{"numero_id": "ulb-art-jeune-1896-03-15-n3", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "articles": [{"article_id": "ulb-art-jeune-1896-03-15-n3-002", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 587, "texte": "L'Art                     Jeune\n\n\n                                             15 mars 1896\n\n                                                  2e ANNÉE\n\n\n\n\n                                                     3\n\n\n\n\nD iscours       . . H enri Van de P u tte\n   »        .     . Georges E ekhoud\n   »            . . F rancis Viélé-Griffin\n   »        .     . A lbert Mockel\n   »            . . A .-Ferdinand H erold\n   »        .     . Camille M auclair\n   »        .     . Camille Lem onnier\n   »        .     . A ndré R uyters\n   »        .     . Em ile V erhaeren"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-03-15-n3-003", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnements et ouvrages nouveaux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1687, "texte": "D es 150 exem plaires de la plaquette : Em ile V erhaeren, dont si g ra­\n cieusem ent, l ’éditeur Edm ond D em an fit don aux souscripteurs du\n B anquet, il ne reste plus que cinq ou six exem plaires. L es souscripteurs\n qui, n ’ayant pu assister au B anquet, désireraient pou rtan t en avoir le\n Souvenir, sont priés d’envoyer leur demande à l’A rt jeune. L es prem iers\n arrivants recevront la plaquette im m édiatem ent.\n\n\n   N ous donnerons, au prochain, une brève étude su r le Salon de la\n Libre Esthétique et su r les conférences qui y seront faites.\n\n\n   Au prochain : F ragm ent de la Légende de Vie, livre à paraître en avril,\nde Camille Lem onnier; poème de Viélé-Griffin et comptes rendus de tous\nles livres en retard.\n\n\n   L 'A rt jeune est ouvert à tous. Ecrivains, P eintres, M usiciens, Sculpteurs\npeuvent, en pleine liberté, s’y produire, y exposer ou défendre des idées.\nL 'A rt jeune est aux artistes.\n\n\n  Adresser m anuscrits, revues et livres, à l'A rt jeune, rue de B rabant, 131,\nBruxelles.\n\n\n  Il sera rendu compte de tout ouvrage littéraire ou artistique que nous\nrecevrons.\n\n\n                                         A B O N N EM EN TS :\nBelgique, 5 francs.                Le numéro, 6 0 centimes.                Etranger, 6 francs.\n\n\n\n                                O U V RA G ES N O U V E A U X :\nC o l l e c t io n     de   « l ’A r t   je u n e   ».   — Douze petits nocturnes, p a r A n d r é\n      R u y te r s .\n               d u « C o q r o u g e ». — Une Rose à la bouche, par Louis De ­\nC o l l e c t io n\n      lattre. — Philaster, p ar B eaum ont et F letcher, traduit p ar Georges\n      E ekhoud. — L ’Homme jeune, p ar H enri V an de P utte."}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-03-15-n3-004", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 65, "page_fin": 73, "titre_corps": "Le Banquet Verhaeren", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LE BANQUET VERHAEREN               Trè s sim plem ent, l’œ uvre e", "ancre_fin": "à V erhaeren ce Toast :", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "T O A S T A E M IL E V E R H A E R E N       Jadis, au temps farouche", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1652, "texte": "LE BANQUET VERHAEREN\n\n             Trè s sim plem ent, l’œ uvre entier d’Em ile V erhaeren fut\n               célébré le vingt-quatre février dernier, en la salle de\n               l'Hôtel Métropole.\n                  F ête familiale et intim e, mais aussi, ainsi que nous\nl’espérions, m anifestation grandiose et fervente, toute palpitante\nd’adm iration et d’am our! Aussi, la plus cordiale réunion de frères\nd’a rt, dont le charm e se prolongera infiniment en notre souvenir.\nAh ! n ’est-ce pas que ce fut un beau geste d’enthousiasm e vers le\nP oète?...\n   T o u s nous l’avons senti en trer en nous, infuser aux bouches\nbéantes de nos cœ urs son irrém édiable chant de beauté, de force et\nde passion. E t c’est pour cela que nous étions cupides d ’une fête\npareille où, enfin ! nous avons pu exprim er la h aute tendresse exaltée\nde nos cœ urs, pour son œ uvre et pour Lui.\n   L es luttes dernières, les attaques de quelques rares m ais fieleux\ndoctrinaires de lettres — peuh! convulsions d’agonie, spasmes h y s­\ntériques d ’une dégénérescence indéniable — eussent trouvé leur fin\ndernière et triom phale dans ce B anquet, s ’il n ’y avait longtem ps que\ntoutes ces choses étaient oubliées et annulées aux yeux des artistes.\nAussi ce que les organisateurs du B anquet avaient voulu, uni­\nquem ent, c’était réu n ir tous les fervents de l’œ uvre de V erhaeren,\nà la mêm e heure, en une seule pensée d ’adm iration et une seule\nacclam ation éclatante ! E t encore ! les réunir tous eut été impossible.\nC ar la ferveur pour ses vers balbutie à toutes les bouches : ici, là,\ntrès loin aussi, p arto u t ! où encore? que sais-je ! Les adm irateurs des\n"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2413, "texte": "                                — 66 —\n\nFlambeaux, des Villages et des Villes, sont perdus dans le cycle ano­\nnym e des continents ! Ils sont légion, mais on ne saurait les nom m er\nni les préciser : parce q u ’ils sont n ’im porte où, en n ’im porte quelle\nparcelle de n ature où l ’on pense large, neuf et beau, où l’on rêve,\noù l’on vit vraim ent... A ussi le vingt-quatre février, n ’était-ce que\nl’avant-garde seule de ces légionnaires qui dardaient vers le P oète\nleur lum ineuse enthousiaste joie de le fêter.\n   E t ceux-là lui disaient : « O M aître ! voici des fleurs, voici nos\ncœ urs, voici des phrases, prenez, et songez que c’est l’offrande sym ­\nbolique de toutes les adm irations et de toutes les am ours épanouies\nvers vous, p ar toute la terre ! E t dites? ces présents ! ne sont-ils pas\nbons et chauds à votre grande et vaillante âm e d’hom m e et\nd’artiste? »\n   Or, nous osons croire qu’il songea : oui. C ar son ém otion et ses\nparoles furent une récom pense chère et une significative réponse au\ntressaillem ent des lèvres, au regard des yeux, à l’effusion des m ains\net des cœ urs !\n                                   * *\n\n    A sept heures, la presque totalité des souscripteurs encadraient\nles tables du Métropole. A la table d’honneur avaient pris place : à la\ndroite de V erhaeren : Cam ille Lem onnier, C onstantin M eunier,\nA .-F erdinand H erold, H enri V an de P u tte et P au l S ainte-B rigitte ;\n à sa gauche : F rancis Viélé-Griffin, Georges E ekhoud et A lbert\nA rnay. A ussitôt après venaient, continuant l’im m ense table « fer à\ncheval » : Maurice M aeterlinck, Camille M auclair, E dm ond P icard,\nMarie Mali, Maurice des Om biaux, F ern an d B rouez, A lbert\nMockel, André F ontainas, Elisée R eclus, Georges R ency, B lanche\nR ousseau, H en ry Maubel, André R u y ters, C harles V an der S tappen,\nX avier Mellery, E rasm e R aw ay, F irm in V an den B osch, Octave\nMaus, M arie Closset, B erth a et Marie M ertens, C harles V an L e r ­\nberghe, G régoire L eroy, V ictor Gilsoul et d’autres, et d ’autres, mais\n il faudrait les citer tous, puisque tous étaient des artistes connus et\n des amis du P oète ; il est plus simple de renvoyer p o u r cela, à la\n liste des souscripteurs que nous publions à la fin de ce n u m é ro .\n     L e repas — faut-il en parler? — a paru à chacun copieux et\n exquis ; les rires ont allum é bien vite p arto u t de la jeune et am icale\n"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "                                  — 67 —\n\ngaîté; et les causeries nous ont insensiblem ent am ené à l’heure\nattendue des toasts et des discours.\n   N otre am i H enri Van de P u tte s ’est alors levé, le prem ier, et a\nprononcé les paroles suivantes, d ’une voix haute, m ais parfois trem ­\nblante d ’ém otion :\n\n\n   Ce n ’est pas uniquem ent, cher m aître et grand ami, au nom d ’une\nrevue d’a rt que je prends ici la parole; m ais plutôt au nom de tous\nles Jeunes, quels qu’ils soient, c’est-à-dire de tous ceux qui expri­\nm èrent, dans leurs œ uvres, cette éternelle et splendide jeunesse d e la\nvie dont v otre œ u v re a atteint le paroxysm e. Donc, je parle, à la\nfois, au nom de tous ceux qui sont ici présents et de ceux qui sont\nloin, n ’im porte où, m ais qui vous savent et vous aim ent, au nom de\ntoute l ’actuelle génération artiste et vraim ent hum aine qui se résum e\nm agnifiquem ent en v o tre œ uvre et en vous !\n   Ah! a u jo u rd ’hui to u t naît, tout se crée, tout s’épanouit! Nos\nâm es so n t de vie et de soleil gonflées à en éclater! Car, comme a\ndit F ran cis Viélé-Griffin, les tem ps héroïques sont révolus. L ’heure\nhum aine, elle aussi, dans tous les dom aines du cœ ur et de l’intelli­\ngence, est une heure ém erveillée d ’éclosions inattendues, et éblouis ­\nsam m ent envolée l ’éternelle lum ière de vie et la claire aube pure\nde l’ère nouvelle. E t celui-là qui, dans son œ uvre, nota cet essor\nlibre des cœ urs, cette extraordinaire jeunesse exaspérée de\nvie; celui qui nous conserva, avec toute sa splendeur exaltée, le\ngeste d ’envol jeu n e d’au jo u rd ’hui vers dem ain; c’était celui-là q u ’il\nfallait fêter et acclam er ! et que nous étions éperdûm ent avides de\nsaisir en les bras et de serrer contre le cœ ur de notre bel exultant\nenthousiasm e.\n   T elle, en effet, est la vraie, et j ’affirme, M essieurs, l’unique raison\nd ’être de ce banquet : perm ettre à l’ardente voix de notre adm iration\n d’acclam er V erhaeren au nom de tous et devant tous!\n   Or, voici réalisée en toute sa joie la fête que nous espérions. L 'Art\njeune en p rit l’initiative prem ière, et il serait de mon devoir, parlant\n en son nom , de le rappeler. Mais il n ’im porte! puisque, je le sais,\n tous dès longtem ps vous la désiriez du fond du cœ ur.\n   E t c’est mêm e pour cette raison, n ’est-ce pas, que ce banquet est\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2125, "texte": "                                   — 68 —\n\nen même temps pour nous tous, la plus belle des fêtes et la plus pure\ndes joies? Fête et joie! oui, car il nous y est enfin perm is d ’y exalter,\nhautem ent, dignement, et avec ferveur, un tel poète et son œ uvre.\n\n  Messieurs, je bois à notre bien-aimé E m ile V erhaeren !\n\n\n   D ’un Jeune, au nom des Jeunes, donc des derniers venus dans la\nlittérature, au nom aussi de notre revue qui en Belgique en est\nl’organe, ces paroles de chaude adm iration ont été coupées fréquem ­\nm ent p ar d’enthousiastes applaudissem ents.\n   P uis Georges Eekhoud a parlé, très ém u lui aussi, de l’œ uvre\nsplendide et libre de V erhaeren, de sa forme personnelle, violente\net pure, mais aussi de l’hom m e au cœ ur infini de beauté et de bonté,\nle plus loyal am i de ses frères d’a rt, des Jeunes et de tous :\n\n\n              M e s s ie u r s ,\n\n   E n offrant ce banquet à Em ile V erhaeren, nous fêtons le poète\nintransigeant et le généreux esprit; nous saluons en notre am i un\nécrivain génial, interprète du m eilleur des hom m es.\n   J e m ’incline profondém ent devant ce noble caractère en même\ntem ps que j ’exalte l’œ uvre puissante et originale. Ce n ’est pas le\nm om ent et le lieu d ’analyser cette œ uvre. D ’autres que moi vous\névoqueront sans doute, en quelques phrases, les grandes lignes et\nl’ensemble de cette série de poèm es pathétiques.\n   Je me bornerai à proclam er V erhaeren un « créateu r » dans la\nplus haute acception du m ot. C’est un m aître de la form e et de la\nrègle qu’il a triom phalem ent dégagées des form ules et des règle­\nm ents. Il a créé sa propre form e, sa propre règle. E t il a bien fait.\nSon a rt lui a donné raison, car il n ’y a de formes et de règles que\ncelles im posées p ar notre propre conscience et adaptées aux exi­\ngences de notre tem péram ent. L ’a rt n ’est pas plus im m uable que la\nn atu re ; comme elle il évolue sans cesse, comme elle il se transform e\net se renouvelle constam m ent.\n   V erhaeren a écrit ce qu’il sentait, ce q u ’il voulait et comme il le\nvoulait, en dépit des assim ilateurs et des pasticheurs qui se flattent\n"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "                                 — 69 —\n\nd’im poser aux artistes libres et inspirés, leur fétichism e et leur servi­\ntude. V erhaeren s’est forgé une langue à part au diapason de son\nâm e orageuse, une prosodie à l’image de son cœ ur passionné et\nvolcanique.\n   P o u r exprim er des idées nouvelles et rendre des sensations iné­\ndites, il a inventé un verbe nouveau. Celui-ci est inséparable de\ncelles-là. Je ne vois pas plus Em ile V erhaeren voué à l ’alexandrin\nclassique que M ichel-Ange obligé de soum ettre ses compositions\ntitanesques aux retouches prudentes de son contem porain Raphaël.\n   N on, V erhaeren ap p artien t à cette race de novateurs et de poètes\nabsolus dont les créations ne se m esurent pas aux syntaxes et aux\ngram m aires de rim eurs assagis et conformes. Sans vouloir contester\nle talent et l’habileté de ces répétiteurs de la littérature, il est naturel\nque la jeunesse leur préfère les écrivains d’avant-garde, les con­\nquérants de dom aines nouveaux. C ’est très bien Racine, Voltaire,\nH érédia et A natole F rance, mais que diable, M essieurs les pépinié­\nristes de lettres, nous en avons assez de vos boutures et de vos\ngreffes de ces arbres estim ables. F aites-nous grâce de vos sous-B au ­\ndelaire et de vos sous-B anville ! C’est assez d’arbrisseaux de la\nm êm e essence. Si nous estim ons les Vestales parnassiennes qui\nen tretiennent dévotem ent le foyer allum é aux foudres du génie de\nV ictor H ugo, nous acclam ons et nous vénérons les apôtres, les\nnovateurs hardis, ceux qui se chauffent de leurs propres flammes,\nces nouveaux P rom éthée qui dérobent un rayon nouveau à l’astre\néternel, ces forgerons tém éraires mais sublimes, qui sem blent frapper\nleurs poèm es su r l ’enclum e des orages et incendier leurs m éta­\nphores au x éclairs m êmes de la tem pête!\n   E t n otre cher V erhaeren est un de ces ravisseurs du feu divin !\n   L es plus forts sont les plus doux, a-t-on dit souvent.\n  E n songeant à Em ile V erhaeren, nous ajouterons :\n   L es plus grands sont les meilleurs.\n   Jam ais cet artiste robuste et fougueux n ’a connu les m esquine­\nries, les basses com pétitions, les envies cuistreuses qui dégradent\ntan t de gens de lettres et qui finissent p ar déteindre su r leur a rt, par\nim prégner celui-ci d ’un relent rance et moisi qui pue la vieille bigote,\nle cafard et l’im puissant.\n   V erhaeren est allé tout droit son chemin sans se préoccuper de ses\ncenseurs et de ses pions.\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "                                — 70 —\n\n   Plongé dans son noble travail, l’esprit peuplé de conceptions\ngrandioses, com m ent vouliez-vous qu’il songeât aux aboiem ents des\nroquets et aux piqûres des m oucherons?\n   E n revanche, je ne sache pas q u ’il se soit produit un événem ent\nlittéraire, qu’u n débutant sincère se soit révélé, q u ’il ait p aru un\nbeau livre, sans que V erhaeren ait applaudi chaleureusem ent et ait\nspirituellem ent fraternisé, com m unié avec celui qui lui procurait\ncette ém otion artistique.\n   D irai-je les encouragem ents q u ’il n ’a jam ais m archandés au x nou­\nveaux venus, son incessante collaboration à toutes les jeunes revues,\nson enthousiasm e, son appui, ses conseils prodigués à to u t ce qui,\ncomme lui, a soif de liberté, de justice, de renaissance, à to u t ce qui\nest désireux, altéré d’art nouveau, de vie nouvelle.\n    Foin des pastiches et des conventions ; à bas les m asques et les\npréjugés! Tels sont ses cris de guerre.\n    P ersonne plus que lui ne se réjouit du m érite et du succès de ses\nfrères d’arm es. P ersonne n ’exalte ses ém ules et ses féaux, ne les\ndéfend au besoin contre les dénigreurs et les envieux avec une si\nardente crânerie ! E t pour ce qui me concerne, c’est en l’estim e de\nV erhaeren que j ’ai puisé m on principal encouragem ent.\n    Aux étapes de notre rude chemin, aux relais de cette vie d ’écri­\nvain, particulièrem ent douloureuse en Belgique, nous avons pu\n chaque fois nous serrer loyalem ent la m ain, sans méfiance et sans\n arrière-pensée, heureux l’un de l’autre, solidaires, la tête h au te, et\nje me suis rem is en route avec un nouveau courage, prêt à affronter\n des persécutions qui, d’ailleurs, ne se sont pas fait attendre, après\n qu’il m ’eut dit, lors du banquet que les Ju d as m ’offraient avec les\n apôtres : « T on a rt a raison, tu fais bien ! Courage ! »\n    T oute sa carrière est une leçon d ’honneur, de dignité et de tenue.\n Il est tout le contraire du « gendelettre », du scribe à to u t faire qui,\n pour de l’argent, salit et bafoue les grands caractères, et se livre aux\n pires félonies.\n    P o u r me servir d’une expression de Camille M auclair : V erhaeren\n incarne la véritable aristocratie intellectuelle.\n    D ans sa vie, dans sa conduite, il a répudié et flétri to u t ce q u ’il\n m éprise dans les choses de l’a rt, c’est-à-dire : l’égoïsme, la bassesse,\n la fausseté.\n"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2045, "texte": "                                    — 71 —\n\n  Il a com pris et proclam é, p ar son éblouissant exemple, que la\nvéritable esthétique ne pouvait être que le triom phe d’une absolue\nnoblesse d’âm e.\n  Aussi, M essieurs, vous tous qui l’aimez et l’adm irez, est-ce avec\nune ém otion orgueilleuse que je bois non seulem ent au superbe\npoète, à l’a u teu r des Villes tentaculaires, des Flambeaux noirs, des\nDébâcles et des Campagnes hallucinées, mais encore à l’ami, au frère\nd’arm es, à l'homme, à notre cher, à notre grand Em ile V erhaeren.\n\n\n\n  Au nom des poètes français, F rancis Viélé-Griffin a salué alors le\ngénie de V erhaeren en les nobles paroles que voici :\n\n\n               M e s s ie u r s ,\n\n   E n p arco u ran t, naguères, pour la prem ière fois, cette belle et\nhospitalière cité, je me dem andais — nous nous demandions, quelques\namis et moi — si, fière à bon droit de son activité et de ses richesses,\nelle av ait conscience d’un privilège ra re entre tous, si elle s’enorgueil­\nlissait a u tan t q u ’il lui sied de la gloire de son poète;\n   M essieurs, votre présence ici, ce soir, nous soit une altière réponse.\n   V enu de loin p o rter à Em ile V erhaeren, l’hom m age d’une adm i­\nration profonde et que j ’eusse préférée m uette, j ’ai peu de titres, hors\nl’invitation aim able des organisateurs de cette fête, pour prendre\nparm i tous, la parole; souffrez donc que m a voix impersonnelle\nassum e l’hom m age unanim e.\n   Il est bon de vivre, une heure, nos com m uns enthousiasm es ; je\nchercherais en vain un m eilleur prétexte à cette réunion. L a gloire\ndu poète a lieu de son fait : il a suffi que son œ uvre soit. T ardif ou\nprécoce, l’assentim ent de la foule n ’anoblit q u ’elle : la noblesse du\npoète préexistait.\n   L e bénéficiaire de cette soirée, ce n ’est pas Em ile V erhaeren Poète,\nc’est nous to u s — et, en nous, la foule — qui, nous haussant à l’intel­\nligence de son œ uvre, avons enrichi notre âme de ses prodigues\nlargesses.\n   N o tre joie de ce soir se décuple, sans doute, de la présence parm i\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2079, "texte": "                                 — 72 —\n\nnous d’un hom m e de bonté et de beauté; m ais elle est née de la certi­\ntude que nous est, par lui, dévolu une richesse et une noblesse : nous\nfêtons, sous ses yeux, l ’agrandissem ent du patrim oine de l’a rt, du\ncom m un héritage; vous vous réjouissez que le poète soit fils de votre\nrace dont il exalte le prestige et éclaire la conscience, et nous, nous\nécoutons avec joie chanter encore, en nouveaux rythm es fiers et sûrs,\nle doux et mâle langage de F rance.\n\n               M essieurs,\n\n    P a r lès rues tortueuses ou rectilignes des Villes tentaculaires où\ntous nous avons erré, la statue du C apitaine victorieux s’est dressée\nà notre rencontre, « au carrefour des abattoirs et des casernes » ; —\nla carrure m étallique du Bourgeois constituant et volontaire y fait\nface à l’effigie du S aint de qui la foi douce groupa les hom m es à\nl ’om bre de sa bonté, — nous n ’y vîm es pas la statu e du Poète.\n    C ’est que lui-mêm e et lui seul, il en est l’architecte et le ciseleur :\n\n                  K E K P O T H T A I XPYSEA K P H D I S\n\n   L a base en est d ’or sonore à T hèbes\n   Aere perennins :\n   A Rom e elle est plus éternelle que l’airain.\n   V erhaeren s’est dressé une statu e; elle est de bronze et de granit,\nelle affronte un ciel orageux et tragique, elle- regarde au septentrion,\nau-dessus des m ers de tourm entes, de hasards et de victoires, la\nseule étoile qui ne dévie pas.\n   Au piédestal s ’adosse un moine étique qui songe; une flamande\ncharnue y accoude le large rire des kerm esses; les soirs l’ensan­\nglantent aux carnages des couchants; le flambeau brandi de la lune\nen fantom atise la silhouette; le fleuve devant elle pousse la débâcle\ndu printem ps et voici, su r les chemins, les passants apparus, en exode\ndes campagnes hallucinées vers les villes tentaculaires; le crépuscule du\nm atin s ’éclaire, nous guettons les Aubes.\n   L a statue est belle, farouche d ’attitude, volontaire, grave et\nexaltée à la fois, puissante du geste, hautaine un peu de front, et le\nregard s ’en va vers l’infini.\n"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1789, "texte": "                                — 73 —\n\n   E lle est de taille haute, et telle qu’elle en impose au plus indiffé­\nrent, au plus hostile; q u ’im porte, vraim ent, au bronze que le frôle,\ninconsciente où m alicieuse, im puissante en tous cas à nuire, l’aile\ngrêle et crochue des chauve-souris.\n   Ce soir, tourné vers l’artiste qui nous honore p ar l ’adm iration\nq u ’il a provoquée en nous, vers l’hom m e de qui la vie est un exemple\net l’am itié un titre, je m ’écrie avec une joie intim e de participer\nM essieurs, à v o tre enthousiasm e :\n   H onorons tous le grand Poète!\n\n\n   Selon le vœ u de toutes les personnes présentes, Edm ond Picard\na ensuite été prié de lire un des poèmes de V erhaeren, ce à quoi il\ns’est d’ailleurs prêté avec une bonne grâce charm ante et après\nquelques lauda tives paroles. Il lui a été d ’au tan t plus aisé de nous\ndire L e Fléau, le plus beau poèm e des Campagnes hallucinées, que\nl’éditeur E dm ond D em an avait gracieusem ent fait don à tous les\nsouscripteurs, quelques instants auparavant, d’une luxueuse plaquette\ncontenant une pièce de chacun des cahiers de vers du Poète. Tous\nl’en rem ercient ici infiniment.\n   Après cette lecture, il y eut une interruption dans les toasts. L e\ndessert fut servi. L es conversations reprirent plus ardentes. E t le\ncham pagne coula.\n   D ans l ’entre-tem ps, étaient arrivées de la p a rt de Mmes Lem onnier\net V an der S tappen, deux adm irables gerbes de fleurs. Elles jo n ­\nchaient de coloris frais la blancheur de la nappe, devant V erhaeren.\n   L e silence s ’est refait après le dessert. E t au nom du Réveil,\nA lbert A rnay a dit quelques aim ables paroles de sym pathie « au\npoète, au critique et à l’am i ».\n   P u is ç’a été A lbert Mockel qui a porté à V erhaeren ce Toast :\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-03-15-n3-005", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 73, "page_fin": 76, "titre_corps": "Toast à Émile Verhaeren", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "T O A S T A E M IL E V E R H A E R E N       Jadis, au temps farouche", "ancre_fin": "de Camille M auclair. Voici :", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Em ile V erhaeren,     P a r m a voix, et p ar ce gest", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 1789, "fin_caractere_exclue": 1976, "texte": "T O A S T A E M IL E V E R H A E R E N\n\n     Jadis, au temps farouche des épopées,\n     les grands guerriers chevelus, bondissants,\n     brandissaient les éclairs indomptables des épées.\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1457, "texte": "                               — 74 —\n\n Chevauchant, marchant à travers les forêts,\n ils étaient venus vers les villes\n où des hommes aux longues mains pâles\n semaient de fleurs épanouies les voies stériles.\n\n Pour éluder le poids lourd de leurs pieds débiles,\n ces hommes-ci marchaient d'une cadence égale,\n harmonieux et blancs comme glissent les cygnes;\n et jamais, sous l’appel du couchant triomphal,\n ils n ’avaient dépassé les remparts rectilignes\n qui devant eux dressaient les murs de l ’horizon.\n\nMais quelques-uns, lassés de leur morne prison,\nlevaient des yeux avides vers la plaine\net, parfois,\nils rêvaient de soleils nouveaux, d ’étranges mers\net d ’aubes suspendîtes sur des plages incertaines;\n\net, quand parurent les grands cavaliers rouges,\nouvrant alors les portes toutes larges,\nleurs mains aux mains guerrières unies,\navec eux, à travers la plaine,\nvers la forêt, vers les mers sans limites,\nils partirent, marchant de montagne en montagne\nvers les conquêtes à venir.\n\nA insi vers toi, frère d ’une autre race,\nvers toi qui as passé, fougueux et fo rt, devant nos villes,\nje lève mes mains étonnées;\n\n vers toi que, du haut des remparts immobiles\n nos yeux suivaient, lorsque tu vins avec tes beaux chevaux cabrés,\nj ’agite à la lumière l’allégresse des oriflammes\n et nos cœurs, bondissants de vivre, te saluent.\n\nLà-bas, aux rives douces de la Meuse\nparmi le rire ailé des ramures,\net la cantilène balancée des yeuses\nen confidences,\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1733, "texte": "                                 — 75 —\n\n    parfois il semblait à nos fronts juvéniles\n    qu’un souffle libre passait aux feuillures\n    et montait, par delà la courbe des forêts,\n    vers la patrie immortelle de l’azur.\n    Alors tu es venu, avec ton regard fier et sûr,\n    menant de front, de val en plaine,\n    la course indomptable de tes jeunes étalons.\n    Il y avait autour de toi des bruits de glaives ;\n    des cercles d ’éclairs éblouirent la nuit,\n    et devant toi stridait le cri de la victoire.\n    Or, nous t’avons suivi\n    lorsque tu chevauchais aux territoires sans limites ;\n    et par les plaines, par les forêts,\n    vers les mers aux lignes infinies,\n    vers l ’orient vermeil où l’or fleurit Ophir,\n    notre joie saluait, aux routes triomphales,\n    ta gloire qui marchait de montagne en montagne\n    à la conquête de l’avenir.\n\n\n   L e poète H enri de R égnier, absolum ent empêché, étant absent,\nA. F erdinand H erold a pris la parole au nom du Mercure de France,\net p o u r rap peler une fête sim ilaire qui eut lieu quelques jo u rs aupa­\nrav an t à P aris :\n\n\n   Quelques écrivains et quelques artistes, am is ou adm irateurs\nd ’Em ile V erhaeren, se sont réunis jeudi dernier à P aris, en un dîner\nintim e. Ils voulaient, eux aussi, célébrer l’apparition des Villes tenta­\nculaires et la réim pression des Flamandes et des Moines; et ils ont\nsigné l’adresse que voici :\n   « R éunis à P aris, ce soir, pour nous associer au banquet qui lui\nest offert à B ruxelles, nous adressons à Em ile V erhaeren l’hommage\nde n otre adm iration et de nos sym pathies.\n                              B rasserie d’H arcourt, 20 février 1896 .\n  Signé : H enri de R égnier, F rancis Viélé-Griffin, S tu a rt Merill,\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 978, "texte": "                                — 76 —\n\nAlfred Vallette, E douard D ucôté, A .-F erdinand H érold, R odolphe\nD arzens, Adrien M ithouard, Jea n de T inan, A lbert S aint P au l, P au l\nV aléry, R obert de B onnières, André F ontainas, P ie rre L ouys,\nC harles H enry H irsch, E douard D ujardin, Jacques Em ile B lanche,\nH en ry G authier V illars, André Lebey, A rm and P oint, P a u l F o rt,\nMaxime D ethom ers, L ugné-Poe, P au l A rm and H irsch, H enri\nAlbert, R achilde, Félix Fénéon, Alfred J a rry , R em y de G ourm ont,\nG aston Danville, R obert de Souza, L éon P au l F arg u e, H enry\nBataille, M aurice B eaubourg. »\n   E t je suis heureux, au nom de ces artistes, com m e au nom du\nMercure de France, que je représente ici ce soir, de vous dire, m on\ncher V erhaeren, quels vœ u x nous faisons tous pour votre prospérité\net v otre gloire.\n\n\n  L e dernier toast, m ais non le m oins substantiel et c h a rm e u r, fut\ncelui de Camille M auclair. Voici :\n\n\n       "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-03-15-n3-006", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 87, "titre_corps": "Émile Verhaeren", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Em ile V erhaeren,     P a r m a voix, et p ar ce gest", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 978, "fin_caractere_exclue": 2075, "texte": "Em ile V erhaeren,\n\n   P a r m a voix, et p ar ce geste, je vous propose ici le salut du\nvoyageur, l’hom m age de l’artiste, et l’accolade de l’am i.\n   Des souvenirs, des am itiés précieuses m ’on t attaché à ce pays : je\nne m ’y sens point étranger, j ’y pense comme à une des plus chères\nprovinces de m a patrie spirituelle. Je l’ai parcouru : et en ses régions\ndiverses j ’ai pressenti les rapports secrets qui l ’unissent aux œ uvres\ndes rénovateurs de votre a rt national, dont les plus considérables\ntestateurs sont près de vous à cette heure de joie, com m e ils le furent\naux heures de lutte.\n    E n l’eau obscure, dense, m ystérieuse des canaux, propageant aux\nhorizons les m irages qui naissent du ciel et du songe, en les gran ­\ndioses houillères, en les herbages fraîchis des plaines naïves où déjà\ns ’élève la senteur m arine, j ’ai entrevu l’idéal ingénu et tragique,\nl’alliance de simplicité et de rêve qui est toute cette race. P o u r tous\nceux qui sont présents, le pèlerinage des F landres m ’a éclairé su r la\nrenaissance d’une génération qui a m arché avec nous, mes cam a­\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2209, "texte": "                               — 77 —\n\nrades venus de F ran ce et moi-même, tranquillem ent, loyalem ent\ndepuis des années, m algré tout et selon le droit.\n    Mais lorsque j ’ai envisagé votre œ uvre, Em ile V erhaeren, j ’ai\ncom pris que vous aviez apporté en ce pays plane quelque chose\nd ’inusité qui sans doute lui m anquait: un am oncellem ent m ajestueux\net colossal de m ontagnes au x faces violentes, où se lit encore le\nbouleversem ent de l’ardente terre prem ière !\n    Oui, par la persévérance de votre esprit et l’ingénieux acharne­\nm ent de v otre art, vous avez, E m ile V erhaeren, au m ilieu même de\ncette contrée m éditative, dém enti son visage natal, calm em ent étendu\nsous le ciel et vers l’eau, par l’exaltation d’un tum ultueux m onu­\nm ent lyrique qui ne ressem ble à aucun autre !\n    L à, l’air libre et glacé des altitudes circule; et du h au t de ces\nrochers su rprenants, veinés d ’or et de sang, débris de cités éteintes\nou laves pétrifiées hors du sein de l’antique terro ir, descendent iné­\npuisablem ent des sources de vie, lucides et riches en énergies, vers\nl ’eau qui dérive dans vos plaines, et y confrontait seulem ent ju s ­\nq u ’ici le visage de la rêverie à celui du silence!\n\n       Em ile V erhaeren,\n\n   Mon âm e bien m oindre, m a bonne volonté du moins aussi fidèle,\nen ce so ir sont venues à ces fontaines vitales que vous nous avez\nrévélées : et c’est vers elles que par m a m ain, allégoriquem ent, elles\ntendent cette coupe que dédie à la vôtre le geste de mon toast cordial !\n   Que nous soit dévolue à nous tous l’existence hautaine de con­\nstru cteu r et de penseur dont nous vous devrons l’exemple et le bien­\nfait! Em ile V erhaeren, que le sentim ent d’avoir été dignement\nvous-m êm e vous tienne en sérénité ! Joyeusem ent je bois à vous.\n\n\n   C ’est alors que H enri V an de P u tte s’est levé pour donner lecture\ndes télégram m es de félicitations et de sym pathie arrivés pendant la\nfête, de la p art de M aurice B eaubourg, Antoine Van D yck, Max\nE lskam p, V ictor R em oucham ps, Maurice Van der Meylen, José\nP errée, G ustave K ahn, Georges R odenbach, M aurice W ilm otte,\nR obert de Souza, C harles S tuyts, E douard Ducôté, les adm irateurs\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "                               — 78 —\n\nanglais de V erhaeren, H enri de Régnier, E ugène D em older, H ector\nDenis, Félicien R ops, H u b ert S tiernet et R ichard L edent.\n   Cam ille L em onnier a clôturé la série des toasts p ar cette rapide\nmais magnifique étude de l’œ uvre entier d ’Em ile V erhaeren. N ous\nla reproduisons ici in extenso :\n\n\n    Je me reporte aux jours anciens : je revois la petite m aison am ie\nlà-bas. Il venait des jeunes gens, des poètes, des a rtis te s ; on s ’y\np rép arait pour le com bat; on y disait des paroles ard en tes; et je\nn ’étais pas encore l’aîné, nous avions tous le m êm e âge de rêve et\nd ’espoir... C’est là, mon cher V erhaeren, que je vous ai connu.\nC’est là que vous m ’avez lu vos prem iers vers. V ous êtes de ceux\nq u ’on aim e tout de suite parce qu’on sait q u ’on les aim era toujours.\nJ ’eus la joie de ne pas vous adm irer p ar degrés; je vous fus\nconquis sitôt que me fut révélé le signe qui vous prédestinait. Rien\nne s’en est allé, ni la voix, ni le geste avec lesquels m ’étaient\ndits ces vers tum ultueux. Un cor rauque et dur y sonnait, le beau\ncuivre déjà de votre âm e de plus tard. Il y a une chose de nous qui\nnous précède dans nos œ uvres jeunes; elle grandit, elle se tra n s ­\nsubstantie; elle n ’en est pas m oins l’hom m e que nous allons devenir;\net peut-être, je le crois, les forts ne connaissent que le recom m ence­\nm ent de la jeunesse à chaque livre. C’étaient les Flamandes. U n m oût\npuissant tout à coup, après des siècles, ferm entait. Ce fut la sensa­\ntion de quelqu’un entrant, la serpe d ’or au poing, dans les vignes\nlascives autrefois saccagées p ar l’ivresse des peintres panthéistes\net à son to u r vendangeant le m eurtre et l’am our. Un ru t convulsait\nles rythm es, grappant au long des vers les images forcenées. M an ­\ngeailles, buvailles, copulations et tueries se débridaient en ces rouges\nkerm esses, allouvies de vin et de sang. L a priapée flam ande fut res­\ntaurée, la grande fête des sym boles païens qui fit la joie des m aîtres\nde Flandres. On p erçut le bouillonnem ent d ’une sève âcre et long­\ntemps recuite, le coup de sang aux tem pes d’une hérédité pétulante\net qui crève en des spasm es. Ce fut l’explosion d’un tem péram ent\népris d’outrances dans le coloris et la sensualité. U ne race se déli­\nv rait en ce bouquet d ’essences enragées aux arôm es de m arais et de\nterreau gras, aux fleurs poivrés et crus odorant la su eu r et le blé\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "                                   — 79 —\n\nm ûr, les râbles et l’herbe foulée. L es Flamandes m ém orèrent les bac­\nchanales copieuses de R ubens et de Jordaens com m e ces eponymes\nde la bom bance et de la luxure eux-m êm es avaient, en les ruralisant,\nm ém oré les furieuses m ythologies.\n   Em ile V erhaeren n ’a pas recom m encé ce livre : celui-ci garde\ndans son œ uvre une valeur d’exception ; il a la signification d ’un\nre to u r aux origines ; il libère la filiation, la sujétion patríale, l’être\nvierge régi p ar l’instinct et les m ilieux. Il fut le livre qu’il fallut q u ’il\nfît av a n t d’écrire les autres. T o u t ainsi s’ordonne dans la destinée de\nceux qui sont voués à laisser de leur passage une expression qui\nvive après eux. V erhaeren écrit les Flamandes ; il y scelle, sous les\nm étaux lourds, la p a rt de son âm e qui lui vint des ancêtres; mais\nelle renaît sous d’autres form es, et il y a toujours de la m ort et de\nl'am o u r à cette âm e m agnifique et barbare. Elle était épique déjà\ndans la jo ie; celle-ci se déchaînait si forcenée q u ’elle en hurlait plutôt\nde douleur ; le vers éclatait com m e un cri et comme un râle ; toutes\nles roses de l ’am our étaient écarlates de ressem bler à des caillots\nde sang ; la pastorale était barrée de croix comme les routes d’un\ncim etière. E h bien, c’est la M ort seule qui va rester après les\nviolons, cassés de rire ju s q u ’au sanglot. E lle est comme la démence\nénorm e de cette œ uvre du poète qui commence p ar l’ivresse rouge\net se poursuit à travers les hallucinations noires. Ne cherchez plus\nici son image voluptueuse et fardée; nous sommes dans le cycle de\nl’h o rreu r. E lle est la m ort bruyante qui va devant les tam bours, la\nm o rt cauteleuse qui guette au fond des puits, la m ort ironique qui\ndanse su r les routes en agitant son trousseau de v ers... C’est elle\nqui, sous le froc et la cagoule, tro u an t les crânes de ses bruits\nde cloches, affolant les âm es d ’un vertige de dam nation, râpant les\ngenoux aux pentes de la révolte et de la pénitence, passe dans\nles Moines, la croix aux poings où même un Dieu en trépassant\nconsacra sa royauté éternelle. C’est elle encore qui, au seuil des\nSoirs, ce porche m erveilleux qui ouvre le monde hanté où va\nséjourner le poète, se dissimule, à l’affût de l’âme déjà chancelante,\net, avec des paroles insidieuses, lui persuade de la suivre aux ombres\nsans espoir :\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2042, "texte": "                                -   80 —\n\n         J e veux marcher vers la folie et ses soleils,\n         Ses blancs soleils de Inné an grand midi, bizarres,\n         E t ses lointains échos mordus de tintamarres\n         E t d’aboiements, là-bas, et pleins de chiens vermeils.\n\n  E t ces deux vers comme le tintem ent frêle d ’un jo u et qui se casse :\n\n              L ’inconscience gaie et le tic-tac débile\n              De la tranquille mort des fous, je l'entends bien!...\n\n   P uis la voilà qui, dans les Débâcles, se dém asque, hypocritem ent\napitoyée, et mêle ses doigts d’ossem ents, avec lesquels elle sonnait\nles tocsins furieux de la tuerie, aux poings qui l’appellent et sonnent\nle glas :\n         — O la fo lie! — et la cloche tragique où pendre\n         Mes mains, mes pauvres mains, pour appeler la mort!\n\n   E t la voici encore, la m ort des m inuits hagards, des nuits de\ndémence et de révolte et de doute. C’est elle qui, au fond des cha­\npelles de la déréliction, allum e les Flambeaux noirs. E lle parle bas,\nd ’une voix chuchoteuse, comme la prostituée des carrefours. E lle\nest la Dame noire offrant ses seins à la douleur du m onde :\n\n                   J e suis belle comme la mort\n                   E t suis publique aussi comme elle.\n                   A ux douloureux traceurs d’éclairs\n                   E t de désirs sur mes murailles,\n                   J ’offre le catafalque de mes chairs\n                   E t les cierges de mes funérailles.\n\n  Celui qui fut le passant de la démence phallique, d’un songe lourd\nde sensualité anim ale est devenu le pénitent de la démence des âm es,\nle poète visionné p ar l’ironique et fragile fantôm e de la raison\nhum aine. L e Flam and des jardins de la joie qui, d ’une serpe ivre,\nvendangeait le vin et le sang, s’est frayé avec la hache les halliers de\nla désespérance. P arti des confins de l’hum anité élém entaire, il\nfranchit les territoires interm édiaires pour aboutir aux hautes spiri­\ntualités, aux domaines du rêve et de l’hallucination. L es Soirs, les\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1969, "texte": "                                            — 81 —\n\nDébâcles, les Flambeaux noirs, les Apparus dans mes chemins sont les\nétapes de cette progression vers des horizons sans cesse élargis,\nvers le chanaan de son terrible et som bre idéal. C’est alors q u ’il\ns’atteste un des poètes absolus de ce tem ps, un de ces redoutables\nautochtones qui dem eurent isolés parm i les langages courants... Il y\na là d’effrayants puits d’affliction où quelqu’un se lam ente et hurle\navec une voix comm e chez D ante et Jérém ie. I l s ’entend là des\ncavernes de vociférations et de sanglots comme ressuscités des\nP ro phètes. Il en descend les spirales, il en veut sonder le tréfonds.\nC’est comme l’endosm ose de toute une hum anité m isérable qu’as­\nsum e ce plongeur aux ténèbres de la conscience. L a suggestion est\nconsternante : on perçoit les stades indubitables de la ru p tu re d’une\nâm e. D es orgueils prélim inaires, de la graduelle vacillation du sens,\nelle roule vers les agonies de la raison :\n\n       Mon orgueil tait son blasphème\n       E t s’exalte sous les abois de mes douleurs.\n\n\n   Aux Débâcles s ’angoisse la certitude de l’irrém éd iab le :\n\n        Mes doigts, touchez mon front et cherchez là\n        Les vers qui mangeront un jour de leur morsure\n        Mes chairs. Touchez mon front, mes maigres doigts, voilà\n        Que mes veines déjà comme une meurtrissure\n        B leuâtre étrangement en fo n t le tour, mes las\n        E t pauvres d o i g t s ...............................................................\n\n        E t vous aussi, mes doigts, vous deviendrez des vers\n        Après les sacrements et les miséricordes,\n        Mes doigts, quand vous serez immobiles et verts\n        Dans le linceul, sur mon torse comme des cordes,\n        Mes doigts qui m ’écrivez, ce soir de rauque hiver,\n        Quand vous serez noués — les dix — sur ma carcasse\n        E t que j ’écraserai sous un cercueil de fer\n              Cette orde carcasse qui casse.\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2468, "texte": "                                   — 82 —\n\n   Enfin, la raison est m orte :\n               E n sa robe de joyeux morts que solennise\n               L'heure immobile à l'horizon,\n               Le cadavre de ma raison\n               Traîne sur la Tamise.\n\n    L a D ouleur p artout crie m atériellem ent en ces vers, qu’on dirai\n étirés sur des claies, strapassés sur des chevalets et qui sont vrai­\nm ent de la chair vivante aux nerfs régrédillés, aux m uscles tordus\n comme le câble d’un cabestan. Un symbole, physique à force\nd’intensité, tangibilise, chez ce poète d’une race si plénièrem ent\nphysique, ju sq u ’aux plus subtiles nuances de l’abstrait. L a décrois­\nsance de la raison revêt ici, au fond d’une cham bre de tortures, les\napparences d ’un supplice corporel où l’âme est sa propre to rtio n ­\nnaire et inexorablem ent se scarifie et se dépèce recom m ençant sur\nelle-même les furieuses im aginations de J a n L uyken. Des trois volets\nde ce tryptique de l’orgueil, de la démence et de l’effroi, une odeur d ’in\npace et depourrissoir ém ane lourde, férine, vertigineuse comme ém a­\nnait des Flamandes la senteur viride et fauve des anim alités au giron\ndes étés. P a r des schémas outrés, par des correspondances essentielles\nd ’images et de couleurs, s ’avère le don prodigieux de tout incorpo­\nre r et d’exprim er, à l’égal d’un organism e, l’inorganique même, les\npures entéléchies spirituelles. V erhaeren est le poète optique des\nrégions de l’E tre et du M ystère. C’est p ar là qu’il ne cesse pas de\ns’affilier aux extraordinaires peintres de ses F landres et q u ’il p er­\nsiste lui-même le plus substantiel et le plus féroce des coloristes. Sa\nvision est comme le foyer même de son a rt concret, réalisateur, syn­\nthétique : elle a l’intensité brûlante, la force d’attirance et de cen ­\ntralité d’une lentille; elle est le creuset où, en vue des transfigurations\nidéales, se résorbe le R éel. E t cette vision toujours est forcenée, h allu ­\ncinée, paroxyste, signalant d’inouïes aptitudes à transposer dans le rêve\nles évidences, à se conférer les affres de la loi rom pue, à vivre l’a n o r ­\nrm al, les épouvantes de la raison su r les m argelles de l’abîm e, les\ninterlaps des cataclysm es, le frisson de l’im m inent, en sorte q u ’elle\ndevient, cette vision, l’expression exacerbée de la Panique. D ans le\ncirque en proie aux mimes et aux histrions, parm i nos mièvres\nlangues de rhéteurs, V erhaeren est le B arbare m éprisant des esthé­\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2660, "texte": "                                 — 83 —\n\ntiques byzantines et qui pousse une clam eur d’a rt sauvage. Ses\nvers se congestionnent de fracas rauques et lourds; ils évoquent des\ngongs de beffrois, des tum ultes de lam inoirs, des ronflem ents de\nmeules, de puissants chariots roulant dans un port. Ils ont des poly­\nchrom ies d’ors et de pourpres, brasiers flam bants où furent concas­\nsés des v itraux et des pierreries, où rutilent du soleil et du sang.\nInstinctif, spontané, touffu, tourm enté, irréductible, le poète se\npropose le violateur du tem ple, le briseur des vases sacrés. Il appa­\nraît, dans le tourbillon de ses images, un grand ingénu violent.\n    Mais ce n ’est encore là que de la littératu re et une telle âme\n échappe aux procédés p ar lesquels on voudrait la définir. Elle va\n plus h au t et plus loin ; c’est sa beauté de défier les esprits sym é­\n triques qui, pour la com prendre, se souviennent encore d’eux-mêm es.\n E lle est grande de tous les excès qui la font dissemblable des autres ;\n elle a le vertige de ne ressem bler à aucune ; et elle demeure, dans sa\n grandeur, infiniment solitaire et triste. P a r là, elle échappe à la\n m esure; ceux qui espérèrent l’am oindrir en la m esurant n’aboutirent\n q u’à m ieux faire sentir q u ’elle les dépassait... V erhaeren s ’apparente\n à la famille des Tragiques. Il est hanté p ar le m ystère perpétuellem ent\n et les destinées. Il a les pleurs de la douleur, il en a bien plus « les\n abois ». E lle est l’Isis noire de ses cryptes, gemmée des lourdes et\n  précieuses joailleries de sa terreu r et de son adoration.\n     L e paroxysm e e t son génie spécial; c’est la flagellation sans trêve\n  dont il fait saigner son âm e parm i les calvaires et les charniers. Il a\n  le goût de la m ort et du sang, des fontaines de sang comme chez\n  Rubens et R ibera, de la hideuse m ort putride et verte annelant à ses\n  doigts des chapelets de viscères ou, comme la m ort du moyen âge,\n  pesant en ses balances d’os la fragilité des D om inations. Elle tra ­\n  verse ici tout le Cycle. E lle est comme la main effrayante qui nous\n  guide à travers ses passages, et elle ressem ble à la folie; elle\n  rit et sanglote; elle porte un m asque su r sa face cam use; elle ne\n  cesse pas d ’être la grande épouvante. E lle était déjà dans la vigne\n  lux u rieu se; elle nous ouvre les seuils d ’ébène des Soirs; elle nous fait\n  descendre les m arches d e la crypte qui se prolonge sous les Débâcles\n   et les Flambeaux noirs... Vous la verrez paraître une dernière fois\n   dans les Campagnes hallucinées.\n                      L a mort a bu du sang\n                      A u cabaret des trois cercueils.\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2579, "texte": "                                 — 84 —\n\n   Déjà c’est la farce m acabre de Klauber, de Holbein et de R ethel :\n ce n ’est plus la Dame noire, ni le spectre qui sonnait le glas de la\n raison; ce n ’est plus le destin vers qui m ontaient les abois de la\n D ouleur. L a M ort s ’est extériorisée : l’âme bientôt va guérir. R ap­\npelez-vous, dans les Apparus, les deux pièces finales : Celle du jardin\net Très simplement. C’est le signe annonciateur : tout le m al n ’est pas\nencore en allé, mais un commencement de paix signale l’alanguis ­\nsem ent délicieux de la souffrance. E lle ne rugit plus du fond des\ncavernes, com m e un lion altéré. Il passe un m urm ure léger d’orai­\nsons. P eut-être l’excès de la souffrance était encore de l’orgueil; le\npoète s’est hum ilié; il s’écoute espérer en du silence : on sent la dou­\nceur d’une délivrance prochaine.\n   Si dans les Campagnes une convulsion de l’ancien m al perce\nencore, ce n ’est déjà plus que le lancinem ent d’une blessure qui se\nferme. L a douleur v a m ourir d’avoir touché à la m ort et de n ’ê tre plus\nque le dernier cercle des ondes par-dessus le gouffre où l’âm e som bra\net d’où elle est rem ontée. Ainsi s’achève le grand Cycle noir; la M ort,\nm énétrier de la kerm esse des Flamandes, râcle ici, de l’archet enragé\ndont elle faisait danser L u x u re et T uerie, l’âm e toute vive et nue.\nComme elle m enait là-bas la sarabande des instincts rués, elle dis­\nloque et désarticule, en ces vers de m orgue et d’hôpital, la pauvre\nraison hum aine pantelante su r les tables et les lits. C’est la grande\nchorée des affres et de la douleur. E t ensuite elle s’en v a ; on la voit,\ntroubadour militaire, trim balant sur son cheval bonhom m e, décroître\nau lointain des Campagnes hallucinées. E lle n ’est plus qu’un symbole\nterrible et ridicule qui annonce la venue des autres, consolateurs.\nL e patient des Soirs et des Débâcles s’en am use comme d’une poupée\nsu rannée; il la raille et la bafoue, et toute peur cependant peut-\nêtre n ’est pas partie. Quand p araîtront les Villages illusoires, vous\nn’apercevrez plus par-dessus la haie que son suppôt, le funèbre et\nm achinal fossoyeur.\n   L ’ère de la douleur est révolue : le poète sort des om bres et in ter­\nroge les vivants. Il va par les berges, il v a p ar les bourgs. L ui, le\npèlerin de la m ort, il devient l’hôte du chemin des hom m es. Ce ne\nsont que de bonnes gens comme aux vieilles estam pes, des artisans,\nles petits m étiers qui sont la vie. Mais prenez garde à leurs gestes\nm inutieux et sournois, à leurs yeux clandestins, et ils ne disent rien:\n"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1645, "texte": "                                — 85 —\n\nils en dem eurent hagards et inconnus d’eux-m êm es. E t c’est la P a ra ­\nbole. Ils ont un sens dans la destinée hum aine ; leur labeur est essen­\ntiel comme les vérités éternelles. Ils sont l’om bre de quelqu’un qu’on\nne voit pas et qui est devant eu x ...\n\n  Voici 1e Passeur d ’eau :\n                 Le passeur d’eau, la main aux rames,\n                 A contre-flot depuis longtemps,\n                 Ramait, un roseau vert entre les dents.\n\n  Voici les Pêcheurs :\n                 Les vieux pêcheurs de la rivière\n                 Qui longuement depuis hier soir\n                 Pour on ne sait quelle pêche nocturne\n                 Ont descendu leur filet noir\n                 Dans l ’eau mauvaise et taciturne.\n\n  Voici le Menuisier :\n                 Le menuisier du vieux savoir\n                 F ait des cercles et des carrés\n                 Tenacement, pour démontrer\n                 Comment l'âme doit concevoir\n                 Les lois indubitables et fécondes\n                 Qui sont la règle et la clarté du monde.\n\n  E t puis, c’est le Sonneur et ces extraordinaires Cordiers, les plus\nbelles peut-être et les plus étranges de toutes ces figures de l’aven­\nture de la vie :\n                 Dans son village, au pied des digues\n                 Qui l’entourent de leurs fatigues\n                 De lignes et de courbes vers la mer,\n                 L e blanc cordier visionnaire\n                 A reculons, sur le chemin,\n                 Combine avec prudence entre ses mains\n                 Le jeu tournant de fils lointains\n                 Venant vers lui de l ’infini.\n"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2419, "texte": "                                 — 86 —\n\n   E t lui aussi, le poète, il est le cordier de tous les fils lointains venus\ndu M ystère et de l’Infini. Il les tresse et les détord : il y sent son âme\nnouée et toutes les choses hum aines. Il s’est dépris de ses douleurs\nanciennes, mais il dem eure le captif du Rêve, il rôde avec inquiétude\nparm i les analogies. C’est l’heure où il est requis p ar les Symboles.\nC’est le prem ier pas aussi vers cet a rt des vieilles images et des\nsignes énigm atiques, comme sur les tarots, comme aux très anciens\ngrim oires, et qui sera pour lui l’occasion de se renouveler en renou­\nvelant la chanson populaire. Il recherche les formes simples de la\ncom plainte et de la légende, et selon la loi de son esprit, il ne cesse\npas de s’y m ontrer tragique et puissant. Une lointaine hum anité s’y\nréveille, cette hum anité du tem ps de la m ort et de la souffrance qui\nfut la sienne, où il vécut comme en un trouble m oyen âge de l’âme.\nMais elle n ’y crie plus dans la dém ence; elle-même, comme lui, a\nsenti passer le souffle qui délivre. C’est parfois un charm e subtil de\nmélancolie, un émoi d’espoir et de choses qui vont naître; la bonne\nchanson chante et ignore qu’elle s ’afflige encore dans l'Almanach que\nguirlanda d’ingénieuses vignettes son ami, le beau peintre V an R y s ­\nselberghe. E t c’est un elleluia comme au mois de Marie, ce sont les\nG râces d ’une âm e revenue de la m ort à la Bonne Dam e, après\nl’autre, la terrible Dame Noire des Flambeaux, l’Isis ténébreuse de\nson culte m orbide et de ses râles... T o u t à coup, p ar un reto u r brus­\nque à la grande forme du Cycle, voici que se dessinent à l’horizon,\ndans d’aigres ciels tourm entés, les Villes tentaculaires. Mais ce n ’est\nplus qu’un tonnerre lointain, c’est le dernier spasm e de cette âm e\nam ère qui, du fond d’un tom beau de m arbres et de m étaux, hurlait\nvers la D ouleur. Il la transporte chez les hom m es ; il doute m ainte­\nnant qu’elle soit éternelle.\n\n          E t tandis que la foule abat, dans la douleur,\n          Ses pauvres bras tendus vers la splendeur,\n          Parfois, déjà, dans le mirage où quelque âme s’isole\n          La beauté passe — et dit les futures paroles.\n\n   Vers quelle évolution le h aut vol de la pensée, après les livres\nm erveilleux où régna la M ort, p ortera celui qui pour notre race s’est\nattesté l’expression la plus ém ouvante du Poète? Je ne préjuge rien,\n"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2157, "texte": "                               — 87 —\n\nje sais seulem ent que les Aubes vont succéder aux ténèbres et je\nretiens ces deux vers adm irables; ils ont pour moi un sens de\nprophétie :\n\n         Parfois, déjà, dans le mirage où quelque âme s’isole\n         L a beauté passe — et dit les futures paroles.\n\n   C ’est bien la délivrance cette fois ; le cor rauque et dur qui sonna\nl’hallali de la m ort s’est effacé au lointain de la paix enfin venue. E t\nd’autres m usiques, je crois, vont être entendues, simples et grandes,\npuisque c’est le génie d ’un tel poète de ne rien faire que de grand.\n   Je me défends d’avoir voulu faire une étude littéraire; elle eût été\nbien inutile devant vous qui connaissez la splendeur de l’Œ u v re . De\nlum ineuses pages furent écrites pour en exprim er le sens et que\nsignèrent de R égnier, Viélé-Griffin, Mockel, P icard, de plus récentes\naussi où les Jeunes, venus après ces aînés, à leu r to u r avec dévotion\nv o ulurent être les am bassadeurs de ce P rince des obsessions magni­\nfiques. J ’ai seulem ent désiré me m ettre un peu près de l’âm e excep­\ntionnelle qui le voua à être un hom m e plus triste et plus haut que les\nau tres. P ieusem ent, fraternellem ent, je me suis penché, j ’ai écouté\nsa lam entation infinie ; elle l’accorda avec la douleur de l’hum anité à\ntrav ers les âges. G rand poète et poète hum ain entre tous, il ne lui\na m anqué ni la gloire d’être passionném ent aim é ni celle, plus am ère\net précieuse cependant, d’être m éconnu. A ujourd’hui est jour de\nréparation et d’acclam ation. C ’est l’œ u v re accom plie que nous célé­\nbrons et c’est l’œ uvre à venir. D e pareilles réunions servent à\nm arquer l’étape franchie et à faire présager l ’étape prochaine..!\nE sp rit libre, âm e infiniment véhém ente et douce, âm e sauvée et pro­\nm ise aux m étam orphoses, très aim é V erhaeren, des poètes ici vous\nou v ren t les seuils de m ém oire.\n\n\n\n   Ses paroles ont soulevé notre joie la plus splendide à nous tous,\naim eurs de V erhaeren, dont il disait l’am our si bellem ent en phrases\nluxuriantes et m élodieuses !\n   André R u y ters lut encore alors ce noble toast de Stéphane Mal­\nlarm é :\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-03-15-n3-007", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 88, "page_fin": 91, "titre_corps": "À Verhaeren", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A Verhaeren                       au neuf et grand poète                      si", "ancre_fin": "et claire espé­ rance en l’avenir.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L I S T E DES SO USCRIPTEURS AU B A N Q U E T V E R H A E R E N              Adam, Paul, hom m e de lettr", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 1848, "texte": "A Verhaeren\n                      au neuf et grand poète\n                     si je ne suis un de ceux, ici,\n                pressés, auprès de l’ami valeureux\n                     pour toast\n                     j ’élève, avec une solennité\n                intime\n                      en le lisant, ce soir, dans\n                les dix livres de Poèm es aux\n                Villes T entaculaires\n                      ma joie du grandiose, du\n                 vrai jusqu’au poignant et au\n                 tendre, de l’étrange, du tumultueux,\n                 du grave qu’accorde, entre eux,\n                 selon un génie humain, son Vers.\n\n\n   E t il finit par ces m ots : « E t donc, V erhaeren, au nom de S té­\nphane M allarm é, au nom de notre Prince, je bois à vous ! »\n   L e silence total se fit, et V erhaeren se leva. Nous n ’accom pagne­\nrons d’aucun com m entaire ses paroles, par une douce gêne que lui\net tous com prendront, mais nous jurons seulem ent que les larm es\nen jaillirent des yeux et du cœ ur à plus d’un d ’entre nous... Et ces\nparoles furent vraim ent trop belles d’abnégation et de bonté.\n   D ’abord, un instant, il ne su t parler, tan t l’émotion l’étreignait...\nmais il rafferm it vite sa voix, et dit :\n\n\n               M e s A m is ,\n\n  J e voudrais trouver un m ot non encore banalisé par les circon­\nstances pour vous exprim er ce que depuis quelques jo u rs et en ce\nmoment-ci, j ’éprouve. T a n t de joie me ravit, que les m ots pour la\ndire défaillent et que ce sont précisém ent les plus simples qui appa­\nraissent les moins insuffisants. Laissez-m oi donc proclam er ici, que\ntout bonnem ent je vous rem ercie du fond de mon être et que je m ets\ndans ce rem ercîm ent toute mon émotion, toute m a force de sentir et\ntoute m a violence d’âme.\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "                                 — 89 —\n\n    Ce rem ercîm ent, je l’adresse et aux poètes qui jeudi dernier, à\nP aris, se sont réunis à mon intention, et à chacun de vous, qui, à\ncette heure, entourez cette table. Je l’adresse d ’abord à mes aînés et\nà mes m aîtres : Edm ond P icard, Camille Lem onnier, Georges\nE ek h o u d ; je l’adresse à mes si chers et si brillants cam arades, à mes\nfrères intellectuels de F rance et de Belgique, qui font si nom breuse\net si belle m a vraie fam ille; je l’adresse à mes collaborateurs au Coq\nrouge, à l'A rt moderne, à la Société nouvelle, au Mercure, à la Revue\nblanche, à l'Ermitage, à Pan, au Réveil, au Magasin littéraire, à l'idée\nmoderne, à l'A rt jeune, à la Lidte, au Libre Journal, à l'A rt wallon, à\nla Plum e; je l’adresse à mon déjà ancien am i et éditeur Edm ond\nD em an; je l’adresse à vous tous mes lecteurs et mes attentifs qui\nvous êtes rassem blés ici; je l’adresse enfin à tous ceux qui à cette\nheure pensent à moi et rendent cette m anifestation vraim ent trop\nlarge et trop fervente pour ne s’adresser q u ’à un hom m e.\n    D epuis quinze ans, que se sont succédées chez nous ces fêtes litté­\nraires, ce qui intéresse particulièrem ent, c’est que, toujours, elles\nont été provoquées par la jeunesse. Les nouveaux venus s’affirment\nen classant ceux qui les précèdent. Ils les adm ettent ou les récusent.\nIls en font des drapeaux ou les piétinent com m e des ruines. Ce fut\nd ’enthousiasm e qu’ils acclam èrent jadis Camille Lem onnier, q u ’ils\ncélébrèrent Georges Eekhoud. E n ces deux triom phes, la beauté de\nl’heure fut réalisée p ar leur lyrism e et p ar leur foi. On sentait q u ’ils\ninauguraient ou q u ’ils continuaient ce qui désorm ais en Belgique ne\ndoit plus p érir : l’exaltation d’une œ uvre et d’un nom , ou plutôt\n l’exaltation des lettres à travers un nom . C ar le culte pour un écri­\n vain n ’est que prétexte à un am our plus h aut et plus réel : l’am our\ndes jeunes pour l’art. E t aujourd’hui comme il y a dix ans,\n comme il y a trois ans, c’est leur passion tenace pour la beauté, c’est\n leur adoration, genoux ployés mais front haut, vers l’idéal, qui\n donnent la vraie signification à ce banquet.\n    Après les deux prem ières générations littéraires de notre pays, en\n voici une troisièm e aussi ardente et confiante que ses devancières.\n E lle se présente nette en ses haines et ses adm irations, pavoisée\n d ’espoir et de hardiesse, âpre et violente et haletante de vie et de\n bataille, telle enfin qu’apparaissent ceux qui partent pour la glorieuse\n et dangereuse aventure. E lle sait combien en cette Belgique d ’indif­\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2132, "texte": "                               — 90 —\n\nférence grise, de sommeil littéraire, où l’on connaît beaucoup m ieux\nles titres de bourse que les titres de nos livres, où le ventre semble\nla capitale du monde organique qu’est notre corps, où le cerveau est\nle carrefour de toutes les idées banales, de tous les jugem ents usés,\nde tous les axiom es éculés, qui se croisent dans l’espace et le tem ps,\nil lui faut d’énergie pour résister à la veulerie nationale, pour oser\ndire carrém ent qu’on est dans la vie uniquem ent un rom ancier ou un\npoète et pour faire adm ettre, grâce à la survivance d ’une flamme\nmerveilleuse qu’on détient en soi, que la race dont on so rt est\nauthentiquem ent la mêm e que celle qui produisit jadis les V an E yck,\nles P au l R ubens, les Quentin M etsys et les Jordaens. Sinon comm ent\nlégitim er que de tels arbres m iraculeux eussent pu grandir en d’aussi\npauvres et stériles bruyères ?\n   C’est donc une joie et un orgueil pour nous tous de voir les jeunes\nde ce temps-ci se vouer de toute leur âme aux lettres comme on se\nvoue à quelque grande cause sacrée : soit à la science, soit à l’h u ­\nm anité, soit à Dieu.\n   T ous ceux d’entre eux que je connais sont de superbes enflammés.\nQuelques-uns déjà se sont propagés, cœ ur et âm e, en des livres;\nd’au tres se détaillent en des revues.\n   T o u s résistent au milieu torpide, à la bassesse et à la nullité\nam biantes. Ils refusent de se contenter de la m édiocre existence\nd’argent et d’honneur pour en r êver une autre de tenace vaillance et\nd’aiguë volonté, et ce sera peut-être grâce à eux, et à ceux qui après\neux feront comme eux, que la notion de fierté et de dignité intellec­\ntuelles ne périra point dans notre race.\n   E t voilà pourquoi en vous rem erciant avec toute m a gratitude,\nvous tous qui êtes ici, c’est cependant à eux, aux jeunes, que je\nsonge surtout en levant mon verre.\n\n\n  E t V erhaeren se to u rn a vers les Jeunes! et il but à eux! E t tous\ncriaient leur joie et applaudissaient.\n\n\n\n  Mais, mes am is, voici la fin de la fête... Chacun serre la main du\nPoète ou l’em brasse, exprim ant à nouveau sa fraternelle sym pathie.\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 598, "texte": "                                   — 91 —\n\nV erhaeren, en ce m om ent d ’ém otion, p araît heureux du bonheur\nressenti de tan t d’am itiés franches, spontaném ent offertes !\n   Des groupes se sont formés bientôt au fond de la salle, et l’anim a­\ntion se divise en conversations affectueuses qui disent la joie éprouvée\nd ’une telle fête, trop brève hélas !\n   P o u r nous, elle est inoubliable, cette fête; elle constitue l’hom ­\nmage suprêm e et passionné rendu au génie du poète, la plus fière\nattestation de notre vitalité littéraire, et la plus belle et claire espé­\nrance en l’avenir.\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-03-15-n3-008", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", 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Corriere di Napoli.\n            Bernard, Charles, de l’A rt jeune.\n            B iernaux, Auguste, secrétaire du Coq rouge.\n            Blême, Gaston, de la Lutte.\n            Bonhomm e, Marcel, de l’A r t wallon.\n            Brouez, F ernand, directeur de la Société nouvelle.\n            Cardon, Charles-Léon.\n            Le Caveau verviétois.\n            Chainaye, Achille, directeur de la Réforme.\n            Chainaye, H ector, hom m e de lettres.\n            C harpentier, Alexandre, artiste peintre.\n            Chômé, L éon, profeseur au Conservatoire.\n            Ciam berlam i, Albert, artiste peintre, de Pour l’A rt.\n            Closset, Marie, de l'A rt jeune.\n            Colm ant, Prosper, artiste peintre, de Pour l’A rt.\n            Cooremans, A rm and, étudiant.\n            Coppens, Omer, artiste peintre, de Pour l’A rt.\n             Cousin, F ernand.\n             Culus, G ustave, avoué.\n             de Bousies, Maxime, hom m es de lettres.\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1611, "texte": "                       — 92 —\n\n de Gouves de Nuncques, W illiam , artiste peintre.\n De Groux, H enry, artiste peintre.\n Delattre, Louis, du Coq rouge.\n Delchevalerie, Charles, du Réveil.\n Deltenre, E rnest, étudiant.\n D em an, E dm ond, éditeur,\n de Marès, Roland, hom m e de lettres.\n Demolder, Eugène, du Coq rouge.\n Denis, H ector, professeur à l’U niversité libre,\nde Régnier, H enri, homme de lettres.\ndes Cressonnières, Jacques, professeur à l’U niversité nouvelle.\nDesmet, Alfred.\ndes Ombiaux, Maurice, du Coq rouge.\nde Souza, R obert, hom m e de lettres.\nDestrée, Jules, homm e de lettres, représentant.\nDeutscher, Paul, secrétaire de la Section d’A rt.\nDubois, Paul, de l’A rt jeune.\nDucôté, Edouard, directeur de l 'Ermitage.\nD welshauvers, Georges, professeur à l’U niversité nouvelle.\nEekhoud, Georges, du Coq rouge.\nElskam p, Max, homme de lettres.\nE nsor, Jam es, artiste peintre.\nFabre, Gabriel, artiste peintre.\nF abry, Em ile, artiste peintre, de Pour l’A rt.\nFié, Georges, artiste musicien.\nF ontainas, André, homm e de lettres.\nF ort, Paul, secrétaire de Pan.\nGeefs, Adrien, artiste peintre.\nG érardy, Paul, du Réveil.\nGevaert, Gustave.\nGide, André, hom m e de lettres.\nGilsoul, Victor, artiste peintre.\nGodart, Olivier.\nGuequier, Albert, du Réveil.\nH allet, Max, avocat.\nH annotiaux, Alexandre, artiste peintre, de Pour l'A rt.\nH averm ans, X avier, éditeur.\nHéger, Paul, professeur à l’U niversité libre.\nHennebicq, Léon, avocat.\nH érold, A .-Ferdinand, du Mercure de France.\nH eym ans, A .-J., artiste peintre.\nH ippert, Théodore.\nH orw ath, Clém ent.\nK ahn, G ustave, hom m e de lettres.\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1561, "texte": "                       — 93 —\n\nKhnopff, F ernand, artiste peintre.\nK hnopff, Georges, hom m e de lettres.\nL aerm ans, Eugène, artiste peintre.\nLam eere, A uguste, professeur à l’U niversité libre.\nLebœuf, H en ry , homm e de lettres.\nLecomte, E m ile, hom m e de lettres.\nL edent, R ichard, du Réveil.\nLeemp oels, Jef, artiste peintre.\nLekim e, Léon, hom m e de lettres.\nLem onnier, Camille, hom m e de lettres.\nL eroy, Grégoire, hom m e de lettres.\nMabille, Valère, industriel.\nM aeterlinck, Maurice, du Coq rouge.\nMali, Marie.\nM allarmé, Stéphane, hom m e de lettres.\nM arlier, Paul.\nMarlow, Georges, du Réveil.\nMassin, G.\nMaubel, H enry, hom m e de lettres.\nM auclair, Camille, hom m e de lettres.\nMaus, Octave, de l'A rt moderne.\nMellery, X avier, artiste peintre.\nMerill, S tu art, hom m e de lettres.\nM ertens, B ertha, de l'A rt jeune.\nM ertens, Marie, de l'A rt jeune.\nM eunier, C onstantin, statuaire.\nM ithouard, Adrien, hom m e de lettres.\n Mockel, Albert, hom m e de lettres.\n M onnom , H ector, éditeur.\n M onseur, Eugène, professeur à l’U n iversité libre.\n Mussche, P aul, de la Lutte.\n Neujean, X avier, avocat.\n Nocq, H enri, artiste peintre.\n Nys, Francis, artiste peintre.\n Olin, Pierre, du Réveil.\n O tlet, P aul, avocat.\n Ottevaere, H enri, artiste p eintre, de Pour l’A rt.\n Paillard, H enri, artiste peintre.\n Perrée, José, hom m e de lettres.\n Picard, E dm ond, avocat, sénateur.\n Pierron, Sander, secrétaire du Coq rouge.\n Ram aekers, Georges, directeur de la Lutte\n Rassenfosse, E dm ond, du Réveil.\n Raway, Erasm e, artiste musicien.\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1439, "texte": "                          — 94 —\n\n   Reclus, Elisée, professeur à l’U niversité nouvelle.\n   Remouchamps, V ictor, du Réveil.\n   Rency, Georges, de l'A r t jeune.\n   Richelle, Stéphane, du Réveil.\n  Rodenbach, Georges, hom m e de lettres.\n  Rops, Félicien.\n  Rousseau, Blanche, de l'A r t jeune.\n  Rousseau, Victor, sculpteur.\n  Royer, Emile, avocat.\n  R uyters, A ndré, de l'A r t jeune.\n  Sainte Brigitte, P aul, hom m e de lettres.\n  Schlobach, W illy, artiste peintre.\n Schw artzenberg, J ., éditeur.\n Serigiers, Georges, avocat.\n Signac, Paul, artiste peintre.\n S tuyts, Charles, du Réveil.\n Stiernet, H ubert, du Coq rouge.\n Tassel, E ., professeur à l’U niversité libre.\n T h y s, H ector, artiste peintre, de Pour l’A rt.\n T oisoul, A rthur, de l'A r t jeune.\n Vallette, Alfred, directeur du Mercure de France.\n Van den Bosch, F irm in, du Magasin littéraire.\n V an den Steen de Jeh ay , F.\n Van de Putte, Eugène.\n V an de Putte, H enri, de l'A rt jeune.\nV an der M eylen, Georges.\nVan der Meylen, Maurice, adm inistrateur du Réveil.\nVan der Stappen, Charles, statuaire.\nVan de Velde, H enri, artiste peintre.\nV an D yck, A ntoine, ténor du T héâtre d e B ayreuth.\nV andrunen, Jam es, hom m e de lettres.\nVan Lerberghe, Charles, du Réveil.\nVan Mons, Emile.\nVan Rysselberghe, Théo, artiste peintre.\nVerhaeren, Alfred, artiste peintre.\nViélé-Griffin, Francis, hom m e de lettres.\nVinck, Emile, avocat.\nW auters.\nW ilm otte, Maurice.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-03-15-n3-009", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 95, "page_fin": 97, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES L IV R E S                L a P lu ie et le B e au T e m p s", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 1670, "texte": "LES L IV R E S\n               L a P lu ie et le B e au T e m p s\n            p ar G u s t a v e K a h n (chez L éon V anier, Paris).\n\n\n   Après un silence assez long, K ahn nous rend la joie de ses vers,\nses vers à la fluctuation si mélodieuse, au rythm e si flexible et si\nadéquat.\n   Peintre m erveilleux, en ses paysages de « pluie ou de beau tem ps »\nil nous donne inoubliablem ent la vision du ciel et de la m er. Le\nsoleil trom peur d ’entre deux averses, la pluie perfide et prodigue, le\nsilence obtus et tassé de la nuit, la m er riante ou tourm entée, sol­\nlicitent son pinceau. E t il nous en fait de délicieux tableaux qui sont\nde pure et grande poésie.\n   S ’il n ’y avait que cela, ce serait peu, sans doute, pour révéler une\nâm e. Mais il s ’est penché aussi vers la vie paysanne, la vie des\nm arins, et il nous la chante doucem ent, dans sa banalité poignante\net naïve : L a m er\n\n                   ... déchaîne sa tourmente blême\n                   Autour des barques qu’elle aime,\n                         Qu’elle aime disjointes,\n                        Pleines de mains jointes.\n\n   E t puis, son im agination, prism atique extraordinairem ent, reprend\nle dessus. Les souvenirs de la F landre com m unière, cette F landre\noù il écrit, lui revenant, il revoit :\n\n                  Les haches aux mains des forbans,\n                  Les torches aux mains des rebelles...\n\n  E n présence de la brum e m arine, de la désolation uniform e des\nhorizons, il dresse la Ville du S ourire, m usicale et lum ineuse, en une\nadm irable évocation. E t il accueille aussi, de toute sa chanson, les\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1352, "texte": "                               — 96 —\n\nlégendes que se disent les gens, à la veillée, avec la mélopée, au loin,\nde la m er spum ante.\n\n                     Dame Viviane a forcé\n                     S i souvent la lune à danser...\n\n   Enfin, la voix elle-même du poète brode su r l’ensemble les a ra ­\nbesques délicates de son ém otion personnelle. E lle est ténue et\nrésignée, de sourire m élancolique et fatal un peu. Les lieder la\ntraduisent parfois directem ent, et parfois elle s’objective en des\nimages :\n                      O Jésus couronné de ronces...\n\n   E t c’est ainsi que le poète semble s’être assis, pour écrire ce livre,\ndans une salle gothique, à trois fenêtres. L a prem ière regarderait\nvers la nature fruste et orageuse des côtes m arines, la seconde vers\nl’harm onie chantante du rêve, et, devant la troisièm e, passerait un\ncortège légendaire de chevaliers, de dames, et de rudes com m uniers\nla hache à l’épaule. A utour de son travail, des voix seraient venues,\nvoix de l’am our et de l’espoir, et se seraient appariées à la sienne.\nE t de ces visions si diverses, et de ces voix si étrangères, et de la\nbelle émotion hum aine de l’artiste, ém ane, en som m e, un hym ne de\njoie claire, vers la douleur ou le bonheur, vers la Pluie et le Beau\ntem ps.\n                                                       L ’A r t j e u n e .\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4870, "texte": "                                 C H O SE S\n   Il a été fait don à E m ile V erhaeren, à l’occasion de son Banquet, d’un dessin\nsuperbe, gracieusem ent exécuté par W illy Schlobach su r son poème E n Flandre.\nE m ile Fabry lui a également offert une de ses œ uvres : Vierge anxieuse.\n   A la suite du B anquet V erhaeren, plusieurs on t émis l’avis q u ’une semblable\nfête, uniquem ent d’a rt et d’affection, devrait être offerte vers cette époque-ci au\ngrand C onstantin M eunier. Ses succès en France sont, nous semble-t-il, la plus\nnaturelle des occasions.\n   A ce sujet, un des M aîtres parm i nos prosateurs me suggérait l’heureuse idée\nd’une fête plus intim e qu’un banquet — avec fleurs, cham pagne et com plim en­\ntations, que sais-je? — à offrir à M eunier, par exemple à la Maison d’A rt. E t\ncertes, en tous cas, elle s’impose, cette fête offerte à notre plus beau sculpteur,\nalors que tous les artistes français le proclam ent, que nous l’aim ons et l’adm irons\ndepuis si longtemps comme le Prem ier de son art, et que, pourtant, quelques-uns\nde ses confrères les plus connus n ien t encore jalousem ent son génie magnifique.\nMais, voyons! ce n ’est vraim ent pas l’affaire des écrivains que l’initiative d’une\nfête à la gloire de Meunier. E t est-ce que, parm i les artistes de son a rt à lui, il ne\ns’en trouvera pas u n seul assez grand d’enthousiasm e pour prendre su r lui une\naussi noble entreprise ? Il est certain de toutes façons que le jo u r où celui-là se\nlèvera, il pourra com pter su r tous les artistes, et su r nous en to u t prem ier lieu.\n   S u r l’initiative de MM. P aul Adam, H enri A lbert, V ictor B arrucand, Jules Case,\nLéon Dierx, Félix Fénéon, P aul Fort, C harles-H enry H irsch, Stéphane Mallarmé,\nC atulle Mendès, Jean de M itty, Lucien Muhlfeld, A lexandre N atanson, Edm ond\nP ilon, Robert Scheffer, Jules S oury et Alfred V allette, a eu lieu à Paris, le 14 février,\nu n dîner à la gloire de Gustave K ahn. Nous joignons notre acclam ation joyeuse\nà celle de ses adm irateurs de là-bas.\n   M. Catulle Mendès a prononcé là des paroles de sym pathie po u r les poètes\nnouveaux. Ces paroles, v enant de lui, étonnèrent le grand public. E t pourtant\nn ’y a-t-il pas longtemps que tels sont les sentim ents des plus parnassiens des\npoètes français aujourd’hu i consacrés, à l’égard de la juvénile et débordante géné­\nration nouvelle, et n ’y a-t-il longtemps aussi que, contrairem ent à ce que\nprétendent quelques « cadavres récalcitrants » de notre journalism e hebdomadaire\n— des poètes comme H érédia, Mendès, Richepin et M allarmé tém oignent de leur\nadm iration pour les Griffin, les K ahn, les Elskam p, les de Régnier et les Verhaeren?\n    L a Plume a ouvert un congrès des poètes, pour élire, comme l’a très bien dit le\n plus beau d’entre eux : u n poète de poètes. Stéphane M allarm é fut nom m é — à\n tort, nous semble-t-il, car, malgré la splendeur pure de ses poèmes, son bagage\n littéraire est vraim ent trop mince!\n    Deux autres questions furent encore posées : Quelles sont les meilleures parties\nde l’œ uvre de V erlaine? et quelle fut son influence su r l’évolution poétique?\nNous citons ici les lam beaux de réponse les plus compréhensifs , selon\nnous, et les plus synthétiques : V erlaine, to u t simple et to u t ingénu, a chanté\n(Maurice Beaubourg). Son rôle dans l’évolution littéraire? Mais n ’a-t-il pas\nécrit : « E t tout le reste est littérature! » (E douard Beaufils). M iroir du dicton :\n« L e style c’est l’hom m e » (Eugène Georges). T o u t V erlaine est admirable. Son\nœ uvre est un bloc de Paros p u r; toute son âm e pleure, to u t son cœ ur y saigne.\nPeut-on dire quelle partie du cœ ur de l’être aim é l’on préfère? J ’aim e to u t le\ncœ ur de V erlaine (Fernand Hauser). C’est lui qui a exprim é le plus parfaitem ent\nl’inexprim able (Léonce de Larm andie). Verlaine, le consécrateur d'une poésie\nimpressionniste, spontanée, rythm ée p ar l'in stin ct seul (Maurice Leblond). Il a\npoussé logiquem ent l’évolution du vers, qui est un organism e v ivant, comme il\nl ’a bien vu (Charles L e Goffic). Ce sera sa part dans l’histoire de la poésie de\nn ’avoir été qu’un homm e, et le plus m alheureux et l’un des plus admirables\n(Camille Lemonnier). Il ouvrit la fenêtre! (Rachilde)... le sentim ental... (Georges\nRency)... le poète de la chair... (André Ruyters). Q uant à son influence su r l’évolu­\ntion poétique, elle me semble énorm e, mais non encore totalem ent épanouie.\nV erlaine est grand su rto u t parce que, le prem ier, il fit vivre, onduler et palpiter\nses vers selon sa rêverie et sa passion, selon la vie (H enri Van de Putte).\n    Les trois A rt jeune : R uyters. Rency et moi, qui, sans s’être le m oins du\nmonde entendus, répondirent, donnèrent la palm e à la fois, sans parvenir à choisir\nentre les deux, à Emile V erhaeren et Francis Viélé-Griffin.                   A . V.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 78, "texte": "                       L'Art                     Jeune\n\n\n                                             15 mars 1896\n\n                                                  2e ANNÉE\n\n\n\n\n                                                     3\n\n\n\n\nD iscours       . . H enri Van de P u tte\n   »        .     . Georges E ekhoud\n   »            . . F rancis Viélé-Griffin\n   »        .     . A lbert Mockel\n   »            . . A .-Ferdinand H erold\n   »        .     . Camille M auclair\n   »        .     . Camille Lem onnier\n   »        .     . A ndré R uyters\n   »        .     . Em ile V erhaeren\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "    D es 150 exem plaires de la plaquette : Em ile V erhaeren, dont si g ra­\n cieusem ent, l ’éditeur Edm ond D em an fit don aux souscripteurs du\n B anquet, il ne reste plus que cinq ou six exem plaires. L es souscripteurs\n qui, n ’ayant pu assister au B anquet, désireraient pou rtan t en avoir le\n Souvenir, sont priés d’envoyer leur demande à l’A rt jeune. L es prem iers\n arrivants recevront la plaquette im m édiatem ent.\n\n\n   N ous donnerons, au prochain, une brève étude su r le Salon de la\n Libre Esthétique et su r les conférences qui y seront faites.\n\n\n   Au prochain : F ragm ent de la Légende de Vie, livre à paraître en avril,\nde Camille Lem onnier; poème de Viélé-Griffin et comptes rendus de tous\nles livres en retard.\n\n\n   L 'A rt jeune est ouvert à tous. Ecrivains, P eintres, M usiciens, Sculpteurs\npeuvent, en pleine liberté, s’y produire, y exposer ou défendre des idées.\nL 'A rt jeune est aux artistes.\n\n\n  Adresser m anuscrits, revues et livres, à l'A rt jeune, rue de B rabant, 131,\nBruxelles.\n\n\n  Il sera rendu compte de tout ouvrage littéraire ou artistique que nous\nrecevrons.\n\n\n                                         A B O N N EM EN TS :\nBelgique, 5 francs.                Le numéro, 6 0 centimes.                Etranger, 6 francs.\n\n\n\n                                O U V RA G ES N O U V E A U X :\nC o l l e c t io n     de   « l ’A r t   je u n e   ».   — Douze petits nocturnes, p a r A n d r é\n      R u y te r s .\n               d u « C o q r o u g e ». — Une Rose à la bouche, par Louis De ­\nC o l l e c t io n\n      lattre. — Philaster, p ar B eaum ont et F letcher, traduit p ar Georges\n      E ekhoud. — L ’Homme jeune, p ar H enri V an de P utte.\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "LE BANQUET VERHAEREN\n\n             Trè s sim plem ent, l’œ uvre entier d’Em ile V erhaeren fut\n               célébré le vingt-quatre février dernier, en la salle de\n               l'Hôtel Métropole.\n                  F ête familiale et intim e, mais aussi, ainsi que nous\nl’espérions, m anifestation grandiose et fervente, toute palpitante\nd’adm iration et d’am our! Aussi, la plus cordiale réunion de frères\nd’a rt, dont le charm e se prolongera infiniment en notre souvenir.\nAh ! n ’est-ce pas que ce fut un beau geste d’enthousiasm e vers le\nP oète?...\n   T o u s nous l’avons senti en trer en nous, infuser aux bouches\nbéantes de nos cœ urs son irrém édiable chant de beauté, de force et\nde passion. E t c’est pour cela que nous étions cupides d ’une fête\npareille où, enfin ! nous avons pu exprim er la h aute tendresse exaltée\nde nos cœ urs, pour son œ uvre et pour Lui.\n   L es luttes dernières, les attaques de quelques rares m ais fieleux\ndoctrinaires de lettres — peuh! convulsions d’agonie, spasmes h y s­\ntériques d ’une dégénérescence indéniable — eussent trouvé leur fin\ndernière et triom phale dans ce B anquet, s ’il n ’y avait longtem ps que\ntoutes ces choses étaient oubliées et annulées aux yeux des artistes.\nAussi ce que les organisateurs du B anquet avaient voulu, uni­\nquem ent, c’était réu n ir tous les fervents de l’œ uvre de V erhaeren,\nà la mêm e heure, en une seule pensée d ’adm iration et une seule\nacclam ation éclatante ! E t encore ! les réunir tous eut été impossible.\nC ar la ferveur pour ses vers balbutie à toutes les bouches : ici, là,\ntrès loin aussi, p arto u t ! où encore? que sais-je ! Les adm irateurs des\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "                                — 66 —\n\nFlambeaux, des Villages et des Villes, sont perdus dans le cycle ano­\nnym e des continents ! Ils sont légion, mais on ne saurait les nom m er\nni les préciser : parce q u ’ils sont n ’im porte où, en n ’im porte quelle\nparcelle de n ature où l ’on pense large, neuf et beau, où l’on rêve,\noù l’on vit vraim ent... A ussi le vingt-quatre février, n ’était-ce que\nl’avant-garde seule de ces légionnaires qui dardaient vers le P oète\nleur lum ineuse enthousiaste joie de le fêter.\n   E t ceux-là lui disaient : « O M aître ! voici des fleurs, voici nos\ncœ urs, voici des phrases, prenez, et songez que c’est l’offrande sym ­\nbolique de toutes les adm irations et de toutes les am ours épanouies\nvers vous, p ar toute la terre ! E t dites? ces présents ! ne sont-ils pas\nbons et chauds à votre grande et vaillante âm e d’hom m e et\nd’artiste? »\n   Or, nous osons croire qu’il songea : oui. C ar son ém otion et ses\nparoles furent une récom pense chère et une significative réponse au\ntressaillem ent des lèvres, au regard des yeux, à l’effusion des m ains\net des cœ urs !\n                                   * *\n\n    A sept heures, la presque totalité des souscripteurs encadraient\nles tables du Métropole. A la table d’honneur avaient pris place : à la\ndroite de V erhaeren : Cam ille Lem onnier, C onstantin M eunier,\nA .-F erdinand H erold, H enri V an de P u tte et P au l S ainte-B rigitte ;\n à sa gauche : F rancis Viélé-Griffin, Georges E ekhoud et A lbert\nA rnay. A ussitôt après venaient, continuant l’im m ense table « fer à\ncheval » : Maurice M aeterlinck, Camille M auclair, E dm ond P icard,\nMarie Mali, Maurice des Om biaux, F ern an d B rouez, A lbert\nMockel, André F ontainas, Elisée R eclus, Georges R ency, B lanche\nR ousseau, H en ry Maubel, André R u y ters, C harles V an der S tappen,\nX avier Mellery, E rasm e R aw ay, F irm in V an den B osch, Octave\nMaus, M arie Closset, B erth a et Marie M ertens, C harles V an L e r ­\nberghe, G régoire L eroy, V ictor Gilsoul et d’autres, et d ’autres, mais\n il faudrait les citer tous, puisque tous étaient des artistes connus et\n des amis du P oète ; il est plus simple de renvoyer p o u r cela, à la\n liste des souscripteurs que nous publions à la fin de ce n u m é ro .\n     L e repas — faut-il en parler? — a paru à chacun copieux et\n exquis ; les rires ont allum é bien vite p arto u t de la jeune et am icale\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": "                                  — 67 —\n\ngaîté; et les causeries nous ont insensiblem ent am ené à l’heure\nattendue des toasts et des discours.\n   N otre am i H enri Van de P u tte s ’est alors levé, le prem ier, et a\nprononcé les paroles suivantes, d ’une voix haute, m ais parfois trem ­\nblante d ’ém otion :\n\n\n   Ce n ’est pas uniquem ent, cher m aître et grand ami, au nom d ’une\nrevue d’a rt que je prends ici la parole; m ais plutôt au nom de tous\nles Jeunes, quels qu’ils soient, c’est-à-dire de tous ceux qui expri­\nm èrent, dans leurs œ uvres, cette éternelle et splendide jeunesse d e la\nvie dont v otre œ u v re a atteint le paroxysm e. Donc, je parle, à la\nfois, au nom de tous ceux qui sont ici présents et de ceux qui sont\nloin, n ’im porte où, m ais qui vous savent et vous aim ent, au nom de\ntoute l ’actuelle génération artiste et vraim ent hum aine qui se résum e\nm agnifiquem ent en v o tre œ uvre et en vous !\n   Ah! a u jo u rd ’hui to u t naît, tout se crée, tout s’épanouit! Nos\nâm es so n t de vie et de soleil gonflées à en éclater! Car, comme a\ndit F ran cis Viélé-Griffin, les tem ps héroïques sont révolus. L ’heure\nhum aine, elle aussi, dans tous les dom aines du cœ ur et de l’intelli­\ngence, est une heure ém erveillée d ’éclosions inattendues, et éblouis ­\nsam m ent envolée l ’éternelle lum ière de vie et la claire aube pure\nde l’ère nouvelle. E t celui-là qui, dans son œ uvre, nota cet essor\nlibre des cœ urs, cette extraordinaire jeunesse exaspérée de\nvie; celui qui nous conserva, avec toute sa splendeur exaltée, le\ngeste d ’envol jeu n e d’au jo u rd ’hui vers dem ain; c’était celui-là q u ’il\nfallait fêter et acclam er ! et que nous étions éperdûm ent avides de\nsaisir en les bras et de serrer contre le cœ ur de notre bel exultant\nenthousiasm e.\n   T elle, en effet, est la vraie, et j ’affirme, M essieurs, l’unique raison\nd ’être de ce banquet : perm ettre à l’ardente voix de notre adm iration\n d’acclam er V erhaeren au nom de tous et devant tous!\n   Or, voici réalisée en toute sa joie la fête que nous espérions. L 'Art\njeune en p rit l’initiative prem ière, et il serait de mon devoir, parlant\n en son nom , de le rappeler. Mais il n ’im porte! puisque, je le sais,\n tous dès longtem ps vous la désiriez du fond du cœ ur.\n   E t c’est mêm e pour cette raison, n ’est-ce pas, que ce banquet est\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "                                   — 68 —\n\nen même temps pour nous tous, la plus belle des fêtes et la plus pure\ndes joies? Fête et joie! oui, car il nous y est enfin perm is d ’y exalter,\nhautem ent, dignement, et avec ferveur, un tel poète et son œ uvre.\n\n  Messieurs, je bois à notre bien-aimé E m ile V erhaeren !\n\n\n   D ’un Jeune, au nom des Jeunes, donc des derniers venus dans la\nlittérature, au nom aussi de notre revue qui en Belgique en est\nl’organe, ces paroles de chaude adm iration ont été coupées fréquem ­\nm ent p ar d’enthousiastes applaudissem ents.\n   P uis Georges Eekhoud a parlé, très ém u lui aussi, de l’œ uvre\nsplendide et libre de V erhaeren, de sa forme personnelle, violente\net pure, mais aussi de l’hom m e au cœ ur infini de beauté et de bonté,\nle plus loyal am i de ses frères d’a rt, des Jeunes et de tous :\n\n\n              M e s s ie u r s ,\n\n   E n offrant ce banquet à Em ile V erhaeren, nous fêtons le poète\nintransigeant et le généreux esprit; nous saluons en notre am i un\nécrivain génial, interprète du m eilleur des hom m es.\n   J e m ’incline profondém ent devant ce noble caractère en même\ntem ps que j ’exalte l’œ uvre puissante et originale. Ce n ’est pas le\nm om ent et le lieu d ’analyser cette œ uvre. D ’autres que moi vous\névoqueront sans doute, en quelques phrases, les grandes lignes et\nl’ensemble de cette série de poèm es pathétiques.\n   Je me bornerai à proclam er V erhaeren un « créateu r » dans la\nplus haute acception du m ot. C’est un m aître de la form e et de la\nrègle qu’il a triom phalem ent dégagées des form ules et des règle­\nm ents. Il a créé sa propre form e, sa propre règle. E t il a bien fait.\nSon a rt lui a donné raison, car il n ’y a de formes et de règles que\ncelles im posées p ar notre propre conscience et adaptées aux exi­\ngences de notre tem péram ent. L ’a rt n ’est pas plus im m uable que la\nn atu re ; comme elle il évolue sans cesse, comme elle il se transform e\net se renouvelle constam m ent.\n   V erhaeren a écrit ce qu’il sentait, ce q u ’il voulait et comme il le\nvoulait, en dépit des assim ilateurs et des pasticheurs qui se flattent\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "                                 — 69 —\n\nd’im poser aux artistes libres et inspirés, leur fétichism e et leur servi­\ntude. V erhaeren s’est forgé une langue à part au diapason de son\nâm e orageuse, une prosodie à l’image de son cœ ur passionné et\nvolcanique.\n   P o u r exprim er des idées nouvelles et rendre des sensations iné­\ndites, il a inventé un verbe nouveau. Celui-ci est inséparable de\ncelles-là. Je ne vois pas plus Em ile V erhaeren voué à l ’alexandrin\nclassique que M ichel-Ange obligé de soum ettre ses compositions\ntitanesques aux retouches prudentes de son contem porain Raphaël.\n   N on, V erhaeren ap p artien t à cette race de novateurs et de poètes\nabsolus dont les créations ne se m esurent pas aux syntaxes et aux\ngram m aires de rim eurs assagis et conformes. Sans vouloir contester\nle talent et l’habileté de ces répétiteurs de la littérature, il est naturel\nque la jeunesse leur préfère les écrivains d’avant-garde, les con­\nquérants de dom aines nouveaux. C ’est très bien Racine, Voltaire,\nH érédia et A natole F rance, mais que diable, M essieurs les pépinié­\nristes de lettres, nous en avons assez de vos boutures et de vos\ngreffes de ces arbres estim ables. F aites-nous grâce de vos sous-B au ­\ndelaire et de vos sous-B anville ! C’est assez d’arbrisseaux de la\nm êm e essence. Si nous estim ons les Vestales parnassiennes qui\nen tretiennent dévotem ent le foyer allum é aux foudres du génie de\nV ictor H ugo, nous acclam ons et nous vénérons les apôtres, les\nnovateurs hardis, ceux qui se chauffent de leurs propres flammes,\nces nouveaux P rom éthée qui dérobent un rayon nouveau à l’astre\néternel, ces forgerons tém éraires mais sublimes, qui sem blent frapper\nleurs poèm es su r l ’enclum e des orages et incendier leurs m éta­\nphores au x éclairs m êmes de la tem pête!\n   E t n otre cher V erhaeren est un de ces ravisseurs du feu divin !\n   L es plus forts sont les plus doux, a-t-on dit souvent.\n  E n songeant à Em ile V erhaeren, nous ajouterons :\n   L es plus grands sont les meilleurs.\n   Jam ais cet artiste robuste et fougueux n ’a connu les m esquine­\nries, les basses com pétitions, les envies cuistreuses qui dégradent\ntan t de gens de lettres et qui finissent p ar déteindre su r leur a rt, par\nim prégner celui-ci d ’un relent rance et moisi qui pue la vieille bigote,\nle cafard et l’im puissant.\n   V erhaeren est allé tout droit son chemin sans se préoccuper de ses\ncenseurs et de ses pions.\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "                                — 70 —\n\n   Plongé dans son noble travail, l’esprit peuplé de conceptions\ngrandioses, com m ent vouliez-vous qu’il songeât aux aboiem ents des\nroquets et aux piqûres des m oucherons?\n   E n revanche, je ne sache pas q u ’il se soit produit un événem ent\nlittéraire, qu’u n débutant sincère se soit révélé, q u ’il ait p aru un\nbeau livre, sans que V erhaeren ait applaudi chaleureusem ent et ait\nspirituellem ent fraternisé, com m unié avec celui qui lui procurait\ncette ém otion artistique.\n   D irai-je les encouragem ents q u ’il n ’a jam ais m archandés au x nou­\nveaux venus, son incessante collaboration à toutes les jeunes revues,\nson enthousiasm e, son appui, ses conseils prodigués à to u t ce qui,\ncomme lui, a soif de liberté, de justice, de renaissance, à to u t ce qui\nest désireux, altéré d’art nouveau, de vie nouvelle.\n    Foin des pastiches et des conventions ; à bas les m asques et les\npréjugés! Tels sont ses cris de guerre.\n    P ersonne plus que lui ne se réjouit du m érite et du succès de ses\nfrères d’arm es. P ersonne n ’exalte ses ém ules et ses féaux, ne les\ndéfend au besoin contre les dénigreurs et les envieux avec une si\nardente crânerie ! E t pour ce qui me concerne, c’est en l’estim e de\nV erhaeren que j ’ai puisé m on principal encouragem ent.\n    Aux étapes de notre rude chemin, aux relais de cette vie d ’écri­\nvain, particulièrem ent douloureuse en Belgique, nous avons pu\n chaque fois nous serrer loyalem ent la m ain, sans méfiance et sans\n arrière-pensée, heureux l’un de l’autre, solidaires, la tête h au te, et\nje me suis rem is en route avec un nouveau courage, prêt à affronter\n des persécutions qui, d’ailleurs, ne se sont pas fait attendre, après\n qu’il m ’eut dit, lors du banquet que les Ju d as m ’offraient avec les\n apôtres : « T on a rt a raison, tu fais bien ! Courage ! »\n    T oute sa carrière est une leçon d ’honneur, de dignité et de tenue.\n Il est tout le contraire du « gendelettre », du scribe à to u t faire qui,\n pour de l’argent, salit et bafoue les grands caractères, et se livre aux\n pires félonies.\n    P o u r me servir d’une expression de Camille M auclair : V erhaeren\n incarne la véritable aristocratie intellectuelle.\n    D ans sa vie, dans sa conduite, il a répudié et flétri to u t ce q u ’il\n m éprise dans les choses de l’a rt, c’est-à-dire : l’égoïsme, la bassesse,\n la fausseté.\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                                    — 71 —\n\n  Il a com pris et proclam é, p ar son éblouissant exemple, que la\nvéritable esthétique ne pouvait être que le triom phe d’une absolue\nnoblesse d’âm e.\n  Aussi, M essieurs, vous tous qui l’aimez et l’adm irez, est-ce avec\nune ém otion orgueilleuse que je bois non seulem ent au superbe\npoète, à l’a u teu r des Villes tentaculaires, des Flambeaux noirs, des\nDébâcles et des Campagnes hallucinées, mais encore à l’ami, au frère\nd’arm es, à l'homme, à notre cher, à notre grand Em ile V erhaeren.\n\n\n\n  Au nom des poètes français, F rancis Viélé-Griffin a salué alors le\ngénie de V erhaeren en les nobles paroles que voici :\n\n\n               M e s s ie u r s ,\n\n   E n p arco u ran t, naguères, pour la prem ière fois, cette belle et\nhospitalière cité, je me dem andais — nous nous demandions, quelques\namis et moi — si, fière à bon droit de son activité et de ses richesses,\nelle av ait conscience d’un privilège ra re entre tous, si elle s’enorgueil­\nlissait a u tan t q u ’il lui sied de la gloire de son poète;\n   M essieurs, votre présence ici, ce soir, nous soit une altière réponse.\n   V enu de loin p o rter à Em ile V erhaeren, l’hom m age d’une adm i­\nration profonde et que j ’eusse préférée m uette, j ’ai peu de titres, hors\nl’invitation aim able des organisateurs de cette fête, pour prendre\nparm i tous, la parole; souffrez donc que m a voix impersonnelle\nassum e l’hom m age unanim e.\n   Il est bon de vivre, une heure, nos com m uns enthousiasm es ; je\nchercherais en vain un m eilleur prétexte à cette réunion. L a gloire\ndu poète a lieu de son fait : il a suffi que son œ uvre soit. T ardif ou\nprécoce, l’assentim ent de la foule n ’anoblit q u ’elle : la noblesse du\npoète préexistait.\n   L e bénéficiaire de cette soirée, ce n ’est pas Em ile V erhaeren Poète,\nc’est nous to u s — et, en nous, la foule — qui, nous haussant à l’intel­\nligence de son œ uvre, avons enrichi notre âme de ses prodigues\nlargesses.\n   N o tre joie de ce soir se décuple, sans doute, de la présence parm i\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "                                 — 72 —\n\nnous d’un hom m e de bonté et de beauté; m ais elle est née de la certi­\ntude que nous est, par lui, dévolu une richesse et une noblesse : nous\nfêtons, sous ses yeux, l ’agrandissem ent du patrim oine de l’a rt, du\ncom m un héritage; vous vous réjouissez que le poète soit fils de votre\nrace dont il exalte le prestige et éclaire la conscience, et nous, nous\nécoutons avec joie chanter encore, en nouveaux rythm es fiers et sûrs,\nle doux et mâle langage de F rance.\n\n               M essieurs,\n\n    P a r lès rues tortueuses ou rectilignes des Villes tentaculaires où\ntous nous avons erré, la statue du C apitaine victorieux s’est dressée\nà notre rencontre, « au carrefour des abattoirs et des casernes » ; —\nla carrure m étallique du Bourgeois constituant et volontaire y fait\nface à l’effigie du S aint de qui la foi douce groupa les hom m es à\nl ’om bre de sa bonté, — nous n ’y vîm es pas la statu e du Poète.\n    C ’est que lui-mêm e et lui seul, il en est l’architecte et le ciseleur :\n\n                  K E K P O T H T A I XPYSEA K P H D I S\n\n   L a base en est d ’or sonore à T hèbes\n   Aere perennins :\n   A Rom e elle est plus éternelle que l’airain.\n   V erhaeren s’est dressé une statu e; elle est de bronze et de granit,\nelle affronte un ciel orageux et tragique, elle- regarde au septentrion,\nau-dessus des m ers de tourm entes, de hasards et de victoires, la\nseule étoile qui ne dévie pas.\n   Au piédestal s ’adosse un moine étique qui songe; une flamande\ncharnue y accoude le large rire des kerm esses; les soirs l’ensan­\nglantent aux carnages des couchants; le flambeau brandi de la lune\nen fantom atise la silhouette; le fleuve devant elle pousse la débâcle\ndu printem ps et voici, su r les chemins, les passants apparus, en exode\ndes campagnes hallucinées vers les villes tentaculaires; le crépuscule du\nm atin s ’éclaire, nous guettons les Aubes.\n   L a statue est belle, farouche d ’attitude, volontaire, grave et\nexaltée à la fois, puissante du geste, hautaine un peu de front, et le\nregard s ’en va vers l’infini.\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                                — 73 —\n\n   E lle est de taille haute, et telle qu’elle en impose au plus indiffé­\nrent, au plus hostile; q u ’im porte, vraim ent, au bronze que le frôle,\ninconsciente où m alicieuse, im puissante en tous cas à nuire, l’aile\ngrêle et crochue des chauve-souris.\n   Ce soir, tourné vers l’artiste qui nous honore p ar l ’adm iration\nq u ’il a provoquée en nous, vers l’hom m e de qui la vie est un exemple\net l’am itié un titre, je m ’écrie avec une joie intim e de participer\nM essieurs, à v o tre enthousiasm e :\n   H onorons tous le grand Poète!\n\n\n   Selon le vœ u de toutes les personnes présentes, Edm ond Picard\na ensuite été prié de lire un des poèmes de V erhaeren, ce à quoi il\ns’est d’ailleurs prêté avec une bonne grâce charm ante et après\nquelques lauda tives paroles. Il lui a été d ’au tan t plus aisé de nous\ndire L e Fléau, le plus beau poèm e des Campagnes hallucinées, que\nl’éditeur E dm ond D em an avait gracieusem ent fait don à tous les\nsouscripteurs, quelques instants auparavant, d’une luxueuse plaquette\ncontenant une pièce de chacun des cahiers de vers du Poète. Tous\nl’en rem ercient ici infiniment.\n   Après cette lecture, il y eut une interruption dans les toasts. L e\ndessert fut servi. L es conversations reprirent plus ardentes. E t le\ncham pagne coula.\n   D ans l ’entre-tem ps, étaient arrivées de la p a rt de Mmes Lem onnier\net V an der S tappen, deux adm irables gerbes de fleurs. Elles jo n ­\nchaient de coloris frais la blancheur de la nappe, devant V erhaeren.\n   L e silence s ’est refait après le dessert. E t au nom du Réveil,\nA lbert A rnay a dit quelques aim ables paroles de sym pathie « au\npoète, au critique et à l’am i ».\n   P u is ç’a été A lbert Mockel qui a porté à V erhaeren ce Toast :\n\n\n                 T O A S T A E M IL E V E R H A E R E N\n\n     Jadis, au temps farouche des épopées,\n     les grands guerriers chevelus, bondissants,\n     brandissaient les éclairs indomptables des épées.\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "                               — 74 —\n\n Chevauchant, marchant à travers les forêts,\n ils étaient venus vers les villes\n où des hommes aux longues mains pâles\n semaient de fleurs épanouies les voies stériles.\n\n Pour éluder le poids lourd de leurs pieds débiles,\n ces hommes-ci marchaient d'une cadence égale,\n harmonieux et blancs comme glissent les cygnes;\n et jamais, sous l’appel du couchant triomphal,\n ils n ’avaient dépassé les remparts rectilignes\n qui devant eux dressaient les murs de l ’horizon.\n\nMais quelques-uns, lassés de leur morne prison,\nlevaient des yeux avides vers la plaine\net, parfois,\nils rêvaient de soleils nouveaux, d ’étranges mers\net d ’aubes suspendîtes sur des plages incertaines;\n\net, quand parurent les grands cavaliers rouges,\nouvrant alors les portes toutes larges,\nleurs mains aux mains guerrières unies,\navec eux, à travers la plaine,\nvers la forêt, vers les mers sans limites,\nils partirent, marchant de montagne en montagne\nvers les conquêtes à venir.\n\nA insi vers toi, frère d ’une autre race,\nvers toi qui as passé, fougueux et fo rt, devant nos villes,\nje lève mes mains étonnées;\n\n vers toi que, du haut des remparts immobiles\n nos yeux suivaient, lorsque tu vins avec tes beaux chevaux cabrés,\nj ’agite à la lumière l’allégresse des oriflammes\n et nos cœurs, bondissants de vivre, te saluent.\n\nLà-bas, aux rives douces de la Meuse\nparmi le rire ailé des ramures,\net la cantilène balancée des yeuses\nen confidences,\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                                 — 75 —\n\n    parfois il semblait à nos fronts juvéniles\n    qu’un souffle libre passait aux feuillures\n    et montait, par delà la courbe des forêts,\n    vers la patrie immortelle de l’azur.\n    Alors tu es venu, avec ton regard fier et sûr,\n    menant de front, de val en plaine,\n    la course indomptable de tes jeunes étalons.\n    Il y avait autour de toi des bruits de glaives ;\n    des cercles d ’éclairs éblouirent la nuit,\n    et devant toi stridait le cri de la victoire.\n    Or, nous t’avons suivi\n    lorsque tu chevauchais aux territoires sans limites ;\n    et par les plaines, par les forêts,\n    vers les mers aux lignes infinies,\n    vers l ’orient vermeil où l’or fleurit Ophir,\n    notre joie saluait, aux routes triomphales,\n    ta gloire qui marchait de montagne en montagne\n    à la conquête de l’avenir.\n\n\n   L e poète H enri de R égnier, absolum ent empêché, étant absent,\nA. F erdinand H erold a pris la parole au nom du Mercure de France,\net p o u r rap peler une fête sim ilaire qui eut lieu quelques jo u rs aupa­\nrav an t à P aris :\n\n\n   Quelques écrivains et quelques artistes, am is ou adm irateurs\nd ’Em ile V erhaeren, se sont réunis jeudi dernier à P aris, en un dîner\nintim e. Ils voulaient, eux aussi, célébrer l’apparition des Villes tenta­\nculaires et la réim pression des Flamandes et des Moines; et ils ont\nsigné l’adresse que voici :\n   « R éunis à P aris, ce soir, pour nous associer au banquet qui lui\nest offert à B ruxelles, nous adressons à Em ile V erhaeren l’hommage\nde n otre adm iration et de nos sym pathies.\n                              B rasserie d’H arcourt, 20 février 1896 .\n  Signé : H enri de R égnier, F rancis Viélé-Griffin, S tu a rt Merill,\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "                                — 76 —\n\nAlfred Vallette, E douard D ucôté, A .-F erdinand H érold, R odolphe\nD arzens, Adrien M ithouard, Jea n de T inan, A lbert S aint P au l, P au l\nV aléry, R obert de B onnières, André F ontainas, P ie rre L ouys,\nC harles H enry H irsch, E douard D ujardin, Jacques Em ile B lanche,\nH en ry G authier V illars, André Lebey, A rm and P oint, P a u l F o rt,\nMaxime D ethom ers, L ugné-Poe, P au l A rm and H irsch, H enri\nAlbert, R achilde, Félix Fénéon, Alfred J a rry , R em y de G ourm ont,\nG aston Danville, R obert de Souza, L éon P au l F arg u e, H enry\nBataille, M aurice B eaubourg. »\n   E t je suis heureux, au nom de ces artistes, com m e au nom du\nMercure de France, que je représente ici ce soir, de vous dire, m on\ncher V erhaeren, quels vœ u x nous faisons tous pour votre prospérité\net v otre gloire.\n\n\n  L e dernier toast, m ais non le m oins substantiel et c h a rm e u r, fut\ncelui de Camille M auclair. Voici :\n\n\n       Em ile V erhaeren,\n\n   P a r m a voix, et p ar ce geste, je vous propose ici le salut du\nvoyageur, l’hom m age de l’artiste, et l’accolade de l’am i.\n   Des souvenirs, des am itiés précieuses m ’on t attaché à ce pays : je\nne m ’y sens point étranger, j ’y pense comme à une des plus chères\nprovinces de m a patrie spirituelle. Je l’ai parcouru : et en ses régions\ndiverses j ’ai pressenti les rapports secrets qui l ’unissent aux œ uvres\ndes rénovateurs de votre a rt national, dont les plus considérables\ntestateurs sont près de vous à cette heure de joie, com m e ils le furent\naux heures de lutte.\n    E n l’eau obscure, dense, m ystérieuse des canaux, propageant aux\nhorizons les m irages qui naissent du ciel et du songe, en les gran ­\ndioses houillères, en les herbages fraîchis des plaines naïves où déjà\ns ’élève la senteur m arine, j ’ai entrevu l’idéal ingénu et tragique,\nl’alliance de simplicité et de rêve qui est toute cette race. P o u r tous\nceux qui sont présents, le pèlerinage des F landres m ’a éclairé su r la\nrenaissance d’une génération qui a m arché avec nous, mes cam a­\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                               — 77 —\n\nrades venus de F ran ce et moi-même, tranquillem ent, loyalem ent\ndepuis des années, m algré tout et selon le droit.\n    Mais lorsque j ’ai envisagé votre œ uvre, Em ile V erhaeren, j ’ai\ncom pris que vous aviez apporté en ce pays plane quelque chose\nd ’inusité qui sans doute lui m anquait: un am oncellem ent m ajestueux\net colossal de m ontagnes au x faces violentes, où se lit encore le\nbouleversem ent de l’ardente terre prem ière !\n    Oui, par la persévérance de votre esprit et l’ingénieux acharne­\nm ent de v otre art, vous avez, E m ile V erhaeren, au m ilieu même de\ncette contrée m éditative, dém enti son visage natal, calm em ent étendu\nsous le ciel et vers l’eau, par l’exaltation d’un tum ultueux m onu­\nm ent lyrique qui ne ressem ble à aucun autre !\n    L à, l’air libre et glacé des altitudes circule; et du h au t de ces\nrochers su rprenants, veinés d ’or et de sang, débris de cités éteintes\nou laves pétrifiées hors du sein de l’antique terro ir, descendent iné­\npuisablem ent des sources de vie, lucides et riches en énergies, vers\nl ’eau qui dérive dans vos plaines, et y confrontait seulem ent ju s ­\nq u ’ici le visage de la rêverie à celui du silence!\n\n       Em ile V erhaeren,\n\n   Mon âm e bien m oindre, m a bonne volonté du moins aussi fidèle,\nen ce so ir sont venues à ces fontaines vitales que vous nous avez\nrévélées : et c’est vers elles que par m a m ain, allégoriquem ent, elles\ntendent cette coupe que dédie à la vôtre le geste de mon toast cordial !\n   Que nous soit dévolue à nous tous l’existence hautaine de con­\nstru cteu r et de penseur dont nous vous devrons l’exemple et le bien­\nfait! Em ile V erhaeren, que le sentim ent d’avoir été dignement\nvous-m êm e vous tienne en sérénité ! Joyeusem ent je bois à vous.\n\n\n   C ’est alors que H enri V an de P u tte s’est levé pour donner lecture\ndes télégram m es de félicitations et de sym pathie arrivés pendant la\nfête, de la p art de M aurice B eaubourg, Antoine Van D yck, Max\nE lskam p, V ictor R em oucham ps, Maurice Van der Meylen, José\nP errée, G ustave K ahn, Georges R odenbach, M aurice W ilm otte,\nR obert de Souza, C harles S tuyts, E douard Ducôté, les adm irateurs\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "                               — 78 —\n\nanglais de V erhaeren, H enri de Régnier, E ugène D em older, H ector\nDenis, Félicien R ops, H u b ert S tiernet et R ichard L edent.\n   Cam ille L em onnier a clôturé la série des toasts p ar cette rapide\nmais magnifique étude de l’œ uvre entier d ’Em ile V erhaeren. N ous\nla reproduisons ici in extenso :\n\n\n    Je me reporte aux jours anciens : je revois la petite m aison am ie\nlà-bas. Il venait des jeunes gens, des poètes, des a rtis te s ; on s ’y\np rép arait pour le com bat; on y disait des paroles ard en tes; et je\nn ’étais pas encore l’aîné, nous avions tous le m êm e âge de rêve et\nd ’espoir... C’est là, mon cher V erhaeren, que je vous ai connu.\nC’est là que vous m ’avez lu vos prem iers vers. V ous êtes de ceux\nq u ’on aim e tout de suite parce qu’on sait q u ’on les aim era toujours.\nJ ’eus la joie de ne pas vous adm irer p ar degrés; je vous fus\nconquis sitôt que me fut révélé le signe qui vous prédestinait. Rien\nne s’en est allé, ni la voix, ni le geste avec lesquels m ’étaient\ndits ces vers tum ultueux. Un cor rauque et dur y sonnait, le beau\ncuivre déjà de votre âm e de plus tard. Il y a une chose de nous qui\nnous précède dans nos œ uvres jeunes; elle grandit, elle se tra n s ­\nsubstantie; elle n ’en est pas m oins l’hom m e que nous allons devenir;\net peut-être, je le crois, les forts ne connaissent que le recom m ence­\nm ent de la jeunesse à chaque livre. C’étaient les Flamandes. U n m oût\npuissant tout à coup, après des siècles, ferm entait. Ce fut la sensa­\ntion de quelqu’un entrant, la serpe d ’or au poing, dans les vignes\nlascives autrefois saccagées p ar l’ivresse des peintres panthéistes\net à son to u r vendangeant le m eurtre et l’am our. Un ru t convulsait\nles rythm es, grappant au long des vers les images forcenées. M an ­\ngeailles, buvailles, copulations et tueries se débridaient en ces rouges\nkerm esses, allouvies de vin et de sang. L a priapée flam ande fut res­\ntaurée, la grande fête des sym boles païens qui fit la joie des m aîtres\nde Flandres. On p erçut le bouillonnem ent d ’une sève âcre et long­\ntemps recuite, le coup de sang aux tem pes d’une hérédité pétulante\net qui crève en des spasm es. Ce fut l’explosion d’un tem péram ent\népris d’outrances dans le coloris et la sensualité. U ne race se déli­\nv rait en ce bouquet d ’essences enragées aux arôm es de m arais et de\nterreau gras, aux fleurs poivrés et crus odorant la su eu r et le blé\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                                   — 79 —\n\nm ûr, les râbles et l’herbe foulée. L es Flamandes m ém orèrent les bac­\nchanales copieuses de R ubens et de Jordaens com m e ces eponymes\nde la bom bance et de la luxure eux-m êm es avaient, en les ruralisant,\nm ém oré les furieuses m ythologies.\n   Em ile V erhaeren n ’a pas recom m encé ce livre : celui-ci garde\ndans son œ uvre une valeur d’exception ; il a la signification d ’un\nre to u r aux origines ; il libère la filiation, la sujétion patríale, l’être\nvierge régi p ar l’instinct et les m ilieux. Il fut le livre qu’il fallut q u ’il\nfît av a n t d’écrire les autres. T o u t ainsi s’ordonne dans la destinée de\nceux qui sont voués à laisser de leur passage une expression qui\nvive après eux. V erhaeren écrit les Flamandes ; il y scelle, sous les\nm étaux lourds, la p a rt de son âm e qui lui vint des ancêtres; mais\nelle renaît sous d’autres form es, et il y a toujours de la m ort et de\nl'am o u r à cette âm e m agnifique et barbare. Elle était épique déjà\ndans la jo ie; celle-ci se déchaînait si forcenée q u ’elle en hurlait plutôt\nde douleur ; le vers éclatait com m e un cri et comme un râle ; toutes\nles roses de l ’am our étaient écarlates de ressem bler à des caillots\nde sang ; la pastorale était barrée de croix comme les routes d’un\ncim etière. E h bien, c’est la M ort seule qui va rester après les\nviolons, cassés de rire ju s q u ’au sanglot. E lle est comme la démence\nénorm e de cette œ uvre du poète qui commence p ar l’ivresse rouge\net se poursuit à travers les hallucinations noires. Ne cherchez plus\nici son image voluptueuse et fardée; nous sommes dans le cycle de\nl’h o rreu r. E lle est la m ort bruyante qui va devant les tam bours, la\nm o rt cauteleuse qui guette au fond des puits, la m ort ironique qui\ndanse su r les routes en agitant son trousseau de v ers... C’est elle\nqui, sous le froc et la cagoule, tro u an t les crânes de ses bruits\nde cloches, affolant les âm es d ’un vertige de dam nation, râpant les\ngenoux aux pentes de la révolte et de la pénitence, passe dans\nles Moines, la croix aux poings où même un Dieu en trépassant\nconsacra sa royauté éternelle. C’est elle encore qui, au seuil des\nSoirs, ce porche m erveilleux qui ouvre le monde hanté où va\nséjourner le poète, se dissimule, à l’affût de l’âme déjà chancelante,\net, avec des paroles insidieuses, lui persuade de la suivre aux ombres\nsans espoir :\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "                                -   80 —\n\n         J e veux marcher vers la folie et ses soleils,\n         Ses blancs soleils de Inné an grand midi, bizarres,\n         E t ses lointains échos mordus de tintamarres\n         E t d’aboiements, là-bas, et pleins de chiens vermeils.\n\n  E t ces deux vers comme le tintem ent frêle d ’un jo u et qui se casse :\n\n              L ’inconscience gaie et le tic-tac débile\n              De la tranquille mort des fous, je l'entends bien!...\n\n   P uis la voilà qui, dans les Débâcles, se dém asque, hypocritem ent\napitoyée, et mêle ses doigts d’ossem ents, avec lesquels elle sonnait\nles tocsins furieux de la tuerie, aux poings qui l’appellent et sonnent\nle glas :\n         — O la fo lie! — et la cloche tragique où pendre\n         Mes mains, mes pauvres mains, pour appeler la mort!\n\n   E t la voici encore, la m ort des m inuits hagards, des nuits de\ndémence et de révolte et de doute. C’est elle qui, au fond des cha­\npelles de la déréliction, allum e les Flambeaux noirs. E lle parle bas,\nd ’une voix chuchoteuse, comme la prostituée des carrefours. E lle\nest la Dame noire offrant ses seins à la douleur du m onde :\n\n                   J e suis belle comme la mort\n                   E t suis publique aussi comme elle.\n                   A ux douloureux traceurs d’éclairs\n                   E t de désirs sur mes murailles,\n                   J ’offre le catafalque de mes chairs\n                   E t les cierges de mes funérailles.\n\n  Celui qui fut le passant de la démence phallique, d’un songe lourd\nde sensualité anim ale est devenu le pénitent de la démence des âm es,\nle poète visionné p ar l’ironique et fragile fantôm e de la raison\nhum aine. L e Flam and des jardins de la joie qui, d ’une serpe ivre,\nvendangeait le vin et le sang, s’est frayé avec la hache les halliers de\nla désespérance. P arti des confins de l’hum anité élém entaire, il\nfranchit les territoires interm édiaires pour aboutir aux hautes spiri­\ntualités, aux domaines du rêve et de l’hallucination. L es Soirs, les\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                                            — 81 —\n\nDébâcles, les Flambeaux noirs, les Apparus dans mes chemins sont les\nétapes de cette progression vers des horizons sans cesse élargis,\nvers le chanaan de son terrible et som bre idéal. C’est alors q u ’il\ns’atteste un des poètes absolus de ce tem ps, un de ces redoutables\nautochtones qui dem eurent isolés parm i les langages courants... Il y\na là d’effrayants puits d’affliction où quelqu’un se lam ente et hurle\navec une voix comm e chez D ante et Jérém ie. I l s ’entend là des\ncavernes de vociférations et de sanglots comme ressuscités des\nP ro phètes. Il en descend les spirales, il en veut sonder le tréfonds.\nC’est comme l’endosm ose de toute une hum anité m isérable qu’as­\nsum e ce plongeur aux ténèbres de la conscience. L a suggestion est\nconsternante : on perçoit les stades indubitables de la ru p tu re d’une\nâm e. D es orgueils prélim inaires, de la graduelle vacillation du sens,\nelle roule vers les agonies de la raison :\n\n       Mon orgueil tait son blasphème\n       E t s’exalte sous les abois de mes douleurs.\n\n\n   Aux Débâcles s ’angoisse la certitude de l’irrém éd iab le :\n\n        Mes doigts, touchez mon front et cherchez là\n        Les vers qui mangeront un jour de leur morsure\n        Mes chairs. Touchez mon front, mes maigres doigts, voilà\n        Que mes veines déjà comme une meurtrissure\n        B leuâtre étrangement en fo n t le tour, mes las\n        E t pauvres d o i g t s ...............................................................\n\n        E t vous aussi, mes doigts, vous deviendrez des vers\n        Après les sacrements et les miséricordes,\n        Mes doigts, quand vous serez immobiles et verts\n        Dans le linceul, sur mon torse comme des cordes,\n        Mes doigts qui m ’écrivez, ce soir de rauque hiver,\n        Quand vous serez noués — les dix — sur ma carcasse\n        E t que j ’écraserai sous un cercueil de fer\n              Cette orde carcasse qui casse.\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "                                   — 82 —\n\n   Enfin, la raison est m orte :\n               E n sa robe de joyeux morts que solennise\n               L'heure immobile à l'horizon,\n               Le cadavre de ma raison\n               Traîne sur la Tamise.\n\n    L a D ouleur p artout crie m atériellem ent en ces vers, qu’on dirai\n étirés sur des claies, strapassés sur des chevalets et qui sont vrai­\nm ent de la chair vivante aux nerfs régrédillés, aux m uscles tordus\n comme le câble d’un cabestan. Un symbole, physique à force\nd’intensité, tangibilise, chez ce poète d’une race si plénièrem ent\nphysique, ju sq u ’aux plus subtiles nuances de l’abstrait. L a décrois­\nsance de la raison revêt ici, au fond d’une cham bre de tortures, les\napparences d ’un supplice corporel où l’âme est sa propre to rtio n ­\nnaire et inexorablem ent se scarifie et se dépèce recom m ençant sur\nelle-même les furieuses im aginations de J a n L uyken. Des trois volets\nde ce tryptique de l’orgueil, de la démence et de l’effroi, une odeur d ’in\npace et depourrissoir ém ane lourde, férine, vertigineuse comme ém a­\nnait des Flamandes la senteur viride et fauve des anim alités au giron\ndes étés. P a r des schémas outrés, par des correspondances essentielles\nd ’images et de couleurs, s ’avère le don prodigieux de tout incorpo­\nre r et d’exprim er, à l’égal d’un organism e, l’inorganique même, les\npures entéléchies spirituelles. V erhaeren est le poète optique des\nrégions de l’E tre et du M ystère. C’est p ar là qu’il ne cesse pas de\ns’affilier aux extraordinaires peintres de ses F landres et q u ’il p er­\nsiste lui-même le plus substantiel et le plus féroce des coloristes. Sa\nvision est comme le foyer même de son a rt concret, réalisateur, syn­\nthétique : elle a l’intensité brûlante, la force d’attirance et de cen ­\ntralité d’une lentille; elle est le creuset où, en vue des transfigurations\nidéales, se résorbe le R éel. E t cette vision toujours est forcenée, h allu ­\ncinée, paroxyste, signalant d’inouïes aptitudes à transposer dans le rêve\nles évidences, à se conférer les affres de la loi rom pue, à vivre l’a n o r ­\nrm al, les épouvantes de la raison su r les m argelles de l’abîm e, les\ninterlaps des cataclysm es, le frisson de l’im m inent, en sorte q u ’elle\ndevient, cette vision, l’expression exacerbée de la Panique. D ans le\ncirque en proie aux mimes et aux histrions, parm i nos mièvres\nlangues de rhéteurs, V erhaeren est le B arbare m éprisant des esthé­\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                                 — 83 —\n\ntiques byzantines et qui pousse une clam eur d’a rt sauvage. Ses\nvers se congestionnent de fracas rauques et lourds; ils évoquent des\ngongs de beffrois, des tum ultes de lam inoirs, des ronflem ents de\nmeules, de puissants chariots roulant dans un port. Ils ont des poly­\nchrom ies d’ors et de pourpres, brasiers flam bants où furent concas­\nsés des v itraux et des pierreries, où rutilent du soleil et du sang.\nInstinctif, spontané, touffu, tourm enté, irréductible, le poète se\npropose le violateur du tem ple, le briseur des vases sacrés. Il appa­\nraît, dans le tourbillon de ses images, un grand ingénu violent.\n    Mais ce n ’est encore là que de la littératu re et une telle âme\n échappe aux procédés p ar lesquels on voudrait la définir. Elle va\n plus h au t et plus loin ; c’est sa beauté de défier les esprits sym é­\n triques qui, pour la com prendre, se souviennent encore d’eux-mêm es.\n E lle est grande de tous les excès qui la font dissemblable des autres ;\n elle a le vertige de ne ressem bler à aucune ; et elle demeure, dans sa\n grandeur, infiniment solitaire et triste. P a r là, elle échappe à la\n m esure; ceux qui espérèrent l’am oindrir en la m esurant n’aboutirent\n q u’à m ieux faire sentir q u ’elle les dépassait... V erhaeren s ’apparente\n à la famille des Tragiques. Il est hanté p ar le m ystère perpétuellem ent\n et les destinées. Il a les pleurs de la douleur, il en a bien plus « les\n abois ». E lle est l’Isis noire de ses cryptes, gemmée des lourdes et\n  précieuses joailleries de sa terreu r et de son adoration.\n     L e paroxysm e e t son génie spécial; c’est la flagellation sans trêve\n  dont il fait saigner son âm e parm i les calvaires et les charniers. Il a\n  le goût de la m ort et du sang, des fontaines de sang comme chez\n  Rubens et R ibera, de la hideuse m ort putride et verte annelant à ses\n  doigts des chapelets de viscères ou, comme la m ort du moyen âge,\n  pesant en ses balances d’os la fragilité des D om inations. Elle tra ­\n  verse ici tout le Cycle. E lle est comme la main effrayante qui nous\n  guide à travers ses passages, et elle ressem ble à la folie; elle\n  rit et sanglote; elle porte un m asque su r sa face cam use; elle ne\n  cesse pas d ’être la grande épouvante. E lle était déjà dans la vigne\n  lux u rieu se; elle nous ouvre les seuils d ’ébène des Soirs; elle nous fait\n  descendre les m arches d e la crypte qui se prolonge sous les Débâcles\n   et les Flambeaux noirs... Vous la verrez paraître une dernière fois\n   dans les Campagnes hallucinées.\n                      L a mort a bu du sang\n                      A u cabaret des trois cercueils.\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "                                 — 84 —\n\n   Déjà c’est la farce m acabre de Klauber, de Holbein et de R ethel :\n ce n ’est plus la Dame noire, ni le spectre qui sonnait le glas de la\n raison; ce n ’est plus le destin vers qui m ontaient les abois de la\n D ouleur. L a M ort s ’est extériorisée : l’âme bientôt va guérir. R ap­\npelez-vous, dans les Apparus, les deux pièces finales : Celle du jardin\net Très simplement. C’est le signe annonciateur : tout le m al n ’est pas\nencore en allé, mais un commencement de paix signale l’alanguis ­\nsem ent délicieux de la souffrance. E lle ne rugit plus du fond des\ncavernes, com m e un lion altéré. Il passe un m urm ure léger d’orai­\nsons. P eut-être l’excès de la souffrance était encore de l’orgueil; le\npoète s’est hum ilié; il s’écoute espérer en du silence : on sent la dou­\nceur d’une délivrance prochaine.\n   Si dans les Campagnes une convulsion de l’ancien m al perce\nencore, ce n ’est déjà plus que le lancinem ent d’une blessure qui se\nferme. L a douleur v a m ourir d’avoir touché à la m ort et de n ’ê tre plus\nque le dernier cercle des ondes par-dessus le gouffre où l’âm e som bra\net d’où elle est rem ontée. Ainsi s’achève le grand Cycle noir; la M ort,\nm énétrier de la kerm esse des Flamandes, râcle ici, de l’archet enragé\ndont elle faisait danser L u x u re et T uerie, l’âm e toute vive et nue.\nComme elle m enait là-bas la sarabande des instincts rués, elle dis­\nloque et désarticule, en ces vers de m orgue et d’hôpital, la pauvre\nraison hum aine pantelante su r les tables et les lits. C’est la grande\nchorée des affres et de la douleur. E t ensuite elle s’en v a ; on la voit,\ntroubadour militaire, trim balant sur son cheval bonhom m e, décroître\nau lointain des Campagnes hallucinées. E lle n ’est plus qu’un symbole\nterrible et ridicule qui annonce la venue des autres, consolateurs.\nL e patient des Soirs et des Débâcles s’en am use comme d’une poupée\nsu rannée; il la raille et la bafoue, et toute peur cependant peut-\nêtre n ’est pas partie. Quand p araîtront les Villages illusoires, vous\nn’apercevrez plus par-dessus la haie que son suppôt, le funèbre et\nm achinal fossoyeur.\n   L ’ère de la douleur est révolue : le poète sort des om bres et in ter­\nroge les vivants. Il va par les berges, il v a p ar les bourgs. L ui, le\npèlerin de la m ort, il devient l’hôte du chemin des hom m es. Ce ne\nsont que de bonnes gens comme aux vieilles estam pes, des artisans,\nles petits m étiers qui sont la vie. Mais prenez garde à leurs gestes\nm inutieux et sournois, à leurs yeux clandestins, et ils ne disent rien:\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                                — 85 —\n\nils en dem eurent hagards et inconnus d’eux-m êm es. E t c’est la P a ra ­\nbole. Ils ont un sens dans la destinée hum aine ; leur labeur est essen­\ntiel comme les vérités éternelles. Ils sont l’om bre de quelqu’un qu’on\nne voit pas et qui est devant eu x ...\n\n  Voici 1e Passeur d ’eau :\n                 Le passeur d’eau, la main aux rames,\n                 A contre-flot depuis longtemps,\n                 Ramait, un roseau vert entre les dents.\n\n  Voici les Pêcheurs :\n                 Les vieux pêcheurs de la rivière\n                 Qui longuement depuis hier soir\n                 Pour on ne sait quelle pêche nocturne\n                 Ont descendu leur filet noir\n                 Dans l ’eau mauvaise et taciturne.\n\n  Voici le Menuisier :\n                 Le menuisier du vieux savoir\n                 F ait des cercles et des carrés\n                 Tenacement, pour démontrer\n                 Comment l'âme doit concevoir\n                 Les lois indubitables et fécondes\n                 Qui sont la règle et la clarté du monde.\n\n  E t puis, c’est le Sonneur et ces extraordinaires Cordiers, les plus\nbelles peut-être et les plus étranges de toutes ces figures de l’aven­\nture de la vie :\n                 Dans son village, au pied des digues\n                 Qui l’entourent de leurs fatigues\n                 De lignes et de courbes vers la mer,\n                 L e blanc cordier visionnaire\n                 A reculons, sur le chemin,\n                 Combine avec prudence entre ses mains\n                 Le jeu tournant de fils lointains\n                 Venant vers lui de l ’infini.\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "                                 — 86 —\n\n   E t lui aussi, le poète, il est le cordier de tous les fils lointains venus\ndu M ystère et de l’Infini. Il les tresse et les détord : il y sent son âme\nnouée et toutes les choses hum aines. Il s’est dépris de ses douleurs\nanciennes, mais il dem eure le captif du Rêve, il rôde avec inquiétude\nparm i les analogies. C’est l’heure où il est requis p ar les Symboles.\nC’est le prem ier pas aussi vers cet a rt des vieilles images et des\nsignes énigm atiques, comme sur les tarots, comme aux très anciens\ngrim oires, et qui sera pour lui l’occasion de se renouveler en renou­\nvelant la chanson populaire. Il recherche les formes simples de la\ncom plainte et de la légende, et selon la loi de son esprit, il ne cesse\npas de s’y m ontrer tragique et puissant. Une lointaine hum anité s’y\nréveille, cette hum anité du tem ps de la m ort et de la souffrance qui\nfut la sienne, où il vécut comme en un trouble m oyen âge de l’âme.\nMais elle n ’y crie plus dans la dém ence; elle-même, comme lui, a\nsenti passer le souffle qui délivre. C’est parfois un charm e subtil de\nmélancolie, un émoi d’espoir et de choses qui vont naître; la bonne\nchanson chante et ignore qu’elle s ’afflige encore dans l'Almanach que\nguirlanda d’ingénieuses vignettes son ami, le beau peintre V an R y s ­\nselberghe. E t c’est un elleluia comme au mois de Marie, ce sont les\nG râces d ’une âm e revenue de la m ort à la Bonne Dam e, après\nl’autre, la terrible Dame Noire des Flambeaux, l’Isis ténébreuse de\nson culte m orbide et de ses râles... T o u t à coup, p ar un reto u r brus­\nque à la grande forme du Cycle, voici que se dessinent à l’horizon,\ndans d’aigres ciels tourm entés, les Villes tentaculaires. Mais ce n ’est\nplus qu’un tonnerre lointain, c’est le dernier spasm e de cette âm e\nam ère qui, du fond d’un tom beau de m arbres et de m étaux, hurlait\nvers la D ouleur. Il la transporte chez les hom m es ; il doute m ainte­\nnant qu’elle soit éternelle.\n\n          E t tandis que la foule abat, dans la douleur,\n          Ses pauvres bras tendus vers la splendeur,\n          Parfois, déjà, dans le mirage où quelque âme s’isole\n          La beauté passe — et dit les futures paroles.\n\n   Vers quelle évolution le h aut vol de la pensée, après les livres\nm erveilleux où régna la M ort, p ortera celui qui pour notre race s’est\nattesté l’expression la plus ém ouvante du Poète? Je ne préjuge rien,\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                               — 87 —\n\nje sais seulem ent que les Aubes vont succéder aux ténèbres et je\nretiens ces deux vers adm irables; ils ont pour moi un sens de\nprophétie :\n\n         Parfois, déjà, dans le mirage où quelque âme s’isole\n         L a beauté passe — et dit les futures paroles.\n\n   C ’est bien la délivrance cette fois ; le cor rauque et dur qui sonna\nl’hallali de la m ort s’est effacé au lointain de la paix enfin venue. E t\nd’autres m usiques, je crois, vont être entendues, simples et grandes,\npuisque c’est le génie d ’un tel poète de ne rien faire que de grand.\n   Je me défends d’avoir voulu faire une étude littéraire; elle eût été\nbien inutile devant vous qui connaissez la splendeur de l’Œ u v re . De\nlum ineuses pages furent écrites pour en exprim er le sens et que\nsignèrent de R égnier, Viélé-Griffin, Mockel, P icard, de plus récentes\naussi où les Jeunes, venus après ces aînés, à leu r to u r avec dévotion\nv o ulurent être les am bassadeurs de ce P rince des obsessions magni­\nfiques. J ’ai seulem ent désiré me m ettre un peu près de l’âm e excep­\ntionnelle qui le voua à être un hom m e plus triste et plus haut que les\nau tres. P ieusem ent, fraternellem ent, je me suis penché, j ’ai écouté\nsa lam entation infinie ; elle l’accorda avec la douleur de l’hum anité à\ntrav ers les âges. G rand poète et poète hum ain entre tous, il ne lui\na m anqué ni la gloire d’être passionném ent aim é ni celle, plus am ère\net précieuse cependant, d’être m éconnu. A ujourd’hui est jour de\nréparation et d’acclam ation. C ’est l’œ u v re accom plie que nous célé­\nbrons et c’est l’œ uvre à venir. D e pareilles réunions servent à\nm arquer l’étape franchie et à faire présager l ’étape prochaine..!\nE sp rit libre, âm e infiniment véhém ente et douce, âm e sauvée et pro­\nm ise aux m étam orphoses, très aim é V erhaeren, des poètes ici vous\nou v ren t les seuils de m ém oire.\n\n\n\n   Ses paroles ont soulevé notre joie la plus splendide à nous tous,\naim eurs de V erhaeren, dont il disait l’am our si bellem ent en phrases\nluxuriantes et m élodieuses !\n   André R u y ters lut encore alors ce noble toast de Stéphane Mal­\nlarm é :\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "                                — 88 —\n\n                      A Verhaeren\n                      au neuf et grand poète\n                     si je ne suis un de ceux, ici,\n                pressés, auprès de l’ami valeureux\n                     pour toast\n                     j ’élève, avec une solennité\n                intime\n                      en le lisant, ce soir, dans\n                les dix livres de Poèm es aux\n                Villes T entaculaires\n                      ma joie du grandiose, du\n                 vrai jusqu’au poignant et au\n                 tendre, de l’étrange, du tumultueux,\n                 du grave qu’accorde, entre eux,\n                 selon un génie humain, son Vers.\n\n\n   E t il finit par ces m ots : « E t donc, V erhaeren, au nom de S té­\nphane M allarm é, au nom de notre Prince, je bois à vous ! »\n   L e silence total se fit, et V erhaeren se leva. Nous n ’accom pagne­\nrons d’aucun com m entaire ses paroles, par une douce gêne que lui\net tous com prendront, mais nous jurons seulem ent que les larm es\nen jaillirent des yeux et du cœ ur à plus d’un d ’entre nous... Et ces\nparoles furent vraim ent trop belles d’abnégation et de bonté.\n   D ’abord, un instant, il ne su t parler, tan t l’émotion l’étreignait...\nmais il rafferm it vite sa voix, et dit :\n\n\n               M e s A m is ,\n\n  J e voudrais trouver un m ot non encore banalisé par les circon­\nstances pour vous exprim er ce que depuis quelques jo u rs et en ce\nmoment-ci, j ’éprouve. T a n t de joie me ravit, que les m ots pour la\ndire défaillent et que ce sont précisém ent les plus simples qui appa­\nraissent les moins insuffisants. Laissez-m oi donc proclam er ici, que\ntout bonnem ent je vous rem ercie du fond de mon être et que je m ets\ndans ce rem ercîm ent toute mon émotion, toute m a force de sentir et\ntoute m a violence d’âme.\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                                 — 89 —\n\n    Ce rem ercîm ent, je l’adresse et aux poètes qui jeudi dernier, à\nP aris, se sont réunis à mon intention, et à chacun de vous, qui, à\ncette heure, entourez cette table. Je l’adresse d ’abord à mes aînés et\nà mes m aîtres : Edm ond P icard, Camille Lem onnier, Georges\nE ek h o u d ; je l’adresse à mes si chers et si brillants cam arades, à mes\nfrères intellectuels de F rance et de Belgique, qui font si nom breuse\net si belle m a vraie fam ille; je l’adresse à mes collaborateurs au Coq\nrouge, à l'A rt moderne, à la Société nouvelle, au Mercure, à la Revue\nblanche, à l'Ermitage, à Pan, au Réveil, au Magasin littéraire, à l'idée\nmoderne, à l'A rt jeune, à la Lidte, au Libre Journal, à l'A rt wallon, à\nla Plum e; je l’adresse à mon déjà ancien am i et éditeur Edm ond\nD em an; je l’adresse à vous tous mes lecteurs et mes attentifs qui\nvous êtes rassem blés ici; je l’adresse enfin à tous ceux qui à cette\nheure pensent à moi et rendent cette m anifestation vraim ent trop\nlarge et trop fervente pour ne s’adresser q u ’à un hom m e.\n    D epuis quinze ans, que se sont succédées chez nous ces fêtes litté­\nraires, ce qui intéresse particulièrem ent, c’est que, toujours, elles\nont été provoquées par la jeunesse. Les nouveaux venus s’affirment\nen classant ceux qui les précèdent. Ils les adm ettent ou les récusent.\nIls en font des drapeaux ou les piétinent com m e des ruines. Ce fut\nd ’enthousiasm e qu’ils acclam èrent jadis Camille Lem onnier, q u ’ils\ncélébrèrent Georges Eekhoud. E n ces deux triom phes, la beauté de\nl’heure fut réalisée p ar leur lyrism e et p ar leur foi. On sentait q u ’ils\ninauguraient ou q u ’ils continuaient ce qui désorm ais en Belgique ne\ndoit plus p érir : l’exaltation d’une œ uvre et d’un nom , ou plutôt\n l’exaltation des lettres à travers un nom . C ar le culte pour un écri­\n vain n ’est que prétexte à un am our plus h aut et plus réel : l’am our\ndes jeunes pour l’art. E t aujourd’hui comme il y a dix ans,\n comme il y a trois ans, c’est leur passion tenace pour la beauté, c’est\n leur adoration, genoux ployés mais front haut, vers l’idéal, qui\n donnent la vraie signification à ce banquet.\n    Après les deux prem ières générations littéraires de notre pays, en\n voici une troisièm e aussi ardente et confiante que ses devancières.\n E lle se présente nette en ses haines et ses adm irations, pavoisée\n d ’espoir et de hardiesse, âpre et violente et haletante de vie et de\n bataille, telle enfin qu’apparaissent ceux qui partent pour la glorieuse\n et dangereuse aventure. E lle sait combien en cette Belgique d ’indif­\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "                               — 90 —\n\nférence grise, de sommeil littéraire, où l’on connaît beaucoup m ieux\nles titres de bourse que les titres de nos livres, où le ventre semble\nla capitale du monde organique qu’est notre corps, où le cerveau est\nle carrefour de toutes les idées banales, de tous les jugem ents usés,\nde tous les axiom es éculés, qui se croisent dans l’espace et le tem ps,\nil lui faut d’énergie pour résister à la veulerie nationale, pour oser\ndire carrém ent qu’on est dans la vie uniquem ent un rom ancier ou un\npoète et pour faire adm ettre, grâce à la survivance d ’une flamme\nmerveilleuse qu’on détient en soi, que la race dont on so rt est\nauthentiquem ent la mêm e que celle qui produisit jadis les V an E yck,\nles P au l R ubens, les Quentin M etsys et les Jordaens. Sinon comm ent\nlégitim er que de tels arbres m iraculeux eussent pu grandir en d’aussi\npauvres et stériles bruyères ?\n   C’est donc une joie et un orgueil pour nous tous de voir les jeunes\nde ce temps-ci se vouer de toute leur âme aux lettres comme on se\nvoue à quelque grande cause sacrée : soit à la science, soit à l’h u ­\nm anité, soit à Dieu.\n   T ous ceux d’entre eux que je connais sont de superbes enflammés.\nQuelques-uns déjà se sont propagés, cœ ur et âm e, en des livres;\nd’au tres se détaillent en des revues.\n   T o u s résistent au milieu torpide, à la bassesse et à la nullité\nam biantes. Ils refusent de se contenter de la m édiocre existence\nd’argent et d’honneur pour en r êver une autre de tenace vaillance et\nd’aiguë volonté, et ce sera peut-être grâce à eux, et à ceux qui après\neux feront comme eux, que la notion de fierté et de dignité intellec­\ntuelles ne périra point dans notre race.\n   E t voilà pourquoi en vous rem erciant avec toute m a gratitude,\nvous tous qui êtes ici, c’est cependant à eux, aux jeunes, que je\nsonge surtout en levant mon verre.\n\n\n  E t V erhaeren se to u rn a vers les Jeunes! et il but à eux! E t tous\ncriaient leur joie et applaudissaient.\n\n\n\n  Mais, mes am is, voici la fin de la fête... Chacun serre la main du\nPoète ou l’em brasse, exprim ant à nouveau sa fraternelle sym pathie.\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                                   — 91 —\n\nV erhaeren, en ce m om ent d ’ém otion, p araît heureux du bonheur\nressenti de tan t d’am itiés franches, spontaném ent offertes !\n   Des groupes se sont formés bientôt au fond de la salle, et l’anim a­\ntion se divise en conversations affectueuses qui disent la joie éprouvée\nd ’une telle fête, trop brève hélas !\n   P o u r nous, elle est inoubliable, cette fête; elle constitue l’hom ­\nmage suprêm e et passionné rendu au génie du poète, la plus fière\nattestation de notre vitalité littéraire, et la plus belle et claire espé­\nrance en l’avenir.\n\n\n\n\n   L I S T E DES SO USCRIPTEURS AU B A N Q U E T V E R H A E R E N\n\n            Adam, Paul, hom m e de lettres.\n            A rnay, A lbert, directeur du Réveil.\n            B arbasch, Boris, étudiant.\n            Beaubourg, Maurice, hom m e de lettres.\n            Benham H ay, correspondant du Corriere di Napoli.\n            Bernard, Charles, de l’A rt jeune.\n            B iernaux, Auguste, secrétaire du Coq rouge.\n            Blême, Gaston, de la Lutte.\n            Bonhomm e, Marcel, de l’A r t wallon.\n            Brouez, F ernand, directeur de la Société nouvelle.\n            Cardon, Charles-Léon.\n            Le Caveau verviétois.\n            Chainaye, Achille, directeur de la Réforme.\n            Chainaye, H ector, hom m e de lettres.\n            C harpentier, Alexandre, artiste peintre.\n            Chômé, L éon, profeseur au Conservatoire.\n            Ciam berlam i, Albert, artiste peintre, de Pour l’A rt.\n            Closset, Marie, de l'A rt jeune.\n            Colm ant, Prosper, artiste peintre, de Pour l’A rt.\n            Cooremans, A rm and, étudiant.\n            Coppens, Omer, artiste peintre, de Pour l’A rt.\n             Cousin, F ernand.\n             Culus, G ustave, avoué.\n             de Bousies, Maxime, hom m es de lettres.\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "                       — 92 —\n\n de Gouves de Nuncques, W illiam , artiste peintre.\n De Groux, H enry, artiste peintre.\n Delattre, Louis, du Coq rouge.\n Delchevalerie, Charles, du Réveil.\n Deltenre, E rnest, étudiant.\n D em an, E dm ond, éditeur,\n de Marès, Roland, hom m e de lettres.\n Demolder, Eugène, du Coq rouge.\n Denis, H ector, professeur à l’U niversité libre,\nde Régnier, H enri, homme de lettres.\ndes Cressonnières, Jacques, professeur à l’U niversité nouvelle.\nDesmet, Alfred.\ndes Ombiaux, Maurice, du Coq rouge.\nde Souza, R obert, hom m e de lettres.\nDestrée, Jules, homm e de lettres, représentant.\nDeutscher, Paul, secrétaire de la Section d’A rt.\nDubois, Paul, de l’A rt jeune.\nDucôté, Edouard, directeur de l 'Ermitage.\nD welshauvers, Georges, professeur à l’U niversité nouvelle.\nEekhoud, Georges, du Coq rouge.\nElskam p, Max, homme de lettres.\nE nsor, Jam es, artiste peintre.\nFabre, Gabriel, artiste peintre.\nF abry, Em ile, artiste peintre, de Pour l’A rt.\nFié, Georges, artiste musicien.\nF ontainas, André, homm e de lettres.\nF ort, Paul, secrétaire de Pan.\nGeefs, Adrien, artiste peintre.\nG érardy, Paul, du Réveil.\nGevaert, Gustave.\nGide, André, hom m e de lettres.\nGilsoul, Victor, artiste peintre.\nGodart, Olivier.\nGuequier, Albert, du Réveil.\nH allet, Max, avocat.\nH annotiaux, Alexandre, artiste peintre, de Pour l'A rt.\nH averm ans, X avier, éditeur.\nHéger, Paul, professeur à l’U niversité libre.\nHennebicq, Léon, avocat.\nH érold, A .-Ferdinand, du Mercure de France.\nH eym ans, A .-J., artiste peintre.\nH ippert, Théodore.\nH orw ath, Clém ent.\nK ahn, G ustave, hom m e de lettres.\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                       — 93 —\n\nKhnopff, F ernand, artiste peintre.\nK hnopff, Georges, hom m e de lettres.\nL aerm ans, Eugène, artiste peintre.\nLam eere, A uguste, professeur à l’U niversité libre.\nLebœuf, H en ry , homm e de lettres.\nLecomte, E m ile, hom m e de lettres.\nL edent, R ichard, du Réveil.\nLeemp oels, Jef, artiste peintre.\nLekim e, Léon, hom m e de lettres.\nLem onnier, Camille, hom m e de lettres.\nL eroy, Grégoire, hom m e de lettres.\nMabille, Valère, industriel.\nM aeterlinck, Maurice, du Coq rouge.\nMali, Marie.\nM allarmé, Stéphane, hom m e de lettres.\nM arlier, Paul.\nMarlow, Georges, du Réveil.\nMassin, G.\nMaubel, H enry, hom m e de lettres.\nM auclair, Camille, hom m e de lettres.\nMaus, Octave, de l'A rt moderne.\nMellery, X avier, artiste peintre.\nMerill, S tu art, hom m e de lettres.\nM ertens, B ertha, de l'A rt jeune.\nM ertens, Marie, de l'A rt jeune.\nM eunier, C onstantin, statuaire.\nM ithouard, Adrien, hom m e de lettres.\n Mockel, Albert, hom m e de lettres.\n M onnom , H ector, éditeur.\n M onseur, Eugène, professeur à l’U n iversité libre.\n Mussche, P aul, de la Lutte.\n Neujean, X avier, avocat.\n Nocq, H enri, artiste peintre.\n Nys, Francis, artiste peintre.\n Olin, Pierre, du Réveil.\n O tlet, P aul, avocat.\n Ottevaere, H enri, artiste p eintre, de Pour l’A rt.\n Paillard, H enri, artiste peintre.\n Perrée, José, hom m e de lettres.\n Picard, E dm ond, avocat, sénateur.\n Pierron, Sander, secrétaire du Coq rouge.\n Ram aekers, Georges, directeur de la Lutte\n Rassenfosse, E dm ond, du Réveil.\n Raway, Erasm e, artiste musicien.\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "                          — 94 —\n\n   Reclus, Elisée, professeur à l’U niversité nouvelle.\n   Remouchamps, V ictor, du Réveil.\n   Rency, Georges, de l'A r t jeune.\n   Richelle, Stéphane, du Réveil.\n  Rodenbach, Georges, hom m e de lettres.\n  Rops, Félicien.\n  Rousseau, Blanche, de l'A r t jeune.\n  Rousseau, Victor, sculpteur.\n  Royer, Emile, avocat.\n  R uyters, A ndré, de l'A r t jeune.\n  Sainte Brigitte, P aul, hom m e de lettres.\n  Schlobach, W illy, artiste peintre.\n Schw artzenberg, J ., éditeur.\n Serigiers, Georges, avocat.\n Signac, Paul, artiste peintre.\n S tuyts, Charles, du Réveil.\n Stiernet, H ubert, du Coq rouge.\n Tassel, E ., professeur à l’U niversité libre.\n T h y s, H ector, artiste peintre, de Pour l’A rt.\n T oisoul, A rthur, de l'A r t jeune.\n Vallette, Alfred, directeur du Mercure de France.\n Van den Bosch, F irm in, du Magasin littéraire.\n V an den Steen de Jeh ay , F.\n Van de Putte, Eugène.\n V an de Putte, H enri, de l'A rt jeune.\nV an der M eylen, Georges.\nVan der Meylen, Maurice, adm inistrateur du Réveil.\nVan der Stappen, Charles, statuaire.\nVan de Velde, H enri, artiste peintre.\nV an D yck, A ntoine, ténor du T héâtre d e B ayreuth.\nV andrunen, Jam es, hom m e de lettres.\nVan Lerberghe, Charles, du Réveil.\nVan Mons, Emile.\nVan Rysselberghe, Théo, artiste peintre.\nVerhaeren, Alfred, artiste peintre.\nViélé-Griffin, Francis, hom m e de lettres.\nVinck, Emile, avocat.\nW auters.\nW ilm otte, Maurice.\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                                  — 95 —\n\n\n\n\n                     LES L IV R E S\n               L a P lu ie et le B e au T e m p s\n            p ar G u s t a v e K a h n (chez L éon V anier, Paris).\n\n\n   Après un silence assez long, K ahn nous rend la joie de ses vers,\nses vers à la fluctuation si mélodieuse, au rythm e si flexible et si\nadéquat.\n   Peintre m erveilleux, en ses paysages de « pluie ou de beau tem ps »\nil nous donne inoubliablem ent la vision du ciel et de la m er. Le\nsoleil trom peur d ’entre deux averses, la pluie perfide et prodigue, le\nsilence obtus et tassé de la nuit, la m er riante ou tourm entée, sol­\nlicitent son pinceau. E t il nous en fait de délicieux tableaux qui sont\nde pure et grande poésie.\n   S ’il n ’y avait que cela, ce serait peu, sans doute, pour révéler une\nâm e. Mais il s ’est penché aussi vers la vie paysanne, la vie des\nm arins, et il nous la chante doucem ent, dans sa banalité poignante\net naïve : L a m er\n\n                   ... déchaîne sa tourmente blême\n                   Autour des barques qu’elle aime,\n                         Qu’elle aime disjointes,\n                        Pleines de mains jointes.\n\n   E t puis, son im agination, prism atique extraordinairem ent, reprend\nle dessus. Les souvenirs de la F landre com m unière, cette F landre\noù il écrit, lui revenant, il revoit :\n\n                  Les haches aux mains des forbans,\n                  Les torches aux mains des rebelles...\n\n  E n présence de la brum e m arine, de la désolation uniform e des\nhorizons, il dresse la Ville du S ourire, m usicale et lum ineuse, en une\nadm irable évocation. E t il accueille aussi, de toute sa chanson, les\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "                               — 96 —\n\nlégendes que se disent les gens, à la veillée, avec la mélopée, au loin,\nde la m er spum ante.\n\n                     Dame Viviane a forcé\n                     S i souvent la lune à danser...\n\n   Enfin, la voix elle-même du poète brode su r l’ensemble les a ra ­\nbesques délicates de son ém otion personnelle. E lle est ténue et\nrésignée, de sourire m élancolique et fatal un peu. Les lieder la\ntraduisent parfois directem ent, et parfois elle s’objective en des\nimages :\n                      O Jésus couronné de ronces...\n\n   E t c’est ainsi que le poète semble s’être assis, pour écrire ce livre,\ndans une salle gothique, à trois fenêtres. L a prem ière regarderait\nvers la nature fruste et orageuse des côtes m arines, la seconde vers\nl’harm onie chantante du rêve, et, devant la troisièm e, passerait un\ncortège légendaire de chevaliers, de dames, et de rudes com m uniers\nla hache à l’épaule. A utour de son travail, des voix seraient venues,\nvoix de l’am our et de l’espoir, et se seraient appariées à la sienne.\nE t de ces visions si diverses, et de ces voix si étrangères, et de la\nbelle émotion hum aine de l’artiste, ém ane, en som m e, un hym ne de\njoie claire, vers la douleur ou le bonheur, vers la Pluie et le Beau\ntem ps.\n                                                       L ’A r t j e u n e .\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                                 C H O SE S\n   Il a été fait don à E m ile V erhaeren, à l’occasion de son Banquet, d’un dessin\nsuperbe, gracieusem ent exécuté par W illy Schlobach su r son poème E n Flandre.\nE m ile Fabry lui a également offert une de ses œ uvres : Vierge anxieuse.\n   A la suite du B anquet V erhaeren, plusieurs on t émis l’avis q u ’une semblable\nfête, uniquem ent d’a rt et d’affection, devrait être offerte vers cette époque-ci au\ngrand C onstantin M eunier. Ses succès en France sont, nous semble-t-il, la plus\nnaturelle des occasions.\n   A ce sujet, un des M aîtres parm i nos prosateurs me suggérait l’heureuse idée\nd’une fête plus intim e qu’un banquet — avec fleurs, cham pagne et com plim en­\ntations, que sais-je? — à offrir à M eunier, par exemple à la Maison d’A rt. E t\ncertes, en tous cas, elle s’impose, cette fête offerte à notre plus beau sculpteur,\nalors que tous les artistes français le proclam ent, que nous l’aim ons et l’adm irons\ndepuis si longtemps comme le Prem ier de son art, et que, pourtant, quelques-uns\nde ses confrères les plus connus n ien t encore jalousem ent son génie magnifique.\nMais, voyons! ce n ’est vraim ent pas l’affaire des écrivains que l’initiative d’une\nfête à la gloire de Meunier. E t est-ce que, parm i les artistes de son a rt à lui, il ne\ns’en trouvera pas u n seul assez grand d’enthousiasm e pour prendre su r lui une\naussi noble entreprise ? Il est certain de toutes façons que le jo u r où celui-là se\nlèvera, il pourra com pter su r tous les artistes, et su r nous en to u t prem ier lieu.\n   S u r l’initiative de MM. P aul Adam, H enri A lbert, V ictor B arrucand, Jules Case,\nLéon Dierx, Félix Fénéon, P aul Fort, C harles-H enry H irsch, Stéphane Mallarmé,\nC atulle Mendès, Jean de M itty, Lucien Muhlfeld, A lexandre N atanson, Edm ond\nP ilon, Robert Scheffer, Jules S oury et Alfred V allette, a eu lieu à Paris, le 14 février,\nu n dîner à la gloire de Gustave K ahn. Nous joignons notre acclam ation joyeuse\nà celle de ses adm irateurs de là-bas.\n   M. Catulle Mendès a prononcé là des paroles de sym pathie po u r les poètes\nnouveaux. Ces paroles, v enant de lui, étonnèrent le grand public. E t pourtant\nn ’y a-t-il pas longtemps que tels sont les sentim ents des plus parnassiens des\npoètes français aujourd’hu i consacrés, à l’égard de la juvénile et débordante géné­\nration nouvelle, et n ’y a-t-il longtemps aussi que, contrairem ent à ce que\nprétendent quelques « cadavres récalcitrants » de notre journalism e hebdomadaire\n— des poètes comme H érédia, Mendès, Richepin et M allarmé tém oignent de leur\nadm iration pour les Griffin, les K ahn, les Elskam p, les de Régnier et les Verhaeren?\n    L a Plume a ouvert un congrès des poètes, pour élire, comme l’a très bien dit le\n plus beau d’entre eux : u n poète de poètes. Stéphane M allarm é fut nom m é — à\n tort, nous semble-t-il, car, malgré la splendeur pure de ses poèmes, son bagage\n littéraire est vraim ent trop mince!\n    Deux autres questions furent encore posées : Quelles sont les meilleures parties\nde l’œ uvre de V erlaine? et quelle fut son influence su r l’évolution poétique?\nNous citons ici les lam beaux de réponse les plus compréhensifs , selon\nnous, et les plus synthétiques : V erlaine, to u t simple et to u t ingénu, a chanté\n(Maurice Beaubourg). Son rôle dans l’évolution littéraire? Mais n ’a-t-il pas\nécrit : « E t tout le reste est littérature! » (E douard Beaufils). M iroir du dicton :\n« L e style c’est l’hom m e » (Eugène Georges). T o u t V erlaine est admirable. Son\nœ uvre est un bloc de Paros p u r; toute son âm e pleure, to u t son cœ ur y saigne.\nPeut-on dire quelle partie du cœ ur de l’être aim é l’on préfère? J ’aim e to u t le\ncœ ur de V erlaine (Fernand Hauser). C’est lui qui a exprim é le plus parfaitem ent\nl’inexprim able (Léonce de Larm andie). Verlaine, le consécrateur d'une poésie\nimpressionniste, spontanée, rythm ée p ar l'in stin ct seul (Maurice Leblond). Il a\npoussé logiquem ent l’évolution du vers, qui est un organism e v ivant, comme il\nl ’a bien vu (Charles L e Goffic). Ce sera sa part dans l’histoire de la poésie de\nn ’avoir été qu’un homm e, et le plus m alheureux et l’un des plus admirables\n(Camille Lemonnier). Il ouvrit la fenêtre! (Rachilde)... le sentim ental... (Georges\nRency)... le poète de la chair... (André Ruyters). Q uant à son influence su r l’évolu­\ntion poétique, elle me semble énorm e, mais non encore totalem ent épanouie.\nV erlaine est grand su rto u t parce que, le prem ier, il fit vivre, onduler et palpiter\nses vers selon sa rêverie et sa passion, selon la vie (H enri Van de Putte).\n    Les trois A rt jeune : R uyters. Rency et moi, qui, sans s’être le m oins du\nmonde entendus, répondirent, donnèrent la palm e à la fois, sans parvenir à choisir\nentre les deux, à Emile V erhaeren et Francis Viélé-Griffin.                   A . V.\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": " G       r a n d e                                M         a is o n                              d e                 B           la n c\n                                      LA PLUS IMPORTANTE DE L ’ EUROPE\n     24, 26, 28, R ue du M arch é -au x -P o u le ts, 30 , 32 et 34\n                                                  B R U X E L L E S\nF o u rn is s e u r b re v e té de Sa M a je sté la R eine des B elges, de Son A ltesse R oyale\n          M adam e la Comtesse de F la n d re e t de l ’E ta t in d é p e n d a n t du Congo\n\n     T O IL E S — M O U C H O IR S                L in g e rie , T ro u s s e a u x , L a y e tte s              B O N N E T E R IE\n            L in g e d e ta b le                    B R O D E R IE S , D E N T E L L E S               A n g la ise , F ra n ç a is e , S ax o n n e\n                                                                                                                       e t B elge\n   C o u v e rtu re s , C o u rte s-p o in te s     C o rsets — J u p o n s , F a n ta is ie\n     FL A N E L L E DE SANTE                          C hem ises p o u r H o m m es                    BAS, C H A U S SE T T E S\n                                                                                                        C aleço n s, G ile ts, J e r s e y s\n                                                    G ile ts d e F la n e lle , C aleçons             FOULARD,GANTERIE\n  C alicots, M o u sselin es, P lu m e tis                      s u r m e su re\n         C O U T IL S , D AM A S                                                                                  S P É C IA L IT É\n                                                        F a u x -C o ls , M a n c h e tte s              d ’A rtic le s en P in S y lv e s tre\n   C reto n n e p o u r A m e u b le m e n t        e t C rav a tes e n to u s g e n re s             co n tre le s affectio n s rh u m a tis m .\n\n\n\n  L a G r a n d e M a is o n d e B l a n c est la seule autorisée pour la vente en\nBelgique du véritable linge et tissus en fils de lin entrelacés d’après le\nsystèm e du R . Curé K n e i p p .\n  Monopole pour la Belgique des tricots de laine irrétrécissable à la\nouate de tourbe antiseptique d ’après la m éthode du docteur R a s s u r e l .\n\n   N OTA . — N ous prions les D am es qui auraient un achat à faire dans\nles articles de notre Spécialité, de vouloir bien nous dem ander notre\nC a ta lo g u e g é n é r a l, qui est envoyé g r a t u it e m e n t .\n\n                  C O M M U N IC A TIO N IM P O R T A N T E\n  L a G r a n d e M a is o n d e B la n c a l’honneur de prévenir sa nombreuse\nclientèle, qu’elle ne possède ni agence ni succursale à Bruxelles, n i dans aucune\nville de la Belgique. — Elle engage les Dames à se mettre en garde contre les\nmarchands qui se servent du titre de G r a n d e M a is o n d e B l a n c .\n\nN O T A . — L ’E n trée des M a g a sin s e s t tou jou rs lib re,\n          on p eu t tou jou rs se r e n seig n er sa n s ach eter.\n                    ACTUELLEMENT\nExposition et grande mise en vente île nombreuses occasions\n   G r a n d c h o i x d ’A r ti c l es p o u r P r e m i è r e C o m m u n i o n\n                           P O U R JE U N E S F IL L E S E T JE U N E S G E N S\n\n                     O ccasio n e x tr a o r d in a ir e\n   Tapis des Flandres premièrequalité. Lemètrecarré                                                                             1 6 .7 5\n  F O Y E R laine à franges, toutes teintes............................................................................6 . 9 0\n\n\n                               Ixelles. — lm p. écon., N . V an d e r s y p e n , rue de Trêves, 38.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 3, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1896-03-15", "signet_source": "2ème année - N°3 - 15 mars 1896", "preuve": "Indices internes : le compte rendu du banquet Verhaeren, tenu le 24 février dernier à l’Hôtel Métropole (annoncé dans le numéro de janvier), place la livraison après cette date, cohérent avec le 15 mars 1896 ; la liste des souscripteurs clôt la série consacrée au banquet.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}