{"numero_id": "bm-bmtnabj-1909-10-01-01", "volume": "bmtnabj_1909-10-01_01", "ocr_sha256": "b113cc3af9fb133e60af805479f160539dcfe8307cf74498803e9fe97b7cb5ab", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabj/issues/1909/10/01_01/bmtnabj_1909-10-01_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabj/issues/1909/10/01_01/bmtnabj_1909-10-01_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabj-1909-10-01-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-10-01_01#c001", "volume": "bmtnabj_1909-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "445", "page_fin": "446", "image_debut": 1, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.2.1", "titre_corps": "Massenet.", "titre_sommaire": "Massenet.", "signature_source": "J. 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Démosthène exigeait du\ngrand orateur de l action, encore de l action, et toujours de Vaction* Au musicien\non peut dire aussi : du charme ! encore du charme ! toujours du charme ! —non\npas ce charme ronronnant et un peu bébête résultant d'une pensée superficielle\nqui se pâme en des fadaises vulgaires, mais ce charme qui satisfait la raison\nartistique, en même temps qu'il entraîne l'imagination et rafraîchit le cœur, —•\ncelui qu on trouve dans la cantate ce Bach pour la Pentecôte, dans les pièces de\nla messe en si mineur accompagnées par les violes d'amour, dans toute l'œuvre\nde Mozai t, de Beethoven, de Schumann, de Mendelssohn, de Schubert, de Bizet,\nde Gounod, de tous ceux qui sont de vrais compositeurs.\nOr Massenet est la personnification du charme. Il Ta été tout de suite, dans\nles inoubliables mélodies qui furent les premières fleurs tombées de sa main. Il l'a\nété dans ses « poèmes », puis dans ses opéras comiques, enfin dans la série de\nses grands opéras. Il est le chef d'une École nettement française sans équiva-\nlent exact à 1 étranger et dont tous les compositeurs actuels subissent plus ou\nmoins 1 influence. Quelques-uns ont voulu faire autrement que lui. C'est une\nambition très légitime et très honorable. Je me rappelle que M. Massenet lui-\nmême, lorsqu'il donna sa démission de professeur au Conservatoire, la motiva\nainsi : « il est bon que l'enseignement de la composition ne soit pas toujours\ndonné par le même maître, et se renouvelle. » Ces paroles lui font grand hon-\nneur. Mais au théâtre, combien d'ouvrages ont réussi en dehors de l'école dé\nMassenet ?La liste en serait vite dressée !\n« Vous en souvient-il, Madeleine,deces beaux jours du tempspassé ? »... ((Je\ndoute srl fart nurt, je doute s'il fait jour »... O jeunesse ! irrésistible attrait"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "446", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.2", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 841, "texte": "de la grâce ! Printemps intérieur de l'amour! Quel charme de souveraine et mé-\nlancolique magie vous prête la musique, quand c'est celle d'un Massenet !Je suis\nincapable de parler d'un tel art avec un esprit critique. Je n'analyse pas ; sous\nl'influence de certains souvenirs mélodiques, je m'abandonne à une délicate et\ndélicieuse prise de possession, ne sachant pas et ne voulant pas savoir, comme\nle pauvre ami de Charlotte, quel est le crépuscule très doux qui m'enveloppe...\nJe me flatte de n'appartenir à aucune chapelle ;je crois qu'il ne faut jamais\nrabaisser ceci pour exalter cela, et que comparer, c'est toujours tuer quelque\nchose ou quelqu'un. Mais en toute sincérité, j'aimerais mieux avoir écrit Wer-\nther, je dirai même : certaines pages de Werther, que tout l'Or du Rhin et\ntout le Crépuscule des dieux.\n\nJ. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-10-01-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-10-01_01#c002", "volume": "bmtnabj_1909-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "446", "page_fin": "447", "image_debut": 2, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.2.2", "titre_corps": "Chant choral.", "titre_sommaire": "Chant choral.", "signature_source": "J. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "446", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.2", "debut_caractere": 843, "fin_caractere_exclue": 3169, "texte": "Chant choral.\n\nNous avions fait appel (voir le dernier numéro de la Revue musicale) aux\ncompositeurs, en leur demandant de vouloir bien écrire, pour le répertoire que\nnous préparons, quelques pièces à deux voix, en style de canon, ou expositions\nde fugues. Nous estimons, en effet, qu'au lieu de déformer des chefs-d'œuvre\n(musique d'orchestre à laquelle on adapte des paroles, chorals qu'on mutile et\ndont on change le caractère, etc.), il convient surtout de s'adresser aux artistes,\naux maîtres, et de leur demander de vouloir bien écrire eux-mêmes de petites\npièces pour les enfants des écoles Notre appel a été entendu au delà de tout ce\nque nouspouvions espérer. Nous commençons à publier aujourd'hui lespremières\npièces reçues : un admirable canon du grand maître C. Saint-Saëns, à la seconde\ninférieure et supérieure, à la sixte et à la septième ; une exquise composition\nd'E. Paladilhe, l'auteur de Patrie et de tant de mélodies aussi délicates que celles\nd'un R. Schumann ; une Promenade matinale, très allante, fraîche et vive comme\nun matin de juin, du maître Th. Dubois ; une ce fugue à priser» qui sera\nprise, et reprise, sans surprise, très artistique (veuillez l'étudier dans le\ndétail !) et extrêmement spirituelle, d'un autre maître : H. Maréchal.\nDeux observations. A G. Saint-Saëns, nous nous étions abstenu d'envoyer des\nparoles à mettre en musique, espérant qu'il écrirait lui-même les deux parties de\nla composition ; n'est-il pas un écrivain étincelant ? De Londres, où il venait\nd'arriver, il nous a seulement envoyé le « solfège » que nous publions* Nous\nnous excusons d'y avoir adapté après coup des paroles bien médiocres. Elles\npourront, dans le livre qui sera publié plus tard, être remplacées par quelque\nchose de mieux, ou même disparaître...\nUn correspondant anonyme nous a envoyé les deux petits fragments intitulés\nMonsieur Pantalon et Qui trop embrasse... Je ne pense pas qu'il ait voulu abuser\nde ma candeur, en n'indiquant pas l'origine des deux thèmes de fugue qu'il\na employés. J'indique cette origine, comme il aurait dû le faire lui-même,\ndans notre supplément : le Saiil de Haendel, et le Messie. En principe, nous\ndésapprouvons ces démarquages ; nous les accueillons cependant ici, à titre\nexceptionnel seulement, pour avoir une note amusante, nécessaire à tout pro-\ngramme d'étude."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "447", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.3", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 390, "texte": "Cette publication de la Revue musicale ne fait que commencer. Nous aurons\nencore de belles ou jolies choses à faire connaître. Nous adressons nos plus vifs\nremerciements aux maîtres qui ont bien voulu faire acte de complaisance en\nentendant notre appel, et donner une si précieuse marque d'intérêt à une œuvre\nd'éducation musicale dans les écoles et les lycées.\n\nJ. 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Wagner.\n17.083 87\n23\nLes Huguenots.\nMeyerbeer.\n16.3 0 1 49\n25 —\nSamson et Dalila. —\nCoppélia.\nSaint-Saëns. —\nLéo\n17.018 3p\nDelibes.\n27 —\nFaust.\nGounod.\n18.740 87\n<o —\nLohengrin.\nR. Wagner.\n17 916 99\nIer sept.\nGuillaume Tell\nRossini.\n13.936 39\n3 —\nSamson et Dalila. —\nJavotle.\nSaint-Saëns.\ni6.55o 87\n6 —\nRoméo et Juliette.\nGounod.\n21.312 49\n8 —\nFaust.\nGounod.\n19.089 39\nI o —\nThaïs.\nMassenet.\n22.621 87\nL 3 —\nSamson et Dalila. —\nLe fils de\nSaint-Saëns. —\n- C.\nVEtoile.\nErlanger.\niq.653 99\n15 —\nH amie t.\nA. 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Erlanger.\n7.IO3 5O\n6\nMignon.\nA. Thomas.\n4.576 »\n7\n8\n-\nManon.\nMassenet.\n8.690 »\nLakmé. — Les Noces de Jean-\nL. Delibes. —\nV.\n6.241 5o\n;\nnette.\nMassé.\n9\n1 O\n-\nSapho.\nMassenet.\n8.075 »\n-\nWerther.\nMassenet.\n7.967 5o\n11\nrnmmmm\nCarmen.\nBizet.\nV.\n9.027 5o\nI 2\n— matin.\nLakmé. — Les Noces de Jean-\nL. 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ADAïEWSKI", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "448", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.4", "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 3342, "texte": "De quelques traits caractéristiques des mélodies populaires.\n\n(Suite) (1)\nLa musique d'art distingue les notes finales en appelant cadence parfaite la fin,\nl'arrêt final sur la note fondamentale ; cadence imparfaite, l'arrêt sur la tierce ou\nla quinte (2). Toutes les trois se rencontrent dans la chanson populaire, avec,\ndans les milieux ethnologiques divers, une tendance marquée vers l'une ou\nvers l'autre. (Toute tendance marquée constitue un trait caractéristique parti-\nculier, et par conséquent de nature documentaire digne de considération.) (3)\nNous avons donc placé en tête des traits caractéristiques dans Vordre tonal les\nterminaisons sur la tonique, la tierce ou la quinte, et nous proposons d'adjoindre\nà l'analyse des rythmes particuliers de la première et dernière mesure celle de\nleur conformation vocale ou tonale, c'est-à-dire leurs rapports à l'échelle des\nsons sur laquelle est construite la mélodie.\nCeci nous amène aux traits généraux. Les traits généraux, bien que moins\naptes à servir de points de départ à la recherche des origines d'une mélodie, ne\nsauraient être négligés ou passés sous silence.\nLe fait que la même gamme de cinq tons, sans demi-tons, sert aux chants\npopulaires des Ecossais et à la musique chinoise, n'a en lui-même qu'un inté-\nrêt artistique et esthétique ; ce qui importe est de voir comment le Highlander\net l'habitant du Céleste Empire, étant donnée la même matière tonale, façonnent\nleurs mélodies ; ce sont les traits particuliers qui feront distinguer une chanson\nécossaise d'une chanson chinoise. La cadence finale caractéristique (saut à\nl'octave descendante), chère au fils de la montagne, est celle qui permettra de\ndire, si l'on se trouve devant une gamme sans demi-tons : ceci est une chanson\nécossaise, ou ceci nest pas une chanson chinoise.\nNéanmoins il est urgent d'établir en première ligne, parmi les traits géné-\nraux de l'ordre tonal, Yéchelle, la gamme dans laquelle se meut le dessin mélo-\ndique. Nous avons établi trois rubriques pour les chants de France :\na) L'échelle tonale avec note sensible ;\nb) L'échelle tonale sans note smsible ,*\nc) Echelles diverses, mélangées, irrégulières, avec les subdivisions des tonalités\nmajeures et mineures.\nEnfin, il nous a paru bon d'étudier la mélodie au point de vue de son étendue\nen sens vertical et non horizontal, c'est-à-dire d'après l'extension de la voix des\nnotes basses aux notes aiguës, appelée par les Italiens tessitura, mais qu'ici il est\nplus propre d'appeler ambitus. Chez les anciens Grecs, Yambitus restreint était\nconsidéré comme apanage des mélodies primitives ; les plus belles mélodies\nd'Orphée ne dépassaient pas Yambitus de trois ou quatre tons, le tétracorde. Que\nl'émotion musicale puisse être atteinte dans les limites restreintes du chant,\n\n(1) V. la Revue musicale du ier sept.\n(2) La musique d'art moderne, ayant rejeté l'unité tonale d'une architecture musicale, connaît\net a introduit ses notes finales telles que le 7e degré (note sensible, symbole du mouvement)\n(Bourgault-Ducoudray) ou une note entièrement hors de la tonalité (R. Strauss). Ce serait le\ngroupe des mesures finales plus qu'imparfaites.\n(3) C'est ainsi que les chants populaires de la Vénétie en do terminent volontiers sur la note\nmi (tierce majeure, cadence imparfaite)."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "449", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.5", "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 1838, "texte": "l'Orphée de nos temps l'a démontré : le motif de l'Hymne à la Joie de la IXe est\ninforme ; un enfant peut le chanter. Et la joie enfantine n'est-elle pas la plus\nparfaite? Le peuple est proche de l'enfant. Les mélodies de la Fille au\ncresson sont d'un ambitus de cinq degrés de l'échelle, allant parfois jusqu'à\ndouze degrés. C'est au Morbihan et à Loudéac (Côtes-du-Nord) que se trouve le\npremier, le plus restreint, et dans YAngoumois et le Poitou le dernier, le plus\nétendu.\nII\nJe prends maintenant dans le Recueil de chansons populaires de la France,\npublié par E. Rolland, les 32 variantes de la Fille au cresson. J'en ai fait le\nclassement, en suivant les principes que je viens d'énoncer.\ni° Caractéristiques d'ordre rythmique. Mesures initiales.\nLes mesures initiales sont de deux sortes. Les unes, de forme normale, com-\nmencent avec le temps fort (ou thesis). Le rythme est dit, pour cela, thètique ; il\na ce que les anciens appelaient un « ethos hésychastique », c'est-à-dire une\nexpression calme. Les autres mesures ont, avant la première barre, quelques\nnotes appelées « anacrouses », placées sur le temple faible, ou arsis. Dans ce\nsecond cas, le rythme a ce que les anciens appelaient un « ethos diastaltique »,\nc'est-à-dire une expression vive, tendant au mouvement.\na) Voici le tableau que j'ai dressé des variantes appartenant à la première\nclasse (mesures commençant par une thesis, avec l'indication du lieu d'origine :\n(Ce qui, avec deux autres variantes dont le rythme est un peu différent dans\nla deuxième mesure, fait 7 mélodies sur 32).\nb) Le nombre des mesures initiales ayant une anacrouse est beaucoup plus\nconsidérable. Le tableau des variantes ayant une anacrouse de la valeur d'un\nseul temps (la brève, ou le X.P°VOÇ des Anciens) est très riche :"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "450", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.6", "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 2038, "texte": "En comptant les variantes du texte musical et celles du texte littéraire, je\ntrouve 13 mélodies sur 32, ayant l'anacrouse d'un seul temps bref.\nQuelques mélodies ont comme anacrouse une note longue :\nL'anacrouse anapestique (deux temps brefs ou deux croches) manque dans\nles versions populaires de cette chanson, mais se trouve dans une imitation\narrangée à l'usage des cafés chantants.\nJe trouve ensuite :\nMélodies avec anacrouse de trois temps brefs. 5\nde quatre temps. . . o\nde cinq temps (doubles croches). .... 1\nJ'arrive aux résultats suivants ;\nMesures sans anacrouse: 7.\nMesures avec anacrouse : 25.\nLes premières sont considérées comme l'indice d'un tempérament posé, peu\nexcitable ; les autres sont le signe distinctif des peuples à tempérament san-\nguin.\n20 Caractéristiques au point de vue métrique. Mesures finales.\nLes mesures finales sont de deux sortes : catalecliques, ou incomplètes,\nlorsque la phrase mélodique se termine sur le temps fort placé immédiatement\naprès la barre de mesure ; acatalectiques ou complètes lorsque la mesure a tous\nses temps. Les premières sont dites aussi mesures masculines et les autres me-\nsures féminines.\nQuelques mélodies données par M. Rolland au t. II de son recueil appellent\nl'observation suivante. La note tombe bien sur le premier temps fort de la\nmesure finale, mais l'accent mélodique principal tombe deux mesures plus tôt,\nde façon à former avec les trois dernières mesures une seule et même mesure\nd'ensemble de trois unités : c'est ce qu'on appelle rilmo di tre battute et ce que\nnous voudrions appeler « une mesure ternaire dans l'ordre supérieur mélo-\ndique ». Ces mélodies offrent donc le curieux exemple d'une mesure finale ayant\nl'apparence catalectique ou incomplète, mais ne nous donnant pas le sentiment\nd'un repos sur la thèse ou temps fort, et terminant au contraire sur un temps\nfaible. On pourrait les ranger dans une catégorie à part, celle des mesures\nfinales mixtes, à double signification métrique s"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "451", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.7", "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 1648, "texte": "a) Je trouve cinq variantes où la mélodie conclut sur l'arsis, le temps faible,\nc'est-à-dire où la mesure finale est féminine :\nEn revanche, je trouve, sur 32 versions, 27 mélodies à mesure finale catalec-\ntique mesure masculine ou forte, donnant le sentiment du repos complet.\nb) Le type de mesure sur lequel est constitué le corps de la chanson est va-\nriable.\nII y a le mètre binaire simple :\n(Environs de Lorient, Mor-\nbihan, Basse Normandie, confins de la Touraine, du Poitou et du Berry, Niver-\nnais, Loudéac, Côtes-du-Nord, Canada ; au total, 9 mélodies).\nse trouve dans le Recueil de Ballard, 1711.\nLe mètre binaire composé,\nse trouve dans les environs\nde Lorient, Bretagne (1857), Morbihan, Hérault (1855), Brest, Redon, Loudéac,\nCôtes-du-Nord (1855), Ille-et-Vilaine (1884), Thilay-Ardennes, Canada, Hainaut\nfrançais (1857).\nLe mètre ternaire simple,\nest beau-\ncoup moins fréquent : on l'observe dans 8 mélodies sur 32.\n30 Caractéristiques au point de vue tonal.\nPour que le lecteur pût suivre le tableau que j'ai dressé en indiquant le lieu\nd'origine de chaque mélodie, il faudrait qu'il eût sous les yeux les deux vo-\nlumes du Recueil publié par Rolland. Je me bornerai donc à donner les ré-\nsultats.\na) L'immense majorité des variantes, 30 sur 32, ont une cadence parfaite,\nc'est-à-dire qu'elles concluent sur la tonique ou note fondamentale. Les ca-\ndences imparfaites sur la tierce et sur la quinte manquent. Une seule mélodie\n(environs de Lorient) commence en ut et se termine en sol, sans emploi de la\nnote sensible, c\nb) 10 mélodies sont en majeur, sans note sensible ;"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "452", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.8", "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 2035, "texte": "14 sont en majeur avec note sensible ;\n5 sont en mineur sans note sensible ;\n1 (Ballard, Brunettes ou petits airs tendres, Paris, 1711) est en mineur avec note\nsensible.\nDans certaines variantes on observe des tonalités mélangées ou irrégulières.\nAinsi la version donnée par Rolland (t. 11, q) a une première partie sur une\néchelle où l'on trouve des éléments chromatiques :\nLa deuxième partie est en diatonique pur, avec absence du 7e degré, ou sen-\nsible :\n| s..\nLa variante donnée par Rolland (I, g) offre cette particularité qu'elle com-\nmence dans un ton mineur [mi) et se termine en majeur (ut) : spécimen très\nexpressif de « métabole », comme disaient les théoriciens grecs dans le chant\npopulaire (modulation).\nEn somme, j'arrive sur ce point aux conclusions suivantes :\nVariantes en majeur sans note sensible 10\navec note sensible 14\nen mineur sans note sensible. 5\n. avec note sensible. . 1\nen tonalités mélangées ou irrégulières 2\n30 Caractéristiques, au point de vue de 1 ambitus.\nParmi les 32 versions de La Fille au cresson, l'ambitus le plus restreint est\ncelui d'une quinte ; on le trouve dans le Morbihan et dans les Côtes-du-Nord\n(Loudéac).\nVoici le relevé des autres cas :\nAmbitus d'une sixte : 8 mélodies. Environs de Lorient, Hérault, Vendée,\nconfins de la Touraine, Poitou, Berry, Saintonge, Limousin.\nAmbitus d'une septième : 3 mélodies. Environs de Lorient ; Loudéac.\nAmbitus d'une octave : 6 mélodies. Finistère, environs de Brest, Thilay-\nArdennes, Canada.\nAmbitus d'une neuvième : 8 mélodies. Bretagne, environs de Lorient, Redon,\nRennes, Canada.\nAmbitus d'une dixième : (manque).\nAmbitus d'une onzième : 3 mélodies. Nivernais, Canada, Hainaut français.\nAmbitus d'une douzième : 1 mélodie. Angoumois et Poitou.\nD'après ce qui vient d'être dit, on peut concevoir un ordre d'études nouveau,\nune science délicate ayant pour objet la morphologie et l'ethnographie de la\nchanson populaire : science tout expérimentale, exigeant un grand nombre d'obser-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "453", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.9", "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 1155, "texte": "valions et de faits accumulés avant qu'on puisse dégager quelques lois. Elle est\nnéanmoins intéressante en raison même du travail qu'elle impose. L'essentiel\nest que désormais, quand il a noté une mélodie en écoutant un chanteur popu-\nlaire, le folkloriste ne croie pas sa tâche terminée. Les mélodies voyagent beau-\ncoup ; elles ont des ailes. En voyageant elles s'altèrent de diverses façons, car\nle peuple, en matière musicale, est un agent de déformation aussi bien qu'un\nagent de création. Il faut noter avec soin toutes les variantes d'un même type\nquand on aura constaté un très grand nombre de fois en dressant ce que les\nphilosophes appellent des « tables de présence »et des « tables d'absence » que\nles mêmes caractères rythmiques, métriques, mélodiques, apparaissent dans les\nmêmes régions, on en pourra déduire quelques lois précises, àla condition,\nbien entendu, qu on ait travaillé sur des documents bien établis, d'une authen-\nticité sûre, et qu'on ne prenne pas l'erreur individuelle et fortuite d'un chanteur\npour un caractère « ethnique ».\nVenise, 16 septembre 1909.\n\nE. ADAïEWSKI."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-10-01-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-10-01_01#c021", "volume": "bmtnabj_1909-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "453", "page_fin": "460", "image_debut": 9, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.2.5", "titre_corps": "Les Sonates de piano de Beethoven", "titre_sommaire": "Les Sonates de piano de Beethoven", "signature_source": "H. QUITTARD", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "453", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.9", "debut_caractere": 1157, "fin_caractere_exclue": 3198, "texte": "Les Sonates de piano de Beethoven\n12e Sonate op. 26.\n\n(Suite)\nAvec cette sonate, l'une des plus séduisantes sinon des plus familières aux\npianistes, Beethoven, pour la première fois, semble avoir voulu abandonner\nla tradition consacrée qui régissait l'ordonnance de ce genre de composition.\nCe n'est pas que, dans cette œuvre, il ait inauguré déjà, ou du moins laissé\npressentir telle ou telle des grandes formes vraiment neuves où son génie s est\nappliqué plus tard. Mais du moins a-t-il tenté autre chose que ce qui se faisait\npartout de son temps. Et, délibérément, il a supprimé le premier Allegro, le\nmouvement le plus caractéristique de la sonate, celui où le développement clas-\nsique pouvait le plus naturellement faire succéder ses alternances un peu con-\nventionnelles. La 12e sonate ne comprend aucun morceau traité de la sorte.\nElle s'ouvre par un Andante : un thème très simple, très mélodique, à deux\nreprises que suivent cinq variations.\nQue cette suppression du premier morceau ne soit pas une simple fantaisie,\nmais qu'elle corresponde bien à une évolution, au moins momentanée, de la\nconception musicale du maître, c'est ce qui résulte avec évidence de l'examen\nd'autres pièces exactement du même temps. La 12e sonate, vraisemblablement\nécrite en 1801, paraissait le 3 mars de l'année suivante à Vienne, chez l'éditeur\nCappi. Elle n'affrontait pas seule le jugement du public. Deux autres, qui cons-\ntituent YOpus 27, voyaient en même temps le jour : la 13e sonate, en mi bémol,\ndédiée àla princesse Lichtenstein, et la 14e, en ut dièse mineur, plus tard dite\n« Au clair de lune », à la comtesse Giulietta Guicciardi. L'une comme l'autre\ndébutent aussi par un mouvement lent. Un Andante assez développé pour la\npremière, Andante coupé par un épisode en ut majeur, très rapide et d'un accent\nfort différent. Pour la seconde, le premier mouvement est un Adagio sostenuto :\nadmirable phrase qui largement s'étale, gémissante, au-dessus de l'uniformité\ncalme d'un accompagnement presque impassible. Mais c'est assez de citer ce"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "454", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.10", "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "chef-d'œuvre que tous les musiciens connaissent. En outre, cette sonate en ut\ndièse mineur ne compte que trois morceaux : Y Adagio, un Allegretto en façon de\nScherzo, et un finale, Presto agitato.\nAu surplus, les deux sonates de YOpus 27 sont intitulées : Sonata quasi una\nFantasia. Que cette appellation soit le fait de l'éditeur ou de Beethoven lui-\nmême, il n'importe. Elle est au fond très juste et pouvait servir, au moins, à ras-\nsurer les esprits timorés, trop enclins à s'effrayer d'irrégularités dont la règle\ns'accommodait mal. La 12e sonate, autant que les deux autres, eût justifié cette\nexcuse apparente dont son titre, cependant, se dispense. Quoi qu'il en soit, gar-\ndons-nous d'imaginer, ainsi que quelques-uns l'ont fait, que ce mot de Fantasia\ndoive être ici interprété dans le sens d'improvisation. Fantasiren, au temps de\nBeethoven, est bien le mot que les Allemands emploient pour improviser. Mais\nsi l'on examine d'un peu près l'ordonnance de ces trois sonates et la structure de\nchacun des morceaux qui semblent le plus s'écarter des conventions de la rhé-\ntorique musicale consacrée, on se convaincra immédiatement qu'il n'y a rien là\nd'improvisé, à proprement parler. C'est un premier essai de composition libre et\nmélodique.\nLa beauté plastique des thèmes ou leur signification expressive y parut, au\nmusicien, suffisante pour déterminer la marche tout entière du morceau,\nsans que fussent requis ici les doctes artifices ou les répétitions ingénieuses qui\nn'auraient point augmenté l'effet qu'il attendait.\nEst-il rien de plus frais, de plus gracieux, de plus simplement et de plus na-\nturellement conçu que ce thème en la bémol, à 3/8, qui, sous sa forme première\nou délicatement brodé de riches variations, fait à lui seul tout le morceau ?\nCette délicieuse mélodie a conservé tout le charme de la mélodie de Mozart,\navec son expression tendre et doucement mélancolique. Cependant, ne nous y\ntrompons point : Beethoven est déjà là tout entier. C'est bien l'allure et la\ncouleur caractéristique de ses thèmes, alors qu'ils ne visent point à traduire\nles orages de la passion ou les déchirantes angoisses de la douleur, mais\ns'épanchent largement, dans le calme serein d'un lent adagio. Il y a là une\nnuance d'émotion que Mozart n'a pas connue, ou du moins rarement connue.\nL'accent a quelque chose de plus viril, de plus intime, de plus profond. Enfin,\nsi l'on s'attache aux détails de facture, on s'apercevra sans peine que la phrase\nbeethovénienne est ordinairement de dimensions plus amples, qu'elle est aussi"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "455", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.11", "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 3677, "texte": "plus périodique, en ce sens que ses diverses divisions se rattachent plus étroite-\nment les unes aux autres. L'harmonie de l'accompagnement comporte de nou-\nvelles recherches. Souvent aussi elle apparaît plus significative. Encore que la\nchute médiane de cette mélodie (la dernière mesure de la citation) soit précisément\ntout à fait mozartienne, on peut dire que Beethoven en général fait un moindre\nusage que son illustre devancier de ces formules identiques trop souvent répétées,\ndont aucune musique, le voulût-elle expressément, ne saurait s'affranchir entiè-\nrement, mais dont 1 abus se laisse parfois sentir, quand la mode leur en a sub-\nstitué de nouvelles. ... •\nIl serait inutile et décevant de vouloir s'attacher à préciser le sens expressif\nde ce thème et de ces variations. Rien n'y permet ces inductions, superflues\npeut-être, mais que légitiment parfois (au moins dans une assez large mesure)\ncertaines particularités de réalisation. L'accompagnement, où trouvent souvent\nplace, ailleurs, telles ou telles figures significatives, ne fournit ici à Tanaivse\nrien autre chose que de simples accords, choisis avec un goût exquis sans\ndoute, mais sans aucune intention bien marquée. Quelque désir que l'on ait de\nfaire de la musique de Beethoven un roman psychologique perpétuel et de voir en\nchacune des pages qu'il a écrites un commentaire quotidien des douleurs ou des\nespoirs de sa vie solitaire, il faut bien reconnaître qu'il n'y a dans cette sonate\n(un seul des quatre morceaux excepté) rien de plus que de la pure musique.\nDans ce premier morceau, un contemporain voulut voir la fidèle peinture d'une\nidylle villageoise. Rien ne s'y oppose, assurément, pourvu qu'on se garde de\nvouloir trop détailler cette interprétation. Mais rien non plus ne permet d'affir-\nmer qu'il y ait là quelque chose de plus qu'une impression personnelle dont le\nsubjectivisme évident n'apprend rien sur le passé du maître.\nAjoutons que c'est une œuvre presque partout exclusivement pianistique.\nJ entends par là qu'elle ne dépasse point ce- que l'on peut raisonnablement\nattendre d'un instrument dont la puissance et les ressources, surtout en 1801,\nétaient assez limitées. A l'encontre de beaucoup d'autres sonates, même des\npremières (telles que les deux, par exemple, que nous avons précédemment\nétudiées), on n'a point ordinairement dans celle-ci l'impression que hauteur n'y\nait formulé, de sa pensée, qu'une esquisse à laquelle l'orchestre seul pourrait\nconférer sa valeur définitive. Ce premier morceau est bien conçu et écrit pour\nle piano : l'orchestre n'y ajouterait rien d'essentiel.\nIl aurait même quelque mal à traduire l'esprit et la couleur de ces variations,\nsans les alourdir et les dénaturer tant soit peu. La ire, la 2e, la 5e surtout (sauf,\nsi l'on veut, le charmant épisode final qui, déplaçant l'équilibre de ce groupe de\nreprises égales, assure si heureusement l'unité de l'ensemble). Est-il besoin\nd'ajouter que ces variations, ravissantes cependant, n'excèdent pas la portée de\ncelles qu'ont écrites si souvent Haydn ou Mozart ?\nEn ißoï, Beethoven ne pressentait point nettement encore la forme de ces\ngrandes variations conçues et réalisées plus tard ; ces grandes variations qui, en\ntransformant bien plus intimement la figure et surtout l'expression originelle\nd'un thème, deviendront, en ses mains, un si merveilleux procédé de développe-\nment mélodique. Celles-ci restent purement ornementales et décoratives. Le\ndétail en est exquis. Mais ces riches et délicates broderies laissent transparaître\ntoujours le dessin primitif, tel qu'en sa grâce élégante et précise il est exposé\nla première fois."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "456", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.12", "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 2972, "texte": "Un court Scherzo vient ensuite qui se rattache étroitement à l'esthétique de\ncet Andantevarié. « Incisif, spirituel, sombrement allègre, » telles sont les épi-\nthètes dont l'enthousiasme passionnément romantique de W. de Lenz a cru\ndevoir caractériser cette pièce. Est-il permis de trouver que son admiration\nl'égara -- Des trois adjectifs, le dernier seul paraît convenir. Et encore assez mal.\n« Allègre » suggère une idée de gaîté franche que ce Scherzo ne semble point\nexprimer. Et l'adverbe qui corrige le qualificatif exagère. Il n'y a rien de sombre\ndans ce morceau, de sonorité un peu voilée, où le caractère vaguement mélanco-\nlique d'une brève mélodie se colore d'une teinte de mystère. Un pianissimo per-\npétuel, l'indécision voulue de la tonalité qui oscille entre diverses cordes voi-\nsines sans s'établir nettement sur aucune, la fréquence de dissonances de\nseptièmes ou de neuvièmes longuement tenues avant d'arriver à leur résolu-\ntion, ces très simples artifices suffisent à faire naître cette impression, fugitive\nmais réelle. Et c'est ce vague harmonique qui donne au morceau tout son\ncharme bien plus que la valeur propre d'un thème, lequel n'est guère plus qu'une\nformule de cadence, répétée sans cesse à divers intervalles.\nSans vouloir dramatiser le moins du monde cette page de musique, sans com-\nparer, avec le grandiloquent exégète, les larges enchaînements d'accords du\nTrio aux « flots des eaux montantes qui menacent d'engloutir le hardi nageur\nqui s'est fié à elles », il est permis d'insister un peu sur la couleur assombrie de\nce Scherzo (1).\nPar ce contraste imprévu avec la claire lumière du thème varié, Beethoven\na visiblement entendu préparer insensiblement la lugubre Marche funèbre qui\ntient ici la place du traditionnel Adagio.\nAvant d'en venir à ce morceau célèbre, dont les tendances à l'expression pré-\ncise et caractérisée d'un sentiment défini tranchent assez durement, malgré\ncette sorte de précaution oratoire, avec la musicalité toute pure des deux pre-\n\n(1) Il est intéressant de noter la façon véritablement neuve par laquelle Beethoven, au\nmilieu de la seconde reprise, a su ménager la rentrée de son thème. Sur la neuvième mineure\nde dominante du ton de fa mineur, où il a conduit le cours de la modulation, il fait monter sa\nbasse d'une tierce (mi), puis d'une tierce encore (sol), tandis que l'harmonie supérieure répétera\npendant douze mesures, en decrescendo, les notes de l'accord, la neuviève formant appoggiature.\nDu dernier 50/ de la basse, il passera sans transition au thème du début (la\\>, si\\>,dot ré fi, mi),\ngrâce à 1 heureuse ambiguïté du premier accord, (fa,la\\), do) accord parfait de fa mineur sup-\npléant la sixte (fa, la\\), ré fi) conduisant à mi\\>. Ces longues tenues, qui semblent s'endormir\npianissimo sur un même accord assez éloigné du ton où l'on va revenir, se retrouvent maintes\nfois dans les grandes oeuvres d'orchestre les plus connues."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "457", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.13", "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 3741, "texte": "mières parties, peut-être convient-il de dire immédiatement quelques mots du\nfinale. Car ce finale, aussi, n'est rien de plus que de la musique valant unique-\nment par soi-même plutôt que par les émotions qu'elle vise à suggérer. Ecrit\nà peu de chose près dans la forme du rondeau, cet Allegro est, lui aussi, un\nmorceau essentiellement pianistique : par la forme des traits, par le mouvement\ncontinuel de rapides formules où des enchaînements chromatiques d'accords se\nrésolvent constamment, à la main gauche ou à la main droite tour à tour, en\ndoubles croches consécutives. C'est bien le type original d'un certain genre de\nmorceaux dont les virtuoses ont beaucoup abusé depuis, pour les facilités\nqu il leur donne à faire valoir la sûreté précise d'un beau mécanisme.\nAssurément, encore que ce finale présente d'assez grandes difficultés d'exécu-\ntion (surtout pour 1 époque), Beethoven n'a pas eu l'intention de fournir simple-\nment un thème favorable aux ébats bruyants des pianistes prestidigitateurs. Bien\nque la Galette musicale universelle de Leipzig, rendant compte de la sonate en\n1 année 1802, ait estimé que « quelques passages étaient travaillés avec trop\nd art », il est permis dépenser que cette virtuosité, ici, n'était pas tout à fait inutile.\nPour assurer 1 impression d'ensemble, il était bon, après le pathétique violent\nde la marche funèbre, qu un finale plein de verve et de brio, de sonorité franche,\nvoire même un peu voyante, rendît l'auditeur à soi-même. Par là s'affirme l'unité\nréelle de la sonate tout entière, qui n'apparaît pas aussi clairement si l'on envi-\nsage isolément les quatre morceaux, si divers, qui la composent.\nMais revenons, pour finir, à la marche funèbre. N'est-ce pas, de prime abord,\nune idée un peu singulière du compositeur d'avoir introduit cette page si pro-\nfondément dramatique dans la trame légère du reste de la composition ? Il se\npeut. Mais l'intention de Beethoven n'est pas douteuse. Marcia funebre sulla\nmorte d'un Eroe : ce titre, qui précise, est bien de sa main. Et fût-il absent, per-\nsonne ne se méprendrait un seul instant, tant le caractère du morceau s'affirme\ndès les premières notes.\nCe n'est pas que cette marche soit une œuvre de circonstance, ni que ce héros\ndont elle commémore si magnifiquement le tragique destin ait nécessairement\neu une existence réelle. Des gens trop bien informés ont voulu que ces harmonies\nlugubres aient été écrites à l'occasion de la mort du prince Louis-Ferdinand de\nPrusse. L'hypothèse n'est pas heureuse. Car ce prince (excellent musicien à qui\nBeethoven a dédié son 3e Concerto de piano) est mort en 1806 au combat de\nSaalfeldt, et la 12e sonate est de 1801. Il est peut-être mieux de croire, avec Ries,\nque Beethoven voulut tout simplement rivaliser avec Paer, lequel avait écrit\ndans son opéra d'Achille une marche funèbre dont les contemporains avaient été\nfrappés. La comparaison des deux œuvres serait aujourd'hui bien curieuse.\n« Morceau d'harmonie véritablement grand, sombre et magnifique, où tout ce\nqui est difficulté et art est nécessaire à l'expression. » Ainsi s'exprimait au sujet\nde la marche funèbre de Beethoven la vénérable Gazette de Leipzig, qui n'avait\npoint accoutumé cependant de lui prodiguer trop de louanges. La postérité avait\nratifié ce jugement, alors même que les sonates du maître demeuraient encore\nbien rarement pratiquées. Transcrite pour orchestre, publiée à part dans un\nétrange recueil de piano (Six valses et une marche funèbre), transposée en la\nnaturel mineur pour l'agrément des pianistes timides qu'effraient les sept bémols\ndu ton original, cette marche a connu la popularité, avec quelques-uns des incon-\nvénients inséparables d'elle."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "458", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.14", "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 3283, "texte": "II est donc assez inutile d'insister beaucoup sur la beauté proprement musi-\ncale de cette pièce, sur la hardiesse et la grandeur de ces enchaînements de\nsombres et grandioses harmonies (1), sur la puissance, démesurément agrandie\npar leur persistante monotonie, de ces rythmes implacables. Mais il convient\nd'en noter au moins le réalisme surprenant. Il est visible que Beethoven a voulu\nécrire, cette fois, une « Marche funèbre » au sens propre. Non point simplement\nune page de musique dont le caractère funèbre fût évident, mais une marche,\nune vraie marche, et telle qu'elle pourrait, dans la réalité, être exécutée aux\nfunérailles d'un chef d'armée véritable. Ce n'est pas là, comme la marche du\nCrépuscule des dieux, l'oraison funèbre d'un héros où retentissent tour à tour,\nentremêlés d'exclamations de deuil, les thèmes héroïques qui le caractérisaient\nau cours du drame. Pas davantage, ainsi que le convoi mortuaire de Juliette dans\n1t Roméo et Juliette de Berlioz, les lamentations touchantes d'un cortège en\npleurs. Encore moins Beethoven s'est-il proposé d'écrire, ainsi qu'il Fallait faire\nquelques mois plus tard pour sa Symphonie héroïque, un long poème de deuil et\nde larmes, où se traduit la désolation d'un peuple tout entier.\nRien de tout cela. Si belle qu'elle soit, la marche funèbre de la 12e sonate\nn'apparaît pas autre chose que la transcription fidèle, au clavier, d'une pièce\ncomposée pour les instruments alors usités dans les musiques militaires. Assu-\nrément, au temps du compositeur, ces musiques comptaient en leur répertoire\ndes morceaux tels que celui-ci, toute question de mérite et de talent, bien entendu,\nmise à part.\nCar l'imitation reste frappante dans les moindres détails. Dès les premières\nmesures, ce sont évidemment les cors qui imposent ce rythme inlassablement\nrépété, tandis que les coups sourds de la grosse caisse vont marquer le début de\nchaque période. On perçoit dans le pianissimo épisodique :\nles gémissements des hautbois et des clarinettes; les notes répétées staccato, le\ntrille des basses à la 23e mesure, évoquent la sonorité lugubre et creuse, un peu\nflasque, des bassons. Les grands éclats brusques des dernières mesures, les\narpèges montants des basses, retentissent aux trompettes et aux trombones, tandis\nque les sourds roulements des tambours voilés rythment les trémolos crescendo\ndu Trio en majeur.\nL'intention du compositeur n'est pas douteuse. Il n'est pas nécessaire; assuré-\n\n(i) À peine est-il besoin de dire que la suite des tonalités est, dans cette marche, beaucoup\nmoins étrange en réalité qu'elle n'apparaît, déformée par l'enharmonie nécessaire de la notation.\nDe la bémol mineur la première période rythmique conclut en ut bémol majeur (ton relatif). Ce\npériode se répète en ut bémol mineur (ici écrit pour plus de commodité en si mineur et conclut\nen mi double bémol majeur (ton relatif noté en ré majeur). Et ainsi de suite. Dans l'édition\nfacilitée en la naturel mineur, l'enchaînement des tonalités se montre, comme il est, très simple et\ntrès naturel. Le texte original ne se complique qu'en apparence, pour éviter une notation que\n1 abondance des bémols et doubles bémols (ton de mi double bémol majeur p. c.) rendrait en\nvérité peu pratique."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "459", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.15", "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 3521, "texte": "ment, de refaire, en détail, l'instrumentation exacte de la vision de Beethoven.\nMais il est bon de remarquer combien, si le reste de la sonate paraît, naturelle-\nment, de la simple musique pour le piano, cette pièce, chargée ici du rôle\nd'Adagio, évoque évidemment l'orchestre et spécialement tel orchestre : l'or-\nchestre d harmonie des bandes militaires, Que l'on compare (pour prendre un\nmorceau fameux faisant, lui aussi, partie d'une sonate de piano) la marche\nfunèbre de Chopin à celle-ci. On sentira toute la différence.\nAu reste, ce souci d exacte imitation de certains effets propres aux musiques\nmilitaires, ne saurait rien enlever à la valeur expressive (ou mieux significative)\nde cette marche. Je ne sais même si cette précision de détail n'augmente point\npar quelque endroit l'effet physique, inséparable de l'émotion en des pièces de\ncet ordre. Tout au moins, puisqu'il s'agit de la mort d'un héros, peut-on estimer\nque ce réalisme concret date en quelque sorte la scène tragique, la rend plus\nimmédiate et plus sensible. On comprend alors qu'à certains soit venue la pensée\nque cette marche ait dû commémorer la mort du prince Louis de Prusse. Cela\nn'aurait rien que de vraisemblable si les dates ne s'y opposaient. Et peut-être\nbien Beethoven, en écrivant, a-t-il pensé à quelque soldat plus obscur tombé\nsur les champs de bataille sans que le monde se soit occupé grandement de sa\nmort. Ce qui est certain, c'est que s'il l'eût composée pour un héros de théâtre\ncomme l'Achille de Paer, cette pièce aurait un caractère et un accent tout autres,\navec une forme aussi bien différente.\nIl est assez remarquable (sans qu'on puisse ici insister beaucoup sur les rai-\nsons de cette particularité) que la plupart des morceaux funèbres aient revêtu\nl'apparence d'une marche. Que ceci se comprenne au théâtre, où la facilité de\nreprésenter un tableau figurant aux yeux du spectateur une scène aisément\ncompréhensible, permet de préciser grandement la signification de la musique\nqui l'accompagne : rien de plus aisé à admettre. Mais que tant de compositeurs\net si volontiers aient transporté dans la musique purement symphonique une\nforme plus convenable, semble-t-il, au drame, ceci s'explique moins aisément.\nToutefois, une analyse détaillée des procédés et des formules qui confèrent à\ntelles harmonies, à tels thèmes, le caractère proprement funèbre et remarquons\nque c'est là une nuance d'expression sur quoi tout le monde est d'accord per-\nmettrait peut-être de tenter une explication au moins admissible.\nUne marche, en général, se caractérise par la régularité des rythmes, où les\naccents régulièrement disposés reviennent à intervalles égaux, comme si les pas\nd'un cortège en mouvement les scandaient régulièrement. Ce qui doit, au reste,\narriver toutes les fois qu'une marche est appliquée à sa destination véritable.\nOr, sans vouloir ici pousser très loin l'analyse de ce qui constitue le « funèbre »\nmusicalement exprimé, constatons que les morceaux de ce genre (alors même\nqu'ils ne s'intituleraient point « marche ») présentent toujours des séries d'accents\nrythmiques, ordinairement coupées, il est vrai, de silences plus ou moins longs\n(ou de tenues prolongées), mais dont la symétrie n'apparaît pas moins évidente.\nVoyons, par exemple, pour le cas de notre sonate. Ce schéma :\nse reproduit d'un bout à l'autre du morceau sans presque jamais tout à fait dis-\nparaître. Et si le lecteur se reporte à toutes les scènes funèbres qu'il trouvera"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "460", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.16", "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 3066, "texte": "dans les opéras ou les symphonies (par exemple à celles qui sont citées plus\nhaut), il en pourra toujours dégager d'analogues formules. Non pas que la dis-\nposition des accents n'y crée des groupes très différents. Mais ces groupes (gé-\nnéralement courts) une fois établis, se reproduiront avec une persistance qui\nn'est le fait d'aucune autre espèce de musique.\nCes alternances régulières, nous les retrouverons encore dans la manière dont\nle musicien use des nuances d'intensité. Ces morceaux se tiennent ordinairement\npresque constamment dans les nuances douces. On comprend assez que les sen-\ntiments d'accablement, de tristesse, de dépression morale qu'ils traduisent\ns'expriment convenablement par des sonorités voilées et contenues. Mais ordinai-\nrement, de brusques éclats, soudains ou préparés par un crescendo très bref, en\ncoupent la monotonie voulue. Un rythme très marqué, tout semblable au pre-\nmier encore que très agrandi, surgit donc aussi de ces contrastes. Si l'on ajoute\nà ceci que le caractère harmonique des scènes funèbres est d'ordinaire très tonal,\ntrès fortement assis, que les accords, volontiers consonants ou du moins beau-\ncoup moins richement altérés et variés que partout ailleurs, s'y affirment, com-\npacts, en dehors de toute polyphonie véritable, on aura à peu près déterminé\nles plus saillantes particularités de ce genre de musique. Elles ont beaucoup de\npoints de contact avec celles qui caractérisent les marches ordinaires, où la régu-\nlarité de rythmes accusés s'unit d'ordinaire à une harmonie simple et franche, peu\npolyphonique aussi. Il reste, pour les différencier, la vivacité plus ou moins\ngrande du mouvement, l'éclat de la sonorité, l'allure moins effacée, plus sail-\nlante des thèmes proprement mélodiques. Aussi distingue-t-on aisément une\nmarche héroïque d'une marche funèbre. Mais si dissemblable que paraisse et\nque soit le sens expressif de l'une et de l'autre, ce que nous en avons dit aidera\npeut-être à comprendre pourquoi la « marche funèbre », même en dehors de\ntout essai de réalisme, est la forme qui semble traduire le plus naturellement les\nimpressions lugubres qu'évoque la mort.\nCeci explique sans doute la fortune un peu singulière de ce genre de pièce, et\naussi son emploi fréquent dans la grande musique expressive, où l'on ne trouve\npour ainsi dire jamais de marches proprement dites, joyeuses, guerrières ou\npompeuses. Du moins en tant que morceaux développés. Car ces dernières sont\nrestées du domaine de la musique de théâtre (encore seulement en tant qu'illus-\ntration sonore d'un tableau plastique amené par les péripéties de l'action). Ou\nbien elles se rangent parmi les genres secondaires : l'auditeur n'en attend qu'un\nagrément passager, sinon une utilité pratique immédiate. Elles ne seront pas\nplacées, dans la hiérarchie des formes, très au-dessus de la musique de danse.\nQuelle différence avec les grandioses marches funèbres dont la sonate que nous\nvenons d'étudier nous a révélé un des plus admirables exemples !\n\nH. QUITTARD."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-10-01-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-10-01_01#c027", "volume": "bmtnabj_1909-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "461", "page_fin": "468", "image_debut": 17, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.2.6", "titre_corps": "Informations.", "titre_sommaire": "Informations.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "461", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.17", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 81, "texte": "Informations.\n\nLES RAPPORTS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-10-01-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-10-01_01#c028", "volume": "bmtnabj_1909-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "461", "page_fin": "468", "image_debut": 17, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.2.6.1", "titre_corps": "LES RAPPORTS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE.", "titre_sommaire": "LES RAPPORTS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "461", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.17", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 81, "texte": "LES RAPPORTS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-10-01-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-10-01_01#c029", "volume": "bmtnabj_1909-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "461", "page_fin": "461", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.2.6.1.1", "titre_corps": "Le Gil-Blas a récemment envoyé à diverses personnes la lettre suivante :", "titre_sommaire": "Le Gil-Blas a récemment envoyé à diverses personnes la lettre suivante :", "signature_source": "«HENRI GUILBEAUX et JACQUES REBOUL. »", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "461", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.17", "debut_caractere": 83, "fin_caractere_exclue": 1477, "texte": "«HENRI GUILBEAUX et JACQUES REBOUL.»\nLe Gil-Blas a récemment envoyé à diverses personnes la lettre suivante :\n« MONSIEUR,\n« De plus en plus, ces derniers temps, les Questions franco-allemandes ont été l'objet de discus-\nsions et d'études.\n« Il nous a pai u que le moment était venu, non pas sans doute de demander la solution d'un\nproblème qui passionne les élites, mais d'en réunir les données. C'est le sens de l'enquête que\nnous nous proposons de faire dans le Gil-Blas, sur les rapports de la Fiance et de l'Alle-\nmagne.\n« Nous vous serions reconnaissants, Monsieur, vous que vos travaux désignent tout particu-\nlièrement à 1 intéiêt de cette enquête, de vouloir bien nous donner votre sentiment sur les questions\nsuivantes :\n«I. Cioyjz-vous que la culture (i) française et la culture allemande soient opposées, comme\non l'a quelquefois prétendu ?\n« 11. Estimez-vous que les deux nations aient avantage à se mieux connaître, à se mieux\npénétrer ?\n« 111. Quel avenir immédiat prévoyez-vous dans les rapports delà France et de l'Alle-\nmagne ?\n« L'élite des deux nations doit elle CHERCHER un rapprochement politique?\n« Nous vous remercions, par avance, de votre réponse, que le Gil-Blas sera heureux de publier.\n« Veuillez agréer,. 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Jules Combarieu, ayant reçu cette lettre, a fait la réponse suivante :", "signature_source": "JULES COMBARIEU", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "461", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.17", "debut_caractere": 1479, "fin_caractere_exclue": 2989, "texte": "M. Jules Combarieu, ayant reçu cette lettre, a fait la réponse suivante :\nMON CHER CONFRÈRE,\nBien sensibles sont les fibres auxquelles vous touchez en instituant cette\nenquête !... Je ne suis pas de ceux qui peuvent répondre à chacune de vos ques-\ntions sans embarras. Je dirais volontiers : avant de rien changer au statu quo de\nnos rapports avec l'Allemagne, attendons le jour, d'ailleurs prochain, 0ù... ils\nseront en République (! ?). Permettez-moi quelques souvenirs.\nEn 1888, j'étais étudiant à l'Université de Berlin, et une des choses qui me\nfrappèrent dès mon arrivée fut l'application de beaucoup de professeurs à dire\ndu mal de la France. Mon professeur principal était Ph. Spitta, qui enseignait\nl'histoire de la musique : savant admirable, d'une sérénité bienveillante, inca-\npable d'une perfidie. Tout autres étaient la plupart de ses collègues! Je revois\nencore un professeur d'histoire aussi déplaisant à l'œil que mal embouché : gros,\npetit, cagneux, ressemblant, comme le personnage décrit dans un des contes\nd'Hoffmann, à une pomme où un convive facétieux aurait sculpté une caricature\navec un couteau à dessert et qu'il aurait ensuite plantée sur deux cure-dents.\nC'était maître JEgidi. Cet JEgidi s'amusait à lâcher des plaisanteriesMrès lourdes\ncontre la Révolution française ou contre Napoléon ler.Ier. Ailleurs, il y avait une\nfacétie qui ne manquait jamais son effet : le professeur, ayant à citer le nom\nd'un de ses compatriotes, prononçait d'abord ce nom correctement, à l'allemande,"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "462", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.18", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3490, "texte": "puis ajoutait : « ou bien, comme disent les Français... », et là il répétait le nom\nen le déformant, ce qui provoquait un gros rire dans tout un auditoire se moquant\nde nous. (L'honorable M. Lichtemberger, de la Sorbonne, fournit matière à cet\natticisme germanique.) J'ai encore présent le souvenir des leçons qui furent\nfaitesaprès la mort de l'empereur, le grand-père du Wilhelm actuel : au lende-\nmain de ce grand événement (les cocottes de Berlin elles-mêmes avaient pris\nle deuil), chaque professeur de l'Université crut devoir commencer son cours\npar un éloge enflammé de l'Allemagne militaire et un rappel brutal de nos\ndéfaites...\nVoici un outrage, un outrage public, que j'ai encore sur le cœur. Après\nvingt et un ans, je n'ai pas encore digéré ça. Je n'ai pas entendu moi-même le\nmot que je vais vous citer ; mais l'incident m'a été raconté à l'ambassade de\nFrance, Paviser Platz, fin novembre 1888, par notre ambassadeur lui-même,\nM. Herbette, en présence de témoins qui sont encore vivants.\nEn même temps que moi se trouvait à 1 Université de Berlin un autre jeune\nagrégé, venu pour des études de géographie : M. Poirel. (C'est M. Ernest\nLavisse, si je ne me trompe, qui l'avait envoyé en Allemagne pour donner des\nleçons accessoirement au fils de M. Herbette.) Poirel, fraîchement débarqué sur\nles bords delà Sprée, entre au cours d'un très savant géographe :\nDe quelle Université venez-vous ? demande le professeur.\nDe l'Université de Nancy.\nEt avec un sourire d'infernale ironie, devant ses auditeurs habituels, l'Alle-\nmand lance cette réplique à notre compatriote :\nNancy ? C'est une ville qui n'appartient pas encore à l'Allemagne 1...\n... J'ai conservé de mon séjour à Berlin d'autres souvenirs moins amers que\nceux-là. Mais vous devinez la disposition d'esprit avec laquelle j'aborde votre\nquestionnaire :\nI. La culture allemande et la culture française sont-elles opposées ? ~ Non ;\nelles sont différentes. Cette différence est visible à tous les degrés, aux plus bas\ncomme aux plus élevés, dans la salle à manger d'un hôtel comme dans un am-\nphithéâtre d'Université. On a dit : « la science n'a pas de patrie. » Cela estvrai\ndes mathématiques ; mais pas de ce que nous appelons, d'un terme inexact, les\n« sciences morales et politiques ». Chacun travaille à sa manière, avec son goût et\nson originalité propres ; il est impossible qu'il en soit autrement, et il est d'ail-\nleurs très bon qu'il en soit ainsi. L'imitation française a produit en Allemagne\ndes œuvres gauches, maladroites, parfois ridicules ; l'imitation allemande a\nproduit en France des œuvres qui ne valent pas davantage.\n11. Les deux nations ont-elles avantage àse mieux connaître et àse mieux\npénétrer ? Certes, pourvu que ce désir tout naturel de connaître et de « péné-\ntrer » le voisin n'aboutisse pas trop souvent aux... indiscrétions dont se plaignait\nrécemment legénéral Durand et pourvu que, dans le domaine « scientifique », le\nrapprochement ne se fasse pas au profit d'une concentration, en Allemagne, de\ntoutes les forces directrices du travail-etde la pensée. En matière de haute cul-\nture comme en matière commerciale, les Allemands ont une force d'expansion et\nun goût d'annexion dont nous devons nous méfier. Ils ont déjà créé la Weltakade-\nmie, sorte de synthèse (faite à leur profit) de toutes les Académies du monde. Ce\nfait m'a toujours paru grave comme symptôme. Dans beaucoup d autres do-\nmaines, y compris l'histoire de la musique, j'observe la même tendance, sous"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "463", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.19", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1460, "texte": "un masque de libéralisme et de courtoisie. Oui, il faut se connaître, se pénétrer,\ns estimer mutuellement là où c'est possible ; mais nous sommes assez grands,\nnous Français de France, pour marcher tout seuls et n'être dupes de per-\nsonne.\n111. Quel avenir immédiat peut-on prévoir dans les rapports de la France et\nde 1 Allemagne ? 1 élite des deux nations doit-elle chercher un rapprochement\npolitique ? L avenir, quoi qu'en dise Victor Hugo dans un vers célèbre, nous\nappartient : il sera ce que nous voudrons qu'il soit, le triomphe de notre énergie\nou le châtiment de notre insouciance. Les volontés dont il dépend sont des volon-\ntés libres. Je n'admets donc pasle rôle deprophète ; je n'en comprends qu'un seul :\ncelui de l'éducateur. Quant au rapprochement politique, je le désire et le crois\npossible, lorsque certains obstacles, grâce à la propagande des hommes d'élite,\nauront été écartés; le jour, prochain, je crois, —où elle se sera débarrassée\nd'un mode de gouvernement suranné, l'Allemagne pourra prétendre à notre\namitié.\nElle n'appartient pas encore aux idées libérales que la France a lancées dans\nle monde ; mais elle est certainement digne de s'élever jusqu'à elles.\nVoilà, mon cher confrère, ce que je puis vous dire, de mon modeste point de\nvue individuel. Si ces idées ne répondent pas à ce que vous attendiez, je vous\nprie de tenir compte de leur sincérité.\nAvec l'assurance de mes meilleurs sentiments,\n\nJULES COMBARIEU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-10-01-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-10-01_01#c031", "volume": "bmtnabj_1909-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "463", "page_fin": "464", "image_debut": 19, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.2.6.1.3", "titre_corps": "CONCOURS MUSICAL. Un concours de composition musicale symphonique", "titre_sommaire": "CONCOURS MUSICAL. Un concours de composition musicale symphonique", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "463", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.19", "debut_caractere": 1462, "fin_caractere_exclue": 3152, "texte": "CONCOURS MUSICAL. Un concours de composition musicale symphonique\nest ouvert au titre de la fondation Cressent.\nLes compositeurs qui désirent y prendre part ont le choix entre les trois\nformes suivantes : symphonie proprement dite ; suite d'orchestre ; poème\nsymphonique avec soli et chœur,\nSont exclues les œuvres présentant un caractère liturgique et celles qui ne\nsont pas inédites.\nSont seuls admis à concourir les compositeurs français ou naturalisés tels qui\nne sont pas encore lauréats de la fondation Cressent. Ceux qui ont une œuvre\nde trois actes au moins représentée à l'Opéra ou à l'Opéra-Comique ne\npourront prendre part au concours.\nUn jury de sept compositeurs de musique nommés par le Ministre des Beaux-\nArts décernera soit un prix pour l'ensemble des œuvres déposées, soit deux\nprix : l'un attribué à une symphonie proprement dite ou à une suite d'orchestre,\nl'autre à un poème symphonique avec soli et chœurs. Dans le cas d'un seul prix,\nl'auteur recevra une prime de 20.000 francs et 1.500 francs pour frais de\ncopie ; s'il y a deux prix, chaque auteur recevra 10.000 francs, plus 1.500 francs\npour frais de copie. Le chef d'orchestre qui jouera la partition couronnée re-\ncevra 4.000 francs pour une symphonie ou une suite d'orchestre et 10.000 francs\ns'il s'agit d'un poème symphonique avec soli et chœurs. Si le jury n'accorde\npas de prix, il pourra décerner une mention avec prime de 5.000 francs ou deux\nmentions avec primes de 2 500 francs ; l'indemnité de 1.500 francs pour frais de\ncopie et les allocations respectives de 4.000 et de 10.000 francs seront attri-\nbuées aux auteurs et aux chefs d'orchestre dans les mêmes conditions que pour\nles œuvres couronnées."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "464", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.20", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 209, "texte": "Le programme détaillé du concours sera remis gratuitement aux composi-\nteurs de musique qui en feront la demande au Sous-Secrétariat d'Etat des\nBeaux-Arts (Bureau des Théâtres), 3, rue de Valois."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-10-01-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-10-01_01#c032", "volume": "bmtnabj_1909-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "464", "page_fin": "465", "image_debut": 20, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.2.6.1.4", "titre_corps": "Mme Stoltz. Dans le Ménestrel du 11 septembre (et numéros suivants),", "titre_sommaire": "Mme Stoltz. Dans le Ménestrel du 11 septembre (et numéros suivants),", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "464", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.20", "debut_caractere": 211, "fin_caractere_exclue": 3557, "texte": "Mme Stoltz. Dans le Ménestrel du 11 septembre (et numéros suivants),\nM. Arthur Pougin publie d'intéressants souvenirs sur Mme Stoltz, et sur les\ncirconstances singulières où eut lieu sa retraite. Elle débuta le 25 août 1837 >\nThéophile Gautier parlait ainsi de cet astre brillant nouvellement apparu :\n« Un public nombreux encombrait l'autre soir la salle de l'Opéra, attiré par la belle musique\nde la Juive, la présence de Duprez et le début de Mme Stoltz. Cette jeune dame, élève de l'école\nChoron, a obtenu beaucoup de succès. Douée d'une voix magnifique de soprano, d'une jolie\nfigure et d'une taille charmante, elle a joué et chanté le rôle de Rachel avec un talent d'expres-\nsion vraiment remarquable. Quoiqu'elle semblât dominée par une vive émotion, elle a su rendre\navec une grande vérité, sans imiter personne, les nuances différentes de ce rôle difficile. La\nromance du deuxième acte : Il va venir, celle du trio qui suit, et surtout le cinquième acte, ont\nprouvé qu'elle savait donner à sa voix autant de charme que d'énergie, et nous ne doutons pas\nqu'elle ne tienne un rang distingué parmi les meilleurs sujets de l'Opéra, surtout si elle parvient\nà maîtriser la fougue un peu exagérée qui l'emporte trop loin dans les scènes passionnées et qui\nlui fait trouver des effets quelquefois un peu hasardés. Il faut que Mme Stoltz conserve longtemps\ncette voix si pleine et si étendue, et dans son intérêt, nous lui conseillons de se ménager davan-\ntage. Elle avait dans cet ouvrage à côté d'elle, dans Duprez, le chanteur qui pouvait le mieux lui\nprouver qu'on peut être en même temps énergique et pur, et que la grâce est une qualité essen-\ntielle de l'art qui doit s'allier à toutes les autres. »\nM. Arthur Pougin établit ainsi la liste des ouvrages à l'interprétation desquels\nMme Stoltz prit part pendant dix ans :\n5 mars 1838. Guido et Ginevra, d'Halévy (Ricciarda).\n10 septembre 1838. Benvenuto Cellini, de Berlioz (Ascanio).\nler avril 1839. —Le Lac des Fées, d'Auber (l'Hôtesse).\n25 octobre 1839. La Xacarilla, de Marliani (Lazarillo).\nJanvier 1840. Reprend dans la Vendetta, du comte de Ruolz, réduite de\ntrois à deux actes, le rôle créé par Duprez.\n7 septembre 1840. Reprend dans Stradella, de Niedermeyer, réduit de cinq\nà trois actes, le rôle créé par Mlle Falcon.\n2 décembre 1840. La Favorite, de Donizetti (Léonor).\n7 juin 1841. Le Freischûtz, de Weber, avec récitatifs de Berlioz (Agathe).\n22 décembre 1841. La Reine de Chypre, d'Halévy (Catarina).\n15 mars 1843. Charles VI, d'Halévy (Odette).\n13 novembre 1843. Dom Sébastien de Portugal, de Donizetti (Zaïda).\n29 mars 1844. Le Lazzarone, d'Halévy (Beppo).\n2 septembre 1844. Othello, de Rossini (Desdémone).\n6 décembre 1844. Marie Stuart, de Niedermeyer (Marie).\n17 décembre 1845. L'Etoile de Séville, de Balfe (Estrella).\n3 juin 1846. David, de Mermet (David).\n30 décembre 1846. Robert Bruce, pastiche arrangé par Niedermeyer sur la\nmusique de Rossini (Marie).\nDans Robert Bruce, Mme Stoltz, qui avait de nombreux ennemis personnels\nexcités par son caractère intraitable, détonna, fut au-dessous d'elle-même, pro-\nvoqua une manifestation. Th. Gautier raconte ainsi l'incident :\n« Le public de Paris, qui est, certes, le plus doux et le plus poli de tous les publics, faisant\nsans doute la réflexion que Mme Stoltz, à peine relevée d'une fluxion de poitrine, ne péchait que"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "465", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.21", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1288, "texte": "par excès de zèle, n eût donné aucune marque de désapprobation et n'eût protesté que par un\nfioid silence, si les enthousiastes du lustre ne fussent venus tout gâter par des applaudissements\nintempestifs ; quelques chut, adressés plutôt aux optimistes gagés qu'à la cantatrice, provoquè-\nrent, de la part de ceux-ci, de nouvelles salves de la plus bruyante impertinence: les chut redou-\nblèrent, des sifflets vinrent s'y mêler. Pendant ce temps, Mme Stoltz, pâle, hors d'elle-même,\narpentait le théâtre avec des pas et des gestes convulsifs ; elle paraissait vouloir quitter la scène,'\nquelques injures, de la plus abjecte espèce, lui avaient été, dit-on, jetées à bout portant de l'or-\nchestre ; outrée de colère, elle dit assez haut pour être entendue de toute la salle, tournée vers\nla loge directoriale : « Mais vous entendez bien qu'on m'insulte... C'est intolérable! Je suis\nbrisée !... » Puis, en se dirigeant vers la porte du fond, elle déchira son mouchoir dans un accès\nde rage silencieuse, et en jeta violemment les morceaux par terre. Nous vous laissons à penser\nla stupeur du public, qui n'avait pas entendu les interpellations et ne pouvait mesurer la\ncolère à 1 offense, en face de ces étranges équipées. Toutefois, le calme se rétablit tant bien\nque mal... »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-10-01-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-10-01_01#c033", "volume": "bmtnabj_1909-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "465", "page_fin": "466", "image_debut": 21, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.2.6.1.5", "titre_corps": "Mme Stoltz crut devoir expliquer sa situation en adressant àun journal", "titre_sommaire": "Mme Stoltz crut devoir expliquer sa situation en adressant àun journal", "signature_source": "ROSINE STOLTZ", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "465", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.21", "debut_caractere": 1290, "fin_caractere_exclue": 5214, "texte": "Mme Stoltz crut devoir expliquer sa situation en adressant àun journal quoti-\ndien de théâtres, le Courrier des spectacles, la lettre que voici :\nParis, le 2 janvier 1847.\nMonsieur le Directeur,\nVoyant avec un vif regret quelques journaux se méprendre sur la cause véritable de l'émotion\nque je n'ai pu maîtriser avant-hier, pendant le deuxième acte de Robert Bruce, et craignant de\nvoir une partie du public trompée par cette méprise, je dois aux personnes qui m'ont mal jugée,\ncomme à celles qui ont eu la bonté de me prêter leur appui, une explication franche et complète\nde ce triste incident.\nIl y a douze jours, à peine échappée au danger d'une fluxion de poitrine, présumant peut-être\nun peu trop de mes forces et ne pouvant pas prévoir qu'il me surviendrait dans la nuit une\nnouvelle indisposition, j'avais laissé afficher la première représentation de Robert Bruce. Habituée\nà dompter mes souffrances pour remplir mon devoir, je combattis toute la journée les progrès\ndu mal, et ce ne fut qu'à cinq heures du soir, qu'épuisée par la lutte, j'ouvris les yeux à l'évi-\ndence et reconnus avec mon médecin l'impossibilité absolue de sortir de chez moi !\n... Dès le lendemain, cependant, j'eus la douleur d'apprendre qu'une malveillance dont il ne\nm'appartient pas de signaler la cause, mais dont personne ne peut méconnaître les effets, s'était\nappliquée à me calomnier de toutes façons. Suivant l'un, j'avais fait manquer le spectacle par\ncaprice ; suivant l'autre, j'avais voulu forcer ainsi les auteurs d'augmenter mon rôle au détriment\nde ceux de mes camarades !...\nMa réponse à ces misérables calomnies fut un redoublement d'efforts pour rendre le plus tôt\npossible au public la représentation dont l'avait privé ma maladie, et j'insistai moi-même pour\nreprendre mon service.\nC'était tromper l'espoir de plus d'un ennemi...\nJugez, Monsieur, de ce que j'ai dû ressentir quand, au milieu de murmures et de marques\nd'improbation que je ne croyais pas avoir mérités, mais contre lesquels, pénétrée de mes devoirs\nenvers le public, je m'efforçais de m'armer de patience et de courage, j'entendis adresser à la\nfemme des injures que vous m'approuverez de ne pas répéter ici. Alors, je l'avoue, je crus à\nl'existence du complot dont on m'avait menacée pendant le cours même delà représentation (car\nla dernière lettre anonyme m'était arrivée jusque dans ma loge, à huit heures). Alors, je ne fus\nplus maîtresse de mon émotion, alors je me crus autorisée à quitter la scène, et je dis, non pas\nau public, non pas même aux auteurs les injures que j'entendais, mais au directeur, à M. Gustave\nVaëz, et à plusieurs abonnés qui, du fond de leur loge, m'invitaient à prendre courage : « Mais\nvous entendez qu on my insulte !... c'est intolérable !... je suis brisée ! »\nTelle est, Monsieur, l'entière, l'exacte vérité sur un incident dont plusieurs journaux ont bien\nreconnu et apprécié les causes, mais que d'autres ont compris et apprécié différemment !... Ma\nsurprise a été grande, je m'empresse de le déclarer, quand j'ai, appris que les paroles que je\nviens de rapporter, et qui, je le répète, ne s'adressaient nullement au parterre, ont été prises\npour un oubli de mes devoirs envers le public, pour une violation des convenances envers les\nAltesses Royales qui honoraient la représentation de leur présence!...\nAi-je donc besoin de protester contre une pareille intention ? Les paroles mêmes que je regrette\nd'avoir prononcées trop haut, puisqu'elles n'étaient nullement adressées au public, peuvent-elles\nlaissera cet égard la moindre incertitude ?...\nOn m'assure également qu'après le second acte quelques personnes, celles sans doute qui\navaient déjà cru devoir insulter une femme, s'étaient plu à répandre contre moi de nouveaux\nbruits aussi absurdes qu'odieusement inventés. Après m'avoir accusée, il y a quelques jours,\nd'avoir voulu enlever à Mlle Nau un air sur lequel je n'avais jamais eu la moindre prétention,"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "466", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.22", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 949, "texte": "iis (sic) ont pomsu.vi leur fable, et après le second acte, il s'est trouvé des gens capables d'affir-\nmer que je venais d'avoir avec Mlle Nau une altercation violente suivie de cris de rage !...\nd'injures et de voies de fait, et que M,le Nau ne pouvait reparaître au troisième acte ILa vérité\nest qu'à la fin du second je m'étais, en effet, précipitée vers Mlle Nau, mais pour la soustraire à\nla chute du rideau, qui avait failli lui tomber sur la tête.\nPardonnez-moi, Monsieur, de rappeler de pareilles calomnies, auxquelles je n'aurais voulu\nopposer que le silence du dédain ; mais l'odieux même de ce genre d'attaques, pratiqué pendant\nle cours de la représentation, en présence du public qu'on voulait exciter contre moi, peut\ndonner une idée de celles que je devais attendre d'ennemis que je savais capable de pareilles\nmanœuvres, et de l'indignation qu'avaient dû me causer leurs injures.\nRecevez, Monsieur, etc.\n\nROSINE STOLTZ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-10-01-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-10-01_01#c034", "volume": "bmtnabj_1909-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "466", "page_fin": "467", "image_debut": 22, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.2.6.1.6", "titre_corps": "Nous lisons dans la Tribune de Saint-Gervais que M. l'abbé Faure-Muret,", "titre_sommaire": "Nous lisons dans la Tribune de Saint-Gervais que M. l'abbé Faure-Muret,", "signature_source": "«MEYERBEER. »", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "466", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.22", "debut_caractere": 951, "fin_caractere_exclue": 3280, "texte": "Nous lisons dans la Tribune de Saint-Gervais que M. l'abbé Faure-Muret,\nle distingué maître de chapelle de Saint-Front de Périgueux, a créé une chorale\ncomposée de cent vingt ouvriers. Il serait intéressant de savoir si, dans l'élément\npeuple, M. l'abbé Faure-Muret n'a pas trouvé, comme nous le pensons, plus\nd'aptitude musicale qu'on n'en trouve d'habitude dans l'élément social plus\n« cultivé ».\nA propos du chant collectif, un simple mot. La note de la Revue musicale sur\nla création d'une chorale des étudiants de Paris a été reproduite ou résumée par\ntous les grands journaux ; en revanche, parmi les coupures que nous a envoyées\nl'Argus, il n'en est pas une seule qui vienne d'un périodique musical français.\nVoilà un fait caractéristique. Nous le regrettons vivement. Le théâtre et le\nconcert sont, certes, fort intéressants, mais le chant choral non salarié a une\nimportance tout aussi grande dans l'éducation nationale.\nMme Edouard Colonne nous informe qu'elle reprend ses cours et leçons de\nchant, si appréciés à Paris, le ier octobre, 21, rue Louis-David (16e).\nOn lit dans le Guide musical :\nLes Mémoires de M. Charles Bocher, le dilettante bien connu qui était fier\nde son titre de « plus ancien abonné de l'Opéra », nous apportent dans leur\nsecond volume qui vient de paraître une lettre curieuse et inédite de Meyerbeer,\nqu'il nous semble intéressant de reproduire. Cette lettre, datée de 1850, était\nadressée à Nestor Roqueplan, alors directeur de l'Opéra :\n« Mon excellent ami,\n« Je viens de recevoir votre chère lettre, dans laquelle vous m'annoncez que,\npar arrêté du ministre, l'Opéra doit commencer dorénavant à 7 h. 1/2 et finir à\nminuit ; que par conséquent il faut faire des coupures dans mon œuvre. Quant\nau Prophète, il finit, surtout depuis que Mlle Poinsot coupe le premier acte, à\n1 i h. 35 ; ainsi il serait déjà, même dans la longueur actuelle, dans les limites\nassignées par M. le ministre; mais enfin, voici toujours encore des coupures qui\nsont faisables et auxquelles jeconsens :\n« i° Au premier acte, dans le duetto entre les deux femmes : « Un jour, au\nbord de la Meuse », on peut ôter le deuxième couplet ;\n« 20 Au troisième acte, on peut ôter en entier les couplets de Zacharie :\n« Aussi nombreux que les étoiles » ;\n«-3° On peut ôter la valse qui précède la redowa et commencer immédiate-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "467", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.23", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1760, "texte": "ment après le chœur de l'arrivée des patineurs : « Voici les fermières» la\nredowa ;\n« 40 Au sixième acte, ôter le récitatif qui finit le duo et également ôter la plus\ngrande partie du trio. J'ai indiqué dans la grande partition gravée, à la page\n753, de quelle façon cette coupure doit être faite et quels changements nouveaux\nil faut faire pour obtenir la soudure avec ce qui reste.\n« En cas que l'Opéra ne possède pas une partition grande du Prophète, veuillez\nprier M. Brandus qu'il vous prête sa grande partition, afin que l'Opéra puisse\nfaire transcrire sur les parties d'orchestre et de chant cette coupure.\n« Ces coupures doivent suffire pour réduire la représentation du Prophète à\nla durée prescrite. Quant aux Huguenots, c'est plus long et plus difficile à expli-\nquer. Il faut quelques petits changements dans la musique pour pouvoir souder\nles coupures. Je vais m'en occuper et vous les envoyer incessamment.\n« Quant à Robert, vous m'écrivez que nous avons un peu de temps avant qu'on\nne le joue, puisque Gueymard est partie pour un congé. Mais je m'en occuperai\naussi.\n<( Maintenant que nous autres, pauvres compositeurs, nous avons été obligés\nde mutiler nos partitions pour abréger la durée du spectacle, l'administration ne\ndevrait-elle pas faire aussi un effort de son côté pour abréger les entr'actes,\nqui, surtout dans Robert et les Huguenots, sont d'une si interminable longueur ?\nC'est tellement vrai, qu'à l'époque de leur nouveauté, ces opéras se terminaient\nde 20 à 25 minutes plus tôt qu'actuellement.\n« Adieu, cher et excellent ami. Votre tout dévoué de cœur.\nCette dernière observation prouve que déjà, en 1850, la longueur du spectacle,\namenée par la prolongation des entr'actes, lassait les spectateurs.\n\n«MEYERBEER.»"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabj-1909-10-01-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabj_1909-10-01_01#c035", "volume": "bmtnabj_1909-10-01_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "467", "page_fin": "468", "image_debut": 23, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.2.6.1.7", "titre_corps": "LES MADRIGAUX DE MONTEVERDE. —M. Hugo Leichtentritt, à qui 011 doit", "titre_sommaire": "LES MADRIGAUX DE MONTEVERDE. —M. Hugo Leichtentritt, à qui 011 doit", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "467", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.23", "debut_caractere": 1762, "fin_caractere_exclue": 3235, "texte": "LES MADRIGAUX DE MONTEVERDE. —M. Hugo Leichtentritt, à qui 011 doit\ndéjà plusieurs travaux importants, publie chez Peters (Leipzig) 12 madrigaux\nde Monteverde. D'une façon générale, on appelait « madrigal », sous l'ancien\nrégime,toute composition chorale sur des paroles profanes. Monteverde en a écrit\nplusieurs recueils: en 1587 (madrigaux à 5 voix, livre I) ; en 1590 (m. à 5 v.,livre\nII) ;en 1592 [ici., liv. III) ;en 1603 {id., liv. IV) ;en 1605 , liv. V, Venise) ;en\n1614 (idliv. Vl);en 1619 {id., liv. VII); en 1638 (fi.,liv. VIII). Habituellement,\nsauf dans le livre VIII, qui contient des les paroles\nsont érotiques. M. Leichtentritt nous en donne douze seulement. Le lecteur\npeu familier avec lesmusiques anciennes sera un peu dérouté par la complexité\n(apparente) des rythmes : la barre de mesure n'est pas la même pour toutes les\nparties ; et il arrive, avec de brusques changements, que le soprano I est écrit à\n3/2, et les autres voix à 4/4. En somme, il ne faut faire attention qu'à la valeur\nde chaque note et à la coupe des phrases. Rythme et mesure ne doivent pas être\nconfondus. Ces vieilles pièces sont d'un très beau style, supérieur à ce que font\naujourd'hui la plupart des compositeurs italiens.\nLa Revue musicale a déjà consacré plusieurs études à Monteverde. On peut\nconsulter, en outre, Vierteljahrsschrift f. M(article d'E. Vogel),C7aw-\ndio Monteverde (par Davari,iBBs) ; 1 Opéra en Europe avant Lulli et Scarlatti, par\nR. Rolland (1895, ch. iv)."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "468", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.24", "debut_caractere": 80, "fin_caractere_exclue": 1466, "texte": "QUESTIONS.\nVoici deux questions que nous soumettons à ceux de nos lecteurs qui pour-\nraient nous fournir des renseignements utiles.\ni° Victor Hugo, dans une pièce de la Légende des siècles (Eviradnus) dont on\nvient de célébrer le cinquantenaire, parle de\nLa .guitare des monts d'lnspruch, reconnais sable\nAu grelot de son manche où sonne un grain de sable.\nA quel instrument précis fait allusion ce vers joli, mais bizarre pour un luthier ?\nS'agit-il d'une simple fantaisie, ou d'une réalité ?\nNous avons écrit, pensant être éclairé sur ce point, àM. le Recteur de l'Uni-\nversité d'lnspruch. Il nous a fait répondre, par un musicien « compétent », une\nlettre curieuse mais qui propose une explication tout à fait inadmissible. Nous\nserions reconnaissants à celui qui pourrait nous expliquer cette petite énigme.\n2° L'opéra est sorti du ballet, et le ballet, en Angleterre comme en France, a\ndes origines italiennes.\nSur le ballet anglais et sur le ballet français, aux xvie et xvne siècles, nous\navons des ouvrages précis, abondamment documentés. Mais sur le ballet italien,\nsur les mascarades italiennes, quels livres peut-on consulter? Un de nos savants\nconfrères d'ltalie, à qui nous avons posé la question, déclare qu'après enquête\nsommaire autour de lui, il ne peut nous donner aucune indication bibliogra-\nphique. C'est pourtant un sujet dont l'importance historique est capitale."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "445", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.1", "texte": "LA\nREVUE MUSICALE\n(Honorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction publique.)\nNo» 18-19 (neuvième année)\nler Octobre\n1909\nR. M\nI\n\nMassenet.\n\nSuivant une tiadition excellente, le nom de Massenet est le premier qui paraît\nsur l'affiche de l'Opéra-Comique au début de chaque « saison ». G est un juste\nhommage à notre grand compositeur ; il faut voir là aussi le calcul d'une entre-\npi ise, toujours périlleuse, qui veut prendre le départ, comme disent les sportifs,\nsous des auspices favorables. Une telle entrée de jeu porte bonheur.\nMassenet exerce et exercera longtemps encore sur son temps une influence\nprofonde. La grande loi de la musique, c'est le charme. Démosthène exigeait du\ngrand orateur de l action, encore de l action, et toujours de Vaction* Au musicien\non peut dire aussi : du charme ! encore du charme ! toujours du charme ! —non\npas ce charme ronronnant et un peu bébête résultant d'une pensée superficielle\nqui se pâme en des fadaises vulgaires, mais ce charme qui satisfait la raison\nartistique, en même temps qu'il entraîne l'imagination et rafraîchit le cœur, —•\ncelui qu on trouve dans la cantate ce Bach pour la Pentecôte, dans les pièces de\nla messe en si mineur accompagnées par les violes d'amour, dans toute l'œuvre\nde Mozai t, de Beethoven, de Schumann, de Mendelssohn, de Schubert, de Bizet,\nde Gounod, de tous ceux qui sont de vrais compositeurs.\nOr Massenet est la personnification du charme. Il Ta été tout de suite, dans\nles inoubliables mélodies qui furent les premières fleurs tombées de sa main. Il l'a\nété dans ses « poèmes », puis dans ses opéras comiques, enfin dans la série de\nses grands opéras. Il est le chef d'une École nettement française sans équiva-\nlent exact à 1 étranger et dont tous les compositeurs actuels subissent plus ou\nmoins 1 influence. Quelques-uns ont voulu faire autrement que lui. C'est une\nambition très légitime et très honorable. Je me rappelle que M. Massenet lui-\nmême, lorsqu'il donna sa démission de professeur au Conservatoire, la motiva\nainsi : « il est bon que l'enseignement de la composition ne soit pas toujours\ndonné par le même maître, et se renouvelle. » Ces paroles lui font grand hon-\nneur. Mais au théâtre, combien d'ouvrages ont réussi en dehors de l'école dé\nMassenet ?La liste en serait vite dressée !\n« Vous en souvient-il, Madeleine,deces beaux jours du tempspassé ? »... ((Je\ndoute srl fart nurt, je doute s'il fait jour »... O jeunesse ! irrésistible attrait"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "446", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.2", "texte": "CHANT CHORAL\n\nde la grâce ! Printemps intérieur de l'amour! Quel charme de souveraine et mé-\nlancolique magie vous prête la musique, quand c'est celle d'un Massenet !Je suis\nincapable de parler d'un tel art avec un esprit critique. Je n'analyse pas ; sous\nl'influence de certains souvenirs mélodiques, je m'abandonne à une délicate et\ndélicieuse prise de possession, ne sachant pas et ne voulant pas savoir, comme\nle pauvre ami de Charlotte, quel est le crépuscule très doux qui m'enveloppe...\nJe me flatte de n'appartenir à aucune chapelle ;je crois qu'il ne faut jamais\nrabaisser ceci pour exalter cela, et que comparer, c'est toujours tuer quelque\nchose ou quelqu'un. Mais en toute sincérité, j'aimerais mieux avoir écrit Wer-\nther, je dirai même : certaines pages de Werther, que tout l'Or du Rhin et\ntout le Crépuscule des dieux.\n\nJ. C.\n\nChant choral.\n\nNous avions fait appel (voir le dernier numéro de la Revue musicale) aux\ncompositeurs, en leur demandant de vouloir bien écrire, pour le répertoire que\nnous préparons, quelques pièces à deux voix, en style de canon, ou expositions\nde fugues. Nous estimons, en effet, qu'au lieu de déformer des chefs-d'œuvre\n(musique d'orchestre à laquelle on adapte des paroles, chorals qu'on mutile et\ndont on change le caractère, etc.), il convient surtout de s'adresser aux artistes,\naux maîtres, et de leur demander de vouloir bien écrire eux-mêmes de petites\npièces pour les enfants des écoles Notre appel a été entendu au delà de tout ce\nque nouspouvions espérer. Nous commençons à publier aujourd'hui lespremières\npièces reçues : un admirable canon du grand maître C. Saint-Saëns, à la seconde\ninférieure et supérieure, à la sixte et à la septième ; une exquise composition\nd'E. Paladilhe, l'auteur de Patrie et de tant de mélodies aussi délicates que celles\nd'un R. Schumann ; une Promenade matinale, très allante, fraîche et vive comme\nun matin de juin, du maître Th. Dubois ; une ce fugue à priser» qui sera\nprise, et reprise, sans surprise, très artistique (veuillez l'étudier dans le\ndétail !) et extrêmement spirituelle, d'un autre maître : H. Maréchal.\nDeux observations. A G. Saint-Saëns, nous nous étions abstenu d'envoyer des\nparoles à mettre en musique, espérant qu'il écrirait lui-même les deux parties de\nla composition ; n'est-il pas un écrivain étincelant ? De Londres, où il venait\nd'arriver, il nous a seulement envoyé le « solfège » que nous publions* Nous\nnous excusons d'y avoir adapté après coup des paroles bien médiocres. Elles\npourront, dans le livre qui sera publié plus tard, être remplacées par quelque\nchose de mieux, ou même disparaître...\nUn correspondant anonyme nous a envoyé les deux petits fragments intitulés\nMonsieur Pantalon et Qui trop embrasse... Je ne pense pas qu'il ait voulu abuser\nde ma candeur, en n'indiquant pas l'origine des deux thèmes de fugue qu'il\na employés. J'indique cette origine, comme il aurait dû le faire lui-même,\ndans notre supplément : le Saiil de Haendel, et le Messie. En principe, nous\ndésapprouvons ces démarquages ; nous les accueillons cependant ici, à titre\nexceptionnel seulement, pour avoir une note amusante, nécessaire à tout pro-\ngramme d'étude."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "447", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.3", "texte": "LE BAROMETRE MUSICAL\n\nCette publication de la Revue musicale ne fait que commencer. Nous aurons\nencore de belles ou jolies choses à faire connaître. Nous adressons nos plus vifs\nremerciements aux maîtres qui ont bien voulu faire acte de complaisance en\nentendant notre appel, et donner une si précieuse marque d'intérêt à une œuvre\nd'éducation musicale dans les écoles et les lycées.\n\nJ. C.\n\nLe baromètre musical.\n\nOpéra.\nRecettes détaillées du 13 août au 15 septembre 1909.\n\nOpéra-Comique.\nRecettes détaillées du Ier au 15 septembre 1909.\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\n13 août\nGuillaume Tell.\nRossini.\n15.3 i c) 87\n16 —\nFaust.\nGounod.\n18,520 49\n18 —\nRoméo et Juliette.\nGounod.\n15.842 89\n20 —\nLohengrin.\nR. Wagner.\n17.083 87\n23\nLes Huguenots.\nMeyerbeer.\n16.3 0 1 49\n25 —\nSamson et Dalila. —\nCoppélia.\nSaint-Saëns. —\nLéo\n17.018 3p\nDelibes.\n27 —\nFaust.\nGounod.\n18.740 87\n<o —\nLohengrin.\nR. Wagner.\n17 916 99\nIer sept.\nGuillaume Tell\nRossini.\n13.936 39\n3 —\nSamson et Dalila. —\nJavotle.\nSaint-Saëns.\ni6.55o 87\n6 —\nRoméo et Juliette.\nGounod.\n21.312 49\n8 —\nFaust.\nGounod.\n19.089 39\nI o —\nThaïs.\nMassenet.\n22.621 87\nL 3 —\nSamson et Dalila. —\nLe fils de\nSaint-Saëns. —\n- C.\nVEtoile.\nErlanger.\niq.653 99\n15 —\nH amie t.\nA. Thomas.\n19.634 39\n\nDATES\nPIÈCES REPRÉSENTÉES\nAUTEURS\nRECETTES\nier sept.\nSapho.\nM assenet.\n7.O7O «\n2\n_\nCarmen.\nBizet.\n8.291 5o\n3\nLa Tosca.\nPuccini.\n8.O94 »\n4\n5\nLa Vie de Bohème.\nPuccini.\n8.o35 5o\n— matin.\nOrphée.\nGluck.\n3.636 «\n— soirée.\nA phrodite.\nC. Erlanger.\n7.IO3 5O\n6\nMignon.\nA. Thomas.\n4.576 »\n7\n8\n-\nManon.\nMassenet.\n8.690 »\nLakmé. — Les Noces de Jean-\nL. Delibes. —\nV.\n6.241 5o\n;\nnette.\nMassé.\n9\n1 O\n-\nSapho.\nMassenet.\n8.075 »\n-\nWerther.\nMassenet.\n7.967 5o\n11\nrnmmmm\nCarmen.\nBizet.\nV.\n9.027 5o\nI 2\n— matin.\nLakmé. — Les Noces de Jean-\nL. Delibes. —\n5.ooo »\nnette.\nMassé.\n— soirée.\nManon.\nMassenet.\n7.529 5o\n1\nL 0\nWerther.\nMassenet.\n7-853 »\n'4\n_\nOrphée.\nGluck.\n4.372 5o\nI 5\nLa Tosca.\nPuccini.\n8.054 5°"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "448", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.4", "texte": "DE QUELQUES TRAITS CARACTÉRISTIQUES DES MÉLODIES POPULAIRES\n\nDe quelques traits caractéristiques des mélodies populaires.\n\n(Suite) (1)\nLa musique d'art distingue les notes finales en appelant cadence parfaite la fin,\nl'arrêt final sur la note fondamentale ; cadence imparfaite, l'arrêt sur la tierce ou\nla quinte (2). Toutes les trois se rencontrent dans la chanson populaire, avec,\ndans les milieux ethnologiques divers, une tendance marquée vers l'une ou\nvers l'autre. (Toute tendance marquée constitue un trait caractéristique parti-\nculier, et par conséquent de nature documentaire digne de considération.) (3)\nNous avons donc placé en tête des traits caractéristiques dans Vordre tonal les\nterminaisons sur la tonique, la tierce ou la quinte, et nous proposons d'adjoindre\nà l'analyse des rythmes particuliers de la première et dernière mesure celle de\nleur conformation vocale ou tonale, c'est-à-dire leurs rapports à l'échelle des\nsons sur laquelle est construite la mélodie.\nCeci nous amène aux traits généraux. Les traits généraux, bien que moins\naptes à servir de points de départ à la recherche des origines d'une mélodie, ne\nsauraient être négligés ou passés sous silence.\nLe fait que la même gamme de cinq tons, sans demi-tons, sert aux chants\npopulaires des Ecossais et à la musique chinoise, n'a en lui-même qu'un inté-\nrêt artistique et esthétique ; ce qui importe est de voir comment le Highlander\net l'habitant du Céleste Empire, étant donnée la même matière tonale, façonnent\nleurs mélodies ; ce sont les traits particuliers qui feront distinguer une chanson\nécossaise d'une chanson chinoise. La cadence finale caractéristique (saut à\nl'octave descendante), chère au fils de la montagne, est celle qui permettra de\ndire, si l'on se trouve devant une gamme sans demi-tons : ceci est une chanson\nécossaise, ou ceci nest pas une chanson chinoise.\nNéanmoins il est urgent d'établir en première ligne, parmi les traits géné-\nraux de l'ordre tonal, Yéchelle, la gamme dans laquelle se meut le dessin mélo-\ndique. Nous avons établi trois rubriques pour les chants de France :\na) L'échelle tonale avec note sensible ;\nb) L'échelle tonale sans note smsible ,*\nc) Echelles diverses, mélangées, irrégulières, avec les subdivisions des tonalités\nmajeures et mineures.\nEnfin, il nous a paru bon d'étudier la mélodie au point de vue de son étendue\nen sens vertical et non horizontal, c'est-à-dire d'après l'extension de la voix des\nnotes basses aux notes aiguës, appelée par les Italiens tessitura, mais qu'ici il est\nplus propre d'appeler ambitus. Chez les anciens Grecs, Yambitus restreint était\nconsidéré comme apanage des mélodies primitives ; les plus belles mélodies\nd'Orphée ne dépassaient pas Yambitus de trois ou quatre tons, le tétracorde. Que\nl'émotion musicale puisse être atteinte dans les limites restreintes du chant,\n\n(1) V. la Revue musicale du ier sept.\n(2) La musique d'art moderne, ayant rejeté l'unité tonale d'une architecture musicale, connaît\net a introduit ses notes finales telles que le 7e degré (note sensible, symbole du mouvement)\n(Bourgault-Ducoudray) ou une note entièrement hors de la tonalité (R. Strauss). Ce serait le\ngroupe des mesures finales plus qu'imparfaites.\n(3) C'est ainsi que les chants populaires de la Vénétie en do terminent volontiers sur la note\nmi (tierce majeure, cadence imparfaite)."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "449", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.5", "texte": "DE QUELQUES TRAITS CARACTÉRISTIQUES DES MÉLODIES POPULAIRES\n\nl'Orphée de nos temps l'a démontré : le motif de l'Hymne à la Joie de la IXe est\ninforme ; un enfant peut le chanter. Et la joie enfantine n'est-elle pas la plus\nparfaite? Le peuple est proche de l'enfant. Les mélodies de la Fille au\ncresson sont d'un ambitus de cinq degrés de l'échelle, allant parfois jusqu'à\ndouze degrés. C'est au Morbihan et à Loudéac (Côtes-du-Nord) que se trouve le\npremier, le plus restreint, et dans YAngoumois et le Poitou le dernier, le plus\nétendu.\nII\nJe prends maintenant dans le Recueil de chansons populaires de la France,\npublié par E. Rolland, les 32 variantes de la Fille au cresson. J'en ai fait le\nclassement, en suivant les principes que je viens d'énoncer.\ni° Caractéristiques d'ordre rythmique. Mesures initiales.\nLes mesures initiales sont de deux sortes. Les unes, de forme normale, com-\nmencent avec le temps fort (ou thesis). Le rythme est dit, pour cela, thètique ; il\na ce que les anciens appelaient un « ethos hésychastique », c'est-à-dire une\nexpression calme. Les autres mesures ont, avant la première barre, quelques\nnotes appelées « anacrouses », placées sur le temple faible, ou arsis. Dans ce\nsecond cas, le rythme a ce que les anciens appelaient un « ethos diastaltique »,\nc'est-à-dire une expression vive, tendant au mouvement.\na) Voici le tableau que j'ai dressé des variantes appartenant à la première\nclasse (mesures commençant par une thesis, avec l'indication du lieu d'origine :\n(Ce qui, avec deux autres variantes dont le rythme est un peu différent dans\nla deuxième mesure, fait 7 mélodies sur 32).\nb) Le nombre des mesures initiales ayant une anacrouse est beaucoup plus\nconsidérable. Le tableau des variantes ayant une anacrouse de la valeur d'un\nseul temps (la brève, ou le X.P°VOÇ des Anciens) est très riche :"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "450", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.6", "texte": "DE QUELQUES TRAITS CARACTÉRISTIQUES DES MÉLODIES POPULAIRES\n\nEn comptant les variantes du texte musical et celles du texte littéraire, je\ntrouve 13 mélodies sur 32, ayant l'anacrouse d'un seul temps bref.\nQuelques mélodies ont comme anacrouse une note longue :\nL'anacrouse anapestique (deux temps brefs ou deux croches) manque dans\nles versions populaires de cette chanson, mais se trouve dans une imitation\narrangée à l'usage des cafés chantants.\nJe trouve ensuite :\nMélodies avec anacrouse de trois temps brefs. 5\nde quatre temps. . . o\nde cinq temps (doubles croches). .... 1\nJ'arrive aux résultats suivants ;\nMesures sans anacrouse: 7.\nMesures avec anacrouse : 25.\nLes premières sont considérées comme l'indice d'un tempérament posé, peu\nexcitable ; les autres sont le signe distinctif des peuples à tempérament san-\nguin.\n20 Caractéristiques au point de vue métrique. Mesures finales.\nLes mesures finales sont de deux sortes : catalecliques, ou incomplètes,\nlorsque la phrase mélodique se termine sur le temps fort placé immédiatement\naprès la barre de mesure ; acatalectiques ou complètes lorsque la mesure a tous\nses temps. Les premières sont dites aussi mesures masculines et les autres me-\nsures féminines.\nQuelques mélodies données par M. Rolland au t. II de son recueil appellent\nl'observation suivante. La note tombe bien sur le premier temps fort de la\nmesure finale, mais l'accent mélodique principal tombe deux mesures plus tôt,\nde façon à former avec les trois dernières mesures une seule et même mesure\nd'ensemble de trois unités : c'est ce qu'on appelle rilmo di tre battute et ce que\nnous voudrions appeler « une mesure ternaire dans l'ordre supérieur mélo-\ndique ». Ces mélodies offrent donc le curieux exemple d'une mesure finale ayant\nl'apparence catalectique ou incomplète, mais ne nous donnant pas le sentiment\nd'un repos sur la thèse ou temps fort, et terminant au contraire sur un temps\nfaible. On pourrait les ranger dans une catégorie à part, celle des mesures\nfinales mixtes, à double signification métrique s"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "451", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.7", "texte": "DE QUELQUES TRAITS CARACTÉRISTIQUES DES MÉLODIES POPULAIRES\n\na) Je trouve cinq variantes où la mélodie conclut sur l'arsis, le temps faible,\nc'est-à-dire où la mesure finale est féminine :\nEn revanche, je trouve, sur 32 versions, 27 mélodies à mesure finale catalec-\ntique mesure masculine ou forte, donnant le sentiment du repos complet.\nb) Le type de mesure sur lequel est constitué le corps de la chanson est va-\nriable.\nII y a le mètre binaire simple :\n(Environs de Lorient, Mor-\nbihan, Basse Normandie, confins de la Touraine, du Poitou et du Berry, Niver-\nnais, Loudéac, Côtes-du-Nord, Canada ; au total, 9 mélodies).\nse trouve dans le Recueil de Ballard, 1711.\nLe mètre binaire composé,\nse trouve dans les environs\nde Lorient, Bretagne (1857), Morbihan, Hérault (1855), Brest, Redon, Loudéac,\nCôtes-du-Nord (1855), Ille-et-Vilaine (1884), Thilay-Ardennes, Canada, Hainaut\nfrançais (1857).\nLe mètre ternaire simple,\nest beau-\ncoup moins fréquent : on l'observe dans 8 mélodies sur 32.\n30 Caractéristiques au point de vue tonal.\nPour que le lecteur pût suivre le tableau que j'ai dressé en indiquant le lieu\nd'origine de chaque mélodie, il faudrait qu'il eût sous les yeux les deux vo-\nlumes du Recueil publié par Rolland. Je me bornerai donc à donner les ré-\nsultats.\na) L'immense majorité des variantes, 30 sur 32, ont une cadence parfaite,\nc'est-à-dire qu'elles concluent sur la tonique ou note fondamentale. Les ca-\ndences imparfaites sur la tierce et sur la quinte manquent. Une seule mélodie\n(environs de Lorient) commence en ut et se termine en sol, sans emploi de la\nnote sensible, c\nb) 10 mélodies sont en majeur, sans note sensible ;"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "452", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.8", "texte": "DE QUELQUES TRAITS CARACTÉRISTIQUES DES MÉLODIES POPULAIRES\n\n14 sont en majeur avec note sensible ;\n5 sont en mineur sans note sensible ;\n1 (Ballard, Brunettes ou petits airs tendres, Paris, 1711) est en mineur avec note\nsensible.\nDans certaines variantes on observe des tonalités mélangées ou irrégulières.\nAinsi la version donnée par Rolland (t. 11, q) a une première partie sur une\néchelle où l'on trouve des éléments chromatiques :\nLa deuxième partie est en diatonique pur, avec absence du 7e degré, ou sen-\nsible :\n| s..\nLa variante donnée par Rolland (I, g) offre cette particularité qu'elle com-\nmence dans un ton mineur [mi) et se termine en majeur (ut) : spécimen très\nexpressif de « métabole », comme disaient les théoriciens grecs dans le chant\npopulaire (modulation).\nEn somme, j'arrive sur ce point aux conclusions suivantes :\nVariantes en majeur sans note sensible 10\navec note sensible 14\nen mineur sans note sensible. 5\n. avec note sensible. . 1\nen tonalités mélangées ou irrégulières 2\n30 Caractéristiques, au point de vue de 1 ambitus.\nParmi les 32 versions de La Fille au cresson, l'ambitus le plus restreint est\ncelui d'une quinte ; on le trouve dans le Morbihan et dans les Côtes-du-Nord\n(Loudéac).\nVoici le relevé des autres cas :\nAmbitus d'une sixte : 8 mélodies. Environs de Lorient, Hérault, Vendée,\nconfins de la Touraine, Poitou, Berry, Saintonge, Limousin.\nAmbitus d'une septième : 3 mélodies. Environs de Lorient ; Loudéac.\nAmbitus d'une octave : 6 mélodies. Finistère, environs de Brest, Thilay-\nArdennes, Canada.\nAmbitus d'une neuvième : 8 mélodies. Bretagne, environs de Lorient, Redon,\nRennes, Canada.\nAmbitus d'une dixième : (manque).\nAmbitus d'une onzième : 3 mélodies. Nivernais, Canada, Hainaut français.\nAmbitus d'une douzième : 1 mélodie. Angoumois et Poitou.\nD'après ce qui vient d'être dit, on peut concevoir un ordre d'études nouveau,\nune science délicate ayant pour objet la morphologie et l'ethnographie de la\nchanson populaire : science tout expérimentale, exigeant un grand nombre d'obser-"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "453", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.9", "texte": "LES SONATES DE PIANO DE BEETHOVEN ! 12E SONATE OP. 20\n\nvalions et de faits accumulés avant qu'on puisse dégager quelques lois. Elle est\nnéanmoins intéressante en raison même du travail qu'elle impose. L'essentiel\nest que désormais, quand il a noté une mélodie en écoutant un chanteur popu-\nlaire, le folkloriste ne croie pas sa tâche terminée. Les mélodies voyagent beau-\ncoup ; elles ont des ailes. En voyageant elles s'altèrent de diverses façons, car\nle peuple, en matière musicale, est un agent de déformation aussi bien qu'un\nagent de création. Il faut noter avec soin toutes les variantes d'un même type\nquand on aura constaté un très grand nombre de fois en dressant ce que les\nphilosophes appellent des « tables de présence »et des « tables d'absence » que\nles mêmes caractères rythmiques, métriques, mélodiques, apparaissent dans les\nmêmes régions, on en pourra déduire quelques lois précises, àla condition,\nbien entendu, qu on ait travaillé sur des documents bien établis, d'une authen-\nticité sûre, et qu'on ne prenne pas l'erreur individuelle et fortuite d'un chanteur\npour un caractère « ethnique ».\nVenise, 16 septembre 1909.\n\nE. ADAïEWSKI.\n\nLes Sonates de piano de Beethoven\n12e Sonate op. 26.\n\n(Suite)\nAvec cette sonate, l'une des plus séduisantes sinon des plus familières aux\npianistes, Beethoven, pour la première fois, semble avoir voulu abandonner\nla tradition consacrée qui régissait l'ordonnance de ce genre de composition.\nCe n'est pas que, dans cette œuvre, il ait inauguré déjà, ou du moins laissé\npressentir telle ou telle des grandes formes vraiment neuves où son génie s est\nappliqué plus tard. Mais du moins a-t-il tenté autre chose que ce qui se faisait\npartout de son temps. Et, délibérément, il a supprimé le premier Allegro, le\nmouvement le plus caractéristique de la sonate, celui où le développement clas-\nsique pouvait le plus naturellement faire succéder ses alternances un peu con-\nventionnelles. La 12e sonate ne comprend aucun morceau traité de la sorte.\nElle s'ouvre par un Andante : un thème très simple, très mélodique, à deux\nreprises que suivent cinq variations.\nQue cette suppression du premier morceau ne soit pas une simple fantaisie,\nmais qu'elle corresponde bien à une évolution, au moins momentanée, de la\nconception musicale du maître, c'est ce qui résulte avec évidence de l'examen\nd'autres pièces exactement du même temps. La 12e sonate, vraisemblablement\nécrite en 1801, paraissait le 3 mars de l'année suivante à Vienne, chez l'éditeur\nCappi. Elle n'affrontait pas seule le jugement du public. Deux autres, qui cons-\ntituent YOpus 27, voyaient en même temps le jour : la 13e sonate, en mi bémol,\ndédiée àla princesse Lichtenstein, et la 14e, en ut dièse mineur, plus tard dite\n« Au clair de lune », à la comtesse Giulietta Guicciardi. L'une comme l'autre\ndébutent aussi par un mouvement lent. Un Andante assez développé pour la\npremière, Andante coupé par un épisode en ut majeur, très rapide et d'un accent\nfort différent. Pour la seconde, le premier mouvement est un Adagio sostenuto :\nadmirable phrase qui largement s'étale, gémissante, au-dessus de l'uniformité\ncalme d'un accompagnement presque impassible. Mais c'est assez de citer ce"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "454", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.10", "texte": "LES SONATES DE PIANO DE BEETHOVEN *. 12e SONATE OP. 20\n\nchef-d'œuvre que tous les musiciens connaissent. En outre, cette sonate en ut\ndièse mineur ne compte que trois morceaux : Y Adagio, un Allegretto en façon de\nScherzo, et un finale, Presto agitato.\nAu surplus, les deux sonates de YOpus 27 sont intitulées : Sonata quasi una\nFantasia. Que cette appellation soit le fait de l'éditeur ou de Beethoven lui-\nmême, il n'importe. Elle est au fond très juste et pouvait servir, au moins, à ras-\nsurer les esprits timorés, trop enclins à s'effrayer d'irrégularités dont la règle\ns'accommodait mal. La 12e sonate, autant que les deux autres, eût justifié cette\nexcuse apparente dont son titre, cependant, se dispense. Quoi qu'il en soit, gar-\ndons-nous d'imaginer, ainsi que quelques-uns l'ont fait, que ce mot de Fantasia\ndoive être ici interprété dans le sens d'improvisation. Fantasiren, au temps de\nBeethoven, est bien le mot que les Allemands emploient pour improviser. Mais\nsi l'on examine d'un peu près l'ordonnance de ces trois sonates et la structure de\nchacun des morceaux qui semblent le plus s'écarter des conventions de la rhé-\ntorique musicale consacrée, on se convaincra immédiatement qu'il n'y a rien là\nd'improvisé, à proprement parler. C'est un premier essai de composition libre et\nmélodique.\nLa beauté plastique des thèmes ou leur signification expressive y parut, au\nmusicien, suffisante pour déterminer la marche tout entière du morceau,\nsans que fussent requis ici les doctes artifices ou les répétitions ingénieuses qui\nn'auraient point augmenté l'effet qu'il attendait.\nEst-il rien de plus frais, de plus gracieux, de plus simplement et de plus na-\nturellement conçu que ce thème en la bémol, à 3/8, qui, sous sa forme première\nou délicatement brodé de riches variations, fait à lui seul tout le morceau ?\nCette délicieuse mélodie a conservé tout le charme de la mélodie de Mozart,\navec son expression tendre et doucement mélancolique. Cependant, ne nous y\ntrompons point : Beethoven est déjà là tout entier. C'est bien l'allure et la\ncouleur caractéristique de ses thèmes, alors qu'ils ne visent point à traduire\nles orages de la passion ou les déchirantes angoisses de la douleur, mais\ns'épanchent largement, dans le calme serein d'un lent adagio. Il y a là une\nnuance d'émotion que Mozart n'a pas connue, ou du moins rarement connue.\nL'accent a quelque chose de plus viril, de plus intime, de plus profond. Enfin,\nsi l'on s'attache aux détails de facture, on s'apercevra sans peine que la phrase\nbeethovénienne est ordinairement de dimensions plus amples, qu'elle est aussi"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "455", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.11", "texte": "LES SONATES DE PIANO DE BEETHOVEN ! 12e SONATE OP. 20\n\nplus périodique, en ce sens que ses diverses divisions se rattachent plus étroite-\nment les unes aux autres. L'harmonie de l'accompagnement comporte de nou-\nvelles recherches. Souvent aussi elle apparaît plus significative. Encore que la\nchute médiane de cette mélodie (la dernière mesure de la citation) soit précisément\ntout à fait mozartienne, on peut dire que Beethoven en général fait un moindre\nusage que son illustre devancier de ces formules identiques trop souvent répétées,\ndont aucune musique, le voulût-elle expressément, ne saurait s'affranchir entiè-\nrement, mais dont 1 abus se laisse parfois sentir, quand la mode leur en a sub-\nstitué de nouvelles. ... •\nIl serait inutile et décevant de vouloir s'attacher à préciser le sens expressif\nde ce thème et de ces variations. Rien n'y permet ces inductions, superflues\npeut-être, mais que légitiment parfois (au moins dans une assez large mesure)\ncertaines particularités de réalisation. L'accompagnement, où trouvent souvent\nplace, ailleurs, telles ou telles figures significatives, ne fournit ici à Tanaivse\nrien autre chose que de simples accords, choisis avec un goût exquis sans\ndoute, mais sans aucune intention bien marquée. Quelque désir que l'on ait de\nfaire de la musique de Beethoven un roman psychologique perpétuel et de voir en\nchacune des pages qu'il a écrites un commentaire quotidien des douleurs ou des\nespoirs de sa vie solitaire, il faut bien reconnaître qu'il n'y a dans cette sonate\n(un seul des quatre morceaux excepté) rien de plus que de la pure musique.\nDans ce premier morceau, un contemporain voulut voir la fidèle peinture d'une\nidylle villageoise. Rien ne s'y oppose, assurément, pourvu qu'on se garde de\nvouloir trop détailler cette interprétation. Mais rien non plus ne permet d'affir-\nmer qu'il y ait là quelque chose de plus qu'une impression personnelle dont le\nsubjectivisme évident n'apprend rien sur le passé du maître.\nAjoutons que c'est une œuvre presque partout exclusivement pianistique.\nJ entends par là qu'elle ne dépasse point ce- que l'on peut raisonnablement\nattendre d'un instrument dont la puissance et les ressources, surtout en 1801,\nétaient assez limitées. A l'encontre de beaucoup d'autres sonates, même des\npremières (telles que les deux, par exemple, que nous avons précédemment\nétudiées), on n'a point ordinairement dans celle-ci l'impression que hauteur n'y\nait formulé, de sa pensée, qu'une esquisse à laquelle l'orchestre seul pourrait\nconférer sa valeur définitive. Ce premier morceau est bien conçu et écrit pour\nle piano : l'orchestre n'y ajouterait rien d'essentiel.\nIl aurait même quelque mal à traduire l'esprit et la couleur de ces variations,\nsans les alourdir et les dénaturer tant soit peu. La ire, la 2e, la 5e surtout (sauf,\nsi l'on veut, le charmant épisode final qui, déplaçant l'équilibre de ce groupe de\nreprises égales, assure si heureusement l'unité de l'ensemble). Est-il besoin\nd'ajouter que ces variations, ravissantes cependant, n'excèdent pas la portée de\ncelles qu'ont écrites si souvent Haydn ou Mozart ?\nEn ißoï, Beethoven ne pressentait point nettement encore la forme de ces\ngrandes variations conçues et réalisées plus tard ; ces grandes variations qui, en\ntransformant bien plus intimement la figure et surtout l'expression originelle\nd'un thème, deviendront, en ses mains, un si merveilleux procédé de développe-\nment mélodique. Celles-ci restent purement ornementales et décoratives. Le\ndétail en est exquis. Mais ces riches et délicates broderies laissent transparaître\ntoujours le dessin primitif, tel qu'en sa grâce élégante et précise il est exposé\nla première fois."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "456", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.12", "texte": "LES SONATES DE PIANO DE BEETHOVEN : 12e SONATE OP. 20\n\nUn court Scherzo vient ensuite qui se rattache étroitement à l'esthétique de\ncet Andantevarié. « Incisif, spirituel, sombrement allègre, » telles sont les épi-\nthètes dont l'enthousiasme passionnément romantique de W. de Lenz a cru\ndevoir caractériser cette pièce. Est-il permis de trouver que son admiration\nl'égara -- Des trois adjectifs, le dernier seul paraît convenir. Et encore assez mal.\n« Allègre » suggère une idée de gaîté franche que ce Scherzo ne semble point\nexprimer. Et l'adverbe qui corrige le qualificatif exagère. Il n'y a rien de sombre\ndans ce morceau, de sonorité un peu voilée, où le caractère vaguement mélanco-\nlique d'une brève mélodie se colore d'une teinte de mystère. Un pianissimo per-\npétuel, l'indécision voulue de la tonalité qui oscille entre diverses cordes voi-\nsines sans s'établir nettement sur aucune, la fréquence de dissonances de\nseptièmes ou de neuvièmes longuement tenues avant d'arriver à leur résolu-\ntion, ces très simples artifices suffisent à faire naître cette impression, fugitive\nmais réelle. Et c'est ce vague harmonique qui donne au morceau tout son\ncharme bien plus que la valeur propre d'un thème, lequel n'est guère plus qu'une\nformule de cadence, répétée sans cesse à divers intervalles.\nSans vouloir dramatiser le moins du monde cette page de musique, sans com-\nparer, avec le grandiloquent exégète, les larges enchaînements d'accords du\nTrio aux « flots des eaux montantes qui menacent d'engloutir le hardi nageur\nqui s'est fié à elles », il est permis d'insister un peu sur la couleur assombrie de\nce Scherzo (1).\nPar ce contraste imprévu avec la claire lumière du thème varié, Beethoven\na visiblement entendu préparer insensiblement la lugubre Marche funèbre qui\ntient ici la place du traditionnel Adagio.\nAvant d'en venir à ce morceau célèbre, dont les tendances à l'expression pré-\ncise et caractérisée d'un sentiment défini tranchent assez durement, malgré\ncette sorte de précaution oratoire, avec la musicalité toute pure des deux pre-\n\n(1) Il est intéressant de noter la façon véritablement neuve par laquelle Beethoven, au\nmilieu de la seconde reprise, a su ménager la rentrée de son thème. Sur la neuvième mineure\nde dominante du ton de fa mineur, où il a conduit le cours de la modulation, il fait monter sa\nbasse d'une tierce (mi), puis d'une tierce encore (sol), tandis que l'harmonie supérieure répétera\npendant douze mesures, en decrescendo, les notes de l'accord, la neuviève formant appoggiature.\nDu dernier 50/ de la basse, il passera sans transition au thème du début (la\\>, si\\>,dot ré fi, mi),\ngrâce à 1 heureuse ambiguïté du premier accord, (fa,la\\), do) accord parfait de fa mineur sup-\npléant la sixte (fa, la\\), ré fi) conduisant à mi\\>. Ces longues tenues, qui semblent s'endormir\npianissimo sur un même accord assez éloigné du ton où l'on va revenir, se retrouvent maintes\nfois dans les grandes oeuvres d'orchestre les plus connues."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "457", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.13", "texte": "LES SONATES DE PIANO DE BEETHOVEN ! 12e SONATE OP. 20\n\nmières parties, peut-être convient-il de dire immédiatement quelques mots du\nfinale. Car ce finale, aussi, n'est rien de plus que de la musique valant unique-\nment par soi-même plutôt que par les émotions qu'elle vise à suggérer. Ecrit\nà peu de chose près dans la forme du rondeau, cet Allegro est, lui aussi, un\nmorceau essentiellement pianistique : par la forme des traits, par le mouvement\ncontinuel de rapides formules où des enchaînements chromatiques d'accords se\nrésolvent constamment, à la main gauche ou à la main droite tour à tour, en\ndoubles croches consécutives. C'est bien le type original d'un certain genre de\nmorceaux dont les virtuoses ont beaucoup abusé depuis, pour les facilités\nqu il leur donne à faire valoir la sûreté précise d'un beau mécanisme.\nAssurément, encore que ce finale présente d'assez grandes difficultés d'exécu-\ntion (surtout pour 1 époque), Beethoven n'a pas eu l'intention de fournir simple-\nment un thème favorable aux ébats bruyants des pianistes prestidigitateurs. Bien\nque la Galette musicale universelle de Leipzig, rendant compte de la sonate en\n1 année 1802, ait estimé que « quelques passages étaient travaillés avec trop\nd art », il est permis dépenser que cette virtuosité, ici, n'était pas tout à fait inutile.\nPour assurer 1 impression d'ensemble, il était bon, après le pathétique violent\nde la marche funèbre, qu un finale plein de verve et de brio, de sonorité franche,\nvoire même un peu voyante, rendît l'auditeur à soi-même. Par là s'affirme l'unité\nréelle de la sonate tout entière, qui n'apparaît pas aussi clairement si l'on envi-\nsage isolément les quatre morceaux, si divers, qui la composent.\nMais revenons, pour finir, à la marche funèbre. N'est-ce pas, de prime abord,\nune idée un peu singulière du compositeur d'avoir introduit cette page si pro-\nfondément dramatique dans la trame légère du reste de la composition ? Il se\npeut. Mais l'intention de Beethoven n'est pas douteuse. Marcia funebre sulla\nmorte d'un Eroe : ce titre, qui précise, est bien de sa main. Et fût-il absent, per-\nsonne ne se méprendrait un seul instant, tant le caractère du morceau s'affirme\ndès les premières notes.\nCe n'est pas que cette marche soit une œuvre de circonstance, ni que ce héros\ndont elle commémore si magnifiquement le tragique destin ait nécessairement\neu une existence réelle. Des gens trop bien informés ont voulu que ces harmonies\nlugubres aient été écrites à l'occasion de la mort du prince Louis-Ferdinand de\nPrusse. L'hypothèse n'est pas heureuse. Car ce prince (excellent musicien à qui\nBeethoven a dédié son 3e Concerto de piano) est mort en 1806 au combat de\nSaalfeldt, et la 12e sonate est de 1801. Il est peut-être mieux de croire, avec Ries,\nque Beethoven voulut tout simplement rivaliser avec Paer, lequel avait écrit\ndans son opéra d'Achille une marche funèbre dont les contemporains avaient été\nfrappés. La comparaison des deux œuvres serait aujourd'hui bien curieuse.\n« Morceau d'harmonie véritablement grand, sombre et magnifique, où tout ce\nqui est difficulté et art est nécessaire à l'expression. » Ainsi s'exprimait au sujet\nde la marche funèbre de Beethoven la vénérable Gazette de Leipzig, qui n'avait\npoint accoutumé cependant de lui prodiguer trop de louanges. La postérité avait\nratifié ce jugement, alors même que les sonates du maître demeuraient encore\nbien rarement pratiquées. Transcrite pour orchestre, publiée à part dans un\nétrange recueil de piano (Six valses et une marche funèbre), transposée en la\nnaturel mineur pour l'agrément des pianistes timides qu'effraient les sept bémols\ndu ton original, cette marche a connu la popularité, avec quelques-uns des incon-\nvénients inséparables d'elle."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "458", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.14", "texte": "LES SONATES DE PIANO DE BEETHOVEN : 12e SONATE OP. 20\n\nII est donc assez inutile d'insister beaucoup sur la beauté proprement musi-\ncale de cette pièce, sur la hardiesse et la grandeur de ces enchaînements de\nsombres et grandioses harmonies (1), sur la puissance, démesurément agrandie\npar leur persistante monotonie, de ces rythmes implacables. Mais il convient\nd'en noter au moins le réalisme surprenant. Il est visible que Beethoven a voulu\nécrire, cette fois, une « Marche funèbre » au sens propre. Non point simplement\nune page de musique dont le caractère funèbre fût évident, mais une marche,\nune vraie marche, et telle qu'elle pourrait, dans la réalité, être exécutée aux\nfunérailles d'un chef d'armée véritable. Ce n'est pas là, comme la marche du\nCrépuscule des dieux, l'oraison funèbre d'un héros où retentissent tour à tour,\nentremêlés d'exclamations de deuil, les thèmes héroïques qui le caractérisaient\nau cours du drame. Pas davantage, ainsi que le convoi mortuaire de Juliette dans\n1t Roméo et Juliette de Berlioz, les lamentations touchantes d'un cortège en\npleurs. Encore moins Beethoven s'est-il proposé d'écrire, ainsi qu'il Fallait faire\nquelques mois plus tard pour sa Symphonie héroïque, un long poème de deuil et\nde larmes, où se traduit la désolation d'un peuple tout entier.\nRien de tout cela. Si belle qu'elle soit, la marche funèbre de la 12e sonate\nn'apparaît pas autre chose que la transcription fidèle, au clavier, d'une pièce\ncomposée pour les instruments alors usités dans les musiques militaires. Assu-\nrément, au temps du compositeur, ces musiques comptaient en leur répertoire\ndes morceaux tels que celui-ci, toute question de mérite et de talent, bien entendu,\nmise à part.\nCar l'imitation reste frappante dans les moindres détails. Dès les premières\nmesures, ce sont évidemment les cors qui imposent ce rythme inlassablement\nrépété, tandis que les coups sourds de la grosse caisse vont marquer le début de\nchaque période. On perçoit dans le pianissimo épisodique :\nles gémissements des hautbois et des clarinettes; les notes répétées staccato, le\ntrille des basses à la 23e mesure, évoquent la sonorité lugubre et creuse, un peu\nflasque, des bassons. Les grands éclats brusques des dernières mesures, les\narpèges montants des basses, retentissent aux trompettes et aux trombones, tandis\nque les sourds roulements des tambours voilés rythment les trémolos crescendo\ndu Trio en majeur.\nL'intention du compositeur n'est pas douteuse. Il n'est pas nécessaire; assuré-\n\n(i) À peine est-il besoin de dire que la suite des tonalités est, dans cette marche, beaucoup\nmoins étrange en réalité qu'elle n'apparaît, déformée par l'enharmonie nécessaire de la notation.\nDe la bémol mineur la première période rythmique conclut en ut bémol majeur (ton relatif). Ce\npériode se répète en ut bémol mineur (ici écrit pour plus de commodité en si mineur et conclut\nen mi double bémol majeur (ton relatif noté en ré majeur). Et ainsi de suite. Dans l'édition\nfacilitée en la naturel mineur, l'enchaînement des tonalités se montre, comme il est, très simple et\ntrès naturel. Le texte original ne se complique qu'en apparence, pour éviter une notation que\n1 abondance des bémols et doubles bémols (ton de mi double bémol majeur p. c.) rendrait en\nvérité peu pratique."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "459", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.15", "texte": "LÉS SONATES DE PIANO DE BEETHOVEN ! 12e SONATE OP. 26\n\nment, de refaire, en détail, l'instrumentation exacte de la vision de Beethoven.\nMais il est bon de remarquer combien, si le reste de la sonate paraît, naturelle-\nment, de la simple musique pour le piano, cette pièce, chargée ici du rôle\nd'Adagio, évoque évidemment l'orchestre et spécialement tel orchestre : l'or-\nchestre d harmonie des bandes militaires, Que l'on compare (pour prendre un\nmorceau fameux faisant, lui aussi, partie d'une sonate de piano) la marche\nfunèbre de Chopin à celle-ci. On sentira toute la différence.\nAu reste, ce souci d exacte imitation de certains effets propres aux musiques\nmilitaires, ne saurait rien enlever à la valeur expressive (ou mieux significative)\nde cette marche. Je ne sais même si cette précision de détail n'augmente point\npar quelque endroit l'effet physique, inséparable de l'émotion en des pièces de\ncet ordre. Tout au moins, puisqu'il s'agit de la mort d'un héros, peut-on estimer\nque ce réalisme concret date en quelque sorte la scène tragique, la rend plus\nimmédiate et plus sensible. On comprend alors qu'à certains soit venue la pensée\nque cette marche ait dû commémorer la mort du prince Louis de Prusse. Cela\nn'aurait rien que de vraisemblable si les dates ne s'y opposaient. Et peut-être\nbien Beethoven, en écrivant, a-t-il pensé à quelque soldat plus obscur tombé\nsur les champs de bataille sans que le monde se soit occupé grandement de sa\nmort. Ce qui est certain, c'est que s'il l'eût composée pour un héros de théâtre\ncomme l'Achille de Paer, cette pièce aurait un caractère et un accent tout autres,\navec une forme aussi bien différente.\nIl est assez remarquable (sans qu'on puisse ici insister beaucoup sur les rai-\nsons de cette particularité) que la plupart des morceaux funèbres aient revêtu\nl'apparence d'une marche. Que ceci se comprenne au théâtre, où la facilité de\nreprésenter un tableau figurant aux yeux du spectateur une scène aisément\ncompréhensible, permet de préciser grandement la signification de la musique\nqui l'accompagne : rien de plus aisé à admettre. Mais que tant de compositeurs\net si volontiers aient transporté dans la musique purement symphonique une\nforme plus convenable, semble-t-il, au drame, ceci s'explique moins aisément.\nToutefois, une analyse détaillée des procédés et des formules qui confèrent à\ntelles harmonies, à tels thèmes, le caractère proprement funèbre et remarquons\nque c'est là une nuance d'expression sur quoi tout le monde est d'accord per-\nmettrait peut-être de tenter une explication au moins admissible.\nUne marche, en général, se caractérise par la régularité des rythmes, où les\naccents régulièrement disposés reviennent à intervalles égaux, comme si les pas\nd'un cortège en mouvement les scandaient régulièrement. Ce qui doit, au reste,\narriver toutes les fois qu'une marche est appliquée à sa destination véritable.\nOr, sans vouloir ici pousser très loin l'analyse de ce qui constitue le « funèbre »\nmusicalement exprimé, constatons que les morceaux de ce genre (alors même\nqu'ils ne s'intituleraient point « marche ») présentent toujours des séries d'accents\nrythmiques, ordinairement coupées, il est vrai, de silences plus ou moins longs\n(ou de tenues prolongées), mais dont la symétrie n'apparaît pas moins évidente.\nVoyons, par exemple, pour le cas de notre sonate. Ce schéma :\nse reproduit d'un bout à l'autre du morceau sans presque jamais tout à fait dis-\nparaître. Et si le lecteur se reporte à toutes les scènes funèbres qu'il trouvera"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "460", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.16", "texte": "LES SONATES DE PIANO DE BEETHOVEN I 12E SONATE OP. 20\n\ndans les opéras ou les symphonies (par exemple à celles qui sont citées plus\nhaut), il en pourra toujours dégager d'analogues formules. Non pas que la dis-\nposition des accents n'y crée des groupes très différents. Mais ces groupes (gé-\nnéralement courts) une fois établis, se reproduiront avec une persistance qui\nn'est le fait d'aucune autre espèce de musique.\nCes alternances régulières, nous les retrouverons encore dans la manière dont\nle musicien use des nuances d'intensité. Ces morceaux se tiennent ordinairement\npresque constamment dans les nuances douces. On comprend assez que les sen-\ntiments d'accablement, de tristesse, de dépression morale qu'ils traduisent\ns'expriment convenablement par des sonorités voilées et contenues. Mais ordinai-\nrement, de brusques éclats, soudains ou préparés par un crescendo très bref, en\ncoupent la monotonie voulue. Un rythme très marqué, tout semblable au pre-\nmier encore que très agrandi, surgit donc aussi de ces contrastes. Si l'on ajoute\nà ceci que le caractère harmonique des scènes funèbres est d'ordinaire très tonal,\ntrès fortement assis, que les accords, volontiers consonants ou du moins beau-\ncoup moins richement altérés et variés que partout ailleurs, s'y affirment, com-\npacts, en dehors de toute polyphonie véritable, on aura à peu près déterminé\nles plus saillantes particularités de ce genre de musique. Elles ont beaucoup de\npoints de contact avec celles qui caractérisent les marches ordinaires, où la régu-\nlarité de rythmes accusés s'unit d'ordinaire à une harmonie simple et franche, peu\npolyphonique aussi. Il reste, pour les différencier, la vivacité plus ou moins\ngrande du mouvement, l'éclat de la sonorité, l'allure moins effacée, plus sail-\nlante des thèmes proprement mélodiques. Aussi distingue-t-on aisément une\nmarche héroïque d'une marche funèbre. Mais si dissemblable que paraisse et\nque soit le sens expressif de l'une et de l'autre, ce que nous en avons dit aidera\npeut-être à comprendre pourquoi la « marche funèbre », même en dehors de\ntout essai de réalisme, est la forme qui semble traduire le plus naturellement les\nimpressions lugubres qu'évoque la mort.\nCeci explique sans doute la fortune un peu singulière de ce genre de pièce, et\naussi son emploi fréquent dans la grande musique expressive, où l'on ne trouve\npour ainsi dire jamais de marches proprement dites, joyeuses, guerrières ou\npompeuses. Du moins en tant que morceaux développés. Car ces dernières sont\nrestées du domaine de la musique de théâtre (encore seulement en tant qu'illus-\ntration sonore d'un tableau plastique amené par les péripéties de l'action). Ou\nbien elles se rangent parmi les genres secondaires : l'auditeur n'en attend qu'un\nagrément passager, sinon une utilité pratique immédiate. Elles ne seront pas\nplacées, dans la hiérarchie des formes, très au-dessus de la musique de danse.\nQuelle différence avec les grandioses marches funèbres dont la sonate que nous\nvenons d'étudier nous a révélé un des plus admirables exemples !\n\nH. QUITTARD."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "461", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.17", "texte": "INFORMATIONS\nR. M.\n2\n\nInformations.\n\nLES RAPPORTS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE.\n\n«HENRI GUILBEAUX et JACQUES REBOUL.»\nLe Gil-Blas a récemment envoyé à diverses personnes la lettre suivante :\n« MONSIEUR,\n« De plus en plus, ces derniers temps, les Questions franco-allemandes ont été l'objet de discus-\nsions et d'études.\n« Il nous a pai u que le moment était venu, non pas sans doute de demander la solution d'un\nproblème qui passionne les élites, mais d'en réunir les données. C'est le sens de l'enquête que\nnous nous proposons de faire dans le Gil-Blas, sur les rapports de la Fiance et de l'Alle-\nmagne.\n« Nous vous serions reconnaissants, Monsieur, vous que vos travaux désignent tout particu-\nlièrement à 1 intéiêt de cette enquête, de vouloir bien nous donner votre sentiment sur les questions\nsuivantes :\n«I. Cioyjz-vous que la culture (i) française et la culture allemande soient opposées, comme\non l'a quelquefois prétendu ?\n« 11. Estimez-vous que les deux nations aient avantage à se mieux connaître, à se mieux\npénétrer ?\n« 111. Quel avenir immédiat prévoyez-vous dans les rapports delà France et de l'Alle-\nmagne ?\n« L'élite des deux nations doit elle CHERCHER un rapprochement politique?\n« Nous vous remercions, par avance, de votre réponse, que le Gil-Blas sera heureux de publier.\n« Veuillez agréer,. Monsieur, l'expression de nos sentiments très distingués.\n(1) « Le mot culture est compris dans son sens complet : Etat ou effort de civilisation d'un\npeuple. »\n\nM. Jules Combarieu, ayant reçu cette lettre, a fait la réponse suivante :\nMON CHER CONFRÈRE,\nBien sensibles sont les fibres auxquelles vous touchez en instituant cette\nenquête !... Je ne suis pas de ceux qui peuvent répondre à chacune de vos ques-\ntions sans embarras. Je dirais volontiers : avant de rien changer au statu quo de\nnos rapports avec l'Allemagne, attendons le jour, d'ailleurs prochain, 0ù... ils\nseront en République (! ?). Permettez-moi quelques souvenirs.\nEn 1888, j'étais étudiant à l'Université de Berlin, et une des choses qui me\nfrappèrent dès mon arrivée fut l'application de beaucoup de professeurs à dire\ndu mal de la France. Mon professeur principal était Ph. Spitta, qui enseignait\nl'histoire de la musique : savant admirable, d'une sérénité bienveillante, inca-\npable d'une perfidie. Tout autres étaient la plupart de ses collègues! Je revois\nencore un professeur d'histoire aussi déplaisant à l'œil que mal embouché : gros,\npetit, cagneux, ressemblant, comme le personnage décrit dans un des contes\nd'Hoffmann, à une pomme où un convive facétieux aurait sculpté une caricature\navec un couteau à dessert et qu'il aurait ensuite plantée sur deux cure-dents.\nC'était maître JEgidi. Cet JEgidi s'amusait à lâcher des plaisanteriesMrès lourdes\ncontre la Révolution française ou contre Napoléon ler.Ier. Ailleurs, il y avait une\nfacétie qui ne manquait jamais son effet : le professeur, ayant à citer le nom\nd'un de ses compatriotes, prononçait d'abord ce nom correctement, à l'allemande,"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "462", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.18", "texte": "INFORMATIONS\n\npuis ajoutait : « ou bien, comme disent les Français... », et là il répétait le nom\nen le déformant, ce qui provoquait un gros rire dans tout un auditoire se moquant\nde nous. (L'honorable M. Lichtemberger, de la Sorbonne, fournit matière à cet\natticisme germanique.) J'ai encore présent le souvenir des leçons qui furent\nfaitesaprès la mort de l'empereur, le grand-père du Wilhelm actuel : au lende-\nmain de ce grand événement (les cocottes de Berlin elles-mêmes avaient pris\nle deuil), chaque professeur de l'Université crut devoir commencer son cours\npar un éloge enflammé de l'Allemagne militaire et un rappel brutal de nos\ndéfaites...\nVoici un outrage, un outrage public, que j'ai encore sur le cœur. Après\nvingt et un ans, je n'ai pas encore digéré ça. Je n'ai pas entendu moi-même le\nmot que je vais vous citer ; mais l'incident m'a été raconté à l'ambassade de\nFrance, Paviser Platz, fin novembre 1888, par notre ambassadeur lui-même,\nM. Herbette, en présence de témoins qui sont encore vivants.\nEn même temps que moi se trouvait à 1 Université de Berlin un autre jeune\nagrégé, venu pour des études de géographie : M. Poirel. (C'est M. Ernest\nLavisse, si je ne me trompe, qui l'avait envoyé en Allemagne pour donner des\nleçons accessoirement au fils de M. Herbette.) Poirel, fraîchement débarqué sur\nles bords delà Sprée, entre au cours d'un très savant géographe :\nDe quelle Université venez-vous ? demande le professeur.\nDe l'Université de Nancy.\nEt avec un sourire d'infernale ironie, devant ses auditeurs habituels, l'Alle-\nmand lance cette réplique à notre compatriote :\nNancy ? C'est une ville qui n'appartient pas encore à l'Allemagne 1...\n... J'ai conservé de mon séjour à Berlin d'autres souvenirs moins amers que\nceux-là. Mais vous devinez la disposition d'esprit avec laquelle j'aborde votre\nquestionnaire :\nI. La culture allemande et la culture française sont-elles opposées ? ~ Non ;\nelles sont différentes. Cette différence est visible à tous les degrés, aux plus bas\ncomme aux plus élevés, dans la salle à manger d'un hôtel comme dans un am-\nphithéâtre d'Université. On a dit : « la science n'a pas de patrie. » Cela estvrai\ndes mathématiques ; mais pas de ce que nous appelons, d'un terme inexact, les\n« sciences morales et politiques ». Chacun travaille à sa manière, avec son goût et\nson originalité propres ; il est impossible qu'il en soit autrement, et il est d'ail-\nleurs très bon qu'il en soit ainsi. L'imitation française a produit en Allemagne\ndes œuvres gauches, maladroites, parfois ridicules ; l'imitation allemande a\nproduit en France des œuvres qui ne valent pas davantage.\n11. Les deux nations ont-elles avantage àse mieux connaître et àse mieux\npénétrer ? Certes, pourvu que ce désir tout naturel de connaître et de « péné-\ntrer » le voisin n'aboutisse pas trop souvent aux... indiscrétions dont se plaignait\nrécemment legénéral Durand et pourvu que, dans le domaine « scientifique », le\nrapprochement ne se fasse pas au profit d'une concentration, en Allemagne, de\ntoutes les forces directrices du travail-etde la pensée. En matière de haute cul-\nture comme en matière commerciale, les Allemands ont une force d'expansion et\nun goût d'annexion dont nous devons nous méfier. Ils ont déjà créé la Weltakade-\nmie, sorte de synthèse (faite à leur profit) de toutes les Académies du monde. Ce\nfait m'a toujours paru grave comme symptôme. Dans beaucoup d autres do-\nmaines, y compris l'histoire de la musique, j'observe la même tendance, sous"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "463", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.19", "texte": "INFORMATIONS\n\nun masque de libéralisme et de courtoisie. Oui, il faut se connaître, se pénétrer,\ns estimer mutuellement là où c'est possible ; mais nous sommes assez grands,\nnous Français de France, pour marcher tout seuls et n'être dupes de per-\nsonne.\n111. Quel avenir immédiat peut-on prévoir dans les rapports de la France et\nde 1 Allemagne ? 1 élite des deux nations doit-elle chercher un rapprochement\npolitique ? L avenir, quoi qu'en dise Victor Hugo dans un vers célèbre, nous\nappartient : il sera ce que nous voudrons qu'il soit, le triomphe de notre énergie\nou le châtiment de notre insouciance. Les volontés dont il dépend sont des volon-\ntés libres. Je n'admets donc pasle rôle deprophète ; je n'en comprends qu'un seul :\ncelui de l'éducateur. Quant au rapprochement politique, je le désire et le crois\npossible, lorsque certains obstacles, grâce à la propagande des hommes d'élite,\nauront été écartés; le jour, prochain, je crois, —où elle se sera débarrassée\nd'un mode de gouvernement suranné, l'Allemagne pourra prétendre à notre\namitié.\nElle n'appartient pas encore aux idées libérales que la France a lancées dans\nle monde ; mais elle est certainement digne de s'élever jusqu'à elles.\nVoilà, mon cher confrère, ce que je puis vous dire, de mon modeste point de\nvue individuel. Si ces idées ne répondent pas à ce que vous attendiez, je vous\nprie de tenir compte de leur sincérité.\nAvec l'assurance de mes meilleurs sentiments,\n\nJULES COMBARIEU.\n\nCONCOURS MUSICAL. Un concours de composition musicale symphonique\nest ouvert au titre de la fondation Cressent.\nLes compositeurs qui désirent y prendre part ont le choix entre les trois\nformes suivantes : symphonie proprement dite ; suite d'orchestre ; poème\nsymphonique avec soli et chœur,\nSont exclues les œuvres présentant un caractère liturgique et celles qui ne\nsont pas inédites.\nSont seuls admis à concourir les compositeurs français ou naturalisés tels qui\nne sont pas encore lauréats de la fondation Cressent. Ceux qui ont une œuvre\nde trois actes au moins représentée à l'Opéra ou à l'Opéra-Comique ne\npourront prendre part au concours.\nUn jury de sept compositeurs de musique nommés par le Ministre des Beaux-\nArts décernera soit un prix pour l'ensemble des œuvres déposées, soit deux\nprix : l'un attribué à une symphonie proprement dite ou à une suite d'orchestre,\nl'autre à un poème symphonique avec soli et chœurs. Dans le cas d'un seul prix,\nl'auteur recevra une prime de 20.000 francs et 1.500 francs pour frais de\ncopie ; s'il y a deux prix, chaque auteur recevra 10.000 francs, plus 1.500 francs\npour frais de copie. Le chef d'orchestre qui jouera la partition couronnée re-\ncevra 4.000 francs pour une symphonie ou une suite d'orchestre et 10.000 francs\ns'il s'agit d'un poème symphonique avec soli et chœurs. Si le jury n'accorde\npas de prix, il pourra décerner une mention avec prime de 5.000 francs ou deux\nmentions avec primes de 2 500 francs ; l'indemnité de 1.500 francs pour frais de\ncopie et les allocations respectives de 4.000 et de 10.000 francs seront attri-\nbuées aux auteurs et aux chefs d'orchestre dans les mêmes conditions que pour\nles œuvres couronnées."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "464", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.20", "texte": "INFORMATIONS\n\nLe programme détaillé du concours sera remis gratuitement aux composi-\nteurs de musique qui en feront la demande au Sous-Secrétariat d'Etat des\nBeaux-Arts (Bureau des Théâtres), 3, rue de Valois.\n\nMme Stoltz. Dans le Ménestrel du 11 septembre (et numéros suivants),\nM. Arthur Pougin publie d'intéressants souvenirs sur Mme Stoltz, et sur les\ncirconstances singulières où eut lieu sa retraite. Elle débuta le 25 août 1837 >\nThéophile Gautier parlait ainsi de cet astre brillant nouvellement apparu :\n« Un public nombreux encombrait l'autre soir la salle de l'Opéra, attiré par la belle musique\nde la Juive, la présence de Duprez et le début de Mme Stoltz. Cette jeune dame, élève de l'école\nChoron, a obtenu beaucoup de succès. Douée d'une voix magnifique de soprano, d'une jolie\nfigure et d'une taille charmante, elle a joué et chanté le rôle de Rachel avec un talent d'expres-\nsion vraiment remarquable. Quoiqu'elle semblât dominée par une vive émotion, elle a su rendre\navec une grande vérité, sans imiter personne, les nuances différentes de ce rôle difficile. La\nromance du deuxième acte : Il va venir, celle du trio qui suit, et surtout le cinquième acte, ont\nprouvé qu'elle savait donner à sa voix autant de charme que d'énergie, et nous ne doutons pas\nqu'elle ne tienne un rang distingué parmi les meilleurs sujets de l'Opéra, surtout si elle parvient\nà maîtriser la fougue un peu exagérée qui l'emporte trop loin dans les scènes passionnées et qui\nlui fait trouver des effets quelquefois un peu hasardés. Il faut que Mme Stoltz conserve longtemps\ncette voix si pleine et si étendue, et dans son intérêt, nous lui conseillons de se ménager davan-\ntage. Elle avait dans cet ouvrage à côté d'elle, dans Duprez, le chanteur qui pouvait le mieux lui\nprouver qu'on peut être en même temps énergique et pur, et que la grâce est une qualité essen-\ntielle de l'art qui doit s'allier à toutes les autres. »\nM. Arthur Pougin établit ainsi la liste des ouvrages à l'interprétation desquels\nMme Stoltz prit part pendant dix ans :\n5 mars 1838. Guido et Ginevra, d'Halévy (Ricciarda).\n10 septembre 1838. Benvenuto Cellini, de Berlioz (Ascanio).\nler avril 1839. —Le Lac des Fées, d'Auber (l'Hôtesse).\n25 octobre 1839. La Xacarilla, de Marliani (Lazarillo).\nJanvier 1840. Reprend dans la Vendetta, du comte de Ruolz, réduite de\ntrois à deux actes, le rôle créé par Duprez.\n7 septembre 1840. Reprend dans Stradella, de Niedermeyer, réduit de cinq\nà trois actes, le rôle créé par Mlle Falcon.\n2 décembre 1840. La Favorite, de Donizetti (Léonor).\n7 juin 1841. Le Freischûtz, de Weber, avec récitatifs de Berlioz (Agathe).\n22 décembre 1841. La Reine de Chypre, d'Halévy (Catarina).\n15 mars 1843. Charles VI, d'Halévy (Odette).\n13 novembre 1843. Dom Sébastien de Portugal, de Donizetti (Zaïda).\n29 mars 1844. Le Lazzarone, d'Halévy (Beppo).\n2 septembre 1844. Othello, de Rossini (Desdémone).\n6 décembre 1844. Marie Stuart, de Niedermeyer (Marie).\n17 décembre 1845. L'Etoile de Séville, de Balfe (Estrella).\n3 juin 1846. David, de Mermet (David).\n30 décembre 1846. Robert Bruce, pastiche arrangé par Niedermeyer sur la\nmusique de Rossini (Marie).\nDans Robert Bruce, Mme Stoltz, qui avait de nombreux ennemis personnels\nexcités par son caractère intraitable, détonna, fut au-dessous d'elle-même, pro-\nvoqua une manifestation. Th. Gautier raconte ainsi l'incident :\n« Le public de Paris, qui est, certes, le plus doux et le plus poli de tous les publics, faisant\nsans doute la réflexion que Mme Stoltz, à peine relevée d'une fluxion de poitrine, ne péchait que"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "465", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.21", "texte": "INFORMATIONS\n\npar excès de zèle, n eût donné aucune marque de désapprobation et n'eût protesté que par un\nfioid silence, si les enthousiastes du lustre ne fussent venus tout gâter par des applaudissements\nintempestifs ; quelques chut, adressés plutôt aux optimistes gagés qu'à la cantatrice, provoquè-\nrent, de la part de ceux-ci, de nouvelles salves de la plus bruyante impertinence: les chut redou-\nblèrent, des sifflets vinrent s'y mêler. Pendant ce temps, Mme Stoltz, pâle, hors d'elle-même,\narpentait le théâtre avec des pas et des gestes convulsifs ; elle paraissait vouloir quitter la scène,'\nquelques injures, de la plus abjecte espèce, lui avaient été, dit-on, jetées à bout portant de l'or-\nchestre ; outrée de colère, elle dit assez haut pour être entendue de toute la salle, tournée vers\nla loge directoriale : « Mais vous entendez bien qu'on m'insulte... C'est intolérable! Je suis\nbrisée !... » Puis, en se dirigeant vers la porte du fond, elle déchira son mouchoir dans un accès\nde rage silencieuse, et en jeta violemment les morceaux par terre. Nous vous laissons à penser\nla stupeur du public, qui n'avait pas entendu les interpellations et ne pouvait mesurer la\ncolère à 1 offense, en face de ces étranges équipées. Toutefois, le calme se rétablit tant bien\nque mal... »\n\nMme Stoltz crut devoir expliquer sa situation en adressant àun journal quoti-\ndien de théâtres, le Courrier des spectacles, la lettre que voici :\nParis, le 2 janvier 1847.\nMonsieur le Directeur,\nVoyant avec un vif regret quelques journaux se méprendre sur la cause véritable de l'émotion\nque je n'ai pu maîtriser avant-hier, pendant le deuxième acte de Robert Bruce, et craignant de\nvoir une partie du public trompée par cette méprise, je dois aux personnes qui m'ont mal jugée,\ncomme à celles qui ont eu la bonté de me prêter leur appui, une explication franche et complète\nde ce triste incident.\nIl y a douze jours, à peine échappée au danger d'une fluxion de poitrine, présumant peut-être\nun peu trop de mes forces et ne pouvant pas prévoir qu'il me surviendrait dans la nuit une\nnouvelle indisposition, j'avais laissé afficher la première représentation de Robert Bruce. Habituée\nà dompter mes souffrances pour remplir mon devoir, je combattis toute la journée les progrès\ndu mal, et ce ne fut qu'à cinq heures du soir, qu'épuisée par la lutte, j'ouvris les yeux à l'évi-\ndence et reconnus avec mon médecin l'impossibilité absolue de sortir de chez moi !\n... Dès le lendemain, cependant, j'eus la douleur d'apprendre qu'une malveillance dont il ne\nm'appartient pas de signaler la cause, mais dont personne ne peut méconnaître les effets, s'était\nappliquée à me calomnier de toutes façons. Suivant l'un, j'avais fait manquer le spectacle par\ncaprice ; suivant l'autre, j'avais voulu forcer ainsi les auteurs d'augmenter mon rôle au détriment\nde ceux de mes camarades !...\nMa réponse à ces misérables calomnies fut un redoublement d'efforts pour rendre le plus tôt\npossible au public la représentation dont l'avait privé ma maladie, et j'insistai moi-même pour\nreprendre mon service.\nC'était tromper l'espoir de plus d'un ennemi...\nJugez, Monsieur, de ce que j'ai dû ressentir quand, au milieu de murmures et de marques\nd'improbation que je ne croyais pas avoir mérités, mais contre lesquels, pénétrée de mes devoirs\nenvers le public, je m'efforçais de m'armer de patience et de courage, j'entendis adresser à la\nfemme des injures que vous m'approuverez de ne pas répéter ici. Alors, je l'avoue, je crus à\nl'existence du complot dont on m'avait menacée pendant le cours même delà représentation (car\nla dernière lettre anonyme m'était arrivée jusque dans ma loge, à huit heures). Alors, je ne fus\nplus maîtresse de mon émotion, alors je me crus autorisée à quitter la scène, et je dis, non pas\nau public, non pas même aux auteurs les injures que j'entendais, mais au directeur, à M. Gustave\nVaëz, et à plusieurs abonnés qui, du fond de leur loge, m'invitaient à prendre courage : « Mais\nvous entendez qu on my insulte !... c'est intolérable !... je suis brisée ! »\nTelle est, Monsieur, l'entière, l'exacte vérité sur un incident dont plusieurs journaux ont bien\nreconnu et apprécié les causes, mais que d'autres ont compris et apprécié différemment !... Ma\nsurprise a été grande, je m'empresse de le déclarer, quand j'ai, appris que les paroles que je\nviens de rapporter, et qui, je le répète, ne s'adressaient nullement au parterre, ont été prises\npour un oubli de mes devoirs envers le public, pour une violation des convenances envers les\nAltesses Royales qui honoraient la représentation de leur présence!...\nAi-je donc besoin de protester contre une pareille intention ? Les paroles mêmes que je regrette\nd'avoir prononcées trop haut, puisqu'elles n'étaient nullement adressées au public, peuvent-elles\nlaissera cet égard la moindre incertitude ?...\nOn m'assure également qu'après le second acte quelques personnes, celles sans doute qui\navaient déjà cru devoir insulter une femme, s'étaient plu à répandre contre moi de nouveaux\nbruits aussi absurdes qu'odieusement inventés. Après m'avoir accusée, il y a quelques jours,\nd'avoir voulu enlever à Mlle Nau un air sur lequel je n'avais jamais eu la moindre prétention,"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "466", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.22", "texte": "INFORMATIONS\n\niis (sic) ont pomsu.vi leur fable, et après le second acte, il s'est trouvé des gens capables d'affir-\nmer que je venais d'avoir avec Mlle Nau une altercation violente suivie de cris de rage !...\nd'injures et de voies de fait, et que M,le Nau ne pouvait reparaître au troisième acte ILa vérité\nest qu'à la fin du second je m'étais, en effet, précipitée vers Mlle Nau, mais pour la soustraire à\nla chute du rideau, qui avait failli lui tomber sur la tête.\nPardonnez-moi, Monsieur, de rappeler de pareilles calomnies, auxquelles je n'aurais voulu\nopposer que le silence du dédain ; mais l'odieux même de ce genre d'attaques, pratiqué pendant\nle cours de la représentation, en présence du public qu'on voulait exciter contre moi, peut\ndonner une idée de celles que je devais attendre d'ennemis que je savais capable de pareilles\nmanœuvres, et de l'indignation qu'avaient dû me causer leurs injures.\nRecevez, Monsieur, etc.\n\nROSINE STOLTZ.\n\nNous lisons dans la Tribune de Saint-Gervais que M. l'abbé Faure-Muret,\nle distingué maître de chapelle de Saint-Front de Périgueux, a créé une chorale\ncomposée de cent vingt ouvriers. Il serait intéressant de savoir si, dans l'élément\npeuple, M. l'abbé Faure-Muret n'a pas trouvé, comme nous le pensons, plus\nd'aptitude musicale qu'on n'en trouve d'habitude dans l'élément social plus\n« cultivé ».\nA propos du chant collectif, un simple mot. La note de la Revue musicale sur\nla création d'une chorale des étudiants de Paris a été reproduite ou résumée par\ntous les grands journaux ; en revanche, parmi les coupures que nous a envoyées\nl'Argus, il n'en est pas une seule qui vienne d'un périodique musical français.\nVoilà un fait caractéristique. Nous le regrettons vivement. Le théâtre et le\nconcert sont, certes, fort intéressants, mais le chant choral non salarié a une\nimportance tout aussi grande dans l'éducation nationale.\nMme Edouard Colonne nous informe qu'elle reprend ses cours et leçons de\nchant, si appréciés à Paris, le ier octobre, 21, rue Louis-David (16e).\nOn lit dans le Guide musical :\nLes Mémoires de M. Charles Bocher, le dilettante bien connu qui était fier\nde son titre de « plus ancien abonné de l'Opéra », nous apportent dans leur\nsecond volume qui vient de paraître une lettre curieuse et inédite de Meyerbeer,\nqu'il nous semble intéressant de reproduire. Cette lettre, datée de 1850, était\nadressée à Nestor Roqueplan, alors directeur de l'Opéra :\n« Mon excellent ami,\n« Je viens de recevoir votre chère lettre, dans laquelle vous m'annoncez que,\npar arrêté du ministre, l'Opéra doit commencer dorénavant à 7 h. 1/2 et finir à\nminuit ; que par conséquent il faut faire des coupures dans mon œuvre. Quant\nau Prophète, il finit, surtout depuis que Mlle Poinsot coupe le premier acte, à\n1 i h. 35 ; ainsi il serait déjà, même dans la longueur actuelle, dans les limites\nassignées par M. le ministre; mais enfin, voici toujours encore des coupures qui\nsont faisables et auxquelles jeconsens :\n« i° Au premier acte, dans le duetto entre les deux femmes : « Un jour, au\nbord de la Meuse », on peut ôter le deuxième couplet ;\n« 20 Au troisième acte, on peut ôter en entier les couplets de Zacharie :\n« Aussi nombreux que les étoiles » ;\n«-3° On peut ôter la valse qui précède la redowa et commencer immédiate-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "467", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.23", "texte": "INFORMATIONS\n\nment après le chœur de l'arrivée des patineurs : « Voici les fermières» la\nredowa ;\n« 40 Au sixième acte, ôter le récitatif qui finit le duo et également ôter la plus\ngrande partie du trio. J'ai indiqué dans la grande partition gravée, à la page\n753, de quelle façon cette coupure doit être faite et quels changements nouveaux\nil faut faire pour obtenir la soudure avec ce qui reste.\n« En cas que l'Opéra ne possède pas une partition grande du Prophète, veuillez\nprier M. Brandus qu'il vous prête sa grande partition, afin que l'Opéra puisse\nfaire transcrire sur les parties d'orchestre et de chant cette coupure.\n« Ces coupures doivent suffire pour réduire la représentation du Prophète à\nla durée prescrite. Quant aux Huguenots, c'est plus long et plus difficile à expli-\nquer. Il faut quelques petits changements dans la musique pour pouvoir souder\nles coupures. Je vais m'en occuper et vous les envoyer incessamment.\n« Quant à Robert, vous m'écrivez que nous avons un peu de temps avant qu'on\nne le joue, puisque Gueymard est partie pour un congé. Mais je m'en occuperai\naussi.\n<( Maintenant que nous autres, pauvres compositeurs, nous avons été obligés\nde mutiler nos partitions pour abréger la durée du spectacle, l'administration ne\ndevrait-elle pas faire aussi un effort de son côté pour abréger les entr'actes,\nqui, surtout dans Robert et les Huguenots, sont d'une si interminable longueur ?\nC'est tellement vrai, qu'à l'époque de leur nouveauté, ces opéras se terminaient\nde 20 à 25 minutes plus tôt qu'actuellement.\n« Adieu, cher et excellent ami. Votre tout dévoué de cœur.\nCette dernière observation prouve que déjà, en 1850, la longueur du spectacle,\namenée par la prolongation des entr'actes, lassait les spectateurs.\n\n«MEYERBEER.»\n\nLES MADRIGAUX DE MONTEVERDE. —M. Hugo Leichtentritt, à qui 011 doit\ndéjà plusieurs travaux importants, publie chez Peters (Leipzig) 12 madrigaux\nde Monteverde. D'une façon générale, on appelait « madrigal », sous l'ancien\nrégime,toute composition chorale sur des paroles profanes. Monteverde en a écrit\nplusieurs recueils: en 1587 (madrigaux à 5 voix, livre I) ; en 1590 (m. à 5 v.,livre\nII) ;en 1592 [ici., liv. III) ;en 1603 {id., liv. IV) ;en 1605 , liv. V, Venise) ;en\n1614 (idliv. Vl);en 1619 {id., liv. VII); en 1638 (fi.,liv. VIII). Habituellement,\nsauf dans le livre VIII, qui contient des les paroles\nsont érotiques. M. Leichtentritt nous en donne douze seulement. Le lecteur\npeu familier avec lesmusiques anciennes sera un peu dérouté par la complexité\n(apparente) des rythmes : la barre de mesure n'est pas la même pour toutes les\nparties ; et il arrive, avec de brusques changements, que le soprano I est écrit à\n3/2, et les autres voix à 4/4. En somme, il ne faut faire attention qu'à la valeur\nde chaque note et à la coupe des phrases. Rythme et mesure ne doivent pas être\nconfondus. Ces vieilles pièces sont d'un très beau style, supérieur à ce que font\naujourd'hui la plupart des compositeurs italiens.\nLa Revue musicale a déjà consacré plusieurs études à Monteverde. On peut\nconsulter, en outre, Vierteljahrsschrift f. M(article d'E. Vogel),C7aw-\ndio Monteverde (par Davari,iBBs) ; 1 Opéra en Europe avant Lulli et Scarlatti, par\nR. Rolland (1895, ch. iv)."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "468", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabj19091001-01.1.24", "texte": "INFORMATIONS\nLe Gérant : A. REBECQ.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie\n\nQUESTIONS.\nVoici deux questions que nous soumettons à ceux de nos lecteurs qui pour-\nraient nous fournir des renseignements utiles.\ni° Victor Hugo, dans une pièce de la Légende des siècles (Eviradnus) dont on\nvient de célébrer le cinquantenaire, parle de\nLa .guitare des monts d'lnspruch, reconnais sable\nAu grelot de son manche où sonne un grain de sable.\nA quel instrument précis fait allusion ce vers joli, mais bizarre pour un luthier ?\nS'agit-il d'une simple fantaisie, ou d'une réalité ?\nNous avons écrit, pensant être éclairé sur ce point, àM. le Recteur de l'Uni-\nversité d'lnspruch. Il nous a fait répondre, par un musicien « compétent », une\nlettre curieuse mais qui propose une explication tout à fait inadmissible. Nous\nserions reconnaissants à celui qui pourrait nous expliquer cette petite énigme.\n2° L'opéra est sorti du ballet, et le ballet, en Angleterre comme en France, a\ndes origines italiennes.\nSur le ballet anglais et sur le ballet français, aux xvie et xvne siècles, nous\navons des ouvrages précis, abondamment documentés. Mais sur le ballet italien,\nsur les mascarades italiennes, quels livres peut-on consulter? Un de nos savants\nconfrères d'ltalie, à qui nous avons posé la question, déclare qu'après enquête\nsommaire autour de lui, il ne peut nous donner aucune indication bibliogra-\nphique. C'est pourtant un sujet dont l'importance historique est capitale."}]}