{"numero_id": "ulb-basoche-1885-07-13-n9", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "articles": [{"article_id": "ulb-basoche-1885-07-13-n9-001", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 301, "page_fin": 302, "titre_corps": "Les Idoles", "titre_sommaire": "Les Idoles", "signature_source": "JEAN LORRAIN", "ancre_debut": "LES IDOLES", "ancre_fin": "JEAN LORRAIN", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1158, "texte": "LES            IDOLES\n\n              AM OUR POSTHUME\n\n\nPendue auprès du lit, la tête aux livres peintes\ncalme et blême, égouttait ses lourds caillots de sang\nau-dessus d’un bassin de cuivre éblouissant\net gorgé jusqu’au bord de lys et de jacinthes.\n\nCes longs yeux vert de mer aux prunelles éteintes,\nces cheveux d’un blond roux, nimbe d’or flavescent,\ntout, jusqu’aux rudes jets de pourpre éclaboussant\nce cou martyrisé gonflé de sourdes plaintes,\n\nLui, qui les avait peints, grisé d’un fauve espoir,\nquand il eut fait sécher le tout au feu de l’âtre\nil baisa longuement cette bouche rosâtre,\n\npendit la tête au mur, et s’habillant de noir,\nlui fit de sa douleur d’homme un morne encensoir,\nartiste épris vivant d’un moulage de plâtre.\n\n\n                 LA M A D O N E\n\nLa Madone espagnole est haineuse et mauvaise,\neffroi de l’hérétique et chère au torrero,\nelle a pour l’estrapade et les jeux de taureau\nl’âpre et sinistre amour d’une fille malaise.\n\nReine d’auto-dafé, sa chapelle est fournaise:\ncouronne de clinquant au front, étroit fourreau\nde satin jaune au corps; aux pieds, le brasero\nrouge, et les grenadiers aux larges fleurs de braise.\n"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1199, "texte": "                       - 302 —\nEt les senteurs des fleurs dans l ’ombre illuminée\ntraînent, lourdes ; l’autel, où, flamboyant décor,\nles cierges allumés font autant de points d’or,\nterrifie; et de craie et d’ocre enluminée,\nla Madone sourit aux vœux du picador\nde son rire effrayant de femme assassinée.\n\n\n                  D E lA S I L E N S\n\n                                        Sois charmante et tais-toi\n                                                           B a u d e l a ir e\n\n\n\n C’est une dame étrange et sombre, en bronze vert,\ndans sa lividité comme décomposée,\net gardant sur le socle, où sa tête est posée,\nl’effroi d’un grand œil blanc, aveugle et large ouvert.\n\nParmi les bouquets blancs encor lourds de rosée\nelle vit, noire idole, et, sous le double éclair\ndes regards argentés et des lèvres d’or clair,\nsemble une reine morte, en public exposée.\n\nAussi, malade épris du mutisme outrageant\nde ce bronze, amoureux de sa morne insolence,\nje l’ai coiffé de gaze et de toile d’argent\n\n E t, déifiant mon rêve éclos d’un vœu méchant,\nj ’adore avec bonheur la dame du silence\n dans ce spectre attifé, d’un vieux buste émergeant.\n\n\n                                       JEAN LORRAIN\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-07-13-n9-002", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 303, "page_fin": 313, "titre_corps": "Le Triangle : B, Les Esprits", "titre_sommaire": "Le Triangle : (B) Les Esprits", "signature_source": "HECTOR CHAINAYE", "ancre_debut": "LE TRIANGLE", "ancre_fin": "HECTOR CHAINAYE", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 338, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2247, "texte": "LE TRIANGLE\n                                                  A mon ami Ch.-Henry de Tombeur.\n\n\n                                           B\n                                   L es   E s p r it s .\n                                                                    Brunnhilde :\n                                                            O si j ’ é ta is ta p e n s é e !\n                                                                     Siegfried :\n                                                       C ’ est to i q ui m ’em b ra se s l ’a rd e u r!\n                                                                    !Brunnhilde :\n                                                    T u se ras d o n c S ie g fr ie d et B ru n n h ild e ?\n                                                                     Siegfried :\n                                                        O ù je su is ils s e r e t r o u v e n t !\n                                                      R . W a g n e r (L e C ré p u s c u le des D ieu x )\n\n\n\n               Jea n   avait aim é une jeune fille, non pas charm é par la\n                femme, mais sollicité par l’être m oral. Il n’avait pas cédé\n            à la sensuelle et passagère adm iration d’une beauté féline ;\nL ouise était maigre, d ’une égyptienne gracilité, sans les hanches\nproém inantes et les saillies féminines du bassin ; sa tête, au front\nennuagé de lym phatiques cheveux blonds, au teint d’une pâleur\nlilia le   n’avait     de vivant que les yeu x; encore brillaient-ils d ’une\nvie inquiète : sa tête n’était que ses yeu x. L ’artiste avait senti une\nâme au fluide de ses regards. C ’est fatal, pensa-t-il, quand il eut\nrencontré L ou ise plusieurs fois, nos êtres se doivent.\n   Il connut L ouise, et lut en elle avec un certain désenchantement\nqu'il lui paraissait plus curieux à étudier qu’attirant de sym pathie.\nD u reste, il ne souffrait pas d’être observé, s’il aim ait de son côté\npénétrer les autres. M ême la jeune fille, voyant cet étrange amant\nvenir à elle, avait eu peur, loin d’être flattée comme, toute femme\nà la reconnaissance de l’irrésistible aimantation qu’elle exerce; elle\néprouvait à son approche de la domination qui l’enveloppait, et\n"}, {"page_pdf": 339, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2663, "texte": "                                 —   304   —\n\n\n\n\ntremblait d’une frayeur intime et vague. Rarem ent, un homme causa\ncette impression à une fem m e; car lui, n’était pas le mâle, mais une\nâme aspirant à s’unir à une autre âme, dans un besoin irraisonné de\nsupraterrestres délectations. Bientôt L ou ise fut envahie d ’admiration\npour cette extraordinaire figure, sans que son être nerveux eut pu\navoir la force de s’opposer à l’envahissement, car elle pressentait que\nde grands m alheurs troubleraient leur amour. Entraînée par un rapide,\nelle apercevait dans le lointain bleuâtre des poussières d’eau s’élevant\nlum ineuses au dessus d ’un gouffre ; effrayée, elle ferm ait les yeux\npour ne pas voir ; lisse était le courant du large fleuve et le s eaux\nchantaient de chants intérieurs qui résonnaient aux rives de cristal.\nJean certain d ’avoir acquis assez d’autorité sur elle, initia L ouise à\nson art par de longs entretiens et aussi par ses livres de dilection. L a\njeune fille s’affina subitement, ju gea toute conversation fade, superfi­\ncielle, et dédaigna les relations mondaines. Q uant aux « plaisantins »\ndes salons, ils n ’osaient se moquer de Jean ni devant lui, l’artiste les\ncliquait de ses regards dans l ’évidence de leur infériorité, ni en son\nabsence, car ils auraient craint de voir alors ses regards translucides\nles fixer, ironiques. A cause de lui, elle s’isola, ne trouvant plus en elle\nd ’estime ni d’amitié, brûlant toute d ’un feu spirituel pour son âme\nfrère. E t même aurait-elle su lui distraire une seule de ses pensées ?\nP u is il était si triste, qu’il lui semblait que la destinée lui avait donné\nl’angélique mission de le consoler, de le soutenir dans et contre la\nvie. A m our comme un grand rêve éperdu où l ’esprit se com plaisait,\net le corps oublié dépérissait! L eu rs enfants ne devaient pas être de\nchair et de sang, mais ces œuvres dont ils s’entretenaient longuem ent,\ndont ils portaient, berçaient, nourrissaient le projet dans leur âme\nm usicale, et que Jean exécuterait en rendant par son art leurs\ncommunes souffrances. D epuis près d’un an ils étaient fiancés que\nL ouise et Jean songèrent au m ariage, pour pouvoir enfin se dérober\naux critiques ; leurs parents    mêmes leur reprochaient de se tenir à\nl’écart du monde, et de l’indisposer contre eux.\n  M aintenant on s ’occupait du trousseau. L ou ise avait voulu ourler\net broder des m ouchoirs, des nappes, des rideaux. C ’était une fièvre.\nE t dans sa chambre de vierge, tapissée de blanc, Jean lui parlait des\nheures interminables et courtes, tandis qu’elle travaillait tête baissée.\nM ais il lui parlait à voix basse, car il était ému la regardant assise\n"}, {"page_pdf": 340, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2660, "texte": "                                 —   305 -\n\n dans la baie de la fenêtre, entourée de linges éblouissants qui roulaient\n à ses pieds en floconnements de nuage, sa m aigre figure se découpant,\n frangée de lum ière, sur les électriques grisaillem ents d’un jour septen­\n trional. E lle lui paraissait une Sainte gothique dans un reposoir illu ­\n m iné, il devait se contenir pour ne pas se mettre à genoux et prier.\n E t dans ce silence d’église, où glissaient le friselis des aiguilles et\nle froissement des linges qu ’elle dépliait avec un doux bruit d’ailes\nhumides ou d’aérienne respiration, il parlait à voix basse à son âme\nsoeur. E t dans l’air, il n’eût fallu qu’une échappée de sons d’orgue,\nqu’un envolem ent de neigeuses colom bes.\n   U n soir, après une journée ainsi passée, Jean quittait L ou ise le\ncerveau bourdonnant. S a fiancée avait subitement deviné en lui, au\nmoment du départ, un indicible désolement, et avait voulu le retenir\nprès d’elle, dans la crainte inexplicable d’un m alheur. E lle s’était mise\ninquiète au balcon pour le voir encore, lorsque dans la rue, Jean saisi\nde frisson roula par terre. L ouise cria horriblement et courut à lui,\nsuivie de ses parents effrayés et des domestiques. Jean se débattait sur\nle pavé, les traits convulsionnés,       m éconnaissable, la    bave   aux\nlèvres, les yeux saillants de leurs orbites. L e médecin du jeune homme\nqui dem eurait là-près fut appelé en hâte, et lorsque grâce à ses soins,\nla crise se fut bientôt calm ée, il le fit transporter chez les parents de\nsa fiancée et l’endormit. L e lendem ain, Jean fut d ’abord étonné de ne\npas se trouver chez lu i, mais il se rappela vile son m alheur; sa\nlassitude était grande; cependant il se leva, s’habilla, et descendit dans\nla salle où l’on prenait d ’habitude le déjeûner. L a table était mise, et\nLouise pâle, tremblante, parlait avec sa mère. Après le repas, malgré\nles parents, et surtout malgré Louise, il voulut se rendre chez son\nm édecin, et sortit accompagné de sa fiancée qui désirait le conduire\njusqu’à la porte. Se donnant le bras, ils descendirent les escaliers;\nJean l’étreignit sans dire mot, appuyant sa tête sur les épaules de\nla jeune fille. L ou ise pleura. « Pourquoi pleures-tu, folle? » lui\ndemanda-t-il, la gorge serrée. « J ’ai rêvé cette nuit que nous allions\nrompre. Je ne sais pas, mais la fin de notre amour va sonner.\nVois-tu, je suis trop nerveuse, je pressens et crains tout, un grand\nm alheur nous menace ». — « Petite folle, reprit-il tristement. » Ils\narrivèrent à la porte. « A tantôt, » dit Jean. — « V rai? » répondit-elle,\nses yeux dilatés s’emplissant de larmes ; « vrai? » comme si son retour\n"}, {"page_pdf": 341, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2431, "texte": "                               — 306 —\nlui sem blait im possible. — « Puisque je te le dis, » et il l ’embrassa sur\nles paupières, buvant les pleurs qui pendaient aux cils ; il partit.\n  Jean se rendit chez son m édecin, qui parut très étonné de le voir.\n  « Je suis épileptique, n ’est-ce pas? » lui dit Jean. « N e me le\ncachez pas. »\n  A cette question énergique, posée subitem ent, le m édecin ne sut\nque répondre, et cependant, se sentant pénétré par le jeune homme, il\nne put lui cacher l ’horrible vérité.\n  « V ou s ne m ’effrayez pas, continua Jean, j ’ai du courage et de la\nvolonté. Cette m aladie est héréditaire dans ma fam ille; vous êtes\ndepuis des années son médecin, et vous le savez; mon grand-père en\nest mort. J ’en suis frappé à mon tour. J’ai beaucoup souffert des\nnerfs étant jeu n e; j ’ai maintenant vingt-cinq ans, l ’épilepsie terrassera\nl’homme. E t il articulait ses paroles m étalliquem ent, avec de grands\nfeux dans les regards. » Il s’assit : « Je suis décidé à rompre avec\nm a fiancée; notre mariage serait un crime. Je vous supplie d’aller\naujourd’hui même chez ses parents; dem andez-leur l’approbation\nde ma conduite. Je sais que j ’aurai troublé l’existence de L ouise,\nmais je com pte sur vous, cher docteur, pour lui faire com prendre ma\nrésolution. » Il faillit pleurer. Ils parlèrent encore longuem ent, le\nm édecin lui ordonna de rentrer chez lui, de se mettre au lit, et lui\nprom it d’aller le voir dans la journée pour lui rapporter la réponse\ndes parents.\n   L e jeune homme retourna chez lu i; d ’une raideur spectrale, il\nportait haut la tête, comme plein d’une fière détermination. D e temps\nen temps, il frissonnait m algré lui, ses dents claquaient à se briser,\nmais aussitôt il frappait le pavé du talon, et se redressait. Sa vieille\nservante fut effrayée en lui ouvrant la porte; sa figure était d’une\nmortelle lividité, ses yeux cloués dans la froide pâleur mate de la peau\nparaissaient deux trous noirs, au fond desquels fulguraient d ’une\nlum ière   lugubre    des pensées troublantes       tombées là prises de\nvertige.\n   Jean fut bientôt seul dans sa cham bre, où le poêle ronronnait. A la\n blancheur des couvertures de son lit qu’il souleva lentement, s’allum a\n dans son esprit d’un éclat fl uidique de nacre le souvenir des pures\n joies éteintes; il se rappela cette cham bre de vierge, où il parlait à\n voix basse à Louise. M usical éperdûment! Aérienne sym phonie! Il\n"}, {"page_pdf": 342, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2562, "texte": "                                   —   307   —\n\n\n\n\n s’agenouilla et penchant la tête, étouffa ses sanglots. Puis, s’étant\n déshabillé, il s’étendit; le sommier grinça. O h! pensa-t-il, un cercueil\n ne doit pas grincer autrement quand on y couche un mort. Etendu\n sur le dos, il leva les yeux au plafond dont la blancheur le fit\n frissonner. Il cacha sa figure dans le coussin, m ais son cerveau\n travaillait.\n         Il avait aim é par l ’esprit, le corps prenait sa revanche. — Il\n avait oublié la chair. —     L e monde était incom plet. — L e bonheur\n absolu n ’existait pas. — M ais aussi, pourquoi avoir voulu tant s’élever,\n tant s’affiner, tant s’approcher de l’infinie perfection ? — Il était homme.\n — A im er spirituellem ent, im possibilité ! L e verbe aimer l ’affirmait, la\n consonne m lourde, m atérielle, ne retenait-elle pas, n’attachait-elle\n pas à la terre les voyelles ailées? D u reste, l ’existence même du verbe\n ne le prouvait-elle pas? E t il dit : « Im possibilité. » Ce mot qui lui\n était échappé inconsciem m ent lui fit peur. Il lui sem blait qu’une voix\n inconnue approuvait sa pensée. E t il agita sous son front brûlant\n les réflexions écœurantes, qui lui montaient du corps, nausées des\n hommes, rancœurs de la vie.\n   L e médecin vint le voir l ’après-midi. « L es parents, lui dit-il,\n ont été effrayés, quand je suis entré chez eux; L ou ise s’est mise à\npleurer et me presser de questions, je lui ai annoncé que je vous avais\nfait reconduire chez vous, jugeant que vous deviez être soigné\npendant un mois au moins. E lle voulait accourir ici, je n ’ai pu l’en\nem pêcher qu’en lui affirmant qu’un repos absolu vous était nécessaire.\nE nfin, seul avec le père, je lui ai révélé la vérité sur votre état, et lui\nai com m uniqué votre intention. Il vous approuve. »\n   o M erci docteur, dit Jean, en lui tendant la m ain. E t ils conversèrent\nlongtem ps ensem ble. L e médecin revint souvent. U n matin, il lui\nannonça que L ou ise était partie en voyage. Q uinze jours après la\npremière crise, Jean fut em poigné par son m al. E t cette rechute lui\nrem it douloureusement en mémoire les circonstances de sa rupture.\nCependant il ne tarda pas à reprendre courageusem ent le travail.\n  D ans les premiers temps, il avait réagi violemm ent contre son\namour, écartant tout ce qui le lui rappelait. E t puis, oublier était\npour lui une question d’honneur, une épreuve pour sa volonté.\nA sa passion il opposait son énergie. E t ces deux puissantes forces\nluttant, il résultait que Jean flottait dans un état, non pas d ’indifférence,\n"}, {"page_pdf": 343, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "                                  — 308 —\nmais d’inconscience voulue. Aussi ne se réveilla-t-il pas à la réalité le\nlendem ain du jo u r où il quitta L ou ise, mais seulem ent alors que, n ’usant\nplus ou ne pouvant plus user d’une volonté de fer, il redevint d ’un\ncalm e plus sain, plus naturel. L ’ordre des choses reprenant le dessus,\nil jugea nettement sa situation d am e. E t dans l ’apaisement de ses idées,\nil sentit tout l ’irrem édiable de sa souffrance.\n   E n lui, ce n’était pas tant l’amant qui gém issait. Ainsi, il était\nprofondément troublé quand il pensait à l’explication que L ou ise avait\ndû donner à la rupture. Com m ent, ils avaient vécu dans une com m u­\nnauté spirituelle d ’existence, lui Jean, la pénétrant de sa nerveuse\nsensibilité, l ’élevant à sa distinction, lui faisant épouser ses aspira­\ntions et adorer son culte; et, parce que son corps était atteint de cette\nm aladie, il l ’abandonnait? Il lui avait donc menti ? E h ! oui, il le\nreconnaissait, l ’amour tel qu’il l’avait rêvé, et que cette autre avait\nrêvé à cause de lui, était faux, im possible. Q u ’il souffrit maintenant\ndu rappel à la matérialité, ce n’était que juste, mais que L ou ise en\nsouffrît aussi, il n’osait y songer, et cependant cette pensée le\npoursuivait.\n  Il se rem it au travail, pour se réfugier dans une occupation conti­\nnuelle de son intelligence. D ’ailleurs, le m édecin lui avait permis de\nrevoir ses amis, et dans la com pagnie, la conversation d ’un d’eux\nsurtout, de Léonard, le jeune sculpteur, il trouvait de pures jouissances.\nM ais son art fut son plus grand consolateur, et même, il em bellit sa\ndouleur, la fit chanter délicieusem ent en lui ; à certains moments il\nl’aimait, et était heureux d’avoir souffert. Ses m alheurs l’avaient\naffiné, subtilisé, divinisé ; dans la nature il entendait les êtres gém ir\ncomme       lui, partout! les aspirations    à l ’infini palpiter étouffées.\nAussi, bientôt il acquit une pénétration qui l ’effraya d’abord lui-même;\nce n’était plus le corps des choses, leur enveloppe qu’il voyait, mais\nleur âme, leur spiritualité qu’il sentait. E t il travailla, exprim ant\nles plaintives harmonies du tout, qui résonnaient en lui, quintes-\nsenciées.\n  Cependant, au bout d’un certain temps, il com prit qu’il n’avait pu\noublier, et ressentit un grand vide. Il peignait, se délivrant de ses\ntyranniques impressions; c ’était une consolation, plus, une espérance ;\nil avait des amis qu’il aim ait, et lui rendaient bien son amitié ; mais il\navait perdu son âme sœ ur. Après une œuvre terminée, il éprouvait le\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "                                 — 309 —\n\nbesoin de ses approbations réconfortantes. Son cerveau avait été\nfrappé pour la vie, avait comme tenu m oins de place sous le crâne,\npour en posséder un autre, se l ’assim iler. Même il arriva qu’il voulut\nse souvenir, et mit à l ’accomplissem ent de ce désir autant de force\nqu’il en avait d ’abord apporté à oublier. E t sa volonté étant toujours\nplus aiguisée, après les rechutes dans le mal, qui, moins fréquentes\ncependant, lui rappelaient son m alheur; il se disait : « Je dois avoir\nlaissé de mon      être à cette femme,      je me sens incom plet, et elle\ndoit m’avoir laissé du sien ; car les parties de nos âmes cherchent à\nse rejoindre en nous. » Il savait que L ou ise était toujours en voyage,\nmais il ne croyait pas que cet éloignem ent distançant leurs Corps, p ût\nséparer leurs E sprits.\n  Si ses amis n’étaient venus lui rendre de fréquentes visites, il serait\ndevenu fou, tant la conviction « qu ’elle était autour de lui, en lui »\nhypnotisait ses pensées. Même il projeta de consacrer un adoratoire à\nson amour, une pagode à son idole. Derrière sa maison, une petite\nchapelle était cachée sous les grosses branches de hauts arbres\nplaintifs au vent. C’était l’ancienne chapelle de sa famille; depuis des\nannées l’office divin n’y était plus célébré, l ’autel s’y trouvait encore,\nmais plus une statuette, plus un ornement. Il en fit son église, et en\nrecouvrit lui-même les m urailles de satin blanc. Il n ’aurait point\nlaissé cette besogne à un ouvrier : il regrettait de n’avoir pas tissé le\nsatin; et s’il l ’eû t tissé, il eût regretté que le satin fût com posé\nd’autres matières que sa chair et son âme. Jean plaça sur l’autel peint\nnoir-mat, trois coussins blancs portant les seuls objets qu’il avait de\nL ou ise, sans qu’elle le sût; les autres souvenirs, il les lui avait fait\nremettre. C ’étaient un ruban rose qu’il avait doucement dénoué de ses\ncheveux, un soir d’automne qu’après une alanguissante promenade\ndans les campagnes odorantes, ils s’étaient assis l’un près de l’autre;\nun m ouchoir en point de Bruges, où leurs initiales rouges se tordaient\nenlacées, qu’elle avait oublié dans l’atelier de son fiancé; — et un bou­\nquet de roses de Chine et des A lpes. Il déposa ces fleurs su r l e coussin du\nm ilieu, car il les avait conservées avec religion, et surtout maintenant\nelles lui étaient chères, que desséchées, avec leurs tonalités d’agonie,\nelles   sym bolisaient son amour, vivant par l’esprit et le souvenir,\nvivant d ’une vie supérieure.\n  Entouré de l’éclat frissonnant des murs, il existait dans le passé.\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2660, "texte": "                                  — 3 10 —\n\nIl était dans cette chambre de vierge, au silence m ystique, où il parlait\nà voix basse à L ou ise qui brodait tête penchée, mais dont l ’âme\nsuivait la sienne au pays m agique de leurs rêves. D e nouveau il\nressentait la douloureuse impression que lui avait produite la blan­\ncheur des couvertures de son lit, quand il était rentré chez lui\ndésespéré, malade. S a vie consistait donc en la mémoire et le culte\ndes années finies, il ne songeait au présent, encore moins en l’avenir.\nCependant il voulut peindre le portrait de L ou ise; effrayé, il tenait\nà se prouver que son adoration avait conservé de l’attache avec la\nmatérialité.\n   H élas ! il ne peignit pas L ouise, mais évoqua son esprit, et aussi peu\nque possible anima son œuvre de cette vie que les épais, les inférieurs\nappellent et croient positive. Impression troublante, — l ’être de sa\nvision, tantelle était d’essence divine, paraissait im prégnée d ’un fluide\nd’une douce clarté;elle échappait à notre terre avec la grâce fuyante du feu\nfollet, ne pouvant respirer que dans des sphères élevées, bien au-dessus\nde notre atmosphère. Son corps était vêtu d'une longue robe à traine\nondoyante d’une soie violette, d ’un violet appâli, mourant, avec des\nplis s’éveillant de reflets rosâtres sur les bords, atténués de demis-tons\nsomnolents de moire et de mauve dans les creux. Sa peau tendue,’\nfine comme du papier de Japon, laissait transparaître la sanguinolence\nlaiteuse des chairs, et se nacrant du reflet des os, en faisait deviner\nl ’aristocratique délicatesse. E t ses yeux, trouées par lesquelles son âme\ns’épandait en l’infini, exprim aient sa céleste passivité; elle donnait de la\nvie, et d elà sienne, sans pouvoir en prendre. Jean, au contraire, avait\nregard inquisiteur, perçant d’ un magnétiseur, aspirait les pensées des\nautres, ou im posait les siennes L ’artiste avait fait le portrait de sa divi­\nnité telle qu’il la voulait. E t il y avait un tel évanouissement de la m a­\ntière, et une telle spiritualité fluidique dans toute l’œuvre que l’on croyait\nla voir à travers le sommeil rêveur d’une eau sans courant, sans ride. E t\nmême pouvait-on la voir? N ’était ce pas elle qui vous voyait ? « Jean\nressentit un bonheur douloureux quand il eut fini cette toile; et la\npendit, au-dessus de l’autel, à la place où jadis se trouvait le Crucifix.\nE t régulièrement il venait à son adoratoire, le matin avant de se rendre\nà son atelier, pour demander à son E sprit du courage contre ses\nm alheurs, et le soir, à la tombée du jour, après le travail. Alors, surtout,\nil restait longtemps à la chapelle, et quand plus de bruit à l ’extérieur\n"}, {"page_pdf": 346, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2627, "texte": "                                — 3 11 —\n\n\nne parvenait à lui, quand le m onde se laissait oublier dans l ’ombre de\nla soirée, il créait un autre m onde à son âme. Agenouillé, il fixait ses\nchères reliques, et dès qu’il sentait en elles un courant de vie, guidé\npar ce courant il allait à l’E sprit d’où il émanait, et entretenait avec\nL u i de longues conversations dans d ’inconnus espaces.... Où? — Dans\nd’inconnus espaces.\n  U n an s’était à peine écoulé depuis la rupture; un jour, le vieux\nmédecin avertit Jean du retour de L ouise. Il s’étonna que le jeune\nhomme ne fut surpris, ni ému par cette nouvelle, et s’im agina même\nqu’il l’avait apprise par une autre voie. Jeanne sortit plus que rarement,\net dirigea ses prom enades de préférence dans les environs de la ville, car\nil craignait de la rencontrer. E t cela, il ne le voulait. N e possédait-il\npas son esprit? E t pourquoi voir son corps puisqu’il ne pouvait lui\nappartenir? Cependant, la sachant plus près de lui, son im agination\nétait sans repos, sa volonté s’accroissait, il se croyait toujours plus en\ncom m unication avec elle. L e hasard fit qu’il rencontra L ou ise deux ou\ntrois fois; leurs yeux se croisèrent, Jean sentit parfaitement que son\nregard était soumis, qu’elle était attirée à lui. Il la salua le plus posé­\nment possible, sa m ain ne trem blait pas. Rentré chez lui, il se déses­\npéra que L ou ise vécût encore, et qu’elle eût sur la terre une partie\nd’elle im possible à subjuguer. O h! que n’était-elle morte? E lle ne\nserait qu’E sprit, et il saurait toujours l’évoquer!\n   Il pensait ainsi, car il prévoyait, dans son culte égoïste, que bientôt\nil aurait à soutenir une lutte plus rude encore. M aintenant il ne\npouvait plus peindre, son âme était trop pleine pour qu’il exprimât\nses émotions. Il était m élancolique, silencieux, quand ses           amis\nvenaient à ses m ercredis, parlait peu, ou s’emportait exagérément et sa\n taciturnité couvant dans la sombre effervescence de son âme d ’irré ­\n vélées et   intrigantes   souffrances, effrayait plus que    ses discours\n embrasés jaillissant de ses lèvres comme de la lave. Assis dans un\n coin de l’atelier, le plus souvent il se taisait, n’écoutant même pas\n la conversation des autres, et il sem blait s'entretenir avec un person­\n nage invisible. Quelques uns craignirent à certains moments qu’il\n devint fou, tant ses yeux s’enflammaient de flammes étranges. Du\n reste, cet état d’âme aggravait sa m aladie, ses accès le resaisissaient\n plus régulièrem ent. D es mois se passèrent pendant lesquels Jean\n s’efforça de travailler. Il ne put. E t cette impéritie le frappa. Alors,\n"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2657, "texte": "                                 — 312 —\nrageant de son im puissance, il concentra les efforts de sa volonté à son\nculte. E t sa vie se partagea en de courtes promenades dans les cam pa­\ngnes et en de longs offices. Quelquefois il se consolait par la griserie\ndouloureuse des paroles qu ’il lui adressait, à elle. « N ’était-ce pas\nprofaner son amour que faire de l’art? N on, la grandeur, la bonté,\ndont il se sentait rem pli, ne serviraient qu’à l’entourer des feux de sa\nspirituelle passion. Pourquoi livrer aux indifférents le m eilleur de soi,\nla quintessence de ses émotions ? Elevons-nous à un monde supérieur-\nlui disait-il, à vo ix basse. L es insensés q u i se rivent par leur seul vou ­\nloir aux vulgarités de la terre ! Mortifions notre corps, que nos esprits\nen puissent sortir, flammes subtiles, et s’unir. A deux, nous serons\npénétrés du souffle de la nature, nous atteindrons à l’intime connais­\nsance de l ’U nivers. N e crois-tu pas comme moi, que nous enserrerons\nen nous ce qu ’il y a de divin par les mondes? N os âmes ont été faites\nd’une même âm e, pur esprit, nos douleurs viennent de notre sépara­\ntion, formons un tout comme dans le passé. Sortis de l ’infini pour\nsouffrir des souffrances humaines, rentrons dans            l’infini. » E t il\npleurait, ému par la m usique monotone de sa voix,                sentant   la\nprofondeur de son adoration, craignant l'irréalisable de ses rêves.\nPuis après ces essors affolés vers d’utopiques jouissances, vaincu, il se\nrendait à la m élancolie qui filtrait, verdâtre, en son être, lent mais\nin faillible poison.\n  T o u t à coup il tomba dans une tristesse noire. Il lui fallait plus\nd ’efforts pour se mettre en relation avec l ’Esprit, et ce n’était pas\naffaiblissement d’amour et de volonté de sa part, mais il sentait que\nde l’opposition était mise à leur com merce. E t cette lutte le faisait\nréfléchir. Q ue se passait-il en elle ? E t tant sa pénétration était\ndéveloppée, qu’il prévoyait le m alheur : L ou ise était fiancée.\n  « F iancée, elle, dont l’esprit lui appartenait, prom ise par le corps\nà un autre! E lle voulait lui reprendre ses pensées! E lle n 'était donc\npas si détachée des vils abaissements qu’il l ’avait cru ! » E t, plus il\nsentait d ’opposition, plus' il luttait. P eu à peu, son besoin irraisonné\nd’adoration agissant, il se fit à l’idée du divorce du corps et de l ’Esprit,\net le crut possible. « Q u ’elle abandonnât sa chair, que lui importait,\npourvu que son âme lui restât. « E t après s’être abîmé des heures et des\nheures dans son adoratoire à développer étonnamment sa puissance\nd’évocation, il en venait à la supplier, en pleurant, en répétant\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3212, "texte": "                                                       — 3 13 —\nt o u j o u r s l a m ê m e p r iè r e . A u s s i q u e l b o n h e u r , q u a n d i l n e r e n c o n t r a it\npas de         r é s is ta n c e , q u a n d      l ’ E s p r i t d e L o u i s e s ’u n is s a it a u s ie n s a n s\nc o m b a t . C e t t e v i c t o i r e d ’u n in s t a n t e n d o r m a it s e s s o u f f r a n c e s . « O u i ,\ne lle l ’a im a it to u jo u r s . O n          l a f o r ç a it , s a n s d o u t e , à s e m a r ie r . E t p u is ,\ne l l e n ’é t a it p a s p a r j u r e , p u i s q u ’e l l e lu i la i s s a i t s o n E s p r i t . » D e s m o is\ns ’ é t ir è r e n t , c r u e l s p a r l e u r in t e r m i n a b le d u r é e . I l s o r t a it p lu s r a r e m e n t\np o u r n e p a s la r e n c o n tr e r ; m a in te n a n t q u e                 L o u i s e a lla i t ê t r e à c e t\na u t r e , i l s e d é f e n d a i t p l u s q u e j a m a i s d e l a v o i r . E t d e lu t t e e n lu t t e ,\nb ie n    que       l ’a m o u r    de    L o u is e       eût ch an gé,        Jean        n ’e n        v o u la it,   n ’ en\np o u v a i t c o n v e n i r a v e c lu i- m ê m e .\n    Il    e u t s u b it e m e n t u n e id é e            é t r a n g e , a P o u r q u o i n e s ’ u n ir a ie n t - ils\np a s , e u x ? P o u r q u o i n e l u i d o n n e r a it - e lle p a s s o n â m e , l e j o u r m ê m e\nd e s o n m a r ia g e ? » C e p r o je t a rrê té , il v o u lu t s e                    s a n c tifie r       et je û n a .\nS o u v e n t i l s e b a i g n a , p o u r r e n d r e p a r le s a b l u t i o n s , la m a t iè r e m o in s\nin d ig n e      de     s a f la m m e       d iv in e . E t il       se r e c u e illit      d a n s l ’is o le m e n t .\nL e jo u r       du      m a r ia g e , i l s e l e v a tr è s tô t , p r i t u n b a i n , s e v ê t i t d ’ u n e\nlo n g u e     to g e    d e lin b la n c , et se             r e n d it à      l ’a d o r a t o ir e .     Là,     pas      de\np rê tre s     ni     d e té m o in s ;       l e u r u n io n n e d e v a it - e lle p a s s e c o n t r a c t e r ,\ns p i r i t u e l l e m e n t , e t d e v a n t le s E s p r i t s ? P a s d ’o r g u e , l a m u s iq u e d e c e\nr e lig ie u x      i n s t r u m e n t , s i s u p r a t e r r e s t r e q u ’e l l e s o it , n e p é n è t r e , q u ’e n\né m o u v a n t l ’o u ï e ; e t s o n           ê tre ,    san s    le   seco u rs       de      so n s      e x té r ie u r s ,\nt r é p i d a i t d e c é le s t e s     c h a n t s d e g r a n d e u r e t d ’a m o u r . L e n t e m e n t , le s\np i e d s n u s s u r le s d a lle s f r o id e s , i l s e d i r i g e a à l ’a u t e l, e t l e v a                l a tê te\nvers      le p o r t r a i t d e L o u i s e , n e f i x a n t q u e s e s y e u x . P u i s , s ’a g e n o u i l ­\nla n t , i l p e n c h a s o n f r o n t s u r le s r e liq u e s              e t s ’i m m o b i l i s a d a n s c e t t e\np o s e , j u s q u ’a u m o m e n t o ù m id i s o n n a : l e u r m a r ia g e é t a it c o n s o m m é .\n\n\n             { A s u iv r e )                                                  H E C T O R C H A IN A Y E\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-07-13-n9-003", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 314, "page_fin": 314, "titre_corps": "Sphynge ; Crépon", "titre_sommaire": "Sonnets", "signature_source": "JULES FRÉDÉRIC", "ancre_debut": "SPHYNGE", "ancre_fin": "JULES FRÉDÉRIC", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 349, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1411, "texte": "SP H Y N G E\nUn fait des premiers temps qu’un songe m’a narré :\nAux confinspénombreux du chaos et des mondes\nUne sphynge accroupie, entre ses griffes rondes\nAvait nonchalamment pris un globe éthéré.\n\nSon œil froid et hautain devant elle égaré\nScrutait le sens amer des énigmes profondes,\nEt dans l’aube des jours et dans les clartés blondes\nDevinait le chaos germant et préparé.\n\nPourtant, elle broyait entre sesfortes serres\nCette création, que déchiraient les cris\nLes lamentations, les plaintes, les prières.\n\nEt quand ce ne fu t plus que de sanglants débris\nQu’elle laissa déchoir dans la Ténèbre antique,\nCalme, elle rétablit sa pose hiératique.\n\n\n\n                   CR É P 0 N\nIl est sous un ciel d’encre un îlot, isolé\nDans l’océanfougueux sansfond et sans limites.\nTombant on ne sait d’où, sur ce coin désolé\nLa glycine dépend sa grappe en stalactites.\n\nLes Pangs, poissons divins au dos bariolé\nPlongent sous l’eau,plus prompts que des aérolithes\nEt l’Ibis au long cou dans les deux envolé\nDisparaît tout au fond de lointains insolites.\n\nLe terrain sablonneux est perdu sous les joncs,\nDesfantômes hagards au teint asiatique\nS’y traînent tout courbés, aveugles, à tâtons.\n\nMais au couchant d’airain se dresse un pont féerique\nEt l’ on peut s’élancer outre les horizons\n Plus loin que l’Ibis rose ou le Pang symbolique !\n\n                                     JU LE S    F R É D É R IC\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-07-13-n9-004", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 315, "page_fin": 316, "titre_corps": "Cantique", "titre_sommaire": "Cantique, poésie", "signature_source": "ANDRÉ FONTAINAS", "ancre_debut": "CAUSTIQUE", "ancre_fin": "ANDRÉ FONTAINAS", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 350, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1201, "texte": "CAUSTIQUE\n\n                                               P o ur M lle J. N .\n\n\n\nVous avez la beauté des antiques statues\nEt la grâce est en vous jointe à la majesté;\n Vosformes, de splendeur et d’orgueil revêtues,\nExpriment l’amour calme et la sérénité.\n\nVous êtes la déesse impassible et riante;\nVous avez la blancheur des marbres fabuleux ;\nEt le chœur amoureux des ramiers s’oriente\nSuivant lesflammes d’or de vos larges yeux bleus.\n\nVotrefront élevé que couronnent les roses\nM ’apparaît lumineux comme un rapide éclair.\nAuprès de vous, d’où fuient deuils et soucis moroses,\nLe cygne au blancplumage étincelle dans l’air.\n\nVotre marche estpareille aux lentes harmonies\nQui semblent embraser, en se développant,\nL ’espace illimité des plaines infinies\nEt dont le flot rythmique à travers tout s’épand.\n\nLes célestes senteurs de cinname et de myrrhe\nVolent à vos côtés et parfument vos chairs.\nLa clarté des ciels purs allume votre rire\nEt des rayons divinsflambent dans vos yeux clairs.\n\nVous voyelles soleils, mais vous ignorez l'ombre :\nDans l’éblouissement de la grande splendeur,\nVous foulez les meurtris dont le chemin s’encombre,\nO vierge insouciante et pleine de candeur !\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 943, "texte": "                            - 3 16 -\n\nC a r vos autels sacrés regorgent de victim es\nQ u i vous crient à g en ou x leurs cris désespérés\nE t vous m ontrent l ’ horreur de leu rs d ouleu rs intim es,\nSans que tombe u n regard de vos y eu x adorés !\n\n\nO h ! p u isq u e jeu n e encor p a r la souffrance et l ’ âge,\nJ’ a i vu m on tour ven ir de me tordre à vos p ied s,\nP u isque vous avez s u fix e r m on cœur vola ge,\nE t que mes v ieu x dédains veulent être expiés,\n\n\nO déesse! d u m oin s, quan d m a v o ix vous im plore,\nP o u r vous fo r c e r à v o ir, et même à m ’ écouter,\nJe veu x, comme la v o ix d ’ une lyre sonore,\nReligieusem ent la contrain dre à chan ter;\n\nJe v eu x que m on am ou r vous soit une auréole\nQ u i ne vous brille p a s de ses doutes am ers;\nJe v eu x que le respect réside en ma p a role\nP lu s p ro fo n d que les d e u x et que les vastes m er s!\n\n\n                                   ANDRÉ         FONTAINAS\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-07-13-n9-005", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 317, "page_fin": 324, "titre_corps": "Journal d’André", "titre_sommaire": "Journal d’André", "signature_source": "ARNOLD GOFFIN", "ancre_debut": "JOURNAL D’ANDRÉ", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 352, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3111, "texte": "JOURNAL D’ANDRÉ\n                                                                                A Joris Karl H u y s m a n s\n\n                                                        NOTE\n\n                  And r é ,   l ’a u te u r des    p a ges q u e      je p u b lie   a u jo u r d ’h u i, p é rissa it\n                    r é c e m m e n t, à v in g t-tro is a n s. — C e m e m e n to d o u lo u r e u x d ’ u n\n                    a rtis te in c o n n u , ce c a r n e t d e sen sa tio n s         m e fu t lé g u é et je le\n                   c r o is d ig n e     d e s u r v iv r e .     P e u g o û te r o n t,   p ro b a b le m e n t,    le\nc h a r m e té n u et d é lic a t d e ces n o te s ; le u r a p p a re n te in c o h é re n c e d é ro u te ra\net fa tig u e ra p lu s d ’u n le c te u r.\n    L a so litu d e o ù v iv a it A n d r é , a ig u is a s in g u liè re m e n t so n sen s p s y c h o lo ­\ng iq u e ; fa u te d ’a u tre su je t, il e x p é rim e n ta su r lu i-m ê m e l ’ in stru m e n t q u ’ il\ns’éta it fo rg é . E t q u e lle é tu d e p lu s p a ssio n n a n te ? : s c r u te r ,a n a ly s e r ses p ro p re s\np e n s é e s , — le u r s m o b ile s, le u r s v o litio n s , le u r s fin s ! L e J o u r n a l est le r é s u l­\nta t d e ces in v e s tig a tio n s .    I l s ’y m ê le b ie n des ré p é titio n s , des id é e s sp é c ia le s\nà l ’a n g le d ’o b se rv a tio n ;    —     n o u s a v o n s te n u à m a in te n ir so n           in té g rité de\nd o c u m e n t v ra i, d 'œ u v r e vécu e.\n    Q u e lq u e s m o ts s u r l ’h o m m e : —            A n d ré      n a q u it fa ib le e t m a lin g r e ; o n\nd é s e s p é ra it le c o n s e rv e r , o n y ré u s s it p o u r ta n t; m a is, à d ix -h u it m o is, u n\nv io le n t e t b r e f a cc è s d e fiè v re le la iss a a tte in t d ’h é m ip lé g ie . U n e se m a in e\né c o u lé e , la p a r a ly s ie se lo c a lis a d a n s le s g e n o u x et la p a rtie in fé rie u re des\nja m b e s. M a lg r é des so in s d ilig e n ts , le m a l d e v in t b ie n tô t irr é p a ra b le . —\nD e p u is l ’e n fa n c e , o n e n tre te n a it A n d r é d a n s l ’e s p o ir c h im é r iq u e d e la g u é ­\nris o n , et p o u r le s a tis fa ire so n m é d e c in p r e s c r iv a it d ’in u tile s re m è d e s. Il n e\ns o u ffr a it a u c u n e m e n t, d ’a ille u r s ,   sin o n     d e l ’im m o b ilité im p o sé e          p a r les\nm e m b re s a tro p h ié s, m o rts .\n   C ’éta it u n e sp rit h a u ta in ; — la fo rtu n e de ses p a re n ts, n é g o c ia n ts e n r ic h is\nlu i p e rm it d es étu d es a p p ro fo n d ie s e t, en d e h o rs d e to u t p ro g ra m m e im p o sé\np o u r s u iv ie s a v e c u n e m a la d iv e a rd e u r q u i h â ta sa fin . I l d ép en sa e n tr a v a u x\nin te lle c tu e ls la v ita lité q u ’in g a m b e , il e û t, san s d o u te , c o m m e ta n t d ’ a u tr e s\né p a r p illé e à to u s les v e n ts d u c a p ric e .\n   Il a v a it é n o rm é m e n t lu e t, d a n s sa je u n e s s e , u n p e u à l ’a v e n tu r e , san s\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4293, "texte": "                                                        — 3 18 —\n\n g u id e s û r . M ais c e t am as d e c o n n a is sa n c e s d isp a ra tes, q u i a u ra it d é s é q u ilib ré\n u n e tête m o y e n n e , se tr ia , se classa m e rv e ille u s e m e n t en cet e x tr a o r d in a ir e\n c e r v e a u . P lu s tard cette frin g a le d u liv re se c a lm a ; il s y n th é tisa ses le c tu r e s ,\n re je ta l ’e n c o m b r a n t fatras des ta len ts s e c o n d a ire s et so n g o û t é p u ré et sé v ère\n n e re tin t q u ’u n e re s tre in te b ib lio th è q u e . L e p e n s e u r s ’é v e illa it en lu i.\n     Je m e lia i a v e c A n d r é d ’u n e a ssez é tra n g e fa ç o n :\n     — N o u s é tio n s v o is in s , et p re s q u e c h a q u e jo u r , je p a ssais d e v a n t la fe n ê tre\n o ù il essa y a it de se r é c h a u ffe r a u p â le s o le il d ’a v r il. C e tte fig u r e g r a c ile de\n m a lad e , d ’u n e b la n c h e u r iv o ir in e ,         é c la iré e p a r d e s y e u x en le sq u e ls la v ie\n a b se n te d e la c h a ir se m b la it s’ ê tre re fu g ié e , m e h a n ta it. P a r u n e ir r é s is tib le\n s y m p a th ie , A n d r é , à m o n p a ssa g e , d é to u r n a it so n a tte n tio n de so n liv r e , n o s\n re g a rd s é c h a n g e a ie n t u n m u e t sa lu t, e t m a rc h a n t a u h a sa rd de m es pas, je\n m e d e m a n d a is q u e lle s p r é o c c u p a tio n s a s s o m b ris sa ie n t c e t in c o n n u , d e q u e l\n m a l il s o u ffra it, et si n o s m is a n th ro p ie s n e p o u rr a ie n t s ’u n ir . U n jo u r, e n fin ,\n je re ç u s u n e le ttr e d ’u n e é c r itu r e m e n u e et tim id e , s ig n é e A n d r é . Il m e d is a it\n q u ’a y a n t lu , je n e sais o ù , u n a r tic le d e m o i, u n g r a n d d é s ir d ’en c o n n a îtr e\n l ’a u te u r le to u r m e n ta it, c a r , c r o y a it- il, u n e a m itié fru c tu e u s e p o u r to u s d e u x\n d e v a it n a ître e n tre n o u s. U n p eu m a v a n ité d ’é c r iv a in c h a to u illé e fin e m e n t,\n b e a u c o u p la v o lo n té de r e s s e rre r u n e lia is o n e sq u issé e a u s si s in g u liè re m e n t,\n m e p o u s s è re n t à o b é ir à m a c u r io s ité .\n     M a m é m o ire se re p o r te so u v e n t a u x s o irs e x q u is o ù je m ’ a tta rd a is a v e c\n A n d r é ; sa c o n v e rs a tio n m ’ a ttira it c h e z lu i, d a n s u n g r a n d b e s o in de s o r tir\n d e la p e stile n tie lle a tm o sp h è re de b é g u e u lis m e q u e n o u s so m m es c o n d a m n é s\n      re s p ir e r .   C ’ éta it    u n e c a u s e r ie n e r v e u s e ,   é ta y é e     su r u n     ré e l    s a v o ir,\n p a rse m é e d ’ a p e rçu s o r ig in a u x , d e v ib ra n ts p a ra d o x e s, d e ra p p ro c h e m e n ts\n in a tte n d u s , et p ro c é d a n t p a r e llip se s fo rm id a b le s .\n     O u , à des jo u r s , a p rè s q u e lq u e s p a ro le s , n o u s re s tio n s s ile n c ie u x , lo n g ­\n te m p s ; le d ia lo g u e , to u t m e n ta l, c o n tin u a it, et n o s in te llig e n c e s ju m e lle s\na y a n t g r a v ité e n s e m b le , les m ê m e s m o ts n o u s v e n a ie n t a u x lè v r e s ... E t ,\nu n e jo ie n o u s e m p o r ta it d e r e c o n n a îtr e à ce sig n e n o tre é v id e n te p a re n té\ns p ir itu e lle ,\n     Les       in o u b lia b le s h e u re s     e n v o lé e s d a n s la      c e llu le    d ’A n d r é ,   —      a in s i\nd é n o m m a it-il sa c h a m b r e — re n d e n t b ie n m o n o to n e s , lo u r d e s et m o ro se s\nc e lle s q u i m e re s te n t à tr a în e r , d é s a p p a rié d e ce m é n e c h m e in te lle c tu e l.\n     — N o u s é tio n s en c o m m u n io n in tim e s u r to u te s c h o se s, id é e s, th é o rie s ,\na d m ir a tio n s . U n e id e n tité          p a rfa ite d e se n sa tio n s , san s           c o n tr o v e r s e s . Je\nle    p o u r v o y a is    des      ra re s œ u v r e s de v a le u r q u i p a ra is se n t            en     ce te m p s\net je m e p lu s à            orn er      sa    ch am bre       de     b ib e lo ts    c h o is is ,   a fin        q u 'a u x\nh e u re s d e r ê v e r ie ses y e u x p u ss e n t e r r e r su r u n h o r iz o n h a r m o n ié à ses\np e n sé es.\n"}, {"page_pdf": 354, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4167, "texte": "                                                          — 319 —\n\n   D ans u n           m in u s c u le       c a s ie r , à sa p o r té e , se tr o u v a ie n t les oeu vres de\nB a u d e la ir e et d ’ E d g a r P o e . A c ô té de ces p o è te s                           de     d ile c tio n ,   le L o u is\nL a m b e r t et la         C o r resp o n d a n ce de B a lz a c ;                     p lu s ta rd , il c o m p lé ta      cette\nc o lle c tio n , fe u ille té e san s cesse , p a r ces liv r e s d ’u n c h a r m e su b til e t te rr ib le :\nA R e b o u r s ; le        V ic e S u p r ê m e .\n   Il a b a n d o n n a , v e rs so n d é c lin , et à p e u p rè s c o m p lè te m e n t sa b ib lio ­\nth è q u e , p o u r ta n t n o m b re u s e et c o m p o sé e d e m a in e x p e rte et le ttr é e , p o u r\nse liv r e r au c u lte e x c lu s if des p e ssim iste s ra ffin és.\n   — F a is o n s un p e u d e m u siq u e ! . . . in c ita it-il, p a rfo is. E t il m e ré c ita it des\np a g e s de ses fa v o ris . J ’ai g a rd é le trè s p r o fo n d s o u v e n ir d e la sé d u c tio n de\nso n o r g a n e , c u iv r é , m é ta lliq u e                 et c a d e n c é d ’in fle x io n s fa s c in a tric e s , q u i\ns ’in g é n ia it a u r y th m e s a v a n t de la p ro se et d e s v e r s b a u d e la irie n s.\n    Le     p re m ie r des P e t it s P o è m e s en p r o s e le c a p tiv a it v io le m m e n t. L a\nré p o n s e fin a le d e l ’é tr a n g e r , d ’u n e si e x o rb ita n te                     sp le n d e u r, le p lo n g e a it\nd a n s des extases in fin ie s :\n   — E h ! q u ’a im e s-tu d o n c , e x t r a o r d in a ir e é tr a n g e r ?\n   —     J ’ a im e les n u a g e s ... les n u a g e s q u i p a s s e n t ... là -b a s ... le s m e r v e il­\nle u x n u a g e s!\n\n\n    E t le tim b r e a ffa ib li et d é lic ie u s e m e n t m o u r a n t d e sa v o ix , p e ig n a it\nl ’in e x tin g u ib le s o if d ’a u -d e là d o n t n o u s so m m e s a lté ré s, — la fa tig u e des\njo u r s v é c u s et à v iv r e a u m ilie u d e c h o se s d é jà v u e s , d a n s le fraca s de\np a ro le s d é jà e n te n d u e s, à la q u e lle n o u s s u c c o m b o n s .\n   A n d ré     m e lis a it a u s si,             m a is r a re m e n t,          des e ssais, d e c o u rts             a rtic le s\na b s o lu m e n t     s u p é rie u r s ,    d o n t il re fu s a it d e                se d e s sa isir. Je l ’e n tre p ris à\nm a in te s re p ris e s s u r c e tte                 r ig id e     r é s o lu tio n     de ne       jam ais     é c r ir e p o u r\nl’ im p re s sio n . Il resta in é b ra n la b le . L ’ im p e c c a b le p e rfe c tio n de B a u d e la ire ,\nd e P o e , de F la u b e r t, d é se sp é ra it ses a m b itio n s litté r a ir e s . S a th èse fa v o rite\néta it q u ’in fa illib le m e n t —               a v e c u n e q u a s i-in c o n s c ie n c e —            s ’il tr a v a illa it,\nil re fe r a it l ’œ u v r e d e ces m a ître s , et q u e ré p é te r m a la d ro ite m e n t ce q u ’ils\na v a ie n t   si p a rfa ite m e n t          d it,     lu i      se m b la it u n v a in           la b e u r . C e d é c a lq u e\nm a lh a b ile des g r a n d e s œ u v r e s l ’é lo ig n a it des c o n te m p o r a in s ; il d é c o u v r a it\np a rto u t d e s a n a lo g ie s q u e lq u e fo is im p a lp a b le s. —                    « U n v e rs d e B a u d e la ir e\nd ilu é » —          s’ é c r ia it-il a lo rs .\n    E s t-il    n é c e ss a ire      de      p a rle r         de    so n     c a ra c tè re ,    b ie n a s s o m b ri, m ais\nc h a r m e u r et si d o u x ? L e s c o n tris ta tio n s d ’e ssen ces m u ltip le s d o n t il sa ig n a\nso n t a ssez d é n o n c é e s p a r le s p a g e s d u J o u r n a l, e m p re in te s to u te s d ’u n e\nr a n c œ u r m é la n c o liq u e et ré s ig n é e . J ’ai c o n n u la fe m m e q u ’il a im a — g u è re\nd e te m p s, à la v é r ité — et q u i, a r r iv a n t à la ju s te m in u te d ’u n e c rise p lu s\na ig ü e d ’a m a tiv ité , fû t, p a r o c c a s io n , l ’o b je t d ’ u n a m o u r d is p r o p o r tio n n é à\n"}, {"page_pdf": 355, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4032, "texte": "                                                          — 320 —\nso n m é rite . A m o n se n s, c ette je u n e fille , tr o p b ie n é le v é e , d ’u n e in sip id e\np h y s io n o m ie ,    d ’u n e      m é d io c r e    et    s u p e rfic ie lle   in te llig e n c e ,    n ’a    ja m a is\nc o m p r is A n d r é .\n    C e lu i- c i, c o m m e to u s c e u x q u i ont m is le u r f o i d ans les r ê v e s c o m m e\nd a n s les se u le s r é a lit é s , id é a lisa la fe m m e a im é e ; — ru d e fû t le C a lv a ir e\nd é s illu s io n n a n t.    Il o u b lia v ite la p e rs o n n a lité m ê m e et n e c o n s e rv a , p lu s\np ro fo n d , q u e le se n tim e n t de so n im p u is s a n c e c o n sta té e . L ’â m e c r u c ifié e et\nm e u rtr ie p a r le s m a rty r e s su b is , il s a lu a it la m o rt p r o c h a in e a in si q u ’u n e\nR é d e m p tio n .\n   — N e s o n t-e lle s pas p r o fo n d é m e n t sa tu ré e s d e d é s e s p é ra n c e , |les p a g e s d ic té e s\np a r cet a m o u r, — fan é tro p vite? S i u n e a u tre fem m e , c o m p r é h e n s iv e et\nc o m m e il l ’é c r it: « p oète » e u t été l ’a m a n te d é s iré e , à q u e lle s e x trê m e s ré s o ­\nlu tio n s se fû t a v e n tu r é l ’e s p r it d ’ A n d r é ?\n    C e tte p h ra se s a ig n a n te q u i c lô t le J o u r n a l, — sa ig n a n te et v ib r a n te de\nre g re ts : —        « H é la s !... j e         sen s b a ttre e n m o i un c œ u r la r g e                  et a v id e\nd ’ a im e r ! . . . » — n o u s d é v o ile la p la ie to u jo u r s o u v e r te à la q u e lle s u c c o m b a\nc e d é sh é rité .\n   A ffa ib li, d é b ilité p a r la c la u s tra tio n , il s’a n é m ia it fa ta le m e n t. P e u à p e u , sa\nfrê le c o n s titu tio n a id a n t, il in c lin a v e r s le N é a n t ; le m o in d re m o u v e m e n t\nl ’e ss o u ffla it; so n v is a g e , à c h a c u n e d e m es v isite s m ’ a p p a ra iss a it p lu s a m a ig ri,\np lu s e x s a n g u e . Je le tr o u v a i, u n m a tin , d a n s u n état f é b r ile ; n o u s c au sâ m e s\ntr è s p e u , m a is la lu c id ité de sa r e m a r q u a b le in te llig e n c e , e n tiè r e e n c o re ,\nm ’é m e rv e illa p a r des a p e rçu s p lu s s u b tils , flu id e s p re s q u e , in d iq u é s p a r d e u x ,\ntr o is m o ts c o n c is . S es p a ro le s r e v ê tu e s d ’u n e sé r é n ité a u g u ste é v e illè r e n t en\nm o i des é c h o s p ro fo n d s et m a je s tu e u x . —               Q u e lq u e fr a y e u r m e resta d e c e t\ne n tre tie n — q u e j ’ig n o r a is su p rê m e ; u n e a p e r c e p tio n de l ’in fin i d e l ’A u r e v o ir\né c h a n g é m e la n c in a it p o u rta n t ; — m es d é s irs s u r m o n tè r e n t                l ’é v id e n c e , —\nje m e r e n fo rç a i en m a q u ié tu d e .\n   E n v é r ité , c o m m e n t s u p p o r ta i-je l ’e ffro y a b le n o u v e lle ? —              le le n d e m a in ,\nc o n fia n t, je re to u r n a i c h e z A n d r é , o ù j ’a p p ris q u ’a u m ilie u            de la      n u it, u n e\nh é m o r r a g h ie a v a it e m p o r té la p ré c ie u s e e x is te n ce de m o n u n iq u e a m i.......\n   Q u e lle s p h ra s e s, q u e ls m o ts p o u r r a ie n t p ré v a lo ir c o n tre des la rm e s?\n\n                                                                                                            A . G.\n\n   T r è s m a n ife ste m e n t le J o u r n a l est in c o m p le t; —                il se p e u t q u e l ’ a u te u r\nm é c o n te n t   des       te n d a n c e s   litté r a ir e s   et p h ilo s o p h iq u e s    de ses        p re m ie rs\nfe u ille ts les d é tr u is it; o u ses p a re n ts n é g lig e n ts d ’u n e œ u v r e d o n t la v é r ita b le\np o rté e le u r é ch a p p a it les on t-ils é g a r é s ? — Je n e sais; je d o n n e ic i l ’in té g ra lité\nd u m a n u s c r it en m a p o s se s sio n , p ie u s e m e n t re s p e c tu e u x de la v o lo n té du\nc o m p a g n o n d is p a ru .\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3528, "texte": "                                                       — 321 —\n\n\n\n                                    J O U R N A L D 'A N D R É\n\n                                                                                                      Septembre 83.\n\n     Je h a is m o n is o le m e n t et le c h é ris a u ssi, a v e c fu r e u r . S o n in d é fe c tib ilité\n  m e p èse, so u v e n t. N u l d o u te q u e la p o s sib ilité d e m e m ê le r à la fo u le , m e\n fe r a it é v ite r c ette p r o m is c u ité d o u lo u r e u s e ; m ais je s o u ffre de se n tir ma\n  v o lo n té lim ité e p a r l ’ir r é m é d ia b le .\n     — V e r s q u e ls h o m m e s c h o is is ira ie n t m es sy m p a th ie s, à q u e l c e n tr e in te l­\n le c tu e l c o n v e r g e r a ie n t m es a c tio n s si le c h a rm e e n s o r c e lé se ro m p a it. H o rs ,\n b ie n lo in d e c ette a tm o s p h è r e e m p u a n tie , o ù u n r e m u g le de se n tim e n ts\n  é tro its rè g n e et m ’é to u ffe ; le s a n g a rie s de la v ie c o u tu m iè r e n e m ’ a tte in ­\n d r a ie n t p lu s d a n s le r a y o n n e m e n t d ’u n m o n d e s u p é rie u r .\n     —    A m è r e d é ris io n , ê tre c o n tr a in t de v iv r e a v e c des g e n s in m is c ib le s à\n v o tr e n a t u r e ; d o n t a u c u n e id ée n e rim e a u x v ô tr e s , san s u n e se n sa tio n\n a d é q u a te à v o s se n sa tio n s. P a r le r u n e la n g u e q u ’ ils n ’e n te n d e n t pas ; rê v e r\n à des c h o se s d o n t ils n ’o n t p o in t le s o u p ç o n ! I m p u is sa n t à s’ a rra c h e r de\n le u r sp h è re , re s te r e n c h a în é à c e tte g é h e n n e a u x to rtu re s sa n s cesse n o u ­\n v e lle s ; — c ito y e n e m p ris o n n é d ’ u n e ra ce e n n e m ie ! ...\n\n\n\n                                                                                        Novembre- Toussaint.\n\n    C e jo u r m o rn e des            ré c u rr e n c e s   lo in ta in e s     a p p o rte    les    a llu v io n s    des\n la rm e s d ’a n ta n , à m o n a c tu e lle tristesse .\n    C ’ est la g r a n d ’m è re —          bonne m a m a n ! —                 d o n t le s tra its s ’a cc e n tu e n t\nd a n s les té n è b re s o ù m o n œ il s ’é g a re . — S i d o u c e , d ’u n e to u jo u r s é g a le\nte n d re s se , e lle    cap ta m es        a m itié s e x c lu s iv e s d ’e n fan t. S e s m a in s lé g è re s,\ne ffle u ra n te s, é ta ie n t le s se u le s q u i p u ssen t m a n ie r m e s ja m b e s e n d o lo rie s,\nsa n s   m ’a r r a c h e r des c r is ; le s se u le s p a r o le s q u i c o n s o lè r e n t m es p rim es\nto u r m e n ts , s o r tir e n t de sa b o u c h e .\n    E t le     m a tin o û e lle       m o u r û t,     l ’a ïe u le   ta n t     a im é e ,   il se m b la     à       m on\ne n fa n tin e im a g in a tio n     ê tre a rriv é e à la fin d e to u te s c h o se s et q u e p lu s\nja m a is o n n e s ’a r r ê te ra it de p le u r e r ! L e c r u e l d é m e n ti de la r é a lité é te ig n it\np r é c o c e m e n t, e n m o n c œ u r , le fla m b e a u d iv in e m e n t c o lo r é des illu s io n s .\nM o i-m ê m e , h la        lo n g u e ,   je p e n s a i m o in s à la m o rte v é n é ré e ; d ’a u tr e s\nd ’in ce ssa n te s so u ffra n c e s m ’a s s a illir e n t; et il a fa llu — ô               iro n ie ! — c e j o u r\nc o n s a c r é a u c u lte d e s d is p a r u s , p o u r r a v iv e r c ette fla m m e q u i, to u jo u r s\nc o u v e so u s la c e n d r e : le s o u v e n ir !\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4315, "texte": "                                                                   - 322\n\n                                                                                                        Premier Janvier.\n\n\n       P lu s     m a lh e u r e u x a u jo u r d ’h u i q u ’à l ’o r d in a ir e ;              l’en n u i       des   so u h a its\n b a n a ls su b is , to u jo u r s d a n s l’id e n tiq u e fo r m u le d e c o n v e n tio n , m ’a c c a b le .\n M es p a re n ts,            m êm e , n ’o n t p u tr o u v e r             u n a c c e n t ré e lle m e n t é m u ,            que\n j ’e u s se se n ti s in c è r e . C e s se rre m e n ts d e m a in , ces                         b a ise rs m e la iss a ie n t\n in s e n s ib le , h o s tile p re sq u e . L e s m a in s in d iffé re n te s , le s lè v re s h a in e u se s et\ne n fie llé e s, à c ette é p o q u e m a rq u é e , se d is te n d e n t m a c h in a le m e n t, c o m m e\n p o u r a c c o m p lir u n e b e s o g n e m a u ssa d e et in flig é e .\n       Q u e l d é filé d e ty p e s g ro te s q u e s d a n s le s a lo n , o ù l ’ o n                m ’ a v a it tr a în é . —\n A u d é p la isir d ’ê tre é lo ig n é d e m es liv r e s et d e m es c h e rs b ib e lo ts , se jo ig n a it\n la     n avran ce          in d ic ib le d u      d é p a y sa g e a u m ilie u d e ces                 m e u b le s , q u i o n t\n to u te     la fr o id e u r des c o m p lim e n ts                  d ’a p p a ra t des v is ite u rs . —              Ah!      les\n h o r r ib le s b o u r g e o is , san s d é lic a te s se , san s e s p r it n i c œ u r ; le u r s g r o s rire s,\nle u r s n ia is e s et sté ré o ty p é e s p la isa n te r ie s                 m ’é c œ u re n t.       P lu s     en core,      la\nfe in te c o m p a s s io n         que      re s p ire n t le u r s p a r o le s ,          le    p ro fo n d in té r ê t a v e c\nle q u e l       ils   s ’e n q u iè r e n t d e m a           sa n té . —       Et      d e v o ir le s a c c u e illir d ’u n\nc o m p la is a n t s o u r ir e ,      s ’in c lin e r        à    ces     v œ u x m e n te u r s , n e p o u v o ir le u r\nc r a c h e r c e m é p ris , q u i m e su ffo q u e , a u v is a g e !\n\n\n\n                                                                                                                    Janvier.\n\n\n      U n a n e n c o r e g lis sé a u N é a n t. Je re lis les p a g e s                           d é jà     tra c é e s d e c e t\ne x u to ir e d e m es in tim e s p e n sé es et s u is é to n n é d u n o m b re d ’id é e s é m is e s\nq u i m e v ie n d r a ie n t a u tr e s à c ette h e u r e .                  C o m b ie n       d ’a d o r a tio n s    m o rte s,\nd ’a d m ir a tio n s d isp a ru e s ! e x p r im é e s en te rm es d ith y r a m b iq u e s , m ’a r r a c h e n t\nu n s o u r ir e . L ’é v o lu tio n m e se m b le a v o ir été tr o p ra p id e , p o u r c e r ta in s ,\nd u m o in s. A in s i H u g o ; ja d is, u n e n th o u s ia s m e d é lir a n t et a v e u g le ju s q u ’à\na ffirm e r so n in fa illib le p e rfe c tio n                    dans     les g e n re s        les    p lu s     d iv e rs ; _\nm a in te n a n t, a v e c le re s p e c t d û à ce p a tria rc h e des le ttre s , je l ’ e stim e u n\nly r iq u e in c o m p a r a b le —           m a is q u e l p h ilo s o p h e , q u e l p o litiq u e ! Je n e le\nlis g u è r e ; c ’est B a u d e la ir e q u i a a c c a p a ré m o n e sp rit d ’u n e ty r a n n iq u e et\np o u r ta n t tr è s        douce      o p p r e s s io n .       M es     p ré fé r e n c e s    é p a r p illé e s    se    so n t\nc o n d e n sé e s su r ces é c r iv a in s ju m e a u x : — B a u d e la ir e , E d g a r P o e .\n      J ’a i l ’a d m ir a tio n r é fr a c ta ir e p o u r c e q u i n ’ est pas e u x , la ju s tic e m ê m e ;\np a r je n e sais q u e lle s in g u liè r e o p tiq u e in te lle c tu e lle les p oètes d e l ’é p o q u e\np ré s e n te , le s g r a n d s a u s si, m e p a ra is se n t des é c h o s a ffa ib lis d e ces p oètes\nd e d ile c tio n . L e u r s d is c ip le s , in c o n s c ie n ts s o u v e n t, le s d é ta ille n t.\n      L e u rs     v e rs     si c o h o b é s ,     d’u n         a la m b iq u a g e   s u b lim é ,       n e se      peuvent\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3788, "texte": "                                                      — 323 —\n\n m ie u x c o m p a r e r , q u ’ à la p ré c ie u s e e ssen c e d e             ro se , d o n t u n e    p a rc e lle\n su ffit p o u r p a rfu m e r des to n n e s d ’eau .\n\n\n                                                                                                     Lundi 7.\n\n     I l est é tra n g e q u e je m e fo rm e u n e id é e si n e tte des c h o se s et des g e n s,\n m o i, q u i a i v é c u e x ilé e n tre les q u a tre m u rs d e c e tte c h a m b r e é tr o ite . J e n e\n m e so u v ie n s pas a v o ir v u u n e fo u le , le m o u v e m e n t d ’u n e a rtè re p u issa n te ,\n n i u n m o n u m e n t, n i u n b o is, m o in s e n c o r e la m e r, a u tr e m e n t q u e su r de\n g r o s s iè re s v ig n e tte s et p o u rta n t j ’e n c o n s e r v e la s ilh o u e tte trè s-v iv e d e ssin ée\n s u r la ré tin e , c o m m e si u n e c o n te m p la tio n a n c ie n n e e t o u b lié e , m ’y a va it,\n in e ffa ç a b le m e n t, g r a v é le u r im a g e .\n     —     U n e se u le fo is , je s o r tis , r o u lé s u r u n f a u t e u il; m a is le s re g a rd s de\n s y m p a th iq u e p itié q u e          m e je ta ie n t, c o m m e       une     a u m ô n e , le s p a ssan ts,\n ré v o ltè r e n t m es se n sib ilité s d e m a la d e e t, p o u r to u jo u r s , je r e n o n ç a i à ce\n d iv e rtis se m e n t.\n     D ès lo r s m a h a in e d e s h o m m e s s’ a c c r û t e n c o r e . V o ir d e s v isa g e s h u m a in s\n m ’e st     une     m a lp la isa n te c h a r g e ; les c o n d o lé a n c e s      p e u s in c è r e s q u i s’y\n m a r q u e n t à m o n a sp e ct, m e so n t a u ta n t d ’in su lte s.\n     P lu s v iv ifia n te , l ’id é a le c o m p a g n ie des é te rn e ls e sp rits, q u i re tre m p e l ’â m e\n e t c o n s o le d e la v a c u ité n a u sé e u s e d e la v ie r é e lle . Je n e m u rm u re g u è re\n d e l ’in c u r a b le in fir m ité m e d é v o lu e p a r le D e stin : —                Si n o m b re u s e s les\n se n sa tio n s q u e ja m a is je n e c o n n a îtr a i, a ffin é e s et d ’ u n e in te n se d é lica tesse\n c e lle s q u i re ste n t. L a p e rte d ’u n sen s n ’e x a c e r b e -t-e lle pas les a u tre s?\n    —      L ’ a ffra n c h is se m e n t des su jé tio n s m o n d a in e s, le b o n h e u r d e v iv r e h o rs\n d u c e r c le d ’ a c tio n d e c e r ta in s in d iv id u s m é p ris a b le s, m e p a ra ît c o m p e n se r\np a r a u -d e là c e q u i m ’e st in te rd it.\n    E x o n é r é des d e v o irs s o c ia u x , si lo u rd s à m es s e m b la b le s , m on m a l ne\nm ’a tte in t q u e        d a n s le s   jo u is s a n c e s m a té rie lle s d e l ’ ê tr e , la iss a n t in tactes\nle s fa c u lté s c é r é b ra le s , s o u r c e d e jo ie s m u ltip le s, — d e d o u le u rs très a m è re s.\n    M ’é v e illa n t g u é r i, d e m a in , c o n tin u e ra is -je c ette e x is te n c e , o u a v id e m e n t\nm e ru e ra is -je a u x p la isirs in c o n n u s ? I n te r r o g a tio n r e d o u ta b le .\n    P o u r ta n t, b ie n d e s h e u re s, j ’ai rê v é , é la b o r é des p ro je ts, à l ’é p o q u e o ù\nle d o c te u r m e b e r ç a it d e c e m ir a g e : la g u é r is o n ! ...\n    L e s d e rn ie rs e sp o irs o n t s o m b r é ; ju s q u ’à l 'I n p a c e d u to m b e a u , je re ste rai\nd a n s m a p ré se n te c o n d itio n , im p o te n t !\n\n                                                                                                  Jeudi.\n\n   A c e r ta in s jo u rs , m a m é la n c o lie o r d in a ir e m e n t lé g è re et d ’u n p re sq u e\nte n d re g r is , s ’ e m b r u n it et p a r a lté ra tio n s g r a d u e lle s , in se n sib le s , p e rm u te\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3609, "texte": "                                                     —     324 —\n\na u n o ir le p lu s o p a q u e . Je m ’illu s io n n e              a lo rs , e r r e r     d an s les c o r r id o r s\nin e x tr ic a b le m e n t e n tre c r o is é s d ’u n b a b y lo n ie n la b y r in th e , san s a u c u n p o in t\nd e re p è re , o ù u n e o b s c u r ité très d e n se m ’ e n v e lo p p e et m ’ o p p re s se , et u n\np re s se n tim e n t     m e p é n é tra n t q u e       ja m a is    je   n e re v e r ra i        la    lu m iè r e ,    la\np r e s tig ie u s e c la r té d u s o le il, r e m p lit m o n          â m e d ’ u n e in c o m m e n s u r a b le\nd é s o la tio n .\n    — Im a g e b ie n ta n g ib le de m o n so rt, sa n s is su e , n i b u t, d ir ig é au h a s a rd\np a re il a u n a v ire d é s e m p a ré d a n s le fo rt de la te m p ê te .\n    —       L e s re s so u v e n a n c e s m ’ a ss a ille n t san s r e lâ c h e , d é c e v a n te m a ré e , q u i\nb a t e n b r è c h e m es ré s ig n a tio n s d e rn iè re s e t n o y e m o n e sp rit a u x a b îm e s du\nd é s e s p o ir. L ’ é p o q u e — lo in ta in e , lo in ta in e ! —             où    e n fa n t, je v o y a is les\na u tres e n fan ts jo u e r et c o u r ir a u to u r d u fa u te u il a u q u e l j ’ é ta is c lo u é , —\ncette é p o q u e , s u r g it, p re s q u e d é s ira b le .\n    L a c o n s c ie n c e q u e j ’a v a is d e m o n m a l a ffr e u x , se m ê la it d ’ u n e so rte de\n p la is ir n a ïf, d ’ê tr e p la in t, m ig n o té , a im é m ie u x , q u i m e c o n s o la it u n p e u .\n    Le      M in u it de b e a u c o u p d ’ an s à s o n n é ; ces e n fa n ts, a u x q u e ls j ’e n v ia is\nle u r s r é c ré a tio n s b r u y a n te s so n t a u jo u r d 'h u i des h o m m e s , —                a b h o rr é s o u\n c h é r is , q u ’im p o rte ? — et o b s c u r , o u b lié , d a n s l ’e ss e u le m e n t d e l ’a d v e rs ité ,\ne n c o r e je le s ja lo u s e !\n\n\n                                                                                               15 Janvier.\n\n   J’a i, m o i       a u s si,   a u g u r é des    a m o u rs    su rh u m a in s,          é ch a fa u d é     d ’ id é a ls\nb o n h e u r s , à d e u x ; — d e p la to n iq u e s et très p u re s et trè s ch a ste s a m o u r s ; —\ndes p la is ir s d e la           c h a ir a v e c des c o m p lic e s b e lle s, in e x p rim a b le m e n t, et\nsa v a n te s d ’u n e e x q u is e sa g e s se ; — m ê m e , j ’e n tre v is , q u e lq u e fo is , la d o u c e u r\nd u re p o s a n o n c h a li a p rè s l ’a s s o u v is s e m e n t; —       m ais ces v is io n s re s te ro n t\né te rn e lle m e n t, des v is io n s !\n   C a r , — q u e lle fem m e , fu t-e lle p o è te , v o u d ra m ’a im e r, p ito y a b le v a lé tu d i­\nn a ir e et m e d é v o ile ra le p a ra d is e n fié v ré a u q u e l j ’a s p ire ? — Il n ’ e n est p a s,\n— je m o u r ra i v ie r g e , sa n s a v o ir a p aisé m es fr in g a le s ...\n   E t, je v o is là le b u t s e c o n d a ir e , p re s q u e c o n te m p tib le ; la J o ie , la su p rê m e\nn ’e st-e lle pas de se se n tir re s p ire r d a n s u n m ilie u te n d re , d e sa v o ir q u ’u n e\np e n sé e ré p o n d in c e ss a m m e n t à v o tr e p e n sé e, u n e s o u ffra n c e à v o tr e so u f­\nfra n c e    et q u e ja m a is v o u s n e p le u r e r e z       s e u l? ...   —         P le u r e r   s e u l!   Q uel\na n g o is se m e n t p lu s p o ig n a n t?\n\n        (A su iv r e .)                                                     A R N O L D G O F F IN\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-07-13-n9-006", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 325, "page_fin": 326, "titre_corps": "Sous mon Cachet : Le Symbole", "titre_sommaire": "Sous mon Cachet (suite)", "signature_source": "RENÉ GHIL", "ancre_debut": "SOUS MON CACHET", "ancre_fin": "RENÉ GHIL", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2738, "texte": "SOUS MON CACHET\n                                                L E SYMBOLE.\n\n                                                                               L e tt r e à J o r i s - K a r l H u y s m a n s .\n\n\n\n     D a n g e r e u s e v r a im e n t est m a d em a n d e, q u 'en vers a u ssi l ’on a it in q u iétu d e\n d é so r m a is de la V ie et de ses F a i t s , s i m 'en te n d q u e lq u e d is tr a it e s p r it.\n C a r i l p o u r r a it c r o ir e à un p h o to g r a p h iq u e r e p o r ta g e , sa n s c h o i x et sa n s\n p e n sé e .\n     Q u e s u r g is s e d onc un m ot du S y m b o le : sa v o ir s y m b o lis e r , c 'e st sa v o ir\n l ’A r t .......\n     P r é o c c u p é de       la      V ie   m o d ern e, q u e j e    p e ig n e ,         a r r ê ta n t        son        g e s te\n m é c a n iq u e et m êm e et son é tr iq u é e d é g a in e , le m o d ern e g o m m e u x , ce\n r id ic u le lo r g n e u r a u x y e u x p â l e s ? Q u e m êm e j e sa u v e les q u elq u es idées\n n o y é e s en son c erv e a u d é liq u e s ce n t : c e r te s , a u ssi in u tile q u e lu i se r a m on\n œ uvre.\n    M a i s q ue le h a sa r d des d o cu m en ts m e p e r m e tte de r é u n ir , dans le trem b la n t\n c r é p u sc u le d ’ u n e r a c e q u i va fin ir , c es d e u x je u n e s êtres é tr a n g e s : l'U n , ne\n v o u la n t d e son im p u iss a n c e c o n v e n ir , e t se d é b ilita n t v a in e m e n t en la m â le\né tr e in te d 'u n e p u r p u r in e C o u r tis a n e , — m é p r is a n te r o y a le m e n t e t h âtan t\n a v e c s o u r ir e la m o r t d e c e co rp s a v o r té : l ’A u tr e , h é r it ie r de la v a le u r des\nA ï e u x d escen d u e à la c r u a u té id io te , et a u x co u rs de son a n tiq u e m a n o ir\np lu m a n t v iv e s des p o u le s ?\n    Q u ’a u dessus d 'e u x             m a in te n a n t, j e   scu lp te en un m a r b r e b la n c le u r\ns e ig n e u r ia le d ev ise : et là se p r o u v e n t la p e r v e r s io n m y s té r ie u s e du s a n g\ntrop v i e u x ,       le d étr a q u em en t des d éca d en ces ; e t un t r a g iq u e S y m b o le se\nd re sse, s u g g e s t i f ! .......\n     V r a im e n t, les v ers,           pour      ne p a r le r     sa n s      cesse         de       B a u d e la ir e          et\nM a lla r m é , j e n e s a is où tro u v e r l ’e x e m p le du S y m b o le , q u i d o it ê tr e d on n é.\nM a i s , a llo n s à la p r o s e . C ’est là , q u a n d j e ne s o n g e a u x d e u x M a îtr e s , q ue\nj e v a is c h e r c h e r la p o é s ie d ont j e m e d électe.\n    Q u 'e st-c e d onc q u e le V e n tr e de P a ris , sin o n la p la n tu r e u s e sy n th è s e de\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2738, "texte": "                                                    — 326 —\n d e u x m illio n s de v en tres, le S y m b o le de P a r is - q u i- m a n g e ? E t , p o u r v e n ir à\n d e p lu s su b tils et to u rm en tés ta b le a u x , a v e c q u e lle s v ib r a tio n s e lle v it, la\n p e r s o n n e lle V é r o le , d a n s toutes ces tr o p ica le s f l e ur s a u x flo r a is o n s h o n teu ses,\n en le c la ir -o b s c u r où les c o n tem p le de son r e g a r d s o n g e u r l ’é v o ca teu r D es\n E s s e in te s !\n     L 'o n p o u r r a it s 'é c r ie r q u e j e s u is a v e u g le en v é r ité , de n e v o ir a ille u r s le\n S y m b o le . E n effet, i l est des p o ètes, e t b ea u cou p               q u i s y m b o lis e n t — à le u r\n m a n iè r e .\n    L e u r p i è c e de vers, s i m i la ir e à q u e lq u e s e r m o n , s e d iv is e en d e u x p a r tie s .\n P r e m iè r e p a r t ie : ta b lea u m a t é r ie l et, p a r a î t - il, s y m b o liq u e . E t , p o u r f i x e r\n n os y e u x , q u e c e s o it c e c i, q u i n e s o r tir a d e le u r h a b itu d e : la S e in e , n o ir e\n e n tr e ses q u a is ess e u lé s , c o u le h iv e r n a le ; u n e p l u i e u n iv e r s e lle et f i n e tom be\n e t les r ev e r b è r e s s e m ir e n t en l ’ea u s i n is t r e .......\n    D e u x iè m e p a r t ie : e x p lic a t io n g r a t u ite e t in a tten d u e du s y m b o le . L a\n S e in e , c ’e st le c œ u r du p o è te , la p lu i e l'e n n u i, e t le r e fle t des r e v e r b è r e s , ô\n la F e m m e q u ’ i l a i m a ! c ’est le lo in ta in so u v e n ir d e ton c r u e l s o u r ir e !\n    —    C e q u ’ i l f a l l a i t d é m o n tr e r , co m m e l'o n d it en g é o m é tr ie .\n    N o n ! l’A r t,       c e n’ est p a s a in s i, n ’est-ce p a s ? sa n s m é d ita tio n v o u lo ir\nf a i r e , — v id e m u siq u e d 'un so u r d e n o r g u e illi, — un se m b la n t sa n s s i g n i f i ­\nc a tio n c h a n te r ?\n    C ’est s a v o ir : des F a i t s épars et, s ’ ils d e m e u r a ie n t se u ls, in u tile s to u jo u r s ,\nc o m p o ser un m y s t é r ie u x a cco rd , —               le g r a n d F a it s y n th é tiq u e en q u i\np a lp ite n t le s é te r n e lle s id ées : C ’est s a v o ir , ré e l et s u g g e s tif, c o m p o se r le\nS y m b o le !\n    A lo r s , é te r n e l p a r les v é r ité s é te r n e lle s et p r in c ip a le s q u 'i l fig u r e , i l se r a\nlà p o u r être c o m p r is su b tile m e n t des lecteu rs à l'e s p r it f r è r e d e n o tre esp r it,\nd ig n e s de m é d ite r a p r ès n ous la m y s té r ie u s e L e ç o n !\n\n\n              (A s u iv r e .)                                                       R E N É G H IL .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1885-07-13-n9-007", "volume": "ELB-ULB-a087-1884-1885-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1884-1885-001.pdf", "ocr_sha256": "aad907384bbc4fb64f15b8aa9bbd3bad8228dc042e35d70952dcd0b7b5823f6e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 327, "page_fin": 328, "titre_corps": "Nouveaux Contes mélancoliques : La Vieille Fenêtre", "titre_sommaire": "Nouveaux Contes mélancoliques", "signature_source": "CÉLESTIN DEMBLON", "ancre_debut": "NOUVEAUX CONTES MÉLANCOLIQUES", "ancre_fin": "CÉLESTIN DEMBLON", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "NOUVEAUX CONTES MÉLANCOLIQUES\n\n                                   L A V IE ILLE F E N Ê T R E\n\n\n                                                       A la Mémoire de mon ami Gustave Charlier\n\n                                                                              Et ses pensées mélancoliques retournent\n                                                                                  vers le passé.\n                                                                                                                     O SSIAN .\n                                                                              Dji n’sé roûvî...\n                                                                                                             D efrech eux.\n\n\n\n\n                    Etr a n g e t é     : j e r e v o y a is s o u v e n t u n e v ie ille fe n ê tre .\n                           E lle      s 'o u v r a i t , s o u s u n      h a n g a r , a u f o n d d ’u n f o u r n il\n                      en com bré.           S e s carreau x, d e m o yen n e g ran d eu r et v erd â ­\ntr e s , s ’i r i s a i e n t   com m e       la    go rge         des      c o lo m b e s .       Pas      de      r id e a u x .\nS u r la ta b le tte , u n m o u lin à c a fé , u n e é c u e lle                        p l e i n e d e c lo u s e t u n e\ngrosse        b o u te ille     d ’o ù s o r t a ie n t d e s f e u i l l e s       d e la u r ie r - r o s e . D e h o r s ,\nu n e b a g u e t t e a p p u y é e c o n t r e l e c h â s s is , p u is la c h a r p e n t e v e r m o u lu e\nd u to it e t u n p a n d u p o ta g e r .\n    V o ilà to u t.\n    A u s s i,     m ’é t o n n a is - je     de     l 'i n e x p l i c a b l e   a t t r a it    de      c e tte     fe n ê tre\ns u r m o i.       Q uand          nous      e m m é n a g e â m e s, e lle           me         r e t in t lo n g u e m e n t ,\na n i m é e q u ’ e l l e é t a it d ’ u n e m a g i e v a g u e . J e             la q u i t t a i , m a is j ’y r e v in s\na v e c p e r s i s t a n c e . U n j o u r , j e v o u l u s l a d e s s in e r : j e d u s y r e n o n c e r ,\ns e n t a n t a u t o u r d ’e l l e , s a n s le s v o i r p o u r t a n t , d ’ i n f in ie s p o é s ie s p e n s i v e s\ne t d o u c e s q u e l e c r a y o n n ’a u r a it p u f i x e r . J e j o u i s s a i s d e m a f e n ê t r e\nc o m m e d ’u n t r é s o r . P a s s a i s - j e p r è s d u f o u r n i l , j ’e n t r a is p o u r l u i d o n n e r\nu n r e g a r d . E t s o u v e n t , l a n u it , q u a n d j e t r a v a i l l a i s s e u l d a n s l a c u i ­\ns i n e , a u x h e u r e s d e f a t i g u e o u d e t r is t e s s e , j e p r e n a is l e q u i n q u e t e t\nm ’a l l a i s a s s e o i r d e v a n t . 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A la f in , j e m e\nl a is s a i c h a r m e r s a n s p l u s c h e r c h e r à c o m p r e n d r e . J ’a im a is l a v i e i l l e\nfe n ê tre c o m m e u n           ê tr e m y s t é r i e u x e t b i e n v e i l l a n t , u n o b j e t - f é e ; e t,\nl ’a n n é e s u i v a n t e , q u a n d n o u s d é m é n a g e â m e s , j ’a lla i u n e d e r n iè r e f o is\nla   re g a rd er, a v e c un serrem en t d an s                    ma      d o u lo u r e u s e p o it r in e . L e\nc ro ir ie z -v o u s ? j e    f a i l l i s a v o i r d e s la r m e s e n     m ’ a r r a c h a n t d ’e l l e ;   e t,\na p r è s d i x m o is , j e n e l ’a i p a s o u b l i é e : c e n t f o i s , e l l e m ’e s t a p p a r u e ! . . .\nO r , t a n t ô t , c o m m e j e r ê v a is a u c o i n d u f e u , m a r ê v e r i e s ’ é t a n t a r r ê t é e\np a r h a s a r d s u r e l l e , j e m e s u is t o u t à c o u p l e v é r a y o n n a n t : l a v i e i l l e\nf e n ê t r e r e s s e m b la it à c e l l e d u f o u r n i l d e m a m a is o n n a t a le q u e j ’a i\nq u itté e e n fa n t.\n\n     Liége, 20 février 85.\n\n                                                                      C É L E S T IN        DEM BLON .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 334, "texte": "           LA\n\nBASOCHE\n    N\" 9. J u illet 1885\n\n\n\n\n       des ‘Presses de J.-B . Moeus, ‘Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "             LA BASOCHE\n               REVUE LITTÉRAIRE ET ARTISTIQUE\n Paraissant le 13 de chaque mois, en livraisons de 32 pages au moins.\n\n                          PRIX D E L ’A BO N N EM EN T :\n       B elgiq u e : 4 fra n cs p ar an. — U n ion P o s ta le : 5 fran cs.\nT ou te   d e m a n d e d’a b o n n e m e n t d o it ê tre a c c o m p a g n é e d u m o n ta n t en m a n d a t-p o ste\n\n\n   Le tirage des n°* i et 2 de L A B A SO C H E étant complètement\népuisé, nous nous voyon s forcés de créer des abonnements de dix mois,\nau prix de 3 fr. 50 (étranger : 4 fr. 50), qui partiront du n° 3.\n\n                                      B U R E A U X DE L A R E V U E :\n\n                  Galeriê Bortier, 7, à Bruxelles en Brabant.\n\n\n     L A B A S O C H E reste absolument indépendante de toute coterie littéraire ou\nartistique. — Elle ouvre ses colonnes aux essais des Jeunes. — Leurs envois\nseront examinés par un Comité littéraire, et insérés, s’il y a lieu. — Les manuscrits\nnon insérés sont rendus sur demande accompagnant l’envoi.\n     Il     sera répondu à toute lettre sérieuse, contenant un timbre pour l'affranchisse­\nment du retour. — Nous rendrons compte de tout ouvrage dont un exemplaire\nparviendra aux bureaux de la Revue.\n     La reproduction des articles de L A B A SO C H E , est autorisée sous condi­\ntion d’indiquer leur provenance et d’avertir la Direction.\n\n\n\n\n                          PROPAGANDE                                                       :\n     Dans un pays rebelle, comme le nôtre, à toutes les innovations littéraires, une\nœuvre exclusivement artistique, telle que L A BA SO CH E, a besoin du concours\ndévoué de tous ceux que le culte de l’ Art possède. Nous faisons un appel éner­\ngique à tous les Jeunes, et les convions à entamer avec nous la bataille : C ’est à\nfois la lutte pour l’Art et pour l’existence.\n     Nous tenons à la disposition de ceux qui nous en feront la demande, des cartes\nd’abonnement, numérotées par séries de dix ; lorsqu'une série nous sera revenue\navec adhésions, son dépositaire recevra à titre gracieux, LA BA SO C H E pendant\nun an ; pour deux séries, l’abonnement lui sera servi à perpétuité.\n\n\n                              HOTTE A U X CHIFFONS.\n  M lle Jehanne de V. — Un poème de deux cent quatorze vers sur Le Lapin! O h,là là ! vous nous la faites\nlo n gu e, dair.oiselle. Enfin, on verra à en insérer quelques un .... Après que vous aurez envoyé vetre photo­\ngraphie, cependant ; nous ne voulons plus èrre galants qu’à bon escient. H é, hé, La ‘Basoche est bonne fille ;\nniais quant à se laisser poser un lapin, et un pareil........\n  A Gallay. — L'oraison funèbre d’ un vieux Pot, c'est très joli, mais pas du tout du tout dans notre cadre.\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "        LES            IDOLES\n\n              AM OUR POSTHUME\n\n\nPendue auprès du lit, la tête aux livres peintes\ncalme et blême, égouttait ses lourds caillots de sang\nau-dessus d’un bassin de cuivre éblouissant\net gorgé jusqu’au bord de lys et de jacinthes.\n\nCes longs yeux vert de mer aux prunelles éteintes,\nces cheveux d’un blond roux, nimbe d’or flavescent,\ntout, jusqu’aux rudes jets de pourpre éclaboussant\nce cou martyrisé gonflé de sourdes plaintes,\n\nLui, qui les avait peints, grisé d’un fauve espoir,\nquand il eut fait sécher le tout au feu de l’âtre\nil baisa longuement cette bouche rosâtre,\n\npendit la tête au mur, et s’habillant de noir,\nlui fit de sa douleur d’homme un morne encensoir,\nartiste épris vivant d’un moulage de plâtre.\n\n\n                 LA M A D O N E\n\nLa Madone espagnole est haineuse et mauvaise,\neffroi de l’hérétique et chère au torrero,\nelle a pour l’estrapade et les jeux de taureau\nl’âpre et sinistre amour d’une fille malaise.\n\nReine d’auto-dafé, sa chapelle est fournaise:\ncouronne de clinquant au front, étroit fourreau\nde satin jaune au corps; aux pieds, le brasero\nrouge, et les grenadiers aux larges fleurs de braise.\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "                       - 302 —\nEt les senteurs des fleurs dans l ’ombre illuminée\ntraînent, lourdes ; l’autel, où, flamboyant décor,\nles cierges allumés font autant de points d’or,\nterrifie; et de craie et d’ocre enluminée,\nla Madone sourit aux vœux du picador\nde son rire effrayant de femme assassinée.\n\n\n                  D E lA S I L E N S\n\n                                        Sois charmante et tais-toi\n                                                           B a u d e l a ir e\n\n\n\n C’est une dame étrange et sombre, en bronze vert,\ndans sa lividité comme décomposée,\net gardant sur le socle, où sa tête est posée,\nl’effroi d’un grand œil blanc, aveugle et large ouvert.\n\nParmi les bouquets blancs encor lourds de rosée\nelle vit, noire idole, et, sous le double éclair\ndes regards argentés et des lèvres d’or clair,\nsemble une reine morte, en public exposée.\n\nAussi, malade épris du mutisme outrageant\nde ce bronze, amoureux de sa morne insolence,\nje l’ai coiffé de gaze et de toile d’argent\n\n E t, déifiant mon rêve éclos d’un vœu méchant,\nj ’adore avec bonheur la dame du silence\n dans ce spectre attifé, d’un vieux buste émergeant.\n\n\n                                       JEAN LORRAIN\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "                       LE TRIANGLE\n                                                  A mon ami Ch.-Henry de Tombeur.\n\n\n                                           B\n                                   L es   E s p r it s .\n                                                                    Brunnhilde :\n                                                            O si j ’ é ta is ta p e n s é e !\n                                                                     Siegfried :\n                                                       C ’ est to i q ui m ’em b ra se s l ’a rd e u r!\n                                                                    !Brunnhilde :\n                                                    T u se ras d o n c S ie g fr ie d et B ru n n h ild e ?\n                                                                     Siegfried :\n                                                        O ù je su is ils s e r e t r o u v e n t !\n                                                      R . W a g n e r (L e C ré p u s c u le des D ieu x )\n\n\n\n               Jea n   avait aim é une jeune fille, non pas charm é par la\n                femme, mais sollicité par l’être m oral. Il n’avait pas cédé\n            à la sensuelle et passagère adm iration d’une beauté féline ;\nL ouise était maigre, d ’une égyptienne gracilité, sans les hanches\nproém inantes et les saillies féminines du bassin ; sa tête, au front\nennuagé de lym phatiques cheveux blonds, au teint d’une pâleur\nlilia le   n’avait     de vivant que les yeu x; encore brillaient-ils d ’une\nvie inquiète : sa tête n’était que ses yeu x. L ’artiste avait senti une\nâme au fluide de ses regards. C ’est fatal, pensa-t-il, quand il eut\nrencontré L ou ise plusieurs fois, nos êtres se doivent.\n   Il connut L ouise, et lut en elle avec un certain désenchantement\nqu'il lui paraissait plus curieux à étudier qu’attirant de sym pathie.\nD u reste, il ne souffrait pas d’être observé, s’il aim ait de son côté\npénétrer les autres. M ême la jeune fille, voyant cet étrange amant\nvenir à elle, avait eu peur, loin d’être flattée comme, toute femme\nà la reconnaissance de l’irrésistible aimantation qu’elle exerce; elle\néprouvait à son approche de la domination qui l’enveloppait, et\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "                                 —   304   —\n\n\n\n\ntremblait d’une frayeur intime et vague. Rarem ent, un homme causa\ncette impression à une fem m e; car lui, n’était pas le mâle, mais une\nâme aspirant à s’unir à une autre âme, dans un besoin irraisonné de\nsupraterrestres délectations. Bientôt L ou ise fut envahie d ’admiration\npour cette extraordinaire figure, sans que son être nerveux eut pu\navoir la force de s’opposer à l’envahissement, car elle pressentait que\nde grands m alheurs troubleraient leur amour. Entraînée par un rapide,\nelle apercevait dans le lointain bleuâtre des poussières d’eau s’élevant\nlum ineuses au dessus d ’un gouffre ; effrayée, elle ferm ait les yeux\npour ne pas voir ; lisse était le courant du large fleuve et le s eaux\nchantaient de chants intérieurs qui résonnaient aux rives de cristal.\nJean certain d ’avoir acquis assez d’autorité sur elle, initia L ouise à\nson art par de longs entretiens et aussi par ses livres de dilection. L a\njeune fille s’affina subitement, ju gea toute conversation fade, superfi­\ncielle, et dédaigna les relations mondaines. Q uant aux « plaisantins »\ndes salons, ils n ’osaient se moquer de Jean ni devant lui, l’artiste les\ncliquait de ses regards dans l ’évidence de leur infériorité, ni en son\nabsence, car ils auraient craint de voir alors ses regards translucides\nles fixer, ironiques. A cause de lui, elle s’isola, ne trouvant plus en elle\nd ’estime ni d’amitié, brûlant toute d ’un feu spirituel pour son âme\nfrère. E t même aurait-elle su lui distraire une seule de ses pensées ?\nP u is il était si triste, qu’il lui semblait que la destinée lui avait donné\nl’angélique mission de le consoler, de le soutenir dans et contre la\nvie. A m our comme un grand rêve éperdu où l ’esprit se com plaisait,\net le corps oublié dépérissait! L eu rs enfants ne devaient pas être de\nchair et de sang, mais ces œuvres dont ils s’entretenaient longuem ent,\ndont ils portaient, berçaient, nourrissaient le projet dans leur âme\nm usicale, et que Jean exécuterait en rendant par son art leurs\ncommunes souffrances. D epuis près d’un an ils étaient fiancés que\nL ouise et Jean songèrent au m ariage, pour pouvoir enfin se dérober\naux critiques ; leurs parents    mêmes leur reprochaient de se tenir à\nl’écart du monde, et de l’indisposer contre eux.\n  M aintenant on s ’occupait du trousseau. L ou ise avait voulu ourler\net broder des m ouchoirs, des nappes, des rideaux. C ’était une fièvre.\nE t dans sa chambre de vierge, tapissée de blanc, Jean lui parlait des\nheures interminables et courtes, tandis qu’elle travaillait tête baissée.\nM ais il lui parlait à voix basse, car il était ému la regardant assise\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "                                 —   305 -\n\n dans la baie de la fenêtre, entourée de linges éblouissants qui roulaient\n à ses pieds en floconnements de nuage, sa m aigre figure se découpant,\n frangée de lum ière, sur les électriques grisaillem ents d’un jour septen­\n trional. E lle lui paraissait une Sainte gothique dans un reposoir illu ­\n m iné, il devait se contenir pour ne pas se mettre à genoux et prier.\n E t dans ce silence d’église, où glissaient le friselis des aiguilles et\nle froissement des linges qu ’elle dépliait avec un doux bruit d’ailes\nhumides ou d’aérienne respiration, il parlait à voix basse à son âme\nsoeur. E t dans l’air, il n’eût fallu qu’une échappée de sons d’orgue,\nqu’un envolem ent de neigeuses colom bes.\n   U n soir, après une journée ainsi passée, Jean quittait L ou ise le\ncerveau bourdonnant. S a fiancée avait subitement deviné en lui, au\nmoment du départ, un indicible désolement, et avait voulu le retenir\nprès d’elle, dans la crainte inexplicable d’un m alheur. E lle s’était mise\ninquiète au balcon pour le voir encore, lorsque dans la rue, Jean saisi\nde frisson roula par terre. L ouise cria horriblement et courut à lui,\nsuivie de ses parents effrayés et des domestiques. Jean se débattait sur\nle pavé, les traits convulsionnés,       m éconnaissable, la    bave   aux\nlèvres, les yeux saillants de leurs orbites. L e médecin du jeune homme\nqui dem eurait là-près fut appelé en hâte, et lorsque grâce à ses soins,\nla crise se fut bientôt calm ée, il le fit transporter chez les parents de\nsa fiancée et l’endormit. L e lendem ain, Jean fut d ’abord étonné de ne\npas se trouver chez lu i, mais il se rappela vile son m alheur; sa\nlassitude était grande; cependant il se leva, s’habilla, et descendit dans\nla salle où l’on prenait d ’habitude le déjeûner. L a table était mise, et\nLouise pâle, tremblante, parlait avec sa mère. Après le repas, malgré\nles parents, et surtout malgré Louise, il voulut se rendre chez son\nm édecin, et sortit accompagné de sa fiancée qui désirait le conduire\njusqu’à la porte. Se donnant le bras, ils descendirent les escaliers;\nJean l’étreignit sans dire mot, appuyant sa tête sur les épaules de\nla jeune fille. L ou ise pleura. « Pourquoi pleures-tu, folle? » lui\ndemanda-t-il, la gorge serrée. « J ’ai rêvé cette nuit que nous allions\nrompre. Je ne sais pas, mais la fin de notre amour va sonner.\nVois-tu, je suis trop nerveuse, je pressens et crains tout, un grand\nm alheur nous menace ». — « Petite folle, reprit-il tristement. » Ils\narrivèrent à la porte. « A tantôt, » dit Jean. — « V rai? » répondit-elle,\nses yeux dilatés s’emplissant de larmes ; « vrai? » comme si son retour\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "                               — 306 —\nlui sem blait im possible. — « Puisque je te le dis, » et il l ’embrassa sur\nles paupières, buvant les pleurs qui pendaient aux cils ; il partit.\n  Jean se rendit chez son m édecin, qui parut très étonné de le voir.\n  « Je suis épileptique, n ’est-ce pas? » lui dit Jean. « N e me le\ncachez pas. »\n  A cette question énergique, posée subitem ent, le m édecin ne sut\nque répondre, et cependant, se sentant pénétré par le jeune homme, il\nne put lui cacher l ’horrible vérité.\n  « V ou s ne m ’effrayez pas, continua Jean, j ’ai du courage et de la\nvolonté. Cette m aladie est héréditaire dans ma fam ille; vous êtes\ndepuis des années son médecin, et vous le savez; mon grand-père en\nest mort. J ’en suis frappé à mon tour. J’ai beaucoup souffert des\nnerfs étant jeu n e; j ’ai maintenant vingt-cinq ans, l ’épilepsie terrassera\nl’homme. E t il articulait ses paroles m étalliquem ent, avec de grands\nfeux dans les regards. » Il s’assit : « Je suis décidé à rompre avec\nm a fiancée; notre mariage serait un crime. Je vous supplie d’aller\naujourd’hui même chez ses parents; dem andez-leur l’approbation\nde ma conduite. Je sais que j ’aurai troublé l’existence de L ouise,\nmais je com pte sur vous, cher docteur, pour lui faire com prendre ma\nrésolution. » Il faillit pleurer. Ils parlèrent encore longuem ent, le\nm édecin lui ordonna de rentrer chez lui, de se mettre au lit, et lui\nprom it d’aller le voir dans la journée pour lui rapporter la réponse\ndes parents.\n   L e jeune homme retourna chez lu i; d ’une raideur spectrale, il\nportait haut la tête, comme plein d’une fière détermination. D e temps\nen temps, il frissonnait m algré lui, ses dents claquaient à se briser,\nmais aussitôt il frappait le pavé du talon, et se redressait. Sa vieille\nservante fut effrayée en lui ouvrant la porte; sa figure était d’une\nmortelle lividité, ses yeux cloués dans la froide pâleur mate de la peau\nparaissaient deux trous noirs, au fond desquels fulguraient d ’une\nlum ière   lugubre    des pensées troublantes       tombées là prises de\nvertige.\n   Jean fut bientôt seul dans sa cham bre, où le poêle ronronnait. A la\n blancheur des couvertures de son lit qu’il souleva lentement, s’allum a\n dans son esprit d’un éclat fl uidique de nacre le souvenir des pures\n joies éteintes; il se rappela cette cham bre de vierge, où il parlait à\n voix basse à Louise. M usical éperdûment! Aérienne sym phonie! Il\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "                                   —   307   —\n\n\n\n\n s’agenouilla et penchant la tête, étouffa ses sanglots. Puis, s’étant\n déshabillé, il s’étendit; le sommier grinça. O h! pensa-t-il, un cercueil\n ne doit pas grincer autrement quand on y couche un mort. Etendu\n sur le dos, il leva les yeux au plafond dont la blancheur le fit\n frissonner. Il cacha sa figure dans le coussin, m ais son cerveau\n travaillait.\n         Il avait aim é par l ’esprit, le corps prenait sa revanche. — Il\n avait oublié la chair. —     L e monde était incom plet. — L e bonheur\n absolu n ’existait pas. — M ais aussi, pourquoi avoir voulu tant s’élever,\n tant s’affiner, tant s’approcher de l’infinie perfection ? — Il était homme.\n — A im er spirituellem ent, im possibilité ! L e verbe aimer l ’affirmait, la\n consonne m lourde, m atérielle, ne retenait-elle pas, n’attachait-elle\n pas à la terre les voyelles ailées? D u reste, l ’existence même du verbe\n ne le prouvait-elle pas? E t il dit : « Im possibilité. » Ce mot qui lui\n était échappé inconsciem m ent lui fit peur. Il lui sem blait qu’une voix\n inconnue approuvait sa pensée. E t il agita sous son front brûlant\n les réflexions écœurantes, qui lui montaient du corps, nausées des\n hommes, rancœurs de la vie.\n   L e médecin vint le voir l ’après-midi. « L es parents, lui dit-il,\n ont été effrayés, quand je suis entré chez eux; L ou ise s’est mise à\npleurer et me presser de questions, je lui ai annoncé que je vous avais\nfait reconduire chez vous, jugeant que vous deviez être soigné\npendant un mois au moins. E lle voulait accourir ici, je n ’ai pu l’en\nem pêcher qu’en lui affirmant qu’un repos absolu vous était nécessaire.\nE nfin, seul avec le père, je lui ai révélé la vérité sur votre état, et lui\nai com m uniqué votre intention. Il vous approuve. »\n   o M erci docteur, dit Jean, en lui tendant la m ain. E t ils conversèrent\nlongtem ps ensem ble. L e médecin revint souvent. U n matin, il lui\nannonça que L ou ise était partie en voyage. Q uinze jours après la\npremière crise, Jean fut em poigné par son m al. E t cette rechute lui\nrem it douloureusement en mémoire les circonstances de sa rupture.\nCependant il ne tarda pas à reprendre courageusem ent le travail.\n  D ans les premiers temps, il avait réagi violemm ent contre son\namour, écartant tout ce qui le lui rappelait. E t puis, oublier était\npour lui une question d’honneur, une épreuve pour sa volonté.\nA sa passion il opposait son énergie. E t ces deux puissantes forces\nluttant, il résultait que Jean flottait dans un état, non pas d ’indifférence,\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "                                  — 308 —\nmais d’inconscience voulue. Aussi ne se réveilla-t-il pas à la réalité le\nlendem ain du jo u r où il quitta L ou ise, mais seulem ent alors que, n ’usant\nplus ou ne pouvant plus user d’une volonté de fer, il redevint d ’un\ncalm e plus sain, plus naturel. L ’ordre des choses reprenant le dessus,\nil jugea nettement sa situation d am e. E t dans l ’apaisement de ses idées,\nil sentit tout l ’irrem édiable de sa souffrance.\n   E n lui, ce n’était pas tant l’amant qui gém issait. Ainsi, il était\nprofondément troublé quand il pensait à l’explication que L ou ise avait\ndû donner à la rupture. Com m ent, ils avaient vécu dans une com m u­\nnauté spirituelle d ’existence, lui Jean, la pénétrant de sa nerveuse\nsensibilité, l ’élevant à sa distinction, lui faisant épouser ses aspira­\ntions et adorer son culte; et, parce que son corps était atteint de cette\nm aladie, il l ’abandonnait? Il lui avait donc menti ? E h ! oui, il le\nreconnaissait, l ’amour tel qu’il l’avait rêvé, et que cette autre avait\nrêvé à cause de lui, était faux, im possible. Q u ’il souffrit maintenant\ndu rappel à la matérialité, ce n’était que juste, mais que L ou ise en\nsouffrît aussi, il n’osait y songer, et cependant cette pensée le\npoursuivait.\n  Il se rem it au travail, pour se réfugier dans une occupation conti­\nnuelle de son intelligence. D ’ailleurs, le m édecin lui avait permis de\nrevoir ses amis, et dans la com pagnie, la conversation d ’un d’eux\nsurtout, de Léonard, le jeune sculpteur, il trouvait de pures jouissances.\nM ais son art fut son plus grand consolateur, et même, il em bellit sa\ndouleur, la fit chanter délicieusem ent en lui ; à certains moments il\nl’aimait, et était heureux d’avoir souffert. Ses m alheurs l’avaient\naffiné, subtilisé, divinisé ; dans la nature il entendait les êtres gém ir\ncomme       lui, partout! les aspirations    à l ’infini palpiter étouffées.\nAussi, bientôt il acquit une pénétration qui l ’effraya d’abord lui-même;\nce n’était plus le corps des choses, leur enveloppe qu’il voyait, mais\nleur âme, leur spiritualité qu’il sentait. E t il travailla, exprim ant\nles plaintives harmonies du tout, qui résonnaient en lui, quintes-\nsenciées.\n  Cependant, au bout d’un certain temps, il com prit qu’il n’avait pu\noublier, et ressentit un grand vide. Il peignait, se délivrant de ses\ntyranniques impressions; c ’était une consolation, plus, une espérance ;\nil avait des amis qu’il aim ait, et lui rendaient bien son amitié ; mais il\navait perdu son âme sœ ur. Après une œuvre terminée, il éprouvait le\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "                                 — 309 —\n\nbesoin de ses approbations réconfortantes. Son cerveau avait été\nfrappé pour la vie, avait comme tenu m oins de place sous le crâne,\npour en posséder un autre, se l ’assim iler. Même il arriva qu’il voulut\nse souvenir, et mit à l ’accomplissem ent de ce désir autant de force\nqu’il en avait d ’abord apporté à oublier. E t sa volonté étant toujours\nplus aiguisée, après les rechutes dans le mal, qui, moins fréquentes\ncependant, lui rappelaient son m alheur; il se disait : « Je dois avoir\nlaissé de mon      être à cette femme,      je me sens incom plet, et elle\ndoit m’avoir laissé du sien ; car les parties de nos âmes cherchent à\nse rejoindre en nous. » Il savait que L ou ise était toujours en voyage,\nmais il ne croyait pas que cet éloignem ent distançant leurs Corps, p ût\nséparer leurs E sprits.\n  Si ses amis n’étaient venus lui rendre de fréquentes visites, il serait\ndevenu fou, tant la conviction « qu ’elle était autour de lui, en lui »\nhypnotisait ses pensées. Même il projeta de consacrer un adoratoire à\nson amour, une pagode à son idole. Derrière sa maison, une petite\nchapelle était cachée sous les grosses branches de hauts arbres\nplaintifs au vent. C’était l’ancienne chapelle de sa famille; depuis des\nannées l’office divin n’y était plus célébré, l ’autel s’y trouvait encore,\nmais plus une statuette, plus un ornement. Il en fit son église, et en\nrecouvrit lui-même les m urailles de satin blanc. Il n ’aurait point\nlaissé cette besogne à un ouvrier : il regrettait de n’avoir pas tissé le\nsatin; et s’il l ’eû t tissé, il eût regretté que le satin fût com posé\nd’autres matières que sa chair et son âme. Jean plaça sur l’autel peint\nnoir-mat, trois coussins blancs portant les seuls objets qu’il avait de\nL ou ise, sans qu’elle le sût; les autres souvenirs, il les lui avait fait\nremettre. C ’étaient un ruban rose qu’il avait doucement dénoué de ses\ncheveux, un soir d’automne qu’après une alanguissante promenade\ndans les campagnes odorantes, ils s’étaient assis l’un près de l’autre;\nun m ouchoir en point de Bruges, où leurs initiales rouges se tordaient\nenlacées, qu’elle avait oublié dans l’atelier de son fiancé; — et un bou­\nquet de roses de Chine et des A lpes. Il déposa ces fleurs su r l e coussin du\nm ilieu, car il les avait conservées avec religion, et surtout maintenant\nelles lui étaient chères, que desséchées, avec leurs tonalités d’agonie,\nelles   sym bolisaient son amour, vivant par l’esprit et le souvenir,\nvivant d ’une vie supérieure.\n  Entouré de l’éclat frissonnant des murs, il existait dans le passé.\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "                                  — 3 10 —\n\nIl était dans cette chambre de vierge, au silence m ystique, où il parlait\nà voix basse à L ou ise qui brodait tête penchée, mais dont l ’âme\nsuivait la sienne au pays m agique de leurs rêves. D e nouveau il\nressentait la douloureuse impression que lui avait produite la blan­\ncheur des couvertures de son lit, quand il était rentré chez lui\ndésespéré, malade. S a vie consistait donc en la mémoire et le culte\ndes années finies, il ne songeait au présent, encore moins en l’avenir.\nCependant il voulut peindre le portrait de L ou ise; effrayé, il tenait\nà se prouver que son adoration avait conservé de l’attache avec la\nmatérialité.\n   H élas ! il ne peignit pas L ouise, mais évoqua son esprit, et aussi peu\nque possible anima son œuvre de cette vie que les épais, les inférieurs\nappellent et croient positive. Impression troublante, — l ’être de sa\nvision, tantelle était d’essence divine, paraissait im prégnée d ’un fluide\nd’une douce clarté;elle échappait à notre terre avec la grâce fuyante du feu\nfollet, ne pouvant respirer que dans des sphères élevées, bien au-dessus\nde notre atmosphère. Son corps était vêtu d'une longue robe à traine\nondoyante d’une soie violette, d ’un violet appâli, mourant, avec des\nplis s’éveillant de reflets rosâtres sur les bords, atténués de demis-tons\nsomnolents de moire et de mauve dans les creux. Sa peau tendue,’\nfine comme du papier de Japon, laissait transparaître la sanguinolence\nlaiteuse des chairs, et se nacrant du reflet des os, en faisait deviner\nl ’aristocratique délicatesse. E t ses yeux, trouées par lesquelles son âme\ns’épandait en l’infini, exprim aient sa céleste passivité; elle donnait de la\nvie, et d elà sienne, sans pouvoir en prendre. Jean, au contraire, avait\nregard inquisiteur, perçant d’ un magnétiseur, aspirait les pensées des\nautres, ou im posait les siennes L ’artiste avait fait le portrait de sa divi­\nnité telle qu’il la voulait. E t il y avait un tel évanouissement de la m a­\ntière, et une telle spiritualité fluidique dans toute l’œuvre que l’on croyait\nla voir à travers le sommeil rêveur d’une eau sans courant, sans ride. E t\nmême pouvait-on la voir? N ’était ce pas elle qui vous voyait ? « Jean\nressentit un bonheur douloureux quand il eut fini cette toile; et la\npendit, au-dessus de l’autel, à la place où jadis se trouvait le Crucifix.\nE t régulièrement il venait à son adoratoire, le matin avant de se rendre\nà son atelier, pour demander à son E sprit du courage contre ses\nm alheurs, et le soir, à la tombée du jour, après le travail. Alors, surtout,\nil restait longtemps à la chapelle, et quand plus de bruit à l ’extérieur\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "                                — 3 11 —\n\n\nne parvenait à lui, quand le m onde se laissait oublier dans l ’ombre de\nla soirée, il créait un autre m onde à son âme. Agenouillé, il fixait ses\nchères reliques, et dès qu’il sentait en elles un courant de vie, guidé\npar ce courant il allait à l’E sprit d’où il émanait, et entretenait avec\nL u i de longues conversations dans d ’inconnus espaces.... Où? — Dans\nd’inconnus espaces.\n  U n an s’était à peine écoulé depuis la rupture; un jour, le vieux\nmédecin avertit Jean du retour de L ouise. Il s’étonna que le jeune\nhomme ne fut surpris, ni ému par cette nouvelle, et s’im agina même\nqu’il l’avait apprise par une autre voie. Jeanne sortit plus que rarement,\net dirigea ses prom enades de préférence dans les environs de la ville, car\nil craignait de la rencontrer. E t cela, il ne le voulait. N e possédait-il\npas son esprit? E t pourquoi voir son corps puisqu’il ne pouvait lui\nappartenir? Cependant, la sachant plus près de lui, son im agination\nétait sans repos, sa volonté s’accroissait, il se croyait toujours plus en\ncom m unication avec elle. L e hasard fit qu’il rencontra L ou ise deux ou\ntrois fois; leurs yeux se croisèrent, Jean sentit parfaitement que son\nregard était soumis, qu’elle était attirée à lui. Il la salua le plus posé­\nment possible, sa m ain ne trem blait pas. Rentré chez lui, il se déses­\npéra que L ou ise vécût encore, et qu’elle eût sur la terre une partie\nd’elle im possible à subjuguer. O h! que n’était-elle morte? E lle ne\nserait qu’E sprit, et il saurait toujours l’évoquer!\n   Il pensait ainsi, car il prévoyait, dans son culte égoïste, que bientôt\nil aurait à soutenir une lutte plus rude encore. M aintenant il ne\npouvait plus peindre, son âme était trop pleine pour qu’il exprimât\nses émotions. Il était m élancolique, silencieux, quand ses           amis\nvenaient à ses m ercredis, parlait peu, ou s’emportait exagérément et sa\n taciturnité couvant dans la sombre effervescence de son âme d ’irré ­\n vélées et   intrigantes   souffrances, effrayait plus que    ses discours\n embrasés jaillissant de ses lèvres comme de la lave. Assis dans un\n coin de l’atelier, le plus souvent il se taisait, n’écoutant même pas\n la conversation des autres, et il sem blait s'entretenir avec un person­\n nage invisible. Quelques uns craignirent à certains moments qu’il\n devint fou, tant ses yeux s’enflammaient de flammes étranges. Du\n reste, cet état d’âme aggravait sa m aladie, ses accès le resaisissaient\n plus régulièrem ent. D es mois se passèrent pendant lesquels Jean\n s’efforça de travailler. Il ne put. E t cette impéritie le frappa. Alors,\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "                                 — 312 —\nrageant de son im puissance, il concentra les efforts de sa volonté à son\nculte. E t sa vie se partagea en de courtes promenades dans les cam pa­\ngnes et en de longs offices. Quelquefois il se consolait par la griserie\ndouloureuse des paroles qu ’il lui adressait, à elle. « N ’était-ce pas\nprofaner son amour que faire de l’art? N on, la grandeur, la bonté,\ndont il se sentait rem pli, ne serviraient qu’à l’entourer des feux de sa\nspirituelle passion. Pourquoi livrer aux indifférents le m eilleur de soi,\nla quintessence de ses émotions ? Elevons-nous à un monde supérieur-\nlui disait-il, à vo ix basse. L es insensés q u i se rivent par leur seul vou ­\nloir aux vulgarités de la terre ! Mortifions notre corps, que nos esprits\nen puissent sortir, flammes subtiles, et s’unir. A deux, nous serons\npénétrés du souffle de la nature, nous atteindrons à l’intime connais­\nsance de l ’U nivers. N e crois-tu pas comme moi, que nous enserrerons\nen nous ce qu ’il y a de divin par les mondes? N os âmes ont été faites\nd’une même âm e, pur esprit, nos douleurs viennent de notre sépara­\ntion, formons un tout comme dans le passé. Sortis de l ’infini pour\nsouffrir des souffrances humaines, rentrons dans            l’infini. » E t il\npleurait, ému par la m usique monotone de sa voix,                sentant   la\nprofondeur de son adoration, craignant l'irréalisable de ses rêves.\nPuis après ces essors affolés vers d’utopiques jouissances, vaincu, il se\nrendait à la m élancolie qui filtrait, verdâtre, en son être, lent mais\nin faillible poison.\n  T o u t à coup il tomba dans une tristesse noire. Il lui fallait plus\nd ’efforts pour se mettre en relation avec l ’Esprit, et ce n’était pas\naffaiblissement d’amour et de volonté de sa part, mais il sentait que\nde l’opposition était mise à leur com merce. E t cette lutte le faisait\nréfléchir. Q ue se passait-il en elle ? E t tant sa pénétration était\ndéveloppée, qu’il prévoyait le m alheur : L ou ise était fiancée.\n  « F iancée, elle, dont l’esprit lui appartenait, prom ise par le corps\nà un autre! E lle voulait lui reprendre ses pensées! E lle n 'était donc\npas si détachée des vils abaissements qu’il l ’avait cru ! » E t, plus il\nsentait d ’opposition, plus' il luttait. P eu à peu, son besoin irraisonné\nd’adoration agissant, il se fit à l’idée du divorce du corps et de l ’Esprit,\net le crut possible. « Q u ’elle abandonnât sa chair, que lui importait,\npourvu que son âme lui restât. « E t après s’être abîmé des heures et des\nheures dans son adoratoire à développer étonnamment sa puissance\nd’évocation, il en venait à la supplier, en pleurant, en répétant\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                                                       — 3 13 —\nt o u j o u r s l a m ê m e p r iè r e . A u s s i q u e l b o n h e u r , q u a n d i l n e r e n c o n t r a it\npas de         r é s is ta n c e , q u a n d      l ’ E s p r i t d e L o u i s e s ’u n is s a it a u s ie n s a n s\nc o m b a t . C e t t e v i c t o i r e d ’u n in s t a n t e n d o r m a it s e s s o u f f r a n c e s . « O u i ,\ne lle l ’a im a it to u jo u r s . O n          l a f o r ç a it , s a n s d o u t e , à s e m a r ie r . E t p u is ,\ne l l e n ’é t a it p a s p a r j u r e , p u i s q u ’e l l e lu i la i s s a i t s o n E s p r i t . » D e s m o is\ns ’ é t ir è r e n t , c r u e l s p a r l e u r in t e r m i n a b le d u r é e . I l s o r t a it p lu s r a r e m e n t\np o u r n e p a s la r e n c o n tr e r ; m a in te n a n t q u e                 L o u i s e a lla i t ê t r e à c e t\na u t r e , i l s e d é f e n d a i t p l u s q u e j a m a i s d e l a v o i r . E t d e lu t t e e n lu t t e ,\nb ie n    que       l ’a m o u r    de    L o u is e       eût ch an gé,        Jean        n ’e n        v o u la it,   n ’ en\np o u v a i t c o n v e n i r a v e c lu i- m ê m e .\n    Il    e u t s u b it e m e n t u n e id é e            é t r a n g e , a P o u r q u o i n e s ’ u n ir a ie n t - ils\np a s , e u x ? P o u r q u o i n e l u i d o n n e r a it - e lle p a s s o n â m e , l e j o u r m ê m e\nd e s o n m a r ia g e ? » C e p r o je t a rrê té , il v o u lu t s e                    s a n c tifie r       et je û n a .\nS o u v e n t i l s e b a i g n a , p o u r r e n d r e p a r le s a b l u t i o n s , la m a t iè r e m o in s\nin d ig n e      de     s a f la m m e       d iv in e . E t il       se r e c u e illit      d a n s l ’is o le m e n t .\nL e jo u r       du      m a r ia g e , i l s e l e v a tr è s tô t , p r i t u n b a i n , s e v ê t i t d ’ u n e\nlo n g u e     to g e    d e lin b la n c , et se             r e n d it à      l ’a d o r a t o ir e .     Là,     pas      de\np rê tre s     ni     d e té m o in s ;       l e u r u n io n n e d e v a it - e lle p a s s e c o n t r a c t e r ,\ns p i r i t u e l l e m e n t , e t d e v a n t le s E s p r i t s ? P a s d ’o r g u e , l a m u s iq u e d e c e\nr e lig ie u x      i n s t r u m e n t , s i s u p r a t e r r e s t r e q u ’e l l e s o it , n e p é n è t r e , q u ’e n\né m o u v a n t l ’o u ï e ; e t s o n           ê tre ,    san s    le   seco u rs       de      so n s      e x té r ie u r s ,\nt r é p i d a i t d e c é le s t e s     c h a n t s d e g r a n d e u r e t d ’a m o u r . L e n t e m e n t , le s\np i e d s n u s s u r le s d a lle s f r o id e s , i l s e d i r i g e a à l ’a u t e l, e t l e v a                l a tê te\nvers      le p o r t r a i t d e L o u i s e , n e f i x a n t q u e s e s y e u x . P u i s , s ’a g e n o u i l ­\nla n t , i l p e n c h a s o n f r o n t s u r le s r e liq u e s              e t s ’i m m o b i l i s a d a n s c e t t e\np o s e , j u s q u ’a u m o m e n t o ù m id i s o n n a : l e u r m a r ia g e é t a it c o n s o m m é .\n\n\n             { A s u iv r e )                                                  H E C T O R C H A IN A Y E\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "                 SP H Y N G E\nUn fait des premiers temps qu’un songe m’a narré :\nAux confinspénombreux du chaos et des mondes\nUne sphynge accroupie, entre ses griffes rondes\nAvait nonchalamment pris un globe éthéré.\n\nSon œil froid et hautain devant elle égaré\nScrutait le sens amer des énigmes profondes,\nEt dans l’aube des jours et dans les clartés blondes\nDevinait le chaos germant et préparé.\n\nPourtant, elle broyait entre sesfortes serres\nCette création, que déchiraient les cris\nLes lamentations, les plaintes, les prières.\n\nEt quand ce ne fu t plus que de sanglants débris\nQu’elle laissa déchoir dans la Ténèbre antique,\nCalme, elle rétablit sa pose hiératique.\n\n\n\n                   CR É P 0 N\nIl est sous un ciel d’encre un îlot, isolé\nDans l’océanfougueux sansfond et sans limites.\nTombant on ne sait d’où, sur ce coin désolé\nLa glycine dépend sa grappe en stalactites.\n\nLes Pangs, poissons divins au dos bariolé\nPlongent sous l’eau,plus prompts que des aérolithes\nEt l’Ibis au long cou dans les deux envolé\nDisparaît tout au fond de lointains insolites.\n\nLe terrain sablonneux est perdu sous les joncs,\nDesfantômes hagards au teint asiatique\nS’y traînent tout courbés, aveugles, à tâtons.\n\nMais au couchant d’airain se dresse un pont féerique\nEt l’ on peut s’élancer outre les horizons\n Plus loin que l’Ibis rose ou le Pang symbolique !\n\n                                     JU LE S    F R É D É R IC\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "                  CAUSTIQUE\n\n                                               P o ur M lle J. N .\n\n\n\nVous avez la beauté des antiques statues\nEt la grâce est en vous jointe à la majesté;\n Vosformes, de splendeur et d’orgueil revêtues,\nExpriment l’amour calme et la sérénité.\n\nVous êtes la déesse impassible et riante;\nVous avez la blancheur des marbres fabuleux ;\nEt le chœur amoureux des ramiers s’oriente\nSuivant lesflammes d’or de vos larges yeux bleus.\n\nVotrefront élevé que couronnent les roses\nM ’apparaît lumineux comme un rapide éclair.\nAuprès de vous, d’où fuient deuils et soucis moroses,\nLe cygne au blancplumage étincelle dans l’air.\n\nVotre marche estpareille aux lentes harmonies\nQui semblent embraser, en se développant,\nL ’espace illimité des plaines infinies\nEt dont le flot rythmique à travers tout s’épand.\n\nLes célestes senteurs de cinname et de myrrhe\nVolent à vos côtés et parfument vos chairs.\nLa clarté des ciels purs allume votre rire\nEt des rayons divinsflambent dans vos yeux clairs.\n\nVous voyelles soleils, mais vous ignorez l'ombre :\nDans l’éblouissement de la grande splendeur,\nVous foulez les meurtris dont le chemin s’encombre,\nO vierge insouciante et pleine de candeur !\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "                            - 3 16 -\n\nC a r vos autels sacrés regorgent de victim es\nQ u i vous crient à g en ou x leurs cris désespérés\nE t vous m ontrent l ’ horreur de leu rs d ouleu rs intim es,\nSans que tombe u n regard de vos y eu x adorés !\n\n\nO h ! p u isq u e jeu n e encor p a r la souffrance et l ’ âge,\nJ’ a i vu m on tour ven ir de me tordre à vos p ied s,\nP u isque vous avez s u fix e r m on cœur vola ge,\nE t que mes v ieu x dédains veulent être expiés,\n\n\nO déesse! d u m oin s, quan d m a v o ix vous im plore,\nP o u r vous fo r c e r à v o ir, et même à m ’ écouter,\nJe veu x, comme la v o ix d ’ une lyre sonore,\nReligieusem ent la contrain dre à chan ter;\n\nJe v eu x que m on am ou r vous soit une auréole\nQ u i ne vous brille p a s de ses doutes am ers;\nJe v eu x que le respect réside en ma p a role\nP lu s p ro fo n d que les d e u x et que les vastes m er s!\n\n\n                                   ANDRÉ         FONTAINAS\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                         JOURNAL D’ANDRÉ\n                                                                                A Joris Karl H u y s m a n s\n\n                                                        NOTE\n\n                  And r é ,   l ’a u te u r des    p a ges q u e      je p u b lie   a u jo u r d ’h u i, p é rissa it\n                    r é c e m m e n t, à v in g t-tro is a n s. — C e m e m e n to d o u lo u r e u x d ’ u n\n                    a rtis te in c o n n u , ce c a r n e t d e sen sa tio n s         m e fu t lé g u é et je le\n                   c r o is d ig n e     d e s u r v iv r e .     P e u g o û te r o n t,   p ro b a b le m e n t,    le\nc h a r m e té n u et d é lic a t d e ces n o te s ; le u r a p p a re n te in c o h é re n c e d é ro u te ra\net fa tig u e ra p lu s d ’u n le c te u r.\n    L a so litu d e o ù v iv a it A n d r é , a ig u is a s in g u liè re m e n t so n sen s p s y c h o lo ­\ng iq u e ; fa u te d ’a u tre su je t, il e x p é rim e n ta su r lu i-m ê m e l ’ in stru m e n t q u ’ il\ns’éta it fo rg é . E t q u e lle é tu d e p lu s p a ssio n n a n te ? : s c r u te r ,a n a ly s e r ses p ro p re s\np e n s é e s , — le u r s m o b ile s, le u r s v o litio n s , le u r s fin s ! L e J o u r n a l est le r é s u l­\nta t d e ces in v e s tig a tio n s .    I l s ’y m ê le b ie n des ré p é titio n s , des id é e s sp é c ia le s\nà l ’a n g le d ’o b se rv a tio n ;    —     n o u s a v o n s te n u à m a in te n ir so n           in té g rité de\nd o c u m e n t v ra i, d 'œ u v r e vécu e.\n    Q u e lq u e s m o ts s u r l ’h o m m e : —            A n d ré      n a q u it fa ib le e t m a lin g r e ; o n\nd é s e s p é ra it le c o n s e rv e r , o n y ré u s s it p o u r ta n t; m a is, à d ix -h u it m o is, u n\nv io le n t e t b r e f a cc è s d e fiè v re le la iss a a tte in t d ’h é m ip lé g ie . U n e se m a in e\né c o u lé e , la p a r a ly s ie se lo c a lis a d a n s le s g e n o u x et la p a rtie in fé rie u re des\nja m b e s. M a lg r é des so in s d ilig e n ts , le m a l d e v in t b ie n tô t irr é p a ra b le . —\nD e p u is l ’e n fa n c e , o n e n tre te n a it A n d r é d a n s l ’e s p o ir c h im é r iq u e d e la g u é ­\nris o n , et p o u r le s a tis fa ire so n m é d e c in p r e s c r iv a it d ’in u tile s re m è d e s. Il n e\ns o u ffr a it a u c u n e m e n t, d ’a ille u r s ,   sin o n     d e l ’im m o b ilité im p o sé e          p a r les\nm e m b re s a tro p h ié s, m o rts .\n   C ’éta it u n e sp rit h a u ta in ; — la fo rtu n e de ses p a re n ts, n é g o c ia n ts e n r ic h is\nlu i p e rm it d es étu d es a p p ro fo n d ie s e t, en d e h o rs d e to u t p ro g ra m m e im p o sé\np o u r s u iv ie s a v e c u n e m a la d iv e a rd e u r q u i h â ta sa fin . I l d ép en sa e n tr a v a u x\nin te lle c tu e ls la v ita lité q u ’in g a m b e , il e û t, san s d o u te , c o m m e ta n t d ’ a u tr e s\né p a r p illé e à to u s les v e n ts d u c a p ric e .\n   Il a v a it é n o rm é m e n t lu e t, d a n s sa je u n e s s e , u n p e u à l ’a v e n tu r e , san s\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "                                                        — 3 18 —\n\n g u id e s û r . M ais c e t am as d e c o n n a is sa n c e s d isp a ra tes, q u i a u ra it d é s é q u ilib ré\n u n e tête m o y e n n e , se tr ia , se classa m e rv e ille u s e m e n t en cet e x tr a o r d in a ir e\n c e r v e a u . P lu s tard cette frin g a le d u liv re se c a lm a ; il s y n th é tisa ses le c tu r e s ,\n re je ta l ’e n c o m b r a n t fatras des ta len ts s e c o n d a ire s et so n g o û t é p u ré et sé v ère\n n e re tin t q u ’u n e re s tre in te b ib lio th è q u e . L e p e n s e u r s ’é v e illa it en lu i.\n     Je m e lia i a v e c A n d r é d ’u n e a ssez é tra n g e fa ç o n :\n     — N o u s é tio n s v o is in s , et p re s q u e c h a q u e jo u r , je p a ssais d e v a n t la fe n ê tre\n o ù il essa y a it de se r é c h a u ffe r a u p â le s o le il d ’a v r il. C e tte fig u r e g r a c ile de\n m a lad e , d ’u n e b la n c h e u r iv o ir in e ,         é c la iré e p a r d e s y e u x en le sq u e ls la v ie\n a b se n te d e la c h a ir se m b la it s’ ê tre re fu g ié e , m e h a n ta it. P a r u n e ir r é s is tib le\n s y m p a th ie , A n d r é , à m o n p a ssa g e , d é to u r n a it so n a tte n tio n de so n liv r e , n o s\n re g a rd s é c h a n g e a ie n t u n m u e t sa lu t, e t m a rc h a n t a u h a sa rd de m es pas, je\n m e d e m a n d a is q u e lle s p r é o c c u p a tio n s a s s o m b ris sa ie n t c e t in c o n n u , d e q u e l\n m a l il s o u ffra it, et si n o s m is a n th ro p ie s n e p o u rr a ie n t s ’u n ir . U n jo u r, e n fin ,\n je re ç u s u n e le ttr e d ’u n e é c r itu r e m e n u e et tim id e , s ig n é e A n d r é . Il m e d is a it\n q u ’a y a n t lu , je n e sais o ù , u n a r tic le d e m o i, u n g r a n d d é s ir d ’en c o n n a îtr e\n l ’a u te u r le to u r m e n ta it, c a r , c r o y a it- il, u n e a m itié fru c tu e u s e p o u r to u s d e u x\n d e v a it n a ître e n tre n o u s. U n p eu m a v a n ité d ’é c r iv a in c h a to u illé e fin e m e n t,\n b e a u c o u p la v o lo n té de r e s s e rre r u n e lia is o n e sq u issé e a u s si s in g u liè re m e n t,\n m e p o u s s è re n t à o b é ir à m a c u r io s ité .\n     M a m é m o ire se re p o r te so u v e n t a u x s o irs e x q u is o ù je m ’ a tta rd a is a v e c\n A n d r é ; sa c o n v e rs a tio n m ’ a ttira it c h e z lu i, d a n s u n g r a n d b e s o in de s o r tir\n d e la p e stile n tie lle a tm o sp h è re de b é g u e u lis m e q u e n o u s so m m es c o n d a m n é s\n      re s p ir e r .   C ’ éta it    u n e c a u s e r ie n e r v e u s e ,   é ta y é e     su r u n     ré e l    s a v o ir,\n p a rse m é e d ’ a p e rçu s o r ig in a u x , d e v ib ra n ts p a ra d o x e s, d e ra p p ro c h e m e n ts\n in a tte n d u s , et p ro c é d a n t p a r e llip se s fo rm id a b le s .\n     O u , à des jo u r s , a p rè s q u e lq u e s p a ro le s , n o u s re s tio n s s ile n c ie u x , lo n g ­\n te m p s ; le d ia lo g u e , to u t m e n ta l, c o n tin u a it, et n o s in te llig e n c e s ju m e lle s\na y a n t g r a v ité e n s e m b le , les m ê m e s m o ts n o u s v e n a ie n t a u x lè v r e s ... E t ,\nu n e jo ie n o u s e m p o r ta it d e r e c o n n a îtr e à ce sig n e n o tre é v id e n te p a re n té\ns p ir itu e lle ,\n     Les       in o u b lia b le s h e u re s     e n v o lé e s d a n s la      c e llu le    d ’A n d r é ,   —      a in s i\nd é n o m m a it-il sa c h a m b r e — re n d e n t b ie n m o n o to n e s , lo u r d e s et m o ro se s\nc e lle s q u i m e re s te n t à tr a în e r , d é s a p p a rié d e ce m é n e c h m e in te lle c tu e l.\n     — N o u s é tio n s en c o m m u n io n in tim e s u r to u te s c h o se s, id é e s, th é o rie s ,\na d m ir a tio n s . U n e id e n tité          p a rfa ite d e se n sa tio n s , san s           c o n tr o v e r s e s . Je\nle    p o u r v o y a is    des      ra re s œ u v r e s de v a le u r q u i p a ra is se n t            en     ce te m p s\net je m e p lu s à            orn er      sa    ch am bre       de     b ib e lo ts    c h o is is ,   a fin        q u 'a u x\nh e u re s d e r ê v e r ie ses y e u x p u ss e n t e r r e r su r u n h o r iz o n h a r m o n ié à ses\np e n sé es.\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "                                                          — 319 —\n\n   D ans u n           m in u s c u le       c a s ie r , à sa p o r té e , se tr o u v a ie n t les oeu vres de\nB a u d e la ir e et d ’ E d g a r P o e . A c ô té de ces p o è te s                           de     d ile c tio n ,   le L o u is\nL a m b e r t et la         C o r resp o n d a n ce de B a lz a c ;                     p lu s ta rd , il c o m p lé ta      cette\nc o lle c tio n , fe u ille té e san s cesse , p a r ces liv r e s d ’u n c h a r m e su b til e t te rr ib le :\nA R e b o u r s ; le        V ic e S u p r ê m e .\n   Il a b a n d o n n a , v e rs so n d é c lin , et à p e u p rè s c o m p lè te m e n t sa b ib lio ­\nth è q u e , p o u r ta n t n o m b re u s e et c o m p o sé e d e m a in e x p e rte et le ttr é e , p o u r\nse liv r e r au c u lte e x c lu s if des p e ssim iste s ra ffin és.\n   — F a is o n s un p e u d e m u siq u e ! . . . in c ita it-il, p a rfo is. E t il m e ré c ita it des\np a g e s de ses fa v o ris . J ’ai g a rd é le trè s p r o fo n d s o u v e n ir d e la sé d u c tio n de\nso n o r g a n e , c u iv r é , m é ta lliq u e                 et c a d e n c é d ’in fle x io n s fa s c in a tric e s , q u i\ns ’in g é n ia it a u r y th m e s a v a n t de la p ro se et d e s v e r s b a u d e la irie n s.\n    Le     p re m ie r des P e t it s P o è m e s en p r o s e le c a p tiv a it v io le m m e n t. L a\nré p o n s e fin a le d e l ’é tr a n g e r , d ’u n e si e x o rb ita n te                     sp le n d e u r, le p lo n g e a it\nd a n s des extases in fin ie s :\n   — E h ! q u ’a im e s-tu d o n c , e x t r a o r d in a ir e é tr a n g e r ?\n   —     J ’ a im e les n u a g e s ... les n u a g e s q u i p a s s e n t ... là -b a s ... le s m e r v e il­\nle u x n u a g e s!\n\n\n    E t le tim b r e a ffa ib li et d é lic ie u s e m e n t m o u r a n t d e sa v o ix , p e ig n a it\nl ’in e x tin g u ib le s o if d ’a u -d e là d o n t n o u s so m m e s a lté ré s, — la fa tig u e des\njo u r s v é c u s et à v iv r e a u m ilie u d e c h o se s d é jà v u e s , d a n s le fraca s de\np a ro le s d é jà e n te n d u e s, à la q u e lle n o u s s u c c o m b o n s .\n   A n d ré     m e lis a it a u s si,             m a is r a re m e n t,          des e ssais, d e c o u rts             a rtic le s\na b s o lu m e n t     s u p é rie u r s ,    d o n t il re fu s a it d e                se d e s sa isir. Je l ’e n tre p ris à\nm a in te s re p ris e s s u r c e tte                 r ig id e     r é s o lu tio n     de ne       jam ais     é c r ir e p o u r\nl’ im p re s sio n . Il resta in é b ra n la b le . L ’ im p e c c a b le p e rfe c tio n de B a u d e la ire ,\nd e P o e , de F la u b e r t, d é se sp é ra it ses a m b itio n s litté r a ir e s . S a th èse fa v o rite\néta it q u ’in fa illib le m e n t —               a v e c u n e q u a s i-in c o n s c ie n c e —            s ’il tr a v a illa it,\nil re fe r a it l ’œ u v r e d e ces m a ître s , et q u e ré p é te r m a la d ro ite m e n t ce q u ’ils\na v a ie n t   si p a rfa ite m e n t          d it,     lu i      se m b la it u n v a in           la b e u r . C e d é c a lq u e\nm a lh a b ile des g r a n d e s œ u v r e s l ’é lo ig n a it des c o n te m p o r a in s ; il d é c o u v r a it\np a rto u t d e s a n a lo g ie s q u e lq u e fo is im p a lp a b le s. —                    « U n v e rs d e B a u d e la ir e\nd ilu é » —          s’ é c r ia it-il a lo rs .\n    E s t-il    n é c e ss a ire      de      p a rle r         de    so n     c a ra c tè re ,    b ie n a s s o m b ri, m ais\nc h a r m e u r et si d o u x ? L e s c o n tris ta tio n s d ’e ssen ces m u ltip le s d o n t il sa ig n a\nso n t a ssez d é n o n c é e s p a r le s p a g e s d u J o u r n a l, e m p re in te s to u te s d ’u n e\nr a n c œ u r m é la n c o liq u e et ré s ig n é e . J ’ai c o n n u la fe m m e q u ’il a im a — g u è re\nd e te m p s, à la v é r ité — et q u i, a r r iv a n t à la ju s te m in u te d ’u n e c rise p lu s\na ig ü e d ’a m a tiv ité , fû t, p a r o c c a s io n , l ’o b je t d ’ u n a m o u r d is p r o p o r tio n n é à\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "                                                          — 320 —\nso n m é rite . A m o n se n s, c ette je u n e fille , tr o p b ie n é le v é e , d ’u n e in sip id e\np h y s io n o m ie ,    d ’u n e      m é d io c r e    et    s u p e rfic ie lle   in te llig e n c e ,    n ’a    ja m a is\nc o m p r is A n d r é .\n    C e lu i- c i, c o m m e to u s c e u x q u i ont m is le u r f o i d ans les r ê v e s c o m m e\nd a n s les se u le s r é a lit é s , id é a lisa la fe m m e a im é e ; — ru d e fû t le C a lv a ir e\nd é s illu s io n n a n t.    Il o u b lia v ite la p e rs o n n a lité m ê m e et n e c o n s e rv a , p lu s\np ro fo n d , q u e le se n tim e n t de so n im p u is s a n c e c o n sta té e . L ’â m e c r u c ifié e et\nm e u rtr ie p a r le s m a rty r e s su b is , il s a lu a it la m o rt p r o c h a in e a in si q u ’u n e\nR é d e m p tio n .\n   — N e s o n t-e lle s pas p r o fo n d é m e n t sa tu ré e s d e d é s e s p é ra n c e , |les p a g e s d ic té e s\np a r cet a m o u r, — fan é tro p vite? S i u n e a u tre fem m e , c o m p r é h e n s iv e et\nc o m m e il l ’é c r it: « p oète » e u t été l ’a m a n te d é s iré e , à q u e lle s e x trê m e s ré s o ­\nlu tio n s se fû t a v e n tu r é l ’e s p r it d ’ A n d r é ?\n    C e tte p h ra se s a ig n a n te q u i c lô t le J o u r n a l, — sa ig n a n te et v ib r a n te de\nre g re ts : —        « H é la s !... j e         sen s b a ttre e n m o i un c œ u r la r g e                  et a v id e\nd ’ a im e r ! . . . » — n o u s d é v o ile la p la ie to u jo u r s o u v e r te à la q u e lle s u c c o m b a\nc e d é sh é rité .\n   A ffa ib li, d é b ilité p a r la c la u s tra tio n , il s’a n é m ia it fa ta le m e n t. P e u à p e u , sa\nfrê le c o n s titu tio n a id a n t, il in c lin a v e r s le N é a n t ; le m o in d re m o u v e m e n t\nl ’e ss o u ffla it; so n v is a g e , à c h a c u n e d e m es v isite s m ’ a p p a ra iss a it p lu s a m a ig ri,\np lu s e x s a n g u e . Je le tr o u v a i, u n m a tin , d a n s u n état f é b r ile ; n o u s c au sâ m e s\ntr è s p e u , m a is la lu c id ité de sa r e m a r q u a b le in te llig e n c e , e n tiè r e e n c o re ,\nm ’é m e rv e illa p a r des a p e rçu s p lu s s u b tils , flu id e s p re s q u e , in d iq u é s p a r d e u x ,\ntr o is m o ts c o n c is . S es p a ro le s r e v ê tu e s d ’u n e sé r é n ité a u g u ste é v e illè r e n t en\nm o i des é c h o s p ro fo n d s et m a je s tu e u x . —               Q u e lq u e fr a y e u r m e resta d e c e t\ne n tre tie n — q u e j ’ig n o r a is su p rê m e ; u n e a p e r c e p tio n de l ’in fin i d e l ’A u r e v o ir\né c h a n g é m e la n c in a it p o u rta n t ; — m es d é s irs s u r m o n tè r e n t                l ’é v id e n c e , —\nje m e r e n fo rç a i en m a q u ié tu d e .\n   E n v é r ité , c o m m e n t s u p p o r ta i-je l ’e ffro y a b le n o u v e lle ? —              le le n d e m a in ,\nc o n fia n t, je re to u r n a i c h e z A n d r é , o ù j ’a p p ris q u ’a u m ilie u            de la      n u it, u n e\nh é m o r r a g h ie a v a it e m p o r té la p ré c ie u s e e x is te n ce de m o n u n iq u e a m i.......\n   Q u e lle s p h ra s e s, q u e ls m o ts p o u r r a ie n t p ré v a lo ir c o n tre des la rm e s?\n\n                                                                                                            A . G.\n\n   T r è s m a n ife ste m e n t le J o u r n a l est in c o m p le t; —                il se p e u t q u e l ’ a u te u r\nm é c o n te n t   des       te n d a n c e s   litté r a ir e s   et p h ilo s o p h iq u e s    de ses        p re m ie rs\nfe u ille ts les d é tr u is it; o u ses p a re n ts n é g lig e n ts d ’u n e œ u v r e d o n t la v é r ita b le\np o rté e le u r é ch a p p a it les on t-ils é g a r é s ? — Je n e sais; je d o n n e ic i l ’in té g ra lité\nd u m a n u s c r it en m a p o s se s sio n , p ie u s e m e n t re s p e c tu e u x de la v o lo n té du\nc o m p a g n o n d is p a ru .\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "                                                       — 321 —\n\n\n\n                                    J O U R N A L D 'A N D R É\n\n                                                                                                      Septembre 83.\n\n     Je h a is m o n is o le m e n t et le c h é ris a u ssi, a v e c fu r e u r . S o n in d é fe c tib ilité\n  m e p èse, so u v e n t. N u l d o u te q u e la p o s sib ilité d e m e m ê le r à la fo u le , m e\n fe r a it é v ite r c ette p r o m is c u ité d o u lo u r e u s e ; m ais je s o u ffre de se n tir ma\n  v o lo n té lim ité e p a r l ’ir r é m é d ia b le .\n     — V e r s q u e ls h o m m e s c h o is is ira ie n t m es sy m p a th ie s, à q u e l c e n tr e in te l­\n le c tu e l c o n v e r g e r a ie n t m es a c tio n s si le c h a rm e e n s o r c e lé se ro m p a it. H o rs ,\n b ie n lo in d e c ette a tm o s p h è r e e m p u a n tie , o ù u n r e m u g le de se n tim e n ts\n  é tro its rè g n e et m ’é to u ffe ; le s a n g a rie s de la v ie c o u tu m iè r e n e m ’ a tte in ­\n d r a ie n t p lu s d a n s le r a y o n n e m e n t d ’u n m o n d e s u p é rie u r .\n     —    A m è r e d é ris io n , ê tre c o n tr a in t de v iv r e a v e c des g e n s in m is c ib le s à\n v o tr e n a t u r e ; d o n t a u c u n e id ée n e rim e a u x v ô tr e s , san s u n e se n sa tio n\n a d é q u a te à v o s se n sa tio n s. P a r le r u n e la n g u e q u ’ ils n ’e n te n d e n t pas ; rê v e r\n à des c h o se s d o n t ils n ’o n t p o in t le s o u p ç o n ! I m p u is sa n t à s’ a rra c h e r de\n le u r sp h è re , re s te r e n c h a în é à c e tte g é h e n n e a u x to rtu re s sa n s cesse n o u ­\n v e lle s ; — c ito y e n e m p ris o n n é d ’ u n e ra ce e n n e m ie ! ...\n\n\n\n                                                                                        Novembre- Toussaint.\n\n    C e jo u r m o rn e des            ré c u rr e n c e s   lo in ta in e s     a p p o rte    les    a llu v io n s    des\n la rm e s d ’a n ta n , à m o n a c tu e lle tristesse .\n    C ’ est la g r a n d ’m è re —          bonne m a m a n ! —                 d o n t le s tra its s ’a cc e n tu e n t\nd a n s les té n è b re s o ù m o n œ il s ’é g a re . — S i d o u c e , d ’u n e to u jo u r s é g a le\nte n d re s se , e lle    cap ta m es        a m itié s e x c lu s iv e s d ’e n fan t. S e s m a in s lé g è re s,\ne ffle u ra n te s, é ta ie n t le s se u le s q u i p u ssen t m a n ie r m e s ja m b e s e n d o lo rie s,\nsa n s   m ’a r r a c h e r des c r is ; le s se u le s p a r o le s q u i c o n s o lè r e n t m es p rim es\nto u r m e n ts , s o r tir e n t de sa b o u c h e .\n    E t le     m a tin o û e lle       m o u r û t,     l ’a ïe u le   ta n t     a im é e ,   il se m b la     à       m on\ne n fa n tin e im a g in a tio n     ê tre a rriv é e à la fin d e to u te s c h o se s et q u e p lu s\nja m a is o n n e s ’a r r ê te ra it de p le u r e r ! L e c r u e l d é m e n ti de la r é a lité é te ig n it\np r é c o c e m e n t, e n m o n c œ u r , le fla m b e a u d iv in e m e n t c o lo r é des illu s io n s .\nM o i-m ê m e , h la        lo n g u e ,   je p e n s a i m o in s à la m o rte v é n é ré e ; d ’a u tr e s\nd ’in ce ssa n te s so u ffra n c e s m ’a s s a illir e n t; et il a fa llu — ô               iro n ie ! — c e j o u r\nc o n s a c r é a u c u lte d e s d is p a r u s , p o u r r a v iv e r c ette fla m m e q u i, to u jo u r s\nc o u v e so u s la c e n d r e : le s o u v e n ir !\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "                                                                   - 322\n\n                                                                                                        Premier Janvier.\n\n\n       P lu s     m a lh e u r e u x a u jo u r d ’h u i q u ’à l ’o r d in a ir e ;              l’en n u i       des   so u h a its\n b a n a ls su b is , to u jo u r s d a n s l’id e n tiq u e fo r m u le d e c o n v e n tio n , m ’a c c a b le .\n M es p a re n ts,            m êm e , n ’o n t p u tr o u v e r             u n a c c e n t ré e lle m e n t é m u ,            que\n j ’e u s se se n ti s in c è r e . C e s se rre m e n ts d e m a in , ces                         b a ise rs m e la iss a ie n t\n in s e n s ib le , h o s tile p re sq u e . L e s m a in s in d iffé re n te s , le s lè v re s h a in e u se s et\ne n fie llé e s, à c ette é p o q u e m a rq u é e , se d is te n d e n t m a c h in a le m e n t, c o m m e\n p o u r a c c o m p lir u n e b e s o g n e m a u ssa d e et in flig é e .\n       Q u e l d é filé d e ty p e s g ro te s q u e s d a n s le s a lo n , o ù l ’ o n                m ’ a v a it tr a în é . —\n A u d é p la isir d ’ê tre é lo ig n é d e m es liv r e s et d e m es c h e rs b ib e lo ts , se jo ig n a it\n la     n avran ce          in d ic ib le d u      d é p a y sa g e a u m ilie u d e ces                 m e u b le s , q u i o n t\n to u te     la fr o id e u r des c o m p lim e n ts                  d ’a p p a ra t des v is ite u rs . —              Ah!      les\n h o r r ib le s b o u r g e o is , san s d é lic a te s se , san s e s p r it n i c œ u r ; le u r s g r o s rire s,\nle u r s n ia is e s et sté ré o ty p é e s p la isa n te r ie s                 m ’é c œ u re n t.       P lu s     en core,      la\nfe in te c o m p a s s io n         que      re s p ire n t le u r s p a r o le s ,          le    p ro fo n d in té r ê t a v e c\nle q u e l       ils   s ’e n q u iè r e n t d e m a           sa n té . —       Et      d e v o ir le s a c c u e illir d ’u n\nc o m p la is a n t s o u r ir e ,      s ’in c lin e r        à    ces     v œ u x m e n te u r s , n e p o u v o ir le u r\nc r a c h e r c e m é p ris , q u i m e su ffo q u e , a u v is a g e !\n\n\n\n                                                                                                                    Janvier.\n\n\n      U n a n e n c o r e g lis sé a u N é a n t. Je re lis les p a g e s                           d é jà     tra c é e s d e c e t\ne x u to ir e d e m es in tim e s p e n sé es et s u is é to n n é d u n o m b re d ’id é e s é m is e s\nq u i m e v ie n d r a ie n t a u tr e s à c ette h e u r e .                  C o m b ie n       d ’a d o r a tio n s    m o rte s,\nd ’a d m ir a tio n s d isp a ru e s ! e x p r im é e s en te rm es d ith y r a m b iq u e s , m ’a r r a c h e n t\nu n s o u r ir e . L ’é v o lu tio n m e se m b le a v o ir été tr o p ra p id e , p o u r c e r ta in s ,\nd u m o in s. A in s i H u g o ; ja d is, u n e n th o u s ia s m e d é lir a n t et a v e u g le ju s q u ’à\na ffirm e r so n in fa illib le p e rfe c tio n                    dans     les g e n re s        les    p lu s     d iv e rs ; _\nm a in te n a n t, a v e c le re s p e c t d û à ce p a tria rc h e des le ttre s , je l ’ e stim e u n\nly r iq u e in c o m p a r a b le —           m a is q u e l p h ilo s o p h e , q u e l p o litiq u e ! Je n e le\nlis g u è r e ; c ’est B a u d e la ir e q u i a a c c a p a ré m o n e sp rit d ’u n e ty r a n n iq u e et\np o u r ta n t tr è s        douce      o p p r e s s io n .       M es     p ré fé r e n c e s    é p a r p illé e s    se    so n t\nc o n d e n sé e s su r ces é c r iv a in s ju m e a u x : — B a u d e la ir e , E d g a r P o e .\n      J ’a i l ’a d m ir a tio n r é fr a c ta ir e p o u r c e q u i n ’ est pas e u x , la ju s tic e m ê m e ;\np a r je n e sais q u e lle s in g u liè r e o p tiq u e in te lle c tu e lle les p oètes d e l ’é p o q u e\np ré s e n te , le s g r a n d s a u s si, m e p a ra is se n t des é c h o s a ffa ib lis d e ces p oètes\nd e d ile c tio n . L e u r s d is c ip le s , in c o n s c ie n ts s o u v e n t, le s d é ta ille n t.\n      L e u rs     v e rs     si c o h o b é s ,     d’u n         a la m b iq u a g e   s u b lim é ,       n e se      peuvent\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "                                                      — 323 —\n\n m ie u x c o m p a r e r , q u ’ à la p ré c ie u s e e ssen c e d e             ro se , d o n t u n e    p a rc e lle\n su ffit p o u r p a rfu m e r des to n n e s d ’eau .\n\n\n                                                                                                     Lundi 7.\n\n     I l est é tra n g e q u e je m e fo rm e u n e id é e si n e tte des c h o se s et des g e n s,\n m o i, q u i a i v é c u e x ilé e n tre les q u a tre m u rs d e c e tte c h a m b r e é tr o ite . J e n e\n m e so u v ie n s pas a v o ir v u u n e fo u le , le m o u v e m e n t d ’u n e a rtè re p u issa n te ,\n n i u n m o n u m e n t, n i u n b o is, m o in s e n c o r e la m e r, a u tr e m e n t q u e su r de\n g r o s s iè re s v ig n e tte s et p o u rta n t j ’e n c o n s e r v e la s ilh o u e tte trè s-v iv e d e ssin ée\n s u r la ré tin e , c o m m e si u n e c o n te m p la tio n a n c ie n n e e t o u b lié e , m ’y a va it,\n in e ffa ç a b le m e n t, g r a v é le u r im a g e .\n     —     U n e se u le fo is , je s o r tis , r o u lé s u r u n f a u t e u il; m a is le s re g a rd s de\n s y m p a th iq u e p itié q u e          m e je ta ie n t, c o m m e       une     a u m ô n e , le s p a ssan ts,\n ré v o ltè r e n t m es se n sib ilité s d e m a la d e e t, p o u r to u jo u r s , je r e n o n ç a i à ce\n d iv e rtis se m e n t.\n     D ès lo r s m a h a in e d e s h o m m e s s’ a c c r û t e n c o r e . V o ir d e s v isa g e s h u m a in s\n m ’e st     une     m a lp la isa n te c h a r g e ; les c o n d o lé a n c e s      p e u s in c è r e s q u i s’y\n m a r q u e n t à m o n a sp e ct, m e so n t a u ta n t d ’in su lte s.\n     P lu s v iv ifia n te , l ’id é a le c o m p a g n ie des é te rn e ls e sp rits, q u i re tre m p e l ’â m e\n e t c o n s o le d e la v a c u ité n a u sé e u s e d e la v ie r é e lle . Je n e m u rm u re g u è re\n d e l ’in c u r a b le in fir m ité m e d é v o lu e p a r le D e stin : —                Si n o m b re u s e s les\n se n sa tio n s q u e ja m a is je n e c o n n a îtr a i, a ffin é e s et d ’ u n e in te n se d é lica tesse\n c e lle s q u i re ste n t. L a p e rte d ’u n sen s n ’e x a c e r b e -t-e lle pas les a u tre s?\n    —      L ’ a ffra n c h is se m e n t des su jé tio n s m o n d a in e s, le b o n h e u r d e v iv r e h o rs\n d u c e r c le d ’ a c tio n d e c e r ta in s in d iv id u s m é p ris a b le s, m e p a ra ît c o m p e n se r\np a r a u -d e là c e q u i m ’e st in te rd it.\n    E x o n é r é des d e v o irs s o c ia u x , si lo u rd s à m es s e m b la b le s , m on m a l ne\nm ’a tte in t q u e        d a n s le s   jo u is s a n c e s m a té rie lle s d e l ’ ê tr e , la iss a n t in tactes\nle s fa c u lté s c é r é b ra le s , s o u r c e d e jo ie s m u ltip le s, — d e d o u le u rs très a m è re s.\n    M ’é v e illa n t g u é r i, d e m a in , c o n tin u e ra is -je c ette e x is te n c e , o u a v id e m e n t\nm e ru e ra is -je a u x p la isirs in c o n n u s ? I n te r r o g a tio n r e d o u ta b le .\n    P o u r ta n t, b ie n d e s h e u re s, j ’ai rê v é , é la b o r é des p ro je ts, à l ’é p o q u e o ù\nle d o c te u r m e b e r ç a it d e c e m ir a g e : la g u é r is o n ! ...\n    L e s d e rn ie rs e sp o irs o n t s o m b r é ; ju s q u ’à l 'I n p a c e d u to m b e a u , je re ste rai\nd a n s m a p ré se n te c o n d itio n , im p o te n t !\n\n                                                                                                  Jeudi.\n\n   A c e r ta in s jo u rs , m a m é la n c o lie o r d in a ir e m e n t lé g è re et d ’u n p re sq u e\nte n d re g r is , s ’ e m b r u n it et p a r a lté ra tio n s g r a d u e lle s , in se n sib le s , p e rm u te\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "                                                     —     324 —\n\na u n o ir le p lu s o p a q u e . Je m ’illu s io n n e              a lo rs , e r r e r     d an s les c o r r id o r s\nin e x tr ic a b le m e n t e n tre c r o is é s d ’u n b a b y lo n ie n la b y r in th e , san s a u c u n p o in t\nd e re p è re , o ù u n e o b s c u r ité très d e n se m ’ e n v e lo p p e et m ’ o p p re s se , et u n\np re s se n tim e n t     m e p é n é tra n t q u e       ja m a is    je   n e re v e r ra i        la    lu m iè r e ,    la\np r e s tig ie u s e c la r té d u s o le il, r e m p lit m o n          â m e d ’ u n e in c o m m e n s u r a b le\nd é s o la tio n .\n    — Im a g e b ie n ta n g ib le de m o n so rt, sa n s is su e , n i b u t, d ir ig é au h a s a rd\np a re il a u n a v ire d é s e m p a ré d a n s le fo rt de la te m p ê te .\n    —       L e s re s so u v e n a n c e s m ’ a ss a ille n t san s r e lâ c h e , d é c e v a n te m a ré e , q u i\nb a t e n b r è c h e m es ré s ig n a tio n s d e rn iè re s e t n o y e m o n e sp rit a u x a b îm e s du\nd é s e s p o ir. L ’ é p o q u e — lo in ta in e , lo in ta in e ! —             où    e n fa n t, je v o y a is les\na u tres e n fan ts jo u e r et c o u r ir a u to u r d u fa u te u il a u q u e l j ’ é ta is c lo u é , —\ncette é p o q u e , s u r g it, p re s q u e d é s ira b le .\n    L a c o n s c ie n c e q u e j ’a v a is d e m o n m a l a ffr e u x , se m ê la it d ’ u n e so rte de\n p la is ir n a ïf, d ’ê tr e p la in t, m ig n o té , a im é m ie u x , q u i m e c o n s o la it u n p e u .\n    Le      M in u it de b e a u c o u p d ’ an s à s o n n é ; ces e n fa n ts, a u x q u e ls j ’e n v ia is\nle u r s r é c ré a tio n s b r u y a n te s so n t a u jo u r d 'h u i des h o m m e s , —                a b h o rr é s o u\n c h é r is , q u ’im p o rte ? — et o b s c u r , o u b lié , d a n s l ’e ss e u le m e n t d e l ’a d v e rs ité ,\ne n c o r e je le s ja lo u s e !\n\n\n                                                                                               15 Janvier.\n\n   J’a i, m o i       a u s si,   a u g u r é des    a m o u rs    su rh u m a in s,          é ch a fa u d é     d ’ id é a ls\nb o n h e u r s , à d e u x ; — d e p la to n iq u e s et très p u re s et trè s ch a ste s a m o u r s ; —\ndes p la is ir s d e la           c h a ir a v e c des c o m p lic e s b e lle s, in e x p rim a b le m e n t, et\nsa v a n te s d ’u n e e x q u is e sa g e s se ; — m ê m e , j ’e n tre v is , q u e lq u e fo is , la d o u c e u r\nd u re p o s a n o n c h a li a p rè s l ’a s s o u v is s e m e n t; —       m ais ces v is io n s re s te ro n t\né te rn e lle m e n t, des v is io n s !\n   C a r , — q u e lle fem m e , fu t-e lle p o è te , v o u d ra m ’a im e r, p ito y a b le v a lé tu d i­\nn a ir e et m e d é v o ile ra le p a ra d is e n fié v ré a u q u e l j ’a s p ire ? — Il n ’ e n est p a s,\n— je m o u r ra i v ie r g e , sa n s a v o ir a p aisé m es fr in g a le s ...\n   E t, je v o is là le b u t s e c o n d a ir e , p re s q u e c o n te m p tib le ; la J o ie , la su p rê m e\nn ’e st-e lle pas de se se n tir re s p ire r d a n s u n m ilie u te n d re , d e sa v o ir q u ’u n e\np e n sé e ré p o n d in c e ss a m m e n t à v o tr e p e n sé e, u n e s o u ffra n c e à v o tr e so u f­\nfra n c e    et q u e ja m a is v o u s n e p le u r e r e z       s e u l? ...   —         P le u r e r   s e u l!   Q uel\na n g o is se m e n t p lu s p o ig n a n t?\n\n        (A su iv r e .)                                                     A R N O L D G O F F IN\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "                          SOUS MON CACHET\n                                                L E SYMBOLE.\n\n                                                                               L e tt r e à J o r i s - K a r l H u y s m a n s .\n\n\n\n     D a n g e r e u s e v r a im e n t est m a d em a n d e, q u 'en vers a u ssi l ’on a it in q u iétu d e\n d é so r m a is de la V ie et de ses F a i t s , s i m 'en te n d q u e lq u e d is tr a it e s p r it.\n C a r i l p o u r r a it c r o ir e à un p h o to g r a p h iq u e r e p o r ta g e , sa n s c h o i x et sa n s\n p e n sé e .\n     Q u e s u r g is s e d onc un m ot du S y m b o le : sa v o ir s y m b o lis e r , c 'e st sa v o ir\n l ’A r t .......\n     P r é o c c u p é de       la      V ie   m o d ern e, q u e j e    p e ig n e ,         a r r ê ta n t        son        g e s te\n m é c a n iq u e et m êm e et son é tr iq u é e d é g a in e , le m o d ern e g o m m e u x , ce\n r id ic u le lo r g n e u r a u x y e u x p â l e s ? Q u e m êm e j e sa u v e les q u elq u es idées\n n o y é e s en son c erv e a u d é liq u e s ce n t : c e r te s , a u ssi in u tile q u e lu i se r a m on\n œ uvre.\n    M a i s q ue le h a sa r d des d o cu m en ts m e p e r m e tte de r é u n ir , dans le trem b la n t\n c r é p u sc u le d ’ u n e r a c e q u i va fin ir , c es d e u x je u n e s êtres é tr a n g e s : l'U n , ne\n v o u la n t d e son im p u iss a n c e c o n v e n ir , e t se d é b ilita n t v a in e m e n t en la m â le\né tr e in te d 'u n e p u r p u r in e C o u r tis a n e , — m é p r is a n te r o y a le m e n t e t h âtan t\n a v e c s o u r ir e la m o r t d e c e co rp s a v o r té : l ’A u tr e , h é r it ie r de la v a le u r des\nA ï e u x d escen d u e à la c r u a u té id io te , et a u x co u rs de son a n tiq u e m a n o ir\np lu m a n t v iv e s des p o u le s ?\n    Q u ’a u dessus d 'e u x             m a in te n a n t, j e   scu lp te en un m a r b r e b la n c le u r\ns e ig n e u r ia le d ev ise : et là se p r o u v e n t la p e r v e r s io n m y s té r ie u s e du s a n g\ntrop v i e u x ,       le d étr a q u em en t des d éca d en ces ; e t un t r a g iq u e S y m b o le se\nd re sse, s u g g e s t i f ! .......\n     V r a im e n t, les v ers,           pour      ne p a r le r     sa n s      cesse         de       B a u d e la ir e          et\nM a lla r m é , j e n e s a is où tro u v e r l ’e x e m p le du S y m b o le , q u i d o it ê tr e d on n é.\nM a i s , a llo n s à la p r o s e . C ’est là , q u a n d j e ne s o n g e a u x d e u x M a îtr e s , q ue\nj e v a is c h e r c h e r la p o é s ie d ont j e m e d électe.\n    Q u 'e st-c e d onc q u e le V e n tr e de P a ris , sin o n la p la n tu r e u s e sy n th è s e de\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "                                                    — 326 —\n d e u x m illio n s de v en tres, le S y m b o le de P a r is - q u i- m a n g e ? E t , p o u r v e n ir à\n d e p lu s su b tils et to u rm en tés ta b le a u x , a v e c q u e lle s v ib r a tio n s e lle v it, la\n p e r s o n n e lle V é r o le , d a n s toutes ces tr o p ica le s f l e ur s a u x flo r a is o n s h o n teu ses,\n en le c la ir -o b s c u r où les c o n tem p le de son r e g a r d s o n g e u r l ’é v o ca teu r D es\n E s s e in te s !\n     L 'o n p o u r r a it s 'é c r ie r q u e j e s u is a v e u g le en v é r ité , de n e v o ir a ille u r s le\n S y m b o le . E n effet, i l est des p o ètes, e t b ea u cou p               q u i s y m b o lis e n t — à le u r\n m a n iè r e .\n    L e u r p i è c e de vers, s i m i la ir e à q u e lq u e s e r m o n , s e d iv is e en d e u x p a r tie s .\n P r e m iè r e p a r t ie : ta b lea u m a t é r ie l et, p a r a î t - il, s y m b o liq u e . E t , p o u r f i x e r\n n os y e u x , q u e c e s o it c e c i, q u i n e s o r tir a d e le u r h a b itu d e : la S e in e , n o ir e\n e n tr e ses q u a is ess e u lé s , c o u le h iv e r n a le ; u n e p l u i e u n iv e r s e lle et f i n e tom be\n e t les r ev e r b è r e s s e m ir e n t en l ’ea u s i n is t r e .......\n    D e u x iè m e p a r t ie : e x p lic a t io n g r a t u ite e t in a tten d u e du s y m b o le . L a\n S e in e , c ’e st le c œ u r du p o è te , la p lu i e l'e n n u i, e t le r e fle t des r e v e r b è r e s , ô\n la F e m m e q u ’ i l a i m a ! c ’est le lo in ta in so u v e n ir d e ton c r u e l s o u r ir e !\n    —    C e q u ’ i l f a l l a i t d é m o n tr e r , co m m e l'o n d it en g é o m é tr ie .\n    N o n ! l’A r t,       c e n’ est p a s a in s i, n ’est-ce p a s ? sa n s m é d ita tio n v o u lo ir\nf a i r e , — v id e m u siq u e d 'un so u r d e n o r g u e illi, — un se m b la n t sa n s s i g n i f i ­\nc a tio n c h a n te r ?\n    C ’est s a v o ir : des F a i t s épars et, s ’ ils d e m e u r a ie n t se u ls, in u tile s to u jo u r s ,\nc o m p o ser un m y s t é r ie u x a cco rd , —               le g r a n d F a it s y n th é tiq u e en q u i\np a lp ite n t le s é te r n e lle s id ées : C ’est s a v o ir , ré e l et s u g g e s tif, c o m p o se r le\nS y m b o le !\n    A lo r s , é te r n e l p a r les v é r ité s é te r n e lle s et p r in c ip a le s q u 'i l fig u r e , i l se r a\nlà p o u r être c o m p r is su b tile m e n t des lecteu rs à l'e s p r it f r è r e d e n o tre esp r it,\nd ig n e s de m é d ite r a p r ès n ous la m y s té r ie u s e L e ç o n !\n\n\n              (A s u iv r e .)                                                       R E N É G H IL .\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "       NOUVEAUX CONTES MÉLANCOLIQUES\n\n                                   L A V IE ILLE F E N Ê T R E\n\n\n                                                       A la Mémoire de mon ami Gustave Charlier\n\n                                                                              Et ses pensées mélancoliques retournent\n                                                                                  vers le passé.\n                                                                                                                     O SSIAN .\n                                                                              Dji n’sé roûvî...\n                                                                                                             D efrech eux.\n\n\n\n\n                    Etr a n g e t é     : j e r e v o y a is s o u v e n t u n e v ie ille fe n ê tre .\n                           E lle      s 'o u v r a i t , s o u s u n      h a n g a r , a u f o n d d ’u n f o u r n il\n                      en com bré.           S e s carreau x, d e m o yen n e g ran d eu r et v erd â ­\ntr e s , s ’i r i s a i e n t   com m e       la    go rge         des      c o lo m b e s .       Pas      de      r id e a u x .\nS u r la ta b le tte , u n m o u lin à c a fé , u n e é c u e lle                        p l e i n e d e c lo u s e t u n e\ngrosse        b o u te ille     d ’o ù s o r t a ie n t d e s f e u i l l e s       d e la u r ie r - r o s e . D e h o r s ,\nu n e b a g u e t t e a p p u y é e c o n t r e l e c h â s s is , p u is la c h a r p e n t e v e r m o u lu e\nd u to it e t u n p a n d u p o ta g e r .\n    V o ilà to u t.\n    A u s s i,     m ’é t o n n a is - je     de     l 'i n e x p l i c a b l e   a t t r a it    de      c e tte     fe n ê tre\ns u r m o i.       Q uand          nous      e m m é n a g e â m e s, e lle           me         r e t in t lo n g u e m e n t ,\na n i m é e q u ’ e l l e é t a it d ’ u n e m a g i e v a g u e . J e             la q u i t t a i , m a is j ’y r e v in s\na v e c p e r s i s t a n c e . U n j o u r , j e v o u l u s l a d e s s in e r : j e d u s y r e n o n c e r ,\ns e n t a n t a u t o u r d ’e l l e , s a n s le s v o i r p o u r t a n t , d ’ i n f in ie s p o é s ie s p e n s i v e s\ne t d o u c e s q u e l e c r a y o n n ’a u r a it p u f i x e r . J e j o u i s s a i s d e m a f e n ê t r e\nc o m m e d ’u n t r é s o r . P a s s a i s - j e p r è s d u f o u r n i l , j ’e n t r a is p o u r l u i d o n n e r\nu n r e g a r d . E t s o u v e n t , l a n u it , q u a n d j e t r a v a i l l a i s s e u l d a n s l a c u i ­\ns i n e , a u x h e u r e s d e f a t i g u e o u d e t r is t e s s e , j e p r e n a is l e q u i n q u e t e t\nm ’a l l a i s a s s e o i r d e v a n t . V e r t i g i n e u s e v i s i o n , o b s c u r é m e n t m ir o it a n t e\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "                                                   — 328 —\nd a n s l a c la r t é , e l l e a r r iv a it a lo r s à m ’é m o u v o i r p r o f o n d é m e n t . J a m a is\nc h o s e é t r a n g è r e n e m ’ a v a i t p a r u v i v a n t e à c e p o in t . U n e a t m o s p h è r e\no ù f o u r m i l l a i e n t in v i s i b l e m e n t d e s s o u v e n a n c e s e x i lé e s e t lo in t a in e s ,\nv i b r a i t , e n m o n c œ u r , a u t o u r d ’e l l e ; e t c e r t a in s o ir q u e j e v is à c ô t é la\nt ê t e b la n c h i s s a n t e   de   ma      m ère     v a q u a n t a u x s o in s d u          m én age, un\nt r o u b l e p r e s t i g i e u x m e r e m u a . C o m m e n t e x p l i q u e r ? A la f in , j e m e\nl a is s a i c h a r m e r s a n s p l u s c h e r c h e r à c o m p r e n d r e . J ’a im a is l a v i e i l l e\nfe n ê tre c o m m e u n           ê tr e m y s t é r i e u x e t b i e n v e i l l a n t , u n o b j e t - f é e ; e t,\nl ’a n n é e s u i v a n t e , q u a n d n o u s d é m é n a g e â m e s , j ’a lla i u n e d e r n iè r e f o is\nla   re g a rd er, a v e c un serrem en t d an s                    ma      d o u lo u r e u s e p o it r in e . L e\nc ro ir ie z -v o u s ? j e    f a i l l i s a v o i r d e s la r m e s e n     m ’ a r r a c h a n t d ’e l l e ;   e t,\na p r è s d i x m o is , j e n e l ’a i p a s o u b l i é e : c e n t f o i s , e l l e m ’e s t a p p a r u e ! . . .\nO r , t a n t ô t , c o m m e j e r ê v a is a u c o i n d u f e u , m a r ê v e r i e s ’ é t a n t a r r ê t é e\np a r h a s a r d s u r e l l e , j e m e s u is t o u t à c o u p l e v é r a y o n n a n t : l a v i e i l l e\nf e n ê t r e r e s s e m b la it à c e l l e d u f o u r n i l d e m a m a is o n n a t a le q u e j ’a i\nq u itté e e n fa n t.\n\n     Liége, 20 février 85.\n\n                                                                      C É L E S T IN        DEM BLON .\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "             CHRONIQUE DE L'ART ET DU LIVRE\n                              LES          N O U V E A U X -N É S.\n\n   J e a n L o r r a i n . — Viviane, conte en un        m ots et l’instinct de leurs harm onies. Il\nacte. — Paris, E . Giraud et Cie, 1885.                  a retrou vé quelques belles couleurs de\n   C ’est à la vieille et si profon de légende           vitrail et de m issel. Il est un des derniers\nde V iv ian e et       de l’enchanteur M erlin           fervents de la Beauté fière. S a voix n’est\nque     le p oète      du Sang       des D ie u x   a    ni très étendue ni très souple, m ais elle\ndem andé le frêle et ravissant sujet de ce               rega gn e en richesse ce qu’elle perd en\nconte. Il n’a point cherché le sym bole :                variété ; et, il a adm irablem ent fondu dans\nla confiance de M erlin et l’astuce de                   certaines pages de son œ u vre, dans Les\nV iv ia n e sont les deux lieux-com m uns                Ephèbes, par exem ple, l’ art hiératique\nlégendaires sur lesquels Jean L o rrain a                des époques anciennes et des douloureux\njeté la pourpre de ses beaux vers. C ’est                frissons     de   la fièvre     contem poraine.\nde la musique, et de la musique qu' on                   C ’est à la fois un G rec d’ O rien t qui nous\nvoudrait entendre chanter               par     Sarah    devine, et une âm e           m oderne     qui se\nBernhardt :                                              souvient.\nMyrdhinn, apprends-le moi, ce charme fait de danse!\nD’ombre et de pas rythmés dans un puissant accord,\nNotre amour en sera plus intime et plus fort.\nLe secret partagé nous donnera le calme,                    M . C harles Buet, publie à la Nouvelle\nJe serai plus à toi, quand je serai ta palme,            Librairie Parisienne (E . Giraud et C ie\nT a gloire, ton secret.....\n                                                         18, rue D rouot), deux volum es d’un gen re\n   D an s     la    m édiocrité     croissante      et   bien différent.\nredoutable du jeune Parnasse français,                      L e prem ier, M é d a ill o n s e t C am ées ,\nJean L o rrain est une des rares têtes que               renferm e     une série       d’études    intéres­\nle soleil des beaux vers caresse en se                   santes et curieuses sur B arbey d’A u re ­\ncouchant. Il est in égal, certes ; sa disci­             v illy ,   François   C op pée,   P aul    F é va l,\npline d’écrivain n’est pas toujours assez                M m e Paul F é va l, Louis V eu illot, Em ile\nsévère ; m ais il n’est pas donné au pre­                Zola, A lp h o n se D audet, L é o n C ladel,\nm ier ven u d’être in égal, en ce joli temps             R ollinat, L é o n B lo y . — Il y a m êm e un\nd’égalité. Et, Jean Lorrain n’aurait écrit               chapitre consacré aux Bas Bleus, et un\nque ses superbes sonnets du Sang des                     autre à Sarah B ernhardt. C ’est là de l’his­\nD ieu x, qu’il dépasserait encore de toute               toire littéraire anecdotique et pittoresque,\nsa hauteur la plupart de ses frères en                   avec des aperçus absolum ent nouveaux,\nrim es. Il a le sens de la splendeur des                 de fines rem arques, d’ une extrêm e o ri­\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "                                          — 330 —\n\nginalité de form e. C e livre fera quelque        catem ent déposé l’Homme à Passion dans\nbruit, et m érite un succès que la critique       la hotte. L a seule chose un peu drôle du\nne lui m archandera pas.                          volum e est une épître préface très raide\n  L e second, C o n t e s M o q u e u r s , est   à Francisque S arcey , non : F a rcey, la\nd’une ironie spirituelle ; ce sont des récits     L u m ière du « X I X me Siècle. »\ndram atiques, d’une fantaisie presque sé­\nrieuse, d’une variété infinie L es passions\nles plus vives, les sensations les plus              Misère et L u xu re par Henry de Classant,\nfugaces, les sentim ents les plus subtils,        1 v o l. J.-B . M oens, Bruxelles.\nl’am our et la peur, la jalousie et l’orgu eil,      M. H enry de Classant, « un jeune qui\ndans leurs m anifestations les m oins ordi­       s’en fa it accroire » n e nous en fait pas\nnaires, y sont observés et analysés puis­         accroire du to u t; son volum e est bien\nsam m ent. C e n’ est point là un recueil         une m isère, ou peu s’en faut, et la luxure\nde contes banals, sim plem ent agréables          qu'il y a voulu m ettre, n’est que de la\nà lire ; c’ est un liv re à garder parm i ceux    m alpropreté voulue et cherchée.\nqu’on relit. L a Chambre jaune, la Chaîne            Q u elques rares pièces, bien frappées,\nde corail, la ‘P ipe de Zbarra, le D om p­        sonores, à peu près correctes, surnagent\nteur de chats, les I X , que les lecteurs de      dans la nullité et l’in cohéren ce du reste.\nla Basoche ont pu apprécier, sont vérita­            L es vers de on ze, treize ou quatorze\nblem ent   des œ uvres      vigoureuses, et       pieds, voire plus, abondent dans l’ œ u vre\nqui ajouteront à la réputation littéraire         autant et plus que l’ail dans le saucisson\nde M . Charles Buet, auteur de ce dram e          de P ro v e n c e ; c ’est d’ailleurs un vrai sau­\nhardi, le Prêtre, qui eut n aguère un si          cisson que ce livre, où l’ on trouve absolu­\ngrand retentissem ent.                            m ent de tout, excepté ce que l’auteur a cru\n                                                  pou voir y m ettre :un peu de poésie et\n                                                  d’ art.\n  L ’ Homme à Passion, par Ern est d’ O r l­\n                                                     Q u ’est-ceci, par exem ple :\nla n g es; chez l’ auteur, rue de S èvres, 61,\n                                                    « Reconnais ces tétons au crin ébouriffé;\nParis.\n                                                    A présent, ils ne sont que des sacs à café\n  M. Ern est d'O rllanges a publié, il y a          Plats, dégonflés, salis, ayant perdu leur marc\nquelque temps — les N uits Parisiennes,             Dans le combat des sens, grotesque cauchemar\nun volu m e très osé, et dans lequel l’au­          Des nombrils se collant sans le moindre souci\n                                                    Sur la peau que garnit un vilain poil roussi.....\nteur révélait de l’ originalité et du talent.\nQ u elle plate dégringolade il fait avec            Brûlons du vinaigre !\nson Homme à Passion ! un livre banal,               P a r exem ple, c’est une des m auvaises\nnul, absolum ent vide, com posé de n ou­          farces du volum e, certes riche en ce\nvelles bonnes tout au plus à noircir les          genre, m ais contenant, ça et là, une\ncolonnes d’un torchon à tendances m al­           poésie qui ne fait pas sourire.\np ro p res; — nous disons « à tendances »           M. H enry de C lassant est de nos bons\ncar l'Homme à Passion essaye d’être sale,         cam arades; aussi, som m es-nous fort à\nm ais n’y parvient que bien lourdem ent,          notre aise pour lui dire ce que nous pen­\nquand il y parvient.                              sons : Misère et Luxure fait grand ho n ­\n  N ous ne     som m es    pas suspects     de    neur à son éditeur, qui l’a im prim é avec\nbégueulism e; pourtant, nous avons déli­          un soin et une recherche parfaits.\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "                                               — 331 —\n  Les Amours Corses,parPhilippe T on elli;            par L éo n Hennique ; — Jeunesse, poésie,\nCalm ann, P aris. 3 frs. 50.                          par    G abriel V ic a ir e ; —      A g h a V é li,\n   M onsieur Philippe T o n e lli, un Corse           poésie, par Jean M oréas; — L es funé­\nm il-huit-centrenteux,— le Chat Noir, qui             railles de V ic to r H ugo, par un H u go­\nne se gên e pas, l’appelle son spirituel              lâtre; — de quelques déterm inatifs dans\nam i — vien t de com m ettre là un livre              les styles décoratifs, par Paul R ouaix ;\ntrop m auvais pour en dire du bien, et, ce            — le N aturalism e en Espagne, par A . S a ­\nqui pis est, pas assez m auvais pour en               v in e; — les Russes et les A n g la is en\ndire du m al.                                         A sie, par Edouard N icolas; articles cri­\n                                                      tique, bibliographie, musique et théâtres.\n                                                         P rix du n° : 2 fr. ; bureaux, 2, rue de\n   P o u r paraître prochainem ent : L e s            T o u rn o n , Paris.\nC o n c u b i n s , un volu m e de nouvelles, par\nC am ille L em on nier, qui vien t de term i­\nner dans le Tour du Monde la description                 Som m aire du n° de Juillet de la Revue\nde la p rovin ce de N am u r (3 livraisons,           Wagnerienne, (publication m ensuelle, di­\nnos 1273 à 1275).                                     recteur : M. E. Dujardin ; bureaux, 79, rue\n                                                      Blanche, Paris, prix du n° : 1 franc).\n                                                         1° C hron ique (Lohengrin et les œ uvres\n                                                      de W a g n e r à P aris; les opéras et les\n   Revue des Revues.        A   lire., dans la\n                                                      dram es de W a g n e r) par E . D ujardin.\nSociété Nouvelle, n° de juin, les articles\n                                                         2° L e prélude de L ohen grin, para­\nd’E m ile Verhaeren, sur Joseph H eym ans,\n                                                      phrase par Liszt, avec com m entaire de\net d’O c ta v e Maus, sur le S alon de Paris ;\n                                                      W a g n e r et interprétation de Baudelaire.\nle critique cravach e fièrem ent les gloires\n                                                         3° L e pessimisme de Richard W agn er,\nde carton et de fer-blanc qui y tiennent\n                                                      par T h é o d o r de W y z e w a .\nla ram p e; son p laidoyer éloquem m ent\n                                                         4° A propos de S igu rd , par J . de B rayer.\nénergique en faveur des artistes qui ont\n                                                         50 L e S ym b o le     de L o h en grin , par\nl ’orgu eil de leur art, est d’ un sincère et\n                                                      G . N oufflard.\nd’un jeune.\n                                                        6° H istoire du T h é âtre de B ayreuth\n                                                      (suite).\n                                                        70 Beethoven, par R. W agn er.\n  D an s la M inerve, les articles haute­               8° L e M ois W agn érien .\nm ent intéressants de M M . de C ro lla ­               9° Publications nouvelles, correspon­\nlanza, de L am oth e, B arrè s, sur            Rosa   dances.\nMystica, C harles Buet, et les beaux vers\nde Laurent T ailh ad e et Zénon-Fière.                  Sous presse chez H enry K ystem aekers:\n                                                        L a Chair, étude d’argo t, par O scar\n                                                      M éténier;\n  Som m aire de la Revue Contemporaine,                 La       Teigne, m œ urs parisiennes par\n                                                      L . D escaves ;\nn° de juin :\n  V ic to r H u g o , étude     critiq u e ,    par     Petiteau, par Francis P oictevin ;\nEdouard R od ; — P œ u f, n ouvelle (suite),            Syphilitique, par A d o lp h e T ab ara n t.\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": "              V iennent de paraître:                L a m aison M oens vient de faire paraî­\n   Toques et Robes, par A rth .        Jam es,   tre, très soigneusem ent publiée dans le\n\n1 v o l. Superbem ent édité sur papier de        form at de l’ ancienne collection Laurent,\n\nH ollande, couverture en parchem in, illus­      si appréciée des Bibliophiles, la Guerre\ntrations d’A m édée L y n e n ; Ferdin. L a r­   des D ie u x d’E variste P a rn y ; le B alai ou\n\nd e r, Bruxelles.                                la Bataille des Nonnes, du jo y e u x abbé\n\n   Notes sitr la Littérature M oderne, par       D ulaurens, suivra de près la Guerre des\nFrancis Nautet. i vol.                           D ieu x; c’est un beau début pour la m i­\n  Le Roitelet, par C élestin      D em blon ;    gn on n e collection que notre éditeur se\n\n1 volum e très artistiquem ent im prim é         propose de form er, avec les charm antes\npar J.-B . M oens, pour l’Editeur Giraud,        oeuvres des poètes galants du XVIIIe siè­\nde P a ris.                                      cle.\n\n  La N u it, poésies par R o do lphe D a r­\nzen ; très beau v o lu m e sur papier vergé,       A u C on servatoire. C on cou rs de cal­\ncouverture en parchem in, tirag e à petit        listhénie.\nnom bre.                                           M algré les efforts de M . V erm andele,\n  N ous parlerons de ces oeuvres dans            le sym pathique professeur de m im ique,\nnotre prochaine chronique littéraire.            le concours n’a pas été brillant en g é n é ­\n                                                 ral.\n                                                   Cependant du        côté des dem oiselles\n  D e la Revue Wagnêrienne :\n                                                 nous devons sign aler M lles Fierens, la\n     O n annonce que le nouveau direc­\n                                                 nouvelle recrue de la M onnaie, qui a\nteur du T h é â tre de la M onnaie n’a pas\n                                                 m im é avec beaucoup de talent le rôle de\nl ’intention de reprendre, à la saison p ro ­\n                                                 Sélika de l’ A fricaine, et M lle G ré go ir,\nchaine, les représentations des Maîtres\n                                                 une exquise M arguerite.\nChanteurs ; en revanche, il est question\n                                                   D u côté masculin, M. R o yer, s’étant\nde m onter la        Walkyrie, traduite   par\n                                                 m ontré très supérieur dans la difficile\nM. V ic to r W ild e r; quelques personnes\n                                                 scène du 3e acte de G uillaum e T e ll, s’ est\nbien inform ées déclarent m êm e la n ou­\n                                                 vu placer au dernier ran g par le jury.\nvelle certaine; il serait bizarre alors, que\n                                                 A u C on servatoire, le con traire nous eut\nles M aîtres Chanteurs, dont le succès a\n                                                 étonné.\nété considérable, fussent oubliés, \"\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "                                                            LA S O C IÉ T É N O U V ELLE\nL ’H Y S T E R I Q U E                                  REVUE      INTERNATION ALE           MENSUELLE\n         p a r C a m il l e L e m o n n ie r\n                                                        Sociologie, Arts, Sciences, Lettres.\n    En vente a u x b u r ë a u x de l a Revue          Abonnement : 8 fr. par an. —1Bureaux\n                   Prix: 3,50                        Rue des Minimes, 10, Bruxelles.\n\n\n     L ’A R T          MODERNE                          d     <s                           n o ï ^\nRevue critique des Arts et de la Littérature         Gazette littéraire illustrée, 15 cent, le n°.\n   paraissant le dimanche, 4' année.                 u n w m m - France,                    lO fr.p a ra n .\n                                                     ABOSSIMmI . U n io n p o s t a le ,    &'£\nAbonnement : 10 fr. — Administration :               Bureaux : 84, Boulevard Rochechouart,\n  26, rue de l’Industrie, Bruxelles.                                PARIS.\n\n                                V IE N T       DE   P A R A IT R E          :\n\n                    ch ez C a lle w a e r t, 26, rué de l ’In d u strie\n\n           LA              FORGE                         ROUSSEL\n                                         Par E. PICARD\nEdition défin itive, tirée à p etit n om bre. — P rix : G rand Japon 60 fra n cs;\n                    C h ine G énuine 40 francs; H ollande 25 francs.\n\n\n  V ien t de p araître : L E R O I T E L E T , par C élestin D em blon ; prix : 1 franc.\nEn ve n te aux bureaux de la R e v u e.\n\n\nJOURNAL DES GENS DE LETTRES BELGES\n                        Paraissant le 1 \" et le 15 de chaque m ois\n     E tu d e s, C hronique, M o r c e a u x ch o isis, C ritiq u e litté ra ire\n\n                            D ir e c te u r : D r E .    V A L E N T IN\n\n          B elgiq u e, 6 francs par an. — U nion p o stale, 7 fr. 50 c.\n\n                     Bureaux : 26, rue de l'Industrie, Bruxelles.\n\n\nT O Q U E S             E T       R O B E S                 LA R E V Ü E C O N T E M P O R A I N E\n   E S Q U IS S E S JU D IC IA IR E S                L IT T É R A IR E , P O L IT IQ U E , PH ILO SO PH IQ U E\n\n                       PAR                                     paraît le 25 de chaque mois\n            Arthur JAM ES                                          P r ix du num éro : 2 fr.\n\n   Un superbe volume sur papier de                          Abonnement pour la Belgique\nHollande, avec couverture en parchemin;                            22 fr. par an.\nillustrations d’Amédée Lynen. Larcier,                       Bureaux : 12, rue de Tournon.\nédit. 3 fr. 50.                                                             P A R IS\n\n     En ve n te â la M aison M oens, 7 , G alerie B o rtier (C om p to ir de librairie\nm usicale) : Tonkin T olka , par D o n o n et Clair de Lune, va lse brillante, par\nMoon; dernières n o u ve au té s; 0,65 cen t, le m orceau.\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "R @ yvQ      ítís r s v s m íS         DG     L im m s R K r n v R S          em     D 'm m\n\n\n\n           P R IX DU N U M ER O : C IN Q U A N T E C E N T IM E S\n\n\n\n                              L u n d t i 3 J u i l l e t 1885\n\n\n\n                                         N° 9\n\n\n                       S O <£M <£M qA I % E\n\n\n  I. J ean L O R R A I N                        L es I doles\n\n\n II.   H ector C H A I N A Y E                 L e T r i a n g l e : (B ) l e s E s p r i t s\n\n II I. A ndré F O N T A IN A S                 C a n t iq u e , poésie\n\n\n IV . J ules F R É D É R I C                   Sonnets\n\n\n  V . A rnold G O F F IN                       Journal         d ’A n d r é\n\n\n\n V I . R ené G H I L                           S o u s m o n C a c h e t (suite)\n\n\nV I I . C élestin D E M B L O N                N o u v ea u x C o n t e s m élanco liques\n\n\n\n    C hronique    de   l ’A r t   et   du    ..i v r e .   —   L es   N o u v e a u x -n é s\n\n\n\n\n                           J .-B . MOENS, libraire-éditeur\n                                  7, Galerie Bortier, 7\n                                    BRUXELLES.\n"}]}