{"numero_id": "ulb-basoche-1884-12-13-n2", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "articles": [{"article_id": "ulb-basoche-1884-12-13-n2-001", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 61, "page_fin": 66, "titre_corps": "Joseph Stevens (suite)", "titre_sommaire": "Joseph Stevens (suite)", "signature_source": "Camille LEMONNIER", "ancre_debut": "JOSEPH STEVENS", "ancre_fin": "Camille LEMONNIER", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 68, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1385, "texte": "JOSEPH                STEVENS\n                              (s u i t e )\n\n\n\n\n         T ou t   enfant, il aima les bêtes, le chat rôdeur, le\n         chien à l’échine élastique, les bœufs et leurs sculp­\n         turales ossatures, le cheval surtout qui devint plus\ntard sa passion dominante. D e l’âge adulte à l’âge mûr, les\ndressages périlleux furent un jeu familier pour cet aventu­\nreux, dont le corps s’em boîtait si solidement à la selle qu’à\nl’exemple des centaures, l’homme et l’animal semblaient\ntaillés dans un même bloc. Il se délassait de la fatigue des\nchevauchées aux tirs, où son coup d’œil était incomparable,\naux salles d’armes où personne ne maniait plus élégamment\nle fleuret.\n  Bien des gens en ce temps, et encore aujourd’hui, auront\napproché l’auteur de tant de délicieux chefs-d’œuvre de\npeinture sans soupçonner en lui la présence de l’artiste :\ncelu i-ci vit au fond des moelles comme recueilli sous les\nangles du front, avec on ne sait quel silence sournois, et il\nfaut, pour le faire saillir, la mêlée d’une conversation entre\namis ; il apparaît alors libre de toute servitude, tel qu’il se\nmontre à l’œuvre, dans sa belle santé un peu rude de réaliste\nseptentrional. N e lui parlez ni des Em pyrées, ni des Enfers;\nil ne comprend rien aux grands coups d’ailes ; il abhorre les\nesthétiques ; la sienne est là, dans ses mobilés prunelles bril­\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1955, "texte": "                            — 62 —\nlantes et sous sa mamelle gauche ; il n’en veut point con­\nnaître d’autre; et quand on lui demande ses dieux, il décline\nRubens et Jordaens chez les anciens, G éricault chez les\nmodernes. Ces fières admirations ont en lui l’indestructibi-\nlité d’un culte ; il s’exalte quand il en parle au point d’en\nêtre remué des pieds à la tête, avec un rouge bouillonne­\nment de sève sous les pommettes. Je conçois un portrait de\nlui par Meissonnier, mordant et enflammé, où cette ardeur\nest spirituellement écrite.\n   Comme a dit de ce peintre de la Bête le peintre de la Belle,\nil a vécu dans un coin, content d’une gloire modeste qui eût\npu être plus haute, mais n’eût pas été plus pure. Engendré\nà l’art sans l’aide des maîtres, il a continué à travailler seul\ndans une voie où quelques-uns l’ont suivi, où nul ne l’a égalé.\nIl n’est, en effet, le surgeon de personne. L a tache des bes­\ntiaux aux champs, la robe luisante des bêtes à la ville le font\nrêver; il n’a presque pas d’autre éducation. Petit à petit, son\nesprit s’assimile les rapports des tons, sa main les coordonne,\nun premier tableau paraît : ce n’est encore qu’une copie,\nmais elle a déjà la touche grasse à laquelle on pressent\nl’ouvrier. J’ai parlé dans une étude sur Alfred Stevens de ce\nClair de lune imité de Camille Roqueplan. Bientôt le novice\nimprovise pour son propre compte. L a L ice et sa compagne\nest comme un lever de rideau sur la comédie dont il détail­\nlera si finement les multiples personnages. E t successive­\nment il termine ce groupe fraternel et pathétique du Savoyard\net du petit singe étendus côte à côte dans la neige (P lu s\nfidèle qu'heureux); cette piteuse silhouette de roquet réfugié\ncontre un mur, la patte levée (U n temps de chien) ; le Protec­\nteur, un dogue superbe abritant entre ses pattes un confrère\nsouffreteux ; le Chien qui porte à son cou le dîner de son\nmaître, de la collection du prince Gortschakoff; le M étier de\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1985, "texte": "                               -   63\n\nchien du M usée de Rouen ; le Supplice de Tantale du Luxem ­\nbourg; B ruxelles au matin du M usée de Bruxelles, et du\n même M usée l'Episode du marché a ux chiens qui mettait en\njoie Courbet ; puis cet autre M étier de chien, une merveille,\n au palais du roi à Bruxelles ; le Chien de la douairière, de la\n collection Van P raet; la Protection, qui appartient au comte\n de Flandre et valut au peintre le g ra n d prix lors du concours\n ouvert à Londres en 1874 entre toutes les écoles et tous les\ngenres; puis encore cet étonnant Philosophe sans le savoir,\n rongeant son os, dans une quiétude profonde, où il y a un\npeu de la malice du grand Rabelais ; l'Intérieur du Saltim ­\n banque, qui fut loué, en prose dithyram bique, par Baude­\nlaire ; le Chien à la mouche, de la collection Ravené ; le Chien\nà la glace, de la collection Crabbe ; les      Chiens courants en\nfo rêt, de la collection Cardon; les Solliciteurs, etc., etc.\n   Stim ulée   par   le succès, sa production chaque année\ns’accroissait : il peignait le chien, le singe, le cheval, les\nbêtes aumailles. L a Surprise, chez lord Melvil, à Londres,\nmet aux prises un énorme taureau furieux et un molosse.\nD ans les M artyrs du bois de ‘B oulogne, collection Silzer,\négalement à Londres, il montre les pauvres vieux ânes et\nleurs com pagnons d’infortune, les pauvres vieux chevaux,\nimmobiles et songeurs sous les loques d’un abri. Et, un\nautre jour, il peint les mélancolies comiques de la Prem ière\npipe chez un petit singe à la frimousse presque humaine.\n   Rien ne faisait prévoir dans l’école cette forte palette\nde peintre et ce jeu tout nouveau des colorations pleines\nappuyées sur une science extraordinaire des valeurs de ton.\nOn était conquis à la fois par la franchise de l’exécution et\nl’esprit de la composition. Caniches, épagneuls, barbets et\nmâtins étaient ici des acteurs naïfs qui s’ignoraient et nef a i ­\nsaient pas la bête; leur bêtise, transmise de l’un à l’autre\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1911, "texte": "                             -   64 -\n\n\ncomme un héritage, consolait de notre finesse qui n’aboutit\nsouvent qu'à nous rendre ingrats et pervers. E t ils avaient,\nsous leur bonté native, cette éternelle beauté des larmes à\nlaquelle le cœ ur ne résiste pas.\n   « Je chante les chiens calamiteux », s’écrie Baudelaire\ndans un poème en prose écrit en l’honneur du peintre, et il\nrappelle le royal cadeau du gilet « d’une couleur à la fois\nriche et fanée, qui fait penser aux soleils d ’automne, à la\nbeauté des femmes mûres et aux étés de la Saint-Martin »,\nde ce gilet dont le peintre se dépouilla avec pétulance en\nfaveur de l’écrivain, dans la taverne bruxelloise de la rue\nVilla-Herm osa, où allèrent aussi Bancel, Proudhon et D ic ­\nkens. T out le dandysme de Joseph Stevens éclate dans le\nprix qu’il attache à ce don d’une étoffe rare, et il l’abandonne\nd’un geste candide, comme un pan de pourpre ou quelque\nprécieuse merveille dont le poète lui semblait digne d’appré­\ncier la riche fantaisie.\n  C ’est que lui aussi, et bien avant l’étincelant lexicologue,\navait chanté la tristesse des bêtes. Surprise profonde, ce\ngentleman tiré à quatre épingles qui a poussé si loin la pas­\nsion de la belle tenue, devait être en peinture l’ami des hum ­\nbles qui ne font pas toilette. Il n’a pas courtisé les chenils\nprinciers, et la prétentieuse sottise des king-charles, des\nlevrettes, des carlins n’a que passagèrement sollicité son\npinceau. Hé! n’y a -t-il pas chez les chiens, la même hié­\nrarchie qu’il y a chez les hommes? T out en haut, fleuris,\nmusqués, portant leur toison comme une gloire, ronflent et\ndigèrent, en une quiète indolence que ne troublent point les\nmortelles inquiétudes de la vie, les parasites superbes du\nfinancier et des vieilles douairières. Les autres n’entrevoient\nqu’en rêve les maternelles sollicitudes qui président à ces\nbelles destinées de quadrupèdes heureux et pimpants. C ’est,\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1963, "texte": "                             -   65   -\n\n\n\n\nà cette extrémité de l’échelle, un fourmillement noir de\ndétresses et de résignations plus horribles que la douleur.\nD e m aigres échines ravinées où les gales mettent, sous les\ntouffes rares du poil, des taches semblables à de la moisis­\nsure, des queues jadis ébouriffées comme des panaches et\nqui petit à petit déplumées, finissent par n’être plus que de\nvagues pinceaux ébarbés, des charpentes évidées de sque­\nlettes, disent bien l’effroyable aventure de ces prédestinés de\nl’abattoir. H âves, érénés, rouvieux,les yeux emplis de chas­\nsies, les naseaux fendus par le gel, sordides et funèbres, ils\nvont par les rues, comme des âmes en peine, éclaboussant,\néclaboussés, sous le piétinement universel. Ça et là ils fouil­\nlent les tas, grattent les boues, disputent au crochet des\nchiffonniers des os aussi maigres qu’eux ; et ces rebuts sont\nencore des festins pour leurs ventres aboyant de faim.\n  E h bien ! c’est à ceux-là qu’est allé le beau peintre ; il les\na peints avec leurs pustules et leurs sanies, tels que bien\nsouvent il les vit les soirs où, pénétré de pitié pour le dé­\nsastre de leurs existences, il les suivait par les ruelles le long\ndes ruisseaux fangeux, sous les pluies d’hiver qui font pleurer\nles gargouilles.\n  Il savait bien, le judicieux Flamand, qu’il trouverait là des\nsujets de peinture, autrement dignes de son attention que le\nspectacle de la banalité bourgeoise qui, chez la gent canine\naussi bien que chez les hommes, est la négation de toute\npoésie ; son sûr instinct l’avertissait de ne chercher l’origi­\nnalité que dans cette canaille où la lutte, la misère, le vice\nsont plus près de l’état de nature; et cette prédilection a fait\nde lui un humoriste sensible, j ’allais dire un peintre humani­\ntaire. E t pourquoi pas? W iertz, le W allon, n’a pas mis dans\nla plus grande de ses apothéoses de l’humanité la centième\npartie de l’émotion qu’il a fallu à Joseph Stevens pour in­\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1387, "texte": "                            —   66 —\n\n\nventer le moindre de ses souffre-douleurs. Il n’est personne\nqui, arrêté un peu longtemps devant              ce chef-d’œuvre,\nBruxelles au matin, ne sente jaillir ses larmes et ne se\npromette d’être secourable envers les chiens malheureux.\n  Sans en avoir le dédain, Joseph Stevens a eu l’indifférence\ndes honneurs; et cependant les honneurs sont venus trouver\nchez lui, on pourrait dire à son chevalet, ce brave homme\nqui a su g a rd e r la droiture et la simplicité du caractère.\nMédaillé à Paris, à Vienne, à Londres, il appartient aux\nAcadém ies royales des beaux-arts d ’A nvers et de Vienne, et\nporte à sa boutonnière le ruban de la Légion d ’honneur\net la rosette de l’ordre de Léopold.\n  Paris, qu’il a habité longtemps, lui a laissé l’éblouissement\nd’un vo y ag e en express à travers une fournaise. Bruxelles\nau contraire, a toujours eu pour lui le charme des choses\naimées dès le berceau; et peut-être n’a-t-il été heureux que\nlorsqu’il a été rendu à la terre natale.\n   L a vie a passé sur lui sans l’entamer. Il aime les humbles.\nT ous les dimanches, pendant dix ans, on l’a vu faire deux\nlieues de chemin, par charité p o u r une vieille dom estique qui\nl’avait bercé enfant, et la douceur reconnaissante de son sou­\nrire lui semblait préférable à toutes les autres.\n                                   C a m ille   LE M O N N IE R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-12-13-n2-002", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 67, "page_fin": 68, "titre_corps": "Poèmes en prose : Chapelets", "titre_sommaire": "Poèmes en prose : Chapelets", "signature_source": "Rodolphe DARZENS", "ancre_debut": "POÈMES EN PROSE", "ancre_fin": "Rodolphe DARZENS", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 74, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1162, "texte": "PO ÈM ES EN PRO SE.\n\n\n\n\n                         CH ATELETS.\n\n                                   I\n\n  L ’attente est longue ; j ’ai pris, pour me distraire, le chapelet de\ncorail rouge qui tramait sur la table, et dont la médaille usée,\nbrillante, en argent, avait sans doute attiré mes regards, car je l’ai\npris machinalement.\n\n                                   II\n\n   Puis, machinalement aussi, j ’ai roulé chaque perle entre mes doigts,\ncomme une dévote en prière : et quoiqu’aucune prière ne me vînt à la\npensée, pendant l ' égrènement lent des perles rouges, mes lèvres\nremuaient.\n\n                                  III\n\n   Elles remuaient, tandis qu’involontairement, inévitablement peut-\nêtre, j e prononçais, tout bas, le nom cher, le nom profane de\nC E L L E qui devait venir, chaque fois que je laissais tomber un\ngrain bénit.\n\n                                  IV\n\n   Un grain suivait un grain, une seconde suivait une seconde, une\nsyllabe suivait une syllabe, uniformément, et c’étaient les seuls bruits\nqui révélaient la vie dans la chambre, que ce cliquetis du chapelet, ce\ntic-tac de la montre, ce susurrement de mes lèvres.\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1559, "texte": "                               — 68 —\n\n                                   V\n\n   Ce susurrement, à la fin, les syllabes s'ajoutant aux syllabes, était\ndevenu un soupir, et le soupir, un sanglot; simultanément, les\nsecondes s'ajoutant aux secondes étaient devenues des minutes, et les\ninimités des heures; tandis que les grains ajoutés aux grains, deve­\nnaient des dizaines, et, graduellement, épuisaient le chapelet — mais\nE L L E ne venait pas !\n\n                                  VI\n\n   E L L E ne venait pas! — Tout-à-coup, un son mat me tira de\nla somnolence ma  ladive qui m’envahissait ; — un son mat, suivi\nd’un ruissellement prolongé : — un peu de sang perlait à ma bouche,\ncomme si un vaisseau s’était rompu dans ma poitrine, et le parquet,\ndevant moi, était taché de globules écarlates.\n\n                                  V II\n\n   Ces globules, c’étaient les grains du chapelet dont le fil venait\nde se casser — et qui, rouges, roulaient à travers la chambre,\nlentement!\n\n                                 V III\n\n  Oh! lentement, si lentement, que mi ne je voulus savoir combien\nde temps ils mettraient à la traverser : mais les secondes s’étaient\nenfuies! car le ressort de la montre, ce fil fragile qui les retient-,\nvenait de se briser, — soudain.\n\n                                  IX\n\n  Soudain aussi, l’idée me vint « de penser » encore le nom chéri,\nmais les syllabes coulèrent en vain de mes lèvres, car le fil ténu\nqui les relie, la Mémoire, s’était rompu dans mon cerveau.\n\n                                          R odolphe    D ARZE N S.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-12-13-n2-003", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 69, "page_fin": 74, "titre_corps": "Épître au roi de Thuringe", "titre_sommaire": "Épître au roi de Thuringe", "signature_source": "CATULLE MENDÈS", "ancre_debut": "EPITRE", "ancre_fin": "CATULLE MENDÈS", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "EPITR E\n                          A U R O I D E T H U R IN G E (1)\n\n\n                     S IR E ,\n\n                 o u s a v e z d a ig n é fa ire sa is ir p a r v o tr e p o lic e , d a n s to u tes les lib r a i­\n                 V\n                   rie s d e v o tr e ro y a u m e , la tr a d u c tio n a lle m a n d e d u Roi         Vierge.\n                   H é la s ! c ’ e st d o n c v ra i q u e V o tr e M a je sté p re n d d u v e n tr e ? C a r\n                  ja m a is l’ a d o le s ce n t frê le et g r ê le , q u e j’ai v u a u tre fo is , le p rin c e\np â le a u x y e u x p ro fo n d s et p u rs c o m m e le s la c s o ù les c y g n e s se u ls se so n t\nm ir é s , l'é p h è b e fa r o u c h e e t b e a u , in ce ss a m m e n t o c c u p é de rê v e s , e t lu i-m ê m e\np a re il à u n rê v e , — les o r e ille s tro p g r a n d e s s e u le m e n t et le s c h e v e u x tr o p p o m ­\nm a d és s’é rig e a n t su r l e c ô t é d r o it de la tê te e n u n p e tit e sc a lie r d ’é b è n e v e r n i!\n—    ja m a is F r é d é r ic   II q u i é ta it ro i à N o n n e n b o u r g , c o m m e T h é s é e é ta it\nd u c à A th è n e s , n e fû t d e sce n d u des c h im é riq u e s E d e n s o ù s o u p ir e n t p a rm i\nle s m u siq u e s des a m o u r e u x san s a m o u r e u s e s , p o u r s é v ir c o n tre u n p a u v re\nliv r e , q u e p e rs o n n e en T h u r in g e n ’a u ra it a c h e té si v o u s n 'a v ie z d é fen d u de\nle v e n d r e ! J ’a jo u te c e c i : ce liv r e , a u tre fo is — a v a n t le v e n tr e — v o u s a u ra it\np lu . O u i, r a illé à c a u se de v o tr e s a u v a g e r ie et de v o s d is p a r itio n s d 'e n fa n t\nq u i b o u d e , b a fo u é à c a u se d e v o s e xtases d a n s la so litu d e et de         la ré a lis a tio n\nd e v o s so n g e s d a n s des p a la is m a ch in é s c o m m e u n th éâ tre de fé e rie , c a lo m ­\nn ié à c a u se d e v o tr e m y s té rie u x et ja lo u x c é lib a t, v o u s a u rie z a im é ce ro m a n\no ù v o u s n ’ é tie z ni c a lo m n ié , n i b a fo u é , n i r a illé . V o u s a u rie z s o u r i de v o ir\nv o tr e re s se m b la n ce m ê lé e a u x m e n so n g e s des a v e n tu r e s , — le m e n so n g e seu l\nv o u s é ta it c h e r ! — et de v o u s re c o n n a îtr e e n th o u s ia s te et m é la n c o liq u e , u n\n\n\n   (i) L e roi de T h u rin g e ? Frederick I I? N o n n en bo u rg? Hans H am m er? ces nom s\nn ’offrent rien de m ystérieux pour ceux qui ont lu le Roi Vierge. E t qui donc ne l’a\npas lu ?\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4224, "texte": "                                              —     70 —\n\np eu fo u , u n p eu        fé r o c e , m a is fo u    à fo rc e de c a n d e u r , fé r o c e à fo rc e de\np u re té ! V o u s n ’ a u rie z m êm e pas d é s a p p ro u v é la m o rt q u e je v o u s d o n n e ,\nc ette m o rt s u r la c r o ix de J é su s d a n s u n e c o m é d ie s a c r é e —              fin d ’ a rtis te et\nde d ie u     —      c a r, à cette m o rt, v o u s a ve z so n g é lo n g te m p s. N e d ites p as n o n ,\nS ir e ! v o u s sa v e z b ie n q u e j’a i p u le s a v o ir et q u e je le s a is !\n   M a is le d é v e lo p p e m e n t h o u b lo n n e u x d e v o tr e a b d o m e n — ô b iè re , iv re sse\nc r o u p is s a n te o ù s ’e m p ê tre n t et s ’e n fo n c e n t le s a ile s d es rê v e r ie s ! — a p o u r\nc o rr é la tif, d a n s v o s p e n sé es, u n très        se n sib le ré tr é c iss e m e n t d ’e n v e r g u r e .\nL 'e s p r it se d é g o n fle et s’a p la tit q u a n d la p a n se b a llo n n e . R ie n n e c h a n g e le\nc a ra c tè re d ’O b é r o n c o m m e de p re n d re la fo rm e d e F a ls ta ff .\n   E t p u is, q u i sa it? v o tr e ir r ita tio n c o n tre le R o i V i e r g e — o u c o n tre so n\na u te u r — n ’a p eu t-être pas p o u r c a u se u n iq u e le re g re tta b le é p a n o u iss e m e n t\na d ip e u x de v o tr e p e rs o n n e : m ê m e d u tem p s o ù v o u s étie z sv e lte c o m m e u n e\nje u n e m is s, v o u s     é tie z p a ss a b le m e n t r a n c u n ie r , o n l ’ a ffirm e ! e t il se p o u r ­\nra it q u e v o u s n ’eu ssie z ja m a is o u b lié         u n e a n c ie n n e a v e n tu r e o ù j ’a i e u le\nre g r e t de c o m b a ttre v o tre v o lo n té , S ir e , et l ’h o n n e u r d ’en tr io m p h e r . C ’ est\nu n e h is to ire q u i v a u t la p e in e d ’ ê tre c o n té e ; et c ’est p o u r q u o i je v o u s a d resse\ncette é p ître , d û t-o n m ’a c c u s e r d e fa ire de la « ré c la m e » à m o n liv r e , et à\nv o tr e trô n e .\n                                                        *\n                                                       * *\n\n   E n ce tem ps-là, v o tr e T h u r in g e n ’a v a it pas e n c o r e g u e r r o y é                c o n tre    la\nF r a n c e ; des P a ris ie n s éta ien t v e n u s à N o n n e n b o u r g — m u sic ie n s , p o ètes,\np e in tre s, —      a fin d ’e n te n d re l 'O r du D a n u b e , d e H a n s H a m m e r, q u i a lla it\nê tre re p ré s e n té p o u r la p re m iè re fo is . E t de to u te l ’ E u r o p e , d ’A s ie a u ssi,\nd ’a u tres g e n s é ta ien t a c c o u r u s .     Il y     a v a it l 'a b b é   G lin c k ,     m a g is tra l   et\nb é n in , a v e c so n tr o u p e a u d 'é lè v e s b lo n d e s — a in si le s A r é tin e s su iv a ie n t\nP ie r r e d ’A r e z z o ; la co m tesse L o u k h a n o fF é te rn e lle m e n t b la n c h e , la iss a n t\np e n d re l ’é lé g ie la rm o y a n te de ses d e n te lle s et de ses m o u s se lin e s , p a re ille à\nu n sa u le de n e ig e , — c o m p a ra iso n d ’a u ta n t p lu s exa cte, q u e la c o m te s se a v a it\nu n e jam b e de b o is fig u r a n t le tr o n c de l ’a rb u ste ; M ad am e de S te r n itz q u i\nv e n a it d ’é p o u se r le m in is tre de l'in té r ie u r , en P r u s s e , et q u ’o n a p p ela it la\np rin c e s se T r o m p e tte , en m o q u e r ie de so n p e tit n e z très-d rô le , jo li d ’ a ille u r s ;\nle p rin c e F lé d r o -S c h è m y l, le p lu s c h a m b e lla n des h o m m e s ; et d es m a gn ats\nd o ré s e t p a ssem en té s, e t des p ia n iste s, et des d ip lo m a te s, et des té n o r s, et des\na m b a ssa d eu rs, et le m a rq u is Y é s a d o , p lé n ip o te n tia ire ja p o n a is , q u i, d ’ u n\nsé jo u r à In s p ru c k , a v a it g a rd é l ’h a b itu d e de s’h a b ille r en p â tre ty r o lie n .\n   C ’éta it a v e c u n e im p a tie n ce fé b rile q u e n o u s a tte n d io n s la p re m iè re r e p ré ­\nse n ta tio n d e l’O r du D a n u b e. N o u s a llio n s p le in e m e n t c o n n a îtr e le c h e f-d 'œ u v re\nd o n t n o u s a v io n s ta n t de fois lu , re lu la p a r tit io n ! Q u e lq u e c h o se p o u rta n t\n"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4188, "texte": "                                                       -     71 -\n\n g ê n a it m a jo ie ; je n ’ig n o r a is pas q u e H a n s H a m m e r a v a it p ro te sté c o n tre\n l ’e x é c u tio n d ’ un o u v ra g e q u i n ’ éta it q u e la p re m iè re p a rtie , le p ro lo g u e d ’u n e\n c o lo ss a le é p o p é e d r a m a tiq u e , in a c h e v é e e n c o r e ; le p o è te -m u s icie n a va it d û\n en fin s o u m e ttre sa v o lo n té à v o tre c a p ric e , S ire ! M ais p le in d ’u n e s o u rd e c o ­\n lè re il s'é ta it b o rn é à liv r e r ses m a n u s c r its, n ’a v a it a ssisté à a u c u n e ré p é ti­\n tio n , s’ a b ste n a it m ê m e de p a ra ître à N o n n e n b o u r g . A h ! je v o u s en v o u la is ,\n M aje sté, de jo u e r l ’œ u v r e         de H a n s H a m m e r m a lg r é H a n s H a m m e r lu i-\nm ê m e ! et b ie n so u v e n t, je          m éd ita is là-d essu s, assis d a n s la b r a s s e rie , p rès\nd e la fe n ê tre , d ’o ù l ’o n         a p e rce v a it les . fe n ê tre s de la ré s id e n c e , p e n d a n t\nq u e L o tte o u O ttilia p la ç a it d e v a n t m oi, le g ra n d v e r r e de b iè re b r u n e , n o n\nsan s a v o ir tre m p é ses lè v re s ro se s d a n s la n e ig e m o u sse u se q u i d é b o rd e .\nC o m m e il y a lo n g te m p s de c e la ! Q u ’ ê te s-v o u s           d e v e n u e s , p e tite s se rv a n te s\nb lo n d e s, à q u i le s v o y a g e u r s fra n ç a is d e m a n d a ie n t de le u r a p p re n d re c o m ­\nm e n t o n d it « j e v o u s a im e » e n a lle m a n d ? v o s fia n cé s so n t-ils a llés à la\ng u e r r e ? e n so n t-ils re v e n u s ? ê te s -v o u s v ie ille s , êtes-vo u s m o rte s? M a is o ù\ne st la m o u sse des c h o p e s d ’a n ta n ?\n\n\n\n   A p r è s la r é p é titio n g é n é r a le , je q u itta i l ’o p é ra et j’ e n tra i à la b r a s se rie ,\nfu r ie u x , des ju r o n s a u x d e n ts ! M is é r ic o r d e ! Q u e v o u la it d ir e c e c i? É tio n s-\nn o u s à N o n n e n b o u r g o u d a n s q u e lq u e b o u r g a d e de P o m é r a n ie ? S o r ta is -je de\nl ’u n des p re m ie rs th éâ tres d u m o n d e o u d ’u n e b a ra q u e d e k e rm e s se ? L es\nc h a n te u rs , v a ille q u e v a ille , é ta ie n t su ffisan ts ; so u s la d ir e c tio n e n th o u s ia s te\ne t sa v a n te du m a ître d e c h a p e lle O tto             F ic h te r , l ’ o r c h e str e a v a it b ie n fa it\nso n d e v o ir ; m a is le s        d é c o rs ,   le s c o s tu m e s , les c h a n g e m e n ts à v u e ,        la\n« m a c h in e r ie », to u t c e la éta it m o n str u e u s e m e n t g r o te s q u e et p ite u x ! Il y\na v a it à la se c o n d e sc è n e , u n d r a g o n q u i a u ra it p a ru p u é r il d a n s u n d ra m e\nfa n ta s tiq u e re p ré s e n té a u th éâ tre G u ig n o l, et d o n t e u s se n t p o u ffé de r ir e les\nen fan ts m ê m e s       q u 'e ffr a y e n t e n c o r e   le s se rp en ts à d e u x         so u s q u e l ’o n\na ch è te d a n s les b a za rs.      L e tr é s o r d u D an u b e a v a it été tr a n sfo r m é en u n e\nfe r b la n te r ie q u i e û t d é s h o n o ré la c u is in e d 'u n e g a rg o tte , et le lu m in e u x p o n t\nde l ’a rc -e n -c ie l p ar o ù le s d ie u x tr io m p h a n ts m o n te n t d a n s le V a lh a lla éta it\nu n e p la n c h e de sa p in su r la q u e lle o n a v a it c o llé du p a p ie r tr ic o lo r e !          Im b é­\nc illité des m a c h in iste s ? p e u t-ê tre . M a u v a ise v o lo n té d es g e n s du th é â tr e ? p r o ­\nb a b le m e n t. Q u o iq u ’ il en fû t, jo u e r l’ œ u v r e d an s de te lle s c o n d itio n s, c ’était la\nc o n d a m n e r au d é sastre , à la risé e.\n   Q u e lq u e s p e rs o n n e s s ’e n tre m ire n t,      d e m a n d è re n t u n e a u d ie n c e au r o i.\nV o u s n e d a ig n â te s m ê m e p as les é c o u te r ju s q u ’a u b o u t, S i r e , v o u s b o rn a n t\nà ré p o n d re q u ’il v o u s p la is a it d ’e n te n d re l ’ O r du D a n u b e e t q u e v o u s l ’e n te n ­\nd r ie z a v a n t d e u x jo u rs . C e c i re d o u b la m a fu r e u r !     Je n e so n g e a i pas à ce\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3665, "texte": "                                                    -        72 -\n\nq u ’ a u ra it d 'a b s u rd e et de c h im é riq u e et de s té rile m e n t p é r ille u x la ré v o lte\nd ’u n se u l h o m m e , d ’ u n é tra n g e r in c o n n u , c o n tre la v o lo n té d ’u n p rin c e su b til\net ty r a n n iq u e ; et san s m ê m e r e g a rd e r la b e lle c h o p e d ’o r b r u n q u i p é tille et\nq u i m o u s se , je te n d is les· p o in g s v e rs la fe n ê tre de la ré s id e n c e , e n ju r a n t q u e\nl ’ O r du D a n u b e n e s e r a i t pas jo u é ! la B r a s s e rie a v a it d é c la ré la g u e r r e a u\n P a la is.\n                                                         *       *\n\n    L e le n d e m a in , H a n s H a m m e r é ta it à N o n n e n b o u r g . Je lu i a va is té lé g ra p h ié\n« v e n e z ». Il a v a it p ris l ’ e x p ress, il é ta it là . V o t r e M a je sté a v a it c o m p té sa n s\nl ’h ô te q u e je lu i a m e n a is : L ’a u te u r de l ’ O r du D a n u b e sa u ra it b ie n e m p ê ­\nc h e r q u e l ’o n re p ré se n tâ t l'O r du D a n u b e . Je tr io m p h a is! V o ic i c e q u i se passa.\nQ u a tr e fo is H a n s H a m m e r se p ré se n ta à la ré s id e n c e : q u a tre fo is il n e fu t pas\nr e ç u . Il é c r iv it a u r o i : le ro i n e ré p o n d it p o in t. Q u e fa ir e ? n o u s c o u r û m e s\na u th é â tr e . H a n s H a m m e r d e m a n d a it p e u de c h o se , d e u x o u tr o is r é p é ti­\ntio n s de l ’œ u v r e ,    d e v a n t lu i,    so u s sa d ir e c tio n . I l e sp é ra it p o u v o ir en\nq u e lq u e s h e u re s de tr a v a il    m e ttre         u n e a p p a re n c e d ’ o r d r e d a n s le c h a o s\nde la m ise e n sc è n e . M a is o n n e lu i a cc o r d a p as u n e ré p é titio n , pas u n e , p as\nu n e s e u le ! O n d it à l ’a u te u r : « V o tr e œ u v r e est à n o u s. N o u s n e v o u s c o n ­\nn a is so n s pas. M ê le z-v o u s de v o s a ffa ires » . P u is , le s o ir, v o u s n e l ’a v e z pas\no u b lié , S ir e , n o u s re ç û m e s la v is ite d ’ u n de vo s s e r v ite u r s ,— so n n o m ? je m e\nso u v ie n s q u e H a n s q u i faisa it v o lo n tie r s des c a le m b o u rs e n fr a n ç a is , l’ a p p e ­\nl a i t « ta rtu fflip » — et H a m m e r fu t p rié , a v e c u n e e x q u is e p o lite ss e , d e q u itte r\nim m é d ia te m e n t N o n n e n b o u r g ; en u n m o t, e x p u ls é . C e c i d é ra n g e u n peu\nla lé g e n d e d u je u n e ro i m é lo m a n e , é p erd u de so n m u sic ie n ! j ’ en su is fâ c h é .\nJe dis ce q u e j’ ai v u et e n ten d u .\n\n                                                     *       *\n\n    H a n s H a m m e r p a rti, je n e p o u v a is p lu s rie n , se m b la it-il. A h ! j ’ étais\ne n c o r e à l 'â g e h a rd i des e n th o u s ia s m e s e m p o rté s e t des c o lè re s q u i r é flé c h is ­\nse n t p e u ; je m e h a sa rd a i à c o n tin u e r la lu tte c o n tre V o t r e M a je sté. Je c o u r u s\nc h e z le m a ître      de c h a p e lle O tto     F ic h te r , e n th o u s ia s te c o m m e          m o i d e la\nm u siq u e n o u v e lle , a m i c o m m e m o i d e H a n s H a m m e r ; je lu i d e m a n d a i :\n   —      C o m b ie n   fa u d ra it-il d e jo u r s à u n            e x c e lle n t c h e f d ’o r c h e s tr e p o u r\né tu d ie r l 'O r du D a n u b e !\n   — P o u r l'é tu d ie r d e m a n iè re à en d ir ig e r l ’e x é c u tio n ?\n   — O u i.\n   — Q u in z e jo u rs .\n   — V o u s e n êtes sû r?\n   —    P a rfa ite m e n t sû r.\n   —     E h b ie n , m o n c h e r F ic h te r , d o n n e z v o tr e d é m is sio n .\n"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3971, "texte": "                                                    -    73 -\n\n   F ic h te r , a u jo u r d ’h u i, est l ’u n des c h e fs d ’ o r c h e s tr e le s p lu s re n o m m é s et\nle s p lu s c h è re m e n t r é tr ib u é s de l ’A lle m a g n e e n tiè re . M ais, je u n e a lo rs , il é ta it\np a u v r e , n ’ a v a it d ’a u tre re s s o u rc e q u e sa p la c e q u i lu i v a la it q u a tre o u c in q\nm ille flo rin s . J ’o sa i p o u rta n t lu i c o n s e ille r d ’a b a n d o n n e r cette p la c e , p a rce\nq u e je se n ta is b ie n     q u e , m o i a u ssi p a rd ie u ! j ’eu sse été c a p a b le d ’u n p a re il\ns a c rific e . Il s ’é cria e n se fro tta n t le s m a in s : « C o m m e n t d ia n tre , n ’ avo n s-\nn o u s pas p e n sé à c e la ? » E t san s h é s ita tio n , jo y e u s e m e n t, il é c r iv it et sig n a\nsa d é m is sio n q u e n o u s e n v o y â m e s s u r le c h a m p à la R é sid e n c e ! V o u s étiez\nv a in c u , S i r e ! H é la s , n o n ! en s o rta n t d e c h e z m o i l e le n d e m a in , je v is q u e\nl 'O r du D a n u b e é ta it a ffich é p o u r le s o ir m ê m e . I l s ’é ta it tr o u v é u n m a ître\nd e c h a p e lle p o u r d ir e : « c ette p a rtitio n ? je la sais p a r c œ u r ! « C ’ e n était d o n c\nfa it! v a in s e ffo rts ! v a in s se rm e n ts ! le P a la is tr io m p h a it de la B r a s s e r ie .\n\n                                                         *\n                                                        * *\n\n    L e jo u r su iv a n t, v e r s c in q h e u re s et d e m ie du s o ir, so u s le so le il e n c o r e v if,\nu n e fo u le p a c ifiq u e et le n te c o m m e l ’est to u t b o n p u b lic a lle m a n d , m o n ta it\nle s v astes m a rc h e s d e l ’o p é ra de N o n n e n b o u r g ; et v o u s , S ire , a y a n t su iv i le\nC o r r i d o r d e s T a p is s e r ie s q u i c o n d u it d e la R é sid e n c e a u th é â tre , v o u s é tie z\nd é jà d a n s v o tr e lo g e , a u fo n d , s e u l. L e n o u v e a u m a ître d e c h a p e lle , — u n\np e tit ju if, ja u n e et c h a u v e c o m m e u n e tête de m o rt, —                é ta it d e b o u t, a lla it\nle v e r le b â to n . V o u s a tte n d ie z, c o n te n t.\n    P e n d a n t ce te m p s, d e u x h o m m e s à tr a v e r s le s ru e s p re sq u e d é serte s s’en\na lla ie n t v e r s le c h e m in d e fer, le c o lle t de l ’ h a b it re le v é , le ch a p e a u su r le s\ny e u x . L ’u n g r o s , l ’a u tre m a ig r e . C e lu i q u i é ta it m a ig r e , c ’ é ta it m o i. A r r iv é\nà la g a re , je p r is u n b ille t de se c o n d e c la s se , et c o u ru s le re m e ttre à m o n\nc o m p a g n o n q u i é ta it d é jà p rè s de la v o ie , d e v a n t u n w a g o n o u v e r t. I l m e d it:\n« N o u s fa is o n s u n e c h o se très g r a v e . A p ro p re m e n t p a rle r, l ’o p é ra d e N o n ­\nn e n b o u r g n ’a p as d e d ir e c te u r .    C ’est e n v e rs le ro i se u l, e n v e rs le r o i lu i-\nm ê m e q u e les a rtiste s so n t e n g a g é s : je n e m ’e x p o se pas se u le m e n t , à p a y e r\nu n d é d it ; je ris q u e — c a r je p u is ê tre ra ttra p p é ! d a n s u n e h e u r e , to u te la\np o lic e sera à m es tro u ss e s ! — je ris q u e u n e c o n d a m n a tio n sé v ère, la p ris o n ,\nl ’a m e n d e. M ais n ’im p o rte .       V o u s a v e z ra iso n , la g lo ir e de H a n s H a m m e r\na v a n t to u t. S e u le m e n t v o u s d e v rie z p a r tir a v e c m o i ».\n   — P o u rq u o i don c?\n   — L e ro i sa u ra q u e v o u s a v e z été m o n c o m p lic e .\n    — E h ! j ’y c o m p te b ie n .\n   — V o u s se r e z in q u ié té : m o n te z d a n s le w a g o n .\n   — B a h ! je tie n s à e n te n d re l 'O r du D a n u b e , dis-je e n é c la ta n t de rir e .\n   N o u s n o u s se rrâ m es la        m a in . U n        cou p   de sifflet, u n c o u p de c lo c h e ,\nle tra in se m it en m a rc h e .\n"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1345, "texte": "                                               — 74 —\n\n    U n e h e u re a p rè s j ’e n tra is a u th éâ tre. L a to ile se e va it, m ais ce n e fu re n t\npas les d ie u x é n o rm es des â g e s a n tiq u e s q u i a p p a ru re n t s u r la s c è n e ! U n\nv ie u x ré g is se u r s ’a v a n ç a , fo rt p e n a u d : « la re p ré s e n ta tio n éta it re m ise ; l ’u n\ndes c h a n te u rs — c e lu i q u i d e v a it re m p lir le r ô le p r in c ip a l, — a y a n t d is p a ru ».\nIl y e u t d a n s v o tre lo g e , S ir e , u n g ra n d b r u it v io le n t d e fa u te u il re n v e rs é !\nc o lè re in u tile , q u o iq u e ro y a le : L 'O r du D a n u b e n e fu t jo u é q u e l’a n n é e\nsu iv a n te , d a n s u n lu x e m e r v e ille u x de d é c o rs , a v e c u n a rt p a rfa it de m ise\nen s c è n e ; j’a va is c o m m is le c rim e d e lè se -m a je sté p o u r v o u s e m p ê c h e r\nde c o m m e ttre c e lu i de lè se -g é n ie ! M a is il p a ra ît q u e v o u s n e m ’en sû tes\na u c u n g ré . A u c o n tra ire , q u e lq u ’ u n alla ju s q u ’à m e d ir e q u e je p o u rr a is\nb ie n ê tre a rrê té . J ’a tte n d is . R ie n . V o u s v o u s êtes b o rn é à s a is ir m o n liv re\nq u a to r z e an s p lu s tard .\n                                                                    C A T U L L E M ENDÈS\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-12-13-n2-004", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 75, "page_fin": 75, "titre_corps": "Tristesse de Septembre", "titre_sommaire": "Tristesse de Septembre", "signature_source": "Éphraïm MICHAEL", "ancre_debut": "TRISTESSE DE SEPTEMBRE", "ancre_fin": "Éphraïm MICHAEL", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1024, "texte": "T R IS T E S S E D E SEP T E M B R E\n\n\nQuand le vent automnal sonne le deuil des chênes\nJ e sens en moi, non le regret du clair été,             ·\nM ais l ’ineffable horreur des floraisons prochaines.\n\nC'est p a r l'a vril fu tu r que j e suis attristé ;\nE t j e plains les forêts p uissantes, condamnées\nA fle u r ir tous les ans pendant l'éternité.\n\nCar, depuis des milliers innombrables d'années,\nCe sont des blés pareils et d identiques fleurs,\nInvariablement écloses etfanées;\n\nCe sont les mêmes vents susurrants ou hurleurs,\nL a même odeur parm i les herbes reverdies,\nE t les mêmes baisers et les mêmes douleurs.\n\nMaintenant les forêts vont s'endormir, raidies\nP a r les givres, p our leur sommeil de peu d ’instants.\nPuis, sur l'immensité des plaines engourdies,\n\nS u r la rigidité blanche des grands étangs,\nJe verrai reparaître à l'heure convenue — ·\nComme un fantôme impitoyable — le printemps;\n\nO les soleils nouveaux ! la saison inconnue !\n\n                                   É p h r a ïm   M IC H A E L.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-12-13-n2-005", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 76, "titre_corps": "Coucher de Soleil", "titre_sommaire": "Coucher de Soleil", "signature_source": "Pierre QUILLARD", "ancre_debut": "COUCHER DE SOLEIL", "ancre_fin": "Pierre QUILLARD", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 1294, "texte": "COUCH ER D E              S O L E IL\n\n                                                 A L. Lévy.\n\nLe Soir vient à pas lents, ténébreux rétiaire,\nQui jette son filet dans les deux assombris\nE t brise avec l’armure aux fulgurants débris\nLe glaive éblouissant de la Splendeur solaire.\n\nLes lutteurs ont l’espace infini pour champ clos :\nMais le soleil lassé de sa course diurne\nTombe, et comme un ruisseau coule d’une grande urne,\nLe sang du dieu vaincu s’épand à larges flots.\n\nSon corps étincelant roule sur les nuées\nE t souille la blancheur de leurs neigeux sommets :\nAinsi, sous le couteau, le sang tache à jamais\nLes neigeuses toisons et les brebis tuées.\n\nHélios renversé, lentement s'immergeant\nEn une flamboyante et splendide spirale,\nS'enfonce sous les flots teints de sa pourpre astrale,\nComme un cadavre d’or enlinceulé d’argent\n\nMais très longtemps encor, lorsque la nuit s'étale\nEt laisse son obscur manteau flotter dans l’air,\nIl empourpre, en sombrant, les vagues de la mer\nE t rougit d’un reflet la rive occidentale.\n\nAinsi quand le Hasard étreint entre scs nœuds\nL ’Espoir, gladiateur sanglant que l’ Ombre accable,\nLe héros terrassé de la lutte implacable\nLaisse dans notre nuit des reflets lumineux!\n                                     P ie r r e Q U IL L A R D .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-12-13-n2-006", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 77, "page_fin": 79, "titre_corps": "Impressions et Sensations", "titre_sommaire": "Impressions et Sensations", "signature_source": "Arnold GOFFIN", "ancre_debut": "IMPRESSIONS ET SENSATIONS", "ancre_fin": "Arnold GOFFIN", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 1907, "texte": "IMPRESSIONS ET SENSATIONS\n                                         I\n                                                               « N ever m ore »\n\n        LES jo u r s , po u r m oi, s ’écou len t et d isp araissen t, tou r à tou r,\n         tristes d ’u n e cru elle et douce tristesse !\n            O S a in te et chère M élan colie, quel ch arm e tu es pour\nm on â m e en dolorie et fro issée. — O S p leen , enfonce dans m on\ncœ u r, — au plu s profond de m on cœ u r, tes griffes acérées !\n  A b sin th e ! H asch ich ! O piu m ! O poisons ! E n iv ra n ts et célestes\nP h iltr e s ! co n solateu rs des su p rêm es d ésespoirs ! je vo u s dédaigne\net vo u s rejette lo in de m ci.\n  C a r, — je ne v e u x pas, — je ne v e u x p lu s être c o n so lé ! L es\nso u v en irs du passé, se rep résen tan t à m es y e u x sou s les plu s é cla ­\ntan tes co u leu rs, rend ent m a p o sition présente in com p arablem en t\nm alh eu reu se. Je m e p la is à ce rap p el des ria n tes époques de m a\nv ie , ca r m on in cu ra b le ran cœ u r s ’ en a ccro ît; —      la v isio n des\nchoses abolies a v iv e la flam m e qui m e d évo re , et m on âm e chante\nles d é lic ie u x poèm es de la D o u le u r !\n\n   O m a D o u le u r, —    in son dable et am ère, m u ltiform e com m e\nl ’ O céan, tro u b lan te a in si q u ’un   crép u scu le, — je     v e u x élever\nla v o ix et en ton n er u n cantiqu e à ta g lo ire !\n   L a m élan co lie douce de l ’autom ne à la p aru re dorée est u ne\ntrio m p h an te Joie aup rès de toi; — la n avran te tristesse des cim e­\ntières p a u v re s, sans fleu rs et sans so leil, où sont e n sev e lis les\nm isérab les, p êle-m êle, dans la fosse com m une, ne t’ égale pas,\nim m a té rie lle D ésespéran ce !\n   C a r, — tu m e crées d ’a rtificiels ja rd in s, où croissen t — bizarres\net co n to u rn ées, sin istres au ssi, les plan tes tro p icales, au x senteurs\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "                                      -   78 -\nâcres, a u x p arfu m s      em poisonnés. A v e c délices, je resp ire leu r\natm osphère lou rd e et vénén eu se, — et la pou rp re enflam m ée de\nleu rs fleu rs m e com ble d’u n e d élicate et précieu se v o lu p té !\n\n  N ovem b re 1884.\n\n\n                                          II\n                                                        « A m a grande am ie. »\n\n   L a M euse rou le lentem ent ses ea u x calm es, p a isib le s, san s\nvagu es, presque sans rem ous, — et, à ch aqu e d étou r du ch em in ,\nsem ble a lle r s ’en gouffrer dans u n in fran ch issab le cu l-d e-sa c, form é\np a r les m on tagnes, ou vertes, ou roch euses, qui de tou s côtés\ns ’en trecro isen t et ferm en t l ’h o rizo n .\n   L e so leil n ’a pas b rillé a u jo u rd ’h u i; le ciel d ’u n g ris sa le ap p e­\nsa n tit u n e tristesse su r la n a tu re ; l ’atm osphère p a ra ît sa tu rée\nd ’u n e im palpable poussière, un épais b ro u illa rd estom pe et com ble\nles v a llo n s et se déchire a u x bosquets de sap in s qui g rim p en t a u x\nflancs de la m on tagne.\n  U n tra in de m archand ises g r a v it pén iblem en t les v o ie s tracées\nau tra ve rs des sin uosités de la côte ; la lo co m o tiv e essou fflée,\nanhèle, m u git, crach e et tire, a vec des efforts saccad és, les lou rd s\nw a g o n s.\n   A u b o u t de la v a llé e ap p a ra ît confusém ent u n e m asse som bre :\nc ’est G iv e t, sen tin elle avan cée qui v e ille a u x fro n tiè res. A ssis su r\nle roc et su rplom ban t la v ille , le fort de C h a rlem o n t dresse ses\nsévères m u ra illes, percées de m eu rtrières.\n  D es clairo n s et des tam bou rs s ’ex ercen t su r quelque cham p de\nm an œ u vres, et les son neries se rép ercu ten t à tous les accidents du\nterra in : a u x éclats triom ph an ts et jo y e u x d ’u n pas de ch a rg e, a\nsuccédé le ryth m e, len t et assou rdi — com m e v o ilé de m âles sa n ­\ng lo ts — d ’u n e m arche funèbre, évoq u an t à m es y e u x d ’in te rm i­\nnables et solen n elles théories de prêtres, drapés dans de m a jes­\ntu eu ses robes a u x p lis rigid es.\n  So u rd em en t, un coup de canon                reten tit alo rs, —     p u is, un\nsecon d; en su ite, et à in te rv a lle s ég a u x , a v e c u n e sin istre et tro u ­\nblante rég u larité, les m on stres de bron ze ton nen t.\n   L e v e n t s ’est levé, fu rie u x , et agite dans l ’espace d’in v isib le s\n"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 535, "texte": "                                   — 79 —\nsu aires ; — à chaqu e rafale qui b a la y e la cam p agne, de lon gs cris,\ndes p lain tes h u rla n tes, lam en tablem en t désespérées, a rriv e n t à\nm on o reille et m e p én ètren t d ’effroi.\n   L a n u it d escend it, et to u jo u rs, dans l ’h o rreu r des ténèbres,\nj ’ en ten d ais p leu re r la m u siqu e des fu n é ra ille s, ponctuée p a r la\ngran d iose et lu g u b re v o ix du canon.\n  O ctobre 1884.\n                                                   A rnold     G O F F IN ."}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-12-13-n2-007", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 79, "page_fin": 79, "titre_corps": "Le Désir", "titre_sommaire": "Le Désir", "signature_source": "Jean AJALBERT", "ancre_debut": "LE DÉSIR", "ancre_fin": "Jean AJALBERT", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 571, "fin_caractere_exclue": 1479, "texte": "LE     D É S IR\n\n\n           Ce serait sur un lit aux colonnes d’albâtre,\n           tendu de rideaux lourds, tombant sur les tapis,\n           où seraient dessinés la bergère et le pâtre,\n           niais exquisement — dans la mousse tapis.\n\n           Le papier s’égaierait d’une troupe folâtre\n           d'amours roses, joufflus, têtant le lait aux pis\n           des vaches que l’on voit, dociles, — sur le plâtre,\n           se prêter aux enfants, sous elles accroupis.\n\n           Chaque heure amènerait un spectacle féerique,\n           matins blancs, midis d’or, soirs de cuivre ou de brique,\n           lune bleue, argentant l'émeraude des prés ;\n\n           Il pleuvrait des parfums, il neigerait des astres\n           autour de notre lit gardé de tous désastres,\n           et je boirais l’oubli dans des baisers sucrés.\n                                                      J ean   A JA LBER T.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-12-13-n2-008", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 80, "page_fin": 80, "titre_corps": "Alleluia", "titre_sommaire": "Alleluia", "signature_source": "Paul BERLIER", "ancre_debut": "ALLELUIA", "ancre_fin": "Paul BERLIER", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1234, "texte": "A L L E L U IA\n\n\nTon printemps sur ma route égrène ses lilas !\nOh! la liqueur d’amour bue à pleine cuvelle,\nVivifiant alcool où, lorsqu'il se sent las,\nL ’esprit vient repuiser une vigueur nouvelle !\n\nOh ! le doux Paradis d’espérances pavé\nOuvert aux seuls élus que ton baiser consacre;\nIndicible bonheur entre tes seins trouvé\nTrônant dans les parfums, arc-en-ciellé de nacre !\n\nO h! l'adieu frémissant commencé tant de fois,\nInterrompu toujours — et, lèvres contre lèvres,\nCet : « à demain, bien sûr ? » mourant avec ta voix\nSur un ton de prière aux résonnances mièvres.!\n\nTon printemps sur ma route égrène ses lilas :\nMes veilles par le spleen ne sont plus attristées;\nL ’heure où tes bras d’enfant ont bercé mon front las\nS’est gravée en mon cœur parmi les plus fêtées...\n\nTrès-doux sont les couchers de soleil sur la m er;\nTes tendresses, mignonne, ont les douceurs pareilles.\nE t comme — après le soir tombé — le flot amer\nLongtemps roule avec lui des images vermeilles,\n\nAinsi, quand j ’aurai lu ton roman radieux\nQuand la dernière ligne en sera bien finie,\nDans la nuit qui suivra nos suprêmes adieux\nLa page d’aujourd’hui luira — folle et bénie!\n\n                                     P aul   B E R L IE R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-12-13-n2-009", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 81, "page_fin": 83, "titre_corps": "Heures d’amphithéâtre : Saint-Nicolas", "titre_sommaire": "Heures d’amphithéâtre : St-Nicolas", "signature_source": "Henry de TOMBEUR", "ancre_debut": "HEURES D’AMPHITHÉATRE", "ancre_fin": "Henry de TOMBEUR", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1757, "texte": "HEURES D’AMPHITHÉATRE\n                              S A IN T -N IC O L A S\n\n             F\n             R IM A IR E   sème sur la terre le m oelleux duvet qui la gardera\n             de l’âpreté des hivers; la neige tombe, ensevelissante et\n             calm e; sous cet émiettement blanc des cieux invisibles,\n             M onseigneur Saint-N icolas, patron des bébés roses et des\nenfançonnets joufflus, commence sa tournée prodigue . Son âne est\nchargé de m ille choses joyeuses; pour lui, sous le manteau de chaque\nchem inée, gît la tranche de pain bis ou la poign ée de foin, et aussi la lettre\nnaïve depuis de longs jours méditée, confiante requête au dispensateur\nqui accom plira les rêves longuem ent caressés. M onseigneur Saint-\nN icolas passe, souriant et paisible, refaisant sa tâche de toutes les\nannées ; les flocons cristallins ouatent sa mître d’or et poudrent à\nfrimas sa barbe de patriache; son bon âne qui chem ine étouffe dans\nla neige le bruit de ses pas ; — cependant, bien des bambins à mines\néjouies veillent sous les chaudes couvertures, avec un peu de terreur\nvague et un ardent désir de surprendre le mystérieux voyageur.\n  Ils tendent l’oreille, furtifs : mais r ie n !... rien ! S i pourtant; au-\ndedans d ’eux-mêmes, ils entendent battre à coups sourds leur petit\ncœ ur ém u         on dirait le bruit lointain des pas d ’un géant dans les\nrues désertes. V ite, les têtes mutines disparaissent sous l ’édredon,\ntandis qu’une appréhension délicieuse les poigne : « C ’est Saint-\nN icolas qui passe ! »\n\n  Mais l’attente se fait longue ; peu à peu, les yeux vifs se ferment ;\ntout dort. L es complaintes des bises implorantes d’hiver viennent\nexpirer au sein des          chambrettes frileusem ent closes ; ainsi      l’on\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2128, "texte": "                                  —    82 —\n\n peut ouïr, dans la conque ramassée sur la plage, l’étrange m élopée des\n grèves, où chantent les voix plaintives, hurlantes et infinies de la mer.\n\n\n\n   C e matin-là, le docteur descendit en souriant de sa voiture encom ­\n brée d ’énormes paquets; il traversa les cours et les profonds couloirs\nde l’H ôpital ; les internes, en longs tabliers blancs, se levaient à son\napproche, stupéfaits de son allure réjouie, lui toujours si froid, et sur\nle visage duquel les longues souffrances contemplées avaient figé un\nmasque de morne im passibilité. L e docteur les salua d’un geste, et\nenfin, ouvrant une porte sur laquelle on lisait : « M aladies des Enfants.\nService du D octeur X . », il entra.\n   D evant lui, s’alignaient les rangées des lits de fer ; ci et là, une\ninfirm ière se penchait, soignant les pauvriots malingres et hâves dont\nles yeux brûlaient de fièvre, ou larm oyaient de la toux suffocante qui\nsecouait les êtres frêles, leur mettant au front la saillie tourmentée\ndes veines violacées.\n  Paternel, le docteur fit sa tournée, accueilli par des regards à la\nfois reconnaissants et craintifs; puis, il vint se planter devant le\npoêle, dans un coin de la salle, et tout haut, dem anda m alicieuse­\nment.\n  — « E h bien? E t Saint-Nicolas? S i nous avons été très-sages, il doit\nêtre venu ? »\n   Sur les visages souffreteux curieusement tournés vers lu i, passa un\nsourire triste. H élas! non, Saint-N icolas n’avait pas pensé aux petits\nabandonnés.\n  — « S i pourtant j ’allais dire à Saint-N icolas : — toutes les tètes se\nsoulevèrent avidement — « il y a ici beaucoup d ’enfants bien sages, qu ’il\nne faut pas oublier », est-ce que chacun prendrait toujours sa m éde­\ncine, sans pleurer, pour être vite guéri ? »\n  U ne expression d ’attente incrédule se peignit sur les figures amai­\ngries.\n  — « H é bien, Saint-N icolas est venu chez m oi; et m ’a dit : «V oilà\npour ceux qui vous obéiront comme de braves petits garçons ». Pour\nqui sera-ce ? »\n  —      P our moi, docteur ! pour moi ! pour moi !\n  A      ce moment, deux infirmiers entrèrent, chargés des paquets\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1095, "texte": "                                -   83 -\n\napportés dans la voiture. L e s enfants, accoudés sur leurs oreillers,\nregardaient, haletants, tandis qu’on déployait les grands papiers gris.\n  Bientôt, la distribution des trésors qu’ils celaient fut faite, accueillie\npar des cris de surprise heureuse ; les rires sonores et les exclamations\njoyeuses saluèrent les richesses enfantines étalées sur les lits : Saint-\nN icolas avait songé aux misérables et aux déshérités.\n  E t l’excellent docteur, sentant en son cœur une satisfaction exquise,\nse frottait les mains en souriant; l ’émotion envahissante lui m ouillait\nles paupières, et un bonheur intense rayonnait sur ses traits toujours\nsévères. C'était sa seule fam ille et ses seuls amis que contem plait le\nsavant; leurs joies et leurs souffrances étaient les siennes; il reportait\nsur eux les profondes tendresses étouffées dans sa vie solitaire.\n  E t tous les ans, pendant cette journée bénie et longtemps désirée,\nses petits protégés oublient presque leurs âpres douleurs.\n\n                                           H enry   de   TO M BEU R."}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-12-13-n2-010", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 83, "page_fin": 83, "titre_corps": "Lune d’Avril", "titre_sommaire": "Lune d’Avril", "signature_source": "Adolphe RIBAUX", "ancre_debut": "LUNE D’AVRIL", "ancre_fin": "Adolphe RIBAUX", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 1937, "fin_caractere_exclue": 2023, "texte": "lune d’avril.\n                                             A d o l p h e R IB A U X .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-12-13-n2-011", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 84, "page_fin": 84, "titre_corps": "Forêts du Nord", "titre_sommaire": "Forêts du Nord", "signature_source": "André FONTAINAS", "ancre_debut": "FORÊTS DU NORD", "ancre_fin": "André FONTAINAS", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1242, "texte": "FO R Ê TS D U N OR D.\nPar les grèves —- où gît le trésor des épaves,\nOù les corps, que la mer en furie a crachés,\nPourrissent, des vivants vainement recherchés —\nSe dressent vers les deux les forêts scandinaves.\n\nElles s’étendent loin dans la plaine, et les eaux\nY creusent des sillons en tous sens dans la vase\nFormant de place en place un marais qui s'évase\nEt dont sortent, touffus, les joncs et les roseaux,\n\nSous les arceaux serrés des gigantesques arbres,\nJamais un seul rayon de lune ou de soleil\nN ’a pénétré : la nuit sans fin, et le sommeil,\nL'impassibilité froide et lourde des marbres.\n\nPas un oiseau n’y fa it retentir ses chansons ;\nPas un être vivant; pas de feuille qui bouge;\nNi par le vert printemps, ni par l'automne rouge,\nIl ne s'élève un bruit quelconque des buissons.\n\nToujours ce profond calme et cet épais silence :\nMême lorsqu’au rivage où se taisaient les flots\nL ’ouragan met sa voix, que coupent des sanglots,\nEt, terrible, du haut des nuages s'élance. —\n\nL'esprit humain, parfois, sans rêves, se blasant,\nSans regrets, échappé de toutes les entraves,\nEst pareil aux forêts des pays scandinaves\nQui ne s’éveillent plus de leur sommeil pesant...\n                                A ndré   F O N T A IN A S.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1884-12-13-n2-012", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 85, "page_fin": 86, "titre_corps": "Chronique musicale : Freyhir", "titre_sommaire": "Chronique musicale : Freyhir", "signature_source": "Marc HAROLD", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "Marc HAROLD", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 92, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2837, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n\n                                                     F R E Y H IR\n\n\n                    Av E C   le s p r e m iè r e s n e ig e s         n o u s so n t        r e v e n u s le s c o n c e r t s\n                     p o p u la ir e s ,    d o n t le      p r e m ie r n o u s a           donné deux             œ u vres\n                     in é d it e s o u à          p e u p r è s : F r e y h ir , t r o u v a n t à          B r u x e lle s la\n                     c o n s é c r a t io n d u b r i l l a n t s u c c è s o b t e n u à           L o u v a in , e t u n e\ns y m p h o n i e d u m a ît r e a lle m a n d B r a h m s ,                     é c r it e s o u s le s o u ffle d ’u n e\ni n s p i r a t io n r é e l l e , m é lo d i q u e c o m m e c e l l e s d e B e e t h o v e n d o n t B r a h m s\nv e u t ê t r e u n d i s c i p l e i n d i r e c t , e t o r c h e s t r a le c o m m e t o u t e s le s c o m p o ­\ns i t io n s m o d e r n e s .\n    C h e z B rah m s,            l ’in s p ir a t io n     a b o n d e , d o u c e e t so u te n u e,             so u ven t\no r ig in a le .\n    C e m a ît r e , c o m m e to u s                ceux       que        l e f e u s a c r é a n im e , é c r it s a n s\ni d é e f i x e s o u v e n t , m e t t a n t e n h a r m o n ie u n f l u x p a r f o is tr o p a b o n d a n t\nd ’i d é e s ; œ u v r e s f a it e s c o m m e            n o u s é c r iv o n s       u n c o n te d o n t le s u je t\né c h a p p e , m a is q u i n o u s f o u r n it l ’o c c a s io n d e d ir e c e q u i n o u s e n c o m b r e\nle c e r v e a u ; t e l l e e s t l a t r o is iè m e s y m p h o n ie .\n    L a g r a n d e m a jo r it é d e s a u d it e u r s d u c o n c e r t d e d im a n c h e , é ta ie n t\nv e n u s là        p o u r e n ten d re         su rto u t     F r e y h ir , l ’œ u v r e        n o u v e lle   d ’E m ile\nM a t h i e u , q u i , j e u n e e n c o r e , a e u l e r a r e b o n h e u r d ’ê tr e p r o p h è t e e n\ns o n p a y s , e t d e c a p t i v e r d e p r im e a b o r d la s y m p a t h ie d u p u b l i c .\n    C ’e s t q u ’e n e ffe t ,      cg     p u b l i c B e l g e a u t r e f o is si r é t i f à l ’a r t n a t io n a l,\nm a is a u j o u r d ’h u i q u a s i- d o m p t é p a r la n o u v e l l e g é n é r a t io n d ’a r tis te s , a\nr e c o n n u d a n s le         d i r e c t e u r d e l ’ E c o le d e         m u s iq u e d e         L o u v a in , u ne\no r ig in a lit é     dégagée,             une     p e r s o n n a lit é      p u is s a n t e .    Qui      n e se     ra p ­\np e l l e le s u c c è s d e b o n a lo i d u H o y o ux e x é c u t é l ’a n d e r n i e r ?\n    A in s i q u e W a g n e r             et   B e r lio z ,   E m ile        M a t h ie u é c r it lu i- m ê m e s e s\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1892, "texte": "                                 — S6 —\nstrophes; ses vers com m e ceux de tous les m usiciens, sont avant\ntout réguliers et bien rythmés, qualités principales pour la poésie\ndestinée à être mise en musique, et que bien souvent les librettistes\nnégligent pour soigner la rime et la construction, qui cependant\ndeviennent im perceptibles à travers l’enveloppem ent m usical.\n   Freyhir est au Hoyoux ce que toute œ u vre nouvelle est à la précédente :\ncelle-ci plus inspirée, celle-là plus mûre, plus correcte, mais aussi plus\ngênée. Le Hoyoux a une belle allure vive, pleine de franchise, d’une\noriginalité incontestable, par laquelle l’auditeur est « em ballé \" incon­\nsciemment.\n   Dans Freyhir, l’inspiration est souvent ternie par l'effort sensible de\nl ’artiste, devenu plus soucieux de la forme et de la correction. Il en\nrésulte qu’à côté de m orceaux vraim ent beaux, on trouve des passages\nlourds qui déparent l’œuvre et semblent être du rem plissage ; parmi\nles premiers, nous citerons l ’introduction] et le finale de la première\npartie et de la troisième. L a 'deuxième partie de l’œuvre mérite de\nprendre rang dans les derniers, malgré certains motifs très réussis.\n  Nous souhaitons à E . M athieu plus d ’abandon, plus de confiance\nen lui-même. E n m usique surtout, il faut craindre de sentir l ’acadé­\nm icien. Q ue le musicien s’applique à donner à son œuvre un cachet de\nperfection dans la disposition des éléments qu’il met en jeu, rien de\nm ieux ; mais il est préférable d’entendre une œuvre faite « avec le\ncœ ur » et incorrecte, que sortie de la pensée armée d ’un brevet de\nfacture, mais où le sens personnel de l ’artiste n’a rien pu laisser.\n  Q uoiqu’il en soit, le succès de Freyhir est mérité. E t M athieu\nse fera la place large, au premier rang, où brillent déjà P eter B en oît\net Erasm e Raw ay.\n                                               M arc   HAROLD.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 66, "texte": "                                          PRIX DU NUMÉRO : 50 CENTIMES.\n\n\n\n\n                                      Samedi 13 Décembre 1884.\n\n\n                          s o m m c A i% E\n\n\nJoseph     S teven s        {Suite)                            C a m il l e    LEM ONNIER\nE p it r e a u R o i d e T h u r in g e ' '                    C A T U L L E MENDÈS.\nP oèm es e n      pro se      : C h apelets                    R odolph e          DARZENS.\nT r is t e s s e d e    S eptem bre                            E p h r a ïm    MICHAËL.\nC oucher de            S o l e il                              P ie r r e     Q.UILLARD.\nI m p r e ssio n s e t S e n s a t io n s                      A rno ld        G OFFIN.\nI . e D é s ir                                                 Je a n   A JA LB ER T .\nA l l e l u ia                                                 P aul    BERLIER.\n\nH e u r e s d ’A m p h i t h é a t r e : S t - N i c o l a s   H enry         de   TOM BEUR\nL u n e d ’A v r i l                                           A d olph e          RIBAUX.\nF orêts du         N ord                                       A ndré F O N T A IN A S .\n C h r o n iq u e M u s ic a l e : F r e y h ir                M arc        H ARO LD .\nN o u v e l l e s d e l ’A r t e t d u L iv r e\n\n\n\n                               BRUXELLES.\n                 J .-B . MOENS, libraire-éditeur\n                           7, Galerie Bortier, 7\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "          LA BASOCHE\n                  REVUE LITTÉRAIRE ET ARTISTIQUE\n Paraissant le 13 de chaque mois, en livraisons de 32 pages au moins.\n\n\n                   PRIX D E L ’ABO N N EM EN T :\n      B elgique : 4 fra n cs p ar an. — U n ion P o s ta le : 5 fran cs.\n\n                           BUREAU X DE LA REVU E :\n\n            Galerie Bortier, 7 , à Bruxelles en Brabant.\n\n\n      L A S A S O CHE reste absolument indépendante de toute coterie littéraire ou\nartistique.\n      Elle ouvre ses colonnes aux essais de ses abonnés. Leurs envois seront exa­\nminés par un Comité littéraire, et insérés, s’il y a lieu.\n      Les manuscrits non insérés sont rendus sur demande.\n    - Il sera répondu à toute lettre sérieuse, contenant un timbre pour l'affranchisse­\nment du retour.\n      Nous rendrons compte de tout ouvrage dont un exemplaire parviendra aux\nbureaux de la Revue.\n      La reproduction des articles de L A B A SO C H E , est autorisée sous condi­\ntion d’indiquer leur provenance.\n                                         oo o\n\n\n                   PROPAGANDE                                     :\n     Dans un pays rebelle, comme le nôtre, à toutes les innovations littéraires, une\noeuvre exclusivement artistique, telle que L A BASOCH E, a besoin du concours\ndévoué de tous ceux que le culte de l’ Art possède. Nous faisons un appel éner­\ngique à tous les Jeunes, et les.convions à entamer avec nous la bataille : C ’est à la\nfois la lutte pour l’Art et pour l’existence.\n     Nous tenons à la disposition de ceux qui nous en feront la demande, des cartes\nd’abonnement, numérotées par séries de dix ; lorsqu’une série nous sera revenue\navec adhésions, son dépositaire recevra à titre gracieux, LA BA SO C H E pendant\nun an ; pour deux.séries, l’abonnement lui sera servi à perpétuité.\n\n    Nous publierons dans notre prochain numéro un article de J. K. H u y s m a n s ,\n]e nerveux auteur de « A Rebours! »\n\n     L ’Administration prie instamment les personnes auxquelles ce numéro est\nenvoyé à l’essai, de bien voulbir le retourner : Galerie Bortier, 7, au cas où elles\n11e désireraient pas s’abonner ; nous nous croirons autorisés a considérer comme\nabonnées celles qui ne l’auront pas renvoyé.\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "              JOSEPH                STEVENS\n                              (s u i t e )\n\n\n\n\n         T ou t   enfant, il aima les bêtes, le chat rôdeur, le\n         chien à l’échine élastique, les bœufs et leurs sculp­\n         turales ossatures, le cheval surtout qui devint plus\ntard sa passion dominante. D e l’âge adulte à l’âge mûr, les\ndressages périlleux furent un jeu familier pour cet aventu­\nreux, dont le corps s’em boîtait si solidement à la selle qu’à\nl’exemple des centaures, l’homme et l’animal semblaient\ntaillés dans un même bloc. Il se délassait de la fatigue des\nchevauchées aux tirs, où son coup d’œil était incomparable,\naux salles d’armes où personne ne maniait plus élégamment\nle fleuret.\n  Bien des gens en ce temps, et encore aujourd’hui, auront\napproché l’auteur de tant de délicieux chefs-d’œuvre de\npeinture sans soupçonner en lui la présence de l’artiste :\ncelu i-ci vit au fond des moelles comme recueilli sous les\nangles du front, avec on ne sait quel silence sournois, et il\nfaut, pour le faire saillir, la mêlée d’une conversation entre\namis ; il apparaît alors libre de toute servitude, tel qu’il se\nmontre à l’œuvre, dans sa belle santé un peu rude de réaliste\nseptentrional. N e lui parlez ni des Em pyrées, ni des Enfers;\nil ne comprend rien aux grands coups d’ailes ; il abhorre les\nesthétiques ; la sienne est là, dans ses mobilés prunelles bril­\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "                            — 62 —\nlantes et sous sa mamelle gauche ; il n’en veut point con­\nnaître d’autre; et quand on lui demande ses dieux, il décline\nRubens et Jordaens chez les anciens, G éricault chez les\nmodernes. Ces fières admirations ont en lui l’indestructibi-\nlité d’un culte ; il s’exalte quand il en parle au point d’en\nêtre remué des pieds à la tête, avec un rouge bouillonne­\nment de sève sous les pommettes. Je conçois un portrait de\nlui par Meissonnier, mordant et enflammé, où cette ardeur\nest spirituellement écrite.\n   Comme a dit de ce peintre de la Bête le peintre de la Belle,\nil a vécu dans un coin, content d’une gloire modeste qui eût\npu être plus haute, mais n’eût pas été plus pure. Engendré\nà l’art sans l’aide des maîtres, il a continué à travailler seul\ndans une voie où quelques-uns l’ont suivi, où nul ne l’a égalé.\nIl n’est, en effet, le surgeon de personne. L a tache des bes­\ntiaux aux champs, la robe luisante des bêtes à la ville le font\nrêver; il n’a presque pas d’autre éducation. Petit à petit, son\nesprit s’assimile les rapports des tons, sa main les coordonne,\nun premier tableau paraît : ce n’est encore qu’une copie,\nmais elle a déjà la touche grasse à laquelle on pressent\nl’ouvrier. J’ai parlé dans une étude sur Alfred Stevens de ce\nClair de lune imité de Camille Roqueplan. Bientôt le novice\nimprovise pour son propre compte. L a L ice et sa compagne\nest comme un lever de rideau sur la comédie dont il détail­\nlera si finement les multiples personnages. E t successive­\nment il termine ce groupe fraternel et pathétique du Savoyard\net du petit singe étendus côte à côte dans la neige (P lu s\nfidèle qu'heureux); cette piteuse silhouette de roquet réfugié\ncontre un mur, la patte levée (U n temps de chien) ; le Protec­\nteur, un dogue superbe abritant entre ses pattes un confrère\nsouffreteux ; le Chien qui porte à son cou le dîner de son\nmaître, de la collection du prince Gortschakoff; le M étier de\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "                               -   63\n\nchien du M usée de Rouen ; le Supplice de Tantale du Luxem ­\nbourg; B ruxelles au matin du M usée de Bruxelles, et du\n même M usée l'Episode du marché a ux chiens qui mettait en\njoie Courbet ; puis cet autre M étier de chien, une merveille,\n au palais du roi à Bruxelles ; le Chien de la douairière, de la\n collection Van P raet; la Protection, qui appartient au comte\n de Flandre et valut au peintre le g ra n d prix lors du concours\n ouvert à Londres en 1874 entre toutes les écoles et tous les\ngenres; puis encore cet étonnant Philosophe sans le savoir,\n rongeant son os, dans une quiétude profonde, où il y a un\npeu de la malice du grand Rabelais ; l'Intérieur du Saltim ­\n banque, qui fut loué, en prose dithyram bique, par Baude­\nlaire ; le Chien à la mouche, de la collection Ravené ; le Chien\nà la glace, de la collection Crabbe ; les      Chiens courants en\nfo rêt, de la collection Cardon; les Solliciteurs, etc., etc.\n   Stim ulée   par   le succès, sa production chaque année\ns’accroissait : il peignait le chien, le singe, le cheval, les\nbêtes aumailles. L a Surprise, chez lord Melvil, à Londres,\nmet aux prises un énorme taureau furieux et un molosse.\nD ans les M artyrs du bois de ‘B oulogne, collection Silzer,\négalement à Londres, il montre les pauvres vieux ânes et\nleurs com pagnons d’infortune, les pauvres vieux chevaux,\nimmobiles et songeurs sous les loques d’un abri. Et, un\nautre jour, il peint les mélancolies comiques de la Prem ière\npipe chez un petit singe à la frimousse presque humaine.\n   Rien ne faisait prévoir dans l’école cette forte palette\nde peintre et ce jeu tout nouveau des colorations pleines\nappuyées sur une science extraordinaire des valeurs de ton.\nOn était conquis à la fois par la franchise de l’exécution et\nl’esprit de la composition. Caniches, épagneuls, barbets et\nmâtins étaient ici des acteurs naïfs qui s’ignoraient et nef a i ­\nsaient pas la bête; leur bêtise, transmise de l’un à l’autre\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "                             -   64 -\n\n\ncomme un héritage, consolait de notre finesse qui n’aboutit\nsouvent qu'à nous rendre ingrats et pervers. E t ils avaient,\nsous leur bonté native, cette éternelle beauté des larmes à\nlaquelle le cœ ur ne résiste pas.\n   « Je chante les chiens calamiteux », s’écrie Baudelaire\ndans un poème en prose écrit en l’honneur du peintre, et il\nrappelle le royal cadeau du gilet « d’une couleur à la fois\nriche et fanée, qui fait penser aux soleils d ’automne, à la\nbeauté des femmes mûres et aux étés de la Saint-Martin »,\nde ce gilet dont le peintre se dépouilla avec pétulance en\nfaveur de l’écrivain, dans la taverne bruxelloise de la rue\nVilla-Herm osa, où allèrent aussi Bancel, Proudhon et D ic ­\nkens. T out le dandysme de Joseph Stevens éclate dans le\nprix qu’il attache à ce don d’une étoffe rare, et il l’abandonne\nd’un geste candide, comme un pan de pourpre ou quelque\nprécieuse merveille dont le poète lui semblait digne d’appré­\ncier la riche fantaisie.\n  C ’est que lui aussi, et bien avant l’étincelant lexicologue,\navait chanté la tristesse des bêtes. Surprise profonde, ce\ngentleman tiré à quatre épingles qui a poussé si loin la pas­\nsion de la belle tenue, devait être en peinture l’ami des hum ­\nbles qui ne font pas toilette. Il n’a pas courtisé les chenils\nprinciers, et la prétentieuse sottise des king-charles, des\nlevrettes, des carlins n’a que passagèrement sollicité son\npinceau. Hé! n’y a -t-il pas chez les chiens, la même hié­\nrarchie qu’il y a chez les hommes? T out en haut, fleuris,\nmusqués, portant leur toison comme une gloire, ronflent et\ndigèrent, en une quiète indolence que ne troublent point les\nmortelles inquiétudes de la vie, les parasites superbes du\nfinancier et des vieilles douairières. Les autres n’entrevoient\nqu’en rêve les maternelles sollicitudes qui président à ces\nbelles destinées de quadrupèdes heureux et pimpants. C ’est,\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                             -   65   -\n\n\n\n\nà cette extrémité de l’échelle, un fourmillement noir de\ndétresses et de résignations plus horribles que la douleur.\nD e m aigres échines ravinées où les gales mettent, sous les\ntouffes rares du poil, des taches semblables à de la moisis­\nsure, des queues jadis ébouriffées comme des panaches et\nqui petit à petit déplumées, finissent par n’être plus que de\nvagues pinceaux ébarbés, des charpentes évidées de sque­\nlettes, disent bien l’effroyable aventure de ces prédestinés de\nl’abattoir. H âves, érénés, rouvieux,les yeux emplis de chas­\nsies, les naseaux fendus par le gel, sordides et funèbres, ils\nvont par les rues, comme des âmes en peine, éclaboussant,\néclaboussés, sous le piétinement universel. Ça et là ils fouil­\nlent les tas, grattent les boues, disputent au crochet des\nchiffonniers des os aussi maigres qu’eux ; et ces rebuts sont\nencore des festins pour leurs ventres aboyant de faim.\n  E h bien ! c’est à ceux-là qu’est allé le beau peintre ; il les\na peints avec leurs pustules et leurs sanies, tels que bien\nsouvent il les vit les soirs où, pénétré de pitié pour le dé­\nsastre de leurs existences, il les suivait par les ruelles le long\ndes ruisseaux fangeux, sous les pluies d’hiver qui font pleurer\nles gargouilles.\n  Il savait bien, le judicieux Flamand, qu’il trouverait là des\nsujets de peinture, autrement dignes de son attention que le\nspectacle de la banalité bourgeoise qui, chez la gent canine\naussi bien que chez les hommes, est la négation de toute\npoésie ; son sûr instinct l’avertissait de ne chercher l’origi­\nnalité que dans cette canaille où la lutte, la misère, le vice\nsont plus près de l’état de nature; et cette prédilection a fait\nde lui un humoriste sensible, j ’allais dire un peintre humani­\ntaire. E t pourquoi pas? W iertz, le W allon, n’a pas mis dans\nla plus grande de ses apothéoses de l’humanité la centième\npartie de l’émotion qu’il a fallu à Joseph Stevens pour in­\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "                            —   66 —\n\n\nventer le moindre de ses souffre-douleurs. Il n’est personne\nqui, arrêté un peu longtemps devant              ce chef-d’œuvre,\nBruxelles au matin, ne sente jaillir ses larmes et ne se\npromette d’être secourable envers les chiens malheureux.\n  Sans en avoir le dédain, Joseph Stevens a eu l’indifférence\ndes honneurs; et cependant les honneurs sont venus trouver\nchez lui, on pourrait dire à son chevalet, ce brave homme\nqui a su g a rd e r la droiture et la simplicité du caractère.\nMédaillé à Paris, à Vienne, à Londres, il appartient aux\nAcadém ies royales des beaux-arts d ’A nvers et de Vienne, et\nporte à sa boutonnière le ruban de la Légion d ’honneur\net la rosette de l’ordre de Léopold.\n  Paris, qu’il a habité longtemps, lui a laissé l’éblouissement\nd’un vo y ag e en express à travers une fournaise. Bruxelles\nau contraire, a toujours eu pour lui le charme des choses\naimées dès le berceau; et peut-être n’a-t-il été heureux que\nlorsqu’il a été rendu à la terre natale.\n   L a vie a passé sur lui sans l’entamer. Il aime les humbles.\nT ous les dimanches, pendant dix ans, on l’a vu faire deux\nlieues de chemin, par charité p o u r une vieille dom estique qui\nl’avait bercé enfant, et la douceur reconnaissante de son sou­\nrire lui semblait préférable à toutes les autres.\n                                   C a m ille   LE M O N N IE R .\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                     PO ÈM ES EN PRO SE.\n\n\n\n\n                         CH ATELETS.\n\n                                   I\n\n  L ’attente est longue ; j ’ai pris, pour me distraire, le chapelet de\ncorail rouge qui tramait sur la table, et dont la médaille usée,\nbrillante, en argent, avait sans doute attiré mes regards, car je l’ai\npris machinalement.\n\n                                   II\n\n   Puis, machinalement aussi, j ’ai roulé chaque perle entre mes doigts,\ncomme une dévote en prière : et quoiqu’aucune prière ne me vînt à la\npensée, pendant l ' égrènement lent des perles rouges, mes lèvres\nremuaient.\n\n                                  III\n\n   Elles remuaient, tandis qu’involontairement, inévitablement peut-\nêtre, j e prononçais, tout bas, le nom cher, le nom profane de\nC E L L E qui devait venir, chaque fois que je laissais tomber un\ngrain bénit.\n\n                                  IV\n\n   Un grain suivait un grain, une seconde suivait une seconde, une\nsyllabe suivait une syllabe, uniformément, et c’étaient les seuls bruits\nqui révélaient la vie dans la chambre, que ce cliquetis du chapelet, ce\ntic-tac de la montre, ce susurrement de mes lèvres.\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "                               — 68 —\n\n                                   V\n\n   Ce susurrement, à la fin, les syllabes s'ajoutant aux syllabes, était\ndevenu un soupir, et le soupir, un sanglot; simultanément, les\nsecondes s'ajoutant aux secondes étaient devenues des minutes, et les\ninimités des heures; tandis que les grains ajoutés aux grains, deve­\nnaient des dizaines, et, graduellement, épuisaient le chapelet — mais\nE L L E ne venait pas !\n\n                                  VI\n\n   E L L E ne venait pas! — Tout-à-coup, un son mat me tira de\nla somnolence ma  ladive qui m’envahissait ; — un son mat, suivi\nd’un ruissellement prolongé : — un peu de sang perlait à ma bouche,\ncomme si un vaisseau s’était rompu dans ma poitrine, et le parquet,\ndevant moi, était taché de globules écarlates.\n\n                                  V II\n\n   Ces globules, c’étaient les grains du chapelet dont le fil venait\nde se casser — et qui, rouges, roulaient à travers la chambre,\nlentement!\n\n                                 V III\n\n  Oh! lentement, si lentement, que mi ne je voulus savoir combien\nde temps ils mettraient à la traverser : mais les secondes s’étaient\nenfuies! car le ressort de la montre, ce fil fragile qui les retient-,\nvenait de se briser, — soudain.\n\n                                  IX\n\n  Soudain aussi, l’idée me vint « de penser » encore le nom chéri,\nmais les syllabes coulèrent en vain de mes lèvres, car le fil ténu\nqui les relie, la Mémoire, s’était rompu dans mon cerveau.\n\n                                          R odolphe    D ARZE N S.\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                                     EPITR E\n                          A U R O I D E T H U R IN G E (1)\n\n\n                     S IR E ,\n\n                 o u s a v e z d a ig n é fa ire sa is ir p a r v o tr e p o lic e , d a n s to u tes les lib r a i­\n                 V\n                   rie s d e v o tr e ro y a u m e , la tr a d u c tio n a lle m a n d e d u Roi         Vierge.\n                   H é la s ! c ’ e st d o n c v ra i q u e V o tr e M a je sté p re n d d u v e n tr e ? C a r\n                  ja m a is l’ a d o le s ce n t frê le et g r ê le , q u e j’ai v u a u tre fo is , le p rin c e\np â le a u x y e u x p ro fo n d s et p u rs c o m m e le s la c s o ù les c y g n e s se u ls se so n t\nm ir é s , l'é p h è b e fa r o u c h e e t b e a u , in ce ss a m m e n t o c c u p é de rê v e s , e t lu i-m ê m e\np a re il à u n rê v e , — les o r e ille s tro p g r a n d e s s e u le m e n t et le s c h e v e u x tr o p p o m ­\nm a d és s’é rig e a n t su r l e c ô t é d r o it de la tê te e n u n p e tit e sc a lie r d ’é b è n e v e r n i!\n—    ja m a is F r é d é r ic   II q u i é ta it ro i à N o n n e n b o u r g , c o m m e T h é s é e é ta it\nd u c à A th è n e s , n e fû t d e sce n d u des c h im é riq u e s E d e n s o ù s o u p ir e n t p a rm i\nle s m u siq u e s des a m o u r e u x san s a m o u r e u s e s , p o u r s é v ir c o n tre u n p a u v re\nliv r e , q u e p e rs o n n e en T h u r in g e n ’a u ra it a c h e té si v o u s n 'a v ie z d é fen d u de\nle v e n d r e ! J ’a jo u te c e c i : ce liv r e , a u tre fo is — a v a n t le v e n tr e — v o u s a u ra it\np lu . O u i, r a illé à c a u se de v o tr e s a u v a g e r ie et de v o s d is p a r itio n s d 'e n fa n t\nq u i b o u d e , b a fo u é à c a u se d e v o s e xtases d a n s la so litu d e et de         la ré a lis a tio n\nd e v o s so n g e s d a n s des p a la is m a ch in é s c o m m e u n th éâ tre de fé e rie , c a lo m ­\nn ié à c a u se d e v o tr e m y s té rie u x et ja lo u x c é lib a t, v o u s a u rie z a im é ce ro m a n\no ù v o u s n ’ é tie z ni c a lo m n ié , n i b a fo u é , n i r a illé . V o u s a u rie z s o u r i de v o ir\nv o tr e re s se m b la n ce m ê lé e a u x m e n so n g e s des a v e n tu r e s , — le m e n so n g e seu l\nv o u s é ta it c h e r ! — et de v o u s re c o n n a îtr e e n th o u s ia s te et m é la n c o liq u e , u n\n\n\n   (i) L e roi de T h u rin g e ? Frederick I I? N o n n en bo u rg? Hans H am m er? ces nom s\nn ’offrent rien de m ystérieux pour ceux qui ont lu le Roi Vierge. E t qui donc ne l’a\npas lu ?\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "                                              —     70 —\n\np eu fo u , u n p eu        fé r o c e , m a is fo u    à fo rc e de c a n d e u r , fé r o c e à fo rc e de\np u re té ! V o u s n ’ a u rie z m êm e pas d é s a p p ro u v é la m o rt q u e je v o u s d o n n e ,\nc ette m o rt s u r la c r o ix de J é su s d a n s u n e c o m é d ie s a c r é e —              fin d ’ a rtis te et\nde d ie u     —      c a r, à cette m o rt, v o u s a ve z so n g é lo n g te m p s. N e d ites p as n o n ,\nS ir e ! v o u s sa v e z b ie n q u e j’a i p u le s a v o ir et q u e je le s a is !\n   M a is le d é v e lo p p e m e n t h o u b lo n n e u x d e v o tr e a b d o m e n — ô b iè re , iv re sse\nc r o u p is s a n te o ù s ’e m p ê tre n t et s ’e n fo n c e n t le s a ile s d es rê v e r ie s ! — a p o u r\nc o rr é la tif, d a n s v o s p e n sé es, u n très        se n sib le ré tr é c iss e m e n t d ’e n v e r g u r e .\nL 'e s p r it se d é g o n fle et s’a p la tit q u a n d la p a n se b a llo n n e . R ie n n e c h a n g e le\nc a ra c tè re d ’O b é r o n c o m m e de p re n d re la fo rm e d e F a ls ta ff .\n   E t p u is, q u i sa it? v o tr e ir r ita tio n c o n tre le R o i V i e r g e — o u c o n tre so n\na u te u r — n ’a p eu t-être pas p o u r c a u se u n iq u e le re g re tta b le é p a n o u iss e m e n t\na d ip e u x de v o tr e p e rs o n n e : m ê m e d u tem p s o ù v o u s étie z sv e lte c o m m e u n e\nje u n e m is s, v o u s     é tie z p a ss a b le m e n t r a n c u n ie r , o n l ’ a ffirm e ! e t il se p o u r ­\nra it q u e v o u s n ’eu ssie z ja m a is o u b lié         u n e a n c ie n n e a v e n tu r e o ù j ’a i e u le\nre g r e t de c o m b a ttre v o tre v o lo n té , S ir e , et l ’h o n n e u r d ’en tr io m p h e r . C ’ est\nu n e h is to ire q u i v a u t la p e in e d ’ ê tre c o n té e ; et c ’est p o u r q u o i je v o u s a d resse\ncette é p ître , d û t-o n m ’a c c u s e r d e fa ire de la « ré c la m e » à m o n liv r e , et à\nv o tr e trô n e .\n                                                        *\n                                                       * *\n\n   E n ce tem ps-là, v o tr e T h u r in g e n ’a v a it pas e n c o r e g u e r r o y é                c o n tre    la\nF r a n c e ; des P a ris ie n s éta ien t v e n u s à N o n n e n b o u r g — m u sic ie n s , p o ètes,\np e in tre s, —      a fin d ’e n te n d re l 'O r du D a n u b e , d e H a n s H a m m e r, q u i a lla it\nê tre re p ré s e n té p o u r la p re m iè re fo is . E t de to u te l ’ E u r o p e , d ’A s ie a u ssi,\nd ’a u tres g e n s é ta ien t a c c o u r u s .     Il y     a v a it l 'a b b é   G lin c k ,     m a g is tra l   et\nb é n in , a v e c so n tr o u p e a u d 'é lè v e s b lo n d e s — a in si le s A r é tin e s su iv a ie n t\nP ie r r e d ’A r e z z o ; la co m tesse L o u k h a n o fF é te rn e lle m e n t b la n c h e , la iss a n t\np e n d re l ’é lé g ie la rm o y a n te de ses d e n te lle s et de ses m o u s se lin e s , p a re ille à\nu n sa u le de n e ig e , — c o m p a ra iso n d ’a u ta n t p lu s exa cte, q u e la c o m te s se a v a it\nu n e jam b e de b o is fig u r a n t le tr o n c de l ’a rb u ste ; M ad am e de S te r n itz q u i\nv e n a it d ’é p o u se r le m in is tre de l'in té r ie u r , en P r u s s e , et q u ’o n a p p ela it la\np rin c e s se T r o m p e tte , en m o q u e r ie de so n p e tit n e z très-d rô le , jo li d ’ a ille u r s ;\nle p rin c e F lé d r o -S c h è m y l, le p lu s c h a m b e lla n des h o m m e s ; et d es m a gn ats\nd o ré s e t p a ssem en té s, e t des p ia n iste s, et des d ip lo m a te s, et des té n o r s, et des\na m b a ssa d eu rs, et le m a rq u is Y é s a d o , p lé n ip o te n tia ire ja p o n a is , q u i, d ’ u n\nsé jo u r à In s p ru c k , a v a it g a rd é l ’h a b itu d e de s’h a b ille r en p â tre ty r o lie n .\n   C ’éta it a v e c u n e im p a tie n ce fé b rile q u e n o u s a tte n d io n s la p re m iè re r e p ré ­\nse n ta tio n d e l’O r du D a n u b e. N o u s a llio n s p le in e m e n t c o n n a îtr e le c h e f-d 'œ u v re\nd o n t n o u s a v io n s ta n t de fois lu , re lu la p a r tit io n ! Q u e lq u e c h o se p o u rta n t\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                                                       -     71 -\n\n g ê n a it m a jo ie ; je n ’ig n o r a is pas q u e H a n s H a m m e r a v a it p ro te sté c o n tre\n l ’e x é c u tio n d ’ un o u v ra g e q u i n ’ éta it q u e la p re m iè re p a rtie , le p ro lo g u e d ’u n e\n c o lo ss a le é p o p é e d r a m a tiq u e , in a c h e v é e e n c o r e ; le p o è te -m u s icie n a va it d û\n en fin s o u m e ttre sa v o lo n té à v o tre c a p ric e , S ire ! M ais p le in d ’u n e s o u rd e c o ­\n lè re il s'é ta it b o rn é à liv r e r ses m a n u s c r its, n ’a v a it a ssisté à a u c u n e ré p é ti­\n tio n , s’ a b ste n a it m ê m e de p a ra ître à N o n n e n b o u r g . A h ! je v o u s en v o u la is ,\n M aje sté, de jo u e r l ’œ u v r e         de H a n s H a m m e r m a lg r é H a n s H a m m e r lu i-\nm ê m e ! et b ie n so u v e n t, je          m éd ita is là-d essu s, assis d a n s la b r a s s e rie , p rès\nd e la fe n ê tre , d ’o ù l ’o n         a p e rce v a it les . fe n ê tre s de la ré s id e n c e , p e n d a n t\nq u e L o tte o u O ttilia p la ç a it d e v a n t m oi, le g ra n d v e r r e de b iè re b r u n e , n o n\nsan s a v o ir tre m p é ses lè v re s ro se s d a n s la n e ig e m o u sse u se q u i d é b o rd e .\nC o m m e il y a lo n g te m p s de c e la ! Q u ’ ê te s-v o u s           d e v e n u e s , p e tite s se rv a n te s\nb lo n d e s, à q u i le s v o y a g e u r s fra n ç a is d e m a n d a ie n t de le u r a p p re n d re c o m ­\nm e n t o n d it « j e v o u s a im e » e n a lle m a n d ? v o s fia n cé s so n t-ils a llés à la\ng u e r r e ? e n so n t-ils re v e n u s ? ê te s -v o u s v ie ille s , êtes-vo u s m o rte s? M a is o ù\ne st la m o u sse des c h o p e s d ’a n ta n ?\n\n\n\n   A p r è s la r é p é titio n g é n é r a le , je q u itta i l ’o p é ra et j’ e n tra i à la b r a s se rie ,\nfu r ie u x , des ju r o n s a u x d e n ts ! M is é r ic o r d e ! Q u e v o u la it d ir e c e c i? É tio n s-\nn o u s à N o n n e n b o u r g o u d a n s q u e lq u e b o u r g a d e de P o m é r a n ie ? S o r ta is -je de\nl ’u n des p re m ie rs th éâ tres d u m o n d e o u d ’u n e b a ra q u e d e k e rm e s se ? L es\nc h a n te u rs , v a ille q u e v a ille , é ta ie n t su ffisan ts ; so u s la d ir e c tio n e n th o u s ia s te\ne t sa v a n te du m a ître d e c h a p e lle O tto             F ic h te r , l ’ o r c h e str e a v a it b ie n fa it\nso n d e v o ir ; m a is le s        d é c o rs ,   le s c o s tu m e s , les c h a n g e m e n ts à v u e ,        la\n« m a c h in e r ie », to u t c e la éta it m o n str u e u s e m e n t g r o te s q u e et p ite u x ! Il y\na v a it à la se c o n d e sc è n e , u n d r a g o n q u i a u ra it p a ru p u é r il d a n s u n d ra m e\nfa n ta s tiq u e re p ré s e n té a u th éâ tre G u ig n o l, et d o n t e u s se n t p o u ffé de r ir e les\nen fan ts m ê m e s       q u 'e ffr a y e n t e n c o r e   le s se rp en ts à d e u x         so u s q u e l ’o n\na ch è te d a n s les b a za rs.      L e tr é s o r d u D an u b e a v a it été tr a n sfo r m é en u n e\nfe r b la n te r ie q u i e û t d é s h o n o ré la c u is in e d 'u n e g a rg o tte , et le lu m in e u x p o n t\nde l ’a rc -e n -c ie l p ar o ù le s d ie u x tr io m p h a n ts m o n te n t d a n s le V a lh a lla éta it\nu n e p la n c h e de sa p in su r la q u e lle o n a v a it c o llé du p a p ie r tr ic o lo r e !          Im b é­\nc illité des m a c h in iste s ? p e u t-ê tre . M a u v a ise v o lo n té d es g e n s du th é â tr e ? p r o ­\nb a b le m e n t. Q u o iq u ’ il en fû t, jo u e r l’ œ u v r e d an s de te lle s c o n d itio n s, c ’était la\nc o n d a m n e r au d é sastre , à la risé e.\n   Q u e lq u e s p e rs o n n e s s ’e n tre m ire n t,      d e m a n d è re n t u n e a u d ie n c e au r o i.\nV o u s n e d a ig n â te s m ê m e p as les é c o u te r ju s q u ’a u b o u t, S i r e , v o u s b o rn a n t\nà ré p o n d re q u ’il v o u s p la is a it d ’e n te n d re l ’ O r du D a n u b e e t q u e v o u s l ’e n te n ­\nd r ie z a v a n t d e u x jo u rs . C e c i re d o u b la m a fu r e u r !     Je n e so n g e a i pas à ce\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "                                                    -        72 -\n\nq u ’ a u ra it d 'a b s u rd e et de c h im é riq u e et de s té rile m e n t p é r ille u x la ré v o lte\nd ’u n se u l h o m m e , d ’ u n é tra n g e r in c o n n u , c o n tre la v o lo n té d ’u n p rin c e su b til\net ty r a n n iq u e ; et san s m ê m e r e g a rd e r la b e lle c h o p e d ’o r b r u n q u i p é tille et\nq u i m o u s se , je te n d is les· p o in g s v e rs la fe n ê tre de la ré s id e n c e , e n ju r a n t q u e\nl ’ O r du D a n u b e n e s e r a i t pas jo u é ! la B r a s s e rie a v a it d é c la ré la g u e r r e a u\n P a la is.\n                                                         *       *\n\n    L e le n d e m a in , H a n s H a m m e r é ta it à N o n n e n b o u r g . Je lu i a va is té lé g ra p h ié\n« v e n e z ». Il a v a it p ris l ’ e x p ress, il é ta it là . V o t r e M a je sté a v a it c o m p té sa n s\nl ’h ô te q u e je lu i a m e n a is : L ’a u te u r de l ’ O r du D a n u b e sa u ra it b ie n e m p ê ­\nc h e r q u e l ’o n re p ré se n tâ t l'O r du D a n u b e . Je tr io m p h a is! V o ic i c e q u i se passa.\nQ u a tr e fo is H a n s H a m m e r se p ré se n ta à la ré s id e n c e : q u a tre fo is il n e fu t pas\nr e ç u . Il é c r iv it a u r o i : le ro i n e ré p o n d it p o in t. Q u e fa ir e ? n o u s c o u r û m e s\na u th é â tr e . H a n s H a m m e r d e m a n d a it p e u de c h o se , d e u x o u tr o is r é p é ti­\ntio n s de l ’œ u v r e ,    d e v a n t lu i,    so u s sa d ir e c tio n . I l e sp é ra it p o u v o ir en\nq u e lq u e s h e u re s de tr a v a il    m e ttre         u n e a p p a re n c e d ’ o r d r e d a n s le c h a o s\nde la m ise e n sc è n e . M a is o n n e lu i a cc o r d a p as u n e ré p é titio n , pas u n e , p as\nu n e s e u le ! O n d it à l ’a u te u r : « V o tr e œ u v r e est à n o u s. N o u s n e v o u s c o n ­\nn a is so n s pas. M ê le z-v o u s de v o s a ffa ires » . P u is , le s o ir, v o u s n e l ’a v e z pas\no u b lié , S ir e , n o u s re ç û m e s la v is ite d ’ u n de vo s s e r v ite u r s ,— so n n o m ? je m e\nso u v ie n s q u e H a n s q u i faisa it v o lo n tie r s des c a le m b o u rs e n fr a n ç a is , l’ a p p e ­\nl a i t « ta rtu fflip » — et H a m m e r fu t p rié , a v e c u n e e x q u is e p o lite ss e , d e q u itte r\nim m é d ia te m e n t N o n n e n b o u r g ; en u n m o t, e x p u ls é . C e c i d é ra n g e u n peu\nla lé g e n d e d u je u n e ro i m é lo m a n e , é p erd u de so n m u sic ie n ! j ’ en su is fâ c h é .\nJe dis ce q u e j’ ai v u et e n ten d u .\n\n                                                     *       *\n\n    H a n s H a m m e r p a rti, je n e p o u v a is p lu s rie n , se m b la it-il. A h ! j ’ étais\ne n c o r e à l 'â g e h a rd i des e n th o u s ia s m e s e m p o rté s e t des c o lè re s q u i r é flé c h is ­\nse n t p e u ; je m e h a sa rd a i à c o n tin u e r la lu tte c o n tre V o t r e M a je sté. Je c o u r u s\nc h e z le m a ître      de c h a p e lle O tto     F ic h te r , e n th o u s ia s te c o m m e          m o i d e la\nm u siq u e n o u v e lle , a m i c o m m e m o i d e H a n s H a m m e r ; je lu i d e m a n d a i :\n   —      C o m b ie n   fa u d ra it-il d e jo u r s à u n            e x c e lle n t c h e f d ’o r c h e s tr e p o u r\né tu d ie r l 'O r du D a n u b e !\n   — P o u r l'é tu d ie r d e m a n iè re à en d ir ig e r l ’e x é c u tio n ?\n   — O u i.\n   — Q u in z e jo u rs .\n   — V o u s e n êtes sû r?\n   —    P a rfa ite m e n t sû r.\n   —     E h b ie n , m o n c h e r F ic h te r , d o n n e z v o tr e d é m is sio n .\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "                                                    -    73 -\n\n   F ic h te r , a u jo u r d ’h u i, est l ’u n des c h e fs d ’ o r c h e s tr e le s p lu s re n o m m é s et\nle s p lu s c h è re m e n t r é tr ib u é s de l ’A lle m a g n e e n tiè re . M ais, je u n e a lo rs , il é ta it\np a u v r e , n ’ a v a it d ’a u tre re s s o u rc e q u e sa p la c e q u i lu i v a la it q u a tre o u c in q\nm ille flo rin s . J ’o sa i p o u rta n t lu i c o n s e ille r d ’a b a n d o n n e r cette p la c e , p a rce\nq u e je se n ta is b ie n     q u e , m o i a u ssi p a rd ie u ! j ’eu sse été c a p a b le d ’u n p a re il\ns a c rific e . Il s ’é cria e n se fro tta n t le s m a in s : « C o m m e n t d ia n tre , n ’ avo n s-\nn o u s pas p e n sé à c e la ? » E t san s h é s ita tio n , jo y e u s e m e n t, il é c r iv it et sig n a\nsa d é m is sio n q u e n o u s e n v o y â m e s s u r le c h a m p à la R é sid e n c e ! V o u s étiez\nv a in c u , S i r e ! H é la s , n o n ! en s o rta n t d e c h e z m o i l e le n d e m a in , je v is q u e\nl 'O r du D a n u b e é ta it a ffich é p o u r le s o ir m ê m e . I l s ’é ta it tr o u v é u n m a ître\nd e c h a p e lle p o u r d ir e : « c ette p a rtitio n ? je la sais p a r c œ u r ! « C ’ e n était d o n c\nfa it! v a in s e ffo rts ! v a in s se rm e n ts ! le P a la is tr io m p h a it de la B r a s s e r ie .\n\n                                                         *\n                                                        * *\n\n    L e jo u r su iv a n t, v e r s c in q h e u re s et d e m ie du s o ir, so u s le so le il e n c o r e v if,\nu n e fo u le p a c ifiq u e et le n te c o m m e l ’est to u t b o n p u b lic a lle m a n d , m o n ta it\nle s v astes m a rc h e s d e l ’o p é ra de N o n n e n b o u r g ; et v o u s , S ire , a y a n t su iv i le\nC o r r i d o r d e s T a p is s e r ie s q u i c o n d u it d e la R é sid e n c e a u th é â tre , v o u s é tie z\nd é jà d a n s v o tr e lo g e , a u fo n d , s e u l. L e n o u v e a u m a ître d e c h a p e lle , — u n\np e tit ju if, ja u n e et c h a u v e c o m m e u n e tête de m o rt, —                é ta it d e b o u t, a lla it\nle v e r le b â to n . V o u s a tte n d ie z, c o n te n t.\n    P e n d a n t ce te m p s, d e u x h o m m e s à tr a v e r s le s ru e s p re sq u e d é serte s s’en\na lla ie n t v e r s le c h e m in d e fer, le c o lle t de l ’ h a b it re le v é , le ch a p e a u su r le s\ny e u x . L ’u n g r o s , l ’a u tre m a ig r e . C e lu i q u i é ta it m a ig r e , c ’ é ta it m o i. A r r iv é\nà la g a re , je p r is u n b ille t de se c o n d e c la s se , et c o u ru s le re m e ttre à m o n\nc o m p a g n o n q u i é ta it d é jà p rè s de la v o ie , d e v a n t u n w a g o n o u v e r t. I l m e d it:\n« N o u s fa is o n s u n e c h o se très g r a v e . A p ro p re m e n t p a rle r, l ’o p é ra d e N o n ­\nn e n b o u r g n ’a p as d e d ir e c te u r .    C ’est e n v e rs le ro i se u l, e n v e rs le r o i lu i-\nm ê m e q u e les a rtiste s so n t e n g a g é s : je n e m ’e x p o se pas se u le m e n t , à p a y e r\nu n d é d it ; je ris q u e — c a r je p u is ê tre ra ttra p p é ! d a n s u n e h e u r e , to u te la\np o lic e sera à m es tro u ss e s ! — je ris q u e u n e c o n d a m n a tio n sé v ère, la p ris o n ,\nl ’a m e n d e. M ais n ’im p o rte .       V o u s a v e z ra iso n , la g lo ir e de H a n s H a m m e r\na v a n t to u t. S e u le m e n t v o u s d e v rie z p a r tir a v e c m o i ».\n   — P o u rq u o i don c?\n   — L e ro i sa u ra q u e v o u s a v e z été m o n c o m p lic e .\n    — E h ! j ’y c o m p te b ie n .\n   — V o u s se r e z in q u ié té : m o n te z d a n s le w a g o n .\n   — B a h ! je tie n s à e n te n d re l 'O r du D a n u b e , dis-je e n é c la ta n t de rir e .\n   N o u s n o u s se rrâ m es la        m a in . U n        cou p   de sifflet, u n c o u p de c lo c h e ,\nle tra in se m it en m a rc h e .\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "                                               — 74 —\n\n    U n e h e u re a p rè s j ’e n tra is a u th éâ tre. L a to ile se e va it, m ais ce n e fu re n t\npas les d ie u x é n o rm es des â g e s a n tiq u e s q u i a p p a ru re n t s u r la s c è n e ! U n\nv ie u x ré g is se u r s ’a v a n ç a , fo rt p e n a u d : « la re p ré s e n ta tio n éta it re m ise ; l ’u n\ndes c h a n te u rs — c e lu i q u i d e v a it re m p lir le r ô le p r in c ip a l, — a y a n t d is p a ru ».\nIl y e u t d a n s v o tre lo g e , S ir e , u n g ra n d b r u it v io le n t d e fa u te u il re n v e rs é !\nc o lè re in u tile , q u o iq u e ro y a le : L 'O r du D a n u b e n e fu t jo u é q u e l’a n n é e\nsu iv a n te , d a n s u n lu x e m e r v e ille u x de d é c o rs , a v e c u n a rt p a rfa it de m ise\nen s c è n e ; j’a va is c o m m is le c rim e d e lè se -m a je sté p o u r v o u s e m p ê c h e r\nde c o m m e ttre c e lu i de lè se -g é n ie ! M a is il p a ra ît q u e v o u s n e m ’en sû tes\na u c u n g ré . A u c o n tra ire , q u e lq u ’ u n alla ju s q u ’à m e d ir e q u e je p o u rr a is\nb ie n ê tre a rrê té . J ’a tte n d is . R ie n . V o u s v o u s êtes b o rn é à s a is ir m o n liv re\nq u a to r z e an s p lu s tard .\n                                                                    C A T U L L E M ENDÈS\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": "      T R IS T E S S E D E SEP T E M B R E\n\n\nQuand le vent automnal sonne le deuil des chênes\nJ e sens en moi, non le regret du clair été,             ·\nM ais l ’ineffable horreur des floraisons prochaines.\n\nC'est p a r l'a vril fu tu r que j e suis attristé ;\nE t j e plains les forêts p uissantes, condamnées\nA fle u r ir tous les ans pendant l'éternité.\n\nCar, depuis des milliers innombrables d'années,\nCe sont des blés pareils et d identiques fleurs,\nInvariablement écloses etfanées;\n\nCe sont les mêmes vents susurrants ou hurleurs,\nL a même odeur parm i les herbes reverdies,\nE t les mêmes baisers et les mêmes douleurs.\n\nMaintenant les forêts vont s'endormir, raidies\nP a r les givres, p our leur sommeil de peu d ’instants.\nPuis, sur l'immensité des plaines engourdies,\n\nS u r la rigidité blanche des grands étangs,\nJe verrai reparaître à l'heure convenue — ·\nComme un fantôme impitoyable — le printemps;\n\nO les soleils nouveaux ! la saison inconnue !\n\n                                   É p h r a ïm   M IC H A E L.\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "           COUCH ER D E              S O L E IL\n\n                                                 A L. Lévy.\n\nLe Soir vient à pas lents, ténébreux rétiaire,\nQui jette son filet dans les deux assombris\nE t brise avec l’armure aux fulgurants débris\nLe glaive éblouissant de la Splendeur solaire.\n\nLes lutteurs ont l’espace infini pour champ clos :\nMais le soleil lassé de sa course diurne\nTombe, et comme un ruisseau coule d’une grande urne,\nLe sang du dieu vaincu s’épand à larges flots.\n\nSon corps étincelant roule sur les nuées\nE t souille la blancheur de leurs neigeux sommets :\nAinsi, sous le couteau, le sang tache à jamais\nLes neigeuses toisons et les brebis tuées.\n\nHélios renversé, lentement s'immergeant\nEn une flamboyante et splendide spirale,\nS'enfonce sous les flots teints de sa pourpre astrale,\nComme un cadavre d’or enlinceulé d’argent\n\nMais très longtemps encor, lorsque la nuit s'étale\nEt laisse son obscur manteau flotter dans l’air,\nIl empourpre, en sombrant, les vagues de la mer\nE t rougit d’un reflet la rive occidentale.\n\nAinsi quand le Hasard étreint entre scs nœuds\nL ’Espoir, gladiateur sanglant que l’ Ombre accable,\nLe héros terrassé de la lutte implacable\nLaisse dans notre nuit des reflets lumineux!\n                                     P ie r r e Q U IL L A R D .\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": " IMPRESSIONS ET SENSATIONS\n                                         I\n                                                               « N ever m ore »\n\n        LES jo u r s , po u r m oi, s ’écou len t et d isp araissen t, tou r à tou r,\n         tristes d ’u n e cru elle et douce tristesse !\n            O S a in te et chère M élan colie, quel ch arm e tu es pour\nm on â m e en dolorie et fro issée. — O S p leen , enfonce dans m on\ncœ u r, — au plu s profond de m on cœ u r, tes griffes acérées !\n  A b sin th e ! H asch ich ! O piu m ! O poisons ! E n iv ra n ts et célestes\nP h iltr e s ! co n solateu rs des su p rêm es d ésespoirs ! je vo u s dédaigne\net vo u s rejette lo in de m ci.\n  C a r, — je ne v e u x pas, — je ne v e u x p lu s être c o n so lé ! L es\nso u v en irs du passé, se rep résen tan t à m es y e u x sou s les plu s é cla ­\ntan tes co u leu rs, rend ent m a p o sition présente in com p arablem en t\nm alh eu reu se. Je m e p la is à ce rap p el des ria n tes époques de m a\nv ie , ca r m on in cu ra b le ran cœ u r s ’ en a ccro ît; —      la v isio n des\nchoses abolies a v iv e la flam m e qui m e d évo re , et m on âm e chante\nles d é lic ie u x poèm es de la D o u le u r !\n\n   O m a D o u le u r, —    in son dable et am ère, m u ltiform e com m e\nl ’ O céan, tro u b lan te a in si q u ’un   crép u scu le, — je     v e u x élever\nla v o ix et en ton n er u n cantiqu e à ta g lo ire !\n   L a m élan co lie douce de l ’autom ne à la p aru re dorée est u ne\ntrio m p h an te Joie aup rès de toi; — la n avran te tristesse des cim e­\ntières p a u v re s, sans fleu rs et sans so leil, où sont e n sev e lis les\nm isérab les, p êle-m êle, dans la fosse com m une, ne t’ égale pas,\nim m a té rie lle D ésespéran ce !\n   C a r, — tu m e crées d ’a rtificiels ja rd in s, où croissen t — bizarres\net co n to u rn ées, sin istres au ssi, les plan tes tro p icales, au x senteurs\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "                                      -   78 -\nâcres, a u x p arfu m s      em poisonnés. A v e c délices, je resp ire leu r\natm osphère lou rd e et vénén eu se, — et la pou rp re enflam m ée de\nleu rs fleu rs m e com ble d’u n e d élicate et précieu se v o lu p té !\n\n  N ovem b re 1884.\n\n\n                                          II\n                                                        « A m a grande am ie. »\n\n   L a M euse rou le lentem ent ses ea u x calm es, p a isib le s, san s\nvagu es, presque sans rem ous, — et, à ch aqu e d étou r du ch em in ,\nsem ble a lle r s ’en gouffrer dans u n in fran ch issab le cu l-d e-sa c, form é\np a r les m on tagnes, ou vertes, ou roch euses, qui de tou s côtés\ns ’en trecro isen t et ferm en t l ’h o rizo n .\n   L e so leil n ’a pas b rillé a u jo u rd ’h u i; le ciel d ’u n g ris sa le ap p e­\nsa n tit u n e tristesse su r la n a tu re ; l ’atm osphère p a ra ît sa tu rée\nd ’u n e im palpable poussière, un épais b ro u illa rd estom pe et com ble\nles v a llo n s et se déchire a u x bosquets de sap in s qui g rim p en t a u x\nflancs de la m on tagne.\n  U n tra in de m archand ises g r a v it pén iblem en t les v o ie s tracées\nau tra ve rs des sin uosités de la côte ; la lo co m o tiv e essou fflée,\nanhèle, m u git, crach e et tire, a vec des efforts saccad és, les lou rd s\nw a g o n s.\n   A u b o u t de la v a llé e ap p a ra ît confusém ent u n e m asse som bre :\nc ’est G iv e t, sen tin elle avan cée qui v e ille a u x fro n tiè res. A ssis su r\nle roc et su rplom ban t la v ille , le fort de C h a rlem o n t dresse ses\nsévères m u ra illes, percées de m eu rtrières.\n  D es clairo n s et des tam bou rs s ’ex ercen t su r quelque cham p de\nm an œ u vres, et les son neries se rép ercu ten t à tous les accidents du\nterra in : a u x éclats triom ph an ts et jo y e u x d ’u n pas de ch a rg e, a\nsuccédé le ryth m e, len t et assou rdi — com m e v o ilé de m âles sa n ­\ng lo ts — d ’u n e m arche funèbre, évoq u an t à m es y e u x d ’in te rm i­\nnables et solen n elles théories de prêtres, drapés dans de m a jes­\ntu eu ses robes a u x p lis rigid es.\n  So u rd em en t, un coup de canon                reten tit alo rs, —     p u is, un\nsecon d; en su ite, et à in te rv a lle s ég a u x , a v e c u n e sin istre et tro u ­\nblante rég u larité, les m on stres de bron ze ton nen t.\n   L e v e n t s ’est levé, fu rie u x , et agite dans l ’espace d’in v isib le s\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                                   — 79 —\nsu aires ; — à chaqu e rafale qui b a la y e la cam p agne, de lon gs cris,\ndes p lain tes h u rla n tes, lam en tablem en t désespérées, a rriv e n t à\nm on o reille et m e p én ètren t d ’effroi.\n   L a n u it d escend it, et to u jo u rs, dans l ’h o rreu r des ténèbres,\nj ’ en ten d ais p leu re r la m u siqu e des fu n é ra ille s, ponctuée p a r la\ngran d iose et lu g u b re v o ix du canon.\n  O ctobre 1884.\n                                                   A rnold     G O F F IN .\n\n\n\n\n                               LE     D É S IR\n\n\n           Ce serait sur un lit aux colonnes d’albâtre,\n           tendu de rideaux lourds, tombant sur les tapis,\n           où seraient dessinés la bergère et le pâtre,\n           niais exquisement — dans la mousse tapis.\n\n           Le papier s’égaierait d’une troupe folâtre\n           d'amours roses, joufflus, têtant le lait aux pis\n           des vaches que l’on voit, dociles, — sur le plâtre,\n           se prêter aux enfants, sous elles accroupis.\n\n           Chaque heure amènerait un spectacle féerique,\n           matins blancs, midis d’or, soirs de cuivre ou de brique,\n           lune bleue, argentant l'émeraude des prés ;\n\n           Il pleuvrait des parfums, il neigerait des astres\n           autour de notre lit gardé de tous désastres,\n           et je boirais l’oubli dans des baisers sucrés.\n                                                      J ean   A JA LBER T.\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "                  A L L E L U IA\n\n\nTon printemps sur ma route égrène ses lilas !\nOh! la liqueur d’amour bue à pleine cuvelle,\nVivifiant alcool où, lorsqu'il se sent las,\nL ’esprit vient repuiser une vigueur nouvelle !\n\nOh ! le doux Paradis d’espérances pavé\nOuvert aux seuls élus que ton baiser consacre;\nIndicible bonheur entre tes seins trouvé\nTrônant dans les parfums, arc-en-ciellé de nacre !\n\nO h! l'adieu frémissant commencé tant de fois,\nInterrompu toujours — et, lèvres contre lèvres,\nCet : « à demain, bien sûr ? » mourant avec ta voix\nSur un ton de prière aux résonnances mièvres.!\n\nTon printemps sur ma route égrène ses lilas :\nMes veilles par le spleen ne sont plus attristées;\nL ’heure où tes bras d’enfant ont bercé mon front las\nS’est gravée en mon cœur parmi les plus fêtées...\n\nTrès-doux sont les couchers de soleil sur la m er;\nTes tendresses, mignonne, ont les douceurs pareilles.\nE t comme — après le soir tombé — le flot amer\nLongtemps roule avec lui des images vermeilles,\n\nAinsi, quand j ’aurai lu ton roman radieux\nQuand la dernière ligne en sera bien finie,\nDans la nuit qui suivra nos suprêmes adieux\nLa page d’aujourd’hui luira — folle et bénie!\n\n                                     P aul   B E R L IE R .\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "      HEURES D’AMPHITHÉATRE\n                              S A IN T -N IC O L A S\n\n             F\n             R IM A IR E   sème sur la terre le m oelleux duvet qui la gardera\n             de l’âpreté des hivers; la neige tombe, ensevelissante et\n             calm e; sous cet émiettement blanc des cieux invisibles,\n             M onseigneur Saint-N icolas, patron des bébés roses et des\nenfançonnets joufflus, commence sa tournée prodigue . Son âne est\nchargé de m ille choses joyeuses; pour lui, sous le manteau de chaque\nchem inée, gît la tranche de pain bis ou la poign ée de foin, et aussi la lettre\nnaïve depuis de longs jours méditée, confiante requête au dispensateur\nqui accom plira les rêves longuem ent caressés. M onseigneur Saint-\nN icolas passe, souriant et paisible, refaisant sa tâche de toutes les\nannées ; les flocons cristallins ouatent sa mître d’or et poudrent à\nfrimas sa barbe de patriache; son bon âne qui chem ine étouffe dans\nla neige le bruit de ses pas ; — cependant, bien des bambins à mines\néjouies veillent sous les chaudes couvertures, avec un peu de terreur\nvague et un ardent désir de surprendre le mystérieux voyageur.\n  Ils tendent l’oreille, furtifs : mais r ie n !... rien ! S i pourtant; au-\ndedans d ’eux-mêmes, ils entendent battre à coups sourds leur petit\ncœ ur ém u         on dirait le bruit lointain des pas d ’un géant dans les\nrues désertes. V ite, les têtes mutines disparaissent sous l ’édredon,\ntandis qu’une appréhension délicieuse les poigne : « C ’est Saint-\nN icolas qui passe ! »\n\n  Mais l’attente se fait longue ; peu à peu, les yeux vifs se ferment ;\ntout dort. L es complaintes des bises implorantes d’hiver viennent\nexpirer au sein des          chambrettes frileusem ent closes ; ainsi      l’on\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "                                  —    82 —\n\n peut ouïr, dans la conque ramassée sur la plage, l’étrange m élopée des\n grèves, où chantent les voix plaintives, hurlantes et infinies de la mer.\n\n\n\n   C e matin-là, le docteur descendit en souriant de sa voiture encom ­\n brée d ’énormes paquets; il traversa les cours et les profonds couloirs\nde l’H ôpital ; les internes, en longs tabliers blancs, se levaient à son\napproche, stupéfaits de son allure réjouie, lui toujours si froid, et sur\nle visage duquel les longues souffrances contemplées avaient figé un\nmasque de morne im passibilité. L e docteur les salua d’un geste, et\nenfin, ouvrant une porte sur laquelle on lisait : « M aladies des Enfants.\nService du D octeur X . », il entra.\n   D evant lui, s’alignaient les rangées des lits de fer ; ci et là, une\ninfirm ière se penchait, soignant les pauvriots malingres et hâves dont\nles yeux brûlaient de fièvre, ou larm oyaient de la toux suffocante qui\nsecouait les êtres frêles, leur mettant au front la saillie tourmentée\ndes veines violacées.\n  Paternel, le docteur fit sa tournée, accueilli par des regards à la\nfois reconnaissants et craintifs; puis, il vint se planter devant le\npoêle, dans un coin de la salle, et tout haut, dem anda m alicieuse­\nment.\n  — « E h bien? E t Saint-Nicolas? S i nous avons été très-sages, il doit\nêtre venu ? »\n   Sur les visages souffreteux curieusement tournés vers lu i, passa un\nsourire triste. H élas! non, Saint-N icolas n’avait pas pensé aux petits\nabandonnés.\n  — « S i pourtant j ’allais dire à Saint-N icolas : — toutes les tètes se\nsoulevèrent avidement — « il y a ici beaucoup d ’enfants bien sages, qu ’il\nne faut pas oublier », est-ce que chacun prendrait toujours sa m éde­\ncine, sans pleurer, pour être vite guéri ? »\n  U ne expression d ’attente incrédule se peignit sur les figures amai­\ngries.\n  — « H é bien, Saint-N icolas est venu chez m oi; et m ’a dit : «V oilà\npour ceux qui vous obéiront comme de braves petits garçons ». Pour\nqui sera-ce ? »\n  —      P our moi, docteur ! pour moi ! pour moi !\n  A      ce moment, deux infirmiers entrèrent, chargés des paquets\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                                -   83 -\n\napportés dans la voiture. L e s enfants, accoudés sur leurs oreillers,\nregardaient, haletants, tandis qu’on déployait les grands papiers gris.\n  Bientôt, la distribution des trésors qu’ils celaient fut faite, accueillie\npar des cris de surprise heureuse ; les rires sonores et les exclamations\njoyeuses saluèrent les richesses enfantines étalées sur les lits : Saint-\nN icolas avait songé aux misérables et aux déshérités.\n  E t l’excellent docteur, sentant en son cœur une satisfaction exquise,\nse frottait les mains en souriant; l ’émotion envahissante lui m ouillait\nles paupières, et un bonheur intense rayonnait sur ses traits toujours\nsévères. C'était sa seule fam ille et ses seuls amis que contem plait le\nsavant; leurs joies et leurs souffrances étaient les siennes; il reportait\nsur eux les profondes tendresses étouffées dans sa vie solitaire.\n  E t tous les ans, pendant cette journée bénie et longtemps désirée,\nses petits protégés oublient presque leurs âpres douleurs.\n\n                                           H enry   de   TO M BEU R.\n\n\n\n\n                      L U T ^ E ‘D ’c A V 'B J L\n\n         La lune de printemps, sur les amandiers roses,\n         Sur le vert chèvre-feuille et les pruniers en fleur,\n         Glisse, comme un baiser, sa laiteuse pâleur,\n         E t dans V'air musical flotte l’âme des choses.\n\n         C ’est la saison du rire et des métamorphoses ;\n         Partout la nuit répand son charme ensorceleur...\n         Sous les cyprès, où court un zéphyr cajoleur,\n         Les Morts sont étendus, yeux clos et lèvres closes.\n\n         La vie à flots renaît dans les prés et les bois,\n         Le vent chante, plus doux que flûte ou que haut-bois;\n         Là-bas, dorment les Morts couronnés d’immortelles.\n\n         E t les amoureux vont, avec un clair babil,\n         Rêver d’éternité sous les fraîches dentelles\n         Des arbres éclairés par la lune d’avril.\n                                             A d o l p h e R IB A U X .\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "         FO R Ê TS D U N OR D.\nPar les grèves —- où gît le trésor des épaves,\nOù les corps, que la mer en furie a crachés,\nPourrissent, des vivants vainement recherchés —\nSe dressent vers les deux les forêts scandinaves.\n\nElles s’étendent loin dans la plaine, et les eaux\nY creusent des sillons en tous sens dans la vase\nFormant de place en place un marais qui s'évase\nEt dont sortent, touffus, les joncs et les roseaux,\n\nSous les arceaux serrés des gigantesques arbres,\nJamais un seul rayon de lune ou de soleil\nN ’a pénétré : la nuit sans fin, et le sommeil,\nL'impassibilité froide et lourde des marbres.\n\nPas un oiseau n’y fa it retentir ses chansons ;\nPas un être vivant; pas de feuille qui bouge;\nNi par le vert printemps, ni par l'automne rouge,\nIl ne s'élève un bruit quelconque des buissons.\n\nToujours ce profond calme et cet épais silence :\nMême lorsqu’au rivage où se taisaient les flots\nL ’ouragan met sa voix, que coupent des sanglots,\nEt, terrible, du haut des nuages s'élance. —\n\nL'esprit humain, parfois, sans rêves, se blasant,\nSans regrets, échappé de toutes les entraves,\nEst pareil aux forêts des pays scandinaves\nQui ne s’éveillent plus de leur sommeil pesant...\n                                A ndré   F O N T A IN A S.\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                    CHRONIQUE MUSICALE\n\n                                                     F R E Y H IR\n\n\n                    Av E C   le s p r e m iè r e s n e ig e s         n o u s so n t        r e v e n u s le s c o n c e r t s\n                     p o p u la ir e s ,    d o n t le      p r e m ie r n o u s a           donné deux             œ u vres\n                     in é d it e s o u à          p e u p r è s : F r e y h ir , t r o u v a n t à          B r u x e lle s la\n                     c o n s é c r a t io n d u b r i l l a n t s u c c è s o b t e n u à           L o u v a in , e t u n e\ns y m p h o n i e d u m a ît r e a lle m a n d B r a h m s ,                     é c r it e s o u s le s o u ffle d ’u n e\ni n s p i r a t io n r é e l l e , m é lo d i q u e c o m m e c e l l e s d e B e e t h o v e n d o n t B r a h m s\nv e u t ê t r e u n d i s c i p l e i n d i r e c t , e t o r c h e s t r a le c o m m e t o u t e s le s c o m p o ­\ns i t io n s m o d e r n e s .\n    C h e z B rah m s,            l ’in s p ir a t io n     a b o n d e , d o u c e e t so u te n u e,             so u ven t\no r ig in a le .\n    C e m a ît r e , c o m m e to u s                ceux       que        l e f e u s a c r é a n im e , é c r it s a n s\ni d é e f i x e s o u v e n t , m e t t a n t e n h a r m o n ie u n f l u x p a r f o is tr o p a b o n d a n t\nd ’i d é e s ; œ u v r e s f a it e s c o m m e            n o u s é c r iv o n s       u n c o n te d o n t le s u je t\né c h a p p e , m a is q u i n o u s f o u r n it l ’o c c a s io n d e d ir e c e q u i n o u s e n c o m b r e\nle c e r v e a u ; t e l l e e s t l a t r o is iè m e s y m p h o n ie .\n    L a g r a n d e m a jo r it é d e s a u d it e u r s d u c o n c e r t d e d im a n c h e , é ta ie n t\nv e n u s là        p o u r e n ten d re         su rto u t     F r e y h ir , l ’œ u v r e        n o u v e lle   d ’E m ile\nM a t h i e u , q u i , j e u n e e n c o r e , a e u l e r a r e b o n h e u r d ’ê tr e p r o p h è t e e n\ns o n p a y s , e t d e c a p t i v e r d e p r im e a b o r d la s y m p a t h ie d u p u b l i c .\n    C ’e s t q u ’e n e ffe t ,      cg     p u b l i c B e l g e a u t r e f o is si r é t i f à l ’a r t n a t io n a l,\nm a is a u j o u r d ’h u i q u a s i- d o m p t é p a r la n o u v e l l e g é n é r a t io n d ’a r tis te s , a\nr e c o n n u d a n s le         d i r e c t e u r d e l ’ E c o le d e         m u s iq u e d e         L o u v a in , u ne\no r ig in a lit é     dégagée,             une     p e r s o n n a lit é      p u is s a n t e .    Qui      n e se     ra p ­\np e l l e le s u c c è s d e b o n a lo i d u H o y o ux e x é c u t é l ’a n d e r n i e r ?\n    A in s i q u e W a g n e r             et   B e r lio z ,   E m ile        M a t h ie u é c r it lu i- m ê m e s e s\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "                                 — S6 —\nstrophes; ses vers com m e ceux de tous les m usiciens, sont avant\ntout réguliers et bien rythmés, qualités principales pour la poésie\ndestinée à être mise en musique, et que bien souvent les librettistes\nnégligent pour soigner la rime et la construction, qui cependant\ndeviennent im perceptibles à travers l’enveloppem ent m usical.\n   Freyhir est au Hoyoux ce que toute œ u vre nouvelle est à la précédente :\ncelle-ci plus inspirée, celle-là plus mûre, plus correcte, mais aussi plus\ngênée. Le Hoyoux a une belle allure vive, pleine de franchise, d’une\noriginalité incontestable, par laquelle l’auditeur est « em ballé \" incon­\nsciemment.\n   Dans Freyhir, l’inspiration est souvent ternie par l'effort sensible de\nl ’artiste, devenu plus soucieux de la forme et de la correction. Il en\nrésulte qu’à côté de m orceaux vraim ent beaux, on trouve des passages\nlourds qui déparent l’œuvre et semblent être du rem plissage ; parmi\nles premiers, nous citerons l ’introduction] et le finale de la première\npartie et de la troisième. L a 'deuxième partie de l’œuvre mérite de\nprendre rang dans les derniers, malgré certains motifs très réussis.\n  Nous souhaitons à E . M athieu plus d ’abandon, plus de confiance\nen lui-même. E n m usique surtout, il faut craindre de sentir l ’acadé­\nm icien. Q ue le musicien s’applique à donner à son œuvre un cachet de\nperfection dans la disposition des éléments qu’il met en jeu, rien de\nm ieux ; mais il est préférable d’entendre une œuvre faite « avec le\ncœ ur » et incorrecte, que sortie de la pensée armée d ’un brevet de\nfacture, mais où le sens personnel de l ’artiste n’a rien pu laisser.\n  Q uoiqu’il en soit, le succès de Freyhir est mérité. E t M athieu\nse fera la place large, au premier rang, où brillent déjà P eter B en oît\net Erasm e Raw ay.\n                                               M arc   HAROLD.\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "            CHRONIQUE DE L'ART ET D U LIVRE\n                                L E S N O U V E A U X -N É S .\n\n\n\n\n        Sou v e n i r .   — L e trente novem bre       Q u atre livraisons consacrées au pays\n        dernier, se célébrait le dixièm e           h en n uyer ont paru, magnifiques, pleines\nanniversaire de la m ort d’A n dré V an             de coloris et de sève. L a force descriptive\nHasselt.                                            dépensée ici est énorm e: la tâche était\n   L es Jeunes Belgique et leurs am is v o u ­      difficile : il fallait joindre au talent de\nlant rendre un h o m m age à sa m ém oire           peintre de m œ urs et de paysages, les\nsont allés déposer sur la tom be du poète           connaissances techniques du ressort de\nune palm e de so u ven ir. A         ce filial et   l’in gén ieu r: il fallait voir clair dans les\npieux tém o ign age,les clercs de la Basoche        com plications sans nom bre du bassin de\nse sont associés de tout cœ ur.                     C harleroi et du district m ontois.\n                                                      L em o n n ier a em poigné     d’ un coup\n                                                    l’h yppo griph e industriel, com m e a dit\n  L a Belgique par C am ille Lem onnier             quelque part l’am i P otvin , et s’en est\n( Tour du Monde'). L a puissante parole du          rendu maître.\nM aître a évoqu é les poétiques souvenirs              Q.uant au peintre de m œ urs         et de\nde la F lan dre endorm ie dans son som ­            paysages, vous savez qu’il est sans pa­\nm eil de m ère épuisée; il nous a dit le            reil : il a décrit com m e elles sont les cou­\ncharm e m élancolique, les tristesses, la           tum es du crû, bruyantes et déchaînées;\ngrandeur de la patrie flam ande; nous               il a rendu dans ses tons de grisaille, la\napercevions encore les clochers effilés et          tristesse fum euse des plaines du H ai ­\nm ornes de B ruges, la tour ouvrée et su­           naut.\nperbe d’A n vers, nous n’avions pas cessé             Constantin M eunier et X a v ier M ellery,\nd’entendre les vo ix grondantes de la m er          ces amis de l’ ouvrier, ont suivi L em on ­\ndu N ord, quand, par un contraste voulu,            nier dans ses excursions et en ont rap­\nl ’écrivain nous jette        en plein   terrain    porté des croquis admirables de vérité\nhouiller, dans la région du fer et du feu.          et d’expression.\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "                                          — 88 —\n   O c t a v e PirmEz : Lettres à José (oeuvre      L ’étude des décadences, voilà-son but ;\n posthum e) Perrin, éditeur, P a ris— I vol.      on sent que l’auteur est bâti à m erveille\n in-12 fr. 3-50.                                  pour jeter nos vilenies, nos turpitudes\n   A la lecture de ces lettres, on se sent        à la face crispée de notre civilisation.\n g a g n é par la m élancolie profonde qui          U ne eau-forte d’un sentim ent m aca­\n caractérise tout ce qu’a produit O catve         bre, sortie de la fine pointe de F élicien\n P irm ez. D ans ces intimes causeries phi ­      R ops, ouvre ce volum e, suivie d’une m a­\nlosophiques avec un ami pour lequel son           gistrale préface de J. B arbey d’A u rev illy.\nâm e ne gardait aucun secret, le solitaire\n d’A c o z dévoile ses pensées, ses craintes,\nses aspirations. C ette œ uvre, c’est lui-\nm êm e, c’est le rêveur candide avec sa\ndélicate sensibilité et sa foi profonde.            M . Em ile M ontégut vient de publier\n   Partout se m ontre sa répulsion pour          la deuxièm e série de la c o lle ctio n de ses\nle m onde et la vie active ; sa nature con ­      études sur Nos Morts        Contemporains.\ntem plative et paisible ne parvient pas à        L es articles qui la com posent, notam ­\n\ns’accoutum er à « cette société blasée et        m ent ceux qui sont consacrés à T h é o ­\n\nsans pitié, où le corps a tué l’ esprit.» C e    phile G autier, A lfred de V ig n y , N odier,\n\nqu’il aime c’est la forêt et ses solitudes       Béranger, A lfred de Musset, form ent une\nprofon des: » U n bois, une bibliothèque,        m ise en place, experte et intelligente,\nquelques amis doivent suffire à qui dé­          définitive, des œ u vres qu’ils ont laissées.\n\nsire v ivre en paix et s’exprim er franche­         Je doute que d’autres s’avisent encore\n\nm ent », écrit-il, dans une heure de tris­       de prononcer sur le m érite de la plupart\ntesse.                                           des auteurs analysés dans les deux v o­\n\n   D e tout le livre déborde la terreur de       lum es édités par Hachette.\n\nl’anéantissem ent, le désir profon d· de            Sainte-Beuve a traité la plupart de ces\nl’im m ortalité et quand parfois instincti­      su jets, mais nous doutons qu’on s’ y\nvem ent une jouissance terrestre, l’ en­         essaye après M on tégu t.\ntraînem ent d’ un caprice l’on t préoccupé          C e livre nous a réconcilié avec l’auteur,\nun instant, il a honte de « faire un usage       dont les Souvenirs des ‘P ays-Bas        nous\n\nsingulier de cette vie précieuse, vestibule      avaient paru bien m édiocres après la H ol­\nde l’éternité » et vite il \" rentre sous son     lande d’Edm ond D e A m icis et surtout\nfr o c » pour se livrer tout entier à ses        après les Maîtres d’ autrefois d’E u gèn e\nrêveries.                                        From entin.\n\n   Œ u vre profonde et forte, séduisante            N ous som m es heureux que les Morts\net calm e.                                       Contemporains nous perm ettent de recon ­\n                                                 naître hautem ent le m érite sérieux de\n                                                 M . M on tégu t; c’ est un travailleur et un\n                                                 érudit ; sa traduction peu connue mais de\n                                                 grande valeur des dram es de Shakes­\n  Le Vice Suprême de Joséphin Péladan            peare est là pour le prouver sans con ­\nnous révèle un écrivain de race et de            teste.\np o ig n e; nous saluons en lui un rom ancier\nd’une envergure peu com m une.\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                                            -       89 -\n    C a t u l l e M e n d è s . — Hespérus. Les       quelque brasserie, so yez sûrs que ce n’est\n Contes épiques (Ollendorf). Jupe courte              point là une banale ivrog n erie. N on,\n(Havard).                                             elle se soûle seulem ent pour érailler sa\n    A u début d’un de ces poèm es en prose            voix, et ne plus entendre en elle, com m e\nqui com posent le volum e intitulé Jupe               un rem ords, sa vo ix claire de jadis. E t si\ncourte, il y a c e joli serm on profane : « Q u e     les filles du trottoir ont de tels raffine­\n» faut-il faire ? — Il faut ne pas corriger           m ents poétiques, que seront les folles\n» l’œ u vre divine, accepter telle qu’elle            marquises       et les courtisanes? C ro y e z\n» est la fatalité de ta double nature, être           bien que cette «fan ge » dont parle Men­\n» une âm e puisque tu es une âme, en                  dès n’est pas la vilaine fan ge des rues.\n» m êm e        temps     qu’une   bête, puisque      C ’est de la boue com m e il doit y en avoir\n\" tu es une bête, ne pas t’effrayer de                au p ays des Fées, s’il y pleut : une boue\n» ton azur, ne pas rougir de ta fange,                toute rose et parfum ée.\n» en un m ot rester capable — car tu es                    P ourtant on     n’entend pas toujours\n» né tel — de tous les envolem ents et de             sonner dans ce livre le rire des Am oureux.\n» de toutes les chutes !... P oète, converse          Il y a ça et là des pages ironiques, et\n\" avec les M uses dans le bois sacré de               m êm e (V. les Trois Bonnes Fortunes) —\n» P u vis de Chavannes, et couche avec ta             des Contes tout entiers d’une philosophie\n» servante si elle a la g o rg e belle. »             un peu attristée.\n    C atulle M endès donne l’ exem ple et ne\nrougit pas d’être double, faisant paraître\nen m êm e temps ces œ uvres si dissem­\nblables : Hespérus et les Contes épiques                   M. A b e l H e r m a n t . — M onsieur Ra ­\nchez O llen dorf, Jupe courte chez H avard.           bosson. ( L ’ Education Universitaire). P a ­\nD ans les Contes épiques sa fantaisie s’en­           ris, Dentu, éditeur.\nv o le vers les déserts où cam pent les                    M . A b e l H erm ant a fait paraître — il y\nrudes tribus Sém ites. E lle m arche avec             a, je crois, deux ans — un volum e de\nA sh av é ru s, elle écoute les m alédictions         poésies sous ce titre fier : Les Mépris, et\nque lance vers les tentes d’Abraham :                 il y avait là de beaux vers, des v ers de\n«.......   la   grande A g a r pleine de fiel,        poète. C ette fois, c’est un rom an de\nM ère des révoltés et des prostituées, » ;            m œ urs qu’ il nous donne, une étude du\nplus loin       encore,    et plus haut, avec         m onde universitaire.\nHespérus l ’ illum iné, elle m onte au para­            P arce que je le savais p o è te et,— comm e\ndis étrange rêvé par S w ed en b org .                il dit lui-m êm e — « échappé de l’U n i­\n  L es Parisiennes de Jupe courte, ressem ­           versité » je croyais trouver ici une œ uvre\nblent peu aux chastes anges du ciel de                vivante et une satire violente d'un milieu\nS w ed en b org, et nous voici plus près du           qu’il connaît bien.\nréel. Som m es-nous bien loin de l’Idéal                M ais non, m algré quelques portraits\np ou rtan t? C es raffinées d’ am our qui se          finement tracés sous lesquels ]on peut\nm ontrent en Jupe courte —             et m êm e      mettre des nom s, ce rom an est froid. E t\nsans Jupe du tout — sont aussi, à leur                pour un réquisitoire contre l’U niversité,\nm an ière, des chercheuses de rêve. M êm e            il est bien inoffensif!\nsi le poète nous m ontre — com m e dans                 Honnêtes professeurs de rhétorique,\nla Voix de Jadis— une fille qui se soûle en           dorm ez en paix ! M . H erm ant ne vous\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "                                             —      90 —\n\n fera pas beaucoup de mai. S i cette franc-           connaissent l’auteur, ses renoncem ents\n m açonnerie de l’enseignem ent a des se­             superbes, et sa quasi héroïque sim plicité.\n crets, ne craign ez rien, il ne les a pas              D eu x contes surtout, dans l’œ uvre\n révélés   aux profanes. V o y o n s, est-il          dont C . D em blo n publie la 2° édition\n le prem ier à nous présenter ce typ e de             donnent la caractéristique de son talent:\n professeur m édiocre, de fort en thèm e              La vieille morte, Une nuit de Noël. Les\n vulgaire? E t ses plaisanteries sur D uparc          autres ont m oindre im portance, ou sont\n le géograp he et M axence B au ch é le               peut-être moins rem arquables à cause de\n critique, sont-elles bien terribles?         En      certaines lo n g u eu rs.— N ous attendons\n vérité, il n’y a pas. de quoi vou s fâcher.          avec confiance le rom an que notre colla­\n   J’ai trouvé dans un cabinet de lecture            borateur fera paraître prochainem ent :\n un rom an très-peu connu d’un auteur                Les Tassions de Quelqu’ un. Un Hameau.\n très-connu. L e rom an s’ appelle Etienne           Mœurs des provinces Wallonnes.\n Moret, l’auteur Francisque Sarcey. D ans ce\n liv re S arcey, lui aussi, peint les univer­\n sitaires. S i l’œ uvre est vivante et artis­\n tique je vous le laisse à deviner, ô lec­\n                                                        L e M onde poétique. — Revue de Poésie\nteurs du Temps ! Mais ce qui est à rem ar­\n                                                     universelle. — R édacteur en ch e f :L . R o ­\nquer, c’ est que des deux rom ans, le plus\n                                                     ger-M ilès. Rédaction et Adm inistration,\nsatirique et le plus sévère à l’U niversité\n                                                     rue S éguier, 14, Paris.\nest encore celui de Francisque S arce y !\n                                                        A bonnem ent : 15 fr. L e num éro: 1.50.\n   Il y a donc bien loin de Monsieur Ra ­\n                                                     Paraît tous les m o is. Se trou ve à Bruxelles\nbosson à cet am er réquisitoire appelé\n                                                     chez D e cq et chez L e B ègue et C ie.\nJacques Vingtras et M . H erm ant n’a pas\n                                                        D an s notre pays belge,         avec notre\nl’âpre verve     de V allès. L ’auteur des\n                                                     tem péram ent b e lge , d’ ordinaire si en­\nMépris s’est apaisé, à ce qu’ il paraît,\n                                                     thousiaste de tout ce qui porte l’estam ­\ndepuis deux ans, et son rom an, m algré\n                                                     pille étrangère, il est à peine concevable\nquelques pages un peu teintées de natu­\n                                                     qu’une revue telle que le M onde poétique\nralism e, est une œ uvre du genre doux.\n                                                     ait pu, sept m ois durant,passer inaperçue.\n                                                     C ’est pourtant ainsi.\n                                                       N ous som m es les premiers, croyo n s-\n  C é l e s t i n D e m b l o n . — Contes mélan­    nous — et nous en tirons gloire — à si­\ncoliques. — U n livre vécu et sincère ; non          gnaler cette belle publication à la curio­\npas la com plainte pleurarde et crispante            sité des lettrés et des artistes.\nd’un affligé de parti pris, mais bien l’atta­          L es uns et les autres y trouveront leur\nchante traduction d’impressions ressen­              profit. L e Monde poétique est en effet\nties p ar une exquise nature de voyan t,             aussi attrayant pour le fon d que pour la\ndont l’organism e m erveilleusem ent af­             form e. Il se recom m ande par une hau­\nfiné vibre, tel qu’une chanterelle, aux              teur de critique et une originalité d’idées\nplus subtils contacts.                               auxquelles nos revues indigènes nous ont\n  C es sensations sont rendues dans une              jusqu’ici peu habitués, en m êm e temps\nlangue de saveur archaïque et un peu                 que par un souci to ut parnassien des\nnaïve, parfois, n’étonnant guère ceux qui            m oindres détails, un raffinem ent ty p o ­\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                                           — 91 —\ngraphique aboutissant à une richesse du         controns souvent dans les rues du bon\ncadre invraisem blable.                         pays brabançon.\n   Q u i songerait à s’en plaindre? Q u i\n                                                   Les        culs-de-lam pe      et    spécialem ent\ntrouvera jam ais tro p orné le tem ple où\n                                                ceux qui term inent le chapitre « où il\nl’on glorifie L eco n te de L isie et S u lly   est dict qu’il faut pendre ou dauber les\nPrudhom m e ; où, côte à côte avec B an­        m aris, » celui « où se trou ve accom pli\nville, C oppée, M endès, officient ces autres   ce qu’a écrit le docte T h o m as à K lap ­\ngrands-prêtres du vers et de la pensée :        peribus en son grand livre D e Amore, »\nM istral, A ubanel, Silvestre, P aul A rèn e,   cet autre enfin, « où la peur donne du\nP a u l B ourget, Louis T ierce lin ?...        n erf aux jambes des fuyards »,m éritent à\n  N ous engageons vivem ent nos lecteurs        cause de l’esprit et de la facture de leur\nennemis du « terre à terre » à lier con ­       rendu une m ention toute particulière.\nnaissance avec la revue de M. R o g e r-           L es scènes, sans tom ber dans la tri­\nM ilès.                                         vialité, sont enlevées avec un brio décon­\n                                                certant; les volum ineuses bedaines s’épa­\n                                                nouissant sur un banc massif, les disputes\n                                                entre maris et fem m es, décèlent dans\n  A l ’E s s o r . — A de courts intervalles,   leur variété et dans leurs poses, un vrai\ndeux maîtres nationaux sont l’objet d’une       petit-fils de T eniers.\nglorification posthum e. V oici, après la          Q u elle suavité archaïque dans le tryp ­\ntouchante m anifestation sur la tom be          tique et dans l’ évocation de la Sainte-\nd’A n d ré V a n Hasselt, une m agistrale       V ie rg e !\nrésurrection de C harles de C oster : Les          C es dessins à la plum e sont entrem ê­\nFrères de la bonne Trogne viennent d’ être      lés de quelques aquarelles.N ous y admi­\ncom m entés par la plum e à la fois si gau­     rons spécialem ent la Beuverie et le Champ\nloise et si fine d’A m édée L y n e n .         de bataille. L e cadavre de D ent-de-Fer\n  C ’est dans un coin caractéristique de        « lequel fut le prem ier que les bonnes\nn otre p ays et surtout dans le cabaret :       fem m es ouïrent avec grand fracas choir,\nA la Trompe, que        se déroule l’action     à cause que W an tje, la pucelle, lui avait\nprincipale du conte. M . L y n e n nous en      tiré une flèche, laquelle lui était entrée\nm ontre l’enseigne, une enseigne ruti­          en l’œ il subtilem ent », g ît à l’ avant-plan,\nlante de pots ventrus et de gobelets dé­        dans un raccourci superbe; au fond l’on\nbordants ; digne entrée eu m atière des         voit déboucher le « bon D u c » et son\nFrères de la bonne Trogne.                      escorte qui viennent s’assurer de la m ort\n  L ’interprétation despéripéties joyeuses      de leur plus im placable adversaire.\nauxquelles nous       assistons   ensuite est      L ’ œ u vre     de L y n e n        est   digne   de\nl’œ u vre d’un vrai flamand.                    D e C o ste r; c’est le plus bel élog e qu’on\n  L a face fleurie de P ieter G o m s, ornée    puisse lui décerner.\n\nen signe de grasse vie de trois mentons,\nla batailleuse com m ère Syske, dans sa\npose de v ira g o flam ande, sont, d’un art       Les Bigarrures, par J. Baudoux, H.\nsain et ro bu ste, et constituent deux          R o g e r et J. T in tilaire.— Bruxelles, B ran ­\ntypes bien « nature », que nous ren­            cart 2.50. — U n joli volu m e coquette­\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "                                         —      92 -\n\nm ent édité, destiné à mettre au jour les         32 pages, et im prim ée avec luxe sur beau\nprimes œ uvres de trois jeunes audacieux          papier teinté, fera paraître en fin dé­\nqui se donnent la main pour affronter le          cem bre son prem ier num éro.\npublic.\n  M alheureusem ent, à part la tentative,\nil y a fort peu de chose à louer dans               Revue des livres et des estampes. Paris,\nles quelques n ouvelles que contient le           rue d’A rgen teu il, 16.— A bonnem ent 15 f.\nvolum e. M . Baudoux surtout, en visant           — D irecteur, M . J. Péladan. C ette inté­\nà une originalité outrée, est tom bé dans         ressante publication donne deux fois par\nun profond ridicule. M . T intilaire est          m ois aux amis du « livre « une critique\nlourd dans sa F in de Roman, et sa Page           autorisée des nouveautés de la quinzaine.\nd'Am our ne produit pas l’effet auquel il         N ous     recom m andons    vivem ent   cette\nvise trop.                                        revue- à l’hom m e de goût, soucieux de\n  R este M . H . R o ger, dont la nouvelle        se tenir au courant des œ uvres nou­\nLes Pantins de Madame est m ieux traitée          velles, il y trou vera une saine apprécia­\nque le reste du volum e ; l’auteur y an­          tion de tout ce qui paraît dans le domaine\nnonce de très honnêtes qualités qui se            de la littérature et de l’art.\ndévelopperont par l’exercice ; le style\nest sim ple et coloré, sans exagération\nvoulue.                                             B astien-Lepage, le jeune m aître fran­\n                                                  çais, vien t de m o u rir. N ous con sacrerons\n  A une n ouvelle consœ ur belge, nous            dans notre prochain num éro, un article\nsouhaitons la bienvenue : ‘Philologia,            spécial à cet éminent artiste enlevé dans\nrevue de p h ilolo gie et d’histoire, parais­     le plein rayonnem ent de son superbe\nsant m ensuellem ent     en livraisons de         talent.\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "               UN GRAND SUCCÈS !\n          L a Revue des journaux et des Livres est certainem ent la p ublication\nla p lu s curieu se, la p lu s étrange, la plu s o rigin ale de notre\népoque. D ans chaque num éro sont condensés les Articles à sensation,\nNouvelles, Contes, Chroniques, Actualités, Curiosités Scientifiques et Littéraires,\nConnaissances utiles, Joyeux devis, Anecdotes., puisés dans les jo u rn au x et\nlivres de la sem aine. F eu illeton : Sapho, le dernier succès de D audet. Plus\nd e jo o journaux en un seul, tel est le problèm e résolu p ar cette E n cyclop éd ie\nindispensable à tout le monde. 24 p a g e s de tex te in-40 en deux colonnes\ncom pactes. Paraît to u s les dim anches. Pas de politique. 3 m ois 6 fr., 6 m ois\n10 fr., un an 18 fr., un m ois d’essai 1 fr. 50. L ibrairie J o u v e , 52, B oulevard\nS t-M ich e l, Paris.\n\n\n\n\n           LA SUISSE ROMANDE\n                  R E V U E A R T IS T IQ U E & L IT T É R A IR E\n'.Romans, Nouvelles, Contes, Fantaisies, Critiques, Voyages, Poésies, Histoire,\n             Chroniques de Suisse et de Paris, ‘Bibliographie.\n  Paraissant 2 fois p a r mois en livraisons de 48 pages in 8°, imprimées avec\nluxe sur beau papier teinté.\n  Rédacteur en chef : A . R i b a u x .\n\n  A BO N N EM EN T     f( |w sse’ uu.........................IOiranCS*»\n                          Etranger, un a n .....................................12\n  On. s’abonne : à Bevaix, canton de Neufchâtel (Suisse), en s’adressant par carte\npostale au rédacteur en chef.\n\n\n\n\n      TIMBRES de FIRMES en CAOUTCHOUC\nmontés sur timbres vitesse; en boîtes (nickel) formes montre, ou en boîtes ovales,\npour porter en poche; ces différents objets sont en nickel, ils sont très élégants\npour cadeaux de Noël et Étrennes.\n\n                         J. MAX, Fabricant\n              Gravem- sur M étaux en tous genres.\n    Cachets, Armoiries, Monogrammes, Gravure en taille-douce sur or et argent ;\nPlaques de portes, Presses à timbres secs, etc., etc.\n\n\n     1UE DES BOUCHERS, SI (Galeries St-Bobert)\n                           Attention au n° 5 1\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "             LA BASOCHE\n\n     Dans ses prochaines livraisons, LA BASOCHE pu­\nbliera des articles et des vers de MM.\n\nJean       A JA LB E R T                             V ic t o r    M O M B E L\n\n\nG eorges           ART                               E rn est       M A H A IM\n\nP aul      B E R L IE R                              F ranz       M AHUTTE\n\nL o u is    he      CASEM BR O O T                   Luc M A LPER\n\nH ector          C H A IN A Y E                      C A T U L L E M ENDÈS\n\nR odolph e           DARZEN S                        C h arles         M ETTANGE\n\nC é i.e s t in      D EM BLO N                       S tu art       M E R R IL L\n\nJu les      DESTRÉE                                  E p r h a Ym      M IC H A Ë L   .\n\nI.. H . D E V I L L E Z                              E m il e     M IC H E L E T\n\nP eter         DYL                                   H enri       N IZ E T\n\nG eorges         d’E S P A R B È S                   E dmond        P IC A R D\n\nA ndré         F O N T A IN A S                      P ie r r e    Q U IL L A R D\n\nM a u r ic e       F R IS O N                        J ean      RAM EAU\n\nA rnold         G O F F IN                           C h arles       S A IN C T E L E T T Ë\n\nE m il e    GOUDEAU                                 M a u r ic e     SU LZBER G ER\n\nA lbert          G R É S IL                          H enri       STRAN ARD\n\nS t a n is l a s    de   G U A IT A                  H enry       de    TOM BEUR\n\nT héo       HANNON                                   G eorges       T O R E G\n\nM arc       H ARO LD                                 A lbert        VERN AELD E\nJ. K . H U Y S M A N S                               A u g u s t e . V IE R S E T\n\n\nC a m il l e       L E M O N N IE R                 A ndré        Z E R L IG N Y\n\n\n\n                   Bruxelles — Imp. J.- B . M oens et fils, rue aux Laines, 48.\n\n\n\n\n                                      I\n"}]}