{"numero_id": "ulb-basoche-1885-04-13-n6", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "articles": [{"article_id": "ulb-basoche-1885-04-13-n6-001", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 205, "page_fin": 210, "titre_corps": "Germinal", "titre_sommaire": "Germinal", "signature_source": "Hector Chainaye", "ancre_debut": "GERMINAL", "ancre_fin": "Hector Chainaye", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 228, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1880, "texte": "GERMINAL\n            N\n            E    pleine nature, Z o la a campé la robustesse de son art,\n                développé sa com préhension de la vie, son programme à\n                lui, son œuvre, avec une logique et une ténacité qui\nétonnent, effrayent mêm e. E t c’est au concert des ricanements et des\ngrossières attaques des hommes que ce m onument s’est échafaudé.\nA u jou rd ’hui qu’il a désabéti toute une classe de gens qui peuvent le lire.,\net non le pénétrer, — il ne sera compris que plus tard, — ses écrits\nne révolutionnent plus autant, n’apparaissent plus rouge-feu, d’un\nem brasement fiévreux et momentané, mais im prégnés, enveloppés\nd’une douce lum ière astrale, brillante encore du même éclat dans\nl’avenir. Germ inal, son dernier livre, vient d’être édité; le succès a été\ngrand; mais si Z o la l ’avait produit au début de sa vie d’écrivain, ou\nsi ce rom an avait été présenté sous une signature inconnue, quel\nvacarm e ! que de stupides critiques ! Z o la fait peur maintenant, nous\nnous plaisons à le répéter. P ar contre, son art, bien qu’il ne puisse\nencore être apprécié, s’est même tant im posé que ses partisans, — et\nnom breux ils sont devenus —         sont tentés à proclam er chef-d’œuvre\ntout œuvre de lui. P our ju ger Germ inal, sincèrement, en dehors de\nces préoccupations, il faudrait ignorer quel en est l’auteur, ou bien\navoir la force de l’oublier ; ne pas connaître les écrits antérieurs de\nl’infatigable artiste, ou pouvoir chasser de son cerveau leurs trou­\nblantes hantises. Précaution qui semblera puérile, mais que tout lecteur\nde Germ inal devrait prendre à notre avis, c’est couvrir le volum e d ’ une\nfeuille de papier bien épaisse, en condamner les premières pages,\npour ne pas toujours rencontrer en l’ouvrant ce nom : Zola. C ar il\ninflue sur l’esprit,    il était destiné, nous ne savons pourquoi, mais\n"}, {"page_pdf": 229, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2548, "texte": "                               — 206 —\nle sentons, à devenir illustre ; la griffe du Maître dégage une autorité\nm agnétique, illum ine comme celles de B ach , W agn er, M anet, Rodin,\nF élicien Rops, em plit une page en l’agrandissant : son d’orgue dans\nune église.\n  Rarem ent dans une œuvre, l’im pression a été aussi concentrée.\nE lle est bue, dirons-nous, par le personnage principal, la mine du\nV oreux. « Cette fosse, tassée au fond d’un creux, avec ses construc­\ntions trapues de briques, dressant sa chem inée comme une corné\nmenaçante, sem blait avoir un air m auvais de bête goulue, accroupie\nlà pour m anger le monde. » E t sol et ciel, hommes et anim aux, êtres,\nnature lui sont asservis. L e V oreux creuse la terre de ses galeries, la\nrecouvre de talus, hachure l ’horizon de chem inées, ennuage l ’air\nd’épaisses fumées, secoue le pays du bruit assourdissant des m achines.\nPrès du Voreux s’étend le Coron — la boucherie près du monstre —\nc ’est là qu’habitent les houilleurs. D epuis u n siècle, ces m isérables\n« tapent à la m in e », de père en fils; cependant ils savent qu’ils se\ntuent à cette horrible besogne, et disent, lorsqu’un signal annonce la\ndescente : « on sonne à la viande. » D es chevaux peinent aussi au\nfond de la bure, et ce ne sont pas les moins émouvantes des pages que\ncelles où il s’agit de Bataille, de Trom pette, ces braves. D u reste,\nelles sont la marque de notre      époque, sont chaudes      de la pitié\nmoderne qui tend à donner aux anim aux les mêmes sentiments, la\nmême sensibilité nerveuse qu’aux homm es; non aux anim aux dans\nleur rapport ou par opposition avec les hommes, mais aux anim aux\nentre eux. Germ inal est l’histoire du V oreu x pris comme type de\ntoutes les houillères : ce roman généralisé, la portée en est immense.\nIl nous décrit le travail dans les m ines; à ce point de vue la première\npartie est forte; puis la désolante impression d’abandon du V oreu x\npendant la grève, enfin la terrible inondation qui tue « la béte »\npour toujours. L e V o reu x est le noir soleil autour duquel tourne et\nse développe le drame ; et il se développe avec la mystérieuse fatalité\nde la rotation des mondes, des phénom ènes naturels et sociaux.\n  L ’auteur de Germ inal a étudié les mineurs d’ une façon particulière\net pénétrante. L es ouvriers sont presque toujours des êtres muets,\ntaisent leurs souffrances ou les gueulent aux bouleversements des\némeutes. Mais leur douloureuse passivité attire les chercheurs, émeut\nles sensibles, et secoue plus que leurs cris. L e psychologue qui veut\n"}, {"page_pdf": 230, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2619, "texte": "                                   — 207 ----\nles observer est embarrassé, comme un médecin soignant un enfant\nmalade qui ne sait parler, ou bien assourdi par de révolutionnaires\nclameurs. Ces difficultés, loin de décourager, ont \"stimulé, excité le\nrom ancier, et il est parvenu à connaître les houilleurs.\n  D ’abord, physiquem ent. Il nous décrit leurs chairs avec grand art,\nen établit les saillies, en montre les pénibles colorations, va jusqu ’aux\nos, fait puer le sang appauvri. E t que d’im béciles ont dit que le nu\nn’était plus de notre époque ! L e nu est intéressant, nécessaire, sur­\ntout maintenant.     L ’écrivain    de G erm inal en fournit la preuve.\nL e corps ne peut rien lui cacher ; il est pour ce voyant un livre ouvert\nqui lui confie d’effrayantes révélations. Aussi, quel défilé d’êtres émou­\nvants. Ceux qui nous touchent le plus sont les. enfants: A lzire, la\npetite bossue, dont la mort est racontée avec des larm es, Jeanlin, ce\ngâm in « aux membres grêles, avec des articulations grossies par des\nscrofu les,    au masque de singe blafard et crépu, troué de ses yeux\nverts, élargi par de grandes oreilles, » L y d ie et Bébert que Jeanlin\nmartyrise. E t les femmes déformées, toutes ayant           eu   beaucoup\nd’enfants, L a M aheude, « au sein lourd comme une outre, » M adame\nRasseneur, la L evaqu e. P uis les hommes, surtout les deux vieux,\nM ouque et Bonnem ort, lequel raconte ainsi sa vie : « O n m ’a retiré\ntrois fois de là dedans en morceaux, une fois avec tout le poil roussi,\nune autre avec de la terre jusque dans le gésier, la troisième avec\nle ventre gonflé comme une gren ouille             A lors quand ils ont vu\nque je ne voulais pas crever, il m ’ont appelé Bonnem ort, pour rire.\n« Q uand il crache, son crachat laisse une tache noire, » ce qui lui fait\ndire : « C ’est du charbon, j ’en ai dans la carcasse de quoi me chauffer\njusqu ’à la fin de mes jours ».\n  L ’existence de ces m alheureux est racontée, nous voyons leurs\npetites maisons du Coron aux m inces            m urailles, qui permettent\nd’entendre les paroles et les actes des voisins, ces habitations d’où\ns’échappent des puanteurs d ’oignons. L ’auteur évoque d ’une façon\nétonnante, et un sens qu ’il a chez lui particulièrement développé est\nl ’odorat; ce qu’il décrit, nous nous le figurons et le sentons. L es m oin­\ndres habitudes, les m oindres coutumes des houilleurs y sont, non pas\nphotographiées, mais rendues avec une émotion personnelle. L e lever,\nles repas, le lavage, les scènes de cabaret, les soirées au Volcan.\nP énible mais exprim ée, tapée rudement, la passion prolifique de ces\n"}, {"page_pdf": 231, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2648, "texte": "                                  - 208 -\n\npauvres diables qui en plein cham p, dans les blés, ou sur les talus,\n« culbutent » les herscheuses.\n  D ire tout cela était certes difficile, mais plus difficile encore de les\nétudier au point de vue intellectuel, moral. Cependant le romancier\ny a réussi. L e peuple de Germ inal n’est pas celui que des partisans\nacharnés com prennent superficiellem ent comme une classe composée\nd’hommes, tous bons et honnêtes, ni celui que des adversaires mesquins\net odieux haïssent avec un parti pris révoltant. D ans ce peuple, il y a\ndes intelligents, des brutes, des vicieux, des gens de bien ; c ’est un\nmonde. U n e même misère les écrase; les uns l’acceptent m achinale­\nm ent; d’autres comme Etienne, réfléchissent aux moyens de soulage­\nm ent; Souvarine, de son côté, conserve secrètement son idéal en lui :\nT o u t détruire. A cet ensemble de cerveaux aux remous effrayants de\nsourdes pensées, à cette masse d’êtres aux aspirations phosphorescentes\ndans leur nuit de désolation, d'ignorance et de noire pauvreté, un\nécrivain a osé s’attaquer. E t, comme il a com pris la nature de ces m isé­\nrables, qui se figurent le Capital : « U n D ieu caché au fond d ’un\ntabernacle inaccessible, auquel ils donnent tous leurs chairs et qu’ils\nn’ont jam ais vu ! » Q uel m ysticism e! Q uelle étrange trouée lum ineuse\nsous ces crânes obscurs ! E t grandem ent la situation est brossée ; d ’un\ncôté les ouvriers, de l’autre les maîtres, mais ceux-ci ne sont ni faibles,\nni rageurs, ils commandent, sont dans leur rôle, profitent de l’asser­\nvissem ent des travailleurs, sans en abuser plus que les autres. L a grève\néclate, doit éclater. L a cause n’en est pas l’inhum anité m élodram a­\ntique du directeur; la société baisse les salaires, com me toutes les\nsociétés : la cause est la crise générale qui sévit. L es ouvriers ne\npeuvent plus faire de concession, le Conseil adm inistratif ne veut\npas rabattre de ses atroces prétentions. U n e révolte s’ensuit, cela était\nfatal. Certes il y aura des hommes, Etienne, M aheu, Rasseneur, qui se\nmettront ou plutôt seront mis à la tête du m ouvem ent; fau te de ceux-là,\nil y en aurait eu d’autres. Si forts, si intelligents qu’ils soient, ces\nhommes ainsi que les autres personnages de Germ inal ne sont pas des\n« caractères », ne conduisent pas l’action, mais sont des agents ou\ndes « subissants ». Etienne est       bien accusé d ’avoir poussé à la\nrévolte, mais la Maheude, qui a perdu son mari et trois de ses enfants,\nqui après la grève est obligée à travailler elle-même, ne lui dit-elle pas :\n« U n moment je t’aurais assommé, après toutes ces tueries. M ais on\n"}, {"page_pdf": 232, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "                                      — 209 —\nréfléchit, n’est-ce pas ? on s’aperçoit qu’au bout du compte ce n’est la\nfaute de personne... N on, non, ce n’est pas ta faute, c’est la faute de\ntout le monde. » C'est la faute de tout le mande, insondable vérité ! L a situa­\ntion frappe les ouvriers du V oreux, agissant sur leur esprit, d ’abord\ndifféremment. Souvarine reste fidèle à ses convictions, appelle la\ngrève « des bêtises ». Etienne, en jeune apôtre, parle à ses frères d’une\nsociété nouvelle, et ceux-ci, le système nerveux excité par une horrible\nfaim, se laissent hypnotiser par le m irage de cette terre promise. Il y a\nde la religion dans Germ inal. L es premiers chrétiens qui s’assemblaient\nsecrètement, n ’étaient pas plus beaux que ces ouvriers se réunissant la\nnuit dans la forêt de M ontsou, pour prendre une suprême décision.\nL es forêts ont été les premières églises, et ces croyants y rêvent aussi\nun autre monde, aux principes plus consolants. Quand la misère les\naura tous ébranlés, que tous, em portés et modérés, auront la même rage au\ncœ ur, cette foule, devenue masse délirante, mue par une même soif,\ns’ épandra comme lave dans les cam pagnes, détruisant, saccageant avec\nun désespoir infini.\n  L e dénouem ent du livre a été ju g é par certains critiques, violent et\nvoulu. N ous ne le croyons pas. Souvarine peiné de voir que les\nmineurs vont reprendre le travail au Voreux, provoque une inonda­\ntion par un acte monstreux. M ais que n’osent les N ihilistes ? Souva­\nrine est russe, et résolu com me ses frères.\n  N ous adm irons, au contraire, cette scène de grand M aître et de\nprofond penseur, comme nous admirons le passage où Bonnem ort\nétrangle Cécile, la fille des Grégoire. L a situation de notre société\net ce qui l’attend, sont là. Ce vieux, qui a travaillé cinquante ans,\nest devenu fou tant il a souffert, concentre ses dernières forces et sa\nvolonté pour étrangler la dem oiselle bien mise, à la peau douce et\nparfumée, en laquelle, il sent la race ennemie des patrons, ce vieux\nest colossal.\n  L e roman est trop        n o ir,    dit-on encore. Com ment un artiste\naurait-il pu se contenir devant des scènes aussi atroces ; Z ola les aurait\nvues moins noires, qu’il n’eût pas été un artiste, ni même un homme.\n  Et   le   livre   se   termine      comme finissent de nos      symphonies\nmodernes, semblant rendre au vent le souffle qu’elles ont humanisé,\nfaire rentrer en la nature, dans le tout, le secret qu’elles lui ont ravi.\nGerm inal est un long cri de douleur arraché à la terre. E t ses\n"}, {"page_pdf": 233, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2409, "texte": "                                        - 210 -\n\ndernières phrases sont consacrées à la terre ; elles la consolent, et lui\npromettent vengeance :\n  « U n débordem ent de sève coulait avec des voix chuchotantes,\nle bruit des germes s’épandait en un grand baiser. Encore, encore, de\nplus en plus distinctement, comme s’ils se fussent rapprochés du sol,\nles camarades tapaient. A u x rayons enflammés de l’astre par cette\nmatinée de jeunesse, c’était de cette rumeur que la cam pagne était\ngrosse. D es hommes poussaient, une année noire, vengeresse, qui\ngerm ait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes\ndu siècle futur, et dont la germ ination allait faire bientôt éclater la\nterre. »\n  Ce rom an, au titre superbe, si grandem ent expliqué, est un des plus\npuissants de Z o la, et le caractérise. Car il est l’écrivain qui a le plus\nprofondément et le plus com plètem ent, à certains points de vue,\ncompris notre époque. L e plus complètement à certains points de vue,\nsoulignons-nous, car à d ’autres, il est incom plet. E t l’imperfection que\nnous constatons avec bonheur chez cet homme, est précisément\nce qui en a fait un artiste génial. L ’équilibré est le médiocre, le\npondéré, le bourgeois. N otre siècle est jeté dans toute son œuvre, avec\nsa situation et ses aspirations sociales et morales. Cette œuvre\nmonumentale, on la lira, on la commentera plus tard, parce qu’elle\nrecèle notre temps, d’une façon plus vibrante qu’aucun livre d’écono­\nmiste ou d ’historien, c ’est-à-dire avec l ’art en plus. M ais nous n’y\ntrouvons pas de soif métaphysique.\n  Sous ce rapport, Baudelaire est le génie opposé à Z o la ; lui,\nconcentre, quintessencie avec une émotion poignante, notre « tourment\nde l’infini », notre rage si hum aine et toujours inassouvie d’au-delà.\n              « Je n e v o is q u ’in fin i p a r to u te s le s fe n ê tre s. »\n  Z ola est le dernier maître de la haute race des écrivain s de la\nRenaissance, Baudelaire un des premiers qui ait repris la tradition\ngothique. L ’un a été attiré par le corps des choses, l’autre par leur\nspiritualité. Ils se complètent. P our tous deux l ’avenir, et un avenir\npeut-être plus éloigné pour le second, servira de sanction. Alors, les\nécrits de Victor H ugo, Z o la et Baudelaire qui dominent le XIXe siècle,\nen deviendront sans doute la B ib l e .\n\n                                                              H ector C hainaye\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-04-13-n6-002", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 211, "page_fin": 212, "titre_corps": "Chromolithographie", "titre_sommaire": "Chromolithographie, poésie", "signature_source": "Jean Ajalbert", "ancre_debut": "CHROMOLITHOGRATHIE", "ancre_fin": "Jean Ajalbert", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 234, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1485, "texte": "C H R O M O L IT H O G R A T H IE .\n\n                                                     A Ch. Henry de Tombeur.\n\n\nP a n ta lon s de coutil et casaques rayées,\nL e s canotiers hissaient u n m inim e drapeau;\nV ous attendiez, avec des m ines effrayées ;\nL e soleil vous tira it le sang à f le u r de peau\nE t se jo u a it p a r m i votre toilette claire·,\nU n nœud de tulle rose enserrait votre cou ;\nVotre chapeau, tressé d'une p a ille vulgaire,\nC ouvrait m a l vos cheveux, et p lu s d ’ un fr is o n fo u\nS 'ég a ra it sur vos y e u x de pervenche fle u r ie .\nL a gloire de vos seins chantait dans le corset,\nL o r s q u 'i n clin a n t les fle u r s fr ê le s de la p ra irie,\nU n coup de vent pervers découvrit le lacet\nN o u é, q u i p e n d illa it à vos bottines souples,\nE t j e vis que vos bas étaient d ’ un rouge-sang........\n\n\nB r a s dessus, bras dessous, des promeneurs p a r couples :\nU ne fille tte blêm e; un gendarme puissant ;\nD e s calicots en fête et des fille s de jo ie ;\nD e s commerçants épais, p ro m en a n t la vertu\nD e l'épouse, guindée en sa robe de soie,\nS u iv is d'enfants b ra illa n t à bouche-que-veux-tu!\nCohue hebdomadaire à travers les b anlieues!\nP a risie n s ! cherchant des fle u r s sur les pavés !\nI ls se fig u ren t être à des m illiers de lie u e s ....\nP a rc e q u 'il est dim anche, et q u 'ils se sont lavés.\n\n\nD e s chansons de café-concert dans les guinguettes.......\nB r u its de verres entrechoqués sur les comptoirs........\n"}, {"page_pdf": 235, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1284, "texte": "                      — 212 —\n\nL a banale gaieté de la fo u le en goguette,\nD e la fo u le , se bousculant sur les trottoirs........\nL e soleil crib la it d'or les bourgeois p rolifiques,\nM o u illa n t de leur sueur des mouchoirs tout entiers,\nE t des refrains m auvais term inaient les cantiques\nQ u 'à p leine vo ix chantaient de jo y e u x canotiers.\n\n\nE n tre des bras velus, dont les muscles se gonflent,\n—   U n p ied dans le bateau, l'autre p ie d s u r le bord —\nT a n d is q u ’ en l ’a ir p lein de soleil des mouches ronflent,\nU n canotier vous p r it, et, presque sans effort,\nV ous assit sur le banc du voilier, dont la brise\nA g ita it et gon flait la voile m ollem ent........\n\n\nL e soleil s ’effacait, et vers la brume g rise\nVotre barque f i l a , soulevant, u n moment,\nD a n s la p a ix du courant, des vagues m inuscules            _\nL ’eau verte se m oirait où vous aviez passé',\nL a moire s ’ effacait, et, pensers rid icules,\nJ e restais les y e u x grands ouverts, l'esprit lassé,\nComme si j ’avais vu, toujours, sur l'eau calmée,\nL e grand jeu n e homme blond, q u i dans ses bras velus,\nV ous emportait vers le bateau, dem i pâm ée,\n\n\nE n vous disant des mots que j e n'entendais p lu s .\n\n\n                                           J ean A ja l b e r t .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-04-13-n6-003", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 213, "page_fin": 218, "titre_corps": "Les Petits Vieux : Monsieur Calvierre", "titre_sommaire": "Les Petits Vieux : Monsieur Calvierre, nouvelle", "signature_source": "Oscar Méténier", "ancre_debut": "LES PETITS VIEUX", "ancre_fin": "Oscar Méténier", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 236, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1763, "texte": "LES PETITS VIEUX\n                       M O N SIE U R C A L V IE R R E\n\n\n            ’Ja i   un défaut : j ’aim e les livres ! L e com ble du bonheur pour\n              m oi, c ’est d’aller flâner le long des quais, d’inventorier, d’un\n              coup d’œ il, les boîtes carrées et étiquetées, dans lesquelles\nje trouve, pêle-m êle entassés, les débris de toutes les littératures,\nanciennes et modernes.\n  E t,   quand j ’ai sauvé du naufrage une de ces tristes épaves,\ninnocente victim e d’un jour de dèche ou de misère, je me sens tout\nheureux et j ’estime que je n’ai pas perdu ma journée.\n  M on vice se com plique de cette particularité, que j ’ai un faible\npour les vieu x livres ; il est rare, quand j ’ai le gousset bien garni, que\nje laisse, exposés aux intem péries des saisons, les vénérables volum es\nen maroquin défraîchi, im prim és « avec approbation et privilège du roy\"\nque je rencontre au cours de mes explorations.\n  P a r mes assiduités et mes fréquentes acquisitions, j ’avais gagné la\nsym pathie d ’un vieux bouquiniste du quai M alaquais, le père Jaunard,\nqui, selon sa pittoresque expression, ne vendait que du vieux et du bon.\n  D ans mes longues stations devant son étalage, que le digne\nhomme renouvelait fréquemment, j ’avais remarqué bien souvent un\nmonsieur, que le m archand saluait toujours très bas.\n  D ’une immense houppelande noire, sem blable à une soutane, qui\ndescendait presque jusqu’aux chevilles de ce singulier petit homme,\ném ergeait une tète longue et maigre ; le visage glabre était souriant\net fin ; deux petits yeux gris scintillaient derrière une paire de\nlunettes à cheval sur un nez effilé et un peu crochu ; les cheveux\nsoigneusem ent peignés et d’une éclatante blancheur, tombaient très\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2253, "texte": "                                     214 ---\nbas, sur le collet de l’habit. N ’était un grand chapeau à haute forme,\nà larges bords, vous l ’eussiez pris, à voir sa démarche sautillante\net son petit air m alicieux, pour un de ces abbés de cour du xviii 0 siècle,\ndont l ’âge n’avait éteint ni la verve, ni les ardeurs.\n   Quand je demandai au bouquiniste le nom du personnage :\n   — C ’est M. Calvierre! me répondit-il, et c’est tout ce qu’il put m’en\napprendre.\n\n   U n soir, je fis une trouvaille m erveilleuse; sous une montagne de\nvulgaires in-quarto, je déterrai un exem plaire du dictionnaire de\nR obert Estienne, édition de 1538!\n   L ’ouvrage était com plet, quoiqu’en mauvais état. Mon bouquiniste\nne semblait pas se douter de sa valeu r; je dissimulai ma joie, et pour\ncinq francs, j ’acquis la précieuse relique! Je me sauvais serrant sous\nm on bras mon trésor, comme si j ’eusse craint q u ’on ne me l’enlevât,\net jeta it déjà loin, quand j ’entendis tout-à-coup trotter derrière moi.\nPresqu’aussitôt, me sentant tiré par la m anche, je me retournai.\n   — Je vous demande pardon, monsieur, me dit en se découvrant,\nM. Calvierre, (car c’était lu i!) le père Jaunard me dit, qu’il vient de\nvous vendre un dictionnaire de Robert Estienne. Je viens hum ble­\nment vous prier de me permettre d’y jeter un coup d ’œil.\n  — M ais comment donc, monsieur ! et tout en invitant M. Calvierre\nà se couvrir, je lui tendis l ’ouvrage convoité.\n  L e vieu x bibliophile était pâle, ses mains sèches tremblaient ; son\nsourire habituel avait disparu.\n  —   Q uelle reliure ! s’exclama-t-il. V oyez, monsieur, com bien le\ntemps a eu peu d’action sur elle. On n’en fait plus com me cela\naujourd’hui !...\n  P uis, ouvrant le volum e à la prem ière pagé :       C ’est! lui continua-\nt-il, lui que je cherche depuis des a n n ées ! 153 8 ! première édition!\nC ’est bien lui ! Dictionnaire françois latin, autrement dict les mots françois\navec manière d'user d'iceulx, tournez en latin ! l’épigraphe des Estienne :\nNoli altùm sapere ! E t en bas : In sud officinâ excudebat Robertus Ste-\nphanus !...\n  — O h ! monsieur, je vous en prie, par tout ce que vous avez de\nplus cher ! Cédez-moi votre volum e! A n’importe quel prix, cela m’est\négal ; mais cédez-le moi !\n"}, {"page_pdf": 238, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "                                  — 2 15 —\n   Je me sentis ému et quoique bien à contre-cœur, je répondis cour­\ntoisem ent au vieillard, que je ne voulais pas désespérer :\n  —   Ce livre est à vous, m onsieur! P our toute récompense, je récla­\nm erai l’honneur d ’être admis à visiter votre bibliothèque, qui doit être\nbien riche, si elle renferme beaucoup d’ouvrages de cette valeur !\n  L e visage de M . Calvierre s’épanouit; une larm e trembla au bord\nde ses cils, et il me prit les deux mains :\n  — C ’est bien vrai, vous m’offrez ce volum e?\n  — O ui, il est à vous !\n  — O h! merci !\n  P u is, il saisit le livre, le fit prestement disparaître, sans que j ’aie pu\nvoir com ment, dans une des immenses poches de sa houppelande, et,\npassant fam ilièrem ent son bras sous le mien :\n  — Vous êtes un brave jeune homme, vou s! V o u s avez compris\nq u ’il faut passer quelque chose aux vieillards, je vous en garderai une\néternelle reconnaissance !\n  Je demeure rue Casette, continua-t-il, en m ’entraînant de son petit\npas alerte et sautillant, je vis tout seul avec mes livres et je puis me\nvanter d ’en avoir de beaux! Q ue voulez-vous? Ils sont ma seule con­\nsolation ! Vous y trouverez tous les auteurs des siècles passés, pres ­\nqu’àucun de notre temps ; ils n’en valent pas la peine ! Selon moi\nl’im prim erie est en pleine décadence. Où sont, de nos jours, ces vieux\nvolum es, dont les caractères nets et pleins, le papier parcheminé et\nles grandes marges me remplissent encore d’admiration ? Dans les\nbibliothèques publiques ou dans la m ienne! P as ailleurs! Si vous\nsaviez comme je méprise la librairie actuelle avec so n p a p ier à chandelle\net ses couvertures rouges, jaunes, vertes, bariolées, de toutes les cou­\nleurs ! A h ! nous sommes loin de l’im prim erie d ’autrefois !...\n  Cependant nous étions arrivés devant une des plus vieilles maisons\nde la vieille rue Cassette. Après avoir péniblem ent gravi cinq étages,\ndans un escalier som bre, roide et tortueux, nous nous arrêtâmes\ndevant une porte qu ’ouvrit le v ieu x savant. Je restai ém erveillé! L ’ava­\nrice du propriétaire n’avait pas encore transformé en appartement\nà trente francs par mois le vaste grenier de la maison. M . Calvierre,\nqui l’occupait en entier, l’avait divisé par des étagères supportant des\nlivres et traversant trois fois, dans sa largeur, l’immense mansarde\nqu’éclairaient des carreaux à tabatières. U ne sorte de corridor était\n"}, {"page_pdf": 239, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2469, "texte": "                                  — 2l6 —\n                                  »\nménagé sur un des côtés. L a couleur à peu près uniforme des reliures\ntém oignait de leur antiquité ; tous les formats, de l ’in-32 à l’in-folio\nétaient représentés là. Dans un coin, tout au fond, une portière dissi­\nm ulait l ’entrée de la partie du grenier dont le bibliophile avait fait sa\ncham bre à coucher ou son alcôve.\n  — V o ilà mon sanctuaire ! m e dit orgueilleusement M . C alvierre. Avez-\nvous vu quelque chose de plus beau ?\n   Des rayons posés par terre et s’élevant jusqu ’au plafond cachaient\nle lam brissage. D evinant un espace libre, je voulus y jeter un coup\nd’œil, et je me dirigeai vers une ouverture m énagée com m e une porte\nà un des angles de la cham bre.\n  — H alte-là ! O n ne passe pas ! me dit le bonhom me en se plaçant\ndevant m oi. C ’est ici le tabernacle, le Saint des Saints ! L e grand prêtre\nseul a le droit d’y pénétrer!\n   Il disparut un instant derrière les rayons, et en ressortit bientôt avec\nune grande boite qu’il posa sur la table avec respect.\n  — A vous, me dit-il, je montrerai tout! V ous venez de me rendre un\ntel service ! C ’est là, ajouta-t-il en ouvrant la boite, que je renferme\nmes auteurs favoris ! toutes éditions rares et du tem ps! Je vous ai parlé\nreliures et caractères jusqu’ici. A près la forme, voyons le fond. J e pose\nd’abord un principe : depuis cent ans, l’art n’a pas fait un pas!\n  E t comme je hochais la tête d’un air d ’incrédulité.\n  — N ’en prenons qu’un exem ple! n ’examinons qu’un genre! V oyez\ntous les poètes légers des siècles passés ! Connaissez-vous rien de plus\njo li ni de plus gracieux que les œ uvres de Chaulieu, de L afare, et de\ntant d ’autres jusqu ’à P iron, D orat, et au chevalier de Boufflers in clu ­\nsivem ent? A u jou rd ’hui on les trouve surfaits ou on les traite de porno ­\ngraphes! Est-ce assez ridicule?\n  Je ne m ’attendais pas à cette sortie ; mais l’apologie des poètes légers\ndu XVIIIe siècle me parut naturelle dans la bouche du vieux biblio­\nphile. Je lui avais trouvé, dès le premier jour, un air d’abbé de cour ;\net maintenant encore, au milieu de ses antiquités, M . Calvierre me\nsem blait un vieux portrait sorti de son cadre, à qui la baguette d ’une\nfée aurait rendu la vie, pour la plus grande gloire des Chaulieu et des\nPiron !\n  — L ’hypocrisie, continua M. Calvierre, qui s’animait en parlant, est\nun défaut particulier à notre époque. Je sais des gens, qui parcourent\n"}, {"page_pdf": 240, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2037, "texte": "                                       — 217 —\nen secret les œuvres de l'école naturaliste, qui n’est, du reste, pas sans\nmérite, et qui s’indignent en lisant la célèbre épitre de V oiture,le père\nde la poésie légère, où il eut le courage d ’appeler un chat un chat.\nV ous la connaissez?\n  — M a foi, j ’avoue mon ignorance !\n  M . Calvierre bondit.\n  — Vous ne connaissez pas les Stances de M . de Voiture sur une dame\ndont la iuppe fust retroussée ! M . de Voiture était l ’am ant d ’une femme\nd’esprit célèbre, M lle P aulet. U n jour que le poète accom pagnait sa\nmaîtresse, le carosse de la belle ayant versé, elle m ontra            V oiture\na dit le mot. T en ez ! lisez ! ajouta-t-il, en me tendant un vieux bouquin.\nC ’est l ’édition P inchesne, 1660! page 32, vo ici la prem ière stance :\n\n                « P h ilis , je su is d e sso u s v o s lo is ,\n                a E t sa n s re m è d e , à c ette fo is,\n                « M o n â m e e st v o s tre p ris o n n iè r e ,\n                « M a is san s ju s tic e et sa n s ra iso n\n                « V o u s m ’a v e z p ris p a r le d e r r iè r e :\n                « N ’est-ce p a s u n e tr a h is o n ? »\n\n\n  Vous trouvez le mot propre plus loin !\n  Je lus l’épitre en souriant.\n  — J ’adore Voiture, me dit alors le bonhom me, et j ’ai pris sa défense\nen vers; vous plait-il de l ’entendre?\n  E t, tout heureux de mon assentiment, clignant m alicieusem ent de\nl’œ il, M . Calvierre me lut les strophes suivantes :\n\n\n               SUR L E M O T C É L È B R E D E M . D E VOITURE\n\n\n                   A m is , de q u e l d r o it c o n s p u e r\n                   U n m o t, p o u r c a u se d e r o tu r e ?\n                   C ’est tro p o u b lie r l ’a v e n tu r e\n                   O ù P a u le t fa illit se tu e r !\n\n\n                   L a P r é c ie u s e d e m o is e lle\n                   C h e v a u c h a it d u c ô té d ’ I v r y ,\n                   Q u a n d so n p o è te fa v o ri\n                   L a v it so u d a in p e rd re la se lle .\n"}, {"page_pdf": 241, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 780, "texte": "                               — 218 —\n        C e q u ’e lle m o n tra , n o u s d it-il,\n        A v a it d é c h ir é to u s le s v o ile s :\n        A c e t h o m m e d e c o u r su b til\n        L a b e lle f it ... v o ir les E s to ile s !\n\n        V o it u r e e m p lo ie , e n c e d is c o u r s ,\n        U n m o t q u e n o tre la n g u e p ru d e ,\n        E n ce siè c le d ’ h a b its très c o u rts ,\n        T r o u v e tr o p c o u r t et p a r tr o p ru d e .\n\n        Je c o n v ie n s q u ’e n v e r s il m e ss ie d ,\n        M a is il est b e a u d a n s la n a tu re .\n        N o s p o è te s l ’ o n t m is à p ied ;\n        P o u r m o i, je l ’a d m ire en V o it u r e !\n\n                                                    O scar      M é té n ie r ."}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-04-13-n6-004", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 218, "page_fin": 218, "titre_corps": "Avril tiède", "titre_sommaire": "Avril tiède", "signature_source": "Rodolphe Darzens", "ancre_debut": "AVRIL TIÈDE", "ancre_fin": "Rodolphe Darzens", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 241, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 804, "fin_caractere_exclue": 1829, "texte": "A V R IL             T IÈ D E .\n\nQuand le printemps sera revenu, nous irons\nEnsemble, lentement en rapprochant nos fronts\nDans les chemins ombreux et les vertes allées\nP a r les pâles brouillards du m atin, mi-voilées;\nS u r nous, se répandront les diffuses senteurs\nRetombant des lilas fleuris, sur les hauteurs;\nSous nos pas, les muguets ouvriront leurs corolles,\nF rêles cloches d ’argent, dont les claires paroles\nSeront dans l ’air léger, des arômes subtils;\nE t l'églantine rose, aux délicats pistils,\nA u ssi nous versera l ’exhalaison ténue\nDans sa fr a g ile coupe à peine contenue;\nL a violette, avec ses suaves odeurs\nRem plira l ’air des bois d ’énervantes lourdeurs,\nE t chaque fleu r mettra sa note dans la gamme\nDes parfum s pénétrants que la brise amalgame;\nE t lentement, parm i ces émanations\nPlanant sous le feu illa g e en des stagnations\nIm m o biles, parfums de nos âmes unies,\nNos rêves flotteront, comme deux harmonies !\n\n                                                 R odo lph e        D arzen s.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-04-13-n6-005", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 219, "page_fin": 220, "titre_corps": "Petites Études : Adieux ; Impressions & Sensations", "titre_sommaire": "Petites Études : Impressions et Sensations", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "PETITES ÉTUDES", "ancre_fin": "Arnold Goffin", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 242, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1861, "texte": "PETITES ÉTUDES.\n                               A D IE U X .\n\n\n  ....I ls entrèrent dans l’im mense hall, dont le mouvement, activé\npar l’heure prochaine d ’un départ, s’accélérait.\n   D e loin en loin un bec de gaz jetait un cercle de clarté vacillante\ndans la redoutable pénom bre où s’agitait une foule : em ployés, gardes,\nvoyageurs ; — de temps à autre, passaient rapidem ent, avec des aver­\ntissements hâtifs, des hommes roulant devant eux les chariots où\ns’entassent les bagages. U ne locom otive ronflait, lâchant de longs\njets de vapeur; la marche ralentie, un train pénétrait dans la gare,\ns’annonçant par de stridents coups de sifflet.\n  C ependant, l’heure     appréhendée,     approchait; —      les plaintifs\nam oureux vaguaient, de long en large, les mains étroitement unies,\nmuets, ne trouvant pas un mot à se dire, en ce moment décisif,\npas un mot assez fort pour se marquer leur mutuel chagrin. E t le\ntemps, im placable, s’écoulait, les minutes fuyaient, rapides ;— encore\nquelques secondes et l ’irrém édiable, le cruel destin serait accompli.\n  Maintenant elle était installée dans son compartiment, la portière\nrestée ouverte pour le voir jusqu’au dernier moment. Relevant sa\nvoilette, elle s’essuya les yeux, d ’un m ouvem ent m achinal, convulsif.\n   U n e anxiété intense la saisit, — un trouble profond, lancinant et\ndélicieux l ’em poigna ; chaque fibre de son cœ ur résonnait sous les\ndoigts rugueux de la douleur. E lle aurait voulu être déjà partie, —\nque le train s’ébranlant l’eût em portée à jam ais loin de celui qu’elle\nchérissait. Affaissée, inerte, sans paroles, sans gestes, sans le désir ni\nle vouloir de l ’embrasser une dernière fois, elle affilait son désespoir ;\nun âpre plaisir lui faisait prolonger cette dévorante sensation que les\nâmes   d’une trop exquise délicatesse peuvent seules éprouver. U n\n"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2038, "texte": "                                   — 220 —\nspasme la tordit, — l ’attente exacerbée du moment redouté avait\nporté au plus haut point l’âcre jouissance qu’elle ressentait. L e s nerfs,\nsurexcités, tendus à l ’excès, se révoltèrent ; — une crampe horrible\ncrispa son cœ ur, — ses lèvres balbutièrent un appel ; sa tête frêle se\nrenversa contre la cloison, très pâle, tandis que roulait encore sur ses\njoues, une larme furtive......\n\n\n\n\n    IMPRESSIONS & SENSATIONS\n          Le   ciel d ’ouate engrisaille la ville. L es platanes du boulevard,\n               arborant les architectures    com pliquées de       leurs   grêles\n                 branches, mi-vêtues de givre, se profilent en silhouettes\n               sèches sur l’horizon pâle.\n  D im anche. L a foule attornée, déam bule l ’accoutum ée et routinière\npromenade du jou r du repos, l’hiver, — le long des avenues. U ne\nenvolée lourde de vides et prud’hommesques paroles, voile la poésie\ndes choses, qui me sem blent plus mornes et d ’un ennui plus pesant\nqu’aux heures ordinaires; un parfum de fête consacrée, d’obligation\nde ne rien faire empeste l ’air. L a procession com passée, s’avance\nlentem ent et pavane son inénarrable bêtise, qui se carre, triomphante.\n  Cependant, un enterrement gravissait la côte, convoyé par une\nfanfare   faubourienne.      Jouée   lam entablem ent par ces musiciens\namateurs inhabiles, la m arche funèbre, dont le vent m ’apportait des\nbouffées interm ittentes, me navra. L es phrases musicales, découpées\nbrutalem ent par les rafales, passaient à mes côtés comme le vol\néperdu d ’une bande de corbeaux, avec les mêmes longs et lugubres\ncris, où une ironique et sardonienne douleur parait éclater.\n  E t, m algré son ridicule cortège,       les gémissantes et dissonnantes\nharmonies de la fanfare, presque j ’enviai ce mort, pour le sommeil\ninassouvi du tom beau qu’il dorm irait, — pour le repos absolu où\ns’allait com plaire son esprit ! — A h ! ne plus penser.\n\n  F évrier 85.                                       A r n o l d G o f f in .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-04-13-n6-006", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 221, "page_fin": 224, "titre_corps": "Happe-Chair", "titre_sommaire": "Happe-Chair !", "signature_source": "Henry de Tombeur", "ancre_debut": "HAPPE-CHAIR", "ancre_fin": "Henry de Tombeur", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 244, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "HAPPE-CHAIR\n              Dns\n               a le monde littéraire, et surtout, dans le monde qui se\n               croit littéraire, on a déjà « potiné » beaucoup sur le\n               prochain   livre de Cam ille Lem onnier : H appe-C hair,\nterminé depuis un certain temps, et qui va paraître sous peu, dans\nla Justice.\n  A la nouvelle de la dernière œuvre de Z o la, l’auteur du M âle avait\nim m édiatem ent réservé ses droits, annonçant qu’il tenait sur le métier\nun roman ouvrier, conçu depuis plusieurs années, et dont le plan\ngénéral présentait certaines analogies avec celui qu’on disait avoir été\nsuivi par Z o la. N ous soulignons : « on disait », car, chose qui fera\nsourire les m alins « qui ne gobent pas ça ! » Lem onnier ne connais­\nsait G erm inal que par les dires de ses amis, et n’a lu le volum e\nqu ’après avoir signé la dernière page de H appe-C hair.\n  N os bons critiquets belgeois, en apprenant cette rencontre des deux\nécrivains, se sont mis à clabauder à l’envi, acérant d’avance leur\nplum e la plus m étallique, versant du fiel dans leur encrier, affinant\nl’accusation de plagiat, pour l’enfoncer, com m e un coin dém olisseur,\nentre chacun des feuillets de H appe-Chair, prêts à rééditer les\ninsinuations lancées à propos de l’H ystérique, qu’ils rapprochaient avec\ninsigne m auvaise foi d'Une Histoire sans nom, sachant fort bien cepen­\ndant que, les deux œuvres faites à la même époque, l’H ystérique a été\npubliée de longtem ps la dernière, à cause d ’une véritable avalanche\nd’obstacles m atériels.\n  Ces braves gens auront, cette fois-ci encore, perdu leur temps et\nleur peine. Certes, ils n’eussent pas été seuls à entrer en danse, car.\nD ieu m erci, on rencontre parmi nous assez d ’honnètes et de jeunes\nne dem andant que l’occasion de tomber sur ces cuistres ; — m ais ils\n"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "                                 — 222 —\nse sont si com plaisam m ent bercés dans leur attente, que celle-ci\ndevenant à leurs yeu x fait accom pli, le livre de L em on nier se\ntransformait petit à petit en un véritable décalque de celui de Z ola.\n  Il va falloir en rabattre.\n  L a possibilité d’une attraction        de deux artistes par le même\nm odèle admise, qu’arrivera-t-il, surtout s’il s’agit d ’hommes de la\nconviction et de la valeur         de Z o la et Lem on nier? Fatalem ent,\ndans la recherche       du vrai,    ils se rencontreront, et         même    ces\nrencontres seront des preuves de la sincérité et de la foi des chercheurs,\nde l'excellence de la voie qu ’ils ont suivie, de l ’acuité qu’ils ont mise\nà pénétrer leur sujet, et à trouver ses           moyens les plus naturels\nd’exécution. Sans paradoxe, nous dirons qu’il est heureux que Z ola\net Lem onnier aient été séduits par ces mêmes scènes de notre époque.\nL es superficiels n’y verront       qu’un rapprochem ent           de faits, des\nauteurs traitant un sujet identique. Mais, si pour tous le noir diffère\ndu blanc, si cette violente opposition est accessible aux grossiers, les\nnuances frappent surtout l ’œil du délicat, l ’âme de l ’ému. C e sont elles\nqui vont établir la différence entre les expressions d ’art que les deux\ngrands écrivains, dominés par leur tempérament, devaient donner et\ndévelopper fatalement. Z o la, l ’auteur de l’Assom m oir, qui a toujours\nété attiré par notre situation sociale, qui voit noir, logiquem ent\ndevait écrire Germ inal ; Lem onnier, le peintre du M âle, qui a toujours\nété séduit par le caractère rude, pittoresque et chantant de la nature,\ndevait, par évolution, écrire H appe-Chair. Même les titres superbes\nde ces œuvres synthétisent le génie particulier des deux M aîtres :\nGerm inal,    jetant avec la plainte douloureuse            d’un    enfantement\nlaborieux et cruel, un long cri d’espoir vers les moissons prochaines,\n H appe-Chair, brutal, évocatif, héroïque, avec la cyclopéenne vision\n d’un m onstrueux dévorateur.\n   Lem onnier met en scène les ouvriers des usines m étallurgiques du\n H a in a u t, et les fait parler dans le dialecte du terroir; il est s’efforcé de\n saisir le rythme, la couleur, les sonorités wallonnes, s’attachant moins\n à traduire un idiome local, qu’à faire sentir la cadence et la musique\n qui se retrouvent dans toutes les variétés du patois. P ou r qui connaît\n le culte de la forme et le prodigieux sens descriptif de l’écrivain,\n H appe-Chair se dégage dès à présent avec une puissance évocatrice\n grandiose.\n"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "                                                                                       \\\n\n\n\n\n                                    -   223 —\n  L e roman débute par une page fulgurante; en plein été, dans l’aveu­\nglante réverbération d’un soleil torride, les usines, fourneaux flam ­\nboyants, chaudières rugissantes, fonte en fusion, lave, fer rougi partout,\napparaissent en une trépidante vision. L es péripéties s’échafaudent\nautour de la vie d’un couple d’ouvriers : le mari, travailleur modèle,\ntoujours au poste, m écaniquem ent régulier, bon et honnête;                     la\nfemme, fieffée garce issue d ’un soulard et d’une catin; après les\ntendresses premières, la        lassitude    venue,    puis le     détraquement\nlam entable du m énage dans le désordre dévergondé de la femelle,\nle vice ignoble, cynique, envahissant la maison conjugale, les amants\ncou ch an t dans le lit de l ’époux, jusqu ’à l’exaspération finale de l’homme\nqui, une nuit, surprend l’indigne           et la     traîne dehors     avec son\ncom plice, les jetant quasi nus sur le pavé; tout le village ameuté\nautour de la carogne, la poursuivant dans une chasse furibonde; sa\ndisparition pendant un        lon g temps,      et (1) après une vie vautrée\ndans toutes les boues, son retour vers le mari, parvenu à un poste\nimportant dans l’usine, à force de travail assidu ; la reprise de la vie\nancienne, toute de scandale et de scènes atroces, jusqu’au jou r où,\npoussé à bout, dans une de ces fureurs terribles d’homme resté\nlongtem ps calm e, le mari em poigne sa femme, venue l ’engueuler\njusque dans l’usine, et la jette dans le volant, où s ’éparpille en\nmiettes sa chair maudite.\n   E n étudiant de près la vie pleine de dangers de ses héros, l ’auteur\na été amené à dire les catastrophes qui accablent surtout les travail­\nleurs des enfers industriels : les accidents de m achines, les grèves, et,\ndans la contrée qu’il a vue particulièrem ent, les inondations de la\nSam bre. Sa grève n’est pas, comme dans Germ inal, la lutte tragique\net farouche de houilleurs peinant toute leur vie pour le morceau de\npain, et qui hurlent la faim aux jours de chôm age, mais une tentative\nplus calme d’ouvriers moins aigris par les tortures et plus justement\nsalariés. U n chapitre d’une émotion poignante est celui où se décrit\nl ’accident arrivé à l’usine : un volant qui se détache et tue une douzaine\nd’ouvriers ; l’auteur nous montre une mère se lamentant sur le cadavre\nfracassé de son fils, l ’embrassant avec des transports insensés, se cou-\n\n\n  ( 1 ) L es événem ents qui suivent seront le sujet d’ une seconde oeuvre, que nous\nannonçons plus loin.\n"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 762, "texte": "                                            — 224 —\n\nvrant le visage de sang, puis, prise d’une rage folle à la vue de la\nfemme du Directeur, lui poussant sur la bouche un lambeau de ch air\npantelante, en l ’accusant de se nourrir de la viande des m isérables.\n  Autour du sujet principal que nous avons rapporté, se déroule la\nvie énorme des Sociétés m étallurgiques, qui fournit à l’écrivain de\nnom breux sujets d'observation. H appe-Chair, d’ailleurs, n’est que le\nprem ier cycle de l’épopée ouvrière de L em on nier, celui dans lequel il\nvoit le travailleur contem porain ; dans la pensée du M aître, l’œuvre se\ncom plète par un second livre, qui dira le travailleur futur.\n\n                                                               H enry de T ombeur ."}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-04-13-n6-007", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 224, "page_fin": 224, "titre_corps": "Printemps", "titre_sommaire": "Printemps, poésie", "signature_source": "J. Sergennois", "ancre_debut": "PRINTEMPS", "ancre_fin": "J. Sergennois", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 799, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "PR IN TEM P S\n                                                                          A M. Jules Abrassari.\n\n          E t les oiseaux chantaient, dans le ciel matinal.\n          A u x rustiques enclos tout regorgeait de sève.\n          Chaque arbre complétait son bouquet virginal\n                                               ,\n          Où s'embaumait le vent fugace comme un rêve ;\n                            ,\n           Les plantes s'exhumant du refuge hivernal,\n          L a is s a ie n t b a ille r des fle u r s e n tr e leu r s f e u i l l e s fin es,\n                                           ,\n          Les insectes bruyants aveuglés au soleil,\n          Encore gauches, lourds, hantaient les aubépines,\n          Et les oiseaux chantaient l'ivresse du réveil.\n\n          Je suivais un sentier où, sur le sable ocreux,\n          Tremblait en cercles d’or la lumière filtrée.\n          Tout ébloui de vie, épris d'un songe heureux,\n          J'allais à pas distraits, lorsque, forme éplorée                         ,\n          Un long crêpe unissant son front au sol poudreux,\n          Une femme apparut tout-à-coup, désolante.\n          Le printemps s’obscurcit, j'eus de vagues remords.\n          Ce voile noir rendit ma démarche plus lente...\n          Je suivais un sentier qui mène au champ des morts.\n\n                                                                       J. S ergennois .\n\n\n\n\n                                                                                                  i\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-04-13-n6-008", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 225, "page_fin": 226, "titre_corps": "Forêt de Bonsecours", "titre_sommaire": "Forêt de Bonsecour", "signature_source": "Maurice Frison", "ancre_debut": "FORÊT DE BONSECOURS", "ancre_fin": "Maurice Frison", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1718, "texte": "FORET DE BONSECOURS\n\n           Uen chaude journée de septem bre s’éteignait dans la fraîcheur\n            du soir et sur la forêt s’appesantissait le vaste silence de la\n             nuit.\n               Dans la masse sombre du bois, une coupe ouvrait une\ntrouée large, baignée de la lum ière glauque du crépuscule où vague­\nment se dessinait la silhouette affaissée d’un bûcheron rentrant au foyer.\nDerrière lui sa femme, robuste gouge tendue sur ses jarrets durs pousse\nla pleine brouettée d'équettes abandonnées à son homme par le maître.\n  A gauche, derrière le noir ourlet que les grands hêtres mettaient\nà l’horizon, le soleil se couchait, jetant au ciel des rubescences d ’or\nam ollies ça et là par la neigeuse dentelle d’insaisissables nuées qui\nflottaient dans le haut.\n  P rès du sentier, de petits feux de sciure de bois brûlaient sans flamme\net leur fumée bleue s’élevait perpendiculairem ent dans l’air tranquille,\nse contournant parfois sous un souffle léger en hésitantes volutes. Au\nfond, un chevreuil inquiet émergea soudain du taillis et s’enfuit effaré\npar le bruit des cognées qui sourdement scandaient le travail des\npeineux ouvriers. Com me une vision, il traversa la coupe, sautant au-\ndessus des troncs des chênes écorcés, qui pareils à de fabuleuses\nh y d re s, tordaient leurs branches noueuses sur le brun tapis des\nfeuilles mortes.\n  E t la nuit s’avancait. Presque tous avaient déserté la tâche ; quelques-\nuns pourtant s’acharnaient encore après un « vieux » qui depuis l’aube\nrésistait à leur attaque. Il vacille, l ’ancien, et les coups qui déchi ­\nquètent sa chair ont des résonnances mornes de gémissements.\n  U n « ohé! gare! » strida, puis un fracas de mousqueterie suivi\n"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1101, "texte": "                                 — 226 —\nd ’un grondem ent de foudre ébranla la forêt, et le chêne roi, qui peut-\nêtre en ses jeunes ans avait vu les blondes druidesses gauloises\ncueillir de leurs faucilles d’or le gui sacré, s’abattit, et les échos lon g­\ntemps se renvoyèrent comme un persistant sanglot la tonnante plainte\ndu géant qui mourait.\n  P u is tout se tut et la forêt, comme une mère qui prend le deuil de\nses fils, lentement se drapa dans un funéraire voile de brouillard.\n\n\n  L à , dans la m élancolie poignante de cette fin de jour, je la vis\ns’avancer pâle et frêle, suavement blonde, appuyée sur le bras de son\npère.\n\n  E t discrètement je l’aimai comme une gracile fée apparue en un\nrêve.\n\n  E lle est morte, et parfois quand une chaude journée s’éteint dans la\nfraîcheur du soir, quand sur la forêt s’appesantit le vaste silence de la\nnuit, je vais dans la coupe où maintenant croissent les jeunes chênes,\nsonger au soir où je la vis s’avancer pâle et frêle, suavement blonde,\nappuyée sur le bras de son père.\n                                                    M aurice F rison .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-04-13-n6-009", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 227, "page_fin": 231, "titre_corps": "Monsieur J. B. Charlet (suite)", "titre_sommaire": "M. J. B. Charlet, nouvelle", "signature_source": "Maurice Sulzberger", "ancre_debut": "Monsieur J. B. CHARLET", "ancre_fin": "Maurice Sulzberger", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 3415, "texte": "M o n sie u r                   J. B. CHARLET\n                                                        SUITE\n\n\n    I l a r r iv a , le g lo r ie u x ju b ilé , e t tr o u v a M o n s ie u r C h a r le t to u jo u r s d e b o u t.\nA to u te s se s r é jo u is s a n c e s , le p e u p le g a rd a u n e p la c e d ’h o n n e u r p o u r ce\ns e r v ite u r re s p e c té à l’é g a l d ’ u n a ïe u l. R a je u n i, il s u p p o r ta it a u ssi a llè g r e m e n t\nq u ’u n b la n c - b e c , le s tu a n te s fa tig u e s des fe s tiv ité s. C ’ é ta it sa fête à lu i q u ’on\nc é lé b r a it : p as u n c o n c e r t n ’e u t lie u sa n s q u ’o n le v ît p r o m e n e r d a n s la\nfo u le la r o n d e u r b o n h o m m e d e sa s ilh o u e tte . Il a ssista à la re p ré s e n ta tio n\nde la M u e tte , e sp è ce d e ra p p e l d e la fa m e u se so iré e               r é v o lu tio n n a ir e : a p rè s\nl ’A m o u r s a c r é , la sa lle d e b o u t, fris s o n n a n te , le s m a in s a g ita n t les m o u c h o ir s\nh o r s des lo g e s , a c c la m a le s b le ssé s de S e p te m b re , ré u n is d e n o u v e a u d a n s le u r s\nu n ifo r m e s d e g a la flo tta n t s u r le u r th o r a x m a ig r i, d e s la rm e s d e jo ie c o u la n t\nd a n s le u r s r id e s ;    et u n e p a r tie de l ’ o v a tio n a lla à lu i, q u i s ’é ta it le v é a u\nm ilie u d ’ e u x , le s jo y a u x de to u s les o r d r e s d e l ’ E u r o p e s ’e n le v a n t e n é to ile s\nd ’o r e t d e p ie rre s s u r la c o u p e d é m o d é e d e so n h a b it.\n    I l fu t e n fin à la F ê te P a tr io tiq u e , a u s si g r a n d io s e q u e le s c é r é m o n ie s de\nla R é v o lu t io n fr a n ç a is e . C ’é ta it a u C h a m p -d e s -M a n c e u v re s , u n e v a ste p la in e\nd e sa b le ja u n e . A u       b r a s d u b o u r g m e s tr e de B r u x e lle s , il tr a v e r s a , e n to u ré\nd ’a c c la m a tio n s , le p e u p le q u i se m a ss a it c o n tr e le s b a rr iè r e s d ’ e n c e in te . A u\nfo n d , le s b â tim e n ts d e l ’E x p o s itio n n a tio n a le , d é c o ré s de tr o p h é s tr ic o lo r e s ,\na r r o n d is s a ie n t en h é m ic y c le le u r fa ç a d e de p ie r r e b le u e , à la q u e lle s’a d o s ­\nsa ie n t, fo r m a n t u n c e r c le p lu s é tro it, le s tr ib u n e s des in v ité s . A                  d r o ite ,\nd a n s l ’ o m b r e d u b â tim e n t, le s h o m m e s            e n u n ifo r m e s c h a m a r ré s o u en\nh a b it ; à g a u c h e , d a n s u n p o u d r o ie m e n t de lu m iè r e , d e s ra n g é e s d e d a m e s,\na v e c , a u -d e ssu s d e s v is a g e s , les ta ch e s c la ir e s des p a ra s o ls , et d a n s le b r u it\ng a i des b a b ils , le p e rp é tu e l b a la n c e m e n t des é v e n ta ils su r les sa tin s b ig a rré s\ndes    c o rs a g e s .   Au   m i l i e u , s u r les p e lo u se s c o u p é e s       d ’a llé e s   d e g r a v ie r\ns ’ é ta ie n t in sta llé s le s c h o r is te s , et ju s q u ’à la ru e de la L o i, le p u b lic re m u a it.\nIl s’a v a n ç a it. A lo r s , u n m o u v e m e n t se fit. « V o ilà M o n s ie u r C h a r le t »,\nc o u r u t le lo n g des g r a d in s ;        o n se le v a ; d e la tr ib u n e des h o m m e s , des\nh o u r r a h s p a r tir e n t, se re n fo r ç a n t à      m e s u re q u ’ il a p p ro c h a it, ta n d is q u ’à\n"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4284, "texte": "                                                            — 228 —\n\ng a u c h e , les d a m e s, le s m o u c h o ir s d é p lo y é s , a v a ie n t de p etits c r is d ’a d m i­\nra tio n .     L a fo u le se r e fo rm a it su r le s pas d u ju b ila ir e q u i, le n te m e n t se\nd ir ig e a it v e rs       la tr ib u n e p a rle m e n ta ir e , situ é e d e rr iè r e l ’e stra d e ro y a le ,\nen core        in o c c u p é e . E n fin , à          l’e n tré e ,    le c la ir o n         auquel       r é p o n d ire n t les\ntro m p e tte s d u p iq u e t d ’h o n n e u r                p ié té a u         bas d e        l ’e s tra d e ,   so n n a a u x\nch a m p s,        a n n o n ç a n t la fa m ille           d y n a s tiq u e , et b ie n tô t,           d a n s la p o u ssiè re\nb lo n d e so u le v é e p a r les p o s tillo n s d o n t on d is tin g u a it le s c a s a q u e s ro u g e s\net le s c u lo tte s b la n c h e s , le c a rr o s se d é c o u v e r t e n tra au tr o t de ses q u a tre\nchevaux            a tte lé s à la         D a u m o n t;     la    m a in à so n c la q u e o ù le s b r o d e r ie s\nfa is a ie n t so le il, le R o i se p e n c h a it d e d r o ite et de g a u c h e , ré p o n d a n t a u x\no v a tio n s q u i s’a llo n g e a ie n t e n u n e tra în é e . L a fête c o m m e n ç a . L ’ o r c h e str e\nen tam a la c a n ta te d e L a s s e n . C o m m e e lle fin is sa it, S a M ajesté a p e r ç u t près\nd ’ e lle m o n s ie u r C h a r le t, fit u n pas et lu i se rra la m a in . L e p u b lic v it ce\ng e s te ; u n e im m e n s e a c c la m a tio n re te n tit d a n s la p la in e : “ v iv e C h a r le t,\nv iv e C h a r le t! » E t ta n d is q u e d é fila ie n t le c o r p s des b o u r g m e s tre s , le b a r ­\nre a u en ro b e , la c o u r de c a s s a tio n v ê tu e de r o u g e et to u te s les so c ié té s d u\np a y s , a v e c le s d r a p e a u x s é c u la ire s des g ild e s fla m a n d e s q u i in c lin a ie n t le u r s\np lis de so ie , m o n s ie u r C h a r le t re g a rd a d e v a n t lu i, a v e c u n s o u r ir e d e b é a ti­\ntu d e . A      ses p ie d s , de c h a q u e c ô té , s ’ é ta g e a it la fo u le ; a u m ilie u , en g ra n d e\nte n u e ,    la     g a rn is o n     de        B r u x e lle s   p ré s e n ta it     le s    a r m e s ; là -b a s,    p re ssé\nc o n tr e    les      b a rr iè r e s ,    le    p o p u la ir e g r o u illa it       a u ssi lo in         q u 'o n   p o u v a it\nv o ir ; d a n s u n e a p o th é o se de so le il q u i a llu m a it                          le s b a ïo n n e tte s , m e tta it\nun     re fle t a u x       d r a p e a u x , to u te la           B e lg iq u e      ré u n ie    là ,    lu i re n d a it,   tête\nn u e , u n h o m m a g e s u p r ê m e ; les m a in s b a tta ie n t; et to u t-à -c o u p m o n ta d a n s\nl'a ir d o ré , c o m m e u n h y m n e c h a n té en so n h o n n e u r p a r c e n t m ille v o ix ,\ncette B r a b a n ç o n n e q u ’ il a v a it c la m é e su r les b a rr ic a d e s.\n\n\n\n\n     D u tem p s se passa, p re s q u e d e u x a n n é e s , p e n d a n t le sq u e lle s le c e rv e a u de\nM o n s ie u r C h a r le t a lla s’ a ffa ib lis s a n t c h a q u e jo u r u n p eu p lu s.\n     La      p é rio d e    é le c to ra le re v in t, et a v e c e lle la fiè v re , la s u r e x c ita tio n                  des\nm e e tin g s , le s       fé ro c e s c o m p é titio n s .        D é n ig re m e n ts d e c a n d id a ts, c o m p tes-\nre n d u s d ’ a ss e m b lé e s , d is c o u r s , in te rp e lla tio n s , c o u v r ir e n t le s c o lo n n e s des\njo u r n a u x , a c c a p a rè re n t les c o n v e rs a tio n s , ju s q u ’a u d e r n ie r m o m e n t,ju s q u ’au\nm a tin o ù le ta m b o u r, b a tta n t à tra v e rs les ru e s n o ir e s d e m o n d e , r é u n it le s\né le c te u rs d a n s le s b u r e a u x .\n     M o n s ie u r C h a r le t, lu i, fa is a it to u te s le s a p rè s-d in é e s sa p ro m e n a d e h a b i­\ntu e lle , sa n s se d o u te r se u le m e n t q u ’on s ’o c c u p â t q u e lq u e p a rt de                          nom m er\n d es d é p u té s.\n     Le      le n d e m a in des é le c tio n s il é ta it, c o m m e d e c o u tu m e , à ta b le en face\n"}, {"page_pdf": 252, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3616, "texte": "                                                     — 22g —\nd e sa fe m m e ; o n v e n a it de d e s s e r v ir . L u i , à l ’a ise d a n s ce c o m m e n c e m e n t de\ns o m n o le n c e q u i s u iv a it ses d în e r s d u d im a n c h e , in sp e c ta it c u r ie u s e m e n t, a v a n t\nd e re m u e r la c u ille r d a n s sa ta sse de c a fé , le s b u b e le tte s d ’ é c u m e b r u n e q u i\ny to u r n o y a ie n t; e lle , so n b in o c le à la m a in , p a r c o u r a it le s jo u r n a u x . T o u t-\nà -c o u p , u n e lig n e q u 'e lle v it tr o u b le , la fit p â lir , le jo u r n a l tr e m b la b r u y a m ­\nm e n t d a n s ses m a in s.\n    — T i e n s , tu la isses to m b e r to n b in o c le , d it le v ie u x . E h b ie n , tu                    n e le\nra m a sses p a s?\n    E lle n e se b a issa p o in t.\n   — O m o n D ie u , C h a r le t !\n   — Q u ’ as-tu , m o n a m ie , d e m a n d a le v ie u x , u n p eu in q u ie t.\n   M a d a m e C h a r le t n e r é p o n d it pas, m a is é ta n t p a rv e n u e , d e ses m a in s h o r r i­\nb le m e n t tr e m b la n te s , à to u r n e r la p a g e , e u t u n c r i, u n c r i d e v ie ille fem m e\né p o u v a n té e , u n c ri d e tête, q u i é ta it ra u q u e !\n   — J u lie ! a p p e la m o n s ie u r C h a r le t en a lla n t v e rs la so n n e tte , m a d a m e se\ntr o u v e m a l, J u lie ! ...\n   — O u i, d i t l a v ie ille sa isissa n t le p ré te x te . C e n ’est r ie n , c ’est fin i. R e s te z ...\n   E lle c o n g é d ia d ’ u n ge ste la b o n n e q u i e n tra it.\n    Il a v a it e u u n e p e u r v a g u e — p o u r lu i . T o u t h e u r e u x ,d a n s so n é g o ïs m e de\nv ie illa r d , q u e ce n e fû t q u e c e la , il se re m it à s ir o te r so n                   café. « Ç a va\nm ie u x ? » E t c o m m e il la re g a rd a it, il v it q u ’e lle a v a it g lis s é le jo u r n a l so u s\nso n   ta b lie r d e so ie . U n s o u p ç o n le r e p r it , et il é te n d it la m a in p o u r s ’e m ­\np a re r d e la fe u ille .\n   — J e n e v e u x p a s, je n e v e u x p a s!            c ria m a d a m e C h a r le t en q u itta n t le\nfa u te u il. V o u s n ’ a u re z pas c e jo u r n a l.\n   Il v o u la it l ’a v o ir , lu i. S e c o u é d 'u n e a la r m e , il s u p p lia , te m p ê ta . Il se le v a\np o u r le p re n d re , c o u r u t a p rè s e lle . M a d a m e C h a r le t, ré fu g ié e à l ’a u tr e b o u t\nd e la c h a m b r e , d ’ u n ge ste m é c a n iq u e , a v e u g le et s o u r d , d ’u n ge ste de\nso m n a m b u le , d é c h ir a le p a p ier.\n   A lo r s u n e      a n g o is s e d ’e n fa n t a b a n d o n n é m o llit le s tra its d e M o n sie u r\nC h a r le t : c e jo u r n a l a n n o n ç a it sa m o r t, p e u t-ê tre ! Q u e lq u e c h o se c o m m e\nu n d é s a rro i passa d a n s so n c e r v e a u , e t il se d e m a n d a            ré e lle m e n t s ’il v iv a it.\n   — T u v e u x m e re n d re m a la d e de p e u r ! Q u e lle e st d o n c c e m a lh e u r q u e\ntu m e c a c h e s ? ... d it-il en p ro m e n a n t ses y e u x a u to u r d e lu i.\n   T o u t d ’u n c o u p :\n   — E s t- c e q u e , p a r h a s a rd , m o n frè re n ’a u r a it pas p assé a u S én at?\n    L a v ie ille    é c la ta en la rm e s , se jeta au c o u d e so n m a r i, q u ’ e lle p é trit de\nses m a in s, l ’œ il illu m in é de c e re g a rd des f o lle s q u i é to u ffe n t le u r n o u rris so n\nso u s le u r s é tre in te s .\n   — E c o u t e ... m o n b o n , m o n p a u v re           C h a r le t. —     c ’é ta it la    p re m iè re    fois\n"}, {"page_pdf": 253, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3857, "texte": "                                                    —     230 —\n\nq u ’e lle le t u t o y a i t — je te c o n s o le r a i... je te d o n n e ra i to u t ce q u e tu d é s ir e s ! ..\nM a is n e so is pas tr is te .. J u re -m o i q u e tu n e p le u r e r a s p as ! ...\n   — Q u 'y a -t-il, à la fin , to n n e r r e d e D ie u !\n    — I l y a, p a u v re p a p a ... il y a .. . q u e tu n ’es pas r é é lu !\n    — C o m m e n t? fit le v ie illa r d en a r r o n d is s a n t la m a in d e r r iè r e l ’o r e ille .\n    — U n e g r a n d e c a ta stro p h e , C h a r le t : tu n ’es p lu s d é p u té !\n   — T u as m a l lu , m a to u te b o n n e ; et M o n s ie u r C h a r le t, p â lis s a n t, e u t u n\n r ir e ir o n iq u e .\n    — H é la s , d it la v ie ille e n se c a c h a n t la fig u r e d a n s le s m a in s.\n    — E t d ’a b o r d , d it-il, c ’est im p o s s ib le , j’y su is p o u r to u te m a v ie , tu le sa is\nb ie n . R a p p e lle -to i c e q u e m ’o n t d it le s g a rd e s c iv iq u e s , tu l e sais b i e n , v o y o n s ,\nil y a c in q a n s, q u a n d ils s o n t v e n u s m ’ a p p o rte r to u s ces b o u q u e ts ...\n    N e l ’ e n te n d a n t p lu s p a r le r , m a d a m e C h a r le t le v a la tête.\n    Il    s’ é ta it d re ssé to u t d ’u n e p iè ce , l ’œ il g r a n d i ; d a n s le tr e m b le m e n t q u i\na g ita it ses jo u e s d e v e n u e s d ’ u n e b la n c h e u r m a te, ses c h e v e u x s’ a g ita ie n t su r\nso n c o lle t. I l b é g a y a ; « A lo r s , je n ’ira i p lu s ja m a is ... m ’ a s s e o ir là -b a s? »\n    Sans       q u ’ e lle p û t le r e te n ir, il q u itta la c h a m b r e , c o u r a n t a u h a s a rd d a n s\nla m a is o n . L a p o rte de so n c a b in e t d e tr a v a il é ta it o u v e r te . Il y e n tra , s’ a ffa la\n d a n s u n fa u te u il, les c o u d e s su r la ta b le , la tê te d a n s le s m a in s.\n     H u it jo u r s il s ’e n fe rm a , n e v o u la n t v o ir p e r s o n n e . A g r a n d ’p e in e , o n\n p a rv e n a it à lu i fa ir e a c c e p te r u n p eu d e n o u r r itu r e . M a d a m e C h a r le t s u p p lia ,\né p e r d u e . I l se la issa fa ire , et p u is q u ’o n le v o u la it, d e s c e n d it. T o u s le s m a tin s\n il se le v a it u n peu p lu s m a ig r i ; il a v a it d e s jo u r n é e s d e p r o s tra tio n in te r ­\n r o m p u e s p a r d e v io le n ts v o m is se m e n ts ; a u m ilie u d e so n fro n t, d ’ u n e p â le u r\n d e c ir e , u n e       g r a n d e rid e se c re u s a it. I l n e p a rla it p re s q u e p lu s, sa u f, d e\nte m p s e n       te m p s , u n « p la in te ir o n iq u e : « O u i, j’ a i fa it m o n te m p s , je n e\nsu is p lu s b o n à r ie n . A u p a n ie r le s v ie u x ! ... »\n    P u is , p e u à p e u , le s a n g c o lo r a d e n o u v e a u ses jo u e s p lu s p le in e s , e t so n\n e sp rit re p r it sa g a îté .\n    Un      m a tin , il d e s c e n d it ra sé d e fra is : c ’é ta it la p re m iè re fo is d e p u is tr o is\n se m a in e s .   A p r è s le d în e r     il d e m a n d a c o m m e a u p a ra v a n t, le s          d o m in o s .\n L e se r in c h a n ta it d a n s la c a g e . Il se le v a p o u r lu i d o n n e r u n m o r c e a u de su c re .\n    — I l o u b lia it.\n     Il se r e m it à la le c tu r e d e ses jo u r n a u x , du M o n it e u r s u r to u t, sa fe u ille\n d e p ré d ile c tio n . M a is il n e so r ta it g u è re , n e q u itta it p re s q u e p lu s so n fa u ­\n te u il, m a lg r é le s e x h o r ta tio n s d e sa fem m e .\n     U n jo u r d u m o is d e n o v e m b r e , e lle le v it, a u s o r tir d u d é je û n e r , m e ttre\n sa p e liss e .\n    — C o m m e n t, v o u s so rte z ? V o u s r e c o m m e n c e z d o n c v o s b o n n e s p r o m e ­\n n a d e s , d it-e lle to u te jo y e u s e .\n"}, {"page_pdf": 254, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1669, "texte": "                                                                       1\n\n\n\n                                                    —     îî3 i —\n\n   — V o u s le sa v e z b ie n , m a c h è r e , je v a is à la C h a m b r e . C ’est a u jo u r d ’h u i\nl ’ o u v e r tu r e d e la se s s io n .\n   A lo r s se u le m e n t, e lle c o m p r it sa b o n n e h u m e u r des d e rn ie rs jo u r s . L u i\nr a p p e le r la v é r ité , c ’é ta it le tu e r su r le c o u p .\n   —     M ais m o n a m i, d it-e lle , en e s s a y a n t d e se re m e ttre , y p e n se z-v o u s?\nI l fa it u n te m p s a ffr e u x : v o y e z la n e ig e !\n    — M a c h è r e , je n e p u is p as m ’a rrê te r à c e la , n ’est-ce p a s. Il fa u t q u e je\nfasse m o n d e v o ir , q u ’il n e ig e o u n o n . V o ic i u n e             h e u re et d e m ie     d é jà ...\nA llo n s , dit-il en lu i p ré s e n ta n t so n é c h a r p e d e la in e , a rra n g e -m o i ç a , q u e je\nm ’e n a ille .\n   — C h a r le t !..\n    Il a v a it d é jà fe r m é la p o r te .\n\n\n   Au      P a la is d e la N a tio n , le s d é p u té s a r r iv a ie n t. D e u x h u is s ie rs c a u s a ie n t\nd a n s le v e s tib u le .    M o n s ie u r C h a r le t e n tra , ils se r a n g è r e n t a v e c u n sa lu t\né to n n é . D e v a n t lu i, le g r a n d e s c a lie r é ta g e a it ju s q u ’en h a u t ses la rg e s m a r­\nc h e s de m a rb re b la n c . L e n te m e n t, p a is ib le m e n t, a v e c le c la q u e m e n t ré p é té\nd e sa c a n n e s u r le s d a lle s, il m o n ta ...\n\n\n                                                                       M a u r ic e S u l z b e r g e r ."}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-04-13-n6-010", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 231, "page_fin": 233, "titre_corps": "Chronique musicale : Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg", "titre_sommaire": "Chronique musicale", "signature_source": "Marc Harold", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "Marc Harold", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 254, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1689, "fin_caractere_exclue": 2899, "texte": "CHRONIQUE                                          MUSICALE\n   L E S M A ITR E S C H A N T E U R S D E N U R E M B E R G .\n\n   Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, ce m onum ent de l’art vrai auquel nous a\ninitiés Richard W a g n e r, est venu cet hiver, se dresser au m ilieu du chaos des œ uvres\nm édiocres ou absurdes qui encom brent le rép ertoire. L a m usique w agn érienn e,\nantithèse absolue de tout ce que nos scènes dites lyriques ressassaient quotidien­\nnem ent, a produit sur les auditeurs des im pressions curieuses en leurs différences :\nd’un côté, transports d’ enthousiasm e, de l’autre,                          ennui profond. L es sensitifs,\nconfondus par la grandeur de cette n ouvelle expression de l ’ art, se sont heurtés aux\nbouchés, abasourdis, déroutés, car cette m usique n’ est pas écrite pour le vulgaire\nen quête d’am usem ent.\n   Bien des gen s, — les connaisseurs ! — anti-W agn érien s de parti pris, s’obstinent\nà refuser au Maître toute valeur, à cause de l ’ opposition radicale de son art à l’art\nitalien, le seul qu’ils reconnaissent. C es gens-là v o n t non pas écouter, m ais entendre\nles M aîtres Chanteurs com m e ils iraient entendre L a D am e B lan ch e, M artha ou\n"}, {"page_pdf": 255, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3437, "texte": "                                        — 232 —\n\nR obert le D iable : ils baillent. D ’autres, — les poseurs — ne com prennent rien à la\nm usique, m ais éblouissants théoriciens grâce au vocabulaire : rythm e,               temps,\nm esure, orchestration, m élodie, etc., raccollé dans les com ptes-rendus des gazettes,\naffirm ent avec aplom b que M onsieur W a g n e r n’a pas le m oindre talent, qu’il\nest pataud com m e un germ ain, et que ses M aîtres Chanteurs sont bien inférieurs à\nla M uette de P o r tici.\n  Dans l’ancienne école, italienne ou française, sur un libretto élaboré à la hâte,\nprose rim ée dans le seul but de fournir des situations à m ettre en m usique, le com po­\nsiteur sur chaque strophe plaquait un air, souvent inspiré sans l’ idée du sujet; l’opéra\nse com posait ainsi d’un assem blage successif d’airs reliés par des ritournelles ou des\nrécitatifs : tel un som nolent chapelet dont les grains sont juxtaposés le lo n g de leur\nchaîne. A ucu n e suite naturelle dans le développem ent m usical; pas d’idée m ère, pas\nd’enchaînem ent rationnel. L es situations se déroulent au son des airs chantés par\nl’acteur et accom pagnés par l’orchestre, dont le seul rô le est de m aintenir le chanteur\ndans le ton. A p rès chaque strophe ; « E n avant la m usique ! ! !» la ritournelle reprend,\ndestinée à ram ener le cou p let suivant. E t pendant ce temps, quelle que soit la\nsituation, tragique, com ique ou gaie, acteurs et com parses posent, attendant que\nl’ orchestre ait fini ses fioritures.\n  C on séquen ce : l’action est insensée, choquant le g o û t par ses ridicules. En vain les\npersonnages tentent une m im ique qui expliquera leur présence sur la scèn e: ils\nrestent indifférents, ce qu’ils jouent ne les ém eut gu ère, n’entam e pas leur esprit ;\nils agissent m achinalem ent. T o u t est con ven tion ; ce que voit le spectateur tend con s­\ntam m ent à détruire l’illusion qu’il essaie de se créer et la musique ne produit plus\nqu’ une sensation purem ent m atérielle, agréable ou désagréable suivant l’effet des\nsons sur le systèm e auditif; ou bien il arrive que des passages rem arquables de\nces partitions sont rendus im possibles par la situation à laquelle on les a adaptés.\n\n\n\n\n  A u contraire, quelle lo giq u e et puissante con ception dram atique dans W agn er,\net dans les M aîtres Chanteurs de N u rem berg en particulier. C ette œ u vre qui appar­\ntient à la troisièm e m anière du M aître, celle où il réalisa l’idéal préparé par ses\nœ uvres antérieures, est une com édie bien hum aine, un épisode de la vie réelle trans­\nporté au théâtre.\n  L e s personnages, étudiés et adm irablem ent com pris, sont des résurrections de\nl’époque du dram e : Hans Sachs, l’ouvrier poète, distrait de ses occupations de m étier\npar l’obsession de l’art, qu’il veut libre d’allures dans l’expression pourvu qu’il soit\nsincère ; Bekm esser type du grotesque pédant, pour qui l’art existe, du m om ent où les\nrégies sont observées. W alth er, personnification de l’ art jeune, plein de foi, luttant\navec la Tablature, sorte de gram m aire du parfait chanteur. E va, la Fem m e, au rôle\npassif, m ais cependant m obile de tout le drame.\n  L ’action se poursuit de la m anière la plus naturelle ; aucune secousse dans la\nsuccession des scènes, aucune anom alie.          Intim em ent enchaînée       au dram e, la\nmusique se d évelo p p e, explication continuelle du tout, et les chœ urs, au lieu d’ offrir\n"}, {"page_pdf": 256, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "                                        — 233 —\nle non-sens d’ une foule im provisant un air m élodieux, fon t entendre par la com ­\nplexité des harm onies com binées le m urm ure vagu e des multitudes. Jamais ne se\nrencontrent dans le chant ces trucs grossiers : points d’ orgu e prolongés, roulades\net gargarism es interm inables, coup de gueule final, ces ham eçons avec lesquels on\npêche les applaudissem ents des jobards, — dédaignés par la sincérité du maître.\n  T o u t le m onde parle de « l’orchestre de W ag n e r » et pour beaucoup, ce m ot\névoqu e une fanfare de plusieurs centaines de m usiciens ; ils ne savent com prendre\nque plusieurs thèm es peuvent être joués en m êm e temps et s’harm oniser, ce qui se\nrencontre à chaque p age des partitions de W a g n e r, le colossal dom pteur d’harm o­\nnies, qui les assouplissait sous sa volo n té forte, trouvant des accords tels que jamais\nm usicien n’ avait osé en rê v e r ; aussi les B ekm esser de tous les conservatoires\ncria illa ie n t-ils:« m ais cet hom m e-là ne connaît pas la m usique! »\n\n\n\n\n  C e n’ est pas seulem ent la différence de procédés, de tendances techniques qui\ndéga gen t l’ œ u vre W agn érien n e du reste des productions m usicales, c’ est aussi tout\nun systèm e de philosophie artistique.\n  L e s autres m usiciens rapportaient l’art à leurs idées de pur spiritualisme, ce qui\nleur faisait v o ir dans les œ uvres lyriques et dram atiques, l’hom m e seul, prim ant tout\nautre m o yen d’ expression; l’h om m e-thèm e servi et mis en relief par tous les acces­\nsoires de la figuration, y com pris l’ orchestre.\n  P a r contre, si dans l’ œ u vre de W a g n e r le dram e est lo giqu e et possède un\ndéveloppem ent considérable quoique naturel, si l’orchestre a une im portance non\nm oins grande que celle des acteurs, com plétant chaque scène en faisant entendre\nles thèm es des autres scènes qui s’y rapportent, soit qu’elles aient précédé celle-là,\nsoit qu’ elle doivent la suivre dans le cours du dram e ; si enfin l’ œ u vre se présente\ndans cet ensem ble-puissant où aucun élém ent d’ expression n’est sacrifié au profit\nd’un autre, c’est que le M aître a — le prem ier — appliqué à l’art la doctrine du\npanthéism e, cette philosophie d’après laquelle « le plus petit grain de sable, com m e\nla m oindre m olécu le de chair, est une parcelle de la divinité. »\n\n                                                             M arc    H arold.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 226, "texte": "              LA\n\nBASOCHE\n\n    N\" 6. A v r il 1885\n\n\n\n\n         des ePrrss«s de- J .-B » Moins, cBruxel\\*t\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "             LA BASOCHE\n               REVUE LIT TE RA IR E ET A R T IS T IQ U E\n Paraissant le 13 de chaque mois, en livraisons de 32 pages au moina.\n\n                          PRIX D E L ’A BO N N EM EN T :\n        B elgique : 4 fra n cs p ar an. — U n ion P o s ta le : 5 fran cs.\n T o u te dem ande d’ abo n n em en t d oit être a cco m p a gn ée du m o n tan t en m andat-poste-\n\n    Le tirage des nos i et 2 de L A B A SO CH E étant complètement\népuisé, nous nous voyon s forcés de créer des abonnements de dix mois,\nau prix de 3 fr. 50 (étranger : 4 fr 50), qui partiront du n° 3.\n\n                                    B U R E A U X DE L A R E V U E :\n\n                 Galerie Bortier, 7, â Bruxelles en Brabant,\n                                             ■ '    r'   r.. ^   ^    —\n\n\n     L A B A SO C H E reste absolument indépendante de toute coterie littéraire ou\nartistique. — Elle ouvre ses colonnes aux essais des jeunes. — Leurs envois\nseront examinés par un Comité littéraire, et insérés, s’il y a lieu. — Les manuscrits\nnon insérés sont rendus sur demande.\n     Il sera répondu à toute lettre sérieuse, contenant un timbre pour l’affranchisse­\nment du retour. — Nous rendrons compte de tout ouvrage dont un exemplaire\nparviendra aux bureaux de la Revue.\n     La reproduction des articles de L A B A SO C H E , est autorisée sous condi­\ntion d’indiquer leur provenance et d’avertir la Direction.\n\n\n                          PROPAGANDE                                                    .*\n      Dans un pays rebelle, comme le nôtre, à toutes les innovations littéraires, une\noeuvre exclusivement artistique, telle que L A BASOCH E, a besoin du concours\ndévoué de tous ceux que. le culte de l’ Art possède. Nous faisons un appel éner­\ngique â tous les Jeunes, et les convions à entamer avec nous la bataille : C ’est à la\nfois la lutte pour l’Art et pour l’existence.\n     Nous tenons à la disposition de ceux qui nous en feront la demande, des cartes\nd’abonnement, numérotées par séries de dix ; lorsqu’une série nous sera revenue\navec adhésions, son dépositaire recevra à titre gracieux, LA BA SO C H E pendant\nun an ; pour deux séries, l’abonnement lui sera servi à perpétuité.\n\n                             HOTTE A U X CHTFFONS\n   P. B. Huy. — Imposants, vos v e r s ;— d’une nullité hors ligne.\n   P. B. Gand. — Ça ne vaut guère. Jetons Par la fenêtre, n’ est-ce pas?\n   M. Fréd. Brux. — Choses superbes dans votre envoi ; malheureusement, d'impardonnables négligences\nle déparent. Des pensées de sculpturale poésie, comme celle de Sphynge, doivent être m odelées dans une\nforme qu’un bon ouvrier s’efforce de rendre im peccable. — Certes, les C lercs de l a B a s o c h e seront heureux\nd’accueillir le fin m oderniste, auquel ne manque qu’ un peu de limae labor. V otre adresse, S. V . P.\n   H.    Ludoviciíí B . — C ’est une plaisanterie, n’est-ce pas? V os poésies auraient été des nouveautés en l’an\nmil. Et puis, est-ce pour voir vos vers faire plus vite leur chemin, que vous leur donnez si libéralement\ntreize ou quatorze pieds? Ils sont fort riches aussi en « hélas», hiatus, vieilleries exaspérantes, rimes\nim possibles! Aussi, allons nous en faire un petit feu bien clair.\n   R. Bex. — Gentil, mais hors de notre cadre. Avons envoyé à la rédaction de l ' Etudiant, qui l’insérera,\nsauf avis contraire.\n  y . y . - Zut! Envoyez cet emplâtre au lion (très clément pour les âneries des autres, parce qu'il ne fait\nque cela lui-m èm e : serez donc bien reçu) qui dirige et rédige (!) Travail et Patrie, des T rois Bassins, et est,\nen outre, généalogiste, historien, homme de lettres et de rien par dessus le marché.\n  X. Y. Z. —           « Nous n’ avons pas, Monsieur, l’honneur de vous connaître,\n                       E t vous avez celui de nous être inconnu ! »\n  A . B. — Notre appréciation sur vos vers ? la voici : « !!!!!!........\n  Armand Gèo — T ravaillez et envoyez Bon espoir et C ourage 1\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": "                       GERMINAL\n            N\n            E    pleine nature, Z o la a campé la robustesse de son art,\n                développé sa com préhension de la vie, son programme à\n                lui, son œuvre, avec une logique et une ténacité qui\nétonnent, effrayent mêm e. E t c’est au concert des ricanements et des\ngrossières attaques des hommes que ce m onument s’est échafaudé.\nA u jou rd ’hui qu’il a désabéti toute une classe de gens qui peuvent le lire.,\net non le pénétrer, — il ne sera compris que plus tard, — ses écrits\nne révolutionnent plus autant, n’apparaissent plus rouge-feu, d’un\nem brasement fiévreux et momentané, mais im prégnés, enveloppés\nd’une douce lum ière astrale, brillante encore du même éclat dans\nl’avenir. Germ inal, son dernier livre, vient d’être édité; le succès a été\ngrand; mais si Z o la l ’avait produit au début de sa vie d’écrivain, ou\nsi ce rom an avait été présenté sous une signature inconnue, quel\nvacarm e ! que de stupides critiques ! Z o la fait peur maintenant, nous\nnous plaisons à le répéter. P ar contre, son art, bien qu’il ne puisse\nencore être apprécié, s’est même tant im posé que ses partisans, — et\nnom breux ils sont devenus —         sont tentés à proclam er chef-d’œuvre\ntout œuvre de lui. P our ju ger Germ inal, sincèrement, en dehors de\nces préoccupations, il faudrait ignorer quel en est l’auteur, ou bien\navoir la force de l’oublier ; ne pas connaître les écrits antérieurs de\nl’infatigable artiste, ou pouvoir chasser de son cerveau leurs trou­\nblantes hantises. Précaution qui semblera puérile, mais que tout lecteur\nde Germ inal devrait prendre à notre avis, c’est couvrir le volum e d ’ une\nfeuille de papier bien épaisse, en condamner les premières pages,\npour ne pas toujours rencontrer en l’ouvrant ce nom : Zola. C ar il\ninflue sur l’esprit,    il était destiné, nous ne savons pourquoi, mais\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "                               — 206 —\nle sentons, à devenir illustre ; la griffe du Maître dégage une autorité\nm agnétique, illum ine comme celles de B ach , W agn er, M anet, Rodin,\nF élicien Rops, em plit une page en l’agrandissant : son d’orgue dans\nune église.\n  Rarem ent dans une œuvre, l’im pression a été aussi concentrée.\nE lle est bue, dirons-nous, par le personnage principal, la mine du\nV oreux. « Cette fosse, tassée au fond d’un creux, avec ses construc­\ntions trapues de briques, dressant sa chem inée comme une corné\nmenaçante, sem blait avoir un air m auvais de bête goulue, accroupie\nlà pour m anger le monde. » E t sol et ciel, hommes et anim aux, êtres,\nnature lui sont asservis. L e V oreux creuse la terre de ses galeries, la\nrecouvre de talus, hachure l ’horizon de chem inées, ennuage l ’air\nd’épaisses fumées, secoue le pays du bruit assourdissant des m achines.\nPrès du Voreux s’étend le Coron — la boucherie près du monstre —\nc ’est là qu’habitent les houilleurs. D epuis u n siècle, ces m isérables\n« tapent à la m in e », de père en fils; cependant ils savent qu’ils se\ntuent à cette horrible besogne, et disent, lorsqu’un signal annonce la\ndescente : « on sonne à la viande. » D es chevaux peinent aussi au\nfond de la bure, et ce ne sont pas les moins émouvantes des pages que\ncelles où il s’agit de Bataille, de Trom pette, ces braves. D u reste,\nelles sont la marque de notre      époque, sont chaudes      de la pitié\nmoderne qui tend à donner aux anim aux les mêmes sentiments, la\nmême sensibilité nerveuse qu’aux homm es; non aux anim aux dans\nleur rapport ou par opposition avec les hommes, mais aux anim aux\nentre eux. Germ inal est l’histoire du V oreu x pris comme type de\ntoutes les houillères : ce roman généralisé, la portée en est immense.\nIl nous décrit le travail dans les m ines; à ce point de vue la première\npartie est forte; puis la désolante impression d’abandon du V oreu x\npendant la grève, enfin la terrible inondation qui tue « la béte »\npour toujours. L e V o reu x est le noir soleil autour duquel tourne et\nse développe le drame ; et il se développe avec la mystérieuse fatalité\nde la rotation des mondes, des phénom ènes naturels et sociaux.\n  L ’auteur de Germ inal a étudié les mineurs d’ une façon particulière\net pénétrante. L es ouvriers sont presque toujours des êtres muets,\ntaisent leurs souffrances ou les gueulent aux bouleversements des\némeutes. Mais leur douloureuse passivité attire les chercheurs, émeut\nles sensibles, et secoue plus que leurs cris. L e psychologue qui veut\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": "                                   — 207 ----\nles observer est embarrassé, comme un médecin soignant un enfant\nmalade qui ne sait parler, ou bien assourdi par de révolutionnaires\nclameurs. Ces difficultés, loin de décourager, ont \"stimulé, excité le\nrom ancier, et il est parvenu à connaître les houilleurs.\n  D ’abord, physiquem ent. Il nous décrit leurs chairs avec grand art,\nen établit les saillies, en montre les pénibles colorations, va jusqu ’aux\nos, fait puer le sang appauvri. E t que d’im béciles ont dit que le nu\nn’était plus de notre époque ! L e nu est intéressant, nécessaire, sur­\ntout maintenant.     L ’écrivain    de G erm inal en fournit la preuve.\nL e corps ne peut rien lui cacher ; il est pour ce voyant un livre ouvert\nqui lui confie d’effrayantes révélations. Aussi, quel défilé d’êtres émou­\nvants. Ceux qui nous touchent le plus sont les. enfants: A lzire, la\npetite bossue, dont la mort est racontée avec des larm es, Jeanlin, ce\ngâm in « aux membres grêles, avec des articulations grossies par des\nscrofu les,    au masque de singe blafard et crépu, troué de ses yeux\nverts, élargi par de grandes oreilles, » L y d ie et Bébert que Jeanlin\nmartyrise. E t les femmes déformées, toutes ayant           eu   beaucoup\nd’enfants, L a M aheude, « au sein lourd comme une outre, » M adame\nRasseneur, la L evaqu e. P uis les hommes, surtout les deux vieux,\nM ouque et Bonnem ort, lequel raconte ainsi sa vie : « O n m ’a retiré\ntrois fois de là dedans en morceaux, une fois avec tout le poil roussi,\nune autre avec de la terre jusque dans le gésier, la troisième avec\nle ventre gonflé comme une gren ouille             A lors quand ils ont vu\nque je ne voulais pas crever, il m ’ont appelé Bonnem ort, pour rire.\n« Q uand il crache, son crachat laisse une tache noire, » ce qui lui fait\ndire : « C ’est du charbon, j ’en ai dans la carcasse de quoi me chauffer\njusqu ’à la fin de mes jours ».\n  L ’existence de ces m alheureux est racontée, nous voyons leurs\npetites maisons du Coron aux m inces            m urailles, qui permettent\nd’entendre les paroles et les actes des voisins, ces habitations d’où\ns’échappent des puanteurs d ’oignons. L ’auteur évoque d ’une façon\nétonnante, et un sens qu ’il a chez lui particulièrement développé est\nl ’odorat; ce qu’il décrit, nous nous le figurons et le sentons. L es m oin­\ndres habitudes, les m oindres coutumes des houilleurs y sont, non pas\nphotographiées, mais rendues avec une émotion personnelle. L e lever,\nles repas, le lavage, les scènes de cabaret, les soirées au Volcan.\nP énible mais exprim ée, tapée rudement, la passion prolifique de ces\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "                                  - 208 -\n\npauvres diables qui en plein cham p, dans les blés, ou sur les talus,\n« culbutent » les herscheuses.\n  D ire tout cela était certes difficile, mais plus difficile encore de les\nétudier au point de vue intellectuel, moral. Cependant le romancier\ny a réussi. L e peuple de Germ inal n’est pas celui que des partisans\nacharnés com prennent superficiellem ent comme une classe composée\nd’hommes, tous bons et honnêtes, ni celui que des adversaires mesquins\net odieux haïssent avec un parti pris révoltant. D ans ce peuple, il y a\ndes intelligents, des brutes, des vicieux, des gens de bien ; c ’est un\nmonde. U n e même misère les écrase; les uns l’acceptent m achinale­\nm ent; d’autres comme Etienne, réfléchissent aux moyens de soulage­\nm ent; Souvarine, de son côté, conserve secrètement son idéal en lui :\nT o u t détruire. A cet ensemble de cerveaux aux remous effrayants de\nsourdes pensées, à cette masse d’êtres aux aspirations phosphorescentes\ndans leur nuit de désolation, d'ignorance et de noire pauvreté, un\nécrivain a osé s’attaquer. E t, comme il a com pris la nature de ces m isé­\nrables, qui se figurent le Capital : « U n D ieu caché au fond d ’un\ntabernacle inaccessible, auquel ils donnent tous leurs chairs et qu’ils\nn’ont jam ais vu ! » Q uel m ysticism e! Q uelle étrange trouée lum ineuse\nsous ces crânes obscurs ! E t grandem ent la situation est brossée ; d ’un\ncôté les ouvriers, de l’autre les maîtres, mais ceux-ci ne sont ni faibles,\nni rageurs, ils commandent, sont dans leur rôle, profitent de l’asser­\nvissem ent des travailleurs, sans en abuser plus que les autres. L a grève\néclate, doit éclater. L a cause n’en est pas l’inhum anité m élodram a­\ntique du directeur; la société baisse les salaires, com me toutes les\nsociétés : la cause est la crise générale qui sévit. L es ouvriers ne\npeuvent plus faire de concession, le Conseil adm inistratif ne veut\npas rabattre de ses atroces prétentions. U n e révolte s’ensuit, cela était\nfatal. Certes il y aura des hommes, Etienne, M aheu, Rasseneur, qui se\nmettront ou plutôt seront mis à la tête du m ouvem ent; fau te de ceux-là,\nil y en aurait eu d’autres. Si forts, si intelligents qu’ils soient, ces\nhommes ainsi que les autres personnages de Germ inal ne sont pas des\n« caractères », ne conduisent pas l’action, mais sont des agents ou\ndes « subissants ». Etienne est       bien accusé d ’avoir poussé à la\nrévolte, mais la Maheude, qui a perdu son mari et trois de ses enfants,\nqui après la grève est obligée à travailler elle-même, ne lui dit-elle pas :\n« U n moment je t’aurais assommé, après toutes ces tueries. M ais on\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "                                      — 209 —\nréfléchit, n’est-ce pas ? on s’aperçoit qu’au bout du compte ce n’est la\nfaute de personne... N on, non, ce n’est pas ta faute, c’est la faute de\ntout le monde. » C'est la faute de tout le mande, insondable vérité ! L a situa­\ntion frappe les ouvriers du V oreux, agissant sur leur esprit, d ’abord\ndifféremment. Souvarine reste fidèle à ses convictions, appelle la\ngrève « des bêtises ». Etienne, en jeune apôtre, parle à ses frères d’une\nsociété nouvelle, et ceux-ci, le système nerveux excité par une horrible\nfaim, se laissent hypnotiser par le m irage de cette terre promise. Il y a\nde la religion dans Germ inal. L es premiers chrétiens qui s’assemblaient\nsecrètement, n ’étaient pas plus beaux que ces ouvriers se réunissant la\nnuit dans la forêt de M ontsou, pour prendre une suprême décision.\nL es forêts ont été les premières églises, et ces croyants y rêvent aussi\nun autre monde, aux principes plus consolants. Quand la misère les\naura tous ébranlés, que tous, em portés et modérés, auront la même rage au\ncœ ur, cette foule, devenue masse délirante, mue par une même soif,\ns’ épandra comme lave dans les cam pagnes, détruisant, saccageant avec\nun désespoir infini.\n  L e dénouem ent du livre a été ju g é par certains critiques, violent et\nvoulu. N ous ne le croyons pas. Souvarine peiné de voir que les\nmineurs vont reprendre le travail au Voreux, provoque une inonda­\ntion par un acte monstreux. M ais que n’osent les N ihilistes ? Souva­\nrine est russe, et résolu com me ses frères.\n  N ous adm irons, au contraire, cette scène de grand M aître et de\nprofond penseur, comme nous admirons le passage où Bonnem ort\nétrangle Cécile, la fille des Grégoire. L a situation de notre société\net ce qui l’attend, sont là. Ce vieux, qui a travaillé cinquante ans,\nest devenu fou tant il a souffert, concentre ses dernières forces et sa\nvolonté pour étrangler la dem oiselle bien mise, à la peau douce et\nparfumée, en laquelle, il sent la race ennemie des patrons, ce vieux\nest colossal.\n  L e roman est trop        n o ir,    dit-on encore. Com ment un artiste\naurait-il pu se contenir devant des scènes aussi atroces ; Z ola les aurait\nvues moins noires, qu’il n’eût pas été un artiste, ni même un homme.\n  Et   le   livre   se   termine      comme finissent de nos      symphonies\nmodernes, semblant rendre au vent le souffle qu’elles ont humanisé,\nfaire rentrer en la nature, dans le tout, le secret qu’elles lui ont ravi.\nGerm inal est un long cri de douleur arraché à la terre. E t ses\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "                                        - 210 -\n\ndernières phrases sont consacrées à la terre ; elles la consolent, et lui\npromettent vengeance :\n  « U n débordem ent de sève coulait avec des voix chuchotantes,\nle bruit des germes s’épandait en un grand baiser. Encore, encore, de\nplus en plus distinctement, comme s’ils se fussent rapprochés du sol,\nles camarades tapaient. A u x rayons enflammés de l’astre par cette\nmatinée de jeunesse, c’était de cette rumeur que la cam pagne était\ngrosse. D es hommes poussaient, une année noire, vengeresse, qui\ngerm ait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes\ndu siècle futur, et dont la germ ination allait faire bientôt éclater la\nterre. »\n  Ce rom an, au titre superbe, si grandem ent expliqué, est un des plus\npuissants de Z o la, et le caractérise. Car il est l’écrivain qui a le plus\nprofondément et le plus com plètem ent, à certains points de vue,\ncompris notre époque. L e plus complètement à certains points de vue,\nsoulignons-nous, car à d ’autres, il est incom plet. E t l’imperfection que\nnous constatons avec bonheur chez cet homme, est précisément\nce qui en a fait un artiste génial. L ’équilibré est le médiocre, le\npondéré, le bourgeois. N otre siècle est jeté dans toute son œuvre, avec\nsa situation et ses aspirations sociales et morales. Cette œuvre\nmonumentale, on la lira, on la commentera plus tard, parce qu’elle\nrecèle notre temps, d’une façon plus vibrante qu’aucun livre d’écono­\nmiste ou d ’historien, c ’est-à-dire avec l ’art en plus. M ais nous n’y\ntrouvons pas de soif métaphysique.\n  Sous ce rapport, Baudelaire est le génie opposé à Z o la ; lui,\nconcentre, quintessencie avec une émotion poignante, notre « tourment\nde l’infini », notre rage si hum aine et toujours inassouvie d’au-delà.\n              « Je n e v o is q u ’in fin i p a r to u te s le s fe n ê tre s. »\n  Z ola est le dernier maître de la haute race des écrivain s de la\nRenaissance, Baudelaire un des premiers qui ait repris la tradition\ngothique. L ’un a été attiré par le corps des choses, l’autre par leur\nspiritualité. Ils se complètent. P our tous deux l ’avenir, et un avenir\npeut-être plus éloigné pour le second, servira de sanction. Alors, les\nécrits de Victor H ugo, Z o la et Baudelaire qui dominent le XIXe siècle,\nen deviendront sans doute la B ib l e .\n\n                                                              H ector C hainaye\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "C H R O M O L IT H O G R A T H IE .\n\n                                                     A Ch. Henry de Tombeur.\n\n\nP a n ta lon s de coutil et casaques rayées,\nL e s canotiers hissaient u n m inim e drapeau;\nV ous attendiez, avec des m ines effrayées ;\nL e soleil vous tira it le sang à f le u r de peau\nE t se jo u a it p a r m i votre toilette claire·,\nU n nœud de tulle rose enserrait votre cou ;\nVotre chapeau, tressé d'une p a ille vulgaire,\nC ouvrait m a l vos cheveux, et p lu s d ’ un fr is o n fo u\nS 'ég a ra it sur vos y e u x de pervenche fle u r ie .\nL a gloire de vos seins chantait dans le corset,\nL o r s q u 'i n clin a n t les fle u r s fr ê le s de la p ra irie,\nU n coup de vent pervers découvrit le lacet\nN o u é, q u i p e n d illa it à vos bottines souples,\nE t j e vis que vos bas étaient d ’ un rouge-sang........\n\n\nB r a s dessus, bras dessous, des promeneurs p a r couples :\nU ne fille tte blêm e; un gendarme puissant ;\nD e s calicots en fête et des fille s de jo ie ;\nD e s commerçants épais, p ro m en a n t la vertu\nD e l'épouse, guindée en sa robe de soie,\nS u iv is d'enfants b ra illa n t à bouche-que-veux-tu!\nCohue hebdomadaire à travers les b anlieues!\nP a risie n s ! cherchant des fle u r s sur les pavés !\nI ls se fig u ren t être à des m illiers de lie u e s ....\nP a rc e q u 'il est dim anche, et q u 'ils se sont lavés.\n\n\nD e s chansons de café-concert dans les guinguettes.......\nB r u its de verres entrechoqués sur les comptoirs........\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "                      — 212 —\n\nL a banale gaieté de la fo u le en goguette,\nD e la fo u le , se bousculant sur les trottoirs........\nL e soleil crib la it d'or les bourgeois p rolifiques,\nM o u illa n t de leur sueur des mouchoirs tout entiers,\nE t des refrains m auvais term inaient les cantiques\nQ u 'à p leine vo ix chantaient de jo y e u x canotiers.\n\n\nE n tre des bras velus, dont les muscles se gonflent,\n—   U n p ied dans le bateau, l'autre p ie d s u r le bord —\nT a n d is q u ’ en l ’a ir p lein de soleil des mouches ronflent,\nU n canotier vous p r it, et, presque sans effort,\nV ous assit sur le banc du voilier, dont la brise\nA g ita it et gon flait la voile m ollem ent........\n\n\nL e soleil s ’effacait, et vers la brume g rise\nVotre barque f i l a , soulevant, u n moment,\nD a n s la p a ix du courant, des vagues m inuscules            _\nL ’eau verte se m oirait où vous aviez passé',\nL a moire s ’ effacait, et, pensers rid icules,\nJ e restais les y e u x grands ouverts, l'esprit lassé,\nComme si j ’avais vu, toujours, sur l'eau calmée,\nL e grand jeu n e homme blond, q u i dans ses bras velus,\nV ous emportait vers le bateau, dem i pâm ée,\n\n\nE n vous disant des mots que j e n'entendais p lu s .\n\n\n                                           J ean A ja l b e r t .\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "                    LES PETITS VIEUX\n                       M O N SIE U R C A L V IE R R E\n\n\n            ’Ja i   un défaut : j ’aim e les livres ! L e com ble du bonheur pour\n              m oi, c ’est d’aller flâner le long des quais, d’inventorier, d’un\n              coup d’œ il, les boîtes carrées et étiquetées, dans lesquelles\nje trouve, pêle-m êle entassés, les débris de toutes les littératures,\nanciennes et modernes.\n  E t,   quand j ’ai sauvé du naufrage une de ces tristes épaves,\ninnocente victim e d’un jour de dèche ou de misère, je me sens tout\nheureux et j ’estime que je n’ai pas perdu ma journée.\n  M on vice se com plique de cette particularité, que j ’ai un faible\npour les vieu x livres ; il est rare, quand j ’ai le gousset bien garni, que\nje laisse, exposés aux intem péries des saisons, les vénérables volum es\nen maroquin défraîchi, im prim és « avec approbation et privilège du roy\"\nque je rencontre au cours de mes explorations.\n  P a r mes assiduités et mes fréquentes acquisitions, j ’avais gagné la\nsym pathie d ’un vieux bouquiniste du quai M alaquais, le père Jaunard,\nqui, selon sa pittoresque expression, ne vendait que du vieux et du bon.\n  D ans mes longues stations devant son étalage, que le digne\nhomme renouvelait fréquemment, j ’avais remarqué bien souvent un\nmonsieur, que le m archand saluait toujours très bas.\n  D ’une immense houppelande noire, sem blable à une soutane, qui\ndescendait presque jusqu’aux chevilles de ce singulier petit homme,\ném ergeait une tète longue et maigre ; le visage glabre était souriant\net fin ; deux petits yeux gris scintillaient derrière une paire de\nlunettes à cheval sur un nez effilé et un peu crochu ; les cheveux\nsoigneusem ent peignés et d’une éclatante blancheur, tombaient très\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": "                                     214 ---\nbas, sur le collet de l’habit. N ’était un grand chapeau à haute forme,\nà larges bords, vous l ’eussiez pris, à voir sa démarche sautillante\net son petit air m alicieux, pour un de ces abbés de cour du xviii 0 siècle,\ndont l ’âge n’avait éteint ni la verve, ni les ardeurs.\n   Quand je demandai au bouquiniste le nom du personnage :\n   — C ’est M. Calvierre! me répondit-il, et c’est tout ce qu’il put m’en\napprendre.\n\n   U n soir, je fis une trouvaille m erveilleuse; sous une montagne de\nvulgaires in-quarto, je déterrai un exem plaire du dictionnaire de\nR obert Estienne, édition de 1538!\n   L ’ouvrage était com plet, quoiqu’en mauvais état. Mon bouquiniste\nne semblait pas se douter de sa valeu r; je dissimulai ma joie, et pour\ncinq francs, j ’acquis la précieuse relique! Je me sauvais serrant sous\nm on bras mon trésor, comme si j ’eusse craint q u ’on ne me l’enlevât,\net jeta it déjà loin, quand j ’entendis tout-à-coup trotter derrière moi.\nPresqu’aussitôt, me sentant tiré par la m anche, je me retournai.\n   — Je vous demande pardon, monsieur, me dit en se découvrant,\nM. Calvierre, (car c’était lu i!) le père Jaunard me dit, qu’il vient de\nvous vendre un dictionnaire de Robert Estienne. Je viens hum ble­\nment vous prier de me permettre d’y jeter un coup d ’œil.\n  — M ais comment donc, monsieur ! et tout en invitant M. Calvierre\nà se couvrir, je lui tendis l ’ouvrage convoité.\n  L e vieu x bibliophile était pâle, ses mains sèches tremblaient ; son\nsourire habituel avait disparu.\n  —   Q uelle reliure ! s’exclama-t-il. V oyez, monsieur, com bien le\ntemps a eu peu d’action sur elle. On n’en fait plus com me cela\naujourd’hui !...\n  P uis, ouvrant le volum e à la prem ière pagé :       C ’est! lui continua-\nt-il, lui que je cherche depuis des a n n ées ! 153 8 ! première édition!\nC ’est bien lui ! Dictionnaire françois latin, autrement dict les mots françois\navec manière d'user d'iceulx, tournez en latin ! l’épigraphe des Estienne :\nNoli altùm sapere ! E t en bas : In sud officinâ excudebat Robertus Ste-\nphanus !...\n  — O h ! monsieur, je vous en prie, par tout ce que vous avez de\nplus cher ! Cédez-moi votre volum e! A n’importe quel prix, cela m’est\négal ; mais cédez-le moi !\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "                                  — 2 15 —\n   Je me sentis ému et quoique bien à contre-cœur, je répondis cour­\ntoisem ent au vieillard, que je ne voulais pas désespérer :\n  —   Ce livre est à vous, m onsieur! P our toute récompense, je récla­\nm erai l’honneur d ’être admis à visiter votre bibliothèque, qui doit être\nbien riche, si elle renferme beaucoup d’ouvrages de cette valeur !\n  L e visage de M . Calvierre s’épanouit; une larm e trembla au bord\nde ses cils, et il me prit les deux mains :\n  — C ’est bien vrai, vous m’offrez ce volum e?\n  — O ui, il est à vous !\n  — O h! merci !\n  P u is, il saisit le livre, le fit prestement disparaître, sans que j ’aie pu\nvoir com ment, dans une des immenses poches de sa houppelande, et,\npassant fam ilièrem ent son bras sous le mien :\n  — Vous êtes un brave jeune homme, vou s! V o u s avez compris\nq u ’il faut passer quelque chose aux vieillards, je vous en garderai une\néternelle reconnaissance !\n  Je demeure rue Casette, continua-t-il, en m ’entraînant de son petit\npas alerte et sautillant, je vis tout seul avec mes livres et je puis me\nvanter d ’en avoir de beaux! Q ue voulez-vous? Ils sont ma seule con­\nsolation ! Vous y trouverez tous les auteurs des siècles passés, pres ­\nqu’àucun de notre temps ; ils n’en valent pas la peine ! Selon moi\nl’im prim erie est en pleine décadence. Où sont, de nos jours, ces vieux\nvolum es, dont les caractères nets et pleins, le papier parcheminé et\nles grandes marges me remplissent encore d’admiration ? Dans les\nbibliothèques publiques ou dans la m ienne! P as ailleurs! Si vous\nsaviez comme je méprise la librairie actuelle avec so n p a p ier à chandelle\net ses couvertures rouges, jaunes, vertes, bariolées, de toutes les cou­\nleurs ! A h ! nous sommes loin de l’im prim erie d ’autrefois !...\n  Cependant nous étions arrivés devant une des plus vieilles maisons\nde la vieille rue Cassette. Après avoir péniblem ent gravi cinq étages,\ndans un escalier som bre, roide et tortueux, nous nous arrêtâmes\ndevant une porte qu ’ouvrit le v ieu x savant. Je restai ém erveillé! L ’ava­\nrice du propriétaire n’avait pas encore transformé en appartement\nà trente francs par mois le vaste grenier de la maison. M . Calvierre,\nqui l’occupait en entier, l’avait divisé par des étagères supportant des\nlivres et traversant trois fois, dans sa largeur, l’immense mansarde\nqu’éclairaient des carreaux à tabatières. U ne sorte de corridor était\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "                                  — 2l6 —\n                                  »\nménagé sur un des côtés. L a couleur à peu près uniforme des reliures\ntém oignait de leur antiquité ; tous les formats, de l ’in-32 à l’in-folio\nétaient représentés là. Dans un coin, tout au fond, une portière dissi­\nm ulait l ’entrée de la partie du grenier dont le bibliophile avait fait sa\ncham bre à coucher ou son alcôve.\n  — V o ilà mon sanctuaire ! m e dit orgueilleusement M . C alvierre. Avez-\nvous vu quelque chose de plus beau ?\n   Des rayons posés par terre et s’élevant jusqu ’au plafond cachaient\nle lam brissage. D evinant un espace libre, je voulus y jeter un coup\nd’œil, et je me dirigeai vers une ouverture m énagée com m e une porte\nà un des angles de la cham bre.\n  — H alte-là ! O n ne passe pas ! me dit le bonhom me en se plaçant\ndevant m oi. C ’est ici le tabernacle, le Saint des Saints ! L e grand prêtre\nseul a le droit d’y pénétrer!\n   Il disparut un instant derrière les rayons, et en ressortit bientôt avec\nune grande boite qu’il posa sur la table avec respect.\n  — A vous, me dit-il, je montrerai tout! V ous venez de me rendre un\ntel service ! C ’est là, ajouta-t-il en ouvrant la boite, que je renferme\nmes auteurs favoris ! toutes éditions rares et du tem ps! Je vous ai parlé\nreliures et caractères jusqu’ici. A près la forme, voyons le fond. J e pose\nd’abord un principe : depuis cent ans, l’art n’a pas fait un pas!\n  E t comme je hochais la tête d’un air d ’incrédulité.\n  — N ’en prenons qu’un exem ple! n ’examinons qu’un genre! V oyez\ntous les poètes légers des siècles passés ! Connaissez-vous rien de plus\njo li ni de plus gracieux que les œ uvres de Chaulieu, de L afare, et de\ntant d ’autres jusqu ’à P iron, D orat, et au chevalier de Boufflers in clu ­\nsivem ent? A u jou rd ’hui on les trouve surfaits ou on les traite de porno ­\ngraphes! Est-ce assez ridicule?\n  Je ne m ’attendais pas à cette sortie ; mais l’apologie des poètes légers\ndu XVIIIe siècle me parut naturelle dans la bouche du vieux biblio­\nphile. Je lui avais trouvé, dès le premier jour, un air d’abbé de cour ;\net maintenant encore, au milieu de ses antiquités, M . Calvierre me\nsem blait un vieux portrait sorti de son cadre, à qui la baguette d ’une\nfée aurait rendu la vie, pour la plus grande gloire des Chaulieu et des\nPiron !\n  — L ’hypocrisie, continua M. Calvierre, qui s’animait en parlant, est\nun défaut particulier à notre époque. Je sais des gens, qui parcourent\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "                                       — 217 —\nen secret les œuvres de l'école naturaliste, qui n’est, du reste, pas sans\nmérite, et qui s’indignent en lisant la célèbre épitre de V oiture,le père\nde la poésie légère, où il eut le courage d ’appeler un chat un chat.\nV ous la connaissez?\n  — M a foi, j ’avoue mon ignorance !\n  M . Calvierre bondit.\n  — Vous ne connaissez pas les Stances de M . de Voiture sur une dame\ndont la iuppe fust retroussée ! M . de Voiture était l ’am ant d ’une femme\nd’esprit célèbre, M lle P aulet. U n jour que le poète accom pagnait sa\nmaîtresse, le carosse de la belle ayant versé, elle m ontra            V oiture\na dit le mot. T en ez ! lisez ! ajouta-t-il, en me tendant un vieux bouquin.\nC ’est l ’édition P inchesne, 1660! page 32, vo ici la prem ière stance :\n\n                « P h ilis , je su is d e sso u s v o s lo is ,\n                a E t sa n s re m è d e , à c ette fo is,\n                « M o n â m e e st v o s tre p ris o n n iè r e ,\n                « M a is san s ju s tic e et sa n s ra iso n\n                « V o u s m ’a v e z p ris p a r le d e r r iè r e :\n                « N ’est-ce p a s u n e tr a h is o n ? »\n\n\n  Vous trouvez le mot propre plus loin !\n  Je lus l’épitre en souriant.\n  — J ’adore Voiture, me dit alors le bonhom me, et j ’ai pris sa défense\nen vers; vous plait-il de l ’entendre?\n  E t, tout heureux de mon assentiment, clignant m alicieusem ent de\nl’œ il, M . Calvierre me lut les strophes suivantes :\n\n\n               SUR L E M O T C É L È B R E D E M . D E VOITURE\n\n\n                   A m is , de q u e l d r o it c o n s p u e r\n                   U n m o t, p o u r c a u se d e r o tu r e ?\n                   C ’est tro p o u b lie r l ’a v e n tu r e\n                   O ù P a u le t fa illit se tu e r !\n\n\n                   L a P r é c ie u s e d e m o is e lle\n                   C h e v a u c h a it d u c ô té d ’ I v r y ,\n                   Q u a n d so n p o è te fa v o ri\n                   L a v it so u d a in p e rd re la se lle .\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": "                               — 218 —\n        C e q u ’e lle m o n tra , n o u s d it-il,\n        A v a it d é c h ir é to u s le s v o ile s :\n        A c e t h o m m e d e c o u r su b til\n        L a b e lle f it ... v o ir les E s to ile s !\n\n        V o it u r e e m p lo ie , e n c e d is c o u r s ,\n        U n m o t q u e n o tre la n g u e p ru d e ,\n        E n ce siè c le d ’ h a b its très c o u rts ,\n        T r o u v e tr o p c o u r t et p a r tr o p ru d e .\n\n        Je c o n v ie n s q u ’e n v e r s il m e ss ie d ,\n        M a is il est b e a u d a n s la n a tu re .\n        N o s p o è te s l ’ o n t m is à p ied ;\n        P o u r m o i, je l ’a d m ire en V o it u r e !\n\n                                                    O scar      M é té n ie r .\n\n\n\n\n                   A V R IL             T IÈ D E .\n\nQuand le printemps sera revenu, nous irons\nEnsemble, lentement en rapprochant nos fronts\nDans les chemins ombreux et les vertes allées\nP a r les pâles brouillards du m atin, mi-voilées;\nS u r nous, se répandront les diffuses senteurs\nRetombant des lilas fleuris, sur les hauteurs;\nSous nos pas, les muguets ouvriront leurs corolles,\nF rêles cloches d ’argent, dont les claires paroles\nSeront dans l ’air léger, des arômes subtils;\nE t l'églantine rose, aux délicats pistils,\nA u ssi nous versera l ’exhalaison ténue\nDans sa fr a g ile coupe à peine contenue;\nL a violette, avec ses suaves odeurs\nRem plira l ’air des bois d ’énervantes lourdeurs,\nE t chaque fleu r mettra sa note dans la gamme\nDes parfum s pénétrants que la brise amalgame;\nE t lentement, parm i ces émanations\nPlanant sous le feu illa g e en des stagnations\nIm m o biles, parfums de nos âmes unies,\nNos rêves flotteront, comme deux harmonies !\n\n                                                 R odo lph e        D arzen s.\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": "                 PETITES ÉTUDES.\n                               A D IE U X .\n\n\n  ....I ls entrèrent dans l’im mense hall, dont le mouvement, activé\npar l’heure prochaine d ’un départ, s’accélérait.\n   D e loin en loin un bec de gaz jetait un cercle de clarté vacillante\ndans la redoutable pénom bre où s’agitait une foule : em ployés, gardes,\nvoyageurs ; — de temps à autre, passaient rapidem ent, avec des aver­\ntissements hâtifs, des hommes roulant devant eux les chariots où\ns’entassent les bagages. U ne locom otive ronflait, lâchant de longs\njets de vapeur; la marche ralentie, un train pénétrait dans la gare,\ns’annonçant par de stridents coups de sifflet.\n  C ependant, l’heure     appréhendée,     approchait; —      les plaintifs\nam oureux vaguaient, de long en large, les mains étroitement unies,\nmuets, ne trouvant pas un mot à se dire, en ce moment décisif,\npas un mot assez fort pour se marquer leur mutuel chagrin. E t le\ntemps, im placable, s’écoulait, les minutes fuyaient, rapides ;— encore\nquelques secondes et l ’irrém édiable, le cruel destin serait accompli.\n  Maintenant elle était installée dans son compartiment, la portière\nrestée ouverte pour le voir jusqu’au dernier moment. Relevant sa\nvoilette, elle s’essuya les yeux, d ’un m ouvem ent m achinal, convulsif.\n   U n e anxiété intense la saisit, — un trouble profond, lancinant et\ndélicieux l ’em poigna ; chaque fibre de son cœ ur résonnait sous les\ndoigts rugueux de la douleur. E lle aurait voulu être déjà partie, —\nque le train s’ébranlant l’eût em portée à jam ais loin de celui qu’elle\nchérissait. Affaissée, inerte, sans paroles, sans gestes, sans le désir ni\nle vouloir de l ’embrasser une dernière fois, elle affilait son désespoir ;\nun âpre plaisir lui faisait prolonger cette dévorante sensation que les\nâmes   d’une trop exquise délicatesse peuvent seules éprouver. U n\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": "                                   — 220 —\nspasme la tordit, — l ’attente exacerbée du moment redouté avait\nporté au plus haut point l’âcre jouissance qu’elle ressentait. L e s nerfs,\nsurexcités, tendus à l ’excès, se révoltèrent ; — une crampe horrible\ncrispa son cœ ur, — ses lèvres balbutièrent un appel ; sa tête frêle se\nrenversa contre la cloison, très pâle, tandis que roulait encore sur ses\njoues, une larme furtive......\n\n\n\n\n    IMPRESSIONS & SENSATIONS\n          Le   ciel d ’ouate engrisaille la ville. L es platanes du boulevard,\n               arborant les architectures    com pliquées de       leurs   grêles\n                 branches, mi-vêtues de givre, se profilent en silhouettes\n               sèches sur l’horizon pâle.\n  D im anche. L a foule attornée, déam bule l ’accoutum ée et routinière\npromenade du jou r du repos, l’hiver, — le long des avenues. U ne\nenvolée lourde de vides et prud’hommesques paroles, voile la poésie\ndes choses, qui me sem blent plus mornes et d ’un ennui plus pesant\nqu’aux heures ordinaires; un parfum de fête consacrée, d’obligation\nde ne rien faire empeste l ’air. L a procession com passée, s’avance\nlentem ent et pavane son inénarrable bêtise, qui se carre, triomphante.\n  Cependant, un enterrement gravissait la côte, convoyé par une\nfanfare   faubourienne.      Jouée   lam entablem ent par ces musiciens\namateurs inhabiles, la m arche funèbre, dont le vent m ’apportait des\nbouffées interm ittentes, me navra. L es phrases musicales, découpées\nbrutalem ent par les rafales, passaient à mes côtés comme le vol\néperdu d ’une bande de corbeaux, avec les mêmes longs et lugubres\ncris, où une ironique et sardonienne douleur parait éclater.\n  E t, m algré son ridicule cortège,       les gémissantes et dissonnantes\nharmonies de la fanfare, presque j ’enviai ce mort, pour le sommeil\ninassouvi du tom beau qu’il dorm irait, — pour le repos absolu où\ns’allait com plaire son esprit ! — A h ! ne plus penser.\n\n  F évrier 85.                                       A r n o l d G o f f in .\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "                 HAPPE-CHAIR\n              Dns\n               a le monde littéraire, et surtout, dans le monde qui se\n               croit littéraire, on a déjà « potiné » beaucoup sur le\n               prochain   livre de Cam ille Lem onnier : H appe-C hair,\nterminé depuis un certain temps, et qui va paraître sous peu, dans\nla Justice.\n  A la nouvelle de la dernière œuvre de Z o la, l’auteur du M âle avait\nim m édiatem ent réservé ses droits, annonçant qu’il tenait sur le métier\nun roman ouvrier, conçu depuis plusieurs années, et dont le plan\ngénéral présentait certaines analogies avec celui qu’on disait avoir été\nsuivi par Z o la. N ous soulignons : « on disait », car, chose qui fera\nsourire les m alins « qui ne gobent pas ça ! » Lem onnier ne connais­\nsait G erm inal que par les dires de ses amis, et n’a lu le volum e\nqu ’après avoir signé la dernière page de H appe-C hair.\n  N os bons critiquets belgeois, en apprenant cette rencontre des deux\nécrivains, se sont mis à clabauder à l’envi, acérant d’avance leur\nplum e la plus m étallique, versant du fiel dans leur encrier, affinant\nl’accusation de plagiat, pour l’enfoncer, com m e un coin dém olisseur,\nentre chacun des feuillets de H appe-Chair, prêts à rééditer les\ninsinuations lancées à propos de l’H ystérique, qu’ils rapprochaient avec\ninsigne m auvaise foi d'Une Histoire sans nom, sachant fort bien cepen­\ndant que, les deux œuvres faites à la même époque, l’H ystérique a été\npubliée de longtem ps la dernière, à cause d ’une véritable avalanche\nd’obstacles m atériels.\n  Ces braves gens auront, cette fois-ci encore, perdu leur temps et\nleur peine. Certes, ils n’eussent pas été seuls à entrer en danse, car.\nD ieu m erci, on rencontre parmi nous assez d ’honnètes et de jeunes\nne dem andant que l’occasion de tomber sur ces cuistres ; — m ais ils\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "                                 — 222 —\nse sont si com plaisam m ent bercés dans leur attente, que celle-ci\ndevenant à leurs yeu x fait accom pli, le livre de L em on nier se\ntransformait petit à petit en un véritable décalque de celui de Z ola.\n  Il va falloir en rabattre.\n  L a possibilité d’une attraction        de deux artistes par le même\nm odèle admise, qu’arrivera-t-il, surtout s’il s’agit d ’hommes de la\nconviction et de la valeur         de Z o la et Lem on nier? Fatalem ent,\ndans la recherche       du vrai,    ils se rencontreront, et         même    ces\nrencontres seront des preuves de la sincérité et de la foi des chercheurs,\nde l'excellence de la voie qu ’ils ont suivie, de l ’acuité qu’ils ont mise\nà pénétrer leur sujet, et à trouver ses           moyens les plus naturels\nd’exécution. Sans paradoxe, nous dirons qu’il est heureux que Z ola\net Lem onnier aient été séduits par ces mêmes scènes de notre époque.\nL es superficiels n’y verront       qu’un rapprochem ent           de faits, des\nauteurs traitant un sujet identique. Mais, si pour tous le noir diffère\ndu blanc, si cette violente opposition est accessible aux grossiers, les\nnuances frappent surtout l ’œil du délicat, l ’âme de l ’ému. C e sont elles\nqui vont établir la différence entre les expressions d ’art que les deux\ngrands écrivains, dominés par leur tempérament, devaient donner et\ndévelopper fatalement. Z o la, l ’auteur de l’Assom m oir, qui a toujours\nété attiré par notre situation sociale, qui voit noir, logiquem ent\ndevait écrire Germ inal ; Lem onnier, le peintre du M âle, qui a toujours\nété séduit par le caractère rude, pittoresque et chantant de la nature,\ndevait, par évolution, écrire H appe-Chair. Même les titres superbes\nde ces œuvres synthétisent le génie particulier des deux M aîtres :\nGerm inal,    jetant avec la plainte douloureuse            d’un    enfantement\nlaborieux et cruel, un long cri d’espoir vers les moissons prochaines,\n H appe-Chair, brutal, évocatif, héroïque, avec la cyclopéenne vision\n d’un m onstrueux dévorateur.\n   Lem onnier met en scène les ouvriers des usines m étallurgiques du\n H a in a u t, et les fait parler dans le dialecte du terroir; il est s’efforcé de\n saisir le rythme, la couleur, les sonorités wallonnes, s’attachant moins\n à traduire un idiome local, qu’à faire sentir la cadence et la musique\n qui se retrouvent dans toutes les variétés du patois. P ou r qui connaît\n le culte de la forme et le prodigieux sens descriptif de l’écrivain,\n H appe-Chair se dégage dès à présent avec une puissance évocatrice\n grandiose.\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "                                                                                       \\\n\n\n\n\n                                    -   223 —\n  L e roman débute par une page fulgurante; en plein été, dans l’aveu­\nglante réverbération d’un soleil torride, les usines, fourneaux flam ­\nboyants, chaudières rugissantes, fonte en fusion, lave, fer rougi partout,\napparaissent en une trépidante vision. L es péripéties s’échafaudent\nautour de la vie d’un couple d’ouvriers : le mari, travailleur modèle,\ntoujours au poste, m écaniquem ent régulier, bon et honnête;                     la\nfemme, fieffée garce issue d ’un soulard et d’une catin; après les\ntendresses premières, la        lassitude    venue,    puis le     détraquement\nlam entable du m énage dans le désordre dévergondé de la femelle,\nle vice ignoble, cynique, envahissant la maison conjugale, les amants\ncou ch an t dans le lit de l ’époux, jusqu ’à l’exaspération finale de l’homme\nqui, une nuit, surprend l’indigne           et la     traîne dehors     avec son\ncom plice, les jetant quasi nus sur le pavé; tout le village ameuté\nautour de la carogne, la poursuivant dans une chasse furibonde; sa\ndisparition pendant un        lon g temps,      et (1) après une vie vautrée\ndans toutes les boues, son retour vers le mari, parvenu à un poste\nimportant dans l’usine, à force de travail assidu ; la reprise de la vie\nancienne, toute de scandale et de scènes atroces, jusqu’au jou r où,\npoussé à bout, dans une de ces fureurs terribles d’homme resté\nlongtem ps calm e, le mari em poigne sa femme, venue l ’engueuler\njusque dans l’usine, et la jette dans le volant, où s ’éparpille en\nmiettes sa chair maudite.\n   E n étudiant de près la vie pleine de dangers de ses héros, l ’auteur\na été amené à dire les catastrophes qui accablent surtout les travail­\nleurs des enfers industriels : les accidents de m achines, les grèves, et,\ndans la contrée qu’il a vue particulièrem ent, les inondations de la\nSam bre. Sa grève n’est pas, comme dans Germ inal, la lutte tragique\net farouche de houilleurs peinant toute leur vie pour le morceau de\npain, et qui hurlent la faim aux jours de chôm age, mais une tentative\nplus calme d’ouvriers moins aigris par les tortures et plus justement\nsalariés. U n chapitre d’une émotion poignante est celui où se décrit\nl ’accident arrivé à l’usine : un volant qui se détache et tue une douzaine\nd’ouvriers ; l’auteur nous montre une mère se lamentant sur le cadavre\nfracassé de son fils, l ’embrassant avec des transports insensés, se cou-\n\n\n  ( 1 ) L es événem ents qui suivent seront le sujet d’ une seconde oeuvre, que nous\nannonçons plus loin.\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "                                            — 224 —\n\nvrant le visage de sang, puis, prise d’une rage folle à la vue de la\nfemme du Directeur, lui poussant sur la bouche un lambeau de ch air\npantelante, en l ’accusant de se nourrir de la viande des m isérables.\n  Autour du sujet principal que nous avons rapporté, se déroule la\nvie énorme des Sociétés m étallurgiques, qui fournit à l’écrivain de\nnom breux sujets d'observation. H appe-Chair, d’ailleurs, n’est que le\nprem ier cycle de l’épopée ouvrière de L em on nier, celui dans lequel il\nvoit le travailleur contem porain ; dans la pensée du M aître, l’œuvre se\ncom plète par un second livre, qui dira le travailleur futur.\n\n                                                               H enry de T ombeur .\n\n\n                                  PR IN TEM P S\n                                                                          A M. Jules Abrassari.\n\n          E t les oiseaux chantaient, dans le ciel matinal.\n          A u x rustiques enclos tout regorgeait de sève.\n          Chaque arbre complétait son bouquet virginal\n                                               ,\n          Où s'embaumait le vent fugace comme un rêve ;\n                            ,\n           Les plantes s'exhumant du refuge hivernal,\n          L a is s a ie n t b a ille r des fle u r s e n tr e leu r s f e u i l l e s fin es,\n                                           ,\n          Les insectes bruyants aveuglés au soleil,\n          Encore gauches, lourds, hantaient les aubépines,\n          Et les oiseaux chantaient l'ivresse du réveil.\n\n          Je suivais un sentier où, sur le sable ocreux,\n          Tremblait en cercles d’or la lumière filtrée.\n          Tout ébloui de vie, épris d'un songe heureux,\n          J'allais à pas distraits, lorsque, forme éplorée                         ,\n          Un long crêpe unissant son front au sol poudreux,\n          Une femme apparut tout-à-coup, désolante.\n          Le printemps s’obscurcit, j'eus de vagues remords.\n          Ce voile noir rendit ma démarche plus lente...\n          Je suivais un sentier qui mène au champ des morts.\n\n                                                                       J. S ergennois .\n\n\n\n\n                                                                                                  i\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "         FORET DE BONSECOURS\n\n           Uen chaude journée de septem bre s’éteignait dans la fraîcheur\n            du soir et sur la forêt s’appesantissait le vaste silence de la\n             nuit.\n               Dans la masse sombre du bois, une coupe ouvrait une\ntrouée large, baignée de la lum ière glauque du crépuscule où vague­\nment se dessinait la silhouette affaissée d’un bûcheron rentrant au foyer.\nDerrière lui sa femme, robuste gouge tendue sur ses jarrets durs pousse\nla pleine brouettée d'équettes abandonnées à son homme par le maître.\n  A gauche, derrière le noir ourlet que les grands hêtres mettaient\nà l’horizon, le soleil se couchait, jetant au ciel des rubescences d ’or\nam ollies ça et là par la neigeuse dentelle d’insaisissables nuées qui\nflottaient dans le haut.\n  P rès du sentier, de petits feux de sciure de bois brûlaient sans flamme\net leur fumée bleue s’élevait perpendiculairem ent dans l’air tranquille,\nse contournant parfois sous un souffle léger en hésitantes volutes. Au\nfond, un chevreuil inquiet émergea soudain du taillis et s’enfuit effaré\npar le bruit des cognées qui sourdement scandaient le travail des\npeineux ouvriers. Com me une vision, il traversa la coupe, sautant au-\ndessus des troncs des chênes écorcés, qui pareils à de fabuleuses\nh y d re s, tordaient leurs branches noueuses sur le brun tapis des\nfeuilles mortes.\n  E t la nuit s’avancait. Presque tous avaient déserté la tâche ; quelques-\nuns pourtant s’acharnaient encore après un « vieux » qui depuis l’aube\nrésistait à leur attaque. Il vacille, l ’ancien, et les coups qui déchi ­\nquètent sa chair ont des résonnances mornes de gémissements.\n  U n « ohé! gare! » strida, puis un fracas de mousqueterie suivi\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "                                 — 226 —\nd ’un grondem ent de foudre ébranla la forêt, et le chêne roi, qui peut-\nêtre en ses jeunes ans avait vu les blondes druidesses gauloises\ncueillir de leurs faucilles d’or le gui sacré, s’abattit, et les échos lon g­\ntemps se renvoyèrent comme un persistant sanglot la tonnante plainte\ndu géant qui mourait.\n  P u is tout se tut et la forêt, comme une mère qui prend le deuil de\nses fils, lentement se drapa dans un funéraire voile de brouillard.\n\n\n  L à , dans la m élancolie poignante de cette fin de jour, je la vis\ns’avancer pâle et frêle, suavement blonde, appuyée sur le bras de son\npère.\n\n  E t discrètement je l’aimai comme une gracile fée apparue en un\nrêve.\n\n  E lle est morte, et parfois quand une chaude journée s’éteint dans la\nfraîcheur du soir, quand sur la forêt s’appesantit le vaste silence de la\nnuit, je vais dans la coupe où maintenant croissent les jeunes chênes,\nsonger au soir où je la vis s’avancer pâle et frêle, suavement blonde,\nappuyée sur le bras de son père.\n                                                    M aurice F rison .\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "                  M o n sie u r                   J. B. CHARLET\n                                                        SUITE\n\n\n    I l a r r iv a , le g lo r ie u x ju b ilé , e t tr o u v a M o n s ie u r C h a r le t to u jo u r s d e b o u t.\nA to u te s se s r é jo u is s a n c e s , le p e u p le g a rd a u n e p la c e d ’h o n n e u r p o u r ce\ns e r v ite u r re s p e c té à l’é g a l d ’ u n a ïe u l. R a je u n i, il s u p p o r ta it a u ssi a llè g r e m e n t\nq u ’u n b la n c - b e c , le s tu a n te s fa tig u e s des fe s tiv ité s. C ’ é ta it sa fête à lu i q u ’on\nc é lé b r a it : p as u n c o n c e r t n ’e u t lie u sa n s q u ’o n le v ît p r o m e n e r d a n s la\nfo u le la r o n d e u r b o n h o m m e d e sa s ilh o u e tte . Il a ssista à la re p ré s e n ta tio n\nde la M u e tte , e sp è ce d e ra p p e l d e la fa m e u se so iré e               r é v o lu tio n n a ir e : a p rè s\nl ’A m o u r s a c r é , la sa lle d e b o u t, fris s o n n a n te , le s m a in s a g ita n t les m o u c h o ir s\nh o r s des lo g e s , a c c la m a le s b le ssé s de S e p te m b re , ré u n is d e n o u v e a u d a n s le u r s\nu n ifo r m e s d e g a la flo tta n t s u r le u r th o r a x m a ig r i, d e s la rm e s d e jo ie c o u la n t\nd a n s le u r s r id e s ;    et u n e p a r tie de l ’ o v a tio n a lla à lu i, q u i s ’é ta it le v é a u\nm ilie u d ’ e u x , le s jo y a u x de to u s les o r d r e s d e l ’ E u r o p e s ’e n le v a n t e n é to ile s\nd ’o r e t d e p ie rre s s u r la c o u p e d é m o d é e d e so n h a b it.\n    I l fu t e n fin à la F ê te P a tr io tiq u e , a u s si g r a n d io s e q u e le s c é r é m o n ie s de\nla R é v o lu t io n fr a n ç a is e . C ’é ta it a u C h a m p -d e s -M a n c e u v re s , u n e v a ste p la in e\nd e sa b le ja u n e . A u       b r a s d u b o u r g m e s tr e de B r u x e lle s , il tr a v e r s a , e n to u ré\nd ’a c c la m a tio n s , le p e u p le q u i se m a ss a it c o n tr e le s b a rr iè r e s d ’ e n c e in te . A u\nfo n d , le s b â tim e n ts d e l ’E x p o s itio n n a tio n a le , d é c o ré s de tr o p h é s tr ic o lo r e s ,\na r r o n d is s a ie n t en h é m ic y c le le u r fa ç a d e de p ie r r e b le u e , à la q u e lle s’a d o s ­\nsa ie n t, fo r m a n t u n c e r c le p lu s é tro it, le s tr ib u n e s des in v ité s . A                  d r o ite ,\nd a n s l ’ o m b r e d u b â tim e n t, le s h o m m e s            e n u n ifo r m e s c h a m a r ré s o u en\nh a b it ; à g a u c h e , d a n s u n p o u d r o ie m e n t de lu m iè r e , d e s ra n g é e s d e d a m e s,\na v e c , a u -d e ssu s d e s v is a g e s , les ta ch e s c la ir e s des p a ra s o ls , et d a n s le b r u it\ng a i des b a b ils , le p e rp é tu e l b a la n c e m e n t des é v e n ta ils su r les sa tin s b ig a rré s\ndes    c o rs a g e s .   Au   m i l i e u , s u r les p e lo u se s c o u p é e s       d ’a llé e s   d e g r a v ie r\ns ’ é ta ie n t in sta llé s le s c h o r is te s , et ju s q u ’à la ru e de la L o i, le p u b lic re m u a it.\nIl s’a v a n ç a it. A lo r s , u n m o u v e m e n t se fit. « V o ilà M o n s ie u r C h a r le t »,\nc o u r u t le lo n g des g r a d in s ;        o n se le v a ; d e la tr ib u n e des h o m m e s , des\nh o u r r a h s p a r tir e n t, se re n fo r ç a n t à      m e s u re q u ’ il a p p ro c h a it, ta n d is q u ’à\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "                                                            — 228 —\n\ng a u c h e , les d a m e s, le s m o u c h o ir s d é p lo y é s , a v a ie n t de p etits c r is d ’a d m i­\nra tio n .     L a fo u le se r e fo rm a it su r le s pas d u ju b ila ir e q u i, le n te m e n t se\nd ir ig e a it v e rs       la tr ib u n e p a rle m e n ta ir e , situ é e d e rr iè r e l ’e stra d e ro y a le ,\nen core        in o c c u p é e . E n fin , à          l’e n tré e ,    le c la ir o n         auquel       r é p o n d ire n t les\ntro m p e tte s d u p iq u e t d ’h o n n e u r                p ié té a u         bas d e        l ’e s tra d e ,   so n n a a u x\nch a m p s,        a n n o n ç a n t la fa m ille           d y n a s tiq u e , et b ie n tô t,           d a n s la p o u ssiè re\nb lo n d e so u le v é e p a r les p o s tillo n s d o n t on d is tin g u a it le s c a s a q u e s ro u g e s\net le s c u lo tte s b la n c h e s , le c a rr o s se d é c o u v e r t e n tra au tr o t de ses q u a tre\nchevaux            a tte lé s à la         D a u m o n t;     la    m a in à so n c la q u e o ù le s b r o d e r ie s\nfa is a ie n t so le il, le R o i se p e n c h a it d e d r o ite et de g a u c h e , ré p o n d a n t a u x\no v a tio n s q u i s’a llo n g e a ie n t e n u n e tra în é e . L a fête c o m m e n ç a . L ’ o r c h e str e\nen tam a la c a n ta te d e L a s s e n . C o m m e e lle fin is sa it, S a M ajesté a p e r ç u t près\nd ’ e lle m o n s ie u r C h a r le t, fit u n pas et lu i se rra la m a in . L e p u b lic v it ce\ng e s te ; u n e im m e n s e a c c la m a tio n re te n tit d a n s la p la in e : “ v iv e C h a r le t,\nv iv e C h a r le t! » E t ta n d is q u e d é fila ie n t le c o r p s des b o u r g m e s tre s , le b a r ­\nre a u en ro b e , la c o u r de c a s s a tio n v ê tu e de r o u g e et to u te s les so c ié té s d u\np a y s , a v e c le s d r a p e a u x s é c u la ire s des g ild e s fla m a n d e s q u i in c lin a ie n t le u r s\np lis de so ie , m o n s ie u r C h a r le t re g a rd a d e v a n t lu i, a v e c u n s o u r ir e d e b é a ti­\ntu d e . A      ses p ie d s , de c h a q u e c ô té , s ’ é ta g e a it la fo u le ; a u m ilie u , en g ra n d e\nte n u e ,    la     g a rn is o n     de        B r u x e lle s   p ré s e n ta it     le s    a r m e s ; là -b a s,    p re ssé\nc o n tr e    les      b a rr iè r e s ,    le    p o p u la ir e g r o u illa it       a u ssi lo in         q u 'o n   p o u v a it\nv o ir ; d a n s u n e a p o th é o se de so le il q u i a llu m a it                          le s b a ïo n n e tte s , m e tta it\nun     re fle t a u x       d r a p e a u x , to u te la           B e lg iq u e      ré u n ie    là ,    lu i re n d a it,   tête\nn u e , u n h o m m a g e s u p r ê m e ; les m a in s b a tta ie n t; et to u t-à -c o u p m o n ta d a n s\nl'a ir d o ré , c o m m e u n h y m n e c h a n té en so n h o n n e u r p a r c e n t m ille v o ix ,\ncette B r a b a n ç o n n e q u ’ il a v a it c la m é e su r les b a rr ic a d e s.\n\n\n\n\n     D u tem p s se passa, p re s q u e d e u x a n n é e s , p e n d a n t le sq u e lle s le c e rv e a u de\nM o n s ie u r C h a r le t a lla s’ a ffa ib lis s a n t c h a q u e jo u r u n p eu p lu s.\n     La      p é rio d e    é le c to ra le re v in t, et a v e c e lle la fiè v re , la s u r e x c ita tio n                  des\nm e e tin g s , le s       fé ro c e s c o m p é titio n s .        D é n ig re m e n ts d e c a n d id a ts, c o m p tes-\nre n d u s d ’ a ss e m b lé e s , d is c o u r s , in te rp e lla tio n s , c o u v r ir e n t le s c o lo n n e s des\njo u r n a u x , a c c a p a rè re n t les c o n v e rs a tio n s , ju s q u ’a u d e r n ie r m o m e n t,ju s q u ’au\nm a tin o ù le ta m b o u r, b a tta n t à tra v e rs les ru e s n o ir e s d e m o n d e , r é u n it le s\né le c te u rs d a n s le s b u r e a u x .\n     M o n s ie u r C h a r le t, lu i, fa is a it to u te s le s a p rè s-d in é e s sa p ro m e n a d e h a b i­\ntu e lle , sa n s se d o u te r se u le m e n t q u ’on s ’o c c u p â t q u e lq u e p a rt de                          nom m er\n d es d é p u té s.\n     Le      le n d e m a in des é le c tio n s il é ta it, c o m m e d e c o u tu m e , à ta b le en face\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "                                                     — 22g —\nd e sa fe m m e ; o n v e n a it de d e s s e r v ir . L u i , à l ’a ise d a n s ce c o m m e n c e m e n t de\ns o m n o le n c e q u i s u iv a it ses d în e r s d u d im a n c h e , in sp e c ta it c u r ie u s e m e n t, a v a n t\nd e re m u e r la c u ille r d a n s sa ta sse de c a fé , le s b u b e le tte s d ’ é c u m e b r u n e q u i\ny to u r n o y a ie n t; e lle , so n b in o c le à la m a in , p a r c o u r a it le s jo u r n a u x . T o u t-\nà -c o u p , u n e lig n e q u 'e lle v it tr o u b le , la fit p â lir , le jo u r n a l tr e m b la b r u y a m ­\nm e n t d a n s ses m a in s.\n    — T i e n s , tu la isses to m b e r to n b in o c le , d it le v ie u x . E h b ie n , tu                    n e le\nra m a sses p a s?\n    E lle n e se b a issa p o in t.\n   — O m o n D ie u , C h a r le t !\n   — Q u ’ as-tu , m o n a m ie , d e m a n d a le v ie u x , u n p eu in q u ie t.\n   M a d a m e C h a r le t n e r é p o n d it pas, m a is é ta n t p a rv e n u e , d e ses m a in s h o r r i­\nb le m e n t tr e m b la n te s , à to u r n e r la p a g e , e u t u n c r i, u n c r i d e v ie ille fem m e\né p o u v a n té e , u n c ri d e tête, q u i é ta it ra u q u e !\n   — J u lie ! a p p e la m o n s ie u r C h a r le t en a lla n t v e rs la so n n e tte , m a d a m e se\ntr o u v e m a l, J u lie ! ...\n   — O u i, d i t l a v ie ille sa isissa n t le p ré te x te . C e n ’est r ie n , c ’est fin i. R e s te z ...\n   E lle c o n g é d ia d ’ u n ge ste la b o n n e q u i e n tra it.\n    Il a v a it e u u n e p e u r v a g u e — p o u r lu i . T o u t h e u r e u x ,d a n s so n é g o ïs m e de\nv ie illa r d , q u e ce n e fû t q u e c e la , il se re m it à s ir o te r so n                   café. « Ç a va\nm ie u x ? » E t c o m m e il la re g a rd a it, il v it q u ’e lle a v a it g lis s é le jo u r n a l so u s\nso n   ta b lie r d e so ie . U n s o u p ç o n le r e p r it , et il é te n d it la m a in p o u r s ’e m ­\np a re r d e la fe u ille .\n   — J e n e v e u x p a s, je n e v e u x p a s!            c ria m a d a m e C h a r le t en q u itta n t le\nfa u te u il. V o u s n ’ a u re z pas c e jo u r n a l.\n   Il v o u la it l ’a v o ir , lu i. S e c o u é d 'u n e a la r m e , il s u p p lia , te m p ê ta . Il se le v a\np o u r le p re n d re , c o u r u t a p rè s e lle . M a d a m e C h a r le t, ré fu g ié e à l ’a u tr e b o u t\nd e la c h a m b r e , d ’ u n ge ste m é c a n iq u e , a v e u g le et s o u r d , d ’u n ge ste de\nso m n a m b u le , d é c h ir a le p a p ier.\n   A lo r s u n e      a n g o is s e d ’e n fa n t a b a n d o n n é m o llit le s tra its d e M o n sie u r\nC h a r le t : c e jo u r n a l a n n o n ç a it sa m o r t, p e u t-ê tre ! Q u e lq u e c h o se c o m m e\nu n d é s a rro i passa d a n s so n c e r v e a u , e t il se d e m a n d a            ré e lle m e n t s ’il v iv a it.\n   — T u v e u x m e re n d re m a la d e de p e u r ! Q u e lle e st d o n c c e m a lh e u r q u e\ntu m e c a c h e s ? ... d it-il en p ro m e n a n t ses y e u x a u to u r d e lu i.\n   T o u t d ’u n c o u p :\n   — E s t- c e q u e , p a r h a s a rd , m o n frè re n ’a u r a it pas p assé a u S én at?\n    L a v ie ille    é c la ta en la rm e s , se jeta au c o u d e so n m a r i, q u ’ e lle p é trit de\nses m a in s, l ’œ il illu m in é de c e re g a rd des f o lle s q u i é to u ffe n t le u r n o u rris so n\nso u s le u r s é tre in te s .\n   — E c o u t e ... m o n b o n , m o n p a u v re           C h a r le t. —     c ’é ta it la    p re m iè re    fois\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "                                                    —     230 —\n\nq u ’e lle le t u t o y a i t — je te c o n s o le r a i... je te d o n n e ra i to u t ce q u e tu d é s ir e s ! ..\nM a is n e so is pas tr is te .. J u re -m o i q u e tu n e p le u r e r a s p as ! ...\n   — Q u 'y a -t-il, à la fin , to n n e r r e d e D ie u !\n    — I l y a, p a u v re p a p a ... il y a .. . q u e tu n ’es pas r é é lu !\n    — C o m m e n t? fit le v ie illa r d en a r r o n d is s a n t la m a in d e r r iè r e l ’o r e ille .\n    — U n e g r a n d e c a ta stro p h e , C h a r le t : tu n ’es p lu s d é p u té !\n   — T u as m a l lu , m a to u te b o n n e ; et M o n s ie u r C h a r le t, p â lis s a n t, e u t u n\n r ir e ir o n iq u e .\n    — H é la s , d it la v ie ille e n se c a c h a n t la fig u r e d a n s le s m a in s.\n    — E t d ’a b o r d , d it-il, c ’est im p o s s ib le , j’y su is p o u r to u te m a v ie , tu le sa is\nb ie n . R a p p e lle -to i c e q u e m ’o n t d it le s g a rd e s c iv iq u e s , tu l e sais b i e n , v o y o n s ,\nil y a c in q a n s, q u a n d ils s o n t v e n u s m ’ a p p o rte r to u s ces b o u q u e ts ...\n    N e l ’ e n te n d a n t p lu s p a r le r , m a d a m e C h a r le t le v a la tête.\n    Il    s’ é ta it d re ssé to u t d ’u n e p iè ce , l ’œ il g r a n d i ; d a n s le tr e m b le m e n t q u i\na g ita it ses jo u e s d e v e n u e s d ’ u n e b la n c h e u r m a te, ses c h e v e u x s’ a g ita ie n t su r\nso n c o lle t. I l b é g a y a ; « A lo r s , je n ’ira i p lu s ja m a is ... m ’ a s s e o ir là -b a s? »\n    Sans       q u ’ e lle p û t le r e te n ir, il q u itta la c h a m b r e , c o u r a n t a u h a s a rd d a n s\nla m a is o n . L a p o rte de so n c a b in e t d e tr a v a il é ta it o u v e r te . Il y e n tra , s’ a ffa la\n d a n s u n fa u te u il, les c o u d e s su r la ta b le , la tê te d a n s le s m a in s.\n     H u it jo u r s il s ’e n fe rm a , n e v o u la n t v o ir p e r s o n n e . A g r a n d ’p e in e , o n\n p a rv e n a it à lu i fa ir e a c c e p te r u n p eu d e n o u r r itu r e . M a d a m e C h a r le t s u p p lia ,\né p e r d u e . I l se la issa fa ire , et p u is q u ’o n le v o u la it, d e s c e n d it. T o u s le s m a tin s\n il se le v a it u n peu p lu s m a ig r i ; il a v a it d e s jo u r n é e s d e p r o s tra tio n in te r ­\n r o m p u e s p a r d e v io le n ts v o m is se m e n ts ; a u m ilie u d e so n fro n t, d ’ u n e p â le u r\n d e c ir e , u n e       g r a n d e rid e se c re u s a it. I l n e p a rla it p re s q u e p lu s, sa u f, d e\nte m p s e n       te m p s , u n « p la in te ir o n iq u e : « O u i, j’ a i fa it m o n te m p s , je n e\nsu is p lu s b o n à r ie n . A u p a n ie r le s v ie u x ! ... »\n    P u is , p e u à p e u , le s a n g c o lo r a d e n o u v e a u ses jo u e s p lu s p le in e s , e t so n\n e sp rit re p r it sa g a îté .\n    Un      m a tin , il d e s c e n d it ra sé d e fra is : c ’é ta it la p re m iè re fo is d e p u is tr o is\n se m a in e s .   A p r è s le d în e r     il d e m a n d a c o m m e a u p a ra v a n t, le s          d o m in o s .\n L e se r in c h a n ta it d a n s la c a g e . Il se le v a p o u r lu i d o n n e r u n m o r c e a u de su c re .\n    — I l o u b lia it.\n     Il se r e m it à la le c tu r e d e ses jo u r n a u x , du M o n it e u r s u r to u t, sa fe u ille\n d e p ré d ile c tio n . M a is il n e so r ta it g u è re , n e q u itta it p re s q u e p lu s so n fa u ­\n te u il, m a lg r é le s e x h o r ta tio n s d e sa fem m e .\n     U n jo u r d u m o is d e n o v e m b r e , e lle le v it, a u s o r tir d u d é je û n e r , m e ttre\n sa p e liss e .\n    — C o m m e n t, v o u s so rte z ? V o u s r e c o m m e n c e z d o n c v o s b o n n e s p r o m e ­\n n a d e s , d it-e lle to u te jo y e u s e .\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "                                                                       1\n\n\n\n                                                    —     îî3 i —\n\n   — V o u s le sa v e z b ie n , m a c h è r e , je v a is à la C h a m b r e . C ’est a u jo u r d ’h u i\nl ’ o u v e r tu r e d e la se s s io n .\n   A lo r s se u le m e n t, e lle c o m p r it sa b o n n e h u m e u r des d e rn ie rs jo u r s . L u i\nr a p p e le r la v é r ité , c ’é ta it le tu e r su r le c o u p .\n   —     M ais m o n a m i, d it-e lle , en e s s a y a n t d e se re m e ttre , y p e n se z-v o u s?\nI l fa it u n te m p s a ffr e u x : v o y e z la n e ig e !\n    — M a c h è r e , je n e p u is p as m ’a rrê te r à c e la , n ’est-ce p a s. Il fa u t q u e je\nfasse m o n d e v o ir , q u ’il n e ig e o u n o n . V o ic i u n e             h e u re et d e m ie     d é jà ...\nA llo n s , dit-il en lu i p ré s e n ta n t so n é c h a r p e d e la in e , a rra n g e -m o i ç a , q u e je\nm ’e n a ille .\n   — C h a r le t !..\n    Il a v a it d é jà fe r m é la p o r te .\n\n\n   Au      P a la is d e la N a tio n , le s d é p u té s a r r iv a ie n t. D e u x h u is s ie rs c a u s a ie n t\nd a n s le v e s tib u le .    M o n s ie u r C h a r le t e n tra , ils se r a n g è r e n t a v e c u n sa lu t\né to n n é . D e v a n t lu i, le g r a n d e s c a lie r é ta g e a it ju s q u ’en h a u t ses la rg e s m a r­\nc h e s de m a rb re b la n c . L e n te m e n t, p a is ib le m e n t, a v e c le c la q u e m e n t ré p é té\nd e sa c a n n e s u r le s d a lle s, il m o n ta ...\n\n\n                                                                       M a u r ic e S u l z b e r g e r .\n\n\n\n\n               CHRONIQUE                                          MUSICALE\n   L E S M A ITR E S C H A N T E U R S D E N U R E M B E R G .\n\n   Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, ce m onum ent de l’art vrai auquel nous a\ninitiés Richard W a g n e r, est venu cet hiver, se dresser au m ilieu du chaos des œ uvres\nm édiocres ou absurdes qui encom brent le rép ertoire. L a m usique w agn érienn e,\nantithèse absolue de tout ce que nos scènes dites lyriques ressassaient quotidien­\nnem ent, a produit sur les auditeurs des im pressions curieuses en leurs différences :\nd’un côté, transports d’ enthousiasm e, de l’autre,                          ennui profond. L es sensitifs,\nconfondus par la grandeur de cette n ouvelle expression de l ’ art, se sont heurtés aux\nbouchés, abasourdis, déroutés, car cette m usique n’ est pas écrite pour le vulgaire\nen quête d’am usem ent.\n   Bien des gen s, — les connaisseurs ! — anti-W agn érien s de parti pris, s’obstinent\nà refuser au Maître toute valeur, à cause de l ’ opposition radicale de son art à l’art\nitalien, le seul qu’ils reconnaissent. C es gens-là v o n t non pas écouter, m ais entendre\nles M aîtres Chanteurs com m e ils iraient entendre L a D am e B lan ch e, M artha ou\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "                                        — 232 —\n\nR obert le D iable : ils baillent. D ’autres, — les poseurs — ne com prennent rien à la\nm usique, m ais éblouissants théoriciens grâce au vocabulaire : rythm e,               temps,\nm esure, orchestration, m élodie, etc., raccollé dans les com ptes-rendus des gazettes,\naffirm ent avec aplom b que M onsieur W a g n e r n’a pas le m oindre talent, qu’il\nest pataud com m e un germ ain, et que ses M aîtres Chanteurs sont bien inférieurs à\nla M uette de P o r tici.\n  Dans l’ancienne école, italienne ou française, sur un libretto élaboré à la hâte,\nprose rim ée dans le seul but de fournir des situations à m ettre en m usique, le com po­\nsiteur sur chaque strophe plaquait un air, souvent inspiré sans l’ idée du sujet; l’opéra\nse com posait ainsi d’un assem blage successif d’airs reliés par des ritournelles ou des\nrécitatifs : tel un som nolent chapelet dont les grains sont juxtaposés le lo n g de leur\nchaîne. A ucu n e suite naturelle dans le développem ent m usical; pas d’idée m ère, pas\nd’enchaînem ent rationnel. L es situations se déroulent au son des airs chantés par\nl’acteur et accom pagnés par l’orchestre, dont le seul rô le est de m aintenir le chanteur\ndans le ton. A p rès chaque strophe ; « E n avant la m usique ! ! !» la ritournelle reprend,\ndestinée à ram ener le cou p let suivant. E t pendant ce temps, quelle que soit la\nsituation, tragique, com ique ou gaie, acteurs et com parses posent, attendant que\nl’ orchestre ait fini ses fioritures.\n  C on séquen ce : l’action est insensée, choquant le g o û t par ses ridicules. En vain les\npersonnages tentent une m im ique qui expliquera leur présence sur la scèn e: ils\nrestent indifférents, ce qu’ils jouent ne les ém eut gu ère, n’entam e pas leur esprit ;\nils agissent m achinalem ent. T o u t est con ven tion ; ce que voit le spectateur tend con s­\ntam m ent à détruire l’illusion qu’il essaie de se créer et la musique ne produit plus\nqu’ une sensation purem ent m atérielle, agréable ou désagréable suivant l’effet des\nsons sur le systèm e auditif; ou bien il arrive que des passages rem arquables de\nces partitions sont rendus im possibles par la situation à laquelle on les a adaptés.\n\n\n\n\n  A u contraire, quelle lo giq u e et puissante con ception dram atique dans W agn er,\net dans les M aîtres Chanteurs de N u rem berg en particulier. C ette œ u vre qui appar­\ntient à la troisièm e m anière du M aître, celle où il réalisa l’idéal préparé par ses\nœ uvres antérieures, est une com édie bien hum aine, un épisode de la vie réelle trans­\nporté au théâtre.\n  L e s personnages, étudiés et adm irablem ent com pris, sont des résurrections de\nl’époque du dram e : Hans Sachs, l’ouvrier poète, distrait de ses occupations de m étier\npar l’obsession de l’art, qu’il veut libre d’allures dans l’expression pourvu qu’il soit\nsincère ; Bekm esser type du grotesque pédant, pour qui l’art existe, du m om ent où les\nrégies sont observées. W alth er, personnification de l’ art jeune, plein de foi, luttant\navec la Tablature, sorte de gram m aire du parfait chanteur. E va, la Fem m e, au rôle\npassif, m ais cependant m obile de tout le drame.\n  L ’action se poursuit de la m anière la plus naturelle ; aucune secousse dans la\nsuccession des scènes, aucune anom alie.          Intim em ent enchaînée       au dram e, la\nmusique se d évelo p p e, explication continuelle du tout, et les chœ urs, au lieu d’ offrir\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "                                        — 233 —\nle non-sens d’ une foule im provisant un air m élodieux, fon t entendre par la com ­\nplexité des harm onies com binées le m urm ure vagu e des multitudes. Jamais ne se\nrencontrent dans le chant ces trucs grossiers : points d’ orgu e prolongés, roulades\net gargarism es interm inables, coup de gueule final, ces ham eçons avec lesquels on\npêche les applaudissem ents des jobards, — dédaignés par la sincérité du maître.\n  T o u t le m onde parle de « l’orchestre de W ag n e r » et pour beaucoup, ce m ot\névoqu e une fanfare de plusieurs centaines de m usiciens ; ils ne savent com prendre\nque plusieurs thèm es peuvent être joués en m êm e temps et s’harm oniser, ce qui se\nrencontre à chaque p age des partitions de W a g n e r, le colossal dom pteur d’harm o­\nnies, qui les assouplissait sous sa volo n té forte, trouvant des accords tels que jamais\nm usicien n’ avait osé en rê v e r ; aussi les B ekm esser de tous les conservatoires\ncria illa ie n t-ils:« m ais cet hom m e-là ne connaît pas la m usique! »\n\n\n\n\n  C e n’ est pas seulem ent la différence de procédés, de tendances techniques qui\ndéga gen t l’ œ u vre W agn érien n e du reste des productions m usicales, c’ est aussi tout\nun systèm e de philosophie artistique.\n  L e s autres m usiciens rapportaient l’art à leurs idées de pur spiritualisme, ce qui\nleur faisait v o ir dans les œ uvres lyriques et dram atiques, l’hom m e seul, prim ant tout\nautre m o yen d’ expression; l’h om m e-thèm e servi et mis en relief par tous les acces­\nsoires de la figuration, y com pris l’ orchestre.\n  P a r contre, si dans l’ œ u vre de W a g n e r le dram e est lo giqu e et possède un\ndéveloppem ent considérable quoique naturel, si l’orchestre a une im portance non\nm oins grande que celle des acteurs, com plétant chaque scène en faisant entendre\nles thèm es des autres scènes qui s’y rapportent, soit qu’elles aient précédé celle-là,\nsoit qu’ elle doivent la suivre dans le cours du dram e ; si enfin l’ œ u vre se présente\ndans cet ensem ble-puissant où aucun élém ent d’ expression n’est sacrifié au profit\nd’un autre, c’est que le M aître a — le prem ier — appliqué à l’art la doctrine du\npanthéism e, cette philosophie d’après laquelle « le plus petit grain de sable, com m e\nla m oindre m olécu le de chair, est une parcelle de la divinité. »\n\n                                                             M arc    H arold.\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "          CHRONIQUE DE L'ART ET DU LIVRE\n                           LES         N O U V E A U X -N É S.\n\n  L e cercle « les H y d r o p h il e s » n’ ayant     V ie n t de paraître, chez V anier, une\npas cru devoir inviter la Basoche à son              très élégan te plaquette d’E lie P ro rre y :\nexposition d’aquarelles, dessins et eaux-            L ’Impôt du Sang, épisode dram atique en\nfortes, nous jugeons bon de ne pas en                vers. P rix : 1 fr.\npublier de com pte rendu.\n\n                                                       Almanach de V Université de Gand :\n  Rodolphe D a r z ens : L a N u i t , pre­          U n beau volum e édité avec distinction\nm ières poésies, 1 v o l. in-18, jésus, sur          par H oste. N o u s y trou vo n s un intéres­\nH ollande, 160 pages. 350 exem plaires               sant   ensem ble      d’articles    concernant\nnum érotés. P rix : 3 fr. 50.                        l’U niversité   de G and et ses         sociétés\n                                                     d’étudiants, suivis d’ une série de nouvelles\n                                                     et de poésies. N ous ne doutons pas que\n  P o u r paraître à la fin de l’ année, une\n                                                     devant l’accueil em pressé fait à cette\nn ouvelle édition     de    : Le    M ort, par\n                                                     publication, la « S ociété          G én érale »\nC am ille Lem on nier, grande publication\n                                                     continue à nous donner chaque année\nde luxe, avec eaux-fortes et illustrations\n                                                     son volum e. N o s félicitations au com ité\nde C onstantin M eunier; du m êm e au­\n                                                     et à l’éditeur qui ont m ené à bonne fin\nteur : une édition entièrem ent refondue\n                                                     cette chanceuse entreprise.\ndes Contes Flamands et Wallons, tirage\nde gran d luxe, avec nom breux dessins\nde X a v ier M ellery.\n                                                        « Les   x x » ont élu F élicien Rops,\n                                                     m em bre de leur cercle. V o ici donc g lo ­\n  L e 20 courant, M. Jean Bernard don­               rieusem ent com plété le vaillant groupe,\nnera, à la S alle des C apucines, à Paris,           et son n ou vel adhérent est            bien fait\nune con féren ce sur l'Hystérique et l’ œ u ­        pour augm enter        l’ éclat    de   sa   belle\nv re de L em on nier. D an s une seconde             renom m ée.\n\ncauserie, dont la date n’ est pas encore\nfixée, le m êm e con féren cier s’occupera              O n annonce la publication prochaine\ndu m ouvem ent littéraire en B elgique.              d’un volu m e de critique dont quelques\n                                                     fragm ents ont paru dans diverses revues.\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                                           — 235 —\nT itre : Notes sur la littérature moderne            de Banville, l’autre en prose de P aul\npar F rancis N autet. L ’ou vrage sera mis           A rèn e. C et album , tiré à petit nom bre,\nen vente dans le courant d’avril.                    recou vert d’un élégan t carton parchem in\n                                                     avec cordon s soie, est en vente au prix\n                                                     de 10 francs. L e s dessins qu’ on y retrouve\n  L e 4me con cert populaire de Bruxelles            sont des reproductions héliographiques\nest fixé au 3 mai. Il sera, com m e d’ha­            de ceux que W illette publia dans le Chat\nbitude, entièrem ent consacré à l’œ uvre             N o ir,la spirituelle et très artistique gazette\nde W a g n e r : il com prendra le prem ier          m ontm artraise, verveusem en t          dirigée\nacte en entier de la Walkyre, chanté par             par m essire R o do lp he Salis, seigneur\nM me Brunet-Lafleur (Sieglinde), M. V a n            de C h atn oirville en V ezin . C haque samedi,\nD yck    (Siegm u n d )      et   M. B lau w aert    le fin gourm et y p e u t savou rer les articles\n(H unding) ; la scène des Blumenmàdchen              et les vers de la pléiade de fins artistes\nde Parsifal avec le prélude de cette œ uvre,         que la renom m ée de M aigriou attire, et\nla Siefried-Idylle com posée par -W agner            aussi, les illustrations superbes de W il­\nà la naissance de son fils, et la Chevau­            lette, Steinlen, Rivière. N ous recom m an­\nchée des Walkyries avec adjon ction de               dons vivem ent le Chat N oir à nos lec­\nn eu f v o ix de fem m es.                           teurs.\n  E xécu té sous la direction si habile\nde M . J. D upon t, nul doute que ce con ­\n                                                        A enregistrer, pour l’édification des\ncert soit l’occasion d’un nouveau triom ­\n                                                     croyan ts, le colossal im pair perpétré par\nphe p our la m usique du M aître.\n                                                     le Ju ry du Salon de Paris. N ous lisons\n                                                     dans l'A rt Moderne :\n                                                        « C onstantin M eunier envoie à Paris sa\n   V ien t de paraître, chez M. Ferdinand\n                                                     Descente des Mineurs, un des plus beaux\nL a r d e r , une traduction ryth m ée du livret\n                                                     tableaux de notre école contem poraine,\ndu « C répuscule des D ieu x » et de la\n                                                     un des plus pathétiques. O n se souvient\nW alk y rie , par M . H. L a F ontaine. C ette\n                                                     de l’accueil qui lui fut fait, il y a trois\nœ u vre est écrite, on le sent dès les pre­\n                                                     ans O r, le Jury le refuse.\nm ières pages, par un artiste consciencieux\n                                                        L a n ouvelle fait scandale ; M eunier se\net plein de foi. N ous avons eu la fortune\n                                                     con sole en pensant que l’on a révélé\nde l’apprécier à sa haute valeur, à la soirée\n                                                     récem m ent qu’un ancêtre du Ju ry actuel\nm usicale      donnée samedi         dernier   par\n                                                     en a refusé à D e lacro ix    d ix - se pt ,   d’ un\nM . C onstantin M eunier, dans son atelier,\n                                                     coup, sans com pter les C o ro t, les R ous­\net con sacrée     à l’audition d’œ uvres de\n                                                     seau, les M illet, les Courbet, les M a­\nW a g n e r.\n                                                     net, etc. etc.\n                                                        Mais dans le m onde des arts, on tem ­\n   C h ez V an ier, 19, quai St-M ichel,Paris,       pête.\nont paru, éditées avec un g o û t parfait, de           L e Ju ry s’ inquiète O n regard e m ieux\n délicieuses fantaisies de W illette, l’étin­        le tableau, ou plutôt on le regarde, car\n celant dessinateur à la pointe si exquise­           assurém ent on avait dû s’ en abstenir. E t\n m ent m oderniste : Pauvre Pierrot, avec             en effet, ou le trouve superbe, m agistral,\n double préface, l’une en vers de T h é o d o re      d’ un art nou veau surtout, profond, ém o­\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "                                         — 236 -\ntionnant. Mais alors, pourquoi l’avoir               Q u elques badauds et autres ram ollis\ntraité com m e un go ujat de tableau?             de la cité de Saint-Lam bert on t offert au\n   A h ! V o ic i : il y a, paraît-il, un autre   com positeur, né viable, m ais essoufflé,\npeintre du m êm e nom , connu du Jury             deux couronnes de fleurs artificielles. C e\nfrançais, et dont il ne veut pas entendre         n’était pas une allusion, du m oins la\nparler. Il a cru que c’était sa bête noire        rum eur l’affirme. N 'ou blion s pas de dire\nqui se présentait, et il a fait dire : je n’y     que M. S ylva in Dupuis, dont le prénom\nsuis pas ».                                       prouve assez le talent origin al et pitto­\n                                                  resque, m ais dont le nom ne dit pas\n                                                  toute la profondeur, est élèv e de M . T h .\n   C h ez B rancart,    éditeur, 4, rue     de    R adoux, une seconde buse de grande\nL o xu m , la    Russie galante, par    S erge    capacité qui rem plit       les fon ction s de\nN ossoff,   jolie plaquette sur Hollande,         directeur    au    C on servatoire ro y al de\na vec couverture finement dessinée par            L iég e . Heureuse ville!\nL ynen.\n\n\n                                                    La Suisse Romande, revue littéraire et\n  N ous recevon s les Tâches d’ Encre, une\n                                                  artistique paraissant le I er et le 15 de\ngazette m ensuelle, réd ig ée en entier par\n                                                  chaque m ois en fascicules de 48 pages,\nM. M aurice Barrés, l’inépuisable et m o r­\n                                                  grand form at — A bon nem en t d’ un an :\ndant chroniqueur.\n                                                  10 fr. pour la Suisse. 12 fr. p our l’ étran­\n  U n e superbe indépendance règn e dans\n                                                  ger.\nce périodique plein d’intérêt et très viri­\nlem ent conduit. A sign aler dans le n° 3,\n                                                    O n s’abonne       chez H.      Stapelm ohr,\n                                                  libraire, 24, C o r ra te rie , G en ève, dans\nune traduction d’un fragm en t de nou ­\n                                                  toutes les librairies et à la Rédaction à\nv elle de M . Philippe D aigu o , très m o­\n                                                  Bevaix (Neuchâtel).\nderne. D an s le n° 4, Hêroïsmes superflus,\nun m agnifique article dont nous ne pou­\nv on s nous em pêcher d’adm irer l’allure           R ev u e in d é p e n d a n t e : Paris — 7, rue\ngrandiose, bien qu’il appartienne à un            de M édicis. Som m aire du num éro d’avril :\ngenre que nous n’aim ons gu ère.                  I. D ix-sept Lettres inédites de Vallès. —\n  Bureaux : 76, rue N o tre-D am e        des     II. Mon Hameau, par M . Paul V erlain e.\nCham ps. 12 francs par an. V en te au n°          — III. Duranty, par M. Jules C hristophe.\nchez L é o n V a n ier, à Paris.                  — IV . L ’ Economie politique et le Socia­\n                                                  lisme, par M . G abriel D eville. — V . Vers\n                                                  de M M . C h . V ig n ie r et V ic to r M argue­\n                                                  ritte. — V I . L a Grande Marotte, par\n  O n a exécuté dernièrem ent à L iég e ,\n                                                  M. L é o d’O rfer. — V II. Chronique du\nville des sociétés colom bophiles et de\n                                                  mois, par M. L au rent T ailh ad e. — V I II\nchant, « M oïna » que l’auteur, M. S ylva in\n                                                  Les Livres. —       IX . Revue de M ars. —\nDupuis, un prix de R o m e, en vrai Don\n                                                  108 pages      gran d in-18. —       P r ix : un\nQ uichotte, intitule fièrem ent poèm e h é­\n                                                  franc.\nroïque, et prétend être de la musique,\nrien que cela.\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "                V I E N T DE P A R A I T R E                   LA S O C IÉ T É N O U V ELLE\n L H YSTÉRIQUE                                             REVUE      IN T E R N A T IO N A L E   M EN SU ELLE\n\n          p a r C a m il l e L e m o n n ie r                   Sociologie, Arts, Sciences, Lettres.\n    En vente aux bureaux de l a Revue                       Abonnement : 8 fr. par an. — Bureaux\n               Prix: 3,50                                 Rue des Minimes, 10, Bruxelles.\n\n                                                                              L IS E Z !\n      L ’A R T MODE RNE                                   LE           CHAT                       NOIR\n Revue critique des Arts et de la Littérature                   Gazette illustrée, I S cent, le no.\n    paraissant le dimanche, 4e année.                     ARMNFMFNT- France’                      lO  fr.p a»r an.\n                                                          ABMMMÜIU. U n i o n p o s t a l e )     S S\nAbonnement : 10 fr. — Administration :                    Bureaux : 84, Boulevard Rochechouart,\n  26, rue de l’Industrie, Bruxelles.                                     PARIS.\n\n\n\n                   UN GRAND SUCCÈS !\n        LA REVUE DES JOURNAUX ET DES LIVRES est certainem ent la\npublication l a p l u s c u r i e u s e , l a p l u s é t r a n g e , l a p lu s o r i g i n a l e de\nn otre époque. Dans chaque num éro sont condensés les Articles à sensation’\nNouvelles, Contes, Chroniques, Actualités, Curiosités Scientifiques et Littéraires,\nConnaissances utiles, Joyeux devis, Anecdotes., puisés dans les jo u rn a u x et\nlivres de la sem aine. F eu illeton : Sapho, le dern ier succès de D audet. Plus\nde jo o journaux en un seul, tel est le problèm e résolu par ce tte E n cyclop éd ie\nindisbensable à tout le monde. 24 p ag es de tex te in-40 en deux colonn es ■\ncom pactes. Paraît tous les dim anches. Pas de politique. 3 m ois 6 fr., 6 m ois\n10 fr., un an 18 fr., un m ois d’essai 1 fr. 50. L ibrairie J o u v e , 52, Boulevard\nS t-M ich e l, Paris.\n\n\n\n                                   V IE N T       DE   P A R A IT R E         :\n\n                    c h e z C a l l e w a e r t , 2 6 , r u e d e l ’I n d u s t r ie\n\n\n          LA                 FORGE                          ROUSSEL\n                                               Par E. PICARD\nEdition défin itive, tirée à petit nom bre. — Prix : G rand Japon 60 francs ;\n                    C hine G énuine 40 fran cs; H ollande 25 francs.\n\n\n\nJOURNAL DES GENS DE LETTRES BELGES\n                         Paraissant le 1™ et le 15 de chaque mois\n\n    E t u d e s , C h r o n iq u e , M o r c e a u x c h o i s i s , C r i t i q u e l i t t é r a i r e\n                             D ir e c t e u r : D r E .     V A L E N T IN\n          B elgiqu e, 6 francs par an. — U nion p o stale, 7 fr. 50 c.\n                     Bureaux : 26, rue de l'Industrie, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": " Rsrvs msRSVGLLS DG wmvGRwrmQ m n'mw\n\n                             P R IX      DU     N ° : 50 C E N T .\n\n\n\n\n                                   L u n d i 1 3 A v r i l 1885\n\n\n\n                                              N<* 6\n\n\n\n                         5     o     m      m      c_a    i    %     e\n\n\n\n\n   I.   H ector C H A I N A Y E                    G erm inai.\n\n  I I . J f.an A J A L B E R T                     C h r o m o l i t h o g r a p h i e , poésie\n\n                                                   L es    P e t it s V ieu x :        M o n sieu r\n III. O S C A R M É T É N IE R\n                                                     C a l v i e r r e , nouvelle\n\n IV . R odolphe D A R Z E N S                     A vril T iè d e\n\n                                                  Petites     Études : I m p r e s s i o n s e t\n  V . A rnold G O F F I N\n                                                      Sen satio n s\n\n V I . H enry   de   TOM BEUR                     H appe- C h a ir !\n\nV II. S E R G E N N O IS                          P r i n t e m p s , poésie\n\n\nV I I I . M aurice F R I S O N                    F orêt de B onsecour\n\n\n IX . M aurice S U B Z B E R G E R                M . J . B . C h a r l e t , nouvelle\n\n  X . M arc H A R O L D                           C hr o n iq u e M u sicale\n\n\n                                                  C h r o n i q u e d e l ’A r t e t d u L i v r e .\n                                                    •— ■L e s N o u v e a u x -n é s\n\n\n\n\n                             J .-B . MOENS, libraire-éditeur\n                                    7, Galerie Bortier, 7\n                                       BRUXELLES.\n"}]}