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Mystérieuse Inconnue qui passes frap­\nper à nos portes ; sphynx aux troublantes énigmes; amante\naux fatales caresses ; fantomale et irrésistible errante qui\nviens nous enlever à nos illusions, à nos peines, à nos doutes,\nà nos joies, à nos peurs pour nous mener vers des certitudes :\nnéant ou souffrance éternelle ou félicité peut-être ?\n     Il doit être profond et dire l’au-delà définitif ton grand\nregard ; il doit tout dévoiler, refléter les vérités suprêmes ;\nil doit expliquer la Vie et les mystères et n ’être qu’un monde\nimmense ; il doit être l'éblouissement où se précise enfin le\nRêve, où s’entrevoit l’Idéal, où s’érige la Réalité ; il doit être\nune fastueuse vision d’un instant, un éclair dans l’irradiation\nduquel Tout nous est révélé ; ton regard doit être la formidable\nlueur qui incendie les ténèbres fabuleuses ; en ton seul regard\ngéant tu dois enfin te résoudre, ô Mort !\n\n     En ce seul regard, malgré le baiser de silence que tu po­\nses sur les fronts en fièvre. Malgré ton sourire auquel s’épou­\nvantent des agonies; malgré les coups de ton aile sous lesquels\nsanglottent des râles ; — cependant qu’aussi des sérénités\ns’extâsient à ta venue délivrante ; que des ivresses éperdues\ns’enchantent sous ton étreinte.\n\n      Vers ton vol inlassable s’élance un cantique serein d’ado ­\nrantes bénédictions, de salutations bienvenues ; vers lui s’é­\nlève le parfum suave des désirs d’amour et des prières d’espoir,\nles cinnames, les m yrrhes apaisants et subtils des délicieuses\nbéatitudes.\n\n     Tandis qu’à cette harmonie et à cet encens se mêlent des\nincantations de rages affolées, des échos exaspérés de plaintes\net de colères ; et puis tous les lourds opiums douloureux des\nmépris et des haines, les vénéneuses fumées des cassolettes\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2056, "texte": "                           — 114 —\n\nmaudites où se calcinent des tourments, des pleurs, des me­\nnaces, des désespoirs en tumulte.\n     Mort ! Mytérieuse Inconnue qui passes frapper à nos\nportes.......\n                                 *\n                               * *\n     RÉCITATIF. — Un acheminement calme et dolent de\nblanches tuniques, voiles longs et légers drapés en de liliales\ncandeurs, passe dans un bruissant murmure, ainsi qu’un essai­\nmement de ramiers en larges envolées.\n     Ce sont les Femmes dont le cortège avance, tout blanc\ndans l’or du grand soleil ; les Femmes aux casques de cheve­\nlures fauves qui leur sont comme ces dentelles de feu dont se\nfrangent les grands cirrus de neige que l’on voit flâner par\nles cieux d’azur serein.\n     Elles disent des paroles qui s’enfuient dans le vent, mélo­\ndie plaintive ou de fureur, d’éplorement ou de rage. Ce sont\ntour à tour des symphonies très douces d’archets chuchoteurs\nou des furies de grandes orgues déchaînées ; — les versets en­\nvoyés d’un chœur très lointain par des voix grêles d'officiants\npuis les répons entonnés en acclamants tu tti par la maîtrise\nd'une chrétienne basilique.\n      Le chant enfin se précise, modulé par dessus l’apaisement\ndans lequel se calme l ’accompagnement et, le cortège tout\n blanc et d’or passant sans cesse et infiniment,\n      le chant monte et domine et s’érige.......\n      CHOEUR DES VIERGES. — Mort! On te dit femme ainsi\nque nous. Mais nous te vouons notre éternelle haine : pour­\ntan t aucune fureur jalouse ne parle à nos cœurs. Aucun or­\ngueil, aucune envie n’égare nos âmes. Mais c’est d’horreur que\ntes enchantements, tes obsessions nous émeuvent.\n     Courtisane aux corruptions impies, n'affolles-tu pas de\nlâches faiblesses ? Que de désirs, de passions, d’infamies, de\nbassesses ne déchaînes-tu pas chez d’inconscients égarés qui se\ngrisent au seul espoir de ta délivrante étreinte ?\n     Souffrir! Combien ne le peuvent ; et ia Nuit sans le réveil\npoignant d’un lendemain de doutes et de recommencements\nest le rêve qu’ils rêvent.\n"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "                            — 115 —\n\n     Pour nous, qui nous vouons avec l'indicible amour de la\nFoi à l’apostolat du chrétien Evangile comme l’Apôtre de\nTarse, disciple converti du Pharisien Gamaliel ; pour nous,\nqui combattons les sectes incroyantes avec le zèle ardent que\nm it Jéhu à châtier la postérité de l’infidèle Achab ; pour nous,\nprêtresses des saintes Vérités, Apôtres de la Vraie Loi, Disci­\nples des apostoliques Doctrines, Psalmistes des Versets sacrés;\npour nous, souffrir est doux, car Marie-Magdeleine a souffert.\nNous pleurons les larmes que pleura la Mère du Vainqueur de\nJéhovah !\n      Lui, Christ, l’Homme-Dieu sanctifié, supporta l’igno­\nminie du baiser de Judas l’Ischariathe. E t jamais un regret do\nsoupirant désespoir ne vint troubler le m artyre sublime du\nGaliléen de Nazareth qui mourut au Golgotha, pardonnant ses\nassassins, pardonnant le parjure qui le livrait, pour trente\ndeniers, aux prêtres d’Israël....\n      E t nous vous méprisons, lâches et débiles vaincus de la\nP eur et du Doute ; nous haïssons votre païen amour pour la\nm ort infâme ; nous haïssons la faiblesse douloureuse de votre\npassion tragique.\n      E t nous te haïssons sans te craindre, ô Mort ! Mystérieuse\nInconnue qui passes frapper à nos portes, sphynx aux trou­\nblantes énigmes ; amante aux fatales caresses ; fantomale et\nirrésistible errante qui viens nous enlever à nos illusions, à\nnos peines, à nos doutes, à nos joies, à nos peurs pour nous\nmener vers les certitudes des éternités.\n      Il doit être profond et dire l’au-delà définitif ton grand\n regard ; il doit tout dévoiler, refléter les vérités suprêmes ; il\n doit expliquer la Vie et les mystères et n ’être qu’un monde\n immense ; il doit être l’éblouissement où se précise enfin le\n Rêve, où s’entrevoit l’Idéal, où s’érige la Réalité ; il doit être\n une fastueuse vision d’un instant, un éclair dans l’irradiation\n duquel Tout nous est révélé; Ton regard doit être la fomidable\n lueur qui incendie les ténèbres fabuleuses ; en ton seul regard\n géant tu dois enfin te résoudre, ô Mort !\n      En ce seul regard, malgré le vil baiser de courtisane que\n tu poses sur les fronts en fièvre ; malgré ton sourire auquel\n"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2151, "texte": "                           — 116 —\n\ns’adoucissent de bienheureuses agonies ; malgré les coups de\nton aile sous lesquels s’éjouissent de suprêmes râles ; — ce­\npendant que des sérénités s'extasient à ta venue délivrante,\nque des ivresses éperdues s’enchantent sous ton étreinte.\n     E t que cependant vers ton vol inlassable s’élancent les\nincantations de nos rages affolées, les échos exaspérés de nos\nplaintes et de nos colères ; et que s’élèvent tous les lourds\nopiums douloureux de nos mépris et de nos haines, les véné­\nneuses fumées des cassolettes maudites où se calcinent les\ntourments, les pleurs, les menaces, les désespoirs en tum ulte\nque nous te vouons.\n     O Mort haïssable! Mystérieuse Inconnue qui passes frap­\nper à nos portes......\n                                *\n                              * *\n     LE POÈTE. — Je fuis les plages d’or, les rives enchantées,\nles horizons du Rêve ; je fuis l’onde adamantine de l’Espérance\nvaine et devant la grève de l’Oubli — décidé à l’éternel renon­\ncement, au désir de la Mort très aimée —je suspends mes rames\nalertes ; j ’aborde enfin la dune illusoire de l’Idéal......\n     Ma barque voguait par les étendues de la Vie ; j'arrivai,\nconfiant, en une terre fortunée. Je partis par les chemins\néclairés d’une aube éblouissante, guidé par l’Astre radieux de\nl’Amour et je marchai, chantant ma joie, mon cœur et ses\nivresses ; et toujours devant moi la montagne royonnante et\nl’horizon splendide s’enfuyaient; une aube claire de féérie irra­\ndiait, éternelle, fastueux décor à mes chimères impuissantes\n —jusqu’à ce qu’enfin surgit la Nuit âpre et profonde, poignante\n en son lâche réveil attristé de désillusion morne.\n      Et cependant je chante encore, mon espoir déçu, mes\n vaines aspirations, le vol désolé de ma pensée et de mon cœur\n vers l’Amour qui m’échappa : je chante des chants qui pleu­\n rent.\n     Je chante la gloire de la Nuit qui serait âpre et profonde\nsans le réveil attristé de la désillusion morne ; la Nuit sans\nfins que je cherche.\n   E t j ’entrevois le rêve noir de mon noir avenir : des griseries\nd’indicibles lassitudes ! J ’y vois des femmes belles, drapées en\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2144, "texte": "                            — 117 —\n\nde sombres tuniques; les femmes de volupté tragique aux épan ­\nchements noirs de fl uantes chevelures ; des femmes comme\nmoi impavides du demain sans secret ; des femmes jamais\nnostalgiques des douleurs du réel.\n     J ’y vois des étendues d’obscurité, des océans d’ébène sil­\nlonés de la trirèm e lente et sans cesse voguante du Temps\ninexorable.\n      Sur la grève illusoire, dans un brouillard de larmes,\ndans un ciel jonché de pacifiques pleurs, je suspends mes rames\nqui dirigent vers toi l’élan de mes désirs, ô pacifique Mort !\n     Les paisibles lueurs prédisant ta venue chérie, exorable\nPin de mes impuissantes angoisses, sont les claires fontaines\noù je baignerai le songe de mes espoirs enfin glorieusement\nélus. Les fanfares, les tocsins de ta venue magnifique, ô Mort\nprophétique, me mèneront vers ton empire par les chemins\nilluminés de splendeurs diaphanes.\n      Je t ’aime, ô Mort ! Mystérieuse Inconnue qui passes\nfrapper a nos portes ; sphynx aux troublantes émigmes ; a ­\nmante aux enivrantes caresses ; fantomale et irrésistible er­\nrante qui viens nous enlever à nos peines, à nos doutes, à nos\npeurs pour nous mener vers les certitudes d’une éternelle\nfélicité.\n     Il doit être profond et dire l’au-delà définitif ton grand\nregard ; il doit tout dévoiler, refléter les vérités suprêmes, il\ndoit expliquer la Vie et les mystères et n ’être qu'un monde\nimmense ; il doit être l’éblouissement où se précise enfin le\nRêve, où s’entrevoit l’Idéal, où s’érige la Réalité ; il doit être\nune fastueuse vision d'un instant, un éclair dans l’irradiation\nduquel Tout nous est révélé; ton regard doit être la formidable\nlueur qui incendie les ténèbres fabuleuses ; en ton seul re­\ngard géant tu dois enfin te résoudre, ô Mort !\n     En ce seul regard, m algré le doux baiser de silence que\ntu poses sur les fronts en fièvre ; malgré ton sourire auquel\ns’adoucissent de bienheureuses agonies ; malgré les coups de\nton aile sous lesquels s'éjouissent de suprêmes râles; — cepen­\ndant que des sérénités s’extasient à ta venue délivrante, que\ndes ivresses éperdues s’enchantent sous ton étreinte.\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2108, "texte": "                           — 118 —\n\n      Que vers ton vol inlassable s’élance le cantique serein de\nmes adorantes bénédictions, de mes salutations très bienve­\nnues ; que vers lui s’élève le parfum suave des mes désirs d’a­\nmour, de mes prières d’espoir, les cinnames, les m yrrhes\napaisants et subtils de mes délicieuses béatitudes.\n      Viens, viens, ô Mort! Mystérieuse Inconnue qui passes\nfrapper à nos portes......\n                                 *\n                               * *\n      CORTÈGE DES GUERRIERS. — P ar les vaux retentissant\nde glorieuses fanfares, processionne la troupe, pavoisée des\ngonfanons de guerre.\n     Seigneurs étincelants, en des armures d’acier; donzels por­\ntan t l’écu, le symbole d’azur sur champ d’or lampassé ; banne-\nrets au chapel en plumages de paon, dressant l’oriflamme de\ncendal qui claque ; chevaliers valeureux, visière haut levée,\navec l’orgueil du cimier qui flamboie ; vassaux aux lourds\nhauberts groupés en faisceaux comme de superbes torches ;\ncavales bruyantes aux freins d’or, broyant le mors sculpté\nd’argent ; coursiers qui fringuent sous le harnois de samis tissé\nde pourpre et d’or, s’en vont par les chemins vers la gloire\nnouvelle des Conquêtes épiques.\n      L’éclair bleu des armures, l’incendie des fulgurantes ban­\nnières, des housses de canzil drapant les palefrois en cavalcade,\nse baignent dans les vagues blondes d’un soleil d’apothéose.\n      Les hérauts lancent par l’air, vibrant de valeureuse ar­\ndeur, l’orgueil fastueux des cors aux fabuleuses fanfares.\n      E t ces Croisés farouches, gagnant quelque Solime hau­\ntaine, répètent fièrement leurs désirs, leurs missions, leur\nvaillance......\n                                *\n                               * *\n     CHŒUR DES GUERRIERS. — Insoucieux des carnages\nprédits, sans peur des désastres sanglants, des assauts tout\nd’horreur, nous allons par les routes arides des sauvages Con­\nquêtes vers la Victoire glorieuse toujours dévolue à nos glaives\nbravants.\n     Nous renverserons les manoirs aux créneaux en écueils\nqui semblent mépriser jusqu’aux nues qu’ils menacent. Nous\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "                            — 119 —\n\n planterons les gonfanons du seigneur suzerain qui nous mène\n sur les bastilles invaincues des cités très lointaines longtemps\n promises à nos rapaces vengeances........\n      Des Pharsales sanglantes illustreront nos postérités ; des\n fleuves de larmes couleront pour nous maudire ; mais nous\n iront quand même vers les citadelles cherchées, vers les Con­\n quêtes enfin assez cruelles pour nos valeurs horribles.\n      Nous serons la Mort ; et les peuples et les bois et les mers\n frém iront en nous voyant venir. Le ciel s’obscurcira de l’ombre\n de nos lances et partout où le sabot piaffant de nos sauvages\npalefrois m eurtrira le sol en le faisant trembler, nos cœurs vi­\n des de toute pitié s’éjouiront des hideuses funérailles par nos\nbravoures consommées.\n      Donnant la mort, nos glaives la méprisent.\n      Tragiques nautoniers, nous aimons la tempête qui fait\n dégringoler de vague en vague notre carène, cap sur le phare\nfulgurant des carnages superbes.\n      Mort ! Mystérieuse Inconnue qui passes faucher par le\nmonde ; amante aux fatales étreintes ; fantomale et irrésis­\ntible errante qui viens nous enlever à nos illusions, à nos\npeines, à nos doutes, à nos joies, à nos peurs pour nous mener\nvers les certitudes !\n      Il doit être profond et dire l’au-delà définitif ton grand\nregard cruel. Il doit être sanglant le baiser que tu écrases sur\nles fronts fracassés par nos glaives. Il doit ricaner, ton sou­\nrire auquel s’épouvante des agonies : il doit lugubrement\nfrôler ton coup d’aile sous lequel sanglottent des râles.\n      Que vers ton vol inlassable s’élance le chœur brutal de\nnos mépris qui te bravent, les échos formidables de nos fidéli­\ntés qui se vouent aux carnages, desquels montent vers toi,\ntriom phante, les lourds opiums douloureux des rages et des\nhaines et des désespoirs de nos victimes et les encens tum ul­\ntueux des salutations hautaines de nous, —\n      nous, tes prosélytes,\n      ô Mort ! Mystérieuse Inconnue qui passes faucher par le\nmonde....\n                                                Paul A rd en .\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1896-04-n9-004", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 120, "page_fin": 120, "titre_corps": "Disait très loin...", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Christian Beck.", "ancre_debut": "Disait très loin... Oh ! la reine triste et la g", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 153, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 798, "texte": "Disait très loin...\nOh ! la reine triste et la grise châtelaine,\n     Celle, celle en robe de laine\n     Qui dort, dort dans la neige.\n— Pourquoi donc l’impassibilité des choses\n                                [m’assiège ? —\n\nElle est si triste et si frêle !\n     Elle dort dans la neige.\n— Oh ! les vies de ceux qui dorment dans la\n                                 [neige ! —\n\nElle a vu sans doute dans quelque rêve\n— Oh ! leurs têtes blondes et grêles ! —\nDans quelque rêve elle a vu le trouvère,\nLe trouvère qui devait être...\n\n— Ils sont couchés dans la plaine. —\nEt l’attend, l’attend, très sereine.\n\nLe trouvère qui devait être\nPoint encore il n’est venu.\n\nOh ! la reine triste et la grise châtelaine.\n                                  C hristian B eck.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1896-04-n9-005", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 121, "page_fin": 121, "titre_corps": "Quand revient le passé....", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Christian Beck.", "ancre_debut": "Quand revient le Passé.... 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Et meurent les roses !\nCors dans les lointains seuls sonnent encore.\nDans les lointains brumeux où montent de vieilles\n                                                 [choses....\n\n                                           C hristian B eck.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1896-04-n9-006", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 122, "page_fin": 122, "titre_corps": "Antienne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "José Perrée.", "ancre_debut": "Antienne. Songeons en la n u it. Lais", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 155, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 696, "texte": "Antienne.\nSongeons en la n u it.\nLaisse tes yeux entr ’ouverts,\nUn rayon lu it\nQui glisse su r ta cotte de m enu v a ir ;\nSongeons en la nuit.\n\nR estons calmes comme la nu it,\nSilencieux comme l’om bre.\nUn rayon seul a lu i,\nUn rayon de tes yeux,\nLa transparence de ton cœ ur,\nDe ton cœ ur au jard in du bonheur.\n\nR estons calmes comme la n u it.\nQu’aucun tran sp o rt de fièvre\nN’agite nos chairs m ièvres.\n\nSilencieux comme l’om bre,\nAccordons nos voix de silence\nP o u r l’antienne de l’om bre.\nA uprès de ton calme cœ ur\nEcoutons les voix, les longues voix du\n                                  [silence.\n\n                                 José F erré e.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1896-04-n9-007", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 123, "page_fin": 123, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Reimon.", "ancre_debut": "Vers Viens chère et demeure, c", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 156, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 843, "texte": "Vers\nViens chère et demeure, car ton amour, vois-tu,\ntout en le seul geste de l’accueil ingénu,\nton amour luit en mon âme et la désennuie\ncomme un peu de soleil gai un jour de pluie.\n\n\nViens chère et me parles avec ta voix d’eau claire,\nta voix où il y a comme de la lumière,\nde choses naïves et dites doucement,\ncomme si tu causais à un convalescent.\n\n\nViens, dis-moi des choses qui soient comme une joie\net de la vie un peu qui s’ébat et vous choie\net vous épand en l’âme on ne sait quoi de frais\ncomme une gaieté d’onde à travers la forêt.\n\n\nCar il est des heures où la vie et le songe\nse rendent las à la rigueur qui se prolonge,\net c’est alors, vois-tu, que l’on aime d’avoir\nquelqu’un qui vous soulage et qui vous rend l’espoir.\n\n                                       Paul R eim on.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1896-04-n9-008", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 124, "page_fin": 127, "titre_corps": "Le trésor des humbles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "I. 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Mais\nil ne savait trop comment exprimer cette méfiance, ni au non\nde quel Pouvoir on pourrait décréter que le cerveau était une\nforce secondaire. —\n     De tous côtés, sous les espèces et apparences des spirites,\ndes mystiques et de quelques rares poètes devenus presque fous\nde lyrisme, surgissaient des affirmations étonnantes et des\nprofessions de foi où l’inlellectualité était non pas seulement\nsuspectée, mais absolument méprisée, tenue pour intruse, aux\nrégions les plus élevées de la vie. — Ces instinctifs ne trou­\nvaient crédit que dans la foule, assez nombreuse, de leurs\nsemblables, et ils se délectaient ensemble aux menues pro­\nmesses de m ystère que leur apportaient parfois leurs pres­\nsentiments, parfois leur ignorance. — Personne n ’était\ntrès édifié ; mais les yeux continuaient à être fatigués de re­\ngarder on face des vérités tangibles, et demandaient un peu\nd’obscurité, un peu de repos, un peu, toujours un peu plus do\nmystère. —\n     Quelques uns s’avisèrent de trouver qu’en affublant de noms\net de symboles immuables certaines grandes choses simples,\ncomme la m ort ou le destin, on avait en quelque sorte mûré,\nenfermé, emprisonné l’expression des sensibilités qu’elles éveil­\nlaient en nous. —\n      On ne pouvait plus m ourir ni aimer sans répéter des cho­\nses qu’avaient dites des millions d’êtres avant soi ; — et dans\nles circonstances les plus poignantes et les plus profondes,\nl'homme moderne ne trouvait pas moyen de sortir de la bana­\nlité, — rien ne le transportait un peu plus loin que lui même,\net Baudelaire exprimait bien le sentiment de toute sa géné­\nration quand il parlait d’ennui, d’incuriosité, d’impuissance à\nconcevoir d’éternelles nouveautés, d’éternels recommence­\nments. —\n"}, {"page_pdf": 158, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "                            — 125 —\n\n    Comme tu m e p la ir a is , o N u it ! sa n s ces étoiles\n    D ont la lu m ière p a r le u n langage co n n u !\n    Car j e cherche le vide et le n o ir, et le n u !\n                                  (Les fleurs du Mal ; Obsession)\n     E t voici qu’une génération se réveille dont Maeterlinck est\nle porte parole, le voyant, qui a pressenti des choses lointaines\net inconnues. Il a cessé d’écouter les vieux échos et il a en­\ntendu bruire autour des faits les plus simples de la vie, tout\nun orchestre de sons encore presque inaudilles. —\n     Désormais nous sommes avertis ; nous n ’aurons plus le\ntemps de nous ennuyer. — Tout un royaume subtil et profond\nde perceptions qu’on n ’avait pas encore nommées, ou que la\nscience avait distraitement cataloguées, nous est ouvert — et\nje crains bien que si nous ne parvenons pas à y entrer c’est\nque « c’est nous qui ne comprenons pas, parce que nous som­\nmes toujours dans les bas-fonds de notre intelligence. » (p. 90)\n      Car nous sommes en présence de l’affirmation d’une sen­\nsibilité très peu explorée, très peu connue, — et comme aux\nannées où nous apprîmes l’existence de nouveaux continents,\nnous allons pouvoir regarder le monde sous un autre aspect,\ntout va pouvoir changer et nous pourrons faire sourdre au­\ntour de nous des parfums printaniers enveloppant et dégelant\nles vielles formes. —\n      Nôtre cerveau va pouvoir se promener dans un paradis\nde nouvelles apparences.\n     Au-dessus ou à côté de la vie passionnelle et de la vie des\ncombinaisons cérébrales manipulant en une arithmétique\nincessante les termes de tout ce qui nous est connu, s’agite en\nnous une autre vie. Nous la sentions sans pouvoir en parler,\net souvent il nous était arrivé de dire : « je ne sais pas pour­\nquoi je fais ceci ou je vais là. »\n     “ Quelque chose me pousse, quelque chose me relient, je\nne sais ce que c’est. » —\n    Cette vie ignorée, Maeterlinck se garde de la définir, com­\nme le feraient certains des ingénieurs qui se sont emparés du\ngouvernail apparent de la pensée moderne ; — Ceux ci, sans\n"}, {"page_pdf": 159, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "                            — 126 —\n\nbeaucoup s’arrêter diraient peut-être que Maeterlinck donne\nune voix à nos plus sourdes, à nos plus incompréhensibles\nintuitions, et que comme tous les vrais poètes il ne fait qu’en­\ntrevoir des choses dont la science s’occupera un jour d’une\n façon positive. —\n     Tout ce que Gœthe a dit a-t-il perdu de sa beauté parce\nque la science, en bonne servante, nous en a apporté quelques\nconfirmations ? et lequel est le plus grand, de sculpter par a ­\nmour une forme nouvelle et harmonieuse sans autre calcul que\nceux d’une intuition heureuse, — ou de dire pourquoi cette\nforme est équilibrée ?\n     Maeterlinck nous apporte en tous ces chapitres qui nous\nrem ettent violemment en présence des révélations de l’Im ita­\ntion, de Marc Aurèle, de tous les penseurs et de tous les poè­\ntes, les visions très pénétrantes d’un silencieux qui a observé\nplus subtilement et plus profondément que nous, mais il nous\nmet aussi en présence de notre “ moi transcendental, \" de cet\nêtre qui de très haut, de très loin, préside, sans que nous y\nfassions attention, à nos moindre actes. —\n      Plusieurs, de nos jours, cherchent dans la graphologie,\ndans l’étude de mille signes extérieurs, la loi constante qui fait\nqu’un homme est lui même, et non son frère ou son voisin. —\nDans nos actes et nos perceptions involontaires, Maeterlinck\nessaie de lire ce qu’est l’Homme, et il nous en donne des lu­\neurs tantôt intenses, tan tô t confuses, dont il nous est impos­\nsible de méconnaître l a réalité. —\n      Quand il nous dit : “ il y a autre chose que l’esprit, et\nce n ’est pas l’esprit qui nous allie à l'univers. Il est temps qu’­\non ne le confonde plus avec l’âme. Il ne s’agit pas de ce qui se\npasse entre nous, mais de ce qui a lieu en nous, au-dessus\ndes p a ssio n s et de la ra iso n . » quand il nous parle ainsi,\nnous savons qu’il dit vrai. — Mais que pouvons-nous ajouter ?\nnous ne pouvons qu’attendre jusqu’à ce que les preuves qu’il\ninvoque nous soient tombées sous les yeux le long de notre\npropre vie. — Alors nous entrerons dans ce même royaume\nd’une vie intérieure où il habite le plus souvent, tous nos actes\nauront un sens nouveau, les limites que la pensée m ettait à\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 636, "texte": "                           — 127 —\n\ntout seront reculées, nos jugements auront moins de heurtante\nprécision, ils seront plus respectueux et leur base sera infini­\nment large, parce qu’en nous sera entrée un peu de la religieuse\ncontemplation du penseur.\n     L’enchevêtrement universel de toutes les lois ainsi admi­\nrées nous aura fait pressentir le prolongement indéfini des\névénements les plus minimes, et le plus petit d’entre nous\npourra retrouver les adorations et les ferveurs qui le relient à\nl’ensemble des choses, car ce livre est réellement le Trésor des\nHumbles.\n                                                   I. W ill.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1896-04-n9-009", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 128, "page_fin": 128, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "M em en to     A lire :     M ercure de France", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 161, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 749, "texte": "M em en to\n    A lire :\n    M ercure de France. — M. M aeterlinck : Introduction à\nun essai sur Jules Laforgue. — Albert Samain : Bacchante.\n— Pierre Quillard : Le masque. — Robert de Souza : son in­\ntéressante revue des journaux et revues. — Philéas Lebègue:\ncritique de Sagramor.\n\n\n\n    Au Réveil. — Ch. van Lerberghe : Inquiétude — Richard\nLedent : Les Jeux.\n\n\n\n    L’E rm itage. — Camille Lemonnier : Le Héros ingénu.\n\n\n\n     A rt Jeune. — Critique du César Antéchrist d’Alfred\nJa rry qui parachève bien la fumisterie.\n\n\n\n    Rivista Musicale Italiana.\n\n\n\n    Au prochain numéro, critique des Ballades de Paul F o rt,\nde Mai d’A rthur Toisoul et de l'Emerveillée de Gustave R ah ­\nlenbeck.\n"}]}, {"article_id": "ulb-art-wallon-1896-04-n9-010", "volume": "ELB-KBR-a0101-1895-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a0101-1895-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "579e4db5e41308fc9c832010f7bbab2ac2a866ac294018c64abe87756feab5aa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "TYPOGRAPHIE - LITHOGRAPHIE Maurice Xhoffer ÉDITEUR", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 163, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 308, "texte": "TYPOGRAPHIE - LITHOGRAPHIE\n\n\n\nMaurice Xhoffer\n         ÉDITEUR DE L’ART W ALLO N\n\n\n    R ue du P a l a i s , 1 2 9\n\n                VERVIERS\n\n\n\n\n  IMPR\n     E SSIO NS          COMMERCIALES\n\n            EN TOUS G EN R ES\n\n\n\n\nP u b licatio n s littéraires   et artistiqu es\n\n           ÉDITIONS DE LU X E\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 144, "texte": "                                                        L' A R\n                                                             T\n                                                             WA\n                                                              L\n                                                              L\n                                                              ON\n\n\n\n      REVUE MENS U E L L E\nD’ART        & DE L I T T E R A T U R E\n                 ABONNEMENT:\n\n      Belgique, 3 fr. 50,      E tra n g e r, 4   fr.\n\n\n\n\n                 SOMMAIRE :\n\nLa Fia E x o ra b le - Paul Arden.\nDisait très loin - Christian Beck.\nQuand r e v ie n t le passé - Christian Beck.\nA n tien n e - José Perrée.\nVers - Paul Reimon.\nLe T résor des H u m b le s - I. Will.\nMemento.\n\n\n\n\nEditeur-A dm inistrateur : Maurice XHOFFER               N° 9 - Avril 1896,\n      rue   du   P a la is ,   129,    V erviers.                  Ce n u m é ro : 30 centim es\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": ""}, {"page_pdf": 146, "texte": "                            — 113 —\n\n\n                  La Fin Exorable.\n              PROSES SYMPHONIQUES.\n     THEME. — Mort ! Mystérieuse Inconnue qui passes frap­\nper à nos portes ; sphynx aux troublantes énigmes; amante\naux fatales caresses ; fantomale et irrésistible errante qui\nviens nous enlever à nos illusions, à nos peines, à nos doutes,\nà nos joies, à nos peurs pour nous mener vers des certitudes :\nnéant ou souffrance éternelle ou félicité peut-être ?\n     Il doit être profond et dire l’au-delà définitif ton grand\nregard ; il doit tout dévoiler, refléter les vérités suprêmes ;\nil doit expliquer la Vie et les mystères et n ’être qu’un monde\nimmense ; il doit être l'éblouissement où se précise enfin le\nRêve, où s’entrevoit l’Idéal, où s’érige la Réalité ; il doit être\nune fastueuse vision d’un instant, un éclair dans l’irradiation\nduquel Tout nous est révélé ; ton regard doit être la formidable\nlueur qui incendie les ténèbres fabuleuses ; en ton seul regard\ngéant tu dois enfin te résoudre, ô Mort !\n\n     En ce seul regard, malgré le baiser de silence que tu po­\nses sur les fronts en fièvre. Malgré ton sourire auquel s’épou­\nvantent des agonies; malgré les coups de ton aile sous lesquels\nsanglottent des râles ; — cependant qu’aussi des sérénités\ns’extâsient à ta venue délivrante ; que des ivresses éperdues\ns’enchantent sous ton étreinte.\n\n      Vers ton vol inlassable s’élance un cantique serein d’ado ­\nrantes bénédictions, de salutations bienvenues ; vers lui s’é­\nlève le parfum suave des désirs d’amour et des prières d’espoir,\nles cinnames, les m yrrhes apaisants et subtils des délicieuses\nbéatitudes.\n\n     Tandis qu’à cette harmonie et à cet encens se mêlent des\nincantations de rages affolées, des échos exaspérés de plaintes\net de colères ; et puis tous les lourds opiums douloureux des\nmépris et des haines, les vénéneuses fumées des cassolettes\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "                           — 114 —\n\nmaudites où se calcinent des tourments, des pleurs, des me­\nnaces, des désespoirs en tumulte.\n     Mort ! Mytérieuse Inconnue qui passes frapper à nos\nportes.......\n                                 *\n                               * *\n     RÉCITATIF. — Un acheminement calme et dolent de\nblanches tuniques, voiles longs et légers drapés en de liliales\ncandeurs, passe dans un bruissant murmure, ainsi qu’un essai­\nmement de ramiers en larges envolées.\n     Ce sont les Femmes dont le cortège avance, tout blanc\ndans l’or du grand soleil ; les Femmes aux casques de cheve­\nlures fauves qui leur sont comme ces dentelles de feu dont se\nfrangent les grands cirrus de neige que l’on voit flâner par\nles cieux d’azur serein.\n     Elles disent des paroles qui s’enfuient dans le vent, mélo­\ndie plaintive ou de fureur, d’éplorement ou de rage. Ce sont\ntour à tour des symphonies très douces d’archets chuchoteurs\nou des furies de grandes orgues déchaînées ; — les versets en­\nvoyés d’un chœur très lointain par des voix grêles d'officiants\npuis les répons entonnés en acclamants tu tti par la maîtrise\nd'une chrétienne basilique.\n      Le chant enfin se précise, modulé par dessus l’apaisement\ndans lequel se calme l ’accompagnement et, le cortège tout\n blanc et d’or passant sans cesse et infiniment,\n      le chant monte et domine et s’érige.......\n      CHOEUR DES VIERGES. — Mort! On te dit femme ainsi\nque nous. Mais nous te vouons notre éternelle haine : pour­\ntan t aucune fureur jalouse ne parle à nos cœurs. Aucun or­\ngueil, aucune envie n’égare nos âmes. Mais c’est d’horreur que\ntes enchantements, tes obsessions nous émeuvent.\n     Courtisane aux corruptions impies, n'affolles-tu pas de\nlâches faiblesses ? Que de désirs, de passions, d’infamies, de\nbassesses ne déchaînes-tu pas chez d’inconscients égarés qui se\ngrisent au seul espoir de ta délivrante étreinte ?\n     Souffrir! Combien ne le peuvent ; et ia Nuit sans le réveil\npoignant d’un lendemain de doutes et de recommencements\nest le rêve qu’ils rêvent.\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                            — 115 —\n\n     Pour nous, qui nous vouons avec l'indicible amour de la\nFoi à l’apostolat du chrétien Evangile comme l’Apôtre de\nTarse, disciple converti du Pharisien Gamaliel ; pour nous,\nqui combattons les sectes incroyantes avec le zèle ardent que\nm it Jéhu à châtier la postérité de l’infidèle Achab ; pour nous,\nprêtresses des saintes Vérités, Apôtres de la Vraie Loi, Disci­\nples des apostoliques Doctrines, Psalmistes des Versets sacrés;\npour nous, souffrir est doux, car Marie-Magdeleine a souffert.\nNous pleurons les larmes que pleura la Mère du Vainqueur de\nJéhovah !\n      Lui, Christ, l’Homme-Dieu sanctifié, supporta l’igno­\nminie du baiser de Judas l’Ischariathe. E t jamais un regret do\nsoupirant désespoir ne vint troubler le m artyre sublime du\nGaliléen de Nazareth qui mourut au Golgotha, pardonnant ses\nassassins, pardonnant le parjure qui le livrait, pour trente\ndeniers, aux prêtres d’Israël....\n      E t nous vous méprisons, lâches et débiles vaincus de la\nP eur et du Doute ; nous haïssons votre païen amour pour la\nm ort infâme ; nous haïssons la faiblesse douloureuse de votre\npassion tragique.\n      E t nous te haïssons sans te craindre, ô Mort ! Mystérieuse\nInconnue qui passes frapper à nos portes, sphynx aux trou­\nblantes énigmes ; amante aux fatales caresses ; fantomale et\nirrésistible errante qui viens nous enlever à nos illusions, à\nnos peines, à nos doutes, à nos joies, à nos peurs pour nous\nmener vers les certitudes des éternités.\n      Il doit être profond et dire l’au-delà définitif ton grand\n regard ; il doit tout dévoiler, refléter les vérités suprêmes ; il\n doit expliquer la Vie et les mystères et n ’être qu’un monde\n immense ; il doit être l’éblouissement où se précise enfin le\n Rêve, où s’entrevoit l’Idéal, où s’érige la Réalité ; il doit être\n une fastueuse vision d’un instant, un éclair dans l’irradiation\n duquel Tout nous est révélé; Ton regard doit être la fomidable\n lueur qui incendie les ténèbres fabuleuses ; en ton seul regard\n géant tu dois enfin te résoudre, ô Mort !\n      En ce seul regard, malgré le vil baiser de courtisane que\n tu poses sur les fronts en fièvre ; malgré ton sourire auquel\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "                           — 116 —\n\ns’adoucissent de bienheureuses agonies ; malgré les coups de\nton aile sous lesquels s’éjouissent de suprêmes râles ; — ce­\npendant que des sérénités s'extasient à ta venue délivrante,\nque des ivresses éperdues s’enchantent sous ton étreinte.\n     E t que cependant vers ton vol inlassable s’élancent les\nincantations de nos rages affolées, les échos exaspérés de nos\nplaintes et de nos colères ; et que s’élèvent tous les lourds\nopiums douloureux de nos mépris et de nos haines, les véné­\nneuses fumées des cassolettes maudites où se calcinent les\ntourments, les pleurs, les menaces, les désespoirs en tum ulte\nque nous te vouons.\n     O Mort haïssable! Mystérieuse Inconnue qui passes frap­\nper à nos portes......\n                                *\n                              * *\n     LE POÈTE. — Je fuis les plages d’or, les rives enchantées,\nles horizons du Rêve ; je fuis l’onde adamantine de l’Espérance\nvaine et devant la grève de l’Oubli — décidé à l’éternel renon­\ncement, au désir de la Mort très aimée —je suspends mes rames\nalertes ; j ’aborde enfin la dune illusoire de l’Idéal......\n     Ma barque voguait par les étendues de la Vie ; j'arrivai,\nconfiant, en une terre fortunée. Je partis par les chemins\néclairés d’une aube éblouissante, guidé par l’Astre radieux de\nl’Amour et je marchai, chantant ma joie, mon cœur et ses\nivresses ; et toujours devant moi la montagne royonnante et\nl’horizon splendide s’enfuyaient; une aube claire de féérie irra­\ndiait, éternelle, fastueux décor à mes chimères impuissantes\n —jusqu’à ce qu’enfin surgit la Nuit âpre et profonde, poignante\n en son lâche réveil attristé de désillusion morne.\n      Et cependant je chante encore, mon espoir déçu, mes\n vaines aspirations, le vol désolé de ma pensée et de mon cœur\n vers l’Amour qui m’échappa : je chante des chants qui pleu­\n rent.\n     Je chante la gloire de la Nuit qui serait âpre et profonde\nsans le réveil attristé de la désillusion morne ; la Nuit sans\nfins que je cherche.\n   E t j ’entrevois le rêve noir de mon noir avenir : des griseries\nd’indicibles lassitudes ! J ’y vois des femmes belles, drapées en\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                            — 117 —\n\nde sombres tuniques; les femmes de volupté tragique aux épan ­\nchements noirs de fl uantes chevelures ; des femmes comme\nmoi impavides du demain sans secret ; des femmes jamais\nnostalgiques des douleurs du réel.\n     J ’y vois des étendues d’obscurité, des océans d’ébène sil­\nlonés de la trirèm e lente et sans cesse voguante du Temps\ninexorable.\n      Sur la grève illusoire, dans un brouillard de larmes,\ndans un ciel jonché de pacifiques pleurs, je suspends mes rames\nqui dirigent vers toi l’élan de mes désirs, ô pacifique Mort !\n     Les paisibles lueurs prédisant ta venue chérie, exorable\nPin de mes impuissantes angoisses, sont les claires fontaines\noù je baignerai le songe de mes espoirs enfin glorieusement\nélus. Les fanfares, les tocsins de ta venue magnifique, ô Mort\nprophétique, me mèneront vers ton empire par les chemins\nilluminés de splendeurs diaphanes.\n      Je t ’aime, ô Mort ! Mystérieuse Inconnue qui passes\nfrapper a nos portes ; sphynx aux troublantes émigmes ; a ­\nmante aux enivrantes caresses ; fantomale et irrésistible er­\nrante qui viens nous enlever à nos peines, à nos doutes, à nos\npeurs pour nous mener vers les certitudes d’une éternelle\nfélicité.\n     Il doit être profond et dire l’au-delà définitif ton grand\nregard ; il doit tout dévoiler, refléter les vérités suprêmes, il\ndoit expliquer la Vie et les mystères et n ’être qu'un monde\nimmense ; il doit être l’éblouissement où se précise enfin le\nRêve, où s’entrevoit l’Idéal, où s’érige la Réalité ; il doit être\nune fastueuse vision d'un instant, un éclair dans l’irradiation\nduquel Tout nous est révélé; ton regard doit être la formidable\nlueur qui incendie les ténèbres fabuleuses ; en ton seul re­\ngard géant tu dois enfin te résoudre, ô Mort !\n     En ce seul regard, m algré le doux baiser de silence que\ntu poses sur les fronts en fièvre ; malgré ton sourire auquel\ns’adoucissent de bienheureuses agonies ; malgré les coups de\nton aile sous lesquels s'éjouissent de suprêmes râles; — cepen­\ndant que des sérénités s’extasient à ta venue délivrante, que\ndes ivresses éperdues s’enchantent sous ton étreinte.\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "                           — 118 —\n\n      Que vers ton vol inlassable s’élance le cantique serein de\nmes adorantes bénédictions, de mes salutations très bienve­\nnues ; que vers lui s’élève le parfum suave des mes désirs d’a­\nmour, de mes prières d’espoir, les cinnames, les m yrrhes\napaisants et subtils de mes délicieuses béatitudes.\n      Viens, viens, ô Mort! Mystérieuse Inconnue qui passes\nfrapper à nos portes......\n                                 *\n                               * *\n      CORTÈGE DES GUERRIERS. — P ar les vaux retentissant\nde glorieuses fanfares, processionne la troupe, pavoisée des\ngonfanons de guerre.\n     Seigneurs étincelants, en des armures d’acier; donzels por­\ntan t l’écu, le symbole d’azur sur champ d’or lampassé ; banne-\nrets au chapel en plumages de paon, dressant l’oriflamme de\ncendal qui claque ; chevaliers valeureux, visière haut levée,\navec l’orgueil du cimier qui flamboie ; vassaux aux lourds\nhauberts groupés en faisceaux comme de superbes torches ;\ncavales bruyantes aux freins d’or, broyant le mors sculpté\nd’argent ; coursiers qui fringuent sous le harnois de samis tissé\nde pourpre et d’or, s’en vont par les chemins vers la gloire\nnouvelle des Conquêtes épiques.\n      L’éclair bleu des armures, l’incendie des fulgurantes ban­\nnières, des housses de canzil drapant les palefrois en cavalcade,\nse baignent dans les vagues blondes d’un soleil d’apothéose.\n      Les hérauts lancent par l’air, vibrant de valeureuse ar­\ndeur, l’orgueil fastueux des cors aux fabuleuses fanfares.\n      E t ces Croisés farouches, gagnant quelque Solime hau­\ntaine, répètent fièrement leurs désirs, leurs missions, leur\nvaillance......\n                                *\n                               * *\n     CHŒUR DES GUERRIERS. — Insoucieux des carnages\nprédits, sans peur des désastres sanglants, des assauts tout\nd’horreur, nous allons par les routes arides des sauvages Con­\nquêtes vers la Victoire glorieuse toujours dévolue à nos glaives\nbravants.\n     Nous renverserons les manoirs aux créneaux en écueils\nqui semblent mépriser jusqu’aux nues qu’ils menacent. Nous\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                            — 119 —\n\n planterons les gonfanons du seigneur suzerain qui nous mène\n sur les bastilles invaincues des cités très lointaines longtemps\n promises à nos rapaces vengeances........\n      Des Pharsales sanglantes illustreront nos postérités ; des\n fleuves de larmes couleront pour nous maudire ; mais nous\n iront quand même vers les citadelles cherchées, vers les Con­\n quêtes enfin assez cruelles pour nos valeurs horribles.\n      Nous serons la Mort ; et les peuples et les bois et les mers\n frém iront en nous voyant venir. Le ciel s’obscurcira de l’ombre\n de nos lances et partout où le sabot piaffant de nos sauvages\npalefrois m eurtrira le sol en le faisant trembler, nos cœurs vi­\n des de toute pitié s’éjouiront des hideuses funérailles par nos\nbravoures consommées.\n      Donnant la mort, nos glaives la méprisent.\n      Tragiques nautoniers, nous aimons la tempête qui fait\n dégringoler de vague en vague notre carène, cap sur le phare\nfulgurant des carnages superbes.\n      Mort ! Mystérieuse Inconnue qui passes faucher par le\nmonde ; amante aux fatales étreintes ; fantomale et irrésis­\ntible errante qui viens nous enlever à nos illusions, à nos\npeines, à nos doutes, à nos joies, à nos peurs pour nous mener\nvers les certitudes !\n      Il doit être profond et dire l’au-delà définitif ton grand\nregard cruel. Il doit être sanglant le baiser que tu écrases sur\nles fronts fracassés par nos glaives. Il doit ricaner, ton sou­\nrire auquel s’épouvante des agonies : il doit lugubrement\nfrôler ton coup d’aile sous lequel sanglottent des râles.\n      Que vers ton vol inlassable s’élance le chœur brutal de\nnos mépris qui te bravent, les échos formidables de nos fidéli­\ntés qui se vouent aux carnages, desquels montent vers toi,\ntriom phante, les lourds opiums douloureux des rages et des\nhaines et des désespoirs de nos victimes et les encens tum ul­\ntueux des salutations hautaines de nous, —\n      nous, tes prosélytes,\n      ô Mort ! Mystérieuse Inconnue qui passes faucher par le\nmonde....\n                                                Paul A rd en .\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "                 — 120 —\n\n\n\n\n         Disait très loin...\nOh ! la reine triste et la grise châtelaine,\n     Celle, celle en robe de laine\n     Qui dort, dort dans la neige.\n— Pourquoi donc l’impassibilité des choses\n                                [m’assiège ? —\n\nElle est si triste et si frêle !\n     Elle dort dans la neige.\n— Oh ! les vies de ceux qui dorment dans la\n                                 [neige ! —\n\nElle a vu sans doute dans quelque rêve\n— Oh ! leurs têtes blondes et grêles ! —\nDans quelque rêve elle a vu le trouvère,\nLe trouvère qui devait être...\n\n— Ils sont couchés dans la plaine. —\nEt l’attend, l’attend, très sereine.\n\nLe trouvère qui devait être\nPoint encore il n’est venu.\n\nOh ! la reine triste et la grise châtelaine.\n                                  C hristian B eck.\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                        — 121 —\n\n\n\n\n    Quand revient le Passé....\nOh ! l'effroi triste des froids matins !\nMa joie s’en est allée avec les fleurs du chemin,\nMa joie s’en est allée...\n\n\n\nDes vieux lointains brumeux, des lointains déjà fuis\nM ontent de vieilles choses que l’on croyait défuntes,\nQue l’on croyait défuntes...\n\n\n\nUn fossoyeur très gai en terre les avait mises\n— sa terre est celle qui sans cesse économise —\nE t rient les filles ! Et sonnent les cors !\n\n\n\nMais les vieilles choses vivaient, vivaient encore...\nE t pleurent les filles ! Et meurent les roses !\nCors dans les lointains seuls sonnent encore.\nDans les lointains brumeux où montent de vieilles\n                                                 [choses....\n\n                                           C hristian B eck.\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "               — 122 —\n\n\n\n\n            Antienne.\nSongeons en la n u it.\nLaisse tes yeux entr ’ouverts,\nUn rayon lu it\nQui glisse su r ta cotte de m enu v a ir ;\nSongeons en la nuit.\n\nR estons calmes comme la nu it,\nSilencieux comme l’om bre.\nUn rayon seul a lu i,\nUn rayon de tes yeux,\nLa transparence de ton cœ ur,\nDe ton cœ ur au jard in du bonheur.\n\nR estons calmes comme la n u it.\nQu’aucun tran sp o rt de fièvre\nN’agite nos chairs m ièvres.\n\nSilencieux comme l’om bre,\nAccordons nos voix de silence\nP o u r l’antienne de l’om bre.\nA uprès de ton calme cœ ur\nEcoutons les voix, les longues voix du\n                                  [silence.\n\n                                 José F erré e.\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                    — 123 —\n\n\n\n\n                     Vers\nViens chère et demeure, car ton amour, vois-tu,\ntout en le seul geste de l’accueil ingénu,\nton amour luit en mon âme et la désennuie\ncomme un peu de soleil gai un jour de pluie.\n\n\nViens chère et me parles avec ta voix d’eau claire,\nta voix où il y a comme de la lumière,\nde choses naïves et dites doucement,\ncomme si tu causais à un convalescent.\n\n\nViens, dis-moi des choses qui soient comme une joie\net de la vie un peu qui s’ébat et vous choie\net vous épand en l’âme on ne sait quoi de frais\ncomme une gaieté d’onde à travers la forêt.\n\n\nCar il est des heures où la vie et le songe\nse rendent las à la rigueur qui se prolonge,\net c’est alors, vois-tu, que l’on aime d’avoir\nquelqu’un qui vous soulage et qui vous rend l’espoir.\n\n                                       Paul R eim on.\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "                            — 124 —\n\n\n            Le Trésor des Humbles\n     Maurice M aeterlinck\n\n                       Paris, édition du M ercu re de F ra n ce.\n\n     Ce siècle commençait à se méfier de la cérébralité. Mais\nil ne savait trop comment exprimer cette méfiance, ni au non\nde quel Pouvoir on pourrait décréter que le cerveau était une\nforce secondaire. —\n     De tous côtés, sous les espèces et apparences des spirites,\ndes mystiques et de quelques rares poètes devenus presque fous\nde lyrisme, surgissaient des affirmations étonnantes et des\nprofessions de foi où l’inlellectualité était non pas seulement\nsuspectée, mais absolument méprisée, tenue pour intruse, aux\nrégions les plus élevées de la vie. — Ces instinctifs ne trou­\nvaient crédit que dans la foule, assez nombreuse, de leurs\nsemblables, et ils se délectaient ensemble aux menues pro­\nmesses de m ystère que leur apportaient parfois leurs pres­\nsentiments, parfois leur ignorance. — Personne n ’était\ntrès édifié ; mais les yeux continuaient à être fatigués de re­\ngarder on face des vérités tangibles, et demandaient un peu\nd’obscurité, un peu de repos, un peu, toujours un peu plus do\nmystère. —\n     Quelques uns s’avisèrent de trouver qu’en affublant de noms\net de symboles immuables certaines grandes choses simples,\ncomme la m ort ou le destin, on avait en quelque sorte mûré,\nenfermé, emprisonné l’expression des sensibilités qu’elles éveil­\nlaient en nous. —\n      On ne pouvait plus m ourir ni aimer sans répéter des cho­\nses qu’avaient dites des millions d’êtres avant soi ; — et dans\nles circonstances les plus poignantes et les plus profondes,\nl'homme moderne ne trouvait pas moyen de sortir de la bana­\nlité, — rien ne le transportait un peu plus loin que lui même,\net Baudelaire exprimait bien le sentiment de toute sa géné­\nration quand il parlait d’ennui, d’incuriosité, d’impuissance à\nconcevoir d’éternelles nouveautés, d’éternels recommence­\nments. —\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "                            — 125 —\n\n    Comme tu m e p la ir a is , o N u it ! sa n s ces étoiles\n    D ont la lu m ière p a r le u n langage co n n u !\n    Car j e cherche le vide et le n o ir, et le n u !\n                                  (Les fleurs du Mal ; Obsession)\n     E t voici qu’une génération se réveille dont Maeterlinck est\nle porte parole, le voyant, qui a pressenti des choses lointaines\net inconnues. Il a cessé d’écouter les vieux échos et il a en­\ntendu bruire autour des faits les plus simples de la vie, tout\nun orchestre de sons encore presque inaudilles. —\n     Désormais nous sommes avertis ; nous n ’aurons plus le\ntemps de nous ennuyer. — Tout un royaume subtil et profond\nde perceptions qu’on n ’avait pas encore nommées, ou que la\nscience avait distraitement cataloguées, nous est ouvert — et\nje crains bien que si nous ne parvenons pas à y entrer c’est\nque « c’est nous qui ne comprenons pas, parce que nous som­\nmes toujours dans les bas-fonds de notre intelligence. » (p. 90)\n      Car nous sommes en présence de l’affirmation d’une sen­\nsibilité très peu explorée, très peu connue, — et comme aux\nannées où nous apprîmes l’existence de nouveaux continents,\nnous allons pouvoir regarder le monde sous un autre aspect,\ntout va pouvoir changer et nous pourrons faire sourdre au­\ntour de nous des parfums printaniers enveloppant et dégelant\nles vielles formes. —\n      Nôtre cerveau va pouvoir se promener dans un paradis\nde nouvelles apparences.\n     Au-dessus ou à côté de la vie passionnelle et de la vie des\ncombinaisons cérébrales manipulant en une arithmétique\nincessante les termes de tout ce qui nous est connu, s’agite en\nnous une autre vie. Nous la sentions sans pouvoir en parler,\net souvent il nous était arrivé de dire : « je ne sais pas pour­\nquoi je fais ceci ou je vais là. »\n     “ Quelque chose me pousse, quelque chose me relient, je\nne sais ce que c’est. » —\n    Cette vie ignorée, Maeterlinck se garde de la définir, com­\nme le feraient certains des ingénieurs qui se sont emparés du\ngouvernail apparent de la pensée moderne ; — Ceux ci, sans\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "                            — 126 —\n\nbeaucoup s’arrêter diraient peut-être que Maeterlinck donne\nune voix à nos plus sourdes, à nos plus incompréhensibles\nintuitions, et que comme tous les vrais poètes il ne fait qu’en­\ntrevoir des choses dont la science s’occupera un jour d’une\n façon positive. —\n     Tout ce que Gœthe a dit a-t-il perdu de sa beauté parce\nque la science, en bonne servante, nous en a apporté quelques\nconfirmations ? et lequel est le plus grand, de sculpter par a ­\nmour une forme nouvelle et harmonieuse sans autre calcul que\nceux d’une intuition heureuse, — ou de dire pourquoi cette\nforme est équilibrée ?\n     Maeterlinck nous apporte en tous ces chapitres qui nous\nrem ettent violemment en présence des révélations de l’Im ita­\ntion, de Marc Aurèle, de tous les penseurs et de tous les poè­\ntes, les visions très pénétrantes d’un silencieux qui a observé\nplus subtilement et plus profondément que nous, mais il nous\nmet aussi en présence de notre “ moi transcendental, \" de cet\nêtre qui de très haut, de très loin, préside, sans que nous y\nfassions attention, à nos moindre actes. —\n      Plusieurs, de nos jours, cherchent dans la graphologie,\ndans l’étude de mille signes extérieurs, la loi constante qui fait\nqu’un homme est lui même, et non son frère ou son voisin. —\nDans nos actes et nos perceptions involontaires, Maeterlinck\nessaie de lire ce qu’est l’Homme, et il nous en donne des lu­\neurs tantôt intenses, tan tô t confuses, dont il nous est impos­\nsible de méconnaître l a réalité. —\n      Quand il nous dit : “ il y a autre chose que l’esprit, et\nce n ’est pas l’esprit qui nous allie à l'univers. Il est temps qu’­\non ne le confonde plus avec l’âme. Il ne s’agit pas de ce qui se\npasse entre nous, mais de ce qui a lieu en nous, au-dessus\ndes p a ssio n s et de la ra iso n . » quand il nous parle ainsi,\nnous savons qu’il dit vrai. — Mais que pouvons-nous ajouter ?\nnous ne pouvons qu’attendre jusqu’à ce que les preuves qu’il\ninvoque nous soient tombées sous les yeux le long de notre\npropre vie. — Alors nous entrerons dans ce même royaume\nd’une vie intérieure où il habite le plus souvent, tous nos actes\nauront un sens nouveau, les limites que la pensée m ettait à\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "                           — 127 —\n\ntout seront reculées, nos jugements auront moins de heurtante\nprécision, ils seront plus respectueux et leur base sera infini­\nment large, parce qu’en nous sera entrée un peu de la religieuse\ncontemplation du penseur.\n     L’enchevêtrement universel de toutes les lois ainsi admi­\nrées nous aura fait pressentir le prolongement indéfini des\névénements les plus minimes, et le plus petit d’entre nous\npourra retrouver les adorations et les ferveurs qui le relient à\nl’ensemble des choses, car ce livre est réellement le Trésor des\nHumbles.\n                                                   I. W ill.\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "                          — 128 —\n\n\n                   M em en to\n    A lire :\n    M ercure de France. — M. M aeterlinck : Introduction à\nun essai sur Jules Laforgue. — Albert Samain : Bacchante.\n— Pierre Quillard : Le masque. — Robert de Souza : son in­\ntéressante revue des journaux et revues. — Philéas Lebègue:\ncritique de Sagramor.\n\n\n\n    Au Réveil. — Ch. van Lerberghe : Inquiétude — Richard\nLedent : Les Jeux.\n\n\n\n    L’E rm itage. — Camille Lemonnier : Le Héros ingénu.\n\n\n\n     A rt Jeune. — Critique du César Antéchrist d’Alfred\nJa rry qui parachève bien la fumisterie.\n\n\n\n    Rivista Musicale Italiana.\n\n\n\n    Au prochain numéro, critique des Ballades de Paul F o rt,\nde Mai d’A rthur Toisoul et de l'Emerveillée de Gustave R ah ­\nlenbeck.\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": ""}, {"page_pdf": 163, "texte": "     TYPOGRAPHIE - LITHOGRAPHIE\n\n\n\nMaurice Xhoffer\n         ÉDITEUR DE L’ART W ALLO N\n\n\n    R ue du P a l a i s , 1 2 9\n\n                VERVIERS\n\n\n\n\n  IMPR\n     E SSIO NS          COMMERCIALES\n\n            EN TOUS G EN R ES\n\n\n\n\nP u b licatio n s littéraires   et artistiqu es\n\n           ÉDITIONS DE LU X E\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 7, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1896-04", "signet_source": "N°9 - Avril 1896", "preuve": "Couverture (PDF 144) : N° 9 - Avril 1896.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}