{"numero_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_sha256": "cb278245c5e0ef1103426e4e10f0bb8438aca33e80d9b12d11f0d2cbe720c11a", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1909/07/01_01/bmtnabj_1909-07-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1909/07/01_01/bmtnabj_1909-07-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-07-01_01#c001", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "333", "page_fin": "333", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.2.1", "titre_corps": "Esthétique d'avant-garde", "titre_sommaire": "Esthétique d'avant-garde", "signature_source": "J. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "333", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.1", "debut_caractere": 136, "fin_caractere_exclue": 1797, "texte": "Esthétique d'avant-garde\nJ.C.\nSi six scies scient six cigares, six cent six scies scieront six cent six cigares ..\no o\nCette phrase stupide me venait l'autre jour à l'esprit, en entendant un violo-\nniste qui, sur la chanterelle, faisait sortir, ou à peu près, une série assez longue\nd'harmoniques avec un si b obstiné.\nJe me tournai vers mon voisin, musicien très « avancé », théoricien hardi,\net je me servis de cette formule en si et en scies pour traduire mes impressions.\nJ'ajoutai même : « Voilà une devise littéraire toute trouvée pour certaines\nmusiques d'avant-garde : Si six scies... »\nA la sortie, mon voisin commença, le plus sérieusement du monde, un plai-\ndoyer sur ce thème :\n« Vous en êtes encore à la rhétorique ancienne, qui proscrivait la répétition du\nmême son dans une période ; c'est enfantin et c'est très faux ! La répétition\naccumulée, et son équivalent musical : la dissonance, ont une force virile, une\nprise souveraine sur la sensibilité de l'auditeur. Vous-même ne pouvez dire cette\nphrase où sifflent les 5 sifflantes, sans être nerveux... Donc elle agit sur vous !\nelle touche, elle a du mordant ! Cela vaut mieux (musicalement, abstraction\nfaite des idées) qu'une phrase bien fade, à sonorités divergentes et diffuses,\ndont vous ne seriez nullement ému. »\nEh quoi ! cette phrase idiote aurait vraiment une valeur symbolique?\nJ'entends bien ; il faut que l'œuvre d'art touche l'auditeur. Mais il y a plusieurs\nfaçons d'être touché. Il y a la piqûre, l'égratignure, la morsure, la déchirure,\nqui, je vous l'assure, contrarient ma nature. Il y a aussi la caresse ; je préfère\nla caresse.\nSi six scies... Non ! c'est assez d'une fois."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-07-01_01#c002", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "334", "page_fin": "335", "image_debut": 2, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.2.2", "titre_corps": "Les représentations d'opéra et de ballet russes au théâtre du Châtelet", "titre_sommaire": "Les représentations d'opéra et de ballet russes au théâtre du Châtelet", "signature_source": "E. D", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "334", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.2", "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 2790, "texte": "Les représentations d'opéra et de ballet russes\nau théâtre du Châtelet\n\nMaintenant que cette entreprise est finie, je dirai librement mon opinion.\nP'aut-il se féliciter qu'il y ait une « saison » russe à Paris ? Oui, sans doute, et\npour plusieurs raisons qui sont comme en marge de la musique.\nles Russes sont nos amis et nos alliés ; nous aurions mauvaise grâce\nà ne pas accueillir avec sympathie une manifestation d'art venant de chez eux.\nEnsuite, ces soirées ont été une très intéressante occasion de voir réunies,\ndans une même salle, les personnalités les plus élégantes ou les plus différentes\nde nous. Elles groupent la colonie russe à Paris. Elles créent un public dont la\nvue a presque autant d'attrait que le spectacle lui-même. Ainsi, j'ai eu plaisir à\nrencontrer plusieurs fois, au Châtelet, un magnifique inconnu en qui, d'après\nV\nson visage et son ampleur, en souvenir aussi de mes lectures d'enfance, je m'a-\nmusais à reconnaître le général Dourakine... Que de visages au pur type slave !\nQuel plaisir d'observer en quoi l'élégance mondaine russe diffère de l'élégance\nparisienne ! d'essayer de deviner la condition des personnes d'après leur exté-\nrieur ! de noter les traits caractéristiques de la race, les gestes, et d'entendre\nautour de soi, dans la familiarité des conversations, le timbre indéfinissable de\ncette langue, si peu pratiquée chez nous, et si musicale, si douce à l'oreille !...\nY eut-il les mêmes avantages au point de vue artistique ?\nOui, si l'on voulait se borner à nous donner des impressions autres, qui varient\nles programmes quotidiens de Paris; non, si l'on prétendait nous offrir un type\nlyrique supérieur au type français. Mes impressions ont été les suivantes.\nL'orchestre était plutôt médiocre. La sonorité des violons manque de douceur\net de fondu. Le chef d'orchestre était trop haut, trop en vedette, ses gestes se\ndétachaient sur les décors, et il semblait vouloir tirer à lui toute l'autorité de la\nreprésentation. C'est une faute de goût. Sur la scène, les artistes produits devant\nnous sont inférieurs à ceux de Paris. Parmi les chanteurs, il n'y en eut aucun\n(y compris Chaliapine, qui est surtout un acteur) dont la voix puisse être\ncomparée aux voix admirables de Gresse, de Delmas, de Dufrane... Parmi les\nfemmes, nous connaissions déjà, bien avant cette « saison », la meilleure et la\nplus célèbre de toutes : Felia Litvinne. Les danseuses étaient charmantes et fort\nadroites ; mais rien ne permet une comparaison entre leur grâce slave et la\ngrâce italienne de notre Zambelli ; quant aux danseurs, nous en avons déjà\nvus, dansnos music halls (à l'Olympia, aux Folies-Bergères...), qui accomplissaient\ndes prouesses tout aussi remarquables. Je dirai, par la même occasion, que pour"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "335", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.3", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1183, "texte": "les décors et les costumes, presque tous nos théâtres de genre ont une\nsupériorité écrasante sur ce que les Russes nous ont fait voir. La musique ?\nnous la connaissions aussi ; elle ne nous apporta aucune révélation, et la seule\npartie nouvelle (musique de ballet) était d'ordre inférieur.\nDeux choses seulement sont à retenir, et constituent un sujet de réflexion\nutile à notre progrès artistique. D'abord, l'excellente discipline des choristes,\nqui ne se contentent pas de paraître et de pousser des notes, mais qui jouent,\navec la même application que les protagonistes ; ensuite, le caractère général\nde cet art russe qui doit son succès aux emprunts qu'il a faits à la sour\nLà est le secret de son charme et de sa valeur. Remarquez cependant qu'en\nmatière de chorégraphie c'est là que triomphe surtout l'art russe, nous\nne saurions guère l'imiter. Il serait ridicule, impossible, de constituer un ballet,\nsut la scène de 1 Opéra, avec les danses populaires françaises (telles que la\nbourrée !...)\nEn somme, saison agréable, intéressante, dont nous souhaitons le retour,\nmais dont il serait inexact d exagérer 1 importance au point de vue artistique.\n\nE. D."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-07-01_01#c003", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "335", "page_fin": "336", "image_debut": 3, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.2.3", "titre_corps": "Le baromètre musical", "titre_sommaire": "Le baromètre musical", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "335", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.3", "debut_caractere": 1185, "fin_caractere_exclue": 1260, "texte": "Le baromètre musical\n\nOpéra.\nRecettes détaillées du 16 mai au 15 juin 1909."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "336", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.4", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 90, "texte": "Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 16 mai au 15 juin 1909."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-07-01_01#c004", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "335", "page_fin": "335", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.2.3.1", "titre_corps": "Opéra. Recettes détaillées du 16 mai au 15 juin 1909.", "titre_sommaire": "Opéra. Recettes détaillées du 16 mai au 15 juin 1909.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "335", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.3", "debut_caractere": 1207, "fin_caractere_exclue": 1260, "texte": "Opéra.\nRecettes détaillées du 16 mai au 15 juin 1909."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-07-01_01#c005", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "335", "page_fin": "335", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.2.3.1.1", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "335", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.3", "debut_caractere": 1262, "fin_caractere_exclue": 2019, "texte": "DATES\nPIÈGES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\nl7\nmai 1909\nThaïs.\nMassenet.\n2Ï.797 95\n12.882 5o\n19\n—\nBacchus.\nMassenet.\n2 I\n—\nSiegfried.\nR. Wagner.\n20.294 87\n12\n—\nHamlet.\nA. Thomas.\n12.S73 5 0\ni5.88o 95\n24\n—\nSiegfried.\nR. Wagner.\n26\n—■\nThaïs.\nMassenet.\n20.421 »\n2 8\n—\nMonna Vanna. — Javotte.\nH. Février. —\nSaint-\nSiegfried.\nSaëns.\n17.007 87\n29\n——\nR. Wagner.\n12.480 )>\nG\n—.\nFaust.\nGounod.\n2 1.1 i q 95\n2\njuin 1909\nLa Val kyrie.\nR. Wagner.\n17.188 5o\n4\n—\nRoméo et Juliette.\nGounod.\n20.275 37\n5\n—\nRigoletto. — Coppélia.\nVerdi. — L. Delibes.\n19.805 »\n14.002 45\n7\n~\nMonna Vanna. — Javotte.\nH. Février. —\nSaëns:\nSaint-\n9\n—\nSiegfried.\nR. Wagner.\n16.297 »\n( 1\n——\nSamson et Dalila. — Coppélia.\nSaint-Saëns. -\n- L.\nDelibes.\n16.410 37\n14\n—\nLa Valkyrie.\nR. Wagner.\n17,022 95"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-07-01_01#c006", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "336", "page_fin": "336", "image_debut": 4, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.2.3.2", "titre_corps": "Opéra-Comique. Recettes détaillées du 16 mai au 15 juin 1909.", "titre_sommaire": "Opéra-Comique. Recettes détaillées du 16 mai au 15 juin 1909.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "336", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.4", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 90, "texte": "Opéra-Comique.\nRecettes détaillées du 16 mai au 15 juin 1909."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-07-01_01#c007", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "336", "page_fin": "336", "image_debut": 4, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.2.3.2.1", "titre_corps": "[Sans titre]", "titre_sommaire": "[Sans titre]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "336", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.4", "debut_caractere": 410, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "DATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\ni6mai matin-\nWerther. — Le Chalet.\nMassenet. — Adam.\n5.679\n5.254\n»\n■\nsoirée-\nLakmè. — La Légende du Point\ndûArgentan.\nL. Delibes. — F.\nFourdrain.\n»\nl7\n—\nSolange.\nCJ .\nG. Salvayre.\n4-335\n»\n18\n—\nLa Vie de Boheme. — La Lé-\nPuccini. — F. Four-\ngende du Point d1 Argentan.\ndrain.\n8.923\n5o\n•9\n—\nLa Tosca.\nPuccini.\n7.167\n5o\n20\n—\nLa Vie de Bohême. — La Lé-\nPuccini. — F. Four-\ngende du Point d'Argentan.\ndrain.\n8 923\n»\n2 i\n—\nManon.\nMassenet.\n7.068\n5o\n22\n—\nLa Habanera. — Philèmon et\nRaoul Lapara. —\nBaucis.\nGounod.\n7.641\n66\n2 3\n—\nWerther. — Cavalleria Rusti-\nMassenet. — Masca-\ncana.\ngni.\n4.014\n5o\n24\n—\nSolange.\nG. Salvayre.\n2.654\n5o\n2 5\n—\nLakmé. — La Légende du Point\nL. Delibes. — F.\n26\nd'Argentan.\nFourdrain.\n8.725\n»\n—\nLa Tosca.\nPuccini.\n5.981\n»\n2 7\n—\nLa Habanera. — Philémon et\nRaoul Lapara. —\n28\nBaucis*\nGounod.\n7.352\n5o\n—\nManon.\nMassenet.\n6.328\n5o\n29\n—\nLa Habanera. — Philémon et\nRaoul Lapara. —\n3o\nBaucis.\nGounod.\n7.502\n5o\n—\nmatin.\nOrphée.\nGluck.\n2.883\n5o\n31\n—\nsoirée.\nCarmen.\nBizet.\n6. f 94\n5o\n(ire).\nLa Flûte enchantée.\nMozart.\n«y •\n2.216\n»\n1\njuin\nLa Flûte enchantée.\nMozart.\n9.o5o\n5.365\n5o\n2\n—\nLa Tosca.\nPuccini.\n5o\n3\n—\nLa Flûte enchantée.\nMozart.\n9.725\n»\n4\n—\nWerther.\nMassenet.\n7.570\n5o\n5\n—\nLa Flûte enchantée\nMozart.\n9.900\n5.424\n16\n6\n—\nmatin.\nCarmen.\nBizet.\n»\n—\nsoirée.\nSanga.\nL de Lara.\n7.637\n»\n7\n—\nLakmé.\nL. Delibes.\n3.903\n»\n8\n—\nLa Flûte enchantée.\nMozart.\n9.716\n5o\n9\n—\nLe Clown. — Les Armaillis.\nI. de —\nLa Flûte enchantée.\nG. Doret.\n8.004\n»\n10\n—\nMozart.\nQ.715\n»\n{1\n—\nManon.\nMassenet.\n8.855\n5o\n12\n—\nLa Flûte enchantée.\nMozart.\n9.83 1\n5o\n13\n—\nSanga.\nI. de Lara.\n7-558\n5o\n14\n—\nMignon.\nA. Thomas.\n4.52 1\n5o\n1 5\nLa Flûte enchantée.\nMozart.\n6.403\n»"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-07-01_01#c008", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "336", "page_fin": "342", "image_debut": 4, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.2.4", "titre_corps": "Une oeuvre d'art populaire : « Jeanne La Patrie », de M. Bourgault-Ducoudray.", "titre_sommaire": "Une oeuvre d'art populaire : « Jeanne La Patrie », de M. Bourgault-Ducoudray.", "signature_source": "HENRI QUITTARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "336", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.4", "debut_caractere": 92, "fin_caractere_exclue": 408, "texte": "Une oeuvre d'art populaire : « Jeanne La Patrie », de\nM. Bourgault-Ducoudray.\n\nUne composition de M, Bourgault-Ducoudray, quelle qu'elle soit, est toujours\nla bienvenue.\nPersonne moins que M. Bourgault-Ducoudray n'a fait de concessions ail\ngoût, à la mode, aux habitudes courantes, fussent-elles en somme acceptables"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "337", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.5", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3563, "texte": "et presque logiques. Personne n a moins cherché le succès en sacrifiant si peu\nque ce soit d un idéal conscient, volontairement choisi. Personne ne s'efforça\nplus obstinément à réaliser sa propre conception de l'art et à la présenter telle\nquelle, sans tenter d en dissimuler ce qui s'accordait le moins avec les opinions\ndu jour et ce qui résultait d une vue très particulière et d'une sensibilité très per-\nsonnelle.\nPlus qu aucun de ses contemporains, même les plus grands, je n'ose pas\ndire surtout les plus grands, M. Eourgault Ducoudray a conçu la musique\ncomme un art essentiellement social, mieux fait pour l'expression des sentiments\ncollectifs de toute une race que pour celle d'un lyrisme individuel, à peu près\nfatalement destiné, quels qu'en soient le raffinement ou la profondeur, à n'être\npleinement accessible qu'à une élite. En ces temps où la musique tend de plus\nen plus à devenir un art fermé, exquis sans doute, mais sans contact direct avec\nla masse, même très cultivée, qui n'en a pas une fréquentation quotidienne, de\ntelles tendances valent d'être hautement louées. D'aucuns, faisant réflexion que\nles arts qui vivent trop exclusivement sur eux-mêmes et pour quelques rares\nadeptes sont près de l'irrémédiable décadence, n'hésiteront point à dire qu'elles\nvalaient d'être plus imitées. L'examen de l'œuvre nouvelle dont la Revue musicale\nveut entretenir aujourd'hui ses lecteurs montrera pratiquement les caractéris-\ntiques du compositeur.\nC'est une cantate populaire pour chœur et orchestre (ou musique d'harmonie),\nconsacrée àla glorification de Jeanne d'Arc, Jeanne La Patrie, pour lui donner\nle titre que les auteurs ont choisi.\nJ'aime mieux dire tout de suite que ce titre me plaît médiocrement. Sous\nsa prétention symbolique, il manque de simplicité et de naturel. Pourquoi pas\nJeanne d'Arc tout simplement ? Jeanne La Pairie, cela vous a un air de faux sen-\ntimentalisme patriotique, évocateur de fâcheuses réminiscences. Mais il serait\npuéril d'insister sur une critique dont, au surplus, le seul librettiste, M.Théodore\nBotrel, doit être tenu pour responsable. Et il vaut mieux convenir franchement\nque le poème qu'il écrivit est bien loin de se pouvoir comparer, même de loin, à\nla musique qu'il inspira. Musicien et poète ne sont pas ici loin de là des\nesprits du même ordre.\nCependant, le livret n'est pas sans qualités. La faiblesse d'un style tantôt\nboursouflé et tantôt plat ou trivial ne dissimule pas entièrement la sincérité du\nsentiment qui partout l'anime. Le plan en reste simple et sans complications\ninutiles. Point de détails: de grandes lignes assez fermement tracées. Quatre\népisodes en tout, embrassant en quatre tableaux l'ensemble de la vie héroïque\nde la Vierge guerrière : Domrémy, Orléans, Reims, Rouen. Et c'en est assez.\nAssez du moins pour fournir à l'inspiration du compositeur une base solide;\nassez peu pour ne point risquer de la contrarier en la contraignant à traiter\ntelles scènes qu'il n'aurait point rêvées. Le livret disparaît : les paroles impor-\ntent peu. Le musicien demeure seul et libre.\nHeureusement. Car le danger de pareils sujets est dans la difficulté de main-\ntenir le caractère légendaire, un peu vague, qui seul peut en garder la grandeur.\nTrop de précision, trop de recherches, trop d art même (je ne parle que pour le\ntravail du librettiste) : et nous n'aurions plus qu'une manière de drame, pas\nplus intéressant que tel autre. Moins peut-être, puisque personne n'estimerait\nlégitime de n'avoir tiré de si grands souvenirs autre chose que d'ordinaires"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "338", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.6", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3657, "texte": "anecdotes. Le ridicule est ici la revanche du sublime. Peu de drames patrio-\ntiques en demeurent tout à fait exempts.\nMais ceci n'est point un drame. Bien plutôt une œuvre de musique pure. Non\nseulement l'héroïne, Jeanne d'Arc, partout présente, ne s'incarne jamais en la\npersonne d'une chanteuse ; mais encore n'y a-t-il point de personnages, à propre-\nment parler, mis en scène. Un récit seulement, essentiellement impersonnel, tel\nque serait celui d'un barde populaire narrant à son auditoire la complainte de la\nbonne Lorraine. Avec raison, M. Bourgault-Ducoudray n'a point hésité à accen-\ntuer encore ce caractère en se refusant à traiter quoi que ce fût de ce récit en\ndialogue choral, ainsi que certains passages du texte l'y eussent autorisé peut-\nêtre.\nEn consacrant, dans un précédent numéro de la Ftevue ( ier avril 1906), quelques\npages à l'étude du bel opéra de M. Bourgault-Ducoudray, j'avais assez\nlonguement insisté sur cet art singulier du dialogue choral qu'il possède, à peu\nprès seul aujourd'hui parmi nous. Ce talent d'animer les foules, de les faire vivre\nsur la scène que nous venons d'admirer cette année (comme nous l'avions fait\nl'année dernière) dans les opéras russes de la saison du Châtelet. il n'est pas\nmauvais de rappeler qu'un compositeur français le possède aussi bien.\nMais Thamara ètait un drame visant, comme tout drame, à donner l'illusion\ndu vrai. Le compositeur eut donc alors raison de jeter sur la scène ces masses\nhurlantes et terrifiées qui, vraiment, vivaient sous nos yeux. Ce bel effort de\nréalisme, nous venons de le dire, eût été inutile, sinon nuisible dans la cantate\ndont il est ici question. Aussi l'écriture chorale de cette composition, qui ne com-\nporte que des chœurs, est-elle très sensiblement différente.\nElle en accentue singulièrement le caractère récitatif, épique si l'on veut, qui\ns'imposait. De fréquents passages à l'unisson, confiés tour à tour à différents\ngroupes de voix, choisis suivant les convenances d'une esthétique expressive très\nsimple et très compréhensible, y alternent avec les ensembles vocaux, disposés\neux-mêmes avec la liberté et la variété la plus grande. Tantôt deux voix, tantôt\ntrois, de même nature ou non; ici quatre voix d'hommes ou de femmes ; là deux\nchœurs dialoguant ou superposant leurs récits. Ailleurs enfin l'imposante\nampleur de la masse tout entière. C'en est assez pour éviter la monotonie des\nœuvres presque exclusivement chorales, monotonie dont celles des plus grands\nmaîtres, un Haendel,un Bach même, ne sont pas toujours exemptes.\nEncore ces grands maîtres avaient-ils la ressource des artifices inépuisables\nd'un contrepoint savant et compliqué. Car nous savons qu'ils écrivaient pour un\ngroupe assez peu nombreux de chanteurs exercés. Au contraire, M. Bourgault-\nDucoudray eut évidemment en vue ces vastes ensembles de sociétés populaires\ndont il s'est fait depuis si longtemps le dévoué propagandiste. Il lui fallait donc\npartout ne point dépasser les limites de ce qu'on peut raisonnablement deman-\nder à des musiciens, exercés sans doute, mais enfin occasionnels. Il lui fallait\nmettre sur pied une œuvre d'exécution relativement facile et cependant riche\nd'effets délicats ou grandioses. La technique de cet art, populaire dans le bon\nsens, restait à créer. On peut dire que c'est maintenant chose faite.\nL'accompagnement instrumental marque les mêmes préoccupations et obéit\naux mêmes lois. Toujours très simple, il évite avec soin les complications, qui\nd'ailleurs ne sauraient légitimement s'expliquer que pour traduire les subtiles\nnuances d'une psychologie complexe. Les grands sentiments très humains que le"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "339", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.7", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "musicien voulait rendre le sont d'autant mieux que sera plus parfait ce système\ndesimplification intelligente et raisonnée. Ainsi seulementd'ailleurs, l'œuvre qui\ns'adresse à tous, qui peut être pleinement comprise par tous, pourra-t-elle être\nexécutée partoutdignement. Même cette préoccupation de l'auteur, d'avoir voulu\nse satisfaire d'une simple musique d'harmonie pour accompagner ces chœurs,\nn'est pas négligeable. Je ne connais point la partition d'orchestre de Jeanne\nd'Arc. Mais j'imagine cependant que les larges et sonores accords d'une musi-\nque de seuls instruments à vent, d'une musique militaire en un mot, convien-\ndraient à merveille pour en rendre la sobre et mâle grandeur. Mieux peut-être\nque les accents plus nuancés etmoins robustes de l'orchestre symphonique ordi-\nnaire. Ceci en vérité est une œuvre apparentée de très près à celles que l'exalta-\ntion patriotique de la Révolution vit éclore. Les mêmes moyens d'expression lui\nsuffisent et lui conviennent.\nMais quelque chose qu'ignoraient à peu près les Gossec, les Méhul et les\nLesueur, M. Bourgault-Ducoudray le possède à un degré éminent. Je veux\ndire le sentiment populaire de l'inspiration. Ceci est encore une des qualités que\nnous admirons chez les maîtres russes, et le maître français reste encore ici leur\négal. Sa musique paraît essentiellement française, dans le sens véritable dumot.\nC'est-à-dire que ses mélodies sont ou plutôt semblent être de véritables mélodies\npopulaires de notre pays. Le musicien a-t-il reproduit vraiment des thèmes\nempruntés à notre folklore ou bien s'en est-il imprégné à ce point que sa pensée\nse modèle d'elle-même sur ces chants issus de l'âme du peuple ? Je ne saurais\nle dire, mais l'identité demeure si saisissante qu'il semble que la question doive\ndemeurer sans réponse\nQu'importe, au surplus? Le résultat n'en est-il pas d'une originalité singu-\nlière, d'une couleur séduisante et charmante ? Voyez par exemple le thème déli-\ncieux de vieille ronde qui semble évoquer l'âme même de l'héroïque bergère et\nqui forme, en la composition tout entière, une sorte de motif conducteur exquis :\nC est ainsi, dans le prélude, qu'apparaît pour la première fois cette mélodie\npénétrante. Mais l'art du musicien la saura transformer cent fois au cours de\nl'œuvre. Et sans perdre jamais tout à fait son caractère rustique et naïf, elle se\npliera sous sa main à l'expression des sentiments les plus divers. Travail d une\ningéniosité surprenante, où se retrouvent les procédés et 1 esprit de la grande"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "340", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.8", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1040, "texte": "variation beethovénienne. Mais citons brièvement les transformations princi-\npales.\nVoici la phrase, encore dans le prélude, à trois temps cette fois, et parée d'une\nexpression beaucoup plus intense et plus pathétique :\nUn changement de rythme, un déplacement des temps accentués suffiront un\npeu plus loin, dans les chœurs, à lui conférer le caractère impératif d'une injonc-\ntion puissante :\n.\nAppel presque impérieux qui va se changer maintenant en un tendre et mélan-\ncolique adieu. Dis adieu vite à ion vieux chaumç, A tes parents, à tes amis, mur-\nmurent les chœurs sur le thème ainsi transfiguré :\nIl est d'autres transformations plus radicales encore, sans que jamais la phrase\nprimitive cesse d'être perceptible Voyez, par exemple, le chant triomphal des\nsopranos et des altos en octaves, sur le passage de Jeanne, dans la 3e partie\n(Reims) :\nOu encore ce furieux cri de guerre des ténors et basses unis (2e partie, Orléans):\nEt jusque dans les mélodies les plus sombres, les harmonies les plus lugubres"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "341", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.9", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "du tragique épisode final, le bûcher de Rouen, une attentive analyse laisserait\ndiscerner quelques vestiges encore de ce thème fondamental.\nFaut-il encore, dans la note populaire, manquer de citer la si jolie chanson de\nla première partie, si simple et si gracieuse à la fois ?\nCelle-ci, le musicien s'est peu appliqué à en diversifier l'aspect par de subtiles\nmodifications dans le rythme sur la ligne mélodique.\nCe n'est point qu'il ne s'en serve plusieurs fois dans un but d'expression\nchaque fois transformé ou agrandi. Mais il use alors d'un autre procédé. Et c'est\nen superposant cette phrase à d'autres qu'il fera jaillir de ce contraste impérieux\nles effets les plus saisissants.\nA citer, dans cet ordre d'idées, la conclusion de la première partie où la chan-\nson, confiée aux voix de femmes, plane doucement au-dessus du reste du chœur\noù gronde sourdement le thème de lugubre désolation exposé par les basses au\ndébut de l'œuvre :\nDe ces superpositions de thèmes, au surplus, M. Bourgault-Ducoudray ex-\ncelle à faire le plus heureux emploi. Emploi très sobre d'ailleurs et qui n'entraîne\njamais sa polyphonie claire et robuste à l'obscurité ou à une complication fati-\ngante. Voyez par exemple, dans la 3e partie (Reims), l'effet grandiose - produit\npar l'union du Te Deum liturgique aux Noëls ! Noëls ! éperdus clamés par la\nfoule ; ou bien encore, dans la 4e (Rouen), la tragique désolation du lugubre\nMiserere, sonnant au-dessous du murmure désolé de la foule.\niMais il est temps de mettre un terme à une analyse qui, si détaillée qu'elle\npût être, ne saurait suppléer qu'imparfaitement à l'audition ou du moins à la\nlecture de l'œuvre. 11 n'est pas impossible que cette épreuve définitive n'y laisse\ndiscerner quelques pages plus faibles. Assurément, comme en toute composi-\ntion, l'auteur ne s'est pas maintenu partout à la même hauteur. Toute la seconde\npartie (Orléans) paraît d'un-e inspiration moins soutenue, et les clameurs guer-\nrières des chœurs y sont parfois d'une facture tant soit peu conventionnelle Je ne\ngoûte pas non plus entièrement l'apothéose, d'ailleurs assez courte, qui sert de\nconclusion. Enfin de loin en loin, là surtout oû la faiblesse, pour ne pas dire la\nniaiserie des paroles, l'y obligeait presque, le musicien a laissé échapper quel-\nques passages d'accent vague ou terne."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "342", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.10", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1634, "texte": "Mais ces taches sont peu de chose. Elles ne sauraient diminuer la noblesse et\nl'élan de tout l'ensemble : elles ne sauraient faireque la première partie tout en-\ntière et la dernière presque toute nesoient de la plus haute et de la plus pénétrante\nbeauté musicale. Et vraiment c'en est assez pour classer au premier rang cette\ncomposition de M. Bourgault-Ducoudray. J'ignore si cette œuvre, relativement\nrécente, a déjà été exécutée quelque part . En tout cas, il serait bien à souhaiter\nqu'elle s'inscrivît, au plus tôt, au répertoire de ces sociétés populaires pour qui\nelle fut écrite. Car c'est fort bien de proclamer partout, comme nous l'entendons\nfaire tous les jours, la nécessité de mettre l'art musical à la portée de tous et de\nfonder partout des sociétés chorales solidement instruites. Mais avant tout, il\nfaut constituer à ces groupes futurs un répertoire véritablement artistique. Pour\ndiverses raisons, dont toutes ne sont pas à approuver, les œuvres chorales clas-\nsiques, presque toutes écrites sinon pour l'église, au moins sur des sujets de dé-\nvotion, ne sauraient présentement leur convenir. Donc, que les artistes suivent\nl'exemple de M. Bourgault-Ducoudray, qu'ils se plient aux nécessités du genre,\nsans cesser pour cela d'être eux-mêmes, et qu'ils sachent, en restant simples et\nfaciles, créer la musique robuste et forte qui convient. C'est à ce prix que l'art\npopulaire, disons l'art, et pour le peuple et par le peuple, si hautement désirable\nd'ailleurs, cessera d'être un thème à déclamations généreuses et vaines pour\nvivre véritablement d'une vie durable et féconde.\n\nHENRI QUITTARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-07-01_01#c018", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "342", "page_fin": "351", "image_debut": 10, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.2.5", "titre_corps": "Théorie du rythme, PAR PAUL VERRIER, DOCTEUR ÈS LETTRES.", "titre_sommaire": "Théorie du rythme, PAR PAUL VERRIER, DOCTEUR ÈS LETTRES.", "signature_source": "J. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "342", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.10", "debut_caractere": 1636, "fin_caractere_exclue": 3270, "texte": "Théorie du rythme,\nPAR PAUL VERRIER, DOCTEUR ÈS LETTRES.\n\nM. Paul Verrier, qui vient de soutenir très brillamment, devant la Faculté des\nlettres de l'Université de Paris, deux thèses pour le doctorat, est un savant qui\nporte avec aisanceun énormebagaged'érudition. Ancien étudiant à la Sorbonne,\nil a d'abord fait de sérieuses études de grec et conquis le titre d'agrégé de gram-\nmaire. Puis il est allé en Allemagne et a poursuivi, dans les Universités\nd'outre-Rhin, un second cycle d'études. De là. il s'est rendu en Danemark, puis\nen Suède, pour apprendre les langues Scandinaves et se familiariser avec elles\nau point de s'en servir pour des publications en prose et en vers, et mériter, de\nla part de Bjorstjern-Bjorson et Brandès, le qualificatif de « confrère ». De là, il\nest allé en Angleterre pour étudier à fond les choses anglaises. Il est aujourd'hui\nprofesseur d'anglais au lycée Carnot et fait, à la Sorbonne, un cours libre sur les\nlittératures et les langues Scandinaves. A tout ce savoir philologique s'ajoutent\ndes notions très complètes sur la philosophie, sur certaines sciences, et enfin sur\nla musique : tout cela bien digéré, bien assimilé, ne donnant jamais une impres-\nsion de pédantisme ou de lourdeur.\nLa première thèse de M. Verrier est intitulée : Essai sur les principes de la mé-\ntrique anglaise. Nous n'en parlerions pas dans cette Revue, si elle ne touchait à\nla musique sur quelques points essentiels et n'avait, malgré ce sujet très spécial,\nune portée générale. Elle est suivie d'une autre thèse fort remarquable qui n'en\nest que la seconde partie, avec le sous-titre : Théorie générale du rythme."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "343", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.11", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3817, "texte": "I Sans entrer dans les détails d'un sujet qui est immense et d'un travail où\ntant d'idées et de faits sont remués, je voudrais indiquer l'idée générale et nou-\nvelle qu'apporte M. Verrier dans sa première thèse, en indiquant la réserve que\ncette lecture m'a suggérée.\nU Essai sur la métrique anglaise contient une étude (p. 85-137) sur la prosodie,\nc'est-à-dire une étude sur toutes les valeurs qui entrent dans un vers, sons,\nsyllabes, accent, intonation, silences, pauses,— abstraction faite des divers\nmodes de leur groupement ;il contient aussi une étude (p. 263-351) sur la mé-\ntrique, c'est-à-dire une étude des divers modes de groupement des valeurs,\nabstraction faite des syllabes et des mots. Entre ces deux études s'en place une\ntroisième sur la rythmique, relative au mécanisme général du vers.\nQu'est-ce d'abord qu'un vers ?\nII est plus difficile qu'on ne croirait de répondre à cette question. Les grands\npoètes de l'antiquité, à l'époque classique, n'ont jamais fait la théorie de leur art,\npourtant si riche et si précis, et on peut affirmer que Corneille, Racine, Molière,\nauraient été fort embarrassés si on leur avait demandé une définition : il est\nmême infiniment probable qu'ils auraient donné une définition inexacte. En ce\nqui concerne la langue française, il est assez curieux que les deux grandes obser-\nvations ou découvertes, faites l'une sur la place de l'accent tonique dans les\nmots et sur son rôle dans le vers, sont dues à des étrangers (l'Anglais Palsgrave\nau xvie siècle, et le SicilienScoppaau commencement duxixe). Jedonnerai l'extrait\nsuivant du livre de M. Verrier :\n« § 212. Qu'est-ce qu'un vers ? Il est fort malaisé de le déterminer. En tout\ncas, je puis et dois le dire dès maintenant, ce n'est pas une unité de même espèce\nque le pied. Il en diffère à peu près comme la phrase musicale diffère de la me-\nsure. Le rythme peut très bien exister en dehors des phrases carrées et des vers,\npar exemple dans la mélodie continue et dans la prose rythmée (1). En fait, le vers\nse décompose en un certain nombre de pieds, complets ou incomplets, comme la\nphrase musicale en un certain nombre de mesures. Mais ce chiffre ne suffit pas à\nles caractériser. Si I on prenait un morceau de musique et que sans plus on le\ncoupât au hasard en fragments de quatre mesures, on ne l'aurait pas pour cela\ndivisé en phrases musicales. La phrase musicale est constituée par le dessin\nmélodique et les cadences, à un moindre degré par le dessin rythmique et la gra-\ndation des temps forts. Une fois ainsi constituée, elle peut se définir par le\nnombre de ses mesures.\n« § 213. Appellerons-nous vers toute série de pieds qui présente un sens com-\nplet ? Nous le confondrions alors avec la phrase grammaticale. D'autre part,\nnous n'avons pas à tenir compte du sens des mots, qui ne relève pas de la\nphonétique Je sais bien qu'en musique la phrase doit présenter un sens com-\n\n(1) La prose rythmée, /eXoptsvY) chez les Grecs (v. Plutarque, De musica, c. 3, § 35 dans\nl'édition Weil-Reinach), numeri lege soluti chez les Romains (v. Horace, Car m. IV, 2, Ir, et cf.\nCensorinus, c. 9), se distingue du vers par l'absence de mètre : avso pi-cpoo <bpt<jpivoo (Héphes-\ntion, Ilspi 7rot7}pton:oç, c. 3 . C'est en prose de ce genre qu'étaient composés les nomes citharœ-\ndiques de Timothée, le dithyrambe nouveau, les monodies d'Euripide, etc. (v. la note de\nMM. Weil et Reinach sur le passage de Plutarque). On peut y rattacher la prose métrique des\nbas siècles latins et la prose rythmique des Byzantins (v. Havet, Métrique, chap. xvi\\ On trouve\naussi en vieil anglais une prose rythmée, allitérante en même temps, dans les homélies\n(cf. A. Brandeis, Die Allitération in JElfric s metrischen Homilien, Vienne, 1897, et Joh.\nSteenstrup, Historisk Tidsskritft, 7. R. IV, p. 119 et suiv )."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "344", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.12", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3933, "texte": "plet ; mais c'est là une métaphore. Aussi ajoute-t-on souvent musical : un sens\nmusical complet. Il s'agit tout simplement du dessin mélodique et de la cadence\nfinale.\n((§214 Dirons-nous que l'unité du vers est déterminée par la prédominance\nd'une syllabe forte, autour de laquelle les autres se groupent naturellement,\ncomme dans la syllabe les phonèmes autour du plus sonore, comme dans le mot\nou le groupe accentuel les inaccentuées autour de l'accentuée ? Le vers ne serait\nainsi qu'un groupe rythmique d ordre supérieur, un groupe rythmique composé.\nEncore faudrait-il indiquer comment se fait ce groupement. Nous avons eu\nbeaucoup de peine à le préciser vaguement pour les groupes accentuels et\npour les groupes rythmiques simples (v. § 186).\n« § 215. Nous fonderons-nous sur la marche du rythme ? Elle peut grouper les\nfortes dans un ordre croissant, décroissant, circonflexe ou anticirconflexe. C'est\nle premier ou l'avant-dernier qui prédomine, comme en prose.Presque toujours,\nquand les illettrés lisent des alexandrins, par exemple, ils vont crescendo jusqu'à\nla césure et de là decrescendo jusqu'à la fin du vers (1). Comme ils se laissent\nguider uniquement par le rythme, nous pouvons conclure que telle en est bien\nla forme fondamentale. Mais nous nous en écartons trop souvent pour qu'elle\npuisse servir à déterminer l'unité du vers.\n« § 216 II en est de même de l'intonation : bien qu'elle soit presque toujours\nde forme nettement circonflexe, comme c'est aussi le cas le plus fréquent dans\nla phrase musicale, elle varie encore trop pour que nous en fassions la base de\nnotre définition. Il n'en va pas autrement en musique, pour la marche du\nrythme aussi bien que pour celle de la mélodie proprement dite.\n« Tout vers a sa mélodie propre. Sans doute, chaque lecteur ou diseur l'inter-\nprète un peu à sa guise. Mais à travers ces interprétations diverses elle transpa-\nraît presque toujours plus ou moins clairement (2). Cette mélodie fondamentale,\nqui fait partie intégrante du vers, c'est bien le poète lui-même qui l'y met, cons-\nciemment ou non. Souvent elle précède dans son esprit, non seulement les mots,\nmais encore l'idée ou l'image précise qu'ils expriment ; nous avons là-dessus le\ntémoignage catégorique de Goethe et de Schiller (3). Chaque poète a sa mélodie\npersonnelle, qui varie d'ailleurs plus ou moins suivant le caractère du poème ou\nplus exactement de l'émotion passagère. Le « vers héroïque » ne chante pas chez\nShelley comme chez Keats ou Milton, ni dans les monologues d'Hamlet comme\ndans les duos de Roméo et de Juliette (4) . Puisque la mélodie d'un vers déter-\n\n(1) Sans préjudice du renforcement métrique final. La courbe de l'accentuation est compli-\nquée. Il serait plus exact, peut-être, de dire qu'il y a deux montées.\n(2) En voici une preuve, qui montre en même temps à quel point le chant se règle sur l'into-\nnation du langage parlé. Deux compositeurs danois, très différents à bien des points de vue,\nont mis en musique séparément, chacun ignorant l'œuvre de l'autre, un petit poème de l'auteur\nintitulé Det danske Sprog. Presque partout ils ont adopté, au moins quant au fond, la même\nmélodie.\n(3) « Il me semble souvent qu'un secret génie prélude au fond de mon cœur et murmure en\ncadence, si bien que mes pas se meuvent toujours en mesure et que je crois entendre de légers\nsons accompagnant quelque poésie, qui, d'une manière ou d'une autre, se présente sans effort»\n(Goethe, Wilhelm Meister, OEuvres de Gœthe, trad. Porchat, VII, p. 272 . —« Das Musika-\nlische eines Gedichtes schwebt mir weit ôfter vor der Seele, wenn ich mich hinsetze es zu ma-\nchen, als der klare Begriffvom Inhalt, iiber den ich kaum mit mir einig » (Schilleis Briefe, éd.\nJonas, III, p. 202j.\n(4) Pour étudier la « mélodie » d'un vers, il faut noter le ton, le mode, la nature des inter-\nvalles, les cadences, les introductions, la marche mélodique, les groupes mélodiques, simples ou"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "345", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.13", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3561, "texte": "miné varie ainsi d'un poète à l'autre et dans les divers passages d'un même au-\nteur, elle ne saurait servir à définir ce vers en tant que vers.\n« § 217. Ce qui importe le plus, après tout, c'est de bien marquer le commen-\ncement et la fin du vers, surtout la fin. On peut le faire à l'aide d'un renforce-\nment métrique, en appuyant par exemple sur le dernier temps marqué. C'est ce\nqui arrive dans nos vers : les deux accents fixes de l'alexandrin, celui de la cé-\nsure et de la fin du vers, ressortent toujours fortement. Ce sont les seuls, aussi,\ndont les musiciens aient toujours tenu compte, en les mettant régulièrement au\ntemps fort. On sait que dans notre ancienne versification, le temps marqué ne\nconïncidait forcément avec l'accent qu'à un ou deux endroits, où il recevait plus\nd'intensité qu'ailleurs (1) :\nTr en cher ai les halbèrs e les hèlmes peméz...\nVoyage de Ckarlemagne, v. 460.\n« Maintenant que nous rythmons nos vers en nous conformant à l'accentua-\ntion, la fin du vers est encore indiquée par un accent plus fort en principe que\nles autres :\nLe soleil revêt d'éclatantes couleurs...\n«LECONTE DE LISLE (2). »\nCes analyses, on l'avouera, sont bien confuses !\nM. Verrier admet donc que levers a une origine musicale. Il le prouve, inci-\ndemment, par une observation d'ordre psychologique (témoignage de Schiller) ;\nil aurait pu le prouver par des raisons historiques, en remontant aux origines,\nen étudiant par exemple le carmen antique. Je suis entièrement de son avis.\nCette première idée semble le conduire à celle qui domine tout son livre, en fait\nla nouveauté et constitue sa thèse proprement dite ; on peut la formuler ainsi :\nUn vers se décompose en un certain nombre de pieds, et tous ces pieds sont\négaux en durée. D'un temps fort et marqué à un autre temps fort, tous les inter-\nvalles du vers sont soumis à Yisochronie. Cette loi n'est pas seulement celle du\nvers anglais, où l'ancienne doctrine croyait trouver une « mosaïque d'iambes, de\ntrochées, de spondées, de dactyles et d'anapestes, sans parler du reste » (p. 261);\nelle s'applique à toutes les versifications. « Rien déplus simple, comme on le\nvoit ; le tout peut s'expliquer en cinq minutes et tenir en cinq lignes. »\nOui, rien n'est plus simple ; mais les conséquences, au point de vue de la doc-\ntrine des critiques, sont énormes, révolutionnaires et de grande portée. Je songe\n\ncomposés, les effets de contraste ou de ressemblance, le rythme mélodique, simple ou composé,\nles rimes mélodiques, l'intonation simple ou composée des syllabes, les différences entre fortes\net faibles au point de vue de la hauteur (les fortes sont en général plus aiguës), de la forme (les\nfortes ont plus souvent une intonation composée) et de l'importance mélodique (les fortes cons-\ntituent d ordinaire le noyau des groupes mélodiques, et la trame de la mélodie), etc.\nMM. Sievers et Saran ont essayé de faire ce travail en partie pour deux ou trois poèmes (v. /. c.,\np. 157, note 1). Avant de connaître leurs publications, j'avais analysé la mélodie de quelques\nvers anglais par la méthode expérimentale (v. Troisième Pjrtie, livres II et III). Nous nous\nsommes rencontrés sur plusieurs points, par exemple dans 1 adoption des termes « groupes\nrythmiques » et « groupes mélodiques », mais non sur tous.\n(1) J'indique la place de l'accent par un accent aigu.\n(2) On sait que V. Hugo, Banville et Leconte de Lisle accentuaient fortement la sixième et\nla douzième syllabe de leurs alexandrins (cf. Saran, Der Rhythmus des franzosischen Verses,\nHalle, 1904, p. 246-8)."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "346", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.14", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3415, "texte": "ici à la poésie des lyriques grecs ; et je vais donner, très simplement encore, une\nidée de la question.\n. Les grammairiens venus après les grands poètes grecs et essayant de les\nexpliquer, trouvaient, par exemple dans les vers d'un Pindare, des successions\nde longues et de brèves qu'il semblait impossible de partager en groupes identi-\nques (au point de vue de la durée); ils ont alors imaginé de donner à ces groupes\ndes noms différents/, ils ont créé des unités rythmiques aux noms étranges, dont\nl'étude a constitué, pendant des siècles, toute la science métrique. Ce sont là\ntelle est la pensée que nous suggère M. Verrier de pures chimères, des\n« monstres », dus simplement à ce fait qu'on a mal compté les valeurs, qu'on les\na mal groupées en coupant levers arbitrairement, ou qu'on n'a pas tenu compte\nde l'exécution. Sur ce point, j'admets entièrement l'opinion de M. Verrier, pour\nd'autres raisons encore, qu'il ne dit pas. Les vers d'un Pindare étaient chantés\npar un chœur; et j'ai peine à comprendre comment une exécution chorale eût\npu être correcte, si à défaut de l'égalité des valeurs de syllabes, comme dans le\nplain-chant, elle ne s'était pas appuyée, pour que le mouvement fût bien réglé,\nsur l'égalité des mesures.\nMais si ce principe me paraît applicable àla poésie des lyriques grecs, la-\nquelle était chantée, je ne comprends absolument pas que M. Verrier l'applique\nàla poésie moderne, laquelle est déclamée. Dans le lyrisme antique il y a des\nlongues, des brèves, des durées déterminées, et on peut parler de l'isochronie\ndes pieds ou des mesures. Dans le vers moderne, où l'accent et le timbre rem-\nplacent les longues et les brèves, il ne peut y avoir rien de semblable. La durée\nd'une mesure musicale s'exprime par deux chiffres, par exemple 6/8. Le 6 veut\ndire qu'il y a six temps ; le 8 complète rigoureusement cette indication : il signi-\nfie que chacun de ces temps vaut un huitième de la ronde qui est prise comme\nbase et dont la valeur, unefois fixée conventionnellement, n'est plus modifiée au\ncours de l'exécution. Or le rythme d'un vers moderne ne pourrait s'exprimer\nque par le premier de ces deux chiffres ; le second ferait défaut. En un mot, la\nmesure du vers moderne est déterminée par des nombres, rien de plus :\n... Célébrer avec vous la fameuse journée\nOù sur le mont Sina la loi nous fut donnée.\nVoilà deux vers qu'il est facile de partager, le premier en 4 anapestes ( w—,\ncélébrer, | avec vous, etc...), le second en six iambes ,ou sur | le mont |\nSina etc...). Mais absolument rien ne m'oblige à donner à tous les pieds, dans\nun même vers, une valeur identique. Je puis ralentir, presser, ad libitum ;\naucun inconvénient à cela, puisqu'il ne s'agit plus d'exécution chorale, mais de\ndéclamation en monologue.\nM. Paul Verrier a travaillé dans le laboratoire de M. l'abbé Rousselot, au\nCollège de France. Il a demandé à plusieurs personnes de dire des vers devant\nun appareil enregistreur ; et il a constaté que ces personnes avaient une tendance\nà l'isochronie des intervalles séparés parles syllabes accentuées. Ce n'est qu'une\n« tendance », et de plus, ces expériences personnelles n'autorisent pas des con-\nclusions générales. D'autre part, M. Verrier observe que les musiciens, en\nchantant, ne respectent pas, rigoureusement, l'isochronie des mesures : si bien\nqu'en ajoutant quelque chose à la versification, et, d'un autre côté, en retran-"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "347", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.15", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3165, "texte": "chant quelque chose à la musique, on finit par créer une sorte de ressemblance.\nMais l'essentiel manque pour aller jusqu'à une identité.\nJe dirai volontiers : le vers est une musique incomplète, un résidu de phrase\nmusicale, où l'égalité des durées concrètes est remplacée par l'égalité abstraite\ndes nombres. J'accorderai cependant qu'il y a une vague tendance instinctive,\nchez celui qui récite des vers, à compléter la seconde égalité par la première.\n11. La Théorie générale du rythme, seconde thèse de M. Verrier, est un tra-\nvail très riche par la variété des aspects de la question étudiée et par l'abon-\ndance des faits. Je donnerai une idée de son ampleur, sinon de la documenta-\ntion dont il est plein, en indiquant le plan suivi par l'auteur :\nLivre I. Le Rythme. Chapitre I. Le rythme. Chapitre 11. Les variétés\ndu rythme Chapitre 111. Mesure subjective des unités rythmiques.\nLivre 11. La perception du rythme. Chapitre I.La mesure de l'espace et du\ntemps. Chapitre 11. La mesure visuelle de l'espace. Chapitre 111. Imper-\nfection de la mesure visuelle de l'espace. Chapitre IV. Illusions d'optique.\nChapitre V. Mesure de l'espace par le mouvement. Chapitre VI. Perception\net mesure du temps. Chapitre VII. Les rythmes fonctionnels.\nA. Le rythme du cœur (40). B. Le rythme de la respiration (42). C. Le\nrythme de la marche (43). —D. Conclusion (43). E. Les rythmes fonction-\nnels et le rythme artistique (44).\nChapitre VIII. Les modifications des cellules nerveuses. Chapitre IX. Le\nsens dynamique de l'audition.— Chapitre X. L'attention. - Chapitre XI. In-\nsuffisance du sens du rythme.\nA. Erreurs accidentelles (61). B Variations artistiques (65).\nChapitre XII. Conclusion.\nLivre 111. Esthétique du rythme. Chapitre ILe rythme dans la nature.—\nChapitre IL Le rythme utilitaire. Chapitre 111. Le rythme artistique.\nA. Le but de l'art (81). —B. Origine de l'art (88). C. Le rythme 'dans l'art\n(90). D. Origine des formes du rythme artistique (96).\nChapitre IV. Le rythme du chant.\nA. Les unités rythmiques (104). B. Le groupement rythmique des sons\n(112) :i° les groupes rythmiques (113) ;20 les sections rythmiques (115).\nChapitre V. Origine et évolution des mètres poétiques. A. Les divers\nsystèmes de versification (133) : i° versification syllabique (133) ; 20versification\nquantitative (134) ;30 versification accentuelle (135) ;40 versification tonique;\n50 variations métriques (138); 6° concordance entre le chant et sa matière\nlinguistique(l4o) ;70 séparation des vers et de la musique (140). —B. Influence\ndes modifications phonétiques sur la versification (146 ) : i° le vers indo-euro-\npéen (146) : 20 le vers grec (148) : 30 le vers latin (149) ;40 le vers bas-latin et le\nvers roman (153) ; 50 le vers germanique (158); 6° le vers anglais moderne\n(166). C. Emprunt de mètres étrangers (173). D. Conclusion (179).\nChapitre VI. Valeur émotionnelle des formes du rythme. - Chapitre VII.\nL'homophonie.\nA. Histoire (190) : i° la rime chez les Latins (190) ; 20 la rime chez les\nAnglais (197) ; 30 conclusion (209). B. Le rythme de la rime (211).\nÇ. Le rôle de l'homophonie(2i2).\nChapitre VIII. La valeur du vers.\nConclusions."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "348", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.16", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 3728, "texte": "Dans ce travail si savant, si agréable, si instructif pour ceux-là même qui ont\nsérieusement étudié la question, il y a deux choses qui me choquent, ou tout au\nmoins deux lacunes.\nJ'ouvre le livre à la première page, et je lis ceci :\n« Le rythme proprement dit, le rythme concret, est constitué par une division\nperceptible du temps ou de l'espace en intervalles sensiblement égaux, que nous\nappellerons intervalles rythmiques ou unités rythmiques. On peut dire aussi que\nle rythme est constitué par le retour, à intervalles sensiblement égaux, d'un\nphénomène déterminé ou même tout simplement du signe qui rend la division du\ntemps ou de l'espace perceptible à l'ouïe, à la vue, au toucher, au sens muscu-\nlaire. Le tic tac d'une horloge détermine un rythme temporel, et une suite de\nbarres équidistantes un rythme spatial, parce qu'il y a là une division perceptible\ndu temps ou de l'espace (i). La division d'une longueur en mètres n'est pas per-\nceptible et ne constitue pas un rythme. Enfin, il faut au moins trois unités ryth-\nmiques pour nous donner la sensation du rythme : la deuxième, en répétant la\npremière, nous fait pressentir un rythme, et la troisième est nécessaire pour con-\nfirmer ce pressentiment.\n« Dans notre définition du rythme, le mot « sensiblement » a en réalité une\ntriple signification. Il veut dire avant tout que l'égalité des intervalles tombe\ndirectement sous les sens, nous est directement sensible, comme celle des\nsecondes, contrairement à celle des heures, bien que dans les deux cas la divi-\nsion du temps nous soit perceptible par le tic tac ou la sonnerie de l'horloge, ainsi\nque par la marche des aiguilles. Mais il faut entendre aussi par là que cette éga-\nlité, qu'elle se trouve ou non dans la réalité correspondante, doit exister pour\nnotre sensation : comme nous le verrons, des intervalles égaux peuvent nous\nparaître inégaux, et inversement (2). Enfin, l égalité n'a pas besoin d'être abso-\nlue pour que nous la sentions ; elle peut n être qu'approximative, elle l'est même\ntoujours. Suivant le degré d'exactitude qu'elle atteint, le rythme est plus ou moins\nparfait, plus ou moins imparfait (3). Souvent, il n'est pour ainsi dire qu'esquissé ;\nla musique nous en offre à chaque instant des exemples, avec ses accelerandos,\nses ritardandos, ses points d'orgue, ses reprises d'haleine, etc., surtout dans les\nsolos, les airs d'opéra, les récitatifs, etc. En pareil cas, grâce à notre sentiment\ndu rythme, nous rétablissons et percevons le rythme idéal et absolu à travers\nles variations accidentelles ou voulues du rythme réel et relatif. »\nCe que je trouve dans ces lignes, c'est une définition de la mesure, et non du\nrythme en général. Comme cette définition ne me satisfait pas, je passe au cha-\npitre où il est question du « rythme artistique », espérant trouver là ce que j'at-\ntends. Et voici ce que j'y lis (après d'abondantes généralités) :\n« Quand un sauvage ou un enfant trépigne et crie de joie, c'est d'abord par\nun effet spontané et comme réflexe du sentiment qui l'anime ; c'est ensuite par le\n\n(OC est sur la réalité objective que se fonde cette distinction entre rythme temporel et rythme\nspatial. Je ne prétends pas qu'elle soit exacte au point de vue subjectif.\n(2) On sait que le rythme peut être purement subjectif, c est-à-dire que la division du temps\nou de l'espace peut n'être marquée que par un phénomène purement subjectif. Je ne m'occupe,\nsauf indication contraire, que du rythme objectif, du rythme signalé par un phénomène ob-\njectif.\n(3) 11 ne s'agit ici que de la perfection de cette égalité.. Au point de vue artistique, par\nexemple, un rythme irrégulier à certains égards peut être plus parfait qu'un rythme absolument\nrégulier."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "349", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.17", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3864, "texte": "désir instinctif de l'accroître et de le prolonger par un effet en retour, ainsi que par\nla participation de ses camarades. Et il pourra continuer de la sorte jusqu'à ce\nque cette joie « dies ofits own excess ». Quand il trépigne et crie de douleur,\ninvitant aussi par là ses camarades à l'imiter, c'est plutôt, au contraire, par le\ndésir instinctif d'étouffer cette douleur sous un afflux de sensations différentes,\nsurtout peut-être sous la sensation rassérénante et rassurante d'un redoublement\nd'activité. De même la femme en deuil qui se frappe la poitrine, pleure, soupire,\nsanglote et gémit. Mais il se peut aussi qu'elle cherche par là bien plutôt à se\ndélivrer autrement de sa peine, par l'excès même où l'amènent peu à peu ces ma-\nnifestations diverses de l'affliction et leur impression sur les spectateurs.\n« On a observé, d'autre part, que dans l'exaltation de la joie ou de la douleur\nles mouvements et les cris prennent facilement chez les sauvages, par un effet\nd association, la forme des mouvements et des cris qui accompagnent les exer-\ncices de leur activité où ils ont trouvé leurs émotions les plus fortes la guerre,\nla chasse, l'amour (i).\n« Que ces trépignements se changent en sauts et en pas rythmés, ces cris et\nces gémissements en paroles rythmées, nous aurons la danse et le chant. Cette\ntransformation est d'autant plus facile que dans tout mouvement répété et dans\nle langage ordinaire nous tendons naturellement au rythme (2).\nIl y a des danses purement gymnastiques, où le mouvement exprime et commu-\nnique à lui seul les émotions (3). Elles existent en germe dans les sauts ryth-\nmés des enfants : « Kinder hûpfen auf der Strasse hind und her, wàhrend sie\nihr Butterbrot verzehren und mit ihren Spielgenossen reden, und sie springen\ntànzelnd von einer Seite der Strassenrinne auf die andere, wenn sie eine Besor-\ngung zu machen haben » (Sùtterlin, Das Wesen der sprachlichen Gebilde, Hei-\ndelberg, 1902, p. 22). C'est ainsi encore que sautillent Les oiseaux. Toute exci-\ntation se traduit par des gestes, et quand elle n'est pas tout à fait désordonnée,\naffolée, ces gestes se reproduisent suivant un rythme déterminé. »\nCette définition n'est, évidemment, qu'une transposition, dans un domaine\nsupérieur, de celle qui est donnée plus haut... Il s'agit toujours de la mesure !\nJ ai alors recours au chapitre iv, intitulé « Rythme du chant » (p. 104), et cette\nfois je m'attends à voir apparaître l'idée attendue :\n« La poésie et la musique sont nées et se sont pendant longtemps déve-\nloppées ensemble dàns le chant. Elles suivaient alors un seul et même rythme.\nChaque langue s'accommodait plus ou moins, suivant sa phonétique, à certains\néléments du rythme, dont elle avait elle-même suggéré le choix et la disposition.\nCes adaptations constituèrent les formes réglées du langage que nous appelons\nvers. En se séparant de la musique, les vers acquirent une existence indépen-\ndante. Le nombre en augmenta, non seulement par diverses modifications des\ntypes primordiaux, mais souvent encore par une imitation plus ou moins habile\nde modèles étrangers. C'est dans léchant, en tout cas, qu'il faut chercher l'ori-\n\n(1) V. Yôrjô Hirn, Konstens Ursprung, Helsingfors, 1902, p. 88 et suiv.\n(2) Outre les cris inarticulés et les sons du langage, on peut employer d'autres bruits pour\nexprimer le plaisir et la souffrance : le choc des pieds contre terre, des mains l'une contre l'autre,\nde l'épée sur le bouclier, du marteau de pierre contre l'objet travaillé, d'un bâton sur une plan-\nche, etc. Que le rythme s'y introduise, nous avons 1 humble commencement de la musique ins-\ntrumentale. On invente ensuite des instruments spéciaux, tels que le tam-tam, dont les premiers\nsont tous à percussion, c'est-à-dire purement rythmiques.\n(3) Ce terme de danse gymnastique a été proposé par M. Ernst Grosse (/. c.)."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "350", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.18", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "gine première des vers, la formation des mètres primitifs, d'où sont dérivés tous\nles autres. Il est donc indispensable, pour les bien comprendre, d'étudier aupa-\nravant le rythme du chant. »\nJe souscris des deux mains à ces déclarations ; mais voici la suite :\n« Le rythme du chant est déterminé par le retour, à intervalles égaux, du\ntemps marqué, en latin ictus ou percussio, en grec <nqp.a<7ta, en anglais beat,\nc'est-à-dir de l'endroit oû l'on bat la mesure et que la voix met en relief par un\naccroissement d'intensité. Le temps marqué est \"un point indivisible de la\ndurée (1). Le son qui le reçoit s'appelle fort, par opposition aux autres sons, ou\nsons faibles. L'énergie du rythme tient à la différence d'intensité entre le son\nfort et le son faible ; elle comporte toutes sortes de nuances. Dans notre\nnotation musicale, on met une barre devant le temps marqué (2) ; les Grecs\nl'indiquaient par un point suscrit (CTTLYPÎ). »\nIl faut s'y résigner : la même définition reparaît et persiste... Toujours la\nmesure !\nJe regrette que M. Paul Verrier n'ait pas mieux distingué la mesure et le\nrythme. Non seulement l'un et l'autre ne sont pas la même chose, mais, dans la\nmusique « artistique », l'un est presque constamment en conflit avec l'autre.\nLa mesure devient un cadre abstrait, une simple régulatrice du mouvement ; et\ntoute la réalité des groupements mélodiques, lesquels consistent en membres\nde phrase, phrases, strophes et symétries de strophes, passe au rythme. Voici le\ndébut du Parsifaf de Wagner :\nCette phrase, jouée par les cordes, reprise par les bois avec des arpèges\nd'accompagnement, donne lieu à une strophe. Elle reparaît dans un autre ton,\nmais en donnant lieu à une construction identique :\nCeci, c'est ïantistrophe.\nEnsuite, entrent les trompettes, suivies (en écho) par les flûtes :\nCeci, c'est une épode. Et tout cela constitue le rythme.\nL'étude du rythme appartient à l'étude de la composition ; celle de la mesure\nest une partie du solfège.\n9\n\n(1) V. Havet, Métrique, 3e éd., § 1, p. i.\n(2) La barre a l'inconvénient de sembler indiquer entre les sons une séparation qui n'existe\npas en réalité : le rythme est continu; On ne met pas le barre devant le temps marqué initial\nd'un morceau. Il en résulte des complications factices, par exemple la notation de silences imagi-\nnaires quand le premier son fort est précédé d'un son faible ou de plusieurs."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "351", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.19", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2114, "texte": "N est-il pas évident, à considérer la première mesure de la strophe, que\nle rythme est en conflit avec la mesuré?\nOr, ce conflit n est pas particulier à la musique ; on le retrouve tel quel dans\nla versification, soit dans celle qui a la structure antistrophique, soit dans celle\noù les vers sont égaux. Je prends un exemple en français :\nLAuioie apparaissait j quelle aurore ? un abîme\nD'éblouissement, vaste, insondable, sublime ;\nUne ardente lueur de paix et de bonté.\nCétait aux premiers temps du globe ;et la clarté\nBrillait sereine au front du ciel inaccessible,\nEtant tout ce que Dieu peut avoir de visible ;\nTout s illuminait, l ombre et le brouillard obscur ;\nDes avalanches d'or s écroulaient dans l'azur ;\nT' '\nLe jour enflamme, au fond de la terre ravie,\nEmbrasait les lointains splendides de la vie.\n[Le Sacre de la femme, V. HUGO.)\nTous ces vers tous, sans exception ont la même mesure. Cette mesure\nest déterminée parce fait que la sixième et la douzième syllabes sont accen-\ntuées, c est-à-dire finale (sonore) d un mot (à moins que ce ne soit un mono-\nsyllabe). Cette place immuable de l'accent tonique est la règle du vers, et elle\nconstitue la mesure :\n/...../\nQuelquefois, le rythme coïncide avec la mesure, c'est-à-dire que le cadre\ndéterminé par la place des accents détermine aussi l'étendue ou la coupe des\nmembres de phrase, comme dans ce vers :\nLe monde sébauchait ; tout semblait méditer.\nMais dans les vers que j ai cités, il y a conflit perpétuel. Ainsi, un abîme\nd'éblouissement, au lieu de un abîme (avec un arrêt après ce mot) ; une ardente\nlueur de paix (sans arrêt après lueur) et c'était aux premiers temps du globe (sans\narrêt après temps), etc., etc...\nCe conflit se rattache à une loi : Xopposition.\nEn matière d art, il y a presque toujours opposition et adaptation (en vue\nd'une harmonie finale).\nCe que je dis là n est sans doute pas vrai de la composition chez les primitifs ;\nmais il eût été îotéiessant de montrer 1 évolution qui peu à peu dissocie le\nrythme et la mesure. En un mot, il convenait peut-être de traiter le sujet histo-\nriquement.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-07-01_01#c022", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "352", "page_fin": "355", "image_debut": 20, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.2.6", "titre_corps": "Bibliographie musicale HISTOIRES DE LA MUSIQUE ÉCRITES EN ALLEMAGNE", "titre_sommaire": "Bibliographie musicale HISTOIRES DE LA MUSIQUE ÉCRITES EN ALLEMAGNE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "352", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.20", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2859, "texte": "Bibliographie musicale\nHISTOIRES DE LA MUSIQUE ÉCRITES EN ALLEMAGNE\n\n(Suite.)\nAMBROS (AUGUST WILHELM) : Geschichte der Musik, vol. I (xx-547 p.), II\n(xxvi-538 p.), III(XV-591 P-)i Breslau, 1862, Leuckart, 1868, in-B°.\n2eédit.,à Leipzig, Leuckart, 1880-1882,5 vol. in-B°, avec préface de G. Not-\ntebohm et postface de E. Schelle. Le vol. V : Auserwahlte Tonwerke der berùhm-\ntesten Meister des 15 und 16. lahrhunderts ; le vol. 111, publié par O. Kade,\nLeipzig, 1882, ibid. (avecindex et tablespar Wilh. Bàumker, Leipzig, 1882, ibid.,\n44 p.), in-B°.\nOuvrage de très haute valeur (principalement en ce qui concerne le moyen\nâge et les Néerlandais, t. II et III), original, malheureusement inachevé (ne va\nque jusqu'à Froberger et Pasquini).\n3e édition du même ouvrage : vol. I, mis au courant des derniers travaux de\nR. Westphal et F. A. Gevaërt par B. de Sokolowsky, Leipzig, 1887, Leuckart,\nin-B°, xxxii-584 p. ; vol. II par Heinrich Reimann, ibidlB92, in-8° XXVII-\n-580 p. ; vol. 111, par Otto Kade, ibid., 1893, in-8° xv-640 p. (Le vol. II est parti-\nculièrement remarquable.)\nREISSMANN (AUGUST) \\ AUgemeine Geschichte der Musik, Munich, Bruckmann,\n1863-1864, 3 vol. in-8° ;\n2e édit., Leipzig, Schulz, 1876, 3 vol. in-B°.\nCompilation utile, avec des textes musicaux nombreux et bien choisis.\nDu même, Grundriss der Musikgeschichte, Munich, Bruckmann, 1865, in B°, et\nLeipzig, 1870, in-B°, 143 p. ; et Leichtfassliche Musik geschichte in zwolf Vorle-\nsungen (12 leçons faites au Conservatoire de Berlin), Berlin, O. lanke, 1877,\nin-B°.\nDOMMER (ARREY VON ) : Handbuch der Musikgeschichte, von den ersten Anfàngen\nbis zum Tode Beethovens, Leipzig, Grunow, 1868, in-B°, v-607 p.\n2e édit., ibid., 1878, in-B°.\nTrès bon ouvrage, qui a vieilli seulement pour les parties concernant le\nmoyen âge et la Renaissance.\nFROHLICH (F. JOSEPH) : Beitrage zur Geschichte der Musik der àlteren und\nneueren Zeit, auf musikalische Documente gegrûndet : vol. I (texte) ; vol. II\n(documents), Wùrzbourg, Stahel, 1868-1874, in-40. Les « documents» sont\ndes manuscrits de musique autographes. Publié après la mort de l'auteur par\nWeigand.\nKRAUSSOLD (LORENZ) : Die Musik in ihrer Kulturhistorischen Entwickelung\nund Bedeutung von den àltesten Zeiten bis auf R. Wagner, Bayreuth, Grau,\n1876, in-40, vi-io6p., avec lith. 3 conférences peu considérables.\nKOTHE (BERNHARD) : Abriss der Musikgeschichte fur Lehrerseminare und\nDilettanten bearbeitet, Leipzig, Leuckart, 1874, in-B°, iv-140 p.\n2e édit., Leipzig, 1877 ; 3e, 1882 ; 4e, 1885 ; se,5e, 1890 ; 6e, 1894 ; 7e, 1901. Bon\nseulement pour le xixe siècle, malgré quelques lacunes. La 7e édit. (par les\nsoins de Gust. Jansen, vi-351 p.) a transformé l'ouvrage en l'améliorant.\nKÔSTLIN (HEINRICH ADOLF) : Geschichte der Musik in Umriss, fur die Gebildeten\naller Stdnde dargestellt, Tubingen, Laupp, 1875, in-B°."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "353", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.21", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3124, "texte": "Dernière édit. entièrement refondue, Berlin, 1898. —Très bon ; jugements\nesthétiques d'une grande finesse.\nMUSIOL (ROBERT) : Katechismus der Musikgeschiclite, Leipzig, J. J. Weber,\n1877, in-B°, viiî-244 p., 2e édit., iBBB,in-B°, vni-279 p.— Illustré, peu important.\nWAGEMANN (OTTO) : Grundriss der Musikgeschichte, von den ersten Anfdngen\nbis zur neuesten Zeit. Heinrichshofen, 1878, in-B°, xn-216 p. Peu important.\nSCHRECKENBERGER (WILH.) .' KnrzgeJasste Geschichte der Musikkunst und\nStandpunkt derselben gegenuber der modernen Zeit> Munich, 1880, in-B°, vn-84 p.\nRITTER (HERMANN) : Repetilorium der Musikgeschichte nach Epochenilbersichtlich\ndargelegt, nebst einem Verzeichnisse der hauptsâchhsten Wissenschaftlichen\nMusikhteratur, Wûrzbourg, Stuber, 1880, in-B°, 278 p. Suit un plan parfois\ncontestable, mais commode et utile en général. Bibliographie systématique dans\nle supplément.\nNAUMANN (EMIL) : Illustrirte Musikgeschichte, Berlin et Stuttgart, 1880-1885,\n2 vol. in-B°. Compilation brillante, ayant eu un énorme succès de vulgarisation,\ndémodée aujourd'hui.\nTraduction en anglais par F. Praeger, publiée par sir F. A. G. The History\nofmusic, London, 1882-1886, 2 parties en 1 vol. in-8° (pagination continue) ;\nréédition, Londres, Cassel, 1894-1896, 2 vol. in-8°(758 et 594 p.).\nTraduction (libre) en hollandais, par J. C Boers, La Haye {Joli. Y Kema),\n1885, in-8° ;\nTraduction, en russe, par Nie. Findeisen, Saint-Pétersbourg.\nNOHL (LUDWIG) : Allgemeine Musikgeschichte populdr dargestelll ...\nLeipzig, 1881, in-16, 320 p. Superficiel et peu sûr.\nLANGHANS (WILHELM) : Die Geschiclite der Musik der XVII, XVIII und\nXIX Jahrhund., in chronologischem Anschlùsse an die Musikgeschichte von\nA. W. Ambros... Leipzig, 1882-1887, 2 vol. in-B°. —Peut être considéré\ncomme une bonne et utile continuation de l'histoire d'Ambros.\nFOTTMANN (ALB. K.) : Kurzge/asster Abriss der musikgeschichte von der\nàltesten Zeiten bis zur Gegenwart, Leipzig, O. Lenz, 1883-1885, 2 vol.\nRIEMANN (HUGO) : Katechismus der Musikgeschichte, Leipzig, Max Hesse,\n1888-1889, 2 parties en 1 vol. in-8° vu-120 et vm-i 53 p. Manuel très substantiel\net très utile, divisé en 3 parties : a) histoire des instruments ; b) histoire des\nsystèmes musicaux et de la notation ; c) histoire des formes de la composition,\net notices sur les principaux musiciens, avec 2 suppléments, l'un historique,\nl'autre bibliographique.\nTraduction en anglais, Catechism of musical history, Londres, Augener, 1892,\n2 parties en 1 vol. in-B°.\nTraduction en italien (d'après la 2e édit.), par Errico Bongiovanni, Turin,\nMarc. Capra, 1903, in-16, vni-422 p.\nDu même : Epochen und Heroen der Musikgeschichte (inséré dans le Livre\nd'or de la Musique, Berlin, W. Speemann, in-8°). Personnel et excellent,\navec une très bonne bibliographie.\nDu mêmè : Llandbuch der Musikgeschichte, Leipzig, Breitkopf et Hârtel,\n1904-1905, 2 vol.\nLe vol. I est consacré à l'antiquité (grecque). Le vol. II comprend le moyen\nâge jusqu'en 1450. Le vol. 111, paru en 1905. Histoire très précise et très péné-\ntrante, mais où les thèses personnelles tiennent une grande place."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "354", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.22", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3139, "texte": "PROSNIZ (ADOLF) : Compéndium der Musikgeschichte bis zum Ende d. 16\nJahrh., vol. I, Vienne, Wetzler, A. Holder, 1889, in-8° ; .vol. 11, ibid., 1900,\nvin-304 p.\n2e édit. du vol. I, 1901, ibid., vm-167 p.\nLe lERIER vol. va jusqu'en 1600 et le 2e jusqu'en 1750. Ouvrage solide, très\nutile, et dont l'intérêt s'accroît d'une bibliographie bien faite. Analysé par\nPh. Spitta, dans la Vierteljahrsschrift f. Musikzviss. vi, p. 137 et suiv.\nBOHME (E. E. H.) : Die Geschichte der Musik zusammengefasst und dargestellt\nin synchronistichen Tabellen, Leipzig, Breitkopf et Hartel, 1890, 40 p. in-40.\nConfus, contestable, mais très intéressant.\nBRUCKMANN (BRUNO) : Leitfaden igum Studium der Musikgeschichte fur den\nGebrauch beim Unterricht, Leipzig et Zurich, 1891, in-B°, vui-148 p. D'après\nla préface, ce livre ne veut être « ni un simple tableau ni un traité d'histoire,\nmais une introduction méthodique où l'on trouvera l'esquisse de l'évolution musi-\ncale avec les noms et les personnes qui la représentent le mieux, et une brève\ncaractéristique de leur influence ». Le but est très suffisamment atteint.\nSVOBODA (ADALBERT) : lllustrirte Musikgeschichte, Stuttgart, G. Griininger,\n1892-1893, 2 vol. in-B°. Vol. I, vm-284 p. ; vol. 11, 331 p. Souvent utile pour la\npériode moderne, beaucoup moins bon pour les autres ; l'ouvrage s'étend depuis\nles temps préhistoriques jusqu'à Rubinstein !\nKELLER (OTTO) : Geschichte der Musik..., Leipzig, P. Friesenhahn, 1894,\nin-B°.\nGEBESCHUS (J.) ; Geschichte der Musik von den àltesten vorchristlichen Zeiten\nbis auf die Gegenwart, Berlin, A. Schultze, 1895, in-B°.\nGEBESCHUSS (J.) : Ver gleichende T abellen zur Musikgeschichte unter Berûck-\nsichtigung der Kultur und Weltgeschichtedaten, Leipzig, 1903, in-40, 24 P-\nélémentaire.\nSTEINERT (LUDWIG) : Kurzgefasste Musikgeschichte von den 'àltesten Zeiten bis\nzur Gegenwart, Halle, Schrœdel, 1899, in-B°, 125 p.\nPeu importants.\nURBAN (ER.) : T abellen der Musikgeschichte fur Hochschulen und Universitàten\nbearbeitety Berlin, C. Habel, 1900, in-B°, 111-125 p.\nSTENER (MAX.) : Was muss inann von der Musikgeschichte wissen ? Berlin,\nSteinitz, 1900, in-B°, 120 p. Bon abrégé, de tendances conservatrices,\nincomplet. Commence par Bach, et traite, dans quelques pages d'introduction,\nla période qui s'étend de Palestrina à Bach, bibliographie très utile dans le\ndernier chapitie.\nVOGEL (MORITZ) : Geschichte der Musik von den ersten Anf'àngen Christlicher\nMusik herab bis auf die Gegenwart (mit besonderer Beriicksichtigung der\ndeutschen Musik, spezielt des deutschen Volkslieder)..., Leipzig, Hug frères, 1901,\niv-202 p., avec un appendice d'exemples musicaux. Ouvrage d'esprit conser-\nvateur, assez utile, quoique incomplet (omet Dittersdorff, Briickner, Hum-\nperdinck, etc...)\nRITTER (HERMANN) : Allgemeine illustrirte Encyclopddie der Musikgeschichte,\nLeipzig, Max. Schmitz, vol. I (1901, 131 p.), II (1902, 111-178 p.), in (111-187 p.),\nîv (111-223 p.), v (1901), vi (218 p.). Faible pour la partie historique, bon\npour la période moderne, surtout p. R. Wagner.\nLAMPRECHT (C.) : Zur jiingsten deutschen Vergangenheit, Berlin, Gartner,"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "355", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.23", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 453, "texte": "1902. Contient une esquisse de l'histoire de la musique jusqu'à Liszt. Inté-\nressant comme essai d'histoire comparée des beaux-arts, mais faible au point\nde vue purement musical.\nPARR (W. A.). Chronologische Übersicht über die Entwicklung der Musik\ntabellarisch zusammengestellt, Berlin, A. Stahl, 1903.\nSTORCK (CARL) : Geschichte der Musik (en 4 parties), Stuttgart, Muth, 1903,\nin-B°, 144 p. Sorte d'encyclopédie populaire."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-07-01_01#c023", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "352", "page_fin": "355", "image_debut": 20, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.2.6.1", "titre_corps": "(Suite.)", "titre_sommaire": "(Suite.)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "352", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.20", "debut_caractere": 93, "fin_caractere_exclue": 2859, "texte": "(Suite.)\nAMBROS (AUGUST WILHELM) : Geschichte der Musik, vol. I (xx-547 p.), II\n(xxvi-538 p.), III(XV-591 P-)i Breslau, 1862, Leuckart, 1868, in-B°.\n2eédit.,à Leipzig, Leuckart, 1880-1882,5 vol. in-B°, avec préface de G. Not-\ntebohm et postface de E. Schelle. Le vol. V : Auserwahlte Tonwerke der berùhm-\ntesten Meister des 15 und 16. lahrhunderts ; le vol. 111, publié par O. Kade,\nLeipzig, 1882, ibid. (avecindex et tablespar Wilh. Bàumker, Leipzig, 1882, ibid.,\n44 p.), in-B°.\nOuvrage de très haute valeur (principalement en ce qui concerne le moyen\nâge et les Néerlandais, t. II et III), original, malheureusement inachevé (ne va\nque jusqu'à Froberger et Pasquini).\n3e édition du même ouvrage : vol. I, mis au courant des derniers travaux de\nR. Westphal et F. A. Gevaërt par B. de Sokolowsky, Leipzig, 1887, Leuckart,\nin-B°, xxxii-584 p. ; vol. II par Heinrich Reimann, ibidlB92, in-8° XXVII-\n-580 p. ; vol. 111, par Otto Kade, ibid., 1893, in-8° xv-640 p. (Le vol. II est parti-\nculièrement remarquable.)\nREISSMANN (AUGUST) \\ AUgemeine Geschichte der Musik, Munich, Bruckmann,\n1863-1864, 3 vol. in-8° ;\n2e édit., Leipzig, Schulz, 1876, 3 vol. in-B°.\nCompilation utile, avec des textes musicaux nombreux et bien choisis.\nDu même, Grundriss der Musikgeschichte, Munich, Bruckmann, 1865, in B°, et\nLeipzig, 1870, in-B°, 143 p. ; et Leichtfassliche Musik geschichte in zwolf Vorle-\nsungen (12 leçons faites au Conservatoire de Berlin), Berlin, O. lanke, 1877,\nin-B°.\nDOMMER (ARREY VON ) : Handbuch der Musikgeschichte, von den ersten Anfàngen\nbis zum Tode Beethovens, Leipzig, Grunow, 1868, in-B°, v-607 p.\n2e édit., ibid., 1878, in-B°.\nTrès bon ouvrage, qui a vieilli seulement pour les parties concernant le\nmoyen âge et la Renaissance.\nFROHLICH (F. JOSEPH) : Beitrage zur Geschichte der Musik der àlteren und\nneueren Zeit, auf musikalische Documente gegrûndet : vol. I (texte) ; vol. II\n(documents), Wùrzbourg, Stahel, 1868-1874, in-40. Les « documents» sont\ndes manuscrits de musique autographes. Publié après la mort de l'auteur par\nWeigand.\nKRAUSSOLD (LORENZ) : Die Musik in ihrer Kulturhistorischen Entwickelung\nund Bedeutung von den àltesten Zeiten bis auf R. Wagner, Bayreuth, Grau,\n1876, in-40, vi-io6p., avec lith. 3 conférences peu considérables.\nKOTHE (BERNHARD) : Abriss der Musikgeschichte fur Lehrerseminare und\nDilettanten bearbeitet, Leipzig, Leuckart, 1874, in-B°, iv-140 p.\n2e édit., Leipzig, 1877 ; 3e, 1882 ; 4e, 1885 ; se,5e, 1890 ; 6e, 1894 ; 7e, 1901. Bon\nseulement pour le xixe siècle, malgré quelques lacunes. La 7e édit. (par les\nsoins de Gust. Jansen, vi-351 p.) a transformé l'ouvrage en l'améliorant.\nKÔSTLIN (HEINRICH ADOLF) : Geschichte der Musik in Umriss, fur die Gebildeten\naller Stdnde dargestellt, Tubingen, Laupp, 1875, in-B°."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "353", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.21", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3124, "texte": "Dernière édit. entièrement refondue, Berlin, 1898. —Très bon ; jugements\nesthétiques d'une grande finesse.\nMUSIOL (ROBERT) : Katechismus der Musikgeschiclite, Leipzig, J. J. Weber,\n1877, in-B°, viiî-244 p., 2e édit., iBBB,in-B°, vni-279 p.— Illustré, peu important.\nWAGEMANN (OTTO) : Grundriss der Musikgeschichte, von den ersten Anfdngen\nbis zur neuesten Zeit. Heinrichshofen, 1878, in-B°, xn-216 p. Peu important.\nSCHRECKENBERGER (WILH.) .' KnrzgeJasste Geschichte der Musikkunst und\nStandpunkt derselben gegenuber der modernen Zeit> Munich, 1880, in-B°, vn-84 p.\nRITTER (HERMANN) : Repetilorium der Musikgeschichte nach Epochenilbersichtlich\ndargelegt, nebst einem Verzeichnisse der hauptsâchhsten Wissenschaftlichen\nMusikhteratur, Wûrzbourg, Stuber, 1880, in-B°, 278 p. Suit un plan parfois\ncontestable, mais commode et utile en général. Bibliographie systématique dans\nle supplément.\nNAUMANN (EMIL) : Illustrirte Musikgeschichte, Berlin et Stuttgart, 1880-1885,\n2 vol. in-B°. Compilation brillante, ayant eu un énorme succès de vulgarisation,\ndémodée aujourd'hui.\nTraduction en anglais par F. Praeger, publiée par sir F. A. G. The History\nofmusic, London, 1882-1886, 2 parties en 1 vol. in-8° (pagination continue) ;\nréédition, Londres, Cassel, 1894-1896, 2 vol. in-8°(758 et 594 p.).\nTraduction (libre) en hollandais, par J. C Boers, La Haye {Joli. Y Kema),\n1885, in-8° ;\nTraduction, en russe, par Nie. Findeisen, Saint-Pétersbourg.\nNOHL (LUDWIG) : Allgemeine Musikgeschichte populdr dargestelll ...\nLeipzig, 1881, in-16, 320 p. Superficiel et peu sûr.\nLANGHANS (WILHELM) : Die Geschiclite der Musik der XVII, XVIII und\nXIX Jahrhund., in chronologischem Anschlùsse an die Musikgeschichte von\nA. W. Ambros... Leipzig, 1882-1887, 2 vol. in-B°. —Peut être considéré\ncomme une bonne et utile continuation de l'histoire d'Ambros.\nFOTTMANN (ALB. K.) : Kurzge/asster Abriss der musikgeschichte von der\nàltesten Zeiten bis zur Gegenwart, Leipzig, O. Lenz, 1883-1885, 2 vol.\nRIEMANN (HUGO) : Katechismus der Musikgeschichte, Leipzig, Max Hesse,\n1888-1889, 2 parties en 1 vol. in-8° vu-120 et vm-i 53 p. Manuel très substantiel\net très utile, divisé en 3 parties : a) histoire des instruments ; b) histoire des\nsystèmes musicaux et de la notation ; c) histoire des formes de la composition,\net notices sur les principaux musiciens, avec 2 suppléments, l'un historique,\nl'autre bibliographique.\nTraduction en anglais, Catechism of musical history, Londres, Augener, 1892,\n2 parties en 1 vol. in-B°.\nTraduction en italien (d'après la 2e édit.), par Errico Bongiovanni, Turin,\nMarc. Capra, 1903, in-16, vni-422 p.\nDu même : Epochen und Heroen der Musikgeschichte (inséré dans le Livre\nd'or de la Musique, Berlin, W. Speemann, in-8°). Personnel et excellent,\navec une très bonne bibliographie.\nDu mêmè : Llandbuch der Musikgeschichte, Leipzig, Breitkopf et Hârtel,\n1904-1905, 2 vol.\nLe vol. I est consacré à l'antiquité (grecque). Le vol. II comprend le moyen\nâge jusqu'en 1450. Le vol. 111, paru en 1905. Histoire très précise et très péné-\ntrante, mais où les thèses personnelles tiennent une grande place."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "354", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.22", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3139, "texte": "PROSNIZ (ADOLF) : Compéndium der Musikgeschichte bis zum Ende d. 16\nJahrh., vol. I, Vienne, Wetzler, A. Holder, 1889, in-8° ; .vol. 11, ibid., 1900,\nvin-304 p.\n2e édit. du vol. I, 1901, ibid., vm-167 p.\nLe lERIER vol. va jusqu'en 1600 et le 2e jusqu'en 1750. Ouvrage solide, très\nutile, et dont l'intérêt s'accroît d'une bibliographie bien faite. Analysé par\nPh. Spitta, dans la Vierteljahrsschrift f. Musikzviss. vi, p. 137 et suiv.\nBOHME (E. E. H.) : Die Geschichte der Musik zusammengefasst und dargestellt\nin synchronistichen Tabellen, Leipzig, Breitkopf et Hartel, 1890, 40 p. in-40.\nConfus, contestable, mais très intéressant.\nBRUCKMANN (BRUNO) : Leitfaden igum Studium der Musikgeschichte fur den\nGebrauch beim Unterricht, Leipzig et Zurich, 1891, in-B°, vui-148 p. D'après\nla préface, ce livre ne veut être « ni un simple tableau ni un traité d'histoire,\nmais une introduction méthodique où l'on trouvera l'esquisse de l'évolution musi-\ncale avec les noms et les personnes qui la représentent le mieux, et une brève\ncaractéristique de leur influence ». Le but est très suffisamment atteint.\nSVOBODA (ADALBERT) : lllustrirte Musikgeschichte, Stuttgart, G. Griininger,\n1892-1893, 2 vol. in-B°. Vol. I, vm-284 p. ; vol. 11, 331 p. Souvent utile pour la\npériode moderne, beaucoup moins bon pour les autres ; l'ouvrage s'étend depuis\nles temps préhistoriques jusqu'à Rubinstein !\nKELLER (OTTO) : Geschichte der Musik..., Leipzig, P. Friesenhahn, 1894,\nin-B°.\nGEBESCHUS (J.) ; Geschichte der Musik von den àltesten vorchristlichen Zeiten\nbis auf die Gegenwart, Berlin, A. Schultze, 1895, in-B°.\nGEBESCHUSS (J.) : Ver gleichende T abellen zur Musikgeschichte unter Berûck-\nsichtigung der Kultur und Weltgeschichtedaten, Leipzig, 1903, in-40, 24 P-\nélémentaire.\nSTEINERT (LUDWIG) : Kurzgefasste Musikgeschichte von den 'àltesten Zeiten bis\nzur Gegenwart, Halle, Schrœdel, 1899, in-B°, 125 p.\nPeu importants.\nURBAN (ER.) : T abellen der Musikgeschichte fur Hochschulen und Universitàten\nbearbeitety Berlin, C. Habel, 1900, in-B°, 111-125 p.\nSTENER (MAX.) : Was muss inann von der Musikgeschichte wissen ? Berlin,\nSteinitz, 1900, in-B°, 120 p. Bon abrégé, de tendances conservatrices,\nincomplet. Commence par Bach, et traite, dans quelques pages d'introduction,\nla période qui s'étend de Palestrina à Bach, bibliographie très utile dans le\ndernier chapitie.\nVOGEL (MORITZ) : Geschichte der Musik von den ersten Anf'àngen Christlicher\nMusik herab bis auf die Gegenwart (mit besonderer Beriicksichtigung der\ndeutschen Musik, spezielt des deutschen Volkslieder)..., Leipzig, Hug frères, 1901,\niv-202 p., avec un appendice d'exemples musicaux. Ouvrage d'esprit conser-\nvateur, assez utile, quoique incomplet (omet Dittersdorff, Briickner, Hum-\nperdinck, etc...)\nRITTER (HERMANN) : Allgemeine illustrirte Encyclopddie der Musikgeschichte,\nLeipzig, Max. Schmitz, vol. I (1901, 131 p.), II (1902, 111-178 p.), in (111-187 p.),\nîv (111-223 p.), v (1901), vi (218 p.). Faible pour la partie historique, bon\npour la période moderne, surtout p. R. Wagner.\nLAMPRECHT (C.) : Zur jiingsten deutschen Vergangenheit, Berlin, Gartner,"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "355", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.23", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 453, "texte": "1902. Contient une esquisse de l'histoire de la musique jusqu'à Liszt. Inté-\nressant comme essai d'histoire comparée des beaux-arts, mais faible au point\nde vue purement musical.\nPARR (W. A.). Chronologische Übersicht über die Entwicklung der Musik\ntabellarisch zusammengestellt, Berlin, A. Stahl, 1903.\nSTORCK (CARL) : Geschichte der Musik (en 4 parties), Stuttgart, Muth, 1903,\nin-B°, 144 p. Sorte d'encyclopédie populaire."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-07-01_01#c024", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "355", "page_fin": "359", "image_debut": 23, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.2.7", "titre_corps": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "titre_sommaire": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "355", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.23", "debut_caractere": 455, "fin_caractere_exclue": 2906, "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nHistoire du théâtre lyrique\nLa musique et les mystères du moyen âge.\n\n(Suite).\nM. Gustave Cohen, lecteur de français à l'Université de Leipzig, a écrit ceci\ndans un ouvrage récent très documenté, honoré d'un prix officiel (Histoire de la\nmise en scène dans le théâtre religieux français au moyen âge) : « Nous ne saurions\ntrop le répéter, il n'y a pas entre le drame liturgique, le drame semi-litur-\ngique et les mystères, de ligne de démarcation bien tracée. » On s'étonne de\ntrouver cette phrase en tête d'un chapitre intitulé « la musique ». Elle est parfai-\ntement exacte en ce qui concerne le choix des sujets traités et l'esprit général\ndu drame; mais elle ne l'est pas pour le reste et surtout pour la partie musicale.\nEn effet, les drames liturgiques, tels qu'ils nous sont parvenus dans les manus-\ncrits, sont chantés d'un bout à l'autre, et nous avons les mélodies dont le texte\nlittéraire était accompagné : mélodies souvent inspirées du plain-chant, mais\noriginales, composées spécialement pour l'œuvre jouée, et très différentes des\ncantilènes grégoriennes contrairement àce qu'on a cru jusqu'ici en ce\n$\nqu'elles constituent (je le crois au moins) une musique mesurée. Dans les mys-\ntères, rien de semblable ; la différence est profonde. Sans doute, on ne peut pas\ndire que Ja musique en soit absente ; mais elle occupe d'abord une place beau-\ncoup plus restreinte ; ensuite, sa fonction est tout autre. Dans les drames litur-\ngiques, la musique est employée comme un art d'expression ; et si elle se dis-\ntingue de celle d'un opéra du xixe siècle, c'est par la pauvreté des ressources\ncomme par l'infériorité ou l'inégalité du talent chez le compositeur ; ce n'est\nnullement par la nature de la fonction et celle du but poursuivi. Elle prétend\nsuivre exactement le livret et (sauf dans quelques pièces où l'on trouve la répéti-\ntion d'une strophe unique) donner un langage spécial aux sentiments qu'il\ncontient. Dans les mystères, la musique n'est plus un art d'expression. Elle ne\ncherche pas à pénétrer et à traduire la pensée intime du drame et des diverses\nscènes. Elle n'est plus qu'un accessoire, une décoration intermittente, indéter-\nminée, facultative ; elle cesse d'être un but, placé à la même hauteur que la\nrédaction des vers : elle n'est plus qu'un moyen, qu'on utilise çà et là pour la\nbonne organisation du drame.\nIl me paraît tout à fait inexact de parler de « lacunes » dans les manuscrits,"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "356", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.24", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3718, "texte": "de dire que « si nous pouvions, comme les contemporains », entendre la musique\nqui soulignait tel ou tel morceau de poésie, « nous serions charmés par la mélo-\ndie ».Le critique allemand que je citais tout à l'heure ne craint pas d'écrire :\n« L'ouverture musicale qui précède presque tous les drames religieux (il s'agit\ndes mystères) en font les véritables précurseurs de l'opéra. » Non; il ne suffirait\npas d'un prélude musical pour faire un drame lyrique ; et ce titre un peu ambi-\ntieux de « précurseur de l'opéra »,s'il faut l'appliquer à quelque chose, convient\naux drames liturgiques des xie, xne et xme siècles, pas aux mystères. Sachant\nbien que nous ne possédons aucune musique des mystères, mais ne voulant pas en\nconclure que cette musique était inexistante, —et allant même jusqu'à supposer\n(ce qui est facile !) qu'elle était fort belle, le même critique ajoute pour expliquer\nnos impressions de lecteurs modernes, réduits à une littérature monotone :\n« Pouvons-nous supporter la lecture d'un livret de Scribe?1\n« Les stances sur lesquelles Papageno fait pleuvoir des notes cristallines sont\ninsipides à la lecture, et ce qui est vrai pour la Flûte enchantée est vrai pour la\nplupart des libretti de Mozart, de Gluck, de Rossini. »\nPrononcer ici de tels noms me paraît énorme 1\nLes mystères sont des spectacles et des « actions », avec ce que nous appelle-\nrions une (( musique de scène », mais très réduite, et le plus souvent ad libitum.\nAujourd'hui, quand la musique doit intervenir dans un drame qui, d'ailleurs,\nne prétend nullement à la qualification de « lyrique », l'homme de lettres qui a\nécrit le livret prend un collaborateur musical, alors même qu'il ne s'agirait que\nde composer une simple romance chantée dans la coulisse ; il faut que cette\nromance soit spéciale, neuve, adaptée à un texte précis. Au moyen âge (dans\nla période qui nous occupe), rien de semblable. On s'adresse à des prati-\nciens qui utilisent une musique déjà prête, ayant servi pour d'autres pièces.\nC'est quelque chose d'analogue à ce qu'est au xvine siècle la « comédie en\nvaudevilles », où un air populaire, un timbre, vient s'adapter à des couplets de\ncirconstance ; et la distance qui sépare le vaudeville de l'opéra comique me\nparaît moins grande encore que celle qui sépare un mystère d'un drame lyrique.\nLes indications relatives à la musique sont plus sommaires encore que les indica-\ntions relatives aux décors. L'auteur indique qu'il faut une tour, ou un prétoire,\nou une chaire, ou une crèche: mais il caractérise ces objets de façon très géné-\nrale, sans se préoccuper des dimensions, de la forme et de la couleur de tous\nles détails ; la mise en scène sera réalisée selon les ressources, et surtout selon la\ntradition. De même, à de certains moments, il faut de la musique; quelle\nmusique ? Ne cherchons pas une « partition » ! Dans la plupart des cas, il n'y a\nmême pas eu de texte noté. C'est déjà beaucoup, quand on ne chante pas un\nRequiescat in pace ou un Stabat (comme dans les mystères de Ylncarnation et\nde la Résurrection), de dire qu'il faudra un (( motet » à trois voix, ou de désigner\nles instruments qui devront être employés ; on ne va guère plus loin. Je me\nservirai d'une comparaison pour préciser cette conception. Je la trouve dans le\nthéâtre de Shakespeare. Voici le Songe d'une nuit d'été, qui peut être considéré\ncomme une extension du « mask » ou ballet anglais, et qui, par là, touche à\nl'histoire du drame lyrique. Je lis à l'acte IV :\n« OBÉRON. Titania, commande un peu de musique, et qu'un sommeil plus profond que le\nsommeil ordinaire apaise les sens de ces cinq mortels.\n« TITANIA. Holà ÎDe la musique, de celle qui enchante le sommeil ! [Musique.) »"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "357", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.25", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 4064, "texte": "Il faut, dans cette scène, une berceuse magique; en quoi consistera-t-elle ?\nC est 1 affaire non du compositeur, mais de l'instrumentiste qui doit avoir un\nrépertoire suffisamment riche et connaître son métier. « Les instruments jouent»,\ndisent simplement les livrets des mystères...\nII\nCes instruments n en ont pas moins un rôle certain, quoique insuffisamment\nréglé. Voici d abord le texte d un contrat passé entre des musiciens et les organi-\nsateurs d un mystère. 11 a été publié pour la première fois par M. Coyecque\ndans son Recueil ci actes notariés relatif s a l histoive de Ravis et de ses environs au\nWIQ siècle (2 vol. dans la collection fondée par le Conseil municipal de\nParis) :\n« Engagement par Nicolas de Louvière, rue Mouffetard, Jean La Voile, joueur de tambourins\nde Suisse, et Etienne Boulard, joueur de fifre, vis-à-vis des dessus dicts de jouer desdicts instru-\nments de tambourins et fifre pour les dessus dietz audit jeu et mystaire Saint-Christofle, et\naussi par chascun jour de feste et démanché qu'ilz jouront ledict mystaire parmy les rues et\ncarrefours de Paris et le jour de la monstre desdicts jeus et aussi de battre par l'un d'euls des\nsonnettes si mestier (besoin) est, et ce soigneusement bien et deuement comme il appartiendra\nselon le jeu, et tant a l'entrée qu'à l'issue dudict jeu et jusques à ce qu'il soit finy moiennant...\n10 solz 6 deniers tournois pour chascune journée d eulz tous ensemble qu'ilz joueront et pour ce\nfaire seront tenus lesdicts de Louvière et ses autres consors de eulx trouver à l'heure de\ndix héures du matin pour le plus tard, et seront tenus nourrir lors et les paier au soir de la\njournée qu ilz auront jouée ; et seront tenuz eulx trouver à la dicte monstre de samedi prochain\nen huict jours pour faire la dicte monstre et le dimanche ensuivant et les autres jours dudict\njeu aussi eulx y trouver sans faulte. »\nCe document nous apprend que ces deux chefs de bande, pour un travail assez\nétendu, recevaient 11 ir. 15 environ (plus la nourriture), sur lesquels ils avaient\nà payer leurs acolytes. Il a un caractère général assez net. On dirait qu'il\ns agit d engager des artisans, je ne dis pas : des artistes, pour quelque besogne\ninférieure et toute matérielle, comme sonner les cloches dans un village, ou\napprovisionner les burettes pour l'office.\nLe spectacle, nous bavons déjà vu, était précédé d'une sorte de cavalcade ou\nde cortège qui, par les rues et carrefours, faisait le en, la proclamation et la\nmonstre, sorte d annonce ou d affiche vivante et en action Dans ce prélude, les\ntrompettes étaient au premier rang, comme l'indique cette description d un cri\nfait par les confrères de la Passion, le 16 décembre 1540 :\nLe cry et Proclamation publique, pour jouer le Mystère aes Actes des Apostres, en la Ville de\nParis : Jaict le jeudy seizième jour de décembre l an i 540, par le commandement du Roy nostre\nSite, L1 ançoys pt emier de ce nom ,' et Alonsieur le Prévost de Paris, de venir prendre les\nRoolles, pour jouer ledict mystère. On les vend à Paris en la rue neufve Nostre-Dame à l'ensei-\ngne de Sain et Jehan Baptiste, près Saincte Geneviejve des Ardens, en la Boutique de Denys lanot\nAJDXLI. j\nLe jour de susdict : environ huict heures du matin, fut faicte l'Assemblée en l'Hostel de Flan-\ndres lieu establj pour jouer ledict Mystère, assavoir tant des Maisires Entrepreneurs dudict\nMystère que gens de Justice, Plebeyens, et aultres gens ayant charge de la conduite d'iceluy ;\nréioriciens et aultres gens de longue robe, et de courte.\nEt ptemieicment maichoyent six Trompettes ayans baverolles (banderoles) à leurs tubes et\nbucines, armoyez des armes du Roy nostre Sire. Entre lesquelles estoit pour conduicte la Trom-\npette ordinaire de la ville : accompagnez du Crieur-juré, estably à faire les Crys de Justice en\nladicte Ville : tous bien montez selon leur estât.\nAprès marchoit ung grand nombre de Sergens et Archers du Prévost de Paris, vestuz de leur\nHocquetons paillez d argent, aux livrées et Armes tant du Roy, que dudict Seigneur Prévost,"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "358", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.26", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 4043, "texte": "pour donner ordre, et conduicte, et empescher l'oppression du et lesdictz archers bien\nmontez, comme au cas est requis.\nPuis après marchoyent ung nombre d'Officiers de Sergens de Ville, tant du nombre de la\nMarchandise que du Parloir aux Bourgeois, vestuz de leurs robbes my-parties de couleurs de\nladicte ville, avec leurs Enseignes, qui sont les Navires d'argent : iceulx tous bien montez\ncomme dessus.\nEt après marchoient deux hommes establis pour faire ladicte proclamation, vestuz de sayes de\nvelours noir, portans manches perdues de satin de troys couleurs, assavoir jaulne, gris et bleu :\net bien montez sur bons chevaulx.\nAprès marchoyent les deux Directeurs dudict mystère Rhétoriciens ; assavoir ung homme\nEcclésiastique, et l'aultre Lay, vestuz honnestement, et bien montez selon leur estât.\nliem, alloyent après les quatre Entrepreneurs dudict Mistere, vestuz de chamarres de taffetas\narmoysin et pourpoinctz de velours, le tout noir ; bien montez et leurs chevaulx garnis de\nhousses.\nItem, après ce train marchoyent quatre Commissaires au Chasteletde Paris, montez sur mulles\ngarnies de housses, pour accompaigner lesdicts Entrepreneurs.\nEn semblable ordre marchoyent ung grand nombre de Bourgeois, Marchans et aultres gens\nde Ville ; tant de longue Robe que de courte : tous bien montez selon leurs estât et capacité.\nEt fault noter qu'en chascun carrefour, où se faisoit ladicte publication, deux desdictz Entrepre-\nneurs se joignoient avec les deux Establiz (pour faire ladite proclamation) cy-devant nommez, et\naprès le son desdictz six Trompettes sonné par trois fois, et l'exhortation de la Trompette ordi-\nnaire de la Ville, laicte de par le Roy nostredit Seigneur, et Monsieur le Prévost de Paris,\nfeirent lesdictz quatre dessus nommez ladicte proclamation en la forme et manière qui s'ensuyst.\nLes trompettes, ici comme dans toutes les solennités de plein air, font la pre-\nmière annonce et l'appel général au public ; les tambourins et les fifres amusent\nla foule et la retiennent devant la « monstre » . On y entend aussi la cornemuse,\nles luths, les rebecs. Le cortège des apôtres a son petit orchestre comme celui de\nDionysos.\nLorsqu'on joue la pièce, les instruments conservent quelque chose de ce rôle\nd'annonce. En dehors de l'ouverture, ils ont à se faire entendre pour avertir le\npublic toutes les fois qu'un personnage important va faire son entrée. C'est un\nusage quasi universel. Je l'ai observé dans les représentations du théâtre anna-\nmite qui furent données à l'Exposition coloniale de Marseille, il y a quelques\nannées : un timbalier, accroupi à une extrémité de la scène, frappait sur des\npeaux tendues à l'entrée et à la sortie de tous les acteurs de marque. Dans le\nthéâtre de Shakespeare, la trompette précédait l'arrivée de chaque acteur. Au\nmoyen âge, ce prélude s'appelle un silete (faites silence !). On trouve souvent\ndans les manuscrits ces vagues rubriques : « Silete de tous les instruments du\njeu », ou, comme dans le manuscrit de Chantilly (Mystère de /'Annonciation et de\nla Nativité de la Vierge) : « De tous les instruments du jeu soit joué beau silete »,\nou encore, dans le manuscrit de la Résurrection (B. N. fr. 972) : « Silete, ou\npausa eu m organis » (le mot organis étant pris ici dans le sens d'instruments et\nnon d'orgue). Les musiciens n'ont pas de place fixe et en vue : ils sont tantôt\ndans ce que nous appellerions une « loge », tantôt sur une élévation quelconque,\ntantôt dans les coulisses.\nLes voix sont quelquefois employées pour le silete, comme l'indique, dans la\nPassion de Jean Michel (troisième journée), cette rubrique encore bien vague :\n« A l'entrée de Jésus à Jérusalem, y aura enfants chantant mélodieusement\njusqu'à ce que bon silence soit fait en lieu de prologue. » Que chantaient ces\nenfants ? nous l'ignorons. Nous pouvons affirmer qu'il y avait des soli, des\nmotets pour ténor, contraténor et concordant (ou baryton), des chœurs d'anges.\nMais il serait impossible de préciser davantage autrement qu'à l'aide de l'imagi-\nnation."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "359", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.27", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3192, "texte": "Pour la musique, les mystères sont donc très pauvres. De toute évidence, ils\nsont inférieurs aux drames liturgiques qui les ont précédés. D'où vient cette sorte\nde décadence musicale ?Je l'expliquerais volontiers delà façon suivante.\nIl paraît surprenant et contradictoire que l'absence de vraie musique dans le\ndrame coïncide précisément avec la période où la science musicale du moyen\nâge était poussée très loin, et qu'au contraire nous reculions les premières ma-\nnifestations sérieuses du drame lyrique à une époque où l'art de la composition\nétait encore à ses débuts. Songeons cependant que les premiers progrès de l'art\nmusical se sont faits dans un sens qui n'était nullement favorable au théâtre ;\nils lui étaient même opposés. Après avoir cultivé une forme de musique très\nexpressive la monodie du plain-chant ou de la chanson profane le moyen\nâge s'est mis, à partir du xne siècle environ (prenons pour point de départ l'épo-\nque de Pérotin), à cultiver l'art de la construction en contrepoint, lequel, entre\nses mains, s'est de plus en plus écarté de 1' « expression ». Il lui aurait fallu\nune maîtrise supérieure pour pouvoir concilier l'agencement des parties avec le\nlangage du sentiment. Il n'a même pas songé à le faire : il s'est plutôt appli-\nqué à jouer avec les formes, à les associer de toutes les façons possibles, à créer\nde bizarres architectures sonores ; il a poussé cette conception jusqu'à un pédan-\ntisme d'école très subtil où l'idée de traduire les passions humaines avec une\nexactitude relative était de plus en plus abandonnée. Or le théâtre ne pouvait\ns'accommoder d'une telle musique ; elle répugnait à sa nature. Les mystères se\nsont développés à une époque où les musiciens les plus renommés n'auraient\npu apporter aux poètes que des œuvres d'école, savantes ou ingénieuses, mais\ndépourvues de ce qu'il faut sur une scène ; si d'autre part le genre dramatique\nrompait avec la liturgie, et, par conséquent aussi, avec la monodie, plane ou\nmesurée, il ne lui restait à peu près rien. (Il avait bien des instruments à sa\ndisposition ; mais il ne se doutait pas encore qu'il pût y avoir des compositions\nspéciales à chacun d'eux ou exécutables par un groupement méthodique, en\nsymphonie.)\nCe qui me confirmerait dans cette manière devoir, c'est que les Italiens du\ncommencement du xvne siècle qui passent pour être les créateurs de l'opéra, ont\nfait surtout, en créant le « style représentatif », une réaction contre les abus du\ncontrepoint. Ce serait donc ce dernier, d'ailleurs si important dans le progrès\ngénéral de l'art, qui n'aurait pas permis aux mystères d'être vraiment des drames\nlyriques ; et ainsi s'expliquerait comment nous avons pu donner une place\nd'honneur à des drames dont la musique est antérieure aux abus du contre-\npoint.\nJe n'ai parlé que du théâtre sérieux. Vous vous étonneriez sans doute que je\nne dise rien de la comédie. N'y a-t-il pas un « jeu de Robin et de Marion » qui\nselon une formule banale, reproduite à satiété, passe pour être le premier (en\ndate) de nos « opéras comiques » ? Je suis très éloigné de partager cette idée.\nAussi me bornerai-je à quelques mots.\n(A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-07-01_01#c025", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "355", "page_fin": "359", "image_debut": 23, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.2.7.1", "titre_corps": "Histoire du théâtre lyrique La musique et les mystères du moyen âge.", "titre_sommaire": "Histoire du théâtre lyrique La musique et les mystères du moyen âge.", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "355", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.23", "debut_caractere": 483, "fin_caractere_exclue": 2906, "texte": "Histoire du théâtre lyrique\nLa musique et les mystères du moyen âge.\n\n(Suite).\nM. Gustave Cohen, lecteur de français à l'Université de Leipzig, a écrit ceci\ndans un ouvrage récent très documenté, honoré d'un prix officiel (Histoire de la\nmise en scène dans le théâtre religieux français au moyen âge) : « Nous ne saurions\ntrop le répéter, il n'y a pas entre le drame liturgique, le drame semi-litur-\ngique et les mystères, de ligne de démarcation bien tracée. » On s'étonne de\ntrouver cette phrase en tête d'un chapitre intitulé « la musique ». Elle est parfai-\ntement exacte en ce qui concerne le choix des sujets traités et l'esprit général\ndu drame; mais elle ne l'est pas pour le reste et surtout pour la partie musicale.\nEn effet, les drames liturgiques, tels qu'ils nous sont parvenus dans les manus-\ncrits, sont chantés d'un bout à l'autre, et nous avons les mélodies dont le texte\nlittéraire était accompagné : mélodies souvent inspirées du plain-chant, mais\noriginales, composées spécialement pour l'œuvre jouée, et très différentes des\ncantilènes grégoriennes contrairement àce qu'on a cru jusqu'ici en ce\n$\nqu'elles constituent (je le crois au moins) une musique mesurée. Dans les mys-\ntères, rien de semblable ; la différence est profonde. Sans doute, on ne peut pas\ndire que Ja musique en soit absente ; mais elle occupe d'abord une place beau-\ncoup plus restreinte ; ensuite, sa fonction est tout autre. Dans les drames litur-\ngiques, la musique est employée comme un art d'expression ; et si elle se dis-\ntingue de celle d'un opéra du xixe siècle, c'est par la pauvreté des ressources\ncomme par l'infériorité ou l'inégalité du talent chez le compositeur ; ce n'est\nnullement par la nature de la fonction et celle du but poursuivi. Elle prétend\nsuivre exactement le livret et (sauf dans quelques pièces où l'on trouve la répéti-\ntion d'une strophe unique) donner un langage spécial aux sentiments qu'il\ncontient. Dans les mystères, la musique n'est plus un art d'expression. Elle ne\ncherche pas à pénétrer et à traduire la pensée intime du drame et des diverses\nscènes. Elle n'est plus qu'un accessoire, une décoration intermittente, indéter-\nminée, facultative ; elle cesse d'être un but, placé à la même hauteur que la\nrédaction des vers : elle n'est plus qu'un moyen, qu'on utilise çà et là pour la\nbonne organisation du drame.\nIl me paraît tout à fait inexact de parler de « lacunes » dans les manuscrits,"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "356", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.24", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3718, "texte": "de dire que « si nous pouvions, comme les contemporains », entendre la musique\nqui soulignait tel ou tel morceau de poésie, « nous serions charmés par la mélo-\ndie ».Le critique allemand que je citais tout à l'heure ne craint pas d'écrire :\n« L'ouverture musicale qui précède presque tous les drames religieux (il s'agit\ndes mystères) en font les véritables précurseurs de l'opéra. » Non; il ne suffirait\npas d'un prélude musical pour faire un drame lyrique ; et ce titre un peu ambi-\ntieux de « précurseur de l'opéra »,s'il faut l'appliquer à quelque chose, convient\naux drames liturgiques des xie, xne et xme siècles, pas aux mystères. Sachant\nbien que nous ne possédons aucune musique des mystères, mais ne voulant pas en\nconclure que cette musique était inexistante, —et allant même jusqu'à supposer\n(ce qui est facile !) qu'elle était fort belle, le même critique ajoute pour expliquer\nnos impressions de lecteurs modernes, réduits à une littérature monotone :\n« Pouvons-nous supporter la lecture d'un livret de Scribe?1\n« Les stances sur lesquelles Papageno fait pleuvoir des notes cristallines sont\ninsipides à la lecture, et ce qui est vrai pour la Flûte enchantée est vrai pour la\nplupart des libretti de Mozart, de Gluck, de Rossini. »\nPrononcer ici de tels noms me paraît énorme 1\nLes mystères sont des spectacles et des « actions », avec ce que nous appelle-\nrions une (( musique de scène », mais très réduite, et le plus souvent ad libitum.\nAujourd'hui, quand la musique doit intervenir dans un drame qui, d'ailleurs,\nne prétend nullement à la qualification de « lyrique », l'homme de lettres qui a\nécrit le livret prend un collaborateur musical, alors même qu'il ne s'agirait que\nde composer une simple romance chantée dans la coulisse ; il faut que cette\nromance soit spéciale, neuve, adaptée à un texte précis. Au moyen âge (dans\nla période qui nous occupe), rien de semblable. On s'adresse à des prati-\nciens qui utilisent une musique déjà prête, ayant servi pour d'autres pièces.\nC'est quelque chose d'analogue à ce qu'est au xvine siècle la « comédie en\nvaudevilles », où un air populaire, un timbre, vient s'adapter à des couplets de\ncirconstance ; et la distance qui sépare le vaudeville de l'opéra comique me\nparaît moins grande encore que celle qui sépare un mystère d'un drame lyrique.\nLes indications relatives à la musique sont plus sommaires encore que les indica-\ntions relatives aux décors. L'auteur indique qu'il faut une tour, ou un prétoire,\nou une chaire, ou une crèche: mais il caractérise ces objets de façon très géné-\nrale, sans se préoccuper des dimensions, de la forme et de la couleur de tous\nles détails ; la mise en scène sera réalisée selon les ressources, et surtout selon la\ntradition. De même, à de certains moments, il faut de la musique; quelle\nmusique ? Ne cherchons pas une « partition » ! Dans la plupart des cas, il n'y a\nmême pas eu de texte noté. C'est déjà beaucoup, quand on ne chante pas un\nRequiescat in pace ou un Stabat (comme dans les mystères de Ylncarnation et\nde la Résurrection), de dire qu'il faudra un (( motet » à trois voix, ou de désigner\nles instruments qui devront être employés ; on ne va guère plus loin. Je me\nservirai d'une comparaison pour préciser cette conception. Je la trouve dans le\nthéâtre de Shakespeare. Voici le Songe d'une nuit d'été, qui peut être considéré\ncomme une extension du « mask » ou ballet anglais, et qui, par là, touche à\nl'histoire du drame lyrique. Je lis à l'acte IV :\n« OBÉRON. Titania, commande un peu de musique, et qu'un sommeil plus profond que le\nsommeil ordinaire apaise les sens de ces cinq mortels.\n« TITANIA. Holà ÎDe la musique, de celle qui enchante le sommeil ! [Musique.) »"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "357", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.25", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 4064, "texte": "Il faut, dans cette scène, une berceuse magique; en quoi consistera-t-elle ?\nC est 1 affaire non du compositeur, mais de l'instrumentiste qui doit avoir un\nrépertoire suffisamment riche et connaître son métier. « Les instruments jouent»,\ndisent simplement les livrets des mystères...\nII\nCes instruments n en ont pas moins un rôle certain, quoique insuffisamment\nréglé. Voici d abord le texte d un contrat passé entre des musiciens et les organi-\nsateurs d un mystère. 11 a été publié pour la première fois par M. Coyecque\ndans son Recueil ci actes notariés relatif s a l histoive de Ravis et de ses environs au\nWIQ siècle (2 vol. dans la collection fondée par le Conseil municipal de\nParis) :\n« Engagement par Nicolas de Louvière, rue Mouffetard, Jean La Voile, joueur de tambourins\nde Suisse, et Etienne Boulard, joueur de fifre, vis-à-vis des dessus dicts de jouer desdicts instru-\nments de tambourins et fifre pour les dessus dietz audit jeu et mystaire Saint-Christofle, et\naussi par chascun jour de feste et démanché qu'ilz jouront ledict mystaire parmy les rues et\ncarrefours de Paris et le jour de la monstre desdicts jeus et aussi de battre par l'un d'euls des\nsonnettes si mestier (besoin) est, et ce soigneusement bien et deuement comme il appartiendra\nselon le jeu, et tant a l'entrée qu'à l'issue dudict jeu et jusques à ce qu'il soit finy moiennant...\n10 solz 6 deniers tournois pour chascune journée d eulz tous ensemble qu'ilz joueront et pour ce\nfaire seront tenus lesdicts de Louvière et ses autres consors de eulx trouver à l'heure de\ndix héures du matin pour le plus tard, et seront tenus nourrir lors et les paier au soir de la\njournée qu ilz auront jouée ; et seront tenuz eulx trouver à la dicte monstre de samedi prochain\nen huict jours pour faire la dicte monstre et le dimanche ensuivant et les autres jours dudict\njeu aussi eulx y trouver sans faulte. »\nCe document nous apprend que ces deux chefs de bande, pour un travail assez\nétendu, recevaient 11 ir. 15 environ (plus la nourriture), sur lesquels ils avaient\nà payer leurs acolytes. Il a un caractère général assez net. On dirait qu'il\ns agit d engager des artisans, je ne dis pas : des artistes, pour quelque besogne\ninférieure et toute matérielle, comme sonner les cloches dans un village, ou\napprovisionner les burettes pour l'office.\nLe spectacle, nous bavons déjà vu, était précédé d'une sorte de cavalcade ou\nde cortège qui, par les rues et carrefours, faisait le en, la proclamation et la\nmonstre, sorte d annonce ou d affiche vivante et en action Dans ce prélude, les\ntrompettes étaient au premier rang, comme l'indique cette description d un cri\nfait par les confrères de la Passion, le 16 décembre 1540 :\nLe cry et Proclamation publique, pour jouer le Mystère aes Actes des Apostres, en la Ville de\nParis : Jaict le jeudy seizième jour de décembre l an i 540, par le commandement du Roy nostre\nSite, L1 ançoys pt emier de ce nom ,' et Alonsieur le Prévost de Paris, de venir prendre les\nRoolles, pour jouer ledict mystère. On les vend à Paris en la rue neufve Nostre-Dame à l'ensei-\ngne de Sain et Jehan Baptiste, près Saincte Geneviejve des Ardens, en la Boutique de Denys lanot\nAJDXLI. j\nLe jour de susdict : environ huict heures du matin, fut faicte l'Assemblée en l'Hostel de Flan-\ndres lieu establj pour jouer ledict Mystère, assavoir tant des Maisires Entrepreneurs dudict\nMystère que gens de Justice, Plebeyens, et aultres gens ayant charge de la conduite d'iceluy ;\nréioriciens et aultres gens de longue robe, et de courte.\nEt ptemieicment maichoyent six Trompettes ayans baverolles (banderoles) à leurs tubes et\nbucines, armoyez des armes du Roy nostre Sire. Entre lesquelles estoit pour conduicte la Trom-\npette ordinaire de la ville : accompagnez du Crieur-juré, estably à faire les Crys de Justice en\nladicte Ville : tous bien montez selon leur estât.\nAprès marchoit ung grand nombre de Sergens et Archers du Prévost de Paris, vestuz de leur\nHocquetons paillez d argent, aux livrées et Armes tant du Roy, que dudict Seigneur Prévost,"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "358", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.26", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 4043, "texte": "pour donner ordre, et conduicte, et empescher l'oppression du et lesdictz archers bien\nmontez, comme au cas est requis.\nPuis après marchoyent ung nombre d'Officiers de Sergens de Ville, tant du nombre de la\nMarchandise que du Parloir aux Bourgeois, vestuz de leurs robbes my-parties de couleurs de\nladicte ville, avec leurs Enseignes, qui sont les Navires d'argent : iceulx tous bien montez\ncomme dessus.\nEt après marchoient deux hommes establis pour faire ladicte proclamation, vestuz de sayes de\nvelours noir, portans manches perdues de satin de troys couleurs, assavoir jaulne, gris et bleu :\net bien montez sur bons chevaulx.\nAprès marchoyent les deux Directeurs dudict mystère Rhétoriciens ; assavoir ung homme\nEcclésiastique, et l'aultre Lay, vestuz honnestement, et bien montez selon leur estât.\nliem, alloyent après les quatre Entrepreneurs dudict Mistere, vestuz de chamarres de taffetas\narmoysin et pourpoinctz de velours, le tout noir ; bien montez et leurs chevaulx garnis de\nhousses.\nItem, après ce train marchoyent quatre Commissaires au Chasteletde Paris, montez sur mulles\ngarnies de housses, pour accompaigner lesdicts Entrepreneurs.\nEn semblable ordre marchoyent ung grand nombre de Bourgeois, Marchans et aultres gens\nde Ville ; tant de longue Robe que de courte : tous bien montez selon leurs estât et capacité.\nEt fault noter qu'en chascun carrefour, où se faisoit ladicte publication, deux desdictz Entrepre-\nneurs se joignoient avec les deux Establiz (pour faire ladite proclamation) cy-devant nommez, et\naprès le son desdictz six Trompettes sonné par trois fois, et l'exhortation de la Trompette ordi-\nnaire de la Ville, laicte de par le Roy nostredit Seigneur, et Monsieur le Prévost de Paris,\nfeirent lesdictz quatre dessus nommez ladicte proclamation en la forme et manière qui s'ensuyst.\nLes trompettes, ici comme dans toutes les solennités de plein air, font la pre-\nmière annonce et l'appel général au public ; les tambourins et les fifres amusent\nla foule et la retiennent devant la « monstre » . On y entend aussi la cornemuse,\nles luths, les rebecs. Le cortège des apôtres a son petit orchestre comme celui de\nDionysos.\nLorsqu'on joue la pièce, les instruments conservent quelque chose de ce rôle\nd'annonce. En dehors de l'ouverture, ils ont à se faire entendre pour avertir le\npublic toutes les fois qu'un personnage important va faire son entrée. C'est un\nusage quasi universel. Je l'ai observé dans les représentations du théâtre anna-\nmite qui furent données à l'Exposition coloniale de Marseille, il y a quelques\nannées : un timbalier, accroupi à une extrémité de la scène, frappait sur des\npeaux tendues à l'entrée et à la sortie de tous les acteurs de marque. Dans le\nthéâtre de Shakespeare, la trompette précédait l'arrivée de chaque acteur. Au\nmoyen âge, ce prélude s'appelle un silete (faites silence !). On trouve souvent\ndans les manuscrits ces vagues rubriques : « Silete de tous les instruments du\njeu », ou, comme dans le manuscrit de Chantilly (Mystère de /'Annonciation et de\nla Nativité de la Vierge) : « De tous les instruments du jeu soit joué beau silete »,\nou encore, dans le manuscrit de la Résurrection (B. N. fr. 972) : « Silete, ou\npausa eu m organis » (le mot organis étant pris ici dans le sens d'instruments et\nnon d'orgue). Les musiciens n'ont pas de place fixe et en vue : ils sont tantôt\ndans ce que nous appellerions une « loge », tantôt sur une élévation quelconque,\ntantôt dans les coulisses.\nLes voix sont quelquefois employées pour le silete, comme l'indique, dans la\nPassion de Jean Michel (troisième journée), cette rubrique encore bien vague :\n« A l'entrée de Jésus à Jérusalem, y aura enfants chantant mélodieusement\njusqu'à ce que bon silence soit fait en lieu de prologue. » Que chantaient ces\nenfants ? nous l'ignorons. Nous pouvons affirmer qu'il y avait des soli, des\nmotets pour ténor, contraténor et concordant (ou baryton), des chœurs d'anges.\nMais il serait impossible de préciser davantage autrement qu'à l'aide de l'imagi-\nnation."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "359", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.27", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3192, "texte": "Pour la musique, les mystères sont donc très pauvres. De toute évidence, ils\nsont inférieurs aux drames liturgiques qui les ont précédés. D'où vient cette sorte\nde décadence musicale ?Je l'expliquerais volontiers delà façon suivante.\nIl paraît surprenant et contradictoire que l'absence de vraie musique dans le\ndrame coïncide précisément avec la période où la science musicale du moyen\nâge était poussée très loin, et qu'au contraire nous reculions les premières ma-\nnifestations sérieuses du drame lyrique à une époque où l'art de la composition\nétait encore à ses débuts. Songeons cependant que les premiers progrès de l'art\nmusical se sont faits dans un sens qui n'était nullement favorable au théâtre ;\nils lui étaient même opposés. Après avoir cultivé une forme de musique très\nexpressive la monodie du plain-chant ou de la chanson profane le moyen\nâge s'est mis, à partir du xne siècle environ (prenons pour point de départ l'épo-\nque de Pérotin), à cultiver l'art de la construction en contrepoint, lequel, entre\nses mains, s'est de plus en plus écarté de 1' « expression ». Il lui aurait fallu\nune maîtrise supérieure pour pouvoir concilier l'agencement des parties avec le\nlangage du sentiment. Il n'a même pas songé à le faire : il s'est plutôt appli-\nqué à jouer avec les formes, à les associer de toutes les façons possibles, à créer\nde bizarres architectures sonores ; il a poussé cette conception jusqu'à un pédan-\ntisme d'école très subtil où l'idée de traduire les passions humaines avec une\nexactitude relative était de plus en plus abandonnée. Or le théâtre ne pouvait\ns'accommoder d'une telle musique ; elle répugnait à sa nature. Les mystères se\nsont développés à une époque où les musiciens les plus renommés n'auraient\npu apporter aux poètes que des œuvres d'école, savantes ou ingénieuses, mais\ndépourvues de ce qu'il faut sur une scène ; si d'autre part le genre dramatique\nrompait avec la liturgie, et, par conséquent aussi, avec la monodie, plane ou\nmesurée, il ne lui restait à peu près rien. (Il avait bien des instruments à sa\ndisposition ; mais il ne se doutait pas encore qu'il pût y avoir des compositions\nspéciales à chacun d'eux ou exécutables par un groupement méthodique, en\nsymphonie.)\nCe qui me confirmerait dans cette manière devoir, c'est que les Italiens du\ncommencement du xvne siècle qui passent pour être les créateurs de l'opéra, ont\nfait surtout, en créant le « style représentatif », une réaction contre les abus du\ncontrepoint. Ce serait donc ce dernier, d'ailleurs si important dans le progrès\ngénéral de l'art, qui n'aurait pas permis aux mystères d'être vraiment des drames\nlyriques ; et ainsi s'expliquerait comment nous avons pu donner une place\nd'honneur à des drames dont la musique est antérieure aux abus du contre-\npoint.\nJe n'ai parlé que du théâtre sérieux. Vous vous étonneriez sans doute que je\nne dise rien de la comédie. N'y a-t-il pas un « jeu de Robin et de Marion » qui\nselon une formule banale, reproduite à satiété, passe pour être le premier (en\ndate) de nos « opéras comiques » ? Je suis très éloigné de partager cette idée.\nAussi me bornerai-je à quelques mots.\n(A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-07-01_01#c026", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "360", "page_fin": "362", "image_debut": 28, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.2.8", "titre_corps": "Au Conservatoire de Bruxelles", "titre_sommaire": "Au Conservatoire de Bruxelles", "signature_source": "« L. LIARD. »", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "360", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.28", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2832, "texte": "Au Conservatoire de Bruxelles\n\nNous voici dans la période des concours. On nous communique le compte rendu de ceux qui\nviennent d'avoir lieu au Conservatoire de Bruxelles. Nous en donnons quelques extraits.\nAu sujet de la harpe chromatique, à laquelle tant de grands musiciens ont rendu justice, il\nest àla fois comique et profondément triste de voir qu'un progrès d'origine française est plus\nestimé dans les Conservatoires étrangers que dans celui du faubourg Poissonnière... Il est vrai\nqu'à la Schola cantorum et à Femina le succès fut tout aussi grand qu'en Belgique.\nBruxelles, 24 juin.\nUne rude journée, mercredi, mais intéressante, et même brillante par ses\nrésultats.\nDès le matin, le Conservatoire était assiégé. A peine Tunique élève de la\nclasse de musique de chambre, Mlle Mascré, avait elle terminé ses assez inutiles\nexercices et décroché un 2e prix de consolation, que la foule, avec un empres-\nsement réservé d'ordinaire aux séances de chant et de déclamation, envahissait\nla salle, bientôt trop petite pour la contenir.\nC'est la harpe qui avait produit cette précoce effervescence. Une véritable\nlutte allaitse livrer entre les deux rivales, la « chromatique » et la « diatonique ».\nIl y avait là de quoi exciter bien des curiosités et, même, bien des passions. .. .\nLes unes et les autres ont été satisfaites.\nM. Risler, qui a la « chromatique» dans ses attributions, présentait quatre\nélèves ; M. Meerloo, à qui sont confiées les destinées de la « diatonique », en pré-\nsentait une seule. Toutes les cinq se sont couvertes de gloire, ce qui était la meil-\nleure manière de mettre d'accord les sœurs ennemies, qui, en définitive, ont\ntoutes les deux des avantages et méritaient de vaincre également.\nDes quatre élèves de M. Risler, il n'en est aucune de négligeable ; mais la meil-\nleure assurément, c'est Mlle Cheval, une toute jeune fille, qui a joué le\nmorceau imposé, une Barcarolle de M. Van Overeem,et des valses de Nerini,\navec une sonorité, une sûreté et un sentiment de la coloration vraiment remar-\nquables. Elle a conquis haut les deux mains son ler prix (( avec la plus grande\ndistinction ».Le jury, entraîné, a décerné la même récompense, avec la même\ndistinction, à Mlle Hutse, qui, moins brillante, a beaucoup d'acquis. Et il aurait\npu sans inconvénient la décerner aussi à Mlle Rome, qui n'a pas joué moins bien\nune Ballade de Pfeiffer hérissée de difficultés. Mlle Rome adû se contenter,\nainsi que la quatrième concurrente, Mlle Goldschmidt, d'un 2e prix, qui nous\npromet pour l'an prochain un lerIer de belle qualité.\nAprès ce gros succès d'une classe que M.Risler dirige depuis plusieurs années\navec une rare vaillance, il serait juste, nous semble-t-il, de conférer au profes-\nseur le titre effectif de ses fonctions, qu'il ne remplit encore (qui le croirait ? )"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "361", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.29", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2977, "texte": "que « provisoirement ». Il y a là une question d'équité que le gouvernement s'em-\npressera de résoudre, espérons-le.\nL'unique élève de M. Merloo, Mlle Van Wynbergen, a, de son côté, été digne\nde son maître, dont l'expérience et le talent ne sauraient que se fortifier dans\nces petites luttes courtoises. Elle a joué, sinon avec beaucoup d'autorité, du\nmoins avec un très beau son ; et le jury, pour bien marquer son désir de paci-\nfication générale, lui a accordé, à elle aussi, un ier prix « avec la plus grande dis-\ntinction ». Tout est bien qui finit bien.\nAjoutons un détail qui a son importance, et qui n'a pas peu contribué à l'agré-\nment du concours : c'est que toutes les concurrentes nous avaient fait la grâce\nd'être jolies, pour autant que nous avons pu en juger à travers le formidable\nrempart de chapeaux féminins qui, à tous les rangs des fauteuils, s'élevait, impi-\ntoyable et menaçant, entre l'estrade et nous. Quand on joue de la harpe, une\nplastique aimable est de toute nécessité. Cette vérité n'a pas besoin de démons-\ntration. Nous sommes heureux de constater que le Conservatoire est en mesure\nde la respecter.\nAu concours de harpe a succédé l'épreuve du prix Laure Van Cutsem\n( i .020 francs, pour les jeunes filles ayant obtenu un ier ou un 2e prix dans les\nconcours des trois dernières années). Cinq concurrentes I Cela ne s'était jamais\nvu. Chacune d'elles a joué un morceau pianistique très long et très difficile, des-\ntiné à prouver que ce n'est décidément pas du côté de la barbe qu'est la toute-\npuissance. A part Mlle Hourigan, heureusement plus « femme » que les autres,\nil eût été malaisé de trouver entre elles des différences sérieuses. On eût dit une\nmême exécutante. Elles ont toutes fait des prodiges de mécanisme, de sonorité\net d'agilité Et finalement le jury a couronné Mlle Wauters, qui avait frappé le\nplus fort.\nCombien la classe de piano de M. De Greef, qui a concouru l'après-midi, s'est\nmontrée, à cetégard, supérieure ! M. De Greef présentait, lui aussi, un nombre\nd'élèves inusité : cinq. Avec des moyens inégaux, ils ont osé, du moins, ne pas\njouer fort tout le temps ; ils ont eu de la délicatesse, du style, et le sentiment\nmusical semblait être la principale de leurs préoccupations, —ce qui ne les em-\npêchait pas d'avoir aussi beaucoup de « métier ». Un d'eux, M. Jaeger, a rem-\nporté d'emblée le ler prix « avec la plus grande distinction », pour la façon vrai-\nment magistrale dont il a interprété, avec une buperbe autorité, les terribles\nVariations de Brahms. M. Decamps, qui visait aussi le ler prix, l'a obtenu, mais\nsans « distinction », ayant montré quelque faiblesse, avec cependant de jolies\nqualités de charme et de souplesse. Rappel de 2e prix à M. Vanderlinden, et\n2e prix àM.Zoellner, qui avait fort bien joué une admirable Ballade jàt Grieg.\nAccessit à M. Dewaay. En somme, concours excellent.\nLe jury était composé de MM. Tinel, président, Koszul, D'Hooghe, Ermel et\nGhymers"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "362", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.30", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 667, "texte": "— A la suite du festival franco-anglais du 14 mai, M. Liard, recteur de l'Acadé-\nmie de Paris, a bien voulu écrire deux lettres à M. Jules Combarieu. Nous croyons\ndevoir publier la seconde :\n<x Paris, 14 juin 1909.\n« MON CHER COLLABORATEUR,\n« J'ai reçu, avec les pièces justificatives jointes, le relevé de compte des recettes et\ndes dépenses du F estival an glo~français du 14 mai dernier, que vous mave\\ adressé.\n« Il est régulier.\n« Je tiens à vous renouveler tous mes compliments et tous mes remerciements\npour la peine que vous avez eue à organiser cette fête, qui a été une vraie manifesta-\ntion. -\n« Cordialement à vous.\n\n« L. LIARD. »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-07-01_01#c028", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "363", "page_fin": "363", "image_debut": 31, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.2.9", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "363", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2797, "texte": "CHEMIN DE FER DE PARIS A ORLÉANS\nAuvergne.\n(STATIONS THERMALES DE LA BOURBOULE, LE MONT-DORE, ETC.)\nA loccasion de la saison thermale de igoç, la Compagnie d'Orléans a organisé,\nà partir du 8 juin, un double service direct de jour et de nuit, entre Paris, la\nPour boule, le Mont-Dore, Néris-les-Bains et Evaux-les-Bains.\nVoitures de toutes classes, wagon-restaurant, wagons-lits avec salons-lits, lits\nordinaires et couchettes, de Paris au Mont-Dore.\nLes voyageurs peuvent utiliser les combinaisons de billets suivantes :\nBillets d'aller et retour individuels pour les stations thermales déli-\nvrés du lERIER juin au 30 septembre. Validité : 10 jours, non compris les jours de\ndépart et d'arrivée, avec prolongation moyennant supplément. A titre d'essai,\nles billets délivrés du ier au 15 juin et du 15 août au 30 septembre 1909, pour\nles stations du Mont-Dore, delà Bourboule, de Cransac et de Chamblet-Néris\n(Néris-les Bains) seront exceptionnellement valables 25 jours sans prolongation.\nBillets d aller et retour collectifs de famille pour les saisons de\nprintemps et d'été.\nRéduction allant jusqu'à 75 0/0.\nPour les billets de printemps, délivrés du jeudi qui précède la fête des Ra-\nmeaux au 25 juin exclu, validité 33 jours avec prolongation moyennant supplé-\nment.\nPour les billets d'été délivrés du 25 juin au lERIER octobre, validité jusqu'au\n5 novembre, sans supplément, quelle que soit l'époque de délivrance.\nBillets spéciaux d'excursion délivrés du ier juin au 30 septembre au\ndépart des principales gares du réseau, valables 30 jours avec faculté de prolon-\ngation ; 3 itinéraires, permettant de visiter les points les plus intéressants\nde l'Auvergne et du Limousin, le Mont-Dore, La Bourboule, Royat, Clermont-\nFerrand, les vallées de la Cère et de l'Allagnon, le Lioran, les Monts d'Au-\nbrac, etc.\nCartes d'excursion individuelles et de famille au départ de Paris\net des principales gares du réseau, donnant droit à la libre circulation sur deux\nzones déterminées ainsi qu'à un voyage aller et retour de la gare de départ à\nl'un des points desdites zones.\nire zone (délivrance du ier juin au 15 septembre) :de Clermont-Ferrand à\nEygurande, de Laqueuille au Mont-Dore, d'Eygurande à Aurillac et à Neussar-\ngues,deßortà Neussargues, de Neussargues à Arvant, de Miécaze à Saint-\nDenis-près-Martel, de Saint-Denis-près-Martel à Rocamadour.\n2e zone (délivrance du 15 juin au 15 septembre) : de Saint-Denis-près-Martel à\nArvant, de Viescamp-sous-Jallès à Figeac, de Neussargues à Millau, de Mende\nau Monastier, de Sévérac-le-Château à Rodez, de Rodez à Saint-Denis-près-\nMartel, et de Rodez à Tanus.\nValidité, un mois avec faculté de prolongation.\nPour les cartes de famille, réduction de 10 à 50 0/0.\nPour tous renseignements complémentaires, consulter le Livret-Guide de la\nCompagnie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-07-01-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-07-01_01#c029", "volume": "bmtnabj_1909-07-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "364", "page_fin": "364", "image_debut": 32, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.2.10", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "364", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.32", "debut_caractere": 67, "fin_caractere_exclue": 706, "texte": "CHEMIN DE FER DU NORD\nService temporaire et gratuit de prise et de remise\ndes bagages dans Paris.\nA certaines dates, de fin de juin à fin août, la Compagnie du Chemin de fer\ndu Nord, se charge de prendre gratuitement à domicile, dans Paris, les bagages\ndes voyageurs se rendant dans l une des stations balnéaires françaises des-\nservies par son réseau.\nA certaines dates, de fin juillet au 4 octobre, elle se charge de livrer gratui-\ntement à domicile, dans Paris, les bagages appartenant aux voyageurs revenant\ndes mêmes plages.\n(Voir ou demander, à la gare de Paris-Nord ou dans les 14 bureaux de ville,\nle bulletin détaillé du Service.)"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "333", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\n(Honorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction publique.)\nN° 13 (neuvième année)\nler Juillet\n1909\nH. M.\ni\n\nEsthétique d'avant-garde\nJ.C.\nSi six scies scient six cigares, six cent six scies scieront six cent six cigares ..\no o\nCette phrase stupide me venait l'autre jour à l'esprit, en entendant un violo-\nniste qui, sur la chanterelle, faisait sortir, ou à peu près, une série assez longue\nd'harmoniques avec un si b obstiné.\nJe me tournai vers mon voisin, musicien très « avancé », théoricien hardi,\net je me servis de cette formule en si et en scies pour traduire mes impressions.\nJ'ajoutai même : « Voilà une devise littéraire toute trouvée pour certaines\nmusiques d'avant-garde : Si six scies... »\nA la sortie, mon voisin commença, le plus sérieusement du monde, un plai-\ndoyer sur ce thème :\n« Vous en êtes encore à la rhétorique ancienne, qui proscrivait la répétition du\nmême son dans une période ; c'est enfantin et c'est très faux ! La répétition\naccumulée, et son équivalent musical : la dissonance, ont une force virile, une\nprise souveraine sur la sensibilité de l'auditeur. Vous-même ne pouvez dire cette\nphrase où sifflent les 5 sifflantes, sans être nerveux... Donc elle agit sur vous !\nelle touche, elle a du mordant ! Cela vaut mieux (musicalement, abstraction\nfaite des idées) qu'une phrase bien fade, à sonorités divergentes et diffuses,\ndont vous ne seriez nullement ému. »\nEh quoi ! cette phrase idiote aurait vraiment une valeur symbolique?\nJ'entends bien ; il faut que l'œuvre d'art touche l'auditeur. Mais il y a plusieurs\nfaçons d'être touché. Il y a la piqûre, l'égratignure, la morsure, la déchirure,\nqui, je vous l'assure, contrarient ma nature. Il y a aussi la caresse ; je préfère\nla caresse.\nSi six scies... Non ! c'est assez d'une fois."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "334", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.2", "texte": "LES REPRÉSENTATIONS D'OPÉRA ET DE BALLET RUSSES\n\nLes représentations d'opéra et de ballet russes\nau théâtre du Châtelet\n\nMaintenant que cette entreprise est finie, je dirai librement mon opinion.\nP'aut-il se féliciter qu'il y ait une « saison » russe à Paris ? Oui, sans doute, et\npour plusieurs raisons qui sont comme en marge de la musique.\nles Russes sont nos amis et nos alliés ; nous aurions mauvaise grâce\nà ne pas accueillir avec sympathie une manifestation d'art venant de chez eux.\nEnsuite, ces soirées ont été une très intéressante occasion de voir réunies,\ndans une même salle, les personnalités les plus élégantes ou les plus différentes\nde nous. Elles groupent la colonie russe à Paris. Elles créent un public dont la\nvue a presque autant d'attrait que le spectacle lui-même. Ainsi, j'ai eu plaisir à\nrencontrer plusieurs fois, au Châtelet, un magnifique inconnu en qui, d'après\nV\nson visage et son ampleur, en souvenir aussi de mes lectures d'enfance, je m'a-\nmusais à reconnaître le général Dourakine... Que de visages au pur type slave !\nQuel plaisir d'observer en quoi l'élégance mondaine russe diffère de l'élégance\nparisienne ! d'essayer de deviner la condition des personnes d'après leur exté-\nrieur ! de noter les traits caractéristiques de la race, les gestes, et d'entendre\nautour de soi, dans la familiarité des conversations, le timbre indéfinissable de\ncette langue, si peu pratiquée chez nous, et si musicale, si douce à l'oreille !...\nY eut-il les mêmes avantages au point de vue artistique ?\nOui, si l'on voulait se borner à nous donner des impressions autres, qui varient\nles programmes quotidiens de Paris; non, si l'on prétendait nous offrir un type\nlyrique supérieur au type français. Mes impressions ont été les suivantes.\nL'orchestre était plutôt médiocre. La sonorité des violons manque de douceur\net de fondu. Le chef d'orchestre était trop haut, trop en vedette, ses gestes se\ndétachaient sur les décors, et il semblait vouloir tirer à lui toute l'autorité de la\nreprésentation. C'est une faute de goût. Sur la scène, les artistes produits devant\nnous sont inférieurs à ceux de Paris. Parmi les chanteurs, il n'y en eut aucun\n(y compris Chaliapine, qui est surtout un acteur) dont la voix puisse être\ncomparée aux voix admirables de Gresse, de Delmas, de Dufrane... Parmi les\nfemmes, nous connaissions déjà, bien avant cette « saison », la meilleure et la\nplus célèbre de toutes : Felia Litvinne. Les danseuses étaient charmantes et fort\nadroites ; mais rien ne permet une comparaison entre leur grâce slave et la\ngrâce italienne de notre Zambelli ; quant aux danseurs, nous en avons déjà\nvus, dansnos music halls (à l'Olympia, aux Folies-Bergères...), qui accomplissaient\ndes prouesses tout aussi remarquables. Je dirai, par la même occasion, que pour"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "335", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.3", "texte": "LE BAROMÈTRE MUSICAL\n\nles décors et les costumes, presque tous nos théâtres de genre ont une\nsupériorité écrasante sur ce que les Russes nous ont fait voir. La musique ?\nnous la connaissions aussi ; elle ne nous apporta aucune révélation, et la seule\npartie nouvelle (musique de ballet) était d'ordre inférieur.\nDeux choses seulement sont à retenir, et constituent un sujet de réflexion\nutile à notre progrès artistique. D'abord, l'excellente discipline des choristes,\nqui ne se contentent pas de paraître et de pousser des notes, mais qui jouent,\navec la même application que les protagonistes ; ensuite, le caractère général\nde cet art russe qui doit son succès aux emprunts qu'il a faits à la sour\nLà est le secret de son charme et de sa valeur. Remarquez cependant qu'en\nmatière de chorégraphie c'est là que triomphe surtout l'art russe, nous\nne saurions guère l'imiter. Il serait ridicule, impossible, de constituer un ballet,\nsut la scène de 1 Opéra, avec les danses populaires françaises (telles que la\nbourrée !...)\nEn somme, saison agréable, intéressante, dont nous souhaitons le retour,\nmais dont il serait inexact d exagérer 1 importance au point de vue artistique.\n\nE. D.\n\nLe baromètre musical\n\nOpéra.\nRecettes détaillées du 16 mai au 15 juin 1909.\n\nDATES\nPIÈGES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\nl7\nmai 1909\nThaïs.\nMassenet.\n2Ï.797 95\n12.882 5o\n19\n—\nBacchus.\nMassenet.\n2 I\n—\nSiegfried.\nR. Wagner.\n20.294 87\n12\n—\nHamlet.\nA. Thomas.\n12.S73 5 0\ni5.88o 95\n24\n—\nSiegfried.\nR. Wagner.\n26\n—■\nThaïs.\nMassenet.\n20.421 »\n2 8\n—\nMonna Vanna. — Javotte.\nH. Février. —\nSaint-\nSiegfried.\nSaëns.\n17.007 87\n29\n——\nR. Wagner.\n12.480 )>\nG\n—.\nFaust.\nGounod.\n2 1.1 i q 95\n2\njuin 1909\nLa Val kyrie.\nR. Wagner.\n17.188 5o\n4\n—\nRoméo et Juliette.\nGounod.\n20.275 37\n5\n—\nRigoletto. — Coppélia.\nVerdi. — L. Delibes.\n19.805 »\n14.002 45\n7\n~\nMonna Vanna. — Javotte.\nH. Février. —\nSaëns:\nSaint-\n9\n—\nSiegfried.\nR. Wagner.\n16.297 »\n( 1\n——\nSamson et Dalila. — Coppélia.\nSaint-Saëns. -\n- L.\nDelibes.\n16.410 37\n14\n—\nLa Valkyrie.\nR. Wagner.\n17,022 95"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "336", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.4", "texte": "UNE- OEUVRE D'ART POPULAIRE\n\nOpéra-Comique.\nRecettes détaillées du 16 mai au 15 juin 1909.\n\nUne oeuvre d'art populaire : « Jeanne La Patrie », de\nM. Bourgault-Ducoudray.\n\nUne composition de M, Bourgault-Ducoudray, quelle qu'elle soit, est toujours\nla bienvenue.\nPersonne moins que M. Bourgault-Ducoudray n'a fait de concessions ail\ngoût, à la mode, aux habitudes courantes, fussent-elles en somme acceptables\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\ni6mai matin-\nWerther. — Le Chalet.\nMassenet. — Adam.\n5.679\n5.254\n»\n■\nsoirée-\nLakmè. — La Légende du Point\ndûArgentan.\nL. Delibes. — F.\nFourdrain.\n»\nl7\n—\nSolange.\nCJ .\nG. Salvayre.\n4-335\n»\n18\n—\nLa Vie de Boheme. — La Lé-\nPuccini. — F. Four-\ngende du Point d1 Argentan.\ndrain.\n8.923\n5o\n•9\n—\nLa Tosca.\nPuccini.\n7.167\n5o\n20\n—\nLa Vie de Bohême. — La Lé-\nPuccini. — F. Four-\ngende du Point d'Argentan.\ndrain.\n8 923\n»\n2 i\n—\nManon.\nMassenet.\n7.068\n5o\n22\n—\nLa Habanera. — Philèmon et\nRaoul Lapara. —\nBaucis.\nGounod.\n7.641\n66\n2 3\n—\nWerther. — Cavalleria Rusti-\nMassenet. — Masca-\ncana.\ngni.\n4.014\n5o\n24\n—\nSolange.\nG. Salvayre.\n2.654\n5o\n2 5\n—\nLakmé. — La Légende du Point\nL. Delibes. — F.\n26\nd'Argentan.\nFourdrain.\n8.725\n»\n—\nLa Tosca.\nPuccini.\n5.981\n»\n2 7\n—\nLa Habanera. — Philémon et\nRaoul Lapara. —\n28\nBaucis*\nGounod.\n7.352\n5o\n—\nManon.\nMassenet.\n6.328\n5o\n29\n—\nLa Habanera. — Philémon et\nRaoul Lapara. —\n3o\nBaucis.\nGounod.\n7.502\n5o\n—\nmatin.\nOrphée.\nGluck.\n2.883\n5o\n31\n—\nsoirée.\nCarmen.\nBizet.\n6. f 94\n5o\n(ire).\nLa Flûte enchantée.\nMozart.\n«y •\n2.216\n»\n1\njuin\nLa Flûte enchantée.\nMozart.\n9.o5o\n5.365\n5o\n2\n—\nLa Tosca.\nPuccini.\n5o\n3\n—\nLa Flûte enchantée.\nMozart.\n9.725\n»\n4\n—\nWerther.\nMassenet.\n7.570\n5o\n5\n—\nLa Flûte enchantée\nMozart.\n9.900\n5.424\n16\n6\n—\nmatin.\nCarmen.\nBizet.\n»\n—\nsoirée.\nSanga.\nL de Lara.\n7.637\n»\n7\n—\nLakmé.\nL. Delibes.\n3.903\n»\n8\n—\nLa Flûte enchantée.\nMozart.\n9.716\n5o\n9\n—\nLe Clown. — Les Armaillis.\nI. de —\nLa Flûte enchantée.\nG. Doret.\n8.004\n»\n10\n—\nMozart.\nQ.715\n»\n{1\n—\nManon.\nMassenet.\n8.855\n5o\n12\n—\nLa Flûte enchantée.\nMozart.\n9.83 1\n5o\n13\n—\nSanga.\nI. de Lara.\n7-558\n5o\n14\n—\nMignon.\nA. Thomas.\n4.52 1\n5o\n1 5\nLa Flûte enchantée.\nMozart.\n6.403\n»"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "337", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.5", "texte": "UNE OEUVRE DART POPULAIRE\n\net presque logiques. Personne n a moins cherché le succès en sacrifiant si peu\nque ce soit d un idéal conscient, volontairement choisi. Personne ne s'efforça\nplus obstinément à réaliser sa propre conception de l'art et à la présenter telle\nquelle, sans tenter d en dissimuler ce qui s'accordait le moins avec les opinions\ndu jour et ce qui résultait d une vue très particulière et d'une sensibilité très per-\nsonnelle.\nPlus qu aucun de ses contemporains, même les plus grands, je n'ose pas\ndire surtout les plus grands, M. Eourgault Ducoudray a conçu la musique\ncomme un art essentiellement social, mieux fait pour l'expression des sentiments\ncollectifs de toute une race que pour celle d'un lyrisme individuel, à peu près\nfatalement destiné, quels qu'en soient le raffinement ou la profondeur, à n'être\npleinement accessible qu'à une élite. En ces temps où la musique tend de plus\nen plus à devenir un art fermé, exquis sans doute, mais sans contact direct avec\nla masse, même très cultivée, qui n'en a pas une fréquentation quotidienne, de\ntelles tendances valent d'être hautement louées. D'aucuns, faisant réflexion que\nles arts qui vivent trop exclusivement sur eux-mêmes et pour quelques rares\nadeptes sont près de l'irrémédiable décadence, n'hésiteront point à dire qu'elles\nvalaient d'être plus imitées. L'examen de l'œuvre nouvelle dont la Revue musicale\nveut entretenir aujourd'hui ses lecteurs montrera pratiquement les caractéris-\ntiques du compositeur.\nC'est une cantate populaire pour chœur et orchestre (ou musique d'harmonie),\nconsacrée àla glorification de Jeanne d'Arc, Jeanne La Patrie, pour lui donner\nle titre que les auteurs ont choisi.\nJ'aime mieux dire tout de suite que ce titre me plaît médiocrement. Sous\nsa prétention symbolique, il manque de simplicité et de naturel. Pourquoi pas\nJeanne d'Arc tout simplement ? Jeanne La Pairie, cela vous a un air de faux sen-\ntimentalisme patriotique, évocateur de fâcheuses réminiscences. Mais il serait\npuéril d'insister sur une critique dont, au surplus, le seul librettiste, M.Théodore\nBotrel, doit être tenu pour responsable. Et il vaut mieux convenir franchement\nque le poème qu'il écrivit est bien loin de se pouvoir comparer, même de loin, à\nla musique qu'il inspira. Musicien et poète ne sont pas ici loin de là des\nesprits du même ordre.\nCependant, le livret n'est pas sans qualités. La faiblesse d'un style tantôt\nboursouflé et tantôt plat ou trivial ne dissimule pas entièrement la sincérité du\nsentiment qui partout l'anime. Le plan en reste simple et sans complications\ninutiles. Point de détails: de grandes lignes assez fermement tracées. Quatre\népisodes en tout, embrassant en quatre tableaux l'ensemble de la vie héroïque\nde la Vierge guerrière : Domrémy, Orléans, Reims, Rouen. Et c'en est assez.\nAssez du moins pour fournir à l'inspiration du compositeur une base solide;\nassez peu pour ne point risquer de la contrarier en la contraignant à traiter\ntelles scènes qu'il n'aurait point rêvées. Le livret disparaît : les paroles impor-\ntent peu. Le musicien demeure seul et libre.\nHeureusement. Car le danger de pareils sujets est dans la difficulté de main-\ntenir le caractère légendaire, un peu vague, qui seul peut en garder la grandeur.\nTrop de précision, trop de recherches, trop d art même (je ne parle que pour le\ntravail du librettiste) : et nous n'aurions plus qu'une manière de drame, pas\nplus intéressant que tel autre. Moins peut-être, puisque personne n'estimerait\nlégitime de n'avoir tiré de si grands souvenirs autre chose que d'ordinaires"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "338", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.6", "texte": "UNE OEUVRE D'ART POPULAIRE\n\nanecdotes. Le ridicule est ici la revanche du sublime. Peu de drames patrio-\ntiques en demeurent tout à fait exempts.\nMais ceci n'est point un drame. Bien plutôt une œuvre de musique pure. Non\nseulement l'héroïne, Jeanne d'Arc, partout présente, ne s'incarne jamais en la\npersonne d'une chanteuse ; mais encore n'y a-t-il point de personnages, à propre-\nment parler, mis en scène. Un récit seulement, essentiellement impersonnel, tel\nque serait celui d'un barde populaire narrant à son auditoire la complainte de la\nbonne Lorraine. Avec raison, M. Bourgault-Ducoudray n'a point hésité à accen-\ntuer encore ce caractère en se refusant à traiter quoi que ce fût de ce récit en\ndialogue choral, ainsi que certains passages du texte l'y eussent autorisé peut-\nêtre.\nEn consacrant, dans un précédent numéro de la Ftevue ( ier avril 1906), quelques\npages à l'étude du bel opéra de M. Bourgault-Ducoudray, j'avais assez\nlonguement insisté sur cet art singulier du dialogue choral qu'il possède, à peu\nprès seul aujourd'hui parmi nous. Ce talent d'animer les foules, de les faire vivre\nsur la scène que nous venons d'admirer cette année (comme nous l'avions fait\nl'année dernière) dans les opéras russes de la saison du Châtelet. il n'est pas\nmauvais de rappeler qu'un compositeur français le possède aussi bien.\nMais Thamara ètait un drame visant, comme tout drame, à donner l'illusion\ndu vrai. Le compositeur eut donc alors raison de jeter sur la scène ces masses\nhurlantes et terrifiées qui, vraiment, vivaient sous nos yeux. Ce bel effort de\nréalisme, nous venons de le dire, eût été inutile, sinon nuisible dans la cantate\ndont il est ici question. Aussi l'écriture chorale de cette composition, qui ne com-\nporte que des chœurs, est-elle très sensiblement différente.\nElle en accentue singulièrement le caractère récitatif, épique si l'on veut, qui\ns'imposait. De fréquents passages à l'unisson, confiés tour à tour à différents\ngroupes de voix, choisis suivant les convenances d'une esthétique expressive très\nsimple et très compréhensible, y alternent avec les ensembles vocaux, disposés\neux-mêmes avec la liberté et la variété la plus grande. Tantôt deux voix, tantôt\ntrois, de même nature ou non; ici quatre voix d'hommes ou de femmes ; là deux\nchœurs dialoguant ou superposant leurs récits. Ailleurs enfin l'imposante\nampleur de la masse tout entière. C'en est assez pour éviter la monotonie des\nœuvres presque exclusivement chorales, monotonie dont celles des plus grands\nmaîtres, un Haendel,un Bach même, ne sont pas toujours exemptes.\nEncore ces grands maîtres avaient-ils la ressource des artifices inépuisables\nd'un contrepoint savant et compliqué. Car nous savons qu'ils écrivaient pour un\ngroupe assez peu nombreux de chanteurs exercés. Au contraire, M. Bourgault-\nDucoudray eut évidemment en vue ces vastes ensembles de sociétés populaires\ndont il s'est fait depuis si longtemps le dévoué propagandiste. Il lui fallait donc\npartout ne point dépasser les limites de ce qu'on peut raisonnablement deman-\nder à des musiciens, exercés sans doute, mais enfin occasionnels. Il lui fallait\nmettre sur pied une œuvre d'exécution relativement facile et cependant riche\nd'effets délicats ou grandioses. La technique de cet art, populaire dans le bon\nsens, restait à créer. On peut dire que c'est maintenant chose faite.\nL'accompagnement instrumental marque les mêmes préoccupations et obéit\naux mêmes lois. Toujours très simple, il évite avec soin les complications, qui\nd'ailleurs ne sauraient légitimement s'expliquer que pour traduire les subtiles\nnuances d'une psychologie complexe. Les grands sentiments très humains que le"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "339", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.7", "texte": "UNE OEUVRE D'ART POPULAIRE\n\nmusicien voulait rendre le sont d'autant mieux que sera plus parfait ce système\ndesimplification intelligente et raisonnée. Ainsi seulementd'ailleurs, l'œuvre qui\ns'adresse à tous, qui peut être pleinement comprise par tous, pourra-t-elle être\nexécutée partoutdignement. Même cette préoccupation de l'auteur, d'avoir voulu\nse satisfaire d'une simple musique d'harmonie pour accompagner ces chœurs,\nn'est pas négligeable. Je ne connais point la partition d'orchestre de Jeanne\nd'Arc. Mais j'imagine cependant que les larges et sonores accords d'une musi-\nque de seuls instruments à vent, d'une musique militaire en un mot, convien-\ndraient à merveille pour en rendre la sobre et mâle grandeur. Mieux peut-être\nque les accents plus nuancés etmoins robustes de l'orchestre symphonique ordi-\nnaire. Ceci en vérité est une œuvre apparentée de très près à celles que l'exalta-\ntion patriotique de la Révolution vit éclore. Les mêmes moyens d'expression lui\nsuffisent et lui conviennent.\nMais quelque chose qu'ignoraient à peu près les Gossec, les Méhul et les\nLesueur, M. Bourgault-Ducoudray le possède à un degré éminent. Je veux\ndire le sentiment populaire de l'inspiration. Ceci est encore une des qualités que\nnous admirons chez les maîtres russes, et le maître français reste encore ici leur\négal. Sa musique paraît essentiellement française, dans le sens véritable dumot.\nC'est-à-dire que ses mélodies sont ou plutôt semblent être de véritables mélodies\npopulaires de notre pays. Le musicien a-t-il reproduit vraiment des thèmes\nempruntés à notre folklore ou bien s'en est-il imprégné à ce point que sa pensée\nse modèle d'elle-même sur ces chants issus de l'âme du peuple ? Je ne saurais\nle dire, mais l'identité demeure si saisissante qu'il semble que la question doive\ndemeurer sans réponse\nQu'importe, au surplus? Le résultat n'en est-il pas d'une originalité singu-\nlière, d'une couleur séduisante et charmante ? Voyez par exemple le thème déli-\ncieux de vieille ronde qui semble évoquer l'âme même de l'héroïque bergère et\nqui forme, en la composition tout entière, une sorte de motif conducteur exquis :\nC est ainsi, dans le prélude, qu'apparaît pour la première fois cette mélodie\npénétrante. Mais l'art du musicien la saura transformer cent fois au cours de\nl'œuvre. Et sans perdre jamais tout à fait son caractère rustique et naïf, elle se\npliera sous sa main à l'expression des sentiments les plus divers. Travail d une\ningéniosité surprenante, où se retrouvent les procédés et 1 esprit de la grande"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "340", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.8", "texte": "UNE OEUVRE D'ART POPULAIRE\n\nvariation beethovénienne. Mais citons brièvement les transformations princi-\npales.\nVoici la phrase, encore dans le prélude, à trois temps cette fois, et parée d'une\nexpression beaucoup plus intense et plus pathétique :\nUn changement de rythme, un déplacement des temps accentués suffiront un\npeu plus loin, dans les chœurs, à lui conférer le caractère impératif d'une injonc-\ntion puissante :\n.\nAppel presque impérieux qui va se changer maintenant en un tendre et mélan-\ncolique adieu. Dis adieu vite à ion vieux chaumç, A tes parents, à tes amis, mur-\nmurent les chœurs sur le thème ainsi transfiguré :\nIl est d'autres transformations plus radicales encore, sans que jamais la phrase\nprimitive cesse d'être perceptible Voyez, par exemple, le chant triomphal des\nsopranos et des altos en octaves, sur le passage de Jeanne, dans la 3e partie\n(Reims) :\nOu encore ce furieux cri de guerre des ténors et basses unis (2e partie, Orléans):\nEt jusque dans les mélodies les plus sombres, les harmonies les plus lugubres"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "341", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.9", "texte": "UNE OEUVRE D'ART POPULAIRE\n\ndu tragique épisode final, le bûcher de Rouen, une attentive analyse laisserait\ndiscerner quelques vestiges encore de ce thème fondamental.\nFaut-il encore, dans la note populaire, manquer de citer la si jolie chanson de\nla première partie, si simple et si gracieuse à la fois ?\nCelle-ci, le musicien s'est peu appliqué à en diversifier l'aspect par de subtiles\nmodifications dans le rythme sur la ligne mélodique.\nCe n'est point qu'il ne s'en serve plusieurs fois dans un but d'expression\nchaque fois transformé ou agrandi. Mais il use alors d'un autre procédé. Et c'est\nen superposant cette phrase à d'autres qu'il fera jaillir de ce contraste impérieux\nles effets les plus saisissants.\nA citer, dans cet ordre d'idées, la conclusion de la première partie où la chan-\nson, confiée aux voix de femmes, plane doucement au-dessus du reste du chœur\noù gronde sourdement le thème de lugubre désolation exposé par les basses au\ndébut de l'œuvre :\nDe ces superpositions de thèmes, au surplus, M. Bourgault-Ducoudray ex-\ncelle à faire le plus heureux emploi. Emploi très sobre d'ailleurs et qui n'entraîne\njamais sa polyphonie claire et robuste à l'obscurité ou à une complication fati-\ngante. Voyez par exemple, dans la 3e partie (Reims), l'effet grandiose - produit\npar l'union du Te Deum liturgique aux Noëls ! Noëls ! éperdus clamés par la\nfoule ; ou bien encore, dans la 4e (Rouen), la tragique désolation du lugubre\nMiserere, sonnant au-dessous du murmure désolé de la foule.\niMais il est temps de mettre un terme à une analyse qui, si détaillée qu'elle\npût être, ne saurait suppléer qu'imparfaitement à l'audition ou du moins à la\nlecture de l'œuvre. 11 n'est pas impossible que cette épreuve définitive n'y laisse\ndiscerner quelques pages plus faibles. Assurément, comme en toute composi-\ntion, l'auteur ne s'est pas maintenu partout à la même hauteur. Toute la seconde\npartie (Orléans) paraît d'un-e inspiration moins soutenue, et les clameurs guer-\nrières des chœurs y sont parfois d'une facture tant soit peu conventionnelle Je ne\ngoûte pas non plus entièrement l'apothéose, d'ailleurs assez courte, qui sert de\nconclusion. Enfin de loin en loin, là surtout oû la faiblesse, pour ne pas dire la\nniaiserie des paroles, l'y obligeait presque, le musicien a laissé échapper quel-\nques passages d'accent vague ou terne."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "342", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.10", "texte": "THÉORIE DU RYTHME\n\nMais ces taches sont peu de chose. Elles ne sauraient diminuer la noblesse et\nl'élan de tout l'ensemble : elles ne sauraient faireque la première partie tout en-\ntière et la dernière presque toute nesoient de la plus haute et de la plus pénétrante\nbeauté musicale. Et vraiment c'en est assez pour classer au premier rang cette\ncomposition de M. Bourgault-Ducoudray. J'ignore si cette œuvre, relativement\nrécente, a déjà été exécutée quelque part . En tout cas, il serait bien à souhaiter\nqu'elle s'inscrivît, au plus tôt, au répertoire de ces sociétés populaires pour qui\nelle fut écrite. Car c'est fort bien de proclamer partout, comme nous l'entendons\nfaire tous les jours, la nécessité de mettre l'art musical à la portée de tous et de\nfonder partout des sociétés chorales solidement instruites. Mais avant tout, il\nfaut constituer à ces groupes futurs un répertoire véritablement artistique. Pour\ndiverses raisons, dont toutes ne sont pas à approuver, les œuvres chorales clas-\nsiques, presque toutes écrites sinon pour l'église, au moins sur des sujets de dé-\nvotion, ne sauraient présentement leur convenir. Donc, que les artistes suivent\nl'exemple de M. Bourgault-Ducoudray, qu'ils se plient aux nécessités du genre,\nsans cesser pour cela d'être eux-mêmes, et qu'ils sachent, en restant simples et\nfaciles, créer la musique robuste et forte qui convient. C'est à ce prix que l'art\npopulaire, disons l'art, et pour le peuple et par le peuple, si hautement désirable\nd'ailleurs, cessera d'être un thème à déclamations généreuses et vaines pour\nvivre véritablement d'une vie durable et féconde.\n\nHENRI QUITTARD.\n\nThéorie du rythme,\nPAR PAUL VERRIER, DOCTEUR ÈS LETTRES.\n\nM. Paul Verrier, qui vient de soutenir très brillamment, devant la Faculté des\nlettres de l'Université de Paris, deux thèses pour le doctorat, est un savant qui\nporte avec aisanceun énormebagaged'érudition. Ancien étudiant à la Sorbonne,\nil a d'abord fait de sérieuses études de grec et conquis le titre d'agrégé de gram-\nmaire. Puis il est allé en Allemagne et a poursuivi, dans les Universités\nd'outre-Rhin, un second cycle d'études. De là. il s'est rendu en Danemark, puis\nen Suède, pour apprendre les langues Scandinaves et se familiariser avec elles\nau point de s'en servir pour des publications en prose et en vers, et mériter, de\nla part de Bjorstjern-Bjorson et Brandès, le qualificatif de « confrère ». De là, il\nest allé en Angleterre pour étudier à fond les choses anglaises. Il est aujourd'hui\nprofesseur d'anglais au lycée Carnot et fait, à la Sorbonne, un cours libre sur les\nlittératures et les langues Scandinaves. A tout ce savoir philologique s'ajoutent\ndes notions très complètes sur la philosophie, sur certaines sciences, et enfin sur\nla musique : tout cela bien digéré, bien assimilé, ne donnant jamais une impres-\nsion de pédantisme ou de lourdeur.\nLa première thèse de M. Verrier est intitulée : Essai sur les principes de la mé-\ntrique anglaise. Nous n'en parlerions pas dans cette Revue, si elle ne touchait à\nla musique sur quelques points essentiels et n'avait, malgré ce sujet très spécial,\nune portée générale. Elle est suivie d'une autre thèse fort remarquable qui n'en\nest que la seconde partie, avec le sous-titre : Théorie générale du rythme."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "343", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.11", "texte": "THÉORIE DU RYTHME\n\nI Sans entrer dans les détails d'un sujet qui est immense et d'un travail où\ntant d'idées et de faits sont remués, je voudrais indiquer l'idée générale et nou-\nvelle qu'apporte M. Verrier dans sa première thèse, en indiquant la réserve que\ncette lecture m'a suggérée.\nU Essai sur la métrique anglaise contient une étude (p. 85-137) sur la prosodie,\nc'est-à-dire une étude sur toutes les valeurs qui entrent dans un vers, sons,\nsyllabes, accent, intonation, silences, pauses,— abstraction faite des divers\nmodes de leur groupement ;il contient aussi une étude (p. 263-351) sur la mé-\ntrique, c'est-à-dire une étude des divers modes de groupement des valeurs,\nabstraction faite des syllabes et des mots. Entre ces deux études s'en place une\ntroisième sur la rythmique, relative au mécanisme général du vers.\nQu'est-ce d'abord qu'un vers ?\nII est plus difficile qu'on ne croirait de répondre à cette question. Les grands\npoètes de l'antiquité, à l'époque classique, n'ont jamais fait la théorie de leur art,\npourtant si riche et si précis, et on peut affirmer que Corneille, Racine, Molière,\nauraient été fort embarrassés si on leur avait demandé une définition : il est\nmême infiniment probable qu'ils auraient donné une définition inexacte. En ce\nqui concerne la langue française, il est assez curieux que les deux grandes obser-\nvations ou découvertes, faites l'une sur la place de l'accent tonique dans les\nmots et sur son rôle dans le vers, sont dues à des étrangers (l'Anglais Palsgrave\nau xvie siècle, et le SicilienScoppaau commencement duxixe). Jedonnerai l'extrait\nsuivant du livre de M. Verrier :\n« § 212. Qu'est-ce qu'un vers ? Il est fort malaisé de le déterminer. En tout\ncas, je puis et dois le dire dès maintenant, ce n'est pas une unité de même espèce\nque le pied. Il en diffère à peu près comme la phrase musicale diffère de la me-\nsure. Le rythme peut très bien exister en dehors des phrases carrées et des vers,\npar exemple dans la mélodie continue et dans la prose rythmée (1). En fait, le vers\nse décompose en un certain nombre de pieds, complets ou incomplets, comme la\nphrase musicale en un certain nombre de mesures. Mais ce chiffre ne suffit pas à\nles caractériser. Si I on prenait un morceau de musique et que sans plus on le\ncoupât au hasard en fragments de quatre mesures, on ne l'aurait pas pour cela\ndivisé en phrases musicales. La phrase musicale est constituée par le dessin\nmélodique et les cadences, à un moindre degré par le dessin rythmique et la gra-\ndation des temps forts. Une fois ainsi constituée, elle peut se définir par le\nnombre de ses mesures.\n« § 213. Appellerons-nous vers toute série de pieds qui présente un sens com-\nplet ? Nous le confondrions alors avec la phrase grammaticale. D'autre part,\nnous n'avons pas à tenir compte du sens des mots, qui ne relève pas de la\nphonétique Je sais bien qu'en musique la phrase doit présenter un sens com-\n\n(1) La prose rythmée, /eXoptsvY) chez les Grecs (v. Plutarque, De musica, c. 3, § 35 dans\nl'édition Weil-Reinach), numeri lege soluti chez les Romains (v. Horace, Car m. IV, 2, Ir, et cf.\nCensorinus, c. 9), se distingue du vers par l'absence de mètre : avso pi-cpoo <bpt<jpivoo (Héphes-\ntion, Ilspi 7rot7}pton:oç, c. 3 . C'est en prose de ce genre qu'étaient composés les nomes citharœ-\ndiques de Timothée, le dithyrambe nouveau, les monodies d'Euripide, etc. (v. la note de\nMM. Weil et Reinach sur le passage de Plutarque). On peut y rattacher la prose métrique des\nbas siècles latins et la prose rythmique des Byzantins (v. Havet, Métrique, chap. xvi\\ On trouve\naussi en vieil anglais une prose rythmée, allitérante en même temps, dans les homélies\n(cf. A. Brandeis, Die Allitération in JElfric s metrischen Homilien, Vienne, 1897, et Joh.\nSteenstrup, Historisk Tidsskritft, 7. R. IV, p. 119 et suiv )."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "344", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.12", "texte": "THÉORIE DU RYTHME\n\nplet ; mais c'est là une métaphore. Aussi ajoute-t-on souvent musical : un sens\nmusical complet. Il s'agit tout simplement du dessin mélodique et de la cadence\nfinale.\n((§214 Dirons-nous que l'unité du vers est déterminée par la prédominance\nd'une syllabe forte, autour de laquelle les autres se groupent naturellement,\ncomme dans la syllabe les phonèmes autour du plus sonore, comme dans le mot\nou le groupe accentuel les inaccentuées autour de l'accentuée ? Le vers ne serait\nainsi qu'un groupe rythmique d ordre supérieur, un groupe rythmique composé.\nEncore faudrait-il indiquer comment se fait ce groupement. Nous avons eu\nbeaucoup de peine à le préciser vaguement pour les groupes accentuels et\npour les groupes rythmiques simples (v. § 186).\n« § 215. Nous fonderons-nous sur la marche du rythme ? Elle peut grouper les\nfortes dans un ordre croissant, décroissant, circonflexe ou anticirconflexe. C'est\nle premier ou l'avant-dernier qui prédomine, comme en prose.Presque toujours,\nquand les illettrés lisent des alexandrins, par exemple, ils vont crescendo jusqu'à\nla césure et de là decrescendo jusqu'à la fin du vers (1). Comme ils se laissent\nguider uniquement par le rythme, nous pouvons conclure que telle en est bien\nla forme fondamentale. Mais nous nous en écartons trop souvent pour qu'elle\npuisse servir à déterminer l'unité du vers.\n« § 216 II en est de même de l'intonation : bien qu'elle soit presque toujours\nde forme nettement circonflexe, comme c'est aussi le cas le plus fréquent dans\nla phrase musicale, elle varie encore trop pour que nous en fassions la base de\nnotre définition. Il n'en va pas autrement en musique, pour la marche du\nrythme aussi bien que pour celle de la mélodie proprement dite.\n« Tout vers a sa mélodie propre. Sans doute, chaque lecteur ou diseur l'inter-\nprète un peu à sa guise. Mais à travers ces interprétations diverses elle transpa-\nraît presque toujours plus ou moins clairement (2). Cette mélodie fondamentale,\nqui fait partie intégrante du vers, c'est bien le poète lui-même qui l'y met, cons-\nciemment ou non. Souvent elle précède dans son esprit, non seulement les mots,\nmais encore l'idée ou l'image précise qu'ils expriment ; nous avons là-dessus le\ntémoignage catégorique de Goethe et de Schiller (3). Chaque poète a sa mélodie\npersonnelle, qui varie d'ailleurs plus ou moins suivant le caractère du poème ou\nplus exactement de l'émotion passagère. Le « vers héroïque » ne chante pas chez\nShelley comme chez Keats ou Milton, ni dans les monologues d'Hamlet comme\ndans les duos de Roméo et de Juliette (4) . Puisque la mélodie d'un vers déter-\n\n(1) Sans préjudice du renforcement métrique final. La courbe de l'accentuation est compli-\nquée. Il serait plus exact, peut-être, de dire qu'il y a deux montées.\n(2) En voici une preuve, qui montre en même temps à quel point le chant se règle sur l'into-\nnation du langage parlé. Deux compositeurs danois, très différents à bien des points de vue,\nont mis en musique séparément, chacun ignorant l'œuvre de l'autre, un petit poème de l'auteur\nintitulé Det danske Sprog. Presque partout ils ont adopté, au moins quant au fond, la même\nmélodie.\n(3) « Il me semble souvent qu'un secret génie prélude au fond de mon cœur et murmure en\ncadence, si bien que mes pas se meuvent toujours en mesure et que je crois entendre de légers\nsons accompagnant quelque poésie, qui, d'une manière ou d'une autre, se présente sans effort»\n(Goethe, Wilhelm Meister, OEuvres de Gœthe, trad. Porchat, VII, p. 272 . —« Das Musika-\nlische eines Gedichtes schwebt mir weit ôfter vor der Seele, wenn ich mich hinsetze es zu ma-\nchen, als der klare Begriffvom Inhalt, iiber den ich kaum mit mir einig » (Schilleis Briefe, éd.\nJonas, III, p. 202j.\n(4) Pour étudier la « mélodie » d'un vers, il faut noter le ton, le mode, la nature des inter-\nvalles, les cadences, les introductions, la marche mélodique, les groupes mélodiques, simples ou"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "345", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.13", "texte": "THÉORIE DU RYTHME\n\nminé varie ainsi d'un poète à l'autre et dans les divers passages d'un même au-\nteur, elle ne saurait servir à définir ce vers en tant que vers.\n« § 217. Ce qui importe le plus, après tout, c'est de bien marquer le commen-\ncement et la fin du vers, surtout la fin. On peut le faire à l'aide d'un renforce-\nment métrique, en appuyant par exemple sur le dernier temps marqué. C'est ce\nqui arrive dans nos vers : les deux accents fixes de l'alexandrin, celui de la cé-\nsure et de la fin du vers, ressortent toujours fortement. Ce sont les seuls, aussi,\ndont les musiciens aient toujours tenu compte, en les mettant régulièrement au\ntemps fort. On sait que dans notre ancienne versification, le temps marqué ne\nconïncidait forcément avec l'accent qu'à un ou deux endroits, où il recevait plus\nd'intensité qu'ailleurs (1) :\nTr en cher ai les halbèrs e les hèlmes peméz...\nVoyage de Ckarlemagne, v. 460.\n« Maintenant que nous rythmons nos vers en nous conformant à l'accentua-\ntion, la fin du vers est encore indiquée par un accent plus fort en principe que\nles autres :\nLe soleil revêt d'éclatantes couleurs...\n«LECONTE DE LISLE (2). »\nCes analyses, on l'avouera, sont bien confuses !\nM. Verrier admet donc que levers a une origine musicale. Il le prouve, inci-\ndemment, par une observation d'ordre psychologique (témoignage de Schiller) ;\nil aurait pu le prouver par des raisons historiques, en remontant aux origines,\nen étudiant par exemple le carmen antique. Je suis entièrement de son avis.\nCette première idée semble le conduire à celle qui domine tout son livre, en fait\nla nouveauté et constitue sa thèse proprement dite ; on peut la formuler ainsi :\nUn vers se décompose en un certain nombre de pieds, et tous ces pieds sont\négaux en durée. D'un temps fort et marqué à un autre temps fort, tous les inter-\nvalles du vers sont soumis à Yisochronie. Cette loi n'est pas seulement celle du\nvers anglais, où l'ancienne doctrine croyait trouver une « mosaïque d'iambes, de\ntrochées, de spondées, de dactyles et d'anapestes, sans parler du reste » (p. 261);\nelle s'applique à toutes les versifications. « Rien déplus simple, comme on le\nvoit ; le tout peut s'expliquer en cinq minutes et tenir en cinq lignes. »\nOui, rien n'est plus simple ; mais les conséquences, au point de vue de la doc-\ntrine des critiques, sont énormes, révolutionnaires et de grande portée. Je songe\n\ncomposés, les effets de contraste ou de ressemblance, le rythme mélodique, simple ou composé,\nles rimes mélodiques, l'intonation simple ou composée des syllabes, les différences entre fortes\net faibles au point de vue de la hauteur (les fortes sont en général plus aiguës), de la forme (les\nfortes ont plus souvent une intonation composée) et de l'importance mélodique (les fortes cons-\ntituent d ordinaire le noyau des groupes mélodiques, et la trame de la mélodie), etc.\nMM. Sievers et Saran ont essayé de faire ce travail en partie pour deux ou trois poèmes (v. /. c.,\np. 157, note 1). Avant de connaître leurs publications, j'avais analysé la mélodie de quelques\nvers anglais par la méthode expérimentale (v. Troisième Pjrtie, livres II et III). Nous nous\nsommes rencontrés sur plusieurs points, par exemple dans 1 adoption des termes « groupes\nrythmiques » et « groupes mélodiques », mais non sur tous.\n(1) J'indique la place de l'accent par un accent aigu.\n(2) On sait que V. Hugo, Banville et Leconte de Lisle accentuaient fortement la sixième et\nla douzième syllabe de leurs alexandrins (cf. Saran, Der Rhythmus des franzosischen Verses,\nHalle, 1904, p. 246-8)."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "346", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.14", "texte": "THÉORIE DU RYTHME\n\nici à la poésie des lyriques grecs ; et je vais donner, très simplement encore, une\nidée de la question.\n. Les grammairiens venus après les grands poètes grecs et essayant de les\nexpliquer, trouvaient, par exemple dans les vers d'un Pindare, des successions\nde longues et de brèves qu'il semblait impossible de partager en groupes identi-\nques (au point de vue de la durée); ils ont alors imaginé de donner à ces groupes\ndes noms différents/, ils ont créé des unités rythmiques aux noms étranges, dont\nl'étude a constitué, pendant des siècles, toute la science métrique. Ce sont là\ntelle est la pensée que nous suggère M. Verrier de pures chimères, des\n« monstres », dus simplement à ce fait qu'on a mal compté les valeurs, qu'on les\na mal groupées en coupant levers arbitrairement, ou qu'on n'a pas tenu compte\nde l'exécution. Sur ce point, j'admets entièrement l'opinion de M. Verrier, pour\nd'autres raisons encore, qu'il ne dit pas. Les vers d'un Pindare étaient chantés\npar un chœur; et j'ai peine à comprendre comment une exécution chorale eût\npu être correcte, si à défaut de l'égalité des valeurs de syllabes, comme dans le\nplain-chant, elle ne s'était pas appuyée, pour que le mouvement fût bien réglé,\nsur l'égalité des mesures.\nMais si ce principe me paraît applicable àla poésie des lyriques grecs, la-\nquelle était chantée, je ne comprends absolument pas que M. Verrier l'applique\nàla poésie moderne, laquelle est déclamée. Dans le lyrisme antique il y a des\nlongues, des brèves, des durées déterminées, et on peut parler de l'isochronie\ndes pieds ou des mesures. Dans le vers moderne, où l'accent et le timbre rem-\nplacent les longues et les brèves, il ne peut y avoir rien de semblable. La durée\nd'une mesure musicale s'exprime par deux chiffres, par exemple 6/8. Le 6 veut\ndire qu'il y a six temps ; le 8 complète rigoureusement cette indication : il signi-\nfie que chacun de ces temps vaut un huitième de la ronde qui est prise comme\nbase et dont la valeur, unefois fixée conventionnellement, n'est plus modifiée au\ncours de l'exécution. Or le rythme d'un vers moderne ne pourrait s'exprimer\nque par le premier de ces deux chiffres ; le second ferait défaut. En un mot, la\nmesure du vers moderne est déterminée par des nombres, rien de plus :\n... Célébrer avec vous la fameuse journée\nOù sur le mont Sina la loi nous fut donnée.\nVoilà deux vers qu'il est facile de partager, le premier en 4 anapestes ( w—,\ncélébrer, | avec vous, etc...), le second en six iambes ,ou sur | le mont |\nSina etc...). Mais absolument rien ne m'oblige à donner à tous les pieds, dans\nun même vers, une valeur identique. Je puis ralentir, presser, ad libitum ;\naucun inconvénient à cela, puisqu'il ne s'agit plus d'exécution chorale, mais de\ndéclamation en monologue.\nM. Paul Verrier a travaillé dans le laboratoire de M. l'abbé Rousselot, au\nCollège de France. Il a demandé à plusieurs personnes de dire des vers devant\nun appareil enregistreur ; et il a constaté que ces personnes avaient une tendance\nà l'isochronie des intervalles séparés parles syllabes accentuées. Ce n'est qu'une\n« tendance », et de plus, ces expériences personnelles n'autorisent pas des con-\nclusions générales. D'autre part, M. Verrier observe que les musiciens, en\nchantant, ne respectent pas, rigoureusement, l'isochronie des mesures : si bien\nqu'en ajoutant quelque chose à la versification, et, d'un autre côté, en retran-"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "347", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.15", "texte": "THÉORIE DU RYTHME\n\nchant quelque chose à la musique, on finit par créer une sorte de ressemblance.\nMais l'essentiel manque pour aller jusqu'à une identité.\nJe dirai volontiers : le vers est une musique incomplète, un résidu de phrase\nmusicale, où l'égalité des durées concrètes est remplacée par l'égalité abstraite\ndes nombres. J'accorderai cependant qu'il y a une vague tendance instinctive,\nchez celui qui récite des vers, à compléter la seconde égalité par la première.\n11. La Théorie générale du rythme, seconde thèse de M. Verrier, est un tra-\nvail très riche par la variété des aspects de la question étudiée et par l'abon-\ndance des faits. Je donnerai une idée de son ampleur, sinon de la documenta-\ntion dont il est plein, en indiquant le plan suivi par l'auteur :\nLivre I. Le Rythme. Chapitre I. Le rythme. Chapitre 11. Les variétés\ndu rythme Chapitre 111. Mesure subjective des unités rythmiques.\nLivre 11. La perception du rythme. Chapitre I.La mesure de l'espace et du\ntemps. Chapitre 11. La mesure visuelle de l'espace. Chapitre 111. Imper-\nfection de la mesure visuelle de l'espace. Chapitre IV. Illusions d'optique.\nChapitre V. Mesure de l'espace par le mouvement. Chapitre VI. Perception\net mesure du temps. Chapitre VII. Les rythmes fonctionnels.\nA. Le rythme du cœur (40). B. Le rythme de la respiration (42). C. Le\nrythme de la marche (43). —D. Conclusion (43). E. Les rythmes fonction-\nnels et le rythme artistique (44).\nChapitre VIII. Les modifications des cellules nerveuses. Chapitre IX. Le\nsens dynamique de l'audition.— Chapitre X. L'attention. - Chapitre XI. In-\nsuffisance du sens du rythme.\nA. Erreurs accidentelles (61). B Variations artistiques (65).\nChapitre XII. Conclusion.\nLivre 111. Esthétique du rythme. Chapitre ILe rythme dans la nature.—\nChapitre IL Le rythme utilitaire. Chapitre 111. Le rythme artistique.\nA. Le but de l'art (81). —B. Origine de l'art (88). C. Le rythme 'dans l'art\n(90). D. Origine des formes du rythme artistique (96).\nChapitre IV. Le rythme du chant.\nA. Les unités rythmiques (104). B. Le groupement rythmique des sons\n(112) :i° les groupes rythmiques (113) ;20 les sections rythmiques (115).\nChapitre V. Origine et évolution des mètres poétiques. A. Les divers\nsystèmes de versification (133) : i° versification syllabique (133) ; 20versification\nquantitative (134) ;30 versification accentuelle (135) ;40 versification tonique;\n50 variations métriques (138); 6° concordance entre le chant et sa matière\nlinguistique(l4o) ;70 séparation des vers et de la musique (140). —B. Influence\ndes modifications phonétiques sur la versification (146 ) : i° le vers indo-euro-\npéen (146) : 20 le vers grec (148) : 30 le vers latin (149) ;40 le vers bas-latin et le\nvers roman (153) ; 50 le vers germanique (158); 6° le vers anglais moderne\n(166). C. Emprunt de mètres étrangers (173). D. Conclusion (179).\nChapitre VI. Valeur émotionnelle des formes du rythme. - Chapitre VII.\nL'homophonie.\nA. Histoire (190) : i° la rime chez les Latins (190) ; 20 la rime chez les\nAnglais (197) ; 30 conclusion (209). B. Le rythme de la rime (211).\nÇ. Le rôle de l'homophonie(2i2).\nChapitre VIII. La valeur du vers.\nConclusions."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "348", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.16", "texte": "THÉORIE DU RYTHME\n\nDans ce travail si savant, si agréable, si instructif pour ceux-là même qui ont\nsérieusement étudié la question, il y a deux choses qui me choquent, ou tout au\nmoins deux lacunes.\nJ'ouvre le livre à la première page, et je lis ceci :\n« Le rythme proprement dit, le rythme concret, est constitué par une division\nperceptible du temps ou de l'espace en intervalles sensiblement égaux, que nous\nappellerons intervalles rythmiques ou unités rythmiques. On peut dire aussi que\nle rythme est constitué par le retour, à intervalles sensiblement égaux, d'un\nphénomène déterminé ou même tout simplement du signe qui rend la division du\ntemps ou de l'espace perceptible à l'ouïe, à la vue, au toucher, au sens muscu-\nlaire. Le tic tac d'une horloge détermine un rythme temporel, et une suite de\nbarres équidistantes un rythme spatial, parce qu'il y a là une division perceptible\ndu temps ou de l'espace (i). La division d'une longueur en mètres n'est pas per-\nceptible et ne constitue pas un rythme. Enfin, il faut au moins trois unités ryth-\nmiques pour nous donner la sensation du rythme : la deuxième, en répétant la\npremière, nous fait pressentir un rythme, et la troisième est nécessaire pour con-\nfirmer ce pressentiment.\n« Dans notre définition du rythme, le mot « sensiblement » a en réalité une\ntriple signification. Il veut dire avant tout que l'égalité des intervalles tombe\ndirectement sous les sens, nous est directement sensible, comme celle des\nsecondes, contrairement à celle des heures, bien que dans les deux cas la divi-\nsion du temps nous soit perceptible par le tic tac ou la sonnerie de l'horloge, ainsi\nque par la marche des aiguilles. Mais il faut entendre aussi par là que cette éga-\nlité, qu'elle se trouve ou non dans la réalité correspondante, doit exister pour\nnotre sensation : comme nous le verrons, des intervalles égaux peuvent nous\nparaître inégaux, et inversement (2). Enfin, l égalité n'a pas besoin d'être abso-\nlue pour que nous la sentions ; elle peut n être qu'approximative, elle l'est même\ntoujours. Suivant le degré d'exactitude qu'elle atteint, le rythme est plus ou moins\nparfait, plus ou moins imparfait (3). Souvent, il n'est pour ainsi dire qu'esquissé ;\nla musique nous en offre à chaque instant des exemples, avec ses accelerandos,\nses ritardandos, ses points d'orgue, ses reprises d'haleine, etc., surtout dans les\nsolos, les airs d'opéra, les récitatifs, etc. En pareil cas, grâce à notre sentiment\ndu rythme, nous rétablissons et percevons le rythme idéal et absolu à travers\nles variations accidentelles ou voulues du rythme réel et relatif. »\nCe que je trouve dans ces lignes, c'est une définition de la mesure, et non du\nrythme en général. Comme cette définition ne me satisfait pas, je passe au cha-\npitre où il est question du « rythme artistique », espérant trouver là ce que j'at-\ntends. Et voici ce que j'y lis (après d'abondantes généralités) :\n« Quand un sauvage ou un enfant trépigne et crie de joie, c'est d'abord par\nun effet spontané et comme réflexe du sentiment qui l'anime ; c'est ensuite par le\n\n(OC est sur la réalité objective que se fonde cette distinction entre rythme temporel et rythme\nspatial. Je ne prétends pas qu'elle soit exacte au point de vue subjectif.\n(2) On sait que le rythme peut être purement subjectif, c est-à-dire que la division du temps\nou de l'espace peut n'être marquée que par un phénomène purement subjectif. Je ne m'occupe,\nsauf indication contraire, que du rythme objectif, du rythme signalé par un phénomène ob-\njectif.\n(3) 11 ne s'agit ici que de la perfection de cette égalité.. Au point de vue artistique, par\nexemple, un rythme irrégulier à certains égards peut être plus parfait qu'un rythme absolument\nrégulier."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "349", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.17", "texte": "THÉORIE DU RYTHME\nR. M.\n2\n\ndésir instinctif de l'accroître et de le prolonger par un effet en retour, ainsi que par\nla participation de ses camarades. Et il pourra continuer de la sorte jusqu'à ce\nque cette joie « dies ofits own excess ». Quand il trépigne et crie de douleur,\ninvitant aussi par là ses camarades à l'imiter, c'est plutôt, au contraire, par le\ndésir instinctif d'étouffer cette douleur sous un afflux de sensations différentes,\nsurtout peut-être sous la sensation rassérénante et rassurante d'un redoublement\nd'activité. De même la femme en deuil qui se frappe la poitrine, pleure, soupire,\nsanglote et gémit. Mais il se peut aussi qu'elle cherche par là bien plutôt à se\ndélivrer autrement de sa peine, par l'excès même où l'amènent peu à peu ces ma-\nnifestations diverses de l'affliction et leur impression sur les spectateurs.\n« On a observé, d'autre part, que dans l'exaltation de la joie ou de la douleur\nles mouvements et les cris prennent facilement chez les sauvages, par un effet\nd association, la forme des mouvements et des cris qui accompagnent les exer-\ncices de leur activité où ils ont trouvé leurs émotions les plus fortes la guerre,\nla chasse, l'amour (i).\n« Que ces trépignements se changent en sauts et en pas rythmés, ces cris et\nces gémissements en paroles rythmées, nous aurons la danse et le chant. Cette\ntransformation est d'autant plus facile que dans tout mouvement répété et dans\nle langage ordinaire nous tendons naturellement au rythme (2).\nIl y a des danses purement gymnastiques, où le mouvement exprime et commu-\nnique à lui seul les émotions (3). Elles existent en germe dans les sauts ryth-\nmés des enfants : « Kinder hûpfen auf der Strasse hind und her, wàhrend sie\nihr Butterbrot verzehren und mit ihren Spielgenossen reden, und sie springen\ntànzelnd von einer Seite der Strassenrinne auf die andere, wenn sie eine Besor-\ngung zu machen haben » (Sùtterlin, Das Wesen der sprachlichen Gebilde, Hei-\ndelberg, 1902, p. 22). C'est ainsi encore que sautillent Les oiseaux. Toute exci-\ntation se traduit par des gestes, et quand elle n'est pas tout à fait désordonnée,\naffolée, ces gestes se reproduisent suivant un rythme déterminé. »\nCette définition n'est, évidemment, qu'une transposition, dans un domaine\nsupérieur, de celle qui est donnée plus haut... Il s'agit toujours de la mesure !\nJ ai alors recours au chapitre iv, intitulé « Rythme du chant » (p. 104), et cette\nfois je m'attends à voir apparaître l'idée attendue :\n« La poésie et la musique sont nées et se sont pendant longtemps déve-\nloppées ensemble dàns le chant. Elles suivaient alors un seul et même rythme.\nChaque langue s'accommodait plus ou moins, suivant sa phonétique, à certains\néléments du rythme, dont elle avait elle-même suggéré le choix et la disposition.\nCes adaptations constituèrent les formes réglées du langage que nous appelons\nvers. En se séparant de la musique, les vers acquirent une existence indépen-\ndante. Le nombre en augmenta, non seulement par diverses modifications des\ntypes primordiaux, mais souvent encore par une imitation plus ou moins habile\nde modèles étrangers. C'est dans léchant, en tout cas, qu'il faut chercher l'ori-\n\n(1) V. Yôrjô Hirn, Konstens Ursprung, Helsingfors, 1902, p. 88 et suiv.\n(2) Outre les cris inarticulés et les sons du langage, on peut employer d'autres bruits pour\nexprimer le plaisir et la souffrance : le choc des pieds contre terre, des mains l'une contre l'autre,\nde l'épée sur le bouclier, du marteau de pierre contre l'objet travaillé, d'un bâton sur une plan-\nche, etc. Que le rythme s'y introduise, nous avons 1 humble commencement de la musique ins-\ntrumentale. On invente ensuite des instruments spéciaux, tels que le tam-tam, dont les premiers\nsont tous à percussion, c'est-à-dire purement rythmiques.\n(3) Ce terme de danse gymnastique a été proposé par M. Ernst Grosse (/. c.)."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "350", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.18", "texte": "THÉORIE DU RYTHMÉ\n\ngine première des vers, la formation des mètres primitifs, d'où sont dérivés tous\nles autres. Il est donc indispensable, pour les bien comprendre, d'étudier aupa-\nravant le rythme du chant. »\nJe souscris des deux mains à ces déclarations ; mais voici la suite :\n« Le rythme du chant est déterminé par le retour, à intervalles égaux, du\ntemps marqué, en latin ictus ou percussio, en grec <nqp.a<7ta, en anglais beat,\nc'est-à-dir de l'endroit oû l'on bat la mesure et que la voix met en relief par un\naccroissement d'intensité. Le temps marqué est \"un point indivisible de la\ndurée (1). Le son qui le reçoit s'appelle fort, par opposition aux autres sons, ou\nsons faibles. L'énergie du rythme tient à la différence d'intensité entre le son\nfort et le son faible ; elle comporte toutes sortes de nuances. Dans notre\nnotation musicale, on met une barre devant le temps marqué (2) ; les Grecs\nl'indiquaient par un point suscrit (CTTLYPÎ). »\nIl faut s'y résigner : la même définition reparaît et persiste... Toujours la\nmesure !\nJe regrette que M. Paul Verrier n'ait pas mieux distingué la mesure et le\nrythme. Non seulement l'un et l'autre ne sont pas la même chose, mais, dans la\nmusique « artistique », l'un est presque constamment en conflit avec l'autre.\nLa mesure devient un cadre abstrait, une simple régulatrice du mouvement ; et\ntoute la réalité des groupements mélodiques, lesquels consistent en membres\nde phrase, phrases, strophes et symétries de strophes, passe au rythme. Voici le\ndébut du Parsifaf de Wagner :\nCette phrase, jouée par les cordes, reprise par les bois avec des arpèges\nd'accompagnement, donne lieu à une strophe. Elle reparaît dans un autre ton,\nmais en donnant lieu à une construction identique :\nCeci, c'est ïantistrophe.\nEnsuite, entrent les trompettes, suivies (en écho) par les flûtes :\nCeci, c'est une épode. Et tout cela constitue le rythme.\nL'étude du rythme appartient à l'étude de la composition ; celle de la mesure\nest une partie du solfège.\n9\n\n(1) V. Havet, Métrique, 3e éd., § 1, p. i.\n(2) La barre a l'inconvénient de sembler indiquer entre les sons une séparation qui n'existe\npas en réalité : le rythme est continu; On ne met pas le barre devant le temps marqué initial\nd'un morceau. Il en résulte des complications factices, par exemple la notation de silences imagi-\nnaires quand le premier son fort est précédé d'un son faible ou de plusieurs."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "351", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.19", "texte": "THÉORIE DU RYTHME\n\nN est-il pas évident, à considérer la première mesure de la strophe, que\nle rythme est en conflit avec la mesuré?\nOr, ce conflit n est pas particulier à la musique ; on le retrouve tel quel dans\nla versification, soit dans celle qui a la structure antistrophique, soit dans celle\noù les vers sont égaux. Je prends un exemple en français :\nLAuioie apparaissait j quelle aurore ? un abîme\nD'éblouissement, vaste, insondable, sublime ;\nUne ardente lueur de paix et de bonté.\nCétait aux premiers temps du globe ;et la clarté\nBrillait sereine au front du ciel inaccessible,\nEtant tout ce que Dieu peut avoir de visible ;\nTout s illuminait, l ombre et le brouillard obscur ;\nDes avalanches d'or s écroulaient dans l'azur ;\nT' '\nLe jour enflamme, au fond de la terre ravie,\nEmbrasait les lointains splendides de la vie.\n[Le Sacre de la femme, V. HUGO.)\nTous ces vers tous, sans exception ont la même mesure. Cette mesure\nest déterminée parce fait que la sixième et la douzième syllabes sont accen-\ntuées, c est-à-dire finale (sonore) d un mot (à moins que ce ne soit un mono-\nsyllabe). Cette place immuable de l'accent tonique est la règle du vers, et elle\nconstitue la mesure :\n/...../\nQuelquefois, le rythme coïncide avec la mesure, c'est-à-dire que le cadre\ndéterminé par la place des accents détermine aussi l'étendue ou la coupe des\nmembres de phrase, comme dans ce vers :\nLe monde sébauchait ; tout semblait méditer.\nMais dans les vers que j ai cités, il y a conflit perpétuel. Ainsi, un abîme\nd'éblouissement, au lieu de un abîme (avec un arrêt après ce mot) ; une ardente\nlueur de paix (sans arrêt après lueur) et c'était aux premiers temps du globe (sans\narrêt après temps), etc., etc...\nCe conflit se rattache à une loi : Xopposition.\nEn matière d art, il y a presque toujours opposition et adaptation (en vue\nd'une harmonie finale).\nCe que je dis là n est sans doute pas vrai de la composition chez les primitifs ;\nmais il eût été îotéiessant de montrer 1 évolution qui peu à peu dissocie le\nrythme et la mesure. En un mot, il convenait peut-être de traiter le sujet histo-\nriquement.\n\nJ. C."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "352", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.20", "texte": "BIBLIOGRAPHIE MUSICALE\n\nBibliographie musicale\nHISTOIRES DE LA MUSIQUE ÉCRITES EN ALLEMAGNE\n\n(Suite.)\nAMBROS (AUGUST WILHELM) : Geschichte der Musik, vol. I (xx-547 p.), II\n(xxvi-538 p.), III(XV-591 P-)i Breslau, 1862, Leuckart, 1868, in-B°.\n2eédit.,à Leipzig, Leuckart, 1880-1882,5 vol. in-B°, avec préface de G. Not-\ntebohm et postface de E. Schelle. Le vol. V : Auserwahlte Tonwerke der berùhm-\ntesten Meister des 15 und 16. lahrhunderts ; le vol. 111, publié par O. Kade,\nLeipzig, 1882, ibid. (avecindex et tablespar Wilh. Bàumker, Leipzig, 1882, ibid.,\n44 p.), in-B°.\nOuvrage de très haute valeur (principalement en ce qui concerne le moyen\nâge et les Néerlandais, t. II et III), original, malheureusement inachevé (ne va\nque jusqu'à Froberger et Pasquini).\n3e édition du même ouvrage : vol. I, mis au courant des derniers travaux de\nR. Westphal et F. A. Gevaërt par B. de Sokolowsky, Leipzig, 1887, Leuckart,\nin-B°, xxxii-584 p. ; vol. II par Heinrich Reimann, ibidlB92, in-8° XXVII-\n-580 p. ; vol. 111, par Otto Kade, ibid., 1893, in-8° xv-640 p. (Le vol. II est parti-\nculièrement remarquable.)\nREISSMANN (AUGUST) \\ AUgemeine Geschichte der Musik, Munich, Bruckmann,\n1863-1864, 3 vol. in-8° ;\n2e édit., Leipzig, Schulz, 1876, 3 vol. in-B°.\nCompilation utile, avec des textes musicaux nombreux et bien choisis.\nDu même, Grundriss der Musikgeschichte, Munich, Bruckmann, 1865, in B°, et\nLeipzig, 1870, in-B°, 143 p. ; et Leichtfassliche Musik geschichte in zwolf Vorle-\nsungen (12 leçons faites au Conservatoire de Berlin), Berlin, O. lanke, 1877,\nin-B°.\nDOMMER (ARREY VON ) : Handbuch der Musikgeschichte, von den ersten Anfàngen\nbis zum Tode Beethovens, Leipzig, Grunow, 1868, in-B°, v-607 p.\n2e édit., ibid., 1878, in-B°.\nTrès bon ouvrage, qui a vieilli seulement pour les parties concernant le\nmoyen âge et la Renaissance.\nFROHLICH (F. JOSEPH) : Beitrage zur Geschichte der Musik der àlteren und\nneueren Zeit, auf musikalische Documente gegrûndet : vol. I (texte) ; vol. II\n(documents), Wùrzbourg, Stahel, 1868-1874, in-40. Les « documents» sont\ndes manuscrits de musique autographes. Publié après la mort de l'auteur par\nWeigand.\nKRAUSSOLD (LORENZ) : Die Musik in ihrer Kulturhistorischen Entwickelung\nund Bedeutung von den àltesten Zeiten bis auf R. Wagner, Bayreuth, Grau,\n1876, in-40, vi-io6p., avec lith. 3 conférences peu considérables.\nKOTHE (BERNHARD) : Abriss der Musikgeschichte fur Lehrerseminare und\nDilettanten bearbeitet, Leipzig, Leuckart, 1874, in-B°, iv-140 p.\n2e édit., Leipzig, 1877 ; 3e, 1882 ; 4e, 1885 ; se,5e, 1890 ; 6e, 1894 ; 7e, 1901. Bon\nseulement pour le xixe siècle, malgré quelques lacunes. La 7e édit. (par les\nsoins de Gust. Jansen, vi-351 p.) a transformé l'ouvrage en l'améliorant.\nKÔSTLIN (HEINRICH ADOLF) : Geschichte der Musik in Umriss, fur die Gebildeten\naller Stdnde dargestellt, Tubingen, Laupp, 1875, in-B°."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "353", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.21", "texte": "BIBLIOGRAPHIE MUSICALE\n\nDernière édit. entièrement refondue, Berlin, 1898. —Très bon ; jugements\nesthétiques d'une grande finesse.\nMUSIOL (ROBERT) : Katechismus der Musikgeschiclite, Leipzig, J. J. Weber,\n1877, in-B°, viiî-244 p., 2e édit., iBBB,in-B°, vni-279 p.— Illustré, peu important.\nWAGEMANN (OTTO) : Grundriss der Musikgeschichte, von den ersten Anfdngen\nbis zur neuesten Zeit. Heinrichshofen, 1878, in-B°, xn-216 p. Peu important.\nSCHRECKENBERGER (WILH.) .' KnrzgeJasste Geschichte der Musikkunst und\nStandpunkt derselben gegenuber der modernen Zeit> Munich, 1880, in-B°, vn-84 p.\nRITTER (HERMANN) : Repetilorium der Musikgeschichte nach Epochenilbersichtlich\ndargelegt, nebst einem Verzeichnisse der hauptsâchhsten Wissenschaftlichen\nMusikhteratur, Wûrzbourg, Stuber, 1880, in-B°, 278 p. Suit un plan parfois\ncontestable, mais commode et utile en général. Bibliographie systématique dans\nle supplément.\nNAUMANN (EMIL) : Illustrirte Musikgeschichte, Berlin et Stuttgart, 1880-1885,\n2 vol. in-B°. Compilation brillante, ayant eu un énorme succès de vulgarisation,\ndémodée aujourd'hui.\nTraduction en anglais par F. Praeger, publiée par sir F. A. G. The History\nofmusic, London, 1882-1886, 2 parties en 1 vol. in-8° (pagination continue) ;\nréédition, Londres, Cassel, 1894-1896, 2 vol. in-8°(758 et 594 p.).\nTraduction (libre) en hollandais, par J. C Boers, La Haye {Joli. Y Kema),\n1885, in-8° ;\nTraduction, en russe, par Nie. Findeisen, Saint-Pétersbourg.\nNOHL (LUDWIG) : Allgemeine Musikgeschichte populdr dargestelll ...\nLeipzig, 1881, in-16, 320 p. Superficiel et peu sûr.\nLANGHANS (WILHELM) : Die Geschiclite der Musik der XVII, XVIII und\nXIX Jahrhund., in chronologischem Anschlùsse an die Musikgeschichte von\nA. W. Ambros... Leipzig, 1882-1887, 2 vol. in-B°. —Peut être considéré\ncomme une bonne et utile continuation de l'histoire d'Ambros.\nFOTTMANN (ALB. K.) : Kurzge/asster Abriss der musikgeschichte von der\nàltesten Zeiten bis zur Gegenwart, Leipzig, O. Lenz, 1883-1885, 2 vol.\nRIEMANN (HUGO) : Katechismus der Musikgeschichte, Leipzig, Max Hesse,\n1888-1889, 2 parties en 1 vol. in-8° vu-120 et vm-i 53 p. Manuel très substantiel\net très utile, divisé en 3 parties : a) histoire des instruments ; b) histoire des\nsystèmes musicaux et de la notation ; c) histoire des formes de la composition,\net notices sur les principaux musiciens, avec 2 suppléments, l'un historique,\nl'autre bibliographique.\nTraduction en anglais, Catechism of musical history, Londres, Augener, 1892,\n2 parties en 1 vol. in-B°.\nTraduction en italien (d'après la 2e édit.), par Errico Bongiovanni, Turin,\nMarc. Capra, 1903, in-16, vni-422 p.\nDu même : Epochen und Heroen der Musikgeschichte (inséré dans le Livre\nd'or de la Musique, Berlin, W. Speemann, in-8°). Personnel et excellent,\navec une très bonne bibliographie.\nDu mêmè : Llandbuch der Musikgeschichte, Leipzig, Breitkopf et Hârtel,\n1904-1905, 2 vol.\nLe vol. I est consacré à l'antiquité (grecque). Le vol. II comprend le moyen\nâge jusqu'en 1450. Le vol. 111, paru en 1905. Histoire très précise et très péné-\ntrante, mais où les thèses personnelles tiennent une grande place."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "354", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.22", "texte": "BIBLIOGRAPHIE MUSICALE\n\nPROSNIZ (ADOLF) : Compéndium der Musikgeschichte bis zum Ende d. 16\nJahrh., vol. I, Vienne, Wetzler, A. Holder, 1889, in-8° ; .vol. 11, ibid., 1900,\nvin-304 p.\n2e édit. du vol. I, 1901, ibid., vm-167 p.\nLe lERIER vol. va jusqu'en 1600 et le 2e jusqu'en 1750. Ouvrage solide, très\nutile, et dont l'intérêt s'accroît d'une bibliographie bien faite. Analysé par\nPh. Spitta, dans la Vierteljahrsschrift f. Musikzviss. vi, p. 137 et suiv.\nBOHME (E. E. H.) : Die Geschichte der Musik zusammengefasst und dargestellt\nin synchronistichen Tabellen, Leipzig, Breitkopf et Hartel, 1890, 40 p. in-40.\nConfus, contestable, mais très intéressant.\nBRUCKMANN (BRUNO) : Leitfaden igum Studium der Musikgeschichte fur den\nGebrauch beim Unterricht, Leipzig et Zurich, 1891, in-B°, vui-148 p. D'après\nla préface, ce livre ne veut être « ni un simple tableau ni un traité d'histoire,\nmais une introduction méthodique où l'on trouvera l'esquisse de l'évolution musi-\ncale avec les noms et les personnes qui la représentent le mieux, et une brève\ncaractéristique de leur influence ». Le but est très suffisamment atteint.\nSVOBODA (ADALBERT) : lllustrirte Musikgeschichte, Stuttgart, G. Griininger,\n1892-1893, 2 vol. in-B°. Vol. I, vm-284 p. ; vol. 11, 331 p. Souvent utile pour la\npériode moderne, beaucoup moins bon pour les autres ; l'ouvrage s'étend depuis\nles temps préhistoriques jusqu'à Rubinstein !\nKELLER (OTTO) : Geschichte der Musik..., Leipzig, P. Friesenhahn, 1894,\nin-B°.\nGEBESCHUS (J.) ; Geschichte der Musik von den àltesten vorchristlichen Zeiten\nbis auf die Gegenwart, Berlin, A. Schultze, 1895, in-B°.\nGEBESCHUSS (J.) : Ver gleichende T abellen zur Musikgeschichte unter Berûck-\nsichtigung der Kultur und Weltgeschichtedaten, Leipzig, 1903, in-40, 24 P-\nélémentaire.\nSTEINERT (LUDWIG) : Kurzgefasste Musikgeschichte von den 'àltesten Zeiten bis\nzur Gegenwart, Halle, Schrœdel, 1899, in-B°, 125 p.\nPeu importants.\nURBAN (ER.) : T abellen der Musikgeschichte fur Hochschulen und Universitàten\nbearbeitety Berlin, C. Habel, 1900, in-B°, 111-125 p.\nSTENER (MAX.) : Was muss inann von der Musikgeschichte wissen ? Berlin,\nSteinitz, 1900, in-B°, 120 p. Bon abrégé, de tendances conservatrices,\nincomplet. Commence par Bach, et traite, dans quelques pages d'introduction,\nla période qui s'étend de Palestrina à Bach, bibliographie très utile dans le\ndernier chapitie.\nVOGEL (MORITZ) : Geschichte der Musik von den ersten Anf'àngen Christlicher\nMusik herab bis auf die Gegenwart (mit besonderer Beriicksichtigung der\ndeutschen Musik, spezielt des deutschen Volkslieder)..., Leipzig, Hug frères, 1901,\niv-202 p., avec un appendice d'exemples musicaux. Ouvrage d'esprit conser-\nvateur, assez utile, quoique incomplet (omet Dittersdorff, Briickner, Hum-\nperdinck, etc...)\nRITTER (HERMANN) : Allgemeine illustrirte Encyclopddie der Musikgeschichte,\nLeipzig, Max. Schmitz, vol. I (1901, 131 p.), II (1902, 111-178 p.), in (111-187 p.),\nîv (111-223 p.), v (1901), vi (218 p.). Faible pour la partie historique, bon\npour la période moderne, surtout p. R. Wagner.\nLAMPRECHT (C.) : Zur jiingsten deutschen Vergangenheit, Berlin, Gartner,"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "355", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.23", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\n1902. Contient une esquisse de l'histoire de la musique jusqu'à Liszt. Inté-\nressant comme essai d'histoire comparée des beaux-arts, mais faible au point\nde vue purement musical.\nPARR (W. A.). Chronologische Übersicht über die Entwicklung der Musik\ntabellarisch zusammengestellt, Berlin, A. Stahl, 1903.\nSTORCK (CARL) : Geschichte der Musik (en 4 parties), Stuttgart, Muth, 1903,\nin-B°, 144 p. Sorte d'encyclopédie populaire.\n\nCOURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nHistoire du théâtre lyrique\nLa musique et les mystères du moyen âge.\n\n(Suite).\nM. Gustave Cohen, lecteur de français à l'Université de Leipzig, a écrit ceci\ndans un ouvrage récent très documenté, honoré d'un prix officiel (Histoire de la\nmise en scène dans le théâtre religieux français au moyen âge) : « Nous ne saurions\ntrop le répéter, il n'y a pas entre le drame liturgique, le drame semi-litur-\ngique et les mystères, de ligne de démarcation bien tracée. » On s'étonne de\ntrouver cette phrase en tête d'un chapitre intitulé « la musique ». Elle est parfai-\ntement exacte en ce qui concerne le choix des sujets traités et l'esprit général\ndu drame; mais elle ne l'est pas pour le reste et surtout pour la partie musicale.\nEn effet, les drames liturgiques, tels qu'ils nous sont parvenus dans les manus-\ncrits, sont chantés d'un bout à l'autre, et nous avons les mélodies dont le texte\nlittéraire était accompagné : mélodies souvent inspirées du plain-chant, mais\noriginales, composées spécialement pour l'œuvre jouée, et très différentes des\ncantilènes grégoriennes contrairement àce qu'on a cru jusqu'ici en ce\n$\nqu'elles constituent (je le crois au moins) une musique mesurée. Dans les mys-\ntères, rien de semblable ; la différence est profonde. Sans doute, on ne peut pas\ndire que Ja musique en soit absente ; mais elle occupe d'abord une place beau-\ncoup plus restreinte ; ensuite, sa fonction est tout autre. Dans les drames litur-\ngiques, la musique est employée comme un art d'expression ; et si elle se dis-\ntingue de celle d'un opéra du xixe siècle, c'est par la pauvreté des ressources\ncomme par l'infériorité ou l'inégalité du talent chez le compositeur ; ce n'est\nnullement par la nature de la fonction et celle du but poursuivi. Elle prétend\nsuivre exactement le livret et (sauf dans quelques pièces où l'on trouve la répéti-\ntion d'une strophe unique) donner un langage spécial aux sentiments qu'il\ncontient. Dans les mystères, la musique n'est plus un art d'expression. Elle ne\ncherche pas à pénétrer et à traduire la pensée intime du drame et des diverses\nscènes. Elle n'est plus qu'un accessoire, une décoration intermittente, indéter-\nminée, facultative ; elle cesse d'être un but, placé à la même hauteur que la\nrédaction des vers : elle n'est plus qu'un moyen, qu'on utilise çà et là pour la\nbonne organisation du drame.\nIl me paraît tout à fait inexact de parler de « lacunes » dans les manuscrits,"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "356", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.24", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nde dire que « si nous pouvions, comme les contemporains », entendre la musique\nqui soulignait tel ou tel morceau de poésie, « nous serions charmés par la mélo-\ndie ».Le critique allemand que je citais tout à l'heure ne craint pas d'écrire :\n« L'ouverture musicale qui précède presque tous les drames religieux (il s'agit\ndes mystères) en font les véritables précurseurs de l'opéra. » Non; il ne suffirait\npas d'un prélude musical pour faire un drame lyrique ; et ce titre un peu ambi-\ntieux de « précurseur de l'opéra »,s'il faut l'appliquer à quelque chose, convient\naux drames liturgiques des xie, xne et xme siècles, pas aux mystères. Sachant\nbien que nous ne possédons aucune musique des mystères, mais ne voulant pas en\nconclure que cette musique était inexistante, —et allant même jusqu'à supposer\n(ce qui est facile !) qu'elle était fort belle, le même critique ajoute pour expliquer\nnos impressions de lecteurs modernes, réduits à une littérature monotone :\n« Pouvons-nous supporter la lecture d'un livret de Scribe?1\n« Les stances sur lesquelles Papageno fait pleuvoir des notes cristallines sont\ninsipides à la lecture, et ce qui est vrai pour la Flûte enchantée est vrai pour la\nplupart des libretti de Mozart, de Gluck, de Rossini. »\nPrononcer ici de tels noms me paraît énorme 1\nLes mystères sont des spectacles et des « actions », avec ce que nous appelle-\nrions une (( musique de scène », mais très réduite, et le plus souvent ad libitum.\nAujourd'hui, quand la musique doit intervenir dans un drame qui, d'ailleurs,\nne prétend nullement à la qualification de « lyrique », l'homme de lettres qui a\nécrit le livret prend un collaborateur musical, alors même qu'il ne s'agirait que\nde composer une simple romance chantée dans la coulisse ; il faut que cette\nromance soit spéciale, neuve, adaptée à un texte précis. Au moyen âge (dans\nla période qui nous occupe), rien de semblable. On s'adresse à des prati-\nciens qui utilisent une musique déjà prête, ayant servi pour d'autres pièces.\nC'est quelque chose d'analogue à ce qu'est au xvine siècle la « comédie en\nvaudevilles », où un air populaire, un timbre, vient s'adapter à des couplets de\ncirconstance ; et la distance qui sépare le vaudeville de l'opéra comique me\nparaît moins grande encore que celle qui sépare un mystère d'un drame lyrique.\nLes indications relatives à la musique sont plus sommaires encore que les indica-\ntions relatives aux décors. L'auteur indique qu'il faut une tour, ou un prétoire,\nou une chaire, ou une crèche: mais il caractérise ces objets de façon très géné-\nrale, sans se préoccuper des dimensions, de la forme et de la couleur de tous\nles détails ; la mise en scène sera réalisée selon les ressources, et surtout selon la\ntradition. De même, à de certains moments, il faut de la musique; quelle\nmusique ? Ne cherchons pas une « partition » ! Dans la plupart des cas, il n'y a\nmême pas eu de texte noté. C'est déjà beaucoup, quand on ne chante pas un\nRequiescat in pace ou un Stabat (comme dans les mystères de Ylncarnation et\nde la Résurrection), de dire qu'il faudra un (( motet » à trois voix, ou de désigner\nles instruments qui devront être employés ; on ne va guère plus loin. Je me\nservirai d'une comparaison pour préciser cette conception. Je la trouve dans le\nthéâtre de Shakespeare. Voici le Songe d'une nuit d'été, qui peut être considéré\ncomme une extension du « mask » ou ballet anglais, et qui, par là, touche à\nl'histoire du drame lyrique. Je lis à l'acte IV :\n« OBÉRON. Titania, commande un peu de musique, et qu'un sommeil plus profond que le\nsommeil ordinaire apaise les sens de ces cinq mortels.\n« TITANIA. Holà ÎDe la musique, de celle qui enchante le sommeil ! [Musique.) »"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "357", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.25", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nIl faut, dans cette scène, une berceuse magique; en quoi consistera-t-elle ?\nC est 1 affaire non du compositeur, mais de l'instrumentiste qui doit avoir un\nrépertoire suffisamment riche et connaître son métier. « Les instruments jouent»,\ndisent simplement les livrets des mystères...\nII\nCes instruments n en ont pas moins un rôle certain, quoique insuffisamment\nréglé. Voici d abord le texte d un contrat passé entre des musiciens et les organi-\nsateurs d un mystère. 11 a été publié pour la première fois par M. Coyecque\ndans son Recueil ci actes notariés relatif s a l histoive de Ravis et de ses environs au\nWIQ siècle (2 vol. dans la collection fondée par le Conseil municipal de\nParis) :\n« Engagement par Nicolas de Louvière, rue Mouffetard, Jean La Voile, joueur de tambourins\nde Suisse, et Etienne Boulard, joueur de fifre, vis-à-vis des dessus dicts de jouer desdicts instru-\nments de tambourins et fifre pour les dessus dietz audit jeu et mystaire Saint-Christofle, et\naussi par chascun jour de feste et démanché qu'ilz jouront ledict mystaire parmy les rues et\ncarrefours de Paris et le jour de la monstre desdicts jeus et aussi de battre par l'un d'euls des\nsonnettes si mestier (besoin) est, et ce soigneusement bien et deuement comme il appartiendra\nselon le jeu, et tant a l'entrée qu'à l'issue dudict jeu et jusques à ce qu'il soit finy moiennant...\n10 solz 6 deniers tournois pour chascune journée d eulz tous ensemble qu'ilz joueront et pour ce\nfaire seront tenus lesdicts de Louvière et ses autres consors de eulx trouver à l'heure de\ndix héures du matin pour le plus tard, et seront tenus nourrir lors et les paier au soir de la\njournée qu ilz auront jouée ; et seront tenuz eulx trouver à la dicte monstre de samedi prochain\nen huict jours pour faire la dicte monstre et le dimanche ensuivant et les autres jours dudict\njeu aussi eulx y trouver sans faulte. »\nCe document nous apprend que ces deux chefs de bande, pour un travail assez\nétendu, recevaient 11 ir. 15 environ (plus la nourriture), sur lesquels ils avaient\nà payer leurs acolytes. Il a un caractère général assez net. On dirait qu'il\ns agit d engager des artisans, je ne dis pas : des artistes, pour quelque besogne\ninférieure et toute matérielle, comme sonner les cloches dans un village, ou\napprovisionner les burettes pour l'office.\nLe spectacle, nous bavons déjà vu, était précédé d'une sorte de cavalcade ou\nde cortège qui, par les rues et carrefours, faisait le en, la proclamation et la\nmonstre, sorte d annonce ou d affiche vivante et en action Dans ce prélude, les\ntrompettes étaient au premier rang, comme l'indique cette description d un cri\nfait par les confrères de la Passion, le 16 décembre 1540 :\nLe cry et Proclamation publique, pour jouer le Mystère aes Actes des Apostres, en la Ville de\nParis : Jaict le jeudy seizième jour de décembre l an i 540, par le commandement du Roy nostre\nSite, L1 ançoys pt emier de ce nom ,' et Alonsieur le Prévost de Paris, de venir prendre les\nRoolles, pour jouer ledict mystère. On les vend à Paris en la rue neufve Nostre-Dame à l'ensei-\ngne de Sain et Jehan Baptiste, près Saincte Geneviejve des Ardens, en la Boutique de Denys lanot\nAJDXLI. j\nLe jour de susdict : environ huict heures du matin, fut faicte l'Assemblée en l'Hostel de Flan-\ndres lieu establj pour jouer ledict Mystère, assavoir tant des Maisires Entrepreneurs dudict\nMystère que gens de Justice, Plebeyens, et aultres gens ayant charge de la conduite d'iceluy ;\nréioriciens et aultres gens de longue robe, et de courte.\nEt ptemieicment maichoyent six Trompettes ayans baverolles (banderoles) à leurs tubes et\nbucines, armoyez des armes du Roy nostre Sire. Entre lesquelles estoit pour conduicte la Trom-\npette ordinaire de la ville : accompagnez du Crieur-juré, estably à faire les Crys de Justice en\nladicte Ville : tous bien montez selon leur estât.\nAprès marchoit ung grand nombre de Sergens et Archers du Prévost de Paris, vestuz de leur\nHocquetons paillez d argent, aux livrées et Armes tant du Roy, que dudict Seigneur Prévost,"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "358", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.26", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\npour donner ordre, et conduicte, et empescher l'oppression du et lesdictz archers bien\nmontez, comme au cas est requis.\nPuis après marchoyent ung nombre d'Officiers de Sergens de Ville, tant du nombre de la\nMarchandise que du Parloir aux Bourgeois, vestuz de leurs robbes my-parties de couleurs de\nladicte ville, avec leurs Enseignes, qui sont les Navires d'argent : iceulx tous bien montez\ncomme dessus.\nEt après marchoient deux hommes establis pour faire ladicte proclamation, vestuz de sayes de\nvelours noir, portans manches perdues de satin de troys couleurs, assavoir jaulne, gris et bleu :\net bien montez sur bons chevaulx.\nAprès marchoyent les deux Directeurs dudict mystère Rhétoriciens ; assavoir ung homme\nEcclésiastique, et l'aultre Lay, vestuz honnestement, et bien montez selon leur estât.\nliem, alloyent après les quatre Entrepreneurs dudict Mistere, vestuz de chamarres de taffetas\narmoysin et pourpoinctz de velours, le tout noir ; bien montez et leurs chevaulx garnis de\nhousses.\nItem, après ce train marchoyent quatre Commissaires au Chasteletde Paris, montez sur mulles\ngarnies de housses, pour accompaigner lesdicts Entrepreneurs.\nEn semblable ordre marchoyent ung grand nombre de Bourgeois, Marchans et aultres gens\nde Ville ; tant de longue Robe que de courte : tous bien montez selon leurs estât et capacité.\nEt fault noter qu'en chascun carrefour, où se faisoit ladicte publication, deux desdictz Entrepre-\nneurs se joignoient avec les deux Establiz (pour faire ladite proclamation) cy-devant nommez, et\naprès le son desdictz six Trompettes sonné par trois fois, et l'exhortation de la Trompette ordi-\nnaire de la Ville, laicte de par le Roy nostredit Seigneur, et Monsieur le Prévost de Paris,\nfeirent lesdictz quatre dessus nommez ladicte proclamation en la forme et manière qui s'ensuyst.\nLes trompettes, ici comme dans toutes les solennités de plein air, font la pre-\nmière annonce et l'appel général au public ; les tambourins et les fifres amusent\nla foule et la retiennent devant la « monstre » . On y entend aussi la cornemuse,\nles luths, les rebecs. Le cortège des apôtres a son petit orchestre comme celui de\nDionysos.\nLorsqu'on joue la pièce, les instruments conservent quelque chose de ce rôle\nd'annonce. En dehors de l'ouverture, ils ont à se faire entendre pour avertir le\npublic toutes les fois qu'un personnage important va faire son entrée. C'est un\nusage quasi universel. Je l'ai observé dans les représentations du théâtre anna-\nmite qui furent données à l'Exposition coloniale de Marseille, il y a quelques\nannées : un timbalier, accroupi à une extrémité de la scène, frappait sur des\npeaux tendues à l'entrée et à la sortie de tous les acteurs de marque. Dans le\nthéâtre de Shakespeare, la trompette précédait l'arrivée de chaque acteur. Au\nmoyen âge, ce prélude s'appelle un silete (faites silence !). On trouve souvent\ndans les manuscrits ces vagues rubriques : « Silete de tous les instruments du\njeu », ou, comme dans le manuscrit de Chantilly (Mystère de /'Annonciation et de\nla Nativité de la Vierge) : « De tous les instruments du jeu soit joué beau silete »,\nou encore, dans le manuscrit de la Résurrection (B. N. fr. 972) : « Silete, ou\npausa eu m organis » (le mot organis étant pris ici dans le sens d'instruments et\nnon d'orgue). Les musiciens n'ont pas de place fixe et en vue : ils sont tantôt\ndans ce que nous appellerions une « loge », tantôt sur une élévation quelconque,\ntantôt dans les coulisses.\nLes voix sont quelquefois employées pour le silete, comme l'indique, dans la\nPassion de Jean Michel (troisième journée), cette rubrique encore bien vague :\n« A l'entrée de Jésus à Jérusalem, y aura enfants chantant mélodieusement\njusqu'à ce que bon silence soit fait en lieu de prologue. » Que chantaient ces\nenfants ? nous l'ignorons. Nous pouvons affirmer qu'il y avait des soli, des\nmotets pour ténor, contraténor et concordant (ou baryton), des chœurs d'anges.\nMais il serait impossible de préciser davantage autrement qu'à l'aide de l'imagi-\nnation."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "359", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.27", "texte": "COURS DU COLLÈGE DE FRANCE\n\nPour la musique, les mystères sont donc très pauvres. De toute évidence, ils\nsont inférieurs aux drames liturgiques qui les ont précédés. D'où vient cette sorte\nde décadence musicale ?Je l'expliquerais volontiers delà façon suivante.\nIl paraît surprenant et contradictoire que l'absence de vraie musique dans le\ndrame coïncide précisément avec la période où la science musicale du moyen\nâge était poussée très loin, et qu'au contraire nous reculions les premières ma-\nnifestations sérieuses du drame lyrique à une époque où l'art de la composition\nétait encore à ses débuts. Songeons cependant que les premiers progrès de l'art\nmusical se sont faits dans un sens qui n'était nullement favorable au théâtre ;\nils lui étaient même opposés. Après avoir cultivé une forme de musique très\nexpressive la monodie du plain-chant ou de la chanson profane le moyen\nâge s'est mis, à partir du xne siècle environ (prenons pour point de départ l'épo-\nque de Pérotin), à cultiver l'art de la construction en contrepoint, lequel, entre\nses mains, s'est de plus en plus écarté de 1' « expression ». Il lui aurait fallu\nune maîtrise supérieure pour pouvoir concilier l'agencement des parties avec le\nlangage du sentiment. Il n'a même pas songé à le faire : il s'est plutôt appli-\nqué à jouer avec les formes, à les associer de toutes les façons possibles, à créer\nde bizarres architectures sonores ; il a poussé cette conception jusqu'à un pédan-\ntisme d'école très subtil où l'idée de traduire les passions humaines avec une\nexactitude relative était de plus en plus abandonnée. Or le théâtre ne pouvait\ns'accommoder d'une telle musique ; elle répugnait à sa nature. Les mystères se\nsont développés à une époque où les musiciens les plus renommés n'auraient\npu apporter aux poètes que des œuvres d'école, savantes ou ingénieuses, mais\ndépourvues de ce qu'il faut sur une scène ; si d'autre part le genre dramatique\nrompait avec la liturgie, et, par conséquent aussi, avec la monodie, plane ou\nmesurée, il ne lui restait à peu près rien. (Il avait bien des instruments à sa\ndisposition ; mais il ne se doutait pas encore qu'il pût y avoir des compositions\nspéciales à chacun d'eux ou exécutables par un groupement méthodique, en\nsymphonie.)\nCe qui me confirmerait dans cette manière devoir, c'est que les Italiens du\ncommencement du xvne siècle qui passent pour être les créateurs de l'opéra, ont\nfait surtout, en créant le « style représentatif », une réaction contre les abus du\ncontrepoint. Ce serait donc ce dernier, d'ailleurs si important dans le progrès\ngénéral de l'art, qui n'aurait pas permis aux mystères d'être vraiment des drames\nlyriques ; et ainsi s'expliquerait comment nous avons pu donner une place\nd'honneur à des drames dont la musique est antérieure aux abus du contre-\npoint.\nJe n'ai parlé que du théâtre sérieux. Vous vous étonneriez sans doute que je\nne dise rien de la comédie. N'y a-t-il pas un « jeu de Robin et de Marion » qui\nselon une formule banale, reproduite à satiété, passe pour être le premier (en\ndate) de nos « opéras comiques » ? Je suis très éloigné de partager cette idée.\nAussi me bornerai-je à quelques mots.\n(A suivre.)\n\nJULES COMBARIEU."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "360", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.28", "texte": "AU CONSERVATOIRE DE BRUXELLES\n\nAu Conservatoire de Bruxelles\n\nNous voici dans la période des concours. On nous communique le compte rendu de ceux qui\nviennent d'avoir lieu au Conservatoire de Bruxelles. Nous en donnons quelques extraits.\nAu sujet de la harpe chromatique, à laquelle tant de grands musiciens ont rendu justice, il\nest àla fois comique et profondément triste de voir qu'un progrès d'origine française est plus\nestimé dans les Conservatoires étrangers que dans celui du faubourg Poissonnière... Il est vrai\nqu'à la Schola cantorum et à Femina le succès fut tout aussi grand qu'en Belgique.\nBruxelles, 24 juin.\nUne rude journée, mercredi, mais intéressante, et même brillante par ses\nrésultats.\nDès le matin, le Conservatoire était assiégé. A peine Tunique élève de la\nclasse de musique de chambre, Mlle Mascré, avait elle terminé ses assez inutiles\nexercices et décroché un 2e prix de consolation, que la foule, avec un empres-\nsement réservé d'ordinaire aux séances de chant et de déclamation, envahissait\nla salle, bientôt trop petite pour la contenir.\nC'est la harpe qui avait produit cette précoce effervescence. Une véritable\nlutte allaitse livrer entre les deux rivales, la « chromatique » et la « diatonique ».\nIl y avait là de quoi exciter bien des curiosités et, même, bien des passions. .. .\nLes unes et les autres ont été satisfaites.\nM. Risler, qui a la « chromatique» dans ses attributions, présentait quatre\nélèves ; M. Meerloo, à qui sont confiées les destinées de la « diatonique », en pré-\nsentait une seule. Toutes les cinq se sont couvertes de gloire, ce qui était la meil-\nleure manière de mettre d'accord les sœurs ennemies, qui, en définitive, ont\ntoutes les deux des avantages et méritaient de vaincre également.\nDes quatre élèves de M. Risler, il n'en est aucune de négligeable ; mais la meil-\nleure assurément, c'est Mlle Cheval, une toute jeune fille, qui a joué le\nmorceau imposé, une Barcarolle de M. Van Overeem,et des valses de Nerini,\navec une sonorité, une sûreté et un sentiment de la coloration vraiment remar-\nquables. Elle a conquis haut les deux mains son ler prix (( avec la plus grande\ndistinction ».Le jury, entraîné, a décerné la même récompense, avec la même\ndistinction, à Mlle Hutse, qui, moins brillante, a beaucoup d'acquis. Et il aurait\npu sans inconvénient la décerner aussi à Mlle Rome, qui n'a pas joué moins bien\nune Ballade de Pfeiffer hérissée de difficultés. Mlle Rome adû se contenter,\nainsi que la quatrième concurrente, Mlle Goldschmidt, d'un 2e prix, qui nous\npromet pour l'an prochain un lerIer de belle qualité.\nAprès ce gros succès d'une classe que M.Risler dirige depuis plusieurs années\navec une rare vaillance, il serait juste, nous semble-t-il, de conférer au profes-\nseur le titre effectif de ses fonctions, qu'il ne remplit encore (qui le croirait ? )"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "361", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.29", "texte": "AU CONSERVATOIRE DE BRUXELLES\n\nque « provisoirement ». Il y a là une question d'équité que le gouvernement s'em-\npressera de résoudre, espérons-le.\nL'unique élève de M. Merloo, Mlle Van Wynbergen, a, de son côté, été digne\nde son maître, dont l'expérience et le talent ne sauraient que se fortifier dans\nces petites luttes courtoises. Elle a joué, sinon avec beaucoup d'autorité, du\nmoins avec un très beau son ; et le jury, pour bien marquer son désir de paci-\nfication générale, lui a accordé, à elle aussi, un ier prix « avec la plus grande dis-\ntinction ». Tout est bien qui finit bien.\nAjoutons un détail qui a son importance, et qui n'a pas peu contribué à l'agré-\nment du concours : c'est que toutes les concurrentes nous avaient fait la grâce\nd'être jolies, pour autant que nous avons pu en juger à travers le formidable\nrempart de chapeaux féminins qui, à tous les rangs des fauteuils, s'élevait, impi-\ntoyable et menaçant, entre l'estrade et nous. Quand on joue de la harpe, une\nplastique aimable est de toute nécessité. Cette vérité n'a pas besoin de démons-\ntration. Nous sommes heureux de constater que le Conservatoire est en mesure\nde la respecter.\nAu concours de harpe a succédé l'épreuve du prix Laure Van Cutsem\n( i .020 francs, pour les jeunes filles ayant obtenu un ier ou un 2e prix dans les\nconcours des trois dernières années). Cinq concurrentes I Cela ne s'était jamais\nvu. Chacune d'elles a joué un morceau pianistique très long et très difficile, des-\ntiné à prouver que ce n'est décidément pas du côté de la barbe qu'est la toute-\npuissance. A part Mlle Hourigan, heureusement plus « femme » que les autres,\nil eût été malaisé de trouver entre elles des différences sérieuses. On eût dit une\nmême exécutante. Elles ont toutes fait des prodiges de mécanisme, de sonorité\net d'agilité Et finalement le jury a couronné Mlle Wauters, qui avait frappé le\nplus fort.\nCombien la classe de piano de M. De Greef, qui a concouru l'après-midi, s'est\nmontrée, à cetégard, supérieure ! M. De Greef présentait, lui aussi, un nombre\nd'élèves inusité : cinq. Avec des moyens inégaux, ils ont osé, du moins, ne pas\njouer fort tout le temps ; ils ont eu de la délicatesse, du style, et le sentiment\nmusical semblait être la principale de leurs préoccupations, —ce qui ne les em-\npêchait pas d'avoir aussi beaucoup de « métier ». Un d'eux, M. Jaeger, a rem-\nporté d'emblée le ler prix « avec la plus grande distinction », pour la façon vrai-\nment magistrale dont il a interprété, avec une buperbe autorité, les terribles\nVariations de Brahms. M. Decamps, qui visait aussi le ler prix, l'a obtenu, mais\nsans « distinction », ayant montré quelque faiblesse, avec cependant de jolies\nqualités de charme et de souplesse. Rappel de 2e prix à M. Vanderlinden, et\n2e prix àM.Zoellner, qui avait fort bien joué une admirable Ballade jàt Grieg.\nAccessit à M. Dewaay. En somme, concours excellent.\nLe jury était composé de MM. Tinel, président, Koszul, D'Hooghe, Ermel et\nGhymers"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "362", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.30", "texte": "FESTIVAL FRANCO-ANGLAIS\n\n— A la suite du festival franco-anglais du 14 mai, M. Liard, recteur de l'Acadé-\nmie de Paris, a bien voulu écrire deux lettres à M. Jules Combarieu. Nous croyons\ndevoir publier la seconde :\n<x Paris, 14 juin 1909.\n« MON CHER COLLABORATEUR,\n« J'ai reçu, avec les pièces justificatives jointes, le relevé de compte des recettes et\ndes dépenses du F estival an glo~français du 14 mai dernier, que vous mave\\ adressé.\n« Il est régulier.\n« Je tiens à vous renouveler tous mes compliments et tous mes remerciements\npour la peine que vous avez eue à organiser cette fête, qui a été une vraie manifesta-\ntion. -\n« Cordialement à vous.\n\n« L. LIARD. »"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "363", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.31", "texte": "CHEMIN DE FER DE PARIS A ORLÉANS\nAuvergne.\n(STATIONS THERMALES DE LA BOURBOULE, LE MONT-DORE, ETC.)\nA loccasion de la saison thermale de igoç, la Compagnie d'Orléans a organisé,\nà partir du 8 juin, un double service direct de jour et de nuit, entre Paris, la\nPour boule, le Mont-Dore, Néris-les-Bains et Evaux-les-Bains.\nVoitures de toutes classes, wagon-restaurant, wagons-lits avec salons-lits, lits\nordinaires et couchettes, de Paris au Mont-Dore.\nLes voyageurs peuvent utiliser les combinaisons de billets suivantes :\nBillets d'aller et retour individuels pour les stations thermales déli-\nvrés du lERIER juin au 30 septembre. Validité : 10 jours, non compris les jours de\ndépart et d'arrivée, avec prolongation moyennant supplément. A titre d'essai,\nles billets délivrés du ier au 15 juin et du 15 août au 30 septembre 1909, pour\nles stations du Mont-Dore, delà Bourboule, de Cransac et de Chamblet-Néris\n(Néris-les Bains) seront exceptionnellement valables 25 jours sans prolongation.\nBillets d aller et retour collectifs de famille pour les saisons de\nprintemps et d'été.\nRéduction allant jusqu'à 75 0/0.\nPour les billets de printemps, délivrés du jeudi qui précède la fête des Ra-\nmeaux au 25 juin exclu, validité 33 jours avec prolongation moyennant supplé-\nment.\nPour les billets d'été délivrés du 25 juin au lERIER octobre, validité jusqu'au\n5 novembre, sans supplément, quelle que soit l'époque de délivrance.\nBillets spéciaux d'excursion délivrés du ier juin au 30 septembre au\ndépart des principales gares du réseau, valables 30 jours avec faculté de prolon-\ngation ; 3 itinéraires, permettant de visiter les points les plus intéressants\nde l'Auvergne et du Limousin, le Mont-Dore, La Bourboule, Royat, Clermont-\nFerrand, les vallées de la Cère et de l'Allagnon, le Lioran, les Monts d'Au-\nbrac, etc.\nCartes d'excursion individuelles et de famille au départ de Paris\net des principales gares du réseau, donnant droit à la libre circulation sur deux\nzones déterminées ainsi qu'à un voyage aller et retour de la gare de départ à\nl'un des points desdites zones.\nire zone (délivrance du ier juin au 15 septembre) :de Clermont-Ferrand à\nEygurande, de Laqueuille au Mont-Dore, d'Eygurande à Aurillac et à Neussar-\ngues,deßortà Neussargues, de Neussargues à Arvant, de Miécaze à Saint-\nDenis-près-Martel, de Saint-Denis-près-Martel à Rocamadour.\n2e zone (délivrance du 15 juin au 15 septembre) : de Saint-Denis-près-Martel à\nArvant, de Viescamp-sous-Jallès à Figeac, de Neussargues à Millau, de Mende\nau Monastier, de Sévérac-le-Château à Rodez, de Rodez à Saint-Denis-près-\nMartel, et de Rodez à Tanus.\nValidité, un mois avec faculté de prolongation.\nPour les cartes de famille, réduction de 10 à 50 0/0.\nPour tous renseignements complémentaires, consulter le Livret-Guide de la\nCompagnie."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "364", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19090701-01.1.32", "texte": "Le Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'Imprimerie\n\nCHEMIN DE FER DU NORD\nService temporaire et gratuit de prise et de remise\ndes bagages dans Paris.\nA certaines dates, de fin de juin à fin août, la Compagnie du Chemin de fer\ndu Nord, se charge de prendre gratuitement à domicile, dans Paris, les bagages\ndes voyageurs se rendant dans l une des stations balnéaires françaises des-\nservies par son réseau.\nA certaines dates, de fin juillet au 4 octobre, elle se charge de livrer gratui-\ntement à domicile, dans Paris, les bagages appartenant aux voyageurs revenant\ndes mêmes plages.\n(Voir ou demander, à la gare de Paris-Nord ou dans les 14 bureaux de ville,\nle bulletin détaillé du Service.)"}]}