{"numero_id": "ulb-art-wallon-1895-12-n5-6", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "articles": [{"article_id": "ulb-art-wallon-1895-12-n5-6-001", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE MENSUELLE", "ancre_fin": "ABONNEMENT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 77, "fin_caractere_exclue": 245, "texte": "REVUE M EN S U ELLE\nD ' A R T & DE L I T T É R A T U R E\n                    ABONNEMENT :\n\n        Belgique,    3fr . 50,    E tra n g e r, 4 f r\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-12-n5-6-002", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 245, "fin_caractere_exclue": 859, "texte": "SOMMAI RE :\n\nLa   Vie S u b tile - Victor Remouchamps.\nR enoncem en t - Fernand Séverin.\nL ’Ondine à N iv e se z - A rthur Daxhelet.\nF ra g m en t - Albert Mockel.\nUne A m e W a llo n n e - I. 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Nous ignorons le divin qui réside\n on elle.\n    Ne méprisons rien. Des joies mystérieuses attendent de\n toute éternité que nous daignions les cueillir. Peut-être un\n soir viendra-t-il où nos plus pauvres souvenirs s’enchanteront\n de majesté. Une féerie flotte sur toute chose que nous pouvons\n concevoir.\n    L’im portant c’est de cultiver en soi... le Rêve et le Pardon.\n                                  *\n                                 **\n    Nous nous sommes fatigués trop jeunes. Nous nous\n  lettons en route avec des adolescences malades. Nous avons\ntout nié sans avoir rien compris, tout abandonné sans avoir\nrien entrepris.. Ou bien nous accueillîmes — trop jeunes —\nun Idéal immarcessible, au lieu de nous forger un Idéal avec\nnotre Destin...\n    Nous cherchons ailleurs que sur notre chemin ; nous avons\nlaissé un rêve d’autrui nous conquérir ; nous ne nous sommes\npas fidèles à nous-mêmes.\n                                  *\n                                * *\n    Cultivons l’espoir, puisque nous ne savons rien et que nous\nne voyons clairement la valeur de rien.\n    A vrai dire, nous sommes d’amères éclosions en qui l’erreur\ns’éternise et l’univers n’est qu’une sensation ondoyante do\nnotre âme.\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2072, "texte": "                           — 66 —\n\n   Je prends ici l’homme tel qu’il est, avec sa conscience\nillusoire ; l’homme selon ce triste et frêle effort de vivre\nqu’est la vie...\n   Devant l’Absolu, à quoi bon nier, à quoi bon penser ? Tout\nnotre rêve loyal et simple s’anéantit ; les mots do la terre\nn’ont aucun sens.\n   Oui, je crois que nos orgueils seuls nous trom pent. La\nplupart des hommes n ’ont pas fait le tour d’un grain de sable\net m archent au soleil comme s’ils avaient épuisé l'Infini...\n                                  *\n                               * *\n   Impérieusement aimer les choses, ne serait-ce pas la prévi­\nsion de leur beauté ? La pierre, certains jours vaut la pier ­\nrerie. Tout mirage est possible en un monde où l’on divinisa\ndes insectes. Et je puis sentir la noblesse mystique d’une éphé­\nmère quand je songe au scarabée.\n                                  *\n                               * *\n   Soyons cléments aux contingences, puisqu’elles nous per­\nm ettent d’aspirer. Nous serions vite brisés avec l’inexorable\nlogique d'un Idéal. L’Idéal strict est un leurre. La Terre aussi\nnous réclame ; rendons nos devoirs à la Terre.\n   Notre âme n ’est pas toujours en ses phases suprêmes, en\nson paysage harmonique. Pourquoi faire l’ombre totale sur la\nplaine, sans laisser luire un horizon ?\n   Avec l’espoir, au loin, q ui rougeoie, la tristesse est divine\ncomme un crépuscule d’apothéose...\n                                  *\n   Si nous immolons le Réel à la Chimère, la Vie se venge sur\nnous do tous nos rêves. Absoudre la laideur, n’est-ce pas sanc­\ntifier notre âme ? Nous ne sommes si las et si maudits que pour\nn ’avoir jamais pardonné...\n                                *\n                               * *\n   Les choses les plus humbles devraient nous inquiéter, car\nelles recèlent des gloires futures ou des reflets do splendeurs\nm ortes...\n   Je vous dis que tout nous extasierait si nous savions penser\nassez loin ! Je vous dis que la laideur est parfois étrangem ent\nobsédante et qu’on peut l’admirer! Que m’im portent les formes\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2137, "texte": "                             — 67 —\n\ntristes? J ’ai connu que tout, en son jour, est un profond et\nradieux poème... Si nous avons le sens magique du mystère,\nil n ’est pas une misérable poussière invisible qui n’en doive\nacquérir une haute signification spirituelle...\n                                  *\n                                * *\n   Peut-être encore faut-il, pour que nos heures s’idéalisent,\ntout un passé de tristesses et de cendres... Les moissons sou­\nveraines jaillissent de la mort. Les blés sont merveilleux le\nlong des cimetières.\n                                 *\n                                * *\n   J ’ai vécu des soirs sonores où tout m’exaltait, où le Réel hal ­\nluçinait, plus hautain que les Chimères !\n   E t voici do nouveau mes lyrismes, cependant que m’éclaire,\nen la pauvre lampe transfigurée, le poème fervent de la flamme.\n                                 *\n                               *   *\n\n   E t pour laisser les contingences, qui nous dira ce que\npeut vivre en nous la vie essentielle, vertigineuse et taciturne\ndes souvenirs et des instincts ? Notre âme a sans doute en elle\ndes fêtes profondes que nous n ’entendons pas chanter, comme\nnos sommeils s’illuminent de songes que nos yeux ne savent\npas garder ; car nous ne dominons jamais la minute où fer­\nmente un événement tragique..\n                                *\n                              * *\n   Ainsi, avec ce pur frisson de l’Inconnu, l’existence sera a r­\ndente : tout va se magnifier.\n   Nous proscrivons l’idylle ; la terre n ’est pas faite pour les\nbergers ni pour les anges ; et les joies sont malsaines qui s’a­\nlanguissent.\n   Je n ’entends pas que l’âme aille butiner des mièvreries.\nElle resterait sévère ; elle garderait, dans la fièvre des civili­\nsations, sa forte fraîcheur barbare. Elle aim erait les fleurs\npour leur énigme plutôt que pour leur miel. Elle aurait la\ntrès simple angoisse de savoir et la mélancolie loyale d’ignorer.\nLoin de tout dogme transcendant, sa foi se réduirait à l’ins­\ntinct fauve d’être bonne et d’espérer.\n   Décembre 1895.\n                                        V icto r R em oucham ps.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-12-n5-6-004", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 68, "page_fin": 68, "titre_corps": "Renoncement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Séverin.", "ancre_debut": "Renoncement  M on heure est là. Le so ir e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 93, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 1569, "texte": "Renoncement\n M on heure est là. Le so ir est tombé s u r m a vie.\n A b d iq u a n t, sa n s reg re t, m a douloureuse envie,\n J 'a i reg a g n é, d u pas résig n é des va in c u s,\n L e seuil, a im é trop ta rd , où n u l ne m 'a tte n d p lu s .\n D a ns le ciel c la ir et fro id c o u rt u n frisso n d'autom ne,\n P a rfo is, in te r r o m p a n t la p la in te m o n o to n e,\n Le g r a n d appel p e r d u que je tte u n co r lo in ta in\n Me fa it, la n g u issa m m e n t, so u rire à m o n d e stin ...\n\n                                *\n                            *       *\n\n\n M ais to u t est dit. P lu s r ie n n e m e trouble, à cette\n                                                           [heure,\n Que le p r e s s e n tim e n t de la chère dem eure.\n E lle est là : Je la sens p lu s que j e ne la vois.\n L a do u ceu r de la lune, éparse s u r les bois,\n  Voile d é p lu s en p lu s cet h e u r e u x coin de terre\n D 'un indicible a ttr a it de p a i x et de m ystère.\n D ans l’a ir, a u to u r de m oi, chante u n conseil d'oubli:\n Je ne sa is qu o i de bon, de g ra n d , de recu eilli\n P én è tre d a va n ta g e, à chaque p a s v e rs elle,\n M on Ame, où g ro n d e encore l'ancienne querelle.\n Q u 'im portent d éso rm a is ces orages d'été ?\n E lle s a v o u re en fin le ca lm e souhaité,\n Toute trem b la n te encore à la seule pensée\n D 'un m o n d e où les p lu s d o u x l'o n t m ille fois blessée.\n                                           F e rn a n d Séverin .\nDécembre 1895.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-12-n5-6-005", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 69, "page_fin": 72, "titre_corps": "L’ondine de Nivesez", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arthur Daxhelet.", "ancre_debut": "L’ondine de Nivesez      Au « Loup-sans-tête » un très", "ancre_fin": "B a xh e le t.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Fragment                            Une jeune fille chante l", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 2461, "texte": "L’ondine de Nivesez\n     Au « Loup-sans-tête » un très modeste cabaret de Nivesez,\noù la pluie torrentielle nous avait forcés à chercher abri, on\ndevisait mollement, encore un peu terrassé par le grand coup\nde poing, naguère reçu, du terrible soleil caniculaire. L’hôtesse,\nune vieille qui porte capeline ardennaise, regardait pleuvoir,\nle nez contre la vitre, un sourire, figé sur les lèvres, dodelinant\nsa tête de septuagénaire : un geste à elle familier dans l’inaction\napparem m ent, à moins qu’il ne narguât notre manifeste décon­\nvenue.\n     Comme, dehors, allait dégoulinant toujours des lourds nua­\nges noirs l’étourdissante lavasse, sans se le dire et presque in­\nconsciem m ent on cherchait — perplexe, je ne sais com m ent —\nà proférer, en guise d’intellectuelle conversation, quelques\npensées qui ne fussent pas trop discordantes entre elles.\n     Or, le poète O... sem bla le prem ier avoir découvert le filon\nsouhaité d’où chacun extrairait à l’envi la mine précieuse des\nidées q u ’il serait salutairem ent récréatif d ’échanger pour des\nâm es un peu lentes par cet après-midi d ’août.\n     — C’est étrange, préam bula O.., combien varie d ’intensité,\nsuivant je ne sais quelle cause, l’aptitude de l’artiste à créer des\nfictions. N’ai-je pas souvent, durant des journées entières, aux­\nquelles succédaient d’im puissantes insomnies, torturé mon ima­\ngination, sans qu’elle me fournit la vision pleine de mon héros\nou q u ’elle me suggérât la moindre conception neuve ? Mais,\ndepuis trois sem aines que me voilà arpentant les bois, les bran ­\ndes et les fagnes, gravissantles raidillons schisteux, me grisant\nde cet air vif qui fouette le sang, depuis ce tem ps, dis-je, j’ai\nvu naître pour moi tout un monde, j’ai rêvé d ’inouïs romans,\ndes dram es ém ouvants, de prestigieux poèmes, d’indicibles\nféeries et des contes à ravir un professeur d’algèbre... Quel\ndommage que je n ’aie point noté d’aussi riches trouvailles !\nMais il me semble que ma paresse à écrire fut ici en raison di­\nrecte de ma facilité d’invention...\n     — J’estim e, interrom pit F ..., qu’il faut voir dans ce phéno­\nm ène que vous constatez, mon cher ami, une très banale\npreuve de l’influence des milieux. Vous voici replacé fort op­\nportuném ent dans ce site avec lequel votre âme excellemment\ncommunie. A Georges Eeckoud il faut les bruyères de la Cam ­\npine et ses plaines sablonneuses, inclém entes et avares, ne\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "                             — 70 —\n\n  donnant aux hommes que peu de pain pour d’immenses labeurs,\n à Rodenbach ou à Maeterlinck il faut la brum e des Flandres,\n les canaux m ornes et les béguinages recueillis ; à vous, les co­\n teaux du terroir wallon, les bois om breux, les ruisseaux jaseurs\n  et encore les combes affouillées des eaux et ravinées, où semble\n s ’attard er quelque chose des vieilles légendes abolies.\n       — Peut-être, reprit O..., faut-il ainsi formuler la cause de\n ce qui m’étonne. Mais cette crise d’abondance s’affirme un peu\n déconcertante après un tem ps de disette. Tenez, à l’instant où\n nous sommes et tandis que je laisse errer mes regards là-bas,\n su r le Neuf-Bots, mon esprit évoque, sans effort, la Damé de la\n forêt; toutes les choses prennent l’aspect du merveilleux ;\njamais ne m ’e st apparu si clairem ent le sens du m ystère, et\njam ais, non plus, je ne me suis senti à pareil degré le don de\n l’image plastique. Ah ! si l’on pouvait fixer, instantaném ent,\n en des pages définitives les hallucinations de certaines minutes!..\n       — Devons-nous induire de ce que vous dites, insinuai-je,\nque tan t de merveilles seront perdues pour vous et pour nous\naussi ? Je ne le crois pas ; je pense que vos actuelles hantises,\nne peuvent mourir et vous feront retour dans le silence de votre\ncabinet de travail, moins saisissantes certes et comme un peu\natténuées et indécisées en leurs contours, mais en revanche\nplus saisissables en ta n t que moins fugaces et moins désordon­\nnées... Ce conte, pourtant, que vous vous narrez en quelque\nsorte à vous-même ébauchez-le nous sur le champ. Car je suis\nsû r que les vocables ne vous faudront guère, et l’ondée qui\nsonne de plus belle dehors, les fera choir en phrases bien ryth­\nmées et cadencées à point !\n      O... so u rit: Ce pourrait être, dit-il, la légende de la fon­\ntaine, q u ’on nom m ait jadis « la Frayneuse» et qui porte aujour­\nd ’hui appellation plus plate : « le Tonnelet ».\n      Et, un peu hésitant, il comm ença :\n      « Le bois s ’éveille, le bois joli que l’aurore opalise. C’est\nun eden plein de lum ière et d’inouïe splendeur...\n      L’éternel bruissem ent des choses s’est fait symphonie\néthérée et subtile, avec les basses soutenues de l’eau qui\ncascade profondém ent dans le ravin, et les ponctuations de\ncymbales de ses rejaillissem ents en écume blanche sur le roc\npoli, avec l’éparpillem ent de mille violons et de mille flûtes\nsylvestres...\n      Et voilà que les géants feuillus s’anim ent ; et les taillis et\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2438, "texte": "                             — 71 —\n\nles futaies aussi soudain vivent plus intensém ent. Les chênes\nsont tels que vieillards seigneuriaux ou tels que des dieux anti­\nques, et le brion qui revêtait leur écorce crevassée, s’est fait\nbarbe auguste et m anteau d e vair. Les hêtres et les peupliers\nsont de grands chevaliers casqués de cuivre, bardés d’airain,\npaladins vaillants, fidèles vasseaux. Et, là-bas, s’alignent, toutes\nespèces se mêlant, serfs et valets, m anants e t vilains, pèlerins\nportant coquilles, troubadours sonnant et ballant leurs chan­\nsons...\n      Puis des dam es s’im miscent en la foule : nobles châtelaines\nparées ainsi que des châsses, cam éristes et filles d’atours. Et\nle brai des sapins s’est fait flamme étincelante de diam ants et\nde topazes, de chrysocale et d’or...\n      Mais dans les cépées se lèvent des princesses belles ainsi\nque de jeunes dryades, et lentem ent évolue leur théorie parmi\nles airelles et les fraisiers qui sont merveilleux tapis de\nSmyrne...\n      La foule a tressailli. Le son du cor vient d’éclater. L’hallali\ntriom phe, s ’alanguit e t m eurt. C’e st la chasse du prince...\n      Il est revenu, hier, avec sa jeune épousée, d’un voyage si\nlong, si long ! Et, tous deux, ils s ’avancent, souriants et beaux.\nSa haquenée, à lui, e st une forte jum ent, ram enée des luxu­\nriants plateaux de Hesbagne. Le palefroi de sa compagne est\ncouleur de neige, vêtu d ’un surtout bleu d’argent brodé...\n      Et la princesse s’amène de front avec l’époux radieux,\nlente et blanche, si blanche sous son casque lourd de cli«veux\nbruns. Mais pourquoi ses yeux sont-ils incolores ainsi que le\ncristal de l’eau, et pourquoi lancent-ils des lueurs de feu et\nlaissent-ils des traînées sulfureuses telles que des mofettes ?\nEst-ce quelque ondine ? Est-ce quelque génie ignivôme de\nl’a ir? ...\n      Or, la foule chante. C’est un choeur d’allégresse, un péan\nde toutes les bouches s’élevant. Et c’est ivresse licite ; car la\nbonne fée e st revenue dans le vallon, rapportant santé, richesse,\net la beauté et la gloire...\n      De nouveau la brande tressaille, et le bois se m eut en\ngestes de joie. Car, au loin, voici des cortèges nom breux, s’en\nvenant vers Nivesez. Ils viennent du Sud, le pays du soleil, et\nd’au-delà le Tibre e t d’au-delà l’Ister. Ils viennent du Nord et\nd’au-delà la mer. Et leurs foules se m êlent et se pressent\nvers la Dame étrange q u ’on acclame, et mille fois leurs chants\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1078, "texte": "                             — 72 —\n\nrépètent les transports où les m et son inespéré retour...\n     Mais le beau prince soudain pâlit, sur ses arçons chancelle,\net m eurt...\n     Carde trop près et avec trop de complaisance il a contemplé\nles yeux de l’Aimée...\n     Et les yeux l’ont tué, les doux yeux de cristal, parce qu’un\nm échant gnome, qui avait enlevé la fée, m it dans les prunelles\nd’icelle des jets in term ittents de flammes m eurtrières et de\nm ortelles ém anations...\n     La Frayneuse est triste im m ensém ent, et ses pleurs s’éter­\nnisent là-même où l’am ant exhala son âm e...\n     Or, ses pleurs coulent toujours, consolateurs, édulcorants..\n     Mais le feu des yeux n’est point éteint tout-à-fait : les lar­\nmes de la Frayneuse sont toujours telles qu’ondes bouillon­\nnantes, et, quand elle regarde le vallon ou la montagne , des\nlum erotes courent dans la bruyère... »\n     — C’est la mâle air ! rêva to u t haut, en se signant, la\nvieille à la capeline.\n                                            A r th u r B a xh e le t.\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-12-n5-6-006", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 72, "page_fin": 73, "titre_corps": "Fragment", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Mockel.", "ancre_debut": "Fragment                            Une jeune fille chante l", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 1078, "fin_caractere_exclue": 1903, "texte": "Fragment\n                           Une jeune fille chante lentem ent :\n\n       J a d is....\n            C 'était loin,\n       A u x lo in ta in s d 'u n im m e n se d ése rt,\n       et des m e rs et des m o ndes p eu t-être se m e u v e n t\n       en tre nos seuls re g a r d s q u i s'a im è re n t ;\n       n'ai-je v u , de m es y e u x g ra v e s,\n       (ou bien s'il écla ira m es rêves,)\n       p a s se r, com m e u n e étoile e rr a n te d'a u to m n e,\n       u n libre adolescent a u x y e u x candides ?\n\n       A h !je l'a i v u p a ss e r, len t de gau ch erie,\n       lui, son a ller tim ide, ses g estes, et t in so u m ise\n       fierté q u i s c in tilla it en écla irs d 'a ven tu re\n       à sa m a in sa n s g la ive, et ses gestes d 'a u ro re\n       et la g râ ce e n fa n tin e des y e u x qu'il lève\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1446, "texte": "                       — 73 —\n\noh lu i ! ses y e u x , to u t lui, l'or de ses boucles\n                                                [déroulées !...\n\n\n\nI l p a ssa it, ig n o ra n t des choses défendues\navec ses gestes fiers et ju v é n ile s et ses y e u x p u r s ,\ns i p â le s u r le ciel où ch a n te l'a v rillée .\nI l m 'a d it : Viens ! c 'e st toi la fiancée p r o m is e ;\nE n fa n t, j'e r r e de v a l e n p la in e v e rs la ch im ère.\nS i lo ngtem ps m 'a tte n d it ta bouche indécise !\nViens, c'est toi l'ignorée qu 'u n p en se r courtise,\ncl lu lèves les y e u x com m e des étoiles s u r la m e r.\nC'est toi ! Viens !\n Viens, oh toute la richesse de tes lèvres\net ton a m o u r a u x o rs resp len d issa n ts d 'o rfro i\nque lu p e u x éployer s u r m o n geste de r o i !\n\nOh viens, tu es m ien n e ! oh v ie n s ! vien s ! to u t m on\n                                                          [être\n s'épuise en fe u x m o rtels v e rs tes g râ ce s fleuries.\n M ais si, d a n s le so m m e il où l’om bre les captive,\n tes longs v œ u x so u s l'a u ro re éblouis d 'a rg y ro se\n hésiten t ve rs l'a r d e n t é p a n o u ir q u'ils n'osent,\n — en ce p a r c en chanté d o n t l'aube décisive\n a r é d u it doucem ent les s u r p r is e s décloses,\nje sera i, c o n q u é ra n t so u s ton linon fu r tif,\n l'adolescent r a y o n révolté v e rs tes roses.\n                                            A lb e r t M ockel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-12-n5-6-007", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 74, "page_fin": 77, "titre_corps": "Une âme wallonne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "I. 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Il faut que dans notre pays, puis à l’étranger, elle prenne\nrang à côté de la grande âme flamande connue même au fin\nfond des monastères des Météores, où, jusqu’à l’existence de la\nPrusse, était ignorée, tan t les choses d’Europe m ettent de\ntemps à arriver à ces rochers perdus entre ciel et terre.\n   Il faut qu’on sache pourquoi nous eûmes des guerriers, des\nfrondeurs, des révolutionnaires, plus d’artisans d’a rt que d’a r­\ntistes, plus d’action que de rêve.\n   Il faut que notre tenace et indéracinable impatience du joug\nreluise en des facettes nombreuses. — Une impatience tenace;\n — d’aucuns trouveront que ces mots ne sont pas fait pour s’en­\n tendre. Je les vois écrits tous les deux dans la nature du W al­\nlon pourtant. Cette nature particulière est la note tierce qui\nharmonise deux notes discordantes, elle est le fait positif, vi­\nvant, qui concilie deux choses opposées. Dans le chaos des\néléments épars, si deux éléments contraires parviennent à se\ncombiner, n ’ont-ils pas créé de la vie, une vie ? Est-il d’autre\n vio que celle-là ?\n    Ces deux qualités nous appartiennent et si toute une famille\n d’artistes, d’hommes d’action ne les ont pas encore incarnées\n de façon retentissante, c’est peut-être que leur heure n’était pas\n venue. Chaque âme, celle des peuples comme celle dos indivi­\n dus, attend son heure pour se révéler toute entière, et la com­\n binaison des forces sociales, morales ou intellectuelles qui la\n construisent, ne se manigance pas comme les mariages do rai­\n son. Elle éclate quand les circonstances, inconnues le plus\n souvent et toujours imprévues, la favorisent.\n    Déjà en quelques-uns peut-on en prévoir des réalisations ;\n ces réalisations, complètes ou incomplètes, il faut les affirmer,\n telles qu’elles sont, les répandre ; elles sont la semence des\n"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "                             — 75 —\n\n accomplissements futurs. L’avenir nous dira si peut-être elles\n ne sont pas déjà en elles mêmes de véritables réalisations.\n   Celui dont nous voulons parler aujourd’hui, L o u is Kefer,\n incarne bien les deux maîtresses qualités de l’âme wallonne, la\n vivacité et la ténacité.\n   Depuis plus d’un siècle, probablement, — d'autres artistes,\ndes peintres, des écrivains, des orateurs ont passé par Ver­\nviers, y ont séjourné, s’y sont dépensés on imprécations contre\nses ignorances, masquées par les demi-sourires gouailleurs de\nceux qui sont à moitié “ informés      ou contre les incompré­\nhensions têtues des modestes.\n   Fuyant cette “ m erde difficultés » qu’est l’éducation a rtisti­\nque d’une petite ville forcément composée, en majeure partie,\nde travailleurs qui n ’ont pas le temps dépenser, ils ont aban­\ndonné la partie : ils se sont sauvés ailleurs, ou se sont laissé\nenvahir par l'atmosphère régnante. Au bout de quinze ans, -\nmoins peut-être, — plus rien ne restait de leur belle originalité,\nni do leur forte conviction. “ Il faut bien vivre en paix ! » Et\nla m ort les enveloppait à l’avance d’une somnolente pétrifica­\ntion.\n    Mais voici qu’un vrai Wallon qui n’a pas peur des coups,\n doué d’une foi suffisante en l’Art pour l’imposer, pour ne recu­\n ler ni devant les incompréhensions, ni devant les désapproba­\n tions, ni devant les froideurs, loge dans sa tête qu’il va chan­\nger le goût musical de cette population. Et il y arrive. Tous\nles \" anciens \" qui ne goûtent que l’opérette ont au moins\nacquis la pudeur de ne pas la placer au sommet de l’art ;\nquant aux jeunes, ils grogneraient avec une estimable intransi­\ngeance si on voulait leur servir des plats insuffisants ou suran­\nnés.\n    Ce wallon, tenace et impatient des obstacles, a détourné le\ncours naturel des choses, qui dépouille les petits centres de leurs\nforces vives pour les envoyer vers les grands. Tout comme\nles braves huîtres qu’on mange la plupart du temps plus\nfraîches à[Paris qu’au bord de la mer, les am ateurs d’a rt se\nprécipitent volontiers vers les capitales. Créer, non pas seule­\nm ent de l’art, mais un marché d’art, en province, faire surgir\n"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2107, "texte": "                            — 76 —\n\nun public qui en demande, qui en veuille, voilà la chose extra­\nordinaire, que Kefer a tentée et qu’il a accomplie.\n   Go qu’il y eut de bien wallon en cette affaire, ce fut la façon\ndont la lutte s’engagea et se poursuivit. Ce furent ces\ncoups d’audace, ces témérités folles en apparence, de faire\nparfois entendre au public des œuvres d’un ou deux de­\ngrés au-dessus de sa compréhension. Ce fut cet entêtement à\nne pas s’abaisser à « plaire » en rendant criardes les nuances\nou en mignardant les effets.\n   Du joli talent français d’arrondir les angles, nous sommes\nassez dépourvus, en Wallonie. Nous sommes facilement frus­\ntes ; et nous aimons mieux, en général, qu’on nous accuse\nde maladresse que d’adresse. Il y a, en ceux qui chez nous ont\nla volonté normalement tendue, une fébrilité qui leur ôte le\nréseau Je douceur et d’adroite malice dont s’entourent les mé­\nridionaux.\n   On dirait que nos petites montagnes nous pèsent, que nous\nsommes toujours pressés de les escalader pour mieux voir l’ho­\nrizon. Ces couleurs dures, cette lumière réverbérée en des\nvallées étroites, ont dû quelque peu nous façonner l’âme, au\ntemps où l’on vivait d’une vie plus intimement liée à celle de\nla nature. La présence immédiate, positive, de l’obstacle, sur­\ngissant à tout bout de champs devant nous, nous a rendus\ncombatifs et prompts à la résistance comme à la riposte. Bien\nrarem ent une vaste nappe tranquille d’espace liquide ou solide\nest venue attirer nos yeux et nos imaginations vers des in ter­\nrogations indéfinies ou des rêves lointains.\n   Dès qu’une chose inconnue se dresse devant le W allon, il se\nrebiffe. — De l’antique habitude de rencontrer rochers, ruis­\nseaux, fourrés hostiles, il a gardé cette rapidité à se m ettre\nen défense, — qui se traduit peut-être dans les temps civilisés\npar la vivacité d’action, — et qui, chez les médiocres et les\npeureux, devient une défiance subite, un scepticisme orné de\nsourire.\n   De W allon à W allon, si la lutte s’engage, les étincelles sont\nde la partie.\n  Dans les combats d'un seul contre tout un public, comme\n"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 993, "texte": "                            —   11 —\n\ncelui dont nous venons de parler, si le lutteur est convaincu,\nc’est toujours lui qui doit l’emporter.\n   « Pas plus que toute la mer ne peut détruire une goutte\nd’eau, pas plus que l’énorme colonne d’air qui est au-dessus de\nnous n e peut écraser la petite colonne d’air qui est en nous,\nune foule ne peut nier ou ignorer l’esprit, la nature d’un homme,\nquand cet homme est simplement la condensation des éléments\népars dans la foule. »\n   Peut-être même l’homme sera-t-il d’autant plus fort qu’il\nsera plus seul ; toutes les oppositions qui l’entourent étroite­\nment lui servant do support, de levier et de soutien.\n   Peut-être, est-ce par ce côté d’héroïque et confiante résis­\ntance que_l’âme wallonne, secouée un jour de quelque univer­\nselle impatience, révélera sa tenace vitalité.\n   En route vers cet avenir, saluons en passant ceux qui nous\naident à le rêver.\n                                                      I. W ill.\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-12-n5-6-008", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 77, "page_fin": 78, "titre_corps": "Le culte des héros", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "I. Will.", "ancre_debut": "Le culte des Héros    Ceux qui furent grands d", "ancre_fin": "nous détraquer ? I. W ill.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La mauvaise Vendange       P a r les pampres dorés et", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 993, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "Le culte des Héros\n   Ceux qui furent grands dans la science, dans l’art, ou grands\nen face do la vie, ont entre eux une profonde et étonnante\nressemblance : soit qu’ils aient envisagé les choses au point\nde vue du Beau, du Vrai ou de l’Héroïsme qu’elles contenaient,\nils les ont toujours envisagées par leur côté affirmatif, — lais­\nsant à part tout ce qui était défectueux et négatif.\n   Je croirais bien qu’affirmer, appuyer toujours sur ce qui est,\nsur ce qu'il y a d’essentiel dans les choses et dans les êtres, est\nle moyen d’être fort. En tout cas c’est la seule façon de s’em­\nplir les poumons de Beauté et de Bonté et les discuteurs, ceux\nqui ne cherchent qu’à tirailler les choses pour prouver qu’ils\nsavent découvrir le défaut de la cuirasse, outre qu’ils sont les\ngens les plus fatigants qui soient, et qu’ils se rident la figure\ninutilement, ne donneront jamais une note harmonieuse, et\npourront tout au plus faire partie d’une symphonie de canards,\njam ais ils ne chanteront.; P eut-être même jamais ne riront-ils\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 368, "texte": "                          — 78 —\n\nde tout leur cœur, — et nous avons tan t besoin d’êtres chan­\ntants et rieurs, d’épanouissements et do joies, — de reflets de\nsoleil !\n   Ne pourrions-nous apprendre des grands humains à réfléter\nla plus grande somme possible de soleil, sans nous détraquer ?\n                                                    I. W ill.\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-12-n5-6-009", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 78, "page_fin": 78, "titre_corps": "La mauvaise vendange", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tristan le Roux.", "ancre_debut": "La mauvaise Vendange       P a r les pampres dorés et", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 368, "fin_caractere_exclue": 1807, "texte": "La mauvaise Vendange\n      P a r les pampres dorés et les folles cépées\n      Ploëbos agonisant projette scs épées ;\n      La vigne étend au loin ses festons empourprés\n      Que les derniers rayons, traits du P arthe, ont sabrés\n      Les vendangeurs joyeux écrasent du soleil\n      Sous leurs pieds et, debout sur le couchant vermeil,\n      Les fllles de Bakkos, les yeux striés de flammes\n      Leur lancent des regards aigus comme des lames ;\n      Un ferment remplit l’air et fait battre les yeux.\n      Le b utin, d’heure en heure, enfle prodigieux\n      E t le pressoir d’acier, au geste emblématique\n      Va faire ruisseler la liqueur prophétique.\n\n                              *\n                             * *\n\n      P ar les champs de mon cœur c’est la vendange aussi,\n      La vendange mauvaise et lâche, sans merci :\n      Mes Espoirs tôt lassés, s’enfuient à tire d’ailes\n      En quête d’autres lieux et d’abris plus fidèles ;\n      Mes orgueils terrassés m’oppressent : tels des morts\n      E t puis, voici la suite odieuse des Remords\n      Qui forment, enlacés, un ricanant cortège\n      Sanglotant dans mon âme un sarcastique arpège...\n      E t je vais, sans savoir ce qui se passe en moi\n      L’âme trouble, pourtant, d’un douloureux émoi :\n      L’on a pressé l’amas des rêves et des charmes\n      E t voici le bon vin, le clair vin de mes larmes.\n                                           T rista n le R o u x.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-12-n5-6-010", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 79, "page_fin": 81, "titre_corps": "Une rose à la bouche", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hubert Krains.", "ancre_debut": "Une Rose à la Bouche                                       par Louis Delattre   Brux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 104, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "Une Rose à la Bouche\n                                      par Louis Delattre\n  Bruxelles, Edition du « Coq Rouge ».\n      « Il ne m ’arrive jam ais de choses extraordinaires, écrit M.\nDelattre, dans la dédicace de son livre. La vie, on dirait qu’elle\ns’am use à m e traîn er dans l’herbe, à ras de terre, comme une\nbête joyeuse. »\n      Et de fait, nous retrouvons ici l’auteur à peu près au même\nendroit où nous l’avions laissé après avoir fermé, il y a un an,\nses Miroirs de Jeunesse. M. Delattre ne parait pas se soucier\nbeaucoup de brûler les étapes de sa carrière. Cependant, si\nl’homme n’est pas pressé d’élargir son horizon, l’artiste, lui, ne\nreste pas stationnaire. Son nouveau livre nous révèle même\ntan t de progrès dans sa façon de m ettre en valeur tous les dé­\ntails d’une histoire et une m anière si originale et si personnelle\nde conter qu’on se dem ande ce qu’il pourrait encore gagner de\nce côté-là. Son originalité surtout s’affirme ici d’une façon déci­\nsive. Si M. Delattre a des auteurs de prédilection, s’il a fait son\néducation littéraire dans certains livres, ils n ’ont eu q u’une ac­\ntion indirecte sur son talent et sur son tem péram ent. Il\nest en dehors de toute filière. Il e st vis-à-vis d ’eux comme\nil e st vis-à-vis de son tem ps, car on ne peut pas dire non plus\nqu’il est un produit de son époque. C’est un poète que font\nseulem ent vibrer les choses qui lui sont sym pathiques. Il porte\nen lui quelque chose de plus fort que les événements. La petite\nfille à laquelle il consacre ses contes et qu’il élève dans ses\nbras comme le jeune dieu moqueur et tendre de ses prés et de ses\nbois e st le symbole vivant de son art. Sur notre époque agitée\net triste, M. Delattre se penche, lui aussi, avec un sourire ten­\ndre qu’aucun spectacle n’altère, quelque m isérable qu’il soit.\nOn se le représenterait mieux dans une époque de renaissance,\nà l'aurore d ’une littérature, que dans une période de surm enage\net de décadence. S’il fallait absolum ent le classer, ce n’est au­\nprès d’aucun écrivain moderne que nous le m ettrions, mais à\ncôté d ’un auteu r du xvi° siècle, à côté d’un poète parfait, à côté\nde Ronsard, dont il a la philosophie aim ablem ent épicurienne,\nl’am our de la vie, la belle gaîté e t la délicate mélancolie. Une\nRose à la Bouche, ce livre dont le titre dit si magnifiquement le\n détachem ent supérieur de tout ce qui e st en général considéré\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2672, "texte": "                             — 80 —\n\n comme sérieux et grave, est éclose dans la plus funeste des\n serres. La m oitié des histoires qui composent l’ouvrage sont\n des histoires d’hospices et d ’hôpitaux. Malgré cela la joie l’em­\n porte su r la mélancolie. L’auteur n’e st cependant pas inaccessible\n à la pitié. Il comprend la douleur et il le prouve lorsqu’il décrit\n la Vieille au Chien et la Mort de l'Enfant, mais il n ’est pas de\nceux qui se plongent dans la douleur avec désespoir, qui la\n fouillent avec passion, qui en cherchent avec inquiétude les\nsources et les em bouchures. Il est très capable de s’intéresser\nà un m alade, d'apprécier l’éloquence de ses spasm es et de ses\nhoquets, de l’accom pagner jusqu’au seuil de la m ort, mais il\ns’arrête là, il détourne la tète au bord du néant. Devant le\nvide, il s’ébroue comme un jeune faune pour secouer ses idées\nnoires et s’encoure incontinent reprendre sa vie joyeuse au\nmilieu des fleurs et des bois. Lorsque la pitié l’a conduit trop\nloin, lorsque la tristesse l’a em porté chez lui sur tous les autres\nsentim ents, il écarte quelquefois ses pensées douloureuses avec\nrudesse. «Les alouettes veulent le jour sans voiles. Qui je t­\ntera à la voirie ces m orts qui encom brent la cham bre et qu’on\nnous force à veiller ? » Cette parole sonne dans sa bouche comme\ndans celle d ’un enfant avide de vie et de joie. Sa pitié a d’ail­\nleurs beaucoup d ’analogie avec celle des enfants. C’est une pitié\ninfiniment poétique qui serre doucem ent le cœ ur, une pitié\npassagère qui ne m et des larm es dans les yeux que pour rendre\nplus éclatants les sourires qui vont suivre.\n     M. Delattre est un des rares écrivains m odernes qui possè­\ndent une âm e jeune. Il est organisé à merveille pour com prendre\nla poésie de la vie et p artan t la légende. Et il faut insister ici\nsur ce q u ’il y a de légendaire dans son dernier livre. La Vieille\nau Chien, l’Accordéon de l’Hôpital, la Mort de l’E nfant, la Séré­\nnade aie Boulanger, une Rose à la Bouche sont des tranches de\nvie, mais des tranches de vie m agnifiquement poétisées ; quant\nau Conte d'Avril et à l’Histoire de trois petits Enfants, ce sont\nde vraies légendes que l’auteur a transform ées pour les m ettre\nà la portée de nos âm es nerveuses. La dernière surtout, cette\nhistoire sobre écrite en quelques traits et dont l’im pression\nse glissait dans le cœ ur comme un rayon de lune, a refleuri\nsous ses doigts, il lui a soufflé son âme, il lui a généreusem ent\ndispensé toutes les couleurs de sa palette, d’hiératique qu’elle\nétait, il l’a rendue hum aine e t expressive. Elle est ainsi venue\nvers le naturel et l’hum anité tandis que les autres s ’élevaient\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "                             — 81 —\n\nvers la légende. L’atm osphère de son livre e st un mélange\nsavam m ent dosé de réalité et de légende. C’est un bouquet\noù il y a un peu de tout, depuis l’hum ble aném one jusqu’au\ngardénia, un bouquet de fleurs pleines de sève m ais un\npeu m eurtries, qui exhalent leurs parfums avec violence par\ntoutes leurs blessures et qui sont étreintes entre deux ravis­\nsants petits poèmes en proses — Dédicace et Retour — comme\ndans deux griffes d’or.\n      Au-dessus de cela, il y a comme un joyeux bourdonnement\n d’abeille produit par le style vagabond de l’auteur, un style qui\n chante, qui susurre, qui sautille, qui fait des cabrioles, qui\n m et quelquefois sa casquette sur l’oreille, mais qui reste tou­\n jours vivant, musical et plein d ’enchantem ent. Par là, du reste,\n sa phrase s’harm onise adm irablem ent avec sa pensée, qui, elle\n aussi, e st une délicieuse vagabonde. Les réflexions philosophi­\n ques dont il émaille ses histoires — réflexions narquoises, scep­\n tiques et tendres — n ’ont quelquefois pas l’air non plus de tenir\n les unes aux autres, elles font volontiers sem blant de s’enve­\n lopper d’obscurité, de se glisser sous des broussailles pour\n nous soustraire leur sens, mais voilà que, tout-à-coup, un large\n rayon de soleil tom be dessus, les ouvre jusqu’au fond et les\n résum e en un beau cri poétique qui nous plonge en plein cœ ur\n toute l’essence du conte. Telle la phrase finale de la Vieille au\n Chien: «Ah! tiote, n’oublie jam ais qu’il faut sourire à ceux\nqui nous caressent. »\n     Ce sont là de ces paroles à la fois naturelles et profondes\nqu’on ne trouve q u e quand on est un vrai poète. Elles abondent\ndans le livre de M. Delattre. Elles ouvrent des trouées d’or sur\nle rêve. Elles partent plus du cœ ur que de l’esprit. Aussi est-ce\navec le cœ ur — et le cœ ur seul — qu’il faudrait en parler pour\nen bien parler. Mais môme la parole uniquem ent inspirée par\nle cœ ur ne parviendrait peut-être pas à traduire toute la poésie\ndiscrète et lointaine qu’elles contiennent, e t le meilleur hom­\nmage que nous puissions rendre à l’auteur — après que les\ndernières vibrations de sa voix se sont éteintes en nous comme\nles accords m ourants d ’une m usique cham pêtre — c’est de\nnous tourner vers lui et de lui dire: « Contez-nous donc encore\nde ces contes que vous contez si bien ! »\n                                               H u b e rt K rains.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-12-n5-6-011", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 82, "page_fin": 84, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Stéphane Elseneur.", "ancre_debut": "Les Livres         André Ruyters : « D ouze p et", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 63, "fin_caractere_exclue": 2142, "texte": "Les Livres\n        André Ruyters : « D ouze p etits n o ctu rn es ».\n                                     (L a c o m b l e z , Bruxelles.!\n        Henry Bataille : \" L a ch a m b re blanche \" .\n                            (Edition du Mercure de France.)\n        A.-F. Hérold : « L e livre de la n a issa n ce, de la\n                           vie et de la m o r t de la bienheu­\n                           reu se Vierge M arie. ».\n                            (Edition du Mercure de France.)\n        Albert Mockel : \" E m ile V erhaeren. \"\n                            (Edition du Mercure de France.)\n\n   Naguère se fondait à Bruxelles une revue. Elle se voulait\njeune, franche, libre ; elle le fut : nous gardons encore la mé­\nmoire de polémiques et de lattes, hardies et bellement outran ­\ncières. Or ceux-là, qui se firent alors les servants audacieux\net fidèles de l’art, voulurent s’affirmer par des œuvres et M.\nRuyters nous donne aujourd’hui D ouze p e tits n o ctu rn es.\n   D’aucuns lui reprochèrent certaines lectures — faites non\nsans profit : je n ’aurai point cette naïveté ou cette outrecui­\ndance. E t selon l’ordinaire et, ma foi, fort polie — bien que\npeu rassurante — formule je ne l’attendrai pas à des tâches\npostérieures et plus décisives. Non que l’œuvre soit d’achevée\nperfection. Mais à travers ces strophes légères, fluides, ténues\net lumineuses on distingue un poète, fort de nobles vouloirs et\net riche de promesses. Il nous a conté l’aventure de deux êtres\nqui s’aimèrent au milieu de la forêt bruissante et souveraine,\ns’adorèrent longtemps par la nuit et noyèrent, éperdus, leur\nfrêle bonheur dans l’harmonie essentielle de la musique. Il y a\nlà un charme candide, un accent sincère et vrai, un sons pro­\nfond de la nature. On dirait un chant — un peu grêle —\nmais délicieux et pur sous le ciel étoilé, un chant de jeu­\nnesse rieuse et triom phante... Il faut saluer l’éclosion verte et\ntendre de ce nouveau talent.\n  Voici des vers de tristesse fine et résignée, de sensibilité\ncraintive, vague et subtile. M. Henry Bataille évoque ses sou­\nvenirs :\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2090, "texte": "                            — 83 —\n\n      Les souvenirs, ce sont des chambres sans serrures,\n      Des chambres vides où l’on n ’ose plus entrer,\n      Parce que jadis de vieux parents y moururent.\n      On vit dans la maison où sont ces chambres closes,\n      On sait qu’elles sont là comme à leur habitude,\n      E t c’est la chambre bleue et c’est la chambre rose...\n      La maison se rem plit ainsi de solitude,\n      E t l’on y continue à vivre en souriant...\n\n   Dans ces chambres blanches l'auteur nous conduit à pas dis­\ncrets et graves : tout un monde s’y éveille de sensations dé­\nfuntes. Souvenirs d’autrefois. Imaginations puériles. Terreurs\net rêves de jadis. Décors fanés, atténués. L’âme des choses y\npasse. On y sent courir, non la vie puissante et inconnue de\nla grande Panthée, mais la vie m urm urante, la vie intime et\net menue des choses surannées et quiètes.\n   E t c’est d’une impression particulière et pénétrante - telle,\nsur mon âme d’enfant (je crois l’éprouver encore) la tombée\nmélancolique des crépuscules provinciaux.\n\n\n\n   L’antiquité païenne avait inventé Vénus Aphrodite. Le\nChristianisme rehaussa d’une auréole Marie de N azareth....\nComment sa mère, Anne, si longtemps stérile, lui donna nais­\nsance, comment, après être entrée jeune au couvent, elle\népousa Joseph et eut un fils, Jésus, comment enfin elle vécut\net m ourut, M. Hérold nous le raconte, d’après les nombreux\névangiles apocryphes. Car, à cette douce femme, les chrétiens\nprimitifs et les humbles des temps passés tressèrent des légen­\ndes miraculeuses et touchantes: ainsi, Salorné niant, incrédule\net narquoise, la virginité de Marie ; Jésus enfant éloignant\ndragons et panthères ; les langes guérissant les aveugles et les\nfiévreux ; le corps de la Vierge morte répandant une odeur\nembaumante. Avec leur épais cerveau, les simples, pour\nl’exalter, ne voulurent voir en Marie que la Vierge bienheu­\nreuse. Devant le silence des traditionnels évangiles, ils se\nl’imaginèrent — idéal en bataille avec leurs sauvages instincts —\ntoujours immaculée et d’inaccessible vertu. Nous la préférons\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1650, "texte": "                             — 84 —\n\nplus humaine et nous aimons en elle plutôt et la Femme et la\nMère. Elle passa « calme et sûre » parmi [les hommes dans\nson cœur, naïf et franc, la passion couvait sous la cendre, et\nson âme, ouverte et passive, condensait une somme intense\nd’hum anité. P a r elle se sanctifia la m aternité ; elle fut la mère\nau dévouement merveilleux et jamais lassé. Sans cesse, elle sut\nentourer de mystère, de foi, de respect et d’un culte pieux\nl’amour et la vie. Elle possédait vraîm ent le rare secret de\nvivre. M. Hérold a déroulé cette existence dans une langue\ningénue et limpide et M. Paul Ranson en traça un cadre de\ngrâce archaïsant e et séductrice. — Adorable figure qui fait\nrêver, que j’ai peur de voir divulguer, profaner et qu’il\nconviendrait peut-être de laisser dans l’ombre grandiose : il me\nsouvient que les christophores, un jour,[furent à la mode !\n\n\n\n   M. Albert Mockel n ’est pas seulement un pur poète.\nC’est encore un exquis et savant critique. Il n’y a pas bien\nlongtemps il disserta du vers libre avec autorité, avec finesse\net modela deux beaux médaillons où revivaient l’hiératisme\nemphatique et splendide de M. de Régnier, la joie sereine et\nradieuse de M. Vielé-Griffin. Il élève maintenant la statue\ndure et métallique d’Emile Verhaeren. Et, comme à une com­\npréhension large et tolérante le critique allie une délicate\nsouplesse d’analyse, un style nuancé, clair, sonore et rythm é,\nle génie fort, paroxiste, inégal, violent et superbe du grand\npoète des Villages Illu so ires surgit, sublime dans la lum ière...\n                                           Stéphane E lseneur.\n  Janvier 1896.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-12-n5-6-012", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 85, "page_fin": 87, "titre_corps": "L’Œuvre à Verviers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Vernei.", "ancre_debut": "Œuvre à Verviers Il importe d’élever, ici, une stèle", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 110, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 2102, "texte": "uvre ,, à Verviers\n    Il importe d’élever, ici, une stèle commémorative, simple­\n ment, à une manifestation artistique : celle-ci fut la représen­\n tation de deux œuvres bellement intellectuelles données à\n Verviers, par Lugné-Poë et la troupe du théâtre de l’Œuvre.\n — Solness le c o n stru c te u r d’Ibsen et le B a ise r de Théodore\n de Banville. — Cette tentative de Lugné-Poë et de sa .troupe\n obtint un grand succès d’admiration, que manifestèrent tous\n les adm irateurs de l’art nouveau, disséminés dans le public\n verviétois.\n    Aussi fut-ce avec chaleur que l’on y applaudit l’artiste et sa\n troupe qui surent donner, dans un cadre des plus rudim entai­\n res, un relief intense au drame d’Ibsen. Certes, parmi l’audi­\n toire s’il en était de fervents, il s’y trouvait aussi bon nombre\n de contempleurs, aristarques extraordinaires et péremptoires,\n que d’ailleurs je n ’estime guère de disputer à M. Sardou ou\n autre de même toc.\n   Néanmoins ces divergences d’esprit — inévitables, si l ’on\n considère le bon vertigineux effectué, par hasard, de Sardou,\nOhnet à Ibsen — l’œuvre de ce dernier subjugua l’auditoire\npar sa rigidité, sa complexité et fut écoutée dans un silence\ncomplet.\n   E t peu nombreux, je crois, même des plus réfractaires,\nfurent ceux qui ne ressentirent aucun trouble.\n   Le touffu de l’œuvre, les idées intensément exposées ; le\nvague qu’y mêlent l’inconnu, les puissances mystérieuses, s’ils\ndéroutèrent le grand nombre ne laissèrent pas de les émotion­\nner certainement.\n   Quoi donc de plus émouvant, de plus vigoureusement et\nminutieusement dessiné, avec exagération presque, — mais à\ndessein dirais-je — que ce drame de l’homme de génie, qui s’é­\ntan t laissé emporté selon le vertige de son imagination au-\ndessus de la force humaine, retombe brisé, anéanti.\n   Quoi de plus suggestif que cet homme sacrifiant tout, fou­\nlant aux pieds toutes choses chères pour arriver à son but\npareequ’il le sait bon, et de qui ressort aussi cette règle du\nto u t ou rie n , qui se révèle plus manifestement encore dans\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2096, "texte": "                            — 86 —\n\n B r a n d , cet autre drame d’Ibsen.\n   Rien de plus captivant non plus que l’évolution de cet\nhomme, dont l’œuvre eut d’abord un but philosophique, eut\n d’abord Dieu pour fin et qui, devant l’impassibilité de celui-ci,\ndévoue son œuvre aux hommes.\n   E t qu’est-il donc de plus magnétique que cette puissance\nmystérieuse, occulte qui se révèle despolique, implacable, in­\ncitant Solness ou Hilde — la fatalité — que fait si prestigieu ­\nsement surgir en ses drames Maurice Maeterlinck.\n   Mais, comme il n’est pas dans mon dessein de déterminer le\nsymbole de l’œuvre, je laisse, comme il convient et l’on doit,\nà l’individualisme de chacun de discerner le symbole sous\njacent du drame très simple d’Ibsen.\n  En effet, à quelles discussions interminables ne mènerait\ndonc pas la complexité d’Ibsen, où il revendique : tantôt l’in­\ndividualisme, tantôt dans le mariage la parfaite communion\nspirituelle des deux époux; ailleurs combattant le pharisaïsme\net les conventions sociales ou enfin prêchant le relèvement\npar la souffrance et exhaltant la volonté, mais une volonté\nque rien ne rebute.\n   E t tout cela se résoud en un esprit de révolte contre l’état\ndes choses actuel — état des choses qui échoue à la fin fatale\net funeste indiquée, me semble-t-il, dans H edda Gabier —\net qui aboutit à la perception d’une vie idéale, adéquate à sa\ndiane d’affranchissement moral.\n   Quel besoin est-il aussi d’entreprendre des dissertations sans\nfin, pour savoir si c’est là : ou le drame de l’homme de génie\nemporté au delà du possible par son imagination et retombant\nbrisé, ou l’incompatibilité du rêve avec la réalité produisant\nla ruine de celui-là ou encore l’impossibilité à l’homme de te­\nnir l’idéal plus d’un instant ?\n   Qu’importe si Hilde symbolise l’âme de Solness qui se res­\nsaisit tout-à-coup ou, simplement, la puissance hiératique de\nl’élément féminin sur l’homme ?\n  Si Aline, l’épouse de Solness, symbolise ces esprits qui sui­\nvent le mouvement mais sans y prendre une part active ou\nceux qui se plaignant ne réagissent pas contre la cause et\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1949, "texte": "                            — 87 —\n\nplutôt se résignent, ou bien l’âme trop faible pour supporter\ntous les obstacles qui s’opposent à la réalisation ?\n   Si Ragnard symbolise l’attaque des envieux, des médiocres\ncontre l’homme de génie ou encore la lutte de l’art, mais l’a rt\nutilitaire à la portée do tous contre l’art p u r.\n   Dites, à quoi donc servirait à s’évertuer, à se dépenser sur\ntan t complexe m atière ?\n   De ceci seul, stéréotiper la solution de l’œuvre d’Ibsen —\ntelle l’unique solution d’un problème — : résulterait inévita­\nblement l’affaiblissement de son travail. Il faut donc laisser à\nchacun d’y découvrir le symbole selon lui-même et encore\nqu’il ne faille pas l’apprendre, comme d'aucuns le font, dans la\npréface nécessaire et indispensable pour comprendre l’œuvre,\nprétendent-ils.\n   E t à ce propos, je tiens à exprimer l’idée utilitaire que m’ont\nsuggérée les préfaces qui sont, comme des indicateurs au\nseuil des œuvres symboliques, préfaces qui ne se trouvent là,\nprobablement, que pour aider, m ettre sur la voie — dirais-je—\nles profanes, peut-être même pour leur m ontrer de quelle façon\nils doivent procéder pour déduire le symbole.\n                                  *\n                                * *\n   Cette représentation fut terminée par la délicieuse comédie\nde Théodore do Banville : L e B aiser. Persuadé qu’il serait\noiseux de rééditer l’éloge d’une pièce du poète des Cariatides,\nje ne brouillerai pas l’impression de finesse, de délicatesse et\nde fraîcheur qu’aura laissée cette œuvre si musicale.\n   Je dirai seulement à propos de l’interprétation : que Lugné\n Poë, en le personnage tan t bizarre, au caractère très vague\n qu'est Pierrot, y révéla la souplesse de son talent et une diction\n qui égoutte, telle une stillation, les rimes parnassiennes.\n   E t quant à Mlle Clary, son talent ne souffrit nullement du\n contact de Lugné Poë.\n                                              Georges V ernei.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-12-n5-6-013", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 88, "page_fin": 88, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "M em en to    A lire :    Arte. — Stuart Merri", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 113, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 1120, "texte": "M em en to\n   A lire :\n   Arte. — Stuart Merril : La fille à la fontaine. — Lionet\n des Rieux : L’audience du prince Amour. — Achille Millieu :\n Renouveau. — Edouard Ducoté: Similitude.\n\n\n\n  Mercure de France. — Remy de Gourmont : Hello ou le\ncroyant. — Victor Charbonnel : Les Mystiques clans la litté­\nrature présente. — Alexandre Dumas fils et les écrivains nou­\nveaux.\n\n\n   L’Ermitage. — André Gide : Ménalque-Eugenio de Castro :\n   Pan. — Camille Mauclair : Une causerie avant les poèmes.\n\n\n\n   Le Rêve et l’Idée. — L’article de Maurice Leblond.\n\n\n\n  Le Jeune Belgique. — Iwan Gilkin: Quinze années de L itté­\nrature. — Albert Giraud : Alexandre Dumas fils. — Eugénio\nde Castro : Sagramor (fragment). — Francis de Croisset: Vers.\n\n\n\n  La Lutte. — F. Vielé-Griffin : La Source.\n\n\n\n  L’Art Jeune. — Henry Maubel : Etait-ce rêver. — Ed­\nmond Pilon : La Maison d’Exil. — André Rujters : de Ré­\ngnier et Vielé-Griffin.\n\n\n\n   Le dimanche 9 Février, M. Edmond Picard donnera sous\nles auspices de l'A r t W allo n , une Conférence sur la Socialisa­\ntion de l’Art.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-12-n5-6-014", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L ’A R T W A", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 114, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1315, "texte": "L ’A R T                                 W A LLO N\n   R ev u e         M ensuelle                   d’A rt et de Littérature\n             OUVERTE                   A      TOUS          LES     JEUNES\n\n\n\n\n                     COLLABORA LEURS :\n                                       W ALLONIE.\n\n\n        P aul A r d en ,           R i ch a r d B l o n d e l ,    A rth ur Dax helet ,\n\nCh a r l e s      D elch e v a l e r ie ,        A ug u ste       Donnay,       Stéphane\n\nE l se ne u r , J u les F e l l e r , P a u l G é r a r d y , A rn o ld Go f f in ,\n\nA l b . G u é q u ie r , J o sé H e n n e b ic q , H u b e r t K r a in s , R ic h a r d\n\nL e d e n t , A lbert M ockel, Léon P asch al,                       E dm ond R a sse n -\n\nfo sse,     P a u l R e im o n , T r is t a n l e       R o u x , F e r n a n d R o u ssel,\n\nG e o r g e s S a in t - P o l ,      F e r n a n d S é v e r in , H u b e r t S t ie r n e t ,\n\nM a r c e l V ir e u x , I.        W il l .\n\n                                 HORS         W ALLONIE.\n\n\n       Georges              R od e n b a c h ,   E m il e     Verhaeren,          F r a n c is\n\nV ie l é -G r i f f i n .\n\n\n\n\n       Adresser livres,                m anuscrits          et communications à\nM. Maurice XHOFFER, adm inistrateur, rue du Palais, 129,\nVerviers.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1895-12-n5-6-015", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PHOTOGRAPHIE ARTISTIQUE AUGUSTE VANDEVELDE A M", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 115, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 627, "texte": "PHOTOGRAPHIE ARTISTIQUE\nAUGUSTE VANDEVELDE\n           A M STE R D A M\n  Collections de portraits artistiques\n                  en tous genres\n Catalogue avec échantillons fr. 2.00\n          ADRESSER. LES COMMANDES\nA u g . V a n d e v e ld e , b o îte p o s ta le , 186\n                 AMSTERDAM\n\n\n\n      T Y P O G R A P H IE - LSTHO GR APH IE\n\nMaurice Xhoffer\n          ÉDITEUR DE L’ART WALLON\n     R ue       du P a l a i s , 1 2 9\n                  V ERV IERS\n\n   I MPRESSIONS            COMMERCIALES.\n             EN TOUS G EN R ES\n\n\nP u b licatio n s littéraires      et artistiques\n            ÉDITIONS DE L U X E\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 88, "texte": "                                                         L Ar t\nWallon\n      REVUE M EN S U ELLE\nD ' A R T & DE L I T T É R A T U R E\n                    ABONNEMENT :\n\n        Belgique,    3fr . 50,    E tra n g e r, 4 f r\n\n\n\n\n                  SOMMAI RE :\n\nLa   Vie S u b tile - Victor Remouchamps.\nR enoncem en t - Fernand Séverin.\nL ’Ondine à N iv e se z - A rthur Daxhelet.\nF ra g m en t - Albert Mockel.\nUne A m e W a llo n n e - I. Will,\nLe Culte des H éro s - I. Will.\nLa M auvaise V en d a n g e - Tristan le Roux.\nUne Rose à la B o u c h e H ubert Krains.\nLes L iv re s - Stéphane Elseneur.\nL ’ “ Œ uvre „ à V e r v ie r s - Georges Vernei.\nM em ento.\n\nEditeur-A dm inistrateur : Maurice XHOFFER               Nos 5-6 -- Décembre 1895 - Janvier 1896.\n       rue   du     P a la is ,   1 2 9 , Verviers.                    Ce n u m éro : 50 centim es\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": ""}, {"page_pdf": 90, "texte": "                             — 65 —\n\n\n                     La Vie Subtile\n                              pour Madame Marie Mali.\n     Nous croyons la vie .trop banale-\n     Des instants très précieux frissonnent sur la noire monotonie\n quotidienne, des instants très lucides qui ont toute la beauté\n bizarre d’un songe... Mais nos yeux et noire âme sont trop\n inattentifs et ne regardent rien vivre de ce qui vit vraiment.\n     Nous devrions nous réconcilier avec nos rancœurs , notre\n âme se m eurt d’orgueils et ne veut pas fraterniser ; elle\n dominerait le ciel d’être plus humble.\n                                   *\n                                 * *\n    Chaque aspect a son heure de beauté. La laideur elle-même\n n ’est déjà pas si claire ! Nous ignorons le divin qui réside\n on elle.\n    Ne méprisons rien. Des joies mystérieuses attendent de\n toute éternité que nous daignions les cueillir. Peut-être un\n soir viendra-t-il où nos plus pauvres souvenirs s’enchanteront\n de majesté. Une féerie flotte sur toute chose que nous pouvons\n concevoir.\n    L’im portant c’est de cultiver en soi... le Rêve et le Pardon.\n                                  *\n                                 **\n    Nous nous sommes fatigués trop jeunes. Nous nous\n  lettons en route avec des adolescences malades. Nous avons\ntout nié sans avoir rien compris, tout abandonné sans avoir\nrien entrepris.. Ou bien nous accueillîmes — trop jeunes —\nun Idéal immarcessible, au lieu de nous forger un Idéal avec\nnotre Destin...\n    Nous cherchons ailleurs que sur notre chemin ; nous avons\nlaissé un rêve d’autrui nous conquérir ; nous ne nous sommes\npas fidèles à nous-mêmes.\n                                  *\n                                * *\n    Cultivons l’espoir, puisque nous ne savons rien et que nous\nne voyons clairement la valeur de rien.\n    A vrai dire, nous sommes d’amères éclosions en qui l’erreur\ns’éternise et l’univers n’est qu’une sensation ondoyante do\nnotre âme.\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "                           — 66 —\n\n   Je prends ici l’homme tel qu’il est, avec sa conscience\nillusoire ; l’homme selon ce triste et frêle effort de vivre\nqu’est la vie...\n   Devant l’Absolu, à quoi bon nier, à quoi bon penser ? Tout\nnotre rêve loyal et simple s’anéantit ; les mots do la terre\nn’ont aucun sens.\n   Oui, je crois que nos orgueils seuls nous trom pent. La\nplupart des hommes n ’ont pas fait le tour d’un grain de sable\net m archent au soleil comme s’ils avaient épuisé l'Infini...\n                                  *\n                               * *\n   Impérieusement aimer les choses, ne serait-ce pas la prévi­\nsion de leur beauté ? La pierre, certains jours vaut la pier ­\nrerie. Tout mirage est possible en un monde où l’on divinisa\ndes insectes. Et je puis sentir la noblesse mystique d’une éphé­\nmère quand je songe au scarabée.\n                                  *\n                               * *\n   Soyons cléments aux contingences, puisqu’elles nous per­\nm ettent d’aspirer. Nous serions vite brisés avec l’inexorable\nlogique d'un Idéal. L’Idéal strict est un leurre. La Terre aussi\nnous réclame ; rendons nos devoirs à la Terre.\n   Notre âme n ’est pas toujours en ses phases suprêmes, en\nson paysage harmonique. Pourquoi faire l’ombre totale sur la\nplaine, sans laisser luire un horizon ?\n   Avec l’espoir, au loin, q ui rougeoie, la tristesse est divine\ncomme un crépuscule d’apothéose...\n                                  *\n   Si nous immolons le Réel à la Chimère, la Vie se venge sur\nnous do tous nos rêves. Absoudre la laideur, n’est-ce pas sanc­\ntifier notre âme ? Nous ne sommes si las et si maudits que pour\nn ’avoir jamais pardonné...\n                                *\n                               * *\n   Les choses les plus humbles devraient nous inquiéter, car\nelles recèlent des gloires futures ou des reflets do splendeurs\nm ortes...\n   Je vous dis que tout nous extasierait si nous savions penser\nassez loin ! Je vous dis que la laideur est parfois étrangem ent\nobsédante et qu’on peut l’admirer! Que m’im portent les formes\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                             — 67 —\n\ntristes? J ’ai connu que tout, en son jour, est un profond et\nradieux poème... Si nous avons le sens magique du mystère,\nil n ’est pas une misérable poussière invisible qui n’en doive\nacquérir une haute signification spirituelle...\n                                  *\n                                * *\n   Peut-être encore faut-il, pour que nos heures s’idéalisent,\ntout un passé de tristesses et de cendres... Les moissons sou­\nveraines jaillissent de la mort. Les blés sont merveilleux le\nlong des cimetières.\n                                 *\n                                * *\n   J ’ai vécu des soirs sonores où tout m’exaltait, où le Réel hal ­\nluçinait, plus hautain que les Chimères !\n   E t voici do nouveau mes lyrismes, cependant que m’éclaire,\nen la pauvre lampe transfigurée, le poème fervent de la flamme.\n                                 *\n                               *   *\n\n   E t pour laisser les contingences, qui nous dira ce que\npeut vivre en nous la vie essentielle, vertigineuse et taciturne\ndes souvenirs et des instincts ? Notre âme a sans doute en elle\ndes fêtes profondes que nous n ’entendons pas chanter, comme\nnos sommeils s’illuminent de songes que nos yeux ne savent\npas garder ; car nous ne dominons jamais la minute où fer­\nmente un événement tragique..\n                                *\n                              * *\n   Ainsi, avec ce pur frisson de l’Inconnu, l’existence sera a r­\ndente : tout va se magnifier.\n   Nous proscrivons l’idylle ; la terre n ’est pas faite pour les\nbergers ni pour les anges ; et les joies sont malsaines qui s’a­\nlanguissent.\n   Je n ’entends pas que l’âme aille butiner des mièvreries.\nElle resterait sévère ; elle garderait, dans la fièvre des civili­\nsations, sa forte fraîcheur barbare. Elle aim erait les fleurs\npour leur énigme plutôt que pour leur miel. Elle aurait la\ntrès simple angoisse de savoir et la mélancolie loyale d’ignorer.\nLoin de tout dogme transcendant, sa foi se réduirait à l’ins­\ntinct fauve d’être bonne et d’espérer.\n   Décembre 1895.\n                                        V icto r R em oucham ps.\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "                            - 68 -\n\n\n\n\n                   Renoncement\n M on heure est là. Le so ir est tombé s u r m a vie.\n A b d iq u a n t, sa n s reg re t, m a douloureuse envie,\n J 'a i reg a g n é, d u pas résig n é des va in c u s,\n L e seuil, a im é trop ta rd , où n u l ne m 'a tte n d p lu s .\n D a ns le ciel c la ir et fro id c o u rt u n frisso n d'autom ne,\n P a rfo is, in te r r o m p a n t la p la in te m o n o to n e,\n Le g r a n d appel p e r d u que je tte u n co r lo in ta in\n Me fa it, la n g u issa m m e n t, so u rire à m o n d e stin ...\n\n                                *\n                            *       *\n\n\n M ais to u t est dit. P lu s r ie n n e m e trouble, à cette\n                                                           [heure,\n Que le p r e s s e n tim e n t de la chère dem eure.\n E lle est là : Je la sens p lu s que j e ne la vois.\n L a do u ceu r de la lune, éparse s u r les bois,\n  Voile d é p lu s en p lu s cet h e u r e u x coin de terre\n D 'un indicible a ttr a it de p a i x et de m ystère.\n D ans l’a ir, a u to u r de m oi, chante u n conseil d'oubli:\n Je ne sa is qu o i de bon, de g ra n d , de recu eilli\n P én è tre d a va n ta g e, à chaque p a s v e rs elle,\n M on Ame, où g ro n d e encore l'ancienne querelle.\n Q u 'im portent d éso rm a is ces orages d'été ?\n E lle s a v o u re en fin le ca lm e souhaité,\n Toute trem b la n te encore à la seule pensée\n D 'un m o n d e où les p lu s d o u x l'o n t m ille fois blessée.\n                                           F e rn a n d Séverin .\nDécembre 1895.\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                             — 69 —\n\n\n               L’ondine de Nivesez\n     Au « Loup-sans-tête » un très modeste cabaret de Nivesez,\noù la pluie torrentielle nous avait forcés à chercher abri, on\ndevisait mollement, encore un peu terrassé par le grand coup\nde poing, naguère reçu, du terrible soleil caniculaire. L’hôtesse,\nune vieille qui porte capeline ardennaise, regardait pleuvoir,\nle nez contre la vitre, un sourire, figé sur les lèvres, dodelinant\nsa tête de septuagénaire : un geste à elle familier dans l’inaction\napparem m ent, à moins qu’il ne narguât notre manifeste décon­\nvenue.\n     Comme, dehors, allait dégoulinant toujours des lourds nua­\nges noirs l’étourdissante lavasse, sans se le dire et presque in­\nconsciem m ent on cherchait — perplexe, je ne sais com m ent —\nà proférer, en guise d’intellectuelle conversation, quelques\npensées qui ne fussent pas trop discordantes entre elles.\n     Or, le poète O... sem bla le prem ier avoir découvert le filon\nsouhaité d’où chacun extrairait à l’envi la mine précieuse des\nidées q u ’il serait salutairem ent récréatif d ’échanger pour des\nâm es un peu lentes par cet après-midi d ’août.\n     — C’est étrange, préam bula O.., combien varie d ’intensité,\nsuivant je ne sais quelle cause, l’aptitude de l’artiste à créer des\nfictions. N’ai-je pas souvent, durant des journées entières, aux­\nquelles succédaient d’im puissantes insomnies, torturé mon ima­\ngination, sans qu’elle me fournit la vision pleine de mon héros\nou q u ’elle me suggérât la moindre conception neuve ? Mais,\ndepuis trois sem aines que me voilà arpentant les bois, les bran ­\ndes et les fagnes, gravissantles raidillons schisteux, me grisant\nde cet air vif qui fouette le sang, depuis ce tem ps, dis-je, j’ai\nvu naître pour moi tout un monde, j’ai rêvé d ’inouïs romans,\ndes dram es ém ouvants, de prestigieux poèmes, d’indicibles\nféeries et des contes à ravir un professeur d’algèbre... Quel\ndommage que je n ’aie point noté d’aussi riches trouvailles !\nMais il me semble que ma paresse à écrire fut ici en raison di­\nrecte de ma facilité d’invention...\n     — J’estim e, interrom pit F ..., qu’il faut voir dans ce phéno­\nm ène que vous constatez, mon cher ami, une très banale\npreuve de l’influence des milieux. Vous voici replacé fort op­\nportuném ent dans ce site avec lequel votre âme excellemment\ncommunie. A Georges Eeckoud il faut les bruyères de la Cam ­\npine et ses plaines sablonneuses, inclém entes et avares, ne\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "                             — 70 —\n\n  donnant aux hommes que peu de pain pour d’immenses labeurs,\n à Rodenbach ou à Maeterlinck il faut la brum e des Flandres,\n les canaux m ornes et les béguinages recueillis ; à vous, les co­\n teaux du terroir wallon, les bois om breux, les ruisseaux jaseurs\n  et encore les combes affouillées des eaux et ravinées, où semble\n s ’attard er quelque chose des vieilles légendes abolies.\n       — Peut-être, reprit O..., faut-il ainsi formuler la cause de\n ce qui m’étonne. Mais cette crise d’abondance s’affirme un peu\n déconcertante après un tem ps de disette. Tenez, à l’instant où\n nous sommes et tandis que je laisse errer mes regards là-bas,\n su r le Neuf-Bots, mon esprit évoque, sans effort, la Damé de la\n forêt; toutes les choses prennent l’aspect du merveilleux ;\njamais ne m ’e st apparu si clairem ent le sens du m ystère, et\njam ais, non plus, je ne me suis senti à pareil degré le don de\n l’image plastique. Ah ! si l’on pouvait fixer, instantaném ent,\n en des pages définitives les hallucinations de certaines minutes!..\n       — Devons-nous induire de ce que vous dites, insinuai-je,\nque tan t de merveilles seront perdues pour vous et pour nous\naussi ? Je ne le crois pas ; je pense que vos actuelles hantises,\nne peuvent mourir et vous feront retour dans le silence de votre\ncabinet de travail, moins saisissantes certes et comme un peu\natténuées et indécisées en leurs contours, mais en revanche\nplus saisissables en ta n t que moins fugaces et moins désordon­\nnées... Ce conte, pourtant, que vous vous narrez en quelque\nsorte à vous-même ébauchez-le nous sur le champ. Car je suis\nsû r que les vocables ne vous faudront guère, et l’ondée qui\nsonne de plus belle dehors, les fera choir en phrases bien ryth­\nmées et cadencées à point !\n      O... so u rit: Ce pourrait être, dit-il, la légende de la fon­\ntaine, q u ’on nom m ait jadis « la Frayneuse» et qui porte aujour­\nd ’hui appellation plus plate : « le Tonnelet ».\n      Et, un peu hésitant, il comm ença :\n      « Le bois s ’éveille, le bois joli que l’aurore opalise. C’est\nun eden plein de lum ière et d’inouïe splendeur...\n      L’éternel bruissem ent des choses s’est fait symphonie\néthérée et subtile, avec les basses soutenues de l’eau qui\ncascade profondém ent dans le ravin, et les ponctuations de\ncymbales de ses rejaillissem ents en écume blanche sur le roc\npoli, avec l’éparpillem ent de mille violons et de mille flûtes\nsylvestres...\n      Et voilà que les géants feuillus s’anim ent ; et les taillis et\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                             — 71 —\n\nles futaies aussi soudain vivent plus intensém ent. Les chênes\nsont tels que vieillards seigneuriaux ou tels que des dieux anti­\nques, et le brion qui revêtait leur écorce crevassée, s’est fait\nbarbe auguste et m anteau d e vair. Les hêtres et les peupliers\nsont de grands chevaliers casqués de cuivre, bardés d’airain,\npaladins vaillants, fidèles vasseaux. Et, là-bas, s’alignent, toutes\nespèces se mêlant, serfs et valets, m anants e t vilains, pèlerins\nportant coquilles, troubadours sonnant et ballant leurs chan­\nsons...\n      Puis des dam es s’im miscent en la foule : nobles châtelaines\nparées ainsi que des châsses, cam éristes et filles d’atours. Et\nle brai des sapins s’est fait flamme étincelante de diam ants et\nde topazes, de chrysocale et d’or...\n      Mais dans les cépées se lèvent des princesses belles ainsi\nque de jeunes dryades, et lentem ent évolue leur théorie parmi\nles airelles et les fraisiers qui sont merveilleux tapis de\nSmyrne...\n      La foule a tressailli. Le son du cor vient d’éclater. L’hallali\ntriom phe, s ’alanguit e t m eurt. C’e st la chasse du prince...\n      Il est revenu, hier, avec sa jeune épousée, d’un voyage si\nlong, si long ! Et, tous deux, ils s ’avancent, souriants et beaux.\nSa haquenée, à lui, e st une forte jum ent, ram enée des luxu­\nriants plateaux de Hesbagne. Le palefroi de sa compagne est\ncouleur de neige, vêtu d ’un surtout bleu d’argent brodé...\n      Et la princesse s’amène de front avec l’époux radieux,\nlente et blanche, si blanche sous son casque lourd de cli«veux\nbruns. Mais pourquoi ses yeux sont-ils incolores ainsi que le\ncristal de l’eau, et pourquoi lancent-ils des lueurs de feu et\nlaissent-ils des traînées sulfureuses telles que des mofettes ?\nEst-ce quelque ondine ? Est-ce quelque génie ignivôme de\nl’a ir? ...\n      Or, la foule chante. C’est un choeur d’allégresse, un péan\nde toutes les bouches s’élevant. Et c’est ivresse licite ; car la\nbonne fée e st revenue dans le vallon, rapportant santé, richesse,\net la beauté et la gloire...\n      De nouveau la brande tressaille, et le bois se m eut en\ngestes de joie. Car, au loin, voici des cortèges nom breux, s’en\nvenant vers Nivesez. Ils viennent du Sud, le pays du soleil, et\nd’au-delà le Tibre e t d’au-delà l’Ister. Ils viennent du Nord et\nd’au-delà la mer. Et leurs foules se m êlent et se pressent\nvers la Dame étrange q u ’on acclame, et mille fois leurs chants\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "                             — 72 —\n\nrépètent les transports où les m et son inespéré retour...\n     Mais le beau prince soudain pâlit, sur ses arçons chancelle,\net m eurt...\n     Carde trop près et avec trop de complaisance il a contemplé\nles yeux de l’Aimée...\n     Et les yeux l’ont tué, les doux yeux de cristal, parce qu’un\nm échant gnome, qui avait enlevé la fée, m it dans les prunelles\nd’icelle des jets in term ittents de flammes m eurtrières et de\nm ortelles ém anations...\n     La Frayneuse est triste im m ensém ent, et ses pleurs s’éter­\nnisent là-même où l’am ant exhala son âm e...\n     Or, ses pleurs coulent toujours, consolateurs, édulcorants..\n     Mais le feu des yeux n’est point éteint tout-à-fait : les lar­\nmes de la Frayneuse sont toujours telles qu’ondes bouillon­\nnantes, et, quand elle regarde le vallon ou la montagne , des\nlum erotes courent dans la bruyère... »\n     — C’est la mâle air ! rêva to u t haut, en se signant, la\nvieille à la capeline.\n                                            A r th u r B a xh e le t.\n\n\n\n                          Fragment\n                           Une jeune fille chante lentem ent :\n\n       J a d is....\n            C 'était loin,\n       A u x lo in ta in s d 'u n im m e n se d ése rt,\n       et des m e rs et des m o ndes p eu t-être se m e u v e n t\n       en tre nos seuls re g a r d s q u i s'a im è re n t ;\n       n'ai-je v u , de m es y e u x g ra v e s,\n       (ou bien s'il écla ira m es rêves,)\n       p a s se r, com m e u n e étoile e rr a n te d'a u to m n e,\n       u n libre adolescent a u x y e u x candides ?\n\n       A h !je l'a i v u p a ss e r, len t de gau ch erie,\n       lui, son a ller tim ide, ses g estes, et t in so u m ise\n       fierté q u i s c in tilla it en écla irs d 'a ven tu re\n       à sa m a in sa n s g la ive, et ses gestes d 'a u ro re\n       et la g râ ce e n fa n tin e des y e u x qu'il lève\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                       — 73 —\n\noh lu i ! ses y e u x , to u t lui, l'or de ses boucles\n                                                [déroulées !...\n\n\n\nI l p a ssa it, ig n o ra n t des choses défendues\navec ses gestes fiers et ju v é n ile s et ses y e u x p u r s ,\ns i p â le s u r le ciel où ch a n te l'a v rillée .\nI l m 'a d it : Viens ! c 'e st toi la fiancée p r o m is e ;\nE n fa n t, j'e r r e de v a l e n p la in e v e rs la ch im ère.\nS i lo ngtem ps m 'a tte n d it ta bouche indécise !\nViens, c'est toi l'ignorée qu 'u n p en se r courtise,\ncl lu lèves les y e u x com m e des étoiles s u r la m e r.\nC'est toi ! Viens !\n Viens, oh toute la richesse de tes lèvres\net ton a m o u r a u x o rs resp len d issa n ts d 'o rfro i\nque lu p e u x éployer s u r m o n geste de r o i !\n\nOh viens, tu es m ien n e ! oh v ie n s ! vien s ! to u t m on\n                                                          [être\n s'épuise en fe u x m o rtels v e rs tes g râ ce s fleuries.\n M ais si, d a n s le so m m e il où l’om bre les captive,\n tes longs v œ u x so u s l'a u ro re éblouis d 'a rg y ro se\n hésiten t ve rs l'a r d e n t é p a n o u ir q u'ils n'osent,\n — en ce p a r c en chanté d o n t l'aube décisive\n a r é d u it doucem ent les s u r p r is e s décloses,\nje sera i, c o n q u é ra n t so u s ton linon fu r tif,\n l'adolescent r a y o n révolté v e rs tes roses.\n                                            A lb e r t M ockel.\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "                             - 74 -\n\n\n                 Une ame wallonne\n   Peut-être, en dessinant quelques-unes des âmes marquantes\nde ce morceau de pays, parviendrons-nous à rendre plus sen­\nsible et à dégager enfin son âme générale, à déterminer le\nreflet particulier de celte âme wallonne dont nous voulons\nprendre conscience chaque jour davantage, — pour l’intensi­\nfier. Il faut que dans notre pays, puis à l’étranger, elle prenne\nrang à côté de la grande âme flamande connue même au fin\nfond des monastères des Météores, où, jusqu’à l’existence de la\nPrusse, était ignorée, tan t les choses d’Europe m ettent de\ntemps à arriver à ces rochers perdus entre ciel et terre.\n   Il faut qu’on sache pourquoi nous eûmes des guerriers, des\nfrondeurs, des révolutionnaires, plus d’artisans d’a rt que d’a r­\ntistes, plus d’action que de rêve.\n   Il faut que notre tenace et indéracinable impatience du joug\nreluise en des facettes nombreuses. — Une impatience tenace;\n — d’aucuns trouveront que ces mots ne sont pas fait pour s’en­\n tendre. Je les vois écrits tous les deux dans la nature du W al­\nlon pourtant. Cette nature particulière est la note tierce qui\nharmonise deux notes discordantes, elle est le fait positif, vi­\nvant, qui concilie deux choses opposées. Dans le chaos des\néléments épars, si deux éléments contraires parviennent à se\ncombiner, n ’ont-ils pas créé de la vie, une vie ? Est-il d’autre\n vio que celle-là ?\n    Ces deux qualités nous appartiennent et si toute une famille\n d’artistes, d’hommes d’action ne les ont pas encore incarnées\n de façon retentissante, c’est peut-être que leur heure n’était pas\n venue. Chaque âme, celle des peuples comme celle dos indivi­\n dus, attend son heure pour se révéler toute entière, et la com­\n binaison des forces sociales, morales ou intellectuelles qui la\n construisent, ne se manigance pas comme les mariages do rai­\n son. Elle éclate quand les circonstances, inconnues le plus\n souvent et toujours imprévues, la favorisent.\n    Déjà en quelques-uns peut-on en prévoir des réalisations ;\n ces réalisations, complètes ou incomplètes, il faut les affirmer,\n telles qu’elles sont, les répandre ; elles sont la semence des\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                             — 75 —\n\n accomplissements futurs. L’avenir nous dira si peut-être elles\n ne sont pas déjà en elles mêmes de véritables réalisations.\n   Celui dont nous voulons parler aujourd’hui, L o u is Kefer,\n incarne bien les deux maîtresses qualités de l’âme wallonne, la\n vivacité et la ténacité.\n   Depuis plus d’un siècle, probablement, — d'autres artistes,\ndes peintres, des écrivains, des orateurs ont passé par Ver­\nviers, y ont séjourné, s’y sont dépensés on imprécations contre\nses ignorances, masquées par les demi-sourires gouailleurs de\nceux qui sont à moitié “ informés      ou contre les incompré­\nhensions têtues des modestes.\n   Fuyant cette “ m erde difficultés » qu’est l’éducation a rtisti­\nque d’une petite ville forcément composée, en majeure partie,\nde travailleurs qui n ’ont pas le temps dépenser, ils ont aban­\ndonné la partie : ils se sont sauvés ailleurs, ou se sont laissé\nenvahir par l'atmosphère régnante. Au bout de quinze ans, -\nmoins peut-être, — plus rien ne restait de leur belle originalité,\nni do leur forte conviction. “ Il faut bien vivre en paix ! » Et\nla m ort les enveloppait à l’avance d’une somnolente pétrifica­\ntion.\n    Mais voici qu’un vrai Wallon qui n’a pas peur des coups,\n doué d’une foi suffisante en l’Art pour l’imposer, pour ne recu­\n ler ni devant les incompréhensions, ni devant les désapproba­\n tions, ni devant les froideurs, loge dans sa tête qu’il va chan­\nger le goût musical de cette population. Et il y arrive. Tous\nles \" anciens \" qui ne goûtent que l’opérette ont au moins\nacquis la pudeur de ne pas la placer au sommet de l’art ;\nquant aux jeunes, ils grogneraient avec une estimable intransi­\ngeance si on voulait leur servir des plats insuffisants ou suran­\nnés.\n    Ce wallon, tenace et impatient des obstacles, a détourné le\ncours naturel des choses, qui dépouille les petits centres de leurs\nforces vives pour les envoyer vers les grands. Tout comme\nles braves huîtres qu’on mange la plupart du temps plus\nfraîches à[Paris qu’au bord de la mer, les am ateurs d’a rt se\nprécipitent volontiers vers les capitales. Créer, non pas seule­\nm ent de l’art, mais un marché d’art, en province, faire surgir\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "                            — 76 —\n\nun public qui en demande, qui en veuille, voilà la chose extra­\nordinaire, que Kefer a tentée et qu’il a accomplie.\n   Go qu’il y eut de bien wallon en cette affaire, ce fut la façon\ndont la lutte s’engagea et se poursuivit. Ce furent ces\ncoups d’audace, ces témérités folles en apparence, de faire\nparfois entendre au public des œuvres d’un ou deux de­\ngrés au-dessus de sa compréhension. Ce fut cet entêtement à\nne pas s’abaisser à « plaire » en rendant criardes les nuances\nou en mignardant les effets.\n   Du joli talent français d’arrondir les angles, nous sommes\nassez dépourvus, en Wallonie. Nous sommes facilement frus­\ntes ; et nous aimons mieux, en général, qu’on nous accuse\nde maladresse que d’adresse. Il y a, en ceux qui chez nous ont\nla volonté normalement tendue, une fébrilité qui leur ôte le\nréseau Je douceur et d’adroite malice dont s’entourent les mé­\nridionaux.\n   On dirait que nos petites montagnes nous pèsent, que nous\nsommes toujours pressés de les escalader pour mieux voir l’ho­\nrizon. Ces couleurs dures, cette lumière réverbérée en des\nvallées étroites, ont dû quelque peu nous façonner l’âme, au\ntemps où l’on vivait d’une vie plus intimement liée à celle de\nla nature. La présence immédiate, positive, de l’obstacle, sur­\ngissant à tout bout de champs devant nous, nous a rendus\ncombatifs et prompts à la résistance comme à la riposte. Bien\nrarem ent une vaste nappe tranquille d’espace liquide ou solide\nest venue attirer nos yeux et nos imaginations vers des in ter­\nrogations indéfinies ou des rêves lointains.\n   Dès qu’une chose inconnue se dresse devant le W allon, il se\nrebiffe. — De l’antique habitude de rencontrer rochers, ruis­\nseaux, fourrés hostiles, il a gardé cette rapidité à se m ettre\nen défense, — qui se traduit peut-être dans les temps civilisés\npar la vivacité d’action, — et qui, chez les médiocres et les\npeureux, devient une défiance subite, un scepticisme orné de\nsourire.\n   De W allon à W allon, si la lutte s’engage, les étincelles sont\nde la partie.\n  Dans les combats d'un seul contre tout un public, comme\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                            —   11 —\n\ncelui dont nous venons de parler, si le lutteur est convaincu,\nc’est toujours lui qui doit l’emporter.\n   « Pas plus que toute la mer ne peut détruire une goutte\nd’eau, pas plus que l’énorme colonne d’air qui est au-dessus de\nnous n e peut écraser la petite colonne d’air qui est en nous,\nune foule ne peut nier ou ignorer l’esprit, la nature d’un homme,\nquand cet homme est simplement la condensation des éléments\népars dans la foule. »\n   Peut-être même l’homme sera-t-il d’autant plus fort qu’il\nsera plus seul ; toutes les oppositions qui l’entourent étroite­\nment lui servant do support, de levier et de soutien.\n   Peut-être, est-ce par ce côté d’héroïque et confiante résis­\ntance que_l’âme wallonne, secouée un jour de quelque univer­\nselle impatience, révélera sa tenace vitalité.\n   En route vers cet avenir, saluons en passant ceux qui nous\naident à le rêver.\n                                                      I. W ill.\n\n\n\n                 Le culte des Héros\n   Ceux qui furent grands dans la science, dans l’art, ou grands\nen face do la vie, ont entre eux une profonde et étonnante\nressemblance : soit qu’ils aient envisagé les choses au point\nde vue du Beau, du Vrai ou de l’Héroïsme qu’elles contenaient,\nils les ont toujours envisagées par leur côté affirmatif, — lais­\nsant à part tout ce qui était défectueux et négatif.\n   Je croirais bien qu’affirmer, appuyer toujours sur ce qui est,\nsur ce qu'il y a d’essentiel dans les choses et dans les êtres, est\nle moyen d’être fort. En tout cas c’est la seule façon de s’em­\nplir les poumons de Beauté et de Bonté et les discuteurs, ceux\nqui ne cherchent qu’à tirailler les choses pour prouver qu’ils\nsavent découvrir le défaut de la cuirasse, outre qu’ils sont les\ngens les plus fatigants qui soient, et qu’ils se rident la figure\ninutilement, ne donneront jamais une note harmonieuse, et\npourront tout au plus faire partie d’une symphonie de canards,\njam ais ils ne chanteront.; P eut-être même jamais ne riront-ils\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "                          — 78 —\n\nde tout leur cœur, — et nous avons tan t besoin d’êtres chan­\ntants et rieurs, d’épanouissements et do joies, — de reflets de\nsoleil !\n   Ne pourrions-nous apprendre des grands humains à réfléter\nla plus grande somme possible de soleil, sans nous détraquer ?\n                                                    I. W ill.\n\n\n           La mauvaise Vendange\n      P a r les pampres dorés et les folles cépées\n      Ploëbos agonisant projette scs épées ;\n      La vigne étend au loin ses festons empourprés\n      Que les derniers rayons, traits du P arthe, ont sabrés\n      Les vendangeurs joyeux écrasent du soleil\n      Sous leurs pieds et, debout sur le couchant vermeil,\n      Les fllles de Bakkos, les yeux striés de flammes\n      Leur lancent des regards aigus comme des lames ;\n      Un ferment remplit l’air et fait battre les yeux.\n      Le b utin, d’heure en heure, enfle prodigieux\n      E t le pressoir d’acier, au geste emblématique\n      Va faire ruisseler la liqueur prophétique.\n\n                              *\n                             * *\n\n      P ar les champs de mon cœur c’est la vendange aussi,\n      La vendange mauvaise et lâche, sans merci :\n      Mes Espoirs tôt lassés, s’enfuient à tire d’ailes\n      En quête d’autres lieux et d’abris plus fidèles ;\n      Mes orgueils terrassés m’oppressent : tels des morts\n      E t puis, voici la suite odieuse des Remords\n      Qui forment, enlacés, un ricanant cortège\n      Sanglotant dans mon âme un sarcastique arpège...\n      E t je vais, sans savoir ce qui se passe en moi\n      L’âme trouble, pourtant, d’un douloureux émoi :\n      L’on a pressé l’amas des rêves et des charmes\n      E t voici le bon vin, le clair vin de mes larmes.\n                                           T rista n le R o u x.\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                            — 79 —\n\n\n             Une Rose à la Bouche\n                                      par Louis Delattre\n  Bruxelles, Edition du « Coq Rouge ».\n      « Il ne m ’arrive jam ais de choses extraordinaires, écrit M.\nDelattre, dans la dédicace de son livre. La vie, on dirait qu’elle\ns’am use à m e traîn er dans l’herbe, à ras de terre, comme une\nbête joyeuse. »\n      Et de fait, nous retrouvons ici l’auteur à peu près au même\nendroit où nous l’avions laissé après avoir fermé, il y a un an,\nses Miroirs de Jeunesse. M. Delattre ne parait pas se soucier\nbeaucoup de brûler les étapes de sa carrière. Cependant, si\nl’homme n’est pas pressé d’élargir son horizon, l’artiste, lui, ne\nreste pas stationnaire. Son nouveau livre nous révèle même\ntan t de progrès dans sa façon de m ettre en valeur tous les dé­\ntails d’une histoire et une m anière si originale et si personnelle\nde conter qu’on se dem ande ce qu’il pourrait encore gagner de\nce côté-là. Son originalité surtout s’affirme ici d’une façon déci­\nsive. Si M. Delattre a des auteurs de prédilection, s’il a fait son\néducation littéraire dans certains livres, ils n ’ont eu q u’une ac­\ntion indirecte sur son talent et sur son tem péram ent. Il\nest en dehors de toute filière. Il e st vis-à-vis d ’eux comme\nil e st vis-à-vis de son tem ps, car on ne peut pas dire non plus\nqu’il est un produit de son époque. C’est un poète que font\nseulem ent vibrer les choses qui lui sont sym pathiques. Il porte\nen lui quelque chose de plus fort que les événements. La petite\nfille à laquelle il consacre ses contes et qu’il élève dans ses\nbras comme le jeune dieu moqueur et tendre de ses prés et de ses\nbois e st le symbole vivant de son art. Sur notre époque agitée\net triste, M. Delattre se penche, lui aussi, avec un sourire ten­\ndre qu’aucun spectacle n’altère, quelque m isérable qu’il soit.\nOn se le représenterait mieux dans une époque de renaissance,\nà l'aurore d ’une littérature, que dans une période de surm enage\net de décadence. S’il fallait absolum ent le classer, ce n’est au­\nprès d’aucun écrivain moderne que nous le m ettrions, mais à\ncôté d ’un auteu r du xvi° siècle, à côté d’un poète parfait, à côté\nde Ronsard, dont il a la philosophie aim ablem ent épicurienne,\nl’am our de la vie, la belle gaîté e t la délicate mélancolie. Une\nRose à la Bouche, ce livre dont le titre dit si magnifiquement le\n détachem ent supérieur de tout ce qui e st en général considéré\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "                             — 80 —\n\n comme sérieux et grave, est éclose dans la plus funeste des\n serres. La m oitié des histoires qui composent l’ouvrage sont\n des histoires d’hospices et d ’hôpitaux. Malgré cela la joie l’em­\n porte su r la mélancolie. L’auteur n’e st cependant pas inaccessible\n à la pitié. Il comprend la douleur et il le prouve lorsqu’il décrit\n la Vieille au Chien et la Mort de l'Enfant, mais il n ’est pas de\nceux qui se plongent dans la douleur avec désespoir, qui la\n fouillent avec passion, qui en cherchent avec inquiétude les\nsources et les em bouchures. Il est très capable de s’intéresser\nà un m alade, d'apprécier l’éloquence de ses spasm es et de ses\nhoquets, de l’accom pagner jusqu’au seuil de la m ort, mais il\ns’arrête là, il détourne la tète au bord du néant. Devant le\nvide, il s’ébroue comme un jeune faune pour secouer ses idées\nnoires et s’encoure incontinent reprendre sa vie joyeuse au\nmilieu des fleurs et des bois. Lorsque la pitié l’a conduit trop\nloin, lorsque la tristesse l’a em porté chez lui sur tous les autres\nsentim ents, il écarte quelquefois ses pensées douloureuses avec\nrudesse. «Les alouettes veulent le jour sans voiles. Qui je t­\ntera à la voirie ces m orts qui encom brent la cham bre et qu’on\nnous force à veiller ? » Cette parole sonne dans sa bouche comme\ndans celle d ’un enfant avide de vie et de joie. Sa pitié a d’ail­\nleurs beaucoup d ’analogie avec celle des enfants. C’est une pitié\ninfiniment poétique qui serre doucem ent le cœ ur, une pitié\npassagère qui ne m et des larm es dans les yeux que pour rendre\nplus éclatants les sourires qui vont suivre.\n     M. Delattre est un des rares écrivains m odernes qui possè­\ndent une âm e jeune. Il est organisé à merveille pour com prendre\nla poésie de la vie et p artan t la légende. Et il faut insister ici\nsur ce q u ’il y a de légendaire dans son dernier livre. La Vieille\nau Chien, l’Accordéon de l’Hôpital, la Mort de l’E nfant, la Séré­\nnade aie Boulanger, une Rose à la Bouche sont des tranches de\nvie, mais des tranches de vie m agnifiquement poétisées ; quant\nau Conte d'Avril et à l’Histoire de trois petits Enfants, ce sont\nde vraies légendes que l’auteur a transform ées pour les m ettre\nà la portée de nos âm es nerveuses. La dernière surtout, cette\nhistoire sobre écrite en quelques traits et dont l’im pression\nse glissait dans le cœ ur comme un rayon de lune, a refleuri\nsous ses doigts, il lui a soufflé son âme, il lui a généreusem ent\ndispensé toutes les couleurs de sa palette, d’hiératique qu’elle\nétait, il l’a rendue hum aine e t expressive. Elle est ainsi venue\nvers le naturel et l’hum anité tandis que les autres s ’élevaient\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                             — 81 —\n\nvers la légende. L’atm osphère de son livre e st un mélange\nsavam m ent dosé de réalité et de légende. C’est un bouquet\noù il y a un peu de tout, depuis l’hum ble aném one jusqu’au\ngardénia, un bouquet de fleurs pleines de sève m ais un\npeu m eurtries, qui exhalent leurs parfums avec violence par\ntoutes leurs blessures et qui sont étreintes entre deux ravis­\nsants petits poèmes en proses — Dédicace et Retour — comme\ndans deux griffes d’or.\n      Au-dessus de cela, il y a comme un joyeux bourdonnement\n d’abeille produit par le style vagabond de l’auteur, un style qui\n chante, qui susurre, qui sautille, qui fait des cabrioles, qui\n m et quelquefois sa casquette sur l’oreille, mais qui reste tou­\n jours vivant, musical et plein d ’enchantem ent. Par là, du reste,\n sa phrase s’harm onise adm irablem ent avec sa pensée, qui, elle\n aussi, e st une délicieuse vagabonde. Les réflexions philosophi­\n ques dont il émaille ses histoires — réflexions narquoises, scep­\n tiques et tendres — n ’ont quelquefois pas l’air non plus de tenir\n les unes aux autres, elles font volontiers sem blant de s’enve­\n lopper d’obscurité, de se glisser sous des broussailles pour\n nous soustraire leur sens, mais voilà que, tout-à-coup, un large\n rayon de soleil tom be dessus, les ouvre jusqu’au fond et les\n résum e en un beau cri poétique qui nous plonge en plein cœ ur\n toute l’essence du conte. Telle la phrase finale de la Vieille au\n Chien: «Ah! tiote, n’oublie jam ais qu’il faut sourire à ceux\nqui nous caressent. »\n     Ce sont là de ces paroles à la fois naturelles et profondes\nqu’on ne trouve q u e quand on est un vrai poète. Elles abondent\ndans le livre de M. Delattre. Elles ouvrent des trouées d’or sur\nle rêve. Elles partent plus du cœ ur que de l’esprit. Aussi est-ce\navec le cœ ur — et le cœ ur seul — qu’il faudrait en parler pour\nen bien parler. Mais môme la parole uniquem ent inspirée par\nle cœ ur ne parviendrait peut-être pas à traduire toute la poésie\ndiscrète et lointaine qu’elles contiennent, e t le meilleur hom­\nmage que nous puissions rendre à l’auteur — après que les\ndernières vibrations de sa voix se sont éteintes en nous comme\nles accords m ourants d ’une m usique cham pêtre — c’est de\nnous tourner vers lui et de lui dire: « Contez-nous donc encore\nde ces contes que vous contez si bien ! »\n                                               H u b e rt K rains.\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "                             — 82 —\n\n\n                         Les Livres\n        André Ruyters : « D ouze p etits n o ctu rn es ».\n                                     (L a c o m b l e z , Bruxelles.!\n        Henry Bataille : \" L a ch a m b re blanche \" .\n                            (Edition du Mercure de France.)\n        A.-F. Hérold : « L e livre de la n a issa n ce, de la\n                           vie et de la m o r t de la bienheu­\n                           reu se Vierge M arie. ».\n                            (Edition du Mercure de France.)\n        Albert Mockel : \" E m ile V erhaeren. \"\n                            (Edition du Mercure de France.)\n\n   Naguère se fondait à Bruxelles une revue. Elle se voulait\njeune, franche, libre ; elle le fut : nous gardons encore la mé­\nmoire de polémiques et de lattes, hardies et bellement outran ­\ncières. Or ceux-là, qui se firent alors les servants audacieux\net fidèles de l’art, voulurent s’affirmer par des œuvres et M.\nRuyters nous donne aujourd’hui D ouze p e tits n o ctu rn es.\n   D’aucuns lui reprochèrent certaines lectures — faites non\nsans profit : je n ’aurai point cette naïveté ou cette outrecui­\ndance. E t selon l’ordinaire et, ma foi, fort polie — bien que\npeu rassurante — formule je ne l’attendrai pas à des tâches\npostérieures et plus décisives. Non que l’œuvre soit d’achevée\nperfection. Mais à travers ces strophes légères, fluides, ténues\net lumineuses on distingue un poète, fort de nobles vouloirs et\net riche de promesses. Il nous a conté l’aventure de deux êtres\nqui s’aimèrent au milieu de la forêt bruissante et souveraine,\ns’adorèrent longtemps par la nuit et noyèrent, éperdus, leur\nfrêle bonheur dans l’harmonie essentielle de la musique. Il y a\nlà un charme candide, un accent sincère et vrai, un sons pro­\nfond de la nature. On dirait un chant — un peu grêle —\nmais délicieux et pur sous le ciel étoilé, un chant de jeu­\nnesse rieuse et triom phante... Il faut saluer l’éclosion verte et\ntendre de ce nouveau talent.\n  Voici des vers de tristesse fine et résignée, de sensibilité\ncraintive, vague et subtile. M. Henry Bataille évoque ses sou­\nvenirs :\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                            — 83 —\n\n      Les souvenirs, ce sont des chambres sans serrures,\n      Des chambres vides où l’on n ’ose plus entrer,\n      Parce que jadis de vieux parents y moururent.\n      On vit dans la maison où sont ces chambres closes,\n      On sait qu’elles sont là comme à leur habitude,\n      E t c’est la chambre bleue et c’est la chambre rose...\n      La maison se rem plit ainsi de solitude,\n      E t l’on y continue à vivre en souriant...\n\n   Dans ces chambres blanches l'auteur nous conduit à pas dis­\ncrets et graves : tout un monde s’y éveille de sensations dé­\nfuntes. Souvenirs d’autrefois. Imaginations puériles. Terreurs\net rêves de jadis. Décors fanés, atténués. L’âme des choses y\npasse. On y sent courir, non la vie puissante et inconnue de\nla grande Panthée, mais la vie m urm urante, la vie intime et\net menue des choses surannées et quiètes.\n   E t c’est d’une impression particulière et pénétrante - telle,\nsur mon âme d’enfant (je crois l’éprouver encore) la tombée\nmélancolique des crépuscules provinciaux.\n\n\n\n   L’antiquité païenne avait inventé Vénus Aphrodite. Le\nChristianisme rehaussa d’une auréole Marie de N azareth....\nComment sa mère, Anne, si longtemps stérile, lui donna nais­\nsance, comment, après être entrée jeune au couvent, elle\népousa Joseph et eut un fils, Jésus, comment enfin elle vécut\net m ourut, M. Hérold nous le raconte, d’après les nombreux\névangiles apocryphes. Car, à cette douce femme, les chrétiens\nprimitifs et les humbles des temps passés tressèrent des légen­\ndes miraculeuses et touchantes: ainsi, Salorné niant, incrédule\net narquoise, la virginité de Marie ; Jésus enfant éloignant\ndragons et panthères ; les langes guérissant les aveugles et les\nfiévreux ; le corps de la Vierge morte répandant une odeur\nembaumante. Avec leur épais cerveau, les simples, pour\nl’exalter, ne voulurent voir en Marie que la Vierge bienheu­\nreuse. Devant le silence des traditionnels évangiles, ils se\nl’imaginèrent — idéal en bataille avec leurs sauvages instincts —\ntoujours immaculée et d’inaccessible vertu. Nous la préférons\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "                             — 84 —\n\nplus humaine et nous aimons en elle plutôt et la Femme et la\nMère. Elle passa « calme et sûre » parmi [les hommes dans\nson cœur, naïf et franc, la passion couvait sous la cendre, et\nson âme, ouverte et passive, condensait une somme intense\nd’hum anité. P a r elle se sanctifia la m aternité ; elle fut la mère\nau dévouement merveilleux et jamais lassé. Sans cesse, elle sut\nentourer de mystère, de foi, de respect et d’un culte pieux\nl’amour et la vie. Elle possédait vraîm ent le rare secret de\nvivre. M. Hérold a déroulé cette existence dans une langue\ningénue et limpide et M. Paul Ranson en traça un cadre de\ngrâce archaïsant e et séductrice. — Adorable figure qui fait\nrêver, que j’ai peur de voir divulguer, profaner et qu’il\nconviendrait peut-être de laisser dans l’ombre grandiose : il me\nsouvient que les christophores, un jour,[furent à la mode !\n\n\n\n   M. Albert Mockel n ’est pas seulement un pur poète.\nC’est encore un exquis et savant critique. Il n’y a pas bien\nlongtemps il disserta du vers libre avec autorité, avec finesse\net modela deux beaux médaillons où revivaient l’hiératisme\nemphatique et splendide de M. de Régnier, la joie sereine et\nradieuse de M. Vielé-Griffin. Il élève maintenant la statue\ndure et métallique d’Emile Verhaeren. Et, comme à une com­\npréhension large et tolérante le critique allie une délicate\nsouplesse d’analyse, un style nuancé, clair, sonore et rythm é,\nle génie fort, paroxiste, inégal, violent et superbe du grand\npoète des Villages Illu so ires surgit, sublime dans la lum ière...\n                                           Stéphane E lseneur.\n  Janvier 1896.\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                             — 85 —\n\n\n            L “ Œuvre ,, à Verviers\n    Il importe d’élever, ici, une stèle commémorative, simple­\n ment, à une manifestation artistique : celle-ci fut la représen­\n tation de deux œuvres bellement intellectuelles données à\n Verviers, par Lugné-Poë et la troupe du théâtre de l’Œuvre.\n — Solness le c o n stru c te u r d’Ibsen et le B a ise r de Théodore\n de Banville. — Cette tentative de Lugné-Poë et de sa .troupe\n obtint un grand succès d’admiration, que manifestèrent tous\n les adm irateurs de l’art nouveau, disséminés dans le public\n verviétois.\n    Aussi fut-ce avec chaleur que l’on y applaudit l’artiste et sa\n troupe qui surent donner, dans un cadre des plus rudim entai­\n res, un relief intense au drame d’Ibsen. Certes, parmi l’audi­\n toire s’il en était de fervents, il s’y trouvait aussi bon nombre\n de contempleurs, aristarques extraordinaires et péremptoires,\n que d’ailleurs je n ’estime guère de disputer à M. Sardou ou\n autre de même toc.\n   Néanmoins ces divergences d’esprit — inévitables, si l ’on\n considère le bon vertigineux effectué, par hasard, de Sardou,\nOhnet à Ibsen — l’œuvre de ce dernier subjugua l’auditoire\npar sa rigidité, sa complexité et fut écoutée dans un silence\ncomplet.\n   E t peu nombreux, je crois, même des plus réfractaires,\nfurent ceux qui ne ressentirent aucun trouble.\n   Le touffu de l’œuvre, les idées intensément exposées ; le\nvague qu’y mêlent l’inconnu, les puissances mystérieuses, s’ils\ndéroutèrent le grand nombre ne laissèrent pas de les émotion­\nner certainement.\n   Quoi donc de plus émouvant, de plus vigoureusement et\nminutieusement dessiné, avec exagération presque, — mais à\ndessein dirais-je — que ce drame de l’homme de génie, qui s’é­\ntan t laissé emporté selon le vertige de son imagination au-\ndessus de la force humaine, retombe brisé, anéanti.\n   Quoi de plus suggestif que cet homme sacrifiant tout, fou­\nlant aux pieds toutes choses chères pour arriver à son but\npareequ’il le sait bon, et de qui ressort aussi cette règle du\nto u t ou rie n , qui se révèle plus manifestement encore dans\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "                            — 86 —\n\n B r a n d , cet autre drame d’Ibsen.\n   Rien de plus captivant non plus que l’évolution de cet\nhomme, dont l’œuvre eut d’abord un but philosophique, eut\n d’abord Dieu pour fin et qui, devant l’impassibilité de celui-ci,\ndévoue son œuvre aux hommes.\n   E t qu’est-il donc de plus magnétique que cette puissance\nmystérieuse, occulte qui se révèle despolique, implacable, in­\ncitant Solness ou Hilde — la fatalité — que fait si prestigieu ­\nsement surgir en ses drames Maurice Maeterlinck.\n   Mais, comme il n’est pas dans mon dessein de déterminer le\nsymbole de l’œuvre, je laisse, comme il convient et l’on doit,\nà l’individualisme de chacun de discerner le symbole sous\njacent du drame très simple d’Ibsen.\n  En effet, à quelles discussions interminables ne mènerait\ndonc pas la complexité d’Ibsen, où il revendique : tantôt l’in­\ndividualisme, tantôt dans le mariage la parfaite communion\nspirituelle des deux époux; ailleurs combattant le pharisaïsme\net les conventions sociales ou enfin prêchant le relèvement\npar la souffrance et exhaltant la volonté, mais une volonté\nque rien ne rebute.\n   E t tout cela se résoud en un esprit de révolte contre l’état\ndes choses actuel — état des choses qui échoue à la fin fatale\net funeste indiquée, me semble-t-il, dans H edda Gabier —\net qui aboutit à la perception d’une vie idéale, adéquate à sa\ndiane d’affranchissement moral.\n   Quel besoin est-il aussi d’entreprendre des dissertations sans\nfin, pour savoir si c’est là : ou le drame de l’homme de génie\nemporté au delà du possible par son imagination et retombant\nbrisé, ou l’incompatibilité du rêve avec la réalité produisant\nla ruine de celui-là ou encore l’impossibilité à l’homme de te­\nnir l’idéal plus d’un instant ?\n   Qu’importe si Hilde symbolise l’âme de Solness qui se res­\nsaisit tout-à-coup ou, simplement, la puissance hiératique de\nl’élément féminin sur l’homme ?\n  Si Aline, l’épouse de Solness, symbolise ces esprits qui sui­\nvent le mouvement mais sans y prendre une part active ou\nceux qui se plaignant ne réagissent pas contre la cause et\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                            — 87 —\n\nplutôt se résignent, ou bien l’âme trop faible pour supporter\ntous les obstacles qui s’opposent à la réalisation ?\n   Si Ragnard symbolise l’attaque des envieux, des médiocres\ncontre l’homme de génie ou encore la lutte de l’art, mais l’a rt\nutilitaire à la portée do tous contre l’art p u r.\n   Dites, à quoi donc servirait à s’évertuer, à se dépenser sur\ntan t complexe m atière ?\n   De ceci seul, stéréotiper la solution de l’œuvre d’Ibsen —\ntelle l’unique solution d’un problème — : résulterait inévita­\nblement l’affaiblissement de son travail. Il faut donc laisser à\nchacun d’y découvrir le symbole selon lui-même et encore\nqu’il ne faille pas l’apprendre, comme d'aucuns le font, dans la\npréface nécessaire et indispensable pour comprendre l’œuvre,\nprétendent-ils.\n   E t à ce propos, je tiens à exprimer l’idée utilitaire que m’ont\nsuggérée les préfaces qui sont, comme des indicateurs au\nseuil des œuvres symboliques, préfaces qui ne se trouvent là,\nprobablement, que pour aider, m ettre sur la voie — dirais-je—\nles profanes, peut-être même pour leur m ontrer de quelle façon\nils doivent procéder pour déduire le symbole.\n                                  *\n                                * *\n   Cette représentation fut terminée par la délicieuse comédie\nde Théodore do Banville : L e B aiser. Persuadé qu’il serait\noiseux de rééditer l’éloge d’une pièce du poète des Cariatides,\nje ne brouillerai pas l’impression de finesse, de délicatesse et\nde fraîcheur qu’aura laissée cette œuvre si musicale.\n   Je dirai seulement à propos de l’interprétation : que Lugné\n Poë, en le personnage tan t bizarre, au caractère très vague\n qu'est Pierrot, y révéla la souplesse de son talent et une diction\n qui égoutte, telle une stillation, les rimes parnassiennes.\n   E t quant à Mlle Clary, son talent ne souffrit nullement du\n contact de Lugné Poë.\n                                              Georges V ernei.\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "                             — 88 —\n\n\n                     M em en to\n   A lire :\n   Arte. — Stuart Merril : La fille à la fontaine. — Lionet\n des Rieux : L’audience du prince Amour. — Achille Millieu :\n Renouveau. — Edouard Ducoté: Similitude.\n\n\n\n  Mercure de France. — Remy de Gourmont : Hello ou le\ncroyant. — Victor Charbonnel : Les Mystiques clans la litté­\nrature présente. — Alexandre Dumas fils et les écrivains nou­\nveaux.\n\n\n   L’Ermitage. — André Gide : Ménalque-Eugenio de Castro :\n   Pan. — Camille Mauclair : Une causerie avant les poèmes.\n\n\n\n   Le Rêve et l’Idée. — L’article de Maurice Leblond.\n\n\n\n  Le Jeune Belgique. — Iwan Gilkin: Quinze années de L itté­\nrature. — Albert Giraud : Alexandre Dumas fils. — Eugénio\nde Castro : Sagramor (fragment). — Francis de Croisset: Vers.\n\n\n\n  La Lutte. — F. Vielé-Griffin : La Source.\n\n\n\n  L’Art Jeune. — Henry Maubel : Etait-ce rêver. — Ed­\nmond Pilon : La Maison d’Exil. — André Rujters : de Ré­\ngnier et Vielé-Griffin.\n\n\n\n   Le dimanche 9 Février, M. Edmond Picard donnera sous\nles auspices de l'A r t W allo n , une Conférence sur la Socialisa­\ntion de l’Art.\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "        L ’A R T                                 W A LLO N\n   R ev u e         M ensuelle                   d’A rt et de Littérature\n             OUVERTE                   A      TOUS          LES     JEUNES\n\n\n\n\n                     COLLABORA LEURS :\n                                       W ALLONIE.\n\n\n        P aul A r d en ,           R i ch a r d B l o n d e l ,    A rth ur Dax helet ,\n\nCh a r l e s      D elch e v a l e r ie ,        A ug u ste       Donnay,       Stéphane\n\nE l se ne u r , J u les F e l l e r , P a u l G é r a r d y , A rn o ld Go f f in ,\n\nA l b . G u é q u ie r , J o sé H e n n e b ic q , H u b e r t K r a in s , R ic h a r d\n\nL e d e n t , A lbert M ockel, Léon P asch al,                       E dm ond R a sse n -\n\nfo sse,     P a u l R e im o n , T r is t a n l e       R o u x , F e r n a n d R o u ssel,\n\nG e o r g e s S a in t - P o l ,      F e r n a n d S é v e r in , H u b e r t S t ie r n e t ,\n\nM a r c e l V ir e u x , I.        W il l .\n\n                                 HORS         W ALLONIE.\n\n\n       Georges              R od e n b a c h ,   E m il e     Verhaeren,          F r a n c is\n\nV ie l é -G r i f f i n .\n\n\n\n\n       Adresser livres,                m anuscrits          et communications à\nM. Maurice XHOFFER, adm inistrateur, rue du Palais, 129,\nVerviers.\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "       PHOTOGRAPHIE ARTISTIQUE\nAUGUSTE VANDEVELDE\n           A M STE R D A M\n  Collections de portraits artistiques\n                  en tous genres\n Catalogue avec échantillons fr. 2.00\n          ADRESSER. LES COMMANDES\nA u g . V a n d e v e ld e , b o îte p o s ta le , 186\n                 AMSTERDAM\n\n\n\n      T Y P O G R A P H IE - LSTHO GR APH IE\n\nMaurice Xhoffer\n          ÉDITEUR DE L’ART WALLON\n     R ue       du P a l a i s , 1 2 9\n                  V ERV IERS\n\n   I MPRESSIONS            COMMERCIALES.\n             EN TOUS G EN R ES\n\n\nP u b licatio n s littéraires      et artistiques\n            ÉDITIONS DE L U X E\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1895-12", "signet_source": "N°5-6 - Décembre 1895-Janvier 1896", "preuve": "Couverture (PDF 88) : Nos 5-6, Décembre 1895 - Janvier 1896 ; dates internes Décembre 1895 et Janvier 1896 sous les signatures ; conférence annoncée le 9 Février.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}