{"numero_id": "ulb-basoche-1885-02-13-n4", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "articles": [{"article_id": "ulb-basoche-1885-02-13-n4-001", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 141, "page_fin": 143, "titre_corps": "L’Orgue de Barbarie", "titre_sommaire": "L’Orgue de Barbarie", "signature_source": "Camille Lemonnier", "ancre_debut": "L’ORGUE DE BARBARIE", "ancre_fin": "Camille Lemonnier", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 156, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1405, "texte": "L ’ORGUE DE BARBARIE\n\n          Un ciel pâle  couvrait les bois: on était en janvier.\n             Cet azur avait la bénignité des malades à leur\n               remier sourire et la candeur étonnée des choses\n          p    Il enfermait d ’un cercle presque blanc le disque\n du soleil, se teintait de lilas plus loin, demeurait bleu un\n instant et appuyait sur la pointe des arbres un petit fond\n brouillé de fumées violettes.\n    Une sérénité immense régnait dans la nature; pas un\n souffle de vent ; mais un bourdonnement ineffable et continu\n de la terre qui se gonfle à la lumière.\n    D es ornières' profondes ravinaient les chemins, les unes\n inégales et rugueuses, creusées par le travail sourd des\n eaux, les autres polies par la roue des chariots, et des lueurs\n bleues couraient le long de leurs crêtes, avec des vagues\n reflets d’acier damasquiné.\n    J’aimais sentir la terre mollir sous mon pied ; comme\nun tapis profond ou comme une chair vivante, elle cédait\nà la pression, grasse, spongieuse, élastique, et cette malléa­\nbilité donnait envie d’y coucher son corps.\n   U ne buée légère, qui se lamait d’argent au soleil, flottait\nsur les humidités des lieux sombres ; mariée aux pâleurs\nindécises des verts, aux profondeurs bleuâtres des fonds, au\ngris perlé du midi, elle faisait sous l’azur clair .des accords\némouvants.\n   A u loin, les arbres découpaient des colonnades égrati-\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1937, "texte": "                           — 142 —\ng nées de raies de lumière, et des moires d ’or ourlaient\nle velours rouillé des mousses, le long des chemins. Une\nodeur de champignons montait de la terre, avec des relents\nde moisissures et de chambre longtemps close. N ’en était-il\npas ainsi de ce doux paysage d'hiver, tout à coup débar­\nrassé de ses neiges et ouvrant sur un ciel ensoleillé ses\nperspectives d’un vert pâli, comme pâlit la soie dans les\nfourreaux?\n   J’allais, le cœur ravi et mêlé à la joie des choses, comme\nun bienheureux, sans penser à la veille ni au lendemain,\nni aux frimas, ni aux vents,., tel, en un mot, qu’un homme\nque la chaleur de la bûche ne peut réchauffer et qui sent se\ndissiper sa torpeur à la morsure du soleil, quand tout à\ncoup, dans la solitude de ce bois adorable, un orgue mélan­\ncolique se mit à moudre un air connu.\n   Je m’aperçus alors que je n’avais point quitté le sol des\nvilles : un bout de village vermillonnait de ses toits en\nbriques la brune profondeur des taillis. Cet orgue me rap­\npelait qu’il y avait là une chaussée, des cabarets et de petits\nenfants pauvres aux nez rouges, dansant en rond, la main\ndans la main.\n   L a musique m’arrivait tendre, un peu amollie par l’air\nhumide et tiède, comme la musique de l’autre été, en ce\nbois voluptueux où je sentis tout à coup votre bouche contre\nma main, ma chère belle; — et, si confuse d’abord, elle finit\npar emplir le ciel, les clairières, mon cœ ur et tout.\n    C ’était bien cette voix vieillote et cassée, avec ses chevro­\ntements de cuivre fêlé, ses grasseyements enrouillés, ses\nhoquets et ses pleurs. Je ne m’aperçus pas combien elle\nétait bête, occupé que j ’étais de voir refleurir sous la pluie\n de ses notes la troupe évanouie de mes vieilles pensées.\n    D e brillantes mousselines, des gazes légères, vapeurs à\n visage de femme, sortirent des fonds, à chaque moment un\n peu plus transparentes et visibles. Les chevelures blondes,\n"}, {"page_pdf": 158, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1355, "texte": "                           — 143 —\n\n\n incendiées au reflet des brasiers, et les tresses noires, lustrées\n d’étincelles bleues, roulaient à grandes ondes sur la rondeur\n des épaules ; puis la lumière, les couleurs, les formes se\nbrouillèrent, un tournoiement rapide décrivit sur l’herbe\ndes spirales folles, et mon cœ ur se mit à battre comme si\nje sentais encore sur mon bras la pression des petites mains\naux ongles roses.\n    « Bientôt l’am oureux vent de l’été fera monter au cœur\nde jeunes filles et de jeunes hommes la sève des grands\ndésirs. N e me tente pas, orgue diabolique et tendre! Cesse\nd’évoquer en moi le souvenir. A d’autres la ronde au fond\ndu bois, la taille qu’on emporte en ses mains et les pieds\nqui voltigent sans raser terre ! A d’autres l’ombre écaillée de\nsoleil où les yeux enivrés contemplent les défaites de l’amour!\nA d ’autres les baisers, les pâles clairs de lune, les pâm oi­\nsons et les délires! Laisse-moi, orgue troublant, vieux chau­\ndron qui crispe mes nerfs et ressuscite les fantômes endormis\ndu passé ! »\n   E t tout à coup j’entendis la musique décroître au loin,\nderrière les petits toits rouges et les cabarets fumants.\n   Alors, je tendis les bras et je m ’écriai :\n   « N e t’en vas pas!\n   « Reviens, musique des paradis, orgue céleste! »\n\n                                   C a m il l e   L e m o n n ie r .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-02-13-n4-002", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 144, "page_fin": 146, "titre_corps": "L’Impassible", "titre_sommaire": "L’Impassible", "signature_source": "Pierre Quillard", "ancre_debut": "L’IMPASSIBLE", "ancre_fin": "Pierre Quillard", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 159, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1103, "texte": "L ’IM P A S S IB L E\n\n                                               A Ephraïm M ichaël.\n\n\n                           l ’é p h è b e\n\n\n\n\nO Femme, ta beauté n'est pas d'une mortelle,\nOn dirait la déesse aux seins bien modelés\nQu'un adroit ciseleur dans l'ivoire martèle;\n\nUn peigne d'or retient tes cheveux annelés\nE t le son de ta voix caresse mes oreilles\nComme un chant de grillon dans l'épaisseur des blés.\n\nIjacchos a moins soif de la pourpre des treilles\nE t des raisins dorés par les midis brûlants,\nQue ma bouche n'a soif de tes lèvres vermeilles.\n\nDétache la ceinture inutile à tes flancs,\nViens, et quand nous serons fatigués de caresses\nMon corps s'endormira bercé par tes bras blancs\n\nMieux que sur le sein nu des nymphes chasseresses.\n\n\n                     LA   C O U R T IS A N E\n\n\n\nEnfant, nul autre n'a le charme de tes traits\nN i des yeux plus ardents que tes chaudes prunelles :\nS i je pouvais aimer c'est toi que j'aimerais.\n\nMais les dieux m'ont donné les formes éternelles,\nEt le désir ferait grimacer mon front pur\nDans le tressaillement des étreintes charnelles.\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1338, "texte": "                            — 145 —\nL'ombre ne laisse pas de traces sur le mur.\nLe pas des voyageurs sur la grève s'efface\nE t l'aile des oiseaux sur la vague d'azur :\n\nE t moi, tous tes baisers passeraient sur ma face,\nEphèbe enamouré beau comme un jeune dieu,\nSans échauffer mon corps fait de neige et de glace,\n\nSans y laisser jamais une empreinte de feu.\n\n\n                            l ’é p h è b e\n\n\n\n\nS i jusqu'ici ta chair est restée impassible,\nS i la volupté sainte et le plaisir sacré\nT'apparaissent encor comme un rêve impossible,\n\nC'est que tes vieux amants à ton cœur épeuré\nApportaient le dégoût des séniles débauches;\nC'est qu'ils ne t'aimaient pas comme je t'aimerai.\n\nV a! tout cela n'était que d'impures ébauches\nA l'image d'Eros, l'archer resplendissant,\nEt faites par des mains incapables et gauches;\n\nMoi je te donnerai la force de mon sang\nE t toute la vigueur qui fermente en mes veines,\nJ'énivrerai ton corps superbe — et frémissant\nComme au vent matinal les tremblantes verveines.\n\n\n                       LA   C O U R T IS A N E\n\n\n\n\nEnfant, d'autres m'ont dit ce que tu me dis là :\nMoins nombreux sont parmi la menthe et la myrtille.\nLes susurrants essaims d'abeilles sur l'Hybla.\n\nTous, Mynhon le poète et le danseur Bathylle\nE t l'athlète Agaclès et d'autres oubliés\nOnt épuisé pour moi leur vigueur inutile.\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1081, "texte": "                        — 146 —\n\nComme la flèche vainc au fer des boucliers\nE t les glaives usés par le heurt des armures,\nLeurs baisers sur mes flancs se sont multipliés.\n\nC'est en vain qu'Hélios de ses rouges brûlures\nSe lasse à caresser le miroir des étangs : —\nViens, unissons nos corps, mêlons nos chevelures\n\nPuisque tu veux mourir, Ephèbe, je t'attends !\n\n\n                         l ’ é p h è b e\n\n\n\n\nCependant chaque jour dans la route fatale\nOù le pousse à jamais l ’immuable destin\nLe soleil marche jusqu'à l'heure occidentale.\n\nPour moi, c'était l'aurore et c'était le matin,\nQuand guidé par la main sûre des destinées\nEros perça mon cœur terriblement atteint.\n\nPrends donc la sève en fleur de vies jeunes années\nComme on vide une coupe entière d'un seul coup ,\nEpuise sans faiblir mes forces enchaînées.\n\nTais-toi! ne me dis pas que mon désir est fou\nEt que je suis brûlé des passagères fièvres!\nViens! avec le collier de tes bras à mon cou,\n\nLa mort me sera douce, ô femme, sur tes lèvres!\n\n\n                                           P ie r r e   Q   u il l a r d .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-02-13-n4-003", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 147, "page_fin": 150, "titre_corps": "Petites Études : L’Anneau d’invisibilité", "titre_sommaire": "L’Anneau d’invisibilité", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "PETITES ÉTUDES", "ancre_fin": "Arnold Goffin", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 162, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1774, "texte": "PETITES ÉTUDES\n             L ’A N N E A U      D ’I N V IS IB IL IT É .\n\n\n                                                 A Joséphin Péladan.\n\n\n          ’ai les populaces en abomination.\n          J\n             L ’adoration stupide et écrasée de la p lè b e , l ’aplatisse ­\n          ment complet et adulateur des plus grands, des plus nobles\ndevant moi; — la gloire des dictateurs, enfin,           me   hante. M on\nnom dans toutes     les   bouches,    m urmuré    peureusem ent,     adjuré\ncom me celui d ’un Dieu, ainsi qu ’un défi jeté dans le fracas des ba­\ntailles ; — tel est mon rêve.\n\n  U n cortège hiératique, solennel, prolonge sa spirale houleuse à\nperte de vue : A u m ilieu des chars de guerre, des troupes m ercenai­\nres, des oëris encenseurs ; — au bruit des tambourins , des trompettes\net des sistres, assis sur un trône rayonnant, je rentre victorieux à\nT hèbes. U n héraut me précède qui dénom bre les glorieux combats\nlivrés aux Barbares. L es Égyptiens se prosternent à la m agie de mon\ntitre : Pharaon! O u, entouré de centurions et de licteurs qui séparent\nla canaille de ma personne sacro-sainte, je traîne enchaînés à mon\nchar trio m p h al, les prisonniers, rois et guerriers, pêle-mêle. Suivi\ndes masses profondes de mes légions, je parcours les rues de R om e;\nles aigles s’inclinent devant moi, les patriciens serviles tremblent à\nm a vo ix; — l’encens fume et chatouille agréablem ent mes narines\nde Demi-dieu. L e Capitole est proche; toutes les têtes se courbent\ndevant l’horrifiante puissance du Consul Rom ain !\n  Rom e a connu des Rois : sublim e, le comédien Néron, se faisant\napplaudir sous peine de mort, ou mettant le feu aux quatre coins de\nde la V ille Éternelle. T ibère et ses vivantes torchères, H éliogabale\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2393, "texte": "                               —   14 8 —\n\nétouffant le Sénat sous une pluie de roses, sont plus vrais poètes\nque V irgile. Ces grands noms me tourmentent, car leur irradiante\ngloire noie dans une pénombre, la mémoire des contemporains.\n  Ceux-là furent réellement les M aîtres!... L eu rs colères restèrent\ninaffrontées, et ils sùrent plier le peuple à la condition qui est vérita­\nblem ent sienne : l’esclavage !\n  L a royauté se doit résumer en un mot : O m nipuissance ! D escen­\ndants abatardis des L atins, nous n ’avons su ou pu conserver leurs\ntraditions hautaines ; —   l ’esprit de caste disparaît, l ’égalité nivèle\nles intelligences même. E t les temps modernes ont inventé cet her­\nmaphrodite : la royauté constitutionnelle!\n  L e jour est proche, où, selon notre véhément espoir, surgira l ’homm e\nprovidentiel, qui, d’un revers de main, renversera les Chartes — ces\nchâteaux d é cartes ; — les Conventions et les Cham bres des députés,\n— ces lamentables théâtres de marionnettes ! A l ’éclair de son sabre\nétincelant renaîtra l 'âge d’or; les foules s’inclineront devant sa face.\nL a courbache, la roue, le .gibet, m ’apparaissent comme les instru­\nments du règne. L e véritable Messie, fils aîné de Jéhovah, D ieu\ndes armées, terrible et; vengeur, sera venu !\n\n  U n homme, en cette détestable ère, est digne d ’envie : la plus\nhaute puissance spirituelle du monde lui appartient : des rois, des\nempereurs, d ’innom brables multitudes l’honorent d ’un idolâtre féti­\nchism e. E levé sur le pavois non-pareil de l’humaine bêtise, il m arche\nsur nos têtes, bénit et foudroie, approuve et blâme, plein d’une\nsereine confiance en son infaillibilité. Sans armées, sans terres, avec\nla seule parole, il impose ses arbitraires et tyranniques volontés à des\nm illions d ’hommes. N i noms sonores, ni titres pom peux; il s’intitule :\nle Pape.\n   C ’est l’unique être vivant dont je sois jaloux.\n   Esseulé, il n’y a guère, en ma retraite, très-longuement j ’avais\nspéculé sur toutes    ces choses. L assé par la tension prolongée, de\nmon esprit; —     pour calmer mes nerfs, je dénombrais des yeux les\nobjets qui m ’entouraient. Longtem ps, je les arrêtai sur un masque\nchinois qui m ’est particulièrem ent cher ; — tout à coup, il me parut\nqu’il distendait sa grim ace et que son regard se fixait, de singulière\nfaçon, à un des angles de la pièce. Inconsciem m ent, je tournai la tête\n"}, {"page_pdf": 164, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "                                            — 119 —\ndans la même direction : un prodigieux étonnement me saisit à la\nvue d’un adm irable cabinet, incrusté d ’arabesques d’ivoire, que je ne\nme connaissais pas. Q uel ami précieux et expert à me plaire, m’avait\nfait ce m erveilleux présent, point ne cherchai-je à le savoir.\n    Je m ’extasiai à l’ingénieux travail, sans plus,               et avec une joie\nenfantine et puérile, j ’ouvris tour à tour, les m ultiples tiroirs du\nm euble. J’allais refermer le dernier, lorsqu’une petite boite scintillant\ndans l ’ombre du fond, sollicita mon attention. L a matière flexible,\nmolle, dont se com posaient ses parois, m’était inconnue. A u contact\nde mes m ains elle s’ouvrit                 d ’elle-m êm e : une bague s’y trouvait\nenchâssée.         Intéressé,        je   l’exam inais;   soudain, m a    curiosité fut\nviolem m ent attirée par une inscription s’enroulant autour de l’anneau.\nL e s caractères gothiques, presque effacés, se lisaient à peine. Je\ndéchiffrai pourtant :\n\n                  P A R LE MILIEU D’EUX\n      JESUS P ASSANT *              * S ’EN ALLANT\n    O incom parable Joie! Jouissance raffinée, —                  mes aspirations se\nréalisaient donc! A moi la puissance sur les autres hommes, — à\nmoi l’om n iscien ce, l ’om niprésence et les sources intarissables de\ndélectation qui en découlent! A                    moi le pouvoir de faire le M a l!...\nL ’anneau d ’invisibilité, entre mes mains, m ’octroyait l'em pire absolu\ndont j ’étais assoiffé!\n  Gare au M onde, maintenant! Je pénétrerai dans les conseils secrets\ndes Em pires, — témoin caché je présiderai aux intimes discussions des\nG rands; l ’inconnu n’existera plus pour m oi; —· je serai riche et fort,\n—    h a ï   e t   r e d o u t é !\n\n\n    L a domination m ’appartenant, sans conteste, je me grisais de\nmots, — la certitude de mon pouvoir m'en faisait différer l’épreuve.\nN e me suffisait-il pas de vouloir?\n   Cependant, une idée im portune ternit un peu                          mon bonheur;\nj ’essayais de l’éloigner de m on esprit, mais elle l’envahissait lente­\nment, d’une poussée irrésistible.\n  L a terrible faculté dont, maintenant, j ’étais                  revêtu s’exercerait\ninéluctablem ent, dans des m ilieux plus humbles que ceux entrevus.\nM algré moi, la curiosité malsaine me poussant, j ’userai de mon\nanneau; parmi mes parents, mes amis, mes confrères... Je percerai\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1063, "texte": "                                —   150 —\n\nainsi, le tréfond de leur pensée à mon égard. E t, sait-on le lim on\nboueux de m échanceté que recouvre leur apparente amitié? M êm e, —\ncette appréhension me glaça d ’horreur, — même, la sublim e femme\ndevant laquelle je prosterne mon orgueil, me h aït-elle!... Son sourire\nserait faux, fausses ses caresses, menteuse et hypocrite sa vo ix?...\nIm possible !... Et, pourtant ?\n  U ne aperception nette, aigüe, lancinante, me          saisit. J ’entrevis\nl ’écroulement de mes ultièmes illusions,— une chute ininterrompue de\nvenin, précieusement distillé, aux alam bics fam ilials et confraternels\n— sur mon cœur. J’eus peur.\n  Après quelques hésitations, pleurant des larmes de rage, j ’ouvris\nla fenêtre et avec une m alédiction, je lançai le diabolique bijou dans\nles ténèbres.\n  L e m obile de ma conduite m’apparut lum ineusem ent, alors : la\ncrainte tenaillante, de m’entendre révéler la vérité, — sur moi-même !\n  Mon sensitif égoïsme triomphait.\n                                                 A rnold G o ffin ."}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-02-13-n4-004", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 150, "page_fin": 150, "titre_corps": "Griserie de Gin", "titre_sommaire": "Griserie de Gin", "signature_source": "Robert Caze", "ancre_debut": "GRISERIE DE GIN", "ancre_fin": "Robert Caze", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 165, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 1087, "fin_caractere_exclue": 2072, "texte": "G R I S E R I E D E GI N\n\n                                        A la fausse Anglaise.\n\n\n          Très-perfide, m algré ta candeur d ’eau de roche,\n          O G in alcoolique, énervant et musqué,\n          Ton puissant goût Sylvestre à mon palais s'accroche....\n\n         Des bois de pins, des bois verts, des bois noirs, un quai\n         Paru subitement, puis des mâts, puis des digues,\n         P u is une ville avec des gens sautant des gigues.\n\n         J e suis à Londres sans bouger de chez moi. P ris\n         A u milieu du brouillard intense et très-opaque,\n         J ’aspire des senteurs de commerce et de caque —\n         Ça et là des quinquets de gaz dans l ’air tout gris.\n\n         — Encore un coup de gin odorant et sans p r ix ! —\n         Voici le home ; thé sur la table de laque,\n         B on fe u — j ’entends ton rire, et ta pantoufle claque,\n         Mary, miss à l ’accent canaille de P aris.\n\n                                                R obert C a ze.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-02-13-n4-005", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 151, "page_fin": 155, "titre_corps": "Étude sur Gustave Flaubert", "titre_sommaire": "Gustave Flaubert (1re étude)", "signature_source": "Ernest Mahaim", "ancre_debut": "ETUDE SUR GUSTAVE FLAUBERT", "ancre_fin": "Ernest Mahaim", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 166, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "ETUDE SUR GUSTAVE FLAUBERT\n\n\n                                                                                             Pourquoi pas?\n\n                  n\n                  E      é p ig ra p h e à cette é tu d e , il e st n é c e s s a ir e        de cam per         n o tre\n                      d e v ise   h a rd ie : il fa u t u n e e x c u s e ,     e n e ffe t, à l ’é p o q u e o ù la\n                      c r itiq u e litté r a ir e    est a v a n t to u t h is to r iq u e , p o u r a b o r d e r sa n s\n                      d o c u m e n t in é d it et san s a n e c d o te s ig n o r é e s , l ’ é tu d e d ’ u n M a ître\nc o n te m p o r a in . N o tr e e x c u s e , c ’est n o tre a d m ir a tio n p ro fo n d e p o u r le g ra n d\na rtiste d e C r o is s e t, c ’ est a u s si n o tre c o n sta n te d é c e p tio n à le v o ir si peu\nc o n n u , si p eu c o m p r is .\n     S a in te -B e u v e , E m ile Z o la , M a x im e D u C a m p et G u y de M a u p a ssa n t o n t\nla iss é s u r G u s ta v e F la u b e r t de n o m b re u s e s p a g e s, a u p lu s h a u t p o in t in té r e s ­\nsa n tes ; e lle s n e su ffise n t p a s, to u te fo is , à m e ttre au jo u r ,to u t e s le s in tim ité s\ndu     c a ra c tè re et de la p e rs o n n e de c e lu i q u i fu t e n a rt, l ’ a p ô tr e d e l ’im p e r ­\nso n n a lité .\n     D ’a u tre       p a rt, il re ste à p u b lie r d e F la u b e r t d e n o u v e lle s le ttre s et des\nm a n u s c r its ;      e n fin , so n    œ u v r e , tr o p je u n e    e n c o r e , n e p e u t dès à p ré se n t\nê tre ju g é e a v e c s é r é n ité , et so n in flu e n c e , c o m m e sa p la c e d a n s la litté r a tu r e ,\nn e so n t p o in t fix é e s san s c o n te ste .\n   C ’est d a n s ces             c o n d itio n s , q u e n o u s    n o u s p ro p o s o n s d ’é tu d ie r la V ie ,\nl ’Œ u v r e , et l ’E s th é tiq u e d e G u s ta v e F la u b e r t .\n\n                                                    Pourquoi pas ?\n                                                               I\n                                                         SA V IE .\n\n   G u s ta v e F la u b e r t est n é à R o u e n le 12 d é c e m b re 18 21. S a m è re é ta it N o r ­\nm a n d e , fille de m é d e c in . S o n p è re , C h a m p e n o is d ’ o r ig in e , é ta it u n c h ir u r ­\n"}, {"page_pdf": 167, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4072, "texte": "                                                 —      152 -\n\ng ie n de h a u te v a le u r . D e so n e n fa n c e , n o u s sa v o n s se u le m e n t q u ’ e lle n e\nd é v o ila p o in t u n e p ré c o c ité ra re , m a is fit r e m a rq u e r c h e z          lu i    un     tr a v a il\nd ’ e s p r it   in te r n e , et u n e « h o r r e u r de l ’a ctio n p h y s iq u e , » q u e M . M a x im e\nD u C a m p a ttrib u e c e p e n d a n t à u n e c a u se a cc id e n te lle .\n    A p r è s le C o llè g e , o ù l ’o n se s o u v in t         de ses n a r ra tio n s , il        fu t e n v o y é\nà l ’ E c o le de D ro it de P a ris . « I l é ta it a lo rs d ’u n e b e a u té h é r o ïq u e . A v e c sa\np eau b la n c h e lé g è re m e n t ro sée su r le s jo u e s, ses c h e v e u x fin s et flo tta n ts, sa\nh a u te taille,, la rg e des é p a u les, sa b a rb e a b o n d a n te et d ’ u n b lo n d d o ré , ses\ny e u x é n o rm es, c o u le u r v e r t de m e r, a b rité s so u s des so u r c ils n o ir s , a v e c sa\nv o ix re te n tissa n te c o m m e un so n de tro m p e tte , ses gestes e x ce ssifs et so n s o u ­\nrir e é cla ta n t, il re s se m b la it a u x je u n e s ch efs g a u lo is q u i lu ttè re n t c o n tre les\na rm é e s ro m a in e s . » ( 1) A P a r is , il m en a u n e v ie fa n ta sq u e et e x u b é r a n te ;\nse la iss a n t e m b a lle r p a r la sève im p é tu e u s e de so n te m p é ra m e n t. M a lg ré u n\ntra v a il c o n s c ie n c ie u x , m a is san s m é th o d e, il é c h o u a à so n e x a m e n d e d r o it,\nn ’a y a n t a u c u n e a p titu d e à d is c u te r le « c h a ra b ia » du c o d e .\n    C ’est p e n d a n t les v a c a n c e s   su iv a n te s, en     1843, q u ’il fu t te rra s sé p a r sa\np re m iè re a tta q u e      d ’é p ilep sie , m a lad ie d o n t il su b it to u te so n e x is te n c e les.\nb ru s q u e s et te rr ib le s a ssau ts, et q u i fin it p a r l ’ab a ttre. Q u e lle in flu e n c e eut-\ne lle su r l ’ e sp rit et su r l ’œ u v r e de F la u b e r t, n o u s n e n o u s h a s a rd e ro n s            pas\nà le c h e rc h e r. A m o u r e u x de la v é rité , n o u s c r o y o n s u tile de n o te r cet a c c i­\nd en t,     m ais    nous     n e n o u s p e rm e ttro n s      p a s,   com m e      M o n s ie u r      M a x im e\nD u C a m p , de l’A c a d é m ie fra n ç a is e , d ’ é ta b lir u n ra p p o rt q u e lc o n q u e            e n tre\nl ’œ u v r e du M a ître et l ’é p ile p s ie . Il fa u t a v o ir b e a u c o u p d ’a u d a c e p o u r a ffirm e r\nq u ’elle a a rrê té l ’ im a g in a tio n d e F la u b e r t et lu i a in te r d it to u te c o n c e p tio n\nn o u v e lle , ne lu i la iss a n t a u ce rv e a u q u e ce lle s des p re m ie rs â ge s.\n    Il est c e p e n d a n t v ra is e m b la b le q u e la te r r e u r p e rm a n e n te q u i a c c o m p a g n e\nla g ra n d e n é v ro se a été p o u r b e a u c o u p d a n s l'a m è re m é la n c o lie , l ’im m e n se\net p ro fo n d sc e p tic ism e de F la u b e r t.\n   D ès lo rs, c o m m e n ç a sa v ie p e in e u se et h a rra s sa n te . Il c o n sid é r a to u t a v e c\nla ré s ig n a tio n n o ir e     des illu s io n s      d é ç u e s. T r o is   ans a p rè s,        il   é c r iv a it,\n— p lo n g é dan s u n de ces d e u ils q u i fo n t le s p en sées p ro fo n d e s — « J ’ai e u ,\n» to u t je u n e , u n p re s se n tim e n t c o m p le t d e la v ie . C ’é ta it c o m m e u n e o d e u r\n» de c u is in e n a u sé a b o n d e q u i s’é ch a p p e p a r u n so u p ir a il. O n n ’a pas b e so in\n» d ’e n a v o ir m a n g é p o u r sa v o ir q u ’e lle est à fa ire v o m ir , » T o u t e sa v ie,\nd ’a ille u r s , ré a lisa ce p ré sa g e , et b ie n c o u rte s fu r e n t le s h e u re s de            c o n te n ­\nte m e n t et de b o n h e u r.\n    U n v o y a g e en O r ie n t, (18 49-18 5 1) v in t lu i o u v r ir des h o riz o n s n o u v e a u x ,\n\n\n  (1) Maxime D u Camp. Souvenirs Littéraires, de la Revue des deux Mondes,\n1er Septem bre 1881, p. 5.\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4208, "texte": "                                                    —1 5 3        —\n\np le in s de     so le il et de c o u le u r s v iv e s.      A   so n r e to u r , la   Revue de Paris fu t\nre p ris e p a r u n de ses a m is, et so n frè re de c œ u r , L o u is B o u ilh e t , y p u b lia ses\np re m ie rs v e r s .    C ’ éta it le m o m e n t de            d é b u te r ; il   a va it en     p o r te fe u ille\nNovembre, u n r o m a n to u t d ’a n a ly se p s y c h o lo g iq u e q u ’il a v a it te rm in é à\nP a r is , et la Tentation de Saint-Antoine, q u i lu i a v a it c o û té tr o is a n s de\ntr a v a il, a v a n t so n v o y a g e en O r ie n t. I l n e p u t se ré s o u d re à fa ire im p r im e r\nn i l ’u n n i l ’a u tr e , et c o m m e n ç a      Madame Bovary. Il b û c h a tr o is lo n g u e s\na n n é e s, p e in a n t c o m m e u n fo rç a t, p o u r p e in d r e des « b o u r g e o is » d a n s u n e\n                                      1 8 5 6 , la Revue de Paris p u b lia it Madame\nla n g u e p a rfa ite : e n o c to b r e\nBovary, le c h e f d ’œ u v r e d u ro m a n m o d e rn e .\n   F la u b e r t a v a it-il c o n s c ie n c e   d e la    h a u te v a le u r d e so n œ u v re ? D ’ ap rès\nZ o la , il est tr è s -p r o b a b le q u e n o n .         Q u a n t à ses a m is,        et en     p a r tic u lie r\nM.     M a x im e D u C a m p , ils é ta ie n t lo in de s’ en d o u te r , e t ils p r o p o s a ie n t\nm ê m e , s o u s p ré te x te d ’é la g u e r u n e fro n d a is o n tro p to u ffu e , la su p p re s sio n de\nm o r c e a u x q u i so n t d e v e n u s c la s s iq u e s , ta n t ils so n t p a rfa its, ( 1)\n     L e p re m ie r-ro m a n de F la u b e r t fu t u n e r é v é la tio n p o u r les g e n s de le ttre s ,\ne t p ro d u is it u n b o u le v e r s e m e n t d a n s la litt é r a t u r e fad asse de l ’é p o q u e . U n\nin c id e n t tr a g i-c o m iq u e v in t e n fa ire         u n tr io m p h e : l ’ E m p ir e é ta it a lo rs à\nl ’a p o g é e de la ré a c tio n c lé r ic a le , l ’a u te u r fu t tr a d u it en p o lic e c o rr e c tio n n e lle\npour       « o u tr a g e à la m o ra le p u b liq u e et re lig ie u s e et a u x b o n n e s m œ u rs ! »\nA p r è s u n r é q u is ito ir e p ito y a b le d u m in is tè re p u b lic et u n é lo q u e n t p la id o y e r\nde M e Sén ard,           F la u b e r t fu t a c q u itté p a r u n ju g e m e n t b o u ffo n , q u i            lu i\nd o n n a it d e s c o n s e ils . D è s lo r s , so n liv r e fu t c o n n u de to u s ; les jo u r n a u x et\nle s re v u e s en p a r lè r e n t, a c c la m a n t       l ’a u te u r , le p ro c la m a n t s u c c e ss e u r de\nB a lz a c , l'é le v a n t d ’e m b lé e a u p lu s h a u t ra n g des litté r a te u rs d u siè c le .\n     C e fu t p re s q u e la      s e u le g lo ir e q u e c o n n u t le       M a ître , et il se m b le q u e\nle p u b lic a it v o u lu lu i fa ire p a y e r ce ra re h o n n e u r d ’ê tre p o u s s é , d es le d é b u t\ne t sa n s c o n te s te , au p re m ie r ra n g .\n     E t e n c o r e , fu t- il p ro fo n d é m e n t ir r ité d ’ê tre c h a q u e jo u r , lu i, le ly r iq u e et\nl ’in d o m p ta b le , e n r é g im e n té , c la s sé , é tiq u e té . L ’ é p ith è te de ré a liste le fa is a it\ne n tr e r d a n s des ra g e s te rr ib le s , q u i e x p liq u e n t so n te m p é ra m e n t ro m a n tiq u e\net so n h o r r e u r de l ’e n r é g im e n ta tio n .\n     Il r é s o lu t d e c h a n te r u n m o n d e in c o n n u et in c o n n a is s a b le , o ù il p u t à so n\na ise , lâ c h e r sa fo u g u e u s e im a g in a tio n ; il é c r iv it Salammbô, d o n t l ’a c tio n se\np asse à C a rth a g e , à l ’é p o q u e d e la g u e r r e des M e r c e n a ir e s .        Il lu i fa llu t sept\na n s , q u ’il p assa à s’ im p r é g n e r d e to u s le s d o c u m e n ts , de to u s les d é ta ils q u ’ il\nju g e a it —      d a n s so n e x ig e n c e d ’h o n n ê te h o m m e — n é c e ss a ire s à so n liv r e ,\n\n\n     (l) V o ir à ce propos une lettre curieuse de M axim e D u Cam p, publiée dans la\npréface de G u y de M aupassant aux Lettres de Flaubert à George Sand, p. V II.\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3990, "texte": "                                                     - 154 —\n à v is ite r les lie u x m ê m e s de so n ro m a n p o u r en ra p p o r te r des c h e fs -d ’œ u v r e s\n de d e s c rip tio n , e n fin à lim e r et à c is e le r ses b e lle s p h ra se s, s o n o r e s et g ig a n ­\n te s q u e s c o m m e les b o u c lie r s de b r o n z e .\n    C ’é ta it sa fa ç o n de tr a v a ille r : ê tre s c ie n tifiq u e m e n t s û r      de to u t ce q u ’il\n é c r iv a it, et e x p r im e r to u t d a n s la p e rfe c tio n ! S o n tr a v a il éta it c o lo s s a l : il\nlis a it d e s b ib lio th è q u e s e n tiè re s p o u r fa ire u n e p a g e d e so n liv r e , o ù il c r is ta l­\nlis a it l ’e ssen c e m êm e de ces le ctu re s , ( 1) P u is q u a n d il a v a it é c r it c ette p a g e ,\nil la fo u illa it, la re to u r n a it, la re c o m m e n ç a it v in g t fo is , b a ta illa it a v e c a c h a r ­\nn e m e n t c o n tre le s a ss o n a n c e s , les ré p é titio n s, le s        qui, le s que, le s et, la\n « g u e u la it » c e n t fo is (c’é ta it so n m o t, —            et sa fa ç o n d e lire) c h e r c h a n t\nl ’h a rm o n ie é te rn e lle q u i,     d ’ a p rè s lu i, est a u fo n d d u B e a u . A u s s i, q u e lle\np u iss a n c e il fa lla it, p o u r c o n s e rv e r p e n d a n t ces lu tte s e ffro y a b le s c ette é tin ­\nc e lle fu g a c e , l ’in sp ir a tio n , et c ette c h im è re , la foi d a n s so n œ u v r e ! Q u e lle s\nso u ffra n c e s a u ssi, c e tr a v a il é p u isa n t e n tre te n a it d a n s c e tte â m e a rd e n te ,\np le in e d ’a sp ira tio n s la rg e s       et d o m in é e p a r u n ly r is m e q u i n ’é ta it pas de\nn o tre m o n d e .\n   Salammbô n ’ e u t p as le su c cè s de Madame Bovary : de v io le n te s a tta q u e s\nfu r e n t im p rim é e s . C ’éta it d é jà l ’e x p ia tio n q u i c o m m e n ç a it; se p t a n n é e s se\np a ssen t e n c o r e , « so u fferte s » à p e in d re des b o u r g e o is , et l ' Education senti­\nmentale p a ra it. C ’éta it l ’h is to ire de la v ie d ’ u n je u n e h o m m e , r a c o n té e au\njo u r le jo u r, en sa b a n a le m é d io c r ité         e x p r im é e d an s u n e la n g u e d ’o r , et\ne n c a d ré e d a n s u n e é p o q u e c u rie u s e re p ro d u ite de m a in de m a ître (1840 -1852).\n   L ’in d iffé re n c e o u l ’é to n n e m e n t a c c u e illir e n t ce liv r e , q u i fu t c e p e n d a n t le\np o in t de d é p a rt — a v e c      Germinie Lacerteux —                   d u ro m a n       san s    in tr ig u e\nc o m p liq u é e , et le m o d è le de to u te u n e g é n é r a tio n d ’é c r iv a in s .\n   A r r iv è r e n t l ’in v a s io n et la c h u te de l ’ E m p ir e ; G u s ta v e F la u b e r t, d a n s sa\nn a ïv e té de c o lo ss e , e n fu t a tte rré , é b ra n lé . S o n a m e r d é g o û t d e la v ie , q u e\nses Lettres à George Sand n o u s o n t d é v o ilé san s ré s e rv e s ’a c c e n tu a d a v a n ­\nta g e , s ’il e st p o s sib le , et le re je ta su r u n e œ u v r e a b a n d o n n é e d e p u is v in g t\na n s, la Tentation de Saint-Antoine , q u i p a r u t en 1874.\n   C ’ é ta it c o m m e    to u jo u r s ,   une. c o n sta ta tio n     d e l ’in so n d a b le im b é c illité\nh u m a in e : la su c ce ss io n de to u s le s d ie u x q u e l ’h o m m e a a d o ré s , d é fila n t en\nfa n ta s m a g o rie d e v an t le v ie u x S a in t. L e sty le éta it to u jo u r s le g r a n d s t y le\ndu M a ître , et ce liv r e re n fe rm a it des c h e fs-d ’œ u v r e ; m a is c o m m e il                c o n te ­\nn a it u n e   é r u d itio n c o lo ss a le , il fu t sa n s in té rê t p o u r la m a sse des le c te u rs .\nU n sile n c e fu n è b re l ’e n te r ra .\n\n\n  (1) V o ir E . Zola, Les Romanciers, Naturalistes p. 209 e t suiv., Guy de Maupassant,\nv ol. cité qui donnent de lo n gs détails, très-intéressants, et trop étendus pour notre\nétude, sur le travail de Flaubert.\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "                                                   — i 55 —\n     U n e a u tr e d é c e p tio n la m ê m e a n n é e , a v a it p ré c é d é c e lle de la T e n ta tio n :\nF la u b e r t a v a it fa it re p ré s e n te r    au   V a u d e v ille u n e c o m é d ie , le C a n d id a t,\nq u i to m b a dès la q u a triè m e re p ré s e n ta tio n .\n     Le    tr a v a il é ta it la se u le c o n s o la tio n , c o m m e la         gran d e   s o u ffra n c e   de\nF la u b e r t ; il s’ y la n ç a de n o u v e a u à c o rp s p e rd u , et e n tr e p r it d e re p la c e r d a n s\nu n ro m a n m o d e rn e la c o n c e p tio n de S a in t- A n to in e : il v o u lu t fa ire d é file r\nle    tr o u p e a u des sc ie n c e s , d e v a n t so n ir o n iq u e p h ilo s o p h ie d ’a m e rtu m e .\nC ’ est le liv r e q u i p a ru t a p rè s sa m o rt, so u s le titr e de B o u v a r d et P é c u c h e t.\n     C o m m e ses e ffo rts san s ré p it le fa tig u a ie n t, il f i t p o u r se re p o s e r T r o is C o n tes\nq u i so n t tr o is m o r c e a u x im p é ris sa b le s . P u is il se rep a ssa le c o llie r au g a r r o t.\nC ’est a lo rs q u e la m o rt v in t, et le fo u d r o y a , le 8 m a i 1880.\n     U n e s e u le c h o se d o m in e e t re m p lit la v ie d e ce M a ître : c 'e s t l’A r t , q u ’il\nv é n é ra it c o m m e u n d ie u . P o in t d e p a ss io n s e c o n d a ire c h e z lu i : les fem m e s\nn ’ o n t p as « e n ta m é » ce c é lib a ta ir e e n d u r c i ; e n p o litiq u e , il n ’a v a it m êm e\np a s d ’o p in io n fix é e ; e n fin il est m o r t p a u v re , a p rè s a v o ir d o n n é to u te sa\nfo r tu n e a u     m a ri de sa n iè c e , — c a r la b o n té e st e n c o r e u n tr a it d u g é a n t.\nL ’A r t é ta it p o u r lu i la se u le c h o se v ra ie et é te rn e lle , et il lu i a d o n n é to u te\nsa v ie : il o ffic ia it q u a n d il p u b lia it u n liv r e , et c e q u ’il s a c rifia it, c ’ é ta it so n\nc o rp s , so n â m e et so n sa n g . A u s s i ja m a is il n ’a c o n n u de jo ie san s m é la n g e ;\nso n p u b lic      é ta n t in fa illib le m e n t re s tre in t; il est re s té in c o m p ris ; le se u l\nh o n n e u r q u ’il e u t de sa vie fu t d e re c e v o ir la c r o ix le m ê m e jo u r q u e P o n s o n\nd u T e r r a i l ; il n ’é ta it p o in t d e l ’A c a d é m ie , c o n s id é r a n t « q u e la r e c h e r c h e\nd ’u n    h o n n e u r q u e lc o n q u e   est u n a cte d e       m o d e stie     in c o m p ré h e n s ib le ».\nC ’ est p o u r l ’a rt q u ’il a v é c u , c ’e s t p a r lu i q u ’il est m o rt.\n     A so n e n te r re m e n t, il n ’ y a v a it pas tr o is c e n ts p e rs o n n e s .\n\n\n         (A su iv r e ).\n                                                                             E r n e st M a h a im .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-02-13-n4-006", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 156, "page_fin": 156, "titre_corps": "Sur la Plage", "titre_sommaire": "Sur la Plage", "signature_source": "Jacques Madeleine", "ancre_debut": "SUR LA PLAGE", "ancre_fin": "Jacques Madeleine", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 171, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 828, "texte": "SUR L A P L A G E .\n\nTrès-droite sur vos pieds d ’enfant\nQue baise en y mourant la vague,\nL e regard perdu dans le vague,\nVous aviez un air triomphant.\n\nL a crânerie est sans seconde\nQ ui dans vos yeux met un éclair;\nVous sembleriez braver la mer\nS i vous n ’étiez pas aussi blonde.\n\nM ais vous êtes là simplement\nP ou r fa ire l ’antithèse exquise\nD ’un monde énorme qui se brise\nContre un tout petit rien charmant.\n\nL a divine mer maternelle\nN ’a mis dans le bleu de vos yeux\nQ u ’un petit coin mystérieux\nDe sa rêverie éternelle.\n\nD e sa magnifique beauté\nC ’est la grâce qu'elle vous donne\nE t devant cette immensité\nVous semblez encor plus mignonne.\n\nE t l ’on va se demander si\nL a vague verte qui déferle\nN ’a pas apporté ju s q u ’ic i\nUne petite, fine perle.\n\n                          J acques M a d e l e in e .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-02-13-n4-007", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 157, "page_fin": 160, "titre_corps": "Monsieur J. 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E n fa c e , so u s le s m a r r o n n ie r s , s’ e n tr e c r o is a ie n t le s ra n g s d e la fo u le\nr o u la n t, e n tre les d e u x files de ré v e r b è re s d o n t le so leil a llu m a it le s v itr e s , le\nc la ir p a p illo ta g e des c h a p e a u x d e p a ille , des to ile tte s d ’ été, des so ie s m o iré e s\nde reflets. D es filles m a ig re s c ir c u la ie n t, u n p a n ie r à la m a in : « D e m a n d e z les\nb le u e ts, la fle u r d u jo u r, la fle u r lib é r a le ! » E t les fem m e s fle u ris sa ie n t le u r s\nc o r s a g e s , p o m p o n n a ie n t le u r s o m b r e lle s . D es g a m in s c r ia ie n t des jo u r n a u x e n ­\nc o re h u m id e s d e l a p re s se , e t q u ’o n a r r a c h a it en fe u ille s , sa n s la is s e r le tem p s\nd e le s p lie r . U n b r o u h a h a d ’a llé g r e s s e s’é p an d a it. D e v a n t le s d e m e u re s des d é ­\np u té s, des g r o u p e s p o u ss a ie n t u n « à ba s la c a lo tte ! » o u « v iv e n t le s lib é r a u x ! »\nd o n t la d e rn iè re sy lla b e se r é p e rc u ta it c o m m e u n é c h o . G risé s p a r la ju b ila tio n\ng é n é r a le , des p a y s a n s c r ia ie n t san s s a v o ir p o u r q u o i « v iv e J a n so n ! v iv e\nC h a r le t! » A u c o in des ru e s, des « s o c ié té s » d é b o u c h a ie n t en                 c h a n ta n t, et\nm u s iq u e en tête, se jo ig n a ie n t a u c o r tè g e . L e s fe n ê tre s s’ o u v r a ie n t, g a rn ie s\nde d a m e s a g ita n t le u r s m o u c h o irs .\n   A    la p o r te de S c h a e r b e e k , le tr a m , q u i a v a n ç a it au g r a n d e ffo r t de ses\nq u a tre c h e v a u x , d u t s ’a rrê te r, à c a u se d e l’e n c o m b r e m e n t.           U n p e tit v ie il­\nla rd en d e s c e n d it, c h a u s sé d e b o ttin e s e n é to ffe, v ê tu d ’ u n e re d in g o te n o ir e\nq u i s’a llo n g e a it ju s q u ’ a u    g e n o u ; s ’a p p u y a n t     su r    u n jo n c à p o m m e a u\nd ’iv o ir e , il g a g n a e n so u ffla n t l ’ a u tre c ô té d u m a ca d a m , o ù su r le tr o tto ir\ntr o is p e tits m o rv e u x jo u a ie n t. Il se b a issa p o u r le u r re m e ttre les tic k e ts\nro se s q u ’o n lu i a v a it re m is d a n s la v o itu r e : « V o ilà p o u r v o u s. » A v e c u n e\nb o n h o m ie de g r a n d -p è r e , il c a re s sa      de ses      m a in s n o u e u se s le u r tête b o u ­\nc lée , e t p e n d a n t q u e lq u e s    in sta n ts , p e rd u d a n s u n s o u r ir e , il le s re g a rd a\ns ’a m u s e r. A p r è s q u o i il se re to u r n a p o u r re p re n d re so n c h e m in ....\n   « M o n s ie u r C h a r le t! » c r iè r e n t d e s o u v rie rs . T o u t le             m o n d e v e n a it de\nr e c o n n a îtr e l ’h o m m e le p lu s p o p u la ire de B r u x e lle s , C h a r le t, l ’a n c ie n m in is ­\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3837, "texte": "                                                    -      158 -\ntre , le h é ro s d e l à ré v o lu tio n de 18 30 . « V iv e C h a r le t, v iv e C h a r le t! » c r ia la\nfo u le to u t d ’ u n e v o ix    en s ’o u v r a n t re s p e c tu e u se m e n t p o u r la is s e r p a sser\nl ’illu s tr e v é té r a n . R e m e rc ia n t, il ô ta so n fe u tre à la rg e s b o rd s ; et de n o u v e l­\nle s a cc la m a tio n s s’ é le v è re n t à la v u e de c ette g r o s s e tête à l ’ a ir p a te rn e l, q u i\nré v e illa it c h a q u e fo is les e n th o u sia sm e s d u p e u p le ; a d m ir a b le de b o n té , e lle\nse d é ta c h a it en p le in s o le il, trè s -ro u g e , a v e c ses d e u x y e u x d ’u n b le u p é n é ­\ntr a n t et b ie n v iv a n t e n c o r e m a lg r é le s q u a tre -v in g ts a n s ; en h a u t se b o m b a it\nle fro n t, p ro é m in e n t, é n o rm e , a u            p ro fil p re s q u e    ro n d c o m m e à u n e tê te\nd ’e n fa n t;   q u e lq u e s m è c h e s      b la n ch e s d isp o sé es a u to u r d u         crân e      chauve\nre to m b a ie n t to u tes d r o ite s su r le c o lle t de la re d in g o te ; et le s jo u e s ra sé e s\nd e s ce n d a ie n t ave c des p lis g r a s d a n s u n fo u la rd b la n c .\n   D e v a n t lu i u n e so c ié té d ’h a r m o n ie s ’éta it a rrê té e , r a n g é e e n b a ta ille ; et\nco m m e s u r u n sig n e du p ré s id e n t le s c la ir o n s e n to n n a ie n t u n e fa n fa re , u n\nm o u v e m e n t se fit, c e u x q u i é ta ie n t en a r r iè r e et n e v o y a ie n t r ie n , p o u ss a n t\nle s a u tr e s : d e r e c h e f les h o u r ra h s é c la tè re n t, ta n d is         q u e le s b a tte m e n ts de\nm a in s c o u v ra ie n t le b r u it d e s tro m p e tte s .\n   M o n s ie u r C h a r le t s’a p p ro c h a d u p ré s id e n t, et d ’u n a ir u n p e u s u r p r is lu i\ndem anda :\n   —     P o u r q u o i d o n c m ’a p p la u d isse z v o u s a in s i ?\n   —     M a is m o n sie u r C h a r le t, ré p o n d it le p ré s id e n t e n se d é c o u v r a n t, v o u s\na ve z été ré é lu ce m a tin n ’est ce p as ?\n   — A h ! d it le v ie illa r d , a h ! j ’ai été ré é lu ? C e la m e fa it g r a n d p la is ir . Je\nv o u s re m e rc ie b ie n __\n    Il re g a rd a la fo u le se d is p e rse r,            et à p e tits     p a s, m e tta n t le n te m e n t l ’u n\nd e v a n t l ’ a u tr e ses p ied s rh u m a tisé s,              il s’a c h e m in a    en    b r a n la n t v e r s sa\nd e m e u re , sa n s p lu s p e n se r à ce m o t “ ré é lu » n ’ o ffra n t                  p lu s u n sen s très-\nc la ir p o u r lu i, q u i d e p u is b ie n tô t c in q u a n te           an s v e n a it s'a s se o ir to u s les\njo u rs à so n b a n c de d ép u té, a v e c la ré g u la r ité d ’ u n e h a b itu d e e n v ie illie .\n\n\n\n\n    O u i, u n d e m i sièc le de la b e u r s , et de ces la b e u r s si g r a n d io s e s q u ’ils é cra sen t\nle u r h o m m e ,c o u r b a it le v a lé tu d in a ir e . S a tr io m p h a n te b io g r a p h ie fig u r e a u x\np a g e s des liv r e s q u e le s e n fan ts é p èle n t           d a n s le s é co le s ; il a sa p la ce d a n s\nl ’h is to ir e u n iv e r s e lle , c a r il a re s su sc ité u n p e u p le .\n    E n 18 2 9 — il éta it to u t fra is é m o u lu de l’ U n iv e r s ité — la B e lg iq u e a g o n i­\n sa it so u s la d o m in a tio n           h o lla n d a is e ;   il y a v a it tr o is       siè c le s q u ’ e lle   ne\n co n n a is sa it p lu s la lib e r té .     Com m e un             hom m e       qui    a u ra it r o u lé du      haut\n d ’u n e m o n ta g n e , a c c ro c h é et m e u rtr i p a r le s           sa illie s du      r o c , e rré n é e , e lle\n n e sa v a it q u e lle p la ie s o ig n e r la p re m iè re .\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4509, "texte": "                                                                —       159 —\n\n     C h a r le t, a v e c q u e lq u e s a m is,               et c ’é ta ie n t a lo rs p re s q u e des e n fa n ts, o r g a ­\n n ise la g u e r r e            d e la p lu m e : u n b ea u m a tin , a u                        m ilie u de ces d o rm e u rs ,\n d o n t le ro n fle m e n t s e m b la it d é jà le h o q u e t de la m o rt, le b o u te -se lle so n n e .\n D e b o u t ! L e s jo u r n a u x p o u ss e n t, les lib e lle s c o u re n t. L ’o p p o sitio n écla ta it,\n fo r m id a b le .\n    C h a c u n sa it ic i la p a r t q u ’il p rit a u x jo u rn é e s de S e p te m b re , fa isa n t le\n c o u p de fe u , p u is, sa c a r to u c h iè r e é p u is é e , s’ e n se r v a n t c o m m e d ’ u n p u p i­\ntr e p o u r re d ig e r d ’ e n th o u s ia s te s p ro c la m a tio n s d e v e n u e s c la s s iq u e s . E t le s\n B e lg e s se le r e p ré s e n te ro n t to u jo u r s d a n s u n e p o se a u ssi c é lè b r e c h e z n o u s\nque      c e lle d u        « p e tit c a p o ra l » en F r a n c e :                   à     c a lifo u r c h o n      su r so n p e tit\n c h e v a l b r u n , so n tr o m b lo n e n b a n d o u illiè r e , il g a lo p e de la P la c e d e s P a la is\nà l'H ô te l-d e - v ille ,          u n d ra p e a u tr ic o lo r e à la m a in , a v e c ,                   d a n s le s y e u x , la\nfla m m e de la v icto ire .\n    C in q fo is il fu t m in is tre . Il a v a it, o n p e u t le d ir e , e n fo n c é d a n s le so l la p re ­\nm iè re p ie r r e d e ces c o lo n n e s à n o tr e p a cte fo n d a m e n ta l : la P r e s s e , l ’ E n s e i­\n g n e m e n t, l ’A s s o c ia tio n .\n    D ’a n n é e e n a n n é e il fit p a rtie d e to u s le s P a r le m e n ts . I l n ’y p r o n o n ç a it\np lu s d e d is c o u r s à p ré s e n t, m a is sa v é n é ra b le fig u r e ré g n a it su r l ’a sse m b lé e\na v e c l ’ a u to r ité d o u c e d ’ u n a n c ê tr e , et il r e c u e illa it les re sp ects d u s à u n\nté m o in de ces te m p s g lo r ie u x de la r é v o lu tio n , e s to m p é s d é jà des efface m e n ts\nd e la lé g e n d e .\n    M a in te n a n t, a p rè s a v o ir été d u ra n t u n                        d e m i-siè c le , to u jo u r s en h a le in e ,\nto u jo u r s te n d u , il se re p o s a it, v iv a it u n e v ie u n ie , sa n s se c o u ss e s , q u i lu i\né ta it u n e r é c o m p e n se d e to u s le s jo u r s .                    I l se         te n a it d ’o r d in a ire d a n s so n\nc a b in e t d e tr a v a il, o ù des                ra y o n s c o u r a ie n t le lo n g           d u m u r, p lo y a n t so u s\nd es ra n g é e s de b r o c h u r e s p o litiq u e s et d e liv r e s d ’h isto ire q u ’ il n ’o u v r a it\np lu s   ja m a is ;       su r       l ’ a u tre      m u r,      des      lith o g r a p h ie s       de      1 83 o      r e p ré s e n ­\nta ie n t d e s       scè n e s d e la              ré v o lu tio n ,    d e s so ld a ts         en     b lo u s e ,      se   b a ttan t\navec      fu r e u r ;          é p in g lé e s      dans u n           c o in ,      p rès     de     la b ib lio th è q u e ,       des\na ffich e s       ja u n ie s      p o r ta ie n t      com m e         e n tê te : « B ra v e s B e lg e s ! » ; il n e                se\nso u v e n a it      m êm e          p lu s d e le s         a v o ir     ré d ig é e s . C ’est          là    q u ’il     s'a s se y a it\nto u s les m a tin s en fa c e d ’u n e ré d u c tio n en b r o n z e de la C o lo n n e d u C o n g r è s ,\np o u r g r iffo n n e r q u e lq u e c h o se                  d ’illis ib le et d ’in c o m p r é h e n s ib le            a u q u e l il\nm e tta it to u s ses so in s, et q u ’ il in titu la it ses M é m o ir e s .\n   O n lu i d e m a n d a it so u v e n t d e r a c o n te r les im p r e s sio n s q u i lu i é ta ie n t\nre sté es de 1 83 o . A lo r s , il ré flé c h is sa it u n p e u , et c o m m e p e r d u d a n s les\nb r u m e s de ses s o u v e n ir s , ré p é ta it in v a r ia b le m e n t u n e s e u le p h ra s e , o ù s’e m ­\nm ê la ie n t n o m s et d a te s : « A h o u i... J ’a i g a lo p é , ces jo u r s - là ... P la c e des\nP a la is , ce n ’ é ta it p lu s q u e la fu m é e . O n n e v o y a it p lu s le P a r c . N o u s tir io n s\nd a n s le ta s ... J’ ai fa it m o n                  d e v o ir, a lle z ! ... E t          a p rè s q u e to u t a été fin i,\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3255, "texte": "                                                 — 160 —\nj e su is a llé au C o n g r è s ,     et d e v an t to u s, le        P r é s id e n t   m ’ a s e r ré d a n s ses\nb ra s . »\n    L ’ a p rè s m id i, m a d a m e v e n a it le r e tr o u v e r. P e n d a n t q u ’il se re p o s a it, p e lo ­\nto n n é d a n s so n fa u te u il de c u ir, e lle se te n a it près de la fe n ê tr e , tr a v a illa n t à\nq u e lq u e b r o d e r ie . E lle éta it g ra n d e ,     m a ig r e ;      c h a q u e c ô té de     sa fig u r e\nau te in t u n p e u p â le, ses c h e v e u x ra m a ssés fa is a ie n t c o m m e u n g lo b e en\nfilig ra n e d ’a rg e n t. L e v ie u x , q u i n ’a v a it g u è re eu d a n s sa v ie d e m o m e n ts à\nd o n n e r à l ’a m o u r, la re g a rd a it en e x ta se.\n    — A q u o i ré flé c h is se z-v o u s d o n c a in s i, C h a r le t ?\n    E t l ’a u tr e , a tte n d ri :\n    — E h , e h , je so n g e a is à p a r t m o i, L ili, q u e tu n ’es pas e n c o r e tro p m a l...\n    E lle le c h o y a it c o m m e u n en fan t. L e s d im a n c h e s o n in v ita it d e u x o u tro is\nv ie u x p a rle m e n ta ir e s q u i p a ssaie n t q u e lq u e s h e u re s a v e c le u r a m i. A ta b le ,\ne lle v e illa it à to u t, lu i v e r sa n t à b o ire , lu i ré s e r v a n t le s m o r c e a u x            q u ’il\na im a it. E t au d e sse rt, c o m m e C h a r le t a v a it v id é so n d o ig t de v in , e lle d isait\nen lu i d é faisan t sa se rv ie tte , a v e c so n in d u lg e n t s o u r ir e de v ie ille m a rq u is e :\n« V o y e z u n p e u , il b o it c o m m e u n h o m m e ! »\n    A v e c l ’â g e , il s’ éta it fa it u n e fo u le de jo ie s e n fa n tin e s. U n de ses p e tits\nbo n h eu rs     é ta it de s o r tir se u l. A lo r s ,       s ’il    n e fa is a it p as tr o p       m a u v a is ,\nm a d a m e C h a r le t, a p rè s q u 'il s ’é ta it ra sé , l’e m b o b e lin a it c h a u d e m e n t d a n s sa\np e lisse, d o n t e lle lu i re le v a it le c o lle t su r les o r e ille s , et il p a rta it : il fa is a it\nsa p ro m e n a d e h a b itu e lle , sa lu é p a r to u t le m o n d e , « c o m m e le                     R o i »,\nd o n n a n t à c h a q u e p a s des c o u p s d e c h a p e a u x , ré p o n d a n t a u x e n fan ts p a r u n e\np e tite ta p e su r la jo u e . P a r fo is , il re n c o n tra it u n v ie u x rh u m a tis é , u n c o p a in\nde je u n e s se : et ils re s ta ie n t p e n d a n t d e s h e u re s s u r le tr o tto ir à c a u se r, sans\nu n g e ste , le u r s m a in s frile u s e s d a n s le u r s p o c h e s , é c h o u é s l ’ u n e n face de\nl ’a u tre .   Ils p a rla ie n t d u v ie u x te m p s. D u           te m p s à v e n ir a u ssi, de 1880,\na u q u e l ils e sp é ra ie n t b ie n a tte in d re , c ’éta it le u r d e rn ie r v œ u , p o u r je te r\ne n c o r e u n e fo is , c o m m e a p rè s u n g r a n d tr a v a il,             un     cou p   d 'œ il   su r la\nb e so g n e a c c o m p lie , et re c e v o ir , a v a n t de s’ en a lle r , le s r e m e rc îm e n ts de.\ncette B e lg iq u e q u ’ils a v a ie n t faite .\n         [A su iv re).                                                 M a u rice S u lz b e r g e r\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-02-13-n4-008", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 161, "page_fin": 162, "titre_corps": "Le Puits", "titre_sommaire": "Le Puits", "signature_source": "Jean Ajalbert", "ancre_debut": "LE PUITS", "ancre_fin": "Jean Ajalbert", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 176, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1222, "texte": "L E PUITS.\n\n                                     A Ephraïm M ichaël\n\n\n\nJ ’ai noyé ma mémoire au fond d'un puits profond\nDans les stagnantes eaux, vertes de moisissure,\nUn puits abandonné de tous, où se morfond\nL'herbe maigre, poussée entre chaque fissure.\n\nLes Filles, autrefois, venaient y puiser l'eau;\nLes enfants y jetaient — pour s'amuser — des pierres ;\nLes Filles n'y vont plus jamais plonger leur seau,\nE t ne passent devant qu'en baissant les paupières.\n\nMême des hommes font le signe de la croix\nE t l’ Aïeule, qui sait des histoires étranges,\nD it que l'Esprit du soir y sème des effrois,\nL'Esprit qui dort, le jour, parmi le foin des granges.\n\nN ul ne fauche le champ voisin du puits maudit;\nL a margelle s'effrite, usée; et la poulie,\nAutour de qui la corde encore se roidit,\nGrince, avec des sanglots de femme qui supplie.\n\nJ'ai noyé ma mémoire au fond d’un puits profond\nDans les stagnantes eaux, vertes de moisissure ;\nUn puits abandonné de tous, où se morfond\nL'herbe maigre, poussée entre chaque fissure.\n\nLes bruits, répercutés par mon frêle tympan,\nNe se traduisent plus en sonores idées;\nC'est comme un souffle vain dans la flûte de Pan\nQue les mots, à travers les oreilles vidées.\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1202, "texte": "                            — 16 2 —\n L e s tableaux les p lu s neufs en leur prim e fr a îch eu r\n S e couvraient à mes y e u x d 'un e sombre patine\n P a r les comparaisons que mon esprit chercheur\n T ir a it des souvenirs écrits sur m a             R étin e.\n\n\n P lu s rien n'encombre p lu s mon cerveau rajeun i,\n E t j ' a i la vision prim itive des choses...\n E t mes oreilles et mes y e u x —        à l ’in fin i —\nD a n s les m atins chanteurs, et dans les couchers roses\n\n\n Trouvent nouveaux, toujours, les spectacles anciens\nP u i s q u 'i l ne reste p a s   trace    q u ’ en mes oreilles\nA ie n t passé des chansons d 'oiseau x m usiciens\nO u que mes y e u x aient vu déjà des fle u r s p areilles.\n\n\nO u b lieu x du   P a s s é , j'ig n o r e l'avenir,\nS a n s le dégoût présent des heures monotones,\nE t j e vois les E té s commencer et fin ir\nS a n s craindre a u x ram eaux verts la rouille des automnes.\n\n\nJ ' a i noyé ma mémoire au fo n d d 'u n p u its profond\nD a n s les stagnantes eau x, vertes de moisissure,\nU n p u its abandonné de tous, ou se morfond\nL 'h erb e m aigre, poussée entre chaque fissu re.\n\n\n                                                 J ean      A jalbert.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-02-13-n4-009", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 163, "page_fin": 163, "titre_corps": "Bleu et Noir", "titre_sommaire": "Bleu et Noir", "signature_source": "Stuart Merrill", "ancre_debut": "BLEU ET NOIR", "ancre_fin": "Stuart Merrill", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 178, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1457, "texte": "B L E U E T N OI R\n\nSuspendons nos p en ser aux clous d ’or des étoiles,\nM a mystique amoureuse, ô sœur des séraphins,\nS u r un vaisseau fantôm e, ouvrons le vol des voiles\nA u souffle des zéphirs chargés d ’arômes fins.\n\nE t voguons dans le bleu des océans immenses,\nSous un bleu pavillon, dans la langueur des soirs,\nDrapons-nous dans l ’azur de nos rêves intenses\nComme au pied des autels les porteurs d ’encensoirs.\n\nE t tandis que riront sous l ’airain de la proue\nL a vague parfumée et l ’écume d ’argent,\nOh ! nous rirons aussi, ma lèvre sur ta jou e\nE t mon regard noyé dans ton œil négligent.\n\nDans nos seins fleuriront les espoirs multiflores\nNous foulerons les mers sans compter les beaux jo u rs,\nE t nos cœurs vibreront comme des luths sonores,\nA u baiser musical des troublantes amours.\n\nJ ’ essaierai d ’oublier le réveil de nos rêves\nE t l ’horreur des d eu x noirs où hurle l ’ ouragan,\nE t les éclairs flambants comme un combat de glaives\nDans l ’Erèbe des nuits, sous les doigts de Satan.\n\nCar peut-être demain ô ma blonde amoureuse,\nL es flots te briseront sur les rochers de fe r ,\nL es flots te cracheront, ô ma douce peureuse,\nE ntre les crocs aigus des monstres de la mer,\n\nE t contre les débris de notre vieux navire,\nRoules dans les remous ou collés aux calmars,\nSans bruit, j e casserai, cadavre qui chavire\nM on crâne où tourbillonne un vol de cauchemars.\n                                     S tuart M er r ill .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-02-13-n4-010", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 164, "page_fin": 166, "titre_corps": "Causerie artistique : Deuxième Salon des XX", "titre_sommaire": "Causerie artistique : Les XX", "signature_source": "Henry de TOMBEUR", "ancre_debut": "CAUSERIE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "Henry de TOMBEUR", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 179, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "CAUSERIE ARTISTIQUE\n                   D E U X IÈ M E S A L O N D E S X X\n\n                                                  \" S 'il s ne sont pas contents de leur place, qu’ ils\n                                                exposent chez eux \"\n                                                                         Salon de Bruxelles 1884,\n\n\n\n  N o tre collaborateur ordinaire, Jacques Cham pal, nous fait d éfau t; avec une outre­\ncuidance sans pareille, je m e suis offert à le rem placer ; n’ étant pas « de la partie »\nje viens dire ce que je pense, tout bonnement, com m e le prem ier spectateur ven u ;\ntant pis si, en m ’aventurant dans le jardin du voisin, mes pieds inexperts et patauds\nécrasent quelques fleurs des plates-bandes bien râtissées....\n  D ’abord, si j’accouche de cette Chronique, je le dis carrém ent : c’est pour faire\npièce aux autres.— Je ne suis pas de ceux qui prétendent diriger l’éducation artistique\ndes m asses; je prétends au contraire que c’est la m asse e t la m ode qui fon t l’opinion\nde tel et tel critique bourgeois d’une gazette en vo gu e, car je ne veux pas les trou­\nver, d’eux-m êm es, assez sots pour croire qu’ils débitent sincèrem ent toutes leurs\nabsurdités. Je ne suis pas non plus de ceux qui prétendent juger une œ u vre à un\npoint de vue gén éral, neutre, « garde civique » si je                puis dire , et qui con ­\ndamnent sans retour, annihilant deux ou trois années d’efforts et de souffrances d’ un\nartiste sincère, alors que peut-être ils n’ ont absolum ent rien com pris à son œ u v re ...\n  N on , je ne suis pas de ceux-là ; je viens ici, tout bonnem ent, je le répète, dire\nm on opinion, la mienne, entendez-vous? sans v ou loir la faire partager par personne.\n   D ’ailleurs, à mes yeux, la critique artistique, réelle, n’ existe pas ; — de m êm e\nqu’ un sujet identique, vu par v in g t artistes, recevra v in g t interprétations distinctes,\nde même, selon nos tem péram ents, notre m ilieu, nos goûts et notre vie, nous irons\nchacun aux œ uvres de notre monde, à celles que nous percevons et com prenons le\nmieux.\n   Aussi, je le répète, m a critique est-elle absolum ent personnelle. Q u ’on en rie ou\nqu’on l’admette, il ne m’en chaut guères. S ’en m oque ou l’adopte qui voudra !\n\n   T o u t d’abord, je vais aux miens, aux lutteurs d’ avan t-garde, aux bafoués, aux\n honnis, à ceux qui ne sentent pas la fadeur m oisie du musée, à ceux, — ô crim e\n abom inable, — qui, com m e m e le disait l’autre jour un critique influent, n’ ont, pas —\ns’il est perm is ? — une touche différente pour faire une lanterne et un pantalon.\n"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3712, "texte": "                                             — 165 —\n   A m oi Ensor, T o o ro p , V o g e ls, Finch, les beaux peintres, à m oi C h ainaye, le fier\nstatuaire, à m oi les intransigeants, les persévérants, les vrais. — Peu leur im porte\nqu’une œ u vre soit finie, soit « com plète », pourvu qu’elle rende l’im pression, l’ém o­\ntion qu’ils   ont ressentie,      et lorsqu’ils sont parvenus à        fixer cette sensation\nsubtile et personnelle, après de plus pénibles et plus laborieux efforts peut-être que\nles porcelainiers lêcheurs de toile ou polisseurs de m arbre, ils ne touchent plus à\nleur création, laissent intacte ces vibrations de leur âm e traduites; leur art est plus\ngrand, plus ém ouvan t et plus vrai, que le tripotage m éticuleusem ent ach evé de ceux\nqui sont impuissants à sentir et à rendre com m e eux.\n   V o tre ign oran ce du dessin??? Q u i diable, à la fin, parm i tous ceux qui disent :\ncelui-là ne sait pas dessiner, m ’ expliquera ce que c’e st: le D e ssin ? sinon une\npartie des m o yen s d’ expression du peintre, et alors, n’ est-il pas autre pour chacun\nd’eux, et surtout, pour chaque transform ation de l’art ?\n  E st-ce la colossale débauche des m assivités égyp tien nes, la pondération plastique\n-grecque, l’exubérance m usculaire de la R enaissance, l ’ascétism e des chefs-d’ œ uvre\nrom ans et gothiques, qui constituent le dessin im m uable et im peccable? O u bien\nle dessin n ’est-il que le trou d’un objet dans l’espace, et alors, la façon d’ envisager\ncet objet, partie du tout, ne doit-elle pas dépendre de la perception qu’a l’artiste du\ntout ou de l’ espace lui-m êm e. E t dès lors : à chacun sa personnalité, c’est-à-dire :\nà chacun son sentim ent, sa couleur et son dessin.\n   C e n’est donc pas m oi que l’on entendra jetant à la tête          d ’E N SO R ce m ot d’In­\ngres : « Le dessin c'est la ... etc.; j’admire sans réserve l’harm oniste à la fois brutal\net exquis, aux atm osphères superbem ent fluides, aux colorations intenses se prêtant\nles dessous qui m agnétisent et font vibrer. T o o r o p , V o g e l s , F i n c h non plus ne\nse soucient pas de la vérité photographique ; ils se contentent d’ interpréter artiste­\nm ent ce qu’ils voient, à travers leur tem péram ent. C hacun convient en effet, qu’ on\npeut n’ exalter qu’ un côté d e là nature, et faire un chef-d’œ uvre; j’ajoute m êm e que\nc’est là la m arque des plus pures époques de l’art ; les décadences seules ont p ro ­\nduit ces œ uvres exsangues, admirées par Prud’hom m e, qui donnent l’aspect inté­\ngral du docum ent, toutes ses faces, tous ses côtés, sans avo ir la puissance d’inter­\npréter aucun d’entre eux.\n  L ’espace m e m anque pour analyser en détail chaque œ u vre de ces bons ouvriers;\nE n sor expose des natures mortes, un paysage, et l’après - dîner , où s’étalent les\nqualités ordinaires de ce    m a ît r e .   T o o ro p a donné la Daine en blanc, le Déjeûner,\nUne panique, Décembre, le Nés à A m sterdam et un portrait de V o g e ls, le tout, à\ndes degrés différents, sans doute, d’une lum ière, d’ un coloris et d’ une intensité de\nsensations inouïes ; V o g e ls arrive à une grandeur épique dans La chaumière du père\nK eeske; Temps dechien et Crépuscule sont d’une im pression saisissante ; la neige voltige,\ntourbillonnante et m ouvante, dans le Jardin du voisin, et sa Chaloupe de Trouville\nest d’ une délicieuse tonalité. Finch a dans           toutes ses toiles un air vibrant ; ses ,\nciels sont d’ une profondeur infinie ; dans l'Intérieur à Mariakerke, si l’hom m e est\ninsuffisant, la fem m e est d’ une architecture adm irable, et les puissants effets de c o u ­\nleur qu’on o b se rv e dans ces œ uvres sont obtenus par un faire d’une belle sim plicité.\n"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2070, "texte": "                                               166 —\n\n   D ans l’envoi de R e go yo s, nous ne trouvons aucun p rogrès, au contraire. Q uand\n donc ce peintre voudra-t-il faire valoir par le travail ses réelles qualités ?\n   C hain aye n’est en général pas com pris : on apprécie justem ent Rive paisible et\n  Vainqueur ; mais on discute beaucoup Demblon, buste admirable de vérité et de vie,\n et encore plus Terre féconde qui a fait dire à des gens d’une im posante ign oran ce en\n anatom ie, que l’auteur n’en connaît pas assez; Rive paisible est là pour répondre.\n Terre féconde est d’une plastique sp éciale; le geste est d’ une précision catégorique,\n le corps d’ un poids réel est accroch é au sol avec grandeur et solidité, et ses con ­\n tractions musculaires sont m odernem ent vues, quoique un peu exagérées peut-être.\n   Je citerai encore, parm i les œ u vres des X X , L e soir en West-Flandre, de G œ thals,\nle Conteur arabe et les ‘Portraits de V an R ysselberghe, D ans les dunes, un Brocart\net le Portrait de Meunier par V erh eyd en ; enfin ,         le M oulin de K nocke, par\nW ytsm an . T o u t ayant été dit sur ces bonnes oeuvres, et m êm e sur les autres, je\ncrois inutile d’en parler longuem ent.\n  Je ne veux pas m ’amuser ou amuser le public en m e m oquant de certains; c’est\nun plaisir m échant qu’il est trop facile de se payer.\n  Parm i les artistes invités, S w a n , avec ses Lions d’une grandeur biblique, qui\nm archent, hurlants, dans les solitudes des déserts, M e l l e r y avec ses dessins de\nl’île de M arcken, suite de scènes hantantes par leur caractère dram atique et l’at­\nm osphère de plom b qui pèse sur la nature observée, R a f f a e l l i , le conteur des\ntravaux pénibles et des repos m élancoliques et abrutissants des banlieues de Paris,\nMEUNIER, ce peintre farouche de la vie noire des cyclop es m odernes, B r a c q u e m o n d ,\navec son C oq, superbem ent         cam pé   sur ses ergots batailleurs, sont        surtout\nremarqués.\n\n                                                             H en ry   d e   TOM BEUR"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-02-13-n4-011", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 166, "page_fin": 167, "titre_corps": "Chronique musicale : Camille Saint-Saëns", "titre_sommaire": "Camille Saint-Saëns", "signature_source": "Jacques Champal", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "Jacques Champal", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 181, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 2088, "fin_caractere_exclue": 2760, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n                      C A M IL L E        S A IN T -S A É N S\n\n  Nous avions pour Cam ille Saint-Saëns, quoique tiède encore dans ses envolées\nm usicales qu il échafaudé plutôt en intelligen t qu’ en inspiré, un v agu e respect,\npareequ’il est eu France le seul m usicien actuel qui tente de           temps à autre un\neffort partiel. N ous nous rejouissions donc d’ entendre les œ uvres annoncées par le\nprogram m e du troisièm e concert populaire. N ous croyo n s qu’à part les airs de\nballet de Henry V III, Saint-Saëns n’aurait pas pu choisir de m orceaux faisant plus\nde concessions aux gens qui ne com prennent en musique que le petit côté pitto-\n"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2213, "texte": "                                     —    167 —\n\nre s q u e , le m o ulage ou calque superficiel des sonorités qu’ on est con ve n u , les\npieds sur les chenets, de trou ver ultra m usicales.\n  L a carte de tous ces plats aurait dû nous m ettre en défiance; elle nous a fait\nfaire le tour de l'E urope en une heure d’ exécution d’orchestre; d'abord elle nous a\ndonné une jota A ragonaise, puis une rapsodie d’A uvergn e, ensuite une sérénade\nesp agn ole et m êm e de ci de là des emprunts faits à l’É co sse et à l’Irlande. Il a\nfallu nous rendre à l’évidence. D e toutes ces im pressions étran gères le com posi­\nteur français n’a évoqu é que le côté panoramique, élégam m en t, nous l’admettons,\navec talent m êm e, mais enfin avec une distinction toute prévue à laquelle Saint-\nSaëns n’apporte aucun prism e particulier. L ’éternelle bohèm e du tam bour de basque,\nle rom antism e sau vage de la cornem use, la grâce sçche des castagnettes, tous les\naccessoires ob ligés de l’ opéra-com ique trouvaient leur em ploi à l ’audition Saint-\nSaëns.\n, L a grande et vraie musique, plâne à cent coudées au-dessus de toute cette m asca­\nrade figée. L ’art est le rapport de n otre cerveau avec des situations, des im ages, des\nsons. L a m usique c’est le ven t qui s’hum anise, l’ interprétation que des proscrits,\nla g o rg e étreinte par des sanglots m al contenus, donnent au rudim entaire chant\nnational du pays perdu. L a m usique m oderne vit de signification toute m orale; ce\nn’est qu’ainsi qu’elle est supérieure, dém atérialisée d’ essence docum entaire sem ble-\nt-il. C ’est celle-là qu’il nous faut, hom m es du N ord, dont les désirs devancent de\nloin les pénibles réalisations des jouissances en projet, nous dont les difficultés\nde bien-être ont subtilisé l’intellectualité, nous qui vivo n s les y eu x ferm és.\n  N o s cerveau x paraissent com prendre sans le secours des sens, tant ceux-ci ont\ndans notre organisation une besogn e affinée. N o tre m arche vers les lum ières a\ndonné la m ort à l’art extérieurem ent décoratif, assez donc de toutes ces ferblan­\nteries et grelo ts, nos appétits sont philosophiques.\n\n                                                           JACQU ES C h a m p a l .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 154, "texte": "                                                 PR IX DU NUMÉRO : 50 CENTIM ES.\n\n\n\n\n                                  1« A N N E E —                  N° 4\n\n                              Vendredi          13     Février        1885.\n\n                                    SOaMaMcAIT^E\nL ’o r g u e d e        B a r b a r ie                            CAM ILLE LEM ONNIER\nL ’I m p a s s ib l e                                             P ie r r e     Q.UILLARD\nL ’A n n e a u      d ’i n v i s ib il i t é                      A rnold         G OFFIN\nG r is e r ie d e        G in                                     R obert        CAZE\nG u stave         F l a u b e r t ( i re é t u d e )              E r n est      MAHAIM\nSur la         P lage                                             Ja c q u e s   M ADELEINE\nM . J .- B .     C h a r l e t , n o u v e lle                    M a u r ic e    SULZBERGER\nL e P u it s                                                      Jean     A JA LB E R T.\nB leu e t        N o ir                                           Stuart         MERRILL\nC a u s e r ie    A r t is t iq u e : L e s      XX               H enry de        TOM BEUR\nC a m il l e S a in t - S a ë n s                                 Jacques        CH AM PAL.\nC h r o n iq u e        de   l ’A r t    et     du   L iv r e ,\n\n\n\n\n                                               BRUXELLES.\n                              J .-B . MOENS, libraire-éditeur\n                                        7, Galerie Bortier, 7\n                                                                                               Jmctefeffê\n                                                     1885\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "           LA BASOCHE\n              REVUE LITTÉRAIRE ET ARTISTIQUE\nParaissant le 13 de chaque mois, en livraisons de 32 pages an moins.\n\n                        PRIX D E L ’ABO N N EM EN T :\n      B elgique : 4 fra n cs p ar an. — U n ion P o s ta le : 5 fran cs.\n\n   Le tirage des nos i et 2 de L A B A SO CH E étant complètement\népuisé, nous nous voyon s forcés de créer des abonnements de dix mois,\nau prix de 3 fr. 50 (étranger : 4 fr. 50), qui partiront du n° 3.\n\n                                     BUREAUX DE LA REVU E :\n\n                 Galerie Bortier, 7, à Bruxelles en Brabant.\n\n     L A B A SO C H E reste absolument indépendante de toute coterie littéraire ou\nartistique. — Elle ouvre ses colonnes aux essais de ses abonnés. —• Leurs envois\nseront examinés par un Comité littéraire, et insérés, s’il y a lieu. — Les manuscrits\nnon insérés sont rendus sur demande.\n     Il sera répondu à toute lettre sérieuse, contenant un timbre pour l’affranchisse­\nment du retour. — Nous rendrons compte de tout ouvrage dont un exemplaire\nparviendra aux bureaux de la Revue.\n     La reproduction des articles de L A B A SO C H E , est autorisée sous condi­\ntion d’indiquer leur provenance et d’avertir la Direction.\n\n  ERRA TU M : Page 1 56 : Sur la Plage, i re strophe, lire : vous avez au lieu de aviez.\n\n                              HOTTE A U X CH IFFO N S\n  Henry Théaiio. — Pouvez beaucoup mieux. Travaillez ; « I l P le u t » surtout révèle de très sérieuses qualités\n  J . Jauv. — Ça ! des v e rs? ... v ous? poète !... — Maçon, oui !\n  J . M. R. Litnpol. — Mais, cher aspirant-collabo, vous retardez de plusieurs siècle s; vos vers sont d’ un\nromantisme tellement échevelé, que la crinière de Th éo Gauthier à Hernatti en frém it. Lisez les modernes,\nsecouez le poussiéreux fatras des flots bleus, des astres purs, des orangers et des gondoles, et revenez-\nnous.— Am icalement.\n  D . K . — A llez!... gâgâ ! mûr pour l’ Académie ! Houste !\n  G. P. T. — ... moi aussi, de rire, en lisant vos rimes.                                                       .\n  A. M. — G and. — Sois homme, oui vraiment, et de ton époque surtout! Laisse à Corneille ces tirades\nhéroïques, change du tout au tout, deviens moderne, conserve ton vers facile, et reviens nous.\n  E. B. Brux. — Ah ça, vous fichez vous de nous, pour envoyer à la Basoche des machins pareils ?\nAttention! Si recommencez, publierons tout vif, avec nom au bas; ça vous subm ergera sous le ridicule.\n  X. Y. A . — ? ? ? ? Vous promets un cheveu de Francisque Sarcey, ou une société Colom bophile, au choix,\nsi vous pouvez m’expliquer ce qu’avez voulu dire dans : « A E lle ! »\n  A lf. M . — Il y a du papier de trop, chez vous ! Ecrirai à votre papa, qu’il l’enferm e !\n  Fer. du L. ;    des Br. — La poésie, pour vous, s’arrête à Lam artine, m on cher. Ouïtes-vous enonc^ues\nparler d’ un Monsieur qu’on nomma Baudelaire, Charles de son cognom , et qui paraît-il, écrivit des choses\n« pas mal »? Prud’homme qui s'adjoignit Sully; Coppée, qui de Francis devint François, puis académicien\nfrançais — hélas! l’ impeccable et superbe Leconte de Lisle, Mendès, Banville — tous les modernes, enfin,\nn’ont-ils jamais existé pour vous?\n  R. J . — Etre abonné, cher correspondant, n’ est qu’ une des conditions ; vous semblez en oublier une\nautre, qui pourrait bien avoir tant soit peu d’im portance: écrire des choses passables. — Et je vous jure que\ncelles-ci ne passeront pas.\n  Herbert de G ravonn.— V ieilleries, con frère! Hiatus, clichés, doubles rim es... rien ne manque. Et\nque ??? ceci :\n                                 Un immuable amour pour tes divins a t o u r s !\n  A lors, pour vous, un mannequin habillé « gentiment attorni » est suffisant?\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "        L ’ORGUE DE BARBARIE\n\n          Un ciel pâle  couvrait les bois: on était en janvier.\n             Cet azur avait la bénignité des malades à leur\n               remier sourire et la candeur étonnée des choses\n          p    Il enfermait d ’un cercle presque blanc le disque\n du soleil, se teintait de lilas plus loin, demeurait bleu un\n instant et appuyait sur la pointe des arbres un petit fond\n brouillé de fumées violettes.\n    Une sérénité immense régnait dans la nature; pas un\n souffle de vent ; mais un bourdonnement ineffable et continu\n de la terre qui se gonfle à la lumière.\n    D es ornières' profondes ravinaient les chemins, les unes\n inégales et rugueuses, creusées par le travail sourd des\n eaux, les autres polies par la roue des chariots, et des lueurs\n bleues couraient le long de leurs crêtes, avec des vagues\n reflets d’acier damasquiné.\n    J’aimais sentir la terre mollir sous mon pied ; comme\nun tapis profond ou comme une chair vivante, elle cédait\nà la pression, grasse, spongieuse, élastique, et cette malléa­\nbilité donnait envie d’y coucher son corps.\n   U ne buée légère, qui se lamait d’argent au soleil, flottait\nsur les humidités des lieux sombres ; mariée aux pâleurs\nindécises des verts, aux profondeurs bleuâtres des fonds, au\ngris perlé du midi, elle faisait sous l’azur clair .des accords\némouvants.\n   A u loin, les arbres découpaient des colonnades égrati-\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "                           — 142 —\ng nées de raies de lumière, et des moires d ’or ourlaient\nle velours rouillé des mousses, le long des chemins. Une\nodeur de champignons montait de la terre, avec des relents\nde moisissures et de chambre longtemps close. N ’en était-il\npas ainsi de ce doux paysage d'hiver, tout à coup débar­\nrassé de ses neiges et ouvrant sur un ciel ensoleillé ses\nperspectives d’un vert pâli, comme pâlit la soie dans les\nfourreaux?\n   J’allais, le cœur ravi et mêlé à la joie des choses, comme\nun bienheureux, sans penser à la veille ni au lendemain,\nni aux frimas, ni aux vents,., tel, en un mot, qu’un homme\nque la chaleur de la bûche ne peut réchauffer et qui sent se\ndissiper sa torpeur à la morsure du soleil, quand tout à\ncoup, dans la solitude de ce bois adorable, un orgue mélan­\ncolique se mit à moudre un air connu.\n   Je m’aperçus alors que je n’avais point quitté le sol des\nvilles : un bout de village vermillonnait de ses toits en\nbriques la brune profondeur des taillis. Cet orgue me rap­\npelait qu’il y avait là une chaussée, des cabarets et de petits\nenfants pauvres aux nez rouges, dansant en rond, la main\ndans la main.\n   L a musique m’arrivait tendre, un peu amollie par l’air\nhumide et tiède, comme la musique de l’autre été, en ce\nbois voluptueux où je sentis tout à coup votre bouche contre\nma main, ma chère belle; — et, si confuse d’abord, elle finit\npar emplir le ciel, les clairières, mon cœ ur et tout.\n    C ’était bien cette voix vieillote et cassée, avec ses chevro­\ntements de cuivre fêlé, ses grasseyements enrouillés, ses\nhoquets et ses pleurs. Je ne m’aperçus pas combien elle\nétait bête, occupé que j ’étais de voir refleurir sous la pluie\n de ses notes la troupe évanouie de mes vieilles pensées.\n    D e brillantes mousselines, des gazes légères, vapeurs à\n visage de femme, sortirent des fonds, à chaque moment un\n peu plus transparentes et visibles. Les chevelures blondes,\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "                           — 143 —\n\n\n incendiées au reflet des brasiers, et les tresses noires, lustrées\n d’étincelles bleues, roulaient à grandes ondes sur la rondeur\n des épaules ; puis la lumière, les couleurs, les formes se\nbrouillèrent, un tournoiement rapide décrivit sur l’herbe\ndes spirales folles, et mon cœ ur se mit à battre comme si\nje sentais encore sur mon bras la pression des petites mains\naux ongles roses.\n    « Bientôt l’am oureux vent de l’été fera monter au cœur\nde jeunes filles et de jeunes hommes la sève des grands\ndésirs. N e me tente pas, orgue diabolique et tendre! Cesse\nd’évoquer en moi le souvenir. A d’autres la ronde au fond\ndu bois, la taille qu’on emporte en ses mains et les pieds\nqui voltigent sans raser terre ! A d’autres l’ombre écaillée de\nsoleil où les yeux enivrés contemplent les défaites de l’amour!\nA d ’autres les baisers, les pâles clairs de lune, les pâm oi­\nsons et les délires! Laisse-moi, orgue troublant, vieux chau­\ndron qui crispe mes nerfs et ressuscite les fantômes endormis\ndu passé ! »\n   E t tout à coup j’entendis la musique décroître au loin,\nderrière les petits toits rouges et les cabarets fumants.\n   Alors, je tendis les bras et je m ’écriai :\n   « N e t’en vas pas!\n   « Reviens, musique des paradis, orgue céleste! »\n\n                                   C a m il l e   L e m o n n ie r .\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "                 L ’IM P A S S IB L E\n\n                                               A Ephraïm M ichaël.\n\n\n                           l ’é p h è b e\n\n\n\n\nO Femme, ta beauté n'est pas d'une mortelle,\nOn dirait la déesse aux seins bien modelés\nQu'un adroit ciseleur dans l'ivoire martèle;\n\nUn peigne d'or retient tes cheveux annelés\nE t le son de ta voix caresse mes oreilles\nComme un chant de grillon dans l'épaisseur des blés.\n\nIjacchos a moins soif de la pourpre des treilles\nE t des raisins dorés par les midis brûlants,\nQue ma bouche n'a soif de tes lèvres vermeilles.\n\nDétache la ceinture inutile à tes flancs,\nViens, et quand nous serons fatigués de caresses\nMon corps s'endormira bercé par tes bras blancs\n\nMieux que sur le sein nu des nymphes chasseresses.\n\n\n                     LA   C O U R T IS A N E\n\n\n\nEnfant, nul autre n'a le charme de tes traits\nN i des yeux plus ardents que tes chaudes prunelles :\nS i je pouvais aimer c'est toi que j'aimerais.\n\nMais les dieux m'ont donné les formes éternelles,\nEt le désir ferait grimacer mon front pur\nDans le tressaillement des étreintes charnelles.\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "                            — 145 —\nL'ombre ne laisse pas de traces sur le mur.\nLe pas des voyageurs sur la grève s'efface\nE t l'aile des oiseaux sur la vague d'azur :\n\nE t moi, tous tes baisers passeraient sur ma face,\nEphèbe enamouré beau comme un jeune dieu,\nSans échauffer mon corps fait de neige et de glace,\n\nSans y laisser jamais une empreinte de feu.\n\n\n                            l ’é p h è b e\n\n\n\n\nS i jusqu'ici ta chair est restée impassible,\nS i la volupté sainte et le plaisir sacré\nT'apparaissent encor comme un rêve impossible,\n\nC'est que tes vieux amants à ton cœur épeuré\nApportaient le dégoût des séniles débauches;\nC'est qu'ils ne t'aimaient pas comme je t'aimerai.\n\nV a! tout cela n'était que d'impures ébauches\nA l'image d'Eros, l'archer resplendissant,\nEt faites par des mains incapables et gauches;\n\nMoi je te donnerai la force de mon sang\nE t toute la vigueur qui fermente en mes veines,\nJ'énivrerai ton corps superbe — et frémissant\nComme au vent matinal les tremblantes verveines.\n\n\n                       LA   C O U R T IS A N E\n\n\n\n\nEnfant, d'autres m'ont dit ce que tu me dis là :\nMoins nombreux sont parmi la menthe et la myrtille.\nLes susurrants essaims d'abeilles sur l'Hybla.\n\nTous, Mynhon le poète et le danseur Bathylle\nE t l'athlète Agaclès et d'autres oubliés\nOnt épuisé pour moi leur vigueur inutile.\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "                        — 146 —\n\nComme la flèche vainc au fer des boucliers\nE t les glaives usés par le heurt des armures,\nLeurs baisers sur mes flancs se sont multipliés.\n\nC'est en vain qu'Hélios de ses rouges brûlures\nSe lasse à caresser le miroir des étangs : —\nViens, unissons nos corps, mêlons nos chevelures\n\nPuisque tu veux mourir, Ephèbe, je t'attends !\n\n\n                         l ’ é p h è b e\n\n\n\n\nCependant chaque jour dans la route fatale\nOù le pousse à jamais l ’immuable destin\nLe soleil marche jusqu'à l'heure occidentale.\n\nPour moi, c'était l'aurore et c'était le matin,\nQuand guidé par la main sûre des destinées\nEros perça mon cœur terriblement atteint.\n\nPrends donc la sève en fleur de vies jeunes années\nComme on vide une coupe entière d'un seul coup ,\nEpuise sans faiblir mes forces enchaînées.\n\nTais-toi! ne me dis pas que mon désir est fou\nEt que je suis brûlé des passagères fièvres!\nViens! avec le collier de tes bras à mon cou,\n\nLa mort me sera douce, ô femme, sur tes lèvres!\n\n\n                                           P ie r r e   Q   u il l a r d .\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "               PETITES ÉTUDES\n             L ’A N N E A U      D ’I N V IS IB IL IT É .\n\n\n                                                 A Joséphin Péladan.\n\n\n          ’ai les populaces en abomination.\n          J\n             L ’adoration stupide et écrasée de la p lè b e , l ’aplatisse ­\n          ment complet et adulateur des plus grands, des plus nobles\ndevant moi; — la gloire des dictateurs, enfin,           me   hante. M on\nnom dans toutes     les   bouches,    m urmuré    peureusem ent,     adjuré\ncom me celui d ’un Dieu, ainsi qu ’un défi jeté dans le fracas des ba­\ntailles ; — tel est mon rêve.\n\n  U n cortège hiératique, solennel, prolonge sa spirale houleuse à\nperte de vue : A u m ilieu des chars de guerre, des troupes m ercenai­\nres, des oëris encenseurs ; — au bruit des tambourins , des trompettes\net des sistres, assis sur un trône rayonnant, je rentre victorieux à\nT hèbes. U n héraut me précède qui dénom bre les glorieux combats\nlivrés aux Barbares. L es Égyptiens se prosternent à la m agie de mon\ntitre : Pharaon! O u, entouré de centurions et de licteurs qui séparent\nla canaille de ma personne sacro-sainte, je traîne enchaînés à mon\nchar trio m p h al, les prisonniers, rois et guerriers, pêle-mêle. Suivi\ndes masses profondes de mes légions, je parcours les rues de R om e;\nles aigles s’inclinent devant moi, les patriciens serviles tremblent à\nm a vo ix; — l’encens fume et chatouille agréablem ent mes narines\nde Demi-dieu. L e Capitole est proche; toutes les têtes se courbent\ndevant l’horrifiante puissance du Consul Rom ain !\n  Rom e a connu des Rois : sublim e, le comédien Néron, se faisant\napplaudir sous peine de mort, ou mettant le feu aux quatre coins de\nde la V ille Éternelle. T ibère et ses vivantes torchères, H éliogabale\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "                               —   14 8 —\n\nétouffant le Sénat sous une pluie de roses, sont plus vrais poètes\nque V irgile. Ces grands noms me tourmentent, car leur irradiante\ngloire noie dans une pénombre, la mémoire des contemporains.\n  Ceux-là furent réellement les M aîtres!... L eu rs colères restèrent\ninaffrontées, et ils sùrent plier le peuple à la condition qui est vérita­\nblem ent sienne : l’esclavage !\n  L a royauté se doit résumer en un mot : O m nipuissance ! D escen­\ndants abatardis des L atins, nous n ’avons su ou pu conserver leurs\ntraditions hautaines ; —   l ’esprit de caste disparaît, l ’égalité nivèle\nles intelligences même. E t les temps modernes ont inventé cet her­\nmaphrodite : la royauté constitutionnelle!\n  L e jour est proche, où, selon notre véhément espoir, surgira l ’homm e\nprovidentiel, qui, d’un revers de main, renversera les Chartes — ces\nchâteaux d é cartes ; — les Conventions et les Cham bres des députés,\n— ces lamentables théâtres de marionnettes ! A l ’éclair de son sabre\nétincelant renaîtra l 'âge d’or; les foules s’inclineront devant sa face.\nL a courbache, la roue, le .gibet, m ’apparaissent comme les instru­\nments du règne. L e véritable Messie, fils aîné de Jéhovah, D ieu\ndes armées, terrible et; vengeur, sera venu !\n\n  U n homme, en cette détestable ère, est digne d ’envie : la plus\nhaute puissance spirituelle du monde lui appartient : des rois, des\nempereurs, d ’innom brables multitudes l’honorent d ’un idolâtre féti­\nchism e. E levé sur le pavois non-pareil de l’humaine bêtise, il m arche\nsur nos têtes, bénit et foudroie, approuve et blâme, plein d’une\nsereine confiance en son infaillibilité. Sans armées, sans terres, avec\nla seule parole, il impose ses arbitraires et tyranniques volontés à des\nm illions d ’hommes. N i noms sonores, ni titres pom peux; il s’intitule :\nle Pape.\n   C ’est l’unique être vivant dont je sois jaloux.\n   Esseulé, il n’y a guère, en ma retraite, très-longuement j ’avais\nspéculé sur toutes    ces choses. L assé par la tension prolongée, de\nmon esprit; —     pour calmer mes nerfs, je dénombrais des yeux les\nobjets qui m ’entouraient. Longtem ps, je les arrêtai sur un masque\nchinois qui m ’est particulièrem ent cher ; — tout à coup, il me parut\nqu’il distendait sa grim ace et que son regard se fixait, de singulière\nfaçon, à un des angles de la pièce. Inconsciem m ent, je tournai la tête\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                                            — 119 —\ndans la même direction : un prodigieux étonnement me saisit à la\nvue d’un adm irable cabinet, incrusté d ’arabesques d’ivoire, que je ne\nme connaissais pas. Q uel ami précieux et expert à me plaire, m’avait\nfait ce m erveilleux présent, point ne cherchai-je à le savoir.\n    Je m ’extasiai à l’ingénieux travail, sans plus,               et avec une joie\nenfantine et puérile, j ’ouvris tour à tour, les m ultiples tiroirs du\nm euble. J’allais refermer le dernier, lorsqu’une petite boite scintillant\ndans l ’ombre du fond, sollicita mon attention. L a matière flexible,\nmolle, dont se com posaient ses parois, m’était inconnue. A u contact\nde mes m ains elle s’ouvrit                 d ’elle-m êm e : une bague s’y trouvait\nenchâssée.         Intéressé,        je   l’exam inais;   soudain, m a    curiosité fut\nviolem m ent attirée par une inscription s’enroulant autour de l’anneau.\nL e s caractères gothiques, presque effacés, se lisaient à peine. Je\ndéchiffrai pourtant :\n\n                  P A R LE MILIEU D’EUX\n      JESUS P ASSANT *              * S ’EN ALLANT\n    O incom parable Joie! Jouissance raffinée, —                  mes aspirations se\nréalisaient donc! A moi la puissance sur les autres hommes, — à\nmoi l’om n iscien ce, l ’om niprésence et les sources intarissables de\ndélectation qui en découlent! A                    moi le pouvoir de faire le M a l!...\nL ’anneau d ’invisibilité, entre mes mains, m ’octroyait l'em pire absolu\ndont j ’étais assoiffé!\n  Gare au M onde, maintenant! Je pénétrerai dans les conseils secrets\ndes Em pires, — témoin caché je présiderai aux intimes discussions des\nG rands; l ’inconnu n’existera plus pour m oi; —· je serai riche et fort,\n—    h a ï   e t   r e d o u t é !\n\n\n    L a domination m ’appartenant, sans conteste, je me grisais de\nmots, — la certitude de mon pouvoir m'en faisait différer l’épreuve.\nN e me suffisait-il pas de vouloir?\n   Cependant, une idée im portune ternit un peu                          mon bonheur;\nj ’essayais de l’éloigner de m on esprit, mais elle l’envahissait lente­\nment, d’une poussée irrésistible.\n  L a terrible faculté dont, maintenant, j ’étais                  revêtu s’exercerait\ninéluctablem ent, dans des m ilieux plus humbles que ceux entrevus.\nM algré moi, la curiosité malsaine me poussant, j ’userai de mon\nanneau; parmi mes parents, mes amis, mes confrères... Je percerai\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "                                —   150 —\n\nainsi, le tréfond de leur pensée à mon égard. E t, sait-on le lim on\nboueux de m échanceté que recouvre leur apparente amitié? M êm e, —\ncette appréhension me glaça d ’horreur, — même, la sublim e femme\ndevant laquelle je prosterne mon orgueil, me h aït-elle!... Son sourire\nserait faux, fausses ses caresses, menteuse et hypocrite sa vo ix?...\nIm possible !... Et, pourtant ?\n  U ne aperception nette, aigüe, lancinante, me          saisit. J ’entrevis\nl ’écroulement de mes ultièmes illusions,— une chute ininterrompue de\nvenin, précieusement distillé, aux alam bics fam ilials et confraternels\n— sur mon cœur. J’eus peur.\n  Après quelques hésitations, pleurant des larmes de rage, j ’ouvris\nla fenêtre et avec une m alédiction, je lançai le diabolique bijou dans\nles ténèbres.\n  L e m obile de ma conduite m’apparut lum ineusem ent, alors : la\ncrainte tenaillante, de m’entendre révéler la vérité, — sur moi-même !\n  Mon sensitif égoïsme triomphait.\n                                                 A rnold G o ffin .\n\n\n\n                    G R I S E R I E D E GI N\n\n                                        A la fausse Anglaise.\n\n\n          Très-perfide, m algré ta candeur d ’eau de roche,\n          O G in alcoolique, énervant et musqué,\n          Ton puissant goût Sylvestre à mon palais s'accroche....\n\n         Des bois de pins, des bois verts, des bois noirs, un quai\n         Paru subitement, puis des mâts, puis des digues,\n         P u is une ville avec des gens sautant des gigues.\n\n         J e suis à Londres sans bouger de chez moi. P ris\n         A u milieu du brouillard intense et très-opaque,\n         J ’aspire des senteurs de commerce et de caque —\n         Ça et là des quinquets de gaz dans l ’air tout gris.\n\n         — Encore un coup de gin odorant et sans p r ix ! —\n         Voici le home ; thé sur la table de laque,\n         B on fe u — j ’entends ton rire, et ta pantoufle claque,\n         Mary, miss à l ’accent canaille de P aris.\n\n                                                R obert C a ze.\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "            ETUDE SUR GUSTAVE FLAUBERT\n\n\n                                                                                             Pourquoi pas?\n\n                  n\n                  E      é p ig ra p h e à cette é tu d e , il e st n é c e s s a ir e        de cam per         n o tre\n                      d e v ise   h a rd ie : il fa u t u n e e x c u s e ,     e n e ffe t, à l ’é p o q u e o ù la\n                      c r itiq u e litté r a ir e    est a v a n t to u t h is to r iq u e , p o u r a b o r d e r sa n s\n                      d o c u m e n t in é d it et san s a n e c d o te s ig n o r é e s , l ’ é tu d e d ’ u n M a ître\nc o n te m p o r a in . N o tr e e x c u s e , c ’est n o tre a d m ir a tio n p ro fo n d e p o u r le g ra n d\na rtiste d e C r o is s e t, c ’ est a u s si n o tre c o n sta n te d é c e p tio n à le v o ir si peu\nc o n n u , si p eu c o m p r is .\n     S a in te -B e u v e , E m ile Z o la , M a x im e D u C a m p et G u y de M a u p a ssa n t o n t\nla iss é s u r G u s ta v e F la u b e r t de n o m b re u s e s p a g e s, a u p lu s h a u t p o in t in té r e s ­\nsa n tes ; e lle s n e su ffise n t p a s, to u te fo is , à m e ttre au jo u r ,to u t e s le s in tim ité s\ndu     c a ra c tè re et de la p e rs o n n e de c e lu i q u i fu t e n a rt, l ’ a p ô tr e d e l ’im p e r ­\nso n n a lité .\n     D ’a u tre       p a rt, il re ste à p u b lie r d e F la u b e r t d e n o u v e lle s le ttre s et des\nm a n u s c r its ;      e n fin , so n    œ u v r e , tr o p je u n e    e n c o r e , n e p e u t dès à p ré se n t\nê tre ju g é e a v e c s é r é n ité , et so n in flu e n c e , c o m m e sa p la c e d a n s la litté r a tu r e ,\nn e so n t p o in t fix é e s san s c o n te ste .\n   C ’est d a n s ces             c o n d itio n s , q u e n o u s    n o u s p ro p o s o n s d ’é tu d ie r la V ie ,\nl ’Œ u v r e , et l ’E s th é tiq u e d e G u s ta v e F la u b e r t .\n\n                                                    Pourquoi pas ?\n                                                               I\n                                                         SA V IE .\n\n   G u s ta v e F la u b e r t est n é à R o u e n le 12 d é c e m b re 18 21. S a m è re é ta it N o r ­\nm a n d e , fille de m é d e c in . S o n p è re , C h a m p e n o is d ’ o r ig in e , é ta it u n c h ir u r ­\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "                                                 —      152 -\n\ng ie n de h a u te v a le u r . D e so n e n fa n c e , n o u s sa v o n s se u le m e n t q u ’ e lle n e\nd é v o ila p o in t u n e p ré c o c ité ra re , m a is fit r e m a rq u e r c h e z          lu i    un     tr a v a il\nd ’ e s p r it   in te r n e , et u n e « h o r r e u r de l ’a ctio n p h y s iq u e , » q u e M . M a x im e\nD u C a m p a ttrib u e c e p e n d a n t à u n e c a u se a cc id e n te lle .\n    A p r è s le C o llè g e , o ù l ’o n se s o u v in t         de ses n a r ra tio n s , il        fu t e n v o y é\nà l ’ E c o le de D ro it de P a ris . « I l é ta it a lo rs d ’u n e b e a u té h é r o ïq u e . A v e c sa\np eau b la n c h e lé g è re m e n t ro sée su r le s jo u e s, ses c h e v e u x fin s et flo tta n ts, sa\nh a u te taille,, la rg e des é p a u les, sa b a rb e a b o n d a n te et d ’ u n b lo n d d o ré , ses\ny e u x é n o rm es, c o u le u r v e r t de m e r, a b rité s so u s des so u r c ils n o ir s , a v e c sa\nv o ix re te n tissa n te c o m m e un so n de tro m p e tte , ses gestes e x ce ssifs et so n s o u ­\nrir e é cla ta n t, il re s se m b la it a u x je u n e s ch efs g a u lo is q u i lu ttè re n t c o n tre les\na rm é e s ro m a in e s . » ( 1) A P a r is , il m en a u n e v ie fa n ta sq u e et e x u b é r a n te ;\nse la iss a n t e m b a lle r p a r la sève im p é tu e u s e de so n te m p é ra m e n t. M a lg ré u n\ntra v a il c o n s c ie n c ie u x , m a is san s m é th o d e, il é c h o u a à so n e x a m e n d e d r o it,\nn ’a y a n t a u c u n e a p titu d e à d is c u te r le « c h a ra b ia » du c o d e .\n    C ’est p e n d a n t les v a c a n c e s   su iv a n te s, en     1843, q u ’il fu t te rra s sé p a r sa\np re m iè re a tta q u e      d ’é p ilep sie , m a lad ie d o n t il su b it to u te so n e x is te n c e les.\nb ru s q u e s et te rr ib le s a ssau ts, et q u i fin it p a r l ’ab a ttre. Q u e lle in flu e n c e eut-\ne lle su r l ’ e sp rit et su r l ’œ u v r e de F la u b e r t, n o u s n e n o u s h a s a rd e ro n s            pas\nà le c h e rc h e r. A m o u r e u x de la v é rité , n o u s c r o y o n s u tile de n o te r cet a c c i­\nd en t,     m ais    nous     n e n o u s p e rm e ttro n s      p a s,   com m e      M o n s ie u r      M a x im e\nD u C a m p , de l’A c a d é m ie fra n ç a is e , d ’ é ta b lir u n ra p p o rt q u e lc o n q u e            e n tre\nl ’œ u v r e du M a ître et l ’é p ile p s ie . Il fa u t a v o ir b e a u c o u p d ’a u d a c e p o u r a ffirm e r\nq u ’elle a a rrê té l ’ im a g in a tio n d e F la u b e r t et lu i a in te r d it to u te c o n c e p tio n\nn o u v e lle , ne lu i la iss a n t a u ce rv e a u q u e ce lle s des p re m ie rs â ge s.\n    Il est c e p e n d a n t v ra is e m b la b le q u e la te r r e u r p e rm a n e n te q u i a c c o m p a g n e\nla g ra n d e n é v ro se a été p o u r b e a u c o u p d a n s l'a m è re m é la n c o lie , l ’im m e n se\net p ro fo n d sc e p tic ism e de F la u b e r t.\n   D ès lo rs, c o m m e n ç a sa v ie p e in e u se et h a rra s sa n te . Il c o n sid é r a to u t a v e c\nla ré s ig n a tio n n o ir e     des illu s io n s      d é ç u e s. T r o is   ans a p rè s,        il   é c r iv a it,\n— p lo n g é dan s u n de ces d e u ils q u i fo n t le s p en sées p ro fo n d e s — « J ’ai e u ,\n» to u t je u n e , u n p re s se n tim e n t c o m p le t d e la v ie . C ’é ta it c o m m e u n e o d e u r\n» de c u is in e n a u sé a b o n d e q u i s’é ch a p p e p a r u n so u p ir a il. O n n ’a pas b e so in\n» d ’e n a v o ir m a n g é p o u r sa v o ir q u ’e lle est à fa ire v o m ir , » T o u t e sa v ie,\nd ’a ille u r s , ré a lisa ce p ré sa g e , et b ie n c o u rte s fu r e n t le s h e u re s de            c o n te n ­\nte m e n t et de b o n h e u r.\n    U n v o y a g e en O r ie n t, (18 49-18 5 1) v in t lu i o u v r ir des h o riz o n s n o u v e a u x ,\n\n\n  (1) Maxime D u Camp. Souvenirs Littéraires, de la Revue des deux Mondes,\n1er Septem bre 1881, p. 5.\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                                                    —1 5 3        —\n\np le in s de     so le il et de c o u le u r s v iv e s.      A   so n r e to u r , la   Revue de Paris fu t\nre p ris e p a r u n de ses a m is, et so n frè re de c œ u r , L o u is B o u ilh e t , y p u b lia ses\np re m ie rs v e r s .    C ’ éta it le m o m e n t de            d é b u te r ; il   a va it en     p o r te fe u ille\nNovembre, u n r o m a n to u t d ’a n a ly se p s y c h o lo g iq u e q u ’il a v a it te rm in é à\nP a r is , et la Tentation de Saint-Antoine, q u i lu i a v a it c o û té tr o is a n s de\ntr a v a il, a v a n t so n v o y a g e en O r ie n t. I l n e p u t se ré s o u d re à fa ire im p r im e r\nn i l ’u n n i l ’a u tr e , et c o m m e n ç a      Madame Bovary. Il b û c h a tr o is lo n g u e s\na n n é e s, p e in a n t c o m m e u n fo rç a t, p o u r p e in d r e des « b o u r g e o is » d a n s u n e\n                                      1 8 5 6 , la Revue de Paris p u b lia it Madame\nla n g u e p a rfa ite : e n o c to b r e\nBovary, le c h e f d ’œ u v r e d u ro m a n m o d e rn e .\n   F la u b e r t a v a it-il c o n s c ie n c e   d e la    h a u te v a le u r d e so n œ u v re ? D ’ ap rès\nZ o la , il est tr è s -p r o b a b le q u e n o n .         Q u a n t à ses a m is,        et en     p a r tic u lie r\nM.     M a x im e D u C a m p , ils é ta ie n t lo in de s’ en d o u te r , e t ils p r o p o s a ie n t\nm ê m e , s o u s p ré te x te d ’é la g u e r u n e fro n d a is o n tro p to u ffu e , la su p p re s sio n de\nm o r c e a u x q u i so n t d e v e n u s c la s s iq u e s , ta n t ils so n t p a rfa its, ( 1)\n     L e p re m ie r-ro m a n de F la u b e r t fu t u n e r é v é la tio n p o u r les g e n s de le ttre s ,\ne t p ro d u is it u n b o u le v e r s e m e n t d a n s la litt é r a t u r e fad asse de l ’é p o q u e . U n\nin c id e n t tr a g i-c o m iq u e v in t e n fa ire         u n tr io m p h e : l ’ E m p ir e é ta it a lo rs à\nl ’a p o g é e de la ré a c tio n c lé r ic a le , l ’a u te u r fu t tr a d u it en p o lic e c o rr e c tio n n e lle\npour       « o u tr a g e à la m o ra le p u b liq u e et re lig ie u s e et a u x b o n n e s m œ u rs ! »\nA p r è s u n r é q u is ito ir e p ito y a b le d u m in is tè re p u b lic et u n é lo q u e n t p la id o y e r\nde M e Sén ard,           F la u b e r t fu t a c q u itté p a r u n ju g e m e n t b o u ffo n , q u i            lu i\nd o n n a it d e s c o n s e ils . D è s lo r s , so n liv r e fu t c o n n u de to u s ; les jo u r n a u x et\nle s re v u e s en p a r lè r e n t, a c c la m a n t       l ’a u te u r , le p ro c la m a n t s u c c e ss e u r de\nB a lz a c , l'é le v a n t d ’e m b lé e a u p lu s h a u t ra n g des litté r a te u rs d u siè c le .\n     C e fu t p re s q u e la      s e u le g lo ir e q u e c o n n u t le       M a ître , et il se m b le q u e\nle p u b lic a it v o u lu lu i fa ire p a y e r ce ra re h o n n e u r d ’ê tre p o u s s é , d es le d é b u t\ne t sa n s c o n te s te , au p re m ie r ra n g .\n     E t e n c o r e , fu t- il p ro fo n d é m e n t ir r ité d ’ê tre c h a q u e jo u r , lu i, le ly r iq u e et\nl ’in d o m p ta b le , e n r é g im e n té , c la s sé , é tiq u e té . L ’ é p ith è te de ré a liste le fa is a it\ne n tr e r d a n s des ra g e s te rr ib le s , q u i e x p liq u e n t so n te m p é ra m e n t ro m a n tiq u e\net so n h o r r e u r de l ’e n r é g im e n ta tio n .\n     Il r é s o lu t d e c h a n te r u n m o n d e in c o n n u et in c o n n a is s a b le , o ù il p u t à so n\na ise , lâ c h e r sa fo u g u e u s e im a g in a tio n ; il é c r iv it Salammbô, d o n t l ’a c tio n se\np asse à C a rth a g e , à l ’é p o q u e d e la g u e r r e des M e r c e n a ir e s .        Il lu i fa llu t sept\na n s , q u ’il p assa à s’ im p r é g n e r d e to u s le s d o c u m e n ts , de to u s les d é ta ils q u ’ il\nju g e a it —      d a n s so n e x ig e n c e d ’h o n n ê te h o m m e — n é c e ss a ire s à so n liv r e ,\n\n\n     (l) V o ir à ce propos une lettre curieuse de M axim e D u Cam p, publiée dans la\npréface de G u y de M aupassant aux Lettres de Flaubert à George Sand, p. V II.\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "                                                     - 154 —\n à v is ite r les lie u x m ê m e s de so n ro m a n p o u r en ra p p o r te r des c h e fs -d ’œ u v r e s\n de d e s c rip tio n , e n fin à lim e r et à c is e le r ses b e lle s p h ra se s, s o n o r e s et g ig a n ­\n te s q u e s c o m m e les b o u c lie r s de b r o n z e .\n    C ’é ta it sa fa ç o n de tr a v a ille r : ê tre s c ie n tifiq u e m e n t s û r      de to u t ce q u ’il\n é c r iv a it, et e x p r im e r to u t d a n s la p e rfe c tio n ! S o n tr a v a il éta it c o lo s s a l : il\nlis a it d e s b ib lio th è q u e s e n tiè re s p o u r fa ire u n e p a g e d e so n liv r e , o ù il c r is ta l­\nlis a it l ’e ssen c e m êm e de ces le ctu re s , ( 1) P u is q u a n d il a v a it é c r it c ette p a g e ,\nil la fo u illa it, la re to u r n a it, la re c o m m e n ç a it v in g t fo is , b a ta illa it a v e c a c h a r ­\nn e m e n t c o n tre le s a ss o n a n c e s , les ré p é titio n s, le s        qui, le s que, le s et, la\n « g u e u la it » c e n t fo is (c’é ta it so n m o t, —            et sa fa ç o n d e lire) c h e r c h a n t\nl ’h a rm o n ie é te rn e lle q u i,     d ’ a p rè s lu i, est a u fo n d d u B e a u . A u s s i, q u e lle\np u iss a n c e il fa lla it, p o u r c o n s e rv e r p e n d a n t ces lu tte s e ffro y a b le s c ette é tin ­\nc e lle fu g a c e , l ’in sp ir a tio n , et c ette c h im è re , la foi d a n s so n œ u v r e ! Q u e lle s\nso u ffra n c e s a u ssi, c e tr a v a il é p u isa n t e n tre te n a it d a n s c e tte â m e a rd e n te ,\np le in e d ’a sp ira tio n s la rg e s       et d o m in é e p a r u n ly r is m e q u i n ’é ta it pas de\nn o tre m o n d e .\n   Salammbô n ’ e u t p as le su c cè s de Madame Bovary : de v io le n te s a tta q u e s\nfu r e n t im p rim é e s . C ’éta it d é jà l ’e x p ia tio n q u i c o m m e n ç a it; se p t a n n é e s se\np a ssen t e n c o r e , « so u fferte s » à p e in d re des b o u r g e o is , et l ' Education senti­\nmentale p a ra it. C ’éta it l ’h is to ire de la v ie d ’ u n je u n e h o m m e , r a c o n té e au\njo u r le jo u r, en sa b a n a le m é d io c r ité         e x p r im é e d an s u n e la n g u e d ’o r , et\ne n c a d ré e d a n s u n e é p o q u e c u rie u s e re p ro d u ite de m a in de m a ître (1840 -1852).\n   L ’in d iffé re n c e o u l ’é to n n e m e n t a c c u e illir e n t ce liv r e , q u i fu t c e p e n d a n t le\np o in t de d é p a rt — a v e c      Germinie Lacerteux —                   d u ro m a n       san s    in tr ig u e\nc o m p liq u é e , et le m o d è le de to u te u n e g é n é r a tio n d ’é c r iv a in s .\n   A r r iv è r e n t l ’in v a s io n et la c h u te de l ’ E m p ir e ; G u s ta v e F la u b e r t, d a n s sa\nn a ïv e té de c o lo ss e , e n fu t a tte rré , é b ra n lé . S o n a m e r d é g o û t d e la v ie , q u e\nses Lettres à George Sand n o u s o n t d é v o ilé san s ré s e rv e s ’a c c e n tu a d a v a n ­\nta g e , s ’il e st p o s sib le , et le re je ta su r u n e œ u v r e a b a n d o n n é e d e p u is v in g t\na n s, la Tentation de Saint-Antoine , q u i p a r u t en 1874.\n   C ’ é ta it c o m m e    to u jo u r s ,   une. c o n sta ta tio n     d e l ’in so n d a b le im b é c illité\nh u m a in e : la su c ce ss io n de to u s le s d ie u x q u e l ’h o m m e a a d o ré s , d é fila n t en\nfa n ta s m a g o rie d e v an t le v ie u x S a in t. L e sty le éta it to u jo u r s le g r a n d s t y le\ndu M a ître , et ce liv r e re n fe rm a it des c h e fs-d ’œ u v r e ; m a is c o m m e il                c o n te ­\nn a it u n e   é r u d itio n c o lo ss a le , il fu t sa n s in té rê t p o u r la m a sse des le c te u rs .\nU n sile n c e fu n è b re l ’e n te r ra .\n\n\n  (1) V o ir E . Zola, Les Romanciers, Naturalistes p. 209 e t suiv., Guy de Maupassant,\nv ol. cité qui donnent de lo n gs détails, très-intéressants, et trop étendus pour notre\nétude, sur le travail de Flaubert.\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "                                                   — i 55 —\n     U n e a u tr e d é c e p tio n la m ê m e a n n é e , a v a it p ré c é d é c e lle de la T e n ta tio n :\nF la u b e r t a v a it fa it re p ré s e n te r    au   V a u d e v ille u n e c o m é d ie , le C a n d id a t,\nq u i to m b a dès la q u a triè m e re p ré s e n ta tio n .\n     Le    tr a v a il é ta it la se u le c o n s o la tio n , c o m m e la         gran d e   s o u ffra n c e   de\nF la u b e r t ; il s’ y la n ç a de n o u v e a u à c o rp s p e rd u , et e n tr e p r it d e re p la c e r d a n s\nu n ro m a n m o d e rn e la c o n c e p tio n de S a in t- A n to in e : il v o u lu t fa ire d é file r\nle    tr o u p e a u des sc ie n c e s , d e v a n t so n ir o n iq u e p h ilo s o p h ie d ’a m e rtu m e .\nC ’ est le liv r e q u i p a ru t a p rè s sa m o rt, so u s le titr e de B o u v a r d et P é c u c h e t.\n     C o m m e ses e ffo rts san s ré p it le fa tig u a ie n t, il f i t p o u r se re p o s e r T r o is C o n tes\nq u i so n t tr o is m o r c e a u x im p é ris sa b le s . P u is il se rep a ssa le c o llie r au g a r r o t.\nC ’est a lo rs q u e la m o rt v in t, et le fo u d r o y a , le 8 m a i 1880.\n     U n e s e u le c h o se d o m in e e t re m p lit la v ie d e ce M a ître : c 'e s t l’A r t , q u ’il\nv é n é ra it c o m m e u n d ie u . P o in t d e p a ss io n s e c o n d a ire c h e z lu i : les fem m e s\nn ’ o n t p as « e n ta m é » ce c é lib a ta ir e e n d u r c i ; e n p o litiq u e , il n ’a v a it m êm e\np a s d ’o p in io n fix é e ; e n fin il est m o r t p a u v re , a p rè s a v o ir d o n n é to u te sa\nfo r tu n e a u     m a ri de sa n iè c e , — c a r la b o n té e st e n c o r e u n tr a it d u g é a n t.\nL ’A r t é ta it p o u r lu i la se u le c h o se v ra ie et é te rn e lle , et il lu i a d o n n é to u te\nsa v ie : il o ffic ia it q u a n d il p u b lia it u n liv r e , et c e q u ’il s a c rifia it, c ’ é ta it so n\nc o rp s , so n â m e et so n sa n g . A u s s i ja m a is il n ’a c o n n u de jo ie san s m é la n g e ;\nso n p u b lic      é ta n t in fa illib le m e n t re s tre in t; il est re s té in c o m p ris ; le se u l\nh o n n e u r q u ’il e u t de sa vie fu t d e re c e v o ir la c r o ix le m ê m e jo u r q u e P o n s o n\nd u T e r r a i l ; il n ’é ta it p o in t d e l ’A c a d é m ie , c o n s id é r a n t « q u e la r e c h e r c h e\nd ’u n    h o n n e u r q u e lc o n q u e   est u n a cte d e       m o d e stie     in c o m p ré h e n s ib le ».\nC ’ est p o u r l ’a rt q u ’il a v é c u , c ’e s t p a r lu i q u ’il est m o rt.\n     A so n e n te r re m e n t, il n ’ y a v a it pas tr o is c e n ts p e rs o n n e s .\n\n\n         (A su iv r e ).\n                                                                             E r n e st M a h a im .\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "     SUR L A P L A G E .\n\nTrès-droite sur vos pieds d ’enfant\nQue baise en y mourant la vague,\nL e regard perdu dans le vague,\nVous aviez un air triomphant.\n\nL a crânerie est sans seconde\nQ ui dans vos yeux met un éclair;\nVous sembleriez braver la mer\nS i vous n ’étiez pas aussi blonde.\n\nM ais vous êtes là simplement\nP ou r fa ire l ’antithèse exquise\nD ’un monde énorme qui se brise\nContre un tout petit rien charmant.\n\nL a divine mer maternelle\nN ’a mis dans le bleu de vos yeux\nQ u ’un petit coin mystérieux\nDe sa rêverie éternelle.\n\nD e sa magnifique beauté\nC ’est la grâce qu'elle vous donne\nE t devant cette immensité\nVous semblez encor plus mignonne.\n\nE t l ’on va se demander si\nL a vague verte qui déferle\nN ’a pas apporté ju s q u ’ic i\nUne petite, fine perle.\n\n                          J acques M a d e l e in e .\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "                   M o n s ie u r                 J. B. CHARLET\n\n   .................... E c h e lo n n é s , c o m m e a u x jo u r s de fê te , le lo n g d u m a ca d a m du\nB o u le v a r d B o ta n iq u e , d e lo q u e te u x ita lie n s to u r n a ie n t la m a n iv e lle de le u rs\no r g u e s . E n fa c e , so u s le s m a r r o n n ie r s , s’ e n tr e c r o is a ie n t le s ra n g s d e la fo u le\nr o u la n t, e n tre les d e u x files de ré v e r b è re s d o n t le so leil a llu m a it le s v itr e s , le\nc la ir p a p illo ta g e des c h a p e a u x d e p a ille , des to ile tte s d ’ été, des so ie s m o iré e s\nde reflets. D es filles m a ig re s c ir c u la ie n t, u n p a n ie r à la m a in : « D e m a n d e z les\nb le u e ts, la fle u r d u jo u r, la fle u r lib é r a le ! » E t les fem m e s fle u ris sa ie n t le u r s\nc o r s a g e s , p o m p o n n a ie n t le u r s o m b r e lle s . D es g a m in s c r ia ie n t des jo u r n a u x e n ­\nc o re h u m id e s d e l a p re s se , e t q u ’o n a r r a c h a it en fe u ille s , sa n s la is s e r le tem p s\nd e le s p lie r . U n b r o u h a h a d ’a llé g r e s s e s’é p an d a it. D e v a n t le s d e m e u re s des d é ­\np u té s, des g r o u p e s p o u ss a ie n t u n « à ba s la c a lo tte ! » o u « v iv e n t le s lib é r a u x ! »\nd o n t la d e rn iè re sy lla b e se r é p e rc u ta it c o m m e u n é c h o . G risé s p a r la ju b ila tio n\ng é n é r a le , des p a y s a n s c r ia ie n t san s s a v o ir p o u r q u o i « v iv e J a n so n ! v iv e\nC h a r le t! » A u c o in des ru e s, des « s o c ié té s » d é b o u c h a ie n t en                 c h a n ta n t, et\nm u s iq u e en tête, se jo ig n a ie n t a u c o r tè g e . L e s fe n ê tre s s’ o u v r a ie n t, g a rn ie s\nde d a m e s a g ita n t le u r s m o u c h o irs .\n   A    la p o r te de S c h a e r b e e k , le tr a m , q u i a v a n ç a it au g r a n d e ffo r t de ses\nq u a tre c h e v a u x , d u t s ’a rrê te r, à c a u se d e l’e n c o m b r e m e n t.           U n p e tit v ie il­\nla rd en d e s c e n d it, c h a u s sé d e b o ttin e s e n é to ffe, v ê tu d ’ u n e re d in g o te n o ir e\nq u i s’a llo n g e a it ju s q u ’ a u    g e n o u ; s ’a p p u y a n t     su r    u n jo n c à p o m m e a u\nd ’iv o ir e , il g a g n a e n so u ffla n t l ’ a u tre c ô té d u m a ca d a m , o ù su r le tr o tto ir\ntr o is p e tits m o rv e u x jo u a ie n t. Il se b a issa p o u r le u r re m e ttre les tic k e ts\nro se s q u ’o n lu i a v a it re m is d a n s la v o itu r e : « V o ilà p o u r v o u s. » A v e c u n e\nb o n h o m ie de g r a n d -p è r e , il c a re s sa      de ses      m a in s n o u e u se s le u r tête b o u ­\nc lée , e t p e n d a n t q u e lq u e s    in sta n ts , p e rd u d a n s u n s o u r ir e , il le s re g a rd a\ns ’a m u s e r. A p r è s q u o i il se re to u r n a p o u r re p re n d re so n c h e m in ....\n   « M o n s ie u r C h a r le t! » c r iè r e n t d e s o u v rie rs . T o u t le             m o n d e v e n a it de\nr e c o n n a îtr e l ’h o m m e le p lu s p o p u la ire de B r u x e lle s , C h a r le t, l ’a n c ie n m in is ­\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "                                                    -      158 -\ntre , le h é ro s d e l à ré v o lu tio n de 18 30 . « V iv e C h a r le t, v iv e C h a r le t! » c r ia la\nfo u le to u t d ’ u n e v o ix    en s ’o u v r a n t re s p e c tu e u se m e n t p o u r la is s e r p a sser\nl ’illu s tr e v é té r a n . R e m e rc ia n t, il ô ta so n fe u tre à la rg e s b o rd s ; et de n o u v e l­\nle s a cc la m a tio n s s’ é le v è re n t à la v u e de c ette g r o s s e tête à l ’ a ir p a te rn e l, q u i\nré v e illa it c h a q u e fo is les e n th o u sia sm e s d u p e u p le ; a d m ir a b le de b o n té , e lle\nse d é ta c h a it en p le in s o le il, trè s -ro u g e , a v e c ses d e u x y e u x d ’u n b le u p é n é ­\ntr a n t et b ie n v iv a n t e n c o r e m a lg r é le s q u a tre -v in g ts a n s ; en h a u t se b o m b a it\nle fro n t, p ro é m in e n t, é n o rm e , a u            p ro fil p re s q u e    ro n d c o m m e à u n e tê te\nd ’e n fa n t;   q u e lq u e s m è c h e s      b la n ch e s d isp o sé es a u to u r d u         crân e      chauve\nre to m b a ie n t to u tes d r o ite s su r le c o lle t de la re d in g o te ; et le s jo u e s ra sé e s\nd e s ce n d a ie n t ave c des p lis g r a s d a n s u n fo u la rd b la n c .\n   D e v a n t lu i u n e so c ié té d ’h a r m o n ie s ’éta it a rrê té e , r a n g é e e n b a ta ille ; et\nco m m e s u r u n sig n e du p ré s id e n t le s c la ir o n s e n to n n a ie n t u n e fa n fa re , u n\nm o u v e m e n t se fit, c e u x q u i é ta ie n t en a r r iè r e et n e v o y a ie n t r ie n , p o u ss a n t\nle s a u tr e s : d e r e c h e f les h o u r ra h s é c la tè re n t, ta n d is         q u e le s b a tte m e n ts de\nm a in s c o u v ra ie n t le b r u it d e s tro m p e tte s .\n   M o n s ie u r C h a r le t s’a p p ro c h a d u p ré s id e n t, et d ’u n a ir u n p e u s u r p r is lu i\ndem anda :\n   —     P o u r q u o i d o n c m ’a p p la u d isse z v o u s a in s i ?\n   —     M a is m o n sie u r C h a r le t, ré p o n d it le p ré s id e n t e n se d é c o u v r a n t, v o u s\na ve z été ré é lu ce m a tin n ’est ce p as ?\n   — A h ! d it le v ie illa r d , a h ! j ’ai été ré é lu ? C e la m e fa it g r a n d p la is ir . Je\nv o u s re m e rc ie b ie n __\n    Il re g a rd a la fo u le se d is p e rse r,            et à p e tits     p a s, m e tta n t le n te m e n t l ’u n\nd e v a n t l ’ a u tr e ses p ied s rh u m a tisé s,              il s’a c h e m in a    en    b r a n la n t v e r s sa\nd e m e u re , sa n s p lu s p e n se r à ce m o t “ ré é lu » n ’ o ffra n t                  p lu s u n sen s très-\nc la ir p o u r lu i, q u i d e p u is b ie n tô t c in q u a n te           an s v e n a it s'a s se o ir to u s les\njo u rs à so n b a n c de d ép u té, a v e c la ré g u la r ité d ’ u n e h a b itu d e e n v ie illie .\n\n\n\n\n    O u i, u n d e m i sièc le de la b e u r s , et de ces la b e u r s si g r a n d io s e s q u ’ils é cra sen t\nle u r h o m m e ,c o u r b a it le v a lé tu d in a ir e . S a tr io m p h a n te b io g r a p h ie fig u r e a u x\np a g e s des liv r e s q u e le s e n fan ts é p èle n t           d a n s le s é co le s ; il a sa p la ce d a n s\nl ’h is to ir e u n iv e r s e lle , c a r il a re s su sc ité u n p e u p le .\n    E n 18 2 9 — il éta it to u t fra is é m o u lu de l’ U n iv e r s ité — la B e lg iq u e a g o n i­\n sa it so u s la d o m in a tio n           h o lla n d a is e ;   il y a v a it tr o is       siè c le s q u ’ e lle   ne\n co n n a is sa it p lu s la lib e r té .     Com m e un             hom m e       qui    a u ra it r o u lé du      haut\n d ’u n e m o n ta g n e , a c c ro c h é et m e u rtr i p a r le s           sa illie s du      r o c , e rré n é e , e lle\n n e sa v a it q u e lle p la ie s o ig n e r la p re m iè re .\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                                                                —       159 —\n\n     C h a r le t, a v e c q u e lq u e s a m is,               et c ’é ta ie n t a lo rs p re s q u e des e n fa n ts, o r g a ­\n n ise la g u e r r e            d e la p lu m e : u n b ea u m a tin , a u                        m ilie u de ces d o rm e u rs ,\n d o n t le ro n fle m e n t s e m b la it d é jà le h o q u e t de la m o rt, le b o u te -se lle so n n e .\n D e b o u t ! L e s jo u r n a u x p o u ss e n t, les lib e lle s c o u re n t. L ’o p p o sitio n écla ta it,\n fo r m id a b le .\n    C h a c u n sa it ic i la p a r t q u ’il p rit a u x jo u rn é e s de S e p te m b re , fa isa n t le\n c o u p de fe u , p u is, sa c a r to u c h iè r e é p u is é e , s’ e n se r v a n t c o m m e d ’ u n p u p i­\ntr e p o u r re d ig e r d ’ e n th o u s ia s te s p ro c la m a tio n s d e v e n u e s c la s s iq u e s . E t le s\n B e lg e s se le r e p ré s e n te ro n t to u jo u r s d a n s u n e p o se a u ssi c é lè b r e c h e z n o u s\nque      c e lle d u        « p e tit c a p o ra l » en F r a n c e :                   à     c a lifo u r c h o n      su r so n p e tit\n c h e v a l b r u n , so n tr o m b lo n e n b a n d o u illiè r e , il g a lo p e de la P la c e d e s P a la is\nà l'H ô te l-d e - v ille ,          u n d ra p e a u tr ic o lo r e à la m a in , a v e c ,                   d a n s le s y e u x , la\nfla m m e de la v icto ire .\n    C in q fo is il fu t m in is tre . Il a v a it, o n p e u t le d ir e , e n fo n c é d a n s le so l la p re ­\nm iè re p ie r r e d e ces c o lo n n e s à n o tr e p a cte fo n d a m e n ta l : la P r e s s e , l ’ E n s e i­\n g n e m e n t, l ’A s s o c ia tio n .\n    D ’a n n é e e n a n n é e il fit p a rtie d e to u s le s P a r le m e n ts . I l n ’y p r o n o n ç a it\np lu s d e d is c o u r s à p ré s e n t, m a is sa v é n é ra b le fig u r e ré g n a it su r l ’a sse m b lé e\na v e c l ’ a u to r ité d o u c e d ’ u n a n c ê tr e , et il r e c u e illa it les re sp ects d u s à u n\nté m o in de ces te m p s g lo r ie u x de la r é v o lu tio n , e s to m p é s d é jà des efface m e n ts\nd e la lé g e n d e .\n    M a in te n a n t, a p rè s a v o ir été d u ra n t u n                        d e m i-siè c le , to u jo u r s en h a le in e ,\nto u jo u r s te n d u , il se re p o s a it, v iv a it u n e v ie u n ie , sa n s se c o u ss e s , q u i lu i\né ta it u n e r é c o m p e n se d e to u s le s jo u r s .                    I l se         te n a it d ’o r d in a ire d a n s so n\nc a b in e t d e tr a v a il, o ù des                ra y o n s c o u r a ie n t le lo n g           d u m u r, p lo y a n t so u s\nd es ra n g é e s de b r o c h u r e s p o litiq u e s et d e liv r e s d ’h isto ire q u ’ il n ’o u v r a it\np lu s   ja m a is ;       su r       l ’ a u tre      m u r,      des      lith o g r a p h ie s       de      1 83 o      r e p ré s e n ­\nta ie n t d e s       scè n e s d e la              ré v o lu tio n ,    d e s so ld a ts         en     b lo u s e ,      se   b a ttan t\navec      fu r e u r ;          é p in g lé e s      dans u n           c o in ,      p rès     de     la b ib lio th è q u e ,       des\na ffich e s       ja u n ie s      p o r ta ie n t      com m e         e n tê te : « B ra v e s B e lg e s ! » ; il n e                se\nso u v e n a it      m êm e          p lu s d e le s         a v o ir     ré d ig é e s . C ’est          là    q u ’il     s'a s se y a it\nto u s les m a tin s en fa c e d ’u n e ré d u c tio n en b r o n z e de la C o lo n n e d u C o n g r è s ,\np o u r g r iffo n n e r q u e lq u e c h o se                  d ’illis ib le et d ’in c o m p r é h e n s ib le            a u q u e l il\nm e tta it to u s ses so in s, et q u ’ il in titu la it ses M é m o ir e s .\n   O n lu i d e m a n d a it so u v e n t d e r a c o n te r les im p r e s sio n s q u i lu i é ta ie n t\nre sté es de 1 83 o . A lo r s , il ré flé c h is sa it u n p e u , et c o m m e p e r d u d a n s les\nb r u m e s de ses s o u v e n ir s , ré p é ta it in v a r ia b le m e n t u n e s e u le p h ra s e , o ù s’e m ­\nm ê la ie n t n o m s et d a te s : « A h o u i... J ’a i g a lo p é , ces jo u r s - là ... P la c e des\nP a la is , ce n ’ é ta it p lu s q u e la fu m é e . O n n e v o y a it p lu s le P a r c . N o u s tir io n s\nd a n s le ta s ... J’ ai fa it m o n                  d e v o ir, a lle z ! ... E t          a p rè s q u e to u t a été fin i,\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "                                                 — 160 —\nj e su is a llé au C o n g r è s ,     et d e v an t to u s, le        P r é s id e n t   m ’ a s e r ré d a n s ses\nb ra s . »\n    L ’ a p rè s m id i, m a d a m e v e n a it le r e tr o u v e r. P e n d a n t q u ’il se re p o s a it, p e lo ­\nto n n é d a n s so n fa u te u il de c u ir, e lle se te n a it près de la fe n ê tr e , tr a v a illa n t à\nq u e lq u e b r o d e r ie . E lle éta it g ra n d e ,     m a ig r e ;      c h a q u e c ô té de     sa fig u r e\nau te in t u n p e u p â le, ses c h e v e u x ra m a ssés fa is a ie n t c o m m e u n g lo b e en\nfilig ra n e d ’a rg e n t. L e v ie u x , q u i n ’a v a it g u è re eu d a n s sa v ie d e m o m e n ts à\nd o n n e r à l ’a m o u r, la re g a rd a it en e x ta se.\n    — A q u o i ré flé c h is se z-v o u s d o n c a in s i, C h a r le t ?\n    E t l ’a u tr e , a tte n d ri :\n    — E h , e h , je so n g e a is à p a r t m o i, L ili, q u e tu n ’es pas e n c o r e tro p m a l...\n    E lle le c h o y a it c o m m e u n en fan t. L e s d im a n c h e s o n in v ita it d e u x o u tro is\nv ie u x p a rle m e n ta ir e s q u i p a ssaie n t q u e lq u e s h e u re s a v e c le u r a m i. A ta b le ,\ne lle v e illa it à to u t, lu i v e r sa n t à b o ire , lu i ré s e r v a n t le s m o r c e a u x            q u ’il\na im a it. E t au d e sse rt, c o m m e C h a r le t a v a it v id é so n d o ig t de v in , e lle d isait\nen lu i d é faisan t sa se rv ie tte , a v e c so n in d u lg e n t s o u r ir e de v ie ille m a rq u is e :\n« V o y e z u n p e u , il b o it c o m m e u n h o m m e ! »\n    A v e c l ’â g e , il s’ éta it fa it u n e fo u le de jo ie s e n fa n tin e s. U n de ses p e tits\nbo n h eu rs     é ta it de s o r tir se u l. A lo r s ,       s ’il    n e fa is a it p as tr o p       m a u v a is ,\nm a d a m e C h a r le t, a p rè s q u 'il s ’é ta it ra sé , l’e m b o b e lin a it c h a u d e m e n t d a n s sa\np e lisse, d o n t e lle lu i re le v a it le c o lle t su r les o r e ille s , et il p a rta it : il fa is a it\nsa p ro m e n a d e h a b itu e lle , sa lu é p a r to u t le m o n d e , « c o m m e le                     R o i »,\nd o n n a n t à c h a q u e p a s des c o u p s d e c h a p e a u x , ré p o n d a n t a u x e n fan ts p a r u n e\np e tite ta p e su r la jo u e . P a r fo is , il re n c o n tra it u n v ie u x rh u m a tis é , u n c o p a in\nde je u n e s se : et ils re s ta ie n t p e n d a n t d e s h e u re s s u r le tr o tto ir à c a u se r, sans\nu n g e ste , le u r s m a in s frile u s e s d a n s le u r s p o c h e s , é c h o u é s l ’ u n e n face de\nl ’a u tre .   Ils p a rla ie n t d u v ie u x te m p s. D u           te m p s à v e n ir a u ssi, de 1880,\na u q u e l ils e sp é ra ie n t b ie n a tte in d re , c ’éta it le u r d e rn ie r v œ u , p o u r je te r\ne n c o r e u n e fo is , c o m m e a p rè s u n g r a n d tr a v a il,             un     cou p   d 'œ il   su r la\nb e so g n e a c c o m p lie , et re c e v o ir , a v a n t de s’ en a lle r , le s r e m e rc îm e n ts de.\ncette B e lg iq u e q u ’ils a v a ie n t faite .\n         [A su iv re).                                                 M a u rice S u lz b e r g e r\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                   L E PUITS.\n\n                                     A Ephraïm M ichaël\n\n\n\nJ ’ai noyé ma mémoire au fond d'un puits profond\nDans les stagnantes eaux, vertes de moisissure,\nUn puits abandonné de tous, où se morfond\nL'herbe maigre, poussée entre chaque fissure.\n\nLes Filles, autrefois, venaient y puiser l'eau;\nLes enfants y jetaient — pour s'amuser — des pierres ;\nLes Filles n'y vont plus jamais plonger leur seau,\nE t ne passent devant qu'en baissant les paupières.\n\nMême des hommes font le signe de la croix\nE t l’ Aïeule, qui sait des histoires étranges,\nD it que l'Esprit du soir y sème des effrois,\nL'Esprit qui dort, le jour, parmi le foin des granges.\n\nN ul ne fauche le champ voisin du puits maudit;\nL a margelle s'effrite, usée; et la poulie,\nAutour de qui la corde encore se roidit,\nGrince, avec des sanglots de femme qui supplie.\n\nJ'ai noyé ma mémoire au fond d’un puits profond\nDans les stagnantes eaux, vertes de moisissure ;\nUn puits abandonné de tous, où se morfond\nL'herbe maigre, poussée entre chaque fissure.\n\nLes bruits, répercutés par mon frêle tympan,\nNe se traduisent plus en sonores idées;\nC'est comme un souffle vain dans la flûte de Pan\nQue les mots, à travers les oreilles vidées.\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "                            — 16 2 —\n L e s tableaux les p lu s neufs en leur prim e fr a îch eu r\n S e couvraient à mes y e u x d 'un e sombre patine\n P a r les comparaisons que mon esprit chercheur\n T ir a it des souvenirs écrits sur m a             R étin e.\n\n\n P lu s rien n'encombre p lu s mon cerveau rajeun i,\n E t j ' a i la vision prim itive des choses...\n E t mes oreilles et mes y e u x —        à l ’in fin i —\nD a n s les m atins chanteurs, et dans les couchers roses\n\n\n Trouvent nouveaux, toujours, les spectacles anciens\nP u i s q u 'i l ne reste p a s   trace    q u ’ en mes oreilles\nA ie n t passé des chansons d 'oiseau x m usiciens\nO u que mes y e u x aient vu déjà des fle u r s p areilles.\n\n\nO u b lieu x du   P a s s é , j'ig n o r e l'avenir,\nS a n s le dégoût présent des heures monotones,\nE t j e vois les E té s commencer et fin ir\nS a n s craindre a u x ram eaux verts la rouille des automnes.\n\n\nJ ' a i noyé ma mémoire au fo n d d 'u n p u its profond\nD a n s les stagnantes eau x, vertes de moisissure,\nU n p u its abandonné de tous, ou se morfond\nL 'h erb e m aigre, poussée entre chaque fissu re.\n\n\n                                                 J ean      A jalbert.\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "               B L E U E T N OI R\n\nSuspendons nos p en ser aux clous d ’or des étoiles,\nM a mystique amoureuse, ô sœur des séraphins,\nS u r un vaisseau fantôm e, ouvrons le vol des voiles\nA u souffle des zéphirs chargés d ’arômes fins.\n\nE t voguons dans le bleu des océans immenses,\nSous un bleu pavillon, dans la langueur des soirs,\nDrapons-nous dans l ’azur de nos rêves intenses\nComme au pied des autels les porteurs d ’encensoirs.\n\nE t tandis que riront sous l ’airain de la proue\nL a vague parfumée et l ’écume d ’argent,\nOh ! nous rirons aussi, ma lèvre sur ta jou e\nE t mon regard noyé dans ton œil négligent.\n\nDans nos seins fleuriront les espoirs multiflores\nNous foulerons les mers sans compter les beaux jo u rs,\nE t nos cœurs vibreront comme des luths sonores,\nA u baiser musical des troublantes amours.\n\nJ ’ essaierai d ’oublier le réveil de nos rêves\nE t l ’horreur des d eu x noirs où hurle l ’ ouragan,\nE t les éclairs flambants comme un combat de glaives\nDans l ’Erèbe des nuits, sous les doigts de Satan.\n\nCar peut-être demain ô ma blonde amoureuse,\nL es flots te briseront sur les rochers de fe r ,\nL es flots te cracheront, ô ma douce peureuse,\nE ntre les crocs aigus des monstres de la mer,\n\nE t contre les débris de notre vieux navire,\nRoules dans les remous ou collés aux calmars,\nSans bruit, j e casserai, cadavre qui chavire\nM on crâne où tourbillonne un vol de cauchemars.\n                                     S tuart M er r ill .\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "            CAUSERIE ARTISTIQUE\n                   D E U X IÈ M E S A L O N D E S X X\n\n                                                  \" S 'il s ne sont pas contents de leur place, qu’ ils\n                                                exposent chez eux \"\n                                                                         Salon de Bruxelles 1884,\n\n\n\n  N o tre collaborateur ordinaire, Jacques Cham pal, nous fait d éfau t; avec une outre­\ncuidance sans pareille, je m e suis offert à le rem placer ; n’ étant pas « de la partie »\nje viens dire ce que je pense, tout bonnement, com m e le prem ier spectateur ven u ;\ntant pis si, en m ’aventurant dans le jardin du voisin, mes pieds inexperts et patauds\nécrasent quelques fleurs des plates-bandes bien râtissées....\n  D ’abord, si j’accouche de cette Chronique, je le dis carrém ent : c’est pour faire\npièce aux autres.— Je ne suis pas de ceux qui prétendent diriger l’éducation artistique\ndes m asses; je prétends au contraire que c’est la m asse e t la m ode qui fon t l’opinion\nde tel et tel critique bourgeois d’une gazette en vo gu e, car je ne veux pas les trou­\nver, d’eux-m êm es, assez sots pour croire qu’ils débitent sincèrem ent toutes leurs\nabsurdités. Je ne suis pas non plus de ceux qui prétendent juger une œ u vre à un\npoint de vue gén éral, neutre, « garde civique » si je                puis dire , et qui con ­\ndamnent sans retour, annihilant deux ou trois années d’efforts et de souffrances d’ un\nartiste sincère, alors que peut-être ils n’ ont absolum ent rien com pris à son œ u v re ...\n  N on , je ne suis pas de ceux-là ; je viens ici, tout bonnem ent, je le répète, dire\nm on opinion, la mienne, entendez-vous? sans v ou loir la faire partager par personne.\n   D ’ailleurs, à mes yeux, la critique artistique, réelle, n’ existe pas ; — de m êm e\nqu’ un sujet identique, vu par v in g t artistes, recevra v in g t interprétations distinctes,\nde même, selon nos tem péram ents, notre m ilieu, nos goûts et notre vie, nous irons\nchacun aux œ uvres de notre monde, à celles que nous percevons et com prenons le\nmieux.\n   Aussi, je le répète, m a critique est-elle absolum ent personnelle. Q u ’on en rie ou\nqu’on l’admette, il ne m’en chaut guères. S ’en m oque ou l’adopte qui voudra !\n\n   T o u t d’abord, je vais aux miens, aux lutteurs d’ avan t-garde, aux bafoués, aux\n honnis, à ceux qui ne sentent pas la fadeur m oisie du musée, à ceux, — ô crim e\n abom inable, — qui, com m e m e le disait l’autre jour un critique influent, n’ ont, pas —\ns’il est perm is ? — une touche différente pour faire une lanterne et un pantalon.\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "                                             — 165 —\n   A m oi Ensor, T o o ro p , V o g e ls, Finch, les beaux peintres, à m oi C h ainaye, le fier\nstatuaire, à m oi les intransigeants, les persévérants, les vrais. — Peu leur im porte\nqu’une œ u vre soit finie, soit « com plète », pourvu qu’elle rende l’im pression, l’ém o­\ntion qu’ils   ont ressentie,      et lorsqu’ils sont parvenus à        fixer cette sensation\nsubtile et personnelle, après de plus pénibles et plus laborieux efforts peut-être que\nles porcelainiers lêcheurs de toile ou polisseurs de m arbre, ils ne touchent plus à\nleur création, laissent intacte ces vibrations de leur âm e traduites; leur art est plus\ngrand, plus ém ouvan t et plus vrai, que le tripotage m éticuleusem ent ach evé de ceux\nqui sont impuissants à sentir et à rendre com m e eux.\n   V o tre ign oran ce du dessin??? Q u i diable, à la fin, parm i tous ceux qui disent :\ncelui-là ne sait pas dessiner, m ’ expliquera ce que c’e st: le D e ssin ? sinon une\npartie des m o yen s d’ expression du peintre, et alors, n’ est-il pas autre pour chacun\nd’eux, et surtout, pour chaque transform ation de l’art ?\n  E st-ce la colossale débauche des m assivités égyp tien nes, la pondération plastique\n-grecque, l’exubérance m usculaire de la R enaissance, l ’ascétism e des chefs-d’ œ uvre\nrom ans et gothiques, qui constituent le dessin im m uable et im peccable? O u bien\nle dessin n ’est-il que le trou d’un objet dans l’espace, et alors, la façon d’ envisager\ncet objet, partie du tout, ne doit-elle pas dépendre de la perception qu’a l’artiste du\ntout ou de l’ espace lui-m êm e. E t dès lors : à chacun sa personnalité, c’est-à-dire :\nà chacun son sentim ent, sa couleur et son dessin.\n   C e n’est donc pas m oi que l’on entendra jetant à la tête          d ’E N SO R ce m ot d’In­\ngres : « Le dessin c'est la ... etc.; j’admire sans réserve l’harm oniste à la fois brutal\net exquis, aux atm osphères superbem ent fluides, aux colorations intenses se prêtant\nles dessous qui m agnétisent et font vibrer. T o o r o p , V o g e l s , F i n c h non plus ne\nse soucient pas de la vérité photographique ; ils se contentent d’ interpréter artiste­\nm ent ce qu’ils voient, à travers leur tem péram ent. C hacun convient en effet, qu’ on\npeut n’ exalter qu’ un côté d e là nature, et faire un chef-d’œ uvre; j’ajoute m êm e que\nc’est là la m arque des plus pures époques de l’art ; les décadences seules ont p ro ­\nduit ces œ uvres exsangues, admirées par Prud’hom m e, qui donnent l’aspect inté­\ngral du docum ent, toutes ses faces, tous ses côtés, sans avo ir la puissance d’inter­\npréter aucun d’entre eux.\n  L ’espace m e m anque pour analyser en détail chaque œ u vre de ces bons ouvriers;\nE n sor expose des natures mortes, un paysage, et l’après - dîner , où s’étalent les\nqualités ordinaires de ce    m a ît r e .   T o o ro p a donné la Daine en blanc, le Déjeûner,\nUne panique, Décembre, le Nés à A m sterdam et un portrait de V o g e ls, le tout, à\ndes degrés différents, sans doute, d’une lum ière, d’ un coloris et d’ une intensité de\nsensations inouïes ; V o g e ls arrive à une grandeur épique dans La chaumière du père\nK eeske; Temps dechien et Crépuscule sont d’une im pression saisissante ; la neige voltige,\ntourbillonnante et m ouvante, dans le Jardin du voisin, et sa Chaloupe de Trouville\nest d’ une délicieuse tonalité. Finch a dans           toutes ses toiles un air vibrant ; ses ,\nciels sont d’ une profondeur infinie ; dans l'Intérieur à Mariakerke, si l’hom m e est\ninsuffisant, la fem m e est d’ une architecture adm irable, et les puissants effets de c o u ­\nleur qu’on o b se rv e dans ces œ uvres sont obtenus par un faire d’une belle sim plicité.\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "                                               166 —\n\n   D ans l’envoi de R e go yo s, nous ne trouvons aucun p rogrès, au contraire. Q uand\n donc ce peintre voudra-t-il faire valoir par le travail ses réelles qualités ?\n   C hain aye n’est en général pas com pris : on apprécie justem ent Rive paisible et\n  Vainqueur ; mais on discute beaucoup Demblon, buste admirable de vérité et de vie,\n et encore plus Terre féconde qui a fait dire à des gens d’une im posante ign oran ce en\n anatom ie, que l’auteur n’en connaît pas assez; Rive paisible est là pour répondre.\n Terre féconde est d’une plastique sp éciale; le geste est d’ une précision catégorique,\n le corps d’ un poids réel est accroch é au sol avec grandeur et solidité, et ses con ­\n tractions musculaires sont m odernem ent vues, quoique un peu exagérées peut-être.\n   Je citerai encore, parm i les œ u vres des X X , L e soir en West-Flandre, de G œ thals,\nle Conteur arabe et les ‘Portraits de V an R ysselberghe, D ans les dunes, un Brocart\net le Portrait de Meunier par V erh eyd en ; enfin ,         le M oulin de K nocke, par\nW ytsm an . T o u t ayant été dit sur ces bonnes oeuvres, et m êm e sur les autres, je\ncrois inutile d’en parler longuem ent.\n  Je ne veux pas m ’amuser ou amuser le public en m e m oquant de certains; c’est\nun plaisir m échant qu’il est trop facile de se payer.\n  Parm i les artistes invités, S w a n , avec ses Lions d’une grandeur biblique, qui\nm archent, hurlants, dans les solitudes des déserts, M e l l e r y avec ses dessins de\nl’île de M arcken, suite de scènes hantantes par leur caractère dram atique et l’at­\nm osphère de plom b qui pèse sur la nature observée, R a f f a e l l i , le conteur des\ntravaux pénibles et des repos m élancoliques et abrutissants des banlieues de Paris,\nMEUNIER, ce peintre farouche de la vie noire des cyclop es m odernes, B r a c q u e m o n d ,\navec son C oq, superbem ent         cam pé   sur ses ergots batailleurs, sont        surtout\nremarqués.\n\n                                                             H en ry   d e   TOM BEUR\n\n\n\n\n             CHRONIQUE MUSICALE\n                      C A M IL L E        S A IN T -S A É N S\n\n  Nous avions pour Cam ille Saint-Saëns, quoique tiède encore dans ses envolées\nm usicales qu il échafaudé plutôt en intelligen t qu’ en inspiré, un v agu e respect,\npareequ’il est eu France le seul m usicien actuel qui tente de           temps à autre un\neffort partiel. N ous nous rejouissions donc d’ entendre les œ uvres annoncées par le\nprogram m e du troisièm e concert populaire. N ous croyo n s qu’à part les airs de\nballet de Henry V III, Saint-Saëns n’aurait pas pu choisir de m orceaux faisant plus\nde concessions aux gens qui ne com prennent en musique que le petit côté pitto-\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "                                     —    167 —\n\nre s q u e , le m o ulage ou calque superficiel des sonorités qu’ on est con ve n u , les\npieds sur les chenets, de trou ver ultra m usicales.\n  L a carte de tous ces plats aurait dû nous m ettre en défiance; elle nous a fait\nfaire le tour de l'E urope en une heure d’ exécution d’orchestre; d'abord elle nous a\ndonné une jota A ragonaise, puis une rapsodie d’A uvergn e, ensuite une sérénade\nesp agn ole et m êm e de ci de là des emprunts faits à l’É co sse et à l’Irlande. Il a\nfallu nous rendre à l’évidence. D e toutes ces im pressions étran gères le com posi­\nteur français n’a évoqu é que le côté panoramique, élégam m en t, nous l’admettons,\navec talent m êm e, mais enfin avec une distinction toute prévue à laquelle Saint-\nSaëns n’apporte aucun prism e particulier. L ’éternelle bohèm e du tam bour de basque,\nle rom antism e sau vage de la cornem use, la grâce sçche des castagnettes, tous les\naccessoires ob ligés de l’ opéra-com ique trouvaient leur em ploi à l ’audition Saint-\nSaëns.\n, L a grande et vraie musique, plâne à cent coudées au-dessus de toute cette m asca­\nrade figée. L ’art est le rapport de n otre cerveau avec des situations, des im ages, des\nsons. L a m usique c’est le ven t qui s’hum anise, l’ interprétation que des proscrits,\nla g o rg e étreinte par des sanglots m al contenus, donnent au rudim entaire chant\nnational du pays perdu. L a m usique m oderne vit de signification toute m orale; ce\nn’est qu’ainsi qu’elle est supérieure, dém atérialisée d’ essence docum entaire sem ble-\nt-il. C ’est celle-là qu’il nous faut, hom m es du N ord, dont les désirs devancent de\nloin les pénibles réalisations des jouissances en projet, nous dont les difficultés\nde bien-être ont subtilisé l’intellectualité, nous qui vivo n s les y eu x ferm és.\n  N o s cerveau x paraissent com prendre sans le secours des sens, tant ceux-ci ont\ndans notre organisation une besogn e affinée. N o tre m arche vers les lum ières a\ndonné la m ort à l’art extérieurem ent décoratif, assez donc de toutes ces ferblan­\nteries et grelo ts, nos appétits sont philosophiques.\n\n                                                           JACQU ES C h a m p a l .\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "             CHRONIQUE DE L'ART ET D U LIVRE\n                             LES NOUVEAUX-NÉS.\n\n\n\n        ’ a b o n d a n c e des m atières et l’éten­\n        L                                              lants, les quolibets,                   les      concetti             s’y\n        due de l’analyse de l'Hystérique,              m êlent; à côté “ d'engueulades « lancées\npar notre collaborateur H. de T om beur,               avec une verve plebéîenne, se hasardent\nnous forcent à rem ettre la publication de             de délicats m adrigaux com m e celui-ci :\ncette étude au prochain num éro.                          O h ! si v o u s p e rd ie z , m ig n o n n e ! m ig n o n n e !\n                                                          L e ch arm e s e c re t q ui m ’ a tta ch e à v o u s ,\n                                                          T o u t c e q ui sé d u it, to u t c e q ui ra y o n n e ,\n                                                          T a lism a n d ’a m o u r é n e rg iq u e et d o u x,\n  La Revue des Livres et des Estampes\n                                                          S i v o u s le p erd iez, m ig n o n n e ! m ig n o n n e !\ncesse de paraître, après son quatrièm e                   S i le c ie l a lla it se p lain d re au bo n D ie u\nn um éro. L ’audacieuse entreprise de José­                Q u ’ o n lu i pren n e ain si to u te sa lu m ière\n\nphin Péladan s’est heurtée à l’inertie des                P o u r la m ettre au fo n d de ce re g a rd bleu\n                                                          Q u i fe ra it p â lir l ’au ro re p rem ière !...\nuns, à la frayeu r et à la haine des autres.\n                                                          S i le ciel a lla it se p lain d re au b o n D ie u !\nC ’est pour le monde lettré une v éri­\ntable perte, et nous regrettons vivem ent                Lui, qui chante la force m âle, il est\ncette revue à la fière allure, si indépen­             capricieux com m e une jolie fille. Ici le\ndante, si courageuse et si sincère, qu’elle            voilà en fureur contre les fem m es :\nn’a pu se faire accepter des tim orés et                O h ces fem m es, ce s tas de fem m es q u ’ o n re n ­\n                                                                                                                    co n tre!\ndes philistins abêtis, qui pullulent et\nétouffent les belles initiatives, en France              Mais deux pages plus loin, parce que\naussi bien qu’ en Belgique.                            ces « tas de femmes » ont disparu, il est\n                                                       resté tout triste :\n                                                        V o u s a v e z disparu tou tes je ne sa is o ù,\n\n  E m il e   G oudeaü. —         Les Fleurs de          E t m o n cœ u r est peu plé de to m b es et de s a u le s...\n\nBitume. (2e édit.) Paul O llendorf, éd.                  T e l est Em ile G oudeau, tantôt gouail­\n  E lles sont entassées en une étrange                 leur, tantôt brutal, parfois aussi — me\ngerbe, au hasard de la cueillette, ces                 pardonnera-t-il ce m ot ? — presque sen­\nHeurs du Bitum e. Les paradoxes étince­                tim ental. — Il y a dans cerecueil une pièce\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "                                                                  —   169 —\n\nintitulée « Chavirette », qui exprim e bien                                vagu es désirs                ébauchés,                les rém inis­\ntous ces caractères : C havirette, c’est                                   cences à peine distinctes, le m alaise des\nune fille qui revient de « fa ire son quart »                              m élancolies autom nales, voilà ce qu’il\net qui, dans sa cham bre, se m et à pleurer                                nous dit en presque tous ses poèm es. Il\np arce qu’elle s’ennuie et que les vieux                                   a écrit quelque part :\nsouvenirs lui rem ontent à la g o rg e .                                   V ie n s h u n ie r le fu m e t — et m o rd re à p lein es dents\n\n     E t s e u le , e lle se m it à p leu rer, C h a v ir e t te ;                         A la b a n a lité su a v e de la v ie .\n\n     P o u r q u o i? ... p o u r rie n ...\n                                                                              M ais il ne suit gu ère ce conseil qu’il\n  Mais cela ne durera gu ère. C havirette                                  donne. Il sem ble savourer lentem ent la\ntrouvera ses pleurs stupides et rede­                                      v ie, et non y « m ordre à pleines dents ».\nviendra           bientôt            une      joyeuse             garce.      Ses vers sont d’une form e savante —\nG oudeau ressem ble à C havirette. Ses                                     un peu trop savante peut-être. — Pleins\ntristesses, qui lui paraîtront bêtes l’instant                             d’allitérations et d’assonances, ils ont\nd’après, ne sont pas longues, et pour être                                 parfois des perversions de rim es et de\npessim iste, il n’est pas pleurnicheur. L a                                rythm es qui donnent à certaines pièces\nv ie n’est pas bon ne? O n tâchera de la                                   une saveur étrange. Lisez, par exem ple,\npasser le plus joyeusem ent possible, on                                   cette strophe :\ncom pensera les douleurs par des jouis­\n                                                                                     C h è r e m ain au x lo n g s d o ig ts d é licats\nsances nouvelles.                                                                    N o u s v e rsa n t l ’o r du sa n g des m u scats\n  V iv e n t les forts et tant-pis pour les                                          D a n s la b o n n e fra îc h e u r d es to n n e lle s ,\n\nfaibles!                                                                             D an s la bo n n e se n te u r d es m o isso n s,\n                                                                                     D an s le so ir o ù la n g u issa ie n t les sons\n  E m ile G oudeau est de ceux qui ont la\n                                                                                     D e s v io lo n s et d e s rito u rn e lle s .\ntristesse gaie.\n - M aintenant, faut-il nom m er les princi­                                  E t dans cette strophe aux rim es mascu­\npales pièces du recueil? Je citerai Cha­                                   lines, n’y a-t-il pas quelque chose com m e\nvirette, les Romaines, origin ale fantaisie                                un froissem ent de feuilles séchées :\noù     Paris          est travesti            à la latine, les\n                                                                                      L e s ro se s ja u n e s c e ig n e n t les tro n c s\nGrecs, et           ce poèm e à la façon de la                                        D e s g ra n d s p la ta n es dans le ja rd in\nChan son des G ueux : Les Voix apportées                                             E t c ’ est co m m e un tin te m e n t so u d a in\n\np ar le Vent. A jou to n s que ce                            volum e                 D ’ ea u q u i s’ é g o u tt e en le s bassin s ro n d s\n\ncontient plusieurs pièces nouvelles.                                          M ais tout le m érite de ces vers n’est\n  E . G oudeau fera paraître prochaine­\n                                                                           pas dans la bizarrerie savante des ry th m e s.\nm ent un rom an sous ce titre : La Vache                                   Il y a aussi des effets obtenus sans violer\nEnragée.                                                                   la vieille prosodie classique :\n\n                                                                              A lo r s m a to u te b e lle , a ssis au c o in du fe u ,\n                                                                           A u x r o u g e s fla m b o im en ts des b û ch es cré p itan tes,\n                                                                              N o u s re v e rro n s , au fo n d d e s v isio n s la te n te s,\n     J ean M o réas. —                  Les Syrtes.\n                                                                              L e p a y sa g e v e rt, le p a y sa g e b le u ,\n     Jean M oréas est de ceux qui prennent                                    L e p a y s a g e v e rt et ro se et ja u n e et m au ve\npour devise les vers de Paul V erlaine :                                      O ù m u rm u re l ’ea u c la ire , en les fo u illis d e s jo n c s ...\n\n           C a r n o u s v o u lo n s la n u a n ce en c o re ,\n                                                                              A in s i n o u s r e v iv ro n s n o s ex ta se s éte in te s\n            P a s la c o u le u r , rie n q u e la n u an ce .\n                                                                              E t nous ra n im ero n s n o s b o n h e u rs sa c c a g é s\n     Il s’attache à                  rendre les            nuances,           E t n o u s re s se n tiro n s le s b a ise rs éc h a n g é s\n\nles toutes petites sensations fines. Les                                      D an s les ca m p a g n e s d’ o r et d ’ é m e ra u d e tein tes.\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "                                                          170 —\n\n    D es vers que j’ai cités, vous conclurez                de H ugo ' et disent de trop rom antiques\ncom m e m oi, n’est-ce p a s? que — m al­                   tirades' : « Entends-tu Jean ! Entends-tu .\ng ré quelques exagérations voulues dans                     les cloches?... Elles sonnent à tous le secret\nla form e — Jean M oréas est un délicat                     de nos cœurs, l ’ oubli du passé, la fu ite des\nartiste.                                                    peines, et la renaissance des choses heu­\n                                                            reuses! »\n                                                              M êm e sous le régim e de l’instruction\n    R odolph e       D arzen s.   — Poèmes de la            obligatoire, c’est bien de la littérature\nNuit.                                                       pour les paysans. Mais, en gén éral, le\n N o tre      am i    R odolphe       D arzens va           faire est sim ple et agréable. Et, par les\nfaire paraître chez H enri Jouve (boul.                     Saintes de la C am argu e ! c’est une m er­\nSt-M ichel, 52, Paris), un volu m e de vers                 v eille auprès de celui de certains « ro ­\nintitulé : « Poèmes de la N uit ». M algré                  m anciers parisiens » (Je ne veu x nom ­\nce titre, ce ne sont pas des vers macabres                  m er personne, p as m êm e M . G eo rges\net fantastiques, ni des poésies réalistes et                O hnet). D o n c, si vous aim ez les histoires\nparisiennes. L a poésie de R . D arzens                     sim plettes com m e 0n en dit le soir dans\nest toute subjective et personnelle. Il                    les « M A S » de la C rau, je vous recom ­\nn’est pas de ceux qui racontent leur his­                   m ande le Galoubet.           P é c a ïr e ü tout le\ntoire, égrèn en t le chapelet de leurs sou­                m onde ne peut pas lire V illiers de l’Isle-\nvenirs, et pourtant son « M oi » n’est                     A d a m ou B arbey d’A u rev illy !         E. M.\njam ais absent. Il dit ses sensations in­\ntim es, il conte non sa vie extérieure,\nmais sa vie m entale, et ses vers peignent\n                                                              La Revue Contemporaine, littéraire, p o ­\nles choses non telles qu’elles sont, mais\n                                                            litique et philosophique, vien t de pa­\ntelles qu’il les a vues, en des poèm es dé­\n                                                            raître ; elle ne publie rien que d’inédit;\nlicats, d'une form e pure           et raffinée.\n                                                            avant tout renseignée et docum entée,\n                                                            elle s’occu p era longuem ent, e n des études\n                                                            critiques approfondies, de toutes les m a­\n   F e r n a n d B e i s s i e r . L e Galoubet (Contes    nifestations im portantes de l’art et des\net Nouvelles de Provence). Henri Jouve,                    lettres à notre époque. E lle s’adresse\néd. boul. St-M ichel, 52, Paris.                           d’une façon spéciale aux lettrés et aux\n   L e G aloubet de P ro v en ce est              une      érudits. L es littératures étrangères tien­\npetite flûte sur laquelle on ne jouera                     dront dans ses colonnes presque autant\njam ais du B erlioz ni du W agn e r. L e                   de place que la littérature française.\nG aloubet de M . F . Beissier ne joue pas                     Collaborateurs français : M M .-H arry\nnon plus de la m usique bien com pliquée.                  A lis, P aul A rèn e, T h é o d o re de B anville,\nD an s ses petites nouvelles, M. Beissier                  Joseph     C h a ille y ,   A lp h o n se   D au d et,\nim ite M istral et D audet — le D audet des                E u gèn e F orgu es, Edm ond de C on cou rt,\n« Lettres de mon moulin » — dont il s’est                  E dm ond H araucourt, Em ile Hennequin,\napproprié parfois certains procédés de                     Léon Hennique, J.-K . H uysm ans,F. Jous­\ns t y le .                                                 semet, L eco n te de Lisle, G u y de M au­\n   L à n’est pas le mal. M ais ses paysans                 passant, C atulle M endès, A n d ré M ichel,\nam oureux im itent parfois les am oureux                   E m ile M ichelet, G eo rgesN ard in , Francis\n\n\n\n\n                                                                                              0\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "                                                  - 171 ·\n\nde Pressen sé, A drien R e m acle, Edouard                  Le Monde poétique, dont le premier\nRod, M aurice R ollin at, G abriel Sarrazin,             volu m e a eu un si légitim e succès, com ­\nE m ile Zola.                                            m ence aujourd’hui le second tome de sa\n   Collaborateurs étrangers : M M . D el                 collection par un .num éro d’ une réelle\nB alzo , J a n T e n Brink, G eo rges Brandès,           valeur littéraire· V ers inédits de Fran­\nCapuana, C hecch i, F é lix D ah n , E . E n gel,        çois C oppée, A n dré L em o yn e, Zénon-\nIngram , C am ille Lem onnier,. A lexan dre              Fière, M orice, études de Em ile M ichelet\nM acédonski,       O breen,     V itto rio      P ica,   et A lb ert Savine, vo ilà les          principaux\nA dolphe     R ib au x,    W illiam    R o s s e tti,    titres de ce rem arquable fascicule qu’en­\nV e rg a , de Y o lz o g e n , Ernst Ziégler.            richissent encore les m erveilleux orne­\n  E n v o i d’un num éro spécim en contre                m ents de T a x ile D oat, l’artiste ém inent\ndeux francs en tim bres-poste (franco).                  de la M anufacture de Sèvres. D ’ailleurs\n   A bonnem ents : Sur velin ordinaire :                 voici le som m aire com plet de ce num éro\nParis, 20 francs ; départem ents et étran­               rem arquable :\nger, 22 f r a n c s . — Sur papier du Japon,                L e s P o ètes Français contem porains :\n100 fr. ; sur papier de H ollande, 6o fr.;               François C oppée. E m ile M ic h e l e t . —\nle nom du titulaire im prim é sur le faux                A u n e E n fan t sim ple. FRANçois C o p p é e .—\ntitre.                                                   D o ra. A n d r é L e m o y n e . — L a Poésie\n  L a Revue Contemporaine paraît le 25 de                C atalan e contem poraine. A lbe r t S a ­\nchaque     m ois. Adm inistration, rue de                v in e ,   —   L ’O n g le .   Z é n o n -F iè r e . —\nT o u n io n , 2, Paris.                                 Pan tou m . C h a r l es M o r ic e . —       C h ro ­\n                                                         nique D ram atique. Louis T ie r c e l in . —\n                                                         C hronique m usicale.           P u . M a r io . —\n                                                         B ibliographie. — Echos.\n  L e « Livret des Vers Anciens » de\nJ. M adeleine, ce recueil          de délicates\npoésies, dont nous avons, parlé                 dans\nnotre dernier num éro, est en vente chez                    La      Gaiette Anecdotique          com m ence\nMarpon et Flammarion, rue Racine, 26,                    sa dixièm e année par son num éro du\nParis.                                                   15 janvier, qui donne, entre autres docu­\n   C e petit volum e sorti des presses de                ments intéressants, une im portante lettre\nl’excellent im prim eur Q u an tin est un                inédite d e M. de Salvau d y. — C ette char­\nvéritable bijou de typo grap hie archaïque.              m ante revue de la quinzaine, im prim ée\n   Cinquante exem plaires seulem ent sont                par D . Jouaust et J. S igau x, dans le\nen librairie, au prix de 5 francs.                       genre des éditions de bibliophiles, a sa\n                                                         place m arquée aujourd’ hui parm i                 les\n                                                         recueils auxquels les lettrés et les cu­\n   P o u r paraître prochainem ent : D eux               rieux accordent leurs            préférences. —\nvolum es de L éo n Cladel : Héros et P un­               L a Gaiette Anecdotique est, en m êm e\ntins, avec préface de C am ille Lem onnier,              temps qu ’ une revue d’actualité, un livre\net Quelques Sires, avec préface d'Emile                  qu’on aim era toujours à consulter; elle\nM ichelet. C h ez Frinzine et K lein , C a ­             sera intéressante surtout à l’état de c o l­\ntulle M endès publie les Iles d’ Amour,                  lection com plète. — O n peut se pro­\net les Contes du Rouet, avec eaux-fortes.                curer les n eu f années, soit en num éros\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "                                          —       172 —\n\n                                                      C ertes, nous ne nous serions pas m on­\nséparés, soit eu 18 volum es brochés, à la\n                                                   trés aussi grincheux pour une entreprise\nLibrairie des Bibliophiles, 338, rue Saint-\n                                                   de débutants; mais M . Fuster a fait assez\nH onoré.\n                                                   parler de lu i, pour que nous so yon s en\n                                                   droit d’attendre de sa part bien m ieux que\n  Revue indépendante. Paris, rue de M é­           tout cela. — Nous souhaitons vivem ent\ndicis, 7. Som m aire du num éro de fé­             que le jeune poète, à la valeur duquel nous\nvrier 1885.                                     rendons d'ailleurs hom m age, abandonne\n   I.   G . C hevrier : L a Liberté de lu Chair. ses allures pontifiantes et sa chasse effré­\n— II. Joris-K arl Huysm ans : Le nouvel            née à la réclam e; rien que dans le 1er n°\nAlbum d’ Odilon Redon. — III· Charles              de sa revue, son nom flamboie au moins\nV ig n ier : Fictions. — I V . O scar M été­       à dix endroits.\nnier : La Chair. — V . C harles M orice :\nLa Mort des Papillons (tercets). — V I.\n                                                      « J’essaierai, m oi poète, de surpren­\nPaul Bonnetaiu : Les Éditeurs. — V II.\n                                                   dre aussi la vie qui grouille sous mes\nL é o n C ladel : R ara A v is.— V I II Edouard\n                                                   yeux, Ames et Sangs; je viens m ’enrôler\nR od : M . P a u l Bourget. — IX· A lcide\n                                                   au grand travail vivant du R éalism e, du\nBonneveau : Orientale (sonnet). — X.\n                                                   V r a i.... P o u r m oi, l’Im pressionism e est\nM ielvacque de L acou r : Un Rastaquouère.\n                                                   l’ écriture du Réalism e, c’est le frém isse­\n   X I .O .W . Chronique du Mois. Livres et\n                                                   ment de la vie rendu sur le papier. »\nPériodiques — X II. Vie parisienne- Sport.\n                                                    C ’est-à-dire que M. R . G hil, par ce frag­\n  (90 pages g r. in-18. — Prix :U n fr.)\n                                                    ment de la préface de son livre, proteste\n                                                    contre l’épithète d’im pression iste, que\n                                                    nous avons accolée à son nom en an­\n  La Ballade de M . Fuster vient de se\n                                                    nonçant Ames et Sangs dans le n” de\ntransform er en Revue littéraire et artis­\n                                                    janvier, et se réclam e du titre de réa­\ntique; son program m e, fort peu artisti­\n                                                    liste. A cco rd é bien volontiers.\nque, lui, annonce que la revue « sera\nutile et attrayante » et pourra, sans dan­\ng e r pour la m orale      officielle, traîner        Société royale belge des Aquarellistes :\n\n« sur toutes les tables. » — C ’est là une          La m ort de MM. Francia et V a n M oer et\nréclam e plutôt qu’ un program m e. — Le            le retour en Hollande de M. G abriel lais­\n1er num éro est farci d’articles d’im m or­         saient trois places vacantes parmi les\ntels, et pour un organ e « de com bat » (?)         Quarante. L a société vient d’y pourvoir\ncela ne prom et guères. Enfin, une tirade           dans sa dernière séance par la nom i­\nde M . Fuster qui passe en tête de la livrai­       nation de MM. Louis T itz , H agem an set\nson, est absolum ent ridicule, d’un bout            V o s.\nà l’autre; les « Scandales littéraires» sont\ndes jérém iades aussi sottes qu’ inexactes;            La    bibliothèque G ilon, de prolifique\ngrande est notre stupéfaction de voir un            réputation, vient de mettre bas son 149'\n jeune de m érite édifier un aussi colossal         rejeton. C e volum e contient trois confé­\nm onum ent de gâtism e bâfouilleur.                 rences de M. C h. Bost : la Solidarité —\n   A u point de vue typographique, la re­           A n toin e C lesse— G régoire-Joseph C h a ­\nv u e nouvelle manque totalem ent de goût.          puis. L a m ère et l’enfant se portent bien.\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "                 AVIS TR ÈS IMPORTANT\n   N ou s p rion s n o s ab o n n és é tra n g e rs de n o u s fa ire p arven ir\np ar m an d at p o s ta l le m o n tan t de leu r ab onn em en t (cinq francs)\ndans la quinzaine, fa u te de quoi n o u s n o u s v e rrio n s o b ligés\nde faire e n c a isse r p ar la p o ste ce qui leur o cca sio n n e ra it\ndes fra is a s s e z éle vé s.\n                                        — o—\n   L ’A d m in istratio n d e s p o s te s fe ra to u ch e r c e tte sem aine les\nq u ittan ces qui on été re fu sé e s lo r s de la prem ière p rése n ­\ntatio n ; n o u s p rion s in stam m ent c e u x de n o s ab o n n és que la\nc h o se in té re sse de leu r faire bon accueil.\n\n\n\n\n                                                     > W .T .v i:\\      en\n\n\n\n            S\n    //0>                  **\n                                           FABRIQUE                                        SPECIALITE\n   'e s /          CACHETS!\n                A iitioiïies>                                                              d'Articles pour\n                                                       DE\n      GRAVURE en                                                                           la B r o d e r ie e t\n                                               T I   M BRES\n  J A IL L E - p o U C E\n                                                                                           le M a rq u a g e\n                                               de FIRMES et                                D U      Jj I N     G   E\n       SU R         p R        ET               VIG NE TTE S\n                                                                                           Timbres - secs\n        ^HGENTl\n                                         [ CAOUTCHOUC                                      et à Levier pour\n                 P L A Q U E S l is\n                                                                                         : ADM INISTRA\n                       PORTE6                                                            l-T IO N S       ^   5\n                >       etc,-                        J.WAZ\n                A\n\n\n\n\n                V I E N T DE P A R A I T R E                       LA SO C IÉ T É N O U VELLE\nL ’H Y S T É R I Q U E                                         REVUE       IN T E R N A T IO N A L E     M EN SU ELLE\n\n       par C a m i l l e L e m o n n i e r                         Sociologie, Arts, Sciences, Lettres.\n   En vente aux b u r e a u x d e l a Revue                      Abonnement : 8 fr. par an. — Bureaux\n               Prix: 3,50                                      Rue des Minimes, 10, Bruxelles.\n\n                                                                             S o n s p resse :\n     L ’A R T MODERNE                                           LETTR ES A JEANNE\nRevue critique des Arts et de la Littérature                                    par J. D e str é e .\n\n   paraissant le dimanche, 4e année.\n                                                                        TOQUES ET ROBES\nAbonnement : 10 fr. — Administration :                           E s q u is s e s ju d ic ia ir e s , p a r A. J a m e s .\n .26, rue de l'Industrie, Bruxelles.                                      D e s s i n s d e F. K n o p f f .\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": " RG.TVS mensvQhhQ ds LircrosRZOTVR© sm D'mrv\n\n\n\n\n     Dans ses prochaines livraisons, LA BASOCHE pu­\nbliera des articles et des vers de MM.\n\nJ ean      A JA LB E R T                               C A M IL L E L E M O N N IE R\n\nG korges           ART                                 E rn est       M A H A IM\n\nP aul      B E R L IE R                                F ran z      M AH UTTE\n\nIiouis      de     CASEM BR OO T                       L uc M A LPE R\n\nH ector          C H A IN A Y E                       C A T U L L E M ENDÈS\n\nJacques          CH AM PAL                             C h a r le s      M ETTANGE\n\nR odolph e          DARZEN S                           S tu a r t      M E R R IL L\n\nC é l e s t in     D EM B L.O N                       E p r h a ïm       M IC H A Ë L\n\nJules       DESTRÉE                                   E m ile      M IC H E L E T\n\n\nL. H . D E V IL L E Z                                  H en ri      N IZ E T\n\nP eter       DYL                                       P au l    O RGELS\n\nG eorges         d’E S P A R B E S                    E D M O N D P IC A R D\n\nA ndré       F O N T A IN A S                         P ie r r e      Q U IL L A R D\n\nM a u r ic e       F R IS O N                         Jean       RAM EAU\n\nA rnold        G Ò F F IN                             C h a r le s     S A IN C T E L E T T E\n\nE m il e    GOUDEAU                                   M a u r ic e     SU LZBERGER\n\nA lbert          G R É S IL                           H en ri       STR A N A R D\n\nS t a n is l a s   de    G U A IT A                   H en ry       de    TOM BEUR\n\nTH ÉO HANNON                                          G eorges         TOREG\n\nM arc      H ARO LD                                   A lb e r t      VERN AELD E\n\nJ.   K. H U Y SM A N S                                A u g u ste        V IE R S E T\n\n\n\n                   Bruxelles — Imp. J.- B . M o e n * et fils, rue aux Laines, 48.\n"}]}