{"numero_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "articles": [{"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-001", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 93, "page_fin": 96, "titre_corps": "Croquis parisien : Le Coiffeur", "titre_sommaire": "Croquis parisien : Le Coiffeur", "signature_source": "J. K. HUYSMANS", "ancre_debut": "CROQUIS PARISIEN", "ancre_fin": "J. K. 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Il\nvous tient maintenant l’occiput entre ses deux poings, et le\nvoilà qui, au mépris des éléments les moins incontestés de\nl’hygiène, vous le balance, en haut, en bas, très-vite,\npenchant sa barbe sur votre front, haleinant sur votre\nfigure, examinant dans la glace de la psyché si les crins\ntondus sont bien de longueur égale; le voilà qui émonde,\npar-ci, par-là, encore, et qu’il recommence à faire cache-\ncache avec votre tête, qu’il tente, en appuyant dessus, de\nvous rentrer dans l’estomac, pour mieux ju ger de l’effet de\nsa coupe. L a souffrance devient intolérable. Ah! où sont-ils\ndonc les bienfaits de la science, les anesthésiques vantés,\nles pâles morphines, les fidèles chloroformes, les pacifiants\néthers?\n  M ais le coiffeur halète, épuisé par ses efforts. Il souffle\ncomme un bœuf, puis se rue de nouveau sur votre caboche\nqu’il ratisse, maintenant, avec un petit peigne et rabote\nsans trêve avec deux brosses.\n  U n soupir de détresse vous échappe, tandis que, dépo­\nsant ses étrilles, il secoue votre peignoir.\n  — Monsieur, veut-il une friction?\n    Non.\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1678, "texte": "                             — 95 —\n  — U n sham pooing alors ?\n  — N on.\n  —   M onsieur a tort, cela raffermit le cuir chevelu et\ndétruit les pellicules.\n  D ’une voix mourante, l’on finit par accepter le sham­\npooing, las, vaincu, n’espérant plus s'échapper vivant de\ncet antre.\n  Alors,     une   rosée   coule, goutte à goutte, sur votre\ntignasse, que l’homme, les manches retroussées, récure;\npuis bientôt, cette rosée qui pue l’orangeade, se change en\nmousse et, stupéfié, l’on s’aperçoit dans la glace, coiffé\nd’un plat d’œufs à la neige que de gro s doigts crèvent.\n  L e moment est venu où le supplice va atteindre son\nacuité suprême. Brutalement, votre tête voltige comme sur\ndes raquettes entre les bras du pommadin qui rugit et se\ndémène; votre cou craque, vos yeux jaillissent, la congestion\ncommence, la folie m en ace.. Dans une dernière lueur de\nbon sens, dans une dernière prière, l’on implore le ciel\nl’adjurant de vous accorder un genou, une tête de veau, de\nvous rendre chauve!\n  L ’opération se termine pourtant. L ’on se lève, chancelant,\npâle, comme au sortir d’une longue maladie, guidé par le\nbourreau qui vous précipite le chef dans une cuvette, vous\nle saisit à la nuque, l’asperge à grands flots d’eau froide,\npuis le comprime fortement à l’aide d’une serviette et le\nreporte dans le fauteuil où, pareil à une viande échaudée,\nil g ît sans mouvement, très-blanc.\n   Il ne reste plus, après les cruelles souffrances endurées,\nqu’à subir le dégoût des manipulations finales, l’enduit de\npoix écrasé dans les paumes, et plaqué sur le crâne écorché\nde nouveau par les dents des peignes.\n  C ’est fait, on est dégarrotté, debout, libre ; l’on écarte les\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 893, "texte": "                              —   96 —\n\n\noffres de savon et de lubin, l’on paye et l’on fuit à toutes\njam bes de la périlleuse officine; mais, au grand air, l’égare­\nment s’efface, l’équilibre revient, les pensées reprennent\ntranquillement leur marche.\n     On se trouve mieux portant, moins mûr. En même\ntemps qu’il vous sarclait le poil, le merlan vous a, comme par\nmiracle, allégé de plusieurs ans; l’atmosphère semble plus\nclémente et plus neuve,des fraîcheurs d ’âme éclosent; mais\nelles se fânent, hélas! presque aussitôt, car les dém angeai­\nsons que procurent les cheveux tombés dans la chemise,\nse    font sentir.   E t lentement,   couvant    un    rhume, l’on\nretourne chez soi, admirant l’éternel héroïsme des religieux\ndont les chairs sont, nuit et jour, volontairement grattées\npar l’âpre crin des durs cilices.\n\n                                         J. K . H U Y S M A N S .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-002", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 97, "page_fin": 97, "titre_corps": "Le triste Espoir", "titre_sommaire": "Le triste Espoir", "signature_source": "CATULLE MENDÈS", "ancre_debut": "LE TRISTE ESPOIR", "ancre_fin": "CATULLE MENDÈS", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 794, "texte": "LE       T R IS T E   E S P O IR\n\n\nHélas ! aimer demain comme j'a im a i ja dis !\nE n des hasards pareils a u x vieilles aventures,\nTrouver encore, auprès des belles créatures,\nL e même enfer après le même paradis !\n\nRéentendre sans fin les mots que j 'entendis !\nP a r les mêmes soleils ou, les mêmes froidures,\nVers les mêmes bonheurs ou les mêmes tortures,\nSuivre d'anciens chemins déjà chers ou maudits !\n\nD ès l'aube où rit la fle u r de nos adolescences,\nJ 'a i vécu tant d'amours, de deuils et de combats,\nD e surhumains désirs, d ’humaines impuissances,\n\nQue rien ne me sera nouveau, hors le trépas !\nE t c'est mon désolant ennui de ri avoir pas\nU n espoir qui ne soit f a it de réminiscences.\n\n\n 8 D écem b re 1884.\n\n                                C A T U L L E M ENDÈS\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-003", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 98, "page_fin": 98, "titre_corps": "À Jacques Madeleine", "titre_sommaire": "À Jacques Madeleine", "signature_source": "CATULLE MENDÈS", "ancre_debut": "A JACQUES MADELEINE", "ancre_fin": "CATULLE MENDÈS", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 748, "texte": "A JACQ U ES M A D E L E IN E\n\n\n       Artus, le roi des belles Iles,\n      A li son des trompes et du cor;\n      Après dix siècles chasse encor,\n       Chargé de flèches inutiles.\n\n      Bien qu’ il sue et geigne d ’ahan\n      A travers le hallier farouche,\n      L e damné ne prend qu'une mouche\n       Ou qu’ une guêpe une fo is l'an.\n\n       L a chasse où nous perdons haleine\n       Ressemble à celle du vieux roi;\n       E t c'est notre commune loi,\n       Bon apprenti, cher Madeleine,\n\n       D e ri avoir pour p rix des revers\n       E t du long deuil, qui nous tourmente,\n       Q u 'u ne frêle rime charmante\n        Q ui bat de l'aile au bout d'un vers.\n\n                                C A T U L L E M EN DÈS.\n\n\nIer Janvier 1885.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-004", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 99, "page_fin": 102, "titre_corps": "Lutte de Chair", "titre_sommaire": "Lutte de Chair", "signature_source": "Maurice FRISON", "ancre_debut": "LUTTE DE CHAIR", "ancre_fin": "Maurice FRISON", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 110, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1969, "texte": "LUTTE DE CHAIR\n\n             t n d u e su r u n e ch aise lon gu e, elle rê v a it. A u to u r d ’elle,\n            Ee\n             les sa g o u tiers a u x palm es raid es, les d racén as ondoyants\n             et les fo u gères arb orescen tes fo rm aien t u n fo u illis qui\n             l ’en velo p p ait d’u n g ran d cadre friso n n an t sous la brise\np arfu m ée du so ir. S a tête blonde, non ch alam m en t ap p u yée su r le\nsa tin a z u r du sopha, a v a it la finesse exq u ise d ’un S tev en s.\n   D e v a n t elle se d éro u laien t les sp len deurs d ’un so ir d ’été. L e\nso leil se co u ch ait p a r d elà l ’h o rizo n , étend ant su r le ciel p u r une\nva ste nappe d ’or qui a lla it s ’ attén uan t in sen siblem en t et s ’é te i ­\ng n a it enfin d an s le bleu som bre du zé n ith . A u lo in , le v illa g e\np rofilait vig o u reu sem en t sa silh ou ette noire su r ce fond de feu.\nP lu s   près, d evan t le ch âteau , la riv iè re p étu la n te a v a it des\nch ato iem en ts de p ierres précieu ses sous les r a i s obliques qui\nja illis s a ie n t de l ’ O cciden t em brasé. U n e brouée légère s ’é le v a it de\nl ’eau et len tem en t s’ép an d ait su r les p rés, où les ta u re a u x m eu ­\ng la ie n t, a p p elan t leu rs gén isses.\n   C ’ était l ’h eu re du soir,      va p o reu se   et tra n q u ille , a vec son\nh a lein e p én étran te qui donne des grise ries d ’h ash isch , l ’heu re ou\nl ’am o u r s ’im pose, irrésistib le , a u x sens én ervés.\n\n  E t L u c y , p ar la pensée, r e v iv a it ses j e u n e s années et leu rs\nespoirs a rd en ts, que so u d ain , la fa ta lité bête a v a it éteints, en l ’a c­\ncroch an t à d ix-h u it ans au bras du v ie u x baron de S a in t-M a u re,\nv iv e u r va n n é p ar de lon gu es années de débauche.\n  U n frisson d ’h o rreu r l ’a g ita it au so u ven ir du jo u r où, pou r la\np rem ière fois, les lèv res froid es, sèches de son m ari a v a ie n t glacé\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2636, "texte": "                                        — 100 —\n\nsa peau douce de v ie rg e . E n va in , pen dant d eu x ans elle a v a it\nlu tté contre les dégoûts de cet acco u p lem en t d isp a ra te; p u is,\nto u t s ’était transform é        en elle : a in si q u ’après la p lu ie on v o it\np a r o is dans le ciel u n bou scu lem en t m a jestu eu x            de n u a ge s,\nu n va ste d éch irem en t d’ om bres q u i déverse su r les cam p agn es un\nflot de s o le il; un événem en t a v a it illu m in é sa v ie et a llu m é dans\nso n cœ u r une gran d e flam bée d 'am ou r.\n   L e baron a v a it in v ité le fils d ’un de ses v ie u x am is, F a b ie n\nd’ E v r y , à p asser l ’été au ch âteau . C ’était u n g ran d brun au p rofil\nferm e, nettem en t m odelé, au te in t am bré su r lequ el d eu x y e u x\nb leu x rêveu rs tra n ch aien t,        donnant à     son m asqu e v ir il        une\nd ou ceu r a ttira n te.\n   D u prem ier jo u r , follem en t, elle l ’a v a it aim é : ça l ’a v a it poign ée\nau cœ ur, to u t-à -co u p , au m om ent du sa lu t ban al de             l ’a rriv é e .\nC ’était « l ’aimé » en trevu dans les so n geries du co u ven t, celu i\ndont l ’im age v a g u e v o ltig e a it d u ran t les ch audes n u its d’ été dans\nles pâles traîn ées de lu n e, celu i qui v e n a it dans son s om m eil d’ado­\nlescente n u b ile lu i m u rm u rer bien bas des p aro les d ’am o u r,\ne n iv ra n te s.\n   E t elle l ’aim a ain si, dans le secret de sa pensée, d élicieu sem en t,\na v ec    des       a ltern a tiv es de jo ie s   im m en ses   et   de   tristesses\nlo u r d e s .\n   Ils ne s ’étaien t ja m a is o u verts l ’un à l ’autre, m ais sou s               la\nfro id eu r exagérée de leu rs rapp orts, tou s d eu x sen taien t b o u il­\nlon n er des d ésirs insensés qui les effra yaien t eu x-m êm es et les\nfaisaien t se taire. P arfo is elle a u ra it v o u lu se je te r à ses pieds, lu i\no u v rir son cœ ur, laisser d éborder ce to rren t de passion qui la\nn o y ait, m ais le so u v e n ir de la fidélité so len n ellem en t ju r é e la\nreten ait en core.\n   M aintenant, d an s cette atm osphère tro u b lan te de la vesp rée,\nune la n g u e u r l ’en va h issa it. C ’était fini de résister ! D e quel d roit\nle m onde la fo rcerait-il à se sacrifier en tière à ce v ie u x ? L ’ard en te\nexu b éran ce de sa jeu n esse s ’in su rg ea it contre sa trop lo n gu e\nabnégation ; ses vin g t ans v o u la ie n t d ’ au tres am ou rs !\n\n    Il v e n a it; on en ten dait le m artellem en t de son pas su r les d alles\n du perron . E lle a lla it tou t lu i d ire! E t en fiévrée, p alp itan te, elle\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2726, "texte": "atten d a it; l ’ ém otion la p ren a it à la gorge, lu i don nait des spasm es\nd ’a sp h y x ie , l ’a cca b la it!\n   Il entra dans la v é ra n d a ; elle le fit asseoir près d’elle, et gênés,\nils restèren t sile n cie u x , se to u ch a n t presq ue. In co n sciem m en t,\nle u rs m ain s se ch erch aien t dans la pénom bre, elles se ren co n ­\ntrèren t a v e c u n tressaillem en t de tou t leu r être, et lon gtem ps,\nsan s un m ot, ils les tin ren t serrées fortem en t, com m e s ’ils eussen t\nv o u lu y fa ire p asser les sentim en ts qu i débord aient d ’e u x ......\n   P u is , brusquem en t, elle l ’a ttira v e rs elle, le u rs bouches, se j o i ­\ng n ire n t, et ils échan gèren t un lo n g baiser où le u rs lèv res se\np laq u èren t a vec tou te l ’âpreté de le u r sa n g je u n e , u n b aiser de\nch a ir qui la n ça dans leu rs vein es, u n e co u lé e de la v e . E lle était à\nlu i, tou te à lu i, il p o u v a it la prendre, elle se d on nerait en tière ! E t\naffolée d ’am o u r, elle le b rû la it de b aisers qui, p a re ils à des v e n ­\ntouses se co lla ien t à ses jo u e s. C ’était la ch u te, rid icu le et v u l­\ng a ir e ! Il la v o y a it v e n ir, fa tale, et u n d ég o û t de cette situ atio n\nrépu gn an te du m ari et de l ’am an t qui se p a rtage n t la fem m e, u n e\nhonte de cette lâcheté qu i trom pe l ’a m i confiant s ’em p arèren t de\nlu i. S a rig id e d ro itu re         s ’in d ig n a it : b ru talem en t, il dénoua ces\nbras sou ples qui l ’étreig n aien t, s ’a rra ch a à cette fem m e qu i le\nv o u la it ,.... s ’en fu it.\n\n   I l était brisé d ’ ém o tio n ; son corps én erv é v o u la it de la fa tig u e .\nIl descendit a u x écu ries, se lla E l-K e b ir , le g ran d étalo n sy rie n ,\nfarou ch e. Il le la n ça dans u n g alo p effréné, au h asard , à tra v e rs\nl es p ra iries; c ’était com m e la ch ev au ch é e fu rieu se du c a v a lie r de\nla ballad e qui, à la n u it tom bante, fend les b ro u illa rd s g ris. E t il\na lla it v ite, p lu s v ite, im p étu eu x !\n  T o u t-à -c o u p le ch ev al fit un écart : la riv iè re l ’ a rrê ta it dans sa\ncourse. Il rassem ble sa m on ture, reprend du cham p et la lan ce à\nl ’ obstacle. M ais cette eau h u rla n t su r les roch es tou rm entées de\nson lit, cette écu m e blan che to u rb illo n n a n t dans le rem ous du\nco u ran t, effraient la bête qui se refuse en core. A lo rs F abien se\np rit d ’u n e colère fo lle ; rageu sem en t, fers au ve n tre , cin g lan t\nl ’étalon de sa cra va ch e, il le ram ène et pique d roit à la riv iè re .\n  C e fu t u ne lutte terrib le, superbe, dans la som br eu r de la n u it\nqui en va h issa it la p lain e, éteign an t à l ’ho rizo n les dern iers reflets\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 641, "texte": "                                   — 102 —\nsa n glan ts du soleil d isparu dans l ’au delà. L e ch e v a l terrifié, se\ncabre, ru e, s ’en lève, essaie va in em en t de d ésarçon n er ce c a v a lie r\nqui lu i ro u g it les flancs sou s l ’attaqu e de ses éperons. E n fin\néperd u , im p u issa n t, le sy rie n se dresse p lu s fo rt en core, bat n er­\nveu sem en t l ’ a ir de ses pieds de d evan t, tente u n e u ltim e ré s is ­\nta n c e .... m ais ses ja rre ts fléchissen t sou s lu i, et il tom be à la ren­\nv e r s e , écrasan t d ’E v r y sou s sa m asse.\n\n                                                  M a u r ic e F R IS O N ."}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-005", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 102, "page_fin": 102, "titre_corps": "Croquis d’Hiver", "titre_sommaire": "Croquis d’Hiver", "signature_source": "Jean AJALBERT", "ancre_debut": "CROQUIS D’HIVER", "ancre_fin": "Jean AJALBERT", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 113, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 668, "fin_caractere_exclue": 1711, "texte": "C R O Q U IS       D ’H I V E R\n\n\n                                                           A Paul Verlaine.\n\n\n\n          Dans l'assoupissement des brumes de l’hiver,\n          sous l’implacable froid, les guinguettes gelées\n          balancent au vent leurs enseignes désolées.\n\n          C'est un poisson de zinc au bout d'un fil de fer,\n          avec un grincement aigu de girouette,\n          ou le bruit que fa it sur le sable une brouette.\n\n          La maison de campagne a ses volets fermés ;\n          du givre pend au nez d’une Vénus de plâtre\n          qu’entourent, en dansant, des amours enrhumés,\n          dans une ronde triste, au lieu d’être folâtre.\n\n          La porte s’ankylose et la rouille a mordu\n          les barreaux de la grille où grimpe un maigre lierre.......\n          et depuis très longtemps la sonnette a perdu\n          le souvenir des coups d’une main familière...\n                                                                \\\n\n\n                                                  Jean    A JA LBER T.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-006", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 103, "page_fin": 103, "titre_corps": "Poème en prose : Hiemal", "titre_sommaire": "Poème en prose : Hiemal", "signature_source": "Rodolphe DARZENS", "ancre_debut": "POEME EN PROSE", "ancre_fin": "Rodolphe DARZENS", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 114, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1588, "texte": "POEM E EN                 PRO SE          : H IE M A L\n\n\n                                                 I\n   L 'h iv er lorsque le vent pleure, il est bon d ’être deux dans la chambre\nclose, devant la cheminée où les braises s’éteignent, au· fo n d du même\nfa u teu il.\n\n                                                II\n\n    C ’est pourquoi, toute frileuse, et toute cajoleuse aussi, elle reste\n longtemps près de moi, l ’ h i v e r l o r s q u e l e v e n t p l e u r e .\n\n                                               III\n\n    E lle penche sa tête, sa tête mignonne, sous mes baisers, comme une\nfle ur sous les gouttes de pluie, et soitpire faiblem ent, — tel un pigeon\n roucoule — : I l e s t b o n d ’ê t r e d e u x .\n\n                                               IV\n\n    Mais j e ne réponds pas; j e lu i ferm e la bouche avec mes lèvres, pour\n ne pas entendre sa voix qui trouble le silence, et afin que tout se taise,\n dans la cham bre clo se.\n\n\n                                                 V\n\n    P u is nous demeurons ainsi, elle, insouciante et ne songeant à rien,\n moi, soucieux et songeant a bien des choses, nous demeurons ainsi le\n soir, d e v a n t l a c h e m i n é e o u l e s b r a i s e s s ’ é t e i g n e n t .\n\n                                                VI\n\n    L ’Heure sonne, le temps passe ; et souvent l ’aube nous trouve encore\n là, assoupis dans les bras l ’un de l ’autre a u f o n d d u                     m êm e   fau ­\n\n t e u il .\n\n\n                                                        R o d o lp h e    D ARZE N S.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-007", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 104, "page_fin": 104, "titre_corps": "Mnéméion", "titre_sommaire": "Mnéméion", "signature_source": "Rodolphe DARZENS", "ancre_debut": "MNHMÉION", "ancre_fin": "Rodolphe DARZENS", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 115, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 837, "texte": "M N H M É IO N\n\n\nIls sont dans la clairière oie pousse le mélèze\nL es blancs M en-H irs, debouts ainsi que des Beffrois,\nToujours inspirateurs des nocturnes effrois\nA u Breton qui se signe et se sent mal à l 'aise ;\n\nE t qu'ont taillés, afin qu'aux D ie u x leur travail plaise,\n— Longtemps avant l'époque où, sous leurs heaumesfroids,\nLes P r e ux chevauchaient sur de puissants palefrois —\nLes Druides, aux flancs abrupts d 'unefalaise.\n\nCes Prêtres d'un Passé lointain, M o i j e les ai\nImités ; ouvrier d'un travail malaisé,\nPrêtre de ce présent trop court, Poète blême,\n\nB o n n e M a î t r e s s e ! et j ' a i dressé dans l'A v en ir\n\nMonument d ’un mystique Amour, bizarre emblème,\nT a M é m o i r e , pareille aie colossal M en-H ir.\n\n\n                                            R odolphe D ARZEN S.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-008", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 105, "page_fin": 106, "titre_corps": "Plein Air (fragment)", "titre_sommaire": "Plein Air (fragment)", "signature_source": "Hector CHAINAYE", "ancre_debut": "PLEIN AIR", "ancre_fin": "Hector CHAINAYE", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 116, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "PLEIN AIR\n                                      (f r a g m e n t )\n\n\n               l ’approch e de\n               A                     la n u it, com m e à l ’o rd in aire, les deux\n               fillettes ram èn en t les bêtes à la ferm e, à tra v e rs le tro u ­\n               blant recu eillem en t de la p lain e. S a n s dire m ot, elles\n               m arch en t, incon scien tes presque, tou t en trico tan t des\nbas d ’un rou ge-cru v u lg a ir e , épau les en a rrière et tête in clin ée\nv e rs leu rs grosses a ig u ille s , qui se croisen t m éth odiquem ent en\nlan ça n t de petits écla irs d ’acier.            L e s va ch es les su ive n t, leu rs\ny e u x g ra n d s o u v erts, au regard com m e atten dri, b alan çan t dans\nle u r m arch e dolen te le u r panse gonflée. M ais elles a va n ce n t p lu s\nv ite m ain ten an t, p récèd en t leu rs g ard ien n e s; c ’est que là bas\ns ’en dort une m are, d ans sa g la u q u e cein tu re de ro sea u x .\n   T a n d is q u ’elles bo iven t, em pâtan t des tach es rou sses et b la n ­\nches de leu rs croupes le ton v ie u x -c u iv re de l’eau où se réverb ère\nle ciel révo lu tio n n é p ar le co u ch an t, les d eu x fillettes attendent,\ng oth iq u em en t p lan tées dans les hautes herbes, trico tan t to u jo u rs.\nE t ta n t elles son t im m obiles, elles sem blent com plètem en t p assives,\net com m e d eu x p ieu x m aig re lets, ten ir au so l, p a rticip e r du p a ysa g e .\nL e u r s co u rts ch ev eu x blonds attisés p ar les dern ières flam bées du\njo u r , ne sont-ils pas la lain e laissée à ces p ie u x p ar des m outons\nqui vien n en t de p asser ? D es o iseau x p lein s de petits cris de jo ie n e\nch ip p ero n t-ils pas bientôt cette lain e p o u r en tap isser le u r nid ?\nE t, v a p eu rs trép id an tes, les tièdes ém anations de la m are e n v e ­\nlopp en t les en fants et les va ch es.\n   L e tro u p eau se rem et en rou te. E n fin , v o ilà l a ferm e, dont l e s\nm u rs p a ra issen t tro u és d ’irra d ia n tes flam m es, tan t l e s o l e i l e s t i ­\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2060, "texte": "                                    —    106 —\n\nv a l, qui se résig n e a vec pein e à d isp araître, p laq u e dru ses der­\nn iers b aisers      su r les v itre s      des   fen êtres. B ie n tô t les petites\nva ch ères en tren t a v ec leu rs bêtes dans l ’a g ita tio n en fiévrée de la\nco u r, ou elles son t com m e perdues.\n     C o u r, en velop pée à droite et à g au ch e p a r la g ra n g e , les éta­\nbles, dem eures des a n im au x , et au fond p a r u n gro s b âtim en t,\ndem eure des m aîtres et des se rv ite u rs. C o u r, où s ’en ten dent les\nson ores tappem ents des sabots épais des g arço n s, cla irs lo rsq u ’ils\nse     flanqu en t   su r   la   p ierre,     g ra v e s   lo rsq u ’ils   frap p en t   la\nterre ;    les reniflem en ts    a gaçan ts de la p o u lie du              p u its d’où\nla ferm ière tire u n sceau v e n tru             débordant d ’eau ; et les m u ­\ngissem en ts in q u iets des va ch es ; et les ru ad es im p atien tes des\nétalons ; et les bêleries lentes des m outons ; et les app els v a g u e s\ndes hom m es et des fem m es, h o lâ, — hê, — diâ, — qui, h abitu és\nà v iv re en plein air, sim p lifien t les vo ca b les, ne p ron on cen t p res­\nque p lu s que les v o y e lle s , ch an ten t p lu tô t q u ’ils ne p a rlen t,\ncom m e les m on tagn ard s et les m arin s. T o u s ces b ru its v ib re n t ;\net, ju s q u ’ au refrain attristan t du cri-cri dans les v ie ille s m u ra ille s,\net m êm e ju s q u ’au froissem en t du foin je té dans les r â te lie rs , tou s\nson t p erçu s. V r a ie sym p h o n ie a u x sen teu rs cap iteu ses de la vie\ncam pagn arde quintessenciée«.           A in s i dans u n co q u illa g e, se con ­\ncen tren t les v o ix im p lo ran tes, con tin u es et infinies de la m er.\n     P u is les b ru its se tu ren t à m esu re que la n u it é teig n it le ciel.\nU n g arço n o u b lieu x v in t ferm er la porte de la g ra n g e qui s ’em p lit\nd ’échos, et ren tra fu rtiv em en t à la ferm e.\n\n\n\n                                              H ect o r C H A IN A Y E\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-009", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 107, "page_fin": 108, "titre_corps": "La Vengeance de l’Homme", "titre_sommaire": "La Vengeance de l’Homme", "signature_source": "Jean RAMEAU", "ancre_debut": "LA VENGEANCE DE L’HOMME", "ancre_fin": "Jean RAMEAU", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1512, "texte": "L A   VENGEANCE                 DE     L'H\n                                         OM ME\n\n\n  Pouvoir aller là-haut, comme un chasseur farouche !\n  Oh ! pouvoir braconner au fond de ce ciel louche\n          Comme on braconne au fond d'un bois!\n  Et, caché sous un astre ainsi que sous un orme,\n  Faire, oh ! faire là-haut quelque battue énorme\n          De divinités aux abois !\n\n  Pouvoir escalader l'entassement des mondes\n  En posant mes deux pieds sur les soleils immondes,\n           Comme sur des marches d'égoût !\n  Et, si je trouvais Dieu, dans un fond de crevasse,\n  Vomir, oh! lui vomir mes poumons à la face\n          Dans un long hoquet de dégoût !\n\n Et lui vomir ma vie ! et s'il fuyait, l'infâme !\n Enfourcher quelque dos de comète de flamme,\n         Et galoper éperdument,\n Jusqu'à ce que ce Dieu se heurtât à quelque astre\n Ou se broyât le front contre quelque pilastre\n         Gigantesque du firmament!\n\n  Dieu, Dieu ! perfide Dieu! Vois-tu ces mers bavantes?\n  Sais-tu pourquoi leurs flots hérissés d'épouvantes\n          S'épuisent en bonds furieux ?\n  Sais-tu pourquoi ces pics, aux béantes entailles\n  Haussent obstinément leurs formidables tailles\n          Comme pour souffleter les deux?\n\n  Sais-tu pourquoi l'éclair balafre les nuées?\n  Sais-tu pourquoi la trombe, aux sinistres huées\n           Cogne contre le ciel, la nuit?\n  Sais-tu pourquoi l'on voit, dans l’âpre Ether sans bornes\n  S'essouffler, à courir, des meutes d'astres mornes\n          Traquant on ne sait quoi qui fuit?\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1788, "texte": "                          —     108 —\n\n A h ! c'est que tout cela, tout cela, D ie u féroce,\n L 'é c la ir , le flo t , le p ic , l'astre, la trombe atroce,\n           E n ten d s-tu , monstre? oui, tout cela\n Im placable, acharné, terrible, fo u , sauvage,\n P a rto u t, avec fu r ie , avec haine, avec rage,\n           T e cherche, ô toi qu'on nomme A l l a h !\n\n\n O h ! s i fions te trouvions p o u rta n t! horrible j o i e !\n O h ! si ce grand fo r ç a t de so leil, q u i rougeoie\n           Éternellem ent dans les d e u x ,\nE t si tous ces troupeaux râlants de sphères rouges,\nSavaient où sont, là-h aut, les tanières, les bouges,\n           L e s antres, les chenils à d ie u x !\n\n\nO h ! sa isir D ie u ! lu i dire : « A h ! c'est ton tour, sans doute!\nV ien s, p a ie hum anité, viens grondante ! viens, tou te!\n          L e jo u r de la vengeance a l u i !\nD ebout ! tout ce q u i geint ! D ebout ! tout ce q u i souffre !\nD ebout ! tous les volcans au gosier plein de soufre !\n          C ra ch ez, crachez, crachez sur l u i !\n\n\n« D échiquète-le, trom be! et bave sur lu i, v a g u e!\nE t hache-le, farou che écla ir, verm eille dague !\n          E t fen d s-le, p ic ,   sinistre    épieu !\nE t ruez-vous dessus, astres! et qu'on le b ro ie!\nE t que tout l'univers vienne fa ir e sa p roie\n          D e cette carcasse de D ie u ! »\n\n\nE t m oi, moi l'H o m m e, alors, j e lu i d irais : « D ie u traître!\nA h ! tu m'as m is au m onde? ah ! tu m'as donné l 'être?\n          E h bien, à ton tour, J e h o v a !\nÉ p a rgn ez-le, S o le ils : j ’ a i trouvé ma vengeance !\nE l l e est terrible. O yez : —    D ie u très-haut, Providence,\n         N é a n t ! . . . j e te f a i s homme ! —   Va! »\n\n\n                                                         Jean     RAM EAU .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-010", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 109, "page_fin": 111, "titre_corps": "Petites Études : Égoïsme", "titre_sommaire": "Petites Études : Égoïsme", "signature_source": "Arnold GOFFIN", "ancre_debut": "PETITES ÉTUDES", "ancre_fin": "Arnold GOFFIN", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 120, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1599, "texte": "PETITES ÉTUDES\n\n                              E G O ÏS M E\n\n\n        R\n        IE N   n’est m ieux prouvé, pour moi, que l ’existence du démon\n         de la perversité, dont E d ga r P oë, a, avec sa dialectique im pi­\n         toyable, analysé, la morbide influence sur la plupart de nos\nactions, et je serais non loin de l ’adorer, pour les profondes jou is­\nsances qu’il nous procure, s’il m ’était donné d’adorer encore, — quoi\nque ce fût.\n  U ne fringale de calm e et de tranquillité m’avait celé, l’autre soir\ndans ma cham bre, où régnait une chaleur douce ; les lourds rideaux\nfermés, interceptant la vue du dehors, se roidissaient en des plis har­\nm onieux; — étroitement cloîtré dans mon égoïste solitude, je relisais\nce m erveilleux et suggestif poèm e de Baudelaire : Les petites vieilles. —\n  J ’ignore à quel moment cette pensée, certainem ent crim inelle et\ninhum aine me hanta et pénétra subtilem ent en mon esprit, mais je\nm e surpris, dans ma béatitude infinie, me réjouissant des souffrances,\nqu ’à ce moment même, enduraient les pauvres et les vagabonds, —\nespérant, sans doute, redoubler mon plaisir en évoquant ceux qui en\nsont privés.\n  R êveur, je contem plais les bibelots, disséminés à l ’aventure, que\npièce à pièce j ’ai collectionnés, les livres aimés, épars autour de\nm oi; toutes ces choses qui me tiennent lieu d’amis et me sont rendues\nplus chères par l ’accoutum ance; — et avec une féroce joie je me dis,\nqu’il est des gens, beaucoup de gens, q u i ne possèdent rien de cela;\n— qu’il en existe, même, ne sachant pas lire, — et d ’autres encore,\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "                                  — 110 —\nen très-grand nombre, incapables de com prendre les écrivains, é v o c a ­\nteurs de rêves bizarres, que je chéris.\n   Ricanant, je pensais :\n  — Il fait bien froid, au dehors ; — un vent gelé et cinglant souffle ;\nnom bre de pauvres hères,sans feu ni gîte, vaguent, les mains gourdes,\ndans les longues rues rectilignes, balayées par l ’âpre bise. O ù passe ­\nront-îls la n u it,l’interm inable nuit hivernale ? — Dans l’encoignure de\nma porte, peut-être, le corps ramassé, pour réchauffer leurs membres\nraidis par le froid ... sur les dalles hum ides de m on s e u il!... E h ! eh !\nils pourraient bien ne se réveiller jam ais p lu s !... — M ais, m o i , j ’ai\nch a u d !... l ’engourdissem ent du bien-être me b e rc e ... Ajoutons une\nbûche dans l ’âtre, que la flam m e pétille joyeusem ent et crépite plus\nfort encore !\n  Nerveusem ent, un rire sardónique          m ’éch ap p a; je   continuai à\nenchaîner les idées, avec une extrême logique, en ce triste soliloque\nmental :\n   — D e m isérables ménages ne possèdent seulem ent pas une bûche,\ncomme celle-ci, pour adoucir la glaciale température, des taudis où\nils gitent... E lle est nom breuse, pourtant, la fam ille que j ’entrevois...\nL a populace est si p ro lifiq u e!.. L a mère et trois enfants hâves, gre­\nlottent sous une couverture rapiécée. E t, à côté, dans un berceau\nd ’osier, le dernier venu, la face ratatinée, étiolée, s’ est endormi tenant\nentre ses lèvres le bec d ’un biberon, vide de la it... E t le procréateur\nde toute cette marm aille, crapuleusement, sans doute, se saoû le au\ncabaret !\n  Je reposai, un instant mon esprit sur ce tableau, auquel mes\nappétances trouvaient un charme sin gu lier; puis,           poursuivant     à\nl’extrême :\n  — L e diable sait, si à cette heure, quelque crève-m isère ne se fait\npas em poigner, volant un p a in ... L ’ im b é cile !.. U n ju g e intègre et\npénétré du respect de la loi, ennem i des circonstances atténuantes,\nlui décernera deux ou trois mois de prison. . E t, ce sera bien fait !..\nOù irions-nous si les ventres creux pouvaient im puném ent dépouiller\nles honnêtes gens ?.. L a faim ? fallacieux prétexte, excuse vaine ! Il avait\nfaim aussi, celu i-là... Q u ’ils travaillent, m ille dieux, s’ils veulent\nm an ge r!..\n  Il est doux, de se répéter, que tous les jours, sans appétit souvent,\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 870, "texte": "                                — 111 —\non se. met à table devant un copieux repas, en songeant que cela n ’est\npas donné à tout le monde !\n\n  E t ainsi, je me délectai, longtem ps, dans l’apaisement de ma cham ­\nbre, à ces joies trés-pures et innocentes.\n                                ENVOI\n\n  L E C T E U R , j ’entends que tu grondes et m urmures sur le cynism e de\nl ’auteur, — déplorant, une fois de plus, la dépravation du siècle, l ’avi­\nlissement des lettres, et les naturalistes pensers des écrivains.\n  D escends eh,ton cœur charitable et doux à autrui, ô bourgeois-\npropriétaire — liseur de faits-divers ! — et confesse que, toi aussi, le\nventre plein gavé de victuailles, au moment du dessert, tu te fiches\ndu peuple ! — Hypocrite lecteur, — mon semblable, — mon frère !\nJanvier, 84.\n                                                A rn o ld   G O F F IN ."}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-011", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 111, "page_fin": 111, "titre_corps": "Temps passés", "titre_sommaire": "Temps passés", "signature_source": "Albert TINCHANT", "ancre_debut": "TEMPS PASSÉS", "ancre_fin": "Albert TINCHANT", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 122, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 896, "fin_caractere_exclue": 1894, "texte": "TEM P S P ASSÉS\n\n                                                 A R odolphe D arzens.\n\n\n          L ’amour des temps passés est une triste chose,\n          Sombre, comme lesjours de pluie et de ciel noir ;\n          Si doux qu’ils soient au cœur, l’avenir et l’espoir\n          Ne lui laissent qu’un songe incertain ou morose.\n\n          L ’âme s’effeuille au vent du Nord, comme la rose;\n          Elle se sent flétrir, et compte en son miroir\n          Plus pur que les grands lacs bercés aux chants du soir,\n          Les caresses de l’aube à sa corolle rose.\n\n          A chaque, pas qu’il fa it dans sa profonde nuit,\n          A ux horizons nouveaux déroulés devant lui,\n          L ’homme sent qu’ il se courbe un peu plus vers la terre.\n\n          Le vieillard connaît mieux quel est le prix du temps,\n          Car il la voit finir, sa course solitaire,\n          E t dans son pâle hiver, se souvient du printemps.\n\n                                             Albert   T IN C H A N T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-012", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": 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parfums du saint Encensoir —\nIl songe en son âme infidèle et vide\nQu’il est beau, tenant ainsi l’ostensoir ;\nQue sur son manteau de pourpre, rutile\nUne gloire large et de divers ors,\nComme le Soleil que le soir mutile\nLuit sur le charnier des nuages morts.\nIl songe qu’un peuple obscur le contemple,\nQu’au fond d’un brouillard lourd de senteurs, l’ œil\nVoit uniquement dans la nuit du temple\nL ’Evêque splendide en son rouge orgueil.\nEt, les yeux emplis d’ivresse extatique,\nLe prêtre, usurpant au Christ défié\nL ’hommage royal du dévot cantique,\nSur l’autel qu’il sert s’est déifié.\n\n\nChère, je t’ai dit des messes hautaines\nSans y croire, ainsi qu’un prêtre mauvais,\nPour que le regard des foules lointaines\nMe trouvât très-beau lorsque je levais —\nEvêque vêtu de fières étoffes —\nL ’ostensoir des vers aux riches splendeurs,\nEt je n’agitais l’ Encensoir des strophes\nQue pour me soûler avec ses odeurs !\n                             E phraïM M I C H A Ë L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-013", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 113, "page_fin": 114, "titre_corps": "Lever d’Astres", "titre_sommaire": "Lever d’Astres", "signature_source": "Auguste VIERSET", "ancre_debut": "LEVER D’ASTRES", "ancre_fin": "Auguste VIERSET", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 124, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 883, "texte": "LEVER         D 'A S T R E S\n\n\nLe jour baigne l’horizon bleu.\nC'est l'heure exquise et coutumière\nOù la splendeur de la lumière\nVa s’épandre en nappes de feu.\n\nPromenant l’aiguille féerique\nDans la moire d’un ciel d’argent,\nL ’aube, avec le rayon changeant,\nBrode son rêve chimérique,\n\nFouillis d’or pur et de carmin,\nDe rubis, d’ocre, d’améthyste\nPrestigieux rêve d’artiste\nQu’enfante un pouvoir surhumain.\n\nPeintre des flambantes audaces\nLe jou r reprenant ses pinceaux,\nDéroule d’étranges rinceaux\nSur la voûte aux teintes fugaces.\n\nL ’ardente gamme des couleurs\nEntonne en sa vive harmonie,\nLa lumineuse symphonie\nD ’un ciel d’azur, d’or et de fleurs.\n\nE t fendant un nuage rose\nSoudain l’éblouissant soleil\nProjette son orbe vermeil\nA u front de cette apothéose.\n\nMais la ruisselante clarté\nCascade en vain de cime en cime,\nLa magique gloire s’abîme\nDevant la vibrante Beauté!\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1042, "texte": "           — 114 “\nMieux que tes caresses brûlantes\nO Soleil! son charme vainqueur\nA fa it bouillonner dans mon cœur\nLa sève des amours troublantes.\n\nDe sa blanche main de satin\nMa maîtresse ouvre sa fenêtre...\nO Nature, tu peux renaître !\nSouris à ta Reine, ô Matin!\n\nSa chevelure dénouée\nFrôlant le tulle nuageux\nCaresse les deux seins neigeux,\nAvec une grâce enjouée.\n\nE t la molle toison glissant-\nComme une eau blonde qui s’épanche,\nCouvre de l’épaule à la hanche,\nSon torse au contour ravissant.\n\nTon œil bleui par la hantise\nDes rêves, ô chère âme sœur !\nDans sa séraphique douceur\nJette un regard qui magnétise.\n\nJe vois pâlir à l’Orient\nLe front empourpré des collines\nLorsque tes lèvres corallines -\nEbauchent leur pli souriant.\n\n E t dans cette lutte inégale\n Que soutiennent en vain les deux,\n Tu brilles, flambeau merveilleux.\n D ’une telle splendeur royale,\n\n Qu'au sein du rayonnant décor\n Que ta vive auréole efface,\n Le soleil, se voilant la face\n A bandonne son trône d’or !\n                        A ugu ste V IE R S E T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-014", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 115, "page_fin": 120, "titre_corps": "Nouveaux Contes mélancoliques : Confidences", "titre_sommaire": "Nouveaux Contes mélancoliques", "signature_source": "Célestin DEMBLON", "ancre_debut": "NOUVEAUX CONTES MÉLANCOLIQUES", "ancre_fin": "Célestin DEMBLON", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 126, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": "NOUVEAUX CONTES MÉLANCOLIQUES\n\n                           C O N F ID E N C E S\n\n\n                                                            A       Ulric Piette\n                                       F u n e ste s lu m iè re s q ui,   sans g u é r ir m o n cœ u r, ont\n                                     é c la iré m o n e s p rit! C r u e lle perfid ie q ui m ’ô te l ’illu sio n\n                                     d e l’ estim e en m e la issa n t to u t le d é lire d e l’ a m o u r !\n                                                                                                  C atulle.\n\n                                       J e v o u d ra is q u e to u te s m es d o u le u rs p u ssen t se répan ­\n                                     d re dans u n se u l m ot !\n                                                                                            H e n r i H e in i.\n\n                                    D a n s ce b a g n e te rre stre o ù ne s’ o u v re a u cu n e aile ,\n                                     San s m e p lain d re, sa ig n a n t, et to m b a n t su r m es m ains,\n                                    M o rn e, ép u isé , ra illé par le s fo rç a ts hu m ain s\n                                    J 'a i po rté m o n ch a în o n de la ch aîn e é te rn e lle .\n                                                                                          V ic t o r H ug o.\n\n\n            U\n            QAND    j ’étais un petit enfant, je n’éprouvais                               qu’enthou ­\n               siasmes et déceptions. Après avoir admiré la fleur, si je\n               la regardais de    près, je découvrais des taches en ses\n               pétales, et puis je les trouvais bien épais encore. Sitôt\ntenais-je en main l ’oiseau, quelque souillure dans ses plum es m ’as­\nsombrissait et je me prenais aussi songeant à la grâce horrible\nqu’il a, quand il g ît plum é dans l ’assiette, devant l ’appétit des bour­\ngeois.   Les    belles   femmes    ne parlaient pas toujours poétique­\nment. Sous l ’élan des mélodies im m atérielles et ravissantes, des bruits\ngrossiers grouillaient dans le piano. L e s violonistes avaient des con­\ntorsions grotesquement prosaïques. Chaperon Rouge était gourmande.\nA n isi de suite : le cri du paon, l’épine de la rose, le ver du fruit, les\nbrûlures de l ’été, les dents cariées dans les sourires aimés, tout étei­\ngnait les feux de mes amours.\n  B ien que la vie m’ait prodigué depuis lors d ’im placables épreuves,\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "                                — 116 —\n\nje n’ai pas changé : savoir ne m’a rendu ni stoïque ni même un peu\ncalm e. A u contraire, hélas! Mais de tous les coups qui m’ont terrassé\nsur le chem in du calvaire où je gravis, nul n’a plus fait saigner mon\ncœ ur que la déception, pourtant bien ordinaire, que je m’en vais Vous\ndire.\n  J ’avais à peine dix ans. Il me semble que c’était hier. L e s ém ou­\nvants souvenirs d’alors folâtrent toujours, vivaces, en ma m ém oire.\nParfois même, tant est com plète l ’illusion, le soir, au vague des som ­\nnolences, je m’im agine aller demain dans les cépées de Grém ontay et\nparmi les cham ps et les , blés avec les camarades du voisinage, puis\nrevenir, seul et songeur, au coucher du soleil, secoué déjà par les\npoésies mystérieuses des splendeurs et des tristesses vespérales, reve­\nnir m’asseoir sur la borne de notre grange et, les yeux m ouillés vers\nSiral, soupirer d ’attendrissement. J ’aimais une petite fille. A h ! quel\nam our! E t comme nul ne le soupçonnait! D es heures, parfois, dès le\ncrépuscule, je restais sans être vu sous un vieux frêne tout sonnant du\nguilleri des m oineaux, le visage et le cœur bouleversés d ’ivresse, les\nlèvres tremblantes et les bras tendus, dans l’ombre solitaire, vers les\nattendrissantes visions ondoyant, rosâtres,du côté où je l’avais entrevue.\n  Car je l’avais seulement entrevue, —      comme la réalisation d’un\nrêve. D e quel rêve? C ’est une singulière histoire qu’il faut d ’abord\nvous conter.\n  M on enfance, ma première enfance surtout, déborda toujours de\ndoux songes, m ystiques et pensifs, si exquisem ent vagues qu’ils sont\ndifficiles à fixer comme un rais de soleil ou comme une bouffée d ’hé­\nliotrope. L e plus doux était celui où j ’entrevoyais une fillette angé­\nlique et triste dans les charmes indécis d ’un pays inconnu. Quels\ncharmes, je ne puis préciser : figurez-vous des sites fluides, une âme\nentrevue, un magnétisme peuplé. C ’était si léger, si indistinct, si spi­\nrituel que les plus raffinées couleurs peindraient ce m ilieu grossière­\nment. L e s mots les mieux choisis eux-mêmes l’évoquent trop matériel\nencore. Seules, vous pourriez le rendre exactement, subtiles m agies\nde la musique, tel qu’un jour, sous les accords d ’un orgue des rues,\nvous, m’avez fait apparaître, prodigieusem ent quintessenciées, toutes\nles poésies éparses autour d ’une vieille forge et d ’un vieux forgeron\nde L a G ervagne, mon village natal. J’ai seulem ent souvenance qu’en\nce pays aérien et féerique, tant idéal qu’il n’était situé nulle part, même\n"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2546, "texte": "                                  -   117 —\n\ndans la géographie-chim ère de mon im agination, je croyais distinguer\ndes roseaux glauques et pourprés bordant un ruîsselet assoupi où des\ngrenouilles, à la vue de scintillants papillons dans les cieux, rêvaient\ninterm inablem ent       O h! tout cela était tellem ent effacé que je ne\nsais trop si je voyais vraim ent quelque chose. M ême la fillette, je la\nsentais là, invisiblem ent présente, plutôt q u e je ne l’apercevais. L ’ido ­\nlâtrais-je néanm oins! Je l’idolâtrais d’un fol amour enfantin, comme\nl’am ie d ’une existence antérieure dont elle évoquait le souvenir éteint.\nSa m iraculeuse et discrète apparition a illum iné toutes les rêveries de\nmon prem ier âge ; et voici quelques années à peine,un soir que j ’étais,\nseul et sans lum ière, à pleurer dans ma cham bre de pauvre instituteur\nles voluptés et les illusions d ’un immense amour agonisant, comme\nje détournais mon âme épouvantée de l ’astre déclinant avec une hor­\nrible m élancolie après avoir em pli triom phalem ent d’enthousiastes\nclartés le ciel de ma passion, je vis soudain le noir s’allum er pâlement\net L a G ervagne m ’apparaître en la paix de ses gracieuses austérités\ncondruziennes, et dans la lointaine profondeur de cette paix, j ’entrevis\nla chérie de mes cinq ans, im m obile sous le paysage fluide. T o u t mon\nêtre bondit comme à l ’apparition d’une morte adorée qui ressuciterait,\net du fond de ma douleur et de ma solitude, je tendis frénétiquement\nles mains vers elle, suffoquant, muet, halluciné, redevenu mioche,\ntant accablé d’ivresse qu’enfin je roulai sur le parquet, à moitié éva­\nnoui.\n  Je me suis un peu com plu en cette souvenance, afin de dire mieux\nla frénétique béatitude de mon amour et combien je fus délicieusem ent\nbouleversé à la vue d'une petite fille un soir dans la cam pagne. C ’était\nelle! Je me précipitai; mais elle disparut derrière un m onticule, dans\nune chaum ine, devant où je m ’immobilisai longtem ps, abstrait, pal ­\npitant, extasié, stupide.\n  L a nuit, je som m eillai à p ein e; et le lendem ain, en classe, je fus\nradieux et distrait au point que le maître crut dix conjugaisons indis­\npensables pour me ramener com plètem ent à la réalité. M ais comme\nj ’en avais toujours une provision à toute éventualité, rien n’altéra\nl’ivresse de cette journée exquise.\n  A la vesprée, j ’errais depuis une heure autour de la chaum ine,\ndans l ’azur fourm illant des rêveries et les capiteuses douceurs de mai,\nquand elle m ’apparut tout à coup au haut du m onticule, — la grâce\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2300, "texte": "                                — 118 —\nfrêle de ses neuf ans sur les splendeurs du soleil, comme une V ierge\ndoucem ent extasiée sur l’or fleuri des vieux tableaux gothiques alle­\nmands.\n C ’était donc elle ! Sa beauté m’infusa pourtant la tristesse d une\ndéception vague. Il me sem blait qu’elle aurait dû être un peu autre,\nje ne sais comme, à vrai dire; mais moins définie, moins fixée. N é an ­\nmoins, d’ineffables spasmes m’oppressaient la poitrine! T ête levée\ncomme un saint raphaélesque, je la contemplais, ravi, croyant qu' elle\nallait, nouvelle M arie, voilée d’une éblouissante auréole, s’élever et\ns’évanouir dans la clarté des cieux !\n   L ’angélus au loin résonnait. D es ailes colorées frémissaient dans\nl’ambre vespéral. E t mon im agination, allumée aux rém iniscences des\ngravures   chrétiennnes, percevait finement, dans la soyeuse blan­\ncheur des nues, m ille formes d’anges voltigeant, roses et grassouillets,\ndes palm es et des lys à la main, — quand surgit de derrière le monti­\ncule une tête de vieille, et une main rugueuse secoua la V ierge, très\nirrévérencieusem ent.\n  E t une vo ix hargneuse glapit :\n  « Q ue fais-tu donc là, fainéante !\n  — Laisse-m oi la paix ! »\n  M ais la main l’entraîna, violente ; une dispute retentit ; et dans les\ncris pleurards de mon idole, sonnèrent à toute volée quelques épithètes\nignobles et furieuses...\n  Q uel écroulement en moi ! U ne insupportable désolation se dégagea\nde toutes les m agnificences crépusculaires, et je m ’enfuis plein d’une\népouvante morne, la gorge sèche.\n  N e dites point que c’était peu de chose ! Il vous faudrait éprouver la\nviolence de ma passion et l ’ivresse du rêve un instant réalisé! Il vous\nfaudrait avoir aussi mon cœur assoiffé sans cesse de douloureuses\nbéatitudes. L a déception fu t affreuse autant que l’espoir avait été fol !\n  Je courus réfugier mes sanglots sur la borne de notre grange, sous\nle vieux frêne solitaire où s’éteignaient, dans la souffrance de l’ombre,\nles derniers caquets des m oineaux. P lu s de visions rosâtres ! E t la\nnature entière, funèbrement muette, sem blait s’être tue par respect et\npiété devant la désolation du pauvre enfant qui hoquetait à m ourir, en\ngrelottant la fièvre dans un coin.\n  Il voit encore, celui qui fu t cet enfant, sa mère venant le découvrir\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2567, "texte": "                                   - 119 —\nlà bien tard et l’étreindre de toute sa tendresse dans un baiser alarmé,\nen s’écriant :\n  « Mon D ieu ! T u pleureras donc to u jo u rs!... »\n  T u pleureras toujours?...........\n  Savais-tu bien, ma pauvre mère, tout ce que tes paroles avaient de\nprophétique! U ne im placable destinée n’a jam ais perm is à ton fils de\nles oublier un seul jo u r... T u la pressentais donc? Il se souvient,\nl’enfant d’alors, des touchants regards soucieux de ton incom parable\ntendresse, ce soir qu ’il s’assoupissait encore éploré dans ton sein, sous\nla lam pe héréditaire, sans t’avoir confié la vraie cause de ses larmes.\nPressentais-tu, ma mère, tout ce qu’il y aurait d’épreuves pour ce petit\ncorps réfugié contre ton amour? L u i qui saignait déjà d’une chimère\nmorte et qui voyait l’ombre en toute splendeur, pressentais-tu ce qu’ils\ndevaient en faire ? Quand il parut dans l’enthousiasme de la fra­\nternité brûlante puisée à ta m am elle, il se trouva assez d ’abjecte\ntraîtrise pour le frapper par derrière; et      mainte patte, aux yeux\ndes bonnes     gens caressante, im planta félinem ent une griffe ju s­\nqu’au fond de sa plaie. H ypocrites indignations, haines tortueuses,\njaunâtres envies, velléités calom niatrices tourbillonnèrent, harpies\ndans leur infection, autour de sa vaste tendresse et de ses songes ém er­\nveillés. Sa douleur môme en offensa! E nfin, suprême épreuve, des\nyeux affectionnés le scrutèrent obliquem en t... Si bien qu’en des heures\ncruelles, l ’âme cuisante de blessures, il cracha de rage le serment\nd 'A n nibal sur cette humanité hideuse — qu’il aime m algré lui !.........\nCalm é, il dut toutefois cuirasser fréquemment de dédain ses émotions\net ses idéals ; et dans cette farouche armure qu ’exigent les mêlées quo­\ntidiennes, ceux qui ne le connaissent pas ne soupçonnent guère un\napôtre faible et doux, les yeux sans cesse humides. Mère, tu n’as pu\npressentir tout cela ! Q uand tu dorlotais« ta petite jo ie » avec une\neffusion si ardente, quand tu préparais si soigneusem ent sa couchette\net son repas, quand tu ne l’abandonnais pour l ’école qu’accablé de\nprovisions et de baisers, non tu ne pressentis jam ais qu’un jou r peut-\nêtre, comme Dante A lighieri errant pauvre en exil, ton fils devra\n« monter l ’escalier d’autrui. » A h ! la pensée de tes tortures en lui e t\nde ses tortures en to i!... Q u ’ose-t-il donc parler de déceptions enfan­\ntines, aujourd’hui que le vol fulgurant des années l’a roulé pâle et\nmeurtri par la vie ! Q u ’ose-t-il parler d’un caillou rencontré sous la\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 765, "texte": "                                    — 120 —\nmousse de la plaine, aujourd’hui surtout qu’il traîne notre croix dans\nles ronces du Calvaire! O ui, tout déjà le décevait alors ! O ui, il a souf­\nfert et sangloté! Mais qu ’on lui rende toujours les déceptions, les\nsouffrances et les sanglots des jours où tu ne pleurais pas, il te les\noffrira, mère que son égoïsme oublie trop souvent ! Pouvait-il être\naccablé quand tu ne l ’étais pas ! Q u ’on lui rende ta félicité morte, tes\nclairs refrains wallons, l’orgueil de tes espoirs et la sérénité de ton\nsourire; qu’on lui rende le temps où ton visage était plus jeune, ô\nmère idolâtrée ! il saignera sans doute encore, m ais ce ne sera rien !\n\nL iè g e , décembre 1 8 8 4 .                   C   é l e s t in   DEM BLON."}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-015", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 120, "page_fin": 120, "titre_corps": "Sur la Plage", "titre_sommaire": "Sur la Plage", "signature_source": "Jacques MADELEINE", "ancre_debut": "SUR LA PLAGE", "ancre_fin": "Jacques MADELEINE", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 131, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 802, "fin_caractere_exclue": 1699, "texte": "SUR LA P L A G E\n\n                     Blanches ailes des barques frêles,\n                     Vois ces taches d’un ton plus clair\n                     Sur le vert sombre de la mer :\n                     Sont-ce des voiles ou des ailes?\n\n                      N ’est-ce pas que l’une d’entre elles\n                      Doit cingler, ô le rêve cher !\n                      Vers une île adorable où l’air\n                      Est tout peuplé de tourterelles.\n\n                     Rêveuse qui les suis des yeux,\n                     Veux-tu regarder tous les deux\n                     L a même voile, au loin qui tremble ?\n\n                      La seule extase sans rancœurs,\n                      Le plus délicat des bonheurs,\n                      C’est encor, de rêver ensemble.\n\n                                             J a c q u e s M A D E L E IN E .\n\n\n          Etretat, A o û t 1884.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-016", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 121, "page_fin": 122, "titre_corps": "Spleen d’hiver : Sextine", "titre_sommaire": "", "signature_source": "Stuart MERRILL", "ancre_debut": "SPLEEN D’HIVER", "ancre_fin": "Stuart MERRILL", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 132, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1219, "texte": "S P L E E N ‘D 'H I V E R\n\n                   SE X TIN E\n\n\nVoici venir l’ennui langoureux des hivers\nE t les neiges dansant au rythme des tempêtes ;\nVoici venir le froid, qui met unjoug aux mers,\nAvec le chœur transi des souvenirs amers.\nAdieu lesfloraisons, les deux bleus et les fêtes,\nE t les nids gazouillant au sein du vert desfaîtes !\n\nC'est la morne saison où, des monts et des faîtes,\nS'en viennent, en maraude, ours et loups des hivers;\nLe meurt-de-faim grelotte à la lueur des fêtes\nE t sent en lui gronder la rage et les tempêtes!\nL e matelot lointain, plein de pensers amers,\nInvoque Notre-Dame en contemplant les mers.\n\nL a m it, le monotone ululement des mers\nE t la bise sifflant dans les sapins desfaites\nSoulèvent le vol noir des cauchemars amers;\nE t l'âme des roseaux, orchestre des hivers,\nExhale au long du fleuve, au souffle des tempêtes,\nUn pleur qui fait frémir les démons dans leurs fêtes.\n\nNostalgiques regrets du printemps et des fêtes,\nVous submergez mon cœur comme un brouillard des mers,\nE t je rêve au soleil dans un ciel sans tempêtes,\nAux orangers dont l’or fait balancer les faîtes,\nA u x vallons à l'abri des frimas des hivers,\nOù croissent, dans les rocs, les cytises amers.\n"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 789, "texte": "                   — 122 —\nArrière, ô souvenirs que les réveils amers\nTraquent comme le deuil à la suite desfêtes!\nNon! ce n'est pas pour vous, o somnolents hivers,\nLe sourire estival de la terre et des mers ;\nMais à vous l'ouragan qui hurle sur lesfaîtes,\nEt le long des écueils l'écume des tempêtes.\n\nOh ! la neige tournoie aux remous des tempêtes,\nEt ma raison se meurt sous les regrets amers.\nLa neige s’amoncelle aux flancs glacés des faîtes,\nEt j'écoute en mon cœur chanter les vieilles fêtes.\nLa neige avec horreur s'engouffre dans les mers,\nEt je veux me tuer dans l’ombre des hivers;\n\nMe tuer dans l'hiver, tandis que les tempêtes\nSur les mers chanteront des Requiem amers,\nEt qu'en fête la Mort dansera sur les faites.\n\n                                 S tu art   M E R R IL L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-017", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 123, "page_fin": 127, "titre_corps": "Contes de l’Atelier : Miana", "titre_sommaire": "Contes de l’Atelier : Miana", "signature_source": "Luc MALPER", "ancre_debut": "CONTES DE L’ATELIER", "ancre_fin": "Luc MALPER", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 134, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": "CONTES DE L ’ATE LIER\n                                             M IA N A .\n\n                                                          A Wilhem Van Kempe.\n\n            Mo n s ie u r , s ’il v o u s p la it...\n                   Et la chanteuse, effleurant l ’épaule de Carlovitch dans une\n                inclinaison du buste, tendit sa sébille où s’empilaient quelques\n                piécettes de cuivre que mordorait le flamboiement du gaz.\n   Lui, somnolait sur sa chaise, en face d’un bock à demi vide.\n   — Monsieur, s’il vous plait...\n   Lentement il redressa la tête, enveloppant d’un regard étrange la femme\nqui, près de lui, se piétait, patiente. Dans son corsage bleu clair étoilé de\nblanches fleurettes, sa jupe écourtée laissant deviner la broderie qui fran­\ngeait son pantalon, elle était délicieuse, malgré sa gracilité. Ses yeux de jais\nqu’ombraient de longs cils noirs, ardaient, troublants, au-dessus de ses joues\nlégèrement poudrerizées.\n  Carlovitch laissa choir une pièce d’argent, tâche blanche au milieu du\nbronze.\n   Un étonnement rosa les pommettes de la quêteuse, à cette générosité\ninaccoutumée ; elle ébaucha un sourire et paracheva sa tournée, papillon­\nnant d’une table à l’autre. Puis, tandis que le piano flonflonnait une ritour­\nnelle, elle s’effaça derrière un rideau pendu au fond de la salle; un instant\naprès elle regagna sa place sur la scène, vaste estrade encadrée d’étoffes\nrouges, criardes, qu’une large glace encore approfondissait.\n  Le spectacle continuait. Processionnèrent des chanteuses bizarres raba­\nchant, d’une voix éraillée,d’égrillardes chansonnettes à succès, les plus osées\nœilladant, de ci de là, avec des gestes canailles, les débutantes s’avançant\ngauches, déguindées, mal assurées sur leurs jambes et fixant obstinément\nun point du plafond, toujours le même ; des cabots sans engagement, la\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": "                                  — 124 —\n face émaciée, imberbes, sanglés dans des habits trop étroits, dévidant des\n monologues idiots panachés d’un refrain ; un jeune ténor pleurant des\n romances sentimentales où il était invariablement question de ramiers, de\n printemps et d’amour ; enfin deux petites danseuses anglaises pirouettant,\n légères, avec un accompagnement de paroles tendrement monotones.\n    Des cris montaient, des exclamations se croisaient, des rires éclataient,\n dominant par instants les accords sourds du piano. Parfois, à l’horripilement\n des bons bourgeois échoués là pour déguster la pièce, en gobelottant une\nconsommation, le boucan s’étendait, féroce, empêchait d’ouïr la prime note\nde la chansonnette abordée. Et se démenait alors, rageuse, l’exécutante avec\ndes gestes désordonnés et d’inutiles égueulements.\n   La fumée tirebouchonnait des pipes, bleuâtre, et se massait au plafond,\nauréolant d’un nimbe les flambées du gaz ; des vapeurs se dégageaient, âcres,\nde la bière épandue, appesantissant les crânes.\n   Peu à peu cependant, à mesure que le programme s’égrenait, une vacuité\nse creusait dans la salle. Les groupes devinrent moins compacts, s’espa­\ncèrent.\n   Carlovitch, sans décesser, clouait la chanteuse du regard, applaudissant\nà outrance chaque fois qu’elle avait roucoulé un couplet ; elle, alors, d’un\nsourire soldait son accortise.\n   Connaissance était liée.\n   Soudain une main agrippa le bras du sculpteur :\n   — Que diable fais tu ici? Tu sais, je compte toujours sur toi pour ce soir,\nà minuit dans mon atelier; on godaillera...\n   — Tiens! ce vieux Hébrosima!\n   — Au fait, nous ne serons que trois, Berthe et nous, en famille ! Michel\nvient de me prévenir qu’il ne pourrait nous tenir compagnie...\n  — A merveille! je me proposais précisément d’abouler avec une doublure ..\n  — Partie carrée alors?\n  Et le nouveau venu cligna de l’œil en inspectant autour de lui.\n  — Regarde, à droite sur la scène, en jupon bleu...\n  — Pas mal! mais amène-la en costume au moins...\n  — Entendu.\n  Une poignée de main; Hébrosima s’éloigna.\n   Les spectateurs se raréfiaient de mieux en mieux. Anonchalies, les ser­\nvantes s’immobilisaient sur les chaises; derrière son comptoir où pyrami­\ndaient des soucoupes de porcelaine et de minuscules assiettes d’étain dans\nun désordre de verres, de carafes, de flacons multicolores, la patronne,\npimpante avec son bouquet au corsage, ses lèvres carminées et ses cheveux\nirréprochablement tordus sur la nuque empilait la monnaie, récapitulant la\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3465, "texte": "                                                     —      125 —\n\nre c e tte . L e s c h a n te u se s e lles-m êm es s’ a la n g u iss a ie n t, les y e u x p a p illo tta n ts .\nE t su r la sa lle e sseu lé e q u ’ e m p o is o n n a it l ’a tm o sp h è re la ite u s e , u n e lo u r d e u r\nto m b a it.\n    E n fin le s d e rn ie rs g r o u p e s s ’é p e r lè r e n t. D a n s u n e c o n fu s io n , les a rtistes\nd é g r in g o lè r e n t d e l ’e stra d e ; le s fem m e s, d é lié e s de la c o n tra in te de la sc è n e ,\ns’é p a n d a n t en p a p o ta g e s, e n c r ia ille r ie s ; le s h o m m e s se h â ta n t de g a g n e r la\ns o rtie , so u la g é s d e la c o rv é e a c c o m p lie .\n    D é lib é ré m e n t C a r lo v itc h s ’a p p ro c h a de la c h a n te u se q u i n e le p e rd a it pas\nde vue.\n    — M a d e m o is e lle , y a u ra it-il d e l ’ in d is c r é tio n à v o u s d e m a n d e r v o tr e n o m ?\n    — Je m ’a p p e lle M ia n a .\n    — M ia n a , v e u x - tu v e n ir s o u p e r a v e c m o i ?\n    U n e r o u g e u r c o u p e r o s a ses jo u e s :\n    — Ç a va !\n    E t , b ra s d e ssu s b ras d e sso u s, ils s’é lo ig n è r e n t d a n s la s o m b r e u r d e la n u it.\n\n\n                                                             II.\n\n    S u iv i de M ia n a , friss o n n a n te so u s la la in e d u c h â le e ffilo q u é e en fra n g e s\nsu r ses ép a u les, C a r lo v itc h s ’e n g a g e a d a n s l ’o m b r e n o y a n t l'e s c a lie r , g u id é\ns e u le m e n t p a r la lu e u r p â le d ’u n e la n te r n e ja p o n a is e q u i s’a r ro n d is s a it su r\nle p a lie r d u p r e m ie r étage.\n    U n sile n c e p la n a it, lu g u b r e , e t, san s la p o rte de l ’a te lie r e n tre b â illé e q u i\nd é c o u p a it u n e b a n d e de lu m iè r e ja u n e d a n s l ’ e n té n è b r e m e n t d u c o u lo ir , o n\ne u t p u c r o ir e la m a iso n e n d o r m ie p ro fo n d é m e n t. A pas de lo u p s ils s’ a v a n ­\nc è r e n t, u n in sta n t h a ltè re n t su r le se u il, c o n te m p la n t.\n   A n o n c h a lie su r le d iv an o ù des g e rb é e s de fle u rs g r ise s ta c h a ie n t le fo n d\nc la ir de l ’é to ffe, B e r th e , le s y e u x v a g u e s so u s le friso ttis d e c h e v e u x c h â ta in s\nq u i lu i n im b a ie n t le fro n t, u n e c ig a r e tte a u x lè v re s , e x h a la it des filets de\nfu m é e b le u â t r e q u i ro u la ie n t d a n s l ’a ir ,s e to rd a ie n t o n d u la n ts ,b ie n tô t é v a n o u is .\n   A u c e n tr e d e la p iè ce , in s p e c ta n t la ta b le d o n t la n ap p e é c la ta it dan s sa\nb la n c h e u r n e ig e u s e so u s la la r g e c o u lé e de lu m iè re é p a n d u e p a r la la m p e ,\nse d re s sa it H é b r o s im a , la fa c e é g a y é e d ’u n s o u r ir e . E t, de la c h e m in é e o ù\ng r im a ç a it e n tre d e u x c a n d é la b re s de b r o n z e , u n e tête de sa ty r e , s 'e n fu y a it u n\np o ê le d e fo n te , d o n t le s fla n c s r o u g e o y a ie n t c o m m e d e u x y e u x é n o rm e s\nb r a q u é s su r la fête a p p rê té e.\n    L a p o rte s ’o u v r it.\n   — E n fin , v o u s v o ilà ! e x c la m a le p e in tre .\n    E t com m e          B e r th e re d ressé e , te n d a it la m a in à C a r lo v itc h , c e lu i-c i a lla\nq u é r ir la c h a n te u se q u i s’effa c a it, d é p a y sé e.\n    — Je v o u s p ré s e n te M ad em o iselle M ian a .\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3763, "texte": "                                                         — 12 6 —\n    L e s d e u x fem m e s s’ in c lin è re n t, B e r th e d é ro b a n t d a n s so n s a lu t la m o u e\nd é d a ig n e u s e q u i lu i p lis sa it les lè v re s .\n    — E t m a in te n a n t q u e so n t fa ite s les p ré s e n ta tio n s , à ta b le ! c ria H é b r o s im a\n en a v a n ç a n t des sièg e s. A lo r s , ta n d is q u e se m ê la ie n t a u            ro n fle m e n t    des\nc h a ise s é g ra tig n a n t le p a rq u e t, le frise lis des ju p e s et le r ir e a ig u des v e rre s\n e n tre c h o q u é s c o n tre le s assiettes, u n e m u siq u e b iz a rr e , h a r m o n ie u s e m e n t\nte n d re , s’e n v o la d e la ta p isse rie q u i m a sq u a it le c a b in e t d u fo n d .\n    A l ’é to n n e m e n t q u i re d re s sa la tê te de C a r lo v itc h , le p e in tr e s o u r it.\n    — U n e id ée à m o i ! d it-il a p rè s u n in sta n t, en a d re ssa n t à B e r th e u n re g a rd\nd ’in te llig e n c e . U n h a rp iste q u e j ’ ai h a rp o n n é d a n s u n e r u e lle d e s       e n v iro n s\no ù il p le u r n ic h a it des a irs de c im e tiè re s u r les c o rd e s de so n in s tru m e n t.\nJe lu i a i o ffe rt d e le p r o d u ire d e v a n t u n a u d ito ir e s é r ie u x                  et je l ’ a i\na m e n é ic i.\n    — U n s o u p e r en m u s iq u e ! to u t-à -fa it g a lb e u x ! éclata C a r lo v itc h en siffla n t\nu n v e r r e de c h a m p a g n e .\n    E t H é b r o s im a , ra y o n n a n t, a lla c u e illir au p ie d d u p a ra v e n t u n e b o u te ille\nde b iè re a n g la is e q u ’ il p o rta a u h a rp is te , d e rr iè r e la te n tu re .\n   —     E n c o r e u n b o u c h o n , m o n b r a v e , et p in ç o n s ra id e le s b o y a u x !\n    P e n d a n t u n e se c o n d e , u n re c u e ille m e n t ré g n a d a n s le q u e l le s a c c o r d s se\ntr a în a ie n t, la n g o u r e u x . P u is , p e u à p e u , ils s o m b rè re n t d a n s l ’e n v o lé e des\nr ir e s e t le c liq u e tis des c o u v e rts h e u rté s . L e s m ets se s u c c é d a ie n t, la rg e m e n t\na rro sé s, et u n e in tim ité p lu s g r a n d e s’ é ta b lis sa it e n tre le s c o n v iv e s e n m ê m e\nte m p s q u e c ro is s a it le b r o u h a h a .\n   C a r lo v itc h a v a it a c c o lé sa c h a is e à c e lle de M ia n a , d é g u sta n t le s c o n fi­\nd e n ce s q u ’ elle lu i s u s u rr a it à l ’o r e ille , é jo u ie d e v a n t cette p ro fu sio n d e v in s\ne x q u is c o m m e e lle n e se so u v e n a it g u è re d ’en a v o ir g o û té ju s q u ’ a lo rs .\nB e r th e , le s jo u e s a llu m é e s, g r illa it d e s c ig a r e tte s , s’ e sc la ffa n t a v e c des p etits\na cc ès de to u x , à u n ré c it q u ’ H é b r o s im a é m a illa it de m o ts tr è s -c ru s.\n   L u i, to u t en n a rra n t, se re n v e rs a it su r sa c h a ise .\n   —     H o là , m u sic ie n d u d ia b le , h u rla -t-il to u t-à -c o u p a p rè s a v o ir v id é so n\nv e r r e d ’u n tr a it, a v a n c e à l ’o r d r e !\n   L a ta p iss e rie s ’é ca rta , e n c a d ra n t la tête d u h a rp is te , u n e tête d ’ita lie n a u x\nc h e v e u x de ja is p la n té s su r u n fr o n t b a sa n é, é n e rg iq u e a v e c sa m o u s ta c h e\nn o ir e q u i lu i b a rr a it le s jo u e s .\n   D ’u n c o u p d ’ œ il il e m b ra ssa la scè n e .\n   — M ia n a !       s ’é cria -t-il b r u s q u e m e n t en b o n d iss a n t v e rs la je u n e fem m e ,\nle s p o in g s se rré s, m e n a ç a n t.\n   E lle se red ressa a v e c u n tr e m b le m e n t, to u te b la n c h e .\n   — D é fe n d s-m o i ! e x c la m a t-e lle e n s ’a b rita n t d e rr iè r e C a r lo v itc h .\n   C e fu t u n e stu p e u r.\n"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3392, "texte": "                                                  —     127 —\n\n    T o u s s ’é ta ie n t le v é s, s’ in te rp o sè re n t.    L e sc u lp te u r sa isit le b ras de la\nc h a n te u s e et d u re m e n t :\n    — Q u e l e st c e t h o m m e ?\n    E lle b a iss a la tê te , san s u n m o t.\n    U n r ic a n e m e n t c ris p a la fa c e d e l ’ ita lie n :\n    — A s s e z d e n o c e , tu v a s m e su iv re m a in te n a n t!\n    — J a m a is !\n   — C o q u in e ! h u rla -t-il en se ru a n t su r la ta b le d e rr iè r e la q u e lle s’était\nré fu g ié e M ia n a .\n    L e s b o u te ille s titu b è r e n t, fra c a ssa n t la p o r c e la in e , ro u lè re n t su r le p a rq u e t\na v e c u n b r u it s o u r d ; la n a p p e m a c u lé e d é jà p a r le so u p e r, s ’e n s a n g la n ta\nd u v in re n v e rs é , g o u tta , sa le.\n    T a n d is q u e le s d e u x h o m m e s e m p o ig n a ie n t le h a rp is te , M ia n a s o u d a in\nra ffe rm ie se p e n c h a su r lu i :\n    — E h b ie n q u o i, j ’en a i a sse z, là , je su is lib r e n ’est-ce p a s ...\n    C e tte e x p lic a tio n lu i c in g la la fa c e c o m m e u n c o u p d e fo u et.                D ans un\nru g is s e m e n t, il ra id it le b u ste en a v a n t, ses b ras se to r d ir e n t p o u r se d é g a g e r\nde l ’ é tre in te , p o in g s fe rm é s.      Le    p e in tre b u tta     c o n tre u n e     c h a is e , lâ c h a\np r is e ; C a r lo v itc h , saisi à la g o rg e b r u s q u e m e n t, p e rd it l ’é q u ilib re , ses rein s\np liè re n t, sa b o u c h e é to u ffa u n râ le ; il to m b a à la re n v e rs e .\n    D é g a g é e n fin , le     m u s ic ie n e u t u n é c la ir d e tr io m p h e         et, ra p id e s,    ses\nm a in s      ra m a ssè re n t u n   co u te a u p o in tu , a u m a n ch e d ’a rg e n t fin e m e n t g u il ­\nlo c h é ,    q u i tr a în a it p a rm i le d é s o rd re de la ta b le ; u n ra is de lu m iè r e baisa\nla la m e d a n s u n m ir o ite m e n t et M ia n a s’ a ffaissa ave c u n c ri d é c h ira n t.\n   Au        dessu s d u se in d ro it, p a rm i l ’é to ile m e n t des p âles fle u re tte s , s’é la r ­\ng is s a it u n e ta ch e ro u g e â tr e s u r le fon d b le u du c o rs a g e de la c h a n te u se .\n    L ’ita lie n re c u la , liv id e , et a v a n t q u 'H é b r o s im a e u t p u l ’a rrê te r,           il se\np ré c ip ita d a n s l ’e sc a lie r a v e c u n sa n g lo t.\n   C a r lo v itc h , a ffo lé , s ’éta it é la n c é v ers la je u n e fem m e , é ca rta n t d ’u n d o ig t\ntr e m b la n t le s étoffes q u i é p o n g e a ie n t la b le ssu re ; su r la c h a ir n u e des la rm e s\nd e sa n g p e rlè re n t, se fo n d ire n t en u n file t r o u g e ...\n   E t tr a n q u ille m e n t, so u s la c la r té ja u n e q u i p le u v a it de la la m p e , in o n d a n t\nle s re ste s d u so u p e r,     le s d é b ris de p o r c e la in e so u illé s d e v in , c o m m e u n e\na v e rse d ’o r s u r u n tas d ’o r d u re s, B e r th e ,       à m o itié sa o u le , a v a it b a la y é u n\nc o in de la n a p p e et g r ig n o tta it des g â te a u x se cs en m a rm o n n a n t, les co u d e s\nsu r la ta b le , m a u ssa d e :\n   —     C ’est é g a l! D es n o c e s c o m m e ç a , c ’est p as d rô le !\n\n\n                                                                                Luc M ALPER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-018", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 128, "page_fin": 129, "titre_corps": "Chevaux de Fiacre", "titre_sommaire": "Chevaux de Fiacre", "signature_source": "Albert VERNAELDE", "ancre_debut": "CHEVAUX DE FIACRE", "ancre_fin": "Albert VERNAELDE", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 139, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1421, "texte": "CH EVAU X D E F IA C RE\n\n     E h bien! moi j e les plains, ces pauvres haridelles,\n     Ployant sous le harnais qui fa it craquer leurs os;\n     O bourgeois idiots, lorsque vous riez d’elles,\n     E lles ont, plus que vous, de cœur sous leurs cerceaux.\n\n     Quand du matin au soir, ces rosses efflanquées\n     Promènent dans P aris vos bedons insolents,\n      Vous osez les railler, ju s q u ’à ce que, claquées,\n     E lles aient vu la fin de leurs supplices lents.\n\n     P lu s quelles, à coup sûr, vous êtes ridicules.\n      Q ui sait ? Peut-être un soir vos mères en gaîté\n      Vous ont-elles conçus au fo n d des véhicules\n      Que « Cocotte » a traînés sans curiosité.\n\n      Quand vous-mêmes, fuyant les douceurs conjugales,\n     P ou r mettre une sourdine à vos sens aux abois,\n      Béats, vous apaisez vos charnelles fring ales\n      Entre l’ Arc-de-triom phe et la porte du Bois.\n\n      N ’est-ce assez du cocher tout repu, de fuschine\n      Q ui fou a ille sans pitié, sans trêve n i remord,\n      E t qui leur fa it porter, sanglante, sur l ’échine\n      L ’humble croix du martyr, qu’un fou et vorace mord?\n\n      Oh ! n ’in su ltez jam a is u n e ju m e n t qui tom be,\n      Car bien souvent la fa im fo u ille son ventre étroit;\n      Car, sans cesse, elle voit au delà de la tombe\n      R ire Monsieur Macquart *d e son grand rire fro id .\n\n* M acquart, équarisseur en renom , à Paris.\n"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 487, "texte": "                       —   129 —\n\nCar, lorsque la Camarde entre ses doigts vous masse,\nRespectueuse et lente, à travers les brouillards,\nS u r le pavé visqueux comme un dos de limace,\nE lle s’en va traînant vos tristes corbillards.\n\n\nE n terminant ces vers que la rime tricote,\nM a chandelle, jetant son pleur de s u if peiné\nM ’a dit : « j e suis le peu de graisse que Cocotte\nP u t garder sous son cuir que le fou et a tanné. »\n\n                                 A lbert      VERNAELDE."}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-019", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 129, "page_fin": 129, "titre_corps": "Soir tranquille", "titre_sommaire": "Soir tranquille", "signature_source": "Auguste VIERSET", "ancre_debut": "SOIR TRANQUILLE", "ancre_fin": "Auguste VIERSET", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 140, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 500, "fin_caractere_exclue": 1325, "texte": "S OI R      TRANQUILLE\n\n                                A ma grand’mère.\n\n\n  L a lampe recueillie en son rose abat-jour\n  Rêve ainsi qu'un œil blond voilé de sa paupière ;\n  E t les tendres reflets de sa douce lumière\n  A vivent sur les murs les bouquets Pompadour.\n\n\n  D e son bonnet grand’mère a rejeté les brides\n  S u r son dos, et s ’approche en me tendant le thé;\n  E t son visage aimant trahit telle bonté\n  Q u’un sourire infini rayonne dans ses rides.\n\n\n  L ’heure passe; bientôt de ses doigts assoupis\n  Son ouvrage, sans bruit, glisse sur le tapis\n  E t le sommeil lu i donne un moment de bien-être.\n\n  E t tandis que l'aïeule à mon chevet s ’endort,\n  J e regarde, rêveur, la croix de ma fenêtre\n   Détacher ses bras blancs du ciel bleu piqué d ’o r.\n\n                                   A uguste   V IE R S E T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-020", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 130, "page_fin": 133, "titre_corps": "Chronique littéraire : Joséphin Péladan, Le Vice suprême ; Henri Nizet, Les Béotiens", "titre_sommaire": "Chronique littéraire", "signature_source": "Henry de TOMBEUR", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTERAIRE", "ancre_fin": "Henry de TOMBEUR", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 141, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2776, "texte": "CHRONIQUE LITTERAIRE\nJoséphin Péladan : L e V i c e S u p r ê m e . — H en ri N izet : L e s B é o t i e n s .\n\n\n                                                                         «   F in is L a t in o r u m ! »\n\n\n          Ave c   J. B arb ey d’ A u rev illy , ce M aître à l’altier orgueil, et L é o n B lo y , le\n           farouche qu’U zès, au Chat N oir, crayon na un jour,dans une niche go th i­\n           que, en preux m arm oréen portant sur la poitrine la croix des Chevaliers\nde C h yp re, Joséphin Péladan form e la trinité superbe qui, devant le S iècle, se\nhausse dans la fierté de ses croyan ces et de sa foi.\n  Joséphin Péladan, pour nous, n’est point un inconnu. L ’auteur de la B iograph ie\nde M arion D elorm e, qualifiée « véritablem ent délicieuse » par J. B. d’A u re v illy ;\nle critique d’art qui, l’an dernier, fit éclater dans l 'Artiste, ses appréciations o rig i­\nnales et fougueusem ent outrancières du Salon de 1883,dirige La Revue des Livres et des\nEstampes, qu’il a fondée à Paris récem m ent. L à , il donne libre cours à ses franches\nallures, épand en des pages superbes sa verve railleuse, ses sym pathies ouvertes et\nses haines plus ouvertes encore, lâch e sur les m édiocres,les gâteux et les «honnêtes\nhom m es » des Lettres, sa critique enragée qui fouette et qui cingle, cravache en\npassant l’éditeur tranchant du M écène ou se posant en dispensateur de gloire, en un\nm ot, pousse droit au but, à travers tout, tant pis ! sans souci ni cure des sottes\nvanités qu’il froisse, des baudruches enflées qu’il crève, des « gloires reconnues »\ndont il se m oque, et des renom m ées surfaites ou volées qu’il secoue furieusement\ndans sa hautaine indépendance.\n  C ’est ce viril qui nous donne L e Vice Suprême-, il a entrepris cette tâche énorm e :\nl’Etude passionnelle de la décadence contem poraine.\n  N o tre siècle, dans sa recherche vaine et acharnée de l’im possible, de l’au delà,\na poussé nos défauts, nos vices, n os douleurs, jusqu’à l’acuité la plus exaspérée;\nl ’ennui devient le spleen hantant, conseiller de la folie et du crim e; le m al : la per­\nversité; la volupté dégénère en stupre et en luxure.\n  C es dépravations scrutées et fouillées déjà par les frères de G oncourt, Em ile Zola,\net en dernier lieu, par J o ris K a r l H uysm ans dans « A Rebours », Péladan les étudie au\npoint de vue passionnel, dans une oeuvre énergique et troublante. Le Vice Suprême\nannonce un m aître. C ertes, ce livre n’est point parfait : la conception du prédicant\nM érodak, entr’autres, le Deus ex machina aux incantations m agiques, qui envoûte les\ncoupables selon les légendes m ystérieusem ent horribles du M o y e n -A g e , et tranche\nes situations avec une aisance par trop naïve, est indigne des exigences du rom an\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3495, "texte": "                                            - 131\n m odern e; certes, l’ auteur, possédé par ses études orientalistes, obsédé de science\n occulte, de kabalism e et de m agie, en bourre son livre au point de rendre certaines\np ages presque incom préhensibles. — M ais à côté de ces défauts de début, que de m aî­\ntresses qualités surgissent triom phalem ent !\n   L ’acuité de l’analyse poussée jusqu’au tréfon d, le verbe évocateur et précis, la\nrichesse prodigieuse de la phrase, la science, l’érudition de la langue, cachent ce\n que le style peut encore avo ir d’hésitant et d’influencé. E t parfois, l’em ploi de voca­\nbles latins « d i v i H e r c u lis F il ia . F inis l a t in o r u m ! » donne au récit une grandeur\nd’ épopée. C ar c’est bien une épopée que l’auteur nous dit : l’ épopée des décadences\net des écroulem ents d’ une race : « O h é ! les races latines! O h é ! »\n   L a thèse que Joséphin Péladan défend dans L e Vice Suprême peut se résum er dans\ncet extrait « Hors l’E g lise point de salut! ce m ot que se passent les ironies, je vous\nle répète en histo rien !.... l’E g lise est l’A rch e Sainte qui peut sauver la F ra n ce.., il\nfaut que le m onde tourne autour d e l a pensée catholique. »\n   Ces affirmations sont au m oins problém atiques. N o tre tâche n’ est pas de les\ndiscuter, mais bien de constater que J . Péladan a fait un livre sin cère, un livre fort\n   E n lui, nous saluons un des chefs de l’ oriente génération.\n\n\n                                                II\n   L e pistolet de com bat au poin g, H enri N izet possède une justesse de tir d’une\nprécision rare : à bonne distance, il troue sa cible au point fixé. Cette virtuosité\npourrait lui devenir précieuse ; il sait en effet, par chacun de ses livres, s’ attirer des\nhottées d’ardentes inimitiés. C ’étaient, l’an dernier, les m em bres de la colonie e xo­\ntique — grecs, roum ains, brésiliens — qui grillaient d’ envie de charcuter v if le tém é­\nraire auteur de Bruxelles rig o le!..., aujourd’hui, N izet pousse, dans les Béotiens, un\nnouveau cri de défi, de com bat, nous dirons plus : — de ven gean ce.\n  N o u s n’avons, ici, ni à nous préoccuper des mobiles qui on t fait agir l’auteur des\nBéotiens, ni à les discuter ; mais nous tenons à constater que N izet a vu ses m odèles\nsous le grossissem ent m alvoulant de sa haine, et poussé les travers qu’ils peuvent\navo ir jusqu’à une exagération outrée : il les a odieusem ent chargés et surchargés\nN ous nous élevons avec violence contre le ridicule dont l’auteur tentede cou vrir les\npures gloires littéraires qu’il désigne sous les nom s de Jancoi, Lenorm and, R o y a n ­\nnès, et auxquels von t toutes nos adm irations et notre ardente sym pathie.\n  Q u an t aux \" potaches \" de la « Jeune Académie » m alm enés et critiqués avec une\nm échanceté piquante, plutôt au point de vue m atériel, physique, et secondaire,\n— de scriptoribus, non de scriplis — nous n’avo n s pas à les défendre; — c’est un soin\nque jalousem ent, ils ne voudraient laisser à personne, et ils ont de longtem ps prouvé\nque bec et griffes ne leur fon t pas défaut.\n  Si chacun devait voir la B elgique et sa renaissance littéraire sous le jou r voulu\nridicule de M . N izet,     et pessimiser com m e lui ; si son appréciation cavalièrem ent\ndédaigneuse et outrée était sincère, certes, le titre de sa dernière œ u vre serait flagel­\nlant, et nous aurions, mais seulem ent alors, droit d’a vouer cette plainte découragée:\n« E n quelle B éotie vivo n s nous ? »\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3779, "texte": "                                          —    132 —\n\n   Ces expresses réserves faites sur les intentions de l’ auteur, nous nous sentons plus\n à l’aise pour exam iner son livre en nous affranchissant de la c le f du rom an, jugeant\nles types qui défilent sans voir derrière eux les maîtres ou les amis visés.\n   Les Béotiens sont une œ u vre recélant une forte dépense de réel talent, accentuant\nla personnalité brillante qui a surgi dans Bruxelles rigole !             Sim ple est la tram e\ndu rom an, histoire d’un reporter qui, petit à petit, s’idiotise dans l’abrutissant m é­\ntier du fait-divers. Nous     le suivons dès sa naissance, tard issu de deux tâcherons\nqui, après avoir drûment laboré pendant leur lo n g végêtem en t ign are, veulent faire\nde leur fils un savant, un « professeu » — Puis, sur les bancs où il frotte ses culot­\ntes de prim us et de fort en thèm e, dans l’institution où un sort précaire le c o n ­\ntraint à être p io n ; enfin, dans le débraillé cynique de sa vie de jou rn aliste; nous\nassistons alors au sourd travail de son intelligen ce qui s’ insurge contre l’avach isse­\nm ent prochain et fatal. Il rêve à Paris, à la glo ire littéraire, et dans son cerveau\nferm entant s’ élabore un projet sauveur : « Il pèse et repèse une résolution déjà lo n g ­\ntemps m odelée : de profiter de sa m ale fortune, de rallier ces ridicules épars, de les\nco llig e r en un livre de rire amer, de joie qui cingle. — et de se servir de ce livre pour\nenfoncer, com m e d’un bélier, l’impasse de m édiocrité où est acculée sa jeunesse. L a\nlo ya u té de Jude, l’enflure de Jancoi, le potachism e des confrères, les tics de la\nJeune A cadém ie, assaisonnés du condiment de sa haine et cuisinés en volum e, le v e n ­\ngeraient des avanies et le sortiraient peut-être de sa géhenne bruxelloise. M ais la\nrigueur des faits, la débilité de son courage, l’élan de la journalière bêtise se c o a li­\nsent contre sa ré v o lte ............... L a résistance à l’habitude, l’économ ie du temps, la\npersévérance font défection autour de sa v olo n té, principalem ent lorsq u ’ il se con ­\nsidère, finissant sa vingt-huitièm e année dans l’encroûtem ent de ce turbin où il\nstagne depuis quatre ans.........................».\n  U n c o lla g e tenace, qui finit par devant le m aire, vient ajouter son influence\nabêtissante aux inerties de sa volition , et enfin, veule, il se laisse aller, engrené\npour toujours dans le m écanism e tuant du journal.\n  S u r ce cham p, H enri N izet a cam pé ferm em ent des personnages vifs et des ta­\nb l e a u x superbes. T o u te l’enfance d’Etienne S e rg e ry est d’ une vigou reuse observa­\ntion, et son stage de pion d’ une désolante vérité. L ’ étude de son initiation littéraire\nsurtout est une maîtresse page ; nous avons tous parcouru ces étapes vers les Lettres,\nnous enthousiasm ant en des adm irations dont nous rions au souvenir. L es descrip­\ntions du journal et de l’im prim erie sont grasses de virtuosité. Q uelques silhouettes\nde reporter sont finement découpées; peut-être le personnage de C lara est-il un peu\npâle et flou dans cette débauche de types qui crèven t nerveusem ent l'en veloppe du\nlivre, com m e des diablotins saillent d’une boîte à ressorts.\n  Certaines scènes, d’un naturalism e im pavidem ent énergique, d’ un effrayant réa­\nlism e de rendu, feront péter bien haut les buveurs de lait et les affamés de gélatin e :\nnous nous en gaudissons fort.\n  Depuis sa prim e œ u vre, le faire de N izet s’est accusé, plus personnel,quoique son\nstyle laisse parfois encore percer la torture et l’ effort de la recherche. Il a l’audace\ndes m ots peintres, vrais et crus, qui lui procurent de véritables trouvailles d’expres­\nsion. M êm e nous lui reprocherons l’abus du term e trivial, dans les passages sur-\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 760, "texte": "                                         — 133 —\n\n tout où le gen re du sujet ne l’appelle nullem ent. L es dialogues qui courent au lo n g\n du livre sont d’une belle vivacité. L ’unité de l’ œ u vre est parfois brisée     par des\n incidents qui frisent le hors d’œ uvre, la haine com plaisante de l’auteur s’y aban­\n donnant avec délice. E t c’est bien là son m obile : la haine ; N izet nous trahit dans\n l’ extrait cité plus haut, la genèse des Béotiens.\n   Hardim ent, nous répéterons ce que maître C am ille Lem onnier disait jadis, et jus­\n tem ent, d’un autre de nos Jeunes : « U n m âle nous est n é .» — D éploron s qu’il soit\n hargneusem ent solitaire, — et farouche.\n\n\n                                                       H en ry   d e   TOM BEUR."}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-01-13-n3-021", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 134, "page_fin": 136, "titre_corps": "IXe Exposition de l’Essor", "titre_sommaire": "IXe Exposition de l’Essor", "signature_source": "Jacques CHAMPAL", "ancre_debut": "IXme EXPOSITION DE L’ESSOR", "ancre_fin": "Jacques CHAMPAL", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 145, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 1805, "fin_caractere_exclue": 3162, "texte": "IX me EXPOSITION DE L’ESSOR\n  C ette exposition ne m arque pas une étape, il faut que nous l’avouions. L e s m em ­\nbres de l ’Essor, au lieu de décupler leurs m oyen s personnels, les ont, sem ble-t-il,\nperdus de vue pour prendre chez leurs voisins de table, les uns une harm onie facile de\ntons, les autres le truc d’escam oter des arrière-plans, etc., etc. L a plupart de ces\ntoiles sentent   décidém ent un air de peinture qui avancerait rapidem ent en âge\nleurs auteurs, s’ ils n’y prenaient garde.\n  Q u ’ un groupe de jeunes s’exalten t au co m b at, cela se com prend, mais s’attiédissent,\nce n’est point prévu ; nous devons m alheureusem ent le constater ici. A part deux ou\ntrois œ uvres qui tém oign ent de cette belle fièvre du cerveau qui donne à l’ œ il des\npénétrations analystes, le reste est pesam m ent et souvent bourgeoisem ent vu.\n  E n présence du m anque d’intérêt artistique de presque toutes ces toiles, nous\ndemandons pourquoi on a exposé aussi indignem ent la grande toile, Les Moissons,\nde D e G roux. En pleine obscurité, elle nous a fait l’impression d ’un vaste bas-relief\nen bronze ou de quartiers de roch er hum anisés. L es groupes, car on ne distingue\nque cela, paraissent colossalem ent établis. En lum ière qu’en adviendrait-il? Nous ne\npouvons le prévoir com plètem ent; m ais nous som m es certain, que cette débauche\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3433, "texte": "                                         -    i 35 -\nde plastique biblique ferait de cette peinture, fresque, ou tout ce que vous voulez,\nune véritable attraction artistique. Craindrait-on à l’Essor ce que les béquilles\nofficielles, les plum eaux administratifs appellent un «fauxpas »? T an t pis.\n  L é o n F rédéric a brossé grassem ent le portrait en pied d’une Vieille servante.\nC e vieux corps inquiet, dont la silhouette doit être rarem ent au repos, nous donne\nune attitude d’une gaucherie très-typique, très-vivante. L a tête en est belle ; ses\ny e u x habitués   aux m êm es travaux, aux m êm es visages, à la m êm e m aison, ont\nquelque chose de cette hum anité paisible du vieux chat de fo y e r sûr de la bonté de\nses m aîtres, de sa pâtée quotidienne. C ’est concentré, c’est de l’art.\n  A lexan dre M arcette dans le Bassin de la Maison Hanséatique, la plus grande de\nses toiles exposées, réalise un vrai m orceau de peinture maritime. D e l’eau et non de\nla glace ou un parquet ciré; du vrai brouillard surchargé de fumées grasses et non\ndes buées de savon : des navires dont on ne com pte pas les cordages mais dont on\nsubit l'architecture im posante; des gens de peine, les lutteurs obscurs du pénible\ntravail des déchargem ents, et non des Alphonses de café-concert travestissant en\ncol marin, bleu d’Italie, les loups de m er noirâtres et .goudron n és; vo ilà le bilan\nde cette bonne peinture où les couleurs s'em pruntent m utuellem ent les dessous qui\nfon t l’ électricité des colorations.\n  H alkett a fait un effort, mais à ce déploiem ent d’un talent honnête m anque ce qui\naccuse l’art. T o u t le m onde verrait avec cette qualité de sentim ent, de couleur,\nd’exposition, les scènes que son triptyque, D ans la Sapinière, se borne à nous rap­\npeler. Il était inutile de les peindre si ce n’ était pour m ettre en sus ce qui fait de l’ar­\ntiste, par sa sensibilité, un être supérieur à la m asse du public.\n  Halberstadt, un nouveau venu si nous ne nous trom pons, dans Plaisir tranquille,\nun solide vieux attablé et fum ant silencieusement, fait preuve d’une grande santé de\ncolo riste; la pâte est cou lée là avec rutilance, les rouges se violacent, l’épaisse cou­\nleur des mains chauffe com m e les cendres brûlant sans flamm e.\n  D e M ol. — S on Étude nue, vue de dos, exposée en m êm e temps que des oeuvres\nimpuissantes, caractérise une nature pauvre, au sang âcre m ordant la peau; c’est\nassez transpiré com m e tem péram ent.\n  O m er D ierickx et Joseph D ierickx, le premier surtout, nous prouvent qu’ils sont\nPeintres, m ais tout n’ est pas de prem ière force dans leur envoi. A ussi attendons\nnous qu’ils s’ attellent sérieusem ent à des oeuvres où ils apporteront la pâte et les\nrecherches particulières de tons que nous rem arquons dans les différentes toiles de\nl’Essor.\n   Lem m en n’aurait dû exposer que sa Rêverie qui a des qualités ; l’auteur sait\nm ieux que personne ce qu’il prend chez K nopff.\n  V o s . — L a peinture de V o s s’assom brit volontairem ent parce que l’auteur met en\nscène la m isère : on ne s’y laisse pas prendre car on sent que le décor est raisonné, bru­\ntal, ce n’est pas de la demi obscurité ni de l’ obscurité com plète, c’est une im pression de\nchic systém atique qui agace. Cependant son portrait de vieux bourgm estre a du type.\n  H oeterickx nous donne avec talent (ce dont nous nous soucions peu) une pein­\nture prévue, faite de tout et de peu de chose.\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2146, "texte": "                                       — I36 -\n  D elsaux est plus sain, dans A u pays du schiste surtout; toutefois son e n v o i n’est\npas très-brillant.\n  L a c ro ix a un petit portrait qui nous rappelle, sans le valoir, celui qu’il exposa au\ndernier salon de Bruxelles ; sa L eda est une erreur de tem péram ent assez intéres­\nsante com m e résultat, mais que nous lui conseillons de ne pas renouveler.\n  Hannoteau m et dans L a Vesprée un m ouvem ent observé.\n  M ayn é, V a n G elder, L a B ou laye, H ouyou x, Crespin et d’autres, bourgeoisent en\nfamille.\n  D e G reef, Evrard,     C la ry s   exposent des oeuvres    qui, pour avoir quelques\nqualités, n’ en sont pas m oins dépourvues d’intérêt artistique.\n  L a sculpture est représentée à l’E ssor par Julien D illens, Jules L a ga e , B raecke et\nHérain.\n  L'Etude de Julien D illens concentre le        style habituel de l’artiste : nous nous\nréjouissons de le voir éclater dans l’exécution définitive qu’il se propose de faire de\ncette figure,\n  L a g a e expose un buste en cire qui a du caractère, un cube particulier qui donne à\nsa petite tête une vraie physion om ie. Son plâtre, T ête de gamin, est d’une form e et\nd’une construction h âtives; la petite figure, portrait, ne nous intéresse pas d’avan­\ntage.\n  Braecke dans le Soir, après la tempête, dans son Buste et son M édaillon (plâtre) se\ndonne des attaches à la sculpture française de second ordre ; ces tendances qui n ’en\nson t pas, transplantées ici, sont plus déplorables encore, alourdies qu’elles devien ­\nnent-Nous préférons de beaucoup son petit m édaillon de bronze,quoique la form e en\nsoit un peu épaisse.\n  H érain est atteint de la m êm e maladie, niais son cas nous parait plus déses­\npéré; nous nous rappelons vagu em ent les m édaillons de bronze qu’il exposa au\nsalon de Bruxelles de 1881 ; ils devaient être plus personnels com m e sculpture.\n  N o u s signalons l’intéressante exposition de Lyn en ; La bénéficiaire, dessin teinté,\nréalise un typ e prestem ent enlevé. L y n e n possède le vrai sens du dessin.\n\n\n                                                           Ja c q u e s C H A M P A L .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 102, "texte": "                                                    P R I X D U N U M É R O : 5° C E N T I M E S .\n\n\n\n\n                                                          1« A N N É E —               N» 3\n\n                                                   Mardi 15 Janvier 1885.’\n\n                             SO qM qM zA I'R E\nC r o q u is       P a r is ie n     :    Le C o i f f e u r -          J. K. H U YSM AN S.\nLe t r i s t e  E :P o ir .          —      A Jacques                   C A T U L L E MENDES.\n   M a d e le in e    '\nLu tte        de     C h a ir                                           M a u r ic e    FRISON.\nC r o q u i s d 'H i v e r                                              Je a n    A JA LB E R T.\nP o è m e e n p r o s e : H i e m a l .— M n é m e io n                 R o d o l p h e DARZENS\n\nP l e in   A ir       (fragm en t)                                      H e c t o r CH AIN AYE.\n\nLa V en g ea n ce            d e l ’H om m e                            J e a n RAM EAU.\nP e tite s É tu d e s           : É g o ïs m e                          A r n o l d G OFFIN.\n\nT em ps p assés                                                         A l b e r t T IN C H A N T .\n\nI m p ié té s                                                           E p h r a ï m MICHAËL.\n\nL ever        d ’ A s t r f .s . —       S o ir    T r a n q u il l e   A u g u s t e V IER SET.\n\nN ouveaux              C o n t e s M é l a n c o l iq u e s             C é l e s t i n ÜEM BLON.\n\nS ur    la      P lage                                                  J a c q u e s M ADELEINE\n\nC o n te s      de l ’A te lie r            : M ia n a                  L uc M ALPER\nC hevaux            d e F ia c r e                                      A l b e r t V ERN àELD E\n\nC h r o n iq u e       L itté r a ir e                                  H e n r y d e TOM BEUR.\n       Id .            M u s ic a le                                    X...\nIX \" 6 E x p o s i t i o n         d i; l ’ E s s o r                   J a c q u e s CHAMP A L.\n\nC h r o n iq u e        d e l ’A r t         e t    du   L iv r e\n\n\n                                     BRUXELLES.\n                     J .-B . MOENS. übrairr-éditeur\n                             7, Ga’ frie Bortier, 7\n\n                                              1885\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "          LA BASOCHE\n                  REVUE LITTÉ RAIRE ET A R T IS T IQ U E\n Paraissant le 13 de chaque mois, en livraisons de 32 pages au moins.\n\n\n                   P R IX D E L ’A BO N N EM EN T :\n      B elgique : 4 fra n cs p ar an. — U n ion P o s ta le : 5 fran cs.\n\n\n   Le tirage des n0’ i et 2 de L A B A SO C H E étant presque complète­\nment épuisé, nous nous voyon s forcés de créer des abonments de dix\nmois, au prix de 3 fr. 50 (étranger: 4 fr 50), qui partiront de ce n? 3.\n   Nous pourrons encore servir un petit nombre d’abonnements\ncomplets, au prix de 5 francs\n\n                           BUREAUX DE LA REVU E :\n\n            Galerie Bortier, 7, à Bruxelles en Brabant.\n\n\n     L A B A SO C H E reste absolument indépendante de toute coterie littéraire ou\nartistique, hile ouvre ses colonnes aux essais de ses abonnés. Leurs envois seront\nexaminés par un Comité littéraire, et insérés, s’il y a lieu. -— Les manuscrits non\ninsérés sont rendus sur demande.\n     Il sera répondu à toute lettre sérieuse, contenant un timbre pour l’ affrànchisse-\nment du retour.      Nous rendrons compte de tout ouvrage dont un exemplaire\nparviendra aux bureaux de la Revue.\n     La reproduction des articles de L A B A SO C H E , est autorisée sous condi­\ntion d’indiquer leur provenance et d’avertir la Direction.\n\n\n           AVIS PEU                        INTÉRESSANT.\n     A tous, présents et à venir, Salut :\n     Le Chancelier de L A B A SO C H E à ses heureux abonnés, plus nombreux\nque les étoiles du ciel, s ç a v o i r f a i c t :\n     Les quittances d’abonnement sont lancées à partir de ce jour, — Puisse\nl’accueil qu’on leur réserve, être aussi sincère que l'enthousiasme avec lequel on\nles a envoyées. — Amen 1\n                                   ........ .....o o o —— ........\n\n\n\n                   PROPAGANDE                                        ’\n      Dans un p iys rebelle, comme le nôtre, à toutes les innovations littéraires, une\nœuvre exclusivement artistique, telle que L A BA SO CH E, a besoin du concours\ndévoué de tous ceux que le culte de VArt possède. Nous faisons un appel éner­\ngique a tous les Jeunes, et les convions à entamer avec nous la bataille : C ’est à la\nfois la îutte pour l’Art et pour l’existence.\n     Nous tenons à la disposition de ceux qui nous en feront la demande, des cartes\nd’abonnement, numérotées par : séries de dix ; lorsqu’une série nous sera revenue\navec adhésions, son dépositaire recevra à titre çmcieux, LA BA SO C H E pendant\nun an ; pour deux séries, l’abonnement lui sera servi à perpétuité.\n\n    A partir de sou prochain numéro, L A B A SO C H E paraîtra avec une couver­\nture nouvelle.\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "            CROQUIS PARISIEN.\n                       LE   C O IF F E U R .\n\n\n         ’on s’assied devant une psyché d’acajou, qui contient\n         L\n          sur sa plaque de marbre des lotions en fioles, des\n          boîtes à poudre de riz en verre bleu, des brosses\nà tête aux crins gras, des peignes acérés et chevelus, un\npot de pommade ouvert, montrant la marque d’un index\nimprimé dans de la pâte jaune.\n  A lo rs l’exorbitant supplice commence.\n  L e corps enveloppé d ’un peignoir, une serviette tassée\nen bourrelet entre la chair du cou et le col de la chemise,\nsentant poindre aux tempes la petite sueur de l’étouffement,\nl’on reçoit la poussée d ’une main qui vous couche le crâne\nà droite, et le froid des ciseaux commence à vous faire\nfrissonner le derme.\n  A u bruyant cliquetis du fer que le tondeur agite, les\ncheveux s’éparpillent en pluie, tombent dans les yeux, se\nlogent dans les cils, s’attachent aux ailes du nez, se collent\naux coins des lèvres qu’ils chatouillent et piquent, tandis\nqu’une nouvelle poussée de main vous couche subitement\nle crâne à gauche.\n• T ête à droite, tête à gauche, fixe! — E t ce va et vient de\nG uignol continue, aggravé par le galop des cisailles qui\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "                           — 94 —\nmanœuvrent autour des oreilles, courent sur les joues,\nentament la peau, cheminent le long des tempes, barrent\nl’œil qui louche ébloui par ces lueurs claires.\n  — Monsieur veut-il lire le journal?\n  — Non.\n  — Un beau temps, n’est-ce pas, monsieur?\n  — Oui.\n  — Il y a des années que nous n’avons eu un hiver aussi\ndoux.\n  — O ui.\n  Puis un temps d ’arrêt; le funèbre jardinier s’est tu. Il\nvous tient maintenant l’occiput entre ses deux poings, et le\nvoilà qui, au mépris des éléments les moins incontestés de\nl’hygiène, vous le balance, en haut, en bas, très-vite,\npenchant sa barbe sur votre front, haleinant sur votre\nfigure, examinant dans la glace de la psyché si les crins\ntondus sont bien de longueur égale; le voilà qui émonde,\npar-ci, par-là, encore, et qu’il recommence à faire cache-\ncache avec votre tête, qu’il tente, en appuyant dessus, de\nvous rentrer dans l’estomac, pour mieux ju ger de l’effet de\nsa coupe. L a souffrance devient intolérable. Ah! où sont-ils\ndonc les bienfaits de la science, les anesthésiques vantés,\nles pâles morphines, les fidèles chloroformes, les pacifiants\néthers?\n  M ais le coiffeur halète, épuisé par ses efforts. Il souffle\ncomme un bœuf, puis se rue de nouveau sur votre caboche\nqu’il ratisse, maintenant, avec un petit peigne et rabote\nsans trêve avec deux brosses.\n  U n soupir de détresse vous échappe, tandis que, dépo­\nsant ses étrilles, il secoue votre peignoir.\n  — Monsieur, veut-il une friction?\n    Non.\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                             — 95 —\n  — U n sham pooing alors ?\n  — N on.\n  —   M onsieur a tort, cela raffermit le cuir chevelu et\ndétruit les pellicules.\n  D ’une voix mourante, l’on finit par accepter le sham­\npooing, las, vaincu, n’espérant plus s'échapper vivant de\ncet antre.\n  Alors,     une   rosée   coule, goutte à goutte, sur votre\ntignasse, que l’homme, les manches retroussées, récure;\npuis bientôt, cette rosée qui pue l’orangeade, se change en\nmousse et, stupéfié, l’on s’aperçoit dans la glace, coiffé\nd’un plat d’œufs à la neige que de gro s doigts crèvent.\n  L e moment est venu où le supplice va atteindre son\nacuité suprême. Brutalement, votre tête voltige comme sur\ndes raquettes entre les bras du pommadin qui rugit et se\ndémène; votre cou craque, vos yeux jaillissent, la congestion\ncommence, la folie m en ace.. Dans une dernière lueur de\nbon sens, dans une dernière prière, l’on implore le ciel\nl’adjurant de vous accorder un genou, une tête de veau, de\nvous rendre chauve!\n  L ’opération se termine pourtant. L ’on se lève, chancelant,\npâle, comme au sortir d’une longue maladie, guidé par le\nbourreau qui vous précipite le chef dans une cuvette, vous\nle saisit à la nuque, l’asperge à grands flots d’eau froide,\npuis le comprime fortement à l’aide d’une serviette et le\nreporte dans le fauteuil où, pareil à une viande échaudée,\nil g ît sans mouvement, très-blanc.\n   Il ne reste plus, après les cruelles souffrances endurées,\nqu’à subir le dégoût des manipulations finales, l’enduit de\npoix écrasé dans les paumes, et plaqué sur le crâne écorché\nde nouveau par les dents des peignes.\n  C ’est fait, on est dégarrotté, debout, libre ; l’on écarte les\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "                              —   96 —\n\n\noffres de savon et de lubin, l’on paye et l’on fuit à toutes\njam bes de la périlleuse officine; mais, au grand air, l’égare­\nment s’efface, l’équilibre revient, les pensées reprennent\ntranquillement leur marche.\n     On se trouve mieux portant, moins mûr. En même\ntemps qu’il vous sarclait le poil, le merlan vous a, comme par\nmiracle, allégé de plusieurs ans; l’atmosphère semble plus\nclémente et plus neuve,des fraîcheurs d ’âme éclosent; mais\nelles se fânent, hélas! presque aussitôt, car les dém angeai­\nsons que procurent les cheveux tombés dans la chemise,\nse    font sentir.   E t lentement,   couvant    un    rhume, l’on\nretourne chez soi, admirant l’éternel héroïsme des religieux\ndont les chairs sont, nuit et jour, volontairement grattées\npar l’âpre crin des durs cilices.\n\n                                         J. K . H U Y S M A N S .\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "              LE       T R IS T E   E S P O IR\n\n\nHélas ! aimer demain comme j'a im a i ja dis !\nE n des hasards pareils a u x vieilles aventures,\nTrouver encore, auprès des belles créatures,\nL e même enfer après le même paradis !\n\nRéentendre sans fin les mots que j 'entendis !\nP a r les mêmes soleils ou, les mêmes froidures,\nVers les mêmes bonheurs ou les mêmes tortures,\nSuivre d'anciens chemins déjà chers ou maudits !\n\nD ès l'aube où rit la fle u r de nos adolescences,\nJ 'a i vécu tant d'amours, de deuils et de combats,\nD e surhumains désirs, d ’humaines impuissances,\n\nQue rien ne me sera nouveau, hors le trépas !\nE t c'est mon désolant ennui de ri avoir pas\nU n espoir qui ne soit f a it de réminiscences.\n\n\n 8 D écem b re 1884.\n\n                                C A T U L L E M ENDÈS\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "      A JACQ U ES M A D E L E IN E\n\n\n       Artus, le roi des belles Iles,\n      A li son des trompes et du cor;\n      Après dix siècles chasse encor,\n       Chargé de flèches inutiles.\n\n      Bien qu’ il sue et geigne d ’ahan\n      A travers le hallier farouche,\n      L e damné ne prend qu'une mouche\n       Ou qu’ une guêpe une fo is l'an.\n\n       L a chasse où nous perdons haleine\n       Ressemble à celle du vieux roi;\n       E t c'est notre commune loi,\n       Bon apprenti, cher Madeleine,\n\n       D e ri avoir pour p rix des revers\n       E t du long deuil, qui nous tourmente,\n       Q u 'u ne frêle rime charmante\n        Q ui bat de l'aile au bout d'un vers.\n\n                                C A T U L L E M EN DÈS.\n\n\nIer Janvier 1885.\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                   LUTTE DE CHAIR\n\n             t n d u e su r u n e ch aise lon gu e, elle rê v a it. A u to u r d ’elle,\n            Ee\n             les sa g o u tiers a u x palm es raid es, les d racén as ondoyants\n             et les fo u gères arb orescen tes fo rm aien t u n fo u illis qui\n             l ’en velo p p ait d’u n g ran d cadre friso n n an t sous la brise\np arfu m ée du so ir. S a tête blonde, non ch alam m en t ap p u yée su r le\nsa tin a z u r du sopha, a v a it la finesse exq u ise d ’un S tev en s.\n   D e v a n t elle se d éro u laien t les sp len deurs d ’un so ir d ’été. L e\nso leil se co u ch ait p a r d elà l ’h o rizo n , étend ant su r le ciel p u r une\nva ste nappe d ’or qui a lla it s ’ attén uan t in sen siblem en t et s ’é te i ­\ng n a it enfin d an s le bleu som bre du zé n ith . A u lo in , le v illa g e\np rofilait vig o u reu sem en t sa silh ou ette noire su r ce fond de feu.\nP lu s   près, d evan t le ch âteau , la riv iè re p étu la n te a v a it des\nch ato iem en ts de p ierres précieu ses sous les r a i s obliques qui\nja illis s a ie n t de l ’ O cciden t em brasé. U n e brouée légère s ’é le v a it de\nl ’eau et len tem en t s’ép an d ait su r les p rés, où les ta u re a u x m eu ­\ng la ie n t, a p p elan t leu rs gén isses.\n   C ’ était l ’h eu re du soir,      va p o reu se   et tra n q u ille , a vec son\nh a lein e p én étran te qui donne des grise ries d ’h ash isch , l ’heu re ou\nl ’am o u r s ’im pose, irrésistib le , a u x sens én ervés.\n\n  E t L u c y , p ar la pensée, r e v iv a it ses j e u n e s années et leu rs\nespoirs a rd en ts, que so u d ain , la fa ta lité bête a v a it éteints, en l ’a c­\ncroch an t à d ix-h u it ans au bras du v ie u x baron de S a in t-M a u re,\nv iv e u r va n n é p ar de lon gu es années de débauche.\n  U n frisson d ’h o rreu r l ’a g ita it au so u ven ir du jo u r où, pou r la\np rem ière fois, les lèv res froid es, sèches de son m ari a v a ie n t glacé\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "                                        — 100 —\n\nsa peau douce de v ie rg e . E n va in , pen dant d eu x ans elle a v a it\nlu tté contre les dégoûts de cet acco u p lem en t d isp a ra te; p u is,\nto u t s ’était transform é        en elle : a in si q u ’après la p lu ie on v o it\np a r o is dans le ciel u n bou scu lem en t m a jestu eu x            de n u a ge s,\nu n va ste d éch irem en t d’ om bres q u i déverse su r les cam p agn es un\nflot de s o le il; un événem en t a v a it illu m in é sa v ie et a llu m é dans\nso n cœ u r une gran d e flam bée d 'am ou r.\n   L e baron a v a it in v ité le fils d ’un de ses v ie u x am is, F a b ie n\nd’ E v r y , à p asser l ’été au ch âteau . C ’était u n g ran d brun au p rofil\nferm e, nettem en t m odelé, au te in t am bré su r lequ el d eu x y e u x\nb leu x rêveu rs tra n ch aien t,        donnant à     son m asqu e v ir il        une\nd ou ceu r a ttira n te.\n   D u prem ier jo u r , follem en t, elle l ’a v a it aim é : ça l ’a v a it poign ée\nau cœ ur, to u t-à -co u p , au m om ent du sa lu t ban al de             l ’a rriv é e .\nC ’était « l ’aimé » en trevu dans les so n geries du co u ven t, celu i\ndont l ’im age v a g u e v o ltig e a it d u ran t les ch audes n u its d’ été dans\nles pâles traîn ées de lu n e, celu i qui v e n a it dans son s om m eil d’ado­\nlescente n u b ile lu i m u rm u rer bien bas des p aro les d ’am o u r,\ne n iv ra n te s.\n   E t elle l ’aim a ain si, dans le secret de sa pensée, d élicieu sem en t,\na v ec    des       a ltern a tiv es de jo ie s   im m en ses   et   de   tristesses\nlo u r d e s .\n   Ils ne s ’étaien t ja m a is o u verts l ’un à l ’autre, m ais sou s               la\nfro id eu r exagérée de leu rs rapp orts, tou s d eu x sen taien t b o u il­\nlon n er des d ésirs insensés qui les effra yaien t eu x-m êm es et les\nfaisaien t se taire. P arfo is elle a u ra it v o u lu se je te r à ses pieds, lu i\no u v rir son cœ ur, laisser d éborder ce to rren t de passion qui la\nn o y ait, m ais le so u v e n ir de la fidélité so len n ellem en t ju r é e la\nreten ait en core.\n   M aintenant, d an s cette atm osphère tro u b lan te de la vesp rée,\nune la n g u e u r l ’en va h issa it. C ’était fini de résister ! D e quel d roit\nle m onde la fo rcerait-il à se sacrifier en tière à ce v ie u x ? L ’ard en te\nexu b éran ce de sa jeu n esse s ’in su rg ea it contre sa trop lo n gu e\nabnégation ; ses vin g t ans v o u la ie n t d ’ au tres am ou rs !\n\n    Il v e n a it; on en ten dait le m artellem en t de son pas su r les d alles\n du perron . E lle a lla it tou t lu i d ire! E t en fiévrée, p alp itan te, elle\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "atten d a it; l ’ ém otion la p ren a it à la gorge, lu i don nait des spasm es\nd ’a sp h y x ie , l ’a cca b la it!\n   Il entra dans la v é ra n d a ; elle le fit asseoir près d’elle, et gênés,\nils restèren t sile n cie u x , se to u ch a n t presq ue. In co n sciem m en t,\nle u rs m ain s se ch erch aien t dans la pénom bre, elles se ren co n ­\ntrèren t a v e c u n tressaillem en t de tou t leu r être, et lon gtem ps,\nsan s un m ot, ils les tin ren t serrées fortem en t, com m e s ’ils eussen t\nv o u lu y fa ire p asser les sentim en ts qu i débord aient d ’e u x ......\n   P u is , brusquem en t, elle l ’a ttira v e rs elle, le u rs bouches, se j o i ­\ng n ire n t, et ils échan gèren t un lo n g baiser où le u rs lèv res se\np laq u èren t a vec tou te l ’âpreté de le u r sa n g je u n e , u n b aiser de\nch a ir qui la n ça dans leu rs vein es, u n e co u lé e de la v e . E lle était à\nlu i, tou te à lu i, il p o u v a it la prendre, elle se d on nerait en tière ! E t\naffolée d ’am o u r, elle le b rû la it de b aisers qui, p a re ils à des v e n ­\ntouses se co lla ien t à ses jo u e s. C ’était la ch u te, rid icu le et v u l­\ng a ir e ! Il la v o y a it v e n ir, fa tale, et u n d ég o û t de cette situ atio n\nrépu gn an te du m ari et de l ’am an t qui se p a rtage n t la fem m e, u n e\nhonte de cette lâcheté qu i trom pe l ’a m i confiant s ’em p arèren t de\nlu i. S a rig id e d ro itu re         s ’in d ig n a it : b ru talem en t, il dénoua ces\nbras sou ples qui l ’étreig n aien t, s ’a rra ch a à cette fem m e qu i le\nv o u la it ,.... s ’en fu it.\n\n   I l était brisé d ’ ém o tio n ; son corps én erv é v o u la it de la fa tig u e .\nIl descendit a u x écu ries, se lla E l-K e b ir , le g ran d étalo n sy rie n ,\nfarou ch e. Il le la n ça dans u n g alo p effréné, au h asard , à tra v e rs\nl es p ra iries; c ’était com m e la ch ev au ch é e fu rieu se du c a v a lie r de\nla ballad e qui, à la n u it tom bante, fend les b ro u illa rd s g ris. E t il\na lla it v ite, p lu s v ite, im p étu eu x !\n  T o u t-à -c o u p le ch ev al fit un écart : la riv iè re l ’ a rrê ta it dans sa\ncourse. Il rassem ble sa m on ture, reprend du cham p et la lan ce à\nl ’ obstacle. M ais cette eau h u rla n t su r les roch es tou rm entées de\nson lit, cette écu m e blan che to u rb illo n n a n t dans le rem ous du\nco u ran t, effraient la bête qui se refuse en core. A lo rs F abien se\np rit d ’u n e colère fo lle ; rageu sem en t, fers au ve n tre , cin g lan t\nl ’étalon de sa cra va ch e, il le ram ène et pique d roit à la riv iè re .\n  C e fu t u ne lutte terrib le, superbe, dans la som br eu r de la n u it\nqui en va h issa it la p lain e, éteign an t à l ’ho rizo n les dern iers reflets\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "                                   — 102 —\nsa n glan ts du soleil d isparu dans l ’au delà. L e ch e v a l terrifié, se\ncabre, ru e, s ’en lève, essaie va in em en t de d ésarçon n er ce c a v a lie r\nqui lu i ro u g it les flancs sou s l ’attaqu e de ses éperons. E n fin\néperd u , im p u issa n t, le sy rie n se dresse p lu s fo rt en core, bat n er­\nveu sem en t l ’ a ir de ses pieds de d evan t, tente u n e u ltim e ré s is ­\nta n c e .... m ais ses ja rre ts fléchissen t sou s lu i, et il tom be à la ren­\nv e r s e , écrasan t d ’E v r y sou s sa m asse.\n\n                                                  M a u r ic e F R IS O N .\n\n\n\n\n                      C R O Q U IS       D ’H I V E R\n\n\n                                                           A Paul Verlaine.\n\n\n\n          Dans l'assoupissement des brumes de l’hiver,\n          sous l’implacable froid, les guinguettes gelées\n          balancent au vent leurs enseignes désolées.\n\n          C'est un poisson de zinc au bout d'un fil de fer,\n          avec un grincement aigu de girouette,\n          ou le bruit que fa it sur le sable une brouette.\n\n          La maison de campagne a ses volets fermés ;\n          du givre pend au nez d’une Vénus de plâtre\n          qu’entourent, en dansant, des amours enrhumés,\n          dans une ronde triste, au lieu d’être folâtre.\n\n          La porte s’ankylose et la rouille a mordu\n          les barreaux de la grille où grimpe un maigre lierre.......\n          et depuis très longtemps la sonnette a perdu\n          le souvenir des coups d’une main familière...\n                                                                \\\n\n\n                                                  Jean    A JA LBER T.\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                  POEM E EN                 PRO SE          : H IE M A L\n\n\n                                                 I\n   L 'h iv er lorsque le vent pleure, il est bon d ’être deux dans la chambre\nclose, devant la cheminée où les braises s’éteignent, au· fo n d du même\nfa u teu il.\n\n                                                II\n\n    C ’est pourquoi, toute frileuse, et toute cajoleuse aussi, elle reste\n longtemps près de moi, l ’ h i v e r l o r s q u e l e v e n t p l e u r e .\n\n                                               III\n\n    E lle penche sa tête, sa tête mignonne, sous mes baisers, comme une\nfle ur sous les gouttes de pluie, et soitpire faiblem ent, — tel un pigeon\n roucoule — : I l e s t b o n d ’ê t r e d e u x .\n\n                                               IV\n\n    Mais j e ne réponds pas; j e lu i ferm e la bouche avec mes lèvres, pour\n ne pas entendre sa voix qui trouble le silence, et afin que tout se taise,\n dans la cham bre clo se.\n\n\n                                                 V\n\n    P u is nous demeurons ainsi, elle, insouciante et ne songeant à rien,\n moi, soucieux et songeant a bien des choses, nous demeurons ainsi le\n soir, d e v a n t l a c h e m i n é e o u l e s b r a i s e s s ’ é t e i g n e n t .\n\n                                                VI\n\n    L ’Heure sonne, le temps passe ; et souvent l ’aube nous trouve encore\n là, assoupis dans les bras l ’un de l ’autre a u f o n d d u                     m êm e   fau ­\n\n t e u il .\n\n\n                                                        R o d o lp h e    D ARZE N S.\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "                           M N H M É IO N\n\n\nIls sont dans la clairière oie pousse le mélèze\nL es blancs M en-H irs, debouts ainsi que des Beffrois,\nToujours inspirateurs des nocturnes effrois\nA u Breton qui se signe et se sent mal à l 'aise ;\n\nE t qu'ont taillés, afin qu'aux D ie u x leur travail plaise,\n— Longtemps avant l'époque où, sous leurs heaumesfroids,\nLes P r e ux chevauchaient sur de puissants palefrois —\nLes Druides, aux flancs abrupts d 'unefalaise.\n\nCes Prêtres d'un Passé lointain, M o i j e les ai\nImités ; ouvrier d'un travail malaisé,\nPrêtre de ce présent trop court, Poète blême,\n\nB o n n e M a î t r e s s e ! et j ' a i dressé dans l'A v en ir\n\nMonument d ’un mystique Amour, bizarre emblème,\nT a M é m o i r e , pareille aie colossal M en-H ir.\n\n\n                                            R odolphe D ARZEN S.\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                               PLEIN AIR\n                                      (f r a g m e n t )\n\n\n               l ’approch e de\n               A                     la n u it, com m e à l ’o rd in aire, les deux\n               fillettes ram èn en t les bêtes à la ferm e, à tra v e rs le tro u ­\n               blant recu eillem en t de la p lain e. S a n s dire m ot, elles\n               m arch en t, incon scien tes presque, tou t en trico tan t des\nbas d ’un rou ge-cru v u lg a ir e , épau les en a rrière et tête in clin ée\nv e rs leu rs grosses a ig u ille s , qui se croisen t m éth odiquem ent en\nlan ça n t de petits écla irs d ’acier.            L e s va ch es les su ive n t, leu rs\ny e u x g ra n d s o u v erts, au regard com m e atten dri, b alan çan t dans\nle u r m arch e dolen te le u r panse gonflée. M ais elles a va n ce n t p lu s\nv ite m ain ten an t, p récèd en t leu rs g ard ien n e s; c ’est que là bas\ns ’en dort une m are, d ans sa g la u q u e cein tu re de ro sea u x .\n   T a n d is q u ’elles bo iven t, em pâtan t des tach es rou sses et b la n ­\nches de leu rs croupes le ton v ie u x -c u iv re de l’eau où se réverb ère\nle ciel révo lu tio n n é p ar le co u ch an t, les d eu x fillettes attendent,\ng oth iq u em en t p lan tées dans les hautes herbes, trico tan t to u jo u rs.\nE t ta n t elles son t im m obiles, elles sem blent com plètem en t p assives,\net com m e d eu x p ieu x m aig re lets, ten ir au so l, p a rticip e r du p a ysa g e .\nL e u r s co u rts ch ev eu x blonds attisés p ar les dern ières flam bées du\njo u r , ne sont-ils pas la lain e laissée à ces p ie u x p ar des m outons\nqui vien n en t de p asser ? D es o iseau x p lein s de petits cris de jo ie n e\nch ip p ero n t-ils pas bientôt cette lain e p o u r en tap isser le u r nid ?\nE t, v a p eu rs trép id an tes, les tièdes ém anations de la m are e n v e ­\nlopp en t les en fants et les va ch es.\n   L e tro u p eau se rem et en rou te. E n fin , v o ilà l a ferm e, dont l e s\nm u rs p a ra issen t tro u és d ’irra d ia n tes flam m es, tan t l e s o l e i l e s t i ­\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "                                    —    106 —\n\nv a l, qui se résig n e a vec pein e à d isp araître, p laq u e dru ses der­\nn iers b aisers      su r les v itre s      des   fen êtres. B ie n tô t les petites\nva ch ères en tren t a v ec leu rs bêtes dans l ’a g ita tio n en fiévrée de la\nco u r, ou elles son t com m e perdues.\n     C o u r, en velop pée à droite et à g au ch e p a r la g ra n g e , les éta­\nbles, dem eures des a n im au x , et au fond p a r u n gro s b âtim en t,\ndem eure des m aîtres et des se rv ite u rs. C o u r, où s ’en ten dent les\nson ores tappem ents des sabots épais des g arço n s, cla irs lo rsq u ’ils\nse     flanqu en t   su r   la   p ierre,     g ra v e s   lo rsq u ’ils   frap p en t   la\nterre ;    les reniflem en ts    a gaçan ts de la p o u lie du              p u its d’où\nla ferm ière tire u n sceau v e n tru             débordant d ’eau ; et les m u ­\ngissem en ts in q u iets des va ch es ; et les ru ad es im p atien tes des\nétalons ; et les bêleries lentes des m outons ; et les app els v a g u e s\ndes hom m es et des fem m es, h o lâ, — hê, — diâ, — qui, h abitu és\nà v iv re en plein air, sim p lifien t les vo ca b les, ne p ron on cen t p res­\nque p lu s que les v o y e lle s , ch an ten t p lu tô t q u ’ils ne p a rlen t,\ncom m e les m on tagn ard s et les m arin s. T o u s ces b ru its v ib re n t ;\net, ju s q u ’ au refrain attristan t du cri-cri dans les v ie ille s m u ra ille s,\net m êm e ju s q u ’au froissem en t du foin je té dans les r â te lie rs , tou s\nson t p erçu s. V r a ie sym p h o n ie a u x sen teu rs cap iteu ses de la vie\ncam pagn arde quintessenciée«.           A in s i dans u n co q u illa g e, se con ­\ncen tren t les v o ix im p lo ran tes, con tin u es et infinies de la m er.\n     P u is les b ru its se tu ren t à m esu re que la n u it é teig n it le ciel.\nU n g arço n o u b lieu x v in t ferm er la porte de la g ra n g e qui s ’em p lit\nd ’échos, et ren tra fu rtiv em en t à la ferm e.\n\n\n\n                                              H ect o r C H A IN A Y E\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "L A   VENGEANCE                 DE     L'H\n                                         OM ME\n\n\n  Pouvoir aller là-haut, comme un chasseur farouche !\n  Oh ! pouvoir braconner au fond de ce ciel louche\n          Comme on braconne au fond d'un bois!\n  Et, caché sous un astre ainsi que sous un orme,\n  Faire, oh ! faire là-haut quelque battue énorme\n          De divinités aux abois !\n\n  Pouvoir escalader l'entassement des mondes\n  En posant mes deux pieds sur les soleils immondes,\n           Comme sur des marches d'égoût !\n  Et, si je trouvais Dieu, dans un fond de crevasse,\n  Vomir, oh! lui vomir mes poumons à la face\n          Dans un long hoquet de dégoût !\n\n Et lui vomir ma vie ! et s'il fuyait, l'infâme !\n Enfourcher quelque dos de comète de flamme,\n         Et galoper éperdument,\n Jusqu'à ce que ce Dieu se heurtât à quelque astre\n Ou se broyât le front contre quelque pilastre\n         Gigantesque du firmament!\n\n  Dieu, Dieu ! perfide Dieu! Vois-tu ces mers bavantes?\n  Sais-tu pourquoi leurs flots hérissés d'épouvantes\n          S'épuisent en bonds furieux ?\n  Sais-tu pourquoi ces pics, aux béantes entailles\n  Haussent obstinément leurs formidables tailles\n          Comme pour souffleter les deux?\n\n  Sais-tu pourquoi l'éclair balafre les nuées?\n  Sais-tu pourquoi la trombe, aux sinistres huées\n           Cogne contre le ciel, la nuit?\n  Sais-tu pourquoi l'on voit, dans l’âpre Ether sans bornes\n  S'essouffler, à courir, des meutes d'astres mornes\n          Traquant on ne sait quoi qui fuit?\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "                          —     108 —\n\n A h ! c'est que tout cela, tout cela, D ie u féroce,\n L 'é c la ir , le flo t , le p ic , l'astre, la trombe atroce,\n           E n ten d s-tu , monstre? oui, tout cela\n Im placable, acharné, terrible, fo u , sauvage,\n P a rto u t, avec fu r ie , avec haine, avec rage,\n           T e cherche, ô toi qu'on nomme A l l a h !\n\n\n O h ! s i fions te trouvions p o u rta n t! horrible j o i e !\n O h ! si ce grand fo r ç a t de so leil, q u i rougeoie\n           Éternellem ent dans les d e u x ,\nE t si tous ces troupeaux râlants de sphères rouges,\nSavaient où sont, là-h aut, les tanières, les bouges,\n           L e s antres, les chenils à d ie u x !\n\n\nO h ! sa isir D ie u ! lu i dire : « A h ! c'est ton tour, sans doute!\nV ien s, p a ie hum anité, viens grondante ! viens, tou te!\n          L e jo u r de la vengeance a l u i !\nD ebout ! tout ce q u i geint ! D ebout ! tout ce q u i souffre !\nD ebout ! tous les volcans au gosier plein de soufre !\n          C ra ch ez, crachez, crachez sur l u i !\n\n\n« D échiquète-le, trom be! et bave sur lu i, v a g u e!\nE t hache-le, farou che écla ir, verm eille dague !\n          E t fen d s-le, p ic ,   sinistre    épieu !\nE t ruez-vous dessus, astres! et qu'on le b ro ie!\nE t que tout l'univers vienne fa ir e sa p roie\n          D e cette carcasse de D ie u ! »\n\n\nE t m oi, moi l'H o m m e, alors, j e lu i d irais : « D ie u traître!\nA h ! tu m'as m is au m onde? ah ! tu m'as donné l 'être?\n          E h bien, à ton tour, J e h o v a !\nÉ p a rgn ez-le, S o le ils : j ’ a i trouvé ma vengeance !\nE l l e est terrible. O yez : —    D ie u très-haut, Providence,\n         N é a n t ! . . . j e te f a i s homme ! —   Va! »\n\n\n                                                         Jean     RAM EAU .\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                   PETITES ÉTUDES\n\n                              E G O ÏS M E\n\n\n        R\n        IE N   n’est m ieux prouvé, pour moi, que l ’existence du démon\n         de la perversité, dont E d ga r P oë, a, avec sa dialectique im pi­\n         toyable, analysé, la morbide influence sur la plupart de nos\nactions, et je serais non loin de l ’adorer, pour les profondes jou is­\nsances qu’il nous procure, s’il m ’était donné d’adorer encore, — quoi\nque ce fût.\n  U ne fringale de calm e et de tranquillité m’avait celé, l’autre soir\ndans ma cham bre, où régnait une chaleur douce ; les lourds rideaux\nfermés, interceptant la vue du dehors, se roidissaient en des plis har­\nm onieux; — étroitement cloîtré dans mon égoïste solitude, je relisais\nce m erveilleux et suggestif poèm e de Baudelaire : Les petites vieilles. —\n  J ’ignore à quel moment cette pensée, certainem ent crim inelle et\ninhum aine me hanta et pénétra subtilem ent en mon esprit, mais je\nm e surpris, dans ma béatitude infinie, me réjouissant des souffrances,\nqu ’à ce moment même, enduraient les pauvres et les vagabonds, —\nespérant, sans doute, redoubler mon plaisir en évoquant ceux qui en\nsont privés.\n  R êveur, je contem plais les bibelots, disséminés à l ’aventure, que\npièce à pièce j ’ai collectionnés, les livres aimés, épars autour de\nm oi; toutes ces choses qui me tiennent lieu d’amis et me sont rendues\nplus chères par l ’accoutum ance; — et avec une féroce joie je me dis,\nqu’il est des gens, beaucoup de gens, q u i ne possèdent rien de cela;\n— qu’il en existe, même, ne sachant pas lire, — et d ’autres encore,\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "                                  — 110 —\nen très-grand nombre, incapables de com prendre les écrivains, é v o c a ­\nteurs de rêves bizarres, que je chéris.\n   Ricanant, je pensais :\n  — Il fait bien froid, au dehors ; — un vent gelé et cinglant souffle ;\nnom bre de pauvres hères,sans feu ni gîte, vaguent, les mains gourdes,\ndans les longues rues rectilignes, balayées par l ’âpre bise. O ù passe ­\nront-îls la n u it,l’interm inable nuit hivernale ? — Dans l’encoignure de\nma porte, peut-être, le corps ramassé, pour réchauffer leurs membres\nraidis par le froid ... sur les dalles hum ides de m on s e u il!... E h ! eh !\nils pourraient bien ne se réveiller jam ais p lu s !... — M ais, m o i , j ’ai\nch a u d !... l ’engourdissem ent du bien-être me b e rc e ... Ajoutons une\nbûche dans l ’âtre, que la flam m e pétille joyeusem ent et crépite plus\nfort encore !\n  Nerveusem ent, un rire sardónique          m ’éch ap p a; je   continuai à\nenchaîner les idées, avec une extrême logique, en ce triste soliloque\nmental :\n   — D e m isérables ménages ne possèdent seulem ent pas une bûche,\ncomme celle-ci, pour adoucir la glaciale température, des taudis où\nils gitent... E lle est nom breuse, pourtant, la fam ille que j ’entrevois...\nL a populace est si p ro lifiq u e!.. L a mère et trois enfants hâves, gre­\nlottent sous une couverture rapiécée. E t, à côté, dans un berceau\nd ’osier, le dernier venu, la face ratatinée, étiolée, s’ est endormi tenant\nentre ses lèvres le bec d ’un biberon, vide de la it... E t le procréateur\nde toute cette marm aille, crapuleusement, sans doute, se saoû le au\ncabaret !\n  Je reposai, un instant mon esprit sur ce tableau, auquel mes\nappétances trouvaient un charme sin gu lier; puis,           poursuivant     à\nl’extrême :\n  — L e diable sait, si à cette heure, quelque crève-m isère ne se fait\npas em poigner, volant un p a in ... L ’ im b é cile !.. U n ju g e intègre et\npénétré du respect de la loi, ennem i des circonstances atténuantes,\nlui décernera deux ou trois mois de prison. . E t, ce sera bien fait !..\nOù irions-nous si les ventres creux pouvaient im puném ent dépouiller\nles honnêtes gens ?.. L a faim ? fallacieux prétexte, excuse vaine ! Il avait\nfaim aussi, celu i-là... Q u ’ils travaillent, m ille dieux, s’ils veulent\nm an ge r!..\n  Il est doux, de se répéter, que tous les jours, sans appétit souvent,\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                                — 111 —\non se. met à table devant un copieux repas, en songeant que cela n ’est\npas donné à tout le monde !\n\n  E t ainsi, je me délectai, longtem ps, dans l’apaisement de ma cham ­\nbre, à ces joies trés-pures et innocentes.\n                                ENVOI\n\n  L E C T E U R , j ’entends que tu grondes et m urmures sur le cynism e de\nl ’auteur, — déplorant, une fois de plus, la dépravation du siècle, l ’avi­\nlissement des lettres, et les naturalistes pensers des écrivains.\n  D escends eh,ton cœur charitable et doux à autrui, ô bourgeois-\npropriétaire — liseur de faits-divers ! — et confesse que, toi aussi, le\nventre plein gavé de victuailles, au moment du dessert, tu te fiches\ndu peuple ! — Hypocrite lecteur, — mon semblable, — mon frère !\nJanvier, 84.\n                                                A rn o ld   G O F F IN .\n\n                        TEM P S P ASSÉS\n\n                                                 A R odolphe D arzens.\n\n\n          L ’amour des temps passés est une triste chose,\n          Sombre, comme lesjours de pluie et de ciel noir ;\n          Si doux qu’ils soient au cœur, l’avenir et l’espoir\n          Ne lui laissent qu’un songe incertain ou morose.\n\n          L ’âme s’effeuille au vent du Nord, comme la rose;\n          Elle se sent flétrir, et compte en son miroir\n          Plus pur que les grands lacs bercés aux chants du soir,\n          Les caresses de l’aube à sa corolle rose.\n\n          A chaque, pas qu’il fa it dans sa profonde nuit,\n          A ux horizons nouveaux déroulés devant lui,\n          L ’homme sent qu’ il se courbe un peu plus vers la terre.\n\n          Le vieillard connaît mieux quel est le prix du temps,\n          Car il la voit finir, sa course solitaire,\n          E t dans son pâle hiver, se souvient du printemps.\n\n                                             Albert   T IN C H A N T .\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "             I M P iÉ T É S\n\nDans la haute nef qui frissonne toute\nAu bruit triomphal de l'hymne chanté,\nUn étrange Evêque au cœur plein de doute\nOfficie avec somptuosité.\nIl chante — que Dieu soit ou non, qu’importe ?\nQu’importe le ciel sévère ou clément ? —\nImpassible, il chante, et, de sa main forte\nLève l’ostensoir solennellement.\nSeulement — tandis qu'à longs traits, avide,\nIl boit les parfums du saint Encensoir —\nIl songe en son âme infidèle et vide\nQu’il est beau, tenant ainsi l’ostensoir ;\nQue sur son manteau de pourpre, rutile\nUne gloire large et de divers ors,\nComme le Soleil que le soir mutile\nLuit sur le charnier des nuages morts.\nIl songe qu’un peuple obscur le contemple,\nQu’au fond d’un brouillard lourd de senteurs, l’ œil\nVoit uniquement dans la nuit du temple\nL ’Evêque splendide en son rouge orgueil.\nEt, les yeux emplis d’ivresse extatique,\nLe prêtre, usurpant au Christ défié\nL ’hommage royal du dévot cantique,\nSur l’autel qu’il sert s’est déifié.\n\n\nChère, je t’ai dit des messes hautaines\nSans y croire, ainsi qu’un prêtre mauvais,\nPour que le regard des foules lointaines\nMe trouvât très-beau lorsque je levais —\nEvêque vêtu de fières étoffes —\nL ’ostensoir des vers aux riches splendeurs,\nEt je n’agitais l’ Encensoir des strophes\nQue pour me soûler avec ses odeurs !\n                             E phraïM M I C H A Ë L .\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": " LEVER         D 'A S T R E S\n\n\nLe jour baigne l’horizon bleu.\nC'est l'heure exquise et coutumière\nOù la splendeur de la lumière\nVa s’épandre en nappes de feu.\n\nPromenant l’aiguille féerique\nDans la moire d’un ciel d’argent,\nL ’aube, avec le rayon changeant,\nBrode son rêve chimérique,\n\nFouillis d’or pur et de carmin,\nDe rubis, d’ocre, d’améthyste\nPrestigieux rêve d’artiste\nQu’enfante un pouvoir surhumain.\n\nPeintre des flambantes audaces\nLe jou r reprenant ses pinceaux,\nDéroule d’étranges rinceaux\nSur la voûte aux teintes fugaces.\n\nL ’ardente gamme des couleurs\nEntonne en sa vive harmonie,\nLa lumineuse symphonie\nD ’un ciel d’azur, d’or et de fleurs.\n\nE t fendant un nuage rose\nSoudain l’éblouissant soleil\nProjette son orbe vermeil\nA u front de cette apothéose.\n\nMais la ruisselante clarté\nCascade en vain de cime en cime,\nLa magique gloire s’abîme\nDevant la vibrante Beauté!\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "           — 114 “\nMieux que tes caresses brûlantes\nO Soleil! son charme vainqueur\nA fa it bouillonner dans mon cœur\nLa sève des amours troublantes.\n\nDe sa blanche main de satin\nMa maîtresse ouvre sa fenêtre...\nO Nature, tu peux renaître !\nSouris à ta Reine, ô Matin!\n\nSa chevelure dénouée\nFrôlant le tulle nuageux\nCaresse les deux seins neigeux,\nAvec une grâce enjouée.\n\nE t la molle toison glissant-\nComme une eau blonde qui s’épanche,\nCouvre de l’épaule à la hanche,\nSon torse au contour ravissant.\n\nTon œil bleui par la hantise\nDes rêves, ô chère âme sœur !\nDans sa séraphique douceur\nJette un regard qui magnétise.\n\nJe vois pâlir à l’Orient\nLe front empourpré des collines\nLorsque tes lèvres corallines -\nEbauchent leur pli souriant.\n\n E t dans cette lutte inégale\n Que soutiennent en vain les deux,\n Tu brilles, flambeau merveilleux.\n D ’une telle splendeur royale,\n\n Qu'au sein du rayonnant décor\n Que ta vive auréole efface,\n Le soleil, se voilant la face\n A bandonne son trône d’or !\n                        A ugu ste V IE R S E T .\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "     NOUVEAUX CONTES MÉLANCOLIQUES\n\n                           C O N F ID E N C E S\n\n\n                                                            A       Ulric Piette\n                                       F u n e ste s lu m iè re s q ui,   sans g u é r ir m o n cœ u r, ont\n                                     é c la iré m o n e s p rit! C r u e lle perfid ie q ui m ’ô te l ’illu sio n\n                                     d e l’ estim e en m e la issa n t to u t le d é lire d e l’ a m o u r !\n                                                                                                  C atulle.\n\n                                       J e v o u d ra is q u e to u te s m es d o u le u rs p u ssen t se répan ­\n                                     d re dans u n se u l m ot !\n                                                                                            H e n r i H e in i.\n\n                                    D a n s ce b a g n e te rre stre o ù ne s’ o u v re a u cu n e aile ,\n                                     San s m e p lain d re, sa ig n a n t, et to m b a n t su r m es m ains,\n                                    M o rn e, ép u isé , ra illé par le s fo rç a ts hu m ain s\n                                    J 'a i po rté m o n ch a în o n de la ch aîn e é te rn e lle .\n                                                                                          V ic t o r H ug o.\n\n\n            U\n            QAND    j ’étais un petit enfant, je n’éprouvais                               qu’enthou ­\n               siasmes et déceptions. Après avoir admiré la fleur, si je\n               la regardais de    près, je découvrais des taches en ses\n               pétales, et puis je les trouvais bien épais encore. Sitôt\ntenais-je en main l ’oiseau, quelque souillure dans ses plum es m ’as­\nsombrissait et je me prenais aussi songeant à la grâce horrible\nqu’il a, quand il g ît plum é dans l ’assiette, devant l ’appétit des bour­\ngeois.   Les    belles   femmes    ne parlaient pas toujours poétique­\nment. Sous l ’élan des mélodies im m atérielles et ravissantes, des bruits\ngrossiers grouillaient dans le piano. L e s violonistes avaient des con­\ntorsions grotesquement prosaïques. Chaperon Rouge était gourmande.\nA n isi de suite : le cri du paon, l’épine de la rose, le ver du fruit, les\nbrûlures de l ’été, les dents cariées dans les sourires aimés, tout étei­\ngnait les feux de mes amours.\n  B ien que la vie m’ait prodigué depuis lors d ’im placables épreuves,\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "                                — 116 —\n\nje n’ai pas changé : savoir ne m’a rendu ni stoïque ni même un peu\ncalm e. A u contraire, hélas! Mais de tous les coups qui m’ont terrassé\nsur le chem in du calvaire où je gravis, nul n’a plus fait saigner mon\ncœ ur que la déception, pourtant bien ordinaire, que je m’en vais Vous\ndire.\n  J ’avais à peine dix ans. Il me semble que c’était hier. L e s ém ou­\nvants souvenirs d’alors folâtrent toujours, vivaces, en ma m ém oire.\nParfois même, tant est com plète l ’illusion, le soir, au vague des som ­\nnolences, je m’im agine aller demain dans les cépées de Grém ontay et\nparmi les cham ps et les , blés avec les camarades du voisinage, puis\nrevenir, seul et songeur, au coucher du soleil, secoué déjà par les\npoésies mystérieuses des splendeurs et des tristesses vespérales, reve­\nnir m’asseoir sur la borne de notre grange et, les yeux m ouillés vers\nSiral, soupirer d ’attendrissement. J ’aimais une petite fille. A h ! quel\nam our! E t comme nul ne le soupçonnait! D es heures, parfois, dès le\ncrépuscule, je restais sans être vu sous un vieux frêne tout sonnant du\nguilleri des m oineaux, le visage et le cœur bouleversés d ’ivresse, les\nlèvres tremblantes et les bras tendus, dans l’ombre solitaire, vers les\nattendrissantes visions ondoyant, rosâtres,du côté où je l’avais entrevue.\n  Car je l’avais seulement entrevue, —      comme la réalisation d’un\nrêve. D e quel rêve? C ’est une singulière histoire qu’il faut d ’abord\nvous conter.\n  M on enfance, ma première enfance surtout, déborda toujours de\ndoux songes, m ystiques et pensifs, si exquisem ent vagues qu’ils sont\ndifficiles à fixer comme un rais de soleil ou comme une bouffée d ’hé­\nliotrope. L e plus doux était celui où j ’entrevoyais une fillette angé­\nlique et triste dans les charmes indécis d ’un pays inconnu. Quels\ncharmes, je ne puis préciser : figurez-vous des sites fluides, une âme\nentrevue, un magnétisme peuplé. C ’était si léger, si indistinct, si spi­\nrituel que les plus raffinées couleurs peindraient ce m ilieu grossière­\nment. L e s mots les mieux choisis eux-mêmes l’évoquent trop matériel\nencore. Seules, vous pourriez le rendre exactement, subtiles m agies\nde la musique, tel qu’un jour, sous les accords d ’un orgue des rues,\nvous, m’avez fait apparaître, prodigieusem ent quintessenciées, toutes\nles poésies éparses autour d ’une vieille forge et d ’un vieux forgeron\nde L a G ervagne, mon village natal. J’ai seulem ent souvenance qu’en\nce pays aérien et féerique, tant idéal qu’il n’était situé nulle part, même\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                                  -   117 —\n\ndans la géographie-chim ère de mon im agination, je croyais distinguer\ndes roseaux glauques et pourprés bordant un ruîsselet assoupi où des\ngrenouilles, à la vue de scintillants papillons dans les cieux, rêvaient\ninterm inablem ent       O h! tout cela était tellem ent effacé que je ne\nsais trop si je voyais vraim ent quelque chose. M ême la fillette, je la\nsentais là, invisiblem ent présente, plutôt q u e je ne l’apercevais. L ’ido ­\nlâtrais-je néanm oins! Je l’idolâtrais d’un fol amour enfantin, comme\nl’am ie d ’une existence antérieure dont elle évoquait le souvenir éteint.\nSa m iraculeuse et discrète apparition a illum iné toutes les rêveries de\nmon prem ier âge ; et voici quelques années à peine,un soir que j ’étais,\nseul et sans lum ière, à pleurer dans ma cham bre de pauvre instituteur\nles voluptés et les illusions d ’un immense amour agonisant, comme\nje détournais mon âme épouvantée de l ’astre déclinant avec une hor­\nrible m élancolie après avoir em pli triom phalem ent d’enthousiastes\nclartés le ciel de ma passion, je vis soudain le noir s’allum er pâlement\net L a G ervagne m ’apparaître en la paix de ses gracieuses austérités\ncondruziennes, et dans la lointaine profondeur de cette paix, j ’entrevis\nla chérie de mes cinq ans, im m obile sous le paysage fluide. T o u t mon\nêtre bondit comme à l ’apparition d’une morte adorée qui ressuciterait,\net du fond de ma douleur et de ma solitude, je tendis frénétiquement\nles mains vers elle, suffoquant, muet, halluciné, redevenu mioche,\ntant accablé d’ivresse qu’enfin je roulai sur le parquet, à moitié éva­\nnoui.\n  Je me suis un peu com plu en cette souvenance, afin de dire mieux\nla frénétique béatitude de mon amour et combien je fus délicieusem ent\nbouleversé à la vue d'une petite fille un soir dans la cam pagne. C ’était\nelle! Je me précipitai; mais elle disparut derrière un m onticule, dans\nune chaum ine, devant où je m ’immobilisai longtem ps, abstrait, pal ­\npitant, extasié, stupide.\n  L a nuit, je som m eillai à p ein e; et le lendem ain, en classe, je fus\nradieux et distrait au point que le maître crut dix conjugaisons indis­\npensables pour me ramener com plètem ent à la réalité. M ais comme\nj ’en avais toujours une provision à toute éventualité, rien n’altéra\nl’ivresse de cette journée exquise.\n  A la vesprée, j ’errais depuis une heure autour de la chaum ine,\ndans l ’azur fourm illant des rêveries et les capiteuses douceurs de mai,\nquand elle m ’apparut tout à coup au haut du m onticule, — la grâce\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "                                — 118 —\nfrêle de ses neuf ans sur les splendeurs du soleil, comme une V ierge\ndoucem ent extasiée sur l’or fleuri des vieux tableaux gothiques alle­\nmands.\n C ’était donc elle ! Sa beauté m’infusa pourtant la tristesse d une\ndéception vague. Il me sem blait qu’elle aurait dû être un peu autre,\nje ne sais comme, à vrai dire; mais moins définie, moins fixée. N é an ­\nmoins, d’ineffables spasmes m’oppressaient la poitrine! T ête levée\ncomme un saint raphaélesque, je la contemplais, ravi, croyant qu' elle\nallait, nouvelle M arie, voilée d’une éblouissante auréole, s’élever et\ns’évanouir dans la clarté des cieux !\n   L ’angélus au loin résonnait. D es ailes colorées frémissaient dans\nl’ambre vespéral. E t mon im agination, allumée aux rém iniscences des\ngravures   chrétiennnes, percevait finement, dans la soyeuse blan­\ncheur des nues, m ille formes d’anges voltigeant, roses et grassouillets,\ndes palm es et des lys à la main, — quand surgit de derrière le monti­\ncule une tête de vieille, et une main rugueuse secoua la V ierge, très\nirrévérencieusem ent.\n  E t une vo ix hargneuse glapit :\n  « Q ue fais-tu donc là, fainéante !\n  — Laisse-m oi la paix ! »\n  M ais la main l’entraîna, violente ; une dispute retentit ; et dans les\ncris pleurards de mon idole, sonnèrent à toute volée quelques épithètes\nignobles et furieuses...\n  Q uel écroulement en moi ! U ne insupportable désolation se dégagea\nde toutes les m agnificences crépusculaires, et je m ’enfuis plein d’une\népouvante morne, la gorge sèche.\n  N e dites point que c’était peu de chose ! Il vous faudrait éprouver la\nviolence de ma passion et l ’ivresse du rêve un instant réalisé! Il vous\nfaudrait avoir aussi mon cœur assoiffé sans cesse de douloureuses\nbéatitudes. L a déception fu t affreuse autant que l’espoir avait été fol !\n  Je courus réfugier mes sanglots sur la borne de notre grange, sous\nle vieux frêne solitaire où s’éteignaient, dans la souffrance de l’ombre,\nles derniers caquets des m oineaux. P lu s de visions rosâtres ! E t la\nnature entière, funèbrement muette, sem blait s’être tue par respect et\npiété devant la désolation du pauvre enfant qui hoquetait à m ourir, en\ngrelottant la fièvre dans un coin.\n  Il voit encore, celui qui fu t cet enfant, sa mère venant le découvrir\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                                   - 119 —\nlà bien tard et l’étreindre de toute sa tendresse dans un baiser alarmé,\nen s’écriant :\n  « Mon D ieu ! T u pleureras donc to u jo u rs!... »\n  T u pleureras toujours?...........\n  Savais-tu bien, ma pauvre mère, tout ce que tes paroles avaient de\nprophétique! U ne im placable destinée n’a jam ais perm is à ton fils de\nles oublier un seul jo u r... T u la pressentais donc? Il se souvient,\nl’enfant d’alors, des touchants regards soucieux de ton incom parable\ntendresse, ce soir qu ’il s’assoupissait encore éploré dans ton sein, sous\nla lam pe héréditaire, sans t’avoir confié la vraie cause de ses larmes.\nPressentais-tu, ma mère, tout ce qu’il y aurait d’épreuves pour ce petit\ncorps réfugié contre ton amour? L u i qui saignait déjà d’une chimère\nmorte et qui voyait l’ombre en toute splendeur, pressentais-tu ce qu’ils\ndevaient en faire ? Quand il parut dans l’enthousiasme de la fra­\nternité brûlante puisée à ta m am elle, il se trouva assez d ’abjecte\ntraîtrise pour le frapper par derrière; et      mainte patte, aux yeux\ndes bonnes     gens caressante, im planta félinem ent une griffe ju s­\nqu’au fond de sa plaie. H ypocrites indignations, haines tortueuses,\njaunâtres envies, velléités calom niatrices tourbillonnèrent, harpies\ndans leur infection, autour de sa vaste tendresse et de ses songes ém er­\nveillés. Sa douleur môme en offensa! E nfin, suprême épreuve, des\nyeux affectionnés le scrutèrent obliquem en t... Si bien qu’en des heures\ncruelles, l ’âme cuisante de blessures, il cracha de rage le serment\nd 'A n nibal sur cette humanité hideuse — qu’il aime m algré lui !.........\nCalm é, il dut toutefois cuirasser fréquemment de dédain ses émotions\net ses idéals ; et dans cette farouche armure qu ’exigent les mêlées quo­\ntidiennes, ceux qui ne le connaissent pas ne soupçonnent guère un\napôtre faible et doux, les yeux sans cesse humides. Mère, tu n’as pu\npressentir tout cela ! Q uand tu dorlotais« ta petite jo ie » avec une\neffusion si ardente, quand tu préparais si soigneusem ent sa couchette\net son repas, quand tu ne l’abandonnais pour l ’école qu’accablé de\nprovisions et de baisers, non tu ne pressentis jam ais qu’un jou r peut-\nêtre, comme Dante A lighieri errant pauvre en exil, ton fils devra\n« monter l ’escalier d’autrui. » A h ! la pensée de tes tortures en lui e t\nde ses tortures en to i!... Q u ’ose-t-il donc parler de déceptions enfan­\ntines, aujourd’hui que le vol fulgurant des années l’a roulé pâle et\nmeurtri par la vie ! Q u ’ose-t-il parler d’un caillou rencontré sous la\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "                                    — 120 —\nmousse de la plaine, aujourd’hui surtout qu’il traîne notre croix dans\nles ronces du Calvaire! O ui, tout déjà le décevait alors ! O ui, il a souf­\nfert et sangloté! Mais qu ’on lui rende toujours les déceptions, les\nsouffrances et les sanglots des jours où tu ne pleurais pas, il te les\noffrira, mère que son égoïsme oublie trop souvent ! Pouvait-il être\naccablé quand tu ne l ’étais pas ! Q u ’on lui rende ta félicité morte, tes\nclairs refrains wallons, l’orgueil de tes espoirs et la sérénité de ton\nsourire; qu’on lui rende le temps où ton visage était plus jeune, ô\nmère idolâtrée ! il saignera sans doute encore, m ais ce ne sera rien !\n\nL iè g e , décembre 1 8 8 4 .                   C   é l e s t in   DEM BLON.\n\n\n\n\n                                SUR LA P L A G E\n\n                     Blanches ailes des barques frêles,\n                     Vois ces taches d’un ton plus clair\n                     Sur le vert sombre de la mer :\n                     Sont-ce des voiles ou des ailes?\n\n                      N ’est-ce pas que l’une d’entre elles\n                      Doit cingler, ô le rêve cher !\n                      Vers une île adorable où l’air\n                      Est tout peuplé de tourterelles.\n\n                     Rêveuse qui les suis des yeux,\n                     Veux-tu regarder tous les deux\n                     L a même voile, au loin qui tremble ?\n\n                      La seule extase sans rancœurs,\n                      Le plus délicat des bonheurs,\n                      C’est encor, de rêver ensemble.\n\n                                             J a c q u e s M A D E L E IN E .\n\n\n          Etretat, A o û t 1884.\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "        S P L E E N ‘D 'H I V E R\n\n                   SE X TIN E\n\n\nVoici venir l’ennui langoureux des hivers\nE t les neiges dansant au rythme des tempêtes ;\nVoici venir le froid, qui met unjoug aux mers,\nAvec le chœur transi des souvenirs amers.\nAdieu lesfloraisons, les deux bleus et les fêtes,\nE t les nids gazouillant au sein du vert desfaîtes !\n\nC'est la morne saison où, des monts et des faîtes,\nS'en viennent, en maraude, ours et loups des hivers;\nLe meurt-de-faim grelotte à la lueur des fêtes\nE t sent en lui gronder la rage et les tempêtes!\nL e matelot lointain, plein de pensers amers,\nInvoque Notre-Dame en contemplant les mers.\n\nL a m it, le monotone ululement des mers\nE t la bise sifflant dans les sapins desfaites\nSoulèvent le vol noir des cauchemars amers;\nE t l'âme des roseaux, orchestre des hivers,\nExhale au long du fleuve, au souffle des tempêtes,\nUn pleur qui fait frémir les démons dans leurs fêtes.\n\nNostalgiques regrets du printemps et des fêtes,\nVous submergez mon cœur comme un brouillard des mers,\nE t je rêve au soleil dans un ciel sans tempêtes,\nAux orangers dont l’or fait balancer les faîtes,\nA u x vallons à l'abri des frimas des hivers,\nOù croissent, dans les rocs, les cytises amers.\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "                   — 122 —\nArrière, ô souvenirs que les réveils amers\nTraquent comme le deuil à la suite desfêtes!\nNon! ce n'est pas pour vous, o somnolents hivers,\nLe sourire estival de la terre et des mers ;\nMais à vous l'ouragan qui hurle sur lesfaîtes,\nEt le long des écueils l'écume des tempêtes.\n\nOh ! la neige tournoie aux remous des tempêtes,\nEt ma raison se meurt sous les regrets amers.\nLa neige s’amoncelle aux flancs glacés des faîtes,\nEt j'écoute en mon cœur chanter les vieilles fêtes.\nLa neige avec horreur s'engouffre dans les mers,\nEt je veux me tuer dans l’ombre des hivers;\n\nMe tuer dans l'hiver, tandis que les tempêtes\nSur les mers chanteront des Requiem amers,\nEt qu'en fête la Mort dansera sur les faites.\n\n                                 S tu art   M E R R IL L .\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "           CONTES DE L ’ATE LIER\n                                             M IA N A .\n\n                                                          A Wilhem Van Kempe.\n\n            Mo n s ie u r , s ’il v o u s p la it...\n                   Et la chanteuse, effleurant l ’épaule de Carlovitch dans une\n                inclinaison du buste, tendit sa sébille où s’empilaient quelques\n                piécettes de cuivre que mordorait le flamboiement du gaz.\n   Lui, somnolait sur sa chaise, en face d’un bock à demi vide.\n   — Monsieur, s’il vous plait...\n   Lentement il redressa la tête, enveloppant d’un regard étrange la femme\nqui, près de lui, se piétait, patiente. Dans son corsage bleu clair étoilé de\nblanches fleurettes, sa jupe écourtée laissant deviner la broderie qui fran­\ngeait son pantalon, elle était délicieuse, malgré sa gracilité. Ses yeux de jais\nqu’ombraient de longs cils noirs, ardaient, troublants, au-dessus de ses joues\nlégèrement poudrerizées.\n  Carlovitch laissa choir une pièce d’argent, tâche blanche au milieu du\nbronze.\n   Un étonnement rosa les pommettes de la quêteuse, à cette générosité\ninaccoutumée ; elle ébaucha un sourire et paracheva sa tournée, papillon­\nnant d’une table à l’autre. Puis, tandis que le piano flonflonnait une ritour­\nnelle, elle s’effaça derrière un rideau pendu au fond de la salle; un instant\naprès elle regagna sa place sur la scène, vaste estrade encadrée d’étoffes\nrouges, criardes, qu’une large glace encore approfondissait.\n  Le spectacle continuait. Processionnèrent des chanteuses bizarres raba­\nchant, d’une voix éraillée,d’égrillardes chansonnettes à succès, les plus osées\nœilladant, de ci de là, avec des gestes canailles, les débutantes s’avançant\ngauches, déguindées, mal assurées sur leurs jambes et fixant obstinément\nun point du plafond, toujours le même ; des cabots sans engagement, la\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "                                  — 124 —\n face émaciée, imberbes, sanglés dans des habits trop étroits, dévidant des\n monologues idiots panachés d’un refrain ; un jeune ténor pleurant des\n romances sentimentales où il était invariablement question de ramiers, de\n printemps et d’amour ; enfin deux petites danseuses anglaises pirouettant,\n légères, avec un accompagnement de paroles tendrement monotones.\n    Des cris montaient, des exclamations se croisaient, des rires éclataient,\n dominant par instants les accords sourds du piano. Parfois, à l’horripilement\n des bons bourgeois échoués là pour déguster la pièce, en gobelottant une\nconsommation, le boucan s’étendait, féroce, empêchait d’ouïr la prime note\nde la chansonnette abordée. Et se démenait alors, rageuse, l’exécutante avec\ndes gestes désordonnés et d’inutiles égueulements.\n   La fumée tirebouchonnait des pipes, bleuâtre, et se massait au plafond,\nauréolant d’un nimbe les flambées du gaz ; des vapeurs se dégageaient, âcres,\nde la bière épandue, appesantissant les crânes.\n   Peu à peu cependant, à mesure que le programme s’égrenait, une vacuité\nse creusait dans la salle. Les groupes devinrent moins compacts, s’espa­\ncèrent.\n   Carlovitch, sans décesser, clouait la chanteuse du regard, applaudissant\nà outrance chaque fois qu’elle avait roucoulé un couplet ; elle, alors, d’un\nsourire soldait son accortise.\n   Connaissance était liée.\n   Soudain une main agrippa le bras du sculpteur :\n   — Que diable fais tu ici? Tu sais, je compte toujours sur toi pour ce soir,\nà minuit dans mon atelier; on godaillera...\n   — Tiens! ce vieux Hébrosima!\n   — Au fait, nous ne serons que trois, Berthe et nous, en famille ! Michel\nvient de me prévenir qu’il ne pourrait nous tenir compagnie...\n  — A merveille! je me proposais précisément d’abouler avec une doublure ..\n  — Partie carrée alors?\n  Et le nouveau venu cligna de l’œil en inspectant autour de lui.\n  — Regarde, à droite sur la scène, en jupon bleu...\n  — Pas mal! mais amène-la en costume au moins...\n  — Entendu.\n  Une poignée de main; Hébrosima s’éloigna.\n   Les spectateurs se raréfiaient de mieux en mieux. Anonchalies, les ser­\nvantes s’immobilisaient sur les chaises; derrière son comptoir où pyrami­\ndaient des soucoupes de porcelaine et de minuscules assiettes d’étain dans\nun désordre de verres, de carafes, de flacons multicolores, la patronne,\npimpante avec son bouquet au corsage, ses lèvres carminées et ses cheveux\nirréprochablement tordus sur la nuque empilait la monnaie, récapitulant la\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                                                     —      125 —\n\nre c e tte . L e s c h a n te u se s e lles-m êm es s’ a la n g u iss a ie n t, les y e u x p a p illo tta n ts .\nE t su r la sa lle e sseu lé e q u ’ e m p o is o n n a it l ’a tm o sp h è re la ite u s e , u n e lo u r d e u r\nto m b a it.\n    E n fin le s d e rn ie rs g r o u p e s s ’é p e r lè r e n t. D a n s u n e c o n fu s io n , les a rtistes\nd é g r in g o lè r e n t d e l ’e stra d e ; le s fem m e s, d é lié e s de la c o n tra in te de la sc è n e ,\ns’é p a n d a n t en p a p o ta g e s, e n c r ia ille r ie s ; le s h o m m e s se h â ta n t de g a g n e r la\ns o rtie , so u la g é s d e la c o rv é e a c c o m p lie .\n    D é lib é ré m e n t C a r lo v itc h s ’a p p ro c h a de la c h a n te u se q u i n e le p e rd a it pas\nde vue.\n    — M a d e m o is e lle , y a u ra it-il d e l ’ in d is c r é tio n à v o u s d e m a n d e r v o tr e n o m ?\n    — Je m ’a p p e lle M ia n a .\n    — M ia n a , v e u x - tu v e n ir s o u p e r a v e c m o i ?\n    U n e r o u g e u r c o u p e r o s a ses jo u e s :\n    — Ç a va !\n    E t , b ra s d e ssu s b ras d e sso u s, ils s’é lo ig n è r e n t d a n s la s o m b r e u r d e la n u it.\n\n\n                                                             II.\n\n    S u iv i de M ia n a , friss o n n a n te so u s la la in e d u c h â le e ffilo q u é e en fra n g e s\nsu r ses ép a u les, C a r lo v itc h s ’e n g a g e a d a n s l ’o m b r e n o y a n t l'e s c a lie r , g u id é\ns e u le m e n t p a r la lu e u r p â le d ’u n e la n te r n e ja p o n a is e q u i s’a r ro n d is s a it su r\nle p a lie r d u p r e m ie r étage.\n    U n sile n c e p la n a it, lu g u b r e , e t, san s la p o rte de l ’a te lie r e n tre b â illé e q u i\nd é c o u p a it u n e b a n d e de lu m iè r e ja u n e d a n s l ’ e n té n è b r e m e n t d u c o u lo ir , o n\ne u t p u c r o ir e la m a iso n e n d o r m ie p ro fo n d é m e n t. A pas de lo u p s ils s’ a v a n ­\nc è r e n t, u n in sta n t h a ltè re n t su r le se u il, c o n te m p la n t.\n   A n o n c h a lie su r le d iv an o ù des g e rb é e s de fle u rs g r ise s ta c h a ie n t le fo n d\nc la ir de l ’é to ffe, B e r th e , le s y e u x v a g u e s so u s le friso ttis d e c h e v e u x c h â ta in s\nq u i lu i n im b a ie n t le fro n t, u n e c ig a r e tte a u x lè v re s , e x h a la it des filets de\nfu m é e b le u â t r e q u i ro u la ie n t d a n s l ’a ir ,s e to rd a ie n t o n d u la n ts ,b ie n tô t é v a n o u is .\n   A u c e n tr e d e la p iè ce , in s p e c ta n t la ta b le d o n t la n ap p e é c la ta it dan s sa\nb la n c h e u r n e ig e u s e so u s la la r g e c o u lé e de lu m iè re é p a n d u e p a r la la m p e ,\nse d re s sa it H é b r o s im a , la fa c e é g a y é e d ’u n s o u r ir e . E t, de la c h e m in é e o ù\ng r im a ç a it e n tre d e u x c a n d é la b re s de b r o n z e , u n e tête de sa ty r e , s 'e n fu y a it u n\np o ê le d e fo n te , d o n t le s fla n c s r o u g e o y a ie n t c o m m e d e u x y e u x é n o rm e s\nb r a q u é s su r la fête a p p rê té e.\n    L a p o rte s ’o u v r it.\n   — E n fin , v o u s v o ilà ! e x c la m a le p e in tre .\n    E t com m e          B e r th e re d ressé e , te n d a it la m a in à C a r lo v itc h , c e lu i-c i a lla\nq u é r ir la c h a n te u se q u i s’effa c a it, d é p a y sé e.\n    — Je v o u s p ré s e n te M ad em o iselle M ian a .\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "                                                         — 12 6 —\n    L e s d e u x fem m e s s’ in c lin è re n t, B e r th e d é ro b a n t d a n s so n s a lu t la m o u e\nd é d a ig n e u s e q u i lu i p lis sa it les lè v re s .\n    — E t m a in te n a n t q u e so n t fa ite s les p ré s e n ta tio n s , à ta b le ! c ria H é b r o s im a\n en a v a n ç a n t des sièg e s. A lo r s , ta n d is q u e se m ê la ie n t a u            ro n fle m e n t    des\nc h a ise s é g ra tig n a n t le p a rq u e t, le frise lis des ju p e s et le r ir e a ig u des v e rre s\n e n tre c h o q u é s c o n tre le s assiettes, u n e m u siq u e b iz a rr e , h a r m o n ie u s e m e n t\nte n d re , s’e n v o la d e la ta p isse rie q u i m a sq u a it le c a b in e t d u fo n d .\n    A l ’é to n n e m e n t q u i re d re s sa la tê te de C a r lo v itc h , le p e in tr e s o u r it.\n    — U n e id ée à m o i ! d it-il a p rè s u n in sta n t, en a d re ssa n t à B e r th e u n re g a rd\nd ’in te llig e n c e . U n h a rp iste q u e j ’ ai h a rp o n n é d a n s u n e r u e lle d e s       e n v iro n s\no ù il p le u r n ic h a it des a irs de c im e tiè re s u r les c o rd e s de so n in s tru m e n t.\nJe lu i a i o ffe rt d e le p r o d u ire d e v a n t u n a u d ito ir e s é r ie u x                  et je l ’ a i\na m e n é ic i.\n    — U n s o u p e r en m u s iq u e ! to u t-à -fa it g a lb e u x ! éclata C a r lo v itc h en siffla n t\nu n v e r r e de c h a m p a g n e .\n    E t H é b r o s im a , ra y o n n a n t, a lla c u e illir au p ie d d u p a ra v e n t u n e b o u te ille\nde b iè re a n g la is e q u ’ il p o rta a u h a rp is te , d e rr iè r e la te n tu re .\n   —     E n c o r e u n b o u c h o n , m o n b r a v e , et p in ç o n s ra id e le s b o y a u x !\n    P e n d a n t u n e se c o n d e , u n re c u e ille m e n t ré g n a d a n s le q u e l le s a c c o r d s se\ntr a în a ie n t, la n g o u r e u x . P u is , p e u à p e u , ils s o m b rè re n t d a n s l ’e n v o lé e des\nr ir e s e t le c liq u e tis des c o u v e rts h e u rté s . L e s m ets se s u c c é d a ie n t, la rg e m e n t\na rro sé s, et u n e in tim ité p lu s g r a n d e s’ é ta b lis sa it e n tre le s c o n v iv e s e n m ê m e\nte m p s q u e c ro is s a it le b r o u h a h a .\n   C a r lo v itc h a v a it a c c o lé sa c h a is e à c e lle de M ia n a , d é g u sta n t le s c o n fi­\nd e n ce s q u ’ elle lu i s u s u rr a it à l ’o r e ille , é jo u ie d e v a n t cette p ro fu sio n d e v in s\ne x q u is c o m m e e lle n e se so u v e n a it g u è re d ’en a v o ir g o û té ju s q u ’ a lo rs .\nB e r th e , le s jo u e s a llu m é e s, g r illa it d e s c ig a r e tte s , s’ e sc la ffa n t a v e c des p etits\na cc ès de to u x , à u n ré c it q u ’ H é b r o s im a é m a illa it de m o ts tr è s -c ru s.\n   L u i, to u t en n a rra n t, se re n v e rs a it su r sa c h a ise .\n   —     H o là , m u sic ie n d u d ia b le , h u rla -t-il to u t-à -c o u p a p rè s a v o ir v id é so n\nv e r r e d ’u n tr a it, a v a n c e à l ’o r d r e !\n   L a ta p iss e rie s ’é ca rta , e n c a d ra n t la tête d u h a rp is te , u n e tête d ’ita lie n a u x\nc h e v e u x de ja is p la n té s su r u n fr o n t b a sa n é, é n e rg iq u e a v e c sa m o u s ta c h e\nn o ir e q u i lu i b a rr a it le s jo u e s .\n   D ’u n c o u p d ’ œ il il e m b ra ssa la scè n e .\n   — M ia n a !       s ’é cria -t-il b r u s q u e m e n t en b o n d iss a n t v e rs la je u n e fem m e ,\nle s p o in g s se rré s, m e n a ç a n t.\n   E lle se red ressa a v e c u n tr e m b le m e n t, to u te b la n c h e .\n   — D é fe n d s-m o i ! e x c la m a t-e lle e n s ’a b rita n t d e rr iè r e C a r lo v itc h .\n   C e fu t u n e stu p e u r.\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                                                  —     127 —\n\n    T o u s s ’é ta ie n t le v é s, s’ in te rp o sè re n t.    L e sc u lp te u r sa isit le b ras de la\nc h a n te u s e et d u re m e n t :\n    — Q u e l e st c e t h o m m e ?\n    E lle b a iss a la tê te , san s u n m o t.\n    U n r ic a n e m e n t c ris p a la fa c e d e l ’ ita lie n :\n    — A s s e z d e n o c e , tu v a s m e su iv re m a in te n a n t!\n    — J a m a is !\n   — C o q u in e ! h u rla -t-il en se ru a n t su r la ta b le d e rr iè r e la q u e lle s’était\nré fu g ié e M ia n a .\n    L e s b o u te ille s titu b è r e n t, fra c a ssa n t la p o r c e la in e , ro u lè re n t su r le p a rq u e t\na v e c u n b r u it s o u r d ; la n a p p e m a c u lé e d é jà p a r le so u p e r, s ’e n s a n g la n ta\nd u v in re n v e rs é , g o u tta , sa le.\n    T a n d is q u e le s d e u x h o m m e s e m p o ig n a ie n t le h a rp is te , M ia n a s o u d a in\nra ffe rm ie se p e n c h a su r lu i :\n    — E h b ie n q u o i, j ’en a i a sse z, là , je su is lib r e n ’est-ce p a s ...\n    C e tte e x p lic a tio n lu i c in g la la fa c e c o m m e u n c o u p d e fo u et.                D ans un\nru g is s e m e n t, il ra id it le b u ste en a v a n t, ses b ras se to r d ir e n t p o u r se d é g a g e r\nde l ’ é tre in te , p o in g s fe rm é s.      Le    p e in tre b u tta     c o n tre u n e     c h a is e , lâ c h a\np r is e ; C a r lo v itc h , saisi à la g o rg e b r u s q u e m e n t, p e rd it l ’é q u ilib re , ses rein s\np liè re n t, sa b o u c h e é to u ffa u n râ le ; il to m b a à la re n v e rs e .\n    D é g a g é e n fin , le     m u s ic ie n e u t u n é c la ir d e tr io m p h e         et, ra p id e s,    ses\nm a in s      ra m a ssè re n t u n   co u te a u p o in tu , a u m a n ch e d ’a rg e n t fin e m e n t g u il ­\nlo c h é ,    q u i tr a în a it p a rm i le d é s o rd re de la ta b le ; u n ra is de lu m iè r e baisa\nla la m e d a n s u n m ir o ite m e n t et M ia n a s’ a ffaissa ave c u n c ri d é c h ira n t.\n   Au        dessu s d u se in d ro it, p a rm i l ’é to ile m e n t des p âles fle u re tte s , s’é la r ­\ng is s a it u n e ta ch e ro u g e â tr e s u r le fon d b le u du c o rs a g e de la c h a n te u se .\n    L ’ita lie n re c u la , liv id e , et a v a n t q u 'H é b r o s im a e u t p u l ’a rrê te r,           il se\np ré c ip ita d a n s l ’e sc a lie r a v e c u n sa n g lo t.\n   C a r lo v itc h , a ffo lé , s ’éta it é la n c é v ers la je u n e fem m e , é ca rta n t d ’u n d o ig t\ntr e m b la n t le s étoffes q u i é p o n g e a ie n t la b le ssu re ; su r la c h a ir n u e des la rm e s\nd e sa n g p e rlè re n t, se fo n d ire n t en u n file t r o u g e ...\n   E t tr a n q u ille m e n t, so u s la c la r té ja u n e q u i p le u v a it de la la m p e , in o n d a n t\nle s re ste s d u so u p e r,     le s d é b ris de p o r c e la in e so u illé s d e v in , c o m m e u n e\na v e rse d ’o r s u r u n tas d ’o r d u re s, B e r th e ,       à m o itié sa o u le , a v a it b a la y é u n\nc o in de la n a p p e et g r ig n o tta it des g â te a u x se cs en m a rm o n n a n t, les co u d e s\nsu r la ta b le , m a u ssa d e :\n   —     C ’est é g a l! D es n o c e s c o m m e ç a , c ’est p as d rô le !\n\n\n                                                                                Luc M ALPER.\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "             CH EVAU X D E F IA C RE\n\n     E h bien! moi j e les plains, ces pauvres haridelles,\n     Ployant sous le harnais qui fa it craquer leurs os;\n     O bourgeois idiots, lorsque vous riez d’elles,\n     E lles ont, plus que vous, de cœur sous leurs cerceaux.\n\n     Quand du matin au soir, ces rosses efflanquées\n     Promènent dans P aris vos bedons insolents,\n      Vous osez les railler, ju s q u ’à ce que, claquées,\n     E lles aient vu la fin de leurs supplices lents.\n\n     P lu s quelles, à coup sûr, vous êtes ridicules.\n      Q ui sait ? Peut-être un soir vos mères en gaîté\n      Vous ont-elles conçus au fo n d des véhicules\n      Que « Cocotte » a traînés sans curiosité.\n\n      Quand vous-mêmes, fuyant les douceurs conjugales,\n     P ou r mettre une sourdine à vos sens aux abois,\n      Béats, vous apaisez vos charnelles fring ales\n      Entre l’ Arc-de-triom phe et la porte du Bois.\n\n      N ’est-ce assez du cocher tout repu, de fuschine\n      Q ui fou a ille sans pitié, sans trêve n i remord,\n      E t qui leur fa it porter, sanglante, sur l ’échine\n      L ’humble croix du martyr, qu’un fou et vorace mord?\n\n      Oh ! n ’in su ltez jam a is u n e ju m e n t qui tom be,\n      Car bien souvent la fa im fo u ille son ventre étroit;\n      Car, sans cesse, elle voit au delà de la tombe\n      R ire Monsieur Macquart *d e son grand rire fro id .\n\n* M acquart, équarisseur en renom , à Paris.\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                       —   129 —\n\nCar, lorsque la Camarde entre ses doigts vous masse,\nRespectueuse et lente, à travers les brouillards,\nS u r le pavé visqueux comme un dos de limace,\nE lle s’en va traînant vos tristes corbillards.\n\n\nE n terminant ces vers que la rime tricote,\nM a chandelle, jetant son pleur de s u if peiné\nM ’a dit : « j e suis le peu de graisse que Cocotte\nP u t garder sous son cuir que le fou et a tanné. »\n\n                                 A lbert      VERNAELDE.\n\n\n\n\n        S OI R      TRANQUILLE\n\n                                A ma grand’mère.\n\n\n  L a lampe recueillie en son rose abat-jour\n  Rêve ainsi qu'un œil blond voilé de sa paupière ;\n  E t les tendres reflets de sa douce lumière\n  A vivent sur les murs les bouquets Pompadour.\n\n\n  D e son bonnet grand’mère a rejeté les brides\n  S u r son dos, et s ’approche en me tendant le thé;\n  E t son visage aimant trahit telle bonté\n  Q u’un sourire infini rayonne dans ses rides.\n\n\n  L ’heure passe; bientôt de ses doigts assoupis\n  Son ouvrage, sans bruit, glisse sur le tapis\n  E t le sommeil lu i donne un moment de bien-être.\n\n  E t tandis que l'aïeule à mon chevet s ’endort,\n  J e regarde, rêveur, la croix de ma fenêtre\n   Détacher ses bras blancs du ciel bleu piqué d ’o r.\n\n                                   A uguste   V IE R S E T .\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "          CHRONIQUE LITTERAIRE\nJoséphin Péladan : L e V i c e S u p r ê m e . — H en ri N izet : L e s B é o t i e n s .\n\n\n                                                                         «   F in is L a t in o r u m ! »\n\n\n          Ave c   J. B arb ey d’ A u rev illy , ce M aître à l’altier orgueil, et L é o n B lo y , le\n           farouche qu’U zès, au Chat N oir, crayon na un jour,dans une niche go th i­\n           que, en preux m arm oréen portant sur la poitrine la croix des Chevaliers\nde C h yp re, Joséphin Péladan form e la trinité superbe qui, devant le S iècle, se\nhausse dans la fierté de ses croyan ces et de sa foi.\n  Joséphin Péladan, pour nous, n’est point un inconnu. L ’auteur de la B iograph ie\nde M arion D elorm e, qualifiée « véritablem ent délicieuse » par J. B. d’A u re v illy ;\nle critique d’art qui, l’an dernier, fit éclater dans l 'Artiste, ses appréciations o rig i­\nnales et fougueusem ent outrancières du Salon de 1883,dirige La Revue des Livres et des\nEstampes, qu’il a fondée à Paris récem m ent. L à , il donne libre cours à ses franches\nallures, épand en des pages superbes sa verve railleuse, ses sym pathies ouvertes et\nses haines plus ouvertes encore, lâch e sur les m édiocres,les gâteux et les «honnêtes\nhom m es » des Lettres, sa critique enragée qui fouette et qui cingle, cravache en\npassant l’éditeur tranchant du M écène ou se posant en dispensateur de gloire, en un\nm ot, pousse droit au but, à travers tout, tant pis ! sans souci ni cure des sottes\nvanités qu’il froisse, des baudruches enflées qu’il crève, des « gloires reconnues »\ndont il se m oque, et des renom m ées surfaites ou volées qu’il secoue furieusement\ndans sa hautaine indépendance.\n  C ’est ce viril qui nous donne L e Vice Suprême-, il a entrepris cette tâche énorm e :\nl’Etude passionnelle de la décadence contem poraine.\n  N o tre siècle, dans sa recherche vaine et acharnée de l’im possible, de l’au delà,\na poussé nos défauts, nos vices, n os douleurs, jusqu’à l’acuité la plus exaspérée;\nl ’ennui devient le spleen hantant, conseiller de la folie et du crim e; le m al : la per­\nversité; la volupté dégénère en stupre et en luxure.\n  C es dépravations scrutées et fouillées déjà par les frères de G oncourt, Em ile Zola,\net en dernier lieu, par J o ris K a r l H uysm ans dans « A Rebours », Péladan les étudie au\npoint de vue passionnel, dans une oeuvre énergique et troublante. Le Vice Suprême\nannonce un m aître. C ertes, ce livre n’est point parfait : la conception du prédicant\nM érodak, entr’autres, le Deus ex machina aux incantations m agiques, qui envoûte les\ncoupables selon les légendes m ystérieusem ent horribles du M o y e n -A g e , et tranche\nes situations avec une aisance par trop naïve, est indigne des exigences du rom an\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                                            - 131\n m odern e; certes, l’ auteur, possédé par ses études orientalistes, obsédé de science\n occulte, de kabalism e et de m agie, en bourre son livre au point de rendre certaines\np ages presque incom préhensibles. — M ais à côté de ces défauts de début, que de m aî­\ntresses qualités surgissent triom phalem ent !\n   L ’acuité de l’analyse poussée jusqu’au tréfon d, le verbe évocateur et précis, la\nrichesse prodigieuse de la phrase, la science, l’érudition de la langue, cachent ce\n que le style peut encore avo ir d’hésitant et d’influencé. E t parfois, l’em ploi de voca­\nbles latins « d i v i H e r c u lis F il ia . F inis l a t in o r u m ! » donne au récit une grandeur\nd’ épopée. C ar c’est bien une épopée que l’auteur nous dit : l’ épopée des décadences\net des écroulem ents d’ une race : « O h é ! les races latines! O h é ! »\n   L a thèse que Joséphin Péladan défend dans L e Vice Suprême peut se résum er dans\ncet extrait « Hors l’E g lise point de salut! ce m ot que se passent les ironies, je vous\nle répète en histo rien !.... l’E g lise est l’A rch e Sainte qui peut sauver la F ra n ce.., il\nfaut que le m onde tourne autour d e l a pensée catholique. »\n   Ces affirmations sont au m oins problém atiques. N o tre tâche n’ est pas de les\ndiscuter, mais bien de constater que J . Péladan a fait un livre sin cère, un livre fort\n   E n lui, nous saluons un des chefs de l’ oriente génération.\n\n\n                                                II\n   L e pistolet de com bat au poin g, H enri N izet possède une justesse de tir d’une\nprécision rare : à bonne distance, il troue sa cible au point fixé. Cette virtuosité\npourrait lui devenir précieuse ; il sait en effet, par chacun de ses livres, s’ attirer des\nhottées d’ardentes inimitiés. C ’étaient, l’an dernier, les m em bres de la colonie e xo­\ntique — grecs, roum ains, brésiliens — qui grillaient d’ envie de charcuter v if le tém é­\nraire auteur de Bruxelles rig o le!..., aujourd’hui, N izet pousse, dans les Béotiens, un\nnouveau cri de défi, de com bat, nous dirons plus : — de ven gean ce.\n  N o u s n’avons, ici, ni à nous préoccuper des mobiles qui on t fait agir l’auteur des\nBéotiens, ni à les discuter ; mais nous tenons à constater que N izet a vu ses m odèles\nsous le grossissem ent m alvoulant de sa haine, et poussé les travers qu’ils peuvent\navo ir jusqu’à une exagération outrée : il les a odieusem ent chargés et surchargés\nN ous nous élevons avec violence contre le ridicule dont l’auteur tentede cou vrir les\npures gloires littéraires qu’il désigne sous les nom s de Jancoi, Lenorm and, R o y a n ­\nnès, et auxquels von t toutes nos adm irations et notre ardente sym pathie.\n  Q u an t aux \" potaches \" de la « Jeune Académie » m alm enés et critiqués avec une\nm échanceté piquante, plutôt au point de vue m atériel, physique, et secondaire,\n— de scriptoribus, non de scriplis — nous n’avo n s pas à les défendre; — c’est un soin\nque jalousem ent, ils ne voudraient laisser à personne, et ils ont de longtem ps prouvé\nque bec et griffes ne leur fon t pas défaut.\n  Si chacun devait voir la B elgique et sa renaissance littéraire sous le jou r voulu\nridicule de M . N izet,     et pessimiser com m e lui ; si son appréciation cavalièrem ent\ndédaigneuse et outrée était sincère, certes, le titre de sa dernière œ u vre serait flagel­\nlant, et nous aurions, mais seulem ent alors, droit d’a vouer cette plainte découragée:\n« E n quelle B éotie vivo n s nous ? »\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "                                          —    132 —\n\n   Ces expresses réserves faites sur les intentions de l’ auteur, nous nous sentons plus\n à l’aise pour exam iner son livre en nous affranchissant de la c le f du rom an, jugeant\nles types qui défilent sans voir derrière eux les maîtres ou les amis visés.\n   Les Béotiens sont une œ u vre recélant une forte dépense de réel talent, accentuant\nla personnalité brillante qui a surgi dans Bruxelles rigole !             Sim ple est la tram e\ndu rom an, histoire d’un reporter qui, petit à petit, s’idiotise dans l’abrutissant m é­\ntier du fait-divers. Nous     le suivons dès sa naissance, tard issu de deux tâcherons\nqui, après avoir drûment laboré pendant leur lo n g végêtem en t ign are, veulent faire\nde leur fils un savant, un « professeu » — Puis, sur les bancs où il frotte ses culot­\ntes de prim us et de fort en thèm e, dans l’institution où un sort précaire le c o n ­\ntraint à être p io n ; enfin, dans le débraillé cynique de sa vie de jou rn aliste; nous\nassistons alors au sourd travail de son intelligen ce qui s’ insurge contre l’avach isse­\nm ent prochain et fatal. Il rêve à Paris, à la glo ire littéraire, et dans son cerveau\nferm entant s’ élabore un projet sauveur : « Il pèse et repèse une résolution déjà lo n g ­\ntemps m odelée : de profiter de sa m ale fortune, de rallier ces ridicules épars, de les\nco llig e r en un livre de rire amer, de joie qui cingle. — et de se servir de ce livre pour\nenfoncer, com m e d’un bélier, l’impasse de m édiocrité où est acculée sa jeunesse. L a\nlo ya u té de Jude, l’enflure de Jancoi, le potachism e des confrères, les tics de la\nJeune A cadém ie, assaisonnés du condiment de sa haine et cuisinés en volum e, le v e n ­\ngeraient des avanies et le sortiraient peut-être de sa géhenne bruxelloise. M ais la\nrigueur des faits, la débilité de son courage, l’élan de la journalière bêtise se c o a li­\nsent contre sa ré v o lte ............... L a résistance à l’habitude, l’économ ie du temps, la\npersévérance font défection autour de sa v olo n té, principalem ent lorsq u ’ il se con ­\nsidère, finissant sa vingt-huitièm e année dans l’encroûtem ent de ce turbin où il\nstagne depuis quatre ans.........................».\n  U n c o lla g e tenace, qui finit par devant le m aire, vient ajouter son influence\nabêtissante aux inerties de sa volition , et enfin, veule, il se laisse aller, engrené\npour toujours dans le m écanism e tuant du journal.\n  S u r ce cham p, H enri N izet a cam pé ferm em ent des personnages vifs et des ta­\nb l e a u x superbes. T o u te l’enfance d’Etienne S e rg e ry est d’ une vigou reuse observa­\ntion, et son stage de pion d’ une désolante vérité. L ’ étude de son initiation littéraire\nsurtout est une maîtresse page ; nous avons tous parcouru ces étapes vers les Lettres,\nnous enthousiasm ant en des adm irations dont nous rions au souvenir. L es descrip­\ntions du journal et de l’im prim erie sont grasses de virtuosité. Q uelques silhouettes\nde reporter sont finement découpées; peut-être le personnage de C lara est-il un peu\npâle et flou dans cette débauche de types qui crèven t nerveusem ent l'en veloppe du\nlivre, com m e des diablotins saillent d’une boîte à ressorts.\n  Certaines scènes, d’un naturalism e im pavidem ent énergique, d’ un effrayant réa­\nlism e de rendu, feront péter bien haut les buveurs de lait et les affamés de gélatin e :\nnous nous en gaudissons fort.\n  Depuis sa prim e œ u vre, le faire de N izet s’est accusé, plus personnel,quoique son\nstyle laisse parfois encore percer la torture et l’ effort de la recherche. Il a l’audace\ndes m ots peintres, vrais et crus, qui lui procurent de véritables trouvailles d’expres­\nsion. M êm e nous lui reprocherons l’abus du term e trivial, dans les passages sur-\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                                         — 133 —\n\n tout où le gen re du sujet ne l’appelle nullem ent. L es dialogues qui courent au lo n g\n du livre sont d’une belle vivacité. L ’unité de l’ œ u vre est parfois brisée     par des\n incidents qui frisent le hors d’œ uvre, la haine com plaisante de l’auteur s’y aban­\n donnant avec délice. E t c’est bien là son m obile : la haine ; N izet nous trahit dans\n l’ extrait cité plus haut, la genèse des Béotiens.\n   Hardim ent, nous répéterons ce que maître C am ille Lem onnier disait jadis, et jus­\n tem ent, d’un autre de nos Jeunes : « U n m âle nous est n é .» — D éploron s qu’il soit\n hargneusem ent solitaire, — et farouche.\n\n\n                                                       H en ry   d e   TOM BEUR.\n\n\n\n\n      CHRONIQUE                                       MUSICALE\n\n                   NÉRON D’ANT. RUBINSTEIN.\n\n      P R E M IÈ R E E X É C U T IO N , A A N V E R S , L E 30. D É C E M B R E 1884.\n\n\n  U n intérêt tout puissant s’attachait à cette prem ière, dont la presse entière a\nparlé et qui, p o u r des raisons d’ordre différent, n’a peut-être pas répondu à l’attente\ngénérale. P o u r qui connaît Rubinstein, cette tête géniale et passionnée, pour qui\nsurtout connaît l’artiste, nous n’ osons dire le pianiste, tant ce term e nous paraît\nrestreint pour désigner une personnalité aussi com plète au point de vue esthétique,\nil sem blait que l’œ uvre dram atique, engendrée par cette puissante originalité,\ndevait être révolutionnaire. E t pourtant cette partition ne peut être classée dans ce\nque l’on appelle la nouvelle é co le ; c’est la form e ancienne de l’ opéra, avec ses airs,\nses chœ urs, ses scènes nettem ent coupées, c’ est de la musique sur un sujet donné,\net non un dram e exprim é m usicalem ent. O n ne peut dire non plus que la musique\nde N éro n porte le cachet spécial d’ une nationalité quelconque, elle est, avant tout\ncosm opolite. D e là, peut-être, ce manque de concision, ces longueurs qui fatiguent\nl ’auditeur et atténuent l’intérêt. V o ilà pour les défauts; mais, à côté de cela, il y a\nde hautes et nom breuses qualités musicales; l’ œ u vre entière porte le cachet d’une\npersonnalité m âle et vigoureuse. Rien de vulgaire chez Rubinstein, jamais de\nsensiblerie ; de la tendresse, oui, de la vraie, intense et passionnée, pas de roucou ­\nlem ents plaintifs, pas de longueurs m aladives; quoiqu’elle exprime, la langue de\nRubinstein reste toujours sincère; spirituelle et fine quand l’ action le com porte,\nelle a aussi parfois des élans superbes, des accents singulièrem ent puissants.\n  N ous disions, plus haut, que le N é ro n n’avait peut-être pas répondu en tous\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "                                      — 134 —\npoints à l’attente gén érale, et nous venons d’indiquer les causes qui nous ont paru\njustifier la déception des artistes, m ais eux seuls, peut-être, sont parvenus à saisir\nles beautés incontestables de cette partition, qui n’a pas eu, à A n vers, une exécution\nà sa hauteur. O rchestre m édiocre, quoique soutenu par un c h e f habile, chœ urs et\nballet en-dessous de la m oyen n e, m ise    en scène   insuffisante. F igurez-vous, A n t.\nRubinstein arrivant de cette A llem a gn e, où le théâtre est une institution ém inem ­\nm ent artistique, où orchestre, chœ urs, scènerie, sont égalem ent soignés ; figurez-\nvous son amère déception.\n  Il a bien trou vé en M . W arot, un excellent chanteur pour personnifier son N éron,\nquelques autres solistes capables de le seconder; mais son ballet, ce ballet pour\nlequel il a écrit tant de pages ravissantes, qui donc était là pour le danser; mais ces\nriches pages orchestrales, qui donc allait les lui détailler; m ais ces grands effets de\nscène, qui donc allait les lui créer? D e là, sa m auvaise hum eur, et, s’il n’a pas quitté\nA n vers, sa partition à la main, en secouant la poussière de ses pieds, nous croyons\nque n ou s le devons à l’accueil sym pathique, cordial, enthousiaste, qui lui a été\nfait par la société de cette ville. C ar, si l’ on n’y a pas encore le culte de l’art\ndram atique, on y a celui des artistes, et nous ne souhaitons qu’ une chose, c’est\nqu’il vienne un jour, où l’hospitalité accordée à l’ art dans notre m étropole com m er­\nciale, soit égale à celle qu’elle offre aux illustres personnalités m usicales; alors le\nth éâtre anversois n’aura plus rien à envier à aucune scène du monde.\n\n                                                                                   X.\n\n\n\n\n   IX me EXPOSITION DE L’ESSOR\n  C ette exposition ne m arque pas une étape, il faut que nous l’avouions. L e s m em ­\nbres de l ’Essor, au lieu de décupler leurs m oyen s personnels, les ont, sem ble-t-il,\nperdus de vue pour prendre chez leurs voisins de table, les uns une harm onie facile de\ntons, les autres le truc d’escam oter des arrière-plans, etc., etc. L a plupart de ces\ntoiles sentent   décidém ent un air de peinture qui avancerait rapidem ent en âge\nleurs auteurs, s’ ils n’y prenaient garde.\n  Q u ’ un groupe de jeunes s’exalten t au co m b at, cela se com prend, mais s’attiédissent,\nce n’est point prévu ; nous devons m alheureusem ent le constater ici. A part deux ou\ntrois œ uvres qui tém oign ent de cette belle fièvre du cerveau qui donne à l’ œ il des\npénétrations analystes, le reste est pesam m ent et souvent bourgeoisem ent vu.\n  E n présence du m anque d’intérêt artistique de presque toutes ces toiles, nous\ndemandons pourquoi on a exposé aussi indignem ent la grande toile, Les Moissons,\nde D e G roux. En pleine obscurité, elle nous a fait l’impression d ’un vaste bas-relief\nen bronze ou de quartiers de roch er hum anisés. L es groupes, car on ne distingue\nque cela, paraissent colossalem ent établis. En lum ière qu’en adviendrait-il? Nous ne\npouvons le prévoir com plètem ent; m ais nous som m es certain, que cette débauche\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                                         -    i 35 -\nde plastique biblique ferait de cette peinture, fresque, ou tout ce que vous voulez,\nune véritable attraction artistique. Craindrait-on à l’Essor ce que les béquilles\nofficielles, les plum eaux administratifs appellent un «fauxpas »? T an t pis.\n  L é o n F rédéric a brossé grassem ent le portrait en pied d’une Vieille servante.\nC e vieux corps inquiet, dont la silhouette doit être rarem ent au repos, nous donne\nune attitude d’une gaucherie très-typique, très-vivante. L a tête en est belle ; ses\ny e u x habitués   aux m êm es travaux, aux m êm es visages, à la m êm e m aison, ont\nquelque chose de cette hum anité paisible du vieux chat de fo y e r sûr de la bonté de\nses m aîtres, de sa pâtée quotidienne. C ’est concentré, c’est de l’art.\n  A lexan dre M arcette dans le Bassin de la Maison Hanséatique, la plus grande de\nses toiles exposées, réalise un vrai m orceau de peinture maritime. D e l’eau et non de\nla glace ou un parquet ciré; du vrai brouillard surchargé de fumées grasses et non\ndes buées de savon : des navires dont on ne com pte pas les cordages mais dont on\nsubit l'architecture im posante; des gens de peine, les lutteurs obscurs du pénible\ntravail des déchargem ents, et non des Alphonses de café-concert travestissant en\ncol marin, bleu d’Italie, les loups de m er noirâtres et .goudron n és; vo ilà le bilan\nde cette bonne peinture où les couleurs s'em pruntent m utuellem ent les dessous qui\nfon t l’ électricité des colorations.\n  H alkett a fait un effort, mais à ce déploiem ent d’un talent honnête m anque ce qui\naccuse l’art. T o u t le m onde verrait avec cette qualité de sentim ent, de couleur,\nd’exposition, les scènes que son triptyque, D ans la Sapinière, se borne à nous rap­\npeler. Il était inutile de les peindre si ce n’ était pour m ettre en sus ce qui fait de l’ar­\ntiste, par sa sensibilité, un être supérieur à la m asse du public.\n  Halberstadt, un nouveau venu si nous ne nous trom pons, dans Plaisir tranquille,\nun solide vieux attablé et fum ant silencieusement, fait preuve d’une grande santé de\ncolo riste; la pâte est cou lée là avec rutilance, les rouges se violacent, l’épaisse cou­\nleur des mains chauffe com m e les cendres brûlant sans flamm e.\n  D e M ol. — S on Étude nue, vue de dos, exposée en m êm e temps que des oeuvres\nimpuissantes, caractérise une nature pauvre, au sang âcre m ordant la peau; c’est\nassez transpiré com m e tem péram ent.\n  O m er D ierickx et Joseph D ierickx, le premier surtout, nous prouvent qu’ils sont\nPeintres, m ais tout n’ est pas de prem ière force dans leur envoi. A ussi attendons\nnous qu’ils s’ attellent sérieusem ent à des oeuvres où ils apporteront la pâte et les\nrecherches particulières de tons que nous rem arquons dans les différentes toiles de\nl’Essor.\n   Lem m en n’aurait dû exposer que sa Rêverie qui a des qualités ; l’auteur sait\nm ieux que personne ce qu’il prend chez K nopff.\n  V o s . — L a peinture de V o s s’assom brit volontairem ent parce que l’auteur met en\nscène la m isère : on ne s’y laisse pas prendre car on sent que le décor est raisonné, bru­\ntal, ce n’est pas de la demi obscurité ni de l’ obscurité com plète, c’est une im pression de\nchic systém atique qui agace. Cependant son portrait de vieux bourgm estre a du type.\n  H oeterickx nous donne avec talent (ce dont nous nous soucions peu) une pein­\nture prévue, faite de tout et de peu de chose.\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "                                       — I36 -\n  D elsaux est plus sain, dans A u pays du schiste surtout; toutefois son e n v o i n’est\npas très-brillant.\n  L a c ro ix a un petit portrait qui nous rappelle, sans le valoir, celui qu’il exposa au\ndernier salon de Bruxelles ; sa L eda est une erreur de tem péram ent assez intéres­\nsante com m e résultat, mais que nous lui conseillons de ne pas renouveler.\n  Hannoteau m et dans L a Vesprée un m ouvem ent observé.\n  M ayn é, V a n G elder, L a B ou laye, H ouyou x, Crespin et d’autres, bourgeoisent en\nfamille.\n  D e G reef, Evrard,     C la ry s   exposent des oeuvres    qui, pour avoir quelques\nqualités, n’ en sont pas m oins dépourvues d’intérêt artistique.\n  L a sculpture est représentée à l’E ssor par Julien D illens, Jules L a ga e , B raecke et\nHérain.\n  L'Etude de Julien D illens concentre le        style habituel de l’artiste : nous nous\nréjouissons de le voir éclater dans l’exécution définitive qu’il se propose de faire de\ncette figure,\n  L a g a e expose un buste en cire qui a du caractère, un cube particulier qui donne à\nsa petite tête une vraie physion om ie. Son plâtre, T ête de gamin, est d’une form e et\nd’une construction h âtives; la petite figure, portrait, ne nous intéresse pas d’avan­\ntage.\n  Braecke dans le Soir, après la tempête, dans son Buste et son M édaillon (plâtre) se\ndonne des attaches à la sculpture française de second ordre ; ces tendances qui n ’en\nson t pas, transplantées ici, sont plus déplorables encore, alourdies qu’elles devien ­\nnent-Nous préférons de beaucoup son petit m édaillon de bronze,quoique la form e en\nsoit un peu épaisse.\n  H érain est atteint de la m êm e maladie, niais son cas nous parait plus déses­\npéré; nous nous rappelons vagu em ent les m édaillons de bronze qu’il exposa au\nsalon de Bruxelles de 1881 ; ils devaient être plus personnels com m e sculpture.\n  N o u s signalons l’intéressante exposition de Lyn en ; La bénéficiaire, dessin teinté,\nréalise un typ e prestem ent enlevé. L y n e n possède le vrai sens du dessin.\n\n\n                                                           Ja c q u e s C H A M P A L .\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "          CHRONIQUE DE L'ART ET D U LIVRE\n                           LES NOUVEAUX-NÉS.\n\n\n\n       L\n       e factotum q u e la Jeune Belgique —      Giraud,   et une exquise nou velle        de\n        notre grand-m ère — com m et au          M aurice Sulzberger. P a r exem p le, le\ncuisinage de son m ensuel Memento, an­           frontispice est abom inable. Si, au-dessus\nn o n c e la Basoche du bout de la plume, et     de la légend e : La Jeune Belgique, on\nnous m origèn e de toute la hauteur de son       ajoutait : Cigares de — en collant ce\nadolescent    ron d-de-cuir. A v e c    force    m achin-là sur une boîte à londrès, l’effet\nobjurgations, points exclam atifs et N .         serait fam eux — et le dessin à sa place.\nde D.! à la clef, il prétend qu’on ne peut       D ’ailleurs, M. Jean Beauduin l ’a prévu :\nêtre Jeune qu’en pantalonnant et en po­          S a fem m e fum e! Q u e ceci serve de leçon;\nsant au m assacreur. C ’ est affaire à lui.      quand on veut être la Jeune Belgique,\nQ u o iq u e nous nous fichions cordialem ent    on ne va pas chercher à l’étranger de\ndu jugem ent de M ôssieu N em o sur nous,        pareils « emplâtres » alors qu’on peut\ndisons lui que, si le jour de la bataille        trou ver bien m ieux que cela chez soi.\nqu’il appelle doit luire, il sera le dernier\nà s’en féliciter. Et, puisqu’il prétend\nnous traîner dans son sillage, qu’il n’ou­\n                                                   L a Société Nouvelle, revue internatio­\nblie pas que nul, m ieux que le « remor­\n                                                 nale, paraissant tous les m ois, — rue des\nqué » n’est en situation p our allon ger le\n                                                 M inim es 10,Bruxelles, 8 francs par an.—\npied au cul du « remorqueur ».\n                                                 C ette publication n’est pas seulem ent\n                                                 une revue littéraire; la poussée qui se\n                                                 produit chez nous depuis quelque temps\n  N ous recevons le 1er n° d e la 5me A n n ée   dans le dom aine des Lettres s’étend aussi\nd e la Jeune Belgique. Il est absolum ent        aux Sciences et à la Sociologie.\nsuperbe, form e et fond, N o s chaudes fé ­        L a Société Nouvelle, publie des articles\nlicitations. Parm i les m orceaux de choix       rem arquables par l’am pleur de leurs vues\ndes Jeunes, signalons, com m e hors ligne,       et la largeur de leurs idées, signés par\nles incom parables vers du ro y a l poète        es personnalités les plus com pétentes\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "                                                  - 138 -\n H.    D enis, L . D e Potter, G . D e G reef,             Vainqueur. G uillaum e Charlier : Adrien\n C . D e Paepe etc. E lle rem plit, en S o cio ­           Dewitte et     3 études.      Paul D ubois :\n lo gie, le rôle que le jeune m ouvem ent                  Nicolas    Mayer;      Anna    W ..... Ensor,\n b elge tient si brillam m ent dans le do­                V o g e ls, F in ch et C hain aye, nous m on­\n m aine de la littérature, et il est à sou­               treront    enfin ,   les   œ uvres    refusées\n haiter qu’elle se taille une large place                 arbitrairem ent au dernier salon officiel.\n sur ce terrain si tim idement exploré par                    L a liste des invités étrangers est des\n les revues tim orées de notre pays.                      plus intéressante; auprès des nom s de\n                                                          Fantin Latour, M esdag, A lfred Stévens\n                                                          et autres, s’inscrivent vigoureusem ent\n                                                          ceux     d’intransigeants artistes    com m e\n     O n annonce la prochaine apparition, à\n                                                          M ichetti, R affaëlli       C e dernier, qui\nl’U niversité de Gand, d’un A lm an ach po­               aura un envoi de cinq œ uvres, donnera\nlitique et littéraire, édité avec luxe sous\n                                                          aux X X , une conférence sur l’a rt; la\nla direction in telligen te d’un C om ité\n                                                          peinture de Raffaëlli, les idées affirmées\nd’Etudiants. P rix : 2 francs.\n                                                          par le catalogue de sa récente exposition\n     L es articles et les souscriptions sont\n                                                          particulière, à Paris, donnent, à cette\nreçus chez M onsieur P . Poirier, secré­\n                                                          conférence, un attrait artistique puissant.\ntaire, rue des Régnesses 4, Gand.\n                                                          M. D evillez exposera sa Salomé, que\n                                                          nous avons adm irée au dernier salon,\n                                                          deux bustes, un St- Georges (statuette) et\n                                                          dix m édaillons. M . Lenain envoie les\n     L ’exposition       des   XX    s’ouvrira       le   portraits de L . C ladel et C . Lem onnier.\nI er fé v rier. Ces vaillants artistes se pré­            —    L a Madone et l ’Enfant, d’après le\nparent depuis longtem ps, à la seconde                    T itien. — Diana (dessin original).          —\nbataille qu’ils von t livrer; nous som m es               M . M ellery : études peintes et dessins. —\nheureux de p ou voir com m uniquer à nos                  M . M eunier : de la sculpture.\nlecteurs, les titres de plusieurs envois.                     L e tout Bruxelles artiste et littéraire\nF ranz C harlet exposera : Ma mère;                       sera sous les armes, le jour de cette\nJoseph Boudkewitch; Les fileuses (Maroc);                 joûte.\nSoko (Tanger). G oethals : Un soir dans\nles dunes (W est-Flandre). T h é o V a n\nR ysselbergh e       :   Fantasia, j eux de la\npoudre (M aroc); Conteur Arabe; Vers 1e                       G hil : Légendes d’ Ames et de Sangs. —\nsoir en     septembre,         près de     T a n g e r;   A paraître dans la dernière quinzaine\nJeanne et M arguerite S                  G uillaum e      de janvier (chez Frinzine, K lein et C 10,\nV a n S tryd on ck : Madame              V ..; M a­       Paris), un volum e de vers, sous le titre\ndame B .. . ; Charles Van der Stapben ;                   de : « Légendes d'Ames et de Sangs », par\nTireurs à l'a rc; Matinée de mai à Mache­                 G hil. D ans sa préface, en des pages\nlen. Jan T o o ro p : M         e T h.; Guillaume         d’un charm e bizarre, notre        am i   G hil\nVogels; Appréhendé; Volfhezen; Huisen;                    fait la théorie de la poésie « impressio­\nLe    Nés à Amsterdam.              Le    sculpteur       niste ». T e l est le nom qu’il donne, lui-\nA ch ille C h ain aye : le groupe : Rive p a i­           m êm e, à sa poésie.subtile et raffinée.\nsible; Terre féconde; Célestin Demblon,                       C e volum e, d’ailleurs, n’est que le\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                                                 — 139 —\np ro logu e d’une série de 6 livres, qu’il               ces m ièvreries d’antan? O y e z plutôt ce\ncom pte publier.                                         m adrigal :\n                                                                  L e s fleu rs so n t ia lo u s e s des B e lle s .\n                                                                   E lle s v o u d ro ie n t p laire au ta n t q u 'e lle s\n                                                                   E t n a v re r au ssi d e s A m a n s.\n                                                                   E t la R o s e e st u n peu pâlie\n  JA C Q U E S M a d e l e in e . —   Livret de vers               P o u r a v o ir v e u qu e lq u es m o m en s\nanciens. (Q uantin éditeur). — C ’est une                          L ’ in c o m p a ra b le R o s e lie .\n\njolie plaquette aux airs archaïques p o r­                 E t dans cette poésie si spirituellem ent\ntant la date de 1638. D ans une lettre à                 câline, les jeux de m ots eux-m êm es, ont\nT h éod ore de B an ville — qui sert de pré­             leur grâce. C ar il y a des jeux de m ots.\nface —     Jacques M adeleine se déclare\n                                                           C e nom (R o s e lie ) d é licie u x et fa ro u c h e à la fois\nl'élève du délicat poète si peu connu,                                Q u ’ o n n ’ o se d ire qu’ à m y -v o ix ,\nT ristan L ’Herm ite : A force de relire ce               J o in t la fro id e s u p e rb e à des g râ c e s         e s c lo s e s\n\npoète d’autrefois il s’ est surpris, dit-il, à                         C o m m e le s L y s a u x R o s e s .\n\npenser com m e lui, et c’est pourquoi, il                   A v e c ses allusions m ythologiques, ses\nrim e lui aussi, des sonnets précieux et                 concettis, ses im ages surannées et pour­\ndes m adrigaux aux S ilvies et aux R ose-                tant si fraîches, cette poésie a le charm e\nlies. M ais est-ce bien en feuilletant d'an­             attirant d'un très-vieux portrait de jeune\nciens bouquins qu’il s’est si bien pénétré               fem m e retrouvé dans un tiroir oublié.\nde la grâce un peu m ignarde des poètes                  Pourtant on voit reparaître souvent aussi\nd’autrefois? T o u s ces vers sont si frais              le poète du X I X “ siècle. N ’y a-t-il pas une\ndans leur archaïsm e, et sentent si peu                  touche bien m oderne dans ce joli p a y­\nl’érudition ! Probablem ent Jacques M a­                 sage?\ndeleine a trou vé le C hâteau de la M ar­                           R ie n ne b o u g e dans le s ram u res,\n\nquise au B ois D orm ant. L à depuis le                             O n n 'y sen t nu ls frè m issem en s ;\n                                                                    A p ein e o r ra -t-o n pas m o m en s\ntemps de T ristan L ’H erm ite, dorm aient\n                                                                    Q u e lq u e s fre sle s et d o u x m u rm u res.\nde belles Cidalises et de galants C litan ­\n                                                                    L e d o sm e esp ais d es v e rd e s b ran c h es\ndres, enchantés sans doute par quelque\n                                                                   N ’ e st ém eu q u e de n o s so u p irs,\nbonne fée — une bonne fée rom antique                               E t v a g u e n t s e lo n n o s d ésirs\nqui aurait voulu leur épargner ainsi d’en­                          D an s le lo in ta in d e s fo rm e s b la n c h es.\n\ntendre B oileau. A lo rs              lui, le   Prince              S u r la tra n q u illité des o n d es\nJacques M adeleine les a réveillés,                 et             R ie n ne so u ffle , et n o stre p en ser\n                                                                    S e peu t u n in sta n t re p o s e r\nvoici que les Cidalises — dont la léthar­\n                                                                    S u r ce s lim p id ités p ro fo n d e s.\ngie n’a pas du tout pâli les joues roses,\nfardées un peu et parées d’adorables                        Jacques M adeleine a beau parler leur\nm ouches — ont repris avec les Clitandres                la n g age aux marquises réveillées, il ne\nleurs précieuses causeries d’am our. C e r­              peut oublier le nôtre. C e n’est pas m oi\n\ntainem ent c’ est dans ce château que                    qui m ’en plaindrai.                                        E. M .\n\nJacques M adeleine a rencontré Tristan,\n et qu’il a appris pour la M arquise Roselie,\ncette poésie d’autrefois qui nous surprend                   Une Courtisane russe,par S erge N osoff,\n\nun peu.                                                  Bruxelles, Brancart, 3.50 frs.\n  Pourtant ne sont-elles pas charmantes                     C e volum e n’est pas un rom an de\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "                                           — 140 —\nm œ urs russes ; c’est une histoire de co l­       brune, blêm e de colère, lança un regard\nlage, beaucoup trop longuem ent traînée            m enaçant sur son amant, et         »\net absolum ent dépourvue d'intérêt, un               Q u ’est-ce qu’elle va bien lui faire ?\nentrem êlem ent chaotique d’intrigues ni­          « et lui tournant le dos, ouvrit une fenê­\nhilistes et de chapitres où s'étalent des          tre et y resta accoudée jusqu’au m om ent\ntableaux repoussants que rien ne justifie.         où elle se m it au lit. »\n  P as un fait n’est logiquem ent am ené ;           B rrr!... ça fait trém ir.... tout com m e\nles événem ents — la plupart insigni­              le livre de M . N osoff, dont, en som m e,\nfiants ou ennuyeux — se succèdent au               le seul m érite est d’être édité chez B ran ­\nhasard, platem ent déroulés. L es person­          cart et de se présenter ainsi avec un\nn ages, une jolie collection de canailles,         grand cachet artistique.\nne viven t pas, ne sentent pas, ne s’ém eu ­\nv e n t pas; ils com m ettent les plus grandes\nm onstruosités avec un calm e étonnant,\ns’agitent beaucoup, font        une énorm e          E n core une revue de Jeunes! et dès\nconsom m ation de « billets de prem ière           son   prem ier num éro elle déclare         la\nclasse », mais aucun caractère n’est étu­          guerre aux vieilles m achines. La Revue\ndié ni m êm e esquissé : il nous semble            Pédagogique belge, paraissant le 15 de\nassister aux gam bades des pantins d’ un           chaque m ois, est destinée surtout aux\nthéâtre G uign ol.                                 instituteurs, et pourra leur rendre bien\n  L e style de M . S e rg e N o so ff est terne,   des services. V oici ce que dit la R édac­\nsans couleur et sans vie; il n’a rien de           tion ·· « Partisans de la liberté dans son\nvibrant ni d’ em porté, et rappelle le fait        acception la plus large, ennemis acharnés\ndivers ou le procès-verbal. —          O n ne      de tout ce qui est censure ou pression,\ntrouve pas la m oindre description : ja­           am oureux de     discussion et de libre-\nmais l’auteur n ’est séduit par un tableau,        exam en, nous demandons que chacun\net ne se laisse aller à nous en donner une         vienne librem ent exposer ses désirs et\nim pression émue; — parfois une drôlerie           ses croyances. »\nfait songer     C ’en était trop! L a grande         B ravo ! confrère cou rage, et en avant!\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                         T ifi\n     RSIFVS ÍB Sn SV SL IiG DS ¿IWWSRÏÏTüVK© SW D’ïïtW\n\n                                                 —-OOSO^OG\"\"— -\n\n\n\n       Dans ses prochaines livraisons, LA BASOGHE pu­\n  bliera des articles et des vers de MM.\n\n Jean       AJA LB ER T                                  V ic t o r     M OM BEL\n\n G eorges           ART                                  E rn est       M A H Á IM\n\n  Paul      B E R L IE R                                 F ranz        M AH UTTE\n\n L o u is      de    CASEM BR O O T                      Luc M A LPER\n\n H ector            G H A IN A Y E                       C A T U L L E M ENDÈS\n\n R odolph e           DÁRZEN S                           C h arles         M ETTANGE\n\n C é l e s t in      DEM BLON                            Stu art        M E R R IL L\n\n Ju les     DESTRÉE                                      E p r h a ïm      M IC H A Ë L\n\n L. H . D E V I I.L E Z                                  E m il e     M IC H E L E T\n\n P eter        DYL                                      H enri        N IZ E T\n\nG e o r g e s d ’E S P A R B È S                        E dm ond        P IC A R D\n\nA ndré         F O N T A IN A S                         P ie r r e     Q U IL L A R D\n\nM a u r ic e        F R IS O N                          Jean        RAM EAU\n\nA rnold         G O F F IN                              C h arles       SAI N C T E L E T T E\n\nE m il e    GOUDEAU                                     M a u r ic e    SU LZBERGER\n\nA lbert         G R É S IL                              H enri        STRAN ARD\n\nS t a n is l a s     de G U A 1T A                      H enry        de    TOM BEUR\n\nT héo       HANNON                                      G eorges        TOREG\nM arc       H ARO LD                                    A lbert         VERN AELD E\nJ.   K. Ü U YSM AN S                                    A u gu ste         V 1E R S E T\n\nC a m il l e      L E M O N N IE R                      A ndré       Z E R L IG N Y\n\n\n\n                    Bruxelles.:— lm p. J ,- B . M obns et ills, rue aux Laines, 48.\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "   R sy v ©              « p a sv G iiii®        d©     w r o B iw w tv R s ew d ’r rw\n\n\n\n\n       Dans ses prochaines livraisons, LA BASOCHE pu\n  bîiéra des articles et des vers de MM.\n\n Jean       AJA LB ER T                                  V ic t o r    M OM BEL\n\n G eorges           ART                                  E rn est       M A H Á IM\n\n  Paul      B E R L IE R                                 F ranz        M AH UTTE\n\n L o u is      de    CASEM BR OO T                       L u c M A 1.P E R\n\n H ector            G H A IN A Y E                      C A T U L L E M ENDÈS\n\n R odolph e           DÁRZEN S                          C h arles          M ETTANGE\n\n Ç éle st jn         DEM BLON                           S tu art        M E R R IL L\n\n Ju les     DESTRÉE                                     E p r h a Vm       M IC H A Ë L\n\n l.     H . D E V I I.L E Z                             E m il e      M IC H E L E T\n\n P eter        DYL                                      H enri        N IZ E T\n\nG e o r g e s d ’E S P A R B È S                        E dmond         P IC A R D\n\nA ndré         F O N T A IN A S                         P ie r r e     Q U IL L A R D\n\nM a u r ic e        F R IS O N                          Jean       RAM EAU\n\nA rnold         G O F F IN                              C h arles       S A IN C T E L E T T E\n\nE m il e    GOUDEAU                                     M a u r ic e    SU LZBERGER\n\nA lbert         G R É S IL                              H enri        STRAN ARD\n\nS t a n is l a s     de G U A I T A                     H enry        de    TOM BEUR\nThéo H AN N ON                                          G eorges        TOREG\nM arc       H ARO LD                                    A lbert        VERN AELD E\nJ. K .      iiU Y S .M A N S                           A u gu ste          V IE R S E T\n\nC a m il l e    L E M O N N IE R                       A ndré        Z E R L IG N Y\n\n\n\n                    Bruxelles.: — Imp. J .- B . M obns et fils, rue aux Laines, 48.\n"}]}