{"numero_id": "pmb-b27", "tome": "1891", "source": "Gallica (bpt6k155958), OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "articles": [{"article_id": "pmb-383", "tome": "1891", "cle_volume": "1891", "ark": "bpt6k155958", "ocr_source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 1, "page_fin": 1, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 1 (100.0) ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f8.item", "pages": [{"page_imprimee": 1, "page_pdf": 8, "debut_caractere": 559, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "(Dessin de Louis Dupuis)\nNOTRE PROCÈS\nLe 19 novembre dernier, la Neuvième Chambre du\nTribunal de la Seine condamnait, par défaut, La Plu-\nme, en la personne de son gérant à 15 jours de pri—\nson et deux mille francs d'amende, pour un Sonnet\nparu dans le supplément du ler Novembre (Sonnet\nno 4.r)•\nSur opposition à ce jugement l'affaire revenait le 3r\nDécembre devant la même Chambre, présidée par M.\nroutée ; ministère public : M. le Substitut Sauvageol.\nNotre gérant était assisté de Me Fernand Labori, l'un\ndes plus brillants avocats du Barreau de Paris, qui\navait bien voulu mettre son grand talent au service de\nLa Plume.\nM. Léon Deschamps, appelé comme témoin, a expli-\nqué au tribunal, grâce à l'obligeance de M. routée, qui\nn'est pas l'ogre que nous croyions, ce qu'est La Plume,\nson but et quels sont ses collaborateurs réguliers. Voyant\nle bon effet produit par les paroles de notre Directeur,\nM. le Substitut s'est trahi en indiquant, dans une inter-\nruption, de quel esprit relevaient ces poursuites dirigées\ncontre un journal d artistes. Nous renvoyons le lecteur à\nla note parue en tête des Pièces condamnées de Riche-\npin, il trouvera là le secret de l'affaire.\nL'auteur de cette note ne fait plus partie de notre Ré-\ndaction ; il est même parmi ceux qui attaquent violem-\nment notre Revue.\nSi nous sommes poursuivis, c'est à cause de lui : rai-\nson de plus pour montrer notre indépendance en prenant\nhautement la responsabilité de cette note, considérée à\ntort par le Parquet comme un défi à la ,justice. Il y a\nlà une sommation, irrespectueuse peut-être, à M. Yules\nde Glouvet, mais rien qu'une sommation de confrère à\nconfrère : M. le Procureur général aurait eu le beau\nrôle, en oubliant la querelle de M. de Glouvet ; il me\nl'a pas fait, nous le regrettons — et nous nous incli-\nnons. Que sa conscience soit aussi exempte de remords\nque la nôtre peut l'être !\nEnfin, le tribunal a réduit la peine à Mille francs\nd'amendé, sans prison,et ce nous est une suffisante ga-\nrantiequ'il a compris la pureté de nos intentions.\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f8.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/5/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}]}, {"article_id": "pmb-384", "tome": "1891", "cle_volume": "1891", "ark": "bpt6k155958", "ocr_source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 1, "page_fin": 4, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 1 (100.0) ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f8.item", "pages": [{"page_imprimee": 1, "page_pdf": 8, "debut_caractere": 2609, "fin_caractere_exclue": 4039, "texte": "LA POÉSIE NOUVELLE\nJean MORÉAS\nL'auteur des Syrtes et des Cantilènes publie au-\njourd'hui même, chez le « bibliopole » Léon Va-\nnier, un nouveau recueil de vers, dont l'apparition\nsera hautement célébrée dans le pays latin, où\nM. Jean Moréas marche suivi, dit-on, de cinquan-\nte poètes, comme un jeune Homère conduisant ses\njeunes homérides. On cite le café où chaque soir\nl'aède du symbolisme enseigne les rhapsodes de\nl'avenir.\nM. Jean Moréas est né à Athènes, il y a trente-\nquatre ans à peine. Il a dit lui-même, dans un\nrythme bizarre qui lui est cher :\nJe naquis au bord d'une mer, dont la couleur passe\nEn douceur le saphir oriental. Des lys\nY poussent dans le sable ......................\nIl descend, si j'en crois ses biographes, du na-\nvarque Tombazis, que les marins de l'Archipel\nnomment encore dans leurs chansons, et de Papa-\ndiamontopoulos, qui mourut en héros dans Mis-\nsolonghi. Mais, par son éducation intellectuelle,\npar son sent'ment de l'art, il est tout Français.\nIl est nourri de nos vieux romans de chevalerie\net il semble né vouloir connaître les dieux de la\nGrèce antique que sous les formes affinées qu'ils\nprirent sur les bords de la Seine et de la Lo're,\nau temps où brillait la Pléiade. Il fut élevé à Mar-\nseille et, sans doute, il ranime, en les transflr-\nmant, les premiers souvenirs de son enfance,\nquand il nous peint, dans le poème initi il du\nPèlerin passionné, un port du Levant, tout à fait\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f8.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/5/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 2, "page_pdf": 9, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 6458, "texte": "dans le gout des marines de Vernet et où l'on\nvoit « de grands vieillards, qui travaillent aux fe-\nlouques, le long des môles et des quais ». Mais\nMarseille, colonie grecque et port du Levant, ce\nn'était pas encore pour • M. Jean Moréas la patrie\nadoptive, la terre d'élection. Son vrai pays d'es-\nprit est plus au nord; il commence là où l'on voit\ndes ardoises bleues sous un ciel d'un gris tendre\net où s'élèVent ces joyaux de pierre sur lesquels la\nRenaissance a mie des figures symboliques et des\ndevises subtiles.\nM. Jean Moréas est, avec MM. Charles Mori-\nce, Charles Vignier et Laurent Tailhade, une des\nsept,étoiles de la nouvelle pléiade. Je le tiens pour\nle Ronsard du symbolisme.\nIl en voulut être aussi le du Bellay et lança, en\n1885, un manifeste qui rappelle quelque peu la\nDeffense et illustration de la langue françoise, de\n1549. Il y montra plus de curiosité d'art et de\ngoût de forme que d'esprit critique et de philoso-\nphie. L'esthète de l'école, c'est bien plutôt M.\nCharles Morice en qui je dev:ne quelque profon-\ndeur, bien que je ne l'entende pas toujours. Car il\nest nuageux. Mais il faut souffrir quelque obscu-\nrité chez les symbolistes, ou ne jamais ouvrir leurs\nlivres. Quant à M. Jean Moréas, tout difficile et\n(comme ils disent) abscons qu'il soit par endroits,\nil est poète assurément, poète en quelque manière\net très artiste à sa façon, Son nouveau livre sur-\ntout, son Pèlerin passionné vaut qu'on en parle,\nd'abord parce qu'on y trouve ça et là de l'aima-\nble et même de l'exquis et aussi parce que c'est\nl'occasion pour le critique de s'expliquer sur quel-\nques questions qui intéressent l'art de la poésie.\nM. Jean Moréas et son école ont rejeté les règles\nde la vieille prosodie. Ils se sont débarrassés de la\ncésure que les romantiques, dans le vers brisé, et\nles parnassiens gardaient encore. Ils repoussent\nl'alternance systématique des rames féminines et\ndes rimes masculines ; ce n'est pas tout. Ils riment\nrichement quand il leur plaît, et se contentent,\nquand il leur plaît, de la simple assonance. Ils se\npermettent l'hiatus ; ils élident parfois l'e muet\ndevant une consonne et enfin ils font des vers de\ntoutes mesures, de ces vers, comme l'a dit fine-\nment M. Félix Fénéon, « encore suspects », dont\nles six pieds et demi inquiètent l'oreille, et de ces\nvers plus longs encore où la syntaxe se joue avec\nfacilité. Qu'on m'excuse d'entrer ainsi dans la\ntechnique de l'art : il s'agit de poésie, et il n'est\npas vain de rechercher si ces nouveautés sont\nheureuses et permises.\nIl est certain qu'elles ont l'inconvénient de nous\ntroubler dans nos habitudes. Mais c'est un incon-\nvénient commun à tous les changements. Il faut\nsavoir le souffrir à propos. Si l'on vit, il faut con-\nsentir à voir tout changer autour de soi. On ne\ndure qu'à ce prix, et si la mobilité des choses nous\nattriste parfois, elle nous amuse aussi. Le conser-\nvatisme à outrance est aussi ridicule en art qu'en\npolitique, et je ne sain lequel est le plus vain, à\ncette heure, de réclamer le rétablissemeat du cens\nen matière électorale ou de la césure au milieu\ndu vers alexandrin.\nL'incessante métamorphose de tout ne surprend\nni n'effraye. Elle est naturelle. Les formes d'art\nchangent comme les formes de la vie. La proso-\ndie de Boileau et des classiques est morte. Pour-\nquoi la prosodie de Victor Hugo et des romanti-\nques serait-elle éternelle ? Je ne vois guère que\nles vieux lions de 1830, s'il en est encore, pour\ngémir de ce qui se passe aujourd'hui en poésie.\nLes révolutionnaires s'étonnent seuls qu'on fasse\ndes révolutions après eux.\nOh! si notre prosodie était soumise à des lois\nnaturelles il y faudrait bien obéir, à ces lois. Mais\nvisiblement elle est fondée sur l'usage et non sur\nla nature. Pour peu qu'on examine les règles on\nen voit l'arbitraire. Nous sommes un peuple mé-\ndiocrement musical et quine chante pas volontiers.\nLes commencements de notre vers sont d'une si\nrude barbarie qu'aucun poète n'oserait y regarder\ns'il avait lé malheur de • les• connaître. La rime\nfut originairement un grossier artifice de mnémo-\ntechnie et le vers un aide-mémoire pour des gens\nqui ne savaient pas lire. Et si l'on avait quelque\npeine à croire qu'un moyen mnémotechnique se\nsoit transformé avec le temps en un bel effet d'art,\nil suffirait de songer que dans l'architecture des\nGrecs une poutre posée sur des piliers de bois de-\nvint l'architrave et que chaque bout de la char-\npente du toit se changea en un triglyphe de mar-\nbre.\nQuand on entre dans le détail de la versifica-\ntion on voit que, toutes les prescriptions auxquel-\nles obéissent les poètes sont arbitraires et récen-\ntes. Elles durent peu: Elles dureraient moins en-\ncore si le sentiment de l'imitation n'était très fort\n-\nchez les hommes et surtout chez les artistes..En\nfait, une forme de vers ne dure pas beaucoup plus\nqu'une génération de poètes. Pour peu qu'on étu-\ndie les changements nouvellement introduits dans\nle vers français, on trouvera des raisons suffisan-\ntes, je crois, de se résigner et de dire : «C'était\nfatal. » La suppression de la césure n'est qu'un\npas de plus dans une voie dès longtemps suivie.\nLe vers brisé de nos vieux romantiques est au-\njourd'hui tenu pour exemplaire et admis par tous\nles lettrés. Les réformes prosodiques de 1830 sont\nacceptées par tout barbacole capable de brocher\nau hasard des morceaux choisis pour les classes,\npar l'anthologiste le plus machinal, par le plus\nmécanique collecteur de poésies. Or le vers brisé\ndevait conduire au vers à césure mobile, lequel\naboutissait au vers sans césure : c'était nécessaire.\nEt Malherbe nous enseigne qu'il ne faut pas cher-\ncher de remède aux maux irrémédiables.\nJ'aurai peu de chose à dire de l'alternance des\nrimes. C'est une obligation assez nouvelle, qui\nn'existait pas encore dans toute sa rigueur du\ntemps de Ronsard. J'avoue que je suis choqué\nquand un poète y manque par mégarde; l'impres-\nsion pénible que j'éprouve provient moins, peut-\nêtre d'une délicatesse de l'oreille, que du senti-\nment d'une irrégularité qui me trouble dans mes\nhabitudes. Tout au moins je sais bien que je n'é-\nprouve plus de malaise quand la non-alternance\nest cherchée et voulue. L'effet, incontestablement,\nen peut être a,gréable.• C'est le sentiment de M.\nThéodore de B\nanville, le plus habile des poètes\nà manier les rythmes.\nM. Jean Moréas et ses amis prennent en outre\navec la rime quelques libertés qu'on peut aussi\ndéfendre. J'ai jadis récité dévotement, en bon par-\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f9.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/6/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 3, "page_pdf": 10, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 6104, "texte": "nassien, les litanies de Sainte-Beuve à Notre\nDame la Rime, rime tranchant aviron, frein d'or,\nagrafe de Vénus, anneau de diamant, clé de l'ar-\nche. Je ne renie pas ma foi. Mais je puis, sans\napostasie, reconnaître que la prosodie qui s'en va\nétait bien livresque quand elle exigeait que la\nrime fût aussi exacte pour les yeux que pour l'o-\nreille. Le poète, à ce coup, accorde trop au scribe.\nOn voit trop qu'il est homme de cabinet, qu'il tra-\nvaille sur du papier, qu'il est plus grammairien\nque chanteur. C'est le malheur de notre poésie d'être\ntrop littéraire, trop écrite; il ne faut pas exagérer\ncela. Et si les symbolistes retranchent quelque\nchose sur la symétrie graphique de la rime, je ne\nleur en ferai pas un grief trop lourd. Autre ques-\ntion. Faut-il les blâmer de se permettre l'hiatus\nquand l'oreille le permet ? Non pas: ils ne font là\nque ce que faisait le bon Ronsard. Il est pitoyable,\nquand on y songe, que les poètes français se\nsoient interdit pendant deux cents ans de mettre\ndans leurs vers tu as ou tu es. Cela seul est une\ngrande preuve de la régularité de ce peuple et de\nson obéissance aux lois.\nFaut-il crier à la barbarie parce que M. Jean\nMoréas a mis dans un vers :\nDieu ait pitié de mon âme I\nQui ne sent au contraire que certains hiatus\nplaisent à l'oreille ? ces chocs de cristal que font\nles voyelles dans les noms de Néère ou de Leuco-\nnoé et qui ne sont en somme que des hiatus char-\nmants au dedans d'un mot, par quel sortilège de-\nviendraient-ils inharmonieux en sonnant aux bords\nvoisins de deux mots d'un vers? Mais il suffit d'a-\nvoir lu Ronsard peur savoir comment l'hiatus peut\nentrer dans la mélodie poétique. A tout prendre,\nles nouveautés des symbolistes sont plutôt des re-\ntours aux usages anciens. C'est ainsi qu'ils comp-\ntent dans un vers de cinq pieds, nommée Mab pour\nquatre syllabes, comme on faisait autrefois. On\nen verra plus loin l'exemple. Et cependant, ils se\npermettent parfois mais rarement, comme dans\nles chansons populaires d'élider à leur fantaisie la\nmuette devant une consonne. Ils disent : nommé\nMab. La licence est grande, mais sans cette li-\ncence ou la précédente il est impossible de mettre\nprie-dieu dans un vers. J'ai, je crois, énuméré\ntoutes les audaces du Pèlerin passionné et, à tout\nprendre, il n'en est pas une seule qui n'ait été ap-\npelée et souhaitée et d'avance bénie par Banville,\nnotre père, qui a dit : « L'hiatus, la diphtongue\nfaisant syllabe dans le vers, toutes les autres cho-\nses qui ont été interdites et surtout l'emploi facul-\ntatif des rimes masculines et féminines, fournis-\nsaient au poète de génie mille moyens d'effets\ndélicats, toujours variés, inattendus, inépuisa-\nbles. »\nEt Banville, laissant flotter les rênes, n'a-t-il\npas d:t encore :\n« J'aura;s voulu que le poète, délivré de toutes\nles conventions empiriques, n'eût d'autre maître\nque son oreille délicate, subtilisée par les plus\ndouces caresses de la musique. En un mot, j'au-\nrais voulussubstituer la science, l'inspiration, la\nvie toujours renouvelée et variée à une loi méca-\nnique et immobile,\ng\nLes rêves, les désirs du plus chantant de nos\npoètes, les symbolistes ont essayé de les réaliser.\nIls ont assez et trop fait pour lui plaire. On dit\nque le maître s'étonne et s'effraye aujourd'hui\ndes nouveautés qu'il appelait naguére. Cela est\nbien naturel. On ne serait point artiste si l'on\nn'aimait point par dessus tout et d'un amour ja-\nloux les formes dans lesquelles on a soi-même en-\nfermé le beau. On en devine, on en pressent de\nnouvelles ; mais celles-ci, dès qu'elles se montrent,\nsont importunes et font dire: « J'ai assez vécu! »\nHélas ! le critique ne doit pas céder aux charmes\ndes regrets; il lui faut suivre l'art dans toutes ses\névolutions et craindre de prendre pour incorrec-\ntion et barbarie ce qui est recherche nouvelle et\nnouvelle délicatesse.\nPour ma part, la prosodie de M. Jean Moréas\ndéconcerte un peu mon goût sans le trop blesser.\nElle contente assez ma raison :\nEt mon coeur en secret me dit qu'il y consent.\nMais la langue, voilà qui m'agrée moins! je la\ntrouve, entre nous, effroyablement insolite et ter-\nriblement insolente. Elle vous a des airs de se\nmoquer du monde qui me font beaucoup de pei-\nne. Sur ce point encore, qui est le grand point, je.\nne voudrais pas être plus conservateur que de rai-\nson et me brouiller avec l'avenir. L'expérience\nmontre que la langue change comme la prosodie.\nElle s'use même plus vite, puisqu'elle sert davan-\ntage. Dans les temps d'activité intellectuelle, elle\nfait chaque année, et pour ainsi dire chaque jour,\nde grands gains et de grandes pertes.\nJe ne sais si aujourd'hui nous pensons bien •\nj'en doute un peu ; mais, certes, nous pensotns\nbeaucoup ou du moins nous pensons à beaucoup\nde choses et nous faisons un horrible gâchis de\nmots. M. Jean Moréas, qui est philologue et cu-\nrieux de langage, n'invente pas un grand nombre\nde termes ; mais il en restaure beaucoup, en sorte\nque ses vers, pleins de vocables pris dans les\nvieux auteurs, ressemblent à la maison gallo-\nromaine de Garnier, où l'on voyait des fûts de co-\nlonnes antiques et des débris d'architraves. Il en\nrésulte un ensemble amusant, mais bizarre et con-\nfus. Paul Verlaine l'a appelé :\nRoutier de l'époque insigne,\nViolant des villanelles.\nEt il est vrai qu'il est dP l'époque insigne et qu'il\nsemble toujours habillé d'un pourpoint de velours.\nJe lui ferai une autre querelle. Il est obscur. Et\nl'on sent bien qu'il n'est pas obscur naturellement.\nTout de suite, au contraire, il met la main sur le\nterme exact, sur rmage nette, sur la forme préci-\nse. Et pourtant, il est obscur. Il l'est parce qu'il\nveut l'être; et s'il le veut, c'est que son esthétique\nle veut. Au reste, tout est relatif ; pour un sym-\nboliste, il est limpide.\nMais ne vous y trompez pas : avec tous les dé-\nfauts et tous les travers de son école, il est'artis-\nte, il est poète; il a un tour à lui, un style, un\ngoût, une façon de voir et de sentir. Çà et là, il\nest exquis, comme, par exemple, dans le petit\npoème que voici, et qui s'entend fort bien de lui-\nmême. Il faut seulement vous , rappeler que con-\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f10.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/7/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 4, "page_pdf": 11, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 2079, "texte": "était, dans l'ancienne langue, le nom du\nlomb\npigeon, et qu'il est resté dans le parler vulgaire,\nbien que d'un usage assez rare. Voici :\nQue faudra-t-il à ce coeur qui s'obstine;\nCoeur sans souci ah, qui le ferait battre?\nIl lui faudrait la reine Cléopâtre,\nIl lui faudrait Hélie et Mélusine,\nEt cel'e-là nomm=e Mab, et celle\nQue le soudan emporte en sa nacelle.\nPuisque Suzon s'en vient, allons\nSous la feuillée où s'aiment les coulombs,\nQue faudra-t-il à ce coeur qui se joue;\nCe belliqueur, ah, qui ferait qu'il plie!\nIl lui faudrait la princesse Aurélie,\nIl lui faudrait Ismène dont la joue\nPasse la neige et la couleur rosine\nQue le matin laisse sur la colline.\nPuisqu'Alison s'en vient, allons\nSous la feuillée où s'aiment les coulombs.\nPetit air de viole, mais convenez que cela, com-\nme dit Verlaine, est gentiment violé. Pour le sur-\nplus. je vous renvoie au Pèlerin passionné. On y\ntrouve des pièces plus originales pour le tour et\npour l'image, dont, à vrai dire, je ne pourrai-pas\nciter beaucoup de vers sans glose, commentaire\net lexique.\nCar, en définitive, M. Jean Moréas est plutôt\nun auteur difficile. Du moins il n'est point banal,\ncet Athénien mignard, épris d'archaïsme et de\nnouveautés, qui combine étrangement dans ses\nvers le pédantisme élégant de la Renaissance, le\njoli mauvais goût du style rocaille et le vague\ninquiétant de la poésie décadente. On dit qu'il\nva, par le pays latin, suivi de cinquante\npoètes,\n,\nses disciples. Je n'en suis pas suri) s. Il a, pour\nles attacher à son école, le savoir d'un vieil hu-\nmaniste, un esprit subtil, le goût des belles et\nlongues disputes et des combats d'esprit. Et si\ncertaines parties restent nuageuses dans son en-\nseignement comme dans son oeuvre, ces obscuri-\ntés ne sont pas pour éloigner de lui une jeunesse\navide d'ésotérisme, qui, en art comme en science\net en morale, écoute les mystes et les mages et se\nvoue aux arcanes.\nANATOLE FRANCE.\nL'abondance des matières nous oblige à renvoyer au\nprochain numéro, un article de notre Rédacteur en\nChef : L'Art devant la Loi.\nEXTRAIT DE L'OEUVRE POÉTIQUE\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f11.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/8/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}]}, {"article_id": "pmb-385", "tome": "1891", "cle_volume": "1891", "ark": "bpt6k155958", "ocr_source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 4, "page_fin": 5, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 4 (96.0) ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f11.item", "pages": [{"page_imprimee": 4, "page_pdf": 11, "debut_caractere": 2090, "fin_caractere_exclue": 3561, "texte": "LES SYRTES (1884)\nQUE L'ON JETTE CES LYS...\nQue l'on jette ces lys, ces roses éclatantes,\nQue l'on fasse cesser les flûtes et les chants\nQui viennent raviver les luxures flottantes\nA l'horizon vermeil de mes désirs couchants.\nAh ! ne me soufflez plus le musc de votre haleine,\nAh! ne me fixez pas de vos yeux fulgurants,\nCar je me sens brûler ainsi qu'une phalène\nA l'azur étoilé de ces 'lambeaux errants.\nAh l ne me tente plus de ta caresse avide,\nAh ! ne me verse plus l'enivrante liqueur\nQui coule de ta bancha, amphore jamais vide,\nLaisse dormir mon coeur, laisse mourir mon cœur !\nMon coeur repose ainsi qu'en un cercueil d'érable\nDans la sérénité de sa conversion,\nAvec le vain regret d'un bonheur misérable\nNo trouble pas la paix de l'absolution.\nDE\n-0-\nLES BONNES SOUVENANCES\nIrisant le ciel gris de nos mornes pensées,\nRavivant les soleils éteints des renouveaux,\nElles passent toujours au fond de nos cerveaux,\nUn bon souris sur des lèvres jamais plissées.\nLeur regard est l'aurore, et leur natte tressée\nEst fulgurante ainsi que l'éclat des flambeaux,\nLeur regard est la nuit et, sur le cou massée,\nLeur chevelure est bleue ainsi que les corbeaux.\nAux accords pénétrants d'anciennes ritournelles,\nElles bercent nos coeurs pleins d'ennuis ; ce sont elles\nQui pansent doucement nos blessures mortelles.\nElles qui sur nos cils viendront sécher nos pleurs,\n— Et le Temps, émondeur de beautés et de fleurs,\nMet sur leur front vieilli de plus fraîches couleurs.\n—0—\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f11.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/8/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 5, "page_pdf": 12, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 443, "texte": "CHANSON\ny° veux un amour plein de sanglots et de pleurs\nUn amour au front pâle orné d'une couronne\nDe roses dont la pluie a terni les couleurs,\nye veux un amour plein de sanglots et de pleurs.\n,̀fie veux un amour triste ainsi qu'un ciel d'automne,\nUn amour qui serait comme un bois planté d'ifs\n021 dans la nuit le cor mélancolique sonne.\nYe veux un amour triste ainsi qu'un ciel d automne,\nFait de remords très lents et de baisers furtifs.\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f12.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/9/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}]}, {"article_id": "pmb-386", "tome": "1891", "cle_volume": "1891", "ark": "bpt6k155958", "ocr_source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 5, "page_fin": 6, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 5 (96.0) ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f12.item", "pages": [{"page_imprimee": 5, "page_pdf": 12, "debut_caractere": 450, "fin_caractere_exclue": 3178, "texte": "LES CANTILÈNES (1886)\nVOIX QUI REVENEZ...\nVoix qui revenez, bercez-nous, berceuses voix :\nRefrains exténués de choses en allées,\nEt sonnailles de mule au détour des allées,\n— Voix qui revenez, bercez-vous, berceuses voix.\nFlacons, et vous, grisez-nous, flacons d'autrefois.\nSenteurs en des moissons de toisons recélées,\nChairs d'am.5re, chairs de musc, bouches de giroflées.\n— Flacons, â vous, grisez nous, flacons d'autrefois.\nEn ce ma:in d'hiver et crom3re, l'alouette,\nEn ce matin d'hiver, 1 alouette est muette.\nVoix qui revenez, bercez nous, berceuses voix.•\nLes lys sont coupés dans le jardin, et les roses ;\nEt les iris au bord des eaux, des eaux moroses.\n— Flacons, ô vous, grisez-nous, flacons d'autrefois.\nLES PALES FILLES...\nLes pâles filles de l'argile\nS'en vont hurlant par les chemins,\nEt dans un transport inutile\nSur leurs seins nus crispent leurs mains.\nLèvre vaine de ses carmins,\nOrgueil de la hanche nubile :\nSenteurs fugaces de jasmins.\nO cette extase puérile !\nTOI dans qui j ai constitué\nPour me consoler de la terre,\nL amour stérile et solitaire,\nDors ton sommeil impollué\nSous la pierre que ne soulève\nQue la force occulte du rêve.\n—o—\nLA DÉTRESSE DIT...\nLa DÉTRESSE dit : Ce sont des songes. anciens,\nDes songes vains, les danses et les musiciens.\nLa tête du Roi ricane du haut d'une pique ;\nLes étendards fuient dans la nuit, et c est la panique,\nLa DÉCRÉPITUDE dit: Etes-vous fous vraiment,\nVraiment, êtes vous fous d'avoir encor cette pose\nD avoir encor sur les dents ce sourire charmant,\nCe sourire devant le miroir, et celte rose\nDans votre perruque, ah! vraiment, quelle est cette pose!\nLe TEMPS dit : Ye suis le Temps, un et simultané,\nEt je stagne en ayant l'air de celui qui s'envole,\nMirage fruste et kaledoscope frivole,\nye vous leurre avec l'heure qui n'a jamais sonné.\nAlors MAYA, Mayâ l'astucieuse et la belle\nPose ses doigts doux sur notre front quise rebelle\nEt câline susurre: Espérez toujours, c'est pour\nVotre sacre que vont gronder les cymbales vierges,\nEt vous aurez l'or et la pourpre de Bedjapour,\nEsclaves dont le sang teint les cordes et les verges.\n—u—\nMÉLUSINE\n(Fragment)\nLes unes sous les hauts hennins\nL'ceil à mainte feintise\nAux traînes que portent des nains\nPar les escaliers de sardoine ;\nD'autres dont la grâce florit\nComme une branche neuve, et toutes ;\nEt la pucelle qui sourit\nAu chevalier vainqueur des joutes :\nFestins mentis aux affamés,\nPromise nef qui soudain cule\nLeurre de fleuves, tôt humés,\nDans la hagarde canicule.\nIndicible et le front vêtu\nDe pierres gemmes en guirlande,\nPar quel géant gardée es-tu\nAux grottes de Nortoberlande\nLa prime et l'ultime et pennon\nOit l'aure des promesses joue,\nEt molette de bon renom\nBrochant le Désir qui s'ébroue !\n—o—\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f12.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/9/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 6, "page_pdf": 13, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 6, "texte": "III\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f13.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/10/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}]}, {"article_id": "pmb-387", "tome": "1891", "cle_volume": "1891", "ark": "bpt6k155958", "ocr_source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 6, "page_fin": 6, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 6 (96.0) ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f13.item", "pages": [{"page_imprimee": 6, "page_pdf": 13, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 2781, "texte": "LE PÈLERIN PASSIONNÉ\nLE TROPHÉE\nMirage coloré, fragrance\nDe jeunes jardins, et de carrefour rance ;\nDoux frôler susurré comme d'une source,\nRâper anxieux comme d'une étoffe rebourse :\nIl est un Monstre.\nO toi, ô toi, ton âge le connut\nAlors que fleur il eut,\nEt jusqu'au seuil de son automne empressé.\nAh toi, bénie qu'elle soit, la tutélaire voix\nQui terrassé le fit sur les pavois\nBruissant à ta fortune.\nCar n'es-tu pas, celui pour qui, ores, en vain\nSaturne vente à la poupe ;\nEt qui peut, s'il le veut, goûter 1 instant frivole, comme\nQui rit dedans la coupe I\n[un vin\n-0-\nÉGLOGUE A iEMILIUS\nAlors que j'étais, ô ,Emilius, le nouveau\nTemps, alors que, la feuille de primerole ;\nQue mon âge allait plus éclairci que l'eau\nDe la source matutinale en sa rigole\nDe gravier : devis ni son,\nFredons comme de tourtres et passes,\nN'envolaient de ma bouche aimée des Grâces.\nMais soupirer et complainte et tenson.\nO .e.Emilius, pourquoi, sur l'agreste flûte, ai je\nDit l'automne maligne et le cortège\nDes pluies, alors que Flora versait\nBeau-riante l'étrenne de sa corbeille,\nEt, d'un tories, Cyprine mes boucles pressait,\nO Æmilius : et la barbe, à peine, entour l'oreille\nMe naissait ?\nL'été, maintenant, grandit l'ombre de mes pas;\nLa mi-été, maintenant, boit la rosée. Ah, n'est-il pas\nLevé, l'astre qui fait s'ouvrir la fleur tardive\nDu safran! iEnzilizts, iEmilius, voici bruire\nL'heure au roseau que mon souffle avive,\nL'heure de lamenter.\nOre je vous vais dire :\nLa folâtre Anzarylle, et le joyeux Tilyre.\n—0—\nAGNÈS\n(fragment)\n« Soeur douce amie, » lui disais-tu, « douce amie,\nLes étoiles peuvent s'obscurcir et les amarantes avoir été\nQue ma raison ne cessera mie\nDe radoter de votre beauté.\nCar Cupidon ravive sa torche endormie\nA vos yeux, à leur clarté ;\nEt votre regarder, » lui disais-tu « est seul Mire\nDe mon coeur attramenté. »\nC'était ;tu dois bien t'en souvenir), c'était par un\nsoir de la mi-automne.\n« Vos cheveux traînent jusqu'en bas et nimbent votre face\nEt vos sourires sont les duègnes de'votre vertu ;\nAh, prenons garde que notre âme ne se fasse\nPutain, Madame », lui disais-tu.\nr. Vos cheveux traînent,et vos yeux portent d'azur à la fasce\nD'or, et votre corps est de lys vêtu;\nAh, prenons garde que notre désir ne se farde\nPareil à quelque gnome tortu. »\nC'était (tu dois bien t'en souvenir), c'était par un\nsoir de la mi-automne.\n«Saur douce amie, » lui disais-tu, «mon coeur est moire\nD'eaux claires sous les midis.\nMadame, » lui disais-tu, « mon coeur est grimoire\nTout couvert de signes maudits ,\nEt je vous eusse cédée pour mille besants et voire\nPour quelques maravédis.\nSoeur douce amie. » lui disais-tu, « pieux cloître\nE t mon coeur, et sainte fleur en paradis. »\nC'était (tu dois bien t'en souvenir), c'était par un\nsoir de la mi-automne.\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f13.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/10/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}]}, {"article_id": "leu-04131", "tome": "1891", "cle_volume": "1891", "ark": "bpt6k155958", "ocr_source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 7, "page_fin": 7, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre retrouvé p. 7 (100.0) ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f14.item", "pages": [{"page_imprimee": 7, "page_pdf": 14, "debut_caractere": 839, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "UN TROUPEAU GRACIEUX...\nUn troupeau gracieux de jeunes courtisanes\nS'ébat et rit dans la forêt de mon âme.\nUn bûcheron taciturne et fou frappe\nDe sa cognée dans la forêt de mon âme.\nMais n'ai-je pas fait chanter sous mes doigts\n(Bûcheron frappe!) la lyre torse trois fois!\n(Bûcheron, frappe !) N'est-elle pas mon âme,\nComme un qui presse de rapides coursiers !\n—0—\nyE NAQUIS AU BORD D'UNE MER...\nje naquis au bord d'une mer dont la couleur passe\nEn douceur le saphir oriental. Des lys\nY poussent dans le sable, ah, n'est-ce ta face\nTriste, les pâles lys de la mer natale ;\nN'est ce ton corps délié, la tige allongée\nDes lys de la nier natale !\nO amour, tu n'eusses sou f fert qu'un dêsir joyeux\nNous gouvernât ; ah, ,,'est-ce tes )eux\nLe tremblement de la nier natale?\n—o—\nMOI QUE LA NOBLE ATHÈNES...\nMoi que la noble Athènes a nourri,\nMoi l'élu des Nymphes de la Seine,\nJe ne suis pas un ignorant dont les Muses ont ri.\nL'intègre élément de ma voix\nSuscite le harpeur, honneur du Vendàmois ;\nEt le comte Thibaut n'eut pas de plainte plus douce\nQue les lays amoureux qui naissent sous mon pouce.\nL'Hymne et la Parthénie, en mon âme sereine,\nSeront lés chars vainqueurs qui courent dans l'arène ;\nEt je ferai que la Chanson,\nSoupire d'un tant! courtois son,\nEt pareille au ramier quand la saison le presse.\nCar par le rite que je sais,\nSur de nouvelles fleurs, les abeilles de Grèce\nButineront un miel Français.\nJean MORÉAS.\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f14.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/11/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}]}, {"article_id": "pmb-388", "tome": "1891", "cle_volume": "1891", "ark": "bpt6k155958", "ocr_source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 7, "page_fin": 13, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : relevé sur l'image : « Jean Moréas symboliste » (Barrès) commence p. 7 (l'OCR lit « JEAN TORÉAS »), suite p. 8 et p. 13 ; la table de PMB donne 8-18 ; vérifié par J. Schuh ; décision du 27 octobre 2026 ; suite p. 13 ; début : titre en tête ; fin : signature non retrouvée", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f14.item", "pages": [{"page_imprimee": 7, "page_pdf": 14, "debut_caractere": 2263, "fin_caractere_exclue": 3761, "texte": "JEAN TORÉAS\nSYMBOLISTE\nJean Moréas est un poète symboliste. Que le\nlecteur qui sourit de cette qualité de symboliste\nme permette de lui faire observer qu'à toutes les\népoques il y eut des « écoles», que c'est le public\nqui les invente bien plus que les auteurs, que\nsymboliste enfin n'est pas plus drôle que roman-\ntique, parnassien ou naturaliste, et même présen-\nte une signification plus aisée à saisir.\nLes symbolistes estiment que tout se mêle en\nnous. Ce que je pense, disait à propos de l'un\nd'eux leur ami Jules Tellier, se teinte de ce que\nje fais et vois. Ce que je fais et vois se trans-\nforme au gré de ce que je pense. Si je veux\nconter ma vie réelle, il me faudra trouver des\nsymboles assez compréhensifs pour embrasser\ntoute ma pensée et toute ma vision. Pour le\nphilosophe d'aujourd'hui, il n'y a ni matière ni\nesprit ; simplement des phénomènes. Pour l'ar-\ntiste de demain, il n'y aura ni des psychologies\nni des collections de faits, il y aura des symboles.\nJe ne m'attarderai pas à démontrer que cette\nformule exprime la tendance de l'art tout entier,\ncar j'entrevois que cela nous mènerait à affirmer\nque l'histoire du symbolisme se confond avec\nl'histoire de l'art lui-mème. Et cette constatation\nqui fortifie, scion les uns, la situation de nos\nsymbolistes, puisqu'elle leur donne d'excellents\nancêtres, pourrait, selon quelques autres, dimi-\nnuer l'originalité de leur esthétique.\nPour être juste, on conclura qu'ils se font de\nleur art l'idée même qu'en eurent à toutes les\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f14.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/11/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 8, "page_pdf": 15, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 5890, "texte": "époques les grands artistes. Et voilà une pre-\nmière raison de leur ouvrir quelque crédit.\nOn en a beaucoup parlé, du symbolisme ! Les\nchroniqueurs répètent à chaque occasion que la\n« nouvelle génération » ruine l'esprit français, et\nde cette catastrophe ils portent grand deuil,\nquoique, pour dire vrai, plusieurs d'entre eux ne\npuissent en etre atteints.\n,Jusqu'à cette heure « le symbolisme » a donné,\nil faut l'avouer, de maigres résultats. Il a permis\nà quelques critiques mal dégrossis-de se donner\ndes airs, en bafouant la nouvelle manière, d'é-\ncrire eux-mêmes comme Voltaire. D'autre part,\nil a été une commodité pour bon nombre d'écri-\nvains, aussi dénués de syntaxe que de métaphy-\nsique, qui prétendirent justifier tout au court\nleur galimatias en affichant. qu'ils renouvelaient\nla littérature française.\nIl me semble qu'on doit souhaiter que quelque\nlumière soit portée dans cette petite question\nlittéraire des« Décadents » et des « Symbolistes »,\nobscurcie par trop de quolibets et de barba-\nr:smes.\nEn vain plusieurs d'entre ces messieurs ont-ils\npublié des livres et des revues remplis d'intérêt.\nUn _beau poème. idéologique de M. Mathias\nMorhardt, un programme systématique et très\nabondant de M. Charles Morice, des vers de\nMM. de Régnier, Gustave Kahn Charles Vi-\ngnier et de plusieurs autres que j'hésite à ranger\ndans cette école aux 1 mites flottantes, ne sont\npas allés jusqu'au public. Des symbolistes, on ne\nconnalt guère que leurs prétentions, et on sourit!\nmais c'est exactement l'aventure du romantisme,\ndu parnasse et du naturalisme dans leurs pre-\nmiers temps. Le seul grief un peu sérieux que\nl'on peut opposer aux symbolistes, c'est d'a-\nvoir trop négligé jusqu'à cette heure de par-\nfaire quelque chef-d'oeuvre. Mais n'est-ce pas la\ncoutume chez les jeunes gens de différer cette\nformalité ?\nA mon avis, le Pèlerin passionné, que vient de\npublier M. Jean Moréas, l'un d'eux, est ce chef-\nd'oeuvre dont l'absence mettait à la gène ceux\nqui, ayant de la sympathie pour le monde « sym-\nboliste », ne savaient comment s'en expliquer\navec les personnes prévenues.\nVoilà bien le livre réclamé par tous les lettrés\nà leur librairie, et où ils trouveront poussés au\ntype tous les caractères, défauts et qualités de\nl'école.\nOn comprend en quel sens je dis ici chef-\nd'oeuvre. Il ne s'agit pas de ces ouvrages que\nl'Etat brevète et qu'il inscrit dans les program-\nmes de l'Université, de l'Odéon et de la Comédie-\nFrançaise, subventionnés à cet effet ! Non ! mais\nvoici une œuvre exécutée après de longs efforts,\nconforme à la conception de son ouvrier, appro-\npriée aux besoins intellectuels d'un groupe chaque\njour grossissant, et telle enfin qu'elle pourra\nserv'r de modèle à d'autres compagnons.\nLe Pèlerin passionné, l'un des plus délicieux\ntitres que j'aie rencontrés dans l'interminable\ncatalogue de la littérature, nous émeut depuis un\nan qu'on l'annonce. L'ayant lu avec la plus vive\nsympathie, je ne saurais m'en cacher, mais\naussi avec défiance (on a tant de désillusions\ndans la littérature à préfaces !) je suis assuré que\nce petit livre, alors même que les jeunes poètes\nauront délaissé son auteur qui est aujourd'hui\nleur idole, demeurera un document dans les bi-\nbliothèques de lettrés. Passionner quelques mi-\nliers de ses contemporains, témoigner auprès de\nquelques centaines dans la postérité, c'est le\npropre d'une oeuvre type. Et voilà pourquoi je\ngoûte le Pèlerin passionné.\nEt après cela, si quelqu'un, ayant ouvert ce\nlivre, n'y voit rien de clair, la définition que j'en\ndonne ne se trouvera pas contredite, car Jean\nMoréas exerce une façon de maltr'se sur ces\njeunes littérateurs, précisément parce qu'il expri-\nme, et dans un relief très net à mon jugement,\nce qu'ils ont de particulier et de différent.\nCertains mathématiciens de ce temps se sont\nspécialisés de telle sorte qu'ils ne peuvent être\nentendus dans leurs plus hauts problèmes que par\nsix ou sept esprits en Europe. Une situation ana-\nlogue, avec toutes les différences que j'y vois,\nn'est-elle pas faite à ceux qui raffinent infiniment\nles délicatesses de la pensée ? Ils demeureraient\nfort isolés si la mode ne venait prendre par la\nmain-nos jolies précieuses de salon pour les con-\nduire jusqu'au poète. Qu'elles l'abordent, tous se\ndécident, et nos professeurs eux-mêmes !\nCharmante récompense ! Mais de cette heure,\ntrès prochaine, Moréas n'a aucune impatience.\nHors le plaisir de concentrer et travailler son\ngénie naturel, son détachement est tel qu'aucun\nhomme plus que celui-ci ne peut é:re assuré de\nson salut éternel si, comme je le crois, la vraie\nvertu est de se cultiver soi-même avec ardeur.\n* *\nMoréas fit voir ses premières cultures dans les\nSyrtes et dans les Cantilènes, petits livres de vers\nfort commentés dans les chapelles amies et rivales.\nLui-même se commentait dans des façons de ma-\nnifestes dont la conviction nuisit peut-être à la\npersuasion.\nLa doctrine pourtant en était excellente.\nMoréas exprimait une vive répulsion pour le na-\nturalisme, alors en vogue, si totalement dépour-\nvu de curiosités intellectuelles, et qui, romantisme\ndégénéré, n'a retenu de son ancètre que le souci\ndu pittoresque. Il insistait encore sur cette vérité\nque les faits ne sont rien, mais que les idées\nqu'ils signifient, les analogies qu'ils évoquent,\nsont tout.\nLa réalité, qu'il s'agisse des choses d'aujour-\nd'hui, de l'histoire ou de la mythologie, n'offre\naucun intérêt artistique. Elle est même un mot\ndépourvu de sens.\nLa réalité, on ne peut trop le répéter, varie\navec chacun de nous ; elle es': l'ensemble de nos\nhabitudes de voir, de sentir et de raisonner. Tout\nce qui tombe au cours de la vie dans notre cons-\ncience se greffe sur notre moi pour en devenir\nune parcelle vivante. Le reste est poussière qui\nglisse sur notre âme sans la pénétrer ; et il est\nmême douteux si cette poussière existe, car elle\na disparu avant que nous l'ayons distinguée.\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f15.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/12/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 13, "page_pdf": 20, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "L'univers est une fresque que nous composons,\navec un génie plus ou moins facile de décorateur.\nQuand Moréas, pour son Agnès ou sa Galatée,\nemprunte à la mythologie ou à l'histoire des per-\nsonnages, il n'a guère souci de ce qu'on désigne\ndu nom médiocre de vérité (vérité des historiens\nou des réalistes), mais se préoccupe uniquement\nde cette vérité supérieure qui est la beauté. C'est\nl'esthétique de Goethe disant ; « Mon Philémon et\nma Baucis n'ont aucun rapport avec le célèbre\ncouple et avec la tradition qu'il rappelle. J'ai\ndonné ces noms à mes deux époux uniquement\npour relever leur caractère, comme ce sont des\nper. onnages et des situations semblables, la res-\nsemblance des noms a un effet heureux.»\nRelever le caractère de ses pensées, leur faire\nproduire un effet heureux, voilà bien tout l'art.\nAvant d'exprimer quoi que ce soit, il faut le trans-\nformer en substance poétique, et c'est pour n'y\navoir jamais failli que celui qui a écrit le Pélerin\npassionné est un artiste.\nJe sais qu'on chicanera Jean Moréas sur son\nvocabulaire, mais vraiment, en théorie, il a trop\nraison! Ses mots et ses coupes de phrases éton-\nnent quelques-uns? Eh b•en! il leur rappelle com-\nment Fénelon estimait que depuis le seizième siè-\ncle « on a appauvri, desséché et gêné notre lan-\ngue ». Il les renvoie à ce chapitre où La Bruyère\ndéplore la perte de vocables « qui pouvaient durer\nensemble d'une égale beauté, et rendre notre lan-\ngue plus abondante ». Il mentionne fort à propos\nque jadis les adjectifs : chaleureux, valeureux, hai-\nneux, jovial, courtois et bien d'autres, dont nous\nnous accommodons, se virent frappés d'ostracis-\nme. Pour sa part, Jean Moréas s'est créé un style\npoétique avec les Chansons de geste et les Fa-\nbliaux qu'il connaît comme aucun spécialiste, avec\nRabelais et la Renaissance. Et ce qui m'étonne\nautant que l'érudition, très réelle et très savou-\nreuse, de ce style composite, c'est son fondu, son\nunité.\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f20.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/17/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 13, "page_pdf": 20, "debut_caractere": 1947, "fin_caractere_exclue": 3102, "texte": "C'est que ce poète grammairien possède un\ngoût jamais en défaut. Et pour ma part, quand je\nne serais pas touché de ce qu'il y a de volonté\ndans cet art, et quand je répugnerais à l'archaïs-\nme, je ne pourrais m'empècher de chérir Jean\nMoréas pour la faculté, qu'il pousse à un degré\nprodigieux, d'éliminer tout ce qui est vulgaire,\npâteux, dissonant, et d'ordonner des mots métal-\nliques et colorés, des images brèves et intéressan-\ntes, avec la sûreté d'un sauvage assemblant les\npierres de ses colliers de danse.\nJe dis « sauvage » parce que, dans son travail\ndernier, l'artiste qui trie, pour en faire un tout vi-\nvant, des beautés amassées, ne peut se décider\nque par une illumination de l'instinct où la ré-\nflexion seule serait insuffisante. Le don par quoi\nMoréas imagine des rythmes nouveaux et distri-\nbue sur son sujet des nuances pittoresques qui\nnous eussent échappé, est tout indépendant des\nesthétiques dont il le fortifie. Notre ami, que son\ntalent a fait français, est né dans Athènes, de\ncette race mêlée, sensuelle, élégante et vigou-\nreuse de la Grèce moderne. J'incline à croire\nqu'il tient de là ce goût singul . er et toujours iden-\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f20.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/17/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 13, "page_pdf": 20, "debut_caractere": 3102, "fin_caractere_exclue": 4667, "texte": "tique à soi-même par où il étonne notre esprit\ntout d'abstraction et le force jusqu'à l'admiration.\nEt comment son grand-père eût-il été un de ces\nrudes et pittoresques corsaires desguerres de l'In-\ndépendance, sans que le génie du petit-fils en gar-\ndât quelque vertu? L'empreinte de ces choses hé-\nroïques et de la vie hygiénique des aventuriers ne\npeut mourir si vite.\nJ'ai vu à Paris des filles avec les beaux yeux\ndes marins qui ont longtemps regardé la mer.\nElles habitaient simplement Montmartre, mais ce\nregard qu'elles avaient hérité d'une longue suite\nd'ancêtres ballottés par les flots me parut admi-\nrable dans les villes. Ainsi ce qu'on goûtera pro-\nfondément dans le caractère de Jean Moréas et\ndans son Pèlerin passionné, c'est la part d'instinct\nque lui ont façonné ses aïeux.\nDans notre littérature d'élégiaques fatigués et\nde logiciens énervés (je parle des meilleurs), il\nfait voir cette même sensualité et cette simplicité\nde préoccupations qui caractérisent les grands\npoètes de la Renaissance. Aventure ironique,\nmais rationnelle, en somme, c'est cette organisa-\ntion de primitif qui lui vaut d'être le poète le\nplus autorisé des décadents.\nEt je conclus sur cette « nouvelle école» en di-\nsant, ce qui est en vérité trop évident, qu'il n'y a\njamais eu de littérature de décadence et qu'on\nvoulut leur infliger là une épithète déra'sonnable;\nla qualité de poète implique nécessairement une\nspontanéité et une fraîcheur d'impression qui sont\ntout au contraire le privilège des races neuves,\ncomme il apparaît bien par l'exemple de Jean\nMoréas.\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f20.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/17/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 13, "page_pdf": 20, "debut_caractere": 4667, "fin_caractere_exclue": 4683, "texte": "MAURICE BARRÈS.\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f20.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/17/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}]}, {"article_id": "pmb-389", "tome": "1891", "cle_volume": "1891", "ark": "bpt6k155958", "ocr_source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 9, "page_fin": 10, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : relevé sur l'image : titre orné (« Étrennes ») illisible dans l'OCR ; l'appendice commence en haut de la p. 9 ; début : relevé sur l'image ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f16.item", "pages": [{"page_imprimee": 9, "page_pdf": 16, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 3236, "texte": "APPENDICE on ler\n. — No 41)\nà\nLA PLUME\nRevue de Littérature, de Critique et d'Art indépendants\nRÉDACTEUR EN CEIEF . : LÉON DESCHAMPS\n1891\nSYMBOLISTES\n« Rechercher, en cet ouvrage, une Idée se voulant\nson but à elle-même, un sentiment répercuté dans son\nsens immédiat — c'est mésestimer de l'Art dans sa to-\ntalité et du mien-ci en son essence.\n... Poursuivons, — selon une évolution logique et\nindubitable, — dans les idées et les sentiments, com-\nme dans la prosodie et dans le style, la communion du\nMoyen-âge français et de la Renaissance française,\nfondus et transfigurés en le principe de l'Ame mo-\nderne. »\nAinsi expose avec l'autorité et la splendeur de sa\nvéridique leçon, Jean Moréas, le principe de l'art en-\nné ; ainsi fixe-t-il les deux pôles de l'orientation\ndésormais consentie ; ainsi lève t il d'un geste,„, irrémis-\nsible la lumière lentement mûrie.\nL'Art est, en effet, en essence, le verbe de la Natu-\nre. Il coexiste aux phénomènes dont il est l'interpréta-\ntion. L'Art n'est ni des temps ni des lieux : l'Art est\ni mmanent et panthée. Attestons qu'il n'est déterminé\nque par sa propre causalité ou disons d'un mot —\npuisqu'il nous est permis de reprendre le langage des\nâges de la vérité — qu'il ne procède pas de la Terre.\nFormule du Monde, l'Art est identique comme l'Ether\npar qui nous vivons et c'est précisément à cause de ce\ncaractère d'infini que nous ne pouvons le concevoir et\nle réaliser que dans sa « modalité de relation », la\nPoésie.\nLa Mythique grecque; qui a tout conçu et tout re-\nprésenté, avait tiré de Zeus, par le vase de la Mémoi-\nL'Art est immanent et panthee.\nre — c'est-à-dire, pour qui entend bien, du temps ter-\nrestrisé — les Muses. Or les Muses, véritablement !\nn'ont bien de la Terre que leur bouche, anneau de\nleur médiation. Du Ciel, elles en sont par tout le reste\nde leur adorable personnalité, par tous les traits sous\nlesquels l'Iconologie symbolique nous les montre : par\nles plumes, parfois, de leur tête, monument de leur\nindulgente vindicte; par, de leur lyre, l'Or, leur neveu\nen le libéral Soleil ; par le chaste apparât impalpable\ndont leur sein épargne nos yeux (et cet apparât, c'est\nla trame de l'air qui, bien que nous étant commun\navec elles, n'appartient qu'incomplètement à l'infirmité\nde notre nature), oui, par tous les traits, j'ai bien dit,\nsous lesquels parait l'Idéal en leur neuf personnes ra-\ndieuses\nLes Muses par ainsi sont les publicatrices de la ré-\nvélation ideïque, Rien d'étranger ou d'antipathique à\nleur ministère ne se montre dans leur verbe plus que\ndans leurs traits. Or, tandis que l'impropre Science,\nque l'Empirisme, que Pallas, lourde des armes de la\nTerre dont elle est l'infirme effigie, prononce, haute\nd'un court orgueil, des paroles d'angoisse et d'obscurité,\nles Muses, tandis, irradient en Symboles le dépôt de\nleur Tout-Trésor ! Elles parlent : l'Univers s'illumine.\nLeur bouche est le giron de la lumière !\nLe Symbole donc est la fleur de leurs lèvres. Issu de\nla « Cause identique », il est à la fois sa substance et\nsa figuration. Corollaire de l'Eternité, il est le rayon\ndu sans-borne. Nulle mesure ne peut l'exprimer : le\nverbe de la Terre est son serf, passif et glorieux.\nC'est tellement qu'investi du ministère symbolique,\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f16.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/13/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 10, "page_pdf": 17, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 4937, "texte": "le Poète, délié du temps et de l'espace, les formules\nsans les représenter. Riche du Savoir qu'il tient rie la\nkévélatidn sans réserve, l'Univers est sa panoplie.\nVoyez aussi.de quelle main souveraine il taille dans les\ntemps ; de quels flambeaux sauf de nuit il irradie sa\nprêtrise ! et reconnaissez, fronts obscurs ! combien il\nserait sacrilège à son rite, combien il serait attentatoire\nà sa fonction qu'il pliat à de sordides liens un sacer-\ndoce qui n'a sa légitimité que dans sa suprématie ! Ne\nvous étonnez donc plus qu'il constitue ses poèmes de\ntout l'Elément incessant ; qu'il leur donne, au mépris\nou plutôt en dehors de toute convention empirique,\nl'architecture nécessaire ; qu'il assigne à son ouvrage\nles conditions extérieures harmoniques à son essence et\nà son objet. Oui, c'est à ces causes et à ces fins sou-\nveraines que le Poëte installera sa visior. dans le décor\nafférent, dédaigneux de tont historicisme intrus ; qu'il\naffranchira sa parole des lisières de l'Immédiat et\nqu'ouvrier de l'Or ! il ne consentira à laborer que dans\nun verbe ramené à la noblesse de son origine, épuré\ndès sceaux de la mesalliance et de la Sénilité. Et ce\nn'est voire qu'a ce prix qu'il pourra édifier une oeuvre\ndurable et véridique parce qu'elle aura été, pour parler\ncomme Spinosa, émise sous son angle d'éternité.\nII\nLe Symbole donc étant le Mode, quel instrument\nadoptera l'Interprétation, en l'espèce l'interprétation\nlatine représentée, dans sa norme verbale présente, la\nsyntaxe française ?\nLe Poète, venons-nous de dire, ramènera à la digni-\nté de son ascendance la langue véritablement choisie\ndont il est le légataire. En d'autres termes, il rompra\nen toute rigueur avec les préjugés, conventions, abus,\nmesquineries de la grammaire consentie depuis trois\ncents ans. Il, rendra à la Syntaxe épuisée le haut sang\nde ses-vertes années. Il fera reparaître au jour l'anti-\nque chaîne gallique ensevelie sous la pompe presti-\ngieuse'et stérile des 570 et 18o siècles, embourbée sous\nles pas barbares de la catastrophe romantique.\nC'est à cette oeuvre de réparation que, certes I fut\nprédestiné Jean Moréas. Et ce n'est pas en vain que\nj'aurai souligné cé mot: prédestiné. N'y a-t-il pas un\ncaractère dè fatalité dans ce fait d'un Hellène d'éduca-\ntion sauvegardée, ouvrier d'une restauration greco-lati-\nne ? Et puisque nous sommes ici entre poètes, on ne\nme dira pas téméraire d'y voir proprement une élection\n(ouij j'entends que ce mot soit pris dans son sens\nmystique) et d'estimer absolument conforme à la logi-\nque des évènements que le petit-fils d'un des libéra-\nteurs de la Grèce, ait été dévolu à une oeuvre de l'es-\npèce précisément conséquente de toute libération poli-\ntique : je veux dire une oeuvre de régénération philoso-\nphique et littéraire.\nCar c'est bien une essentielle oeuvre de régénération\nque tente, sur les pas de Jean Moréas, le Symbolisme\nprésent. Considérez en effet ceci.: l'esprit greco-latin,\ndéfleuri par la Réforme religieuse et philosophique du\nXVIe siècle tudesque, énervé par un sommeil de 300\nans d'incertitude, écrasé par une rescousse germanique\n(plus rhétorique que critique, cette fois, il est vrai)\ndans l'évènement funeste du Romantisme, l'esprit\ngreco-latin a pourtant survécu à ces épreuves. Il devait\nreparaître dans sa formule gallo-latine, par des mains\nj'ai dit gardées pures à cette résurrection. Qu'on me\npermette donc, au risque d'ironies profanes, de voir\ndans cet ensemble de circonstances quelque chose de\nfatal qui n'est pas peu pour nous réconforter.\nPour nous réconforter, ai-je dit et pour nous réjouir\najouterai-je. Car le réveil de l'esprit gallo-latin marque\nla ruine à bref délai de l'empirisme germanique, 11\nmarque non moins véridiquement la renaissance de la\nvraie poésie. Il marque conséquemment la déchéance\nsans retour de la philosophie gratuite, de l'expérimen-\ntation illusoire, de la critique sans légitimité de l'éla-\nboraticni romantico-naturaliste.\nLes: esprits d'intuitivités enthousiastes — pour qui\nnous dissimulerions mal notre sympathie — sont libres\naux plus légitimes des causes, de voir dans cette litté-\nrale renaissance le signe de tout un ensemble de phé-\nnomènes sociaux. Quoiqu'il en doive être, l'esprit de\nréaction barbare ou anti-latine (de quelques noms qu'il\nse soit coiffé dans les 'trois siècles dont il est vieux et\ndont il meurt, bien moins, il est Vrai, 'que de l'usurpa-\ntion) cet esprit, dis-je, que vous le nommiez de ses\nformes littéraires les plus régentes : romantique, par-\nnassien ou naturaliste, `est irréparablement ruiné. La\nformule rythmique et syntaxique de l'âge d'égarement\nvient de s'écrouler pour jamais sur des fronts d'ailleurs\npardonnés. La Poësie nouvelle se met en marche pour\nla Terre promise. Sur un dernier honneur 'à Moïse, elle\ns'ébranle au pas de JOsuë, — je veux dire d'un Jean\nMoréas que son caractère d'élection oblige à ne pas\ndécliner cette tâche de salut.\nMaurice Du PLESSYS.\n'or Yanvier1891.\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f17.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/14/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}]}, {"article_id": "pmb-391", "tome": "1891", "cle_volume": "1891", "ark": "bpt6k155958", "ocr_source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 13, "page_fin": 14, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : titre lu dans l'OCR RetroNews, p. 13 ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f20.item", "pages": [{"page_imprimee": 13, "page_pdf": 20, "debut_caractere": 4683, "fin_caractere_exclue": 5274, "texte": "LA PRÉFACE\ndu\nPÈLERIN PASSIONNÉ\nAvoir contemple, en cet ouvrage, tel appa-\nrat d'architectures, tant fussent-elles jugées\nmagnifiques Avoir ouï tels sons, tant fis-\nsent-ils goûtés délectables ! — C'est en avoir\ncontemplé la fausse face, c'est en avoir ouï le\ndistord.\nRechercher, en cet ouvrage, une Idée se\nvoulant son but à elle-même, un Sentiment\nrépercuté dans son sens immédiat, — c'est\nmésestimer de l'Art en sa totalité, et du\nmien-ci en son essence.\nCar celui-là seul se pourra dire légitime-\nment éjoui de mes Dèmes, qui aura su scruter\nen quelle manie une Sentimentale Idéologie.\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f20.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/17/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 14, "page_pdf": 21, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 3861, "texte": "et des Plasticités Musiciennes s'y vivifient\nd'une action simultanée.\nDirai-je, maintenant, de mes innovations\nrhythmiques, que le los et la complicité des\nplus affinés jeunes hommes de ce temps les\nszgillent à la disgrâce de ceux-là qui de pru-\ndence s'aggravent ! Et n'ai-je, déjà, fait\npreuve de quelque supériorité en la poétique\nréglementaire ? et qui me saurait tenir en\nsuspicion !\nConsidérez que le long repos fixe par quoi\nle décasyllabe ell'alexamirzn sont suspendus,\nles distingue rhythmiquement de tous les au-\ntres vers français. Or, allonger (jusqu'où la\nnécessité; musicale décidera en chaque occur-\nrence) l'octosyllabe conformément à sa césure\nrouable; accorder des polyphonies adéquates à\nla pensée exprimée, par un lacis de vers iné-\ngaux, selon la conception, toutefois élargie de\nLa Fontaine ; user de la rime — ores riche\nde consonnes, ores alanguie jusques à l'asso-\nnance — uniment comme d'un moyen rhyth-\nmique sans en faire le vers tout entier, l'o-\nmettre, même, 'voilà des témérités dont la\nPoésie Française se louera dans le Futur.\ny'eusse pu amplifier sur tout cela. Mais à\nquoi faire ? puisque ce dont nous voulons en-\nchanter le Rhythme, c'est la divine Surprise,\ntoujours neuve 1 Et nous savons aussi comme\nla réflexion en pénètre mal le mystère.\nQuant au style, il y aurait à ratiociner ;\net j'estime que depuis le seizième siècle finis-\nsant « on a appauvri, desséché et gêné notre\nlangue.» C'est Fénelon qui parle.\nIl est vrai que la révolte romantique régé-\nnérera un vocabulaire qui dépérissait, d'une\nmultitude de termes proscrits. Mais n'ont-ils\npas péché, ces d'ailleurs admirables romanti-\nques, le plus souvent, par une syntaxe décou-\nsue, je dirai sans race 1 Ils omirent aussi\nmaints mots, maints tours précieux de l'an-\ncienne langue, qu'ils. ne pouvaient, alors,\nsoupçonner dans son intégrité.\nPour qui sait, dans notre littérature mé-\ndiévale un riche héritage se recéle. Ce sont\nles grâces et mignardises de' cet âge verdis-\nsant, lesquelles, rehaussées de la vigueur syn-\ntaxique du seizième siècle, nous constituerons\n— par l'ordre et la liaison inéluctables des\nchoses — une langue digne de vêtir les plus\nnobles chimères de la pensée créatrice.\nA ceux qui m'opposeront la difficulté de\nréintégrer un antique parler, je répondrai\nque nos plus illettrés scribes entendent par-\nfaitement — grâce à l'opiniâtreté de tel et tel\nde nos aillés — plus d'un mot inconnu, il y a\nquelques dizaines d'années. Puis, je les ren-\nverrai à ce chapitre où La . Bruyère déplore\nla perte de vocables « qui pouvoient durer\nensemble d'une égale beauté, et rendre une\nlangue plus abondante. » On y apprendra que\ndu temps où cet écrivain 17m-usait, les adjec-\ntifs : chaleureux, valeureux, haineux, fruc-\ntueux, jovial, courtois et bien d'autres dont\nnous nous .accommodons,se virent frappés d'os-\ntracisme.\nAu résumé :\nDans ces poèmes-ci, lecteur, tu trouveras\n(en même temps que d'aucunes miennes nou-\nvellelés) instaurées les coutumes de versifica-\ntion abolies par la réforme, tempestive à son\nheure, peut- être, mais insolite, de Malherbe,\nduquel je sais priser les hauts dons.\nConséquemment, j'y poursuis, selon une\névolu'ion logique et indubitable, dans les idées\net les sentiments, comme dans la prosodie et\nle style, la communion du Moyen Age Fran-\nçais et de la Renaissance Française, fondus\net transfigurés en le principe (lequel ne sem-\nble pas où le Naturalisme, déjà caduc, le vou-\nlut abaisser) de l'Ame moderne.\nPour finir, je te prie, lecteur, de ne me\npoint cuider quelque raisonneur à: priori, car,\nj'obéis autant etplus qu'un autre au D.xmon\nqui me prêche., \" j te dirai seulement (en pa-\nraphrasant Carlyle) qu'en matière d'Art sé-\nrieux, ce n'es as un transitoire éclair d'in-\ntuition qui suffira; c'est une illumination dé-\nlibérée du sujet tout entier — qu'il faut.\nParis, 24 novembre 189o.\nyean MORÉAS.\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f21.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/18/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}]}, {"article_id": "pmb-392", "tome": "1891", "cle_volume": "1891", "ark": "bpt6k155958", "ocr_source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 14, "page_fin": 20, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : relevé sur l'image : titre sur trois lignes (« Les Annales / du / Symbolisme »), p. 14 ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f21.item", "pages": [{"page_imprimee": 14, "page_pdf": 21, "debut_caractere": 3861, "fin_caractere_exclue": 5005, "texte": "LES ANNALES\nDU\nSYM730i_IISM\nLes manifestations littéraires se succèdent vite et\nnombreuses en France. Nulle n'aura eu, croyons-nous,\nune fortune plus laborieuse que le Symbolisme. Hos-\ntilité plus ou moins avouée de ses aînés et de la pres-\nse, inertie maugréante du public, dont l'acquiescement\nse refuse toujours longtemps aux innovations qui le\ntroublent dans ses habitudes, voire puérilités dangereu-\nses de certains des siens : il eut tout contre lui, et s'il\nparvint à s'imposer, ce fut de haute lutte.\nOn aura peine à concevoir dans l'avenir par quelle\nétrange aberration du sens critique, cette splendide\nrenaissance, attestant une fois de plus notre prodigieu-\nse vitalité artistique, ait pu, dès l'abord, être taxée de\n« Décadence. » Ce qui était en decadence, vers l'an\n1883, c'était précisément l'état où les Symbolistes trou-\nvèrent l'idée poétique, malgré « l'honorable et mes-\nquine tentative des Parnassiens, » comme la qualifia\nM. Moréas, par euphémisme courtois.\nLe vigoureux effort du Romantisme pour affranchir\nle vers d'entraves illogiques, imaginées par que'que\nesprits étroits des xvlo et xvite siècles, s'était arrêté à\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f21.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/18/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 15, "page_pdf": 22, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 7095, "texte": "mi-route, avant d'atteindre le but. Ce magnifique\nélan lyrique qui, par les Méditations de Lamartine, les\nPoèmes d'Alfred de Vigny, Les Contemplations et La\nLégende des Siècles de Victor Hugo, fut, un instant,\nsur le point d'édifier définitivement la vraie poésie,\nn'avait pas tardée à dégénérer en une lamentable dé-\nclamation, en une fade parodie des plus nobles senti-\nments. A ses meilleurs moments, du reste, il avait\nfait preuve des vues les plus superficielles, et de ten-\ndances à envisager les choses par le côté extérieur et\ndécoratif qui aboutirent, surtout aux temps du Par-\nnasse, à une sorte de reportage documentaire plus ou\nmoins bien rimé. Il avait donc failli à presque toutes\nses belles promesses d'antan, quand le Naturalisme\nvint le déposséder.\nCelui-ci, qui n'était, au fond, que l'exagération des\nmêmes procédés, de la même observation superficielle,\nmoins la fantaisie, qu'on remplaça, sous prétexte de\nréalité, par la description impassible de toutes les\nscatologies, afficha la prétention, avec quelques notes\nprises au jour le jour, et fort de certaines théories soi-\ndisant scientifiques, de nous donner le portrait fidèle\nde I homme et de la société. C'est alors que la lan-\ngue, quelque peu violentée déjà parles Romantiques, fut\nréduite au pitoyable jargon que tous les vrais artistes\nont pu déplorer. L'impuissance du Naturalisme à nous\nrendre vraiment l'âme et la Nature elle même est au-\njourd'hui évidente. Et une des preuves les plus décisives\nen est que jamais poète, c'est-à dire la quintessence de\nl'écrivain, le créateur d'âmes par excellence, n'a pu s'y\nacclimater. Les seuls écrivains de cette école qui res-\nteront, tels Stendhal, Balzac, Flaubert, — elle les a\nd'ailleurs indûment captés, — furent, par leur côté su-\npérieur, hautement idéalistes.\nA ce degré d'étiage étaient donc tombées la langue\net la poésie, quand une poignée de jeunes écrivains\nconçurent le projet audacieux de réveiller l'idéal en-\ndormi, comme « l'escholier » François Villon, les\n«Belles Dames du temps jadis. » Réunis au hasard des\ncirconstances, mais par la même ferveur d'art, ils se\nmirent vite d'accord sur les principes essentiels. Vil-\nlon, Rabelais, Shakespeare, Edgar Poe, Vigny, Char-\nles Baudelaire étaient les maîtres dont ils se récla-\n.\nmaient le plus Volontiers. Certaines petites feuilles lit-\ntéraires s'honoraient de leurs productions, au grand\nscandale des rares lecteurs que déconcertait cet art\ninsolite. Les jeunes néophytes , Jean Moréas ,\nChartes Morice, Laurent Tailhade, Maurice Barrès, -\nCharles Vignier, Félix Fénéon et d'autres, méditaient\ndonc une rénovation littéraire, quand un auxiliaire in-\nprévu vint se joindre à eux.\nUn poète qui avait figuré au groupe « Parnassien »,\nmais un peu comme un enfant perdu, Pau! Verlaine,\nretour du pays de la Bible et du Sherry brandy, après\ndiverses excursions à l'étranger, rencontra les nova-\nteurs en pleine effervescence. Il proposait à leur ad-\nmiration trois nouveaux artistes, les « Poètes mau-\ndits » Tristan Corbière, Arthur Rimly.ud, Stéphane\nMallarmé, qu'il eut,le premi cr,I honneur de révéler aux\nlettrés. Sous l'impulsion de ces esprits originaux, la\nconception des jeunes écrivains s'accentue et prend un\ncaractère plus définitif, mais en déviant, peut-être, un\npeu du vrai but à atteindre. Les Amours jaunes, L'après-\nmidi d'un Faune, l'Hérodiade, les proses et vers si\nétrangement suggestifs d'Arthur Rimbaud, deviennent\nleurs Bibles. Paul Verlaine arrivait lui-même, à la tête\nd'une oeuvre déjà imposante : les Poèmes Saturniens;\nles Fêtes Galantes, les Romances sans paroles, Lv\nBonne Chanson, Sagesse. Rompant avec la rhétorique\nparnassienne, il avait, le premier, trouvé la musicale\nexpression de toute la mélancolie mystique et sen-\nsuelle de l'âme moderne, opprimée par tant de siècles\nde culture artificielle, qu'il lui semblerait doux se ré-\nfugier dans le bégaiement puéril des primitifs.\n« ... Vers le Moyen-Age, énorme et délicat. »\nDes trois poètes révélés par Verlaine, le premier\nétait mort, le second disparu, peut-être vers quelque\nmystérieuse Atlantide : il fallait donc se contenter de\nconverser avec eux par leurs œuvres. Mais M. Mallar-\nmé, lui, était heureusement bien vivant. Les jeunes\nartistes fréquentèrent à ses mardis, et eurent la bonne\nfortune d'ouïr développer devant eux, avec cette bon-\nhomie simple et ce geste inspiré qui le caractérisent,\nles ingénieux et subtils aperçus dont l'auteur de L'a-\nprés-midi d'un faune sème ses moindres entretiens.C'est\nlà aussi qu'ils rencontrèrent cet autre génial écrivain et\nétincelant causeur, Villiers de l'Isle-Adam, que, de-\npuis la mort aveugle a ravi à l'affection des lettrés,\nmais pour le placer définitivement dans la gloire.\nEntre temps des volumes de vers se publient : ya-\ndis et Naguère de Paul Verlaine, Les Syrtes de Jean\nMoréas. Le `j ardin des Rêves de Laurent Tailhade,\npuis Les Complaintes de Jules Laforgue. Des Revues\nse fondent : La Revue Indépendante de Félix Fénéon ;\nLa Revue Contemporaine de M. Edouard Rod ; Les\nTaches d'encre que Maurice Barrès dirigea et rédigea\nseul, pendant plusieurs mois, avec toute l'ingéniosité\net le talent qui caractérisent ce charmant esprit. C'est\nsous sa plume que parurent les premiers articles dé-\ncents sur Baudelaire, Mallarmé, Verlaine, et les idées\nchères à la jeunesse littéraire d'alors.\nToute cette effervescence artistique ne pouvait de-\nmeurer longtemps localisée dans l'enceinte des céna-\ncles. Une amusante parodie aida à sa diffusion. Deux\njeunes poètes, Gabriel Vicaire et Beauclair publièrent\nen 1885, chez Lion Vané — Byzance — Les Déliques-\ncences, par Adoré Floupette, poète décadent, recueil de\nvers avec préface, où étaient ridiculisés un peu les\nvouloirs et l'écriture de leurs amis. Ce petit livre eut,\ndans toute la presse, une fortune inouïe. Les chroni-\nqueurs quotidiens prirent à la lettre ou affectèrent de\nconfondre cette charge caricaturale avec les oeuvres sé-\nrieuses des jeunes écrivains: certains même semblèrent\ncroire à l'authenticité du prétendu Floupette. Des ar-\nticles parurent qui signalaient au public ce scandale\nlittéraire. Mystificateurs, fous et décadents furent les\nmoindres épithètes dont on gratifia les nouveaux venus\nQuelques-uns pourtant, — des lettrés — essayèrent\nd'être équitables. Paul Bourget, dans Les Débats re-\nconnut que ces jeunes gens avaient « le sens du Mys-\nL're. » Paul Arène, au Gil Blas, les exhortait à ne pas\ns 'émouvoir des plaisanteries dont ils étaient l'objet,\nreppelant que lui-même avait, dans Le Parnassiculet,\nparodié, jadis, les Parnassiens, ses amis, sans nulle in-\ntention de méconnaître leur valeur littéraire. M. Paul\nD'Armon, dans La France Libre, tout en faisant quel-\nques réserves sur leur style, déclaré obscur, constata\nque ces « décadents » étaient d'exquis musiciens et\ndes peintres subtils, et rattacha leur conception philo-\nsophique à l'Inconscient de Hartmann et au Bouddhis-\nme. Enfin, M. Paul Bourde, publia sur eux, au Temps\ndu 6 août 1885, un long article qui vaut d'être rappelé,\ncar il marque une date.\nSe faisant, à son .tour, l'écho des préjugés courants\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f22.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/19/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 16, "page_pdf": 23, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 7109, "texte": "sur les jeunes écrivains, d les portrayait ainsi : « La\nsanté étant essentiellement vulgaire et bonne pour les\nrustres, le décadent doit être au moins névropathe, et\nrecourir à la seringue de Pravaz, pour obtenir l'état\nmorbide qui lui convient... Au moral, il est catholique\npour pouvoir blasphémer Dieu et pimenter ses plaisirs\npar l'idée du péché... Eu littérature, il a pour père di-\nrect Baudelaire. » M. Bourde reprochait. lui aussi, aux\ndécadents l'obscurité de leur phrase, mais rendait jus-\ntice à leurs réformes rythmiques. « Ils se sont affran-\nchis, disait-il, de la césure et de l'alternance des deux\nrimes. Ils obtiennent, avec des rimes exclusivement fé-\nminines, des pièces chuchotantes, aux nuances effa-\ncées, avec des rimes exclusivement masculines, des\nsonorités redondantes, impossibles sous le joug des an-\nciennes règles. »\nCet article, bien qu'il fut un sérieux effort vers la\ncompréhension des idées nouvelles, enfermait assez\nd'erreurs et d'injustices pour nécessiter une réponse.\nUn des poètes du groupe les plus fréquemment pris à\npartie dans cette critique, et les plus en vue, d'ailleurs,\npar le talent, M. Jean Moréas se chargea de formuler,\npour le public, les principes de la nouvelle esthétique.\nAu journal Le XIX° Siècle du II août 1885, il fit jus-\ntice du portrait fantaisiste que M. Bourde avait tracé\ndes jeunes écrivains et revendiqua pour eux le titre de\nSymbolistes qu'il corrobora de citations d'Al «red de Vi\ngny, d'Edgar Poe, de S:endhel et de Baudelaire.\n« Les prétendus décadents, écrivait-il, cherchent, avant\ntout, dans leur art le pur concept et l'éternel symbole.»\nCe caractère mélancolique de leur poésie, que l'on\nblâme, leur est commun avec tous les grands poètes,\nd'Eschyle à Victor Hugo. Leurs trouvailles de style ou\nl'étrangeté de leur syntaxe ne sauraient effaroucher les\ngrammairiens, quand Littré a accueilli celles de Théo-\nphile Gautier. Pour l'obscurité qu'on leur reproche,\nconsultons plutôt Edgar Poé : « Deux choses sont\néternellement requises : l'une, une certaine somme de\ncomplexité, ou mieux de combinaison : l'autre, une\ncertaine quantité d'esprit suggestif, quélque chose\ncomme un courant souterrain de pensée, non visible,\nindéfini... C'est l'excès dans l'expression du sens qui ne\ndoit être qu'insinué, c'est la manie de faire du courant\nsouterrain d'uue oeuvre le courant visible et supérieur\nqui change en prose de la plate espère. la prétendue\npoésie de quelques soi-disant poètes. »\nMalgré ces déclarations nettes et catégoriques et la\nrépudiation de l'étiquette saugrenue de décadents, l'é-\nquivoque n'en continua pas moins dans la presse et le\npublic, où l'on confondit, comme à plaisir, les plaisan-\nteries avec les œuvres sérieuses et les farceurs avec les\nvrais artistes. Quelques jeunes littérateurs, même, dans\nun esprit mieux intentionné qu'habile, relevèrent cette\nétiquette, qu'on eut dû vouer à l'oubli par le silence et\nle mépris, et l'arb-r:erent comme drapeau. Leur respon-\nsabilité est donc grande daus l'injustice qui poursuit\nencore aujourd'hui l'effort artistique de notre généra-\ntion auprès des mal informés.\nL'année 1886 est décisive pour le Symbolisme. A\ncette époque, en effet, les idées prennent leur forme à\npeu près définitive, les groupes s'organisent, et une\ncampagne vraiment systématique s'engage pour soute-\nnir et propager les principes nouveaux. Des nouveaux\nvenus de talent, M. Jules Laforgue, qui avait dé:à\npublié Les Complaintes, M. Paul Adam, l'auteur de\nSoi, M. Gustave Kahn, se joignent aux premiers mili-\ntants. Ce dernier, esprit organisateur, fonde La Vogue\net tente de coaliser, dans un effort unanime, diverses\npetites feuilles littéraires,plus ou moins indépendantes,\nqui entretenaient l'équivoque dans le public. La tenta-\ntive échoua et La Vogue dit continuer seule le bon\ncombat. C'est là que parurent Les Illuminations et\nUne Saison en enfer d'Arthur Rimbaud ; Les Moralités\nlégendaires, Le Concile féérique de Jules Laforgue ;\nLes Palais Nomades de Gustave Kahn ; des poèmes et\ndes proses de Jean Moréas ; enfin une nouvelle forme\nde vers, dérivée de Rimbaud et des rythmistes gothi-\nques, appelée à une fortune retentissante sous le vo-\ncable de Vers libre — bien qu'il n'y ait pas à propre-\nment parler de vers libre : toute phrase rythmique\nainsi désignée obéissant à des lois intrinsèques parfai-\ntement nécessaires.\nEn cette même année, MM. Jean Moréas et Paul\nAdam publièrent, en collaboration, Le Thé chez Mi-\nanda et Les Demoiselles Goubert. Le premier de ces\nlivres, recueil de nouvelles un peu jeunes, était p'utôt\nintéressant par les préludes qui les intersemaient. Le\nsecond n'était, dans la pensée des deux auteurs, qu'u-\nne parodie du roman naturaliste, dont les procédés\nmesquins étaient mis en relief par l'opposition de fi-\ngures symboliques. Les chroniqueurs de la pressé quo-\ntidienne n'y voulurent voir que des bizarreries de style;\net telles phrases de Jean Moréas : « C'est rhiénale\nnuit... » ou « Sous le poids des ciels aplanes... » de-\nvinrent le « tarte à la crème » de toutes les railleries\nsur le Symbolisme. La critique prit pour base de ses\njugements des productions qui n'avaient eu pour l'au-\nteur que l'importance d'un aimable passe-temps.\nMais des oeuvres plus sérieuses parurent, et dont on\nparla. Ce furent les Cantilènes, vers, par Jean Moréas.\nS'y affirmait la conception nouvelle du rythme, et une\nrare aptitude à saisir et à exprimer, dans une langue\net une syntaxe formées à bonne école, l'âme de la lé-\ngende et de la chanson populaire. Partout l'idée appa-\nraissait enguirlandée du décor symbolique des analo-\ngies. Le Figaro, dans un de ses suppléments, cita une\ndes poésies du volume, les plus belles et les plus con-\nnues : La Détresse.\nTout l'été la presse de Paris et de province publia, f\npropos de ces livres des artic'es sur la nouvelle école,\nmais toujours avec le même parti pris d'injustice et de\nplaisanterie counues. C'est alors que Le Figaro, pour\nplacer sous les yeux de ses lecteurs les pièces du pro-\ncès, pendant entre les jeunes écrivains et leurs criti-\nques, et leur permettre de prononcer en connaissance\nde cause, demanda à M. Moréas de formuler en ses\ncolonnes le manifeste du Symbolisme. Cet article pa-\nrut au supplément du 18 septembre 1886. Après avoir\nrappèlé que la littérature comme les autres arts, ne\nsaurait rester stationnaire, l'auteur essayait d'analyser\nla nouvelle manifestation que, par une inexplicable\nantinonie, on taxa de décadence, « Que lui reproche-\nt-on? L'abus de la pompe, l'étrangeté de la méta-\nphore, un vocabulaire neuf où les harmonies se com-\nbinent avec les couleurs et les lignes : caractéristiques\nde toute renaissance. » La dénomination de Symbo-\nlisme déjà proposée, peut seule caractériser la ten-\ndance ac uelle de l'esprit créateur en art. Et pour en\nsuivre l'exacte filiation, il faudrait remonter jusqu'à\nAlfred de Vigny, Shakespeare, et les Mystiques. Ce-\npendant Baudelaire doit être considéré comme le vrai\nprécuiseur du mouvement. « M. Stéphane Mallarmé —\non oubliait Gérard de Nerval — le lotit du sens ,.:1\nmystère et de l'ineffable : M. Paul Verlaine brisa en\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f23.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/20/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 17, "page_pdf": 24, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 6840, "texte": "son honneur les cruelles entraves du vers que les\ndoigts prestigieux de M. Théodore de Banville avaient\nassoupli auparavant.\nEt quel labeur sollicite, après eux, les nouveaux ve-\nnus ? « Ennemie de l'enseignement, la déclama-\ntion, la fausse sensibilité, la description objec-\ntive, la poésie symboliste cherche à vêtir l'Idée d'u-\nne forme sensible qui, néanmoins, ne serait pas son\nbut à elle-mème, mais, tout en servant à exprimer\nl'idée, demeurerait sujette. L'Idée à son tour ne doit\npoint se laisser voir privée des somptueuses simarres\ndes analogies extérieures : car le caractère essentiel de\nl'art symbolique consiste à ne jamais aller jusqu'à la\nconception de l'Idée en soi. Quant aux phénomènes,\nils ne sont que les apparences sensibles destinées à\nreprésenter leurs affinités ésotériques avec les Idées\nprimordiales.\n« Pour la traduction exacte de sa synthèse, il faut\nau symbolisme un style archétype et complexe : la\nbonne langue, instaurée et modernisée, d'avant les\nVaugelas et les Boileau, la langue de François Rabe-\nlais et de Philippe de Commines, de Villon, de Rute-\nboeuf et de tant d'autres écrivains libres et dardant le\nterme acut du langage, tels des toxotes de Thrace\nleurs flèches sinueuses.\n« Le Rythme : l'ancienne métrique avivee ; un dé-\nsordre savamment ordonné ; la rime illucescente et\nmartelée comme un bouclier d'or et d'airain, auprès\nde la rime aux fluidités abscoddes ; l'alexandrin à ar-\nrêts multiples et mobiles ; l'emploi de certains nom-\nbres impairs.\n•\n,:on.:.ep,à_hi du roman symbolique est polymor-\nphe : dédaignenx de la Méthode puirile du Naturalis-\nme, il édifie une oeuvre de déformation subjective, fort\nde cet axiome : que l'art ne saurait chercher en l'ob-\njectif qu'un simple point de départ extrêmement suc-\ncint. »\nCe manifeste, fort discuté dans toute la presse, fut\nsoumis par M. Anatole France (Le Temps du 26 sep-\ntembre 1886) à une longue et docte analyse.\nLa Revue Indépendante reprit en 1887, sous la direc-\ntion de MM. Edouard Dujardin et Félix Fénéon, ses\ndestins interrompus depuis la fin de 1884. Le pro-\ngramme portait que la revue se tiendrait « aussi loin de\nl'esprit académique que des vaines agitations déca-\ndentes. » Cependant, à côté des néo-naturalistes et au-\ntres écrivains similaires, quelques symbolistes y fu-\nrent accueillis. Jules Laforgue, Verlaine, Mallarmé y\ndonnèrent des vers. Ce dernier tint même, pendant\nune année entière, la chronique théâtrale, où il prodi-\ngua sur l'art du théâtre nombre d'aperçus neufs et ori-\nginaux. Jean Moréas y publia L'Empereur Constant\n(paraphrase) et Aucassin et Nicolette, adaptation re-\nmarquable de l'exquis roman du Moyen-Age. Gustave\nKahn, lui aussi, y fit paraître quelques-uns de ses poè-\nmes, où il excelle à faire chanter, sur des rythmes d'u-\nne musique très spéciale. la complexité infinie des\némotions lyriques.\nLa Revue Wagnérienne avait été fondée, en 1886,\nencore par M. Dujardin, dans un but d'art parallèle,\npour propager et préciser l'esthétique musicale de Wa-\ngner. Cependant, le mouvement symboliste s'étendait\nen France et en Belgiqne. Nombre de jeunes écrivains\nqui s'étaient tenus jusque-là à l'écart ou combattaient\nde leur côté pour les mêmes idées, se rapprochèrent\ndu groupe primordial. A Liège, une petite revue men-\nsuelle, La Wallonie, qui travaillait vaillamment, de-\npuis quelque temps, à la cause littéraire, appela à sa\nrédaction, en 1887, un groupe de symbolistes\nparisiens qui s'y rencontrèrent avec leurs confrères de\nBelgique. Depuis, d'autres sont venus les rejoindre :\net aujourd'hui, presque tous ceux qui ont un nom ou\nquelque talent dans le Symbolisme y ont donné des\noeuvres : Stéphane Mallarmé, des vers et proses ; Jean\nMoréas, des fragments très remarqués du Pélerin Pas-\nsionné; Henri de Régnier quelques-uns de ses beaux\npoèmes d'Episodes et de Poèmes anciens et romanes-\nques ; Francis Vielé-Griffin, l'auteur de Joies et d'An-\ncoeurs, plusieurs pièces d'un rythme très délicat ;\nStuart Merrill, l'auteur des Gammes, peut-être, ses plus\nbelles musiques allitératives : Charles Van Lerberghe,\nLes Flaireurs, essai de drame avec orchestre ; Mau-\nrice Maeterlinck, l'Intruse, la meilleure de ses compo-\nsitions, qui eurent un juste retentissement : Emile\nVerhaeren, George Knopff, Adolphe Retté, Albert\nSaint-Paul, Achille Delaroche,Albert Mockel,P.-M.Olin,\netc., des fragments de leurs oeuvres. Depuis quelque s\nmois, La Wallonie, dont le succès va grandissant, a\neu l'idée originale de consacrer un numéro spécial à\nchacun de ses rédacteurs.\nA Paris, cependant, d'autres périodiques, La Cra-\nvache de M. Georges Lecomte, La Revue Indépen-\ndante dont Gustave Kahn partagea, en 1888, la direc-\ntion avec M. Dujardin, entretenaient la ferveur autour\ndes idées nouvelles. Mais ces revues réunissaient dans\nun large éclectisme des écrivains de tendances fort di-\nverses, souvent même opposées. En juillet 1889, Gus-\ntave Kahn, de concert avec Adolphe Retté, auteur\ndes Cloches en la Nuit, eurent l'idée de réunir les\njeunes littérateurs dans une revue plus franchement\nsymboliste. La Vogue renaquit donc de ses cendres.\nMalheureusement, elle n'eut qu'une durée éphémère.\nAujourd'hui, à l'exception de La Wallonie de Liège\nqui s'est fait une place à part, et des Entretiens politi-\nques et littéraires qui semblent se spécialiser dans la\nprose, le Symbolisme n'a pas d'organe officiel.\nMais plusieurs périodiques se disputent l'honneur de\nlui donner asile : La Revue Indépendante, sous la nou-\nvelle direction de M. de Nion. le Mercure de France,\nde M. Alfred Valette, et enfin La Plume de M. Léon\nDeschamps, qui sert si heureusement de trait d'union\nentre la jeune littérature d'aujourd'hui et de demain.\nLa période héroïque, d'ailleurs, semble à peu près\nclose, pour faire place à celle du travail silencieux et\nfécond. Les réformes rythmiques et esthétiques intro-\nnisées par le Symbolisme sont aujourd'hui acceptées\npar tous les écrivains doués de quelque talent ou qui\nont le souci de l'art vrai. La critique elle-même sem-\nble les reconnaître, enfin, comme l'évolution néces-\nsaire de notre littérature. Nous n'en voulons pour preu-\nve que les articles qui leur furent consacrés dans des\nencyclopédies telles que Le Grand Dictionnaire La-\nrousse, et des périodiques graves, comme La Nouvelle\nRevue et La Revue des Deux-Mondes, ainsi que tous\nceux qui accueillent déjà et accueilleront encore le\nnouveau livre de Jean Moréas et les autres que von*\npublier les écrivains symbolistes.\nSous le titre : Symbolistes et Décadents, M. Maurice\nPeyrot (Nouvelle Revue du lei' Nov. 87) essayait, en\neffet, de caractériser, plus impartialement que ses de-\nvanciers, les tendances de la littérature nouvelle. Il\nreconnaissait qu'on ne pouvait refuser aux Symbolistes\n« d'heureuses innovations dans des coupes hardies du\nvers, et un sentiment incontestable du son musical de la\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f24.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/21/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 18, "page_pdf": 25, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 6941, "texte": "phrase. » Mais il blâmait encore « leurs vers de treize\npieds, ne rimant que [pour l'oreille ou pas du tout,\nl'obscurité voulue de leur style, et, (on ne sait trop\npourquoi), la tournure allemande de leur phrase. » Il\ncontestait leur originalité, en ce genre d'écrire, dont\nMaurice Scève, poète français du XVIe siècle, avait\nusé, avant eux,et la nouveauté de leur philosophie qu'il\nvoulait voir dejà toute entière chez Protagoras, Hume,\nBerckeley, etc. Ce ne serait pas, on l'avouera, une\npreuve bien concluante de la fausseté - des doctrines\nnouvelles, qui n'ont pas la prétention: d'être inouïes,\nmais plus profondes et artistiquement vraies que celles\ndu Naturalisme. « Le romancier et le poète, ajoutait\nM. Peyrot, doivent écrire pour tout le monde, et\nnon pour une catégorie restreinte d'adep-tes. »\nAprès lui, M. Brunetière, (Revue des Deux-Mondes\ndu ter Nov. i888), apprécia lès Symbolistes, plutôt\ndans leur; influence, disait-il, que pour leur mérite\npersonnel ou leurs oeuvres qu'on attendait encore (P)\nIl constatait que cette influence correspondait « à une\nrévolution prochaine du goût littéraire. »\nDans les trois grandes périodes de la littérature\nfrançaise, depuis le XVII° siècle jusqu'à aujourd'hui,\nil voyait trois modes d'écrire correspondants à trois\narts différents. L'école classique avait intronisé un\nstyle de structure architecturale; l'école romantique,\néprise de pittoresque, de lignes . moins sèches, voulu\nplutôt lutter avec la peinture ; enfin, la dernière venue,\nl'école Symboliste semblait devoir, désormais, rivaliser\navec la musique. Réagissant contre le préjugé de la\nforme, outrée chez les Parnassiens, qui faisaient de la\npoésie « un pur badinage et de l'or même de la rime\nun clinquant, les Symbolistes ont groupé autour d'eux\ntous ceux qui croient qu'on peut faire entrer dans un\nvers des idées ou des sentiments. Et, dans un temps\noù, sous prétexte de Naturalisme, on avait réduit\nl'art à n'être plus qu'une imitation du contour extérieur\ndes choses, ils ont paru rapprendre aux jeunes gens\nque les choses ont aussi une âme. » Mais, à leur tour,\nils semblent oublier un peu que l'imitation de la na-\nture, sans être tout l'art, en est au moins la condition\npremière. Et, peut-être, aussi, se sont-ils trop séparés\ndes Parnassiens. En rimant moins,bien que ses prédé-\ncesseurs, on sera toujours suspect de pouvoir moins\nqu'eux dans leur art. Et de fait, certains écrivains de\nla nouvelle école ont donné des vers qui ne sont sou-\nvent qu'une espèce de prose, ou même quelque chose\nqui n'est ni prose ni vers. L'obscurité de leur style\naussi est blâmable, et, d'ailleurs, peu nouvelle, puis-\nqu'on la trouve déjà chez Maurice Scève. Quoi qu'il\nen soit, peut-être doteront-ils la langue de qualités\nnouvelles.\nNous ne citerons que pour mémoire l'article de M..\nJules Lemaître dans La Revue Bleue (janvier 1888 )Ce\ncritique, toujours partial, quand il s'agit d'art nouveau,\nne voulut voir chez les écrivains symbolistes, — qu'ils\nconfondait malignement, du reste, avec quelques ex-\ntravagants sans autorité, — qu'une recrudescensce de\nl'harmonie imitative, florissante au temps de l'abbé\nDelille. A peine eut-il le demi-courage de rendre une\njustice restrictive à Paul Verlaine, lui-même, dont le\nnom est, aujourd'hui consacré.\nOnpeut voir, néanmoins, par l'analyse des articles\nprécédents, que, s'il subsiste encore des injustices et\nplus d'un préjugé en les raisonnements spécieux de la\ncritique, elle tend généralement à se faire plus com-\npréhensive et affecte des formes au moins courtoisses.\nM. Brunetière avait donné quelques-unes des raisons\nde l'évolution littéraire vers le Symbolisme. Un poète\nde l'école, M. Charles Morice fit un livre entier, La\nLittérature de tout à l'heure, pour démontrer, de façon\nplus complète, cet aboutissement esthétique, depuis\ntrois siècles. Fort commenté dans la presse, à son ap-\nparition, cet ouvrage dénotait chez l'auteur de rares\naptitudes à la synthèse et le sens d'un art hautement\nidéaliste. Il restera comme source de renseignements\nprécieux pour l'histoire du Symbolisme. On regrette\nseulement qu'en une si volumineuse critique nulle\nplace n'ait été accordée à l'art si haut et précieux du\nMoyen-Age et de la Renaissance. Mais on y peut\nlouer sans réserve plus d'un chapitre intéressant, tel\ncelui qui a pour titre : Commentaire d'un livre futur.\nEspérons que M. Morice ne nous fera !pas trop atten-\ndre la mise en oeuvres d'un thème si magistralement\nexposé.\nIl est matériellement impossible, vu l'espace mesuré\ndont nous disposons, d'apprécier ici, même brièvement,\nPeeuvre de tous les écrivains qui se rattachent à la\nconception symboliste. Nous nous bornerons donc à\nciter des noms, laissant à l'avenir le soin de marquer\nleur valeur respective. Et nous prions ceux qui pour-\nraient être oubliés en cette nomenclature de ne pas\ns'en formaliser, ni attribuer ce silence à quelque mau-\nvais vouloir, loin de notre pensée.\nUne place à part doit être faite à deux écrivains en-\nlevés à la jeune littérature, par une mort prématurée :\nJules Laforgue, un humoriste délicat et poète psycho-\nlogue très perspnnel. et Ephraïm Mikhaël qui n'eut\npas le temps de donner une note très originale, mais\nfit preuve pourtant de quelque talent, dans les frag-\nments qu'il nous laisse.\nLes jeunes poètes, dont les noms suivent, sanction-\nnent par leurs oeuvres, les unes déjà parues, les autres\ntrès prochaines, l'évolution du Symbolisme : MM.\nJean Moréas, Charles Morice, Gustave Kahn, Laurent\nThailhade, Charles Vignier, Francis Vielé-Griffin,\nHenri de Régnier, Stuart Merrill, Achille Delaroche,\nMaurice du Plessys, Adolphe Retté, Albert Saint-Paul,\nErnest Reynaud, Louis Dumur, Edouard Dubus,Pierre\nQuillard, Edouard Dujardin, Ferdinand Hérold, Ma-\nthias Morhardt, Gabriel Mourey, Jules Bois, Dauphin\nMeunier, Albert Mockel, Maurice Maeterlinck, Char-\nles Van Lerberghe, Emile Verhaeren, etc., etc...\nQuelques écrivains exclusivement prosateurs s'y rat-\ntachent également : M. Maurice Barrès, dont les livres,\nSous l'oeil des Barbares, Un homme libre, charment par\nla grâce platonicienne qui enguirlande une très sub-\ntile psychologie ; Francis Poictevin, un styliste aux\nnuances complexes et fines ; Paul Adam, un roman-\ncier puissant; Bernard Lazare. etc.\nDe jeunes artistes du plus haut talent tentent dans\nleurs arts respectifs une rénovation analogue à celle\ndes Symbolistes en littérature : les musiciens Gaston\nDubreuilh et Henri Quittard ; le peintre Paul Gau-\nguin qui unit à la coloration savante des Impression-\nnistes une puissante simplification de lignes et\nun symbolisme très suggestif. On pourra se faire\nune idée de ce talent original par la belle compo-\nsition qui orne ce numéro.\nParmi les critiques adressées aux écrivains de la\njeune école, quelques-unes, celles de M. Brunetière,\nentre autres, leur reprochent de manquer de talent et\nde n'avoir encore produit aucun chef d'oeuvre. Nous\nn'aurons garde de prêter au ridicule de prouver par\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f25.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/22/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 19, "page_pdf": 26, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 7081, "texte": "LA PLUMJ\naison démonstrative la valeur des écrivains précités :\nleurs oeuvres se défendent assez d'elle-même aux yeux\ndes juges non prévenus. Mais en admettant même\nqu'ils aient moins de talent que leurs devanciers, ou, si\nl'on veut, qu'ils n'en aient aucun, cela ne préjugerait en\nrien de la légitimité et de la nécessité de leur rénova-\ntion artistique. Un mouvement littéraire ne peut être\njugé d'après la valeur des individualités qui le com-\nposent, mais dans ses principes, l'ensemble de ses ré-\nsultats et son influence. Or, on ne saurait refuser au\nmouvement actuel d'être d'un haut intérêt, et, s'il ne\nréalise lui-même tous ses vouloirs, de préparer au\nmoins les voies à leur accomplissement. Et, de fait,\npresque tout ce qui a été créé, en art, de grand et de\ndurable, le fut par la mise en oeuvre, dévolue à des\ngénies supérieurs, d'idées d'abord élaborées en groupe\net par des harmonies de volontés. L'objection\nd'ailleurs, tellement banale qu'elle pourrait s'appliquer\nà toutes les écoles littéraires. Que reste-t-il du Ro-\nmantisme, qui compta dans ses rangs tant d'écrivains\nde valeur si diverse P Sauf Lamartine, et Vigny, qui\nfurent plutôt des précurseurs, peut-être, au plus, trois\npoètes : Victor Hugo, Musset, Gautier. L'avenir re-\nconnait toujours les siens, et, seul, sanctionne les\noeuvres vraiment fortes.\nOr, que veulent les écrivains actuels ? — Edifier en-\nfin l'art sur ses bases logiques et nécessaires ; en ban-\nnir tout le parasitisme et le faux-semblant qui, sous les\nPlus fallacieux dehors, s'y étaient subrepticement\nglissés. Et, pour ce, remonter aux sources, à toutes\nles sources : de l'étymologie, de la langue, du ryth-\nme, de la vraie conception poétique.\nfaut toujours, a dit profondément Spinoza. envisa-\nger chaque chose « sous un caractère d éternité. » La\nscience moderne a prouvé que le monde extérieur n'é-\ntait qu'une manifestation de l'énergie, le lieu des sym-\nboles sensoriels, l'opacité de nos représentations. Ces\napparences qui obéissent aux mystérieuses lois du\nchangement, nous ne sommes pas maîtres de les mo-\ndifier à notre gré : elles s'imposent à nous comme / il-\nlusion la plus forte, mais seulement comme telle. Der-\nrière chaque forme transitoire, le poète doit donc per-\ncevoir la force, l'énergie, l'âme qui crée perpétuelle-\nment des phantasmes et demeure une et identique en\nson principe. « La Poésie, dit très bien Emerson, est\nle perpétuel effort vers l'expression des choses, effort\nqui, dépassant le corps brut, pénètre sa vie, sa raison\nd'être, et voit, derrière l'effet éphémère et fugace, la\nnécessité immanente de sa cause... La Poésie se ré-\nvèle en ce trait essentiel, qu'en chaque minute de son\nharmonie s'exhibe une activité mentale témoignée par\nun emploi nouveau de l'idée et de l'image, par une vo-\nlonté surnaturelle de la perception des analogies : au-\ntant de mots, autant de poèmes... Peu nombreuses\nsont les idées, innombrables les formes, en le vestiaire\nspacieux aux manteaux bigarrés dont se vêt l'Unité\ntoujours pareille » (I).\nC'est donc à titre de pur symbole, et comme vête-\nment de l'Idée, que le Poète doit considérer le monde\nextérieur. On voit, par là, l'inanité de cette critique\nqui nous fut si souvent adressée que, de par notre con-\nception artistique, « le monde moderne nous est inter-\ndit. » Modernisme et Archaïsme, en art, sont un non\nsens, et ne sauraient faire question.' On ne peut de-\nmander compte au Poète pourquoi il a élu de préfé-\nrence telle époque, tel décor plutôt que tel autre. Il\n(1) Traduction des Entretiens politiques et littéraires.\nchoisit celui qui localise le mieux, qui vêt du merveil-\nleux adéquat les évolutions de tel état d'âme.\nUne erreur singulière de l'esthétique dite classique\nfut, en effet, de considérer, tacitement ou non, la poé-\nsie comme l'expression brève et facilement mnémoni-\nque de faits objectifs. Si, en vérité, on ne peut lui re-\nfuser le pouvoir, en ses modes inférieurs, d être le ré-\nsumé fulgurant ou le héraut d'expériences acquises,\ncomme elle le fut en Grèce, par exemple chez les\nGnomiques, on doit reconnaître qu'en sa plus haute ac-\nception, e:le est une vision spéciale des choses, un\nétat d'âme original.\nEt cette vision quasi divinatoire, dont les synthèses\npourront se résoudre, dans le futur, en la diversité des\nréalisations objectives, ce lien mystique des phénomè-\nnes, quel est-il ? — Le Rythme. C'est par le rythme\nque l'art prend conscience de l'unité des apparences,\nc'est lui qui extériorise en symboles éternels l'enchaî-\nnement des lois universelles, absconses sous la com-\nplexité des phénomènes. Et quand le rythme s'accroit\nde sonorités, comme dans le langage, il devient la mu-\nsique, musique spéciale, certes, de sons articulés.\nCitons ici, après M. Brunetière, car il nous sert, ce\nfragment de Carlyle. « La poésie, dit-il, est métrique,\na une musique, est un chant... Musical ! que de choses\ntiennent en cela I une pensée musicale est une pensée\nparlée par un esprit qui a pénétré dans le plus intime\nde la chose, qui en a découvert le mystère le plus in-\ntérieur... La signification de chant va profond. Une\nsorte d'inarticulée et insondable parole qui nous amène\nau bord de l'infini, et nous y laisse par moments plon-\nger le regard... Voyez profondément, et vous verrez mu-\nsicalement. »\nNous nous bornerons à remarquer, en passant, pour\nceux qui nous reprochent de n'être pas « modernes, »\nque la poésie ainsi comprise rentre, au contraire, daim\nle grand courant de l'évolution psychique moderne,\nvoire contemporaine, où le sens musical a acquis de si\nprodigieux développements.\nUne conception musicale de la poésie impliquait, à\nla fois, des modifications dans la métrique et dans la\nlangue. Il fallait, pour circonscrire le rêve, non plus le\nvers classique, aux arrêtes fixes et conçu sur un type\ninvariable, qui n'existe qu'escorté d'un second et pour-\nrait s'isoler en distiques dans des assemblages qui\nn'ont de strophes que le nom : mais un vers, une stro-\nphe, dont l'unité fut plutôt psychique que syllabique, et\nvariable, en nombre et en durée, selon les nécessités\nmusicales. Et, pour ce, la mise en oeuvre de tous les\nmoyens de la linguistique et de la sonorité : le timbre\nle ton, le poids.le mouvement, la couleur,la rime, l'ali-\ntération, l'assonnance interne ou finale, etc. De là, la\ncréation du vers, appelé a tort vers libre, puisque tous\nses éléments s'ordonnent selon les nécessités logiques,\net ne comportent aucun arbitraire. Et rien ne ressem-\nble moins à « une prose rythmée » ou « un mélange\nde prose et de vers », inférieur à la technique parnas-\nsienne, comme on l'a prétendu.\nIl fallait, d'autre part, pour traduire les synthèses\nidéales de la poésie, une langue moins analytique et,\nforcément, moins claire que celle de la prose : « Ce\ndouble état de la parole étant, selon l'expression de\nM. Stéphane Mallarmé, brut ou immédiat ici, là essen-\ntiel ; » ou encore, comme dit Ronsard, « deux soeurs\nennemies. » Il est non moins évident que plus la phra-\nse obéira à la conception musicale, moins elle sera ac-\ncessible logiquement. Et ce, sans qu'on nous puisse\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f26.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/23/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}, {"page_imprimee": 20, "page_pdf": 27, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 3440, "texte": "raisonnablement reprocher d'imiter Lycophron ou de\nrefaire Maurice Seive, avec nous ne savons quelles\n« tournures allemandes » qui n'ont pu venir qu'à l'es-\nprit de critiques trop peu familiers avec notre langue\nfrançaise d'avant les grammairiens. Si l'on veut bien,\nd'ailleurs, le remarquer, les deux poètes savants qu'on\nnous objecte n'ont fait qu'obéir, pour la forme de leurs\nçompositions, aux nécessités mêmes des sujets qu'ils\ntraitaient. Mais leur exemple ne saurait faire loi.Aussi,\nque quelques jeunes littérateurs, sous prétexte de\n« suggestion » ou « d'ésotérisme s , et obéissant à des\ninfluences mal interprétées, aient parfois écrit un pa-\nthos illisible, nous n'y contredirons pas. Leur excuse\nétait dans une ferveur de néophyte qui se leurre lui-\nmême. Mais cette gourme une fois jetée, il y aurait pé-\nril, semble-t-il, à poursuivre ce jeu extravagant et un\npeu puéril.\nLe labeur qui, désormais, s'impose aux jeunes écri-\nvains est de se créer enfin ce style « archétype » que\nréclamait M. Moréas dès 1886, et qu'il réalise si plei-\nnement aujourd'hui en son Pèlerin passionné. C'est de\nrompre délibérément avec le jargon contemporain,\npour instaurer dans la syntaxe quelques-unes des for-\nmes savantes et délicates de ces merveilleux artistes\ndu Moyen-Age et de la Renaissance, dont les moin-\ndres chansons sont de pars bijoux richement ouvrés.\nQuelque précieuses qu'aient été, en effet, aux débuts\ndu mouvement symboliste, certaines influences con-\ntemporaines pour aider à dégager l'art de la vacuité\nnaturaliste, et quelque admiration et reconnaissance\nque nous leur gardions, ces influences, en se prolon-\ngeant, ne pourraient que devenir néfastes. Ce qu'elles\neurent d'excellent, d'ailleurs, transparaîtra en l'oeuvre\nsymboliste, comme le fleuve garde le parfum des ter-\nroirs qu'il traversa.\nRenouons donc, par dessus les âges dits classiques,\nla vraie tradition de la bonne langue française. Chez\nlés Gothiques, en vérité, gisent, enfouis sous la pous-\nsière des siècles, des trésors idoines à vêtir de splen-\ndeurs les idées et les sentiments les plus complexes de\nl'âme moderne. « Là doncques, Poètes, dirons-nous\nencore, — paraphrasant Joachim Du Bellay, — mar- son\nchez courageusement vers cette enchanteresse Brocé-\nliande : et des vierges dépouilles d'elle ornez vos tem-\nples et autels. Ne craignez plus ces oies criardes, ces\nimpuissants A ristarques, leurs faux oracles, ny leurs\nflesches rebouchées. Vous souvienne de votre ancienne\nLutèce, seconde Athènes, et de votre Hercule Galli-\nque tirant les peuples après luy par leurs oreilles, avec\nune chaîne attachée à sa langue. »\nAujourd'hui, tous les esprits éclairés de la presse et\ndu public ont compris que vous étiez une force et re-\nconnaissent la haute valeur de votre mouvement. Tous\nne demandent qu'à applaudir à vos oeuvres. Et s'il res-\ntait quelques attardés pour renouveler contre vous qui\nluttez et souffrez à la gloire de l'Art, des plaisanteries\nvaines et surannées, pour laisser tomber de « leur bou-\nche de .S;phinx sans énigme, avec la sonorité d'un bail-\nlement emphatique, ces paroles : « Littérature de Dé-\ncadence ! » vous passerez, haussant les épaules, et\nplaignant cette incurable ignorance ou cette mauvaise\nfoi, incapable de s'intéresser à n'importe quoi de grand\net de beau. Et forts du témoignage irréfragable de vo-\ntre conscience, vous marcherez, calmes et résolus, vers\nles voies élargies de l'avenir.\nACHILLE DELAROCHE.\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f27.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/24/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}]}, {"article_id": "leu-00352-1", "tome": "1891", "cle_volume": "1891", "ark": "bpt6k155958", "ocr_source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica) (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 20, "page_fin": 20, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : relevé sur l'image : titre relevé sur la p. 20 ; début : titre en tête ; fin : signature non retrouvée", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f27.item", "pages": [{"page_imprimee": 20, "page_pdf": 27, "debut_caractere": 3440, "fin_caractere_exclue": 4230, "texte": "Conférences de Maurice Barrès\nNotre ami Maurice Barrès vient de remporter deux\néclatants succès comme conférencier : à l'Odéon, il a\nparlé\nsur Ignace de Loyola; an théâtre d'Application,\nsur le jeune homme moderrne.\nA propos de cette dernière conférence, un rédacteur\nAllhmancl qui se pique de parisianisme à la Vie Pa-\nrisienne, avec la plus plate ignorance du sujet traité,\na voulu expliquer à ses lecteurs que M. 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Cazals : Les Ephaes.\nGeorges Docquois : Décadence. — Yvanhoé Rambos-\n: Lâché l — Léon Duvauchel : Paysagiste. — Pierre\nLamarche : L'Araignée; Le Cigale et le Fourmi. —\nPierre Vernay : Le Bonnet de Colette. — Elleau :\n— Camille Mauclair : L'Avertisseur. — Pierre\nTrimouillat : Les Pochards. — Gabriel de la Salle : La\nGuillotine.\n— Yann Nibor : La Dent du Père Thomas.\n— Thierry. — Le Boul'Miche (Elleau). — Henri Cha-\neau : Yann Nibor : Les Matelots Chauffeurs.\nPrésidence de Léon Deschamps.\n", "source": "OCR OmniPage du volume de 1891 (numérisation Gallica)", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k155958/f27.item", "url_retronews": "https://www.retronews.fr/journal/la-plume/01-janvier-1891/24/dcdc3ae6-95df-49d4-8e3a-027d603980e3"}]}, {"article_id": "leu-00019", "tome": "1891", "ark": "", "ocr_source": "HathiTrust (Princeton), OCR tesseract (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "2 (couv.)", "page_fin": "", "pages_selon": "table de Leu ou de PMB (pagination de la couverture)", "controle": "page de couverture entière ; la notice y figure (vérifié)", "url_article": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=njp.32101065350264&seq=36", "pages": [{"page_imprimee": "2 (couv.)", "page_pdf": "", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1089, "texte": "Théâtre-Libre. La fille Elisa. pièce en 3 actes, par\nJean Ajalbert (d'après le romen des frères de Gon-\nCourt, Tentative intéressante et qui a réussi complète-\nment.) Succés pour Antoine qui a plaidé le second\nacte, mieux que beaucoup d'avocats ne l'auraient su\nfaire. — Conte de Noël, mystère en deux tableaux,\npar À. Linert. Ce qui n'est un mystère pour personne,\n-c'est que l'auteur, un bon petit jeune h mme, qui ai-\nme sûrement bien fort sa maman, a fait un four com-\nplet. Par contre, notre camarade Janvier s'est taillé\ndans la soirée un triomphe magnifique. Retenez ce\nnom: Janvier — c'est celui de l'un des plus grands\nartistes du théâtre nouveau.\n\n“Vaudeville. Madame Mongodin,\nBlum et Toché. Ça suffit, n'est-ce pas ? Aussi\nreux Vaudeville tient-il un succès durable.\n\nD'jezet. Ferdinand le Noceur, nouveau triomphe\npour Gandillot.\n\n+ Gymanse. L'Oistacle. etit fur (c'es: le Jour de l'an)\n. de Première classe, par Madame Alphonse Daudet —\nqui n'aime pas La Plume, paraitil.\n\nvaudeville, par\ni l'heu-\n\n \n\nRenaissance. Les douse femmes de Faphe.\n\nde Victor Roger. Soyons ns ‘é re", "source": "HathiTrust (Princeton), OCR tesseract", "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=njp.32101065350264&seq=36", "url_retronews": ""}]}]}