{"numero_id": "ulb-art-jeune-1895-05-15-n5", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "articles": [{"article_id": "ulb-art-jeune-1895-05-15-n5-003", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L ’A rt Jeune e s t o", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 105, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 709, "texte": "L ’A rt Jeune e s t o u v e r t à t o u s . E c r i v a i n s , P e i n t r e s , M u s i c i e n s . S c u l p ­\n\nt e u r s p e u v e n t , e n p l e i n e l i b e r t é , s ’y p r o d u i r e , e x p o s e r o u d é f e n d r e d e s\ni d é e s . L ’A r t Jeune e s t a u x a r t i s t e s .\n\n\n\n\n    Adresser manuscrits à L 'A r t Jeune, rue de Brabant, 131, B ruxelles;\n\nrevues et livres à Arthur Toisoul, 38, rue Vauthier.\n\n\n\n\n    Il sera rendu compte de tout ouvrage littéraire ou artistique que nous\n\nrecevrons.\n\n\n\n\n                                            ABO N N EM EN T :\n\n\nB e l g i q u e , f r . 5 .0 0 .           L e n u m é r o , f r . 0 .6 0                E t r a n g e r , f r . 6 .0 0\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-05-15-n5-004", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 81, "page_fin": 83, "titre_corps": "Octave Pirmez", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "OCTAVE PIRMEZ (*)    Toute la vie littéraire", "ancre_fin": "choses. 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Les appa­\nrences heureuses sont partout autour de lui, à la portée de ses mains, de\nses yeux, de son cœur pour le tenter.\n   Son esprit l ’en éloigne.\n   Son esprit, vit sur un plan supérieur et y attire le restant de son être.\n   Il va, la tête et la moitié du cœur dans la clarté, et c ’est ce cœ ur, ce\npauvre cœur mi-partie d’ombre et de lumière, ballotté entre l'humain et\nle divin, passionné puis calmé, qui réclame la solitude et le silence\ncomme des conditions de son accord avec la pensée du poète. La\nrecherche de cet accord, c’est le fond de l'œ uvre.\n   Pirmez n’est pas un révolté.\n   Pourquoi et contre quoi le serait-il puisqu’il s’est voué à une œuvre\nspirituelle dont les meilleurs motifs sont en lu i? ... Ce n’est pas le mou­\nvement de haïr, c’est le mouvement d’ aimer qui l’entraîne hors de la\nsociété vers une vie moins mesurée, moins contrainte, où il pourra\ndonner l ’essor aux créatures de son rêve. Tendu de tout son être vers une\nsphère plus harmonieuse, il fuit un monde avec lequel il se sent en fausse\nrelation. On dit qu’il déteste les hommes : c ’est une erreur. La notion\nde l’ harmonie est relative.\n   Des peuples se réjouissent d’ une musique élémentaire qui nous froisse.\n Est-ce une raison pour que nous détestions la musique ? ... avec les notes\n dont ils se servent on a pu composer les admirables mélodies de Parsifal.\n    La profonde musique humaine, Octave Pirmez ne cessera pas de\n l’aimer. Toutefois il en transposera les accords dans la tonalité la plus\n dépouillée, la plus subtile de sorte qu’elle n’ait plus de matérielle que\n l’ apparence.\n     En racontant sa lutte intérieure il a fixé lui-même la conception\n qu’elle engendre : « tout homme qui s’analyse sentira trembler en lui\n deux mondes qui se pressent dans un embrassement d’extase et de dou­\n\n\n   (*) Fragment d ’ une conférence faite au Cercle des Matinées littéraires le 24 ja n v ier.\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "                                 — 82 -\n\n\nleur. Ce charme inquiet est plus poignant à mesure que les forces de\nl’esprit et les instincts naturels s'approchent de l ’équilibre.\n    » On vit alors dans un mirage, balancé entre une terre que l ’esprit\nrend diaphane et des régions sereines où s’engagent encore les formes de\nla matière. »\n   Voilà sa vision. Elle ne le détache pas de la terre — elle l ’en dégage.\n   Il peut faire sienne cette parole que lui écrivait un jou r son frère : « Je\nserais seul si je n’ avais ma mémoire et mon cœur ! »\n   Il a conçu un monde illimité où se meuvent avec lui vers une fin\nidéale tous ceux qu’il aime et une foule de créatures peuple son esprit. Il\nentretient leur vie par des lectures et des voyages.\n  Il voyage dans le silence. « Le silence est le compagnon du m ystère. »\nUne relation secrète s’établit entre son âme et celle des choses.\n  « Sommes- nous jam ais seuls quand nous écoutons de nos yeux le lan­\ngage éloquent de la nature ? Nous conversons avec les images les plus\nvariées. Nous cherchons dans le monde externe une concordance heu­\nreuse avec nos sentiments.\n  » Pourquoi étions-nous charmés à la vue de cette succession de vallées\net de collines qui se déroulaient à mesure que nous avancions ? N ’est-ce\npas que nous devinions une conformité entre notre âme et ces contrées\nondulées ? Elles nous montraient, tour à tour nos aspirations et nos\ndéfaillances : monter un peu, puis descendre, pour remonter et descendre\nencore !... »\n  Les lectures sont des voyages d’ un genre plus intime. Los livres sont\npleins de paysages intellectuels. Il les traverse comme en se promenant\net s’arrête de temps en temps à une page, à un site pour méditer sur ce\nqu’il vient de voir.\n •On a dit que pour bien comprendre une œuvre d’art nous devons nous\nplacer devant cette œuvre et attendre qu'elle nous parle.\n  \" Attendre qu’elle nous parle !... » C’est une précaution à avoir devant\ntout ce qui peut parler à. notre âme.\n  Il y a dans toute œuvre poétique quelque chose dont le poète n’est pas\nconscient, quelque chose qui n ’est pas de sa volonté.\n  La création poétique est une prière, une évocation de forces dont le\npoète n ’est pas le maître.\n  Il mène son œuvre comme le pilote mène le navire. Il lui imprime une\ndirection, mais pendant le voyage des événements se produisent dont les\neffets l ’étonnent. Aussi une belle œuvre est-elle toujours supérieure à\nl ’homme de génie qui T a créée. Cet homme se tient devant son œuvre\navec une espèce de soumission. Il reconnaît qu’ un sentiment mystérieux\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1771, "texte": "                                     —      83 —\n\n\n irrésistible l’a mené ailleurs et plus loin que les régions que lui avait\n assignées d’abord sa volonté.\n   A plus forte raison se tiendra-t-il ainsi devant l’œuvre d'une person­\n nalité différente de la sienne si cette personnalité lui est sympathique.\n   Octave Pirmez est riche de cette faculté féminine, de cette sensibilité\n par laquelle on évolue, on se renouvelle.\n   Il s’abandonne en toute sympathie aux créatures de son imagination.\n Elles sont les filles de son désir, les formes de sa passion réalisées libre­\n ment dans le rêve et elles le mènent par le monde, vers d’autres créatures\n qui sont leurs aînées, leurs sœurs et qui pourront aussi le charmer.\n    « Je n’entre guère aux musées, dit-il, que pour me charmer quelques\n instants et recueillir de ce charme des pensées générales. » L’ univers est\n le musée immense où il contemple une œuvre de beauté, infinie.\n    Soit qu’ il explore la pensée des écrivains, soit qu’il en cherche le\n reflet aux pays où ils ont vécu, tout lui est m otif à considération étendue\n et profonde.\n    Il s’arrête à une page, il s’arrête à un site et, en relatant ses impres­\n sions, il passe si uniment de la vie extérieure à la vie intérieure qu’ on\n ne les sépare plus.\n   C’ est l ’ union souhaitée entré l ’intelligence et la nature.\n   Cette union harm onieuse se réalise à presque chaque page des Jours\nde solitude.\n   Il portait ce livre dans son cœur depuis son enfance. Il l’avait conçu\navant les jours mauvais du raisonnement et de l ’analyse. La sensibilité\ns’y épanouit en paroles savoureuses; le cœur du monde y palpite qui met\nen communion les êtres et les choses.\n\n                                                         H en ry M aubel.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-05-15-n5-005", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 83, "page_fin": 85, "titre_corps": "La chanson des petits corps nus", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Vandeputte", "ancre_debut": "La Chanson des petits Corps nus n                                                       à Francis Vielé Griffi", "ancre_fin": "gosses mis. H enri V andeputte.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE             CONTE      ... En le voyant, rieuse, elle", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1771, "fin_caractere_exclue": 2010, "texte": "La Chanson des petits Corps nus n\n                                                      à Francis Vielé Griffin.\n\n\nIls se sont dénudés\ndans la clairière.\nDu clair soleil ruisselle en le fouillis.\n\n(*) De Chanter, un volume en préparation.\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 969, "texte": "                                   — 84 —\n\n\nIls sont dix gosses nus sons la lumière\nqui coule du feuillis.\n\nE t houp ! c’est une courbe brusque, ensoleillée\nqui les jette tête première\nd’un saut\ndans le calme de l’eau\nensommeillée.\n\nEt houp ! une autre saute\nen courbe brusque et haute,\nensoleillée !\n\nL ’eau sommeillante en est troublée.\nUn cercle énorme s’élargit,\nse multiplie\nà l’infini\net meurt aux bords en clapotis.\n\nE t l’enfant rit.\nEt tous en rient\nd’un rire clair, épanoui,\ninfinisépar les échos.\n\nE t les voici, mes, dans l’eau claire...\n\n Frissons de l’eau;\nsplendeur des jeunes chairs;\nombre frêle et grêlée des branches sur l’eau claire;\nfra is soleil ruisselant\n en le feuillis...\n E t l’eau palpite autour des chairs...\n\nDans la clairière,\ndu clair soleil ruisselle du feu illis...\n\n                                             *\n                                            * *\nE t c’est aussi,\ndes repos somnolents\nsur les bords fleuris de printemps.\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 706, "texte": "                                      — 85\n\n\n Certains se couchent sur les mousses\nqui velourent leurs tons vieux-verts on mordorés.\nD ’autres ont chu\nla jeunesse de leurs corps nus\nsur les pelouses,\nbuvant à pleins regards le plein soleil.\nD ’autres s’étendent en un champ\nparmi la jeunesse des pousses.\n\nIls sont tout nus dans le printemps !\nIls sont tout nus dans la lumière!\nEt l’eau murmure.\n Unefraîcheur vient du ruisseau...\nE t cette joie de rire haut,\nsous la magnificence calme de l’azur !\n\nEt l’eau murmure...\nIls sont tout nus.\nLeurs yeux sont de petits soleils.\nIls sont très beaux les gosses mis.\n\n                                             H enri   V andeputte.\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-05-15-n5-006", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 85, "page_fin": 88, "titre_corps": "Le conte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Blanche Rousseau", "ancre_debut": "LE             CONTE      ... En le voyant, rieuse, elle", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 110, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 706, "fin_caractere_exclue": 1305, "texte": "LE             CONTE\n\n\n   ... En le voyant, rieuse, elle courut jusqu’ à lui, et quand elle fut tout\nprès : « V oici, dit-elle, que s’éveillent les fleurettes. — Ami, pour­\nquoi vous taisez-vous? Faites comme les fleurettes, Ami, éveillez-\nvous ! ».\n  Il ne dit rien et regarda sa robe. Au-dessus d’eux, un nuage rose se\nbalançait dans de l ’azur... des moucheronnettes joyeuses voltigeaient\ncomme une poudre brillante. — Sa robe était blanche, à ses doigts des\ndiamants de flam m es... Il ne dit rien et regarda ses doigts.\n   — « A m i, voyez-vous ce sentier? — Si vous voulez, nous le suivrons :\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2259, "texte": "                                      -   86   -\n\n\n\n\n« Il est long et d’herbes sem é... Nous irons clans le soleil, vers des\n» régions lointaines, par le sentier h e rb u ... ».\n   — « Allons !»\n  Ils partirent, côte-à-côte, à pas menus.\n  Elle avait de petits pieds où scintillait du jais : deux        oiseaux sur\nle sable... Elle avait des yeux comme des papillons vifs,... Oiseaux et\npapillons voletaient, au bas du nuage de la jupe, au haut du brouillard\ndes dentelles... et le poudroiement des moucheronnettes, et le nuage\n balancé, et le vert doux des blés alentour, tout cela faisait de la clarté\njoyeuse.\n  L ’ Ami marchait courbé vers la bonne terre.\n  Les tout petits oiseaux sautillaient dans le sable fin ... Ils allaient...\nils semblaient ivres de soleil : l ’Am i les regardait. Parfois ils pliaient\nun brin d’ herbe, parfois ils frôlaient un caillou ... Leurs yeux de jais\nriaient parfois...\n  Les papillons battaient des ailes... vite, vite, une poussière d’or, un\nvol d’ étincelles ; sous la vapeur rousse des cheveux des éclairs bleus et\nroses qui brûlaient, s’ évanouissaient et renaissaient, cinglants et fous,\net provocants...\n   Sourire de l ’ Aimée.\n   Soudain, câline, sa main de velours glisse sous le bras d’A m i... Elle\nparla : clochette dans l ’ aube...\n   — « Pourquoi donc ce silence? Pourquoi ne rien me d ir e ? ... Songez\n» quelque vieux co n te ... De vos lèvres douces il me sera de m ie l...\n» Parlez, parlez pour moi ! »\n   Très lentes et vagues d’adoration, les prunelles d’ Ami cherchèrent le\ngrand cie l... Le grand ciel riait, .tout bleu, avec des gazes blanches\ncomme des rides de jo ie s ... Il commença , d’ âme rêveuse :\n  — Il était une fois l ’ Adorée.\n  U n ... deu x... Elle battit la mesure avec ses doigts fins : ce fut une\n chose frêle et neigeuse rayant la lumière de l'a ir ... Troublé, il s’ arrêta.\n — Elle agita la tête, tout l ’ or doux de sa tête, l’or doux comme de la\n soie broyée.\n    — « L ’A dorée? »\n    ... Clochettes dans l ’ aube...\n   — « Comment est l ’Adorée ? »\n   — « ... Elle est blonde ainsi qu'un cuivre fauve : ses yeux sont des\n » lacs de printem ps... Elle est petite, comme une petite fée d’ abeilles...\n » Comme une toute petite et mignonne fée d’abeilles : Elle est douce au\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1993, "texte": "                                  -    87 -\n\n\n  Une émotion vint clans la brise...\n  F risson ... langueur... Un rêve passa... Vinrent des oiseaux chantant\ndans tous les arbres...\n  — « E st-elle jolie ? »\n  — « Elle est j o l i e ; c ’ est la fleur du pré de beauté... Elle est jolie\ncomme une pâquerette aux bouts de pétales roses...\n  Elle est gaie.\n  ... Des oiseaux chantant dans tous les arbres...\n  — Elle est gaie ?\n  — « Oui; elle chante le matin et le soir. Le matin c ’est un carillon\n» clair : le réveil des insectes. — Tous les petits insectes l ’attendent...\n» les petits insectes verts, les petits insectes rouges, les petits insectes\n» d orés... ceux qui ont des ailes si fines, si fines, qu’il n’en est de plus\n» fines... ceux qui ont un dos si brillant qu’ il semble baigné d’ une étoile...\n  » Elle chante aussi le soir. — Le soir c’est la chanson des astres :\n» ils frémissent en l ’ écoutant, ils pleurent. — Et la, grande lune cligne\n» de l ’ œ il; elle brille doucement et blanchit d’am our... de tant d’amour\n» que la terre entière en est baignée!.. »\n  Un silence survint.\n  Papillons immobiles et rêve des oiseaux...\n  L ’ aimée songe. — Les rayons chauds baisent sa nuque de blanc\npétale... D’ amoureuses mouches frôlent son fron t... L’aimée songe... la\nchaleur est légère.\n   — Où vit-elle ?\n   — Elle vit dans un pays splendide. Ou y voit, des champs d’ un vert\ndoux...\n  Défilent les champs verts.\n— ... Des chemins d’ un sable d oré...\n Long s’ étend le chemin doré.\n — ... Des arbres grands et feuillus...\n    Les arbres...\n    — « Et dans ces arbres habitent des oiseaux à voix douce qui parlent et\n » chantent pour les fleurettes. »\n    Les chants des oiseaux.\n   — Que fait-elle ?\n   — « Beaucoup de choses. Elle rit à la lune et aux étoiles claires... aux\n » scarabées d’o r ... aux petits brins d’herbe. — Elle tresse des couronnes\n » blanches pour son front b la n c... elle miré dans l ’eau son visage de pâle\n » nénuphar...\n   » Parfois elle pleure. »\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1871, "texte": "                                  —     88   —\n\n\n\n  Un étonnement tomba des arbres... Les blés frém iren t... «E ntendez-\nvous ? » se dirent les fourm is; une abeille arrêta son vol.\n  — Pourquoi pleure-t-elle ?\n  « Pour des choses infiniment tristes : une épine dans son doigt m enu...\n» un trou dans la soie de sa rob e... Pour une mouche qui la frôle, une\n» goutte de pluie qui la m ou ille...\n  » Elle est délicate : un ruisseau lui fait peur. »\n  A leurs pieds gazouillait un peu d’eau brillante, ainsi qu’ un rayon\négaré. L ’ami s’arrêta; aussi l ’aim ée... papillons de battre des ailes !...\n« P a s s e z -m o i» , dit-elle... Il enjamba le ra y o n ... Il lui prit la main :\ncolom be em prisonnée... Il lui prit la m ain ... Il prit ses doigts menus,\net sur ses doigts menus voltigea un baiser, comme un oiseau d’am our...\n   — « Laissez-m oi me voir. »\n   Coquette, elle se pencha : rêve de neige dans l ’eau d’argent... De neige\net d’ or, tremble et s’ évanouit...\n   L ’ ami continua :\n   — « Quand elle dort, la nuit, elle est si belle que les étoiles pâlissent\n» en la regardant... si fragile que le vent n ’ ose souffler de crainte de\n» l ’em porter... si paisible que les mouches en arrêtent leur v o l... Quand\n» elle marche, le jo u r, elle est si légère que rien ne ploie sous ses\n» pieds... si vive qu’elle dépasse les fauvettes... si mince qu’elle glisse\n» dans une fente. »\n  L ’ aimée rêve : une langueur est sur e lle ... A peine entend-on sa voix :\n   — « On l’aime ?\n   — « Quelqu’ un l’ aime d ’ un amour grand comme la m er, ardent comme\nle feu, et pur comm e le ciel. »\n   — « Et elle ? »\n   — « Elle ? »\n   Un silen ce... Une ombrelle déployée, un frémissement de jupes : ils\n s’en revinrent, lents...\n    — Son petit cœur était de cire : le soleil l’ a fondu.\n\n\n                                                          B lanche R ousseau.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-05-15-n5-007", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 89, "page_fin": 89, "titre_corps": "Lassitude", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Marie Mertens", "ancre_debut": "L a s s itu d e   Sous vos pieuses mains m", "ancre_fin": "e r t e n s", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L ’a p p r o c h e d u D é s i r    Vois!  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Les chemins sont rares pour y gravir\njusqu’ au faite. Et quand la route unique qui sert aux voitures de poste\nest démembrée par les éboulis et les saboules, barrée par les cèdres\npourris tombés des roches, il faut suivre les lits des cricks tortueux aux\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2710, "texte": "                                — 92 —\n\n\nfonds des gravelles et des granits en poussière et parfois s’embourber\ndans les mares où les daims viennent bramer à l ’ aube.\n   Tom Lambnear est venu porter son âme en ces parages. Un matin\nd’avril, il est parti à dos de mule paquetée pour les longues endurances,\nla tète pleine des enfiévrements de l ’or. Ardent et sûr, stimulé par l’âpre\nconviction des chercheurs de gisements quand même, il a émietté les\nsurfaces des quartz rebelles et percé les lits de calcaire volcanique, tant\nque la veine aurifère est apparue, mince et tenace, zigzaguant vers d’au­\ntres centres plus riches. Alors, il a travaillé à l ’installation définitive,\nconstruit la mesure, pour lui et sa bête, avec des pierres, des branches et\nde la terre nuire, enfoui ses provisions dans le sable et mis la mule au\nvert en attendant le prochain voyage:\n  Maintenant, il songe, dans l ’isolement et la pénurie. Couché à l’ombre\nd’un mélèze et fumant la bonne pipe, compagne il voit les années futures\nqui défilent, les pépites pesant lourd et la fameuse trouvaille de la\nmother vein, puis les experts qui viennent évaluer le prix de la mine et\nles capitalistes la lui acheter. Mais il ne veut pas vendre, oh ! non il\nne veut pas vendre. Il achètera des machines à broyer dix tonnes de\nquartz à l ’heure et fera venir les gens de son village pour peiner à la\ngrande œuvre m illion naire; et bientôt la nouvelle ville s’ élèvera,\nL a mbneartown avec ses maisons neuves, ses jardins et son église.\n  Mais aussi, les tristesses sont venues, doucement, une à une, ainsi que\ndes oiseaux silencieux de mauvais augure, qui viennent s’aligner parfois,\ntrès immobiles, sur les entourages des corals. En voyant pérégriner un\nours aux alentours, friand de la petite pomme rouge du manzonite, il a\nsongé aux gars de son pays de montagnes qui mènent des A tta-T roll aussi\nphilosophes par la chaîne, font la bombance avec les belles filles. Et le\ncouplet basque lui revient :\n\n                  E lle a plumé son poulet, la cuisinière,,\n                               la cuisinière;\n             je le plumerai aussi, son poulet, la cuisinière,\n                              la cuisinière !\n  Le crépuscule est descendu, m orose, avec de la rosée qui glace. Et sans\nsavoir, il songe au r êve de la veille : il était dans une chambre très\nblanche où des cierges brûlaient pour la virgine des consolations et des\npeines. Et des larmes lui viennent dans les yeu x, qui le soulagent, car il\nse dit que les vieux parents prient pour son bonheur. Et, le cœur content,\nil s’endort avec d’autres illusions qui le bercent dans le monde des appa­\nritions douces où l ’homme aiguise ses sens et les modère. Alors arrivent\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1675, "texte": "                                  -   93 -\n\n\nles nuits d’insomnie. Au précédent jo u r sa pioche a rencontré la poche\ntant attendue où de l’or pullule. Il y en a pour deux cents dollars, au\nmoins, à même, des pépites de soleil qui donnent la fièvre. Ht voilà qu'il\nne peut plus dorm ir; les moindres bruits le réveillent et l’excitent. Les\npas de sa mule qui baliverne au clair de lune lui font croire à l’arrivée\nd’une bande de cow -boys texains, hantant les trésors des mineurs. Une\nautre fois; les loups de prairie, affamés ou en amour, hurlent lamentable­\nment dans les cagnades lointaines, et Tom s’imagine que toutes ces voix\nchantent sa fin prochaine, l ’envahissement de la mine par l’eau de source\net la déroute du camp par les ouragans d’hiver. La fièvre le domine . Il\nn’est plus seul. Il y a des voix autour de lui et des images qui l’oppres­\nsent. Il se lève, rôde à la nuit- par la montagne, caresse en passant sa\nbête qui lait de grands yeux tristes et bat les oreilles. Il va voir ses\nprovisions, retire son or de la cachette et le tâte . Ht le vont pleure avec\nfurie.\n   — Je ne suis pas seul, dit-il, non, je ne suis pas seul...\n  An jo u r qui vient, -il ira au village. Il vendra cet or qu’on peut\nprendre; il achètera du whisky pour avoir du courage, car il a peur,\npour de quoi, de qui ? Il no sait.\n  — Tais-toi, dit-il. T a is-toi... non parle, parle encore, plus fort, crie...\n  Et Tom se met à crier de toutes ses forces, offrait sa bote qui se cabre\net jette son or au loin, que personne ne ramasse.\n   Demain, il se remettra à la tâche !\n\n                                                      H e n r i de C l a s s a n t .\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-05-15-n5-010", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 93, "page_fin": 94, "titre_corps": "Le beau silence", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Le        b e a u s i le n c e   A ux champs, aux vastes ch", "ancre_fin": "prosterne aux Paradis de la Douleur.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "V i e u x C u iv r e           La tête s’inclinant vers", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1675, "fin_caractere_exclue": 1934, "texte": "Le        b e a u s i le n c e\n\n\nA ux champs, aux vastes champs troublés de solitude\nTraîne le beau silence\nSa houle immense de souffrance.\n\nSur les âmes d’ Inquiétude\nLe Beau silence étale scs plis droits\nAinsi que pour la mort, ensemble il joint les doigts\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 819, "texte": "                                — 94 —\n\n\nAvec douceur infiniment,\nComme un ange couché au long d’un marbre blanc.\n\nSur les lèvres fidèles\nA ux Passés d’or\nDont le baiser d’adieu les fit paiement belles\nLe fier silence a mis son doigt encore.\n\nSur les têtes bas inclinées\nQue caressent après tous les espoirs noyés\nDes tendresses apitoyées,\n— Comme sur une aride et vide et large plaine\nL ’impalpable et sinistre vent —\nPasse éternellement un vent de peine.\n\nE t c'est le doux et fo rt silence\nBalayant d’aujourd'hui les plages lumineuses\nPour se ployer aux rocs des anciennes souffrances\nE l boire deJadis la source douloureuse.\n\nAinsi qu’aux vastes champs troublés de solitude,\nPassent aux âmes sans Bonheur\nLes détresses d’un silence d’Inquiétude\nQui les prosterne aux Paradis de la Douleur.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-05-15-n5-011", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 94, "page_fin": 95, "titre_corps": "Vieux cuivre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "M. 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C losset\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-05-15-n5-012", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 95, "page_fin": 99, "titre_corps": "Conte menu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Ruijters", "ancre_debut": "CONTE                          MENU                                                             à Henry Maubel      Placidem", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 120, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 560, "fin_caractere_exclue": 2032, "texte": "CONTE                          MENU\n                                                            à Henry Maubel\n\n\n   Placidement l e goûter s’achevait.\n   Les deux hommes causaient de choses graves, et les femmes parlot­\ntaient. Les enfants, un peu impatients, pressés de courir à l’air pur et de\nvaguer encore au hasard des sentiers avant la tombée du soir, remuaient\nsur leurs chaises et s’agitaient nerveusement. L ’auberge où les familles\ns’étaient arrêtées, était sise au bord d’ une route, à l ’ombre même de la\nforet et le murmure immense du vent dans des branchages passait parfois\nau dessus des tablées bruyantes, dispersant au loin de son souille puissant\ntoute cette vaine poussière de mots. C’était une après midi de dimanche,\nlumineuse et calme sous un grand ciel indolent. Toutes les tonnelles\ndu jardin étaient occupées. De petits bourgeois, de petits rentiers, dos\nsoldats, des amoureux, des quelconques humaient l ’air frais, et enivrés\nde leur liberté, parlaient haut et riaient de rires sonores. Ici, dans ce\ncoin retiré, sous le treillis grêle des chèvrefeuilles mi-éclos, les hommes\ncausaient de choses graves et les femmes parlottaient. Paul et Jeanne,\nles plus jeunes des enfants, regardaient au loin, et leur envie de s’ enaller\nluisait ardente en leurs prunelles mais ils n’ osaient rien dire craignant\nd’interrompre la conversation des parents et d’être grondés. Louise et\nPierre, les aînés, plus calmes et plus discrets, contemplaient l ’horizon\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "                                —    96\n\n\net eux aussi, eussent souhaité courir folâtrer, mais ils se taisaient et fei­\ngnaient d’écouter. Et leur désir se compliquait, car naïfs de la naïveté\nde leurs quinze ans épanouis, ils s’ aimaient et la solitude leur était douce\noù ils pouvaient se sourire sans être vus et se serrer les mains, tendre­\nment, sans qu’on les aperçût. Et ils songeaient que le soir bientôt allait\nvenir et que l’ heure sonnerait de rentrer en ville et de se séparer... Oh !\ns’en aller et courir seuls, dans les bois! Il faisait très clair encore.\nC’était un pâle et doux crépuscule de printemps. Le soleil s’ était couché\nbellement, dans un occident rose couleur de chair de vierge. Toute une\nvie de lumière, jeune et active, restait sur terré, im mobile et apaisée\nsur les choses et les êtres.\n   Les pères causaient de choses graves, les mères parlottaient. Et c’ était\ndes discutions sur des sujets politiques- ou com m erciaux et c ’ était des\nhistoires de médisance ùu de ménage. Et c ’était ainsi, dans tout le jardin,\ndes rires et des voix hautes et des chants et des bruits et une animation\nfrémissante et factice. Soudain, ne sachant plus résister et mettant à\nprofit une interférence de causerie, Paul demanda.\n   — M ère... Est ce que nous pouvons aller cueillir des fleurs? dis?\n  — O u i... ou i! insista Jeanne... Est ce que nous pouvons nous en\naller en cor?...\n   Les deux mères se consultèrent du regard. Los hommes approuvèrent\net, jo y e u x doue, avec permission obtenue, les petits se levèrent et s'en\nfurent bondissants.\n   — Prenéz garde de vous salir. N ’est ce pas?\nPierre et Louise, promirent d’ un signe de tête, et plus calmement ils\nsuivirent leurs cadets.   A h ! jo ie ! Ils allaient donc pouvoir être seuls et\net se promener à leur gré, sous les branches et p a r les sentiers, oit\ns’éveillent de frissonantes musiques de grillons !\n   Ils n’osaient marcher trop vite, sous les yeux de leurs parents et ils\nressentaient une timidité pudique s’imaginant que les regards des gens\nattablés les examinaient railleusement.\n   Et une voix de femme cria de loin :\n   — Ne vous écartez pas trop !\n   Il arrivèrent à la route, la traversèrent de pas alertes et la forêt\nfut devant eux, infinie, murmurante et hospitalière.\n   O h! Jeune... comme elle était jeune, en ce soir d’avril, avec sa gra­\ncilité épeurée et printannière !... Les feuilles venaient à peine de se\ndérouler, gardant toujours sur elle le pli courbe des bourgeons. F r i­\nleuses, elles tremblaient et grelottaient aux souffles froids. Et elles\nétaient menues et délicates , minces et fraiches et puériles dans leur teinte\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "                                    - 97 -\n\n\n aquarellée. Et c’était au dessus de l'élancement rigide des troncs, au dessus\n des futs gris de hêtres et de chênes un épanouissement de verdure frêle\n et bruissante, d'un vert si pâle, si nouveau si exquis que le ravissement\n vous prenait rien qu’à les voir et à les entendre frôleusement chucho­\n tantes... A mi-hauteur des arbres parfois, une branche s’étirait soudaine\n et droite et toute chargée et toute fourrée de feuillage, tendre comme\n neige. Une harmonie naissait de l’intime union des couleurs, du va\n solennel. Destroncs chevelus de vert, parmi les rousseurs monotones du sol.\n Pierre et Louise marchaient, rapprochés, coude contre coude, sans un\n mot et heureux. Ils regardaient les choses et trouvaient beaux, sim­\n plement, les morceaux de ciel bleu, qui s’ interétendaient aux trous de\n la voûte. Devant eux Jeanne et Paul gambadaient. Ils avaient des gestes\njoy eu x , des appels caressants et l’émerveillement de leurs âmes se tra­\nduisaient en les cris de leurs bouches et. la turbulence de leurs corps.\n   — O h! des violettes! exclama Paul tout, à coup et il s’élança. La\n petite le suivit. Pierre et Louise demeurèrent seuls. Ils firent quelques\n pas dans du silence. Le calme du soir écrasait la. forê t. Une atmosphère\n d'opaline obscurité se tramait dans les branches, mais il faisait clair\nencore et les arbres hauts et roides luisaient de lumière reflétée. Un\n oiseau chanta. Pierre, et Louise se taisaient. Leurs pieds foulaient des\n anémones. Machinalement, par l’ inconsciente idée qu’il fallait faire\n quelque chose elle se baissa et arracha l ’ une des fleurs.\n   — Vois donc ! fit-elle.\n   Etoilées et roses, les mignonnes fleurs semblaient lasses : lasses dans\nl'affaissement de leurs pétales, lasses dans la courbure de leurs cols,\nlasses aussi dans le chiffonné de leurs feuilles.\n   — Elles sont belles, répondit Pierre.\n   Alors elle s’agenouilla et voulut faire un bouquet. Pierre regarda\nles mains de Louise. Blanches et potelées avec des plis gras et, des fosset­\ntes elles couraient parmi les plantes et cueillaient, cueillaient avec une\nfébrilité hâtive, étrange m êm e... E h! O u i!... les enfants! Il y avait\nun peu d’ émotion battante en leurs cœurs !... Tout autour d’eux par cen­\ntaines et milliers surgissaient des anémones. On eut dit qu’ une curiosité\nsympathique faisait se lever ces essaims gracieux de petites têtes roses et\nblanches et mauves, de petites têtes pâles inclinées sur les tiges graciles\nparmi les verdures sombres. Et Pierre regarda Louise agenouillée. La\nrobe, tendue par son geste, s’ épandait en plis souples et moulait les\njam bes, et, s’écartant un peu au dessous des genoux, décelait les mollets\nfins et fuselés, dans les bas de soie noire. Un grand silence musical\ns’ affirmait. Au dessus de leurs têtes, dans les branches passait comme\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2664, "texte": "                                — 98 —\n\n\nle murmure, très atténué et lointain, d’ un ruissellement d’ eau vive. Et\nun hibou hululait faiblement. L es anémones semblaient s’ être multi­\npliées encore. Et non ! ce n’était, pas des centaines et des milliers c ’était\nun infini grouillant et épars, c'était, toute une semaille d'étoiles glées\net parfumées.\n   Or, comme Louise, pour atteindre une tige s’ étirait d’ un mouvement\nleste et prompt, Pierre ébloui, traversé d'un, vertige se pencha et vive­\nment, la baisa dans le cou. Surprise, et charmée, le cœur ému, elle se\nretourna et retomba, assise parmi les feuilles mortes. Il y eut une m i­\nnute d'attente très douce. Il craignait qu’elle ne fut offensée de sa har­\ndiesse. Elle redoutait (peut-être eu le désirant) qu’il ne tentât davan­\ntage. Puis, connue elle ne disait rien et comme il ne bougeait plus ils se\nregardèrent et se sourirent, divinement heureux. Ils étaient muets et\nseuls parmi les anémones, baignés d ’ une large caresse de parfum et le soir\ntombait dans les bois. Entre les troncs de tous côtés, une ombre mauve\net légère se lissait vaporeusement. Les petites feuilles vertes et jeunes\ns’assoupissaient et, le bleu du ciel s’ était assombri. Ils seraient restés là,\ntoujours, sans parole et sans geste, naïfs et jolis l’âme chantante de\ntendresse et de joie quand, brusquement, à dix pas d’ eux, Paul survint,\nqui jaillit de derrière un tronc. Et Jeanne le suivit et tous deux, follem ent\nse mirent à rire. Pourquoi donc ? Pierre et Louise rougirent. Est-ce\nqu’ils l ’auraient vu ? pensaient-ils. Et un trouble les envahissait d’avoir\nainsi été surpris dans leur confiance et leur intimité. De ton fâché,\nPierre fit taire les deux petits. Ils obéirent, mais leurs veux restaient\nrailleurs et leur sourire était narquois. Alors Pierre les chassa. Louise\ns’était relevée et confuse, elle     défripait sa jupe à coups de doigts\nprécautionneux.\n   — Je crois qu’ il sera temps fit-elle.\n   Il fit « Oui » de la tête et ils s’en retournèrent. Ils n’osaient se donner\nle bras et ils marchaient moins rapprochés maintenant en s’en allant\nque tantôt en arrivant.\n  L ’obscurité   s’intensivait. Les luisances     s’étaient éteintes au long\ndes troncs. L’ombre mauve roulait plus lourde, plus douce et plus pro­\nchaine. Le hibou hululait. Ils sortirent de la forêt.\n  Les parents les attendaient sur la route.\n  — Eh bien. Vous voilà enfin ! reprocha-t-on. Nous vous croyions\ndéjà p erd u s!... Qu’est-ce que vous avez fait là dedans?\n  Ils rougirent encore et ne répondirent pas.\n   — Oh! Je suis sur qu’il l 'a vu pensa Pierre. Il l’a u ra d it... je vais\nêtre ferme grondé ! Il se résigna triste.\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2738, "texte": "                                  — 99 —\n\n\n  Mais min ! Les pères leur tournèrent le des et se mirent en\nroute et les deux mères imitèrent leurs m aris...\n   — Oui! Oui! s ’expliqua t-il... On ne veut rien me dire ic i... mais\nce sera pour quand nous serons r e n tr é s ? ...\n  Inquiet et tourmenté il se mit au côté de Louise et ils suivirent leurs\nparents. Et Pierre aurait voulu s’excuser auprès d’ elle et lui demander\npardon pour toute la peine qu'il lui causait. Mais il n’osait plus parler.\n  Ils entrèrent dans une allée couverte. Le silence des bois les absorba.\nFatigués, les hommes se taisaient; les femmes, seules, chuchotaient de\nvoix éteintes. Les ténèbres maintenant étaient énormes et ils traversaient\nde la nuit.\n   Et Pierre songeait au cou de Louise et il songeait au délicieux baiser\nqu’ il y avait goûté; et Louise songeait à sa frayeur et à sa joie, et réunis,\nconsolés et presque rassurés, ils avaient un plaisir candide à se frôler, à\nse sentir et à se serrer le bras on la main de temps en tem ps... On ne les\nvoyait pas... Et il faisait si noir ! Oh ! si noir ! La forêt semblait deve­\nnue d’ébène et le sol de marbre. Les horizons implacablement s’étaient\nabolis et, seules vivantes, dans le ciel limpide de saphir cyalin, les\nétoiles brûlaient. Pierre et Louise s’ en allaient, dans leur fine sensation\nd’ amour, et ils se regardaient et ils souriaient. Peut-ê tre allait-on les\ngronder tantôt... mais qu’ importe ! A cette heure ils se voyaient et se\nsavouraient et ne se souciaient, plus d’ un avenir maussade. Le hibou\ndoucement hululait. Quelquefois, l’ une des dames se retournait et jetait\nun regard vers les enfants. Ils sentaient alors un petit frisson leur courir\ndans le des, et instinctivement s’écartaient l’ un de l’ autre. Mais cela 11e\ndurait pas. Bientôt ils revenaient à leur bonheur. Ils se serraient de nou­\nveau, se regardaient encore et s’aimaient toujours.\n    Et ce fut un retour splendide au travers de la nuit, dans la forêt\ngrandiose, emplie de silence, où parfois, bruissaient des bruits sourds\nd’ inquiétant m ystère. Les pas sonnaient clair sur la. route durcie. L’écho,\ndans le calm e, les rechantait, u n à un. Et ils marchèrent, silencieux,\ndans la solitude. Les parents réfléchissaient que demain la vie laborieuse\net dure allait recommencer, les deux enfants pensaient à leur tendresse,\nà leur baiser et à leur crainte et ils bravaient les soucis des reproches et\nils s’ estimaient heureux de pouvoir souffrir, un peu, pour leur puéril\namour. Jeanne et Paul marchaient en avant, effrayés et tremblants de\ntout le noir qui les entourait, humbles devant la majesté impérieuse et\nprofonde de la nuit.\n\n                                                        André    R UIJTERS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-05-15-n5-013", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 100, "page_fin": 101, "titre_corps": "Vers le nouveau printemps", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "V e r s le n o u v e a u P r i n t e m p s                                                          à Em ile Verhaeren   Toute", "ancre_fin": "zu r! G eorges R ency", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LÉON FRÉDÉRIC   L ’A r t de ce siècle me semb", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 125, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1492, "texte": "V e r s le n o u v e a u P r i n t e m p s\n                                                         à Em ile Verhaeren\n  Toutes les eaux, tontes les eaux du ciel\n  Peuvent bien choir\n  En torrents noirs.\n  Toutes les eaux, quand elles seraient éternelles,\n  Ne pourraient point éteindre\n  Mon incendie intérieur.\n\n  Flamme de flamme issante et se contraindre,\n  Mon cœur, mon triste cœur,\n  A ne mourir flamme que pour renaître flam m e!...\n\n  Voici des yeux si beaux,\n  Voici des mains si douces,\n  Voici des seins jaillis comme de purs flambeaux,\n  Voici le souvenir adorable des mousses,\n Des mousses et des fleurs, — Ah ! tant de marguerites\n Effeuillées en chantant ! —\n Voici le souvenir des sentiers du printemps\n Voici ma tête prise entre ses mains petites,\n Voici ses lèvres jointes à mes lèvres,\n En un émoi de fièvre ;\n Voici toute Elle, voici tout Moi !\n\n Des paysages vus au cours des songeries,\nDe charmants petits bois, avec des arbres noirs\n Dans le soir,\nDes tas d’oiseaux chantant dans le feuillage,\n Des prairies et des prairies encore, toutes fleuries\nDe pavots empourprés sous le soleil du soir,\n Tontes ces choses vues depuis des âges,\nToutes ces choses vues depuis l'Eternité,\nJ e les revois, je les revois toujours,\nServant d'accord et de théâtre à mon nouvel am our...\n\nO Toi, ma toujours mienne depuis l’Eternité,\n Tu sais,\nDepuis toujours j e suis comme lu es.\nJ ’ai peut-être été brise, oiseau, peut-être rose ;\n"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1310, "texte": "                                 —    101   —\n\n\n\n\nTout n’est au fon d que même chose,\nSous des aspects multipliés.\nMais je t’aimais alors comme aujourd’hui,\nE t tu m’aimais! ......\n\nOh ! souviens-toi des nuits,\nDans le splendide mois de mai,\nQue nous passions à nous aimer comme aujourd’hui!\nE t c’est ainsi que nous avons vieilli toujours ensemble,\nSous des formes nouvelles,\nMâle ou femelle tour à tour,\nNe conservant de l’autre vie qu’un vague souvenir...\n\nQui sait ce que nous réserve l’avenir ?\nPeut-être le retour au grand néant final,\nPeut-être la naissance au nouvel Idéal ?\n\nO mienne, si tu veux m’aimer comme je t’aime,\nSi tu veux boire et manger du plaisir,\nViens, sur ton fron t je vais répandre le baptême,\nLe baptême éternel de l’éternel Désir !\nC'en est fa it de pleurer à l’aube, au crépuscule,\nD e sentir tout mon corps altéré de ton corps :\nOh! veux-tu, laisse à d’autres le commun scrupule,\nAllons chanter ailleurs les triomphants accords! —\nSois moi tous les amours, les mauvais et les purs,\nLes amours subversifs et les chastes amours;\nNotre baiser sera sublime comme le jou r !\n\nViens-tu, mienne? La Vie nous attend\nPour un nouveau printemps.\nLaissons jaillir notre âme unique vers l’A zu r!\n                                                    G eorges R ency\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-05-15-n5-014", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 101, "page_fin": 107, "titre_corps": "Léon Frédéric", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Vandeputte", "ancre_debut": "LÉON FRÉDÉRIC   L ’A r t de ce siècle me semb", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 126, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 1310, "fin_caractere_exclue": 1617, "texte": "LÉON FRÉDÉRIC\n  L ’A r t de ce siècle me semble avoir subi une évolution très simple, très\nnaturelle, et, du moins dans ses grandes lignes, très continûment splen­\ndide. Las des mièvreries, pastorales ou autres, du x v i i i e, il s ’est éveillé\npuissant, avide de vie, et débordant d’ une jeunesse inouïe.\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2785, "texte": "                                -   102   -\n\n\n\n\n   Il y aura sans cloute trois phases à sou histoire — du moins je l ’ espère;\nmais lus deux qu'il a vécues jusqu'à ce jo u r se concrétisent eu ces deux\nnoms d’écrivains : Hugo, Balzac, auxquels font écho des noms de peintres\nsimilaires : Delacroix et Courbet . Je ferai abstraction de la musique qui,\nquoique élevée à son sommet par les successifs Beethoven, Berlioz et\nW agner n’ a pas suivi le même développement.\n    Hugo : c’est, tout le Romantisme, toute la Nature, toute la V ie, tout\nl’ Homme, surhaussés par l'enthousisame que la masse insufflait aux\nartistes et qu’eux lui rendaient, encore surélevé et exaspéré. Il en résulta\nd’une part, à la suite des geignards Lamartiniens, le ridicule ou la mélan­\ncolie de ch ic; d’autre part à la suite de génies comme Delacroix, Hugo et\nMusset, un peu d’enflure, soit ! mais surtout un extraordinaire envol de\njeunesse et de liberté, tant artistiques qu’ humaines.\n   Balzac : c’est tout le Réalisme, la recherche de la Vérité naturelle, plus\n simplement, en nous, comme dans la vie et dans les ambiances.\n   Mais c'est aussi, selon moi, l’ ascension graduelle vers une phase nou­\nvelle, cette fois d’épanouissement, d’Art total, et que je pourrais étiquet­\nter de ce néologisme le Naturisme.\n   Le Naturisme? Ah ! j ’ ai ici, non la prétention de fonder une école,\nmais celle de définir un mouvement indéniable, que les idées sociales\nelles-mêmes subissent.\n   Sans rejeter pour cela les admirables artistes idéalistes égrenés au\nlong du siècle — Ch. Baudelaire, Poë, Burne-Jones, Barbey d’ Aure­\nvilly et V illiers — suivez en effet la traînée d’artistes réalistes qui part\nde Balzac, et dont l’œuvre de plus en plus purement réelle, est consé­\nquemment de plus en plus en plus selon la simplicité adorable de la\n nature... Alors, ayant passé par Balzac, Courbet, les Goncourt, C o r o t ,'\n Decoster, Flaubert et Zola, vous arriverez à des maîtres déjà très natu­\n ristes, tels qu’Eekhoud, Millet, Degroux, Meunier et Frédéric ; et vous\n aurez enfin le Naturisme tel qu’il s’annonce, et s’espère, c ’ est-à-dire\n l ’Art dans l’expression de la nature, de la vie, de l’homme, en toute\n simplicité, en toute réalité.\n    Plus d’ exotisme décoratif, cette fois ! Plus d’ anticailles réchauffées !\n Plus de m oyenâgisme de pacotille ! Plus de héros, de nymphes, de\n dryades et de glaives, tout cet attirail suranné dont des poètes quelconques\n ont vêtu ou vêtent encore leur médiocrité ! Encore moins l ’étriquement\n d’ une forme stricte, morte ou vieille, étouffant l'originalité ! Plus rien de\n conventionnel enfin ! Rien que la Beauté sereine, simple et solide, de la\n nature et des êtres tels qu’ils sont.\n    Avec les Eekhoud, les Millets, les Charles Degroux et les Vielé Griffin\n"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "                                     103 —\n\n\n— artistes vrais, si rares d’ailleurs, Frédéric est un de ceux qui a le\nmieux fixé cette formule en son œuvre.\n   lit c ’est ainsi, qu’artiste d’aujourd’hui, il sera un artiste de demain, un\nartiste éternel. Car il n’ a pas suivi la mode. Il la hait ! Indifférent au\nNaturalisme outré d’ hier, il n’ a pas subi l ’Idéalisme réactionnaire passa­\nger. Il s’est affirmé tel qu'il était; simple, sincère, amoureux de tout ce\nqui correspondait à sa nature : la sincérité des humbles, la simplicité des\ncampagnes, et parfois, les misères urbaines.\n  Telle est aussi son œuvre, d’ une marche naturelle, peu compliquée.\n  Vite oublieux des jus de chique et des cadavérismes académiques, il a\névolué rapidement, et c’est presque au lendemain des Moines faisant de\nla musique, cette œuvre de bon élève, qu’il produit L e Vagabond, La\nFem m e à loques , L e s Marchands de craie (au Musée de Bruxelles),\ntableaux aux tonalités sombres, suant la misère lamentable et la com ­\npassion de leur réalisme.\n  Frédéric s’ annonce déjà en ces œuvres le coloriste et le dessinateur,\nqu’il est aujourd’ hui indiscutablement.\n  Mais voici venir, aussitôt après, ce qui restera son Œ uvre, c'est-à-dire,\nsa triple épopée : L e Lin, L e B lé et L ' A ge du Paysan.\n   Ah ! L ’ Age du P aysan ! ces cinq toiles d’ une réalité délicieuse, mon­\ntrant les rustres, laids, gauches, et lourds parfois, si beaux eu la vérité\nsincère de leur nature.\n   Il y a là tout le peuple des campagnes, depuis les vieux démolis et\nles recroquevillés, jusqu’ aux saines maturités des pères et des mères,\njusqu’ aux jeunesses puissantes, lumineuses, très belles, des jeunes\nhommes et desjeu n es femmes qui se tiennent les mains promises, ju s­\nqu’aux gamins et aux gamines, étonnés ou malins, jusqu’aux enfants\net aux enfantelets de tous les âges, la chair saine, non dégrossis encore,\nles yeux profonds, clairs, infinis.\n   Ils sont rangés là tout bêtement, assis sur des chaises, ou debout la\nmain dans la main, ou couchés dans l ’herbe multiflorie. C’est, infiniment\nsimple et naïve, une longue suite d’êtres primitifs, graduant les âges divers\nde la vie terrienne ; mais cela est vrai et vécu, c ’est la nature toute\nsimple et très belle des paysans quelconques dont émane l’ inaltérable\narôme de poésie qui se dégage semblablement de la terre, des moissons et\ndes bœufs, de toute la nature.\n  Adviennent ensuite L e BIé et L e Lin, deux épopées de la campagne\nencore, exprimant la grandeur pure de ces végétaux, principes de la\nnourriture et du vêtement humains.\n   Et là, ce sont des scènes d’ une merveilleuse simplicité. J ’en extrais\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2652, "texte": "                               — 104 —\n\n\ndoux ou trois parmi la suite unie fies vingt-quatre cartons d’ une diversité\npatiente.\n    Les Semailles : Un horizon immense de champs qui vallonn en t;\nlointainement dans la vallée, la Semois sinuante qui longe Vresse, un\nvillage ardennais ; de-ci de-là des paysans au labour ou au hersage ; et,\nsurtout, derrière une déclivité grande et brusque de champs, rien que\nl’apparition d’échines de bœufs faisant effort pour tirer, et, d’un torse\nd’ homme avec de grands mouvements d’excitation; tandis qu’ici, au premier\nplan, le des tourné, lourd, énorme, avec un geste large de distribution,\nle semeur jette le grain au Champ, et, sem ble-t-il, aux labours qui\nadviennent.\n    La Rentrée des Moissons : Un chariot grand, à demi-chargé, sous un\nCiel d’orage; des hommes en labeur actif; et une foule de des courbés —\nfemmes, enfants, jeunes hommes — sur le fond infinisé de campagne, où\nles bottes s’ échelonnent, régulières, jusque très loin.\n    Le Goûter : Une délicieuse scène d’intérieur : La grande table campa­\ngnarde à laquelle s’accoudent les convives de tous âges, un très vieux à\nla face crevassée, des femmes, beaucoup d’enfants — oh ! les enfants de\nFrédéric! quel charme de vérité ils ont ! — ; à l ’extrémité là-bas, très\nauguste, une mère qui allaite; et, dans un coin, exilée volontaire et\nmélancolique de leur vie joyeuse, la vieille grand’ mère qui courbe son\ncorps lassé de vivre, et semble déjà empli de mort. Il y a des pots de\nfleurs sur la tablette large de la fenêtre. Au travers des fins rideaux, Je\nsoleil jette des regards paisibles, exquis.\n   Enfin, couronnant les deux séries parallèles : La Terre, carton plus\ngrand, que Charles Baes exécuta en vitrail et exposa au dernier Salon\nTriennal. Colossale de vie puissante, la Terre, une campagnarde à la\nbeauté lourde, laisse pendre ses seins énormes, ses seins qui sont des\nmondes. Or, grouillant à ses pieds, tendant les bras vers elle, grappelés\nà son corps, ou appendus à ses mamelles, voici des hommes, des enfants\nau ventre gros, aux cheveux roux, d’ une santé presque trop forte, mais\nétonnamment vitale.\n   A citer encore de cette manière; les B oeschelles, deux petites filles\nassises, d’ une poésie pénétrante et très vraie. (Cette toile a été achetée\ndernièrement par le Musée d’Anvers.) Et aussi le B énisseur, un vieux\npaysan, sacrant les campagnes infinies, de ses deux doigts levés — geste\nqui rappelle certains vieux Boudhas.\n  J’en passe, des tas, et des meilleurs, ne voulant que résumer cette\npartie de son œuvre en quelques tableaux synthétiques.\n  Ainsi donc, dans son affection pour tous les humbles, Léon Frédéric\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2885, "texte": "                                — 105 —\n\n\na, tour à tour, peint le calme solennel et souriant des paysans, et la\nmisère loqueteuse, la lamentable misère terne des gueux des villes. Ainsi\nde même, tour à tour, on sent passer dans ses tableaux le calme tou ­\njou rs dominical des campagnes et la mélancolie des pauvretés urbaines-\nDe là les sensations qu’ il donne, de là ses propres sentiments, et les deux\nteintes très distinctes de son symbolisme actuel, d’ un côté une bonté satis­\nfaite, presque religieuse à force de candeur, d’ un autre une pitié pante­\n lante, une révolte sereine, simple, instinctive.\n    On a beaucoup disputé sur le symbolisme de Frédéric. D’ aucuns l’ ont\nju g é inférieur à son réalisme, d’autres l’ont démoli ou applaudi, beaucoup\n même l ’ont nié. Seuls, ceux qui le trouvent en décadence ont tort. Son\n symbolisme, pour autant qu’ il y en ait, car ses tableaux, même les\nrécents, sont plutôt allégoriques, son symbolisme est de toute simplicité.\n Il se comprend à première vue. Les écrivailleurs en rient ; les vrais\nartistes se pénètrent de la grandeur de cette simplicité.\n   Frédéric l’ explique lui-même en quelques mots : « Ayant vu la misère\nde tous les humbles, dit-il, j ’ai tout naturellement rêvé leur état futur\namélioré, idéal peut-être, et je l'ai peint. Voilà tout. Et ce n’est pas un\nchangement opéré de parti pris puisque je peins encore en même temps\ndes paysans tout simples \" .\n  A lors, voici l' A ube, une petite fille aux yeux infinis et aigus, aux\ngo tes extasiés, d’ une naïveté gothique; le Ruisseau, dont chaque\nmerveilleux enfant nu est un babil ; et le Peuple verra un jo u r le lever\ndu soleil, un triptyque dont le panneau de gauche est vraiment étonnant :\nces enfants nus (les enfants! ils sont partout en l ’ œuvre de Frédéric, et\nils me semblent très adorablement symboliser l’éternelle puérilité et la\nfaiblesse de l’ homme) des enfants nus, dans un fouillis enchevêtré de\nronces barbares, fuient un ciel que balafrent des lueurs terrifiantes ;\nl'infinie douleur les courbe ; la .vie a strié de sang et troué de plaies leurs\npauvres corps n u s; et leur fuite s’enlise parmi les ronces, feuillues d’ un\ntachètement jo li et fauve. V oici encore L e Christ reviendra, une san­\nguine éblouissante marquant le retour général contemporain au Christ,\nsinon par le geste, du moins par l’admiration. Et enfin les deux dernières\n œuvres : Tout est mort, exposé à Paris l’ an dernier et à La Libre Esthé­\n tique hier à peine, et La Nature, actuellement au Champs de Mars.\n    Tout est mort, que tous connaissent et ont admiré, ne conservera pas\n sa désolante morale anarchiste. Quatre panneaux complémentaires en\n élaboration l’ensoleilleront, d’espoir. Et d’ ailleurs La Nature, œuvre\n toute de printemps, de fleurissement et de jo ie , lui sert de réponse et de\n complément, avec la marche sereine, immuablement renouvelée des\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2716, "texte": "                               —    106   —\n\n\n\n\nsaisons (L e Printemps, exposé jadis au Triennal, y a été intercalé),\net la splendeur de la Nature, Génitrice universelle, qui la couronne.\n   Comme paysagiste, Frédéric est également un maître. Il 'est le seul\nqui ait su rendre les Ardennes, avec leurs m onts, leurs vallonnem ents,\nleurs prés et champs aux alliages harmoniques de teintes, leurs rivières,\nruisseaux, ruisselets et rivulettes merveilleux. Il y a saisi la Ligne\ntrès belle, d’ une courbe douce, caressant la vue, et qui est le résumé\nde la nature ardennaise.\n    Il a été également le premier des pastellistes paysagistes belges. Et\nc ’est notre plus beau peintre de fleurs. A son actif aussi quelques\ntableaux religieux parmi lesquels : l ' Annonciation, un anachronisme\nlumineux, discuté.\n   Telle est son Œuvre avec ses qualités indiscutables : son dessin net,\nparfois rude, sa couleur ardente, sa poésie primitive mais intense, sa\nligne surtout, les plus belles impressions de ses tableaux résident souvent\nen effet dans le mariage parfait d’ une courbe de des, et d’ une courbe\nconcordante de paysage.\n  Nul n’a su comme lui, par des chemins aux mille méandres, par des\nruisseaux, des courbes, des suites superposées de champs ou des torsions\nde ciel d’orage, infiniser les horizons.\n   Et donc, en face de l’Œ uvre, voici en quelques mots l ’artiste.\n   Un très simple et très naturel, un assoiffé de jeunesse dont les yeux\nclairs gardent pourtant, semble-t-il, le secret d’ une noire mélancolie\nintime. Mais avant tout un instinctif (comme la plupart des peintres\nd’ ailleurs), instinctif au point de ne pas « savoir » mais de seulement\n « sentir » l’idée qui émanera du tableau en gestation.\n    Frédéric est tout entier semblable dans sa vie, ses goûts et ses admi­\nrations. Tout le temps qu'il peut voler à la ville, il le passe en Ardenne,\nà Fraiture, un petit village perdu et archaïque, où il partage la vie des\npaysans, ses amis, et dont il a déjà rapporté des chefs-d’ œuvre : L e L in ,\nL e B lé et L ’ A g e du Paysan, ainsi qu’un grand nombre de portraits\net de scènes de mœurs campagnardes.\n   Son rêve même, que je dévoile avec la vague crainte d’être indiscret,\nserait d’y couler une vie paisible, simple et naturelle, comme celle du\npaysan, et, puisqu’il ne saurait se priver de son art, au point de mener\nleur existence totalement, presque dans le labeur, d’y peindre la nature\net les êtres, cette fois sans plus aucune mesquine préoccupation de vente,\nd’ exposition ou de critique. Il se consacrerait à orner leurs maisons. Un\nmusée qui serait tout, un village! Fraiture-Frédéric, qu oi! Il a déjà\nd’ailleurs fait don à l’église de son refuge de dilection d’ une Sainte F a ce\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2110, "texte": "                                     107 —\n\n\nsaisissante portée par des anges couronnés d’ épines, et dont les traces se\nfleurissent de roses.\n   A Bruxelles, son atelier est large, inondé de lumière, et agrandi et\néclairé encore par l ’ immense jardin qui l’ entoure. Dans cette salle : des\noiseaux, de vieilles petites vierges populaires, des rouets, des horloges,\net un établi — il connaît le métier — des blouses, des drapeaux, mille\nchoses d’ un artistique réel, très loin du chic bohème et moyen-âge de tant\nd’ateliers. Comme note typique, une pendaison de squelette, chevelure de\nfilasse, à une .traverse du toit.\n  Dans ses admirations, il est ardent mais resserré.\n  Le premier nom qui lui vient, aux lèvres est Breughel, et, aussitôt\naprès, Phidias, Memlino, Michel-A nge, V inci, Rembrandt. Sagement, il\npréfère Jordaens à Rubens.\n     Parmi les écrivains, un nombre très minime l’ enthousiasme. Il lit\nd’ailleurs peu ses contemporains. Ses préférés sont Homère, Dante — que\nl ’ on sont dans Tout est mort — le Balzac des Paysans, le Zola de L a\nConquête des Plassans surtout. Il chérit Decoster et avoue Conscience.\nDe nos prosateurs actuels, c ’est Georges Eekkoud qu’ il préfère, et de nos\npoètes, Emile Verhaeren.\n  Fréquemment, on a cité à sa charge qu'il ne comprenait pas les vers.\nCela est vrai et triste. Mais combien il est excusable d’ avoir été rebuté\nen sa toute sincérité par la forme trop réglée,     souvent forcée du vers\n« esclave »., lui qui en revanche aime les vers libres.\n   Pour ne pas le flatter, je ne cacherai pas ses deux défauts : il fait des\ncalembours, et est décoré.\n   Comme historique de sa vie : l’Académie, l ’atelier Portaels, l 'Essor,\nla liberté.\n  Et le voilà tel qu’ il est, nullement exagéré, ju gé selon l ’ œuvre considé­\nrable que sa jeunesse a déjà créée; le voilà, très jeune, très sincère, très\nbeau, mais aussi —    naturellement, puisqu’ il est artiste et belge — très\nméconnu.\n  D’ ailleurs qu'importe ! Frédéric n’ en est pas moins le Premier des\npeintres belges, Artistes.\n\n\n                                                   H en ri V andeputte\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-05-15-n5-015", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 108, "page_fin": 108, "titre_corps": "La pluie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anne Thierens", "ancre_debut": "La P lu ie                       La pluie, la pluie aux doi", "ancre_fin": "r e n s Les Douces", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "E lis e  Votre rire, penché parmi", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 133, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 80, "fin_caractere_exclue": 903, "texte": "La P lu ie\n\n\n                    La pluie, la pluie aux doigts verts\n                    Mouille lesfeuilles jaunes des hêtres,\n                    Et vient glisser sur les fenêtres,\n                    E t dégoutte des toits moussus!\n\n                    La pluie, la pluie aux lèvres roses\n                    Tombe et fa it bouillonner l’eau\n                    De l’étang, où le roseau\n                    Frissonne à ses baisers étranges !\n\n                    La pluie, la pluie aux cheveux d’or\n                    Rit au grand soleil qui décline\n                    E t caresse, lente et fine\n                    Les cîmes de la forêt.\n\n                                       A n n e T h ie r e n s\n\n\n\n\n                                                                Les Douces\n\n                                    "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-05-15-n5-016", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 108, "page_fin": 109, "titre_corps": "Elise", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles-Louis Philippe", "ancre_debut": "E lis e  Votre rire, penché parmi", "ancre_fin": "P h il ip p e", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Histoires lunatiques                   p a r H u b e r t K r a in s (Lacom", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 133, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 903, "fin_caractere_exclue": 1489, "texte": "E lis e\n Votre rire, penché parmi vos cheveux noirs,\nvos mains tièdes dormant en mes mains, — et la danse !\no brune en lilas rose, — et le doux de la danse!\nvotre main en ma main, parmi vos cheveux noirs !...\n\nC ’était un rire en moi, par le piano rêveur :\nle tremblis de vos yeux avait des chansons pâles ;\net j ’allais à plaisir, en le lui des opales\nde votre voix, rêveuse en le piano rêveur!\n\n Votre nom, sur mon cœur est gravé dans l’attente\nd’un désir de vos doigts, parmi mes doigts posés...\nEt le piano dira, dans ces gorges rosées,\nle rire des désirs en les chemins d’attente.\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 764, "texte": "                                    — 109 —\n\n\n\n                                    A lic e\nDes yeux noirs en mon âme ! -• et votre voix de rose! —\net votre nom pâli, d’une sainte en des larmes!...\noh! je suis caressé dans le lui de mes larmes,\npar la chanson rosée de votre voix de rose.\n\n Vous êtes le matin, et le désir d’azur\naux paradis mi-clos, — et la cendre de nous,\nsupplieurs d’angélus en l’église, à genoux\nparmi les soirs absents de nos rêves d’azur.\n\n Votre nom a des voiles et des reflets clos :\nil est si doux à dire, en les étoiles d’ombre !.,.\nE t j ’ai ferm é mon sein, parmi le doux de l’ombre,\naux chansons des amours terrestres et mi-clos !\n\n                                             Ch a r l e s - L o uis P h il ip p e\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-05-15-n5-017", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 109, "page_fin": 112, "titre_corps": "Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "L’Art jeune", "ancre_debut": "Histoires lunatiques                   p a r H u b e r t K r a in s (Lacom", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 134, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 764, "fin_caractere_exclue": 1820, "texte": "Histoires lunatiques\n                  p a r H u b e r t K r a in s (Lacomblez, Bruxelles.)\n\n\n\n\n  « Si ses lèvres se fussent penchées sur moi pour toucher mes lèvres et\nque ses mains, au même m om ent, se fussent nouées autour de mon cou\npour m’étrangler, je serais mort avec le ciel dans mon cœur ! »\n   Nous détachons cette phrase paroxysée de Madeleine, la pièce initiale\net de plus longue haleine où se déroule le récit d’ un drame si fol et puis­\nsamment étrange, que nous essaierions en vain, tant à la fois il est com ­\nplexe et de contexture simple, solide, d’en donner un parfait résumé.\n   Les autres contes : Un réveillon, L e vagabond, Dernière lutte, Les\nsaltimbanques et l'A sile no nous semblent pas moins remarquables. Et\nparticulièrement l’A sile, qui clot énigmatiquement ce volume, dont\nl ’intérêt subtile mais superbe fait frémir l ’effroi dans notre âme, et fait\ngermer l’illuminante fleur de pitié pour la misère indicible, lamentable,\npalpitante ou morne.\n  Le style d’ Hubert Krains s’est, nous sem ble-t-il, vivifié. Il a en effet\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2523, "texte": "                                              —         110     —\n\n\n\ndisciple d’ Eckhoud de par nature, style, goûts et tendances, capté dans\nson œuvre, aux tons très ternes d’ordinaire, un peu de la vitalité puis­\nsante, intensément suggestive, de notre maître prosateur.\n   lin somme livre largement humain, bien selon nos dînes révoltées mais\nfraternelles, qui peint, avec vigueur, quelques côtés de la vie des gueux,\ndes criminels et des souffrants, et fait espérer bien des choses d’Hubert\nKrains, ce si excellent critique de la Société Nouvelle.\n\n                                                   —     0—\n\n                             Par les chemins\n                                  (P a u l A r d e n , chez Lacom blez)\n\n\n\n    Au cours de ses villégiatures, M. Arden a recueilli de petites histoires\ntrès simples, et il nous les narra avec la sincérité la plus entière. De\nl ’intérêt ? Il n’y en a pa« ou presque, dans ce livre, et le talent de l’auteur\nn’est pas assez développé encore pour nous en faire oublier l ’absence.\nTrois contes : L es adieux de la saint-Pierre; la Roulotte et le Déserteur,\nsurtout celui-ci, sont de loin supérieurs aux autres. Mais, d’ une façon\ngénérale, on peut dire qu’il y a, dans P a r les chemins , des inhabiletés et\ndes naïvetés étonnantes. La langue n’en est rien moins que parfaite.\nQuant à la Psychologie, elle n’ existe pas : à peine trouve-t-on quelques\nlégères indications de caractères. L'Unité ne s’ affirme en aucune manière,\nde quoique côté que l’on veuille prendre l’œuvre pour l’en faire ja illir.\n\n                                                    —    0—\n\n                                       Vei’s l’àme\n        par V i c t o r R e m o u c h am ps (c o lle c t io n d u R é v e i l . D e m a n , B r u x e lle s )\n\n\n\n  Est-ce qu’ il est, dites, un exprimé plus concret de toute                                         notre géné­\nration accédante que ce titre « Vers l'âme » ? dites, et n’ est-pas « vers\nl’âme » que va la vie intime de tous les artistes d’aujourd’ h u i... — aussi\nbien que leur vie altruiste et intense va vers le b o n h e u r universel e t\noompaternel vers l'â m e !., Cela fait, rêver, espérer, et craindre devant\nla tâche énorme qu’assuma le poète en tâchant de l’ exprimer. A cette\ntâche, vraiment, M. Remouehamps a manqué.\n   Certes, il nous a dit des choses pures et ingénues. Il a résumé en des\nphrases, — certaines — dont la mélodie fait parfois croire à une\nénigmatique versification, la toute pureté des vérités qui seulement\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2469, "texte": "                                     —     111\n\n\n\naujourd’ hui, si simples mais si difficiles à saisir, se dévoient à nos pensées\nrajeunies.\n   Certes voici des phrases qui chantent selon le vrai : Nous pourrions\nécrire un chef-d’œuvre rien qu’à dire une rose; un chef-d'œuvre\nimmense, immense comme tout, car l'âme qui saurait savoir une rose\nvaut un monde... ou bien : J e sens que toute vie est grave ... E t j e m ar­\nche comme en tremblant, pour ne rien anéantir\n   ou encor : Pour comprendre, il faudrait être l’ objet même.\nL'identification — cet impossible rêve — est la seule conscience possible.\nenfin : Splendeur! Splendeur ! E tre enfant avec des sagesses de\n vieillard! Certes tout ? cela est vrai, et il y a du vi ai tout au long du livre,\ncomme des pailletements de soleil sur un marais mélancolique.\n  Mais - le mais est énorme — le livre me semble faux, ou, pour le\nmoins lamentablement dubitatif. L’auteur est un affolé. Sa marche titube\nvers la clarté qu’il veut atteindre pour la faire rayonner sur nous. Il\ndoute! Il doute! Et c'est effrayamment, ! Il doute! Au point de ne plus\nrien savoir, au point de vanter la vie vraie, comme le seul bien, après\nnous avoir louange le Mensonge et l’ Illusion comme lés seules réalités.\nTout son livre n’ est qu’ un doute, presque une obscurité, si j ’étais\nméchant j e dirais même parfois que l’âme de M. Remouchamps (il est,\nvrai que : « Son âme s ’exaspère de n'être pas son âm e! \") bredouille\nen s’exprimant.\n   A h ! au lieu de la route, largement montrée, tracée claire, en plein\nsoleil (ou en pleines ténèbres, peu importe, puisque aux yeux de l ’âme\nelles sont parfois plus lumineuses que les midis), ah ! au lieu du chemin\n direct et beau que montrerait un croyant de sa propre idée, c’est un\n méandre infini que M . Remouchamps veut nous faire suivre, par des\nombres, des terreurs, des désespoirs, du soleil aussi, mais pour aboutir\nen somme à la stagnation pitoyable du Doute !\n   Ah ! encore, que l’ auteur se méfie des allures prophétiques, et des\n paysages évoqués conventionnellement, mais surtout qu’il se souvienne\n de ses propres verbes : E t ta R oute sera divine, si ta candeur le sait\n vouloir.\n\n\n                    Au Royaume d’Eve\n              (Par E u g è n e S o u b e y r e , chez E dmond G ir a r d , Paris.)\n\n    En vers, parfois parnassiens à l’ excès, parfois trop libres, mais géné­\n ralement beaux, sonores, très essorés, toute une jeunesse amoureuse\n se propose en ce livre.\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "                                           —        112\n\n\n   L ’Enfance est timide, rêveuse; on y parle de fée, de communiants\net d’aïeules. Ces dernières sont évoquées dans la Psyché antique où\nelles se sont mirées jadis, et cette pièce, dédiée — évidem m ent! — à\nHenri de Regnier, me semble la meilleure, du volume.\n   Puis vient Hélène, la première amante, celle qui lui parait personnifier\nl’amour. Il la chante triomphalement, tout à la joie de la sentir près de\nlui, et, le matin, alors que\n              Des parfums de lilas montent de sa chemise,\nil s’enivre doucement d’elle, comme d’ un rêve. Mais l’ adieu arrive et\nil souffre. Il relit des lettres, il respire de vieux mimosas.\n   Voici qu’apparaît la reine Stupra, la nouvelle amoureuse. L ’Idylle\nrecommence, plus grave, plus mélancolique. Il se laisse aller, maintenant;\n\n               Je sentais dériver l ’esquif lent de mon âme.\n   Il demande pardon pour des offenses imaginaires, il a le spleen, il\nest abattu. Et puis la séparation se fait encore, et il se résout à oublier.\n        Je reviens des sources d’amour et, vais aux mers d ’oubli !\nDésormais, le jardin de son âme est dévasté: Il le parcourt, e t n’y\ndécouvre que des aubes cruelles, des mensonges, des fleurs malades, des\nmirages et des mirages encore. Il va donc le quitter et marche derech ef:\n               Vers l’idéal palais de la grande nuit noire.\n  lit il fait ses adieux :\n                        Partons, partons mon cœur.\n            No nous attardons pas aux baisers près des ports,\n            C’est assez de tristesse et d’ espérances morts,\n                        Partons, partons mon cœur.\n  Enfin, comme synthèse de l’œuvre, vient un poème                                              la Tristesse\nde Roger,\n  Le chevalier, après la conviction acquise de l ’infidélité d’ Angélique,\nsupporte d'horribles jours de combats, d’étonnement, naïf devant la\ncruauté du sort, et, finalement, se cloître dans l’ orgueil, croyant :\n                 connaître son cœur, la vie et l’amertume.\n\n   J’espère que M. Soubeyre va l ’imiter, et que, dans son prochain\nlivre, nous trouverons plus joy eu x , plus jeune et plus personnel.\n\n                                                                                           L ’ A rt Jeune.\n\n\n\n                    IM P. LITH. A VAPEUR S, EGGERICX, 46 , RUE DU PRINCE ALBERT, IXELLES\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1895-05-15-n5-018", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1895-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1895-001.pdf", "ocr_sha256": "58a0a9cf21d1a01b0eb51c696539e6e10a35bcbdc8bf72a8dea99da46ec698b0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 113, "page_fin": 113, "titre_corps": "Choses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Ruyters", "ancre_debut": "CHOSES   Faille à la Vieille Belg", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 138, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 4390, "texte": "CHOSES\n  Faille à la Vieille Belgique.\n  Il était une fois un grand poète et une petite Direction. Or, la petite Direction\nvoulut faire croire à tous qu’elle était grande et que le grand poète était petit.\n  Mais on rit d’elle.\n  M orale : Elle n’est pas contente la petite Direction.\n   Pour M. Ivan Gilkin.\n   Mille mercis pour votre avertissement— nostalgique? — La pièce est très bien,\ntrès bien quoiqu’elle ne vaille pas l’ode à Albert Chapeaux, mais enfin, je ne suis pas\njaloux. J’avais commencé une réponse envers :\n                       Méfiez-vous, Ivan, du ramollissement\n                            Votre vers flatulent et fade\n                       et qui sue, à plein pied, un vaste embêtement\n                            N’est que bouillie et marmelade.\n   Mais en donnant la copie à l’imprimeur, j ’ai pensé soudain que ce ne serait pas\ngentil pour vous qui vous êtes toujours montré si aimable envers moi. Aussi bien me\nsuis-je ravisé. J’ajoutais encore que vous me sembliez quelque peu fatigué, qu’il vous\nfallait prendre du repos et que votre excès de zèle à remplir les pages de la Jeune\nBelgique allait compromettre votre santé, etc., etc. Eh ! vrai ! Je crois que j ’ai bien\nfait en gardant pour moi toutes ces petites choses pénibles à dire et même à s’en­\ntendre dire.\n  V o tre to u t d év ou é,                                      A n d r é R uijTE R S\n\n   Le Salon annuel des Beaux-Ar ts est, comme toujours, la réunion académique de\ntous les peintres, vieux, nuls ou admis, et nous ne comprenons pas comment vien­\nnent s’y fourvoyer de purs artistes, tels que Giovanni Segantini (d’une vérité très\noriginale et belle), Frédéric, Klinger, Heymans, Stevenson et Dillens, dont la Tête\nd ’en fant est vraiment délicieuse.\n   Il paraît que c’est Monsieur José Hennebicq l’imbécile auquel nous avions fait\nallusion, le mois dernier, dans une notule de nos Choses. En effet, il l’annonce très\nfièrement dans le récent numéro des Pages d 'A r t et de Science, en même temps qu’il\nréclame la paternité de sa “ bave ». Eh ! oui I Nous traitons d’imbéciles, non ceux qui\nattaquent la Libre Esthétique, mais ceux qui, à la Française, démolissent une expo­\nsition, c’est-à-dire le labeur d’une centaine d’hommes suant pendant un andeleurâme\net de leurs doigts, par une seule, légère et quelconque plaisanterie ; sans même tenir\ncompte des artistes réels qui la résument et synthétisent sa tendance. Imbécile avec\nMirbeau! Soit! et de grand cœur. Mirbeau vient, ces jours-ci, de se prouver cuistre\ncolossal et bêtement envieux. Imbécile avec Levêque ! Ah ! Non ! Ce dernier protes­\ntera. Car s’il est, en effet, honorable pour M. Hennebicq d’être de l’avis de Levêque\n(or ils ne sont pas du même avis) il n’est pas du tout glorieux pour Levêque d’être\nde l’avis de M. Hennebicq. Il y a là une nuance très appréciable.\n  L ’ A r t Jeune rachèterait au prix fort son n° 3 (mars) épuisé.\n\n  A L i k e : au R év eil du Sérasquier, du Vanlerberghe et du Verhaeren ; à l' E r mi ­\ntage, du Kahn;à la Plum e, 1er numéro d’avril: un article de Vielé Griffin, juste\nappréciation de l’Art belge actuel, et l’un des plus beaux poèmes d’ Emile Ver­\nhaeren : La M ort de la P la in e ; 2° numéro d’avril : Oscar W ilde, page originale et\nlargement pensée de Louis Lormel ; à l ' A rt Moderne : sur les nouvelles acquisitions\ndu musée, des vérités cinglantes, subtilement dites, et qui devraient être lues par\ntous ; au Rêve et Vidée : Le Sphynx, prose, splendide et débordante de poésie —\ncomme toujours — de Saint George le Bouhelier; enfin à la Libre Critique conte très\ndélicieux de Blanche Rousseau ; à la Lutte (fœtus récent), une page sincère et émue\nde Robert Halloys, et au Cornélien M o d ern e,     les annonces —\n   Pour la Vieille Belgique, notre prédiction s’est réalisée. Il n’y a plus personne.\nNous voyons en effet au sommaire : des Odelettes païennes (!? !) d’Ivan Gilkin, un\n article d’Ivan Gilkin, un second article d’Ivan Gilkin, un 3° article, signé : la jeune\nBelgique. (d ’Ivan Gilkin sans doute), et un mémento (d’Ivan Gilkin probable­\n ment). Gilkin, GilKin, Gilkin, Gilkin, Gilkin... Voilà au moins un directeur actif\n et dévoué...— A propos nous serions curieux de connaître l’opinion de M. Gilkin\n (qui s’occupe tant de générescence ) sur M. Wilde — (Il est bien entendu que\n nous ne nous permettons pas de personnalités).\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 104, "texte": "L'art\n                                                      e\n                                                      J une\n                                                                            (STELLA )\nOctave Pirmez                                        Hen r y M a u bel\nLa Chanson des petits corps nus                      Hen ri V a n depu tte.\nLe Conte                                             B lan ch e R o u sse a u .\nL assitude                                           M a r ie M e r t e n s\nL ’approche du désir                                 Ar t h u r T o is o u l .\nLa soif d’or                                         H e n ri d e C la s s a n t\nLe beau silence                                      M. C lo s s e t\nVieux cuivre                                                 n\nConte menu                                           A ndré R ui jt e r s .\nVers le nouveau printemps                            Geo rges R en cy.\nLéon Frédéric                                        H en ri V a n deputte\nLa pluie                                             A n n e T h ie r e n s\nLes Douces                                           C h a r l e s - L o u is P h i l i p p e\nLivres : H i s t o i r e s l u n a t i q u e s ,\n   d’Hubert Krains ; P a r          le s ch e­\n   m in s , de Paul Arden ; V e r s l ’a m e ,\n   de    Victor     Remouchamps ;           Au\n   r o y a u m e d ’E v e , de E . Soubeyre.         L ’A r t J eu n e.\n\n\n                                        IM PRIM ER IE\n                      S. E GGERICX, 46,        rue    P R IN C E -A L B E R T\n                                           IX E L L E S\n\n\nCe numéro double fr. 0.60                                                 15 mai 1895\n                                                                         1 re A n n é e , N° 5\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "    L ’A rt Jeune e s t o u v e r t à t o u s . E c r i v a i n s , P e i n t r e s , M u s i c i e n s . S c u l p ­\n\nt e u r s p e u v e n t , e n p l e i n e l i b e r t é , s ’y p r o d u i r e , e x p o s e r o u d é f e n d r e d e s\ni d é e s . L ’A r t Jeune e s t a u x a r t i s t e s .\n\n\n\n\n    Adresser manuscrits à L 'A r t Jeune, rue de Brabant, 131, B ruxelles;\n\nrevues et livres à Arthur Toisoul, 38, rue Vauthier.\n\n\n\n\n    Il sera rendu compte de tout ouvrage littéraire ou artistique que nous\n\nrecevrons.\n\n\n\n\n                                            ABO N N EM EN T :\n\n\nB e l g i q u e , f r . 5 .0 0 .           L e n u m é r o , f r . 0 .6 0                E t r a n g e r , f r . 6 .0 0\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                                     —     81   —\n\n\n\n\n                         OCTAVE PIRMEZ (*)\n\n  Toute la vie littéraire de Pirmez est caractérisée par le titre d’ un de\nses livres : J ours de solitude. Mais ce mot solitude il faut l ’ interpréter.\nCe n’est pas la solitude amère d’ un abandonné de l ’existence. Les appa­\nrences heureuses sont partout autour de lui, à la portée de ses mains, de\nses yeux, de son cœur pour le tenter.\n   Son esprit l ’en éloigne.\n   Son esprit, vit sur un plan supérieur et y attire le restant de son être.\n   Il va, la tête et la moitié du cœur dans la clarté, et c ’est ce cœ ur, ce\npauvre cœur mi-partie d’ombre et de lumière, ballotté entre l'humain et\nle divin, passionné puis calmé, qui réclame la solitude et le silence\ncomme des conditions de son accord avec la pensée du poète. La\nrecherche de cet accord, c’est le fond de l'œ uvre.\n   Pirmez n’est pas un révolté.\n   Pourquoi et contre quoi le serait-il puisqu’il s’est voué à une œuvre\nspirituelle dont les meilleurs motifs sont en lu i? ... Ce n’est pas le mou­\nvement de haïr, c’est le mouvement d’ aimer qui l’entraîne hors de la\nsociété vers une vie moins mesurée, moins contrainte, où il pourra\ndonner l ’essor aux créatures de son rêve. Tendu de tout son être vers une\nsphère plus harmonieuse, il fuit un monde avec lequel il se sent en fausse\nrelation. On dit qu’il déteste les hommes : c ’est une erreur. La notion\nde l’ harmonie est relative.\n   Des peuples se réjouissent d’ une musique élémentaire qui nous froisse.\n Est-ce une raison pour que nous détestions la musique ? ... avec les notes\n dont ils se servent on a pu composer les admirables mélodies de Parsifal.\n    La profonde musique humaine, Octave Pirmez ne cessera pas de\n l’aimer. Toutefois il en transposera les accords dans la tonalité la plus\n dépouillée, la plus subtile de sorte qu’elle n’ait plus de matérielle que\n l’ apparence.\n     En racontant sa lutte intérieure il a fixé lui-même la conception\n qu’elle engendre : « tout homme qui s’analyse sentira trembler en lui\n deux mondes qui se pressent dans un embrassement d’extase et de dou­\n\n\n   (*) Fragment d ’ une conférence faite au Cercle des Matinées littéraires le 24 ja n v ier.\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "                                 — 82 -\n\n\nleur. Ce charme inquiet est plus poignant à mesure que les forces de\nl’esprit et les instincts naturels s'approchent de l ’équilibre.\n    » On vit alors dans un mirage, balancé entre une terre que l ’esprit\nrend diaphane et des régions sereines où s’engagent encore les formes de\nla matière. »\n   Voilà sa vision. Elle ne le détache pas de la terre — elle l ’en dégage.\n   Il peut faire sienne cette parole que lui écrivait un jou r son frère : « Je\nserais seul si je n’ avais ma mémoire et mon cœur ! »\n   Il a conçu un monde illimité où se meuvent avec lui vers une fin\nidéale tous ceux qu’il aime et une foule de créatures peuple son esprit. Il\nentretient leur vie par des lectures et des voyages.\n  Il voyage dans le silence. « Le silence est le compagnon du m ystère. »\nUne relation secrète s’établit entre son âme et celle des choses.\n  « Sommes- nous jam ais seuls quand nous écoutons de nos yeux le lan­\ngage éloquent de la nature ? Nous conversons avec les images les plus\nvariées. Nous cherchons dans le monde externe une concordance heu­\nreuse avec nos sentiments.\n  » Pourquoi étions-nous charmés à la vue de cette succession de vallées\net de collines qui se déroulaient à mesure que nous avancions ? N ’est-ce\npas que nous devinions une conformité entre notre âme et ces contrées\nondulées ? Elles nous montraient, tour à tour nos aspirations et nos\ndéfaillances : monter un peu, puis descendre, pour remonter et descendre\nencore !... »\n  Les lectures sont des voyages d’ un genre plus intime. Los livres sont\npleins de paysages intellectuels. Il les traverse comme en se promenant\net s’arrête de temps en temps à une page, à un site pour méditer sur ce\nqu’il vient de voir.\n •On a dit que pour bien comprendre une œuvre d’art nous devons nous\nplacer devant cette œuvre et attendre qu'elle nous parle.\n  \" Attendre qu’elle nous parle !... » C’est une précaution à avoir devant\ntout ce qui peut parler à. notre âme.\n  Il y a dans toute œuvre poétique quelque chose dont le poète n’est pas\nconscient, quelque chose qui n ’est pas de sa volonté.\n  La création poétique est une prière, une évocation de forces dont le\npoète n ’est pas le maître.\n  Il mène son œuvre comme le pilote mène le navire. Il lui imprime une\ndirection, mais pendant le voyage des événements se produisent dont les\neffets l ’étonnent. Aussi une belle œuvre est-elle toujours supérieure à\nl ’homme de génie qui T a créée. Cet homme se tient devant son œuvre\navec une espèce de soumission. Il reconnaît qu’ un sentiment mystérieux\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                                     —      83 —\n\n\n irrésistible l’a mené ailleurs et plus loin que les régions que lui avait\n assignées d’abord sa volonté.\n   A plus forte raison se tiendra-t-il ainsi devant l’œuvre d'une person­\n nalité différente de la sienne si cette personnalité lui est sympathique.\n   Octave Pirmez est riche de cette faculté féminine, de cette sensibilité\n par laquelle on évolue, on se renouvelle.\n   Il s’abandonne en toute sympathie aux créatures de son imagination.\n Elles sont les filles de son désir, les formes de sa passion réalisées libre­\n ment dans le rêve et elles le mènent par le monde, vers d’autres créatures\n qui sont leurs aînées, leurs sœurs et qui pourront aussi le charmer.\n    « Je n’entre guère aux musées, dit-il, que pour me charmer quelques\n instants et recueillir de ce charme des pensées générales. » L’ univers est\n le musée immense où il contemple une œuvre de beauté, infinie.\n    Soit qu’ il explore la pensée des écrivains, soit qu’il en cherche le\n reflet aux pays où ils ont vécu, tout lui est m otif à considération étendue\n et profonde.\n    Il s’arrête à une page, il s’arrête à un site et, en relatant ses impres­\n sions, il passe si uniment de la vie extérieure à la vie intérieure qu’ on\n ne les sépare plus.\n   C’ est l ’ union souhaitée entré l ’intelligence et la nature.\n   Cette union harm onieuse se réalise à presque chaque page des Jours\nde solitude.\n   Il portait ce livre dans son cœur depuis son enfance. Il l’avait conçu\navant les jours mauvais du raisonnement et de l ’analyse. La sensibilité\ns’y épanouit en paroles savoureuses; le cœur du monde y palpite qui met\nen communion les êtres et les choses.\n\n                                                         H en ry M aubel.\n\n\n\n\n           La Chanson des petits Corps nus n\n                                                      à Francis Vielé Griffin.\n\n\nIls se sont dénudés\ndans la clairière.\nDu clair soleil ruisselle en le fouillis.\n\n(*) De Chanter, un volume en préparation.\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "                                   — 84 —\n\n\nIls sont dix gosses nus sons la lumière\nqui coule du feuillis.\n\nE t houp ! c’est une courbe brusque, ensoleillée\nqui les jette tête première\nd’un saut\ndans le calme de l’eau\nensommeillée.\n\nEt houp ! une autre saute\nen courbe brusque et haute,\nensoleillée !\n\nL ’eau sommeillante en est troublée.\nUn cercle énorme s’élargit,\nse multiplie\nà l’infini\net meurt aux bords en clapotis.\n\nE t l’enfant rit.\nEt tous en rient\nd’un rire clair, épanoui,\ninfinisépar les échos.\n\nE t les voici, mes, dans l’eau claire...\n\n Frissons de l’eau;\nsplendeur des jeunes chairs;\nombre frêle et grêlée des branches sur l’eau claire;\nfra is soleil ruisselant\n en le feuillis...\n E t l’eau palpite autour des chairs...\n\nDans la clairière,\ndu clair soleil ruisselle du feu illis...\n\n                                             *\n                                            * *\nE t c’est aussi,\ndes repos somnolents\nsur les bords fleuris de printemps.\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                                      — 85\n\n\n Certains se couchent sur les mousses\nqui velourent leurs tons vieux-verts on mordorés.\nD ’autres ont chu\nla jeunesse de leurs corps nus\nsur les pelouses,\nbuvant à pleins regards le plein soleil.\nD ’autres s’étendent en un champ\nparmi la jeunesse des pousses.\n\nIls sont tout nus dans le printemps !\nIls sont tout nus dans la lumière!\nEt l’eau murmure.\n Unefraîcheur vient du ruisseau...\nE t cette joie de rire haut,\nsous la magnificence calme de l’azur !\n\nEt l’eau murmure...\nIls sont tout nus.\nLeurs yeux sont de petits soleils.\nIls sont très beaux les gosses mis.\n\n                                             H enri   V andeputte.\n\n\n\n\n                       LE             CONTE\n\n\n   ... En le voyant, rieuse, elle courut jusqu’ à lui, et quand elle fut tout\nprès : « V oici, dit-elle, que s’éveillent les fleurettes. — Ami, pour­\nquoi vous taisez-vous? Faites comme les fleurettes, Ami, éveillez-\nvous ! ».\n  Il ne dit rien et regarda sa robe. Au-dessus d’eux, un nuage rose se\nbalançait dans de l ’azur... des moucheronnettes joyeuses voltigeaient\ncomme une poudre brillante. — Sa robe était blanche, à ses doigts des\ndiamants de flam m es... Il ne dit rien et regarda ses doigts.\n   — « A m i, voyez-vous ce sentier? — Si vous voulez, nous le suivrons :\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "                                      -   86   -\n\n\n\n\n« Il est long et d’herbes sem é... Nous irons clans le soleil, vers des\n» régions lointaines, par le sentier h e rb u ... ».\n   — « Allons !»\n  Ils partirent, côte-à-côte, à pas menus.\n  Elle avait de petits pieds où scintillait du jais : deux        oiseaux sur\nle sable... Elle avait des yeux comme des papillons vifs,... Oiseaux et\npapillons voletaient, au bas du nuage de la jupe, au haut du brouillard\ndes dentelles... et le poudroiement des moucheronnettes, et le nuage\n balancé, et le vert doux des blés alentour, tout cela faisait de la clarté\njoyeuse.\n  L ’ Ami marchait courbé vers la bonne terre.\n  Les tout petits oiseaux sautillaient dans le sable fin ... Ils allaient...\nils semblaient ivres de soleil : l ’Am i les regardait. Parfois ils pliaient\nun brin d’ herbe, parfois ils frôlaient un caillou ... Leurs yeux de jais\nriaient parfois...\n  Les papillons battaient des ailes... vite, vite, une poussière d’or, un\nvol d’ étincelles ; sous la vapeur rousse des cheveux des éclairs bleus et\nroses qui brûlaient, s’ évanouissaient et renaissaient, cinglants et fous,\net provocants...\n   Sourire de l ’ Aimée.\n   Soudain, câline, sa main de velours glisse sous le bras d’A m i... Elle\nparla : clochette dans l ’ aube...\n   — « Pourquoi donc ce silence? Pourquoi ne rien me d ir e ? ... Songez\n» quelque vieux co n te ... De vos lèvres douces il me sera de m ie l...\n» Parlez, parlez pour moi ! »\n   Très lentes et vagues d’adoration, les prunelles d’ Ami cherchèrent le\ngrand cie l... Le grand ciel riait, .tout bleu, avec des gazes blanches\ncomme des rides de jo ie s ... Il commença , d’ âme rêveuse :\n  — Il était une fois l ’ Adorée.\n  U n ... deu x... Elle battit la mesure avec ses doigts fins : ce fut une\n chose frêle et neigeuse rayant la lumière de l'a ir ... Troublé, il s’ arrêta.\n — Elle agita la tête, tout l ’ or doux de sa tête, l’or doux comme de la\n soie broyée.\n    — « L ’A dorée? »\n    ... Clochettes dans l ’ aube...\n   — « Comment est l ’Adorée ? »\n   — « ... Elle est blonde ainsi qu'un cuivre fauve : ses yeux sont des\n » lacs de printem ps... Elle est petite, comme une petite fée d’ abeilles...\n » Comme une toute petite et mignonne fée d’abeilles : Elle est douce au\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                                  -    87 -\n\n\n  Une émotion vint clans la brise...\n  F risson ... langueur... Un rêve passa... Vinrent des oiseaux chantant\ndans tous les arbres...\n  — « E st-elle jolie ? »\n  — « Elle est j o l i e ; c ’ est la fleur du pré de beauté... Elle est jolie\ncomme une pâquerette aux bouts de pétales roses...\n  Elle est gaie.\n  ... Des oiseaux chantant dans tous les arbres...\n  — Elle est gaie ?\n  — « Oui; elle chante le matin et le soir. Le matin c ’est un carillon\n» clair : le réveil des insectes. — Tous les petits insectes l ’attendent...\n» les petits insectes verts, les petits insectes rouges, les petits insectes\n» d orés... ceux qui ont des ailes si fines, si fines, qu’il n’en est de plus\n» fines... ceux qui ont un dos si brillant qu’ il semble baigné d’ une étoile...\n  » Elle chante aussi le soir. — Le soir c’est la chanson des astres :\n» ils frémissent en l ’ écoutant, ils pleurent. — Et la, grande lune cligne\n» de l ’ œ il; elle brille doucement et blanchit d’am our... de tant d’amour\n» que la terre entière en est baignée!.. »\n  Un silence survint.\n  Papillons immobiles et rêve des oiseaux...\n  L ’ aimée songe. — Les rayons chauds baisent sa nuque de blanc\npétale... D’ amoureuses mouches frôlent son fron t... L’aimée songe... la\nchaleur est légère.\n   — Où vit-elle ?\n   — Elle vit dans un pays splendide. Ou y voit, des champs d’ un vert\ndoux...\n  Défilent les champs verts.\n— ... Des chemins d’ un sable d oré...\n Long s’ étend le chemin doré.\n — ... Des arbres grands et feuillus...\n    Les arbres...\n    — « Et dans ces arbres habitent des oiseaux à voix douce qui parlent et\n » chantent pour les fleurettes. »\n    Les chants des oiseaux.\n   — Que fait-elle ?\n   — « Beaucoup de choses. Elle rit à la lune et aux étoiles claires... aux\n » scarabées d’o r ... aux petits brins d’herbe. — Elle tresse des couronnes\n » blanches pour son front b la n c... elle miré dans l ’eau son visage de pâle\n » nénuphar...\n   » Parfois elle pleure. »\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "                                  —     88   —\n\n\n\n  Un étonnement tomba des arbres... Les blés frém iren t... «E ntendez-\nvous ? » se dirent les fourm is; une abeille arrêta son vol.\n  — Pourquoi pleure-t-elle ?\n  « Pour des choses infiniment tristes : une épine dans son doigt m enu...\n» un trou dans la soie de sa rob e... Pour une mouche qui la frôle, une\n» goutte de pluie qui la m ou ille...\n  » Elle est délicate : un ruisseau lui fait peur. »\n  A leurs pieds gazouillait un peu d’eau brillante, ainsi qu’ un rayon\négaré. L ’ami s’arrêta; aussi l ’aim ée... papillons de battre des ailes !...\n« P a s s e z -m o i» , dit-elle... Il enjamba le ra y o n ... Il lui prit la main :\ncolom be em prisonnée... Il lui prit la m ain ... Il prit ses doigts menus,\net sur ses doigts menus voltigea un baiser, comme un oiseau d’am our...\n   — « Laissez-m oi me voir. »\n   Coquette, elle se pencha : rêve de neige dans l ’eau d’argent... De neige\net d’ or, tremble et s’ évanouit...\n   L ’ ami continua :\n   — « Quand elle dort, la nuit, elle est si belle que les étoiles pâlissent\n» en la regardant... si fragile que le vent n ’ ose souffler de crainte de\n» l ’em porter... si paisible que les mouches en arrêtent leur v o l... Quand\n» elle marche, le jo u r, elle est si légère que rien ne ploie sous ses\n» pieds... si vive qu’elle dépasse les fauvettes... si mince qu’elle glisse\n» dans une fente. »\n  L ’ aimée rêve : une langueur est sur e lle ... A peine entend-on sa voix :\n   — « On l’aime ?\n   — « Quelqu’ un l’ aime d ’ un amour grand comme la m er, ardent comme\nle feu, et pur comm e le ciel. »\n   — « Et elle ? »\n   — « Elle ? »\n   Un silen ce... Une ombrelle déployée, un frémissement de jupes : ils\n s’en revinrent, lents...\n    — Son petit cœur était de cire : le soleil l’ a fondu.\n\n\n                                                          B lanche R ousseau.\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                               -   89 -\n\n\n\n                         L a s s itu d e\n\n\nSous vos pieuses mains mon fron t lourd s’est penché\nComme pour la prière ;\nEt vers les clairières\nEt vers les carrefours\nLourds\nD u passé,\nJ ’ ai songé.\n\nJ ’ai senti vos yeux lents s’endormir dans mon cœur,\nY caresser soudain les rêves chimériques\nEt boire avec ferveur les effluves magiques\nD ’un futur de douceur.\n\nMats mon âme a plongé dans les lointains jadis\nComme en les yeu x d’un crucifix\nJ ’ai élevé vers vous mes yeux cassés d’attendre\nEt vous y avez lu sans pouvoir le comprendre\nCombien est raide, est perdu, est mort\nMon sort!\n\n                                                       M a r ie M e r t e n s\n\n\n\n\n             L ’a p p r o c h e d u D é s i r\n\n\n Vois!\n D u printemps rit en la chambrette.\n Vois!\n Le soir saigne sa tombée.\n Enivre-toi\n D u soir qui tombe en la chambrette !\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "                                      90   —\n\n\n\n\nEcoute !\nLà-bas,\nPrend son essor la voix\nD ’un orgue,\nCharmeresse des songes et des extases.\nEcoute bien !\nIl est si doux d’écouter bien.\n\nE t je m’essaie à contempler\nTes beaux cheveux,\nEpars sur tes épaules!\nE t je m’essaie à contempler\nL a bleue tendresse,\nE t belle, qui se berce\nE n tes profonds yeu x bleus!\n\nE t j e baise, divinement, tes blanches mains;\nE t tu baises aussi les miennes,\nParce que tu m’aimes\nA u moins autant que je t’aime.\n\nE t voilà que vers moi ton sein se penche!\n\nE t voilà que nos cœurs, à l’unisson,\nBattent!\nE t ne croirait-on pas qu’ ils ont\nD e grandes ailes,\nNos cœurs fidèles,\nE t qu’ils volent très vite en des paradis d’ouate?\n\n\n\n\nMaintenant, le soir, en la chambrette,\nDévore\nJusqu’aux lueurs des ors.\n\nE t nous sommes seuls, et je frém is\nD e ne plus voir briller tes yeux amis.\n\n\n\n\nMaintenant, la nuit\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                                    91   —\n\n\n\n\nRègne\nSouveraine,\nIci,\nLa nuit aux bonnes heures\nOù l’on s’étreint\nSi bien\nD ’amour et de bonheur.\n\n\n\nOr, je désire qu’en ces beaux instants\nTu sois,\nToute à moi,\nDivinement,\n— Ainsi la neige légère\nEst à l’hiver —\nE t que du bonheur tombe en nous,et de la joie !\n\n                                             A r t h u r T o iso u l\n\n\n\n\n                     Contes californiens\n\n                              La Soif d’Or\n   A cent milles de la chaîne dos Sierras,en deça de la vallée San Joachim,\ncette terre de luxure qui achève le paradis californien, on peut voir, par\nles jou rs limpides de la plaine, quelques montagnes moins hautes, aux\ncimes planes : parfois elles semblent tumultueuses, surtout à la fonte\ndes neiges, et, dans leurs vocalises de splendides nuances, changeant leurs\nmers lactées en jardins d’anémones, elles retombent à l ’immobilité\ncruelle des saphirs, pour longtemps, confondant leurs brumes de rêve\navec les bleus miroitants du zénith. Les chemins sont rares pour y gravir\njusqu’ au faite. Et quand la route unique qui sert aux voitures de poste\nest démembrée par les éboulis et les saboules, barrée par les cèdres\npourris tombés des roches, il faut suivre les lits des cricks tortueux aux\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "                                — 92 —\n\n\nfonds des gravelles et des granits en poussière et parfois s’embourber\ndans les mares où les daims viennent bramer à l ’ aube.\n   Tom Lambnear est venu porter son âme en ces parages. Un matin\nd’avril, il est parti à dos de mule paquetée pour les longues endurances,\nla tète pleine des enfiévrements de l ’or. Ardent et sûr, stimulé par l’âpre\nconviction des chercheurs de gisements quand même, il a émietté les\nsurfaces des quartz rebelles et percé les lits de calcaire volcanique, tant\nque la veine aurifère est apparue, mince et tenace, zigzaguant vers d’au­\ntres centres plus riches. Alors, il a travaillé à l ’installation définitive,\nconstruit la mesure, pour lui et sa bête, avec des pierres, des branches et\nde la terre nuire, enfoui ses provisions dans le sable et mis la mule au\nvert en attendant le prochain voyage:\n  Maintenant, il songe, dans l ’isolement et la pénurie. Couché à l’ombre\nd’un mélèze et fumant la bonne pipe, compagne il voit les années futures\nqui défilent, les pépites pesant lourd et la fameuse trouvaille de la\nmother vein, puis les experts qui viennent évaluer le prix de la mine et\nles capitalistes la lui acheter. Mais il ne veut pas vendre, oh ! non il\nne veut pas vendre. Il achètera des machines à broyer dix tonnes de\nquartz à l ’heure et fera venir les gens de son village pour peiner à la\ngrande œuvre m illion naire; et bientôt la nouvelle ville s’ élèvera,\nL a mbneartown avec ses maisons neuves, ses jardins et son église.\n  Mais aussi, les tristesses sont venues, doucement, une à une, ainsi que\ndes oiseaux silencieux de mauvais augure, qui viennent s’aligner parfois,\ntrès immobiles, sur les entourages des corals. En voyant pérégriner un\nours aux alentours, friand de la petite pomme rouge du manzonite, il a\nsongé aux gars de son pays de montagnes qui mènent des A tta-T roll aussi\nphilosophes par la chaîne, font la bombance avec les belles filles. Et le\ncouplet basque lui revient :\n\n                  E lle a plumé son poulet, la cuisinière,,\n                               la cuisinière;\n             je le plumerai aussi, son poulet, la cuisinière,\n                              la cuisinière !\n  Le crépuscule est descendu, m orose, avec de la rosée qui glace. Et sans\nsavoir, il songe au r êve de la veille : il était dans une chambre très\nblanche où des cierges brûlaient pour la virgine des consolations et des\npeines. Et des larmes lui viennent dans les yeu x, qui le soulagent, car il\nse dit que les vieux parents prient pour son bonheur. Et, le cœur content,\nil s’endort avec d’autres illusions qui le bercent dans le monde des appa­\nritions douces où l ’homme aiguise ses sens et les modère. Alors arrivent\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                                  -   93 -\n\n\nles nuits d’insomnie. Au précédent jo u r sa pioche a rencontré la poche\ntant attendue où de l’or pullule. Il y en a pour deux cents dollars, au\nmoins, à même, des pépites de soleil qui donnent la fièvre. Ht voilà qu'il\nne peut plus dorm ir; les moindres bruits le réveillent et l’excitent. Les\npas de sa mule qui baliverne au clair de lune lui font croire à l’arrivée\nd’une bande de cow -boys texains, hantant les trésors des mineurs. Une\nautre fois; les loups de prairie, affamés ou en amour, hurlent lamentable­\nment dans les cagnades lointaines, et Tom s’imagine que toutes ces voix\nchantent sa fin prochaine, l ’envahissement de la mine par l’eau de source\net la déroute du camp par les ouragans d’hiver. La fièvre le domine . Il\nn’est plus seul. Il y a des voix autour de lui et des images qui l’oppres­\nsent. Il se lève, rôde à la nuit- par la montagne, caresse en passant sa\nbête qui lait de grands yeux tristes et bat les oreilles. Il va voir ses\nprovisions, retire son or de la cachette et le tâte . Ht le vont pleure avec\nfurie.\n   — Je ne suis pas seul, dit-il, non, je ne suis pas seul...\n  An jo u r qui vient, -il ira au village. Il vendra cet or qu’on peut\nprendre; il achètera du whisky pour avoir du courage, car il a peur,\npour de quoi, de qui ? Il no sait.\n  — Tais-toi, dit-il. T a is-toi... non parle, parle encore, plus fort, crie...\n  Et Tom se met à crier de toutes ses forces, offrait sa bote qui se cabre\net jette son or au loin, que personne ne ramasse.\n   Demain, il se remettra à la tâche !\n\n                                                      H e n r i de C l a s s a n t .\n\n\n\n\n                   Le        b e a u s i le n c e\n\n\nA ux champs, aux vastes champs troublés de solitude\nTraîne le beau silence\nSa houle immense de souffrance.\n\nSur les âmes d’ Inquiétude\nLe Beau silence étale scs plis droits\nAinsi que pour la mort, ensemble il joint les doigts\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "                                — 94 —\n\n\nAvec douceur infiniment,\nComme un ange couché au long d’un marbre blanc.\n\nSur les lèvres fidèles\nA ux Passés d’or\nDont le baiser d’adieu les fit paiement belles\nLe fier silence a mis son doigt encore.\n\nSur les têtes bas inclinées\nQue caressent après tous les espoirs noyés\nDes tendresses apitoyées,\n— Comme sur une aride et vide et large plaine\nL ’impalpable et sinistre vent —\nPasse éternellement un vent de peine.\n\nE t c'est le doux et fo rt silence\nBalayant d’aujourd'hui les plages lumineuses\nPour se ployer aux rocs des anciennes souffrances\nE l boire deJadis la source douloureuse.\n\nAinsi qu’aux vastes champs troublés de solitude,\nPassent aux âmes sans Bonheur\nLes détresses d’un silence d’Inquiétude\nQui les prosterne aux Paradis de la Douleur.\n\n\n\n\n                     V i e u x C u iv r e\n\n\n        La tête s’inclinant vers l’épaule étirée\n        Christ pèse, tout navré d’angoisse, au gibet clair\n        Dont le cuivre poli s’allume d’un éclair\n        Sur le genou qui saille, maigre. — Et, décharnée,\n\n        La poitrine se tord et souffre. — C ’est un vieux,\n        Un très vieux crucifix de form e grêle etfine\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                               — 95 —\n\n\n      E t branlant sur son pied; — m aix la paix est divine\n      Qui descend du front pur entre les lourds cheveux.\n\n      Car de pieuses mains ont usé de caresses\n      Chaque trait du visage, et les longues détresses\n      Ne pleurent et saignent qu'aux clous d'iniquité.\n\n       Les doigts apitoyés des siècles tutélaires\n       Ont su, voilant l’horreur des grimaces dernières,\n       A ux trous des yeux, laisser rêver l’Eternité.\n\n                                                      M . C losset\n\n\n\n\n           CONTE                          MENU\n                                                            à Henry Maubel\n\n\n   Placidement l e goûter s’achevait.\n   Les deux hommes causaient de choses graves, et les femmes parlot­\ntaient. Les enfants, un peu impatients, pressés de courir à l’air pur et de\nvaguer encore au hasard des sentiers avant la tombée du soir, remuaient\nsur leurs chaises et s’agitaient nerveusement. L ’auberge où les familles\ns’étaient arrêtées, était sise au bord d’ une route, à l ’ombre même de la\nforet et le murmure immense du vent dans des branchages passait parfois\nau dessus des tablées bruyantes, dispersant au loin de son souille puissant\ntoute cette vaine poussière de mots. C’était une après midi de dimanche,\nlumineuse et calme sous un grand ciel indolent. Toutes les tonnelles\ndu jardin étaient occupées. De petits bourgeois, de petits rentiers, dos\nsoldats, des amoureux, des quelconques humaient l ’air frais, et enivrés\nde leur liberté, parlaient haut et riaient de rires sonores. Ici, dans ce\ncoin retiré, sous le treillis grêle des chèvrefeuilles mi-éclos, les hommes\ncausaient de choses graves et les femmes parlottaient. Paul et Jeanne,\nles plus jeunes des enfants, regardaient au loin, et leur envie de s’ enaller\nluisait ardente en leurs prunelles mais ils n’ osaient rien dire craignant\nd’interrompre la conversation des parents et d’être grondés. Louise et\nPierre, les aînés, plus calmes et plus discrets, contemplaient l ’horizon\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "                                —    96\n\n\net eux aussi, eussent souhaité courir folâtrer, mais ils se taisaient et fei­\ngnaient d’écouter. Et leur désir se compliquait, car naïfs de la naïveté\nde leurs quinze ans épanouis, ils s’ aimaient et la solitude leur était douce\noù ils pouvaient se sourire sans être vus et se serrer les mains, tendre­\nment, sans qu’on les aperçût. Et ils songeaient que le soir bientôt allait\nvenir et que l’ heure sonnerait de rentrer en ville et de se séparer... Oh !\ns’en aller et courir seuls, dans les bois! Il faisait très clair encore.\nC’était un pâle et doux crépuscule de printemps. Le soleil s’ était couché\nbellement, dans un occident rose couleur de chair de vierge. Toute une\nvie de lumière, jeune et active, restait sur terré, im mobile et apaisée\nsur les choses et les êtres.\n   Les pères causaient de choses graves, les mères parlottaient. Et c’ était\ndes discutions sur des sujets politiques- ou com m erciaux et c ’ était des\nhistoires de médisance ùu de ménage. Et c ’était ainsi, dans tout le jardin,\ndes rires et des voix hautes et des chants et des bruits et une animation\nfrémissante et factice. Soudain, ne sachant plus résister et mettant à\nprofit une interférence de causerie, Paul demanda.\n   — M ère... Est ce que nous pouvons aller cueillir des fleurs? dis?\n  — O u i... ou i! insista Jeanne... Est ce que nous pouvons nous en\naller en cor?...\n   Les deux mères se consultèrent du regard. Los hommes approuvèrent\net, jo y e u x doue, avec permission obtenue, les petits se levèrent et s'en\nfurent bondissants.\n   — Prenéz garde de vous salir. N ’est ce pas?\nPierre et Louise, promirent d’ un signe de tête, et plus calmement ils\nsuivirent leurs cadets.   A h ! jo ie ! Ils allaient donc pouvoir être seuls et\net se promener à leur gré, sous les branches et p a r les sentiers, oit\ns’éveillent de frissonantes musiques de grillons !\n   Ils n’osaient marcher trop vite, sous les yeux de leurs parents et ils\nressentaient une timidité pudique s’imaginant que les regards des gens\nattablés les examinaient railleusement.\n   Et une voix de femme cria de loin :\n   — Ne vous écartez pas trop !\n   Il arrivèrent à la route, la traversèrent de pas alertes et la forêt\nfut devant eux, infinie, murmurante et hospitalière.\n   O h! Jeune... comme elle était jeune, en ce soir d’avril, avec sa gra­\ncilité épeurée et printannière !... Les feuilles venaient à peine de se\ndérouler, gardant toujours sur elle le pli courbe des bourgeons. F r i­\nleuses, elles tremblaient et grelottaient aux souffles froids. Et elles\nétaient menues et délicates , minces et fraiches et puériles dans leur teinte\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                                    - 97 -\n\n\n aquarellée. Et c’était au dessus de l'élancement rigide des troncs, au dessus\n des futs gris de hêtres et de chênes un épanouissement de verdure frêle\n et bruissante, d'un vert si pâle, si nouveau si exquis que le ravissement\n vous prenait rien qu’à les voir et à les entendre frôleusement chucho­\n tantes... A mi-hauteur des arbres parfois, une branche s’étirait soudaine\n et droite et toute chargée et toute fourrée de feuillage, tendre comme\n neige. Une harmonie naissait de l’intime union des couleurs, du va\n solennel. Destroncs chevelus de vert, parmi les rousseurs monotones du sol.\n Pierre et Louise marchaient, rapprochés, coude contre coude, sans un\n mot et heureux. Ils regardaient les choses et trouvaient beaux, sim­\n plement, les morceaux de ciel bleu, qui s’ interétendaient aux trous de\n la voûte. Devant eux Jeanne et Paul gambadaient. Ils avaient des gestes\njoy eu x , des appels caressants et l’émerveillement de leurs âmes se tra­\nduisaient en les cris de leurs bouches et. la turbulence de leurs corps.\n   — O h! des violettes! exclama Paul tout, à coup et il s’élança. La\n petite le suivit. Pierre et Louise demeurèrent seuls. Ils firent quelques\n pas dans du silence. Le calme du soir écrasait la. forê t. Une atmosphère\n d'opaline obscurité se tramait dans les branches, mais il faisait clair\nencore et les arbres hauts et roides luisaient de lumière reflétée. Un\n oiseau chanta. Pierre, et Louise se taisaient. Leurs pieds foulaient des\n anémones. Machinalement, par l’ inconsciente idée qu’il fallait faire\n quelque chose elle se baissa et arracha l ’ une des fleurs.\n   — Vois donc ! fit-elle.\n   Etoilées et roses, les mignonnes fleurs semblaient lasses : lasses dans\nl'affaissement de leurs pétales, lasses dans la courbure de leurs cols,\nlasses aussi dans le chiffonné de leurs feuilles.\n   — Elles sont belles, répondit Pierre.\n   Alors elle s’agenouilla et voulut faire un bouquet. Pierre regarda\nles mains de Louise. Blanches et potelées avec des plis gras et, des fosset­\ntes elles couraient parmi les plantes et cueillaient, cueillaient avec une\nfébrilité hâtive, étrange m êm e... E h! O u i!... les enfants! Il y avait\nun peu d’ émotion battante en leurs cœurs !... Tout autour d’eux par cen­\ntaines et milliers surgissaient des anémones. On eut dit qu’ une curiosité\nsympathique faisait se lever ces essaims gracieux de petites têtes roses et\nblanches et mauves, de petites têtes pâles inclinées sur les tiges graciles\nparmi les verdures sombres. Et Pierre regarda Louise agenouillée. La\nrobe, tendue par son geste, s’ épandait en plis souples et moulait les\njam bes, et, s’écartant un peu au dessous des genoux, décelait les mollets\nfins et fuselés, dans les bas de soie noire. Un grand silence musical\ns’ affirmait. Au dessus de leurs têtes, dans les branches passait comme\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "                                — 98 —\n\n\nle murmure, très atténué et lointain, d’ un ruissellement d’ eau vive. Et\nun hibou hululait faiblement. L es anémones semblaient s’ être multi­\npliées encore. Et non ! ce n’était, pas des centaines et des milliers c ’était\nun infini grouillant et épars, c'était, toute une semaille d'étoiles glées\net parfumées.\n   Or, comme Louise, pour atteindre une tige s’ étirait d’ un mouvement\nleste et prompt, Pierre ébloui, traversé d'un, vertige se pencha et vive­\nment, la baisa dans le cou. Surprise, et charmée, le cœur ému, elle se\nretourna et retomba, assise parmi les feuilles mortes. Il y eut une m i­\nnute d'attente très douce. Il craignait qu’elle ne fut offensée de sa har­\ndiesse. Elle redoutait (peut-être eu le désirant) qu’il ne tentât davan­\ntage. Puis, connue elle ne disait rien et comme il ne bougeait plus ils se\nregardèrent et se sourirent, divinement heureux. Ils étaient muets et\nseuls parmi les anémones, baignés d ’ une large caresse de parfum et le soir\ntombait dans les bois. Entre les troncs de tous côtés, une ombre mauve\net légère se lissait vaporeusement. Les petites feuilles vertes et jeunes\ns’assoupissaient et, le bleu du ciel s’ était assombri. Ils seraient restés là,\ntoujours, sans parole et sans geste, naïfs et jolis l’âme chantante de\ntendresse et de joie quand, brusquement, à dix pas d’ eux, Paul survint,\nqui jaillit de derrière un tronc. Et Jeanne le suivit et tous deux, follem ent\nse mirent à rire. Pourquoi donc ? Pierre et Louise rougirent. Est-ce\nqu’ils l ’auraient vu ? pensaient-ils. Et un trouble les envahissait d’avoir\nainsi été surpris dans leur confiance et leur intimité. De ton fâché,\nPierre fit taire les deux petits. Ils obéirent, mais leurs veux restaient\nrailleurs et leur sourire était narquois. Alors Pierre les chassa. Louise\ns’était relevée et confuse, elle     défripait sa jupe à coups de doigts\nprécautionneux.\n   — Je crois qu’ il sera temps fit-elle.\n   Il fit « Oui » de la tête et ils s’en retournèrent. Ils n’osaient se donner\nle bras et ils marchaient moins rapprochés maintenant en s’en allant\nque tantôt en arrivant.\n  L ’obscurité   s’intensivait. Les luisances     s’étaient éteintes au long\ndes troncs. L’ombre mauve roulait plus lourde, plus douce et plus pro­\nchaine. Le hibou hululait. Ils sortirent de la forêt.\n  Les parents les attendaient sur la route.\n  — Eh bien. Vous voilà enfin ! reprocha-t-on. Nous vous croyions\ndéjà p erd u s!... Qu’est-ce que vous avez fait là dedans?\n  Ils rougirent encore et ne répondirent pas.\n   — Oh! Je suis sur qu’il l 'a vu pensa Pierre. Il l’a u ra d it... je vais\nêtre ferme grondé ! Il se résigna triste.\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                                  — 99 —\n\n\n  Mais min ! Les pères leur tournèrent le des et se mirent en\nroute et les deux mères imitèrent leurs m aris...\n   — Oui! Oui! s ’expliqua t-il... On ne veut rien me dire ic i... mais\nce sera pour quand nous serons r e n tr é s ? ...\n  Inquiet et tourmenté il se mit au côté de Louise et ils suivirent leurs\nparents. Et Pierre aurait voulu s’excuser auprès d’ elle et lui demander\npardon pour toute la peine qu'il lui causait. Mais il n’osait plus parler.\n  Ils entrèrent dans une allée couverte. Le silence des bois les absorba.\nFatigués, les hommes se taisaient; les femmes, seules, chuchotaient de\nvoix éteintes. Les ténèbres maintenant étaient énormes et ils traversaient\nde la nuit.\n   Et Pierre songeait au cou de Louise et il songeait au délicieux baiser\nqu’ il y avait goûté; et Louise songeait à sa frayeur et à sa joie, et réunis,\nconsolés et presque rassurés, ils avaient un plaisir candide à se frôler, à\nse sentir et à se serrer le bras on la main de temps en tem ps... On ne les\nvoyait pas... Et il faisait si noir ! Oh ! si noir ! La forêt semblait deve­\nnue d’ébène et le sol de marbre. Les horizons implacablement s’étaient\nabolis et, seules vivantes, dans le ciel limpide de saphir cyalin, les\nétoiles brûlaient. Pierre et Louise s’ en allaient, dans leur fine sensation\nd’ amour, et ils se regardaient et ils souriaient. Peut-ê tre allait-on les\ngronder tantôt... mais qu’ importe ! A cette heure ils se voyaient et se\nsavouraient et ne se souciaient, plus d’ un avenir maussade. Le hibou\ndoucement hululait. Quelquefois, l’ une des dames se retournait et jetait\nun regard vers les enfants. Ils sentaient alors un petit frisson leur courir\ndans le des, et instinctivement s’écartaient l’ un de l’ autre. Mais cela 11e\ndurait pas. Bientôt ils revenaient à leur bonheur. Ils se serraient de nou­\nveau, se regardaient encore et s’aimaient toujours.\n    Et ce fut un retour splendide au travers de la nuit, dans la forêt\ngrandiose, emplie de silence, où parfois, bruissaient des bruits sourds\nd’ inquiétant m ystère. Les pas sonnaient clair sur la. route durcie. L’écho,\ndans le calm e, les rechantait, u n à un. Et ils marchèrent, silencieux,\ndans la solitude. Les parents réfléchissaient que demain la vie laborieuse\net dure allait recommencer, les deux enfants pensaient à leur tendresse,\nà leur baiser et à leur crainte et ils bravaient les soucis des reproches et\nils s’ estimaient heureux de pouvoir souffrir, un peu, pour leur puéril\namour. Jeanne et Paul marchaient en avant, effrayés et tremblants de\ntout le noir qui les entourait, humbles devant la majesté impérieuse et\nprofonde de la nuit.\n\n                                                        André    R UIJTERS.\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "                                    —    100\n\n\n\n    V e r s le n o u v e a u P r i n t e m p s\n                                                         à Em ile Verhaeren\n  Toutes les eaux, tontes les eaux du ciel\n  Peuvent bien choir\n  En torrents noirs.\n  Toutes les eaux, quand elles seraient éternelles,\n  Ne pourraient point éteindre\n  Mon incendie intérieur.\n\n  Flamme de flamme issante et se contraindre,\n  Mon cœur, mon triste cœur,\n  A ne mourir flamme que pour renaître flam m e!...\n\n  Voici des yeux si beaux,\n  Voici des mains si douces,\n  Voici des seins jaillis comme de purs flambeaux,\n  Voici le souvenir adorable des mousses,\n Des mousses et des fleurs, — Ah ! tant de marguerites\n Effeuillées en chantant ! —\n Voici le souvenir des sentiers du printemps\n Voici ma tête prise entre ses mains petites,\n Voici ses lèvres jointes à mes lèvres,\n En un émoi de fièvre ;\n Voici toute Elle, voici tout Moi !\n\n Des paysages vus au cours des songeries,\nDe charmants petits bois, avec des arbres noirs\n Dans le soir,\nDes tas d’oiseaux chantant dans le feuillage,\n Des prairies et des prairies encore, toutes fleuries\nDe pavots empourprés sous le soleil du soir,\n Tontes ces choses vues depuis des âges,\nToutes ces choses vues depuis l'Eternité,\nJ e les revois, je les revois toujours,\nServant d'accord et de théâtre à mon nouvel am our...\n\nO Toi, ma toujours mienne depuis l’Eternité,\n Tu sais,\nDepuis toujours j e suis comme lu es.\nJ ’ai peut-être été brise, oiseau, peut-être rose ;\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                                 —    101   —\n\n\n\n\nTout n’est au fon d que même chose,\nSous des aspects multipliés.\nMais je t’aimais alors comme aujourd’hui,\nE t tu m’aimais! ......\n\nOh ! souviens-toi des nuits,\nDans le splendide mois de mai,\nQue nous passions à nous aimer comme aujourd’hui!\nE t c’est ainsi que nous avons vieilli toujours ensemble,\nSous des formes nouvelles,\nMâle ou femelle tour à tour,\nNe conservant de l’autre vie qu’un vague souvenir...\n\nQui sait ce que nous réserve l’avenir ?\nPeut-être le retour au grand néant final,\nPeut-être la naissance au nouvel Idéal ?\n\nO mienne, si tu veux m’aimer comme je t’aime,\nSi tu veux boire et manger du plaisir,\nViens, sur ton fron t je vais répandre le baptême,\nLe baptême éternel de l’éternel Désir !\nC'en est fa it de pleurer à l’aube, au crépuscule,\nD e sentir tout mon corps altéré de ton corps :\nOh! veux-tu, laisse à d’autres le commun scrupule,\nAllons chanter ailleurs les triomphants accords! —\nSois moi tous les amours, les mauvais et les purs,\nLes amours subversifs et les chastes amours;\nNotre baiser sera sublime comme le jou r !\n\nViens-tu, mienne? La Vie nous attend\nPour un nouveau printemps.\nLaissons jaillir notre âme unique vers l’A zu r!\n                                                    G eorges R ency\n\n\n\n\n                        LÉON FRÉDÉRIC\n  L ’A r t de ce siècle me semble avoir subi une évolution très simple, très\nnaturelle, et, du moins dans ses grandes lignes, très continûment splen­\ndide. Las des mièvreries, pastorales ou autres, du x v i i i e, il s ’est éveillé\npuissant, avide de vie, et débordant d’ une jeunesse inouïe.\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "                                -   102   -\n\n\n\n\n   Il y aura sans cloute trois phases à sou histoire — du moins je l ’ espère;\nmais lus deux qu'il a vécues jusqu'à ce jo u r se concrétisent eu ces deux\nnoms d’écrivains : Hugo, Balzac, auxquels font écho des noms de peintres\nsimilaires : Delacroix et Courbet . Je ferai abstraction de la musique qui,\nquoique élevée à son sommet par les successifs Beethoven, Berlioz et\nW agner n’ a pas suivi le même développement.\n    Hugo : c’est, tout le Romantisme, toute la Nature, toute la V ie, tout\nl’ Homme, surhaussés par l'enthousisame que la masse insufflait aux\nartistes et qu’eux lui rendaient, encore surélevé et exaspéré. Il en résulta\nd’une part, à la suite des geignards Lamartiniens, le ridicule ou la mélan­\ncolie de ch ic; d’autre part à la suite de génies comme Delacroix, Hugo et\nMusset, un peu d’enflure, soit ! mais surtout un extraordinaire envol de\njeunesse et de liberté, tant artistiques qu’ humaines.\n   Balzac : c’est tout le Réalisme, la recherche de la Vérité naturelle, plus\n simplement, en nous, comme dans la vie et dans les ambiances.\n   Mais c'est aussi, selon moi, l’ ascension graduelle vers une phase nou­\nvelle, cette fois d’épanouissement, d’Art total, et que je pourrais étiquet­\nter de ce néologisme le Naturisme.\n   Le Naturisme? Ah ! j ’ ai ici, non la prétention de fonder une école,\nmais celle de définir un mouvement indéniable, que les idées sociales\nelles-mêmes subissent.\n   Sans rejeter pour cela les admirables artistes idéalistes égrenés au\nlong du siècle — Ch. Baudelaire, Poë, Burne-Jones, Barbey d’ Aure­\nvilly et V illiers — suivez en effet la traînée d’artistes réalistes qui part\nde Balzac, et dont l’œuvre de plus en plus purement réelle, est consé­\nquemment de plus en plus en plus selon la simplicité adorable de la\n nature... Alors, ayant passé par Balzac, Courbet, les Goncourt, C o r o t ,'\n Decoster, Flaubert et Zola, vous arriverez à des maîtres déjà très natu­\n ristes, tels qu’Eekhoud, Millet, Degroux, Meunier et Frédéric ; et vous\n aurez enfin le Naturisme tel qu’il s’annonce, et s’espère, c ’ est-à-dire\n l ’Art dans l’expression de la nature, de la vie, de l’homme, en toute\n simplicité, en toute réalité.\n    Plus d’ exotisme décoratif, cette fois ! Plus d’ anticailles réchauffées !\n Plus de m oyenâgisme de pacotille ! Plus de héros, de nymphes, de\n dryades et de glaives, tout cet attirail suranné dont des poètes quelconques\n ont vêtu ou vêtent encore leur médiocrité ! Encore moins l ’étriquement\n d’ une forme stricte, morte ou vieille, étouffant l'originalité ! Plus rien de\n conventionnel enfin ! Rien que la Beauté sereine, simple et solide, de la\n nature et des êtres tels qu’ils sont.\n    Avec les Eekhoud, les Millets, les Charles Degroux et les Vielé Griffin\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                                     103 —\n\n\n— artistes vrais, si rares d’ailleurs, Frédéric est un de ceux qui a le\nmieux fixé cette formule en son œuvre.\n   lit c ’est ainsi, qu’artiste d’aujourd’hui, il sera un artiste de demain, un\nartiste éternel. Car il n’ a pas suivi la mode. Il la hait ! Indifférent au\nNaturalisme outré d’ hier, il n’ a pas subi l ’Idéalisme réactionnaire passa­\nger. Il s’est affirmé tel qu'il était; simple, sincère, amoureux de tout ce\nqui correspondait à sa nature : la sincérité des humbles, la simplicité des\ncampagnes, et parfois, les misères urbaines.\n  Telle est aussi son œuvre, d’ une marche naturelle, peu compliquée.\n  Vite oublieux des jus de chique et des cadavérismes académiques, il a\névolué rapidement, et c’est presque au lendemain des Moines faisant de\nla musique, cette œuvre de bon élève, qu’il produit L e Vagabond, La\nFem m e à loques , L e s Marchands de craie (au Musée de Bruxelles),\ntableaux aux tonalités sombres, suant la misère lamentable et la com ­\npassion de leur réalisme.\n  Frédéric s’ annonce déjà en ces œuvres le coloriste et le dessinateur,\nqu’il est aujourd’ hui indiscutablement.\n  Mais voici venir, aussitôt après, ce qui restera son Œ uvre, c'est-à-dire,\nsa triple épopée : L e Lin, L e B lé et L ' A ge du Paysan.\n   Ah ! L ’ Age du P aysan ! ces cinq toiles d’ une réalité délicieuse, mon­\ntrant les rustres, laids, gauches, et lourds parfois, si beaux eu la vérité\nsincère de leur nature.\n   Il y a là tout le peuple des campagnes, depuis les vieux démolis et\nles recroquevillés, jusqu’ aux saines maturités des pères et des mères,\njusqu’ aux jeunesses puissantes, lumineuses, très belles, des jeunes\nhommes et desjeu n es femmes qui se tiennent les mains promises, ju s­\nqu’aux gamins et aux gamines, étonnés ou malins, jusqu’aux enfants\net aux enfantelets de tous les âges, la chair saine, non dégrossis encore,\nles yeux profonds, clairs, infinis.\n   Ils sont rangés là tout bêtement, assis sur des chaises, ou debout la\nmain dans la main, ou couchés dans l ’herbe multiflorie. C’est, infiniment\nsimple et naïve, une longue suite d’êtres primitifs, graduant les âges divers\nde la vie terrienne ; mais cela est vrai et vécu, c ’est la nature toute\nsimple et très belle des paysans quelconques dont émane l’ inaltérable\narôme de poésie qui se dégage semblablement de la terre, des moissons et\ndes bœufs, de toute la nature.\n  Adviennent ensuite L e BIé et L e Lin, deux épopées de la campagne\nencore, exprimant la grandeur pure de ces végétaux, principes de la\nnourriture et du vêtement humains.\n   Et là, ce sont des scènes d’ une merveilleuse simplicité. J ’en extrais\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "                               — 104 —\n\n\ndoux ou trois parmi la suite unie fies vingt-quatre cartons d’ une diversité\npatiente.\n    Les Semailles : Un horizon immense de champs qui vallonn en t;\nlointainement dans la vallée, la Semois sinuante qui longe Vresse, un\nvillage ardennais ; de-ci de-là des paysans au labour ou au hersage ; et,\nsurtout, derrière une déclivité grande et brusque de champs, rien que\nl’apparition d’échines de bœufs faisant effort pour tirer, et, d’un torse\nd’ homme avec de grands mouvements d’excitation; tandis qu’ici, au premier\nplan, le des tourné, lourd, énorme, avec un geste large de distribution,\nle semeur jette le grain au Champ, et, sem ble-t-il, aux labours qui\nadviennent.\n    La Rentrée des Moissons : Un chariot grand, à demi-chargé, sous un\nCiel d’orage; des hommes en labeur actif; et une foule de des courbés —\nfemmes, enfants, jeunes hommes — sur le fond infinisé de campagne, où\nles bottes s’ échelonnent, régulières, jusque très loin.\n    Le Goûter : Une délicieuse scène d’intérieur : La grande table campa­\ngnarde à laquelle s’accoudent les convives de tous âges, un très vieux à\nla face crevassée, des femmes, beaucoup d’enfants — oh ! les enfants de\nFrédéric! quel charme de vérité ils ont ! — ; à l ’extrémité là-bas, très\nauguste, une mère qui allaite; et, dans un coin, exilée volontaire et\nmélancolique de leur vie joyeuse, la vieille grand’ mère qui courbe son\ncorps lassé de vivre, et semble déjà empli de mort. Il y a des pots de\nfleurs sur la tablette large de la fenêtre. Au travers des fins rideaux, Je\nsoleil jette des regards paisibles, exquis.\n   Enfin, couronnant les deux séries parallèles : La Terre, carton plus\ngrand, que Charles Baes exécuta en vitrail et exposa au dernier Salon\nTriennal. Colossale de vie puissante, la Terre, une campagnarde à la\nbeauté lourde, laisse pendre ses seins énormes, ses seins qui sont des\nmondes. Or, grouillant à ses pieds, tendant les bras vers elle, grappelés\nà son corps, ou appendus à ses mamelles, voici des hommes, des enfants\nau ventre gros, aux cheveux roux, d’ une santé presque trop forte, mais\nétonnamment vitale.\n   A citer encore de cette manière; les B oeschelles, deux petites filles\nassises, d’ une poésie pénétrante et très vraie. (Cette toile a été achetée\ndernièrement par le Musée d’Anvers.) Et aussi le B énisseur, un vieux\npaysan, sacrant les campagnes infinies, de ses deux doigts levés — geste\nqui rappelle certains vieux Boudhas.\n  J’en passe, des tas, et des meilleurs, ne voulant que résumer cette\npartie de son œuvre en quelques tableaux synthétiques.\n  Ainsi donc, dans son affection pour tous les humbles, Léon Frédéric\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                                — 105 —\n\n\na, tour à tour, peint le calme solennel et souriant des paysans, et la\nmisère loqueteuse, la lamentable misère terne des gueux des villes. Ainsi\nde même, tour à tour, on sent passer dans ses tableaux le calme tou ­\njou rs dominical des campagnes et la mélancolie des pauvretés urbaines-\nDe là les sensations qu’ il donne, de là ses propres sentiments, et les deux\nteintes très distinctes de son symbolisme actuel, d’ un côté une bonté satis­\nfaite, presque religieuse à force de candeur, d’ un autre une pitié pante­\n lante, une révolte sereine, simple, instinctive.\n    On a beaucoup disputé sur le symbolisme de Frédéric. D’ aucuns l’ ont\nju g é inférieur à son réalisme, d’autres l’ont démoli ou applaudi, beaucoup\n même l ’ont nié. Seuls, ceux qui le trouvent en décadence ont tort. Son\n symbolisme, pour autant qu’ il y en ait, car ses tableaux, même les\nrécents, sont plutôt allégoriques, son symbolisme est de toute simplicité.\n Il se comprend à première vue. Les écrivailleurs en rient ; les vrais\nartistes se pénètrent de la grandeur de cette simplicité.\n   Frédéric l’ explique lui-même en quelques mots : « Ayant vu la misère\nde tous les humbles, dit-il, j ’ai tout naturellement rêvé leur état futur\namélioré, idéal peut-être, et je l'ai peint. Voilà tout. Et ce n’est pas un\nchangement opéré de parti pris puisque je peins encore en même temps\ndes paysans tout simples \" .\n  A lors, voici l' A ube, une petite fille aux yeux infinis et aigus, aux\ngo tes extasiés, d’ une naïveté gothique; le Ruisseau, dont chaque\nmerveilleux enfant nu est un babil ; et le Peuple verra un jo u r le lever\ndu soleil, un triptyque dont le panneau de gauche est vraiment étonnant :\nces enfants nus (les enfants! ils sont partout en l ’ œuvre de Frédéric, et\nils me semblent très adorablement symboliser l’éternelle puérilité et la\nfaiblesse de l’ homme) des enfants nus, dans un fouillis enchevêtré de\nronces barbares, fuient un ciel que balafrent des lueurs terrifiantes ;\nl'infinie douleur les courbe ; la .vie a strié de sang et troué de plaies leurs\npauvres corps n u s; et leur fuite s’enlise parmi les ronces, feuillues d’ un\ntachètement jo li et fauve. V oici encore L e Christ reviendra, une san­\nguine éblouissante marquant le retour général contemporain au Christ,\nsinon par le geste, du moins par l’admiration. Et enfin les deux dernières\n œuvres : Tout est mort, exposé à Paris l’ an dernier et à La Libre Esthé­\n tique hier à peine, et La Nature, actuellement au Champs de Mars.\n    Tout est mort, que tous connaissent et ont admiré, ne conservera pas\n sa désolante morale anarchiste. Quatre panneaux complémentaires en\n élaboration l’ensoleilleront, d’espoir. Et d’ ailleurs La Nature, œuvre\n toute de printemps, de fleurissement et de jo ie , lui sert de réponse et de\n complément, avec la marche sereine, immuablement renouvelée des\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "                               —    106   —\n\n\n\n\nsaisons (L e Printemps, exposé jadis au Triennal, y a été intercalé),\net la splendeur de la Nature, Génitrice universelle, qui la couronne.\n   Comme paysagiste, Frédéric est également un maître. Il 'est le seul\nqui ait su rendre les Ardennes, avec leurs m onts, leurs vallonnem ents,\nleurs prés et champs aux alliages harmoniques de teintes, leurs rivières,\nruisseaux, ruisselets et rivulettes merveilleux. Il y a saisi la Ligne\ntrès belle, d’ une courbe douce, caressant la vue, et qui est le résumé\nde la nature ardennaise.\n    Il a été également le premier des pastellistes paysagistes belges. Et\nc ’est notre plus beau peintre de fleurs. A son actif aussi quelques\ntableaux religieux parmi lesquels : l ' Annonciation, un anachronisme\nlumineux, discuté.\n   Telle est son Œuvre avec ses qualités indiscutables : son dessin net,\nparfois rude, sa couleur ardente, sa poésie primitive mais intense, sa\nligne surtout, les plus belles impressions de ses tableaux résident souvent\nen effet dans le mariage parfait d’ une courbe de des, et d’ une courbe\nconcordante de paysage.\n  Nul n’a su comme lui, par des chemins aux mille méandres, par des\nruisseaux, des courbes, des suites superposées de champs ou des torsions\nde ciel d’orage, infiniser les horizons.\n   Et donc, en face de l’Œ uvre, voici en quelques mots l ’artiste.\n   Un très simple et très naturel, un assoiffé de jeunesse dont les yeux\nclairs gardent pourtant, semble-t-il, le secret d’ une noire mélancolie\nintime. Mais avant tout un instinctif (comme la plupart des peintres\nd’ ailleurs), instinctif au point de ne pas « savoir » mais de seulement\n « sentir » l’idée qui émanera du tableau en gestation.\n    Frédéric est tout entier semblable dans sa vie, ses goûts et ses admi­\nrations. Tout le temps qu'il peut voler à la ville, il le passe en Ardenne,\nà Fraiture, un petit village perdu et archaïque, où il partage la vie des\npaysans, ses amis, et dont il a déjà rapporté des chefs-d’ œuvre : L e L in ,\nL e B lé et L ’ A g e du Paysan, ainsi qu’un grand nombre de portraits\net de scènes de mœurs campagnardes.\n   Son rêve même, que je dévoile avec la vague crainte d’être indiscret,\nserait d’y couler une vie paisible, simple et naturelle, comme celle du\npaysan, et, puisqu’il ne saurait se priver de son art, au point de mener\nleur existence totalement, presque dans le labeur, d’y peindre la nature\net les êtres, cette fois sans plus aucune mesquine préoccupation de vente,\nd’ exposition ou de critique. Il se consacrerait à orner leurs maisons. Un\nmusée qui serait tout, un village! Fraiture-Frédéric, qu oi! Il a déjà\nd’ailleurs fait don à l’église de son refuge de dilection d’ une Sainte F a ce\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                                     107 —\n\n\nsaisissante portée par des anges couronnés d’ épines, et dont les traces se\nfleurissent de roses.\n   A Bruxelles, son atelier est large, inondé de lumière, et agrandi et\néclairé encore par l ’ immense jardin qui l’ entoure. Dans cette salle : des\noiseaux, de vieilles petites vierges populaires, des rouets, des horloges,\net un établi — il connaît le métier — des blouses, des drapeaux, mille\nchoses d’ un artistique réel, très loin du chic bohème et moyen-âge de tant\nd’ateliers. Comme note typique, une pendaison de squelette, chevelure de\nfilasse, à une .traverse du toit.\n  Dans ses admirations, il est ardent mais resserré.\n  Le premier nom qui lui vient, aux lèvres est Breughel, et, aussitôt\naprès, Phidias, Memlino, Michel-A nge, V inci, Rembrandt. Sagement, il\npréfère Jordaens à Rubens.\n     Parmi les écrivains, un nombre très minime l’ enthousiasme. Il lit\nd’ailleurs peu ses contemporains. Ses préférés sont Homère, Dante — que\nl ’ on sont dans Tout est mort — le Balzac des Paysans, le Zola de L a\nConquête des Plassans surtout. Il chérit Decoster et avoue Conscience.\nDe nos prosateurs actuels, c ’est Georges Eekkoud qu’ il préfère, et de nos\npoètes, Emile Verhaeren.\n  Fréquemment, on a cité à sa charge qu'il ne comprenait pas les vers.\nCela est vrai et triste. Mais combien il est excusable d’ avoir été rebuté\nen sa toute sincérité par la forme trop réglée,     souvent forcée du vers\n« esclave »., lui qui en revanche aime les vers libres.\n   Pour ne pas le flatter, je ne cacherai pas ses deux défauts : il fait des\ncalembours, et est décoré.\n   Comme historique de sa vie : l’Académie, l ’atelier Portaels, l 'Essor,\nla liberté.\n  Et le voilà tel qu’ il est, nullement exagéré, ju gé selon l ’ œuvre considé­\nrable que sa jeunesse a déjà créée; le voilà, très jeune, très sincère, très\nbeau, mais aussi —    naturellement, puisqu’ il est artiste et belge — très\nméconnu.\n  D’ ailleurs qu'importe ! Frédéric n’ en est pas moins le Premier des\npeintres belges, Artistes.\n\n\n                                                   H en ri V andeputte\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "                                —     108    —\n\n\n\n\n                             La P lu ie\n\n\n                    La pluie, la pluie aux doigts verts\n                    Mouille lesfeuilles jaunes des hêtres,\n                    Et vient glisser sur les fenêtres,\n                    E t dégoutte des toits moussus!\n\n                    La pluie, la pluie aux lèvres roses\n                    Tombe et fa it bouillonner l’eau\n                    De l’étang, où le roseau\n                    Frissonne à ses baisers étranges !\n\n                    La pluie, la pluie aux cheveux d’or\n                    Rit au grand soleil qui décline\n                    E t caresse, lente et fine\n                    Les cîmes de la forêt.\n\n                                       A n n e T h ie r e n s\n\n\n\n\n                                                                Les Douces\n\n                                    E lis e\n Votre rire, penché parmi vos cheveux noirs,\nvos mains tièdes dormant en mes mains, — et la danse !\no brune en lilas rose, — et le doux de la danse!\nvotre main en ma main, parmi vos cheveux noirs !...\n\nC ’était un rire en moi, par le piano rêveur :\nle tremblis de vos yeux avait des chansons pâles ;\net j ’allais à plaisir, en le lui des opales\nde votre voix, rêveuse en le piano rêveur!\n\n Votre nom, sur mon cœur est gravé dans l’attente\nd’un désir de vos doigts, parmi mes doigts posés...\nEt le piano dira, dans ces gorges rosées,\nle rire des désirs en les chemins d’attente.\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                                    — 109 —\n\n\n\n                                    A lic e\nDes yeux noirs en mon âme ! -• et votre voix de rose! —\net votre nom pâli, d’une sainte en des larmes!...\noh! je suis caressé dans le lui de mes larmes,\npar la chanson rosée de votre voix de rose.\n\n Vous êtes le matin, et le désir d’azur\naux paradis mi-clos, — et la cendre de nous,\nsupplieurs d’angélus en l’église, à genoux\nparmi les soirs absents de nos rêves d’azur.\n\n Votre nom a des voiles et des reflets clos :\nil est si doux à dire, en les étoiles d’ombre !.,.\nE t j ’ai ferm é mon sein, parmi le doux de l’ombre,\naux chansons des amours terrestres et mi-clos !\n\n                                             Ch a r l e s - L o uis P h il ip p e\n\n\n\n\n                Histoires lunatiques\n                  p a r H u b e r t K r a in s (Lacomblez, Bruxelles.)\n\n\n\n\n  « Si ses lèvres se fussent penchées sur moi pour toucher mes lèvres et\nque ses mains, au même m om ent, se fussent nouées autour de mon cou\npour m’étrangler, je serais mort avec le ciel dans mon cœur ! »\n   Nous détachons cette phrase paroxysée de Madeleine, la pièce initiale\net de plus longue haleine où se déroule le récit d’ un drame si fol et puis­\nsamment étrange, que nous essaierions en vain, tant à la fois il est com ­\nplexe et de contexture simple, solide, d’en donner un parfait résumé.\n   Les autres contes : Un réveillon, L e vagabond, Dernière lutte, Les\nsaltimbanques et l'A sile no nous semblent pas moins remarquables. Et\nparticulièrement l’A sile, qui clot énigmatiquement ce volume, dont\nl ’intérêt subtile mais superbe fait frémir l ’effroi dans notre âme, et fait\ngermer l’illuminante fleur de pitié pour la misère indicible, lamentable,\npalpitante ou morne.\n  Le style d’ Hubert Krains s’est, nous sem ble-t-il, vivifié. Il a en effet\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "                                              —         110     —\n\n\n\ndisciple d’ Eckhoud de par nature, style, goûts et tendances, capté dans\nson œuvre, aux tons très ternes d’ordinaire, un peu de la vitalité puis­\nsante, intensément suggestive, de notre maître prosateur.\n   lin somme livre largement humain, bien selon nos dînes révoltées mais\nfraternelles, qui peint, avec vigueur, quelques côtés de la vie des gueux,\ndes criminels et des souffrants, et fait espérer bien des choses d’Hubert\nKrains, ce si excellent critique de la Société Nouvelle.\n\n                                                   —     0—\n\n                             Par les chemins\n                                  (P a u l A r d e n , chez Lacom blez)\n\n\n\n    Au cours de ses villégiatures, M. Arden a recueilli de petites histoires\ntrès simples, et il nous les narra avec la sincérité la plus entière. De\nl ’intérêt ? Il n’y en a pa« ou presque, dans ce livre, et le talent de l’auteur\nn’est pas assez développé encore pour nous en faire oublier l ’absence.\nTrois contes : L es adieux de la saint-Pierre; la Roulotte et le Déserteur,\nsurtout celui-ci, sont de loin supérieurs aux autres. Mais, d’ une façon\ngénérale, on peut dire qu’il y a, dans P a r les chemins , des inhabiletés et\ndes naïvetés étonnantes. La langue n’en est rien moins que parfaite.\nQuant à la Psychologie, elle n’ existe pas : à peine trouve-t-on quelques\nlégères indications de caractères. L'Unité ne s’ affirme en aucune manière,\nde quoique côté que l’on veuille prendre l’œuvre pour l’en faire ja illir.\n\n                                                    —    0—\n\n                                       Vei’s l’àme\n        par V i c t o r R e m o u c h am ps (c o lle c t io n d u R é v e i l . D e m a n , B r u x e lle s )\n\n\n\n  Est-ce qu’ il est, dites, un exprimé plus concret de toute                                         notre géné­\nration accédante que ce titre « Vers l'âme » ? dites, et n’ est-pas « vers\nl’âme » que va la vie intime de tous les artistes d’aujourd’ h u i... — aussi\nbien que leur vie altruiste et intense va vers le b o n h e u r universel e t\noompaternel vers l'â m e !., Cela fait, rêver, espérer, et craindre devant\nla tâche énorme qu’assuma le poète en tâchant de l’ exprimer. A cette\ntâche, vraiment, M. Remouehamps a manqué.\n   Certes, il nous a dit des choses pures et ingénues. Il a résumé en des\nphrases, — certaines — dont la mélodie fait parfois croire à une\nénigmatique versification, la toute pureté des vérités qui seulement\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                                     —     111\n\n\n\naujourd’ hui, si simples mais si difficiles à saisir, se dévoient à nos pensées\nrajeunies.\n   Certes voici des phrases qui chantent selon le vrai : Nous pourrions\nécrire un chef-d’œuvre rien qu’à dire une rose; un chef-d'œuvre\nimmense, immense comme tout, car l'âme qui saurait savoir une rose\nvaut un monde... ou bien : J e sens que toute vie est grave ... E t j e m ar­\nche comme en tremblant, pour ne rien anéantir\n   ou encor : Pour comprendre, il faudrait être l’ objet même.\nL'identification — cet impossible rêve — est la seule conscience possible.\nenfin : Splendeur! Splendeur ! E tre enfant avec des sagesses de\n vieillard! Certes tout ? cela est vrai, et il y a du vi ai tout au long du livre,\ncomme des pailletements de soleil sur un marais mélancolique.\n  Mais - le mais est énorme — le livre me semble faux, ou, pour le\nmoins lamentablement dubitatif. L’auteur est un affolé. Sa marche titube\nvers la clarté qu’il veut atteindre pour la faire rayonner sur nous. Il\ndoute! Il doute! Et c'est effrayamment, ! Il doute! Au point de ne plus\nrien savoir, au point de vanter la vie vraie, comme le seul bien, après\nnous avoir louange le Mensonge et l’ Illusion comme lés seules réalités.\nTout son livre n’ est qu’ un doute, presque une obscurité, si j ’étais\nméchant j e dirais même parfois que l’âme de M. Remouchamps (il est,\nvrai que : « Son âme s ’exaspère de n'être pas son âm e! \") bredouille\nen s’exprimant.\n   A h ! au lieu de la route, largement montrée, tracée claire, en plein\nsoleil (ou en pleines ténèbres, peu importe, puisque aux yeux de l ’âme\nelles sont parfois plus lumineuses que les midis), ah ! au lieu du chemin\n direct et beau que montrerait un croyant de sa propre idée, c’est un\n méandre infini que M . Remouchamps veut nous faire suivre, par des\nombres, des terreurs, des désespoirs, du soleil aussi, mais pour aboutir\nen somme à la stagnation pitoyable du Doute !\n   Ah ! encore, que l’ auteur se méfie des allures prophétiques, et des\n paysages évoqués conventionnellement, mais surtout qu’il se souvienne\n de ses propres verbes : E t ta R oute sera divine, si ta candeur le sait\n vouloir.\n\n\n                    Au Royaume d’Eve\n              (Par E u g è n e S o u b e y r e , chez E dmond G ir a r d , Paris.)\n\n    En vers, parfois parnassiens à l’ excès, parfois trop libres, mais géné­\n ralement beaux, sonores, très essorés, toute une jeunesse amoureuse\n se propose en ce livre.\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "                                           —        112\n\n\n   L ’Enfance est timide, rêveuse; on y parle de fée, de communiants\net d’aïeules. Ces dernières sont évoquées dans la Psyché antique où\nelles se sont mirées jadis, et cette pièce, dédiée — évidem m ent! — à\nHenri de Regnier, me semble la meilleure, du volume.\n   Puis vient Hélène, la première amante, celle qui lui parait personnifier\nl’amour. Il la chante triomphalement, tout à la joie de la sentir près de\nlui, et, le matin, alors que\n              Des parfums de lilas montent de sa chemise,\nil s’enivre doucement d’elle, comme d’ un rêve. Mais l’ adieu arrive et\nil souffre. Il relit des lettres, il respire de vieux mimosas.\n   Voici qu’apparaît la reine Stupra, la nouvelle amoureuse. L ’Idylle\nrecommence, plus grave, plus mélancolique. Il se laisse aller, maintenant;\n\n               Je sentais dériver l ’esquif lent de mon âme.\n   Il demande pardon pour des offenses imaginaires, il a le spleen, il\nest abattu. Et puis la séparation se fait encore, et il se résout à oublier.\n        Je reviens des sources d’amour et, vais aux mers d ’oubli !\nDésormais, le jardin de son âme est dévasté: Il le parcourt, e t n’y\ndécouvre que des aubes cruelles, des mensonges, des fleurs malades, des\nmirages et des mirages encore. Il va donc le quitter et marche derech ef:\n               Vers l’idéal palais de la grande nuit noire.\n  lit il fait ses adieux :\n                        Partons, partons mon cœur.\n            No nous attardons pas aux baisers près des ports,\n            C’est assez de tristesse et d’ espérances morts,\n                        Partons, partons mon cœur.\n  Enfin, comme synthèse de l’œuvre, vient un poème                                              la Tristesse\nde Roger,\n  Le chevalier, après la conviction acquise de l ’infidélité d’ Angélique,\nsupporte d'horribles jours de combats, d’étonnement, naïf devant la\ncruauté du sort, et, finalement, se cloître dans l’ orgueil, croyant :\n                 connaître son cœur, la vie et l’amertume.\n\n   J’espère que M. Soubeyre va l ’imiter, et que, dans son prochain\nlivre, nous trouverons plus joy eu x , plus jeune et plus personnel.\n\n                                                                                           L ’ A rt Jeune.\n\n\n\n                    IM P. LITH. A VAPEUR S, EGGERICX, 46 , RUE DU PRINCE ALBERT, IXELLES\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                                   CHOSES\n  Faille à la Vieille Belgique.\n  Il était une fois un grand poète et une petite Direction. Or, la petite Direction\nvoulut faire croire à tous qu’elle était grande et que le grand poète était petit.\n  Mais on rit d’elle.\n  M orale : Elle n’est pas contente la petite Direction.\n   Pour M. Ivan Gilkin.\n   Mille mercis pour votre avertissement— nostalgique? — La pièce est très bien,\ntrès bien quoiqu’elle ne vaille pas l’ode à Albert Chapeaux, mais enfin, je ne suis pas\njaloux. J’avais commencé une réponse envers :\n                       Méfiez-vous, Ivan, du ramollissement\n                            Votre vers flatulent et fade\n                       et qui sue, à plein pied, un vaste embêtement\n                            N’est que bouillie et marmelade.\n   Mais en donnant la copie à l’imprimeur, j ’ai pensé soudain que ce ne serait pas\ngentil pour vous qui vous êtes toujours montré si aimable envers moi. Aussi bien me\nsuis-je ravisé. J’ajoutais encore que vous me sembliez quelque peu fatigué, qu’il vous\nfallait prendre du repos et que votre excès de zèle à remplir les pages de la Jeune\nBelgique allait compromettre votre santé, etc., etc. Eh ! vrai ! Je crois que j ’ai bien\nfait en gardant pour moi toutes ces petites choses pénibles à dire et même à s’en­\ntendre dire.\n  V o tre to u t d év ou é,                                      A n d r é R uijTE R S\n\n   Le Salon annuel des Beaux-Ar ts est, comme toujours, la réunion académique de\ntous les peintres, vieux, nuls ou admis, et nous ne comprenons pas comment vien­\nnent s’y fourvoyer de purs artistes, tels que Giovanni Segantini (d’une vérité très\noriginale et belle), Frédéric, Klinger, Heymans, Stevenson et Dillens, dont la Tête\nd ’en fant est vraiment délicieuse.\n   Il paraît que c’est Monsieur José Hennebicq l’imbécile auquel nous avions fait\nallusion, le mois dernier, dans une notule de nos Choses. En effet, il l’annonce très\nfièrement dans le récent numéro des Pages d 'A r t et de Science, en même temps qu’il\nréclame la paternité de sa “ bave ». Eh ! oui I Nous traitons d’imbéciles, non ceux qui\nattaquent la Libre Esthétique, mais ceux qui, à la Française, démolissent une expo­\nsition, c’est-à-dire le labeur d’une centaine d’hommes suant pendant un andeleurâme\net de leurs doigts, par une seule, légère et quelconque plaisanterie ; sans même tenir\ncompte des artistes réels qui la résument et synthétisent sa tendance. Imbécile avec\nMirbeau! Soit! et de grand cœur. Mirbeau vient, ces jours-ci, de se prouver cuistre\ncolossal et bêtement envieux. Imbécile avec Levêque ! Ah ! Non ! Ce dernier protes­\ntera. Car s’il est, en effet, honorable pour M. Hennebicq d’être de l’avis de Levêque\n(or ils ne sont pas du même avis) il n’est pas du tout glorieux pour Levêque d’être\nde l’avis de M. Hennebicq. Il y a là une nuance très appréciable.\n  L ’ A r t Jeune rachèterait au prix fort son n° 3 (mars) épuisé.\n\n  A L i k e : au R év eil du Sérasquier, du Vanlerberghe et du Verhaeren ; à l' E r mi ­\ntage, du Kahn;à la Plum e, 1er numéro d’avril: un article de Vielé Griffin, juste\nappréciation de l’Art belge actuel, et l’un des plus beaux poèmes d’ Emile Ver­\nhaeren : La M ort de la P la in e ; 2° numéro d’avril : Oscar W ilde, page originale et\nlargement pensée de Louis Lormel ; à l ' A rt Moderne : sur les nouvelles acquisitions\ndu musée, des vérités cinglantes, subtilement dites, et qui devraient être lues par\ntous ; au Rêve et Vidée : Le Sphynx, prose, splendide et débordante de poésie —\ncomme toujours — de Saint George le Bouhelier; enfin à la Libre Critique conte très\ndélicieux de Blanche Rousseau ; à la Lutte (fœtus récent), une page sincère et émue\nde Robert Halloys, et au Cornélien M o d ern e,     les annonces —\n   Pour la Vieille Belgique, notre prédiction s’est réalisée. Il n’y a plus personne.\nNous voyons en effet au sommaire : des Odelettes païennes (!? !) d’Ivan Gilkin, un\n article d’Ivan Gilkin, un second article d’Ivan Gilkin, un 3° article, signé : la jeune\nBelgique. (d ’Ivan Gilkin sans doute), et un mémento (d’Ivan Gilkin probable­\n ment). Gilkin, GilKin, Gilkin, Gilkin, Gilkin... Voilà au moins un directeur actif\n et dévoué...— A propos nous serions curieux de connaître l’opinion de M. Gilkin\n (qui s’occupe tant de générescence ) sur M. Wilde — (Il est bien entendu que\n nous ne nous permettons pas de personnalités).\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "G ra n d e M a iso n de B lanc\n                          La plus importante de l ’Europe\n     24, 26, 28, Rue du Marché-aux-Poulets, 30, 32 et 34\n                                     B R U X E L L E S\n   Fournisseur bréveté de Sa M ajesté la R ein e des B e lg e s , de Son A lt e u e\nR o y a le Madame la Comtesse de Fland re et de l ’É ta t in d épen d an t du Congo\n\n     T O IL E S — MOUCHOIRS        Lingerie, Trousseaux, Layettes                B O N N E T E R IE\n                                   B R O D B R IE S, D E N T E L L E S   A nglaise, Française, Saxonne\n            Linge de Table                                                           et Belge\n  Couvertures, Courtes-pointes      Corsets — Jupons, Fantaisie\n                                                                             B A S, C H A U S S E T T E S\n   F L A N E L L E DE S A N T É       Chemises pour Hommes\n                                                                             Caleçons, Gilets, Jerseys\n Calicots. Mousselines, Plumetis     Gilets de F la n ell e , Caleçons     F O U L A R D S , G A N T E R IE\n                                              sur mesure\n      C O U T IL S, D AM AS                                                       S P É C IA L IT É\n                                       Faux-cols, Manchettes                d'Articles en Pin Sylvestre\n  Cretonne pour Ameublement         et Cravates en tous genres           contre les affections rhumatism\n\n\n     La G r a n d e M a is o n d e B l a n c est la seule autorisée pour la\nvente en Belgique du véritable linge et tissus en fils de lin\nentrelacés d’après le système du R. Curé K n e ip p .\n     Monopole pour la Belgique des tricots de laine irrétrécis­\nsable à la ouate de tourbe antiseptique d’après la méthode du\ndocteur R a s s u r e l .\n     N O T A . — N ou s p rion s les D ain es qui auraient un ach at à faire dans\nles articles de n otre S p écia lité, de v o u lo ir bien n ous d em a n d er n otre\nCatalogue Général, qui est e n v o y é gratuitement.\n\n                    COMMUNICATION IMPORTANTE\n  La Grande Maison de Blanc a l’honneur de prévenir sa nom­\nbreuse clientèle, qu’elle ne possédé ni agence ni succursale à Bruxelles, ni\nda)is aucune ville de Belgique. —E lle engage les Dames à se mettre en\ngarde contre les marchands qui se servent du titre de G r a n d e M a i s o n\nde    B la n c .\n\nNOTA. L’Entrée des Magasins est toujours libre,\n         on peut toujours se renseigner sans acheter.\n  C O N T IN U A T IO N DE L’EXPOSITIO N\nET DE LA GRANDE MISE EN VENTE DES\n        NOMBREUSES OCCASIONS\n Les Dames qui n’auraient pas reçu le CATALOGUE sont\npriées de bien vouloir en faire la demande.\n     Comptoir spécial d’articles pour la l re communion, pour\njeunes filles et jeunes gens.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1895-05-15", "signet_source": "1ère année - N°5 - 15 mai 1895", "preuve": "Couverture au sommaire seul relevé (PDF 104), sans date ni numéro lisibles dans le dossier. Date déduite de la série : n° 4 du 15 avril 1895, parution le 15 de chaque mois. 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