{"numero_id": "ulb-basoche-1885-05-13-n7", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "articles": [{"article_id": "ulb-basoche-1885-05-13-n7-001", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 237, "page_fin": 241, "titre_corps": "Aux Avernes", "titre_sommaire": "Aux Avernes", "signature_source": "Camille Lemonnier", "ancre_debut": "AUX AVERNES", "ancre_fin": "Camille Lemonnier", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 264, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1871, "texte": "AUX AVERNES\n              Roc h e f o r t    est célèbre dans la contrée, non moins pour la\n               belle ordonnance de ses paysages que pour le fourm illant\n               et ténébreux décor de ses grottes. U n homme, un enfant\ndu pays, M . A lp . C ollign on, mit son or et sa vie à les découvrir, et\naprès les avoir découvertes, en fit pour ainsi dire une oeuvre d ’art\npar les ingéniosités auxquelles il dut recourir, pour frayer à travers\nl’encom brem ent          des         blocs   entassés    l’itinéraire     que   parcourent\naujourd’hui les visiteurs. Il y a quelque chose d ’héroïque dans cet\ninventeur d ’un nouveau genre qui, au risque de la vie, bravant m ille\npérils, face à face avec l’inconnu, ignorant si au bout de ce labeur\neffrayant qui consiste à remuer par dessous des montagnes, il ne\ntrouvera pas la mort, poursuit inébranlablem ent ses explorations, sur\nla piste d’une route qu’il perçoit, qu’il devine, dont tout le monde\ndoute, dont lui seul est sûr.\n   Il faut voir ses grottes ; elles en valent la peine. Il les a non seule­\nment     tirées    de l’ombre, mais                taillées,   sculptées,     dessinées   et,\nstalactites par stalactites, arrachées à la pesante enveloppe de la\nterre et de la pierre. O n traverse des paysages plus ciselés qu’un\nbijou d’orfévrerie, niellés sur                 fond d ’or et d ’argent d’arabesques\nfantasques qui, aux clartés des torches, s’allum ent de paillettes et\nd ’étoiles.   Com m e           des    gem m es,     d ’infinis   m icas    scintillent   aux\ngrum euses parois ; des lum ières qu’on dirait ailées semblent voltiger\naux flancs des rocs ; ici les jaunes des fluorines et les orpiments cris-\n\n\n\n  O   La Belgique, par C am ille L em o n n ier; extrait de la description de la province\nde N am ur, qui paraîtra sous peu dans le T our du Monde. (N. de la R.)\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2562, "texte": "                                   - 2 38 -\n\ntallisés se m êlent aux verts sombres des puddings diluviens ; là les\nbleus lazurites s’ensanglantent aux carmins de l’ém atite; ailleurs les\nfeldspath s’écaillent sous la griffe des cuivres arseniatés. Des chapelles,\ndes tabernacles, des châsses,       des reliquaires sculptent le roc en\nrelief; aux flam beaux surgissent de l ’om bre des alham bras guillochés\ncomme de la guip u re; et au bout de toutes ces surprises, la grotte du\nSabbat, spacieuse com me un vaisseau de cathédrale, avec ses voûtes\nqui se perdent dans les ténèbres si haut qu’à peine les gerbes des\nfeux d’artifices tirés par les guides en allum ent la reculée, sem blent\nservir à quelque ténébreux sanhédrin de guivres, de lémures, de\nbrucolaques, de tarasques im m obilisés en de grim açantes et torves\nattitudes par l’effet des sorcelleries.\n  T ou te cette région de la Lesse d ’ailleurs, profondém ent déchirée\npar les déchirements telluriques, offre l’aspect d ’un prodigieux chaos\nperpétuant la colère et le désordre des éléments en travail. D e\nF urfooz à Chaleux et de Rochefort à H an , les entrailles du sol,\nouvertes et lacérées comme des solfatars, forment           une   suite de\ncavernes presque ininterrom pue dont les som bres fantasmagories\nconfondent l’esprit d ’admiration et d ’ horreur. Partout ici la farouche\nbête hum aine, contem poraine des mammouths et des ichtyosaures,\na laissé l’em preinte de son passage, et les cavités de la m ontagne,\npareilles à des cim etières, ont gardé ses ossements, mêlés à ceux des\nautres bêtes de la genèse prim itive, frères de ce premier homm e qui\nallait par les halliers, velu et grondant, abattant avec son stylet de\nsilex les proies que ses dents déchiraient ensuite.\n   O n a mesuré, pour les décrier, les grottes de Rochefort à la toise\nde celles de H an . L a manie des com paraisons n’est m alheureusem ent\nque le tém oignage de notre im puissance à concevoir des beautés\ndifférentes, ou, si l’on préfère, de notre penchant à tout rapporter à\nun idéal uniforme. Il n ’est       pas plus rationnel,     cependant,    de\ncom parer entre eux les grands ouvrages de la nature que les œuvres\nengendrées     du cerveau     des hommes : les uns et les autres         se\ndérobent    à la possibilité d ’un rapprochem ent par des caractères\nparticuliers qui ont chacun une signification propre et réalisent une\ndes formes de l’absolu.\n   C ’est ainsi que les grottes de H an l ’emporteront toujours sur toutes\nleurs pareilles par la terrifiante majesté et les sépulcrales épouvantes de\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2696, "texte": "                                — 239 —\nleurs antres plus tourmentés et plus noirs que le Tartare. Dante aurait\nplacé les cercles de son enfer dans cette im age des cataclysmes origi­\nnels. L ’âme, opprim ée d’un incoercible effroi sous les voûtes de cette\nB abylone des ténèbres, depuis les com mencem ents du monde engloutie\nau creuset des volcans et restée suspendue à travers l ’abîm e intérieur,\ncroit y sentir peser sur soi, plus lourdem ent que des monts, l ’entasse­\nm ent form idable des siècles. U n e éternité im m obile, accroupie dans la\nposture du sphinx antique, y sem ble proposer des problèm es à l ’homme\nqui, ébloui et pâle, affronte ces redoutables lieux, pleins de fantômes\net de frissons, et à mesure qu’il s’y aventure, voit se dérober sous lui\nle plancher des certitudes. Il ne sait plus s’il monte ou s’il descend,\ns’il m arche à travers le réel ou s’il tourbillonne dans un songe.\nEst-il un enfant des races blanches descendu aux ondes de cet océan\nde nuit dont les houles s’élargissent en tous sens, rem plissant l ’énorme\nsilence d ’un bourdonnement sourd, continu, pareil à celui des eaux\ndans les roches basaltiques; et naufragé du séjour terrestre, rame-t-il\nà travers l’ombre sans fin pour tâcher de remonter a u jour? Ou bien,\nengendré d ’un peuple de troglodytes, dont la bleue clarté des étoiles\nn ’a jam ais caressé la prunelle, promène-t-il sous un soleil jailli en\nflamm es noires à travers de noirs espaces, un visage aussi noir que la\ndésespérance? L e jou r du dehors et les étincelantes étendues où tournoie\nle rouge soleil de la postérité d ’Adam ne sont-ils point un leurre ?\nOu si c’est l'im pénétrable plafond de nuées à formes pétrifiées que\njam ais ne constelle la m oindre lueur? Il doute : la notion des choses\nl ’abandonne au seuil de ce royaum e de la chim ère et de l’énigm e.\n   A droite, à gauche, de monstrueuses architectures épuisent la série\ndes configurations géom étriques, comme si une volonté cachée avait\nfait de ces cavernes le réservoir des intransgressibles formes auxquelles\nest astreinte l ’expression de la pensée hum aine. E chafaudé en bastion,\ndécoupé en minaret, projeté en pilier, élancé en tour, suspendu en\ndôme, taillé en ogive, déchiqueté en dents de scie, festonné en feuil­\nlages, ciselé en filigranes, échancré en porche, le roc est là comme\nune intarissable matrice d ’où l ’im agination fait sortir des basiliques,\ndes mosquées, des escurials,des palais th ébain s, des tem ples d’Assyrie,\ndes pagodes de Boudha et toute l ’illim itée floraison de la pierre glori ­\nfiant les dieux d ’en haut et les dieux d’en bas. T o u te chose, en cette\nénorme nuit de sabbat où planent les sortilèges, aveuglant les yeux et\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2611, "texte": "                                  — 240 —\nconfondant la raison, commence par la réalité, et quelle réalité! celle\nde la mort et de la pierre éternisées l’une par l ’autre ; puis finit dans le\nrêve. Des blocs roulés çà et là ont l ’air de dalles funèbres sous\nlesquelles seraient couchés des empereurs, de menhirs ayant servi aux\nsacrifices druidiques, d’assises de cathédrales à jam ais englouties. L es\ninnom brables stalactites qui pendent de la voûte s’égouttent sur le noir\ndes fonds comme des larmes d ’argent sur le deuil des catafalques ; élan­\ncées du sol en fantômes blancs, avec des silhouettes de moines penchés\nou de grands ours bondissants, les stalagmites sont pareilles aux ban­\nquises des mers polaires. D es parois, comme d ’une panoplie, pointe\nun fouillis de glaives, de flèches et de poignards, et des quartiers de roc\ns’encornent de frontaux de buffles, se cabrent comme des hippogriffes,\nont l ’ampleur de grands pachyderm es vautrés. P a r moments on croit\napercevoir des degrés d ’escaliers déroulés en spirales dans d ’inson­\ndables trous; et d ’autre fois il sem ble qu’on marche à travers les\nécroulements d’une Jéricho ou d’une Gom orrhe tombée sous le vent\ndes colères divines. Des gueules d’abîmes béent dans la profondeur\nde l ’ombre, avec des mugissements lointains qui sont le roulem ent\ndes eaux dans les cavernes et qu’on prendrait pour des clameurs\néperdues, comme si les gehennes          exhalaient    par des soupiraux\nleurs bruits de damnation. E t un fourm illem ent prodigieux traîne\nde part en part, rampe sur le sol raboteux, ridé de plis de pierre contre\nlesquels butte le pied. Il y a des instants où, au passage des torches\néclaboussant le pantèlem ent universel;, de hideuses figures de kobolds\net de poulpicans se mettent à grim acer aux corniches du sombre mur,\nou bien des fulgurances d’escarboucles s’allum ent sur les parois que\nfrappe la lum ière, et quelquefois l’échevèlem ent des flammes rouges\nau fond de la nuit hum ide, fait se tordre comme les serpents d’une\ncrinière de G orgone.\n  C ’est la région des effrois : on dirait qu’une incantation a im m o­\nbilisé le gironnem ent affolé d’un chaos au moment de sa plus effrénée\nrotation et qu’il va suffire du geste d ’un nécrom ant pour remettre en\nbranle ces montagnes qui ne s'accrochent à rien, ces pics déséquili­\nbrés et penchés sur le vid e, ces blocs pesant le poids d ’une maison et\nqui demeurent rivés à on nesaitquels clous invisibles. D ’énormes chauve-\nsouris passent dans l’air avec un froissement doux d ’âmes errantes\ndérangées dans leur som m eil, et leur aile sem ble faite d’un peu de\n"}, {"page_pdf": 268, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2084, "texte": "                                 — 241 —\ntoute cette nuit d’éternité qui prendrait corps dans un vol. T o u t ici est\nm acabre, démesuré, apocalypique, terrible : le doigt de la M ort s’y\nappuie sur la bouche du tem ps comme pour le contraindre à garder\ninviolé le secret des genèses et des métamorphoses ; et elle est vrai­\nm ent la reine de cet em pire des ombres, habité par les N ixes et les\nP arques qu’on croit apercevoir partout sculptées dans le roc. L à règne\nle noir sans borne et sans fin des créations abolies, pareillem ent à un\nfleuve de silence et de désolation que rien ne pourrait épuiser ni\ngrossir, car s’il est permis de toujours ajouter à la clarté, on n’ajoute\npas à la nuit.\n  T elles que les antiques Avernes, les grottes ont d’ailleurs leur\nL éth é, cette L esse qui, après s’être roulée en tous sens au lit des val­\nlées, brusquem ent vient se perdre aux horreurs de ces lieux souter­\nrains, com m e une M adeleine repentante au remord des solitudes.\nC ’est elle dont on entend la vo ix à travers les échos de la montagne,\nelle qui met ses rauques sanglots aux clairons cachés dans les ténè­\nbres, elle encore dont les eaux mortes, ensanglantées aux étincelles\ndes flam beaux, sem blent rouler les épaves que Dante entrevit pendant\nsa traversée avec V irgile. Cependant les salles se succèdent à l ’infini\ndans ce palais des visions et des vertiges, les unes sem blables à des\narènes jonchés de ruines et de cadavres, les autres ciselées dans la\npierre comme des paradis mauresques, d’autres encore déployées sous\ndes arceaux de cloître, ici la salle du dôme, là le trône de Pluton,\nailleurs la Salle d ’armes, le P récipice et cinquante autres dont on vous\ndira les noms à mesure que vous plongerez dans leurs tortueux la b y ­\nrinthes. E t quand, échappé enfin aux sorcelleries des Circés et des\nM élusines qui peuplent la grande nuit, on revoit la douceur des choses\ncoutum ières, il semble que l ’âme se réveille d’un songe funeste, et la\nclarté du jou r est une délivrance.\n\n                                            C a m il l e   L e m o n n ie r .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-05-13-n7-002", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 242, "page_fin": 244, "titre_corps": "Le Catéchisme de l’Aimée", "titre_sommaire": "Le Catéchisme de l’Aimée", "signature_source": "RODOLPHE DARZENS", "ancre_debut": "LE CATÉCHISME DE L’AIMÉE", "ancre_fin": "RODOLPHE DARZENS", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 269, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1127, "texte": "LE C A T É C H IS M E D E L 'AI M ÉE\n\n                            I\n\n                 AM O U R F A C T IC E .\n\n\n\n  J e veux des rideaux à chaque fenêtre,\n   F a its de satin sombre et de noir velours,\n   E t se déroulant en larges plis lourds,\n   — M oi seul ne devant ja m a is la connaître ;\n\n   Des tapis épais pour ses pieds petits,\n   A fin qu ’elle glisse humble comme une ombre;\n   E t, dans des flacons des parfum s sans nombre,\n   D ont s’exalteront mes sens ralentis.\n\n   Sans la voir, j'a u r a i sa vision blême,\n   Sans l ’entendre, son souffle m usical;\n   L ’air sera rempli de son rhythme égal,\n   E t j e pourrai croire enfin que j e l ’aime!\n\n   Car j ’aurai le charme exquis d'être seul\n   — Sans que le dégoût de vivre paraisse —\n   Dans son cher silence et dans sa caresse,\n   Tombe, où ses cheveux seront mon linceul.\n                                                    Mars i88j.\n\n\n                           II\n\n\n                      ch a steté .\n\n\n\n\n   Sois sage, ce soir, et sois douce;\n   A im e moi, surtout, sans un cri :\n   Car entre tes bras j ’ai m aigri\n   A in si qu’un phtisique qui tousse;\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1102, "texte": "                  — 243 —\nE t, comme à quelque frêle enfant,\nD is-m oi d ’inutiles paroles,\nP ou r que tes lèvres, ces corolles\nS ’ ouvrent au baiser triomphant ;\n\nAvec tes cheveux fa is un voile\nD ont l ’ombre me cache tes yeu x :\nCar j e crains dans la nuit des cieux\nMême la clarté d’une étoile·,\n\nP u is donne le creux de ton sein\nP ou r mon fro n t lourd, et que les pointes\nQue soutiennent tes deux mains jointes,\nMe fassent un double coussin;\n\nE t sois chaste : la jouissance\nQue j e veux enfin, — sans avoir\nL ’ennui qu'engendre le savoir, —\nC ’est de croire à notre innocence.\n                                               Avril 1885.\n\n\n                       III\n\n\n                  M A D R IG A L .\n\n\nJ e le sais, lente visiteuse\nD ont j ’ adore les petits pas,\nTa douce parole est menteuse,\nTa prunelle n ’éclaire pas !\n\nM ais si tes paupières sans fièvres\nNe cachent point d ’astres égaux,\nS i les mots que chantent tes lèvres,\nDans mon cœur restent sans échos,\n\nTes chers yeux, me disent des choses\nMusicales, ta chère voix\n— Singulières métamorphoses ! —\nE st une clarté que j e vois !\n"}, {"page_pdf": 271, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1008, "texte": "                   — 244 —\nE t, tandis qu'éperdu, j ’écoute\nAvec mes regards, tes aveux,,\nTa chanson dissipe mon doute,\nN u it plus sombre que tes cheveux.\n                                                    Mai 1885.\n\n\n\n\n                        IV\n\n               C A M É L IA   PALE.\n\n\n\nChère, tes lèvres sont comme des roses pales·,\nTes chairs ont la blancheur souffrante des jasm ins,\nE t tes yeu x l ’ indécis chatoiement des opales\nD ont le reflet s ’irise aux bagues de tes m ains;\n\nTa chevelure semble une clarté d ’automne,\nTant l ’ ombre est lumineuse autour de ton fro n t blanc ;\nE t ta voix musicale est un chant monotone\nD ont le rhythme inconnu me cause un m al troublant.\n\nPourtant tu n'ôteras plus ton corset de moire,\nC ar nés d ’hier, déjà mes désirs sont défunts;\nA u ssi ton Souvenir éclot dans ma mémoire\nSplendide et triste ainsi qu'une fleu r sans parfum s.\n                                                   Avril 1885.\n\n\n\n                                      RODOLPHE     DARZENS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-05-13-n7-003", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 245, "page_fin": 248, "titre_corps": "Le Revers de la Médaille", "titre_sommaire": "Le Revers de la Médaille", "signature_source": "PAUL ORGELS", "ancre_debut": "LE REVERS DE LA MÉDAILLE", "ancre_fin": "PAUL ORGELS", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 272, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 1835, "texte": "LE REVERS DE LA MÉDAILLE\n\n          Unm atin, il se décida brusquem ent. Après avoir jeté dans\n           un   pauvre sac de     cu ir    ses   outils de forgeron —   les\n           instruments de sa fortune future — il quitta la masure\nbranlante où ses vieux s’abritaient.\n  L e père lui avait dit : « O ù vas-tu ?» — « V o ir le m onde. » — Prends\ngarde m’fieu ; il est vaste, le m onde ; on s’y perd ! »\n  Sans écouter cette prudente réflexion, il s’en était allé, traversant\nlégèrem ent son village natal, qu ’un chaud soleil éclairait déjà, ce\nsoleil qui lui avait bruni l’écorce et l’avait rendu si robuste. Mais\nlorsque, devant lui, il vit le pavé inégal de la grande route fuir entre\ndeux rangées d ’arbres et s’enfoncer là-bas dans cet inconnu qui lui\nhantait le cerveau depuis des mois, il s’arrêta et, instinctivem ent, se\nretournant vers ce bon coin de terre où il laissait son enfance, il se\nm it à contem pler le petit bourg qui, à ses pieds, s’éveillait.\n  L e s portes charretières des fermes s’ouvraient toutes larges à de\nlourds chariots dont les roues s’enfoncaient profondément dans la\nterre am ollie par de récentes pluies. D es paysans, l ’échine basse, se\ndirigeaient vers les champs, avec l ’allure d’anim aux domptés par\nl ’habitude. D e grosses filles, montrant la chair rouge de leurs bras,\naux gorges gonflées d ’une santé rieuse, entraient dans des étables\npleines de mugissements. Ç à et là, sur d’énormes tas de fum ier qui\nexhalaient de rudes senteurs, s’abattaient des essaims de volatiles\navides ; tandis que des chiens, donnant des coups de col à briser\nleurs chaînes, éclataient en furieux abois. P uis, tout à coup, des\nmoutards loqueteux se répandirent dans la cam pagne comme une\nnuée d ’oiseaux pillards et batailleurs.\n  T o u t au bout, l ’église entourée de son cim etière dont les hautes\n"}, {"page_pdf": 273, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2536, "texte": "                                — 246 —\nherbes subm ergeaient de rares croix éparses, dressait sa face ridée\nd’aïeule et, dans la lum ière environnante, dessinait la géométrie de sa\nsilhouette. Cette église sur laquelle s’étaient acharnés les ouragans,\nles pluies, les ardeurs estivales, éveilla dans l’âme du gars, la douce\nm élancolie des choses qui sont d’une époque lointaine et qui parées de\nla lèpre des années, semblent avoir retenu un peu de la vie antérieure.\n  Il restait songeur devant une ruine, le robuste paysan, aux épaules\ncarrées, au front étroit, qui, étranger aux subtiles m aladies mentales\nde nos villes, avait dépensé son existence sans compter, ne s’inquiétant\nguère de ce que le jour écoulé emportait de lui, ni de ce que le lende­\nmain lui apportait, et qui s’était borné à n’être qu’une m achine brave,\nlaborieuse, buvant, m angeant, rem plissant enfin sa fonction ici-bas\net rien de plus!     Q uelque chose d’insolite détraquait l’adm irable\nharmonie de son organism e. Son être se fractionnait. Il voyait, dans\nla perspective de sa rêverie le lui d'autrefois qui s’éloignait sans cesse.\n  Mais bien tôt, com m e un homme qui se débarrasse d ’un inutile fardeau,\nil haussa les épaules, et la tête vide d’idées, il entama la grande route\ndont la bande grise se rétrécissant toujours, finissait par n’être plus\nqu’une sim ple ligne im placablem ent droite.\n  Il marcha tout le jour, dépassa plusieurs villages sans s’arrêter,\ntravaillé par l’unique désir d ’arriver à la ville avant la tombée du\ncrépuscule ; voulant raccourcir le chem in qui lui restait à parcourir,\nil prit un sentier de traverse et s’égara dans un bois.\n  Q ue faire? retourner sur ses pas, gagner la maison la plus proche\net demander asile pour une nuit? Bah ! cela n ’en valait pas la peine.\nEst-ce qu’il était habitué à se dorloter? Il resterait là, bien certaine­\nment.\n  Cette décision prise, il pénétra dans un taillis, se choisit entre deux\nchênes une place commode et, quelques instants plus tard, débarrassé\nde son sac, il allongeait ses membres roidis par la marche, sur une\népaisse couche de feuilles mortes. P uis, lorsque s’éteignirent les\nderniers rayons crépusculaires, il s’endormit en marmottant une prière.\n  L e lendem ain, à l ’aube, au moment où s’échappent des nids de\nfaibles gazouillis, il continuait déjà son voyage; à peine eut-il fait\nquelques pas qu’il s’arrêta, terrifié.\n  E n face de lui, une ombre accrochée à un arbre oscillait lentement,\ncomme bercée par le vent. C ’était à la fois effrayant et com ique.\n"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2572, "texte": "                                — 247 —\nC ela rappelait un homme, mais la chair crevant comme un fruit trop\nmûr, ce n était plus alors qu ’un odieux haillon, une charogne en\npleine floraison où de grosses mouches noires, ainsi que des abeilles,\nmettaient un bourdonnem ent actif.\n  Dans nos villes où s’entrechoquent tum ultueusement nos intérêts\nmesquins, la mort passe à nos côtés, inaperçue. M achinalem ent, comme\nquelque m ondaine en vogue, nous la saluons. E lle n’a plus rien de\nhideux, de surprenant, c’est une passante, une bourgeoise. M ais\nrencontrée dans un cham p, dans un bois, au détour d’une route, la\nm ort est franchem ent horrible. E lle se montre nue, cynique ; elle n’a\nni suaire blanc, ni maison souterraine : c ’est la mort pauvre, misé­\nrable, à qui l’on refuse le droit de cité. E lle a froid ; son ignoble\ndépouille se désagrégeant, s’éparpille dans l ’espace, au lieu de se\nrésorber au sein de l’universelle m atrice, et tous les bruits qui se font\nchez les vivants vont résonner dans son crâne ténébreux.\n  Q uand le gars revint de sa stupeur, il se sauva à travers bois, sans\nregarder derrière lui, tournant à droite, à gauche, se déchirant aux\nronces, aux taillis, qui, sem blables à des bras sortis des entrailles de\nla terre, voulaient le retenir. Com me toutes les natures prim itives, il\nobéissait à la sensation prédom inante ; la peur paralysait en lui tout\nraisonnem ent et décuplait la vitesse de ses jam bes. Il était sûr, tant\nqu’il serait dans ce bois, que le pendu pourrait le saisir. Après une\ncourse d ’une heure, il parvint à la lisière, haletant, époumoné.\n  L e soleil émergeait de l’horizon ; son disque énorme criblait l’espace\nde dards lum ineux; au loin, la brume s’évaporait, et dans les profon­\ndeurs du matin, on voyait pâlir et s’éteindre les dernières étoiles. Des\nbicoques, semées au hasard, sortaient des larges nappes de blé qui cou­\nvraient le cam pagne. Des oiseaux pépiaient, exultaient. A u bout de\nchaque brindille d’herbe, dans le calice de chaque fleur, brillait un\npleur arcenciellé. D e temps en temps, un papillon coupait l ’air de son\nenvollem ent bigarré. C ’était le réveil.\n   C e tableau laissait le rustre indifférent. L a crainte qu’il avait eue,\nla veille, de l ’avenir s’em parait entièrement de lui. I l avait voulu\nconnaître   le m onde!     Il   s’était im aginé que les routes en sont\ncertaines; il ne savait pas qu’au contraire elles sont pleines de trous,\nd’endroits obscurs où se tendent des panneaux; de culs-de-sac dont\non ne sort qu’en faisant comme ce pendu avait fait. Il croyait —\n"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 808, "texte": "                                    — 248 —\net c’est là l ’illusion com mune — que pour vivre, il n’est pas nécessaire\nde le vouloir. P arce qu’il narguait les phtisies, l’anémie, qu’il était\ncourageux, il avait la conviction — l’innocent! — d ’être heureux.\n  Sans avoir encore d ’idées nettes, il pressentait les luttes,                      les\nsouffrances, qui attendent l ’homme comme autant de ronces, d’orties\nau bord d ’un chem in. E t c ’était pourquoi, bien qu’il découvrît les\nremparts de la ville où il allait, toute sa confiance s’évanouissait.\nSeules, tintaient lugubrem ent à son oreille, les paroles que lui avait\ndites son ancien avant de partir : « Prends garde m ’fieu, il est vaste\nle m onde; on s’y perd. »\n\n                                                                 PAUL   ORGELS."}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-05-13-n7-004", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 248, "page_fin": 248, "titre_corps": "Crépuscule pluvieux", "titre_sommaire": "Crépuscule pluvieux", "signature_source": "EPHRAÏM MIKHAÏL", "ancre_debut": "CRÉPUSCULE PLUVIEUX", "ancre_fin": "EPHRAÏM MIKHAÏL", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les 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ste a d it : E n tre m ille , j e n ’a i\n\nP u trouver qu'un seul homme, et pas même une fem m e. —\n\nH u m a in s au coeur de boue, oh ! j e n 'a i p a s de blâme\nP o u r celu i q u i, sentant la honte d'être né\nE t le mépris d ’ un D ie u sur sa vie acharné,\nC herche en la mort la p a i x suprême q u i l'affam e.\n\nC e n’est p as d 'aujou rd ’ h u i que le dégoût nous prend,\nD e s j e u x vains où se p la ît la colère d iv in e;\nM a is en nos cœurs bouillonne un sang q u i nous aviné,\n\nE t nous buvons s i bien son arôme enivrant,\nQ u e bientôt, d 'u n seul coup, la M o r t q u i nous délie\nP o u r ra fa u ch er le M on de en proie à la fo lie !\n\n\n                                      II\n\n                        R É S IG N A T IO N .\n\nJ ’ a i sa isi le V am p ire au col en mes d eu x m ains,\nJ e l'étreins fortem ent, j e veux q u 'il rende gorge,\nM a is j ' a i beau haleter comme un soufflet de forge,\nJ 'a i beau me consumer en efforts surhum ains,\n\nJ e ne p u is étrangler le monstre q u i m'accable,\nQ u i se colle à ma chair, et s'abreuve de sang :\nContre cet acharné, j e me sens im puissant ;\nJ e ne p u is que céder à sa rage im placable.\n"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1488, "texte": "                             —    25 0 —\n\nO vampire du cœur, A m o u r, à m on effroi,\nJ e ne lutterai p lu s ; j e me soumets ! —        T a lèvre\nP e u t à longs traits humer ma force q u i décroît,\n\n\nJ e sa urai m 'endurcir a u x frisson s de la fièvre\nE t tu pourras vider mes veines, sans qu'un p leu r\nN e révèle en mes y e u x mon intim e douleur.\n\n\n\n                                    III\n\n\n                  L ’ O IS E A U S O L I T A I R E .\n\nL a solitude est lourde et sans rien q u i la trouble.\nSous les nuages noirs a u x rauques grondements\nS 'éten d sans f i n la p la in e , où les m arais dormants\nE ta len t leur surface empuantie et trouble.\n\n\nP a r la morne étendue un bouquet de roseaux\n P ousse de c i, de là ; p a rfo is une cigogne\nS u r une patte, au bord d 'un m arais, se renfrogne\nS a n s bouger, sans songer, en contemplant les ea u x.\n\n\n M o n âme est ce p ays, et p a s une pensée,\n D ep u is les j o u r s en fu is ne l 'a p lu s traversée,\n P l u s un-ancien bonheur, p lu s un chag rin nouveau :\n\n\n R ie n que mon seul amour, que votre seule im age,\n P a r e ille au triste oiseau rêvant du paysage,\n Q u i veille en ma mémoire et hante mon cerveau.\n\n\n\n                                      IV\n\n\n                             B E R G E R IE .\n\n J 'ig n o r e l'a r t charmant d'enfiler les mots creux\n D o n t la délicatesse affolait les marquises ;\n J e ne sais pas tresser en g u irla n d es exquises\n D e tendres m ad rigau x, poudrés et langoureux.\n"}, {"page_pdf": 278, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1292, "texte": "                            —    251 —\n\nO n ne m 'a pas appris à vanter une robe,\nA vi enthousiasmer pour des rubans nouveaux,\nE t le secret m ignard de p ille r M a r iv a u x\nA mon esprit, grossier sans doute, se dérobe.\n\n\n\nE t bien que su r mon cœur l ’ amour soit tout p u iss a n t,\nQ u 'il tra v a ille m a cha ir et m e brû le le sang,\nE t bien que ma pensée en soit toute nourrie,\n\n\n\nJ a m a is j e ne sa urai — · mon langage est trop dur —\nCom m e un berger W atteau tout de gaze et d 'a zu r,\nD ébiter les fa d e u r s de la galan terie.\n\n\n\n\n                                   V\n\n\n\n                         APO TH ÉO SE.\n\n\n          Vos y e u x bleus sont p ou r m oi le ciel,\n          M ig n on n e l et sur vos lèvres roses,\n          Com m e une abeille sur les roses,\n          M o n cœur s'en vient p u iser le m iel.\n\n\n\n          Vos cheveux blonds sur votre tête\n          S o n t des rayons ensoleillés,\n          E t les amours agenouillés\n          Vous chantent des hym nes de fê te .\n\n\n\n          E t p arm i leurs chœurs assou plis,\n          J e veux, pour vanter votre grâce,\n          V o u s dire, p le in d'am our vivace,\n\n\n\n          L e s sonnets, fie r s comme le lys,-\n          D o u x comme la rose fleu r ie,\n          Q ue R onsard chan tait à M a r ie .\n"}, {"page_pdf": 279, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 895, "texte": "                                   VI\n\n\n\n                     IN C O N S C IE N C E .\n\n\nS i ja m a is vos y e u x bleus parcourent mes sonnets,\nS i mon vers raboteux et mon verbe incolore\nE n votre esprit songeur un instant f o n t éclore\nL e désir de savoir pour q u i j e besognais,\n\n\nSongerez-vous alors que vous êtes si belle\nQ u e, seule, vous avez flé c h i mon cœur altier,\nE t que j e suis à vous, à vous seule, en entier,\nM o i q u i naguère étais à tout amour rebelle?\n\n\nPetit-être en votre cœur vous retracerez-vous\nVaguem ent, sans savoir, les traits de quelque am ie ;\nO u , vous laissant sa isir p a r des regrets ja lo u x ,\n\n\nN ’ irez-vous pas rêver, sous l ’ erreur endormie,\nD e s y e u x p lu s que vos y e u x p lein s d'am oureux éclairs,\nE t dire : « P o u r q u i donc fu r e n t écrits ces vers ?\n\n\n\n                                              ANDRÉ         FONTAINAS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-05-13-n7-006", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 253, "page_fin": 264, "titre_corps": "Contes moqueurs : Les IX", "titre_sommaire": "Contes moqueurs : Les IX", "signature_source": "Charles Buet", "ancre_debut": "CONTES MOQUEURS", "ancre_fin": "Charles Buet", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 280, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2969, "texte": "CONTES MOQUEURS\n                                                     LES IX.\n\n                                                                                           A A lbert Savine.\n\n\n                En c e   te m p s -là , d e u x fa c tio n s d iv is a ie n t F lo r e n c e .\n                     L e s u n s te n a ie n t p o u r d o n          C a r lo     P a z z o n i,   d e s p rin c e s   de\n                  M e d ia n i, p lu s c o m m u n é m e n t a p p e lé d o n C a r lin o ,               et p o r ta ie n t\n                 le u r m o n tre a tta c h é e p a r u n c o r d o n d e so ie b le u e : le s a u tr e s se\nra n g e a ie n t so u s la b a n n iè re d e F a lc o           M o n re a le P a n c o e S c a lc h i, l ’u n des\np lu s illu s tr e s b a ro n s de S ic ile , e t, p o u r s ig n e d e r a llie m e n t, p re n a ie n t u n\nr u b a n de m o ire r o u g e .\n    L e s B le u s et le s R o u g e s se p a rta g e a ie n t le s fa v e u rs de l ’A r n o , cette p a isib le ,\nria n te , m é la n c o liq u e et v ie ille c ité , la s e u le o ù              l ’on   sa c h e v iv r e p o u r se\nre p o s e r, la se u le a ss e z b e lle p o u r y m o u r ir , lo in d e la te rr e n atale .\n    L a n o b le s se flo r e n tin e , d o n t le L iv r e d ’ O r é n u m è re e n c o r e a v e c o r g u e il\nto u s le s b e a u x n o m s de l ’a n c ie n n e R é p u b liq u e , to u s fiè r e m e n t p o r té s, et q u i,\na lo r s , c o m p ta it ju s q u ’à u n e B u o n a r o tti, de la fa m ille d e M ic h e l-A n g e ,                  se\np a rta g e a it e n tre le s d e u x c a m p s , n o n pas e n n e m is , m a is riv a u x .\n   C e p e n d a n t le s B le u s     d o m in a ie n t   aux     a le n to u r s d u p a la is P itti e t des\nja r d in s B o b o li, ta n d is q u e les R o u g e s tr io m p h a ie n t a u L u n g ’ A r n o , d a n s la\nv ille n e u v e , à B o r g o g n is s a n ti, d e r r iè r e la p la c e de la S e ig n e u r ie .\n   L e s d e u x p a rtis se re n c o n tr a ie n t a u x C a s c in e s , a u x th é â tr e s , a u x a rè n e s,\na u P o lite a m a , a u c lu b , d a n s le s c a b a re ts à la m o d e , p a r to u t e n fin              où    l ’on\ns’a m u s a it, c a r il fa u t b ie n le d ire , o n s’a m u s a it a lo rs à F lo r e n c e c o m m e a u x\njo u r s o ù le s é lé g a n ts ,      su b tils , in fâ m e s et c r im in e ls          M é d ic is y ré g n a ie n t,\nse r v a n t et tr a h is s a n t to u r à to u r la        R é p u b liq u e ,    l ’E m p e r e u r et le       Pape,\nfa is a n t é c lo r e des c h e fs-d ’ œ u v r e s o u s le u r in s p ir a tio n , v e r s a n t à flo ts , p o u r\nle s jo ie s d e le u r c œ u r et les fa n ta isie s d é ré g lé e s de le u r a m b itio n , des flots\nd ’ o r et d e sa n g.\n   A in s i le d u c d e M o n d r a g o n e d o n n a it u n e fête de la R e n a is sa n c e o ù to u s\n"}, {"page_pdf": 281, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4536, "texte": "                                                        —     254 “\n\nle s p e rs o n n a g e s d e la c o u r d u M a g n ifiq u e L a u r e n t fig u r a ie n t,                      a v e c le u r s\na rm e s d a m a sq u in é e s , le u r s jo y a u x m e r v e ille u x , le u r s d a m a s b r o c h é s d ’ o r et\nle u r s v e lo u r s c ise lé s , to u s re p ré s e n té s p a r le u r s d e s ce n d a n ts d u m ê m e n o m .\nL e s p a g e s, a u x ta b a rts c h a rg é s d ’ a rm o ir ie s , a n n o n ç a ie n t R u c e lla i o u S tr o z z i,\ne t c ’é ta ie n t b ie n S tr o z z i et        R u c e lla i q u i        e n tra ie n t, p lu s je u n e s de tr o is\ns iè c le s .\n    E t m ê m e u n e a p p a ritio n fu n è b r e tr a v e r s a la v a s te g a le r ie , illu m in é e p a r\nle s c ire s d e c e n t c a n d é la b re s et d e c e n t g ir a n d o le s : u n v ie illa r d                     des âges\ntrès a n c ie n s , ce n o b le c o m te U g o lin d o n t la to u r de la F a im e m p ris o n n a la\nd o u lo u r e u s e     a g o n ie . S p e c tr e     des    g u e rre s c iv ile s ,        tr is te   et la m e n ta b le , il\ne r r a it p a rm i le s p a tric ie n n e s a ltiè re s , le s s e ig n e u r s c h a m a r ré s de b r o d e r ie s ,\nle s a rtis te s a u x a to u rs           so m p tu e u x , le s p ré la ts en               s im a r re d ’é c a rla te , les\nc o n d o ttie r i c u ira s sé s d ’a c ie r, les g o n fa lo n n ie r s a u x c h a p e r o n s d ’h e r m in e .\n    Le      m a rq u is     V in c e n t   Lon gob ardi            p ré fé r a it       des      d iv e rtis se m e n ts       p lu s\nm o d e rn e s;        il o r g a n is a it des ch a sses fa n ta s tiq u e s ,               d a n s le s     so litu d e s      de\nV a llo m b r o s a , e t les p a y s a n s d e ces r é g io n s a g re ste s e t sa u v a g e s se s ig n a ie n t\ne n v o y a n t p a sser, e m p o rté s d a n s u n e c o u r s e fu rie u s e , des v e n e u rs m a sq u é s\nd e r o u g e , so n n a n t de la tr o m p e , et su iv is de fe m m e s e n v e lo p p é e s de b la n cs\nlin c e u ls .\n    D ’a u tr e s fo is , d e lo n g u e s c a v a lc a d e s d é fila ie n t d a n s le s M a r e m m e s ; p u is\na u x lu e u r s d u so le il c o u c h a n t, so u s le c ie l d ia p ré d ’o r et de v e r m illo n , se\nd re s sa it u n c a m p , a u x p a v illo n s             b â tis d e ta p iss e rie s d e h a u te              lis se ,    aux\nte n te s e n     so ie rie s ja p o n a is e s ,       so m m é e s       d ’é n o rm e s b o u q u e ts         d e p lu m e s\no n d o y a n t à la b r ise .\n   E t q u a n d il fa is a it a ssez fro id p o u r q u e l ’o n fit b r û le r des n o y a u x d ’ o liv e s\ne t des c o p e a u x de b o is o d o r a n ts d a n s le s r é c h a u d s de b r o n z e ; q u a n d la p lu ie\nc r é p ita it su r le s m u r a ille s d e m a rb re et le s b o ssa g es v e r m ic u lé s                     d e s p a la is ,\no n s ’en a lla it so u p e r à la ta v e r n e d u G ig lio , q u i d a te d e la                             q u e r e lle    des\nU b e r t i et des B u o n d e lm o n ti ; e n s u ite c ’ é ta ie n t, à la P e r g o la , des                       c o n c e rts\no ù l’ o n c h a n ta it la J o n e d e P e tr e lla , le P i e r r e d e M é d ic is d e P o n ia to w s k i,\nle s b a rc a r o le s de V e n is e , le s c a n tiq u e s d e N a p le s et d ’ I sc h ia , les c a n tilè n e s\np o p u la ire s des        R om agn es ; ou            e n c o r e , au     N ic o lin i,       en      des p a n to m im e s\nim p r o v is é e s s ’é v e rtu a ie n t G ia n d u ja ,         de       T u rin .,    S te n te r e llo ,      M e n e g h in ,\nP u lc in e lla et l ’in sa isis sa b le A r le q u in , to u jo u r s a m o u r e u x                    de    C o lo m b in e ,\nto u jo u r s b a ttu et to u jo u r s c o n te n t.\n   P u is , a u x n u its se re in e s d ’été o ù le c ie l d ’ u n a z u r                      san s ta ch e se c r ib le\nd ’é tin c e lle s , a lo rs q u e F lo r e n c e , d a n s u n e p a ix s u b lim e , s’e n d o r m a it a u x\nse n te u rs é n iv ra n te s d e ses ja r d in s ,le c o m te U g o                      C r e m o n a e m m e n a it su r\nl ’ A r n o to u s ses a m is et le u r s            a m ie s. E t ju s q u ’au le v e r d u s o le il u n e flo tille\nd e g a lè re s p a v o isé e s de p o u r p r e , d e g o n d o le s ta p issé es d e v e lo u r s n o ir , de\n"}, {"page_pdf": 282, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4292, "texte": "                                                   —    255 —\n\ng a b a re s g a rn ie s d e satin d 'O r ie n t, v o g u a it s u r le fle u v e lim p id e , e n tre                    les\nriv e s h é r iss é e s de le n tisq u e s, d ’o liv ie r s , de fig u ie rs to rtu s , d ’o ù s'é la n c a ie n t,\ng r ê le s et m in c e s , des p in s à la        so m b re    fr o n d a is o n      é p a n o u ie    e n o m b e lle s\nD e s b a rq u e s , c h a rg é e s de m u s ic ie n s , de c a n ta tric e s et d e p o è te s , e s c o r ta ie n t\nla flo tille , et l ’o n e û t d it, à v o ir le s      d r a p e a u x b a ig n a n t d a n s l’ eau c la ir e , les\nb a n n iè re s flo tta n t à la b rise ,       les d a is    e m p a n a c h é s, le s fa n a u x d o ré s, les\ng u ir la n d e s d e fle u r s , le c o rtè g e d e q u e lq u e fée des O n d e s a p p a ra iss a n t to u t\nà c o u p à tr a v e r s le s b r u m e s lé g è re s d u m a tin .\n   A in s i la fa c tio n des B le u s et la fa c tio n des R o u g e s n ’ a v a ie n t q u ’ u n b u t en\nc e m o n d e : le p la is ir . M a is n o n p as le p la is ir b ê te , fa s tid ie u x , b a n a l, v u lg a ir e ,\nd e to u s les jo u r s et d e      to u te s    le s h e u re s. N o n        p a s le v ic e         in d iv id u e l    et\np re s q u e s o lita ire , h o n te u x , m is é ra b le , c a c h é , p a r c o n s é q u e n t très h o r r ib le\net trè s e n n u y e u x . M a is le p la is ir sa tis fa isa n t à to u s le s c a p ric e s de l ’im a g i­\nn a tio n , ra re , fa s tu e u x et ra ffin é , le v ic e im p e rs o n n e l, g lo r ie u x , é lé g a n t, te l\nq u e l ’h o n o ra ie n t le s A s s y r ie n s d ’A s s u r b a n ip a l, et q u i,      d a n s la      R o m e des\nC é s a r s , é ta it déjà ra p e tissé .\n     L e s B le u s et les R o u g e s n e s’ o c c u p a ie n t de r ie n ,            h o r m is d e s ’a m u se r,\ne stim a n t q u e la v ie est tr o p c o u r te et tro p c h è r e p o u r la d é p e n s e r fo lle m e n t\nà tr a v a ille r , à p le u r e r , à s o u ffr ir et se p la in d re . T o u s é ta ie n t fo rt ric h e s ,\na ssez r ic h e s p o u r n e se r u in e r ja m a is , et fa ire n é a n m o in s a ssa u t d e lu x e et\nde p ro d ig a lité , c e d o n t ils n e se p riv a ie n t p a s.\n     L ’u n h a b illa it ses la q u a is en d u c s et p a irs d e la c o u r d u ro i L o u is X V :\nl ’a u tr e a tte la it h u it zè b r e s à sa c a lè c h e ; u n a u tre             en core     faisa it v e n ir ses\ng r o o m s de la c ô te d e C o r o m a n d e l, ses c u is in ie r s de N a n g a s a k i et de B o r n é o .\n     L e p e in tre P o ly n ic e C a la r o . h e u re u s e m e n t d é p o u r v u       d ’ E té o c le , b r o s s a it\nd e s to ile s m a g n ifiq u e s d a n s u n          a te lie r     gran d       com m e u ne            c a th é d ra le ,\ne n c o m b r é de m e u b le s p r é c ie u x , de te n tu re s d é ro b é e s a u x              p rin c e s se s       des\nM i l l e et u n e N u i t s , d e b ib e lo ts ra sse m b lé s a u x q u a tre c o in s du m o n d e .\n     L e p o è te E p h is e é c r iv a it u n so n n e t p a r jo u r su r u n e ta b le de m o sa ïq u e\nen     p ie rre s d u re s,   dans u ne         c h a m b r e en      ro to n d e ,    p a v é e de la p is-la zu li,\nla m b r is s é e d ’a v e n tu r in e , d r a p é e d e g u ip u r e s v é n itie n n e s a p p liq u é e s s u r u n\ns a tin m o rd o ré fa b r iq u é à G ê n e s p o u r le tr io m p h e d ’A n d r é D o r ia .\n     E n fin , la p lu s o r d in a ir e des a rm e s q u i s ’e n ta s sa ie n t en tr o p h é e s d a n s                le\nb u n g a lo w d u c a p ita in e P a r r , c o p ié su r u n e p a g o d e des e n v iro n s de B é n a r è s,\né ta it la fa m e u se é p ée d e D u r a n d a l q u e R o la n d n e b risa pas à R o n c e v e a u x ,\net q u i re p o s a it s u r la d a lm a tiq u e a u x o r fr o is d ’ a rg e n t m a s s if de l ’a rc h e v ê q u e\nT u r p in .\n\n\n   O r , a p rè s les m éd ia n o c h es s p le n d id e s          o ffe rte s à l ’a r is to c r a tie    flo re n tin e\np a r le d u c de M o n d r a g o n e , le m a rq u is         L o n g o b a r d i et le c o m te C re m o n a ,\n"}, {"page_pdf": 283, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4273, "texte": "                                                    — 256 —\nd o n C a r lo des p r in c e s de M e d ia n i, c h e f su p rê m e des R o u g e s , v o u lu t ê tre à\ns o n to u r l ’a m p h y tr io n       d ’ u n e fête d o n t la m a g n ific e n c e et l ’é c la t s u rp a ss e ­\nr a ie n t to u t c e q u e ses riv a u x a v a ie n t in v e n té d ’e x tra o rd in a ire .\n    M a is il a v a it h o r r e u r d e la fo u le , et se ra p p e la fo r t à p ro p o s q u e je n e\nsa is q u e l p o è te la tin d é fe n d a it q u e le n o m b r e des c o n v iv e s d é p a ssât c e lu i\ndes m u se s.        Il r é s o lu t d o n c de n ’ in v ite r , o u tr e le p r in c e F a lc o M o n re a le\nP a n c o e S c a lc h i, d e sp o te d e s B le u s , q u e          se p t d e ses a m is. E t le s se p t\na m is q u ’i l c h o is it p o u r c ette m e rv e ille u s e fra ir ie , a v a n t m ê m e d ’en tr a c e r\nle p ro g ra m m e , n e p o u v a ie n t ê tre et n e fu r e n t en effet q u e M o n d r a g o n e ,\nL o n g o b a r d i, C r e m o n a , le p e in tre P o ly n ic e , le p o è te E p h is e , ca p ta in P a r r ,\ne t e n fin u n F r a n ç a is d e n o tr e c o n n a is sa n c e la p lu s in tim e , n o m m é E d m e\nL a u n a y , q u i n e fa is a it rie n , n e lis a it r ie n , n ’é c r iv a it r ie n , n e v e n d a it r ie n ,\net q u i p o r ta it le r u b a n ro u g e et le ru b a n b le u tressé s e n s e m b le , à se u le fin\nde té m o ig n e r de l ’é cle c tism e d e ses o p in io n s .\n    Le    p lu s â g é de ces fo rtu n é s p e rs o n n a g e s c e ig n a it la c o u r o n n e de la\nv in g tiè m e     année,      chapel       de    ro se s    dont      le s   é p in e s     en core         fle x ib le s ,\np o in ta ie n t à p e in e su r la tig e , et to u s é ta ie n t b e a u x , sa n s a u c u n e e x c e p tio n .\n   D o n C a r lin o re s se m b la it a u x b u stes des p lu s je u n e s C é sa rs : C a lig u la\nim b e r b e , je u n e , s u p e rb e , im p é rie u x . — M o n re a le , u n S a r r a s in d e S ic ile ,\np e tit, n e r v e u x , o liv â tr e , a v e c des c h e v e u x c re sp e lés e t des y e u x d e d ia m a n t\nn o ir . — L e d u c A s t o r r e , u n g é a n t d u m o y e n -â g e , é c h a p p é des c o m p a g n ie s\nde J e a n d e s B a n d e s - N o ir e s , h a u t, m u s c u le u x , p u iss a n t. —               C rem o n a , u n\nV é n itie n d u q u in z iè m e , b la n c d e p e a u , d e s y e u x v e r ts , des lè v r e s c a rm in é e s\nso u s le re fle t d ’u n e a b o n d a n te c h e v e lu r e ro u s s e . — L o n g o b a r d i, q u i a v a it\nfa it ses p re m iè re s a rm e s c o m m e p a g e d u g r a n d -d u c , sv e lte , m in c e , é lé g a n t\nso u s l ’u n ifo r m e g r is et n a c a r a t des h u ssa rd s d e P la is a n c e . — S a m u e l P a r r ,\nA n g la is d e n a is sa n ce , T o s c a n d ’ in c lin a tio n , c o s m o p o lite d ’h a b itu d e s , u n e\nsta tu e d e c h a ir , b lo n d e e t ro se . —       L e p o è te E p h is e , id o le de to u s les p a la is\nd e la r u e T o r n a b u o n i, le p e in tre P o ly n ic e , d ig n e é lèv e d e l ’ é c o le p é ru g in e ,\nd e u x fig u r e s à la R a p h a ë l. — E n fin , E d m e L a u n a y , u n c a v a lie r d e b e lle\np re s ta n c e , l ’œ il v if et m o q u e u r , le s o u r ir e ir o n iq u e , p é tilla n t de g a îté , de\nm a lic e et d e v e r v e .\n   E t ce        n ’é ta it r ie n q u ’ils fu s se n t b e a u x !      La    fla m m e          d e l ’ in te llig e n c e\nb r û la it en e u x : c o n te m p te u rs d u p ro sa ïsm e des c h o se s v u lg a ir e s , a m o u r e u x\nd e l ’id é a l, c h e r c h e u r s d e l ’im p o s s ib le , ils m é p ris a ie n t to u s c e u x d o n t la\nfr o id e ra is o n , l ’e sp rit     m é th o d iq u e ,   le s   p ré ju g é s   et      le s     p ré v e n tio n s se\nre fu s a ie n t à le s c o m p r e n d r e .\n   P o u r a m u s e r d e te ls s e ig n e u r s , il fa lla it é v id e m m e n t im a g in e r u n e fête\ng r a n d io s e , q u i n e fû t n i u n e m a s c a r a d e , n i u n e o r g ie , q u i e û t le c h a r m e d e\nl ’im p r é v u e t se m b lâ t n ’ a v o ir p a s été p ré p a ré e .\n"}, {"page_pdf": 284, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3794, "texte": "                                                   -    257 —\n     D o n C a r lin o se m it e n re tr a ite p o u r m ie u x r é flé c h ir . Il e u t d e lo n g u e s\nc o n fé re n c e s a v e c ses p r in c ip a u x f a tto r i     u ré g is se u rs, a v e c so n m a jo rd o m e ,\nses c a m é rie r s     et ses o ffic ie rs d e b o u c h e . P u is il fit, in c o g n ito c o m m e u n\nm o n a rq u e , u n v o y a g e à R o m e . Il en ra p p o r ta d e g ra n d e s c a isse s, scellées\nd u c a c h e t d u fa m e u x o r fè v re C a s te lla n i. E t c o m m e ces a llé e s et v e n u e s\nc o m m e n ç a ie n t à in q u ié te r les B le u s et les R o u g e s , et q u ’o n se d e m a n d a it\navec      e ffro i s ’il n e se n é g o c ia it p as u n            m a ria g e e n tre ce s p ir itu e l g e n til­\nhom m e        et q u e lq u e     r ic h e p rin c e s se      in fé o d é e a u V a t ic a n   ou     g a g n é e au\nQ u ir in a l, il fa llu t b ie n q u e D o n C a r lin o ré v é lâ t s o n se c re t.\n     L e d u c A s to r r e , c a p ita in e P a r r , le p o è te E p h is e , le p e in tre P o ly n ic e , les\nL o n g o b a r d i e t C r e m o n a , le p rin c e         F a lc o et le c a v a lie r L a u n a y re ç u re n t\nd o n c , u n m a tin , d a n s u n é tu i d e v e r m e il tim b ré d e -le u rs a rm e s, d e v ise s o u\nm o n ogram m es,           u n e p a n c a r te de p a p y r u s , e n r o u lé e a u to u r d ’u n e b a g u e tte\nde c è d re ; et s u r c ette p a n c a r te , en le ttr e s o n c ia le s tr a c é e s a v e c d u c in a b r e\ne t d u c o b a lt, é ta it in s c r ite l ’in v ita tio n su iv a n te :\n\n  Charles, des princes de Mediani, prie son ami     de venir ce soir à\ndix heures, à son casino de San-Baldo, hors la porte de Prato.\n\n     R ie n   d e p lu s. O n v o u la it des e x p lic a tio n s , m a is d u r a n t to u te la jo u r n é e\ndon      C a r lin o   fu t in v is ib le .   Il n ’a lla p as a u x C a s c in e s , o ù to u t le m o n d e\np a rla de lu i. Q u e lq u e s R u ss e s e n g a g è r e n t d e g r o s p a r is a v e c le s v ie u x p a irs\na n g la is q u i v ie n n e n t c h a q u e a n n é e ,        e n tre te n ir le u r sp lee n       à F lo r e n c e .\nQ u e lq u e s é to u r d is se p r o m ir e n t d ’a lle r fra p p e r à la p o rte d u c a s in o , et de\nse fa ir e in v ite r im p r o m p tu . D ’ a m è re s p la is a n te r ie s fu r e n t d ir ig é e s c o n tre\nle s h u it p riv ilé g ié s q u e la s in g u liè r e a m itié d u c a d e t de M ed ian i fa v o ris a it\nsi    in so le m m e n t.    B r e f,   on    g lo sa   de te lle      so rte q u ’ il y e u t d e u x c a rte ls\ne n v o y é s p a r le m a rq u is L o n g o b a r d i e t le          c o m te C r e m o n a , l ’ u n a u k n ès\nta rta re V o r o n è je T c h a s it z k y , l ’a u tr e a u lo r d S te p h e n T u d o r , fils u n iq u e de\nS a G râ c e le d u c d e W o lv e r h a m p to n .\n\n\n\n\n     M a is le s o ir d e ce b ie n h e u r e u x jo u r , u n e fo u le d e n o b le s d a m e s, de\nc a v a lie rs e t d e g e n tle m e n se p re ssa it a u x a le n to u r s de la P o r te d e P r a t o ,\np o u r v o ir p a sser les in v ité s de d o n C a r lin o .\n     C e fu r e n t d ’a b o rd E p h is e et P o ly n ic e a v e c E d m e L a u n a y , se p ré la ss a n t\nto u s les tr o is s u r les c o u ss in s d ’u n e m o d e ste c ita d in e .\n     P u is C r e m o n a , L o n g o b a r d i et le c a p ita in e P a r r , m o n ta n t, le s p r e m ie r s ,\nde m a g n ifiq u e s g e n e ts d ’E s p a g n e d ’u n e b la n c h e u r im m a c u lé e , et l’ A n g la is ,\nu n p e tit c h e v a l de B a ta v ia , e sc o rté s de h u it g r a n d s            d ia b le s d e M a la b a rs,\n"}, {"page_pdf": 285, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4268, "texte": "                                                   --    258 —\n\nv ê tu s d ’é c a rla te ,   c o iffé s   de    tu rb a n s    de       c a c h e m ir e ,   et q u i      se c o u a ie n t\nd ’ é n o rm e s to rc h e s de c ire p a rfu m é e .\n   L e c a rr o s s e d u d u c d e M o n d r a g o n e v in t e n s u ite , c h a r g é à l ’a v a n t et à\nl ’ a r r iè r e d ’a u ta n t de la q u a is q u ’il en p o u v a it p o r te r : le p o p u la ir e a p p la u d it\nla g r a n d e b e rlin e d o ré e , à la rg e s p a n o n c e a u x d ’a r m o irie s , tr a în é e p a r s ix\nv ig o u r e u x p e rc h e r o n s , et le s su p e rb e s liv r é e s         de v e lo u r s fra p p é c o u le u r\ng o r g e de p ig e o n , à p a re m e n ts v e r t-p o m m e , g a lo n n é s d ’a rg e n t.\n   L ’é q u ip a g e du p r in c e d e         M o n re a le , q u i v in t le          d e rn ie r, e u t p lu s          de\ns u c c è s e n c o r e . C ’é ta it u n e c a lè c h e c o n d u ite en D a u m o n t p a r d e u x jo c k e y s\nm in u s c u le s , v ê tu s de la c u lo tte de p e au et de la c h e m is e d e c rê p e d e C h in e\nb le u , c o iffé s d e la ca p e         en    d ra p   d ’o r .     H u it p iq u e u rs e n          liv r é e     b le u e\nfe r m a ie n t la m a rc h e . T a n d is q u e les c u r ie u x a u x a b o is re n tra ie n t d a n s la\nv ille , a ssez d é sa p p o in té s, les in v ité s d e d o n C a r lin o a rriv a ie n t au c a s in o de\nS a n -B a ld o s u r le c o u p de d ix h e u re s. D e u x su isse s a rm é s de h a lle b a rd e s ,\nq u i g a rd a ie n t le p a v illo n d ’ e n tré e , le s re c o n n a is s a ie n t au p a ssage , e t dès\nq u e le p rin c e F a lc o e u t m is pied à te rre , — c a r n i c h e v a u x , n i v o itu r e s , ni\nse r v ite u rs n e p é n é tra ie n t d a n s la        c o u r — le s p o r te s et le s g r ille s fu r e n t\nfe rm é e s, e t to u tes les la n te r n e s , éte in tes.\n   A lo r s un c a m é rie r s ’a p p ro c h a des h u it je u n es g e n s et le s c o n d u is it v e rs\nle c a s in o , très s ile n c ie u x et très so m b re             II le u r fit g r a v ir le p e rro n , c ô to y é\nde d e u x sp h in g e s e n b a sa lte n o ir , le s in tr o d u is it d a n s le v e s tib u le , d a llé de\np o r p h y r e , e t e n fin les m en a l ’u n a p rè s l ’a u tr e a u x a p p a rte m e n ts d u p re m ie r\néta g e o ù ils tr o u v è re n t, en d e c o n fo r ta b l es c a b in e ts d e to ile tte , le tr a v e s ­\ntis se m e n t q u ’ils d e v a ie n t r e v ê tir. Ils s’ a tte n d a ie n t à q u e lq u e su rp r is e de ce\ng e n r e , et n e fire n t a u c u n e d iffic u lté . S i b ie n q u ’u n e h e u r e p lu s ta rd , ce ne\nfu r e n t p lu s des m e ss ie u rs de n o tre d ix -n e u v iè m e s iè c le d é g é n é r é q u i se\nr é u n ir e n t d a n s u n e v a ste g a le r ie à c o lo n n e s d e s a ra n c o lin , m a is b ie n des\nR o m a in s et des G re c s d u te m p s de N é r o n à la b a rb e d ’a ir a in . M a is si le\nd u c A s to r r e p o r ta it la c u ira s se d e        d ra p d ’o r , le s b a n d e le tte s n o ir e s , les\né p aisse s c h a în e s d ’ a rg e n t d u g u e r r ie r ,   le p o è te É p h is e a v a it la c h la m y d e\nc o u le u r d ’h y a c in th e , la c e in tu r e lâ c h e , le c o llie r en b o u c le s d ’a m b r e d e\nl ’ e ffé m in é , et le m a rq u is      L o n g o b a r d i se p a v a n a it so u s l ’ a m p le et s o y e u x\nla tic la v e v io le t du sé n a te u r.\n   C r é m o n a en tu n iq u e v e r t d ’e a u , a v e c u n m a n te a u à la g r e c q u e d ’ u n v e r t\np lu s fo n c é , p a ille té d ’ é m e ra u d e s et c o u v e r t d e b r o d e r ie s d ’ u n          a rt d é lic a t,\nd o n n a it le b ra s à S a m u e l P a r r , d o n t la ro b e d e fin e la in e b la n c h e                     n ’a v a it\nd ’a u tr e o r n e m e n t q u ’u n e fra n g e d e so ie .\n   L e p rin c e F a lc o é ta it v ê tu d ’a z u r c o m m e u n               m e ssa g e r d es d ie u x , et sa\nto g e , d o n t la b o rd u r e en p erles d ’O r ie n t c o û ta it le p rix d ’u n b e a u d o m a in e ,\ntr a în a it d e r r iè r e lu i en p lis s o m p tu e u x .\n"}, {"page_pdf": 286, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4139, "texte": "                                                   — 259 —\n    D es e sc la v e s, h a b illé s c o m m e les a ffr a n c h is        a sia tiq u es des p a tric ie n s de\nR o m e , o u v r ir e n t d e v a n t e u x les p o rte s, et s u r la d e rn iè re m a rc h e d ’u n p e rro n\nq u i d e s c e n d a it a u x ja r d in s , ils fu r e n t a c c u e illis p a r d o n C a r lin o , le u r h ô te,\nq u i s’ a v a n c a it to u t re s p le n d is sa n t d e p o u r p r e ty r ie n n e et de p ie rre rie s , le s\nc h e v e u x frisé s so u s u n d ia d è m e d e ru b is .\n    C e p e n d a n t le ja r d in n ’ é ta it é c la iré q u e p a r d e g r a n d s trép ie d s de c u iv r e ,\no ù b r û la ie n t en c ré p ita n t, des fla m m e s v e rd â tre s d o n t la fu m é e im p r é g n a it\nl ’a ir d ’u n p a rfu m â c re . M a is au d e là des c h a r m ille s , a u -d e ssu s d es v ie u x\na rb r e s     s é c u la ire s , é cla ta it u n e lu e u r d ’ a u ro re illu m in a n t le c ie l     p a rse m é\nd ’é to ile s , et c e fu t de ce c ô té q u e d o n C a r lin o c o n d u is it ses a m is, a p rè s a v o ir\né c h a n g é a v e c e u x des p a ro le s de b ie n v e n u e et de c o u r to is ie .\n    P a r des d é to u r s h a b ile m e n t m é n a g é s , et sa n s re n c o n tr e r â m e q u i v iv e ,\nb ie n q u ’ u n e fa n fa re so n n â t    3 a n s le lo in ta in la m a rc h e tr io m p h a le d e la\nS é m ir a m id e , ils a r r iv è r e n t to u t à c o u p d e v a n t le th é â tr e de la fê te ; et la\nm a g n ific e n c e du d é c o r le u r a rra c h a des c ris d ’a d m ir a tio n .\n    C ’éta it, e n to u ré e d e m a ssifs d e rh o d o d e n d r o n s ,          d e v e rn is d u       Japon,\nd ’a rb re s de J u d é e , d e p in s p a ra s o ls e n tre la c é e p a r des lia n e s d e ja s m in s, d e\nc h è v r e fe u ille et d e g ly c in e s , c ’éta it u n e v aste        c o lo n n a d e c ir c u la ir e , à ciel\no u v e r t. L e s c o lo n n e s , en ja u n e a n tiq u e , à c h a p ite a u d e b r o n z e , a c c o u p lé e s ,\nsu p p o r ta ie n t u n la r g e      e n ta b le m e n t en m a rb re n o ir , d é c o ré d e festo n s en\np ie rre s d u re s d e to u te s c o u le u r s , e t d ’o ù     s'é la n c a ie n t des    ham pes       d o ré e s,\nte n d a n t u n im m e n s e v e la riu m d e sa tin ro s e , a v e c des c ré p in e s, des c â b les,\ndes to rsa d e s et des g la n d s d ’a rg e n t.\n    S o u s c h a c u n e des a rc a d e s , s u r u n so c le d e g r a n it b le u té s’é le v a it u n vase\nc o lo s s a l, p le in d e fle u rs et de fe u illa g e s      e x o tiq u e s ; et d o u z e statu e s p o ly ­\nc h ro m e s . des n è g re s d ra p é s d ’o r ip e a u x b a rio lé s , s o u te n a ie n t des g ir a n d o le s de\nM u r a n o , g e rb e s d e fle u rs en c rista l a u x fo rm e s é tra n g e s ; d o u z e c a n d é la b re s\nd ’a ir a in , d u s ty le le p lu s p u r, su p p o r ta ie n t c h a c u n        v in g t c ie r g e s d e c ire\np a rfu m é e .\n    Ç à et là , d e r r iè r e c e p o r tiq u e , d ’a é rie n n e s d ra p e rie s d ’u n ro se v i f re to m ­\nb a ie n t en é c h a r p e s à m ille p lis , a c c ro c h é e s a u x a rb u ste s , e t d a n s la p e rs p e c ­\ntiv e d es a llé e s r a y o n n a n t a u to u r d e la ro to n d e , o n v o y a it, e sp a cé s d e lo in en\nlo in , des tr é p ie d s à fla m m e b le u e o u des fig u r e s e n m é ta l, lu is a n t a u x fe u x\nde la to r c h e d e ré s in e q u ’e lles se m b la ie n t b r a n d ir .\n    L a m o sa ïq u e d is p a r a is sa it à d e m i so u s le s p e a u x de c o u g u a r s , les tap is\ns m y rn io te s , le s v e lo u r s b r o c h é s g r is et ja u n e , éta lés d a n s u n d é s o rd re p itto ­\nre s q u e .\n   E n f in , tr o is ta b le s en b o is de c itr o n n ie r in c r u s té de n a c r e e t d ’iv o ir e\nfo r m a ie n t u n tr ia n g le a u m ilie u d e c e m e r v e ille u x p a v illo n , o u v e r t a u x\nfra îc h e s b rise s d e la n u it, a u x se n te u r s e m b a u m é e s d u ja r d in q u e fle u ris ­\n"}, {"page_pdf": 287, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4186, "texte": "                                                    — 260\n\nsa ie n t le m a g n o lia , le s c a c tu s a u x g ig a n te sq u e s c lo c h e tte s , le s g é ra n iu m s et\nle s fu c h s ia s , é p a r p illa n t le u r s fle u rs c o m m e des g o u tte s d e sa n g fig é d a n s la\nv e r d u r e so m b re .\n   A u t o u r des ta b le s s’ a llo n g e a ie n t des lits à la ro m a in e en m a rq u e te rie de\nb o is d e c è d re , d e b o is de sa n ta l, d ’é b è n e et d ’é c a ille , s u r le sq u e ls s’ a m o n c e ­\nla ie n t d e s c o u ss in s de m o ire c ra m o is ie . D es é v e n ta ils , o u m ie u x des f la b e l l i,\nle s u n s e n p lu m e s de p a o n , le s a u tr e s en p lu m e s d ’a u tr u c h e , et d ’im m en ses\né cra n s o ù ,      su r la m o ire d ’a rg e n t,        re s s o r ta ie n t en r e lie f d e s o is e a u x de\np a ra d is,   des     m e n u r e s -ly re s ,   des c o lib r is ,   des   c a rd in a u x ,   des p a p illo n s\nm a lg a c h e s, d ’ é tra n g e s in se c te s des A n tille s et d e J a v a , se rv a ie n t d e fo n d à\nces lits , a u x a b o r d s g a rn is de fo u r r u r e s d ’o u rs b la n cs .\n   E t s u r les ta b le s , d a n s le s v a se s re tr o u v é s à P o m p é i, à H e r c u la n u m , a u x\nru in e s d e la m a iso n d u P a la tin , le s m e ts le s p lu s e x tr a o r d in a ir e s é ta ien t\ns e r v is p o u r la g u s ta tio . T o u s ces v ases, to u te c ette v a is s e lle , le s p la te a u x\nd ’é m a il, le s c y a th e s et le s c o u p e s d ’o r , les b a ssin s et le s se a u x d ’ a rg e n t, le s\nb u ir e s a u c o l e ffilé o u le s a ig u iè re s à la rg e p a n se, le s a m p h o re s o c e llé e s et\nle s to n n e le ts d e v e r r e iris é , to u t é ta it a d m ir a b le m e n t c o p ié su r l ’a n tiq u e , et\nS a llu s te re s su sc ité a u ra it p u se c r o ir e a u x d e rn ie rs jo u r s de la flo ris sa n te c ité\nq u e le V é s u v e e n s e v e lit so u s u n d é lu g e d e c e n d r e s .\n   L e s s e r v ite u rs o ffrire n t a u x n e u f c o n v iv e s des c o u ro n n e s d ’ a c h e et de\nlie r r e , d e s c o llie rs de r o se s b la n c h e s et p u r p u r in e s , e n tre la c é e s de ru b a n s.\nP u is ils fire n t d e s a sp e rs io n s a v e c d e l ’e ss e n c e d e v e r v e in e , et m ir e n t le feu à\nd es c a s so le tte s e m p lie s des p a rfu m s le s p lu s ra re s d is tillé s au fo n d des\nh y p o g é e s d e l ’île d ’E lé p h a n ta o u d a n s le s te m p le s m y s té rie u x q u i m ir e n t\nle u r s p y ra m id e s d e sc u lp tu r e s a u x e a u x g la u q u e s d u G a n g e .\n   E n fin , des e n fa n ts n o ir s , d rap é s de lé g è re s tu n iq u e s c o u le u r de sa fra n ,\net p o r ta n t le s u n s des c u v e tte s d ’a lb â tre , à la tr a n sp a re n c e la ite u s e , le s a u tres\ndes b r o c s d ’ u n m é ta l n ie llé , v e r s è re n t su r le s m a in s d e s h ô te s d e M e d ia n i,\nl ’ e au tiè d e o p a lisé e d e b e n jo in .\n    C e fu t a p rè s ces p ré p a ra tifs b iz a rr e s , im ité s des p a ïe n s d e la V ille É te r n e lle ,\nq u e le festin c o m m e n ç a .\n    O n y se r v it le s m e ts le s p lu s e x tr a o r d in a ir e s : la n g u e s de p h é n ic o p tè re s,\nœ u fs d e to r tu e , c a v ia r b r o y é a v e c d u ju s de lim o n , sa la iso n s d ’ E s c la v o n ie ,\np o is so n s fu m é s et sa lé s d e N o r w è g e e t d e L a p o n ie , d o ra d e s et la m p ro ie s,\nc u is so ts d e k a n g o u r o u s , ta n g s rô tis d a n s u n e fosse, b o sse de b is o n s u r u n lit\nd e c h o u x -p a lm is te s , sa la n g a n e s, m o llu s q u e s des m ers d e N ip p o n , fa isa n s\nd o ré s e t p e r r u c h e s , d u M e x iq u e , g r o u s e s , tu r b a n s d e c a ille s é g y p tie n n e s,\nsa lm is et ra g o û ts d ig n e s d e s c u is in ie r s d iv in s d e L u c u llu s et de V it e lliu s ,\nfr u its d e to u s les p a y s d u m o n d e , m a n g u e s de M a u r ic e et le tc h is d e la C h in e ,\nsa v o u re u s e s b a n an e s de B o u r b o n et p o m m e s c a n n e lle s de C e y la n , g o y a v e s\n"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3953, "texte": "                                                       — 261 —\nco n fite s , p a p a y e s a ss a is o n n é e s d e le u r p o iv r e , fra is e s n o y é e s d a n s u n e c rè m e\nd ’a n a n a s, p o ir e s s u c c u le n te s , p â te s d e p a m p le m o u ss e s, g e lé es d ’o ra n g e s et\nd ’a lg u e s m a rin e s .\n   T o u s ces m e ts d é fila ie n t p a r o r d r e , se rv is a v e c m é th o d e a u m ilie u des\nc o n d im e n ts le s p lu s v a r ié s , a c c o m p a g n é s de v in s e x q u is . E n c e c i, l ’ o r d o n ­\nn a n c e d u re p a s fu t m o d e rn e , c a r le v in d e C o n s ta n c e , a p p o rté d u C a p à\ng r a n d s fra is , le v in d e C h y p r e d e la C o m m a n d e r ie , d a ta n t p re s q u e de la\nc o n q u ê te , le c a p ite u x L ie b fr a ü lm ic h , le T o k a y d e 1 7 6 7 , le L a c r y m a -C h r is ti,\nle p é tilla n t C a p r i en J ia s c lii, l ’ H e r m ita g e et le V a l de P e n a , le B o r d e a u x\nr e to u r d e l ’ I n d e , c o u lè r e n t à flo ts , sa v a m m e n t c o m b in é s a v e c c h a q u e se rv ic e .\n   P u is o n a p p o rta u n e a m p h o re , e n c o r e c a c h e té e , et d é c o u v e rte so u s u n\na m as d e b r iq u e s ,       à P o m p é i, d a n s le lo g is d e           l’ é d ile P a n sa . C ’ é ta it du\nF a le r n e , d é jà v ie u x l ’an 70 d e n o tr e ère . L e sc e a u fu t b risé . L a liq u e u r ,\né v a p o r é e et ré d u ite à l ’ état d e c o n fitu r e , fu t d é la y é e a v e c u n p e u d ’ a lc o o l et\nd ’eau , et ces n e u f c h ré tie n s d u d ix -n e u v iè m e siè c le b u r e n t a u P la is ir a v e c u n\nv in r é c o lté p a r des e sc la v e s q u i n ’é ta ie n t m ê m e p lu s p o u ss iè re , p o u r u n\ne m p e re u r d o n t l ’u n iv e r s p e u t-ê tre n e s a u ra ja m a is le n o m !\n\n\n\n\n    M a is c e q u i n e s a u r a it se ré p é te r, c a r il fa u d ra it a v o ir l ’ e sp rit d e R iv a ro l\net de C h a m fo r t, le s c e p tic ism e               de     B occace,     l ’ a u d a c e de   P ie r A r e tin o ,\nb e a u c o u p d e p h ilo s o p h ie e t q u e lq u e p e u d e c o u r a g e , c ’est la c a u se rie q u i\ns’e n g a g e a e n tre ces n e u f je u n e s h o m m e s , to u s in c r é d u le s et s u p e rs titie u x ,\nte n d re s et ra ille u r s , a m o u r e u x et p o sitifs, p o è te s et m e n te u r s , p le in s d e v e r v e ,\nd e m a lic e d ’é lo q u e n c e et d e p a ss io n .\n   C e tte    c a u s e rie d u r a c in q       lo n g u e s    h eu res q u i p a ru ren t        c o u r te s ;   e lle\ne ffle u ra to u s les su je ts, tr a ita d e o m n i re s c ib i li e t, s u r to u t d e q u ib u sd a m\na liis . O n p a rla d u g é n ie , de l ’a m o u r , des fem m e s, des a n g es, d u d ia b le , et\nm êm e       u n p e u d e D ie u . I l y e u t de g r a n d s é cla ts de r ir e s so n o r e s , et a u ssi\nq u e lq u e s la rm e s v e r sé e s , q u i ta c h a ie n t d e g r is le s fin e s n ap p e s d e F la n d r e .\nIl y e u t d es v e rs et des c h a n s o n s , et p e n d a n t q u ’o n d e v isa it a in s i, lib r e m e n t,\ndes m u s iq u e s se fa isa ie n t e n te n d re a u lo in , d a n s le s b o sq u e ts . T a n t ô t ie\nc o n c e r t m é la n c o liq u e m e n t      h a r m o n ie u x   d ’u n    o r c h e s tr e d ’in s tru m e n ts à\nc o r d e s , g é m is se m e n ts p la in tifs d e v io lo n s , d e h a rp e s et d e m a n d o lin e s,\nta n tô t la      b e lliq u e u s e   s o n n e rie    des tro m p e tte s     et d e s c o rs , o u b ie n u n\nch o eu r d e v o ix su a v e s, so u te n u e s p a r le s m o d u la tio n s té n u e s des flû te s et des\nh a u tb o is .\n    C o m m e n t se p o u r r a it-il q u ’ o n ra co n tâ t le s v é h é m e n ts d is c o u r s p ro v o q u é s\npar    la m é lo d ie d e s c h a n ts, les d o u x a c c o r d s d es m u s iq u e s , l ’a r d e u r des\n"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3974, "texte": "                                                  — 262 —\nv in s , l ’e x a lta tio n d e la p o é s ie , la g r is e r ie d es p a rfu m s s u b tils , la b e a u té d u\nd é c o r , le fla m b o ie m e n t des lu m iè r e s , e n fin p a r l ’é tra n g e té de c ette é v o c a tio n\nd ’u n s iè c le dès lo n g te m p s d is p a r u ?\n    D e s e sc la v e s d e s se rv a ie n t, le s u n s n o ir s c o m m e l ’é b è n e , à p e in e v o ilé s de\ng a ze s ja u n e s p a ille té e s d ’a rg e n t, les a u tre s b la n c s et b lo n d s , e n r o u lé s e n des\né ch a rp e s d ’ a z u r , to u s c o u r o n n é s d e c y c la m e n s , o u d e g r o s d a h lia s a u x\np é ta les de c ire .\n    A l ’a u b e , e n fin , to u te cette m a g ie p rit fin . D es fla m m es b le u e s s’ é te ig n a ie n t\nl ’u n e a p rè s l ’a u tr e d a n s le s ré c ip ie n ts de c u iv r e et de b r o n z e ; le s c ire s c o u ­\nla ie n t à flo ts su r le m é ta l des c a n d é la b re s ; les fle u rs se fa n a ie n t et s’e ffe u il­\nla ie n t a u x g u ir la n d e s ; le s d ra p e rie s s’ a ffa is a ie n t, a lo u rd ie s p a r l'h u m id ité de\nla ro s é e ; u n e à u n e les é to iles d u c ie l d is p a r a is sa ie n t, et des b r u m e s o r a n ­\ng é e s , strié e s d e n u a g e s v io lâ tre s , m o n ta ie n t à l ’h o r iz o n .\n    C e fu t à ce m o m e n t q u ’u n A fr ic a in , m o n s tr u e u s e m e n t h o r r ib le , a v e c la\ntê te de C a lib a n s u r le to rs e d ’ H e r c u le , a p p o rta , e n v e lo p p é d a n s u n lin c e u l,\nu n sq u e le tte q u ’il d é c o u v r it d ’ u n       g e ste    é p o u v a n té , e n   c r ia n t ces d e u x\nm o ts :\n    — « Cras vobis ! »\n    A lo r s d a n s c ette c la r té d ’a u r o r e , in c e rta in e , p â le et tr e m b la n te , le s c o n ­\nv iv e s de d o n C h a rle s , des p rin c e s d e M é d ia n i, e u r e n t u n fris s o n d ’e ffro i.\nIls se re g a rd è r e n t, et se v ir e n t b lê m e s , liv id e s , le s y e u x c e r n é s , les lè v re s\nd é c o lo r é e s . C e s b e lle s é to ffes c h a to y a n te s, à re flets lu stré s , d o n t ils é ta ien t\nv ê tu s ,   n e le u r p a r u r e n t p lu s q u e d e rid ic u le s o r ip e a u x flé tris et so rd id e s.\nIls a r r a c h è r e n t le u r s c o u r o n n e s d e lie r r e , d o n t les fe u ille s c u ite s et n o ir e s\njo n c h è r e n t les ta p is.\n   A lo r s il se fit u n g r a n d s ile n c e . E t to u s r e g a r d a ie n t le s q u e le tte , a u x os\ng r ê le s d ’u n e b la n c h e u r d ’iv o ire , c liq u e ta n t so u s le s u a ire lé g e r q u i b o u ffa it\nà la b r is e : ils v o y a ie n t u n e lu e u r b r illa n te s’ a llu m e r a u f o n d d e s o r b ite s\nc a v e s : et la b o u c h e san s lè v r e s , a u x d e n ts très p e tite s et très p o in tu e s , ria it\nlu g u b r e m e n t d ’u n rir e s a rd o n iq u e .\n    L e n è g re g é a n t, c e in tu r é d e m a ille s d ’a c ie r, la p o itrin e ta to u é e d ’h ié r o ­\ng ly p h e s , ria it a u ssi en les v o y a n t e ffarés, iv re s de te rr e u r c o m m e ils é ta ien t\nn a g u è re iv re s de jo ie . Q u a n d ils p a ssè re n t d e v a n t lu i, h o n te u x , le s y e u x\nb a issé s, tr a în a n t le u r s sp le n d id e s h a illo n s d e so ie , de p o u rp r e et d e sa tin , il\np ro n o n ç a q u e lq u e s p a ro le s , d a n s u n e la n g u e b a rb a re , des m o n o s y lla b e s g u t­\ntu r a u x et b ref. Il les c o m p ta it peu t-être !\n    L e p o è te E p h is e , a c c a b lé d ’ u n e in v in c ib le p e u r, se la issa to m b e r s u r le s\np e a u x d ’ o u r s , é v a n o u i, e x s a n g u e . I l le fa llu t e m p o r te r s u r u n e c iv iè re , et\nle s a u tre s m a rc h a ie n t à l ’ e n to u r , stu p é fa its et m o rn e s, c o m m e s ’ils su iv a ie n t\nu n c o n v o i fu n è b re .                                                                 -\n"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3949, "texte": "                                                    — 263 —\n\n\n    L e s o u p e r d e s N e u f, d o n t o n p a n e e n c o r e à F lo r e n c e , et n o n san s u n\nfrisso n d ’ é m o i, n ’e u t été v ra im e n t q u ’u n e fête e x tr a o r d in a ir e , u n e o r g ie\nd e lu x e , u n e fo lie d e           gran d      s e ig n e u r   a rtis te ,   et    p e u t-ê tre     e û t-il été\nin u tile d e le d é c r ir e , si le s c o n v iv e s de d o n C a r lo , d e s p rin c e s d e M é d ia n i,\nn ’e u s se n t eu     des d e stin é e s tr a g iq u e s , re lié e s p e u t-ê tre          p a r q u e lq u e lie n\nm y s té r ie u x et s u rn a tu r e l à c ette n u it d o n t o n n e c o n n u t ja m a is to u s les\nse c re ts .\n    L e m a tin m ê m e , à l ’ o m b r e d e la b a s iliq u e de S a n M in ia to , le k n è s ta rta re\nV o r o n è je   T c h a s it z k y   tu a it   d ’u n    cou p      d ’e sp a d o n    le   m a rq u is      V in c e n t\nL o n g o b a r d i, et le s o ir o n ra p p o r ta it à so n p a la is de la v ia S a n ta M aria\nda G o ld o n i le m a lh e u r e u x c o m te C r e m o n a , à q u i lo r d S te p h e n T u d o r a v a it\nfra c a ssé la tête d ’ u n c o u p d e p isto le t.\n    C e tte a n n é e -là , il n ’en m o u r u t pas d ’a u tres.\n    E d m e L a u n a y r e to u r n a en F r a n c e , le c a p ita in e P a r r s ’en re v in t d a n s sa\nb r u m e u s e A n g le te r r e , o ù , p ris de sp le e n , il s’ e m b a rq u a p o u r l ’ In d e .\n    I l y p é r it d a n s u n e g r a n d e c h a ss e a u            tig r e q u e lu i       o ffr it le      R a ja h\nde T a n jo r e . Il a v a it a b a ttu , d u h a u t du h o w d a h de so n é lé p h a n t u n e su p e rb e\ntig re s s e , lo r s q u e le m â le s’é la n ç a d ’ u n b o n d p a r d e rr iè r e , s u r le p a c h y d e r m e ,\net d ’ u n se u l c o u p de sa fo rm id a b le g r iffe re n v e rs a P a r r ; p u is il o u v r it la\np o itr in e , b r o y a le v isa g e , et s’ é te n d it e n fin , c r ib lé d e b a lle s et râ la n t, su r le\nc a d a v re d é c h iq u e té d e sa v ictim e .\n    U n e m a îtr e s se ja lo u s e e m p o is o n n a le p o è te É p h ise , e t le p e in tre P o ly n ic e\nC a la r o f u t a ssa ssin é p a r so n m e ille u r a m i.\n   Q u e lq u e s a n n é e s p lu s ta rd , le p rin c e F a lc o M o n re a le P a n c o et S c a lc h i,\né ta n t c h a r g é d ’ u n e m issio n d ip lo m a tiq u e a u p rè s d ’u n illu s tr e p o ten tat, fin it\nto u t à c o u p sa v ie p a r u n su ic id e q u e rie n n e fa is a it p r é v o ir , et q u i fu t\ne n to u r é d e c irc o n s ta n c e s é tra n g e s. O n le tr o u v a , en effet, e n v e lo p p é d ’u n\nlo n g m a n te a u b le u b o rd é d e p e rle s, é te n d u s u r u n d iv a n , d a n s u n e c h a m b re\np le in e d e fle u rs a u x se n te u r s m o rte lle s. Il re s ta it a u fo n d d ’u n c y a th e d ’o r,\np rès d e lu i, q u e lq u e s g o u tte s d e v in o p ia c é , et sa m a in s e r ra it e n c o r e u n\ns ty le t tr e m p é de c u r a r e , a v e c le q u e l il s’ é ta it p iq u é à la te m p e .\n   A s t o r r e , d u c de M o n d r a g o n e . fu t le seu l q u i e û t u n e fin g lo r ie u s e , c a r il\ns u c c o m b a les a rm e s à la m a in , s u r u n c h a m p d e b a ta ille , a u x e n v iro n s de\nR o m e . P a ix à so n â m e !\n   Q u a n t à d o n C a r lin o , C a r lo P a z z o n i des p rin c e s d e M e d ia n i, l ’a n tiq u ité\nd e sa ra ce , la n o b le s se d e sa p a re n té , la g r a n d e u r de so n n o m et to u te s ses\nric h e s se s n e p u re n t lu i é v ite r u n e m o rt ig n o m in ie u s e .             Il c o m m it u n de\nc e s c r im e s q u ’ il se ra it s a c rilè g e d e la is s e r im p u n i, et q u i, p o u r a in s i d ire ,\na b o lis se n t la p lu s h a u te des p ré ro g a tiv e s r o y a le s : le d r o it d e g r â c e .\n"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 378, "texte": "                                         — 264 —\n   Il fut jugé, condamné, exécuté dans l’enceinte d’u n e forteresse. Le bour­\nreau lui accorda un singulier privilège ; il le pendit avec une corde de soie\nrouge.\n   Edme Launay seul est vivant. Mourra-t-il par le feu, par le fer ou par\nl’eau?\n                                                                  C harles B u e t ."}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-05-13-n7-007", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 264, "page_fin": 266, "titre_corps": "Chronique littéraire : Rosa Mystica, Stanislas de Guaita", "titre_sommaire": "Chronique littéraire", "signature_source": "Raoul Dararès", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "Raoul Dararès", "fin_page_complete": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 291, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 394, "fin_caractere_exclue": 2968, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n     Rosa Mystica, par Stanislas de G uaita, un v o l. chez A lp h . Lem erre, 3 fr.\n   D an s le déluge toujours grossissant de rom ans, de nouvelles et de                contes\nqui envahit la littérature contem poraine, un volu m e de vers apparaît com m e une\nbarque que la tem pête em porte et qu’ on entrevoit, un instant seulem ent, sur l’ horizon.\n   Il y a quelque tem ps, c’était une form e blanche com m e une splendeur polaire\nque nos y e u x on t aperçue : L ’ Ame nue, d’Edm ond H araucourt ; aujourd’hui, l’air\nsem ble parfum é d’un tiède et pénétrant arôm e, qui décèle la fleur étrange que nous\napporte Stanislas de G uaita. Rosa Mystica, cette fleur « éclose à la tige du R ê ve »\net qu’ il a cueillie dans le jardin de son im agination, au parterre du S ou ven ir.\n  L e liv re contient une lo n gu e préface que l’auteur com m ence ingénieusem ent\nainsi : « F aire attendre son hôte à l’anticham bre est d’un im pertinent sans gêne, et\n» peu de visiteurs seraient curieux d’un pareil accueil. C e n’est pas qu’on y puisse\n» trou ver quelque intérêt : j’ai vu    des vaniteux orner un vestibule du m eilleur de\n» leurs m eubles,et tel, sur son escalier, fait l’ étalage de tapis orientaux,qui prive son\n» alcô ve d’ une descente de lit.»\n  C e n’est pas le cas de M . Stanislas de G uaita, et j’avoue que je préfère de\nbeaucoup son appartem ent intime, je veux dire ses vers, à sa préface : car, il a cru\nnécessaire d’y m épriser les bourgeois et d'y citer M. Joseph Prud'hom m e, ce qui\nnous reporte bien loin en a rrière; à cette heure,          Joseph Prud’hom m e, n’ existe\np lu s; s’il existe, il est... député ou poète, lorsqu’il n’est pas les deux à la fois, et\nquant aux bourgeois, ce sont de fort honnêtes gens, qui nous estim ent et que nous\nestim ons, qui nous reçoivent à leurs soirées et dont nous faisons danser les\nfem m es et les filles.\n                                                                  I\n  M . Stanislas de G uaita éprouve le besoin de nous donner ses opinions sur la\npoésie contem poraine ; du m oins, il le dit : « je pourrais dédier ces notes à mes\npères et à m es pairs. »\n  M ais le fait-il? et d'ailleurs pouvait-il le faire? j’ ai l'honneur de connaître l’auteur\nde Rosa Mystica et je crois pou vo ir m e com pter au nom bre de ses amis : eh bien,\nj’ai lu attentivem ent sa préface,et souvent je n’ai reconnu que déguisée et com m ent !\nsa pensée intim e ; pour « aller dans la société », il lui a mis du rouge, de la poudre\nde riz, des parfum s; et ma foi, j’ai failli ne pas la reconnaître.\n"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3160, "texte": "                                                              — 265 —\n   C e n’est plus qu’ une coquette, une « m ondaine » qui « flirte » avec chaque\ninvité, sourit à celui-ci, dit un m ot aim able à celui-là, flatte l’ un et caresse l’ autre.\nQ u elq uefois seulem ent elle dit « ses vérités » à un gêneur, mais                                      avec quelle\ndélicatesse et com bien gentim ent; on ne saurait lui en v o u lo ir.\n   Cependant, je m e dem ande com m ent M . Stanislas de G uaita arrive à dire du\nbien égalem en t de Jean R ichepin et de M oreas? de M m e A ckerm an s et de Laurent\nT ailh ad e? de R ollin at et d’Em ile M ich elet? L e seul rapprochem ent de ces nom s\nn’est-il pas une iro n ie? et quand il cite Joseph G a y da — un chroniqueur qui a fait\ndes vers — dont « la n ote attendrie n’ est pas pour déplaire » (je n ote la négation\nredoublée de cette phrase), il m e sem ble que c’est aller un peu trop loin, m êm e dans\nla plaisanterie, et ressem bler à un m aître d'école prudent qui donnerait des prix\nd’encouragem ents aux cancres de sa classe, afin de ne pas indisposer les parents par\n“ l’injustice » de la distribution des prix.\n  M ais quittons l’ anticham bre ; ici m êm e, dans notre jeune revue, M. Stanislas\nde G uaita a publié un sonnet, « M ystère » que je retrouve (la seconde pièce du\nvolum e). C ’ est à m on avis l’un des m eilleurs poëm es du recueil et celui qui accuse\nle plus la n ote personnelle de l’auteur : je résiste au besoin de le cite r; il se trouve\nà la p age 74 de Rosa Myslica et dans le prem ier num éro de la Basoche.\n  L ’originalité de Stanislas de G uaita, à peine m arquante dan s s o n prem ier volu m e:\nles Oiseaux de Passage (1 ), qui dans son second la Muse Noire hésitait encore,\ns’est accentuée m aintenant assez pour être facilem en t reconnaissable : à la lecture,\ndes vers se graven t dans la m ém oire indélébilem ent : ainsi je cite (le p oète parle\ndes ra yon s qui sem blent) :\n\n                               ... Chan ter à mes y e u x leurs hym nes de clarté\nou bien il parle d’ une fosse où\n                              L ’hom m e lugubrem ent sacrilège et cynique\n                               F ait éclater de rire un grand sépulcre blanc.\n\n  N e voit-on pas Péblouissem ent de la pierre tom bale, qui, en effet, avec « sa can­\ndeur ironique » sem ble bafouer le néant obscur et,\n\n                              R ailler la M ajesté des demeures funèbres ?\n\n  D ’autres vers, et d’autres encore résonnent en m oi; avec plaisir j’en ferais m ention\nici, m ais c’est tout un poèm e qu’il faudrait transcrire; j’en choisis un parm i les vin gt\nqu’ il faudrait connaître et ce sera le sonnet :\n\n                                                                E n d y m io n .\n\n                          A d o rable pasteur, éphèbe aux flancs n erveux !\n                          P h œ b é, m élancolique et divine am oureuse,\n                          Baisant dans un rayon ta lèvre savoureuse,\n                          En frissons de lum ière épanchait ses aveux.\n\n\n\n (1) U n v o l, ch e z B e rg e r - L e v r a u lt 18 81, a u jo u rd ’ h u i ép u isé et ra rissim e .\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1324, "texte": "                                        — 266 —\n                   T o i tu dorm ais, ne soupçonnant larmes ni vœ u x,\n                   T an dis qu’Elle, en la nuit calm e et propice, — heureuse\n                   D ’ étreindre un corps chéri de sa langueur fiévreuse,\n                   E gren ait de l’argen t dans l’or de tes ch eveu x.\n\n                   Salut, ô le premier d’entre les lunatiques\n                   Q u i charm as l’ astre pâle au fond des cieux antiques,\n                   E t qui fus son amant, sans t’en apercevoir!\n\n                   — T e ls les R êveurs, tes fils, quand la lune est levée,\n                   O n t sur le front, parfois — sans m êm e le savoir —\n                   L e Baiser d’une am ie inconnue et r ê v é e .\n\n   Pleins de charm e et délicieux, n’ est-ce pas, ces deux derniers vers ? et com bien\névocateur celui qui nous m ontre la lune « égrenant de l’argent dans l’ or de tes\n cheveux » !\n   Stanislas de G uaita cueillera d’autres fleurs, et nous les apportera telles que celle-ci,\n intactes et superbes, m algré l’envieuse stupidité des foules ; en attendant nous\ngarderons et souvent nous respirerons, corolle jamais fanée et toujours odorante,\nla chère « Rose M ystique »\n\n\n                                                                          Raoul D ar arès."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 262, "texte": "              LA\n\nBASOCHE\n\n    N \" 7. M a i 1 8 8 5\n\n\n\n\n          Tresses de J.-B . Moens, ‘B ruxelles\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "          LA BASOCHE\n                    REVUE LIT TÉ RA IR E ET A R T IS T IQ U E\nParaissant le 13 de chaque mois, en livraisons de 32 pages an moins.\n\n                     PR IX D E L ’ABO N N EM EN T :\n     B e l g i q u e : 4 f r a n c s p a r a n . — U n io n P o s t a l e : 5 f r a n c s .\nT o u te d em ande d’ abo n n em en t d o it être a ccom p a gn ée du m o n ta n t en m an dat-p oste\n\n   Le tirage des nos i et 2 de L A B A SO CH E étant complètement\népuisé, nous nous voyon s forcés de créer des abonnements de dix mois,\nau prix de 3 fr. 50 (étranger : 4 fr. 50), qui partiront du n° 3.\n\n                               BUREAU X DE LA R EVU E :\n\n              Galerie Bortier, 7, à Bruxelles en Brabant.\n\n     L A B A SO C H E reste absolument indépendante de toute coterie littéraire ou\nartistique. — Elle ouvre ses colonnes aux essais des Jeunes. — Leurs envois\nseront examinés par un Comité littéraire, et insérés, s’il y a lieu. — Les manuscrits\nnon insérés sont rendus sur demande.\n     Il     sera répondu à toute lettre sérieuse, contenant un timbre pour l’ affranchisse­\nment du retour. — Nous rendrons compte de tout ouvrage dont un exemplaire\nparviendra aux bureaux de la Revue.\n     La reproduction des articles de L A B A SÒ C H E, est autorisée sous condi­\ntion d’indiquer leur provenance et d’avertir la Direction.\n\n\n                      PROPAGANDE                                              :\n     Dans un pays rebelle, comme le nôtre, à toutes les innovations littéraires, une\nœuvre exclusivement artistique, telle que L A BASOCH E, a besoin du concours\ndévoué de tous ceux que le culte de l’ Art possède. Nous faisons un appel éner­\ngique à tous les Jeunes, et les convions à entamer avec nous la bataille : C ’est à la\nfois la lutte pour l’Art et pour l’existence.\n     Nous tenons à la disposition de ceux qui nous en feront la demande, des cartes\nd’abonnement, numérotées par séries de dix ; lorsqu’une série nous sera revenue\navec adhésions, son dépositaire recevra à titre gracieux, LA BA SO C H E pendant\nun an ; pour deux séries, l’abonnement lui sera servi à perpétuité.\n\n      L ’abondance des m atières et leu r arrivée tard ive nous                          fo rcen t à\nrem ettre au prochain n° des articles de M M . P . Q u illard sur le Salon de\nP aris, S tu a r t'M errill, P a u l R ôin ard, A rle q u in , etc., e tc ., ainsi que plusieurs\ncom pte-rendus littéraires ou artistiqu es (sa lo n des A q u arellistes).\n      Paraîtron t     dans     nos    p rochain s     n os :   Candeur,      n o u v e lle   in édite\nd’O . M éténier, L e       Triangle, par H ecto r Ch ain aye, Journal d’Andre, par\nA rn old G offin, L e Christ de frère Serapion, par S tuart M errill, et des vers\nde M M . Q u illa rd , M ikhaël, V ierset, F rédérix, etc.\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "                  AUX AVERNES\n              Roc h e f o r t    est célèbre dans la contrée, non moins pour la\n               belle ordonnance de ses paysages que pour le fourm illant\n               et ténébreux décor de ses grottes. U n homme, un enfant\ndu pays, M . A lp . C ollign on, mit son or et sa vie à les découvrir, et\naprès les avoir découvertes, en fit pour ainsi dire une oeuvre d ’art\npar les ingéniosités auxquelles il dut recourir, pour frayer à travers\nl’encom brem ent          des         blocs   entassés    l’itinéraire     que   parcourent\naujourd’hui les visiteurs. Il y a quelque chose d ’héroïque dans cet\ninventeur d ’un nouveau genre qui, au risque de la vie, bravant m ille\npérils, face à face avec l’inconnu, ignorant si au bout de ce labeur\neffrayant qui consiste à remuer par dessous des montagnes, il ne\ntrouvera pas la mort, poursuit inébranlablem ent ses explorations, sur\nla piste d’une route qu’il perçoit, qu’il devine, dont tout le monde\ndoute, dont lui seul est sûr.\n   Il faut voir ses grottes ; elles en valent la peine. Il les a non seule­\nment     tirées    de l’ombre, mais                taillées,   sculptées,     dessinées   et,\nstalactites par stalactites, arrachées à la pesante enveloppe de la\nterre et de la pierre. O n traverse des paysages plus ciselés qu’un\nbijou d’orfévrerie, niellés sur                 fond d ’or et d ’argent d’arabesques\nfantasques qui, aux clartés des torches, s’allum ent de paillettes et\nd ’étoiles.   Com m e           des    gem m es,     d ’infinis   m icas    scintillent   aux\ngrum euses parois ; des lum ières qu’on dirait ailées semblent voltiger\naux flancs des rocs ; ici les jaunes des fluorines et les orpiments cris-\n\n\n\n  O   La Belgique, par C am ille L em o n n ier; extrait de la description de la province\nde N am ur, qui paraîtra sous peu dans le T our du Monde. (N. de la R.)\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "                                   - 2 38 -\n\ntallisés se m êlent aux verts sombres des puddings diluviens ; là les\nbleus lazurites s’ensanglantent aux carmins de l’ém atite; ailleurs les\nfeldspath s’écaillent sous la griffe des cuivres arseniatés. Des chapelles,\ndes tabernacles, des châsses,       des reliquaires sculptent le roc en\nrelief; aux flam beaux surgissent de l ’om bre des alham bras guillochés\ncomme de la guip u re; et au bout de toutes ces surprises, la grotte du\nSabbat, spacieuse com me un vaisseau de cathédrale, avec ses voûtes\nqui se perdent dans les ténèbres si haut qu’à peine les gerbes des\nfeux d’artifices tirés par les guides en allum ent la reculée, sem blent\nservir à quelque ténébreux sanhédrin de guivres, de lémures, de\nbrucolaques, de tarasques im m obilisés en de grim açantes et torves\nattitudes par l’effet des sorcelleries.\n  T ou te cette région de la Lesse d ’ailleurs, profondém ent déchirée\npar les déchirements telluriques, offre l’aspect d ’un prodigieux chaos\nperpétuant la colère et le désordre des éléments en travail. D e\nF urfooz à Chaleux et de Rochefort à H an , les entrailles du sol,\nouvertes et lacérées comme des solfatars, forment           une   suite de\ncavernes presque ininterrom pue dont les som bres fantasmagories\nconfondent l’esprit d ’admiration et d ’ horreur. Partout ici la farouche\nbête hum aine, contem poraine des mammouths et des ichtyosaures,\na laissé l’em preinte de son passage, et les cavités de la m ontagne,\npareilles à des cim etières, ont gardé ses ossements, mêlés à ceux des\nautres bêtes de la genèse prim itive, frères de ce premier homm e qui\nallait par les halliers, velu et grondant, abattant avec son stylet de\nsilex les proies que ses dents déchiraient ensuite.\n   O n a mesuré, pour les décrier, les grottes de Rochefort à la toise\nde celles de H an . L a manie des com paraisons n’est m alheureusem ent\nque le tém oignage de notre im puissance à concevoir des beautés\ndifférentes, ou, si l’on préfère, de notre penchant à tout rapporter à\nun idéal uniforme. Il n ’est       pas plus rationnel,     cependant,    de\ncom parer entre eux les grands ouvrages de la nature que les œuvres\nengendrées     du cerveau     des hommes : les uns et les autres         se\ndérobent    à la possibilité d ’un rapprochem ent par des caractères\nparticuliers qui ont chacun une signification propre et réalisent une\ndes formes de l’absolu.\n   C ’est ainsi que les grottes de H an l ’emporteront toujours sur toutes\nleurs pareilles par la terrifiante majesté et les sépulcrales épouvantes de\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "                                — 239 —\nleurs antres plus tourmentés et plus noirs que le Tartare. Dante aurait\nplacé les cercles de son enfer dans cette im age des cataclysmes origi­\nnels. L ’âme, opprim ée d’un incoercible effroi sous les voûtes de cette\nB abylone des ténèbres, depuis les com mencem ents du monde engloutie\nau creuset des volcans et restée suspendue à travers l ’abîm e intérieur,\ncroit y sentir peser sur soi, plus lourdem ent que des monts, l ’entasse­\nm ent form idable des siècles. U n e éternité im m obile, accroupie dans la\nposture du sphinx antique, y sem ble proposer des problèm es à l ’homme\nqui, ébloui et pâle, affronte ces redoutables lieux, pleins de fantômes\net de frissons, et à mesure qu’il s’y aventure, voit se dérober sous lui\nle plancher des certitudes. Il ne sait plus s’il monte ou s’il descend,\ns’il m arche à travers le réel ou s’il tourbillonne dans un songe.\nEst-il un enfant des races blanches descendu aux ondes de cet océan\nde nuit dont les houles s’élargissent en tous sens, rem plissant l ’énorme\nsilence d ’un bourdonnement sourd, continu, pareil à celui des eaux\ndans les roches basaltiques; et naufragé du séjour terrestre, rame-t-il\nà travers l’ombre sans fin pour tâcher de remonter a u jour? Ou bien,\nengendré d ’un peuple de troglodytes, dont la bleue clarté des étoiles\nn ’a jam ais caressé la prunelle, promène-t-il sous un soleil jailli en\nflamm es noires à travers de noirs espaces, un visage aussi noir que la\ndésespérance? L e jou r du dehors et les étincelantes étendues où tournoie\nle rouge soleil de la postérité d ’Adam ne sont-ils point un leurre ?\nOu si c’est l'im pénétrable plafond de nuées à formes pétrifiées que\njam ais ne constelle la m oindre lueur? Il doute : la notion des choses\nl ’abandonne au seuil de ce royaum e de la chim ère et de l’énigm e.\n   A droite, à gauche, de monstrueuses architectures épuisent la série\ndes configurations géom étriques, comme si une volonté cachée avait\nfait de ces cavernes le réservoir des intransgressibles formes auxquelles\nest astreinte l ’expression de la pensée hum aine. E chafaudé en bastion,\ndécoupé en minaret, projeté en pilier, élancé en tour, suspendu en\ndôme, taillé en ogive, déchiqueté en dents de scie, festonné en feuil­\nlages, ciselé en filigranes, échancré en porche, le roc est là comme\nune intarissable matrice d ’où l ’im agination fait sortir des basiliques,\ndes mosquées, des escurials,des palais th ébain s, des tem ples d’Assyrie,\ndes pagodes de Boudha et toute l ’illim itée floraison de la pierre glori ­\nfiant les dieux d ’en haut et les dieux d’en bas. T o u te chose, en cette\nénorme nuit de sabbat où planent les sortilèges, aveuglant les yeux et\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "                                  — 240 —\nconfondant la raison, commence par la réalité, et quelle réalité! celle\nde la mort et de la pierre éternisées l’une par l ’autre ; puis finit dans le\nrêve. Des blocs roulés çà et là ont l ’air de dalles funèbres sous\nlesquelles seraient couchés des empereurs, de menhirs ayant servi aux\nsacrifices druidiques, d’assises de cathédrales à jam ais englouties. L es\ninnom brables stalactites qui pendent de la voûte s’égouttent sur le noir\ndes fonds comme des larmes d ’argent sur le deuil des catafalques ; élan­\ncées du sol en fantômes blancs, avec des silhouettes de moines penchés\nou de grands ours bondissants, les stalagmites sont pareilles aux ban­\nquises des mers polaires. D es parois, comme d ’une panoplie, pointe\nun fouillis de glaives, de flèches et de poignards, et des quartiers de roc\ns’encornent de frontaux de buffles, se cabrent comme des hippogriffes,\nont l ’ampleur de grands pachyderm es vautrés. P a r moments on croit\napercevoir des degrés d ’escaliers déroulés en spirales dans d ’inson­\ndables trous; et d ’autre fois il sem ble qu’on marche à travers les\nécroulements d’une Jéricho ou d’une Gom orrhe tombée sous le vent\ndes colères divines. Des gueules d’abîmes béent dans la profondeur\nde l ’ombre, avec des mugissements lointains qui sont le roulem ent\ndes eaux dans les cavernes et qu’on prendrait pour des clameurs\néperdues, comme si les gehennes          exhalaient    par des soupiraux\nleurs bruits de damnation. E t un fourm illem ent prodigieux traîne\nde part en part, rampe sur le sol raboteux, ridé de plis de pierre contre\nlesquels butte le pied. Il y a des instants où, au passage des torches\néclaboussant le pantèlem ent universel;, de hideuses figures de kobolds\net de poulpicans se mettent à grim acer aux corniches du sombre mur,\nou bien des fulgurances d’escarboucles s’allum ent sur les parois que\nfrappe la lum ière, et quelquefois l’échevèlem ent des flammes rouges\nau fond de la nuit hum ide, fait se tordre comme les serpents d’une\ncrinière de G orgone.\n  C ’est la région des effrois : on dirait qu’une incantation a im m o­\nbilisé le gironnem ent affolé d’un chaos au moment de sa plus effrénée\nrotation et qu’il va suffire du geste d ’un nécrom ant pour remettre en\nbranle ces montagnes qui ne s'accrochent à rien, ces pics déséquili­\nbrés et penchés sur le vid e, ces blocs pesant le poids d ’une maison et\nqui demeurent rivés à on nesaitquels clous invisibles. D ’énormes chauve-\nsouris passent dans l’air avec un froissement doux d ’âmes errantes\ndérangées dans leur som m eil, et leur aile sem ble faite d’un peu de\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "                                 — 241 —\ntoute cette nuit d’éternité qui prendrait corps dans un vol. T o u t ici est\nm acabre, démesuré, apocalypique, terrible : le doigt de la M ort s’y\nappuie sur la bouche du tem ps comme pour le contraindre à garder\ninviolé le secret des genèses et des métamorphoses ; et elle est vrai­\nm ent la reine de cet em pire des ombres, habité par les N ixes et les\nP arques qu’on croit apercevoir partout sculptées dans le roc. L à règne\nle noir sans borne et sans fin des créations abolies, pareillem ent à un\nfleuve de silence et de désolation que rien ne pourrait épuiser ni\ngrossir, car s’il est permis de toujours ajouter à la clarté, on n’ajoute\npas à la nuit.\n  T elles que les antiques Avernes, les grottes ont d’ailleurs leur\nL éth é, cette L esse qui, après s’être roulée en tous sens au lit des val­\nlées, brusquem ent vient se perdre aux horreurs de ces lieux souter­\nrains, com m e une M adeleine repentante au remord des solitudes.\nC ’est elle dont on entend la vo ix à travers les échos de la montagne,\nelle qui met ses rauques sanglots aux clairons cachés dans les ténè­\nbres, elle encore dont les eaux mortes, ensanglantées aux étincelles\ndes flam beaux, sem blent rouler les épaves que Dante entrevit pendant\nsa traversée avec V irgile. Cependant les salles se succèdent à l ’infini\ndans ce palais des visions et des vertiges, les unes sem blables à des\narènes jonchés de ruines et de cadavres, les autres ciselées dans la\npierre comme des paradis mauresques, d’autres encore déployées sous\ndes arceaux de cloître, ici la salle du dôme, là le trône de Pluton,\nailleurs la Salle d ’armes, le P récipice et cinquante autres dont on vous\ndira les noms à mesure que vous plongerez dans leurs tortueux la b y ­\nrinthes. E t quand, échappé enfin aux sorcelleries des Circés et des\nM élusines qui peuplent la grande nuit, on revoit la douceur des choses\ncoutum ières, il semble que l ’âme se réveille d’un songe funeste, et la\nclarté du jou r est une délivrance.\n\n                                            C a m il l e   L e m o n n ie r .\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "LE C A T É C H IS M E D E L 'AI M ÉE\n\n                            I\n\n                 AM O U R F A C T IC E .\n\n\n\n  J e veux des rideaux à chaque fenêtre,\n   F a its de satin sombre et de noir velours,\n   E t se déroulant en larges plis lourds,\n   — M oi seul ne devant ja m a is la connaître ;\n\n   Des tapis épais pour ses pieds petits,\n   A fin qu ’elle glisse humble comme une ombre;\n   E t, dans des flacons des parfum s sans nombre,\n   D ont s’exalteront mes sens ralentis.\n\n   Sans la voir, j'a u r a i sa vision blême,\n   Sans l ’entendre, son souffle m usical;\n   L ’air sera rempli de son rhythme égal,\n   E t j e pourrai croire enfin que j e l ’aime!\n\n   Car j ’aurai le charme exquis d'être seul\n   — Sans que le dégoût de vivre paraisse —\n   Dans son cher silence et dans sa caresse,\n   Tombe, où ses cheveux seront mon linceul.\n                                                    Mars i88j.\n\n\n                           II\n\n\n                      ch a steté .\n\n\n\n\n   Sois sage, ce soir, et sois douce;\n   A im e moi, surtout, sans un cri :\n   Car entre tes bras j ’ai m aigri\n   A in si qu’un phtisique qui tousse;\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "                  — 243 —\nE t, comme à quelque frêle enfant,\nD is-m oi d ’inutiles paroles,\nP ou r que tes lèvres, ces corolles\nS ’ ouvrent au baiser triomphant ;\n\nAvec tes cheveux fa is un voile\nD ont l ’ombre me cache tes yeu x :\nCar j e crains dans la nuit des cieux\nMême la clarté d’une étoile·,\n\nP u is donne le creux de ton sein\nP ou r mon fro n t lourd, et que les pointes\nQue soutiennent tes deux mains jointes,\nMe fassent un double coussin;\n\nE t sois chaste : la jouissance\nQue j e veux enfin, — sans avoir\nL ’ennui qu'engendre le savoir, —\nC ’est de croire à notre innocence.\n                                               Avril 1885.\n\n\n                       III\n\n\n                  M A D R IG A L .\n\n\nJ e le sais, lente visiteuse\nD ont j ’ adore les petits pas,\nTa douce parole est menteuse,\nTa prunelle n ’éclaire pas !\n\nM ais si tes paupières sans fièvres\nNe cachent point d ’astres égaux,\nS i les mots que chantent tes lèvres,\nDans mon cœur restent sans échos,\n\nTes chers yeux, me disent des choses\nMusicales, ta chère voix\n— Singulières métamorphoses ! —\nE st une clarté que j e vois !\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": "                   — 244 —\nE t, tandis qu'éperdu, j ’écoute\nAvec mes regards, tes aveux,,\nTa chanson dissipe mon doute,\nN u it plus sombre que tes cheveux.\n                                                    Mai 1885.\n\n\n\n\n                        IV\n\n               C A M É L IA   PALE.\n\n\n\nChère, tes lèvres sont comme des roses pales·,\nTes chairs ont la blancheur souffrante des jasm ins,\nE t tes yeu x l ’ indécis chatoiement des opales\nD ont le reflet s ’irise aux bagues de tes m ains;\n\nTa chevelure semble une clarté d ’automne,\nTant l ’ ombre est lumineuse autour de ton fro n t blanc ;\nE t ta voix musicale est un chant monotone\nD ont le rhythme inconnu me cause un m al troublant.\n\nPourtant tu n'ôteras plus ton corset de moire,\nC ar nés d ’hier, déjà mes désirs sont défunts;\nA u ssi ton Souvenir éclot dans ma mémoire\nSplendide et triste ainsi qu'une fleu r sans parfum s.\n                                                   Avril 1885.\n\n\n\n                                      RODOLPHE     DARZENS.\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": "   LE REVERS DE LA MÉDAILLE\n\n          Unm atin, il se décida brusquem ent. Après avoir jeté dans\n           un   pauvre sac de     cu ir    ses   outils de forgeron —   les\n           instruments de sa fortune future — il quitta la masure\nbranlante où ses vieux s’abritaient.\n  L e père lui avait dit : « O ù vas-tu ?» — « V o ir le m onde. » — Prends\ngarde m’fieu ; il est vaste, le m onde ; on s’y perd ! »\n  Sans écouter cette prudente réflexion, il s’en était allé, traversant\nlégèrem ent son village natal, qu ’un chaud soleil éclairait déjà, ce\nsoleil qui lui avait bruni l’écorce et l’avait rendu si robuste. Mais\nlorsque, devant lui, il vit le pavé inégal de la grande route fuir entre\ndeux rangées d ’arbres et s’enfoncer là-bas dans cet inconnu qui lui\nhantait le cerveau depuis des mois, il s’arrêta et, instinctivem ent, se\nretournant vers ce bon coin de terre où il laissait son enfance, il se\nm it à contem pler le petit bourg qui, à ses pieds, s’éveillait.\n  L e s portes charretières des fermes s’ouvraient toutes larges à de\nlourds chariots dont les roues s’enfoncaient profondément dans la\nterre am ollie par de récentes pluies. D es paysans, l ’échine basse, se\ndirigeaient vers les champs, avec l ’allure d’anim aux domptés par\nl ’habitude. D e grosses filles, montrant la chair rouge de leurs bras,\naux gorges gonflées d ’une santé rieuse, entraient dans des étables\npleines de mugissements. Ç à et là, sur d’énormes tas de fum ier qui\nexhalaient de rudes senteurs, s’abattaient des essaims de volatiles\navides ; tandis que des chiens, donnant des coups de col à briser\nleurs chaînes, éclataient en furieux abois. P uis, tout à coup, des\nmoutards loqueteux se répandirent dans la cam pagne comme une\nnuée d ’oiseaux pillards et batailleurs.\n  T o u t au bout, l ’église entourée de son cim etière dont les hautes\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "                                — 246 —\nherbes subm ergeaient de rares croix éparses, dressait sa face ridée\nd’aïeule et, dans la lum ière environnante, dessinait la géométrie de sa\nsilhouette. Cette église sur laquelle s’étaient acharnés les ouragans,\nles pluies, les ardeurs estivales, éveilla dans l’âme du gars, la douce\nm élancolie des choses qui sont d’une époque lointaine et qui parées de\nla lèpre des années, semblent avoir retenu un peu de la vie antérieure.\n  Il restait songeur devant une ruine, le robuste paysan, aux épaules\ncarrées, au front étroit, qui, étranger aux subtiles m aladies mentales\nde nos villes, avait dépensé son existence sans compter, ne s’inquiétant\nguère de ce que le jour écoulé emportait de lui, ni de ce que le lende­\nmain lui apportait, et qui s’était borné à n’être qu’une m achine brave,\nlaborieuse, buvant, m angeant, rem plissant enfin sa fonction ici-bas\net rien de plus!     Q uelque chose d’insolite détraquait l’adm irable\nharmonie de son organism e. Son être se fractionnait. Il voyait, dans\nla perspective de sa rêverie le lui d'autrefois qui s’éloignait sans cesse.\n  Mais bien tôt, com m e un homme qui se débarrasse d ’un inutile fardeau,\nil haussa les épaules, et la tête vide d’idées, il entama la grande route\ndont la bande grise se rétrécissant toujours, finissait par n’être plus\nqu’une sim ple ligne im placablem ent droite.\n  Il marcha tout le jour, dépassa plusieurs villages sans s’arrêter,\ntravaillé par l’unique désir d ’arriver à la ville avant la tombée du\ncrépuscule ; voulant raccourcir le chem in qui lui restait à parcourir,\nil prit un sentier de traverse et s’égara dans un bois.\n  Q ue faire? retourner sur ses pas, gagner la maison la plus proche\net demander asile pour une nuit? Bah ! cela n ’en valait pas la peine.\nEst-ce qu’il était habitué à se dorloter? Il resterait là, bien certaine­\nment.\n  Cette décision prise, il pénétra dans un taillis, se choisit entre deux\nchênes une place commode et, quelques instants plus tard, débarrassé\nde son sac, il allongeait ses membres roidis par la marche, sur une\népaisse couche de feuilles mortes. P uis, lorsque s’éteignirent les\nderniers rayons crépusculaires, il s’endormit en marmottant une prière.\n  L e lendem ain, à l ’aube, au moment où s’échappent des nids de\nfaibles gazouillis, il continuait déjà son voyage; à peine eut-il fait\nquelques pas qu’il s’arrêta, terrifié.\n  E n face de lui, une ombre accrochée à un arbre oscillait lentement,\ncomme bercée par le vent. C ’était à la fois effrayant et com ique.\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "                                — 247 —\nC ela rappelait un homme, mais la chair crevant comme un fruit trop\nmûr, ce n était plus alors qu ’un odieux haillon, une charogne en\npleine floraison où de grosses mouches noires, ainsi que des abeilles,\nmettaient un bourdonnem ent actif.\n  Dans nos villes où s’entrechoquent tum ultueusement nos intérêts\nmesquins, la mort passe à nos côtés, inaperçue. M achinalem ent, comme\nquelque m ondaine en vogue, nous la saluons. E lle n’a plus rien de\nhideux, de surprenant, c’est une passante, une bourgeoise. M ais\nrencontrée dans un cham p, dans un bois, au détour d’une route, la\nm ort est franchem ent horrible. E lle se montre nue, cynique ; elle n’a\nni suaire blanc, ni maison souterraine : c ’est la mort pauvre, misé­\nrable, à qui l’on refuse le droit de cité. E lle a froid ; son ignoble\ndépouille se désagrégeant, s’éparpille dans l ’espace, au lieu de se\nrésorber au sein de l’universelle m atrice, et tous les bruits qui se font\nchez les vivants vont résonner dans son crâne ténébreux.\n  Q uand le gars revint de sa stupeur, il se sauva à travers bois, sans\nregarder derrière lui, tournant à droite, à gauche, se déchirant aux\nronces, aux taillis, qui, sem blables à des bras sortis des entrailles de\nla terre, voulaient le retenir. Com me toutes les natures prim itives, il\nobéissait à la sensation prédom inante ; la peur paralysait en lui tout\nraisonnem ent et décuplait la vitesse de ses jam bes. Il était sûr, tant\nqu’il serait dans ce bois, que le pendu pourrait le saisir. Après une\ncourse d ’une heure, il parvint à la lisière, haletant, époumoné.\n  L e soleil émergeait de l’horizon ; son disque énorme criblait l’espace\nde dards lum ineux; au loin, la brume s’évaporait, et dans les profon­\ndeurs du matin, on voyait pâlir et s’éteindre les dernières étoiles. Des\nbicoques, semées au hasard, sortaient des larges nappes de blé qui cou­\nvraient le cam pagne. Des oiseaux pépiaient, exultaient. A u bout de\nchaque brindille d’herbe, dans le calice de chaque fleur, brillait un\npleur arcenciellé. D e temps en temps, un papillon coupait l ’air de son\nenvollem ent bigarré. C ’était le réveil.\n   C e tableau laissait le rustre indifférent. L a crainte qu’il avait eue,\nla veille, de l ’avenir s’em parait entièrement de lui. I l avait voulu\nconnaître   le m onde!     Il   s’était im aginé que les routes en sont\ncertaines; il ne savait pas qu’au contraire elles sont pleines de trous,\nd’endroits obscurs où se tendent des panneaux; de culs-de-sac dont\non ne sort qu’en faisant comme ce pendu avait fait. Il croyait —\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "                                    — 248 —\net c’est là l ’illusion com mune — que pour vivre, il n’est pas nécessaire\nde le vouloir. P arce qu’il narguait les phtisies, l’anémie, qu’il était\ncourageux, il avait la conviction — l’innocent! — d ’être heureux.\n  Sans avoir encore d ’idées nettes, il pressentait les luttes,                      les\nsouffrances, qui attendent l ’homme comme autant de ronces, d’orties\nau bord d ’un chem in. E t c ’était pourquoi, bien qu’il découvrît les\nremparts de la ville où il allait, toute sa confiance s’évanouissait.\nSeules, tintaient lugubrem ent à son oreille, les paroles que lui avait\ndites son ancien avant de partir : « Prends garde m ’fieu, il est vaste\nle m onde; on s’y perd. »\n\n                                                                 PAUL   ORGELS.\n\n\n\n\n            C R É P U SC U L E P L U V IE U X\n\n\n          L 'e n n u i descend sur m oi comme un b rou illa rd d'automne\n\n          Q ue le soir épaissit de moment en moment,\n\n          U n en nu i lourd, accru mystérieusement,\n\n          E t dont mon cœur surpris se fa tig u e et s'étonne.\n\n\n\n          C a r n u l im périeux amour ne m 'a blessé,\n          E t c'est sans regretter les heures envolées,\n\n          Q ue j e revois au lo in , vagues Form es voilées,\n\n          L e s p â les souvenirs épars dans le passé.\n\n\n\n          E t pourtant m aintenant, dans l'horreur languissante\n\n          D 'u n soir de p lu ie et dans la lente obscurité,\n\n          J e sens mon cœur que n u l amour n’a deserté,\n\n          M élan coliq ue a in si q u'u n e chambre d'absente.\n\n\n\n                                                         EPH R AÏM   M IK H A ÏL .\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "    SON N E T S                  P OUR J E A N N E\n                                      I\n\n               PO U R LA FAU CH EU SE.\n\nL e mensonge d ’ aim er q u i nous déchire l'Ame,\nF a m éliq u e vautour, n'est que trop obstiné.\nL ’ E cclêsia ste a d it : E n tre m ille , j e n ’a i\n\nP u trouver qu'un seul homme, et pas même une fem m e. —\n\nH u m a in s au coeur de boue, oh ! j e n 'a i p a s de blâme\nP o u r celu i q u i, sentant la honte d'être né\nE t le mépris d ’ un D ie u sur sa vie acharné,\nC herche en la mort la p a i x suprême q u i l'affam e.\n\nC e n’est p as d 'aujou rd ’ h u i que le dégoût nous prend,\nD e s j e u x vains où se p la ît la colère d iv in e;\nM a is en nos cœurs bouillonne un sang q u i nous aviné,\n\nE t nous buvons s i bien son arôme enivrant,\nQ u e bientôt, d 'u n seul coup, la M o r t q u i nous délie\nP o u r ra fa u ch er le M on de en proie à la fo lie !\n\n\n                                      II\n\n                        R É S IG N A T IO N .\n\nJ ’ a i sa isi le V am p ire au col en mes d eu x m ains,\nJ e l'étreins fortem ent, j e veux q u 'il rende gorge,\nM a is j ' a i beau haleter comme un soufflet de forge,\nJ 'a i beau me consumer en efforts surhum ains,\n\nJ e ne p u is étrangler le monstre q u i m'accable,\nQ u i se colle à ma chair, et s'abreuve de sang :\nContre cet acharné, j e me sens im puissant ;\nJ e ne p u is que céder à sa rage im placable.\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "                             —    25 0 —\n\nO vampire du cœur, A m o u r, à m on effroi,\nJ e ne lutterai p lu s ; j e me soumets ! —        T a lèvre\nP e u t à longs traits humer ma force q u i décroît,\n\n\nJ e sa urai m 'endurcir a u x frisson s de la fièvre\nE t tu pourras vider mes veines, sans qu'un p leu r\nN e révèle en mes y e u x mon intim e douleur.\n\n\n\n                                    III\n\n\n                  L ’ O IS E A U S O L I T A I R E .\n\nL a solitude est lourde et sans rien q u i la trouble.\nSous les nuages noirs a u x rauques grondements\nS 'éten d sans f i n la p la in e , où les m arais dormants\nE ta len t leur surface empuantie et trouble.\n\n\nP a r la morne étendue un bouquet de roseaux\n P ousse de c i, de là ; p a rfo is une cigogne\nS u r une patte, au bord d 'un m arais, se renfrogne\nS a n s bouger, sans songer, en contemplant les ea u x.\n\n\n M o n âme est ce p ays, et p a s une pensée,\n D ep u is les j o u r s en fu is ne l 'a p lu s traversée,\n P l u s un-ancien bonheur, p lu s un chag rin nouveau :\n\n\n R ie n que mon seul amour, que votre seule im age,\n P a r e ille au triste oiseau rêvant du paysage,\n Q u i veille en ma mémoire et hante mon cerveau.\n\n\n\n                                      IV\n\n\n                             B E R G E R IE .\n\n J 'ig n o r e l'a r t charmant d'enfiler les mots creux\n D o n t la délicatesse affolait les marquises ;\n J e ne sais pas tresser en g u irla n d es exquises\n D e tendres m ad rigau x, poudrés et langoureux.\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "                            —    251 —\n\nO n ne m 'a pas appris à vanter une robe,\nA vi enthousiasmer pour des rubans nouveaux,\nE t le secret m ignard de p ille r M a r iv a u x\nA mon esprit, grossier sans doute, se dérobe.\n\n\n\nE t bien que su r mon cœur l ’ amour soit tout p u iss a n t,\nQ u 'il tra v a ille m a cha ir et m e brû le le sang,\nE t bien que ma pensée en soit toute nourrie,\n\n\n\nJ a m a is j e ne sa urai — · mon langage est trop dur —\nCom m e un berger W atteau tout de gaze et d 'a zu r,\nD ébiter les fa d e u r s de la galan terie.\n\n\n\n\n                                   V\n\n\n\n                         APO TH ÉO SE.\n\n\n          Vos y e u x bleus sont p ou r m oi le ciel,\n          M ig n on n e l et sur vos lèvres roses,\n          Com m e une abeille sur les roses,\n          M o n cœur s'en vient p u iser le m iel.\n\n\n\n          Vos cheveux blonds sur votre tête\n          S o n t des rayons ensoleillés,\n          E t les amours agenouillés\n          Vous chantent des hym nes de fê te .\n\n\n\n          E t p arm i leurs chœurs assou plis,\n          J e veux, pour vanter votre grâce,\n          V o u s dire, p le in d'am our vivace,\n\n\n\n          L e s sonnets, fie r s comme le lys,-\n          D o u x comme la rose fleu r ie,\n          Q ue R onsard chan tait à M a r ie .\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "                                   VI\n\n\n\n                     IN C O N S C IE N C E .\n\n\nS i ja m a is vos y e u x bleus parcourent mes sonnets,\nS i mon vers raboteux et mon verbe incolore\nE n votre esprit songeur un instant f o n t éclore\nL e désir de savoir pour q u i j e besognais,\n\n\nSongerez-vous alors que vous êtes si belle\nQ u e, seule, vous avez flé c h i mon cœur altier,\nE t que j e suis à vous, à vous seule, en entier,\nM o i q u i naguère étais à tout amour rebelle?\n\n\nPetit-être en votre cœur vous retracerez-vous\nVaguem ent, sans savoir, les traits de quelque am ie ;\nO u , vous laissant sa isir p a r des regrets ja lo u x ,\n\n\nN ’ irez-vous pas rêver, sous l ’ erreur endormie,\nD e s y e u x p lu s que vos y e u x p lein s d'am oureux éclairs,\nE t dire : « P o u r q u i donc fu r e n t écrits ces vers ?\n\n\n\n                                              ANDRÉ         FONTAINAS.\n"}, {"page_pdf": 280, "texte": "                         CONTES MOQUEURS\n                                                     LES IX.\n\n                                                                                           A A lbert Savine.\n\n\n                En c e   te m p s -là , d e u x fa c tio n s d iv is a ie n t F lo r e n c e .\n                     L e s u n s te n a ie n t p o u r d o n          C a r lo     P a z z o n i,   d e s p rin c e s   de\n                  M e d ia n i, p lu s c o m m u n é m e n t a p p e lé d o n C a r lin o ,               et p o r ta ie n t\n                 le u r m o n tre a tta c h é e p a r u n c o r d o n d e so ie b le u e : le s a u tr e s se\nra n g e a ie n t so u s la b a n n iè re d e F a lc o           M o n re a le P a n c o e S c a lc h i, l ’u n des\np lu s illu s tr e s b a ro n s de S ic ile , e t, p o u r s ig n e d e r a llie m e n t, p re n a ie n t u n\nr u b a n de m o ire r o u g e .\n    L e s B le u s et le s R o u g e s se p a rta g e a ie n t le s fa v e u rs de l ’A r n o , cette p a isib le ,\nria n te , m é la n c o liq u e et v ie ille c ité , la s e u le o ù              l ’on   sa c h e v iv r e p o u r se\nre p o s e r, la se u le a ss e z b e lle p o u r y m o u r ir , lo in d e la te rr e n atale .\n    L a n o b le s se flo r e n tin e , d o n t le L iv r e d ’ O r é n u m è re e n c o r e a v e c o r g u e il\nto u s le s b e a u x n o m s de l ’a n c ie n n e R é p u b liq u e , to u s fiè r e m e n t p o r té s, et q u i,\na lo r s , c o m p ta it ju s q u ’à u n e B u o n a r o tti, de la fa m ille d e M ic h e l-A n g e ,                  se\np a rta g e a it e n tre le s d e u x c a m p s , n o n pas e n n e m is , m a is riv a u x .\n   C e p e n d a n t le s B le u s     d o m in a ie n t   aux     a le n to u r s d u p a la is P itti e t des\nja r d in s B o b o li, ta n d is q u e les R o u g e s tr io m p h a ie n t a u L u n g ’ A r n o , d a n s la\nv ille n e u v e , à B o r g o g n is s a n ti, d e r r iè r e la p la c e de la S e ig n e u r ie .\n   L e s d e u x p a rtis se re n c o n tr a ie n t a u x C a s c in e s , a u x th é â tr e s , a u x a rè n e s,\na u P o lite a m a , a u c lu b , d a n s le s c a b a re ts à la m o d e , p a r to u t e n fin              où    l ’on\ns’a m u s a it, c a r il fa u t b ie n le d ire , o n s’a m u s a it a lo rs à F lo r e n c e c o m m e a u x\njo u r s o ù le s é lé g a n ts ,      su b tils , in fâ m e s et c r im in e ls          M é d ic is y ré g n a ie n t,\nse r v a n t et tr a h is s a n t to u r à to u r la        R é p u b liq u e ,    l ’E m p e r e u r et le       Pape,\nfa is a n t é c lo r e des c h e fs-d ’ œ u v r e s o u s le u r in s p ir a tio n , v e r s a n t à flo ts , p o u r\nle s jo ie s d e le u r c œ u r et les fa n ta isie s d é ré g lé e s de le u r a m b itio n , des flots\nd ’ o r et d e sa n g.\n   A in s i le d u c d e M o n d r a g o n e d o n n a it u n e fête de la R e n a is sa n c e o ù to u s\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": "                                                        —     254 “\n\nle s p e rs o n n a g e s d e la c o u r d u M a g n ifiq u e L a u r e n t fig u r a ie n t,                      a v e c le u r s\na rm e s d a m a sq u in é e s , le u r s jo y a u x m e r v e ille u x , le u r s d a m a s b r o c h é s d ’ o r et\nle u r s v e lo u r s c ise lé s , to u s re p ré s e n té s p a r le u r s d e s ce n d a n ts d u m ê m e n o m .\nL e s p a g e s, a u x ta b a rts c h a rg é s d ’ a rm o ir ie s , a n n o n ç a ie n t R u c e lla i o u S tr o z z i,\ne t c ’é ta ie n t b ie n S tr o z z i et        R u c e lla i q u i        e n tra ie n t, p lu s je u n e s de tr o is\ns iè c le s .\n    E t m ê m e u n e a p p a ritio n fu n è b r e tr a v e r s a la v a s te g a le r ie , illu m in é e p a r\nle s c ire s d e c e n t c a n d é la b re s et d e c e n t g ir a n d o le s : u n v ie illa r d                     des âges\ntrès a n c ie n s , ce n o b le c o m te U g o lin d o n t la to u r de la F a im e m p ris o n n a la\nd o u lo u r e u s e     a g o n ie . S p e c tr e     des    g u e rre s c iv ile s ,        tr is te   et la m e n ta b le , il\ne r r a it p a rm i le s p a tric ie n n e s a ltiè re s , le s s e ig n e u r s c h a m a r ré s de b r o d e r ie s ,\nle s a rtis te s a u x a to u rs           so m p tu e u x , le s p ré la ts en               s im a r re d ’é c a rla te , les\nc o n d o ttie r i c u ira s sé s d ’a c ie r, les g o n fa lo n n ie r s a u x c h a p e r o n s d ’h e r m in e .\n    Le      m a rq u is     V in c e n t   Lon gob ardi            p ré fé r a it       des      d iv e rtis se m e n ts       p lu s\nm o d e rn e s;        il o r g a n is a it des ch a sses fa n ta s tiq u e s ,               d a n s le s     so litu d e s      de\nV a llo m b r o s a , e t les p a y s a n s d e ces r é g io n s a g re ste s e t sa u v a g e s se s ig n a ie n t\ne n v o y a n t p a sser, e m p o rté s d a n s u n e c o u r s e fu rie u s e , des v e n e u rs m a sq u é s\nd e r o u g e , so n n a n t de la tr o m p e , et su iv is de fe m m e s e n v e lo p p é e s de b la n cs\nlin c e u ls .\n    D ’a u tr e s fo is , d e lo n g u e s c a v a lc a d e s d é fila ie n t d a n s le s M a r e m m e s ; p u is\na u x lu e u r s d u so le il c o u c h a n t, so u s le c ie l d ia p ré d ’o r et de v e r m illo n , se\nd re s sa it u n c a m p , a u x p a v illo n s             b â tis d e ta p iss e rie s d e h a u te              lis se ,    aux\nte n te s e n     so ie rie s ja p o n a is e s ,       so m m é e s       d ’é n o rm e s b o u q u e ts         d e p lu m e s\no n d o y a n t à la b r ise .\n   E t q u a n d il fa is a it a ssez fro id p o u r q u e l ’o n fit b r û le r des n o y a u x d ’ o liv e s\ne t des c o p e a u x de b o is o d o r a n ts d a n s le s r é c h a u d s de b r o n z e ; q u a n d la p lu ie\nc r é p ita it su r le s m u r a ille s d e m a rb re et le s b o ssa g es v e r m ic u lé s                     d e s p a la is ,\no n s ’en a lla it so u p e r à la ta v e r n e d u G ig lio , q u i d a te d e la                             q u e r e lle    des\nU b e r t i et des B u o n d e lm o n ti ; e n s u ite c ’ é ta ie n t, à la P e r g o la , des                       c o n c e rts\no ù l’ o n c h a n ta it la J o n e d e P e tr e lla , le P i e r r e d e M é d ic is d e P o n ia to w s k i,\nle s b a rc a r o le s de V e n is e , le s c a n tiq u e s d e N a p le s et d ’ I sc h ia , les c a n tilè n e s\np o p u la ire s des        R om agn es ; ou            e n c o r e , au     N ic o lin i,       en      des p a n to m im e s\nim p r o v is é e s s ’é v e rtu a ie n t G ia n d u ja ,         de       T u rin .,    S te n te r e llo ,      M e n e g h in ,\nP u lc in e lla et l ’in sa isis sa b le A r le q u in , to u jo u r s a m o u r e u x                    de    C o lo m b in e ,\nto u jo u r s b a ttu et to u jo u r s c o n te n t.\n   P u is , a u x n u its se re in e s d ’été o ù le c ie l d ’ u n a z u r                      san s ta ch e se c r ib le\nd ’é tin c e lle s , a lo rs q u e F lo r e n c e , d a n s u n e p a ix s u b lim e , s’e n d o r m a it a u x\nse n te u rs é n iv ra n te s d e ses ja r d in s ,le c o m te U g o                      C r e m o n a e m m e n a it su r\nl ’ A r n o to u s ses a m is et le u r s            a m ie s. E t ju s q u ’au le v e r d u s o le il u n e flo tille\nd e g a lè re s p a v o isé e s de p o u r p r e , d e g o n d o le s ta p issé es d e v e lo u r s n o ir , de\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "                                                   —    255 —\n\ng a b a re s g a rn ie s d e satin d 'O r ie n t, v o g u a it s u r le fle u v e lim p id e , e n tre                    les\nriv e s h é r iss é e s de le n tisq u e s, d ’o liv ie r s , de fig u ie rs to rtu s , d ’o ù s'é la n c a ie n t,\ng r ê le s et m in c e s , des p in s à la        so m b re    fr o n d a is o n      é p a n o u ie    e n o m b e lle s\nD e s b a rq u e s , c h a rg é e s de m u s ic ie n s , de c a n ta tric e s et d e p o è te s , e s c o r ta ie n t\nla flo tille , et l ’o n e û t d it, à v o ir le s      d r a p e a u x b a ig n a n t d a n s l’ eau c la ir e , les\nb a n n iè re s flo tta n t à la b rise ,       les d a is    e m p a n a c h é s, le s fa n a u x d o ré s, les\ng u ir la n d e s d e fle u r s , le c o rtè g e d e q u e lq u e fée des O n d e s a p p a ra iss a n t to u t\nà c o u p à tr a v e r s le s b r u m e s lé g è re s d u m a tin .\n   A in s i la fa c tio n des B le u s et la fa c tio n des R o u g e s n ’ a v a ie n t q u ’ u n b u t en\nc e m o n d e : le p la is ir . M a is n o n p as le p la is ir b ê te , fa s tid ie u x , b a n a l, v u lg a ir e ,\nd e to u s les jo u r s et d e      to u te s    le s h e u re s. N o n        p a s le v ic e         in d iv id u e l    et\np re s q u e s o lita ire , h o n te u x , m is é ra b le , c a c h é , p a r c o n s é q u e n t très h o r r ib le\net trè s e n n u y e u x . M a is le p la is ir sa tis fa isa n t à to u s le s c a p ric e s de l ’im a g i­\nn a tio n , ra re , fa s tu e u x et ra ffin é , le v ic e im p e rs o n n e l, g lo r ie u x , é lé g a n t, te l\nq u e l ’h o n o ra ie n t le s A s s y r ie n s d ’A s s u r b a n ip a l, et q u i,      d a n s la      R o m e des\nC é s a r s , é ta it déjà ra p e tissé .\n     L e s B le u s et les R o u g e s n e s’ o c c u p a ie n t de r ie n ,            h o r m is d e s ’a m u se r,\ne stim a n t q u e la v ie est tr o p c o u r te et tro p c h è r e p o u r la d é p e n s e r fo lle m e n t\nà tr a v a ille r , à p le u r e r , à s o u ffr ir et se p la in d re . T o u s é ta ie n t fo rt ric h e s ,\na ssez r ic h e s p o u r n e se r u in e r ja m a is , et fa ire n é a n m o in s a ssa u t d e lu x e et\nde p ro d ig a lité , c e d o n t ils n e se p riv a ie n t p a s.\n     L ’u n h a b illa it ses la q u a is en d u c s et p a irs d e la c o u r d u ro i L o u is X V :\nl ’a u tr e a tte la it h u it zè b r e s à sa c a lè c h e ; u n a u tre             en core     faisa it v e n ir ses\ng r o o m s de la c ô te d e C o r o m a n d e l, ses c u is in ie r s de N a n g a s a k i et de B o r n é o .\n     L e p e in tre P o ly n ic e C a la r o . h e u re u s e m e n t d é p o u r v u       d ’ E té o c le , b r o s s a it\nd e s to ile s m a g n ifiq u e s d a n s u n          a te lie r     gran d       com m e u ne            c a th é d ra le ,\ne n c o m b r é de m e u b le s p r é c ie u x , de te n tu re s d é ro b é e s a u x              p rin c e s se s       des\nM i l l e et u n e N u i t s , d e b ib e lo ts ra sse m b lé s a u x q u a tre c o in s du m o n d e .\n     L e p o è te E p h is e é c r iv a it u n so n n e t p a r jo u r su r u n e ta b le de m o sa ïq u e\nen     p ie rre s d u re s,   dans u ne         c h a m b r e en      ro to n d e ,    p a v é e de la p is-la zu li,\nla m b r is s é e d ’a v e n tu r in e , d r a p é e d e g u ip u r e s v é n itie n n e s a p p liq u é e s s u r u n\ns a tin m o rd o ré fa b r iq u é à G ê n e s p o u r le tr io m p h e d ’A n d r é D o r ia .\n     E n fin , la p lu s o r d in a ir e des a rm e s q u i s ’e n ta s sa ie n t en tr o p h é e s d a n s                le\nb u n g a lo w d u c a p ita in e P a r r , c o p ié su r u n e p a g o d e des e n v iro n s de B é n a r è s,\né ta it la fa m e u se é p ée d e D u r a n d a l q u e R o la n d n e b risa pas à R o n c e v e a u x ,\net q u i re p o s a it s u r la d a lm a tiq u e a u x o r fr o is d ’ a rg e n t m a s s if de l ’a rc h e v ê q u e\nT u r p in .\n\n\n   O r , a p rè s les m éd ia n o c h es s p le n d id e s          o ffe rte s à l ’a r is to c r a tie    flo re n tin e\np a r le d u c de M o n d r a g o n e , le m a rq u is         L o n g o b a r d i et le c o m te C re m o n a ,\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "                                                    — 256 —\nd o n C a r lo des p r in c e s de M e d ia n i, c h e f su p rê m e des R o u g e s , v o u lu t ê tre à\ns o n to u r l ’a m p h y tr io n       d ’ u n e fête d o n t la m a g n ific e n c e et l ’é c la t s u rp a ss e ­\nr a ie n t to u t c e q u e ses riv a u x a v a ie n t in v e n té d ’e x tra o rd in a ire .\n    M a is il a v a it h o r r e u r d e la fo u le , et se ra p p e la fo r t à p ro p o s q u e je n e\nsa is q u e l p o è te la tin d é fe n d a it q u e le n o m b r e des c o n v iv e s d é p a ssât c e lu i\ndes m u se s.        Il r é s o lu t d o n c de n ’ in v ite r , o u tr e le p r in c e F a lc o M o n re a le\nP a n c o e S c a lc h i, d e sp o te d e s B le u s , q u e          se p t d e ses a m is. E t le s se p t\na m is q u ’i l c h o is it p o u r c ette m e rv e ille u s e fra ir ie , a v a n t m ê m e d ’en tr a c e r\nle p ro g ra m m e , n e p o u v a ie n t ê tre et n e fu r e n t en effet q u e M o n d r a g o n e ,\nL o n g o b a r d i, C r e m o n a , le p e in tre P o ly n ic e , le p o è te E p h is e , ca p ta in P a r r ,\ne t e n fin u n F r a n ç a is d e n o tr e c o n n a is sa n c e la p lu s in tim e , n o m m é E d m e\nL a u n a y , q u i n e fa is a it rie n , n e lis a it r ie n , n ’é c r iv a it r ie n , n e v e n d a it r ie n ,\net q u i p o r ta it le r u b a n ro u g e et le ru b a n b le u tressé s e n s e m b le , à se u le fin\nde té m o ig n e r de l ’é cle c tism e d e ses o p in io n s .\n    Le    p lu s â g é de ces fo rtu n é s p e rs o n n a g e s c e ig n a it la c o u r o n n e de la\nv in g tiè m e     année,      chapel       de    ro se s    dont      le s   é p in e s     en core         fle x ib le s ,\np o in ta ie n t à p e in e su r la tig e , et to u s é ta ie n t b e a u x , sa n s a u c u n e e x c e p tio n .\n   D o n C a r lin o re s se m b la it a u x b u stes des p lu s je u n e s C é sa rs : C a lig u la\nim b e r b e , je u n e , s u p e rb e , im p é rie u x . — M o n re a le , u n S a r r a s in d e S ic ile ,\np e tit, n e r v e u x , o liv â tr e , a v e c des c h e v e u x c re sp e lés e t des y e u x d e d ia m a n t\nn o ir . — L e d u c A s t o r r e , u n g é a n t d u m o y e n -â g e , é c h a p p é des c o m p a g n ie s\nde J e a n d e s B a n d e s - N o ir e s , h a u t, m u s c u le u x , p u iss a n t. —               C rem o n a , u n\nV é n itie n d u q u in z iè m e , b la n c d e p e a u , d e s y e u x v e r ts , des lè v r e s c a rm in é e s\nso u s le re fle t d ’u n e a b o n d a n te c h e v e lu r e ro u s s e . — L o n g o b a r d i, q u i a v a it\nfa it ses p re m iè re s a rm e s c o m m e p a g e d u g r a n d -d u c , sv e lte , m in c e , é lé g a n t\nso u s l ’u n ifo r m e g r is et n a c a r a t des h u ssa rd s d e P la is a n c e . — S a m u e l P a r r ,\nA n g la is d e n a is sa n ce , T o s c a n d ’ in c lin a tio n , c o s m o p o lite d ’h a b itu d e s , u n e\nsta tu e d e c h a ir , b lo n d e e t ro se . —       L e p o è te E p h is e , id o le de to u s les p a la is\nd e la r u e T o r n a b u o n i, le p e in tre P o ly n ic e , d ig n e é lèv e d e l ’ é c o le p é ru g in e ,\nd e u x fig u r e s à la R a p h a ë l. — E n fin , E d m e L a u n a y , u n c a v a lie r d e b e lle\np re s ta n c e , l ’œ il v if et m o q u e u r , le s o u r ir e ir o n iq u e , p é tilla n t de g a îté , de\nm a lic e et d e v e r v e .\n   E t ce        n ’é ta it r ie n q u ’ils fu s se n t b e a u x !      La    fla m m e          d e l ’ in te llig e n c e\nb r û la it en e u x : c o n te m p te u rs d u p ro sa ïsm e des c h o se s v u lg a ir e s , a m o u r e u x\nd e l ’id é a l, c h e r c h e u r s d e l ’im p o s s ib le , ils m é p ris a ie n t to u s c e u x d o n t la\nfr o id e ra is o n , l ’e sp rit     m é th o d iq u e ,   le s   p ré ju g é s   et      le s     p ré v e n tio n s se\nre fu s a ie n t à le s c o m p r e n d r e .\n   P o u r a m u s e r d e te ls s e ig n e u r s , il fa lla it é v id e m m e n t im a g in e r u n e fête\ng r a n d io s e , q u i n e fû t n i u n e m a s c a r a d e , n i u n e o r g ie , q u i e û t le c h a r m e d e\nl ’im p r é v u e t se m b lâ t n ’ a v o ir p a s été p ré p a ré e .\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "                                                   -    257 —\n     D o n C a r lin o se m it e n re tr a ite p o u r m ie u x r é flé c h ir . Il e u t d e lo n g u e s\nc o n fé re n c e s a v e c ses p r in c ip a u x f a tto r i     u ré g is se u rs, a v e c so n m a jo rd o m e ,\nses c a m é rie r s     et ses o ffic ie rs d e b o u c h e . P u is il fit, in c o g n ito c o m m e u n\nm o n a rq u e , u n v o y a g e à R o m e . Il en ra p p o r ta d e g ra n d e s c a isse s, scellées\nd u c a c h e t d u fa m e u x o r fè v re C a s te lla n i. E t c o m m e ces a llé e s et v e n u e s\nc o m m e n ç a ie n t à in q u ié te r les B le u s et les R o u g e s , et q u ’o n se d e m a n d a it\navec      e ffro i s ’il n e se n é g o c ia it p as u n            m a ria g e e n tre ce s p ir itu e l g e n til­\nhom m e        et q u e lq u e     r ic h e p rin c e s se      in fé o d é e a u V a t ic a n   ou     g a g n é e au\nQ u ir in a l, il fa llu t b ie n q u e D o n C a r lin o ré v é lâ t s o n se c re t.\n     L e d u c A s to r r e , c a p ita in e P a r r , le p o è te E p h is e , le p e in tre P o ly n ic e , les\nL o n g o b a r d i e t C r e m o n a , le p rin c e         F a lc o et le c a v a lie r L a u n a y re ç u re n t\nd o n c , u n m a tin , d a n s u n é tu i d e v e r m e il tim b ré d e -le u rs a rm e s, d e v ise s o u\nm o n ogram m es,           u n e p a n c a r te de p a p y r u s , e n r o u lé e a u to u r d ’u n e b a g u e tte\nde c è d re ; et s u r c ette p a n c a r te , en le ttr e s o n c ia le s tr a c é e s a v e c d u c in a b r e\ne t d u c o b a lt, é ta it in s c r ite l ’in v ita tio n su iv a n te :\n\n  Charles, des princes de Mediani, prie son ami     de venir ce soir à\ndix heures, à son casino de San-Baldo, hors la porte de Prato.\n\n     R ie n   d e p lu s. O n v o u la it des e x p lic a tio n s , m a is d u r a n t to u te la jo u r n é e\ndon      C a r lin o   fu t in v is ib le .   Il n ’a lla p as a u x C a s c in e s , o ù to u t le m o n d e\np a rla de lu i. Q u e lq u e s R u ss e s e n g a g è r e n t d e g r o s p a r is a v e c le s v ie u x p a irs\na n g la is q u i v ie n n e n t c h a q u e a n n é e ,        e n tre te n ir le u r sp lee n       à F lo r e n c e .\nQ u e lq u e s é to u r d is se p r o m ir e n t d ’a lle r fra p p e r à la p o rte d u c a s in o , et de\nse fa ir e in v ite r im p r o m p tu . D ’ a m è re s p la is a n te r ie s fu r e n t d ir ig é e s c o n tre\nle s h u it p riv ilé g ié s q u e la s in g u liè r e a m itié d u c a d e t de M ed ian i fa v o ris a it\nsi    in so le m m e n t.    B r e f,   on    g lo sa   de te lle      so rte q u ’ il y e u t d e u x c a rte ls\ne n v o y é s p a r le m a rq u is L o n g o b a r d i e t le          c o m te C r e m o n a , l ’ u n a u k n ès\nta rta re V o r o n è je T c h a s it z k y , l ’a u tr e a u lo r d S te p h e n T u d o r , fils u n iq u e de\nS a G râ c e le d u c d e W o lv e r h a m p to n .\n\n\n\n\n     M a is le s o ir d e ce b ie n h e u r e u x jo u r , u n e fo u le d e n o b le s d a m e s, de\nc a v a lie rs e t d e g e n tle m e n se p re ssa it a u x a le n to u r s de la P o r te d e P r a t o ,\np o u r v o ir p a sser les in v ité s de d o n C a r lin o .\n     C e fu r e n t d ’a b o rd E p h is e et P o ly n ic e a v e c E d m e L a u n a y , se p ré la ss a n t\nto u s les tr o is s u r les c o u ss in s d ’u n e m o d e ste c ita d in e .\n     P u is C r e m o n a , L o n g o b a r d i et le c a p ita in e P a r r , m o n ta n t, le s p r e m ie r s ,\nde m a g n ifiq u e s g e n e ts d ’E s p a g n e d ’u n e b la n c h e u r im m a c u lé e , et l’ A n g la is ,\nu n p e tit c h e v a l de B a ta v ia , e sc o rté s de h u it g r a n d s            d ia b le s d e M a la b a rs,\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "                                                   --    258 —\n\nv ê tu s d ’é c a rla te ,   c o iffé s   de    tu rb a n s    de       c a c h e m ir e ,   et q u i      se c o u a ie n t\nd ’ é n o rm e s to rc h e s de c ire p a rfu m é e .\n   L e c a rr o s s e d u d u c d e M o n d r a g o n e v in t e n s u ite , c h a r g é à l ’a v a n t et à\nl ’ a r r iè r e d ’a u ta n t de la q u a is q u ’il en p o u v a it p o r te r : le p o p u la ir e a p p la u d it\nla g r a n d e b e rlin e d o ré e , à la rg e s p a n o n c e a u x d ’a r m o irie s , tr a în é e p a r s ix\nv ig o u r e u x p e rc h e r o n s , et le s su p e rb e s liv r é e s         de v e lo u r s fra p p é c o u le u r\ng o r g e de p ig e o n , à p a re m e n ts v e r t-p o m m e , g a lo n n é s d ’a rg e n t.\n   L ’é q u ip a g e du p r in c e d e         M o n re a le , q u i v in t le          d e rn ie r, e u t p lu s          de\ns u c c è s e n c o r e . C ’é ta it u n e c a lè c h e c o n d u ite en D a u m o n t p a r d e u x jo c k e y s\nm in u s c u le s , v ê tu s de la c u lo tte de p e au et de la c h e m is e d e c rê p e d e C h in e\nb le u , c o iffé s d e la ca p e         en    d ra p   d ’o r .     H u it p iq u e u rs e n          liv r é e     b le u e\nfe r m a ie n t la m a rc h e . T a n d is q u e les c u r ie u x a u x a b o is re n tra ie n t d a n s la\nv ille , a ssez d é sa p p o in té s, les in v ité s d e d o n C a r lin o a rriv a ie n t au c a s in o de\nS a n -B a ld o s u r le c o u p de d ix h e u re s. D e u x su isse s a rm é s de h a lle b a rd e s ,\nq u i g a rd a ie n t le p a v illo n d ’ e n tré e , le s re c o n n a is s a ie n t au p a ssage , e t dès\nq u e le p rin c e F a lc o e u t m is pied à te rre , — c a r n i c h e v a u x , n i v o itu r e s , ni\nse r v ite u rs n e p é n é tra ie n t d a n s la        c o u r — le s p o r te s et le s g r ille s fu r e n t\nfe rm é e s, e t to u tes les la n te r n e s , éte in tes.\n   A lo r s un c a m é rie r s ’a p p ro c h a des h u it je u n es g e n s et le s c o n d u is it v e rs\nle c a s in o , très s ile n c ie u x et très so m b re             II le u r fit g r a v ir le p e rro n , c ô to y é\nde d e u x sp h in g e s e n b a sa lte n o ir , le s in tr o d u is it d a n s le v e s tib u le , d a llé de\np o r p h y r e , e t e n fin les m en a l ’u n a p rè s l ’a u tr e a u x a p p a rte m e n ts d u p re m ie r\néta g e o ù ils tr o u v è re n t, en d e c o n fo r ta b l es c a b in e ts d e to ile tte , le tr a v e s ­\ntis se m e n t q u ’ils d e v a ie n t r e v ê tir. Ils s’ a tte n d a ie n t à q u e lq u e su rp r is e de ce\ng e n r e , et n e fire n t a u c u n e d iffic u lté . S i b ie n q u ’u n e h e u r e p lu s ta rd , ce ne\nfu r e n t p lu s des m e ss ie u rs de n o tre d ix -n e u v iè m e s iè c le d é g é n é r é q u i se\nr é u n ir e n t d a n s u n e v a ste g a le r ie à c o lo n n e s d e s a ra n c o lin , m a is b ie n des\nR o m a in s et des G re c s d u te m p s de N é r o n à la b a rb e d ’a ir a in . M a is si le\nd u c A s to r r e p o r ta it la c u ira s se d e        d ra p d ’o r , le s b a n d e le tte s n o ir e s , les\né p aisse s c h a în e s d ’ a rg e n t d u g u e r r ie r ,   le p o è te É p h is e a v a it la c h la m y d e\nc o u le u r d ’h y a c in th e , la c e in tu r e lâ c h e , le c o llie r en b o u c le s d ’a m b r e d e\nl ’ e ffé m in é , et le m a rq u is      L o n g o b a r d i se p a v a n a it so u s l ’ a m p le et s o y e u x\nla tic la v e v io le t du sé n a te u r.\n   C r é m o n a en tu n iq u e v e r t d ’e a u , a v e c u n m a n te a u à la g r e c q u e d ’ u n v e r t\np lu s fo n c é , p a ille té d ’ é m e ra u d e s et c o u v e r t d e b r o d e r ie s d ’ u n          a rt d é lic a t,\nd o n n a it le b ra s à S a m u e l P a r r , d o n t la ro b e d e fin e la in e b la n c h e                     n ’a v a it\nd ’a u tr e o r n e m e n t q u ’u n e fra n g e d e so ie .\n   L e p rin c e F a lc o é ta it v ê tu d ’a z u r c o m m e u n               m e ssa g e r d es d ie u x , et sa\nto g e , d o n t la b o rd u r e en p erles d ’O r ie n t c o û ta it le p rix d ’u n b e a u d o m a in e ,\ntr a în a it d e r r iè r e lu i en p lis s o m p tu e u x .\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": "                                                   — 259 —\n    D es e sc la v e s, h a b illé s c o m m e les a ffr a n c h is        a sia tiq u es des p a tric ie n s de\nR o m e , o u v r ir e n t d e v a n t e u x les p o rte s, et s u r la d e rn iè re m a rc h e d ’u n p e rro n\nq u i d e s c e n d a it a u x ja r d in s , ils fu r e n t a c c u e illis p a r d o n C a r lin o , le u r h ô te,\nq u i s’ a v a n c a it to u t re s p le n d is sa n t d e p o u r p r e ty r ie n n e et de p ie rre rie s , le s\nc h e v e u x frisé s so u s u n d ia d è m e d e ru b is .\n    C e p e n d a n t le ja r d in n ’ é ta it é c la iré q u e p a r d e g r a n d s trép ie d s de c u iv r e ,\no ù b r û la ie n t en c ré p ita n t, des fla m m e s v e rd â tre s d o n t la fu m é e im p r é g n a it\nl ’a ir d ’u n p a rfu m â c re . M a is au d e là des c h a r m ille s , a u -d e ssu s d es v ie u x\na rb r e s     s é c u la ire s , é cla ta it u n e lu e u r d ’ a u ro re illu m in a n t le c ie l     p a rse m é\nd ’é to ile s , et c e fu t de ce c ô té q u e d o n C a r lin o c o n d u is it ses a m is, a p rè s a v o ir\né c h a n g é a v e c e u x des p a ro le s de b ie n v e n u e et de c o u r to is ie .\n    P a r des d é to u r s h a b ile m e n t m é n a g é s , et sa n s re n c o n tr e r â m e q u i v iv e ,\nb ie n q u ’ u n e fa n fa re so n n â t    3 a n s le lo in ta in la m a rc h e tr io m p h a le d e la\nS é m ir a m id e , ils a r r iv è r e n t to u t à c o u p d e v a n t le th é â tr e de la fê te ; et la\nm a g n ific e n c e du d é c o r le u r a rra c h a des c ris d ’a d m ir a tio n .\n    C ’éta it, e n to u ré e d e m a ssifs d e rh o d o d e n d r o n s ,          d e v e rn is d u       Japon,\nd ’a rb re s de J u d é e , d e p in s p a ra s o ls e n tre la c é e p a r des lia n e s d e ja s m in s, d e\nc h è v r e fe u ille et d e g ly c in e s , c ’éta it u n e v aste        c o lo n n a d e c ir c u la ir e , à ciel\no u v e r t. L e s c o lo n n e s , en ja u n e a n tiq u e , à c h a p ite a u d e b r o n z e , a c c o u p lé e s ,\nsu p p o r ta ie n t u n la r g e      e n ta b le m e n t en m a rb re n o ir , d é c o ré d e festo n s en\np ie rre s d u re s d e to u te s c o u le u r s , e t d ’o ù     s'é la n c a ie n t des    ham pes       d o ré e s,\nte n d a n t u n im m e n s e v e la riu m d e sa tin ro s e , a v e c des c ré p in e s, des c â b les,\ndes to rsa d e s et des g la n d s d ’a rg e n t.\n    S o u s c h a c u n e des a rc a d e s , s u r u n so c le d e g r a n it b le u té s’é le v a it u n vase\nc o lo s s a l, p le in d e fle u rs et de fe u illa g e s      e x o tiq u e s ; et d o u z e statu e s p o ly ­\nc h ro m e s . des n è g re s d ra p é s d ’o r ip e a u x b a rio lé s , s o u te n a ie n t des g ir a n d o le s de\nM u r a n o , g e rb e s d e fle u rs en c rista l a u x fo rm e s é tra n g e s ; d o u z e c a n d é la b re s\nd ’a ir a in , d u s ty le le p lu s p u r, su p p o r ta ie n t c h a c u n        v in g t c ie r g e s d e c ire\np a rfu m é e .\n    Ç à et là , d e r r iè r e c e p o r tiq u e , d ’a é rie n n e s d ra p e rie s d ’u n ro se v i f re to m ­\nb a ie n t en é c h a r p e s à m ille p lis , a c c ro c h é e s a u x a rb u ste s , e t d a n s la p e rs p e c ­\ntiv e d es a llé e s r a y o n n a n t a u to u r d e la ro to n d e , o n v o y a it, e sp a cé s d e lo in en\nlo in , des tr é p ie d s à fla m m e b le u e o u des fig u r e s e n m é ta l, lu is a n t a u x fe u x\nde la to r c h e d e ré s in e q u ’e lles se m b la ie n t b r a n d ir .\n    L a m o sa ïq u e d is p a r a is sa it à d e m i so u s le s p e a u x de c o u g u a r s , les tap is\ns m y rn io te s , le s v e lo u r s b r o c h é s g r is et ja u n e , éta lés d a n s u n d é s o rd re p itto ­\nre s q u e .\n   E n f in , tr o is ta b le s en b o is de c itr o n n ie r in c r u s té de n a c r e e t d ’iv o ir e\nfo r m a ie n t u n tr ia n g le a u m ilie u d e c e m e r v e ille u x p a v illo n , o u v e r t a u x\nfra îc h e s b rise s d e la n u it, a u x se n te u r s e m b a u m é e s d u ja r d in q u e fle u ris ­\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "                                                    — 260\n\nsa ie n t le m a g n o lia , le s c a c tu s a u x g ig a n te sq u e s c lo c h e tte s , le s g é ra n iu m s et\nle s fu c h s ia s , é p a r p illa n t le u r s fle u rs c o m m e des g o u tte s d e sa n g fig é d a n s la\nv e r d u r e so m b re .\n   A u t o u r des ta b le s s’ a llo n g e a ie n t des lits à la ro m a in e en m a rq u e te rie de\nb o is d e c è d re , d e b o is de sa n ta l, d ’é b è n e et d ’é c a ille , s u r le sq u e ls s’ a m o n c e ­\nla ie n t d e s c o u ss in s de m o ire c ra m o is ie . D es é v e n ta ils , o u m ie u x des f la b e l l i,\nle s u n s e n p lu m e s de p a o n , le s a u tr e s en p lu m e s d ’a u tr u c h e , et d ’im m en ses\né cra n s o ù ,      su r la m o ire d ’a rg e n t,        re s s o r ta ie n t en r e lie f d e s o is e a u x de\np a ra d is,   des     m e n u r e s -ly re s ,   des c o lib r is ,   des   c a rd in a u x ,   des p a p illo n s\nm a lg a c h e s, d ’ é tra n g e s in se c te s des A n tille s et d e J a v a , se rv a ie n t d e fo n d à\nces lits , a u x a b o r d s g a rn is de fo u r r u r e s d ’o u rs b la n cs .\n   E t s u r les ta b le s , d a n s le s v a se s re tr o u v é s à P o m p é i, à H e r c u la n u m , a u x\nru in e s d e la m a iso n d u P a la tin , le s m e ts le s p lu s e x tr a o r d in a ir e s é ta ien t\ns e r v is p o u r la g u s ta tio . T o u s ces v ases, to u te c ette v a is s e lle , le s p la te a u x\nd ’é m a il, le s c y a th e s et le s c o u p e s d ’o r , les b a ssin s et le s se a u x d ’ a rg e n t, le s\nb u ir e s a u c o l e ffilé o u le s a ig u iè re s à la rg e p a n se, le s a m p h o re s o c e llé e s et\nle s to n n e le ts d e v e r r e iris é , to u t é ta it a d m ir a b le m e n t c o p ié su r l ’a n tiq u e , et\nS a llu s te re s su sc ité a u ra it p u se c r o ir e a u x d e rn ie rs jo u r s de la flo ris sa n te c ité\nq u e le V é s u v e e n s e v e lit so u s u n d é lu g e d e c e n d r e s .\n   L e s s e r v ite u rs o ffrire n t a u x n e u f c o n v iv e s des c o u ro n n e s d ’ a c h e et de\nlie r r e , d e s c o llie rs de r o se s b la n c h e s et p u r p u r in e s , e n tre la c é e s de ru b a n s.\nP u is ils fire n t d e s a sp e rs io n s a v e c d e l ’e ss e n c e d e v e r v e in e , et m ir e n t le feu à\nd es c a s so le tte s e m p lie s des p a rfu m s le s p lu s ra re s d is tillé s au fo n d des\nh y p o g é e s d e l ’île d ’E lé p h a n ta o u d a n s le s te m p le s m y s té rie u x q u i m ir e n t\nle u r s p y ra m id e s d e sc u lp tu r e s a u x e a u x g la u q u e s d u G a n g e .\n   E n fin , des e n fa n ts n o ir s , d rap é s de lé g è re s tu n iq u e s c o u le u r de sa fra n ,\net p o r ta n t le s u n s des c u v e tte s d ’a lb â tre , à la tr a n sp a re n c e la ite u s e , le s a u tres\ndes b r o c s d ’ u n m é ta l n ie llé , v e r s è re n t su r le s m a in s d e s h ô te s d e M e d ia n i,\nl ’ e au tiè d e o p a lisé e d e b e n jo in .\n    C e fu t a p rè s ces p ré p a ra tifs b iz a rr e s , im ité s des p a ïe n s d e la V ille É te r n e lle ,\nq u e le festin c o m m e n ç a .\n    O n y se r v it le s m e ts le s p lu s e x tr a o r d in a ir e s : la n g u e s de p h é n ic o p tè re s,\nœ u fs d e to r tu e , c a v ia r b r o y é a v e c d u ju s de lim o n , sa la iso n s d ’ E s c la v o n ie ,\np o is so n s fu m é s et sa lé s d e N o r w è g e e t d e L a p o n ie , d o ra d e s et la m p ro ie s,\nc u is so ts d e k a n g o u r o u s , ta n g s rô tis d a n s u n e fosse, b o sse de b is o n s u r u n lit\nd e c h o u x -p a lm is te s , sa la n g a n e s, m o llu s q u e s des m ers d e N ip p o n , fa isa n s\nd o ré s e t p e r r u c h e s , d u M e x iq u e , g r o u s e s , tu r b a n s d e c a ille s é g y p tie n n e s,\nsa lm is et ra g o û ts d ig n e s d e s c u is in ie r s d iv in s d e L u c u llu s et de V it e lliu s ,\nfr u its d e to u s les p a y s d u m o n d e , m a n g u e s de M a u r ic e et le tc h is d e la C h in e ,\nsa v o u re u s e s b a n an e s de B o u r b o n et p o m m e s c a n n e lle s de C e y la n , g o y a v e s\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": "                                                       — 261 —\nco n fite s , p a p a y e s a ss a is o n n é e s d e le u r p o iv r e , fra is e s n o y é e s d a n s u n e c rè m e\nd ’a n a n a s, p o ir e s s u c c u le n te s , p â te s d e p a m p le m o u ss e s, g e lé es d ’o ra n g e s et\nd ’a lg u e s m a rin e s .\n   T o u s ces m e ts d é fila ie n t p a r o r d r e , se rv is a v e c m é th o d e a u m ilie u des\nc o n d im e n ts le s p lu s v a r ié s , a c c o m p a g n é s de v in s e x q u is . E n c e c i, l ’ o r d o n ­\nn a n c e d u re p a s fu t m o d e rn e , c a r le v in d e C o n s ta n c e , a p p o rté d u C a p à\ng r a n d s fra is , le v in d e C h y p r e d e la C o m m a n d e r ie , d a ta n t p re s q u e de la\nc o n q u ê te , le c a p ite u x L ie b fr a ü lm ic h , le T o k a y d e 1 7 6 7 , le L a c r y m a -C h r is ti,\nle p é tilla n t C a p r i en J ia s c lii, l ’ H e r m ita g e et le V a l de P e n a , le B o r d e a u x\nr e to u r d e l ’ I n d e , c o u lè r e n t à flo ts , sa v a m m e n t c o m b in é s a v e c c h a q u e se rv ic e .\n   P u is o n a p p o rta u n e a m p h o re , e n c o r e c a c h e té e , et d é c o u v e rte so u s u n\na m as d e b r iq u e s ,       à P o m p é i, d a n s le lo g is d e           l’ é d ile P a n sa . C ’ é ta it du\nF a le r n e , d é jà v ie u x l ’an 70 d e n o tr e ère . L e sc e a u fu t b risé . L a liq u e u r ,\né v a p o r é e et ré d u ite à l ’ état d e c o n fitu r e , fu t d é la y é e a v e c u n p e u d ’ a lc o o l et\nd ’eau , et ces n e u f c h ré tie n s d u d ix -n e u v iè m e siè c le b u r e n t a u P la is ir a v e c u n\nv in r é c o lté p a r des e sc la v e s q u i n ’é ta ie n t m ê m e p lu s p o u ss iè re , p o u r u n\ne m p e re u r d o n t l ’u n iv e r s p e u t-ê tre n e s a u ra ja m a is le n o m !\n\n\n\n\n    M a is c e q u i n e s a u r a it se ré p é te r, c a r il fa u d ra it a v o ir l ’ e sp rit d e R iv a ro l\net de C h a m fo r t, le s c e p tic ism e               de     B occace,     l ’ a u d a c e de   P ie r A r e tin o ,\nb e a u c o u p d e p h ilo s o p h ie e t q u e lq u e p e u d e c o u r a g e , c ’est la c a u se rie q u i\ns’e n g a g e a e n tre ces n e u f je u n e s h o m m e s , to u s in c r é d u le s et s u p e rs titie u x ,\nte n d re s et ra ille u r s , a m o u r e u x et p o sitifs, p o è te s et m e n te u r s , p le in s d e v e r v e ,\nd e m a lic e d ’é lo q u e n c e et d e p a ss io n .\n   C e tte    c a u s e rie d u r a c in q       lo n g u e s    h eu res q u i p a ru ren t        c o u r te s ;   e lle\ne ffle u ra to u s les su je ts, tr a ita d e o m n i re s c ib i li e t, s u r to u t d e q u ib u sd a m\na liis . O n p a rla d u g é n ie , de l ’a m o u r , des fem m e s, des a n g es, d u d ia b le , et\nm êm e       u n p e u d e D ie u . I l y e u t de g r a n d s é cla ts de r ir e s so n o r e s , et a u ssi\nq u e lq u e s la rm e s v e r sé e s , q u i ta c h a ie n t d e g r is le s fin e s n ap p e s d e F la n d r e .\nIl y e u t d es v e rs et des c h a n s o n s , et p e n d a n t q u ’o n d e v isa it a in s i, lib r e m e n t,\ndes m u s iq u e s se fa isa ie n t e n te n d re a u lo in , d a n s le s b o sq u e ts . T a n t ô t ie\nc o n c e r t m é la n c o liq u e m e n t      h a r m o n ie u x   d ’u n    o r c h e s tr e d ’in s tru m e n ts à\nc o r d e s , g é m is se m e n ts p la in tifs d e v io lo n s , d e h a rp e s et d e m a n d o lin e s,\nta n tô t la      b e lliq u e u s e   s o n n e rie    des tro m p e tte s     et d e s c o rs , o u b ie n u n\nch o eu r d e v o ix su a v e s, so u te n u e s p a r le s m o d u la tio n s té n u e s des flû te s et des\nh a u tb o is .\n    C o m m e n t se p o u r r a it-il q u ’ o n ra co n tâ t le s v é h é m e n ts d is c o u r s p ro v o q u é s\npar    la m é lo d ie d e s c h a n ts, les d o u x a c c o r d s d es m u s iq u e s , l ’a r d e u r des\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "                                                  — 262 —\nv in s , l ’e x a lta tio n d e la p o é s ie , la g r is e r ie d es p a rfu m s s u b tils , la b e a u té d u\nd é c o r , le fla m b o ie m e n t des lu m iè r e s , e n fin p a r l ’é tra n g e té de c ette é v o c a tio n\nd ’u n s iè c le dès lo n g te m p s d is p a r u ?\n    D e s e sc la v e s d e s se rv a ie n t, le s u n s n o ir s c o m m e l ’é b è n e , à p e in e v o ilé s de\ng a ze s ja u n e s p a ille té e s d ’a rg e n t, les a u tre s b la n c s et b lo n d s , e n r o u lé s e n des\né ch a rp e s d ’ a z u r , to u s c o u r o n n é s d e c y c la m e n s , o u d e g r o s d a h lia s a u x\np é ta les de c ire .\n    A l ’a u b e , e n fin , to u te cette m a g ie p rit fin . D es fla m m es b le u e s s’ é te ig n a ie n t\nl ’u n e a p rè s l ’a u tr e d a n s le s ré c ip ie n ts de c u iv r e et de b r o n z e ; le s c ire s c o u ­\nla ie n t à flo ts su r le m é ta l des c a n d é la b re s ; les fle u rs se fa n a ie n t et s’e ffe u il­\nla ie n t a u x g u ir la n d e s ; le s d ra p e rie s s’ a ffa is a ie n t, a lo u rd ie s p a r l'h u m id ité de\nla ro s é e ; u n e à u n e les é to iles d u c ie l d is p a r a is sa ie n t, et des b r u m e s o r a n ­\ng é e s , strié e s d e n u a g e s v io lâ tre s , m o n ta ie n t à l ’h o r iz o n .\n    C e fu t à ce m o m e n t q u ’u n A fr ic a in , m o n s tr u e u s e m e n t h o r r ib le , a v e c la\ntê te de C a lib a n s u r le to rs e d ’ H e r c u le , a p p o rta , e n v e lo p p é d a n s u n lin c e u l,\nu n sq u e le tte q u ’il d é c o u v r it d ’ u n       g e ste    é p o u v a n té , e n   c r ia n t ces d e u x\nm o ts :\n    — « Cras vobis ! »\n    A lo r s d a n s c ette c la r té d ’a u r o r e , in c e rta in e , p â le et tr e m b la n te , le s c o n ­\nv iv e s de d o n C h a rle s , des p rin c e s d e M é d ia n i, e u r e n t u n fris s o n d ’e ffro i.\nIls se re g a rd è r e n t, et se v ir e n t b lê m e s , liv id e s , le s y e u x c e r n é s , les lè v re s\nd é c o lo r é e s . C e s b e lle s é to ffes c h a to y a n te s, à re flets lu stré s , d o n t ils é ta ien t\nv ê tu s ,   n e le u r p a r u r e n t p lu s q u e d e rid ic u le s o r ip e a u x flé tris et so rd id e s.\nIls a r r a c h è r e n t le u r s c o u r o n n e s d e lie r r e , d o n t les fe u ille s c u ite s et n o ir e s\njo n c h è r e n t les ta p is.\n   A lo r s il se fit u n g r a n d s ile n c e . E t to u s r e g a r d a ie n t le s q u e le tte , a u x os\ng r ê le s d ’u n e b la n c h e u r d ’iv o ire , c liq u e ta n t so u s le s u a ire lé g e r q u i b o u ffa it\nà la b r is e : ils v o y a ie n t u n e lu e u r b r illa n te s’ a llu m e r a u f o n d d e s o r b ite s\nc a v e s : et la b o u c h e san s lè v r e s , a u x d e n ts très p e tite s et très p o in tu e s , ria it\nlu g u b r e m e n t d ’u n rir e s a rd o n iq u e .\n    L e n è g re g é a n t, c e in tu r é d e m a ille s d ’a c ie r, la p o itrin e ta to u é e d ’h ié r o ­\ng ly p h e s , ria it a u ssi en les v o y a n t e ffarés, iv re s de te rr e u r c o m m e ils é ta ien t\nn a g u è re iv re s de jo ie . Q u a n d ils p a ssè re n t d e v a n t lu i, h o n te u x , le s y e u x\nb a issé s, tr a în a n t le u r s sp le n d id e s h a illo n s d e so ie , de p o u rp r e et d e sa tin , il\np ro n o n ç a q u e lq u e s p a ro le s , d a n s u n e la n g u e b a rb a re , des m o n o s y lla b e s g u t­\ntu r a u x et b ref. Il les c o m p ta it peu t-être !\n    L e p o è te E p h is e , a c c a b lé d ’ u n e in v in c ib le p e u r, se la issa to m b e r s u r le s\np e a u x d ’ o u r s , é v a n o u i, e x s a n g u e . I l le fa llu t e m p o r te r s u r u n e c iv iè re , et\nle s a u tre s m a rc h a ie n t à l ’ e n to u r , stu p é fa its et m o rn e s, c o m m e s ’ils su iv a ie n t\nu n c o n v o i fu n è b re .                                                                 -\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "                                                    — 263 —\n\n\n    L e s o u p e r d e s N e u f, d o n t o n p a n e e n c o r e à F lo r e n c e , et n o n san s u n\nfrisso n d ’ é m o i, n ’e u t été v ra im e n t q u ’u n e fête e x tr a o r d in a ir e , u n e o r g ie\nd e lu x e , u n e fo lie d e           gran d      s e ig n e u r   a rtis te ,   et    p e u t-ê tre     e û t-il été\nin u tile d e le d é c r ir e , si le s c o n v iv e s de d o n C a r lo , d e s p rin c e s d e M é d ia n i,\nn ’e u s se n t eu     des d e stin é e s tr a g iq u e s , re lié e s p e u t-ê tre          p a r q u e lq u e lie n\nm y s té r ie u x et s u rn a tu r e l à c ette n u it d o n t o n n e c o n n u t ja m a is to u s les\nse c re ts .\n    L e m a tin m ê m e , à l ’ o m b r e d e la b a s iliq u e de S a n M in ia to , le k n è s ta rta re\nV o r o n è je   T c h a s it z k y   tu a it   d ’u n    cou p      d ’e sp a d o n    le   m a rq u is      V in c e n t\nL o n g o b a r d i, et le s o ir o n ra p p o r ta it à so n p a la is de la v ia S a n ta M aria\nda G o ld o n i le m a lh e u r e u x c o m te C r e m o n a , à q u i lo r d S te p h e n T u d o r a v a it\nfra c a ssé la tête d ’ u n c o u p d e p isto le t.\n    C e tte a n n é e -là , il n ’en m o u r u t pas d ’a u tres.\n    E d m e L a u n a y r e to u r n a en F r a n c e , le c a p ita in e P a r r s ’en re v in t d a n s sa\nb r u m e u s e A n g le te r r e , o ù , p ris de sp le e n , il s’ e m b a rq u a p o u r l ’ In d e .\n    I l y p é r it d a n s u n e g r a n d e c h a ss e a u            tig r e q u e lu i       o ffr it le      R a ja h\nde T a n jo r e . Il a v a it a b a ttu , d u h a u t du h o w d a h de so n é lé p h a n t u n e su p e rb e\ntig re s s e , lo r s q u e le m â le s’é la n ç a d ’ u n b o n d p a r d e rr iè r e , s u r le p a c h y d e r m e ,\net d ’ u n se u l c o u p de sa fo rm id a b le g r iffe re n v e rs a P a r r ; p u is il o u v r it la\np o itr in e , b r o y a le v isa g e , et s’ é te n d it e n fin , c r ib lé d e b a lle s et râ la n t, su r le\nc a d a v re d é c h iq u e té d e sa v ictim e .\n    U n e m a îtr e s se ja lo u s e e m p o is o n n a le p o è te É p h ise , e t le p e in tre P o ly n ic e\nC a la r o f u t a ssa ssin é p a r so n m e ille u r a m i.\n   Q u e lq u e s a n n é e s p lu s ta rd , le p rin c e F a lc o M o n re a le P a n c o et S c a lc h i,\né ta n t c h a r g é d ’ u n e m issio n d ip lo m a tiq u e a u p rè s d ’u n illu s tr e p o ten tat, fin it\nto u t à c o u p sa v ie p a r u n su ic id e q u e rie n n e fa is a it p r é v o ir , et q u i fu t\ne n to u r é d e c irc o n s ta n c e s é tra n g e s. O n le tr o u v a , en effet, e n v e lo p p é d ’u n\nlo n g m a n te a u b le u b o rd é d e p e rle s, é te n d u s u r u n d iv a n , d a n s u n e c h a m b re\np le in e d e fle u rs a u x se n te u r s m o rte lle s. Il re s ta it a u fo n d d ’u n c y a th e d ’o r,\np rès d e lu i, q u e lq u e s g o u tte s d e v in o p ia c é , et sa m a in s e r ra it e n c o r e u n\ns ty le t tr e m p é de c u r a r e , a v e c le q u e l il s’ é ta it p iq u é à la te m p e .\n   A s t o r r e , d u c de M o n d r a g o n e . fu t le seu l q u i e û t u n e fin g lo r ie u s e , c a r il\ns u c c o m b a les a rm e s à la m a in , s u r u n c h a m p d e b a ta ille , a u x e n v iro n s de\nR o m e . P a ix à so n â m e !\n   Q u a n t à d o n C a r lin o , C a r lo P a z z o n i des p rin c e s d e M e d ia n i, l ’a n tiq u ité\nd e sa ra ce , la n o b le s se d e sa p a re n té , la g r a n d e u r de so n n o m et to u te s ses\nric h e s se s n e p u re n t lu i é v ite r u n e m o rt ig n o m in ie u s e .             Il c o m m it u n de\nc e s c r im e s q u ’ il se ra it s a c rilè g e d e la is s e r im p u n i, et q u i, p o u r a in s i d ire ,\na b o lis se n t la p lu s h a u te des p ré ro g a tiv e s r o y a le s : le d r o it d e g r â c e .\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": "                                         — 264 —\n   Il fut jugé, condamné, exécuté dans l’enceinte d’u n e forteresse. Le bour­\nreau lui accorda un singulier privilège ; il le pendit avec une corde de soie\nrouge.\n   Edme Launay seul est vivant. Mourra-t-il par le feu, par le fer ou par\nl’eau?\n                                                                  C harles B u e t .\n\n\n\n\n           CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n     Rosa Mystica, par Stanislas de G uaita, un v o l. chez A lp h . Lem erre, 3 fr.\n   D an s le déluge toujours grossissant de rom ans, de nouvelles et de                contes\nqui envahit la littérature contem poraine, un volu m e de vers apparaît com m e une\nbarque que la tem pête em porte et qu’ on entrevoit, un instant seulem ent, sur l’ horizon.\n   Il y a quelque tem ps, c’était une form e blanche com m e une splendeur polaire\nque nos y e u x on t aperçue : L ’ Ame nue, d’Edm ond H araucourt ; aujourd’hui, l’air\nsem ble parfum é d’un tiède et pénétrant arôm e, qui décèle la fleur étrange que nous\napporte Stanislas de G uaita. Rosa Mystica, cette fleur « éclose à la tige du R ê ve »\net qu’ il a cueillie dans le jardin de son im agination, au parterre du S ou ven ir.\n  L e liv re contient une lo n gu e préface que l’auteur com m ence ingénieusem ent\nainsi : « F aire attendre son hôte à l’anticham bre est d’un im pertinent sans gêne, et\n» peu de visiteurs seraient curieux d’un pareil accueil. C e n’est pas qu’on y puisse\n» trou ver quelque intérêt : j’ai vu    des vaniteux orner un vestibule du m eilleur de\n» leurs m eubles,et tel, sur son escalier, fait l’ étalage de tapis orientaux,qui prive son\n» alcô ve d’ une descente de lit.»\n  C e n’est pas le cas de M . Stanislas de G uaita, et j’avoue que je préfère de\nbeaucoup son appartem ent intime, je veux dire ses vers, à sa préface : car, il a cru\nnécessaire d’y m épriser les bourgeois et d'y citer M. Joseph Prud'hom m e, ce qui\nnous reporte bien loin en a rrière; à cette heure,          Joseph Prud’hom m e, n’ existe\np lu s; s’il existe, il est... député ou poète, lorsqu’il n’est pas les deux à la fois, et\nquant aux bourgeois, ce sont de fort honnêtes gens, qui nous estim ent et que nous\nestim ons, qui nous reçoivent à leurs soirées et dont nous faisons danser les\nfem m es et les filles.\n                                                                  I\n  M . Stanislas de G uaita éprouve le besoin de nous donner ses opinions sur la\npoésie contem poraine ; du m oins, il le dit : « je pourrais dédier ces notes à mes\npères et à m es pairs. »\n  M ais le fait-il? et d'ailleurs pouvait-il le faire? j’ ai l'honneur de connaître l’auteur\nde Rosa Mystica et je crois pou vo ir m e com pter au nom bre de ses amis : eh bien,\nj’ai lu attentivem ent sa préface,et souvent je n’ai reconnu que déguisée et com m ent !\nsa pensée intim e ; pour « aller dans la société », il lui a mis du rouge, de la poudre\nde riz, des parfum s; et ma foi, j’ai failli ne pas la reconnaître.\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "                                                              — 265 —\n   C e n’est plus qu’ une coquette, une « m ondaine » qui « flirte » avec chaque\ninvité, sourit à celui-ci, dit un m ot aim able à celui-là, flatte l’ un et caresse l’ autre.\nQ u elq uefois seulem ent elle dit « ses vérités » à un gêneur, mais                                      avec quelle\ndélicatesse et com bien gentim ent; on ne saurait lui en v o u lo ir.\n   Cependant, je m e dem ande com m ent M . Stanislas de G uaita arrive à dire du\nbien égalem en t de Jean R ichepin et de M oreas? de M m e A ckerm an s et de Laurent\nT ailh ad e? de R ollin at et d’Em ile M ich elet? L e seul rapprochem ent de ces nom s\nn’est-il pas une iro n ie? et quand il cite Joseph G a y da — un chroniqueur qui a fait\ndes vers — dont « la n ote attendrie n’ est pas pour déplaire » (je n ote la négation\nredoublée de cette phrase), il m e sem ble que c’est aller un peu trop loin, m êm e dans\nla plaisanterie, et ressem bler à un m aître d'école prudent qui donnerait des prix\nd’encouragem ents aux cancres de sa classe, afin de ne pas indisposer les parents par\n“ l’injustice » de la distribution des prix.\n  M ais quittons l’ anticham bre ; ici m êm e, dans notre jeune revue, M. Stanislas\nde G uaita a publié un sonnet, « M ystère » que je retrouve (la seconde pièce du\nvolum e). C ’ est à m on avis l’un des m eilleurs poëm es du recueil et celui qui accuse\nle plus la n ote personnelle de l’auteur : je résiste au besoin de le cite r; il se trouve\nà la p age 74 de Rosa Myslica et dans le prem ier num éro de la Basoche.\n  L ’originalité de Stanislas de G uaita, à peine m arquante dan s s o n prem ier volu m e:\nles Oiseaux de Passage (1 ), qui dans son second la Muse Noire hésitait encore,\ns’est accentuée m aintenant assez pour être facilem en t reconnaissable : à la lecture,\ndes vers se graven t dans la m ém oire indélébilem ent : ainsi je cite (le p oète parle\ndes ra yon s qui sem blent) :\n\n                               ... Chan ter à mes y e u x leurs hym nes de clarté\nou bien il parle d’ une fosse où\n                              L ’hom m e lugubrem ent sacrilège et cynique\n                               F ait éclater de rire un grand sépulcre blanc.\n\n  N e voit-on pas Péblouissem ent de la pierre tom bale, qui, en effet, avec « sa can­\ndeur ironique » sem ble bafouer le néant obscur et,\n\n                              R ailler la M ajesté des demeures funèbres ?\n\n  D ’autres vers, et d’autres encore résonnent en m oi; avec plaisir j’en ferais m ention\nici, m ais c’est tout un poèm e qu’il faudrait transcrire; j’en choisis un parm i les vin gt\nqu’ il faudrait connaître et ce sera le sonnet :\n\n                                                                E n d y m io n .\n\n                          A d o rable pasteur, éphèbe aux flancs n erveux !\n                          P h œ b é, m élancolique et divine am oureuse,\n                          Baisant dans un rayon ta lèvre savoureuse,\n                          En frissons de lum ière épanchait ses aveux.\n\n\n\n (1) U n v o l, ch e z B e rg e r - L e v r a u lt 18 81, a u jo u rd ’ h u i ép u isé et ra rissim e .\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "                                        — 266 —\n                   T o i tu dorm ais, ne soupçonnant larmes ni vœ u x,\n                   T an dis qu’Elle, en la nuit calm e et propice, — heureuse\n                   D ’ étreindre un corps chéri de sa langueur fiévreuse,\n                   E gren ait de l’argen t dans l’or de tes ch eveu x.\n\n                   Salut, ô le premier d’entre les lunatiques\n                   Q u i charm as l’ astre pâle au fond des cieux antiques,\n                   E t qui fus son amant, sans t’en apercevoir!\n\n                   — T e ls les R êveurs, tes fils, quand la lune est levée,\n                   O n t sur le front, parfois — sans m êm e le savoir —\n                   L e Baiser d’une am ie inconnue et r ê v é e .\n\n   Pleins de charm e et délicieux, n’ est-ce pas, ces deux derniers vers ? et com bien\névocateur celui qui nous m ontre la lune « égrenant de l’argent dans l’ or de tes\n cheveux » !\n   Stanislas de G uaita cueillera d’autres fleurs, et nous les apportera telles que celle-ci,\n intactes et superbes, m algré l’envieuse stupidité des foules ; en attendant nous\ngarderons et souvent nous respirerons, corolle jamais fanée et toujours odorante,\nla chère « Rose M ystique »\n\n\n                                                                          Raoul D ar arès.\n\n\n\n\n           CHRONIQUE DE L'ART ET DU LIVRE\n                          LES NOUVEAUX-NÉS.\n\n   Légende d' Ames et de Sangs, par René          sujets.   L ’Ecriture    de son œ uvre     est\nG h il, livre étrange et subtil que nous          toute différente. Partant de cette idée\ndéclarons franchem ent m auvais, m algré          que l’ Im pressionnism e est l’ écriture du\nses qualités rares et grandes. C e livre          Réalism e, le frémissement de la vie rendu\ndoit être le program m e d’une série;             sur le papier, affirmant ensuite que cet\nR en é G h il nous expose dans ses Idées          im pressionnism e a servi aux C o n co u rt,\nla conception de son œ uvre. Il est, dit-il,      mais que ceux-ci ont encore rendu en\namant de la Vie, et c’est la V ie qu’il           une page ce qui devrait être condensé\nveut introduire dans la P oésie, en bannir        en 5 ou 6 lignes, G hil, de leur concision,\nl’Idéal. P rojet hardi et curieux à suivre       de leur netteté, fait un effroyable pathos\ndans ses développem ents successifs, si          contourné, souvent         incom préhensible.\nG h il n’ avait pas versé dans une singu ­       D es v ers néanm oins sonnent, bien pleins\nlière erreur : la V ie — en rom an, en           et son ores; des pièces qu’on peut vagu e­\nfait placé dans un milieu — est dans son         m ent entr’apercevoir à travers le brouil­\nlivre, so it;   m ais   seulem ent dans les      lard de    son im pressionnism e laissent\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "                                          — 267 —\ncom m e une vapeur de r ê v e ; m ais le           théorie pure ; mais qu’il s’enchaîne un\njeune poète — et il le fera — doit se              peu plus aux réalités, et il se verra obligé\ndébarrasser    de   cette   exagération       de   de m odifier en beaucoup de points, les\npréciosité    tourm entée    et    vou lue    —    hérésies qui rendent son étude facile­\nest-ce pour épater le bourgeois? — Il              ment origin ale.               M. F.\npourra faire alors une œ u vre superbe et\nforte.                               A . F.\n                                                     A u con cert de la société de M usique a\n                                                   été exécuté : D aphnis et C h lo é, poëm e\n  La Société Nouvelle publie, à côté de            de P . B erlier et m usique de Fernand\nquelques bonnes pages de L é o n Cladel,           L eborne; servi par la m erveilleuse faci­\nun article critique aux vues très-élevées          lité avec laquelle il m anie le vers, notre\nsur le « V ic e suprême » de J. Péladan.           collaborateur s’est tiré avec une éton ­\nL a prem ière partie de cette étude traite         nante adresse de sa hasardeuse tenta­\nde l ’influence du protestantism e sur l’art.      tiv e ,car son sujet est vraim ent hérissé ....\n  L a phrase suivante résum e la pensée            de difficultés. Ses strophes en général\nde M . N autet : « T ou tes les dim inutions       sont belles, l’ ordonnance du sujet est\ndatent de L uther. C e m oine rigoureux            bien conduite.\nfut un catholique ardent, mais naïf, et le           L a m usique de F . Leborn e prouve une\nprem ier des m aîtres bourgeois. »                 inspiration la rg e et originale, ainsi qu’une\n  Il faudrait pour co m b attre ces théories       grande connaissance de l’instrum enta­\nune lo n gu e étude ; pour le m om ent nous        tion. D ans l'accom p agn em en t des solis,\nnous bornerons à dire que loin de parta­           on peut reproch er au com positeur une\nger   cette opinion, nous pensons que              certaine m on otonie qui, du reste, doit\nl ’éclosion du Luthéranism e, et partant           être attribuée à son inexpérience; certes\ndu libre arbitre, en créant l’individualité,       il y a des défauts dans cette œ u vre, mais\nen débarassant l’esprit de        l’annihilante    elle a surtout de grandes qualités et\noppression du dogm e, a donné à l’art des          accuse un tem péram m ent de réel musi­\naudaces inosées jusque là                          cien . L a riche description orchestrale de\n  M . N autet ne voit dans la papauté              la scène d’am our entre D aphnis et C h lo é,\nque des L éo n X ; ceux-ci cependant sont          où leur passion est impuissante devant\nbien rares dans la longue série des pon­           leur ign oran ce, suivie de l’intervention\ntifes, tandis que les ém ules de G régoire         de l ’ autre, qui devient leur professeur,\nV II, les fanatiques lutteurs insoucieux de        est particulièrem ent rem arquable et com ­\ntoute tendance artistique, se rencontrent          pense largem ent les sous-entendus du\nà chaque pas dans l’histoire. L ’art veut          poèm e.\navant tout une liberté absolue de l’indi­            A u program m e figurait aussi une bal­\nvidu, un déploiem ent com plet des vastes          lade de Schum ann, l’ Anatbème du Chan­\nenvergures    de    la pensée, et      l’église    teur qui, m a lgré des m élodies grandio­\nR om aine, depuis des siècles, tend à lui          sernent simples, est loin d’être une des\nro gn e r les pennes. L ’auteur, dédaigneux        œ uvres m arquantes du m aître.\ndu terre-à-terre des laits, oublie souvent           Enfin nous avons subi une œ u vre de\nles sévères vérités h istoriques, pour pla­        Victorien Joncières ! la m er...\nn er dans les hauteurs artificielles de la           Une m er qu’on placerait dans un bas-\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "                                          — 268 —\n\nsin de lavabo, et dont la tem pête doit            l’auditeur la com prend. L e caractère de\navoir été inspirée par les évolutions d’un         m élancolie   douloureuse      de   Sieglinde\nnageur, quelque peu nerveux, dans un               est décrit par les cordes et les bois ; celui\nbassin de natation. C ’est mince, m inus­          de Siegm und fuyant, poursuivi par le\ncule, faux, puéril ; on a entendu cela dans        le m alheur, mais fier et héroïque, joué\ntoutes sortes de m orceaux, pas la m oin ­         par les cuivres à sons aigus ou m i-gra­\ndre originalité ne s’y rencontre.                  v e s ; enfin le m o tif du jaloux et cruel\n  Si tout ce que produit M . Joncières             H uding, donné par les tubas et bom ­\nressem ble à ceci, je le dirai plein de p ro­      bardons ; tels sont les trois thèm es prin­\nm esses     pour les fabricants d’orgu e de        cipaux qui com m entent et expliquent\nBarbarie.                             M . H.       l’ action, par leurs apparitions, leurs com ­\n                                                   binaisons, les échappées de phrases qui\n                                                   se glissent dans l’harm onie des autres.\n  C hez H oste, à G and, notre féal com pa­        C ’est entre les chefs-d’œ u vre de W agn er,\ngn on Pierre Poirier, clerc de Basoche,            une des plus belles pages. U n fragm ent\nfait paraître en une exquise plaquette sur         de Siegfried plein de poésie et de senti­\nvieux Hollande, une très délicate nou­             m ent tendre d’am our et d’extase, fut joué\nvelle : « Sœur Madeleine » dans laquelle           ensuite, puis des fragm ents de Parsifal :\nil rend avec vérité la grise m élancolie           le prélude, le tableau du jardin enchanté\ndes petits b égu in ages flam ands. C ’est là      avec sa délicieuse scène de séduction, la\n\nun bon début ; nous com ptons bien que             scène du V endredi-Saint, entre G urn e­\nl’ auteur ne s’arrêtera pas en si excellent        m anz et Parsifal. Enfin la Chevauchée\n\nchem in.                                           des Walkyries, au m ouvem ent grandiose\n                                                   de chevaux lancés dans les airs en un\n                                                   galop effrené.\n                                                     T o u te s ces parties du program m e on\n  L a T ren tain e d’illum inés, qui, au dire      été ovationnées, acclam ées ; le succès du\nd’une revue Rossiniste de Paris, form ent          con cert a été tel, qu’on en a du donner\nle clan W agnérien, s’étaient multipliés           une seconde audition.\nextraordinairem ent, au dernier C on cert            A u reste, orchestre et chœ urs adm ira­\nPopulaire. Et cependant pas le m oindre            blem ent   disciplinés,   et   interprétation\nm aître siffleur n’ est ven u donner lesig n a l   excellente par M lle B l. D escham ps, le\ndes ovations; m êm e, celui dont, à la plu­        ténor V a n d yck et la basse B lauw aert.\npart des représentations         des M aîtres        A u nom de l'Association Wagnérienne,\nChanteurs, on avait tant adm iré la persé­         une couronne de lauriers et une riche\nvérance et la résignation dans le m alheur,        partition d'orchestre de Parsifal ont été\nn’était par là.                                    rem is à M. Joseph D upon t, le vaillant et\n  L e prem ier acte de la W alkure offre           adm irable cappel-m eister, à qui l’ on doit\nune fusion si intim e de la m usique avec          en grande partie la vulgarisation           des\nle dram e, une telle pénétration du sujet,         œ u vres de W a g n e r parm i nous.\nque sans connaître la scène qui se joue,                                                  M . H.\n"}, {"page_pdf": 296, "texte": "                  V I E N T DE P A R A I T R E\n                                                                  LA S O C IÉ T É N O U V ELLE\nL ’H Y S T É R I Q U E                                        REVUE      IN T E R N A T IO N A L E   M E N SU E LLE\n        par C a m i l l e L e m o n n i e r                     Sociologie, Arts, Sciences, Lettres.\n    En vente aux bureaux de la Revue                           Abonnement : 8 fr. par an. — Bureaux\n                Prix: 3,50                                   Rue des Minimes, 10, Bruxelles.\n\n\n      L ’A R T             MODERNE                                                                   n o ï ï ^\nRevue critique des Arts et de la Littérature                 Gazette littéraire illustrée, 15 cent, le no.\n    paraissant le dimanche, 4e année.                        iDiumciTL-M. France,           lO fr-p aran .\n                                                             ABONNEMENT: Union postale, fi«         .\nAbonnement: 10 fr. — Administration :                        Bureaux : 84, Boulevard Rochechouart,\n  26, rue de l’Industrie, Bruxelles.                                        PARIS.\n\n                                      V IE N T      DE      P A R A IT R E         :\n\n                        ch ez C a lle w a e r t, 26, rue de l ’In d u strie\n\n                LA               FORGE                          ROUSSEL\n                                                 Par E. PICARD\nEdition défin itive, tirée â p etit nom bre. — Prix : G rand Japon 60 francs ;\n                        C h ine G énuine 40 fran cs; H ollande 25 francs.\n\n\n   P o u r paraître incessam m ent : L E R O I T E L E T , par C élestin D em b lo n ;\np rix : i franc. U n bulletin de souscription est joint au présent N°.\n\n\nJOURNAL DES GENS DE LETTRES BELGES\n            ;                Paraissant le i rr et le 15 de chaque mois\n      E tu d e s, C hronique, M o r c e a u x c h o isis, C ritiqu e litté r a ir e\n\n                                 D irecteu r : D r E .           V A L E N T IN\n\n                B elgiq u e, 6 francs par an. — U n ion p o sta le, 7 fr. 50 c.\n                         Bureaux : 26, rue de l'Industrie, Bruxelles.\n\n\n LA REVUE INDEPENDANTE                                         LA REYliS CONTEMPORAiNS\nP O L IT IQ U E , L IT T É R A IR E E T A R T IS T IQ U E    L IT T É R A IR E , P O L IT IQ U E , PH ILO SO PH IQ U E\n\n           Parali deux fois par mois                                  paraît le 25 de chaque mois\n     P r ix du nu m éro            : 50 cen tim es                       P r ix du num éro : 2 fr.\n   Abonnement pour la Belgique :                                   Abonnement pour la Belgique :\n            12 fr. par an                                                 22 fr. par an.\n         Bureaux : 7, rue de Médicis                                Bureaux : 12, rue de Tournon.\n                         P A R IS                                                      P A R IS\n\n       En ve n te à la M aison M oens, 7, G alerie B o rtier (C om p to ir de librairie\nm usicale) : Tonkin ‘Polka, par D o n o n et Clair de Lune, valse brillante, par\nM oon ; dernières n ou veau tés; 0,65 cen t, le m orceau.\n"}, {"page_pdf": 297, "texte": "                I ifL          B fljS O © ^ ©\n\nR S .y v S     iliSRSVSLLG          DS LinTOSRMlVRS STC D'KRW*\n\n\n             P R IX DU N U M ÉR O : C IN Q U A N T E C E N T IM E S\n\n\n\n                               Mardi i 3 Mai 1885\n\n\n                                      N° 7\n\n\n                        5 o ¿m m            qa i       % e\n\n\n\n I. C A M I L L E    L E M O N N IE R      A u x A vernes.\n\n\n II. R odolphe D A R Z E N S                L e C a t é c h i s m e d e l ’A i m é e .\n\n\n III. P aul O R G E L S                     L e R ever s d e la M é d a il l e .\n\n\nI V . E ph raim M I C H A Ë L              C répuscule P lu vieux.\n\n\n V . A ndré F O N T A IN A S               S o nnets pour Je a n n e.\n\n\nV I . C harles B U E T .                   C ontes M oqueurs : L es IX .\n\n\nV I I . R aoul D A R A N E S               C hronique L it t é r a ir e .\n\n\n                                           C h r o n i q u e d e l ’A r t e t d u L i v r e .\n\n                                              —   L e s N o u v e a u x -n é s\n\n\n\n\n                          J .-B . MOENS, libraire-éditeur\n                               7, Galerie Bortier, 7\n                                 BRUXELLES.\n"}]}