{"numero_id": "lp-355", "tome": "1904", "source": "Gallica (bpt6k15610b), OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "articles": [{"article_id": "lpd-0183", "tome": "1904", "cle_volume": "1904", "ark": "bpt6k15610b", "ocr_source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 97, "page_fin": 99, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 97 (100.0) ; début : titre en tête ; fin : signature non retrouvée", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f102.item", "pages": [{"page_imprimee": 97, "page_pdf": 102, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1428, "texte": "A propos d'un Banquet\nEs gens disaient:\nL'enthousiasme est mort. Les\nflammes d'autrefois sont éteintes.\nLe soleil est enterré. »\nIls disaient encore:\nLa Poésie est un jeu d'enfants\nattardés parmi les hommes, d'en-\nfants qui pleurent et qui rient pen-\ndant que les hommes connaissent les durs labeurs. Ignorant les vrais\nplaisirs et les douleurs vraies, exaltés tour à tour et déprimés par des\njoies et des tristesses anormales, inutiles à tous et bourreaux d'eux-\nmêmes, les poètes vaquent à des travaux futiles. »\nEmile Verhaeren, dans le toast et dans les vers qu'on lira plus\nloin, a répondu à ces fossoyeurs qu'on n'enterre pas le soleil et que\nla\nPoésie est immortelle.\nIls disaient aussi, les gens :\nLa Jeunesse manifeste une frénésie d'idées générales, une rage de\nlogique qui vraiment déconcerte les hommes de bon sens que\nnous\nsommes. Nous ne nions pas que les idées générales ne puissent\nêtre\nparfois d'un commerce agréable, mais il faut les comparer à ces jolies\njeunes femmes dont I'homme d'esprit recherche souvent la société\nqu'il ne saurait être pour lui question d'épouser. Quant à la\nmais\nlogique, c'est un exercice intellectuel qui est sans application dans la\nconduite ordinaire de la vie. L'homme qui conformerait ses actes aux\nexigences de la logique, de la logique du moins telle que la comprend\nla Jeunesse, serait un fou, car aucune société basée sur la logique\nne\nN° 355. - 1\" Février 1904.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f102.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/1/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 98, "page_pdf": 103, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": "LA PLUME\n98\nsaurait avoir des chances de durée. La vraie logique, c'est celle qui\nnous apprend à vivre en harmonie avec le monde qui nous entoure.\nToute autre logique est la fille de l'enthousiasme, d'un enthousiasme\nayant pris conscience de soi-même et d'autant plus dangereux.\n< Evidemment, la Jeunesse semble avoir raison parfois contre nous,\ndans l'absolu, mais nous vivons dans le relatif. Elle nous traite\nd'< arrivistes », cette impuissante, mais la Science nous venge\nsuffisamment de ses mépris en nous prouvant que la première con-\ndition de la vie c'est l'adaptation au milieu. Nous, les intelligents,\nnous avons compris cettte grande vérité biologique et, pour l'avoir\ncomprise à temps, nous n'avons pas gâché notre existence en des\nrêveries qui empêchent l'action; nous n'avons pas usé nos' forces à\nvouloir réaliser des désirs d'amour, de beauté, de justice qui, étant\ndonné les conditions économiques des sociétés modernes, sont de\nmoins en moins réalisables.\n< La Jeunesse, elle, celle qui a vingt ans comme celle aussi qui\nen\na soixante, n'a pas compris cette grande loi, ou, l'ayant comprise, n'a\npas eu la volonté virile d'y conformer sa vie, courageusement. Elle\nmanque donc de la vraie intelligence, de celle qui subordonne le désir\nfaire au pouvoir de faire et, connaissant ses ressources,\nde\nne\ntente rien au-delà. C'est cette intelligence-là, celle-là seule, qui fonde\nfoyers durables de bonheur et de paix, les foyers paisibles des\nles\nles\nvallées, parmi les blés et parmi les roses; car ce n'est pas sur\nfalaises ébranlées par le vent du large que le sage doit asseoir\nfortune. »\nsa\nA ces gens, Eugène Carrière a répondu, en de graves et fières\nparoles, que la Jeunesse avait toujours raison et qu'ils sont à plaindre\nvraiment ceux qui la laissent mourir en eux.\nEt, ce soir-là, quelques-uns d'entre nous, de ceux chez lesquels\nl'approche de la quarantaine n'a pas tari les sources vives des jeunes\nardeurs, contemplaient le Poète assis entre le Sculpteur et le Peintre\net songeaient à l'éternité de ce que les hommes appellent des rêves.\nIls songeaient aussi que si, ce 23 Janvier dernier, Constantin\nMeunier avait pu suivre son désir et quitter Bruxelles, les trois plus\ngrands artistes du monde auraient avec nous salué Verhaeren,\nnous donnant ainsi comme un avant-goût de la fête que nous pré-\nparons, que nous voulons significative d'un indéfectible espoir en la\nBeauté, où nous acclamerons EUGÈNE CARRIÈRE, CONSTANTIN MEUNIER\net AuGUSTE RODIN.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f103.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/2/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 99, "page_pdf": 104, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 12, "texte": "LA PLUME\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f104.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/3/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}]}, {"article_id": "lpd-0184", "tome": "1904", "cle_volume": "1904", "ark": "bpt6k15610b", "ocr_source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 99, "page_fin": 107, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 99 (100.0) ; suite p. 102 ; suite p. 104 ; suite p. 106 ; début : titre en tête ; fin : signature non retrouvée", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f104.item", "pages": [{"page_imprimee": 99, "page_pdf": 104, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2272, "texte": "LE BANQUET EMILE VERHAEREN\nLe samedi 23 janvier dernier, au restaurant des Sociétes Savantes,\nEmile Verhaeren, ayant à sa droite Auguste Rodin el à sa gauche\nFugène Carrière, a présidé le XVIII Banquet de la Plume.\nAu dessert ont été lus les télégrammes suivants:\n<De tout cœur m'associe à cette fête en l'honneur de mon vieil\nami le grand poète. CoNSTANTIN MEUNIER ». - « Salut à Verhaeren le\ngrand poète. De cœur avec vous tous. ALBERT BESNARD ». - « Cher\ngrand. de toute mon admiration avec vous. Retenu à Courtrai\npar une conférence où j'exalte votre œuvre. CAMILLE LEMONNIER ». -\n« Avec toi. MAETERLINCK.» -« La Société Littéraire de Courtrai, réunie\nà la conférence de notre cher Camille Lemonnier, acclame votre\neuvre. Le Président: ALFRED CENTNE )». - « L'Idée Libre de Bruxelles\nacclame le haut poète Emile Verhaeren. Idie LIBRE ». — « Artistes\npoètes berrichons expriment entière admiralion au génial Verhae-\nren, notre grand poète socialiste. - MICHEL ABADIE, BEGASSAT, SYLVAIN\nLASSEUR, MALVEAU, PERRIN, JOSSANT ». - « А тon glorieux maître et\nvieil ami Emile Verhaeren, salut. Empêché d'assister à la fête, je\nm'associe à tous pour l'acclamer de tout cœur. Vive Verhaeren !\nEUGÈNE DEMOLDER ».\nM.\nIl a été ensuite donné lecture des lettres d'excuses :\nDe M. PAUL ADAM: « Soyes mon interprète auprès du grand esprit,\ndu superbe poète Emile Verhaeren, pour lui exprimer mes regrets de\nne pouvoir me joindre à ses plus fercents admirateurs, mais mon\nétat de santé me retient à la chambre depuis plus d'un mois »; de\nCHARLES COTTET qui aurait été heureux de pouvoir assister au banquet\npour « exprimer au grand poèle ses sentiments de sympathie et de\nchaude admiration»; de M. HENRI DE RÉGNIER: «Quoique je n'aime pas\nles banquets, s'il y en a un où je fusse allé, c'eût été certainement à\ncelui de Verhaeren que j'admire et que j'aime infiniment, mais\nsamedi je ne suis pas libre, et je n'ai, à mon grand regret, aucun\nmoyen de me dégager pour ce soir là. Sans cela j'aurais été heureux\nde fèter avec vous ce grand poète »; de M. ALFRED JARRY: « 589 kilo-\nmètres et 18 mètres de regrets... et un toast par kilomètre à la\nprospérité d'Emile Verhaeren»; de M. VIELE-GRIFFIN: « Je regrelte\nd'autant plus d'être empéché de m'associer à votre hommage à\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f104.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/3/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 100, "page_pdf": 105, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 259, "texte": "100\nLA PLUME\nEmile Verhaeren, que je fus le premier à faire connaître notre\ngrand poète aux lecteurs de la Plume. La gloire est venue depuis et\ndans l'assentiment unanime désormais, permettez-moi de renou-\nveler l'expression de ma constante admiration. »\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f105.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/4/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 102, "page_pdf": 107, "debut_caractere": 70, "fin_caractere_exclue": 154, "texte": "Une ovation magnifique est faite au poète, que M. Karl Boès\nremercie en ces termes:\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f107.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/6/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 102, "page_pdf": 107, "debut_caractere": 154, "fin_caractere_exclue": 1041, "texte": "«Je vous remercie, mon cher Verhaeren, d'être\nvenu ce soir au milieu de nous, d'avoir fait violence\nà vos habitudes, à vos goûts, pour nous prouver une\nsympathie dont nous ne pouvions douter mais dont\nla manifestation, en un de nos banquets tradi-\ntionnels de la Plume, nous est singulièrement pré-\ncieuse.\n< Votre présence, évocatrice d'une vie discrète et\ndédaigneuse des honneurs, vouée toute à la Beauté\net à la Bonté, est de celles qui doivent susciter les\njeunes courages, et rappeler aux hommes qu'il est\ndes Tours d'Ivoire, d'où l'on peut entendre, d'un cœur\npitoyable, les sanglots des faibles opprimés par les\nforts.\n< Au nom de nos amis qui sont ici ce soir, au nom\nde ceux qui, absents de Paris ou retenus par la ma-\nladie, n'ont pu venir vous acclamer avec nous, au\nnom de notre jeunesse qui admire votre œuvre et\nqui vous aime, mon cher Verhaeren, je bois à votre\nsanté. »\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f107.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/6/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 102, "page_pdf": 107, "debut_caractere": 1041, "fin_caractere_exclue": 1248, "texte": "De tous les côtés alors des voix s'élèvent: « Carrière ! Carrière!»\nEt le grand artiste, au milieu d'un silence impressionnant, fait\nd'admiration et de piété, prononce un toast dont voici quelques\npassages:\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f107.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/6/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 103, "page_pdf": 108, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 13, "texte": "LA PLUME\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f108.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/7/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 104, "page_pdf": 109, "debut_caractere": 1399, "fin_caractere_exclue": 1558, "texte": "Les applaudissements éclatent. Il faudrait une plume de poète\npour dire comme il convient de quelle profonde émotion ces applau-\ndissements furent les signes.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f109.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/8/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 105, "page_pdf": 110, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 13, "texte": "LA PLUME\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f110.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/9/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 106, "page_pdf": 111, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1598, "texte": "Après quelques paroles de P.-N. Roinard qui salue le magnifique\nexemple d'indépendance et de fierté que donne Verhaeren et de Léon\nMaillard qui, avant de quitter Paris pour le Yun-Nan, nous rappelle\nde vieux et chers souvenirs, on se sépare en se donnant rendez-vous\nau prochain banquet.\nEtaient présents an banquet:\nMM. Ackermann, Armory-Dauriac, A. Bans, Henry de Braisne, Brunet-Milton,\nLéon Bazalgette, André Barre, Karl Boès, Eugène Carrière, Alexandre Charpentier,\nHenry Coste, J. Cabrero, Cervigon, Henry Couannier, D' Claude, Ed. Ducoté,\nLouis Dejean, Etcheverria, Georges Etber, Fernand Dauphin, Jean Dolent, Diriks,\nMax Daireaux, Pierre Dauze, A. bervaux, A. Desmeth, Dufrénoy, Louis Dumur,\nAagat Dangen, Charles Doury, André Fontainas, Félix Fénéon, Gabriel Fabre,\nGeorges Flé, Fagus, Edmond Fazy, P. Gilbert, Alphonse Georget, Pierre Halary,\nHenri Héran, A.-F. llérold, Hirn, Francisco Iturrino, Harris Hange, Pierre\nJaudon, Marius et Ary Leblond, Olivier de La Fayette, Le Sidaner, Paul-Hyacinthe\nLoyson, Maurice Le Blond, Lugné-Poe, Maubel, Eugène Montfort, Victor-Emile\nMichelet, Gabriel Mourey, Léon Maillard, Polti, G. Périn, Maurice Prax, Sylvain\nPitt, Edmond Pilon, Ch. Plumet, Jova Pantélitch, Pierre Quillard, Auguste Rodin,\nRocher, Théo van Risselberghe, J. Rosny, Maurice Raynal, François Roques,\nJean Rodes, Yvanhoé Rambosson, P.-N. Roinard, Charles van der Stappen, Carel\nScharten, Th. Spicer-Simson. Camille Schültz, Charles Saunier, Henri Tacon,\nOctave Uzanne, Pierre Villetard, Max Volotchine, André Veidaux, P.-E. Vibert,\nAlfred Vallette, René Wisner.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f111.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/10/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 106, "page_pdf": 111, "debut_caractere": 1600, "fin_caractere_exclue": 3139, "texte": "Mmes Karl Boès, Diriks, Fernande Etcheverria, Gonyn de Lurieux, Hérold,\nIturrino, de Laversay, Amélie Lecoq, Vera Malfitano, Stuart Merrill, Octave Mirbeau,\nHenriette Normand, Rodenbach, Maria Talbot et Mlle de Laversay.\nSe sont excusés :\nMM. Armand Dayot, Berardi, Henry Detouche, Henry Eon, Georges Pioch, Adolphe\nRetté, Paul André, James Ensor, Camille Pelletan, Paul Michon, Arne Hammer,\nAlexandre Natanson, Gaston Calmette, Henry Baüer, Robert Scheffer, Charles Daran-\ntière, Henry de Régnier, Pierre Roche, Stefan Zweig, Maurice de Faramond,\nCharles Mére, Otto Friedrichs, Laurent Tailhade, Emile Lante, Mécislas Golberg,\nDr Louis Jullien, Adrien Hébrard, Nicolas Deniker, A. Lamotte, Alphonse Aulard,\nAlbert Fleury, Eugène Lintilhac, Louis Ganderax, P. et V. Margueritte, Adolphe\nChudant, Maxime Maufra, Georges Charpentier, Paul Hervieu, D' Mardrus, Rosso,\nRaymond Bouyer, Maurice Griveau, Paul Escudier, Bénassit, Camille Chabert,\nJoseplh Bernard, Jules Adler, Maurice des Ombiaux, Alfred Jarry, Paul Adam,\nD. Halévy, Francis Vielé-Griffin, Georges Denoinville, Eugène Demolder, Seménoff,\nConstantin Meunier, Edouard Conte, Charles Cottet, Saint-Georges de Bouhélier,\nAlcanter de Brahm, Joseph Uzanne, Adolphe Lacuzon, Fernand Gregh, Claude\nCohendy, Michel Abadie, Maurice Maeterlinck, Camille Lemonnier, Albert Besnard,\nLeon Hennique, Alexandre Bigot, Henri Degron, Emile Bourdelle, Ernest Raynaud,\nLéon Riotor, André Beaunier, Jules Le Petit.\nMmes Lucie Delarue-Mardrus, Maurice de Faramond, Carel Scharten, Mlle Judith\nCladel.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f111.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/10/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 107, "page_pdf": 112, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 13, "texte": "LA PLUME\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f112.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/11/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}]}, {"article_id": "lpd-0185", "tome": "1904", "cle_volume": "1904", "ark": "bpt6k15610b", "ocr_source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 100, "page_fin": 102, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 100 (100.0) ; suite p. 102 ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f105.item", "pages": [{"page_imprimee": 100, "page_pdf": 105, "debut_caractere": 259, "fin_caractere_exclue": 914, "texte": "TOAST D'ÉMILE VERHAEREN\nMesdames, Messieurs,\nJe vous remercie nettement de l'honneur que vous\nme faites ce soir. Je tiens à en préciser, immédiate-\nment, la portée. C'est l'art que vous honorez, à tra-\nvers moi. Je ne suis et ne veux être que le prétexte\nqui vous permet de l'acclamer une fois de plus.\nBoès m'ayant demandé quelques vers pour la\nPlume, j'ai terminé hier un léger apologue. L'Art y\nest vengé et magnifié. Il y est proclamé le maître de\nceux qui le nient et l'espérance ferme et claire de\nceux qui le servent. Je ne puis mieux faire, je crois,\nque de vous lire ce petit poème à cette heure où\ntoutes nos pensées sont joyeusement associées.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f105.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/4/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 102, "page_pdf": 107, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 70, "texte": "Mesdames, Messieurs,\nJe bois à la poésie immortelle.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f107.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/6/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}]}, {"article_id": "leu-06410", "tome": "1904", "cle_volume": "1904", "ark": "bpt6k15610b", "ocr_source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 100, "page_fin": 102, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : relevé sur l'image : poème lu par Verhaeren, p. 100-101 ; s'arrête à la fin du toast (p. 102) ; n° 355 (banquet Verhaeren), relevé sur les pages ; décision du 27 octobre 2026 ; début : titre en tête ; fin : signature non retrouvée", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f105.item", "pages": [{"page_imprimee": 100, "page_pdf": 105, "debut_caractere": 914, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "Le Fossoyeur Hagard\nDans un champ d'orge et de méteil\nA coups de bêche, à coups de sonde\nLe fossoyeur creuse un grand trou.\n<Si cette fosse est si profonde\nC'est pour y tasser le soleil»\nDit-il-et ses grands yeux sont fous.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f105.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/4/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 101, "page_pdf": 106, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 839, "texte": "LA PLUME\n101\nObstinément à la besogne\nSa bêche mord, sa bêche cogne\nLa terre et la brise et la broie.\nSes coups sonnent mornes et creux,\nLes bois autour de lui déploient\nLeur ombre - et l'astre est derrière eих.\nPourtant un rang de trembles\nLaisse filtrer des rayons roux\nQui vont frapper soudain la bêche\nEt descendent au fond du trоп\nEt pénètrent la terre séche\nEt l'homme exulte - et ses mains tremblent.\nSon torse bout, ses bras fiévreux\nRemuent des blocs de sol ocreux\nPour étouffer sous terre un leurre.\nSon sang brûle comme du feu.\nL'homme exulte d'être à cette heure\nCelui qui croit tuer un Dieuи.\nEt la nuit vient et le vent sombre.\nLe fossoyeur assis dans l'ombre\nSur la fosse, parait géant.\nIl ne voit pas monter l'aurore\nEt sa voix vainement sonore\nNous crie: « Ilest dedans... dedans! »\nIl est ainsi des gens... des gens.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f106.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/5/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 102, "page_pdf": 107, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 17, "texte": "102\nLA PLUME\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f107.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/6/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}]}, {"article_id": "leu-00968", "tome": "1904", "cle_volume": "1904", "ark": "bpt6k15610b", "ocr_source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 104, "page_fin": 104, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : relevé sur l'image : toast d'Eugène Carrière, p. 104 ; n° 355 (banquet Verhaeren), relevé sur les pages ; décision du 27 octobre 2026 ; début : relevé sur l'image ; fin : signature non retrouvée", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f109.item", "pages": [{"page_imprimee": 104, "page_pdf": 109, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1399, "texte": "TOAST D'EUGÈNE CARRIÈRE\n...Je voudrais dire combien belle et générale se\nprésente à mon esprit l'idée de la jeunesse, l'åge\nsacré pour l'homme, celui qu'il regrette à tout jamais\nd'avoir méconnu. C'est l'instant ou l'homme est en\naccord absolu avec la jeunesse éternelle de la nature,\noù l'énergie créatrice domine son être et fait de l'hé-\nroïsme une vertu familière.\nDans ce moment si beau et si court l'homme est\nmaitre de son destin. Il peut vouloir la recherche de\nsa propre nature, découvrir son image dans ses sem-\nblables, jouir de la reconnaissance des causes pro-\nfondes de la vie, ou se complaire à la satisfaction\npassagère des apparences.\nLa lassitude et la tristesse des voyageurs des mau-\nvaises routes nous disent que partout se trouvent la\nsouffrance et la mort.\nQue du moins notre souffrance ait une raison\nhaute et généreuse. Qu'elle soit la préparation aux\nbeaux lendemains.\nLes Poètes ont le sens du vrai chemin, ils savent\nles réalités invisibles que la vie nous dévoile au cours\nde notre labeur.\nDans nos mains d'enfant ils mettent un mysté-\nrieux miroir dont les profondeurs confuses nous\ncharment. A la fin de la journée tout se précise. Notre\nàme rejoint son image. Que notre effort nous prépare\nà la joie d'une ressemblance désirée.\nJ'exprime à notre ami Verhaeren, à ce noble\npoète, ma gratitude admirative pour tout ce que son\nâme a mis dans la mienne.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f109.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/8/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}]}, {"article_id": "leu-04025-2", "tome": "1904", "cle_volume": "1904", "ark": "bpt6k15610b", "ocr_source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 107, "page_fin": 115, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 107 (100.0) ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f112.item", "pages": [{"page_imprimee": 107, "page_pdf": 112, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2228, "texte": "Souvenirs sur le Symbolisme\n(Suite) (1)\nJ'étonnerai beaucoup de critiques qui ont déduit de ses œuvres\ntant de théories, en disant que je n'ai jamais entendu Gauguin parler\npeinture. Il écoutait avec une admirable patience, les lèvres ourlées\net les paupières plissées en un demi-sourire ironique, nos mirobo-\nlants discours sur l'art, son origine et sa fin, mais il se gardait bien\nde nous faire part de ses idées, à supposer qu'il en eût. Me permet-\ntra-t-on une opinion personnelle? Je crois que Gauguin se livra tout\nentier à son tempérament de coloriste brutal et de sauvage défor-\nmateur sans le moindre souci de s'accorder à une esthétique quel-\nconque. Ce qu'on rapporte de son enseignement de Pont-Aven me\nsemble puéril et presque trivial. Il ne faut pas en conclure qu'il\nmanquât d'intelligence. Au contraire, ses lettres et ses notes de voyage\ntémoignent de rares dons d'observation, d'analyse et de raisonne-\nment. Mais il n'était pas de terme commun entre son art et celui de\nnos peintres, même les plus révolutionnaires. Paul Gauguin reste,\ndans le sens le pire et le meilleur du terme, un monstre. Même.\nVan Gogh, ce fou de génie, peut se classer dans des catégories con-\nnues: il a des ancêtres et aura sans doute une postérité. Il est, en\nd'autres mots, de notre race. Gauguin, parmi nous, était véritable-\nment solitaire. Aussi ne faut-il pas s'étonner qu'il ait quitté notre\neivilisation pour se développer sans entraves parmi des peuplades\nprimitives. Il était homme à pourchasser sa proie dans les forêts ou les\neaux profondes, à dégrossir de sa hache les arbres centenaires, à se\nconstruire son logis et à le décorer de sculptures grossières et de\nnaïves images. Il se sentait mal à l'aise dans notre société. Je n'en\nveux pour preuve qu'une conversation que j'eus avec lui, en fiacre,\nune nuit que nous allions chez Mallarmé. Je lui demandai pourquoi\nil se prétendait peintre symboliste. « Je ne discerne, lui avouai-je, au-\ncun symbolisme dans vos tableaux. Gustave Moreau est un symboliste\net mème Puvis de Chavannes Jorsqu'il ne confond pas symbole\net allégorie. Mais vous!.. » Gauguin se débaltait, essayant de m'expli-\n(1) Voici les numéros du 15 décembre 1903 et du 1\"janvier 1904.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f112.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/11/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 108, "page_pdf": 113, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2612, "texte": "108\nLA PLUME\nde\nquer le sens ésotérique de sa ligne et de sa couleur; puis, saisi d'une\nbrusque colère, il me cria violemment: « Et puis, vous m'embêtez,\nvous autres civilisés, avec votre manie d'ergoter sur tout, et\nsoumettre l'instinct à la raison, l'œuvre à l'esthétique. Je suis\nbarbare, moi, entendez-vous, un barbare ! » Et il était beau ainsi, à\ndemi dressé dans la voiture, son profil de Peau-Rouge éclairé par\nla lumière des reverbères.\nun\nS'il parlait peu de peinture, il aimait nous narrer son voyage aux\nAntilles. On sait qu'il y alla before the mast, comme disent les An-\nglais, devant le mât, c'est-à-dire comme simple matelot. Il était éga-\nlement enchanté de nous faire des démonstrations de boxe et de\nsavate. Sa trop grande confiance en sa force musculaire et son\nadresse de tireur lui fut d'ailleurs funeste. On sait qu'un jour, en\nBretagne, il se prit de querelle avec trois matelots qui injuriaient sa\ncompagne tahitienne, et qu'au cours d'une lutte chevaleresque et\ninégale, il se fit casser la jambe d'un coup de pied bas.\nAu surplus, c'était le meilleur compagnon du monde. M. Thié-\nbault-Sisson s'est déshonoré en faisant de Gauguin, dans le Temps, la\nplus vile caricature. Je puis témoigner, comme tous ses amis, que\nGauguin mena toujours la vie la plus probe et la plus digne. Il haïs-\nsait la pose et la prétention. Sa seule passion était le travail, et il\névitait, très soucieux de sa santé, tous les excès. Mais, de même que\nThéophile Gautier offusqua les bourgeois de son temps par le gilet\nnacarat qu'il porta à la première d'Hernani, Paul Gauguin offensa la\nvue un peu débile de M. Thiébault-Sisson par son gilet breton aux\néclatantes broderies jaunes. Vous pensez bien qu'un monsieur aussi\npolychrome ne pouvait être qu'un farceur, un fainéant et un alcoo-\nlique.\nLeclercq fut une autre victime de M. Thiébault-Sisson.\nPauvre Leclercq! S'il ne fut pas un grand poète, il fut un grand\ncœur. Mais il avait le tort grave, aux yeux de M. Thiébault-Sisson,\nde porter une chevelure que je ne puis comparer qu'à celle d'un cha-\nmelier nubien. Tort pire, on le voyait à Bullier dansant des chahuts\nfantastiques en compagnie d'un peintre aussi chevelu que lui. Mais,\nne savez-vous pas, messieurs les critiques cossus, à quelles abomi-\nnables nécessités sont souvent réduits les artistes indigents? Et sous\nle rire simulé ne devinez-vous pas la douleur prête à éclater en\nlarmes? Julien Leclercq descendit tous les cercles de l'enfer parisien.\nRêveur et sentimental, il s'astreignit aux pires besognes du petit\njournalisme. Il réussit à sauvegarder, dans cette vie de hasard et d'eх-\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f113.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/12/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 109, "page_pdf": 114, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2677, "texte": "LA PLUME\n109\npédients, toute sa dignité d'homme, toute sa fierté d'artiste. Sa misère\nfut tempérée de quelques accalmies. Il écrivit des ouvrages sur la\nchiromancie qui lui rapportèrent un peu d'argent, puis il trouva une\nplace chez Bing et alla organiser des expositions d'art français à\nChristiania. Au cours d'un de ses voyages, il épousa celle qui devait\nenfin lui faire connaitre le bonheur. Mais une fatalité inexorable\nsemble poursuivre certains poètes dont l'idéal s'est trop mal accom-\nmodé de la vie. On sait que notre pauvre Edouard Dubus mourut à\nl'hôpital au moment même où un héritage inattendu lui eût peut-être\npermis de réparer, par un traitement long et coùteux, les ravages\nqu'avait commis en lui une funeste.passion. Julien Leclercq mourut\nde mème quelques jours avant d'avoir réalisé son rêve. M.Thiébault-\nSisson s'imagine peut-être que ce bailleur à la lune, ce hume-le-vent,\nce brûleur de pavés, dès qu'il eût connu la paix de l'amour et les\navantages de la fortune, s'acagnarda, les pieds aux chenets, dans les\ndélices de l'oisiveté? Non! Notre ami, quoique se sachant condamné\nà une mort prochaine, s'occupa de fonder, grâce à la générosité de\nquelques étrangers, un journal destiné à défendre dans le monde la\ncause éternelle de la justice et les intérêts des peuples opprimés.\nAdmirable spectacle d'un moribond lançant, d'un geste suprême, la\nbonne semence de la pensée vers l'avenir ! Sur son lit d'agonie, Julien\nLeclercq organisait les cadres du futur journal, établissait ses comptes,\nsollicitait des collaborations. Il expira avant d'avoir pu lire le som-\nmaire du premier numéro de l'Europeen, et laissant à d'autres le\nsoin sacré d'accomplir ses projets.\nEt c'est cet homme que M. Thiébault-Sisson a présenté aux lec-\nteurs du Temps comme une sorte de singe joueur de mandoline! Je\ncomprends mal que mon ami Mazel ait pu prétendre, dans un article\nrécent, que notre génération n'avait jamais eu à se plaindre de la\ncritique. A chaque mort d'un des nôtres, c'est dans la presse la même\nincompréhension prétentieuse, la mème malveillance sournoise. Je\ndemande, en parodiant Baudelaire, s'il n'est pas une loi qui interdise\naux journalistes l'entrée des cimetières.\nUn des habitués les plus fidèles de la Côte d'O fut Clément Bel-\nlenger. Påle, maigre, chevelure et barbe rousses, l'air d'un Christ au\njardin des Oliviers, il mangeait à part, comme effarouché par le bruit\nque nous menions et choqué par l'outrance de nos paradoxes. Mais\nj'entends déjà qu'on me demande qui était Clément Bellenger. Tout\nsimplement un des plus grands graveurs sur bois du xIx siècle.\nétait célèbre en Angleterre et aux Etats-Unis, où les magazines entre-\nI1\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f114.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/13/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 110, "page_pdf": 115, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2651, "texte": "110\nLA PLUME\ntiennent encore le goût d'un art qui se perd peu à peu en France.\nBellenger, vers la fin de sa vie, trouvait avec difficulté du travail.\nL'eau forte, dans les éditions de laxe, avait remplacé la gravure sur\nbois. Dans de pareilles conditions, un artiste est excusable de défendre\ncomme il peut ses intérêts vitaux, de se réserver autant que pos-\nsible le monopole de son art. Mais Clément Bellenger était de cœur\ntrop généreux pour s'abaisser à de tels calculs; malgré une gêne qui\nà la misère, il continua à former des élèves. Aucun de ceux\nqui l'ont connu ne peut l'oublier. C'était la bonté, la douceur et\ngénérosité mêmes. A ses charmantes qualités s'ajoutait le don si rare\nde l'admiration. Il fallait l'entendre parler de son maître, de sonami,\nde son dieu, Daniel Vierge ! Ce timide s'abandonnait parfois à de sou-\ndaines violences, et, les joues allumées, il se lançait à tête perdue\ncontre nos paradoxes qui irritaient son exquise sincérité.\nla\nD'autres venaient plus rarement aux diners de la Côte d'Or, comme\nAlbert Trachsel, l'architecte des Fètes réelles, dont j'ai jadis parlé\ndans cette revue, et Niederhausern-Rodo, l'auteur du monument\nVerlaine dont nous attendons toujours l'édification dans le jardin du\nLuxembourg. Suisses tous deux, ils partageaient en bons copains\nla bonne et la mauvaise fortune. L'un d'eux, j'oublie lequel, occupait\nau sixième étage d'une maison du Quartier Latin une soupente, où\nl'on ne pouvait se tenir debout qu'en passant la tête par la tabatière.\nLes jours d'opulence, nos compagnons achetaient une bouteille d'eau-\nde-vie de Dantzig, et, le verre à la main, leurs têtes passées à\ntravers le toit, ils buvaient, graves, religieux et fraternels, la liqueur\nqu'ils faisaient miroiter contre le crépuscule, « parce qu'il y avait de\nl'or dedans ».\nIl ne faut pas oublier, parmi les habitués, le cocher Moore, le pro-\ntégé de Victor Hugo et l'agresseur d'Edouard Lockroy, qui, entre\ndeux courses, venait casser la croûte au rez-de-chaussée de la Côte\nd'Or, et nous faisait monter, par le garçon, des poèmes plus ou\nmoins informes sur lesquels il sollicitait notre opinion.\nme\nles\nJe ne puis quitter la Côle d'Or sans raconter un diner que Moréas\ny offrit à Oscar Wilde. Je me défends tout d'abord de vouloir\nmoquer soit de Wilde, soit de Moréas. Nous fûmes, ce soir là,\nvictimes de l'ironique hasard, et d'ailleurs mon anecdote est tout à\nl'honneur des trois disciples romans de Moréas.\nOscar Wilde était à cette époque au comble de sa gloire. Quoique\ncourtois et délicat, il était accoutumé en ville à s'écouter causer, et\nn'aimait guère qu'on lui opposåt un interlocuteur. Nous étions six\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f115.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/14/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 111, "page_pdf": 116, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "LA PLUME\n111\nà diner: Wilde, Moréas, Raynaud, La Tailhède, du Plessys et\nmoi. Le repas se passa le mieux du monde. Au dessert, Oscar Wilde\ninclina sa haute taille vers Moréas, et lui demanda de réciter des\nvers. « Je ne dis jamais rien, répondit Moréas, mais si vous le\nvoulez bien, notre ami Raynaud nous récitera quelque chose ».\nRaynaud se leva, et ses poings redoutables appuyés sur la table, il\nannonça: « Sonnet à Jean Moréas ! ». Il recueillit nos applaudis-\nsements, puis Wilde insista de nouveau auprès de Moréas. « Non,\nmais notre ami La Tailhède... » A son tour celui-ci se dressa,\net, le monocle fixé à l'œil, il lança d'une voix claire :«Ode à\nJean Moréas! ». Wilde s'énervait visiblement du culte rendu par\nl'école romane à son chef; néanmoins il continua, par courtoisie, ses\ninstances. « Du Plessys, dites-nous vos derniers vers », commanda\nje maitre. Surgi d'un jet, du Plessys claironna d'une voix vibrante :\nLe tombeau de Jean Moréas ! ». Oscar Wilde, suffoqué, vaincu,\ndérouté, lui qui, dans les salons de Londres, faisait le silence autour\nde lui, demanda son chapeau et son pardessus, et s'enfuit dans la\nnuit. C'était certes la première fois qu'on avait, autour d'une table,\nnégligé de lui réserver tout l'encens.\nJacques Daurelle et moi fûmes les premiers à parler, à Paris,\nd'Oscar Wilde. J'estime inutile de répéter à son propos ce que j'ai\ndéjà écrit. Je ne saurais rien ajouter aux admirables articles que lui\nconsacrèrent MM. André Gide et Ernest La Jeunesse. Je n'ose même\npublier un pauvre petit billet où Oscar Wilde, qui avait,\npas\nau\nmoment de sa fortune, rendu service à tant d'ingrats, me demandait\nsomme infime, « atin », disait-il, < de finir ma semaine ».\nune\nΠ\nest des désastres si tragiques qu'on ne peut les respecter que par le\nsilence.\nJe confirme en passant ce que raconte Retté au sujet de la compо-\nsition de Salomé. Un jour Oscar Wilde me remit son drame qu'il\navait écrit très rapidement, de premier jet, en français, et me demanda\nd'en\ncorriger les erreurs manifestes. Ce ne fut pas chose facile de\naccepter à Wilde toutes mes corrections. Il écrivait le français\nfaire\nComme il le parlait, c'est-à-dire avec une fantaisie qui si elle\nétait\nsavoureuse dans la conversation, aurait produit, au théâtre,\nune\ndéplorable impression. Un ami me racontait récemment qu'en\nsa\nprésence, Oscar Wilde termina le récit des aventures d'un roi (car les\nhéros de Wilde étaient toujours des rois) par cette phrase: « Et puis,\nalors, le roi il est mouru ».\nJe corrigeai donc comme je pus Salome. Je me rappelle que la\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f116.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/15/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 112, "page_pdf": 117, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1746, "texte": "112\nLA PLUME\nplupart des tirades de ses personnages commençaient par l'explétif:\nenfin! En ai-je assez biffé, des enfin! Mais je m'aperçus bientôt que\nle bon Wilde n'avait en mon goût qu'une confiance relative, et je le\nrecommandai aux soins de Retté. Celui-ci continua mon travail de\ncorrection et d'émondation. Mais Wilde finit par se méfier de Retté\nautant que de moi,et ce fut Pierre Louys qui donna le dernier coup\nde lime au texte de Salome.\nla\nQue de morts dejà dans ces souvenirs!, L'autre jour, en feuilletant\ncollection rarissime du premier Scapin, j'ai retrouvé ces quelques\nvers de Dubus, qui n'ont jamais été publiés ailleurs, et qui bercent\nmystérieusement, je ne sais pourquoi, ma mélancolie:\nNos jours de joie ont de tristes lendemains\nQue mieux vaut ignorer å jamais ; si tu l'oses,\nDans notre chambre, un soir, les fenêtres bien closes,\nNous épandrons des tubèreuses, des jasmins,\nDes lys, des lilas et des grappes de glycinе :\nDans l'ombre leur senteur énervante assassinе.\nJe copie dans le mème Scapin (10 janvier 1886) un poème de\nLouis Le Cardonnel qu'on a négligé de reproduire dans le numéro\nde la Plume où une main pieuse a réuni en anthologie ses vers\népars:\nLE RÊVE DE LA REINE\nLa Reine aux cheveux d'ambre, à la bouche sanglante,\ntient, de sa dextre longue, ouvert le vitrail d'or,\npensant que l'heure coule ainsi qu'une eau trop lente.\nEn ses yeux le reftet d'une tristesse dort,\net sur sa robe ou sont des fleurs bizarres d'or,\nelle laisse dormir son autre main si froide\nque dans un sombre jour de chapelle qui dort\nde moins rigides mains portent la palme roide !\nSoudain. quelle moiteur à sa peau fine et froide!\nA son front lisse perle une soudaine langueur,\net son corsage en dur brocart semble moins roide;\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f117.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/16/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 113, "page_pdf": 118, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "LA PLUME\nest-ce toi, si longtemps immobile, son cœur\nqui pourra la venir chasser, cette langueur,\net faire ètinceler enfin la somnolence\nde ses yeux, si longtemps glaces comme son cœur,\nqui la fera tomber, l'armure du silence?\nO crépuscule, dans ta grande somnolence,\nun bois à l'horizon s'étage noir et bleu;\nhaut, le croissant emerge et s'argente en silence.\nL'Hippogriffe atlendait dans le couchant de feu ;\net la Reine, égarant son regard noir et bleu,\nmaudit l'heure qui coule ainsi qu'une eau trop\net sous le dur brocart sentant sa gorge en feu,\nmord son exsangue main de sa bouche sanglante!\nlente,\n113\nOn discerne déjà, dans ces vers lointains, le décor catholique et\nlégendaire qui attira toujours Louis Le Cardonnel. Mais on aurait\ntort de voir, en ce poète admirable, un simple dilettante de la reli-\ngion. Je le connus toujours, même en pleine tourmente, grave,\nréfléchi et apostolique. Il m'adressait de longues exhortations que\nj'écoutais d'une oreille distraite. S'il fut mal compris par quelques-uns,\nc'est qu'il fut incapable de la moindre hypocrisie. Il se montrait tel\nqu'il était, sans dissimuler ses tentations, ses fautes et les affres de\nson repentir. J'ai rarement approché ¿me plus noble et plus pure. Je\npense à lui avec émotion, et je souhaite, quoique délibérément incro-\nyant et hostile à toute religion, qu'il ait trouvé dans sa foi la paix du\ncœur et de l'esprit. Je suis infiniment heureux d'apprendre qu'il\npubliera prochainement un volume de vers. Qu'importe que ceux-cі\nsoient d'inspiration catholique ? Lesquels ont le mieux compris les\nlivres mystiques de Verlaine, des catholiques ou des incroyants? La\nréponse n'est pas douteuse. Louis Le Cardonnel est - avec quelques\nautres, tels le critique Alphonse Germain et le poète Adrien\nMithouard - l'honneur de l'Eglise. Pourquoi faut-il que ce soient les\nadversaires de leur dogme qui les admirent, les estiment et les aiment\nle mieux? Peut-être, au-dessus de la vaine clameur de nos querelles,\nest-il, inouï de la plupart des hommes, un langage mystérieux, sans\nsignes ni vocables, que comprennent seuls les poètes?\nde\nEn sortant le samedi soir de la Côte d'0r, nous allions aux soirées\nde la Plume. De ces fameuses soirées, je n'ai pas la prétention\nparler après Léon Maillard, Ernest Raynaud et Adolphe Relté, qui\naidèrent à les organiser. D'autres encore ont rappelé, dans des articles\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f118.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/17/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 114, "page_pdf": 119, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2657, "texte": "114\nLA PLUME\nou des livres, ces assemblées. Les uns y ont vu des réunions fami-\nlières de bons camarades venus pour réciter des vers, écouter des\nchansons, pinter et potiner; les autres, des sabbats où l'on buvait du\nsang dans des crânes de petits enfants, en marmonnant des abra-\ncadabras. M. Maurice Le Blond en a donné cette dernière impression.\n< Aux soirées de La Plume, tous les samedis, dans un caveau du\nBoul' Mich, s'entassait une pittoresque cohue de bardes mystiques,\nde peintres de l'âme, de chansonniers et de fumistes aux allures\nridicules... Cesjeunes gens paraissaient éprouver de vaniteuses volup-\ntés à s'exiler du monde. Ils cultivaient un jargon singulier; ils affec-\ntaient des mœurs cyniques et mystérieuses.\nPour réduire à néant cette légende qui tend à se propager, je me\ncontente de relever, sur la liste de présence d'une seule soirée de la\nPlume (19 décembre 1890), les noms suivants: Paul Verlaine, Jean\nMoréas, Julien Leclercq, Louis Dumur, N.-P. Roinard, Louis Le\nCardonnel, Léon Bloy, Raymond de la Tailhède, Léon Maillard,\nEmile Goudeau, Ludovic Naudeau, Grenet-Dancourt, Louis le Dau-\nphin, Maurice du Plessys, John Grand-Carteret, Gabriel de Lautrec,\nCharles Buet, Eugène Lemercier, Yann Nibor, Pierre Trimouillat,\nLéon Durocher, Jules Tellier, Pierre Mille, Edouard Dubus, Lugné-\nPoe, Franck Vincent, André Veidaux, Georges Bonnamour, Gabriel\nFabre, Charles Morice, Jean Rameau, Adolphe Retté, F.-A. Cazals,\nPaterne Berrichr, Niederhauson-Rodo, Lucien Hubert, J.-L. Croze,\nMaurevert, Yvanhoë Rambosson, Alexandre Boutique, Charles\nMaurras, etc., c'est-à-dire des poètes, des romanciers, des critiques,\ndes dramaturges, des journalistes, des chansonniers, des musiciens,\ndes peintres, des sculpteurs, des architectes, des directeurs de théâ-\ntre, et même de futurs députés et conseillers municipaux! Les opi-\nnions étaient aussi bigarrées que les professions: il y avait là, con-\nfondus dans le même nuage de fumée, des catholiques, des protestants,\ndes juifs, des royalistes, des bonapartistes, des radicaux, des socia-\nlistes, des anarchistes, des mages et des zulistes. C'est merveille\nque certaines soirées de la Plume ne se soient pas terminées comme\nle combat des chats de Kilkenny, qui, d'après la légende irlandaise,\ns'entre-dévorèrent si bien qu'on ne retrouva, le lendemain, ni un\nchat, ni un poil sur le champ de bataille.\nAvec Canqueteau, Bailliot, Lemercier, Ferny, ce gavroche de Cazals\nétait la joie, l'éclat de rire, le pied de nez de ces soirées. Ne respec-\ntant rien ni personne, il faisait la nique, en vrai gamin de Paris,\nceux qu'il aimait le plus: à Verlaine, dont il célébrait le rhum à l'eau;\nà\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f119.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/18/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 115, "page_pdf": 120, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1143, "texte": "LA PLUME\n115\nà Moréas, dont il chantait le dernier cigare. Ce gamin, contraste\npiquant, ressemblait étrangement à Delacroixjeunc. Aussi se pre-\nnait-il, dans ses moments de distraction, fort au sérieux, et s'oubliait-\nil jusqu'à chanter, en des vers vraiment émus, les amours, les\npeines et le triste destin du pauvre F. A. C. Mais le rire, ce courage\ndes bohèmes, éclatait bientot au-dessus des regrets, et le pauvre\nF. A. C. redevenait le joyeux Cazals. Que de refrains endiablés il a\nlancés, castagnettes aux doigts, dans le caveau enfumé du Soleil\nd'Or, où le piano le plus infirme de Paris renonçait à l'accompagner!\nCompagnon inséparable de Verlaine, qu'il amena même au Soleil\nd'Or, un soir de Carnaval, coiffé d'un énorme turban, il partageait\nla philosophie facile et débonnaire du maitre, et s'accommodait\ngaillardement des hasards de la vie. Il répondait à la mauvaise for-\ntune par des chansons. Toute une époque revit dans son recueil Le\nJardin des Ronces, dont le seul tort est de ne pas nous rajeunir. Où\nsont les refrains d'antan, et le rhum à l'eau de Verlaine, et le dernier\ncigare de Moréas?\n(A suivre).\nStuart MERRILL.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f120.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/19/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}]}, {"article_id": "leu-04515", "tome": "1904", "cle_volume": "1904", "ark": "bpt6k15610b", "ocr_source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 115, "page_fin": 117, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 115 (100.0) ; début : titre en tête ; fin : signature non retrouvée", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f120.item", "pages": [{"page_imprimee": 115, "page_pdf": 120, "debut_caractere": 1143, "fin_caractere_exclue": 1582, "texte": "La Bonté d'Aimer (1)\nPAROLES\nA Madeleine.\nAccueille la douleur savoureuse d'aimer.\nComme les bles naissants assument la lumière.\nSouffre pour te connaitre, et laisse en toi germer\nLa bonte qui remplit les moissons de la terre.\nComme on sème en pleurant des fleurs sur un cercueil,\nEffeuille tes regards fleuris de beautë triste\nA l'être misérable au cœur de qui persiste\nLa vanité d'errer par le mal et le deuil.\n(1) Un volume à paraitre.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f120.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/19/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 116, "page_pdf": 121, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1157, "texte": "116\nLA PLUME\nEt le voyant cruel, dis-toi que l'homme souffre;\nPlains-le dans sa détresse et plains-le triomphant,\nEt mets devant ses maux ton sourire d'enfant,\nComme une fleur au bord d'un gouffre...\nLes jours passenl ainsi que des vieillards tremblants\nChargés de rameaux pris à l'hiver, où le givre\nMet, au gre d'un soleil morne, des diamants:\nEt c'est pour euxl'espoir et l'excuse de vivre.\nIls chancellent. Leurs voix abondent en histoires\nOù la vie agonise à jamais sous la mort;\nU'n feu bref sourd parfois de leur esprit, où dort\nLe pauvre Amour captif de l'or et de la gloire.\nNous rêvons à leur suite ; et souvent nous rions\nDe nous savoir autant qu'eux-mêmes vieux et lâches;\nEt nous pleurons derire: helas ! nous voudrions\nVivre d'autres amours et mourir d'autres tâches.\nUne aube grise et sale éclate au ciel beant\nSur le trépas des dieux et le déclin des astres;\nVoici le même effort et les mêmes dèsastres :\nLe gigantesque orgueil d'illustrer le neant.\nAllons, pourtant. Demain met sur nous son emprise;\nQu'il nous donne le rêve et gouverne son cours;\nOublions de savoir que ce sera toujours,\nAprès de la nuit noire, un éclat d'aube grise.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f121.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/20/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 117, "page_pdf": 122, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 471, "texte": "LA PLUME\n117\nEt laisse ton bonheur se lustrer de tes pleurs,\nAinsi que le matin s'étoile de rosée:\nL'avril est le sang pur de la terre blesséе,\nEt les parfums des nuits sont le râle des fleurs.\nCache-le dans ton cœur comme on fait d'un larcin,\nDe crainte qu'un passant ne t'admire et t'envie.\nFais que tout malheureux dont tu seras suivie\nDevine ses sanglots aux vagues de tes seins.\nEt que par nous l'amour soit meilleur que la vie.\n3 septembre 1901.\nGeorges PIюсн.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f122.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/21/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}]}, {"article_id": "leu-00350", "tome": "1904", "cle_volume": "1904", "ark": "bpt6k15610b", "ocr_source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 117, "page_fin": 127, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 117 (100.0) ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f122.item", "pages": [{"page_imprimee": 117, "page_pdf": 122, "debut_caractere": 471, "fin_caractere_exclue": 1043, "texte": "Le Monocle de Maxime Opsiss\n'JOUR, vieux!\nÇa va?\nLa femme, c'est la fatalité.\nJ. MICHELET\n- Pas mal, et toi? ton voyage de noce est déjà\n- Quel voyage?\n- Allons, ne fuis pas le cachotier! Comment se porte la jeune com-\ntesse Henri de Beautênon, ton épouse?\n- Comment, madame de Beautênon?\n- Ne devais-tu pas épouser l'an dernier la plus jolie perle de nos\nsalons, la fille unique de cette vieille famille des de la Rivaudière.\nQuand je t'ai quitté, voilà bientôt quatorze mois, pour courir à Munich\nrecueillir l'héritage d'une bonne tante, jet'ai laisse féru d'amour pour\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f122.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/21/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 118, "page_pdf": 123, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2290, "texte": "118\nLA PLUME\nla blonde enfant, et fiancé, je crois, autant qu'on peut l'être; ton\nriage était annoncé pour la quinzaine!\n-Eh bien, mon cher, je ne me suis pas marié.\n- Ah bah!\n- Tout s'est rompu presque au dernier moment.\n- Question d'intérêt?\nma-\n- Non pas; j'épousai par amour, sachant fort bien ce qu'allait me\ncoûter mon inclination!\n- Alors ?\n- Alors, c'est la faute à Maxime Opsiss!\n- Maxime Opsiss; tu ne m'étonnes pas: il est fou. Qu'a-t-il donc\nfait?\n- L'aventure est longue, et demande plus d'un détail.\n- Raconte tout de même!\nNous nous assimes à la terrasse d'un café; tandis que la foule des\nboulevards déambulait, curieuse et pressée, mon malheureux ami me\nconfia le récit deson infortune.\nTu sais, me dit-il, quelle passion m'inspira, dès les premiers jours,\nMlle Jeanne de la Rivaudière. Blonde, mince, élancée, la taille souple\net les yeux rieurs, la jeune fille eut tôt fait de me compter parmi ses\nadorateurs; elle valsait du reste comme une ondine, et la valse pour\nmoi, c'est plus qu'un talent: c'est une profession, la seule à la vérité\nque j'aie toujours exercée, la seule aussi pour laquelle je me\nreconnu des aptitudes sérieuses. Bref, je touchai le cœur de Jeanne,\ngråce aux sortilèges du rythme à trois temps, et j'achevai de la con-\nquérir par une démarche de tendresse courageuse que n'avait jusque\nlà risquée aucun de ses soupirants: je demandai sa main.\nsois\nLes de la Rivaudière ne sont pas riches; ils s'imposent pour faire\nfigure dans notre monde des sacrifices quotidiens; leur ambition,\ncomme à tout honnête parent, était d'amorcer pour leur enfant un\nmari sortable, sinon riche, au moins noble, capable, en tous cas, d'as-\nsurer le bonheur de Jeanne. Ils jetaient donc un peu sans compter\nleurs derniers titres de rente, satisfaits de produire leur fille, ravis de\nses succès, espérant bien qu'un jour leur gendre leur serait recon-\nnaissant d'avoir semé sur sa route une si délicate et si blanche fleur\nde beauté. Malheureusement, chez nous, les charmes de la femme ne\nprennent guère d'épouseurs; si la fortune n'en vient relever l'éclat,\nils n'accrochent que des amants; c'était le cas pour Jeanne; on se\ndisputait ses faveurs ; on rivalisait de fadaises et de politesses, mais\non oubliait d'apporter l'anneau; comme des loups, assurés de vaincre\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f123.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/22/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 119, "page_pdf": 124, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2680, "texte": "LA PLUME\n119\npar la famine l'ennemi qui lutte et qui blesse, on attendait l'heure où\npauvre enfant, lassée de tactique, salie par les potins, acculée\nla\nla misère, accepterait derrière l'église le bras d'un heureux vain-\nà\nqueur.\nMa demande mit un terme aux appréhensions des parents;\nelle\nfut pour la jeune fille la joie sans borne après la crainte sans limite.\nJeanne m'aima d'autant plus qu'elle avait plus redouté l'isolement qui\nsuit peut-être la déchéance; les amours se doublent toujours des ter-\nreurs qui nous ont émus; le souci de l'avenir cristallisait ici mes qua-\nlités; j'étais le sauveur des parents, je fus un dieu pour la jeune\nfille.\n< Mon sacrifice était généreux; mes amis me l'ont assez chanté pour\nqueje mette peu de scrupule à le répéter. Je n'ai pour toutrevenu que\ncing mille francs de rente; c'est maigre, mais à deux, quand on est\njeunes et quand on s'aime, les chaumières sont des palais, les verro-\nteries des diamants, et la soie se différencie mal de la laine. Je comp-\ntais d'ailleurs augmenter mes ressourers par des opérations faciles où\nma paresse naturelle n'aurait pas souffertd'un excès d'activité; l'amour\nrend courageux; dans notre monde, les affaires sont fréquentes à bras-\nser; avec un peu d'intelligence, un brin de psychologie pratique,\nj'aurais vite possédé le tour de main nécessaire; en un mot, je pour-\nrais honnêtemenl, sans fatigue et sans honte, imiter la jeunesse dorée\nde nos salons. C'était décidé, je travaillerais; pour ma Jeanne, pour\nsou bonheur, je tâterais des affaires, etj'avais la certitude que, l'amour\naidant, j'y réussirais. Je m'adonnais donc, joyeux, au rêve d'une féli-\ncité prochaine. Nos fiançailles avaient été célébrées en grande pompe;\non nous permettait les causeries à deux, les promenades égarées, l'ex-\nquise chanson des aveux vingt fois répétés, ces menues privautés\nenfin, que les amants se donnent avant I'heure de la caresse suprême.\nMaxime Opsiss tomba comme un démon au milieu de cet éden; il\nen laboura les fleurs avec la rage froide du docteur infaillible; il en\nflétrit les lis du souffle infernal de sa science. Inutile de te dire les\nmanies de ce chercheur extravagant. Tu connais ses excentricités;\nbien des fois nous avons ri ensemble de ses prétendues découvertes.\nla\nPhilosophe, médecin, chimiste, et, je crois, quelque peu sorcier, il\nspécialité du bizarre; non pas qu'il soit absolument dénué de raison\nsaine et précise : il n'est paradoxal qu'aux yeux de notre ignorance;\nmais ses conceptions sont à la fois si profondes et si neuves qu'elles\nétonnent d'abord, qu'elles font rire ensuite, quand leur étrangeté\nparait bouleverser trop résolument notre sens commun. Il est dans le\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f124.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/23/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 120, "page_pdf": 125, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2678, "texte": "120\nLA PLUME\ntempérament français de tourner en ridicule ce qui blesse nos habi-\ntudes de penser et de vivre; une théorie, un acte n'ont chez nous\njamais trouvé grâce quand ils étalaient brusquement l'originalité vive\nd'un caractère ou d'une personnalité. La masse, en général, n'aime pas\nqu'on la dépasse; les grands génies, les inventeurs, ont pour première\nrécompense de leurs travaux les insultes de la foule; l'imbécillité\ns'épanouit au sein de la multitude, c'est la loi; nous ne l'avons pas\nabrogée à l'égard de Maxime Opsiss : il n'en est pas un parmi nous\nauquel ce nom n'éveille aussitôt la vision d'un hospice d'aliénés, et\npourtant, Maxime Opsiss est bien véritablement un savant; tout mon\nmalheur vient d'avoir douté de sa science, d'en avoir, pour ainsi\nparler, provoqué sur mon front les foudres vengeresses.\n<Un jour, Maxime Opsiss nous surprit, Jeanne et moi, très occupés\nde jolis riens, les lèvres timides à demi-prêtes au baiser; un fort éclat\nde rire interrompit nos tendresses. L'intrus s'esclaffait de nos\namours; j'avais envie de le gifler, mais j'eus le respect de ses che-\nveux blancs, et je pris en plaisantant sa fâcheuse interruption; il en\nprofita pour m'enlever au bavardage de ma fiancée, me prit le bras,\net, par manière de galante taquinerie, m'infligea l'analyse de ses théo-\nries, le récit de ses découvertes. Je rageais ferme, mais je trouvais\nbientôt dans mon impassible politesse l'arme d'une vengeance secrète.\nL'homme heureux aimera toujours à contempler, des sommets de\nson bonheur, l'infortune d'autrui. Le spectacle d'une mer turieuse\nplait aux baigneurs tranquilles de la plage; j'étais pétri de félicité,\njéprouvai la joie maligne de surexciter la philosophie bizarre de mon\ncompagnon, et de goûter, par l'examen renouvelé de sa folie, les\nvertus de ma raison pleine d'équilibre et de santé.\n« Lui déjà voguait à pleines voiles sur l'océan lointain de ses utopies:\n< Mon cher, me disait-il, vous êtes-vous demandé pourquoi les\nenfants pullulent dans certaines familles, alors que d'autres, au con-\ntraire, en sont à peine gratifiées ! Ne répondez pas; je vois à votre air\nque vous songez aux surprises de la petite saleté. Je vous parle phi-\nlosophie et non pas pornographie. Je suis arrivé sur cette question à\ndes découvertes précises, à des théorèmes quasi-mathématiques. Je\nvous ai répété souvent que la femme sur notre terre s'acquittait d'une\nmission spéciale, nettement indiquée par sa constitution et ses incli-\nnations morales, mais que, jusqu'à présent, l'on n'a pas su déterminer\nen vue de la finalité supérieure des êtres. La femme n'est qu'un vase\nmerveilleux, une urne séduisante, décorée de tous les ornements de\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f125.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/24/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 121, "page_pdf": 126, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2735, "texte": "LA PLUME\nl'art et de la science, où vient, après des fatigues multiples,\ndésaltérer l'âme harassée de nos ancêtres.\n121\nse\nSupposons que dans votre famille la génération mâle soit repré-\nsentée à l'heure actuelle par votre grand-père, votre oncle, volre\npère, votre frère et vous-même. Votre sœur, par suite du décès de\nvos autres parentes, représente seule le camp opposé. Vous mourez\ntous dans un intervalle de deux ans. Vous n'avez pas d'enfants; votre\nsœur survit, unique et dernière descendante d'une race épuisée.\nQu'arrive-t-il? Vos cinq âmes s'enfouiront immédiatement dans le\ngiron de cette jeune fille, et là, sous les apparences gracieuses et\nséduisantes de la femme, elles attendront, à travers plus de joies que\ndetourments, l'heure où quelqu'un deshommes, irrésistiblement\nconquis par les charmes de votre sœur, vous fera renaitre à la vie,\ninconscient de votre existence antérieure, mais capable, par votre\ncorps neuf et vigoureux, de courir sur la route inſinie des siècles à la\nprochaine étape. Cet exemple n'est pas tout à fait conforme aux lois\ngénérales que j'ai pu déduire de mes observations; mais il suffira,\npour vous mettre en garde contre la grâce ingénue des femmes, voile\nnaturel derrière lequel se dissimule le désir d'êtres endormis que la\nvie appelle à de nouveaux labeurs, l'ambilion d'exister encore, de\nvivre les joies et les douleurs de la terre, pour obéir à cette loi fatale\nqui veut que l'être continue l'être, et que le fils reprenne l'œuvre où\nl'a laissée le père ! Ces esprits surgissent un jour à la lumière, après\nquelques nuits d'amour, sous la forme d'enfants roses et blonds, à\npeine reconnaissants d'avoir reçu l'occasion de naitre, tandis que le\nsauveur, emporté par une passion dont il ignore les précipices, se\nsacrifie de plus en plus pour la. libération de nouveaux prisonniers;\nainsi s'accroissent les familles, ainsi l'amour crée la vie, usant des\npièges de la beauté pour féconder l'activité de l'univers et ramener\nsur notre terre les générations disparues. La paternité n'est donc en\ndéfinitive qu'une des manifestations les plus fréquentes de cette soli-\ndarité qui lie naturellement l'homme à l'homme. Nous y courons dans\nl'enthousiasme d'un altruisme instinctif, fascinés par l'attrait de cette\nenveloppe fragile au sein de laquelle se dissimulent des formes neuves\nde travail et d'énergie. Mais le plaisir a sa rançon; le désintéresse-\nment cesse de réjouir dès qu'il entame notre bien-ètre; la paternité\nn'est joyeuse qu'au milieu de l'opulence; elle s'accompagne d'amer-\ntume et de douleurs dans la pauvreté. J'en conclus, mon cher, que\nvous faites une sottise en épousant Mlle Jeanne de la Rivaudière.\n\"- Oh! m'écriai-je, intéressé malgré moi par la cruauté de cette\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f126.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/25/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 122, "page_pdf": 127, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2508, "texte": "LA PLUME\n122\ndernière réflexion, vous exagérez la portée de vos théories: je\nne\nveux pas les discuter, mais je tiens à protester contre une conclusion\nqui me parait viser sans cause une personne au dessus de toutc appré-\nciation.\n<- Je n'ai rien dit pour vous blesser, reprit mon bourreau, mais\nl'amour, qui nimbe d'or l'étoile de votre passion, laisse à mon esprit\ntoute liberté de jugement. Raisonnons. Depuis un quart de siècte, les\nde la Rivaudière, autrefois répartis en plusieurs branches également\nfécondes, ont vu leur nombre se diminuer et se restrcindre à la seule\nfamille où vous avez l'ambition d'entrer; aucune descendance colla-\ntérale ne permet de supposer que tant d'âmes disparues aient pu\nréfugier leur quiétude parmi des races indirectes; récemment encore\nMlle Jeanne a perdu de suite ses deux oncles, ses deux frères, et son\ngrand-père, aulant de personnalités qui, n'ayant point de descen-\ndance immédiate, ont dù reporter leur tendresse sur l'unique prison\nque le sort leur dévoluait; Mlle Jeanne est belle très probablement de\nla beauté de huit générations; son giron abrite un véritable essaim\nd'êtres trop longtemps maintenus dans un sommeil réconfortant.\nGare au héros qui leur rendra la lumière; s'il n'a la fortune d'un\nCrésus, j'ai bien peur qu'il n'aille chercher, avec les joies d'une pater-\nnité considérable, les déboires d'une misère non moins certaine.\n«-Mlle Jeanne n'aura pas une douzaine d'enfants!\n«-Qu'en savez-vous?\n«-Et vous?\n<- Ne discutons pas des probabilités que nous ignorons à cette heure\nautant l'un que l'autre; mais faites-moi l'amitié de m'accompagner à\nmon laboratoire, et là, je vous donnerai le moyen de prévoir les tra-\nvaux où vous soumettra votre mariage. Rappelez-vous que l'inconnu,\nmystère vivant ici bas, c'est la femme; elle est la fatalité\nle\nqui\nmarche, inflexible et brutale Quiconque s'est une fois perdu dans\nson sillage, ne peut retrouver la voie de la liberté; il meurt, enlizé\ndans sa tàche, victime souriante de la beauté, incurablement damné.\nCependant, vous admettrez avec moi que la plupart des hommes\nse\nle\njettent dans le précipice par ignorance du sort qui les menace :\nsalut n'est pas impossible si l'on n'a qu'un pied levé sur l'abime, je\nvais donc vous faire toucher le goufre; vous serez libre après\nvous y précipiter.>\nde\n<Nous narchions en silence Maxime Opsiss, l'æil brillant de sar-\ncasme, moi, plus narquois qu'intrigué, tant je me sentais au cœur de\nmépris pour ce thaumaturge, inventeur et prophète de haute comé-\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f127.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/26/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 123, "page_pdf": 128, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2722, "texte": "LA PLUME\n123\ndie; le pas léger, je franchis le seuil de son enfer et le doute aux\nlèvres, je promenais mes regards sceptiques sur son attirail d'alchi-\nmiste. Soudain, je le vis ouvrir un minuscule coffret, capitoné de\nsoie, dont il tira comme d'un tabernacle un monocle cerclé d'or:\n<Voici, dit-il, de quoi confondre vos doutes, et vous éviter une aven-\nture plus néfaste qu'agréable. Cette lentille qui, de prime abord, ne\nparait en aucune façon différente des autres, fut cependant fondue\npar moi selon des rites spéciaux; elle me sert à démontrer, par des\nexpériences pratiques et conséquemment indiscutables, la vérité\nprofonde, quoique nouvelle, de mes découvertes philosophiques.\n<D'après les principes que je vous ai tout à l'heure énumérés, le\nnombre d'enfants qu'une femme doit mettre au monde est inversement\nproportionnel au chiflre de sa parenté vivante; il devait donc être\npossible, puisque les âmes des êtres disparus sommeillent en elle,\nd'apercevoir dans son sein les différentes individualités prêtes à gagner\nla lumière, aucun instrument jusqu'à ce jour n'a permis cette obser-\nvation, et les rayons X eux-mêmes, malgré leur subtilité, ne révèlent\nencore que la présence des objets matériels, nullement celle des éner-\ngies spirituelles. Mon monocle résout la question; il suffit de le visser\nà l'œil, et de regarder le nombril d'une jeune fille pour constater aus-\nsitôt avec autant de précision que s'il était réel et non virtuel, le\nnombre de ses futurs enfants! Jugez d'ici l'éminent service que je\nrends à l'humanité; l'homme ne va plus à l'aveuglette tendre les\nmains aux chaines féminines; il sait d'avance à quelles charges il se\nsoumet, et c'est à lui désormais de choisir entre les joies d'une nom-\nbreuse famille ou les agréments d'une descendance restreinte! Dès que\nmon invention sera vulgarisée, je suis certain que mes compatrictes\nme couvriront de lauriers; car j'estime avoir plus fait pour eux, en\nreculant les bornes de leur liberté, que les docteurs acharnés à com-\nbattre la contagion du mal. »\n<J'examinai l'instrument, le tournant et le retournant sur toules ses\nfaces; une incrédulité poussait en moi, qui fusa bientôt dans un rire\npresque malhonnète. Maxime Opsiss ne releva pas mon insolence,\nmais, entr'ouvrant une petite porte, il appela: « Marie ! Maric!» Une\nfille survint, frêle et menueservante, qui l'aide plus à son diabolisme\nqu'aux soins domestiques : « Mettez-vous, là, lui dit-il, en la plantant\ndevant moi. Vous, assujettissez votre monocle - Là! Maintenant\nregardez! Combien Marie aura-t-elle d'enfants? - Trois, répondis-je\nen tremblant de tous mes membres.» J'étais blème: des questions me\nbrûlaient les lèvres, mais l'étonnement paralysait ma voix. Marie\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f128.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/27/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 124, "page_pdf": 129, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2659, "texte": "124\nLA PLUME\ns'était retirée, ni plus ni moins émue, habituée sans doute à ces sur-\nprises de la magie. Maxime Opsiss riait comme un moine de Rabelais :\nVoilà, s'écriait-il, comment la science complète la philosophie;\nl'une découvre, l'autre crée; je vous confie mon monocle: c'est de la\nsagesse en écrin que je vous prête là, mon cher, faites-en votre profit\net revenez me voir quand les miracles de ma folie troubleront moins\nvotre raison! »\n< Je gagnai ma demeure dans un état d'énervement indicible; mes\nnerfs vibraient comme au vent les cordes d'une lyre; j'avais l'air d'un\nesthète stupéfié par le haschisch. Il se livrait dans mon être une lutte\natroce oùje sentais chanceler par avance tout le bonheur de ma vie.\nLe monocle infernal me brûlait les doigts, mais l'avenir m'épouvan-\ntait, j'avais peur d'enterrer mon amour si j'exerçais contre lui le fatal\nsortilège; je craignais, à négliger d'en faire usage, d'aventurer mes\njours dansla misère; la passion me conseillait de m'abstenir; l'égoïsme\nme commandait de contrôler l'inconnu; je restai longtemps dans cette\ncruelle indécision, répétant cent et cent fois l'expérience du monocle\ndans l'espoir de suspendre ses vertus en défaillance, et n'arrivant\nchaque fois qu'à reconnaitre davantage l'infaillible génie de son inven-\nteur.\nfois\n< Enfin la curiosité triompha des appréhensions de mon amour.\nAprès tout, que pouvais-je risquer à contempler un instant à travers le\nmonocle de Maxime Opsiss la chair veloutée de ma fiancée; je verrais\nd'avance la figure de mes héritiers? Eh bien, quand on se marie,\nn'esl-on pas certain d'être à brève échéance une ou plusieurs\npapa? Quand Jeanne aurait bien trois enfants, même quatre, où serait\nle danger ? Je m'arrangerais pour qu'ils n'eussent pas à souffrir! et puis,\nplaie d'argent n'est pas mortelle, quand nous ferions même quelques\ndettes! Les de Beautènon peuvent se permettre ces fantaisies.\n< D'ailleurs, la fortune a des hasards heureux qui peuvent combler\nd'un coup de bourse les brèches les plus menaçantes. Rien ne saurait\ndonc m'empêcher d'épouser une si jolie femme; la beauté vaut bien\nun peu d'inquiétude. A peine si j'envisageais l'hypothèse d'une des-\ncendance multipliée; les cas de famille nombreuse sont plutôt excep-\ntionnels; ma conviction intime était qu'un ménage qui donne à la\npatrie trois ou quatre défenseurs méritait bien de sa reconnaissance,\net qu'à tout prendre, enfin, mon union ne m'entrainerait pas à dépasser\ncette sage moyenne. L'homme qui raisonne seulest vite persuadé; il\nenvisage toujours l'avenir par le côté qui le séduit. J'aimais Jeanne;\nmes craintes devaient céder aux arguments de la logique aussi long-\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f129.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/28/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 125, "page_pdf": 130, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2687, "texte": "LA PLUME\n125\ntemps qu'un fait brutal, une preuve indéniable ne briserait l'échafau-\ndage trop partial de mes consolations.\n<Ce fut donc l'esprit calme, un grain de soleil au cœur même, que,\ndeux jours après, je me rendis à l'invitation de la duchesse de Mor-\ntagne, chez qui je savais rencontrer ma chère fiancée; nous avions\ncomploté tous deux, maintenant que les fiançailles étaient officielles,\nd'oublier les strictes convenances et de savourer, exclusivement seuls\nau milieu de la foule en fète, des heures nouvelles d'enivrantes causeries.\nQuand j'eus rempli les devoirs de politesse où m'obligeait ma qua-\nlité d'invité, je m'enfuis à la recherche de ma bien-aimée, de ci de là\npar les salons et par les serres, jouant de mon monocle contre d'in-\nsouciantes jeunes filles, infiniment gai de compter en elles, à travers\nleurs vaporeuses toilettes, les petits êtres qu'elles destinaient à l'affec-\ntion de leur époux. Jeanne m'attendait dans un coin retiré, assise sur\nun divan, belle comme un marbre sous la lumière tamisée des arcs\nélectriques; nos mains s'unirent, mais par un geste de pudeur\nma lèvre encore n'effleura point la sienne; la conversation fut tout de\nsuite au niveau de notre tendresse; des mots d'amour sillonnaient\nl'air; la beauté de Jeanne m'emplissait le cœur d'une béatitude inef-\nfable, haussant mon éloquence à des subtilités délicates et passion-\nnées; j'oubliais, ou plutot je retardais l'épreuve du monocle; j'en\njouais négligemment, enroulant le fil d'or auquel il pendait autour de\nmes doigts, n'osant ou redoutant presque de le visser à mon orbite.\nCependant Jeanne disait son ambition de femme heureuse, sa félicité\nprochaine au bras du mari de son choix, la longue confession d'un\ncœur vierge qui s'éveille à l'amour; la loupe maudite parut seule\ns'enchåsser dans mon œil. Horreur, horreur! J'entendis bourdonner\nla chanson naïve de Jeanne, tandis que mon cœur, soudain vide de\nsang, se nouait dans ma poitrine. Devant moi, tout un chapelet d'êtres\nturbulents luttaient à qui reverrait le premier la lumière; j'en complai\ndix-huit, oui, dix-huit, nettement distincts, avec des figures minus-\ncules dont je me rappelais avoir vu les traits dans cette galerie des\naïeux où les de la Rivaudière conservent pieusement l'image de leurs\nancêtres.\nJeanne disait toujours l'intarissable aveu de son bonheur, et moi,\nje comptais, je recomptais la foule grouillante de nos futurs enfants;\nun froid glacial agitait mes membres d'un tremblement convulsif;\ndes sueurs inondaient mon front à mesure que je sentais mon erreur\nimpossible. Ah! la minute affreuse que j'ai vécue, l'épouvante de la\ncatastrophe que j'avais pressentie! Comme je me repentais d'avoir\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f130.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/29/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 126, "page_pdf": 131, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2151, "texte": "126\nLA PLUME\nécouté Maxime Opsiss et d'avoir tenté sur l'aimée l'exécrable pouvoir\nde son monocle. A ma pâleur, à l'étrange fixité de mon regard,\nJeanne comprit en moi quelque douleur soudaine. J'alléguai en effet\nle brusque retour d'une fièvre ancienne et je lui demandai la grâce\nde me retirer sur le champ; elle me l'accorda; ses parents même se\nmontrèrent pour moi d'une sollicitude touchante; je déclinai leurs\nsoins. Rentré chez moi, je me pris à pleurer comme un enfant.\nMaintenant la situation n'offrait rien de mystérieux. Je devais choisir\nen toute connaissance de cause. D'un côté, c'était la beauté de\nJeanne et la volupté troublante de ses lèvres vierges; de l'autre,\nc'était la kyrielle inévitable des dix-huit enfants, l'exiguité de mes\nrevenus, la misère, dorée peut-être, mais la misère, avec les ran-\ncœurs qu'elle entraine, les platitudes qu'elle commande, les compro-\nmissions mesquines auxquelles elle soumet sans fin. Mon amour\nn'allait pasjusqu'au sacrifice. Huit jours après, j'informais la famille\nde la Rivaudière qu'un deuil imprévu m'obligeait de quitter la\nFrance.\n<J'ai voyagé des mois et des mois, espérant laisser au coin d'un roc,\nou sur les bords d'un rivage enchanté, l'incurable amour dont je\nsuis dévoré; car je l'aime, mon cher, plus encore peut-être, depuis\nque j'ai pris le parti de l'abandonner. J'ai su, dès mon arrivée à\nParis, qu'elle avait épousé le vieux mais richissime marquis de Grand-\npré. Je suis donc sauvé; la douleur, qui m'a si mal assagi, ne me\npoussera pas à renouer les liens anciens, Maxime Opsiss m'a guéri de\nl'amour.\n< Je n'ai pas gardé son monocle, mais dès que j'aperçois une jolie\nfemme, je songe aux dons secrets que nous réserve sa beauté, et toute\nidée de nouvelle aventure s'efface devant la vision magique des\nfutures possibles. Voilà pourquoi je suis et resterai longtemps encore\ngarçon. Voilà pourquoi aussi je ne te conseillerai jamais d'aider aux\ninventions de Maxime Opsiss; c'est un destructeur d'illusions,et nous\nen avons déjà trop perdu pour que ce nouvel ennemi de l'humanité\nne mérite pas notre colère: je n'aime pas la science qui détrône la\nbeauté. »\nAndré BARRE.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f131.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/30/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 127, "page_pdf": 132, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 13, "texte": "LA PLUME\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f132.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/31/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}]}, {"article_id": "leu-04507", "tome": "1904", "cle_volume": "1904", "ark": "bpt6k15610b", "ocr_source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 127, "page_fin": 127, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 127 (100.0) ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f132.item", "pages": [{"page_imprimee": 127, "page_pdf": 132, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 698, "texte": "AUTOMNE\nLe bois sombre s'emplit de murmures confus.\nC'est l'heure des chagrins et des peines profondes.\nPar les sentiers qu'ensoleillaient leurs boucles blondes,\nSous les chênes, témoins de leurs chantantes rondes,\nLes enfants ne reviendront plus.\nC'est l'heure des adieux, le dernier angèlus\nTraine dans le soir gris sa cantilène. Exhale\nTon desespoir, ô cœur d'exil!... L'heure fatale !..\nHèlas! vers les parfums de la terre natale\nLes absents ne reviendront plus.\nSouviens-toi des bonheurs et des rêves perdus\nDont l'obsédant regret hante tes nuits moroses.\nLes ailes des baisers, frileuses, se sont closes,\nL'automne sans pitić fane rires et roses.\nLes amours ne reviendront plus.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f132.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/31/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}]}, {"article_id": "leu-04398", "tome": "1904", "cle_volume": "1904", "ark": "bpt6k15610b", "ocr_source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 128, "page_fin": 130, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 128 (100.0) ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f133.item", "pages": [{"page_imprimee": 128, "page_pdf": 133, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1659, "texte": "Notes bleues\n'A-T ON pas des minutes de vrai bonheur\ndans la vie?... Celle-ci, par exemple: au\ntournant de la rue, je viens d'apercevoir\nl'ami de ma petite voisine d'en face; elle\nest debout derrière ses carreaux, mais elle\nne l'a pas vu s'approcher... Cet instant où\nje possède, moi, le secret de son immédiate\ndestinée, où j'attends que se produise en\nelle ce que je sais et qu'elle ne sait pas...\nEn l'honneur des plus inespérées mer-\nveilles, je ne quitterais pas la fenêtre avant le temps du rayonne-\nment de son visage, je n'abandonnerais pas l'espoir de ce qui est\nmon bien de par la prévision que j'en ai eue: un petit mouvement\njoyeux d'une âme toute vivante...\nEt ainsi il y a des sourires qui se préparent au visage secret des\nchoses, de petits plis qu'on attend courir au visage secret de la ville,\n- comme, à la surface d'un lac, des ondulations joyeuses qui arri-\nvent, qui arrivent...\nLes répercussions de la Beauté ont parfois quelque chose\ntriste et d'insolite qui fait lever la tête, ensuite - comme les cris\ndes ramoneurs sur les cheninées ou comme le son d'une sirène dans\nle brouillard.\nde\nDes jours ont passé. Il y a une Beauté nouvelle.\nOr voici le temps où les Poètes -enfants éternels - regretteraient,\nje pense, d'être un peu moins enfants que jadis. Noël. Le souvenir\nest un multiplicateur miraculeux et très doux; il multiplie par la vie\nde tous les êtres que l'on fut la vie de l'être que l'on est. Et il est\nprécieux aussi parce qu'il ne comporte plus, lui, l'infinité des petits\ndésirs supplémentaires et contradictoires, - toujours un peu insa-\ntisfaits malgré tout, et douloureux nécessairement - lesquels se\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f133.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/32/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 129, "page_pdf": 134, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2201, "texte": "LA PLUME\nsont\n129\nfondus maintenant eu une douceur. Cette dernière raison, il\nest\nvrai, ne nous importe. Et je veux dire que les Poètes, étant ceux\nqu'un génie intime et obscur pousse davantage à désirer ajouter\nla\nde\nvie à de la vie, il est bien naturel que les Poètes se souviennent.\nMais se souvenir, c'est prendre de l'élan pour espérer. Et, bien\nque\nle monde d'aujourd'hui fasse pleurer, -- Poètes, il y a de la Beauté\nnouvelle...\n«Cela » était\nune part de l'ancienne Beauté. Mais « cela > est\nmort. La vie, qui ne peut se tromper, a emporté « cela ». Et sachez\nque dans vous une petite volonté qui ne se connait pas encore\ncelle qui vous induit à créer, c'est-à-dire à faire de deux choses du\nsimple monde une seule chose plus près de Dieu, une petite volonté\nd'aller vers ce qui demain sera plus de vie, c'est-à-dire vers le Bien,\nune petite volonté est en vous, insignifiante et sublime, - toute petite\net très grande comme une promesse d'Infini...\nRestez encore très enfants, Poètes, si vous le voulez. Faites atten-\ntion, pourtant: les enfants ont tort et ont raison. Ils ont tort en ceci,\n(ce n'est pas leur faute, d'ailleurs): ils croient que l'en-dehors de la\nvie est beaucoup plus vaste que la vie elle-mème. Et voici:\nl'en-dehors de la vie prend au regard des enfants ce prestige de\ngravité et de grandeur, parce que vers cela plutôt que vers celle-ci\nles poussent toutes les autorités; ils se representent fermés l'un à\nl'autre deux domaines: le domaine des choses « qu'on apprend » et\nle domaine des choses qui se passent dans la réalité d'alentour; dès\nque ces dernières pointent un peu sehlement derrière le brouillard\ndes paroles du maitre, il y a un petit rire étonné dans la classe,\nun petit rire qui condamne avec simplicité - toute l'éducation\nque l'on donne aux enfants... Donc les enfants ne sont pas induits\nà penser que les manifestations de leur être soient choses larges\net d'importance; ils ne croient pas surtout qu'elles soient choses\ndivines.\nVoilà. Mais - ô merveille!- ils ont raison en ceci; ils ont tout\nneufs en eux l'instinct de vie et la faculté d'amour.\nGardez toute proche votre enfance, Poètes, si vous le voulez... -\nMais il y a une Beauté nouvelle...\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f134.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/33/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 130, "page_pdf": 135, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1889, "texte": "130\nLA PLUME\nQuelque part dans Paris, à l'Exposition Steinlen - où aussi c'est\nun peu Noël - chante, planant, le mystérieux accent d'une Beauté.\nEt l'on sent qu'il est grave d'être homme.\n- Poètes ! vous penseriez :\nSi les yeux des pauvres ont dès le berceau la couleur des jours de\nmisère qui les envelopperont, c'est peut-être par mesure de défense\ncontre les sollicitations du beau besoin intérieur de vivre,- comme\ncouleur du milieu qui les reçoit, les papillons l'ont sur eux par\nla\nde défense contre le bec des oiseaux.\nmesure\nIl ne faut pas penser cela... Il faut penser qu'ici c'est un peu\nNoël...\nC'est l'en-dedans de la vie qui s'exalte. Il y a des muscles\nqui\npeinent, il y a de la douleur. Et vous pouvez être devant cela\npetits enfants de l'Enfant-Jésus avec tout ce qu'ils ont de merveilleuse-\nment ailé, mais vous sentirez battre au bout de vos cils un effort résolu\nde dignité humaine, qui soulève un peu de passé et le promène sur la\nresponsabilité claire de vos yeux.\n- Un petit tableau est dans un coin, où il y a une chose très\nbelle. Une fille-mère tient son enfant dans ses bras découragés,\ntandis que des voisines viennent et sourient au nouveau-né. C'est\nson regard, à cette femme, qui s'abaisse et se dérobe, qui ne sourit\npas, lui, bien plutôt près des larmes, mais qui voudrait sourire peut-\nêtre, quand même, au fond de son indulgence pour la vie... Et ainsi\nest le Paris de Steinlen, ainsi sont ses paysages tristes de rues et de\ncarrefours, où l'on sent la force du travail, au milieu de la douleur,\nsourire peut-être... sourire à quelque chose, qui est de la vérité encore\nincomplètement mise au jour...\nPoètes! - ici, c'est un peu Noël... Ce sourire, - ce commence-\nment de sourire - il est aussi sur le visage de celui qui obscuré-\nment cherche de la vie, en regardant ce qu'il tient dans ses bras et\nqui le fait pleurer.\nDécembre 1903.\nGeorges PÉRIN.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f135.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/34/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}]}, {"article_id": "leu-04302", "tome": "1904", "cle_volume": "1904", "ark": "bpt6k15610b", "ocr_source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 131, "page_fin": 136, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 131 (100.0) ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f136.item", "pages": [{"page_imprimee": 131, "page_pdf": 136, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 994, "texte": "Les Abeilles de Meuse\nQuand Walhère, le doux pasteur\nd'Onhaye, eut été meurtri par son fil-\nleul et neveu Norbert d'Hastière, lequel\nétait prêtre débauché, prévaricateur et\nsimoniaque, on retrouva le corps parm i\nles joncs et les nénuphars,\ndans le brouillard rose du\nmatin, à un détour de la\nMeuse toute fleurie.\nL'abbé de Waulsort, ayant\nappris cette nouvelle, était\narrivé avec tous ses moines\npour reconduire le saint\nprocessionnellement. Mais\nquand ils l'eurent placé sur\nleur chariot, les chevaux\nrefusèrent d'avancer.\nR'est que les bêtes exigent,\nen échange des services\nqu'elles nous rendent, cer-\ntains égards.\nQuand, d'une ferme loin-\ntaine, il faut transporter un\nmort à l'église paroissiale avant de le\ndescendre dans la terre des aïeux, on\ndoit, selon la coutume, aller dire tout\nbas, la veille au soir, dans l'oreille du\ncheval qui doit tirer la charrette, le nom\ndu défunt. Alors la bête exécute doci-\nlement la tâche que l'on ré-\nerk\nclame d'elle. Mais si l'on\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f136.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/35/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 132, "page_pdf": 137, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "132\nLA PLUME\nnéglige d'accomplir ce soin pieux, elle regimbe et, comme saisie d'une\nsainte horreur, elle lance des ruades terribles tant que l'on n'a pas\nrenoncé à l'atteler au convoi funèbre.\nLes roussins de Waulsort n'ayant point reçu la notification mys-\ntérieuse ne tinrent aucun compte des circonstances et ne consentirent\npoint à véhiculer la dépouille mortelle du bienheureux.\nsée\nC'est alors qu'une vieille femme conseilla au prélat d'aller chercher,\ndans une métairie proche, deux génisses blanches n'ayant jamais\nporté le joug. Il les caressa de la main où brillait l'améthyste enchås-\ndans l'or, leur parla et les bénit. Aussi, à peine attelées, gra-\nvirent-elles la montagne à travers bois, fossés, ravines et broussailles,\nle long des précipices, à la crète des rochers escarpés, avec une agilité\nde chèvres. Leurs sabots qui battaient le roc allègrement et les roues\ndu char qui broyaient les obstacles, tracèrent, au flanc de la colline,\nchemin de Saint-Walhère que l'on pratique encore aujourd'hui\npour couper au court lorsqu'on se rend à Onhaye.\nle\n- Oui, m'fi, disait le berger qui gardait ses moutons en face de\nRoche aux Corneilles, les bètes ont aussi leurs idées.\nla\nAprès m'avoir conté cette légende, appuyé à sa houlette, les jambes\ncroisées, il resta silencieux, regardant la grande montagne violette\noù ruisselaient les verdoyances de l'été.\nUn essaim d'abeilles passa près de nous, éblouissant, et alla\ns'abattre sur la rive parmi les roseaux. Et faisant pencher les hautes\nherbes, les filles de feu étendirent comme une nappe d'or sur l'onde\néclatante. Ces topazes vivantes scintillaient parmi les émeraudes dans\nl'argent liquide du fleuve.\nNous les regardâmes, jusqu'au moment où, rassasiées, elles re-\nprirent leur vol bourdonnant dans l'azur enflammé.\n-J'irai bientôt, dis-je, retenir ma provision de miel à la ferme de\nlà-haut, car l'an dernier c'est à peine si j'ai pu en obtenir.\n- Tu n'en auras plus, fit le berger en hochant la tête. Il te faudra\nchercher ailleurs.\n- Comment cela? Ils ne vendent plus de miel?\n- Ils n'en vendent plus pour la bonne raison qu'ils n'en ont plus,\nles abeilles ont déserté les ruches.\n- Depuis quand cela?\n- Depuis la mort du vieux fermier. Il y en a qui croient qu'un\nmauvais sort a été jeté sur la cense par une sorcière d'Evrehailles,\ncar les vaches n'ont presque plus donné de lait et les abeilles sont\nparties. Mais ils se trompent ceux-là.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f137.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/36/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 133, "page_pdf": 138, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "LA PLUME\n- Qu'est-il arrivé?\n133\n- Je connais la vieille, elle n'a jamais fait de mal à personne.\nLes\nsecrets qu'elle possède n'ont jamais servi qu'à soulager les bêtes et\nles gens. D'ailleurs elle n'en veut pas à ceux de là-haut. Mais ce qui\nest vrai, c'est qu'elle sait pourquoi le malheur est entré dans cette\nmaison.\n- Pourquoi?\nAprès une longue pause, tandis que le soleil commençait à descendre\nvers les rochers de Fidevoye et que les ombres s'allongeaient sur le\nfleuve, le berger, d'un air mystérieux, parla:\n-Je te disais tout à l'heure que les bêtes tiennent à certains\négards. C'est pour avoir méconnu les usages pratiqués depuis toujours\nle long de Meuse, que le nouveau fermier s'est attiré la désaffection\nde ses animaux domestiques. Au lieu d'en faire un laboureur comme\nils le sont tous de père en fils dans la famille, le vieux avait rêvé qu'il\ndevint un monsieur comme ceux qui viennent de la ville passer l'été\nà Lustin, à Godinne et à Yvoir. Sur les conseils du curé, il l'envoya\nau petit séminaire de Floreffe. Mais que veux-tu? Pour faire un civet\nil faut un lièvre! Notre homme, qui était un paysan, resta paysan; il\nfut rebelle aux études. Mais, rentré dans la maison paternelle, cela ne\nl'empêcha pas de se croire plus malin que tout le monde.\n<<Le vieux lui avait trop dit qu'il était riche. Son séjour au collège\nayait achevé de lui donuer une haute idée de lui-même. Il voulut tout\nréformer. Son père ne trouvait même plus grâce à ses yeux, c'était\nvieux radoteur comme tous les gens du village, disait-il.\nun\n< Quand le veilleur vint dire que le vieux avait passé, le fils lui inter-\ndit de suspendre un crêpe à l'entrée de l'étable et d'annoncer la mort\naux ruches.\nSelon la tradition, il faut qu'on fasse connaître aux infatigables\nbutineuses, aux ouvrières vigilantes de la cire et du miel, dès qu'elles\nont regagné leur demeure de chaume, le décès du maitre et l'avène-\nment de l'autre. Elles doivent savoir pour qui elles travaillent avec\ntant de zèle et de vaillance, pour qui elles vont aux calices des fleurs\nrechercher le pollen subtil, pour qui elles distillent l'or de la lumière,\nl'azur du ciel, le parfum des corolles.\n<C'est bien le moins qu'on leur donne cette satisfaction en échange\ndes trésors qu'elles prodiguent. Et si l'on y manque elles abandonnent\nla ruche, l'enclos, la ferme, pour n'y plus jamais revenir.\n< Il ne voulait point croire à ces sornettes, disait-il. Il a bien\nvu\nqui est arrivé! Il a eu beau faire, jamais plus un essaim n'est venu\nce\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f138.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/37/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 134, "page_pdf": 139, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2328, "texte": "LA PLUME\n134\nse poser en grappe sur la branche d'un de ses pommiers pour être\nrecueilli dans le dôme de paille qui l'attend. Plus jamais son jardin\nretenti du joyeux bourdonnement de la cité en travail. Les\nn'a\nmouches à miel étrangères qu'il avait amenées chez lui n'y sont point\nrestées, car tout finit par se savoir dans le monde des abeilles et les\nnouvelles n'ont point voulu demeurer où l'on avait manqué d'égards\nenvers leurs sœurs. Elles ont quitté la ruche frappée d'interdit.\n-Et tu crois que jamais plus elles ne consentiront à faire la paix\navec le fermier.\n- Je ne sais, il a trop d'orgueil pour reconnaitre ses torts et les\nfaire oublier. Elles ne fléchiront point.\nLe berger rappela les brebis qui s'en allaient vers les blés ct envoya\nchien rechercher celles qui s'approchaient trop du fleuve dans un\nle\nendroit dangereux où l'escarpement de la rive est caché par des\narbustes et des hautes herbes. Déjà le vent léger qui faisait onduler\ndoucement l'eau transparente apportait un peu de fraîcheur, tandis\nque l'ombre commençait à s'étendre sur les collines, assombrissant\nles feuillages lourds des chênaies.\n*\n- La sorcière d'Evrehailles ne connait-elle point le moyen de faire\nrevenir les abeilles? dis-je au berger.\nIl prit de nouveau un air mystérieux, mit le doigt contre\nla\nbouche, regarda autour de lui, bien qu'aucun être humain ne fut\npour nous écouter.\nlà\ndes\n- Peut-être, murmura-t-il, s'il voulait commencer par brûler\ngraines de pavots sous ses noyers, où sont les ruches, les abeilles\noublieraient. Mais, je te l'ai déjà dit, il est trop orgueilleux pour\nplier à ce qu'il appelle des sornettes.\nse\n< La vieille en sait long. Ecoute, tu me plais, et puisque toi aussi\ntu crois aux « fauwes », je vais te dire celle des abeilles. La vieille\nla\ntient d'une de ses tantes qui était la servante d'un curé de Dinant. La\npreuve que l'histoire est vraie, c'est qu'elle était écrite, et en latin\nencore, dans un gros livre couvert de cuir, comme ceux dans les-\nquels on lit la messe.\nLe temps de voir si les brebis ne s'aventuraient point trop près de\nla rive ou vers le champ de betteraves, et le berger commença son\nrécit, tandis que les deux chiens, à ses cotés, assis sur leur derrière,\nles oreilles droites, les yeux luisants, les beaux yeux couleur de mar-\nron, semblaient attentifs à ses paroles.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f139.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/38/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 135, "page_pdf": 140, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2438, "texte": "LA PLUME\n135\n- Il y a longtemps, très longtemps, avant même que le Christ\ndans l'étable de Bethléem, un chanteur nommé Marphé était\nvenu dans la vallée. Il arrivait on ne sait d'où, mais sa voix.était si\nbelle que l'on croyait que c'était un ange du paradis. Il aimait les\ncieux, il aimait les eaux, il aimait les forêts, les rochers et les plaines,\nil\naimait les animaux, il aimait les hommes. Et son âme s'exhalait en\ndes chants si suaves que, pour l'entendre mieux, les bêtes sortaient\ndu bois et les poissons du fleuve, et le peuple mystérieux qui habite\nles cavernes et le centre de la terre et celui qui vit dans les profon-\ndeurs de l'onde, arrivaient éblouis à la lumière du jour. Un tel amour\njaillissait de lui que la terre s'en trouvait transformée. Tous s'ai-\ndaient et une paix féconde versait ses trésors dans la vallée.\n< Il chantait et de sa bouche parfumée s'envolaient les abeilles\ngonflées de miel.\n<<Une fille de Meuse, dont la mère était la fée qui multipliait les\népis dans le champ et les graines dans l'épi, qui faisait les fruits et\nmoissons, l'aima.\nles\n<Le frais parfum de leur amour enchanta la vallée transfigurée. Les\nfleurs naissaient sous leurs pas, et les nénuphars, surgis du fond des\neaux, venaient épanouir leurs calices d'or à la lumière quand ils se bai-\ngnaient dans le fleuve.\n< Mais, jalouses de ce bonheur, les femmes de Profondeville, dans\nle temps des ducasses, ayant beaucoup bu, s'emparèrent de lui, et,\nfurieuses de ses dédains, le lacérèrent de leurs ongles tranchants et\nle jetèrent dans le fleuve.\n<<Les abeilles, à qui il avait appris à chanter, n'entendant plus\nsa\nvoix mélodieuse, désertèrent les ruches, et après l'avoir cherché\nlongtemps disparurent.\n<<Puis, ce fut comme une nuit épaisse qui se répandit sur la vallée.\nVers ce temps-là, la Meuse courroucée déborda de ses rives, et entrai-\nnant les terres ensemencées rendit stériles les champs d'alentour.\n- Comment revinrent-elles, car elles sont revenues, les abeilles?\n- C'est Jésus qui les ramena avec le pardon pour tous les hommes.\nIl les ramena dans la vallée et recommanda au maitre de leur parler\nsouvent pour qu'elles s'habituent à reconnaitre sa voix. II dit\nau\nmaitre de leur parler avec douceur et de ne point prononcer auprès\ndes ruches des paroles grossières.\n< Elles jouissent de la protection divine. Dieu punit celui qui\nmouche à miel.\ntue\n<<C'est pourquoi, le jour de la Fête-Dieu, les abeilles construisent\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f140.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/39/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 136, "page_pdf": 141, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1281, "texte": "136\nun\nзi\nLA PLUME\nrayon en forme d'ostensoir. Quand le Saint-Sacrement est exposé,\nelles essaiment et qu'on n'a point préparé de ruche, elles vont for-\nmer sur un arbre le gâteau d'adoration.\nComprends-tu maintenant pourquoi elles ont quitté la ferme de\nlà-haut. Elles doivent être charmées et le censier ne veut point parler\nà des bêtes comme à des gens, alors que partout dans nos alentours,\nquand le jeune essaim escortant sa reine traverse l'air radieux à la\nrecherche d'un domaine nouveau, les paysans chantent la chanson\nqui les flatte et les attire:\nVino les belles\nVino les belles\nVino les belles\nEfèyes !\nLe soleil avait disparu derrière la montagne, le berger rassembla\nson troupeau et me dit au revoir.\nJe regagnai ma barque cachée dans les roseaux, je le regardai\ns'éloigner dans le crépuscule. Déjà le troupeau se confondait avec\nles brumes qui montaient de la terre. Les chiens vigilants\napparaissaient encore, mais nimbés de brouillard, tandis que la\nhaute silhouette du berger appuyé sur sa houlette comme le\ndieu Wotan sur sa lance dominait toute la plaine.\nL'ombre des collines couvrait le\nfleuve de sa mélancolie et tout en\nvoguant vers l'autre rive où m'ap-\npelait une voix familière, je pensais\nencore au berger, à Orphée et à\nJésus.\nMaurice des OMBIAUX.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f141.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/40/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}]}, {"article_id": "leu-04225-1", "tome": "1904", "cle_volume": "1904", "ark": "bpt6k15610b", "ocr_source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 137, "page_fin": 146, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 137 (100.0) ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f142.item", "pages": [{"page_imprimee": 137, "page_pdf": 142, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1781, "texte": "Le Mariage de Judith\nPROLOGUE\nEn hiver. Le Salon de Judith Falch, grande pièce meublée avec un certain\ngoût décoratif, mais sans aucune prétention au style. Meubles capitonnés, de\nforme et de couleur communes, une commode rococo à côté d'une chaise Empire.\nBeaucoup de draperies. Bureau de femme. Vieux chiffonnier d'acajou, glace\noblongue, en cadrée d'acajou, au-dessus d'une console. Piano carré près du poèle;\nun écran d'étoffe le protège contre la chaleur.\nTrois croisées donnant sur la rue; devant l'une se trouve une sorte d'estrade,\navec une table à ouvrage, Pots de fleurs sur toutes les fenêtres.\nAux murailles, des porcelaines, des photographies disposées par groupes,\nreprésentant des célébrités diverses, hommes et femmes; tableaux, estampes,\nreproductions d'aquarelles françaises d'un goût douteux.\ndeux\nÇà et là, des colifichets sans valeur, une lampe grossière, achetée dans un bazar\nquelconque, etc. etc.\nDans la matinée. Judith Falck et Paul Palmer causent ensemble,\nPAUL\n...Je vous dis que cela ne peut pas continuer ainsi !... Et moi qui vous\ncroyais riche!\nJUDITH\nJ'aurais pu avoir, sinon la richesse, du moins l'aisance, si mon tuteur\nn'eút pas cédé si facilement à toutes mes fantaisies. Il me reste en tout\naujourd'hui quinze mille francs, placés à la Banque, et que je ne pourrai\ntoucher que le jour de mon mariage. Ma foi, tant pis!je mettrai en gage-\ncela me fera vivre un an ou deux, après tout; d'ailleurs, avant ce temps-là,\nvous aurez assez de moi sans doute - et alors, advienne que pourra, je\nm'en moque!\nPAUL\nQuand aurez-vous besoin de cet argent?\nJUDITH\nDemain.\nPAUL\nVous l'aurez avant midi.\nJUDITH\nMerci, mon bon ami. Apportez-le vous-même. Nous ferons alors un beau\npetit déjeùner, et puis vous resterez chez moi, n'est-ce pas?\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f142.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/41/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 138, "page_pdf": 143, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1726, "texte": "LA PLUME\n138\nPAUL\nNon, non, Il nous faut être raisonnables à présent. Pas au point de vue\npécuniaire seulement, mais surtout pour votre réputation à vous. Vous\nvenez de me promettre tout à l'heure qu'à partir d'aujourd'hui on\npourrait plus jaser sur votre compte.\nJUDITH\nne\nMais vous, mon ami, j'ai bien le droit de vous recevoir?\nNi moi, ni personne... de mon sexe.\nJUDITH\nAlors, je ne suis plus rien pour vous?\nPAUL\nPAUL\nQuelle question!... Vous savez bien que je vous aime; mais c'est à cause\nde cela justement... Je ne me méfie pas de vous, moi. Quand vous dites\nque je suis le seul que vous aimiez, vous dites vrai, je le sais bien. Quel\nintérèt auriez-vous à mentir? - Mais je ne veux pas, vous dis-je, que ma\nbien-aimée puisse être ainsi exposée à la calomnie. Je souffre plus que\nvous des bruits méchants qui circulent en ville depuis des mois, et dont\nnous avons toujours été d'ailleurs charitablement prévenus, l'un et\nl'autre.\nJUDITH\nEt vous ne vous doutez toujours pas d'où ils sont venus, ces bruits?\nPAUL\nLes bruits n'ont ni père ni mère. Ils naissent des vilains désirs de tous,\ndu plaisir qu'on éprouve à remuer ce que l'on croit être sale. Ils arrivent\nau jour comme les vers qui sortent du fumier.\nJUDITH\nLes bruits qui courent sur mon compte ont une origine beaucoup plus\nsimple. Ils viennent exclusivement de vos amis... qui me haïssent.\nPAUL\nVoyons, calmez-vous. Pourquoi mes amis vous haïraient-ils?\nJUDITH\nDois-je vous le dire? Parce qu'ils sontjaloux. Vous avez l'étoffe d'un ami\nvéritable, c'est-à-dire de l'homme bon par excellence. C'est de la folie,\nmon cher. Les gens à qui vous donnez votre amitié vous tiennent en leur\npouvoir, entièrement. Il leur est agréable de disposer d'un homme qui a\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f143.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/42/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 139, "page_pdf": 144, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1837, "texte": "LA PLUME\n139\nplus d'intelligence que les autres. Voyez-vous, ils me craignent, vos amis,\nparce qu'ils ont peur que je ne vous accapare.\nPAUL\nVous nous flattez tous deux. On me désire, et on vous craint moins que\nvous ne le pensez. Il n'y a que ceux qui sont amoureux de vous, qui nous\nenvient notre bonheur, - et s'ils le font c'est d'une autre mauière... On\nenvie toujours les gens qui sont trop heureux... Pour la plupart des\nhommes, la vie est si misérable et si mesquine!... La lumière éclatante\nd'un grand bonheur les éblouit et les scandalise... Or, mes amis ne sont\nnullement de ceux qui sont le plus à plaindre.\nJUDITH\nEt si j'étais à même de vous donner des preuves de ce que j'avance?\nC'est ce que vous ne pouvez pas.\nPAUL\nJUDITH\nSi !.. Promettez-moi seulement,jurez-moi de ne jamais répéter à personne\nce que je vais vous dire. Paul fait signe que oui. Elle s'est levée, va vers\nle bureau, ouvre le tiroir du milieu, et en tire une leltre. Elle se\nrapproche de lui et la lui tend). Eh bien, voyez!\nElle n'est pas signée...\nJUDITH\nLisez!\nPAUL\nPAUL (lisant).\n< Mademoiselle, quelqu'un qui vous veut du bien vous engage vivement\n< à vous tenir sur vos gardes. Vous êtes surveillée, et toutes vos démarches\n< sont épiées. On sait tout, en un mot; et un beau jour on aura les preuves\nde votre double jeu si compliqué; elles seront remises au seul qui soit\n« encore aveugle à cet égard, celui dont vous êtes en train de ruinerl'avenir\n< de façon irrémédiable. Ses amis en ont assez de vos airs de supériorité...\n< Vous voilà prévenue, Mademoiselle; vous étes assez intelligente pour savoir\n«ce que vous avez à faire, et pour prévenir ainsi toute possibilité de scan-\n« dale ».\nJUDITH (après une pause).\nEh bien? vous n'avez - naturellement -aucun soupçon sur celui\na pu écrire cette lettre?\nPAUL\nL'écriture est contrefaite.\nqui\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f144.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/43/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 140, "page_pdf": 145, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1802, "texte": "LA PLUME\n140\nJUDITH\nMais le style, l'esprit - le souci touchant et délicat qu'on a de votre\nhonneur et de votre bonheur - cette bienveillance incontestable à mon\négard... Non, mon ami, vous n'avez besoin de rien dire, je vois bien que\nvous en savez aussi long que moi...\nPAUL\nUne telle infamie!... Non, non, vous ne me le ferezjamais croire\nJUDITH\nVous le croirez suffisamment, mon cher, sans que j'aie besoin d'insister...\nreste, il me semble que vous exagérez un peu. Il est vrai qu'on aurait\nDu\npu trouver mieux que d'envoyer à une femme un tel billet-doux - mais,\nque voulez-vous, la fin justifie les moyens, et cette fin noble, vous le savez\nbien, c'est de vous arracher à moi et à mon influence pernicieuse.\nDirai-je le mot?... Je trouve tout ceci parfaitement ridicule. Avec tout le\nrespect que je vous dois, à vous et à vos amis, je ne vois pas bien de quel\ndroit vous voulez, vous autres, vous donner pour des dragons de vertu...\nMais qu'est-ce que vous avez? Pourquoi vous taire? Vous avez l'air de\ntomber des nues, mon ami. S'il m'est permis, à moi, de rire de cette his-\ntoire, ce n'est pas une raison pour que vous preniez cette figure sombre.\nPAUL\nC'est une affaire très grave, à mon avis. Moins pour moi que pour vous.\nJe ne puis souffrir qu'on se conduise à votre égard de cette odieuse façon.\nJUDITH\nMon Dieu! Cette lettre, au fond, ne nous apprend rien de bien nouveau.\nPAUL\nSi. L'attaque vient de gens qui se disent mes amis...Voilà ce qui est nou-\nveau, pour moi du moins... Mais il faut absolument que cela finisse.\nQu'allez-vous faire?\nPuis-je garder cette lettre?\nJUDITH\nPAUL\nJUDITH (lui prenant vite la lettre, en souriant)\nNon, mon ami, cette lettre est à moi; n'oubliez pas la promesse que vous\nm'avez faite de n'en parler à personne, jamais... J'y compte, vous le savez.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f145.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/44/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 141, "page_pdf": 146, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1559, "texte": "LA PLUME\nPAUL\n141\nBien sûr. Je n'ai pas besoin de cette lettre, d'ailleurs. A tout ceci, il n'y a\nqu'une seule issue honorable.\nJUDITH (avec angoisse).\nAllez-vous me quitter?\nPACL\nEst-ce que vous ne le comprenez pas ?... La seule solution possible,\nvoyez-vous ce serait de nous marier.\nJUDITH (Elle reste quelques instants påle, sans mot dire, comme\nст\nproie à une lutte intérieure; puis avec force)\nNon! Non!\nPAUL\nEst-ce que vous ne m'aimez pas?... Pourquoi ce refus?\nJUDITH\nCe n'est pas du tout de cela qu'il s'agit. Non, non, croyez-moi. Mais je\nn'avais jamais pensé, un seul instant, que nous puissions en venir là.\nPAUL\nIl ne s'agit pas de ce que vous avez pensé; je vous demande, si vous\nm'aimez assez pour consentir à m'épouser. Et je vous prie, maintenant, de\nrépondre franchement.\nme\nJUDITH après une pause).\nMa réponse, la voici: je vous aime, mais je ne puis pas vous épouser.\nPAUL\nVoilà une étonnante réponse. C'est oui et c'est non, tout à la fois...Vous\nme cachez quelque chose.\nJUDITH\nPaul, mon ami, ne vous fåchez pas! Dites-moi, tout ceci n'est qu'une\nplaisanterie, n'est-ce pas? Voudriez-vous réellement m'épouser? Vous\ntrouverez tout naturel que je sois un peu émue de cela. Et vous-mėme.\nest-ce qu'avant ce jour, l'idée de m'épouser vous était jamais venue\nen\ntête?- Vous voyez, vous hésitez à me répondre.\nPAUL\nJe n'hésite que pour prononcer des paroles plus conformes à la stricte\nvérité. Quel homme serait capable de mettre un peu d'ordre dans ses pen-\nsées intimes, ainsi, tout à coup?... Je puis, en tout cas, vous affirmer сеcі:\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f146.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/45/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 142, "page_pdf": 147, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "LA PLUME\n142\nMon amour pour vous n'était au commencement qu'un désir de conquête\nordinaire, le bonheur de vous avoir pour maitresse, une satisfaction de\nvanité.- Depuis, insensiblement, de jour en jour mes sentiments à cet\négard se sont modifiés.Je ne me suis pas d'abord rendu compte de ce change-\nment; je n'ai senti aucun besoin de m'analyser moi-mėme. Mais, pourtant\ndeux choses m'ont frappé et ont donné à ces sentiments une nouvelle tour-\nnure: Quelle était votre situation, quand je vous ai connue, quel était votre\npassé? Cela m'était, à l'origine, tout à fait indifférent. Si l'on m'avait dit, à\nce moment-là, que vous étiez on ne peut plus volage et légère, je l'aurais\nécouté le sourire sur les lèvres, fier de profiter de votre caprice et de cette\nlégèreté. Vous auriez pu me dire en ces temps-là: Dès demain, vous ne me\nverrez plus, je vais partir, me marier... n'importe quoi... je suis sûr que\nje me serais aisément consolé de votre abandon avec cette pensée: Bah!\nil fallait bien que cela finît un jour. Et tranquillement, j'aurais ajouté:\nSéparons-nous, mais que nos adieux se passent le plus gaiement possible;\npassons ensemble cette dernière soirée et allons-nous amuser ! Tandis\nqu'à présent, si quelqu'un venait attaquer votre honneur devant moi, je le\ntraiterais de fourbe, d'infame et le souffletterais. Et si vous me disiez: je\nvous quitte - sans doute, je ne me tuerais pas, mais je sens que pour moi\nla vie aurait perdu tout son charme et tous ses attraits.\nJUDITH (les larmes aux yeux, mais en souriant).\nVous m'aimez donc réellement?\nPAUL\nComme je n'avais jamais cru pouvoir aimer personne. (D'un ton rieur)\nvous maintenant d'en supporter les conséquences.\nA\nJUDITH\nQu'avons-nous besoin de nous marier? Vous répondrez qu'il le faut par\négard pour moi, et pour que ma situation soit nette. Mais cette raison-là\nn'a aucune valeur à mes yeux. Je vous assure que tout ce qu'on pourra dire\nde moi m'est tout à fàit indifférent. Je suis libre de mes actes et n'ai besoin\nd'en rendre compte à qui que ce soit. Je n'ai ni parents ni amis. En fait de\nmaîtresses, vous auriez pu plus mal tomber. Mais, votre femme-je ne le\nserai jamais, et heureusement pour vous, mon ami.\nPour moi?\nPAUL\nJUDITH\nPour vous et peut-être aussi un peu pour moi. Je suis ainsi faite que je\nne saurais renoncer à l'entière liberté dont je jouis à présent. Je n'arrive-\nrais que fort difficilement à me plier aux lois de la société. Il y aurait pour\nmoi trop de sacrifices à faire. Je le dis parce que je ne veux pas que vous\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f147.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/46/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 143, "page_pdf": 148, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2422, "texte": "LA PLUME\n143\nme croyiez capable de vouloir me parer d'un faux semblant de désintéres-\nsement. Parlons franchement! Qui suis-je? Quelle est ma réputation dans\nles milieux où vous vivez. A tort ou à raison,je ne suis guère estimée. Une\njeune personne sans famille, riche tout juste assez pour vivre indépendante\n- qui a rompu toutes relations avec les bonnes maisons où elle était reçue\navec une bienveillance un peu hautaine, en sa qualité d'amie de pension\ndes enfants; qui a eu l'idée folle de se faire écuyère de cirque; qu'on ne\nvoit jamais dans une société de dames, parce qu'elle déteste les commé-\nrages, et qui fréquente ouvertement et avec sans gêne des hommes à répu-\ntation de Don Juan (comme vous, par exemple, mon ami) - une telle\nfemme ne ferait pas bonne figure sous le voile nuptial. Si, encore, vous\naviez une situation solide et brillante dans le monde, alors tous les snobs\nde la société s'inclineraient respcctueusement devant vous. Mais vous\nn'ètes qu'au commencement de votre carrière, et je ne veux pas que vous\ntrainiez avec vous le boulet de forçat que serait certainement une\nfemme hardie et sans préjugés comme moi. Ah! si j'étais riche, ce\nserait autre chose; l'affaire pourrait s'arranger, peut-être; malheureuse-\nment, ma bourse sera bientôt à sec, Avec tout votre mérite et votre\ntravail, vous ne sauriez gagner que le strict nécessaire pour votre petit\nménage de garçon. Si je possédais du moins quelques-unes des vertus\nfamiliales... mais je n'ai aucune idée du ménage, aucun instinct d'éco-\nnomie. Non, mon ami, je vous aime trop pour devenir votre femme.\nPAUL\nJe vous ai laissé achever sans vous interrompre. Je voulais savoir ce que\nvous aviez à me dire.\nJUDITH\nJe n'ai pas tout dit.\nPAUL\nAlors, dites!\nJUDITH\nNous avons des caractères très différents. Nous ne nous accordons pas\ntoujours. Je fais volontiers des zigzags, moi, tandis que vous, mon ami,\nvous suivez toujours la ligne droite. Vous avez votre chemin à faire,\npar\nconséquent tantôt l'un tantôt l'autre à ménager. Il n'y a pour moi qu'une\nchose au monde qui puisse me faire supporter la vie - c'est de pouvoir\nse\nmoquer de tout et agir à sa guise en toute oceasion... Voilà. Maintenant,\nj'ai tout dit.\nPAUL\nVous ne m'effrayez pas. A quoi bon, d'ailleurs, cette prudence exces\nsive? A votre avis, je suis un bon petit bourgeois, n'est-ce pas? Soyez con-\nvaincue, néanmoins, que, dans les moments décisifs, je ne me laisse\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f148.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/47/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 144, "page_pdf": 149, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2170, "texte": "LA PLUME\n144\nguider que par mon désir et ma propre volonté. J'ai déjà prouvé à l'occa-\nsion que je ne crains pas de heurter l'opinion générale. Or, maintenant, je\nne vois pas de plus grand bonheur pour moi que celui de vivre avec vous.\nQuant aux us et coutumes, je les envoie à tous les diables. Mais je n'ignore\npas que la seule façon pour moi de réaliser mes vœux est de me résigner à\npasser par le mariage. En tout ceci, je ne vois qu'une seule objection rai-\nsonnable à me faire : ce serait que vous ne m'aimiez pas. Vous dites que\nvous m'aimez. Quoi, alors? Toute excuse sérieuse a disparu !... Vous\navez raison en disant que j'aime la ligne droite, et vous voyez que je le fais\nen cette occasion comme toujours. Ayant pour but notre mariage, avec la\nvolonté ferme de tout faire pour y parvenir, nous l'atteindrons sûrement.\nNous sommes fous, dit-on. Laissons-les dire; tenons à honneur de leur\nmontrer le contraire... Nous sommes pauvres et n'avons, ni vous ni moi, le\ngénie de l'économie? Comme nous savons cependant assez bien d'avance\nce qu'est la vie, je pense que, tout d'abord au moins, peu de chose nous\nsuffira. Quant au travail, je me fais fort de m'en procurer; je ne me crois\npas plus bête qu'un autre... Mes amis vous font peur? Nous nous passerons\ntrès bien d'eux. Peut-être même saurons-nous les obliger un jour à recher-\ncher notre amitié. Croyez-moi, Judith, il n'y a rien de si délicieux au\nmonde que de se sentir sur le point d'engager un combat. On se découvre\ncent fois plus de force.\nJUDITH\nOui, mon ami, si seulement on osaít. Tout le monde n'a pas votre\naudace.\nQue voulez-vous donc?\nPAUL\nJUDITH\nIl n'est rien que je veuille davantage. Mais...\nPAUL\nPlus d'objection! Eh bien, vite, touchez-là.\nJUDITH\nL'angoisse que j'éprouve me fait sans doute exagérer le danger. Cela\npourrait peut-être s'arranger comme vous le désirez, - mais il faut que\nvous ayez beaucoup de patience, d'indulgence, que vous ne vous lassiez pas\nde m'encourager. Mais... si nous nous flattions d'un faux espoir, si je ne\npouvais pas, même en le voulant sincèrement...\nPAUL (l'attirant à lui).\nOh! la peureuse! Je ne vous aurais jamais cru si ridiculement craintive.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f149.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/48/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 145, "page_pdf": 150, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1190, "texte": "145\nLA PLUME\nJUDITII (l'entourant de ses bras).\nC'e n'est pas pour moi que j'ai peur. Non, mon ami, les coups d'audace\nm'effraient pas pour mon propre compte. Mais s'il vous arrivait de\nne\nregretter, - si, un beau jour, vous alliez voir en moi le malheur de votre\nvie. - Ah! Paul!... ne comprenez-vous pas ma frayeur?\nPAUL (la regardant dans les yeux, en souriant, à voix basse).\nJe yous aime.\nJUDITH\nRépondez alors.\nPAUL (COтте аирaravant).\nJe vous aime. A vous de répondre à présent.\nJUDITH (l'embrassant).\nJe vous aime.\nPAUL (se dégageant de son étreinte).\nAdieu donc.\nVous allez me quitter?\nJUDITH\nPAUL\nOui, pour me mettre à la recherche de celui qui me procurera l'argent\ndont vous avez besoin.\nEt quand vous reverrai-je ?\nJUDITH\nPAUL\nCe soir... aussitôt qu'il me sera possible. Nous avons tant de choses à\nnous dire, tant de choses à régler. Il nous faut aussi parler de nos affaires\nd'argent; elles ne sont pas très gaies. Jouons cartes sur table et ne nous\ncachons rien l'un à l'autre.\nCe soir déjá?\nJUDITH\nPAUL\nPetite folle! Oui, naturellement, pour en finir le plus tôt possible. Et\naprès... nos fiançailles... en tête-à-tête!\nNe vous mettez pas en retard, mon ami.\nJUDITH\n10\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f150.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/49/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 146, "page_pdf": 151, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 341, "texte": "LA PLUME\n146\nPAUL\nAu revoir et à tantôt, ma chérie. Je vous aime.\nJUDITA ('accompagnant à la porte).\nEt moi aussi, je... vous aime.\nRestée seule, elle écoute un moment, puis court vers la fenêtre et\nfait signe de la main, en agitant gaiement son mouchoir. Puis elle\nmet vivement la main à la poche, en tire la lettre et la jetle au feu.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f151.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/50/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}]}, {"article_id": "leu-04225-2", "tome": "1904", "cle_volume": "1904", "ark": "bpt6k15610b", "ocr_source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 146, "page_fin": 157, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : relevé sur l'image : Le Mariage de Judith, acte I (p. 146-157), après le prologue (leu-04225-1, p. 137-146) ; n° 355 ; décision du 27 octobre 2026 ; début : relevé sur l'image ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f151.item", "pages": [{"page_imprimee": 146, "page_pdf": 151, "debut_caractere": 341, "fin_caractere_exclue": 1449, "texte": "ACTE Ier\nSEPT MOIS PLUS TARD\nMême salon qu'au prologue, mais ayant changé d'aspect en partie. La plupart des\nmeubles de Judith y sont encore, mais d'autres ont disparu pour faire place\nde grands meubles sérieux donnant au salon un autre cachet. Au milieu, un\nlarge bureau; une bibliothèque pleine de volumes couvre la moitié d'une paroi.\nAux murs, des portraits de famille, des gravures, un paysage. Les bibelots sans\nvaleur ont été enlevés. Sur le bureau, deux flambeaux d'argent de forme antique.\nLe salon est éclairé comme pour une fête: trois lampes, le lustre et les flam-\nbeaux sont allumés. Paul et Judith sont assis devant une petite table où se trouvent\ndu champagne et des verres.\nJUDITH (sa montre à la main).\nEncore deux minutes.\nPAUL (en train de déboucher la bouteille).\nPréparez les verres.\nOn entend sonner 'horloge d'un clocher voisin.\nEntendez-vous?\nJUDITH\nPAUL (versant le vin).\nVoilà le nouvel an qui commence. A votre santé, chérie. A l'accomplis-\nsement de tous nos désirs... (il la regarde tendrement) d'un surtout.\nUn seul.... Il ne nous faut rien de plus.\nBon an, alors.\nJUDITH\nPAUL\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f151.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/50/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 147, "page_pdf": 152, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1405, "texte": "LA PLUME\n147\nJUDITH (pensive).\nEt merci pour le passé.\nOui, merci pour le passé.\nPAUL\nIls se regardent et boivent.\nVous le pensez... réellement?\nQuoi?\nUn temps.\nJUDITH\nPAUL\nJUDITH\nQue vous avez à me remercier de quelque chose.\nA sótte demande point de réponse.\nPAUL\nJUDITH\nMais quand je vous dis qu'il m'en faut une.\nPAUL\nJe vous embrasse alors et vous répète ce que vous savez du reste: je suis\nplus heureux que jamais.\nJUDITH\nOui, je le sais... Maisj'ai l'esprit lourd, stupide et inquiet. Cela vient de\nce que je suis trop modeste, je pense. Ne riez pas. C'est vrai! Il y a\nau\nfond de mon cœur un étonnement perpétuel d'étre vraiment votre femme,\net l'angoisse de me voir tout à coup le regretter.\nPAUL\nPourquoi toujours cette manie de vous amoindrir? Je n'aime pas à vous\nentendre parler ainsi. Si nous avons décidé de nous marier, de faire vie\ncommune et de lutter côte à côte, c'est qu'assurément nous avons pensé y\ngagner l'un et l'autre. La chose est comme je vous le dis, et je ne veux pas\nque vous la regardiez autrement.\nJUDITH\nVous ne pouvez donc pas me comprendre, vous, l'homme sage? Je ne\nsuis point du tout disposée à m'humilier. Au contraire, j'ai toujours été\ntrès contente de moi et ne me suis jamais étonnée qu'on me fit la cour;\ncar je me suis toujours attendue à voir s'ouvrir à deux battants, devant\nmoi, les portes de la vie, et à entendre proclamer au son des fanfares, ceci:\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f152.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/51/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 148, "page_pdf": 153, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 3016, "texte": "148\nLA PLUME\nLa voici, la merveille des merveilles! - pendant que les foules s'incline-\nraient avec respect, et diraient: Le diable m'emporte! elle est charmante!\n- Et j'aurais trouvé cela tout simple. Mais que vous, mon ami, vous qui,\ndès notre première entrevue, me sembliez formé d'une autre pâte que tous\ncenx que j'avais vus - que vous, le plus distingué, le plus intelligent, le\nplus honnête, vous, estimé de lous, même de vos adversaires, - vous ne\nvous contentiez pas de faire de moi votre maitresse, mais que, malgré tout\net en dépit de tous, vous me preniez pour femme - voilà ce qui me\nrend plus humblement reconnaissante, plus heureusement étonnée que je\nne saurais vous le dire!... Tous les matins, à mon réveil, l'angoisse me\nprend que tout ceci ne soit qu'un songe. Et alors, vous apercevant couché\nmes côtés, tout bonnement, tout bourgeoisement - excusez-moi, je le\ndis sans mauvaise intention - il me prend une envie folle de rire et de\npleurer à la fois, parce qu'il me semble que l'aventure est insensée et déli-\ncieuse.\nà\nPAUL\nVoilà sept moís que nous sommes mariés. Ne pourriez-vous pas com-\nmencer à vous faire à ce miracle? Il faut aussi regarder la chose d'un autre\ncôté. Qu'est-ce que j'étais à l'époque où vous m'avez connu? Un homme\nquelconque tâchant de se frayer un chemin dans la vie, promettant beau-\ncoup, - mais n'étant sûr de rien. Un peu avocat, un peu bel esprit, assez\nremuant, avec la prétention de jouer un rôle politique, de grandes anıbi-\ntions, de petits moyens pour les satisfaire, de brillantes perspectives peut-\nètre, mais aussi le risque de faire naufrage en route. Un homme à qui tout\npouvait réussir gråce à une volonté en apparence ferme et décidée,\nmais en réalité ne procédant que d'une façon tout à fait romanesque, se\nllant toujours et superstitieusement à la grace divine. Je sais que certaines\ngens s'obstinent à voir en moi la tète froide de l'aventurier positif et calcu-\nlateur. Ce que les gens disent m'est absolument indifférent. Libre à eux de\nme croire dangereux, et redoutable même. Mais vous, du moins, vous ne\npouvez plus avoir de doute sur ma personne, sur ma valeur. Vous avez\ncompris- je l'espère en tout cas - que si je cherche à réussir, c'est par\ndes moyens honnêtes; je n'ai, en somme, d'autre boussole dans la vie que\nmon appréciation assez sûre du bien et du mal. C'est ainsi que nous nous\nsommes rencontrés et épris l'un de l'autre. Tous deux nous dirigeons nos\npas vers la vie et la fortune; tous deux, nous nous berçons du rêve de\nJoseph et voyons se courber devant nous le soleil et les étoiles. Vous voyez\nen moi un homme à qui on prédit un avenir splendide. Je vois en vous une\nfemme dont il est glorieux d'être le préféré. Vous m'avez conquis et\nensemble nous ferons la conquête du monde. Je dis ensemble, souvenez-\nvous-en. Chacun de nous a dù renoncer à quelque chose pour posséder\nl'autre, Chacun par l'échange a obtenu plus qu'il n'a donné - s'il a vu\ns'augmenter la conscience de sa propre valeur. Attelés sous le même joug,\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f153.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/52/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 149, "page_pdf": 154, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 3101, "texte": "149\nLA PLUME\nnous tirerons une plus forte charge, Nous marchons vers un but commun\net ne manquerons pas d'y parvenir.\nJUDITH\nComme j'envie votre confiance et votre audace! Oui, vous avez raison.\nDès le berceau et d'instinct vous avez connu la route battue du bien et du\nmal. Quoi que vous fassiez contre les us et coutumes du pays, vous appar-\ntenez quand même à la classe bourgeoise et bien pensante; vous le savez,\nvos adversaires le savent aussi et vous regardent comme un des leurs. Vous\ndites qu'il peut vous arriver de faire naufrage ? Jamais. Le jour où vous\nseriez sérieusement en danger, vos plus grands ennemis se disputeraient\nl'honneur de vous sauver. Même si vous le vouliez, vous ne sauriez jamais\ncouler à fond. Les parentés, les alliances de toutes sortes vous unissent\nde\nindissolublement à ceux qui sont les vrais possesseurs du royaume et\ntoutes ses richesses. Moi, au contraire, je suis pareille au Juif Errant, sans\nfeu ni lieu, - une personne sans aveu, tolérée tout au plus dans l'intérieur\nde la ville, aussi longtemps que la fortune favorable voudra bien lui fournir\nl'argent nécessaire pour acheter les sourires et la politesse du monde, mais\nqui, le jour où elle sera acculée à la misère, se verra impitoyablement\nrejetée sur le grand chemin d'où elle est venue. Ne prononcez pas ce vilain\nmot: hystérique, qui vous vient toujours sur les lèvres quand je vous\nparle à cœur ouvert. Tachez, je vous prie, de me bien comprendre. Est-ce\nque je sais, moi, qui je suis et d'où je viens? Je pourrais me bercer du joli\nrève que mon père fût un prince de haute lignée et ma mère une dame de\nla cour, de même que je pourrais tout aussi bien me croire issue d'un usu-\nrier et d'une fille des rues. Tout ce que je connais, concernant mon origine,\nc'est mon numéro de la clinique d'accouchement et l'existence d'un petit\nhéritage bien mal géré. Dans le monde entier, il n'y a qu'un seul homme\nà qui je me sente naturellement attachée. Il est vrai que je puis me réjouir\nd'avoir une espèce de tante, c'est-à-dire ma mère adoptive qui ne l'est du\nreste que grâce aux sages dispositions de l'hôpital de la Maternité. En com-\nparaison de moi, vous le renverseur de murailles, vous êtes comme un coq\nen påte. Au fond, vous vous trouvez couché doucement et mollement sur\nun lit de roses... Eh bien, chéri, ne vous fåchez pas, et ne prenez pas tout\nsuite votre grand air tragique. Vous savez que personne ne vous admire\nde\nplus que moi, et que personne ne croit plus fermement au caractère sérieux\nvotre lutte. Mais nous appartenons à deux races différentes. Vous\nde\nentrez hardiment en rébellion contre Dieu et votre roi, sans cesser pourtant\nde rester l'homme estimé de tous. Mot, si j'avais le courage de vivre à ma\nguise, je deviendrais infailliblement ou la plus détestable adoratrice de ce\nqu'il y a de plus snob au monde, ou une aventurière incorrigible au grand\nscandale des braves gens. Pour vous, il n'y a que la ligne droite, tandis\nque moi je me sens toujours poussée à prendre des détours. Tous deux\nnous avons de l'ambition, mais pour vous, il suffit de faire un pas tous les\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f154.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/53/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 150, "page_pdf": 155, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2167, "texte": "LA PLUME\n150\njours; et dans dix ou quinze ans, vous serez arrivé au but que vous vous\nêtes proposé... Moi, voyez-vous, je voudrais aller en ballon, au pôle Nord !\nPAUL\nEt la conclusion de tout cela?\nJUDITH\nTrouvez-vous qu'il en soit besoin?\nPAUL\nFaut-il vous rappeler vos premières paroles? Il vous souvient peut-être\nencore de ce que vous vouliez prouver, en constatant l'irréparable désac-\ncord qui existe entre nous?\nJUDITH (après une courte pause).\nOui, mon ami; j'ai voulu vous montrer combien j'ai besoin de votre\nappui. Je sais que vous avez toujours raison. Aussi fais-je tout mon pos-\nsible pour me corriger. Ne vous semble-t-il pas que j'ai fait des progrès\nremarquables, en sagesse et en calme depuis notre mariage?\nChère petite femme!\nPAUL\nJUDITH\nSi seulement, de temps à autre, vous vouliez bien me récompenser de\nquelques mots d'approbation, et ne pas trop vous scandaliser, chevalier de\nla ligne droite, quand vous me voyez en proie à mes petits accès de folie.\nMon Dieu, la corde où je suis attachée est encore solide, et je suis, je vous\nassure, très satisfaite de paître sur votre pâturage.\nPAUL\nMontrez-moi alors que vous êtes heureuse. Je suis de ceux qui pensent\nque la vie nous est donnée pour vivre et non pour faire des réflexions sans\nfin sur tout ce qu'il y a en elle et en nous-mêmes d'incompréhensible. Par\nbonheur, je n'ai pas le cerveau malade, et ce n'est pas moi, je vous l'assure,\nqui aurais la sottise de le détériorer. Sans doute, l'existence est pleine\nd'étonnements et la vie d'énigmes. Mais je ne veux pas perdre mon temps\nà chercher la solution de ces problèmes-là surtout quand il n'y a personne,\npour me dire si j'ai deviné juste. Je méprise cordialement tout ce qui est\nindécis et insaisissable. Il me répugne de voir comment les hommes se\nfont de la vie un véritable malheur à force de rêveries douloureuses et pro-\nfondes. N'attachez pas à la vie plus de prix qu'elle n'en a, mais n'allez pas\nnon plus jusqu'à la mépriser. Il s'agit tout simplement d'en tirer le plus\npossible pendant sa courte durée. Pour moi, le bonheur est de vaincre, de\nne jamais donner aux autres une occasion de raillerie ou de pitié. Mais rap-\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f155.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/54/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 151, "page_pdf": 156, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2939, "texte": "LA PLUME\n151\npelez-vous ceci, -car je suis un moraliste endurci - j'ai la ferme convic-\ntion qu'on ne remportejamais la victoire à moins de valoir mieux que les\nautres. Je sais bien que ceux qui méprisent la vie se font forts d'assurer que\nles méchants finissent toujours par l'emporter. Mon expérience à moi m'a\nmontré tout le contraire. Les bons, quand ils n'abandonnent pas tout de\nsuite la partie - car alors ils auraient déja cessé d'être bons -et que tout\nleur travail s'exalte d'une foi ferme en leur cause et d'une confiance solide\nen leur propre triomphe... les bons, dis-je, l'emporteronttoujours. Si tant est\nqu'il y a en moi un reste de religion, le voici: le Maitre de la vie ou la Pro-\nvidence. qu'importe le nom de la volonté régulatrice d'où émane le déve-\nloppement universel! - n'a que faire des boudeurs et choisit ses instru-\nments parmi ceux qui, dédaignant les commérages de la populace, l'envie\nimpuissante et l'idolâtrie morbide, s'essaient hardiment à faire, de la vie\net de son travail, nne véritable fète. Car je veux que vous soyez heureuse,\nque vous soyez une femme confiante, saine et bonne. Et si vous l'êtes\ncomme je le désire, vous ne serez jamais sujette à une lache humilité, ni\nportée à des rêves de grandeur exagérée. Vous vous sentirez en droit d'as-\npirer à tout ce qu'il y a de meilleur, et vous l'obtiendrez, parce que le\nbonheur cherche avant tout les maisons ou il se sent à l'aise; il évite comme\nla peste celle où on le reçoit avec une méfiance doucereuse et un amer\nmécontentement. Souriez tant que vous voudrez. Je suis un optimiste\nromanesque, un croyant fanatique de la communauté religieuse qui pour-\nrait se nommer: Congrégation des Ames Saines. Ma petite femme ado-\nrée, promettons-nous mutuellement, au commencement de cette nouvelle\nannée, de bien garder le bonheur et la santé.\nJUDITH\nJe ne demande qu'une chose: que vous m'aimiez aussi passionnément\nque je vous aime. C'est mon bonheur et ma santé à moi. Que je vous le dise\nencore une fois, afin que vous ne l'oubliiez plus: tout ce que vous voyez\nen moi de mauvaise humeur, d'excitabilité, d'excentricité, de faiblesse et\net de pleurnicherie, tout cela n'a que cette seule source: la peur de vous\nperdre. Si vous rentrez un jour à la maison fatigué, peu causeur, si vous\nme répondez, en dinant, d'une manière distraite, et si, le soir, assis à votre\nbureau, vous oubliez de vous retourner à chaque instant et de me faire\nsigne de la tète, alors je me mets tout de suite à trembler, de peur que\nvous ne commenciez à vous déprendre de moi. Alors toute la lumière de la\nvie s'éteint pour moi, Je sais bien que c'est bête, mais je n'y puis rien.\nPAUL\nNon. Les grandes personnes n'ont pas la permission de se conduire sot-\ntement sous prétexte qu'elles ne sauraient agir autrement. Pourquoi nous\nsommes-nous mariés? Je ne pense pas que ce soit pour nous torturer\ncruellement par une défiance incessante? Pour moi, notre mariage est\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f156.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/55/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 152, "page_pdf": 157, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2833, "texte": "152\nLA PLUME\nl'alliance idéale d'un homme et d'une femme sans considérations secon-\ndaires, alliance basée sur la certitude qui est en nous d'être faits pour vivre\nensemble, unis fortement et harmoniquement, incapables aussi d'une\ntrahison.\nJUDITH\nD'une trahison?\nPAUL\nJustement. C'est sur ce point-là que notre mariage est différent de tous\nles autres: c'est une union où la trahison ne peut même pas se supposer\nni s'imaginer. Regardez par contre les gens mariés que nous connaissons.\nCombien peu d'entre eux viventensemble d'une manière vraiment amicale.\nNous en avons déjà parlé, et tous deux nous détestons cordialement ces\ncaricatures du mariage. Des maris qui, libres de toute contrainte, se con-\nduisent en enfants qui font l'école buissonnière et qui conspirent pour\ntrouver un moyen sûr d'échapper à une gouvernante acariatre. Des\nfemmes qui, à peine sorties du lit nuptial et sûres de n'avoir plus besoin\nde prendre des précautions, se débarrassent en håte de leur illusions\npoétiques de jeunes mariées et se montrent telles qu'elles sont, c'est-à-dire\nde véritables pies-grièches nerveuses et dyspeptiques. Des époux qui, le\nrideau une fois levé derrière quoi leur vie intime se dérobe, s'avancent\nsur la scène avec un sourire forcé, mais qui, aussitôt qu'ils se retrouvent\nseuls, entre quatre murs, se torturent l'un l'autre par des paroles amères\nou par un silence méchant. Les femmes sont les pires, pourtant. Les\nhommes peuvent être mous, grossiers, sans égards et infidèles. Mais ils ne\ntrahissent pas leurs épouses. Un homme peut parfois manquer à ses devoirs\nde mari, mais dans le monde, en public, il prend toujours le parti de sa\nfemme, en vrai chevalier. Personne, pas même sa maîtresse, n'osera impu-\nnément la railler ou en médire devant lui. Jamais il ne consentira à la voir\nlivrée au rire, au soupçon ou au mépris. Il exige, pour autant que cela\ndépend de lui, qu'on la considère comme inattaquable. - Elle, au contraire\n- demandez à ceux qui en font métier, aux professionnels en matière de\nséduction, aux jeunes messieurs qui fréquentent les diners ct les bals du\nmonde... ceux-là pourront vous en parler... Ah! les femmes dont on presse\nle genou sous la nappe pendant qu'elles regardent tendrement, avec des\nyeux humides, leur mari assis en face..., qui racontent à ce monsieur in-\nconnu, avec des sourires de malice, que leur mari est sans doute un bon\ngarçon - mais que pour ce qui regarde l'amour, il ne vaut pas grand chose\n- pour ne pas dire plus. Il n'y a pas de secret d'alcôve que -pour le\nrendre ridicule - elles ne débitent cyniquement à leur galant. Ells croient\njustifier leur conduite quand elles font pour tous de leur mari un sujet\nde risée; leur låcheté est si grande qu'elle dégoûte parfois l'amant le plus\népris. Les époux de cette trempe-là vont au spectacle et rient à se tordre\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f157.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/56/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 153, "page_pdf": 158, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1912, "texte": "LA PLUME\n153\nla\nretrouver sur la scène leurs propres malheurs sous le masque de\nde\ncomédie. Oui, comme ça doit étre drôle pour des époux qui n'ont jamais\npassé ensemble une heure d'intimité, de voir toute cette misère exposée\naux yeux du public; ce qui leur a été le plus cher et le plus sacré, teut\nespoir de bonheur commun, - cette vie d'intimité, ce home qui devait\nla pierre fondamentale de la génération à venir, - il est entendu\nêtre\nque tout cela n'est, au bout du compte, que frivolité et vanité, tricherie\nréciproque, querelles burlesques et réconciliations puériles... Oui, ils ont\nbien lieu d'en rire aux larmes, tous ces ménages soi-disant honnêtes,\n-\npour rentrer ensuite chez eux et y jouer à leur tour la même comédie\nsérieuse sur les mêmes tréteaux frivoles.\nJUDITH\nEt vous croyez que vous et moi nous ferions exception à la règle?\nPAUL\nSi je ne le croyais pas, je ne me serais pas marié.\nJUDITH\nPourquoi le croyez-vous?\nPAUL\nParce qu'il me semble que nous nous sommes imposé une tâche en nous\nmariant malgré les conseils et les admonestations des bons bourgeois. Et\nc'est comme un point d'honneur pour moi que notre union ne soit pas\npareille aux autres.\nJUDITH\nEt vous croyez que cela suffit?\nPAUL\nJe vous crois meilleure que les autres.\nJUDITU\nOui, parce que je suis à vous. Vous êtes si extraordinairement orgueilleux,\nmon cher. Moi, je ne suis pas si fière. Je désire souvent que vous comptiez\nun peu moins sur moi. Comprenez-moi bien! Je pense moi-même que je\npourrais finir par devenir celle que vous désirez. Mais il est bien dur de\nsatisfaire tout de suite aux grandes exigences. Et j'étais, moi, si encline à\ntous les actes que vous condamnez... aux réticences, à la déloyauté, aux\nmensonges.\nPAUL\nVous savez, Judith, que le passé, auquel vous faites allusion, est mort\noublié depuis longtemps. Il faut qu'il le soit. Je ne veux pas me sou-\net\nvenir. Pourquoi donc me rappeler ?...\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f158.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/57/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 154, "page_pdf": 159, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "LA PLUME\n154\nJUDITH\nParce que je vous (suis reconnaissante à un point que je ne puis dire...\nparce que je n'ai pas honte d'avouer devant tous que, sans vous, je ne serais\njamais devenue ni sage ni honnėte. Et savez-vous ce qui me corrigerait le\nmieux de cette manie que j'ai de ne pas dire la vérité? C'est votre horreur\npour le mensonge. Je n'oublierai jamais l'expression de vos yeux le jour où\nvous avez trouvé le brouillon fait de ma main. Ce n'était pas de la colère,\nmais un désespoir sans bornes. Je n'oserai jamais plus m'y exposer. Mon\nPaul chéri, si je fiuis par mieux valoir que les autres, je dirai hardiment:\nje suis devenue ce que je suis, parce que j'étais à lui. Et encore: parce\nque j'étais la mère de son enfant. Tout ce qu'il reste en moi de faiblesses\net de folies, je saurai m'en débarrasser dès que notre enfant aura vu le\njour. Je vous le promets.\nPAUL\nMa chérie! (Il lui prend la tête qu'il retourne contre son visage.)\nMon meilleur ami et camarade! Vous l'êtes, n'est-ce pas?\nJe voudrais l'être.\nJUDITH\nPAUL\nVous l'êtes; vous n'êtes pas seulement ma gentille femme et ma belle\nmaitresse.\nJUDITH\nPaul, mon ami, j'ai bien peur que vous ne me trouviez pas jolie du\ntout... telle que je suis.\nPAUL\nPlus belle que jamais. Votre regard paraît plus profond, plus brillant\nqu'autrefois.\nJUDITH\nC'est que je suis fière maintenant. Autrefois, j'aurais trouvé inélégant de\nlaisser voir sa grossesse. Quand les gens me regardent à présent, il faut\nque je fasse un effort sur moi-méme pour ne pas leur crier mon bonheur.\nPAUL\nEt quand l'enfant viendra! Oui, Judith, la nouvelle année a pour nous\ndes promesses pleines de délices. Vidons un dernier verre à l'accomplisse-\nment de ces promesses. (Ils trinquent en souriant et boivent.) Et main-\ntenant, couchons-nous! Je vais devant pour vous éclairer.\nJUDITH\nAuriez-vous la bonté d'emporter mon plaid? Il fait si froid ce soir.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f159.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/58/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 155, "page_pdf": 160, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1542, "texte": "LA PLUME\n155\nAprés avoir éteint les lampes et les bougies du salon, Paul sort\navec le plaid et un flambeau. Avant d'entrer dans la chambre à\ncoucher, il ouvre la porte du corridor.\nPAUL (à la porte du corridor.)\nNous avons oublié d'éteindre le gaz. Voulez-vous le faire? Il me semble\nqu'il y a des lettres dans la boite. Regardez.\nPaul entre dans la chambre à coucher. Judith disparaît dans le\ncorridor. Elle revient avec quelques lettres à la main. Elle s'asseoit\nau bureau, à la lueur de la seule bougie allumée, trouve, dans le\ntas qu'elle fouille d'une main fébrile, une lettre marquée du cachet\nd'un magasin de modes, avec l'adresse de son mari; elle l'empoche\nfurtivement.\nSont-ils devenus complètement fous?\nJUDITH\nPAUL (recenant de la chambre à coucher, éclairée maintenant; il\nlaisse la porte entr'ouverte.)\nC'est drôle que nous n'ayons pas entendu quand le facteur a sonné.\nIl a peut-être oublié de le faire.\nPAUL\nJUDITH\nEst-ce qu'il y a là quelque chose d'intéressant? (Il prend les lettres et\nse met à les décacheter). Vous me semblez un peu troublée. Y a-t-il des\nréclamations dans ces lettres?\nJUDITH\nPas que je sache.\nPAUL (lisant les leltres).\nDes lettres de nouvelle année de la part du boucher et de l'épicier,\nde\nvotre tante, de ma sœur... (content) et d'Emile... avec bien des choses\npour vous- oui, celui-là est un de nos fidèles. C'est tout, pour ce soir.\nC'est demain que nous viendra le tas!\nJUDITH\nEn réponse à celui que nous avons expédié aujourd'hui - oui, probable-\nPAUL\nEst-elle bête, au fond, cette coutume.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f160.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/59/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 156, "page_pdf": 161, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1791, "texte": "LA PLUME\n156\nJUDITH\nEn tout cas il vaut mieux ne pas être de ceux qui tirent les premiers. Mais\nc'est vous qui l'avez voulu. Et quelle peur vous aviez d'oublier quelqu'un!\nCroyez-vous que la plupart de ces personnes se fussent souvenus de nous,\nsi nous ne leur avions pas expédié un petit aide-mémoire?...\nPAUL\nEb bien! qu'est-ce que cela fait? Ce n'est pas moi du moins qui voudrais\noublier les vieux amis.\nJUDITH\nJe n'ai personne à oublier. J'ai eu des adorateur en foule, jamais d'amis.\n- Et encore moins d'amies. Pour les amis, oui!- vous en avez eu autre-\nfois une vraie collection, de ces amis véritables. A présent, il vous faut\npresque leur envoyer une sommation pour qu'ils nous envoient une carte\nde nouvel an.\nA qui la faute?\nPAUL\nJUDITH\nA moi, évidemment. Je le sais: je les ai tous chassés. Je vous éloigne,\nd'ailleurs, de tout ce que vous avez aimé auparavant.\nPAUL\nVoyons, ma mie. Ne me dites pas de ces choses ridicules. Mais naturelle-\nment la faute est à moi aussi bien qu'à vous. Ce qui est sûr, c'est que de-\npuis longtemps nous vivons tellement absorbés l'un dans l'autre que nous\nnégligeons tout le reste. Je n'ai pas à m'en plaindre, moi.\nJUDITH\nJe crois souvent remarquer pourtant que vous regrettez vos amis. Et je\nne veux pas qu'à cause de moi, vous cessiez de les fréquenter. Qu'ils ne\nm'aiment pas, eux, et, que je ne les aime pas, moi, qu'importe ! Quelle\nraison avez vous de ne plus aller les voir? Pourquoi ne faites-vous donc pas\ncomme je vous l'ai dit si souvent: allez au restaurant avec eux, si vous ne\nvous trouvez pas assez à l'aise à la maison.\nPAUL\nSoyez aimable, et rendez-moi un grand service.\nLequel?\nJUDITH\nPAUL\nLaissez là mes amis, et ne vous occupez pas de mes relations avec eux.\nJe ne regrette rien ni personne, tant que je suis avec vous.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f161.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/60/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 157, "page_pdf": 162, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 608, "texte": "LA PLUME\nEst-ce vrai?\nVoulez-vous que je le jure?\n157\nJUDITO\nPAUL\nJUDITH\nVous pensez donc réellement que je vous suffirai toujours? Cela ne vous\ndirait rien d'en avoir d'autres ?... (Paul secoue la tête en souriant).\nMon gentil mari, comme je vous aime !...\nPAUL\nVenez donc. Et oublions que demain c'est le jour du réglement\ncomptes.\nFi donc! Ne parlez pas de cela ce soir.\ndes\nJUDITH\nPAUL (lui enlaçant la taille).\nVous avez raison. Venez.\nPaul éteint la bougie du bureau. Ils passent ensemble dans\nchambre à coucher.\nla\nRideau\nFIN DE L'ACTE I.\n(A suivre.)\nPETER NANSEN.\nTraduit du danois par S. PRAIL.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f162.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/61/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}]}, {"article_id": "leu-05793", "tome": "1904", "cle_volume": "1904", "ark": "bpt6k15610b", "ocr_source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 157, "page_fin": 160, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 157 (100.0) ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f162.item", "pages": [{"page_imprimee": 157, "page_pdf": 162, "debut_caractere": 608, "fin_caractere_exclue": 1017, "texte": "L'Art décoratif\nLA POIGNÉE. - LEON BENOUVILLE\nLA POIGNÉE réunit, pour la seconde fois, une élite d'artistes de grand\ngoût. Pour légitimer cette affirmation, il suffit de rappeler leurs noms:\nE. Belville, J. Brateau, F. Courteix, A. Dammouse, P.-V. Grandhomme,\nA. Jacquin, Abel Landry, V. Prouvé, L. Robert, M.-P. Verneuil. Chacun\nd'eux s'efforce de réaliser à sa façon l'idéal qui est en lui. Certains expri-\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f162.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/61/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 158, "page_pdf": 163, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 3059, "texte": "LA PLUME\n158\nment avec puissance, d'autres un peu mièvrement; mais une qualité maî-\ntresse est en tous leurs travaux : la distinction.\nC'est merveille, par exemple, de voir avec quelle sûreté de\nmain\nE. Robert martelle le fer ou découpe le cuivre. Ainsi que, d'un tronc d'arbre\nl'écorce rude, s'échappent parfois de flexibles branches fournies\nà\nde\nfeuilles printannières, les lourds barreaux d'une grille se fleurissent à la\nvolonté d'E. Robert d'une ornementation simple et légère.\nA côté, c'est un radiateur électrique aux feuilles de cuivre découpées\net\nmodelées avec un charmeinfini. Quelques agrafes forgées par Emile Robert\nenserrent aussi des plats en grès flammé appendus aux parois de la salle.\nCes belles pièces font souvenir qu'un céramiste de marque, Dammouze, est\nprésent. De beaux grès voisinent aveç des coupes, des vases en pâte de\nici\nverre dont les tons, la transparence se muent du sombre au clair, selon\nl'angle lumineux qui vient caresser leur somptueuse matière.\nM. Eugène Belville n'est pas resté inoccupé durant l'année écoulée. Il a\nmené à bien un meuble de chambre à coucher où l'acajou et l'érable sont\nprésentés en des courbes agréables; il a composé des bijoux qui ont de la\nrichesse et aussi repoussé des cuirs. Mais, ici, l'artiste a compris que les\nredites devenaient dangereuses, qu'il fallait sortir des sentiers battus, de la\nfleurette incisée avec plus ou moins de délicatesse. Il a modelé de petits\nmascarons. La couleur, le grain du cuir, ses accidents, ont permis à Belville\nune suite de grotesque de l'effet le plus amusant et propres à des applica-\ntions multiples. Voilà qui reposera de la fleur de lis, de l'iris et du chardon.\nEncastrées dans le bois d'un buffet ou d'une crédence, ces « rustiques figu-\nlines » inciteront à la joie. Ne vaut-il pas mieux, en effet, distinguer sur les\nparois d'un de ces meubles quelque bonne figure de Bacchus ou de Silène\nqu'une pâle angélique? Sous prétexte d'art nouveau, on a beaucoup trop\nabusé de la plante. N'est-il pas illogique de parer de symboles pharmaceu-\ntiques un buffet encombré de pâtés savoureux et de flacons aux fines\nliqueurs?\nL'ornementation de Belville est joyeuse; remercions-le.\nUn portrait vaut surtout par sa fidélité. Si la ressemblance est accentuée\npar la couleur c'est parfait, mais si celle-ci vient contrarier le dessin ou\nl'harmonie des clairs et des ombres, je me fache. Aussi n'ai-je qu'une\nmédiocre estime pour les portraits émaillés, même lorsqu'ils sont signés\nLimozin et qu'ils ont fait cent mille francs en vente publique. Dans\nces\n< pièces de musée», les chairs sont cadavériques et les vêtements, presque\ntoujours bruns, violets ou rouges ont, par contre, un éclat indiscret.\nLa série de portraits exposés par Grandhomme, dont j'aime tant\nles\némaux lorsqu'il s'agit d'œuvres décoratives, ne me convertiront pas\naux\nportraits sur émail. Même les siens sont durs, tristes, sans atmosphère ni\némotion. La faute n'en est pas à Grandhomme, mais au procédé qu'il\nemploie. Il est peu disciplinable. Force est de se résoudre à constater que\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f163.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/62/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 159, "page_pdf": 164, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2819, "texte": "LA PLUME\n159\nles matières somptueuses, possédant leurs richesses en elles-mêmes, sont\nimpropres à traduire rigoureusement, fidèlement la vie, la ressemblance.\nOn ne fait pas un portrait avec des gemmes. Des matières comme l'émail\nlaissent une part d'imprévu. C'est leur danger, c'est aussi leur charme. II\nfaut se résoudre à ne leur demander que ce qu'elles peuvent donner. Elles\npermettent l'interprétation, non la copie. C'est ainsi que l'entend A. Jac-\nquin, lorsqu'il décore ses coupes, ses vide-poches d'émaux flamboyants.\nQue dire de nouveau de Jules Brateau, l'artiste impeccable, de F. Cour-\nteix et de ses belles broderies qui enchantent la vue avant d'aller fleurir\nd'une note d'art les costumes savants des belles dames, de M. P. Verncuil,\nl'ingénieux dessinateur, de Victor Prouvé, tour à tour peintre, joaillier, bro-\ndeur, et dont on rencontre ici des statuettes exquises réunissant un maximum\nde mouvement, d'expression et de couleur?\nLes meubles de M. Abel Landry m'ont procuré un plaisir certain.\nIls\nsont, non seulement gracieux et riches, mais encore confortables\nà\nl'extrème. Il est tel fauteuil des bras duquel on ne peut se décider à\ns'arracher. Ce sont là choses très dignes de l'estime des honnêtes gens. Il\nfaut les leur signaler.\nUn homme d'une grande valeur vient de disparaître. Léon Benouville\navait le sentiment de la modernité. Il croyait que l'art contemporain,\ndébarrassé de l'obligatoire plagiat, devait être accessible à tous. La mort\nl'a pris au moment où il allait réussir à assurer à la Beauté une place,\nmėme dans les foyers les plus pauvres.\nCet architecte des monuments historiques, cet ingénieur qui connaissait\nà merveille l'emploi des matériaux exceptionnels et les utilisait dans des\nimmeubles somptueux, trouvait néanmoins le temps de concevoir des mai-\nsonnettes pour petites gens, de les prévoir agréables et hygiéniques, et de\nles meubler avec un goût parfait.\nNul, parmi ceux qui s'intéressent au renonveau de l'art décoratif.\nn'a\noublié ces mobiliers pour maisons ouvrières, ces tables, chaises, dessertes,\nbibliothèques, qui ne craignaient point le contact des mains rudes, l'usure\nrapide. Il y avait là un exemple. Ses confrères profiteront-ils de l'enseigne-\nment, maintenant que le précurseur n'est plus? Il faut l'espérer.\nDe toutes façons, les amis de Léon Benouville ont délicatement agi en\nex-\nposant pendant quelques jours l'ensemble de son œuvre au musée Galliéra.\nOn a pu se convaincre, en étudiant les projets multiples de l'artiste, que la\nscience n'est pas incompatible avec le bon sens et que les connaissances\narchéologiques peuvent, parfois, faire bon ménage avec les préoccupations\nmodernistes.\nLéon Benouville, comme tous les travailleuvs véritables, était un homme\nsimple, il faisait peu parler de lui et ne multipliait pas sa personne. Iln'a,\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f164.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/63/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}, {"page_imprimee": 160, "page_pdf": 165, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2118, "texte": "160\nLA PLUME\nà aucun moment, conçu de temple à la lune ou abusé de l'aquarelle, ou\nencore déclaré « portes monumentales > des réductions maladroites de la\nTour Eiffel. Aussi ne jouissait-il point de la renommée de M. René Binet.\nCharles SAUNIER.\nBibliographie\nHenri BARBUSSE : Les Suppliants (Fasquelle). - Voici qui est de la litté-\nrature et très belle. Cela n'est pas vrai et pourtant cela est beau: je veux\ndire qu'on n'y saurait trouver la vérité impersonnelle, et si l'on me pous-\nsait même à aller au-delà de mon sentiment, je dirais que ces personnages\nne peuvent se rencontrer dans la réalité quotidienne; mais à chaque page\non touche à une très belle personnalité, profonde, grave, haute et douce,\nqui émeut et attache sous les formes diverses d'etre à travers lesquelles\nelle se projette pour mieux jouir, voluptueusement, de ses nuances: elle se\ndédouble pour se posséder avec la volupté de l'amour. C'est le roman de\nl'amitié, de l'amour sensuel, de l'amour mystique, de l'amour familial, de\nl'amour du prochain qui se succèdent dans le cœur de Maximilien, être\néthéréen, qui se laisse rencontrer par le collégien Jacques, la passante des\nrues, Evangéline et Marguerite, sans savoir ni vouloir s'attacher terrestre-\nment aucun d'eux, se sachant immortel par son cœur. C'est le roman du\ncœur, d'un cœur qui se réflète en d'autres cœurs, par un jeu de reflets mu-\ntuels, doux et vaporeux comme en Rodenbach, en un jeu de brumes. Ce ro-\nman symboliste - où les personnages sont des généralités ainsi qu'en la\npeinture d'un Carrière dont M. Barbusse a l'âme musicalement emprise -\nest un poétique sermon sur la vie: une âme religieuse enfle cette oraison\nmélancolique où se développent, avec une ampleur sacrée et de la gran-\ndeur, les grands thèmes de la vie. Roman psycho-philosophique, auquel\ns'harmonise un style le plus souvent admirable et très riche en valeurs dans\nl'absence de toutes couleurs.\nERRATUM\nMarius-Ary LEBLOND\nLe premier vers du second quatrain du « Sonnet de M.Robert Scheffer, inséré\ndans le numéro de la Plume du 15 janvier doit être ainsi lu :\nQu'elles ne me semblent plus TELLES.\n", "source": "OCR du volume de 1904 (janvier-juin) (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15610b/f165.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-fevrier-1904/64/ead3c012-ac08-4937-af38-f9c6cc8a847a"}]}]}