{"numero_id": "ulb-art-wallon-1895-11-n4", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "articles": [{"article_id": "ulb-art-wallon-1895-11-n4-001", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE MENSUELLE D'ART & DE LITTÉRATURE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 68, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 74, "fin_caractere_exclue": 239, "texte": "REVUE M E N S U E L L E\n\nD ’ A R T & DE L I T T É R A T U R E\n                 ABONNEMENT :\n\n      B elgique, 3   fr, 50, É tra n g e r, 4   fr.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-11-n4-002", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 68, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 239, "fin_caractere_exclue": 677, "texte": "SOMMAI RE :\n\n\nUn so ir de m a i (suite) - Paul Arden.\n\nR om ance sa n s m u siq u e - Richard Blondel.\n\nR edites d ’un P la g ia ire - I. 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Sitôt le\nrepas achevé, on redescendit la montagne, lors que le soir\ndrapait déjà des voiles d’ombres sur les coteaux.\n   Tout en dévalant la pente raide, les jeunes gens s’arrêtaient\npour cueillir des pâquerettes, prem ières écloses, et effeuiller leurs\npétales de neige, avec des grands rires, un air m ystérieux...\nUn peu, beaucoup, pas du tout.\n   Henriette et Louis ne s’étaient pas quittés. Le jeune homme\ns ’était promis [de ne pas rentrer sans avoir parlé de ses sen­\ntim ents à Henriette, sans lui avoir dem andé un mot d ’espoir.\n   A mi-côte, ils rencontrèrent La Garnache, le vieux chèvrier,\nassis au bord du sentier, sur l’herbe menue, surveillant ses\nbêtes que chaque jour il m enait paître en ce pré. Il en a bien\nsoixante ou soixante-dix, toutes celles du village, qui broutent\ntranquillem ent. Lui, un vieux belge qui sait à peine son âge,\névoque les agresti de Virgile. Pas de houlette pourtant, mais en\nsa place un long fouet de cuir tout bouclé de noeuds, lanière\npeu rassurante, près de lui, rare évocation des lointaines tra­\nditions, la lourde cornem use en peau de boue.\n   Etendus dans l’herbe, un gros chien noir, dorm ant d’un oeil,\nveillant de l’autre, un banc noir aussi, ses seuls biens et son\nprofit pour l’hiver, tout le long tem ps du chômage. Drapé dans\nune ample cape de vieux drap, — comme en ont les cochers de\nnos fiacres — on ne voit de lui que sa tète, une tête douce et\ntoute blanche, noyée dans les ondes neigeuses de sa barbe et\nde sa puissante chevelure.\n   — Bonjour, La Garnache, voilà le bon tem ps !\n   — Bonjour, Mamzelle Donjeux, bonjour, Monsieur Louis. Et\non est revenu au pays, parait.\n   — Comme vous voyez; on se porte toujours bien ?\n   — Tout doucement, là. Et ch eu vous ?\n   — Mais oui. Toujours vaillant, toujours gai comme un jeune,\nLa Garnache ?\n   — Ah ça, pour la gaîté, je vous l’assure. Mais pour ce qui\ne st de la vaillance, ça n ’est plus ça !\n   — Vous croyez ? Mais vous vous portez mieux que nous tous.\n   — Enfin, voilà, je ne me plains pas tout de même. Et puis,\ns’il faut s’en aller, on s’en ira. On a fait son tem ps, parbleu,\non a été jeune aussi. Et tenez, perm ettez que je vous donne un\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2352, "texte": "                            — 50 —\n\npetit conseil.\n   — Quoi donc ?\n   — Eh ben ! T ant que vous êtes frais et jeunes comme à\nc’t heure, profitez-en. Voyez-vous, moi, j ’m esu is ben, mais là,\nben am usé du m om ent que j’avais vingt ans. Après, ma foi,\nvogue la galère, dit-on cheu nous.\n   Henriette se prit à rire et Louis Fousseret ne put s ’em pêcher\nde lui lancer un provocant regard qui en disait bien long. Ce\nfut son prem ier aveu.\n   — Bonsoir, La Garnache, et bonne santé ! Il ne s’agit pas\nque nous restions trop en arrière.\n   — Oui, v’la déjà quéqu’ tem ps que tout vot’ monde est re­\npassé. Ben des merci, Mamzelle, Monsieur, et ben des conten­\ntem ents. V’la qui va être tem ps qu’je redescende aussi.\n   Les deux jeunes gens continuèrent leur chemin. Louis son­\ngeait aux paroles du vieux chêvrier, il regardait Henriette à la\ndérobée, sans mot dire. Elle se taisait aussi, pensive lui sem ­\nblait-il...\n   Sans aucune transition, brusquem ent, il se rapprocha de sa\ncompagne et l’enveloppant d’un regard où se lisaient l’ardeur\nde sa passion, les émotions de son incertitude, il lui dit rapi­\ndement, versant d’un trait tout ce qui débordait de son cœur,\nto u t ce qu’il y tenait enfermé depuis des jours :\n    —Mademoiselle Henriette, je ne veux pas quitter Margut, je ne\nveux pas vous quitter sans vous avoir dit quelques mots qui sou­\nvent me sont venus su r les lèvres et que je n ’ai osé prononcer.\nMademoiselle Henriette, je vais peut-être vous irriter, mais\nn’importe, je préfère une douloureuse certitude à un doute\n plus cruel, encore; je vous aim e       oui je vous aime, et j’ose\ncroire que ce n ’est pas trop d’orgueil de ma p art que d’espérer\n ne pas non plus vous être indifférent. Je vous aime et je vou­\n drais partir avec un m ot d’encouragem ent. Je voudrais retour­\n ner là-bas, si loin de vous, avec la pensée que bientôt je pour­\n rai revenir et qu’alors ce sera pour lier définitivement nos deux\n destinées... H enriette, ne dites pas non. Voyez si je mens,\n voyez si mes yeux ne parlent pas pour moi, si mon regard ne\n vous jure pas la sincérité de mon amour. Henriette, puis-je\n faire tenter une dém arche auprès de Madame votre mère par\n Delphine, puis-je confier à m a sœ u r mes bienheureux projets ?\n Ne me répondez pas encore, [mais demain dites-moi, si votre\n cœ ur n’est pas insensible, dites-m oi...\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2441, "texte": "                             — 51 —\n\n   — Pourquoi demain ? Ne puis-je déjà prom ettre aujourd’hui,\nm aintenant? Profitons de tous les instants nous a dit La Gar­\nnache, fit-elle en souriant.\n   — Ah ! m erci, Henriette. Puissé-je ne pas rêver, car j ’ose à\npeine croire à un tel bonheur !\n   Il ne put en dire plus. Arrivés au bas de la montagne, ils\navaient rejoint le groupe qui les attendait. Le docteur sourit en\nles voyant si rouges, l’air presque em barrassé.\n   Louis avait parlé sans s ’arrêter, précipitant les phrases,\ncomme honteux de son audace, mais résolu à ne pas faiblir en\nsi beau chemin. Henriette l’avait écouté, ravie, comprenant\nenfin que ce n ’était pas une simple affection qui l’attachait au\njeune homme. Après la dernière épreuve à laquelle avait été\nsoumis le sentim ent qu’elle éprouvait à l’égard d’Henry Cham­\nbois, sentim ent qu’elle avait pris pour de l’amour; après avoir\nentendu les paroles du chêvrier, ouvrant pour elle de lointains\nhorizons sur l’azur éblouissant de sa jeunesse, elle tourna na­\nturellem ent sa pensée vers celui qui depuis dix jours préoccu­\npait ses rêves de jeune vierge.\n   Lorsqu’il lui avait parlé de cet am our qu’elle connaissait\ninconsciemment et ne pouvait définir, une lénifiante sensa­\ntion de joie s’était épandue en elle, la grisant comme les traîtres\nparfum s d’un Opium subtil; son cœ ur s’était fondu en une\ninfinie tendresse... Elle aim ait...\n   Elle aimait, de cette passion lente souvent, mais non moins\nsûre, qui naît d’un mot, d’un sourire ; qui ronge en hypocrite\nmorsure, comme le feu consume une étoupe d ’où le moindre\nsouffle peut lancer les flammes vives d’un brasier sitôt en rage.\n\n  Et tandis que les rais fulgurants du couchant s’étaient éteints;\nque les collines de l’horizon — une fois m ortes les lueurs cré­\npusculaires — culbutaient dans le gouffre d’une nuit noire;\nque le ciel endeuilli, précurseur de proches averses, s’était\nsali d’une théorie de nues voilant l’illumination stellaire des\nbeaux soirs; tandis que l’orage grondait ses prem ières colères\ntout là-bas dans les ravines, au loin encore, — Louis prit le\nbras de Henriette apeurée :\n  — Entends, c’est la fanfare de nos épousailles, lançant au\nmonde l’hym ne et le triomphe de nos amours !\n  Et dans un grand éclat de rire, p ressan t toujours le pas, ils\ns’en furent, tout joyeux de leur rêve auréolé de tendresse.\n                                                    P aul A rd e n .\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-11-n4-004", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 52, "page_fin": 52, "titre_corps": "Romance sans musique.", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Richard Blondel.", "ancre_debut": "Romance sans musique Pour murmurer l'aveu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 125, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "Romance sans musique.\nP o u r m u r m u r e r l'a v eu , s a n s en tro u b ler l'e x ta se ,\nJ 'a v a is a p p ris des m o ts ciselés len tem en t\nE n l’o r de m a tendresse et je sa v a is des p h r a se s\nD ont le r y th m e éta it d o u x et b erçait longuem ent.\n\nJ 'a v a is cueilli des fleu rs, de sim ples fleu rs de jo ie,\nP o u r en p a r e r l'A im é e et ses gestes subtils\nE t d a n s m es je u n e s m a in s r ia it la douce soie\nDes ca resses d ’e n fa n t et des j e u x p u é rils.\n\nE t m es lèvres a v a ie n t s o if d u v in d 'a u tre s lèvres\nD u v in én ig m a tiq u e et ro u g e des baisers :\nH éla s ! la rose boit les estivales fiv r e s\nE t m e u r t d 'aoir écu ses rêves in se n sé s....\n\n                                      *\n                                     * *\n\nM a is des fleu rs de ca n d e u r, des fleu rs g ra v e s ou folles,\nL es calices so n t p le in s des la rm es de l'exil.\nUne a u to m n a le p la in te en m o n âm e s'affole\nComme u n v e n t d o u lo u re u x d a n s u n ja r d in d 'avril.\n\nE t le ch a rm e lo in ta in des p h r a s e s effeu illées,\nA in s i q u ’u n m o l archet, caresse m a la n g u eu r\nDe l'é tra n g e d ouceur des choses désolées\nE t, com m e u n violon, fa it sa n g lo ter m o n c œ u r ...\n\nP o u r ta n t a u x so irs de songe, a u x heures m ensongères,\nM on beau rêve d 'a m o u r, en u n so u d a in réveil,\nS'ém erveille d'espoir, s'éblouit de lu m ière\nComme u n svelte j e t d’ea u c h a n ta n t v e rs le soleil !\n\n                                                   R ich a rd E londel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-11-n4-005", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 53, "page_fin": 57, "titre_corps": "Redites d’un Plagiaire.", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "I. 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L’essence de ces émotions expansives combinée\navec une âm e donnée apporte à l’œ uvre d’a rt sa forme. On ne\npeut pas lui en donner d’autre sans que tous ne le sentent et\nn ’en souffrent sans le savoir.\n   Etre artiste et ne pas vivre, être à l’affût de toutes les émo­\ntions pour les rendre, c’est tu er en soi l’art, la divine chanson\nqui pourrait passer à travers soi, c’est déformer l’homme pour\nen faire un instrum ent qui veut être une des voix simples\névoquant sans effort les courants profonds qui nous em portent\ntous, doit comme les plus grands, comme Homère, comme Michel\nAnge, comme Shakespeare croire qu’il importe plus de vivre\nque de regarder vivre; que la vie est grave, et intense et posi­\ntive et triste et exaltante et ricanante et joyeuse et vibrante.\nC’est du vin de la Vie qu’étaient ivres ces grands êtres qui\nm irent tan t de beauté dans les pensées et les m ouvements que\nles siècles se laissaient im poser par les Fatalités, sans les\nregarder en face.\n   A notre époque, beaucoup d’hom m es parmi ceux qui écri­\nvent, ne vivent que d’une façon pressée, rudim entaire. Ecrire\nou s’exprim er en art constitue leur vie. Tout le reste n’est\nq u ’accessoire. Vivre n’est pour eux que le désagréable prétexte\nnécessaire à l’expression artistique. Les joies et les peines\npour eux ne valent que par ce qu’ils en pourront dire, immé­\ndiatem ent; ils ne les laisseront pas entrer en eux, profondément\ncreuser leur sillon ou dorer leur passage, avec la confiance que\nces choses une fois entrées, leur chanson se modifiera d’elle\nmême.\n   Non; ils se feront souffrir artificiellement pour parler de la\ndouleur; ils aim eront encore plus artificiellem ent pour p a r1er de\nl’amour, sans paraître se douter que s’ils avaient profondément\naimé, souffert, pensé, ils pourraient parler de tout ce qu’ils\nvoudraient, le ton de leurs paroles évoquerait malgré eux et\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2422, "texte": "                             — 54 —\n\n  la pitié et la pensée et l’amour. Quelle homélie sur la m isère\n  valut jam ais les cris d'affamé de l’Insurgé de Vallès ?\n     Je connais des poètes, parm i ceux d’aujourd’hui qui écrivirent\n ou œ uvrèrent sous la poussée de la jeunesse. Ils restent silen­\n  cieux m aintenant; ils attendent une autre Voix. La vie les\n guette et elle les fera crier, deviner, bénir et maudire. A quoi\n bon parler avant, pour dire les minimes ingéniosités de leurs\n cerveaux, de leurs imaginations qu’aucune Force ne remue puis­\n sam m ent ? Un tem ps viendra où, à des lueurs confuses succé­\n deront d’obsédantes clartés. Il faudra qu’ils les disent et\n pendant ce tem ps ils auront désappris le bavardage oiseux qui\n se glisse entre les jours de passion, d’émotion, et n ’est que le\n som nanbulisme du sommeil qui sépare les heures de vie.\n    Les choses qui émeuveut fortem ent, soudainement, et pro­\n fondément sont rares, et les natures qui peuvent être émues\n de cette triple façon sont rares aussi.\n    Le plus souvent, c’est l’espace e t le tem ps qui nous donnent\n la perception des choses profondes.\n    Il nous faut une distance, un recul pour juger d’un ensemble.\n    La distance d’une génération, d’une nationalité, d’une race,\nou sim plem ent d’une conception, d’une éducation d’un sexe,\nd’une préoccupation ou d’une occupation différentes fait\nsurgir en nous des rudim ents de synthèses.\n    En s’accum ulant, ces impressions s’élarg issen t.\n    Laissons peser sur nous le tem ps. Dormons; vivons de la vie\nsomnanbule qui entraîne tan t de volontés, se croyant cons­\ncientes et personnelles, dans le courant tourm enté de l’éter­\nnelle action.\n    Des chocs, de brusques tournants, des bouts de navigation\nheureuse et rapide nous réveilleront, et ce que nous dirons\nalors aura pour tous le goût de l’Infini dans lequel nous nous\ndébattons.\n    Celui pour qui la Vie, dans sa plus impersonnelle banalité,\nn’a rien de poignant ou d’intense doit se résigner à n’être que\nle lointain ancêtre d’un de ces rapsodes que tous aiment.\n    Ces rares chanteurs sont les fleurs dont nous sommes les\nfeuilles.\n    L’hum anité, tout comme les abeilles, a peu de rois, mais\nces rois la servent, et ne font que la servir. Nous vivons des\npensées d’une poignée de grands hommes.\n    Ces pensées étaient en nous, informulées, certes, mais dès\nqu’ils leur eurent donné une forme nous nous sommes jetés\n"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2447, "texte": "                            — 55 —\n\ndessus et nous avons aimé cette forme autant que la pensée\nqu’elle renfermait.\n   Puis nous avons changé la forme, l’univers entier nous a\nservi de m atériaux pour la varier et une grande pensée n ’est\nentrée dans une race tout entière que lorsqu’elle a pu se trans­\nformer en tout ce qu’on touchait.\n   Beethoven a tellem ent pénétré tous les m usiciens qui vinrent\naprès lui qu’il ne sera un jour que la gigantesque m arche qu’on\nne voit presque plus, tant elle a servi à hausser de gens.\n   Avant que de nouveaux êtres formulent une nouvelle pensée,\nsoyons feuilles, pour les fleurs passées ou pour les fleurs à venir.\nSoyons feuilles en ayant conscience de l’être.\n   Ecrivons, même, puisque c’est une des formes du bavardage\nqui entretient la sociabilité. Mais ne nous tourm entons pas, ne\ntorturons pas notre cerveau et toutes nos habitudes de bon\nanimal hum ain pour nous découvrir des pétales de fleur.\n   Il y a de la gloire à servir ceux qui nous servent, à servir de\nplus grands que soi.\n   L’humanité est encore composée en majeure partie, de fem­\nmes, de femmes, de femmes.\n   Femmes par la terreur, p ar la vanité vite satisfaite, par le\nmanque de conviction forte, par la sentim entalité et l’affec ­\ntuosité rem plaçant le sentim ent et l’affection et par le sens\nperpétuel de dépendance. Eh bien ! ayons au moins les bons\ncôtés possibles de ces êtres secondaires. Aimons les vrais\nproducteurs, recherchons-les, exaltons-les, étudions-les, pre­\nnons d’eux tout ce qu’ils peuvent donner. Soyons joyeusem ent\nfeuilles. Ce siècle, comme tous les siècles fut rempli de grands\nhommes qui ne furent que des feuilles. Leur plus cuisant souci\nfut toujours de n ’être pas fleur.\n   S’ils avaient eu la conscience de leur utilité, leurs yeux se\nfussent tournés vers les roses ou les tulipes qu’ils servaient;\nils eussent été heureux, s’oubliant eux-m êm es, et se perdant\ndans le Tout qui doucement on brusquem ent réduit en bouillie\npresque toutes les volontés.\n   Pourquoi aurions-nous besoin de dieux si ce n’est pour nous\noublier nous mêmes et pour ne pas voirie peu que nous sommes?\n   Laissons les seuls, les rares grands hommes être nos victimes,\nqui auront conscience d’elles-mêmes et d’un nouveau rapport\nentre l’être et ce qui l’entoure. Et vivons pour ne parler que\nd’eux, comme les enfants et les vieillards parlent de l’homme\nfait, vivons la simple, la terrible, la bonne vie humaine dont la\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2325, "texte": "                              — 56 —\n\nféconde banalité protégera l’éclcosion des bourgeois prom etteurs\nde fruit.\n  Ne vous étonnez pas si vous savez aussi bien que moi tout\nce que je dis.\n  Ce ne sont que les mouvements d’une feuille agitée par le\nmême courant d’air que celui qui vous fait rem uer, d ’une feuille\nqui obéit au courant, sans plus.\n                                     *\n                                 *       *\n   Maeterlink a écrit dans la Revue Franco-Américaine de\nJuillet quelques pages adm irables sur le Silence poétisant et\napprofondissant ce vieux m ot que les anciens n ’avaient auréolé\nque ds prudence.\n   C’est le silence, exprim ant les choses pour lesquelles nous\nn’avons pas de mots, par ce que nous ne pouvons parler que de\nce que perçoivent nos minces personnalités finies; quand nous\nsommes em portés dans le tourbillon d’une force plus grande\nque nous, nous ne pouvons la nommer.\n   Nous ne pouvons qu’ouvrir les yeux et la laisser agir.\n   La statue du silence devrait être féminine. Non, hélas ! que\nles femmes se doutent encore qu’elles peu, vent servir le\nculte de cette divinité, mais parce que, ce qu’on appelle l’âme\nféminine ou si l’on veut, le génie féminin, est justem ent\ncelui d’interpréter dans le sens le plus étendu ce domaine\ndu silence. L’âme féminine e s t m u ette, im productive p a r essence,\nmais elle est expectante, et le m ystère est pour elle un lointain\nqui repose les yeux par ses teintes vagues et douces et non,\ncomme pour l’homme, un horizon à escalader, ou à dédaigner\nsi l’escalade e st trop rude. Tout le m ystérieux que m artèlent\nim périeusem ent dans notre mémoire, les rares m oments ou une\nforce inconnue nous a forcés à nous taire, entre plus facilement\ndans l’âme féminine qui se sait « feuille » — passive.\n   Devant le m ystère comme devant les grands humains, rési­\ngnons-nous à être feuilles e t féminins, puisque pour que naissent\nde patients, de hardis explorateurs de tout le bleu que nous\navons devant nous, il faut que ce bleu soit aim anté par tous\nnos regards, tous nos espoirs, tous nos étonnem ents. Ah ! mes\npauvres frères ! vivons, écoutons, admirons, et soyons honnê­\ntem ent, religieusem ent femmes. Si par hasard l’un de nous\nétait un homme, je crois qu’on ne serait pas longtemps sans le\nsavoir, et que ça se ferait tout seul.\n"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 367, "texte": "                            — 57 —\n\n  Alors à quoi bon nous tourm enter puisqu’il y a quand même\nde la besogne à faire en dehors du m étier de producteur, et que\nces gens là éclosent à leur guise ? Pour qu’ils viennent plus\nvite, vivons, donnons, soyons profondém ent ahuris, souriants\net paisibles.\n                                                   I. W ill.\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-11-n4-006", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 57, "page_fin": 59, "titre_corps": "En Hesbaye — Croquis d’Août — Un Vagabond.", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Léon Wéry.", "ancre_debut": "EN HESBAYE Croquis d'Août Un Vagabond Un ensoleillement", "ancre_fin": "Août 1895.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le voyage perdu Sur le clair océan", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 367, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "EN    HESBAYE\n\n   — Croquis d’Août —\n\n\n                    Un Vagabond.\n   Un ensoleillement, par la campagne d’Août.\n   Des senteurs fortes et saines montent, dans l’enjoyeusement\nde l’atmosphère : senteurs des trèfles qui sèchent, et des foins\n« fanés « dans les « clos » voisins.\n   P ar dessus l’envalonnement chrome des blés, on voit se\npencher les moissonneurs en chemise blanche, un mouchoir\nrouge noué sur la tête; et à chaque geste, des crissements\nd’acier tranchant les chaumes se cadencent, en un chant lent,\nqu’accompagnent les ariettes des \" coqs d’août \" . E t c’est\ncomme une mièvrerie dans cette nature superbe qui semble\ns’étirer sous la lumière ardente.\n   D’un clocher lointain qui se profile, à l’horizon, exéant des\nverts d’arbustes et des tuiles allumées de soleil, sonnent, se\nrépandant par la plaine comme un frissonnement, les douze\ncoups de midi.\n   Les faucilles se sont tues; les moissonneurs ont redressé\neurs reins endorloris par les heures accumulées.\n   Puis ils se sont assis, sur les javelles : grands mâles, bien\nbâtis, aux muscles qui saillent, la bouche mâchant le lourd\npatois hesbignou, et paysannes rougeaudes épanouies, à han­\nches de cavales, la gorge lâche ballant.\n   Tous, joyeux du repos attendu, tirent de dessous un\n“ dizeau \" la cruche de fer blanc et le paquet de tartines de\npain noir, sentant bon. Quels appétits ils ont gagnés, à\nouvrer depuis le matin au grand soleil qui tombe dru et lourd.\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1981, "texte": "                            — 58 —\n\n\n\n   Entre deux murailles jaunes de hauts blés, piquées des\ntâches sanglantes des coquelicots et des yeux azurés des\nbluets, un sentier court, inaperçu, comme un ruisselet entre\ndes joncs touffus.\n   P ar le sentier, se traînaillant, un vieux...\n   Des haillons... Une besace sur l’épaule ballotte, et au-dessus\nde la boite de sapin noircie que retient une courroie coupant\nla poitrine, un vieil accordéon. Le vagabond passe, vieux\ngueux des miséreux accotements, de son pas atone de\nlas-d’aller.\n   Des moissonneurs l’ont vu; et ce sont des rires, des quolibets.\n   — Hé vieux ! viens donc nous jouer un air !\n   Lui, doux et calme, s’est approché, regardant ces joyeux,\net, comme en rue, au seuil d’une porte, il ramène l’instrum ent\nsur la poitrine, enfle les soufflets, prélude. Puis tout à coup,\npar la vastitude endormie et toute silencieuse des champs,\néveillant les grillons ivres de soleil, éclatent les faussets,\naigres, pointus comme des pointes d’aiguilles, soulignés des\nbasses, en lents contrechants... La fugue s’anime en contre­\ndanse; d’un motif saute en une chanson populaire, et les voix\néraillées des gars, à intermittences, en disent les refrains.\n   Les garçons saisissent des tailles débordantes de filles, les\npétrissent de leurs mains calleuses et lascives, commencent un\npas, parmi les javelles, éparpillant les blés, et les jupons\nrouges volent, s’emballonnent, avec des rires francs de\nprim itifs...\n   Les derniers accords s’envolent, dans l’ensoleillement qui\ntombe des cieux tout d’azur. Le vieux, de sa voix atone et\nmonotone de ceux qui demandent, aux portes des villages, un\ncroûton : « Une charité, s’il vous plaît, mes bonnes gens ».\n   On n ’est pas riche, mais c’est de bon cœur; l’un remplit son\ngobelet, l’autre lui avance une tranche de son pain de seigle,\net le vieux vagabond, assis sur une gerbe, mange avec les\nmoissonneurs, sentant le gagner des joies vagues et des sou­\nrires dans sa figure ridée.\n"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 383, "texte": "                               — 59 -\n\n\n\n   Les gars se sont couchés de leur long, sur les javelles, en\nleur quotidienne méridienne, et le gueux, son accordéon au\ndos, sa besace à l’épaule, courbé et lent, par le sentier entre les\nblés chromes, s’en part, un épi entre les dents...\n\n                                                    Léon W é ry .\nAoût 1895.\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-11-n4-007", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 59, "page_fin": 59, "titre_corps": "Le voyage perdu.", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Roussel.", "ancre_debut": "Le voyage perdu Sur le clair océan", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 383, "fin_caractere_exclue": 1276, "texte": "Le voyage perdu\nS u r le c la ir océan des baisers de ta lèvre\nM on c œ u r, m e tta n t le cap s u r u n étra n g e espoir,\nA n a v ig u é longtem ps d u beau m a tin a u so ir\nA v e c a u bout d u m a t u n e fla m m e de fièvre.\n\n\nI l p e n s a it d éc o u vrir a u fo n d des c o m m issu re s\nUne e n fa n t c o n n a issa n t les secrets d u bonheur,\n— S i p u re qu'on e u t d it v o ir l’om bre d'une s œ u r —\nE t p rête à lu i d o n n er son a m o u r en p â tu re .\n\n\nI l r ê v a it la d ouceur des je u n e s voluptés !\nM ais a r r iv a n t hélas ! trop ta rd en son voyage\nIl en ten d it l’e n fa n t c h a n te r s u r le riva g e\n\n\nE t la v it effeuiller ses grâ ces ig n o ra n tes !\nE t m o n c œ u r est p a r ti, sa c h a n t les va n ités\nDes lo u rd s baisers cueillis a u x lèvres trop sa v a n te s !\n\n\n                                             F e rn a n d Roussel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-11-n4-008", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 60, "page_fin": 64, "titre_corps": "Les villages illusoires.", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Dèche.", "ancre_debut": "Les villages illusoires Emile Verhaeren", "ancre_fin": "les honnis des heureux. Paul Bêche.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Memento Notre collaborateur", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 2075, "texte": "Les villages illusoires\nEmile Verhaeren.\n\n                                  (chez Deman, Bruxelles).\n\n   Après les études consciencieuses de Krains et de Mockel, il\nest superflu peut-être d’analyser Verhaeren. Aussi, mes quel­\nques remarques sur « les Villages illu so ires » ne seront-elles\nqu’une simple notation de l’impression produite en moi par\ncette œuvre significative et digne de celles qui précédèrent.\n   De prime abord, ce livre m’a halluciné et mon jugement s’en\nressentira peut-être. Qu’importe ? L’enthousiasme fait la force;\net en ces temps de snobisme et de scepticisme à outrance, il\nest réconfortant de se ressaisir et de s’écrire.\n   Sans aucune prétention de prophétie savante et sans pédan­\ntisme aucun, on peut affirmer que cette œuvre devait éclore.\nLittérateur, peintre ou poète, et surtout après que s’est assagie\nla fougue des années de jeunesse, chaque artiste avec sa\ncompréhension de la souffrance, compréhension large et multiple\nd’autant plus grande que s’est affinée sa sensibilité aux contacts\ndouloureux de la vie, chaque artiste, dis-je, après avoir fouillé\nson être et chanté l’exubérance de son âme, regarde autour de\nsoi et pense. Et de cette contemplation muette mais profonde,\nde cette résorption d’une hum anité en lui s’affirme souvent\nsinon une œuvre puissante, du moins une généreuse concep­\ntion. Tel le cas pour Zola dans “ G erm in a l » pour Eekhoud\ndans « M es C om m unions » et pour Verhaeren dans ses\n« Villages illusoires ».\n   Verhaeren a donc senti que l’heure était proche, la terre\nféconde pour la semence et les esprits aptes à comprendre; et\nles « Villages illu so ires » ont paru, œuvre belle déjà de son\nseul titre synthétique et évocateur.\n   Les villages illusoires, ce sont ceux des immensités sur\nlesquelles la tempête déferle avec rage, ce sont ceux des éten­\ndues secouées de rafale, ceux des coins des routes, des fonds\ndes vais, des accotements des montagnes rêches, des rivières\nqui traînent le deuil et des m arais où dort la mort. Ils sont les\n"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2053, "texte": "                               — 61 —\n\nperdus dont on s’écarte et qui grincent dans les là-bas du soir.\n    Leur vie est décrite à grands coups de symboles, une vie\nobscure, misérable, sans une éclaircie vers une chimère; une\nvie laborieuse de peine et d’ahan où tout va à la dérive dans\nun recul et un effondrement impitoyables avec de la faim\nérigée en croix de supplice.\n    Ou la plaine y apparaît maudite, d’un silence tel que rien\nn’ébranle son appesantissement lourd, ravinée de pluie, de\ncette pluie\n          «        avec ses ongles g r is\n          avec ses ch e v e u x d'eau, avec ses r i des, »\nde cette pluie dont\n          les ongles systém a tiq u es\n          T issen t le vêtem en t\n          M aille à m a ille , de d é n û m e n t\n          P o u r les m a iso n s et les enclos\n          Des villages g r is et vieillots.\n    Oh ! cette compassion du poète pour tan t de ruine !\n    Dites si vous n’avez pas peur devant la rancune qui doit\ns'amasser et gronder dans les cœurs. E t dites aussi si aucune\npitié fraternelle ne vous émeut devant ce m artyre subi avec la\nrésignation inconsciente de la matière travaillante, si le spec­\ntacle de toutes ces vitalités courbées sur la terre ingrate ne\nvous attriste pas profondément.\n    Le “ P a s s e u r d'E a u » nous a m ontré l’inutilité de l’effort,\nla toujours recommençante tâche, l’inanité de la persévérance\net la ténacité quand même de l’humanité représentée par ce\nseul passeur obstiné.\n    Souffrant, harassé, rebuté, l’idéal fuyant devant les mains\nprêtes à y cramponner leurs ongles durcis aux rudes labeurs,\n l’homme va\n           “ g a r d a n t to u t de m êm e p o u r D ieu s a it q u a n d\n          L e ro sea u v e r t entre ses dents. »\n    P a r les jours, sa vie s’écoule lugubre, toujours la même en\n la misère qui lui coupe les épaules, vie mauvaise avec le cau­\n chemar du m eurtre en fronton, douloureuse de travail ardu et\n infini, ou minutieuse et nette, mais si triste dans son unifor­\n mité que le frisson vous saisit d’un tel usage de force accumulée.\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2262, "texte": "                               — 62 —\n\nC’est la vie pauvre avec les remords qui terrifient, les pleurs\nqui brûlent les yeux, les sanglots, qui éclatent comme des me­\nnaces, la vie sinistre des perdus, des abrutis dans leur pauvreté.\net la plaine se fait pour cette glèbe, m arâtre infâme ; elle est\ncelle de la mort, de la trahison, du vice; elle sue le poison et\nle châtiment. Elle est la géhenne horrible où peinent les na­\nvrés....\n   Avec sa vision prodigieuse du relief et de l’intime, Ver­\nhaeren a peint à fresque la grandiose sublimation d’une terre\ningrate. En ses mains habiles cette terre a chanté, crié, pleu­\nré... Villages illusoires, lamentables, cassés et las, pauvres\nd’ardeur et riches de douleur et de haine, qu’un rayon de bonne\nlumière vous éclaire et que vous renaissiez à la joie énorme de\nvivre. Le poète vous a chantés; il a compris votre morne mi­\nsère, votre humaine tristesse ; sa conception s’est agrandie de\nl’effroi et de la terreur émanant de vous. E t son âme a vibré ;\nRéjouissez-vous ! L’œuvre s’accomplira. Forgez\n                « à g r a n d s coups p lein s, les p â les lam es\n                im m e n se s de la patience. »\ncar ses temps viendront où\n   L 'h o m m e ne se ra p lu s, p o u r l’hom m e, u n loup rô d a n t.\nE t d’autres temps précéderont ceux-ci encore. Il y aura alors\ndes pleurs et des grincements de dents. Ce qui fut prédit a rri­\nvera :\n   ................. Cette ra g e im m e n se ,\n   Ces m illio n s de désespoirs n 'a y a n t q u ’u n seu l a m o u r ,\n   N e p e u v e n t p o in t fa ir e en sorte, q u ’u n j o u r ,\n   P o u r u n e a u tre équité, les tem ps ne reco m m en cen t\n   N i que le levier d 'o r q u i fa it m o u v o ir les choses\n   N e les to u rn e v e rs les cla ires m étam orphoses.\n   Et cette page est splendide où Verhaeren développe la thèse\nprésente qui est celle des malheureux, la Bible des miséreux, la\nrevanche des affronts subis, des genoux essuyés dans la pous­\nsière, des mains tendues pour l’aumône ignominieuse, des\nfronts courbés devant la force et l’argent....\n   Tel un rêve vécu surgit devant nous dans “ L e F o rg ero n »\nune vision terrifiante, vision dans laquelle l’humanité est mon­\ntrée, se soulevant lors d’une poussée de misère et de rage, et\n"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2237, "texte": "                           — 63 —\n\ns’immolant en quelque sorte pour ressortir jeune, saine et nou­\nvelle du chaos sanglant, vision consolante cependant, conso­\nlante comme un mythe auquel on croit dans le désespoir de la\nlutte inégale et de la tombée morne des bras devant l'effort\nimmense de faire mouvoir un monde par la pensée, le fer\net le feu.\n    A de tels poèmes de colère, de haine et de désastres, il faut\nune langue dont chaque mot soit une menace.\n    Créateur d’une expression adéquate à l’idée exprimée, Ver­\nhaeren est aussi le seul qui sache la pétrir à coups de rafale,\nde pluie cinglante, de sang giclant, d’effroi massif et tangible,\n de désespoir sonnant le glas de cloches criant la mort. Aucune\nlittérature n ’offre d’exemple d’une intensité si violente de\n voir le saillant des choses et de l’exprimer avec une fougue, un\n abus de réalité tels, que la langue semble être faite de frag­\n ments de cette Nature aux manifestations violentes comme\n l’auteur se plaît à les dépeindre. Pas de règles, de frein ; les\n mots débordent sauvages, rouges, bizarrem ent assemblés ; la\n phrase craque de robustesse et de hardiesse ; le vers court\n furieux, rocailleux, d’airain, cognant, brutal, farouche. De la\n sève, et une sève si puissante, de la vie si sauvage et si empor­\n tée que ce style frustre et barbare, mais riche et savamment\n voulu, vous grise comme un hurlem ent de tempête dans une\n ventée d’automne.\n     De ce vers libre dont tan t se servent pour masquer leur\n faiblesse et sous un vain prétexte de rythm e et d’harmonie, et\n  dont cependant on tire tant d’effets nouveaux et surprenants,\n  Verhaeren a merveilleusement usé.\n     Si j’avais quelque chose à reprocher à Verhaeren, ce serait\n  d’être trop lui-même, de se répéter parfois, d’employer trop\n  fréquemment certains termes et expressions qui ont, à première\n  lecture, le charme d’une trouvaille, mais dont l’abus diminue\n  la force et la valeur.\n     Ce reproche confirmerait ce que nous pensons du talent\n   créateur de Verhaeren: il a trouvé une voie nouvelle et son\n   mérite est grand de la parcourir complètement.\n     Nous devons ici manifester notre admiration pour le mer­\n   veilleux poète et l’artiste indépendant qu’est Verhaeren ; car\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 497, "texte": "                             - 64 -\n\nce n ’est pas peu de magnifier la misère en des épopées superbes;\n ce n ’est pas peu, alors que l ’égoïsme étreint les cœurs de son\nâpreté, et que dans la mêlée énorme chacun se fraie un che­\nmin sans s’inquiéter de ceux qu’on foule aux pieds, ce n ’est\npas peu d’affirmer virilement son amour pour l’homme ou\nla chose qui sont les dédaignés des castes et les honnis des\nheureux.\n                                               Paul Bêche.\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-11-n4-009", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 64, "page_fin": 64, "titre_corps": "Memento.", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Memento Notre collaborateur Tristan le Roux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 497, "fin_caractere_exclue": 1869, "texte": "M e m e n to\n  Notre collaborateur T ristan le Roux, a eu la douleur de\nperdre sa grand’mère, Mme Bilstein-Navaux. Nous présentons\nà notre ami nos bien sincères et cordiales condoléances.\n  L ’abondance des matières nous oblige à rem ettre au pro­\nchain numéro la Chronique des Livres mensuelle de notre\ncollaborateur Stéphane Elseneur.\n   Le Théâtre de l’Œ uvre organise, lundi prochain 2 décembre,\nsous les auspices de l'A r t W allon, une représentation où se­\nront interprétées des œuvres d’Ibsen et de Maeterlinck. Nous\nadressons à tous ceux qui ont le souci des choses nobles et bel­\nles, un fraternel appel.\n   Les Revues. A lire :\n   Mercure de France — T h o m a s Carlile : Sartor Resartus —\n H u g u es Rebell : Histoire d’un m artyr — P ie rre Q uillard :\n Le Dieu futur — A n d r é Gide : Pour une seconde édition de\n “ Paludes ».\n   L’Ermitage — E d m o n d P ilo n : Jules Laforgue — E. Del ­\nb o u sq u et : Eglogue.\n   Revue Blanche — P a u l A d a m : de la Pudeur — d’une\nPathologie des peuples — E d g a r d Poe : Lettres — P a u l\nV erlaine : Poèmes.\n   Le Rêve et l’Idée — Saint-G eorges de B o u h élier ; F rag­\nment — M a u rice le B lond : R etour des champs.\n   La Plume : S tu a r t M e rril : Poème — Léon R io lo r ; Cri­\ntique littéraire.\n   La Jeune Belgique — I w a n Gilk in : La poésie nouvelle —\nA r n o ld Goffin : Charles Baudelaire.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-11-n4-010", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L A ' R T W", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1269, "texte": "L A\n        ' R T                                W ALLON\n R ev u e M en su elle d ' A r t et de Litté ra tu re\n           OUVERTE                 A     TOUS        LES        JEUNES\n\n\n\n\n                   COLLABORA LEURS :\n                                    W ALLONIE.\n\n\n      P aul A r d en ,         R ic h a r d B l o n d e l ,    A rthur Daxhelkt,\n\nCh a r l e s    D e l c h e v a l e r ie ,    A ug u ste      D onna y ,    S téphane\n\nE l s e n e u r , J u l e s F e l l e r , P a u l G é r a r d y , A r n o l d G o f f in ,\n\nA l b . G u é q u ie r , J o sé H e n n e b ic q , H u b e r t K r a in s , R ic h a r d\n\nL e d e n t , A lber t M ockel , L éon P a sc h a l, E dm ond R a sse n -\n\nfo sse,   P a u l R e im o n , T r is t a n l e      R o u x , F er n a n d R o u ssel ,\n\nG e o r g e s S a in t - P o l ,   F e r n a n d S é v e r in , H u b e r t S t ie r n e t ,\n\nM arcel V ir e u x , I.        W il l .\n\n                              HORS           W ALLONIE.\n\n\n       Geo rg es           R odenbach,         E m il e    V erhaeren,          F r a n c is\n\nV ie l é -G r if f i n .\n\n\n\n\n       Adresser livres,                m anuscrits         et communications              à\nM. Maurice XHOFFER, adm inistrateur, rue du Palais, 129,\nVerviers.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-11-n4-011", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PHOTOGRAPHIE ARTISTIQUE AUGUSTE VANDEVELDE A M", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 621, "texte": "PHOTOGRAPHIE ARTISTIQUE\nAUGUSTE VANDEVELDE\n            A M S T E R D A M\n\n Collections de portraits artistiques\n                  en tous genres\n Catalogue avec échantillons fr. 2.00\n          ADRESSER LES COMMANDES\nA u g . V a n d e v e ld e , b o ite p o s ta le , 186\n                 AMSTERDAM\n\n\n\n      TYPOGRAPHIE-LITHOGRAPHIE\n\nMaurice Xhoffer\n          ÉDITEUR DE L’ART W ALLO N\n     R ue du            P a la is, 129\n                  V E R V IE R S\n\n   IMPRESSIONS             COMMERCIALES\n             EN TOUS GENRES\n\n\nP u b licatio n s littéraires      et artistiq ues\n            ÉD ITIO N S DE L U X E\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 68, "texte": "                                                      L’A r t\nWallon\n     REVUE M E N S U E L L E\n\nD ’ A R T & DE L I T T É R A T U R E\n                 ABONNEMENT :\n\n      B elgique, 3   fr, 50, É tra n g e r, 4   fr.\n\n\n\n\n                SOMMAI RE :\n\n\nUn so ir de m a i (suite) - Paul Arden.\n\nR om ance sa n s m u siq u e - Richard Blondel.\n\nR edites d ’un P la g ia ire - I. Will.\n\nUn vagabond - Léon Wéry.\n\nL e voyage p e rd u - Fernand'Roussel.\n\nLes villag es illu so ires - Paul Dèche.\n\nM em ento.\n\n\nE diteur-A dm inistrateur : Maurice X h o f f e r       N° 4   —   N ovembre 1895 .\n   rue    du   P a la is ,   129,   V er v i e r .         Ce n u m éro : 30 centim es.\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": ""}, {"page_pdf": 70, "texte": "                              — 49 —\n\n\n             Un soir de Mai (Suite).\n   On fit servir le goûter à l’hôtellerie du couvent. Sitôt le\nrepas achevé, on redescendit la montagne, lors que le soir\ndrapait déjà des voiles d’ombres sur les coteaux.\n   Tout en dévalant la pente raide, les jeunes gens s’arrêtaient\npour cueillir des pâquerettes, prem ières écloses, et effeuiller leurs\npétales de neige, avec des grands rires, un air m ystérieux...\nUn peu, beaucoup, pas du tout.\n   Henriette et Louis ne s’étaient pas quittés. Le jeune homme\ns ’était promis [de ne pas rentrer sans avoir parlé de ses sen­\ntim ents à Henriette, sans lui avoir dem andé un mot d ’espoir.\n   A mi-côte, ils rencontrèrent La Garnache, le vieux chèvrier,\nassis au bord du sentier, sur l’herbe menue, surveillant ses\nbêtes que chaque jour il m enait paître en ce pré. Il en a bien\nsoixante ou soixante-dix, toutes celles du village, qui broutent\ntranquillem ent. Lui, un vieux belge qui sait à peine son âge,\névoque les agresti de Virgile. Pas de houlette pourtant, mais en\nsa place un long fouet de cuir tout bouclé de noeuds, lanière\npeu rassurante, près de lui, rare évocation des lointaines tra­\nditions, la lourde cornem use en peau de boue.\n   Etendus dans l’herbe, un gros chien noir, dorm ant d’un oeil,\nveillant de l’autre, un banc noir aussi, ses seuls biens et son\nprofit pour l’hiver, tout le long tem ps du chômage. Drapé dans\nune ample cape de vieux drap, — comme en ont les cochers de\nnos fiacres — on ne voit de lui que sa tète, une tête douce et\ntoute blanche, noyée dans les ondes neigeuses de sa barbe et\nde sa puissante chevelure.\n   — Bonjour, La Garnache, voilà le bon tem ps !\n   — Bonjour, Mamzelle Donjeux, bonjour, Monsieur Louis. Et\non est revenu au pays, parait.\n   — Comme vous voyez; on se porte toujours bien ?\n   — Tout doucement, là. Et ch eu vous ?\n   — Mais oui. Toujours vaillant, toujours gai comme un jeune,\nLa Garnache ?\n   — Ah ça, pour la gaîté, je vous l’assure. Mais pour ce qui\ne st de la vaillance, ça n ’est plus ça !\n   — Vous croyez ? Mais vous vous portez mieux que nous tous.\n   — Enfin, voilà, je ne me plains pas tout de même. Et puis,\ns’il faut s’en aller, on s’en ira. On a fait son tem ps, parbleu,\non a été jeune aussi. Et tenez, perm ettez que je vous donne un\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "                            — 50 —\n\npetit conseil.\n   — Quoi donc ?\n   — Eh ben ! T ant que vous êtes frais et jeunes comme à\nc’t heure, profitez-en. Voyez-vous, moi, j ’m esu is ben, mais là,\nben am usé du m om ent que j’avais vingt ans. Après, ma foi,\nvogue la galère, dit-on cheu nous.\n   Henriette se prit à rire et Louis Fousseret ne put s ’em pêcher\nde lui lancer un provocant regard qui en disait bien long. Ce\nfut son prem ier aveu.\n   — Bonsoir, La Garnache, et bonne santé ! Il ne s’agit pas\nque nous restions trop en arrière.\n   — Oui, v’la déjà quéqu’ tem ps que tout vot’ monde est re­\npassé. Ben des merci, Mamzelle, Monsieur, et ben des conten­\ntem ents. V’la qui va être tem ps qu’je redescende aussi.\n   Les deux jeunes gens continuèrent leur chemin. Louis son­\ngeait aux paroles du vieux chêvrier, il regardait Henriette à la\ndérobée, sans mot dire. Elle se taisait aussi, pensive lui sem ­\nblait-il...\n   Sans aucune transition, brusquem ent, il se rapprocha de sa\ncompagne et l’enveloppant d’un regard où se lisaient l’ardeur\nde sa passion, les émotions de son incertitude, il lui dit rapi­\ndement, versant d’un trait tout ce qui débordait de son cœur,\nto u t ce qu’il y tenait enfermé depuis des jours :\n    —Mademoiselle Henriette, je ne veux pas quitter Margut, je ne\nveux pas vous quitter sans vous avoir dit quelques mots qui sou­\nvent me sont venus su r les lèvres et que je n ’ai osé prononcer.\nMademoiselle Henriette, je vais peut-être vous irriter, mais\nn’importe, je préfère une douloureuse certitude à un doute\n plus cruel, encore; je vous aim e       oui je vous aime, et j’ose\ncroire que ce n ’est pas trop d’orgueil de ma p art que d’espérer\n ne pas non plus vous être indifférent. Je vous aime et je vou­\n drais partir avec un m ot d’encouragem ent. Je voudrais retour­\n ner là-bas, si loin de vous, avec la pensée que bientôt je pour­\n rai revenir et qu’alors ce sera pour lier définitivement nos deux\n destinées... H enriette, ne dites pas non. Voyez si je mens,\n voyez si mes yeux ne parlent pas pour moi, si mon regard ne\n vous jure pas la sincérité de mon amour. Henriette, puis-je\n faire tenter une dém arche auprès de Madame votre mère par\n Delphine, puis-je confier à m a sœ u r mes bienheureux projets ?\n Ne me répondez pas encore, [mais demain dites-moi, si votre\n cœ ur n’est pas insensible, dites-m oi...\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                             — 51 —\n\n   — Pourquoi demain ? Ne puis-je déjà prom ettre aujourd’hui,\nm aintenant? Profitons de tous les instants nous a dit La Gar­\nnache, fit-elle en souriant.\n   — Ah ! m erci, Henriette. Puissé-je ne pas rêver, car j ’ose à\npeine croire à un tel bonheur !\n   Il ne put en dire plus. Arrivés au bas de la montagne, ils\navaient rejoint le groupe qui les attendait. Le docteur sourit en\nles voyant si rouges, l’air presque em barrassé.\n   Louis avait parlé sans s ’arrêter, précipitant les phrases,\ncomme honteux de son audace, mais résolu à ne pas faiblir en\nsi beau chemin. Henriette l’avait écouté, ravie, comprenant\nenfin que ce n ’était pas une simple affection qui l’attachait au\njeune homme. Après la dernière épreuve à laquelle avait été\nsoumis le sentim ent qu’elle éprouvait à l’égard d’Henry Cham­\nbois, sentim ent qu’elle avait pris pour de l’amour; après avoir\nentendu les paroles du chêvrier, ouvrant pour elle de lointains\nhorizons sur l’azur éblouissant de sa jeunesse, elle tourna na­\nturellem ent sa pensée vers celui qui depuis dix jours préoccu­\npait ses rêves de jeune vierge.\n   Lorsqu’il lui avait parlé de cet am our qu’elle connaissait\ninconsciemment et ne pouvait définir, une lénifiante sensa­\ntion de joie s’était épandue en elle, la grisant comme les traîtres\nparfum s d’un Opium subtil; son cœ ur s’était fondu en une\ninfinie tendresse... Elle aim ait...\n   Elle aimait, de cette passion lente souvent, mais non moins\nsûre, qui naît d’un mot, d’un sourire ; qui ronge en hypocrite\nmorsure, comme le feu consume une étoupe d ’où le moindre\nsouffle peut lancer les flammes vives d’un brasier sitôt en rage.\n\n  Et tandis que les rais fulgurants du couchant s’étaient éteints;\nque les collines de l’horizon — une fois m ortes les lueurs cré­\npusculaires — culbutaient dans le gouffre d’une nuit noire;\nque le ciel endeuilli, précurseur de proches averses, s’était\nsali d’une théorie de nues voilant l’illumination stellaire des\nbeaux soirs; tandis que l’orage grondait ses prem ières colères\ntout là-bas dans les ravines, au loin encore, — Louis prit le\nbras de Henriette apeurée :\n  — Entends, c’est la fanfare de nos épousailles, lançant au\nmonde l’hym ne et le triomphe de nos amours !\n  Et dans un grand éclat de rire, p ressan t toujours le pas, ils\ns’en furent, tout joyeux de leur rêve auréolé de tendresse.\n                                                    P aul A rd e n .\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "                                  — 52 —\n\n                                                Pour Paul Reimon.\n\n\n               Romance sans musique.\nP o u r m u r m u r e r l'a v eu , s a n s en tro u b ler l'e x ta se ,\nJ 'a v a is a p p ris des m o ts ciselés len tem en t\nE n l’o r de m a tendresse et je sa v a is des p h r a se s\nD ont le r y th m e éta it d o u x et b erçait longuem ent.\n\nJ 'a v a is cueilli des fleu rs, de sim ples fleu rs de jo ie,\nP o u r en p a r e r l'A im é e et ses gestes subtils\nE t d a n s m es je u n e s m a in s r ia it la douce soie\nDes ca resses d ’e n fa n t et des j e u x p u é rils.\n\nE t m es lèvres a v a ie n t s o if d u v in d 'a u tre s lèvres\nD u v in én ig m a tiq u e et ro u g e des baisers :\nH éla s ! la rose boit les estivales fiv r e s\nE t m e u r t d 'aoir écu ses rêves in se n sé s....\n\n                                      *\n                                     * *\n\nM a is des fleu rs de ca n d e u r, des fleu rs g ra v e s ou folles,\nL es calices so n t p le in s des la rm es de l'exil.\nUne a u to m n a le p la in te en m o n âm e s'affole\nComme u n v e n t d o u lo u re u x d a n s u n ja r d in d 'avril.\n\nE t le ch a rm e lo in ta in des p h r a s e s effeu illées,\nA in s i q u ’u n m o l archet, caresse m a la n g u eu r\nDe l'é tra n g e d ouceur des choses désolées\nE t, com m e u n violon, fa it sa n g lo ter m o n c œ u r ...\n\nP o u r ta n t a u x so irs de songe, a u x heures m ensongères,\nM on beau rêve d 'a m o u r, en u n so u d a in réveil,\nS'ém erveille d'espoir, s'éblouit de lu m ière\nComme u n svelte j e t d’ea u c h a n ta n t v e rs le soleil !\n\n                                                   R ich a rd E londel.\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                             — 53 —\n\n\n           Redites d’un Plagiaire.\n   La vie vaut d’être vécue e t non pas d’être dite. La vivre\n intensém ent, sans terreur; les chansons s’envoleront de nous\n toutes seules, et celles-là qui auront jailli d’elles-mêmes en\nune forme imposée par le besoin de les chanter, celles-là seules\nvaudront. Tous les hommes à certains jours, chantent; tous ont\n même le rudim entaire désir de chanter parfois soit en peinture,\n soit en littérature, de se délivrer d ’une im pression qui les\npoursuit. L’essence de ces émotions expansives combinée\navec une âm e donnée apporte à l’œ uvre d’a rt sa forme. On ne\npeut pas lui en donner d’autre sans que tous ne le sentent et\nn ’en souffrent sans le savoir.\n   Etre artiste et ne pas vivre, être à l’affût de toutes les émo­\ntions pour les rendre, c’est tu er en soi l’art, la divine chanson\nqui pourrait passer à travers soi, c’est déformer l’homme pour\nen faire un instrum ent qui veut être une des voix simples\névoquant sans effort les courants profonds qui nous em portent\ntous, doit comme les plus grands, comme Homère, comme Michel\nAnge, comme Shakespeare croire qu’il importe plus de vivre\nque de regarder vivre; que la vie est grave, et intense et posi­\ntive et triste et exaltante et ricanante et joyeuse et vibrante.\nC’est du vin de la Vie qu’étaient ivres ces grands êtres qui\nm irent tan t de beauté dans les pensées et les m ouvements que\nles siècles se laissaient im poser par les Fatalités, sans les\nregarder en face.\n   A notre époque, beaucoup d’hom m es parmi ceux qui écri­\nvent, ne vivent que d’une façon pressée, rudim entaire. Ecrire\nou s’exprim er en art constitue leur vie. Tout le reste n’est\nq u ’accessoire. Vivre n’est pour eux que le désagréable prétexte\nnécessaire à l’expression artistique. Les joies et les peines\npour eux ne valent que par ce qu’ils en pourront dire, immé­\ndiatem ent; ils ne les laisseront pas entrer en eux, profondément\ncreuser leur sillon ou dorer leur passage, avec la confiance que\nces choses une fois entrées, leur chanson se modifiera d’elle\nmême.\n   Non; ils se feront souffrir artificiellement pour parler de la\ndouleur; ils aim eront encore plus artificiellem ent pour p a r1er de\nl’amour, sans paraître se douter que s’ils avaient profondément\naimé, souffert, pensé, ils pourraient parler de tout ce qu’ils\nvoudraient, le ton de leurs paroles évoquerait malgré eux et\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "                             — 54 —\n\n  la pitié et la pensée et l’amour. Quelle homélie sur la m isère\n  valut jam ais les cris d'affamé de l’Insurgé de Vallès ?\n     Je connais des poètes, parm i ceux d’aujourd’hui qui écrivirent\n ou œ uvrèrent sous la poussée de la jeunesse. Ils restent silen­\n  cieux m aintenant; ils attendent une autre Voix. La vie les\n guette et elle les fera crier, deviner, bénir et maudire. A quoi\n bon parler avant, pour dire les minimes ingéniosités de leurs\n cerveaux, de leurs imaginations qu’aucune Force ne remue puis­\n sam m ent ? Un tem ps viendra où, à des lueurs confuses succé­\n deront d’obsédantes clartés. Il faudra qu’ils les disent et\n pendant ce tem ps ils auront désappris le bavardage oiseux qui\n se glisse entre les jours de passion, d’émotion, et n ’est que le\n som nanbulisme du sommeil qui sépare les heures de vie.\n    Les choses qui émeuveut fortem ent, soudainement, et pro­\n fondément sont rares, et les natures qui peuvent être émues\n de cette triple façon sont rares aussi.\n    Le plus souvent, c’est l’espace e t le tem ps qui nous donnent\n la perception des choses profondes.\n    Il nous faut une distance, un recul pour juger d’un ensemble.\n    La distance d’une génération, d’une nationalité, d’une race,\nou sim plem ent d’une conception, d’une éducation d’un sexe,\nd’une préoccupation ou d’une occupation différentes fait\nsurgir en nous des rudim ents de synthèses.\n    En s’accum ulant, ces impressions s’élarg issen t.\n    Laissons peser sur nous le tem ps. Dormons; vivons de la vie\nsomnanbule qui entraîne tan t de volontés, se croyant cons­\ncientes et personnelles, dans le courant tourm enté de l’éter­\nnelle action.\n    Des chocs, de brusques tournants, des bouts de navigation\nheureuse et rapide nous réveilleront, et ce que nous dirons\nalors aura pour tous le goût de l’Infini dans lequel nous nous\ndébattons.\n    Celui pour qui la Vie, dans sa plus impersonnelle banalité,\nn’a rien de poignant ou d’intense doit se résigner à n’être que\nle lointain ancêtre d’un de ces rapsodes que tous aiment.\n    Ces rares chanteurs sont les fleurs dont nous sommes les\nfeuilles.\n    L’hum anité, tout comme les abeilles, a peu de rois, mais\nces rois la servent, et ne font que la servir. Nous vivons des\npensées d’une poignée de grands hommes.\n    Ces pensées étaient en nous, informulées, certes, mais dès\nqu’ils leur eurent donné une forme nous nous sommes jetés\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                            — 55 —\n\ndessus et nous avons aimé cette forme autant que la pensée\nqu’elle renfermait.\n   Puis nous avons changé la forme, l’univers entier nous a\nservi de m atériaux pour la varier et une grande pensée n ’est\nentrée dans une race tout entière que lorsqu’elle a pu se trans­\nformer en tout ce qu’on touchait.\n   Beethoven a tellem ent pénétré tous les m usiciens qui vinrent\naprès lui qu’il ne sera un jour que la gigantesque m arche qu’on\nne voit presque plus, tant elle a servi à hausser de gens.\n   Avant que de nouveaux êtres formulent une nouvelle pensée,\nsoyons feuilles, pour les fleurs passées ou pour les fleurs à venir.\nSoyons feuilles en ayant conscience de l’être.\n   Ecrivons, même, puisque c’est une des formes du bavardage\nqui entretient la sociabilité. Mais ne nous tourm entons pas, ne\ntorturons pas notre cerveau et toutes nos habitudes de bon\nanimal hum ain pour nous découvrir des pétales de fleur.\n   Il y a de la gloire à servir ceux qui nous servent, à servir de\nplus grands que soi.\n   L’humanité est encore composée en majeure partie, de fem­\nmes, de femmes, de femmes.\n   Femmes par la terreur, p ar la vanité vite satisfaite, par le\nmanque de conviction forte, par la sentim entalité et l’affec ­\ntuosité rem plaçant le sentim ent et l’affection et par le sens\nperpétuel de dépendance. Eh bien ! ayons au moins les bons\ncôtés possibles de ces êtres secondaires. Aimons les vrais\nproducteurs, recherchons-les, exaltons-les, étudions-les, pre­\nnons d’eux tout ce qu’ils peuvent donner. Soyons joyeusem ent\nfeuilles. Ce siècle, comme tous les siècles fut rempli de grands\nhommes qui ne furent que des feuilles. Leur plus cuisant souci\nfut toujours de n ’être pas fleur.\n   S’ils avaient eu la conscience de leur utilité, leurs yeux se\nfussent tournés vers les roses ou les tulipes qu’ils servaient;\nils eussent été heureux, s’oubliant eux-m êm es, et se perdant\ndans le Tout qui doucement on brusquem ent réduit en bouillie\npresque toutes les volontés.\n   Pourquoi aurions-nous besoin de dieux si ce n’est pour nous\noublier nous mêmes et pour ne pas voirie peu que nous sommes?\n   Laissons les seuls, les rares grands hommes être nos victimes,\nqui auront conscience d’elles-mêmes et d’un nouveau rapport\nentre l’être et ce qui l’entoure. Et vivons pour ne parler que\nd’eux, comme les enfants et les vieillards parlent de l’homme\nfait, vivons la simple, la terrible, la bonne vie humaine dont la\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "                              — 56 —\n\nféconde banalité protégera l’éclcosion des bourgeois prom etteurs\nde fruit.\n  Ne vous étonnez pas si vous savez aussi bien que moi tout\nce que je dis.\n  Ce ne sont que les mouvements d’une feuille agitée par le\nmême courant d’air que celui qui vous fait rem uer, d ’une feuille\nqui obéit au courant, sans plus.\n                                     *\n                                 *       *\n   Maeterlink a écrit dans la Revue Franco-Américaine de\nJuillet quelques pages adm irables sur le Silence poétisant et\napprofondissant ce vieux m ot que les anciens n ’avaient auréolé\nque ds prudence.\n   C’est le silence, exprim ant les choses pour lesquelles nous\nn’avons pas de mots, par ce que nous ne pouvons parler que de\nce que perçoivent nos minces personnalités finies; quand nous\nsommes em portés dans le tourbillon d’une force plus grande\nque nous, nous ne pouvons la nommer.\n   Nous ne pouvons qu’ouvrir les yeux et la laisser agir.\n   La statue du silence devrait être féminine. Non, hélas ! que\nles femmes se doutent encore qu’elles peu, vent servir le\nculte de cette divinité, mais parce que, ce qu’on appelle l’âme\nféminine ou si l’on veut, le génie féminin, est justem ent\ncelui d’interpréter dans le sens le plus étendu ce domaine\ndu silence. L’âme féminine e s t m u ette, im productive p a r essence,\nmais elle est expectante, et le m ystère est pour elle un lointain\nqui repose les yeux par ses teintes vagues et douces et non,\ncomme pour l’homme, un horizon à escalader, ou à dédaigner\nsi l’escalade e st trop rude. Tout le m ystérieux que m artèlent\nim périeusem ent dans notre mémoire, les rares m oments ou une\nforce inconnue nous a forcés à nous taire, entre plus facilement\ndans l’âme féminine qui se sait « feuille » — passive.\n   Devant le m ystère comme devant les grands humains, rési­\ngnons-nous à être feuilles e t féminins, puisque pour que naissent\nde patients, de hardis explorateurs de tout le bleu que nous\navons devant nous, il faut que ce bleu soit aim anté par tous\nnos regards, tous nos espoirs, tous nos étonnem ents. Ah ! mes\npauvres frères ! vivons, écoutons, admirons, et soyons honnê­\ntem ent, religieusem ent femmes. Si par hasard l’un de nous\nétait un homme, je crois qu’on ne serait pas longtemps sans le\nsavoir, et que ça se ferait tout seul.\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                            — 57 —\n\n  Alors à quoi bon nous tourm enter puisqu’il y a quand même\nde la besogne à faire en dehors du m étier de producteur, et que\nces gens là éclosent à leur guise ? Pour qu’ils viennent plus\nvite, vivons, donnons, soyons profondém ent ahuris, souriants\net paisibles.\n                                                   I. W ill.\n\n     EN    HESBAYE\n\n   — Croquis d’Août —\n\n\n                    Un Vagabond.\n   Un ensoleillement, par la campagne d’Août.\n   Des senteurs fortes et saines montent, dans l’enjoyeusement\nde l’atmosphère : senteurs des trèfles qui sèchent, et des foins\n« fanés « dans les « clos » voisins.\n   P ar dessus l’envalonnement chrome des blés, on voit se\npencher les moissonneurs en chemise blanche, un mouchoir\nrouge noué sur la tête; et à chaque geste, des crissements\nd’acier tranchant les chaumes se cadencent, en un chant lent,\nqu’accompagnent les ariettes des \" coqs d’août \" . E t c’est\ncomme une mièvrerie dans cette nature superbe qui semble\ns’étirer sous la lumière ardente.\n   D’un clocher lointain qui se profile, à l’horizon, exéant des\nverts d’arbustes et des tuiles allumées de soleil, sonnent, se\nrépandant par la plaine comme un frissonnement, les douze\ncoups de midi.\n   Les faucilles se sont tues; les moissonneurs ont redressé\neurs reins endorloris par les heures accumulées.\n   Puis ils se sont assis, sur les javelles : grands mâles, bien\nbâtis, aux muscles qui saillent, la bouche mâchant le lourd\npatois hesbignou, et paysannes rougeaudes épanouies, à han­\nches de cavales, la gorge lâche ballant.\n   Tous, joyeux du repos attendu, tirent de dessous un\n“ dizeau \" la cruche de fer blanc et le paquet de tartines de\npain noir, sentant bon. Quels appétits ils ont gagnés, à\nouvrer depuis le matin au grand soleil qui tombe dru et lourd.\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "                            — 58 —\n\n\n\n   Entre deux murailles jaunes de hauts blés, piquées des\ntâches sanglantes des coquelicots et des yeux azurés des\nbluets, un sentier court, inaperçu, comme un ruisselet entre\ndes joncs touffus.\n   P ar le sentier, se traînaillant, un vieux...\n   Des haillons... Une besace sur l’épaule ballotte, et au-dessus\nde la boite de sapin noircie que retient une courroie coupant\nla poitrine, un vieil accordéon. Le vagabond passe, vieux\ngueux des miséreux accotements, de son pas atone de\nlas-d’aller.\n   Des moissonneurs l’ont vu; et ce sont des rires, des quolibets.\n   — Hé vieux ! viens donc nous jouer un air !\n   Lui, doux et calme, s’est approché, regardant ces joyeux,\net, comme en rue, au seuil d’une porte, il ramène l’instrum ent\nsur la poitrine, enfle les soufflets, prélude. Puis tout à coup,\npar la vastitude endormie et toute silencieuse des champs,\néveillant les grillons ivres de soleil, éclatent les faussets,\naigres, pointus comme des pointes d’aiguilles, soulignés des\nbasses, en lents contrechants... La fugue s’anime en contre­\ndanse; d’un motif saute en une chanson populaire, et les voix\néraillées des gars, à intermittences, en disent les refrains.\n   Les garçons saisissent des tailles débordantes de filles, les\npétrissent de leurs mains calleuses et lascives, commencent un\npas, parmi les javelles, éparpillant les blés, et les jupons\nrouges volent, s’emballonnent, avec des rires francs de\nprim itifs...\n   Les derniers accords s’envolent, dans l’ensoleillement qui\ntombe des cieux tout d’azur. Le vieux, de sa voix atone et\nmonotone de ceux qui demandent, aux portes des villages, un\ncroûton : « Une charité, s’il vous plaît, mes bonnes gens ».\n   On n ’est pas riche, mais c’est de bon cœur; l’un remplit son\ngobelet, l’autre lui avance une tranche de son pain de seigle,\net le vieux vagabond, assis sur une gerbe, mange avec les\nmoissonneurs, sentant le gagner des joies vagues et des sou­\nrires dans sa figure ridée.\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "                               — 59 -\n\n\n\n   Les gars se sont couchés de leur long, sur les javelles, en\nleur quotidienne méridienne, et le gueux, son accordéon au\ndos, sa besace à l’épaule, courbé et lent, par le sentier entre les\nblés chromes, s’en part, un épi entre les dents...\n\n                                                    Léon W é ry .\nAoût 1895.\n\n\n\n\n                   Le voyage perdu\nS u r le c la ir océan des baisers de ta lèvre\nM on c œ u r, m e tta n t le cap s u r u n étra n g e espoir,\nA n a v ig u é longtem ps d u beau m a tin a u so ir\nA v e c a u bout d u m a t u n e fla m m e de fièvre.\n\n\nI l p e n s a it d éc o u vrir a u fo n d des c o m m issu re s\nUne e n fa n t c o n n a issa n t les secrets d u bonheur,\n— S i p u re qu'on e u t d it v o ir l’om bre d'une s œ u r —\nE t p rête à lu i d o n n er son a m o u r en p â tu re .\n\n\nI l r ê v a it la d ouceur des je u n e s voluptés !\nM ais a r r iv a n t hélas ! trop ta rd en son voyage\nIl en ten d it l’e n fa n t c h a n te r s u r le riva g e\n\n\nE t la v it effeuiller ses grâ ces ig n o ra n tes !\nE t m o n c œ u r est p a r ti, sa c h a n t les va n ités\nDes lo u rd s baisers cueillis a u x lèvres trop sa v a n te s !\n\n\n                                             F e rn a n d Roussel.\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "                             -   60   -\n\n\n\n\n              Les villages illusoires\nEmile Verhaeren.\n\n                                  (chez Deman, Bruxelles).\n\n   Après les études consciencieuses de Krains et de Mockel, il\nest superflu peut-être d’analyser Verhaeren. Aussi, mes quel­\nques remarques sur « les Villages illu so ires » ne seront-elles\nqu’une simple notation de l’impression produite en moi par\ncette œuvre significative et digne de celles qui précédèrent.\n   De prime abord, ce livre m’a halluciné et mon jugement s’en\nressentira peut-être. Qu’importe ? L’enthousiasme fait la force;\net en ces temps de snobisme et de scepticisme à outrance, il\nest réconfortant de se ressaisir et de s’écrire.\n   Sans aucune prétention de prophétie savante et sans pédan­\ntisme aucun, on peut affirmer que cette œuvre devait éclore.\nLittérateur, peintre ou poète, et surtout après que s’est assagie\nla fougue des années de jeunesse, chaque artiste avec sa\ncompréhension de la souffrance, compréhension large et multiple\nd’autant plus grande que s’est affinée sa sensibilité aux contacts\ndouloureux de la vie, chaque artiste, dis-je, après avoir fouillé\nson être et chanté l’exubérance de son âme, regarde autour de\nsoi et pense. Et de cette contemplation muette mais profonde,\nde cette résorption d’une hum anité en lui s’affirme souvent\nsinon une œuvre puissante, du moins une généreuse concep­\ntion. Tel le cas pour Zola dans “ G erm in a l » pour Eekhoud\ndans « M es C om m unions » et pour Verhaeren dans ses\n« Villages illusoires ».\n   Verhaeren a donc senti que l’heure était proche, la terre\nféconde pour la semence et les esprits aptes à comprendre; et\nles « Villages illu so ires » ont paru, œuvre belle déjà de son\nseul titre synthétique et évocateur.\n   Les villages illusoires, ce sont ceux des immensités sur\nlesquelles la tempête déferle avec rage, ce sont ceux des éten­\ndues secouées de rafale, ceux des coins des routes, des fonds\ndes vais, des accotements des montagnes rêches, des rivières\nqui traînent le deuil et des m arais où dort la mort. Ils sont les\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": "                               — 61 —\n\nperdus dont on s’écarte et qui grincent dans les là-bas du soir.\n    Leur vie est décrite à grands coups de symboles, une vie\nobscure, misérable, sans une éclaircie vers une chimère; une\nvie laborieuse de peine et d’ahan où tout va à la dérive dans\nun recul et un effondrement impitoyables avec de la faim\nérigée en croix de supplice.\n    Ou la plaine y apparaît maudite, d’un silence tel que rien\nn’ébranle son appesantissement lourd, ravinée de pluie, de\ncette pluie\n          «        avec ses ongles g r is\n          avec ses ch e v e u x d'eau, avec ses r i des, »\nde cette pluie dont\n          les ongles systém a tiq u es\n          T issen t le vêtem en t\n          M aille à m a ille , de d é n û m e n t\n          P o u r les m a iso n s et les enclos\n          Des villages g r is et vieillots.\n    Oh ! cette compassion du poète pour tan t de ruine !\n    Dites si vous n’avez pas peur devant la rancune qui doit\ns'amasser et gronder dans les cœurs. E t dites aussi si aucune\npitié fraternelle ne vous émeut devant ce m artyre subi avec la\nrésignation inconsciente de la matière travaillante, si le spec­\ntacle de toutes ces vitalités courbées sur la terre ingrate ne\nvous attriste pas profondément.\n    Le “ P a s s e u r d'E a u » nous a m ontré l’inutilité de l’effort,\nla toujours recommençante tâche, l’inanité de la persévérance\net la ténacité quand même de l’humanité représentée par ce\nseul passeur obstiné.\n    Souffrant, harassé, rebuté, l’idéal fuyant devant les mains\nprêtes à y cramponner leurs ongles durcis aux rudes labeurs,\n l’homme va\n           “ g a r d a n t to u t de m êm e p o u r D ieu s a it q u a n d\n          L e ro sea u v e r t entre ses dents. »\n    P a r les jours, sa vie s’écoule lugubre, toujours la même en\n la misère qui lui coupe les épaules, vie mauvaise avec le cau­\n chemar du m eurtre en fronton, douloureuse de travail ardu et\n infini, ou minutieuse et nette, mais si triste dans son unifor­\n mité que le frisson vous saisit d’un tel usage de force accumulée.\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "                               — 62 —\n\nC’est la vie pauvre avec les remords qui terrifient, les pleurs\nqui brûlent les yeux, les sanglots, qui éclatent comme des me­\nnaces, la vie sinistre des perdus, des abrutis dans leur pauvreté.\net la plaine se fait pour cette glèbe, m arâtre infâme ; elle est\ncelle de la mort, de la trahison, du vice; elle sue le poison et\nle châtiment. Elle est la géhenne horrible où peinent les na­\nvrés....\n   Avec sa vision prodigieuse du relief et de l’intime, Ver­\nhaeren a peint à fresque la grandiose sublimation d’une terre\ningrate. En ses mains habiles cette terre a chanté, crié, pleu­\nré... Villages illusoires, lamentables, cassés et las, pauvres\nd’ardeur et riches de douleur et de haine, qu’un rayon de bonne\nlumière vous éclaire et que vous renaissiez à la joie énorme de\nvivre. Le poète vous a chantés; il a compris votre morne mi­\nsère, votre humaine tristesse ; sa conception s’est agrandie de\nl’effroi et de la terreur émanant de vous. E t son âme a vibré ;\nRéjouissez-vous ! L’œuvre s’accomplira. Forgez\n                « à g r a n d s coups p lein s, les p â les lam es\n                im m e n se s de la patience. »\ncar ses temps viendront où\n   L 'h o m m e ne se ra p lu s, p o u r l’hom m e, u n loup rô d a n t.\nE t d’autres temps précéderont ceux-ci encore. Il y aura alors\ndes pleurs et des grincements de dents. Ce qui fut prédit a rri­\nvera :\n   ................. Cette ra g e im m e n se ,\n   Ces m illio n s de désespoirs n 'a y a n t q u ’u n seu l a m o u r ,\n   N e p e u v e n t p o in t fa ir e en sorte, q u ’u n j o u r ,\n   P o u r u n e a u tre équité, les tem ps ne reco m m en cen t\n   N i que le levier d 'o r q u i fa it m o u v o ir les choses\n   N e les to u rn e v e rs les cla ires m étam orphoses.\n   Et cette page est splendide où Verhaeren développe la thèse\nprésente qui est celle des malheureux, la Bible des miséreux, la\nrevanche des affronts subis, des genoux essuyés dans la pous­\nsière, des mains tendues pour l’aumône ignominieuse, des\nfronts courbés devant la force et l’argent....\n   Tel un rêve vécu surgit devant nous dans “ L e F o rg ero n »\nune vision terrifiante, vision dans laquelle l’humanité est mon­\ntrée, se soulevant lors d’une poussée de misère et de rage, et\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "                           — 63 —\n\ns’immolant en quelque sorte pour ressortir jeune, saine et nou­\nvelle du chaos sanglant, vision consolante cependant, conso­\nlante comme un mythe auquel on croit dans le désespoir de la\nlutte inégale et de la tombée morne des bras devant l'effort\nimmense de faire mouvoir un monde par la pensée, le fer\net le feu.\n    A de tels poèmes de colère, de haine et de désastres, il faut\nune langue dont chaque mot soit une menace.\n    Créateur d’une expression adéquate à l’idée exprimée, Ver­\nhaeren est aussi le seul qui sache la pétrir à coups de rafale,\nde pluie cinglante, de sang giclant, d’effroi massif et tangible,\n de désespoir sonnant le glas de cloches criant la mort. Aucune\nlittérature n ’offre d’exemple d’une intensité si violente de\n voir le saillant des choses et de l’exprimer avec une fougue, un\n abus de réalité tels, que la langue semble être faite de frag­\n ments de cette Nature aux manifestations violentes comme\n l’auteur se plaît à les dépeindre. Pas de règles, de frein ; les\n mots débordent sauvages, rouges, bizarrem ent assemblés ; la\n phrase craque de robustesse et de hardiesse ; le vers court\n furieux, rocailleux, d’airain, cognant, brutal, farouche. De la\n sève, et une sève si puissante, de la vie si sauvage et si empor­\n tée que ce style frustre et barbare, mais riche et savamment\n voulu, vous grise comme un hurlem ent de tempête dans une\n ventée d’automne.\n     De ce vers libre dont tan t se servent pour masquer leur\n faiblesse et sous un vain prétexte de rythm e et d’harmonie, et\n  dont cependant on tire tant d’effets nouveaux et surprenants,\n  Verhaeren a merveilleusement usé.\n     Si j’avais quelque chose à reprocher à Verhaeren, ce serait\n  d’être trop lui-même, de se répéter parfois, d’employer trop\n  fréquemment certains termes et expressions qui ont, à première\n  lecture, le charme d’une trouvaille, mais dont l’abus diminue\n  la force et la valeur.\n     Ce reproche confirmerait ce que nous pensons du talent\n   créateur de Verhaeren: il a trouvé une voie nouvelle et son\n   mérite est grand de la parcourir complètement.\n     Nous devons ici manifester notre admiration pour le mer­\n   veilleux poète et l’artiste indépendant qu’est Verhaeren ; car\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "                             - 64 -\n\nce n ’est pas peu de magnifier la misère en des épopées superbes;\n ce n ’est pas peu, alors que l ’égoïsme étreint les cœurs de son\nâpreté, et que dans la mêlée énorme chacun se fraie un che­\nmin sans s’inquiéter de ceux qu’on foule aux pieds, ce n ’est\npas peu d’affirmer virilement son amour pour l’homme ou\nla chose qui sont les dédaignés des castes et les honnis des\nheureux.\n                                               Paul Bêche.\n                     M e m e n to\n  Notre collaborateur T ristan le Roux, a eu la douleur de\nperdre sa grand’mère, Mme Bilstein-Navaux. Nous présentons\nà notre ami nos bien sincères et cordiales condoléances.\n  L ’abondance des matières nous oblige à rem ettre au pro­\nchain numéro la Chronique des Livres mensuelle de notre\ncollaborateur Stéphane Elseneur.\n   Le Théâtre de l’Œ uvre organise, lundi prochain 2 décembre,\nsous les auspices de l'A r t W allon, une représentation où se­\nront interprétées des œuvres d’Ibsen et de Maeterlinck. Nous\nadressons à tous ceux qui ont le souci des choses nobles et bel­\nles, un fraternel appel.\n   Les Revues. A lire :\n   Mercure de France — T h o m a s Carlile : Sartor Resartus —\n H u g u es Rebell : Histoire d’un m artyr — P ie rre Q uillard :\n Le Dieu futur — A n d r é Gide : Pour une seconde édition de\n “ Paludes ».\n   L’Ermitage — E d m o n d P ilo n : Jules Laforgue — E. Del ­\nb o u sq u et : Eglogue.\n   Revue Blanche — P a u l A d a m : de la Pudeur — d’une\nPathologie des peuples — E d g a r d Poe : Lettres — P a u l\nV erlaine : Poèmes.\n   Le Rêve et l’Idée — Saint-G eorges de B o u h élier ; F rag­\nment — M a u rice le B lond : R etour des champs.\n   La Plume : S tu a r t M e rril : Poème — Léon R io lo r ; Cri­\ntique littéraire.\n   La Jeune Belgique — I w a n Gilk in : La poésie nouvelle —\nA r n o ld Goffin : Charles Baudelaire.\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "      L A\n        ' R T                                W ALLON\n R ev u e M en su elle d ' A r t et de Litté ra tu re\n           OUVERTE                 A     TOUS        LES        JEUNES\n\n\n\n\n                   COLLABORA LEURS :\n                                    W ALLONIE.\n\n\n      P aul A r d en ,         R ic h a r d B l o n d e l ,    A rthur Daxhelkt,\n\nCh a r l e s    D e l c h e v a l e r ie ,    A ug u ste      D onna y ,    S téphane\n\nE l s e n e u r , J u l e s F e l l e r , P a u l G é r a r d y , A r n o l d G o f f in ,\n\nA l b . G u é q u ie r , J o sé H e n n e b ic q , H u b e r t K r a in s , R ic h a r d\n\nL e d e n t , A lber t M ockel , L éon P a sc h a l, E dm ond R a sse n -\n\nfo sse,   P a u l R e im o n , T r is t a n l e      R o u x , F er n a n d R o u ssel ,\n\nG e o r g e s S a in t - P o l ,   F e r n a n d S é v e r in , H u b e r t S t ie r n e t ,\n\nM arcel V ir e u x , I.        W il l .\n\n                              HORS           W ALLONIE.\n\n\n       Geo rg es           R odenbach,         E m il e    V erhaeren,          F r a n c is\n\nV ie l é -G r if f i n .\n\n\n\n\n       Adresser livres,                m anuscrits         et communications              à\nM. Maurice XHOFFER, adm inistrateur, rue du Palais, 129,\nVerviers.\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "       PHOTOGRAPHIE ARTISTIQUE\nAUGUSTE VANDEVELDE\n            A M S T E R D A M\n\n Collections de portraits artistiques\n                  en tous genres\n Catalogue avec échantillons fr. 2.00\n          ADRESSER LES COMMANDES\nA u g . V a n d e v e ld e , b o ite p o s ta le , 186\n                 AMSTERDAM\n\n\n\n      TYPOGRAPHIE-LITHOGRAPHIE\n\nMaurice Xhoffer\n          ÉDITEUR DE L’ART W ALLO N\n     R ue du            P a la is, 129\n                  V E R V IE R S\n\n   IMPRESSIONS             COMMERCIALES\n             EN TOUS GENRES\n\n\nP u b licatio n s littéraires      et artistiq ues\n            ÉD ITIO N S DE L U X E\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 4, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1895-11", "signet_source": "N°4 - Novembre 1895", "preuve": "Couverture (PDF 68) : « N° 4 — Novembre 1895 ». Redites d’un plagiaire et Un vagabond (daté Août 1895) ; le Memento annonce un deuil de Tristan le Roux.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}