les passions douces et amou-\nreuses s'expriment bien par le legando.\nFuoco donne lieu à un souffle fort, un mouvement de gosier marqué, un\ntimbre brillant, un rythme animé. Les passions généreuses, enthousiastes, la\nforce de la jeunesse, sont rendues par le fuoco.\nDolore ou littuosamente9 tristesse, s'exprime par la lenteur du mouvement,\nles intervalles mineurs, le timbre sombré ; convient à l'expression du chagrin, de\nl'ennui, du découragement, et même du désespoir, à condition d'y entremêler aux\nnotes monocordes des notes plus hautes ; respiration soutenue, mouvements\nlaryngiens peu fréquents, timbre sombré.\nPour conclure, l'art vocal, quant au mécanisme, consiste dans la juste propor-\ntion à établir entre la force expiratoire et les contractions vocales.\n\nLENOËL-ZÉVORT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-15_01#c007", "volume": "bmtnabj_1909-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "275", "page_fin": "279", "image_debut": 15, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.2.5", "titre_corps": "Lettres inédites de Choron", "titre_sommaire": "Lettres inédites de Choron", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.15", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3194, "texte": "Lettres inédites de Choron\n\n(suite).\nAu MÊME.\nToulouse, 4 juillet 1819.\nMONSIEUR LE COMTE,\nAux sept individus possédant la voix de haute-contre, déjà bons musiciens\net plus ou moins au courant du répertoire, capables par conséquent d'être\nemployés tout de suite, que j ai signalés dans mon précédent rapport, il faut\njoindre encore les suivants :\nLe sieur N..., haute-contre à la cathédrale d Arras j bonne voix, bon musi-\ncien, vingt ans environ, désire venir à Paris ; sa laideur m'a seule empêché\nde l'amener. M. Hecquet, maître de musique de la cathédrale, peut donner son\nnom et tous les renseignements nécessaires.\nLe même M. Hecquet indiquera deux frères vivant maintenant à Saint-Omer\net précédemment hautes-contre ou hautes-tailles à la même cathédrale.\nEnfin le jeune homme qui doit sortir de la maîtrise de Paris le 8 septembre\nprochain possède une jolie haute-contre et est bon musicien.\nVoilà donc en tout dix à douze sujets parmi lesquels on peut choisir pour\nremplir dès à présent les cadres délabrés de l'Académie. J'ose espérer que\nV. E. appréciera les sentiments qui me portent à lui transmettre ces renseigne-\nments au préjudice probable de mes intérêts immédiats.\nJ'ai en effet découvert à Montpellier quelques jeunes gens chantant la haute-\ncontre, mais la plupart employaient le fausset. Deux seulement m'ont offert des\nvoix franches : l'un, nommé -Latapie, clerc d'avoué, s'est excusé sur l'incompa-\ntibilité de son état et des fonctions de chanteur à l'Opéra ; l'autre, nommé Bou-\ncher, ouvrier et colporteur de parapluies, chez son père, ne peut quitter en ce\nmoment ; mais il viendra à Paris pour son commerce au mois de septembre\nprochain ; il me fait espérer d'être libre à cette époque.\nSous d'autres rapports, j'ai eu connaissance à Montpellier de deux sujets qui ne\nme paraissent pas à dédaigner. Un jeune homme nommé Forgue, bonne\nbasse-taille, déjà musicien, sujet intelligent et studieux ; un autre de dix-huit\nans nommé Potet, assez bon concordant, quoiqu'un peu voilé dans le haut, très\njoli physique propre aux Colins et aux jeunes princes ; le sieur Carbonnier doit\nse charger de vous les présenter.\nJ'ai quitté Montpellier le mardi 29 à 10 heures du soir, après huit jours de\nrésidence en cette ville. Cette longue station a été occasionnée par une nou-\nvelle indisposition qui m a obligé à prendre l'émétique et qui depuis mon départ\nde Paris m'avait fait perdre tant en cette ville qu'à Marseille une huitaine de\njours. Le lendemain, en passant à Béziers et à Pézenas, j'ai employé le temps\ndu stationnement de la diligence pour faire des recherches : elles m'ont à peu\nprès convaincu que ces deux villes n'offraient point de ressources disponibles.\nJ'ai été plus heureux à Narbonne, où j'ai fait un séjour de quatre heures environ.\nM. Pesche, professeur de musique, directeur de celle des Pénitents de cette\nville, m'a appris qu'il y avait plusieurs bonnes hautes-contre, notamment deux\nfrères jumeaux, nommés Bézière, âgés de 20 ans, et d'un physique agréable,\nayant de très belles voix, et qui seraient disposés à suivre la carrière musicale.\nIls sont mariés tous deux et l'un d'eux a un enfant : cela ne ferait pas en cas"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.16", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3379, "texte": "d'urgence un obstacle invincible. J'ai cherché à les voir ; je n'ai pu les rencon-\ntrer. Pressé départir par la diligence, j'ai laissé des instructions à M.Pesche, qui\nm'a fait espérer de faire encore d'autres découvertes et qui me fera part du tout.\nJ'ai traversé Carcassonne la nuit avec le regret de n'y pouvoir prendre aucun\nrenseignement ; mais comme cette ville est peu éloignée de Toulouse où je me\nrendais en toute hâte, je me suis réservé d'y revenir si cette dernière ville ne me\nprocurait pas tous les avantages que j'espérais y rencontrer, et que l'on ne ces-\nsait de m'annoncer depuis mon départ de Paris.\nTout me fait espérer que je ne serai point trompé dans mon attente. Arrivé à\nToulouse, jeudi lERIER juillet, au soir, je me suis mis aussitôt à la recherche de\nmes correspondants. Je n'ai commencé à les rejoindre que dans la soirée du\nlendemain. J'ai infiniment àme louer de leurs bonnes dispositions. Si je les\nen crois, la ville renferme à elle seule assez de belles voix en tout genre pour\nremonter de la tête aux pieds les choeurs de l'Académie royale de musique. Ce\nqui confirme cette assertion, c'est l'état des chœurs du théâtre de la ville : uni-\nquement formés d'ouvriers de toute sorte, ces chœurs sont les meilleurs que\nj'aie entendus depuis mon départ. Ils ont une justesse, un ensemble et une pré-\ncision étonnants. Ils se prétendent supérieurs à ceux de l'Opéra. Je ne déci-\nderai point la question, mais je puis déclarer que j'en suis très satisfait et qu'il\nserait en effet à désirer que ceux de l'Opéra eussent toujours autant d'ensemble\net de fermeté.\nOn s'occupe en ce moment à me fournir des listes de sujets propres à remplir\nmes vues. Je vais suivre cette opération avec soin et j'aurai l'honneur de vous\nen faire connaître incessamment les résultats.\nJ'ai l'honneur, etc.\n\nAu MÊME.\nToulouse, le 24 juillet 1819.\nMONSIEUR LE COMTE,\nDans mon dernier rapport, j'ai eu l'honneur de vous informer de mon arrivée\ndans la ville deToulouseet des motifs quej'avaisd'y espérerde grands suc cès. J'ai\nl'honneur de vous informer aujourd'hui que ces espérances sont totalement rem-\nplies et que je suis au moment d'avoir terminé mes opérations de la manière\nla plus heureuse qu'il soit possible de désirer.\nSi, à l'époque où j'ai commencé mes recherches, j'avais eu les renseignements\nque j'ai aujourd'hui, je me serais épargné la peine que j'ai prise de parcourir la\nplus grande partie du royaume. Je serais venu directement en ce pays et quel-\nques semaines auraient suffi pour obtenir un succès complet. La ville de Tou-\nlouse suffirait à elle seule pour peupler un nombreux conservatoire : ou plutôt\nc'est un eespèce de conservatoire ; car pourrait-on qualifier autrement une ville où\nl'on trouve un nombre infini de belles voix en tout genre, jointes à une excellente\norganisation et à un goût dominant pour la musique, une ville où les plus beaux\nmorceaux de nos opéras sont populaires, où le chant d'Œdipe, de la Vestale,\nles chœurs de la Caverne, s'exécutent le soir dans les rues par des réunions de\nvingt-cinq ou trente chanteurs, gens de métier, dépourvus la plupart de toute\nconnaissance de musique, et cela avec une précision, un ensemble et un goût\ncapables de faire honte aux chœurs et aux artistes de nos premiers théâtres ) Ce\nn'est cependant pas que toutes les voix soient également belles, ni toutes les"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.17", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2853, "texte": "organisations également heureuses ; mais un entraînement général, l'habitude de\nchanter ensemble, des localités favorables, produisent ces intéressants résul-\ntats. Les recherches détaillées où je suis entré m'ont fait découvrir les principaux\nsujets qui prennent part à ces réunions et, sans parler de ceux qui par leur posi-\ntion, leur âge ou quelque autre circonstance particulière ne sont point dans le\ncas d'accepter les propositions que l'on aurait à leur faire,je vais transmettre suc-\ncinctement à Votre Excellence des renseignements sur ceux à qui elles pourraient\nconvenir.\n1° Basses-tailles, savoir :\n1. Bach, 19\" ans, 5 pieds au plus, commis chez son père, marchand papetier, rue\nSaint-Romme, n° 59. Basse-taille de la plus grande beauté, deuxoctaves pleines\nd'étendue\nvoix riche, égale, harmonieuse, excellente organisation,\ncommençant la musique, a le plus grand désir de suivre la carrière musicale ;\nmais comme il est fils unique, son père le retient jusqu'à ce jour.\n2. Vidal, 36 ans, 5 pieds 2 pouces, passablement musicien, très belle voix,\nchantant assez bien : formerait un très bon coryphée, peut-être mêmeundouble.\nCommis marchand, place du Capitole, n° 21.\n3. Darboussette, 19 ans, 5 pieds 3 pouces, ouvrier rue des Couteliers, n° 28,\nbonne organisation.\n4. Rousseau, 18 ans, 5 pieds 4 pouces, basse-taille très étendue et de bonne\nqualité ; quelques vices d'organisation compensés par une grande ardeur ; étu-\ndiant, rue des Couteliers, n° 56.\n5. Cassille, 18 ans, 5 pieds 5 pouces, rue des Balances, n°4i. Basse-taille\ntrès forte.\n11° Tailles et ténors :\n6. Grillon, 25 ans, 5 pieds 1 pouce, coiffeur, rue des Tourneurs, n° 39, char-\nmant ténor, bonne organisation musicale.\n7. Blanc, Léopold, 22 ans, 5 pieds 4 pouces, ordonnance à la préfecture, bon\nténor, bonne organisation.\n8. Vinsa, 21 ans, 5 pieds 7 pouces, rue dußempart, n° 10, excellente taille, un\npeu musicien.\n111° Hautes-contre ; huit, savoir :\n9. Le Comte, Joseph, 25 ans, 5 pieds 3 pouces, maçon,rue des Trois-Canelles,\nn° 12, faubourg Saint-Cyprien. Haute-contre d'une étendue et d'une vigueur\nextraordinaires ; organisation très bonne ; hardiesse et assurance impertur-\nbables ; sujet précieux.\n10. Martin, 20 ans, 5 pieds 4 pouces, boulanger, rue Saint-Charles, n° 2;\nbonne haute-contre, montant facilement à Yut, joli timbre, bien organisé.\n11. Laporte, 17 ans, 5 pieds 2 pouces, chez son père, choriste au théâtre, île\nTournisse, n° 1, jolie haute-contre ; paraît bien organisé.\n12. Bieu, 22 ans, 5 pieds 4 pouces, présentement à Paris, au 3e régiment de la\ngarde royale.\n13. Delclaux, 25 ans, 5 pieds 1 pouce, bonne haute-contre, quoiqu'un peu\nmaigre sur le haut, sait le plain-chant. Fils d'un chantre de la cathédrale, à\nTournisse, n° 52.\n14. Raynal, 18 ans, ouvrier en bateaux sur le canal, jolie voix ; très timide."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.18", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3332, "texte": "i5-Dutour, 24 ans, 5 pieds 2 pouces, rue du Change, n° ... Voix étendue, mais\nnasillarde et de peu de qualité.\n16. Dufau, Fr., 18 ans, 5 pieds 2 pouces, île Tournisse, n° 52, superbe voix de\nhautre-contre ; organisation passable.\nComme il ne s'agit ici que de hautes-contre, voici en peu de mots les obser-\nvations que j'ai à faire sur cette nomenclature. Les meilleurs sujets sont Le\nComte, Martin, Laporte, Desclaux et Dufau. Martin et Desclaux sont engagés,\nils seraient déjà partis sans une indisposition du premier qui a une foulure au\npied ; ils partiront néanmoins du lundi prochain 26 en 8, au plus tard. Le\nComte est un pauvre maçon marié, ayant un enfant: il demande l'habille-\nment et un secours de 20 francs par mois pour sa jeunesse et son enfant\njusqu'au moment où il pourra gagner des appointements. Je crois qu'il pourra\npromptement rendre service, car il est très intelligent et, d'une autre part,\nsa voix est d'une énergie capable de couvrir toutes les hautes-contre actuelles\nde l'Opéra. Laporte est retenu par ses parents qui veulent ne le laisser venir\nque l'année prochaine; j'arrangerai cette affaire à mon retour à Toulouse,\nsi la tournée que je vais faire vers le Sud-Ouest ne me fait pas découvrir de\nnouvelles ressources. A l'égard de Dufau, j'ai besoin de l'entendre encore;\ncomme il ne sait rien du tout, pas même la gamme, il n'a pu prendre l'intona-\ntion du si et de Yut d'en haut ; mais la facilité avec laquelle il monte jusque-là ne\nme laisse point de doute : il étudie en ce moment ; je l'entendrai à mon retour et\nje pense que je pourrai l'amener avec moi.\nLes demandes des Le Comte portent sur des points qui excèdent mes pouvoirs ;\nje vous prie de vouloir bien me donner une autorisation spéciale à cet effet.\nJe suis décidé à ne point quitter ce pays que tous les j'aurai engagés\nne soient partis devant moi, car s'ils venaient à se rétracter, il faudrait revenir ici,\nce qui occasionnerait une grande perte de temps et d'argent. C'est là le motif\nqui m'a décidé à faire en dernier lieu une tournée par Montauban, Villefranche,\nRodez, Albi et Castres : tournée dans laquelle j'ai découvert à Villefranche une\nhaute-contre jolie, mais qu'il serait difficile de déplacer. J'ai reçu à Albi des\nrenseignements sur une jeune haute-contre qui est présentement à Saumur.\nJe partirai après-demain pour Agen par la rivière;de là j'irai à Bordeaux, puis\nà Bayonne, Pau, Tarbes, Auch ; je reviendrai par Toulouse. Je prendrai sur tous\nces pays des renseignements utiles ; je ferai marcher devant moi les sujets que\nj'engagerai ; de Toulouse je reviendrai à Paris par Limoges, Angoulême, la\nRochelle, Nantes, etc., où j'espère faire de nouvelles découvertes.\nMa dépense est très modérée ; elle s'élève à peine, tout compris, à 100 francs\npar semaine. Les fonds qui me restent sont suffisants pour achever ma mission.\nA mon retour à Paris, si j'ai besoin d'un supplément, ce ne pourra être que fort\npeu de chose, et il dépendra entièrement de votre bienveillance.\nJ'ai l'honneur, etc.\n\nAU MÊME.\n\nToulouse, le 18 août 1819.\nMONSIEUR LE COMTE,\nLundi dernier, sont partis pour Paris, où ils doivent arriver dimanche pro-\nchain 22 courant, les sieurs Arboussette, Barbot, Comte et Gaillard : le premier,,\nbasse-taille, le second ténor, les deux autres hautes-contre. Lundi prochain,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.19", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3248, "texte": "je ferai partir une autre compagnie dans laquelle sera Comte, frère aîné du\nprécédent, et deux ou trois autres hautes-contre ; je partirai avec eux ou\nimmédiatement après.\nToutes ces hautes-contre sont de bonne qualité, tant pour l'étendue que\npour la justesse de la voix et la bonne organisation; mais les deux frères\nComte se distinguent d'une manière toute particulière. Ils n'ont pas besoin de\nse mettre ensemble pour dominer sur la totalité des chœurs de l'Académie. Ils\nne savent ni lire ni écrire, et pas un mot de musique; mais ils ont tant d'intelli-\ngence et de hardiesse qu'ils peuvent apprendre sur-le-champ tout ce qu'on\nvoudra leur enseigner et l'exécuter avec les autres pour peu qu'ils soient\nguidés. Ils pourront donc rendre service tout de suite, et l'on peut dès à pré-\nsent compter sur eux pour tous les besoins.\nJ'en dis autant du reste de l'Ecole. J'ai appris que V. E. avait autorisé l'envoi\ndes chœurs ou parties de chœurs d'Olympie à l'établissement : il n'y a aucun\ndoute que tout le monde sera prêt, grands comme petits ; et si V. E. veut\nordonner l'envoi des rôles, je lui ferai entendre l'opéra entier sous six semaines.\nV. E. peut se rappeler que le premier acte d \"Orphée a été appris en dix ou douze\njours,sans déranger les travaux ordinaires de la maison, et que les élèves étaient\nalors fort neufs.\nJ'ai été obligé, pour décider le départ des élèves que je prends dans ce pays-ci,\nde faire quelques sacrifices. Ils ont tous demandé l'habillement, se fondant sur\nce que leurs familles n'avaient pas le moyen et ne pouvaient pas les entretenir\nà de si grandes distances. En outre, j'ai promis à chacun des deux frères\nComte 25 francs par mois pour leur femme et leur enfant tant qu'ils seront à\nl'Ecole : c'est s'engager à peu de chose, car je ne crois pas qu'ils y restent long-\ntemps. Quant au genre de l'habillement, les jeunes gens ne sont pas exigeants :\nils se contenteront d'être traités sur le pied militaire. D'ailleurs je n'en aurais\npas eu un seul si je n'eusse cédé sur ce point.\nEn résumé, vous voyez que j'ai complètement réussi dans la mission que\nvous m'avez fait l'honneur de me confier. A la vérité, il en aura coûté un peu\nplus de temps et d'argent qu'on ne l'avait pensé d'abord ; mais il faut observer\nque l'objet de la mission s'est lui-même étendu ; qu'il ne s'est point borné à\nchercher quelques élèves pour l'Ecole, mais qu'il a été question aussi de trouver,\ns'il était possible, quelques sujets tout formés propres à entrer de suite dans\nles chœurs de l'Opéra, ce à quoi nous avons réussi, puisque j'en ai découvert\nune douzaine dont je vous ai envoyé la liste et que vous pouvez appeler\nquand bon vous semblera. En second lieu, l'on est parvenu à connaître les\nressources pour l'avenir et à établir des moyens pour les avoir à sa disposition.\nEnfin il faut remarquer que le supplément de fonds que j'ai demandé n'est pas\nseulement pour frais de tournée, mais comme secours pour les loyers que j'avais\narrêtés en conséquence des premières conventions et pour divers objets dont je\nrendrai compte incessamment.\nAussitôt après ce départ des derniers élèves, je partirai pour Paris, où je\nserai rendu dimanche 29 courant au plus tard.\nJ'ai l'honneur, etc.\n\nCHORON."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-15_01#c008", "volume": "bmtnabj_1909-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "275", "page_fin": "276", "image_debut": 15, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.2.5.1", "titre_corps": "(suite).", "titre_sommaire": "(suite).", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.15", "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 3194, "texte": "(suite).\nAu MÊME.\nToulouse, 4 juillet 1819.\nMONSIEUR LE COMTE,\nAux sept individus possédant la voix de haute-contre, déjà bons musiciens\net plus ou moins au courant du répertoire, capables par conséquent d'être\nemployés tout de suite, que j ai signalés dans mon précédent rapport, il faut\njoindre encore les suivants :\nLe sieur N..., haute-contre à la cathédrale d Arras j bonne voix, bon musi-\ncien, vingt ans environ, désire venir à Paris ; sa laideur m'a seule empêché\nde l'amener. M. Hecquet, maître de musique de la cathédrale, peut donner son\nnom et tous les renseignements nécessaires.\nLe même M. Hecquet indiquera deux frères vivant maintenant à Saint-Omer\net précédemment hautes-contre ou hautes-tailles à la même cathédrale.\nEnfin le jeune homme qui doit sortir de la maîtrise de Paris le 8 septembre\nprochain possède une jolie haute-contre et est bon musicien.\nVoilà donc en tout dix à douze sujets parmi lesquels on peut choisir pour\nremplir dès à présent les cadres délabrés de l'Académie. J'ose espérer que\nV. E. appréciera les sentiments qui me portent à lui transmettre ces renseigne-\nments au préjudice probable de mes intérêts immédiats.\nJ'ai en effet découvert à Montpellier quelques jeunes gens chantant la haute-\ncontre, mais la plupart employaient le fausset. Deux seulement m'ont offert des\nvoix franches : l'un, nommé -Latapie, clerc d'avoué, s'est excusé sur l'incompa-\ntibilité de son état et des fonctions de chanteur à l'Opéra ; l'autre, nommé Bou-\ncher, ouvrier et colporteur de parapluies, chez son père, ne peut quitter en ce\nmoment ; mais il viendra à Paris pour son commerce au mois de septembre\nprochain ; il me fait espérer d'être libre à cette époque.\nSous d'autres rapports, j'ai eu connaissance à Montpellier de deux sujets qui ne\nme paraissent pas à dédaigner. Un jeune homme nommé Forgue, bonne\nbasse-taille, déjà musicien, sujet intelligent et studieux ; un autre de dix-huit\nans nommé Potet, assez bon concordant, quoiqu'un peu voilé dans le haut, très\njoli physique propre aux Colins et aux jeunes princes ; le sieur Carbonnier doit\nse charger de vous les présenter.\nJ'ai quitté Montpellier le mardi 29 à 10 heures du soir, après huit jours de\nrésidence en cette ville. Cette longue station a été occasionnée par une nou-\nvelle indisposition qui m a obligé à prendre l'émétique et qui depuis mon départ\nde Paris m'avait fait perdre tant en cette ville qu'à Marseille une huitaine de\njours. Le lendemain, en passant à Béziers et à Pézenas, j'ai employé le temps\ndu stationnement de la diligence pour faire des recherches : elles m'ont à peu\nprès convaincu que ces deux villes n'offraient point de ressources disponibles.\nJ'ai été plus heureux à Narbonne, où j'ai fait un séjour de quatre heures environ.\nM. Pesche, professeur de musique, directeur de celle des Pénitents de cette\nville, m'a appris qu'il y avait plusieurs bonnes hautes-contre, notamment deux\nfrères jumeaux, nommés Bézière, âgés de 20 ans, et d'un physique agréable,\nayant de très belles voix, et qui seraient disposés à suivre la carrière musicale.\nIls sont mariés tous deux et l'un d'eux a un enfant : cela ne ferait pas en cas"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.16", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "d'urgence un obstacle invincible. J'ai cherché à les voir ; je n'ai pu les rencon-\ntrer. Pressé départir par la diligence, j'ai laissé des instructions à M.Pesche, qui\nm'a fait espérer de faire encore d'autres découvertes et qui me fera part du tout.\nJ'ai traversé Carcassonne la nuit avec le regret de n'y pouvoir prendre aucun\nrenseignement ; mais comme cette ville est peu éloignée de Toulouse où je me\nrendais en toute hâte, je me suis réservé d'y revenir si cette dernière ville ne me\nprocurait pas tous les avantages que j'espérais y rencontrer, et que l'on ne ces-\nsait de m'annoncer depuis mon départ de Paris.\nTout me fait espérer que je ne serai point trompé dans mon attente. Arrivé à\nToulouse, jeudi lERIER juillet, au soir, je me suis mis aussitôt à la recherche de\nmes correspondants. Je n'ai commencé à les rejoindre que dans la soirée du\nlendemain. J'ai infiniment àme louer de leurs bonnes dispositions. Si je les\nen crois, la ville renferme à elle seule assez de belles voix en tout genre pour\nremonter de la tête aux pieds les choeurs de l'Académie royale de musique. Ce\nqui confirme cette assertion, c'est l'état des chœurs du théâtre de la ville : uni-\nquement formés d'ouvriers de toute sorte, ces chœurs sont les meilleurs que\nj'aie entendus depuis mon départ. Ils ont une justesse, un ensemble et une pré-\ncision étonnants. Ils se prétendent supérieurs à ceux de l'Opéra. Je ne déci-\nderai point la question, mais je puis déclarer que j'en suis très satisfait et qu'il\nserait en effet à désirer que ceux de l'Opéra eussent toujours autant d'ensemble\net de fermeté.\nOn s'occupe en ce moment à me fournir des listes de sujets propres à remplir\nmes vues. Je vais suivre cette opération avec soin et j'aurai l'honneur de vous\nen faire connaître incessamment les résultats.\nJ'ai l'honneur, etc."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-15_01#c009", "volume": "bmtnabj_1909-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "276", "page_fin": "278", "image_debut": 16, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.2.5.2", "titre_corps": "Au MÊME.", "titre_sommaire": "Au MÊME.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.16", "debut_caractere": 1843, "fin_caractere_exclue": 3379, "texte": "Au MÊME.\nToulouse, le 24 juillet 1819.\nMONSIEUR LE COMTE,\nDans mon dernier rapport, j'ai eu l'honneur de vous informer de mon arrivée\ndans la ville deToulouseet des motifs quej'avaisd'y espérerde grands suc cès. J'ai\nl'honneur de vous informer aujourd'hui que ces espérances sont totalement rem-\nplies et que je suis au moment d'avoir terminé mes opérations de la manière\nla plus heureuse qu'il soit possible de désirer.\nSi, à l'époque où j'ai commencé mes recherches, j'avais eu les renseignements\nque j'ai aujourd'hui, je me serais épargné la peine que j'ai prise de parcourir la\nplus grande partie du royaume. Je serais venu directement en ce pays et quel-\nques semaines auraient suffi pour obtenir un succès complet. La ville de Tou-\nlouse suffirait à elle seule pour peupler un nombreux conservatoire : ou plutôt\nc'est un eespèce de conservatoire ; car pourrait-on qualifier autrement une ville où\nl'on trouve un nombre infini de belles voix en tout genre, jointes à une excellente\norganisation et à un goût dominant pour la musique, une ville où les plus beaux\nmorceaux de nos opéras sont populaires, où le chant d'Œdipe, de la Vestale,\nles chœurs de la Caverne, s'exécutent le soir dans les rues par des réunions de\nvingt-cinq ou trente chanteurs, gens de métier, dépourvus la plupart de toute\nconnaissance de musique, et cela avec une précision, un ensemble et un goût\ncapables de faire honte aux chœurs et aux artistes de nos premiers théâtres ) Ce\nn'est cependant pas que toutes les voix soient également belles, ni toutes les"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.17", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2853, "texte": "organisations également heureuses ; mais un entraînement général, l'habitude de\nchanter ensemble, des localités favorables, produisent ces intéressants résul-\ntats. Les recherches détaillées où je suis entré m'ont fait découvrir les principaux\nsujets qui prennent part à ces réunions et, sans parler de ceux qui par leur posi-\ntion, leur âge ou quelque autre circonstance particulière ne sont point dans le\ncas d'accepter les propositions que l'on aurait à leur faire,je vais transmettre suc-\ncinctement à Votre Excellence des renseignements sur ceux à qui elles pourraient\nconvenir.\n1° Basses-tailles, savoir :\n1. Bach, 19\" ans, 5 pieds au plus, commis chez son père, marchand papetier, rue\nSaint-Romme, n° 59. Basse-taille de la plus grande beauté, deuxoctaves pleines\nd'étendue\nvoix riche, égale, harmonieuse, excellente organisation,\ncommençant la musique, a le plus grand désir de suivre la carrière musicale ;\nmais comme il est fils unique, son père le retient jusqu'à ce jour.\n2. Vidal, 36 ans, 5 pieds 2 pouces, passablement musicien, très belle voix,\nchantant assez bien : formerait un très bon coryphée, peut-être mêmeundouble.\nCommis marchand, place du Capitole, n° 21.\n3. Darboussette, 19 ans, 5 pieds 3 pouces, ouvrier rue des Couteliers, n° 28,\nbonne organisation.\n4. Rousseau, 18 ans, 5 pieds 4 pouces, basse-taille très étendue et de bonne\nqualité ; quelques vices d'organisation compensés par une grande ardeur ; étu-\ndiant, rue des Couteliers, n° 56.\n5. Cassille, 18 ans, 5 pieds 5 pouces, rue des Balances, n°4i. Basse-taille\ntrès forte.\n11° Tailles et ténors :\n6. Grillon, 25 ans, 5 pieds 1 pouce, coiffeur, rue des Tourneurs, n° 39, char-\nmant ténor, bonne organisation musicale.\n7. Blanc, Léopold, 22 ans, 5 pieds 4 pouces, ordonnance à la préfecture, bon\nténor, bonne organisation.\n8. Vinsa, 21 ans, 5 pieds 7 pouces, rue dußempart, n° 10, excellente taille, un\npeu musicien.\n111° Hautes-contre ; huit, savoir :\n9. Le Comte, Joseph, 25 ans, 5 pieds 3 pouces, maçon,rue des Trois-Canelles,\nn° 12, faubourg Saint-Cyprien. Haute-contre d'une étendue et d'une vigueur\nextraordinaires ; organisation très bonne ; hardiesse et assurance impertur-\nbables ; sujet précieux.\n10. Martin, 20 ans, 5 pieds 4 pouces, boulanger, rue Saint-Charles, n° 2;\nbonne haute-contre, montant facilement à Yut, joli timbre, bien organisé.\n11. Laporte, 17 ans, 5 pieds 2 pouces, chez son père, choriste au théâtre, île\nTournisse, n° 1, jolie haute-contre ; paraît bien organisé.\n12. Bieu, 22 ans, 5 pieds 4 pouces, présentement à Paris, au 3e régiment de la\ngarde royale.\n13. Delclaux, 25 ans, 5 pieds 1 pouce, bonne haute-contre, quoiqu'un peu\nmaigre sur le haut, sait le plain-chant. Fils d'un chantre de la cathédrale, à\nTournisse, n° 52.\n14. Raynal, 18 ans, ouvrier en bateaux sur le canal, jolie voix ; très timide."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.18", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3038, "texte": "i5-Dutour, 24 ans, 5 pieds 2 pouces, rue du Change, n° ... Voix étendue, mais\nnasillarde et de peu de qualité.\n16. Dufau, Fr., 18 ans, 5 pieds 2 pouces, île Tournisse, n° 52, superbe voix de\nhautre-contre ; organisation passable.\nComme il ne s'agit ici que de hautes-contre, voici en peu de mots les obser-\nvations que j'ai à faire sur cette nomenclature. Les meilleurs sujets sont Le\nComte, Martin, Laporte, Desclaux et Dufau. Martin et Desclaux sont engagés,\nils seraient déjà partis sans une indisposition du premier qui a une foulure au\npied ; ils partiront néanmoins du lundi prochain 26 en 8, au plus tard. Le\nComte est un pauvre maçon marié, ayant un enfant: il demande l'habille-\nment et un secours de 20 francs par mois pour sa jeunesse et son enfant\njusqu'au moment où il pourra gagner des appointements. Je crois qu'il pourra\npromptement rendre service, car il est très intelligent et, d'une autre part,\nsa voix est d'une énergie capable de couvrir toutes les hautes-contre actuelles\nde l'Opéra. Laporte est retenu par ses parents qui veulent ne le laisser venir\nque l'année prochaine; j'arrangerai cette affaire à mon retour à Toulouse,\nsi la tournée que je vais faire vers le Sud-Ouest ne me fait pas découvrir de\nnouvelles ressources. A l'égard de Dufau, j'ai besoin de l'entendre encore;\ncomme il ne sait rien du tout, pas même la gamme, il n'a pu prendre l'intona-\ntion du si et de Yut d'en haut ; mais la facilité avec laquelle il monte jusque-là ne\nme laisse point de doute : il étudie en ce moment ; je l'entendrai à mon retour et\nje pense que je pourrai l'amener avec moi.\nLes demandes des Le Comte portent sur des points qui excèdent mes pouvoirs ;\nje vous prie de vouloir bien me donner une autorisation spéciale à cet effet.\nJe suis décidé à ne point quitter ce pays que tous les j'aurai engagés\nne soient partis devant moi, car s'ils venaient à se rétracter, il faudrait revenir ici,\nce qui occasionnerait une grande perte de temps et d'argent. C'est là le motif\nqui m'a décidé à faire en dernier lieu une tournée par Montauban, Villefranche,\nRodez, Albi et Castres : tournée dans laquelle j'ai découvert à Villefranche une\nhaute-contre jolie, mais qu'il serait difficile de déplacer. J'ai reçu à Albi des\nrenseignements sur une jeune haute-contre qui est présentement à Saumur.\nJe partirai après-demain pour Agen par la rivière;de là j'irai à Bordeaux, puis\nà Bayonne, Pau, Tarbes, Auch ; je reviendrai par Toulouse. Je prendrai sur tous\nces pays des renseignements utiles ; je ferai marcher devant moi les sujets que\nj'engagerai ; de Toulouse je reviendrai à Paris par Limoges, Angoulême, la\nRochelle, Nantes, etc., où j'espère faire de nouvelles découvertes.\nMa dépense est très modérée ; elle s'élève à peine, tout compris, à 100 francs\npar semaine. Les fonds qui me restent sont suffisants pour achever ma mission.\nA mon retour à Paris, si j'ai besoin d'un supplément, ce ne pourra être que fort\npeu de chose, et il dépendra entièrement de votre bienveillance.\nJ'ai l'honneur, etc."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-15_01#c011", "volume": "bmtnabj_1909-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "278", "page_fin": "279", "image_debut": 18, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.2.5.3", "titre_corps": "AU MÊME.", "titre_sommaire": "AU MÊME.", "signature_source": "CHORON", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.18", "debut_caractere": 3040, "fin_caractere_exclue": 3332, "texte": "AU MÊME.\n\nToulouse, le 18 août 1819.\nMONSIEUR LE COMTE,\nLundi dernier, sont partis pour Paris, où ils doivent arriver dimanche pro-\nchain 22 courant, les sieurs Arboussette, Barbot, Comte et Gaillard : le premier,,\nbasse-taille, le second ténor, les deux autres hautes-contre. Lundi prochain,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.19", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3248, "texte": "je ferai partir une autre compagnie dans laquelle sera Comte, frère aîné du\nprécédent, et deux ou trois autres hautes-contre ; je partirai avec eux ou\nimmédiatement après.\nToutes ces hautes-contre sont de bonne qualité, tant pour l'étendue que\npour la justesse de la voix et la bonne organisation; mais les deux frères\nComte se distinguent d'une manière toute particulière. Ils n'ont pas besoin de\nse mettre ensemble pour dominer sur la totalité des chœurs de l'Académie. Ils\nne savent ni lire ni écrire, et pas un mot de musique; mais ils ont tant d'intelli-\ngence et de hardiesse qu'ils peuvent apprendre sur-le-champ tout ce qu'on\nvoudra leur enseigner et l'exécuter avec les autres pour peu qu'ils soient\nguidés. Ils pourront donc rendre service tout de suite, et l'on peut dès à pré-\nsent compter sur eux pour tous les besoins.\nJ'en dis autant du reste de l'Ecole. J'ai appris que V. E. avait autorisé l'envoi\ndes chœurs ou parties de chœurs d'Olympie à l'établissement : il n'y a aucun\ndoute que tout le monde sera prêt, grands comme petits ; et si V. E. veut\nordonner l'envoi des rôles, je lui ferai entendre l'opéra entier sous six semaines.\nV. E. peut se rappeler que le premier acte d \"Orphée a été appris en dix ou douze\njours,sans déranger les travaux ordinaires de la maison, et que les élèves étaient\nalors fort neufs.\nJ'ai été obligé, pour décider le départ des élèves que je prends dans ce pays-ci,\nde faire quelques sacrifices. Ils ont tous demandé l'habillement, se fondant sur\nce que leurs familles n'avaient pas le moyen et ne pouvaient pas les entretenir\nà de si grandes distances. En outre, j'ai promis à chacun des deux frères\nComte 25 francs par mois pour leur femme et leur enfant tant qu'ils seront à\nl'Ecole : c'est s'engager à peu de chose, car je ne crois pas qu'ils y restent long-\ntemps. Quant au genre de l'habillement, les jeunes gens ne sont pas exigeants :\nils se contenteront d'être traités sur le pied militaire. D'ailleurs je n'en aurais\npas eu un seul si je n'eusse cédé sur ce point.\nEn résumé, vous voyez que j'ai complètement réussi dans la mission que\nvous m'avez fait l'honneur de me confier. A la vérité, il en aura coûté un peu\nplus de temps et d'argent qu'on ne l'avait pensé d'abord ; mais il faut observer\nque l'objet de la mission s'est lui-même étendu ; qu'il ne s'est point borné à\nchercher quelques élèves pour l'Ecole, mais qu'il a été question aussi de trouver,\ns'il était possible, quelques sujets tout formés propres à entrer de suite dans\nles chœurs de l'Opéra, ce à quoi nous avons réussi, puisque j'en ai découvert\nune douzaine dont je vous ai envoyé la liste et que vous pouvez appeler\nquand bon vous semblera. En second lieu, l'on est parvenu à connaître les\nressources pour l'avenir et à établir des moyens pour les avoir à sa disposition.\nEnfin il faut remarquer que le supplément de fonds que j'ai demandé n'est pas\nseulement pour frais de tournée, mais comme secours pour les loyers que j'avais\narrêtés en conséquence des premières conventions et pour divers objets dont je\nrendrai compte incessamment.\nAussitôt après ce départ des derniers élèves, je partirai pour Paris, où je\nserai rendu dimanche 29 courant au plus tard.\nJ'ai l'honneur, etc.\n\nCHORON."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-15_01#c012", "volume": "bmtnabj_1909-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "280", "page_fin": "284", "image_debut": 20, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.2.6", "titre_corps": "Exécutions récentes.", "titre_sommaire": "Exécutions récentes.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.20", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3343, "texte": "Exécutions récentes.\n\nA. BRUKNER. — COMPOSITEURS DIVERS. — Le Tonkiinstler-orchester vient de\ndonner à Paris quelques séances. Une réclame assez habile lui avait préparé les\nvoies ; le succès fut modéré. Il est entendu que le chef de la Société, M. Lassale,\nest d'origine française, et qu'à ce titre il a toute notre sympathie ; mais il serait\nislandais ou australien que nous lui adresserions des éloges enthousiastes s'il\nles méritait. Malheureusement, nous ne pouvons aller jusque-là, sans avoir\nd'ailleurs de reproches graves à formuler. Cet orchestre est fort honorable ;\nc'est net, bien discipliné, à l'allemande ; mais franchement, je ne vois pas la\nnécessité de tenter l'aventure et les risques d'un grand voyage pour nous\napporter en grande pompe ce produit métissé d'outre-Rhin. Le programme\noffrait quelques pièces peu familières aux oreilles parisiennes. Cependant, pour\ncela aussi, je suis resté assez tiède.\nAnton Bruckner, dont j'ai entendu patiemment la IVe symphonie, est fort\nestimé en Autriche (où il est né, en 1824), mais ses oeuvres sont un médiocre\narticle d'exportation. Estimable ? certes, il l'est entre tous ; le seul fait d'avoir\ncomposé neuf symphonies (la ire est de 1868, la dernière est de 1903) indique\nun esprit élevé. Malheureusement ce chiffre neuf, et le genre lui-même, imposent\nun souvenir écrasant. 11 faut un courage extraordinaire ou une naïveté tout\nallemande pour affronter le rapprochement avec Beethoven. La symphonie de\nBruckner, fort bien exécutée par le Tonkiinstler-orchester, a toutes les qualités,\nsauf celle qu'on ne définit pas et qui est le signe des grands maîtres. C'est\nhonnête, consciencieux, solide, parfaitement dépourvu de charme. Pas de\nflamme! pas d'« ivresse » dionysiaque ou apollinienne! Les manuscrits de\nBruckner réflètent bien cet état d'esprit : écriture nette, mais un peu hésitante,\nappliquée, sans un trait de plume (note caudée ou legato) qui soit d'un seul jet :\nl'application toujours un peu tremblée de la main trahit l'absence de cette\nfièvre intérieure et de cette impatience de réaliser la pensée, sans lesquelles il\nn'y a pas de grande musique.\nComment nommer tous les grands virtuoses venus pour conquérir Paris ou\npour faire une visite dans un royaume déjà conquis? M. Kubelick nous gratifie\nde trois concerts ; c'est un admirable et merveilleux violoniste, jouant avec\ntoutes les difficultés, et d'un goêt parfait, — sauf quand il exécute les Clochettes\nde Paganini ; M. Busoni, M. Isidore de Lara, ont triomphé aux concerts\nSechiari ; le nom de Paderewski est déjà en vedette sur les affiches ; et tout ce\nque la Russie compte d'artistes célèbres— à commencer par Felia Litvinne —\nva paraître demain au Châtelet.\n\nLA CHANSON FRANÇAISE. Au théâtre Femina, le 4 mai, très intéressante\nConférence-Concert, par M. Lucien de Flagny, professeur supérieur à l'Aca-\ndémie de musique de Genève, et Mlle H.-M. Luquiens. Sujet: «La chanson\nfrançaise depuis le xne siècle ; chanson historique, satirique, politique, chanson\nd'amour. » Ces séances, où l'intérêt purement musical tente de s'appuyer sur un\nintérêt historique, sont inspirées d'un excellent principe ; mais les dessous d'éru-\ndition qui leur servent de support ne sont pas toujours bien établis. Beaucoup\nd'affirmations sont hasardées, superficielles; ou nettement inexactes. La soirée"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.21", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3444, "texte": "donnée par M. Lucien de Flagny fut cependant agréable, et l'exécution de\nquelques-unes de ses œuvres n'a pas nui à l'impression de l'ensemble.\n\nLE COEUR DU MOULIN ; BAIGNEUSES AU SOLEIL, par M. DÉODAT DE SÉVERAC.\nE. B.\nLe Cœur du moulin, pièce lyrique en deux actes, fait une partition qui, réduite\nau piano, a 200 pages. A plusieurs reprises, j'ai voulu la lire jusqu'au bout. Je\nn'ai pu aller que jusqu'à la page 38. Après chaque tentative, j'ai rejeté le\nvolume avec impatience. Le livret, je ne le connais pas, et je n'y attache qu'une\nimportance secondaire. La musique, pour commencer par elle, m'a paru illisible\net dénuée, sinon de talent technique, au moins de tout ce que je considère\ncomme musical. Tantôt je pense à des nègres qui joueraient à colin-maillard,\nla nuit, dans un tunnel ; tantôt il me semble qne je marche sur des débris\nd'assiettes et de bouteilles. Que pensez-vous donc, dirais-je à l'auteur, de Bach,\nde Beethoven, de Bizet ? Si vous les connaissez et si vous les aimez, comment\npouvez-vous écrire ces choses informes et innommables où ils auraient vu une\nmauvaise plaisanterie ? Les Baigneuses au soleil, pièce pour piano, ont un\ndéfaut de plus : une insupportable prétention. Chaque mesure a une glose, une\nindication de nuance ! Partout des minuties descriptives : d'idée heureuse,\nmélodique, rythmique ou harmonique, je n'en vois guère !\n\n— On sait que Munich a produit un\ntrès grand nombre de musiciens célèbres. Peter Cornélius, l'auteur du Barbier\nde Bagdad, a été à Munich; Alexandre Ritterest connu par ses opéras ; Richard\nStrauss est le fils d'un musicien de l'Opéra ; Max Schillings a étudié à l'Univer-\nsité, composé les opéras Rugwelde et Moloch, et a été une des célébrités\nmusicales de Munich. Il a été nommé premier chef d'orchestre à l'Opéra de\nStuttgart. Il y a Max Zenger, Karl von Perfall, Adolphe Sandberger, Louis\nThuille, le compositeur de Gugeline, de Lobetanz, de Theuerdank. M. Félix von\nWeingartner est devenu directeur de l'Opéra de Vienne ; il a été le directeur\nde l'orchestre Kaim à Munich. Il y a Siegmund von Hausegger, et Lassalle\nqui vient d'être applaudi à Paris, Antoine Beer-Walbrunn, Félix von Rath,\nErmanno Wolff-Ferrari et Félix Mottl, directeur général de l'Opéra.\nCet Opéra vient de représenter Salomé de Richard Strauss. Je suis très peu\ndisposé à distribuer systématiquement des éloges, mais je suis tout simplement\npris par la merveilleuse exécution de l'œuvre de Strauss à l'Opéra de Munich,\nqui avait représenté, quelques jours avant, le Vaisseau fantôme de\nWagner, représentation assez défectueuse. Nous constatons que M. FeinhalsV\ncélèbre en Amérique et à Munich, est inférieur à Delmas. L'illustre chanteur a\ntrop peu de nuances. Son jeu est monotone. Sa voix n'est pas aussi formidable\nqu'on a prétendu, et elle n'est pas magnifique. J'avais entendu M. Hermann\nWeil, le créateur attitré des opéras de M. Eugène d'Albert, le compositeur alle-\nmand (au nom français) le plus joué en Allemagne. M. Hermann Weil est un\nbaryton tout à fait hors de pair ; sa voix profonde et ample est d'une pureté\nabsolue, — absolue pour un chanteur allemand, — et toute la science de ce\nchanteur démontre bien l'étude approfondie du rôle, de tous les rôles. Il a chanté\npar exemple, cette semaine, le rôle d'Amfortas, du Parsifal de Richard Wagner,\nà côté de M. Erik Schmedes, de l'Opéra de Vienne ; son succès a été tel qu'il l'a\n\nNOTES SUR LA MUSIQUE A MUNICH."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.22", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3686, "texte": "mérité. M. Hermann Weil est un Hollandais tout à fait unique et je ne puis\nm'enthousiasmer—. ou pas encore— pour M. Feinhals, qui a chanté à Paris\nle rôle de Jochanaan pendant les représentations de Salomé au Châtelet. Ces\nreprésentations étaient, on se le rappelle, très belles ; mais celles de Salomé\nà l'Opéra de Munich sont autre chose. Le directeur de l'Opéra de Leipzig,\nle docteur Loewenfeld, avait fait, pour le Châtelet, une excellente mise\nen scène et Richard Strauss a conduit les musiciens d'une façon très savante.\nLes représentations de Salomé à Munich n'ont pas de rivales. C'est le me\nplus ultra de l'art. Je ne m'attendais pas à cela, d'autant plus que les repré-\nsentations munichoises m'ont déçu quelquefois. Mais cette représentation et celle\nà'Electradu même Strauss sont dignes de tout éloge. On n'exagère pas en di-\nsant que Salomé est jouée à Munich de la façon la plus grandiose qui puisse\nêtre. On ne peut se l'imaginer. Et le grand nombre de Français qui ont assisté à\ncette représentation sont absolument épris de Munich, ce qui est beaucoup dire.\nCar Munich n'est pas Paris, et à côté de Paris, Munich, qui a près d'un million\nd habitants, n'est qu'un petit village, plein de gens'peu aimables et pris par\nle goût éternel du plaisir. L'étranger qui fréquentera Munich, cet été, à cause\ndes représentations du Théâtre du Prince-Régent, où auront lieu les fêtes de\nMozart et de Richard Wagner, ne devra pas manquer d'aller voir une repré-\nsentation de Salomé. L'orchestre\nlezis, un musicien célèbre et excessivement doué. M. Wirk a réglé la mise en\nscène. M. Wirk semble être un second Albert Carré. La salle Favart, que je\nfréquente depuis des années, m'avait habitué aux mises en scène les plus\nfortes et les plus merveilleuses. M. Albert Carré et M. André Antoine je\ncite la Tragédie royale, Jules César, Résurrection sont les maîtres de la\nmise en scène. Je n'avais pas entendu parler de M. Wirk, qui est assez connu\nà Munich. Les Munichois cherchent leur science à Paris à toute occasion. Paris\nest pour eux ce que l'ltalie est pour les peintres. Et, en effet, MM. Albert Carré\net André Antoine jouissent d'une renommée universelle. Ils sont les maîtres des\nmetteurs en scène étrangers. Toute 1 année il y a des artistes étrangers à\nParis, pour étudier la science de ces deux artistes. Aussi parle-t-on, à l'étran-\ngei, de MM. Carré et Antoine autant qu à Paris,où lon s'habitue aux fastuosités\nde ces messieurs. M. Wirk est, sans doute, un émule de ces Parisiens. Et, jus-\nqu'à nouvel avis, je prends M. W7irk pour leur émule le plus doué et le plus\nintelligent. M. le docteur Loewenfeld a été certainement bien inspiré en mon-\ntant, à Paiis, Salomé, que les Parisiens n ont entendu qu'en allemand. Et j'avais\ncru que le docteur Loewenfeld, qui a, lui aussi, fait ses études à Paris, atteignait\nle plus haut point de la mise en scène. Non pas. IVI. Wirk, qui est inconnu à\nParis, a cette belle science de MM. Albert Carré et Apdré Antoine. J'espère\nque les Parisiens iront voir cette mise en scène en allant, cet été, à Bayreuth.\nLe Vaisseau fantôme m'a complètement satisfait; seulement le troisième acte\nétait digne d'un théâtre de forains et ce fut dommage après la belle mise en\nscène du premier. Je suis donc rassuré sur le sort de la mise en scène à Munich,\napiès avoir vu Salomé. La Revue a parlé de cet opéra et je prierai le lecteur\nde relire ce qu elle a dit de cet ouvrage. Je puis donc me borner à vous parler\ncomme à des lecteurs au courant de la chose.\nLe mouvement de la foule était bien réglé, comme a été réglé celui d\ngénie en Aulide par Gluck, joué salle Favart, ou celui du Chemineau. Il est vrai"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.23", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3702, "texte": "qu'il n'y a pas de chœur dans le Chemineau, mais je parle du ier acte ; ou je\npense aux mouvements réglés par M. Albert Carré dans Mme Butterfly et dans\nla Vie de Bohème et dans Louise. Ah ! j'ai retrouvé toute cette science chez\nM. Wirk. Et ce serait un péché contre le saint esprit de l'art si le Parisien en\nvoyage n'allait pas voir cette mise en scène. Quelle science de détails, la même\nque possède M. André Antoine ! Ces détails furent si bien compris que j'en suis\ntout à fait émerveillé. Je n'ai jamais ni en Allemagne, ni en Amérique, ni en\nAngleterre eu l'occasion de voir triompher si bien l'art de MM. Carré et\nAntoine. J'en pourrais écrire une centaine de pages, mais j'oublierais l'inter-\nprétation. Mme Burk-Berger est une Salomé idéale. Pas au commencement !\nMais elle est une chanteuse exquise et elle devient, à la fin, une artiste\nplus que C'est elle qui a eu le triomple de la soirée. On l'a rappelée\nune quinzaine de fois. On a eu tort, car elle était fatiguée, exténuée, sans doute.\nCette chanteuse est une très grande actrice, c'est la Réjane ou la Bartet de\nMunich. Et elle serait unique, si elle ne faisait que jouer; mais il y a le chant.\nEt son chant est purement grandiose. J'ignore comment elle chante ses autres\nrôles; mais son rôle de Salomé, excessivement difficile, fait supposer qu'elle est\nune des meilleures chanteuses de l'Opéra, sinon la meilleure. M. Hagen a été un\nterrible Hérode. Cette faible créature a eu des accents de tragédie rappelant\nMounet-Sully. A Munich, tous les artistes jouant dans Salomé ont ce je ne sais\nquoi de virtuose, de très artiste, que je n'ai pas remarqué dans les autres\npièces. Aussi la représentation de Salomé est-elle un véritable régal. M. Hagen\nest un diseur incomparable ; on comprend chaque syllabe, quelle que soit la\nforce de l'orchestre. Sa prononciation vaut la peine d'être entendue. Ses mo-\nments tragiques étaient ce qu'il y avait de plus intéressant à voir ; et lorsqu'il\nétait épris de sa belle-fille, c'était un animal sauvage, barbare, inconscient. Et\nà la fin, en criant : « Qu'on tue cette femme, » il a été complètement livré à la\nfolie. Mme Burk-Berger en Salomé, et M. Hagen en Hérode, font de cette repré-\nsentation une sorte de festival. C'est la première fois que j'ai entendu\nM. Hagen. Le rôle de Jochanaan fut joué par M. Brodersen et le rôle de Nara-\nboth par M. Buysson, un ténor rappelant M. Léon Beyle de la salle Favart. Cette\nvoix splendide est puissante, belle, capable d'enflammer tous les cœurs de\nfemmes. Mlle Hoefer. le page, est une comédienne exquise ; mais les éloges vont\nsurtout à Mme Burk-Berger et àM. Hagen. Ces deux artistes, en compagnie\nde leurs camarades et dans ce luxe de mise en scène, ont donné plus que\nje n'espérais.\n«Je veux la tête de Jochanaan, » fut le cri le plus terrible lancé par Mme Burk-\nBerger, et on était dans une sorte de fièvre, de folie, comme si l'on avait\nperdu la raison en entendant la réponse de cette terrible musique. « Je veux\nla tête de Jochanaan » a produit un mouvement d'effroi dans la maison, comme\nje n'en ai rien vu pendant ces vingt ans que je fréquente le théâtre. Ce cri\nstrident perçait dans tous les cœurs comme une aiguille empoisonnée ou une\nlance. Ce moment est indescriptible. Alors, la chanteuse était une bête fauve ;\nelle ressemblait à un tigre. C'était la vie dans le désert, le combat avec Hérode.\nLe duo de ces deux personnes était malsain, maladif, produisant une nuit et\nune journée de remords. Je n'ai jamais vu quelque chose de plus sauvage, de\nplus excitant, que le combat de ces deux artistes. « Je veux te donnerla moitié de\nmon royaume, » a été comme la libération de tout ce souci. On était vite déçu."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.24", "debut_caractere": 87, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "Je crois que ce moment était le plus beau qu'on puisse rêver. J'ai vu se tuer\ndeux lions ; le duo de Salomé et d'Hérode était beaucoup plus effrayant. Ceux\nqui ne comprennent pas l'allemand n'ont pas une soirée plus tranquille, car\ntout leur est dit par la musique et les gestes. Et ils sont forts, les artistes muni-\nchois, dans l'art des gestes. Ce n'était pas du théâtre, c'était la vie. Cette musique\nnous avait miné les nerfs et le baiser de Salomé nous a fait oublier ce malaise.\nElle est à genoux et embrasse la tête du saint qu'on a mise sur un plat en or. Je\ncroyais que de tels gestes, qu'une telle mise en scène n'était possible que chez\nles aliénés. J'en suis revenu. A Munich, on nous offre des scènes d'aliénés au\nthéâtre royal. Et l'on s'attendait à voir mourir de peur la pauvre Salomé, qui\navait dansé la danse des sept voiles avec un très grand art. Mais elle chantait et\nelle chantait toujours avec la même vigueur et avec la même puissance. C'est la\npremière fois depuis vingt ans que je me suis laissé transporter de cette sorte\npar une œuvre que je critique. Je peux vous assurer que les représentations\nallemandes de Salomé au Châtelet à Paris ne peuvent pas se comparer à celle\nde Munich. C'était pauvre; celle d'hier est riche et folle. Mais je crois que c'est\nla première fois et la dernière que je parle dans ce ton ; demain nous n'aurons\nplus de Salomé, ni d'enthousiasme, ni de mise en scène de M. Wirk. Oh ! il y\naurait à dire de petites choses ; ce sont des détails qui échappent en regardant\nl'ensemble, et cet ensemble a été parfait, plus que parfait. Dorénavant en voyant\ndes représentations inférieures à celles-ci, je devrai être sévère, car on nous a\ndonné la preuve que Munich peut faire de belles choses, lorsqu'il veut. Ce n'est\npas la science qui manque, ni la force; il n'y a que la volonté. Et c'est\npourquoi je blâme de toutes mes forces la représentation du Vaisseau fantôme.\nIl est impossible de nous offrir des choses mauvaises et mal faites, après avoir\ndonné la preuve que le contraire est possible. Hélas ! si je n'avais pas vu\nSalomé, je pourrais être indulgent. On peut, on sait faire, mais on nous offre\nde la médiocrité. On a le droit de demander ce qui est parfait, car Munich l'a.\nMais a-t-on aussi la volonté d'agir ? Non, elle manque trop souvent.\n\nK.-G. H."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-15_01#c013", "volume": "bmtnabj_1909-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "280", "page_fin": "280", "image_debut": 20, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.2.6.1", "titre_corps": "A. BRUKNER. — COMPOSITEURS DIVERS. — Le Tonkiinstler-orchester vient de", "titre_sommaire": "A. BRUKNER. — COMPOSITEURS DIVERS. — Le Tonkiinstler-orchester vient de", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.20", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "A. BRUKNER. — COMPOSITEURS DIVERS. — Le Tonkiinstler-orchester vient de\ndonner à Paris quelques séances. Une réclame assez habile lui avait préparé les\nvoies ; le succès fut modéré. Il est entendu que le chef de la Société, M. Lassale,\nest d'origine française, et qu'à ce titre il a toute notre sympathie ; mais il serait\nislandais ou australien que nous lui adresserions des éloges enthousiastes s'il\nles méritait. Malheureusement, nous ne pouvons aller jusque-là, sans avoir\nd'ailleurs de reproches graves à formuler. Cet orchestre est fort honorable ;\nc'est net, bien discipliné, à l'allemande ; mais franchement, je ne vois pas la\nnécessité de tenter l'aventure et les risques d'un grand voyage pour nous\napporter en grande pompe ce produit métissé d'outre-Rhin. Le programme\noffrait quelques pièces peu familières aux oreilles parisiennes. Cependant, pour\ncela aussi, je suis resté assez tiède.\nAnton Bruckner, dont j'ai entendu patiemment la IVe symphonie, est fort\nestimé en Autriche (où il est né, en 1824), mais ses oeuvres sont un médiocre\narticle d'exportation. Estimable ? certes, il l'est entre tous ; le seul fait d'avoir\ncomposé neuf symphonies (la ire est de 1868, la dernière est de 1903) indique\nun esprit élevé. Malheureusement ce chiffre neuf, et le genre lui-même, imposent\nun souvenir écrasant. 11 faut un courage extraordinaire ou une naïveté tout\nallemande pour affronter le rapprochement avec Beethoven. La symphonie de\nBruckner, fort bien exécutée par le Tonkiinstler-orchester, a toutes les qualités,\nsauf celle qu'on ne définit pas et qui est le signe des grands maîtres. C'est\nhonnête, consciencieux, solide, parfaitement dépourvu de charme. Pas de\nflamme! pas d'« ivresse » dionysiaque ou apollinienne! Les manuscrits de\nBruckner réflètent bien cet état d'esprit : écriture nette, mais un peu hésitante,\nappliquée, sans un trait de plume (note caudée ou legato) qui soit d'un seul jet :\nl'application toujours un peu tremblée de la main trahit l'absence de cette\nfièvre intérieure et de cette impatience de réaliser la pensée, sans lesquelles il\nn'y a pas de grande musique.\nComment nommer tous les grands virtuoses venus pour conquérir Paris ou\npour faire une visite dans un royaume déjà conquis? M. Kubelick nous gratifie\nde trois concerts ; c'est un admirable et merveilleux violoniste, jouant avec\ntoutes les difficultés, et d'un goêt parfait, — sauf quand il exécute les Clochettes\nde Paganini ; M. Busoni, M. Isidore de Lara, ont triomphé aux concerts\nSechiari ; le nom de Paderewski est déjà en vedette sur les affiches ; et tout ce\nque la Russie compte d'artistes célèbres— à commencer par Felia Litvinne —\nva paraître demain au Châtelet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-15_01#c014", "volume": "bmtnabj_1909-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "280", "page_fin": "281", "image_debut": 20, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.2.6.2", "titre_corps": "LA CHANSON FRANÇAISE. Au théâtre Femina, le 4 mai, très intéressante", "titre_sommaire": "LA CHANSON FRANÇAISE. 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Félix von\nWeingartner est devenu directeur de l'Opéra de Vienne ; il a été le directeur\nde l'orchestre Kaim à Munich. Il y a Siegmund von Hausegger, et Lassalle\nqui vient d'être applaudi à Paris, Antoine Beer-Walbrunn, Félix von Rath,\nErmanno Wolff-Ferrari et Félix Mottl, directeur général de l'Opéra.\nCet Opéra vient de représenter Salomé de Richard Strauss. Je suis très peu\ndisposé à distribuer systématiquement des éloges, mais je suis tout simplement\npris par la merveilleuse exécution de l'œuvre de Strauss à l'Opéra de Munich,\nqui avait représenté, quelques jours avant, le Vaisseau fantôme de\nWagner, représentation assez défectueuse. Nous constatons que M. FeinhalsV\ncélèbre en Amérique et à Munich, est inférieur à Delmas. L'illustre chanteur a\ntrop peu de nuances. Son jeu est monotone. Sa voix n'est pas aussi formidable\nqu'on a prétendu, et elle n'est pas magnifique. J'avais entendu M. Hermann\nWeil, le créateur attitré des opéras de M. Eugène d'Albert, le compositeur alle-\nmand (au nom français) le plus joué en Allemagne. M. Hermann Weil est un\nbaryton tout à fait hors de pair ; sa voix profonde et ample est d'une pureté\nabsolue, — absolue pour un chanteur allemand, — et toute la science de ce\nchanteur démontre bien l'étude approfondie du rôle, de tous les rôles. Il a chanté\npar exemple, cette semaine, le rôle d'Amfortas, du Parsifal de Richard Wagner,\nà côté de M. Erik Schmedes, de l'Opéra de Vienne ; son succès a été tel qu'il l'a\n\nNOTES SUR LA MUSIQUE A MUNICH."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.22", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 3686, "texte": "mérité. M. Hermann Weil est un Hollandais tout à fait unique et je ne puis\nm'enthousiasmer—. ou pas encore— pour M. Feinhals, qui a chanté à Paris\nle rôle de Jochanaan pendant les représentations de Salomé au Châtelet. Ces\nreprésentations étaient, on se le rappelle, très belles ; mais celles de Salomé\nà l'Opéra de Munich sont autre chose. Le directeur de l'Opéra de Leipzig,\nle docteur Loewenfeld, avait fait, pour le Châtelet, une excellente mise\nen scène et Richard Strauss a conduit les musiciens d'une façon très savante.\nLes représentations de Salomé à Munich n'ont pas de rivales. C'est le me\nplus ultra de l'art. Je ne m'attendais pas à cela, d'autant plus que les repré-\nsentations munichoises m'ont déçu quelquefois. Mais cette représentation et celle\nà'Electradu même Strauss sont dignes de tout éloge. On n'exagère pas en di-\nsant que Salomé est jouée à Munich de la façon la plus grandiose qui puisse\nêtre. On ne peut se l'imaginer. Et le grand nombre de Français qui ont assisté à\ncette représentation sont absolument épris de Munich, ce qui est beaucoup dire.\nCar Munich n'est pas Paris, et à côté de Paris, Munich, qui a près d'un million\nd habitants, n'est qu'un petit village, plein de gens'peu aimables et pris par\nle goût éternel du plaisir. L'étranger qui fréquentera Munich, cet été, à cause\ndes représentations du Théâtre du Prince-Régent, où auront lieu les fêtes de\nMozart et de Richard Wagner, ne devra pas manquer d'aller voir une repré-\nsentation de Salomé. L'orchestre\nlezis, un musicien célèbre et excessivement doué. M. Wirk a réglé la mise en\nscène. M. Wirk semble être un second Albert Carré. La salle Favart, que je\nfréquente depuis des années, m'avait habitué aux mises en scène les plus\nfortes et les plus merveilleuses. M. Albert Carré et M. André Antoine je\ncite la Tragédie royale, Jules César, Résurrection sont les maîtres de la\nmise en scène. Je n'avais pas entendu parler de M. Wirk, qui est assez connu\nà Munich. Les Munichois cherchent leur science à Paris à toute occasion. Paris\nest pour eux ce que l'ltalie est pour les peintres. Et, en effet, MM. Albert Carré\net André Antoine jouissent d'une renommée universelle. Ils sont les maîtres des\nmetteurs en scène étrangers. Toute 1 année il y a des artistes étrangers à\nParis, pour étudier la science de ces deux artistes. Aussi parle-t-on, à l'étran-\ngei, de MM. Carré et Antoine autant qu à Paris,où lon s'habitue aux fastuosités\nde ces messieurs. M. Wirk est, sans doute, un émule de ces Parisiens. Et, jus-\nqu'à nouvel avis, je prends M. W7irk pour leur émule le plus doué et le plus\nintelligent. M. le docteur Loewenfeld a été certainement bien inspiré en mon-\ntant, à Paiis, Salomé, que les Parisiens n ont entendu qu'en allemand. Et j'avais\ncru que le docteur Loewenfeld, qui a, lui aussi, fait ses études à Paris, atteignait\nle plus haut point de la mise en scène. Non pas. IVI. Wirk, qui est inconnu à\nParis, a cette belle science de MM. Albert Carré et Apdré Antoine. J'espère\nque les Parisiens iront voir cette mise en scène en allant, cet été, à Bayreuth.\nLe Vaisseau fantôme m'a complètement satisfait; seulement le troisième acte\nétait digne d'un théâtre de forains et ce fut dommage après la belle mise en\nscène du premier. Je suis donc rassuré sur le sort de la mise en scène à Munich,\napiès avoir vu Salomé. La Revue a parlé de cet opéra et je prierai le lecteur\nde relire ce qu elle a dit de cet ouvrage. Je puis donc me borner à vous parler\ncomme à des lecteurs au courant de la chose.\nLe mouvement de la foule était bien réglé, comme a été réglé celui d\ngénie en Aulide par Gluck, joué salle Favart, ou celui du Chemineau. Il est vrai"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.23", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3702, "texte": "qu'il n'y a pas de chœur dans le Chemineau, mais je parle du ier acte ; ou je\npense aux mouvements réglés par M. Albert Carré dans Mme Butterfly et dans\nla Vie de Bohème et dans Louise. Ah ! j'ai retrouvé toute cette science chez\nM. Wirk. Et ce serait un péché contre le saint esprit de l'art si le Parisien en\nvoyage n'allait pas voir cette mise en scène. Quelle science de détails, la même\nque possède M. André Antoine ! Ces détails furent si bien compris que j'en suis\ntout à fait émerveillé. Je n'ai jamais ni en Allemagne, ni en Amérique, ni en\nAngleterre eu l'occasion de voir triompher si bien l'art de MM. Carré et\nAntoine. J'en pourrais écrire une centaine de pages, mais j'oublierais l'inter-\nprétation. Mme Burk-Berger est une Salomé idéale. Pas au commencement !\nMais elle est une chanteuse exquise et elle devient, à la fin, une artiste\nplus que C'est elle qui a eu le triomple de la soirée. On l'a rappelée\nune quinzaine de fois. On a eu tort, car elle était fatiguée, exténuée, sans doute.\nCette chanteuse est une très grande actrice, c'est la Réjane ou la Bartet de\nMunich. Et elle serait unique, si elle ne faisait que jouer; mais il y a le chant.\nEt son chant est purement grandiose. J'ignore comment elle chante ses autres\nrôles; mais son rôle de Salomé, excessivement difficile, fait supposer qu'elle est\nune des meilleures chanteuses de l'Opéra, sinon la meilleure. M. Hagen a été un\nterrible Hérode. Cette faible créature a eu des accents de tragédie rappelant\nMounet-Sully. A Munich, tous les artistes jouant dans Salomé ont ce je ne sais\nquoi de virtuose, de très artiste, que je n'ai pas remarqué dans les autres\npièces. Aussi la représentation de Salomé est-elle un véritable régal. M. Hagen\nest un diseur incomparable ; on comprend chaque syllabe, quelle que soit la\nforce de l'orchestre. Sa prononciation vaut la peine d'être entendue. Ses mo-\nments tragiques étaient ce qu'il y avait de plus intéressant à voir ; et lorsqu'il\nétait épris de sa belle-fille, c'était un animal sauvage, barbare, inconscient. Et\nà la fin, en criant : « Qu'on tue cette femme, » il a été complètement livré à la\nfolie. Mme Burk-Berger en Salomé, et M. Hagen en Hérode, font de cette repré-\nsentation une sorte de festival. C'est la première fois que j'ai entendu\nM. Hagen. Le rôle de Jochanaan fut joué par M. Brodersen et le rôle de Nara-\nboth par M. Buysson, un ténor rappelant M. Léon Beyle de la salle Favart. Cette\nvoix splendide est puissante, belle, capable d'enflammer tous les cœurs de\nfemmes. Mlle Hoefer. le page, est une comédienne exquise ; mais les éloges vont\nsurtout à Mme Burk-Berger et àM. Hagen. Ces deux artistes, en compagnie\nde leurs camarades et dans ce luxe de mise en scène, ont donné plus que\nje n'espérais.\n«Je veux la tête de Jochanaan, » fut le cri le plus terrible lancé par Mme Burk-\nBerger, et on était dans une sorte de fièvre, de folie, comme si l'on avait\nperdu la raison en entendant la réponse de cette terrible musique. « Je veux\nla tête de Jochanaan » a produit un mouvement d'effroi dans la maison, comme\nje n'en ai rien vu pendant ces vingt ans que je fréquente le théâtre. Ce cri\nstrident perçait dans tous les cœurs comme une aiguille empoisonnée ou une\nlance. Ce moment est indescriptible. Alors, la chanteuse était une bête fauve ;\nelle ressemblait à un tigre. C'était la vie dans le désert, le combat avec Hérode.\nLe duo de ces deux personnes était malsain, maladif, produisant une nuit et\nune journée de remords. Je n'ai jamais vu quelque chose de plus sauvage, de\nplus excitant, que le combat de ces deux artistes. « Je veux te donnerla moitié de\nmon royaume, » a été comme la libération de tout ce souci. On était vite déçu."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.24", "debut_caractere": 87, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "Je crois que ce moment était le plus beau qu'on puisse rêver. J'ai vu se tuer\ndeux lions ; le duo de Salomé et d'Hérode était beaucoup plus effrayant. Ceux\nqui ne comprennent pas l'allemand n'ont pas une soirée plus tranquille, car\ntout leur est dit par la musique et les gestes. Et ils sont forts, les artistes muni-\nchois, dans l'art des gestes. Ce n'était pas du théâtre, c'était la vie. Cette musique\nnous avait miné les nerfs et le baiser de Salomé nous a fait oublier ce malaise.\nElle est à genoux et embrasse la tête du saint qu'on a mise sur un plat en or. Je\ncroyais que de tels gestes, qu'une telle mise en scène n'était possible que chez\nles aliénés. J'en suis revenu. A Munich, on nous offre des scènes d'aliénés au\nthéâtre royal. Et l'on s'attendait à voir mourir de peur la pauvre Salomé, qui\navait dansé la danse des sept voiles avec un très grand art. Mais elle chantait et\nelle chantait toujours avec la même vigueur et avec la même puissance. C'est la\npremière fois depuis vingt ans que je me suis laissé transporter de cette sorte\npar une œuvre que je critique. Je peux vous assurer que les représentations\nallemandes de Salomé au Châtelet à Paris ne peuvent pas se comparer à celle\nde Munich. C'était pauvre; celle d'hier est riche et folle. Mais je crois que c'est\nla première fois et la dernière que je parle dans ce ton ; demain nous n'aurons\nplus de Salomé, ni d'enthousiasme, ni de mise en scène de M. Wirk. Oh ! il y\naurait à dire de petites choses ; ce sont des détails qui échappent en regardant\nl'ensemble, et cet ensemble a été parfait, plus que parfait. Dorénavant en voyant\ndes représentations inférieures à celles-ci, je devrai être sévère, car on nous a\ndonné la preuve que Munich peut faire de belles choses, lorsqu'il veut. Ce n'est\npas la science qui manque, ni la force; il n'y a que la volonté. Et c'est\npourquoi je blâme de toutes mes forces la représentation du Vaisseau fantôme.\nIl est impossible de nous offrir des choses mauvaises et mal faites, après avoir\ndonné la preuve que le contraire est possible. Hélas ! si je n'avais pas vu\nSalomé, je pourrais être indulgent. On peut, on sait faire, mais on nous offre\nde la médiocrité. On a le droit de demander ce qui est parfait, car Munich l'a.\nMais a-t-on aussi la volonté d'agir ? Non, elle manque trop souvent.\n\nK.-G. H."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-05-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-05-15_01#c018", "volume": "bmtnabj_1909-05-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "284", "page_fin": "284", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.2.6.5.1", "titre_corps": "A LA SCHOLA CANTORUM, qui nous a donné récemment une très curieuse", "titre_sommaire": "A LA SCHOLA CANTORUM, qui nous a donné récemment une très curieuse", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.24", "debut_caractere": 2404, "fin_caractere_exclue": 3322, "texte": "A LA SCHOLA CANTORUM, qui nous a donné récemment une très curieuse\naudition des Orphée de Péri, Monteverde, Charpentier, le quatuor Parent\n(MM. Parent, Loiseau, Brun et Fournier) a joué, le 11 mai, un nouveau quatuor\nà cordes de Th. Dubois. Il est divisé en 4 parties : Larghetto allegro, Allegro\nanimato, Larghetto, Allegro vivo. Le scherzo est placé avant bandante; le\nier morceau finit, comme il a commencé, sur un mouvement lent. Dans cette\nœuvre élégante abondent les idées mélodiques, les dessins délicats ; on y\nremarque une fraîcheur et une franchise d'inspiration qui en font une des plus\nbelles de l'auteur. Nous avons demandé le texte gravé chez Heugel ; il nous est\nrépondu qu'il paraîtra seulement dans quelques semaines. 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Je veux bien ; mais réfléchissez à ceci :\nNotre état social est présentement voisin de l'anarchie ; partout il y a gron-\ndement de conflits, gestes de guerre intérieure, craquements inquiétants du\nvieil édifice de conventions et d'habitudes qui nous abritait depuis si longtemps.\nUn individualisme féroce exaspère les convoitises. Or, jamais on ne fit tant de\nmusique ! Jamais il n'y eut autant de concerts 1 autant de « récitals »! autant de\ngrands virtuoses en vedette sur les affiches ! autant de « saisons sensation-\nnelles » !...\nComment expliquer que cette débauche excessive de musique coincide avec\nun tel état social ? Philosophes, avez-vous une réponse ?\nLa mienne est celle-ci :\nAu fond, on n'est pas musicien ; toute cette agitation musicale est àla\nsurface. C'est la houle des vanités au moment où passe le vent de la mode ;\nc'est aussi la forme que prend une certaine entente des affaires. Rares sont les\ngens qui aiment à pénétrer dans l'intimité d'une belle œuvre et à l'entendre sans\nsouci d'être vus. En réalité, il y a deux souverains dans le domaine musical:\nl'un a nom Snobisme ; l'autre, Mercantilisme. Heureusement qu'aujourd'hui\nles souverains ne sont pas tout dans un pays.\nAu premier plan de la scène, il y a ceux qui se servent de la musique au lieu\nde la servir, et qui transforment la lyre en tire-lire. Moins en vue mais plus en\ncrédit, sont les compositeurs qui respectent leur art, les amateurs qui ne courti-\nsent pas les gazettes et les critiques qui répugnent àla réclame. Honneur à eux !\nIls nous dédommagent du reste."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "262", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.2", "texte": "A L'OPÉRA\n\nA l'Opéra.\n\nBAGCHUS.\n\nNous sommes dans l'lnde. Au pied d'une montagne, un étang de\nlotus bleus et de nymphéas roses... Une grande statue du Bouddha. Autour\nd'elle, des ascètes hindous sont plongés dans la contemplation et la méditation.\nLa tête rasée, vêtus de haillons, ils sont immobiles ; ils ne s'interrompent que\npour baiser des amulettes ou proclamer le néant des choses. Avec une sorte de\nvolupté à rebours, ils oublient le monde, et cultivent en eux-mêmes l'idée du\nnéant :\nL'apparence n'est rien, et tout est apparence ;\nDonc, vivants, tout n'est rien.\nLa terre aux belles fleurs, le ciel aérien,\nN'existent pas. Il n'est de vrai que la souffrance.\nMais voici qu'on entend au loin un tumulte joyeux d'hommes et de bêtes.\nIo I Poean ! Evohé ! C'est un chaos déchaîné qu'accompagne un bruit de flûtes,\nde tambourins, d'instruments sauvages. Les ascètes voient là une tentative du\ndiable pour troubler leurs pénitences ;et leur extase est à peine troublée... Mais\non vient leur faire le récit d'une terrible bataille :le pays a été envahi par une\narmée de guerriers chanteurs et de vierges ivres qui profanent tout, et dont la\njoie triomphante déjà déborde. On entend se rapprocher le chant des prêtres de\nBacchus. Les ascètes sortent ; cependant, entrent très joyeux, en deux groupes,\ndes vignerons que précèdent quatre jeunes Bassarides, très jeunes, Bacchantes\nthraces, armées comme des guerriers. Debout sur le pont, elles donnent des\nordres aux vignerons qui enfoncent des plants de vigne dans la terre, comme on\nficherait une lance pour prendre possession d'une conquête. Après, entrent à\nreculons des prêtresses qui agitent des encensoirs entourés de pampres et de\nlierres. Plus nombreux, précédés par un danseur au bruyant tambourin, appa-\nraissent en un glorieux tumulte les chefs des hommes qui ont suivi Bacchus. Ce\nsont les conducteurs de son armée ; les guerriers aux belles armures, deThèbes,\nde Thespies. Et des Lybiens. Et des Ethiopiens. —Et les conducteurs des\nphalanges voluptueuses de la Lydie. —Et leurs armes resplendissent.\nEt voici traîné par des bêtes fauves liées de fleurs, de lierres et de branches\nvertes, et que fouettent des Bassarides avec des fouets fleuris —le char de\nBacchus. Le char est d'or. Bacchus se tient debout, appuyé sur le thyrse, en\nblanche robe dorée ; sous la couronne de pampres, son visage est beau comme\ncelui d'une belle jeune femme avec de longs cheveux, couleur des rayons du\nsoleil. Ariane est couchée à ses pieds sur un léopard endormi. Et, autour du\nchar, c'est la bande frénétique et sacrée des demi-dieux, des dieux monstres, des\nSilènes, fils cornus de la terre, des Cyclopes, des Centaures, des Corybantes,\net des Vierges bassarides et des Ménades qui font tinter des cymbales, et des\nchanteuses qui portent des lyres, et des danseuses aux chevilles sonores de\nclochettes. Sur l'universelle clameur s'élève la voix triomphante du jeune dieu\nBacchus : c'est le ténor Muratore.\nDans ce pays de l'lnde qu'il vient de conquérir, là même où les ascètes pro-\nclamaient le néant des choses, le règne de la souffrance, la nécessité du retour"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "263", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.3", "texte": "A L9OPÉRA\n\nau Nirvana, il lance à pleine voix, avec une sorte de violence sereine, les strophes\nsuivantes :\nMortels 1 la vie est dans le monde !\nLe blé mûrit au champ, et la vigne au ravin.\nPar Cérès et Bacchus, par le pain et le vin\nMûrit l'humanité féconde.\nMortels ! la vie est dans le monde !\nVierges ! l'amour est dans le monde 1\nLes grappes ont saigné sous les pesants pressoirs;\nLes forts adolescents dans l'ivresse des soirs\nPressent la chair de l'enfant blonde.\nVierges ! l'amour est dans le monde!\nMuses I le rythme est dans le monde !\nLa danse ondule sous les amphores de grès...\nLa haute lyre avec la flûte aux rires frais\nS:allie à la conque profonde.\nMuses ! le rythme est dans le monde !\nVivants ! la joie est dans le monde !\nJ'ai massacré la nuit et j'ai tué la mort ;\nDu meurtre de la nuit c'est le matin qui sort ;\nHors du tombeau, la vie abonde.\nVivants 1 la joie est dans le monde !\nLa frénésie de l'enthousiasme orgiaque secoue toute la multitude, qui reprend:\n« Vivants ! la joie est dans le monde ! »\nTelle est l'idée maîtresse de l'œuvre : l'opposition de la vie àla négation de la\nvie. M. Massenet l'a magnifiquement exprimée à l'aide des plus heureux con-\ntrastes, avec un orchestre extrêmement coloré. Et bien que j'aie résumé seule-\nment le deuxième acte, je voudrais m'arrêter là. Le reste m'a paru obscur et\nentortillé (je parle du livret). Je vois bien que les deux religions en conflit s'incar-\nnent en deux femmes, Ariane et Amarelli (celle-ci reine de l'lnde), qui, toutes\ndeux, deviennent amoureuses de Bacchus ; mais cette intrigue me ramène aux\nlivrets du xvinc siècle, et, dans le détail de l'action, j'ai peine àla suivre jusqu'au\nbout. Je ne sais pour quelle cause, je ne distingue pas très bien. Je vous autorise\nà me comparer au dindon de la fable. Pourquoi, lorsqu'une impression a été\ntrès forte et très nette, la gâter par un cortège d'analyses qui seraient nécessai-\nrement très sèches ? La joie de vivre (prenez le mot joie dans le sens profond)\ns'oppose au mépris de la vie : c'est là le vrai sujet, le sujet essentiellement musi-\ncal, celui où Massenet s'est donné tout entier. Plus tard, après de nombreuses\nauditions, nous verrons s'il y a lieu d'examiner autre chose... Pour le moment,\nje neveux pas faire de pédantisme, chicaneries auteurs sur ceci ou sur cela.\nLes directeurs de l'Opéra ont monté cet ouvrage avec beaucoup d'éclat ;et les\nartistes font un magnifique effort pour être àla hauteur de leur tâche.\nMlle Zambelli triomphe comme toujours, aérienne et infiniment gracieuse. En ce\nqui concerne le ballet, me permettra-t-on une réserve d'archéologue ? Les\nanciens n'ont pas connu les danses sur la pointe de l'orteil ;il faudrait réser-\nver cela pour des drames différents.\n\nS."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "264", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.4", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nCOURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nHistoire du théâtre lyrique\nLe drame lyrique au moyen âge : les mystères.\n\n{Suite),\nLe drame a suivi, au moyen âge, la même évolution que dans la Grèce an-\ntique : après s'être organisé dans une liturgie déterminée, il se développe hors\nde cette liturgie et s'enrichit d'éléments profanes. Il est d'abord une partie à\npeine distincte du culte; il devient ensuite un acte social où apparaissent et\nentrent en jeu les organes principaux de la cité. La scène n'est plus dans l'église,\ncomme il arrive le plus souvent durant la première période : elle s'installe sur\nla place publique ; elle aura enfin un théâtre couvert et fermé. Les acteurs ne\nsont plus des prêtres, mais des bourgeois, puis des professionnels ; il y a désor-\nmais des entrepreneurs de spectacles, des auteurs payés, un vrai public, une\ncensure, des magistrats qui président au « jeu » et le surveillent. La langue\nemployée ne sera plus à peu près exclusivement celle des offices, le latin, mais\nla langue vulgaire. D'ailleurs, comme la cité elle-même est profondément pénétrée\npar l'idée religieuse, il s'ensuit que pendant longtemps l'évolution apparaît dans\nles modalités du drame beaucoup plus que dans son esprit, lequel ne sera dominé\nque très tard par l'esprit laïque. Le genre reste « sacré », tout en devenant\npolitique. Dans toutes les parties de la société civile, il retrouve l'atmosphère\nde l'Eglise, sinon celle qui est chargée de prières rituelles et d'encens, au moins\ncelle des idées, des croyances et des règles directrices de la vie. Le sujet des\npièces est toujours tiré de l'Ancien et du Nouveau Testament, des miracles de\nNotre-Dame, de la vie des Saints : l'objet poursuivi, c'est toujours la représen-\ntation par personnages d'un dogme, en vue de la démonstration de ce dogme et\nde l'édification des auditeurs. Le groupe des œuvres purement profanes est très\nrestreint et peu important (il ne comprend guère que l'histoire de Grisélidis et\nsix moralités).\nTel est le caractère général des « mystères », faisant suite à ce que nous avons\nappelé les « drames liturgiques ». Il y en a près de quatre cents; leur âge d'or a\nété le xive siècle, le xve siècle et la première moitié du xvie ; leur règne s'étend\njusqu'au 17 novembre 1548, date de l'arrêté du Parlement de Paris qui, pour\nmettre un terme à de gros abus, « inhibe et deffend de jouer le mystère de la\nPassion Nostre Sauveur ne autres mystères sacrez ». (En 1548, nous sommes en\npleine « Renaissance », à la veille du jour où, en prenant la forme de la tragédie\net du'ballet, le théâtre rompra définitivement ses attaches avec le culte.)\nSi je me conformais à l'usage adopté par les historiens, il devrait me suffire de\ndonner cette caractéristique très sommaire, sans pousserplus loin. Les mystères\ndu moyen âge sont considérés comme étant placés en dehors d'une histoire du\nthéâtre lyrique. Je ne veux pas donner une extension paradoxale au domaine\nque j'ai à parcourir ; je suivrai cependant une autre opinion et une autre méthode."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "265", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.5", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nA priori, avant même d'avoir consulté les textes, on pourrait affirmer qu'ici\nencore la musique joue un rôle plus ou moins considérable, plus ou moins rap-\nproché de ces précisions nettes et rigoureuses qu'exige l'œuvre d'art, mais un\nrôle réel. L'existence, dans les siècles antérieurs à la Renaissance, d'un théâtre\ndénué de tout caractère musical, serait, en soi, peu vraisemblable, parce qu'elle\nsupposerait une conception et un goût du drame « littéraire» qui sont étrangers\naux primitifs ; ce goût n'apparaît qu'assez tard ; il est le privilège des âges\ntrès cultivés où des abstractions hardies et raffinées ont rompu l'unité tradition-\nnelle des arts du rythme. Les primitifs ne vont pas au théâtre, comme au temps\nde Jodelle ou de Racine, pour goûter un régal de « littérature » ; ils y vont\npour assister à un spectacle sur des tréteaux, pour suivre une image vivante de\ncertains faits, une imitation réalisée par des personnages agissants et costumés.\nLes paroles, le style, si importants aujourd'hui, n'ont alors qu'une importance\nsecondaire ; on ne conçoit même pas tout comme dans la période grecque\nantérieure à Eschyle qu'ils puissent présenter un intérêt durable et méritent\nd'être conservés après la solennité où on les a employés comme moyen d'imita-\ntion. Or les fables qu'on représente sont empruntées à la religion; et l'élé-\nment religieux, depuis le passé le plus lointain, implique et contient l'élément\nmusical. Le primitif ne connaît que le drame mimé, ou bien celui où la parole\nest plus ou moins accompagnée de musique instrumentale et vocale ; il ignore le\ndrame qui est l'œuvre d'un « homme de lettres » pur. De plus, en dehors des\nusages religieux, les instruments et le chant lui paraissent inséparables de toute\nfête où l'éclat et l'agrément sont de règle. Il ne faut cependant rien exagérer. Les\nmystères ne sont déjà plus des drames musicaux ; ce sont des drames où il y ade\nla musique. Ce n'est pas la même chose ; mais cela me suffit pour m'y arrêter un\ninstant et marquer les caractères principaux de l'évolution qui s'accomplit. Je\nne dois pas mettre cette partie de mon sujet sur le même plan que les autres ;\nje ne dois pas non plus la passer sous silence. Si nos mystères, dans leur en-\nsemble, sont inférieurs aux drames lyriques de l'antiquité, ils ne laissent pas de\nformer, sur bien des points, un pendant symétrique à l'histoire du théâtre\ngrec.\nL'organisation du spectacle devient, dans les parties principales, une œuvre\nmixte : l'élément religieux se combine avec l'élément politique et profane ; ils\ncollaborent ; l'analyse peut les distinguer, bien qu'au moyen âge, en fait, ils se\npénètrent constamment.\nL'Eglise ne s'oppose pas aux « jeux », à condition qu'elle les surveille et les\ntienne sous son contrôle. Elle exerce un droit de censure avec une sévérité qui,\nlorsque les abus lui paraîtront excessifs, ira, au moins dans certaines villes,\njusqu'à la prohibition totale et définitive. Même dans la période la plus récente,\nun mystère ne peut être joué sans l'agrément de son tribunal, celui de l'official,\nqui est le représentant direct de l'évêque ou de l'archevêque. En 1462, à Bouafles,\nun sieur de Vieux-Pont, qui s'est passé de l'autorisation régulière, est con-\ndamné à deux jours de prison. En 1527, l'évêque de Meaux impose son visa\npour toute représentation. Ainsi l'autorité ecclésiastique impose aujourd'hui\nY imprimatur aux livres publiés par les prêtres. En 1547, l'évêque de Gambrai\nnomme une commission de docteurs en théologie pour examiner la Passion qui\ndoit se jouer à Valenciennes. L'idée religieuse reste d'ailleurs l'inspiratrice pre-\nmière du théâtre. J'ai déjà cité, d'après Danjou, le testament d'un chanoine"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "266", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.6", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nléguant une somme d'argent au chapitre, pour qu'après sa mort on représente\ntous les ans ce qu'on a appelé un (( drame liturgique ». Il en est souvent de même\npour les mystères. Ainsi, à Coutances, le chanoine Bazire, soucieux du repos de\nson âme après la mort, lègue 90 livres tournois pour célébrer une fois par an,\ndevant la statue de Notre-Dame du Pilier, la veille de la fête de l'Annonciation,\n<x un service et mystère de l'Annonciation de la benoiste Vierge Marie et faire\nreprésentation par personnages de la dicte Annonciation ». D'autres fois, à l'en-\nsemble du jeu est attribué le même pouvoir ou le même but qu'à l'incantation\nmagique des primitifs : ainsi à Poitiers, en 1508, on joue un mystère pour\nobtenir delà bonté céleste que la peste cesse et que la récolte des céréales ne\nsoit plus mauvaise ; à Romans, en 1509, on représente le « mystère des trois\ndoms » pour remercier Dieu d'avoir accordé des pluies bienfaisantes après une\npériode de sécheresse..,\nL'Eglise ne reste pas seulement l'autorité qui surveille et censure au besoin ;\nelle participe effectivement aux jeux. Les fabriques et les chapitres prêtent le\nmatériel, les ornements, costumes et « accessoires », que sans eux on n'aurait\nqu'à grands frais. Les heures des offices sont parfois changées pour faciliter la\nreprésentation. Quelquefois (comme à Metz en 1437, à Dijon en 1447), c'est un\nmembre de l'Eglise qui dirige un mystère ou prend l'initiative de son organisa-\ntion. Les chapelains de la cathédrale sont autorisés à figurer dans la pièce.\nBeaucoup de prêtres deviennent des acteurs d'occasion; à Romans, l'official lui-\nmême, représentant l'archevêque de Vienne, figure parmi les acteurs, et (en\n1436) une subvention de 5 florins est accordée à deux curés pour faire un jeu\nsur la place publique. En général, ce sont les rôles d'apôtres, de saints, de\nsaintes, ou de personnes divines, qui sont tenus par les ecclésiastiques ; à Metz\n(en 1437), un religieux et deux curés jouent les rôles de saint Jean, de Jésus, de\nJudas, de Titus; en 1490, à Troyes, Nicole Molu, jacobin, avoue que, depuis\nsept ans, il néglige ses devoirs religieux pour étudier et jouer le rôle de Jésus ;\nà Seurre (1496), le rôle du père de saint Martin est rempli par messire Oudet-\nGabillon, vicaire, et cinq religieux ont les rôles de l'évêque des Ariens, de maî-\ntres et de sacristains ; à Metz (1437), le curé Nicolle joua si bien au naturel le\nrôle du Christ au moment de la Passion, que « le cœur lui faiblit et qu'il cuyda\nmourir en l'arbre de la croix » ; à Laval (1507), c'est le clergé de Sainte-Thugal\nqui représente « le sacrifice d'Abraham ». Mais tous les rôles sont comme sanc-\ntifiés par la pensée religieuse qui anime l'ensemble. Ici, un prêtre ne craint pas\nde prendre le rôle de bourreau de Dieu ; ailleurs, un chantre fait celui de Satan.\nA Amboise, plusieurs ecclésiastiques obtiennent la permission de laisser pousser\nleur barbe pour mieux faire leurs personnages dans les mystères.\nCette action de l'Eglise est complétée par celle de la vie civile. Il n'y a pas,\ncomme chez les Grecs, des lois réglant de façon précise la fonction des magis-\ntrats delà cité ; mais des usages analogues veulent que l'organisation du spec-\ntacle soit l'œuvre de la commune tout entière. Un intérêt collectif, en même\ntemps que le goût des réjouissances locales, y est en jeu. Chez les modernes,\naussi bien que chez les anciens, les fêtes du théâtre ne sont pas des choses\nbanales, quotidiennes, passées dans le courant des distractions ou des affaires\nde chaque jour ; on n'en abuse pas : on les apprécie d'autant plus; on leur\nconserve leur caractère de grande solennité annuelle ; de part et d'autre, il y a\nconcert de toutes les activités du groupe social, élan populaire, foi dans cer-"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "267", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.7", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ntaînes idées, esprit de tradition, et beuveries énormes. Les administrations\nmunicipales, maires et échevins, paient de leur personne, ou accordent des\nsubsides, A Bourges, le jour d'une représentation, on voit dès six heures du\nmatin le maire et les échevins montés sur leurs mules recouvertes de housses,\naccompagnés de trente-six officiers à pied, vêtus de robes rouges et vertes, un\nbâton blanc à la main, prendre leurs dispositions pour diriger les mouvements\nde la foule ; ils se transportent au monastère de Saint-Sulpice, font sonner le\nrassemblement par les trompettes, rangent les acteurs en bon ordre après appel\nnominal, puis, à leur tête, font à travers la ville un triomphal cortège d'annonce.\nAilleurs (à Rouen, en 1454) les échevins allouent aux organisateurs d'un mys-\ntère de sainte Catherine une somme de 25 livres (375 fr. environ) pour les aider à\nsupporter de « très grands frais et coustaiges ». Les acteurs sont recrutés dans\ntous les rangs de la société : hommes du peuple, corps de métiers, artisans,\nconfréries, membres des puys, bourgeois, seigneurs ; car la noblesse elle-même\nne dédaigne pas de monter sur les planches. A Valenciennes (1547), Arnould de\nCordes, seigneur de Maubray, figure parmi les organisateurs du mystère de la\nPassion, et tient le rôle de Ruben mis à mort par son fils Juda.\nParmi ces amateurs de théâtre, il ne faut pas oublier de mentionner les élèves\ndes écoles claustrales et diocésaines, ceux que nous appellerions aujourd'hui les\n« Etudiants ». J'ai déjà commenté l'inscription placée en tête du manuscrit du\ndrame lyrique de Daniel, composé et exécuté à Beauvais :\nAd honorent tui, Christe,\nDanielis ludus iste\nIn Belvaco est inventus,\nEtinvenit hune Juventus.\nCette jeunesse, c'est celle des « Scholars ». Moralement, elle est, bien entendu,\nsous la direction de l'Eglise ; mais elle a, comme aujourd'hui et comme partout,\nune tendance à ne pas se contenter des fêtes organisées autour des autels. Elle\nveut dépenser sa force et sa verve dans des réjouissances plus libres, voire\nlicencieuses. Elle aime particulièrement le théâtre, celui qu'elle crée et qu'elle\nréalise elle-même. Ces écoles, annexes des monastères et des églises cathédrales,\nsont les aïeules de nos Universités. Telles furent en France les écoles annexes\nde l'abbayede Saint-Benolt-sur-Loireet du monastère Saint-Martial de Limoges\nd'où nous sont venus des manuscrits de drames lyriques si précieux ; l'école de\nl'abbaye de Vaucelles (où étudia le poète musicien Adam de la Halle) ; celle de\nl'abbayede Saint-Vaast (Arras), dont le trouvère Jean Bodel fut l'élève ; celle\nde l'abbaye de Saint-Victor, à Paris, fondée par Guillaume de Champeaux ;\ncelle de la cathédrale du Mans, d'où sortirent les deux Gréban, etc. Leurs\n« étudiants », qui avaient le goût du théâtre et faisaient souvent concurrence aux\nmoines comme librettistes, se partageaient en deux classes : les novices, formés\npar le clergé pour son recrutement, et les clers vagants, ou volants, qui prenaient\nseulement les ordres mineurs et rentraient ensuite dans le monde pour s'y ma-\nrier. La psychologie de l'étudiant, s'il est bien permis d'employer ici ce mot,\nest à peu près la même à toutes les époques. Voici comment dès l'an 813 !\nûn canon du Concile de Mayence parle des clers vagants (sortes d'étudiants\nlibres) : « Ils ne respectentpas l'autorité... Ils aiment le plaisir et tombent dans\nla licence, comme des animaux ; ils ressemblent à des Hippocentaures plus"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "268", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.8", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nqu'à des hommes. » (Nullum metnunt, voluptatis causa licentiam sectantur, quasi\nanimalia bruta,.., hippocentauris similes, nec homines. - Conciles, coll. Mansi,\nVenise, 1769, t. XIV, col. 71, canon xxin.) L'état d'esprit caractérisé ainsi se\nretrouve au théâtre et dans ses alentours, même quand le sujet de la pièce est\ntout religieux.\nPeu à peu on voit apparaître un personnage dont l'existence est profondé-\nment regrettable, bien qu'il soit presque inévitable, parce qu'en créant une spécia-\nlisation, il favorisera la rupture de plus en plus grande entre le théâtre et la vie\ncommunale : c'est l'acteur de profession. Déjà, dans le haut moyen âge, il y avait\nles jongleurs. En 1398, une compagnie de bourgeois et d'artisans se voit interdire\npar un édit du prévôt de Paris « les jeux de personnages, par manière de farces,\nvie de saints, etc... » qu'elle donnait à Saint-Maur ; elle plaide contre le prévôt,\ngagne son procès, et se voit officiellement reconnue sous le nom de Confrérie de\nla Passion. C'est la première constitution d'une troupe régulière d'après les idées\nde l'ancien régime, c'est-à-dire d'une troupe ayant un privilège. Les lettres\npatentes de Charles VI (4 décembre 1402) lui confèrent, en effet, le droit exclusif\nde représenter des mystères et des miracles dans le ressort de Paris. Ces con-\nfrères de la Passion installent leur scène dans la salle du rez-de-chaussée de\nl'hôpital de la Trinité ; à la troupe régulière s'ajoute ainsi le premier théâtre fixe\nà Paris. Ailleurs, les usages sont très divers.\nCette apparition du professionnel est conforme aux lois de l'évolution ; mais,\nje le répète, elle est bien regrettable. Elle aura pour conséquence, dans les âges\nsuivants, 1 apparition de 1 acteur, si éloigné des choses de la foi et du culte que\nl'Eglise sera obligée de l'excommunier. En exprimant ce regret, je ne plaide pas\npour l'influence indéfinie de l'Eglise en matière dethéâtre, le divorce du divin\net du profane était fatal, —mais pour une certaine conception du drame lyrique.\nCe qui m a toujours paru très beau,chez les Grecs delà bonne époque (première\nmoitié du ve siècle avant l'ère chrétienne), c'est que la partie essentielle d'une\ntragédie, le chœur, était formée de citoyens libres n'exerçant pas le métier de\nchanteurs ; s'ils répondaient aux exigences de la loi, ils étaient admis à aban-\ndonner momentanément leurs affaires pour remplir une fonction religieuse et\nartistique, très enviée, où ils représentaient la cité. Au moyen âge, il y a eu d'abord\nquelque chose d'analogue ; et c'est là ce qui a fait la grandeur du drame lyrique :\nil était une synthèse de la vie sociale, en même temps qu'une synthèse de tous\nles arts ; il sortait d'une foi commune, d'un élan collectif et sincère. Le jour où\nil y a des salariés de métier, l'habileté technique y gagne sans doute, mais la\ngrandeur de l'œuvre est diminuée ; par surcroît, on tombera bientôt dans l'af-\nfectation et le maniérisme...\nLe lieu de la représentation est successivement déterminé par une évolution\nanalogue à celle dont je viens de parler. On joue d abord, nous l'avons vu, dans\n1 église, puis sur le parvis, parfois dans le cimetière qui entoure la cathédrale,\nensuite sur la place publique, enfin dans une salle couverte. Ces diverses\nphases ne se suivent pas partout avec la même régularité. Le moyen âge a une\nhistoire faite de très nombreuses histoires locales. Ainsi à Rouen, en 1451,0 a\njoue encore un mystère dans, l'église de Saint-Maclou ; en 1400, un autre mys-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "269", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.9", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ntèreest joué à Vienne dans le cimetière de l'abbaye Saint-Pierre. Il arrive (comme\nà Bourges en 1536) qu'on utilise un ancien amphithéâtre romain. L'installation\ndans un lieu clos semble avoir été justifiée par la date de la fête d'un saint (célé-\nbrée par le mystère qu'on représente) coïncidant avec une époque de l'année qui\nne permettait pas un jeu de plein air.\nIl y a eu parfois aussi des représentations mobiles, formant une sorte de pro-\ncession ou de cortège allant d'un lieu à l'autre. Le moyen âge a eu son char de\nThespis ; il en a même employé plusieurs à la fois, formant des décors successifs\net en marche, comme on voit aujourd'hui encore à Paris, le jour de la mi-carême.\nAinsi, pour le Mystère du Juif qui, après avoir reçu l'hostie en gage, la pro-\nfane, il y avait un premier char où on voyait le juif garrotté ; sur un second char,\nà la suite , étaient les juges, la femme et les enfants du prisonnier. C'est surtout\nen Angleterre que ce système de parades (pageants) a été employé. Les chars\ns'arrêtaient, l'un après l'autre, à des endroits fixés d'avance (carrefours, maison\nd'un magistrat ou d'un personnage important). En Flandre, ces scènes popu-\nlaires, simplement mimées peut-être, se sont appelées wagenspiel (jeux sur les\nchars).\nMalgré l'impossibilité de tout ramener à l'unité, prenons le cas leplusfréquent,\ncelui où le théâtre est fixé sur la place publique.\nLes charpentiers dressent d'abord les « échafauds » ou « establies », de façon à\navoir, sur des piliers, une plate-forme qui s'appelle le champ, la terre, le parc,\nle parquet, le deambulatory en Angleterre, c'est-à-dire la scène. Ses dimensions\nsont très variables, comme dans tous les théâtres de circonstance: la longueur\nest, une fois, de 19 m. 49 sur 4 m. 86 de large ; une autre fois, de 60 mètres et\nmême de 100. Comment sont compris les décors sur la scène ? Pour la représen-\ntation de ces dramesénormes où l'action se passait dans des lieuxtrès nombreux\net assez distants l'un de l'autre, il y a eu trois systèmes également naïfs : la con-\nvention préalablement indiquée dans un prologue, où on avertissait le specta-\nteur qu'il devait considérer telle partie de la scène comme étant tel palais ou telle\nville ; l'écriteau si fréquent au temps de Shakespeare où les choses étaient\nremplacées par leur nom ; enfin la juxtaposition simultanée de tous les décors,\nplus ou moins exacts ou enfantins, qui étaient nécessaires à l'action. On en a un\nexemple très connu dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale (fran-\nçais, 12536) qui donne l'image du théâtre où fut jouée la Passion (Valen-\nciennes, 1547) et dont une reproduction en relief est au musée de l'Opéra. On y\nvoit à la fois le paradis, Nazareth, le Temple, Jérusalem, un palais, la mer\n(représentée par un petit bassin), et, à l'autre extrémité, l'enfer. Chaque partie de\nce décor multiple s'appelle une mansion. Lorsque le xvne siècle posera « l'unité\nde lieu » comme une des règles essentielles de l'art dramatique, il ne fera que\nréagir contre les habitudes du moyen âge et de la première moitié du xvie siècle ;\nhabitudes contraires à la vraisemblance et possibles seulement dans un âge où\nla foi était plus forte que les exigences du sens critique.\nIl est intéressant de voir comment on a représenté le paradis. Voici ce que dit,\nau milieu du xve siècle, l'auteur anonyme d'une Résurrection : « Icelui paradis\ndoit être fait de papier, au dedans duquel doit avoir branches d'arbres les uns\nfleuris, les autres chargés de fruitz de plusieurs espèces comme cerises, poires,\npommes, figues, raisins et telles choses artificiellement faictes, et d'autres bran-\nches de may et des rosiers dont les roses et les fleurs doivent excéder la haulteur"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "270", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.10", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\ndes carneaux (créneaux) et doivent estre de frais couppez et mis en vaisseaux\nplains d'eaue pour les tenir plus freschement (1). )) Le manuscrit ajoute encore\nqu'il faut mettre des « prunes, poires allemandes, oranges, grenades, romarins,\nmarjolaines », et ne pas oublier la « fontaine qui se déversera en quatre ruis-\nseaux ». Quant à l'Enfer, il est figuré à droite de la scène par la gueule énorme\net mobile d'un monstre, d'où sortent les diables et qui se referme sur les\ndamnés.\nSur une scène où le paradis et l'enfer sont les deux choses principales, il y a\nnécessairement des machines, un certain art de réaliser, pour le spectateur, le\nmerveilleux. On en jugera par ce témoignage d'un historien de Valenciennes au\nxviie siècle (2) :\n« Aux festes de la Pentecoste de l'an 1547, les principaux bourgeois de la ville\nreprésentèrent sur le théâtre en la maison du duc d'Arschot, la vie, mort et\npassion de Nostre Seigneur en vingt-cinq journées, en chacune desquelles on\nvit paraître des choses estranges et pleines d'admiration. Les secrets du Paradis\net de l'Enfer estoient tout à fait prodigieux, et capables d'estre pris par la popu-\nlace pour enchantemens. Car l'on voyait la Vérité, les Anges et divers person-\nnages descendre de bien haut, tantost visiblement, autrefois comme invisibles,\npuis paroistre tout à coup ; de l'Enfer, Lucifer s'élevoit sans qu'on vît comment,\nporté sur un dragon. La verge de Moyse, de sèche et stérile, jettoit à coup des\nfleurs et des fruictz ; les âmes de Hérodes et de Judas estoient emportées en l'air\npar les Diables ; les Diables chassés des corps, les hydropiques et autres mala-\ndes guéris, le tout d'une façon admirable. Ici Jésus Christ estoit élevé du diable\nqui rampait le long d'une muraille de quarante pieds de haut ; là, il se rendoit\nailleurs, il se transfiguroit sur la montagne de Thabor.On y vit l'eau changée en\nvin, si mystérieusement qu'on ne le pouvait croire ; et plus de cent personnes\nvoulurent gouster de ce vin ; les cinq pains et les deux poissons y furent sem-\nblablement multipliés et distribués à plus de mille personnes; nonobstant\nquoi il y en eut plus de douze corbeilles de reste. Le figuier maudit par Nostre-\nSeigneur parut séché et les feuilles flétries en un instant. L'éclypse, le tremble-\nment de terre, le brisement des pierres et les autres miracles advenus à la mort\nde Nostre-Sauveur furent représentés avec de nouveaux miracles. »\nOn a des « feintes » pour représenter tout ce qui est matériel de féerie ; des\nappareils (habituellement des contrepoids) qui servent à enlever certains person-\nnages dans les airs, jusqu'à une hauteur de 40 pieds ; des fils pour faire descen-\ndre le pigeon en fer-blanc qui vient se poser sur la tête de Jésus pendant son\nbaptême dans le Jourdain ; des toiles peintes pour figurer les nuages. On fait\ndes orages; on imite les langues de feu qui viennent se poser sur la tête d'un\nsaint. On produit des effets de lumière à l'aide de flambeaux apparaissant et dis-\nparaissant soudain derrière des toiles et restant invisibles au spectateur. Du côté\nde l'Enfer, on n'a pas de mal à imiter, quand il le faut, la foudre et la tempête,\nou à faire un vacarme terrible. On a des trappes, comme le prouve ce texte du\nmystère de la Résurrection (3) : « Après la dite résurrection faite, s'en doivent les\n\n(1) Texte cité par Gustave Cohen [Histoire de la mise en scène dansle théâtre religieux français\ndu moyen âge, trad. fr., p. 91).\n(2) Cité par Cohen, ibid,, p. 142.\n(3) Cohen, ibid., p. 162."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "271", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.11", "texte": "LE CHANT ET LES MÉTHODES\n\ndictes troys âmes aler par soubz terre... Et Jésus vestu de blanc, accompagné\nde troys anges, Michel, Raphaël et Uriel, doit soudainement et subtilement\nsaillir de dessoubs terre de costé son tombeau, par une petite trappe de boys,\ncouverte de ierie, laquelle se reclost sans qu'on s'en apperçoive. »\nJe ne m arrêterai pas plus longtemps à ces analyses. Il est temps de décrire\n1 aspect généiat d une représentation et de dire quelle place y occupait la mu-\nsique.\n\nJules COMBARIEU.\n\nLe chant et les méthodes\n\n(Fin) (i).\nIl est entendu que le mécanisme vocal se produit d'ensemble, mais qu'il\ndoit être modifié suivant les individualités.\nLes tenues de son demandent une inspiration suffisante et une expiration\nprolongée. (Il est facile de régler la respiration, de la mesurer, au moyen d'ins-\ntruments spéciaux.) Ce rythme respiratoire s'applique au chant, et à la parole,\ndans un degré moins accusé. En un mot, il faut rester maître de la respiration,\net diriger 1 expiration de façon àne pas chanter sous une poussée trop forte\nd'air comprimé, ce qui peut nuire à l'intonation.\nLes sons liés donnent lieu à un écoulement non interrompu de l'air ; et les\nsons brisés à une secousse aérienne et glottique.\nPour monter la gamme, il suffit de contracter régulièrement, et de plus en plus,\nles coides vocales, tout en surveillant les mouvements expiratoires, que le\nheurt de la hauteur nouvelle peut faire dévier et soustraire à la volonté, volonté\nqui retient et dirige les muscles expiratoires au moyen de leurs antagonistes.\nPour descendre la gamme, il y a détente régulière des contractions glottiques.\nIl faut en quelque sorte éprouver cette détente et veiller à ce que l'air n'en pro-\nfite pas pour se précipiter à travers les lèvres vocales moins tendues.\nEnfin, pour les notes disjointes, il faut prévoir soit la contraction, soit le re-\nlâchement qu'elles entraînent par l'ascension ou la descente ; les attaquer juste,\nsans coups de glotte trop accusés, et sans traînée de voix. La meilleure gymnas-\ntique vocale consiste à étudier le trille sur tous les degrés de la gamme J on\nacquiert ainsi l'agilité et la sûreté dans les notes disjointes. Les notes élevées\nnécessitent plus de souffle que les notes basses. Elles annoncent une surexcita-\ntion plus grande, un mouvement musculaire plus accusé ; elles entraînent l'as-\ncension du larynx en totalité et se produisent plus facilement en timbre clair.\nL'émission dépend donc : d'une part, du souffle ; de l'autre, des contractions\nglottiques ; et enfin de la pureté et de la situation des résonances. Je crois avoir\nétabli que la pondération entre la pression aérienne et les tensions glottiques\npouvait s'obtenir par la volonté agissant sur les muscles antagonistes des\nexpirateurs, et par l'appropriation des mouvements glottiques à la note et à sa\ndurée (ce qui s'obtient par l'habitude). La glotte a encore des secrets; mais d'une\n\n(i) Voir la Revue du 5 novembre 1907 et du 15 févrierigoß, conclusion"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "272", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.12", "texte": "LE CHANT ET LES MÉTHODES\n\nfaçon générale, ses contractions dominent le tableau, et les positions d'ensemble\ndu larynx, sans avoir l'importance de générateur du son, influent sur les réso-\nnances. Nous savons encore que la contraction des muscles pharyngiens, la\ndirection du souffle, son écoulement en avant ou en arrière de la luette, a un très\ngrand effet sur ces mêmes résonances. Il faut donc chercher dans la structure\ndu larynx, dans son mécanisme la raison unique de tous les phénomènes du\nchant.\nIl faut tenter de fixer les modes nouveaux que détermine dans ce mécanisme\nla différence des sensations des sentiments. Ici, l'intervention des médecins est\nnécessaire ; nous apprendrons d'eux à connaître les changements respiratoires\net circulatoires qu'entraînent la maladie ou la passion. Nous viserons plus\ndirectement alors les changements de timbre, de hauteur de voix, d'intensité,\ncorrespondant à ces variations.\nCes faits, opposés au calme vocal qu'entraînent les sentiments simples ou\nnuls, deviendront le critérium de l'expression à employer, à condition que les\nsujets en expérience soient assez nombreux pour établir une moyenne, et assez\nsincères pour être pris sur le fait ; l'état somnambulique pourrait rendre de\ngrands services pour fixer la mesure du souffle, déterminer la contraction vocale\ndans le son paisible, et voir immédiatement les différences de souffle, de hau-\nteur de voix, d'intensité de timbre, dans le son passionnel.\nNous remarquons dès à présent que dans le plaisir vrai ou imaginaire, l'exci-\ntation nerveuse entraîne un souffle assez puissant, une forte tension glottique de\nla couleur dans le timbre, couleur qui répond à l'échauffement des résonateurs.\nLes sons se produisent plutôt coulés, par conséquent sous l'influence d'un souffle\nrégulier.\nDans le calme : circulation, respiration large et lente; par conséquent, ten-\nsion vocale modérée, et comme conséquence : sons moyens, intensité moyenne,\ntimbre peu coloré.\nDouleur : ressemble à l'effort, à la lutte ; tendance à immobiliser la cage thora-\ncique et à tenir le diaphragme bas ; respiration interrompue, forte ; glotte très fer-\nmée ; sons rauques par suite du tremblement qui accompagne l'effort.\nDans Y amour : mélange d'admiration et de plaisir ; analogie avec le plaisir\ndéjà décrit, mais suspension du souffle et interruption de la coulée aérienne par\nsuite de l'admiration qui est une sorte d'étonnement suspendant sa respiration.\nCet essai d'adaptation émotionnelle à nos mouvementsmécaniques, suffit à ouvrir\nune route inexplorée qui n'en reste pas moins réelle, puisque nous éprouvons\ntous les effets que je viens de décrire, sans penser à les faire dériver, comme\nil convient, les uns des autres.\nQuand nous formons un chanteur, nous n'avons pas seulement pour but\nde former une machine parfaite, mais encore d'adapter cette machine à la\ngamme des émotions ; le but de la voix, ce merveilleux instrument, n'est pas de\nvibrer à faux ou sans but, mais d'aller éveiller les vies environnantes ; d'aller\ncueillir la fleur du sentiment à l'aide de la sensation ; de faire surgir les bons\ninstincts par un appel énergique ; d'éteindre, d'endormir les pires, par des sons\nmonotones, par des timbres sombres, des mouvements lents ; de provoquer, par\nla hauteur des sons, leur intensité, leur timbre éclatant, les enthousiasmes juvé-\nniles ; de provoquer par leur vigueur, leur ampleur, leur tenue, les colères géné-\nreuses, sœurs des décisions viriles. Nous voulons encore, à l'aide de la voix,"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "273", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.13", "texte": "LE CHANT ET LES MÉTHODES\n\ncalmer les malades auxquels elle peut apporter la sérénité morale,... En un\nmot, la voix est éducatrice par excellence, quand elle a commencé par être\nsoumise à un entraînement physique et expressif. De même que l'appareil de\nM. Dussaud réveille l'ouïe, la sensation musico-vocale, plus que toute autre, a\nle pouvoir de réveiller tel ou tel sentiment. Notre ensemble de molécules impres-\nsionnables, suivant le point où les atteint le son, ordonne aux jambes de danser\nou aux yeux de pleurer. Il est curieux qu'un moyen d'éducation aussi puissant\nsoit relégué au second plan. Quelle belle étude à faire que celle de l'instrumen-\ntation au point de vue spécial de son effet sur l'organisme humain ! Nous y ver-\nrions que rien n'égale le cor anglais, ou la flûte, ou le hautbois, pour peindre les\n•passions tendres et douces, et nous remarquons en même temps que ces instru-\nment sont frères de la voix humaine, mais ne Y égalent jamais. C'est à cet instru-\nment merveilleux qu'est réservé le pouvoir d'inspirer l'amour et ses nobles en-\ntraînements : la pitié, la fraternité, qui n'est qu'une sympathie intelligente, un\nattrait nécessaire.\nLa connaissance du phrasé musical, et par conséquent de l'harmonie élémen-\ntaire, a une grande importance pour le chanteur, car elle doit régler la respira-\nlion de façon que les membres des phrases ne se confondent pas. La cadence\nfinale, la demi-cadence, les silences, rendent la respiration nécessaire. En règle\ngénérale, les membres ou les dessins de phrase ne sont pas toujours coupés par\ncette même respiration.\nNous avons remarqué que toute gamme montante occasionne une dépense de\nforce graduellement plus grande, et que le contraire se produit dans la gamme\ndescendante. Le chanteur doit aussi étaler par un temps d'arrêt toute note\nétrangère à l'accord et au mode, parce que cette note constitue un fait nouveau.\nJe n'ai pas besoin de dire que nous déconseillons la fioriture, qui altère le plus\nsouvent le caractère général d'une œuvre. Est-il nécessaire de dire aux jeunes\nchanteurs d'interrompre leurs études au moment de la mue } L'organe est alors\ndans un état de gonflement et de surexcitation qui nécessite le' repos. Ce temps\nde repos peut être très utilement employé à corriger les défauts de prononciation\nqui chez un chanteur sont beaucoup plus remarqués que chez un diseur, puisqu'il\ntient généralement le son plus longtemps.\nPour finir, quelques observations.\nNous devons signaler ce fait : un souffle insuffisant ne nourrit pas la voix qui\ns'éteint; une mauvaise circulation, qu'elle soit naturelle ou causée par la maladie\nou la passion, la rend irrégulière; le manque de précision dans les mouvements\nglottiques peut la rendre criarde ou la contrarier; le manque de direction du\nsouffle peut entraîner le timbre nasal ou guttural. La position trop basse du\nlarynx entraîne le timbre sombré trop haut des résonances de tête.\nL'effort trop répété, le coup de glotte, la rendront chevrotante.\nLes ouvertures de bouche, loin d'être uniformes, doivent varier avec les voyelles\net varier aussi avec l'individualité. L'ouverture de bouche ne doit jamais être\nexagérée, pour éviter le rétrécissement de l'arrière-bouche.\nL'agilité gagne à être étudiée piano ; le chant dramatique répond à des respi-\nrations pleines, des tenues de voix très grandes, et en général des tensions vocales\nassez faibles.\nExaminons à quelles manifestations expressives correspondent les principaux\ntermes employés en musique. L'allegro indique une accélération du mouvement"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "274", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.14", "texte": "LE CHANT ET LES MÉTHODES\n\nqui nécessite des changements glottiques fréquents, et qui annonce de\nl'excitation corporelle. Cette excitation répond souvent à la joie, au désir, à la\nfièvre, sentiments employés plus souvent dans l'opéra comique ou bouffe que\ndans l'opéra.\nUandante indique le ralentissement du mouvement, respiration plus lente,\nmouvements glottiques moins fréquents. Il dénote le calme organique, et se\nrencontre plus fréquemment dans le drame lyrique que dans l'opéra comique. Il\nsuppose la pratique des tenues de voix, des sons filés, des traits larges, conduits\npar une respiration pleine et bien dirigée. Mandante peut se donner en douceur ;\nmais il nécessite en général plus de force que Y allegro ; il est mieux timbré,\npuisque la note dure plus longtemps, et devient par cela même plus musical,\nL\"agitato désigne un mouvement varié inégal ; il s'applique aux passions\nextrêmes et contraires. Il suppose tous les mouvements corporels se succédant,\npar conséquent une possession parfaite des respirations prises à différents\ndegrés, interrompues, continues ; la direction du souffle doit agir soit de façon\nà rendre le son guttural, soit de façon à le rendre pur ; d'où mouvements très\nétudiés du voile du palais. Mouvements glottiques très variés : le son pouvant\nse produire haut, bas, fort ou doux, ou tremblé ou interrompu.\nUagitato accompagne le délire des sens, la folie, la colère furieuse, etc.\nIl faut remarquer quelles hauteurs de voix, quels timbres, quelles intensités,\nquels mouvements correspondent aux différentes passions. Les exemples seront\npris chez les grands maîtres, Mozart surtout, qui unit la simplicité à la largeur\nd'expression.\n. L'accejito se marque en force par l'énergie du souffle et souvent par un léger\ncoup de glotte; il s'applique à un seul son ou à l'ensemble du trait. Quand il sou-\nligne des paroles, il se rend par la force articulaire.\nLegando exprime que plusieurs sons doivent être rendus d'un seul mouvement\nglottique pendant qu'ils sont nourris par le souffle. Les passions douces et amou-\nreuses s'expriment bien par le legando.\nFuoco donne lieu à un souffle fort, un mouvement de gosier marqué, un\ntimbre brillant, un rythme animé. Les passions généreuses, enthousiastes, la\nforce de la jeunesse, sont rendues par le fuoco.\nDolore ou littuosamente9 tristesse, s'exprime par la lenteur du mouvement,\nles intervalles mineurs, le timbre sombré ; convient à l'expression du chagrin, de\nl'ennui, du découragement, et même du désespoir, à condition d'y entremêler aux\nnotes monocordes des notes plus hautes ; respiration soutenue, mouvements\nlaryngiens peu fréquents, timbre sombré.\nPour conclure, l'art vocal, quant au mécanisme, consiste dans la juste propor-\ntion à établir entre la force expiratoire et les contractions vocales.\n\nLENOËL-ZÉVORT."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "275", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.15", "texte": "LETTRES INÉDITES DE CHORON\n\nLettres inédites de Choron\n\n(suite).\nAu MÊME.\nToulouse, 4 juillet 1819.\nMONSIEUR LE COMTE,\nAux sept individus possédant la voix de haute-contre, déjà bons musiciens\net plus ou moins au courant du répertoire, capables par conséquent d'être\nemployés tout de suite, que j ai signalés dans mon précédent rapport, il faut\njoindre encore les suivants :\nLe sieur N..., haute-contre à la cathédrale d Arras j bonne voix, bon musi-\ncien, vingt ans environ, désire venir à Paris ; sa laideur m'a seule empêché\nde l'amener. M. Hecquet, maître de musique de la cathédrale, peut donner son\nnom et tous les renseignements nécessaires.\nLe même M. Hecquet indiquera deux frères vivant maintenant à Saint-Omer\net précédemment hautes-contre ou hautes-tailles à la même cathédrale.\nEnfin le jeune homme qui doit sortir de la maîtrise de Paris le 8 septembre\nprochain possède une jolie haute-contre et est bon musicien.\nVoilà donc en tout dix à douze sujets parmi lesquels on peut choisir pour\nremplir dès à présent les cadres délabrés de l'Académie. J'ose espérer que\nV. E. appréciera les sentiments qui me portent à lui transmettre ces renseigne-\nments au préjudice probable de mes intérêts immédiats.\nJ'ai en effet découvert à Montpellier quelques jeunes gens chantant la haute-\ncontre, mais la plupart employaient le fausset. Deux seulement m'ont offert des\nvoix franches : l'un, nommé -Latapie, clerc d'avoué, s'est excusé sur l'incompa-\ntibilité de son état et des fonctions de chanteur à l'Opéra ; l'autre, nommé Bou-\ncher, ouvrier et colporteur de parapluies, chez son père, ne peut quitter en ce\nmoment ; mais il viendra à Paris pour son commerce au mois de septembre\nprochain ; il me fait espérer d'être libre à cette époque.\nSous d'autres rapports, j'ai eu connaissance à Montpellier de deux sujets qui ne\nme paraissent pas à dédaigner. Un jeune homme nommé Forgue, bonne\nbasse-taille, déjà musicien, sujet intelligent et studieux ; un autre de dix-huit\nans nommé Potet, assez bon concordant, quoiqu'un peu voilé dans le haut, très\njoli physique propre aux Colins et aux jeunes princes ; le sieur Carbonnier doit\nse charger de vous les présenter.\nJ'ai quitté Montpellier le mardi 29 à 10 heures du soir, après huit jours de\nrésidence en cette ville. Cette longue station a été occasionnée par une nou-\nvelle indisposition qui m a obligé à prendre l'émétique et qui depuis mon départ\nde Paris m'avait fait perdre tant en cette ville qu'à Marseille une huitaine de\njours. Le lendemain, en passant à Béziers et à Pézenas, j'ai employé le temps\ndu stationnement de la diligence pour faire des recherches : elles m'ont à peu\nprès convaincu que ces deux villes n'offraient point de ressources disponibles.\nJ'ai été plus heureux à Narbonne, où j'ai fait un séjour de quatre heures environ.\nM. Pesche, professeur de musique, directeur de celle des Pénitents de cette\nville, m'a appris qu'il y avait plusieurs bonnes hautes-contre, notamment deux\nfrères jumeaux, nommés Bézière, âgés de 20 ans, et d'un physique agréable,\nayant de très belles voix, et qui seraient disposés à suivre la carrière musicale.\nIls sont mariés tous deux et l'un d'eux a un enfant : cela ne ferait pas en cas"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "276", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.16", "texte": "LETTRES INÉDITES DE CHORON\n\nd'urgence un obstacle invincible. J'ai cherché à les voir ; je n'ai pu les rencon-\ntrer. Pressé départir par la diligence, j'ai laissé des instructions à M.Pesche, qui\nm'a fait espérer de faire encore d'autres découvertes et qui me fera part du tout.\nJ'ai traversé Carcassonne la nuit avec le regret de n'y pouvoir prendre aucun\nrenseignement ; mais comme cette ville est peu éloignée de Toulouse où je me\nrendais en toute hâte, je me suis réservé d'y revenir si cette dernière ville ne me\nprocurait pas tous les avantages que j'espérais y rencontrer, et que l'on ne ces-\nsait de m'annoncer depuis mon départ de Paris.\nTout me fait espérer que je ne serai point trompé dans mon attente. Arrivé à\nToulouse, jeudi lERIER juillet, au soir, je me suis mis aussitôt à la recherche de\nmes correspondants. Je n'ai commencé à les rejoindre que dans la soirée du\nlendemain. J'ai infiniment àme louer de leurs bonnes dispositions. Si je les\nen crois, la ville renferme à elle seule assez de belles voix en tout genre pour\nremonter de la tête aux pieds les choeurs de l'Académie royale de musique. Ce\nqui confirme cette assertion, c'est l'état des chœurs du théâtre de la ville : uni-\nquement formés d'ouvriers de toute sorte, ces chœurs sont les meilleurs que\nj'aie entendus depuis mon départ. Ils ont une justesse, un ensemble et une pré-\ncision étonnants. Ils se prétendent supérieurs à ceux de l'Opéra. Je ne déci-\nderai point la question, mais je puis déclarer que j'en suis très satisfait et qu'il\nserait en effet à désirer que ceux de l'Opéra eussent toujours autant d'ensemble\net de fermeté.\nOn s'occupe en ce moment à me fournir des listes de sujets propres à remplir\nmes vues. Je vais suivre cette opération avec soin et j'aurai l'honneur de vous\nen faire connaître incessamment les résultats.\nJ'ai l'honneur, etc.\n\nAu MÊME.\nToulouse, le 24 juillet 1819.\nMONSIEUR LE COMTE,\nDans mon dernier rapport, j'ai eu l'honneur de vous informer de mon arrivée\ndans la ville deToulouseet des motifs quej'avaisd'y espérerde grands suc cès. J'ai\nl'honneur de vous informer aujourd'hui que ces espérances sont totalement rem-\nplies et que je suis au moment d'avoir terminé mes opérations de la manière\nla plus heureuse qu'il soit possible de désirer.\nSi, à l'époque où j'ai commencé mes recherches, j'avais eu les renseignements\nque j'ai aujourd'hui, je me serais épargné la peine que j'ai prise de parcourir la\nplus grande partie du royaume. Je serais venu directement en ce pays et quel-\nques semaines auraient suffi pour obtenir un succès complet. La ville de Tou-\nlouse suffirait à elle seule pour peupler un nombreux conservatoire : ou plutôt\nc'est un eespèce de conservatoire ; car pourrait-on qualifier autrement une ville où\nl'on trouve un nombre infini de belles voix en tout genre, jointes à une excellente\norganisation et à un goût dominant pour la musique, une ville où les plus beaux\nmorceaux de nos opéras sont populaires, où le chant d'Œdipe, de la Vestale,\nles chœurs de la Caverne, s'exécutent le soir dans les rues par des réunions de\nvingt-cinq ou trente chanteurs, gens de métier, dépourvus la plupart de toute\nconnaissance de musique, et cela avec une précision, un ensemble et un goût\ncapables de faire honte aux chœurs et aux artistes de nos premiers théâtres ) Ce\nn'est cependant pas que toutes les voix soient également belles, ni toutes les"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "277", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.17", "texte": "LETTRES INÉDITES DE CHORON\nR, M.\n2\n\norganisations également heureuses ; mais un entraînement général, l'habitude de\nchanter ensemble, des localités favorables, produisent ces intéressants résul-\ntats. Les recherches détaillées où je suis entré m'ont fait découvrir les principaux\nsujets qui prennent part à ces réunions et, sans parler de ceux qui par leur posi-\ntion, leur âge ou quelque autre circonstance particulière ne sont point dans le\ncas d'accepter les propositions que l'on aurait à leur faire,je vais transmettre suc-\ncinctement à Votre Excellence des renseignements sur ceux à qui elles pourraient\nconvenir.\n1° Basses-tailles, savoir :\n1. Bach, 19\" ans, 5 pieds au plus, commis chez son père, marchand papetier, rue\nSaint-Romme, n° 59. Basse-taille de la plus grande beauté, deuxoctaves pleines\nd'étendue\nvoix riche, égale, harmonieuse, excellente organisation,\ncommençant la musique, a le plus grand désir de suivre la carrière musicale ;\nmais comme il est fils unique, son père le retient jusqu'à ce jour.\n2. Vidal, 36 ans, 5 pieds 2 pouces, passablement musicien, très belle voix,\nchantant assez bien : formerait un très bon coryphée, peut-être mêmeundouble.\nCommis marchand, place du Capitole, n° 21.\n3. Darboussette, 19 ans, 5 pieds 3 pouces, ouvrier rue des Couteliers, n° 28,\nbonne organisation.\n4. Rousseau, 18 ans, 5 pieds 4 pouces, basse-taille très étendue et de bonne\nqualité ; quelques vices d'organisation compensés par une grande ardeur ; étu-\ndiant, rue des Couteliers, n° 56.\n5. Cassille, 18 ans, 5 pieds 5 pouces, rue des Balances, n°4i. Basse-taille\ntrès forte.\n11° Tailles et ténors :\n6. Grillon, 25 ans, 5 pieds 1 pouce, coiffeur, rue des Tourneurs, n° 39, char-\nmant ténor, bonne organisation musicale.\n7. Blanc, Léopold, 22 ans, 5 pieds 4 pouces, ordonnance à la préfecture, bon\nténor, bonne organisation.\n8. Vinsa, 21 ans, 5 pieds 7 pouces, rue dußempart, n° 10, excellente taille, un\npeu musicien.\n111° Hautes-contre ; huit, savoir :\n9. Le Comte, Joseph, 25 ans, 5 pieds 3 pouces, maçon,rue des Trois-Canelles,\nn° 12, faubourg Saint-Cyprien. Haute-contre d'une étendue et d'une vigueur\nextraordinaires ; organisation très bonne ; hardiesse et assurance impertur-\nbables ; sujet précieux.\n10. Martin, 20 ans, 5 pieds 4 pouces, boulanger, rue Saint-Charles, n° 2;\nbonne haute-contre, montant facilement à Yut, joli timbre, bien organisé.\n11. Laporte, 17 ans, 5 pieds 2 pouces, chez son père, choriste au théâtre, île\nTournisse, n° 1, jolie haute-contre ; paraît bien organisé.\n12. Bieu, 22 ans, 5 pieds 4 pouces, présentement à Paris, au 3e régiment de la\ngarde royale.\n13. Delclaux, 25 ans, 5 pieds 1 pouce, bonne haute-contre, quoiqu'un peu\nmaigre sur le haut, sait le plain-chant. Fils d'un chantre de la cathédrale, à\nTournisse, n° 52.\n14. Raynal, 18 ans, ouvrier en bateaux sur le canal, jolie voix ; très timide."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "278", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.18", "texte": "LETTRES INÉDITES DE CHORON\n\ni5-Dutour, 24 ans, 5 pieds 2 pouces, rue du Change, n° ... Voix étendue, mais\nnasillarde et de peu de qualité.\n16. Dufau, Fr., 18 ans, 5 pieds 2 pouces, île Tournisse, n° 52, superbe voix de\nhautre-contre ; organisation passable.\nComme il ne s'agit ici que de hautes-contre, voici en peu de mots les obser-\nvations que j'ai à faire sur cette nomenclature. Les meilleurs sujets sont Le\nComte, Martin, Laporte, Desclaux et Dufau. Martin et Desclaux sont engagés,\nils seraient déjà partis sans une indisposition du premier qui a une foulure au\npied ; ils partiront néanmoins du lundi prochain 26 en 8, au plus tard. Le\nComte est un pauvre maçon marié, ayant un enfant: il demande l'habille-\nment et un secours de 20 francs par mois pour sa jeunesse et son enfant\njusqu'au moment où il pourra gagner des appointements. Je crois qu'il pourra\npromptement rendre service, car il est très intelligent et, d'une autre part,\nsa voix est d'une énergie capable de couvrir toutes les hautes-contre actuelles\nde l'Opéra. Laporte est retenu par ses parents qui veulent ne le laisser venir\nque l'année prochaine; j'arrangerai cette affaire à mon retour à Toulouse,\nsi la tournée que je vais faire vers le Sud-Ouest ne me fait pas découvrir de\nnouvelles ressources. A l'égard de Dufau, j'ai besoin de l'entendre encore;\ncomme il ne sait rien du tout, pas même la gamme, il n'a pu prendre l'intona-\ntion du si et de Yut d'en haut ; mais la facilité avec laquelle il monte jusque-là ne\nme laisse point de doute : il étudie en ce moment ; je l'entendrai à mon retour et\nje pense que je pourrai l'amener avec moi.\nLes demandes des Le Comte portent sur des points qui excèdent mes pouvoirs ;\nje vous prie de vouloir bien me donner une autorisation spéciale à cet effet.\nJe suis décidé à ne point quitter ce pays que tous les j'aurai engagés\nne soient partis devant moi, car s'ils venaient à se rétracter, il faudrait revenir ici,\nce qui occasionnerait une grande perte de temps et d'argent. C'est là le motif\nqui m'a décidé à faire en dernier lieu une tournée par Montauban, Villefranche,\nRodez, Albi et Castres : tournée dans laquelle j'ai découvert à Villefranche une\nhaute-contre jolie, mais qu'il serait difficile de déplacer. J'ai reçu à Albi des\nrenseignements sur une jeune haute-contre qui est présentement à Saumur.\nJe partirai après-demain pour Agen par la rivière;de là j'irai à Bordeaux, puis\nà Bayonne, Pau, Tarbes, Auch ; je reviendrai par Toulouse. Je prendrai sur tous\nces pays des renseignements utiles ; je ferai marcher devant moi les sujets que\nj'engagerai ; de Toulouse je reviendrai à Paris par Limoges, Angoulême, la\nRochelle, Nantes, etc., où j'espère faire de nouvelles découvertes.\nMa dépense est très modérée ; elle s'élève à peine, tout compris, à 100 francs\npar semaine. Les fonds qui me restent sont suffisants pour achever ma mission.\nA mon retour à Paris, si j'ai besoin d'un supplément, ce ne pourra être que fort\npeu de chose, et il dépendra entièrement de votre bienveillance.\nJ'ai l'honneur, etc.\n\nAU MÊME.\n\nToulouse, le 18 août 1819.\nMONSIEUR LE COMTE,\nLundi dernier, sont partis pour Paris, où ils doivent arriver dimanche pro-\nchain 22 courant, les sieurs Arboussette, Barbot, Comte et Gaillard : le premier,,\nbasse-taille, le second ténor, les deux autres hautes-contre. Lundi prochain,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "279", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.19", "texte": "LETTRES INÉDITES DE CHORON\n\nje ferai partir une autre compagnie dans laquelle sera Comte, frère aîné du\nprécédent, et deux ou trois autres hautes-contre ; je partirai avec eux ou\nimmédiatement après.\nToutes ces hautes-contre sont de bonne qualité, tant pour l'étendue que\npour la justesse de la voix et la bonne organisation; mais les deux frères\nComte se distinguent d'une manière toute particulière. Ils n'ont pas besoin de\nse mettre ensemble pour dominer sur la totalité des chœurs de l'Académie. Ils\nne savent ni lire ni écrire, et pas un mot de musique; mais ils ont tant d'intelli-\ngence et de hardiesse qu'ils peuvent apprendre sur-le-champ tout ce qu'on\nvoudra leur enseigner et l'exécuter avec les autres pour peu qu'ils soient\nguidés. Ils pourront donc rendre service tout de suite, et l'on peut dès à pré-\nsent compter sur eux pour tous les besoins.\nJ'en dis autant du reste de l'Ecole. J'ai appris que V. E. avait autorisé l'envoi\ndes chœurs ou parties de chœurs d'Olympie à l'établissement : il n'y a aucun\ndoute que tout le monde sera prêt, grands comme petits ; et si V. E. veut\nordonner l'envoi des rôles, je lui ferai entendre l'opéra entier sous six semaines.\nV. E. peut se rappeler que le premier acte d \"Orphée a été appris en dix ou douze\njours,sans déranger les travaux ordinaires de la maison, et que les élèves étaient\nalors fort neufs.\nJ'ai été obligé, pour décider le départ des élèves que je prends dans ce pays-ci,\nde faire quelques sacrifices. Ils ont tous demandé l'habillement, se fondant sur\nce que leurs familles n'avaient pas le moyen et ne pouvaient pas les entretenir\nà de si grandes distances. En outre, j'ai promis à chacun des deux frères\nComte 25 francs par mois pour leur femme et leur enfant tant qu'ils seront à\nl'Ecole : c'est s'engager à peu de chose, car je ne crois pas qu'ils y restent long-\ntemps. Quant au genre de l'habillement, les jeunes gens ne sont pas exigeants :\nils se contenteront d'être traités sur le pied militaire. D'ailleurs je n'en aurais\npas eu un seul si je n'eusse cédé sur ce point.\nEn résumé, vous voyez que j'ai complètement réussi dans la mission que\nvous m'avez fait l'honneur de me confier. A la vérité, il en aura coûté un peu\nplus de temps et d'argent qu'on ne l'avait pensé d'abord ; mais il faut observer\nque l'objet de la mission s'est lui-même étendu ; qu'il ne s'est point borné à\nchercher quelques élèves pour l'Ecole, mais qu'il a été question aussi de trouver,\ns'il était possible, quelques sujets tout formés propres à entrer de suite dans\nles chœurs de l'Opéra, ce à quoi nous avons réussi, puisque j'en ai découvert\nune douzaine dont je vous ai envoyé la liste et que vous pouvez appeler\nquand bon vous semblera. En second lieu, l'on est parvenu à connaître les\nressources pour l'avenir et à établir des moyens pour les avoir à sa disposition.\nEnfin il faut remarquer que le supplément de fonds que j'ai demandé n'est pas\nseulement pour frais de tournée, mais comme secours pour les loyers que j'avais\narrêtés en conséquence des premières conventions et pour divers objets dont je\nrendrai compte incessamment.\nAussitôt après ce départ des derniers élèves, je partirai pour Paris, où je\nserai rendu dimanche 29 courant au plus tard.\nJ'ai l'honneur, etc.\n\nCHORON."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "280", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.20", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nExécutions récentes.\n\nA. BRUKNER. — COMPOSITEURS DIVERS. — Le Tonkiinstler-orchester vient de\ndonner à Paris quelques séances. Une réclame assez habile lui avait préparé les\nvoies ; le succès fut modéré. Il est entendu que le chef de la Société, M. Lassale,\nest d'origine française, et qu'à ce titre il a toute notre sympathie ; mais il serait\nislandais ou australien que nous lui adresserions des éloges enthousiastes s'il\nles méritait. Malheureusement, nous ne pouvons aller jusque-là, sans avoir\nd'ailleurs de reproches graves à formuler. Cet orchestre est fort honorable ;\nc'est net, bien discipliné, à l'allemande ; mais franchement, je ne vois pas la\nnécessité de tenter l'aventure et les risques d'un grand voyage pour nous\napporter en grande pompe ce produit métissé d'outre-Rhin. Le programme\noffrait quelques pièces peu familières aux oreilles parisiennes. Cependant, pour\ncela aussi, je suis resté assez tiède.\nAnton Bruckner, dont j'ai entendu patiemment la IVe symphonie, est fort\nestimé en Autriche (où il est né, en 1824), mais ses oeuvres sont un médiocre\narticle d'exportation. Estimable ? certes, il l'est entre tous ; le seul fait d'avoir\ncomposé neuf symphonies (la ire est de 1868, la dernière est de 1903) indique\nun esprit élevé. Malheureusement ce chiffre neuf, et le genre lui-même, imposent\nun souvenir écrasant. 11 faut un courage extraordinaire ou une naïveté tout\nallemande pour affronter le rapprochement avec Beethoven. La symphonie de\nBruckner, fort bien exécutée par le Tonkiinstler-orchester, a toutes les qualités,\nsauf celle qu'on ne définit pas et qui est le signe des grands maîtres. C'est\nhonnête, consciencieux, solide, parfaitement dépourvu de charme. Pas de\nflamme! pas d'« ivresse » dionysiaque ou apollinienne! Les manuscrits de\nBruckner réflètent bien cet état d'esprit : écriture nette, mais un peu hésitante,\nappliquée, sans un trait de plume (note caudée ou legato) qui soit d'un seul jet :\nl'application toujours un peu tremblée de la main trahit l'absence de cette\nfièvre intérieure et de cette impatience de réaliser la pensée, sans lesquelles il\nn'y a pas de grande musique.\nComment nommer tous les grands virtuoses venus pour conquérir Paris ou\npour faire une visite dans un royaume déjà conquis? M. Kubelick nous gratifie\nde trois concerts ; c'est un admirable et merveilleux violoniste, jouant avec\ntoutes les difficultés, et d'un goêt parfait, — sauf quand il exécute les Clochettes\nde Paganini ; M. Busoni, M. Isidore de Lara, ont triomphé aux concerts\nSechiari ; le nom de Paderewski est déjà en vedette sur les affiches ; et tout ce\nque la Russie compte d'artistes célèbres— à commencer par Felia Litvinne —\nva paraître demain au Châtelet.\n\nLA CHANSON FRANÇAISE. Au théâtre Femina, le 4 mai, très intéressante\nConférence-Concert, par M. Lucien de Flagny, professeur supérieur à l'Aca-\ndémie de musique de Genève, et Mlle H.-M. Luquiens. Sujet: «La chanson\nfrançaise depuis le xne siècle ; chanson historique, satirique, politique, chanson\nd'amour. » Ces séances, où l'intérêt purement musical tente de s'appuyer sur un\nintérêt historique, sont inspirées d'un excellent principe ; mais les dessous d'éru-\ndition qui leur servent de support ne sont pas toujours bien établis. Beaucoup\nd'affirmations sont hasardées, superficielles; ou nettement inexactes. La soirée"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "281", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.21", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\ndonnée par M. Lucien de Flagny fut cependant agréable, et l'exécution de\nquelques-unes de ses œuvres n'a pas nui à l'impression de l'ensemble.\n\nLE COEUR DU MOULIN ; BAIGNEUSES AU SOLEIL, par M. DÉODAT DE SÉVERAC.\nE. B.\nLe Cœur du moulin, pièce lyrique en deux actes, fait une partition qui, réduite\nau piano, a 200 pages. A plusieurs reprises, j'ai voulu la lire jusqu'au bout. Je\nn'ai pu aller que jusqu'à la page 38. Après chaque tentative, j'ai rejeté le\nvolume avec impatience. Le livret, je ne le connais pas, et je n'y attache qu'une\nimportance secondaire. La musique, pour commencer par elle, m'a paru illisible\net dénuée, sinon de talent technique, au moins de tout ce que je considère\ncomme musical. Tantôt je pense à des nègres qui joueraient à colin-maillard,\nla nuit, dans un tunnel ; tantôt il me semble qne je marche sur des débris\nd'assiettes et de bouteilles. Que pensez-vous donc, dirais-je à l'auteur, de Bach,\nde Beethoven, de Bizet ? Si vous les connaissez et si vous les aimez, comment\npouvez-vous écrire ces choses informes et innommables où ils auraient vu une\nmauvaise plaisanterie ? Les Baigneuses au soleil, pièce pour piano, ont un\ndéfaut de plus : une insupportable prétention. Chaque mesure a une glose, une\nindication de nuance ! Partout des minuties descriptives : d'idée heureuse,\nmélodique, rythmique ou harmonique, je n'en vois guère !\n\n— On sait que Munich a produit un\ntrès grand nombre de musiciens célèbres. Peter Cornélius, l'auteur du Barbier\nde Bagdad, a été à Munich; Alexandre Ritterest connu par ses opéras ; Richard\nStrauss est le fils d'un musicien de l'Opéra ; Max Schillings a étudié à l'Univer-\nsité, composé les opéras Rugwelde et Moloch, et a été une des célébrités\nmusicales de Munich. Il a été nommé premier chef d'orchestre à l'Opéra de\nStuttgart. Il y a Max Zenger, Karl von Perfall, Adolphe Sandberger, Louis\nThuille, le compositeur de Gugeline, de Lobetanz, de Theuerdank. M. Félix von\nWeingartner est devenu directeur de l'Opéra de Vienne ; il a été le directeur\nde l'orchestre Kaim à Munich. Il y a Siegmund von Hausegger, et Lassalle\nqui vient d'être applaudi à Paris, Antoine Beer-Walbrunn, Félix von Rath,\nErmanno Wolff-Ferrari et Félix Mottl, directeur général de l'Opéra.\nCet Opéra vient de représenter Salomé de Richard Strauss. Je suis très peu\ndisposé à distribuer systématiquement des éloges, mais je suis tout simplement\npris par la merveilleuse exécution de l'œuvre de Strauss à l'Opéra de Munich,\nqui avait représenté, quelques jours avant, le Vaisseau fantôme de\nWagner, représentation assez défectueuse. Nous constatons que M. FeinhalsV\ncélèbre en Amérique et à Munich, est inférieur à Delmas. L'illustre chanteur a\ntrop peu de nuances. Son jeu est monotone. Sa voix n'est pas aussi formidable\nqu'on a prétendu, et elle n'est pas magnifique. J'avais entendu M. Hermann\nWeil, le créateur attitré des opéras de M. Eugène d'Albert, le compositeur alle-\nmand (au nom français) le plus joué en Allemagne. M. Hermann Weil est un\nbaryton tout à fait hors de pair ; sa voix profonde et ample est d'une pureté\nabsolue, — absolue pour un chanteur allemand, — et toute la science de ce\nchanteur démontre bien l'étude approfondie du rôle, de tous les rôles. Il a chanté\npar exemple, cette semaine, le rôle d'Amfortas, du Parsifal de Richard Wagner,\nà côté de M. Erik Schmedes, de l'Opéra de Vienne ; son succès a été tel qu'il l'a\n\nNOTES SUR LA MUSIQUE A MUNICH."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "282", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.22", "texte": "EXÉCUTIONS ET PUBLICATIONS RÉCENTES\n\nmérité. M. Hermann Weil est un Hollandais tout à fait unique et je ne puis\nm'enthousiasmer—. ou pas encore— pour M. Feinhals, qui a chanté à Paris\nle rôle de Jochanaan pendant les représentations de Salomé au Châtelet. Ces\nreprésentations étaient, on se le rappelle, très belles ; mais celles de Salomé\nà l'Opéra de Munich sont autre chose. Le directeur de l'Opéra de Leipzig,\nle docteur Loewenfeld, avait fait, pour le Châtelet, une excellente mise\nen scène et Richard Strauss a conduit les musiciens d'une façon très savante.\nLes représentations de Salomé à Munich n'ont pas de rivales. C'est le me\nplus ultra de l'art. Je ne m'attendais pas à cela, d'autant plus que les repré-\nsentations munichoises m'ont déçu quelquefois. Mais cette représentation et celle\nà'Electradu même Strauss sont dignes de tout éloge. On n'exagère pas en di-\nsant que Salomé est jouée à Munich de la façon la plus grandiose qui puisse\nêtre. On ne peut se l'imaginer. Et le grand nombre de Français qui ont assisté à\ncette représentation sont absolument épris de Munich, ce qui est beaucoup dire.\nCar Munich n'est pas Paris, et à côté de Paris, Munich, qui a près d'un million\nd habitants, n'est qu'un petit village, plein de gens'peu aimables et pris par\nle goût éternel du plaisir. L'étranger qui fréquentera Munich, cet été, à cause\ndes représentations du Théâtre du Prince-Régent, où auront lieu les fêtes de\nMozart et de Richard Wagner, ne devra pas manquer d'aller voir une repré-\nsentation de Salomé. L'orchestre\nlezis, un musicien célèbre et excessivement doué. M. Wirk a réglé la mise en\nscène. M. Wirk semble être un second Albert Carré. La salle Favart, que je\nfréquente depuis des années, m'avait habitué aux mises en scène les plus\nfortes et les plus merveilleuses. M. Albert Carré et M. André Antoine je\ncite la Tragédie royale, Jules César, Résurrection sont les maîtres de la\nmise en scène. Je n'avais pas entendu parler de M. Wirk, qui est assez connu\nà Munich. Les Munichois cherchent leur science à Paris à toute occasion. Paris\nest pour eux ce que l'ltalie est pour les peintres. Et, en effet, MM. Albert Carré\net André Antoine jouissent d'une renommée universelle. Ils sont les maîtres des\nmetteurs en scène étrangers. Toute 1 année il y a des artistes étrangers à\nParis, pour étudier la science de ces deux artistes. Aussi parle-t-on, à l'étran-\ngei, de MM. Carré et Antoine autant qu à Paris,où lon s'habitue aux fastuosités\nde ces messieurs. M. Wirk est, sans doute, un émule de ces Parisiens. Et, jus-\nqu'à nouvel avis, je prends M. W7irk pour leur émule le plus doué et le plus\nintelligent. M. le docteur Loewenfeld a été certainement bien inspiré en mon-\ntant, à Paiis, Salomé, que les Parisiens n ont entendu qu'en allemand. Et j'avais\ncru que le docteur Loewenfeld, qui a, lui aussi, fait ses études à Paris, atteignait\nle plus haut point de la mise en scène. Non pas. IVI. Wirk, qui est inconnu à\nParis, a cette belle science de MM. Albert Carré et Apdré Antoine. J'espère\nque les Parisiens iront voir cette mise en scène en allant, cet été, à Bayreuth.\nLe Vaisseau fantôme m'a complètement satisfait; seulement le troisième acte\nétait digne d'un théâtre de forains et ce fut dommage après la belle mise en\nscène du premier. Je suis donc rassuré sur le sort de la mise en scène à Munich,\napiès avoir vu Salomé. La Revue a parlé de cet opéra et je prierai le lecteur\nde relire ce qu elle a dit de cet ouvrage. Je puis donc me borner à vous parler\ncomme à des lecteurs au courant de la chose.\nLe mouvement de la foule était bien réglé, comme a été réglé celui d\ngénie en Aulide par Gluck, joué salle Favart, ou celui du Chemineau. Il est vrai"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "283", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.23", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\n\nqu'il n'y a pas de chœur dans le Chemineau, mais je parle du ier acte ; ou je\npense aux mouvements réglés par M. Albert Carré dans Mme Butterfly et dans\nla Vie de Bohème et dans Louise. Ah ! j'ai retrouvé toute cette science chez\nM. Wirk. Et ce serait un péché contre le saint esprit de l'art si le Parisien en\nvoyage n'allait pas voir cette mise en scène. Quelle science de détails, la même\nque possède M. André Antoine ! Ces détails furent si bien compris que j'en suis\ntout à fait émerveillé. Je n'ai jamais ni en Allemagne, ni en Amérique, ni en\nAngleterre eu l'occasion de voir triompher si bien l'art de MM. Carré et\nAntoine. J'en pourrais écrire une centaine de pages, mais j'oublierais l'inter-\nprétation. Mme Burk-Berger est une Salomé idéale. Pas au commencement !\nMais elle est une chanteuse exquise et elle devient, à la fin, une artiste\nplus que C'est elle qui a eu le triomple de la soirée. On l'a rappelée\nune quinzaine de fois. On a eu tort, car elle était fatiguée, exténuée, sans doute.\nCette chanteuse est une très grande actrice, c'est la Réjane ou la Bartet de\nMunich. Et elle serait unique, si elle ne faisait que jouer; mais il y a le chant.\nEt son chant est purement grandiose. J'ignore comment elle chante ses autres\nrôles; mais son rôle de Salomé, excessivement difficile, fait supposer qu'elle est\nune des meilleures chanteuses de l'Opéra, sinon la meilleure. M. Hagen a été un\nterrible Hérode. Cette faible créature a eu des accents de tragédie rappelant\nMounet-Sully. A Munich, tous les artistes jouant dans Salomé ont ce je ne sais\nquoi de virtuose, de très artiste, que je n'ai pas remarqué dans les autres\npièces. Aussi la représentation de Salomé est-elle un véritable régal. M. Hagen\nest un diseur incomparable ; on comprend chaque syllabe, quelle que soit la\nforce de l'orchestre. Sa prononciation vaut la peine d'être entendue. Ses mo-\nments tragiques étaient ce qu'il y avait de plus intéressant à voir ; et lorsqu'il\nétait épris de sa belle-fille, c'était un animal sauvage, barbare, inconscient. Et\nà la fin, en criant : « Qu'on tue cette femme, » il a été complètement livré à la\nfolie. Mme Burk-Berger en Salomé, et M. Hagen en Hérode, font de cette repré-\nsentation une sorte de festival. C'est la première fois que j'ai entendu\nM. Hagen. Le rôle de Jochanaan fut joué par M. Brodersen et le rôle de Nara-\nboth par M. Buysson, un ténor rappelant M. Léon Beyle de la salle Favart. Cette\nvoix splendide est puissante, belle, capable d'enflammer tous les cœurs de\nfemmes. Mlle Hoefer. le page, est une comédienne exquise ; mais les éloges vont\nsurtout à Mme Burk-Berger et àM. Hagen. Ces deux artistes, en compagnie\nde leurs camarades et dans ce luxe de mise en scène, ont donné plus que\nje n'espérais.\n«Je veux la tête de Jochanaan, » fut le cri le plus terrible lancé par Mme Burk-\nBerger, et on était dans une sorte de fièvre, de folie, comme si l'on avait\nperdu la raison en entendant la réponse de cette terrible musique. « Je veux\nla tête de Jochanaan » a produit un mouvement d'effroi dans la maison, comme\nje n'en ai rien vu pendant ces vingt ans que je fréquente le théâtre. Ce cri\nstrident perçait dans tous les cœurs comme une aiguille empoisonnée ou une\nlance. Ce moment est indescriptible. Alors, la chanteuse était une bête fauve ;\nelle ressemblait à un tigre. C'était la vie dans le désert, le combat avec Hérode.\nLe duo de ces deux personnes était malsain, maladif, produisant une nuit et\nune journée de remords. Je n'ai jamais vu quelque chose de plus sauvage, de\nplus excitant, que le combat de ces deux artistes. « Je veux te donnerla moitié de\nmon royaume, » a été comme la libération de tout ce souci. On était vite déçu."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "284", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090515-01.1.24", "texte": "EXÉCUTIONS RÉCENTES\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie\n\nJe crois que ce moment était le plus beau qu'on puisse rêver. J'ai vu se tuer\ndeux lions ; le duo de Salomé et d'Hérode était beaucoup plus effrayant. Ceux\nqui ne comprennent pas l'allemand n'ont pas une soirée plus tranquille, car\ntout leur est dit par la musique et les gestes. Et ils sont forts, les artistes muni-\nchois, dans l'art des gestes. Ce n'était pas du théâtre, c'était la vie. Cette musique\nnous avait miné les nerfs et le baiser de Salomé nous a fait oublier ce malaise.\nElle est à genoux et embrasse la tête du saint qu'on a mise sur un plat en or. Je\ncroyais que de tels gestes, qu'une telle mise en scène n'était possible que chez\nles aliénés. J'en suis revenu. A Munich, on nous offre des scènes d'aliénés au\nthéâtre royal. Et l'on s'attendait à voir mourir de peur la pauvre Salomé, qui\navait dansé la danse des sept voiles avec un très grand art. Mais elle chantait et\nelle chantait toujours avec la même vigueur et avec la même puissance. C'est la\npremière fois depuis vingt ans que je me suis laissé transporter de cette sorte\npar une œuvre que je critique. Je peux vous assurer que les représentations\nallemandes de Salomé au Châtelet à Paris ne peuvent pas se comparer à celle\nde Munich. C'était pauvre; celle d'hier est riche et folle. Mais je crois que c'est\nla première fois et la dernière que je parle dans ce ton ; demain nous n'aurons\nplus de Salomé, ni d'enthousiasme, ni de mise en scène de M. Wirk. Oh ! il y\naurait à dire de petites choses ; ce sont des détails qui échappent en regardant\nl'ensemble, et cet ensemble a été parfait, plus que parfait. Dorénavant en voyant\ndes représentations inférieures à celles-ci, je devrai être sévère, car on nous a\ndonné la preuve que Munich peut faire de belles choses, lorsqu'il veut. Ce n'est\npas la science qui manque, ni la force; il n'y a que la volonté. Et c'est\npourquoi je blâme de toutes mes forces la représentation du Vaisseau fantôme.\nIl est impossible de nous offrir des choses mauvaises et mal faites, après avoir\ndonné la preuve que le contraire est possible. Hélas ! si je n'avais pas vu\nSalomé, je pourrais être indulgent. On peut, on sait faire, mais on nous offre\nde la médiocrité. On a le droit de demander ce qui est parfait, car Munich l'a.\nMais a-t-on aussi la volonté d'agir ? Non, elle manque trop souvent.\n\nK.-G. H.\n\nA LA SCHOLA CANTORUM, qui nous a donné récemment une très curieuse\naudition des Orphée de Péri, Monteverde, Charpentier, le quatuor Parent\n(MM. Parent, Loiseau, Brun et Fournier) a joué, le 11 mai, un nouveau quatuor\nà cordes de Th. Dubois. Il est divisé en 4 parties : Larghetto allegro, Allegro\nanimato, Larghetto, Allegro vivo. Le scherzo est placé avant bandante; le\nier morceau finit, comme il a commencé, sur un mouvement lent. Dans cette\nœuvre élégante abondent les idées mélodiques, les dessins délicats ; on y\nremarque une fraîcheur et une franchise d'inspiration qui en font une des plus\nbelles de l'auteur. Nous avons demandé le texte gravé chez Heugel ; il nous est\nrépondu qu'il paraîtra seulement dans quelques semaines. Nous en reparlerons\nalors.\nDans notre prochain numéro, nous donnerons un compte rendu du festival\nfranco-anglais qui a eu lieu, le 14, avec un succès complet, devant une salle\ncomble."}]}