{"numero_id": "ulb-art-jeune-1896-05-15-n5", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "articles": [{"article_id": "ulb-art-jeune-1896-05-15-n5-001", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L’art Jeune", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE Ballades des Saisons", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 150, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 118, "texte": "L’art\n                                                     Jeune\n                                                    "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-05-15-n5-002", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE Ballades des Saisons", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 150, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 118, "fin_caractere_exclue": 1933, "texte": "S O M M A IR E\n     B allades des S a i s o n s ................................... P a u l               F ort\n     Des h e u r e s .......................\n     Soir                                                                          G eorges R ency\n\n     L a Scabieuse de Jardin Joli . . .                          . A nne                        T h ie r e n s\n     P rière des P a u v r e s .................................. H\n                                                                                    H enri        de   C lassant\n     H e u re s d a p a i s e m e n t .......................................\n     P e n s é e s .....................................................            A uguste L evêque\n     R ondelette des Filles de joie . . .                           P a u l D u b o is\n     L e M élodieux V e rtig e ................................. A n d r é R u ij t e r s\n     P e rle s de N u i t ...........C h a r l e s B e r n a r d\n     H iv e r s d é f u n t s ...........F e r n a n d R o u s s e l\n     L ’ A p p e l ..................................................................H e n r i V a n   de   P utte\n     L es livres : Les Villes tentaculaires, par\n          Em ile V erhaeren; A ux Ecoutes, p ar\n          E douard D ucoté; César Antéchrist,\n          p ar Alfred J a r r y ; Erythrée, par Jean\n          de T inan, e tc .; R aout M eu n ier.      .                             L ’A r t     je u n e\n\n\n\n\nCe n u m éro , fr. 0 .6 0 .                                                                        15 m a i 1 8 9 6 .\n                                                                                                            2e a n n é e\n\n                                                                                                                 5\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-05-15-n5-003", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 128, "page_fin": 128, "titre_corps": "Choses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CHOSES    P araîtra le 1er juillet", "ancre_fin": "jeune, 131, rue de B rabant.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L ettre ouverte à M. 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E t nous\n om ettrons de com m un accord, n ’est-ce pas, les quelques vers de caram el que,\n encore jeune, — si vous l’avez jam ais été vraim ent, — vous publiiez sous ce titre\n éblouissant : L a Fanfare du cœur.\n    Au som met de l’imbécillité? Quel rêve encore! car apprenez que certains, gens de\n talent à leurs heures, crétins à d ’autres (lorsque des rancunes personnelles les\n aveuglent) peuvent bien parfois y atteindre, — et je sais un poète-journaliste,\n doctrinaire de lettres de vos amis, qui pourrait me servir d’exemple, — mais\n apprenez q u’il en est d ’autres — et ils sont légion, dirait Villiers, et chez nous ils\n s’appellent indifférem m ent : José H ennebicq, Valère Gille, Sand-W iener ou\n L ucien Solvay — il en est d’autres qui ne parviennent jam ais à être suprêm em ent\n bêtes ou m auvais, et qui barbotent leur vie entière dans la médiocrité couleur de\n merde. E t, je vous l’ai dit, vous en êtes!\n    E t pourtant, vous n ’avez jam ais épargné les efforts pour en sortir ! E tre plus\n bête que les autres fut en effet toujours votre idéal ! C’est même pour cela que,\n sans doute, vous avez groupé autour de vous les plus quelconquém ent idiots des\n gendelettres, leur dem andant seulement de singer votre langage pâteux pour dire\n avec vous que la vie est mauvaise, bête et m esquine (à votre image, sans doute?),\n que toutes les choses et tous les êtres y peuvent ainsi être qualifiés, et arriver à des\n conclusions telles que celle d’un de vos récents articles : « L ’A rt est à l’hom m e ce\n que les images d’Epinal, les jouets du bazar à treize sont à l’enlant! »\n    Hélas ! cela n ’a servi à rien. Vous fûtes, vous êtes et vous resterez celui dont les\n écrits donnent la nausée à tout artiste, celui qui flatte les crétins en étant plus\n crétin qu’eux-mêmes, celui qui ne sait rien et qui pose pour tout savoir, et qui\n écrit en français de cuisinière ou de journaliste, au choix, en un m ot le médiocre\n suprême.\n    Voilà! C’est à ce titre, mon cher, que je vous colle au pilori!\n    E t cela pourquoi? Mais parce qu’il est bon q u ’une fois au moins notre dédain\n vous soufflette un peu, vous et la masse des médiocres que, pour moi, vous sym bo­\n lisez ici. E t je crois q u ’à bien d’autres qu’à moi fera du bien, l’affirm ation, par ces\n paroles, d e la supériorité des artistes, d’autres et nous, su r les gendelettres, vous ; des\n cerveaux et des cœ urs, eux et nous encore, sur les ventres et les bas-ventres, vous\n toujours.\n    Sachez toutefois que ceci ne s’adresse pas à l’hom m e, que j ’ignore, mais seule­\n m ent à celui dont les jugem ents vicient depuis trop d’années l’atm osphère intellec­\n tuelle et morale dans laquelle respire la masse.\n    P our finir, je vous prie, cher M onsieur, d ’agréer l’expression de m a... pitié.\n Mes amis se joignent à moi pour cette touchante, m anifestation.\n                                                                 H e n r i V an d e P u t t e .\n   U n comité, composé de MM. Eekhoud, V erhaeren, Brouez, Maubel et des\n Ombiaux, s’est formé pour élever à Francis N autet un m onum ent lunéraire. Nous\n prions les amis de Francis Nautet qui voudraient prendre part à cette œ uvre de\n piété amicale et littéraire, d’adresser leur souscription au secrétaire du comité,\n M. Maurice des Ombiaux, 6, rue de Bériot, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-05-15-n5-005", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 129, "page_fin": 132, "titre_corps": "Ballades des saisons", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "PAUL FORT.", "ancre_debut": "L’herbe de la plaine se couche", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 152, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 179, "fin_caractere_exclue": 942, "texte": "L ’herbe de la plaine se couche plaintive. L a nuit rampe.\n\n    Quand to ut un crépuscule se lève de la plaine.\n\n    L e ciel tom be !\n\n    N eige...\n\n    — E t voici le jo u r, Coxcomb ?\n\n    — Au trav ers de la nuit ton prochain jo u r qui tombe.\n\n\nII   Quand l’H iver m ontre patte blanche su r les cimes de la forêt,\n     et caresse à la dérobée les m ottes brunes des guérets, — dans\nson dernier filet d’éclairs, l’Autom ne soupçonneux em porte l’or à\nfoison de ses feuilles m ortes.\n\n   Ah l’A utom ne! quel alchim iste... Il est plus fort que Paracelse,\net l’ém eraude se change en or aux gestes de ses vents m agiques.\nL e jeune H iver présom ptueux, le jeune H iver veut partager : « Ton\nor! que je le diam ante. » — L e jeune H iver n ’est pas peureux.\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1846, "texte": "                                — 130 —\n\n   L e vieil Autom ne est un savant qui ne croit pas aux jeunes gens.\nIl em portera dans la tom be tout son trésor, et son secret. Mais\nc’est si loin son mausolée, et l’or est si lourd à traîner, sa m ain\ndéfaillante au filet semble traîn er tout l’or du m onde...\n\n    L e jeune H iv er est devant lui! P atte-B lanche l ’a rattrapé. « T on\no r! que je le diam ante! » puis il déchire le filet. L e vieil Autom ne\ns ’enfuit peureux. L ’entendez-vous geindre en sa tom be... « T rop\njeune H iver, présom ptueux! petit écolier sans talent, qui changera\nl’o r en argent. »\n\n  — Je vois l’H iver m alicieux sourire dans sa neige qui tom be.\n  — Je vois un H iver ironique, d’un tourbillon faire la nique !\n  — J ’entends un H iver vigoureux répondre alors superbem ent :\n« P o u r te changer, neige, en diam ants, moi aussi j ’ai des vents\nm agiques ! »\n\n\n\nIII     Il court trois chevaux blancs su r la crête des vagues.\n        T rois clowns, hors de l’écume, bondissent su r les croupes.\n        T rois clowns je tte n t leurs collerettes su r le sable de la plage.\n        A mon cou les parures grotesques, à mon cou !\n        D eux chevaux rouges galopent à trav ers les nuages.\n        D eux bras de feu se penchent des croupes et tournoient.\n        Deux lassos d ’éclairs quadrillent su r m on visage.\n        A mon cou les colliers de foudre, à m on cou !\n        U n coursier noir bondit de l’om bre, et raie l’hiver.\n        Une faux géante pend sous son poitrail et traîne.\n        Une faux ravage les terres, les m ers et mon visage.\n        A mon cou la faux de l’hiver, à mon cou !\n\n\n\n IV — Charm euse de peines, ô bohém ienne, toi qui sais agiter\n       les sorts, sais-tu bien si les joies reviennent, petit cerveau d’or?\n\n   — Oui, je sais que des joies reviennent, quand l’hiver est m ort.\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1907, "texte": "                                — 131 —\n\n  — E t que faut-il faire pour h âter l’hiver, dis-le, toi qui sais agiter\nles so rts? P etit cerveau d ’or, je le ferais bien...\n\n  — Oh cela n ’est rien ... il faut tu e r la m ort.\n\n\n     H iver. O m andarines, O rient pour deux sous. F a u t encore les\nV    avoir; moi je chante à la lune. Je puis chanter longtemps. Elle\na l’air de n ’avoir que des pièces de vingt francs. Ça ne se jette pas,\nnous le savons. — J ’ai froid, j ’ai faim ; on peut toujours rêver. P as si\nfacile vraim ent. Allons, rêvons.\n\n   L a lune, délivrée de son papier de chine, hum e à larges narines\nl’éth er des mandarines, et clignante en l’éther : « J e suis l’im péra­\ntrice, en somme, des m andarines », pense-t-elle, et clignante et\ngrisée se cogne à Ju p iter. Dois-je dire que, bons confrères, toutes les\nm andarines ju ten t de rire, gouailleuses en leurs robes de chine?...\nH o! je rêve... et passe à Ju p iter. « P aix-là, je sommeillais! »\ngronde l’étoile altière, le nez dans ses rayons. « Tiens, une m anda­\nrine », se ravise-t-il gourm and, et d’un bon rayon droit vous écosse\nl’œil troublant de l’am ie des am an ts... S ’échappe la Phébé ! Ce grand\nœil coupe l’air. E n quel sens ? Ah pardon, je rê v e ...\n\n   C’est un doux rayon d’or qui ju te su r m on front. C’est un doux\nrayon d ’o r qui ju te sur mes peines. Ah ! tout un Sirius d’or qui roule\np ar m es veines. Bon, je suis transm ué !... Je me sens devenir l’idole\nde m oi-m êm e. Hé, rêvé-je?\n\n   Non, bonne piste. — O r du rêve! ô très douillette flamme, au\nplacer de l’éther filon du vague à l’âme, am our de qui scintille pour\nqui trem ble dessous! cela vous pleut sur l’âm e, cela pleut, et\nc’est doux. — R êvé-je? ô bonne lune...\n\n  Je ne rêve pas du tout.\n\n  Alors, p ar Ju p iter, j ’affirme sans tarder, prenant à cœ ur la cause\nd’u n bienfaiteur gouaillé, que cette bouchée d ’or (je dis la mandarine)\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1837, "texte": "                                 — 132 —\n\na des faveurs bien chères, si petite légère, doit se croire l’Orient,\npour s’exiger, m utine : deux ronds; et que, bâilleurs de faim sans un\nbailleur de fonds, elle nous la baille belle, sa vertu d’un instant, sans\nd’ailleurs rayonner tandis que nous bâillons, — bien loin l’or de la\nlune qui ne nous coûte rien, qui se donne aux rêveurs, bouche\nouverte vers elle, et sait nous revêtir plus cher q u ’un m andarin,\nnous sachant revêtir de rayons im mortels !\n\n  Ah rêveur, c’est m entir! — Je rêve?... Oui, c’est bien.\n\n   A la fin je veux dire que si vous avez faim (tant pis pour vous et\nmoi si le conseil est vain) le fruit de Ju p iter, celui du m andarin, ne\nsauraient assouvir un appétit m ortel, qu’il vaut m ieux recourir aux\nvertu s d ’un bifteck ou d ’un nid d’hirondelles, selon les cham ps où\nD iane se lève sur vos destins!\n\n  A la fin je veux dire que pour chauffer vos os, il v a u t mieux\nrecourir à quelque brasero...\n\n  E t je dirai toujours q u ’il faut m ourir un jo u r.\n\n\n\n       Elle a si vieilli, ma fée rose, m a fée blonde, — « tiens, tiens,\n VI du fard! des coups d ’épée sous tes cheveux blancs! » — elle\na si vieilli, m a fée blonde, m a fée d’or, elle si blonde et rose et or au\nprintem ps.\n\n   T o u t le printem ps fané dans sa brouette, elle trotte, vigoureuse et\nram pante, elle pousse encore... Assez! à la renverse, — « des coups\nd ’épée sous tes cheveux blancs! » — le dos dans sa brouette, où sa\nhotte renverse tout un été fané qui croule dans son sang.\n\n   — « H iver, un tom beau blanc, t ’en prie, pour m a charm ante.\nF ard des m orts, ô ta neige, hiver, sur ma fée blonde ! Cimente en\nm ausolée sa brouette et sa hotte, et sa bosse — ô sa bosse en os,\nsous ses cheveux rouges... »\n                                                          P aul F ort.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-05-15-n5-006", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 133, "page_fin": 134, "titre_corps": "Des heures", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "Des heures A Gustave Kahn. Il est des heures si parfaites", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Soir En vos grands yeux voici le soir", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 156, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 995, "texte": "Des heures\n                                      A G usta ve K ahn .\n\n\nIl est des heures si parfaites\nQue l’on s’y croit anéanti,\nDans une musicale et radieuse fête\nD ’amour et d’infini.\n\nTous les baisers du soir entrent par la croisée;\nDes bruits de pas s’en viennent, assourdis,\nBercer le rêve frais de l’âme reposée.\nUn grand décor de fleurs s’érige.\nDes chemins d’or partent vers le soleil.\nDes voix sont en fréteurs près des oreilles,\nE t les yeux meurent de vertige.\n\nIl est des heures éblouies\nOù le ciel semble trop grand,\nToute la chair exultamment épanouie,\nL e cœur immense et débordant.\n\nCes heures sont des crépuscules,\nSoirs violets diffusant leur candeur :\nLe jour très doucement recule,\nTrès doucement recule et sombre,\nTandis que, pas à pas, sur nos demeures,\nL ’ombre\nS ’avance en palpitant avec des peurs.\n\nJ e regarde ma chambre :\nLes choses sont plus près de mes yeux qui les baisent;\nMes objets familiers se prolongent en membres\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 557, "texte": "                    — 134 —\n\nTendus vers moi pour des caresses.\nE t de l’intimité des tables et des chaises,\nDes tapis, des rideaux, des papiers et des livres,\nJ ’entends monter une chanson\nOù s’exalte toute la joie de vivre!\n\n\nPar la fenêtre, je découvre l’horizon :\nIl est sablé de diamants et de sourires.\nUne ligne de pourpre au lointain s’éblouit.\nUn nuage\nVoyage,\nComme une fleur au fil de l’eau,\nE t le ciel, tout à coup, m ’apparaît un drapeau,\nUn clair drapeau d’espoir qui banderolle et vire\nA u balcon d’or de l'infini!\n\n\n\n\n                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lune qui se noie\n     Dans une large mer\n     D ’azur en joie.\n\n     Entendez-vous la brise folle,\n     E n banderolles molles\n     Autour de nos paroles ?\n"}, {"page_pdf": 158, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 748, "texte": "               — 1 35 —\n\nLes larges astres clairs,\nL a large nuit d’hiver,\nVotre âme jeune et la caresse\nDe votre âme à mon âme,\nE t la caresse et la tendresse\nDe vos yeux à mes yeux,\nToute la joie en monte aux deux,\nLangoureuse, et s’y pâm e...\n\nLes ramures\nChantent d’universels murmures\nQui sont les rythmes de la vie.\nL a voix des oiseaux y survit\nA la mort jaune du feuillage.\nIl y passe des ramages,\nE t de douces mélodies,\nNe vous semble-t-il pas ?\nPeut-être écoutons-nous avec nos vies\nE t nos jeunesses :\nLes choses ne sont pas ce qu’elles nous paraissent,\nPeut-être ?\n\nMais qu’importe, n’est-ce pas,\nL a fenêtre,\nSi, lumineuse, en tombe la clarté,\nE t si le paysage est beau d’éternité!\n\n                               G eo rges R en cy.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-05-15-n5-008", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 136, "page_fin": 138, "titre_corps": "La scabieuse de jardin joli", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "ANNE THIERENS.", "ancre_debut": "La Scabieuse de Jardin Joli J’ai entendu un conte", "ancre_fin": "Anne Thierens.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Prière des Pauvres Le chant de la nuit", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 159, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 2053, "texte": "L a Scabieuse de J a r d in Joli\n\n   J ’ai entendu un conte, j ’étais cachée derrière la haie. C’est mal,\nn ’est-ce pas, d’écouter derrière les haies?\n   Il y avait, une fois, un jard in ravissant, où poussaient toutes les\nfleurs de la terre, où le soleil riait, où des m oineaux, des linots, des\npinsons, venaient jo u er tout le jo u r : on l’appelait Jardin Joli, et ce\nnom était bien donné, je vous assure! C ourant tout autour, une haie\nd’épines roses le défendait comme un idéal rem part; dès l’aube,\ntoutes les fleurs ouvraient leurs corolles, se baignaient de rosée et de\nsoleil et faisaient leur toilette pour plaire aux papillons et aux\noiseaux : elles étaient coquettes, coquettes! ces petites âm es de\nfleurs!!... C’était à qui em baum erait le plus, serait la plus fraîche et\nla plus pim pante... Elles m odulaient tout bas, tout bas, le thèm e\nd ’un petit ruisseau caché sous les touffes de cresson.\n   P o u rtan t, il y avait à Jardin Joli une fleur, une étrangère, venue\nDieu sait d’où, mais sûrem ent d’un vilain pays aride et battu des\nvents, car elle avait le caractère triste et m aussade, et gém issait tout\nle jo u r. E lle s ’appelait Scabieuse, un joli nom pourtant! et elle n ’était\npas laide quand on l’exam inait bien, avec sa robe gris-bleu, un peu\nchiffonnée : à cause du voyage bien sûr!\n   Elle ne se faisait jam ais belle, pour personne, car ni les baisers\ndes papillons, ni les chansons des oiseaux ne pouvaient l’ém ouvoir :\ntoujours, toujours, elle était absorbée par une vague, douloureuse\npensée; laquelle?... je ne sais pas, personne ne savait! E lle avait dû\nbeaucoup souffrir, car elle disait si am èrem ent :\n   — Oh! la vie, la vie, quelle chose horrible!\n   E t quand les petites sœ urs E glantines se penchèrent bonnem ent\nvers elle :\n   — Confie-toi, sœ ur, à l’amitié, nous te consolerons, je t ’assure;\nsi tu n ’as vu que tristesses, nous ferons pour toi naître la joie! Dis-\nnous ton m alheur, et tu verras comme nous t ’aiderons...\n   E lle répondit :\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2342, "texte": "                                 — 137 —\n\n   — L ’am itié, l’am itié, n ’en parlez jam ais, petites filles ! Savez-vous\nce que c’est que l’amitié? M ensonge, m ensonge, mensonge et poison!\nvoilà !\n   E t les petites sœ urs, apeurées, étaient parties sans rien com­\nprendre à la tristesse de cette dame en deuil. On avait chuchoté tout\nbas, et pendant tout un jo u r, Jardin Joli s ’était extraordinairem ent\ném u. M aintenant c’était fini, on ne s ’occupait plus d ’elle.\n   U n jo u r, il y avait du soleil, oh! tan t de soleil, que le petit chemin\ndes oiseaux sem blait un ruban d’or ! Les fleurs, qui avaient fêté Mai\ntrès tard , s ’étaient endormies en berçant su r leu r cœ ur des insectes\nv erts et dorés, très beaux... L a Scabieuse, elle, rêvait à l’om bre de\nl’églantier son rêve douloureusem ent lointain et uniform e, quand\npassa près d ’elle en sautillant dans le sentier, un tout petit oiseau, si\nm ignon, si gentil!... Scabieuse, au bruit, interrom pit son rêve... un\npetit frisson — oh! à peine... — l ’agita : elle au rait bien voulu savoir\nle nom du petit oiseau!... P o u rtan t, il ne l’avait pas saluée comme\nle faisaient les gros m oineaux et les linots et tous les habitants de\nJard in Jo li!... il ne l’avait mêm e pas regardée!\n    L e lendemain elle le revit, et le surlendem ain, et encore; il passait\nm aintenant avec les autres oiseaux pour chercher sa nourriture et\nse rafraîchir au ruisselet.\n    — B onjour, Madame Scabieuse! dit-il un jo u r.\n    — B onjour, M onsieur...\n    — R oitelet, souffla la plus petite Eglantine.\n    — B onjour, M onsieur R oitelet!\n    E t son pauvre petit cœ ur de Scabieuse battait, battait ! Soigneuse­\nm ent elle baissa la tête en tournant le dos aux Eglantines et aux\ndemoiselles M uguet : il n ’y avait que les petites Violettes qui pou­\nvaient la voir, m ais celles-là ne diraient rien !\n    — Mon Dieu, mon Dieu! pensait Scabieuse, est-il possible!...\n P o u rta n t j ’ai cru que to u t était bien m ort en moi! Est-ce que je puis\n donc aim er encore?... Comme je souffre, comme je souffre !...\n    — B onjour, Madame Scabieuse !\n    — Oh! comme il m ’a regardée!... B onjour, M onsieur Roitelet !\n    R oitelet se retourna au bout de l’allée, m ais il ne savait pas, bien\n sû r, que la p etite fleur en deuil l’aim ait !\n    L a nu it d’après, Scabieuse ne pu t dorm ir :\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 433, "texte": "                                — 138 —\n\n    — Roitelet, m ’aim es-tu, dis, Roitelet! Ah! comme tu me fais\nm al!... M’aim es-tu, R oitelet? Pourquoi t ’es-tu retourné au bout de\nl’allée? Pourquoi m ’as-tu regardée ainsi?... Roitelet?\n    L e roitelet l’a-t-il entendue?... Je ne sais pas : la voix du conteur\ns ’est perdue en la nuit!\n                                                      A n n e T h ie r e n s .\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-05-15-n5-009", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 138, "page_fin": 138, "titre_corps": "Prière des pauvres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "HENRY DE CLASSANT.", "ancre_debut": "Prière des Pauvres Le chant de la nuit magicienne", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 433, "fin_caractere_exclue": 1678, "texte": "P riè re des P a u v re s\n           L e chant de la nuit magicienne qui prie\n           a promené ses yeux par la venue d’aurore\n           sous le chaume des petits enfants qui tremblent.\n           E t c’est dans le silence où le bois de rêverie\n           pétille et fa it chanter la bouilloire bleue\n           que les pâlotes moues s’interrogent\n           pour le souper du très tard, au retour des chevaux\n            à la mangeoire et des chiens joyeux\n           happant des mouches dans l’or du soir,\n           pour que la vache donne du lait pur,\n           et les poules des œufs lourds à bien vendre.\n           Alors, quand la litanie a passé au sourire,\n           et qu’il f a ut emplir les auges, en sursaut\n           la peur va et vient derrière les rideaux,\n           se promène jusqu’à la margelle argentée,\n           et dans l’eau dessine des grimaces claires.\n           E t la plus franche dit : « Encore une prière :\n           » Nous n ’avons pas béni les vieux pour le retour. »\n           Quand le laboureur pousse la porte et se montre,\n           à l’épie des petites âmes joyeuses,\n           il les voit toutes, agenouillées auprès de la veilleuse\n           priant pour la vache et les œufs au Dieu d’amour.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-05-15-n5-010", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 139, "page_fin": 140, "titre_corps": "Heures d’apaisement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "HENRY DE CLASSANT.", "ancre_debut": "HEURES D’APAISEMENT A Arthur Toisoul. Si l’astre morose a présidé", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 47, "fin_caractere_exclue": 1548, "texte": "H E U R E S D ’A P A I S E M E N T\n                                                      A A r t h u r T o is o u l .\n\n\n\n\n   Si l’astre m orose a présidé à ta naissance et que tu peux sourire,\nta vie n ’au ra pas été inutile, ayant tém oigné une part de gratitude au\ndivin. D ésespérer, c’est affirm er son im puissance, c’est se déclarer\nvaincu devant la victoire qui vous tend les bras, c’est m éconnaître la\nvoix ém ulatrice de l’espérance. L ’espoir, c’est le repos, c’est la pas­\nsivité de l’âm e et sa quiétude. R egarde, c’est la tem pête, les houles\nont avancé la nuit dans son heure et le m arin allum e à la proue. T u\nne trem bleras pas quand les pétrels se cacheront dans les voilures, car\nla vigie consciente a vu la ligne blanche du port. E t puis, la grande\naube va venir. Sois triste si tu veux, la tristesse soulage et vivifie.\nV erser des larm es, c’est croire à quelque chose, c’est se souvenir.\nSois content d’être puisque to u t est à toi selon tes désirs, par tes\nillusions et tes rêves.\n\n\n\n\n    J ’ai la force de croire à la partie illusionnante des choses de ma\nvie. J ’oublie les cités et les foules pour ne me rappeler que la soli­\ntude des plaines et des m ontagnes où j ’ai passé tant de jo u rs, car là\nj ’ai pu échafauder mon rêve au gré de mes tendances.\n\n\n\n\n  Ne m ’en veux point d ’être seul, puisque j ’ai la nature en face de\nmes yeux, à qui répondre. L ’oiseau qui chante, c’est la voix douce\nde la bien-aimée, et là-bas dans le recul bleu, la crête argentée de la\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2143, "texte": "                               — 140 —\n\nS ierra rem ém ore l’aïeule éternelle. Quelle joie ! pouvoir se contenter\ndu silence, pleurer pour soi-m êm e les souffrances des autres et s ’en\nréconforter ainsi que d ’un baum e. L o rsq u ’au hasard de mes pas, ce\nsoir, j ’ai découvert la m are tarie et vide d’âm es, j ’ai songé que les\noiseaux s’en étaient allés vers les grèves luxuriantes. Il ne m ’est pas\nvenu à l’idée q u ’ils erraient dans la pénurie; et c’est nourri de cet\nespoir que je les rêve m aintenant, gazouillant aux clartés m atinales.\nE t plus tard, lorsqu’ils reviendront, ils ne seront pas pour moi des\noiseaux de tristesse. Ainsi mes ém otions vont aux joies, aux satisfac­\ntions faciles, je les m aîtrise et les détourne du chem in d’angoisse.\nSans doute, il se peut que la pitié s ’éveille à d ’autres heures. E t\npuis, le doute peut surgir et me fixer de sa face im m obile; mais\nn ’est-il pas vrai que le soleil se lèvera demain, très pur, pour ceux\nqui aim ent? E t l’attente, dans l’anxiété de savoir, n ’est-ce pas encore\nune félicité possible?\n\n\n\n\n  T o u t salue l’aubale lum ière, les oiseaux, les fleurs, l’âme. On\nentend des voix et des m urm ures, les chemins se dessinent et sourient,\nm ais ce sont les m êmes images qui m ’avivent. Une im pression\nfamilière s’éveille en moi, la reconnaissance de ce coin de nature\nadm irable à d’autres jours perdus dans le passé. P o u rtan t, mes pas\nn’ont point frôlé cette herbe tendre et m a solitude date d’une heure.\nSans chercher, m a simple raison me dit doucem ent : « P eu t-être\nlorsque tu étais enfant, jo u a n t avec ta mignonne bergerie su r la\ntable, tes petits arbres de laine et tes m aisonnettes en papier peint,\nta m ère évoquait la cam pagne où elle avait vu le jo u r ». C’est si bon\nvivre avec de pareilles souvenances! E t me voilà sans savoir à\nm ’enivrer de ses sym pathies. Je cueille la m enthe comme elle, et les\nboutons d’or. L es soucis de demain ne m ’inquiètent guère, il me\nsuffit de savoir que le blé m ûrit, que les foins sont coupés et que la\nnature est en fête.\n                                               H enry   de   Cla s s a n t.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-05-15-n5-011", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 141, "page_fin": 147, "titre_corps": "Pensées", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "AUGUSTE LEVÉQUE.", "ancre_debut": "PENSÉES (1) SHAKESPEARE", "ancre_fin": "Auguste Levêque.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Rondelette des Filles de joie Ohé", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 164, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 71, "fin_caractere_exclue": 1590, "texte": "P E N S É E S ()1\n\n         S H A K E S P E A R E — M O L IÈ R E — W A G N E R\n\n\n\n                    Ortrude — Frédéric de Telramund\n\n\n\n                               La Femme\n\n                                         O fem m e ! é tr a n g e o b je t d e jo ie e t d e su p p lic e!\n                                         M y s té rie u x a u te l, o ù d a n s le sacrifice,\n                                         On e n te n d to u r à to u r b la s p h é m e r e t p rie r.\n\n                                                                                     A . de M us s e t .\n\n\n\n\n   Avec F rédéric de T elram und, nous pouvons reprendre notre\ntravail de com paraison entre W ag n er et Shakespeare. N ous trouvons\ndans le M acbeth de ce dernier un personnage typant l ’espèce\nd ’hom m es que symbolise Telram und. Q u’est-ce que Macbeth?\nQ u’est-ce que T elram und? L ’Am bitieux. Non l’am bitieux à la\nm anière des César, mais l’am bitieux épouvanté de ses désirs,\nl’am bitieux scrupuleux, l’am bitieux dont l’am bition resterait stérile\nsi elle n ’était cultivée par autrui. A telle am bition il faut le hasard\nd’un spécial accouplem ent pour vivre et grandir. A tel am bitieux il\nfaut, pour produire, l’adjonction d’une créature qui lui poignarde la\nconscience. A telle ambition il faut la greffe d’un esprit pervers.\n   Pareille am bition est toute architecturée d’inavouables envies, de\ndésirs conçus en dehors de l ’hum anité, de la justice. C’est un m onu-\n\n\n\n\n (1) Fragm ent d ’un livre à paraître.\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2170, "texte": "                               — 142 —\n\nm ent de honte. Les hôtes qui le hantent sont violents, cruels,\nperfides. Ils se cachent, se m asquent. E n tre telle am bition et son\nbut, il y a un échelonnem ent d’horreurs. Si l’am bitieux est un César,\nun Napoléon, il sourit, les accepte. S ’il est un Macbeth ou un\nT elram und, il recule horrifié; combat, chasse l’idée to rtu ran te ; veut\ndom pter ces instincts d’une m alheureuse nature, et il y réussirait\nsans doute, si le D estin ne le livrait à un fatal esprit.\n   P o u r le thane de Glamis cet esprit c’est lady M acbeth; pour\nT elram und, c’est O rtrude.\n   Mais, peut-on se dem ander, en Macbeth, en T elram und, l’am bition\n— produit d ’une organisation corporelle et psychique donnée —\nexistait-elle déjà lors de leur m ariage et ne demandait-elle q u ’à être\ncultivée savam m ent et habilem ent dirigée, ou bien est-elle, tout\nentière, le fruit horrible d’une semence infernale jetée en eux par\nleurs femmes? T elram und, M acbeth — ces types représentant de\nsi nom breux individus — sont-ils naturellem ent am bitieux, ou leur\nam bition est-elle l’am bition de leurs femmes transplantée d ’elles en\neux, précieusem ent, expertem ent soignée p ar elles, et, bientôt si\nvivace, si puissante, que de ses ram ures feuillues e l l e au rait fait\néclater l’enveloppe honnête comme la fragile cloison d’une serre trop\nétroite?\n   In téressant problèm e ! Ces deux cas existent dans la vie.\n   E n la pensée de S hakespeare, de W agner, je pense voir que, seul,\nle second cas constitue la généralité; et de pareils disséqueurs\nd ’âmes ne se trom pent pas.\n\n\n\n\n   Les rêveuses vierges aux songes étranges, inquiètes et tristes et\nne sachant pourquoi; les nobles épouses; les vertueuses et douces\nm ères; toutes celles devant qui m a pensée s’agenouille; toutes celles\nque je vénère pour leur pureté comme Dieu m êm e; toutes celles qui\nconsolent les douloureux sceptiques en leur m ontrant que l’honnêteté\nn ’est pas un vain m ot ; toutes celles qui rattachent les âm es tristes\net m eurtries à l’ici-Bas p ar un espoir d ’am élioration possible\ntoutes celles-là, dis-je, ouvriraient de grands yeux étonnés et doulou­\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2143, "texte": "                               — 143 —\n\nreux si elles lisaient ces lignes. Mais en parlant d e la Fem m e on ne\npense pas à elles. Anges ! vous êtes si peu femmes! L es Pénélope,\nles Cordélia sont si peu hum aines ! N on! en disant : Fem m e, nous\nne pensons pas à vous. E n disant : Fem m e, nous sous-entendons les\nE ves adorablem ent perverses; les Om phales griffeuses d’âm es et\ndont on adore les ongles féroces; les Circés ensorcelantes; les\nH étaïres suprêm es; les lady M acbeth fixant, l’œil mi-clos et phospho­\nreux, le P o uvoir; les O rtrudes substituant leur âme, leurs rêves,\nleurs vouloirs à ceux de l’E p o u x ; et, tout cela, vos âmes toutes\nblanches, à la tunique jam ais ternie, ne peuvent s’en faire une idée.\nElles ne peuvent que les appeler « m auvaises » d ’une voix affligée,\net c’est tout.\n\n\n\n\n   L es choses m ystérieuses, étranges, affolantes, qui constituent ces\nadorables poupées, jam ais vous ne les saurez, ni moi, ni personne.\nUne femme : G. Sand, n ’a-t-elle dit : O fem m e! femme! tu es un\nabîm e, un m ystère, et celui qui croit te connaître est trois fois\ninsensé !\n   C’est l’une de ces décevantes, hiéroglyphiques créatures, que\nW agner, en Lohengrin, donna comme antagoniste à E lsa, qui con­\nstitue to u t le dram e terrible de M acbeth, et que nous allons tâcher de\ndire.\n   E n le dram e lyrique comme en l'ém ouvante tragédie, Elle rêve le\nP o u v o ir et le veut. L à comme ici, E lle épouse l’hom m e qui lui\nsemble le plus susceptible de l’aider, de la servir. Dans ces deux\nincarnations d’Elle, E lle fait lentem ent entrer, grandir, son envie en\nl’époux simple, confiant, malléable.\n   U n jo u r, tout d’un coup, l’Hom m e recule épouvanté : il croit avoir\nlui-m êm e conçu le m onstrueux projet. Am èrem ent triste, il va. Un\nsoir enfin, p ar périphrases, bégayantes circonlocutions, à voix basse\net trem blante, il en parle à la Fem m e; et il est stupéfié de la voir\ncalme et souriante. Mais la foule des objections jaillit de Lui alors :\narm ée détruite bientôt entre l’hiatus étroit des lèvres ricaneuses. Il\npense vaguem ent aux Therm opyles et, s ’il en est épouvanté, il en est\nravi.\n"}, {"page_pdf": 167, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1987, "texte": "                                — 144 —\n\n   « Oh! thane de Glamis! tu veux rester pur et tu voudrais être\ng ra n d !... T u veux gagner le prix qui couronne la fraude et tu ne\nveux pas être perfide! »... « L e lait de la charité hum aine coule dans\ntes veines », ajoute-t-elle avec un sourire de pitié. F i donc! pour un\nm âle guerrier!... Salut, Roi!\n   T o u t est là. Macbeth tu era ; T elram und le brave m entira publique­\nm ent, calom niera la P ureté, et il ira ju sq u ’au guet-apens infâme et\nlâche.\n   Vérités souvent; et sym boles, hélas! d’infinies choses. On ne tue\npas toujours m atériellem ent. Il est des crim es que le code ne punit\npoint. Ce n ’est pas toujours pour être « R oi » que l’hom m e, souter ­\nrainem ent im pulsionné, pèche.\n\n\n\n\n   T elram und, Macbeth, sont deux tourm entés, m ais d’âme belle.\nFrédéric, au milieu de ses rem ords, crie : « Oh ! seul, loin, bien loin,\ntro u v er le repos dont mon cœ ur a besoin ! » Macbeth, le soir rouge de\nla bataille où il va rencontrer les weirds, soupire devant la splendeur\ndu ciel triste. R êvant à la mêlée de tantôt, il dit songeur : « Oh ! le\nbeau jo u r et le triste jo u r! » Il est vainqueur et il plaint les vaincus.\nBanquo qui l’accom pagne ne pense, lui, q u ’à re n trer par le plus bref\nchemin. Ses yeux ne suivent point la déroute effroyable des nuages\nensanglantés; ils fouillent les désertes landes, cherchant une sente\npratique.\n\n\n\n\n   A certains m om ents, T elram und, M acbeth — ces honnêtes, essen­\ntiellem ent — ont conscience, presque, de l’œ uvre élevée, bâtie en\neux par leurs femmes. Ils frém issent. S ’ils en étaient sûrs, ils m assa­\ncreraient. Mais ces braves sourient à telle pensée : Quelle chimère !\n   P o u rtan t s ’ils sont tom bés, c’est p ar quelqu’un? L eu r forte main\ncherche, d’instinct, l’épée vaillante désorm ais flétrie. Ils grondent\nquelques inarticulés reproches. Mais O rtrude : « O F rédéric de\nT elram und » dit de façon suprêm em ent ironique, dom pte cette vel­\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2048, "texte": "                                 — 145 —\n\nléité de révolte. P o u rtan t, apeurée, câline et parfum ée, le soir :\n« N ’as-tu plus confiance en Moi? »...\n\n\n\n\n   L ’alcove est le laboratoire où oeuvre la Fem m e. C’est là que cette\nSirène à la voix de lyre dévore, en des chatteries, des m utineries\nadorables, le vouloir sacré, l’Ame héroïque des dom pteurs d’océans.\nC’est là que cette Om phale ironique émascule et enfantilise les nobles\nétouffeurs de Monstres terrestres. C’est là, hélas ! que cette ensorce­\nlante Circé transform e le H éros en brute. L à est le tom beau du\ngénie, de l’honneur, de tout ce qui est divin.\n   L ady Circé Macbeth dit, ses charm es ayant opéré : Va, brave\nthane, voici l’heure. Va, D uncan dort : S o y o n s r o i ! O rtrude rêve :\nN os m ensonges n ’ont rien produit, n o u s tuerons. L a Lady songe :\nIl y a B anquo et son fils; Macduff et sa femme : N ous devons nous\nen défaire. E t Frédéric, m oralem ent hypnotisé, s ’en va, le glaive\nassassin dissimulé sous son m anteau, vers Lohengrin. E t Macbeth\nfait tu er B anquo, fait tuer L ady Macduff et ses enfants, après avoir\ntué D uncan.\n   Que peuvent-ils désorm ais sinon — pareils aux timides désorbités,\naux purs pervertis — dépasser les limites franchies p arle u rs m auvais\ngénies et aller ju sq u ’à épouvanter ceux-ci mêmes?\n\n\n\n\n   L ’hom m e de talent, m ais auquel il m anque la Volonté, l’Inspira­\ntion, la Patience pour arriver bien haut, est l’instrum ent favori de la\nFem m e am bitieuse. C’est lui qu’Elle choisit et épouse. Elle reste\nfille si E lle n ’en trouve point. C’est par lui q u ’E lle réalise les projets\nque son sexe, le monde ne lui perm ettraient pas d ’accom plir. Elle se\nfait la Pensée de ce cerveau lâche, l’Ame de ce corps mou, la volonté\nde cet acteur lourd et médiocre, le Principe de cette inutile vie. Il\ncroit agir seul : un sourire le décide; un geste lui en fait faire un\npareil ; un m ot dit comme en songeant est le m ot q u ’il redira tantôt.\nIl est des orateurs, des représentants, des m inistres, des écrivains,\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2020, "texte": "                               — 146 —\n\ndes poètes — médiocres, il est vrai, toujours — qui ne seraient plus\nque de stupides statues si leur Fem m e, leur âm e, leur pensée, leur\ntalent, leur t o u t , disparaissait soudain.\n\n\n\n\n   E n to ut ce qui est terrestre, mondain, m atériel, pratique, la\nFem m e est infiniment supérieure à l’hom m e. L e flair, l’instinct,\nl’intuition, absolum ent parfaits chez Elle, la guident plus sûrem ent\nen le dédale étrangem ent compliqué du monde, que le raisonnem ent\nsavant. Ce qui exige de la finesse, de l’astuce, de la diplomatie, plaît\nà la Fem m e. L a politique est le domaine où elle trouverait à em ployer\ntoutes ses facultés. E lle y joue, du reste, souterrainem ent, un rôle\nconsidérable.\n   F au te de m ieux, c’est aux jeux d’escrim e présidés p ar l ’ironique\nE R O S que la p lupart des fe m m e , désintéressées ou non, s ’adonnent.\nCelui qui regarde autour de lui dans la vie sait quels talents prodi­\ngieux elles y prodiguent. E n ces duels charm eurs, où l’on se blesse\nparfois, pourtant, jolim ent, la Fem m e est étonnante d ’adresse et de\ndextérité. E lle y est du reste m erveilleusem ent secondée par une\nrésistance physique plus grande et par un charm e corporel qui ôte\ntoute précision à la tactique de son adversaire.\n\n\n\n\n   T outes ces petites et grandes choses, ces nuances fugitives — d’in­\ntérêt si grand pour les délicats — une actrice d’esprit, de talent,\npeut les indiquer en le rôle d’O rtrude. Ces détails, fins, typiques\n— parfum s d ’une œ uvre en quelque sorte — parant, ornant cette\nO rtrude colosse, architecturée comme un sphinx égyptien, l’achève­\nraient évidem m ent, la feraient plus femme, toute la Fem m e peut-\nêtre. Plus charm eresse, je la vois l’E ternelle Reine du monde. Plus\nséduisante, elle serait vraim ent la P rêtresse du Tem ple quadruple où\nprie l’hum anité; du Tem ple aux quatre nefs, aux quatre portes; du\nTem ple où Argent, Am our, Politique, R êve : les dieux du monde,\nsont vénérés, du Tem ple où officie la Fem m e.\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 684, "texte": "                               — 147 —\n                                                              \\\n\n   O rtrude serait alors vraim ent Celle aux pieds de qui l’OR am assé,\nles P ouvoirs conquis, sont déposés comme des offrandes. R êvez avec\nmoi et voyez :\n   L e nabab s ’agenouille, verse en ruisselets éblouissants ses richesses\nau to u r d’Elle et mendie, anxieux, quelques bontés. Le C ésar lui\noffre des peuples, des races entières, l’œil hum ide fixé su r Elle. Des\nam ants, haletants, les yeux fous, l’im plorent. L e poète, ém u, ébloui,\nsoupire et chante.\n   T elle serait O R T R U D E .\n\n                                                  A uguste L ev êq u e.\n\n\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-05-15-n5-012", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 147, "page_fin": 147, "titre_corps": "Rondelette des filles de joie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "PAUL DUBOIS.", "ancre_debut": "Rondelette des Filles de joie Ohé! 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Margot la Blonde et toi Marion,\n            Que fîtes-vous de vos petits cœurs d ’enfance ?\n            — De nos petits cœurs, ah!peu nous soucions;\n            A notre enfance qui de nous encore pense!\n\n            — Or donc, Marion et toi Margot la Blonde,\n            D u beau soleil d’antan ne vous souvenez plus,\n            Lorsque de vos compagnes vous conduisiez la ronde\n            Sur la place du village de clair soleil vêtu.\n\n            — H é! là! mais regarde, nos lèvres sont belles;\n            E n ivoire et en roses nos beaux seins ont ja illi;\n            E t puisque nos cheveux en nappe d ’or ruissellent,\n            Qu'importe l'Autrefois au soleil d'aujourd'hui!\n\n                                                   P a u l D u b o is .\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-05-15-n5-013", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 148, "page_fin": 150, "titre_corps": "Le mélodieux vertige", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "ANDRÉ RUĲTERS.", "ancre_debut": "LE MÉLODIEUX VERTIGE (1) La belle nuit simple entrait", "ancre_fin": "André Ruijters.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PERLES DE NUIT La terne éblouissance", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 171, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 2002, "texte": "L E M É L O D I E U X V E R T I G E (1)\n\n    ... L a belle nuit simple entrait m aintenant p ar la fenêtre ouverte.\n E t avec elle, le jardin, en son haleine exquise, m ontait. Les grands\narbres de là-bas, les lourds massifs de verdure taillés en blocs\nd’om bre dans la ténèbre pâle envoyaient vers les deux leur souffle\nodorant et lent. E t le vent, dans les feuillages, faisait comme un\nbruit de caresses et de mains.\n    Un silence tom ba... oh! combien ineffable!... E t Georges regarda\nle ciel et parla de voix sourde : « Comme il fait beau !... n ’est-ce pas,\nMargy? E t comme cela nous rapetisse, nous et nos vains essais\nd ’œ uvre! Comme nous sommes aujourd’hui et comme cela est\ntoujours. Oh ! la belle nuit ! Jam ais je n ’ai vu tan t d ’étoiles ! Oh ! vois,\nvois donc! P a rto u t... et comme elles brûlent doucem ent... Oh! les\nétoiles !... C ’est mille fois plus aigu, plus pénétrant que des regards...\nE t quel calm e! Ne croirait-on pas que tout le paysage est sous\nl ’eau... Sous l’eau, en regardant au travers des couches d ’ondes, on\naperçoit de ces inappréciables veloutés de teintes... E t vois donc\nencore plus loin : dans les branches d ’arbre, parm i les grands\nm arronniers de notre jardin, il y a de lointaines lum ières qui, dans\ndes cham bres solitaires, se fanent comme des fleurs tristes et claires !\nOh! quel calm e!... E t il y a aussi, à ce coin perdu, extrêm e, à ce\ngroupe de m aisons une fenêtre seule allum ée qui déverse sa lueur\nau travers d ’un rideau rouge... H ein! c’est comme un m orceau de\nviande, dans la nuit et saignante! Ah! M argy! q u ’il fait infiniment\nb eau !... E t quel silence... quel silence appréhensif! C ’est bien l’inti­\nm ité suprêm e que seuls peuvent goûter ceux qui s’aim ent eux-\nm êm es... Ne t ’aim es-tu pas, toi? Moi, je m ’adore! Il y a des heures\noù je suis enivré du parfum de mon âme. Je t ’aim e aussi toi, mais\nn ’es-tu pas m a com plém entaire ! E st-ce q u ’à nous deux, M argy, nous\n\n\n\n  (1) Fragm ent de « A eux deux ».\n"}, {"page_pdf": 172, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "                                — 149 —\n\nne form ons pas l’entité! Je t’aime! T u es plus belle que la nuit, car\ntu la résorbes toute et dans un seul baiser, tu pourrais m ’en donner\nle sidéral vertige !...\n   E lle était restée assise au piano, pendant que lui, rêveusem ent,\nparlait et il se rapprocha d’elle, lui releva la face afin de voir dans\nl’obscurité ses yeux luire. E t voici que d ’un de ses coudes, elle\nh eu rta le clavier et, par les ténèbres, un la vibra.\n   ... Oh! fit Georges, la prem ière note de Tristan!...\n   Cette précision harm onique du hasard le ravit. Il lui sem bla que\nquelque chose prenait leur am our par la m ain et le guidait au long\nde la route vers du bonheur épanoui. Il enlaça M argy et chercha ses\nlèvres. Il ne la voyait pas. L a lam pe s’était éteinte. Il y avait tant\nd’om bre dense au to u r d ’eux que leurs prunelles mêmes ne se déce­\nlaient et ne pouvaient se refléter. Il la serra plus étroitem ent. Il\nsentit su r ses joues le souffle de l’aimée et enfin sa bouche rencontra\nla tiédeur molle et voluptueuse de la bouche de M argy... Je t ’aime,\nrépéta-t-il encore, et il la baisa — longuem ent.\n   L a n u it continuait à entrer dans la cham bre. Ce n ’était que de l’air\np u r, du parfum , du silence. L e petit jardin se haussait vers leur\nappartem ent. E t il paraissait q u ’un m orceau du ciel bleu se dissol­\nvait entre les deux. U n charm e exquis et m ou les enivrait, intensi ­\nv an t leur tendresse... M argy... fit-il... E t dans un enlacement, il\nl’en traîna vers le sopha, le sopha bas et moelleux où ils churent —\nemmêlés.\n    U n long tem ps, ils dem eurèrent l’un contre l’autre à s ’écouter.\nUne pensivité délicieuse et ém ue les absorbait. E t quel incroyable\nsilence !... Parfois, le jardin bruissait en frissons de verdures. C’était\ncom m e un coup d ’éventail qui envoyait dans la cham bre un peu de\nl’odeur sucrée des héliotropes, un peu de l’odeur charnelle des\nœ illets. U ne fraîcheur suivait, passagère. Puis tout s’évanouissait.\nCe n ’était qu’un geste im m atériel. Le silence affluait encore. L ’im­\n m ense paix nocturne se coagulait à nouveau.\n    E t les deux restaient seuls.\n    Ils ne percevaient même plus battre leurs cœ urs. Q u’ils étaient\n donc loin des mesquins soucis d’a rt et de m étier! E st-ce que tout\n cela ne s ’effaçait pas sous la force simple, sous l’unité absorbante de\n la nature? Ils le sentaient. Ils le com prenaient. E t ils s ’avouaient\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1188, "texte": "                               — 150 —\n\npardonnés. N ’étaient-ils pas fragm ent vivant et nécessaire de cette\nheure de beauté et ne s ’aim aient-ils p as... oh ! si éperdum ent!\n   E t Georges voulut voir M argy. Il se retourna vers elle, m ais ne\ndistingua rien. Il la tenait pou rtan t enam ourée et tendre en ses bras,\nto u t contre son torse. E t elle dit : Je suis à vous, m o i!... Il lui\np aru t que c’était les ténèbres qui lui adressaient ces verbes chauds.\nCela le troubla. Il l’attira à lui, plus près « M argy... aim ée!... » et\nil la baisa.\n   L a fenêtre, ouverte, jetait toujours son grand flot frais. L e ciel\ns’était encore — eût-on cru — purifié et élucidé. De nouvelles\nétoiles, de corail ou de cristal, languides ou éblouies, s ’étaient\nenchâssées dans le bleu profond. E t le silence était suprêm e où\nvenait m ourir les effluves râlés des fleurs du jardin.\n    E t les deux s ’étreignirent avec vigueur et ils furent l’un à l’autre,\nsous le troublant conseil d’un baiser qui, entre leurs lèvres unies,\ntrem bla — comme là-bas, telle étoile, vibrante et dernière venue...\n\n                                                  A n d r é R u ij t e r s .\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-05-15-n5-014", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 150, "page_fin": 151, "titre_corps": "Perles de nuit", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "CHARLES BERNARD.", "ancre_debut": "PERLES DE NUIT La terne éblouissance des cabarets", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 173, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 1188, "fin_caractere_exclue": 1745, "texte": "PER LES DE N U IT\n\n  L a terne éblouissance des cabarets, terne p ar la fumée drainant\nses bleus sales en lourdeur de v elum. L ’ébauche est bleue; bleue,\nm ais combien grisâtrem ent en opacité de lampes fum euses et de\nlourds tab acs; et bleue aussi vaguem ent la forme des jo u eu rs de\ncartes, comme des om bres torses p ar des soirs de brouillard. E t\nsaigne là-dessus, l’éblouissance des lam pes, rougeurs crues p ar le\ntamis de la fumée, lourdes, en grasses taches de sang sur une traîne\nde gaze souillée.\n  L e cabaret veule et m orne, quelconque...\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1718, "texte": "                              — 151 —\n\n   Des éclats de voix en sonorités brutales de buveurs hilares,\nl’obsédance d’un tic tac de m onotonie désespérée...\n   E t s ’éperle une chanson poignante...\n   L a chanson des pinsons aveugles, des pinsons en h o rreu r d ’yeux\ncrevés, tragiques, là-haut dans une m auvaise cage, à un clou.\n   E t to u t est ténèbres.\n   T énèbres, l’éblouissance saignante des lam pes, ténèbres, la fumée\ncroupie en brouillard d ’aubes sales.\n   L a nuit.\n   O ! la nuit en nocturne de pinsons aveugles, de pinsons en horreur\nde regards m orts, la nuit, l’im m ensém ent D ouloureuse de ceux qui\nne voient plus.\n   E t rem plissait la cham bre de ténèbres, la chanson du petit pinson\naveugle, là-haut , dans sa m auvaise cage, à un clou.\n   E t perlait sa chanson en tristesse de lum ière perdue, ô ! doucement\néperlem ent en trilles étouffés d’échos lointains, évocation de souve­\nnir, le souvenir de la lum ière.\n   L a m odulation, tan t de lointaines mélodies, du souvenir, ses\ntrilles, ses vocalises en résignation de langueur poignante, leur\néperlem ent, lentem ent, très douces, de la douceur infinie et m élan ­\ncolieuse im m ensém ent de lum ière m orte, de joie m orte, de vie\nm o rte...\n   L a vie des pinsons aveugles... leurs chants, échos de la vie\nruisselée de joie et de lum ière, autrefois, dans l’E ssor, splendide­\nm ent vers le Jo u r.\n   E t m eurt sa chanson en désespérance résignée, la chanson vers la\nlum ière du pinson aveugle, m ourante, lentem ent, comme un souffle,\nla plainte des âm es dans la nuit énorm e, qui frissonne délicieusement\nd ’harm onies m ourantes...\n   E t to u t est ténèbres...\n                                                C harles B ernard.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-05-15-n5-015", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 152, "page_fin": 152, "titre_corps": "Hivers défunts", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "FERNAND ROUSSEL.", "ancre_debut": "Hivers défunts A André Ruijters. L’hiver me fut toujours charmant", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 175, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 836, "texte": "H ivers défunts\n                                    A A n d r é R u ijt e r s .\n\n\n\nL ’hiver me f u t toujours charmant en son mystère,\nM ’isolant, me laissant tendrement solitaire.\nJ e laissais souriant chanter sans fin mon cœur\nE t la neige l’aim ait pour sa jeune candeur.\n\nL a neige le garda de toutes les sciences.\nSes flocons le paraient des pures ignorances\nE t je le sens encor, jo li comme un enfant,\nSonger à la bonté de son rêve innocent.\n\nO mes jolis hivers, hivers pleins de mystère!\nMon cœur se blotissait au fo n d d’un flocon blanc\nE t jouait d’un cristal sonnant d’un rythme lent\n\nA u x sons des tendres mots d’une âme solitaire.\nO mes jolis hivers, hivers lointains et doux,\nJ e pleure votre mort et tous mes espoirs fous !\n\n                                F ernand R o u ssel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-05-15-n5-016", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 153, "page_fin": 154, "titre_corps": "L’appel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "HENRI VAN DE PUTTE.", "ancre_debut": "L’APPEL A Max Elskamp. Puis qu’elle vienne enfin", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 176, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 70, "fin_caractere_exclue": 2193, "texte": "L ’A P P E L\n                                                        A M ax   E lsk a m p.\n\n\n\n\n    Puis q u ’elle vienne enfin, et que je l’aim e! N ous nous tairons l ’un\nauprès de l’autre. E lle sera elle, je serai moi, et ensemble nous\nserons un. Des douceurs de soir onduleront au to u r de nous. Des\nlum ières riront. Les parfum s seront rouges! E t j ’aime déjà ses\nyeux, ces clartés bleues, j ’aim e déjà ses petits poignets, ses seins\n d’enfant qui sous la lam pe et sa claire paix heureuse haletteront,\nj ’aime déjà sa taille que de la tendresse ennouera, sa voix fraîche mais\npâle, sa nuque blondie de follettes petites m èches, et sa dém arche\n candide ! Qu’elle vienne ! E lle me saura. E t je pourrai chérir. E t que\n de tendresses en moi ! — Mais q u ’elle se taise et qu’elle ne pose !\nJe saurai l’adorer en tous ses gestes, en tous ses gestes les plus\n sim ples et tout entière. Mais q u ’elle se taise et qu’elle ne pose!\n L o rs, to u t en moi s ’épanouira. — Il n ’y a là que des germes, il y\n au ra des fleurs. Je ne me vois pas, je me verrai en elle. Q u’elle\n vienne à moi, et sans pudeur, laisse prendre sa main par la mienne,\n et se laisse absorber l’âme par mon âm e. Un fervent baiser scellera\n nos lèvres, alors, un passionné et violem m ent baiser. E t ce sera la\n pure extase de mon regard vers son regard en cette m inute éternelle.\n    P uis nous irons par des prairies. Je lui donnerai toutes les belles\n herbes, toutes les fleurs sentim entales. Je ferai tous les gestes qui\n plaisent. Au soir, vagueront en ronde des poésies au to u r de nous.\n L e s choses nous aim eront bien, car elles aim ent bien tout ce qui\n aim e. E t la nue bleue sera éblouissante d’étoiles !\n    P uis nous irons p ar des rues nocturnes, p ar la campagne m atinale,\n p ar des quartiers populeux, ferm entants et bizarres,- nous irons par\n d’exultantes fêtes ou de silencieuses mélancoliques solitudes. E t,\n vraim ent, ce sera suprêm e. C ar nous serons seulem ent très simples\n et très vivants. E lle sera mienne et je serai sien. E t ce sera tout. Elle\n sau ra dire mon prénom très doucem ent — chose divine !\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1907, "texte": "                                   -   154 —\n\n     Puis qu’elle vienne ! j ’en suis goulu ! j ’en suis perdu ! Laissez-m oi\n  sangloter un peu. — Mais si elle était là, je lui dirais que je suis\n  triste, et je pleurerais dans ses b ras; je serais son petit enfant! Je\n serais heureux d ’être triste. E t le lui dire serait divin ainsi q u ’écrire.\n     Puis l’on ne sait pas ! Il y a tant de choses que l’on espère confu­\n sém ent et qui réjouissent. Des tas de joies irraisonnées. Les douces\n attentes. L es fleurs q u ’on offre. S errer des m ains. E nnouer follement\n la jeune volupté de nos deux belles et souples chairs ardentes !\n S u rto u t, sentir que l’on vous aime, là-bas, sans savoir où.\n     P uis, l’égide! le but! la béatitude des béatitudes!\n     Mais où est-elle? Q u’elle vienne! Que je la rencontre! Les rues\n sont belles, la pluie tom ba tantôt, et m aintenant tout rit. E t je suis\n frais comme mes espoirs ! Ah ! q u ’il est douloureux de trop attendre.\n    Puis, la ville d’après-pluie est lum ineuse. Je suis trem pé. Je fume.\n V raim ent j ’ai trop erré ! Mais quelle est cette fenêtre allum ée là-bas,\n où des bras chéris font des signes dans la mélancolie splendide du\nsoir?\n    Puis, dans les flaques, de palpitantes et magnifiques nacres\nvivantes. Les rails des tram w ays sont en or. E t là-bas ! des îles\ngrandes de nuages de velours lilial voguent sur la m er bleue du ciel\ncandide !\n    Puis que ne vient-elle et que ne la vois-je ! à cette heure propice\noù les bourgeons d’or, su r le ciel bleu, ont nuptialem ent l’air de\nfleurs d ’oranger?\n    Je suis un pauvre rom antique !\n    Puis encore, mon cœ ur n ’est que délicieux et triste, d ’émoi d’am our.\nE t voilà tout. E t je ne sais où sont ces mains auxquelles mon rêve\nfiance mes m ains. E t voilà tout. E t je ne sais où sont ces lèvres...\n\n                                                H en ri V an de P u tte .\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-jeune-1896-05-15-n5-017", "volume": "ELB-ULB-lsf87092895-1896-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-lsf87092895-1896-002.pdf", "ocr_sha256": "d343b73d118f3c86e0658a78d814c156def782dae31a845de1a9f852463133f8", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 155, "page_fin": 161, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L ES L IV R E S                L es V illes T e n ta c u la ir", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 178, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 69, "fin_caractere_exclue": 1985, "texte": "L ES L IV R E S\n               L es V illes T e n ta c u la ire s\n                 par E m i l e V e r h a e r e n   (chez Deman).\n\n\n   L a ville, m auvaise et noire sous le ciel gras, que déjà du fond des\ncam pagnes hallucinées de sa présence énorm e, on apercevait, la\nvoici — tentaculaire.\n   E lle est le carrefour des concupiscences, des haines, des bestia­\nlités. E n elle, l’âm e odieuse du mal semble se résorber et se\ncondenser. E lle est tout l’orgueil, toute la fureur, tout le blasphème.\nE lle est la purulence profonde de la terre qui se gâte et se corrode\nsous ses m urs et ses assises.\n   E n trons : Après la plaine m orne et m orte qu’elle a sucée, qu’elle\na tuée, son infini commence grouillant et fatidique. E t voici s’ériger,\ndu sein de la houle grandiose et sale de ses toits, les. pesants bâti­\nm ents de synthèse qui dressent en apothéose leurs dômes et leurs\nsom m ets.\n   C ’est le Bazar, l’estom ac insatiable où viennent s ’engouffrer le\nm onde et ses provendes; c’est la Bourse, bouillante et frém issante de\nchiffres, insectes acides dans des cervelles, la Bourse où bat à chocs\ndurs, à chocs m étalliques, le cœ ur immonde de la ville, son cœ ur en\nor fangeux. E t c’est l’E tal! toute la ville nue et phallique, exaspérée\nvers le ru t en une ruée immense et concentrique. E t ce sont les\nUsines, les plantations de gain dans des chairs vives, celles qui sont\nde fer et p o urtant saignantes. E t c’est son âme enfin, son âme om ni­\nprésente, son âm e en tourbillon ouverte, son âme engouffrante et\nhypnotique, son âm e en ventouse ! E t c’est la ville toute, cynique et\ngrandiosem ent épouvantable !\n   Ah! dirons-nous q u ’ici V erhaeren s’est m ontré dém esuré et effa­\nran t? D irons-nous encore la gigantesque harm onie de son vers?\nD irons-nous q u ’il éclate parfois en bondissem ents fous? D irons-nous\nl’étonnante, la m erveilleuse poésie de chair et de m étal, d’éternité et\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2143, "texte": "                                           — 156 —\n\nde siècle qu’il y révèle ? D irons-nous les apocalyptiques élans qui\nondulent et frém issent dans son œ uvre, adverses et convergents,\net qui y font brûler la plus vertigineuse et phosphorique vitalité\nq u ’il fut jam ais donné de rêver en un génie d’homme? Il s’est placé\ndans la vie contem poraine et am biante. Il a été le mélodieux\nrégisseur de tous ces désordonnem ents de lignes et de buts, et il en a\ndéduit la géom étrie composite et terrible de son livre. Il est descendu\ndans la rue, très sim plem ent, et la ville lui est apparue, im mense,\ntyrannique et effervescente non seulem ent avec les m onstrueux\nsymboles qui dressaient au-dessus d’elle sa pensée et son idéal exté­\nriorisés, mais encore avec les présences aussi plus émaciées et cen­\ntrales de ceux qui l’étayent, de ceux qui en sont les palpitantes et\nperverses molécules de volonté, et dont les statues de place en\nplace, de page en page se lèvent.\n   E t, aussi, il l’a connue frénétique et cariée ! Mais dans ses pourri­\ntu res, au cœ ur des abjections, des germ es d’avenir ferm entent. Elle\nest haïssable et prostituée, m ais à l’horizon s ’atteste la perm anence\néternelle et douce des Idées suprêm es d’équilibre et de rythm e.\n   L ’œ uvre q u ’il a édifiée est grande et belle. Elle est la plus rude et\nla plus surhum aine q u ’il ait conçue.\n   Elle vous écrase, vous brûle, vous poigne et, ainsi que la chose\nmagnifique et odieuse qui y vit, s’avère (ah ! saurait-on m ieux la\ndésigner?) tentaculaire!...                                       A. R.\n\n\n                                    Aux E cou tes\n             p a r E d o u a r d D u c o t é ( l i b r a i r i e d e l 'A rt indépendant).\n\n\n\n  M. Ducoté se déclare le pasteur de la mélancolie. Il est bien\nplutôt, selon sa propre expression :\n         ...c e pèlerin à la marche incertaine\n         qui, vite las, le long de la route s'assied\n         et demande aux passants un chemin qu’ils ignorent.\n  Il est parti, a vu des plaines, des collines, des fleurs, des lum ières,\ndes ciels, et a trouvé tout cela triste. Il s’en est allé vers ailleurs, e t\n"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2196, "texte": "                                    — 157 —\n\nson ennui est resté le même. Il est reparti de nouveau, sans but, par\ndes chem ins désolés, sentant tout fruit de joie s ’exprim er en am er­\ntum e su r sa lèvre. Une déception est l’aboutissem ent fatal de ses\nam ours. L a tristesse de vivre le poigne intensém ent. Il est inquiet,\ntâtonne au to u r de lui, se déplace, sourit un instant à une image,\npuis l’abandonne, s ’en va plus loin pleurer sans cause, et finit par\nse plaindre du néant profond des choses hum aines. P o u r lui, la\nm ort est une délivrance, un triom phe sur la vie.\n   L e dram e de son âme est pitoyable : il nous en instruit confusé­\nm ent dans son livre, en vers qui ont souvent un grand charm e de\ndouceur, m ais qui sont peut-être trop lâchés, trop de prem ier jet,\net dont le ry thm e est parfois difficile à saisir.\n   E t ce livre est étrange, évocateur d’une âme élégiaquem ent\nrom antique, s ’exprim ant en un langage m i-lam artinien, m i-m oderne.\nCertaines images y sont d’une nouveauté étonnante dans leur sim ­\nplicité; d’au tres, plus nom breuses, sont vieillies et légendaires. E t\ncependant, m algré d’évidentes rém iniscences, l’œ uvre est frappée au\ncoin d’une originalité, la plus difficile peut-être à obtenir : celle de\ng ard er sa personnalité en se plaignant, après tan t d’autres! de\ndouleurs rom antiquem ent illusoires.\n   Il le faut bien : j ’avoue franchem ent ne pas aim er ce livre, sans\ntoutefois prétendre justifiée cette antipathie, et en m ’inclinant devant\nles incontestables prom esses de l ’auteur, qui me semble un vrai\npoète.                                                        G. R .\n\n\n\n                           César Ant échrist\n                   p a r A l f r e d J arry   (Mercure de France).\n\n\n   Un très beau dram e, original intensém ent et teinté terne ainsi\nq u ’un B rueghel, dont il a égalem ent la splendide crapulerie. E t il en a\naussi la drôlerie violente et le grouillem ent de vies. Les personnages\n— des fantoches, m ais bellem ent hum ains — sem blent nous y m on­\ntre r leu r âm e toute nue sous leurs vêtem ents de salauds. Ils y disent\nbrusquem ent, en face, leurs pensées et leurs vices. E t toute la force\n"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2170, "texte": "                                    — 158 —\n\ndu dram e est là. E t c’est une belle trouvaille. C ar ainsi, au lieu\nd’être, comme en la plupart des pièces actuelles, un cliquetis de\nparoles brillantes, le dialogue nous apparaît le heurt fort et franc\nd’une foule de volontés et de passions en bataille. E t mêm e, les vête­\nm ents, les décors et les gestes, gris et vulgaires, comme je l’ai dit,\nne sem blent mis là que pour mieux faire valoir la claire franchise des\npersonnalités, et leur étonnam m ent vivante bizarrerie. L ’action y\npuise une extraordinaire grandeur de vérité et de réalité.\n   C ’est donc là une belle œ uvre, étrange et neuve. L e m alheur est\nque, à cause de son originalité elle-même, et à moins de citer des\nscènes entières, il est quasi impossible de donner une idée de son\nstyle à la fois concis, ardent, rabelaisien, archaïque et très m oderne,\npar-dessus tout très harm onique, ni de la vie qui s ’y rem ue, s’y\nencolère, y chicane, y bafouille et y tue, n ’y enfin de l’âme rem ar­\nquable qui s’y propose.\n   P uis, bah ¡ lisez le livre; vous verrez p ar vous-m êm e que ce César\nAntéchrist est vraim ent une belle chose.\n   T iens! mais, au fait, c’est vrai. E t C ésar A ntéchrist? E h! je vous\nle répète, lisez le livre; vous verrez comme s ’essore, su r ce fond\nd’hum anités diverses, énigm atiques et ridicules, son magnifique su r­\ngissem ent. Il y a d’ailleurs un acte prologal et un acte final explica­\ntifs. Mais je n ’en ai pas parlé parce qu’ils m ’ont plus obscurci\nq u ’éclairé le sens sym bolique de l’œ uvre, et parce q u ’ils ne me sont\napparus que comme les deux feuillets de couverture du livre, feuillets\naux teintes rougeâtres, violâtres et vertes, m oyenâgeuses à dessein,\npatinées d ’or, et au bizarre em brouillem ent d’allégories arm oriales\nq u ’il serait évidem m ent fastidieux de traduire.\n\n\n\n                                   E r y th r é e\n                 p a r J e a n d e T in a n   (Mercure de France).\n\n                                     »\n\n  M. Jean de T inan nous avertit en tête de sa plaquette q u ’il a voulu,\nnon nous n arrer des choses profondes, mais nous chantonner une\ntoute simple histoire.\n"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2300, "texte": "                                — 159 —\n\n    Oh ! très bien ! Mais peu nous im porte, n ’est-ce pas, que ce ne soit\nq u ’une toute sim ple histoire, puisque nous avons vécu, à la lire, une\nbelle heure de volupté claire et de splendide vie intense.\n    Ajoutez à cela que les ém otions y sont condensées et très pures, et\ntrès vivaces, et que si le conte est bref, il v aut un long poème.\nAjoutez aussi que deux am ants y vivent la plus merveilleuse passion\nmagnifique qui soit, dans un décor de n ature adm irable, et tandis\nqu’au to u r d’eux des foules arm ées s’agitent, dansent, chantent et\ns ’en tre-tuent! Ajoutez encore que l’œ uvrette est précédée de la plus\nlum ineuse-jolie des préfaces, et suivie de fines notes à la Gide, dont\nune ou deux sont de vrais petits poèm es. Ajoutez enfin que la langue\nde cela est riche, limpide et onduleuse, dorée et coloriée. E t sachez\nque M. de T inan est un de ceux, parm i les Jeunes français, dont il\nfaut espérer les œ uvres les plus exquises et les plus neuves.\n\n\n\n   Nous avons reçu égalem ent le Rire de Mélissa de F rancis Vielé-\nGriffin, dont le Coq Rouge vient de faire un tiré à part. E t ce nous fut\nvraim ent joyeuse douceur de relire et de relire encore ces vers purs\net lum ineux, si psychiquem ent rythm és que l’on en oublie qu’il y a là\ndes m ots et des phrases, et que l’on croit voir la pensée du poète elle-\nmême palpiter, rire et pleurer. E t le décor de cela est d ’une haute\nsplendeur.\n   L es Classiques allemands, une belle étude pédagogique de Léon\nR iotor.\n   L e Cours de littérature belge d'expression française (Extension univer­\nsitaire) que Jules D estrée donna à T ournai.\n   Burch Mitsu, le conte si fièrem ent hum ain d’E ekhoud. Les\nTemps nouveaux viennent de le rééditer en une jolie brochure de\n62 pages. Comme cela ne coûte q u ’un sou, c’est là une très bonne et\ngénéreuse idée de propagande, à la fois libertaire et artistique.\n   Enfin la belle et suffisamm ent com préhensive étude d ’Albert\nM ockel su r l’œ uvre d’Em ile Verhaeren. F rancis Vielé-Griffin y\njoignit quelques notes biographiques.\n   Si je ne parle pas davantage de cette dernière œ uvre, c’est que je\nne sais rien d’aussi ridicule que de faire la critique d’une critique.\n                                                                 H . V.\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1057, "texte": "                                — 160 —\n\n   Raout Meunier : E t ce nous fut, le 11 avril, la joie d’aller fêter\nConstantin M eunier, comme ce nous avait été, le mois passé, celle\nde fêter V erhaeren. Le sculpteur V ander Stappen, lui souhaitant le\nbon accueil dans sa dem eure, fut le prem ier à acclam er le cher et très\ngrand artiste. A rthur Craco, un des élèves de M eunier, lui dit alors,\nd’une voix adm irable d ’émotion, l’am our enthousiaste de tous pour\nlui et son Œ u v re , et lui rem it, en souvenir de cette fête, une sorte de\nlivre d’or contenant les noms de tous les artistes présents. Une\nvibrante préface de Camille Lem onnier précédait les signatures, et\nle m aître en donna lui-même lecture. T héo et Eugène Isaye, Léon\nDubois et Mlle M erckx agrém entèrent la soirée d ’aim ables m usiques\nde Grieg, de W agner et d’autres. Le raout avait été organisé par\nles sculpteurs Craco et H odru, et le peintre Delaunois. Nous les\nrem ercions de leur belle initiative.\n\n                                                       L ’A r t J e u n e .\n"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5052, "texte": "    Le directeur du Magazine International, M. Léon Bazaliette, a fait, le mois passé,\n à la Section d’art de la Maison du Peuple, une adm irable conférence sur l’Inter­\n nationale des poètes. V raim ent, ce nous a été une joie d ’entendre affirmer si\n éloquem m ent l’existence d ’une âm e nouvelle dans l’art, ainsi que la large et\n vibrante solidarité hum aine qui u n it fous les vrais penseurs de nos jo u rs et qui les\n appelle à une vie plus libre, plus spontanée, dégagée des mesquineries religieuses\n et sociales, baignée dans la grande religion d ’un am our panthéistique.\n    A rapprocher de cette conférence celle de l’abbé C harbonnel à la Libre Esthé­\n tique :\n    E tant, comme il sied, païens, ainsi que furent poètes païens, c’est-à-dire chan­\n teurs du Dieu qu ’ils étaient : H om ère, Ronsard, G œthe, H ugo, Verlaine, tous les\n artistes du passé et du présent, et ainsi que le seront, davantage encore, ceux de\n l’avenir, les questions religieuses ne nous préoccupent pas. Mais il nous amuse de\n rem arquer l’orientation nouvelle donnée au catholicism e par de jeunes abbés, dont\n M. C harbonnel n ’est pas le m oindre en talent, orientation qui s’éloigne étrange­\n m ent du terrain orthodoxe. Il im porterait que les sincères ne fussent pas trompés\n par cette allu re prétendûm ent libérale, et q u ’ils retinssent avant tout la vraie et com­\n plète signification du m ot catholicism e, c’est-à-dire refrènem ent des saintes et\n saines passions naturelles et haine de tout a rt non religieux.\n    Les cuistres. — Charles M aurras. — Cet anim al, las de lire, relire, copier et pas­\nticher Ronsard, en une heure de bêtise plus profonde, a trouvé intelligent d’appeler\n rom antiques K ahn, Rodenbach et Verhaeren, et d ’essayer de vom ir sur eux quel­\nques im bécillités rien m oins qu’inédites. L ’adm irable talent de ces trois beaux\npoètes ne s’en portera pas plus mal ; quant au M aurras, le monde saura qu’il\ncompte en lui un crétin de plus ; voilà tout.\n    Lionel des Rieux. — P a r quelques m auvais vers, écrits au rom ano-copiste, c :\nm onsieur se paye m enstruellem ent l e droit de déposer dans l'Ermitage des...\nphrases dans le goût de celles-ci : « M. V erhaeren a un très gros talent (!). — Im agi­\nnez je vous prie, un poète de la sorte de M. Richepin (!!) — Et vous aurez une idée\nassez nette de ce Parnassien halluciné (!!!) » Le même magistral idiot nous apprend\nque le seul beau livre paru en 1895 est la Métamorphose des fontaines, de Raymond\nde l a T o ilh èd e!! Ah ! qui nous rendra, à l 'Ermitage, le beau et com préhensif criti­\nque de l’an dernier, Edm ond Pilon?\n   Celui-là, du moins, agissait loyalem ent et ne d énaturait pas les textes qu’il citait\ndans ses études. Lionel des Rieux ne se croit pas tenu à la même bonne foi. Dans\nson article sur V erhaeren, il abîme jusqu’au point de le rendre incompréhensible\ntout un passage des Villes tentaculaires. Le plus am usant est que le Maurras, à la\nRevue encyclopédique, cite les mêmes vers en faisant les mêmes fautes. Il n ’aurait\ndonc pas lu le livre et se serait contenté d ’avaler la chronique de l’imbécile de\nl'Erm itage ! Décidément, en présence d’une telle m auvaise foi, à la fois giraudesque\net gilkinienne, ce n ’est pas cuistres, mais voyous q u ’il faudrait les nomm er.\n   A lire : Coq rouge : ravissante, la Légende de Saint-Dodon, par Maurice des\nOmbiaux, et la Défaite, par A ndré R uijters; Mercure de France : Le beau soleil, par\nFrancis Jam m es, et deux nouveaux fragments de la Légende de vie, toujours d ’une\ncalme magnificence hom érique; un fragment encore à la Revue blanche, ainsi que\nd ’adm irables inédits de Laforgue; Société nouvelle : le ravissem ent des vers de\nlum ière d’Elskam p, et les notes bellem ent songées de Maubel su r S chum ann;\nA rt moderne : bel article de de Marès su r l’abbé C harbonnel; Libre-Journal :\nCrépuscule d ’automne, par Paul Dubois ; L a Lutte : vers délicieux de Rodenbach et\nd’Elskam p. Mais que diable vont-ils faire en cette galère? L ’allure de cette revue\nn ’est plus seulem ent médiocre, elle devient de la roublardise hypocrite et de la\nfarce, c’est-à-dire de l’a rt catholique; Réveil : Renouveau, par Stuart-M errill.\nIncog. y prétend que le Réveil est une boutique.\n  E rrata : D ans les précédentes Pensées d’Auguste Levêque parues en l'A rt jeune\nde janvier, au lieu de : « Il va de l’épopée au procès-verbal. Il est Homère, il est\n» G érard Dow. Il synthétise comme un prophète d’Israël, comme un peintre\n» gothique », lire : « Il synthétise comme un prophète d ’Israël, comme un sta­\ntuaire éginétique et fouille et ciselle comme un peintre gothique ».\n  A ux prochains : Conte de Maurice des O m biaux; poèmes de Georges Roden­\nbach, Max Elskam p et Fernand T oussaint; Tristan et Yseult: l' Amour, par Auguste\nLevêque.\n  Accusé de réception : Les Vies encloses, p ar Georges Rodenbach ; les Impossibles\nNoces, par Adrien M ithouard; Mai, par A rth u r T oisoul; Berthille d ’Hageleere, par\nSander Pierron.                                                               G. R.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 150, "texte": " L’art\n                                                     Jeune\n                                                    S O M M A IR E\n     B allades des S a i s o n s ................................... P a u l               F ort\n     Des h e u r e s .......................\n     Soir                                                                          G eorges R ency\n\n     L a Scabieuse de Jardin Joli . . .                          . A nne                        T h ie r e n s\n     P rière des P a u v r e s .................................. H\n                                                                                    H enri        de   C lassant\n     H e u re s d a p a i s e m e n t .......................................\n     P e n s é e s .....................................................            A uguste L evêque\n     R ondelette des Filles de joie . . .                           P a u l D u b o is\n     L e M élodieux V e rtig e ................................. A n d r é R u ij t e r s\n     P e rle s de N u i t ...........C h a r l e s B e r n a r d\n     H iv e r s d é f u n t s ...........F e r n a n d R o u s s e l\n     L ’ A p p e l ..................................................................H e n r i V a n   de   P utte\n     L es livres : Les Villes tentaculaires, par\n          Em ile V erhaeren; A ux Ecoutes, p ar\n          E douard D ucoté; César Antéchrist,\n          p ar Alfred J a r r y ; Erythrée, par Jean\n          de T inan, e tc .; R aout M eu n ier.      .                             L ’A r t     je u n e\n\n\n\n\nCe n u m éro , fr. 0 .6 0 .                                                                        15 m a i 1 8 9 6 .\n                                                                                                            2e a n n é e\n\n                                                                                                                 5\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "  Un supplément est joint à ce numéro.\n\n\n\n                           L ’A R T J E U N E\nE\nRV U E       DE LITTÉRATU RE, ORGANE DES J E U N ES\n                        paraissant le 1 5 de chaque mois\n\n\n                                  CHOSES\n   P araîtra le 1er juillet, un livre de vers de Georges R ency, sous ce titre : Vie. On\n souscrit, au prix de 3 francs, à l'A rt jeune, 131, rue de B rabant.\n   L ettre ouverte à M. Lucien Solvay, rédacteur en chef du Soir :\n               M o n s ie u r ,\n    S’il y a un sommet pour l’imbécillité et un autre pour le génie, il n ’y en a pas,\n   chez-le, pour la médiocrité, qui, elfe, sera toujours u n écœ urant bas-fond aux\n vases dorm antes et pourries. Or, saluez! vous voilà chez vous. E t c’est ce dont je\n désire vous parler.\n    A rriver au sommet du génie? Il serait puéril d’en parler à votre sujet. E t nous\n om ettrons de com m un accord, n ’est-ce pas, les quelques vers de caram el que,\n encore jeune, — si vous l’avez jam ais été vraim ent, — vous publiiez sous ce titre\n éblouissant : L a Fanfare du cœur.\n    Au som met de l’imbécillité? Quel rêve encore! car apprenez que certains, gens de\n talent à leurs heures, crétins à d ’autres (lorsque des rancunes personnelles les\n aveuglent) peuvent bien parfois y atteindre, — et je sais un poète-journaliste,\n doctrinaire de lettres de vos amis, qui pourrait me servir d’exemple, — mais\n apprenez q u’il en est d ’autres — et ils sont légion, dirait Villiers, et chez nous ils\n s’appellent indifférem m ent : José H ennebicq, Valère Gille, Sand-W iener ou\n L ucien Solvay — il en est d’autres qui ne parviennent jam ais à être suprêm em ent\n bêtes ou m auvais, et qui barbotent leur vie entière dans la médiocrité couleur de\n merde. E t, je vous l’ai dit, vous en êtes!\n    E t pourtant, vous n ’avez jam ais épargné les efforts pour en sortir ! E tre plus\n bête que les autres fut en effet toujours votre idéal ! C’est même pour cela que,\n sans doute, vous avez groupé autour de vous les plus quelconquém ent idiots des\n gendelettres, leur dem andant seulement de singer votre langage pâteux pour dire\n avec vous que la vie est mauvaise, bête et m esquine (à votre image, sans doute?),\n que toutes les choses et tous les êtres y peuvent ainsi être qualifiés, et arriver à des\n conclusions telles que celle d’un de vos récents articles : « L ’A rt est à l’hom m e ce\n que les images d’Epinal, les jouets du bazar à treize sont à l’enlant! »\n    Hélas ! cela n ’a servi à rien. Vous fûtes, vous êtes et vous resterez celui dont les\n écrits donnent la nausée à tout artiste, celui qui flatte les crétins en étant plus\n crétin qu’eux-mêmes, celui qui ne sait rien et qui pose pour tout savoir, et qui\n écrit en français de cuisinière ou de journaliste, au choix, en un m ot le médiocre\n suprême.\n    Voilà! C’est à ce titre, mon cher, que je vous colle au pilori!\n    E t cela pourquoi? Mais parce qu’il est bon q u ’une fois au moins notre dédain\n vous soufflette un peu, vous et la masse des médiocres que, pour moi, vous sym bo­\n lisez ici. E t je crois q u ’à bien d’autres qu’à moi fera du bien, l’affirm ation, par ces\n paroles, d e la supériorité des artistes, d’autres et nous, su r les gendelettres, vous ; des\n cerveaux et des cœ urs, eux et nous encore, sur les ventres et les bas-ventres, vous\n toujours.\n    Sachez toutefois que ceci ne s’adresse pas à l’hom m e, que j ’ignore, mais seule­\n m ent à celui dont les jugem ents vicient depuis trop d’années l’atm osphère intellec­\n tuelle et morale dans laquelle respire la masse.\n    P our finir, je vous prie, cher M onsieur, d ’agréer l’expression de m a... pitié.\n Mes amis se joignent à moi pour cette touchante, m anifestation.\n                                                                 H e n r i V an d e P u t t e .\n   U n comité, composé de MM. Eekhoud, V erhaeren, Brouez, Maubel et des\n Ombiaux, s’est formé pour élever à Francis N autet un m onum ent lunéraire. Nous\n prions les amis de Francis Nautet qui voudraient prendre part à cette œ uvre de\n piété amicale et littéraire, d’adresser leur souscription au secrétaire du comité,\n M. Maurice des Ombiaux, 6, rue de Bériot, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "     B A L L A D E S D E S SA ISO N S\n                              (L ’H IV E R )\n\n                                                      A A n d r é R u ijt e r s .\n\n\n\nI         L ’herbe de la plaine se couche plaintive. L a nuit rampe.\n\n    Quand to ut un crépuscule se lève de la plaine.\n\n    L e ciel tom be !\n\n    N eige...\n\n    — E t voici le jo u r, Coxcomb ?\n\n    — Au trav ers de la nuit ton prochain jo u r qui tombe.\n\n\nII   Quand l’H iver m ontre patte blanche su r les cimes de la forêt,\n     et caresse à la dérobée les m ottes brunes des guérets, — dans\nson dernier filet d’éclairs, l’Autom ne soupçonneux em porte l’or à\nfoison de ses feuilles m ortes.\n\n   Ah l’A utom ne! quel alchim iste... Il est plus fort que Paracelse,\net l’ém eraude se change en or aux gestes de ses vents m agiques.\nL e jeune H iver présom ptueux, le jeune H iver veut partager : « Ton\nor! que je le diam ante. » — L e jeune H iver n ’est pas peureux.\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "                                — 130 —\n\n   L e vieil Autom ne est un savant qui ne croit pas aux jeunes gens.\nIl em portera dans la tom be tout son trésor, et son secret. Mais\nc’est si loin son mausolée, et l’or est si lourd à traîner, sa m ain\ndéfaillante au filet semble traîn er tout l’or du m onde...\n\n    L e jeune H iv er est devant lui! P atte-B lanche l ’a rattrapé. « T on\no r! que je le diam ante! » puis il déchire le filet. L e vieil Autom ne\ns ’enfuit peureux. L ’entendez-vous geindre en sa tom be... « T rop\njeune H iver, présom ptueux! petit écolier sans talent, qui changera\nl’o r en argent. »\n\n  — Je vois l’H iver m alicieux sourire dans sa neige qui tom be.\n  — Je vois un H iver ironique, d’un tourbillon faire la nique !\n  — J ’entends un H iver vigoureux répondre alors superbem ent :\n« P o u r te changer, neige, en diam ants, moi aussi j ’ai des vents\nm agiques ! »\n\n\n\nIII     Il court trois chevaux blancs su r la crête des vagues.\n        T rois clowns, hors de l’écume, bondissent su r les croupes.\n        T rois clowns je tte n t leurs collerettes su r le sable de la plage.\n        A mon cou les parures grotesques, à mon cou !\n        D eux chevaux rouges galopent à trav ers les nuages.\n        D eux bras de feu se penchent des croupes et tournoient.\n        Deux lassos d ’éclairs quadrillent su r m on visage.\n        A mon cou les colliers de foudre, à m on cou !\n        U n coursier noir bondit de l’om bre, et raie l’hiver.\n        Une faux géante pend sous son poitrail et traîne.\n        Une faux ravage les terres, les m ers et mon visage.\n        A mon cou la faux de l’hiver, à mon cou !\n\n\n\n IV — Charm euse de peines, ô bohém ienne, toi qui sais agiter\n       les sorts, sais-tu bien si les joies reviennent, petit cerveau d’or?\n\n   — Oui, je sais que des joies reviennent, quand l’hiver est m ort.\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                                — 131 —\n\n  — E t que faut-il faire pour h âter l’hiver, dis-le, toi qui sais agiter\nles so rts? P etit cerveau d ’or, je le ferais bien...\n\n  — Oh cela n ’est rien ... il faut tu e r la m ort.\n\n\n     H iver. O m andarines, O rient pour deux sous. F a u t encore les\nV    avoir; moi je chante à la lune. Je puis chanter longtemps. Elle\na l’air de n ’avoir que des pièces de vingt francs. Ça ne se jette pas,\nnous le savons. — J ’ai froid, j ’ai faim ; on peut toujours rêver. P as si\nfacile vraim ent. Allons, rêvons.\n\n   L a lune, délivrée de son papier de chine, hum e à larges narines\nl’éth er des mandarines, et clignante en l’éther : « J e suis l’im péra­\ntrice, en somme, des m andarines », pense-t-elle, et clignante et\ngrisée se cogne à Ju p iter. Dois-je dire que, bons confrères, toutes les\nm andarines ju ten t de rire, gouailleuses en leurs robes de chine?...\nH o! je rêve... et passe à Ju p iter. « P aix-là, je sommeillais! »\ngronde l’étoile altière, le nez dans ses rayons. « Tiens, une m anda­\nrine », se ravise-t-il gourm and, et d’un bon rayon droit vous écosse\nl’œil troublant de l’am ie des am an ts... S ’échappe la Phébé ! Ce grand\nœil coupe l’air. E n quel sens ? Ah pardon, je rê v e ...\n\n   C’est un doux rayon d’or qui ju te su r m on front. C’est un doux\nrayon d ’o r qui ju te sur mes peines. Ah ! tout un Sirius d’or qui roule\np ar m es veines. Bon, je suis transm ué !... Je me sens devenir l’idole\nde m oi-m êm e. Hé, rêvé-je?\n\n   Non, bonne piste. — O r du rêve! ô très douillette flamme, au\nplacer de l’éther filon du vague à l’âme, am our de qui scintille pour\nqui trem ble dessous! cela vous pleut sur l’âm e, cela pleut, et\nc’est doux. — R êvé-je? ô bonne lune...\n\n  Je ne rêve pas du tout.\n\n  Alors, p ar Ju p iter, j ’affirme sans tarder, prenant à cœ ur la cause\nd’u n bienfaiteur gouaillé, que cette bouchée d ’or (je dis la mandarine)\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "                                 — 132 —\n\na des faveurs bien chères, si petite légère, doit se croire l’Orient,\npour s’exiger, m utine : deux ronds; et que, bâilleurs de faim sans un\nbailleur de fonds, elle nous la baille belle, sa vertu d’un instant, sans\nd’ailleurs rayonner tandis que nous bâillons, — bien loin l’or de la\nlune qui ne nous coûte rien, qui se donne aux rêveurs, bouche\nouverte vers elle, et sait nous revêtir plus cher q u ’un m andarin,\nnous sachant revêtir de rayons im mortels !\n\n  Ah rêveur, c’est m entir! — Je rêve?... Oui, c’est bien.\n\n   A la fin je veux dire que si vous avez faim (tant pis pour vous et\nmoi si le conseil est vain) le fruit de Ju p iter, celui du m andarin, ne\nsauraient assouvir un appétit m ortel, qu’il vaut m ieux recourir aux\nvertu s d ’un bifteck ou d ’un nid d’hirondelles, selon les cham ps où\nD iane se lève sur vos destins!\n\n  A la fin je veux dire que pour chauffer vos os, il v a u t mieux\nrecourir à quelque brasero...\n\n  E t je dirai toujours q u ’il faut m ourir un jo u r.\n\n\n\n       Elle a si vieilli, ma fée rose, m a fée blonde, — « tiens, tiens,\n VI du fard! des coups d ’épée sous tes cheveux blancs! » — elle\na si vieilli, m a fée blonde, m a fée d’or, elle si blonde et rose et or au\nprintem ps.\n\n   T o u t le printem ps fané dans sa brouette, elle trotte, vigoureuse et\nram pante, elle pousse encore... Assez! à la renverse, — « des coups\nd ’épée sous tes cheveux blancs! » — le dos dans sa brouette, où sa\nhotte renverse tout un été fané qui croule dans son sang.\n\n   — « H iver, un tom beau blanc, t ’en prie, pour m a charm ante.\nF ard des m orts, ô ta neige, hiver, sur ma fée blonde ! Cimente en\nm ausolée sa brouette et sa hotte, et sa bosse — ô sa bosse en os,\nsous ses cheveux rouges... »\n                                                          P aul F ort.\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                   — 133 —\n\n\n\n\n            Des heures\n                                      A G usta ve K ahn .\n\n\nIl est des heures si parfaites\nQue l’on s’y croit anéanti,\nDans une musicale et radieuse fête\nD ’amour et d’infini.\n\nTous les baisers du soir entrent par la croisée;\nDes bruits de pas s’en viennent, assourdis,\nBercer le rêve frais de l’âme reposée.\nUn grand décor de fleurs s’érige.\nDes chemins d’or partent vers le soleil.\nDes voix sont en fréteurs près des oreilles,\nE t les yeux meurent de vertige.\n\nIl est des heures éblouies\nOù le ciel semble trop grand,\nToute la chair exultamment épanouie,\nL e cœur immense et débordant.\n\nCes heures sont des crépuscules,\nSoirs violets diffusant leur candeur :\nLe jour très doucement recule,\nTrès doucement recule et sombre,\nTandis que, pas à pas, sur nos demeures,\nL ’ombre\nS ’avance en palpitant avec des peurs.\n\nJ e regarde ma chambre :\nLes choses sont plus près de mes yeux qui les baisent;\nMes objets familiers se prolongent en membres\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "                    — 134 —\n\nTendus vers moi pour des caresses.\nE t de l’intimité des tables et des chaises,\nDes tapis, des rideaux, des papiers et des livres,\nJ ’entends monter une chanson\nOù s’exalte toute la joie de vivre!\n\n\nPar la fenêtre, je découvre l’horizon :\nIl est sablé de diamants et de sourires.\nUne ligne de pourpre au lointain s’éblouit.\nUn nuage\nVoyage,\nComme une fleur au fil de l’eau,\nE t le ciel, tout à coup, m ’apparaît un drapeau,\nUn clair drapeau d’espoir qui banderolle et vire\nA u balcon d’or de l'infini!\n\n\n\n\n                      Soir\n\n     E n vos grands yeux voici le soir,\n     Voici l’espoir,\n     Voici l’espoir tombé des astres clairs\n     E n vos grands yeux.\n     Le ciel est fro id et grand d’hiver,\n     Sous une large lune qui se noie\n     Dans une large mer\n     D ’azur en joie.\n\n     Entendez-vous la brise folle,\n     E n banderolles molles\n     Autour de nos paroles ?\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "               — 1 35 —\n\nLes larges astres clairs,\nL a large nuit d’hiver,\nVotre âme jeune et la caresse\nDe votre âme à mon âme,\nE t la caresse et la tendresse\nDe vos yeux à mes yeux,\nToute la joie en monte aux deux,\nLangoureuse, et s’y pâm e...\n\nLes ramures\nChantent d’universels murmures\nQui sont les rythmes de la vie.\nL a voix des oiseaux y survit\nA la mort jaune du feuillage.\nIl y passe des ramages,\nE t de douces mélodies,\nNe vous semble-t-il pas ?\nPeut-être écoutons-nous avec nos vies\nE t nos jeunesses :\nLes choses ne sont pas ce qu’elles nous paraissent,\nPeut-être ?\n\nMais qu’importe, n’est-ce pas,\nL a fenêtre,\nSi, lumineuse, en tombe la clarté,\nE t si le paysage est beau d’éternité!\n\n                               G eo rges R en cy.\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "                                 — 136 —\n\n\n\n\n      L a Scabieuse de J a r d in Joli\n\n   J ’ai entendu un conte, j ’étais cachée derrière la haie. C’est mal,\nn ’est-ce pas, d’écouter derrière les haies?\n   Il y avait, une fois, un jard in ravissant, où poussaient toutes les\nfleurs de la terre, où le soleil riait, où des m oineaux, des linots, des\npinsons, venaient jo u er tout le jo u r : on l’appelait Jardin Joli, et ce\nnom était bien donné, je vous assure! C ourant tout autour, une haie\nd’épines roses le défendait comme un idéal rem part; dès l’aube,\ntoutes les fleurs ouvraient leurs corolles, se baignaient de rosée et de\nsoleil et faisaient leur toilette pour plaire aux papillons et aux\noiseaux : elles étaient coquettes, coquettes! ces petites âm es de\nfleurs!!... C’était à qui em baum erait le plus, serait la plus fraîche et\nla plus pim pante... Elles m odulaient tout bas, tout bas, le thèm e\nd ’un petit ruisseau caché sous les touffes de cresson.\n   P o u rtan t, il y avait à Jardin Joli une fleur, une étrangère, venue\nDieu sait d’où, mais sûrem ent d’un vilain pays aride et battu des\nvents, car elle avait le caractère triste et m aussade, et gém issait tout\nle jo u r. E lle s ’appelait Scabieuse, un joli nom pourtant! et elle n ’était\npas laide quand on l’exam inait bien, avec sa robe gris-bleu, un peu\nchiffonnée : à cause du voyage bien sûr!\n   Elle ne se faisait jam ais belle, pour personne, car ni les baisers\ndes papillons, ni les chansons des oiseaux ne pouvaient l’ém ouvoir :\ntoujours, toujours, elle était absorbée par une vague, douloureuse\npensée; laquelle?... je ne sais pas, personne ne savait! E lle avait dû\nbeaucoup souffrir, car elle disait si am èrem ent :\n   — Oh! la vie, la vie, quelle chose horrible!\n   E t quand les petites sœ urs E glantines se penchèrent bonnem ent\nvers elle :\n   — Confie-toi, sœ ur, à l’amitié, nous te consolerons, je t ’assure;\nsi tu n ’as vu que tristesses, nous ferons pour toi naître la joie! Dis-\nnous ton m alheur, et tu verras comme nous t ’aiderons...\n   E lle répondit :\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "                                 — 137 —\n\n   — L ’am itié, l’am itié, n ’en parlez jam ais, petites filles ! Savez-vous\nce que c’est que l’amitié? M ensonge, m ensonge, mensonge et poison!\nvoilà !\n   E t les petites sœ urs, apeurées, étaient parties sans rien com­\nprendre à la tristesse de cette dame en deuil. On avait chuchoté tout\nbas, et pendant tout un jo u r, Jardin Joli s ’était extraordinairem ent\ném u. M aintenant c’était fini, on ne s ’occupait plus d ’elle.\n   U n jo u r, il y avait du soleil, oh! tan t de soleil, que le petit chemin\ndes oiseaux sem blait un ruban d’or ! Les fleurs, qui avaient fêté Mai\ntrès tard , s ’étaient endormies en berçant su r leu r cœ ur des insectes\nv erts et dorés, très beaux... L a Scabieuse, elle, rêvait à l’om bre de\nl’églantier son rêve douloureusem ent lointain et uniform e, quand\npassa près d ’elle en sautillant dans le sentier, un tout petit oiseau, si\nm ignon, si gentil!... Scabieuse, au bruit, interrom pit son rêve... un\npetit frisson — oh! à peine... — l ’agita : elle au rait bien voulu savoir\nle nom du petit oiseau!... P o u rtan t, il ne l’avait pas saluée comme\nle faisaient les gros m oineaux et les linots et tous les habitants de\nJard in Jo li!... il ne l’avait mêm e pas regardée!\n    L e lendemain elle le revit, et le surlendem ain, et encore; il passait\nm aintenant avec les autres oiseaux pour chercher sa nourriture et\nse rafraîchir au ruisselet.\n    — B onjour, Madame Scabieuse! dit-il un jo u r.\n    — B onjour, M onsieur...\n    — R oitelet, souffla la plus petite Eglantine.\n    — B onjour, M onsieur R oitelet!\n    E t son pauvre petit cœ ur de Scabieuse battait, battait ! Soigneuse­\nm ent elle baissa la tête en tournant le dos aux Eglantines et aux\ndemoiselles M uguet : il n ’y avait que les petites Violettes qui pou­\nvaient la voir, m ais celles-là ne diraient rien !\n    — Mon Dieu, mon Dieu! pensait Scabieuse, est-il possible!...\n P o u rta n t j ’ai cru que to u t était bien m ort en moi! Est-ce que je puis\n donc aim er encore?... Comme je souffre, comme je souffre !...\n    — B onjour, Madame Scabieuse !\n    — Oh! comme il m ’a regardée!... B onjour, M onsieur Roitelet !\n    R oitelet se retourna au bout de l’allée, m ais il ne savait pas, bien\n sû r, que la p etite fleur en deuil l’aim ait !\n    L a nu it d’après, Scabieuse ne pu t dorm ir :\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "                                — 138 —\n\n    — Roitelet, m ’aim es-tu, dis, Roitelet! Ah! comme tu me fais\nm al!... M’aim es-tu, R oitelet? Pourquoi t ’es-tu retourné au bout de\nl’allée? Pourquoi m ’as-tu regardée ainsi?... Roitelet?\n    L e roitelet l’a-t-il entendue?... Je ne sais pas : la voix du conteur\ns ’est perdue en la nuit!\n                                                      A n n e T h ie r e n s .\n\n\n\n\n               P riè re des P a u v re s\n           L e chant de la nuit magicienne qui prie\n           a promené ses yeux par la venue d’aurore\n           sous le chaume des petits enfants qui tremblent.\n           E t c’est dans le silence où le bois de rêverie\n           pétille et fa it chanter la bouilloire bleue\n           que les pâlotes moues s’interrogent\n           pour le souper du très tard, au retour des chevaux\n            à la mangeoire et des chiens joyeux\n           happant des mouches dans l’or du soir,\n           pour que la vache donne du lait pur,\n           et les poules des œufs lourds à bien vendre.\n           Alors, quand la litanie a passé au sourire,\n           et qu’il f a ut emplir les auges, en sursaut\n           la peur va et vient derrière les rideaux,\n           se promène jusqu’à la margelle argentée,\n           et dans l’eau dessine des grimaces claires.\n           E t la plus franche dit : « Encore une prière :\n           » Nous n ’avons pas béni les vieux pour le retour. »\n           Quand le laboureur pousse la porte et se montre,\n           à l’épie des petites âmes joyeuses,\n           il les voit toutes, agenouillées auprès de la veilleuse\n           priant pour la vache et les œufs au Dieu d’amour.\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "                               — 139 —\n\n\n\n\n    H E U R E S D ’A P A I S E M E N T\n                                                      A A r t h u r T o is o u l .\n\n\n\n\n   Si l’astre m orose a présidé à ta naissance et que tu peux sourire,\nta vie n ’au ra pas été inutile, ayant tém oigné une part de gratitude au\ndivin. D ésespérer, c’est affirm er son im puissance, c’est se déclarer\nvaincu devant la victoire qui vous tend les bras, c’est m éconnaître la\nvoix ém ulatrice de l’espérance. L ’espoir, c’est le repos, c’est la pas­\nsivité de l’âm e et sa quiétude. R egarde, c’est la tem pête, les houles\nont avancé la nuit dans son heure et le m arin allum e à la proue. T u\nne trem bleras pas quand les pétrels se cacheront dans les voilures, car\nla vigie consciente a vu la ligne blanche du port. E t puis, la grande\naube va venir. Sois triste si tu veux, la tristesse soulage et vivifie.\nV erser des larm es, c’est croire à quelque chose, c’est se souvenir.\nSois content d’être puisque to u t est à toi selon tes désirs, par tes\nillusions et tes rêves.\n\n\n\n\n    J ’ai la force de croire à la partie illusionnante des choses de ma\nvie. J ’oublie les cités et les foules pour ne me rappeler que la soli­\ntude des plaines et des m ontagnes où j ’ai passé tant de jo u rs, car là\nj ’ai pu échafauder mon rêve au gré de mes tendances.\n\n\n\n\n  Ne m ’en veux point d ’être seul, puisque j ’ai la nature en face de\nmes yeux, à qui répondre. L ’oiseau qui chante, c’est la voix douce\nde la bien-aimée, et là-bas dans le recul bleu, la crête argentée de la\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "                               — 140 —\n\nS ierra rem ém ore l’aïeule éternelle. Quelle joie ! pouvoir se contenter\ndu silence, pleurer pour soi-m êm e les souffrances des autres et s ’en\nréconforter ainsi que d ’un baum e. L o rsq u ’au hasard de mes pas, ce\nsoir, j ’ai découvert la m are tarie et vide d’âm es, j ’ai songé que les\noiseaux s’en étaient allés vers les grèves luxuriantes. Il ne m ’est pas\nvenu à l’idée q u ’ils erraient dans la pénurie; et c’est nourri de cet\nespoir que je les rêve m aintenant, gazouillant aux clartés m atinales.\nE t plus tard, lorsqu’ils reviendront, ils ne seront pas pour moi des\noiseaux de tristesse. Ainsi mes ém otions vont aux joies, aux satisfac­\ntions faciles, je les m aîtrise et les détourne du chem in d’angoisse.\nSans doute, il se peut que la pitié s ’éveille à d ’autres heures. E t\npuis, le doute peut surgir et me fixer de sa face im m obile; mais\nn ’est-il pas vrai que le soleil se lèvera demain, très pur, pour ceux\nqui aim ent? E t l’attente, dans l’anxiété de savoir, n ’est-ce pas encore\nune félicité possible?\n\n\n\n\n  T o u t salue l’aubale lum ière, les oiseaux, les fleurs, l’âme. On\nentend des voix et des m urm ures, les chemins se dessinent et sourient,\nm ais ce sont les m êmes images qui m ’avivent. Une im pression\nfamilière s’éveille en moi, la reconnaissance de ce coin de nature\nadm irable à d’autres jours perdus dans le passé. P o u rtan t, mes pas\nn’ont point frôlé cette herbe tendre et m a solitude date d’une heure.\nSans chercher, m a simple raison me dit doucem ent : « P eu t-être\nlorsque tu étais enfant, jo u a n t avec ta mignonne bergerie su r la\ntable, tes petits arbres de laine et tes m aisonnettes en papier peint,\nta m ère évoquait la cam pagne où elle avait vu le jo u r ». C’est si bon\nvivre avec de pareilles souvenances! E t me voilà sans savoir à\nm ’enivrer de ses sym pathies. Je cueille la m enthe comme elle, et les\nboutons d’or. L es soucis de demain ne m ’inquiètent guère, il me\nsuffit de savoir que le blé m ûrit, que les foins sont coupés et que la\nnature est en fête.\n                                               H enry   de   Cla s s a n t.\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                                  — 141 —\n\n\n\n\n                         P E N S É E S ()1\n\n         S H A K E S P E A R E — M O L IÈ R E — W A G N E R\n\n\n\n                    Ortrude — Frédéric de Telramund\n\n\n\n                               La Femme\n\n                                         O fem m e ! é tr a n g e o b je t d e jo ie e t d e su p p lic e!\n                                         M y s té rie u x a u te l, o ù d a n s le sacrifice,\n                                         On e n te n d to u r à to u r b la s p h é m e r e t p rie r.\n\n                                                                                     A . de M us s e t .\n\n\n\n\n   Avec F rédéric de T elram und, nous pouvons reprendre notre\ntravail de com paraison entre W ag n er et Shakespeare. N ous trouvons\ndans le M acbeth de ce dernier un personnage typant l ’espèce\nd ’hom m es que symbolise Telram und. Q u’est-ce que Macbeth?\nQ u’est-ce que T elram und? L ’Am bitieux. Non l’am bitieux à la\nm anière des César, mais l’am bitieux épouvanté de ses désirs,\nl’am bitieux scrupuleux, l’am bitieux dont l’am bition resterait stérile\nsi elle n ’était cultivée par autrui. A telle am bition il faut le hasard\nd’un spécial accouplem ent pour vivre et grandir. A tel am bitieux il\nfaut, pour produire, l’adjonction d’une créature qui lui poignarde la\nconscience. A telle ambition il faut la greffe d’un esprit pervers.\n   Pareille am bition est toute architecturée d’inavouables envies, de\ndésirs conçus en dehors de l ’hum anité, de la justice. C’est un m onu-\n\n\n\n\n (1) Fragm ent d ’un livre à paraître.\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "                               — 142 —\n\nm ent de honte. Les hôtes qui le hantent sont violents, cruels,\nperfides. Ils se cachent, se m asquent. E n tre telle am bition et son\nbut, il y a un échelonnem ent d’horreurs. Si l’am bitieux est un César,\nun Napoléon, il sourit, les accepte. S ’il est un Macbeth ou un\nT elram und, il recule horrifié; combat, chasse l’idée to rtu ran te ; veut\ndom pter ces instincts d’une m alheureuse nature, et il y réussirait\nsans doute, si le D estin ne le livrait à un fatal esprit.\n   P o u r le thane de Glamis cet esprit c’est lady M acbeth; pour\nT elram und, c’est O rtrude.\n   Mais, peut-on se dem ander, en Macbeth, en T elram und, l’am bition\n— produit d ’une organisation corporelle et psychique donnée —\nexistait-elle déjà lors de leur m ariage et ne demandait-elle q u ’à être\ncultivée savam m ent et habilem ent dirigée, ou bien est-elle, tout\nentière, le fruit horrible d’une semence infernale jetée en eux par\nleurs femmes? T elram und, M acbeth — ces types représentant de\nsi nom breux individus — sont-ils naturellem ent am bitieux, ou leur\nam bition est-elle l’am bition de leurs femmes transplantée d ’elles en\neux, précieusem ent, expertem ent soignée p ar elles, et, bientôt si\nvivace, si puissante, que de ses ram ures feuillues e l l e au rait fait\néclater l’enveloppe honnête comme la fragile cloison d’une serre trop\nétroite?\n   In téressant problèm e ! Ces deux cas existent dans la vie.\n   E n la pensée de S hakespeare, de W agner, je pense voir que, seul,\nle second cas constitue la généralité; et de pareils disséqueurs\nd ’âmes ne se trom pent pas.\n\n\n\n\n   Les rêveuses vierges aux songes étranges, inquiètes et tristes et\nne sachant pourquoi; les nobles épouses; les vertueuses et douces\nm ères; toutes celles devant qui m a pensée s’agenouille; toutes celles\nque je vénère pour leur pureté comme Dieu m êm e; toutes celles qui\nconsolent les douloureux sceptiques en leur m ontrant que l’honnêteté\nn ’est pas un vain m ot ; toutes celles qui rattachent les âm es tristes\net m eurtries à l’ici-Bas p ar un espoir d ’am élioration possible\ntoutes celles-là, dis-je, ouvriraient de grands yeux étonnés et doulou­\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "                               — 143 —\n\nreux si elles lisaient ces lignes. Mais en parlant d e la Fem m e on ne\npense pas à elles. Anges ! vous êtes si peu femmes! L es Pénélope,\nles Cordélia sont si peu hum aines ! N on! en disant : Fem m e, nous\nne pensons pas à vous. E n disant : Fem m e, nous sous-entendons les\nE ves adorablem ent perverses; les Om phales griffeuses d’âm es et\ndont on adore les ongles féroces; les Circés ensorcelantes; les\nH étaïres suprêm es; les lady M acbeth fixant, l’œil mi-clos et phospho­\nreux, le P o uvoir; les O rtrudes substituant leur âme, leurs rêves,\nleurs vouloirs à ceux de l’E p o u x ; et, tout cela, vos âmes toutes\nblanches, à la tunique jam ais ternie, ne peuvent s’en faire une idée.\nElles ne peuvent que les appeler « m auvaises » d ’une voix affligée,\net c’est tout.\n\n\n\n\n   L es choses m ystérieuses, étranges, affolantes, qui constituent ces\nadorables poupées, jam ais vous ne les saurez, ni moi, ni personne.\nUne femme : G. Sand, n ’a-t-elle dit : O fem m e! femme! tu es un\nabîm e, un m ystère, et celui qui croit te connaître est trois fois\ninsensé !\n   C’est l’une de ces décevantes, hiéroglyphiques créatures, que\nW agner, en Lohengrin, donna comme antagoniste à E lsa, qui con­\nstitue to u t le dram e terrible de M acbeth, et que nous allons tâcher de\ndire.\n   E n le dram e lyrique comme en l'ém ouvante tragédie, Elle rêve le\nP o u v o ir et le veut. L à comme ici, E lle épouse l’hom m e qui lui\nsemble le plus susceptible de l’aider, de la servir. Dans ces deux\nincarnations d’Elle, E lle fait lentem ent entrer, grandir, son envie en\nl’époux simple, confiant, malléable.\n   U n jo u r, tout d’un coup, l’Hom m e recule épouvanté : il croit avoir\nlui-m êm e conçu le m onstrueux projet. Am èrem ent triste, il va. Un\nsoir enfin, p ar périphrases, bégayantes circonlocutions, à voix basse\net trem blante, il en parle à la Fem m e; et il est stupéfié de la voir\ncalme et souriante. Mais la foule des objections jaillit de Lui alors :\narm ée détruite bientôt entre l’hiatus étroit des lèvres ricaneuses. Il\npense vaguem ent aux Therm opyles et, s ’il en est épouvanté, il en est\nravi.\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "                                — 144 —\n\n   « Oh! thane de Glamis! tu veux rester pur et tu voudrais être\ng ra n d !... T u veux gagner le prix qui couronne la fraude et tu ne\nveux pas être perfide! »... « L e lait de la charité hum aine coule dans\ntes veines », ajoute-t-elle avec un sourire de pitié. F i donc! pour un\nm âle guerrier!... Salut, Roi!\n   T o u t est là. Macbeth tu era ; T elram und le brave m entira publique­\nm ent, calom niera la P ureté, et il ira ju sq u ’au guet-apens infâme et\nlâche.\n   Vérités souvent; et sym boles, hélas! d’infinies choses. On ne tue\npas toujours m atériellem ent. Il est des crim es que le code ne punit\npoint. Ce n ’est pas toujours pour être « R oi » que l’hom m e, souter ­\nrainem ent im pulsionné, pèche.\n\n\n\n\n   T elram und, Macbeth, sont deux tourm entés, m ais d’âme belle.\nFrédéric, au milieu de ses rem ords, crie : « Oh ! seul, loin, bien loin,\ntro u v er le repos dont mon cœ ur a besoin ! » Macbeth, le soir rouge de\nla bataille où il va rencontrer les weirds, soupire devant la splendeur\ndu ciel triste. R êvant à la mêlée de tantôt, il dit songeur : « Oh ! le\nbeau jo u r et le triste jo u r! » Il est vainqueur et il plaint les vaincus.\nBanquo qui l’accom pagne ne pense, lui, q u ’à re n trer par le plus bref\nchemin. Ses yeux ne suivent point la déroute effroyable des nuages\nensanglantés; ils fouillent les désertes landes, cherchant une sente\npratique.\n\n\n\n\n   A certains m om ents, T elram und, M acbeth — ces honnêtes, essen­\ntiellem ent — ont conscience, presque, de l’œ uvre élevée, bâtie en\neux par leurs femmes. Ils frém issent. S ’ils en étaient sûrs, ils m assa­\ncreraient. Mais ces braves sourient à telle pensée : Quelle chimère !\n   P o u rtan t s ’ils sont tom bés, c’est p ar quelqu’un? L eu r forte main\ncherche, d’instinct, l’épée vaillante désorm ais flétrie. Ils grondent\nquelques inarticulés reproches. Mais O rtrude : « O F rédéric de\nT elram und » dit de façon suprêm em ent ironique, dom pte cette vel­\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                                 — 145 —\n\nléité de révolte. P o u rtan t, apeurée, câline et parfum ée, le soir :\n« N ’as-tu plus confiance en Moi? »...\n\n\n\n\n   L ’alcove est le laboratoire où oeuvre la Fem m e. C’est là que cette\nSirène à la voix de lyre dévore, en des chatteries, des m utineries\nadorables, le vouloir sacré, l’Ame héroïque des dom pteurs d’océans.\nC’est là que cette Om phale ironique émascule et enfantilise les nobles\nétouffeurs de Monstres terrestres. C’est là, hélas ! que cette ensorce­\nlante Circé transform e le H éros en brute. L à est le tom beau du\ngénie, de l’honneur, de tout ce qui est divin.\n   L ady Circé Macbeth dit, ses charm es ayant opéré : Va, brave\nthane, voici l’heure. Va, D uncan dort : S o y o n s r o i ! O rtrude rêve :\nN os m ensonges n ’ont rien produit, n o u s tuerons. L a Lady songe :\nIl y a B anquo et son fils; Macduff et sa femme : N ous devons nous\nen défaire. E t Frédéric, m oralem ent hypnotisé, s ’en va, le glaive\nassassin dissimulé sous son m anteau, vers Lohengrin. E t Macbeth\nfait tu er B anquo, fait tuer L ady Macduff et ses enfants, après avoir\ntué D uncan.\n   Que peuvent-ils désorm ais sinon — pareils aux timides désorbités,\naux purs pervertis — dépasser les limites franchies p arle u rs m auvais\ngénies et aller ju sq u ’à épouvanter ceux-ci mêmes?\n\n\n\n\n   L ’hom m e de talent, m ais auquel il m anque la Volonté, l’Inspira­\ntion, la Patience pour arriver bien haut, est l’instrum ent favori de la\nFem m e am bitieuse. C’est lui qu’Elle choisit et épouse. Elle reste\nfille si E lle n ’en trouve point. C’est par lui q u ’E lle réalise les projets\nque son sexe, le monde ne lui perm ettraient pas d ’accom plir. Elle se\nfait la Pensée de ce cerveau lâche, l’Ame de ce corps mou, la volonté\nde cet acteur lourd et médiocre, le Principe de cette inutile vie. Il\ncroit agir seul : un sourire le décide; un geste lui en fait faire un\npareil ; un m ot dit comme en songeant est le m ot q u ’il redira tantôt.\nIl est des orateurs, des représentants, des m inistres, des écrivains,\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "                               — 146 —\n\ndes poètes — médiocres, il est vrai, toujours — qui ne seraient plus\nque de stupides statues si leur Fem m e, leur âm e, leur pensée, leur\ntalent, leur t o u t , disparaissait soudain.\n\n\n\n\n   E n to ut ce qui est terrestre, mondain, m atériel, pratique, la\nFem m e est infiniment supérieure à l’hom m e. L e flair, l’instinct,\nl’intuition, absolum ent parfaits chez Elle, la guident plus sûrem ent\nen le dédale étrangem ent compliqué du monde, que le raisonnem ent\nsavant. Ce qui exige de la finesse, de l’astuce, de la diplomatie, plaît\nà la Fem m e. L a politique est le domaine où elle trouverait à em ployer\ntoutes ses facultés. E lle y joue, du reste, souterrainem ent, un rôle\nconsidérable.\n   F au te de m ieux, c’est aux jeux d’escrim e présidés p ar l ’ironique\nE R O S que la p lupart des fe m m e , désintéressées ou non, s ’adonnent.\nCelui qui regarde autour de lui dans la vie sait quels talents prodi­\ngieux elles y prodiguent. E n ces duels charm eurs, où l’on se blesse\nparfois, pourtant, jolim ent, la Fem m e est étonnante d ’adresse et de\ndextérité. E lle y est du reste m erveilleusem ent secondée par une\nrésistance physique plus grande et par un charm e corporel qui ôte\ntoute précision à la tactique de son adversaire.\n\n\n\n\n   T outes ces petites et grandes choses, ces nuances fugitives — d’in­\ntérêt si grand pour les délicats — une actrice d’esprit, de talent,\npeut les indiquer en le rôle d’O rtrude. Ces détails, fins, typiques\n— parfum s d ’une œ uvre en quelque sorte — parant, ornant cette\nO rtrude colosse, architecturée comme un sphinx égyptien, l’achève­\nraient évidem m ent, la feraient plus femme, toute la Fem m e peut-\nêtre. Plus charm eresse, je la vois l’E ternelle Reine du monde. Plus\nséduisante, elle serait vraim ent la P rêtresse du Tem ple quadruple où\nprie l’hum anité; du Tem ple aux quatre nefs, aux quatre portes; du\nTem ple où Argent, Am our, Politique, R êve : les dieux du monde,\nsont vénérés, du Tem ple où officie la Fem m e.\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "                               — 147 —\n                                                              \\\n\n   O rtrude serait alors vraim ent Celle aux pieds de qui l’OR am assé,\nles P ouvoirs conquis, sont déposés comme des offrandes. R êvez avec\nmoi et voyez :\n   L e nabab s ’agenouille, verse en ruisselets éblouissants ses richesses\nau to u r d’Elle et mendie, anxieux, quelques bontés. Le C ésar lui\noffre des peuples, des races entières, l’œil hum ide fixé su r Elle. Des\nam ants, haletants, les yeux fous, l’im plorent. L e poète, ém u, ébloui,\nsoupire et chante.\n   T elle serait O R T R U D E .\n\n                                                  A uguste L ev êq u e.\n\n\n\n\n     R ondelette des F illes de joie\n            Ohé! Margot la Blonde et toi Marion,\n            Que fîtes-vous de vos petits cœurs d ’enfance ?\n            — De nos petits cœurs, ah!peu nous soucions;\n            A notre enfance qui de nous encore pense!\n\n            — Or donc, Marion et toi Margot la Blonde,\n            D u beau soleil d’antan ne vous souvenez plus,\n            Lorsque de vos compagnes vous conduisiez la ronde\n            Sur la place du village de clair soleil vêtu.\n\n            — H é! là! mais regarde, nos lèvres sont belles;\n            E n ivoire et en roses nos beaux seins ont ja illi;\n            E t puisque nos cheveux en nappe d ’or ruissellent,\n            Qu'importe l'Autrefois au soleil d'aujourd'hui!\n\n                                                   P a u l D u b o is .\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "  L E M É L O D I E U X V E R T I G E (1)\n\n    ... L a belle nuit simple entrait m aintenant p ar la fenêtre ouverte.\n E t avec elle, le jardin, en son haleine exquise, m ontait. Les grands\narbres de là-bas, les lourds massifs de verdure taillés en blocs\nd’om bre dans la ténèbre pâle envoyaient vers les deux leur souffle\nodorant et lent. E t le vent, dans les feuillages, faisait comme un\nbruit de caresses et de mains.\n    Un silence tom ba... oh! combien ineffable!... E t Georges regarda\nle ciel et parla de voix sourde : « Comme il fait beau !... n ’est-ce pas,\nMargy? E t comme cela nous rapetisse, nous et nos vains essais\nd ’œ uvre! Comme nous sommes aujourd’hui et comme cela est\ntoujours. Oh ! la belle nuit ! Jam ais je n ’ai vu tan t d ’étoiles ! Oh ! vois,\nvois donc! P a rto u t... et comme elles brûlent doucem ent... Oh! les\nétoiles !... C ’est mille fois plus aigu, plus pénétrant que des regards...\nE t quel calm e! Ne croirait-on pas que tout le paysage est sous\nl ’eau... Sous l’eau, en regardant au travers des couches d ’ondes, on\naperçoit de ces inappréciables veloutés de teintes... E t vois donc\nencore plus loin : dans les branches d ’arbre, parm i les grands\nm arronniers de notre jardin, il y a de lointaines lum ières qui, dans\ndes cham bres solitaires, se fanent comme des fleurs tristes et claires !\nOh! quel calm e!... E t il y a aussi, à ce coin perdu, extrêm e, à ce\ngroupe de m aisons une fenêtre seule allum ée qui déverse sa lueur\nau travers d ’un rideau rouge... H ein! c’est comme un m orceau de\nviande, dans la nuit et saignante! Ah! M argy! q u ’il fait infiniment\nb eau !... E t quel silence... quel silence appréhensif! C ’est bien l’inti­\nm ité suprêm e que seuls peuvent goûter ceux qui s’aim ent eux-\nm êm es... Ne t ’aim es-tu pas, toi? Moi, je m ’adore! Il y a des heures\noù je suis enivré du parfum de mon âme. Je t ’aim e aussi toi, mais\nn ’es-tu pas m a com plém entaire ! E st-ce q u ’à nous deux, M argy, nous\n\n\n\n  (1) Fragm ent de « A eux deux ».\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "                                — 149 —\n\nne form ons pas l’entité! Je t’aime! T u es plus belle que la nuit, car\ntu la résorbes toute et dans un seul baiser, tu pourrais m ’en donner\nle sidéral vertige !...\n   E lle était restée assise au piano, pendant que lui, rêveusem ent,\nparlait et il se rapprocha d’elle, lui releva la face afin de voir dans\nl’obscurité ses yeux luire. E t voici que d ’un de ses coudes, elle\nh eu rta le clavier et, par les ténèbres, un la vibra.\n   ... Oh! fit Georges, la prem ière note de Tristan!...\n   Cette précision harm onique du hasard le ravit. Il lui sem bla que\nquelque chose prenait leur am our par la m ain et le guidait au long\nde la route vers du bonheur épanoui. Il enlaça M argy et chercha ses\nlèvres. Il ne la voyait pas. L a lam pe s’était éteinte. Il y avait tant\nd’om bre dense au to u r d ’eux que leurs prunelles mêmes ne se déce­\nlaient et ne pouvaient se refléter. Il la serra plus étroitem ent. Il\nsentit su r ses joues le souffle de l’aimée et enfin sa bouche rencontra\nla tiédeur molle et voluptueuse de la bouche de M argy... Je t ’aime,\nrépéta-t-il encore, et il la baisa — longuem ent.\n   L a n u it continuait à entrer dans la cham bre. Ce n ’était que de l’air\np u r, du parfum , du silence. L e petit jardin se haussait vers leur\nappartem ent. E t il paraissait q u ’un m orceau du ciel bleu se dissol­\nvait entre les deux. U n charm e exquis et m ou les enivrait, intensi ­\nv an t leur tendresse... M argy... fit-il... E t dans un enlacement, il\nl’en traîna vers le sopha, le sopha bas et moelleux où ils churent —\nemmêlés.\n    U n long tem ps, ils dem eurèrent l’un contre l’autre à s ’écouter.\nUne pensivité délicieuse et ém ue les absorbait. E t quel incroyable\nsilence !... Parfois, le jardin bruissait en frissons de verdures. C’était\ncom m e un coup d ’éventail qui envoyait dans la cham bre un peu de\nl’odeur sucrée des héliotropes, un peu de l’odeur charnelle des\nœ illets. U ne fraîcheur suivait, passagère. Puis tout s’évanouissait.\nCe n ’était qu’un geste im m atériel. Le silence affluait encore. L ’im­\n m ense paix nocturne se coagulait à nouveau.\n    E t les deux restaient seuls.\n    Ils ne percevaient même plus battre leurs cœ urs. Q u’ils étaient\n donc loin des mesquins soucis d’a rt et de m étier! E st-ce que tout\n cela ne s ’effaçait pas sous la force simple, sous l’unité absorbante de\n la nature? Ils le sentaient. Ils le com prenaient. E t ils s ’avouaient\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "                               — 150 —\n\npardonnés. N ’étaient-ils pas fragm ent vivant et nécessaire de cette\nheure de beauté et ne s ’aim aient-ils p as... oh ! si éperdum ent!\n   E t Georges voulut voir M argy. Il se retourna vers elle, m ais ne\ndistingua rien. Il la tenait pou rtan t enam ourée et tendre en ses bras,\nto u t contre son torse. E t elle dit : Je suis à vous, m o i!... Il lui\np aru t que c’était les ténèbres qui lui adressaient ces verbes chauds.\nCela le troubla. Il l’attira à lui, plus près « M argy... aim ée!... » et\nil la baisa.\n   L a fenêtre, ouverte, jetait toujours son grand flot frais. L e ciel\ns’était encore — eût-on cru — purifié et élucidé. De nouvelles\nétoiles, de corail ou de cristal, languides ou éblouies, s ’étaient\nenchâssées dans le bleu profond. E t le silence était suprêm e où\nvenait m ourir les effluves râlés des fleurs du jardin.\n    E t les deux s ’étreignirent avec vigueur et ils furent l’un à l’autre,\nsous le troublant conseil d’un baiser qui, entre leurs lèvres unies,\ntrem bla — comme là-bas, telle étoile, vibrante et dernière venue...\n\n                                                  A n d r é R u ij t e r s .\n\n\n\n\n             PER LES DE N U IT\n\n  L a terne éblouissance des cabarets, terne p ar la fumée drainant\nses bleus sales en lourdeur de v elum. L ’ébauche est bleue; bleue,\nm ais combien grisâtrem ent en opacité de lampes fum euses et de\nlourds tab acs; et bleue aussi vaguem ent la forme des jo u eu rs de\ncartes, comme des om bres torses p ar des soirs de brouillard. E t\nsaigne là-dessus, l’éblouissance des lam pes, rougeurs crues p ar le\ntamis de la fumée, lourdes, en grasses taches de sang sur une traîne\nde gaze souillée.\n  L e cabaret veule et m orne, quelconque...\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                              — 151 —\n\n   Des éclats de voix en sonorités brutales de buveurs hilares,\nl’obsédance d’un tic tac de m onotonie désespérée...\n   E t s ’éperle une chanson poignante...\n   L a chanson des pinsons aveugles, des pinsons en h o rreu r d ’yeux\ncrevés, tragiques, là-haut dans une m auvaise cage, à un clou.\n   E t to u t est ténèbres.\n   T énèbres, l’éblouissance saignante des lam pes, ténèbres, la fumée\ncroupie en brouillard d ’aubes sales.\n   L a nuit.\n   O ! la nuit en nocturne de pinsons aveugles, de pinsons en horreur\nde regards m orts, la nuit, l’im m ensém ent D ouloureuse de ceux qui\nne voient plus.\n   E t rem plissait la cham bre de ténèbres, la chanson du petit pinson\naveugle, là-haut , dans sa m auvaise cage, à un clou.\n   E t perlait sa chanson en tristesse de lum ière perdue, ô ! doucement\néperlem ent en trilles étouffés d’échos lointains, évocation de souve­\nnir, le souvenir de la lum ière.\n   L a m odulation, tan t de lointaines mélodies, du souvenir, ses\ntrilles, ses vocalises en résignation de langueur poignante, leur\néperlem ent, lentem ent, très douces, de la douceur infinie et m élan ­\ncolieuse im m ensém ent de lum ière m orte, de joie m orte, de vie\nm o rte...\n   L a vie des pinsons aveugles... leurs chants, échos de la vie\nruisselée de joie et de lum ière, autrefois, dans l’E ssor, splendide­\nm ent vers le Jo u r.\n   E t m eurt sa chanson en désespérance résignée, la chanson vers la\nlum ière du pinson aveugle, m ourante, lentem ent, comme un souffle,\nla plainte des âm es dans la nuit énorm e, qui frissonne délicieusement\nd ’harm onies m ourantes...\n   E t to u t est ténèbres...\n                                                C harles B ernard.\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "                    — 152 —\n\n\n\n\n         H ivers défunts\n                                    A A n d r é R u ijt e r s .\n\n\n\nL ’hiver me f u t toujours charmant en son mystère,\nM ’isolant, me laissant tendrement solitaire.\nJ e laissais souriant chanter sans fin mon cœur\nE t la neige l’aim ait pour sa jeune candeur.\n\nL a neige le garda de toutes les sciences.\nSes flocons le paraient des pures ignorances\nE t je le sens encor, jo li comme un enfant,\nSonger à la bonté de son rêve innocent.\n\nO mes jolis hivers, hivers pleins de mystère!\nMon cœur se blotissait au fo n d d’un flocon blanc\nE t jouait d’un cristal sonnant d’un rythme lent\n\nA u x sons des tendres mots d’une âme solitaire.\nO mes jolis hivers, hivers lointains et doux,\nJ e pleure votre mort et tous mes espoirs fous !\n\n                                F ernand R o u ssel.\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                                — 153 —\n\n\n\n\n                          L ’A P P E L\n                                                        A M ax   E lsk a m p.\n\n\n\n\n    Puis q u ’elle vienne enfin, et que je l’aim e! N ous nous tairons l ’un\nauprès de l’autre. E lle sera elle, je serai moi, et ensemble nous\nserons un. Des douceurs de soir onduleront au to u r de nous. Des\nlum ières riront. Les parfum s seront rouges! E t j ’aime déjà ses\nyeux, ces clartés bleues, j ’aim e déjà ses petits poignets, ses seins\n d’enfant qui sous la lam pe et sa claire paix heureuse haletteront,\nj ’aime déjà sa taille que de la tendresse ennouera, sa voix fraîche mais\npâle, sa nuque blondie de follettes petites m èches, et sa dém arche\n candide ! Qu’elle vienne ! E lle me saura. E t je pourrai chérir. E t que\n de tendresses en moi ! — Mais q u ’elle se taise et qu’elle ne pose !\nJe saurai l’adorer en tous ses gestes, en tous ses gestes les plus\n sim ples et tout entière. Mais q u ’elle se taise et qu’elle ne pose!\n L o rs, to u t en moi s ’épanouira. — Il n ’y a là que des germes, il y\n au ra des fleurs. Je ne me vois pas, je me verrai en elle. Q u’elle\n vienne à moi, et sans pudeur, laisse prendre sa main par la mienne,\n et se laisse absorber l’âme par mon âm e. Un fervent baiser scellera\n nos lèvres, alors, un passionné et violem m ent baiser. E t ce sera la\n pure extase de mon regard vers son regard en cette m inute éternelle.\n    P uis nous irons par des prairies. Je lui donnerai toutes les belles\n herbes, toutes les fleurs sentim entales. Je ferai tous les gestes qui\n plaisent. Au soir, vagueront en ronde des poésies au to u r de nous.\n L e s choses nous aim eront bien, car elles aim ent bien tout ce qui\n aim e. E t la nue bleue sera éblouissante d’étoiles !\n    P uis nous irons p ar des rues nocturnes, p ar la campagne m atinale,\n p ar des quartiers populeux, ferm entants et bizarres,- nous irons par\n d’exultantes fêtes ou de silencieuses mélancoliques solitudes. E t,\n vraim ent, ce sera suprêm e. C ar nous serons seulem ent très simples\n et très vivants. E lle sera mienne et je serai sien. E t ce sera tout. Elle\n sau ra dire mon prénom très doucem ent — chose divine !\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "                                   -   154 —\n\n     Puis qu’elle vienne ! j ’en suis goulu ! j ’en suis perdu ! Laissez-m oi\n  sangloter un peu. — Mais si elle était là, je lui dirais que je suis\n  triste, et je pleurerais dans ses b ras; je serais son petit enfant! Je\n serais heureux d ’être triste. E t le lui dire serait divin ainsi q u ’écrire.\n     Puis l’on ne sait pas ! Il y a tant de choses que l’on espère confu­\n sém ent et qui réjouissent. Des tas de joies irraisonnées. Les douces\n attentes. L es fleurs q u ’on offre. S errer des m ains. E nnouer follement\n la jeune volupté de nos deux belles et souples chairs ardentes !\n S u rto u t, sentir que l’on vous aime, là-bas, sans savoir où.\n     P uis, l’égide! le but! la béatitude des béatitudes!\n     Mais où est-elle? Q u’elle vienne! Que je la rencontre! Les rues\n sont belles, la pluie tom ba tantôt, et m aintenant tout rit. E t je suis\n frais comme mes espoirs ! Ah ! q u ’il est douloureux de trop attendre.\n    Puis, la ville d’après-pluie est lum ineuse. Je suis trem pé. Je fume.\n V raim ent j ’ai trop erré ! Mais quelle est cette fenêtre allum ée là-bas,\n où des bras chéris font des signes dans la mélancolie splendide du\nsoir?\n    Puis, dans les flaques, de palpitantes et magnifiques nacres\nvivantes. Les rails des tram w ays sont en or. E t là-bas ! des îles\ngrandes de nuages de velours lilial voguent sur la m er bleue du ciel\ncandide !\n    Puis que ne vient-elle et que ne la vois-je ! à cette heure propice\noù les bourgeons d’or, su r le ciel bleu, ont nuptialem ent l’air de\nfleurs d ’oranger?\n    Je suis un pauvre rom antique !\n    Puis encore, mon cœ ur n ’est que délicieux et triste, d ’émoi d’am our.\nE t voilà tout. E t je ne sais où sont ces mains auxquelles mon rêve\nfiance mes m ains. E t voilà tout. E t je ne sais où sont ces lèvres...\n\n                                                H en ri V an de P u tte .\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "                                    — 155 —\n\n\n\n\n                     L ES L IV R E S\n               L es V illes T e n ta c u la ire s\n                 par E m i l e V e r h a e r e n   (chez Deman).\n\n\n   L a ville, m auvaise et noire sous le ciel gras, que déjà du fond des\ncam pagnes hallucinées de sa présence énorm e, on apercevait, la\nvoici — tentaculaire.\n   E lle est le carrefour des concupiscences, des haines, des bestia­\nlités. E n elle, l’âm e odieuse du mal semble se résorber et se\ncondenser. E lle est tout l’orgueil, toute la fureur, tout le blasphème.\nE lle est la purulence profonde de la terre qui se gâte et se corrode\nsous ses m urs et ses assises.\n   E n trons : Après la plaine m orne et m orte qu’elle a sucée, qu’elle\na tuée, son infini commence grouillant et fatidique. E t voici s’ériger,\ndu sein de la houle grandiose et sale de ses toits, les. pesants bâti­\nm ents de synthèse qui dressent en apothéose leurs dômes et leurs\nsom m ets.\n   C ’est le Bazar, l’estom ac insatiable où viennent s ’engouffrer le\nm onde et ses provendes; c’est la Bourse, bouillante et frém issante de\nchiffres, insectes acides dans des cervelles, la Bourse où bat à chocs\ndurs, à chocs m étalliques, le cœ ur immonde de la ville, son cœ ur en\nor fangeux. E t c’est l’E tal! toute la ville nue et phallique, exaspérée\nvers le ru t en une ruée immense et concentrique. E t ce sont les\nUsines, les plantations de gain dans des chairs vives, celles qui sont\nde fer et p o urtant saignantes. E t c’est son âme enfin, son âme om ni­\nprésente, son âm e en tourbillon ouverte, son âme engouffrante et\nhypnotique, son âm e en ventouse ! E t c’est la ville toute, cynique et\ngrandiosem ent épouvantable !\n   Ah! dirons-nous q u ’ici V erhaeren s’est m ontré dém esuré et effa­\nran t? D irons-nous encore la gigantesque harm onie de son vers?\nD irons-nous q u ’il éclate parfois en bondissem ents fous? D irons-nous\nl’étonnante, la m erveilleuse poésie de chair et de m étal, d’éternité et\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "                                           — 156 —\n\nde siècle qu’il y révèle ? D irons-nous les apocalyptiques élans qui\nondulent et frém issent dans son œ uvre, adverses et convergents,\net qui y font brûler la plus vertigineuse et phosphorique vitalité\nq u ’il fut jam ais donné de rêver en un génie d’homme? Il s’est placé\ndans la vie contem poraine et am biante. Il a été le mélodieux\nrégisseur de tous ces désordonnem ents de lignes et de buts, et il en a\ndéduit la géom étrie composite et terrible de son livre. Il est descendu\ndans la rue, très sim plem ent, et la ville lui est apparue, im mense,\ntyrannique et effervescente non seulem ent avec les m onstrueux\nsymboles qui dressaient au-dessus d’elle sa pensée et son idéal exté­\nriorisés, mais encore avec les présences aussi plus émaciées et cen­\ntrales de ceux qui l’étayent, de ceux qui en sont les palpitantes et\nperverses molécules de volonté, et dont les statues de place en\nplace, de page en page se lèvent.\n   E t, aussi, il l’a connue frénétique et cariée ! Mais dans ses pourri­\ntu res, au cœ ur des abjections, des germ es d’avenir ferm entent. Elle\nest haïssable et prostituée, m ais à l’horizon s ’atteste la perm anence\néternelle et douce des Idées suprêm es d’équilibre et de rythm e.\n   L ’œ uvre q u ’il a édifiée est grande et belle. Elle est la plus rude et\nla plus surhum aine q u ’il ait conçue.\n   Elle vous écrase, vous brûle, vous poigne et, ainsi que la chose\nmagnifique et odieuse qui y vit, s’avère (ah ! saurait-on m ieux la\ndésigner?) tentaculaire!...                                       A. R.\n\n\n                                    Aux E cou tes\n             p a r E d o u a r d D u c o t é ( l i b r a i r i e d e l 'A rt indépendant).\n\n\n\n  M. Ducoté se déclare le pasteur de la mélancolie. Il est bien\nplutôt, selon sa propre expression :\n         ...c e pèlerin à la marche incertaine\n         qui, vite las, le long de la route s'assied\n         et demande aux passants un chemin qu’ils ignorent.\n  Il est parti, a vu des plaines, des collines, des fleurs, des lum ières,\ndes ciels, et a trouvé tout cela triste. Il s’en est allé vers ailleurs, e t\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "                                    — 157 —\n\nson ennui est resté le même. Il est reparti de nouveau, sans but, par\ndes chem ins désolés, sentant tout fruit de joie s ’exprim er en am er­\ntum e su r sa lèvre. Une déception est l’aboutissem ent fatal de ses\nam ours. L a tristesse de vivre le poigne intensém ent. Il est inquiet,\ntâtonne au to u r de lui, se déplace, sourit un instant à une image,\npuis l’abandonne, s ’en va plus loin pleurer sans cause, et finit par\nse plaindre du néant profond des choses hum aines. P o u r lui, la\nm ort est une délivrance, un triom phe sur la vie.\n   L e dram e de son âme est pitoyable : il nous en instruit confusé­\nm ent dans son livre, en vers qui ont souvent un grand charm e de\ndouceur, m ais qui sont peut-être trop lâchés, trop de prem ier jet,\net dont le ry thm e est parfois difficile à saisir.\n   E t ce livre est étrange, évocateur d’une âme élégiaquem ent\nrom antique, s ’exprim ant en un langage m i-lam artinien, m i-m oderne.\nCertaines images y sont d’une nouveauté étonnante dans leur sim ­\nplicité; d’au tres, plus nom breuses, sont vieillies et légendaires. E t\ncependant, m algré d’évidentes rém iniscences, l’œ uvre est frappée au\ncoin d’une originalité, la plus difficile peut-être à obtenir : celle de\ng ard er sa personnalité en se plaignant, après tan t d’autres! de\ndouleurs rom antiquem ent illusoires.\n   Il le faut bien : j ’avoue franchem ent ne pas aim er ce livre, sans\ntoutefois prétendre justifiée cette antipathie, et en m ’inclinant devant\nles incontestables prom esses de l ’auteur, qui me semble un vrai\npoète.                                                        G. R .\n\n\n\n                           César Ant échrist\n                   p a r A l f r e d J arry   (Mercure de France).\n\n\n   Un très beau dram e, original intensém ent et teinté terne ainsi\nq u ’un B rueghel, dont il a égalem ent la splendide crapulerie. E t il en a\naussi la drôlerie violente et le grouillem ent de vies. Les personnages\n— des fantoches, m ais bellem ent hum ains — sem blent nous y m on­\ntre r leu r âm e toute nue sous leurs vêtem ents de salauds. Ils y disent\nbrusquem ent, en face, leurs pensées et leurs vices. E t toute la force\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "                                    — 158 —\n\ndu dram e est là. E t c’est une belle trouvaille. C ar ainsi, au lieu\nd’être, comme en la plupart des pièces actuelles, un cliquetis de\nparoles brillantes, le dialogue nous apparaît le heurt fort et franc\nd’une foule de volontés et de passions en bataille. E t mêm e, les vête­\nm ents, les décors et les gestes, gris et vulgaires, comme je l’ai dit,\nne sem blent mis là que pour mieux faire valoir la claire franchise des\npersonnalités, et leur étonnam m ent vivante bizarrerie. L ’action y\npuise une extraordinaire grandeur de vérité et de réalité.\n   C ’est donc là une belle œ uvre, étrange et neuve. L e m alheur est\nque, à cause de son originalité elle-même, et à moins de citer des\nscènes entières, il est quasi impossible de donner une idée de son\nstyle à la fois concis, ardent, rabelaisien, archaïque et très m oderne,\npar-dessus tout très harm onique, ni de la vie qui s ’y rem ue, s’y\nencolère, y chicane, y bafouille et y tue, n ’y enfin de l’âme rem ar­\nquable qui s’y propose.\n   P uis, bah ¡ lisez le livre; vous verrez p ar vous-m êm e que ce César\nAntéchrist est vraim ent une belle chose.\n   T iens! mais, au fait, c’est vrai. E t C ésar A ntéchrist? E h! je vous\nle répète, lisez le livre; vous verrez comme s ’essore, su r ce fond\nd’hum anités diverses, énigm atiques et ridicules, son magnifique su r­\ngissem ent. Il y a d’ailleurs un acte prologal et un acte final explica­\ntifs. Mais je n ’en ai pas parlé parce qu’ils m ’ont plus obscurci\nq u ’éclairé le sens sym bolique de l’œ uvre, et parce q u ’ils ne me sont\napparus que comme les deux feuillets de couverture du livre, feuillets\naux teintes rougeâtres, violâtres et vertes, m oyenâgeuses à dessein,\npatinées d ’or, et au bizarre em brouillem ent d’allégories arm oriales\nq u ’il serait évidem m ent fastidieux de traduire.\n\n\n\n                                   E r y th r é e\n                 p a r J e a n d e T in a n   (Mercure de France).\n\n                                     »\n\n  M. Jean de T inan nous avertit en tête de sa plaquette q u ’il a voulu,\nnon nous n arrer des choses profondes, mais nous chantonner une\ntoute simple histoire.\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "                                — 159 —\n\n    Oh ! très bien ! Mais peu nous im porte, n ’est-ce pas, que ce ne soit\nq u ’une toute sim ple histoire, puisque nous avons vécu, à la lire, une\nbelle heure de volupté claire et de splendide vie intense.\n    Ajoutez à cela que les ém otions y sont condensées et très pures, et\ntrès vivaces, et que si le conte est bref, il v aut un long poème.\nAjoutez aussi que deux am ants y vivent la plus merveilleuse passion\nmagnifique qui soit, dans un décor de n ature adm irable, et tandis\nqu’au to u r d’eux des foules arm ées s’agitent, dansent, chantent et\ns ’en tre-tuent! Ajoutez encore que l’œ uvrette est précédée de la plus\nlum ineuse-jolie des préfaces, et suivie de fines notes à la Gide, dont\nune ou deux sont de vrais petits poèm es. Ajoutez enfin que la langue\nde cela est riche, limpide et onduleuse, dorée et coloriée. E t sachez\nque M. de T inan est un de ceux, parm i les Jeunes français, dont il\nfaut espérer les œ uvres les plus exquises et les plus neuves.\n\n\n\n   Nous avons reçu égalem ent le Rire de Mélissa de F rancis Vielé-\nGriffin, dont le Coq Rouge vient de faire un tiré à part. E t ce nous fut\nvraim ent joyeuse douceur de relire et de relire encore ces vers purs\net lum ineux, si psychiquem ent rythm és que l’on en oublie qu’il y a là\ndes m ots et des phrases, et que l’on croit voir la pensée du poète elle-\nmême palpiter, rire et pleurer. E t le décor de cela est d ’une haute\nsplendeur.\n   L es Classiques allemands, une belle étude pédagogique de Léon\nR iotor.\n   L e Cours de littérature belge d'expression française (Extension univer­\nsitaire) que Jules D estrée donna à T ournai.\n   Burch Mitsu, le conte si fièrem ent hum ain d’E ekhoud. Les\nTemps nouveaux viennent de le rééditer en une jolie brochure de\n62 pages. Comme cela ne coûte q u ’un sou, c’est là une très bonne et\ngénéreuse idée de propagande, à la fois libertaire et artistique.\n   Enfin la belle et suffisamm ent com préhensive étude d ’Albert\nM ockel su r l’œ uvre d’Em ile Verhaeren. F rancis Vielé-Griffin y\njoignit quelques notes biographiques.\n   Si je ne parle pas davantage de cette dernière œ uvre, c’est que je\nne sais rien d’aussi ridicule que de faire la critique d’une critique.\n                                                                 H . V.\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "                                — 160 —\n\n   Raout Meunier : E t ce nous fut, le 11 avril, la joie d’aller fêter\nConstantin M eunier, comme ce nous avait été, le mois passé, celle\nde fêter V erhaeren. Le sculpteur V ander Stappen, lui souhaitant le\nbon accueil dans sa dem eure, fut le prem ier à acclam er le cher et très\ngrand artiste. A rthur Craco, un des élèves de M eunier, lui dit alors,\nd’une voix adm irable d ’émotion, l’am our enthousiaste de tous pour\nlui et son Œ u v re , et lui rem it, en souvenir de cette fête, une sorte de\nlivre d’or contenant les noms de tous les artistes présents. Une\nvibrante préface de Camille Lem onnier précédait les signatures, et\nle m aître en donna lui-même lecture. T héo et Eugène Isaye, Léon\nDubois et Mlle M erckx agrém entèrent la soirée d ’aim ables m usiques\nde Grieg, de W agner et d’autres. Le raout avait été organisé par\nles sculpteurs Craco et H odru, et le peintre Delaunois. Nous les\nrem ercions de leur belle initiative.\n\n                                                       L ’A r t J e u n e .\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "    Le directeur du Magazine International, M. Léon Bazaliette, a fait, le mois passé,\n à la Section d’art de la Maison du Peuple, une adm irable conférence sur l’Inter­\n nationale des poètes. V raim ent, ce nous a été une joie d ’entendre affirmer si\n éloquem m ent l’existence d ’une âm e nouvelle dans l’art, ainsi que la large et\n vibrante solidarité hum aine qui u n it fous les vrais penseurs de nos jo u rs et qui les\n appelle à une vie plus libre, plus spontanée, dégagée des mesquineries religieuses\n et sociales, baignée dans la grande religion d ’un am our panthéistique.\n    A rapprocher de cette conférence celle de l’abbé C harbonnel à la Libre Esthé­\n tique :\n    E tant, comme il sied, païens, ainsi que furent poètes païens, c’est-à-dire chan­\n teurs du Dieu qu ’ils étaient : H om ère, Ronsard, G œthe, H ugo, Verlaine, tous les\n artistes du passé et du présent, et ainsi que le seront, davantage encore, ceux de\n l’avenir, les questions religieuses ne nous préoccupent pas. Mais il nous amuse de\n rem arquer l’orientation nouvelle donnée au catholicism e par de jeunes abbés, dont\n M. C harbonnel n ’est pas le m oindre en talent, orientation qui s’éloigne étrange­\n m ent du terrain orthodoxe. Il im porterait que les sincères ne fussent pas trompés\n par cette allu re prétendûm ent libérale, et q u ’ils retinssent avant tout la vraie et com­\n plète signification du m ot catholicism e, c’est-à-dire refrènem ent des saintes et\n saines passions naturelles et haine de tout a rt non religieux.\n    Les cuistres. — Charles M aurras. — Cet anim al, las de lire, relire, copier et pas­\nticher Ronsard, en une heure de bêtise plus profonde, a trouvé intelligent d’appeler\n rom antiques K ahn, Rodenbach et Verhaeren, et d ’essayer de vom ir sur eux quel­\nques im bécillités rien m oins qu’inédites. L ’adm irable talent de ces trois beaux\npoètes ne s’en portera pas plus mal ; quant au M aurras, le monde saura qu’il\ncompte en lui un crétin de plus ; voilà tout.\n    Lionel des Rieux. — P a r quelques m auvais vers, écrits au rom ano-copiste, c :\nm onsieur se paye m enstruellem ent l e droit de déposer dans l'Ermitage des...\nphrases dans le goût de celles-ci : « M. V erhaeren a un très gros talent (!). — Im agi­\nnez je vous prie, un poète de la sorte de M. Richepin (!!) — Et vous aurez une idée\nassez nette de ce Parnassien halluciné (!!!) » Le même magistral idiot nous apprend\nque le seul beau livre paru en 1895 est la Métamorphose des fontaines, de Raymond\nde l a T o ilh èd e!! Ah ! qui nous rendra, à l 'Ermitage, le beau et com préhensif criti­\nque de l’an dernier, Edm ond Pilon?\n   Celui-là, du moins, agissait loyalem ent et ne d énaturait pas les textes qu’il citait\ndans ses études. Lionel des Rieux ne se croit pas tenu à la même bonne foi. Dans\nson article sur V erhaeren, il abîme jusqu’au point de le rendre incompréhensible\ntout un passage des Villes tentaculaires. Le plus am usant est que le Maurras, à la\nRevue encyclopédique, cite les mêmes vers en faisant les mêmes fautes. Il n ’aurait\ndonc pas lu le livre et se serait contenté d ’avaler la chronique de l’imbécile de\nl'Erm itage ! Décidément, en présence d’une telle m auvaise foi, à la fois giraudesque\net gilkinienne, ce n ’est pas cuistres, mais voyous q u ’il faudrait les nomm er.\n   A lire : Coq rouge : ravissante, la Légende de Saint-Dodon, par Maurice des\nOmbiaux, et la Défaite, par A ndré R uijters; Mercure de France : Le beau soleil, par\nFrancis Jam m es, et deux nouveaux fragments de la Légende de vie, toujours d ’une\ncalme magnificence hom érique; un fragment encore à la Revue blanche, ainsi que\nd ’adm irables inédits de Laforgue; Société nouvelle : le ravissem ent des vers de\nlum ière d’Elskam p, et les notes bellem ent songées de Maubel su r S chum ann;\nA rt moderne : bel article de de Marès su r l’abbé C harbonnel; Libre-Journal :\nCrépuscule d ’automne, par Paul Dubois ; L a Lutte : vers délicieux de Rodenbach et\nd’Elskam p. Mais que diable vont-ils faire en cette galère? L ’allure de cette revue\nn ’est plus seulem ent médiocre, elle devient de la roublardise hypocrite et de la\nfarce, c’est-à-dire de l’a rt catholique; Réveil : Renouveau, par Stuart-M errill.\nIncog. y prétend que le Réveil est une boutique.\n  E rrata : D ans les précédentes Pensées d’Auguste Levêque parues en l'A rt jeune\nde janvier, au lieu de : « Il va de l’épopée au procès-verbal. Il est Homère, il est\n» G érard Dow. Il synthétise comme un prophète d’Israël, comme un peintre\n» gothique », lire : « Il synthétise comme un prophète d ’Israël, comme un sta­\ntuaire éginétique et fouille et ciselle comme un peintre gothique ».\n  A ux prochains : Conte de Maurice des O m biaux; poèmes de Georges Roden­\nbach, Max Elskam p et Fernand T oussaint; Tristan et Yseult: l' Amour, par Auguste\nLevêque.\n  Accusé de réception : Les Vies encloses, p ar Georges Rodenbach ; les Impossibles\nNoces, par Adrien M ithouard; Mai, par A rth u r T oisoul; Berthille d ’Hageleere, par\nSander Pierron.                                                               G. R.\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "G        r a n d e                                 M         a is o n                             d e                   B           la n c\n                                      LA PLUS IMPORTANTE DE L ’ EUROPE\n    24, 26, 28, R ue du M a rch é -au x -P o u le ts, 30 , 32 et 34\n                                                   B R U X E L L E S\nF o u rn is s e u r b re v e té de Sa M a je sté la R eine des Belges, de Son A ltesse R oyale\n           M adam e la Comtesse de F la n d re e t de l ’E ta t in d é p e n d a n t du Congo\n\n      T O IL E S — M O U C H O IR S                L in g e rie , T ro u s s e a u x . L a y e tte s               B O N N E T E R IE\n             L in g e d e ta b le                    B R O D E R IE S , D E N T E L L E S                 A n g laise , F r a n ç a is e , S ax o n n e\n                                                                                                                         e t B elg e\n    C o u v e rtu re s , C o u rte s-p o in te s     C o rsets — J u p o n s , F a n ta is ie\n      FL A N E L L E DE SAN TE                         C hem ises p o u r H o m m es                       BAS, C H A U S SE T T E S\n                                                                                                            C aleço n s, G ile ts, J e r s e y s\n                                                       G ile ts d e F la n e lle , C aleçons              FOULARD,GANTERIE\n   C alicots, M o u sselin es, P lu m e tis                        s u r m e su re\n          C O U T IL S , D A M A S                                                                                    S P É C IA L IT É\n                                                           F a u x -C o ls , M a n c h e tte s               d ’A rtic le s en P in S y lv e s tre\n    C reto n n e p o u r A m e u b le m e n t          e t C rav a tes e n to u s g e n re s             c o n tre le s affectio n s r h u m a tism .\n\n\n\n  L a G r a n d e M a is o n d e B l a n c est la seule autorisée pour la vente en\nBelgique du véritable linge et tissus en fils de lin entrelacés d ’après le\nsystèm e du R . Curé K n e i p p .\n  Monopole pour la Belgique des tricots de laine irrétrécissable à la\nouate de tourbe antiseptique d ’après la m éthode du docteur R a s s u r e l .\n\n   NOTA. — Nous prions les Dames qui auraient un achat à faire dans\nles articles de notre Spécialité, de vouloir bien nous dem ander notre\nC a ta lo g u e g é n é r a l, qui est envoyé g r a t u it e m e n t .\n\n                   C O M M U N IC A T IO N IM P O R T A N T E\n   L a G r a n d e M a is o n d e B la n c a l'honneur de prévenir sa nombreuse\nclientèle, qu’elle ne possède ni agence ni succursale à Bruxelles, ni dans aucune\nville de la Belgique. — Elle engage les Dames à se mettre en garde contre les\nmarchands qui se servent du titre de G r a n d e M a is o n d e B l a n c .\n\nN O T A . — L ’E n trée des M a g a sin s e s t tou jou rs lib re,\n          on p eu t tou jou rs se r e n seig n er sa n s ach eter.\n                    ACTUELLEMENT\nExposition et grande mise en vente de nombreuses occasions\n    G r a n d c h o i x d 'A r t icIe s p o u r P r e m i è r e C o m m u n i o n\n                            P O U R JE U N E S F IL L E S E T JE U N E S G E N S\n\n                       O ccasion e x tr a o r d in a ir e\n    Tapis des Flandres premièr e                                                                       qualité. Lemètrecarré 1 6 .7 5\n   FOYER laine à franges, toutes teintes............................................................6 .9 0\n\n\n\n                                Ixelles. — lm p. écon., N . V a n d e r s y p e n , r u e de Trêves, 38.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1896-05-15", "signet_source": "2ème année - N°5 - 15 mai 1896", "preuve": "Indices internes : en-tête « paraissant le 15 de chaque mois » ; Choses annonce pour le 1er juillet le livre de vers Vie de Georges Rency ; Mai d’Arthur Toisoul est simple accusé de réception ici et recensé au n° 6. Aucune date imprimée lue sur la couverture.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}