{"numero_id": "ulb-basoche-1885-06-13-n8", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "articles": [{"article_id": "ulb-basoche-1885-06-13-n8-001", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 269, "page_fin": 269, "titre_corps": "À Victor Hugo", "titre_sommaire": "À Victor Hugo", "signature_source": "EDMOND HARAUCOURT", "ancre_debut": "A VICTOR HUGO", "ancre_fin": "EDMOND HARAUCOURT", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 300, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 847, "texte": "A   V IC T O R H U G O\n\n\nLorsque le prem ier Homme, ait prem ier soir du monde,\nV it le Soleil rouler vers la mer, il s’enfuit,\nLoin, seul, sous la p a ix morne et vaste de la nuit,\n Croyant que la lumière était morte dans l'onde.\n\nL e jo u r revint, riant à la terre féconde;\nP u is, les races passaient, naissaient, mouraient, sans bruit,\nE t voilà d ix mille ans que l ’A stre tourne et luit,\nVersant à tous les d eu x sa chaleur toujours blonde !\n\n— M ort immortel, Flam beau du rêve, ô P ère, ô R o i!\nTes f i ls qui t’ont pleuré s éteindront avant toi :\nTon âme est un Soleil qu i plane su r nos âmes.\n\nL a splendeur de tou nom vibre dans l ’univers,\nE t ju sq u 'a u seu il des temps, s’enflammant à tes flam m es,\nL es cœurs refleuriront a ux baisers de tes vers.\n\n                               EDM OND    H ARAUCOURT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-06-13-n8-002", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 270, "page_fin": 270, "titre_corps": "Apothéose", "titre_sommaire": "Apothéose", "signature_source": "PIERRE QUILLARD", "ancre_debut": "APOTHÉOSE", "ancre_fin": "PIERRE QUILLARD", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 301, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 980, "texte": "APOTHÉOSE\n                            L e nom grandit quand l’hom m e tom be.\n                                                      V . H ugo.\n\n\nM aître, au seuil de la Vie éternelle et sereine\nRevêtu de splendeur et d'immortalité,\nL u tteu r déïfié tu quittes l ’âpre arène;\n\nE t loin des horizons du monde déserté\nTu trôneras parm i les aèdes sublimes,\nD ans la lumière et dans l'a zu r illim ité.\n\nVa ! L es poètes morts t'attendent su r les cîmes,\nHomère, Eschyle et D ante et Shakspeare et Ronsard,\nTous les rythmeurs de vers et les sonneurs de rimes.\n\nP lu s longtemps que Cyrus, Alexandre et César\nPourvoyeurs des vautours et conducteurs d'armées,\nT u vivras dans la gloire idéale de l'A rt.\n\nCar le clairon d'airain des rauques Renommées\nSonnera, proclamant hors des temps et des lieux\nL es strophes de ton œuvre — a ux quatre vents semées,\n\nE t le porteur de lyre est plus grand que les dieux.\n\n                                P IE R R E Q U IL L A R D .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-06-13-n8-003", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 271, "page_fin": 271, "titre_corps": "À un Dieu mort", "titre_sommaire": "À un Dieu mort", "signature_source": "ANDRÉ FONTAINAS", "ancre_debut": "A UN DIEU MORT", "ancre_fin": "ANDRÉ FONTAINAS", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 302, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1758, "texte": "A    U N D IE U MOR T\n\n                               A u s s i, ta illis sa cré s o ù D ie u m êm e apparaît,\n                               A r b r e s r e lig ie u x , ch ê n e s , m o u sse s, fo r ê t,\n                               F o r ê t ! c ’ e st dans v o tr e o m b re et dans v o tr e m y s tè re ,\n                               C ’ e st so u s v o tr e b ra n c h a g e a u g u s te et s o lita ire\n                               Q u e je v e u x a b rite r m o n s é p u lc re ig n o r é\n                               E t q u e je v e u x d o rm ir q uan d je m ’ e n d o rm irai.\n                                                                                                  V . H.\n\n\n\nD onc, ils n 'ont pas compris ta grandeur, ton génie !\nL e u r fa stu eu x hommage est de la simonie.\nP è r e ! ces avortons épars dans le N éant\nOnt voulu s’imposer à ton esprit géant!\nA u m ilieu des rum eurs d'immenses funérailles\nEclatant dans le jo u r en bruyantes mitrailles\nEclaboussant la plèbe étalée en chemin,\nA vec des lauriers d 'o r, des palmes à la main,\nIls voulaient te. mener comme un vainqueur stupide\nSalué du respect de la fo u le insipide !\nD onc, ils ne t’ont pas vie, grandiose et serein,\nSoumettre tout, ait son de ton verbe d'airain.\nO M aître dont le fr o n t domine la N ature !\nL a hautaine fo rê t seule est la sépulture\nOù tu pouvais dorm ir et reposer en p a ix,\nCar les arbres touf f u s et les taillis épais,\nTe fu ren t toujours bons et chers plus que les hommes,\nE t seront désormais p lus tristes que nous sommes\nN ous quifaisons, depuis que s’estferm é ton œil\nG rand bruit de nos douleurs et parade de deuil !\n                                               ANDRÉ                 F O N T A IN A S .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-06-13-n8-004", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 272, "page_fin": 277, "titre_corps": "Le Triangle : A, Les Dieux", "titre_sommaire": "Le Triangle : (A) Les Dieux", "signature_source": "HECTOR CHAINAYE", "ancre_debut": "LE TRIANGLE", "ancre_fin": "HECTOR CHAINAYE", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 303, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1700, "texte": "LE TRIANGLE\n                                            B.\n                                  Les Esprits.\n\n                             A.                  C.\n                         Les D ie u x .— L e s hom m es.\n\n\n\n                                                 A mon ami Ch.- Henry de Tombeur.\n\n\n                                        A\n                                        %\n\n\n                                  LES   D IE U X .\n\n                                                      Terminus a quo Terminus ad quem.\n\n\n           Q\n           u i, disait Jean, toute religion est de l ’art, et tout art doit\n            être de la religion. » Sa voix ne sortait plus libre et claire,\n            mais soûle d’enthousiasme lui griffait la poitrine et la\ngorge pour vibrer à ses lèvres, fatiguée, sanguinolente, II· donnait de\nsa vie quand il parlait ainsi, sem blait la vouloir donner complètement,\nse vider, pour ne plus souffrir l ’être plein de ces pensées troublantes ;\net il se levait au-dessus de ses amis, étendant les mains, les appro­\nchant de leurs cerveaux, comme pour leur im poser m agnétiquem ent\nses convictions. E t ceux-ci, petits, respectueux, pris d’une peur\ninexplicable devant son exaltation d’apôtre, avaient écouté ses longues\ndissertations, avaient bu ses paroles; maintenant, ils admiraient sa\nsilhouette ascétique se découpant dans ce                  coin em pénom bré de\nl’atelier, et regardaient ja illir de l’entrelacem ent de ses                  mèches\nblondes qui s’étaient abattues sur sa figure, la fiévreuse fulguration\nde ses regards. Jean, le ressort brisé, se rassit devant le poêle\nentr’ouvert, la face à la clarté rouge des flammes.\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2621, "texte": "                                 — 273 —\n  « M ais, pourquoi t’emporter ainsi?           —    dem anda Léonard, le\nstatuaire, son intime, vois dans quel état tu te trouves ; puis, tu\nvas t’assombrir la fin de la soirée. » Q uant à André, le jeune com po­\nsiteur, il s’approcha de Jean, et parla à vo ix basse, craignant de dis­\ncuter avec lui, devant L éon ard . L e sculpteur, ne s’intéressant pas à\nleur conversation, regarda autour de lui attentivement.\n  S u r la cloison du fond — un énorme panneau — leurs larges mains\nm armoréennes posées sur les g en o u x, où leurs .doigts puissants\ntom baient comme des griffes de lion, dans un oubli m êlé de paresse et\nde dédain, quatre D ieux Egyptiens étaient représentés dormant les\nyeux ouverts, assis sur des rochers, le torse m ajestueusem ent penché\nen arrière. C ’étaient les Colosses de Ram sès qui sont placés, deux par\ndeux, à droite et à gauche de la porte principale du grand temple\nd ’Ipsam boul. L éon ard fixant ces Colosses, les interrogea : « Est-il\nvrai que toute religion est de l’art, et que tout art est de la religion ?\nL es   D ieux, les yeux sans regard, le        crâne gonflé des mystères\nà jam ais engloutis, ne répondirent pas, im passibles, énigm atiques.\nIls se sont endormis, pensa le statuaire, dans cette pose solennelle,\navec un peuple, et sa civilisation, et ses croyances. E t le désert leur\na fait un chaud linceul de ses jaunes poussières, puis le sable par\ncouches s’est étendu au-dessus d’eux. Des siècles et des siècles après,\nles hommes les ont découverts. Ils s’im aginaient ressusciter avec eux\nl’antique religion ; mais les D ieu x n’étaient plus que des statues, et\ns’ils avaient les yeux ouverts, leurs yeu x étaient sans regard, cieux\nsans soleil. Léonard les fixa encore, ne les interrogeant plus, et\ncroyant. A lors il les montra de la main à Jean, et lui dit : « Ils te\ndonnent raison. »\n  A lors Léonard, regarda non plus au fond de l'atelier, mais à droite.\nL à se trouvaient les D ieux grecs. Sur une planche, assez haut, étaient\nplacés des bustes, ceux de Jupiter O lym pien, d’A ppolon du Belvédère,\nde V én u s d e M ilo, d e l a G allypige, de Junon; sur un gradin, en-dessous,\ndes reproductions de statues et de groupes, du Lutteur, du Laocoon ;\nprès   du    lam bris, s’étagëaient    les bas-reliefs   du Parthénon.       Il\nquestionna    ces plâtres, brillants dans       une lum ière jaune-soufre.\nA ucun ne lui révéla son secret. « Je disperse mes forces en les obser­\nvant tous, » se dit-il — et il concentra sa volonté à fixer le Jupiter.\nA u bout d’un certain temps, il crut que le buste venait à lui, et il\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2599, "texte": "                                     —   274 —\n\n ferma ses m axillaires avec ténacité et tendit ses narines cartilagineuses,\n voulant aspirer une impression et n’en rien laisser échapper. « Il n’y\n a donc plus de nous dans ce masque, » pensa Léonard. Mais il n’en\n continua pas moins à le fixer; enfin sentant l’humanité s’éveiller et\n bruir dans le D ieu, ainsi que le vague appel du vent sous les feuilles,\n et de l’esprit vital du tout dans le vent, il s’adressa à Jean : « Celui-ci\n te donne aussi raison. »\n    P u is l ’initié se leva doucem ent et s’approcha d ’un panneau peu\néclairé, où étaient pendus des dessins et des lithographies d ’après les\nœuvres de Quentin M etsys, M em ling, H olbein, Van E y ck , Dürer. L es\nautres discutaient toujours,          sans s’occuper de lui, avec ce sans-\ngène bon enfant qu’ont seuls les artistes. Léonard était planté m ain­\ntenant devant le Christ de H ans H olb ein ; quelques instants après il\ns’agenouilla inconsciem m ent. S ’apercevant de sa pose, il voulut se\nl ’expliquer et se dit qu’il s’était sans doute agenouillé pour s’appro­\ncher plus du dessin. Il se redresssa donc avec une certaine fierté.\nM ais évidem m ent une lutte s ’était engagée entre le D ieu et l ’homme.\nAndré se tourna vers Léonard et lui demanda ce q u ’il y avait de si\nintéressant dans ce coin. Quant à Jean, lui ne le troubla pas, com ­\nprenant ce qui se passait dans le cerveau de L éonard.\n   « Ce n’est qu’un de nous dont l ’esprit est plus quintessencié,\nexclam a bientôt celui-ci. Jean, tu as raison, la religion n’est que\nl ’art. »\n   E t il était fatigué aussi, après avoir tenté ces grands efforts. Jean\nle prit par le bras : « Viens, tu comprendras l ’art de notre époque et\npressentiras celui de l’avenir, m aintenant que tu as pénétré les arts\ndes temps passés »; et il le conduisit devant des reproductions de\nM illet, Corot, M anet, M oreau, D ubois, D egroux, M ellery, F élicien\nR ops et    d’autres    maîtres.     I l lui   montra une reproduction d ’un\nW histler, et dit : « Vois-tu encore l 'être physique dans cette œuvre?\nEst-ce la femme qui fait chanter en toi que la nature est douce, est-ce\nla chair que t’attire à elle, ou bien est-ce une âme qui te dit ses dou­\nleurs, te révèle l ’imperfection des choses ét t’ouvre l ’au-delà? N ous\nrevenons au C ulte des E sprits. Ceux qui croient au développem ent de\nla Volonté, à la puissance im m atérielle des êtres, sont les forts. Le\nPouvoir appartient à celui qui Sait, vérité qui a été proclam ée p a r i’ « A g ro u ­\nchada-Parikchai, » le livre de la doctrine des Pitris, et restera vérité.\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": "                                 —   275 —\n\n   « Je    l ’ai toujours,   —   interrom pit Léonard,      mais   pas aussi\n profondément, que ce soir ». P uis, jetant les yeux autour de lui :\n « T o n atelier est donc l ’église de toutes les religions? »\n   « N on — des différentes expressions d’art, qui procèdent de l’art\n Indou. Cousin a écrit : l’H istoire de      la philosophie de l ’Inde     est\n l’abrégé de l’histoire philosophique du M onde. » Car les Brahm es\n savaient le secret de la nature, science mystérieuse, terrible pour\n les faibles intelligences qu ’elles    pouvaient, disaient-ils, conduire\nà la folie. I l est entré au jardin des délices ! voilà les termes dont les\n Indous se servaient pour exprim er qu ’un des leurs était initié au\nculte. D ans leur statuaire, leur architecture, leur poésie, est concen­\ntrée la plus forte somme de divinité. L es artistes les plus profonds\nont été les Brahm es supérieurs — les Fakirs, les Charm eurs sublim es,\nles Sanyassis, les Exorcistes sacrés, les N irvanys, les E vocateurs nus,\nles Joguis, les Contem platifs — et plus qu ’eux tous encore leur C h ef\nsuprême, l e Brahm atm a, lui qui n ’avait de l ’homme que le peu, moins\nqu’il faut pour se confondre avec l ’infini. l' « A gasa ». M ais plus leur\nreligion s’est approchée de l ’O ccident, plus elle s’est m atérialisée et a\ncessé d’être religion. L ’art H ébraïque dont la bible est l’expression, est\nmoins grand que l’art Indou. L es croyances des Chaldéens descendent\nà des pratiques de m agie vulgaire      L es Egyptiens, com parés à leurs\nancêtres, sont des décadents. L e s Grecs n’ont fourni qu’un art super­\nficiel et refroidi, et les Rom ains qu ’un art creux et plat. A u M oyen-Age,\nles Gothiques tentent une réaction. L a Renaissance étouffe ce m ou­\nvement superbe. Enfin, les Septentrionnaux luttent aujourd’hui, ils\négalem ent et surpasseront les Indous. L a lumière nous viendra du\nN ord. »\n  Léonard écoutait. André, lui, était resté assis, et fumait distrai­\ntement. L ’heure sonna. Léonard frémit, et dut se mordre les lèvres\nà sang, pour ne pas pleurer, tant cette conversation l’avait énervé.\n« Il est dix heures, dit Jean. Il se fait tard. — A nd ré? Peux-tu nous\nrejouer ta dernière sym phonie,        demanda-t’il au compositeur. Je\nvoudrais bien l’entendre.\n  — J’accepte. Mais dites-donc, avant cela, apprenez-moi comment\nl ’artiste peut se passer du commerce de la femme, puisqu’il doit\nadorer l ’esprit pur. »\n  — « I l s’en passe, se hâta de répliquer Léonard, qui voulait prouver\n"}, {"page_pdf": 307, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2368, "texte": "                                           -   276\n\nà Jean qu’il partageait ses convictions, ou du moins il ne s’abaisse\npas à la femme, comme tu la com prends. »\n      «  M a i s le monde est im possible avec vos théories! »\n       « L es grands artistes se consument, continua L éon ard. Ils se\ndoivent tout entier à la nature. Ceux qui se vouent à une religion,\nmeurent pour elle. »\n Evidem m ent A ndré avait posé cette question à                                    dessein, car il\nfixait Jean. Il savait que son ami avait été fiancé, et que son mariage\navait été rompu.\n  « L ’artiste doit avoir connu et adoré la femme, dit encore Léonard,\nalors q u e lle est belle, dans son rôle de mère. C elui auquel elle a m an­\nqué, a toujours été incom plet. M ais la femme, être passif, est la mort\nde l’artiste, s’il l’aime, femme ; et surtout s’il s’unit à elle banalement,\npar le m ariage. Connais-tu ces vers d ’A lbert Giraud? »\n\n              « T e lle je te c h é ris , ô fe m m e ! fia n cé e\n              A to u s le s h a u ts e sp rits d é c h u s d e le u r o r g u e il\n              Q u i c h e r c h e n t le re p o s d e le u r s âm es e n d e u il\n              D a n s la p la c id ité d ’u n re g a rd san s p e n sé e.\n\n\n              C a r je sa v o u re e n to i, p u iss a n te c ré a tu re\n              D o n t le b é a n t a m o u r est u n e a b s o rp tio n ,\n              U n su a v e a v a n t g o û t d e m a d is p e rsio n\n              D a n s le c a d a v re en fle u r de l ’im m e n s e n a tu re ! »\n\n\n   « O r, l’artiste ne doit pas se laisser absorber. Pourquoi, du reste,\naim erait-il la femme, « puisqu’il possède en lui ce qu’elle a de bon en\nelle? »\n   Jean tourna vers lui des regards im plorants,                            voulut parler, ses\nlèvres tremblèrent; m ais il se contint. Léonard com prit qu’il avait\nattristé son ami, et se tut, ne s’expliquant pas cette inconséquence.\nA ndré lui-même fut étonné de la physionom ie étrange de Jean, et\ncomme il l’estimait sincèrem ent, sachant com bien il était convaincu,\ndit avec un élan de bonhom ie, pour faire oublier son indiscrétion :\n   —    Je vais donc jouer ma sym phonie. M ais je vous demande\nd’éteindre le lustre. »\n   « Pourquoi? exclam a Jean. — T u ne veux pas que nous soyons dis­\ntraits par la vue de l’extérieur, toi aussi tu t’adresses à l’esprit seul? »\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 657, "texte": "                               —   277 —\n\n  A ndré ne riposta pas. Jean éteignit le lustre. T o u t se couvrit de\nnuit, et les D ieu x Egyptiens, et les Grecs, les chefs-d’œuvres gothiques\net modernes. L éon ard et Jean s’étaient rapprochés du poêle, tandis\nque A nd ré s’asseyait au piano. Il joua pendant près d’une heure.\nQuand il eut fini, Jean enthousiasm é lui dit : «Tu as senti le tout, le\nmonde, en écrivant cette sym phonie; et nous aussi nous sentions tes\nim pressions en écoutant ton œ uvre. V o ilà notre religion . »\n  —    « T u as peut-être raison » — répondit André.\n\n      ( A suivre).                           H E C T O R C H A IN A Y E\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-06-13-n8-005", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 278, "page_fin": 280, "titre_corps": "La Victoire d’Indra (fragment) : La Détresse dans l’ombre", "titre_sommaire": "La Victoire d’Indra (fragment)", "signature_source": "CATULLE MENDÈS", "ancre_debut": "LA VICTOIRE D’INDRA", "ancre_fin": "CATULLE MENDÈS", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 309, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1503, "texte": "LA         V IC T O IR E D ’I N D R A\n                            (Fragm ent)\n\n\n              LA DÉTRESSE DANS L’OMBRE.\n\n\nQ u i donc vaincra le noir N u a g e et, d'une m ain\nQ u i s’ ouvre à coups de fo u d r e un flam boyant chem in,\nI r a sa isir au cœur des ténèbres profondes\nL e s recéleurs du j o u r adorable et des ondes,\nComme un chasseur p ren d des renards dans leurs terriers,\nS in o n I n d r a , le p lu s illu stre des guerriers,\nQ u i montent sur des chars de b a ta ille?\n                                                   M a is l ’ ombre\nE s t vaste. D a n s lequel des abîmes sans nombre\nD escen d re? L e berger du ciel ignore encor\nO ù la n g u it le troupeau rosâtre a u x cornes d'or,\nE t , mordant de dépit sa barbe fa u v e et bleue,\nI l hésite.\n              N o n loin g it C aram a. S a queue\nE s t inerte ; l'en n u i voile son œ il ardent.\n\n\nIn d r a d it : « D a n s le gouffre obscur de l'occident\n» N e vois-tu rien , 0 toi q u i découvres les pistes ? »\nE ll e d it : « R ien ». L a chienne et le berger sont tristes.\n\n\nP r è s d 'eu x les trente-trois D èva s, fro n ts a n x ie u x ,\nD éplorent la splendeur déchue, h é la s ! des d e u x\nO ù ne ruisselle p lu s le la it des vaches roses.\nT w a c tr i, l'a ïe u l clément q u i rend la form e a u x choses ;\nA g n i, f i l s de la force et seigneur des tribus,\nD o n t la langue p a lp ite autour des vases bus,\nE t claque, rouge, au vent comme une banderole;\nL a L ib a tio n sainte et la sainte P a r o le ;\n"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1865, "texte": "                             - 279 —\n Com a, H o tr a , B ra h m a n et les M ortiers divins ;\n L e couple étincelant de givre, les A çw in s\n Q u i fr a p p en t l'ennem i tels que d eu x lourdes pierres ;\n U v a çi q u i r'ouvrait à l'aube ses paupières\n E t m aintenant s'éteint comme un lotus f lé t r i;\n L e s trois Charrons issus d 'A n g ir a ; Ç a w itri\n Qu'emporte le galop bruyant des sept cavales;\n L e s R itû s q u i m archant à d'égau x intervalles\n Scan den t le temps h â t if de leur pas régulier,\n Interrogent, courbés et mornes, le B é lie r\n D u sacrifice,- au fo n d du ciel crépusculaire·,\n E t , sans trêve, les poings crispés p a r la colère,\nR û d r a hurle, fo u illa n t l'om bre, et de toutes parts\nL 'om bre geint sous le fo u et des M a rid es épars,\n T a n d is que V a r û na, roi des nocturnes heures,\nE t M itr a , q u i se p la it dans les claires demeures,\nD ’ un vol commun, tant l'ordre éternel est détruit,\nM ê la n t au jo u r serein la détestable n u it,\nSem blent un grand oiseau lourd d ’horreur et de gloire,\nD o n t une a ile serait d ’azu r et l ’autre noire !\n\n\nL e s D évas disent : « R o i m iséricordieux\n» E t terrible ! P a r e ils au buffle p r iv é d ’y e u x ,\n» Q u i ne sait p lu s où lu it l'onde claire des sources\n» E t meugle et se harasse en de stériles courses,\n» O C a cra ! nous errons loin des eau x, tristement.\n» Q u an d te lèveras-tu, roi farou che et clément,\n» Q u e la grâce mêlée à la fo rce décore ? »\n\n\nIn d ra soupire et d it : « N e vois-tu rien encore\n» O m a sœur ? » Ç aram a répond : « J e ne vois rien ».\n\n\nD e l ’ univers terrestre au monde aérien\nL a clam eur des tribus s'élève, lam entable :\n\n\nn N i les M a r û ls ailés, f i l s d ’ une mère stable,       »\nD it-e lle ,   « n i Ç a cra q u i porte p lu sieu rs noms,\n» N i les D a sra s a u x chars traînés p a r des ânons,\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1426, "texte": "                          — 280 —\n» N i tous ceux qu'éveillaien t au retour des aurores\n\" L e bruit des lourds p ilo n s dans les mortiers sonores,\n» N e reviendront, troupeau d'hôtes extasiés,\n» B o ir e la liqu eur sain te autour des saints brasiers!\n» L 'en n em i ténébreux, père des lourds orages,\n» A conquis le bétail des sacrés pâturages;\n» T e ls se ruaient au loin sous l'âpre fo u e t du vent\n» D ’ épouvantables blocs de roche et d'ombre, avant\n» Q u e la fo u d re eût rompu les ailes des montagnes,\n» T e ls vainqueurs et versant l'effroi sur les campagnes,\n» L e s nuages o n t f u i vers l'O c cid e n t, là-bas.\n» N e monterez-vous p oin t sur vos chars de combats.\n» O M a r ûts inconstants, f i l s de la mère stable,\n» O M a g lia ra n , gardien de la céleste étable,\n» Q u'enivre le çom a broyé p a r nos p ilo tis,\n» E t vous, N a ça tia s, cavaliers a u x bras longs ?\n» C a r , vide m aintenant dans la nue inclémente,\n» T ch am ou , près de B ra h m a n , attristé se lamente,\n» E t dans l ’ a ra n i sombre à tout ja m a is inclus\n» L e fu nèb re   Y a m a ne ressuscite p lu s ! »\n\n\nT e lle s'épand la p la in te hum aine, exténuée,\nM ou ran te, et les D éva s, pleurent dans la nuée.\nA lo r s I n d r a , chargé d ’ un désespoir accru,\nD i t encor : « C a ra m a ? »\n                                    L a chienne a disparu.\n\n\n\n                                       CATU LLE            M EN DÈS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-06-13-n8-006", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 281, "page_fin": 282, "titre_corps": "Sous mon Cachet : Une Musique des vers", "titre_sommaire": "Sous mon Cachet", "signature_source": "RENÉ GHIL", "ancre_debut": "SOUS MON CACHET", "ancre_fin": "RENÉ GHIL", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 312, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2930, "texte": "SOUS MON CACHET\n                               U N E M U S IQ U E D E S V E R S .\n\n                                                                             L e ttr e a u « F a u n e » de\n                                                                               S t é p h a n e M a lla r m é .\n\n\n\n\n     C o m m e d ’A u tr e s , r é s ig n é a u x e x i l s q ue n u l ne p le u r e , il fa u t q u e je\n m e ré jo u iss e a u d e ssu s d u T e m p s ... M a is , la s du d ésert de m on s o lilo q u e ,\n cep en d a n t, j ' a i v o u lu , sa n s q u itte r m on a r id ité , q ue q u e lq u 'u n m ’e n te n d ît.\n    E t j e v ie n s, F a u n e s e u l ! d is tr a ir e        le   r ê v e de vo tre A p r è s -m id i où les\n n y m p h e s so n t ép a v es : im p o rtu n , p r e s q u e n on, c a r l'h e u r e q u i p lu s n e s e r a ,\n q u ’ ir ie z -vous la d é p lo re r so u s le             m id i de vos d e u x ?               vo u s s u r q u i ne\n d escen d ra la n u it, e x t in c t io n des g lo ir e s ! . . . .\n    D é s i r e u x d e v o tr e e x q u i s d é s ir , j e     m e p la is en la h a n tise d 'un souffle\n de vos p i p e a u x é v o ca te u r s, d isa n t :\n\n                      « T â c h e d o n c , in s tr u m e n t des fu ite s , ô m a lig n e\n                     « S y r in x , de r e fle u r ir a u x la c s o ù tu m ’ a tte n d s!\n\n    N ’ est-ce p a s ? q ue le R ê v e rêv é, c e s e r a it : tous les r o s e a u x g r a c i le s , et\n toutes le s     C im e s a u s s i, toutes les A m e s et toutes les C h a ir s d ev en a n t un\nv is ib le et v iv a n t so u ffle m u s ic a l : so u ffle m u r m u r a n t d e p a r o le s to u jo u rs et\n non d é li é du V e r b e : un p o è m e , v ib r a n t de tous le s in s tr u m e n t s !....\n    H u g o ch a n ta ! e t ses o p im es c h a n ts n e tr o u v e r a ie n t les o r g u e s v o u lu es,\ns y m b o lis é s p a r la m e r s e u le où            tou tes les notes so n t : m a is r o u la n t é te r ­\nn e lle le u r p r o fu s io n , sa n s q u e p u is s e , d is tin c t, c h a q u e tim b r e so n n er.\n    B a u d e l a i r e , p r e m ie r ,     te r r ib le    M a î t r e fit d a n s      les réso n n a n ces des\nin stru m e n ts d én o m m és se d is tin g u e r ses V e r s : et c 'e s t su rto u t l ’a g o n ie\ns o lita ir e des v io lo n s d ans les n otes h a u tes et t r is t e s , — n o ir e s et o r a n g é e s ;\net des o r g u e s p o ig n a n te s , c 'e s t l'é m o i.\n   V e r l a i n e : bleu p â le        où     des flo c o n n e m e n ts , en         les s o ir s , de n u a g e s\nso n g é s : et, lo r s, s u r d 'in v is ib le s co rd es ce so n t des effleu rem en ts d 'a ile s , à\np e in e . P a r f o i s , des n u its vo lu p tu eu ses se g lo r if ie n t de                lu m iè r e s ; et l’ on\nen ten d , r h y th m é e s , les h a rp e s r o y a le s .\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2853, "texte": "                                                   — 282 —\n    M a l l a r m é : u ne f o i s , d ans       les d éco rs g la u q u e s     de r o s e a u x et d ’e a u x\n l ilia le s , c'est la f lû t e , h ésita n te en tr e les d e u x et la T e r r e . P u i s , c 'est la\ns é r é n it é des M u s iq u e s a c c o m p a g n a n t , en des a tm o sp h ères ca n d id es, —\n év o q u ée d ’ in stru m en ts c h im é r iq u e s à f o r c e d 'êtr e in u s ité s , — q u e lq u e P r ê t r e\nd 'u n C u lte d isp a ru          ou q u i s e r a ! .. .\n    E t les P o è te s : c e so n t C e u x - l à ! . . . E s s a y e u r des M é lo d ie s , tout a rtis te ,\n et n e sa ch a n t p a s m êm e s i cette C h o se m ou to n n a n te e x i s t e : le P u b l i c ! j ’a i\n n o té d é jà , co m m e un e n fa n t p e n s i f l'i n d e x a u x lèv res, q u elq u es é c h o s , et\nj ' a i so n g é. E t , — m on r ê v e ! —             je    v o u d ra is q u 'à l ’ in fin i s 'a m p lifiâ t la\np o é tiq u e   in s tr u m e n ta tio n ,    et se d iv e r sifiâ t;      et q u e , —     toutes     n u a n ces\nde c u iv r e s , de c o r d e s , d e so u ffles et de so n n e r ie s, d is tin c te s d a n s l ’u n ité , —\n la V ie p û t en n os liv r e s c h a n ter v r a im e n t, c a r so u v en tefo is et trop n ous ne\nf î m e s q u e c la m e r !\n    D 'A u t r e s o n t d it et d isen t cette a ttir a n te V ie et so n t les H is to r ie n s de ses\n F a i t s , éta n t ses V o y a n ts .      A    n o u s, j ’a i c r u , d ’en ê tr e les é c o u te u rs ! et,\ng lo r ie u s e m e n t , p o u r la n o te r e n m o ts d iv u lg a t e u r s , d e p é n é tr e r la P a r t i ­\n tio n ., — p r e m iè r e et su p rê m e h a r m o n ie ! ...\n    M a is , est-ce à d ir e q u e, p ê le - m ê le , l ’on d o iv e toute n ote r e te n ir , et n e p o in t\n au v e n t q u i p a s s e la is s e r un a c c o r d ? Q u e n o n ! n ous s o u v e n a n t q u ’ i l est des\np a r o le s o ise u se s, des ch a n ts sa n s â m e, des f a i t s sa n s m éd ita tio n .\n    C e q u i d o it d e v e n ir n o tr e s o u c i, c ’est le p o è m e é te r n e l des im m u a b le s\n C h o ses, des a u bes a u x so ir s to u jo u rs r e v e n a n te s, et de la g r o s s iè r e t é des\n r a c e s à le u r d é liq u e s c e n c e . E t p o u r e x e m p le , c e q u i est à d ir e , ce n ’est p a s ,\n c e rte s, te lle n u d ité de telle a c c id e n te lle c o u r tisa n e v iv a n t so us n os r e g a r d s\n h a b itu é s , m a is la N u d it é — fa ite d e to u s les n u s — d e l ’é te rn e lle P r o s titu é e ,\n é p a n o u ie v ib r a n te co m m e u ne sœ u r d e c es é tr a n g e s f l e u r s c a r n iv o r e s, —\n co m m e un s y m b o l e !\n\n                (A s u iv r e .)                                                   R E N É G H IL .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-06-13-n8-007", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 283, "page_fin": 284, "titre_corps": "Les Pianos : Fantaisie onomatopique", "titre_sommaire": "Les Pianos, fantaisie onomatopique", "signature_source": "STUART MERRILL", "ancre_debut": "LES PIANOS", "ancre_fin": "STUART MERRILL", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 314, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1665, "texte": "LES PIANOS\n\n                F A N T A IS IE   O N O M A T O P IQ U E .\n\n\n\n              Lse grands pianos ont secoué leurs flancs d’ébène, et sous\n               des mains spectrales leurs claviers ont ondulé.\n                 L eu r âme sonore s’exhale· dans les ténèbres en m élan­\ncoliques miaulements, et pleines d ’une lassitude incom m ensurable,\nleurs notes s’allongent et se prolongent jusqu ’au rivage de l ’Erèbe,\navec les ondulations infinies      des constrictors qui s ’étirent dans la\nsolitude des forêts crépusculaires. Ce sont les ululem ents des Dam nés\nqui ram pent par hordes épouvantables aux bords du Styx et du\nPhlégéthon. C ’est la tempête se pâm ant lam entablem ent sur les\nsables des Saharas. C ’est le sanglot rythm ique des mers glauques qui\ninterm inablem ent déferlent sur les plages adamantines.\n  L es   grands pianos m iaulent, les grands pianos ont          peur, et\nmurmurent effroyablem ent entre eux.\n  U n pleur sinistre a gloussé soudain, comme un djinn dans la nuit.\nE t les touches d’ivoire s’entrechoquent comme des castagnettes de\ncorne, tandis que le chœ ur m acabre et grotesque des cauchemars\ngalope sur les cordes sifflantes. L es squelettes gonflent leur thorax au\nfond des sépulcres, et la ronde des morts roule sous la lune en\ntressautant d’épouvante. Dans l’espace, la m écanique de l ’H orloge du\nTem ps crie et grince avec un tic-tac sec. L e s claviers grelottent,\ngrelottent, grelottent, et claquent, claquent, claquent, et les pédales\ntrottent, galopent et râlent, jusqu’à ce qu’épuisés par la tourbillon­\nnante cascade de cris, les grands pianos s’apaisent en un zézayant\ngazouillis.\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1168, "texte": "                                 — 284 —\n  L es grands pianos n’ont plus peur, les grands pianos gazouillent,\net leur âme s’em plit de joie.\n  Des notes argentines et m usicales s’éveillent en leurs élastiques\npoum ons;   des notes graves et profondes leur répondent, et les\nhymnes d’espoir et de calme s’envolent d’un suave et m élodieux\nessor. E t le chœur des pianos sonne et résonne comme, le soir, aux\nbeffrois des cathédrales, tonnent les larges cloches de bronze, dont\nles mélodies d ’or prennent leur essor vers la L un e pâle et les E toiles\ntriom phales —   les E toiles qui   gravem ent, comme de virginales\nCanéphores, déploient l’éclat de leurs draperies au lon g des marches\nde marbre bleu des Parthénons célestes.\n  Or, voici que les pianos m urmurent et meurent comme des voix\nde femmes et de violons —        de femmes brûlées d ’amour dans les\nlangoureuses nuits d’automne ; — de violons veloutés qui se pâment\nen voluptueux trémolos dans un palais très-lointain.\n  E t soudain, le som m eil et le silence tombent et pèsent sur les\npianos m agiques, sur les grands chanteurs morts.\n\n                                          S T U A R T M E R R ILL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-06-13-n8-008", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 285, "page_fin": 293, "titre_corps": "Candeur", "titre_sommaire": "Candeur, nouvelle", "signature_source": "OSCAR MÉTÉNIER", "ancre_debut": "CANDEUR", "ancre_fin": "OSCAR MÉTÉNIER", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 316, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3196, "texte": "CANDEUR.\n                                                                                     A Laurent T ailhade.\n\n\n\n\n                      u m ilie u d u s ile n c e p ro fo n d q u i ré g n a it d a n s le très a n c ie n\n                      A\n                        sa lo n d e s R é ja u m o n t,     M o n s ie u r de L ie r r e v a n t-M a n tè s tira de\n                        la p o c h e de sa re d in g o te p lis sé e u n e ta b a tiè re o r n é e de ru b is .\n Il h u m a lo n g u e m e n t u n e p rise et a p rè s a v o ir fa it to m b e r d 'u n e                     c h iq u e ­\n n a u d e , les g r a in s é p a rs s u r so n ja b o t d e d e n te lle s:\n    — M e s d a m e s, M e s sie u rs , c o m m e n ç a -t-il, je d o is à d e d o u lo u r e u x é v é n e ­\n m en ts l ’h o n n e u r d e p ré s id e r c e c o n s e il d e fa m ille . Je n e fa illir a i pas à ce\n d e v o ir. N o u s a v o n s à a g ite r u n e q u e s tio n g r a v e , l ’é ta b lis se m e n t de n o tre\n c h è re G e n e v iè v e . S a g r â c e , sa p a rfa ite é d u c a tio n o n t fa it d ’e lle u n e fem m e\n a c c o m p lie .     F o r t re m a rq u é e c e t h iv e r et n o ta m m e n t a u d e rn ie r b a l d e la\n p rin c e s s e     O s tr o w s k i,   e lle   a su     c o n q u é r ir d e p r é c ie u x su ffra g e s.     T r o is\n d e m a n d e s d e la m a in d e n o tr e p u p ille m ’o n t été so u m ise s .\n    U n m o u v e m e n t se fit d a n s l’ a ssista n ce .\n    —     V o u s ê te s, m o n e n fa n t, c o n tin u a le v ie u x d u c en s ’a d re s s a n t à G e n e ­\nv iè v e , la d e r n iè r e R é ja u m o n t; v o u s p o r te z tro p h a u t l ’ o r g u e il d e v o tr e n o m\np o u r q u e j'h é s ite à v o u s re n d re a b s o lu e m a ître sse de v o tr e c h o ix . L e s tr o is\np ré te n d a n ts q u e        j’ai à     p ro p o s e r so n t é g a le m e n t h o n o ra b le s , é g a le m e n t\nd ig n e s d ’ e n tre r d a n s n o tre m a iso n . N o tr e rô le se b o rn e ra à v o u s p ré s e n te r\nles o b s e rv a tio n s q u e n o u s p o u r r io n s ju g e r c o n v e n a b le s .\n    L a m a rq u is e d o u a ir iè r e de R é ja u m o n t, a ssise à la d r o ite de M . d e L ie r r e ­\nvan t-M a n tè s, p r it la p a ro le ta n d is q u e c e d e r n ie r tir a it d e so n p o r te fe u ille\np lu s ie u r s le ttr e s a r m o rié e s .\n    — L ’h e u re est s o le n n e lle , m a c h è re G e n e v iè v e ! D e c e t in sta n t d é p e n d le\nb o n h e u r d e to u te v o tr e vie ; v o u s a v e z d ix -h u it a n s et a ssez de sa g e sse p o u r\nc o m p r e n d r e q u e q u e lq u e fo is le s c o n s id é r a tio n s so c ia le s d o iv e n t p a sser a v a n t\nc e r ta in s e n tra în e m e n ts d o n t la je u n e s se est c o u tu m iè r e . N o u s a v o n s d o n c\nc o n fia n c e , m ais c o m m e p a r fo is , l ’e sp rit p e u t s’ é g a re r, l ’a b b é va a p p e le r su r\nv o u s les lu m iè re s du T r è s - h a u t.\n\n\n\n\n                                                                                                                              %\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4068, "texte": "                                                   — 286 —\n   Les     a ssista n ts se      le v è re n t,   ta n d is q u e ,    fa is a n t face     au       g ra n d   C h r is .\nd ’iv o ire q u i se d é ta c h a it s u r la te n tu re ro u g e d u sa lo n , a u -d e ss o u s d e l ’é cu\ndes R é ja u m o n t, l ’a b b é de B e r tis , n e v e u de la m a rq u is e , r é c ita it à h a u te\nvo«x, le « V e n i C r é a to r s p ir itu s ».\n   Q u a n d , a p rè s le d e rn ie r v e rse t d u c h a n t litu r g iq u e , la v o ix g r a v e d u p rê tre\nse tû t, G e n e v iè v e su r q u i to u s le s re g a rd s é ta ie n t fix é s, resta e n c o r e p ro s ­\nte rn é e, c o m m e a b îm é e d a n s sa p riè re . E lle se re le v a e n fin e t r e v in t p re n d re\nsa p la ce e n tre la c h a n o in e s se d e V e r d a c et le b a ro n S é n è r e s .\n   L e s y e u x m o d e ste m e n t b a issé s, e lle s ’a ssit, sa n s m o t d ir e , en face de so n\ntu te u r ; so n te in t m a t s ’ éta it a n im é et u n lé g e r tr e s sa ille m e n t fa isa it o n d u le r\ne n tre ses é p a u le s d e u x é p a isse s tresse s b lo n d e s.\n   M . de L ie r re v a n t-M a n tè s re p r it :\n   — V o u s c o n n a is se z, m a c h è re p u p ille , les tr o is p ré te n d a n ts. L e p re m ie r,\nM . G a s to n d e K e r v a n g u y , d ’u n e très a n c ie n n e fa m ille de B r e ta g n e est d é jà\na llié a u x R é ja u m o n t. A tre n te a n s, c a p ita in e a u x h u s sa rd s , il a d e v a n t lu i u n\nb r illa n t a v e n ir m ilita ir e et v in g t-c in q m ille liv r e s            de   re n te .     V o u s l ’a ve z\nr e n c o n tr é m a in te s fo is c e t h iv e r ,      ic i et d a n s d iffé re n te s m a iso n s. C e tte\nc ir c o n s ta n c e m e d isp e n se d o n c de v o u s fa ire so n p o r tr a it.\n   L e se c o n d , a tr e n te -c in q a n s . C ’est M . d e L a r o c h e -D in a n , d a n s les fo rê ts\nd u q u e l v o u s a v e z a ssisté à p lu s ie u r s la is s e r -c o u rre . I l v it r e tir é d a n s ses\nte rr e s , m a is il m e fa it c o n n a îtr e q u e d a n s le cas o ù sa d e m a n d e se r a it a g ré é e ,\nil a c h è te r a it à P a r is , le v ie il h ô te l d e s L u c ig n y , à v e n d re d e p u is le d é cès d u\nm a rq u is ,   ce q u i v o u s      p e rm e ttra it     de    p a rta g e r v o tr e v ie         com m e vous\nl ’e n te n d rie z . F o r tu n e : c in q u a n te m ille liv re s d e re n te .\n    L e tr o is iè m e , d o n t la d e m a n d e n o u s a to u s q u e lq u e p e u é to n n é s est v e u f,\nsa n s e n fa n ts.    Il a été sé d u it a b s o lu m e n t p a r v o tr e g r â c e p a rfa ite .                Il a\nc in q u a n te an s b ie n so n n é s et n e p o ssè d e q u e v in g t m ille liv re s de re n te , m ais\nsa h a u te situ a tio n (il est p re m ie r p ré s id e n t à la C o u r d ’A p p e l d e B o u r g e s et à\nla v e ille d e d e v e n ir p r o c u re u r -g é n é ra l à la C o u r d e C assa tio n ) e t ses g r a n d e s\na llia n c e s n e n o u s p e rm e tte n t p o in t d ’é c a rte r sa p r o p o s itio n . C ’est M . le co m te\nde M a tillo n . V o u s l ’a v e z v u , m a c h è re e n fa n t, c h e z la p rin c e s s e O s tr o w s k i.\n I l v o u s o ffrit le b ra s p o u r p a sser a u s a lo n .\n    A    vous     m a in te n a n t, G e n e v iè v e , d e v o u s p r o n o n c e r .      R ie n      n e p re sse .\n R é flé c h is se z lo n g u e m e n t; c a r l’ h e u r e est so le n n e lle .\n    L e s y e u x to u jo u r s b a issé s, G e n e v iè v e g a rd a u n in sta n t le s ile n c e .\n    —    Il va sa n s d ire , p o u r s u iv it le d u c de L ie r r e v a n t-M a n tè s , q u e v o u s\n re ste z m a ître s se a b so lu e d e v o tr e d é c isio n et q u e v o tre d é te rm in a tio n se ra it\n re sp e c té e , a u ca s m ê m e o ù v o u s r e p o u s se rie z p o u r l ’in sta n t to u te p r o p o s i­\n tio n d e m a ria g e .\n    L e s jo u e s d e G e n e v iè v e s’e m p o u rp r è r e n t :\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3784, "texte": "                                                   — 287 —\n    — M o n s ie u r le D u c , d it a lo rs la je u n e fille , v o u s m ’a ve z a d o u c i ju s q u ’à ce\njo u r la d o u le u r d e n ’a v o ir pas c o n n u m es c h e rs p a re n ts. J ’ai v é c u sans\nc r a in te , fo rte d e v o tr e a p p u i, je su is e n c o r e b ie n je u n e , b ie n fa ib le et m on\na p p ré h e n s io n a u g m e n te en s o n g e a n t q u e d é s o rm a is c e t a p p u i m e m a n q u e ra .\nM o n in e x p é r ie n c e a b e s o in d ’ u n g u id e s û r , je n ’ai pas à h é s ite r et je v a is\ns u iv re , d a n s m o n c h o ix , je le se n s, le s in s p ir a tio n s d u c ie l...\n    G e n e v iè v e s’ a rrê ta c o n fu se .\n    — A c h e v e z , m o n e n fan t! fit p a te rn e lle m e n t M . d e L ie r re v a n t-M a n tè s .\n    — V e u ille z d o n c d ire à M . le c o m te d e M a tillo n q u e je su is h e u re u s e et\nfiè r e q u ’ il a it b ie n v o u lu je te r le s y e u x su r m o i.\n    A c e s m o ts , p ro n o n c é s san s h é s ita tio n , d ’ u n e v o ix a ss u ré e , le d u c e u t u n\nm o u v e m e n t d e s u r p r is e .\n    L a m a rq u is e d o u a ir iè r e de R é ja u m o n t é c h a n g e a a v e c la c h a n o in e s s e de\nV e r d a c , u n r e g a r d p le in de stu p e u r, ta n d is q u e le b a ro n S e n è re s s’a g ita it\nfé b r ile m e n t d a n s so n fa u te u il.\n    — M a is a v e z-v o u s b ie n r é flé c h i, m a c h è re G e n e v iè v e , q u e M . le C o m te de\nM a tillo n a a u m o in s c in q u a n te d e u x an s ?\n    G e n e v iè v e se le v a et e n to u ra d e ses b ra s le c o u                 de M .   de     L ie r r e v a n t-\nM a n tè s :\n    — V o u s m ’ a v e z la iss é e m a ître s se d e m o n             c h o ix ,    m on    bon     o n c le ,   lu i\nd it-e lle e n s o u r ia n t, v o u s n e se r e z p lu s là ,        il n ie fa u d ra       un     p ro te c te u r ;\np o u va is-je m ie u x c h o is ir? Je se ra i M me la P r é s id e n te !\n    E t p eu s o u c ie u s e d e l ’ é tiq u e tte , e n d é p it d e la so le n n ité de la c irc o n s ta n c e ,\nl ’e s p iè g le e n fa n t d é p o sa d e u x b a is e rs s u r le s jo u e s d e so n tu te u r .\n\n                                                          * »\n\n   O n fu t lo n g te m p s , à l ’h ô te l de R é ja u m o n t,            sa n s c o m p r e n d r e l ’é tra n g e\nd é c is io n   de   G e n e v iè v e , q u i, d e tr o is p ré te n d a n ts , c h o is is s a it ju s te m e n t le\np lu s â g é et le m o in s r ic h e . A         p lu s ie u r s   re p ris e s, o n     e ssa y a d e lu i fa ire\ne x p liq u e r les m o tifs d ’ u n e p a re ille d é te rm in a tio n .\n   — Je v e u x ê tre M me la P r é s id e n te ! ré p o n d a it-e lle a v e c u n e p e tite m o u e\nlu tin e , q u i e n le v a it a u x in te r lo c u te u r s to u te id é e d e r e v e n ir à la c h a rg e .\n   L a c h a n o in e s se d e V e r d a c fu t la p re m iè re q u i p a r u t tr o u v e r u n e e x p lic a ­\ntio n p la u s ib le .\n   —    E lle est si      p u re ,   si in n o c e n te , c e tte c h è re e n fa n t, q u ’ e lle      n ’im a g in e\ng u è r e ce q u e p e u t ê tre u n      m a r i. E lle se se n t se u le a u m o n d e , e lle v e u t u n\np ro te c te u r et je c o n ç o is q u e M .       de M a tillo n        p a ra isse lu i     o ffr ir p lu s      de\ng a ra n tie s q u e M M . de K e r v a n g u y et d e L a R o c h e - D in a n .\n   —    N o u s n e p o u v o n s p o u rta n t pas la d é s a b u s e r, v o y o n s , l ’a b b é ! rip o sta it\nra g e u s e m e n t la m a rq u is e .\n   E t l’ a b b é s o u r ia it sa n s ré p o n d re , en h o c h a n t d o u c e m e n t la tête.\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3672, "texte": "                                                     — 288 —\n\n     —      M . de M a tillo n       fa it e n c o r e   tr è s -b o n n e   fig u r e ! a ffirm a it le     D uc     de\nL ie rre v a n t-M a n tè s en se re n g o rg e a n t,        très-sa tisfa it au        fo n d d u c h o ix de sa\np u p ille .\n     Il é ta it à p e in e p lu s â g é q u e le p r e m ie r P r é s id e n t et il p re n a it sa p a rt de\nla fla tte rie q u ’il a d re ssa it au c o m te .\n    — P o u r v u q u ’e lle n e so it pas tro p v ite d é s illu s io n n é e , la                 p a u v re p e tite !\nre p re n a it la d o u a ir iè r e . A h ! l ’é d u c a tio n       q u ’on     r e ç o it d a n s le s c o u v e n ts a\np a rfo is des in c o n v é n ie n ts b ie n g r a v e s !\n    — C ’est c e la ! p la ig n e z -v o u s d o n c q u e la         m a rié e so it tr o p b e lle ! c r ia it le\nb a ro n       S e n è re s, q u i   ne   p e rd a it    ja m a is   une       o c c a s io n d e    c o n tr e d ir e la\nm a rq u is e .\n    — E h m o n D i e u ! M . le F in a n c ie r ! m o i a u s si, j'a i été a u c o u v e n t, et c erte s\nle m a r q u is d e R é ja u m o n t n ’a ja m a is e u , q u e je sa ch e , lie u d e s ’e n p la in d r e ;\nm a is D ie u m e p a rd o n n e ! o n n e m ’ a u ra it ja m a is fa it é p o u s e r u n b a rb o n d ’u n\nd e m i-siè c le , q u a n d j ’a va is d ix -h u it a n s! Il e st v r a i q u e j ’ a v a is d e la tê t e ...\net d u g o û t. M o n         D ie u ! G e n e v iè v e n ’e n m a n q u e p a s, m a is e lle e st fa ib le et\nces D am es en o n t a b u s é ...\n    — L e s D am es d u S a c r é -C œ u r s u iv e n t c e p e n d a n t u n e e x c e lle n te m é th o d e .\no p p o sa l ’a b b é de B e r tis .\n    — L e s D am es d u S a c r é -C œ u r , m o n n e v e u , o n t o u b lié q u e G e n e v iè v e éta it\nd e stin é e au m o n d e . E lle s en o n t fa it u n e n o v ic e .\n    — L e m o n d e à ta n t d ’é cu e ils, q u ’o n n e s a u ra it tro p p r é m u n ir                 le s je u n e s\np e r s o n n e s ........\n    — E t m e v o ilà a v e c u n n e v e u de c in q u a n te ans s u r le s b ra s !\n    C ’é ta it là , a u fo n d , le s e c re t d e la g r a n d e c o lè re d e         M me d e R é ja u m o n t,\nm a is e n fin le m al é ta it fa it. M . d e M a tillo n a v a it é té o ffic ie u s e m e n t p ré v e n u\ndu ré s u lta t de sa d e m a n d e . Il n ’ y a v a it p lu s à y re v e n ir.\n    R ie n n e c h a n g e a en a p p a re n c e d a n s les a llu r e s de G e n e v iè v e de R é ja u m o n t;\nc ’éta it to u jo u r s la p e tite p e n s io n n a ir e g a ie et in g é n u e . S i, de te m p s à a u tre ,\non p ro n o n ç a it d e v a n t-e lle le n o m de M . d e M a tillo n ,                 e lle b a issa it le s y e u x ,\nu n p etit p li é n ig m a tiq u e se d e s sin a it au c o in de sa b o u c h e , p u is p re s q u 'a u s-\ns itô t :\n   — N o u s en r e p a r le r o n s            q u a n d je se ra i P r é s id e n te !\n    E lle c o n tin u a it à v a q u e r a v e c u n so in très e x a c t à           ses d e v o irs r e lig ie u x ,\nce q u i fa is a it d ir e à so n c o u sin l'a b b é d e B e r tis :\n    — C ’est u n e â m e d ’ é lite ! L a b r e b is p ré fé r é e d u B o n             P a s te u r !\n    E t de fait, G e n e v iè v e re m p lis s a it to u t l ’h ô te l d u p a rfu m de so n in n o c e n c e\net de sa v ir g in a le c a n d e u r . O n c ita it ses re p a rtie s n a ïv e s , ses a d o r a b le s m u ti­\nn e rie s . N o n ! M . d e M a tillo n n e s a u ra it ja m ais le p rix du tr é s o r q u 'o n lu i\nc o n fia it.\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4073, "texte": "                                                    — 289 —\n    E n fin , l’ été v in t.\n    T o u t e la fa m ille p a rtit p o u r l ’A u v e r g n e , au c h â te a u de L ie r r e v a n t o ù le\n m a ria g e d e v a it ê tre c é lé b r é , au c o m m e n c e m e n t de l ’a u to m n e .\n    D é jà to u te la c o n tré e c o n n a is sa it le p ro je t d 'u n io n .         D ès lo r s c o m m e n ç a\n p o u r G e n e v iè v e u n e sé rie de fêtes, d o n t elle fu t la re in e .\n    M . d e M a tillo n , a p rè s u n v o y a g e à P a r is , o ù il c o m m a n d a               u n e c o r b e ille\np r in c iè r e , a rriv a à L ie r r e v a n t o ù l ’a p p e la it u n e in v ita tio n d u D u c . T rè s fier\n d ’ a v o ir é té c h o is i p a r l ’a d o r a b le je u n e fille , il c o m m e n ç a sa c o u r.\n    L e p r e m ie r p ré s id e n t é ta it e n c o r e très v e r t, e t n ’é ta ie n t q u e lq u e s rh u m a ­\ntis m e s et ses fa v o r is g r is , il a v a it e n c o r e fo r t b e l a ir.\n    M me de R é ja u m o n t s 'h u m a n is a p re s q u e , et u n jo u r q u e tr è s -c o r r e c t d a n s\nsa re d in g o te fe rm é e à ro se tte r o u g e , so n fu tu r n e v e u la c o n d u is a it à l ’ é g lis e\nd u v illa g e , e lle d a ig n a re m a r q u e r q u e le v ie u x g e n tilh o m m e a v a it d û               être\ntr è s b ie n ... d a n s sa je u n e s se , p o u r en a v o ir c o n s e r v é d e si b e a u x re ste s.\n    Un     m a tin ,    e n se m e tta n t à ta b le , le D u c a n n o n ç a            l'a r r iv é e p ro c h a in e à\nL ie r r e v a n t du b a ro n S e n è re s et d e so n fils R a o u l.\n    S u b ite m e n t in té re ss é e , G e n e v ie v e d e v in t p â le.\n    — M o n D ie u ! d é c la r a la d o u a ir iè r e , q u e ce b a ro n               est d o n c d é sag réa b le ;\nn o u s é tio n s ic i si b ie n sa n s lu i !\n    L e b a ro n S e n è re s éta it s u p p o r té p lu tô t q u ’a im é p a r la fa m ille . S a n o b lesse\nd a ta it d ’h ie r e t ses m illio n s se u ls      lu i a v a ie n t v a lu      l ’h o n n e u r d ’é p o u se r u n e\nL ie r r e v a n t-M a n tè s . Il éta it v e u f et so n fils u n iq u e lie u te n a n t de d ra g o n s. Sa\ntrès g r o s se fo r tu n e , q u i a v a it d é jà fa it p a rd o n n e r u n e m é sa llia n c e , se rv a it\ne n c o r e a u jo u r d ’ h u i q u e sa fem m e éta it m o rte , à lu i fa ire te n ir o u v e rte s les\np o rte s du c h â te a u de L ie r r e v a n t.\n    R a o u l S e n è re s , d e sept a n s p lu s â g é q u e G e n e v iè v e , a v a it été p o u r a in s i\nd ir e é le v é a v e c e lle . L e s d e u x e n fan ts s ’é ta ie n t to u jo u r s te n d re m e n t a im é s.\nE n g r a n d is s a n t, le je u n e h o m m e a v a it c o m p r is q u ’il re sse n ta it p o u r sa c o u sin e ,\na u tre c h o se q u ’u n e a ffe c tio n fra te r n e lle .\n   M a is il s ’a p p e la it S e n è r e s !\n   G e n e v iè v e é ta it la d e rn iè re des R é ja u m o n t; e lle s e u le é ta it e n c o r e ric h e ,\nd e to u s les m e m b re s de cette tr è s -a n tiq u e fa m ille . Il se n ta it b ie n q u ’o n n e\np e rm e ttra it ja m a is à l ’o p u le n te h é r itiè re d 'u n n o m si illu s tr e , d ’ é p o u se r le\nfils d ’ u n fin a n c ie r, « d ’ u n m a rc h a n d d ’a r g e n t, d ’ un tr a ita n t, » c o m m e d is a it\nla m a r q u is e . C e tte u n io n n 'e u t pas eu l’ e x c u s e de la p a u v r e té ; c ’a va it, d u\nre ste , été     la    ré p o n s e   fo rm e lle    de     M me d e          R é ja u m o n t,   un     jo u r    que\nM . S e n è re s a v a it e ss a y é de la iss e r p re s se n tir c e r ta in e s in te n tio n s .\n   T o u t a v a it été d it et R a o u l a v a it d û r e n fe rm e r a u p lu s p ro fo n d d e so n\nc œ u r la p a ssio n q u ’il re s se n ta it p o u r G e n e v iè v e . C e n t fo is , c e p e n d a n t, il a v a it\nété p ris du d é s ir d e lu i en fa ire l ’a v e u , à e lle d o n t il a v a it si s o u v e n t p a rta g é\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3634, "texte": "                                                    — 290 —\n le s je u x , m a is il l ’a v a it tr o u v é e si p u re , si n a ïv e , q u ’il a v a it to u jo u r s ré sisté à\n cette te n ta tio n .      J e te r le tr o u b le d a n s c ette â m e d e v ie r g e !           T e r n ir cette\n c a n d e u r ! N o n , e lle lir a it a ssez tô t d a n s ses y e u x , le s se n tim e n ts q u i l ’o p p r e s ­\n sa ie n t. .. E t v o ilà q u ’ u n jo u r , b r u s q u e m e n t, il a v a it a p p ris le m a ria g e p ro c h a in\n d e G e n e v iè v e !\n    A lo r s , san s s’e x p liq u e r p o u r q u o i, il a v a it v o u lu p a rtir, d e s u it e .......\n    Q u a n d il a rriv a à L ie r r e v a n t, a c c o m p a g n é          du b a r o n , q u e lq u e s      jo u rs\n se u le m e n t a v a n t le m a ria g e , il tr o u v a sa c o u s in e tr è s -g a ie , tr è s -h e u re u s e de\nle r e v o ir .\n    —     Je v o u s p ré se n te m o n frè re , d it-e lle à M . d e M a tillo n . N o u s a v o n s\njo u é b ie n so u v e n t e n s e m b le à la p o u p é e !\n    Le     P r e m ie r -P r é s id e n t s ’in c lin a g r a v e m e n t et te n d it à R a o u l, u n e m a in\n q u e c e lu i- c i se rra à p e in e .\n    — V e n e z ! a jo u ta -t-e lle en s’ a d re ssa n t à so n c o u s in , v e n e z v o ir le s fo lie s\nq u ’à faites p o u r m o i M . de M a tillo n .\n    E t e lle e n tra în a le je u n e o ffic ie r to u t fré m iss a n t, a u s a lo n , o ù e lle n e lu i\nfit p as g r â c e d ’u n b ijo u .\n    — C o m m e to u t c e la est beau ! d is a it-e lle , sa n s s ’a p e r c e v o ir d e la to r tu r e à\nla q u e lle e lle so u m e tta it so n a m i.\n    L e s jo u r s q u i s u iv ire n t p a ru r e n t b ie n lo n g s au p a u v re R a o u l.\n    G e n e v iè v e , e lle , ra y o n n a it et s 'e ffo rc a it de lu i fa ire p a rta g e r sa jo ie . A h !\ns ’il e u t o sé se c o n fie r à e lle , to u t lu i d ire ; m a is n o n , il n ’en a v a it pas le d r o it!\n    Il n e se se n tit p as le c o u ra g e d ’a lle r ju s q u ’ a u b o u t. D e u x jo u r s a v a n t la\nd a te fix é e p o u r la c é lé b r a tio n du m a ria g e , il a n n o n ç a so n d é p a rt.\n    —     Oh!      p a rtir , n o n , je n e v e u x p as q u e v o u s p a r tie z !            fit G e n e v iè v e ,\nb o u d e u s e , ce se ra it très m a l, sa v e z v o u s ! je se ra is si c o n te n te d e v o u s v o ir\np rè s d e m o i dan s u n jo u r o ù je v a is ê tre si h e u r e u s e ! M . d e M a tillo n , p rie z-\nd o n c R a o u l de re s te r.\n    E t e lle d é c o c h a au p r e m ie r p ré s id e n t, u n re g a rd à la fo is, si d o u x et si\nin g é n u , q u e c e lu i-c i s ’u n it à sa b e lle fia n c é e p o u r p rie r R a o u l S e n è r e s de\np r o lo n g e r so n sé jo u r .\n    L e je u n e h o m m e c o n s e n tit à ce su p rê m e sa c rific e .\n   —     P o u r v o u s ré c o m p e n s e r, je v o u s p ro m e ts u n e v a ls e ..., v o u s m e p e r­\nm e ttre z b ie n de d a n se r, c e jo u r - là , M . de M a tillo n ?\n   — C o m m e n t d o n c , M a d e m o is e lle !\n   — F ig u r e z -v o u s q u ’o n d a n se ra d a n s le s sa lo n s et a u ssi su r la p e lo u se ! A u\nso n de la m u se tte ! to u s les p a y s a n s se r o n t là !\n   E t l’ e sp iè g le je u n e fille s’ e n fu it, h e u re u s e et lé g è re c o m m e u n e b ic h e .\n   —     Q u e lle a d o r a b le e n fa n t! fît M . d e M a tillo n en la re g a rd a n t d is p a ra ître\nd e r r iè r e u n e p o r tiè re .\n   — E t n a ïv e , a jo u ta R a o u l, a v e c u n s o u p ir .\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3462, "texte": "                                                         — 29 1 —\n\n\n\n    — D é cid é m e n t, il est e n c o r e très b ie n , ré ité ra la m a rq u is e de R é ja u m o n t,\nq u a n d a p p a ru t le c o m te d e M a tillo n , s e r ré d a n s so n h a b it et la c r o ix de\nc o m m a n d e u r au c o u . Il est ra je u n i de d ix an s.\n    G e n e v iè v e e x c ita u n e u n iv e r s e lle a d m ira tio n .\n    — L e s ro b e s b la n c h e s et les fle u rs d ’o r a n g e r se m b le n t a v o ir été in v e n té e s\np o u r e lle ! s’ é cria la c h a n o in e s se .\n    E t d e fa it, ja m a is v ie r g e n ’e u t u n e te n u e si c h a ste , ni u n regard si p u r.\n    M o n s e ig n e u r d e C le r m o n t, d o n n a a u x é p o u x la b é n é d ic tio n n u p tia le d a n s\nla p e tite c h a p e lle d u c h â te a u . A u c o u r s d ’ u n e p a te rn e lle a llo c u t io n , o ù il\nap p ela G e v e v iè v e « V a s e d ’é le c tio n », « T o u r d ’iv o ire », il n e c r a ig n it pas\nd ’a d re ss e r à M . de M a tillo n            to u s ses c o m p lim e n ts , d é c la r a n t q u ’il n ’a v a it\nja m a is v u ta n t d ’ in n o c e n c e u n ie à ta n t d e b e a u té .\n    L e p re m ie r P r é s id e n t ra y o n n a it.\n   Tout       s e u l, d is s im u lé   d e r r iè r e   u n p ilie r, en g r a n d e te n u e ,         R a o u l était\np â le. —     Il eu t d o n n é le s m illio n s de so n p è re p o u r ê tre assis là -b a s, e n face\nde l ’ a u te l        à la p la ce de c e v ie u x .\n    L a c é r é m o n ie p rit fin .\n\n\n   A     d e u x pas de lu i, ta n d is q u e le s c lo c h e s s o n n a ie n t à p le in e v o lé e , q u e\nd e h o rs , le s c o u p s de feu des p a ys a n s            sa lu a ie n t   jo y e u s e m e n t les n o u v e a u x\né p o u x , G e n e v iè v e p assa, a u b ras de so n m a ri.\n    E lle s!a v a n ç a it le n te m e n t, les y e u x n o y é s , l'a ir h e u r e u x                p o u r ta n t.......\nq u a n d so n re g a rd h u m id e v in t c r o is e r c e lu i d e so n c o u s in , u n é c la ir ja illit\net le m ê m e p e tit p li é n ig m a tiq u e , a p p a ru t au c o in de sa b o u c h e .\n    E lle e u t p o u r lu i u n e p a ro le a im a b le q u a n d il v in t, à so n to u r , la sa lu e r.\n   — J ’e sp è re b ie n q u e le frè re de G e n e v iè v e de R é ja u m o n t n ’ o u b lie r a pas la\np ré s id e n te de M a tillo n\n   — Je m ’u n is à la C o m te ss e , M .                   S e n è re s , a jo u ta a u s s itô t le p ré s id e n t,\net je serai tr o p         h e u re u x si v o u s       d a ig n e z m ’a c c o r d e r    un    peu     de l'a m itié\nq u e v o u s a v e z p o u r e lle.\n   E t R a o u l s'é ta it in c lin é san s ré p o n d re .\n\n    Il y e u t g r a n d e r é c e p tio n , le s o ir, a u ch â te a u de                 L ie r r e v a n t. T o u t e la\nn o b le s se de      l’ A u v e r g n e était là : L e s g r ille s a v a ie n t été o u v e rte s et ta n d is\nq u e le s n o b le s in v ité s re m p lis sa ie n t les sa lo n s , d e h o rs , s u r le s p e lo u se s, des\nb a ls s ’o r g a n is a ie n t. O n d a n sa it, a u x so n s n a s silla rd s d e la m u se tte, le s tr a d i­\ntio n n e lle s b o u r ré e s .\n   S o u s les c h a r m ille s , des to n n e a u x d é fo n cé s, de lo n g u e s ta b les o u c h a cu n\np o u v a it s ’a sse o ir et to u tes c h a rg é e s de v ic tu a ille s .\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3597, "texte": "                                                              29 2    -----\n\n\n      Q u a n d la n u it v in t, le p a rc s ’illu m in a ; a u x b r a n c h e s d e s a rb re s se b a la n ­\n ç a ie n t des la n te r n e s a u x m ille c o u le u r s , c e p e n d a n t q u e le c h â te a u p ro fila it\n su r le c ie l so m b re sa g ra n d e silh o u e tte , p e rc é e à jo u r p a r le s fe n ê tre s très\n h a u te s, é tin c e la n te s , d e rr iè r e le sq u e lle s s ’a g ita ie n t des o m b re s.\n     A d m ir a b le m e n t p a ré e , G e n e v iè v e          se m b la it u n e       fée ,   au    m ilie u   de     ce\n m e r v e ille u x d é c o r. O n e x h u m a les v ie u x pas et ju s q u ’ à la                      D o u a ir iè r e de\n R é ja u m o n t, q u i d an sa le m e n u e t.\n     M . de M a tillo n , q u i re d o u ta it so n rh u m a tism e , se re tr a n c h a d e rr iè r e la\n g r a v ité      p ro fe s s io n n e lle à la q u e lle il é ta it fo r c é et p u t a in s i é c h a p p e r a u x\n o b se s sio n s c h o ré g ra p h iq u e s d o n t il fu t l ’o b jet.\n     M.        de    L ie r re v a n t-M a n tè s   v o u lu t     p ro u v e r      que    le s   lio n s d ’ a u tre fo is\n v a la ie n t b ie n le s g o m m e u x d ’a u jo u r d ’h u i, m a is il d u t s’ a rrê te r, e ss o u fflé , au\n m ilie u d ’u n e fig u r e de q u a d rille .\n     — C 'e s t ... c ’est l'é m o tio n ! fit-il, m a is p e rs o n n e n e s ’y la issa p re n d re .\n     O n jo u a u n e v a ls e .\n      R a o u l p r it so n c o u r a g e à d e u x       m a in s. I l a lla ra p p e le r à           sa c o u s in e sa\n p ro m e sse .\n     — Je v o u s a tte n d a is !         fit-e lle s im p le m e n t a v e c          so n é te rn e l et s in g u lie r\n s o u r ir e .\n     E lle s ’a b a n d o n n a a u x b ras d e so n c o u s in q u i fr is s o n n a it en e n to u ra n t d e\nso n b ras cette ta ille so u p le et si fin e q u ’e lle e u t te n u d a n s ses d e u x m a in s .\n     P a r fo is le s c h e v e u x d e la je u n e fe m m e v e n a ie n t c a re s se r so n v isa g e et\na lo rs p ris d ’é b lo u is se m e n t, il se s e m a it d é fa illir . Il v o u la it p a rle r, m a is ne\ntr o u v a it rie n à d ir e .\n     I .es d e rn iè re s m e su re s se fire n t e n te n d re .\n     L e to u r b illo n fo u s ’a r r ê ta .\n     II re c o n d u is it à sa p la ce M me d e M a tillo n . A u m o m e n t o ù , s’ in c lin a n t\nd e v a n t e lle , il a lla it la r e m e r c ie r :\n    — D a n s u n q u a r t d ’h e u re , à la g r o tte d u C a lv a ir e ! fit-e lle , tr o u v e z -v o u s y !\n     L a p a ro le e x p ir a s u r le s lè v r e s de R a o u l.\n    D ans u n          q u a r t d 'h e u r e ! A la g r o tte d u C a lv a ir e !           U n re n d e z-v o u s ! E t\nc ’é ta it G e n e v iè v e , la p u re G e n e v iè v e o u p lu tô t Mme de M a tillo n , q u i le                     lu i\nd o n n a it, à d ix h e u re s d u s o ir , à lu i R a o u l !\n    Il r ê v a it!\n    — C 'e s t e n te n d u , n ’est-ce pas ?\n    E t G e n e v iè v e o u v r a n t u n g r a n d é v e n ta il d e n a c re , à p lu m e s d 'a u tr u c h e ,\nré p o n d it p a r u n        g r a c ie u x s a lu t, a u      sa lu t      m u e t q u e lu i    a d re ssa le lie u ­\nte n a n t S e n è re s .\n   S a n s d ir e u n m o t, san s p e n sé e , ce q u ’il v e n a it d ’e n te n d re lu i                   se m b la n t\nin e x p lic a b le , R a o u l d e s c e n d it le p e rro n d u c h â te a u .\n\n\n\n\n                       X\n"}, {"page_pdf": 324, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "                                                     —     29 3 —\n\n     L ’a ir lu i fit d u b ien .\n     Il passa sa m a in su r so n fro n t b a ig n é de s u e u r .\n     —    Je n e rê v e p as p o u r t a n t ! ...        E lle n ’a p as ré flé c h i a u x c o n s é q u e n c e s\n d ’ u n p a re il a c te ! S e s in te n tio n s so n t d r o ite s , é v id e m m e n t ... m ais si o n la\n v o y a i t ... si o n la s u iv a it ... n e se r a it-il pas p lu tô t de m o n d e v o ir d e ...? T a n t\n p is, a llo n s !\n    E t R a o u l se d ir ig e a v e rs la g r o tte .\n    T o u t a u fo n d d u p a r c , au so m m e t d ’ u n m o n tic u le , la p ié té d e s d u c s de\n L ie r r e v a n t-M a n tè s a v a it é rig é u n C a lv a ir e , so u s le q u e l o n a v a it fo rt a r tis ti­\n q u e m e n t tir é p a rti d ’u n e so rte d e c a v e r n e n a tu r e lle .\n    Q u e d e fo is , so u s l ’œ il d e le u r s b o n n e s. R a o u l et G e n e v iè v e , en fan ts,\n n ’a v a ie n t-ils pas jo u é là , à l’a b ri des r a y o n s d u s o le il!\n    L e je u n e o ffic ie r s’ a ssit s u r u n b a n c de g a z o n , a tte n d a n t.\n    L e s é ch o s d e la fête v e n a ie n t ju s q u ’à lu i à tr a v e r s le s a rb r e s d u p a r c ; le\nc h â te a u s e m b la it fla m b e r.\n    O n z e h e u re s so n n a ie n t q u a n d u n e fo rm e b la n c h e se d ressa to u t-à -c o u p\nd e v a n t lu i.\n    —    G e n e v iè v e ! s ’é c ria -t-il, en c o u r a n t à la je u n e fe m m e , q u e lle im p r u ­\nden ce !\n   S u b ite m e n t, il se n tit d e u x b ra s se n o u e r a u to u r d e so n c o u , ta n d is q u e\nd e u x lè v re s b r û la n te s v e n a ie n t s ’a p p u y e r c o n tr e le s sie n n e s.\n   —     G e n e v iè v e ! ré p é ta R a o u l, stu p é fa it.\n   —     E n f in ! je su is à to i !\n   E t to u s d e u x , fré m iss a n ts , to m b è r e n t a ssis s u r le b a n c d e g a z o n .\n   —     M a is ... v o tr e m a ri?\n   A lo r s M me d e M a tillo n se             re le v a , a ltiè r e , et d é s ig n a n t de   la m ain les\nfe n ê tre s e n fla m m é e s d u ch â te a u :\n   — N e fa lla it-il pas u n p è re à n o s e n fa n ts ?\n\n\n                                                                         O SC A R M É T É N IE R\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-06-13-n8-009", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 294, "page_fin": 297, "titre_corps": "En Province", "titre_sommaire": "Études : En Province", "signature_source": "B. O. VALMAJOUR", "ancre_debut": "EN PROVINCE", "ancre_fin": "B. O. VALMAJOUR", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 325, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2820, "texte": "EN PROVINCE\n                                                                       Tout pour le Peuple et par le Peuple!\n                                                                                                   (D ivers).\n\n\n\n\n                  Ils se so n t ré u n is u n e d o u z a in e , des ratés, des a m b itie u x a u tr e fo is\n\n                    p e rs o n n a lité s en v u e et à q u i les é le c tio n s o n t re n d u u n e o b s c u ­\n                    rité g ê n a n te , de je u n es a v o c a ss ia u x a v id e s d e se p r o d u ire e t de\nfa ire p a rle r d ’e u x . L e u r b u t     est d e         c o m b le r   u n e la c u n e : la q u e stio n est\nse u le m e n t de la t r o u v e r ; ce           n ’est g u è re fa c ile , l ’ in d iffé re n c e est g é n é r a le ,\ne t o n est la s d e la p o litiq u e .\n    U n C o m ité d éjà fo rm é a lla it se d is so u d re , n e sa c h a n t q u o i d ir ig e r , q u a n d\nu n m e m b re fit u n e tr o u v a ille : « F o n d o n s u n c e r c le d ’ E n s e ig n e m e n t p o p u ­\nla i r e ! » L ’a p p ro b a tio n fu t u n a n im e : l ’id é e é ta it v r a im e n t s u p e rb e : d ’a b o rd\nc ’ éta it c o m b le r u n e v é r ita b le la c u n e , et q u e l m a g n ifiq u e b u t à p o u r s u iv r e !\nin s tr u ir e   le p e u p le , q u e lle b e lle œ u v r e d é m o c r a t iq u e q u e l b e a u             p ré te x te\nà r é u n io n s , c o n fé re n c e s , e tc ., e tc . O u i, c ’éta it bien c ela q u ’ il fa lla it fo n d e r.\n   O n fo n d a .\n    L e C o m ité fu t in sta llé o ffic ie lle m e n t, il eu t des sé a n ce s : o n en p a rla d a n s\nle jo u r n a l de la lo c a lité , en é n u m é ra n t les n o m s de « ces h o m m e s v ra im e n t\nd é v o u é s , to u jo u r s s u r la b r è c h e , e tc          » B ie n tô t la sé a n ce d 'in a u g u r a tio n\nfu t a n n o n c é e , o n p u b lia à g r a n d s fra is de ré c la m e u n p ro g ra m m e tr è s -v a r ié :\nc o n c e r t, c o n fé re n c e , to m b o la .     L a ré u n io n d e v a it se te n ir u n d im a n c h e :\ne n tré e , d ix c e n tim e s se u le m e n t !\n    L ’a tta q u e é ta it b ie n m e n ée .\n\n\n\n\n    L e d im a n c h e , dès tr o is h e u re s et d e m ie , o n se p re ssa it à l ’e n tr é e d u lo c a l,\nu n e sa lle a ssez g r a n d e , c r û m e n t é c la ir é e p a r le h a u t ; su r le s m u rs a u p la ­\nfo n n a g e e n c o r e fra is se d é ta c h e n t des           é c u ss o n s   de   c o u le u r s v iv e s, et des\ntr o p h é e s de d r a p e a u x tr ic o lo r e s q u e des          lio n s en b o is p e in t tie n n e n t d an s\nle u r s g r iffe s . A u fo n d , u n e e stra d e          fo rm a n t scè n e est d é c o u p é e            par une\n"}, {"page_pdf": 326, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3741, "texte": "                                                    -      295 -\n\nb a n a le d r a p e rie de v e lo u r s r o u g e à fra n g e s d ’ o r , p iq u é e de p etits lio n s d o ré s.\nL e ta p is s ie r d é c o r a te u r s’est su rp a ss é .\n    M a in te n a n t le s b a n cs so n t re m p lis . U n g r a n d b r o u h a h a s ’é lèv e ta n d is q u e\nles in stru m e n ts s ’a c c o r d e n t c ria r d s . T o u t e s le s n o ta b ilité s d e la v ille se so n t\nd o n n é re n d e z -v o u s ; d es p a re n ts des m e m b re s d u C o m ité , b e a u c o u p d e d am es\ne n to ile tte s c la ir e s ; de b o n s b o u r g e o is q u i tie n n e n t à p r o u v e r le u r s c o n v ic tio n s\nd é m o c r a tiq u e s : il fa u t b ie n fa ire q u e lq u e c h o s e p o u r le p e u p le n ’est-ce pas?\n— de lo in en lo in , q u e lq u e s o u v r ie r s e n d im a n c h é s , tim id e m e n t assis su r le\nb o rd d e le u r c h a is e , e t a ssez é to n n é s d e se tr o u v e r là. L e s                 g r o s b o n n e ts\net le u r s fa m ille s , a r r iv é s le s d e rn ie rs so n t in sta llé s a u p r e m ie r r a n g : c ’est\nn a tu re l.\n    L e c o n c e r t v ie n t d e c o m m e n c e r ; la s y m p h o n ie e x é c u te l ’ O u v e r tu r e de\nG u illa u m e T e ll. S u r la sc è n e , les v a illa n ts p ro m o te u rs de l ’œ u v r e so n t assis\nen d e m i-c e rc le , g u in d é s d a n s le u r s r e d in g o te s , e t c o n te m p le n t a ve c u n e\nim m e n s e sa tis fa c tio n la sa lle d é b o rd a n te : le p u b lic a in si a ttir é d u p re m ie r\nc o u p , q u e l s u c c è s ! q u e lle g lo ir e va re to m b e r s u r e u x ! et le u r o r g u e il se\ng o n fle d ’u n e v a n ité in tim e , c a r ils c o m m e n c e n t à se c r o ir e e u x -m ê m e s du\nm é rite .\n    L e u rs   r é fle x io n s b éa tes so n t in te rro m p u e s p a r le b r u it des a p p la u d is se ­\nm e n ts ; le m o rc e a u est fin i, et le s m e m b re s d u C e r c le ré p a n d u s d a n s le p u b lic\nc la q u e n t a v e c c o n v ic tio n p o u r c h a u ffe r l ’e n th o u s ia s m e . C o m m e le p e u p le\na im e la m u siq u e ; q u e l su c cè s ! et l ’a u d ito ir e se c o m m u n iq u e ses im p re s sio n s :\no n n ’a p as a ssez de lo u a n g e s p o u r ces m e ssie u rs.\n   A p ré s e n t, u n je u n e h o m m e a u x c h e v e u x p la q u é s su r le fro n t e n a c c e n t\nc ir c o n fle x e c h a n te u n a ir q u e lc o n q u e ; il b r a n d it tr a g iq u e m e n t sa p a rtitio n\ne n fix a n t a v e c p e rs ista n c e u n e c re v a ss e q u i d é c h ire le p la fo n d ; il p ro n o n c e\nv ie illâ â â â s s e , je u n â â â à s s e . et c h e v r o tte to u t-à -fa it c o m m e a u th éâ tre. O n\na p p la u d it m a lg r é to u t, m a is on s ’a m u se fo r t p e u .               P o u r ta n t la P a tr o u ille\ntu r q u e a ttir e l ’a tte n tio n de to u s ; o n bisse.\n\n\n\n\n   E n a tte n d a n t la c o n fé re n c e , o n en d it d ’a v a n c e b e a u c o u p de b ie n .\n   —     « C o n n a is se z-v o u s M o n s ie u r X ? i (le c o n fé re n c ie r).\n   —     « N on. »\n   —     « U n e g r a n d e b a rb e n o ir e . Il p a ra ît q u ’il e st fra n c -m a ç o n . »\n   —     « B a h ! a lo rs ce sera a m u s a n t !\n   P o u r d é b u te r et fra p p e r u n g r a n d c o u p , les o r g a n is a te u rs o n t a p p elé à la\nre s co u s se u n e p e rs o n n a lité en v u e d u p a rti lib é r a l b r u x e llo is , u n v ie u x\nb u r g r a v e d u d o c trin a r is m e , n a tu re lle m e n t. —        P e n s e z d o n c , u n r é v o lu tio n ­\nn a ire v e n ir p a rle r au p e u p le , s u r to u t en ces te m p s de c ris e .\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4076, "texte": "                                                    — 296 —\n    L ’o r a te u r au m ilie u d e la sc è n e , d e v a n t u n e ta b le p u p itr e a e n ta m é son\nsu je t ; a v a n t de c o m m e n c e r , il a p la cé sa m o n tre d e v a n t lu i, a fin d e te rm in e r\nà te m p s p o u r p re n d re le tr a in d e B r u x e lle s : il fa u t to u jo u r s se m é fie r de\nl ’im p r o v is a tio n . —     D e rriè re lu i, fo rm a n t le fo n d d e la sc è n e , u n é v e n ta il\nd e d r a p e a u x tr ic o lo r e s o ù tr a n c h e le p lâ tre o ffic ie l fig u r a n t « l ’ a u g u s te r e p r é ­\nse n ta n t de n o tre d y n a s tie . »\n   L e c o n fé r e n c ie r tr a ite u n s u je t d 'h is to ir e n a tio n a le c e n t fo is ressa ssé d é jà .\nS a p a ro le c o u le m o n o to n e d a n s la s a lle s o m n o le n te ; on             d ir a it q u ’il c r a in t\nd e tr o u b le r p a r d e s é c la ts d e v o ix la d o u c e q u ié tu d e q u i rè g n e ; ses g e stes\nso n t le n ts c o m m e d ’ u n so m n a m b u le . I l ra c o n te i 83 o , c o m m e n t « o n p la n ta\nle d r a p e a u de la r é v o lu tio n s u r le s ru in e s de l ’ a n c ie n o r d r e d e c h o se s », p u is\nil fa it l'h is t o ir e des sé a n c e s d u C o n g r è s ; — en m a n iè re d ’ in te rm è d e , il jo u e\na v e c a ssez d 'h a b ile té des c a p u c in s et d es re c o lle ts ; c e c i é ga ie d o u c e m e n t\nle s a u d ite u rs d o n t le s b o u c h e s s’é la r g is s e n t e n rir e s s ile n c ie u x ; u n e tira d e\nest m ê m e u n p eu a p p la u d ie ; a lo rs on se ré v e ille , o n se r e m u e ; des d a m e s\nn e se g ê n e n t p lu s p o u r b a v a rd e r e n tre e lles, fa isa n t é v o lu e r en jo y e u x c h a ­\nto im e n t le s p lu m e s très c o lo ré e s de le u r s c h a p e a u x . U n lé g e r b o u r d o n n e ­\nm e n t ré s o n n e d a n s to u te la s a lle ; on se n t l ’a p p ro c h e d e la tira d e fin a le , et\no n n ’ e st pas fâ c h é .\n\n\n\n   C ’e st fin i. L ’ o r a te u r a te rm in é en p a rla n t d e g r a n d e u r , p r o s p é r ité , a v e n ir ,\np a t r ie , lib e r t é ; p e n d a n t q u e le p u b lic so u la g é b a t des m a in s, M o n sie u r X . . .\nr e n tre v iv e m e n t d a n s sa p e lisse et file a v e c ra p id ité a u m ilie u d es fé lic ita tio n s\net des sa lu ts e m p re ssé s du C o m ité : le tr a in va p a rtir .\n   M a in te n a n t to u t le m o n d e          est d e b o u t, p a rla n t h a u t : on            v a tir e r la\nto m b o la . L e s lo ts ra n g é s s u r u n e ta b le , so n t des r o s s ig n o ls de lib r a ir ie\nfo u r n is a u ra b a is, e t a y a n t la p ré te n tio n d ’ê tre à la p o r té e d e l ’o u v r ie r :\nl 'E le c t r ic it é , l'O p tiq u e , l 'A c o u s tiq u e , e tc ., to u te la B ib lio th è q u e des M e r ­\nv e ille s . L e lo t p r in c ip a l est u n s u p e rb e v o lu m e r e lié e n r o u g e et d o ré\np a r to u t ; u n e A s t r o n o m ie — p o p u la ire ? — a v e c g r a v u r e s . T i r é e n d e rn ie r\nlie u , il est g a g n é p a r u n o u v r ie r g r a n d et m a ig r e , v ê tu de d ra p n o ir lu is a n t ;\nses c h e v e u x     b lo n d    m o rt    so n t e n d u its d ’ u n e p o m m a d e g é n é r e u s e ;          ses\nyeu x de       c a b illa u d    re g a rd e n t e m b a rra s sé s,     et u n r ir e       b ê te   lu i fe n d     la\nb o u c h e ju s q u ’a u x o r e ille s . Il re v ie n t, te n a n t g a u c h e m e n t le liv r e d o ré dan s\nses m a in s in h a b ile s — ses c a m a ra d e s l ’e n to u r e n t e t la jo ie s ’é te n d , c a r le\nliv r e o u v e r t, l ’h e u r e u x g a g n a n t s ’est é c r ié : « Y a des im a g e s ! ! »\n\n\n   L e n te m e n t la fo u le s ’ é c o u le , a v e c u n g r a n d b r u it d e c h a ise s re m u é e s — les\nb o u r g e o is té m o ig n e n t to u t h a u t le u r sa tisfa c tio n .\n\n\n\n\n                                                                                                                             v\n"}, {"page_pdf": 328, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1081, "texte": "                                                —     297 —\n\n     —    « C o m m e ces g e n s d o iv e n t ê tre h e u r e u x !        S ’en    o c c u p e -t-o n   assez!\nv o ilà u n e sé a n c e q u i le u r fa it p lu s d e b ien q u ’ u n e p iè ce de c e n t so u s d an s\n•le u r p o c h e .\n     —    « O u i, m a is v o u s v e r r e z q u e ces b o u g re s -là n e se r o n t pas e n c o r e c o n ­\nte n ts : ça n e c o m p r e n d pas le d é v o û m e n t.\n     D a n s la sa lle v id e , le s      m e m b re s   d u C o m ité s ’ a d re ss e n t d e m u tu elle s\nf é lic ita tio n s ; le u r œ u v r e a su p e rb e m e n t ré u ss i. L e P r é s id e n t p ro c la m e q u e\nla   d é m o c r a tie   v ie n t d e   re m p o rte r u n e   n o u v e lle v ic to ir e ;   —    le s a u tres\nr a y o n n e n t : — c h a c u n d ’ e u x est m a in te n a n t q u e lq u e c h o se .\n\n\n                                                               B. O . V A L M A JO U R\n\n\n\n\n                                                                                          \\\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 298, "texte": "í\n\ni\n\n\n\n\n                    LA\n\n    BASOCHE\n                .                  ¡y\n\n\n\n\n       N° 8. Juin 1885\n\n\n\n\n         da. ‘Presses de J.-H. Moots, ‘Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 299, "texte": "              LA BASOCHE\n              REVUE L IT TE R A IR E ET A R T IS T IQ U E\nParaissant le 13 de chaque mcis, en livraisons de 32 pages au moins.\n\n                            PR IX D E L ’A BO N N EM EN T :\n        E elgiq u e : 4 fra n cs p ar an. — U n ion P e s ta le : 5 fran cs.\nT o u te dem ande ¿'a b o n n e m en t d o it être a cco m p a gn ée du m o n ta n t en m an dat-p oste\n\n   Le tirage des n°“ i et 2 de L A B A SO C H E étant complètement\népuisé, nous nous voyon s forcés de créer des abonnements de dix mois,\nau prix de 3 fr. 50 étran ger : 4 fr. 50), qui partiront du n° 3.\n                                         B U P E A U X I)E LA R E V U E :\n\n                   Galerie EorVier, 7, à Bruxelles en Brabant,\n\n     L A B A S C C E E reste absolument indépendante de toute coterie littéraire ou\nartistiqué. — Elle ouvre ses colonnes aux essais des Jeunes. — Leurs envois\nseront examinés par un Comité littéraire, et insérés, s’il y a lieu. — Let manuscrits\nnon insérés sont rendus sur demande accompagnant l’envoi.\n     Il     sera répondu à toute lettre sérieuse, contenant un timbre pour l’affranchisse­\nment du retour. — Nous rendrons compte de tout ouvrage dont un exemplaire\nparviendra aux bureaux de la Revue.\n     La reproduction des articles de L A BA SO C H E, est autorisée sous condi­\ntion d’indiquer k u r provenance et d’avertir la Direction.\n\n\n                            PROPAGANDE                                                             :\n     Dans un pays rebelle, comme le nôtre, à toutes les innovations littéraires, une\noeuvre exclusivement artistique, telle que L A B /S C C H E , a besoin du concours\ndévoué de tous ceux que le culte de l’ Art possède. Nous faisons un appel éner­\ngique à tous les Jeunes, et les convions à entamer avec nous la batail.e : C ’est à la\nfois la lutte pour l’Art et pour l’existence.\n     Nous t e n o n s a l a d i s p o s i t i o n d e c e u x q u i n o u s e n f e r o n t la d e m a n d e , d e s c a r t e s\nd ’ a b o n n e m e n t , n u m é r o t é e s p a r s é r i e s d e d i x ; lorsqu’une s é r i e .nous s e r a r e v e n u e\navec      a d h é s i o n s , s o n d é p o s i t a i r e r e c e v r a à t i t r e g r a c i e u x , LA BA SO CH E p e n d a n t\nun an ; p o u r d e u x s é r i e s , l ’ a b o n n e m e n t lu i s e r a S e r v i à p e r p é t u i t é .\n\n                                HO TTE A U X CHIFFONS.\n   Fernand R. Il y a line veine à exploiter dans tes « Coules Boraivs ». Mais je t’en prie, un peu de vraisem ­\nblance ; ton herschtur est'un h.mai tir\\ai d rév asstu r; pat. asstz de couleur local ; flu s de vivacité tt de vérité\nau dii.logue •’ du naturel, enf.iu A recommencer, mon vieux.\n  Rene G hii. Bitn au regret, mais une appréciation déjà a paru sur « J ègendes d'¿mes », en publier une\nseconde ei>t impossible. D ’ailleurs, si, comme vous dites « Stuart Merill foi mule' netti ir. eut vos idées », sa\nnote est inutile, puisque vous les allez exposer vous ni em e, tu long et en lai g e .S in .n jts nous pas d’accord?\nShakehand cordial.\n  Stuarl M irrili. A rrivé trop tard, ô transatlantique collabo. Voir ci-dessus pourquoi nous ne donnons pas la\nnote, qui ferait double emploi.\n  Un croman!. « Foi, esperance, charité. »... des nèiles, doux gâteux, et des nèfles mûres, encore. N ’aimons\npas îa confiture; voyez chez la Revue contemporaine (la petite, s'entend) 12, rue des Paroissiens, scs rédac­\nteurs comprennent tout comme vous l’art chrétien : non pas à la façon des Bai bey ou des Péladan; mais à la\nfaçon des mouleurs en plâtre de statuettes de la V ierg e. A la hotte!\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "                   A   V IC T O R H U G O\n\n\nLorsque le prem ier Homme, ait prem ier soir du monde,\nV it le Soleil rouler vers la mer, il s’enfuit,\nLoin, seul, sous la p a ix morne et vaste de la nuit,\n Croyant que la lumière était morte dans l'onde.\n\nL e jo u r revint, riant à la terre féconde;\nP u is, les races passaient, naissaient, mouraient, sans bruit,\nE t voilà d ix mille ans que l ’A stre tourne et luit,\nVersant à tous les d eu x sa chaleur toujours blonde !\n\n— M ort immortel, Flam beau du rêve, ô P ère, ô R o i!\nTes f i ls qui t’ont pleuré s éteindront avant toi :\nTon âme est un Soleil qu i plane su r nos âmes.\n\nL a splendeur de tou nom vibre dans l ’univers,\nE t ju sq u 'a u seu il des temps, s’enflammant à tes flam m es,\nL es cœurs refleuriront a ux baisers de tes vers.\n\n                               EDM OND    H ARAUCOURT.\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "                APOTHÉOSE\n                            L e nom grandit quand l’hom m e tom be.\n                                                      V . H ugo.\n\n\nM aître, au seuil de la Vie éternelle et sereine\nRevêtu de splendeur et d'immortalité,\nL u tteu r déïfié tu quittes l ’âpre arène;\n\nE t loin des horizons du monde déserté\nTu trôneras parm i les aèdes sublimes,\nD ans la lumière et dans l'a zu r illim ité.\n\nVa ! L es poètes morts t'attendent su r les cîmes,\nHomère, Eschyle et D ante et Shakspeare et Ronsard,\nTous les rythmeurs de vers et les sonneurs de rimes.\n\nP lu s longtemps que Cyrus, Alexandre et César\nPourvoyeurs des vautours et conducteurs d'armées,\nT u vivras dans la gloire idéale de l'A rt.\n\nCar le clairon d'airain des rauques Renommées\nSonnera, proclamant hors des temps et des lieux\nL es strophes de ton œuvre — a ux quatre vents semées,\n\nE t le porteur de lyre est plus grand que les dieux.\n\n                                P IE R R E Q U IL L A R D .\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "             A    U N D IE U MOR T\n\n                               A u s s i, ta illis sa cré s o ù D ie u m êm e apparaît,\n                               A r b r e s r e lig ie u x , ch ê n e s , m o u sse s, fo r ê t,\n                               F o r ê t ! c ’ e st dans v o tr e o m b re et dans v o tr e m y s tè re ,\n                               C ’ e st so u s v o tr e b ra n c h a g e a u g u s te et s o lita ire\n                               Q u e je v e u x a b rite r m o n s é p u lc re ig n o r é\n                               E t q u e je v e u x d o rm ir q uan d je m ’ e n d o rm irai.\n                                                                                                  V . H.\n\n\n\nD onc, ils n 'ont pas compris ta grandeur, ton génie !\nL e u r fa stu eu x hommage est de la simonie.\nP è r e ! ces avortons épars dans le N éant\nOnt voulu s’imposer à ton esprit géant!\nA u m ilieu des rum eurs d'immenses funérailles\nEclatant dans le jo u r en bruyantes mitrailles\nEclaboussant la plèbe étalée en chemin,\nA vec des lauriers d 'o r, des palmes à la main,\nIls voulaient te. mener comme un vainqueur stupide\nSalué du respect de la fo u le insipide !\nD onc, ils ne t’ont pas vie, grandiose et serein,\nSoumettre tout, ait son de ton verbe d'airain.\nO M aître dont le fr o n t domine la N ature !\nL a hautaine fo rê t seule est la sépulture\nOù tu pouvais dorm ir et reposer en p a ix,\nCar les arbres touf f u s et les taillis épais,\nTe fu ren t toujours bons et chers plus que les hommes,\nE t seront désormais p lus tristes que nous sommes\nN ous quifaisons, depuis que s’estferm é ton œil\nG rand bruit de nos douleurs et parade de deuil !\n                                               ANDRÉ                 F O N T A IN A S .\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "                LE TRIANGLE\n                                            B.\n                                  Les Esprits.\n\n                             A.                  C.\n                         Les D ie u x .— L e s hom m es.\n\n\n\n                                                 A mon ami Ch.- Henry de Tombeur.\n\n\n                                        A\n                                        %\n\n\n                                  LES   D IE U X .\n\n                                                      Terminus a quo Terminus ad quem.\n\n\n           Q\n           u i, disait Jean, toute religion est de l ’art, et tout art doit\n            être de la religion. » Sa voix ne sortait plus libre et claire,\n            mais soûle d’enthousiasme lui griffait la poitrine et la\ngorge pour vibrer à ses lèvres, fatiguée, sanguinolente, II· donnait de\nsa vie quand il parlait ainsi, sem blait la vouloir donner complètement,\nse vider, pour ne plus souffrir l ’être plein de ces pensées troublantes ;\net il se levait au-dessus de ses amis, étendant les mains, les appro­\nchant de leurs cerveaux, comme pour leur im poser m agnétiquem ent\nses convictions. E t ceux-ci, petits, respectueux, pris d’une peur\ninexplicable devant son exaltation d’apôtre, avaient écouté ses longues\ndissertations, avaient bu ses paroles; maintenant, ils admiraient sa\nsilhouette ascétique se découpant dans ce                  coin em pénom bré de\nl’atelier, et regardaient ja illir de l’entrelacem ent de ses                  mèches\nblondes qui s’étaient abattues sur sa figure, la fiévreuse fulguration\nde ses regards. Jean, le ressort brisé, se rassit devant le poêle\nentr’ouvert, la face à la clarté rouge des flammes.\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "                                 — 273 —\n  « M ais, pourquoi t’emporter ainsi?           —    dem anda Léonard, le\nstatuaire, son intime, vois dans quel état tu te trouves ; puis, tu\nvas t’assombrir la fin de la soirée. » Q uant à André, le jeune com po­\nsiteur, il s’approcha de Jean, et parla à vo ix basse, craignant de dis­\ncuter avec lui, devant L éon ard . L e sculpteur, ne s’intéressant pas à\nleur conversation, regarda autour de lui attentivement.\n  S u r la cloison du fond — un énorme panneau — leurs larges mains\nm armoréennes posées sur les g en o u x, où leurs .doigts puissants\ntom baient comme des griffes de lion, dans un oubli m êlé de paresse et\nde dédain, quatre D ieux Egyptiens étaient représentés dormant les\nyeux ouverts, assis sur des rochers, le torse m ajestueusem ent penché\nen arrière. C ’étaient les Colosses de Ram sès qui sont placés, deux par\ndeux, à droite et à gauche de la porte principale du grand temple\nd ’Ipsam boul. L éon ard fixant ces Colosses, les interrogea : « Est-il\nvrai que toute religion est de l’art, et que tout art est de la religion ?\nL es   D ieux, les yeux sans regard, le        crâne gonflé des mystères\nà jam ais engloutis, ne répondirent pas, im passibles, énigm atiques.\nIls se sont endormis, pensa le statuaire, dans cette pose solennelle,\navec un peuple, et sa civilisation, et ses croyances. E t le désert leur\na fait un chaud linceul de ses jaunes poussières, puis le sable par\ncouches s’est étendu au-dessus d’eux. Des siècles et des siècles après,\nles hommes les ont découverts. Ils s’im aginaient ressusciter avec eux\nl’antique religion ; mais les D ieu x n’étaient plus que des statues, et\ns’ils avaient les yeux ouverts, leurs yeu x étaient sans regard, cieux\nsans soleil. Léonard les fixa encore, ne les interrogeant plus, et\ncroyant. A lors il les montra de la main à Jean, et lui dit : « Ils te\ndonnent raison. »\n  A lors Léonard, regarda non plus au fond de l'atelier, mais à droite.\nL à se trouvaient les D ieux grecs. Sur une planche, assez haut, étaient\nplacés des bustes, ceux de Jupiter O lym pien, d’A ppolon du Belvédère,\nde V én u s d e M ilo, d e l a G allypige, de Junon; sur un gradin, en-dessous,\ndes reproductions de statues et de groupes, du Lutteur, du Laocoon ;\nprès   du    lam bris, s’étagëaient    les bas-reliefs   du Parthénon.       Il\nquestionna    ces plâtres, brillants dans       une lum ière jaune-soufre.\nA ucun ne lui révéla son secret. « Je disperse mes forces en les obser­\nvant tous, » se dit-il — et il concentra sa volonté à fixer le Jupiter.\nA u bout d’un certain temps, il crut que le buste venait à lui, et il\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "                                     —   274 —\n\n ferma ses m axillaires avec ténacité et tendit ses narines cartilagineuses,\n voulant aspirer une impression et n’en rien laisser échapper. « Il n’y\n a donc plus de nous dans ce masque, » pensa Léonard. Mais il n’en\n continua pas moins à le fixer; enfin sentant l’humanité s’éveiller et\n bruir dans le D ieu, ainsi que le vague appel du vent sous les feuilles,\n et de l’esprit vital du tout dans le vent, il s’adressa à Jean : « Celui-ci\n te donne aussi raison. »\n    P u is l ’initié se leva doucem ent et s’approcha d ’un panneau peu\néclairé, où étaient pendus des dessins et des lithographies d ’après les\nœuvres de Quentin M etsys, M em ling, H olbein, Van E y ck , Dürer. L es\nautres discutaient toujours,          sans s’occuper de lui, avec ce sans-\ngène bon enfant qu’ont seuls les artistes. Léonard était planté m ain­\ntenant devant le Christ de H ans H olb ein ; quelques instants après il\ns’agenouilla inconsciem m ent. S ’apercevant de sa pose, il voulut se\nl ’expliquer et se dit qu’il s’était sans doute agenouillé pour s’appro­\ncher plus du dessin. Il se redresssa donc avec une certaine fierté.\nM ais évidem m ent une lutte s ’était engagée entre le D ieu et l ’homme.\nAndré se tourna vers Léonard et lui demanda ce q u ’il y avait de si\nintéressant dans ce coin. Quant à Jean, lui ne le troubla pas, com ­\nprenant ce qui se passait dans le cerveau de L éonard.\n   « Ce n’est qu’un de nous dont l ’esprit est plus quintessencié,\nexclam a bientôt celui-ci. Jean, tu as raison, la religion n’est que\nl ’art. »\n   E t il était fatigué aussi, après avoir tenté ces grands efforts. Jean\nle prit par le bras : « Viens, tu comprendras l ’art de notre époque et\npressentiras celui de l’avenir, m aintenant que tu as pénétré les arts\ndes temps passés »; et il le conduisit devant des reproductions de\nM illet, Corot, M anet, M oreau, D ubois, D egroux, M ellery, F élicien\nR ops et    d’autres    maîtres.     I l lui   montra une reproduction d ’un\nW histler, et dit : « Vois-tu encore l 'être physique dans cette œuvre?\nEst-ce la femme qui fait chanter en toi que la nature est douce, est-ce\nla chair que t’attire à elle, ou bien est-ce une âme qui te dit ses dou­\nleurs, te révèle l ’imperfection des choses ét t’ouvre l ’au-delà? N ous\nrevenons au C ulte des E sprits. Ceux qui croient au développem ent de\nla Volonté, à la puissance im m atérielle des êtres, sont les forts. Le\nPouvoir appartient à celui qui Sait, vérité qui a été proclam ée p a r i’ « A g ro u ­\nchada-Parikchai, » le livre de la doctrine des Pitris, et restera vérité.\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                                 —   275 —\n\n   « Je    l ’ai toujours,   —   interrom pit Léonard,      mais   pas aussi\n profondément, que ce soir ». P uis, jetant les yeux autour de lui :\n « T o n atelier est donc l ’église de toutes les religions? »\n   « N on — des différentes expressions d’art, qui procèdent de l’art\n Indou. Cousin a écrit : l’H istoire de      la philosophie de l ’Inde     est\n l’abrégé de l’histoire philosophique du M onde. » Car les Brahm es\n savaient le secret de la nature, science mystérieuse, terrible pour\n les faibles intelligences qu ’elles    pouvaient, disaient-ils, conduire\nà la folie. I l est entré au jardin des délices ! voilà les termes dont les\n Indous se servaient pour exprim er qu ’un des leurs était initié au\nculte. D ans leur statuaire, leur architecture, leur poésie, est concen­\ntrée la plus forte somme de divinité. L es artistes les plus profonds\nont été les Brahm es supérieurs — les Fakirs, les Charm eurs sublim es,\nles Sanyassis, les Exorcistes sacrés, les N irvanys, les E vocateurs nus,\nles Joguis, les Contem platifs — et plus qu ’eux tous encore leur C h ef\nsuprême, l e Brahm atm a, lui qui n ’avait de l ’homme que le peu, moins\nqu’il faut pour se confondre avec l ’infini. l' « A gasa ». M ais plus leur\nreligion s’est approchée de l ’O ccident, plus elle s’est m atérialisée et a\ncessé d’être religion. L ’art H ébraïque dont la bible est l’expression, est\nmoins grand que l’art Indou. L es croyances des Chaldéens descendent\nà des pratiques de m agie vulgaire      L es Egyptiens, com parés à leurs\nancêtres, sont des décadents. L e s Grecs n’ont fourni qu’un art super­\nficiel et refroidi, et les Rom ains qu ’un art creux et plat. A u M oyen-Age,\nles Gothiques tentent une réaction. L a Renaissance étouffe ce m ou­\nvement superbe. Enfin, les Septentrionnaux luttent aujourd’hui, ils\négalem ent et surpasseront les Indous. L a lumière nous viendra du\nN ord. »\n  Léonard écoutait. André, lui, était resté assis, et fumait distrai­\ntement. L ’heure sonna. Léonard frémit, et dut se mordre les lèvres\nà sang, pour ne pas pleurer, tant cette conversation l’avait énervé.\n« Il est dix heures, dit Jean. Il se fait tard. — A nd ré? Peux-tu nous\nrejouer ta dernière sym phonie,        demanda-t’il au compositeur. Je\nvoudrais bien l’entendre.\n  — J’accepte. Mais dites-donc, avant cela, apprenez-moi comment\nl ’artiste peut se passer du commerce de la femme, puisqu’il doit\nadorer l ’esprit pur. »\n  — « I l s’en passe, se hâta de répliquer Léonard, qui voulait prouver\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "                                           -   276\n\nà Jean qu’il partageait ses convictions, ou du moins il ne s’abaisse\npas à la femme, comme tu la com prends. »\n      «  M a i s le monde est im possible avec vos théories! »\n       « L es grands artistes se consument, continua L éon ard. Ils se\ndoivent tout entier à la nature. Ceux qui se vouent à une religion,\nmeurent pour elle. »\n Evidem m ent A ndré avait posé cette question à                                    dessein, car il\nfixait Jean. Il savait que son ami avait été fiancé, et que son mariage\navait été rompu.\n  « L ’artiste doit avoir connu et adoré la femme, dit encore Léonard,\nalors q u e lle est belle, dans son rôle de mère. C elui auquel elle a m an­\nqué, a toujours été incom plet. M ais la femme, être passif, est la mort\nde l’artiste, s’il l’aime, femme ; et surtout s’il s’unit à elle banalement,\npar le m ariage. Connais-tu ces vers d ’A lbert Giraud? »\n\n              « T e lle je te c h é ris , ô fe m m e ! fia n cé e\n              A to u s le s h a u ts e sp rits d é c h u s d e le u r o r g u e il\n              Q u i c h e r c h e n t le re p o s d e le u r s âm es e n d e u il\n              D a n s la p la c id ité d ’u n re g a rd san s p e n sé e.\n\n\n              C a r je sa v o u re e n to i, p u iss a n te c ré a tu re\n              D o n t le b é a n t a m o u r est u n e a b s o rp tio n ,\n              U n su a v e a v a n t g o û t d e m a d is p e rsio n\n              D a n s le c a d a v re en fle u r de l ’im m e n s e n a tu re ! »\n\n\n   « O r, l’artiste ne doit pas se laisser absorber. Pourquoi, du reste,\naim erait-il la femme, « puisqu’il possède en lui ce qu’elle a de bon en\nelle? »\n   Jean tourna vers lui des regards im plorants,                            voulut parler, ses\nlèvres tremblèrent; m ais il se contint. Léonard com prit qu’il avait\nattristé son ami, et se tut, ne s’expliquant pas cette inconséquence.\nA ndré lui-même fut étonné de la physionom ie étrange de Jean, et\ncomme il l’estimait sincèrem ent, sachant com bien il était convaincu,\ndit avec un élan de bonhom ie, pour faire oublier son indiscrétion :\n   —    Je vais donc jouer ma sym phonie. M ais je vous demande\nd’éteindre le lustre. »\n   « Pourquoi? exclam a Jean. — T u ne veux pas que nous soyons dis­\ntraits par la vue de l’extérieur, toi aussi tu t’adresses à l’esprit seul? »\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                               —   277 —\n\n  A ndré ne riposta pas. Jean éteignit le lustre. T o u t se couvrit de\nnuit, et les D ieu x Egyptiens, et les Grecs, les chefs-d’œuvres gothiques\net modernes. L éon ard et Jean s’étaient rapprochés du poêle, tandis\nque A nd ré s’asseyait au piano. Il joua pendant près d’une heure.\nQuand il eut fini, Jean enthousiasm é lui dit : «Tu as senti le tout, le\nmonde, en écrivant cette sym phonie; et nous aussi nous sentions tes\nim pressions en écoutant ton œ uvre. V o ilà notre religion . »\n  —    « T u as peut-être raison » — répondit André.\n\n      ( A suivre).                           H E C T O R C H A IN A Y E\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "    LA         V IC T O IR E D ’I N D R A\n                            (Fragm ent)\n\n\n              LA DÉTRESSE DANS L’OMBRE.\n\n\nQ u i donc vaincra le noir N u a g e et, d'une m ain\nQ u i s’ ouvre à coups de fo u d r e un flam boyant chem in,\nI r a sa isir au cœur des ténèbres profondes\nL e s recéleurs du j o u r adorable et des ondes,\nComme un chasseur p ren d des renards dans leurs terriers,\nS in o n I n d r a , le p lu s illu stre des guerriers,\nQ u i montent sur des chars de b a ta ille?\n                                                   M a is l ’ ombre\nE s t vaste. D a n s lequel des abîmes sans nombre\nD escen d re? L e berger du ciel ignore encor\nO ù la n g u it le troupeau rosâtre a u x cornes d'or,\nE t , mordant de dépit sa barbe fa u v e et bleue,\nI l hésite.\n              N o n loin g it C aram a. S a queue\nE s t inerte ; l'en n u i voile son œ il ardent.\n\n\nIn d r a d it : « D a n s le gouffre obscur de l'occident\n» N e vois-tu rien , 0 toi q u i découvres les pistes ? »\nE ll e d it : « R ien ». L a chienne et le berger sont tristes.\n\n\nP r è s d 'eu x les trente-trois D èva s, fro n ts a n x ie u x ,\nD éplorent la splendeur déchue, h é la s ! des d e u x\nO ù ne ruisselle p lu s le la it des vaches roses.\nT w a c tr i, l'a ïe u l clément q u i rend la form e a u x choses ;\nA g n i, f i l s de la force et seigneur des tribus,\nD o n t la langue p a lp ite autour des vases bus,\nE t claque, rouge, au vent comme une banderole;\nL a L ib a tio n sainte et la sainte P a r o le ;\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "                             - 279 —\n Com a, H o tr a , B ra h m a n et les M ortiers divins ;\n L e couple étincelant de givre, les A çw in s\n Q u i fr a p p en t l'ennem i tels que d eu x lourdes pierres ;\n U v a çi q u i r'ouvrait à l'aube ses paupières\n E t m aintenant s'éteint comme un lotus f lé t r i;\n L e s trois Charrons issus d 'A n g ir a ; Ç a w itri\n Qu'emporte le galop bruyant des sept cavales;\n L e s R itû s q u i m archant à d'égau x intervalles\n Scan den t le temps h â t if de leur pas régulier,\n Interrogent, courbés et mornes, le B é lie r\n D u sacrifice,- au fo n d du ciel crépusculaire·,\n E t , sans trêve, les poings crispés p a r la colère,\nR û d r a hurle, fo u illa n t l'om bre, et de toutes parts\nL 'om bre geint sous le fo u et des M a rid es épars,\n T a n d is que V a r û na, roi des nocturnes heures,\nE t M itr a , q u i se p la it dans les claires demeures,\nD ’ un vol commun, tant l'ordre éternel est détruit,\nM ê la n t au jo u r serein la détestable n u it,\nSem blent un grand oiseau lourd d ’horreur et de gloire,\nD o n t une a ile serait d ’azu r et l ’autre noire !\n\n\nL e s D évas disent : « R o i m iséricordieux\n» E t terrible ! P a r e ils au buffle p r iv é d ’y e u x ,\n» Q u i ne sait p lu s où lu it l'onde claire des sources\n» E t meugle et se harasse en de stériles courses,\n» O C a cra ! nous errons loin des eau x, tristement.\n» Q u an d te lèveras-tu, roi farou che et clément,\n» Q u e la grâce mêlée à la fo rce décore ? »\n\n\nIn d ra soupire et d it : « N e vois-tu rien encore\n» O m a sœur ? » Ç aram a répond : « J e ne vois rien ».\n\n\nD e l ’ univers terrestre au monde aérien\nL a clam eur des tribus s'élève, lam entable :\n\n\nn N i les M a r û ls ailés, f i l s d ’ une mère stable,       »\nD it-e lle ,   « n i Ç a cra q u i porte p lu sieu rs noms,\n» N i les D a sra s a u x chars traînés p a r des ânons,\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "                          — 280 —\n» N i tous ceux qu'éveillaien t au retour des aurores\n\" L e bruit des lourds p ilo n s dans les mortiers sonores,\n» N e reviendront, troupeau d'hôtes extasiés,\n» B o ir e la liqu eur sain te autour des saints brasiers!\n» L 'en n em i ténébreux, père des lourds orages,\n» A conquis le bétail des sacrés pâturages;\n» T e ls se ruaient au loin sous l'âpre fo u e t du vent\n» D ’ épouvantables blocs de roche et d'ombre, avant\n» Q u e la fo u d re eût rompu les ailes des montagnes,\n» T e ls vainqueurs et versant l'effroi sur les campagnes,\n» L e s nuages o n t f u i vers l'O c cid e n t, là-bas.\n» N e monterez-vous p oin t sur vos chars de combats.\n» O M a r ûts inconstants, f i l s de la mère stable,\n» O M a g lia ra n , gardien de la céleste étable,\n» Q u'enivre le çom a broyé p a r nos p ilo tis,\n» E t vous, N a ça tia s, cavaliers a u x bras longs ?\n» C a r , vide m aintenant dans la nue inclémente,\n» T ch am ou , près de B ra h m a n , attristé se lamente,\n» E t dans l ’ a ra n i sombre à tout ja m a is inclus\n» L e fu nèb re   Y a m a ne ressuscite p lu s ! »\n\n\nT e lle s'épand la p la in te hum aine, exténuée,\nM ou ran te, et les D éva s, pleurent dans la nuée.\nA lo r s I n d r a , chargé d ’ un désespoir accru,\nD i t encor : « C a ra m a ? »\n                                    L a chienne a disparu.\n\n\n\n                                       CATU LLE            M EN DÈS.\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                       SOUS MON CACHET\n                               U N E M U S IQ U E D E S V E R S .\n\n                                                                             L e ttr e a u « F a u n e » de\n                                                                               S t é p h a n e M a lla r m é .\n\n\n\n\n     C o m m e d ’A u tr e s , r é s ig n é a u x e x i l s q ue n u l ne p le u r e , il fa u t q u e je\n m e ré jo u iss e a u d e ssu s d u T e m p s ... M a is , la s du d ésert de m on s o lilo q u e ,\n cep en d a n t, j ' a i v o u lu , sa n s q u itte r m on a r id ité , q ue q u e lq u 'u n m ’e n te n d ît.\n    E t j e v ie n s, F a u n e s e u l ! d is tr a ir e        le   r ê v e de vo tre A p r è s -m id i où les\n n y m p h e s so n t ép a v es : im p o rtu n , p r e s q u e n on, c a r l'h e u r e q u i p lu s n e s e r a ,\n q u ’ ir ie z -vous la d é p lo re r so u s le             m id i de vos d e u x ?               vo u s s u r q u i ne\n d escen d ra la n u it, e x t in c t io n des g lo ir e s ! . . . .\n    D é s i r e u x d e v o tr e e x q u i s d é s ir , j e     m e p la is en la h a n tise d 'un souffle\n de vos p i p e a u x é v o ca te u r s, d isa n t :\n\n                      « T â c h e d o n c , in s tr u m e n t des fu ite s , ô m a lig n e\n                     « S y r in x , de r e fle u r ir a u x la c s o ù tu m ’ a tte n d s!\n\n    N ’ est-ce p a s ? q ue le R ê v e rêv é, c e s e r a it : tous les r o s e a u x g r a c i le s , et\n toutes le s     C im e s a u s s i, toutes les A m e s et toutes les C h a ir s d ev en a n t un\nv is ib le et v iv a n t so u ffle m u s ic a l : so u ffle m u r m u r a n t d e p a r o le s to u jo u rs et\n non d é li é du V e r b e : un p o è m e , v ib r a n t de tous le s in s tr u m e n t s !....\n    H u g o ch a n ta ! e t ses o p im es c h a n ts n e tr o u v e r a ie n t les o r g u e s v o u lu es,\ns y m b o lis é s p a r la m e r s e u le où            tou tes les notes so n t : m a is r o u la n t é te r ­\nn e lle le u r p r o fu s io n , sa n s q u e p u is s e , d is tin c t, c h a q u e tim b r e so n n er.\n    B a u d e l a i r e , p r e m ie r ,     te r r ib le    M a î t r e fit d a n s      les réso n n a n ces des\nin stru m e n ts d én o m m és se d is tin g u e r ses V e r s : et c 'e s t su rto u t l ’a g o n ie\ns o lita ir e des v io lo n s d ans les n otes h a u tes et t r is t e s , — n o ir e s et o r a n g é e s ;\net des o r g u e s p o ig n a n te s , c 'e s t l'é m o i.\n   V e r l a i n e : bleu p â le        où     des flo c o n n e m e n ts , en         les s o ir s , de n u a g e s\nso n g é s : et, lo r s, s u r d 'in v is ib le s co rd es ce so n t des effleu rem en ts d 'a ile s , à\np e in e . P a r f o i s , des n u its vo lu p tu eu ses se g lo r if ie n t de                lu m iè r e s ; et l’ on\nen ten d , r h y th m é e s , les h a rp e s r o y a le s .\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "                                                   — 282 —\n    M a l l a r m é : u ne f o i s , d ans       les d éco rs g la u q u e s     de r o s e a u x et d ’e a u x\n l ilia le s , c'est la f lû t e , h ésita n te en tr e les d e u x et la T e r r e . P u i s , c 'est la\ns é r é n it é des M u s iq u e s a c c o m p a g n a n t , en des a tm o sp h ères ca n d id es, —\n év o q u ée d ’ in stru m en ts c h im é r iq u e s à f o r c e d 'êtr e in u s ité s , — q u e lq u e P r ê t r e\nd 'u n C u lte d isp a ru          ou q u i s e r a ! .. .\n    E t les P o è te s : c e so n t C e u x - l à ! . . . E s s a y e u r des M é lo d ie s , tout a rtis te ,\n et n e sa ch a n t p a s m êm e s i cette C h o se m ou to n n a n te e x i s t e : le P u b l i c ! j ’a i\n n o té d é jà , co m m e un e n fa n t p e n s i f l'i n d e x a u x lèv res, q u elq u es é c h o s , et\nj ' a i so n g é. E t , — m on r ê v e ! —             je    v o u d ra is q u 'à l ’ in fin i s 'a m p lifiâ t la\np o é tiq u e   in s tr u m e n ta tio n ,    et se d iv e r sifiâ t;      et q u e , —     toutes     n u a n ces\nde c u iv r e s , de c o r d e s , d e so u ffles et de so n n e r ie s, d is tin c te s d a n s l ’u n ité , —\n la V ie p û t en n os liv r e s c h a n ter v r a im e n t, c a r so u v en tefo is et trop n ous ne\nf î m e s q u e c la m e r !\n    D 'A u t r e s o n t d it et d isen t cette a ttir a n te V ie et so n t les H is to r ie n s de ses\n F a i t s , éta n t ses V o y a n ts .      A    n o u s, j ’a i c r u , d ’en ê tr e les é c o u te u rs ! et,\ng lo r ie u s e m e n t , p o u r la n o te r e n m o ts d iv u lg a t e u r s , d e p é n é tr e r la P a r t i ­\n tio n ., — p r e m iè r e et su p rê m e h a r m o n ie ! ...\n    M a is , est-ce à d ir e q u e, p ê le - m ê le , l ’on d o iv e toute n ote r e te n ir , et n e p o in t\n au v e n t q u i p a s s e la is s e r un a c c o r d ? Q u e n o n ! n ous s o u v e n a n t q u ’ i l est des\np a r o le s o ise u se s, des ch a n ts sa n s â m e, des f a i t s sa n s m éd ita tio n .\n    C e q u i d o it d e v e n ir n o tr e s o u c i, c ’est le p o è m e é te r n e l des im m u a b le s\n C h o ses, des a u bes a u x so ir s to u jo u rs r e v e n a n te s, et de la g r o s s iè r e t é des\n r a c e s à le u r d é liq u e s c e n c e . E t p o u r e x e m p le , c e q u i est à d ir e , ce n ’est p a s ,\n c e rte s, te lle n u d ité de telle a c c id e n te lle c o u r tisa n e v iv a n t so us n os r e g a r d s\n h a b itu é s , m a is la N u d it é — fa ite d e to u s les n u s — d e l ’é te rn e lle P r o s titu é e ,\n é p a n o u ie v ib r a n te co m m e u ne sœ u r d e c es é tr a n g e s f l e u r s c a r n iv o r e s, —\n co m m e un s y m b o l e !\n\n                (A s u iv r e .)                                                   R E N É G H IL .\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                        LES PIANOS\n\n                F A N T A IS IE   O N O M A T O P IQ U E .\n\n\n\n              Lse grands pianos ont secoué leurs flancs d’ébène, et sous\n               des mains spectrales leurs claviers ont ondulé.\n                 L eu r âme sonore s’exhale· dans les ténèbres en m élan­\ncoliques miaulements, et pleines d ’une lassitude incom m ensurable,\nleurs notes s’allongent et se prolongent jusqu ’au rivage de l ’Erèbe,\navec les ondulations infinies      des constrictors qui s ’étirent dans la\nsolitude des forêts crépusculaires. Ce sont les ululem ents des Dam nés\nqui ram pent par hordes épouvantables aux bords du Styx et du\nPhlégéthon. C ’est la tempête se pâm ant lam entablem ent sur les\nsables des Saharas. C ’est le sanglot rythm ique des mers glauques qui\ninterm inablem ent déferlent sur les plages adamantines.\n  L es   grands pianos m iaulent, les grands pianos ont          peur, et\nmurmurent effroyablem ent entre eux.\n  U n pleur sinistre a gloussé soudain, comme un djinn dans la nuit.\nE t les touches d’ivoire s’entrechoquent comme des castagnettes de\ncorne, tandis que le chœ ur m acabre et grotesque des cauchemars\ngalope sur les cordes sifflantes. L es squelettes gonflent leur thorax au\nfond des sépulcres, et la ronde des morts roule sous la lune en\ntressautant d’épouvante. Dans l’espace, la m écanique de l ’H orloge du\nTem ps crie et grince avec un tic-tac sec. L e s claviers grelottent,\ngrelottent, grelottent, et claquent, claquent, claquent, et les pédales\ntrottent, galopent et râlent, jusqu’à ce qu’épuisés par la tourbillon­\nnante cascade de cris, les grands pianos s’apaisent en un zézayant\ngazouillis.\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "                                 — 284 —\n  L es grands pianos n’ont plus peur, les grands pianos gazouillent,\net leur âme s’em plit de joie.\n  Des notes argentines et m usicales s’éveillent en leurs élastiques\npoum ons;   des notes graves et profondes leur répondent, et les\nhymnes d’espoir et de calme s’envolent d’un suave et m élodieux\nessor. E t le chœur des pianos sonne et résonne comme, le soir, aux\nbeffrois des cathédrales, tonnent les larges cloches de bronze, dont\nles mélodies d ’or prennent leur essor vers la L un e pâle et les E toiles\ntriom phales —   les E toiles qui   gravem ent, comme de virginales\nCanéphores, déploient l’éclat de leurs draperies au lon g des marches\nde marbre bleu des Parthénons célestes.\n  Or, voici que les pianos m urmurent et meurent comme des voix\nde femmes et de violons —        de femmes brûlées d ’amour dans les\nlangoureuses nuits d’automne ; — de violons veloutés qui se pâment\nen voluptueux trémolos dans un palais très-lointain.\n  E t soudain, le som m eil et le silence tombent et pèsent sur les\npianos m agiques, sur les grands chanteurs morts.\n\n                                          S T U A R T M E R R ILL.\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                                                 CANDEUR.\n                                                                                     A Laurent T ailhade.\n\n\n\n\n                      u m ilie u d u s ile n c e p ro fo n d q u i ré g n a it d a n s le très a n c ie n\n                      A\n                        sa lo n d e s R é ja u m o n t,     M o n s ie u r de L ie r r e v a n t-M a n tè s tira de\n                        la p o c h e de sa re d in g o te p lis sé e u n e ta b a tiè re o r n é e de ru b is .\n Il h u m a lo n g u e m e n t u n e p rise et a p rè s a v o ir fa it to m b e r d 'u n e                     c h iq u e ­\n n a u d e , les g r a in s é p a rs s u r so n ja b o t d e d e n te lle s:\n    — M e s d a m e s, M e s sie u rs , c o m m e n ç a -t-il, je d o is à d e d o u lo u r e u x é v é n e ­\n m en ts l ’h o n n e u r d e p ré s id e r c e c o n s e il d e fa m ille . Je n e fa illir a i pas à ce\n d e v o ir. N o u s a v o n s à a g ite r u n e q u e s tio n g r a v e , l ’é ta b lis se m e n t de n o tre\n c h è re G e n e v iè v e . S a g r â c e , sa p a rfa ite é d u c a tio n o n t fa it d ’e lle u n e fem m e\n a c c o m p lie .     F o r t re m a rq u é e c e t h iv e r et n o ta m m e n t a u d e rn ie r b a l d e la\n p rin c e s s e     O s tr o w s k i,   e lle   a su     c o n q u é r ir d e p r é c ie u x su ffra g e s.     T r o is\n d e m a n d e s d e la m a in d e n o tr e p u p ille m ’o n t été so u m ise s .\n    U n m o u v e m e n t se fit d a n s l’ a ssista n ce .\n    —     V o u s ê te s, m o n e n fa n t, c o n tin u a le v ie u x d u c en s ’a d re s s a n t à G e n e ­\nv iè v e , la d e r n iè r e R é ja u m o n t; v o u s p o r te z tro p h a u t l ’ o r g u e il d e v o tr e n o m\np o u r q u e j'h é s ite à v o u s re n d re a b s o lu e m a ître sse de v o tr e c h o ix . L e s tr o is\np ré te n d a n ts q u e        j’ai à     p ro p o s e r so n t é g a le m e n t h o n o ra b le s , é g a le m e n t\nd ig n e s d ’ e n tre r d a n s n o tre m a iso n . N o tr e rô le se b o rn e ra à v o u s p ré s e n te r\nles o b s e rv a tio n s q u e n o u s p o u r r io n s ju g e r c o n v e n a b le s .\n    L a m a rq u is e d o u a ir iè r e de R é ja u m o n t, a ssise à la d r o ite de M . d e L ie r r e ­\nvan t-M a n tè s, p r it la p a ro le ta n d is q u e c e d e r n ie r tir a it d e so n p o r te fe u ille\np lu s ie u r s le ttr e s a r m o rié e s .\n    — L ’h e u re est s o le n n e lle , m a c h è re G e n e v iè v e ! D e c e t in sta n t d é p e n d le\nb o n h e u r d e to u te v o tr e vie ; v o u s a v e z d ix -h u it a n s et a ssez de sa g e sse p o u r\nc o m p r e n d r e q u e q u e lq u e fo is le s c o n s id é r a tio n s so c ia le s d o iv e n t p a sser a v a n t\nc e r ta in s e n tra în e m e n ts d o n t la je u n e s se est c o u tu m iè r e . N o u s a v o n s d o n c\nc o n fia n c e , m ais c o m m e p a r fo is , l ’e sp rit p e u t s’ é g a re r, l ’a b b é va a p p e le r su r\nv o u s les lu m iè re s du T r è s - h a u t.\n\n\n\n\n                                                                                                                              %\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "                                                   — 286 —\n   Les     a ssista n ts se      le v è re n t,   ta n d is q u e ,    fa is a n t face     au       g ra n d   C h r is .\nd ’iv o ire q u i se d é ta c h a it s u r la te n tu re ro u g e d u sa lo n , a u -d e ss o u s d e l ’é cu\ndes R é ja u m o n t, l ’a b b é de B e r tis , n e v e u de la m a rq u is e , r é c ita it à h a u te\nvo«x, le « V e n i C r é a to r s p ir itu s ».\n   Q u a n d , a p rè s le d e rn ie r v e rse t d u c h a n t litu r g iq u e , la v o ix g r a v e d u p rê tre\nse tû t, G e n e v iè v e su r q u i to u s le s re g a rd s é ta ie n t fix é s, resta e n c o r e p ro s ­\nte rn é e, c o m m e a b îm é e d a n s sa p riè re . E lle se re le v a e n fin e t r e v in t p re n d re\nsa p la ce e n tre la c h a n o in e s se d e V e r d a c et le b a ro n S é n è r e s .\n   L e s y e u x m o d e ste m e n t b a issé s, e lle s ’a ssit, sa n s m o t d ir e , en face de so n\ntu te u r ; so n te in t m a t s ’ éta it a n im é et u n lé g e r tr e s sa ille m e n t fa isa it o n d u le r\ne n tre ses é p a u le s d e u x é p a isse s tresse s b lo n d e s.\n   M . de L ie r re v a n t-M a n tè s re p r it :\n   — V o u s c o n n a is se z, m a c h è re p u p ille , les tr o is p ré te n d a n ts. L e p re m ie r,\nM . G a s to n d e K e r v a n g u y , d ’u n e très a n c ie n n e fa m ille de B r e ta g n e est d é jà\na llié a u x R é ja u m o n t. A tre n te a n s, c a p ita in e a u x h u s sa rd s , il a d e v a n t lu i u n\nb r illa n t a v e n ir m ilita ir e et v in g t-c in q m ille liv r e s            de   re n te .     V o u s l ’a ve z\nr e n c o n tr é m a in te s fo is c e t h iv e r ,      ic i et d a n s d iffé re n te s m a iso n s. C e tte\nc ir c o n s ta n c e m e d isp e n se d o n c de v o u s fa ire so n p o r tr a it.\n   L e se c o n d , a tr e n te -c in q a n s . C ’est M . d e L a r o c h e -D in a n , d a n s les fo rê ts\nd u q u e l v o u s a v e z a ssisté à p lu s ie u r s la is s e r -c o u rre . I l v it r e tir é d a n s ses\nte rr e s , m a is il m e fa it c o n n a îtr e q u e d a n s le cas o ù sa d e m a n d e se r a it a g ré é e ,\nil a c h è te r a it à P a r is , le v ie il h ô te l d e s L u c ig n y , à v e n d re d e p u is le d é cès d u\nm a rq u is ,   ce q u i v o u s      p e rm e ttra it     de    p a rta g e r v o tr e v ie         com m e vous\nl ’e n te n d rie z . F o r tu n e : c in q u a n te m ille liv re s d e re n te .\n    L e tr o is iè m e , d o n t la d e m a n d e n o u s a to u s q u e lq u e p e u é to n n é s est v e u f,\nsa n s e n fa n ts.    Il a été sé d u it a b s o lu m e n t p a r v o tr e g r â c e p a rfa ite .                Il a\nc in q u a n te an s b ie n so n n é s et n e p o ssè d e q u e v in g t m ille liv re s de re n te , m ais\nsa h a u te situ a tio n (il est p re m ie r p ré s id e n t à la C o u r d ’A p p e l d e B o u r g e s et à\nla v e ille d e d e v e n ir p r o c u re u r -g é n é ra l à la C o u r d e C assa tio n ) e t ses g r a n d e s\na llia n c e s n e n o u s p e rm e tte n t p o in t d ’é c a rte r sa p r o p o s itio n . C ’est M . le co m te\nde M a tillo n . V o u s l ’a v e z v u , m a c h è re e n fa n t, c h e z la p rin c e s s e O s tr o w s k i.\n I l v o u s o ffrit le b ra s p o u r p a sser a u s a lo n .\n    A    vous     m a in te n a n t, G e n e v iè v e , d e v o u s p r o n o n c e r .      R ie n      n e p re sse .\n R é flé c h is se z lo n g u e m e n t; c a r l’ h e u r e est so le n n e lle .\n    L e s y e u x to u jo u r s b a issé s, G e n e v iè v e g a rd a u n in sta n t le s ile n c e .\n    —    Il va sa n s d ire , p o u r s u iv it le d u c de L ie r r e v a n t-M a n tè s , q u e v o u s\n re ste z m a ître s se a b so lu e d e v o tr e d é c isio n et q u e v o tre d é te rm in a tio n se ra it\n re sp e c té e , a u ca s m ê m e o ù v o u s r e p o u s se rie z p o u r l ’in sta n t to u te p r o p o s i­\n tio n d e m a ria g e .\n    L e s jo u e s d e G e n e v iè v e s’e m p o u rp r è r e n t :\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                                                   — 287 —\n    — M o n s ie u r le D u c , d it a lo rs la je u n e fille , v o u s m ’a ve z a d o u c i ju s q u ’à ce\njo u r la d o u le u r d e n ’a v o ir pas c o n n u m es c h e rs p a re n ts. J ’ai v é c u sans\nc r a in te , fo rte d e v o tr e a p p u i, je su is e n c o r e b ie n je u n e , b ie n fa ib le et m on\na p p ré h e n s io n a u g m e n te en s o n g e a n t q u e d é s o rm a is c e t a p p u i m e m a n q u e ra .\nM o n in e x p é r ie n c e a b e s o in d ’ u n g u id e s û r , je n ’ai pas à h é s ite r et je v a is\ns u iv re , d a n s m o n c h o ix , je le se n s, le s in s p ir a tio n s d u c ie l...\n    G e n e v iè v e s’ a rrê ta c o n fu se .\n    — A c h e v e z , m o n e n fan t! fit p a te rn e lle m e n t M . d e L ie r re v a n t-M a n tè s .\n    — V e u ille z d o n c d ire à M . le c o m te d e M a tillo n q u e je su is h e u re u s e et\nfiè r e q u ’ il a it b ie n v o u lu je te r le s y e u x su r m o i.\n    A c e s m o ts , p ro n o n c é s san s h é s ita tio n , d ’ u n e v o ix a ss u ré e , le d u c e u t u n\nm o u v e m e n t d e s u r p r is e .\n    L a m a rq u is e d o u a ir iè r e de R é ja u m o n t é c h a n g e a a v e c la c h a n o in e s s e de\nV e r d a c , u n r e g a r d p le in de stu p e u r, ta n d is q u e le b a ro n S e n è re s s’a g ita it\nfé b r ile m e n t d a n s so n fa u te u il.\n    — M a is a v e z-v o u s b ie n r é flé c h i, m a c h è re G e n e v iè v e , q u e M . le C o m te de\nM a tillo n a a u m o in s c in q u a n te d e u x an s ?\n    G e n e v iè v e se le v a et e n to u ra d e ses b ra s le c o u                 de M .   de     L ie r r e v a n t-\nM a n tè s :\n    — V o u s m ’ a v e z la iss é e m a ître s se d e m o n             c h o ix ,    m on    bon     o n c le ,   lu i\nd it-e lle e n s o u r ia n t, v o u s n e se r e z p lu s là ,        il n ie fa u d ra       un     p ro te c te u r ;\np o u va is-je m ie u x c h o is ir? Je se ra i M me la P r é s id e n te !\n    E t p eu s o u c ie u s e d e l ’ é tiq u e tte , e n d é p it d e la so le n n ité de la c irc o n s ta n c e ,\nl ’e s p iè g le e n fa n t d é p o sa d e u x b a is e rs s u r le s jo u e s d e so n tu te u r .\n\n                                                          * »\n\n   O n fu t lo n g te m p s , à l ’h ô te l de R é ja u m o n t,            sa n s c o m p r e n d r e l ’é tra n g e\nd é c is io n   de   G e n e v iè v e , q u i, d e tr o is p ré te n d a n ts , c h o is is s a it ju s te m e n t le\np lu s â g é et le m o in s r ic h e . A         p lu s ie u r s   re p ris e s, o n     e ssa y a d e lu i fa ire\ne x p liq u e r les m o tifs d ’ u n e p a re ille d é te rm in a tio n .\n   — Je v e u x ê tre M me la P r é s id e n te ! ré p o n d a it-e lle a v e c u n e p e tite m o u e\nlu tin e , q u i e n le v a it a u x in te r lo c u te u r s to u te id é e d e r e v e n ir à la c h a rg e .\n   L a c h a n o in e s se d e V e r d a c fu t la p re m iè re q u i p a r u t tr o u v e r u n e e x p lic a ­\ntio n p la u s ib le .\n   —    E lle est si      p u re ,   si in n o c e n te , c e tte c h è re e n fa n t, q u ’ e lle      n ’im a g in e\ng u è r e ce q u e p e u t ê tre u n      m a r i. E lle se se n t se u le a u m o n d e , e lle v e u t u n\np ro te c te u r et je c o n ç o is q u e M .       de M a tillo n        p a ra isse lu i     o ffr ir p lu s      de\ng a ra n tie s q u e M M . de K e r v a n g u y et d e L a R o c h e - D in a n .\n   —    N o u s n e p o u v o n s p o u rta n t pas la d é s a b u s e r, v o y o n s , l ’a b b é ! rip o sta it\nra g e u s e m e n t la m a rq u is e .\n   E t l’ a b b é s o u r ia it sa n s ré p o n d re , en h o c h a n t d o u c e m e n t la tête.\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "                                                     — 288 —\n\n     —      M . de M a tillo n       fa it e n c o r e   tr è s -b o n n e   fig u r e ! a ffirm a it le     D uc     de\nL ie rre v a n t-M a n tè s en se re n g o rg e a n t,        très-sa tisfa it au        fo n d d u c h o ix de sa\np u p ille .\n     Il é ta it à p e in e p lu s â g é q u e le p r e m ie r P r é s id e n t et il p re n a it sa p a rt de\nla fla tte rie q u ’il a d re ssa it au c o m te .\n    — P o u r v u q u ’e lle n e so it pas tro p v ite d é s illu s io n n é e , la                 p a u v re p e tite !\nre p re n a it la d o u a ir iè r e . A h ! l ’é d u c a tio n       q u ’on     r e ç o it d a n s le s c o u v e n ts a\np a rfo is des in c o n v é n ie n ts b ie n g r a v e s !\n    — C ’est c e la ! p la ig n e z -v o u s d o n c q u e la         m a rié e so it tr o p b e lle ! c r ia it le\nb a ro n       S e n è re s, q u i   ne   p e rd a it    ja m a is   une       o c c a s io n d e    c o n tr e d ir e la\nm a rq u is e .\n    — E h m o n D i e u ! M . le F in a n c ie r ! m o i a u s si, j'a i été a u c o u v e n t, et c erte s\nle m a r q u is d e R é ja u m o n t n ’a ja m a is e u , q u e je sa ch e , lie u d e s ’e n p la in d r e ;\nm a is D ie u m e p a rd o n n e ! o n n e m ’ a u ra it ja m a is fa it é p o u s e r u n b a rb o n d ’u n\nd e m i-siè c le , q u a n d j ’a va is d ix -h u it a n s! Il e st v r a i q u e j ’ a v a is d e la tê t e ...\net d u g o û t. M o n         D ie u ! G e n e v iè v e n ’e n m a n q u e p a s, m a is e lle e st fa ib le et\nces D am es en o n t a b u s é ...\n    — L e s D am es d u S a c r é -C œ u r s u iv e n t c e p e n d a n t u n e e x c e lle n te m é th o d e .\no p p o sa l ’a b b é de B e r tis .\n    — L e s D am es d u S a c r é -C œ u r , m o n n e v e u , o n t o u b lié q u e G e n e v iè v e éta it\nd e stin é e au m o n d e . E lle s en o n t fa it u n e n o v ic e .\n    — L e m o n d e à ta n t d ’é cu e ils, q u ’o n n e s a u ra it tro p p r é m u n ir                 le s je u n e s\np e r s o n n e s ........\n    — E t m e v o ilà a v e c u n n e v e u de c in q u a n te ans s u r le s b ra s !\n    C ’é ta it là , a u fo n d , le s e c re t d e la g r a n d e c o lè re d e         M me d e R é ja u m o n t,\nm a is e n fin le m al é ta it fa it. M . d e M a tillo n a v a it é té o ffic ie u s e m e n t p ré v e n u\ndu ré s u lta t de sa d e m a n d e . Il n ’ y a v a it p lu s à y re v e n ir.\n    R ie n n e c h a n g e a en a p p a re n c e d a n s les a llu r e s de G e n e v iè v e de R é ja u m o n t;\nc ’éta it to u jo u r s la p e tite p e n s io n n a ir e g a ie et in g é n u e . S i, de te m p s à a u tre ,\non p ro n o n ç a it d e v a n t-e lle le n o m de M . d e M a tillo n ,                 e lle b a issa it le s y e u x ,\nu n p etit p li é n ig m a tiq u e se d e s sin a it au c o in de sa b o u c h e , p u is p re s q u 'a u s-\ns itô t :\n   — N o u s en r e p a r le r o n s            q u a n d je se ra i P r é s id e n te !\n    E lle c o n tin u a it à v a q u e r a v e c u n so in très e x a c t à           ses d e v o irs r e lig ie u x ,\nce q u i fa is a it d ir e à so n c o u sin l'a b b é d e B e r tis :\n    — C ’est u n e â m e d ’ é lite ! L a b r e b is p ré fé r é e d u B o n             P a s te u r !\n    E t de fait, G e n e v iè v e re m p lis s a it to u t l ’h ô te l d u p a rfu m de so n in n o c e n c e\net de sa v ir g in a le c a n d e u r . O n c ita it ses re p a rtie s n a ïv e s , ses a d o r a b le s m u ti­\nn e rie s . N o n ! M . d e M a tillo n n e s a u ra it ja m ais le p rix du tr é s o r q u 'o n lu i\nc o n fia it.\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                                                    — 289 —\n    E n fin , l’ été v in t.\n    T o u t e la fa m ille p a rtit p o u r l ’A u v e r g n e , au c h â te a u de L ie r r e v a n t o ù le\n m a ria g e d e v a it ê tre c é lé b r é , au c o m m e n c e m e n t de l ’a u to m n e .\n    D é jà to u te la c o n tré e c o n n a is sa it le p ro je t d 'u n io n .         D ès lo r s c o m m e n ç a\n p o u r G e n e v iè v e u n e sé rie de fêtes, d o n t elle fu t la re in e .\n    M . d e M a tillo n , a p rè s u n v o y a g e à P a r is , o ù il c o m m a n d a               u n e c o r b e ille\np r in c iè r e , a rriv a à L ie r r e v a n t o ù l ’a p p e la it u n e in v ita tio n d u D u c . T rè s fier\n d ’ a v o ir é té c h o is i p a r l ’a d o r a b le je u n e fille , il c o m m e n ç a sa c o u r.\n    L e p r e m ie r p ré s id e n t é ta it e n c o r e très v e r t, e t n ’é ta ie n t q u e lq u e s rh u m a ­\ntis m e s et ses fa v o r is g r is , il a v a it e n c o r e fo r t b e l a ir.\n    M me de R é ja u m o n t s 'h u m a n is a p re s q u e , et u n jo u r q u e tr è s -c o r r e c t d a n s\nsa re d in g o te fe rm é e à ro se tte r o u g e , so n fu tu r n e v e u la c o n d u is a it à l ’ é g lis e\nd u v illa g e , e lle d a ig n a re m a r q u e r q u e le v ie u x g e n tilh o m m e a v a it d û               être\ntr è s b ie n ... d a n s sa je u n e s se , p o u r en a v o ir c o n s e r v é d e si b e a u x re ste s.\n    Un     m a tin ,    e n se m e tta n t à ta b le , le D u c a n n o n ç a            l'a r r iv é e p ro c h a in e à\nL ie r r e v a n t du b a ro n S e n è re s et d e so n fils R a o u l.\n    S u b ite m e n t in té re ss é e , G e n e v ie v e d e v in t p â le.\n    — M o n D ie u ! d é c la r a la d o u a ir iè r e , q u e ce b a ro n               est d o n c d é sag réa b le ;\nn o u s é tio n s ic i si b ie n sa n s lu i !\n    L e b a ro n S e n è re s éta it s u p p o r té p lu tô t q u ’a im é p a r la fa m ille . S a n o b lesse\nd a ta it d ’h ie r e t ses m illio n s se u ls      lu i a v a ie n t v a lu      l ’h o n n e u r d ’é p o u se r u n e\nL ie r r e v a n t-M a n tè s . Il éta it v e u f et so n fils u n iq u e lie u te n a n t de d ra g o n s. Sa\ntrès g r o s se fo r tu n e , q u i a v a it d é jà fa it p a rd o n n e r u n e m é sa llia n c e , se rv a it\ne n c o r e a u jo u r d ’ h u i q u e sa fem m e éta it m o rte , à lu i fa ire te n ir o u v e rte s les\np o rte s du c h â te a u de L ie r r e v a n t.\n    R a o u l S e n è re s , d e sept a n s p lu s â g é q u e G e n e v iè v e , a v a it été p o u r a in s i\nd ir e é le v é a v e c e lle . L e s d e u x e n fan ts s ’é ta ie n t to u jo u r s te n d re m e n t a im é s.\nE n g r a n d is s a n t, le je u n e h o m m e a v a it c o m p r is q u ’il re sse n ta it p o u r sa c o u sin e ,\na u tre c h o se q u ’u n e a ffe c tio n fra te r n e lle .\n   M a is il s ’a p p e la it S e n è r e s !\n   G e n e v iè v e é ta it la d e rn iè re des R é ja u m o n t; e lle s e u le é ta it e n c o r e ric h e ,\nd e to u s les m e m b re s de cette tr è s -a n tiq u e fa m ille . Il se n ta it b ie n q u ’o n n e\np e rm e ttra it ja m a is à l ’o p u le n te h é r itiè re d 'u n n o m si illu s tr e , d ’ é p o u se r le\nfils d ’ u n fin a n c ie r, « d ’ u n m a rc h a n d d ’a r g e n t, d ’ un tr a ita n t, » c o m m e d is a it\nla m a r q u is e . C e tte u n io n n 'e u t pas eu l’ e x c u s e de la p a u v r e té ; c ’a va it, d u\nre ste , été     la    ré p o n s e   fo rm e lle    de     M me d e          R é ja u m o n t,   un     jo u r    que\nM . S e n è re s a v a it e ss a y é de la iss e r p re s se n tir c e r ta in e s in te n tio n s .\n   T o u t a v a it été d it et R a o u l a v a it d û r e n fe rm e r a u p lu s p ro fo n d d e so n\nc œ u r la p a ssio n q u ’il re s se n ta it p o u r G e n e v iè v e . C e n t fo is , c e p e n d a n t, il a v a it\nété p ris du d é s ir d e lu i en fa ire l ’a v e u , à e lle d o n t il a v a it si s o u v e n t p a rta g é\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "                                                    — 290 —\n le s je u x , m a is il l ’a v a it tr o u v é e si p u re , si n a ïv e , q u ’il a v a it to u jo u r s ré sisté à\n cette te n ta tio n .      J e te r le tr o u b le d a n s c ette â m e d e v ie r g e !           T e r n ir cette\n c a n d e u r ! N o n , e lle lir a it a ssez tô t d a n s ses y e u x , le s se n tim e n ts q u i l ’o p p r e s ­\n sa ie n t. .. E t v o ilà q u ’ u n jo u r , b r u s q u e m e n t, il a v a it a p p ris le m a ria g e p ro c h a in\n d e G e n e v iè v e !\n    A lo r s , san s s’e x p liq u e r p o u r q u o i, il a v a it v o u lu p a rtir, d e s u it e .......\n    Q u a n d il a rriv a à L ie r r e v a n t, a c c o m p a g n é          du b a r o n , q u e lq u e s      jo u rs\n se u le m e n t a v a n t le m a ria g e , il tr o u v a sa c o u s in e tr è s -g a ie , tr è s -h e u re u s e de\nle r e v o ir .\n    —     Je v o u s p ré se n te m o n frè re , d it-e lle à M . d e M a tillo n . N o u s a v o n s\njo u é b ie n so u v e n t e n s e m b le à la p o u p é e !\n    Le     P r e m ie r -P r é s id e n t s ’in c lin a g r a v e m e n t et te n d it à R a o u l, u n e m a in\n q u e c e lu i- c i se rra à p e in e .\n    — V e n e z ! a jo u ta -t-e lle en s’ a d re ssa n t à so n c o u s in , v e n e z v o ir le s fo lie s\nq u ’à faites p o u r m o i M . de M a tillo n .\n    E t e lle e n tra în a le je u n e o ffic ie r to u t fré m iss a n t, a u s a lo n , o ù e lle n e lu i\nfit p as g r â c e d ’u n b ijo u .\n    — C o m m e to u t c e la est beau ! d is a it-e lle , sa n s s ’a p e r c e v o ir d e la to r tu r e à\nla q u e lle e lle so u m e tta it so n a m i.\n    L e s jo u r s q u i s u iv ire n t p a ru r e n t b ie n lo n g s au p a u v re R a o u l.\n    G e n e v iè v e , e lle , ra y o n n a it et s 'e ffo rc a it de lu i fa ire p a rta g e r sa jo ie . A h !\ns ’il e u t o sé se c o n fie r à e lle , to u t lu i d ire ; m a is n o n , il n ’en a v a it pas le d r o it!\n    Il n e se se n tit p as le c o u ra g e d ’a lle r ju s q u ’ a u b o u t. D e u x jo u r s a v a n t la\nd a te fix é e p o u r la c é lé b r a tio n du m a ria g e , il a n n o n ç a so n d é p a rt.\n    —     Oh!      p a rtir , n o n , je n e v e u x p as q u e v o u s p a r tie z !            fit G e n e v iè v e ,\nb o u d e u s e , ce se ra it très m a l, sa v e z v o u s ! je se ra is si c o n te n te d e v o u s v o ir\np rè s d e m o i dan s u n jo u r o ù je v a is ê tre si h e u r e u s e ! M . d e M a tillo n , p rie z-\nd o n c R a o u l de re s te r.\n    E t e lle d é c o c h a au p r e m ie r p ré s id e n t, u n re g a rd à la fo is, si d o u x et si\nin g é n u , q u e c e lu i-c i s ’u n it à sa b e lle fia n c é e p o u r p rie r R a o u l S e n è r e s de\np r o lo n g e r so n sé jo u r .\n    L e je u n e h o m m e c o n s e n tit à ce su p rê m e sa c rific e .\n   —     P o u r v o u s ré c o m p e n s e r, je v o u s p ro m e ts u n e v a ls e ..., v o u s m e p e r­\nm e ttre z b ie n de d a n se r, c e jo u r - là , M . de M a tillo n ?\n   — C o m m e n t d o n c , M a d e m o is e lle !\n   — F ig u r e z -v o u s q u ’o n d a n se ra d a n s le s sa lo n s et a u ssi su r la p e lo u se ! A u\nso n de la m u se tte ! to u s les p a y s a n s se r o n t là !\n   E t l’ e sp iè g le je u n e fille s’ e n fu it, h e u re u s e et lé g è re c o m m e u n e b ic h e .\n   —     Q u e lle a d o r a b le e n fa n t! fît M . d e M a tillo n en la re g a rd a n t d is p a ra ître\nd e r r iè r e u n e p o r tiè re .\n   — E t n a ïv e , a jo u ta R a o u l, a v e c u n s o u p ir .\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                                                         — 29 1 —\n\n\n\n    — D é cid é m e n t, il est e n c o r e très b ie n , ré ité ra la m a rq u is e de R é ja u m o n t,\nq u a n d a p p a ru t le c o m te d e M a tillo n , s e r ré d a n s so n h a b it et la c r o ix de\nc o m m a n d e u r au c o u . Il est ra je u n i de d ix an s.\n    G e n e v iè v e e x c ita u n e u n iv e r s e lle a d m ira tio n .\n    — L e s ro b e s b la n c h e s et les fle u rs d ’o r a n g e r se m b le n t a v o ir été in v e n té e s\np o u r e lle ! s’ é cria la c h a n o in e s se .\n    E t d e fa it, ja m a is v ie r g e n ’e u t u n e te n u e si c h a ste , ni u n regard si p u r.\n    M o n s e ig n e u r d e C le r m o n t, d o n n a a u x é p o u x la b é n é d ic tio n n u p tia le d a n s\nla p e tite c h a p e lle d u c h â te a u . A u c o u r s d ’ u n e p a te rn e lle a llo c u t io n , o ù il\nap p ela G e v e v iè v e « V a s e d ’é le c tio n », « T o u r d ’iv o ire », il n e c r a ig n it pas\nd ’a d re ss e r à M . de M a tillo n            to u s ses c o m p lim e n ts , d é c la r a n t q u ’il n ’a v a it\nja m a is v u ta n t d ’ in n o c e n c e u n ie à ta n t d e b e a u té .\n    L e p re m ie r P r é s id e n t ra y o n n a it.\n   Tout       s e u l, d is s im u lé   d e r r iè r e   u n p ilie r, en g r a n d e te n u e ,         R a o u l était\np â le. —     Il eu t d o n n é le s m illio n s de so n p è re p o u r ê tre assis là -b a s, e n face\nde l ’ a u te l        à la p la ce de c e v ie u x .\n    L a c é r é m o n ie p rit fin .\n\n\n   A     d e u x pas de lu i, ta n d is q u e le s c lo c h e s s o n n a ie n t à p le in e v o lé e , q u e\nd e h o rs , le s c o u p s de feu des p a ys a n s            sa lu a ie n t   jo y e u s e m e n t les n o u v e a u x\né p o u x , G e n e v iè v e p assa, a u b ras de so n m a ri.\n    E lle s!a v a n ç a it le n te m e n t, les y e u x n o y é s , l'a ir h e u r e u x                p o u r ta n t.......\nq u a n d so n re g a rd h u m id e v in t c r o is e r c e lu i d e so n c o u s in , u n é c la ir ja illit\net le m ê m e p e tit p li é n ig m a tiq u e , a p p a ru t au c o in de sa b o u c h e .\n    E lle e u t p o u r lu i u n e p a ro le a im a b le q u a n d il v in t, à so n to u r , la sa lu e r.\n   — J ’e sp è re b ie n q u e le frè re de G e n e v iè v e de R é ja u m o n t n ’ o u b lie r a pas la\np ré s id e n te de M a tillo n\n   — Je m ’u n is à la C o m te ss e , M .                   S e n è re s , a jo u ta a u s s itô t le p ré s id e n t,\net je serai tr o p         h e u re u x si v o u s       d a ig n e z m ’a c c o r d e r    un    peu     de l'a m itié\nq u e v o u s a v e z p o u r e lle.\n   E t R a o u l s'é ta it in c lin é san s ré p o n d re .\n\n    Il y e u t g r a n d e r é c e p tio n , le s o ir, a u ch â te a u de                 L ie r r e v a n t. T o u t e la\nn o b le s se de      l’ A u v e r g n e était là : L e s g r ille s a v a ie n t été o u v e rte s et ta n d is\nq u e le s n o b le s in v ité s re m p lis sa ie n t les sa lo n s , d e h o rs , s u r le s p e lo u se s, des\nb a ls s ’o r g a n is a ie n t. O n d a n sa it, a u x so n s n a s silla rd s d e la m u se tte, le s tr a d i­\ntio n n e lle s b o u r ré e s .\n   S o u s les c h a r m ille s , des to n n e a u x d é fo n cé s, de lo n g u e s ta b les o u c h a cu n\np o u v a it s ’a sse o ir et to u tes c h a rg é e s de v ic tu a ille s .\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "                                                              29 2    -----\n\n\n      Q u a n d la n u it v in t, le p a rc s ’illu m in a ; a u x b r a n c h e s d e s a rb re s se b a la n ­\n ç a ie n t des la n te r n e s a u x m ille c o u le u r s , c e p e n d a n t q u e le c h â te a u p ro fila it\n su r le c ie l so m b re sa g ra n d e silh o u e tte , p e rc é e à jo u r p a r le s fe n ê tre s très\n h a u te s, é tin c e la n te s , d e rr iè r e le sq u e lle s s ’a g ita ie n t des o m b re s.\n     A d m ir a b le m e n t p a ré e , G e n e v iè v e          se m b la it u n e       fée ,   au    m ilie u   de     ce\n m e r v e ille u x d é c o r. O n e x h u m a les v ie u x pas et ju s q u ’ à la                      D o u a ir iè r e de\n R é ja u m o n t, q u i d an sa le m e n u e t.\n     M . de M a tillo n , q u i re d o u ta it so n rh u m a tism e , se re tr a n c h a d e rr iè r e la\n g r a v ité      p ro fe s s io n n e lle à la q u e lle il é ta it fo r c é et p u t a in s i é c h a p p e r a u x\n o b se s sio n s c h o ré g ra p h iq u e s d o n t il fu t l ’o b jet.\n     M.        de    L ie r re v a n t-M a n tè s   v o u lu t     p ro u v e r      que    le s   lio n s d ’ a u tre fo is\n v a la ie n t b ie n le s g o m m e u x d ’a u jo u r d ’h u i, m a is il d u t s’ a rrê te r, e ss o u fflé , au\n m ilie u d ’u n e fig u r e de q u a d rille .\n     — C 'e s t ... c ’est l'é m o tio n ! fit-il, m a is p e rs o n n e n e s ’y la issa p re n d re .\n     O n jo u a u n e v a ls e .\n      R a o u l p r it so n c o u r a g e à d e u x       m a in s. I l a lla ra p p e le r à           sa c o u s in e sa\n p ro m e sse .\n     — Je v o u s a tte n d a is !         fit-e lle s im p le m e n t a v e c          so n é te rn e l et s in g u lie r\n s o u r ir e .\n     E lle s ’a b a n d o n n a a u x b ras d e so n c o u s in q u i fr is s o n n a it en e n to u ra n t d e\nso n b ras cette ta ille so u p le et si fin e q u ’e lle e u t te n u d a n s ses d e u x m a in s .\n     P a r fo is le s c h e v e u x d e la je u n e fe m m e v e n a ie n t c a re s se r so n v isa g e et\na lo rs p ris d ’é b lo u is se m e n t, il se s e m a it d é fa illir . Il v o u la it p a rle r, m a is ne\ntr o u v a it rie n à d ir e .\n     I .es d e rn iè re s m e su re s se fire n t e n te n d re .\n     L e to u r b illo n fo u s ’a r r ê ta .\n     II re c o n d u is it à sa p la ce M me d e M a tillo n . A u m o m e n t o ù , s’ in c lin a n t\nd e v a n t e lle , il a lla it la r e m e r c ie r :\n    — D a n s u n q u a r t d ’h e u re , à la g r o tte d u C a lv a ir e ! fit-e lle , tr o u v e z -v o u s y !\n     L a p a ro le e x p ir a s u r le s lè v r e s de R a o u l.\n    D ans u n          q u a r t d 'h e u r e ! A la g r o tte d u C a lv a ir e !           U n re n d e z-v o u s ! E t\nc ’é ta it G e n e v iè v e , la p u re G e n e v iè v e o u p lu tô t Mme de M a tillo n , q u i le                     lu i\nd o n n a it, à d ix h e u re s d u s o ir , à lu i R a o u l !\n    Il r ê v a it!\n    — C 'e s t e n te n d u , n ’est-ce pas ?\n    E t G e n e v iè v e o u v r a n t u n g r a n d é v e n ta il d e n a c re , à p lu m e s d 'a u tr u c h e ,\nré p o n d it p a r u n        g r a c ie u x s a lu t, a u      sa lu t      m u e t q u e lu i    a d re ssa le lie u ­\nte n a n t S e n è re s .\n   S a n s d ir e u n m o t, san s p e n sé e , ce q u ’il v e n a it d ’e n te n d re lu i                   se m b la n t\nin e x p lic a b le , R a o u l d e s c e n d it le p e rro n d u c h â te a u .\n\n\n\n\n                       X\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "                                                     —     29 3 —\n\n     L ’a ir lu i fit d u b ien .\n     Il passa sa m a in su r so n fro n t b a ig n é de s u e u r .\n     —    Je n e rê v e p as p o u r t a n t ! ...        E lle n ’a p as ré flé c h i a u x c o n s é q u e n c e s\n d ’ u n p a re il a c te ! S e s in te n tio n s so n t d r o ite s , é v id e m m e n t ... m ais si o n la\n v o y a i t ... si o n la s u iv a it ... n e se r a it-il pas p lu tô t de m o n d e v o ir d e ...? T a n t\n p is, a llo n s !\n    E t R a o u l se d ir ig e a v e rs la g r o tte .\n    T o u t a u fo n d d u p a r c , au so m m e t d ’ u n m o n tic u le , la p ié té d e s d u c s de\n L ie r r e v a n t-M a n tè s a v a it é rig é u n C a lv a ir e , so u s le q u e l o n a v a it fo rt a r tis ti­\n q u e m e n t tir é p a rti d ’u n e so rte d e c a v e r n e n a tu r e lle .\n    Q u e d e fo is , so u s l ’œ il d e le u r s b o n n e s. R a o u l et G e n e v iè v e , en fan ts,\n n ’a v a ie n t-ils pas jo u é là , à l’a b ri des r a y o n s d u s o le il!\n    L e je u n e o ffic ie r s’ a ssit s u r u n b a n c de g a z o n , a tte n d a n t.\n    L e s é ch o s d e la fête v e n a ie n t ju s q u ’à lu i à tr a v e r s le s a rb r e s d u p a r c ; le\nc h â te a u s e m b la it fla m b e r.\n    O n z e h e u re s so n n a ie n t q u a n d u n e fo rm e b la n c h e se d ressa to u t-à -c o u p\nd e v a n t lu i.\n    —    G e n e v iè v e ! s ’é c ria -t-il, en c o u r a n t à la je u n e fe m m e , q u e lle im p r u ­\nden ce !\n   S u b ite m e n t, il se n tit d e u x b ra s se n o u e r a u to u r d e so n c o u , ta n d is q u e\nd e u x lè v re s b r û la n te s v e n a ie n t s ’a p p u y e r c o n tr e le s sie n n e s.\n   —     G e n e v iè v e ! ré p é ta R a o u l, stu p é fa it.\n   —     E n f in ! je su is à to i !\n   E t to u s d e u x , fré m iss a n ts , to m b è r e n t a ssis s u r le b a n c d e g a z o n .\n   —     M a is ... v o tr e m a ri?\n   A lo r s M me d e M a tillo n se             re le v a , a ltiè r e , et d é s ig n a n t de   la m ain les\nfe n ê tre s e n fla m m é e s d u ch â te a u :\n   — N e fa lla it-il pas u n p è re à n o s e n fa n ts ?\n\n\n                                                                         O SC A R M É T É N IE R\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "                                  EN PROVINCE\n                                                                       Tout pour le Peuple et par le Peuple!\n                                                                                                   (D ivers).\n\n\n\n\n                  Ils se so n t ré u n is u n e d o u z a in e , des ratés, des a m b itie u x a u tr e fo is\n\n                    p e rs o n n a lité s en v u e et à q u i les é le c tio n s o n t re n d u u n e o b s c u ­\n                    rité g ê n a n te , de je u n es a v o c a ss ia u x a v id e s d e se p r o d u ire e t de\nfa ire p a rle r d ’e u x . L e u r b u t     est d e         c o m b le r   u n e la c u n e : la q u e stio n est\nse u le m e n t de la t r o u v e r ; ce           n ’est g u è re fa c ile , l ’ in d iffé re n c e est g é n é r a le ,\ne t o n est la s d e la p o litiq u e .\n    U n C o m ité d éjà fo rm é a lla it se d is so u d re , n e sa c h a n t q u o i d ir ig e r , q u a n d\nu n m e m b re fit u n e tr o u v a ille : « F o n d o n s u n c e r c le d ’ E n s e ig n e m e n t p o p u ­\nla i r e ! » L ’a p p ro b a tio n fu t u n a n im e : l ’id é e é ta it v r a im e n t s u p e rb e : d ’a b o rd\nc ’ éta it c o m b le r u n e v é r ita b le la c u n e , et q u e l m a g n ifiq u e b u t à p o u r s u iv r e !\nin s tr u ir e   le p e u p le , q u e lle b e lle œ u v r e d é m o c r a t iq u e q u e l b e a u             p ré te x te\nà r é u n io n s , c o n fé re n c e s , e tc ., e tc . O u i, c ’éta it bien c ela q u ’ il fa lla it fo n d e r.\n   O n fo n d a .\n    L e C o m ité fu t in sta llé o ffic ie lle m e n t, il eu t des sé a n ce s : o n en p a rla d a n s\nle jo u r n a l de la lo c a lité , en é n u m é ra n t les n o m s de « ces h o m m e s v ra im e n t\nd é v o u é s , to u jo u r s s u r la b r è c h e , e tc          » B ie n tô t la sé a n ce d 'in a u g u r a tio n\nfu t a n n o n c é e , o n p u b lia à g r a n d s fra is de ré c la m e u n p ro g ra m m e tr è s -v a r ié :\nc o n c e r t, c o n fé re n c e , to m b o la .     L a ré u n io n d e v a it se te n ir u n d im a n c h e :\ne n tré e , d ix c e n tim e s se u le m e n t !\n    L ’a tta q u e é ta it b ie n m e n ée .\n\n\n\n\n    L e d im a n c h e , dès tr o is h e u re s et d e m ie , o n se p re ssa it à l ’e n tr é e d u lo c a l,\nu n e sa lle a ssez g r a n d e , c r û m e n t é c la ir é e p a r le h a u t ; su r le s m u rs a u p la ­\nfo n n a g e e n c o r e fra is se d é ta c h e n t des           é c u ss o n s   de   c o u le u r s v iv e s, et des\ntr o p h é e s de d r a p e a u x tr ic o lo r e s q u e des          lio n s en b o is p e in t tie n n e n t d an s\nle u r s g r iffe s . A u fo n d , u n e e stra d e          fo rm a n t scè n e est d é c o u p é e            par une\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "                                                    -      295 -\n\nb a n a le d r a p e rie de v e lo u r s r o u g e à fra n g e s d ’ o r , p iq u é e de p etits lio n s d o ré s.\nL e ta p is s ie r d é c o r a te u r s’est su rp a ss é .\n    M a in te n a n t le s b a n cs so n t re m p lis . U n g r a n d b r o u h a h a s ’é lèv e ta n d is q u e\nles in stru m e n ts s ’a c c o r d e n t c ria r d s . T o u t e s le s n o ta b ilité s d e la v ille se so n t\nd o n n é re n d e z -v o u s ; d es p a re n ts des m e m b re s d u C o m ité , b e a u c o u p d e d am es\ne n to ile tte s c la ir e s ; de b o n s b o u r g e o is q u i tie n n e n t à p r o u v e r le u r s c o n v ic tio n s\nd é m o c r a tiq u e s : il fa u t b ie n fa ire q u e lq u e c h o s e p o u r le p e u p le n ’est-ce pas?\n— de lo in en lo in , q u e lq u e s o u v r ie r s e n d im a n c h é s , tim id e m e n t assis su r le\nb o rd d e le u r c h a is e , e t a ssez é to n n é s d e se tr o u v e r là. L e s                 g r o s b o n n e ts\net le u r s fa m ille s , a r r iv é s le s d e rn ie rs so n t in sta llé s a u p r e m ie r r a n g : c ’est\nn a tu re l.\n    L e c o n c e r t v ie n t d e c o m m e n c e r ; la s y m p h o n ie e x é c u te l ’ O u v e r tu r e de\nG u illa u m e T e ll. S u r la sc è n e , les v a illa n ts p ro m o te u rs de l ’œ u v r e so n t assis\nen d e m i-c e rc le , g u in d é s d a n s le u r s r e d in g o te s , e t c o n te m p le n t a ve c u n e\nim m e n s e sa tis fa c tio n la sa lle d é b o rd a n te : le p u b lic a in si a ttir é d u p re m ie r\nc o u p , q u e l s u c c è s ! q u e lle g lo ir e va re to m b e r s u r e u x ! et le u r o r g u e il se\ng o n fle d ’u n e v a n ité in tim e , c a r ils c o m m e n c e n t à se c r o ir e e u x -m ê m e s du\nm é rite .\n    L e u rs   r é fle x io n s b éa tes so n t in te rro m p u e s p a r le b r u it des a p p la u d is se ­\nm e n ts ; le m o rc e a u est fin i, et le s m e m b re s d u C e r c le ré p a n d u s d a n s le p u b lic\nc la q u e n t a v e c c o n v ic tio n p o u r c h a u ffe r l ’e n th o u s ia s m e . C o m m e le p e u p le\na im e la m u siq u e ; q u e l su c cè s ! et l ’a u d ito ir e se c o m m u n iq u e ses im p re s sio n s :\no n n ’a p as a ssez de lo u a n g e s p o u r ces m e ssie u rs.\n   A p ré s e n t, u n je u n e h o m m e a u x c h e v e u x p la q u é s su r le fro n t e n a c c e n t\nc ir c o n fle x e c h a n te u n a ir q u e lc o n q u e ; il b r a n d it tr a g iq u e m e n t sa p a rtitio n\ne n fix a n t a v e c p e rs ista n c e u n e c re v a ss e q u i d é c h ire le p la fo n d ; il p ro n o n c e\nv ie illâ â â â s s e , je u n â â â à s s e . et c h e v r o tte to u t-à -fa it c o m m e a u th éâ tre. O n\na p p la u d it m a lg r é to u t, m a is on s ’a m u se fo r t p e u .               P o u r ta n t la P a tr o u ille\ntu r q u e a ttir e l ’a tte n tio n de to u s ; o n bisse.\n\n\n\n\n   E n a tte n d a n t la c o n fé re n c e , o n en d it d ’a v a n c e b e a u c o u p de b ie n .\n   —     « C o n n a is se z-v o u s M o n s ie u r X ? i (le c o n fé re n c ie r).\n   —     « N on. »\n   —     « U n e g r a n d e b a rb e n o ir e . Il p a ra ît q u ’il e st fra n c -m a ç o n . »\n   —     « B a h ! a lo rs ce sera a m u s a n t !\n   P o u r d é b u te r et fra p p e r u n g r a n d c o u p , les o r g a n is a te u rs o n t a p p elé à la\nre s co u s se u n e p e rs o n n a lité en v u e d u p a rti lib é r a l b r u x e llo is , u n v ie u x\nb u r g r a v e d u d o c trin a r is m e , n a tu re lle m e n t. —        P e n s e z d o n c , u n r é v o lu tio n ­\nn a ire v e n ir p a rle r au p e u p le , s u r to u t en ces te m p s de c ris e .\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "                                                    — 296 —\n    L ’o r a te u r au m ilie u d e la sc è n e , d e v a n t u n e ta b le p u p itr e a e n ta m é son\nsu je t ; a v a n t de c o m m e n c e r , il a p la cé sa m o n tre d e v a n t lu i, a fin d e te rm in e r\nà te m p s p o u r p re n d re le tr a in d e B r u x e lle s : il fa u t to u jo u r s se m é fie r de\nl ’im p r o v is a tio n . —     D e rriè re lu i, fo rm a n t le fo n d d e la sc è n e , u n é v e n ta il\nd e d r a p e a u x tr ic o lo r e s o ù tr a n c h e le p lâ tre o ffic ie l fig u r a n t « l ’ a u g u s te r e p r é ­\nse n ta n t de n o tre d y n a s tie . »\n   L e c o n fé r e n c ie r tr a ite u n s u je t d 'h is to ir e n a tio n a le c e n t fo is ressa ssé d é jà .\nS a p a ro le c o u le m o n o to n e d a n s la s a lle s o m n o le n te ; on             d ir a it q u ’il c r a in t\nd e tr o u b le r p a r d e s é c la ts d e v o ix la d o u c e q u ié tu d e q u i rè g n e ; ses g e stes\nso n t le n ts c o m m e d ’ u n so m n a m b u le . I l ra c o n te i 83 o , c o m m e n t « o n p la n ta\nle d r a p e a u de la r é v o lu tio n s u r le s ru in e s de l ’ a n c ie n o r d r e d e c h o se s », p u is\nil fa it l'h is t o ir e des sé a n c e s d u C o n g r è s ; — en m a n iè re d ’ in te rm è d e , il jo u e\na v e c a ssez d 'h a b ile té des c a p u c in s et d es re c o lle ts ; c e c i é ga ie d o u c e m e n t\nle s a u d ite u rs d o n t le s b o u c h e s s’é la r g is s e n t e n rir e s s ile n c ie u x ; u n e tira d e\nest m ê m e u n p eu a p p la u d ie ; a lo rs on se ré v e ille , o n se r e m u e ; des d a m e s\nn e se g ê n e n t p lu s p o u r b a v a rd e r e n tre e lles, fa isa n t é v o lu e r en jo y e u x c h a ­\nto im e n t le s p lu m e s très c o lo ré e s de le u r s c h a p e a u x . U n lé g e r b o u r d o n n e ­\nm e n t ré s o n n e d a n s to u te la s a lle ; on se n t l ’a p p ro c h e d e la tira d e fin a le , et\no n n ’ e st pas fâ c h é .\n\n\n\n   C ’e st fin i. L ’ o r a te u r a te rm in é en p a rla n t d e g r a n d e u r , p r o s p é r ité , a v e n ir ,\np a t r ie , lib e r t é ; p e n d a n t q u e le p u b lic so u la g é b a t des m a in s, M o n sie u r X . . .\nr e n tre v iv e m e n t d a n s sa p e lisse et file a v e c ra p id ité a u m ilie u d es fé lic ita tio n s\net des sa lu ts e m p re ssé s du C o m ité : le tr a in va p a rtir .\n   M a in te n a n t to u t le m o n d e          est d e b o u t, p a rla n t h a u t : on            v a tir e r la\nto m b o la . L e s lo ts ra n g é s s u r u n e ta b le , so n t des r o s s ig n o ls de lib r a ir ie\nfo u r n is a u ra b a is, e t a y a n t la p ré te n tio n d ’ê tre à la p o r té e d e l ’o u v r ie r :\nl 'E le c t r ic it é , l'O p tiq u e , l 'A c o u s tiq u e , e tc ., to u te la B ib lio th è q u e des M e r ­\nv e ille s . L e lo t p r in c ip a l est u n s u p e rb e v o lu m e r e lié e n r o u g e et d o ré\np a r to u t ; u n e A s t r o n o m ie — p o p u la ire ? — a v e c g r a v u r e s . T i r é e n d e rn ie r\nlie u , il est g a g n é p a r u n o u v r ie r g r a n d et m a ig r e , v ê tu de d ra p n o ir lu is a n t ;\nses c h e v e u x     b lo n d    m o rt    so n t e n d u its d ’ u n e p o m m a d e g é n é r e u s e ;          ses\nyeu x de       c a b illa u d    re g a rd e n t e m b a rra s sé s,     et u n r ir e       b ê te   lu i fe n d     la\nb o u c h e ju s q u ’a u x o r e ille s . Il re v ie n t, te n a n t g a u c h e m e n t le liv r e d o ré dan s\nses m a in s in h a b ile s — ses c a m a ra d e s l ’e n to u r e n t e t la jo ie s ’é te n d , c a r le\nliv r e o u v e r t, l ’h e u r e u x g a g n a n t s ’est é c r ié : « Y a des im a g e s ! ! »\n\n\n   L e n te m e n t la fo u le s ’ é c o u le , a v e c u n g r a n d b r u it d e c h a ise s re m u é e s — les\nb o u r g e o is té m o ig n e n t to u t h a u t le u r sa tisfa c tio n .\n\n\n\n\n                                                                                                                             v\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                                                —     297 —\n\n     —    « C o m m e ces g e n s d o iv e n t ê tre h e u r e u x !        S ’en    o c c u p e -t-o n   assez!\nv o ilà u n e sé a n c e q u i le u r fa it p lu s d e b ien q u ’ u n e p iè ce de c e n t so u s d an s\n•le u r p o c h e .\n     —    « O u i, m a is v o u s v e r r e z q u e ces b o u g re s -là n e se r o n t pas e n c o r e c o n ­\nte n ts : ça n e c o m p r e n d pas le d é v o û m e n t.\n     D a n s la sa lle v id e , le s      m e m b re s   d u C o m ité s ’ a d re ss e n t d e m u tu elle s\nf é lic ita tio n s ; le u r œ u v r e a su p e rb e m e n t ré u ss i. L e P r é s id e n t p ro c la m e q u e\nla   d é m o c r a tie   v ie n t d e   re m p o rte r u n e   n o u v e lle v ic to ir e ;   —    le s a u tres\nr a y o n n e n t : — c h a c u n d ’ e u x est m a in te n a n t q u e lq u e c h o se .\n\n\n                                                               B. O . V A L M A JO U R\n\n\n\n\n                                                                                          \\\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "          CHRONIQUE DE L'ART ET DU LIVRE\n                         LES NOUVEAUX-NÉS.\n\n  D ans la Galette des B eaux-Arts, M . C a ­     avoir épargné les douleurs             de toute\nm ille Lem on nier, continuant sa série           société.\nd’ études sur les artistes belges, analyse           L e livre est divisé en autant de chapi­\nl’art austère et silencieux du puissant fla­      res qu’il y a de jours dans la sem aine, et\nmand : X avier M ellery. T o u s les lettrés      chaque jour R obert C aze nous m ontre\nreconnaissent C am ille Lem on nier com m e       un n ouvel intérieur de m aison            bour­\nun des m aîtres de la critique artistique ;       geoise. C ’est une petite galerie de tableaux\naussi, est-ce pour M ellery une véritable         de genre, peints avec un soin exquis.\nfortune d’avo ir été si m erveilleusem ent\ntraduit. L e peintre a appuyé le texte de\nson com m entateur de dessins superbes,              Le    peintre Jan T o o ro p prépare,        à\noù éclatent excellem m ent les qualités           L o n d re s,   une exposition       particulière\nmises en relief par l’écrivain.                   de ses œ u vres. Il com pte y étaler nom ­\n                                                  bre de tableaux et d’études dont la plu­\n                                                  part n’ont pas          encore été    exposés à\n  R o b e r t C a z e . La semaine d'U rsule. —   B ruxelles.\nParis. T resse, éd. —   R obert C aze n’est         L ’attraction     de cette    exibition sera\npas un abstracteur de quintessence, ni de         un album de 25 dessins illustrant une\nchercheur de m onstres. Il se contente            n ouvelle écrite en Hollandais, par l’ar­\nsans peine des m outons à quatre pattes           tiste ni lui-m êm e. M . T o o ro p a une in­\net des m erles noirs. L ’histoire qu'il nous      tense sensation des choses : poète           im­\nconte dans la sem aine d’U rsule est l’his­       pressionniste, il       la traduit vigoureuse\nto ire toute sim ple d’une vieille couturière     ment par sa plume et par son crayo n .\nqui va « en journée » dans des m énages             L ’histoire     est   toute   naïve, c’est la\nparisiens. L a vieille fille, restée chaste et    vie de deux filles du peuple, deux sœ urs :\nprise d’ un invincible besoin d’affection,        les am ours paisibles de l’une dans la\nsoulève chaque jou r — dans les m énages          pénétrante atm osphère des cham ps ; les\noù elle travaille — un coin du voile qui          débauches de l’autre dans la pourriture\ncache pour elle la vie à deux. E t partout        d’une grande ville, jusqu’au jour du sui­\nelle ne découvre que discordes et souf­           cide.\nfrances. C ’est pourquoi elle reporte sur            C ette donnée si simple prend, grâce\nD ieu son affection, et le rem ercie de lui       au p u is a n t talent de M. T o o ro p , des\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "hauteurs d’épopée, l’épopée des misères                                   C o m m e a u ta n t d e ro ses m o u sseu ses,\n                                                                          les fo lle s ju p es d e s dan seu ses,\net des joies des humbles; c’est une g ra n ­\n                                                                          é to ile s d es cie ls é to ilé s ,\ndiose p age d’ art en m êm e temps qu’ une                                o n d o ie n t, le u rs crin s d’ o r em m êlé s.\nâpre étude sociale.\n                                                                          A u x ro u sses p erru q u e s fa n ta sq u e s,\n  T o u te l’œ u vre déborde d’un sentim ent                              des c lo w n s au ric tu s d e m asques,\n                                                                          d o n t le s m ép la ts e n fa rin é s\nprofond,      ém ouvant,             rendu          avec une\n                                                                          o n t un p a p illo n su r le n e z !\nlum ière, une vigueur qui fon t son ger aux\neaux-fortes de Rem brandt.                                         E t la bacchanale com m ence au-dessus\n  L e prem ier de ces dessins représente                         de Paris-m oderne, P a ris-v o yo u , Paris-\nun vieux paysan m alade soutenu par sa                           m ondain, P aris-L esbos, P aris-Sodom e.\nfem m e; ils m archent affaisés sous leur                          D ans un halo blêm e de Jablockhoff,\ntristesse dans la m élancolie contagieuse                        sous d’ aveuglants jets de g a z se déroule\nd’ une solitude de plaine à la venue de la                       la chasse hurlante des appétits et des vices,\nnuit.                                                            conduite par des ducs, travestis en dan­\n  Plus loin c’est im m odeste enterrem ent                       seuses, des m arquises costum ées en ga r­\nde pauvre sous les hachures grises de la                         çons, des actrices enam ourées; le boudoir\npluie.   A illeurs        l’artiste          crayo n n e   )a    côto ie le bo uge, le boucher de la V il­\ncham bre d’une catin hantée par l’ idée du                       lette l’épinglée de la rue du C irque;\nv o l : à gauche, le lit avec une silhouette                     bo h ê mes et souteneurs, décavés et joc­\nv agu e d’hom m e repu d’ am our dorm ant                        keys, clo w n s et. ballerines, princesses\nson som m eil de brute satisfaite, tandis                        déchues et divas de beuglants, toutes les\nque la fem m e debout près du lit, toute                         larronnesses et tous les scaram ouches\nnue, m oite encore des embrassements                             de la forêt de B on dy, de la Bourse et de\ndu m âle, so n ge à le v o le r et à fuir. E lle                 l’A m o u r apparaissent, saisis dans leur\nregarde effrayée, les vêtem ents am on­                          geste exact, leur attitude spéciale indi­\ncelés sur une chaise qui dans la p énom ­                        quée d’ un trait ou d’ une tache, à la\nbre prennent une form e v a g u e de sor­                        m anière d’ un D e g a s ou d’un R afaëlli,\ncière.                                                           cinglés du coup de cravache leste et sec\n  E t ainsi cette lo n gu e suite d’ém ou ­                      d’un sonnet ou d’un quatorzain de vers.\nv a ntes im pressions nous introduis hardi­                        Parisiens et Parisiennes, m ondains,\nm ent dans l’ étroite intim ité de ces pauvre;                   m ondaines,        drôles          et seign eu resses,\nm ais nous ne p ouvons donner qu’une                             poëtes et bourgeois, où abondent les\nidée bien v agu e de ces dessins, il les fau­                    personnalités les plus transparentes, voilà\ndrait citer tous, les décrire to u s ; nous                      les titres de ces séries de portraits et\nespérons qu’à son retour de Londres,                             d’esquisses rapides, fouettés plutôt que\nJan T o o ro p exposera son œ u vre à B ru­                      dessinés du bout d’un stick impatient et\nxelles Où chacun pourra l’admirer.                               rageur.\n                                                                   A u milieu du livre, dans une gerbe de\n                                                                 curieuses pièces, intitulées ; « Fleurs de\n  Modernités, par Jean Lorrain ,                        v o l.\n                                                                 Boue », s’ épanouit un m acabre et san­\n2e édition. — G iraud, 18, rue D rouot.\n                                                                 glan t quadrille de danseuses, toutes de\n          M o d ern ité , m o d e rn ité !\n                                                                 tulle, de lum ière, de sang et de boue.\n          à tra v e rs les c r is , le s h u ées,\n          l’im p u d e u r d e s p ro stitu ée s                        L a Prostitution. — Salom é.\n          resp le n d it dans l'é t e r n ité !                         L a M isère. —\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "                                                                       — 30 0 —\n             La M ort            —\n             L e Vice. —                             Hérodiade.                   L ire dans les deux derniers    nos du\n     C in q études passionnelles de la déca­                                  Guide    musical, une tr è s rem arquable\n dence, dédiées au                      très-subtil             écrivain     étude du com positeur Erasme Raway,\n d'A Rebours et à E lem ir B ou rges, ter­                                   sur « L a neuvième symphonie de Bee­\n m inent ce livre d’un parfum étran ge et                                    thoven et l'a rt moderne. »\nviolent, sous le titre du Crépuscule des\n                                                                                                  • ·\nD ieu x.\n     J’en détache ce sonnet : A J. K . H u ys­                                    La Revue contemporaine qui, com m en­\nmans, qui résum e d’une façon particu­                                       çant à peine son tom e II, s’est déjà im ­\nlièrem ent urticante la dernière m anière                                    posée à l’intérêt passionné du monde des\ndu poète :                                                                   lettres, publie en son n° de m ai un très\n                              ATAVISM E.                                     origin al article de Jean D olen t sur le\nN o v e m b re , un so ir d’ h iv e r .\n                                                                             S alon de Paris, de fort curieuses lettres\n                                  D an s un b o u g e , à G r e n e lie ;\ndes v o y o u s en tric o t m a rro n , d e g ra n d s b lo u sa rd s,       d’Ivan T ou rgu én eff, et une étude critique\ng a rç o n s b o u c h ers le jo u r , rô d e u rs d e b o u lev a rd s      aux vues élevées de C harles M orice, sur\nla n u it. Et l à, m u et et h a u tain , la pru n elle\n                                                                             P aul B ourget.\nbrû lan t e n tre le s c ils lo u rd s et c o llé s d e fard s,\na s sis dans l ’ a ttitu d e é tr a n g e et so le n n e lle\nd e s d e m i-d ie u x s u r g is d e la f a n g e é te rn e lle ,                L a Galette anecdotique, dont le n° 10\nF e d o r o w ic h I w a n , p etit-fils d e b o y a rd s !\n                                                                             (dixièm e année) vient de paraître, c o n ­\nD an s un c o s tu m e e x q u is, d e n u a n ce s é te in te s ,\nun b ra c e le t au b ras et d 'a d o ra b le s te in te s                   tinue à réunir les docum ents les plus\nde p o u rp re et d’ a m b re e t d’ o r e n tre se s lo u rd s c h e veux   curieux relatifs aux faits du jour et aux\nil r e g r e tte N éro n , S u b u rre et R o m e a n tiq u e ,\net n e d a ig n e s o u rire , a v e c un tic n e rv e u x ,\n                                                                             événem ents du passé. C ette charm ante\nq u e lo rs q u ’u n des v o y o u x lu i crie :                             revue     de la quinzaine, im prim ée par\n                                                « H é ! la p ratiq u e ! »   D.     Jouaust et J. S igau x dans le genre\n                                                                             des éditions de bibliophiles, a sa place\n    L ’éditeur Jouaust v ie n t de publier avec\n                                                                             m arquée aujourd’hui parm i les recueils\ntoute la recherche et la perfection ty p o ­\n                                                                             auxquels les lettrés et les curieux a ccor­\ngraphique dont les bibliophiles lui savent\n                                                                             dent leurs préférences. — L a Gazette\ntant gré, un beau volum e de poésies :\n                                                                             anecdotique est, en m êm e temps qu’ une\nLes Apaisements, par R aoul Russel ; c’est\n                                                                             revue d’actualité, un livre qu’on aimera\nbien là le titre qui con vien t aux oeuvres\n                                                                             toujours à consulter; elle sera intéres­\nexquisem ent délicates de ce p oète inti­\n                                                                             sante surtout à l'état de collection com ­\nmiste qui ne cache pas, d’ailleurs, sa vive\n                                                                             plète. O n peut se procurer les n eu f pre­\nadm iration pour C oppée: ses poésies aux\n                                                                             m ières années, soit en num éros séparés,\nlangueurs de pastel, aux pâleurs de lys,\n                                                                             soit en 18 volum es brochés, à la Librairie\nexhalent com m e un                         parfum de rêve;\n                                                                             des Bibliophiles, 338, rue Saint-H onoré.\nvoici la dédicace du livre ; elle en est\naussi l’ esprit et la quintessence :\n                                  A TOI\n                      à tou s le s c h e rs m ie n s,                          Paru le 15 mai, à L ié g e : « Une assem­\n                 au x a m is co n n u s et in co n n u s                     blée générale de la permanente », scène\n                         je d é d ie c e liv r e :\n               le s h e u re s c a lm es d e m on c œ u r,\n                                                                             de la vie d’étudiant, par G ustave Rapière.\n         le s h e u re s d ’a m o u r, le s h e u re s d e r ê v e ,         C ette plaquette alertem ent écrite a eu\n                   le» h e u res de rés ig n a tio n .\n                                                                             grand succès dans le monde universitaire.\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "                                                         LA SO C IÉ T É N O U V ELLE\nL ’H Y S T E R I Q U E                                 REVUE   INTERNATIONALE       MENSUELLE\n         p a r C a m il l e L e m o n n ie r\n                                                        Sociologie, Arts, Sciences, Lettres.\n    En v e n t e a u x b u r e a u x d e la Revue      Abonnement : 8 fr. par an. — Bureaux\n                   Prix: 3,50                        Rue des Minimes, 10, Bruxelles.\n\n\n     L ’A R T          MODERNE                         L ©                         D O Ï i ^\nRevue critique des Arts et delà Littérature          Gazette littéraire illustrée, 15 cent, le no.\n                                                     im v m i n 'T . France,        fi»fr.paran.\n    paraissant le dimanche, 4' année.                M W BEST-Union postate, S3            „\nAbonnement: 10 fr. — Administration :                Bureaux : 84, Boulevard Rochechouart,\n   26, rue de l'Industrie, Bruxelles.                                    PARIS.\n\n                                V IE N T       DE   P A R A IT R E     :\n\n                    ch ez C a lle w a e r t, 26, ru e de l ’In d u strie\n\n           LA              FORGE                        ROUSSEL\n                                        Par E. PICARD\nEdition défin itive, tirée à petit nom bre. — P rix : G rand Japon 60 francs ;\n                    C h ine G enuine 40 francs; H ollande 23 francs.\n\n\n   P o u r paraître incessam m ent : L E R O I T E L E T , par C élestin D em b lo n ;\nprix : I franc.\n\n\nJOURNAL DES GENS DE LETTRES BELGES\n                        Paraissant le i ,T et le 15 de chaque m ois\n     E tu d e s, C hronique, M o r c e a u x c h o isis, C ritiqu e litté r a ir e\n\n                           D ir e c t e u r : Dr E .    V A L E N T IN\n\n           B elgiqu e, 6 francs par an. — U n ion p o stale, 7 fr. 50 c.\n\n                     Bureaux : 26 , rue de l'Industrie, Bruxelles.\n\n\nT O Q U E S             E T       R O B E S            LA REVÜE CONTEMPORAINS\n    E S Q U IS S E S JU D IC IA IR E S               LITTÉRAIRE, POLITIQUE, PHILOSOPHIQUE\n\n                      PAR                                  paraît le 25 de chaque mois\n            Arthur JAM ES                                      P r ix du num éro : 2 fr.\n\n   Un superbe volume sur papier de                       Abonnement pour la Belgique :\nHollande, avec couverture en parchemin;                         22 fr. par an.\nillustrations d’Amédée Lynen. Larcier,                    Bureaux : 12, rue de Tournon.\nédit. 3 fr. 50.                                                        P A R IS\n\n     En ven te à la M aison M oen s, 7, G alerie B o rtier (C o m p to ir de lib airie\nm usicale) : Tonkin Tolka, par D o n o n et Clair de Lune, valse brillante, par\nM o o n ; dernières n o u veau tés; 0,65 cen t, le m orceau.\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": " R S .T V S     m s fis v s L iiS       D S      L in r o e R z v r v R S         ©m       D 'm w\n\n\n\n              P R I X DU N U M É R O : C I N Q U A N T E C E N T I M E S\n\n\n\n                               Samedi i 3 Ju in 1885\n\n\n                                             N° 8\n\n\n                          SO¿M ¿M cAI%E\n\n\n  I. E d mond H A R A U C O U R T               A V ic t o r H ugo\n\n\n  I I . P ier r e Q U I L L A R D               A pothéose\n\n\n  III. A ndré F O N T A IN A S                   A    un    D ieu      mort\n\n\n\n IV . H ector C H A IN A Y E                     L e T r i a n g l e : (A ) l e s D i e u x\n\n\n  V. CATU LLE           M ENDÈS                  L a V ictoire          d’I ndra      (fra gm en t)\n\n\n V I. R ené G H I E                              S ou s mon C a c h e t\n\n\nV II. S tuart M E R R IL L                       L e s P i a n o s , fa n tais ie O n o r n a t o p i q u e\n\n\nV I I I . O scar M É T É N I E R                 C a n d e u r , n ouvelle\n\n\n IX . B . O . V A L M A J O U R                  E tu d e s : E n P r o v i n c e\n\n    C hronique d e l ' A r t       et   du    L iv r e.    —    L es     N o u v e a u x -n é s\n\n\n\n\n                           J .-B . MOENS, libraire-éditeur\n                                7, Galerie Bortier, 7\n                                    BRUXELLES.\n"}]}