{"numero_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "articles": [{"article_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2-002", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "L’art\n                                                              Jeune\n                                                  S OMMAIRE\n     L e C a l v a i r e .................................................... E m i l e V e r h a e r e n\n     M é m o i r e ........................................................... E d o u a r d D u c ô t é\n     L a N uit aux R o s s ig n o ls .......................... A n d r é R u ij t e r s\n     L e M alade ........................................................... C h a r l e s - L o u is P h i l i p p e\n     M a m m in a ...........................................................A r t h u r T o is o u l\n     C hanson d ’h iv e r .............................................. A r t h u r T o is o u l\n     C h a n s o n de m a i..............................................A r t h u r T o i s o u l\n     Le C a p t i f ...........................................................E d m o n d         P il o n\n     C o m m e p ré fa c e             .    ........................................R e n é G h i l\n     En      a i m a n t .......................... .................................G e o r g e s R e n c y\n     L a C hanson du pauvre diable . . . P a u l D u b o is\n     L e C i r q u e ..................................................................................... H\n                                                                                                           riVan d e\n                                                                                                             n\n                                                                                                             e         P utte\n     S o le il de m i n u i t .............................................. H e n r i D e C l a s s a n t\n     Les livres : Une Rose à la bouche, S ix\n         chansons de pauvre homme pour célé­\n         brer la semaine de Flandre, Poèmes,\n         L ’Homme jeune ....................................... L ’ A r t j e u n e\n\n\nCe n u m éro , fr. 0 .6 0 .                                                                        15 fé v r ie r 1 8 9 6 .\n                                                                                                                  2 e ANNÉE\n\n\n                                                                                                                        2"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2-003", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis, abonnements et ouvrages nouveaux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 2154, "texte": "P arm i les artistes belges invités à prendre p art au prochain Salon\ninternational de la Libre Esthétique, qui s’ouvrira en février au Musée de\nB ruxelles, citons les peintres Em ile Claus, X avier M ellery, Alfred\nDelaunois, Georges M orren, Arm and Rassenfosse, Jam es E nsor, C harles\nDoudelet, Auguste D onnay, A .-J. H eym ans, Em ile B erchm ans, F ernand\nKhnopff, Anna Boch, W . Degouve de N uncques; les sculpteurs Constantin\nM eunier, V ictor R ousseau, C harles Van der Stappen, P aul D u Bois,\nH élène C ornette; le céram iste A .-W . F inch, etc. MM. H enri Van de\nVelde et G ustave S erru rier exposeront dans la section des objets d’art\ndes ensembles décoratifs im portants. Quelques toiles récentes du regretté\nGuillaum e Vogels figureront au Salon en attendant l’exposition complète\nde son œ uvre, en voie d ’organisation.\n   N ous ferons connaître prochainem ent la liste des exposants français,\nanglais, hollandais et am éricains groupés cette année par la Libre\nEsthétique.\n\n\n   A p artir de ce mois, un comité de l'A rt jeune est formé. E n font partie,\nju s q u ’à présent : P aul Dubois, R aym ond H ottat, Georges Rency, André\nR uijters, A rthur Toisoul, H enri V an de P utte.\n\n\n   L ’A rt jeune est ouvert à tous. Ecrivains, P eintres, Musiciens, Sculpteurs\npeuvent, en pleine liberté, s’y produire, y exposer ou défendre des idées.\nL ’A rt jeune est aux artistes.\n\n  Adresser m anuscrits, revues et livres, à l'A rt jeune, rue de B rabant, 131,\nBruxelles.\n\n  Il sera rendu com pte de tout ouvrage littéraire ou artistique que nous\nrecevrons.\n\n\n                                          A B O N N EM EN TS :\nB elgique, 5 francs.                Le numéro, 6 0 centimes.              Etranger, 6 francs.\n\n\n                                 O U V RA G ES N O U V E A U X :\nC o l l e c t io n      de   « l ’A r t   je u n e   ». — Douze petits nocturnes, p a r A n d r é\n      R u ijt e r s .\n                d u « C o q r o u g e ». — Une Rose à la bouche, par Louis De ­\nC o l l e c t io n\n       lattre. — Philasler, par B eaum ont et Fletcher, traduit par Georges\n       Eekhoud. — L ’Homme jeune, p ar H enri V an de P utte."}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2-004", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 33, "page_fin": 35, "titre_corps": "Le Calvaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "Le Calvaire Avec, en main, de la lumièr", "ancre_fin": "a e r e n .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "M ém oire                                          P our E m i l e V e r h a e r e n   — Te", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 812, "texte": "Le Calvaire\nAvec, en main, de la lumière\nQue balançait son pas\nLe fossoyeur du bourg, là-bas\nGagnait, au soir tombant, le cimetière\nOù longuement, de haut en bas,\nPendait un Christ en croix.\n\nVers les défunts saignait la croix\nVers les défunts saignaient les bras\nVers les défunts saignaient les mains\nD u Christ immense et surhumain.\n\nDepuis des temps qu'on ne sait pas\nLe fossoyeur, là-bas,\nAvec, en main, sa petite lumière\nMontait, le soir, au cimetière.\nOn le voyait, dans les ténèbres,\nMonter jusqu’à la croix funèbre\nE t descendre — laissant brûler là-haut\nUn peu de fe u dans un flambeau.\n\nL a flamme était placée\nPrès des côtes violacées\nSous la tête, qui se dramatisait.\nE t chaque soir, la nuit s'accomplissait\nAutour de cette flamme en fleur trémière\nQue l’homme à Dieu obstinément tendait.\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1109, "texte": "                    — 34 —\n\nCeux qui partaient ou qui s’en revenaient\nDes lointains effrénés de la mer\nCeux qui partaient ou qui s’en revenaient\nDes villes terribles ou des pays pervers\nVoyaient, aux heures crépusculaires,\nS u r leurs fermes et leurs chaumières\nGrandir le Christ et sa lumière.\n\n\nVers les défunts saignait la croix\nVers les défunts saignaient les bras\nVers les défunts saignaient les mains\nD u Christ immense et surhumain.\n\n\nCeux qui veillaient, dans leurs cabanes frêles\nUn mort, à la lueur de leurs chandelles\nCeux qui cachaient leur vice et leurs remords\nE n des greniers oit fermentait leur or\nApercevaient dans le champ clair de la fenêtre\nParfois le Christ énorme apparaître.\n\n\nS ur les défunts saignait la croix\nS u r les défunts saignaient les bras\nSur les défunts saignaient les mains\nD u Christ immense et surhumain.\n\n\nCeux qui croyaient aux sorts\nE t confondaient en leur esprit retors\nLeur Dieu avec le diable\nCeux qui rêvaient à l ’infortune insatiable\nRongeant leur clos et leur étable\nSentaient que sur leur ferme exhérédée\nS ’allongeait l’ombre de la croix grande échafaudée.\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 483, "texte": "                        — 35 —\n\n    E t telle était la peur que le village\n    Crédule et lourd, mettait en vasselage\n    Devant son Christ écartelant dans l’étendue\n    Toute sa mort, aux horizons pendue,\n    Qu’aux temps de kermesse et de fête\n    Sauvagement on lui voilait la tête\n    Pour qu’il ne vît la joie ardente et rouge\n    Couples noués, chanter, baller et se ruer aux bouges.\n\n\n                                       E m il e V e r h a e r e n .\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2-005", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 35, "page_fin": 37, "titre_corps": "Mémoire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Édouard Ducoté", "ancre_debut": "M ém oire                                          P our E m i l e V e r h a e r e n   — Te", "ancre_fin": "même finir. E douard D ucoté.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L A N U I T A U X R O S S IG N O L S    E n un coin retiré de F auq", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 483, "fin_caractere_exclue": 1161, "texte": "M ém oire\n                                         P our E m i l e V e r h a e r e n\n\n\n— Te souviens-tu de notre villa pris de Gênes,\n       quand on a passé le port marchand\n       où nos brigantins et nos corsaires\n      sont à l’ancre, se balançant ?\n\n    Te souviens-tu de notre villa près de Gênes,\n        quand on a passé le promontoire ?\n        gaie et claire au bord de la grève\n        avec son étage bas et son toit plat\n         et les balustres de l’accoudoir\n               au bord de la grève\n         où, côte à côte, le soir\n        nous restions appuyés, laissant nos rêves\n        s’égarer sur la mer jusque là-bas\n               vers les pays barbaresques.\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1418, "texte": "                        — 36 —\n\n Notre villa : ses mosaïques florentines,\n        et ses salles vêtues de fresques,\n        et ses colonnades et scs portiques,\n       et tout son peuple d ’héroïnes\n       et de déesses dans des niches;\n           te la rappelles-tu ?\n\n\nE t alentour le ja rd in touffu\nsur lequel dominaient les longs eucalyptus\n        et qu’abritait la paix despalmes.\nL a nuit des orangers se constellait d ’oranges ;\nparfois les citrons d ’or pleuvaient comme des astres ;\n                  roses sanglantes,\n     camélias aux fleurs pourpres et blanches\n                  recouvraient nos sentiers\n           d’un tapis de pétales effeuillés.\n\n\nTe souviens-tu de notre villa près de Gênes ?\n      Les paons rouaient au seuil du péristyle\net d’autres étalaient leur robe à longue traîne.\nC ’était un temps d ’opulence et de fêtes.\n         Des beaux baladins et des masques...\n         des musiques sur les barques...\n         des danses sur la terrasse...\n         des brocarts, des parures et des perles...\n                          te souviens-tu ?\n         et te souviens-tu de nous-mêmes ?\n\n\n       P ar quelles métamorphoses,\n       par quelles métempsychoses\n               sommes-nous devenus\n               ceux que nous sommes ?\n    J e ne reconnais plus personne;\n               ce pays-ci m ’est étranger;\n       nous aussi nous avons changé.\n                        Te souviens-tu ? —\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 505, "texte": "                                  — 37 —\n\n              — Il y a longtemps de cela,\n                    longtemps, m ’a-t-elle dit;\n                   je ne me le rappelle pas.\n                De ce qui f u t et de ce que nous fûm es\n                tout s’est dissipé dans mon souvenir.\n                                  L a s!\n                puisse l'aujourd’hui et son amertume\n                                         de même finir.\n\n\n                                           E douard D ucoté.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2-006", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 37, "page_fin": 40, "titre_corps": "La Nuit aux rossignols", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Ruijters", "ancre_debut": "L A N U I T A U X R O S S IG N O L S    E n un coin retiré de F auq", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 505, "fin_caractere_exclue": 1618, "texte": "L A N U I T A U X R O S S IG N O L S\n   E n un coin retiré de F auquem ont et cotoyant la Geul, il y avait\nune longue allée de tilleuls très vieux. L e jo u r, régnait là-dessous\nune atm osphère doucem ent blonde. L es feuilles bruissaient à petit\nb ru it et s’éventaient l’une l’autre. Mille paroles légères sem blaient\nvoltiger su r elles. L e soir et la nuit, le calme y était recueilli et le\nsilence se parfum ait de l ’odeur un peu lointaine des fleurs. A gauche,\nla G ueul coulait très basse, entre des em briquem ents ; à droite, des\nm u rs s ’élevaient.\n   Georges et M argy y vinrent prom ener leu r nonchaloir.\n   E t dans la paix de l’heure attentive, ils goûtèrent une pause\nexquise. L e m enton aux poings, ils s ’étaient appuyés au parapet de\npierre de la rive et, de leurs prunelles vides, ils regardaient au hasard\ndevant eux. Sous de courts souffles de vent, des feuilles se déta­\nchaient, glissaient, lentes dans l’air, et venaient enfin, avec un\nfrôlem ent, choir su r le sol. Ils écoutaient la fuite m urm urante de\nla rivulette.\n   Oh! les m inutes délicieuses!...\n\n\n  du Vain et fo l Essai.\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "                                  — 38 —\n\n     E co u ter de l’eau qui fu it!... Il semble q u ’elle coule dans votre\n âm e; il sem ble que v otre âm e coule dans l’eau! L ’on s ’écoute cou­\n ler... C’est une com m union subtile et inexprim ablem ent p an th éis ­\n tique. Il y a comme de la lum ière qui rayonne en vous et so u rd ,\n vivifiante et goutte à goutte, p a r tous les pores. Fluide, n o tre indivi­\n dualité ruisselle au fil de l’onde. N ous som m es lavés de la vie ;\nnous som m es lavés de nous-m êm es et nous nous sentons p a r to u t\nl’être, une fraîche, intense sensation de m atin et de ren o u v eau ...\n    B rusquem ent, en so rta n t de l’allée et se re tro u v an t devant le\nciel ouvert, Georges et M argy, ensem ble, ren aq u iren t à la con­\nscience. L a cam pagne était devant eux im m ense. D ans l’az u r éper­\ndum ent bleu se détachait, ronde et très simple, la lune. E t une séré­\nnité éternelle et m élodieuse em plissait l’espace illum iné.\n    L es jeunes gens se redressèrent. U n frisson d ’adm irative ém otion\nles av ait trav e rsés. M achinalem ent, ils se serrère n t la m ain et à pas\nry th m iq ues, su iv an t la Geul, ils m arch èren t — dans la clarté pâle et\néblouie du paysage.\n   T o u t près d ’eux une écluse coupait le flot. L ’eau a rrêtée et con­\ntrariée devait jaillir p a r deux petites vannes ouvertes. Cela faisait\ndes rem ous, un bouillonnem ent de neige et d ’écum e, et une sorte\nde m ugissem ent contenu. Ils p assèrent o u tre et en trè ren t dans la\ncampagne. L a ville était loin, derrière, — oubliée !\n   Ils m archèrent. L ’intense beauté de la nuit les fascinait. O h ! il\nfaisait simple, si sim ple ! E t cela les rav issait. Oh ! ce ciel enfantin\net suprêm e! Ce ciel profond... ce ciel illim ité... d ’u n gris si b leu...\nd’un bleu si g ris!... E t cette lune, cette lune im m atérielle, là-bas,\nen tro u blanc dans l’azur !\n   D es aubépines m uraillaient le sentier. Des saules pleuraient leurs\nbranches dans le courant. L ’eau é ta it gourde et lente, veinée de\nfins sillages. L ’eau était couleur de vieux m iroir.\n   E t à m esure q u ’ils s’éloignaient, le m u rm u re de l ’écluse s ’affa ­\ndissait. Ce n ’était plus q u ’un atténué, presque effacé déchirem ent\nd’étoffes m olles. E t un extraordinaire silence v ib ran t les entourait.\n    Ils se tro u v aien t dans de grands p ré s... Des gazons pelucheux et\nten d res... des v erdures si surnaturellem ent claires sous la lune\nq u ’elles p araissen t renferm er en elles la lum ière et la su er peu à\np e u ... L es m ontagnes au loin, blêmes et couchées a u to u r de l’hori ­\nzo n ... Ils s ’a rrêtèren t.\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2460, "texte": "                                — 39 —\n\n   Oh! quel éblouissem ent! L e ciel, su r leur tête, était comme une\nm er! E t à le contem pler, un vertige les saisit, un vertige aigu et\nirrésistible qui pénétra ju sq u e clans leurs m oelles! O h! l’épanouie\nim m ensité vaste! Des étoiles, en poussière m ate et m enue, s’y\nperdaient, effrayées et éteintes. Mais la lune, la lune claire et douce,\nétait belle, et ils l ’aim aient. E lle était sim ple com m e leurs cœurs.\nE lle était si blanche, si étincelante, q u ’elle paraissait intim idée et\nétonnée. E t sa fém inité tendre les rassura.\n    Un calm e élyséen enlaçait le paysage tout entier, et voici qu’ils se\ndécouvrirent entourés d ’invisibles oiseaux qui chantaient... De\nchaque taillis, de chaque arbre, de chaque branche, une voix\ns’exhalait pure et vibrante. D ’abord, des appels s ’envolaient, trois,\nq u atre, cinq la m odulés en belle force de gosier, puis une phrase se\nm odulait, bientôt reprise, affinée et stylée. L ’oiseau à coups de bec\nsem blait ciseler sa m usique pénétrante. Ah! ils étaient dix! ils\nétaient cent! ils étaient p arto u t! T oute la nuit chantait.\n   E t M argy se pencha: « Ce sont des rossignols... n ’est-ce pas? »\n   — C h u t! T ais-to i!...\n   Ils firent quelques pas encore. L e sol était m ou. L es gazons\nassourdissaient tout b ru it et la lum ière, au ras de l ’herbe en fleurs,\ncoulait en lucide et infinie nappe. L a lum ière! Ah! elle suintait\ndes arb res, des chansons, des étoiles, de tout le ciel... E lle était\nfiltrée en l ’a ir ravi et pleuvait im palpablem ent ! Il sem blait vrai­\nm ent que l’âm e de toute cette n ature s ’était diffusée dans la nuit,\nq u ’un spiritualism e enivrant et contagieux s’épanchait et que, ce\nsoir, toutes les choses avaient un peu perdu le souvenir de leur\nm atérialité...\n   Silencieusem ent, comme ils étaient venus, Georges et M argy s’en\nre to u rn èren t.\n   Des h aies... Des saules qui pleurent leurs branches dans le cou­\nra n t languide. L ’eau est gourde et lente. L ’eau est couleur de vieux\nm iroir. A m esure q u ’ils se rapprochent, le bruit de l’écluse va\ng ran d issant... Des gazons pelucheux et tendres... Des verdures si\nsu rn atu rellem ent claires q u ’elles paraissent renferm er en elles la\nlum ière et la suer peu à p eu ... L a m usique des rossignols rentre\ndans l’éloignem ent. S u r ces voix précieuses et scintillantes, l’hori­\nzon se referm e comme un écrin de velours et d ’azur. E t Georges\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "                                   — 40 —\n\net M argy se re tro u v èren t au h au t de l’écluse, appuyés au x fer­\nrailles du m écanism e et vo y an t filer sous leurs pieds, la Geul. L e\nbouillonnem ent doux chuchottait devant eux et une poussière\nhum ide leu r en m onta aux lèvres.\n    L ’eau glou-gloussait, tourbillonnait, virante, et s’en allait.\n    U ne large bonté fondait dans le cœ ur de G eorges. Jam ais il ne\ns ’était reconnu si aim ant, si hum ain, et il se sen tait physiquem ent\noppressé du besoin de faire p o u r M argy quelque chose d ’héroïque.\nMais quoi? Ah! l’aim er... l ’a im e r!... E t il la regardait, si h eu reu x\nq u ’il en avait m al.\n    E lle, avait la poitrine gonflée d ’éperdue tendresse. E lle au rait\nsouhaité p leu rer et au trav ers de ses larm es, balbutier à m ots tre m ­\nb lants des aveux et des renonciations. Mais elle n ’osait pas.\n    — T u ne m ’en veux p as?... dit-il.\n    — T ’en v o u lo ir?... P ourquoi?\n    — M ais, chère, j ’ai été si b ru sq u e ta n tô t... J e ne t ’ai pas répondu\nlorsque tu m e p arla is... P ardonne-m oi?\n    E lle se rapprocha de lui, l'éclairant de ses yeux, faisant ray o n n er\nau to u r de lui, la clarté q u ’elle avait infuse dans les prunelles. E t\nto u te l’irrésistible ard eu r qui s ’était am assée en son cœ ur fit explo­\nsion soudain en ces m ots q u ’elle lui je ta sauvagem ent, com m e\nd’au tres je tte ra ie n t une insulte : « J e t ’aim e ! toi !... »\n    L ’eau glou-gloussait, tourbillonnait, virante, et s’en allait. T o u s\nles filets d’onde jaillis des vannes, dans un trém oussem ent d ’écum e\nd ansante, s ’unissaient p o u r tresse r le flot houleux qui s’enfuyait,\n rapide, puis graduellem ent accalm i, ju s q u ’à reprendre, à quelque\n distance de l ’écluse, son cours paisible et som nolent.\n    E t Georges lui dit très bas :\n    « A h! chère! je t ’aim e!... J e t ’aim e pleinem ent, im m en sém en t!\n parce que je te connais, parce que je te vois to u te sim ple et naïve\n d evant m oi, sous la grande lum ière de ton a m o u r... A h! chère!\nje t ’aim e parce q u ’en m oi, il fait clair de ton â m e !... »\n    L ’eau chantait. L ’om bre des m urs, des hau ts em briquem ents la\n caressait d ’une longue tache noire. D es plantes se déroulaient dans\n le courant, algues onduleuses... lianes ra m p an tes...\n     Georges et M argy se relevèrent. Ils re n trè re n t dans l’allée des\n tilleuls...\n                                                         A n d r é R u ijt e r s .\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2-007", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 41, "page_fin": 42, "titre_corps": "Le Malade", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles-Louis Philippe", "ancre_debut": "L e M alad e                                           P o u r A r t h u r T o is o u l .   E t v", "ancre_fin": "l i p p e .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "M am m in a          Voici l ’Enfance et l ’Amou", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 1275, "texte": "L e M alad e\n                                          P o u r A r t h u r T o is o u l .\n\n\nE t voici ma chair atténuée en disgrâce,\nêplorant son monde enfoui sous des douleurs d ’ombre,\net tout est las, sans nom, dans les rides d’espace\nà mes sens dévêtus parm i cet ordre sombre.\n\nAmincis et vaincus, ils ont levé leur grève,\nmes sens passant en raideur dolente de voix\noù de la peur insiste à ne savoir de trêve,\nsi écouleuse longtemps de gouttes d ’effrois!\n\nPuis m ourir! A h ! toute la mort, vers moi venante\navec un geste déclameur m ’épaississant :\net céder ait savoir de ce sombre puissant\ndessus mon cœur, enfant parm i la nuit venante!\n\n Oh! mes passés sans fin à prévoir des douceurs,\n et mes nombres d ’orgueil sacrant des jours charmés :\nj ’étais en gloire à tous, et mes sens assesseurs\n montaient en des jardins, sous les deux proclamés !\n\nMaintenant en ce lit, un amas de mes sens\ns’échappe dans les bruits ouverts de toutes choses, —\net c’est l’abandon d ’être, épars parmi mes poses\nde douleur subtile sous des jours finissants.\n\nJ ’entends la vie haute, longue en épopée\nmener son bruit vainquant le grave de ma chair :\nelle est nantie devers moi d’un geste, d’air\npénétrant en ma fuite ardue à l ’épopée.\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 680, "texte": "                         — 42 —\n\nE n m a chambre, il se presse dît silence seul\npâmé de sons menus assumant des repos :\nil flotte en la lenteur tout un soir de linceul\noù se poursuit mon âme, indécise au repos.\n\nE t des pas vont, si peu ! s’épandre à passer frêles\ndans un chagrin de choses très douces sur moi,\ncar il est une ruine aux chairs de mon émoi\nque cejo u r de mon âme, auprès de tout révèle.\n\nMais le présent discret, derrière mes rideaux,\nrépond à ma détresse lourde de mourir,\navec des charmes lents de grande ombre au souffrir\nde ma vie aiguë poursuivant du repos.\n\n                                   C h a r l e s - L o u is P h i l i p p e .\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2-008", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 42, "page_fin": 43, "titre_corps": "Mammina", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "M am m in a          Voici l ’Enfance et l ’Amou", "ancre_fin": "E t voici l’Enfance et l’Amour.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "C h a n so n d ’hiver  Enfant, le corbeau passe", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 680, "fin_caractere_exclue": 1104, "texte": "M am m in a\n\n        Voici l ’Enfance et l ’Amour.\n\n       S i pure chair qui s’offre au jour\n       lumineuse où le bel Amour\n       au léger sourire mystérieux\n       va dans l ’éclat de sa toute-puissance ;\n\n       regard vague à fleur de ces yeux\n       pâles ; et miraculeux silence\n       en fleur, à fleur de ces lèvres calmes,\n       silence, lointain silence qui tremble\n       autour des filantes étoiles, étoile!\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 549, "texte": "               — 43 —\n\nOffre ton sein houleux aux lèvres,\net ton souffle où ton rhythme s’élève.\n\nCar tu sais la grève et le grain de sable,\net la voix et la feuille périssables,\nce qui naît à l’aurore et meurt le soir,\nce qui naît le soir et meurt à l'aurore\nen de la vie chantante et de l’espoir ?\n\nRappelle-toi le regard de l'agneau,\nla chanson de la source et de l'oiseau,\nla prière dite en la solitude\nle long des mains jointes; rappelle-toi\nl’étoile vacillante qui monta\ndans le soir ébloui de quiétude.\n\nE t voici l’Enfance et l’Amour.\n\n\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2-009", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 43, "page_fin": 44, "titre_corps": "Chanson d’hiver", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "C h a n so n d ’hiver  Enfant, le corbeau passe", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 549, "fin_caractere_exclue": 918, "texte": "C h a n so n d ’hiver\n\nEnfant, le corbeau passe en l’air\nde glace avec le vent siffleur;\nles lourds fru its mûrs sont chus des arbres\noù dort déjà la pure neige.\n— Salut, ô neige-fleur légère,\namante blanche des lunes d’hiver\nsi froides et du valsant cortège\nen flamme des étoiles, fleur de neige! —\nL ’autre fleur d ’or on bleue on rose\n que frôla ta main consolante,\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 922, "texte": "                  — 44 —\n\\\n\n\n\namante fraîche du clair été\nde joie, est morte à l’heure morose\nque fa n a l'automne fané.\nHélas, vois-tu de la gaîté subtile\nen ce mystérieux jo u r sombre?\net des bouches moins qu’étranges ?\net de beaux rires de jeune fille ?\nVie enivrante qui s'épanche\nd’une grappe mûre vers des lèvres, .\nchoses mourantes qui grelottent,\nchoses qui vont au fil d ’une eau,\nchoses frêles qui flottent sans trêve\nsur d ’autres choses frêles, oh\ntes légers regards d’onde et tes cils...\net ta chevelure d’or flottent\nau gré du, vent frileux qui passe;\net ma lèvre si calme et lasse\nd’amour et de chansons douces,\nhélas, et triste, hélas, d’hiver :\ny viennent donc pleurer ta douceur d’ombre\net le jour de ton cœur si las aussi\nd ’amour et de chansons douces ?\n Fleur de neige sur les arbres,\nfleur d’écume, fleur de mousse,\n ta blanche main d’hiver consolante !\n\n\n    Penchons-nous vers le vent qui passe ?\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2-010", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 45, "page_fin": 46, "titre_corps": "Chanson de mai", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arthur Toisoul", "ancre_debut": "C h a n so n de m ai  Car voici de la joie sere", "ancre_fin": "o is o u l .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le C aptif                                        A M onsieur O s c a r W i l d e                           I", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1199, "texte": "C h a n so n de m ai\n\nCar voici de la joie sereine\nen les tendres pousses des arbres\net parm i les brebis, les béliers et les chèvres\nque mène en gai troupeau le pâtre,\naux accords de sa flûte, par la plaine,\nchantons les mystérieuses lèvres\noù le printemps épanche sa rosée\net la simple voix de sa lyre ?\nToi dont la hanche est légère,\nqui suis mon chant, pas à pas,\ndans la lumière et les ténèbres,\napprends la vie et que l'espoir\nse cueille sur toutes les plantes\net se boit aux sources des sentes;\nor ta m ain sait cueillir la rose\net te servir d’écuelle pour boire\nl’eau de la terre ou du ciel.\nL ’espoir est un beau matin qui descend\net se pose en riant sur les choses,\nc’est un rire, c’est un sourire éclatant,\nselon le haut caprice de l’heure qui passe,\nc’est ta bouche pâle baisée de soleil,\n c’est ta main doucement posée\n en le geste clair du baiser d’épousée\n que tu jettes vers mes départs\n en la vie profonde, loin de tes yeux qu’effarent\n les clartés, les ombres et les soirs;\n c’est un jour blond où l’on songe\n au lendemain que l’on appelle,\n c’est ton regard et ton cœur en joie,\n ta chair légère et ton heure\n lumineuse et frêle d’ici-bas;\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 341, "texte": "                     — 46 —\n\nc’est un doux mai de joie nouvelle.\nM ai! m ai! Son antique fraîcheur,\nses fleurs, ses nids et ses oiseaux chanteurs...\nses soleils, ses enfants et ses filles...\nses tendres champs et ses prairies\noù Dieu ruisselle et chante Amour !\n\n                                 A r t h u r T o is o u l .\n\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2-011", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 46, "page_fin": 48, "titre_corps": "Le Captif", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edmond Pilon", "ancre_debut": "Le C aptif                                        A M onsieur O s c a r W i l d e                           I", "ancre_fin": "d P il o n .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "C O M M E P R E F A C E (*)   Il me sem ble que nous som", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 341, "fin_caractere_exclue": 1013, "texte": "Le C aptif\n                                       A M onsieur O s c a r W i l d e\n\n                         I\n\n  Une É T O IL E !\n  Elle tend par les barreaux\n  Sa face claire au prisonnier\n  E t ses doux rayons fam iliers\n  Qu'une ombre voile\n  Elle les met comme des baisers\n  A u fro n t meurtri du captif dans la peine !\n  Elle étincelle, radieuse\n  E t fa it se lever de l’ombre haineuse\n  Toute une aube belle d ’espoir nouveau. ..\n\n  Une L A R M E !\n  Elle glisse par l’ouverture\n  Jusqu’aux lèvres sèches de soif\n  De celui qui, jadis, allait à l’aventure\n  Sous le beau soleil et la belle étoile...\n  Une larme chue d’une paupière\n  Passe la vitre, la poussière,\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1039, "texte": "                  — 47 —\n\nE t tombe sur les mains\nD u prisonnier;\nUne L A R M E !\nE t de ses lèvres, veuves de bonté,\nS u r ses mains tremblantes d’alarmes,\nIl la captive et la reçoit\nE t puis avidement la boit...\n\nUne R O S E !\nOh! maintenant il se souvient\nDe l'air libre et de la libre vie\nE t de l'orgueil d’aller parmi\nLes parcs, les forêts et les jardins.\nO h! maintenant il se rappelle\nL a fierté de dire aux unes qu’elles sont belles\nE t aux autres qu’ils ont du génie...\n\nE t l’É T O IL E au zénith reluit,\nA travers les barreaux, la L A R M E\nAjoute à son cœur un sanglot nouveau;\nL a R O S E rit au renouveau\nDe sa délivrance dans la n u it...\nSon sommeil pardonne qui devait haïr,\nSon cœur pardonne où vivait l’alarme...\nO h! maintenant il peut mourir!\n\n\n\n                       II\n\n\nIl ne fa u t pas chanter trop haut,\nL a Haine est là avec sa fa u x\nE t elle écoute auprès des portes\nCeux qui prient vers ce qui est beau\nE t dont les voix sont assez fortes\nPour défier, ô vieux tombeau,\nTon lierre qui croît sur les mortes !\n"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1286, "texte": "                                         — 48 —\n\n                     Il ne fa u t pas chanter trop fo rt :\n                     L a Haine est là avec la Mort\n                     E t toutes deux avec des yeux d'envie\n                     Regardent l’Amour et la Vie\n                     Se baiser sur la bouche\n                     Avec des fru its entre les dents...\n\n                     Il ne fa u t pas chanter; les chants\n                     Qu’on balbutie à tes pieds nus,\n                     Reine de Paphos et rose d’Enfer,\n                     Reine des captifs du Vénusberg\n                     Ne sont pas les mêmes que ceux\n                     Qu'on balbutie aux pieds de D ieu...\n\n                     L a Haine est là, ignominieuse,\n                     Avec son frère le Préjugé :\n                     S h a k e s p e a r e passe-t-il parm i l’Eté\n                     Dans le Songe d’une nuit heureuse\n                     Qu’ils restent là pour l’insulter...\"\n\n                     Oh ! mais l’insulte est lumineuse\n                     Quand elle crache sur le génie\n                     E t toute fleur bourbeuse\n                     Devient belle s'il l’a bénie !\n                                                       E d m o n d P il o n .\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2-012", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 48, "page_fin": 51, "titre_corps": "Comme préface", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "René Ghil", "ancre_debut": "C O M M E P R E F A C E (*)   Il me sem ble que nous som", "ancre_fin": "e n é G h il", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "E n a im a n t                                                A C h a r l e s V an L e r b e r g h e", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 1286, "fin_caractere_exclue": 1570, "texte": "C O M M E P R E F A C E (*)\n  Il me sem ble que nous som m es à un instant caractéristique de\nrépit, d’hésitation, d ’a rrê t ou de lassitude pour plusieurs, — d’où se\n\n\n   (*) au volum e II de l'Ordre Altruiste, livre V de Dire du Mieux, 1re partie de\nŒ u v r e . ( S o u s presse.)\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2137, "texte": "                                 — 49 —\n\npeuvent et doivent être appréciés les résultats du m ouvem ent\npoétique des dernières années.\n\n   L aissons à l ’oubli ceux du chaos initial, D écadents et autres, —\net ceux de fin de lutte, Idéalistes, M ystiques, etc... — L e Sym bolism e,\nappellation sous laquelle se groupèrent, l’on groupa plutôt un grand\nnom bre de Jeunes qui ont passé m aintenant la trentièm e année :\nc’est plus sérieuse chose, bien que différente la définition q u ’en\ndonne chacun.\n   Il p araîtrait, à le voir de mode, très salonnier, salué aussi parm i\nles Aînés, q u ’il ait vaincu ! L ’attitude est de victoire, des quelques\nSym bolistes qui ont à cette heure quelques m illiers de vers en\nquelques disparates recueils.\n   C ar des M aîtres du P arn asse et leurs am is de la C ritique, protègent,\nm ettons à son apogée, ce qui s’appelle le Sym bolism e. — Il s’agit\nde sav o ir où, en quel point excentrique hors du Passé se trouve\nsuprêm em ent tendu, leur effort?\n   Or, la p ierre q u ’ils ont lancée, du P arnasse, — est retom bée dans\nle P arn asse, à peine déviée de la verticale.\n\n   E xam inons, d’a u tan t m ieux q u ’en un volum e, d’aucuns recueillent\nleurs recueils successifs :\n   — L ’on ne peut, l’on n ’a pu opposer des raisons à m a demande,\ndès m a venue en littérature, de L ivres-un, d’une Œ u v re une. E t nul\ndes S ym bolistes ne l’a faite — si quelques-uns tentèrent après\ncoup, parfois de diviser selon l’inspiration et le sentim ent, l’ensemble\nhétérogène de leurs poèm es. A vouant ainsi l’im puissance à conce­\nvoir et exécuter l’Œ u vre-une.\n   — Ont-ils été plus loin, p ar la form e, que la Mélodie, alors\nq u ’il fut tan t question d ’expression m usicale ?\n   E videm m ent, non. Que des C ritiques amis prononcent, non loin\ndu nom de quelqu’un d’entre eux, le m ot « instrum entiste », c’est à\nfaire sou rire. L ’Instru m en tatio n verbale est une form e harm onique,\no rchestrale de la pensée, dont pas un poète, de telle, où telle école,\nne donna le m oindre thèm e. D ’ailleurs, la form e « instrum entale »\nim plique nécessairem ent l ’unité sym phonique d ’une Œ u v re .\n"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2001, "texte": "                                — 50 —\n\n    Je suis en droit de prononcer, puisque de moi, et la théorie et la\nmise en œ uvre, et la dénom ination même d’in stru m en tatio n verbale.\nP u isq u ’enfin, le plus grand poète de cette seconde partie du siècle,\nSully-Prudhom m e, le noble précurseur, le poète philosophique\nauquel il ne sied de penser en disant le m ot P arnassiens, — a, dans\nson T raité de Poésie si substantiel, donné droit de cité à l ’In s tru ­\nm entation verbale.\n    J e considère donc cette expression d’art, acquise à la Poésie.\nH ors et loin du P arnasse, pour l’avenir.\n    J e puis donc aussi dem ander à quel apport nouveau, le nom de\nl ’un d’entre les Sym bolistes, peut s’attacher?\n\n  — L ’Idée : l’idée, le procédé de penser sym bolique plutôt, est\ninhérent à la pensée poétique elle-m êm e dès ses origines, et su rto u t\nà ses origines ! L ’on peut ergoter, ce n ’est, en dernier exam en, que\npoésie d ’images, donc prim itive, — non intellectualisée. J e l ’ai\nprouvé ailleurs, souvent.\n\n   L ’approbation soudaine, heureuse, em phatique, s ’explique m ain­\nten an t — où se discerne un contentem ent égoïste ! L es Sym bolistes\nn ’ont rien oublié, presque rien appris, depuis le P arn asse : les\nP arnassiens triom phent en leurs enfants — pas terrib les...\n   E t si mince le résultat, que m algré tout, l’on d irait q u ’on en\nconvient à p art soi : d’aucuns n ’auraient-ils pas tendance m aintenant\nà saluer la N ature, — de là, la Vie : com m e pour m on début encore,\nce fut mon appel!\n   Qui sait, ils me feront peut-être le plaisir de saluer aussi la Science,\ncomme bases à la vraie poésie de la Vie !\n\n\n\n\n   Ce sont là des faits. Je ne m ’opposerai pas m oi-m êm e, m êm e avec\nles seuls faits.\n   Si p ourtant m a théorie « formiste » a m érité de n ’être oubliée : la\np artie « idée », la philosophie évolutive en son développem ent\nbiologique, peut-être ne sera-t-elle vaine, non plus...\n   J ’ai lancé, moi aussi, la pierre, du terrain nouveau, — et elle\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 726, "texte": "                                 — 51 —\n\nn ’est pas retom bée encore : preuve q u ’elle partit tangentielle, et\nplus loin !...\n                                 *\n                                * *\n    L es Jeu nes qui viennent (non les quelques pâles idéalistes à\nim ages rom antiques q u ’on trouve en des revues m ort-nées, parfois),\nles vrais Jeu n es, vont-ils s’a ttard er devant un succès de mode, et\nd ’in térêts m esquins? refaire encore du passé?\n    Ou, étudier, apprendre avant de dire? se douer du sens psycho­\nphysiologique de la n atu re et la Vie, — qui fait voir large et ten ter\nle plus grand effort.\n                                                              R e n é G h il\n\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2-013", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 51, "page_fin": 52, "titre_corps": "En aimant", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "E n a im a n t                                                A C h a r l e s V an L e r b e r g h e", "ancre_fin": "se clame!... G eorges R ency.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L a C hanso n du pauvre diab le         Moi, c’est le pauvre loque", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 726, "fin_caractere_exclue": 1515, "texte": "E n a im a n t\n                                               A C h a r l e s V an L e r b e r g h e\n\n\n          Aubales voix d'oiseaux vers l'azur diaphane;\n          un songe frémissant entr’ouvrant des corolles;\n          au ciel, pâle croissant de lune qui se fane;\n          et partout, dans les champs, de légères paroles :\n\n\n         l’aurore sur la mer éternelle des fleurs,\n         yeux mille fois changeants, lacs enivrés de miel,\n         sève jaillie en parfums vifs et en couleurs,\n         ô prismes palpitants, petits morceaux de ciel !\n\n\n          Toute la joie du monde est mon âme jolie!\n          L e vent me vient — si doux, si pur, que j ’en défaille, —\n          des profondeurs du cœur infini de la Vie,\n          et sa caresse en moi fa it chanter des sonnailles.\n"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 523, "texte": "                          — 52 —\n\n   Toute la joie de l’aube, c’est toi, mon aimée,\n   et tes yeux roséeux, et ta bouche en ardeur,\n   et la terre, sons toi, qui résonne, charmée,\n   et ton geste où s’épuise en morceaux tout ton cœur!\n\n  Toute la vénusté des femmes, c’est ta chair ;\n  et toute leur beauté c’est ta chair ; et leur âme,\n  c’est ta chair. A h ! comprends le cri de printemps clair\n  qui ja illit de ta chair en triomphe, et se clame!...\n\n\n                                               G eorges R ency.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2-014", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 52, "page_fin": 53, "titre_corps": "La Chanson du pauvre diable", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Dubois", "ancre_debut": "L a C hanso n du pauvre diab le         Moi, c’est le pauvre loque", "ancre_fin": "D u b o is .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L e C irque      Il y a des années — depuis s", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 523, "fin_caractere_exclue": 1234, "texte": "L a C hanso n du pauvre diab le\n\n       Moi, c’est le pauvre loqueteux.\n       Qu’ai-je? De sales habits en guenilles.\n       Est-ce tout ? Non ! moi, miséreux,\n       J ’ai un violon; et je fais des trilles\n                      Le ventre creux.\n\n       D'autres volent; je suis honnête,\n       E t c’est pour ça que je crève la fa im .\n       Pour moi, ce n ’est pas toujours fête.\n       J ’ai pas de logement ; j ’ai mal aux reins,\n                  J e ne sens plus ma main.\n\n       Ceux qui dorment dans des lits chauds,\n       Ils ne savent pas ce que c'est que la neige,\n       L a nuit, qui tombe sur le dos\n       D u pauvre, sans abri, que le vent lèche.\n       Ils s’en moquent ceux qui ont chaud !\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 535, "texte": "                                 — 53 —\n\n               I l y en a qui ont des femelles.\n               Quant à moi, je ne sais rien de l ’amour.\n               Mes souliers n ’ont pas de semelles,\n               E t je vois de belles femmes tout le jour,\n               Qui ont des robes, des châles sur elles.\n\n               Mais voilà, il fa u t que je chante les amours,\n               Le vin, la bonne chère, les beaux jours!\n\n                                                  P a u l D u b o is .\n\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2-015", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 53, "page_fin": 58, "titre_corps": "Le Cirque", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Eugène Van de Putte", "ancre_debut": "L e C irque      Il y a des années — depuis s", "ancre_fin": "ugène V an de P utte.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Soleil de m i n u it                                                      A J ean D e l v il l e            Dans le r", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 64, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 535, "fin_caractere_exclue": 1722, "texte": "L e C irque\n\n    Il y a des années — depuis son enfance — qu’il n ’est plus venu au\ncirque. Ce soir, celui-ci est bondé et il doit s’asseoir avec son père\nau prem ier ran g des stalles, au niveau de l’arène.\n    T o u t de suite la salle l’enchante. C’est bien plus beau encore\nqu’une salle habituelle de spectacle, cet am phithéâtre où tout autour,\nju s q u ’au faîte, s ’étagent des milliers de têtes, des m illiers de faces\ntoutes roses.\n    C’est bien toujours le cirque d’autrefois. Il reconnaît l’immense\nsalle m auresque, avec tout un attirail de trapèzes et de cordes sus­\npendu à la voûte. Il reconnaît son atm osphère, ses lustres brûlant\n à demi av an t le spectacle, les recherches inquiètes des gens qui\ns ’installent, tandis que la m usique, foraine, joue pour faire patienter.\n    E t tandis q u ’il attend, songeur, le spectacle, s ’évoquent en\n lui des grand’m esses de dim anches quand il était tout petit, où il\n rê v ait délicieusem ent, au son de la m usique chaude et triom phale\n de l’orgue, q u ’il était un acrobate et que, m onté tout au h au t du\n cirque, héroïque et contem plé de tous dans la joie de son audace, il\n allait bondir de là jusque dans l’arène.\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "                                 — 54 —\n\n    Depuis longtemps il désirait cette soirée au cirque populaire,\nathlétique et vital...\n    E t voici q u ’au son de l’orchestre, s ’avancent dans l’arène, su r\nleurs chevaux tranquilles et doux, bruns ou blancs, à longue cri­\nnière flottante, seize cavaliers, huit seigneurs, pourpoint de velours,\navec crevés de satin, et toques de velours la plum e au côté, et h u it\ndames, robe longue choyant en draperie su r l ’anim al, et grand\nchapeau à plumes. Oh ! la belle évocation de chevauchées passées,\nde seigneurs et de dames en atours splendides, voyageant beaux et\ndignes à travers leurs pays.\n   D eux acrobates leu r succèdent, deux garçons d ’une souplesse\névidente, l’un très jeune avec des cheveux noirs et de grands yeux\nétonnés, l’autre plus grand qui semble avoir une fierté, une con­\nscience tranquille de sa force.\n   On a établi au centre de l’arène une sorte de pyram ide au som m et\nde laquelle ils grim pent to u r à to u r pour y exécuter leurs exercices.\nL e plus jeune s'y tient debout su r les m ains, puis, harm onieusem ent,\nil incline son corps à droite et à gauche ; le plus grand s ’y soutient\nsu r une seule m ain et se fait tourner lentem ent. E t dans ces exer­\ncices qui déploient leur poitrine splendide, ils développent au x yeux\nde tous leur corps d’une chair une, ferm e et souple. P u is, à to u r de\nrôle, au h au t de l’édifice, ils se font pirouetter lentem ent su r leur\ntête, sans même se soutenir des m ains.\n   L a pyram ide fait place à deux escaliers qui convergent vers un\nmême plancher. L ’aîné prend alors son com pagnon tête contre tête,\net, sans le soutenir de ses m ains, il le porte en équilibre, m onte l’esca­\nlier et le redescend. L e jeune garçon ouvre la bouche; ses yeux qui\nveulent regarder en bas prennent une expression étrange, comme\nlointaine. François n ’aime pas cet exercice parce q u ’il lui sem ble que\ncela doit déprim er leur cerveau, que tout ce q u ’ils ont dans leur\npauvre tête doit en être écrasé, et q u ’il ne doit plus rester en eux\nq u ’une pensée unique, tranquille et mélancolique.\n   P o u r term iner, ils pirouettent su r eux-m êm es to u t au to u r de\nl’arène, et l’aîné le fait avec une souplesse, une rapidité, une force\ncontinue de pivot, qui fait pleuvoir sur les deux com pagnons les\napplaudissem ents de l’am phithéâtre tout entier.\n   V ient alors sur son cheval brun, un jongleur, un Grec m aigre et\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2413, "texte": "                                — 55 —\n\nsec, to u t vêtu de noir, qui, à la course, tient en équilibre des objets\n de toutes sortes, boules, balles, verres, chapeaux, bouteilles, avec\n une adresse qui ém erveille F rançois. P uis, pour finir,'il jongle avec\ndes flam beaux allum és. L ’effet est saisissant; son visage m aigre, son\nvêtem ent noir et la robe som bre de sa bête, s ’éclairent de tout le\nm ouvem ent diabolique et fou des torches. Il saute à bas de son\ncheval, et, au m ilieu de l’arène, il allum e deux fusées qui s ’épa­\nnouissent en étoiles, et avec elles il jongle, to u t noir au m ilieu d’un\njaillissem ent d ’or.\n   U n clown fait diversion, un clown à grosse face pâle, vêtu de lilas,\nqui débite des balourdises à l’un des régisseurs. François l’aime\npeu.\n   P u is viennent su r leurs chevaux à large croupe, deux écuyers,\nhom m e et femme, vêtus de ridicules costum es de jockeys, qui exé­\ncutent leurs grâces et tours coutum iers.\n   T a n t q u ’ils ont leurs écuyers à dos, les chevaux, deux bêtes\nblanches largem ent bâties, avec de belles crinières flottantes, blan­\nches aussi, suivent lentem ent le cercle de l’arène, la tête tenue bais­\nsée p ar la m artingale ; mais peu à peu on leur ôte selle, brides et\nm ors, et alors, toutes nues et toutes blanches, elles dressent la tête,\net le cou tendu, les naseaux hum ant la course et la crinière flottante,\nelles courent belles comme des cavales sauvages.\n   Oh! le beau spectacle, la vraie beauté vivante, q u ’il attendait et\nqui s ’offre à lui. C ertes, c’est un spectacle à part, vraim ent de la\nbeauté, ces chevaux, ces bêtes magnifiques, élevées pour la perfec­\ntion de la race, courant et bondissant belles et libres dans cette\narèn e; et ces hom m es, ces jongleurs qui jouent avec de la flamme,\net ces acrobates qui m ontrent sous le m aillot leur m usculature puis­\nsante, leur corps m erveilleusem ent souple et bien fait. E t cela,\npopulaire, avec une bonne m usique un peu foraine, qui accompagne\net rend héroïques tous les gestes. E t su r les gradins jusque to u t en\nh a u t du cirque, deux mille personnes contem plant tout cela avec\nune joie d ’enfants.\n   U ne sonnerie, et voici deux acrobates, d ’une originalité re c h e r­\nchée, deux êtres absolum ent disloqués, vêtus de complets cocasses\nqui donnent à leur corps un aspect déformé et bizarre.\n   U ne sonnerie encore, et voici entrer, sur un magnifique cheval\n"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2588, "texte": "                                — 56 —\n\nnoir, une écuyère, une belle fille, vêtue d’une longue robe de velours\ném eraude brodée d ’une quille d’or, et coiffée d’un chapeau à la\nRubens garni de plum es d ’autruche blanches. Un grand lévrier\nrusse trotte à côté de son cheval, levant sans cesse vers elle sa\ngueule soumise. E t cela forme un tableau qui charm e F rançois to u t\nparticulièrem ent, ce cheval noir au poil luisant et parfait, cette belle\nécuyère dont la robe de velours vert brodée d ’or le fascine, et ce chien\nblanc, chien de châtelaine, qui court à côté du cheval. Ces trois\nêtres ont un prestige : ils lui sem blent m erveilleusem ent beaux. Il a\nla sensation de toute la lum ière du cirque, il la sent au to u r d ’eux.\nIl lui semble qu’ils se m euvent dans de l’or, dans une lum ière\néblouissante, toute en o r et belle comme le soleil. L a belle dame\nsourit. C ’est une vraie écuyère, elle est bien du cirque, c’est bien la\nbelle fille, vêtue de velours et coiffée du grand chapeau à plum es,\nqui sourit à tous en guidant le pas rythm ique de son cheval, celle\nqui est belle pour la foule et dont la foule em porte l’im age presti­\ngieuse. F rançois en a vu de pareilles quand il était to u t petit, mais\njam ais il n ’a senti cette écuyère aussi naïvem ent belle et populaire.\n    Son père lui dit : « Quel dommage q u ’elle n ’ait pas une plus belle\nrobe » et F rançois le regarde étonné. Cette robe de velours vert,\nbrodée d’une large quille d’or, lui semble som ptueuse, de ce bon\n som ptueux qui ém erveille et n ’est pas insolent.\n    L a belle dame sourit toujours, en m aniant élégam m ent sa\n baguette. E t François regarde aussi et su rto u t le cheval noir, le beau\n cheval noir, au poil ras, luisant et parfait, peut-être trop « comme il\n faut », qui fait la haute école, qui change son pas selon tous les\n m ouvem ents de danse de l’orchestre. Comme ses gestes sont\n beaux et pleins de charm e ! L e cheval, la belle dam e qu’il porte, et\n le lévrier blanc à son côté, pourraient évoluer ainsi des heures sans\n le lasser. V raim ent, c’est comme s’ils se m ouvaient dans de l’or; il les\n regarde avec des yeux d ’enfant, de populaire ém erveillé de voir des\n êtres som ptueusem ent vêtus, se m ouvoir pour lui dans de la lum ière.\n    E t soudain choit la m usique qui soutient le pas du cheval. E t ils\n quittent l’arène. P uis, la belle écuyère revient à pied, ay an t ainsi\n beaucoup perdu de son prestige.\n    L e directeur alors, correctem ent vêtu et solennel, fait évoluer\n au to u r de l’arène q uatre zèbres, qui, avec des petits cris plaintifs,\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2523, "texte": "                                  — 57 —\n\ntro tten t, rétifs, sous les m orsures du fouet. E t F rançois songe com­\nbien il eût m ieux valu laisser à leur liberté, ces petites bêtes faites\np o u r vivre là-bas lointainem ent, sans com pagnonnage avec l’homme.\nE t il voit soudain un grand horizon de pam pas, des espaces sans fin\navec des buissons et des hautes herbes, où passent près de lui des\nfuites de girafes im m enses et candides, et des courses de zèbres en\npleine liberté!\n   E n un m om ent on dresse alors au m ilieu de l’arène un haut tam ­\nb o u r de bois, su r lequel m onte le dircteur avec un poney. E t voici\nentrer, p ar fuites de huit ou dix, cavales blanches à crinière flottante,\ngros chevaux puissants et pom melés, grands chevaux bruns, m inus­\ncules poneys soigneusem ent bichonnés, soixantes bêtes qui se\nm ettent à courir p ar files en sens inverses. Ils sont trop, on ne les\nvoit plus ; m ais une extraordinaire sensation de m ouvem ent, de vie,\ném ane de tous ces chevaux sans selle, qui courent dans la rum eur\nsourde de leur galop, soulevant le sable, et lançant d’épaisses m ottes\nde terre en dehors du cercle.\n    F ran ço is est aveuglé p ar le sable; son père, resté assis, se gare de la\npoussière p ar son jo u rn al. E t lui, éperdu, soulevé par le m ouvem ent\n de cette course continue, regarde passer par delà les deux prem iers\n rangs, dans la ru m eu r lourde de ce galop énorm e, des têtes blanches\n de cavales, crinière flottante.\n    Oh ! lâchée de toutes ces bêtes, libres, en pleine nature ! Oh ! che­\n vauchée, à trav ers cham ps, avec la bien-aimée, dans l’atm osphère\n froide et hum ide d’autom ne!\n    On ouvre l ’arène, et, rang p ar rang, les chevaux fuient...\n    E t voici, pour couronnem ent du spectacle, le steeple-chase final.\n    On dresse des claies énorm es, et un à un, de l’om bre des écuries,\n les chevaux accourent dans l’arène, m ontés de cavaliers rouges,\n com m e en chasse, et franchissent l’obstacle. Un peu d’angoisse\n prend les poitrines. L e directeur est debout à côté de la haie, une\n m ain en poche, ay an t perdu sa rectitude de tantôt, tout entier à ce\n sa u t dangereux et dernier de ses plus beaux pur-sangs. L es chevaux\n accourent à nouveau. L ’un d’eux heurte du sabot contre la claie. Le\n cavalier a basculé s u r sa selle. Choc dans les poitrines... L es chevaux\n accourent encore, et franchissent l’obstacle à to u r de rôle. Oh ! force\n de la bête énorm e, qui se projette tout entière et passe, em portant le\n  cavalier su r son dos !\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 978, "texte": "                                 — 58 —\n\n   Les chevaux accourent. H e u rt encore. Choc clans les poitrines.\nN ’im porte! il faut q u ’ils passent! Mais ils sont las. Ils disparaissent\nalors un instant, et accourent pour la dernière fois. Hop ! Le prem ier\nsaute. H eurt contre la claie. L e second le suit, H e u rt encore. E t\nvoici venir le dernier. H an ! Effort énorm e de la béte. E t cette fois le\ncheval franchit l’obstacle sans le frôler!\n   L a m usique sonne la fin. Deux des lustres s ’éteignent aussitôt. E t\nla foule, quittant la salle où va se faire l’om bre, se hâte vers la sortie,\net s’épand en m asse dans la rue noire où de rares cafés sont encore\nouverts.\n   E t François, se dégageant de la foule avec son père, s ’en revient\nsous les étoiles, tout perdu encore dans la vision des êtres vivants et\nbeaux qui, pendant des heures, se sont succédé devant lui.\n\n                                           E ugène V an      de    P utte.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2-016", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 58, "page_fin": 59, "titre_corps": "Soleil de minuit", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri De Classant", "ancre_debut": "Soleil de m i n u it                                                      A J ean D e l v il l e            Dans le r", "ancre_fin": "i D e C lassan t.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES L IV R E S                        U n e Rose à la bouche           par L", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 978, "fin_caractere_exclue": 1805, "texte": "Soleil de m i n u it\n                                                     A J ean D e l v il l e\n\n\n         Dans le recul où meurt une lande de neige,\n         la nuit noire déride son fro n t rongé d ’ombres\n         et s’éveille. D ’abord, c’est la ligne sanguine\n         où luminent des îlots lointains phosphorescents\n         et des cimes hautes, chenues et pleurantes.\n         Les vieux oiseaux du jour effrayés dans leurs songes\n         battent des ailes grandes, pareils à des proues\n         qui roulent aux vagues houleuses et surgissent.\n         E t tout à coup, pendant que la lune s’effondre\n         un soleil blême émerge au-dessus des rougeurs,\n         sévère et froid, ressuscitant les paysages.\n         L a mouette trompée a f u i les vertes grèves,\n         les marins attardés s’inquiètent d’une aube\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 411, "texte": "                                     — 59 —\n\n          sitôt venue en la nocturnité dolente.\n          Mais bientôt, les astres apparus ont pâli,\n          les roches sont retombées aux lassitudes,\n          et la nuit s’enlargit en les mornes ténèbres\n          où le soleil-fantôme a croulé sa splendeur.\n\n                                                 H e n r i D e C lassan t.\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-02-15-n2-017", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 59, "page_fin": 65, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES L IV R E S                        U n e Rose à la bouche           par L", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 411, "fin_caractere_exclue": 1914, "texte": "LES L IV R E S\n                       U n e Rose à la bouche\n          par L o u is D e l a t t r e (Collection du Coq rouge, H averm ans).\n\n   J e ne crois pas q u ’il soit possible de caractériser le talent de\nD elattre m ieux et plus intim em ent qu’il ne l’a fait lui-même, en\ncette simple phrase de la Dédicace de son dernier livre : « T outes les\nchoses m e sont égalem ent si délicieuses !» Il y est exprim é tout\nentier, avec son ironie légère et souriante, sa naïveté ingénuement\nrouée, sa sensibilité capricieuse et attendrie. E h oui ! la petite Fille\np eu t prendre les fleurs douces q u ’il lui tend ou les laisser, s’en griser\nou les oublier. Il p eut y avoir des larm es dans son cœ ur ou du trouble\nà ses yeux. Oh ! q u ’im porte! T outes les choses lui sont également\nsi délicieuses ! R ien q u ’à en trer en lui, elles subissent une m étam or­\nphose de féerie, une sorte de transposition béate et éblouie. Espèce\nde chim iste psychique, il décom posera toute tristesse ju sq u ’à n ’en\nplus conserver que l’essentielle vibration de vie joyeuse. E t telle\nhistoire de deuil à couler au trav ers de son art, s’y revêtira soudain\nde je ne sais quelles teintes pures et rieuses de ciel, qui m entent à\nla m o rt et font penser à ces eaux noires, lourdes, qui passent sous\nle soleil et y luisent de lum ière. L a vie! il la contemple toujours au\ntrav e rs de l’idée un peu chim érique et enfantinem ent radieuse qu’il\ns’en est faite. E t elle est toujours bonne, toujours m iséricordieuse.\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1972, "texte": "                                    — 60 —\n\n Ne dit-il pas, quelque part, que jam ais il ne faut insulter la Destinée ?\n Chez lui, toute émotion se cristallise en joie claire, en ém erveil­\n lement. T oute chose ne se décelera qu’en joliesse, grâce et sourire.\n E t c’est ainsi qu’il parle doux et est heureux ! De mêm e les ém otions\n ne s’imposent pas à lui absolument, n ’évoquent mêm e pas l’image\n spécifique m ais éveillent le souvenir des analogies et des ressem ­\nblances. C’est ce qui explique ses sautes de phrase, ses vagabon­\n dages en plein rêve, loin du sujet, croit-on, m ais plus chuchotteurs\nd’impression qu’il ne p araît tout d’abord.\n   C ar ses rapprochem ents ont des parentés subtiles en leur candeur\nprim esautière ; ils sont aigus en leur psychologie un peu sauvage et\nfruste. Ce sont de fins sentiers de pensée, m éandreux, m ais qui\nchem inent au b u t: le ravissem ent. Les huit contes du petit livre\nde D elattre l’affirment en nous ce délicieux pro sateu r que nous\nsavions. L ecture finie, il nous dem eure dans l’âm e une exquise sen­\nsation, un peu pareille à cette rose que Low ike tenait au coin des\nlèvres, quand dans la petite ruelle claire, il rencontra les belles\njeunes filles qui riaient...\n\n\n\n   Six c h an so n s de p auvre h o m m e p o u r c éléb re r\n                 la sem ain e de F la n d r e\n           par M a x E l s k a m p (Paul Lacomblez, éditeur, Bruxelles).\n\n   T oute la sem aine n ’étant q u ’une joie (l’année de mêm e, la vie de\nm êm e!) voici se dire la joie d’un très beau poète devant la joie de\nvie. E t ce livre est une bouche éclose en paroles jolies de toutes\nles couleurs.\n   Or, mon ravissem ent s’en va p ar le pays fleuri exquis q u ’est cette\nsem aine chantée..., p ar ce pays\n\n                 où les cloches chantent aussi\n                 entre les arbres qui s’embrassent\n                 devant les gens heureux qui passent.\n\n  E t voici se chanter Lundi, brun et beige, couleur de foule, avec\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1741, "texte": "                                          — 61 —\n\nses ouvriers en fête, ses S aints P atrons, son vin joyeux, et ses\njo y eu x je u x populaires.\n   P u is voici se chanter M ardi, blanc et clair, simple et candide,\n\n                    et fleurant bon les draps nouveaux.\n\n  P u is M ercredi, lilas et rose, — chantant-fleurant, — Mercredi ainsi\nqu'un bouquet.\n  P uis Jeudi, v ert et tendre et jeune, — baisers donnés, baisers à\nrendre, — Jeudi délicieux des am oureux.\n  P uis Vendredi, ardent et rouge, splendide de vie\n\n                    car enfin sonne l’heure des bouches.\n\n   Enfin Sam edi, noir et som bre, car la nuit tom be — douce ! — sur\nla sem aine.\n   O r, voici se chanter D im anche ! Voici Dim anche bleu — Flandre\net la mer entre les branches — rire à la vie aux lointains bleus.\n\n                    E t ma chanson lors à sa fin.\n\n   Ah ! ne vous l’ai-je dit, ce livre est une bouche éclose en paroles\njolies de toutes les couleurs !...\n\n\n\n                                        P o è m es\n            p a r E m i l e V e r h a e r e n ( E d i t i o n d u Mercure de France\n\n\n    On dit que V erhaeren n ’aim e plus guère ses Moines et ses Flamandes,\ne t ce la se com prend presque, à considérer que ces livres n ’e n tre n t pour\nrien dans l’œ uvre véritable du m aître. N ous les retrouvons pourtant\navec plaisir en cette édition du Mercure, et, m algré le moule parnas­\nsien qui sem ble gêner parfois, nous y reconnaissons la prem ière\naffirm ation, déjà toute personnelle, de l’extraordinaire talent qui\nnous éblouit aujourd’hui. Q uant aux poèmes réunis sous ce titre\nsuggestif : Les Bords de la route, ils sont bien le bouquet, disparate un\npeu, des fleurs cueillies, de-ci de-là, au long du chemin de l’œ uvre.\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1666, "texte": "                                 — 62 —\n\nIl en est de doux m erveilleusem ent, d’autres ouvragés com m e de\nprécieuses orfèvreries, d’autres tristes et sanglotants, d ’autres enfin\noù déjà le poète prend, selon son expression :\n\n                      L e m ors aux dents vers l’infini.\n\n   Mais tous, profondém ent, sont m arqués au coin de cette person­\nnalité adm irable, de cette belle palpitation hum aine, q u ’est l’âm e\nd ’Em ile V erhaeren.\n\n\n\n                     E t c h a n ta la feuillée\n\n                          p a r Charles B ernard .\n\n\n\n  E n tête de cette plaquette qui nous révèle un Jeune, inconnu de\ntous hier encore, et pou rtan t m erveilleusem ent doué, il faudrait\nm ettre en épigraphe bien des fragm ents de l'A rt poétique du grand\nbien-aim é poète V erlaine :\n\n                De la musique avant toute chose,\n                et pour cela préfère l’Im pair...\n                De la musique encore et toujours !...\n\n   C ar ces vers délicieux ne sont qu’une délicieuse m usique.\n   Poésie claire, en effet, poudrée d ’étoiles fines et scintillantes, et\ndont les s nom breux font frissonner de très m usicales soieries...\n   De belles lignes y ondulent; des formes nues s’y m euvent douce­\nm ent, — lointainem ent ; de grands décors splendides s ’y érigent ou\ns’y m euvent; et il s’en exhale de vaguem ent tristes sentim ents et\ndes rêveries.\n   Nuits d’étoiles, sentes rêveuses, ébauches, rêves, caresses, colo­\nris et pierreries, phalènes bruissonnantes, et ruisselets chanteurs et\nberceurs de perles, m usiques enfin, exquises! c’est tout ce petit livre\ncharm eur, qui me laisse\n\n                 le souvenir d ’harmonieuses griseries.\n"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "                                       — 63 —\n\n\n                              L ’H o m m e je u n e\n        p a r H e n r i V a n d e p u t t e (Collection du Coq rouge, à Bruxelles).\n\n\n    Sous sa com plexité ém otionnelle, au travers de tous ses enchevê­\ntrem ents de rythm es et de sensations, ce livre apparaît en très sim ple\net pénétrante unité, d ’une ligne psychique très tenuem ent persis­\ntante.\n    Ce n ’est que l’élan d ’un cœ ur avide, ce. n ’est que le bond d’une\njeu nesse v ers la vie ouverte et hospitalière. D ’abord, l’am our,\nray onnant, en soleil illusoire, en prestige de beauté su r toutes\nchoses, l ’enivrem ent du soi décuplé, la joie d ’être, la joie d’être\ndoublem ent !... et l ’aspiration folle des em brassem ents totaux, le\nd ésir de joindre en une seule étreinte, dont l ’aimée petite et jolie\nserait le v ib ran t cœ ur, le ciel et l’a rt et la forêt et toute la nature.\nP u is, brusquem ent, l ’en-m ille-m orceaux du rêve, la chute im prévue\net lourde, la douleur, atténuée en tristesse, adoucie en mélancolie\n et, enfin, la convalescence et l’essor encore, plus calme, vers la vie\n claire et jeu n e et belle toujours !\n    E n sa courbe sim ple, le livre m ’évoque très nettem ent l’image du\nv a svelte et fougueux d’un je t d’eau... E n colonnette lisse, l’eau\n fuse d ’un vol vers le ciel, vers la lum ière. Ah ! joie d’être couleur\n de lum ière ! L e u rre de croire q u ’on va le toucher cet ensorceleur\n azu r so uriant, et l’eau m onte et, gaie, chante. Mais, soudain, le je t se\n reploye et c’est la chute en cent poussières, en effrittem ents de\n diam ants hum ides.\n    Sem blablem ent l’œ uvre, aux prem ières pages, s’irrue, halète\n d’im patience et d’ivresse. L es aspirations sont larges, illimitées.\n C roit-il pas, le pauvre, qu’il tient toute la destinée captive entre ses\n poings? E t après le désenchantem ent, le broyem ent du cœ ur, il\n pleure en petites proses lasses, m usicales, toutes frêles flaques\n d’âm e stagnante, où il se plaît à m irer son chagrin.\n    L ’œ u v re ainsi, to u t entière, est d’une hum anité très naïve, très\n chaude, et c’est pourquoi on l’aime. Sans doute, le style n ’est pas\n im peccable et le m étier, souvent, trah it l’artiste. Mais qu’im porte\n après to u t si elle vibre !\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2053, "texte": "                                -   64 —\n\n   V ibrer !... T outes ces proses vibrent, de couleur et d ’am our !\nV ibrer ! C’est le m ot caractéristique qui, pleinem ent, en spécifie le\nprocédé et l’ém otivité. C ar V andeputte est essentiellem ent un pointil­\nliste. Il n ’a d ’un paysage que la vision en taches crues de couleur, il\nn ’a d’une passion que la sensation en grands coups de sang, en cris !\nL e pointilliste se révèle mêm e dans la form e... tous ces oh (n’y en\naurait-il pas trop, peut-être ?) tous ces ah !... toutes ces p h rases en\nun seul m ot, en un seul adjectif résum ées, ne sont-ils pas des touches\nde couleur, des effleurements d ’im pression ? Les paysages et les scènes\nen deviennent plus anim és, plus rem uants et lum ineux, d ’un papil ­\nlottem ent chatoyant et m ouvem enté : v ert et or !... ciel bleu ... et\nbêtes... cris et baisers... blanc, rouge et fleurs !...\n   Ceci peut être l’originalité, mais c’est aussi le défaut. Il y a, en\neffet, dans l'Homme jeune, de la fougue, de la jeunesse, des crachées\nde sève et de talent, mais il m anque la concentration, la sereine\npossession de soi, l’harm onieuse mélodie de l’être qui se sait. L es\ném otions sont fortes mais non intenses. L e poète se diffuse et se\ndéplie, il ne sait se condenser. Il a trop de vie en lui p o u r songer\nd ’éternité. E t c’est pourquoi, lecture achevée, il ne reste du bouquin\nnon tel souvenir spécial de geste ou de parole, m ais bien sim plem ent\nl’im pression de la parabole frém issante et gracieuse de cet am our\nenvolé et qui tom ba.\n    Ceci est un livre à relire. Il dit un peu de n ous... hom m es jeu n es,\nnous nous y retrouvons et au x jo u rs de lassitude, nous y viendrons\nboire un peu d ’ardeur. Ce prem ier livre, s ’il m anque de la plénitude\net de la correction définitive d ’une œ uvre, dem eure beau d’effort et\n de puissance. Il est ondoyant et polychrom e et affirme im périeuse­\n m ent, pour l’avenir, la splendide virtualité de son auteur.\n\n                                                       L ’A r t j e u n e .\n"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4705, "texte": "                                C H O SE S\n  Nous recevons la lettre suivante :\n               « Mes amis,\n      P our couper court aux interprétations qui se sont produites à l’occasion du\nbanquet que vous me faites l’honneur de m’offrir, sachez que je suis très heureux\nd’avoir vu les jeunes prendre l’initiative de cette fête et que joyeusem ent et nette­\nm ent je les approuve en tout.\n   » Bien votre                                              E m ile V e r h a e r e n . »\n   L e B anquet V erhaeren aura lieu le 24 février, à l'Hôtel Métropole, place de\nBrouckère. L ’habit n ’est nullem ent de rigueur.\n   Nous avons déjà reçu pour le Banquet un très grand nom bre de souscriptions.\nL a liste complète en sera publiée dans le prochain. L a limite extrême pour leur\nréception est fixée au 17 lévrier.\n   L ’Ame nouvelle, revue exclusivem ent réservée aux œ uvres des Jeunes, paraîtra\nprochainem ent à P aris.\n   Elle nous est chère par avance à cause de la sim ilitude de tendances qui existe\nentre elle et l'A rt jeune.\n   Font déjà partie de son comité : Maurice D um ont, adm inistrateur; Charles-\nH enry H irsch, Paul Fort, Edm ond Pilon, Saint-Georges de Bouhélier, T ristan\nK lingsor, Jean W eber, A ndré Lebey, André R uijters et H enri Van de Putte.\n   L e Salon d 'A rt idéaliste, qui s’est ouvert en jan v ier à la Galerie Saint-Luc,\nm anque absolum ent de diversité, de révélations et, encore davantage, d’unité,\nm algré l’uniforme dogme idéaliste sur lequel l’a bâti Je a n Delville. Nous n ’y avons\nrem arqué vraim ent que les très belles œuvres, déjà vues, de Delville, un délicieux\ngroupe d’enfants par Lagae et le pur chef-d’œ uvre d ’un m aître qu’est l' Amour\nvirginal de V ictor Rousseau.\n   L e Salon Pour l'A rt, lui, nous ressert en somme le menu de l’an passé. M ais\nne parlons pas des horreurs q u’on y peut v o ir; il nous faudrait des pages! Disons\nseulem ent que l'Enterrement de L aerm ans est d ’une originale et poignante splen­\ndeur, et que les nom breuses œ uvres d ’E m ile Fabry nous révèlent un admirable\nartiste, sachant donner avec une ligne, un regard, un geste, une infinie ém otion.\n   D ans le Soir, Piccolo nous révèle une particularité vraim ent intéressante des\nsymbolistes. Il paraît qu’ils ont eu l’audace de se servir du m ot « or » ! (ah! si\nc était au m oins celui de la publicité du Soir!) Mais le plus am usant de la révéla­\ntion, c’est que, parmi tous les vers de verslibristes infâmes que cite pêle-mêle le\nMôsieur, il a glissé — oh ! avec une naïveté si sereinem ent ignorante ! — ce bon\nbrave vers parnassien de Giraud : « Crève sous le soleil comme un grand abcès\nd’or ».\n   M. Georges D welshauvers a fait le 6 février, au Salon d’A rt idéaliste, u n e confé­\nrence splendide su r l'Ame dans l'Art.\n   A lire: A la Revue blanche: Les Persécutions en Russie, par Léon Tolstoï. Au\nCoq rouge: Le Rire de Mélissa, un éblouissant poème de Francis Vielé-Griffin; Le\nTatouage, par Georges Eekhoud ; des vers d’Elskam p ; S u r la Route, par Blanche\nRousseau, une prose d’une merveilleuse palpitation ; et enfin, de M aurice des\nO m biaux, un très juste article affirm ant Notre Esthétique, et un con te: A u Vert,\ndont nous poigne intensém ent la belle sentim entalité. D ans le même Coq rouge,\nCamille M auclair soufflette d ’un geste magnifique la lâcheté cabotine de M. Cop­\npée envers Oscar W ilde. Non seulement tous les artistes, mais tous ceux\nqui ont le cœ ur droit et bellement hum ain, applaudiront avec nous à sa fière\nsplendide indignation. A la Renaissance idéaliste : Paul Verlaine, par A lbert Fleury,\net certains beaux vers d’Edm ond Pilon. Au Rêve et l'Idée : une superbe et claire\nm éditation de Saint-Georges de B ouhélier sur l'Emotion. Cela nous fait heureuse­\nm ent oublier de m alencontreuses pages de dénigrem ent su r l’énorm e H enrik\nIbsen. Au Réveils du Van Lerberghe, du Rency, du Stefan George et du Rousseau\n(M. A lbert A rnay dirigera désormais le Réveil). Aux Pages de la Wallonie de l’In ­\ndépendance belge : Rosamonde et Lancelot, une légende jolie de Paul Dubois. A la\nLigue artistique, de notre ami Lévêque, une lettre splendide d ’exaltation vitale,\nque Delville ferait bien de méditer.\n   Au prochain : Comptes rendus de Ballades, par Paul F ort ; Le Poème de mes soirs,\npar Edmond Pilon ; Les Villes tentaculaires, par Em ile V erhaeren ; César-Antéchrist,\npar Alfred Ja rry ; A u x Ecoutes, par E douard D ucôté; E m ile Verhaeren, par Albert\nMockel, etc.\n   E rratum : A u num éro précédent, dans la Ronde de Charles Van Lerberghe,\n2e vers, au lieu de: dans ma main rose et ronde, lire: ta main dans ma main rose et\nronde.                                                                           H . V.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 42, "texte": " L’art\n                                                              Jeune\n                                                  S OMMAIRE\n     L e C a l v a i r e .................................................... E m i l e V e r h a e r e n\n     M é m o i r e ........................................................... E d o u a r d D u c ô t é\n     L a N uit aux R o s s ig n o ls .......................... A n d r é R u ij t e r s\n     L e M alade ........................................................... C h a r l e s - L o u is P h i l i p p e\n     M a m m in a ...........................................................A r t h u r T o is o u l\n     C hanson d ’h iv e r .............................................. A r t h u r T o is o u l\n     C h a n s o n de m a i..............................................A r t h u r T o i s o u l\n     Le C a p t i f ...........................................................E d m o n d         P il o n\n     C o m m e p ré fa c e             .    ........................................R e n é G h i l\n     En      a i m a n t .......................... .................................G e o r g e s R e n c y\n     L a C hanson du pauvre diable . . . P a u l D u b o is\n     L e C i r q u e ..................................................................................... H\n                                                                                                           riVan d e\n                                                                                                             n\n                                                                                                             e         P utte\n     S o le il de m i n u i t .............................................. H e n r i D e C l a s s a n t\n     Les livres : Une Rose à la bouche, S ix\n         chansons de pauvre homme pour célé­\n         brer la semaine de Flandre, Poèmes,\n         L ’Homme jeune ....................................... L ’ A r t j e u n e\n\n\nCe n u m éro , fr. 0 .6 0 .                                                                        15 fé v r ie r 1 8 9 6 .\n                                                                                                                  2 e ANNÉE\n\n\n                                                                                                                        2\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "   P arm i les artistes belges invités à prendre p art au prochain Salon\ninternational de la Libre Esthétique, qui s’ouvrira en février au Musée de\nB ruxelles, citons les peintres Em ile Claus, X avier M ellery, Alfred\nDelaunois, Georges M orren, Arm and Rassenfosse, Jam es E nsor, C harles\nDoudelet, Auguste D onnay, A .-J. H eym ans, Em ile B erchm ans, F ernand\nKhnopff, Anna Boch, W . Degouve de N uncques; les sculpteurs Constantin\nM eunier, V ictor R ousseau, C harles Van der Stappen, P aul D u Bois,\nH élène C ornette; le céram iste A .-W . F inch, etc. MM. H enri Van de\nVelde et G ustave S erru rier exposeront dans la section des objets d’art\ndes ensembles décoratifs im portants. Quelques toiles récentes du regretté\nGuillaum e Vogels figureront au Salon en attendant l’exposition complète\nde son œ uvre, en voie d ’organisation.\n   N ous ferons connaître prochainem ent la liste des exposants français,\nanglais, hollandais et am éricains groupés cette année par la Libre\nEsthétique.\n\n\n   A p artir de ce mois, un comité de l'A rt jeune est formé. E n font partie,\nju s q u ’à présent : P aul Dubois, R aym ond H ottat, Georges Rency, André\nR uijters, A rthur Toisoul, H enri V an de P utte.\n\n\n   L ’A rt jeune est ouvert à tous. Ecrivains, P eintres, Musiciens, Sculpteurs\npeuvent, en pleine liberté, s’y produire, y exposer ou défendre des idées.\nL ’A rt jeune est aux artistes.\n\n  Adresser m anuscrits, revues et livres, à l'A rt jeune, rue de B rabant, 131,\nBruxelles.\n\n  Il sera rendu com pte de tout ouvrage littéraire ou artistique que nous\nrecevrons.\n\n\n                                          A B O N N EM EN TS :\nB elgique, 5 francs.                Le numéro, 6 0 centimes.              Etranger, 6 francs.\n\n\n                                 O U V RA G ES N O U V E A U X :\nC o l l e c t io n      de   « l ’A r t   je u n e   ». — Douze petits nocturnes, p a r A n d r é\n      R u ijt e r s .\n                d u « C o q r o u g e ». — Une Rose à la bouche, par Louis De ­\nC o l l e c t io n\n       lattre. — Philasler, par B eaum ont et Fletcher, traduit par Georges\n       Eekhoud. — L ’Homme jeune, p ar H enri V an de P utte.\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "          Le Calvaire\nAvec, en main, de la lumière\nQue balançait son pas\nLe fossoyeur du bourg, là-bas\nGagnait, au soir tombant, le cimetière\nOù longuement, de haut en bas,\nPendait un Christ en croix.\n\nVers les défunts saignait la croix\nVers les défunts saignaient les bras\nVers les défunts saignaient les mains\nD u Christ immense et surhumain.\n\nDepuis des temps qu'on ne sait pas\nLe fossoyeur, là-bas,\nAvec, en main, sa petite lumière\nMontait, le soir, au cimetière.\nOn le voyait, dans les ténèbres,\nMonter jusqu’à la croix funèbre\nE t descendre — laissant brûler là-haut\nUn peu de fe u dans un flambeau.\n\nL a flamme était placée\nPrès des côtes violacées\nSous la tête, qui se dramatisait.\nE t chaque soir, la nuit s'accomplissait\nAutour de cette flamme en fleur trémière\nQue l’homme à Dieu obstinément tendait.\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "                    — 34 —\n\nCeux qui partaient ou qui s’en revenaient\nDes lointains effrénés de la mer\nCeux qui partaient ou qui s’en revenaient\nDes villes terribles ou des pays pervers\nVoyaient, aux heures crépusculaires,\nS u r leurs fermes et leurs chaumières\nGrandir le Christ et sa lumière.\n\n\nVers les défunts saignait la croix\nVers les défunts saignaient les bras\nVers les défunts saignaient les mains\nD u Christ immense et surhumain.\n\n\nCeux qui veillaient, dans leurs cabanes frêles\nUn mort, à la lueur de leurs chandelles\nCeux qui cachaient leur vice et leurs remords\nE n des greniers oit fermentait leur or\nApercevaient dans le champ clair de la fenêtre\nParfois le Christ énorme apparaître.\n\n\nS ur les défunts saignait la croix\nS u r les défunts saignaient les bras\nSur les défunts saignaient les mains\nD u Christ immense et surhumain.\n\n\nCeux qui croyaient aux sorts\nE t confondaient en leur esprit retors\nLeur Dieu avec le diable\nCeux qui rêvaient à l ’infortune insatiable\nRongeant leur clos et leur étable\nSentaient que sur leur ferme exhérédée\nS ’allongeait l’ombre de la croix grande échafaudée.\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                        — 35 —\n\n    E t telle était la peur que le village\n    Crédule et lourd, mettait en vasselage\n    Devant son Christ écartelant dans l’étendue\n    Toute sa mort, aux horizons pendue,\n    Qu’aux temps de kermesse et de fête\n    Sauvagement on lui voilait la tête\n    Pour qu’il ne vît la joie ardente et rouge\n    Couples noués, chanter, baller et se ruer aux bouges.\n\n\n                                       E m il e V e r h a e r e n .\n\n\n\n\n                   M ém oire\n                                         P our E m i l e V e r h a e r e n\n\n\n— Te souviens-tu de notre villa pris de Gênes,\n       quand on a passé le port marchand\n       où nos brigantins et nos corsaires\n      sont à l’ancre, se balançant ?\n\n    Te souviens-tu de notre villa près de Gênes,\n        quand on a passé le promontoire ?\n        gaie et claire au bord de la grève\n        avec son étage bas et son toit plat\n         et les balustres de l’accoudoir\n               au bord de la grève\n         où, côte à côte, le soir\n        nous restions appuyés, laissant nos rêves\n        s’égarer sur la mer jusque là-bas\n               vers les pays barbaresques.\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "                        — 36 —\n\n Notre villa : ses mosaïques florentines,\n        et ses salles vêtues de fresques,\n        et ses colonnades et scs portiques,\n       et tout son peuple d ’héroïnes\n       et de déesses dans des niches;\n           te la rappelles-tu ?\n\n\nE t alentour le ja rd in touffu\nsur lequel dominaient les longs eucalyptus\n        et qu’abritait la paix despalmes.\nL a nuit des orangers se constellait d ’oranges ;\nparfois les citrons d ’or pleuvaient comme des astres ;\n                  roses sanglantes,\n     camélias aux fleurs pourpres et blanches\n                  recouvraient nos sentiers\n           d’un tapis de pétales effeuillés.\n\n\nTe souviens-tu de notre villa près de Gênes ?\n      Les paons rouaient au seuil du péristyle\net d’autres étalaient leur robe à longue traîne.\nC ’était un temps d ’opulence et de fêtes.\n         Des beaux baladins et des masques...\n         des musiques sur les barques...\n         des danses sur la terrasse...\n         des brocarts, des parures et des perles...\n                          te souviens-tu ?\n         et te souviens-tu de nous-mêmes ?\n\n\n       P ar quelles métamorphoses,\n       par quelles métempsychoses\n               sommes-nous devenus\n               ceux que nous sommes ?\n    J e ne reconnais plus personne;\n               ce pays-ci m ’est étranger;\n       nous aussi nous avons changé.\n                        Te souviens-tu ? —\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                                  — 37 —\n\n              — Il y a longtemps de cela,\n                    longtemps, m ’a-t-elle dit;\n                   je ne me le rappelle pas.\n                De ce qui f u t et de ce que nous fûm es\n                tout s’est dissipé dans mon souvenir.\n                                  L a s!\n                puisse l'aujourd’hui et son amertume\n                                         de même finir.\n\n\n                                           E douard D ucoté.\n\n\n\n\nL A N U I T A U X R O S S IG N O L S\n   E n un coin retiré de F auquem ont et cotoyant la Geul, il y avait\nune longue allée de tilleuls très vieux. L e jo u r, régnait là-dessous\nune atm osphère doucem ent blonde. L es feuilles bruissaient à petit\nb ru it et s’éventaient l’une l’autre. Mille paroles légères sem blaient\nvoltiger su r elles. L e soir et la nuit, le calme y était recueilli et le\nsilence se parfum ait de l ’odeur un peu lointaine des fleurs. A gauche,\nla G ueul coulait très basse, entre des em briquem ents ; à droite, des\nm u rs s ’élevaient.\n   Georges et M argy y vinrent prom ener leu r nonchaloir.\n   E t dans la paix de l’heure attentive, ils goûtèrent une pause\nexquise. L e m enton aux poings, ils s ’étaient appuyés au parapet de\npierre de la rive et, de leurs prunelles vides, ils regardaient au hasard\ndevant eux. Sous de courts souffles de vent, des feuilles se déta­\nchaient, glissaient, lentes dans l’air, et venaient enfin, avec un\nfrôlem ent, choir su r le sol. Ils écoutaient la fuite m urm urante de\nla rivulette.\n   Oh! les m inutes délicieuses!...\n\n\n  du Vain et fo l Essai.\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "                                  — 38 —\n\n     E co u ter de l’eau qui fu it!... Il semble q u ’elle coule dans votre\n âm e; il sem ble que v otre âm e coule dans l’eau! L ’on s ’écoute cou­\n ler... C’est une com m union subtile et inexprim ablem ent p an th éis ­\n tique. Il y a comme de la lum ière qui rayonne en vous et so u rd ,\n vivifiante et goutte à goutte, p a r tous les pores. Fluide, n o tre indivi­\n dualité ruisselle au fil de l’onde. N ous som m es lavés de la vie ;\nnous som m es lavés de nous-m êm es et nous nous sentons p a r to u t\nl’être, une fraîche, intense sensation de m atin et de ren o u v eau ...\n    B rusquem ent, en so rta n t de l’allée et se re tro u v an t devant le\nciel ouvert, Georges et M argy, ensem ble, ren aq u iren t à la con­\nscience. L a cam pagne était devant eux im m ense. D ans l’az u r éper­\ndum ent bleu se détachait, ronde et très simple, la lune. E t une séré­\nnité éternelle et m élodieuse em plissait l’espace illum iné.\n    L es jeunes gens se redressèrent. U n frisson d ’adm irative ém otion\nles av ait trav e rsés. M achinalem ent, ils se serrère n t la m ain et à pas\nry th m iq ues, su iv an t la Geul, ils m arch èren t — dans la clarté pâle et\néblouie du paysage.\n   T o u t près d ’eux une écluse coupait le flot. L ’eau a rrêtée et con­\ntrariée devait jaillir p a r deux petites vannes ouvertes. Cela faisait\ndes rem ous, un bouillonnem ent de neige et d ’écum e, et une sorte\nde m ugissem ent contenu. Ils p assèrent o u tre et en trè ren t dans la\ncampagne. L a ville était loin, derrière, — oubliée !\n   Ils m archèrent. L ’intense beauté de la nuit les fascinait. O h ! il\nfaisait simple, si sim ple ! E t cela les rav issait. Oh ! ce ciel enfantin\net suprêm e! Ce ciel profond... ce ciel illim ité... d ’u n gris si b leu...\nd’un bleu si g ris!... E t cette lune, cette lune im m atérielle, là-bas,\nen tro u blanc dans l’azur !\n   D es aubépines m uraillaient le sentier. Des saules pleuraient leurs\nbranches dans le courant. L ’eau é ta it gourde et lente, veinée de\nfins sillages. L ’eau était couleur de vieux m iroir.\n   E t à m esure q u ’ils s’éloignaient, le m u rm u re de l ’écluse s ’affa ­\ndissait. Ce n ’était plus q u ’un atténué, presque effacé déchirem ent\nd’étoffes m olles. E t un extraordinaire silence v ib ran t les entourait.\n    Ils se tro u v aien t dans de grands p ré s... Des gazons pelucheux et\nten d res... des v erdures si surnaturellem ent claires sous la lune\nq u ’elles p araissen t renferm er en elles la lum ière et la su er peu à\np e u ... L es m ontagnes au loin, blêmes et couchées a u to u r de l’hori ­\nzo n ... Ils s ’a rrêtèren t.\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                                — 39 —\n\n   Oh! quel éblouissem ent! L e ciel, su r leur tête, était comme une\nm er! E t à le contem pler, un vertige les saisit, un vertige aigu et\nirrésistible qui pénétra ju sq u e clans leurs m oelles! O h! l’épanouie\nim m ensité vaste! Des étoiles, en poussière m ate et m enue, s’y\nperdaient, effrayées et éteintes. Mais la lune, la lune claire et douce,\nétait belle, et ils l ’aim aient. E lle était sim ple com m e leurs cœurs.\nE lle était si blanche, si étincelante, q u ’elle paraissait intim idée et\nétonnée. E t sa fém inité tendre les rassura.\n    Un calm e élyséen enlaçait le paysage tout entier, et voici qu’ils se\ndécouvrirent entourés d ’invisibles oiseaux qui chantaient... De\nchaque taillis, de chaque arbre, de chaque branche, une voix\ns’exhalait pure et vibrante. D ’abord, des appels s ’envolaient, trois,\nq u atre, cinq la m odulés en belle force de gosier, puis une phrase se\nm odulait, bientôt reprise, affinée et stylée. L ’oiseau à coups de bec\nsem blait ciseler sa m usique pénétrante. Ah! ils étaient dix! ils\nétaient cent! ils étaient p arto u t! T oute la nuit chantait.\n   E t M argy se pencha: « Ce sont des rossignols... n ’est-ce pas? »\n   — C h u t! T ais-to i!...\n   Ils firent quelques pas encore. L e sol était m ou. L es gazons\nassourdissaient tout b ru it et la lum ière, au ras de l ’herbe en fleurs,\ncoulait en lucide et infinie nappe. L a lum ière! Ah! elle suintait\ndes arb res, des chansons, des étoiles, de tout le ciel... E lle était\nfiltrée en l ’a ir ravi et pleuvait im palpablem ent ! Il sem blait vrai­\nm ent que l’âm e de toute cette n ature s ’était diffusée dans la nuit,\nq u ’un spiritualism e enivrant et contagieux s’épanchait et que, ce\nsoir, toutes les choses avaient un peu perdu le souvenir de leur\nm atérialité...\n   Silencieusem ent, comme ils étaient venus, Georges et M argy s’en\nre to u rn èren t.\n   Des h aies... Des saules qui pleurent leurs branches dans le cou­\nra n t languide. L ’eau est gourde et lente. L ’eau est couleur de vieux\nm iroir. A m esure q u ’ils se rapprochent, le bruit de l’écluse va\ng ran d issant... Des gazons pelucheux et tendres... Des verdures si\nsu rn atu rellem ent claires q u ’elles paraissent renferm er en elles la\nlum ière et la suer peu à p eu ... L a m usique des rossignols rentre\ndans l’éloignem ent. S u r ces voix précieuses et scintillantes, l’hori­\nzon se referm e comme un écrin de velours et d ’azur. E t Georges\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "                                   — 40 —\n\net M argy se re tro u v èren t au h au t de l’écluse, appuyés au x fer­\nrailles du m écanism e et vo y an t filer sous leurs pieds, la Geul. L e\nbouillonnem ent doux chuchottait devant eux et une poussière\nhum ide leu r en m onta aux lèvres.\n    L ’eau glou-gloussait, tourbillonnait, virante, et s’en allait.\n    U ne large bonté fondait dans le cœ ur de G eorges. Jam ais il ne\ns ’était reconnu si aim ant, si hum ain, et il se sen tait physiquem ent\noppressé du besoin de faire p o u r M argy quelque chose d ’héroïque.\nMais quoi? Ah! l’aim er... l ’a im e r!... E t il la regardait, si h eu reu x\nq u ’il en avait m al.\n    E lle, avait la poitrine gonflée d ’éperdue tendresse. E lle au rait\nsouhaité p leu rer et au trav ers de ses larm es, balbutier à m ots tre m ­\nb lants des aveux et des renonciations. Mais elle n ’osait pas.\n    — T u ne m ’en veux p as?... dit-il.\n    — T ’en v o u lo ir?... P ourquoi?\n    — M ais, chère, j ’ai été si b ru sq u e ta n tô t... J e ne t ’ai pas répondu\nlorsque tu m e p arla is... P ardonne-m oi?\n    E lle se rapprocha de lui, l'éclairant de ses yeux, faisant ray o n n er\nau to u r de lui, la clarté q u ’elle avait infuse dans les prunelles. E t\nto u te l’irrésistible ard eu r qui s ’était am assée en son cœ ur fit explo­\nsion soudain en ces m ots q u ’elle lui je ta sauvagem ent, com m e\nd’au tres je tte ra ie n t une insulte : « J e t ’aim e ! toi !... »\n    L ’eau glou-gloussait, tourbillonnait, virante, et s’en allait. T o u s\nles filets d’onde jaillis des vannes, dans un trém oussem ent d ’écum e\nd ansante, s ’unissaient p o u r tresse r le flot houleux qui s’enfuyait,\n rapide, puis graduellem ent accalm i, ju s q u ’à reprendre, à quelque\n distance de l ’écluse, son cours paisible et som nolent.\n    E t Georges lui dit très bas :\n    « A h! chère! je t ’aim e!... J e t ’aim e pleinem ent, im m en sém en t!\n parce que je te connais, parce que je te vois to u te sim ple et naïve\n d evant m oi, sous la grande lum ière de ton a m o u r... A h! chère!\nje t ’aim e parce q u ’en m oi, il fait clair de ton â m e !... »\n    L ’eau chantait. L ’om bre des m urs, des hau ts em briquem ents la\n caressait d ’une longue tache noire. D es plantes se déroulaient dans\n le courant, algues onduleuses... lianes ra m p an tes...\n     Georges et M argy se relevèrent. Ils re n trè re n t dans l’allée des\n tilleuls...\n                                                         A n d r é R u ijt e r s .\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                       — 41 —\n\n\n\n\n               L e M alad e\n                                          P o u r A r t h u r T o is o u l .\n\n\nE t voici ma chair atténuée en disgrâce,\nêplorant son monde enfoui sous des douleurs d ’ombre,\net tout est las, sans nom, dans les rides d’espace\nà mes sens dévêtus parm i cet ordre sombre.\n\nAmincis et vaincus, ils ont levé leur grève,\nmes sens passant en raideur dolente de voix\noù de la peur insiste à ne savoir de trêve,\nsi écouleuse longtemps de gouttes d ’effrois!\n\nPuis m ourir! A h ! toute la mort, vers moi venante\navec un geste déclameur m ’épaississant :\net céder ait savoir de ce sombre puissant\ndessus mon cœur, enfant parm i la nuit venante!\n\n Oh! mes passés sans fin à prévoir des douceurs,\n et mes nombres d ’orgueil sacrant des jours charmés :\nj ’étais en gloire à tous, et mes sens assesseurs\n montaient en des jardins, sous les deux proclamés !\n\nMaintenant en ce lit, un amas de mes sens\ns’échappe dans les bruits ouverts de toutes choses, —\net c’est l’abandon d ’être, épars parmi mes poses\nde douleur subtile sous des jours finissants.\n\nJ ’entends la vie haute, longue en épopée\nmener son bruit vainquant le grave de ma chair :\nelle est nantie devers moi d’un geste, d’air\npénétrant en ma fuite ardue à l ’épopée.\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "                         — 42 —\n\nE n m a chambre, il se presse dît silence seul\npâmé de sons menus assumant des repos :\nil flotte en la lenteur tout un soir de linceul\noù se poursuit mon âme, indécise au repos.\n\nE t des pas vont, si peu ! s’épandre à passer frêles\ndans un chagrin de choses très douces sur moi,\ncar il est une ruine aux chairs de mon émoi\nque cejo u r de mon âme, auprès de tout révèle.\n\nMais le présent discret, derrière mes rideaux,\nrépond à ma détresse lourde de mourir,\navec des charmes lents de grande ombre au souffrir\nde ma vie aiguë poursuivant du repos.\n\n                                   C h a r l e s - L o u is P h i l i p p e .\n\n\n\n\n                 M am m in a\n\n        Voici l ’Enfance et l ’Amour.\n\n       S i pure chair qui s’offre au jour\n       lumineuse où le bel Amour\n       au léger sourire mystérieux\n       va dans l ’éclat de sa toute-puissance ;\n\n       regard vague à fleur de ces yeux\n       pâles ; et miraculeux silence\n       en fleur, à fleur de ces lèvres calmes,\n       silence, lointain silence qui tremble\n       autour des filantes étoiles, étoile!\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "               — 43 —\n\nOffre ton sein houleux aux lèvres,\net ton souffle où ton rhythme s’élève.\n\nCar tu sais la grève et le grain de sable,\net la voix et la feuille périssables,\nce qui naît à l’aurore et meurt le soir,\nce qui naît le soir et meurt à l'aurore\nen de la vie chantante et de l’espoir ?\n\nRappelle-toi le regard de l'agneau,\nla chanson de la source et de l'oiseau,\nla prière dite en la solitude\nle long des mains jointes; rappelle-toi\nl’étoile vacillante qui monta\ndans le soir ébloui de quiétude.\n\nE t voici l’Enfance et l’Amour.\n\n\n\n\n  C h a n so n d ’hiver\n\nEnfant, le corbeau passe en l’air\nde glace avec le vent siffleur;\nles lourds fru its mûrs sont chus des arbres\noù dort déjà la pure neige.\n— Salut, ô neige-fleur légère,\namante blanche des lunes d’hiver\nsi froides et du valsant cortège\nen flamme des étoiles, fleur de neige! —\nL ’autre fleur d ’or on bleue on rose\n que frôla ta main consolante,\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "                  — 44 —\n\\\n\n\n\namante fraîche du clair été\nde joie, est morte à l’heure morose\nque fa n a l'automne fané.\nHélas, vois-tu de la gaîté subtile\nen ce mystérieux jo u r sombre?\net des bouches moins qu’étranges ?\net de beaux rires de jeune fille ?\nVie enivrante qui s'épanche\nd’une grappe mûre vers des lèvres, .\nchoses mourantes qui grelottent,\nchoses qui vont au fil d ’une eau,\nchoses frêles qui flottent sans trêve\nsur d ’autres choses frêles, oh\ntes légers regards d’onde et tes cils...\net ta chevelure d’or flottent\nau gré du, vent frileux qui passe;\net ma lèvre si calme et lasse\nd’amour et de chansons douces,\nhélas, et triste, hélas, d’hiver :\ny viennent donc pleurer ta douceur d’ombre\net le jour de ton cœur si las aussi\nd ’amour et de chansons douces ?\n Fleur de neige sur les arbres,\nfleur d’écume, fleur de mousse,\n ta blanche main d’hiver consolante !\n\n\n    Penchons-nous vers le vent qui passe ?\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                     -   45 -\n\n\n\n\n      C h a n so n de m ai\n\nCar voici de la joie sereine\nen les tendres pousses des arbres\net parm i les brebis, les béliers et les chèvres\nque mène en gai troupeau le pâtre,\naux accords de sa flûte, par la plaine,\nchantons les mystérieuses lèvres\noù le printemps épanche sa rosée\net la simple voix de sa lyre ?\nToi dont la hanche est légère,\nqui suis mon chant, pas à pas,\ndans la lumière et les ténèbres,\napprends la vie et que l'espoir\nse cueille sur toutes les plantes\net se boit aux sources des sentes;\nor ta m ain sait cueillir la rose\net te servir d’écuelle pour boire\nl’eau de la terre ou du ciel.\nL ’espoir est un beau matin qui descend\net se pose en riant sur les choses,\nc’est un rire, c’est un sourire éclatant,\nselon le haut caprice de l’heure qui passe,\nc’est ta bouche pâle baisée de soleil,\n c’est ta main doucement posée\n en le geste clair du baiser d’épousée\n que tu jettes vers mes départs\n en la vie profonde, loin de tes yeux qu’effarent\n les clartés, les ombres et les soirs;\n c’est un jour blond où l’on songe\n au lendemain que l’on appelle,\n c’est ton regard et ton cœur en joie,\n ta chair légère et ton heure\n lumineuse et frêle d’ici-bas;\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "                     — 46 —\n\nc’est un doux mai de joie nouvelle.\nM ai! m ai! Son antique fraîcheur,\nses fleurs, ses nids et ses oiseaux chanteurs...\nses soleils, ses enfants et ses filles...\nses tendres champs et ses prairies\noù Dieu ruisselle et chante Amour !\n\n                                 A r t h u r T o is o u l .\n\n\n\n\n              Le C aptif\n                                       A M onsieur O s c a r W i l d e\n\n                         I\n\n  Une É T O IL E !\n  Elle tend par les barreaux\n  Sa face claire au prisonnier\n  E t ses doux rayons fam iliers\n  Qu'une ombre voile\n  Elle les met comme des baisers\n  A u fro n t meurtri du captif dans la peine !\n  Elle étincelle, radieuse\n  E t fa it se lever de l’ombre haineuse\n  Toute une aube belle d ’espoir nouveau. ..\n\n  Une L A R M E !\n  Elle glisse par l’ouverture\n  Jusqu’aux lèvres sèches de soif\n  De celui qui, jadis, allait à l’aventure\n  Sous le beau soleil et la belle étoile...\n  Une larme chue d’une paupière\n  Passe la vitre, la poussière,\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                  — 47 —\n\nE t tombe sur les mains\nD u prisonnier;\nUne L A R M E !\nE t de ses lèvres, veuves de bonté,\nS u r ses mains tremblantes d’alarmes,\nIl la captive et la reçoit\nE t puis avidement la boit...\n\nUne R O S E !\nOh! maintenant il se souvient\nDe l'air libre et de la libre vie\nE t de l'orgueil d’aller parmi\nLes parcs, les forêts et les jardins.\nO h! maintenant il se rappelle\nL a fierté de dire aux unes qu’elles sont belles\nE t aux autres qu’ils ont du génie...\n\nE t l’É T O IL E au zénith reluit,\nA travers les barreaux, la L A R M E\nAjoute à son cœur un sanglot nouveau;\nL a R O S E rit au renouveau\nDe sa délivrance dans la n u it...\nSon sommeil pardonne qui devait haïr,\nSon cœur pardonne où vivait l’alarme...\nO h! maintenant il peut mourir!\n\n\n\n                       II\n\n\nIl ne fa u t pas chanter trop haut,\nL a Haine est là avec sa fa u x\nE t elle écoute auprès des portes\nCeux qui prient vers ce qui est beau\nE t dont les voix sont assez fortes\nPour défier, ô vieux tombeau,\nTon lierre qui croît sur les mortes !\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "                                         — 48 —\n\n                     Il ne fa u t pas chanter trop fo rt :\n                     L a Haine est là avec la Mort\n                     E t toutes deux avec des yeux d'envie\n                     Regardent l’Amour et la Vie\n                     Se baiser sur la bouche\n                     Avec des fru its entre les dents...\n\n                     Il ne fa u t pas chanter; les chants\n                     Qu’on balbutie à tes pieds nus,\n                     Reine de Paphos et rose d’Enfer,\n                     Reine des captifs du Vénusberg\n                     Ne sont pas les mêmes que ceux\n                     Qu'on balbutie aux pieds de D ieu...\n\n                     L a Haine est là, ignominieuse,\n                     Avec son frère le Préjugé :\n                     S h a k e s p e a r e passe-t-il parm i l’Eté\n                     Dans le Songe d’une nuit heureuse\n                     Qu’ils restent là pour l’insulter...\"\n\n                     Oh ! mais l’insulte est lumineuse\n                     Quand elle crache sur le génie\n                     E t toute fleur bourbeuse\n                     Devient belle s'il l’a bénie !\n                                                       E d m o n d P il o n .\n\n\n\n\n                C O M M E P R E F A C E (*)\n  Il me sem ble que nous som m es à un instant caractéristique de\nrépit, d’hésitation, d ’a rrê t ou de lassitude pour plusieurs, — d’où se\n\n\n   (*) au volum e II de l'Ordre Altruiste, livre V de Dire du Mieux, 1re partie de\nŒ u v r e . ( S o u s presse.)\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                                 — 49 —\n\npeuvent et doivent être appréciés les résultats du m ouvem ent\npoétique des dernières années.\n\n   L aissons à l ’oubli ceux du chaos initial, D écadents et autres, —\net ceux de fin de lutte, Idéalistes, M ystiques, etc... — L e Sym bolism e,\nappellation sous laquelle se groupèrent, l’on groupa plutôt un grand\nnom bre de Jeunes qui ont passé m aintenant la trentièm e année :\nc’est plus sérieuse chose, bien que différente la définition q u ’en\ndonne chacun.\n   Il p araîtrait, à le voir de mode, très salonnier, salué aussi parm i\nles Aînés, q u ’il ait vaincu ! L ’attitude est de victoire, des quelques\nSym bolistes qui ont à cette heure quelques m illiers de vers en\nquelques disparates recueils.\n   C ar des M aîtres du P arn asse et leurs am is de la C ritique, protègent,\nm ettons à son apogée, ce qui s’appelle le Sym bolism e. — Il s’agit\nde sav o ir où, en quel point excentrique hors du Passé se trouve\nsuprêm em ent tendu, leur effort?\n   Or, la p ierre q u ’ils ont lancée, du P arnasse, — est retom bée dans\nle P arn asse, à peine déviée de la verticale.\n\n   E xam inons, d’a u tan t m ieux q u ’en un volum e, d’aucuns recueillent\nleurs recueils successifs :\n   — L ’on ne peut, l’on n ’a pu opposer des raisons à m a demande,\ndès m a venue en littérature, de L ivres-un, d’une Œ u v re une. E t nul\ndes S ym bolistes ne l’a faite — si quelques-uns tentèrent après\ncoup, parfois de diviser selon l’inspiration et le sentim ent, l’ensemble\nhétérogène de leurs poèm es. A vouant ainsi l’im puissance à conce­\nvoir et exécuter l’Œ u vre-une.\n   — Ont-ils été plus loin, p ar la form e, que la Mélodie, alors\nq u ’il fut tan t question d ’expression m usicale ?\n   E videm m ent, non. Que des C ritiques amis prononcent, non loin\ndu nom de quelqu’un d’entre eux, le m ot « instrum entiste », c’est à\nfaire sou rire. L ’Instru m en tatio n verbale est une form e harm onique,\no rchestrale de la pensée, dont pas un poète, de telle, où telle école,\nne donna le m oindre thèm e. D ’ailleurs, la form e « instrum entale »\nim plique nécessairem ent l ’unité sym phonique d ’une Œ u v re .\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "                                — 50 —\n\n    Je suis en droit de prononcer, puisque de moi, et la théorie et la\nmise en œ uvre, et la dénom ination même d’in stru m en tatio n verbale.\nP u isq u ’enfin, le plus grand poète de cette seconde partie du siècle,\nSully-Prudhom m e, le noble précurseur, le poète philosophique\nauquel il ne sied de penser en disant le m ot P arnassiens, — a, dans\nson T raité de Poésie si substantiel, donné droit de cité à l ’In s tru ­\nm entation verbale.\n    J e considère donc cette expression d’art, acquise à la Poésie.\nH ors et loin du P arnasse, pour l’avenir.\n    J e puis donc aussi dem ander à quel apport nouveau, le nom de\nl ’un d’entre les Sym bolistes, peut s’attacher?\n\n  — L ’Idée : l’idée, le procédé de penser sym bolique plutôt, est\ninhérent à la pensée poétique elle-m êm e dès ses origines, et su rto u t\nà ses origines ! L ’on peut ergoter, ce n ’est, en dernier exam en, que\npoésie d ’images, donc prim itive, — non intellectualisée. J e l ’ai\nprouvé ailleurs, souvent.\n\n   L ’approbation soudaine, heureuse, em phatique, s ’explique m ain­\nten an t — où se discerne un contentem ent égoïste ! L es Sym bolistes\nn ’ont rien oublié, presque rien appris, depuis le P arn asse : les\nP arnassiens triom phent en leurs enfants — pas terrib les...\n   E t si mince le résultat, que m algré tout, l’on d irait q u ’on en\nconvient à p art soi : d’aucuns n ’auraient-ils pas tendance m aintenant\nà saluer la N ature, — de là, la Vie : com m e pour m on début encore,\nce fut mon appel!\n   Qui sait, ils me feront peut-être le plaisir de saluer aussi la Science,\ncomme bases à la vraie poésie de la Vie !\n\n\n\n\n   Ce sont là des faits. Je ne m ’opposerai pas m oi-m êm e, m êm e avec\nles seuls faits.\n   Si p ourtant m a théorie « formiste » a m érité de n ’être oubliée : la\np artie « idée », la philosophie évolutive en son développem ent\nbiologique, peut-être ne sera-t-elle vaine, non plus...\n   J ’ai lancé, moi aussi, la pierre, du terrain nouveau, — et elle\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                                 — 51 —\n\nn ’est pas retom bée encore : preuve q u ’elle partit tangentielle, et\nplus loin !...\n                                 *\n                                * *\n    L es Jeu nes qui viennent (non les quelques pâles idéalistes à\nim ages rom antiques q u ’on trouve en des revues m ort-nées, parfois),\nles vrais Jeu n es, vont-ils s’a ttard er devant un succès de mode, et\nd ’in térêts m esquins? refaire encore du passé?\n    Ou, étudier, apprendre avant de dire? se douer du sens psycho­\nphysiologique de la n atu re et la Vie, — qui fait voir large et ten ter\nle plus grand effort.\n                                                              R e n é G h il\n\n\n\n\n                          E n a im a n t\n                                               A C h a r l e s V an L e r b e r g h e\n\n\n          Aubales voix d'oiseaux vers l'azur diaphane;\n          un songe frémissant entr’ouvrant des corolles;\n          au ciel, pâle croissant de lune qui se fane;\n          et partout, dans les champs, de légères paroles :\n\n\n         l’aurore sur la mer éternelle des fleurs,\n         yeux mille fois changeants, lacs enivrés de miel,\n         sève jaillie en parfums vifs et en couleurs,\n         ô prismes palpitants, petits morceaux de ciel !\n\n\n          Toute la joie du monde est mon âme jolie!\n          L e vent me vient — si doux, si pur, que j ’en défaille, —\n          des profondeurs du cœur infini de la Vie,\n          et sa caresse en moi fa it chanter des sonnailles.\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "                          — 52 —\n\n   Toute la joie de l’aube, c’est toi, mon aimée,\n   et tes yeux roséeux, et ta bouche en ardeur,\n   et la terre, sons toi, qui résonne, charmée,\n   et ton geste où s’épuise en morceaux tout ton cœur!\n\n  Toute la vénusté des femmes, c’est ta chair ;\n  et toute leur beauté c’est ta chair ; et leur âme,\n  c’est ta chair. A h ! comprends le cri de printemps clair\n  qui ja illit de ta chair en triomphe, et se clame!...\n\n\n                                               G eorges R ency.\n\n\n\n\nL a C hanso n du pauvre diab le\n\n       Moi, c’est le pauvre loqueteux.\n       Qu’ai-je? De sales habits en guenilles.\n       Est-ce tout ? Non ! moi, miséreux,\n       J ’ai un violon; et je fais des trilles\n                      Le ventre creux.\n\n       D'autres volent; je suis honnête,\n       E t c’est pour ça que je crève la fa im .\n       Pour moi, ce n ’est pas toujours fête.\n       J ’ai pas de logement ; j ’ai mal aux reins,\n                  J e ne sens plus ma main.\n\n       Ceux qui dorment dans des lits chauds,\n       Ils ne savent pas ce que c'est que la neige,\n       L a nuit, qui tombe sur le dos\n       D u pauvre, sans abri, que le vent lèche.\n       Ils s’en moquent ceux qui ont chaud !\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                                 — 53 —\n\n               I l y en a qui ont des femelles.\n               Quant à moi, je ne sais rien de l ’amour.\n               Mes souliers n ’ont pas de semelles,\n               E t je vois de belles femmes tout le jour,\n               Qui ont des robes, des châles sur elles.\n\n               Mais voilà, il fa u t que je chante les amours,\n               Le vin, la bonne chère, les beaux jours!\n\n                                                  P a u l D u b o is .\n\n\n\n\n                           L e C irque\n\n    Il y a des années — depuis son enfance — qu’il n ’est plus venu au\ncirque. Ce soir, celui-ci est bondé et il doit s’asseoir avec son père\nau prem ier ran g des stalles, au niveau de l’arène.\n    T o u t de suite la salle l’enchante. C’est bien plus beau encore\nqu’une salle habituelle de spectacle, cet am phithéâtre où tout autour,\nju s q u ’au faîte, s ’étagent des milliers de têtes, des m illiers de faces\ntoutes roses.\n    C’est bien toujours le cirque d’autrefois. Il reconnaît l’immense\nsalle m auresque, avec tout un attirail de trapèzes et de cordes sus­\npendu à la voûte. Il reconnaît son atm osphère, ses lustres brûlant\n à demi av an t le spectacle, les recherches inquiètes des gens qui\ns ’installent, tandis que la m usique, foraine, joue pour faire patienter.\n    E t tandis q u ’il attend, songeur, le spectacle, s ’évoquent en\n lui des grand’m esses de dim anches quand il était tout petit, où il\n rê v ait délicieusem ent, au son de la m usique chaude et triom phale\n de l’orgue, q u ’il était un acrobate et que, m onté tout au h au t du\n cirque, héroïque et contem plé de tous dans la joie de son audace, il\n allait bondir de là jusque dans l’arène.\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "                                 — 54 —\n\n    Depuis longtemps il désirait cette soirée au cirque populaire,\nathlétique et vital...\n    E t voici q u ’au son de l’orchestre, s ’avancent dans l’arène, su r\nleurs chevaux tranquilles et doux, bruns ou blancs, à longue cri­\nnière flottante, seize cavaliers, huit seigneurs, pourpoint de velours,\navec crevés de satin, et toques de velours la plum e au côté, et h u it\ndames, robe longue choyant en draperie su r l ’anim al, et grand\nchapeau à plumes. Oh ! la belle évocation de chevauchées passées,\nde seigneurs et de dames en atours splendides, voyageant beaux et\ndignes à travers leurs pays.\n   D eux acrobates leu r succèdent, deux garçons d ’une souplesse\névidente, l’un très jeune avec des cheveux noirs et de grands yeux\nétonnés, l’autre plus grand qui semble avoir une fierté, une con­\nscience tranquille de sa force.\n   On a établi au centre de l’arène une sorte de pyram ide au som m et\nde laquelle ils grim pent to u r à to u r pour y exécuter leurs exercices.\nL e plus jeune s'y tient debout su r les m ains, puis, harm onieusem ent,\nil incline son corps à droite et à gauche ; le plus grand s ’y soutient\nsu r une seule m ain et se fait tourner lentem ent. E t dans ces exer­\ncices qui déploient leur poitrine splendide, ils développent au x yeux\nde tous leur corps d’une chair une, ferm e et souple. P u is, à to u r de\nrôle, au h au t de l’édifice, ils se font pirouetter lentem ent su r leur\ntête, sans même se soutenir des m ains.\n   L a pyram ide fait place à deux escaliers qui convergent vers un\nmême plancher. L ’aîné prend alors son com pagnon tête contre tête,\net, sans le soutenir de ses m ains, il le porte en équilibre, m onte l’esca­\nlier et le redescend. L e jeune garçon ouvre la bouche; ses yeux qui\nveulent regarder en bas prennent une expression étrange, comme\nlointaine. François n ’aime pas cet exercice parce q u ’il lui sem ble que\ncela doit déprim er leur cerveau, que tout ce q u ’ils ont dans leur\npauvre tête doit en être écrasé, et q u ’il ne doit plus rester en eux\nq u ’une pensée unique, tranquille et mélancolique.\n   P o u r term iner, ils pirouettent su r eux-m êm es to u t au to u r de\nl’arène, et l’aîné le fait avec une souplesse, une rapidité, une force\ncontinue de pivot, qui fait pleuvoir sur les deux com pagnons les\napplaudissem ents de l’am phithéâtre tout entier.\n   V ient alors sur son cheval brun, un jongleur, un Grec m aigre et\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "                                — 55 —\n\nsec, to u t vêtu de noir, qui, à la course, tient en équilibre des objets\n de toutes sortes, boules, balles, verres, chapeaux, bouteilles, avec\n une adresse qui ém erveille F rançois. P uis, pour finir,'il jongle avec\ndes flam beaux allum és. L ’effet est saisissant; son visage m aigre, son\nvêtem ent noir et la robe som bre de sa bête, s ’éclairent de tout le\nm ouvem ent diabolique et fou des torches. Il saute à bas de son\ncheval, et, au m ilieu de l’arène, il allum e deux fusées qui s ’épa­\nnouissent en étoiles, et avec elles il jongle, to u t noir au m ilieu d’un\njaillissem ent d ’or.\n   U n clown fait diversion, un clown à grosse face pâle, vêtu de lilas,\nqui débite des balourdises à l’un des régisseurs. François l’aime\npeu.\n   P u is viennent su r leurs chevaux à large croupe, deux écuyers,\nhom m e et femme, vêtus de ridicules costum es de jockeys, qui exé­\ncutent leurs grâces et tours coutum iers.\n   T a n t q u ’ils ont leurs écuyers à dos, les chevaux, deux bêtes\nblanches largem ent bâties, avec de belles crinières flottantes, blan­\nches aussi, suivent lentem ent le cercle de l’arène, la tête tenue bais­\nsée p ar la m artingale ; mais peu à peu on leur ôte selle, brides et\nm ors, et alors, toutes nues et toutes blanches, elles dressent la tête,\net le cou tendu, les naseaux hum ant la course et la crinière flottante,\nelles courent belles comme des cavales sauvages.\n   Oh! le beau spectacle, la vraie beauté vivante, q u ’il attendait et\nqui s ’offre à lui. C ertes, c’est un spectacle à part, vraim ent de la\nbeauté, ces chevaux, ces bêtes magnifiques, élevées pour la perfec­\ntion de la race, courant et bondissant belles et libres dans cette\narèn e; et ces hom m es, ces jongleurs qui jouent avec de la flamme,\net ces acrobates qui m ontrent sous le m aillot leur m usculature puis­\nsante, leur corps m erveilleusem ent souple et bien fait. E t cela,\npopulaire, avec une bonne m usique un peu foraine, qui accompagne\net rend héroïques tous les gestes. E t su r les gradins jusque to u t en\nh a u t du cirque, deux mille personnes contem plant tout cela avec\nune joie d ’enfants.\n   U ne sonnerie, et voici deux acrobates, d ’une originalité re c h e r­\nchée, deux êtres absolum ent disloqués, vêtus de complets cocasses\nqui donnent à leur corps un aspect déformé et bizarre.\n   U ne sonnerie encore, et voici entrer, sur un magnifique cheval\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "                                — 56 —\n\nnoir, une écuyère, une belle fille, vêtue d’une longue robe de velours\ném eraude brodée d ’une quille d’or, et coiffée d’un chapeau à la\nRubens garni de plum es d ’autruche blanches. Un grand lévrier\nrusse trotte à côté de son cheval, levant sans cesse vers elle sa\ngueule soumise. E t cela forme un tableau qui charm e F rançois to u t\nparticulièrem ent, ce cheval noir au poil luisant et parfait, cette belle\nécuyère dont la robe de velours vert brodée d ’or le fascine, et ce chien\nblanc, chien de châtelaine, qui court à côté du cheval. Ces trois\nêtres ont un prestige : ils lui sem blent m erveilleusem ent beaux. Il a\nla sensation de toute la lum ière du cirque, il la sent au to u r d ’eux.\nIl lui semble qu’ils se m euvent dans de l’or, dans une lum ière\néblouissante, toute en o r et belle comme le soleil. L a belle dame\nsourit. C ’est une vraie écuyère, elle est bien du cirque, c’est bien la\nbelle fille, vêtue de velours et coiffée du grand chapeau à plum es,\nqui sourit à tous en guidant le pas rythm ique de son cheval, celle\nqui est belle pour la foule et dont la foule em porte l’im age presti­\ngieuse. F rançois en a vu de pareilles quand il était to u t petit, mais\njam ais il n ’a senti cette écuyère aussi naïvem ent belle et populaire.\n    Son père lui dit : « Quel dommage q u ’elle n ’ait pas une plus belle\nrobe » et F rançois le regarde étonné. Cette robe de velours vert,\nbrodée d’une large quille d’or, lui semble som ptueuse, de ce bon\n som ptueux qui ém erveille et n ’est pas insolent.\n    L a belle dame sourit toujours, en m aniant élégam m ent sa\n baguette. E t François regarde aussi et su rto u t le cheval noir, le beau\n cheval noir, au poil ras, luisant et parfait, peut-être trop « comme il\n faut », qui fait la haute école, qui change son pas selon tous les\n m ouvem ents de danse de l’orchestre. Comme ses gestes sont\n beaux et pleins de charm e ! L e cheval, la belle dam e qu’il porte, et\n le lévrier blanc à son côté, pourraient évoluer ainsi des heures sans\n le lasser. V raim ent, c’est comme s’ils se m ouvaient dans de l’or; il les\n regarde avec des yeux d ’enfant, de populaire ém erveillé de voir des\n êtres som ptueusem ent vêtus, se m ouvoir pour lui dans de la lum ière.\n    E t soudain choit la m usique qui soutient le pas du cheval. E t ils\n quittent l’arène. P uis, la belle écuyère revient à pied, ay an t ainsi\n beaucoup perdu de son prestige.\n    L e directeur alors, correctem ent vêtu et solennel, fait évoluer\n au to u r de l’arène q uatre zèbres, qui, avec des petits cris plaintifs,\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "                                  — 57 —\n\ntro tten t, rétifs, sous les m orsures du fouet. E t F rançois songe com­\nbien il eût m ieux valu laisser à leur liberté, ces petites bêtes faites\np o u r vivre là-bas lointainem ent, sans com pagnonnage avec l’homme.\nE t il voit soudain un grand horizon de pam pas, des espaces sans fin\navec des buissons et des hautes herbes, où passent près de lui des\nfuites de girafes im m enses et candides, et des courses de zèbres en\npleine liberté!\n   E n un m om ent on dresse alors au m ilieu de l’arène un haut tam ­\nb o u r de bois, su r lequel m onte le dircteur avec un poney. E t voici\nentrer, p ar fuites de huit ou dix, cavales blanches à crinière flottante,\ngros chevaux puissants et pom melés, grands chevaux bruns, m inus­\ncules poneys soigneusem ent bichonnés, soixantes bêtes qui se\nm ettent à courir p ar files en sens inverses. Ils sont trop, on ne les\nvoit plus ; m ais une extraordinaire sensation de m ouvem ent, de vie,\ném ane de tous ces chevaux sans selle, qui courent dans la rum eur\nsourde de leur galop, soulevant le sable, et lançant d’épaisses m ottes\nde terre en dehors du cercle.\n    F ran ço is est aveuglé p ar le sable; son père, resté assis, se gare de la\npoussière p ar son jo u rn al. E t lui, éperdu, soulevé par le m ouvem ent\n de cette course continue, regarde passer par delà les deux prem iers\n rangs, dans la ru m eu r lourde de ce galop énorm e, des têtes blanches\n de cavales, crinière flottante.\n    Oh ! lâchée de toutes ces bêtes, libres, en pleine nature ! Oh ! che­\n vauchée, à trav ers cham ps, avec la bien-aimée, dans l’atm osphère\n froide et hum ide d’autom ne!\n    On ouvre l ’arène, et, rang p ar rang, les chevaux fuient...\n    E t voici, pour couronnem ent du spectacle, le steeple-chase final.\n    On dresse des claies énorm es, et un à un, de l’om bre des écuries,\n les chevaux accourent dans l’arène, m ontés de cavaliers rouges,\n com m e en chasse, et franchissent l’obstacle. Un peu d’angoisse\n prend les poitrines. L e directeur est debout à côté de la haie, une\n m ain en poche, ay an t perdu sa rectitude de tantôt, tout entier à ce\n sa u t dangereux et dernier de ses plus beaux pur-sangs. L es chevaux\n accourent à nouveau. L ’un d’eux heurte du sabot contre la claie. Le\n cavalier a basculé s u r sa selle. Choc dans les poitrines... L es chevaux\n accourent encore, et franchissent l’obstacle à to u r de rôle. Oh ! force\n de la bête énorm e, qui se projette tout entière et passe, em portant le\n  cavalier su r son dos !\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "                                 — 58 —\n\n   Les chevaux accourent. H e u rt encore. Choc clans les poitrines.\nN ’im porte! il faut q u ’ils passent! Mais ils sont las. Ils disparaissent\nalors un instant, et accourent pour la dernière fois. Hop ! Le prem ier\nsaute. H eurt contre la claie. L e second le suit, H e u rt encore. E t\nvoici venir le dernier. H an ! Effort énorm e de la béte. E t cette fois le\ncheval franchit l’obstacle sans le frôler!\n   L a m usique sonne la fin. Deux des lustres s ’éteignent aussitôt. E t\nla foule, quittant la salle où va se faire l’om bre, se hâte vers la sortie,\net s’épand en m asse dans la rue noire où de rares cafés sont encore\nouverts.\n   E t François, se dégageant de la foule avec son père, s ’en revient\nsous les étoiles, tout perdu encore dans la vision des êtres vivants et\nbeaux qui, pendant des heures, se sont succédé devant lui.\n\n                                           E ugène V an      de    P utte.\n\n\n\n\n                  Soleil de m i n u it\n                                                     A J ean D e l v il l e\n\n\n         Dans le recul où meurt une lande de neige,\n         la nuit noire déride son fro n t rongé d ’ombres\n         et s’éveille. D ’abord, c’est la ligne sanguine\n         où luminent des îlots lointains phosphorescents\n         et des cimes hautes, chenues et pleurantes.\n         Les vieux oiseaux du jour effrayés dans leurs songes\n         battent des ailes grandes, pareils à des proues\n         qui roulent aux vagues houleuses et surgissent.\n         E t tout à coup, pendant que la lune s’effondre\n         un soleil blême émerge au-dessus des rougeurs,\n         sévère et froid, ressuscitant les paysages.\n         L a mouette trompée a f u i les vertes grèves,\n         les marins attardés s’inquiètent d’une aube\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "                                     — 59 —\n\n          sitôt venue en la nocturnité dolente.\n          Mais bientôt, les astres apparus ont pâli,\n          les roches sont retombées aux lassitudes,\n          et la nuit s’enlargit en les mornes ténèbres\n          où le soleil-fantôme a croulé sa splendeur.\n\n                                                 H e n r i D e C lassan t.\n\n\n\n\n                        LES L IV R E S\n                       U n e Rose à la bouche\n          par L o u is D e l a t t r e (Collection du Coq rouge, H averm ans).\n\n   J e ne crois pas q u ’il soit possible de caractériser le talent de\nD elattre m ieux et plus intim em ent qu’il ne l’a fait lui-même, en\ncette simple phrase de la Dédicace de son dernier livre : « T outes les\nchoses m e sont égalem ent si délicieuses !» Il y est exprim é tout\nentier, avec son ironie légère et souriante, sa naïveté ingénuement\nrouée, sa sensibilité capricieuse et attendrie. E h oui ! la petite Fille\np eu t prendre les fleurs douces q u ’il lui tend ou les laisser, s’en griser\nou les oublier. Il p eut y avoir des larm es dans son cœ ur ou du trouble\nà ses yeux. Oh ! q u ’im porte! T outes les choses lui sont également\nsi délicieuses ! R ien q u ’à en trer en lui, elles subissent une m étam or­\nphose de féerie, une sorte de transposition béate et éblouie. Espèce\nde chim iste psychique, il décom posera toute tristesse ju sq u ’à n ’en\nplus conserver que l’essentielle vibration de vie joyeuse. E t telle\nhistoire de deuil à couler au trav ers de son art, s’y revêtira soudain\nde je ne sais quelles teintes pures et rieuses de ciel, qui m entent à\nla m o rt et font penser à ces eaux noires, lourdes, qui passent sous\nle soleil et y luisent de lum ière. L a vie! il la contemple toujours au\ntrav e rs de l’idée un peu chim érique et enfantinem ent radieuse qu’il\ns’en est faite. E t elle est toujours bonne, toujours m iséricordieuse.\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "                                    — 60 —\n\n Ne dit-il pas, quelque part, que jam ais il ne faut insulter la Destinée ?\n Chez lui, toute émotion se cristallise en joie claire, en ém erveil­\n lement. T oute chose ne se décelera qu’en joliesse, grâce et sourire.\n E t c’est ainsi qu’il parle doux et est heureux ! De mêm e les ém otions\n ne s’imposent pas à lui absolument, n ’évoquent mêm e pas l’image\n spécifique m ais éveillent le souvenir des analogies et des ressem ­\nblances. C’est ce qui explique ses sautes de phrase, ses vagabon­\n dages en plein rêve, loin du sujet, croit-on, m ais plus chuchotteurs\nd’impression qu’il ne p araît tout d’abord.\n   C ar ses rapprochem ents ont des parentés subtiles en leur candeur\nprim esautière ; ils sont aigus en leur psychologie un peu sauvage et\nfruste. Ce sont de fins sentiers de pensée, m éandreux, m ais qui\nchem inent au b u t: le ravissem ent. Les huit contes du petit livre\nde D elattre l’affirment en nous ce délicieux pro sateu r que nous\nsavions. L ecture finie, il nous dem eure dans l’âm e une exquise sen­\nsation, un peu pareille à cette rose que Low ike tenait au coin des\nlèvres, quand dans la petite ruelle claire, il rencontra les belles\njeunes filles qui riaient...\n\n\n\n   Six c h an so n s de p auvre h o m m e p o u r c éléb re r\n                 la sem ain e de F la n d r e\n           par M a x E l s k a m p (Paul Lacomblez, éditeur, Bruxelles).\n\n   T oute la sem aine n ’étant q u ’une joie (l’année de mêm e, la vie de\nm êm e!) voici se dire la joie d’un très beau poète devant la joie de\nvie. E t ce livre est une bouche éclose en paroles jolies de toutes\nles couleurs.\n   Or, mon ravissem ent s’en va p ar le pays fleuri exquis q u ’est cette\nsem aine chantée..., p ar ce pays\n\n                 où les cloches chantent aussi\n                 entre les arbres qui s’embrassent\n                 devant les gens heureux qui passent.\n\n  E t voici se chanter Lundi, brun et beige, couleur de foule, avec\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                                          — 61 —\n\nses ouvriers en fête, ses S aints P atrons, son vin joyeux, et ses\njo y eu x je u x populaires.\n   P u is voici se chanter M ardi, blanc et clair, simple et candide,\n\n                    et fleurant bon les draps nouveaux.\n\n  P u is M ercredi, lilas et rose, — chantant-fleurant, — Mercredi ainsi\nqu'un bouquet.\n  P uis Jeudi, v ert et tendre et jeune, — baisers donnés, baisers à\nrendre, — Jeudi délicieux des am oureux.\n  P uis Vendredi, ardent et rouge, splendide de vie\n\n                    car enfin sonne l’heure des bouches.\n\n   Enfin Sam edi, noir et som bre, car la nuit tom be — douce ! — sur\nla sem aine.\n   O r, voici se chanter D im anche ! Voici Dim anche bleu — Flandre\net la mer entre les branches — rire à la vie aux lointains bleus.\n\n                    E t ma chanson lors à sa fin.\n\n   Ah ! ne vous l’ai-je dit, ce livre est une bouche éclose en paroles\njolies de toutes les couleurs !...\n\n\n\n                                        P o è m es\n            p a r E m i l e V e r h a e r e n ( E d i t i o n d u Mercure de France\n\n\n    On dit que V erhaeren n ’aim e plus guère ses Moines et ses Flamandes,\ne t ce la se com prend presque, à considérer que ces livres n ’e n tre n t pour\nrien dans l’œ uvre véritable du m aître. N ous les retrouvons pourtant\navec plaisir en cette édition du Mercure, et, m algré le moule parnas­\nsien qui sem ble gêner parfois, nous y reconnaissons la prem ière\naffirm ation, déjà toute personnelle, de l’extraordinaire talent qui\nnous éblouit aujourd’hui. Q uant aux poèmes réunis sous ce titre\nsuggestif : Les Bords de la route, ils sont bien le bouquet, disparate un\npeu, des fleurs cueillies, de-ci de-là, au long du chemin de l’œ uvre.\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "                                 — 62 —\n\nIl en est de doux m erveilleusem ent, d’autres ouvragés com m e de\nprécieuses orfèvreries, d’autres tristes et sanglotants, d ’autres enfin\noù déjà le poète prend, selon son expression :\n\n                      L e m ors aux dents vers l’infini.\n\n   Mais tous, profondém ent, sont m arqués au coin de cette person­\nnalité adm irable, de cette belle palpitation hum aine, q u ’est l’âm e\nd ’Em ile V erhaeren.\n\n\n\n                     E t c h a n ta la feuillée\n\n                          p a r Charles B ernard .\n\n\n\n  E n tête de cette plaquette qui nous révèle un Jeune, inconnu de\ntous hier encore, et pou rtan t m erveilleusem ent doué, il faudrait\nm ettre en épigraphe bien des fragm ents de l'A rt poétique du grand\nbien-aim é poète V erlaine :\n\n                De la musique avant toute chose,\n                et pour cela préfère l’Im pair...\n                De la musique encore et toujours !...\n\n   C ar ces vers délicieux ne sont qu’une délicieuse m usique.\n   Poésie claire, en effet, poudrée d ’étoiles fines et scintillantes, et\ndont les s nom breux font frissonner de très m usicales soieries...\n   De belles lignes y ondulent; des formes nues s’y m euvent douce­\nm ent, — lointainem ent ; de grands décors splendides s ’y érigent ou\ns’y m euvent; et il s’en exhale de vaguem ent tristes sentim ents et\ndes rêveries.\n   Nuits d’étoiles, sentes rêveuses, ébauches, rêves, caresses, colo­\nris et pierreries, phalènes bruissonnantes, et ruisselets chanteurs et\nberceurs de perles, m usiques enfin, exquises! c’est tout ce petit livre\ncharm eur, qui me laisse\n\n                 le souvenir d ’harmonieuses griseries.\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                                       — 63 —\n\n\n                              L ’H o m m e je u n e\n        p a r H e n r i V a n d e p u t t e (Collection du Coq rouge, à Bruxelles).\n\n\n    Sous sa com plexité ém otionnelle, au travers de tous ses enchevê­\ntrem ents de rythm es et de sensations, ce livre apparaît en très sim ple\net pénétrante unité, d ’une ligne psychique très tenuem ent persis­\ntante.\n    Ce n ’est que l’élan d ’un cœ ur avide, ce. n ’est que le bond d’une\njeu nesse v ers la vie ouverte et hospitalière. D ’abord, l’am our,\nray onnant, en soleil illusoire, en prestige de beauté su r toutes\nchoses, l ’enivrem ent du soi décuplé, la joie d ’être, la joie d’être\ndoublem ent !... et l ’aspiration folle des em brassem ents totaux, le\nd ésir de joindre en une seule étreinte, dont l ’aimée petite et jolie\nserait le v ib ran t cœ ur, le ciel et l’a rt et la forêt et toute la nature.\nP u is, brusquem ent, l ’en-m ille-m orceaux du rêve, la chute im prévue\net lourde, la douleur, atténuée en tristesse, adoucie en mélancolie\n et, enfin, la convalescence et l’essor encore, plus calme, vers la vie\n claire et jeu n e et belle toujours !\n    E n sa courbe sim ple, le livre m ’évoque très nettem ent l’image du\nv a svelte et fougueux d’un je t d’eau... E n colonnette lisse, l’eau\n fuse d ’un vol vers le ciel, vers la lum ière. Ah ! joie d’être couleur\n de lum ière ! L e u rre de croire q u ’on va le toucher cet ensorceleur\n azu r so uriant, et l’eau m onte et, gaie, chante. Mais, soudain, le je t se\n reploye et c’est la chute en cent poussières, en effrittem ents de\n diam ants hum ides.\n    Sem blablem ent l’œ uvre, aux prem ières pages, s’irrue, halète\n d’im patience et d’ivresse. L es aspirations sont larges, illimitées.\n C roit-il pas, le pauvre, qu’il tient toute la destinée captive entre ses\n poings? E t après le désenchantem ent, le broyem ent du cœ ur, il\n pleure en petites proses lasses, m usicales, toutes frêles flaques\n d’âm e stagnante, où il se plaît à m irer son chagrin.\n    L ’œ u v re ainsi, to u t entière, est d’une hum anité très naïve, très\n chaude, et c’est pourquoi on l’aime. Sans doute, le style n ’est pas\n im peccable et le m étier, souvent, trah it l’artiste. Mais qu’im porte\n après to u t si elle vibre !\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "                                -   64 —\n\n   V ibrer !... T outes ces proses vibrent, de couleur et d ’am our !\nV ibrer ! C’est le m ot caractéristique qui, pleinem ent, en spécifie le\nprocédé et l’ém otivité. C ar V andeputte est essentiellem ent un pointil­\nliste. Il n ’a d ’un paysage que la vision en taches crues de couleur, il\nn ’a d’une passion que la sensation en grands coups de sang, en cris !\nL e pointilliste se révèle mêm e dans la form e... tous ces oh (n’y en\naurait-il pas trop, peut-être ?) tous ces ah !... toutes ces p h rases en\nun seul m ot, en un seul adjectif résum ées, ne sont-ils pas des touches\nde couleur, des effleurements d ’im pression ? Les paysages et les scènes\nen deviennent plus anim és, plus rem uants et lum ineux, d ’un papil ­\nlottem ent chatoyant et m ouvem enté : v ert et or !... ciel bleu ... et\nbêtes... cris et baisers... blanc, rouge et fleurs !...\n   Ceci peut être l’originalité, mais c’est aussi le défaut. Il y a, en\neffet, dans l'Homme jeune, de la fougue, de la jeunesse, des crachées\nde sève et de talent, mais il m anque la concentration, la sereine\npossession de soi, l’harm onieuse mélodie de l’être qui se sait. L es\ném otions sont fortes mais non intenses. L e poète se diffuse et se\ndéplie, il ne sait se condenser. Il a trop de vie en lui p o u r songer\nd ’éternité. E t c’est pourquoi, lecture achevée, il ne reste du bouquin\nnon tel souvenir spécial de geste ou de parole, m ais bien sim plem ent\nl’im pression de la parabole frém issante et gracieuse de cet am our\nenvolé et qui tom ba.\n    Ceci est un livre à relire. Il dit un peu de n ous... hom m es jeu n es,\nnous nous y retrouvons et au x jo u rs de lassitude, nous y viendrons\nboire un peu d ’ardeur. Ce prem ier livre, s ’il m anque de la plénitude\net de la correction définitive d ’une œ uvre, dem eure beau d’effort et\n de puissance. Il est ondoyant et polychrom e et affirme im périeuse­\n m ent, pour l’avenir, la splendide virtualité de son auteur.\n\n                                                       L ’A r t j e u n e .\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                                C H O SE S\n  Nous recevons la lettre suivante :\n               « Mes amis,\n      P our couper court aux interprétations qui se sont produites à l’occasion du\nbanquet que vous me faites l’honneur de m’offrir, sachez que je suis très heureux\nd’avoir vu les jeunes prendre l’initiative de cette fête et que joyeusem ent et nette­\nm ent je les approuve en tout.\n   » Bien votre                                              E m ile V e r h a e r e n . »\n   L e B anquet V erhaeren aura lieu le 24 février, à l'Hôtel Métropole, place de\nBrouckère. L ’habit n ’est nullem ent de rigueur.\n   Nous avons déjà reçu pour le Banquet un très grand nom bre de souscriptions.\nL a liste complète en sera publiée dans le prochain. L a limite extrême pour leur\nréception est fixée au 17 lévrier.\n   L ’Ame nouvelle, revue exclusivem ent réservée aux œ uvres des Jeunes, paraîtra\nprochainem ent à P aris.\n   Elle nous est chère par avance à cause de la sim ilitude de tendances qui existe\nentre elle et l'A rt jeune.\n   Font déjà partie de son comité : Maurice D um ont, adm inistrateur; Charles-\nH enry H irsch, Paul Fort, Edm ond Pilon, Saint-Georges de Bouhélier, T ristan\nK lingsor, Jean W eber, A ndré Lebey, André R uijters et H enri Van de Putte.\n   L e Salon d 'A rt idéaliste, qui s’est ouvert en jan v ier à la Galerie Saint-Luc,\nm anque absolum ent de diversité, de révélations et, encore davantage, d’unité,\nm algré l’uniforme dogme idéaliste sur lequel l’a bâti Je a n Delville. Nous n ’y avons\nrem arqué vraim ent que les très belles œuvres, déjà vues, de Delville, un délicieux\ngroupe d’enfants par Lagae et le pur chef-d’œ uvre d ’un m aître qu’est l' Amour\nvirginal de V ictor Rousseau.\n   L e Salon Pour l'A rt, lui, nous ressert en somme le menu de l’an passé. M ais\nne parlons pas des horreurs q u’on y peut v o ir; il nous faudrait des pages! Disons\nseulem ent que l'Enterrement de L aerm ans est d ’une originale et poignante splen­\ndeur, et que les nom breuses œ uvres d ’E m ile Fabry nous révèlent un admirable\nartiste, sachant donner avec une ligne, un regard, un geste, une infinie ém otion.\n   D ans le Soir, Piccolo nous révèle une particularité vraim ent intéressante des\nsymbolistes. Il paraît qu’ils ont eu l’audace de se servir du m ot « or » ! (ah! si\nc était au m oins celui de la publicité du Soir!) Mais le plus am usant de la révéla­\ntion, c’est que, parmi tous les vers de verslibristes infâmes que cite pêle-mêle le\nMôsieur, il a glissé — oh ! avec une naïveté si sereinem ent ignorante ! — ce bon\nbrave vers parnassien de Giraud : « Crève sous le soleil comme un grand abcès\nd’or ».\n   M. Georges D welshauvers a fait le 6 février, au Salon d’A rt idéaliste, u n e confé­\nrence splendide su r l'Ame dans l'Art.\n   A lire: A la Revue blanche: Les Persécutions en Russie, par Léon Tolstoï. Au\nCoq rouge: Le Rire de Mélissa, un éblouissant poème de Francis Vielé-Griffin; Le\nTatouage, par Georges Eekhoud ; des vers d’Elskam p ; S u r la Route, par Blanche\nRousseau, une prose d’une merveilleuse palpitation ; et enfin, de M aurice des\nO m biaux, un très juste article affirm ant Notre Esthétique, et un con te: A u Vert,\ndont nous poigne intensém ent la belle sentim entalité. D ans le même Coq rouge,\nCamille M auclair soufflette d ’un geste magnifique la lâcheté cabotine de M. Cop­\npée envers Oscar W ilde. Non seulement tous les artistes, mais tous ceux\nqui ont le cœ ur droit et bellement hum ain, applaudiront avec nous à sa fière\nsplendide indignation. A la Renaissance idéaliste : Paul Verlaine, par A lbert Fleury,\net certains beaux vers d’Edm ond Pilon. Au Rêve et l'Idée : une superbe et claire\nm éditation de Saint-Georges de B ouhélier sur l'Emotion. Cela nous fait heureuse­\nm ent oublier de m alencontreuses pages de dénigrem ent su r l’énorm e H enrik\nIbsen. Au Réveils du Van Lerberghe, du Rency, du Stefan George et du Rousseau\n(M. A lbert A rnay dirigera désormais le Réveil). Aux Pages de la Wallonie de l’In ­\ndépendance belge : Rosamonde et Lancelot, une légende jolie de Paul Dubois. A la\nLigue artistique, de notre ami Lévêque, une lettre splendide d ’exaltation vitale,\nque Delville ferait bien de méditer.\n   Au prochain : Comptes rendus de Ballades, par Paul F ort ; Le Poème de mes soirs,\npar Edmond Pilon ; Les Villes tentaculaires, par Em ile V erhaeren ; César-Antéchrist,\npar Alfred Ja rry ; A u x Ecoutes, par E douard D ucôté; E m ile Verhaeren, par Albert\nMockel, etc.\n   E rratum : A u num éro précédent, dans la Ronde de Charles Van Lerberghe,\n2e vers, au lieu de: dans ma main rose et ronde, lire: ta main dans ma main rose et\nronde.                                                                           H . V.\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "G        r a n d e                                M         a is o n                              d e                 B          la n c\n                                     LA PLUS IMPORTANTE DE L ’ EUROPE\n    24, 26, 28, Rue du M arch é -au x -P o u le ts, 30 , 32 et 34\n                                                  B R U X E L L E S\nF o u rn is s e u r b re v e té de Sa M a je sté la R eine des Belges, de Son A ltesse R oyale\n           M adam e la Comtesse de F la n d re e t de l ’E ta t in d é p e n d a n t du Congo\n\n      T O IL ES — M O U C H O IR S                L in g e rie , T ro u s s e a u x , L a y e tte s              B O N N E T E R IE\n             L inge d e ta b le                     B R O D E R IE S , D E N T E L L E S               A n g la ise , F ra n ç a is e , S ax o n n e\n                                                                                                                       e t B elge\n    C o u v e rtu re s , C o u rte s-p o in tes     C o rsets — J u p o n s , F a n ta is ie\n      FL A N E L L E DE SAN TE                        C hem ises p o u r H o m m es                    BAS, C H A U S S E T T E S\n                                                                                                        C aleço n s, G ile ts, J e r s e y s\n                                                      G ile ts de F la n e lle , C aleçons            FOULARD,GANTERIE\n  C alicots, M o u sselin es, P lu m e tis                       s u r m e su re\n         C O U T IL S , D AM A S                                                                                   S P É C IA L IT É\n                                                          F a u x -C o ls, M a n c h e tte s              d ’A rticle s en P in S y lv e s tre\n    C reto n n e p o u r A m e u b le m e n t         e t C rav a tes en to u s g e n re s            c o n tre le s affectio n s r h u m atism .\n\n\n\n  L a G r a n d e M a is o n d e B l a n c est la seule autorisée pour la vente en\nBelgique du véritable linge et tissus en fils de lin entrelacés d ’après le\nsystèm e du R. Curé K n e i p p .\n  Monopole pour la Belgique des tricots de laine irrétrécissable à la\nouate de tourbe antiseptique d’après la méthode du docteur R a s s u r e l .\n\n   NOTA. — Nous prions les Dames qui auraient un achat à faire dans\nles articles de notre Spécialité, de vouloir bien nous dem ander notre\nC a ta lo g u e g é n é r a l, qui est envoyé g r a t u it e m e n t .\n\n                    C O M M U N IC A T IO N IM P O R T A N T E\n   L a G r a n d e M a is o n d e B la n c a l'honneur de prévenir sa nombreuse\nclientèle, qu'elle ne possède ni agence ni succursale à Bruxelles, ni dans aucune\nville de la Belgique. — Elle engage les Dames à se mettre en garde contre les\nmarchands qui se servent du titre de G r a n d e M a is o n d e B l a n c .\n\nN O T A . — L 'E ntrée des M a g a sin s e s t tou jou rs lib re,\n          on p eu t tou jou rs se ren seig n er sa n s ach eter.\n                A U J O U R D ’H U I E T J O U R S                                                     SU IV AN TS\nExposition générale et grande mise en vente\n                    DES A R T ICL E S D’ HIVER\n     Une prime sera donnée pour tout achat à partir de 10                                                                            francs.\n\n                        Occasion, e x tr a o r d in a ir e\n     Tapis des Flandres première qualité.Lem\n                                           ètrecarré                                                                               1 6 .7 5\n    FOYER laine à franges, toutes teintes............................................................................6 . 9 0\n\n\n\n                                 Ixelles. — l m p . é c o n . , N . V a n d e r s y p e n , rue de Trêves, 3 8 .\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 2, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1896-02-15", "signet_source": "2e année - N°2 - 15 février 1896", "preuve": "Sommaire imprimé sur la couverture (PDF 42) ; l’erratum de la rubrique Choses renvoie à la Ronde de Charles Van Lerberghe parue « au numéro précédent » (livraison 1, janvier 1896), ce qui place cette livraison après la précédente ; la lettre d’Émile Verhaeren fait suite au Banquet Verhaeren.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}