{"numero_id": "ulb-art-jeune-1895-04-15-n4", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "articles": [{"article_id": "ulb-art-jeune-1895-04-15-n4-002", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "S O M M A IR E La Sérénade au Boulanger", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 121, "fin_caractere_exclue": 1384, "texte": "S O M M A IR E\n\nLa Sérénade au Boulanger                        L o u is D e l a t t r e .\nMédaillon                                       A r t h u r T o is o u l .\nAvertissement nostalgique                       S a n d er P ie r r o n .\nChant                                           Geo rg es R en cy.\nLes Ames                                        B la n ch e Ho u sse a u .\nChanson à rire sous un grand ciel               He n r i V a n d epu tte.\nLa simple chanson du beau soleil                     \"               \"\nMystérieux nocturne                             A n d r é R U IJT E R S.\nLes Pauvres                                          »           »\nLes Rires                                       M . Cl o sse t\nLa Glèbe de Constantin Meunier                  Au g u ste L e v ê q u e .\nLivres : E n s y m b o le v e r s L 'A pos­\n  to la t                                       L ’A rt J e u n e .\n\n\n                                   IM PRIM ER IE\n\n                    S. E GGERICX, 46,     rue    P R IN C E -A L B E R T\n\n                                      IX E L L E S\n\n\n\nCe numéro de fusion fr. 0.60                                     15 avril 1895\n                                                                     1re A nnée , N° 4\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-04-15-n4-003", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L 'A r t Jeune e s t", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1089, "texte": "L 'A r t Jeune e s t o u v e r t à t o u s . E c r i v a i n s , P e i n t r e s , M u s i c i e n s , S c u l p ­\n\nt e u r s p e u v e n t , o n p l e i n e l i b e r t é , s'y p r o d u i r e , e x p o s e r o u d é f e n d r e d e s\ni d é e s . L 'A rt Jeune e s t a u x a r t i s t e s .\n\n\n\n\n    Adresser manuscrits à L 'A r t Jeune, rue de Brabant, 131, Bruxelles;\n\nrevues et livres à Arthur Toisoul, 38, rue Vauthier.\n\n\n\n\n   Il sera rendu compte de tout ouvrage littéraire ou artistique que nous\n\nrecevrons.\n\n\n\n\n                                            A BO N N EM EN T :\n\n\nBelgique, fr. 5.00.                        Le numéro, fr. 0 .60                         Etranger, fr. 6 .00\n\n\n\n\n   Au prochain numéro, conte de M aurice des Ombiaux, article cri­\n\ntique de H enry D e Groux, notes sur Octave P irm ez p a r H enry Maubel.\n\n\n\n\n   La Revue Stella se jo in t à l' A rt Jeune, nous espérons que cette fusion\nopérée entre deux revues jeunes et amies, dans le but de ne point éparpiller\nou perdre les efforts artistiques, sera accueillie avec faveur par nos\n\nabonnés et amis.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-04-15-n4-004", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 57, "page_fin": 64, "titre_corps": "La sérénade au boulanger", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Delattre", "ancre_debut": "LA SÉRÉNADE AU BOULANGER       J ’abandonnai le bouleva", "ancre_fin": "a t t r e .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Médaillon             L a nymphe au doux visage", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 2359, "texte": "LA SÉRÉNADE AU BOULANGER\n\n     J ’abandonnai le boulevard désert. En vérité, sous le ciel d’étoiles\n froides, les arbres gonfalonnés de neige gelée y restaient trop muets.\n     Longtemps, j’y avais promené ma songerie. Je revoyais la coiffe blanche\n qui, le matin même, dans le corridor de pierres luisantes, m’avait fait le\n signe de l ’ adieu ; les yeux clairs et graves comme une profonde fontaine\n d’ eau vive, et leurs sourcils fermes en traits de fusain ; les deux mains\nreposant sur l'écours, l ’ une à l ’ autre unies, les doigts entrelacés. Et nous\n nous disions les dernières paroles et nous regardions pour toujours...\n Puis, je m ’ éloignais à reculons, en admirant sa contenance fière, et\n observant aussi comme elle était mignonne sur le ciel nacré, chatoyant à\nla fenêtre.\n     Ce mot m ’avait si douloureusement piqué aux coins des yeux, que je\nl ’avais répété, une fois encore : « Adieu ! » Et à pas légers, avec des\ngestes aussi retenus que si j ’ eusse porté en moi une précieuse et fragile\nchose, je m’ étais en allé lentement. Dès le seuil, la porte fermée, j ’avais\nvoulu m ’ asseoir, boire déjà une gorgée, à ma gourde neuve, de mon vin\nnouveau ; m ’épeler et me répéter lentement ce qui musait encore en moi :\n     « Nous ne nous verrons plus. Il faut nous séparer, amie, et tu dis que\nc ’ est pour jamais ! Amie toute blanche, la douleur happe à nos cœurs;\nelle y mord, la jeune douleur, et l'excorie par lambeaux; et cependant,\namie douce, et cependant nous sommes tout droits, nous nous sourions;\nles sifflantes lanières nous fouettent mais ne savent faire ciller nos yeux ! »\n     V oilà, c ’ était déjà l ’ivresse du vin nouveau de ma gourde neuve, dont\nune seule goutte déliait au large, en mon esprit, le faisceau des choses\nligotées !\n  Son sourire, sa quiétude, le geste de ses mains nouées, c'était déjà leur\nsouvenir que je suçais.\n  Je goûtais notre amour si doux et si court, comme une pomme mi-\npartie rouge et verte. Et pour le côté rouge, je disais : « Quand nous\ndevisions, proche la fenêtre, dans la chute du crépuscule caressant,\nnotre bonheur était profond; je crois qu’il traversait le monde et devait\ndrainer la jo ie de l’ univers ». Et je disais après, pour le côté vert : « Nous\navons celé cela en nous; et, là-dessus, nous tiendrons formé notre cœur\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2797, "texte": "                                  — 58 —\n\n\nhaletant vers d’autres rêves... (Et a p rè s?...) Oui, quand nous voudrons,\nnous secouerons ce coffret, en y penchant l ’ oreille... (E t... et après, au\ncôté vert de la pomme d’ amour ?) Puis un jo u r, si plus rien n’y cliquette,\npar dessus le mur, nous le jetterons comme une vieille boîte.\n   Hélas, aucune tristesse ne pouvait tenir en moi. C’est qu’il est seule­\nment douloureux de ne plus aim er; c’est que l ’âme ne pleure que de se\nsentir, fliqflaquante, mourir comme une voile sans la brise. Je le sen­\ntais; et enfonçant, sous une jo ie invincible, la nuque en mes épaules,\nj ’étais saoûl de tant de vins pleins d’ arômes et de tant de fruits succulents.\n L ’étrange adieu !\n  Or, en cette nuit, au rhythme des dalles sonnant sous mes talons, je\npassais mon cœur à l ’étamine et le ressassais.\n   Des hôtels que je dépassais, non plus que des arbres givrés de mort,\nrien ne criait hourra à mes épanchements. Et je ne peux encore, aux\njours que je veux, hélas, faire broncher les étoiles; je ne sais encore les\nsaisir dans mes mains et, les perçant comme les œufs tavelés des fau­\nvettes, en faire des colliers pour mou âme excitée.\n  Je vous dis : pas un sourire, même de moquerie. L ’environ me dévisa­\ngeait avec des yeux ternes comme des maximes poudreuses.\n  Ah certes, pensais-je, au coin partial de mon enfance, les cailloux des\nchemins sont plus tendres que ces cœurs étrangers. Sous mes pieds, en\nmon village, les pavés bondissent. Sur mon visage, le vent chante des\ncontes pimpants et de jolies histoires. L ’azur se résoud en perles, aux\ncils de mes paupières, chez nous !\n  Oui, là-bas, les choses, on dirait qu’elles se lèvent quand approche leur\nnourrisson. D’avenantes jeunes filles aux chevelures en bandeaux, aux\nyeux du bleu-gris des pierres taillées, se lèvent dans les foins, au bruit\nde mes pas. Et la plus belle, celle qui a un visage large au sourire docile\net la tête ceinte d'un foulard rouge, incontinent, elle devine si mon cœur\nest gai aujourd’hui et s’ il demande des caresses. Elle étend son bras sur\nmon épaule et chantonnant entre ses dents, elle m ’entraîne par les haies.\nCar les choses de ma jeunesse ne sont pas regardantes; celles qui me\ndonnèrent leur lait jadis, leurs filles me donnent leurs baisers à présent.\n  Et il semble que là, j ’entende ma Mère la Terre garder le seuil de mon\nâme, comme Télémaque, ayant suspendu sa tunique molle auprès du lit\nsculpté, écoutait la fidèle Eurykléa, sa nourrice aux sages conseils, pous­\nser, dans l ’ anneau d’ argent, le verrou de la p orte... Ah ! ma paix est si\nprofonde, qu’entre ces bras, je ne saurais mourir.\n  Mais vous, la ville étrangère, maupiteuse et maussade, vous affectiez\nde me laisser seul. Je voyais, par les fenêtres de vos maisons luxueuses,\n"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2718, "texte": "                                  — 59 —\n\n\n d’emphatiques lampes juchées sur leur haut pied, en la posture des\nhérons songeurs, au bord des marécages; vos pianos clapotaient avec le.\nbruit triste de l'eau sous les ponts; dans ces chambres, par le carreau, les\nhabitants avaient l’air de mourants sans désir, et même — ô vie resplen­\ndissante — , sur beaucoup de visages, je lisais le honte de vivre !\n   Tel qu’ en fuite, je descendis une venelle qu’écrase la masse d’ un palais\ngigantesque et minutieux, une démence en pierres. Elle me conduisit dans\nun quartier pauvre tout vif d ’une animation pittoresque.\n   A ux vitres brouillées des boutiques, je regardais, entre les corbeilles\nd’oranges étincelantes et les bocaux de sucreries, les familles serrées\nautour du poêle à tuyau plat. C'était, souvent, une vieille sur sa chaise\nbasse; un vieux fumant du tabac, dont la peau lâche du cou s’agitait à\nchaque sucée des joues, à la façon d’ un petit fanon ; et un petiot croquant\nun fruit, la tache rose de son visage que coupait la ligne sanglante des\nlèvres avivées par l ’acide, levée vers les causeurs.\n   Je voyais leurs gestes sans entendre leurs voix, non plus que le tic-tac\ndu balancier luisant comme une patène sous l ’horloge à cadran fleu­\nronné.\n   Dans l a brouée d’ hiver, par les impostes des portes closes, les lumières\ngiclaient en bandes roides, tels des pans de draperie tendus.\n   Et au coupeau des toits, dans le calme du rêve, il y a beaucoup de\ntoutes petites lueurs qui brillent aux mansardes. Ce sont les lampes\nvénérables des solitaires et quelquefois elles se confondent avec les\nétoiles.\n   V oici le charcutier dans sa boutique. Il porte un feutre noir et une\njaquette de coutil rayé. Sur l ’étal, il coupe en tranches des viandes\ncuites, de couleur fade; il les enveloppe de papier blanc; il compte la\nmonnaie sur le com ptoir; et la commère fournie s’enfuit par la rue, en\nsautant entre les flaques, pressée par l ’ heure du souper.\n   Des enfants s’arrêtent à des étalages de marchands. Ici paradent des\ncasquettes multiformes et compliquées, munies d’ un chiffre au front. Je\nsuis sûr que les petits, bientôt, les voient bouger ; et certes, les voilà déjà\nchangés en conscrits qui reviennent chantant du tirage au sort... Et\ndans la flanelle rouge à bouillons, ces beaux messieurs douillettement\ncouchés, ce n’est rien que des costumes épinglés sur des planches, à la\nmontre du tailleur.\n   La rue boueuse ruisselle du reflet des lumières. Dans la projection des\nclartés, les faces des passants congestionnées par le froid, un instant\nluisent, et disparaissent. J ’ai saisi l'éclair de leurs yeux qui désirent ou\nles ratures de leurs fronts perplexes. Leur âme a vibré sur la mienne.\n"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2764, "texte": "                                   —   60   -\n\n\n\nMais ils passent, continuent d’aller rire et pleurer où les pousse la desti­\nnée, et je ne les verrai plus.\n   D ’ un détour de la rue, je perçois le bruit d ’ une musique, tout à coup ;\net au loin, des torches levées fument et s’ échevellent au-dessus d ’ un\ngroupe noir qui barre la rue.\n  Je reconnais dans le chétif orchestre, la voix d'un cornet à piston; et à\nmesure que je m ’approche, je viens à distinguer mieux les variations\nqu’il festonne. Je me représente le musicien, sa cravate lavallière à bouts\nflottants, son chapeau de feutre mou posé sur l ’ oreille, le bord relevé sur\nles cheveux crépus qui bouffent. Pour sûr, il jou e aux bals de la « Cour\nde Bruxelles », les dimanches et les lundis. Ah ! je te connais déjà,\npapillottant coureur de filles !\n  Toute proche, la clarinette colère un peu se presse et ne veut pas être\nen arrière. Seule, la grosse caisse joue pour elle-m êm e; et à résonner si\nfort, elle a beaucoup de plaisir.\n  Dans le groupe des curieux, tout près de moi, est une jeune fille. Ses\nvêtements ont l'odeur de l ’huile des machines à coudre; elle tient en\nmain un rouleau de livraisons de roman. Elle me répond :\n   « Ils jouent ainsi, parce que la boulangerie sera fermée dans quelques\njou rs. Puis, on va la dém olir; voyez, l ’ affiche du carreau dit que c’est\npour bientôt. Le boulanger était dans cette maison depuis toujours, et\neux sont venus avec leur musique pour lui dire au revoir. »\n  Le toit de cette maisonnette semble affaissé de vieillesse. La neige est\nrépandue sur ses tuiles à la manière de houppes d’hermine que perce le\nrelief noir des cannelures. L ’ unique fenêtre de l ’étage est garnie d’ une\nbalustrade construite de menus morceaux de bois taillés en lances; elle\nretient des potées de fleurs fanées, tordant encore leurs tiges à des ficelles\ntendues. En suintant des chéneaux, l’ eau a maquillé la façade d’ une lèpre\nverdâtre, et c ’est sur un plâtre boursouflé que se jouent les ombres pro­\njetées par les torches fuligineuses. Les murs, avec l ’âge, souvent prennent\nune physionom ie; ceu x-ci, pour avoir vu à leurs pieds passer une foule\npressée de petites gens besoigneuses, ont un air triste, doux et très las.\n  Des pains sont alignés derrière la vitre ; en vérité, ils sont fort beaux ;\net j ’ ai plaisir à m ’expliquer qu’ils ne furent cuits à la vapeur, ni au gaz\ndes fours perfectionnés. Non, ils ont levé, comme ceux de ma tante la\nfermière, dans des cattoirs de paille tressée, tendues de toile blanche, et\nqu’on donne quand elles sont dépenaillées, pour la nuitée aux mères-poules.\nEt puis, ces pains ont roussi à la chaleur d’ un hêtre pétillant, bûché dans\nles petits vallons de la forêt de Soignes, entassé et séché au bord d’ une\n"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2685, "texte": "                                    -   61 -\n\n\nroute pavée où sonnent clair les roues des chars. Poudrés de fine cendre\net de la farine où on les tourna, les voilà nos beaux pains !\n   La lampe de verre est sur le com ptoir proche la balance aux plateaux\nluisants ; et sur une claie d’osier blanc, il y a des tartelettes pour les\npetits enfants.\n   La musique jou e avec un trémolo émouvant. Le boulanger est sur le\nseuil, les manches retroussées, ses gros bras appuyés aux montants de\npierre, et un coin de son tablier est passé dans sa ceinture. Il a une\ngrosse tête bretaudée, une face pâle et bouffie de travailleur noctambule.\nSes oreilles sont écartées du crâne par des bourrelets de graisse. Ce sont\nvraiment de bons amis qui viennent lui donner pareil salut ; sa grande\nbouche bée ne cesse de leur sourire.\n    Une vieille femme ratatinée et maigriotte qui se frotte les yeux ? C’est\nla boulangère. La musique la frappe si véhémentement au creux de\nl ’estomac, qu’ elle concentre toutes ses forces à écarquiller ses paupières et se\nretenir de pleurer. Sous les bras de son mari, entretemps, elle avance\n rapidement la tête dans la rue, puis la retire.\n    Ici, à ces deux bonnes gens, leur temps est achevé, et dans quelques\njou rs, ils s’en iront. Déjà les comptes des clients sont arrêtés ; et il n’est\n plus servi de pains à crédit.\n   L ’administration de la ville leur payera une belle somme, et ils ne\ntravailleront plus, désormais. Ils iront à Laeken, près le parc du roi,\npasser les après-midi des dimanches. Ils goûteront de café au lait et de\ncramicbe ; et je les en vois déjà discutant la qualité des raisins de\nCorinthe. Et ils iront aussi, en tramway, au bois de la Cambre, chez la\nmère Lambic, où l ’on joue du violon, sous des berceaux de charmilles,\ntandis que virent et paradent, tout près, les attelages cossus dans le\ngravier craquant.\n  Alors, penseront-ils quelquefois au pavement de briquettes rouges qu’en\nla boutique abandonnée, creusèrent si profondément leurs pieds, au\ndétour du com ptoir; à la huche au pain rassi dont le noir du chêne se\nmontrait, à la manique où la couleur était usée ; au verre boudiné de la\nfenêtre qui défigurait à leurs yeux, les passants de la rue ? Car il doit\ny avoir, chez eux, de ces vieilles choses qu’ ils râpèrent de leur vie, qu’ils\nvont laisser, et qu’on détruira...\n  Et j ’ose avancer, pour lui, que le boulanger y pensera. Et il ne gron­\ndera pas sa femme si, à sa nouvelle demeure, elle s’arrête tout à coup de\nmanger, la bonne femme, et lui demande quelquefois la fourchette en\nl ’air : « Boulanger, la sonnette n’ a-t-elle pas tinté ? »\n    Cher boulanger, ne te moques pas ! C’ est, vois-tu, dans sa tête, le\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2884, "texte": "                                     62 —\n\n\n\nsouvenir passant qui se pencha au seuil de l ’ancienne demeure et vous\ncria bonjour, comme chacun fait, au corridor des maisons amies.\n    Je n’ invente rien, je connais bien les boulangers, parce que, lorsque\nj ’étais un enfant, j ’allais souvent quérir le pain. La boutique était au coin\n de la rue. J ’en gravissais le perron, et la sonnette dindrelinait interm i­\nnablement au bout de son long ressort d’acier, tandis que du tréfond de\n la maison, j ’entendais s’ approcher les sabots de la marchande.\n    Elle choisissait soigneusement mon pain dans la huche; venait à la\nfenêtre, visiter ceux de la montre ; maniait et soupesait les rangées\nenfermées dans l ’ armoire ; et après tout cela, je la vis même aller quelque­\nfois jusqu’à la maie de la chambre voisine. C'est qu’elle savait le pain\nqu’il fallait à la maison, la bonne fem m e; et elle le cherchait avec une\nattention qui me paraissait, à tout coup, extraordinaire; car j ’ ignorais\nencore la connaissance particulière qu’ ont les gens d'un métier, des objets\nqu’ ils fabriquent; et je ne savais pas que le berger distingue, à même le\ntroupeau, chacun de ses moutons.\n   Mon pain dans les bras, je m’encourais, en croquant les miettes des\nbaisures. Et alors, c ’était le goûter. C’ était la fenêtre claire brillant sur\nla cour verte et fleurie; la bouilloire qui tressaille au feu et rêvasse; la\nm ère, le pain sur la poitrine, qui trace, de son couteau, une croix sur la\n croûte avant de l ’entamer.\n   Dans le jou r mourant, l’âme des choses s’ exhale comme la buée au\n cours des ruisseaux parmi les herbes; et elle se lève langoureuse et\n câline, s'étire, tourne un peu et vous enlace.\n    Je n’ oublie pas la boulangerie de notre rue, ni le temps où les douces\n heures, en passant, agitaient leur carillon d’or pour réjouir mes oreilles.\n C’était le temps délicieux où j ’étais le petit enfant les yeu x tout ouverts\n et un doigt sur la lèvre, vers qui vous veniez — ô douce, douce vie pure\n encore de vouloir — comme le cortège infini des rois mages riants et\n graves et chargés de présents. Ed quand j ’ arrivais à la borne d’ où, par\n dessus les murs, on découvre l ’ amphitéâtre fleuri des jardinets étalés,\n souvent la terre natale s’ agenouillait devant moi et passait doucement\n ses paumes sur mes joues, au temps délicieux où j ’étais un petit enfant\n et que j ’ allais quérir le pain de la m aison...\n    Cependant ici, dans la rue, le cornet chantait toujours ses fariboles, et\n les curieux restaient le visage levé vers la vitrine jaune de lumière.\n    Beaucoup d’ entre eux, les jours passés, étaient venus à cette masure ;\n et en eux, son souvenir sourirait longtemps, gai et léger. — D ’autres s’ at­\n tristaient à la pensée que bientôt elle serait couchée, é ventrée, derrière\n une clôture de planches et qu’on verrait sur ses pignons courir la trace de\n"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2796, "texte": "                                   - 63 -\n\n\n suie des cheminées et les bandes de couleurs suivant les escaliers ; ils s’en\n attristaient car, pour vivre, ils doivent, ceux-là, être frappés et caressés ;\n ils ne savent rester calmes. — Et ces derniers, au contraire, voyaient tout\n avec impassibilité : leur âme ne rit, ni ne pleure; elle est simple comme\n du pain. Ils ne regrettent rien ; ils n’espèrent rien. Depuis les siècles ils\n savent que tout vient comme il le doit et qu’ on ne change que peu de\n choses. Ils sont les solides vivants, les piliers du monde, les noires\n racines silencieuses de nos rameaux murmurants et bariolés.\n   Je les regardais les uns et les autres. A mesure que, dans ces groupes, je\n dévisageais mes voisins, une tendre sympathie liait ses trames entre nous.\n Ce que j ’avais je té , de mon cœur sur eux, me revenait chargé de nouveaux\n cristaux d’amour.\n    Et c ’est de la sorte, incontinent que les choses m ’eurent là reconnu,\n qu’elles se mirent à me cajoler. Semblables à des enfants, elles dansaient\n autour de moi leur ronde, m ’emprisonnant de leurs menottes rouges et\n molles et de leurs voix fl ûtées : « Cigale, ma cigale, allons, il faut chan­\n ter — Les lauriers du bois sont déjà repoussés ! »\n    Alors, je te remarquai tout à coup, toi que je ne devais plus revoir. Tu\n allais et venais dans l ’étroite boutique que baignaient la lampe d’or, le\n reflet des pains, les ustensiles polis et familiers. De la vieille maison qui\n demain s’écroulerait dans la mort, tu me faisais un joyeu x signe d’adieu.\n Je voyais tes lèvres remuer et distinguais qu’elles me répétaient ce qu’au\n matin elles m’ avaient dit, ce que j ’aurai toujours présent, bonne\n amie :\n   « Va dans la vie caressante et n’insulte pas la destinée. Ne pleure pas\n sur ce qui arrive, car les événements sont les enfants de Dieu. Il est vrai,\nsouvent dès l ’ abord, on ne les reconnaît pas. On les croit étrangers et\nl ’on se défie; on leur trouve une physionomie sournoise; pour un peu, on\n les chasserait avec des pierres. Mais plutôt, attends. Les voilà qui tirent\n^brusquement la main de leur tablier; et ils vous offrent leur bouquet de\n fleurs ! Je t’assure, dès à présent, qu’ils ont tous une fleurette à donner,\n ou pour le moins un petit minot veloureux, poudré de pollen d’o r...\n Adieu te dis ! »\n   ... Pour finir l’ histoire, qui sera le cornet à piston papillottant et\n courant comme une arabesque au cadre du dessin des heures?\n   Il ne veut pas se taire encore. Une cabriole, dit-il, pour le gros boulan­\n ger! Un trille pour la vieille aux yeux rouges! Et pour la fillette aux\n romans en livraison, une pirouette !\n   Le musicien cambre la taille. Il tourne sur lui-même et fixe les specta­\n teurs en soufflant. Sa face est rouge, son cou gonflé! Son haleine pousse\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 297, "texte": "                                — 64 —\n\n\nla roue du m onde; pour le moment, croit-il, il est rigoureusement néces­\nsaire qu’il vive. Il est heureux.\n\n  A u 2 2 J an vier, 1895 !\n\n                                                           L ouis D e l a t t r e .\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-04-15-n4-005", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 64, "page_fin": 64, "titre_corps": "Médaillon", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arthur Toisoul", "ancre_debut": "Médaillon             L a nymphe au doux visage", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 297, "fin_caractere_exclue": 1093, "texte": "Médaillon\n\n           L a nymphe au doux visage\n           Cueille la belle fleur qui rêve comme d’azur,\n           Au bord de l’onde blond azur...\n\n           Au bord de l’onde blond azur,\n           Elle cueille la belle fleur qui rêve comme d’azur...\n\n\n           Mais la nymphe s’est blessée à la main,\n           Soudain :\n           L a fleur est une rose sauvage;\n           Or il n’est point, et c’est dommage\n           Vraiment, de roses sans épines...\n\n\n           E t la nymphe, qui se croit bien maligne,\n           La nymphe au doux visage a pensé :\n           « Les fleurs que je cueille en le cœur de mon aimé\n           Sont très belles aussi et pourtant sans épines ? »\n\n\n                                             A r t h u r T o is o u l\n\n\n             (*) de Mes Sourires.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-04-15-n4-006", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 65, "page_fin": 68, "titre_corps": "Avertissement nostalgique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Sander Pierron", "ancre_debut": "Avertissement Nostalgique(1)       Parfois le train s’ engag", "ancre_fin": "regagner la grand’route", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "GEANT Jeunesse, ah! vingt ans", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "Avertissement Nostalgique(1)\n\n\n    Parfois le train s’ engageant dans une cavée cache l ’horizon ; le com ­\n partiment, alors, prend l ’atmosphère d’ une chambre vers le crépuscule.\n Les paupières se baissent, le cœur se gonfle de la volupté qu’ on ressent en\n compagnie de ceux qu’on aime, la pensée c/feuille lentement notre\n inspiration et l’on songe au travail, au travail réconfortant du cerveau,\n au charme captieux de l ’art et soudain, revenu de sa rêverie, arraché de\n sa somnolence par l ’éclat du jou r qui pénètre en intrus, on se sent triste,\n on maudit ce train qui nous emporte bien loin, loin de notre coin intime\n où les ambiances ont des sourires et des caresses timides et discrètes. On\n quitte tout, et on s’en va seul, tout seul vers des endroits où l'on se sent\n plus seul encore de voir les autres paisibles et calmes.\n    — Et le repos! Et la tranquillité après des mois de travail et d ’études,\n n’est-ce point délicieux? Ne faut-il point retremper notre âme dans la\n solitude et lui donner durant une période l’oubli de tout?\n   Ne plus songer à rien, devenir autre !\n  Il n’y a que le rêve alors qui puisse suppléer à ce que nous abandonnons\nvolontairement pour laisser mûrir la sève des fleurs prochaines de notre\nesprit.\n  Mais le rêve c ’est une besogne très lourde, une vie occulte où la pensée\nburine des marbres extraordinaires et où les yeux s’hallucinent et se\nvoilent de fatigue devient dos étendues formidables et étranges. Ecar­\nquilier les yeux, plus grands que de coutume, s’extasier devant tout,\nentendre sans percevoir!\n• N on, un artiste est un être sensitif, malheureux, l’insouciance est un\n mot, pour lui, incompréhensible.\n   Et c ’est ainsi que chaque fois que je me mets en route j ’ ai des appré­\n hensions.\n   Tout artiste, tout penseur au sens profond, sait d’avance, lorsqu’il\nvoyage, qu’il va souffrir, que souvent le soir dans sa chambre d’auberge\nses impressions du jo u r rappelleront dans son cœur les jouissances du\nmilieu qu’il a quitté.\n  Et pour nous les voyages, les excursions lointaines confectionnent une\nchaîne de souvenirs pleins de cruautés voluptueuses qui, contrastant avec\n\n\n  (1) Extrait d ’un prochain livre : Jours d'Oubli.\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2805, "texte": "                                  -   66   -\n\n\n\n\nnos grandes jouissances d’art, forment la trame de notre travail et la\nsemence de nos mélancolies .     .   .     .   .   .    .    .\n   Nous voici de nouveau en voiture. Le type des êtres change insensible­\nment. Les casquettes et les kiels bleus dès paysans se font rares ; le\nflamand disparaît. Plus de chevelures coupées ras, ces cheveux blonds\naux teintes de blés mûrs. Les naturels qui montent dans notre compar­\ntiment portent, la plupart, la redingote ou la veste courte de drap n oir;\nils sont coiffés d’ un chapeau de soie grossière, élevé, aux bords étroits\nformant visière sur le devant et d’où déborde une chevelure longue et\nsale, fuligineuse pourrait-on dire. Elle est coupée droit sur la nuque et\ns’arrondit derrière l ’oreille. Le cou est serré dans une épaisse cravate en\nsatin noir que deux boutons d’or, gros comme des noisettes, retiennent\nsous le menton. Ces boutons font l ’étonnement de tous ceux qui voyagent\nen Zélande. Lorsque, dans ses excursions, on rencontre un être, avant\nde le dévisager, avant de lui souhaiter amicalement le « gœden dag, » les\nyeu x se reportent machinalement au-dessus du col de l ’habit pour y\ndistinguer ces deux boules brillantes, ces deux yeux jaunes toujours\ncalmes, moins cupides et plus loyaux que les autres ! Jadis ces boutons\nornaient le gilet,, ils étaient, en a rgen t; cette mode charmante a malheu­\nreusement vécu et les deux agraffe s de la cravate remplacent la double\nrangée de diamants métalliques qui se proéminaient avec de doux éclats\nsur l ’étoffe foncée du waistcoat zélandais.\n   J ’en ai deux de ccs bijoux aux boutonnières .de mes manchettes ; ils\nont de deux à trois centimètres de diamètre et forment une fleur bizarre\net simple en filigrane d’argent. Le travail est artistique et délicat.\n  — Peut-être, me d is-je, souvent, lorsque je les regarde, faisaient-ils\nl’ornement et la fierté d’ un pauvre straatmanneke de W alcheren ou de la\nZeeuwsch - V laanderen.\n   Ces boutons de métal précieux jouent dans leur vie un grand rôle, ils\nleur sont un talisman, une véritable amulette. Combien j ’en vis des\ndépenaillés arborant avec une sorte de fierté ces deux boules de vermeil\nou d’ or à leurs guenilles ! Il semble que le plus pauvre tienne à montrer\nqu’ il est quelque chose, qu’il n’est point si misérable qu’ il le parait.\n  En face de moi a pris place un jeune homme de dix-huit ans environ.\nIl est vêtu d’étoffe brune et coiffé d’ une casquette plate et ronde d’ une\nforme spéciale et que portent, surtout les habitants de l’ile de W alcheren.\nSes pieds se perdent dans des sabots de bois blanc à la proue effilée. Je\nl ’observe à mon aise tandis que ses yeux, d’ un bleu archaïque, se perdent\ndans la campagne. Sa figure est ronde, potelée ; les oreilles rouges dessi-\n"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "                                     -   67 -\n\n\n  lient comme deux coquillages carminés sur les algues cendrées de sa\n  tignasse.\n     Bientôt il détourne la tète. Il me semble avoir l’intention de m’adresser\n  la parole. Sa pensée est hésitante, je le devine à son regard qui s’impré­\n  cise, à ses mains qui, d’abord tranquillement étendues sur ses cuisses, se\n  tordent maintenant avec naïveté et incertitude. Il se concerte un instant,\n  baisse les yeu x une seconde pour les reporter ensuite vers la route\n  poudreuse où des enfants arrivent en se donnant le bras et en chantant,\n  met une main en poche fébrilement et me dit, sans me regarder :\n    — « Sehoone kinderen, n id waar, m ijnheer?\n    — « J a, en zeer vroolij k . —\n    La timidité de mon voisin a disparu. Il se retrouve à l ’aise. Et pour\n accélérer la conversation il me nomme les clochers pointant à l ’ horizon :\n là-bas c ’est St Jan Steen et Absdale, ici c’est le hameau de K ijkuit.\n    En arrivant à A xel nous étions une paire d’amis conversant en\n hollandais.\n   Le langage est moins pittoresque que le Flamand, les phrases sont\n guindées, sans ampleur, elles ont moins de ragoût que nos patois, elles\n sonnent à l ’oreille comme une cloche félée. Mais malgré cela mon nouvel ami\n me plait avec ses yeux calmes et son coeur saus replis. Eu débarquant à\n Ternëuzen — N euzen ainsi que les gens d’ici disent pittoresquement —\nje connaissais toute son histoire.\n    Il était fils d ’ un petit paysan d’Othène qui cultivait quelques hectares\n de terrain. Son frère, engagé sur un voilier, avait péri dans le Hont en\nrevenant de son premier voyage, le navire étant allé échouer sur les\nbancs de sable du Hoofdplaat. En me contant cela le jeune g ars regardait,\nfort loin, ou peut-être bien en lui-m êm e; ma présence l'em pêcha sans\ndoute de verser les larmes que l ’exhumation de ce souvenir douloureux\nchassait vers ses paupières. Sa volonté sécha ses pleurs avant qu’ils\neussent atteint les prunelles attristées      .    .    .   .     .\n   A présent il travaillait ferme, guidant les chevaux de labour attelés à\nla charrue, semant ou battant en grange suivant les saisons. Son père se\nfaisait vieux, et dans quelques années il deviendraitpachter lui-même.\n   Et ainsi s’écoule paisiblement la vie de ces êtres impulsifs et frustes qui\npeuplent les campagnes. De temps à autre une catastrophe, une seule, ou\ndeux grandes douleurs dans l ’existence. De ces douleurs qui s’ émoussent\net dont la mélancolie se confond avec celle plus calme planant au-dessus\ndes villages monotones.\n   Dans une vie de penseur les peines sont incessantes, continuelles;\nelles sont pour ainsi dire sa raison d’être. Et ce sont ces peines qui\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 931, "texte": "                                   -   68\n\n\n\nrendent les jouissances célestes, trop cruelles, car elles alternent fata­\nlement avec de cuisants chagrins.      .    .   .    .     .    .    .\n   A l ’ embarcadère du bateau pour Flessingue mon compagnon me serra\ngauchement la main que je lui tendais et me dit, après m’avoir souhaité\nle bon voyage en son langage étrange, u n peu saccadé par l ’émotion :\n\" Si jamais vous venez par ici, passez jusqu'à Othene — il indiquait à\ngauche, vers le cheval, un clocher distant — et demandez Vader\nV an Harlem, vous serez le bien-venu. »\n  Son œil d’un bleu archaïque se fixa une seconde sur moi, confiant, avec\nune témérité que son aspect timide ne m ’eût jam ais suggéré. Il me tira\nsa casquette et, d’ un pas lourd, tourna le c oin de la station pour regagner\nla grand’route.\n                                                       S a n d e r P ie r r o n\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-04-15-n4-007", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 68, "page_fin": 68, "titre_corps": "Chant", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "GEANT Jeunesse, ah! vingt ans", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 89, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 931, "fin_caractere_exclue": 1789, "texte": "G E A N T\n\nJeunesse, ah! vingt ans. tous de fleurs et de rosée,\noù tout flamme, et tout rit, et pleure en la menu heure,\nah ! l’aile, l ’aile blanche, et l ’aile en blatte posée,\nah ! l’aile en nos cœurs d’or sur fond d’azur, et sans langueur...\nah ! l ’aile des oiseaux miraculeux d’espoir,\ndes oiseaux bleus de l'antique lég en d e!...\n   Les vîtes-vous venir, en l’ aube, pennes grandes,\nles ailes des oiseaux d’espoir,\nvous qui pleurez, en désespoir,\nvers le s o ir ? ......\n\nJeunesse, ah ! voulez-vous écoute r le Printemps,\nqui chante en la voix des oiseaux sur les branches ;\nJeunesse, venez-vous en p a r les dimanches,\nvers le baiser donné, reçu, rendu,\ndans les blés d’or sous le ciel nu......\nJeunesse, écoutez le P r intemps,\nqui va chantant\nla gamme des cœurs éclatants!\n                                                       G eorges R e n c y\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-04-15-n4-008", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 69, "page_fin": 73, "titre_corps": "Les âmes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Blanche Rousseau", "ancre_debut": "LES                  AMES     H uit heures son n èrent, e", "ancre_fin": "c h e R ou sseau", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Chanson à rire sous un grand ciel                                                            à Emile Verhaeren  Et don", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 67, "fin_caractere_exclue": 2519, "texte": "LES                  AMES\n    H uit heures son n èrent, et en m êm e tem ps, un chien hurla dans la\n  cam pagne.\n     « D éjà huit h e u r e s !... » E n ma tête lasse — dieu sait p o u rq u o i!\n — j ’ entendis l ’é ch o loin d ’ une bonne v o ix de gra n d ’ m ère, puis je\n m ’ assis près du fo y e r n oir et tachais de son ger à des ch oses de m ain­\n tenant.\n    A cô té, les enfants riaient et jou aien t : « T ante L o u is e !... Tante\n L o u is e !... » Ils vin ren t frapper la porte de leurs petits poings, et\n puis, lassés de m on obstin ation , ils retournèrent à leurs jouets.\n    Ici, tou t était silen cieu x : la lam pe a g on isa it... en m oi chantonnait\n tou jou rs la vieille v o ix lo in ta in e ,... et je ne p ou vais son ger à des\n ch oses de m aintenant.\n   Je fis pourtant tous m es efforts et, p ou r em pêch er m es y e u x de\n regarder au tou r de m oi les vieu x m urs de jad is, je pris ma tête dans\n mes deu x m ains ; les doigts devant les prunelles je m ’appliquai déses­\n pérém ent à con cen trer mes idées sur un seul p o in t... P eine perdue!\nJe vis m a n ou rrice câline et sa rude v o ix de paysanne me disait :\n« L ou isette, si v ou s êtes bien sage je v ou s m ènerai à la k erm esse. »\nE t je vis le petit coin du salon où on me mettait en p én iten ce... E t\nla pelou se où je m ’ étendais pou r r ê v e r... L e m aréchal-ferrant frappe\nsur son en clu m e : t o c ... to c ... q u ’on est doucem ent ainsi dans\nl’ h erbe ! t o c ... t o c ... A v e c ces abeilles qui bourdonnent, com m e de\npetites fées, au -dessus de m on fr o n t... to c ... t o c ... le ciel est bleu,\ntout bleu, tou t b le u ; un petit nuage flotte, et les abeilles b ou rd on ­\nn en t... t o c ... t o c ...\n   — L o u i s e !... M ais viens d o n c!\n   U ne main tâtonnait a u tou r de la clef. D ou cem en t je me glissai\nvers l ’autre p orte et je descendis au jardin.\n  Il faisait calm e et d o u x ... L a lune ronde brillait, au milieu d ’ un\nfou rm illem ent d ’éto ile s... E lle éclairait tout le jardin et les m arches\ndu perron q u ’ elle faisait blanches et lu m in euses...\n  L es arbres étaient pensifs et las, ainsi que des v ieillard s... les\nfleurs im m o b ile s... Il faisait m ystérieu x, très clair et sans un b ru it;\nla pelou se scin tillait co m m e une m er.\n   R ien n ’avait été ch angé ; V o ici bien le vieu x banc où il venait\ns’ asseoir, et voici bien la plate-bande d e-pen sées... Je fis quelques\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3108, "texte": "                                       — 70\n\n\npas dans l’ allée prin cipale, exam inan t ch aqu e c h o s e ... O ui, tou t était\nco m m e ja d is ... m êm e le cie l, to u jo u rs bleu et con stellé ; m êm e les\nroses, m êm e les ca illo u x du c h e m in ... V o ic i le ly s tigré que n ous\na v ion s planté en sem ble et la co rb e ille de g é ra n iu m s... E t v o ici la\ntouffe de m y osotis au pied de l ’a cca cia , et le m u r c o u v e rt de v ig n e-\nv ie r g e ... Ju squ ’ au x toutes petites araignées qui grim paient le lo n g\ndes m êm es fe u ille s ... ju s q u ’à la g ren ou ille v erte qui s ’ effa rou ch a en\nm e v o y a n t... R ien n’ ava it été ch a n g é.\n   J e m ’assis sur le ban c.\n   C ’était le vieu x ja rd in où j ’avais jo u é tou t enfant, et la m aison\ndont je sortais était la v ieille m aison où s’ étaient écou lées m es p re ­\nm ières années, où m on père était m o rt l ’ an d ern ie r... Je ne vou lu s\npas son g er à cela , c ’était trop n a v ra n t! m ais, ainsi que tantôt, m a\nv o lo n té fut im puissante, et m es pensées s ’ en allèrent à la débandade\ndans le passé, faisant re v iv re P è r e , a v e c son geste spirituel, ses\nvestes de v elou rs, et ses belles m ains blan ch es to u jo u rs tach ées de\nc o u le u r s ... Il ch anta d ’ anciens airs : « T r o is petits ta m b o u r s ... re v e ­\nnaient de la g u e r r e ... » Il je ta sa p a le tte ... Il prit son lo rg n o n , rit,\ng r o n d a ... E t je m e prom en ai a v ec lui, et nous allâm es, cô te à cô te ,\npar une ruelle où cou ra it un ruisseau, b ord ée de m û riers et d ’ar­\nbustes sau vages, où le soleil glissait par fines traînées.\n   D e la m aison ven aien t des v o ix ; des petits pieds cou ru ren t dans le\nv e s tib u le : « T a n te L o u i s e !... » L e s enfants m e ch erch aien t : on\ns ’ inquiétait p eu t-être? N ’im p o rte ! je ne p ou v a is m ’ en a lle r ... J ’é c o u ­\ntai qu elqu es in sta n ts ,... les bruits cessèren t.\n  Il faisait frais et sa in ; les lueurs d ’ étoiles et de lune b aign aien t\nm on fron t et m es m a in s... L a nuit était lum ineuse et d o u ce , nuit\nde rêv e et d ’ a m o u r ... E t c ’était étrangem ent trou b la n t, ces co ro lle s\nferm ées qui d orm aient dans une lueur b la n ch e, la m er scintillante\nde la pelou se et ces arb res, à l ’ aspect de vieillards. U n e angoisse\nindicible se glissa dans m on cœ u r et le serra, co m m e une m ain.\n  A m esure que le tem ps fu yait, cette a n goisse grandissait, se p ré ci­\nsait ju s q u ’ à prendre une fo rm e , deven ir q u elq u ’ un. T o u t e im pression\nheureu se s ’év an ou it, co m m e si m on âm e m ’ eût quittée b ru squ em en t\np ou r s ’ en aller errer par les anciens ch e m in s... J e v o y a is la nuit\nlum ineuse et le ciel pointé d ’o r ... J ’ entendais les bruits fam iliers, les\nm iaulem ents d ’ un ch at sur le m u r, les frôlem en ts des feu illes, la\nv o i x loin tain e d ’ un v io lo n ... Je v o y a is , j ’entendais, m ais je ne sentais\nrien, rien que la d ou leu r et la désillu sion qui ch u ch ota ien t dans\nune allée loin ta in e ...\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2937, "texte": "                                        71\n\n\n  « T e sou vien s-tu de ton v ieu x P ère? T e sou vien s-tu com m e il\n» chantait p ou r t’ en d orm ir et q u ’ il te berçait dans ses b ra s? T e so u ­\n» v ien s-tu q u ’ il te faisait sauter sur ses gen ou x et q u ’il te portait sur\n» son épaule p ou r te faire v o ir son « grand tableau » ? T o u t cela est\n» fin i... Il est m o r t ... C ela ne revien dra ja m a is ! »\n  Je m e levai du ban c a v ec un lou rd sou pir et je m ’ avançai d’ un\npas lent dans une n o u v e lle allée.\n  C elle-ci était tou te b ord ée de résédas, des deux côtés, de résédas\nverts qui em b a u m a ie n t... A insi, dans la lum ière de lune, c ’ était des\nrésédas de cie l, des résédas de paradis, a vec un parfum m ystérieux\net d ou x ju s q u ’à la défaillance. C ’ était bien ceu x de jadis, mais avec\nquelque ch ose de plus qui flottait aussi dans les buissons et les petits\ncaillou x , sou s ch a q u e brin d ’ h erbe et dans chaque c o r o lle ... Je me\nbaissai p ou r en cu eillir, mais il me sem bla q u ’ ils avaient un peu\nde m on âm e partie, dans leurs feuilles, et que c ’ eût été m ’en arra­\ncher des la m b e a u x ... Je me relevais, et m on âme partie con tin u a de\nflotter dans les résédas de paradis a vec ce quelque ch ose de d ou x et\nde m ystérieu x qui était aussi dans les arbres et sur tout le jard in .\n   J ’ allais dans m on Passé par les chem ins solita ire s... C haque pas\nm e m enait plus lo in ... C haque pierre fou lée était un an fin i... J ’ al­\nlais avec m on P ère, a v ec ses y e u x , son sou rire, son front m o r t...\nP arfois, son souffle m e fr ô la it... il disait « Me v oici » d’ une pauvre\nv o ix de t o m b e ... E t, quand je m e tournais, n erveuse et oppressée,\nj ’ avais l’ im p ression d ’ une ch ose im palpable s ’ évanouissant à mon\n côté, com m e si un être, infinim ent léger, se fut enfui dans un peu de\nv e n t...\n    Je m arch ais, ainsi q u ’ un autom ate, dans les chem ins rayés d’ ar­\ng en t... E n tre deu x fleurs, un vers luisant brillait, et sur lui, point\nétincelant, ce qu elqu e ch o se d ’ insaisissable était aussi et l ’en velop ­\npait a v ec m on â m e ... M on âm e, m on âm e ! qui donc la retenait ainsi\nloin de m oi? Je l’ entendais pleu rer, dans la nuit silen cieu se... Je\nl’appelais et je la p la ig n a is... « O m on âm e! en toi aussi s ’ étend la\n» n u it... m a p au vre âm e jeu n e et vieillie ! par ta blessure ou verte le\n» sang cou le com m e d ’ une so u rce ! » E t, dans la lune indifférente, je\nch erch ais des ra y o n s d ’esp oir.\n   D es pensées vagues flottaient en m oi, tandis que j ’ allais a in si... je\nsongeai à la m o r t ... je songeai au m ystère de toutes les vies\nhum aines, infinité de parcelles d ’am ou r éparses par le vaste m onde,\nsilencieuses ou éclatantes, p au vres, oubliées, m écon n u es... tant\ndiverses et tant s e m b la b le s !... Où donc s’ en allaient ces pauvres\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3057, "texte": "                                      —     72   —\n\n\n\nétincelles, une fois le co rp s m arte? E ta it-ce à la so u rce infinie c o n ­\nçu e par T o ls to ï? Ou bien deva ien t-elles errer, feu x -fo lle ts solita ires\ndans les en droits ch éris, durant l ’ é te rn ité ?... O ui, ce devait être ! Il\nm e sem bla q u ’ un grand soleil d éch irait du b rou illa rd , et m on cervea u\nen fut illu m iné. Je co m p ris tou t.\n   C e qui flottait, insaisissable, c ’ était l’ âm e de m on p è r e ... E lle\nétait dans les plantes q u ’ il avait aim ées, dans les résédas, su r le v e r\nlu isa n t... E lle était com m e une b rise , sou s les brins d ’ h erbe et\ndans les b u isso n s ... dans les v ie u x arbres tristes et les ch em in s\nan cien s. M ais, n on plus sa b on n e âm e v iv a n te , mais un fantôme qui\ns'était a ccro ch é à la m ienne et la tenait d ’ une étreinte d é sesp érée...\nE t l ’ âm e disait :\n  — « N ou s ven ion s nous asseoir ici lorsqu e j ’ étais ton père et que\n» je v iv a is ... v o ici le ch em in où nous v en ion s e n se m b le ... v o ic i les\n» fleurs que nous a v on s p la n tées... N ou s ne plan teron s plus de\n» fle u r s !... N ou s n ’ irons plus par les ch e m in s! fin i! fini! f i n i ! . . . »\nE t m on âm e sanglotait.\n   P endant des jo u r s et des ans, des ans et des s iè cle s... pendant ces\ntem ps infinis qui furent trente m inutes, les âm es allèren t, c ô te à\nc ô te , dans les v ieilles allées, ne parlant plus, m ais se regardant et\ndisant, p a rfois, l ’ une à l’ autre : « E st-ce bien t o i ? ... » E lles allèrent\nsou s la lune et sou s les étoiles b la n ch es co m m e a u trefois les corp s\na v ec leurs esprts v iv a n ts ... D e loin , je les regardais, a v ec l ’ an goisse\nde ne p o u v o ir les saisir et les em p o rte r. E t l’ âm e de m on père ch a n ­\ntant une v ieille ch a n son , une n a ïv e petite ch a n son d ’ a m ou r don t les\nnotes frêles trem blotaien t en s ’ évan ouissan t dans les b r a n ch e s ...\nC ela m e serrait le cœ u r.\n   — « C om b ien de tem ps cela v a - t - il d u r e r ? ... C o m b ie n de te m p s !... »\n   D an s un m ou v em en t bru sq u e, je m e heurtai au tron c d ’ un arb re.\nU n arbre sec, m ince, tou t tordu et cou rb é, d ’ une allu re sim ple et\nrésign ée tel q u ’ un v ie u x paysan qui se serait lon g tem ps p en ché vers\nla te rre ... Il m e sem b la l’ entendre p arler, dans un patois m y sté ­\nr ie u x ,... dire des ch o se s très tris te s... Je lui rép on dis : « o h ! v o u s\navez raison ! oh ! la vie est bien lon gu e !... » D an s ses bra n ch es p re s­\nque nues, d eu x pâles étoiles luisaient, co m m e des y e u x pleins de\nla rm e s... E t, tou t au b ou t d ’ un ch em in p ro fon d ,       les âm es,     im m o ­\nbiles, se regardaient to u jo u rs.\n    A lors, se fut si triste et si é p ou v a n ta b le, que m on co rp s tres­\n sa illit... V ite , dans l ’ in co n scie n ce , je hâtai m es pas vers la m aison,\npiétinant les fleurs, m ’ écrasan t a u x a rb res, a vec cette               seule idée :\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 674, "texte": "                                    — 73 —\n\n\n fuir loin d ’ i c i !. ,. L à -h a u t les étoiles passaient com m e une gerbe\n d’étincelles, et cela dansait devant m es y e u x fo u s ...\n    Je sentis a lors dans une lutte a troce, m on âme haleter et se\n débattre et s ’a rra ch er à l ’ autre qui su p p lia it... Je gravis, en courant,\n les m arch es du p erron , et quand, palpitante, je m e retournai vers le\n jardin : sou s le ciel p rofon d d ’où tom bait la lum ière, dans l'o r pâle\n de la lune et les parfum s des fleurs, je vis l ’âm e abandonnée qui me\n regardait fuir.\n\n                                                    B la n c h e R ou sseau\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-04-15-n4-009", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 73, "page_fin": 74, "titre_corps": "Chanson à rire sous un grand ciel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Chanson à rire sous un grand ciel                                                            à Emile Verhaeren  Et don", "ancre_fin": "t... Là-bas, là-bas, un rossignol chanta.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La simple chanson du beau soleil                                                         à André Ruijters   Or en la", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 674, "fin_caractere_exclue": 1228, "texte": "Chanson à rire sous un grand ciel\n                                                           à Emile Verhaeren\n\nEt donc, tout autour d’eux\nune marée de blés bruissait,\net, convulsive — et ses frissons ! —\nrampait ondulamment jusques à eux.\n\n\nUu ruisselet coulait\n— oh ! les trilles de sa chanson ! —\nà trois pas d’eux.\n\nEt, enlacés, un peu d’azur au fond des yeux,\nils se regardaient dans les yeux.\n\n\nUn rossignol chanta,\nlà-bas.\nIls riren t...\nEt la chanson de ruisselet\ndes rires\nalla m ourir\nlà-bas\navec le trille ruisselé\nde ce rossignol qui chanta.\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 552, "texte": "                                  -   74 -\n\n\nIls regardèrent les moissons.\nEt l ’oiseau éperla de nouveau sa chanson.\nIls riren t...\n\n\nLa vie et le soleil coulaient sur la nature.\nUn oiseau s’envola\nde par l ’azur...\nIls rirent !...\n\n\nEt leur amour songea — pourquoi? — qu’il faut m ou rir...\nIls regardèrent le ruisseau.\nLeur ombre s’y couchait\nnoyée\nsous les flots purs\net les reflets d’azur,\nnoyée mais en lacée...\nLeur ombre s’enlacait, au fond de l ’eau, parmi des fleurs...\nEt ils riren t...\n\n\nLà-bas, là-bas,\nun rossignol chanta.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-04-15-n4-010", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 74, "page_fin": 75, "titre_corps": "La simple chanson du beau soleil", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Vandeputte", "ancre_debut": "La simple chanson du beau soleil                                                         à André Ruijters   Or en la", "ancre_fin": "g e... 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Et par\nderrière les arbres, au travers des feuillages qu’ égrappait déjà l ’automne,\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2892, "texte": "                                  - 76 -\n\n\nde suprêmes lueurs arrivaient rouges et qui fondaient comme rubis sai­\ngnants sur les herbes, sur le sol devant nous. Silence ! Pourquoi ne\npassait-il personne dans le bois solitaire ? N ’était-ce pas à croire qu’il\nétait réservé, à nous très seuls et deux, de pressentir ce soir, quelque\nchose de l’Etrange qui nous assiège ? Nous longeâmes le lac. Le crépus­\ncule, doux, se dissolvait sur terre, ainsi qu’ une musique lentement\négouttée par les lèvres mystiques d’êtres invisibles. Oh ! l’heure exquise !\nNous longeâmes le lac;. L ’eau paraissait de marbre; calme, calme, calme\ncomme une âme d’enfant, l ’ eau s’ endormait, dorm ante...\n  Et par dessus les feuillages, à l ’autre rive, dans le ciel encore bleu la\nlune montait : pleine et large, pâle astre de sommeil, frappé à l ’ effigie\nauguste du soleil; elle s’ argentait superbement dans l ’azur profond.\nSilence ! oh ! l ’heure exquise ! Comme nous étions seuls ! Tout à coup\nnous sortîmes de l’allée et nous arrivâmes devant une grande pelouse,\nune immense pelouse. Nous nous arrêtâmes frappés et le cœur affolé.\nPourquoi ! Sans doute par ce soir vert, dans le crépuscule clair, que\nblondissait la lune cette pelouse était divine en son dévalement moelleux\net velouté, sans doute les chênes qui lourdement bouffaient en masses\nde verdures étaient graves et beaux, sans doute le silence et la solitude\nélargissaient la scène et l’ imprégnaient aussi d’ émouvante beauté, mais\nce n ’était pas cela qni nous fit demeurer. C’ était dans la nature un senti­\nment inquiet. Elle nous paraissait craignante notre approche, ainsi qu’ un\nhomme qui va faire quelque chose de mal ou plus simplement quelque\nchose qu’ il n’aime pas à faire devant tous. Le silence n’était pas naturel.\nCette solitude était trop vaste : une telle ne peut être alors seulement\nqu’ une fuite soudaine a vibré dans les branches et volé sur les gazonst\nLa disparition brusque de quelque chose pouvait seule donner à ce coin\nde forêt cette sensation étrangement fiévreuse. Qu’est-ce donc qui venait\nde s’en aller ainsi sous notre double approche ? Qu’avions-nous donc\ntroublé ? Quels ou quoi allaient venir ? Quels ou quoi étaient là ? Silence\net mystère ! Aucun vent ne soufflait. Les gazons étaient cois. L ’eau du\nlac sommeillait, sommeillante. Les arbres regardaient notre indécision.\nQu’avions-nous donc troublé ? Cette solitude et ce silence n’ étaient pas\nnaturels. N on, non. N ’est-ce pas chère ? Sans doute, en les taillis, on\nespionnait notre départ... Mais qui, qui ? ou quoi plutôt? M ystère. Oh !\ntout l ’Inconnu qui nous entoure ! Tout le mystère qui se meut autour de\nnous ! Le sentiment mystique qui nous avait saisis, ne nous permit plus,\nchère, d'avancer plus encor, et nous nous retirâmes, silencieux, et très\npersuadés que ce n’ était pas nous qu’ attendaient les gros chênes, dans la\npaix du soir vert.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-04-15-n4-012", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 77, "page_fin": 77, "titre_corps": "Les pauvres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Ruijters", "ancre_debut": "Les            Pauvres     Fatigué, les mains lourd", "ancre_fin": "au collet ! A ndré RUIJTERS.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L e s R ir e s   C’est aux sentiers d’âme j", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 98, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 77, "fin_caractere_exclue": 1633, "texte": "Les            Pauvres\n\n   Fatigué, les mains lourdes et les yeux las enfin de l ’incessant labeur il\ns'est assis à la fenêtre et comme elle est ouverte il voit dans les carreaux\nle reflet délicat du coucher du soleil. Le merveilleux vitrail qu’ est\ndevenu la vitre commune et grossière ! Il y voit le ciel tendre et l’horizon\nnacré, il y voit les touffes d’ arbres, esquisses noires sur l’ enluminement\naquarellé du reste. Il y voit des toits aussi de tuiles ou d’ardoises, rouges\nou noirs ou bleus; et son âme éreintée se retrempe et se recrée enfin\ndans le reflet du ciel, dans un bain d'idéal. Puis il voit l’horizon y pâlir,\npeu à peu, et, dans l ’ azur verdi, les étoiles éclore, brusques comme des\ndéchirures, — et son âme délectée à la lente harmonie du soir, écoutant\nle silence éperdument chanter, s’ absout d’humanité et se diffuse au sein\nhospitalier des choses —\n   Tout à coup les ténèbres l ’assaillent, tombent sur lui, brutales — Le\nm erveilleux vitrail est brisé ! Il ne voit plus rien — rien !\n   Prisonnier de la nuit, il se relève alors, triste — exilé de ses rêves\net de ses visions par l ’ombre, la perverse accourue, rompeuse de mirage.\n  Las ! Las ! Pauvres artistes — qui contemplez les choses au miroir de\nvotre âme — vous vous enfermez, aussi, dans vos abstractions ; vous fixez\nsur la nature vos regards méditatifs, pauvres! jusqu’ au jo u r où la vie —\nbrutale impérieuse! surgit derrière vous et vous prend au collet !\n\n                                                       A ndré   RUIJTERS.\n\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-04-15-n4-013", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 77, "page_fin": 78, "titre_corps": "Les rires", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "M. Closset", "ancre_debut": "L e s R ir e s   C’est aux sentiers d’âme j", "ancre_fin": "printemps, d’amour gonflées. M. 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C losset\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-04-15-n4-014", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 78, "page_fin": 79, "titre_corps": "La Glèbe de Constantin Meunier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Auguste Levêque", "ancre_debut": "La Glèbe de Constantin Meunier   Le grand intellectuel e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 317, "fin_caractere_exclue": 2015, "texte": "La Glèbe de Constantin Meunier\n  Le grand intellectuel est pareil à l’éolienne harpe redisant les pleu­\nrantes plaintes et les hilares joies errant par le vaste inonde. Toutes les\nDouleurs viennent s’y lamenter éperdument, et tous les Bonheurs\nfollement s’y réjouir. Il est comme une lyre géante que l’humanité griffe\nou caresse, et d’ où jaillissent, semblables à des Hécube échevelées, les\nhymnes sanglotants, et les alléluias d’allégresse, charmeurs et consolants\nainsi que des adolescentes rieuses se poursuivant dans un parc multiflori,\npar un soir doré d’été.\n\n   Seul celui en qui viennent pleurer ou rire les échos de la douleur ou de\nla jo ie humaines, peut faire œuvre profonde, émouvante, durable.\n  Une œuvre n’étant que d’exécution pourra être impeccable, même\nbelle, mais elle sera emportée rapidement dans le noir oubli parce qu’elle\nn'aura pas même effleuré ce qu’il y a en l ’ homme d’intime et d’éternel :\nc ’est-à-dire son âme, ce mélange indicible de choses sans nom qu’ il\nappartient à l ’intellectuel d’explorer, de nous révéler, de nous expliquer.\nL ’œuvre, de forme et d’extériorité n’ étant en somme qu’ un divertissement\nfutile d’ homme qui se savoure, sera bientôt jetée comme un vain jou et\npar un enfant déjà pensif.\n\n     La Glèbe de Constantin Meunier est une œuvre si grande, parce que\nl ’ éternellement même humanité, fille de la Douleur, y glapit son mal en\nune onomatopée déchirante incomparablement. Toutes les lamentations\ncélèbres ne sont vraiment que phraséologie vaine, froide et travail de\npion parfumé, en regard de cette œuvre enfantée par un grand simple\ncœur ému.\n  Seules, certaines paroles de Jésus le Christ pourraient être entendues\nen face d’elle.\n"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "                                      - 79 -\n\n\n  Meunier plaça souvent les humbles et les méprisés sur un piedestal ; et\nmême, en des attitudes menaçantes : pareils à des rois dépossédés mais\nnon vaincus. Il y avait près d’ eux l'imbrisable trône : l’enclume luisante\net sonore, et le sceptre d’ acier : l ’outil pesant et terrible. Mais jamais\nencore il n’ avait créé une image aussi éloquente en leur faveur et les\nfaisant mieux aimer.\n\n    Cette œuvre est géante et immortelle. Elle dit notre temps et tous les\ntemps. Un problème que je crois hélas ! à jamais insoluble, s’ en érige et\nse pose effroyable devant l’ Esprit humain. Tous les pourquoi sans réponse\nl ’auréolent. L ’ homme s’y incarne, à genoux devant le Mal et l ’injuste,\nces, sphinx monstrueux couchés sur le monde : l ’ homme tordra en vain\nses bras éperdus sur leur socle de sang durci, ils ne diront pas pourquoi\nils sont.\n\n  Cette œuvre est vivante : un cœur y bat, puissamment indigné ; l’airain\nen est comme frémissant. Cette œuvre irradie de la prière et de la me­\nnace ; elle gémit et gronde ; elle bénit et anathématise.\n  Cette œuvre couronne l ’œuvre de Meunier comme un fronton d'or un\ntemple de Paros.\n  O puissant Maître ! tu peux ainsi qu’ un titan entasseur de monts,\nétancher la sueur de tes membres : voici la nuit; seuls ton front et les\nescarpements inaccessibles sont encore éclairés.\n\n                                        — o—\n\n                                                              A u gu ste L e v ê q u e .\n\n   Cette étude de Levêque sur La Libre Esthétique nous paraîtrait incomplète si nous\nn’ y ajoutions, en complément, quelques mots sur Eugène Laermans. Les quatre toiles\nqu’ il a exposées l’ ont campé en belle lumière de maîtrise et d ’ admiration. Peintre du\npaysan et de la campagne, il y voit, surtout, ce qui constitue leur caractère particu­\nlier et leur physionomie propre. L ’ excès même de sa sincérité et de son observation\nréaliste le pousse parfois à une outrance de charge. Une caractéristique des plus cu­\nrieuses de son talent c ’ est son aptitude à saisir et exprimer le geste d ’ un groupe ou\nd’ une foule. Un mouvement — c ’est simplement du corps qui bouge, mais un\ngeste c ’est de l ’ âme qui se manifeste ! — Dans l'Enterrement, avec grandeur et\nsimplicité, émane l’idée de l’œuvre, précisément signifiée par le geste, — courbe de\nla foule, inclination des dos, penché des têtes. C’est là, parmi les qualités de Laer­\nmans, l ’ une des plus originales et des plus précieuses, singulièrement idéaliste chez\ncet artiste de tendance et de facture si naturalistes.                          A. R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-04-15-n4-015", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 80, "page_fin": 80, "titre_corps": "Livres : En symbole vers l’apostolat", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "L’Art jeune", "ancre_debut": "En symbole vers l’Apostolat               par Max E l s k a m p (Paul L a c", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 101, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 63, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "En symbole vers l’Apostolat\n              par Max E l s k a m p (Paul L a co m b l e z , Éditeur)\n\n   Panneau troisième et principal du \" Triptyque de louange à la vie,\nselon l ’amour, l ’espérance et la foi \" , ce dernier livre de Max Elskamp,\nexquis, joy eu x , versicolore et archaïque sans banalité, s’ impose très dou­\ncement mais avec l'inaltérabilité d'une Œ uvre.\n   Ces pages sont lumineuses, odorantes et musicales si uniment qu’ on ne\nsait plus vraiment si ce ne sont pas les ors qui fleurent et les cloches qui\ndéversent du soleil, alors que les fleurs chanteraient.\n   Ah ! oui ! charmeresse est l ’œuvre ainsi, avec son style naïf, ses détails\nd’ une ornementation délicatement picturale, et la finale évangélique de\ncertaines pièces. Oui, délicieusement, ces très vieillotes jeunes chansons,\nces mystiques paroles s’enluminent. Les mots sont clairs, précis, d’ une\nrecherche inapparente, et leurs coloris nimbés, très vibrants et très doux\nà la fois, n’ ont d’ égaux qne ceux que fit ruisseler sur la Cité morte dans\nl’or, Eugène Demolder.\n Et c ’est toute la douceur légendaire et flamande des M emlinc, des\nMetsys et des Patenier que — puérilisée — l ’ auteur y évoque.\n                                                      *\n                                                     * *\n  L ’idée de l ’ œuvre, elle, est tout autre.\n  Elle émane, moderne, simple et juvénile du décor gothique. C'est la\nprédication de la belle vie, très bonne :\n                    E t voici mon Nouveau Testament\n                    de vie, dans les choses ingénues.\n  Successivement le poète chante « aux Y eux, à la Bouche, à l’Oreille,\npour la Bonne Odeur, et aux Mains » les désirs, les vouloirs et les joies\nsymboliques des cinq sens.\n    Et il scelle son triptyque de ces vers en liesse — la liesse de voir\nl ’œuvre se parfaire\n                     \" E t cloches de bonnes nouvelles,\n                         lors, aux gens sur le pas des portes,\n                         dites qu’ enfin D octrine est morte\n                         et qu’aujourd’hui c'est la vie nouvelle \"\n  Le bouquin déborde de vers exquis, originaux, qui se déroulent, à la\nlecture, comme une prière encensée, très humaine et arc-en-ciellée.\n\n                                                                                               L ’ A rt Jeune.\n\n\n                     IM P . LITH . A VAPEUR S. EGGERICX, 46 , RUE DU PRINCE ALBERT, IXELLES.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-04-15-n4-016", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 81, "page_fin": 81, "titre_corps": "Choses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CHOSES     L e Cornélien Moderne ( p r", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2123, "texte": "CHOSES\n    L e Cornélien Moderne ( p r é t e n t i o n s , à l a c h i r u r g i e l i t t é r a i r e ) c o n t i n u e\nà t r a d u i r e e n I x e l l o i s : L a m a r t i n e , GILKIN e t l e s r é t r o g r a d e s urbi et orbi\nd e l a Vieille Belgique ( c i - d e v a n t jeune).\n\n   O Vieille B elgique prétentieuse ! que nul ne mentionne encore, et dont\ntoutes les revues, françaises ou belges, dédaignent lire et réfuter les\ninjures — jalouses — à Verhaeren, comm ent donc ne sens-tu pas le\nsoufflet colossal que te donne le silence de tous?\n\n\n   Monsieur Joséphin Péladan, artiste, nous charme et nous intéresse;\nMonsieur Joséphin P eladan, sar, cabotin et mage nous embête form ida­\nblement.\n\n\n  Tous ont remarqué la pauvreté inouïe du récent numéro de la Vieille\nBelgique on fait d’œuvres. A part quelques sonnets de Gille , rien. Et\nnous nous demandons de quoi désormais seront remplis ses fascicules.\nSera-ce d’œuvres de Maubel, Dem older, V erhaeren, Nautet, dès lon g­\ntemps dissidents? ou plutôt de prose d’Eekhoud, Delattre o u des Om biaux,\nscissionnaires récents? M ystère! On nous assure que M. Gilkin est en\npourparlers pour obtenir la collaboration et l ’alliance de MM. Potvin,\nHymans et Valentin. En tout cas l ' A r t Jeune n’ attendra pas le résultat\nde l ’affaire pour classer ensemble tous les réactionnaires, tous les vieux,\nquels qu’ils soient !\n\n\n  A paraître prochainement : Dialogues entre nous, argumentations\nkabbalistiques, occultistes, idéalistes, par Jean D elville. Edition de luxe,\nchez Daveluy frères à Bruges.\n\n\n   Un article de Henri Vandeputte sur Léon Frédéric et son œuvre de­\nvant paraître au prochain numéro de L 'A r t Jeune, Auguste Levêque\ns’est abstenu d’en parler en son étude sur La Libre Esthétique.\n\n\n   Les revues : Durenda l : trois dizains délicats de Thomas Braun ;\nE ssais de Jeunes : revue remarquablement sincère et jeu n e. Remarqué\nles vers ou articles de MM. Leblond, Guérin, M agre, V iollis, Chabaneix\net Fortuné ; P ages d'art et de science : Quel est donc l ’im bécile que vous\nlaissez baver sur La Libre Esthétique?\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 76, "texte": " L’art\n                             Jeune\n                                (STELLA FUSIONNÉE)\n                            S O M M A IR E\n\nLa Sérénade au Boulanger                        L o u is D e l a t t r e .\nMédaillon                                       A r t h u r T o is o u l .\nAvertissement nostalgique                       S a n d er P ie r r o n .\nChant                                           Geo rg es R en cy.\nLes Ames                                        B la n ch e Ho u sse a u .\nChanson à rire sous un grand ciel               He n r i V a n d epu tte.\nLa simple chanson du beau soleil                     \"               \"\nMystérieux nocturne                             A n d r é R U IJT E R S.\nLes Pauvres                                          »           »\nLes Rires                                       M . Cl o sse t\nLa Glèbe de Constantin Meunier                  Au g u ste L e v ê q u e .\nLivres : E n s y m b o le v e r s L 'A pos­\n  to la t                                       L ’A rt J e u n e .\n\n\n                                   IM PRIM ER IE\n\n                    S. E GGERICX, 46,     rue    P R IN C E -A L B E R T\n\n                                      IX E L L E S\n\n\n\nCe numéro de fusion fr. 0.60                                     15 avril 1895\n                                                                     1re A nnée , N° 4\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "    L 'A r t Jeune e s t o u v e r t à t o u s . E c r i v a i n s , P e i n t r e s , M u s i c i e n s , S c u l p ­\n\nt e u r s p e u v e n t , o n p l e i n e l i b e r t é , s'y p r o d u i r e , e x p o s e r o u d é f e n d r e d e s\ni d é e s . L 'A rt Jeune e s t a u x a r t i s t e s .\n\n\n\n\n    Adresser manuscrits à L 'A r t Jeune, rue de Brabant, 131, Bruxelles;\n\nrevues et livres à Arthur Toisoul, 38, rue Vauthier.\n\n\n\n\n   Il sera rendu compte de tout ouvrage littéraire ou artistique que nous\n\nrecevrons.\n\n\n\n\n                                            A BO N N EM EN T :\n\n\nBelgique, fr. 5.00.                        Le numéro, fr. 0 .60                         Etranger, fr. 6 .00\n\n\n\n\n   Au prochain numéro, conte de M aurice des Ombiaux, article cri­\n\ntique de H enry D e Groux, notes sur Octave P irm ez p a r H enry Maubel.\n\n\n\n\n   La Revue Stella se jo in t à l' A rt Jeune, nous espérons que cette fusion\nopérée entre deux revues jeunes et amies, dans le but de ne point éparpiller\nou perdre les efforts artistiques, sera accueillie avec faveur par nos\n\nabonnés et amis.\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                                  —    57   —\n\n\n\n\n         LA SÉRÉNADE AU BOULANGER\n\n     J ’abandonnai le boulevard désert. En vérité, sous le ciel d’étoiles\n froides, les arbres gonfalonnés de neige gelée y restaient trop muets.\n     Longtemps, j’y avais promené ma songerie. Je revoyais la coiffe blanche\n qui, le matin même, dans le corridor de pierres luisantes, m’avait fait le\n signe de l ’ adieu ; les yeux clairs et graves comme une profonde fontaine\n d’ eau vive, et leurs sourcils fermes en traits de fusain ; les deux mains\nreposant sur l'écours, l ’ une à l ’ autre unies, les doigts entrelacés. Et nous\n nous disions les dernières paroles et nous regardions pour toujours...\n Puis, je m ’ éloignais à reculons, en admirant sa contenance fière, et\n observant aussi comme elle était mignonne sur le ciel nacré, chatoyant à\nla fenêtre.\n     Ce mot m ’avait si douloureusement piqué aux coins des yeux, que je\nl ’avais répété, une fois encore : « Adieu ! » Et à pas légers, avec des\ngestes aussi retenus que si j ’ eusse porté en moi une précieuse et fragile\nchose, je m’ étais en allé lentement. Dès le seuil, la porte fermée, j ’avais\nvoulu m ’ asseoir, boire déjà une gorgée, à ma gourde neuve, de mon vin\nnouveau ; m ’épeler et me répéter lentement ce qui musait encore en moi :\n     « Nous ne nous verrons plus. Il faut nous séparer, amie, et tu dis que\nc ’ est pour jamais ! Amie toute blanche, la douleur happe à nos cœurs;\nelle y mord, la jeune douleur, et l'excorie par lambeaux; et cependant,\namie douce, et cependant nous sommes tout droits, nous nous sourions;\nles sifflantes lanières nous fouettent mais ne savent faire ciller nos yeux ! »\n     V oilà, c ’ était déjà l ’ivresse du vin nouveau de ma gourde neuve, dont\nune seule goutte déliait au large, en mon esprit, le faisceau des choses\nligotées !\n  Son sourire, sa quiétude, le geste de ses mains nouées, c'était déjà leur\nsouvenir que je suçais.\n  Je goûtais notre amour si doux et si court, comme une pomme mi-\npartie rouge et verte. Et pour le côté rouge, je disais : « Quand nous\ndevisions, proche la fenêtre, dans la chute du crépuscule caressant,\nnotre bonheur était profond; je crois qu’il traversait le monde et devait\ndrainer la jo ie de l’ univers ». Et je disais après, pour le côté vert : « Nous\navons celé cela en nous; et, là-dessus, nous tiendrons formé notre cœur\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "                                  — 58 —\n\n\nhaletant vers d’autres rêves... (Et a p rè s?...) Oui, quand nous voudrons,\nnous secouerons ce coffret, en y penchant l ’ oreille... (E t... et après, au\ncôté vert de la pomme d’ amour ?) Puis un jo u r, si plus rien n’y cliquette,\npar dessus le mur, nous le jetterons comme une vieille boîte.\n   Hélas, aucune tristesse ne pouvait tenir en moi. C’est qu’il est seule­\nment douloureux de ne plus aim er; c’est que l ’âme ne pleure que de se\nsentir, fliqflaquante, mourir comme une voile sans la brise. Je le sen­\ntais; et enfonçant, sous une jo ie invincible, la nuque en mes épaules,\nj ’étais saoûl de tant de vins pleins d’ arômes et de tant de fruits succulents.\n L ’étrange adieu !\n  Or, en cette nuit, au rhythme des dalles sonnant sous mes talons, je\npassais mon cœur à l ’étamine et le ressassais.\n   Des hôtels que je dépassais, non plus que des arbres givrés de mort,\nrien ne criait hourra à mes épanchements. Et je ne peux encore, aux\njours que je veux, hélas, faire broncher les étoiles; je ne sais encore les\nsaisir dans mes mains et, les perçant comme les œufs tavelés des fau­\nvettes, en faire des colliers pour mou âme excitée.\n  Je vous dis : pas un sourire, même de moquerie. L ’environ me dévisa­\ngeait avec des yeux ternes comme des maximes poudreuses.\n  Ah certes, pensais-je, au coin partial de mon enfance, les cailloux des\nchemins sont plus tendres que ces cœurs étrangers. Sous mes pieds, en\nmon village, les pavés bondissent. Sur mon visage, le vent chante des\ncontes pimpants et de jolies histoires. L ’azur se résoud en perles, aux\ncils de mes paupières, chez nous !\n  Oui, là-bas, les choses, on dirait qu’elles se lèvent quand approche leur\nnourrisson. D’avenantes jeunes filles aux chevelures en bandeaux, aux\nyeux du bleu-gris des pierres taillées, se lèvent dans les foins, au bruit\nde mes pas. Et la plus belle, celle qui a un visage large au sourire docile\net la tête ceinte d'un foulard rouge, incontinent, elle devine si mon cœur\nest gai aujourd’hui et s’ il demande des caresses. Elle étend son bras sur\nmon épaule et chantonnant entre ses dents, elle m ’entraîne par les haies.\nCar les choses de ma jeunesse ne sont pas regardantes; celles qui me\ndonnèrent leur lait jadis, leurs filles me donnent leurs baisers à présent.\n  Et il semble que là, j ’entende ma Mère la Terre garder le seuil de mon\nâme, comme Télémaque, ayant suspendu sa tunique molle auprès du lit\nsculpté, écoutait la fidèle Eurykléa, sa nourrice aux sages conseils, pous­\nser, dans l ’ anneau d’ argent, le verrou de la p orte... Ah ! ma paix est si\nprofonde, qu’entre ces bras, je ne saurais mourir.\n  Mais vous, la ville étrangère, maupiteuse et maussade, vous affectiez\nde me laisser seul. Je voyais, par les fenêtres de vos maisons luxueuses,\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "                                  — 59 —\n\n\n d’emphatiques lampes juchées sur leur haut pied, en la posture des\nhérons songeurs, au bord des marécages; vos pianos clapotaient avec le.\nbruit triste de l'eau sous les ponts; dans ces chambres, par le carreau, les\nhabitants avaient l’air de mourants sans désir, et même — ô vie resplen­\ndissante — , sur beaucoup de visages, je lisais le honte de vivre !\n   Tel qu’ en fuite, je descendis une venelle qu’écrase la masse d’ un palais\ngigantesque et minutieux, une démence en pierres. Elle me conduisit dans\nun quartier pauvre tout vif d ’une animation pittoresque.\n   A ux vitres brouillées des boutiques, je regardais, entre les corbeilles\nd’oranges étincelantes et les bocaux de sucreries, les familles serrées\nautour du poêle à tuyau plat. C'était, souvent, une vieille sur sa chaise\nbasse; un vieux fumant du tabac, dont la peau lâche du cou s’agitait à\nchaque sucée des joues, à la façon d’ un petit fanon ; et un petiot croquant\nun fruit, la tache rose de son visage que coupait la ligne sanglante des\nlèvres avivées par l ’acide, levée vers les causeurs.\n   Je voyais leurs gestes sans entendre leurs voix, non plus que le tic-tac\ndu balancier luisant comme une patène sous l ’horloge à cadran fleu­\nronné.\n   Dans l a brouée d’ hiver, par les impostes des portes closes, les lumières\ngiclaient en bandes roides, tels des pans de draperie tendus.\n   Et au coupeau des toits, dans le calme du rêve, il y a beaucoup de\ntoutes petites lueurs qui brillent aux mansardes. Ce sont les lampes\nvénérables des solitaires et quelquefois elles se confondent avec les\nétoiles.\n   V oici le charcutier dans sa boutique. Il porte un feutre noir et une\njaquette de coutil rayé. Sur l ’étal, il coupe en tranches des viandes\ncuites, de couleur fade; il les enveloppe de papier blanc; il compte la\nmonnaie sur le com ptoir; et la commère fournie s’enfuit par la rue, en\nsautant entre les flaques, pressée par l ’ heure du souper.\n   Des enfants s’arrêtent à des étalages de marchands. Ici paradent des\ncasquettes multiformes et compliquées, munies d’ un chiffre au front. Je\nsuis sûr que les petits, bientôt, les voient bouger ; et certes, les voilà déjà\nchangés en conscrits qui reviennent chantant du tirage au sort... Et\ndans la flanelle rouge à bouillons, ces beaux messieurs douillettement\ncouchés, ce n’est rien que des costumes épinglés sur des planches, à la\nmontre du tailleur.\n   La rue boueuse ruisselle du reflet des lumières. Dans la projection des\nclartés, les faces des passants congestionnées par le froid, un instant\nluisent, et disparaissent. J ’ai saisi l'éclair de leurs yeux qui désirent ou\nles ratures de leurs fronts perplexes. Leur âme a vibré sur la mienne.\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "                                   —   60   -\n\n\n\nMais ils passent, continuent d’aller rire et pleurer où les pousse la desti­\nnée, et je ne les verrai plus.\n   D ’ un détour de la rue, je perçois le bruit d ’ une musique, tout à coup ;\net au loin, des torches levées fument et s’ échevellent au-dessus d ’ un\ngroupe noir qui barre la rue.\n  Je reconnais dans le chétif orchestre, la voix d'un cornet à piston; et à\nmesure que je m ’approche, je viens à distinguer mieux les variations\nqu’il festonne. Je me représente le musicien, sa cravate lavallière à bouts\nflottants, son chapeau de feutre mou posé sur l ’ oreille, le bord relevé sur\nles cheveux crépus qui bouffent. Pour sûr, il jou e aux bals de la « Cour\nde Bruxelles », les dimanches et les lundis. Ah ! je te connais déjà,\npapillottant coureur de filles !\n  Toute proche, la clarinette colère un peu se presse et ne veut pas être\nen arrière. Seule, la grosse caisse joue pour elle-m êm e; et à résonner si\nfort, elle a beaucoup de plaisir.\n  Dans le groupe des curieux, tout près de moi, est une jeune fille. Ses\nvêtements ont l'odeur de l ’huile des machines à coudre; elle tient en\nmain un rouleau de livraisons de roman. Elle me répond :\n   « Ils jouent ainsi, parce que la boulangerie sera fermée dans quelques\njou rs. Puis, on va la dém olir; voyez, l ’ affiche du carreau dit que c’est\npour bientôt. Le boulanger était dans cette maison depuis toujours, et\neux sont venus avec leur musique pour lui dire au revoir. »\n  Le toit de cette maisonnette semble affaissé de vieillesse. La neige est\nrépandue sur ses tuiles à la manière de houppes d’hermine que perce le\nrelief noir des cannelures. L ’ unique fenêtre de l ’étage est garnie d’ une\nbalustrade construite de menus morceaux de bois taillés en lances; elle\nretient des potées de fleurs fanées, tordant encore leurs tiges à des ficelles\ntendues. En suintant des chéneaux, l’ eau a maquillé la façade d’ une lèpre\nverdâtre, et c ’est sur un plâtre boursouflé que se jouent les ombres pro­\njetées par les torches fuligineuses. Les murs, avec l ’âge, souvent prennent\nune physionom ie; ceu x-ci, pour avoir vu à leurs pieds passer une foule\npressée de petites gens besoigneuses, ont un air triste, doux et très las.\n  Des pains sont alignés derrière la vitre ; en vérité, ils sont fort beaux ;\net j ’ ai plaisir à m ’expliquer qu’ils ne furent cuits à la vapeur, ni au gaz\ndes fours perfectionnés. Non, ils ont levé, comme ceux de ma tante la\nfermière, dans des cattoirs de paille tressée, tendues de toile blanche, et\nqu’on donne quand elles sont dépenaillées, pour la nuitée aux mères-poules.\nEt puis, ces pains ont roussi à la chaleur d’ un hêtre pétillant, bûché dans\nles petits vallons de la forêt de Soignes, entassé et séché au bord d’ une\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": "                                    -   61 -\n\n\nroute pavée où sonnent clair les roues des chars. Poudrés de fine cendre\net de la farine où on les tourna, les voilà nos beaux pains !\n   La lampe de verre est sur le com ptoir proche la balance aux plateaux\nluisants ; et sur une claie d’osier blanc, il y a des tartelettes pour les\npetits enfants.\n   La musique jou e avec un trémolo émouvant. Le boulanger est sur le\nseuil, les manches retroussées, ses gros bras appuyés aux montants de\npierre, et un coin de son tablier est passé dans sa ceinture. Il a une\ngrosse tête bretaudée, une face pâle et bouffie de travailleur noctambule.\nSes oreilles sont écartées du crâne par des bourrelets de graisse. Ce sont\nvraiment de bons amis qui viennent lui donner pareil salut ; sa grande\nbouche bée ne cesse de leur sourire.\n    Une vieille femme ratatinée et maigriotte qui se frotte les yeux ? C’est\nla boulangère. La musique la frappe si véhémentement au creux de\nl ’estomac, qu’ elle concentre toutes ses forces à écarquiller ses paupières et se\nretenir de pleurer. Sous les bras de son mari, entretemps, elle avance\n rapidement la tête dans la rue, puis la retire.\n    Ici, à ces deux bonnes gens, leur temps est achevé, et dans quelques\njou rs, ils s’en iront. Déjà les comptes des clients sont arrêtés ; et il n’est\n plus servi de pains à crédit.\n   L ’administration de la ville leur payera une belle somme, et ils ne\ntravailleront plus, désormais. Ils iront à Laeken, près le parc du roi,\npasser les après-midi des dimanches. Ils goûteront de café au lait et de\ncramicbe ; et je les en vois déjà discutant la qualité des raisins de\nCorinthe. Et ils iront aussi, en tramway, au bois de la Cambre, chez la\nmère Lambic, où l ’on joue du violon, sous des berceaux de charmilles,\ntandis que virent et paradent, tout près, les attelages cossus dans le\ngravier craquant.\n  Alors, penseront-ils quelquefois au pavement de briquettes rouges qu’en\nla boutique abandonnée, creusèrent si profondément leurs pieds, au\ndétour du com ptoir; à la huche au pain rassi dont le noir du chêne se\nmontrait, à la manique où la couleur était usée ; au verre boudiné de la\nfenêtre qui défigurait à leurs yeux, les passants de la rue ? Car il doit\ny avoir, chez eux, de ces vieilles choses qu’ ils râpèrent de leur vie, qu’ils\nvont laisser, et qu’on détruira...\n  Et j ’ose avancer, pour lui, que le boulanger y pensera. Et il ne gron­\ndera pas sa femme si, à sa nouvelle demeure, elle s’arrête tout à coup de\nmanger, la bonne femme, et lui demande quelquefois la fourchette en\nl ’air : « Boulanger, la sonnette n’ a-t-elle pas tinté ? »\n    Cher boulanger, ne te moques pas ! C’ est, vois-tu, dans sa tête, le\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "                                     62 —\n\n\n\nsouvenir passant qui se pencha au seuil de l ’ancienne demeure et vous\ncria bonjour, comme chacun fait, au corridor des maisons amies.\n    Je n’ invente rien, je connais bien les boulangers, parce que, lorsque\nj ’étais un enfant, j ’allais souvent quérir le pain. La boutique était au coin\n de la rue. J ’en gravissais le perron, et la sonnette dindrelinait interm i­\nnablement au bout de son long ressort d’acier, tandis que du tréfond de\n la maison, j ’entendais s’ approcher les sabots de la marchande.\n    Elle choisissait soigneusement mon pain dans la huche; venait à la\nfenêtre, visiter ceux de la montre ; maniait et soupesait les rangées\nenfermées dans l ’ armoire ; et après tout cela, je la vis même aller quelque­\nfois jusqu’à la maie de la chambre voisine. C'est qu’elle savait le pain\nqu’il fallait à la maison, la bonne fem m e; et elle le cherchait avec une\nattention qui me paraissait, à tout coup, extraordinaire; car j ’ ignorais\nencore la connaissance particulière qu’ ont les gens d'un métier, des objets\nqu’ ils fabriquent; et je ne savais pas que le berger distingue, à même le\ntroupeau, chacun de ses moutons.\n   Mon pain dans les bras, je m’encourais, en croquant les miettes des\nbaisures. Et alors, c ’était le goûter. C’ était la fenêtre claire brillant sur\nla cour verte et fleurie; la bouilloire qui tressaille au feu et rêvasse; la\nm ère, le pain sur la poitrine, qui trace, de son couteau, une croix sur la\n croûte avant de l ’entamer.\n   Dans le jou r mourant, l’âme des choses s’ exhale comme la buée au\n cours des ruisseaux parmi les herbes; et elle se lève langoureuse et\n câline, s'étire, tourne un peu et vous enlace.\n    Je n’ oublie pas la boulangerie de notre rue, ni le temps où les douces\n heures, en passant, agitaient leur carillon d’or pour réjouir mes oreilles.\n C’était le temps délicieux où j ’étais le petit enfant les yeu x tout ouverts\n et un doigt sur la lèvre, vers qui vous veniez — ô douce, douce vie pure\n encore de vouloir — comme le cortège infini des rois mages riants et\n graves et chargés de présents. Ed quand j ’ arrivais à la borne d’ où, par\n dessus les murs, on découvre l ’ amphitéâtre fleuri des jardinets étalés,\n souvent la terre natale s’ agenouillait devant moi et passait doucement\n ses paumes sur mes joues, au temps délicieux où j ’étais un petit enfant\n et que j ’ allais quérir le pain de la m aison...\n    Cependant ici, dans la rue, le cornet chantait toujours ses fariboles, et\n les curieux restaient le visage levé vers la vitrine jaune de lumière.\n    Beaucoup d’ entre eux, les jours passés, étaient venus à cette masure ;\n et en eux, son souvenir sourirait longtemps, gai et léger. — D ’autres s’ at­\n tristaient à la pensée que bientôt elle serait couchée, é ventrée, derrière\n une clôture de planches et qu’on verrait sur ses pignons courir la trace de\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "                                   - 63 -\n\n\n suie des cheminées et les bandes de couleurs suivant les escaliers ; ils s’en\n attristaient car, pour vivre, ils doivent, ceux-là, être frappés et caressés ;\n ils ne savent rester calmes. — Et ces derniers, au contraire, voyaient tout\n avec impassibilité : leur âme ne rit, ni ne pleure; elle est simple comme\n du pain. Ils ne regrettent rien ; ils n’espèrent rien. Depuis les siècles ils\n savent que tout vient comme il le doit et qu’ on ne change que peu de\n choses. Ils sont les solides vivants, les piliers du monde, les noires\n racines silencieuses de nos rameaux murmurants et bariolés.\n   Je les regardais les uns et les autres. A mesure que, dans ces groupes, je\n dévisageais mes voisins, une tendre sympathie liait ses trames entre nous.\n Ce que j ’avais je té , de mon cœur sur eux, me revenait chargé de nouveaux\n cristaux d’amour.\n    Et c ’est de la sorte, incontinent que les choses m ’eurent là reconnu,\n qu’elles se mirent à me cajoler. Semblables à des enfants, elles dansaient\n autour de moi leur ronde, m ’emprisonnant de leurs menottes rouges et\n molles et de leurs voix fl ûtées : « Cigale, ma cigale, allons, il faut chan­\n ter — Les lauriers du bois sont déjà repoussés ! »\n    Alors, je te remarquai tout à coup, toi que je ne devais plus revoir. Tu\n allais et venais dans l ’étroite boutique que baignaient la lampe d’or, le\n reflet des pains, les ustensiles polis et familiers. De la vieille maison qui\n demain s’écroulerait dans la mort, tu me faisais un joyeu x signe d’adieu.\n Je voyais tes lèvres remuer et distinguais qu’elles me répétaient ce qu’au\n matin elles m’ avaient dit, ce que j ’aurai toujours présent, bonne\n amie :\n   « Va dans la vie caressante et n’insulte pas la destinée. Ne pleure pas\n sur ce qui arrive, car les événements sont les enfants de Dieu. Il est vrai,\nsouvent dès l ’ abord, on ne les reconnaît pas. On les croit étrangers et\nl ’on se défie; on leur trouve une physionomie sournoise; pour un peu, on\n les chasserait avec des pierres. Mais plutôt, attends. Les voilà qui tirent\n^brusquement la main de leur tablier; et ils vous offrent leur bouquet de\n fleurs ! Je t’assure, dès à présent, qu’ils ont tous une fleurette à donner,\n ou pour le moins un petit minot veloureux, poudré de pollen d’o r...\n Adieu te dis ! »\n   ... Pour finir l’ histoire, qui sera le cornet à piston papillottant et\n courant comme une arabesque au cadre du dessin des heures?\n   Il ne veut pas se taire encore. Une cabriole, dit-il, pour le gros boulan­\n ger! Un trille pour la vieille aux yeux rouges! Et pour la fillette aux\n romans en livraison, une pirouette !\n   Le musicien cambre la taille. Il tourne sur lui-même et fixe les specta­\n teurs en soufflant. Sa face est rouge, son cou gonflé! Son haleine pousse\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "                                — 64 —\n\n\nla roue du m onde; pour le moment, croit-il, il est rigoureusement néces­\nsaire qu’il vive. Il est heureux.\n\n  A u 2 2 J an vier, 1895 !\n\n                                                           L ouis D e l a t t r e .\n\n\n\n\n                              Médaillon\n\n           L a nymphe au doux visage\n           Cueille la belle fleur qui rêve comme d’azur,\n           Au bord de l’onde blond azur...\n\n           Au bord de l’onde blond azur,\n           Elle cueille la belle fleur qui rêve comme d’azur...\n\n\n           Mais la nymphe s’est blessée à la main,\n           Soudain :\n           L a fleur est une rose sauvage;\n           Or il n’est point, et c’est dommage\n           Vraiment, de roses sans épines...\n\n\n           E t la nymphe, qui se croit bien maligne,\n           La nymphe au doux visage a pensé :\n           « Les fleurs que je cueille en le cœur de mon aimé\n           Sont très belles aussi et pourtant sans épines ? »\n\n\n                                             A r t h u r T o is o u l\n\n\n             (*) de Mes Sourires.\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                                       -   65 -\n\n\n\n             Avertissement Nostalgique(1)\n\n\n    Parfois le train s’ engageant dans une cavée cache l ’horizon ; le com ­\n partiment, alors, prend l ’atmosphère d’ une chambre vers le crépuscule.\n Les paupières se baissent, le cœur se gonfle de la volupté qu’ on ressent en\n compagnie de ceux qu’on aime, la pensée c/feuille lentement notre\n inspiration et l’on songe au travail, au travail réconfortant du cerveau,\n au charme captieux de l ’art et soudain, revenu de sa rêverie, arraché de\n sa somnolence par l ’éclat du jou r qui pénètre en intrus, on se sent triste,\n on maudit ce train qui nous emporte bien loin, loin de notre coin intime\n où les ambiances ont des sourires et des caresses timides et discrètes. On\n quitte tout, et on s’en va seul, tout seul vers des endroits où l'on se sent\n plus seul encore de voir les autres paisibles et calmes.\n    — Et le repos! Et la tranquillité après des mois de travail et d ’études,\n n’est-ce point délicieux? Ne faut-il point retremper notre âme dans la\n solitude et lui donner durant une période l’oubli de tout?\n   Ne plus songer à rien, devenir autre !\n  Il n’y a que le rêve alors qui puisse suppléer à ce que nous abandonnons\nvolontairement pour laisser mûrir la sève des fleurs prochaines de notre\nesprit.\n  Mais le rêve c ’est une besogne très lourde, une vie occulte où la pensée\nburine des marbres extraordinaires et où les yeux s’hallucinent et se\nvoilent de fatigue devient dos étendues formidables et étranges. Ecar­\nquilier les yeux, plus grands que de coutume, s’extasier devant tout,\nentendre sans percevoir!\n• N on, un artiste est un être sensitif, malheureux, l’insouciance est un\n mot, pour lui, incompréhensible.\n   Et c ’est ainsi que chaque fois que je me mets en route j ’ ai des appré­\n hensions.\n   Tout artiste, tout penseur au sens profond, sait d’avance, lorsqu’il\nvoyage, qu’il va souffrir, que souvent le soir dans sa chambre d’auberge\nses impressions du jo u r rappelleront dans son cœur les jouissances du\nmilieu qu’il a quitté.\n  Et pour nous les voyages, les excursions lointaines confectionnent une\nchaîne de souvenirs pleins de cruautés voluptueuses qui, contrastant avec\n\n\n  (1) Extrait d ’un prochain livre : Jours d'Oubli.\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "                                  -   66   -\n\n\n\n\nnos grandes jouissances d’art, forment la trame de notre travail et la\nsemence de nos mélancolies .     .   .     .   .   .    .    .\n   Nous voici de nouveau en voiture. Le type des êtres change insensible­\nment. Les casquettes et les kiels bleus dès paysans se font rares ; le\nflamand disparaît. Plus de chevelures coupées ras, ces cheveux blonds\naux teintes de blés mûrs. Les naturels qui montent dans notre compar­\ntiment portent, la plupart, la redingote ou la veste courte de drap n oir;\nils sont coiffés d’ un chapeau de soie grossière, élevé, aux bords étroits\nformant visière sur le devant et d’où déborde une chevelure longue et\nsale, fuligineuse pourrait-on dire. Elle est coupée droit sur la nuque et\ns’arrondit derrière l ’oreille. Le cou est serré dans une épaisse cravate en\nsatin noir que deux boutons d’or, gros comme des noisettes, retiennent\nsous le menton. Ces boutons font l ’étonnement de tous ceux qui voyagent\nen Zélande. Lorsque, dans ses excursions, on rencontre un être, avant\nde le dévisager, avant de lui souhaiter amicalement le « gœden dag, » les\nyeu x se reportent machinalement au-dessus du col de l ’habit pour y\ndistinguer ces deux boules brillantes, ces deux yeux jaunes toujours\ncalmes, moins cupides et plus loyaux que les autres ! Jadis ces boutons\nornaient le gilet,, ils étaient, en a rgen t; cette mode charmante a malheu­\nreusement vécu et les deux agraffe s de la cravate remplacent la double\nrangée de diamants métalliques qui se proéminaient avec de doux éclats\nsur l ’étoffe foncée du waistcoat zélandais.\n   J ’en ai deux de ccs bijoux aux boutonnières .de mes manchettes ; ils\nont de deux à trois centimètres de diamètre et forment une fleur bizarre\net simple en filigrane d’argent. Le travail est artistique et délicat.\n  — Peut-être, me d is-je, souvent, lorsque je les regarde, faisaient-ils\nl’ornement et la fierté d’ un pauvre straatmanneke de W alcheren ou de la\nZeeuwsch - V laanderen.\n   Ces boutons de métal précieux jouent dans leur vie un grand rôle, ils\nleur sont un talisman, une véritable amulette. Combien j ’en vis des\ndépenaillés arborant avec une sorte de fierté ces deux boules de vermeil\nou d’ or à leurs guenilles ! Il semble que le plus pauvre tienne à montrer\nqu’ il est quelque chose, qu’il n’est point si misérable qu’ il le parait.\n  En face de moi a pris place un jeune homme de dix-huit ans environ.\nIl est vêtu d’étoffe brune et coiffé d’ une casquette plate et ronde d’ une\nforme spéciale et que portent, surtout les habitants de l’ile de W alcheren.\nSes pieds se perdent dans des sabots de bois blanc à la proue effilée. Je\nl ’observe à mon aise tandis que ses yeux, d’ un bleu archaïque, se perdent\ndans la campagne. Sa figure est ronde, potelée ; les oreilles rouges dessi-\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                                     -   67 -\n\n\n  lient comme deux coquillages carminés sur les algues cendrées de sa\n  tignasse.\n     Bientôt il détourne la tète. Il me semble avoir l’intention de m’adresser\n  la parole. Sa pensée est hésitante, je le devine à son regard qui s’impré­\n  cise, à ses mains qui, d’abord tranquillement étendues sur ses cuisses, se\n  tordent maintenant avec naïveté et incertitude. Il se concerte un instant,\n  baisse les yeu x une seconde pour les reporter ensuite vers la route\n  poudreuse où des enfants arrivent en se donnant le bras et en chantant,\n  met une main en poche fébrilement et me dit, sans me regarder :\n    — « Sehoone kinderen, n id waar, m ijnheer?\n    — « J a, en zeer vroolij k . —\n    La timidité de mon voisin a disparu. Il se retrouve à l ’aise. Et pour\n accélérer la conversation il me nomme les clochers pointant à l ’ horizon :\n là-bas c ’est St Jan Steen et Absdale, ici c’est le hameau de K ijkuit.\n    En arrivant à A xel nous étions une paire d’amis conversant en\n hollandais.\n   Le langage est moins pittoresque que le Flamand, les phrases sont\n guindées, sans ampleur, elles ont moins de ragoût que nos patois, elles\n sonnent à l ’oreille comme une cloche félée. Mais malgré cela mon nouvel ami\n me plait avec ses yeux calmes et son coeur saus replis. Eu débarquant à\n Ternëuzen — N euzen ainsi que les gens d’ici disent pittoresquement —\nje connaissais toute son histoire.\n    Il était fils d ’ un petit paysan d’Othène qui cultivait quelques hectares\n de terrain. Son frère, engagé sur un voilier, avait péri dans le Hont en\nrevenant de son premier voyage, le navire étant allé échouer sur les\nbancs de sable du Hoofdplaat. En me contant cela le jeune g ars regardait,\nfort loin, ou peut-être bien en lui-m êm e; ma présence l'em pêcha sans\ndoute de verser les larmes que l ’exhumation de ce souvenir douloureux\nchassait vers ses paupières. Sa volonté sécha ses pleurs avant qu’ils\neussent atteint les prunelles attristées      .    .    .   .     .\n   A présent il travaillait ferme, guidant les chevaux de labour attelés à\nla charrue, semant ou battant en grange suivant les saisons. Son père se\nfaisait vieux, et dans quelques années il deviendraitpachter lui-même.\n   Et ainsi s’écoule paisiblement la vie de ces êtres impulsifs et frustes qui\npeuplent les campagnes. De temps à autre une catastrophe, une seule, ou\ndeux grandes douleurs dans l ’existence. De ces douleurs qui s’ émoussent\net dont la mélancolie se confond avec celle plus calme planant au-dessus\ndes villages monotones.\n   Dans une vie de penseur les peines sont incessantes, continuelles;\nelles sont pour ainsi dire sa raison d’être. Et ce sont ces peines qui\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "                                   -   68\n\n\n\nrendent les jouissances célestes, trop cruelles, car elles alternent fata­\nlement avec de cuisants chagrins.      .    .   .    .     .    .    .\n   A l ’ embarcadère du bateau pour Flessingue mon compagnon me serra\ngauchement la main que je lui tendais et me dit, après m’avoir souhaité\nle bon voyage en son langage étrange, u n peu saccadé par l ’émotion :\n\" Si jamais vous venez par ici, passez jusqu'à Othene — il indiquait à\ngauche, vers le cheval, un clocher distant — et demandez Vader\nV an Harlem, vous serez le bien-venu. »\n  Son œil d’un bleu archaïque se fixa une seconde sur moi, confiant, avec\nune témérité que son aspect timide ne m ’eût jam ais suggéré. Il me tira\nsa casquette et, d’ un pas lourd, tourna le c oin de la station pour regagner\nla grand’route.\n                                                       S a n d e r P ie r r o n\n\n\n\n\n                            G E A N T\n\nJeunesse, ah! vingt ans. tous de fleurs et de rosée,\noù tout flamme, et tout rit, et pleure en la menu heure,\nah ! l’aile, l ’aile blanche, et l ’aile en blatte posée,\nah ! l’aile en nos cœurs d’or sur fond d’azur, et sans langueur...\nah ! l ’aile des oiseaux miraculeux d’espoir,\ndes oiseaux bleus de l'antique lég en d e!...\n   Les vîtes-vous venir, en l’ aube, pennes grandes,\nles ailes des oiseaux d’espoir,\nvous qui pleurez, en désespoir,\nvers le s o ir ? ......\n\nJeunesse, ah ! voulez-vous écoute r le Printemps,\nqui chante en la voix des oiseaux sur les branches ;\nJeunesse, venez-vous en p a r les dimanches,\nvers le baiser donné, reçu, rendu,\ndans les blés d’or sous le ciel nu......\nJeunesse, écoutez le P r intemps,\nqui va chantant\nla gamme des cœurs éclatants!\n                                                       G eorges R e n c y\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                                    — 69 —\n\n\n\n                     LES                  AMES\n    H uit heures son n èrent, et en m êm e tem ps, un chien hurla dans la\n  cam pagne.\n     « D éjà huit h e u r e s !... » E n ma tête lasse — dieu sait p o u rq u o i!\n — j ’ entendis l ’é ch o loin d ’ une bonne v o ix de gra n d ’ m ère, puis je\n m ’ assis près du fo y e r n oir et tachais de son ger à des ch oses de m ain­\n tenant.\n    A cô té, les enfants riaient et jou aien t : « T ante L o u is e !... Tante\n L o u is e !... » Ils vin ren t frapper la porte de leurs petits poings, et\n puis, lassés de m on obstin ation , ils retournèrent à leurs jouets.\n    Ici, tou t était silen cieu x : la lam pe a g on isa it... en m oi chantonnait\n tou jou rs la vieille v o ix lo in ta in e ,... et je ne p ou vais son ger à des\n ch oses de m aintenant.\n   Je fis pourtant tous m es efforts et, p ou r em pêch er m es y e u x de\n regarder au tou r de m oi les vieu x m urs de jad is, je pris ma tête dans\n mes deu x m ains ; les doigts devant les prunelles je m ’appliquai déses­\n pérém ent à con cen trer mes idées sur un seul p o in t... P eine perdue!\nJe vis m a n ou rrice câline et sa rude v o ix de paysanne me disait :\n« L ou isette, si v ou s êtes bien sage je v ou s m ènerai à la k erm esse. »\nE t je vis le petit coin du salon où on me mettait en p én iten ce... E t\nla pelou se où je m ’ étendais pou r r ê v e r... L e m aréchal-ferrant frappe\nsur son en clu m e : t o c ... to c ... q u ’on est doucem ent ainsi dans\nl’ h erbe ! t o c ... t o c ... A v e c ces abeilles qui bourdonnent, com m e de\npetites fées, au -dessus de m on fr o n t... to c ... t o c ... le ciel est bleu,\ntout bleu, tou t b le u ; un petit nuage flotte, et les abeilles b ou rd on ­\nn en t... t o c ... t o c ...\n   — L o u i s e !... M ais viens d o n c!\n   U ne main tâtonnait a u tou r de la clef. D ou cem en t je me glissai\nvers l ’autre p orte et je descendis au jardin.\n  Il faisait calm e et d o u x ... L a lune ronde brillait, au milieu d ’ un\nfou rm illem ent d ’éto ile s... E lle éclairait tout le jardin et les m arches\ndu perron q u ’ elle faisait blanches et lu m in euses...\n  L es arbres étaient pensifs et las, ainsi que des v ieillard s... les\nfleurs im m o b ile s... Il faisait m ystérieu x, très clair et sans un b ru it;\nla pelou se scin tillait co m m e une m er.\n   R ien n ’avait été ch angé ; V o ici bien le vieu x banc où il venait\ns’ asseoir, et voici bien la plate-bande d e-pen sées... Je fis quelques\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "                                       — 70\n\n\npas dans l’ allée prin cipale, exam inan t ch aqu e c h o s e ... O ui, tou t était\nco m m e ja d is ... m êm e le cie l, to u jo u rs bleu et con stellé ; m êm e les\nroses, m êm e les ca illo u x du c h e m in ... V o ic i le ly s tigré que n ous\na v ion s planté en sem ble et la co rb e ille de g é ra n iu m s... E t v o ici la\ntouffe de m y osotis au pied de l ’a cca cia , et le m u r c o u v e rt de v ig n e-\nv ie r g e ... Ju squ ’ au x toutes petites araignées qui grim paient le lo n g\ndes m êm es fe u ille s ... ju s q u ’à la g ren ou ille v erte qui s ’ effa rou ch a en\nm e v o y a n t... R ien n’ ava it été ch a n g é.\n   J e m ’assis sur le ban c.\n   C ’était le vieu x ja rd in où j ’avais jo u é tou t enfant, et la m aison\ndont je sortais était la v ieille m aison où s’ étaient écou lées m es p re ­\nm ières années, où m on père était m o rt l ’ an d ern ie r... Je ne vou lu s\npas son g er à cela , c ’était trop n a v ra n t! m ais, ainsi que tantôt, m a\nv o lo n té fut im puissante, et m es pensées s ’ en allèrent à la débandade\ndans le passé, faisant re v iv re P è r e , a v e c son geste spirituel, ses\nvestes de v elou rs, et ses belles m ains blan ch es to u jo u rs tach ées de\nc o u le u r s ... Il ch anta d ’ anciens airs : « T r o is petits ta m b o u r s ... re v e ­\nnaient de la g u e r r e ... » Il je ta sa p a le tte ... Il prit son lo rg n o n , rit,\ng r o n d a ... E t je m e prom en ai a v ec lui, et nous allâm es, cô te à cô te ,\npar une ruelle où cou ra it un ruisseau, b ord ée de m û riers et d ’ar­\nbustes sau vages, où le soleil glissait par fines traînées.\n   D e la m aison ven aien t des v o ix ; des petits pieds cou ru ren t dans le\nv e s tib u le : « T a n te L o u i s e !... » L e s enfants m e ch erch aien t : on\ns ’ inquiétait p eu t-être? N ’im p o rte ! je ne p ou v a is m ’ en a lle r ... J ’é c o u ­\ntai qu elqu es in sta n ts ,... les bruits cessèren t.\n  Il faisait frais et sa in ; les lueurs d ’ étoiles et de lune b aign aien t\nm on fron t et m es m a in s... L a nuit était lum ineuse et d o u ce , nuit\nde rêv e et d ’ a m o u r ... E t c ’était étrangem ent trou b la n t, ces co ro lle s\nferm ées qui d orm aient dans une lueur b la n ch e, la m er scintillante\nde la pelou se et ces arb res, à l ’ aspect de vieillards. U n e angoisse\nindicible se glissa dans m on cœ u r et le serra, co m m e une m ain.\n  A m esure que le tem ps fu yait, cette a n goisse grandissait, se p ré ci­\nsait ju s q u ’ à prendre une fo rm e , deven ir q u elq u ’ un. T o u t e im pression\nheureu se s ’év an ou it, co m m e si m on âm e m ’ eût quittée b ru squ em en t\np ou r s ’ en aller errer par les anciens ch e m in s... J e v o y a is la nuit\nlum ineuse et le ciel pointé d ’o r ... J ’ entendais les bruits fam iliers, les\nm iaulem ents d ’ un ch at sur le m u r, les frôlem en ts des feu illes, la\nv o i x loin tain e d ’ un v io lo n ... Je v o y a is , j ’entendais, m ais je ne sentais\nrien, rien que la d ou leu r et la désillu sion qui ch u ch ota ien t dans\nune allée loin ta in e ...\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                                        71\n\n\n  « T e sou vien s-tu de ton v ieu x P ère? T e sou vien s-tu com m e il\n» chantait p ou r t’ en d orm ir et q u ’ il te berçait dans ses b ra s? T e so u ­\n» v ien s-tu q u ’ il te faisait sauter sur ses gen ou x et q u ’il te portait sur\n» son épaule p ou r te faire v o ir son « grand tableau » ? T o u t cela est\n» fin i... Il est m o r t ... C ela ne revien dra ja m a is ! »\n  Je m e levai du ban c a v ec un lou rd sou pir et je m ’ avançai d’ un\npas lent dans une n o u v e lle allée.\n  C elle-ci était tou te b ord ée de résédas, des deux côtés, de résédas\nverts qui em b a u m a ie n t... A insi, dans la lum ière de lune, c ’ était des\nrésédas de cie l, des résédas de paradis, a vec un parfum m ystérieux\net d ou x ju s q u ’à la défaillance. C ’ était bien ceu x de jadis, mais avec\nquelque ch ose de plus qui flottait aussi dans les buissons et les petits\ncaillou x , sou s ch a q u e brin d ’ h erbe et dans chaque c o r o lle ... Je me\nbaissai p ou r en cu eillir, mais il me sem bla q u ’ ils avaient un peu\nde m on âm e partie, dans leurs feuilles, et que c ’ eût été m ’en arra­\ncher des la m b e a u x ... Je me relevais, et m on âme partie con tin u a de\nflotter dans les résédas de paradis a vec ce quelque ch ose de d ou x et\nde m ystérieu x qui était aussi dans les arbres et sur tout le jard in .\n   J ’ allais dans m on Passé par les chem ins solita ire s... C haque pas\nm e m enait plus lo in ... C haque pierre fou lée était un an fin i... J ’ al­\nlais avec m on P ère, a v ec ses y e u x , son sou rire, son front m o r t...\nP arfois, son souffle m e fr ô la it... il disait « Me v oici » d’ une pauvre\nv o ix de t o m b e ... E t, quand je m e tournais, n erveuse et oppressée,\nj ’ avais l’ im p ression d ’ une ch ose im palpable s ’ évanouissant à mon\n côté, com m e si un être, infinim ent léger, se fut enfui dans un peu de\nv e n t...\n    Je m arch ais, ainsi q u ’ un autom ate, dans les chem ins rayés d’ ar­\ng en t... E n tre deu x fleurs, un vers luisant brillait, et sur lui, point\nétincelant, ce qu elqu e ch o se d ’ insaisissable était aussi et l ’en velop ­\npait a v ec m on â m e ... M on âm e, m on âm e ! qui donc la retenait ainsi\nloin de m oi? Je l’ entendais pleu rer, dans la nuit silen cieu se... Je\nl’appelais et je la p la ig n a is... « O m on âm e! en toi aussi s ’ étend la\n» n u it... m a p au vre âm e jeu n e et vieillie ! par ta blessure ou verte le\n» sang cou le com m e d ’ une so u rce ! » E t, dans la lune indifférente, je\nch erch ais des ra y o n s d ’esp oir.\n   D es pensées vagues flottaient en m oi, tandis que j ’ allais a in si... je\nsongeai à la m o r t ... je songeai au m ystère de toutes les vies\nhum aines, infinité de parcelles d ’am ou r éparses par le vaste m onde,\nsilencieuses ou éclatantes, p au vres, oubliées, m écon n u es... tant\ndiverses et tant s e m b la b le s !... Où donc s’ en allaient ces pauvres\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "                                      —     72   —\n\n\n\nétincelles, une fois le co rp s m arte? E ta it-ce à la so u rce infinie c o n ­\nçu e par T o ls to ï? Ou bien deva ien t-elles errer, feu x -fo lle ts solita ires\ndans les en droits ch éris, durant l ’ é te rn ité ?... O ui, ce devait être ! Il\nm e sem bla q u ’ un grand soleil d éch irait du b rou illa rd , et m on cervea u\nen fut illu m iné. Je co m p ris tou t.\n   C e qui flottait, insaisissable, c ’ était l’ âm e de m on p è r e ... E lle\nétait dans les plantes q u ’ il avait aim ées, dans les résédas, su r le v e r\nlu isa n t... E lle était com m e une b rise , sou s les brins d ’ h erbe et\ndans les b u isso n s ... dans les v ie u x arbres tristes et les ch em in s\nan cien s. M ais, n on plus sa b on n e âm e v iv a n te , mais un fantôme qui\ns'était a ccro ch é à la m ienne et la tenait d ’ une étreinte d é sesp érée...\nE t l ’ âm e disait :\n  — « N ou s ven ion s nous asseoir ici lorsqu e j ’ étais ton père et que\n» je v iv a is ... v o ici le ch em in où nous v en ion s e n se m b le ... v o ic i les\n» fleurs que nous a v on s p la n tées... N ou s ne plan teron s plus de\n» fle u r s !... N ou s n ’ irons plus par les ch e m in s! fin i! fini! f i n i ! . . . »\nE t m on âm e sanglotait.\n   P endant des jo u r s et des ans, des ans et des s iè cle s... pendant ces\ntem ps infinis qui furent trente m inutes, les âm es allèren t, c ô te à\nc ô te , dans les v ieilles allées, ne parlant plus, m ais se regardant et\ndisant, p a rfois, l ’ une à l’ autre : « E st-ce bien t o i ? ... » E lles allèrent\nsou s la lune et sou s les étoiles b la n ch es co m m e a u trefois les corp s\na v ec leurs esprts v iv a n ts ... D e loin , je les regardais, a v ec l ’ an goisse\nde ne p o u v o ir les saisir et les em p o rte r. E t l’ âm e de m on père ch a n ­\ntant une v ieille ch a n son , une n a ïv e petite ch a n son d ’ a m ou r don t les\nnotes frêles trem blotaien t en s ’ évan ouissan t dans les b r a n ch e s ...\nC ela m e serrait le cœ u r.\n   — « C om b ien de tem ps cela v a - t - il d u r e r ? ... C o m b ie n de te m p s !... »\n   D an s un m ou v em en t bru sq u e, je m e heurtai au tron c d ’ un arb re.\nU n arbre sec, m ince, tou t tordu et cou rb é, d ’ une allu re sim ple et\nrésign ée tel q u ’ un v ie u x paysan qui se serait lon g tem ps p en ché vers\nla te rre ... Il m e sem b la l’ entendre p arler, dans un patois m y sté ­\nr ie u x ,... dire des ch o se s très tris te s... Je lui rép on dis : « o h ! v o u s\navez raison ! oh ! la vie est bien lon gu e !... » D an s ses bra n ch es p re s­\nque nues, d eu x pâles étoiles luisaient, co m m e des y e u x pleins de\nla rm e s... E t, tou t au b ou t d ’ un ch em in p ro fon d ,       les âm es,     im m o ­\nbiles, se regardaient to u jo u rs.\n    A lors, se fut si triste et si é p ou v a n ta b le, que m on co rp s tres­\n sa illit... V ite , dans l ’ in co n scie n ce , je hâtai m es pas vers la m aison,\npiétinant les fleurs, m ’ écrasan t a u x a rb res, a vec cette               seule idée :\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                                    — 73 —\n\n\n fuir loin d ’ i c i !. ,. L à -h a u t les étoiles passaient com m e une gerbe\n d’étincelles, et cela dansait devant m es y e u x fo u s ...\n    Je sentis a lors dans une lutte a troce, m on âme haleter et se\n débattre et s ’a rra ch er à l ’ autre qui su p p lia it... Je gravis, en courant,\n les m arch es du p erron , et quand, palpitante, je m e retournai vers le\n jardin : sou s le ciel p rofon d d ’où tom bait la lum ière, dans l'o r pâle\n de la lune et les parfum s des fleurs, je vis l ’âm e abandonnée qui me\n regardait fuir.\n\n                                                    B la n c h e R ou sseau\n\n\n\n\n           Chanson à rire sous un grand ciel\n                                                           à Emile Verhaeren\n\nEt donc, tout autour d’eux\nune marée de blés bruissait,\net, convulsive — et ses frissons ! —\nrampait ondulamment jusques à eux.\n\n\nUu ruisselet coulait\n— oh ! les trilles de sa chanson ! —\nà trois pas d’eux.\n\nEt, enlacés, un peu d’azur au fond des yeux,\nils se regardaient dans les yeux.\n\n\nUn rossignol chanta,\nlà-bas.\nIls riren t...\nEt la chanson de ruisselet\ndes rires\nalla m ourir\nlà-bas\navec le trille ruisselé\nde ce rossignol qui chanta.\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "                                  -   74 -\n\n\nIls regardèrent les moissons.\nEt l ’oiseau éperla de nouveau sa chanson.\nIls riren t...\n\n\nLa vie et le soleil coulaient sur la nature.\nUn oiseau s’envola\nde par l ’azur...\nIls rirent !...\n\n\nEt leur amour songea — pourquoi? — qu’il faut m ou rir...\nIls regardèrent le ruisseau.\nLeur ombre s’y couchait\nnoyée\nsous les flots purs\net les reflets d’azur,\nnoyée mais en lacée...\nLeur ombre s’enlacait, au fond de l ’eau, parmi des fleurs...\nEt ils riren t...\n\n\nLà-bas, là-bas,\nun rossignol chanta.\n\n\n\n\n           La simple chanson du beau soleil\n\n                                                       à André Ruijters\n\n\nOr\nen la forêt\ndu frais soleil bruissait\net coulait d’ or\n\n\nAux basses branches\ngrêlées de taches violettes, d’ or, ou blanches,\nune vibration d'indicible atm osphère,..\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                                   — 75 —\n\n\nPlus haut, au ras des troncs bleuis,\nun pailletis\nde gouttelettes scintillantes...\n\n\nPlus haut encor, parmi\nles feuillages touffus et verts,\ndes coulées ruisselantes\nd’ors violets...\n\n\nEt dans l ’ azur,\ndardée éperdument vers l ’infini d'air pur,\nla crête belle, un peu frissante...\n\n\nOh ! suivies feuilles sèches\nqui crépitent aux pas\nleurs musiques brèves,\nse coucher, étant las,\net laisser se perdre son rêve,\ntrès longuem ent, devers le ciel,\nen la vision d’ une crête souple,\nqui, dans l ’azur et le soleil,\nbou g e...\n\n                                                   H enri V andeputte.\n\n\n\n\n                                                      P o è m e s e n prose.\n\n\n                Mystérieux nocturne\n\n\n\n  C’ était une autre fois. Ainsi qu’ à l’ ordinaire nous errions par les bois\n— à deux — oh ! mienne nos intimes promenades du soir ! Rappelez-\nvous, très chère, combien nous étions seuls ! Personne ne passait par les\nallées qui semblaient agrandies. Ni voix ni pas ne résonnaient. Silence !\nSilence ! Silence ! Il faisait clair encor. Le soleil se couchait. Et par\nderrière les arbres, au travers des feuillages qu’ égrappait déjà l ’automne,\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "                                  - 76 -\n\n\nde suprêmes lueurs arrivaient rouges et qui fondaient comme rubis sai­\ngnants sur les herbes, sur le sol devant nous. Silence ! Pourquoi ne\npassait-il personne dans le bois solitaire ? N ’était-ce pas à croire qu’il\nétait réservé, à nous très seuls et deux, de pressentir ce soir, quelque\nchose de l’Etrange qui nous assiège ? Nous longeâmes le lac. Le crépus­\ncule, doux, se dissolvait sur terre, ainsi qu’ une musique lentement\négouttée par les lèvres mystiques d’êtres invisibles. Oh ! l’heure exquise !\nNous longeâmes le lac;. L ’eau paraissait de marbre; calme, calme, calme\ncomme une âme d’enfant, l ’ eau s’ endormait, dorm ante...\n  Et par dessus les feuillages, à l ’autre rive, dans le ciel encore bleu la\nlune montait : pleine et large, pâle astre de sommeil, frappé à l ’ effigie\nauguste du soleil; elle s’ argentait superbement dans l ’azur profond.\nSilence ! oh ! l ’heure exquise ! Comme nous étions seuls ! Tout à coup\nnous sortîmes de l’allée et nous arrivâmes devant une grande pelouse,\nune immense pelouse. Nous nous arrêtâmes frappés et le cœur affolé.\nPourquoi ! Sans doute par ce soir vert, dans le crépuscule clair, que\nblondissait la lune cette pelouse était divine en son dévalement moelleux\net velouté, sans doute les chênes qui lourdement bouffaient en masses\nde verdures étaient graves et beaux, sans doute le silence et la solitude\nélargissaient la scène et l’ imprégnaient aussi d’ émouvante beauté, mais\nce n ’était pas cela qni nous fit demeurer. C’ était dans la nature un senti­\nment inquiet. Elle nous paraissait craignante notre approche, ainsi qu’ un\nhomme qui va faire quelque chose de mal ou plus simplement quelque\nchose qu’ il n’aime pas à faire devant tous. Le silence n’était pas naturel.\nCette solitude était trop vaste : une telle ne peut être alors seulement\nqu’ une fuite soudaine a vibré dans les branches et volé sur les gazonst\nLa disparition brusque de quelque chose pouvait seule donner à ce coin\nde forêt cette sensation étrangement fiévreuse. Qu’est-ce donc qui venait\nde s’en aller ainsi sous notre double approche ? Qu’avions-nous donc\ntroublé ? Quels ou quoi allaient venir ? Quels ou quoi étaient là ? Silence\net mystère ! Aucun vent ne soufflait. Les gazons étaient cois. L ’eau du\nlac sommeillait, sommeillante. Les arbres regardaient notre indécision.\nQu’avions-nous donc troublé ? Cette solitude et ce silence n’ étaient pas\nnaturels. N on, non. N ’est-ce pas chère ? Sans doute, en les taillis, on\nespionnait notre départ... Mais qui, qui ? ou quoi plutôt? M ystère. Oh !\ntout l ’Inconnu qui nous entoure ! Tout le mystère qui se meut autour de\nnous ! Le sentiment mystique qui nous avait saisis, ne nous permit plus,\nchère, d'avancer plus encor, et nous nous retirâmes, silencieux, et très\npersuadés que ce n’ était pas nous qu’ attendaient les gros chênes, dans la\npaix du soir vert.\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                                   -   77      -\n\n\n\n\n                        Les            Pauvres\n\n   Fatigué, les mains lourdes et les yeux las enfin de l ’incessant labeur il\ns'est assis à la fenêtre et comme elle est ouverte il voit dans les carreaux\nle reflet délicat du coucher du soleil. Le merveilleux vitrail qu’ est\ndevenu la vitre commune et grossière ! Il y voit le ciel tendre et l’horizon\nnacré, il y voit les touffes d’ arbres, esquisses noires sur l’ enluminement\naquarellé du reste. Il y voit des toits aussi de tuiles ou d’ardoises, rouges\nou noirs ou bleus; et son âme éreintée se retrempe et se recrée enfin\ndans le reflet du ciel, dans un bain d'idéal. Puis il voit l’horizon y pâlir,\npeu à peu, et, dans l ’ azur verdi, les étoiles éclore, brusques comme des\ndéchirures, — et son âme délectée à la lente harmonie du soir, écoutant\nle silence éperdument chanter, s’ absout d’humanité et se diffuse au sein\nhospitalier des choses —\n   Tout à coup les ténèbres l ’assaillent, tombent sur lui, brutales — Le\nm erveilleux vitrail est brisé ! Il ne voit plus rien — rien !\n   Prisonnier de la nuit, il se relève alors, triste — exilé de ses rêves\net de ses visions par l ’ombre, la perverse accourue, rompeuse de mirage.\n  Las ! Las ! Pauvres artistes — qui contemplez les choses au miroir de\nvotre âme — vous vous enfermez, aussi, dans vos abstractions ; vous fixez\nsur la nature vos regards méditatifs, pauvres! jusqu’ au jo u r où la vie —\nbrutale impérieuse! surgit derrière vous et vous prend au collet !\n\n                                                       A ndré   RUIJTERS.\n\n\n\n\n                           L e s R ir e s\n\n\nC’est aux sentiers d’âme jolie\nToute folie,\nC’est dans le matin clair,\nL ’eau qui babille\ns’égoutte et s’éparpille\net glisse et bruisse au travers\ndes cliquetants roseaux ja u ne s et ve rts.\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "                                — 78 —\n\n\nSonnez ! P ellettes\nFrêles et nettes\np a rles sentiers d’âme jo lie ...\nSonnez les rires, les rires d’âme,\nPleuvez, gouttes fées,\nP leu v ez!\nBulles d’avril et de printemps, d’amour gonflées.\n                                                          M. C losset\n\n\n\n\n          La Glèbe de Constantin Meunier\n  Le grand intellectuel est pareil à l’éolienne harpe redisant les pleu­\nrantes plaintes et les hilares joies errant par le vaste inonde. Toutes les\nDouleurs viennent s’y lamenter éperdument, et tous les Bonheurs\nfollement s’y réjouir. Il est comme une lyre géante que l’humanité griffe\nou caresse, et d’ où jaillissent, semblables à des Hécube échevelées, les\nhymnes sanglotants, et les alléluias d’allégresse, charmeurs et consolants\nainsi que des adolescentes rieuses se poursuivant dans un parc multiflori,\npar un soir doré d’été.\n\n   Seul celui en qui viennent pleurer ou rire les échos de la douleur ou de\nla jo ie humaines, peut faire œuvre profonde, émouvante, durable.\n  Une œuvre n’étant que d’exécution pourra être impeccable, même\nbelle, mais elle sera emportée rapidement dans le noir oubli parce qu’elle\nn'aura pas même effleuré ce qu’il y a en l ’ homme d’intime et d’éternel :\nc ’est-à-dire son âme, ce mélange indicible de choses sans nom qu’ il\nappartient à l ’intellectuel d’explorer, de nous révéler, de nous expliquer.\nL ’œuvre, de forme et d’extériorité n’ étant en somme qu’ un divertissement\nfutile d’ homme qui se savoure, sera bientôt jetée comme un vain jou et\npar un enfant déjà pensif.\n\n     La Glèbe de Constantin Meunier est une œuvre si grande, parce que\nl ’ éternellement même humanité, fille de la Douleur, y glapit son mal en\nune onomatopée déchirante incomparablement. Toutes les lamentations\ncélèbres ne sont vraiment que phraséologie vaine, froide et travail de\npion parfumé, en regard de cette œuvre enfantée par un grand simple\ncœur ému.\n  Seules, certaines paroles de Jésus le Christ pourraient être entendues\nen face d’elle.\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                                      - 79 -\n\n\n  Meunier plaça souvent les humbles et les méprisés sur un piedestal ; et\nmême, en des attitudes menaçantes : pareils à des rois dépossédés mais\nnon vaincus. Il y avait près d’ eux l'imbrisable trône : l’enclume luisante\net sonore, et le sceptre d’ acier : l ’outil pesant et terrible. Mais jamais\nencore il n’ avait créé une image aussi éloquente en leur faveur et les\nfaisant mieux aimer.\n\n    Cette œuvre est géante et immortelle. Elle dit notre temps et tous les\ntemps. Un problème que je crois hélas ! à jamais insoluble, s’ en érige et\nse pose effroyable devant l’ Esprit humain. Tous les pourquoi sans réponse\nl ’auréolent. L ’ homme s’y incarne, à genoux devant le Mal et l ’injuste,\nces, sphinx monstrueux couchés sur le monde : l ’ homme tordra en vain\nses bras éperdus sur leur socle de sang durci, ils ne diront pas pourquoi\nils sont.\n\n  Cette œuvre est vivante : un cœur y bat, puissamment indigné ; l’airain\nen est comme frémissant. Cette œuvre irradie de la prière et de la me­\nnace ; elle gémit et gronde ; elle bénit et anathématise.\n  Cette œuvre couronne l ’œuvre de Meunier comme un fronton d'or un\ntemple de Paros.\n  O puissant Maître ! tu peux ainsi qu’ un titan entasseur de monts,\nétancher la sueur de tes membres : voici la nuit; seuls ton front et les\nescarpements inaccessibles sont encore éclairés.\n\n                                        — o—\n\n                                                              A u gu ste L e v ê q u e .\n\n   Cette étude de Levêque sur La Libre Esthétique nous paraîtrait incomplète si nous\nn’ y ajoutions, en complément, quelques mots sur Eugène Laermans. Les quatre toiles\nqu’ il a exposées l’ ont campé en belle lumière de maîtrise et d ’ admiration. Peintre du\npaysan et de la campagne, il y voit, surtout, ce qui constitue leur caractère particu­\nlier et leur physionomie propre. L ’ excès même de sa sincérité et de son observation\nréaliste le pousse parfois à une outrance de charge. Une caractéristique des plus cu­\nrieuses de son talent c ’ est son aptitude à saisir et exprimer le geste d ’ un groupe ou\nd’ une foule. Un mouvement — c ’est simplement du corps qui bouge, mais un\ngeste c ’est de l ’ âme qui se manifeste ! — Dans l'Enterrement, avec grandeur et\nsimplicité, émane l’idée de l’œuvre, précisément signifiée par le geste, — courbe de\nla foule, inclination des dos, penché des têtes. C’est là, parmi les qualités de Laer­\nmans, l ’ une des plus originales et des plus précieuses, singulièrement idéaliste chez\ncet artiste de tendance et de facture si naturalistes.                          A. R .\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "                                                - 80 -\n\n\n      En symbole vers l’Apostolat\n              par Max E l s k a m p (Paul L a co m b l e z , Éditeur)\n\n   Panneau troisième et principal du \" Triptyque de louange à la vie,\nselon l ’amour, l ’espérance et la foi \" , ce dernier livre de Max Elskamp,\nexquis, joy eu x , versicolore et archaïque sans banalité, s’ impose très dou­\ncement mais avec l'inaltérabilité d'une Œ uvre.\n   Ces pages sont lumineuses, odorantes et musicales si uniment qu’ on ne\nsait plus vraiment si ce ne sont pas les ors qui fleurent et les cloches qui\ndéversent du soleil, alors que les fleurs chanteraient.\n   Ah ! oui ! charmeresse est l ’œuvre ainsi, avec son style naïf, ses détails\nd’ une ornementation délicatement picturale, et la finale évangélique de\ncertaines pièces. Oui, délicieusement, ces très vieillotes jeunes chansons,\nces mystiques paroles s’enluminent. Les mots sont clairs, précis, d’ une\nrecherche inapparente, et leurs coloris nimbés, très vibrants et très doux\nà la fois, n’ ont d’ égaux qne ceux que fit ruisseler sur la Cité morte dans\nl’or, Eugène Demolder.\n Et c ’est toute la douceur légendaire et flamande des M emlinc, des\nMetsys et des Patenier que — puérilisée — l ’ auteur y évoque.\n                                                      *\n                                                     * *\n  L ’idée de l ’ œuvre, elle, est tout autre.\n  Elle émane, moderne, simple et juvénile du décor gothique. C'est la\nprédication de la belle vie, très bonne :\n                    E t voici mon Nouveau Testament\n                    de vie, dans les choses ingénues.\n  Successivement le poète chante « aux Y eux, à la Bouche, à l’Oreille,\npour la Bonne Odeur, et aux Mains » les désirs, les vouloirs et les joies\nsymboliques des cinq sens.\n    Et il scelle son triptyque de ces vers en liesse — la liesse de voir\nl ’œuvre se parfaire\n                     \" E t cloches de bonnes nouvelles,\n                         lors, aux gens sur le pas des portes,\n                         dites qu’ enfin D octrine est morte\n                         et qu’aujourd’hui c'est la vie nouvelle \"\n  Le bouquin déborde de vers exquis, originaux, qui se déroulent, à la\nlecture, comme une prière encensée, très humaine et arc-en-ciellée.\n\n                                                                                               L ’ A rt Jeune.\n\n\n                     IM P . LITH . A VAPEUR S. EGGERICX, 46 , RUE DU PRINCE ALBERT, IXELLES.\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                                   CHOSES\n    L e Cornélien Moderne ( p r é t e n t i o n s , à l a c h i r u r g i e l i t t é r a i r e ) c o n t i n u e\nà t r a d u i r e e n I x e l l o i s : L a m a r t i n e , GILKIN e t l e s r é t r o g r a d e s urbi et orbi\nd e l a Vieille Belgique ( c i - d e v a n t jeune).\n\n   O Vieille B elgique prétentieuse ! que nul ne mentionne encore, et dont\ntoutes les revues, françaises ou belges, dédaignent lire et réfuter les\ninjures — jalouses — à Verhaeren, comm ent donc ne sens-tu pas le\nsoufflet colossal que te donne le silence de tous?\n\n\n   Monsieur Joséphin Péladan, artiste, nous charme et nous intéresse;\nMonsieur Joséphin P eladan, sar, cabotin et mage nous embête form ida­\nblement.\n\n\n  Tous ont remarqué la pauvreté inouïe du récent numéro de la Vieille\nBelgique on fait d’œuvres. A part quelques sonnets de Gille , rien. Et\nnous nous demandons de quoi désormais seront remplis ses fascicules.\nSera-ce d’œuvres de Maubel, Dem older, V erhaeren, Nautet, dès lon g­\ntemps dissidents? ou plutôt de prose d’Eekhoud, Delattre o u des Om biaux,\nscissionnaires récents? M ystère! On nous assure que M. Gilkin est en\npourparlers pour obtenir la collaboration et l ’alliance de MM. Potvin,\nHymans et Valentin. En tout cas l ' A r t Jeune n’ attendra pas le résultat\nde l ’affaire pour classer ensemble tous les réactionnaires, tous les vieux,\nquels qu’ils soient !\n\n\n  A paraître prochainement : Dialogues entre nous, argumentations\nkabbalistiques, occultistes, idéalistes, par Jean D elville. Edition de luxe,\nchez Daveluy frères à Bruges.\n\n\n   Un article de Henri Vandeputte sur Léon Frédéric et son œuvre de­\nvant paraître au prochain numéro de L 'A r t Jeune, Auguste Levêque\ns’est abstenu d’en parler en son étude sur La Libre Esthétique.\n\n\n   Les revues : Durenda l : trois dizains délicats de Thomas Braun ;\nE ssais de Jeunes : revue remarquablement sincère et jeu n e. Remarqué\nles vers ou articles de MM. Leblond, Guérin, M agre, V iollis, Chabaneix\net Fortuné ; P ages d'art et de science : Quel est donc l ’im bécile que vous\nlaissez baver sur La Libre Esthétique?\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "G r a n d e M aiso n de B lanc\n                          La plus importante de l ’Europe\n     24, 26, 28, R u e du M a r h é -a u x -P o u le ts , 30, 32 et 34\n\n\n   F o u rn is s e u r b r é v e t é d e Sa M a je s té la R e in e d es B e lg e s , d e S o n A lt e s s e\nR o y a le M a d a m e la C om tesse d e F la n d r e et d e l ’É ta t in d é p e n d a n t d u C o n g o\n\n     T O IL E S — M OUCHOIRS         Lingerie, Trousseaux, Layettes                 B O N N E T E R IE\n                                     B R O D B R IE S, D E N T E L L E S   | Anglaise, Française, Saxonne\n            Linge de Table                                                              et Belge\n   Couvertures, Courtes-pointes       Corsets — Jupons, Fantaisie\n                                                                               BAS, CH AU SSETTES\n    F L A N E L L E DE SAN TÉ           Chemises pour Hommes\n                                                                               Caleçons, Gilets, Jerseys\n Calicots. Mousselines, Plumetis       Gilets de Flanelle, Caleçons           F O U L A R D S , G A N T E R IE\n                                                sur mesure\n      C O U T IL S, D AM AS                                                            S P É C IA L IT É\n                                         Faux-cols, Manchettes                  d ’Articles en P in Sylvestre\n  Cretonne pour Ameublement           et Cravates en tous genres           | contre les affections rhumatism.\n\n\n     La G r a n d e M a is o n d e B l a n c est la seule autorisée pour la\nvente en Belgique du véritable linge et tissus en fils de lin\nentrelacés d’après le système du R . Curé K n e ip p .\n     Monopole pour la Belgique des tricots de laine irrétrécis­\nsable à la ouate de tourbe antiseptique d’après la méthode du\ndocteur R a s s u e e l .\n     N O T A . — N ou s p rion s les D am es qui auraient un achat à faire dans\nles articles de n otre S p écia lité, de v o u lo ir bien n ous dem an der n otre\nC a t a l o g u e G é n é r a l , qui est e n v o y é g r a t u i t e m e n t .\n\n                     COMMUNICATION IMPORTANTE\n   L a G r a n d e M a i s o n d e B l a n c a l’honneur de prévenir sa nom­\nbreuse clientèle, qu’elle ne possède ni agence ni succursale à B ruxelles, ni\ndans aucune ville de B e lg iq u e .-- E lle engage les Dames à se mettre en\ngarde contre les marchands qui se servent du titre de G r a n d e M a i s o n\nde    B lanc.\n\nNOTA. L’Entrée des Magasins est toujours libre,\n         on peut toujours se renseigner sans acheter.\n  C O N T IN U A T IO N DE L ’ EXPOSITION\nET DE LA GRANDE MISE EN VENTE DES\n        NOMBREUSES OCCASIONS\n Les Dames qui n’auraient pas reçu le CATALOGUE sont\npriées de bien vouloir en faire la demande.\n     Comptoir spécial d’articles pour la 1re communion, pour\njeunes filles et jeunes gens.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 4, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1895-04-15", "signet_source": "1ère année - N°4 - 15 avril 1895", "preuve": "Couverture conservée (PDF 76) : « 15 avril 1895, 1re Année, N° 4 », numéro dit « de fusion » (vignette Stella fusionnée). Indices internes : « Au 22 Janvier, 1895 ! » sous la signature de Louis Delattre.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}