{"numero_id": "ulb-basoche-1884-11-13-n1", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "articles": [{"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-001", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 7, "page_fin": 14, "titre_corps": "Sonnets lointains", "titre_sommaire": "Sonnets lointains", "signature_source": "Edmond PICARD", "ancre_debut": "SONNETS LOINTAINS", "ancre_fin": "Edmond PICARD", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 921, "texte": "SONNETS                    LO IN TAIN S\n\n                         ENVOI\n\n\nVous m'avezfa it l'honneur, nouveaux Clercs de B asoche,\nD e me traiter en jeune, en demandant un don,\nProse où vers, plainte ou chant, clématite ou chardon\nA mon esprit, cette ombre, à mon coeur, cefantoche.\n\nJ 'a i peur de ne trouver que le vide en ma poche.\nQ u’on se sent pauvre, hélas ! quand tinte le bourdon\nQ u i marque l ’âge m ur et son fr o id abandon,\nL 'aridité de l ’âme et sa navrante approche !\n\nCe n'est plus l'heureux temps où l'on puise à pleins seaux\nL'onde qui ne tarit que pour quelle, renaisse. —\nS o it! pour me conformer à mon devoir d ’aînesse\n\nRentrant en mon passé, sous ses sombres arceaux,\nJ 'a i fo u illé tristement : Voici quelques morceaux\nD u vase regretté qui contint ma jeunesse.\n\n              CONCERT ÉTR AN G E\n\nJ e suis le serviteur d'une très jeune amie,\nD ont la saveur m'emplit de joie à tout moment,\n"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1312, "texte": "                          -   8 -\n\nElle est mignonne et douce et v f aime follement ;\nR ien que sa vite en vue ramené l ’accalmie.\n\nJ e croyais par l 'ennui ma nature endormie\nQuand il lu i plut fix e r sur moi son œil charmant,\nl i t tout le vieil amour réveillé brusquement\nS ’est repris à vibrer en l ’honneur de ma M ie.\n\nE t voici qu'il lu i donne un étrange concert.\nCar tout ce qu’il a su de chansons passionnées,\nD 'a irs tendres murmurés dans les belles années,\n\nD e sonores refrains entonnés au dessert,\nD e voluptés au long de la vie égrenées,\nE n un seul hymne ardent à cet ange il le sert.\n\n                  VIE M A N Q U É E\n\nL e souper finissait gaîment : il était tard.\nUn de ces entretiens qui voguent au hasard\nE t pour tous les sujets se modèle et se plie,\nFaisait bruire la table à demi desservie.\n\nOn parlait du bonheur, on s'expliquait sans fard.\nTu te taisais. — Soudain, tu nous dis : « Cette vie\n» N e vaut que par l'amour, les voyages et l 'A rt;\n» L e reste, à mon avis, ri est q u 'u ne amère lie.\n\nTa voix était tremblante et ton œil se mouillait.\nJ e compris clairement que ton esprit fouillait\nTon existence fa d e et son morne sillage;\n\nD e scs déguisements qu'elle se dépouillait,\nE t que tu n'y trouvais qu'un vulgaire alliage\nD e choses sans amour, sans A r t et sans voyage.\n"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1346, "texte": "                           -   9 -\n\n                    J O U R D E L ’A N\n\n Ce premier jo u r de Van n'a de charme pour moi\n Que parce que j e puis te faire une visite,\n Te revoir, et passer un quart d'heure avec toi;\n L e reste est un fatras qui m'ennuie et m'irrite.\n\nEncore faudra-t-il que mon regard t'évite,\nS 'i l se rencontre là quelqu' importun. Pourquoi\nF aut-il que ces moments s’envolent aussi vite,\nPourquoi dois-je subir une si dure loi ?\n\nP o u r te voir en passant et te parler à peine,\nJ 'a u r a i, quinze grands jours, attendu, soupiré;\nQuand ton souvenir seul me possède, j'a u r a i\n\nJuste le temps que dure un entracte à la scène,\nP o u r dire tout l'am our dont ma pensée est pleine,\nE t j e devrai partir, hélas ! à peine entré.\n\n                  R E N D E Z -V O U S\n\nD ans un quartier désert s’aborder en tremblant,\nPareils à des enfants qui se mettent en faute ;\nD ès le premier regard sentir le cœur qui saute,\nE t le gosier qu i sèche et se serre en parlant.\n\nPendant .quelques instants s'en aller côte à côte,\nD 'u n pas qui, p ar instinct, se traîne et se fa it lent ;\nA voir les y eu x trou blés et l'esprit nonchalant,\nD ire des riens qu'on craint d'exprimer à voix haute.\n\nÊ tre persuadés que les passants vont tous\nD eviner que l'on s’aime, et retourner la tête;\nPenser, alors, qu’on a l'a ir inquiet et bête.\n"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1259, "texte": "                        — 10 —\nM ais être heureux pourtant, heureux comme des fous.\nA utour de soi trouver à tout un air defête ,\nCher souci de mon cœur, voilà nos rendez-vous.\n\n\n                    S O U V E N IR\n\nJ 'a i dû — tu l ’exigeas — brider les quelques lignes,\nOù, dans tin jo u r d'ivresse, à nu ton cœur s’est mis:\nTon amour est prudent et craint les moindres signes\nQ u i pourraient le trahir à des y eu x ennemis.\n\nTes cheveux blonds pareils aux longs sarments des vignes\nTentèrent mes désirs et tu n i en a promis.\nM ais ce gage charmant à plus tard est remis :\nD 'u n tel présent mes vœux ne te semblent plus dignes.\n\nAussi, la nuit, quand loin du tumulte mondain,\nM on âme, en soupirant, vers toi se tient penchée,\nCombien triste est mon cœur, si j e pense, soudain,\n\nQue j e ri ai pour tout bien qu'une rose séchée\nQ u'un jo u r, chez un ami, f u r t i f j ’a i détachée\nD ’un bouquet qu'on disait cueilli dans ton jardin.\n\n\n          S E R V IT U D E   V O L O N T A IR E\n\nQuand on t ’aime de près, on t'ennuie et te gêne,\nTa nature glacée adore le repos.\nUn amour exigeant pour toi ri est qu'une chaîne\nQ ui pèse lourdement et vient mal à propos.\n\nPourtant si ton orgueil déteste qui te mène,\nPour établir son joug il est toujours dispos.\n"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1232, "texte": "                          — 11 —\nTa beauté se complaît à penser qu'elle est reine,\nE t sur les cœurs virils tu lèves des impôts.\n\nJ e compte parm i ceux que ta coquetterie\nA promptement réduits au rôle de jouet :\nTu règnes sans partage en mon âme assombrie.\n\nM ais dussé-je des sots sentir la raillerie\nM e mordre sans pitié, mon plus ardent souhait\nE st de subir toujours la pointe de ton fouet.\n\n                  CONSOLATION\n\nN o n , tu ne m’aimes pas : la pâle indifférence\nHabite dans ton cœur et parait dans tes yeux.\nQuand j'arrive rempli de joie et d'espérance,\nJe cherche en vain l'am our sous tes traits gracieux.\n\nM a passion, hélas ! t'ennuie et devient rance,\nJe le vois, j e le sens; mon esprit soucieux\nDevine que pour toi c'est presque une souffrance.\nT u diriges ailleurs ton vol capricieux.\n\nM ais je ne t'en veux pas de tant de fantaisie.\nTu vi as pendant un an versé la poésie,\nE t j 'a i c r u , près de toi, retrouver mes vingt ans.\n\nD 'u n e frivole m ain tu m'as en pe't d'instants\nD onné tant de bonheur, que ton hypocrisie\nM e laisse plus de miel que les amours constants.\n\n                        CONGÉ\n\nI l est poignant de voir comme une femme peut,\nP o u r l'amour, à son gré, sembler vivante ou morte,\n"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1310, "texte": "                        --- 12 ---\nComme en détours subtils sa finesse se meut,\nS ’il lu i plait de montrer qu’il est temps que l'on sorte.\n\nComme son cœurfrivole adroitement apporte,\nA la fois ce qui glace et ce qui nous énizut;\nE t comme elle sait bien, aussitôt qu'elle veut,\nE u vous disant « Venez » vous tenir à la porte.\n\nM a chère, j'a i compris, et j e reste à l'écart.\nE n nautonnier soumis j 'a i longtemps fa it mon quart\nS u r l'esquif où m'avait conduit votre caprice.\n\nVotre amourfatigué me renvoie avec art.\nJe pars en admirant le talent de l 'actrice,\nM ais f a i peur que jam ais mon triste cœur guérisse.\n\n                       S IR È N E\n\nP o u r exciter l'amour vous êtes préparée,\nM ais non pour l ' assouvir. Jamais l'émotion\nN 'a fa it monter le sang sous votre peau nacrée.\nC ’est un malheur de croire à votre affection.\n\nCar 1' âme qui vous aime aux tourments est livrée\nE t devrait éveiller même compassion\nQue ces fo u s qu' on a vus, dans l'enceinte sacrée\nA u x déesses de marbre offrir leur passion.\n\nLes jours où l'existence à vos yeux est morose,\nSi quelque fie r esprit, égaré sur vos pas,\nS ’arrête en admirant vos dangereux appas,\n\nI l vous plaît l' attirer pour égayer la prose\nD e vos trop longs ennuis, et votre bouche rose,\nSans remords ni merci, se le donne en repas.\n"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1231, "texte": "                         — 13 —\n\n                      O U B L IO N S\n\nTu le veux, oublions ! Arrache de ta vie\nL a page où tu m'aimas ! Jette et disperse au veut\nL e souvenir des jours où ta tête ravie\nS u r mon cœur enivré s'appuyait en rêvant.\n\nL a passion par nous autrefois poursuivie,\nRépète quelle riest qu'un songe décevant.\nAbandonne aux regrets mon âme inassouvie,\nMarche sur mon amour enseveli vivant.\n\nTu préfères ta p a ix d'une existence égale,\nA u x orageux élans d 'u n amant emporté.\nPuisque la passion est chez toi si frugale,\n\nRetourne à ton foyer, à la f o i conjugale,\nE t fuyant les sentiers de la fra g ilité\nRentre aux calmes ennuis de ton honnêteté.\n\n                      M ARASM E\n\nP o u r de grandes amours faire de grandes choses,\nChercher, comme Byron, quelqu'u n p o u r qui mourir ;\nA v oir pour le vulgaire et pour toutes les proses,\nUne secrète horreur que rien ne peut tarir.\n\nCe rêve, ton noble cœur compte le voir fleurir,\nQuand ta vie est encore à la saison des roses.\nM ais de ce rêve il fa u t se résoudre à guérir\nQuand de la vie on a goûté toutes les doses.\n\nCar aux banalités on se heurte partout.\nUne âme enthousiaste en ce monde est errante\nE t rencontre partout la foule indifférente.\n"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 949, "texte": "                         -   14 —\n\nL 'amour, comme le reste, est un je u sans atout,\nD ont on sent promptement la pauvreté navrante;\nE t l'on rentre en soi-même, enfin, lasse' de tout.\n\n\n                  SUR LA PLAGE\n\nDevant cet océan brumeux et solitaire,\nA u qu el mon cœur déçu vient demander la paix,\nPensif, j ’aime à n i asseoir, car ma douleur austère\nS'endort dans la nature et dans ses amours vrais.\n\nA l'horizon confus où le ciel et la terre\nSemblent pour un baiser se toucher et se taire,\nUne voile parfois, à mes regards distraits,\nSurgit, approche et f u i t au souffle d'un vent frais;\n\nComme vous elle est belle et passe indifférente,\nE t creusant d'un sillon la vague murmurante\nSe montre peu d'instants pour ne plus revenir.\n\nComme vous, elle laisse en ma pensée errante,\nL'amère impression, qui ternit l 'avenir,\nD 'u n bonheur qui trop tôt n'est plu; q u ' u n souvenir .\n\n\n                                    E dmond    PICARD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-002", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 15, "page_fin": 20, "titre_corps": "Joseph Stevens", "titre_sommaire": "Joseph Stevens", "signature_source": "Camille LEMONNIER", "ancre_debut": "JOSEPH STEVENS", "ancre_fin": "Camille LEMONNIER", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2362, "texte": "JOSEPH                    ST E V E N S\n\n                Vioci une belle lettre de peintre :\n                    « Je suis bien heureux et bien fier tout à la fois, m on cher et bon\n               Joseph, d’apprendre par notre cher A rth u r que tu v ien s d’être nom m é\n               m em bre d’honneur de l’A cad ém ie de V ien n e.\n  « C haqu e fois que tu reçois une n ouvelle distinction, chaque fois que l’on           rend\njustice à ton talent, m on cœ ur de peintre et de frère s’en réjouit plus que si cette\ndistinction m ’était accordée.\n  « Je te l’ai dit sau ven t ·. la plupart de tes tableaux resteront.     Q u e la n ote que tu\napparies dans cet art — com m e gen re — soit plus ou m oin s é le v é e , qu’im porte!\nD an s l’art de la peinture, le genre com pte peu si l ’h o m m e n e se m on tre pas dans\nl’œ u vre.\n  « T u es, depuis plusieurs siècles, le seul peintre vraim en t flam and.\n  « L e y s n’a vécu que de vieux souvenirs des anciens peintres            flam ands, jam ais\nému par son tem ps. M adou de m êm e.\n\n\n  « L a n ou velle gén ération b elge, si elle produ it quelques peintres, elle le devra à\nl ' art français.\n  « M o i-m ême (je le dis bien bas), je suis aujourd’ hui plus Parisien que B ruxellois.\n  « Bruxelles le m atin » est le seul vrai tableau flam and et le seul par conséquent,\nqui soit apparenté à cette grande et belle ancienne É co le flam ande.\n  « T o n art, dans ses plus belles pages, a l’air d’avoir ign oré la vapeur. Il vit de lui-\nm êm e et dans son coin. J’en suis fier et je t’ en félicite, car ton n om restera. Q u e de\npeintres, ayan t fait plus d’efforts que toi, ne peuvent en dire autant!\n  « A u m om ent où j’apprenais ta n ou velle distinction, je recevais de m on côté ma\nnom ination de m em bre correspondant de l’ A cad ém ie de M adrid. V o ilà une nouvelle\nqui doublera ta joie et te rendra aussi reconnaissant envers l’E sp agn e que je le suis\nm oi-m êm e envers l’A u trich e.\n   « J’espère, m on bien cher et bon Joseph, que tu te portes bien, et que tu travailles.\n                                                   « Je te presse sur m on cœ ur,\n                                                      « A l fr e d S t e v e n s . «\n\n    J’aurais pu me borner à des extraits; j ’ai préféré tout\ntranscrire, du moins tout ce qui pouvait l’être. A u surplus,\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1924, "texte": "                            — 16 —\nces lignes sont un portrait de Joseph Stevens auquel rien\nne devrait être ajouté s’il ne faisait désirer de connaître plus\nintimement l’homme au sujet duquel elles ont ¿lé écrites.\nE t c’est un beau tém oignage qu’après ces paroles frater­\nnelles d’un maître sur un autre m aître, il puisse être dit\nencore quelque chose qui n’y soit pas dit, bien qu’elles ren­\nferment la parfaite ressemblance des modèles longuement\nétudiés. Je voudrais montrer à mon tour le peintre véridique\ndes bêtes, à la fois dans son métier et dans ses tendances\nartistiques, et, par quelques traits du caractère de l’homme,\nachever de mettre en lumière cette robuste physionom ie\nqui grandira avec le temps. Il est bon que chacun laisse des\nnotes sur les contemporains qu’il a le mieux connus; e t j ’ai\nassez approché celui-ci pour ne rien écrire qui ne soit l’e x ­\npression d’une sympathie réfléchie.\n  A vec Joseph Stevens du reste, il ne faut pas rechercher\nen dehors de son œuvre ce qu’il est et ce qu’il pense ; il est\ndu petit nombre des artistes qui, à l’aise dans leur art et\nn’étant point troublés par le désir de faire autre chose que\nce qu’ils font, ont, presque sans effort, et comme s’ils obéis­\nsaient à une loi de nature, laissé naturellement la besogne\njournalière se composer de leurs sensations et de leurs idées.\nEn aucun point de cette carrière déjà longue, on ne voit les\nindécisions de l’esprit qui se cherche, et, si c’est débuter\nque d ’être dès le commencement soi-même, il se montre\npour ainsi dire en débutant ce qu’il est encore aujourd’hui,\nun mâle ouvrier décidé à ne demander à son tempérament\nque les activités qu’il peut lui donner.\n  C’est un bel exemple pour les natures maladives, sujettes\nà outre-passer les limites de leur production, que ce prati­\ncien à l’œil sain, au bon sens natif, à la ferme main, qui n’est\ntouché par aucune influence étrangère, si hauts que soient\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1999, "texte": "                            —1 7 —\ncertains talents de ce temps, et qui se borne à exprim er avec\nun savoir personnel les impressions que lui fournit la nature.\nS a manière simple et sévère, car il semble que l’art ne puisse\ns’exercer qu ’avec un peu d’austérité, ramène au calme l’esprit\ninquiété par les turbulences des écoles; et il n’est préoccupé\nni d’en fonder une nouvelle ni d’en perpétuer une ancienne,\nmais uniquement de bien voir et de bien rendre, comme s’il\navait le dédain des variations que chaque époque amène\navec elle. On sent que la réalité, après avoir passé par ses\nyeux, n’a que faire de se figer dans un systèm e pour aboutir\nà l’expression artistique; elle y arrive toute seule par l’appli­\ncation à ne point paraître autrement qu’elle est, ni plus fine,\nni plus brillante, mais franche et nue avec le bel accord des\ntons que produit la lum ière et qui est la m agie de la peinture.\n  Joseph Stevens, en effet, est demeuré volontairement en\ndehors des classifications qui divisent les artistes; il n’a\npoint voulu prendre parti parmi tant de recherches oppo­\nsées; et les autres, non plus que lui-même, ne pourraient\ndire s’il est grisiste plutôt que harmoniste ou harmoniste\nplutôt que coloriste. Je ne vois pas de plus bel éloge à faire\nde lui. Il est dans l’art ce qu’il est de nature, un bel organis­\nme sensible que le sophisme n’a point émoussé et qui, aussi\nlibrement que le poirier donne ses poires, laisse aller sa sève\nen des œ uvres naturelles, germ ées de son fond et qui ne pour­\nraient point germ er ailleurs. N ulle greffe n’a altéré chez lui\nla floraison d u tempérament; il e st dans tous ses ouvrages\nle peintre qu’il est vraiment; et, aussi indépendant dans sa\nmanière de sentir que dans sa manière d ’exprim er il n’a fait\nde compromis ni avec les autres ni avec soi-même.\n  Il ne peint que des sujets vulgaires ! On ne peut louer\nl’ouvrier qui ne vise qu'à faire œ uvre de sentiment aussi haut\nque le rapsode chantant l’épopée humaine, etc. J’en demande\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1882, "texte": "                           — 18 —\npardon : ce n’est pas mon sentiment. S ’il fallait admettre\nl’infériorité de certains genres, la conception presque tou­\njours si humoristique et quelquefois si touchante du peintre\nbruxellois m’aiderait à démontrer combien l’esprit et le\nsentiment élèvent l’étude des animaux. Mais je ne puis\nconcevoir qu’il soit moins glorieux de raconter une bête\nqu’un homme, et l’humble drame des chiens errants pèse\ndans les balances du juste le poids d’une détresse humaine.\n  Épris pour eux d’une extraordinaire tendresse, Joseph\nStevens a chanté les êtres malheureux dont les souffrances\nsont voisines des nôtres, comme si la nature, en les faisant\npresque pareilles, avait voulu nous apprendre à les adoucir\npar l’échange des mutuelles sympathies. D es attendrisse­\nments de personne raisonnable par moment illuminent le\nvisage de l’animal et vaguement nous relèvent la continua­\ntion de notre humanité. On est effrayé de leur trouver des\nattitudes d’âmes contrites où nos propres désolations sem ­\nblent se refléter avec les mêmes affaissements et les mêmes\ngestes, et ce sont comme des sosies à qui la nature aurait\ninfligé l’effroyable supplice de sentir comme nous, sans leur\nlaisser la douceur de nous le dire autrement que par la\ntristesse de la silhouette et des regards. Qui donc a écrit que\nla bête est l’ombre de l’homme? M ot cruel qui ne lui permet,\nà cette bête, que de se mouvoir dans le cercle de notre vie\net qui fait de sa peine une grim ace où se rit l’humaine\ndouleur.\n  Personne plus que l'observateur qui fait le sujet de cette\nétude ne l’a démontré dans ses profondes analyses de la vie\net des sensations du peuple animal; il entre-bâille les portes\ndu sombre monde au-delà desquelles sommeille ce que notre\nignorance des grands secrets nous a fait appeler l’Instinct ;\net tant par la vivacité de leurs émotions que par l’espèce de\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1933, "texte": "                             — 19—\nfine mélancolie qui leur-succède, ses créatures ont rang à la\ntable où nous trônons en m aîtres. H é ! m ’intéresserait-il\ndavantage celui qui me peindrait l’un des miens, souffrant\net pensif?\n  Je ne puis me détacher de cette, brève affirmation : « T u\nes depuis plusieurs siècles le seul peintre flamand. » Elle\nest la vérité même, et dans une formule expressive résume\nbien ce talent, si étroitement apparenté au génie d’une race.\nN i le dogm atism e allemand ni la finesse française n’ont pu\nchanger en lui la rude allure de l’instinct ; par-dessus les\nâges, il tend la main aux puissants ouvriers des Pays-B as.\nSon art a la consistance des grès sur lesquels passe le\ntemps sans les atteindre, et comme eux il demeure accroché\nau sol par d ’indestructibles racines. Il n’est ni com pliqué ni\nsubtil en visées. Mais, pareil à une belle m écanique se mou­\nvant au moyen de rouages peu nombreux, il fait une beso­\ngne régulière dont les résultats sont im peccables.\n  N on plus que les Snyders, les F yt, les Jordaens, cet\nartiste franc de collier n’est tourmenté par l’ambition mal­\nsaine des effets alambiqués ; les curiosités qui ont détourné\nde la peinture sa in e tant de modernes et, parmi ceux-ci, le\nm aître quintessencié auquel, bien à tort, on Ta com paré\nquelquefois, D ecam ps, ont épargné sa cervelle ; il n’a pas\neu le rêve décevant des lumières artificielles et des cristalli­\nsations par lesquelles le métier s’est fait de notre temps\nl’imitateur des alchimies.\n  L es plus lointains tableaux de Joseph Stevens ont conser­\nvé leur fraîche coulée toujours jeune : on pense en les\nregardant à cette gravité souriante des vieilles personnes\nqui, ayant vécu pures, connaissent à peine l’outrage des\nrides. A ucun e hâte n’en a fatigué l’élaboration. Visiblement\nils ont été faits en des heures de tendresse sérieuse, comme\nignorance des grands secrets nous a fait appeler l’instinct;\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1932, "texte": "                           — 20\non fait les œuvres durables. L e maître, en effet, travaille\navec cette lenteur active que je signalais déjà chez son frère\nAlfred et qui est entre eux comme une ressemblance de plus,\najoutée à bien d’autres ; il ne se presse ni de commencer ni\nde finir, mais une fois au chevalet, achemine sans repentirs,\npar un travail assuré la besogne au degré d’achèvement\nqu’elle doit avoir. C ’est encore un trait de la race demeuré\nindélébile et qui les assimile l’un et l’autre aux solides p ra­\nticiens, leurs ancêtres, si réguliers dans leur labeur et dont\nl’entrain se gardait si vif de la première à la dernière touche.\nCe noble feu qui ne s'épuise pas est devenu trop rare au­\njourd’hui pour ne pas être signalé.\n   Peut-être vous vous figurez, en lisant ces lignes, une\nplacide physionomie de peintre, telles qu’on en voit dans\nles musées, avec de larges yeux immobiles dans des chairs\ncireuscs. Joseph Stevens n’a rien de ce portrait dans l’esprit\nnon plus que dans la ligne extérieure ; il ressemble bien\nplutôt aux fiers cavaliers bistrés dont Van D yck nous a\nlégué la virile tournure et qu’il modelait un peu sur sa pro­\npre personne, fidèle à cette loi qui nous fait aimer dans les\nautres ce que nous aimons en nous-mêmes. T o u t le monde\nconnaît à Bruxelles le promeneur élancé et correct qu’on\nvoit chaque jour arpenter de son nerveux jarret les trottoirs\nde la rue de la Madeleine, la canne levée, le cigare flambant\nsous la moustache en crocs, une main passée dans l’échan ­\ncrure du gilet. Jamais il n’a abdiqué les sévères recherches\nde la mise qui sont comme l’honnêteté du corps ni le soin\nd ’exercer ses muscles, et, après avoir été à toutes les g y m ­\nnastiques un des hommes les plus adroits de son temps, il\nest encore de ceux dont le classique coup de patin fait\naccourir les curieux sur le bord des étangs gelés.\n    (à su iv re),                 C a m ille   L E M O N N IE R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-003", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 21, "page_fin": 21, "titre_corps": "La Mère", "titre_sommaire": "La Mère", "signature_source": "CATULLE MENDÈS", "ancre_debut": "LA MÈRE", "ancre_fin": "CATULLE MENDÈS", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 818, "texte": "L A     M ÈR E\n\n\n      Qu a n d le Seigneur forma- l ’homme, le Seigneur dieu\n\n        Ne p rit point le limon terrestre en un seul lieu,\nMais il prit de la terre aux quatre coins du monde :\nA u sud, où l'air brûlant sèche la lande blonde,\nA l ’est vert de feu illée, au nord blanc de frim a s,\nA l'ouest, où ce briseur de chênes et de mâts,\nL'ouragan, tord la pluie et la nuée en trombe;\nA fin qu'en nu l pays la terre de la tombe\nA l ’homme qui s ’incline et meurt, voyageur las,\nN e dît ; « Q ui donc es-tu ? j e ne te connais pas ; »\nM ais pour qu’en tous pays la terre maternelle\nA l ’homme heureux enfin de reposer en elle\nSa tête qui se courbe et son cœur qui se fen d ,\nP û t dire : « Couche-toi dans mon sein, mon en fa n t! »\n\n                                       C A T U L LE M ENDÈS\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-004", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 22, "page_fin": 22, "titre_corps": "Remords léger", "titre_sommaire": "Remords légers", "signature_source": "Emile MICHELET", "ancre_debut": "REMORDS LÉGER", "ancre_fin": "Emile MICHELET", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 25, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 735, "texte": "R E M O R D S              LÉ G E R\n\n\nD ’avoir baisé les seins en fleur\nVoici que le remords t ’effleure,\n     A vie qui pleure\n D ’avoir baisé les seins en fleur.\n\nA h ! que n ’ai-je brisé ton vol\nVers toute amourette frivole,\n     0 l èvre fo lle ,\nQue n’ai-je su briser ton vol!\n\nO h ! la blanche candeur des lys,\nO h ! les frissonnantes délices\n     Dans les calices\nOù s ’endort la blancheur des lys !\n\nRevient-il donc aux fru its impurs\nL e duvet blond des pêches mûres ?\n     A h ! tu murmures\nAme pleurant les jo u rs impurs?\n\nE t le lent remords sépulcral\n— Tu sais qu ’il n ’est point d’eau lustrale —\n     E n toi s ’installe,\nHélas ! ju s q u ’au jo u r sépulcral !\n\n                               E m il e M IC H E L E T\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-005", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 23, "page_fin": 24, "titre_corps": "Louise Célin", "titre_sommaire": "Louise Célin", "signature_source": "Jules DESTRÉE", "ancre_debut": "LOUISE CÉLIN", "ancre_fin": "Jules DESTRÉE", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1441, "texte": "LOUISE CÉLIN\n\n                         PASTEL\n                                   O t o i q u e j ’ eu sse aim é e , ô t o i q u i le s a v a is ...\n                                                            B a u d e la ire . Les F le u rs du M a l.\n\n\n\n\n        Onnous avait laissés seuls.\n          Toute frêle et mignonne, avec je ne sais quoi\n        d’alangui, d’affiné et de précieux dans l’allure, elle\nétait assise devant moi, mollement enfoncée dans un fauteuil,\nses yeu x aux longs cils baissés sur la broderie à laquelle elle\ntravaillait. Moi, accoudé au marbre de la cheminée, em bar­\nrassé, me trouvant bête, et cherchant des paroles que je ne\ntrouvais pas — que lui dire à cette inconnue? — silencieuse­\nment je l’examinais. L e soleil glissait sur sa chevelure blonde;\net ça et là, des mèches folles, toutes traversées de lumière,\navaient des tons fauves et roux d’or sombre ou de vieux cuir,\ndes nuances chaudes qui semblaient chanter et claironner\ndans le soleil, se pâmer, expirer et s’éteindre dans les recoins\npleins d ’ombre. Sous ce nimbe, son visage blanc et rose,\npâle légèrement, mais imperceptiblement rosé aux pom ­\nmettes, se détachait à contre jour, sur le fond du fauteuil,\navec une douceur vague de teinte mi-effacée.\n  Elle leva sur moi ses yeu x, des yeux bleus, allongés, à\npeine soulignés de bistre, avec un regard inquiet qui cher­\nchait à me deviner. Ce fut comme un éclair, une brusque\n"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 859, "texte": "                                    -    24   -\n\ntombée de lumière qui vivifia les nuances tendres de ce\npastel. Je hasardai quelques phrases banales. Elle avait, en\nme répondant, un sourire adorablement exquis, qui dans le\nrose de ses lèvres fines, faisait rire chacune de ses dents\ndécouvertes, brillantes et blanches ainsi que pâquerettes\ntrempées de rosée. Sa voix qui effaçait les r, avait des\naccords voilés et comme soupirés, d’une souveraine grâce,\net donnait aux plus insignifiantes paroles un prix inesti­\nmablement tendre.\n — On rentra. A près un salut correct et froid, je pris\ncongé. Plus jamais ne l’ai revue; seulement depuis, j ’ai su\nqu’elle s’appelait Louise Célin. E t j’en ai gardé, avec ce\nnom au charme mélancolique et subtil, un souvenir d’une\ndouceur de rêve...\n   A o û t 1884.                                       Jules     DESTRÉE."}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-006", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 24, "page_fin": 24, "titre_corps": "La Coupe", "titre_sommaire": "La Coupe", "signature_source": "Rodolphe DARZENS", "ancre_debut": "LA COUTE", "ancre_fin": "Rodolphe DARZENS", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 889, "fin_caractere_exclue": 1891, "texte": "L A         COUTE\n\n              T es lèvres sont les bords de corail d'une coupe\n             D on t la bouche est le fo n d adorable et verm eil,\n             E t qu'ornent, tout autour, chercheuses de so le il,\n             L e s perles de tes dents que ton sourire groupe.\n\n\n             J e traîne mon amour de tes seins à ta croupe,\n             M a is j e reviens toujours à ta bouche, p a r eil\n             A quelqu'ensorcelé, car j 'y bois un sommeil\n             P le i n de rêves lascifs q u i voltigent en troupe.\n\n\n              C a r j ' y bois de ma bouche altérée, à longs tra its,\n             D a rd a n t ma langue au fo n d des creux les p lu s secrets,\n             J u sq u 'à ce que j ' épuise, intrépide convive,\n\n\n             C es opiums p lu s fo r ts que les sucs des pavots,\n             T es baiser, tes baisers, mêlés à ta salive,\n             Q u i me donnent la sève, et les désirs nouveaux.\n\n\n                                                  R odolph e     DARZENS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-007", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 25, "page_fin": 30, "titre_corps": "La Nyctalope", "titre_sommaire": "La Nyctalope, conte", "signature_source": "Stuart MERRILL", "ancre_debut": "LA NYCTALOPE", "ancre_fin": "Stuart MERRILL", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1772, "texte": "LA N Y C T A L O P E\n\n              E v e n a is\n              J                de fu m er m a d ern ière pipe, et m a lam p e se\n               m o u rait en crép itan t, lorsq u e j ’en ten d is sou d ain retentir\n               le m arteau de m a p o r te , et u n e v o ix m e h éler dans la\nn u it : « O hé ! d o cteu r! d octeu r! d o cteu r! »\n   T o u t en m au d issan t les m alad es        n octu rn es, j ’en tre b a îlla i les\nbattan ts, et par la fente noire j e v is se g liss e r la tête rou sse et\ngro tesq u e de M ath ias, le fou du v illa g e , et l ’u n iq u e se rv ite u r du\nv ie u x professeu r G ré g o riu s, u n so rcier du d iable, à ce que d isa ien t\nles v ie ille s , le so ir, au coin du feu .\n   — « E h bien ! M ath ias? »\n   — « M aître m e u rt! il m eu rt! il m eu rt! — P â l e , oh! p â le dans la\nn u it n o ire! — O u i, m aître vo u s v e u t. — J ’ ai p eu r, o h ! p e u r! —\nV e n e z v ite, d o cteu r! d o cteu r! d octeu r! »\n   E t com m e u n e p o u le qui g lo u sse, le fou ro u la it rap id em en t ce\nd ern ier m ot, en clign o ta n t sou s la lu m ière sou d ain e.\n   — \" C ’est bien, M ath ias, j e v ien s ! »\n   E t m ’h a b illa n t en u n tou r de m ain, j e so rtis dans la n u it.\n   P a s u n e étoile a u x cieu x . L a r o u te était presque in v is ib le ; m ais\nj e s u iv is M ath ias qui, a v ec u n in stin ct de bête, tro ttin a it d evan t\nm oi, et g ro g n a it quand parfois je tréb u ch ais ou ralen tissa is le pas.\nL e v e n t se la m e n ta it dans les bras retors des p om m iers, et les\np eu p liers, a v ec des p leu rs, ép an d aien t dans les ténèbres leu rs\nfe u ille s a u to m n ales.\n   A u bout d ’u n e d em i-h eu re, M athias s ’arrêta.\n   —    \" Ic i! »\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2841, "texte": "                                      —    26     —\n\n\n\n\n   P u is il d isp aru t dans u n e allée de tra v e rs e ; je l’y su iv is parm i\nles h autes herbes qui se no u aien t à m es g en o u x com m e des vip è re s,\net sous les bran ch es basses qui m e sou ffletaien t com m e des m ain s\nde sq u elettes; bien tôt je v is filtrer u n e lu e u r à tra v e rs les fe u il­\nlag es, et la m aison délabrée du professeu r se d ressa dans l ’o b scu ­\nr it é ; u ne porte, s ’ o u v ra n t apparem m en t d’elle-m êm e, g rin ç a su r\nses gonds, p u is se referm a su r m oi, tan d is que les pas du fou\ns’élo ig n a ien t su r le g ra v ie r des sen tiers.\n   Je m e tro u v a i dans u n corrid or va g u e m e n t écla iré p ar une\nv e ille u se ; les toiles pou dreu ses des a raign ées et les lam b ea u x de\npapier, qui tom b aien t des m u rs com m e des é ca ille s de lé p reu x ,\nfrisson n aien t sou s les co u ran ts d ’a ir ; en p assan t, il m e sem bla\nou ïr des san glots qui s ’ e x h a la ien t des e n tra illes du sol, et dans un\nan g le du p lan ch er, j ’o b servai u n e trappe m étalliq u e qui s e rv a it de\nferm eture     à    quelque     so u terra in .       M a i s , san s y   p rêter p lus\nd’atten tion, je p én étrai dans la pièce vo isin e.\n   C ’était u n e cham bre im m en se g arn ie de tab lettes où, ran gée su r\nran gée, s ’a lig n a ie n t des m illiers de liv r e s ; su r u n e table de tra v a il,\ncorn u es, tu b u lu res et alam bics se tord aien t fan tastiqu em en t sous\nla cla rté san glan te de p lu sieu rs lam pes arabes su sp en d u es au\np lafon d ; dans u n coin tén éb reux g rim a ça it, dans son d éh an ch e­\nm en t cyn iq u e, un squelette à la grêle o ssatu re. E t là, dans l ’om bre\nd ’u ne a lcô v e, su r un m isérab le grabat, se co n to rsion n ait le m o ri­\nbond G rég o riu s.\n   Je recu la i d ’ép o u van te d evan t cet affreu x v ie illa r d m i-n u , à\nla face lab ou rée de rid es; ses y e u x in jectés de sa n g m e d ard aien t\ndes regard s fa u ves, et les lon gu es m èches de ses ch eveu x ja u n e s\nse red ressaien t parfois a vec des so u bresau ts su r son crân e. Je\nreconn us aussitô t, a u x cris q u ’il m âch on n ait, u n accès du plus\nv io le n t d élire. A y a n t donc préparé un b re u va ge som nifère, je m e\nd irigeai vers l ’a lcô v e. A i-je trébuché en ap p roch an t du lit, et m es\npas o iit-ils sonné dans la cham bre so u terrain e? T o u jo u rs est-il\nqu ’au m om ent où je p ortais la potion au x lèv res du fiév re u x , de\nsou d ains et rau qu es m iau lem en ts éclatèren t sou s m es pieds et se\nprolo n gèren t dans le silen ce n o ctu rn e a v ec d’in term in ab les on d u ­\nlation s. S o u s un frisson de terreu r je m e c risp a i; m ais un retou r\nde honte m e rem it en possession de m oi-m êm e, et je m e je ta i su r\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2667, "texte": "                                         —     2 7   —\n\n\n\n\n G rég o riu s qui, a v ec des cris ép o u va n ta b les, s’é tait dressé su r son\n gra b a t de tou te sa h a u teu r, puis a v a it d é fa illi en écu m a n t com m e\n un ép ilep tiq u e. Je lu i bo u ch ai les o reilles des doigts, et quand\n enfin la v o ix se fû t éteinte, je lu i fis a v a le r le so p o ratif. U n e p a ix\n profonde tom ba su r son v is a g e : c 'é ta it la p a ix a va n t-co u rriè re de\n la m ort. C a r la fièvre a v a it fa it son oeuvre.\n    Je v e n a is de m e p en ch er po u r lu i tâter le po u ls, quand len te­\n m ent je v is ses lèvres s’ en tr’ o u v rir, et d ’une v o ix très-b asse il\n s o u p ir a : « V o u s avez entendu ces p le u rs ? ... C e so n t les pleu rs\n d ’u n e fe m m e !... Je v a is m o u rir et je v e u x confesser m on crim e\n atroce. \"\n   C es p a ro le s, soufflées p lu tô t q u ’a rticu lé es p ar les lè v re s c a d a v é ­\nriques du v ie illa rd , firent co u rir des fro id s le lo n g de m on éch in e.\nU n e fem m e? u n e fem m e? C es m iau lem en ts, la v o ix d’u n e fem m e?\n   —     « J ’étais je u n e , ja d is       », m arm on n a it le m ou ran t,        « et\nj ’a im a is... E lle éta it blonde .. je la tra în a i d an s cet e n fe r... L ’idée\nd iab o liq u e m e sa isit d ’éleve r des en fa n ts... des s a u v a g e s , dans les\nténèbres, dans la so litu d e ... Je v o u la is les étu d ier, et je les v o u ­\nla is fa u ves ..   0 sc ie n ce! ô scien ce! je rê v a is à la g lo ir e !... E lle\na cco u ch a d ’u n garço n dans le so u te rra in ... m ais m a p itié de père\ns ’é m u t... j ’o u v ris la trap p e et je la issa i d an ser le petit dans la\nch a le u r du s o le il... C ’est lu i, le fou, m on en fan t! »\n   — « Q u i? M ath ias? » d em an d ai-je, fa scin é p a r l ’ h o rreu r sp ec­\ntra le du récit.\n   — « O u i! O u i!... E co u te z m on c rim e ... D e n o u vea u m on adorée\nen fanta dans les ténèbres.'., u n e fille, cette fois, celle qui m ia u la it,\nlà, dans le so u te rra in ... M a fem m e m o u ru t en l ’a lla ita n t, et v o ilà\nson sq u elette... le squelette dans le co in ... 0 D ieu ! elle était douce\net b lo n d e !... >\n                   >\n   B o u lev ersé par la terreu r, je su iv is le regard du m on stre : le\nsquelette nous co n tem p lait de face, a vec son rican em en t insensé.\nJe m e pen ch ai, le cœ u r g la cé.\n    — t A i-je bien co m p ris? Ces m iau lem en ts, d ites-v o u s, étaien t la\nv o ix de vo tre en fan t? »\n  — « O u i... O h ! j ’ai p e u r !... Oh ! les p le u rs ! »\n  — \" Elle     e s t là, dans le so u terra in , sou s la trap pe? >\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2659, "texte": "                                     — 28 —\n   — « O u i... quinze ans de té n è b r e s !...         O h!    les p leu rs!    les\np le u rs! »\n   — \" H orrib le! h o rrib le! h o rrib le! » rép étai-je en m e se rra n t\nles tem p es.\n   — « O sc ie n ce !... O scie n ce! » ch a n ta it le v ie u x dans ses affres.\n  D e n o u veau , com m e u n e N én ie fu n éraire,          les   m iau lem en ts\ns ’exh alèren t dans la nuit, tan d is que G ré g o riu s, l ’ép o u va n te au x\ny eu x et le râle au x am y g d a les, a g o n isa it. Q u an d les cris eu ren t\ncessé, je m ’in clin a i su r le lit : je n ’a v a is plus d eva n t m oi q u ’un\nca d a v re.\n   A ussitôt, sans crain te et san s pensée, je m e p ré cip itai dans le\nlu gu b re corridor, et de m es doigts crispés je sa isis l ’a n n eau de la\ntrappe; elle était lo u rd e; m ais d ’un fu rie u x effort je la so u lev a i et\nla laissa i retom ber a v ec un fra cas de fer. U ne éch elle p lo n g e ait\ndans les ténèbres; d éjà j ’y posais le pied, quand tou t à coup, a vec\ndes glapissem en ts et des vo ciféra tio n s, je v is ém erger de l ’om bre\nune affreuse sa u va g esse nue ; a v ec u n e a g ilité de sin ge elle sa u ta\nsu r le plan cher, puis s ’affaissa, a v eu g lée p ar la lu m ière, v a g u e\ncependant, qui régn a it dans la pièce. S o n corps g rê le et d éch arn é\nétait noir de crasse, et su r son dos et ses flancs se co lla ien t les\nnattes em brou illées de ses ch ev eu x , d éjà g ris m alg ré u n e je u n e sse\nde qu inze an s; quant à ses y e u x , ils étaien t d ém esu rém en t é la rg is\np ar les ténèbres, com m e ceu x des h ib o u x , et me la n ça ie n t, entre\nchaque clign em ent, des regards effrayés. E ta is-je le p rem ier être\nh u m ain q u ’elle eût ja m a is aperçu ?\n   P en d an t quelques m inutes, la créatu re resp ira b ru y a m m e n t\nà mes pieds; pu is, a y a n t tourné la tête, elle bondit so u d ain dans\nla cham bre m o rtu aire; je l ’y s u iv is . E lle sa u tait deçà et d elà en se\nh eu rtan t sans cesse a u x m u rs et au x m eubles ; ca r elle é tait n y cta -\nlope com m e u ne ch a u ve-so u ris, et ren v ersa it, dans sa co u rse en\nzig za g , ch aises, tables et piles de liv r e s ; je frém is quand je la v is\ntrébu ch er vers le sq uelette g rim açan t — le sq u e lette de sa m ère —\net m algré m a répu gn an ce, je la sa isis p ar le bras p o u r p ré v e n ir\nu n sacrilège.\n   Je lu i je ta i quelques p ro v isio n s tro u vée s dans un coin ; s ’a c c r o u ­\npissant com m e u ne bête, de ses crocs a ig u s elle d éch ira sa n o u r ­\nritu re. A près a vo ir éteint les lu m ières superflues, par pitié p our\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2883, "texte": "                                      —    29   -\n\n\n\n\nelle, je m ’a ssis, le dos à la porte, pou r l ’ o b serv er. J ’e s sa y a i de lu i\nfaire com prendre quelques m ots; m ais elle ne rép o n d it que p a r\ndes gro gn em en ts, et je n ’eus q u ’ à m e taire. L e lo u rd silen ce ne\nfu t dès lors interrom pu que par les chocs ryth m iq u es des m âch oires\nde la fem m e, dont les y e u x im m en ses m e fix a ie n t san s cesse.\nO h! ce regard fo u ! A ffaibli par les terreu rs de la n u it, je sen tais\nm a raison se dérober a u x efforts de m a vo lon té, et s ’ éco u ler com m e\nu n flu ide dans les p u p ille s in son d ables de la n y cta lo p e. Je me\nsen tais fou, dans cette sa lle sillo n n ée p ar le v o l des fa n ta sm a g o ­\nr ie s ; à m a droite le ca d a v re d ’un fou , à m a g a u ch e le sq u e lette\nd ’u n e fo lle, et d eva n t m oi les y e u x       m agn étiqu es d’u n e     folle!\nA h ! je m e se n ta is véritab lem en t fo u ... fou. . fo u !\n   U n e tape in atten d ue su r l ’ép au le m e fit so rtir de m on h yp n o tism e ;\nje tou rn ai la tête : c ’éta it M a th ia s, pâle sou s la lu e u r blafard e d ’un\nflam beau q u ’il p o rta it; l ’ép o u va n te lu i b rû la it les y e u x , et de\nson in d ex rig id e il d ésig n a it la n y cta lo p e.\n   — « E st-ce un fan tô m e? » siffla-t-il à m es o reilles.\n   — « M athias », c r ia i-je en l ’a g rip p a n t p a r le bras, « M ath ias,\ntu vo is là ta sœ u r ! »\n   Il recu la d’un pas, m ais au m êm e in sta n t la bête, g risé e com m e\nu n e p h alèn e par l ’écla t du flam beau , s ’était ruée su r lu i. E n u n\nclin d ’œ il u n e lo n g u e flam m e, a v e c u n sifflem ent, les en laça tous\nd eu x, tan d is qu’u ne âcre od eu r de ch ev eu x rou ssis m e p én étrait la\ngorge. P a re ils à des d am n és, le m âle et la fem elle s ’ étreig n aie n t en\nh u r la n t et to u rb illo n n aien t par la sa lle dans u n e v a ls e in fern ale;\nles étin celles et les flam m èches vo le ta ie n t a u to u r d’eu x com m e des\nfe u x - fo lle ts ; les liv re s et les m an u scrits b rû la ie n t, l ’alcool d e s'\nlam pes et les acides des corn ues et des b allo n s ru isse la ie n t en\nnappes     in cen d iaires ou      déton aien t effro yab lem en t ; l ’incend ie\nm u rm u ra it, gro n d a it, h u rla n t des h ym n es satan iq u es au to u r du\nlit m ortu aire, qui flam b ait com m e un bû ch er de fu n é ra ille s ;\nso u d ain le ca d a v re   carbon isé de G rég o riu s, a vec u n e torsion\nh ideuse, se so u lev a et ro u la dans la tem pête de feu, tan d is que le\nsq uelette de son aim ée — de la blonde v ie rg e de ja d is — s’ ab a tta it\ndans les flam m es a v ec un cliq u etis de ca sta gn ettes.\n   P a r u ne fenêtre e n tr’o u verte, la lu n e m e re g a rd a it; d ’un bond je\nfus dehors, et je co u ru s com m e un dém on iaqu e sou s les arbres\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 552, "texte": "                                    — 30 —\nfantastiques, dans les lon gu es herbes serpentines, dans les cham ps,\nsu r les routes, parto u t, je ne sais où. Q u an d enfin je tom bai de\nfatigu e, su r la m ousse fraîch e, la m aison dam née b rû la it au lo in ­\ntain , et p a r bouffées, dans la n u it som nolente, les brises m ’a p p o r­\ntaien t les h u rlem en ts sonores de M athias le fou e t les m iau lem en ts\nd’ ép o u va n te et d ’agonie de la n ycta lo p e.\n\n                                                      S tu a r t M E R R IL L ."}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-008", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 30, "page_fin": 30, "titre_corps": "Mystère", "titre_sommaire": "Mystère", "signature_source": "Stanislas de GUAITA", "ancre_debut": "MYSTÈRE", "ancre_fin": "Stanislas de GUAITA", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 588, "fin_caractere_exclue": 1528, "texte": "M Y S T È R E\n\n\n\n           Mon Seigneur Jésus-Christ ! Depuis dix-huit cents ans\n           L a morne H um anité vient manger et vient boire,\n           Avidement, à ton calice, à ton ciboire,\n          L ’antidote sacré des instincts malfaisants ;\n\n           L ’E re nouvelle a lui, riche en promesses vaines,\n           E t le monde d’ Après vaut le monde d ’Avant;\n          — Comme, au souffle d ’été, l ’arôme des verveines,\n          Les effluves malsains roulent au gré du vent.\n\n          E t rien ne brille au ciel, rien ne brille sur terre ;\n           E t notre pauvre fro n t, sous le poids du mystère,\n           0 blond Galiléen, se courbe bas, très bas__\n\n          Notre esprit, qui devant ta royauté s ’incline,\n           Voudrait enfin comprendre· — et ne comprendra pas,\n          P o u r q u o i ton f lanc divin saigna sur la colline?\n\n                                             S t a n isla s   de   G U A IT A .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-009", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 31, "page_fin": 32, "titre_corps": "Les Balayeurs", "titre_sommaire": "Les Balayeurs", "signature_source": "Jean AJALBERT", "ancre_debut": "LES BALAYEURS", "ancre_fin": "Jean AJALBERT", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1228, "texte": "LES      BALAYEURS\n\n\nComme revenant d ’un sabbat, les Balayeurs\nPauvres bougres, vêtus d ’un bourgeron de toile,\nCheminent, sous les yeux des becs de ga z veilleurs,\nDans l ’aube grise, où se perd la dernière étoile.\n\nIls vont, ces nettoyeurs des immondices d ’hier,\nPromenant le B a la i dans les flaques de boue,\nDevant le sergent de ville, qui passe fier\nS u r l’ asphalte luisant où la lune se jou e.\n\nIls poussent au ruisseau l’ empoisonnant ragoût\nD e tous les détritus qu'emporte l ’eau courante\nDes lances, refoulant dans les bouches d ’égout\nLes ordures qui sont leur quotidienne rente.\n\nL a ville, nettoyée à fo n d chaque matin\nE st si propre, toujours, que l ’œil s ’en émerveille,\nCar, des Buttes- Chaumont ju s q u ’au Quartier Latin\nRien n ’y demeure des saletés de la veille.\n\nQue de talons fa n g eu x ont souillé le trottoir,\nPourtant ! Que de hoquets ! E t quelles soûleries ..\nCombien couraient mourir — ainsi qu’à l ’abattoir\nInconsciemment vont les bêtes ahuries !\n\nQue de bouquets fanés au milieu des tessons !...\nParfois, un nouveau-né dans l ’angle d’une porte!!..         -\nDes vices... des vertus.,    et lorsque nous passons, .\nP lu s rien, car il n ’est rien que le B a la i n’emporte!\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1069, "texte": "                           - 32 -\n\nM ais les parois du cœur, comment les nettoyer ?\nQuel B a la i suffirait à pareilles besognes?\nL e plus profond égout ne pourrait pas noyer\nL e cadavre pourri de certaines charognes !\n\nMon cœur, viscère usé, le sang ne pourra plus\nRouler ses flots de pourpre au creux de tes artères,\nS i quelque Balayeur solide, aux bras velus,\nNe vient te délivrer des miasmes délétères!\n\nO h ! qu’ils doivent puer, tous les rêves crevés, —\nJam ais ensevelis — qui vivaient dans mon âme !\nS ’il vient, le Balayeur des espoirs décavés\nP ou r les désinfecter, quel parfum , quel cinnam e!\n\nQuoi peut germer dans cette atmosphère de m ort?\nQuelle espérance neuve en cette boue épaisse ?\nQuelle herbe peut fleu rir? Quel désir assez fo r t\nP ou r que j e le désire et que je m ’en repaisse !\n\nLes Balayeurs, venez! J e vous livre mon cœur.\nLavez-le du passé dont le présent s’irrite,\nE t jetez à l ’égout mon spleen et ma rancœur...\nD u B a la i... D u B a la i! dans ce cœur qui s ’effrite...\n\n                                        Jean    AJALBERT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-010", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 33, "page_fin": 34, "titre_corps": "Fou", "titre_sommaire": "Fou !", "signature_source": "Maurice FRISON", "ancre_debut": "FOU", "ancre_fin": "Maurice FRISON", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1379, "texte": "FOU\n\n             Ma h i a   ma brune, Mallia                 ma brûlante com pagne\n                 d’amour, ma douce aimée                            dort; elle dort là-\n                bas sous les violettes et les cyprès som bres ! Son\nâme s’est envolée vers les étoiles blondes; mais à l’heure où\nles Lam ies, belles filles de la N uit, allument dans le parfond\ndes cieux le clair étoilement des astres, elle                             revient rendre\nla vie à son corps, rendre l’am our à son cœur.\n    A lo rs, M ahia soulève la pierre morne du tombeau et\ncomme jadis, amoureuse pâmée, tombe dans mes bras ! E t\nconfondus dans une étreinte folle, nous passons de longues\nheures, délirantes.\n\n   Puis quand le soleil, le grand soleil de Dieu jette à l’Orient\nson fulgurant flamboi de rayons sanglants, l’essence de vie\nl’abandonne, repart pour l’empire des âmes et me laisse seul,\ntout un long jo u r e n c o r e .............................................................\n\n   Il g êle, la neige tourbillonne, épaisse dans la nuit fro id e;\nc ’est Ahrim an, Satan, esprit du mal qui s’abat sur la terre!\nL e vent siffle, siffle, strident !             ................................................   .\n\n   — « T u auras bien froid ce soir, M ahia chérie; ton corps\nblanc frissonnera sous la piqûre âcre de la bise ; tes cheveux\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1252, "texte": "                                   - 34 -\nnoirs fouetteront tes épaules rondes, mais viens sans crainte,\nsoulève la neige lourde, sors de ta prison glacée, viens dans\nmes bras, enfant! Je te réchaufferai au feu de mes baisers!\nElle reste inanimée! Viens Mahia, ma brune, viens douce\ncom pagne d'amour, viens ! »\n  Mais tout se tait hormis le vent qui siffle, siffle, strident!\n\n   L e jour arrive, une aube d’hiver, qui étend sa pénombre bla­\nfarde sur le cimetière triste, le cimetière blanc, tout blanc,\noù les croix alourdies de givre et les yeuses raidies dressent\nleurs fantômes déchiquetés.\n   L a tempête a convulsé l’épais suaire de neige, creusé\ndes ravins, roulé des vagues aux crêtes scintillantes, et là,\ndans un coin, au pied d ’une petite croix, nue au milieu du\nremous d’un grand tourbillon figé par la bise, un point\nsombre, une tête crève le grand linceul et étale ses traits\némaciés empreints d’une extase surhumaine ! .........................\n   Pauvre insensé, ton âme s’en est allée rejoindre celle de la\nchère aimée et vivre auprès d ’elle d ’éternels jours d’amour!\n  — E t le ve n t siffle, siffle, strident.........................................\n\n                                                   M a u r ic e F R IS O N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-011", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 35, "page_fin": 36, "titre_corps": "Eden de Poètes", "titre_sommaire": "Eden de Poètes", "signature_source": "André FONTAINAS", "ancre_debut": "EDEN DE POÈTES", "ancre_fin": "André FONTAINAS", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1169, "texte": "EDEN        DE     POÈTES\n\n                                     A P i e e r r Q u illa r d .\n\n\n\nJ ’en ai la vision, quelquefois, dans mes rêves :\nJ e vois un Paradis, plein d ’éclatantes fleurs,\nQ ui s ’ouvre par instant, à la lueur des glaives.\n\nIls pendent à la branche ainsi que de longs pleurs\nQ ui perlent, s'effilant aux paupières d ’amantes,\nE t de leur jo u e altière effacent les couleurs.\n\nDans le fracas mourant des lointaines tourmentes,\nJ e vois aux d eu x monter un nuage rosé\nA u x odeurs de cinname et de myrrhe fum antes.\n\n L e sol est un gazon d ’une eau fra îch e arrosé\n E t le jo u r s ’y répand en débordantes sèves,\n D ’un diaphane éclat mollement irisé :\n\nJ ’en ai la vision, quelquefois, dans mes rêves.\n\n I l voltige dans l ’air des rythmes de sonnets;\n On voit passer le vol vibrant des grandes rimes\n E t l ’on cueille les vers aux tiges des genets;\n\n On a l ’enivrement du pardon pour les crimes ;\n L e ciel en est empreint tout entier; la Bonté,\n P ou r s’y développer, n ’a pas besoin de prim es.\n\n Tout revêt un aspect lumineux, et l ’été\n Eternellem ent luit sur la plaine infinie\n Où brille le soleil de l'am our convoité.\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1571, "texte": "                       — 36 —\nP a r tout le Paradis plane cette harmonie,\nE t — comme des tisons échappés aux chenets —\nI l en sort les rayons flamboyants du Génie :\n\nI l voltige dans l ’air des rythmes de sonnets.\n\nDes parfums d ’amours purs s'épanchent des corolles\nComme des myrtes verts et des rosiers sacrés,\nE t les fleurs ont le port des anciennes idoles.\n\nChacune a conservé ses traits fin s et nacrés,\nSources des passions qu’éprouvaient les poètes,\nE t des espoirs d ’amours plus doux y sont entrés.\n\nE t les glaives divins suspendus sur leurs têtes\nLes poussent dans les bras de leurs joyeux amants,\nE t — sans voiles— leurs chairs aux spasmes saints sont prêtes.\n\n Ils célèbrent leurs vœux en m adrigaux charmants,\nE t tandis qu ’enivré de leurs tendres paroles,\nL e D ésir se promet de radieux moments,\n\n Des parfums d ’amours purs s’épanchent des corolles.\n\n C ’est le Paradis saint des ciseleurs de vers,\n C ’est l ’ Eden attirant des amants de la Muse,\n Des charmeurs innocents de l ’immense Univers.\n\n A u son de la phormynx et de la cornemuse,\n Tous vivent, couronnés d ’un laurier éternel,\n E n proie au chant divin qui toujours les abuse :\n\n Ils vivent sans souci de leur passé charnel,\n Dans l ’extase et l ’amour de la nature vaste\n Q u’ils chantent sur un mode ardent et personnel.\n\n L eur chant est toujours grand, limpide, clair et chaste,\n E t f u it l ’obsession des souvenirs pervers\n Qui, sur terre, envahit le cœur — et le dévaste :\n\n  C ’est le Paradis saint des ciseleurs de vers!\n\n                               A ndré F O N T A IN A S .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-012", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 37, "page_fin": 42, "titre_corps": "La « Grâce-de-Dieu »", "titre_sommaire": "La « Grâce-de-Dieu »", "signature_source": "Henry de TOMBEUR", "ancre_debut": "LA GRACE DE DIEU", "ancre_fin": "Henry de TOMBEUR", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2940, "texte": "LA « GRACE-DE-DIEU »\n                    N\n                    E FONÇANTg r a s s e m e n t d a n s l ’e au b r u is s a n te a u to u r de ses fla n c s , sa\n                    p a n se ja d is b r u n e , a u jo u r d ’ h u i ja u n ie p a r le s lim o n s d u v o y a g e\n                     le c h a la n d « la     G r â c e -d e -D ie u » q u itta it T a ille fe r .      P a r la m ­\n                     beaux,      les   b u é e s flo tta n te s   de l ’ a u b e ,   la ite u se s so u s le s o le il\nle v a n t, tr a în a ie n t e n c o r e s u r la M e u s e , d isp e rsé e s en lo n g u e s d é c h ir u r e s ,\ns ’a c c ro c h a n t a u x r o c h e r s a b ru p ts de la r iv e g a u c h e , o u g lis sa n t, p o u r d isp a ­\nra îtr e d a n s l ’a ir b le u , su r le s faîtes v e r d o y a n ts des p e n tes b o isé e s q u i, à la\nriv e d r o ite ,    s ’é c r o u le n t p re s q u ’à p ic v ers le fle u v e . A v e c le          fr is e lis des\nfe u ille s h u m id e s , s’ é le v a it des a rb re s , en c o n c e r t a d o u c i, u n g a z o u illis c o n ­\ntin u d a n s la fr a îc h e u r m a tin a le .\n   L o u r d e m e n t im m e r g é ju s q u ’au ras d u p o n t p a r so n p le in c h a rg e m e n t de\nb lé , le b a te a u a v a n ç a it d a n s l ’e au b lo n d e ; su r le c h e m in d e h a la g e , u n v ig o u ­\nre u x a rd e n n a is so u q u a it d ’a h a n à la c o r d e d ’a m a rre ; il m a rte la it le p a v é r a b o\nte u x d e ses fers so n o re s , ta n d is q u e so n c o n d u c te u r , a ssis su r sa c r o u p e , s if­\nfla it, in s o u c ie u x , et e n v o y a it à l ’é c h o , te ls q u e des c o u p s d e fu s il, les c la q u e ­\nm e n ts secs de so n fo u e t.\n   A    la b a rr e      du   g o u v e r n a il, le p è re C o la s , p a tro n b a te lie r, d ir ig e a it la\nm a rc h e . D an s la c a b in e a u x c o n tre v e n ts v e r ts, q u i h a u sse au m ilie u d u p o n t\nso n p la fo n d b o m b é , sa fe m m e , la b o n n e M a r jo s è p h e , d o r m a it e n c o r e , et le\nv ie u x s o u r ia it en re g a rd a n t F r a n ç o is , so n fie u . L e g a rs c h a n ta it à p le in g o ­\nsier, to u t en je ta n t à l’ e au la se ille q u ’il ra m e n a it p le in e , p o u r in o n d e r le\nb a tea u d a n s sa to ile tte de c h a q u e jo u r .\n   Le     p è re    C o la s s o u r ia it, et c e s o u r ir e p lis sa it la p e au lu is a n te         d e so n\nv is a g e ta n n é p a r le s e m b r u n s. — C ’est q u ’il d e v in a it b ie n le m o tif d e l ’e x u ­\nb é ra n c e jo y e u s e d e F r a n ç o is ; et v ra im e n t, lu i-m ê m e é ta it to u t c o n te n t : n ’ a l ­\nla ie n t-ils p a s r e v o ir à N a m u r le u r v ie il a m i, J a n M œ d e r lé , « li F la m in d » et\nso n beau c h a la n d , « le S t- N ic o la s » et s u r to u t la b lo n d e A n n e - M ie , la p r o ­\nm ise de F r a n ç o is ?\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3782, "texte": "                                                   — 38 —\n   — « H é ! q u e p e n d a rd ! » m a rm o n n a it l ’a n c ie n d ’u n a ir b o n h o m m e ; et\nv ra im e n t, lu i a u ssi, éta it c o n te n t.\n   Et     F r a n ç o is c h a n ta it to u jo u r s ,   fa is a n t ja illir a u to u r de lu i le s p a q u e ts\nd ’e a u , q u ’il p ro d ig u a it d e ci, de là , d ’u n e p o ig n e so lid e .\n   L a g a b a rr e fila d e v a n t W e p io n et d o u b la l ’île d e L a P la n t e ; d a n s le lo in ­\nta in , N a m u r a p p ara issa it. L e s v a n n e s é ta n t p ro c h e s , le g ro n d e m e n t so u r d d u\nb a rr a g e q u i, jo u x te l’ é clu se , c o u p e la M e u s e en fo r m a n t ca ta ra cte ,                  était\nd e v e n u u n re te n tis sa n t m u g is se m e n t. D e r r iè r e le rid e a u d e b r u m e é te n d u\np ar la c h u te au tra v e rs du fle u v e , le p è re C o la s d is tin g u a it le s m u ra ille s a u x\na rê te s v a g u e s e n c o r e de la c ita d e lle , p e rc h é e là , su r le b e c m o n ta g n e u x d u\nc o n flu e n t de S a m b re et M e u s e , et d o m in a n t N a m u r.\n   T ô t , il ju g e a q u ’il é ta it l ’h e u re d ’a v e rtir , p o u r l ’o u v e r tu r e des v a n n e s .\n    — « O h é ! Ho ! ... H o ! ... O h é ! »\n    L e d o s te n d u a u g o u v e r n a il g é m is sa n t, le v ie u x b a te lie r é v a sa it ses la rg e s\np a u m e s a u to u r de sa b o u c h e , en p o r te -v o ix .\n    — « H é ! p é r e ; j ’ p e n se q u ’il n ’a re n e n te n d u !.»\n    E t F r a n ç o is , à so n to u r , la n ç a s u r le fleu v e l ’a p p el à l ’ é c lu s ie r :\n    —     « O h é! H o '.. . H o ! ... O h é ! »\n    D e la la r g e p o itrin e d u g a rs , le c ri v ib ra , ré p e r c u té lo n g u e m e n t a u fil de\n l ’e a u , é p a n d a n t su r le p a y s a g e u n e sa is iss a n te m é la n c o lie .\n    A l ’o u ïe de cette m o d u la tio n c o u tu m iè r e , l ’ é c lu s ie r p a r u t s u r so n se u il,\n au -d essu s d u q u e l p e n d ait, c o m m e e n s e ig n e d e c a b a re t, u n e to u ffe d e g e n é ­\n v rie r. Il a p p ela de lo in , a v e c u n ge ste d u b ra s,                so n a id e      ra d o u b a n t u n e\n  b a rq u e -s o u s les h a n g a rs , et d e s ce n d it v e r s les v a n n e s.\n     L a « G râ c e -d e -D ie u » a v a n ç a it d e p lu s en p lu s ; à u n sig n e d u p è re C o la s ,\n  le h a le u r sau ta bas d e so n c h e v a l a r r ê té , et d é c ro c h a la c o r d e ; e lle siffla d a n s\n  l ’e au a v e c u n ja illis s e m e n t : d é jà F r a n ç o is l ’a ffa la it à b o rd , et, en a n n e a u x\n  l ’a rrim a it su r le p o n t.\n     L a g a b a rr e s 'e n g a g e a d a n s l ’ e s ta c a d e ; au b o u t, le s m a ssive s p o r te s de\n  l ’é clu se s ’o u v r a ie n t lo u rd e m e n t. E t ta n d is q u e le b a te a u s’ e n g lo u tis sa it, d e s­\n  c e n d a n t le n te m e n t au n iv e a u d u b ie f in fé rie u r, C o la s et so n fils s a u tè re n t\n  su r la riv e .\n      — « A h ! P é r e C o la s ! V o s v ’ia r iv ’n u ! Ç a va b e n ? E t M a rjo sèp h e o s si,\n   n ed o n ? »\n      U n e ru d e p o ig n é e de m a in s l ’a c c u e illit.\n      —     « O ï, é c lu s ie r, m e r c i!        A llo n s p r in d ’ o n e g o tte . V e n s a v o u , v a le t »,\n   s’ a d re ssa -t-il a u h a le u r a c c o u d é su r l ’e n c o lu r e de so n c h e v a l.\n        Ils e n trè re n t d a n s l ’e sta m in e t, et v id è re n t u n e to u rn é e d e p é q u e t, p a rla n t\n   des c ru e s p ro c h a in e s , et des g r o s s e s e a u x q u i a v a ien t re te n u la « G r â c e -d e -\n   D ie u » p e n d a n t q u in z e lo n g s jo u r s , en a va l de D in a n t.\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3986, "texte": "                                                        — 39 —\n    E t F r a n ç o is v e n a it tir e r         le rid e a u     b la n c d e la        fen ê tre , p o u r v o ir si le\n b a te a u n ’éta it pas à n iv e a u .\n    — « H é , p é re ! n o s y e sto n s, sa v ez. »\n    Q u e lq u e s in sta n ts a p rè s , le c h a la n d d é b o u c h a it d u sas. C o m m e le c o u ra n t,\nre n d u p lu s fo r t p a r la c h u te d u b a rr a g e , su ffisa it à la m a rc h e , le p è re C o la s\na v a it re m e r c ié le h a le u r . F r a n ç o is , à la p ro u e , p lo n g e a it u n e lo n g u e g a ffe ,\np u is, s ’a r c b o u ta n t s u r e lle , m a rc h a it, les sa b o ts c la q u a n ts , à pas m e su ré s\nto u t le lo n g d u b a te a u : ses ja r re ts sa illa ie n t, e t des « h a n ! » lu i so rta ie n t de\nla g o rg e à c h a q u e e ffo rt.\n    P r è s d u g o u v e r n a il, il r e tir a it      so n fe r r é ru is s e la n t, et c o u r a it à l ’ a va n t\nre c o m m e n c e r sa d u re m a n oeu vre.\n    L e v ie u x P o n t d e J a m b es, v e r t-d e -g ris é p a r le s lic h e n s q u i r o n g e n t ses\np ie rre s sé c u la ire s , je ta it a u tr a v e r s d u fle u v e ses a rc h e s lo u r d e s , so u s le s ­\nq u e lle s l ’eau s’e n g o u ffre en g r o n d a n t.           C ir c o n s p e c t, le p è re C o la s d ir ig e a sa\ng a b a rr e so u s la p re m iè re a rca d e , d u c ô té de la c ita d e lle , q u i c o u v r e la p asse\nla p lu s p ro fo n d e et la -p lu s s û re , c o m m e sa v e n t to u s le s b o n s b a te lie rs .\n   Un     q u a r t d ’h e u r e      a p rè s,    ta n d is q u e la           M a rjo s è p h e , a ssise a u h a u t de\nl’ e sc a lie r, le s ja m b e s        d a n s l ’ é c o u tille de la c a b in e , p e la it à m in c e s é p lu ­\nc h u r e s les « c a n a d a s » d u rep as de m id i, la « G râ c e -d e -D ie u » a c c o s ta it en\nG r a v iè r e , a u q u a i de d é c h a rg e m e n t des b a te a u x à g r a in .\n\n\n\n                                                            II\n\n   D e p u is d e u x j o u r s , le s d é b a rd e u rs d u M o u lin d e l ’E to ile e n le v a ie n t la\nca rg a is o n d e b lé fa u v e , et p e tit à p e tit, le c h a la n d s’ é le v a it p lu s h a u t s u r sa\nlig n e d e flo tta is o n . P a r la c a le o u v e r te , o n v o y a it le s tr a v a ille u rs d a n s les\np o u ss iè re s su b tile s d u b lé , su a n t au so le il so u s le u r c h e m is e d e c o to n ra y é ;\nà la rg e s p e lle té e s de le u r s « sc h ip e s » e n b o is p o li p a r l ’ u sa g e , ils e m p lis sa ie n t\nle s sa cs q u i       g o n fla ie n t le u r s v e n tre s g r is .          D e te m p s e n     te m p s, l ’u n des\nh o m m e s tira it, d ’u n é tu i en fe r -b la n c , d u ta b a c to r d u e n q u e u e d e p o r c , et\nen ro m p a it u n e « ro lle » q u ’ il fo u r r a it so u s sa jo u e ; o u b ie n u n a u tr e s’ e m ­\np a ra it d e la        b o u te ille    d e g e n iè v r e ,     c o iffé e     d ’ un   g o d e t, et, à la r o n d e ,\nils b u v a ie n t d ’ u n      tra it, e n       re n v e rs a n t la t ê t e , la is s a n t a u fo n d d u v e r r e\nune     r in ç u r e    q u ’ ils je ta ie n t en le            p a ssan t au v o is in .        E t le p è re C o la s\nn ’ a y a n t r ie n     d ’a u tre     à fa ire ,    s u r v e illa it les        m a n o u v r ie r s ; il   a v a it   m is\nses h a b its des d im a n c h e s , et v ê tu d ’ u n c a s a q u in de b e lle fla n e lle r o u g e , il\nfu m a it, à lo n g u e s b o u ffé e s, d a n s sa g ro s se p ip e d e H a rle m à fo u rn e a u de\np o r c e la in e e n lu m in é e , u n c a d e a u de J a n M œ d e r lé .\n   A u fu r de l ’é m e rg e a n c e d u b a te a u , F r a n ç o is d é b a rr a s sa it d e so n lim o n la\nca rè n e e n g lu é e , avan t de la              g o u d r o n n e r à n e u f. Q u a n t à M a r jo s è p h e , sa\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4323, "texte": "                                                       — 40 —\n  b e so g n e éta it restée la m êm e , c a r to u jo u r s, à q u a i c o m m e à p le in fle u v e , la\n  c a b in e b r illa it d ’ u n e p ro p re té to u te fla m a n d e , so n ta p is d e to ile c iré e était\n  a u s si n et, et su r le s a rm o ire s d ’e n c o ig n u re s en sa p in v e r n i, a u ssi v ie rg e s\n  de p o u ss iè re les b o u le s m u ltic o lo re s de v e r r e so u fflé.\n      E t à c h a q u e re p a s, so u s la ten te d ressé e su r le p o n t, c ’ é ta ien t d e lo n g u e s\n  c a u se rie s le n te s, su r l’a rriv é e p ro c h a in e de l ’a m i J a n , d ’A n n e -M ie la b lo n d e ;\n  et la M a rjo s è p h e se ré jo u iss a it d ’a lle r v o is in e r ,        le so ir, d a n s la c a b in e de\n  sa b o n n e T r in e , q u i la faisait ta n t r ir e q u a n d e lle v o u la it p a r le r w a llo n . —\n  M êm e, F ra n ç o is c o m m e n ç a it à tr o u v e r sin g u lie r q u e le b a te a u des M œ d e r lé\n fû t si lo n g te m p s ta rd if.\n     L a « G râ c e -d e -D ie u », c o m p lè te m e n t d é c h a rg é e ,         a llo n g e a it su r l ’e a u ses\n h a u te s fo rm e s m a ss iv e s ; e lle q u itta le q u a i p o u r s ’a m a r re r u n p e u a u la rg e ,\n a fin de la iss e r la p la ce lib r e a u x n o u v e a u x c h a la n d s a rriv é s . L e q u a i de G r a ­\n v iè r e s’éta it re m p li d ’a n im a tio n , et le s b a te a u x ,a n c r é s p ê le -m ê le , o f f r a ie n t u n\n c o u p d ’œ il p itto re s q u e : su r le s m âts c o u c h é s , sé c h a ie n t a u v e n t les v a re u se s\n d e la in e et le s capes g o u d r o n n é e s ; ça et là, u n e p e tite c h e m in é e fu m a it au\n re z des b o rd a g e s , et, les ro q u e ts a b o y a n t à la riv e , h o m m e s , fem m e s, e n fan ts\n c o u ra ie n t p ied s n u s su r le s p o n ts, ja r g o n n a n t             e n tre e u x d an s u n p a to is\n é tra n g e , m i-fla m a n d ,     m i-w a llo n .   P o u r ta n t,     d a n s ces ra p p o rts fo rc é s, les\n d e u x ra ce s c o n s e rv a ie n t le u r ré c ip ro q u e a n tip a th ie , c e q u e        d é s a p p ro u v a it\no r t le p ère C o la s ; il a im a it en e ffet b e a u c o u p « s’ b in a m é D ja n » c o m m e il\na p p ela it so n v ie u x ca m a ra d e , et a v a it d e g r a n d c œ u r p o u ss é a u x fia n ç a ille s\nde le u rs e n fan ts.\n    L ’ a rriv é e d u « S t-N ic o la s » n e p o u v a it p lu s ta rd e r . F r a n ç o is , q u i a v a it la\nc o q u e tte rie de so n b a te a u , l ’ a d o rn a d e so n m ie u x , p o u r q u e c e la fit p la is ir à\nsa m ie A n n e , et p o u r q u ’ e lle tr o u v â t to u t b ie n . Il p e ig n it en r o u g e la p o m m e\ndu m ât, e t lu i m it u n e n o u v e lle o r ifla m m e tr ic o lo r e ; il b a r io la d e v e r t te n d re\nle to n n e le t d e p ro v is io n d ’eau et la n ic h e d u c h ie n . P u is , to u t u n jo u r , d a n s\nla p etite b a rq u e , a y a n t à c ô té d e lu i u n p le in b a q u e t d e g o u d ro n de N o r w é g e ,\nil fit le to u r d u c h a la n d , l’ e n d u is a n t d ’u n e b e lle c o u c h e b r illa n te ; les g a m in s,\np rès d u b o rd , v e n a ie n t h u m e r l’ a ir, et d is a ie n t : « ça sen t b o n » et c h a q u e\nfois q u ’u n e g o u tte b ru n e to m b a it de sa b r o s se , e lle s’é p an d a it d a n s l’e au en\nn ap p e iris é e . P u is , q u a n d to u te la c o q u e e u t sa su p e rb e re lu is a n c e d ’o r s o m ­\nb re, il a stiq u a lo n g u e m e n t la p la q u e de c u iv re ja u n e , o ù s ’é ta la it, e n c a r a c ­\ntères g o th iq u e s « la G râ c e -d e -D ie u » ; e lle               b r illa b ie n tô t c o m m e d e l ’o r i ­\nc h a lq u e ; il p e ig n it au ssi en b la n c le b lo c de b o is q u i la s u p p o rta it, so u s le\ng o u v e r n a il,   et le ré c h a m p it d ’u n file t d e v e r m illo n . E t to u jo u r s , il c h a n ta it\n— « c o m m e u n je u n e c o q » d is a it le v ie u x C o la s — en p e n sa n t à sa b lo n d e\np ro m is e , e t à sa su rp rise jo y e u s e , et a u x g r o s b a ise rs de ses lè v r e s r o u g e s .\n   E n f in , u n e a p rè s-m id i, le b a te a u p im p a n t et tir a n t l’œ il c o m m e u n é cu\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3952, "texte": "                                                     — 41 —\n fla m b a n t n e u f, il n ’y tin t p lu s ; u n in tim e p re s se n tim e n t lu i d is a it q u e « le\n S t-N ic o la s » éta it p ro c h e ; il m it so n v ê te m e n t d e v e lo u r s m a rr o n à c ô te s et sa\n b e lle c r a v a te d e so ie v e r te , p u is , to u t a llè g r e , p a rtit v e r s le sas des G ra n d s-\n  M a la d e s .\n      P r é c is é m e n t, a u p ied des h a u ts ro c h e rs g r is-b la n c s q u i é lè v e n t s u r la riv e\n le u r m u r a ille rig id e , le « S t-N ic o la s » é ta it a m a r ré , en a val des p o r te s. I l a t­\n te n d a it là ju s q u ’ à l ’ a u b e p r o c h a in e , c a r o n n ’o u v r e p lu s le s é c lu se s a p rè s le\n c o u c h e r d u s o le il. O h ! c ’ é ta it b ie n l u i ; m ê m e , il r e c o n n a is s a it, s c u lp té e en\n r e lie f s u r la m a ître s se p o u tr e de q u ille , la c u v e lle p e in te d ’o ù so rta ie n t des\n e n fo n ç o n s ro se s, et u n g ra n d sa in t to u t d o ré .\n      — « Q u e lle b o n n e su rp r is e je v a is le u r fa ir e » p e n s a it F r a n ç o is en tr a v e r­\n s a n t la p a ss e re lle .\n      Il h e u rta a u h u b lo t d e v e r r e d é p o li; le p è re J a n p o u ss a la tê te p a r l ’é c o u ­\n ti lle ; so n      a ir   triste a rrê ta su r le s lè v r e s d u        g a rs l ’e x c la m a tio n jo y e u s e s ,\n C o n s te r n é to u t à c o u p , il d e s c e n d it s u r le s ta lo n s d u v ie u x ; la m è re T r in e ,\n a ffaissé e d a n s u n c o in , fo n d it en la rm e s en le v o y a n t, e t s ’é c r ia : « O h ! G od!\n Sus ! Sus ! »\n     E n v a h i p a r la te r r e u r , q u i lu i fa is a it v e n ir u n e s u e u r fro id e e n tre les o m o ­\np la te s , F r a n ç o is c la m a it de sa v o ix s u b ite m e n t s tra n g u lé e :\n     — « A n n e -M ie ? A n n e - M ie ? ...\n     A lo r s , a v e c des p a ro le s so u r d e s , q u e la d o u le u r su b ie r e n d a it m o n o to n e ,\net       ré s ig n é e s , J a n lu i   d it l ’a tro c e v é r ité : A n n e -M ie       r e p o s a it là -b a s, en\nF la n d r e ; u n e m o u c h e , v e n u e d ’u n c h ie n c re v é q u i p o u rr is s a it, v e n tre b a l­\nlo n n a n t, d a n s le s ro s e a u x du c a n a l, l ’a v a it p iq ü é e , e t e lle        é ta it m o rte ,     en\n s ix jo u r s , d u c h a r b o n .\n     F r a n ç o is h o c h a it d o u lo u r e u s e m e n t la tête à ce ré c it, q u e sc a n d a ie n t les\nsa n g lo ts de la v ie ille . S e s .y e u x re s tè re n t secs, et q u a n d le v ie illa r d e u t fin i,\nsa n s m o t d ir e ,       il so rtit d e la c a b in e ,    g r a v is s a n t l ’ e sc a lie r en   c h a n c e la n t.\nT a n d is q u e s’ a lo u r d is s a ie n t les b r u m e s d u so ir, il r e v in t v e rs la v ille , m a c h i­\nn a le m e n t, c o m m e a sso m m é p a r le c h o c . S o u s so n c râ n e c o u la it d u p lo m b\nfo n d u ; le s o r e ille s lu i tin ta ie n t c o n v u ls iv e m e n t; u n d é c h ir a n t h o q u e t, q u i n e\nv o u la it p as so r tir , lu i to rd a it la g o r g e ; il a lla it, sa n s p e n sé e , ré p é ta n t avec\nu n e o b stin a tio n d ’in se n sé : « A n n e - M ie ! M o r t e ... M o r te ! »\n     E t c o m m e il titu b a it, u n g a m in c ria d e r r iè r e lu i :\n     —     « M a n e t r o u le u x ! V i sa o u lé ! »\n     Il d iv a g u a a in si b ie n tard d a n s la n u it m o rn e ; sa d o u le u r h o r r ib le n e p o u ­\nv a it se so u la g e r d ’ u n e s e u le la rm e . C o n d u it p a r l ’in s tin c t, il r e v in t e n G r a ­\nv iè r e ; le s b a te a u x p r o fila ie n t le u r s m asses s u r le fle u v e s o m b r e ; p re s q u e\np a rto u t, le s lu m iè re s a v a ie n t d is p a r u à b o rd .\n     D a n s la to u r d e la C ita d e lle , le v e ille u r d e n u it s o n n a it l ’h e u re ta rd iv e , et\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 865, "texte": "                                                 — 42 —\nles ré p e rc u ts de sa tro m p e a u x so n o rité s g r a v e s , se b a la n ç a ie n t s u r les to its\nd e la c ité m u e tte .\n   L ’h o m m e m it le p ied su r la p la n c h e q u i jo ig n a it la « G r â c e -d e -D ie u » au\nr iv a g e ; in e r te , il tr é b u c h a au se c o n d p a s, et sa n s u n c ri, a b ru ti p a r la so u f­\nfra n c e , il c o u la à fo n d . Q u e lq u e s b u lle s v in r e n t b o u illo n n e r à la su rfa c e , o ù\nu n in sta n t, g ir o y a le re m o u s d ’u n e c o n v u ls io n s u p rê m e , et l ’e au n o ir e , a v e c\nd e s c la p o te m e n ts d o u x , c o u la im p ito y a b le m e n t c a lm e , s u r c ette e x is te n c e\nq u ’e lle é to u ffa it.\n                                                                     H e n r y   d e   TOM BEUR."}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-013", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 42, "page_fin": 42, "titre_corps": "Rimes minuscules : Consolatrix", "titre_sommaire": "Rimes Minuscules : Consolatrix", "signature_source": "Paul BERLIER", "ancre_debut": "RIMES MINUSCULES", "ancre_fin": "Paul BERLIER", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 902, "fin_caractere_exclue": 1861, "texte": "R IM E S         M IN U S C U L E S\n\n\n                                    CON S O L A t R i x\n                            J ’ai conté le m al qui me ronge\n                            A la terre. L a terre a dit :\n                            « L ’ âme est une hypothèse, un songe...\n                            » Crois en la C hair ou sois m audit! »\n\n                            J ’ai conté ma désespérance\n                            A u ciel bleu. L e ciel bleu m ’a dit :\n                            « D e la Chair vient toute souffrance...\n                            » Crois en l ’ Esprit ou sois m audit! »\n\n                            C iel impudent ! Nature infâme !\n                            Honte à vous qui m ’avez leurré :\n                            J ’ai conté ma peine à la Fem me,\n                            E lle, sans rien dire, a pleuré...\n\n\n                                                                        P a u l B E R L IE R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-014", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 43, "page_fin": 46, "titre_corps": "Contes de l'atelier : Le Vitriol", "titre_sommaire": "Contes de l'atelier : Le Vitriol", "signature_source": "Luc MALPER", "ancre_debut": "CONTES DE L'ATELIER", "ancre_fin": "Luc MALPER", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1726, "texte": "CONTES DE L'ATELIER\n                                  LE      V IT R IO L\n\n                                                 A m on ami François B rouw et.\n\n\n               ISTOT que la toile se fu t affaissée su r le b a llet, elle s ’en ­\n               gou ffra dans l ’esca lier qui g rim p a it à sa loge, fié v re u ­\n               sem ent se rh a b illa et, le       v is a g e tou t m aq u illé, les\n               ch ev eu x    em b rou ssaillés, d égrin g o la ve rs la sortie,\ncom m e u n e folle. A u dehors les g la c ia le s lan ière s du ven t lu i\nfo u etta n t la face, a ccélérèren t sa fu g u e . S es p ru n elle s ard aien t\nso u s les cils et ses dents cla q u e ta ien t p ar instants dans les\nfrisson s qui la se co u a ien t tou t en tière.        E lle d éva la le T r e u ­\nren b erg, la place S te -G u d u le noyée dans l ’om bre que projette\nl ’o pu len ce gra n d io se de la ca th éd ra le, en fila la ru e de la M on­\ntagn e, et, d evan t u n e m aison d ’ap paren ce m odeste, stoppa tout\nà cou p. L a rap id ité de la cou rse a v a it m is u n ah alem en t à ses\nlè v re s et des g o u tte s de su eu r p erlaien t su r ses jo u e s.\n   E lle sc ru ta les en viro n s : la rue esseu lée so m m eilla it, bercée\np ar les bouffées m u sica les qui tra n sp ira ien t des b eu g la n ts a v o isi ­\nn a n ts; les lu e u rs clign o ttan tes des réverb ères m acu la ie n t la n u it\nsom bre de loin en lo in ; seu les, au p rem ier étage de la m aison\noù s ’éta it arrêtée la d anseuse, d eu x fenêtres flam baien t.\n   — Il est là, siffla-t-elle, le m isérab le!\n   E t, les p o in gs crisp és, saisie d ’un trem blem en t co n vu lsif, elle\nd ard a les v itr e s illu m in é e s .\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2638, "texte": "                                       - 44 —\n   L e s jo u e s h o rrib lem e n t pâles sou s le fard, elle se rem ém o ra les\nm in im es d éta ils de la scène où son am an t, le célèbre scu lp te u r\nIm b retti, l ’a v a it p o u r u ne v é tille chassée le m atin m êm e en lu i\nje ta n t d ix lo u is. M ain ten an t il bam boch ait san s doute a v ec u n e\nau tre fem m e dans l ’a te lier où se d ressait son buste à elle, se g a u ­\nd issa n t de la ru p tu re consom m ée. E t dans la cerv e lle en fiévrée de\nla fille lâch ée les idées de v e n g e a n c e sa rab an d aien t, fo lles. B r u s ­\nqu em en t elle v ir e v o lta su r ses ta lo n s , s ’élan ça dans la ru e des\nB o u ch ers.\n   A· cin q u an te pas, dans un renfon cem ent, u n e d eva n tu re                où\np y ra m id a ie n t d eu x   im m en ses b o ca u x co lo rés, é cla b o u ssa it le\ntro tto ir de lu e u rs rou ges et v e rtes.\n   E lle en tra .\n\n                                           *\n                                          * *\n\n   L ’a te lier d ’Im b retti. S u r les m u rs g ris a ille é c la ta it la blan ch e\nnudité des statu ettes, rep ro d u ctio n s d ’an cien s m od èles, g ro u illa it\nu n am as de p o ign ard s,       de pisto lets, de casqu es, de casse-têtes,\ns ’éch affau d ait u n e d éb a u ch e de toiles p a ra p h ées de nom s célèbres,\net, sou s le fla m b oiem en t du lu stre, r u tila it l’ or des cad res. M as­\nq u an t la porte du cab in et de tra v a il où so m m e illa it le socle en ­\ncom bré de débris de g la ise , se d ressa it un v a ste p a ra v e n t ch in o is\nd on t les p erso n n a ges fa isa ien t g rim a cer la p ierro tesq u e p â le u r de\nle u r face dans u n fra cas de co u leu rs v ib ra n te s.\n   C e soir là , p o u r fêter la d éliv ra n ce tan t app étée,            Im bretti\ng o d a illa it a v ec les h ab itu els copain s : F ra n ço is, le p a y sa g iste qui\na v a it en lu m in é d ’u n fo u illis de ve rd u re où p o in taien t q u elq u es\na rb res rab o u g ris les p an n eau x de la porte d ’en tré e ; E d o u a rd ,\nl ’ab raca d ab ra n t poète; H erm io n e, cette h alleb red a à ca rru re h o m ­\nm asse, s ’était fichée dans l ’u n iq u e fa u te u il et la m p a it t r a n q u il­\nlem ent du C liq u o t en gob an t ses h u îtr e s ; B erth a , la rem u a n te\nb lon d in ette, a v a it décroché la g u ita re q u i p en d ait au m u r et,\ns ’ébau dissant, fa isa it m on ter des         cordes l ’é n erv e m e n t de sons\ng u ttu ra u x .\n   L e sc u lp teu r resta it pen sif.\n   — M a paro le, Im b retti, tu as l ’ a ir de t’em bêter fo rm id ab lem en t\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "                                             — 45 —\n a u jo u rd ’h u i! cla m a F ra n ç o is , éjo u i p a r le p étillem en t du ch a m ­\n p agn e. A u ra is-tu des regrets, p a r hasard ?\n     — D es regrets ! m ais je n ’a i de lon gtem p s été si jo y e u x !\n    E t, se red ressa n t, il em po ign a u n e bo u teille vid e qui v o la su r\n la ch em in ée où n a rg u a it le buste de la dan seu se.\n    L e b loc de p lâ tre s ’a p la tit su r le p lan ch er, dans un ém iettem en t\n b la n ch â tre,\n    — E t m a in te n a n t que m a fem m e est en terrée, v iv e n t les fem m es!\n    — V iv e n t les fem m es ! h u rlèren t-ils en ch œ u r.\n    S o u d a in un coup d ’ép a u le ébran la la porte.\n    — O u v re z ! c ’est m oi, L y d i !\n    U n e stu p eu r h ébéta les v isa g e s.\n    —    O u v re z donc!\n    T o u s se le v è re n t      Im b retti, très p â le , sa isit u n e c r a v a c h e , et,\n c in g la n t l ’ a ir, s ’ a v a n ça réso lu .\n    —    Im b re tti, ca lm e toi, je t’en p rie.\n    — L a is s e z -m o i, je v e u x en fin ir u n e fois p o u r toutes.\n    —    P as    de scan d a le, au nom du ciel ! E n tre un in sta n t ici,\nco n tin u a le p a ysa g iste en o u v ra n t la po rte du fond. N o u s a llo n s\na rra n g e r l ’affaire.\n    E t bon g ré m al gré ils p o u ssèren t le scu lp te u r dans la pièce\nvo isin e.\n    Q u an d L y d i p én étra dans l’atelier, les q u atre co n v iv e s so u ­\np a ien t tra n q u ille m e n t.\n    D éro u tée à l ’abord, en n ’a p erceva n t pas ce lu i q u ’elle ch erch a it,\nla d an seu se, u n flacon à la m ain , arpen ta la sa lle, b o u scu lan t\ndan s son affolem ent, tou t ce qui se d ressa it su r son p assage.\n   —     I l s ’ est cach é, le lâ c h e ! râ la -t-e lle en se p lan tan t d eva n t le\nca b in et où éta it celé son am an t.\n   — Im bretti n ’est pas ici, je v o u s ju r e , h asard a E d o u a rd , ten tan t\nva in e m en t de la reten ir.\n   E lle h u rla :\n   — L â c h e ! lâch e ! lâch e !\n  .E t, g rin ç a n t les dents, la face h o rrib lem en t con tractée, elle se\nru a su r la porte.\n   U n e cra in te étre ig n it les d eu x h om m es q u ’Im b retti ne v în t à\nse tra h ir.\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1219, "texte": "                                      -   46 -\n  C h erch a n t à l ’en tra în er, E d o u a rd s ’ élan ça su r la d an seu se, et\nd eva n t sa résistan ce lui en serra la ta ille n erveu sem en t.\n  U n e lu tte s’ en gagea corps à corps.\n  A· la fin brisée, les nerfs détend us, la fem m e céda et se laissa\nch o ir su r le d iv a n , pâm ée.\n   A v e c l ’em b rou ssaillem en t des ch ev eu x qui o n d u la ien t su r son\nco rsage, l ’écla t de ses y e u x a v iv é p a r la colère, les folles p a lp ita ­\ntio n s de sa g orge, elle e x h a la it u ne a ttira n ce étran ge.\n  F ré m issa n t, le poète lu i co lla su r les lèvres u n baiser fu rie u x .\n  — L a is s e -là Im b retti, v ien s a v ec m oi, v e u x -tu ?\n  L y d i calm ée, lo n gu em en t le d évisag ea.\n  — S o it, con clu t-elle, et, rap id e, l ’en traîn a p ar le bras.\n   E t com m e, la v o y a n t en fo u ir p récieu sem en t dans sa p och e le\nflacon   q u ’elle   a v a it a p p o rté , il éca rq u illa it les p a u p iè re s , la\ndan seuse su su rra a v e c un resté de m enace dans son v o lu p tu e u x\nregard :\n  — Ce sera pou r une au tre fois !\n\n                                                               L uc MA L P E R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-015", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 47, "page_fin": 50, "titre_corps": "Novembre bruxellois", "titre_sommaire": "Novembre bruxellois", "signature_source": "Théo HANNON", "ancre_debut": "NOVEMBRE BRUXELLOIS", "ancre_fin": "Théo HANNON", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1497, "texte": "NOVEMBRE BRUXELLOIS\n\n       U n e heure est à Bruxelles , m élancolique et douce , heure\n         dont le charme vague me pénètre indéfinim ent... D e même\n         une saison, troublante plus que ses sœurs ; saison où les\n         feux d’un soleil en ruine ont peine à mordorer nos pignons\n         grisonnants.\n  ;         O nuit tombante, ô mystérieuse séduction des vesprées\ncitadines ! O m aladive Autom ne, si calme aux bois alors que le seul\nbruissem ent des feuilles sèches sous la bise interrom pt le grave\nsilence, alors que la nature dévêtue se recueille avant de s’endormir\ndans la blanche alcôve de l ’hiver !\n  M ais la ville s’éveille avec l ’assoupissem ent des cam pagnes d ’où les\nprem iers froids ont chassé les urbaines exsangues. L e « Tout Bruxelles»\ncomme l’appellent im perturbablem ent nos feuilles à faits-divers, le\nTout B ru x e lle s des prem ières — ce produit spécial, composé de haute\ngomme, de suffisance, de velours frappé, de scepticisme, d’Y lang-Y lan g\net de gilets en cœ ur... sans cœ ur,’’— est revenu !\n  L ’antique cité brabançonne a repris la physionom ie qui convient à\nune « capitale ». Bruxelles a brisé sa coque d ’été; le papillon flamand\ndont les ailes sont un brin saupoudrées de clinquant parisien, sort\nenfin de chrysalide...\n  Je ne le suivrai point au T héâtre où la rampe s’est rallumée aux\npieds du monde artificiel, exécrable et charm ant, dont le gosier, les\nprunelles et les mollets doivent, de nom breux soirs, arracher nos âmes\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": "                                  - 48·\n\nà leurs liens prosaïqu es...— E n core moins le suivrai-je dans ce monde\négalem ent artificiel mais exécrable, mais aussi moins charmant, qui\nhante les salons où l ’on danse. — Je hais le b a l — barbare institution\njetant dans des bras souvent indiscrets, des enfants demi nues, en\nsueur, échappées aux vigilances des mères im prudentes, curieuses,\nfriandes, affolées par ce tourbillon de poussière, de couleurs tendres\net de bruit, et qu’il fait pirouetter sous d’aveuglantes girandoles,\naux accents d ’une m usique entêtée et crispante.\n  N on, je préfère Bruxelles' en plein air, livré à ses flâneries, marte­\nlant d ’un talon irrésolu le noble pavé de la M ontagne de la Cour et\nles trottoirs fashionnables de la rue de la M adeleine.\n  A ve c les derniers pompons des chrysanthèmes s’étiolant en nos\nsquares défleuris, on salue l’épanouissement de nos floraisons fém i­\nnines, à   cette heure spéciale, particulièrem ent sym pathique à nos\nspleens.\n  L es réverbères, un à un, s’étoilent. L eu rs flammes tremblottantes\npiquent de taches joyeuses la tombante obscurité.\n  L e s magasins, ça et là, incendient leurs devantures et zèbrent la rue\nassombrie de nappes qui flamboient.\n  Saint-Jacques-sur-Caudenberg nom bre cinq heures au cadran doré\nqui s’agrandit par dessus le fronton triangulaire et enlum iné dont\nl’aspect évoque l ’im age d’un gigantesque tim bre du Cap. L e d isgra­\ncieux gâteau de Savoie qui le couronne, s’égratigne des suprêmes\nlueurs de l ’astre au coucher, reflétées par cette, calotte vert-de-grisée.\n  V o ic i l’heure traditionnelle où, sous l’œil im passible de l ’équestre\nCroisé que Sim onis figea dans le bronze, le h igh-life bruxellois opère\nla quotidienne série des ascensions et des descentes de cette M ontagne\nroyale dont la gibbosité de grès époum onne les piétons et rend fourbus\nles dolents coursiers de nos automédons.\n  T o u te la vie et tout le m ouvem ent semblent s’y concentrer à cette\nheure m agique où le soleil va disparaître derrière les hauts pignons à\nescaliers du bas de la ville, tandis que le soleil du gaz s’éveille aux\nlustres des vitrines et sur nos têtes, dans ses m inuscules cages de\nverre. A cette heure indécise si justement nommée « entre chien et\nloup · , en ce crépuscule où les passants défilent avec des silhouettes\nd ’ombres chinoises, à ce moment privilégié, toutes les femmes parais-\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2373, "texte": "                                    — 49 —\n  sent jolies tant leurs ¡yeux brillent extraordinairem ent dans l ’ovale\n  enténébré du visage.\n    D éjà les premières bises ont glissé leurs doigts bleuis entre vos\n  épaules et fait sortir les amples fourrures des armoires musquées par le\n vétyver ou des coffres en bois de citronnier, redoutés de la mite\n sacrilège.\n    Ah ! la mirifique friandise que la contem plation de ces passantes\n frileusem ent encloses au duvet capitonné de leurs pelisses ! coiffées du\n toquet de loutre aux exaspérantes coquetteries, couronnées du béret\n de velours à longues plum es retombantes, ou enfouissant dans la pro­\n fonde capote de peluche lum ineuse          leur visage où Novem bre fait\n s’épanouir ses roses les plus rouges !\n    J ’admire particulièrem ent le défilé des respectables mères, dont\n l ’abondant corsage fait craquer les failles aux grands luisants ; j ’aime\n la procession de ces matrones attentionnées, menant leurs m aigre­\n lettes jouvencelles à la conquête du P rin ce Charm ant.\n   H élas! cet idéal im posteur a réintégré son dom aine des féeries, et\n les pâles fillettes en mal d ’amour ont beau perdre leur pantoufle, le\n P rin ce Charm ant ne noctambule plus par les rues de Bruxelles — si\ntoutefois il y noctam bula jam ais !\n   E n revanche, nous possédons tout un parterre fleurant et fleuri de\nprétendants à cette principauté ch arm ante... V oyez les accom plir leu r\ninoffensive navette entre le péristyle des G aleries St-H ubert et l’entrée\nde la P la ce Royale, badine aux doigts, monocle à l’œil, cigare aux\ndents !\n  Ils vont, viennent, flirtent, papillonnent, parlent haut, rient aux\néclats, assomment à coups de chapeau les mamans qui com prennent\net à coups d ’œillades leurs filles ' qui com prennent m ieux et font ce\nqu’elles peuvent pour se rengorger.\n  Parfois, brutalem ent, débouche de quelque ruelle adjacente, une\nenvolée de marmots dépenaillés et mal peignés, au teint plom bé : ils\nvont bouscu lan ttou tsu rleu rp assage, et l ’enfantine populace dévale, hur­\nlant des bribes de com plaintes m arolliennes ou de scies à la mode qui\njettent leur note discordante et affamée dans le calme plat des péré­\ngrinations sentimentales de gens sans appétit, attendus par la jou rna­\nlière corvée d ’un dîner authentique.\n   Parfois encore quelque commissionnaire pressé gravit, en soufflant,\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1998, "texte": "                                — 50 —\nl ’âpre montée, le poing fleuri d'un bouquet d e roses de N ice, frileuse­\nment blotties au fond du large cornet blanc qui leur forme une auréole.\nE lle s sem blent dépaysées dans nos brumes et donnent aux passantes\njalouses, la nostalgie des pays bleus.\n  E t sans répit les flâneurs babillards se pressent au long des m aga­\nsins, faisant l’aumône d ’un regard distrait aux étalages pittoresque­\nment variés. Ce sont les rayonnantes penderies des interm inables bas\nde soie, faisant leur cour au classique Jersey qui change de couleur\ntoutes les sem aines; les gants de nuances tendres, saum on, paille,\nvert d’eau, gris-perle, mauve, vous tendant leurs mains plates, effilées\n« pour dames à huit boutons » ! C e sont les éventails à fleurettes et\nles porcelaines à coléoptères ; ce sont les photographies des bâtisses\npubliques et des jolies actrices idem, faisant valoir sur l ’ém ail leurs\nprofils suaves, leurs masques au candide visag e... P uis c’est la montre\ndes libraires qui déjà se dore sur tranches, et de ci, de là, s’em pourpre\naux approches du bout de l’an ; ce sont encore les rayons des h a b il­\nleuses où se pavanent sans vergogne les navrements et les traîtrises des\ntoilettes fém inines. Ce sont enfin les orfèvres étincelants, dont les tré­\nsors à fulgurantes facettes font rêver en passant la vertu de celles\nqu’on épouse...\n  Mais il s’est fait tard, des fumets caractéristiques montent par les\nsoupiraux et rem plissent la rue d ’une apéritive odeur de cuisine.\n  C ’est l ’heure prosaïque, cette fois, mais assurément utilitaire !\n  J ’aperçois la lanterne ronde de l ’omnibus tintamarrant, cet œil\ném erillonné vient à moi en clign otant; le lourd véhicule gravit labo ­\nrieusement la montée en faisant gém ir ses essieux dégraissés.\n  J’enjambe le marchepied et me jette sur la maigre banquette aux\ncruels cahots : « Conducteur, ju squ ’à la P lace Com m unale!\n\n                                                  T héo   HANNON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-016", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 51, "page_fin": 52, "titre_corps": "Jan Van Beers. Son exposition au Cercle artistique", "titre_sommaire": "Jan Van Beers", "signature_source": "Jacques CHAMPAL", "ancre_debut": "JAN VAN BEERS", "ancre_fin": "Jacques CHAMPAL", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1510, "texte": "JAN VAN BEERS\n\n      SO N E X P O S IT IO N A U C E R C L E A R T IS T IQ U E .\n\n\n\n         L enom de Jan V an Beers évoque pour le public une curiosité\n         malsaine, que le peintre a provoquée sans pudeur, en ne\n         laissant échapper aucune occasion de la servir.\n            Son habileté d ’im presario vient cependant de commettre\n          une faute; franchement, pour un homme aussi cosm opolite\n         V an Beers a eu tort en exposant tout d’abord en B elgique,\nle contingent artistique qui nous intéresse (?)           Il a u rait dû com ­\nmencer par l ’Am érique, l’A ngleterre, la Russie et finir par chez nous\n— chez lui jadis.\n  Son tour du monde, les naufrages et les accidents de chemin de fer,\ndesquels — toujours, — il serait sorti sauf, les éloges dithyram biques\nde la presse étrangère, auraient peut-être donné à réfléchir au public\nde goût à qui V a n Beers, par son art de gym nastique progressive, de\ndifficultés vaincues, de trapèze (!), n’impose plus guère.\n  L e peintre nous serait revenu, décoré de toutes les îles des Océans,\nbronzé par tous les soleils [du globe, rapportant de sa tournée artis­\ntique (?) un Cafre ou un L ap o n , un chien rare ou un perroquet : son\nintérêt personnel et artistique se doublait ainsi.\n  N ous ne com prenons pas que, quand on fa it un art intelligent comme\nle sien, on ne songe pas à lui donner un cadre digne de son expres­\nsion, à l ’entourer d ’attractions irrésistibles (!), un cuisinier dirait : à le\n« garnir ».\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1776, "texte": "                                   —   52 —\n    Q uelle prostitution de l ’A rt vrai ! On prendrait peut-être en pitié\n cette débauche, si son auteur était une femme faible de caractère, qui\n aurait cédé à un public de bas adulateurs, en traînant son talent réel\n de fange en fange, ju squ ’au résultat qu’atteint V an Beers; mais à un\n homme , surtout à lui, un flamand, on ne pardonne point.\n   Jadis, Van Beers fut quelqu’un; il n’a pas, malheureusement pour\n lui, écarté du Salon particulier du Cercle artistique les points de com pa­\n raison qui sont sa condamnation.\n   Paris et ses femmes, pour le parisien intuitif, est le Paris de Manet\n et de de N ittis,sphynx que peint dans sa manifestation aristocratique,\n Stevens ; pour l’étranger, descendu d’express, vivant facilem ent et dans\n un m ilieu superficiel qui le harcèle sans lui donner le temps de respi­\n rer, il est peut-être celui de Monsieur Van                Beers , qui comprend\n L ondres encore de façon aussi banale.\n   Ce P aris, ce Londres ne sont pas ceux des artistes qui doivent\npénétrer plus avant dans les caractéristiques, les senteurs de ce qu’ils\nressuscitent ; non, tout cela est vu, femmes, appartements, coins de\nnature, quoique docum entairement observé, hâtivement, par le co llé­\ngien en escapade, le com m is-voyageur épaissi par les désirs assouvis,\nle créole en mal de civilisation européenne.\n  C ’est la lettre morte de l ’état fiévreux, dont est pénétré seulem ent le\nvoyant.\n   Q uelque chose comme la souris mécanique qui exaspère le chat.\n  E st préférable m ille fois le moindre barbouillage d’enfant, qui dans\nl ’indécis des linéaments, laisse place à l ’im agination, à l'humanité de nos\nim pressions.\n\n\n                                            J a c q u e s    CH AM PAL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-11-13-017", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 53, "page_fin": 55, "titre_corps": "Musique", "titre_sommaire": "Musique", "signature_source": "Peter DYL", "ancre_debut": "MUSIQUE", "ancre_fin": "Peter DYL", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1318, "texte": "MUSIQUE.\n\n\n          Ntor e prem ier article   a la chance d’être consacré, par un\n          fait   presque   inouï,   au   com pte rendu de l’exécution,\n          à Bruxelles, de trois œuvres nationales.\n            L a prem ière est le Concerto pour violon de B althazar\n          Florence, que nous a fait entendre sa fille au concert     de\n          l’Association des A rtistes-M usiciens.\n  Cette composition abonde en idées m élodiques et en com binaisons\norchestrales distinguées, surtout le final qui est écrit de maîtresse\nfaçon. Cependant nous conseillons à l’auteur de revoir attentivem ent\nson concerto ; peut-être trouverait-il encore certains endroits un peu\nfaibles et propres à être modifiés ou supprim és ;   nous engageons la\njeune violoniste, son interprète, qui fait grand honneur à son maître,\nM. A lex . Cornélis, à perfectionner certains traits et à rechercher une\nplus grande justesse.\n  A la même séance, nous avons applaudi M. Guidé, hautboïste de\ntalent, qui a exécuté avec beaucoup de finesse le Concertino de V ogt,\nM lle H am ann et M . Seguin, de la M onnaie, sur le talent desquels\nnous aurons occasion de revenir dans une prochaine chronique.\n  L e lendem ain du concert de l ’Association se tenait la prem ière\nséance de l’A cadém ie royale de B elgiqu e.\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2412, "texte": "                                     — 54 —\n   Après un interm inable discours de M . Slingeneyer, dont, du fond\n de la salle nous n'avons pu ouïr un traître mot, nous avons entendu\nle trio de M . Callaerts, couronné en 1882, au concours de la classe\ndes Arts.\n   L a 1re partie en est habilem ent com binée selon les règles classi­\nques; la 2e partie débute par une phrase d’une large allure, que son\ndéveloppem ent n’a malheureusement pas conservée. L 'au teur,               ce\nnous sem ble, pourrait facilem ent corriger ce défaut. Q uant à la\n3epartie, elle est écrite avec infinim ent de verve dans le genre du Sch erzo .\nL e s deux thèmes qui s’y développent sont bien trouvés et d ’une inspi­\nration très p impante. Enfin, la 4e et dernière partie a de l’énergie et\nbeaucoup de grandeur.\n  A ve c la cantate de M . Soubre, intitulée Daphné, nous abordons un\ntout autre genre : lam u siqu ed ram atiqu e.il ne s’agit plus ici de pièces à\nformes fixes, comme les sonates, le s trios, les quatuors; mais du déve­\nloppem ent musical d’une action poétique dont le com positeur renforce\nles types, souligne les caractères, anim e les personnages, et qu’il\ncom plète en la mettant en scène.\n  Maints auteurs ont essayé d ’écrire d’après ces données ; bien peu\nsont arrivés à un résultat satisfaisant ; hâtons-nous de dire que M . Soubre\nn’est pas du nombre ; sa cantate prouve non-seulement qu’il connaît le\nmaniement des voix et de l ’orchestre et, chose plus rare, la prosodie,\nmais encore qu’il est doué d ’un tempérament dramatique plein des\nplus brillantes promesses.\n  Presque tout au long de la Cantate le musicien a marché pas-à-pas\nsur les traces du librettiste, typant par des thèmes bien choisis le\ncaractère de ses personnages, et faisant ressortir jusqu ’aux moindres\nintentions.\n  A travers toute l’action m usicale se dessinent trois grandes lign es,\nsem blables à trois fils conducteurs, qui en facilitent l’intelligence.\nC e sont les caractéristiques d ’A pollon, de Daphné et des N ym phes.\n  D e prim e abord s'accusent ferm em ent la formule m élodique si ten­\ndrement amoureuse de Daphné, les sonorités éclatantes d ’\n                     « A p o llo n ! dieu rayonnant du jo u r ! »\n\net les rythm es anxieux des chœurs des N ym phes criant à Daphné de\nfuir cet amant\n                           « dont l ' essence et ht vie\n                 Sont faites d’ une ardeur toujours inassouvie. »\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1233, "texte": "                                  — 55 —\n  C e s idées s’imposent par la puissance e t la justesse de leur expression\net, partant, par leurs contrastes. T o u te l’œuvre s’étend sur ces trois\nthèmes qui se transforment selon les péripéties du drame et augm en­\ntent d ’intensité jusqu ’à la catastrophe.\n  L a dernière périod e de leur développem ent surtout est rem arquable:\nla poursuite de D aphné, les chœurs m êlés des N ym phes, des M uses,\ndes Charités, des V en ts et des Forêts, le chant d’A pollon:\n                       « Affo lé d’amour, ivre de désir. »\nles cris de D aphné, sa chute et enfin sa mort, ce crescendo émouvant\net cet arrêt si brusque, sont d ’un intérêt dram atique palpitant, et vrai­\nment traités de main de maître.\n  A l’interprétation, M lle Soubre a été parfaite dans le r ô le de Daphné ;\nnous ne pouvons       m alheureusem ent en dire autant            de M. H uet\n(Apollon).\n  L ’orchestre et les chœ urs, surtout les hommes, ont été très con­\nvenables.\n  Som m e toute, exécution comme nous en souhaitons souvent pour\nnos Jeunes; que cette première satisfaction à eux donnée, leur mette\nau cœur le réchauffant espoir.\n\n                                                             P eter D Y L .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 6, "texte": "                                          P R I X D U N U M É R O : 5° C E N T I M E S .\n\n\n\n\n                                               i\" ANNÉE— N° i\n                                          Jeudi 13 Novembre 1884.\n\n                        SOméMoAI%E\nS o n n e ts      lo in ta in s                         E dm ond        P IC A R D .\nJoseph S te v e n s                                     C a m il l e    LEM ONNIER.\nLa M ère                                                C A T U L L E MENDÈS.\nR em o rd s lé g e r s                                  E m i l e M ICH ELET.\n\n        C élin\nL o u is e                                              J u l e s D ESTR É E.\n\nLa C oupe                                               R o d o l p h e DARZENS.\n\nLa N y c ta lo p e , c o n te                            S t u a r t MERRILL.\n\n M ystère                                               S t a n i s l a s d e G U A IT A .\n\nL es B alayeu r s                                       J e a n A JA LB ER T.\n\n F o u !...                                             M a u r i c e FRISON.\n\n E den       de    P oètes                               A n d r é F O N T A IN A S .\n\n L a « G r a c e -d e - D ie u        »                  H e n r y d e TOM BEUR.\n R im e s M i n u s c u l e s : C o n s o l a t r i x   P a u l BERLIER.\n\n C o n t e s d e l ’a t e l i e r :   Le V itr io l      L u c M ALPER.\n N o v em b re b r u x e llo is                          T h é o HANNON.\n\n Jan     V an       B eers                               J a c q u e s CH AM PAL\n\n  M u s iq u e                                           P e t e r DYL.\n\n C h r o n iq u e d e l ’A r t        e t des    L i­\n     vres. —          L es N o u v eau x -N és.\n\n\n                              BRUXELLES.\n    .T.-B. M O B N 8 , lib r a ir e -é d ite u r,\n                          7, Galerie Bortier, 7\n\n                                      1884\n"}, {"page_pdf": 7, "texte": "         LA BASOCHE\n                 REVUE LITTÉRAIRE ET ARTISTIQUE\nParaissant le 13 de chaque mois, en livraisons de 32 pages au moins.\n\n\n                  PRIX D E L ’A BO N N EM EN T :\n     B elgiqu e : 4 fra n cs p a r an. — U n ion P o s ta le : 5 fran cs.\n\n\n                           BUREAU X DE LA REVU E :\n\n            Galerie Bortier, 7, à Bruxelles en Brabant,\n\n\n     L A B A S O C H E reste absolument indépendante de toute coterie littéraire ou\nartistique.\n     Elle ouvre ses colonnes aux essais de ses abonnés. Leurs envois seront exa­\nminés par un'Comité littéraire, et insérés, s’il y a lieu.\n     Les manuscrits non insérés sont rendus sur demande.\n     Il sera répondu à toute lettre sérieuse, contenant un timbre pour l’affranchisse­\nment du retour.\n     Nous rendrons compte de tout ouvrage dont un exemplaire parviendra aux\nbureaux de la Revue.\n     La reproduction des articles de L A B A SO C H E , est autorisée sous condi­\ntion d’indiquer leur provenance.\n                                  ------------- 600\n\n\n\n                   PROPAGANDE                                    !\n      Dans un pays rebelle, comme le nôtre, à toutes les innovations littéraires, une\nœuvre exclusivement artistique, telle que L A BA SO CH E, a besoin du concours\ndévoué de tous ceux que le culte de l’ Art possède. Nous faisons un appel éner­\ngique à tous les Jeunes, et les convions à entamer avec nous la bataille : C ’est à la\nfois la lutte pour l’Art et pour l’existence.\n     Nous tenons à la disposition de ceux qui nous en feront la demande, des cartes\nd’abonnement, numérotées par séries de dix ; lorsqu’une série nous sera revenue\navec adhésions, son dépositaire recevra à titre gracieux, LA B A S O C H E pendant\nun an ; pour deux séries, l’abonnement lui sera servi à perpétuité.\n\n    L ’Administration prie .instamment les personnes auxquelles ce premier n° est\nenvoyé à l’essai, de bien vouloir le retourner : Galerie Bortier, 7, au cas où elles\nne désireraient pas s’abonner ; nous nous croirons autorisés a considérer comme\nabonnées celles qui ne l’auront pas renvoyé.\n"}, {"page_pdf": 8, "texte": " AU        LECTEUR\n\n\n         m o n ECOLE ?\n            LA VIE.\n  m on    PROGRAM M E ?\n\n  N’EN POINT AVOIR.\n    CE QUE LE S UIS ?\n     RIEN ENCORE.\n CE QUE JE VEUX ETRE ?\n    QUELQUE CHOSE\n  Y PARVIENDRAI-JE ?\n\nPOURQUOI P A S ?\n\n                   L A BASO CH E.\n"}, {"page_pdf": 9, "texte": ""}, {"page_pdf": 10, "texte": "  SONNETS                    LO IN TAIN S\n\n                         ENVOI\n\n\nVous m'avezfa it l'honneur, nouveaux Clercs de B asoche,\nD e me traiter en jeune, en demandant un don,\nProse où vers, plainte ou chant, clématite ou chardon\nA mon esprit, cette ombre, à mon coeur, cefantoche.\n\nJ 'a i peur de ne trouver que le vide en ma poche.\nQ u’on se sent pauvre, hélas ! quand tinte le bourdon\nQ u i marque l ’âge m ur et son fr o id abandon,\nL 'aridité de l ’âme et sa navrante approche !\n\nCe n'est plus l'heureux temps où l'on puise à pleins seaux\nL'onde qui ne tarit que pour quelle, renaisse. —\nS o it! pour me conformer à mon devoir d ’aînesse\n\nRentrant en mon passé, sous ses sombres arceaux,\nJ 'a i fo u illé tristement : Voici quelques morceaux\nD u vase regretté qui contint ma jeunesse.\n\n              CONCERT ÉTR AN G E\n\nJ e suis le serviteur d'une très jeune amie,\nD ont la saveur m'emplit de joie à tout moment,\n"}, {"page_pdf": 11, "texte": "                          -   8 -\n\nElle est mignonne et douce et v f aime follement ;\nR ien que sa vite en vue ramené l ’accalmie.\n\nJ e croyais par l 'ennui ma nature endormie\nQuand il lu i plut fix e r sur moi son œil charmant,\nl i t tout le vieil amour réveillé brusquement\nS ’est repris à vibrer en l ’honneur de ma M ie.\n\nE t voici qu'il lu i donne un étrange concert.\nCar tout ce qu’il a su de chansons passionnées,\nD 'a irs tendres murmurés dans les belles années,\n\nD e sonores refrains entonnés au dessert,\nD e voluptés au long de la vie égrenées,\nE n un seul hymne ardent à cet ange il le sert.\n\n                  VIE M A N Q U É E\n\nL e souper finissait gaîment : il était tard.\nUn de ces entretiens qui voguent au hasard\nE t pour tous les sujets se modèle et se plie,\nFaisait bruire la table à demi desservie.\n\nOn parlait du bonheur, on s'expliquait sans fard.\nTu te taisais. — Soudain, tu nous dis : « Cette vie\n» N e vaut que par l'amour, les voyages et l 'A rt;\n» L e reste, à mon avis, ri est q u 'u ne amère lie.\n\nTa voix était tremblante et ton œil se mouillait.\nJ e compris clairement que ton esprit fouillait\nTon existence fa d e et son morne sillage;\n\nD e scs déguisements qu'elle se dépouillait,\nE t que tu n'y trouvais qu'un vulgaire alliage\nD e choses sans amour, sans A r t et sans voyage.\n"}, {"page_pdf": 12, "texte": "                           -   9 -\n\n                    J O U R D E L ’A N\n\n Ce premier jo u r de Van n'a de charme pour moi\n Que parce que j e puis te faire une visite,\n Te revoir, et passer un quart d'heure avec toi;\n L e reste est un fatras qui m'ennuie et m'irrite.\n\nEncore faudra-t-il que mon regard t'évite,\nS 'i l se rencontre là quelqu' importun. Pourquoi\nF aut-il que ces moments s’envolent aussi vite,\nPourquoi dois-je subir une si dure loi ?\n\nP o u r te voir en passant et te parler à peine,\nJ 'a u r a i, quinze grands jours, attendu, soupiré;\nQuand ton souvenir seul me possède, j'a u r a i\n\nJuste le temps que dure un entracte à la scène,\nP o u r dire tout l'am our dont ma pensée est pleine,\nE t j e devrai partir, hélas ! à peine entré.\n\n                  R E N D E Z -V O U S\n\nD ans un quartier désert s’aborder en tremblant,\nPareils à des enfants qui se mettent en faute ;\nD ès le premier regard sentir le cœur qui saute,\nE t le gosier qu i sèche et se serre en parlant.\n\nPendant .quelques instants s'en aller côte à côte,\nD 'u n pas qui, p ar instinct, se traîne et se fa it lent ;\nA voir les y eu x trou blés et l'esprit nonchalant,\nD ire des riens qu'on craint d'exprimer à voix haute.\n\nÊ tre persuadés que les passants vont tous\nD eviner que l'on s’aime, et retourner la tête;\nPenser, alors, qu’on a l'a ir inquiet et bête.\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": "                        — 10 —\nM ais être heureux pourtant, heureux comme des fous.\nA utour de soi trouver à tout un air defête ,\nCher souci de mon cœur, voilà nos rendez-vous.\n\n\n                    S O U V E N IR\n\nJ 'a i dû — tu l ’exigeas — brider les quelques lignes,\nOù, dans tin jo u r d'ivresse, à nu ton cœur s’est mis:\nTon amour est prudent et craint les moindres signes\nQ u i pourraient le trahir à des y eu x ennemis.\n\nTes cheveux blonds pareils aux longs sarments des vignes\nTentèrent mes désirs et tu n i en a promis.\nM ais ce gage charmant à plus tard est remis :\nD 'u n tel présent mes vœux ne te semblent plus dignes.\n\nAussi, la nuit, quand loin du tumulte mondain,\nM on âme, en soupirant, vers toi se tient penchée,\nCombien triste est mon cœur, si j e pense, soudain,\n\nQue j e ri ai pour tout bien qu'une rose séchée\nQ u'un jo u r, chez un ami, f u r t i f j ’a i détachée\nD ’un bouquet qu'on disait cueilli dans ton jardin.\n\n\n          S E R V IT U D E   V O L O N T A IR E\n\nQuand on t ’aime de près, on t'ennuie et te gêne,\nTa nature glacée adore le repos.\nUn amour exigeant pour toi ri est qu'une chaîne\nQ ui pèse lourdement et vient mal à propos.\n\nPourtant si ton orgueil déteste qui te mène,\nPour établir son joug il est toujours dispos.\n"}, {"page_pdf": 14, "texte": "                          — 11 —\nTa beauté se complaît à penser qu'elle est reine,\nE t sur les cœurs virils tu lèves des impôts.\n\nJ e compte parm i ceux que ta coquetterie\nA promptement réduits au rôle de jouet :\nTu règnes sans partage en mon âme assombrie.\n\nM ais dussé-je des sots sentir la raillerie\nM e mordre sans pitié, mon plus ardent souhait\nE st de subir toujours la pointe de ton fouet.\n\n                  CONSOLATION\n\nN o n , tu ne m’aimes pas : la pâle indifférence\nHabite dans ton cœur et parait dans tes yeux.\nQuand j'arrive rempli de joie et d'espérance,\nJe cherche en vain l'am our sous tes traits gracieux.\n\nM a passion, hélas ! t'ennuie et devient rance,\nJe le vois, j e le sens; mon esprit soucieux\nDevine que pour toi c'est presque une souffrance.\nT u diriges ailleurs ton vol capricieux.\n\nM ais je ne t'en veux pas de tant de fantaisie.\nTu vi as pendant un an versé la poésie,\nE t j 'a i c r u , près de toi, retrouver mes vingt ans.\n\nD 'u n e frivole m ain tu m'as en pe't d'instants\nD onné tant de bonheur, que ton hypocrisie\nM e laisse plus de miel que les amours constants.\n\n                        CONGÉ\n\nI l est poignant de voir comme une femme peut,\nP o u r l'amour, à son gré, sembler vivante ou morte,\n"}, {"page_pdf": 15, "texte": "                        --- 12 ---\nComme en détours subtils sa finesse se meut,\nS ’il lu i plait de montrer qu’il est temps que l'on sorte.\n\nComme son cœurfrivole adroitement apporte,\nA la fois ce qui glace et ce qui nous énizut;\nE t comme elle sait bien, aussitôt qu'elle veut,\nE u vous disant « Venez » vous tenir à la porte.\n\nM a chère, j'a i compris, et j e reste à l'écart.\nE n nautonnier soumis j 'a i longtemps fa it mon quart\nS u r l'esquif où m'avait conduit votre caprice.\n\nVotre amourfatigué me renvoie avec art.\nJe pars en admirant le talent de l 'actrice,\nM ais f a i peur que jam ais mon triste cœur guérisse.\n\n                       S IR È N E\n\nP o u r exciter l'amour vous êtes préparée,\nM ais non pour l ' assouvir. Jamais l'émotion\nN 'a fa it monter le sang sous votre peau nacrée.\nC ’est un malheur de croire à votre affection.\n\nCar 1' âme qui vous aime aux tourments est livrée\nE t devrait éveiller même compassion\nQue ces fo u s qu' on a vus, dans l'enceinte sacrée\nA u x déesses de marbre offrir leur passion.\n\nLes jours où l'existence à vos yeux est morose,\nSi quelque fie r esprit, égaré sur vos pas,\nS ’arrête en admirant vos dangereux appas,\n\nI l vous plaît l' attirer pour égayer la prose\nD e vos trop longs ennuis, et votre bouche rose,\nSans remords ni merci, se le donne en repas.\n"}, {"page_pdf": 16, "texte": "                         — 13 —\n\n                      O U B L IO N S\n\nTu le veux, oublions ! Arrache de ta vie\nL a page où tu m'aimas ! Jette et disperse au veut\nL e souvenir des jours où ta tête ravie\nS u r mon cœur enivré s'appuyait en rêvant.\n\nL a passion par nous autrefois poursuivie,\nRépète quelle riest qu'un songe décevant.\nAbandonne aux regrets mon âme inassouvie,\nMarche sur mon amour enseveli vivant.\n\nTu préfères ta p a ix d'une existence égale,\nA u x orageux élans d 'u n amant emporté.\nPuisque la passion est chez toi si frugale,\n\nRetourne à ton foyer, à la f o i conjugale,\nE t fuyant les sentiers de la fra g ilité\nRentre aux calmes ennuis de ton honnêteté.\n\n                      M ARASM E\n\nP o u r de grandes amours faire de grandes choses,\nChercher, comme Byron, quelqu'u n p o u r qui mourir ;\nA v oir pour le vulgaire et pour toutes les proses,\nUne secrète horreur que rien ne peut tarir.\n\nCe rêve, ton noble cœur compte le voir fleurir,\nQuand ta vie est encore à la saison des roses.\nM ais de ce rêve il fa u t se résoudre à guérir\nQuand de la vie on a goûté toutes les doses.\n\nCar aux banalités on se heurte partout.\nUne âme enthousiaste en ce monde est errante\nE t rencontre partout la foule indifférente.\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": "                         -   14 —\n\nL 'amour, comme le reste, est un je u sans atout,\nD ont on sent promptement la pauvreté navrante;\nE t l'on rentre en soi-même, enfin, lasse' de tout.\n\n\n                  SUR LA PLAGE\n\nDevant cet océan brumeux et solitaire,\nA u qu el mon cœur déçu vient demander la paix,\nPensif, j ’aime à n i asseoir, car ma douleur austère\nS'endort dans la nature et dans ses amours vrais.\n\nA l'horizon confus où le ciel et la terre\nSemblent pour un baiser se toucher et se taire,\nUne voile parfois, à mes regards distraits,\nSurgit, approche et f u i t au souffle d'un vent frais;\n\nComme vous elle est belle et passe indifférente,\nE t creusant d'un sillon la vague murmurante\nSe montre peu d'instants pour ne plus revenir.\n\nComme vous, elle laisse en ma pensée errante,\nL'amère impression, qui ternit l 'avenir,\nD 'u n bonheur qui trop tôt n'est plu; q u ' u n souvenir .\n\n\n                                    E dmond    PICARD.\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "                     JOSEPH                    ST E V E N S\n\n                Vioci une belle lettre de peintre :\n                    « Je suis bien heureux et bien fier tout à la fois, m on cher et bon\n               Joseph, d’apprendre par notre cher A rth u r que tu v ien s d’être nom m é\n               m em bre d’honneur de l’A cad ém ie de V ien n e.\n  « C haqu e fois que tu reçois une n ouvelle distinction, chaque fois que l’on           rend\njustice à ton talent, m on cœ ur de peintre et de frère s’en réjouit plus que si cette\ndistinction m ’était accordée.\n  « Je te l’ai dit sau ven t ·. la plupart de tes tableaux resteront.     Q u e la n ote que tu\napparies dans cet art — com m e gen re — soit plus ou m oin s é le v é e , qu’im porte!\nD an s l’art de la peinture, le genre com pte peu si l ’h o m m e n e se m on tre pas dans\nl’œ u vre.\n  « T u es, depuis plusieurs siècles, le seul peintre vraim en t flam and.\n  « L e y s n’a vécu que de vieux souvenirs des anciens peintres            flam ands, jam ais\nému par son tem ps. M adou de m êm e.\n\n\n  « L a n ou velle gén ération b elge, si elle produ it quelques peintres, elle le devra à\nl ' art français.\n  « M o i-m ême (je le dis bien bas), je suis aujourd’ hui plus Parisien que B ruxellois.\n  « Bruxelles le m atin » est le seul vrai tableau flam and et le seul par conséquent,\nqui soit apparenté à cette grande et belle ancienne É co le flam ande.\n  « T o n art, dans ses plus belles pages, a l’air d’avoir ign oré la vapeur. Il vit de lui-\nm êm e et dans son coin. J’en suis fier et je t’ en félicite, car ton n om restera. Q u e de\npeintres, ayan t fait plus d’efforts que toi, ne peuvent en dire autant!\n  « A u m om ent où j’apprenais ta n ou velle distinction, je recevais de m on côté ma\nnom ination de m em bre correspondant de l’ A cad ém ie de M adrid. V o ilà une nouvelle\nqui doublera ta joie et te rendra aussi reconnaissant envers l’E sp agn e que je le suis\nm oi-m êm e envers l’A u trich e.\n   « J’espère, m on bien cher et bon Joseph, que tu te portes bien, et que tu travailles.\n                                                   « Je te presse sur m on cœ ur,\n                                                      « A l fr e d S t e v e n s . «\n\n    J’aurais pu me borner à des extraits; j ’ai préféré tout\ntranscrire, du moins tout ce qui pouvait l’être. A u surplus,\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "                            — 16 —\nces lignes sont un portrait de Joseph Stevens auquel rien\nne devrait être ajouté s’il ne faisait désirer de connaître plus\nintimement l’homme au sujet duquel elles ont ¿lé écrites.\nE t c’est un beau tém oignage qu’après ces paroles frater­\nnelles d’un maître sur un autre m aître, il puisse être dit\nencore quelque chose qui n’y soit pas dit, bien qu’elles ren­\nferment la parfaite ressemblance des modèles longuement\nétudiés. Je voudrais montrer à mon tour le peintre véridique\ndes bêtes, à la fois dans son métier et dans ses tendances\nartistiques, et, par quelques traits du caractère de l’homme,\nachever de mettre en lumière cette robuste physionom ie\nqui grandira avec le temps. Il est bon que chacun laisse des\nnotes sur les contemporains qu’il a le mieux connus; e t j ’ai\nassez approché celui-ci pour ne rien écrire qui ne soit l’e x ­\npression d’une sympathie réfléchie.\n  A vec Joseph Stevens du reste, il ne faut pas rechercher\nen dehors de son œuvre ce qu’il est et ce qu’il pense ; il est\ndu petit nombre des artistes qui, à l’aise dans leur art et\nn’étant point troublés par le désir de faire autre chose que\nce qu’ils font, ont, presque sans effort, et comme s’ils obéis­\nsaient à une loi de nature, laissé naturellement la besogne\njournalière se composer de leurs sensations et de leurs idées.\nEn aucun point de cette carrière déjà longue, on ne voit les\nindécisions de l’esprit qui se cherche, et, si c’est débuter\nque d ’être dès le commencement soi-même, il se montre\npour ainsi dire en débutant ce qu’il est encore aujourd’hui,\nun mâle ouvrier décidé à ne demander à son tempérament\nque les activités qu’il peut lui donner.\n  C’est un bel exemple pour les natures maladives, sujettes\nà outre-passer les limites de leur production, que ce prati­\ncien à l’œil sain, au bon sens natif, à la ferme main, qui n’est\ntouché par aucune influence étrangère, si hauts que soient\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                            —1 7 —\ncertains talents de ce temps, et qui se borne à exprim er avec\nun savoir personnel les impressions que lui fournit la nature.\nS a manière simple et sévère, car il semble que l’art ne puisse\ns’exercer qu ’avec un peu d’austérité, ramène au calme l’esprit\ninquiété par les turbulences des écoles; et il n’est préoccupé\nni d’en fonder une nouvelle ni d’en perpétuer une ancienne,\nmais uniquement de bien voir et de bien rendre, comme s’il\navait le dédain des variations que chaque époque amène\navec elle. On sent que la réalité, après avoir passé par ses\nyeux, n’a que faire de se figer dans un systèm e pour aboutir\nà l’expression artistique; elle y arrive toute seule par l’appli­\ncation à ne point paraître autrement qu’elle est, ni plus fine,\nni plus brillante, mais franche et nue avec le bel accord des\ntons que produit la lum ière et qui est la m agie de la peinture.\n  Joseph Stevens, en effet, est demeuré volontairement en\ndehors des classifications qui divisent les artistes; il n’a\npoint voulu prendre parti parmi tant de recherches oppo­\nsées; et les autres, non plus que lui-même, ne pourraient\ndire s’il est grisiste plutôt que harmoniste ou harmoniste\nplutôt que coloriste. Je ne vois pas de plus bel éloge à faire\nde lui. Il est dans l’art ce qu’il est de nature, un bel organis­\nme sensible que le sophisme n’a point émoussé et qui, aussi\nlibrement que le poirier donne ses poires, laisse aller sa sève\nen des œ uvres naturelles, germ ées de son fond et qui ne pour­\nraient point germ er ailleurs. N ulle greffe n’a altéré chez lui\nla floraison d u tempérament; il e st dans tous ses ouvrages\nle peintre qu’il est vraiment; et, aussi indépendant dans sa\nmanière de sentir que dans sa manière d ’exprim er il n’a fait\nde compromis ni avec les autres ni avec soi-même.\n  Il ne peint que des sujets vulgaires ! On ne peut louer\nl’ouvrier qui ne vise qu'à faire œ uvre de sentiment aussi haut\nque le rapsode chantant l’épopée humaine, etc. J’en demande\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "                           — 18 —\npardon : ce n’est pas mon sentiment. S ’il fallait admettre\nl’infériorité de certains genres, la conception presque tou­\njours si humoristique et quelquefois si touchante du peintre\nbruxellois m’aiderait à démontrer combien l’esprit et le\nsentiment élèvent l’étude des animaux. Mais je ne puis\nconcevoir qu’il soit moins glorieux de raconter une bête\nqu’un homme, et l’humble drame des chiens errants pèse\ndans les balances du juste le poids d’une détresse humaine.\n  Épris pour eux d’une extraordinaire tendresse, Joseph\nStevens a chanté les êtres malheureux dont les souffrances\nsont voisines des nôtres, comme si la nature, en les faisant\npresque pareilles, avait voulu nous apprendre à les adoucir\npar l’échange des mutuelles sympathies. D es attendrisse­\nments de personne raisonnable par moment illuminent le\nvisage de l’animal et vaguement nous relèvent la continua­\ntion de notre humanité. On est effrayé de leur trouver des\nattitudes d’âmes contrites où nos propres désolations sem ­\nblent se refléter avec les mêmes affaissements et les mêmes\ngestes, et ce sont comme des sosies à qui la nature aurait\ninfligé l’effroyable supplice de sentir comme nous, sans leur\nlaisser la douceur de nous le dire autrement que par la\ntristesse de la silhouette et des regards. Qui donc a écrit que\nla bête est l’ombre de l’homme? M ot cruel qui ne lui permet,\nà cette bête, que de se mouvoir dans le cercle de notre vie\net qui fait de sa peine une grim ace où se rit l’humaine\ndouleur.\n  Personne plus que l'observateur qui fait le sujet de cette\nétude ne l’a démontré dans ses profondes analyses de la vie\net des sensations du peuple animal; il entre-bâille les portes\ndu sombre monde au-delà desquelles sommeille ce que notre\nignorance des grands secrets nous a fait appeler l’Instinct ;\net tant par la vivacité de leurs émotions que par l’espèce de\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                             — 19—\nfine mélancolie qui leur-succède, ses créatures ont rang à la\ntable où nous trônons en m aîtres. H é ! m ’intéresserait-il\ndavantage celui qui me peindrait l’un des miens, souffrant\net pensif?\n  Je ne puis me détacher de cette, brève affirmation : « T u\nes depuis plusieurs siècles le seul peintre flamand. » Elle\nest la vérité même, et dans une formule expressive résume\nbien ce talent, si étroitement apparenté au génie d’une race.\nN i le dogm atism e allemand ni la finesse française n’ont pu\nchanger en lui la rude allure de l’instinct ; par-dessus les\nâges, il tend la main aux puissants ouvriers des Pays-B as.\nSon art a la consistance des grès sur lesquels passe le\ntemps sans les atteindre, et comme eux il demeure accroché\nau sol par d ’indestructibles racines. Il n’est ni com pliqué ni\nsubtil en visées. Mais, pareil à une belle m écanique se mou­\nvant au moyen de rouages peu nombreux, il fait une beso­\ngne régulière dont les résultats sont im peccables.\n  N on plus que les Snyders, les F yt, les Jordaens, cet\nartiste franc de collier n’est tourmenté par l’ambition mal­\nsaine des effets alambiqués ; les curiosités qui ont détourné\nde la peinture sa in e tant de modernes et, parmi ceux-ci, le\nm aître quintessencié auquel, bien à tort, on Ta com paré\nquelquefois, D ecam ps, ont épargné sa cervelle ; il n’a pas\neu le rêve décevant des lumières artificielles et des cristalli­\nsations par lesquelles le métier s’est fait de notre temps\nl’imitateur des alchimies.\n  L es plus lointains tableaux de Joseph Stevens ont conser­\nvé leur fraîche coulée toujours jeune : on pense en les\nregardant à cette gravité souriante des vieilles personnes\nqui, ayant vécu pures, connaissent à peine l’outrage des\nrides. A ucun e hâte n’en a fatigué l’élaboration. Visiblement\nils ont été faits en des heures de tendresse sérieuse, comme\nignorance des grands secrets nous a fait appeler l’instinct;\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "                           — 20\non fait les œuvres durables. L e maître, en effet, travaille\navec cette lenteur active que je signalais déjà chez son frère\nAlfred et qui est entre eux comme une ressemblance de plus,\najoutée à bien d’autres ; il ne se presse ni de commencer ni\nde finir, mais une fois au chevalet, achemine sans repentirs,\npar un travail assuré la besogne au degré d’achèvement\nqu’elle doit avoir. C ’est encore un trait de la race demeuré\nindélébile et qui les assimile l’un et l’autre aux solides p ra­\nticiens, leurs ancêtres, si réguliers dans leur labeur et dont\nl’entrain se gardait si vif de la première à la dernière touche.\nCe noble feu qui ne s'épuise pas est devenu trop rare au­\njourd’hui pour ne pas être signalé.\n   Peut-être vous vous figurez, en lisant ces lignes, une\nplacide physionomie de peintre, telles qu’on en voit dans\nles musées, avec de larges yeux immobiles dans des chairs\ncireuscs. Joseph Stevens n’a rien de ce portrait dans l’esprit\nnon plus que dans la ligne extérieure ; il ressemble bien\nplutôt aux fiers cavaliers bistrés dont Van D yck nous a\nlégué la virile tournure et qu’il modelait un peu sur sa pro­\npre personne, fidèle à cette loi qui nous fait aimer dans les\nautres ce que nous aimons en nous-mêmes. T o u t le monde\nconnaît à Bruxelles le promeneur élancé et correct qu’on\nvoit chaque jour arpenter de son nerveux jarret les trottoirs\nde la rue de la Madeleine, la canne levée, le cigare flambant\nsous la moustache en crocs, une main passée dans l’échan ­\ncrure du gilet. Jamais il n’a abdiqué les sévères recherches\nde la mise qui sont comme l’honnêteté du corps ni le soin\nd ’exercer ses muscles, et, après avoir été à toutes les g y m ­\nnastiques un des hommes les plus adroits de son temps, il\nest encore de ceux dont le classique coup de patin fait\naccourir les curieux sur le bord des étangs gelés.\n    (à su iv re),                 C a m ille   L E M O N N IE R .\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "                     L A     M ÈR E\n\n\n      Qu a n d le Seigneur forma- l ’homme, le Seigneur dieu\n\n        Ne p rit point le limon terrestre en un seul lieu,\nMais il prit de la terre aux quatre coins du monde :\nA u sud, où l'air brûlant sèche la lande blonde,\nA l ’est vert de feu illée, au nord blanc de frim a s,\nA l'ouest, où ce briseur de chênes et de mâts,\nL'ouragan, tord la pluie et la nuée en trombe;\nA fin qu'en nu l pays la terre de la tombe\nA l ’homme qui s ’incline et meurt, voyageur las,\nN e dît ; « Q ui donc es-tu ? j e ne te connais pas ; »\nM ais pour qu’en tous pays la terre maternelle\nA l ’homme heureux enfin de reposer en elle\nSa tête qui se courbe et son cœur qui se fen d ,\nP û t dire : « Couche-toi dans mon sein, mon en fa n t! »\n\n                                       C A T U L LE M ENDÈS\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": " R E M O R D S              LÉ G E R\n\n\nD ’avoir baisé les seins en fleur\nVoici que le remords t ’effleure,\n     A vie qui pleure\n D ’avoir baisé les seins en fleur.\n\nA h ! que n ’ai-je brisé ton vol\nVers toute amourette frivole,\n     0 l èvre fo lle ,\nQue n’ai-je su briser ton vol!\n\nO h ! la blanche candeur des lys,\nO h ! les frissonnantes délices\n     Dans les calices\nOù s ’endort la blancheur des lys !\n\nRevient-il donc aux fru its impurs\nL e duvet blond des pêches mûres ?\n     A h ! tu murmures\nAme pleurant les jo u rs impurs?\n\nE t le lent remords sépulcral\n— Tu sais qu ’il n ’est point d’eau lustrale —\n     E n toi s ’installe,\nHélas ! ju s q u ’au jo u r sépulcral !\n\n                               E m il e M IC H E L E T\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "                 LOUISE CÉLIN\n\n                         PASTEL\n                                   O t o i q u e j ’ eu sse aim é e , ô t o i q u i le s a v a is ...\n                                                            B a u d e la ire . Les F le u rs du M a l.\n\n\n\n\n        Onnous avait laissés seuls.\n          Toute frêle et mignonne, avec je ne sais quoi\n        d’alangui, d’affiné et de précieux dans l’allure, elle\nétait assise devant moi, mollement enfoncée dans un fauteuil,\nses yeu x aux longs cils baissés sur la broderie à laquelle elle\ntravaillait. Moi, accoudé au marbre de la cheminée, em bar­\nrassé, me trouvant bête, et cherchant des paroles que je ne\ntrouvais pas — que lui dire à cette inconnue? — silencieuse­\nment je l’examinais. L e soleil glissait sur sa chevelure blonde;\net ça et là, des mèches folles, toutes traversées de lumière,\navaient des tons fauves et roux d’or sombre ou de vieux cuir,\ndes nuances chaudes qui semblaient chanter et claironner\ndans le soleil, se pâmer, expirer et s’éteindre dans les recoins\npleins d ’ombre. Sous ce nimbe, son visage blanc et rose,\npâle légèrement, mais imperceptiblement rosé aux pom ­\nmettes, se détachait à contre jour, sur le fond du fauteuil,\navec une douceur vague de teinte mi-effacée.\n  Elle leva sur moi ses yeu x, des yeux bleus, allongés, à\npeine soulignés de bistre, avec un regard inquiet qui cher­\nchait à me deviner. Ce fut comme un éclair, une brusque\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "                                    -    24   -\n\ntombée de lumière qui vivifia les nuances tendres de ce\npastel. Je hasardai quelques phrases banales. Elle avait, en\nme répondant, un sourire adorablement exquis, qui dans le\nrose de ses lèvres fines, faisait rire chacune de ses dents\ndécouvertes, brillantes et blanches ainsi que pâquerettes\ntrempées de rosée. Sa voix qui effaçait les r, avait des\naccords voilés et comme soupirés, d’une souveraine grâce,\net donnait aux plus insignifiantes paroles un prix inesti­\nmablement tendre.\n — On rentra. A près un salut correct et froid, je pris\ncongé. Plus jamais ne l’ai revue; seulement depuis, j ’ai su\nqu’elle s’appelait Louise Célin. E t j’en ai gardé, avec ce\nnom au charme mélancolique et subtil, un souvenir d’une\ndouceur de rêve...\n   A o û t 1884.                                       Jules     DESTRÉE.\n\n                            L A         COUTE\n\n              T es lèvres sont les bords de corail d'une coupe\n             D on t la bouche est le fo n d adorable et verm eil,\n             E t qu'ornent, tout autour, chercheuses de so le il,\n             L e s perles de tes dents que ton sourire groupe.\n\n\n             J e traîne mon amour de tes seins à ta croupe,\n             M a is j e reviens toujours à ta bouche, p a r eil\n             A quelqu'ensorcelé, car j 'y bois un sommeil\n             P le i n de rêves lascifs q u i voltigent en troupe.\n\n\n              C a r j ' y bois de ma bouche altérée, à longs tra its,\n             D a rd a n t ma langue au fo n d des creux les p lu s secrets,\n             J u sq u 'à ce que j ' épuise, intrépide convive,\n\n\n             C es opiums p lu s fo r ts que les sucs des pavots,\n             T es baiser, tes baisers, mêlés à ta salive,\n             Q u i me donnent la sève, et les désirs nouveaux.\n\n\n                                                  R odolph e     DARZENS.\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "                       LA N Y C T A L O P E\n\n              E v e n a is\n              J                de fu m er m a d ern ière pipe, et m a lam p e se\n               m o u rait en crép itan t, lorsq u e j ’en ten d is sou d ain retentir\n               le m arteau de m a p o r te , et u n e v o ix m e h éler dans la\nn u it : « O hé ! d o cteu r! d octeu r! d o cteu r! »\n   T o u t en m au d issan t les m alad es        n octu rn es, j ’en tre b a îlla i les\nbattan ts, et par la fente noire j e v is se g liss e r la tête rou sse et\ngro tesq u e de M ath ias, le fou du v illa g e , et l ’u n iq u e se rv ite u r du\nv ie u x professeu r G ré g o riu s, u n so rcier du d iable, à ce que d isa ien t\nles v ie ille s , le so ir, au coin du feu .\n   — « E h bien ! M ath ias? »\n   — « M aître m e u rt! il m eu rt! il m eu rt! — P â l e , oh! p â le dans la\nn u it n o ire! — O u i, m aître vo u s v e u t. — J ’ ai p eu r, o h ! p e u r! —\nV e n e z v ite, d o cteu r! d o cteu r! d octeu r! »\n   E t com m e u n e p o u le qui g lo u sse, le fou ro u la it rap id em en t ce\nd ern ier m ot, en clign o ta n t sou s la lu m ière sou d ain e.\n   — \" C ’est bien, M ath ias, j e v ien s ! »\n   E t m ’h a b illa n t en u n tou r de m ain, j e so rtis dans la n u it.\n   P a s u n e étoile a u x cieu x . L a r o u te était presque in v is ib le ; m ais\nj e s u iv is M ath ias qui, a v ec u n in stin ct de bête, tro ttin a it d evan t\nm oi, et g ro g n a it quand parfois je tréb u ch ais ou ralen tissa is le pas.\nL e v e n t se la m e n ta it dans les bras retors des p om m iers, et les\np eu p liers, a v ec des p leu rs, ép an d aien t dans les ténèbres leu rs\nfe u ille s a u to m n ales.\n   A u bout d ’u n e d em i-h eu re, M athias s ’arrêta.\n   —    \" Ic i! »\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "                                      —    26     —\n\n\n\n\n   P u is il d isp aru t dans u n e allée de tra v e rs e ; je l’y su iv is parm i\nles h autes herbes qui se no u aien t à m es g en o u x com m e des vip è re s,\net sous les bran ch es basses qui m e sou ffletaien t com m e des m ain s\nde sq u elettes; bien tôt je v is filtrer u n e lu e u r à tra v e rs les fe u il­\nlag es, et la m aison délabrée du professeu r se d ressa dans l ’o b scu ­\nr it é ; u ne porte, s ’ o u v ra n t apparem m en t d’elle-m êm e, g rin ç a su r\nses gonds, p u is se referm a su r m oi, tan d is que les pas du fou\ns’élo ig n a ien t su r le g ra v ie r des sen tiers.\n   Je m e tro u v a i dans u n corrid or va g u e m e n t écla iré p ar une\nv e ille u se ; les toiles pou dreu ses des a raign ées et les lam b ea u x de\npapier, qui tom b aien t des m u rs com m e des é ca ille s de lé p reu x ,\nfrisson n aien t sou s les co u ran ts d ’a ir ; en p assan t, il m e sem bla\nou ïr des san glots qui s ’ e x h a la ien t des e n tra illes du sol, et dans un\nan g le du p lan ch er, j ’o b servai u n e trappe m étalliq u e qui s e rv a it de\nferm eture     à    quelque     so u terra in .       M a i s , san s y   p rêter p lus\nd’atten tion, je p én étrai dans la pièce vo isin e.\n   C ’était u n e cham bre im m en se g arn ie de tab lettes où, ran gée su r\nran gée, s ’a lig n a ie n t des m illiers de liv r e s ; su r u n e table de tra v a il,\ncorn u es, tu b u lu res et alam bics se tord aien t fan tastiqu em en t sous\nla cla rté san glan te de p lu sieu rs lam pes arabes su sp en d u es au\np lafon d ; dans u n coin tén éb reux g rim a ça it, dans son d éh an ch e­\nm en t cyn iq u e, un squelette à la grêle o ssatu re. E t là, dans l ’om bre\nd ’u ne a lcô v e, su r un m isérab le grabat, se co n to rsion n ait le m o ri­\nbond G rég o riu s.\n   Je recu la i d ’ép o u van te d evan t cet affreu x v ie illa r d m i-n u , à\nla face lab ou rée de rid es; ses y e u x in jectés de sa n g m e d ard aien t\ndes regard s fa u ves, et les lon gu es m èches de ses ch eveu x ja u n e s\nse red ressaien t parfois a vec des so u bresau ts su r son crân e. Je\nreconn us aussitô t, a u x cris q u ’il m âch on n ait, u n accès du plus\nv io le n t d élire. A y a n t donc préparé un b re u va ge som nifère, je m e\nd irigeai vers l ’a lcô v e. A i-je trébuché en ap p roch an t du lit, et m es\npas o iit-ils sonné dans la cham bre so u terrain e? T o u jo u rs est-il\nqu ’au m om ent où je p ortais la potion au x lèv res du fiév re u x , de\nsou d ains et rau qu es m iau lem en ts éclatèren t sou s m es pieds et se\nprolo n gèren t dans le silen ce n o ctu rn e a v ec d’in term in ab les on d u ­\nlation s. S o u s un frisson de terreu r je m e c risp a i; m ais un retou r\nde honte m e rem it en possession de m oi-m êm e, et je m e je ta i su r\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                                         —     2 7   —\n\n\n\n\n G rég o riu s qui, a v ec des cris ép o u va n ta b les, s’é tait dressé su r son\n gra b a t de tou te sa h a u teu r, puis a v a it d é fa illi en écu m a n t com m e\n un ép ilep tiq u e. Je lu i bo u ch ai les o reilles des doigts, et quand\n enfin la v o ix se fû t éteinte, je lu i fis a v a le r le so p o ratif. U n e p a ix\n profonde tom ba su r son v is a g e : c 'é ta it la p a ix a va n t-co u rriè re de\n la m ort. C a r la fièvre a v a it fa it son oeuvre.\n    Je v e n a is de m e p en ch er po u r lu i tâter le po u ls, quand len te­\n m ent je v is ses lèvres s’ en tr’ o u v rir, et d ’une v o ix très-b asse il\n s o u p ir a : « V o u s avez entendu ces p le u rs ? ... C e so n t les pleu rs\n d ’u n e fe m m e !... Je v a is m o u rir et je v e u x confesser m on crim e\n atroce. \"\n   C es p a ro le s, soufflées p lu tô t q u ’a rticu lé es p ar les lè v re s c a d a v é ­\nriques du v ie illa rd , firent co u rir des fro id s le lo n g de m on éch in e.\nU n e fem m e? u n e fem m e? C es m iau lem en ts, la v o ix d’u n e fem m e?\n   —     « J ’étais je u n e , ja d is       », m arm on n a it le m ou ran t,        « et\nj ’a im a is... E lle éta it blonde .. je la tra în a i d an s cet e n fe r... L ’idée\nd iab o liq u e m e sa isit d ’éleve r des en fa n ts... des s a u v a g e s , dans les\nténèbres, dans la so litu d e ... Je v o u la is les étu d ier, et je les v o u ­\nla is fa u ves ..   0 sc ie n ce! ô scien ce! je rê v a is à la g lo ir e !... E lle\na cco u ch a d ’u n garço n dans le so u te rra in ... m ais m a p itié de père\ns ’é m u t... j ’o u v ris la trap p e et je la issa i d an ser le petit dans la\nch a le u r du s o le il... C ’est lu i, le fou, m on en fan t! »\n   — « Q u i? M ath ias? » d em an d ai-je, fa scin é p a r l ’ h o rreu r sp ec­\ntra le du récit.\n   — « O u i! O u i!... E co u te z m on c rim e ... D e n o u vea u m on adorée\nen fanta dans les ténèbres.'., u n e fille, cette fois, celle qui m ia u la it,\nlà, dans le so u te rra in ... M a fem m e m o u ru t en l ’a lla ita n t, et v o ilà\nson sq u elette... le squelette dans le co in ... 0 D ieu ! elle était douce\net b lo n d e !... >\n                   >\n   B o u lev ersé par la terreu r, je su iv is le regard du m on stre : le\nsquelette nous co n tem p lait de face, a vec son rican em en t insensé.\nJe m e pen ch ai, le cœ u r g la cé.\n    — t A i-je bien co m p ris? Ces m iau lem en ts, d ites-v o u s, étaien t la\nv o ix de vo tre en fan t? »\n  — « O u i... O h ! j ’ai p e u r !... Oh ! les p le u rs ! »\n  — \" Elle     e s t là, dans le so u terra in , sou s la trap pe? >\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "                                     — 28 —\n   — « O u i... quinze ans de té n è b r e s !...         O h!    les p leu rs!    les\np le u rs! »\n   — \" H orrib le! h o rrib le! h o rrib le! » rép étai-je en m e se rra n t\nles tem p es.\n   — « O sc ie n ce !... O scie n ce! » ch a n ta it le v ie u x dans ses affres.\n  D e n o u veau , com m e u n e N én ie fu n éraire,          les   m iau lem en ts\ns ’exh alèren t dans la nuit, tan d is que G ré g o riu s, l ’ép o u va n te au x\ny eu x et le râle au x am y g d a les, a g o n isa it. Q u an d les cris eu ren t\ncessé, je m ’in clin a i su r le lit : je n ’a v a is plus d eva n t m oi q u ’un\nca d a v re.\n   A ussitôt, sans crain te et san s pensée, je m e p ré cip itai dans le\nlu gu b re corridor, et de m es doigts crispés je sa isis l ’a n n eau de la\ntrappe; elle était lo u rd e; m ais d ’un fu rie u x effort je la so u lev a i et\nla laissa i retom ber a v ec un fra cas de fer. U ne éch elle p lo n g e ait\ndans les ténèbres; d éjà j ’y posais le pied, quand tou t à coup, a vec\ndes glapissem en ts et des vo ciféra tio n s, je v is ém erger de l ’om bre\nune affreuse sa u va g esse nue ; a v ec u n e a g ilité de sin ge elle sa u ta\nsu r le plan cher, puis s ’affaissa, a v eu g lée p ar la lu m ière, v a g u e\ncependant, qui régn a it dans la pièce. S o n corps g rê le et d éch arn é\nétait noir de crasse, et su r son dos et ses flancs se co lla ien t les\nnattes em brou illées de ses ch ev eu x , d éjà g ris m alg ré u n e je u n e sse\nde qu inze an s; quant à ses y e u x , ils étaien t d ém esu rém en t é la rg is\np ar les ténèbres, com m e ceu x des h ib o u x , et me la n ça ie n t, entre\nchaque clign em ent, des regards effrayés. E ta is-je le p rem ier être\nh u m ain q u ’elle eût ja m a is aperçu ?\n   P en d an t quelques m inutes, la créatu re resp ira b ru y a m m e n t\nà mes pieds; pu is, a y a n t tourné la tête, elle bondit so u d ain dans\nla cham bre m o rtu aire; je l ’y s u iv is . E lle sa u tait deçà et d elà en se\nh eu rtan t sans cesse a u x m u rs et au x m eubles ; ca r elle é tait n y cta -\nlope com m e u ne ch a u ve-so u ris, et ren v ersa it, dans sa co u rse en\nzig za g , ch aises, tables et piles de liv r e s ; je frém is quand je la v is\ntrébu ch er vers le sq uelette g rim açan t — le sq u e lette de sa m ère —\net m algré m a répu gn an ce, je la sa isis p ar le bras p o u r p ré v e n ir\nu n sacrilège.\n   Je lu i je ta i quelques p ro v isio n s tro u vée s dans un coin ; s ’a c c r o u ­\npissant com m e u ne bête, de ses crocs a ig u s elle d éch ira sa n o u r ­\nritu re. A près a vo ir éteint les lu m ières superflues, par pitié p our\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                                      —    29   -\n\n\n\n\nelle, je m ’a ssis, le dos à la porte, pou r l ’ o b serv er. J ’e s sa y a i de lu i\nfaire com prendre quelques m ots; m ais elle ne rép o n d it que p a r\ndes gro gn em en ts, et je n ’eus q u ’ à m e taire. L e lo u rd silen ce ne\nfu t dès lors interrom pu que par les chocs ryth m iq u es des m âch oires\nde la fem m e, dont les y e u x im m en ses m e fix a ie n t san s cesse.\nO h! ce regard fo u ! A ffaibli par les terreu rs de la n u it, je sen tais\nm a raison se dérober a u x efforts de m a vo lon té, et s ’ éco u ler com m e\nu n flu ide dans les p u p ille s in son d ables de la n y cta lo p e. Je me\nsen tais fou, dans cette sa lle sillo n n ée p ar le v o l des fa n ta sm a g o ­\nr ie s ; à m a droite le ca d a v re d ’un fou , à m a g a u ch e le sq u e lette\nd ’u n e fo lle, et d eva n t m oi les y e u x       m agn étiqu es d’u n e     folle!\nA h ! je m e se n ta is véritab lem en t fo u ... fou. . fo u !\n   U n e tape in atten d ue su r l ’ép au le m e fit so rtir de m on h yp n o tism e ;\nje tou rn ai la tête : c ’éta it M a th ia s, pâle sou s la lu e u r blafard e d ’un\nflam beau q u ’il p o rta it; l ’ép o u va n te lu i b rû la it les y e u x , et de\nson in d ex rig id e il d ésig n a it la n y cta lo p e.\n   — « E st-ce un fan tô m e? » siffla-t-il à m es o reilles.\n   — « M athias », c r ia i-je en l ’a g rip p a n t p a r le bras, « M ath ias,\ntu vo is là ta sœ u r ! »\n   Il recu la d’un pas, m ais au m êm e in sta n t la bête, g risé e com m e\nu n e p h alèn e par l ’écla t du flam beau , s ’était ruée su r lu i. E n u n\nclin d ’œ il u n e lo n g u e flam m e, a v e c u n sifflem ent, les en laça tous\nd eu x, tan d is qu’u ne âcre od eu r de ch ev eu x rou ssis m e p én étrait la\ngorge. P a re ils à des d am n és, le m âle et la fem elle s ’ étreig n aie n t en\nh u r la n t et to u rb illo n n aien t par la sa lle dans u n e v a ls e in fern ale;\nles étin celles et les flam m èches vo le ta ie n t a u to u r d’eu x com m e des\nfe u x - fo lle ts ; les liv re s et les m an u scrits b rû la ie n t, l ’alcool d e s'\nlam pes et les acides des corn ues et des b allo n s ru isse la ie n t en\nnappes     in cen d iaires ou      déton aien t effro yab lem en t ; l ’incend ie\nm u rm u ra it, gro n d a it, h u rla n t des h ym n es satan iq u es au to u r du\nlit m ortu aire, qui flam b ait com m e un bû ch er de fu n é ra ille s ;\nso u d ain le ca d a v re   carbon isé de G rég o riu s, a vec u n e torsion\nh ideuse, se so u lev a et ro u la dans la tem pête de feu, tan d is que le\nsq uelette de son aim ée — de la blonde v ie rg e de ja d is — s’ ab a tta it\ndans les flam m es a v ec un cliq u etis de ca sta gn ettes.\n   P a r u ne fenêtre e n tr’o u verte, la lu n e m e re g a rd a it; d ’un bond je\nfus dehors, et je co u ru s com m e un dém on iaqu e sou s les arbres\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "                                    — 30 —\nfantastiques, dans les lon gu es herbes serpentines, dans les cham ps,\nsu r les routes, parto u t, je ne sais où. Q u an d enfin je tom bai de\nfatigu e, su r la m ousse fraîch e, la m aison dam née b rû la it au lo in ­\ntain , et p a r bouffées, dans la n u it som nolente, les brises m ’a p p o r­\ntaien t les h u rlem en ts sonores de M athias le fou e t les m iau lem en ts\nd’ ép o u va n te et d ’agonie de la n ycta lo p e.\n\n                                                      S tu a r t M E R R IL L .\n\n\n\n\n                               M Y S T È R E\n\n\n\n           Mon Seigneur Jésus-Christ ! Depuis dix-huit cents ans\n           L a morne H um anité vient manger et vient boire,\n           Avidement, à ton calice, à ton ciboire,\n          L ’antidote sacré des instincts malfaisants ;\n\n           L ’E re nouvelle a lui, riche en promesses vaines,\n           E t le monde d’ Après vaut le monde d ’Avant;\n          — Comme, au souffle d ’été, l ’arôme des verveines,\n          Les effluves malsains roulent au gré du vent.\n\n          E t rien ne brille au ciel, rien ne brille sur terre ;\n           E t notre pauvre fro n t, sous le poids du mystère,\n           0 blond Galiléen, se courbe bas, très bas__\n\n          Notre esprit, qui devant ta royauté s ’incline,\n           Voudrait enfin comprendre· — et ne comprendra pas,\n          P o u r q u o i ton f lanc divin saigna sur la colline?\n\n                                             S t a n isla s   de   G U A IT A .\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "             LES      BALAYEURS\n\n\nComme revenant d ’un sabbat, les Balayeurs\nPauvres bougres, vêtus d ’un bourgeron de toile,\nCheminent, sous les yeux des becs de ga z veilleurs,\nDans l ’aube grise, où se perd la dernière étoile.\n\nIls vont, ces nettoyeurs des immondices d ’hier,\nPromenant le B a la i dans les flaques de boue,\nDevant le sergent de ville, qui passe fier\nS u r l’ asphalte luisant où la lune se jou e.\n\nIls poussent au ruisseau l’ empoisonnant ragoût\nD e tous les détritus qu'emporte l ’eau courante\nDes lances, refoulant dans les bouches d ’égout\nLes ordures qui sont leur quotidienne rente.\n\nL a ville, nettoyée à fo n d chaque matin\nE st si propre, toujours, que l ’œil s ’en émerveille,\nCar, des Buttes- Chaumont ju s q u ’au Quartier Latin\nRien n ’y demeure des saletés de la veille.\n\nQue de talons fa n g eu x ont souillé le trottoir,\nPourtant ! Que de hoquets ! E t quelles soûleries ..\nCombien couraient mourir — ainsi qu’à l ’abattoir\nInconsciemment vont les bêtes ahuries !\n\nQue de bouquets fanés au milieu des tessons !...\nParfois, un nouveau-né dans l ’angle d’une porte!!..         -\nDes vices... des vertus.,    et lorsque nous passons, .\nP lu s rien, car il n ’est rien que le B a la i n’emporte!\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "                           - 32 -\n\nM ais les parois du cœur, comment les nettoyer ?\nQuel B a la i suffirait à pareilles besognes?\nL e plus profond égout ne pourrait pas noyer\nL e cadavre pourri de certaines charognes !\n\nMon cœur, viscère usé, le sang ne pourra plus\nRouler ses flots de pourpre au creux de tes artères,\nS i quelque Balayeur solide, aux bras velus,\nNe vient te délivrer des miasmes délétères!\n\nO h ! qu’ils doivent puer, tous les rêves crevés, —\nJam ais ensevelis — qui vivaient dans mon âme !\nS ’il vient, le Balayeur des espoirs décavés\nP ou r les désinfecter, quel parfum , quel cinnam e!\n\nQuoi peut germer dans cette atmosphère de m ort?\nQuelle espérance neuve en cette boue épaisse ?\nQuelle herbe peut fleu rir? Quel désir assez fo r t\nP ou r que j e le désire et que je m ’en repaisse !\n\nLes Balayeurs, venez! J e vous livre mon cœur.\nLavez-le du passé dont le présent s’irrite,\nE t jetez à l ’égout mon spleen et ma rancœur...\nD u B a la i... D u B a la i! dans ce cœur qui s ’effrite...\n\n                                        Jean    AJALBERT.\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "                                        FOU\n\n             Ma h i a   ma brune, Mallia                 ma brûlante com pagne\n                 d’amour, ma douce aimée                            dort; elle dort là-\n                bas sous les violettes et les cyprès som bres ! Son\nâme s’est envolée vers les étoiles blondes; mais à l’heure où\nles Lam ies, belles filles de la N uit, allument dans le parfond\ndes cieux le clair étoilement des astres, elle                             revient rendre\nla vie à son corps, rendre l’am our à son cœur.\n    A lo rs, M ahia soulève la pierre morne du tombeau et\ncomme jadis, amoureuse pâmée, tombe dans mes bras ! E t\nconfondus dans une étreinte folle, nous passons de longues\nheures, délirantes.\n\n   Puis quand le soleil, le grand soleil de Dieu jette à l’Orient\nson fulgurant flamboi de rayons sanglants, l’essence de vie\nl’abandonne, repart pour l’empire des âmes et me laisse seul,\ntout un long jo u r e n c o r e .............................................................\n\n   Il g êle, la neige tourbillonne, épaisse dans la nuit fro id e;\nc ’est Ahrim an, Satan, esprit du mal qui s’abat sur la terre!\nL e vent siffle, siffle, strident !             ................................................   .\n\n   — « T u auras bien froid ce soir, M ahia chérie; ton corps\nblanc frissonnera sous la piqûre âcre de la bise ; tes cheveux\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "                                   - 34 -\nnoirs fouetteront tes épaules rondes, mais viens sans crainte,\nsoulève la neige lourde, sors de ta prison glacée, viens dans\nmes bras, enfant! Je te réchaufferai au feu de mes baisers!\nElle reste inanimée! Viens Mahia, ma brune, viens douce\ncom pagne d'amour, viens ! »\n  Mais tout se tait hormis le vent qui siffle, siffle, strident!\n\n   L e jour arrive, une aube d’hiver, qui étend sa pénombre bla­\nfarde sur le cimetière triste, le cimetière blanc, tout blanc,\noù les croix alourdies de givre et les yeuses raidies dressent\nleurs fantômes déchiquetés.\n   L a tempête a convulsé l’épais suaire de neige, creusé\ndes ravins, roulé des vagues aux crêtes scintillantes, et là,\ndans un coin, au pied d ’une petite croix, nue au milieu du\nremous d’un grand tourbillon figé par la bise, un point\nsombre, une tête crève le grand linceul et étale ses traits\némaciés empreints d’une extase surhumaine ! .........................\n   Pauvre insensé, ton âme s’en est allée rejoindre celle de la\nchère aimée et vivre auprès d ’elle d ’éternels jours d’amour!\n  — E t le ve n t siffle, siffle, strident.........................................\n\n                                                   M a u r ic e F R IS O N .\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "            EDEN        DE     POÈTES\n\n                                     A P i e e r r Q u illa r d .\n\n\n\nJ ’en ai la vision, quelquefois, dans mes rêves :\nJ e vois un Paradis, plein d ’éclatantes fleurs,\nQ ui s ’ouvre par instant, à la lueur des glaives.\n\nIls pendent à la branche ainsi que de longs pleurs\nQ ui perlent, s'effilant aux paupières d ’amantes,\nE t de leur jo u e altière effacent les couleurs.\n\nDans le fracas mourant des lointaines tourmentes,\nJ e vois aux d eu x monter un nuage rosé\nA u x odeurs de cinname et de myrrhe fum antes.\n\n L e sol est un gazon d ’une eau fra îch e arrosé\n E t le jo u r s ’y répand en débordantes sèves,\n D ’un diaphane éclat mollement irisé :\n\nJ ’en ai la vision, quelquefois, dans mes rêves.\n\n I l voltige dans l ’air des rythmes de sonnets;\n On voit passer le vol vibrant des grandes rimes\n E t l ’on cueille les vers aux tiges des genets;\n\n On a l ’enivrement du pardon pour les crimes ;\n L e ciel en est empreint tout entier; la Bonté,\n P ou r s’y développer, n ’a pas besoin de prim es.\n\n Tout revêt un aspect lumineux, et l ’été\n Eternellem ent luit sur la plaine infinie\n Où brille le soleil de l'am our convoité.\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "                       — 36 —\nP a r tout le Paradis plane cette harmonie,\nE t — comme des tisons échappés aux chenets —\nI l en sort les rayons flamboyants du Génie :\n\nI l voltige dans l ’air des rythmes de sonnets.\n\nDes parfums d ’amours purs s'épanchent des corolles\nComme des myrtes verts et des rosiers sacrés,\nE t les fleurs ont le port des anciennes idoles.\n\nChacune a conservé ses traits fin s et nacrés,\nSources des passions qu’éprouvaient les poètes,\nE t des espoirs d ’amours plus doux y sont entrés.\n\nE t les glaives divins suspendus sur leurs têtes\nLes poussent dans les bras de leurs joyeux amants,\nE t — sans voiles— leurs chairs aux spasmes saints sont prêtes.\n\n Ils célèbrent leurs vœux en m adrigaux charmants,\nE t tandis qu ’enivré de leurs tendres paroles,\nL e D ésir se promet de radieux moments,\n\n Des parfums d ’amours purs s’épanchent des corolles.\n\n C ’est le Paradis saint des ciseleurs de vers,\n C ’est l ’ Eden attirant des amants de la Muse,\n Des charmeurs innocents de l ’immense Univers.\n\n A u son de la phormynx et de la cornemuse,\n Tous vivent, couronnés d ’un laurier éternel,\n E n proie au chant divin qui toujours les abuse :\n\n Ils vivent sans souci de leur passé charnel,\n Dans l ’extase et l ’amour de la nature vaste\n Q u’ils chantent sur un mode ardent et personnel.\n\n L eur chant est toujours grand, limpide, clair et chaste,\n E t f u it l ’obsession des souvenirs pervers\n Qui, sur terre, envahit le cœur — et le dévaste :\n\n  C ’est le Paradis saint des ciseleurs de vers!\n\n                               A ndré F O N T A IN A S .\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                    LA « GRACE-DE-DIEU »\n                    N\n                    E FONÇANTg r a s s e m e n t d a n s l ’e au b r u is s a n te a u to u r de ses fla n c s , sa\n                    p a n se ja d is b r u n e , a u jo u r d ’ h u i ja u n ie p a r le s lim o n s d u v o y a g e\n                     le c h a la n d « la     G r â c e -d e -D ie u » q u itta it T a ille fe r .      P a r la m ­\n                     beaux,      les   b u é e s flo tta n te s   de l ’ a u b e ,   la ite u se s so u s le s o le il\nle v a n t, tr a în a ie n t e n c o r e s u r la M e u s e , d isp e rsé e s en lo n g u e s d é c h ir u r e s ,\ns ’a c c ro c h a n t a u x r o c h e r s a b ru p ts de la r iv e g a u c h e , o u g lis sa n t, p o u r d isp a ­\nra îtr e d a n s l ’a ir b le u , su r le s faîtes v e r d o y a n ts des p e n tes b o isé e s q u i, à la\nriv e d r o ite ,    s ’é c r o u le n t p re s q u ’à p ic v ers le fle u v e . A v e c le          fr is e lis des\nfe u ille s h u m id e s , s’ é le v a it des a rb re s , en c o n c e r t a d o u c i, u n g a z o u illis c o n ­\ntin u d a n s la fr a îc h e u r m a tin a le .\n   L o u r d e m e n t im m e r g é ju s q u ’au ras d u p o n t p a r so n p le in c h a rg e m e n t de\nb lé , le b a te a u a v a n ç a it d a n s l ’e au b lo n d e ; su r le c h e m in d e h a la g e , u n v ig o u ­\nre u x a rd e n n a is so u q u a it d ’a h a n à la c o r d e d ’a m a rre ; il m a rte la it le p a v é r a b o\nte u x d e ses fers so n o re s , ta n d is q u e so n c o n d u c te u r , a ssis su r sa c r o u p e , s if­\nfla it, in s o u c ie u x , et e n v o y a it à l ’é c h o , te ls q u e des c o u p s d e fu s il, les c la q u e ­\nm e n ts secs de so n fo u e t.\n   A    la b a rr e      du   g o u v e r n a il, le p è re C o la s , p a tro n b a te lie r, d ir ig e a it la\nm a rc h e . D an s la c a b in e a u x c o n tre v e n ts v e r ts, q u i h a u sse au m ilie u d u p o n t\nso n p la fo n d b o m b é , sa fe m m e , la b o n n e M a r jo s è p h e , d o r m a it e n c o r e , et le\nv ie u x s o u r ia it en re g a rd a n t F r a n ç o is , so n fie u . L e g a rs c h a n ta it à p le in g o ­\nsier, to u t en je ta n t à l’ e au la se ille q u ’il ra m e n a it p le in e , p o u r in o n d e r le\nb a tea u d a n s sa to ile tte de c h a q u e jo u r .\n   Le     p è re    C o la s s o u r ia it, et c e s o u r ir e p lis sa it la p e au lu is a n te         d e so n\nv is a g e ta n n é p a r le s e m b r u n s. — C ’est q u ’il d e v in a it b ie n le m o tif d e l ’e x u ­\nb é ra n c e jo y e u s e d e F r a n ç o is ; et v ra im e n t, lu i-m ê m e é ta it to u t c o n te n t : n ’ a l ­\nla ie n t-ils p a s r e v o ir à N a m u r le u r v ie il a m i, J a n M œ d e r lé , « li F la m in d » et\nso n beau c h a la n d , « le S t- N ic o la s » et s u r to u t la b lo n d e A n n e - M ie , la p r o ­\nm ise de F r a n ç o is ?\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "                                                   — 38 —\n   — « H é ! q u e p e n d a rd ! » m a rm o n n a it l ’a n c ie n d ’u n a ir b o n h o m m e ; et\nv ra im e n t, lu i a u ssi, éta it c o n te n t.\n   Et     F r a n ç o is c h a n ta it to u jo u r s ,   fa is a n t ja illir a u to u r de lu i le s p a q u e ts\nd ’e a u , q u ’il p ro d ig u a it d e ci, de là , d ’u n e p o ig n e so lid e .\n   L a g a b a rr e fila d e v a n t W e p io n et d o u b la l ’île d e L a P la n t e ; d a n s le lo in ­\nta in , N a m u r a p p ara issa it. L e s v a n n e s é ta n t p ro c h e s , le g ro n d e m e n t so u r d d u\nb a rr a g e q u i, jo u x te l’ é clu se , c o u p e la M e u s e en fo r m a n t ca ta ra cte ,                  était\nd e v e n u u n re te n tis sa n t m u g is se m e n t. D e r r iè r e le rid e a u d e b r u m e é te n d u\np ar la c h u te au tra v e rs du fle u v e , le p è re C o la s d is tin g u a it le s m u ra ille s a u x\na rê te s v a g u e s e n c o r e de la c ita d e lle , p e rc h é e là , su r le b e c m o n ta g n e u x d u\nc o n flu e n t de S a m b re et M e u s e , et d o m in a n t N a m u r.\n   T ô t , il ju g e a q u ’il é ta it l ’h e u re d ’a v e rtir , p o u r l ’o u v e r tu r e des v a n n e s .\n    — « O h é ! Ho ! ... H o ! ... O h é ! »\n    L e d o s te n d u a u g o u v e r n a il g é m is sa n t, le v ie u x b a te lie r é v a sa it ses la rg e s\np a u m e s a u to u r de sa b o u c h e , en p o r te -v o ix .\n    — « H é ! p é r e ; j ’ p e n se q u ’il n ’a re n e n te n d u !.»\n    E t F r a n ç o is , à so n to u r , la n ç a s u r le fleu v e l ’a p p el à l ’ é c lu s ie r :\n    —     « O h é! H o '.. . H o ! ... O h é ! »\n    D e la la r g e p o itrin e d u g a rs , le c ri v ib ra , ré p e r c u té lo n g u e m e n t a u fil de\n l ’e a u , é p a n d a n t su r le p a y s a g e u n e sa is iss a n te m é la n c o lie .\n    A l ’o u ïe de cette m o d u la tio n c o u tu m iè r e , l ’ é c lu s ie r p a r u t s u r so n se u il,\n au -d essu s d u q u e l p e n d ait, c o m m e e n s e ig n e d e c a b a re t, u n e to u ffe d e g e n é ­\n v rie r. Il a p p ela de lo in , a v e c u n ge ste d u b ra s,                so n a id e      ra d o u b a n t u n e\n  b a rq u e -s o u s les h a n g a rs , et d e s ce n d it v e r s les v a n n e s.\n     L a « G râ c e -d e -D ie u » a v a n ç a it d e p lu s en p lu s ; à u n sig n e d u p è re C o la s ,\n  le h a le u r sau ta bas d e so n c h e v a l a r r ê té , et d é c ro c h a la c o r d e ; e lle siffla d a n s\n  l ’e au a v e c u n ja illis s e m e n t : d é jà F r a n ç o is l ’a ffa la it à b o rd , et, en a n n e a u x\n  l ’a rrim a it su r le p o n t.\n     L a g a b a rr e s 'e n g a g e a d a n s l ’ e s ta c a d e ; au b o u t, le s m a ssive s p o r te s de\n  l ’é clu se s ’o u v r a ie n t lo u rd e m e n t. E t ta n d is q u e le b a te a u s’ e n g lo u tis sa it, d e s­\n  c e n d a n t le n te m e n t au n iv e a u d u b ie f in fé rie u r, C o la s et so n fils s a u tè re n t\n  su r la riv e .\n      — « A h ! P é r e C o la s ! V o s v ’ia r iv ’n u ! Ç a va b e n ? E t M a rjo sèp h e o s si,\n   n ed o n ? »\n      U n e ru d e p o ig n é e de m a in s l ’a c c u e illit.\n      —     « O ï, é c lu s ie r, m e r c i!        A llo n s p r in d ’ o n e g o tte . V e n s a v o u , v a le t »,\n   s’ a d re ssa -t-il a u h a le u r a c c o u d é su r l ’e n c o lu r e de so n c h e v a l.\n        Ils e n trè re n t d a n s l ’e sta m in e t, et v id è re n t u n e to u rn é e d e p é q u e t, p a rla n t\n   des c ru e s p ro c h a in e s , et des g r o s s e s e a u x q u i a v a ien t re te n u la « G r â c e -d e -\n   D ie u » p e n d a n t q u in z e lo n g s jo u r s , en a va l de D in a n t.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                                                        — 39 —\n    E t F r a n ç o is v e n a it tir e r         le rid e a u     b la n c d e la        fen ê tre , p o u r v o ir si le\n b a te a u n ’éta it pas à n iv e a u .\n    — « H é , p é re ! n o s y e sto n s, sa v ez. »\n    Q u e lq u e s in sta n ts a p rè s , le c h a la n d d é b o u c h a it d u sas. C o m m e le c o u ra n t,\nre n d u p lu s fo r t p a r la c h u te d u b a rr a g e , su ffisa it à la m a rc h e , le p è re C o la s\na v a it re m e r c ié le h a le u r . F r a n ç o is , à la p ro u e , p lo n g e a it u n e lo n g u e g a ffe ,\np u is, s ’a r c b o u ta n t s u r e lle , m a rc h a it, les sa b o ts c la q u a n ts , à pas m e su ré s\nto u t le lo n g d u b a te a u : ses ja r re ts sa illa ie n t, e t des « h a n ! » lu i so rta ie n t de\nla g o rg e à c h a q u e e ffo rt.\n    P r è s d u g o u v e r n a il, il r e tir a it      so n fe r r é ru is s e la n t, et c o u r a it à l ’ a va n t\nre c o m m e n c e r sa d u re m a n oeu vre.\n    L e v ie u x P o n t d e J a m b es, v e r t-d e -g ris é p a r le s lic h e n s q u i r o n g e n t ses\np ie rre s sé c u la ire s , je ta it a u tr a v e r s d u fle u v e ses a rc h e s lo u r d e s , so u s le s ­\nq u e lle s l ’eau s’e n g o u ffre en g r o n d a n t.           C ir c o n s p e c t, le p è re C o la s d ir ig e a sa\ng a b a rr e so u s la p re m iè re a rca d e , d u c ô té de la c ita d e lle , q u i c o u v r e la p asse\nla p lu s p ro fo n d e et la -p lu s s û re , c o m m e sa v e n t to u s le s b o n s b a te lie rs .\n   Un     q u a r t d ’h e u r e      a p rè s,    ta n d is q u e la           M a rjo s è p h e , a ssise a u h a u t de\nl’ e sc a lie r, le s ja m b e s        d a n s l ’ é c o u tille de la c a b in e , p e la it à m in c e s é p lu ­\nc h u r e s les « c a n a d a s » d u rep as de m id i, la « G râ c e -d e -D ie u » a c c o s ta it en\nG r a v iè r e , a u q u a i de d é c h a rg e m e n t des b a te a u x à g r a in .\n\n\n\n                                                            II\n\n   D e p u is d e u x j o u r s , le s d é b a rd e u rs d u M o u lin d e l ’E to ile e n le v a ie n t la\nca rg a is o n d e b lé fa u v e , et p e tit à p e tit, le c h a la n d s’ é le v a it p lu s h a u t s u r sa\nlig n e d e flo tta is o n . P a r la c a le o u v e r te , o n v o y a it le s tr a v a ille u rs d a n s les\np o u ss iè re s su b tile s d u b lé , su a n t au so le il so u s le u r c h e m is e d e c o to n ra y é ;\nà la rg e s p e lle té e s de le u r s « sc h ip e s » e n b o is p o li p a r l ’ u sa g e , ils e m p lis sa ie n t\nle s sa cs q u i       g o n fla ie n t le u r s v e n tre s g r is .          D e te m p s e n     te m p s, l ’u n des\nh o m m e s tira it, d ’u n é tu i en fe r -b la n c , d u ta b a c to r d u e n q u e u e d e p o r c , et\nen ro m p a it u n e « ro lle » q u ’ il fo u r r a it so u s sa jo u e ; o u b ie n u n a u tr e s’ e m ­\np a ra it d e la        b o u te ille    d e g e n iè v r e ,     c o iffé e     d ’ un   g o d e t, et, à la r o n d e ,\nils b u v a ie n t d ’ u n      tra it, e n       re n v e rs a n t la t ê t e , la is s a n t a u fo n d d u v e r r e\nune     r in ç u r e    q u ’ ils je ta ie n t en le            p a ssan t au v o is in .        E t le p è re C o la s\nn ’ a y a n t r ie n     d ’a u tre     à fa ire ,    s u r v e illa it les        m a n o u v r ie r s ; il   a v a it   m is\nses h a b its des d im a n c h e s , et v ê tu d ’ u n c a s a q u in de b e lle fla n e lle r o u g e , il\nfu m a it, à lo n g u e s b o u ffé e s, d a n s sa g ro s se p ip e d e H a rle m à fo u rn e a u de\np o r c e la in e e n lu m in é e , u n c a d e a u de J a n M œ d e r lé .\n   A u fu r de l ’é m e rg e a n c e d u b a te a u , F r a n ç o is d é b a rr a s sa it d e so n lim o n la\nca rè n e e n g lu é e , avan t de la              g o u d r o n n e r à n e u f. Q u a n t à M a r jo s è p h e , sa\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "                                                       — 40 —\n  b e so g n e éta it restée la m êm e , c a r to u jo u r s, à q u a i c o m m e à p le in fle u v e , la\n  c a b in e b r illa it d ’ u n e p ro p re té to u te fla m a n d e , so n ta p is d e to ile c iré e était\n  a u s si n et, et su r le s a rm o ire s d ’e n c o ig n u re s en sa p in v e r n i, a u ssi v ie rg e s\n  de p o u ss iè re les b o u le s m u ltic o lo re s de v e r r e so u fflé.\n      E t à c h a q u e re p a s, so u s la ten te d ressé e su r le p o n t, c ’ é ta ien t d e lo n g u e s\n  c a u se rie s le n te s, su r l’a rriv é e p ro c h a in e de l ’a m i J a n , d ’A n n e -M ie la b lo n d e ;\n  et la M a rjo s è p h e se ré jo u iss a it d ’a lle r v o is in e r ,        le so ir, d a n s la c a b in e de\n  sa b o n n e T r in e , q u i la faisait ta n t r ir e q u a n d e lle v o u la it p a r le r w a llo n . —\n  M êm e, F ra n ç o is c o m m e n ç a it à tr o u v e r sin g u lie r q u e le b a te a u des M œ d e r lé\n fû t si lo n g te m p s ta rd if.\n     L a « G râ c e -d e -D ie u », c o m p lè te m e n t d é c h a rg é e ,         a llo n g e a it su r l ’e a u ses\n h a u te s fo rm e s m a ss iv e s ; e lle q u itta le q u a i p o u r s ’a m a r re r u n p e u a u la rg e ,\n a fin de la iss e r la p la ce lib r e a u x n o u v e a u x c h a la n d s a rriv é s . L e q u a i de G r a ­\n v iè r e s’éta it re m p li d ’a n im a tio n , et le s b a te a u x ,a n c r é s p ê le -m ê le , o f f r a ie n t u n\n c o u p d ’œ il p itto re s q u e : su r le s m âts c o u c h é s , sé c h a ie n t a u v e n t les v a re u se s\n d e la in e et le s capes g o u d r o n n é e s ; ça et là, u n e p e tite c h e m in é e fu m a it au\n re z des b o rd a g e s , et, les ro q u e ts a b o y a n t à la riv e , h o m m e s , fem m e s, e n fan ts\n c o u ra ie n t p ied s n u s su r le s p o n ts, ja r g o n n a n t             e n tre e u x d an s u n p a to is\n é tra n g e , m i-fla m a n d ,     m i-w a llo n .   P o u r ta n t,     d a n s ces ra p p o rts fo rc é s, les\n d e u x ra ce s c o n s e rv a ie n t le u r ré c ip ro q u e a n tip a th ie , c e q u e        d é s a p p ro u v a it\no r t le p ère C o la s ; il a im a it en e ffet b e a u c o u p « s’ b in a m é D ja n » c o m m e il\na p p ela it so n v ie u x ca m a ra d e , et a v a it d e g r a n d c œ u r p o u ss é a u x fia n ç a ille s\nde le u rs e n fan ts.\n    L ’ a rriv é e d u « S t-N ic o la s » n e p o u v a it p lu s ta rd e r . F r a n ç o is , q u i a v a it la\nc o q u e tte rie de so n b a te a u , l ’ a d o rn a d e so n m ie u x , p o u r q u e c e la fit p la is ir à\nsa m ie A n n e , et p o u r q u ’ e lle tr o u v â t to u t b ie n . Il p e ig n it en r o u g e la p o m m e\ndu m ât, e t lu i m it u n e n o u v e lle o r ifla m m e tr ic o lo r e ; il b a r io la d e v e r t te n d re\nle to n n e le t d e p ro v is io n d ’eau et la n ic h e d u c h ie n . P u is , to u t u n jo u r , d a n s\nla p etite b a rq u e , a y a n t à c ô té d e lu i u n p le in b a q u e t d e g o u d ro n de N o r w é g e ,\nil fit le to u r d u c h a la n d , l’ e n d u is a n t d ’u n e b e lle c o u c h e b r illa n te ; les g a m in s,\np rès d u b o rd , v e n a ie n t h u m e r l’ a ir, et d is a ie n t : « ça sen t b o n » et c h a q u e\nfois q u ’u n e g o u tte b ru n e to m b a it de sa b r o s se , e lle s’é p an d a it d a n s l’e au en\nn ap p e iris é e . P u is , q u a n d to u te la c o q u e e u t sa su p e rb e re lu is a n c e d ’o r s o m ­\nb re, il a stiq u a lo n g u e m e n t la p la q u e de c u iv re ja u n e , o ù s ’é ta la it, e n c a r a c ­\ntères g o th iq u e s « la G râ c e -d e -D ie u » ; e lle               b r illa b ie n tô t c o m m e d e l ’o r i ­\nc h a lq u e ; il p e ig n it au ssi en b la n c le b lo c de b o is q u i la s u p p o rta it, so u s le\ng o u v e r n a il,   et le ré c h a m p it d ’u n file t d e v e r m illo n . E t to u jo u r s , il c h a n ta it\n— « c o m m e u n je u n e c o q » d is a it le v ie u x C o la s — en p e n sa n t à sa b lo n d e\np ro m is e , e t à sa su rp rise jo y e u s e , et a u x g r o s b a ise rs de ses lè v r e s r o u g e s .\n   E n f in , u n e a p rè s-m id i, le b a te a u p im p a n t et tir a n t l’œ il c o m m e u n é cu\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                                                     — 41 —\n fla m b a n t n e u f, il n ’y tin t p lu s ; u n in tim e p re s se n tim e n t lu i d is a it q u e « le\n S t-N ic o la s » éta it p ro c h e ; il m it so n v ê te m e n t d e v e lo u r s m a rr o n à c ô te s et sa\n b e lle c r a v a te d e so ie v e r te , p u is , to u t a llè g r e , p a rtit v e r s le sas des G ra n d s-\n  M a la d e s .\n      P r é c is é m e n t, a u p ied des h a u ts ro c h e rs g r is-b la n c s q u i é lè v e n t s u r la riv e\n le u r m u r a ille rig id e , le « S t-N ic o la s » é ta it a m a r ré , en a val des p o r te s. I l a t­\n te n d a it là ju s q u ’ à l ’ a u b e p r o c h a in e , c a r o n n ’o u v r e p lu s le s é c lu se s a p rè s le\n c o u c h e r d u s o le il. O h ! c ’ é ta it b ie n l u i ; m ê m e , il r e c o n n a is s a it, s c u lp té e en\n r e lie f s u r la m a ître s se p o u tr e de q u ille , la c u v e lle p e in te d ’o ù so rta ie n t des\n e n fo n ç o n s ro se s, et u n g ra n d sa in t to u t d o ré .\n      — « Q u e lle b o n n e su rp r is e je v a is le u r fa ir e » p e n s a it F r a n ç o is en tr a v e r­\n s a n t la p a ss e re lle .\n      Il h e u rta a u h u b lo t d e v e r r e d é p o li; le p è re J a n p o u ss a la tê te p a r l ’é c o u ­\n ti lle ; so n      a ir   triste a rrê ta su r le s lè v r e s d u        g a rs l ’e x c la m a tio n jo y e u s e s ,\n C o n s te r n é to u t à c o u p , il d e s c e n d it s u r le s ta lo n s d u v ie u x ; la m è re T r in e ,\n a ffaissé e d a n s u n c o in , fo n d it en la rm e s en le v o y a n t, e t s ’é c r ia : « O h ! G od!\n Sus ! Sus ! »\n     E n v a h i p a r la te r r e u r , q u i lu i fa is a it v e n ir u n e s u e u r fro id e e n tre les o m o ­\np la te s , F r a n ç o is c la m a it de sa v o ix s u b ite m e n t s tra n g u lé e :\n     — « A n n e -M ie ? A n n e - M ie ? ...\n     A lo r s , a v e c des p a ro le s so u r d e s , q u e la d o u le u r su b ie r e n d a it m o n o to n e ,\net       ré s ig n é e s , J a n lu i   d it l ’a tro c e v é r ité : A n n e -M ie       r e p o s a it là -b a s, en\nF la n d r e ; u n e m o u c h e , v e n u e d ’u n c h ie n c re v é q u i p o u rr is s a it, v e n tre b a l­\nlo n n a n t, d a n s le s ro s e a u x du c a n a l, l ’a v a it p iq ü é e , e t e lle        é ta it m o rte ,     en\n s ix jo u r s , d u c h a r b o n .\n     F r a n ç o is h o c h a it d o u lo u r e u s e m e n t la tête à ce ré c it, q u e sc a n d a ie n t les\nsa n g lo ts de la v ie ille . S e s .y e u x re s tè re n t secs, et q u a n d le v ie illa r d e u t fin i,\nsa n s m o t d ir e ,       il so rtit d e la c a b in e ,    g r a v is s a n t l ’ e sc a lie r en   c h a n c e la n t.\nT a n d is q u e s’ a lo u r d is s a ie n t les b r u m e s d u so ir, il r e v in t v e rs la v ille , m a c h i­\nn a le m e n t, c o m m e a sso m m é p a r le c h o c . S o u s so n c râ n e c o u la it d u p lo m b\nfo n d u ; le s o r e ille s lu i tin ta ie n t c o n v u ls iv e m e n t; u n d é c h ir a n t h o q u e t, q u i n e\nv o u la it p as so r tir , lu i to rd a it la g o r g e ; il a lla it, sa n s p e n sé e , ré p é ta n t avec\nu n e o b stin a tio n d ’in se n sé : « A n n e - M ie ! M o r t e ... M o r te ! »\n     E t c o m m e il titu b a it, u n g a m in c ria d e r r iè r e lu i :\n     —     « M a n e t r o u le u x ! V i sa o u lé ! »\n     Il d iv a g u a a in si b ie n tard d a n s la n u it m o rn e ; sa d o u le u r h o r r ib le n e p o u ­\nv a it se so u la g e r d ’ u n e s e u le la rm e . C o n d u it p a r l ’in s tin c t, il r e v in t e n G r a ­\nv iè r e ; le s b a te a u x p r o fila ie n t le u r s m asses s u r le fle u v e s o m b r e ; p re s q u e\np a rto u t, le s lu m iè re s a v a ie n t d is p a r u à b o rd .\n     D a n s la to u r d e la C ita d e lle , le v e ille u r d e n u it s o n n a it l ’h e u re ta rd iv e , et\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "                                                 — 42 —\nles ré p e rc u ts de sa tro m p e a u x so n o rité s g r a v e s , se b a la n ç a ie n t s u r les to its\nd e la c ité m u e tte .\n   L ’h o m m e m it le p ied su r la p la n c h e q u i jo ig n a it la « G r â c e -d e -D ie u » au\nr iv a g e ; in e r te , il tr é b u c h a au se c o n d p a s, et sa n s u n c ri, a b ru ti p a r la so u f­\nfra n c e , il c o u la à fo n d . Q u e lq u e s b u lle s v in r e n t b o u illo n n e r à la su rfa c e , o ù\nu n in sta n t, g ir o y a le re m o u s d ’u n e c o n v u ls io n s u p rê m e , et l ’e au n o ir e , a v e c\nd e s c la p o te m e n ts d o u x , c o u la im p ito y a b le m e n t c a lm e , s u r c ette e x is te n c e\nq u ’e lle é to u ffa it.\n                                                                     H e n r y   d e   TOM BEUR.\n\n\n\n\n                                R IM E S         M IN U S C U L E S\n\n\n                                    CON S O L A t R i x\n                            J ’ai conté le m al qui me ronge\n                            A la terre. L a terre a dit :\n                            « L ’ âme est une hypothèse, un songe...\n                            » Crois en la C hair ou sois m audit! »\n\n                            J ’ai conté ma désespérance\n                            A u ciel bleu. L e ciel bleu m ’a dit :\n                            « D e la Chair vient toute souffrance...\n                            » Crois en l ’ Esprit ou sois m audit! »\n\n                            C iel impudent ! Nature infâme !\n                            Honte à vous qui m ’avez leurré :\n                            J ’ai conté ma peine à la Fem me,\n                            E lle, sans rien dire, a pleuré...\n\n\n                                                                        P a u l B E R L IE R .\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "            CONTES DE L'ATELIER\n                                  LE      V IT R IO L\n\n                                                 A m on ami François B rouw et.\n\n\n               ISTOT que la toile se fu t affaissée su r le b a llet, elle s ’en ­\n               gou ffra dans l ’esca lier qui g rim p a it à sa loge, fié v re u ­\n               sem ent se rh a b illa et, le       v is a g e tou t m aq u illé, les\n               ch ev eu x    em b rou ssaillés, d égrin g o la ve rs la sortie,\ncom m e u n e folle. A u dehors les g la c ia le s lan ière s du ven t lu i\nfo u etta n t la face, a ccélérèren t sa fu g u e . S es p ru n elle s ard aien t\nso u s les cils et ses dents cla q u e ta ien t p ar instants dans les\nfrisson s qui la se co u a ien t tou t en tière.        E lle d éva la le T r e u ­\nren b erg, la place S te -G u d u le noyée dans l ’om bre que projette\nl ’o pu len ce gra n d io se de la ca th éd ra le, en fila la ru e de la M on­\ntagn e, et, d evan t u n e m aison d ’ap paren ce m odeste, stoppa tout\nà cou p. L a rap id ité de la cou rse a v a it m is u n ah alem en t à ses\nlè v re s et des g o u tte s de su eu r p erlaien t su r ses jo u e s.\n   E lle sc ru ta les en viro n s : la rue esseu lée so m m eilla it, bercée\np ar les bouffées m u sica les qui tra n sp ira ien t des b eu g la n ts a v o isi ­\nn a n ts; les lu e u rs clign o ttan tes des réverb ères m acu la ie n t la n u it\nsom bre de loin en lo in ; seu les, au p rem ier étage de la m aison\noù s ’éta it arrêtée la d anseuse, d eu x fenêtres flam baien t.\n   — Il est là, siffla-t-elle, le m isérab le!\n   E t, les p o in gs crisp és, saisie d ’un trem blem en t co n vu lsif, elle\nd ard a les v itr e s illu m in é e s .\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "                                       - 44 —\n   L e s jo u e s h o rrib lem e n t pâles sou s le fard, elle se rem ém o ra les\nm in im es d éta ils de la scène où son am an t, le célèbre scu lp te u r\nIm b retti, l ’a v a it p o u r u ne v é tille chassée le m atin m êm e en lu i\nje ta n t d ix lo u is. M ain ten an t il bam boch ait san s doute a v ec u n e\nau tre fem m e dans l ’a te lier où se d ressait son buste à elle, se g a u ­\nd issa n t de la ru p tu re consom m ée. E t dans la cerv e lle en fiévrée de\nla fille lâch ée les idées de v e n g e a n c e sa rab an d aien t, fo lles. B r u s ­\nqu em en t elle v ir e v o lta su r ses ta lo n s , s ’élan ça dans la ru e des\nB o u ch ers.\n   A· cin q u an te pas, dans un renfon cem ent, u n e d eva n tu re                où\np y ra m id a ie n t d eu x   im m en ses b o ca u x co lo rés, é cla b o u ssa it le\ntro tto ir de lu e u rs rou ges et v e rtes.\n   E lle en tra .\n\n                                           *\n                                          * *\n\n   L ’a te lier d ’Im b retti. S u r les m u rs g ris a ille é c la ta it la blan ch e\nnudité des statu ettes, rep ro d u ctio n s d ’an cien s m od èles, g ro u illa it\nu n am as de p o ign ard s,       de pisto lets, de casqu es, de casse-têtes,\ns ’éch affau d ait u n e d éb a u ch e de toiles p a ra p h ées de nom s célèbres,\net, sou s le fla m b oiem en t du lu stre, r u tila it l’ or des cad res. M as­\nq u an t la porte du cab in et de tra v a il où so m m e illa it le socle en ­\ncom bré de débris de g la ise , se d ressa it un v a ste p a ra v e n t ch in o is\nd on t les p erso n n a ges fa isa ien t g rim a cer la p ierro tesq u e p â le u r de\nle u r face dans u n fra cas de co u leu rs v ib ra n te s.\n   C e soir là , p o u r fêter la d éliv ra n ce tan t app étée,            Im bretti\ng o d a illa it a v ec les h ab itu els copain s : F ra n ço is, le p a y sa g iste qui\na v a it en lu m in é d ’u n fo u illis de ve rd u re où p o in taien t q u elq u es\na rb res rab o u g ris les p an n eau x de la porte d ’en tré e ; E d o u a rd ,\nl ’ab raca d ab ra n t poète; H erm io n e, cette h alleb red a à ca rru re h o m ­\nm asse, s ’était fichée dans l ’u n iq u e fa u te u il et la m p a it t r a n q u il­\nlem ent du C liq u o t en gob an t ses h u îtr e s ; B erth a , la rem u a n te\nb lon d in ette, a v a it décroché la g u ita re q u i p en d ait au m u r et,\ns ’ébau dissant, fa isa it m on ter des         cordes l ’é n erv e m e n t de sons\ng u ttu ra u x .\n   L e sc u lp teu r resta it pen sif.\n   — M a paro le, Im b retti, tu as l ’ a ir de t’em bêter fo rm id ab lem en t\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                                             — 45 —\n a u jo u rd ’h u i! cla m a F ra n ç o is , éjo u i p a r le p étillem en t du ch a m ­\n p agn e. A u ra is-tu des regrets, p a r hasard ?\n     — D es regrets ! m ais je n ’a i de lon gtem p s été si jo y e u x !\n    E t, se red ressa n t, il em po ign a u n e bo u teille vid e qui v o la su r\n la ch em in ée où n a rg u a it le buste de la dan seu se.\n    L e b loc de p lâ tre s ’a p la tit su r le p lan ch er, dans un ém iettem en t\n b la n ch â tre,\n    — E t m a in te n a n t que m a fem m e est en terrée, v iv e n t les fem m es!\n    — V iv e n t les fem m es ! h u rlèren t-ils en ch œ u r.\n    S o u d a in un coup d ’ép a u le ébran la la porte.\n    — O u v re z ! c ’est m oi, L y d i !\n    U n e stu p eu r h ébéta les v isa g e s.\n    —    O u v re z donc!\n    T o u s se le v è re n t      Im b retti, très p â le , sa isit u n e c r a v a c h e , et,\n c in g la n t l ’ a ir, s ’ a v a n ça réso lu .\n    —    Im b re tti, ca lm e toi, je t’en p rie.\n    — L a is s e z -m o i, je v e u x en fin ir u n e fois p o u r toutes.\n    —    P as    de scan d a le, au nom du ciel ! E n tre un in sta n t ici,\nco n tin u a le p a ysa g iste en o u v ra n t la po rte du fond. N o u s a llo n s\na rra n g e r l ’affaire.\n    E t bon g ré m al gré ils p o u ssèren t le scu lp te u r dans la pièce\nvo isin e.\n    Q u an d L y d i p én étra dans l’atelier, les q u atre co n v iv e s so u ­\np a ien t tra n q u ille m e n t.\n    D éro u tée à l ’abord, en n ’a p erceva n t pas ce lu i q u ’elle ch erch a it,\nla d an seu se, u n flacon à la m ain , arpen ta la sa lle, b o u scu lan t\ndan s son affolem ent, tou t ce qui se d ressa it su r son p assage.\n   —     I l s ’ est cach é, le lâ c h e ! râ la -t-e lle en se p lan tan t d eva n t le\nca b in et où éta it celé son am an t.\n   — Im bretti n ’est pas ici, je v o u s ju r e , h asard a E d o u a rd , ten tan t\nva in e m en t de la reten ir.\n   E lle h u rla :\n   — L â c h e ! lâch e ! lâch e !\n  .E t, g rin ç a n t les dents, la face h o rrib lem en t con tractée, elle se\nru a su r la porte.\n   U n e cra in te étre ig n it les d eu x h om m es q u ’Im b retti ne v în t à\nse tra h ir.\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "                                      -   46 -\n  C h erch a n t à l ’en tra în er, E d o u a rd s ’ élan ça su r la d an seu se, et\nd eva n t sa résistan ce lui en serra la ta ille n erveu sem en t.\n  U n e lu tte s’ en gagea corps à corps.\n  A· la fin brisée, les nerfs détend us, la fem m e céda et se laissa\nch o ir su r le d iv a n , pâm ée.\n   A v e c l ’em b rou ssaillem en t des ch ev eu x qui o n d u la ien t su r son\nco rsage, l ’écla t de ses y e u x a v iv é p a r la colère, les folles p a lp ita ­\ntio n s de sa g orge, elle e x h a la it u ne a ttira n ce étran ge.\n  F ré m issa n t, le poète lu i co lla su r les lèvres u n baiser fu rie u x .\n  — L a is s e -là Im b retti, v ien s a v ec m oi, v e u x -tu ?\n  L y d i calm ée, lo n gu em en t le d évisag ea.\n  — S o it, con clu t-elle, et, rap id e, l ’en traîn a p ar le bras.\n   E t com m e, la v o y a n t en fo u ir p récieu sem en t dans sa p och e le\nflacon   q u ’elle   a v a it a p p o rté , il éca rq u illa it les p a u p iè re s , la\ndan seuse su su rra a v e c un resté de m enace dans son v o lu p tu e u x\nregard :\n  — Ce sera pou r une au tre fois !\n\n                                                               L uc MA L P E R .\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "        NOVEMBRE BRUXELLOIS\n\n       U n e heure est à Bruxelles , m élancolique et douce , heure\n         dont le charme vague me pénètre indéfinim ent... D e même\n         une saison, troublante plus que ses sœurs ; saison où les\n         feux d’un soleil en ruine ont peine à mordorer nos pignons\n         grisonnants.\n  ;         O nuit tombante, ô mystérieuse séduction des vesprées\ncitadines ! O m aladive Autom ne, si calme aux bois alors que le seul\nbruissem ent des feuilles sèches sous la bise interrom pt le grave\nsilence, alors que la nature dévêtue se recueille avant de s’endormir\ndans la blanche alcôve de l ’hiver !\n  M ais la ville s’éveille avec l ’assoupissem ent des cam pagnes d ’où les\nprem iers froids ont chassé les urbaines exsangues. L e « Tout Bruxelles»\ncomme l’appellent im perturbablem ent nos feuilles à faits-divers, le\nTout B ru x e lle s des prem ières — ce produit spécial, composé de haute\ngomme, de suffisance, de velours frappé, de scepticisme, d’Y lang-Y lan g\net de gilets en cœ ur... sans cœ ur,’’— est revenu !\n  L ’antique cité brabançonne a repris la physionom ie qui convient à\nune « capitale ». Bruxelles a brisé sa coque d ’été; le papillon flamand\ndont les ailes sont un brin saupoudrées de clinquant parisien, sort\nenfin de chrysalide...\n  Je ne le suivrai point au T héâtre où la rampe s’est rallumée aux\npieds du monde artificiel, exécrable et charm ant, dont le gosier, les\nprunelles et les mollets doivent, de nom breux soirs, arracher nos âmes\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "                                  - 48·\n\nà leurs liens prosaïqu es...— E n core moins le suivrai-je dans ce monde\négalem ent artificiel mais exécrable, mais aussi moins charmant, qui\nhante les salons où l ’on danse. — Je hais le b a l — barbare institution\njetant dans des bras souvent indiscrets, des enfants demi nues, en\nsueur, échappées aux vigilances des mères im prudentes, curieuses,\nfriandes, affolées par ce tourbillon de poussière, de couleurs tendres\net de bruit, et qu’il fait pirouetter sous d’aveuglantes girandoles,\naux accents d ’une m usique entêtée et crispante.\n  N on, je préfère Bruxelles' en plein air, livré à ses flâneries, marte­\nlant d ’un talon irrésolu le noble pavé de la M ontagne de la Cour et\nles trottoirs fashionnables de la rue de la M adeleine.\n  A ve c les derniers pompons des chrysanthèmes s’étiolant en nos\nsquares défleuris, on salue l’épanouissement de nos floraisons fém i­\nnines, à   cette heure spéciale, particulièrem ent sym pathique à nos\nspleens.\n  L es réverbères, un à un, s’étoilent. L eu rs flammes tremblottantes\npiquent de taches joyeuses la tombante obscurité.\n  L e s magasins, ça et là, incendient leurs devantures et zèbrent la rue\nassombrie de nappes qui flamboient.\n  Saint-Jacques-sur-Caudenberg nom bre cinq heures au cadran doré\nqui s’agrandit par dessus le fronton triangulaire et enlum iné dont\nl’aspect évoque l ’im age d’un gigantesque tim bre du Cap. L e d isgra­\ncieux gâteau de Savoie qui le couronne, s’égratigne des suprêmes\nlueurs de l ’astre au coucher, reflétées par cette, calotte vert-de-grisée.\n  V o ic i l’heure traditionnelle où, sous l’œil im passible de l ’équestre\nCroisé que Sim onis figea dans le bronze, le h igh-life bruxellois opère\nla quotidienne série des ascensions et des descentes de cette M ontagne\nroyale dont la gibbosité de grès époum onne les piétons et rend fourbus\nles dolents coursiers de nos automédons.\n  T o u te la vie et tout le m ouvem ent semblent s’y concentrer à cette\nheure m agique où le soleil va disparaître derrière les hauts pignons à\nescaliers du bas de la ville, tandis que le soleil du gaz s’éveille aux\nlustres des vitrines et sur nos têtes, dans ses m inuscules cages de\nverre. A cette heure indécise si justement nommée « entre chien et\nloup · , en ce crépuscule où les passants défilent avec des silhouettes\nd ’ombres chinoises, à ce moment privilégié, toutes les femmes parais-\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                                    — 49 —\n  sent jolies tant leurs ¡yeux brillent extraordinairem ent dans l ’ovale\n  enténébré du visage.\n    D éjà les premières bises ont glissé leurs doigts bleuis entre vos\n  épaules et fait sortir les amples fourrures des armoires musquées par le\n vétyver ou des coffres en bois de citronnier, redoutés de la mite\n sacrilège.\n    Ah ! la mirifique friandise que la contem plation de ces passantes\n frileusem ent encloses au duvet capitonné de leurs pelisses ! coiffées du\n toquet de loutre aux exaspérantes coquetteries, couronnées du béret\n de velours à longues plum es retombantes, ou enfouissant dans la pro­\n fonde capote de peluche lum ineuse          leur visage où Novem bre fait\n s’épanouir ses roses les plus rouges !\n    J ’admire particulièrem ent le défilé des respectables mères, dont\n l ’abondant corsage fait craquer les failles aux grands luisants ; j ’aime\n la procession de ces matrones attentionnées, menant leurs m aigre­\n lettes jouvencelles à la conquête du P rin ce Charm ant.\n   H élas! cet idéal im posteur a réintégré son dom aine des féeries, et\n les pâles fillettes en mal d ’amour ont beau perdre leur pantoufle, le\n P rin ce Charm ant ne noctambule plus par les rues de Bruxelles — si\ntoutefois il y noctam bula jam ais !\n   E n revanche, nous possédons tout un parterre fleurant et fleuri de\nprétendants à cette principauté ch arm ante... V oyez les accom plir leu r\ninoffensive navette entre le péristyle des G aleries St-H ubert et l’entrée\nde la P la ce Royale, badine aux doigts, monocle à l’œil, cigare aux\ndents !\n  Ils vont, viennent, flirtent, papillonnent, parlent haut, rient aux\néclats, assomment à coups de chapeau les mamans qui com prennent\net à coups d ’œillades leurs filles ' qui com prennent m ieux et font ce\nqu’elles peuvent pour se rengorger.\n  Parfois, brutalem ent, débouche de quelque ruelle adjacente, une\nenvolée de marmots dépenaillés et mal peignés, au teint plom bé : ils\nvont bouscu lan ttou tsu rleu rp assage, et l ’enfantine populace dévale, hur­\nlant des bribes de com plaintes m arolliennes ou de scies à la mode qui\njettent leur note discordante et affamée dans le calme plat des péré­\ngrinations sentimentales de gens sans appétit, attendus par la jou rna­\nlière corvée d ’un dîner authentique.\n   Parfois encore quelque commissionnaire pressé gravit, en soufflant,\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "                                — 50 —\nl ’âpre montée, le poing fleuri d'un bouquet d e roses de N ice, frileuse­\nment blotties au fond du large cornet blanc qui leur forme une auréole.\nE lle s sem blent dépaysées dans nos brumes et donnent aux passantes\njalouses, la nostalgie des pays bleus.\n  E t sans répit les flâneurs babillards se pressent au long des m aga­\nsins, faisant l’aumône d ’un regard distrait aux étalages pittoresque­\nment variés. Ce sont les rayonnantes penderies des interm inables bas\nde soie, faisant leur cour au classique Jersey qui change de couleur\ntoutes les sem aines; les gants de nuances tendres, saum on, paille,\nvert d’eau, gris-perle, mauve, vous tendant leurs mains plates, effilées\n« pour dames à huit boutons » ! C e sont les éventails à fleurettes et\nles porcelaines à coléoptères ; ce sont les photographies des bâtisses\npubliques et des jolies actrices idem, faisant valoir sur l ’ém ail leurs\nprofils suaves, leurs masques au candide visag e... P uis c’est la montre\ndes libraires qui déjà se dore sur tranches, et de ci, de là, s’em pourpre\naux approches du bout de l’an ; ce sont encore les rayons des h a b il­\nleuses où se pavanent sans vergogne les navrements et les traîtrises des\ntoilettes fém inines. Ce sont enfin les orfèvres étincelants, dont les tré­\nsors à fulgurantes facettes font rêver en passant la vertu de celles\nqu’on épouse...\n  Mais il s’est fait tard, des fumets caractéristiques montent par les\nsoupiraux et rem plissent la rue d ’une apéritive odeur de cuisine.\n  C ’est l ’heure prosaïque, cette fois, mais assurément utilitaire !\n  J ’aperçois la lanterne ronde de l ’omnibus tintamarrant, cet œil\ném erillonné vient à moi en clign otant; le lourd véhicule gravit labo ­\nrieusement la montée en faisant gém ir ses essieux dégraissés.\n  J’enjambe le marchepied et me jette sur la maigre banquette aux\ncruels cahots : « Conducteur, ju squ ’à la P lace Com m unale!\n\n                                                  T héo   HANNON.\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                  JAN VAN BEERS\n\n      SO N E X P O S IT IO N A U C E R C L E A R T IS T IQ U E .\n\n\n\n         L enom de Jan V an Beers évoque pour le public une curiosité\n         malsaine, que le peintre a provoquée sans pudeur, en ne\n         laissant échapper aucune occasion de la servir.\n            Son habileté d ’im presario vient cependant de commettre\n          une faute; franchement, pour un homme aussi cosm opolite\n         V an Beers a eu tort en exposant tout d’abord en B elgique,\nle contingent artistique qui nous intéresse (?)           Il a u rait dû com ­\nmencer par l ’Am érique, l’A ngleterre, la Russie et finir par chez nous\n— chez lui jadis.\n  Son tour du monde, les naufrages et les accidents de chemin de fer,\ndesquels — toujours, — il serait sorti sauf, les éloges dithyram biques\nde la presse étrangère, auraient peut-être donné à réfléchir au public\nde goût à qui V a n Beers, par son art de gym nastique progressive, de\ndifficultés vaincues, de trapèze (!), n’impose plus guère.\n  L e peintre nous serait revenu, décoré de toutes les îles des Océans,\nbronzé par tous les soleils [du globe, rapportant de sa tournée artis­\ntique (?) un Cafre ou un L ap o n , un chien rare ou un perroquet : son\nintérêt personnel et artistique se doublait ainsi.\n  N ous ne com prenons pas que, quand on fa it un art intelligent comme\nle sien, on ne songe pas à lui donner un cadre digne de son expres­\nsion, à l ’entourer d ’attractions irrésistibles (!), un cuisinier dirait : à le\n« garnir ».\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "                                   —   52 —\n    Q uelle prostitution de l ’A rt vrai ! On prendrait peut-être en pitié\n cette débauche, si son auteur était une femme faible de caractère, qui\n aurait cédé à un public de bas adulateurs, en traînant son talent réel\n de fange en fange, ju squ ’au résultat qu’atteint V an Beers; mais à un\n homme , surtout à lui, un flamand, on ne pardonne point.\n   Jadis, Van Beers fut quelqu’un; il n’a pas, malheureusement pour\n lui, écarté du Salon particulier du Cercle artistique les points de com pa­\n raison qui sont sa condamnation.\n   Paris et ses femmes, pour le parisien intuitif, est le Paris de Manet\n et de de N ittis,sphynx que peint dans sa manifestation aristocratique,\n Stevens ; pour l’étranger, descendu d’express, vivant facilem ent et dans\n un m ilieu superficiel qui le harcèle sans lui donner le temps de respi­\n rer, il est peut-être celui de Monsieur Van                Beers , qui comprend\n L ondres encore de façon aussi banale.\n   Ce P aris, ce Londres ne sont pas ceux des artistes qui doivent\npénétrer plus avant dans les caractéristiques, les senteurs de ce qu’ils\nressuscitent ; non, tout cela est vu, femmes, appartements, coins de\nnature, quoique docum entairement observé, hâtivement, par le co llé­\ngien en escapade, le com m is-voyageur épaissi par les désirs assouvis,\nle créole en mal de civilisation européenne.\n  C ’est la lettre morte de l ’état fiévreux, dont est pénétré seulem ent le\nvoyant.\n   Q uelque chose comme la souris mécanique qui exaspère le chat.\n  E st préférable m ille fois le moindre barbouillage d’enfant, qui dans\nl ’indécis des linéaments, laisse place à l ’im agination, à l'humanité de nos\nim pressions.\n\n\n                                            J a c q u e s    CH AM PAL.\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                           MUSIQUE.\n\n\n          Ntor e prem ier article   a la chance d’être consacré, par un\n          fait   presque   inouï,   au   com pte rendu de l’exécution,\n          à Bruxelles, de trois œuvres nationales.\n            L a prem ière est le Concerto pour violon de B althazar\n          Florence, que nous a fait entendre sa fille au concert     de\n          l’Association des A rtistes-M usiciens.\n  Cette composition abonde en idées m élodiques et en com binaisons\norchestrales distinguées, surtout le final qui est écrit de maîtresse\nfaçon. Cependant nous conseillons à l’auteur de revoir attentivem ent\nson concerto ; peut-être trouverait-il encore certains endroits un peu\nfaibles et propres à être modifiés ou supprim és ;   nous engageons la\njeune violoniste, son interprète, qui fait grand honneur à son maître,\nM. A lex . Cornélis, à perfectionner certains traits et à rechercher une\nplus grande justesse.\n  A la même séance, nous avons applaudi M. Guidé, hautboïste de\ntalent, qui a exécuté avec beaucoup de finesse le Concertino de V ogt,\nM lle H am ann et M . Seguin, de la M onnaie, sur le talent desquels\nnous aurons occasion de revenir dans une prochaine chronique.\n  L e lendem ain du concert de l ’Association se tenait la prem ière\nséance de l’A cadém ie royale de B elgiqu e.\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "                                     — 54 —\n   Après un interm inable discours de M . Slingeneyer, dont, du fond\n de la salle nous n'avons pu ouïr un traître mot, nous avons entendu\nle trio de M . Callaerts, couronné en 1882, au concours de la classe\ndes Arts.\n   L a 1re partie en est habilem ent com binée selon les règles classi­\nques; la 2e partie débute par une phrase d’une large allure, que son\ndéveloppem ent n’a malheureusement pas conservée. L 'au teur,               ce\nnous sem ble, pourrait facilem ent corriger ce défaut. Q uant à la\n3epartie, elle est écrite avec infinim ent de verve dans le genre du Sch erzo .\nL e s deux thèmes qui s’y développent sont bien trouvés et d ’une inspi­\nration très p impante. Enfin, la 4e et dernière partie a de l’énergie et\nbeaucoup de grandeur.\n  A ve c la cantate de M . Soubre, intitulée Daphné, nous abordons un\ntout autre genre : lam u siqu ed ram atiqu e.il ne s’agit plus ici de pièces à\nformes fixes, comme les sonates, le s trios, les quatuors; mais du déve­\nloppem ent musical d’une action poétique dont le com positeur renforce\nles types, souligne les caractères, anim e les personnages, et qu’il\ncom plète en la mettant en scène.\n  Maints auteurs ont essayé d ’écrire d’après ces données ; bien peu\nsont arrivés à un résultat satisfaisant ; hâtons-nous de dire que M . Soubre\nn’est pas du nombre ; sa cantate prouve non-seulement qu’il connaît le\nmaniement des voix et de l ’orchestre et, chose plus rare, la prosodie,\nmais encore qu’il est doué d ’un tempérament dramatique plein des\nplus brillantes promesses.\n  Presque tout au long de la Cantate le musicien a marché pas-à-pas\nsur les traces du librettiste, typant par des thèmes bien choisis le\ncaractère de ses personnages, et faisant ressortir jusqu ’aux moindres\nintentions.\n  A travers toute l’action m usicale se dessinent trois grandes lign es,\nsem blables à trois fils conducteurs, qui en facilitent l’intelligence.\nC e sont les caractéristiques d ’A pollon, de Daphné et des N ym phes.\n  D e prim e abord s'accusent ferm em ent la formule m élodique si ten­\ndrement amoureuse de Daphné, les sonorités éclatantes d ’\n                     « A p o llo n ! dieu rayonnant du jo u r ! »\n\net les rythm es anxieux des chœurs des N ym phes criant à Daphné de\nfuir cet amant\n                           « dont l ' essence et ht vie\n                 Sont faites d’ une ardeur toujours inassouvie. »\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                                  — 55 —\n  C e s idées s’imposent par la puissance e t la justesse de leur expression\net, partant, par leurs contrastes. T o u te l’œuvre s’étend sur ces trois\nthèmes qui se transforment selon les péripéties du drame et augm en­\ntent d ’intensité jusqu ’à la catastrophe.\n  L a dernière périod e de leur développem ent surtout est rem arquable:\nla poursuite de D aphné, les chœurs m êlés des N ym phes, des M uses,\ndes Charités, des V en ts et des Forêts, le chant d’A pollon:\n                       « Affo lé d’amour, ivre de désir. »\nles cris de D aphné, sa chute et enfin sa mort, ce crescendo émouvant\net cet arrêt si brusque, sont d ’un intérêt dram atique palpitant, et vrai­\nment traités de main de maître.\n  A l’interprétation, M lle Soubre a été parfaite dans le r ô le de Daphné ;\nnous ne pouvons       m alheureusem ent en dire autant            de M. H uet\n(Apollon).\n  L ’orchestre et les chœ urs, surtout les hommes, ont été très con­\nvenables.\n  Som m e toute, exécution comme nous en souhaitons souvent pour\nnos Jeunes; que cette première satisfaction à eux donnée, leur mette\nau cœur le réchauffant espoir.\n\n                                                             P eter D Y L .\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "          CHRONIQUE DE L'ART ET DU LIVRE\n                               L E S N O U V E A U X -N É S .\n\n\n\n\n    LE PAVÉ DE                     L ’O U R S             O ù l’œ u vre devient ch e f - d’oeuvre,\n                                                        c’est dans la description de l’atelier du\n         Mno s i e u r V ic to r   R e d in g , de la   Parisiaque. A p rès la vue d’ensem ble,\n         F édération Artistique,vient de le             l’ auteur m ontre le peintre, “ assis sur\n         ramasser.                                      une chaise en osier doré, les pieds empri­\n  E t c’ est m erveille de voir de quelle               sonnés dans des chaussettes ( ! ) de soie\nm aîtresse façon il le lance, en plein v i­             rouge (!) et chaussés de pantoufles chi­\nsage de Jan V a n B eers. Q u elle p oig n e!           noises ! »\nS eign eur! quel biceps! quelle vigueur!                  N o n , là, m a parole, c’est im m ense !\n  E t surtout, quel pavé !                                A près tout, je ne vais sans doute pas\n  R épétez, M onsieur V a n Beers : « D é ­             au fond des choses : M . R ed in g parle des\nbarrassez-m oi de m es amis, m on Dieu !                chaussettes     de soie,    peut-être      parce\npour m es ennem is, je m ’en charge ! »                 qu’elles     influent   sur la   peinture      de\n  M . R eding, qui fait cependant de la                 leur porteur ; dites-nous, s’ il vous plait,\ncritique d’art depuis certain laps, com ­               M . R edin g, votre am i nous en to rch e­\nm ence    par    cet    argu m ent       enfantin :     rait-il de m eilleure s’il m ettait des chaus­\n« Soyons de bon compte, et reconnaissons                ses de la in e? V ite, M . Francisque S a r ­\nque parm i les débineurs, il y en a bien peu            cey, vite, une conféren ce :          de   l ’ in ­\n\nqui feraient ces miniatures ! »                         flu en ce    DES CHAUSSETTES SUR LES ARTS,\n  !!! H ein! com m e c’est tap é! qui osera             avec dém onstrations pratiques et eau de\nencore ouvrir le bec, à présent ?                       C o lo g n e pour les nez délicats!\n  L e reste est à l’avenant. M . R edin g                 « I l peint de la main gauche; la séance\ntente d’excuser V a n Beers ; nous n’ad­                terminée, un groom vient laver ses p in ­\nm ettons pas l’ excuse envers ce dégén éré              ceaux et nettoyer sa palette. «\nde l’art, mais enfin, libre à lui d’essayer.              T o u t cela, me direz-vous, est génial!!\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                                              — 57 —\nD ’accord ; m ais o y e z ce récit, absolu­       scien ce; il prouve scientifiquement que\nment épique : il s’agit des dîners du             le principe de l’art est dans la vie m êm e\npeintre :                                         et que, par conséquent, il possède le\n   « I l mange peu ; une cuisse de poulet,        sérieux de la vie. L e but le plus haut de\nune salade, des sucreries — il les adore —        l’art, dit-il, c’ est encore, en som m e, de\nvoilà le menu d’ un repas ! »                     faire battre le cœ ur humain, et le cœ ur\n   Ç a vou s re n v e rs e , n’ est-ce pas? Hé    étant le centre m êm e de la vie, l’art doit\nbien, m oi pas :                                  se trou ver m êlé à toute l’ existence m o­\n   L e jour où il arrivera à Van Beers            rale ou m atérielle de l’hum anité. — Q u e\nd’ ingurgiter, par pure distraction, l’ob é­      restera-t-il des arts, de la musique, de la\nlisque de la place de la C on cord e, ou          peinture et particulièrem ent de cet art\nm êm e la pyram ide de C héops, vous ver­         qui réunit en lui tous les autres, la poé­\nrez que M . R ed in g nous le racontera.          sie? M . G uyau répond hardim ent: «Tout,\n   A une aussi m onum entale niaiserie, il        du m oins, tout ce qu’il y a de meilleur,\nfallait un couronnem ent ; l’auteur ne l'a        de profon d et encore une fois de sé­\npas oublié.                                       rieux. »\n   « N e nous posons pas en moralistes, et          U ne im portante partie du livre est\nconvenons qu’ il a bien le droit de se bâtir      vou ée pieusem ent à la poésie, étudiée\nune fortu n e sur la bêtise des-autres ! »        par l’auteur dans une brillante série de\n   A ïe! le p a vé! en plein ! v o ilà ce qui     chapitres, form ant ce que l’on a écrit de\ns’appelle écrabouiller ses gens, au m oins!       m ieux sur la m atière depuis trente ans.\n   J’avoue hum blem ent        que,    ennemi       Ces résolutions des problèm es de l’es­\nacharné de la peinture de V an Beers, je          thétique contem poraine sont,en résumé,\nn’aurais jam ais trouvé ce tour délicat           l’œ u vre d’un hom m e écrivant com m e\npour lui dire : « v o tre peinture est bête,      un poète et traitant la philosophie en\nceux qui l’ adm irent sont bêtes, donc,           penseur.\ncelui qui la fait est b ...ie n m alin! »\n  V o y o n s, M . R edin g, est-il perm is de\ntuer ainsi son hom m e ? Ho ! ce que Jan            Mon Oncle le Jurisconsulte com plète,\nVan Beers qui, quoiqu’on en veuille dire,        superbem ent le cyc le des introductions\nn’ est pas bête du tout, a dû enrager en         adm irables que M . Edm ond Picard met\nlisant cet article-là !                          aux Pandectes belges. A près le Paradoxe\n                       Ja c q u e s D u r .      sur l'avocat, exposant la mission profes­\n                                                 sionnelle du barreau, a paru la Forge\n  U n livre, d’ un m érite élevé et     sévère   Roussel, cette étude si sereine et si haute\na paru dernièrem ent chez A lcan , à Paris,      d’idées, sur le fondem ent du D roit, suivie\nsous le titre de Problèmes de l'esthétique       bientôt de l'A m iral, où sont revendiqués\ncontemporaine, par M . G u yau ; c ’ est une     avec une éloquence em portée et trou­\nétude approfondie de l’im portante ques­         blante les droits des hum bles.\ntion du rô le de l’art à notre époqu e;            L e dernier o u v rag e du m aître dém on­\nl’auteur en dém ontre victorieusem ent la        tre com bien est verm oulu l’enseigne­\nvitalité m ise en doute par de nom breux         m ent du droit en B elgique : les vieux\nphilosophes, adorateurs exclusifs de la          murs de nos U niversités retentiront lo n g ­\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "                                                  53 —\ntemps du coup form idable de bélier que            pucines — le poète nous parlera des\nla main nerveuse et solide d’Edm ond                Contes Épiques. Les fem mes qu’il nous\nP icard a dirigé à travers leurs m oellons         m ontre aujourd’hui dans son joli volum e\n\ndoctrinaires                                        de « Tous les Baisers » ne sont pas les\n  U ne pensée généreuse et vivante se              vierges grecques au lo n g péplos ni les\nd éga ge avec force de ce livre aussi beau          graves filles d’O rien t. C e sont les m i­\npar la form e que par le fond ; il n’est pas        gnonnes parisiennes, soeurs de Jo, Zo,\nune page qui, à plusieurs reprises, ne              et L o , les trois folles charm antes des\nfasse   profondém ent réfléchir: il n’ est          « Boudoirs de verre ».\npas une lign e dont on n’adm ire le style             Ces raffinées ont connu Tous les Bai­\nim peccable et l’ originalité.                      sers, elles sont de l’adorable fam ille des\n                                                    monstres parisiens,      si délicieusem ent\n  L ’ histoire d’ un Savant par un Ignorant         pervers. C e n’ est donc pas un livre pour\n(Paris, Hetzel) constitue une intéressante          les petites filles ni les gens graves ; mais\nrelation des principales découvertes de             — ce qui vaut mieux — c’est un livre pour\nM. Pasteur. L ’ auteur anonym e, m algré            les artistes et les jolies fem m es. Si elles\nses tém éraires prom esses de l’avant-pro ­        ne les laissent pas traîner sur les tables\npos, n’a pu s’em pêcher d’ écrire un livre         banales des grands salons, elles le liront\nplus scientifique que littéraire, où l’élé­        sans doute cet hiver dans le secret des\nm ent chim ique a absorbé le peu de p oé­          boudoirs, rougissant un peu parfois —\nsie que com portait le sujet. C ’est un bon         peut-être, qui sait ? au souvenir des bai­\nou vrage, mais qui ne cesse d’être une             sers rêvés ou donnés. P o u r les artistes,\nréclam e évidente pour M . Pasteu r; celui-        je sais qu’ils ne m ontreront pas un visage\nci, du reste, sem ble avo ir inspiré ces           sévère aux chères étourdies de « Tous\npages de très-près.                                les Baisers ». Je n’ai pas besoin non\n  Il faut ran ger égalem en t dans la caté­         plus de leur dire les grâces charm eresses\ng o rie des livres à réclam e une petite bro­       du style de M endès. A ussi bien que m oi\nchure qu’on nous envoie de L eip zig ;             ils connaissent tous cette prose savante,\nc ’ est la biographie du grand com positeur        ce lan gage m ièvre et câlin que sait pren­\nde m usique J. Brahm s, par Hermann                 dre quand il le veut le poète d’Hespérus.\nD eiters, et tort m écham m ent traduite de           Q u an t au volum e lui-m êm e — le pre­\nl’allem and par une dame de M arseille             m ier num éro d’une série de plaquettes—\nqui ne signe que des initiales de son              c ’est un m ignon petit livre avec une e x ­\nnom , H. Fr. L e livre original est un récit       quise et fraîche couverture. Les biblio­\ndécoloré de la vie de l’auteur gén ial du          philes poètes — il y en a — seront char­\nRequiem allemand, en m êm e temps qu’ un           m és de cette coquette édition. C ar à la\ncatalogue thém atique bien plus que rai­           voir si élégan te et si délicate, on a envie\nsonné de ses oeuvres.                              de la respirer, croyant sentir dans ses\n                                                   feuillets, non l’encre d’im prim erie, mais\n                    V ic t o r in E v r e u x .\n                                                   quelque subtile odeur de jeunesse.\n\n\n  C atulle M endès. — Tous les Baisers,               Jacques M adeleine. — L 'Idylle Eter­\n1re série — chez tous les libraires.               nelle (O llendorf).\n  L a sem aine prochaine — salle des C a ­            J. M adeleine lui, ne connaît pas de\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                                                   - 59\n\nm onstres, m êm e charm ants. S on Idylle                   L e joli W atteau que cela ferait !\nEternelle est       l’œ u vre d’un gracieux et                 Et pourtant — je l’ avoue à m a honte\njeune poète que rien n’ a désenchanté.                     —    enferm é dans une galerie où il n’y\n   En tête du volum e il y a une spirituelle              aurait que des W atteau , je regretterais\net fine préface de C atulle M endès.                      v ite Rem brandt. Beaucoup, sans doute,\n   E coutez-en ceci : « C ’est à peine si un              sont com m e m o i. N o u s adorons les m a ­\n» peu de m élancolie trouble ça et là son                 tinées d’A v r il   et les vers      printaniers\n» âm e adolescente ; il ign ore les déses ­               com m e ceux de J. M adeleine. M ais s’il\n   poirs, le s, colères, les m alédictions ;              n’y avait dans la vie que des m atinées\n» est-ce que cela existe véritablem ent, le               d’A v ril e t dans la littérature que des vers\n» m al, les trahisons, les m aîtresses qui                printaniers, cela nous lasserait tôt.\n» trom pent ? P arce qu’il est doux, tout                   L a M use, m erveilleusem ent ondoyante\n» lui sem ble doux ; et s’il pleure à peine,              et diverse, ne se contente pas d’une seule\n » c’ est entre deux sourires. »                          chlam yde, mais désire          toujours         celle\n   J. M adeleine ne connaît pas les raffi­                qu’elle n’a pas. Souhaiton s que J. M ade­\nnem ents des Baudelairiens, ni les m y s­                 leine cède aux caprices de l’aim ée, et lui\nticism es des Verlain iers. Il a la fraîcheur             donne     bientôt   une    chlam yde'. neuve,\ndes grecs idylliques contem porains d’A ­              d’une autre couleur ?\nnacréon. Il v o it la nature en beau et s’ il                                  A n d r é Ze r l ig n y .\ny a de la brum e dans ses horizons, c’ est\nla brum e rose des matins tièdes. C e n’est                 N ous venons de recevoir le prem ier\npas lui qui dira com m e D ierx aux arbres             num éro de la Revue des Journaux et des\n des forêts :                                          Livres, très curieuse publication hebdo­\n« Un jour, demain peut-être, arbres aux longs abois,   m adaire de 24 pages de texte in-40, avec\nQuand le banal printemps ramènera nos fêtes,           couverture m agnifiquem ent illu strée. Pas\nTous vous resterez noirs des racines aux faites.       de politique. Reproduit chaque dimanche\n   Il croit au printemps éternel et ne s’en            des articles choisis dans tous les journaux\nlasserait point, n’étant pas de ces insa­              et les livres de la sem aine. Nouvelles,\ntiables que le paradis ennuierait vite.                   Contes, Chroniques, Actualités, Curiosités\n  M ais J. M adeleine est m ieux qu’un                 scientifiques et littéraires, Anecdotes, Con­\npeintre de p aysages roses.                            naissances utiles, Joyeux devis, etc. Feuil­\n  C ’est un vrai poète et il a le soin reli­           leton : Sapho. U n num éro 30 centim es,\ngieu x de la form e. Jugez·en par c e s quel ­         3 m ois 6 francs. Librairie H. J o u v e ,\nques vers.                                             52, B oulevard Saint-M ichel, Paris.\n    “ Le Paurie dans ses bras nerveux\n    Prenait la nymphe effarouchée                          L a maison C allew a ert prépare                une\n    Et mordait à pleine bouchée                        édition définitive de la Forge Roussel,\n    Les seins roses, les blonds cheveux.\n                                                       par Edm ond Picard ; cette édition, in-4,\n    Ht la nymphe blonde aux seins roses\n   Se débattait, et, de sa main,                       de grand luxe, sera tirée à 350 exem p lai­\n   Prévoyant de terribles choses                       res, dont 250 sur Hollande V a n G elder,\n   Cachait scs yeux; mais en chemin,                   60 sur G rand Japon im périal, et 25 sur\n   Tandis que l’homme aux pieds de chèvre              Chine] G énuine, trié à la feuille. L e ca­\n   Au bout du monde l’emportait,\n                                                       ractère em ployé est le gros rom ain elzé ­\n    Un sourire alléché flottait\n   (Oh! les doigts mal clos!) sur sa livre! »          vir anglais n eu f : les têtes de page et les\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "                                               — 6o —\n culs-de-lam pe ont été gravés spéciale­               rigole ! . . . » a mis si soudainem ent en\n m en t; le frontispice est exécuté d’après            lum ière. C e rom an intitulé : \" Les Béo­\nun m odelage en cire de C h . V a n der                tiens » m et en scène, paraît-il, les jeune-\n Stappen, et le volum e sera enrichi en                B elgique les plus en vue: le succès d’un\n outre d’un portrait et de huit estampes               tel livre n’est pas douteux.\navant la lettre, gravées par E v e ly , d’après           Paraîtront ensuite, chez le m êm e édi­\nles tableaux, aquarelles, dessins et gra ­             teur : « La Teigne » par Lucien D e s­\nvures d’A lfr e d V e rw é e , T h é o d o re Baron,   cav es,« !,« quatorze stations de l'A m our »\nLouise H eger, Fernand K hnopff, D anse                un bijou littéraire    ciselé par la plume\net N eyt, tirées par B auw ens.                        gauloise de T h é o H annon, et enfin, un\n   L e s illustrations sur C hin e et Japon            rom an de G eo rges E ekh ou d, l’âpre écri­\nsont en double série, n oir et sanguine.               vain des « Kermesses ».\n   C ette édition sera certes une des plus\nbelles publications d’ artiste parues en                 Les journaux parisiens ont annoncé\nBelgique.                                              qu’A lphon se   D audet    se   présentait    à\n                                                       l’A cadém ie Française pour y briguer le\n  L a Bibliothèque G ilon vien t de lancer             siège laissé vacan t par la m ort de M . le\nla deuxièm e édition de'« En Brabant,» par             com te d’ H aussonville.\nC am ille L em on nier; le m aître corrige               La   lettre suivante, que      l’auteur du\nen ce m om ent les dernières épreuves de               « Nabab » adresse au Figaro coupe les\n« l'Hystérique«, qui va paraître sous peu              ailes à ce canard, et m ontre chez D audet\nchez Charpentier, et a en outre sur le                 l’intention bien arrêtée de ne jam ais se\nm étier un rom an dont le titre provisoire             laisser interner à l’hôpital du Q u ai Conti:\nest l'Usine, nouveau chapitre de la rouge                     « Mon cher ami, »\népopée dont Les Charniers, Un Mâle                       « Rendez-m oi le service d’insérer ceci\net L e Mort sont les trois prem iers chants.           » dans un de vos échos :\n                                                         « Je ne me présente pas, je ne me suis\n  Paraîtra prochainem ent, à Paris « Dans              » jam ais présenté, je ne m e présenterai\nles Faubourgs » un volum e de vers de                  » jam ais à l’A cadém ie. »\nJean A jalbert, clerc de la Basoche. Le                                   V o tre b i en dévoué :\nliv re est précédé d’une préface de R o ­                               A lph on se D A U D E T .\nbert C azes, et enrichi d’eaux-fortes de\n                                                         Paris 31 O cto bre 1884\nBaduffle.\n                                                         D e plus il paraîtrait que Daudet tra­\n  L ’Editeur     Kistem aekers annonce la              vaille activem ent à un ou vrage, dans le ­\npublication prochaine d’un nouveau ro ­                quel il étalera tout ce que les « coteries\nman de M . Henri N izet, le jeune écrivain             académ iques » ont de m alpropre             et\nque   sa    prim e    oeuvre      : « Bruxelles        d’odieux.\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "        CANDIDATURE EN PHILOSOPHIE\nRépétitions particulières et collectives\n                               DES COURS DE\n\n\n               L A T I, PHILOSOPHIE, HISTOIRE, ETC,\n\n\n\n      REPRISE DES RÉPÉTITIONS COLLECTIVES\n                               ( l re ET 2 mc ÉPHEUVe)\n\n\n\n                      X ‘r N     O   V E M         B R   E\n\n\n\n\nSu r 25 récip ien d aires p r é se n té s a u x exam en s en 1883 e t 1884,\n\n        22 on t p arfaitem en t r é u ss i (dont 7 a v e c grades).\n\n\n\n\n        Examen de Secrétaire de légation\n                     A N G L A IS       ET    IT A L IE N\n\n\n\n\n      S’adresser à R. BENHAM, professeur\n        74, A V EN U E D E LA TOISON D'OR, 74\n                           (Avenue Louise)\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "               LA BASOCHE\n\n     Dans ses prochaines livraisons, LA BASOCHE pu­\nbliera des articles et des vers de MM.\n\n\nJea n        A JA LB ER T                            E r n est          M A H A IM\n\nG eorges           ART                               F ranz        M AH UTTE\n\nPaul         B E R L IE R                            Luc M A LPER\n\nL o u is      de    CASEM BR OO T                    C A T U L L E M ENDÈS\n\nH ector            C H A IN A Y E                    C h arles           M ETTANGE\n\nR odolph e           DARZEN S                         S tu art          M E R R IL L\n\nC é l e s t in      DEM BLON                         E p r h a ïm        M IC H A Ë L\n\nJ u i. e s    DESTRÉE                                 E m il e     M IC H E L E T\n\nL. H. D E V IL L E Z                                 E dm ond           P IC A R D\n\nP eter         DYL                                   P ie r r e     Q U 1L L A R D\n\nG e o r g e s d’E S P A R B È S                      J ean       RAM EAU\n\nA ndré         F O N T A IN A S                      C harles            S A IN C T E L E T T E\n\nM a u r ic e       F R IS O N                        M a u r ic e        SU LZBER GER\n\nE m il e      GOUDEAU                                H enry         de    TOM BEUR\n\nA lbert          G R É S IL                          G e o i .-c îe s    TOREG\n\nS t a n is l a s    de   G U A IT A                  A lbert            VERN AELD E\n\nT héo H A N N O N                                    A u gu ste          V IE R S E T\n\nC a m il l e       L E M O N N IE R                  H enri        STR A N A R D\n\nV ic t o r     M OM BEL                              A ndré        Z E R L IG N Y\n\n\n\n\n                   Bruxelles, — Imp. J.- B . M oen« et fils, rue aux Laines, 48.\n"}]}