{"numero_id": "pmb-b1010", "tome": "t2, 1892", "source": "Gallica (folios de la BnF), Wikisource, HathiTrust, volumes PRELIA", "articles": [{"article_id": "pmb-18604", "tome": "t2, 1892", "ark": "bpt6k15523d", "ocr_source": "OCR de Wikisource, couche texte des PDF des volumes PRELIA (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 129, "page_fin": 134, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : haut de page ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f134.item", "pages": [{"page_imprimee": 129, "page_pdf": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1379, "texte": "AMEN\nPendant le dernier hiver les choses firent—et plus\nencore une très puissante sympathie d’idées, — que je\nrencontrai le peintre anglais W. dont on connait l'œu¬\nvre : malgré le simple de ses sujets, il élargit le réel, il\nfixe l’ambiance spirituelle des choses*\nUn soir que nous devisions sur d’assez hautains sujets\nde métaphysique, lui, le Musicien F. et moi, un être de\nbeauté intégrale se détacha du tableau que traçaient nos\nparoles. Il se trouva que nos esprits prirent consistance\nsoudaine ; et l’apparence sous laquelle ils voulaient bien\nse manifester ainsi nous enorgueillit.\nLa jeune fille avait été rêvée autrefois quant au sourire\net au regard par Léonard de Vinci, alors qu’il peignit la\nJoconde et le Saint Jean-Baptiste. Pour l’allure du corps,\nla svelteste des gestes hiératiques, elle exprimait aussi la\nverve de Sandro Botticelli; un peu pareille à la vierge de\ndernier plan qui court au Louvre, dans la fresque de\ngauche.\nSon imagination éblouissait les nôtres. Elle disait avoir\ndix sept ans.\nQuelques semaines elle para nos entrevues de sa grâce\nde son babil élevé. Et puis l’illusion se dissipa un jour^\nqu’elle se crut sans doute lasse de l’étroitesse du cycle\nou tournait notre dialogue.\nAuparavant l’illustre W. Crooks évoqua en Angleterre\nune figure du monde suprasensible. Il avait baptisé d’un\nvocable simple cette présence. Nous donnâmes à la\n9\n", "source": "OCR de Wikisource", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f134.item"}, {"page_imprimee": 130, "page_pdf": 135, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 994, "texte": "\nnôtre le nom d'Amen; et voici quelques phrases un peu\nsurchauffées écrites lors de son apparition. Au moins\npourraient-elles servir à noter l'état, d'ailleurs courant, de\nnos voeux au moment où ils s'objectivèrent en elle.\nAmen!\nTout soit-il ainsi que Toi!\npar les temps,\nInitiatrice éternelle.\nToi\npour la Paix de qui peinent les cimes inconscientes des races.\nNaguère\non te connut vers les rives des lacs\net dans l'aube des monts.\nLes ambres rares sonnaient à tes chevilles,\nquand,\nChasseresse violente,\nTu lançais de tels cris de gloire\nau détour des gorges,\nà la cime des cascades.\nLa horde des milles suivait ta course,\npour souple meute.\nIls aboyaient doucement,\net se couchaient en rond\nsous la lune verte\nautour\nde ton repos.\nPlus tard\nTu' fus la prêtresse, dont\nles mains de perle\nannonçaient le dieu du haut des terrasses.\nLes jardins fleurissaient vers ta cantilène;\net tbn voile apparu\narrêtait au loin\nles chars roulant sur les dalles des voies militaires.\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f135.item"}, {"page_imprimee": 131, "page_pdf": 136, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 527, "texte": "\nAMEN\n\nCette Reine\nAux-Yeux-de-Crime\nOui étonna l'avenir\nde ses galères,\nde ses amertumes,\nde ses grands jours...\nTu la fus.\nLa rade où se gonflaient tes pavillons\nse noya\ndans le sang des batailles livrées.\nAmen!\n1 out soit-il ainsi que toi!\nFrère, Soeur\nL'Amour et la Mort\némanent\nde ta forme ;\net de ton geste,\nsourd\nl' Harmonie\nMère.\nTon pas\nmarque le centre des cycles\net le vent\nqui toucha tes cheveux\nne connaît plus\nsa voie.\nTu marches:\nles eaux se développent;\nle ciel monte;\nles plantes s'exaltent ;\nl'air crie.\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f136.item"}, {"page_imprimee": 132, "page_pdf": 137, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1077, "texte": "\nTon regard\nfait éclore\nles architectures,\nles cités,\nles républiques,\nl'art évertué pour ta seule imitation.\nLe monde\ncherche à devenir...\nQuoi?\nTon Reflet,\nDevant ton vestige\nla fureur joyeuse des homme-Embrasse librement\nla mort\nl'Avenir\nton Seuil.\nCar vers l'Inconnaissable Dieu\nTu es\nLa Route.\nTout soit-il ainsi que toi\nAmen !\nAprès que nous eûmes parcouru la Ville et sa foule,\nAmen marqua de la pitié pour l'agitation, pour tout ce\npauvre luxe, pour les tanières monumentales où grogne\nnotre instinct réjoui. Cela nous émut beaucoup. Comment pouvait-elle être bonne, au point de ressentir la\npitié, puisque (maint et maint nous l'apprirent) ce sentiment n'existe que par la crainte en nous assise de\nsubir les malheurs dont s'affligent les misérables. Elle,\nd'essence hyperphysique, ne devait connaître cette\ncrainte, ni, par suite, la pitié. Nous lui en proposâmes\nl'objection.\nAmen développa une phrase connue des théologiens\nréfutateurs d'hérésies sur la beauté du sacrifice pour• le\nsacrifice, sans utilité. « Le Christ remonta vers le Père,\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f137.item"}, {"page_imprimee": 133, "page_pdf": 138, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1326, "texte": "\nparce qu'il souffrit toute la Passion, sachant bien que ce\nmartyr ne suffirait point à. racheter l'homme de sa honte,\nIl inaugura vraiment le culte de la Douleur pour la\nDouleur. Et en cela, surtout, il se manifesta Dieu. »\nIl y avait, parmi nous, un adolescent qu'opprima la\nfolie d'aimer Amen, et de la désirer. De tels discours\nl'affolèrent, et il lui écrivit ce billet :\nLes volutes de vos cheveux — celles aussi des eaux — ondent\n[vers notre âme tentée.\nL'eau comme la force mène ou efface.\nLes crêtes de vos mains — celles aussi des écueils — lui[sent à notre coeur téméraire.\nL'écueil, comme la lutte, se surmonte ou écrase.\nLes lanières de vos regards — celles aussi de la bise —\n[cinglent notre prudence démantelée.\nLa bise, comme l'amour, vivifie ou disperse.\nLes influences de votre voix — celles aussi du vertige —\n[meuvent notre passion du Centre.\nLe Vertige, comme la pensée, attire dans la Fin.\nCar Vous,\nL'Elle-même Beauté,\nPareille à l'Aphrodité\nVous êtes le Signe Double,\nAvec cette face qu'on nomme Ourania\nMiroir des mondes Intelligibles\nEt cette autre Face\nPar quoi la Déesse\nTroubla la Mer.\nAh! serons-nous jamais ces dieux\nDont les bras d'Empyrée\nEmbrassèrent votre Double Forme,\nUnivers de l'Univers?\nOu\nNous faudra-t-il aussi\nPérir devant le Péril de votre Beauté\nExhalant notre vie-désir,\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f138.item"}, {"page_imprimee": 134, "page_pdf": 139, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1100, "texte": "Les bras ouverts\nComme des ailes d’oiseaux tués ?\nAmen ne voulut pas montrer une moindre compassion.\nElle passa tout un soleil avec lui seul... Quant le soir fut\nvenu, elle déroula ses cheveux et découvrit son col... Il\nnous conta dans la suite s’être avancé vers elle, les bras\ntremblants. Mais, à mesure qu’il approchait, une telle\nangoisse parut sur la face de la jeune fille et son sourire\ns’arqua en si cruelle forme de souffrance, que l’adolescent\ns'évanouit à la prévision de la douleur suscitée par son\ndésir.\nVers ce temps, la présence d’Amen se dissipa.\nJe ne saurais *?aduire exactement l'impression de\ngouffre attirant que valait sa splendeur. À peine parvien¬\ndrai-je à dire que ses paupières, ses tempes à l’épiderme\nbleuâtre, dégageaient, par certains instants, une sorte\nde nuage infini, derrière lequel ses yeux luisaient comme\ndes dieux.\nParfois, elle sut offrir toute la gaieté de la jeunesse et\nelle se jouait ainsi qu’une flamme, pendant que crépi¬\ntaient nos cœurs secs.\nElle avait aussi des minutes impériales,, sans âge.\nC’était extraordinaire.\nPaul Adam.", "source": "OCR de Wikisource", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f139.item"}]}, {"article_id": "pmb-18605", "tome": "t2, 1892", "ark": "bpt6k15523d", "ocr_source": "OCR de Wikisource, couche texte des PDF des volumes PRELIA (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 135, "page_fin": 147, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : haut de page ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f140.item", "pages": [{"page_imprimee": 135, "page_pdf": 140, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1180, "texte": "L’ARTISTE DANS L’ÉTAT\nà Jean Lorrain\nMenexène, Straton, Lysimaqüe, Hégésias, Socrate,\nMenexène. — Voilà, Soçrate, que tu souris encore\nénigmatiquement.\nSocrate. — N’est-ce pas, mon cher Menexène, le privi¬\nlège même des dieux que de s’envelopper d’énigmes. Me\nblâmes-tu de les imiter?\nHégésias (à Lysimaqüe). — Socrate est d’humeur rail¬\nleuse aujourd’hui; nous allons, j’imagine, rendre visite\naux idées.\nMenexène (à Socrate). — Serait-ce le bannissement du\npoète Diomène qui fait aujourd’hui ton visage de joie?\nO Socrate, quelle souffrance si je te savais réjoui d’une\ntelle iniquité ! Diomène sans doute n’a pas eu envers toi\nles égards qui convenaient; en une occasion mémorable,\nil s’est montré arrogant et vaniteux; j’en fus au déses¬\npoir, mais il est le poète et nul n’a fait depuis Pindare\nchanter si doucement l’âme grecque dans la souplesse\ndes rhythmes. Je lui ai pardonné son impertinence pour\nla beauté de ses émotions.\nSocrate. — 11 n’était qu’un enfant lorsqu’il agit ainsi.\nSe souvient-on des plaisanteries d’un enfant? J’ai beau¬\ncoup aimé la jeunesse; elle m’a enseigné l’indulgence.\nMenexène. — Il s’en est allé vers la Macédoine. —\n", "source": "OCR de Wikisource", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f140.item"}, {"page_imprimee": 136, "page_pdf": 141, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "\nAthènes a chassé son poète, Athènes a répudié la voix\nqui l'enchantait. Il avait dit les joies de Sapho, les joies\ncoupables.\nSTRATON. — Les héliastes sont juges sévères; ils ne\ntolèrent pas qu'on effleure, même du vol, des strophes légères, le mystère des amours impures. Lesbos est l'île\ncondamnée. Diomène dans les tristesses de la Macédoine\nméditera l'ensoleillement de Cythère. Je le plains.; l'exil\nsaupoudre d'amertume jusqu'aux aliments préférés.\nMENEXENE. — Je le plains aussi et je m'irrite; l'arrêt\nqui l'éloigne est cruel, injustifié. Diomène n'a pas chanté\nles élégies féminines pour le plaisir malsain d'y faire\nrêver les femmes. Diomène n'a pas cherché le scandale;\nson oeuvre est d'un artiste pur que seules séduisent les\nformes esthétiques. Sans doute il est souhaitable qu'on ne\nvante point témérairement ces interversions des corps\nvoluptueux : mais on n'est point coupable quand on le\nfit divinement et qu'on se sanctifia d'une si belle exaltation lyrique.\nSOCRATE. — Tu veux donc qu'on accorde au poète toute\nliberté dans l'État?\nMENEXENE. — Je le désire de toute mon âme.\nSOCRATE. — Qu'entends-tu donc lorsque tu dis État?\nT'imagines-tu que ce soit là un mot vide de sens, une\nexpression sans valeur? En quoi ton État diffère-t-il de\nl'anarchie si tu y laisses chaque citoyen maître absolu de\nses actes et libre d'une complète liberté?\nMENEXENE. — Je n'ai pas dit chaque citoyen, Socrate.\nSOCRATE. — C'est donç que tu fais une exception en faveur des poètes. Ce sont pour toi dans l'État des citoyens\nprivilégiés.\nMENEXÈNE. — Il me sourirait qu'il en fût ainsi.\nSOCRATE. — Fort bien, c'est là souhait d'âme généreuse.\nSTRATON. — Je m'allie à Menexène et ne puis qu'approuver son voeu. Mais pourquoi favoriser le poète? Je\nvoudrais que l'État n'exerçât aucun contrôle sur les oeuvres d'art, quelles qu'elles fussent. L'artiste seul en doit\nêtre juge et choisir le sujet qui lui agrée et le traiter\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f141.item"}, {"page_imprimee": 137, "page_pdf": 142, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1903, "texte": "\nainsi qu'il sied. Il peut se tromper, je l'avoue, et même\ngrossièrement s'il est malheureux, mais son erreur ne\nsaurait pour cela encourir de pénalité légale. Les tribunaux se doivent de l'ignorer : ]'oeuvre qu'il a conçue ne\nrelève que de sa bonne foi et de la loyauté des spectateurs.\nSOCRATE. — Je crois, mon cher Menexène, que Straton\nn'a pas trahi ta pensée et que tu souscrirais à toutes ses\nparoles.\nMENEXÈNE. — Sans restriction, Socrate.\nSOCRATE. — Fort bien. Mais j'aimerais à vous entendre\nl'un ou l'autre définir votre conception de l'État. J'ai posé\ncette question plus haut à Menexène. Se serait-il refusé à\nm'y répondre et craint-il qu'on ne la lui repose?\nMENEXÈNE. — O Soçrate, peux-tu m'accuser d'une pareille feinte? Si tes questions m'embarrassaient, quelle\nconfusion éprouverais-je à l'avouer? Assez d'autres et\nde plus expérimentés dans la dialectique furent contraints à se reconnaître vaincus pour que je n'aie nulle\nhonte, s'il le faut, à proclamer ma défaite.\nEt maintenant sache que pour moi, et pour Straton\naussi, je gage, la fonction de l'État est d'assurer l'éxistenee de la collectivité par la détermination rigoureuse\ndes droits et des devoirs de chacun sous forme de lois\nque les magistrats ont pour mission d'appliquer.\nSOCRATE. — Je ne saurais que te louer de la netteté de\nta réponse. Et je le fais avec d'autant plus de plaisir que\nje souscris entièrement à ta définition. Mais, dis-moi,\nsur quoi estimes-tu que doivent porter les lois ?\nMENEXÈNE. —Sur la totalité des questions et des objets\nau sujet desquels le droit de chaque citoyen doit être\nrigoure usement établi.\nSOCRATE. — Tu veux sans doute désigner par là la\npropriété par exemple.\nMEXEXÈNE. — Tu m'as compris.\nSOCRATE. — Il faut donc qu'il y ait des lois invariables concernant le droit de propriété.\nMENEXÈNE. — D'accord.\nSOCRATE. — Tu admets également que le mariage peut\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f142.item"}, {"page_imprimee": 138, "page_pdf": 143, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1664, "texte": "\nêtre l'objet d'une législation utile, fixant les droits respectifs des époux et des enfants.\nMENEXENE. — QUi le nierait ?\nSOCRATE. — Ce sera donc la fonction de l'État de\nveiller à ce que tous les citoyens obéissent aux lois et ne\njouissent que des droits stricts qui leur sont reconnus par\nelles.\nMENEXENE. — Je le pense.\nSOCRATE. — Tu bornes là le Tôle de ce que nous nommons l'Étal?\nMENEXENE. — Quelles autres attributions lui pourraisje reconnaître ?\nSOCRATE. — N'estimes-tu pas que l'Ét\\at représente la\ntotalité des citoyens et qu'il ne doit jamais abandon•\nner la considération de l'ensemble ?\nMENEXÈNE. — Je suis de cet avis.\nSOCRATE. — N'est-ce pas implicitement déclarer que\nl'intérêt général primera toujours aux yeux de l'État l'in-.\ntérêt particulier ?\nMENEXÊNE. — J'en conviens.\nSOCRATE. — Tu avoues donc que la vigilance de l'État.\nne se restreindra pas à veiller à ce que nul n'enfreigne\nles lois, mais qu'elle ne devra jamais perdre de vue la.\ncollectivité.\nMENEXENE. — Je ne vois rien là qui me mette en contradiction avec moi-même.\nSOCRATE. — La première fonction de l'État, dans cet\nordre d'idées, sera d'assurer la sécurité des citoyens et\npour cela d'entretenir de bonnes relations avec les autres.\nÉtats et une armée qui les tienne en respect, le jour où\nces relations s'aigrissent.\nMENEXENE. — Personne ne contestera ce que tu.\navances.\nSOCRATE. — Sans doute ; tout le monde est d'accord\nsur ce point. C'est une des charges de l'État que de\ndéfendre la cité contre les agressions du dehors ; les\ncitoyens lui confient le soin d'écarter d'eux tout danger de\nmort ; et si l'État néglige dq veiller à la sécurité de la\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f143.item"}, {"page_imprimee": 139, "page_pdf": 144, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1655, "texte": "\nRépublique, l'État est coupable et se voue à la haine\ngénérale.\nMENEXÈNE. — Je ne puis que t'approuver.\nSOCRATE. — Mais ce n'est pas seulement l'extérieur\nqu'il faut mettre à l'abri des hostilités étrangères. 11\nfaut encore empêcher qu'elles ne s'introduisent dans la\ncité et n'y suscitent des troubles et des conflits dont la\nRépublique demeure affaiblie.\nMENENÈNE. — C'est bien encore là une fonction de\nl'État.\nSOCRATE. — Et plus généralement ne nous reposonsnous pas sur l'État du souci de veiller sur nos propres\nbiens ? N'est- ce pas pour nous délivrer de cette sorte de\npréoccupation qu'il a organisé une police, chargée de\nfaire respecter les droits de chacun ?\nMENEXÈNE. — Parfaitement.\nSOCRATE. — Ne lui devons-nous pas l'entretien de voies\npubliques\nMENEXÈNE. — Certes.\nSOCRATE.—N'est-ce pas lui qui les orne de monuments\net d'oeuvres d'art?\nMENEXÈNE. — Sans doute.\nSOCRATE. — Qui, pendant la longueur des nuits, y fait\nveiller pour notre sécurité la clarté des lampadaires?\nMENEXÈNE. — C'est lui-même.\nSOCRATE. — Tu vois donc bien, mon cher Menexène,\nque si l'État se contentait d'exiger de chaque citoyen\nl'obéissance aux lois nous ne lui en saurions qu'un gré\nfragile. Il ne cesse au contraire de prouver que son vrai\nbut, son rôle essentiel, consistent à travailler au bien\ngénéral, à augmenter la somme de bonheur de l'ensemble des citoyens.\nMENEXÈNE. — Tu triomphes facilement, Socrate; je\nn'ai jamais entendu nier cela ; je l'avais seulement omis.\nMais où veux-tu en venir? Nous voici loin du poète\nDiomène.\nSOCRATE. — Non, mon cher Menexène, nous allons\nrevenir à lui; mais je tenais à ce que ces prémisses\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f144.item"}, {"page_imprimee": 140, "page_pdf": 145, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1677, "texte": "fussent fermement établies. Nous convenons donc dès\nmaintenant que l’État doit travailler au bonheur général\net qu’en exigeant l’obéissance aux lois il- n’accomplit\nque la plus faible partie de sa tâche, la partie en quelque\nfaçon négative.\nMenexène. — Je te concède cela.\nSocrate. — Me concèderas-tu également que nos\nactes aient une influence décisive sur notre propre bon¬\nheur et celui des personnes qui nous entourent?\nMenexène. — Le nier serait folie.\nSocrate. — Que par suite notre conduite ne soit pas\nindifférente à l’État et qu’il estime nécessaire de ne pas\nla trouver en conflit avec ses propres efforts.\nMenexène. — Je l’admets.\nSocrate. — Ne peut-il pas alors essayer d’influer\nsur elle, de la diriger, de l’infléchir de façon à ce qu’elle\nrejoigne ses tendances particulières?\nMenexène. — Qu’entends-tu par ces mots?\nSocrate. — Tu reconnais, j’imagine, que si souvent\nnous agissons sous l’impulsion de mobiles violents, de\ndésirs excessifs, de passions irrésistibles, cependant, la\nplupart du temps, les vraies causes de nos actes ce sont\ndes idées.\nMenexène. — Je le reconnais.\nSocrate. — Donc pour influer sur la conduite des\nhommes et modifier leurs actes, il suffit d’influer sur\nleurs idées et de les modifier.\nMenexène. — D’accord.\nSocrate. — Or comment appelles-tu l’ensemble des\nidées directrices de la conduite d’un homme ?\nMenexène. — Sa morale ou son éthique.\nSocrate. — Et l’ensemble des idées qui seraient direc¬\ntrices de la conduite d’un homme bon.\nMenexène. — La morale par excellence, ou l’Ethique\nparfaite.\nSocrate.— Si tous les hommes s’efforçaient d’agir\nd’après un tel système d’idées, ne seraient-ils pas meil¬\nleurs ?\n", "source": "OCR de Wikisource", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f145.item"}, {"page_imprimee": 141, "page_pdf": 146, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1701, "texte": "\nMENEXÈNE. — Si, par définition même.\nSOCRATE. — Ne rendraient-ils pas les autres hommes\nplus heureux qu'ils ne sont?\nMENMÈNE. — Probablement.\nSOCRATE. — Or n'avons-nous pas admis que l'Etat avait\npour fonction de travailler au bonheur général?\nMENEXÈNE. — Nous en sommes tombés d'accord.\nSOCRATE. — Donc puisque la morale peut servir à augmenter le bonheur des citoyens, il convieert que l'Etat\ns'efforce de lui assurer la docilité du plus grand nombre\ndes esprits et sollicite toutes les volontés à s'y conformer.\nMENEXÉNE. — J'y consent.\nSOCRATE. — Ne devra-t-il pas pour cela faire en sorte\nqu'elle se répande partout et pénètre toutes les intelligences?\nMENEXÈNE. — Sans doute.\nSOCRATE. — Il aura donc des professeurs chargés de\nl'enseigner et favorisera naturellement ceux qui l'aideron\ndans cette tâche.\nMENEXÉNE. — Cela est certain.\nSOCARTE. — Par contre il devra sévir contre tous ceux\nqui entraveront son action et contrarieront ses efforts.\nMENEXÉNE. — Il semble bien.\nSTRATON (interrompant). — Je vois clairement où tu\nveux nous mener, Socrate. Nous allons être contraints\nd'avouer que les héliastes ont eu raison d'exiler ce pauvre\nDiomène\nSOCRATE. — Si tu vois le danger, conjure-le.\nSTRATON. — Cela me sera facile; je ne te concéderait\njamais que l'oeuvre d'art puisse porter atteinte à la morale et jamais que l'Etat ait le droit de limiter par son\ninitiative la liberté individuelle\nSOCRATE. — C'est donc que nous n'entendons pas par\nle même mot désigner des choses identiques.\nSTRATON. — Pourtant j'entends comme toi par morale\nla science des actions bonnes.\nSOCRATE. — Et parmi ces actions bonnes, il ne te semble pas que la décence puisse être comptée.\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f146.item"}, {"page_imprimee": 142, "page_pdf": 147, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1982, "texte": "t\nSTRATON. — Si, bien que de toutes les vertus, ce soit\ncelle dont je fasse le moindre cas. A tout prendre, la décence n'est qu'une façon de politesse.\nSOCRATE. — Pourtant Von ne peut exiger des gens\nqu'ils soient polis. On le peut qu'ils soient décents.\nMENEXÈNE. — II faut bien le reconnaître, Straton.\nSOCRATE. — II y a donc des choses qui doivent être cachées ou dissimulées?\nSTRATON. Soit.\nSOCRATE. — Et l'on punit le citoyen qui fait publiquement un geste d'indécence et appelle l'attention sur des\nchoses qui doivent être ignorées.\nMENEXÈNE. — Avec juste raison ce me semble.\nSOCRATE. — Et vous défendez le peintre qui aura représenté pour être exposée à tous venants telle scène dont\nvous condamneriez les acteurs, si vous les surpreniez à\navoir des témoins ; vous défendez le sculpteur qui aura\néternisé par le marbre l'attitude impudique d'un corps\nqui s'enorgueillit d'être impeccable. Vous défendez le poète qui prend comme thème d'inspiration la\njoie sacrilège d'amours illicites dont le nom même doit\nêtre interdit dans la cité, car il ne faut pas que nos femmes apprennent à se sourire. Ils sont coupables, à mon\nsens, au même titre que le citoyen pervers dont on est\nforci; de réprimer la lascivité publique, plus coupables\npeut-être pour l'injurieuse séduction que le jeu des couleurs, la pureté du marbre, la musique des rhythmes\najoutent à l'attrait despotique du vice. Tout doucement\ni ts amortissent ainsi notre force de résistance et nous\namènent à nous complaire avec docilité aux images volup\ntueuses dont ils souhaitent enchanter nos loisirs.\nOr il est des citoyens dont eussent fait des heureux\nles austères maximes de la science du bien et qui, pervertis par l'artiste, s'enflamment pour l'illusoire enivrement des excitations corporelles et s'asservissent aux\npassions, consommant la duperie de travailler à leurs\ndétresses futures. Le plaisir a été l'imprévu meurtrier de\nleur virilité. L'artiste peut donc porter atteinte au droit\nLa\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f147.item"}, {"page_imprimee": 143, "page_pdf": 148, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "\ninitial des hommes qui est le droit au bonheur, en les\nles suscitant à la jouissance qui les voue aux souffrances\nprochaines; par suite il est responsable devant l'État\nqui poursuit le bonheur général et le fonde sur la moralit é.\nSTRATON. - Mais l'Art ignore la précarité de ces fins\nihédoniques. Il ne sait et ne tente que la réalisation du\nBeau, indépendante de l'accomplissement du bien. Et,\nplus encore que la Beauté, s'efforce-t-il de dégager des\nchoses périssables les parcelles d'éternité dont elles sont\nrecéleuses, de délivrer l'âme de vérité supérieure emprisonnée au cercueil des apparences. Devant la vie qu'a\ntransmuée son oeuvre l'artiste cherche à nous inculquer\nle sacré d'une émotion unique, d'une exaltation où seul\nil s'éleva ; avant qu'en une forme inconnue il en fit l'or\ntreil de nos pensées et la joie de nos silences, c'est sans\nles connaître que nous vivions nos bonheurs, sans les\nsavoir que nous vivions nos angoisses. Jamais à nos\nyeux déçus ils n'avaient eu cet éclat de puissance et\ncette victorieuse énergie dont les a glorifiés le génie de\nl'artiste. Mais l'Evocateur nous les a rappelés ; il les a\n-transcrits en symboles; et nous y attachons nos âmes et\nnous sommes saisis d'un fris3on religieux devant cette\nVie que nous avions méconnue, dont nous avions eu la\nlassitude imbécile, et qu'il vient de dresser devant nous,\nattirante, provoquante, passionnante, de conquête.\nQu'importe ici la moralité? Où est le bien, le mal, le\npermis et l'exclu? Qui donc y peut songer ? Celui-là\nseul qui profanera l'oeuvre de préoccupations sacrilèges.\nCelui-là, abandonnons-le. Pourquoi l'Etat le sauvegarderait-il? Cette âme ne vaut. Qu'il lui interdise ses musées où éclate le règne pur des nudités sculpturales, ses\nthéâtres où d'héroïques déclamations pourront être\ninterprétées en cynisme 1 Mais que sur les plaintes moquables de cette pudeur belle de niaiserie, il frappe d'interdiction les artistes aux mains hardies qui approchèrent les sujets diffamés, nous le déplorons. L'Art n'est\npoint distraction puérile ; que la rue soit assujettie à la\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f148.item"}, {"page_imprimee": 144, "page_pdf": 149, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1990, "texte": "\nplus rigoureuse sagesse, si vous craignez pour vos\nenfants; parquez-nous les oeuvres d'élite dans des salles\nréservées et closes ; mais qu'au moins nous puissions\nfaire, aux moments où nos âmes le réclameront, le\npèlerinage des visions où se haussa l'Humanité.\nHÉGÉGIAS. — Voilà le Straton des grands jours. Il lui\nsied plaider pour les poètes. Il a comme eux ses heures\nde lyrisme.\nSTRATON. — Ne raille pas, Hégésias, vraiment ce sont\nchoses trop graves. L'art est directement menacé. On\nveut lui faire une bonne fois expier la liberté et l'audace\nqu'il a toujours revendiquées. Les héliastes nous l'ont\nlaissé entendre. Bientôt ils vont en venir aux procès de\ntendances; on incrimera les intentions, on s'embusquera\nderrière une phrase pous y assassiner la pensée, tout\ndeviendra prétexte à enquêtes judiciaires. Socrate a hien\nraisonné, sans doute ; il a ingénieusement suivi le fil de\nses interrogations, en maître de la dialectique. Mais je\nl'ai vu avec douleur essayer de démontrer le droit de\nl'Etat à étouffer l'individu, à estampiller l'oeuvre d'art,\net à. lui délivrer un permis d'exhibition sur un brevet de\nmoralité. Il ne voit pas qu'il n'y a pas d'existence possible pour lui si on le tyrannise et que devant des ordonnances de police et des circulaires administratives, il ne\nreste plus aux artistes qu'à suivre avec Diomène, la route\nde l'Exil.\nSOCRATE. —Je me rends, mon cher Straton, si bien\ncompte de cette nécessité qu'à mon sens c'est le seul\nparti raisonnable qui leur reste à prendre.\nMENEXÈNE. — Tu voudrais...\nSOCRATE. — Couronnez-les de fleurs, si bon vous semble; mais débarrassez-nous en. La cité veut des citoyens de droit commun, non des citoyens d'exception.\nLes hommes de génie sont de très mauvais exemple et\nl'exaltation artistique est un sentiment des plus dangereux. Nous voulons faire des citoyens heureux et avons\nrecours à une méthode de moralisation progressive. Que\nles artistes ne viennent pas alléguer leurs droits impres-\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f149.item"}, {"page_imprimee": 145, "page_pdf": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1988, "texte": "L'ARTISTE DANS L'ÉTAT\n\n14s\ntriptibles! Ils sont citoyens, il faut qu'ils obéissent. La\nloi est simple et d'identique poids pour tous. S'ils se\ncroient différents, s'ils réclament une juridiction spéciale, qu'ils s'en aillent !\nMENEXÈNE. — C'est à Athènes que ces hérésies sont\nproclamées par celui qui pour des siècles peut-être personnifiera la sagesse.\nSTRATort. — 0 Socrate, nous tous qui t'entourons et qui\nrespectueusement honorons ta vie harmonieuse, nous ne\nvoulons pas de ton Etat tyrannique. Nous ne voulons pas\nde ta cité paradoxale qui sacrifie despotiquement à un\nchimérique bonheur collectif la réalité du bonheur individuel. En face de l'État anonyme qui édicte des lois\nrépressives et qui, semblable à ces tyrans d'Asie invisiIiles et sanguinaires, frappe sans se montrer jamais,nous\nrevendiquons loyalement les droits de l'individu qui seul\ncompte en définitive. Nous voulons bien qu'il ait des\nconcessions à faire à la majorité, mais nous ne voulons\npas que le nombre l'étouffe ; nous voulons que l'État, loin\nde l'écraser le défende et lui reconnaisse cet imprescriptible droit de faire normalement l'oeuvre pour laquelle il\nest né.\nSOCRATE. -- Même si l'ensemble en peut souffrir?\nSTRATON.— Pourquoi l'ensemble en souffrirait-il, puisque son oeuvre ne fait que traduire une volonté de la\nnature ?En tout cas l'État lui doit son appui; l'individu\nne peut être heureux que s'il exerce librement son activité. Comme tout autre citoyen l'artiste a le droit d'être\nlibre.\nSOCRATE. — Sans doute vous me blâmerez tous 1 Mais\npour moi, vous le savez, l'art véritable est intérieur ; il\nne consiste pas à jeter en des formes palpables le rêve\nd'une imagination, mais bien à informer son âme et à lui\nfaire progressivement revêtir la sobre parure du bien.\nCela seul compte à mes yeux ; vous faites fi de la moralité; elle m'est plus chère que moi-même. Le reste pour\nmoi n'importe pas et les arts sont des jeux d'enfants\n-qui ne prennent pas assez intérêt à la vie elle-même et\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f150.item"}, {"page_imprimee": 146, "page_pdf": 151, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "\ns'y allèchent par des simulacres. Si l'antinomie que vous\nvenez de signaler entre l'art et la moralité existe essentiellement, irréductiblement, si toute conciliation générale est impossible, pour moi l'Art est le vaincu; il n'a\nqu'à s'exiler de lui-même.\nSTRATON. - Quel sera donc l'Etat que tu rêves ?\nLes plus belles joies de l'àme humaine y- seront\nmises en interdit; toute exaltation y deviendra suspecte, tout désintéressement y semblera frauduleux.\nL'homme n'aura plus le droit d'y réjouir ses prunelles\nde la lumière des marbres et de la gloire des couleurs;\nles rhythmes devront éviter d'enchanter ses oreilles, la\nmélopées s'évanouiront. Tes citoyens s'efforceront d'être\nheureux à leur manière; ils seront vertueux, au moins\nils tiendront à le paraître pour que de pareils sacrifias\nne semblent pas avoir été vains. Mais ils n'auront jamais\nces minutes de ravissement qui consolaient des heures\nd'angoisse. Et puis quand ils auront passé, qu'ils se\nseront efforcés à la poursuite d'un bonheur fictif et s'y\nseront épuisés, les oeuvres d'art qu'ils proscrivaient\ndresseront en des villes libérées leur impérissable jeunesse et séréniseront l'atmosphère du divin de leur\nsourire.\nAh! Socrate, avoir de libres artistes est un luxe de\npeuple fort. Toutes les libertés sont des consécrations\net des sécurités pour qui les accorde. Celle de l'art glorifie. Si vous exilez, au contraire, par le refus des franchises cilles, les créateurs et les artistes, toute la jeunesse\ns'exilera avec eux et sa fuite sénilisera à tout jamais\nvotre cité. Nul de nous n'y saurait survivre à l'expulsion du Rêve. 0 vie ! pourquoi si tyrannique, o société I\npourquoi si hostile ? Vous n'avez point fait de place à\nl'artiste et ne le tolérez qu'humilié.\nMenexène, Hégésias, Lysimaque, allons chez notre\ncher poète Leucippe. Les paradoxes de Socrate m'ont\nfait désirer le revoir. Il est, lui, une de ces victimes sereines des sociétés oppressives. Poète', il subit des besognes. Son inspiration s'en doit informer et ne le visiter\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f151.item"}, {"page_imprimee": 147, "page_pdf": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1394, "texte": "14T\n\nL'ARTISTE DANS L'ÉTAT\n\nqu'à des heures officielles. Les autres ne lui appartiennent pas; il les a aliénées. Les tâches les lui ont volées.\nIl a beau pouvoir conjoindre les mots en des synthèses\névocatrices, et oeuvrer en verbes purs l'idéalité de ses\nconceptions, l'Art le laisserait mourir de faim s'il ne\ns'astreignait à. des labeurs stérilisants. Il doit monnayer\nson âme en des pédagogies puériles. Leucippe a voyagé\nen Asie. Il sait les langues orientales, il les enseigne, et\npendant qu'il traduit dans les gymnases les poèmes et\nles légendes perses, il regarde silencieusement mourir\nen sa pensée les beaux rêves qu'il ne dira jamais. Au\nmoins nous en aura-t-il parfois laissé entrevoir les\néclairs.\nEt cet Etat, qui subventionne de louches entreprises\nd'art industriel et dans de grasses sinécures installe de\nsuffisantes nullités,feint d'ignorer qu'il existe et se taxerait de sentimentalisme, si, par une éclatante mesure\nd'exception, il abandonnait au poète quelque parcelle\ndes finances nationales. Le trésor d'Athènes le pourrait.\nSocrate lui en voudrait peut-être et c'est pour ne pas\nmécontenter Socrate que la ville s'abstient. Puisse-t-il\nn'avoir jamais à en connaître la déconcertante versatilité !\nSOCRATE. — Je suis un artiste d'âme, moi, mon cher, et\nj'irai avec vous voir le poète Leucippe, car son âme est\nune des plus belles que j'aie encore visitées\nROMAIN COOLUS.", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f152.item"}]}, {"article_id": "pmb-18606", "tome": "t2, 1892", "ark": "bpt6k15523d", "ocr_source": "OCR de Wikisource, couche texte des PDF des volumes PRELIA (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 148, "page_fin": 155, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : haut de page ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f153.item", "pages": [{"page_imprimee": 148, "page_pdf": 153, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 743, "texte": "\nLES UNES ET LES AUTRES\n\nPRÉSENTATION\nLe balancement de tes hanches, assouplies pour des\ncruches illusoires sous les purs bras en anse, trahit combien ton geste se souvient et tes yeux où se meurt tel\nciel lointain et chaud ; et, malgré que les casinos et ces\nopéras matrimoniaux aient aboli les claires fontaines où\ntu fusses venue, en d'autres temps, pieds nus, mais non\nmoins fraîche, jeune fille, il semble que — dédaigneuse\ndes actuels oripeaux et de ces artificielles parures, et\nceinte simplement de la tunique légère, parmi les jeunes\nhommes supputant l'or de ta ceinture et de tes lourds\nanmeaux et combien de troupeaux gras et blancs paissent les prés de ton père — tu t'avances vers les claires\nfontaines.\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f153.item"}, {"page_imprimee": 149, "page_pdf": 154, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1465, "texte": "\nLEURRE ET MALHEUR\nC'est bien une des jolies choses que je sache ; elle\npasse en grâce la plus exquise des courbes idéales que\nje traçai jamais dans la douceur de mes siestes ; elle est\nplus caressante que ces soirs de mi-saison où s'épeure\nquelque brise attardée ; plus harmonieuse en son geste\nque les alcyons eurhythmiques; et souple comme, aux\njours de fêtes,ces oriflammes de soie légère. Qui plus est,\nses regards cherchent les tiens et sont chargés des plus\nlourdes tendresses: c'est là, certes, une charmante amie\net qui t'aime :\nAinsi me parlais-je et non pas un autre. Et, point\nm'aurait importuné de n'ajouter aucune foi aux mots\njetés à l'air, si j'eusse, à part moi, enluminé pour la très\nindigne ces satisfaisants décors ; mais, las d'ennoblir\nd'arabesques choisies la fruste faïence, il me fallut bien\navouer que je jouais le double rôle de l'amant leurré et\naussi de cet interlocuteur incrédule et qui sourit aux\ncombien vaines confidences. Aussi, n'hésitai-je pas à\nm'arrêter devant le dadais qui, benoîtement, s'étonnait\nde mon attitude et de - ces solitaires discours. J'estimai\nun suffisant lénitif de mettre en la bouche de cet\ninconnu les fallacieux dithyrambes : « Vous mentez »,\nlui dis-je, et je levai la main, et, — tandis que déconcerté il se baissait et s'esquivait, — la mis dans ma poche\navec le geste qui diit être celui de Louis XIV jetant sa\ncanne par la fenêtre pour n'en point frapper tel courtisan.\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f154.item"}, {"page_imprimee": 150, "page_pdf": 155, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1621, "texte": "I*A REVUE BRANCHE\nMADRIGAL\nComme désireux d’ennuager encore ce crépuscule\nindécis,je m’époumonais en la fumée d'un odorant tabac,\nelle entra; et, — de par la loi mystérieuse qui leur\nassigna, de toute éternité, cette place — s’assit sur le\nbras de mon fauteuil. Aussi, puisque vers elle il me\nfallut lever la tête, profitai-je du quasi-agenouillement\nde cette position pour lui tourner quelque compliment :\n— Vous pas plus que les autres, murmurai-je. Et pour¬\nquoi m’acharnai-je à vous posséder? Ahl tu ris! et crois\nque tes yeux, ta démarche ou ton teint m’incitèrent à de\nbasses poursuites et à braver l'écœurement de combien\nde compromissions et d’ennuis! Quoi encore? L’ignorè-\nje, la stupidité à sangloter de rire de ces escarmouches,\net comme vos baisers sont mêmes et décevants? Quoi¬\nque, voilette levée, tu t’affirmes dédaigneuse de tous\nvoiles, en petite énigme sûre d’elle, à peine je sais qui\ntu es : ma chambre est embrumée de songes, et la lampe\nn’est pas encore allumée.\nO vous toutes, qui m’éclairâtes quelques heures à la\nlueur d’une prunelle appâtie par quelques luxure ou\nl’indemnité! vous à qui j’adressai l’identique prière, et\nqui vous moquâtes, identiquement, ou l’agréâtes, ce qui\nest une pire moquerie, entendez le : Ce ne fut jamais\nsur vos lèvres ou vos nuques que s’appuyèrent mes\nlèvres ou mon front, et je n’aimai jamais, jamais, que\ncelle que vous n’étiez pas, celle d’hier ou de demain, que\nsais-je? ou une autre, ou encore plusieurs autres, ou\nrien : des soufflles qui passaient, des visions où vous\nn’aviez que faire, je vous assure.\nComprends tu maintenant pourquoi je suis prêt à\n", "source": "OCR de Wikisource", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f155.item"}, {"page_imprimee": 151, "page_pdf": 156, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 315, "texte": "\nm'énerver aux mêmes frôlements, à siroter la désespérante fadeur du même flirt, et à baisser les mêmes\nrideaux? Ah! Pourquoi!\nAlors elle se leva et dit :\n— Il serait en effet plus sage, mon ami, de courir dans\nla nuit bras au vent et hurlant à la lune.\nEt elle dégriffait son manteau.\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f156.item"}, {"page_imprimee": 152, "page_pdf": 157, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1222, "texte": "\nL AMANTE INCOMPLÈTE\nElle s'alanguit dans la chambre, la petite amante où poser\nma tête. Et, que chacun de ses gestes froisse et tortille•\nles gestes délicats dont elle caressait si joliment mon\nrêve, alors qu'incertaine elle rôdait en mes frissons\nvagues d'adolescent, elle se soucie peu, et rit, et chante;\net, bouche éclose en une fleurette coronale comme pour\ndire des choses, elle se tait, ou plutôt me dit des paroles,\nmais qui se meurent aux vitres où trépide quelque bruit\nextérieur.\nEt sur le fol océan de cette sotte alliance nous glissons, sans que sorte le mot de ses lèvres salées, car nous\nvoguons aussi sur une mer réelle et mystérieuse, et toujours, toujours, sou pépiement s'envole aux vols criards\net elle me dit des paroles, mais qui se fondent au bercement des .flots.\nQue ma tête alourdie de songes roule sur ton sein! Et,\npeut-être, me complaisè-je en ton silence et l'absence du\nmot attendu qui clorait sous ta bouche éclose, et d'un\ncoup, l'huis silencieux entr'ouvert sur ma vision ?\nPeut-être aussi me dis-tu les paroles ? Mais, perdu\ndans une de ces tristesses où, comme des gouttes de\npluie sur une tombe sourde, s'égrènent, vains, les réconforts, je ne les entends pas.\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f157.item"}, {"page_imprimee": 153, "page_pdf": 158, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1436, "texte": "\nLA DENRÉE DITE ILLUSION\nA te voir, les lèvres se mouillent délicieusement ; et, tel\nmécréant serait mal venu de nous venir corner le vide,\naprès tout, — après tout, certes, et s'il se fallait attacher à\ntous Après ? — de ces fariboles et, qu'entre les choses,\ntu n'es peut-être pas la plus belle. Promène le satin de ta\npeau, et méprise les heurts, et enorgueillis toi que la\nsainte illusion t'ait gonfléla plus imposante des dignités,\net aussi de t'être composé, en ce monde où l'abnégation\nmalgré tout a son prix, une attitude très satisfaisante.\nQue s'étonnent quelques cerveaux inquiets ou que tu anémias, je te réserve en mon coeur une place d'élection à\ncôté de cette petite marchande de cailles .\nElle gloussotte,la petite marchande: Cailles! des cailles ! des cailles ! et le regard des vieux bien mis grignotte le:\ncerises de son teint en éveil — et comment ne serait-elle fraîche, celle-là qui court alerte et hume l'air largement ? —\net le regard des pauvres gars se perd au luisant chapelet\nd'oiselets rebondis, le regard des maigres gars, mais qui\nse carrent devant les oiselets ballonnés et savoureux.\nEh ! qu'importe la rieuse crieuse que le grand frère ait\nsoigneusement gonflé d'un illusoire mastic les dépouilles\nluisantes de tes cailles ? puisque tes joues sont sincères\noù se complaisent ces vieux, et qu'au ventre fallacieux\nde tes oiselets gras à lard, les pauvres gars s'éjouissent.\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f158.item"}, {"page_imprimee": 154, "page_pdf": 159, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 750, "texte": "\nHOPITAL\n\nRésigne-toi, mon ami, à ne pas sucer la groseille\ntriomphale. Pourquoi t'ésouffler à la pourpre de ces\npeaux vides ?...\nQue ton rêve s'envole en ces deux sursauts d'éventail!\nLa mort réelle n'est-ce point cette fâcheuse abdication\noù tu t'obstines? et sied-il de déposer sur d'aussi vains\nnuages ce sceptre que tant d'autres se plurent à manier?...\nCesse de te perdre en l'illusion de ces fièvres lointaines\net de cette flore surnaturelle, et sommeille sur mon sein,\net t'endors au rhythme strict de nos tièdes amours.\n— Et, tandis que berçait mon aile meurtrie sa poitrine compatissante — et doit-elle étre autre, leur poitrine, que mol oreiller aux quotidiennes convalescences\n— elle infusait les quatre fleurs.\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f159.item"}, {"page_imprimee": 155, "page_pdf": 160, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1501, "texte": "\nLES UNES ET LES AUTRES\n\nDÉNOUEMENT\nEt maintenant, que soient écartés tout voile brutal et\nl'impudeur aussi de ce platonisme, et, chastement,\ncommunions. Nulle vêture et nulle glose, et le très complet abandon ; car, il messiérait, vraiment, qu'en cette\npure soirée, nous allassions rôder aux carrefours extérieurs de nos âmes, de cette âme, la mienne, vers qui\nje ne descends jamais — j'entends celle-là parmi toutes\noù tu aies tes entrées — qu'effaré et collet levé de qui va\ncourre la gueuse, et de ta petite âme homogène, si l'on\npeut dire, ô toi qui atteignis la rive aux siestes lâches et\nsereine, peut-être, où j'aurais sans doute abordé si le\nvent debout des rancoeurs et tel preste et volontaire aviron aussi ne m'eussent éloigné de ces plages sentimentales.\nDépouillons interprétations et chiffons, car l'arrangement de ceux-ci et les perversités mondaines de telle\nmorale, masquèrent seuls l'ingénuité de ton corps qui,\nabsolue et dégagée de l'étreinte de ces mauvais vouloirs et\npernicieux décors induit à la contemplation de la pure\net chaste beauté en lignes harmonieuses non point\nassouplies aux jeux malsains, mais posées là bêtement,\net pour ce divines ; et gardons-nous d'abolir toute concupiscence, comme en tel sot rêve de rapin, et que nous\ngonfle le sain désir, saint aussi puisque ne le ternira\nnulle arrière-pensée, ni pensée, même, hormis celle que\ntu cesses, lors, d'être une infinie poussière de velours et\nparfum, pour un moment, dans ce monde périssable.\nCLAUDE CEHEL.", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f160.item"}]}, {"article_id": "pmb-18607", "tome": "t2, 1892", "ark": "bpt6k15523d", "ocr_source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 156, "page_fin": 162, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : haut de page ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f161.item", "pages": [{"page_imprimee": 156, "page_pdf": 161, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1443, "texte": "1.56\n\nLA REVUE_ BLANCHE\n\nCONTE D'ENFANTS\nEn souvenir à...\n\nIl y avait, en une jolie et forts élégante salle, un soir,\nun bal oà les grandes personnes n'avaient pas été\nadmises, par suite d'une convention, dont l'origine nous\nest perdue à. cette heure ; mais ce n'était pas non plus ce\nqu'on appelle un bal d'enfants.\nC'était au carnaval, mais non à un carnaval légendairement maculé de boue et de neige, ciel gris, un peu de\nverglas et beaucoup de monde en rue (vous voyez un\ncarnaval ordinaire)... Celui-ci avait un air qui lui paraissait être propre un peu ; tout s'était rapetissé, amoindri et s'était en quelque sorte lilliputienné, à tel point\nque, vers le soir, en la traitreuse pénombre, on ne voyait\nqu'une petite ville miniaturale dont les rues s'étaient\namincies, amincies à ne pas le croire, et où les gens\n— bariolés ou non — avaient tous l'air de grandes personnes\nsubitement devenues toutes petites, toutes petites, à, pouvoir\nles mettre dans sa poche. Mais pourtant, tout cela avait\ngardé ce je ne sais quoi de dehors et de brusque qui\nlaissait supposer que toute cette métamorphose n'était\nqu'une délicieuse et originale illusion d'optique ou de\nconception spéciale, ce soir. Car tout ce monde nain avait\nen lui la même vitalité d'émotion, l'identique exubérance\ncérébrale des mondes humains, des hommes et des femmes,\nenfin, lorsque nous les voyons à travers un autre jour\nque celui (in champagne-gobler ou du sherry-brandy,\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f161.item"}, {"page_imprimee": 157, "page_pdf": 162, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "\net sur les visages se lisait la même flamme de vie, la\nmême vibrante des regards que sur ceux que nous\ncôtoyons dans la rue en temps ordinaire ; mais à ce moment tout cela s'était rendu si petit, si petit, qu'on aurait\npu, dis-je, l'emporter chez soi.\nAlors,lanuit approchait, — on avait depuislongtemps\ndéjà allumé les réverbères — une multitude de petites\nvoitures s'étaient mises à courir, à courir vers cette jolie\net fort élégante salle de danse ; il y avait à ce moment,\nen rue, un tel bruit assourdissant, et comme lointain\ncependant, que l'on se fût cru, mais là, vraiment, la\nveille des Cendres, et les personnes qui pensaient ainsi\nn'étaient pas dans l'erreur. Vite, vite, comme si tout cela\navait eu peur de ne pas arriver à temps, les Pierrots, les\nColombines, etc., etc., sautaient de leurs voitures, se\nprécipitaient vers les guichets pour prendre leurs coupons d'entrée, et tout de suite, ils se trouvaient dans la salle\noù déjà de gracieuses et fluettes danses se traînaient,\nmettant des notes langoureusement éparpillées de ci, de\nlà, de partout de la salle, et dans les cœurs, comme une\npluie cristalline, et qui viendrait d'ailleurs , sur les modernes\net chatoyants bariolages.\nMais il fallait soigner le vestiaire, voir si l'on n'oubliait rien dans les pochettes du vêtement mis en réserve, tel que cigarettes, sachets de fondants, éventails —\ncar bien des messieurs avaient l'éventail de leur dame\ndans la poche intérieure de leur pardessus, surtout ne\npas oublier ce si fallacieux objet de flirtage dans la voiture... Enfin tout ce petit monde parfumé, soigné et troublant agit ainsi qu'agiraient de nos jours les personnes raisonnables. Toutes les formalités bien remplies, le numéro\nbien mis dans le gousset crainte d'ennui tout à l'heure\nà la sortie, un coup d'ongle sur le jabot un peu écrasé\npar la foule à l'entrée, les gants bien boutonnés, on prenait part enfin au bal avec toute la nouveauté du premier désir.\nEt que de jolies choses à admirer, que de délicieuses\nchoses à comprendre 1\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f162.item"}, {"page_imprimee": 158, "page_pdf": 163, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2098, "texte": "\nDes deux côtés de la salle, des gloriettes toutes menues, toutes dodues noyées sous des arcades de lierre et\nde feuillages, avec, au milieu, suspendue, une délicate\nlanterne qui mettait juste assez de lumière, pour ne\npresque plus se voir ; là dedans des tables et des chaises\nminuscules, ridiculement, et d'évasives coupes où les\nmousses crépitaient, où des bulles d'airs sans cesse et\nsans cesse venaient crever au bord, et à tout moment un\ngros coup de canon de quelque bouteille, dont le bouchon\nfilait vers les combles. Et des rires, et des rires, et des\nrires !\nQuelle enfiévreuse odeur de poudre de riz, d'héliotrope\nblanc, de verveine et de poupées -femmes s'épandait\ndans l'air, et comme tout était grisé, en cette atmosphère.\noù se mouvaient ces petites et mignardes gens]...\nDepuis longtemps déjà on les observait, ces deux, qui\nse tenaient si gentiment les mains et qui semblaient se•\ndire les plus adorables choses d'un petit monde. Elle\nsvelte et tout en blanc avec un grand chapeau où pendillaient de lourdes fleurs rouges ; une voilette fort.\népaisse cachait le visage qui devait être charmant, car\ntout était si bien en harmonie et si naïvement assorti.Lui,\nen simple veston, le stick sous le bras, car on était sans\ngêne, puisque c'était un bal public, et l'on voyait aussi\nbien des gens roides en leur habit que d'autres libres\nen leur vareuse, un peu plus grand qu'elle, mais aussi\nmince, aussi svelte que la petite guêpe qui était son.\namie. Et ils se chuchotaient à l'oreille les mille et une\nchoses d'amoureux à amoureuse qu'on se dit sans se lasser.\nMais il fallait être prudent ; elle n'était pas libre ;\nelle était la maîtresse d'un monsieur très riche et qui\nl'aimait bien pourtant et qu'elle aimait aussi,disait-elle;\net si elle se cachait ainsi, elle savait bien pourquoi. 11 n'y avait de cela que quelques jours seulement\nqu'elle s'était donnée à lui ; et elle l'aimait de tout son\npetit coeur. Aussi dans ce petit fruit défendu qui leur\nétait offert de se tenir enlacés devant tout le monde,\ncomme ils avaient goulûment mordu, combien leurs.\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f163.item"}, {"page_imprimee": 159, "page_pdf": 164, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2158, "texte": "\nlèvres en saignaient encore de dociles sèves ! Ils faisaient\ndes projets d'avenir et d'amour où sans cesse se mêlaient\nles nouvelles promesses et les uniques protestations. Et,\ncomme elle semblait être heureuse d'avoir près d'elle ce\nmenu jeune homme, qu'elle aimait ou qu'elle croyait\naimer de toutes ses délicates forces, qui lui parlait du\nfond de son âme, avec un peu d'ironie ou de scepticisme\nconfiant sur le coeur féminin, que sans doute,bien mieux\nque lui, hélas! elle connaissait et dont peut être elle\nn'aurait pas osé entr'ouvrir les portes...\nEt tout s'abîmait en cette heure folle, en des ramages\nde colombettes qui font sourire d'aise.\nLes voilà, emportés par la foule vers une allée latérale,\nqui se serrent plus près l'un de l'autre, pour ne pas se\nperdre — ils sont si petits, — ils se soutiennent comme\ndeux oiselets se soutiendraient sur une branche pour ne\npas étre meurtris, ils sont heureux, ils rient et ils s'aiment. Ils suivent le courant qui les enlève, ils se laissent\naller au gré des gens qui les poussent, charmés de se\nsentir plus unis, plus fondus ensemble. Mais il y avait\ndes jaloux que ce frais amour faisait dépiter, qui lançaient des oeillades obliques à la si jolie' fille, et, comme\ntoutes, un peu coquette, cela lui fit plaisir d'être ainsi\ndésirée, bien qu'elle sût que cela faisait bien mal à son\naimé. Aussi que d'assauts à rompre, que de tactiques\nenjôleuses à déjouer et comme ils y mettaient bonne\ngrâce tous deux, à faire couler à pic toutes ces sorties\ngalantes, Cependant, cela arrive toujours, il en vint un\nplus hardi que les autres; c'était un nègre, ridiculement\nattifé d'un grand chapeau à larges bords, la face toute\nnoircie et pas joli à voir du tout. Déjà il lui avait pris la\nmain, et lui causait de près, de bien près, de trop près\npeut-être; sans doute il s'était fait connaître, car à ce\nmoment la petite aimée disait à son compagnon — qui\navait tant souffert pendant ce moment mais qui n'avait\nrien dit parce qu'il savait que l'on devait être prudent et\nparce qu'il était bien obéissant aussi à sa jolie aimée —\net , chose étrange, les paroles qu'elle disait étaient comme\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f164.item"}, {"page_imprimee": 160, "page_pdf": 165, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2132, "texte": "\nles paroles des grandes personnes, avec leur sens banalement conventionnel et trompeur: « Mais c'est Camille!\nCamille, le fils Dauchel» et lui de répondre: «Iln'y a pas\nde danger qu'on l'embrasse ce soir, celui-là. »\n« Oh ! non, dit-elle encore, il a perdu beaucoup dans\nmon estime... — Et dire qu'il a de si jolies dents et de si\nbeaux yeux. Est-on bête, à ce point ! » Ils marchaient à\npetits pas, et, par suite d'une grande poussée (une valse\nvenait de finir) les voilà débarrassés de leur mulâtre.\nComme il en était aise, le menu jeune homme et comme\nil se tenait plus près d'elle, qu'il avait cru sentir s'effacer\nun peu, il y a un instant ; et là, tout d'un coup elle lui\ndit qu'elle voudrait bien s'en retourner sur ses pas, pour\nvoir un peu si c'était bien Camille, car elle n'en revenait\npas, ah 1 mais pas du tout, et qu'elle ne le quitterait que\ncinq minutes seulement. — Comme il était, encore une\nfôis, fort obéissant — il ne barrait pas ses t au bout de\nla lettre, ce qui est signe de passivité, — il la laissait\npartir, bien que son coeur en souffrit ; mais il se fit un\nsermon et se convainquit que, dans un moment, il la\nreprendrait.\nIl s'en allait sur la galerie prendre un rafratchissement\net griller une cigarette, tout comme le ferait un grand\nmonsieur et goûter un moment le charme d'être libre.\nSans doute, il s'était attardé un peu là-haut, car lorsqu'il revint il lui fut difficile, voire même impossible, die\nretrouver sa belle amie. Alors, il laboura la salle en\ntous sens, parmi les couples dansants au milieu desquels\nil se laissa ballotter comme une épave, parmi les bosquets enguirlandés où chantaient joyeusement les\nMumm et les Rcederer, et il ne parvint pas à retrouver\ncelle qu'il avait laissé inopinément le quitter. Il sentit\nalors comme une petite bête qui lui mordit le coeur, les\npulsations devenaient plus fortes et plus précipitées, un\nmalaise enfin dans la poitrine ; ce n'était pas pénible,\nmais c'était lancinant, avec une vague sensation de chose\nqui doit survenir et qui sera douloureuse. Il fit encore\ndes tours et des tours et ne trouva rien ; de rage — car\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f165.item"}, {"page_imprimee": 161, "page_pdf": 166, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2176, "texte": "\non devient méchant lorsque le coeur vous fait du mal —\nil piétinait et ne savait quoi penser de cette chère aimée\nqui le lâchait ainsi pour un nègre, tant de jolies dents et\nde beaux yeux qu'il eût. Et tout à coup il se souvint\nqu'il n'avait pas encore inspecté la scène — car on avait\nutilisé toute cette place et les loges des actrices aussi —\nhorreur ! — pour caser ce petit monde — où sans doute\nelle devait se trouver puisqu'il avait vu toutes les jolies\nfilles du bal; il y allait donc titubant un peu, — il faisait le pochard, l'hypocrite, — et effectivement il trouva\nsa chère aimée attablée avec le vilain nègre et buvant du\nchampagne. Pas plus que cela !...\nOh 1 comme il avait mal, combien il se sentait rompu\ndu coup. C'était comme si quelque chose d'étranger et de\nfroid lui était entré dans le corps, une sensation de halte\ndans ce qui mène à, la faculté de sentir, ou bien encore,\nla sensation de toucher du front une plinthe en zinc\ndont graduellement on se sentirait absorbé. Il s'était approché en faisant mine de ne pas les voir, mais pour\nqu'elle pût avoir le temps de lever la tête et de le reconnaître, il se donna le malin et déchirant plaisir de rester\nainsi durant un moment en contemplation d'autres couples qui semblaient tant s'aimer aussi, et de paraître détaché de ce qui le rongeait. Elle était juste en grande occupation, la chère aimée, car elle indiquait au nègre où il\nfallait frotter du mouchoir pour faire disparaître l'ignoble\nsuie qu'il avait sur la face. Elle fit cela avec une telle\ndélicatesse d'indication, une si légère teinte de protection\nque c'était adorable â voir. Elle avait tant besoin, semblait-il, d'admirer ses jolies dents et ses beaux yeux qu'elle\nn'avait pu résister au charme de voir désengluer ces\npaupières aux longs cils et cette bouche aux pâles lèvres.\nLorsqu'ils s'étaient regardés un instant, assez pour\nmontrer une indifférence et laisser soupçonner une blessure, lui s'était retiré petit à. petit, ayant non pas une\ndouleur lourde et tenace, mais plaignant si amèrement\nses yeux à lui — qui n'étaient pas si beaux, hélas I il le\nsait bien, mais qui avaient si langoureusement admiré\n11\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f166.item"}, {"page_imprimee": 162, "page_pdf": 167, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2064, "texte": "\nla belle aimée, — ses lèvres qui l'avaient si fièvreusement\nbaisée et son cœur d'amant, qui l'avait si ardemment\nchérie. Un calme survint, ce calme que donne la philosophie positiviste, qui met l'homme et son coeur à niveau\nde ce qui devait être et est arrivé. Il avait là à. gauche,\nprès du sein, quelque chose qui était cassé, qu'il savait\nirrémédiablement cassé, une chose qui serait comme la\nconfiance et dont on éprouverait un malaise d'en comprendre l'inanité et d'en sentir les débris se ballotter...\nIl se perdit dans la foule, serra la main d'un ou deux\namis rencontrés là par hasard, sur sa route, et quitta la\nsalle précipitamment, pour ne plus rien voir, pour ne\nplus rien entendre de ce qui avait emporté sa foi...\nEt comme le froid piquait, il marcha vite, battant de\nses petites semelles les étroits trottoirs des rues, et\nbientôt on le perdit de vue...\nEt ce ne fut pas plus que cela...\nL'histoire ne dit pas si, en rentrant, le menu jeune\nhomme s'est suicidé ; mais d'aucuns prétendent que le\nlendemain, à la vesprée un couple de frais et charmants\namoureux — ils s'étaient peut-être donné rendez-vous\nla veille avant d'aller au bal, eux aussi, — se promenait\nlà-bas, aux confins de la mignarde ville, si près, si près\nl'un de l'autre et ressemblant si fort au couple qui nous a\noccupé tant, ce soir, qu'il n'y a vraiment pas utilité à\nnier la chose. Sans doute, lorsqu'ils se sont revus, une\nscène de jalousie les a tenus un peu écartés l'un de l'autre, si peu en somme ; sans doute ils ont pleuré un peu,\nelle d'avoir été si méchante, lui, d'avoir été si peu confiant, ils se sont embrassés ensuite, sans nul, sans nul\ndoute, et se sont redit alors encore une fois et toujours\nde leurs yeux, de leurs bouches et de leurs coeurs ce que\nla veille ils avaient esquissé au bal et ce que ce soir ils\nparachèvent... Mais ayant compris aussi, et certes pour\nne pas s'en ressouvenir demain, que ce qui ici-bas, a la\ntroublante et passagère destinée d'aimer a bien aussi un\npeu — ou beaucoup — le droit de souffrir.\nCHARLES SLUYTS.", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f167.item"}]}, {"article_id": "pmb-18608", "tome": "t2, 1892", "ark": "bpt6k15523d", "ocr_source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 163, "page_fin": 165, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : haut de page ; début : titre en tête ; fin : signature non retrouvée", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f168.item", "pages": [{"page_imprimee": 163, "page_pdf": 168, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1267, "texte": "\nATTITUDE\n\nATTITUDE\nQuel est en effet l'homme du siècle\nqui n'accepterait volontiers les joies\net les consolations spirituelles, s'il\npouvait toujours les obtenir? — Car\nles consolations de l'esprit surpassent de beaucoup toutes los délices\ndu monde, et tous les plaisirs de\nla chair.\nImitation de Jésus-Christ.\n\nDu lointain de l'avenue, tandis que le jour baissait,\nelle vint, d'une marche nonchalante, le surprendre parmi\nles feuillages brisés.\nEt comme, le bon accueil échangé, elle causait doucement de communions passées et d'avenir délicat, il crut\nnécessaire de l'arrêter bien vite.\n— Ne croyez plus, mon amie, m'émouvoir à la pensée\nde ces heures enfuies. Vainement effeuilleriez-vous des\nmarguerites de souvenirs sur ma sentimentalité éteinte ;\nn'espérez pas éveiller ma tendresse.\nLentement, ils allaient sous les platanes d'où les oiseaux frileux s'étaient enfuis.\n— En vérité, reprit le jeune homme, je vous vois\nfemme.; mais n'êtes-vous point plutôt la fiction de mon\nâme ayant pris votre gracieux visage pour me tenter et\nqui, guettant à propos mes incertitudes, d'un sourire\nengageant me conviez aux jouissances faciles ?\nEt parce qu'elle baissait la tête et pleurait, compatissant, il murmura :\n— Des larmes ! Pourquoi? Avez-vous supposé que de\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f168.item"}, {"page_imprimee": 164, "page_pdf": 169, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1997, "texte": "\nLA\n\nREVUE BLANCHE\n\nmon coeur je vous avais exilée tout à fait ? Avec combien\nd'attendrissement, hélas! je songe encore au temps béni,\nchers moments de fièvre et de passion où vous me contiez des fables sur mes genoux.\nAujourd'hui je me dérobe à l'amour qui quelques\nsemaines auparavant m'annihilait.\nAllez-vous penser, pour cela, que mon coeur soit entièrement conquis par la sécheresse? Quand j'étais enfant,\nje ne pouvais écouter un peu de musique mélancolique\nsans pleurer; aussitôt les premiers accords entendus, je\nm'enfuyais vite cacher une émotion qui me paraissait\nfolle et ridicule. — Des gens inclairvoyants, en conclurent que je détestais la musique.\nA présent, si je vous semble dédaigner les guirlandes\nde félicités tendues vers moi, n'est-ce pas pour des causes pareilles? A. peine du bout de vos phalanges inexpertes, effleurâtes-vous le clavier de mes sentiments, que\nje compris la raison de vos manques de touche : vous\nfûtes inapte à rendre les graciosos subtils. Ne me reprochez donc pas, à ce jeu, de préférer le point d'orgue.\nCertes, je le sais, l'avenir qui m'est offert sourirait à\nbeaucoup, et serait jugé délectable ; j'oublierais Ies\ninquiétudes d'un travail ingrat en les nétassements ae\nnotre union; aux après-midi de fatigue, je resterais auprès de vous à regarder, rêveur, l'exquis rien du tout\nsortant de beaux yeux.\nPeut-être émotterais-je des idées ou vous préterais-je\ndes livres. Les livres lus, par condescendance, vous\nretourneriez, légère, à vos poudres de riz, et bientôt me\nreprendraient les mêmes dédains et les mêmes rêves\njusqu'au jour (m'accepterez-vous encore?) où je reviendrai, las de poésie, à cette simple vie de passion.\nDevrais-je donc, continue-t-il, exécuter éternellement\nce perpétuel va et vient de l'idéal à la matière ? Ne vaudrait-il mieux opter une bonne fois, dût mon âme, à la\nlongue, se lasser de battre incessamment l'unique rythme\nsur le tambourin de ma sensibilité.\nO ce rêve! concilier le pratique et l'insaisissable ; s'en\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f169.item"}, {"page_imprimee": 165, "page_pdf": 170, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1722, "texte": "\nATTITUDE\n\naller par les chemins montagneux où de belle filles\ns'arrêtent pour cueillir le myrtil, ayant aux bras, d'un\ncôté : l'infini et le songe, de l'autre : le palpable et le\nrésolu. Seul, au sommet, j'irai chercher l'édelweiss —\nfleur rare.\nMais il aperçoit les cheveux, flottant de son amie avec\nles siens d'une nuance trop tranchée, se confondre en le\nbrun irrémédiable.\n— Cruelle destinée que la mienne ! sanglote-t-il; qui\nsemble me commander de rester en les extrêmes!\nQuelle tristesse m'envahit, à voir en moi, la pantomine désabusée qui se joue .I — Mon âme, n'est-elle tour\nà tour et pierrot blanc, et pierrot noir? — Pourquoi\ns'obstine-t-elle alors à tourner autour de Colombine\nindécise puisque, sous les deux costumes, ce sont les\narlequins de la pensée qu'elle envie.\nEt dans la brume du soir, c'est à peine s'il distingue\nmaintenant la jeune femme au tendre sourire. — Petit\nêtre trop aimant, ou chère vision trop aimée.\n— Ah! vous pouvez partir ma défunte alliée, s'écrie-til! Déjà à mes regards, êtes-vous plus qu'une ombre ?Si\nj'ai pu en des soirées de faiblesse, vous laisser entrevoir\nmes songeries et mes anxiétés, que n'en avez-vous orné\nvotre coeur, belle glaneuse.\nEt sa compagne enfuie, il s'en revint tristement par la\nclairière. Regrettait-il déjà d'avoir pris la route du rêve?\nOu bien songeait-il aux caresses dédaignées de celle qui\nfut sa maitresse ou une portion délicate de son esprit.\nC'est que vaguement, il sentait en lui, qu'en depit de\nson attitude, le souffle des réels désirs n'avait fait que\ns'apaiser et que, bientôt peut-être, il se déchaînerait à\nnouveau, destructeur en les hautes futaies de l'idéal — où,\ncomme les feuilles mortes, tombent les théories.\nOCTAVE RAQUES.", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f170.item"}]}, {"article_id": "pmb-18609", "tome": "t2, 1892", "ark": "bpt6k15523d", "ocr_source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 166, "page_fin": 174, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : haut de page ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f171.item", "pages": [{"page_imprimee": 166, "page_pdf": 171, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 468, "texte": "\nL'ALÉRION\nEt brusquement on sent de l'ombre autour de soi.\nV. Huc°. L'aigle du Casque.\nBe that word out, sign in parting, bird\nEu. Pou. The Raven.\n\nI\nC'est l'aube sur toute la plaine et sur la route.\nIl a passé!\nSilencieux et svelte et triste et cuirassé\nD'argent pur et terni comme la lune morte\nQui décline au delà des arbres de la route;\nSa face était pelle de colère morte,\nLes fers de son cheval luisaient dans l'herbe courte,\nIl a passé!\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f171.item"}, {"page_imprimee": 167, "page_pdf": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1137, "texte": "L'ALÉRION\n\nPour le calme tombeau dont l'ombre vers le soir\nS'allonge et suit hélas celle des cyprès noirs,\nPour y mourir autour de l'urne douloureuse ;\nSoit pour parer le seuil de la maison heureuse\nQuand les pieds nus d'avril courent par les vergers,\nPour y fleurir au col des amphores de grès ;\nSelon le jeu des Destinées\nEt le hasard des années\nQui veulent toutes fleurs fanées\nPar l'ordre des Destinées,\nA travers les prés doux où vont les blancs chemins,\nSilencieuses et les mains jointes aux mains,\nLes belles filles du vieux seigneur,\nSous leurs longs cheveux tressés de filles chasees,\nEn leurs corbeilles cueillent des fleurs.\nElles ont vu passer l'adolescent hautain,\nGrave comme le soir en ce jeune matin,\nEt son manteau de songes et d'indifférence\nTombait à plis si purs du haut de son silence\nQu'elles l'ont regardé passer parmi les fleurs\nOù la rosée autour de lui semblait des pleurs;\nEt comme il s'en allait sans détourner la tête\nToutes, d'un long regard, suivirent, inquiètes,\nLongtemps, le mystérieux passant disparu\nQui portait au cimier l'aspect morne et bourru\nD'un grave Oiseau songeur en ses ailes fermées.\n\n967\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f172.item"}, {"page_imprimee": 168, "page_pdf": 173, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 914, "texte": "\n***\n\nA la fontaine,\nSous les hauts arbres en ramées,\nA la fontaine parmi les roseaux,\nDans les claires et calmes eaux\nFraîches encor des récentes étoiles,\nLes filles du vieux fermier de la plaine,\nA la fontaine,\nLavent des pièces de toiles\nPrès de l'aïeule filant un fuseau de laine.\nEt les grands linges purs sèchent déjà sur l'herbe t\nPrès d'elles Il passa dans le soleil levé,\nEt le cheval au gué ne s'est pas abreuvé\nDans l'eau limpide, et le cavalier n'a pas bu,\nilautain toujours, et sa tristesse n'a pas vu,\nPlus clair que le ruisseau qui rit de l'eau qui jase,\nQuel rire interrompait la morgue de sa face,\nNi que le morne Oiseau. a son cimier debout,\nQui dans l'air tiède, et comme éveillé tout à coup,\nOuvrant ses yeux où l'or cerclait une émeraude,\nTressaillait du soleil parmi sa plume chaude,\nLentement d'un frisson à ses pattes roidies\nEn sursaut étira ses griffes dégourdies.\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f173.item"}, {"page_imprimee": 169, "page_pdf": 174, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1178, "texte": "\n***\n\nDe la plaine et de la fontaine, vers la lande\nOù les filles du vieux pâtre du terroir\nPaissent les agneaux blancs et noirs\nEn regardant le soleil descendre\nDerrière les arbres de la forêt,\n11 s'en vient vers la forêt,\nDont l'ombre qui grandit ronge l'or de la lande,\nIl apparait!\nEt dès qu'il eut atteint l'approche des lisières\nUn rent triste passa sur toute la bruyère,\nEt, dans ce vent du soir et de la solitude,\nL'Oiseau lourd qui siégeait en sa morne attitude\nDe songe, de sommeil, de science et d'ennui,\nSe leva, et, haussé farouche sur l'appui\nDe ses griffes qui rayaient la coiffe de fer\nDu casque, il se dressa, d'un cri et bec ouvert,\nEn toute l'envergure vaste de ses plumes,\nSur le doux artisan des tâches taciturnes\nQui svelte, indifférent, silencieux et beau\nEt souriant à la révolte de l'Oiseau,\nPrésage d'un Destin dont était su l'arrêt\nPar les arbres déjà de toute la forêt,\nTirant la pure épée à lame de cristal\nEt brochant des talons les flancs de son cheval,\nHautain dans son armure et droit sous son écu,\nHarcelé par l'étrange cimier, disparut\nParmi l'ombre des ifs, des pins et des yeuses\nDans un grand battement des ailes furieuses!\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f174.item"}, {"page_imprimee": 170, "page_pdf": 175, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1224, "texte": "\n11\n0 Frère taciturne en songe dans mon Ame\nPourquoi as-tu vêtu mon destin et mes armes\nOù ton ombre à jamais est debout sur mes soirs,\nToi, beau de toute la Tristesse avec l'Espoir,\nEn ton armure claire et par ta face pâle,\nEt qui, de ton doigt pur qu'alourdit une opale,\nA ta lèvre où tout sourire s'est accompli,\nFais le signe hautain du silence à l'oubli!\nMoi seul, hélas I je sais tes jours pourtant encor!\nSurvivant à ta vie et né de par ta mort,\nJe sais ce qu'a vaincu ton glaive et quel prestige\nDissipa la vertu de ton sang dont se fige\nUne pourpre oubliée avec le long secret\nDe ce qui t'arriva dans la haute Forêt!\nJe sais tes j ours et la douceur de tes yeux clairs\nDans les jardins d'enfance au bord de l'eau des Mers,\nJe sais tes jours parmi les fleurs et sur le seuil\nDe l'antique maison grave à ton jeune orgueil\nD'où descendit ton âme en tête vers la joie,\nFrère! et quels clairons d'or ont sonné sur ta voie\nSi haut et d'un tel train de guerres et de gloires\nQue les soleils semblaient arrêter les Nuits noires !\nJe sais tes jours, je sais le jour et celui-ta\nOù l'El* à tes mains alors étincela,\nDéjà lourde à demi de l'avoir trop songée,\nEt torse du Destin dont tu l'avais forgée,\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f175.item"}, {"page_imprimee": 171, "page_pdf": 176, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1572, "texte": "\nEt dont l'éclair, hélas! effaroucha l'Oiseau\nApprivoisé à ton poing d'où ,fidèle et beau\nDe plumes de toutes les couleurs de tes rêves,\nIl becquetait en paix la rose de tes lèvres,\nEt qui, solide et stable et lourd comme à jamaie\nEt pour toujours et sur tes songes, désormais\nDominateur de par ses griffes qu'il rétracte,\nFermas ses ailes d'ombre au sommet de ton casque!\nJe sais quel astre vil alluma tes yeux clairs\nLorsque ta haute nef saigna sur l'eau des mers\nDe la Tête mystérieuse de sa proue!\nEt l'aurore tragique où s'empourpra ta joue,\nEt tout ce qui tenta tes lèvres et tes mains,\nEt tout ce qui pleura le long de tes chemins,\nEt tout ce qui maudit l'ordure de ta trace,\nEt la colère et l'arrogance de ta face\nA la lueur des torches hautes sur tes pas!\nVent des glaives, oh sur sa face, tu passas,\nVent des soirs ton conseil lui parla à l'oreille,\nVent de l'aube qui chuchotte qu'on se réveille,\n11 n'a donc pas compris vos paroles, 6 vents\nDu vaste Ciel et de la Mer, que si souvent\nJe l'ai vu, quand tombait le soir ou dans l'aurore,\nDebout et ses deux mains toutes rouges encore\nJointes sur le pommeau du glaive.\n0 Taciturne,\nNul sursaut n'émouvra donc le bloc de tes plumes,\nEmblématique Oiseau qui sièges et demeures,\nA travers les destins, les hasards et les heures,\nProéminent témoin là immobilisé\nObstinant ta prestance où le vent s'est brisé\nSans arracher du socle autour duquel il s'use\nTa griffe indifférente et tes ailes percluses!\nO Tristesse ! tes soirs sont venus sur cette Cane,\nTes lunes, 6 silence, ont neigé sur ces armes ;\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f176.item"}, {"page_imprimee": 172, "page_pdf": 177, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 850, "texte": "\nLe fracas de la gloire en larmes s'est éteint\nTristesse! et le voici las, encor que hautain\nCar la Douleur se porte un peu comme l'Orgueil.\nLui qui vécut parmi le tumulte il est seul,\nLui qui fut vain jusqu'à la jactance, il est grave,\nEt lui qui fut dès toujours pdle il est plus pale\nCar la vaste forêt s'est ouverte à ses pas.\nLes chênes hauts ont vu la lutte et le trépas\nEt leur silence seul a su le sort étrange\nDe l'Adolescent mort en son armure blanche\nParmi les fleurs oit son sang clair s'épand en flaque\nFunéraire et qui s'agrandit autour du casque\nOù radieux, battant des ailes, aspergeant\nDe ses gouttes les fleurs et l'armure d'argent\nDont les roses baisaient le métal empourpré,\nS'éployait, mystérieux et transfiguré\nD'informe qu'il était d'ombre et de songeries,\nUn grand Oiseau d'azur, d'or et de pierreries!\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f177.item"}, {"page_imprimee": 173, "page_pdf": 178, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 701, "texte": "\nIII\n\nC'est le soir sur la plaine encore et sur la route...\nLa dent des agneaux doux a tondu l'herbe courte,\nLes filles répètent à mi-voix l'appel dns pâtres,\nLes agneaux blancs et noirs se hâtent\nEt piétinent sur la route\nCar l'ombre déborde de la forêt.\n*\n\n**\n\nA la fontaine où l'eau goutte à goutte pleurait\nAvant l'aube et que vinssent les filles de la plaine,\nA l'heure ou pâlissent les étoiles\nA la fontaine\nY laver leurs plus blanches toiles,\nL'eau claire encore auprès de l'ombre des arbres,\nL'eau tranquille parmi les roseaux sur le sable,\nRepleure ce qu'elle pleurait\nAvant l'aube.\nLes grands linges épars ont séché sur les saules\nEt le vent triste les agite au crépuscule.\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f178.item"}, {"page_imprimee": 174, "page_pdf": 179, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1264, "texte": "\nLe soir a fermé les campanules,\nVoici déjà mortes les hémérocales,\nEt les lis d'eau déjà fléchissent sur leurs tiges;\nLes roses sont comme un sang qui se fige\nEt s'égoutte pétale par pétale,\nEt les filles du vieux seigneur s'affligent,\nToutes assises\nAu talus de la route avec leurs fleurs fanées,\nTristes emblèmes\nOù leur songe ingénu voyait des Destinées\nEt celui qui passa sous l'armure hautaine\nN'est pas revenu de la forêt.\nQui dresse au ciel, là-bas, les cimes de ses chênes.\n***\n\nNi les filles là-bas qui mènent les-agneaux,\nNi celles qui lavaient le linge au fil de l'eau,\nN'ont vu, de la forêt massive sur le soir,\nGrave comme la Mort et beau comme l'Espoir,\nMonter, mystérieux et brusque en le ciel vaste,\nL'éblouissant Oiseau qui s'envola du casque\nEt sur la plaine au crépuscule mauve et rose\nPromena la lenteur de son vol grandiose,\nNi les douces enfants qui rêvaient côte à côte\nAssises l'une auprès de l'autre en l'herbe haute\nNe l'auraient aperçu s'il n'avait, en passant,\nSur elles secoué ses ailes, d'où le sang\nDégouttait en rosée au bout des longues pennes,\nPour lever les yeux de leurs faces incertaines\nEt leurs mains qui tenaient de pâles fleurs vers lui,\nOiseau de songe et d'or éperdu vers la Nuit.\nHENRI DE RÉGNIER.", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f179.item"}]}, {"article_id": "pmb-18610", "tome": "t2, 1892", "ark": "bpt6k15523d", "ocr_source": "OCR de Wikisource, couche texte des PDF des volumes PRELIA (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 175, "page_fin": 181, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : haut de page ; début : titre en tête ; fin : signature", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f180.item", "pages": [{"page_imprimee": 175, "page_pdf": 180, "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1428, "texte": "\nCHRONIQUE DE LA LITTÉRATURE\n\nMM. Renan. — Barrès. — Quillot. — Loti.\n\n« Feuilles détachées », publie M. Renan, feuilles rattachées plutôt, sans lien notable, sinon certes sans raison. A la\ndifférence d'écrivains de souffle court, qui s'assurent l'illusion d'avoir produit des livres pour ce qu'ils font paginer à\nla suite des articles étonnés de revivre, M. Renan a créé\nassez d'oeuvres pour qu'on lui permette la joie de faire\nparaître, de temps à autre, un livre né sans peine, par les\nsoins du seul éditeur. Et puis, son cas est unique, ou presque.\nDe quel autre pourrait-on citer des articles de journaux,\ncélèbres cinq ou dix ans après leur publication ?\nCe volume de mélanges inclut : un supplément à la première partie, armoricaine, des Souvenirs de jeunesse; les relations du Dîner celtique, avec les allocutions prononcées à\nd'autres dîners : chez les Félibres, à Bréhat, etc. ; des discours d'Académie (Réponse à M. Claretie), de Sorbonne (sur\nla langue française), de cimetière (pour M. Havet), ou d'inauguration de statues (Brizeux, About, etc.); diverses chroniques\nsur d'illustres sujets: enfin les articles sur la Tentation de\nSaint-Antoine, sur Amiel, et l'Examen de conscience philosophique. Et la Préface. Soit quatre morceaux diversement\nconsidérables.\nOn l'a déclarée exquise, cette préface, et le Temps la publiant, on s'est assez généralement dispensé de lire plus\nlong.\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f180.item"}, {"page_imprimee": 176, "page_pdf": 181, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "\nElle n'est que curieuse ; les idées essentielles qu'on y trouve\nrapidement formulées sont à d'autres pages du livre développées avec plus de suite et de consistance ; il est piquant\nde noter que M. Renan s'y assure pour la postérité une bibliographie bien faite, dont il donne la clef ; il met en garde contre les supercheries cléricales éventuelles.\nL'examen de conscience philosophique rassemble sur l'univers connaissable, sur les infinis possibles, sur l'amour, lien\nombilical avec la nature, sur l'excellence logiquement nécessaire du monde, sur Dieu, ce Dieu fuyant, improbable, discuté\net finalement admis comme après ballottage, — des idées que\npar ses dialogues, ses essais, préfaces, etc., on savait déjà\nêtre celles de ce penseur. C'est à cette méditation qu'il suffirait presque de recourir pour retrouver la philosophie de\nM. Renan. Les philosophes n'en font guère cas, et dans l'histoire des philosophies, petite sera sa place. Elle sera immense dans l'histoire de la pensée.\nRenan est un penseur, non un philosophe, parce qu'il n'a\npas la préoccupation systématisatrice et dogmatrice qui\ndomine les cerveaux philosophiques. La pensée de M. Renan\nest celle d'un grand savant, très lettré, très réfléchi et très\nsain.\nCertes, ce qui le caractérise n'est ni l'esprit anticlérical, ni\nni l'esprit sceptique ou ironique, c'est l'esprit scientifique.\nAvant tout M. Renan est un savant, point seulement un penseur méditant sur la science, mais un savant de laboratoire ou\nde bibliothèque. La science, pratiquée patiemment, a apporté\nune unité à sa vie, et une unité non limitée, car dans la science\nrien ne se perd, et, dans l'effort heureux, on a conscience de\ncontinuer, de couronner les efforts du passé, de capitaliser\nen même temps pour l'avenir. La science a libéré l'esprit de\nRenan de sa discipline d'enfance; elle lui a appris à douter\npour la vérité.\nCe doute scientifique n'est point pénible. C'est l'attente,\navec la certitude escomptée que le résultat sera, dans le futur,\nréalisé, et que le travail minuscule d'aujourd'hui hâte sa réalisation. Consolante, même joyeuse, . assurance. M. Renan est\ngai, se permet des récréations dans son labeur. Il ne comprend point le pessimisme, ni Amiel, qui est un raté pour lui.\nTrop réussi comme raté, disait Corbière, — trop réussi pour\nqu'il n'émeuve point un peu M. Renan, qui, d'ailleurs, se ras-\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f181.item"}, {"page_imprimee": 177, "page_pdf": 182, "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "sérène avec des solutions assez inquiétantes. « Qu’est-ce qui\nsauve? —Eh, mon Dieu! c’est ce qui donne à chacun son mo¬\ntif de vivre.... au plus bas degré, la morphine et l'alcool. »\nIbsen a dit le mensonge vital, moins allègrement. « Reste la\ndouleur... L’homme peut toujours s’y soustraire. » — En at¬\ntendant, de la gaieté.\nLes plus actuels peut-être de ces Feuillets sont dans la\n<c Lettre à M. Gustave Flaubert sur la Tentation. » Quel admi¬\nrable et profond plaidoyer pour l’art indépendant : « Chez\nnous, on veut qu'un livre instruise, édifie ou fasse rire. La\nchose amusante et philosophique par excellence, la contem¬\nplation de la réalité est peu comprise... On oublie qu’une\nmoitié de la littérature grecque, cette merveille, quand on\nsait la comprendre, n’est que ciselure et imagination... Est-\nce que le Tombeau d* Adonis, de Bion, a un but quelconque,\nmoral, historique ou politique ? »Et plus loin : « Tout ce qui\nn’est pas commun doit être accueilli avec bienveillance. En\nfait d’art, la platitude bourgeoise présente seule quelque\nchose d’immoral. » Et encore : « Vous êtes mal tombé. A\nl’heure qu’il est, les partis nous apprécient en proportion de\nl’aide que nous leur apportons. Vous présentez à un tel pu¬\nblic une œuvre longuement étudiée ; chacun se demande en\nquoi vous servez sa politique. »\nC’est trop évident, — et pourtant c’est tellement subtil\nqu’on ne s’entend pas, entre lettrés de bonne foi, sur cette\nquestion de l’Art pour l’Art. A propos d’une antérieure chro¬\nnique où je touchais ce point fondamental d’esthétique, mon\nconfrère, M. Tr. Bernard, m’écrit cette lettre :\n« D’abord, je ne crois pas qu’historiquement la définition\nde la doctrine de l’Art pour l’Art soit celle que vous répu¬\ndiez. Elle est bien au contraire, selon moi, celle que voue\nadoptez dans votre chronique. Je cite textuellement: « Nous\n«. estimons que l’art (comme il a son essentielle origine), a sa\n« fin en lui-même. » Voilà la théorie de l’Art pour l’Art, et\nc’est telle que l’a combattue M. Brunetière en opposant aux\nnaturalistes français les naturalistes anglais, et George\nElliott à Flaubert. On cite volontiers encore l’exemple de\nTolstoï, pour montrer qu’une œuvre d’art peut avoir une\nportée moralisatrice. J’estime comme vous que si l’écrivain\najoute à sa clientèle d’admirateurs littéraires une clientèle\napprobatrice de pères de famille, ce doit-être accidentellement\n12\n", "source": "OCR de Wikisource", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f182.item"}, {"page_imprimee": 178, "page_pdf": 183, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2435, "texte": "et non volontairement. Mais où je ne vous suis plus, c’est\nquand vous écrivez : « Nous ne disons aucunement ne nous\n* intéresser à Fart que pour sa forme ; pour préciser : à la\n« littérature que pour le style. » Or, j’avoue, je ne m’intéresse\nh. Ib. littérature que pour le style> Nous avons distingué les\nlittérateurs et les idéologues. En littérature, la valeur des\nidées m’indiffère. Passez en revue les poèmes et les proses\nqui vous satisfirent pleinement : Vous verrez que les idées,\navant de trouver leur expression, étaient assez banales.\n4L Je.ne veux pas employer les mots de forme et de fond en\nqui l’on a traduit des concepts si divers. On a désigné sous\nle terme forme soit le style, soit la plasticité du style.-* Ce\nn’est pas la plasticité du style qui est condamnable, c’est la\nrecherche de cette plasticité qui est dangereuse. Pour qu’un\nstyle soit plastique, il faut d’abord qu'il soit harmonieux. Or,\nceux qui écrivent ont conservé de leurs lectures un certain\nnombre de « patrons » de phrases mélodiques qui s’imposent,\nmalgré eux à leur pensée. Il arrive alors que leur écriture\nenregistre non plus des associations d’idées, mais des asso¬\nciations de mots, et que l’écrivain ne pense ce qu’il a écrit\nqu’après l’avoir écrit.\n« C’est pour cette raison que l’habitude de faire des vers\nest une pernicieuse école pour les talents à venir en prose.\nBans ce jeu de colin-maillard où l’esprit éperdu s’efforce\nd’attraper les rimes, on se déshabitue de courir après des\nidées pour donner la chasse aux mots. Les idées, c’est la\nrime, bonne entremetteuse, qui les procure. Et il arrive que\ndans les proses des poètes et des très jeunes hommes la\nchaîne des idées soit remplacée par une farandole de mots.\n« L’habitude est, je crois, le meilleur adjuvant de l’écri¬\nvain et son plus terrible ennemi.. Du jour où un écrivain\narrive à écrire inconsciemment, il est perdu pour l’art...\n«c ... Finalement, je voudrais repousser la vieille classifica¬\ntion des écrivains de forme et des écrivains de fond pour lui\nsubstituer celle des écrivains qui pensent ce qu’ils écrivent,\net des écrivains qui écrivent ce qu’ils pensent. »\nJe réponds: La partie critique de cette phrase-résumé est\njudicieuse ; mais la distinction proposée par M. Tr. Bernard\nn’est ni un éclaircissement, ni un déplacement de la ques¬\ntion de l’Art pour l’Art. On me permettra (à l’occasion des\npages de M. Renan) d’y revenir ici déjà.\n", "source": "OCR de Wikisource", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f183.item"}, {"page_imprimee": 179, "page_pdf": 184, "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2231, "texte": "Non, la doctrine de l’Art pour FArt ne se contente pas\nd’affirmer que Fart a sa fin en lui-même. V Art pour VArt\nsignifie (car le mot art a deux sens): «L’art pour le métier, »\nou « pour la forme » pour laquelle surtout peine le métier.\nEt ce qui s’oppose à cette esthétique, ce n’est pas seulement\nl’esthétique artistico-utilitaire, c’est une tierce, intermé¬\ndiaire et juste esthétique, qui n’est ni FArt pour l’art, ni\nFArt pour la Morale et les Affaires, mais FArt tout court.\nNous n’avons point à considérer du dehors, et à priori, le\nmécanisme du travail de l’artiste, ni sa conséquence sociale^\nCe sont autres questions, la première de technique artistique,\nla seconde de sociologie. Dans l’ordre de l’esthétique géné¬\nrale, il n’est que de sauvegarder nettement le terrain de\nl’Art dégagé des préoccupations exclusives de métier, comme\ndes soucis de répercussion extérieure. Tout le reste est\nmatière d’art, peut être fonction d’œuvre d’art. Et point\nseulement le style nous intéresse dans la littérature, la\nforme dans l’art, mais tout ce que cette forme sup¬\npose. La contemplation de cette forme, intéressante, ne\nsuffit point. Elle est avant tout un signe, non signe de\ntelle opinion morale, sociale, etc., mais de tel état esthé¬\ntique de l’artiste. Le travail esthétique est autonome; ce\nn’est pas le favoriser que, par crainte de toute signification,\nle restreindre à la fabrication plastique; et il va sans dire\nque c’est le violer qu’en faire un instrument social.\nMes lecteurs connaissent l’Introduction, de méthodologie\nsagace, que M. Maurice Barrés a mise à sa récente brochure:\nToute licence sauf contre VAmour, et savent l’économie de la\nplaquette. Précieuse plaquette qui nous conserve les plus\njolies chroniques de Barrés : l’Enrégimentement delà jeunesse,\nl’Eloge du scepticisme. L’auteur a voulu conclure ces anti¬\nthétiques chapitres par une synthétique: « Conciliation des\nantinomies de la pensée et de Faction. » Que ces antinomies\nexistent et froissent, M. Barrés [aisément le démontre. Pour\nles lever, il faudrait « joindre la force à la délicatesse ».\nVoici la solution proposée: Famour qui nous a conduits au\ndehors, doit nous y guider. « Comme il fut notre mobile,\n", "source": "OCR de Wikisource", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f184.item"}, {"page_imprimee": 180, "page_pdf": 185, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2009, "texte": "qu’il soit notre loi... Ni la notion du devoir, ni les lois écrites\nn’eussent su nous arracher à notre rêve et faire de nous des\nàgissants ; dés lors, nous sommes sous la seule loi de l’amour,\ndéliés des vieilles notions du devoir et des formules. »\nFort bien; mais cette inclination d’amour est-elle claire?\nN’est-elle point au contraire mal explicite, et d’orientation\nvariable? Et la masse sur qui nous agirons conformément à\nce penchant se trouva-t-elle bien dans ces incertitudes? Enfin,\nsurtout, qui prouve que notre amour — projection-résul¬\ntante de mobiles personnels — conseillera une direction\nfavorable à la collectivité? M. Barrés n’a pas encore répondu\nà ces questions qui se lèvent en masse aux dernières pages\nde sa brochure, par trop rapides, si toujours jolies.\n* #\nM. Maurice Quillot est, je pense, un jeune esprit tout à fait\ncorrect, compréhensif, élégant, charmant même. Si son\nroman, l'Entraîné, avait paru en 1885, c’eût été un louable\ndébut. Mais pourquoi ce recommencement des romans de\nBarrés, transposés pour la voix moins forte du nouvel exé¬\ncutant ? Imiter Barrés est mieux qu’honorable ; mais ce n’est\npoint s’assimiler son style, ses coupes de chapitres et de\ntomes, jusque ses habitudes typographiques ; c’est, comme\nlui, dépouiller toute servitude intellectuelle, même librement\nconsentie. C’est penser et écrire d’original. M. Quîllot n’a pas\nosé, et ce roman d’adolescence non dénué, certes, d’intérêt\nn’est qu’un succédané distingué de romans que nous aimions\ndéjà. Si un jeune est celui qui imite les maîtres les plus ré¬\ncents,il ne m’intéresse pas plus qu’un poncif.M.QuiIIot,qui est\ntrès jeune et très habile, sera plus lui-même à son prochain\nlivre.\n* *\nFantôme d'Orient, de Pierre Loti, est un récit de voyage,\nplus exactement de station. L’auteur dit un pèlerinage senti¬\nmental accompli en Turquie pour rechercher, vivante ou\nensevelie, FÀziyadé d’autrefois. Ce n’est pas un roman, mais\nun fragment attachant de journal intime, rédigé par un\n", "source": "OCR de Wikisource", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f185.item"}, {"page_imprimee": 181, "page_pdf": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1292, "texte": "18t\n\nCHRONIQUE DE LA LITTÉRATURE\n\nvoyageur assez adroit pour couvrir ses paysages des teintes\nles plus propres à illustrer les états d'âme de ses personnages. Et la fatigue du style, haché, essoufflé, évoque assez\nles lassitudes du pèlerinage.\nLUCIEN MUHLFELD.\n\nP. S. — Choses de théâtre.\nL'éditeur Savine publie une traduction, cette fois bien\nmédiocre, de la Dame de la mer, la plus suggestive peut-être\ndes comédies dramatiques d'Ibsen.\n— M. P.-L. de Pierrefitte nous donne, en plaquette, une\nEtude historique sur l'Histoire du droit des pauvres au théâtre,\n— d'intérêt et d'actualité.\n— Au Théâtre-Libre, Seul, de M. Guinon, a semblé un peu\ntrop amusant aux connaisseurs, et l'Etoile Rouge, de M.Fèvre,\npas assez.\n— Au Vaudeville, M. Auguste Germain a fait réussir par\nl'adresse et la franchise de son faire, l'audacieuse Paix du\nfoyer (Dans l'interprétation, M. Mayer, Mue Chartier).\n— Aux Variétés, la Bonne à tout faire, de MM. Oscar Méténier et Dubut de Laforêt, comédie amusante, trop amusante,\nelle aussi parfois, par des concessions un peu exagérées aux\nhabitudes du boulevard Montmartre; mais que de traits d'observation précise et savoureuse! Et qu'on eût applaudi la\nbourrée du troisième acte si Réjane l'eût dansée au lieu de\nLender, et si, pour Méténier, Meilhac avait signé !", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f186.item"}]}, {"article_id": "rb-6-8", "tome": "t2, 1892", "ark": "bpt6k15523d", "ocr_source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 182, "page_fin": 182, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : haut de page ; début : titre en tête ; fin : sans auteur", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f187.item", "pages": [{"page_imprimee": 182, "page_pdf": 187, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 752, "texte": "\nBIBLIOGRAPHIE\n\nL'abondance des articles [insérés a restreint aujourd'hui la\nplace de la chronique de la littérature où, les prochains\nMois, seront analysés:\nBernard Lazare: Le Miroir des légendes (Lemerre).\nAbbé Klein: Le Mouvement néo-chrétien (Perrin).\nIzoulet: Les Universités nouvelles (Colin).\nServit:ras: L'Action et le Réve (Savine).\nRosny: Vamireh (Kolb).\nRod : La Sacrifiée (Perrin).\nSarrazin : La Montée (Perrin).\nJean Griselin: Poèmes et Songes (Sauvaitre).\nG. Ang. Thierry (Colin).\nMaubel: Etude de jeune fille (Lacomblez).\nGarnir: Les Chanceux (Lacomblez).\nGérardy: Chansons naives (Floréal).\nDubus: Quand les violons sont partis (la Plume).\nMichand :Contes de la reine Mab (Vanier).\nDe Rochas: De l'Hypnose (Carré).", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f187.item"}]}, {"article_id": "pmb-18611", "tome": "t2, 1892", "ark": "bpt6k15523d", "ocr_source": "OCR de Wikisource, couche texte des PDF des volumes PRELIA (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 183, "page_fin": 188, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : haut de page ; début : titre en tête ; fin : sans auteur", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f188.item", "pages": [{"page_imprimee": 183, "page_pdf": 188, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1698, "texte": "UN LIVRE RÉCENT\ni 8$\nUN LIVRE RÉGENT\nCHANTEFABLE UN PEU NAÏVE (1)\nEstimant que l’œuvre d'art est anonyme, rartiste qui écrivit ce\nlivre Ta publié sans nom d’auteur; aujourd’hui que le monde des\nlettres n’ignore plus de qui U émane, et pour qu’on sache à qui\ndédier une admiration reconnaissante, il est permis de nommeï\nM. Albert Mockel.\nJ’ai voulu parler ici de Chante fable un peu naïve. Toutefois, U\nsied que j’avertisse ceux qui vont me lire : déçu serait celui qui\ns’attendrait à une savante analyse de l’œuvre, à une critique rai¬\nsonnée, à un examen détaillé de la philosophie du livre et des moyens\nqui l’ont réalisé. Mon étude sera un essai de paraphrase d’un poème\nque je crois avoir compris en son essence, et rien que cela ; je tente¬\nrai — et ce pourrait, ma foi, être un des côtés de la critique —\nde recréer l'œuvre selon la vision que j’en eus au long des pages ;\nquoique certainement fort intéressante, l'ordonnance d’un cerveau de\npoète me requiert moins, je l’avoue, que l’harmonie suggestive des\nplastiques qu’il condescend à dresser pour nous par les chemins de\nson rêve.\nL’œuvre .de M. Mockel est, avant tout, neuve. Jamais, je crois, on\nn’a vu uu livre de début, un livre de jeune,, conçu d’une façon aussi\nnette, aussi logique dans le fond comme dans la forme, poursuivant\nà travers les stades successifs de l’idée un but un, culminant et lumi¬\nneux, vers lequel toute page s’oriente. C’est ici le livre d'un artiste\nqui, connaissant toutes les formules, s’est créé lui-même la technique\npropre à définir son rêve —» et dis eu taule seulement dans remploi\nqu’il en a fait. £t c’est dans toutes ces manières personnelles de\n1. Un vol. des presses de la W<j,Hônief Liège 1891\n", "source": "OCR de Wikisource", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f188.item"}, {"page_imprimee": 184, "page_pdf": 189, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 3053, "texte": "concevoir et d’exprimer qu’il faut chercher le secret d’un charme\nqui, dans Chantefable un peu naïve, attire tout d’abord, le charme\nd’une gracile fleur inconnue.\nIl faut louer hautement, aussi, avant d’aller plus avant, la pure\natmosphère où l’auteur s'est tenu de la première à la dernière page*\nA part un passage d’un attrait trop extérieur, dans le prologue — et\nsur lequel je reviendrai — tout le livre est baigné des ondes d’une\npureté presque hautaine si elle n’était un peu naïve. Rien n’y arrive\naux sens qu à travers la pensée, rien n'y palpite que pour un triomphe\nd’art, tout y est essentiellement intellectuel. Un recul de légende\nirise et transfigure la matérialité des choses, nulle couleur n’est\nexterne, toute clarté s’effuse avec la spiritualité d!uu feu de gemme.\n— A ce propos, il y aurait à faire remarquer ici un nouvel et meiv\nveilteux exemple de cette aptitude particulière de la race wallonne à\ntraduire l’image par sa vie interne, par la couleur de son âme, à dire\nnon l’éclat apothéotique des lumières, mais leur essence condensée.\nIl faudrait citer tant de pages d’Heetor Ghainaye, de Céïeslin Dem-\nblon, et tel et tel vers de Fernand Severln et d’Albert Tbonnar —\nmais la chose comporterait une étude spéciale, et je suis à peine dans\nmon sujet...\nCe livre est le poème de la Connaissance. C’est ici — selon l'épi¬\ngraphe — poursuivie de l’enfance, do l’éveil d’âme, jusqu’à la posses¬\nsion dans l’œuvre, la recherche a de ce Moi toujours inconnu qui\ntâche à naître dans le paysage, à se contempler dans la fèmme, à\nprendre conscience par l’œuvre. » -s- Et Chantefable un peu naïve,\ndans une suite logique, s’achemine à ce but dernier par deux che¬\nmins parallèles. Une partie lyrique et légendaire dit le chant des\nrêves, la théorie des songes qui passent; l’autre, psychologique, sous\nune forme moderne,étudie en deux proses qui servent de prologue et\nd’épilogue — enserrant comme en les lignes strictes d’un cadre le\npoème où l’idée se joue en visions fluides ■*- les deux faces de l’en¬\ntité philosophique qu’est une âme — celle, féminine, qui subit, et\nl’autre, l’élément mâle, le Désir, qui veut, qui s’opiniâtre à sa pro¬\npre recherche et parvient à*se conquérir sur l’ambiance.\nUne introduction musicale—dont je ne parlerai pas, et pour causé,—\nest destinée à Axer l’atmosphère de cet Orient nouveau où, après le\nprologue, le poète nous convie à vaguer selon son rêve\nLe poème s’ouvre, reculé hors du temps. Nous vivons parmi des\nclartés d’enchantement. Dans un prélude suggestif, aux musiques sub¬\ntiles et profondes, chante l’âme des choses, l’âme du passé, la voix\ndes songes. Surgissant à sa vision qui passe, ce rêve épars se réduit\nau héros, se. précise et s'incarné; Lé héros, c’est l’enfant de règne qui\nsers le poète; il passe : c’est îâ vie de songe éveillé, d’êmois vagues\net d’inconsciente nostalgie de l’ingénuité,rappels d’une vie antérieure,\net le désir d’aimer, le désir imprécis d’une enfant fugace. Candeur\ndivine et petits pas puérils, il vâ, portant en soi déjà l'informulée\n", "source": "OCR de Wikisource", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f189.item"}, {"page_imprimee": 185, "page_pdf": 190, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2868, "texte": "\nhantise de se mirer aux yeux d'une illusion ; il marche, écoutant en\nsoi les rumeurs d'un éveil d'aube, II marche à pas craintifs par la vie\net ses masses de ténèbres, il va vers l'Inconnu, et soudain l'ombre se\ndéchire, son âme s'ouvre à la vie éclatante, et clame la joie de vivre,\nle geste libre, l'orgueil de l'action.\nIl a délaissé les joies intérieures, les indécises visions jadis contemplées. A présent l'horizon tangible du monde borne ses vouloirs plus\nconcrets. Des voix lui parlent, de rêves et de nostalgies, mais l'impérieux appel de la Terre le dompté et l'hallucine, et le voici qui lance\nfollement sa jeunesse par la plaine, sans regarder en arrière.\nEt c'est le bruit, la gloriole, le gonflement pompeux et vide de\nl'Exploit, l'exultante épopée, la griserie des chevauchées et des cliquetis.\n... Mes voici l'heure du retour... Victorieux, le paladin rentre au\nmanoir. En la solitude des lambris, dissipées les fumées ivres de la\nmêlée, l'inanité lui apparait des folles heures de sa vie héroïque, et\nla misère intérieure de ce Moi dépensé aux gestes des hommes, car\nles règnes de la vie ont appauvri cette âme surhumaine.\nLes fanfares sont mortes, l'orgueil jadis éployé des étendards jonche la poussière des salles ; la solitude est morne, plane le ténébreux\nsilence des grandes ruines.\nOr, voici qu'au mortel silence des décombres s'indécise un son de\nharpe, la voix naguère vaincue des visions paisibles et lointaines\nrenatt suave et frêle, et dresse parmi les granitiques débris la corolle d'argent d'un jeune songe. C'est la vague Enfant d'autrefois, ici\nplus distincte, son âme se précise, la Femme érige une plastique\nmutine.\nL'Enfant chère lève un triomphe de joie de toutes ses menues\nmagies; les sourires se répondent, et les bras se nouent, mais un\nmalaise grandit sourdement de ces petites mains despotiques sur ce\nfront de fierté, car la Belle entend limiter au ciel de ses yeux le rêve\nde l'Aimé, interposer son charme entra le Rêve et lui.\nLucide, et conscient de l'envoûtement des douces prunelles fatales,\nil voit cette illusion s'écrouler encore, car elles ignorent... Et c'est\nl'éternel malentendu : la femme reflétant l'homme en elle, sans se\ndouter qu'il est d'une autre race, l'Amant trompé par sou image. lin\ndrame a déchiré l'idylle, l'amour se meurt d'avoir été lucide, l'Aimé\ns'éloigne, il s'éloigne vers l'Inconnu et, sous ses boucles délaissées.\nla Belle pleure qui n'a pas compris.\nLe mystère alors s'explique à l'Ignorante, l'intuition s'éveille en\nelle de la petite ondine qu'elle est, une enfant des eaux qui passent,\nqui passent « inconscientes de réfléter l'azur. Ainsi l'ondine en ses\nbras tue le beau prince, et ce sommeil étrange qu'est la mort, la voix\ndes choses le lui révèle. Or, l'enfan reine parmi les cygnes consolateurs, soudain voit sous ses larmes le triomphe insolite d'un songe\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f190.item"}, {"page_imprimee": 186, "page_pdf": 191, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 2929, "texte": "LA REVUE. BLANCHE\nnimber le front pâle de VEn dormi, et dans là vision surgie, la Naïve\nenfin comprend l’âme étrangère.\nMais il s’est éloigné; il est parti vers des terres inconnues; plus\npur et noble d’avoir souffert, il cherche le mirage qui ne déçoit pas.\nH s’arrête en lui-même, il écoute^ en lui chanter les jours. Les jadis\nen lente théorie défilent sous ses yeux clos : l’Enfance, petites mains\ndéjà tendues vers un mensonge, dans l’éparse joie de son âme; c’est\nl’heure plus lointaine encore des fauves glorioles; c’est le drame de\nla Belle aux yeux de chair qui ne voient point les Ailes, celle aux\ninsidieux gestes de grâce qui voulut borner un vol d’orgueil aux\nlambris étriqués de sa maison de pauvre.\nIl a fui dans la forêt, à présent par les halliers s'éperd le doute\nerrant du pèlerin, quand, à l’opiniâtre vouloir ignorant des routes,\nles voix parlent et disent la parole d’espoir, le chant de lumière. Le\nbut enfin fùlgure ï l’Idée naît -de ce moi qu’il cherche par tous les\nchemins; la seule joie apparaît dans la relative possession de soi, du\nmoi qu’il réalisera à rassembler, lumière totale, le faisceau des furtifs\néclairs qu’il surprit au long de la vie. Et c’èst le triomphe possible,\nle -seul bonheur, le rêve de se connaître, l’extase de l’orgueil.\nJ’ai parlé plus haut du prologue et de l’épilogue, et dé la fonction\nque remplissent ces fragments dans l’ordonnance du livre. Le pro¬\nlogue, disant l'angoisse d'une jeune fille que des réminiscences et\nd’occultes phantasmes violent en songe,signifie le désarroi d’une âme\ntrop faible, succombant peu à peu sous l'emprise des choses. L’épi¬\nlogue note la songerie d’un artiste flânant par la plage, et le montre\nhanté encore des obsessions de l’extérieur : il pourrait s’émouvoir à\ntel rappel du sourire ambigu que la vie jeta parfois dans ses rêves*\nmais vainqueur et niant d’un geste toute pensée que ne justifie la\npureté absolue, vers la conquête de sa propre essence, il lance ses\nveilles à travers l’œuvre.\nVoici que j’ai tenté de dire ces pages et leur signification. Aura-\nt-on deviné, parmi ces longueurs, la toute merveille enclose en ce livre*\nsaura-t-on combien ce poème est œuvre rare et précieuse et de\nhaute noblesse, aurai-je montré cette harmonieuse et logique philo¬\nsophie émanée au déroulement versicolore du décor?...\nQuelques remarques me restent à faire. M. Mockel se sert du vers\nlibre,Il l’emploie d’une façon savante et raisonnée, en artiste qui con*\nnaît toutes ï«3 ressources du rythme et de la plastique. Son vers est\ncomme lacé sur la pensée. Sa langue, est nette, souple, diverse à\nl’infini» miraculeusement adéquate et riche en correspondance, (1). Il\nÎ.Certains ont trouvé des passages où la difficulté vaincue, sans doute, les\nfit songer au.procédé. vraiment peut-on se passer de préceptes, et faut-\nil parler de procédés eu ce poème qù la .rigueur des règles se dissimule si\nbien sous le treillis vivant des vers ?\n", "source": "OCR de Wikisource", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f191.item"}, {"page_imprimee": 187, "page_pdf": 192, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2896, "texte": "\nsait admirablement lui faire signifier toutes les étapes de l'idée, la\nductiliser suivant toutes les nuances qu'il veut traduire. Il la fait à\nvolonté sadique dans le prologue (1), simple, naïve, avec d'adorables\ngaucheries souples et les magies [pensives d'un conte d'Andersen où\ns'émeut tout un panthéisme wallon, pour dire l'Ingénuité et ses\ngrands yeux étonnés, et l'indécision de l'adolescence ; puis la voici\nsonore,martiale, faite d'harmonies discordantes comme la vie.d'aventure qu'elle chante, noire et tordue ensuite, rêve qui s'écroule, pour\nze dresser gracile parmi les décombres apaisés, corolle surgie qui\nbientôt va s'épanouir. Elle prend alors les fraîcheurs saintes d'un\navril de vierge, et l'indocile rythme qu'aurait la psychologie d'une\nlibellule — et soudain voici dans cette aube l'insolite éclat d'un\ncrime, la cruauté du sang qui ruisselle parmi les fleurs blanches.C'est\nle récit de la déception : la Chanson et sa nostalgique ironie, et cette\nforme légendaire qui dit si bien le regret et le mystère s'explique\nà l'Ondine qui ne savait pas. Sans la moindre intention de comparaison,\nc'est ici, je crois, en fait de perfection réalisée le point culminant du\nlivre. Dire la moelleuse lumière enchantée qui pénètre ce poème :\nUne Enfant des Eaux gui passent, les choses inconnues qui l'enveloppent, •l'enfance divine de ces visions, la grandeur tragique de la\nrévélation, la blanche consolation des cygnes fraternels, l'Ondine\nennoblie d'exil et de résignation....\nPuis les merveilles se font plus sobres et mélancoliaées, tnais la\nnue s'entr'ouvre, dans la clarté qui progresse et s'épand, s'enfle, et\ntonne un chant de sacre où toutes les voix du ciel s'éploient sur le\nfront de l'Elu qui sait la parole.\n— C'est l'épilogue enfin, l'écharpe ondoyante des songes qu'un\nmince fil d'or unit, la pompe échafaudée de matérielles splendeurs,\névocation d'inanité que dissipe d'un pur éclair glacé la brève logique\nd'un geste de volonté.\nLa forme de M. Mockel est ordonatie selon de strictes règles musicales ; les thèmes (S'entrelacent, rappels ou présages nuançant\nl'idée, leitmotivs harmonieusement tressés et fondus dans la trame\ndu poème. En cette oeuvre si diverse, M. Mockel a su toujours être\nlui, plus profondément peut-être dans Ingénuité et dans Plus loin que\ndans Autour de soi où l'originalité est plus extérieure, mais sa langue\npartout est personnelle, se moulant à l'idée personnelle — et c'est à\npeine si çà et là,la loupe du critique parvient à surprendre une analogie d'image.\nIl faut dire encore la spéciale faculté de dynamique qui lui permet\n\n1. Et c'est méme ce qu'ici je lui reproche : cette pièce est officiante d'une\nbeauté perverse,injustifiable en ce livre,trop extérieure et parlant aux sens;\net vraiment cela fait•tache dans l'ensemble comme ce morceau tout entier\nd'ailleurs, relativement obscur et trop despotiquement moderne.\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f192.item"}, {"page_imprimee": 188, "page_pdf": 193, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1752, "texte": "\nde concrétiser en un 'vers une pensée (1), et ce don merveilleux d'ériger des plastiques essentiellement nobles et claires. Un reproche,\nmaintenant: peut-être, dans tel passage de Plus loin, par exemple,\nl'accumulation des images rompt-elle la ligne et le rythme et, d'autre\npart ces correspondances presque toujours subtiles et inattendues ont\nae défaut d'occasionner, sinon l'obscurité, un effort au moins du lecteur tâchant à susciter et à coordonner les formes. Cet effort empêche souvent la représentation nette et synthétique, telle de ces pages\nne laissant au premier abord qu'un éblouissement, un mirage aveuglant et charmeur, un papillotement de lumière un peu pénible vraiment. Mais ce mécompte n'est que le cas d'une première lecture, et\nne désintéressera que tel, assez négligeable en somme, qui ne songea\nqu'à se distraire. Et quelle joie aussi, pour qui veut relire !\nJ'ai dit à présent ce que je pense d'un livre que l'on peut dénommer\nChef-d'ceuvre, dans cette acception tout au moins que donnait M. Muhlfeld en parlant de Sixtine : « OEuvre originale et harmonieuse ».\nDans la douloureuse conscience d'avoir dit si peu malgré tant de\nlignes, j'aurai pourtant, je crois, tenu à peu près mes promesses,\nayant pris la précaution de prévenir. Puissé-je seulement avoir glorifié, selon les mérites d'une telle réalisation, le fier poète qui la sut\naccomplir : je me croirai peut-être libéré d'un devoir que me commandait, depuis longtemps, une admiration profonde que nul chauvinisme n'égare.\nCHARLES DELCIIEVALERIE.\n\n1. Un bel exemple sen avère encore à l'énoncé des titres des successifs\nstades de l'oeuvre, qui la condensent absolument : Ingénuité — Autour de\nsoi — la petite Elle — Car elles ignorent — Plus loin.", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f193.item"}]}, {"article_id": "pmb-18612", "tome": "t2, 1892", "ark": "bpt6k15523d", "ocr_source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA (OCR sans correction)", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 189, "page_fin": 192, "pages_selon": "folios de la BnF (service Pagination de Gallica)", "controle": "placement : haut de page ; début : titre en tête ; fin : sans auteur", "url_article": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f194.item", "pages": [{"page_imprimee": 189, "page_pdf": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1707, "texte": "t89\n\nCALENDRIER\n\nCALENDRIER\n\nLes revues.\n\nDans le MERCURE DE FRANCE, un ravissant article de M.Marcel\nCollière : « de l'Action » ; des pages tour à tour quiètes, fantaisistes\net troublantes de MM. Raoul Minhar, Jules Renard et Gaston Danville. — Au sommaire des ENTRETIENS, « Notes » inédites de Laforgue ; Pierre Quillard :«Entretien sur les oeuvres de Louis Ménard »;\nHenri de Régnier : « Le voyage du jeune Hilarion » ; Bernard\nLazare : « Les Livres ». — Dans L'ERMITAGE des vers curieux et de\nnobles proses de MM. Charles Morice, Pierre Quillard, Louis le Cardonnel, et Henry Mazel. Signalons en particulier M. Rémy de Gourmont qui dit « L'Ivresse Verbale » délicieusement. — LA REVUE\nINDÉPENDANTE : de M. Camille Mauclair, des « Notes éparses\nsur le Barrésisme » pleines d'ingénieuse subtilité et de naturelle\nélégance. — ART ET CRITIQUE publie ce mois-ci une fort intéressante « Etude Wagnérienne » de M. Alfred Ernst un bien joli\n« Dimanche d'Eté » d'Henry Céard, des articles signés Gorgias,\nLecomte, Salandri, Dorquois, Corneau, Roussel. — REVUE DE\nL'ÉVOLUTION : des vers inédits de Baudelaire ; relevons encore\naux sommaires les noms de MM. Louis Mullem, Georges Lecomte,\nEugène Fournière, 3.-H. Rosny, Rodolphe Darzens. — LE SAINT\nGRAAL: de Verlaine, des vers exquis, datés de l'hôpital. M. Emmanuel Signoret, en de remarquables pages, s'affirme délicieux écrivain. A signaler encore MM. Gustave Robert et Joachim Gasquet. —\nReçu le premier numéro du BANQUET. Cette nouvelle publication\nmensuelle manifeste, nous dit une note de la rédaction, le désir de\nfaire connaître en France, d'une manière quelque peu suivie, les productions les plus intéressantes et les plus récentes de l'art étranger.\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f194.item"}, {"page_imprimee": 190, "page_pdf": 195, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "\nNous applaudissons de toutes nos forces à cette excellente idée. Le\nconvive étranger est, pour ce premier numéro, Henrik Ibsen, dont\nM. Daniel Halévy nous offre un magnifique fragment inédit. Signalons une fort curieuse et profonde étude de M. Fernand Gregh sur« Le Devoir Présent » et une bien jolie chronique de M. Robert\nDreyfus. Les noms de MM. Marcel Proust, Jacques Bizet et Fernand\nDanel complètent ce sommaire des plus attrayants.\nLA PLUME :\nAdolphe Retté, AdrienReinaele, Stuart Merril, plus un Supplément\npeu poétique.— M. Virgile Josz publie, dans la REVUE DE FAMILLE\nd'agréables impressions de voyage. Titre : « Sur l'Escaut ». ri— LE\nNOUVEL ÉCHO : Félix Fénéon, Willy, Marcel Bernhardt, Edmond\nHaraucourt, Emile Strauss.\nLA REVUE MODERNE : Fernand\nMazade, Robert 'Bernier, Henry de Braisne. — A paru le ler mars,.\nLE MASCARILLE, revue littéraire artistique et théâtrale. Principaux.\ncollaborateurs : Lord Baron, Pierre Quillard. Gaston Danville, Pauli\nRoinard, Charles Merki, Galipaux, Saint-Germain, Xanrof.\nLe second numéro de la gracieuse SYRINX, contient d'harmonieuses proses signées : Marius André,Elzéard Rougier et Joachim\nGas que t, ainsi que de jolis vers de MM. Camille Mauclair, Henry\nMichel, Bertrand Tiambouze et René Seyssaud, qui a lu Verlaine.\nDans L'ART MODERNE, conférence dé M. Georges Lecomte sur\n« les tendances de la peinture moderne » ; la polémique double le\nnombre de ses colonnes pour [confondre, en un édifiant parallèle,\nM. Gustave Frédérix, le Francisque du Nord- —Une nouvelle revue\nbruxelloise : LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE. Fondateurs : Fernand\nRoussel, Raymond Myst. Léon Donnay. Intéressant recueil bimensuel (format de l'ART MODERNE). — A lire dans FLORÉAL, des\nvers de Henri de Régnier et de MM Fernand Séverin, Geo Mauvère,\netc... M. Charles Delchevalerie demeure un merveilleux évocateur de\ndécors, et M. Léon Paschal, un critique judicieux et subtil.\nPARIS-JEUNE. — ROUEN-ARTISTE. --- LA LIBRE-CRITIQUE\n(Bruxelles) : numéro exceptionnel illustré,\nLE RÉVEIL (Gand).\nL.-A. N.\n\n—\n\n—\n\n—\n\nC'est sans doute par surprise, que la direction d'une jeune revue, que\nrien jusqu'ici n'avait déconsidérée, a laissé passer une note péniblement.\nmalveillantepour la mémoire du poète Ephraim Mikhaêl,et pour ceux.\nqui songent à lui ériger quelque commémoratif monument.\n\nGenus irritabiic...\nOn a fait. dire à Albert Thonnar : « Nous irons avec le bon Jésus.\nvers les pères là-bas. » C'est « vers les frères » qu'il faut lire (p. 25)..\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f195.item"}, {"page_imprimee": 191, "page_pdf": 196, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1916, "texte": "\nCALENDRIER\n\nPierre Quillard n'a pas écrit : « Vos corps minces en deuil sous le\nvol des nuées », mais bien : « Vos corps mimes... » (p. 102).\n« De longs 'regards avaient dès Caresses soyeuses » et' non point\n« joyeuses »,dans les vers récents de Louis-Alfred Natanson (p. 101).\n\nX\nL'Académie des Beaux-Arts vient de décerner le prix du concours\nRossini à la cantate Isis, de M. Léon Honnoré C'est un succès pour\nla jeune école et une heureuse nouvelle pour les dilettantes qui pourront prochainement, aux concerts du Conservatoire, entendre les pages\nsi modernes d'Isis.\n\nNous recevons d'Anvers le document suivant :\n« ASSOCIATION POUR L'ART.\n\n«. Autorisé par un respect des Choses de l'Art, qu'il veut au delà\nde l'Intérêt, des Coteries et de l'Ecole, un Comité s'est fondé. Il se\nvouera, argumentant d'expositions d'Art, de conférences et d'auditions\nmusicales, à la. défense des Idées et des Vouloirs des Plus récents\nArsistes. Désireux de realiser, à Anvers, une Association où toutes les\nmanifestations de l'Art se puissent produire librement. Nous attendons de votre patronat, l'accomplissement de l'OEuvre projetée. Le\nComité : Charles Dumercy, Max Elskamp, Georges Morren, Georges\nSérigiers, Henry Van de Velde. »\n\nPETITS DOCUMENTS pour servir d l'Histoire de la liberté sous la\ntroisième République.\nPour plus de commodité et moins de peine en ses enquêtes, le parquet de Nancy vient d'opérer une bonne petite perquisition chez un\navocat de cette ville, dont les dossiers l'intéressaient,Me Lévy.\nC'est, •n'est-ce pas, d'une candeur asiatique toute charmante.\n\nX\nNotre ami Charles Sluyts vient de composer ces vers, en guirlande\nau triptyque de Francis Nys, intitulé : Choses de la terre :\n.\n\nD'ombre et de prière le sol s'imprègne, —\nD'ombre, de prière et de nécessaire tranquillité.\nLa prière vers les Morts et l'ombre vers les Coeurs\nS'abîment,\nS'abîment dans l'accueil des tombes :\n\n.\n\n.\n\n.\n\n.\n\n.\n\n", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f196.item"}, {"page_imprimee": 192, "page_pdf": 197, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 767, "texte": "\nLe souverain accueil des tombes recueillies..\n— D'ombre et de prière! —\nEt des routes, au clair soleil, brillent\nDe vie, alentour du village, et ramènent\nLes Hommes et ramènent les Femmes,\nElles ramènent les Enfants, aussi.\nEt les champs se dorent des lourds épis,\nLes parterres sont éclaboussés des royales fleurs,\n.Et les marais stagnent le-bas,\nEt massif et redoutable le Fleuve, là-bas,\nPlus loin, sait et se mire, se mire dans le ciel...\nEt d'ombre basse, et de prière lasse.\nAu toucher de l'heure, s'imprègne le sol;\nEt l'haleine primitive du soir enclôt l'heure bannie,\nL'heure errante, l'heure accourcie, l'heure malade,\nEt l'heure qui se réconforte au sommeil lent, dolent des Choses...\n. . . .\n\nLe Secrétaire-Gérant : LUCIEN MUHLFELD.", "source": "couche texte des PDF des volumes PRELIA", "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15523d/f197.item"}]}]}