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     "texte": "POUR LA NEIGE\n                                   II.\n                               ADIEUX\n   Et voici tout mon choix de lacrymatoires, les femmes, puisque mon\ndépart est, et que par décence — et combien plus par décor — il\nconvient aux vaisseaux en partance, les mouchoirs et les larmes.\n   D'abord, et c'est pour vous La-plus-chère, cette très sincèrement\nadorable fiole; puis, pour que d'Egypte trop vous n'ignoriez, il faut :\nd'yeux, un seul au rebord de ce verre qui, par la forme si pas mieux\npar l'accoutumance, vous dira — étant donné en vous un absolu\nvouloir de chagrin — comment il se peut des pleurs, facilités au reste\npar la Circonstance qui s'impose plus qu'on ne voudrait : naturel-\nlement.\n   Or, par tant d'autres, n'ayez crainte, Vous ou mieux Toi, puisque\nd'un dernier et si mien martyre, car Te voici de ma Jérusalem\ndélivrée; et de ce que je n'aimais pas en toi, à savoir : cette toilette\nmal ingénue d'Eve tolérable en son derme, mais combien pauvre de\nla belle science des plis et des gazes, toi la très nue, la toujours nue,\ncomme pour éternellement.\n   Et puis Vous, vous, — et c'est étrange au Partir, comme il en est ;\n— et puis parmi vous, aussi ma bonne sœur des images, et de mes\nbêtes en bois peint, et de mes arbres en copeaux teints, et de toutes\nmes bergeries d'enfance ; et alors celles encore d'autres de mes heures\naussi, et de chairs bleues comme d'yeux, et de chevelures noires\njusqu'au bleu, et de passion noire plus qu'en délire.\n   Mais sonne l'Heure, et voici courir sur la lenteur des sentimenta-\nlités, le vent des là-bas d'appel, et les nefs communier, et la foi des\nancres, et la belle ferveur des voiles.\n   Lors, c'est quelque chose de Meilleur et déjà très en soi, comme\nil se pourrait, un jour, en un cœur sien, bercé sans équivoques, en\n des mains nettes, enfin, de tout dandysme.\n                                                  MAX ELSKAMP.\n",
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     "texte": "CONVALESCENCE\n                                   A Ferdinand Hérald.\n\nAu bord du fleuve tragique et noir\nen la saison d'automne effeuillée,\nla vaste forêt sous la courbe du soir,\nvierge mais vieille de mille années!\nlève devant l'obscur miroir\nson front d'ancêtre et ses mains décharnées.\nLes voix du vague se sont enfuies,\nla branche est veuve, où furent les feuilles,\net l'aube éloquente encor ne recueille\nles mornes paroles de l'ombre à la Nuit.\n\nOh! la morose, la mâle forêt\noù l'orgueil ignorant et le doute menèrent\nmon front têtu de jeunesse altière\nque le feu du vouloir stérile parait !\n\nLà, sous la voûte immense des bois\nmon char a heurté le char de la Mort,\nde la Reine la Mort en majestueux arroi\nlorsqu'elle passait, héroïque! par les bois.\n\nMon char a heurté le char de la Mort :\nles timons redressés tendaient leurs bras d'or\nles cavales rompaient entre les dents leur mors\net bondissant contre le char et ma terreur\nleurs farouches poitrails ployaient l'or des parois !\n",
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     "texte": "Floréal                                                    99\n\n\n      Alors la grande Reine est venue\n      vers moi...\n      Sa main sur ma tête effaçant la douleur\n      d'un souffle elle a chassé comme une folle nue\n      la foudre qui grondait aux rudes ténèbres.\n\n      La Reine a chanté, de ses lèvres pâles,\n       la Reine a soulevé son voile,\n     j'ai compté les anneaux effrayants des vertèbres, —\n      mais, oh! j'ai vu son triste visage,\n      j'ai vu, j'ai vu le triste visage :\n      c'était comme une eau mouvante et sans rives\n      où les jours du passé et les jours à venir\n       au gré de l'éternelle Moire\n       nouaient leur vacillante image\n      et le songe et la chair, les pleurs et l'espoir\n      peignaient de mille reflets mobiles\n       la Face de la Mort au glacial Miroir.\n\n      La Reine a levé sa, main rayonnante ;\n      sa droite a marqué sur mon front le sigille\n      niais sa lèvre épargnant à ma lèvre l'étreinte\n      la Reine est partie, belle et divine\n      à travers la foret et l'avenue immense.\n\n      Longtemps encore mon âme ignorante\n      d'arbre en arbre a suivi, et d'ombre en lumière,\n      la haute figure de la Reine;\n\n      mais aux confins du crépuscule\n      où sa forme est fuyante et vague et rayonne,\n      lorsque j'ai ru dans le crépuscule\n      pâlir et s'éteindre à jamais sa couronne,\n\n      alors, aux lointains que le songe recule\n      de la nue est jaillie sur les cimes des bois\n      en pure vocalise une clarté de lune.\n",
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     "texte": "100                                                  Floréal\n\n\n\n       Alors j'ai compris les fraternelles voix,\n       alors j'ai compris l'aurore et la ténèbre,\n       alors j'ai compris la terre sous mes pas;\n       et mon âme nouvelle élevait sa prière\n       et ma lèvre a chanté le verbe de sa foi,\n       et suivant à mes pieds le geste qui révèle\n      j'ai contemplé grandir mon ombre devant moi.\n\n                                     ALBERT MOCKEL.\n",
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     "texte": "AGALMA\n\n                                                      A Paul Gérardy.\n\n   La nuit pâle, sur l'immense plaine où meurt un feu de bergers.\n   Par dessus la menace des monts noirs, grandit la courbe de la\nlune.\n   Le Pâtre a quitté son troupeau morne, et vers l'inconnu des monts,\nclans la brume claire, il va, les yeux perdus clans son rêve.\n   Or, voici l'œil noir d'un hypogée, où veillent deux dragons à face\nhumaine, clans la mort du désert.\n   Et les mains de la nuit doucement l'attirent par les degrés, et\nsoudain les bleus rayons lunaires dressent devant lui l'éblouissement\nd'un corps de femme, immobile et souriante.\n   Le Pâtre se prosterne, et il chante d'une lointaine voix d'extase :\n   — C'est Toi, ô Déesse. Si longtemps j'ai rêvé ta beauté !\n   Et j'étais seul parmi les hommes, et rien n'était pour moi, que ton\nrêve.\n   J'ai marché vers Toi par les plaines lentes et les monts où la ronce\nm'a meurtri.\n    Et vers Toi, j'abandonnai mes agneaux craintifs des hyènes.\n    C'est Toi. — Voici mes mains jointes et mes yeux suppliants, et\n mes genoux courbés vers Toi, et vers Toi la prière de ma bouche et\n la prière de toute mon âme.\n    Car tu es la Révélée, et je t'aime! —\n    Et il rampe vers Elle, et ses lèvres ont baisé la froideur du marbre.\n    Alors il s'écrie en tressaillant :\n    — O Toi, que mon adoration t'émeuve!\n    Ne feins pas d'être insensible et froide à mon verbe d'amour, car le\n Destin m'a conduit vers Toi, comme l'Unique et la Voulue.\n",
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     "texte": " 102                                                          Floréal.\n\n\n  Et si une âme n'est pas en ta forme divine, que mon âme même\npasse en Toi, et t'anime d'amour!...\n   Et vers Elle il se dresse, et gémit, et il meurtrit ses caresses au\nmarbre dur.\n   Mais vainement croit-il l'animer — vainement il pleure et l'étreint.\n   Et quand en un effort suprême il l'arrache de sa base d'airain, il\nexpire, écrasé sous le marbre pesant, tandis que dans la nuit magique\nelle garde son sourire implacable d'idole...\n                                             FRÉDÉRIC FRICHE.\n",
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     "texte": "LES DÉSIRS\n\n                                     Pour Albert Mockel.\n\n                         II\n\nLe soleil obscurci d'impérieux nuages\nne livre aucun rayon de sa gloire captive ;\nle vent, fouetteur des torches qu'il ravive,\ntraîne le lourd regret des fleuves entiers et sages.\nLe rêve est vaste, ici, près de la mer hurlante,\nprès du ciel libre encor de ses lueurs sanglantes...\nElles sont lointaines les rives débonnaires,\nlointaine la chanson des eaux mystérieuses...\nEmporte, ô mer, la clameur angoissée\nde ma folle équipée,\npour que j'expie\nle but trop téméraire de ma vie!\n\n Voici venir la voile blanche des Désirs\nque la grève accueille avec des sourires.\nLa joie vibre très haute et le rire très clair,\nla danse, au rythme lent, caresse la galère,\nles cheveux dénoués, comme une soie changeante,\nroulent l'or et l'ébènc de leurs ondes capricantes ;\nl'arpège enchanteur soies les doigts fébriles\nfrissonne et se marie\nà la suavité des voix agiles.\n",
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     "texte": "Floréal                                                   103\n\n\n      Et nous exalterons l'antique paysage\n      de tout recueillement des grèves solitaires.\n      Parfois je chercherai, fuyant le rite austère,\n      la couleur de tes yeux aux plus doux coquillages.\n      Cependant que ton âme aspire à des exploits\n      et que pensivement, tu contemples sans voir\n      le grand casque hautain et le glaive de gloire\n      d'un guerrier fantastique advenu autrefois,\n     je fourbirai la lance, à ton désir soumis\n      et je fouillerai la profondeur des forêts,\n      alors que tourné vers les fauves aux aguets\n      viendra l'instant fatcd des suprêmes défis...\n      Je les terrasserai entre mes bras vainqueurs\n      et je t'apporterai leurs royales crinières\n      pour entendre, couchés sur la dépouille altière,\n      la voix forte des mers et la voix de nos cœurs!\n                                      RICHARD LEDENT.\n",
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     "texte": "PAR LES CHEMINS\n\n                                                Dans la poussière.\n   Le soir est calme.\n   La route déserte, parallèle à la berge, sous l'ombre qui s'étend est\ngrise, comme les nuages immobiles et longs, d'où très lentement dispa-\nrait la lumière.\n   Sur la poussière de la route des pas entrecroisent leurs empreintes\nmultiples, — les pas de tous ceux qui passèrent, le jour, sous le soleil.\n   Ils sont nombreux. Des empreintes sur des empreintes se super-\nposent et se compliquent nettes ou confuses. L'ombre creuse toutes\nces traces. Ceux qui passèrent ne repasseront pas tous...\n   Des enfants, sur la route, ont joué ingénus et frivoles et la pous-\nsière qui s'envole vers le soleil a nimbé d'or leur candeur insouciante.\n   Des hommes sont venus — qui songeaient. La vie sur leur front\npenché vers la poussière, avait tracé des signes où se lisait le doute\nnécessaire et fécond.\n   D'autres passaient aussi, sans se préoccuper, sans vouloir com-\nprendre — et qui ne voyaient rien.\n   Les empreintes de tous ces pas ne se différencient point dans la\npoussière de la route.\n   Les petits pieds des femmes, sous le rythme des jupons qui oscillent\nbrefs ou longs sur les traces plus larges des hommes, dans la pous-\nsière de la route, ont laissé des creux moins grands.\n   Et les pauvres qui supplient et la lenteur des mendiants qui ne\nvoient que les sous ronds, sur ces empreintes successives ont mis\nles trous inégaux disant la tristesse des clous, des vieux clous aux\nsemelles vieilles qui se traînent dans la poussière, dans la poussière\nde la route.\n   L'eau lente qui flue, longeant la berge, a endormi dans ses remous\nla lueur dernière des nuages, et la nuit grande et pure épand toutes\nses étoiles dans la paix du silence.\n   Sur la route les empreintes des pas de tous ceux qui passèrent sont\ninvisibles dans la poussière.\n   La nuit est calme et les étoiles scintillent très haut.\n                                                 Aug. DONNAT.\n",
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     "texte": "D'HIER\n\n                 Oui, causons de bonheur, mais vous? pourquoi si triste\n                 Vous aussi ! Vous si jeune et si triste, ô pourquoi,\n                 Dites?\n                                                     PAUL VERLAINE.\n\n\n  A William   Ritter.\n\nMes illusions de l'aube et mes prières d'amour,\nParfum, premier parfum de la prime fleur éclose\nEn sceau sur mon corps pâle d'androgyne pieux,\nAmaryllide blanche, éclose en des cantiques,\nDont les pétales blancs auréolaient mon front !\n\n\nLa mer était sereine et bleue ainsi qu'un ciel,\nL'aube éteignait muette les étoiles confuses.\nLes deux paupières closes pour garder ma pensée\nBras en croix sur mon cœur, en ma tunique blanche\nPar le long de la grève j'allais chantant mon âme.\n\nEt m'apparut soudain dans la lumière vierge\nUne enfant radieuse aux longs voiles d'iris\nQui sourit à mon âme et me baisa les yeux\nDisant des chants de fleurs en blancs gestes d'amour\n. . . E t mon cœur s'éveilla en doux alléluias.\n\n Puis le soleil naquit par notes de pourpre et d'or\n Et les vagues chantèrent en gais remous nacrés.\n Nous allâmes ensemble nos âmes enlacées\n. Telles les guirlandes fleuries des Pâques adorables,\n Avec au cœur des chants de merveilleux Noëls.\n",
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     "texte": "108                                                    Floréal.\n\n\n  L'herbe était douce et bonne à nos pas fraternels,\n  Les gaies moissons jouaient avec les rayons d'or,\n  Et c'étaient par là-bas les rythmes de la mer\n  Berçant la joie naïve des voilée harmonieuses,\n  Les voiles tutélaires d'autres âmes lointaines.\n\n  Mais les troublants midis aux brises insidieuses\n  Les rougeoiantes clartés des folles aventures\n  Advinrent, hélas! advinrent et les nuits doucereuses\n  — Inéluctable réveil de notre humanité! —\n  Vinrent déchirant d'estoc nos blancs voiles de rêve.\n\n  Et c'est pourquoi, mon frère, ma voix d'aube est brisée,\n  Pourquoi je porte en l'âme les ronces des regrets\n  Fleurissantes sous mon front en fleurs noires de deuil\n  Et pourquoi j'ai dans l'âme des cris de désespoir\n  Avec, au cœur, des voix enfantines qui pleurent!\n                               EDMOND RASSENFOSSE.\n",
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     "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\n  GEORGES GARNIR,      Contes à Marjolaine.     — Lacomblez, éditeur,\nBruxelles.\n   Voici un livre sans pose, franc, ému, remarquablement sincère.\nAujourd'hui, l'éloge a son prix.\n   Pour scène, M. Garnir choisit une région un peu vague, un peu\ntransfigurée, où l'on reconnaît les cantons les plus caractéristiques du\nCondroz. Il en dessine, à grands traits lumineux, d'un crayon exalté,\ndes tableaux panoramiques, qui comptent parmi les meilleurs mor-\nceaux de son livre. Peut-être l'étonnerai-je ? Il me semble y sentir\nl'admiration d'un homme des villes pour la campagne où, depuis\nl'enfance, il n'a fait que de trop brefs séjours.\n   Cette illusion est flagrante en ce qui concerne ses personnages, qui\nsont de trop honnêtes gens en des paysages trop beaux. Il n'y a guère\nchez lui d exemple de laideur morale d'aucune sorte. Tout au plus,\nça et là, rencontre-t-on une figure grotesque où drôle. Ce sont de\nbraves cœurs que les héros de la Chairrière, de l'Impossible      amour,\nde la Sœur ainée. Leur naturel foncièrement bon, un instant eu lutte\ncontre les fatalités de la passion, finit toujours par l'emporter. Luc\nRobert se sacrifie au bonheur de sa petite-fille, le paysan Jean Raikin\ns'immole plutôt que d'avilir son amour, la Sœur aînée va plus loin\ndans l'abnégation, elle sacrifie sa vengeance à l'amour des autres.\nTrès souvent, dans ce monde idéal, la bonté de cœur va jusqu'à\nl'héroïsme.\n   En dépit de cet optimisme, les Contes à Marjolaine contiennent\nmainte page vécue. L'auteur s'y est extériorisé; il a souflé à ses per-\nsonnages la générosité de sa vie propre, et la sève de ses émotions\npersonnelles vivifie ce monde un peu chimérique. On reconnaît là,\nd'indiscutable façon, dans toute leur sincérité, des sentiments tels que\nl'amour du pays natal, le culte de la famille, la religion des souvenirs\nd'enfance et des premières amours. Et, ces grands penchants primitifs\net simples, l'auteur les célèbre, sans crainte de paraître naïf, sur un\nton grave, enthousiaste, poignant, qui n'appartient qu'à la sincérité.\nII faut admirer des pages telles que Réveil, cela est sain, fort, d'une\njeunesse éloquente.\n   Car les plus beaux chapitres de ce livre sont écrits de verve et\nd'inspiration, s'il arrive que le récil se trahie dans le détail des cir-\nconstances accessoires, l'exaltation du sentiment le relève bientôt, et\nce sont alors des tableaux vibrants, des expansions soudaines, dont la\nchaleur est contagieuse. Pour me servir enfin d'une expression de\nl'auteur, je dirai que ce livre inégal est beau \" selon la passion, sinon\n toujours selon la règle \".\n",
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     "texte": "  110                                                           Floréal.\n\n\n   EDMOND RASSENFOSSE, Dit         un Page. —Aug. Bénard, imprimeur-\néditeur, à Liège.\n   Ce qui fait le charme, très réel, de ce recueil de vers, c'est la\njeunesse, du plutôt l'enfance, qui y règne, avec une candeur excep-\ntionnelle en ce temps de naïvetés laborieuses.\n   Dit un page..., c'est la chanson de l'amour en rêve, tel qu'on le\nrêve longtemps même avant la vingtième année. Tout en est beau,\nmême les amertumes et les regrets. Et c'est chose curieuse, et char-\nmante à sa manière, de voir comment l'auteur se complait dans ses\ntristesses mélodieuses. Il y a pourtant quelque chose de sincère dans\ncette erreur même où l'on ne sent pas encore le poignant de la vie.\n   Ce sont des chansons aériennes d'un rhythme un peu vague, avec\ndes choses pour le plaisir de l'oreille. Plus tard, sans doute, l'auteur\nconnaîtra les sévérités de la forme, la rigueur d'ordonnance du poème.\nJusqu'ici il se dépense sans compter, sans même toujours se connaître.\n Certains vers détonnent, c'est inévitable. Mais, dès à présent, il y a,\ndans ce livre adolescent, des accents d'une douceur plaintive qui\nsaisissent, de ces mots tout simples qu'on n'invente pas mais qui\ns'exhalent d'eux-mêmes quand on est vraiment élu pour la poésie.\nC'est ainsi qu'à la fin d'un poème consacré à chanter l'amour d'autrui,\nle \" page \", seul et sans amour, s'écrie :\n                     Mais si doux sont ces chants d'aimées;\n  Puis on rencontre des strophes entières, voire des suites de strophes,\nchantées d'une voix idéalement claire et enfantine.\n                    Est-ce joie, est-ce douleur en mon âme ?\n                    Je ne sais, et follement j'erre\n                    Par les gais chemins où passa ma dame,\n                    Par les chemins où ma dame a passé!...\n                    Mon âme est triste, triste est mon âme,\n                    Triste est mon cœur, mou cœur blessé.\n                    Ruine est entrée en ma maison,\n                    En la maison frêle de mon âme...\n   Tous les poètes apprécieront l'accent juste de ces vers juvéniles.\n   L'édition de Dit un page, due à M. Aug. Bénard, est charmante\net appropriée au caractère du livre. Quelques-uns des dessins dont\nMM. Donnay et Rassenfosse ont illustré ce recueil sont d'un art tout\nà fait délicat.\n                                                               F. S.\n",
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     "texte": "MEMORANDA\n   A l'Emulation. — Un groupe d'ama-              de Ste-Croix, ainsi qu'une Flagellation\nteurs (1) a organisé, en la salle d'Emu-          et un autre tableau un peu quelcon-\nlation, une exhibition d'oeuvres d'art            ques, trois petits médaillons particu-\nancien. Ils l'ont formée de la réunion            lièrement requérants par l'énigme de\nd'un certain nombre de tableaux dé-               leur vie essentielle. Voici deux Gérard\ncrochés des galeries particulières et             de Lairesse, Battus change en pierre,\nd'une partie des gravures et estampes             et un Olympe d'aquarium, qui sont\nde maitres liégeois qu'on se plait à              vite oubliés; voici Lovinfosse aux my-\ncacher dans les collections de l'Uni-             thologies douceâtres, plus h e u r e u x\nversité. On a trop rarement à Liège               dans quelques portraits.\nl'occasion de voir rassemblées des                   Passons sur l'estrade, et courons au\nchoses aussi intéressantes et instruc-            songe du vieux St-Roch de Patinir\ntives p o u r ne pas louer hautement les          qu'un ange vient visiter en ce solitaire\npromoteurs de la récente exposition.              site pensif. Dire l'émoi de cette vieille\nMalgré ses cotés disparates elle fut en           page agenouillée, et le rêve épars en\nson ensemble profondément curieuse                son atmosphère pâle et fumeuse ! Ce\net se fit pour nos ignorances surtout             coin d'ailleurs est précieux, un étrange\nsuggestive et révélatrice. Car il nous            tryptique, la Vierge avec Jésus et des\na été donné d'y contempler au milieu              saintes nous y relient par ce charme\nd'un sérieux contingent de toiles di-             naïf des l'ois enluminées; il y a là, —\nverses, le sobre rayonnement de plu-              envois du Musée diocésain — une\nsieurs œuvres wallonnes. N'ayant ni               Epitaphe gothique du chanoine        Van\nla compétence ni le loisir d'une étude,           der Meulen, une Apparition       gothique\nj e les citerai seulement pour mémoire,           très curieuse, un dypliquc : Le Meurtre\nmais il eut été malséant d'omettre ici            de St-Lambert et l'adoration de Jésus,\nqu'elles furent visibles et de p a r quelle       et un portrait de l'époque gothique,\ninitiative.                                       qui nous ravissent p a r leur art de\n    Il me faut mentionner pêle mêle,              roido ferveur et de simplicité. Et\nau hasard des notes, dans le contin-              encore une Multiplication      des pains\ngent comme écrémé du foyer, un très               du XVI e siècle, une belle Vierge\ncurieux intérieur flamand du vieux                flamande peinte avec la piélé d'un\nBreughel, un Van Dyck vigoureux                   disciple do Memlinc; et voici l'école\nencore que peu attirant, une vivante              de Lombard : un Saint Jérôme au songe\nFête de relevailles de Dirck Hals, et             obsesseur, un portrait d'un abbé de\n de Porbus, un sobre et suggestif por-            St-Martin,   une Nativité, un Christ\ntrait de Marguerite de Valois. Puis,              couronné d'épines à la spécieuse figure\n choisissant comme transition ce W a l -          résignée. Et alors au g r é du souvenir\n lon de F r a n c e qui a nom Latour de           les Bertholet Flémalle, Saint Paul et\n St-Quentin, magnifions ces deux mer-             Saint Bruno; le Laruelle anatomique\n veilleux pastels, spirituels, délicats et        de Douffct ; un intéressant jiortruit (le\n profonds, où sourit toute, l'âme Fran-           la baronne de Heusy p a r Coclers,\n çaise, les portraits de M. et de Mme             l'honnête Grétry de Lefebvre. les\n de Mondonville.                                  Botteresses conventionnelles d'Aubée,\n    Ils flanquent et vraiment sans le             ceci pour la Wallonie.\n faire pâlir du voisinage, un très ferme             Et dans la marée des fleurs, nature-\n et vivant portrait de Jacques Kerstein,          morte et intérieurs, surnagent encore\nprieur       des Croisiers, du dinantais          l'Ecrivain de Metza, un portrait de\n Pierre Lion. Puis voici des Liégeois :           dame de Van Micreveldt, deux petits\n Defrance, avec son Liseur, son por-              Rubens selon la formule, les portraits\n trait p a r lui-même, plusieurs portraits,       de Gonzalès Coques et de Govert\n d'un art consciencieux et discret,               Flinck, les intérieurs de Hooremans,\n plus haut et plus heureux d'ailleurs             un noble paysage de Corneille Mole-\n que celui de ses scènes de genre.                naer, un souriant portrait      do Mme\n Voici de Carlier qui a dans la salle             Vigée Lebrun, etc. etc.\n un très beau portrait d'un chanoine                 On voit de quel intérêt fut cette ex-\n                                                  hibition pour les curieux d'art si\n                                                  dénués à Liège. Mais il faut surtout\n  (1) Le comité de direction de l'exposition se   louer, au point de vue patrial, la judi-\ncomposait de MM. E. Van Zuylen, Ch. Soubre,       cieuse idée qu'on eut de tirer de leur\nB. Brahy-Prost, Em, Delperée, P. Jaspar, P.\nLohest et K. Pâques.                               pénombre les collections de gravures\n",
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