{"numero_id": "ulb-basoche-1886-01-01-n13", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "articles": [{"article_id": "ulb-basoche-1886-01-01-n13-001", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 1, "page_fin": 2, "titre_corps": "Proses lyriques : Au-delà ; Crucifiement", "titre_sommaire": "Proses lyriques", "signature_source": "ARNOLD GOFFIN", "ancre_debut": "PROSES LYRIQUES", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": 1, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 1382, "texte": "P R OSES LYRIQUES\n                                       A Hector 'Chainaye.\n\n                        A U -D E L A\n\n    Je marche dans la vie comme un somnanbule.\n    Le monde objectif m’échappe, — m’apparaît au tra­\nvers les brumes d’un voile opaque. D’un pas fu rtif et\ndoux, je parcours les villes et les champs sans que ma\nsérénité s’affecte des rumeurs citadines ou des calmes sub­\nurbains. Les Hommes et leurs stériles clameurs, leurs\nquerelles et leurs guerres, me laissent incurieux et n’en­\ntament pas mon Indifférence souveraine; les Femmes que\nje pourrais aimer, je les écarte de ma mémoire, — d’un\ngeste nonchalant.\n    — Un Rêve incessant, toujours renouvelé, berce ma\npensée, — un rêve éternel, merveilleux comme la légende.\n    Je respire l’air balsamique de l’Empire éthéréen où tout\n est clarté,parfum, musique... Une lumière tamisée, flui­\n dique, — vibrante; des aromates innommés, caressants\n — harmonieux ; un concert mystique, ineffablement suave,\n chantant le bonheur des Esprits, ou désesperé, avec de\nlongs appels, — des sanglots et des larmes, — triste, —\ntriste ainsi que l’Amour !\n\n   Et le songe spendide serait infini ; je m’absorberais à\nla contemplation de ces choses, déplus en plus ; je m’anni­\nhilerais dans le pays mystérieux, — si des mains brutales\net sauvages, ne m’arrachaient parfois — violemment, —\nhors de ma patrie d’élection.\n"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": 2, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1314, "texte": " 2                      LA BASOCHE\n\n\n\n\n                    C R U C I F IE M E N T\n                                                 A Joè.\n\n     Je suis un pâle Christ — cloué sur une croix très dure,\n et la vie lentement coule, goutte à goutte, de mes veines\n épuisées.\n    Ma tête se penche, douloureusement ; — mes yeux, las\n des larmes répandues, se sont clos ; mon corps s’aban­\n donne, et lourd,pèse sur mes bras meurtris.\n    Mon agonie sera éternelle et jamais je ne verrai luire\nl’aurore du Néant, car — j ’appréhende la mort et chéris\nle supplice, puisque mes bourreaux sont ceux que j ’aime !\n    Ils m’ont, pour me glorifier, joyeusement couronné —\nd’épines! Couvert d’un manteau de pourpre — teint de\nmon sang, — j ’ai été traîné en triomphe et signalé aux\nsarcasmes populaires. Ils me renièrent, alors, me souil­\nlèrent d’immondices — et satisfirent mon ardente soif\nd’Amour — avec du fiel !\n   Lorsque mes amis m’eurent ainsi démontré leur ten­\ndresse, ils me livrèrent à un indiffèrent Tilale, en disant:\n— « Il ne nous est permis de fa ire mourir personne! »\n\n   Mais, — dénué d’amertune et de haine, silencieusement\nje souffre, et étends sur eux la douceur d’une clémence in­\nfinie.\n                                    4\n     16 octobre 1885.\n\n                                     ARNOLD G OFFIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1886-01-01-n13-002", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 3, "page_fin": 10, "titre_corps": "Noël livide : Veillée", "titre_sommaire": "Noël livide", "signature_source": "EVREHAILLES", "ancre_debut": "NOEL LIVIDE", "ancre_fin": "EVREHAILLES", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": 3, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 971, "texte": "NOEL LIVIDE\n                     V E IL L É E\n\n                           Au statuaire Achille Chainaye.\n\n\n        ers    onze heures, Jean Daras quitta son\n\n\n V        atelier. Il y avait consumé la soirée à\n          relire les lettres que, d’Italie, son ami\n Paul Avranches lui écrivait, jadis. E t il demeurait\n frappé de la sympathie étroite qui reliait les sen­\n sations d’Avranches à celles éprouvées par lui\n même, pendant son long pèlerinage à travers ces\n contrées, au ciel si haut dans un air si subtil. Ces\n souvenirs fouillés avec un regret doux, rallumaient\n au fond de ses yeux l’aérienne vision des spendeurs\ncontemplées sous la gloire soleilleuse d’Italie......\n    Or, cette nuit, strict observateur d’une promesse\npieuse, Jean Daras allait veiller le corps de Paul\nAvranches, son ami, mort.\n   Un brouillard aux épaisseurs d’eau sale engluait\nla ville; à travers ses haleines opaques, les crêtes\njaunes des réverbères éclairaient à peing le pavé\n"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": 4, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1492, "texte": "4                    LA BASOCHE\n\n\n\ng lissant; une pénétrante hum idité m ouillait les\nmurs de    suitement    froids. Grelottant sous    ce\nbrusque rappel à la vie septentrionale, Jean D aras\ns’enveloppa dans son m anteau, et d’un pas étouffé,\nchem ina par les rues sourdes. D e ci de là, une\nfenêtre vaguement blanche, posait dans l ’atmos­\nphère une tâche de clarté huileuse. — Su r les\nboulevards, il hésita, craignit de perdre sa route ;\nle brouillard y était plus lourd encore, et derrière\nses lividités, les maisons ne se distinguaient plus.\nU ne pluie de vapeurs      condensées    tombait des\narbres visqueux, avec un bruit étrange dans le\ncalme pesant des alentours.\n   Daras s’orienta pourtant. L ’avenue traversée, il\ns’enfonça dans le dédale du faubourg. Peu à peu,\nil se sentait suffoqué par une chaleur oppressante,\nle cerveau en feu et les vêtements lui collant à la\npeau. E n relevant la tète pour aspirer plus d’air,\nil vit, trouant la m uraille longue suivie depuis\nlongtemps, une haute baie où s’accusait, peu à\npeu, une timide lum ière. E t, la plainte d’une\ncloche grêle ayant pleuré dans la m oiteur de l ’air,\nJe a n Daras se reconnut devant la Chapelle du Cou­\nvent des Repenties : au rachat des anciens noëls,\nles filles de jo ie s’y préparaient à la messe de M i­\nnuit. Daras s’arrêta. P ar la baie ogivale, m ainte­\nnant plus lumineuse, un hymne vint, dit par des\nvoix brisées, lourd de regrets ardents et d’appels\ndésespérés. L e chant des vierges folles montait,\n"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1485, "texte": "                     NOEL LIVIDE                      5\n\n\nhum blem ent, dans la quiétude de la ville endor­\nm ie, et l ’im pression en était si poignante et si\nsolennelle, il y avait dans ce rauque cantique une\ndésolation si profonde, que Jea n , revoyant son frère\nd’am itié, m aître à présent du secret de la vie, se\nsentit étranglé de sanglots. H âtivem ent,il s’éloigna,\nfuyant les lueurs indécises du vitrail, qui s éteignit\ndans les brouillards.\n   Je a n D aras est installé dans la cham bre m or­\ntuaire. Assis dans le fauteuil où s’étendait Avranches,\ndurant ses longues et lentes causeries de malade,\nil ramène sur ses genoux une couverture de laine,\nqui lui laisse aux doigts une m ouilleur, comme\nimprégnée encore des dernières sueurs du disparu.\nL a lampe rapprochée, il en descend l’abat-jour\navec précaution, et déplie doucement les journaux\nparlant du peintre mort. D es confrères, des am is,\ndes   indifférents   y   avaient écrit de nombreux\narticles, déplorant, à tant la ligne, une carrière\nbrisée, un avenir éteint. Sous ces doléances, Jean\nsentait sourdre la jo ie honteuse de gens débarrassés\ndu rival ou du maître ; rarement, une note émue\nvint l ’attendrir. Il repoussa les feuilles avec las­\nsitude. ..\n  Su r la table de nuit trem blotte une veilleuse\nhésitante, à côté d’une orange entamée et d’une\nfiole pleine. Dém esurém ent allongé, sous le drap\nblanc qui rem onte aux orteils rigides, le corps est\nétendu, la tête,enfouie dans l ’oreiller, ne montrant\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1481, "texte": "6                      LA BASOCHE\n\n\n\nqu’une touffe de cheveux. E t la lampe dessine, sur\nle mur, la funèbre silhouette, concave au lieu du\nventre, relevée vers les pieds.\n  Partout, des tableaux, des croquis, des études,\nsouvenirs d’heures grises ou de jours de soleil. L a\npersonnalité du peintre y éclate, exubérante, en\ncolorations fougueuses et en vibrantes émotions.\nJea n D aras contem ple ces choses avec un religieux\nrespect dans son âme recueillie ; une âpre tristesse\nle tient, à songer que le cerveau créateur de ces\nmerveilles s’est endormi, que la main du bon\nartiste gît là, inerte. Dans l ’atelier voisin, dont la\nporte bée sur le noir, une horloge réveille mono ­\ntonement la sonorité des murs.\n    I l fait froid et humide. Jea n D aras pense, et ses\nprunelles absorbées errent sous la jau n e lum ière\nsemée par la lampe calm e. U ne torpeur l ’envahit,\nsournoisement. Il se lève, veut voir le visage de\nson ami ; il contemple ce nez bleui, aux minces\nnarines affaissées, ces lèvres noires, ces orbites\ncreux. Il revpit la scène du matin : le mouleur,\nencadrant de linges tordus ce visage cher, oignant\nd’huile sa barbe et ses sourcils, versant le plâtre\nmou. E t quand, la pâte solidifiée, on enleva le.\nmasque blanc, dans lequel demeurèrent happés\nmaints cils et maints cheveux, quelle odeur fétide\ns’éleva des chairs mollies par la chaleur du cim ent !\n    Cette même odeur revenait, à présent, empuan ­\ntant   par   bouffées épaisses.   Etouffé,   Jean   n’y\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1523, "texte": "                        NOEL LIVIDE                        7\n\n\npouvait tenir. Il ouvrit une fenêtre, et les buées\nglauques du dehors pénétrèrent dans la cham bre,\nDaras se pencha, rafraîchi par l'air. A peu de\ndistance, dans la rue, une torche brûlait à rez de\nterre, à côté d’un brasier ardent, noyé dans les\nvapeurs. Indécisém ent, passait et repassait devant\nle foyer, avec une régularité de pendule, une forme\nvague, veilleur de          nuit      gardant des travaux de\nvoirie. Ce coin lum ineux et cette om bre mouvante\nintéressèrent Jea n . Il s’acharna à voir, attendant\nchaque fois le passage de l’homme, et ce lui était\nun soulagement de le retrouver là. A un moment,\nl’attente se fit longue. L e garde était rentré dans sa\nguérite. Je a n guetta vainement.\n  E t d’un coup, il eut conscience qu’il était seul,\ntout seu l. T ransi de froid, il revint au lit. L a grande\nhumidité de la nuit avait affaissé les raideurs du\ncorps, qui devenait flasque et se détraquait.\n   Pour chasser d’obsédantes pensées, Jean tenta\nde s’occuper. Il prit la lampe, et, sur la pointe des\npieds, pénétra dans l’atelier. I l y feuilleta les cartons\nde dessins, d’études, voulant s’absorber, lisant\njusqu ’aux moindres notes marginales, mais sans\nco m p ren d re,     sans   vo ir ;    une   inquiétude   le\nhantait.\n  Su bitem ent, D aras pâlit ; cette idée venait de\nja illir : « pourtant, il y a des gens qui ont peur des\ncadavres. »        U ne crainte tenaillante      le   secoua\nd’avoir peur à son tour. P ou r surmonter cette\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1518, "texte": "8                     LA BASOCHE\n\n\n\nanxiété puérile, il fit un pas vers la cham bre : un\ncraquem ent sec l ’arrêta net.\n    Il se raisonna pourtant, s’expliqua que l’hum i­\ndité de l’air faisait jouer les boiseries du lit, et,\navec un effort qui égrena des gouttes à ses tempes,\nrevint fermer la fenêtre.\n    L a face du mort s’était de plus en plus am ollie ;\nles joues tombantes pliaient la bouche en un rictus.\nJea n , le bras trem blant, rejeta en hâte le drap sur\nla figure. — L a veilleuse, dont la m èche carbonisée\nse rapprochait de la nappe d’huile, crépitait, se­\ncouée par des soubresauts fantastisques. L a lam pe\naussi charbonnait ;sa flamme s’était échancrée par\nle m ilieu, transformée en deux cornes qui dansaient\nbrusquement. Daras la fixait, se surprenant à\ndemêler les intentions et les signes de ces strapas ­\nsements diaboliques. Su r les        murs, les objets\nenvoyaient des formes bizarrem ent remuées par les\nlumières tordues. Tand is qu’il les considérait avec\nun énervement croissant, des peurs lui courant sur\nla chair et le mordant à fleur de peau, subitem ent,\nle cadavre, les tissus totalement relâchés, coula.\nIl y eut un gargouillis bref, et un souffle mou fit\nonduler un instant les draps. — Daras, raidi par les\naffres d’une épouvante folle, n’osait tourner la tête, ni\nremuer même. Traversé de sueurs glacées, qui lui\nmontaient des talons à la nuque, il demeurait coi,\nla bouche sifflante, le cœur vidé. P u is, d’un coup, il\nse précipita dans l ’atelier, les genoux flageollants,\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1514, "texte": "                        NOEL LIVIDE                     9\n\n\net referma furieusement, à clef, la porte de la\ncham bre.\n  D ans le noir, il tom ba sur un divan, les mains\nsuantes, les moelles raclées d’an g o isse.... N ulle\npuissance au monda ne le ferait retourner dans\ncette ch am b re... et instinctivem ent il tournait ses\nregards vers     la porte, sous laquelle brûlait un\nfil    de   lumière,     droit, qui   l’hypnotisait.   Un\nsilence rôdeur,        gonflé de souffles et de bruits\nvagues, fuyait le long des murs. L es draperies\nmouvantes, plus noires encore que l’obscurité, se\nhaussaient en de grands gestes fantomatiques ; au\nhaut, dans le plafond, le lanterneau arrondissait\nun œ il livide, à peine distinct, m algré le petit jou r\nvenu, sous la couche des nuées. E t, une terreur de\nplus en plus âpre broyant sa volonté et sa force,\nJean se cramponnait, hérissé à chaque choc, ses\nmains fiévreuses, sanglantes de heurts, cherchant\nla sortie. Cette épouvantable hantise le traquait,\nque — quelqu’un — était derrière lui, suivant ses\nmoindres pas, im placablem ent, et prêt à l’anéantir.\nAprès de surhumains efforts, il trouva pourtant,\ns’engouffra dans l’escalier, au risque de se briser le\ncorps. I l se sentait au cou, le souffle du spectre;\nsur son échine, il percevait l’affleurement d’une\nmain happante, crispée pour le sa isir....\n      Avec un rauquement de désespoir, il se colla à\nla porte qu’il lui fallait perdre un temps si précieux\nà ouvrir, et, enfin délivré, le cœur lui bourrelant la\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 282, "texte": "10                       LA BASOCHE\n\n\n\npoitrine, les yeux fous, nu-tête, il se je ta dans les\nbrumes de l'aube, repoussant avec violence le\nbattant, qui claqua bruyamment dans l’ampleur du\ncorridor sonore.\n\n                                      EVREHAILLES\n\n\n     24 Décembre 1885.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1886-01-01-n13-003", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 11, "page_fin": 13, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "Vers", "signature_source": "ALBERT MENNEL", "ancre_debut": "VERS", "ancre_fin": "ALBERT MENNEL", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 792, "texte": "VERS\n                                           A Albert Giraud\n\n\n                        DOLOR\n\n\n\nAmante insatiable, aux changeantes humeurs,\nO ma douleur ! Pourquoi m’obsèdes-tu sans trêve?\nPour satisfaire un jour ton impossible rêve,\nA chercher vainement, lentement je me meurs.\n\n\nJe t’ai fa it le présent douloureux de mes pleurs,\nParce que les bijoux plaisent aux filles d’Eve,\nMais puisqu’il ton désir rien jamais ne s’élève,\nQue te faut-il alors, dis-moi: sont-ce des fleurs?\n\n\nMais voici le printemps et tu restes méchante!\nA l’orgie, à l’amour, aux festins où l’on chante,\nJe t’ai partout menée, et tu reviens toujours.\n\n\nTristement déguisée, et selon ton caprice,\nEn noirs regrets d’antan, en souvenirs d’amours,\nEn mépris des vertus, en dégoût dans le vice.\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 723, "texte": "12                      LA BASOCHE\n\n\n\n\n                       LA JÉ R O S E\n\n\n\nSur le Liban doré, dans l’antique Syrie,\nCroît une rose étrange, au calice divin.\nSèche, elle vit encore et le temps passe en vain :\nL ’âme reste immortelle en cette fleur flétrie.\n\n\nQu’un soir, un diamant de rosée ou de pluie\nY tombe, elle se rouvre et fleurit au matin ;\nHélas! mais son éclat sidéral s’est éteint\nIrrévocablement, et l’arôme l’a fuie.\n\n\nDe même, aux jours mauvais, tu revis sous mes yeux,\nPassé, dont l’ignorance ensoleillait les deux...\nHélas! tu perds bientôt ton sourire enviable,\n\n\nCar tu n’es plus le même, et l’Irrémédiable\nA mis sur ton corps froid son inerte pâleur,\n  — Et c’est m e douleur encor dans ma douleur! —\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 820, "texte": "                            VERS                        »3\n\n\n\n\n         S U R UN V IE U X          TABLEAU.\n\n\n\nOn rencontre parfois dans les salons très vieux,\nUn ancien tableau d’on ne sait plus quel maître,\nSouvenir de fam ille hérite d’un ancêtre,\nQue conservent lesfils p ar respect des aïeux.\n\n\nJamais pour l’admirer nul ne lève les yeux.\nEt pourtant que d’efforts il a coûtés peut-être!\nQue de rêves de gloire et d’espoirs il fit naître,\nTrahis à tout jamais p ar le temps oublieux,\n\n\nJe ne sens pas en moi cette divine essence\nQui donne la victoire aux œuvres sur la mort;\nAussi, maître oublié, subissant votre sort,\n\n\nMon humble rêve aspire à l’obscure naissance\nDe quelque vers, que nul peut-être, ne lirait,\nMais où toute mon âme, après moi, vibrerait !\n\n\n                                       ALBERT MENNEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1886-01-01-n13-004", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 14, "page_fin": 20, "titre_corps": "Fin de Race", "titre_sommaire": "Fin de Race (nouvelle)", "signature_source": "MAURICE FRISON", "ancre_debut": "FIN DE RACE", "ancre_fin": "MAURICE FRISON", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1125, "texte": "FIN DE RACE\n                la pénombre sévère de la haute salle,\n\n\n D\n          ans\n\n           Jea n de Raleghem , assis devant une table\n           aux lourds pieds torses, com pulse, par­\ncourt, feuillette les volumes épars devant           lui,\nmettant    dans    son   étude des     législations une\npersévérance      paisible. Confiant    en   lui-m êm e,\nil travaille sans fièvre,    sans l’impuissante     irri­\ntation des faibles. Il a puisé aux sources            du\ndroit de toutes les nations, scruté les théocra ­\ntiques organisations de l’O rient, les rudiments bar­\nbares des lois des peuples enfants, les monuments\naltiers du droit romain. Il a disséqué les coutumes,\népelé les chartes obscures, cherchant à pénétrer le\ncaractère intim e, le sentim ent juridique des races.\nE t maintenant l’œuvre nait ; il y met une ferveur\nde lévite, et sa phrase prend une grandeur patri­\ncienne pour parler de cette chose supérieure, de cet\nidéal vers qui s’élève son âme : l e D r o i t . E t dans\nles lignes qu’il écrit, il s’efforce de résumer les aspi­\nrations universelles des nations passées et d’exposer\n"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1465, "texte": "                        FIN DE RACE                     15\n\n\n\nleur fraternité dans cette religion des hommes : l e\nJ u ste.\n   L e crépuscule envahit la ch am b re; abandon­\nnant la page commencée, Jea n va s’accouder à\nl’appui d’une des fenêtres. D errière le vitrage\nmaillé de plom b, le soleil s’endort dans une apo­\nthéose de vapeurs sanglantes ; ses derniers rayons\nsèment largement des ors rouges sur la m onotonie\ngrise   des   toits,   et   hautain   sur   sa   flèche de\npierre, Saint-M ichel flambe dans le ciel. D evant\ncette gloire de feu, Je a n de R aleghem se sent\ngrandir : il sera digne des anciens, ces m agistrats,\nces légistes intègres qui furent ses aïeux.\n  T out petit déjà, il l ’a entendu, ce m o t: les aïeux.\nL a mère était morte jeune, laissant son enfant\nécrasé sous la majesté de l ’hôtel fam ilial. Il y avait\ngrandi tristement, sans un rire, sans une jo ie , sans\njeunesse : hors du siècle, plongé dans l’étude des\nans passés.\n  A de rares intervalles il voyait son père, le con­\nseiller à la Cour Suprêm e ; celui-ci le prenait dans\nses bras inhabiles aux étreintes, le baisait au front\navec un « bonjour, mon fils » affectueux sans\ntendresse, puis s’enfermait dans sa bibliothèque,\nabandonnant Je a n à son précepteur. Aussi avait-il\nun respect timide pour cet austère m agistrat; il\ncraignait presque l ’attouchement rugueux de cette\nface rasée qu’il n’avait jam ais vu sourire.\n  Après la leçon de chaque jo u r, son précepteur,\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "i6                      LA BASOCHE\n\n\n\nun vieillard qui avait élevé son père, l ’em m enait\ndans des promenades à travers B ru xelles, pour lui\nmontrer      les vestiges   d'autrefois. C ’étaient des\nvisites aux musées, aux églises, à l’H ôtel-de-V ille,\npartout où quelque reste des grandeurs de sa race\navait résisté au temps.\n  E t il lui disait l’histoire de la vieille cité.\n     —        Jad is, mon enfant, B ruxelles apparte­\nnait à sept lignages, sept castes de n o bles; les\nRaleghem étaient du 'S Leuws Geslachte: le L ignage\ndu L io n .\n       Il le conduisait à Sainte-G udule devant le\ngrand vitrail offert à la collégiale par les sept\nGentes. E t indiquant du doigt un écu, il disait d’une\nvoix lente :\n     — Voilà les armes des ’S Leuws, là , au bas; voyez :\nils portaient de gueules au lion rampant d’argent,\npalé et lampassé d’azur.\n     E t quand l’enfant, muet dans la m ajesté du\ntemple, avait longtemps fixé la large baie lum i­\nneuse, il sortait, gardant à travers un papillote ­\nment confus de couleurs, un grand respect pour\nceux qui avaient fait des choses qu’on lui disait si\nnobles.\n     P u is ils allaient au musée, et lui montrant une\ntoile d’un vieux maître, un portrait vigoureuse­\nment modelé avec des chairs solides trouées d’un\nregard qui sem blait scruter l’âme de ceux qui le\nfixaient, le savant lui disait :\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1460, "texte": "                     FIN DE RACE                     17\n\n\n  — Celui-ci, c ’est T hierry de R aleghem , qui fut\nnommé cinq fois premier bourgmestre par le m a­\ngistrat de la v ille ; il fit un com m entaire sur la\nKcure que vous verrez plus tard.\n  Lorsque l’élève eut dix-huit ans, ils com m en­\ncèrent l’étude du D roit, une étude approfondie,\nminutieuse, que lui seul pouvait donner. C ’étaient\ndes exposés nets, précis, entrecoupés par instants\nde causeries, d’anecdotes qui rappelaient la science,\nla droiture des ancêtres, de critiques qui flagel­\nlaient les mesquineries du tem ps.\n  Ainsi, le récepteur s’efforcait de façonner cette\nâme à l ’image des hautes figures des grands siècles.\nE t pareil à ce Rom ain qui entoura sa matrone en ­\nceinte des chefs-d’œuvre de l ’art grec pour que\nson sein, déshabitué des laideurs coutumières, en ­\nfantât une progéniture empreinte        d’une beauté\nsculpturale, il laissa ignorer à son élève les fa i­\nblesses des siens, en remplissant sa pensée de leur\nécrasante perfection.\n  Aussi le vieillard ne disait point tout ce que ses\nlongues    recherches   lui   avaient   dévoilé :   un\nsecret terrible, une plaie qui depuis des siècles\nressaignait par intervalles, une hérédité fatale qui\nl’effrayait.\n  E n fouillant dans les vieilles chroniques, il apprit\nque dans cette famille de magistrats aux mœurs si\npures, surgissaient tout à coup des êtres déséqui­\nlibrés, des mâles brûlés par des amours affolantes,\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1431, "texte": "i8                    LA BASOCHE\n\n\n\ndes êtres flam bant des passions qui avaient couvé\ndurant des générations. Livrés corps et âme à leurs\ndésirs, ceux-là ne connaissaient aucun frein. Ainsi,\nW alter de Raleghem enleva la femme du doyen\ndes orfèvres et durant deux ans la tint cachée dans\nune cham bre de son hôtel; son petit fils H enry tua\nen com bat singulier deux de ses cousins qui lui\ndisputaient une femme aim ée. U n autre était mort\ndans les spasmes d’une folie furieuse, pour n’avoir\npu obtenir la main d’une duchesse; et bien d’autres\nencore avaient forfait.\n     Inexorable comme une lèpre assoupie mais incu­\nrable, toujours ce mal était revenu.\n     Il était cependant une de ces hideurs que le\nmaître ne cachait point, à cause de la rigidité cato ­\nnienne qu’y montra un Raleghem .\n     L ’histoire était peinte en un grand triptique de\nR oger van der W ey d e. L e gothique y avait rendu la\nlégende, et l’avait résumée au bas en quelques lignes\nsaisissantes dans leur brièveté lapidaire :\n     « L e sire Hugues de Raleghem du lignaige du\nL io n , estant au lit malade, frappa de sa propre\ndague, son propre      neveu qui avoit      violé   une\nfille. »\n     L e m aître revenait souvent à cette légende ;\nc ’était la gloire de la race, cet inflexible justicier.\nE t pour que l’élève l’eût toujours sous les yeux,\npour qu’il vit à chaque heure de sa vie comment les\nR aleghem comprenaient l’honneur, il avait fait\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1488, "texte": "                     FIN DE RACE                       19\n\n\npendre le tableau au mur de la salle gitée de chêne\noù s’écoulaient leurs jours studieux.\n  C ’était   une   vaste   cham bre    dont les    deux\nlarges fenêtres à croisillons de pierre s’ouvraient\nsur B ru xelles,   déroulé au loin ju sq u ’aux hau­\nteurs d’Anderlecht. E lle était tendue de tapisse­\nries d’Audenaerde aux tons éteints par la patine\nde trois siècles. A chaque angle des encoignures\nde noyer, quelque œuvre de m aîtrise d’un sculpteur\ndu seizième siècle : à travers        leurs vitres bos­\nselées, on entrevoyait des coupes fouillées par le\nburin des orfèvres de Bruges,          des   ivoires   de\nLouvain, des verres sveltes et versicolores rapportés\njadis de V enise par les membres d elà grande gilde\ndes drapiers, une corne de buffle cerclée d ’argent\ndans laquelle buvaient les membres du Serm ent des\nArbalétiers aux jours de réunions.\n  Au fond de la place, la lourde chem inée renais­\nsance flamande en pierre bleue de H ainaut carrait\nses formes massives. Devant le contre-cœ ur du\nfoyer en briques sigillées aux armes de Raleghem ,\ndes chenets qu’on disait forgés par Metsys tordaient\nleurs volutes tourmentées. Auprès d’eux, s'élevant\ndans l’ombre du m anteau, une paire d’andierssoute­\nnaient des torchères de fer battu. T o u t dans cette\nsalle était solide, sévère, et des cuirs, des vieux\nchênes s’exhalait comme un vigoureux parfum de\ndroiture.\n  C ’est là qu’avait grandi Jean de Raleghem et\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 261, "texte": "30                   LA BASOCHE\n\n\n\nm aintenant que le maître était mort confiant dans\nl’œuvre accom plie, l’élève travaillait seul, stim ulé\npar les souvenirs endormis autour de lui dans le\nsilence du steen.\n\n     [A suivre).                    MAURICE FRISON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1886-01-01-n13-005", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 21, "page_fin": 26, "titre_corps": "A Happy Christmas", "titre_sommaire": "A Happy Christmas (conte)", "signature_source": "JEAN D’AVRIL", "ancre_debut": "A HAPPY CHRISTMAS", "ancre_fin": "JEAN D’AVRIL", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 1188, "texte": "A HAPPY CHRISTMAS\n                                     à Jo h n Track.\n\n\n\n        e soir là, vingt-quatre décembre, veillée de Noël,\n\n\n\nC        mistress Dora Stephenson, maîtresse de piano,\n         sortait, tout alerte, de son petit appartement\nde la rue des Drapiers, à Bruxelles, en remplissant du\nfrou-frou tapageur de son waterproof l’escalier de la mai­\nson. E n bas, les gens se demandaient pourquoi mistress\nDora était si joyeuse, elle qui, de coutume, partait sans\nbruit, trottant menu. A h ! voilà : depuis une longue\nsemaine, mistress Dora s’inquiète : y aura-t-il un vrai\nNoël, avec de la bonne neige? Et la neige s’est mise à\nchoir, dès l’après midi, moutonnant dans le ciel sourd,\nen gais flocons épais, rieu rs; de la belle neige, toute de\nhouppes de cygnes et de papillons froissés.\n  D onc, mistress Dora s’ en allait, sa figure fanée bien\néjouie, la tête encapuchonnée d’une capeline imper­\nméable, et les pieds confortablement dans des socques\nde caoutchouc. Sous ses pas sautillants de petite mai­\ngre, la neige se froissait avec un joli friselis de soies\négratignées ; aux boulevards, sur le sol éclatant, les\nréverbères étaient plus lumineux que d’habitude, et,\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1639, "texte": "22                     LA BASOCHE\n\n\n\ncomme le vent soufflait du Sud, elle regarda avec un\nsourire les arbres baroques, s’alignant en in term i­\nnables files, très noirs à sa gauche, et à sa droite,\ntout blancs.\n  Avec de minutieuses p récautions, elle enfila les\nQuatre· B ras , mais au débouché sur la place, le Palais\nde Ju stice lui donna une peur. C ar, derrière le rideau\nde flocons tombants, le monument form idable sem­\nblait se m ouvoir dans le vent, vers l’énorme gouffre\nqui bée sur la ville, au dessus de laquelle planaient les\nvagues lueurs du fond, luttant contre l’entassement\ncontinu des nappes de neige...\n   Dora frissonna; en hâte elle s’en fu t , droit devant elle\npar la rue de la Régence, qui enfonçait dans la pers­\npective courbe, les lignes noires de ses tramways.\n  A u Petit-Sablon, une adm iration l’arrêta ; les arbres\ndu square étaient chargés de m oire éclatante, les\nstatuettes, sur leur socles ourlés, s’habillaient d’ her­\nmines royales, et les grilles innom brables, ajourées,\ntordues fantasquement, leurs arabesques folles épais ­\nsement ouatées, form aient un cadre m erveilleux à ce\nrare ja rd in , tel q u ’en un précieux conte de fées, en\nfont les bons orfèvres, joailliers de nacre et d’ ivoire,\nqui savent le secret des blancheurs cristallines du\nciel. Tendus sur ce rêve lilia l, les fils du téléphone,\npoudrés à frim as, rappelaient ces ténus rubans de la\nvierge , diamantés aux premiers givres d ’automne de\ngrésil scintillant.\n  Mistress Stephenson, ravie, pensait à ces joliesses,\nen remontant d’un pas discret la rue de la Régence ;\nau bout, une saillie la fit rire ; son contentement venait\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1717, "texte": "                     A HAPPY CHRISTMAS                  23\n\n\nde lui souffler cette idée folle, que la neige avait mis à\nGodefroid de Bouillon, caracolant là-haut, une che­\nmise de nuit et un bonnet de coton. E t sur cette\ndrôlerie, elle pénétra dans sa taverne accoutumée.\n   Il y avait beaucoup de dîneurs, ce soir-là ; mais par\nbonheur, sa table habituelle restait inoccupée; une\njoie la saisit, quand elle put s’asseoir, dans son coin\nde dilection, comme aux autres jours de l’année. E n\nconfiant son waterproof au garçon, elle regardait avec\nsatisfaction ces choses fam ilières ; les m urs aux déco­\nrations figées, où des élans sautent de glacier en gla­\ncier, franchissant depuis toujours les mêmes préci­\npices; sous des cadres, les portraits coloriés des chevaux\nvainqueurs du D erby; aussi, sur fond noir, en lettres\nd’argent, les annonces des victuailles : « Bass y C°.\n« Im perial Stout. Rum stek. O xtaïl-Soup » ; la voûte\narrondie en plafond de navire, brune de la patine des\nfumées ; le com ptoir avec son étincellement de pintes\nd’étain, ses pompes luisantes, ses bouteilles d’ale et de\ngin aux lueurs de pétrole, derrière lesquelles se tient,\nsérieuse, miss N e lly ; tout au fond, l’étal gigantesque\nexhibant des rangées de Jam bons d’Y o rk , gras et\njaunes — et c’est la renommée de la taverne « York-\nHouse » que cette luisante apothéose de lards entassés,\népandant un          arôme   poivré, haut prisé des go u r­\nmets.\n   E n attendant son repas, mistress Dora s’étonne :\nle m onsieur qui depuis toujours dîne en face d’elle,\nà l’autre rangée des tables, n’est pas encore arrivé.\nE lle   feuillette   curieusement le    Christm as-Num ber\ndu « Graphie »; il est m erveilleux, cette année; les\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1649, "texte": "24                    LA BASOCHE\n\n\n\ngravures enluminées la prennent d’un intérêt palpi­\ntant; mais petit à petit, son front se rembrunit ; en\nvoyant ces scènes d’intérieur suaves, naïves un peu,\nles danses des babys autour du plum-pudding de Noël,\nles bûches flamboyantes dans l’âtre hospitalier du\n« home » et les jeunes gens furtifs qui embrassent les\nmisses rougissantes, malicieusement attardées sous le\n« mistletoe », elle songe à sa pauvre vie solitaire,\nmaintenant qu’elle a quarante ans bien sonnés ; et son\ncœur se gonfle doucement, au souvenir du seul rayon\nde soleil qui éclaira sa jeunesse      un cousin, officier\naux Horses G uards... une passionnette de seize an s...\nun baiser sur le cou, le soir du départ pour les Indes,...\net puis : rien ! Chaque Noël revenu la trouve plus\n esseulée, dans la gaieté sonore de la taverne banale, et\nchaque année elle pense, vaguement, n’osant plus\nl ’espérer, au bonheur des Noëls- en fam ille, qu’ elle ne\nconnaîtra pas...\n   — « H oh ! c’été mal, thrès mal, John ! »\n   Et M r Jam es Davis, le professeur d’anglais, dont la\nlangue ne s’est jam ais pliée aux barbaries de l’idiôme\nfranc, morigène vertement le garçon débordé par les\nclients, qui a laissé sa place à un intrus.\n   — « C ’été m al, yes, thrès mal ! »\n  C’est l’ habituel vis-à-vis de mistress Dora ; par\ndessus les dîneurs, ils se saluent, chaque so ir; mais\nmistress, fort sur son quant-à-soi, et Mr Jam es Davis,\nd’une timidité d’homme long et blond, ne se sont\njam ais adressé la parole. Pourtant, aujourd’h u i, la\ntable de mistress est la seule qui reste libre ; avec un\neffort, Jam es Davis s’approche et hasarde sa requête.\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1650, "texte": "                  A HAPPY CHRISTMAS                    25\n\n\n\nM istress Dora sou rit; cela tombe à m erveille; elle n ’a\npas commencé encore.\n   E t les deux seuls dînent ensem ble, émus par cette\ndérogation aux coutumes prises, délicieusem ent trou­\nblés par ce tête à tête inattendu, s’accablant avec des\nmines précieuses, de prévenances et de sollicitudes.\n   L e repas leur sembla le m eilleur du monde et, à la\nfin, fidèles aux traditions, ils flam bèrent, de commun\naccord, un petit pudding.\n Après quoi, tout ébaubi lui- même de sa hardiesse,\nMister Davis osa proposer à Dora de l ’accom pagner et,\nun moment après, m istress Stephenson fut bien plus\nahurie encore, en constatant qu ’elle ne lu i avait pas\nrefusé cette faveur.\n   Ensem ble, bras dessus bras dessous, ils s’en furent à\nl’E den, un théâtre « very nice and delicious » affirm ait\nmistress, par ouï dire ; et M . Davis opinait prudemment\ndu bonnet, n’ayant jam ais osé y pénétrer.\n   Ils furent éblouis par la splendeur orientale du lieu,\net s’attendrirent tout à fait, quand deux anglais, bar­\nbouillés de noir, vinrent danser des gigues désor­\ndonnées et pincer du ben-joë, tandis q u ’une blonde\nmiss, en cheveux courts et grands yeu x bleus, chantait\ndes airs am éricains. D irai-je la joie, déguisée sous un\nair de reproche, qui envahit mistress D ora, lorsque\nMr Jam es, la ram enant ju squ’à son seuil, l’embrassa\nsur la joue en lui souhaitant un heureux N oël? —\nDirai-je aussi les folles idées qui sarabandaient sous\nle crâne de M ister Jam es, tout ragaillardi par cet ex­\nploit, et secoué d’une furieuse envie de danser, patau­\ngeant à l’aventure dans la neige riante.\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 578, "texte": "                        LA BASOCHE\n\n\n\n  Or, l’an d’après, dans une rue bien calm e du haut\nIxelles, Mr J . Davis, les jambes sous la table brillante\net le dos au feu crépitant, contemple son intérieur\nsoigneux et rangé. Son sourire béat s’arrête sur sa\nchère femme, et, tandis qu'une bonne pimpante vient\ndéposer entre les petits vieux qui s’aiment le gateau de\nNoël, Jam es, attendri, se lève, et embrasse de tout son\ncœur Dora Davis, en souhaitant :\n  « A m e r r y C h r is tm a s , m y d e a r m is tr e s s . »\n\n\n\n                                             JEAN D'AVRIL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1886-01-01-n13-006", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 27, "page_fin": 28, "titre_corps": "Bas-relief gothique", "titre_sommaire": "Bas-relief gothique (sonnets)", "signature_source": "RAOUL RUSSEL", "ancre_debut": "BAS-RELIEF GOTHIQUE", "ancre_fin": "RAOUL RUSSEL", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 716, "texte": "BAS-RELIEF GOTHIQUE\n\n\n                  PER VERSITÉ\n\n\nDebout sur le rebord étroit de la cymaise\nOù rampent les démons de pierre adolescents,\nAvec des airs subtils et des airs indécents\nL a Dame resplendit, provocante et mauvaise.\n\n\nDerrière Elle, pour cadre, un vitrail met la braise\nDe ses trèfles et de ses lys éblouissants.\nUn rayon d’or atteint ses cheveux flavescents,\nFait rougeoyer la chair de sa gorge, et la baise.\n\n\n   ses pieds, très bas, sur des tréteaux pavoisés\nD’ornements fastueux et d’emblèmes lubriques,\nAbétis bar le spasme et comme hypnotisés,\n\n\nSe tordent les Lascifs et les Fous hystériques.\nMais Elle, les bras nus et les seins découverts,\nLes damne en souriant de son regard bervers.\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 830, "texte": "28                      LA BASOCHE\n\n\n\n\n                  C A N      D EU R\n\n\n\n\nDes fleurs dans ses cheveux, des fleurs à son corsage,\nDans les atours naïfs de ses simplicités,\nL a Vierge des Candeurs, la Vierge des Piétés\nUnit ses bras en croix et s’agenouille. — Oh! Sage,\n\n\nOh ! Pure, où vont tes yeux perdus en fixités:\nVers quel Pays lointain et vers quel Paysage?\nQuel Rêvefa it ton cœur ? Quel Espoir, quel Présage\nLis-tu par l’Au-delà des mondes habités?...\n\n\nElle prie... et son cœur, comme un nid plein de chants\nDemande le pardon pour l’Ame des méchants.\nElle prie... et tandis que monte sa briére\n\n\nDans le calme alangui de l enceinte et du soir,\nLes anges animés sous leurs habits de pierre\nSur son front prosterné balancent l’encensoir.\n\n\n                                        RAOUL RUSSEL.\n\n\nSt-Aygour-Octobre 85.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1886-01-01-n13-007", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 29, "page_fin": 34, "titre_corps": "Ducasse", "titre_sommaire": "Ducasse", "signature_source": "HENRI STRANARD", "ancre_debut": "DUCASSE", "ancre_fin": "HENRI STRANARD", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 879, "texte": "DU C A SSE\n                     un instant par les huit coups secs\n\nC\n         o u v ert\n          du tim bre de la vieille horloge, le tic-tac\n          som nolent du balancier reprit. L e père\nB uchaux leva la tête.\n  — H u it h e u re s !...\n  Essuyant à son tablier crasseux les mains hu­\nmides du lavage des verres, il quitta le com ptoir,\ntraînant ses savates.\n  — H o là! cria-t-il au bas de l’escalier, holà, la\nB e lle ! a-t-on l’envie de fainéanter ju sq u ’à m idi?\nA llons, debout : il est temps !\n  E t sans entendre la plainte gutturale qui lui\nparvint, étouffée, d’en haut, il se rem it à son baquet\nclapotant, rinçant les lourdes chopes, les retournant\nsur l ’égouttoir, entrechoquées dans un tintem ent\nclair.\n  — E h , eh ! bonne journ ée hier. E n co re deux\npareilles et la ducasse sera com plète. Nous pour­\nrons nous reposer toute la sem aine.\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1389, "texte": "30                      LA BASOCHE\n\n\n\n     E t après un sourire de satisfaction qui lui ba­\nlafra les joues, le père Buchaux se versa une grande\ngoutte de péket qu’il avala d’un trait, en clignot ­\ntant des paupières.\n     — E t puis on s’am u se... T ien s, la B elle ? on\ns’est décidée à se lever, à la fin? Qu’as-tu donc fait\npour être là, baillant à te démonter la m âchoire ?\nP as tant de grim aces, hein ! A la besogne ; voilà\nbientôt neuf heures.\n     L a B elle, prise par le froid au sortir de la tié­\ndeur alanguissante du lit, grelottait sous son gros­\nsier châle rouge de laine tricotée. M archant sur\nses bas, qui laissaient sur le sol les em preintes\nmoites de ses p ied s, elle alla, en toussant, tirer\nses sabots de dessous le comptoir.\n     P h in a n ’avait rien qui pût justifier le nom que\nlui donnait, par dérision, son père: une petite\nfrimousse chiffonnée, qu’avivaient deux yeux gris,\ndemi fermés, brillant faux sous des touffes de\ncheveux roux, la peau pâle, tachée aux pommettes\nd’une rougeur maladive.\n  Agée de seize ans à peine, elle avait déjà dans\nson corps une allure de fem m e: petite et maigre\nen ses vêtements trop larges, elle marchait avec\nun déhanchem ent, les jam bes écartées comme si\nelles dussent se camper pour supporter une inces­\nsante fatigue.\n  Sans attendre une nouvelle apostrophe, l’enfant\nse mit à la besogne. Dégourdie par les premiers\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1418, "texte": "                        DUCASSE                     31\n\n\n\nefforts, elle eut bientôt rassem blé tables et chaises\ndans un co in : à pleins seaux elle inonda la salle,\nretroussant entre ses jam bes sa ju p e trop longue\net pliée en deux, la tête aux genoux, elle traîna\nson torchon, glissant         à reculons ses sabots en\ncadence. P u is elle s’en fut hâtivement dévorer sa\nm iche dans la cuisine à côté, pendant que les\ndalles séchaient. E t, la bouche encore pleine, elle\nrevint mettre tout en place.\n  Ju squ ’au soir, elle peina, nettoyant les lam pes,\npréparant les feux, frottant le piano de location\nqui dormait au fond de l’estaminet, à côté d’une\nestrade improvisée pour la ducasse, rangeant les,\nverres aux étagères, rem plaçant les bouteilles de\nliqueur vidées la veille.\n  A tout instant, elle s’interrompait pour servir\nles clients. Ils venaient du champ de foire, les\nmains dans les poches, la pipe au coin de la\nbouche, crachant sur les pierres sèches et luisantes\ndes flaques grasses qu’il fallait nettoyer après leur\ndépart.\n  A chaque entrée, par la porte béante, arrivait\nune bouffée de bruits discords : orgues ronflants\ndes tourniquets, cloches des montreurs de phéno­\nmènes, pétarades de trompettes et joyeuses mous ­\nquetades de flin g o ts....\n  Alors, la pauvre sentait son cœur gros et restait\nun instant im m obile, les bras découragés ; puis,\nd’un mouvement vif essuyant avec sa manche la\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1367, "texte": "32                      LA BASOCHE\n\n\n\nsueur qui lui perlait au front, elle reprenait son\ntravail, avec des regards inquiets sur la vieille\nhorloge qui, monotone et sans repos, tictaquait à\nla m uraille.\n     L e soir, le cabaret fut bondé : tout luisait sous\nla    clarté   des lampes appendues        au   plafond\nbas :\n     L e père Buchaux trônait, la main droite sur la\npompe à bière, reflété dans la glace, en face, avec\ntoute son im posance ; chaque fois qu’il servait un\nverre, c’était avec un sonore « voilà m ’sieu,          »\nqui dominait.\n  Beaucoup de clients : toutes les tables étaient\noccupées : on avait même été forcé d’en placer\nune supplémentaire sur l’estrade.\n     Ils étouffaient, serrés les uns contre les autres,\nsuffoqués par la fumée épaisse des pipes et l ’écœu­\nrante odeur de l’alcool et de la bière.\n     Au milieu du vacarm e des discussions, des\ncoups de poings sur les tables, le piano, de temps\nà autre plaquait une ritournelle fausse. U n « ama­\nteur », la casquette sur l’oreille, les lèvres pincées\npar un sourire façonné, débitait quelques couplets,\npuis dégringolait de la « scène » pour venir se\nmêler aux conversations, tandis que le piano, après\nun dernier grincem ent d’acier, se taisait.\n     Buchaux annonça l ’entrée de P h in a la B elle.\n     P endant que s’élevait un murmure de satisfac­\ntion, il vint à l ’escalier.\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1390, "texte": "                           DUCASSE                    33\n\n\n\n  — E li bien, là haut ! E s-tu prête? Ces messieurs\natten d e n t....\n  P h in a ne répondit pas.\n  — Es-tu sourde? cria-t-il plus fort.\n  F urieu x, il enjam ba les marches deux à deux\nju sq u ’à la m ansarde.\n  P h in a, vêtue d’une robe claire rajustée à sa taille,\ndormait, étendue sur une chaise, la tête appuyée\nsur le bord de son lit défait : B uchaux la secoua :\n   — A llons, descends, fain éa n te... Il faut que les\nclients s’am u sen t... et les affaires?..\n   L a B elle le suivit, encore tout engourdie. E lle\ns’était faite belle : avait orné ses cheveux d’un\nlarge ruban bleu, form ant un nœud sur le dessus\nde la tête, tranchant sur le roux. Du linge rem ­\nbourrait son corset trop large à la poitrine, accen­\ntuant son apparence de femme faite : sa robe\nrelevée d’un côté laissait voir son bas blanc flottant\nsur un m ollet trop m aigre. Au côté, un éventail\nde papier pendait.\n   D e joyeux lazzis l’accueillirent : on avait ri la\nveille et chacun était revenu plein d’intentions.\n   L ’enfant à son entrée fut prise d’une quinte de\ntoux, en respirant le brouillard qui em plissait la\nsalle. E lle surmonta la fatigue qui faisait vaciller\nses jam bes endormies, monta sur l'estrade avec un\neffort et chanta.\n  S a voix rauque, et faible à la fois, faisait rire;\non s’amusait de son impuissance. Avec des gestes\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1166, "texte": "34                     LA BASOCHE\n\n\n\nlents, elle avait com m encé un air fade et banal,\nbraillé cent fois au coin des rues.\n     E t quand détaillant le dernier vers du refrain :\n          Mon pauvre cœur, il ne faut plus aimer.\nelle voulut, pour la finale, donner plus d’am­\npleur et de sentiment, la voix cassa dans sa gorge\net elle toussa.\n     Ce fut alors un rire général, des trépignem ents,\ndes cris : Bravo ! encore ! encore !\n     E lle eut voulu éclater en sanglots, s’enfuir, mais\nsous le regard froid de Buchaux qui, de loin la\nclouait, elle n’osa.\n     E lle dut descendre, faire la quête, tendant la\nmain à ces gens qui la pinçaient au passage en se\ntordant, et un à un reprendre tous les couplets de\nla vieille romance.\n\n\n     B ie n avant dans la nuit, la fillette put rentrer\ndans sa cham bre humide sous le toit.\n     E nfou ie, sous sa couverture trop m ince, tout\nhabillée encore, elle       grelottait de fièvre et de\nfatigue, tandis que B u chau x, s’attardant à pinter\navec les derniers clients, répétait en bas, d’une\nlangue épaisse de boissons :\n     — On s’est bien amusé, ce so ir...\n\n                                      HENRI STRANARD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1886-01-01-n13-008", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 35, "page_fin": 39, "titre_corps": "Où il est parlé de la feste de Noël et aussi d’aultres chouses", "titre_sommaire": "Où il est parlé de la feste de Noël et aussi d’aultres chouses", "signature_source": "LUC MALPER", "ancre_debut": "Où il est parlé de la feste de Noël", "ancre_fin": "LUC MALPER", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1033, "texte": "Où il est parlé de la feste de Noêl et\n\n           aussi d’aut res chouses.\n                                   A m essire L é o n Dardenne ceste\n                      fantaisie est dédiée pour son esbaudissement.\n\n\n\n      ’y s t o i r e que vecy se passa, dist on, au temps\n\n\nL       où le paouvreroy Charles lesixiesme, atteint\n        du terrificque mal de folie, s’escrimoit en\nproësses avecque les ymaiges des tres illustres em­\npereurs Charles, Alexandre, David et César.\n   En cestuy temps demouroit à Paris, emmy\nruelle écartée où plus de brins d’herbe montroient\nla teste en ung jour que de passants en une année\ncomplété, ung vieil et meschant homme, tortu,\ncagot et borné, qui voulentiers eustcru que vessies\nfeussent lanternes si l’y avoit authorisé nostre\ntres saincte mère l'Ecclise chrestiane.\n   Prières begayoit, chapelets esgrenoit tout le jour,\ndont tres marrye et deconfite estoit sa jeune\nespousée, qui eust grandement préféré pour soupi­\nrer, je vous en asseure, d’aultres linceulx que ceux\nde la saincte table.\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1418, "texte": " 36                    LA BASOCHE\n\n\n\n      Or ne vous faut poinct celer que le Bonhom m e\n Hazard avoit placé devant leur hostel ung très\ngentil et gracieulx orphebvre, lequel avoit entr’a ­\nperçu le jo ly visaige de sa voisine et depuis lors\nbruloit plus qu’on ne        sauroit dire d’exhausser\ndextrement le ch ief de m essire son mary.\n      Mays tant soigneusement veilloit le susdict mary\nque peines et ruses avoient esté vaines.\n      Oyez doncques ce qu’il advint.\n      Lorsque joyeulx tintements se décrochèrent des\nclochers à la veille de N oël, proufïïctant de cecy\nque les confrères de la Passion bailloient représen ­\ntacion du pieulx mystère de Saincte-P élasg ie,\nnostre barbon qui dézirait l’aller ouyr, lairra sa\nfemme seule en l ’hostel.\n  — P riez, m ’amye, lui dist il, et comptez force\npatenostres à ceste fin que Noël nous soict propice.\n  Lors la paouvrette, resignée en son meshaing,\ns’estoit mis à la fenestre tristement, et regardoit\nles gais floccons de neige qui com m encoient à\nvoltiger, comme essaim de         blancs parpailloris,\nquand soubdainement se dressa à la vue d’icelle\nune teste bizarre, de cornes surmontée, sem blant\nyssir de terre, qu’elle print sans aulcun doubte\npour celle de messer Satanas.\n  Mays à peine eust elle le temps de s’esbahyr.\nPrestem ent le deable enjam ba la fenestre et s’en\nvint cheoir à ses genoulx.\n  — Rasseurez vostre esperit, mignonne, dist-il de\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1376, "texte": "                        CONTE                         37\n\n\nsa plus dolce voix. P o in ct ne suis je envoyé de\nl ’E n fer maulgré qu’on m’en ait baillé la livrée.\n  E t il adjouxta mieulx tendrement encores :\n  — R ecognoissez vous poinct vostre voisin Jeh an ,\nqui s’est de vous enamouré aux pechers fleuris\nsans oncques vous l ’avoir pu dire?\n  — V ère, fist elle, ne me confierez vous poinct\npourquoy je vous treuve ainsy basté ?\n  — D ea, m ignonne, pour ce que je debvais jouer\nmonseigneur le deable dans le mystère de Saincte\nP elasgie !\n  P a r ma foy, il treuva m oult de courtoisie en\nicelle ; si se prinrent ils à deviser amoureusement\nensem ble et préludèrent par caresses et baisers au\ngentil jeu que vous scavez bien.\n  P ou r abreger, tant et si bien parachevèrent les\nchouses que la petite en cuyda de plaisyr trespasser.\n  Mays creez qu’ils feurent bien estommis et folfrés\nquand soubdain le mary heurta l’huys.\n  — Ouvrez, m ’amye, cria-t-il en grand ire, ve\ncy que le vent enlève mon couvre-chief !\n  E t, plus pasle encores qu’ung floccon de neige,\ntandiz qu’elle alloit desclore l’huys, estant en grand\neffroy où elle pourroit musser son com paignon de\ndouleur, le confrère Jeh an se bouta darrière la\nhusche.\n  — Sans doubte, fist en entrant le soupessonneux\nmary, vous avez beaucoup dist de patenostres et\nrecité d’oraisons, car je vous voys bien esmoyée\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1309, "texte": "38                    LA BASOCHE\n\n\n\nce jourd ’hui. L e deable me saulte au corps si je\nscais ce que vous feistes en mon absence !\n  — Ah ! mon amy, ne parlez poinct du deable, il\nvous pourrait ouyr !\n  E t dadvantaige morte que vifve, lapaouvrette\nservit le soupper au barbon, son époux, mays ne\nmangea guères, je vous ju re. E t lentement, len­\ntement s’ésgrenèrent les heures à son gré et à celuy\ndu paouvre deable, darrière la husche mussé.\n     — Pleust à Dieu que je feusse hors d’ici, pen ­\nsoit il, plutost que de veoir ce vieil cinge conter\nfleurette à ma mignotte amye !\n     E n la parfin, après maintes oraisons, le vieil\ncagot bouta ses bottes dans l’àtre, pource qu’il\nestoit coutumier de le faire lors de la feste de N oël,\net se mist au lit où il ne tarda aulcunem ent à s’en ­\ndormir.\n  Adoncques sire Jehan yssit de sa cachette et\nveant l ’huys verrouillé solidem ent, se dut enfuyr\npar la chem inée. Cuydez que ce feust non sans\npeine et soulaigement.\n   Ains le matin quand joyeulsem ent tintèrent les\ncloches dessus les toits frangés de neige, nostre\nmary s’en feust à ses souliers dans l’âtre.\n     Mays pensez combien feust marry en y treuvant\ndeux longues cornes       aurées, comme celles de\nmesser Satanas.\n  — Parbleu, m’amye, sescria-t-il en branlant du\nchief, que veut dire cecy ?\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 264, "texte": "                       CONTE                     39\n\n\n\n  — Ah ! mon chier époux, ne vous boutez pas\nen ire, je vous prie ; que diriez vous si vous aviez\nces cornes sur la teste aussy bien que vous les avez\naux piedz !\n\n\n\n                               LUC MALPER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1886-01-01-n13-009", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 40, "page_fin": 43, "titre_corps": "Chronique artistique : Charles Goethals", "titre_sommaire": "Chronique artistique : Charles Goethals", "signature_source": "JACQUES CHAMPAL", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "JACQUES CHAMPAL", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1200, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n             C H A R LES G O ETH A LS.\n\n        o u t le monde de l’art a connu Charles Goethals,\n\n\n\nT         ce jeune homme modeste et d’allure distinguée·\n          emportantpartout avec lui, en prisme délicieux,\nle rêve attendri de ses aspirations artistiques. Peintre d’a­\nbord par son métier de prédilection, poëte par le cœ ur,\ntrès passionné pour les lectures d’élite et auditeur enthou­\nsiaste des concerts fam eux, l ’artiste défunt constituait une\npersonnalité faite de toutes les supériorités de l’esprit et\nde toutes les délicatesses du sentiment. Son commerce\nétait une fortune pour ses amis intimes et la perte qu’ils\nfont est inappréciable. Pendant la longue maladie qui\ntuait insensiblement l ’homme, l’artiste fut toujours\nattentif aux moindres manifestations extérieures, et il\nne douta pas un seul instant qu'il ne reprendrait un\njour les pinceaux, pour soulager encore sa conscience\nde peintre avide de produire. Alors qu’il était affaibli\nau point de ne plus pouvoir exécuter un mouvem ent\nsans souffrir beaucoup, nous avons entendu Goethals\ndépêcher un des siens à l ’ouverture d’un salon dont il\nvoulait avoir la p rim eu r!... Mort pour l’art, — on sait\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1734, "texte": "                 CHRONIQUE ARTISTIQUE                     41\n\n\nque c’ est en peignant au bord de la mer qu ’il contracta\nson mal — ces préoccupations constantes devaient\ntoujours lui voiler sa triste situation. Les circonstances\nsemblaient vouloir atténuer la traîtrise de leur fata­\nlité! L e compagnon dévoué nous est enlevé; le sou­\nvenir nous le rappelera souvent et la prochaine expo­\nsition des X X réunira en un pieux faisceau les œuvres\nde Charles Goethals.\n   L e public s’ est surtout intéressé au peintre après le\nprem ier salon des X X . Il exposa alors plusieurs toiles\ninspirées de la \" vie pauvre \" à Bruges. L e M aître des\np a u v ress e V iatique, la D entellière, dans une harmonie\nde couleur tendrement assourdie, m urm uraient avec\nune poignante vérité les douleurs acceptées sans cris ni\nlarm es. Cette année même, Goethals peinait encore;\nquoique très affaibli déjà, il travailla beaucoup à l ’époque\nde la dernière exposition des X X et eut la joie de pouvoir\ny produire un œuvre nouvelle, intitulée : L a fin d’une\njo u rn ée! L ’im pression que nous firent ce tableau et\nson titre ne s’effacera jam ais de notre mémoire. Il sem ­\nblait une plainte et un d é fi!...\n  Depuis, nous avons souvent pensé au pauvre artiste\nachevant péniblement sa longue journée d’ennui dans\nl’espace restreint d’une cham bre de malade. Lorsque\nnous le visitions, nous prenions à plaisir de le faire\nvagabonder en esprit au beau pays du soleil d’où il\nétait revenu, chaque fois plus désireux d’y retourner\nen core... A lors, ensemble nous feuilletions les cartons\nde croquis et d’aquarelles si délicates qu’il avait rap­\nportés d’ Italie. Il s’attardait longuement aux souvenirs\nde Capri et de Naples, et nous nous rappelons même\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1759, "texte": "42                      LA BASOCHE\n\n\n\nque, quelques jours avant sa mort, il nous chantonna,\ntout transporté d’un       bonheur lointain       hélas ! les\nbribes d’un air populaire napolitain; Pauvre am i!\nA l’affection qu’il avait vouée aux races m éridionales, se\njoignait sa reconnaissance pour le climat qui l ’avait\nune première fois rétabli d’une violente atteinte.\nLà-bas, derrière le rideau de brouillard, à l ’abri des\nrafales,il savait qu ’il aurait conservé la vie et la joie !...\n     L a joie pour Charles Goethals était le bonheur qu'il\néprouvait en travaillant ; le vaillant artiste a mené de\nfront deux tâches différentes, et a accablé de rudes\nlabeurs les courtes années de son existence. E nvoyé\npar le Gouvernement belge en Italie et en France pour\nétudier la peinture décorative et les moyens d’enseigner\nles principes de cet art difficile, on sait comment il\ns’acquitta de sa mission. Les nombreux relevés et copies\nde fragments décoratifs, les études savantes et succintes\nqu’il fît des chefs-d’œuvres du genre, la belle lettre\nadressée par son professeur M. Galand, de P aris, à\nl’ Inspecteur général des Beaux-A rts, prouvent que\nle m inistère n ’aurait pas pu placer plus intelligemment\nsa confiance. T o u t désigné par le résultat de ses recher­\nches à la première chaire de l ’école des arts décoratifs\nqu’on se proposait alors d’établir à Bruxelles, Goethals\nest donc mort sans avoir pu mettre à profit ses con­\nnaissances durement acquises ! A lors que nos disposi­\ntions artistiques naturelles nous éloignent presque\nlogiquement de ce qu’on est convenu d’appeler : le\nsens décoratif, nous possédions en Belgique un artiste\ncapable d’anim er de fresques les murs de nos palais,\nde peindre les plafonds de nos théâtres, de décorer\n"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1801, "texte": "                 CHRONIQUE ARTISTIQUE                       43\n\n\nenfin grandem ent nos monuments. Cette faculté dont\nle dom aine d’application est très étendu était inhérente\nau tempéramment de Charles Goethals, et n ’a jamais\nlassé son énergie. Toutes ces espérances et ces — désirs\n— se sont éteints en lu i! E t alternant avec ces travaux\nspéciaux, il peignait en intimiste des tableaux de mœurs\nitaliennes, des portraits et des paysages délicieux.\nRentré en Belgique, il brossa avec fièvre les nombreuses\ntoiles que lui inspirèrent la misère des petites villes de\nFlandre. Etrange sympathie que celle de cet artiste\nencore tout illum iné du spectacle grandiose et luxueux\nde l’ Italie, pour le noir et ce qui pleure dans l’ombre —\net qui est bien faite pour accorder à Charles Goethals\nl’extrême sensibilité qui faisait la base de son art. P lu ­\nsieurs de ses œuvres sont à peine « peintes · ; la pensée\nde leur auteur semble presqu’avoir suffi pour en faire\nchose d ’art précieuse. D ’autres,au contraire,constituent\nde solides m orceaux de peinture, mais toujours la\ngrandeur de sentiment qui a présidé à leur enfantement\nfrappe autant que les qualités d’exécution. Des unes\naux autres, l’esprit passe avec le plus grand intérêt, et\nil ne compare jam ais ces différentes productions pour\ndonner sa préférence, parce que tout ce que Goethals a\npeint palpite d’une réelle émotion.\n  L ’œuvre et la vie de cet artiste convaincu de son\napostolat sont d’un bel exemple pour la jeune école.\nPuisse-t-il l ’encourager à terminer ce qu ’elles laissent\ninachevé. L a modestie de Charles Goethals était si\ngrande q u’il se serait considéré comme payé de tous ses\nefforts personnels, s’ il avait pu prévoir q u ’il pourrait en\nêtre a in s i!......\n                                      JACQUES    CHAMPAL\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 4, "texte": "                                                I\n\n\n\n\n        LA\n\nBaso che\n      Janvier 1886\n\n\n\n\n    des Tresses âe J.-TS. Moens, ‘B ruxil/es.\n"}, {"page_pdf": 5, "texte": "         LA BASOCHE\n             REVUE DE LITTÉRATURE ET D’ART\nparaissant chaque mois en livraisons de 64 pages au moins\n                   P R IX D E L ’A B O N N E M E N T :\n   Belgique : 4 francs par an. — Union Postale : 5 francs.\n        Toute demande d'abonnement doit être accompagnée du montant en mandat-poste\n\n\n                           D IR E C T IO N D E L A R E V U E :\n\n\n               Gal er i e      Bo r t i er ,    7, à B r u x e l l e s\n                    Adresser tout ce qui concerne l’ Administration :\n\n      29, rue               du Trône, Bruxelles\n\n\n         COUP DE GROSSE CAISSE\n     L ’administration de la Basoche, sollicitée par un grand\nnombre d’abonnés, a réso lu . de prendre un format plus\nmaniable. Elle a choisi, le petit in-S°.\n     En revanche, e l l é .d o u b l e l k v o l u m e d e c h a q u e n \" ,\nmalgré le sacrifice que cette modification lui impose. L a\nBasoche paraîtra donc par 64 p a g e s a u l i e u d e 32 et\nformera chaque année d e u x v o l u m e s de 400 pages environ\nsur vélin teinté.\n\n      L ’A d m in stration a l'h o n n eu r de p réven ir nos lecteu rs que les\nq u itta n ces pou r l ’ année 1886 sont m ises en circu latio n à la date\nd’a u jo u rd ’h u i; elle prie M M . les abonnés de réserv er bon accu eil\nau reçu postal qui leu r sera présenté dans trois ou quatre jo u rs.\n\n\n     Dans notre prochain numéro, nous offrirons à nos\nabonnés une superbe E A U - F O R T E de Jan T o o r o p ,\nle jeune peintre javanais dont les salons des X X ont fait\napprécier le superbe talent, pour l’illustration de F in de\nRace, de M. Maurice Frison.\n\n               Lire la troisième page de la couverture.\n"}, {"page_pdf": 6, "texte": ""}, {"page_pdf": 7, "texte": ""}, {"page_pdf": 8, "texte": "                                M ax H A L L E T\n                                 (1 8 6 4 - 1941)\n                   D o c te u r en D ro it U L B 1 8 8 6 -1 8 8 7\n                   A vocat, ju riste , m ilita n t socialiste\nM em b re p e rm a n en t du C A de l’U L B depuis 1 9 1 8 ju s q u ’à sa m o rt\n                    G ran d am i des lettres et des arts\n"}, {"page_pdf": 9, "texte": ""}, {"page_pdf": 10, "texte": "   LA B A SO C H E\nREVUE   DE   L IT T É R A T U R E   ET   D ’A R T\n"}, {"page_pdf": 11, "texte": "    Il a été tiré de ce volum e douze exem plaires num érotés\nsur papier de Hollande.\n"}, {"page_pdf": 12, "texte": "          LA\n\nBaso ch e\n    1 8 8 6\n\n\n\n\n              J . - B . M o e n s , é d ite u r, à B r u x e lle s.\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": "D e s P resses de J . - B . Moeus et fils, rue aux Lam es, 4 8 ,   à B ruxelles.\n"}, {"page_pdf": 14, "texte": "           P R OSES LYRIQUES\n                                       A Hector 'Chainaye.\n\n                        A U -D E L A\n\n    Je marche dans la vie comme un somnanbule.\n    Le monde objectif m’échappe, — m’apparaît au tra­\nvers les brumes d’un voile opaque. D’un pas fu rtif et\ndoux, je parcours les villes et les champs sans que ma\nsérénité s’affecte des rumeurs citadines ou des calmes sub­\nurbains. Les Hommes et leurs stériles clameurs, leurs\nquerelles et leurs guerres, me laissent incurieux et n’en­\ntament pas mon Indifférence souveraine; les Femmes que\nje pourrais aimer, je les écarte de ma mémoire, — d’un\ngeste nonchalant.\n    — Un Rêve incessant, toujours renouvelé, berce ma\npensée, — un rêve éternel, merveilleux comme la légende.\n    Je respire l’air balsamique de l’Empire éthéréen où tout\n est clarté,parfum, musique... Une lumière tamisée, flui­\n dique, — vibrante; des aromates innommés, caressants\n — harmonieux ; un concert mystique, ineffablement suave,\n chantant le bonheur des Esprits, ou désesperé, avec de\nlongs appels, — des sanglots et des larmes, — triste, —\ntriste ainsi que l’Amour !\n\n   Et le songe spendide serait infini ; je m’absorberais à\nla contemplation de ces choses, déplus en plus ; je m’anni­\nhilerais dans le pays mystérieux, — si des mains brutales\net sauvages, ne m’arrachaient parfois — violemment, —\nhors de ma patrie d’élection.\n"}, {"page_pdf": 15, "texte": " 2                      LA BASOCHE\n\n\n\n\n                    C R U C I F IE M E N T\n                                                 A Joè.\n\n     Je suis un pâle Christ — cloué sur une croix très dure,\n et la vie lentement coule, goutte à goutte, de mes veines\n épuisées.\n    Ma tête se penche, douloureusement ; — mes yeux, las\n des larmes répandues, se sont clos ; mon corps s’aban­\n donne, et lourd,pèse sur mes bras meurtris.\n    Mon agonie sera éternelle et jamais je ne verrai luire\nl’aurore du Néant, car — j ’appréhende la mort et chéris\nle supplice, puisque mes bourreaux sont ceux que j ’aime !\n    Ils m’ont, pour me glorifier, joyeusement couronné —\nd’épines! Couvert d’un manteau de pourpre — teint de\nmon sang, — j ’ai été traîné en triomphe et signalé aux\nsarcasmes populaires. Ils me renièrent, alors, me souil­\nlèrent d’immondices — et satisfirent mon ardente soif\nd’Amour — avec du fiel !\n   Lorsque mes amis m’eurent ainsi démontré leur ten­\ndresse, ils me livrèrent à un indiffèrent Tilale, en disant:\n— « Il ne nous est permis de fa ire mourir personne! »\n\n   Mais, — dénué d’amertune et de haine, silencieusement\nje souffre, et étends sur eux la douceur d’une clémence in­\nfinie.\n                                    4\n     16 octobre 1885.\n\n                                     ARNOLD G OFFIN.\n"}, {"page_pdf": 16, "texte": "      NOEL LIVIDE\n                     V E IL L É E\n\n                           Au statuaire Achille Chainaye.\n\n\n        ers    onze heures, Jean Daras quitta son\n\n\n V        atelier. Il y avait consumé la soirée à\n          relire les lettres que, d’Italie, son ami\n Paul Avranches lui écrivait, jadis. E t il demeurait\n frappé de la sympathie étroite qui reliait les sen­\n sations d’Avranches à celles éprouvées par lui\n même, pendant son long pèlerinage à travers ces\n contrées, au ciel si haut dans un air si subtil. Ces\n souvenirs fouillés avec un regret doux, rallumaient\n au fond de ses yeux l’aérienne vision des spendeurs\ncontemplées sous la gloire soleilleuse d’Italie......\n    Or, cette nuit, strict observateur d’une promesse\npieuse, Jean Daras allait veiller le corps de Paul\nAvranches, son ami, mort.\n   Un brouillard aux épaisseurs d’eau sale engluait\nla ville; à travers ses haleines opaques, les crêtes\njaunes des réverbères éclairaient à peing le pavé\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": "4                    LA BASOCHE\n\n\n\ng lissant; une pénétrante hum idité m ouillait les\nmurs de    suitement    froids. Grelottant sous    ce\nbrusque rappel à la vie septentrionale, Jean D aras\ns’enveloppa dans son m anteau, et d’un pas étouffé,\nchem ina par les rues sourdes. D e ci de là, une\nfenêtre vaguement blanche, posait dans l ’atmos­\nphère une tâche de clarté huileuse. — Su r les\nboulevards, il hésita, craignit de perdre sa route ;\nle brouillard y était plus lourd encore, et derrière\nses lividités, les maisons ne se distinguaient plus.\nU ne pluie de vapeurs      condensées    tombait des\narbres visqueux, avec un bruit étrange dans le\ncalme pesant des alentours.\n   Daras s’orienta pourtant. L ’avenue traversée, il\ns’enfonça dans le dédale du faubourg. Peu à peu,\nil se sentait suffoqué par une chaleur oppressante,\nle cerveau en feu et les vêtements lui collant à la\npeau. E n relevant la tète pour aspirer plus d’air,\nil vit, trouant la m uraille longue suivie depuis\nlongtemps, une haute baie où s’accusait, peu à\npeu, une timide lum ière. E t, la plainte d’une\ncloche grêle ayant pleuré dans la m oiteur de l ’air,\nJe a n Daras se reconnut devant la Chapelle du Cou­\nvent des Repenties : au rachat des anciens noëls,\nles filles de jo ie s’y préparaient à la messe de M i­\nnuit. Daras s’arrêta. P ar la baie ogivale, m ainte­\nnant plus lumineuse, un hymne vint, dit par des\nvoix brisées, lourd de regrets ardents et d’appels\ndésespérés. L e chant des vierges folles montait,\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "                     NOEL LIVIDE                      5\n\n\nhum blem ent, dans la quiétude de la ville endor­\nm ie, et l ’im pression en était si poignante et si\nsolennelle, il y avait dans ce rauque cantique une\ndésolation si profonde, que Jea n , revoyant son frère\nd’am itié, m aître à présent du secret de la vie, se\nsentit étranglé de sanglots. H âtivem ent,il s’éloigna,\nfuyant les lueurs indécises du vitrail, qui s éteignit\ndans les brouillards.\n   Je a n D aras est installé dans la cham bre m or­\ntuaire. Assis dans le fauteuil où s’étendait Avranches,\ndurant ses longues et lentes causeries de malade,\nil ramène sur ses genoux une couverture de laine,\nqui lui laisse aux doigts une m ouilleur, comme\nimprégnée encore des dernières sueurs du disparu.\nL a lampe rapprochée, il en descend l’abat-jour\navec précaution, et déplie doucement les journaux\nparlant du peintre mort. D es confrères, des am is,\ndes   indifférents   y   avaient écrit de nombreux\narticles, déplorant, à tant la ligne, une carrière\nbrisée, un avenir éteint. Sous ces doléances, Jean\nsentait sourdre la jo ie honteuse de gens débarrassés\ndu rival ou du maître ; rarement, une note émue\nvint l ’attendrir. Il repoussa les feuilles avec las­\nsitude. ..\n  Su r la table de nuit trem blotte une veilleuse\nhésitante, à côté d’une orange entamée et d’une\nfiole pleine. Dém esurém ent allongé, sous le drap\nblanc qui rem onte aux orteils rigides, le corps est\nétendu, la tête,enfouie dans l ’oreiller, ne montrant\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "6                      LA BASOCHE\n\n\n\nqu’une touffe de cheveux. E t la lampe dessine, sur\nle mur, la funèbre silhouette, concave au lieu du\nventre, relevée vers les pieds.\n  Partout, des tableaux, des croquis, des études,\nsouvenirs d’heures grises ou de jours de soleil. L a\npersonnalité du peintre y éclate, exubérante, en\ncolorations fougueuses et en vibrantes émotions.\nJea n D aras contem ple ces choses avec un religieux\nrespect dans son âme recueillie ; une âpre tristesse\nle tient, à songer que le cerveau créateur de ces\nmerveilles s’est endormi, que la main du bon\nartiste gît là, inerte. Dans l ’atelier voisin, dont la\nporte bée sur le noir, une horloge réveille mono ­\ntonement la sonorité des murs.\n    I l fait froid et humide. Jea n D aras pense, et ses\nprunelles absorbées errent sous la jau n e lum ière\nsemée par la lampe calm e. U ne torpeur l ’envahit,\nsournoisement. Il se lève, veut voir le visage de\nson ami ; il contemple ce nez bleui, aux minces\nnarines affaissées, ces lèvres noires, ces orbites\ncreux. Il revpit la scène du matin : le mouleur,\nencadrant de linges tordus ce visage cher, oignant\nd’huile sa barbe et ses sourcils, versant le plâtre\nmou. E t quand, la pâte solidifiée, on enleva le.\nmasque blanc, dans lequel demeurèrent happés\nmaints cils et maints cheveux, quelle odeur fétide\ns’éleva des chairs mollies par la chaleur du cim ent !\n    Cette même odeur revenait, à présent, empuan ­\ntant   par   bouffées épaisses.   Etouffé,   Jean   n’y\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                        NOEL LIVIDE                        7\n\n\npouvait tenir. Il ouvrit une fenêtre, et les buées\nglauques du dehors pénétrèrent dans la cham bre,\nDaras se pencha, rafraîchi par l'air. A peu de\ndistance, dans la rue, une torche brûlait à rez de\nterre, à côté d’un brasier ardent, noyé dans les\nvapeurs. Indécisém ent, passait et repassait devant\nle foyer, avec une régularité de pendule, une forme\nvague, veilleur de          nuit      gardant des travaux de\nvoirie. Ce coin lum ineux et cette om bre mouvante\nintéressèrent Jea n . Il s’acharna à voir, attendant\nchaque fois le passage de l’homme, et ce lui était\nun soulagement de le retrouver là. A un moment,\nl’attente se fit longue. L e garde était rentré dans sa\nguérite. Je a n guetta vainement.\n  E t d’un coup, il eut conscience qu’il était seul,\ntout seu l. T ransi de froid, il revint au lit. L a grande\nhumidité de la nuit avait affaissé les raideurs du\ncorps, qui devenait flasque et se détraquait.\n   Pour chasser d’obsédantes pensées, Jean tenta\nde s’occuper. Il prit la lampe, et, sur la pointe des\npieds, pénétra dans l’atelier. I l y feuilleta les cartons\nde dessins, d’études, voulant s’absorber, lisant\njusqu ’aux moindres notes marginales, mais sans\nco m p ren d re,     sans   vo ir ;    une   inquiétude   le\nhantait.\n  Su bitem ent, D aras pâlit ; cette idée venait de\nja illir : « pourtant, il y a des gens qui ont peur des\ncadavres. »        U ne crainte tenaillante      le   secoua\nd’avoir peur à son tour. P ou r surmonter cette\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "8                     LA BASOCHE\n\n\n\nanxiété puérile, il fit un pas vers la cham bre : un\ncraquem ent sec l ’arrêta net.\n    Il se raisonna pourtant, s’expliqua que l’hum i­\ndité de l’air faisait jouer les boiseries du lit, et,\navec un effort qui égrena des gouttes à ses tempes,\nrevint fermer la fenêtre.\n    L a face du mort s’était de plus en plus am ollie ;\nles joues tombantes pliaient la bouche en un rictus.\nJea n , le bras trem blant, rejeta en hâte le drap sur\nla figure. — L a veilleuse, dont la m èche carbonisée\nse rapprochait de la nappe d’huile, crépitait, se­\ncouée par des soubresauts fantastisques. L a lam pe\naussi charbonnait ;sa flamme s’était échancrée par\nle m ilieu, transformée en deux cornes qui dansaient\nbrusquement. Daras la fixait, se surprenant à\ndemêler les intentions et les signes de ces strapas ­\nsements diaboliques. Su r les        murs, les objets\nenvoyaient des formes bizarrem ent remuées par les\nlumières tordues. Tand is qu’il les considérait avec\nun énervement croissant, des peurs lui courant sur\nla chair et le mordant à fleur de peau, subitem ent,\nle cadavre, les tissus totalement relâchés, coula.\nIl y eut un gargouillis bref, et un souffle mou fit\nonduler un instant les draps. — Daras, raidi par les\naffres d’une épouvante folle, n’osait tourner la tête, ni\nremuer même. Traversé de sueurs glacées, qui lui\nmontaient des talons à la nuque, il demeurait coi,\nla bouche sifflante, le cœur vidé. P u is, d’un coup, il\nse précipita dans l ’atelier, les genoux flageollants,\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                        NOEL LIVIDE                     9\n\n\net referma furieusement, à clef, la porte de la\ncham bre.\n  D ans le noir, il tom ba sur un divan, les mains\nsuantes, les moelles raclées d’an g o isse.... N ulle\npuissance au monda ne le ferait retourner dans\ncette ch am b re... et instinctivem ent il tournait ses\nregards vers     la porte, sous laquelle brûlait un\nfil    de   lumière,     droit, qui   l’hypnotisait.   Un\nsilence rôdeur,        gonflé de souffles et de bruits\nvagues, fuyait le long des murs. L es draperies\nmouvantes, plus noires encore que l’obscurité, se\nhaussaient en de grands gestes fantomatiques ; au\nhaut, dans le plafond, le lanterneau arrondissait\nun œ il livide, à peine distinct, m algré le petit jou r\nvenu, sous la couche des nuées. E t, une terreur de\nplus en plus âpre broyant sa volonté et sa force,\nJean se cramponnait, hérissé à chaque choc, ses\nmains fiévreuses, sanglantes de heurts, cherchant\nla sortie. Cette épouvantable hantise le traquait,\nque — quelqu’un — était derrière lui, suivant ses\nmoindres pas, im placablem ent, et prêt à l’anéantir.\nAprès de surhumains efforts, il trouva pourtant,\ns’engouffra dans l’escalier, au risque de se briser le\ncorps. I l se sentait au cou, le souffle du spectre;\nsur son échine, il percevait l’affleurement d’une\nmain happante, crispée pour le sa isir....\n      Avec un rauquement de désespoir, il se colla à\nla porte qu’il lui fallait perdre un temps si précieux\nà ouvrir, et, enfin délivré, le cœur lui bourrelant la\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "10                       LA BASOCHE\n\n\n\npoitrine, les yeux fous, nu-tête, il se je ta dans les\nbrumes de l'aube, repoussant avec violence le\nbattant, qui claqua bruyamment dans l’ampleur du\ncorridor sonore.\n\n                                      EVREHAILLES\n\n\n     24 Décembre 1885.\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "                       VERS\n                                           A Albert Giraud\n\n\n                        DOLOR\n\n\n\nAmante insatiable, aux changeantes humeurs,\nO ma douleur ! Pourquoi m’obsèdes-tu sans trêve?\nPour satisfaire un jour ton impossible rêve,\nA chercher vainement, lentement je me meurs.\n\n\nJe t’ai fa it le présent douloureux de mes pleurs,\nParce que les bijoux plaisent aux filles d’Eve,\nMais puisqu’il ton désir rien jamais ne s’élève,\nQue te faut-il alors, dis-moi: sont-ce des fleurs?\n\n\nMais voici le printemps et tu restes méchante!\nA l’orgie, à l’amour, aux festins où l’on chante,\nJe t’ai partout menée, et tu reviens toujours.\n\n\nTristement déguisée, et selon ton caprice,\nEn noirs regrets d’antan, en souvenirs d’amours,\nEn mépris des vertus, en dégoût dans le vice.\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "12                      LA BASOCHE\n\n\n\n\n                       LA JÉ R O S E\n\n\n\nSur le Liban doré, dans l’antique Syrie,\nCroît une rose étrange, au calice divin.\nSèche, elle vit encore et le temps passe en vain :\nL ’âme reste immortelle en cette fleur flétrie.\n\n\nQu’un soir, un diamant de rosée ou de pluie\nY tombe, elle se rouvre et fleurit au matin ;\nHélas! mais son éclat sidéral s’est éteint\nIrrévocablement, et l’arôme l’a fuie.\n\n\nDe même, aux jours mauvais, tu revis sous mes yeux,\nPassé, dont l’ignorance ensoleillait les deux...\nHélas! tu perds bientôt ton sourire enviable,\n\n\nCar tu n’es plus le même, et l’Irrémédiable\nA mis sur ton corps froid son inerte pâleur,\n  — Et c’est m e douleur encor dans ma douleur! —\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "                            VERS                        »3\n\n\n\n\n         S U R UN V IE U X          TABLEAU.\n\n\n\nOn rencontre parfois dans les salons très vieux,\nUn ancien tableau d’on ne sait plus quel maître,\nSouvenir de fam ille hérite d’un ancêtre,\nQue conservent lesfils p ar respect des aïeux.\n\n\nJamais pour l’admirer nul ne lève les yeux.\nEt pourtant que d’efforts il a coûtés peut-être!\nQue de rêves de gloire et d’espoirs il fit naître,\nTrahis à tout jamais p ar le temps oublieux,\n\n\nJe ne sens pas en moi cette divine essence\nQui donne la victoire aux œuvres sur la mort;\nAussi, maître oublié, subissant votre sort,\n\n\nMon humble rêve aspire à l’obscure naissance\nDe quelque vers, que nul peut-être, ne lirait,\nMais où toute mon âme, après moi, vibrerait !\n\n\n                                       ALBERT MENNEL.\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "          FIN DE RACE\n                la pénombre sévère de la haute salle,\n\n\n D\n          ans\n\n           Jea n de Raleghem , assis devant une table\n           aux lourds pieds torses, com pulse, par­\ncourt, feuillette les volumes épars devant           lui,\nmettant    dans    son   étude des     législations une\npersévérance      paisible. Confiant    en   lui-m êm e,\nil travaille sans fièvre,    sans l’impuissante     irri­\ntation des faibles. Il a puisé aux sources            du\ndroit de toutes les nations, scruté les théocra ­\ntiques organisations de l’O rient, les rudiments bar­\nbares des lois des peuples enfants, les monuments\naltiers du droit romain. Il a disséqué les coutumes,\népelé les chartes obscures, cherchant à pénétrer le\ncaractère intim e, le sentim ent juridique des races.\nE t maintenant l’œuvre nait ; il y met une ferveur\nde lévite, et sa phrase prend une grandeur patri­\ncienne pour parler de cette chose supérieure, de cet\nidéal vers qui s’élève son âme : l e D r o i t . E t dans\nles lignes qu’il écrit, il s’efforce de résumer les aspi­\nrations universelles des nations passées et d’exposer\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "                        FIN DE RACE                     15\n\n\n\nleur fraternité dans cette religion des hommes : l e\nJ u ste.\n   L e crépuscule envahit la ch am b re; abandon­\nnant la page commencée, Jea n va s’accouder à\nl’appui d’une des fenêtres. D errière le vitrage\nmaillé de plom b, le soleil s’endort dans une apo­\nthéose de vapeurs sanglantes ; ses derniers rayons\nsèment largement des ors rouges sur la m onotonie\ngrise   des   toits,   et   hautain   sur   sa   flèche de\npierre, Saint-M ichel flambe dans le ciel. D evant\ncette gloire de feu, Je a n de R aleghem se sent\ngrandir : il sera digne des anciens, ces m agistrats,\nces légistes intègres qui furent ses aïeux.\n  T out petit déjà, il l ’a entendu, ce m o t: les aïeux.\nL a mère était morte jeune, laissant son enfant\nécrasé sous la majesté de l ’hôtel fam ilial. Il y avait\ngrandi tristement, sans un rire, sans une jo ie , sans\njeunesse : hors du siècle, plongé dans l’étude des\nans passés.\n  A de rares intervalles il voyait son père, le con­\nseiller à la Cour Suprêm e ; celui-ci le prenait dans\nses bras inhabiles aux étreintes, le baisait au front\navec un « bonjour, mon fils » affectueux sans\ntendresse, puis s’enfermait dans sa bibliothèque,\nabandonnant Je a n à son précepteur. Aussi avait-il\nun respect timide pour cet austère m agistrat; il\ncraignait presque l ’attouchement rugueux de cette\nface rasée qu’il n’avait jam ais vu sourire.\n  Après la leçon de chaque jo u r, son précepteur,\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "i6                      LA BASOCHE\n\n\n\nun vieillard qui avait élevé son père, l ’em m enait\ndans des promenades à travers B ru xelles, pour lui\nmontrer      les vestiges   d'autrefois. C ’étaient des\nvisites aux musées, aux églises, à l’H ôtel-de-V ille,\npartout où quelque reste des grandeurs de sa race\navait résisté au temps.\n  E t il lui disait l’histoire de la vieille cité.\n     —        Jad is, mon enfant, B ruxelles apparte­\nnait à sept lignages, sept castes de n o bles; les\nRaleghem étaient du 'S Leuws Geslachte: le L ignage\ndu L io n .\n       Il le conduisait à Sainte-G udule devant le\ngrand vitrail offert à la collégiale par les sept\nGentes. E t indiquant du doigt un écu, il disait d’une\nvoix lente :\n     — Voilà les armes des ’S Leuws, là , au bas; voyez :\nils portaient de gueules au lion rampant d’argent,\npalé et lampassé d’azur.\n     E t quand l’enfant, muet dans la m ajesté du\ntemple, avait longtemps fixé la large baie lum i­\nneuse, il sortait, gardant à travers un papillote ­\nment confus de couleurs, un grand respect pour\nceux qui avaient fait des choses qu’on lui disait si\nnobles.\n     P u is ils allaient au musée, et lui montrant une\ntoile d’un vieux maître, un portrait vigoureuse­\nment modelé avec des chairs solides trouées d’un\nregard qui sem blait scruter l’âme de ceux qui le\nfixaient, le savant lui disait :\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                     FIN DE RACE                     17\n\n\n  — Celui-ci, c ’est T hierry de R aleghem , qui fut\nnommé cinq fois premier bourgmestre par le m a­\ngistrat de la v ille ; il fit un com m entaire sur la\nKcure que vous verrez plus tard.\n  Lorsque l’élève eut dix-huit ans, ils com m en­\ncèrent l’étude du D roit, une étude approfondie,\nminutieuse, que lui seul pouvait donner. C ’étaient\ndes exposés nets, précis, entrecoupés par instants\nde causeries, d’anecdotes qui rappelaient la science,\nla droiture des ancêtres, de critiques qui flagel­\nlaient les mesquineries du tem ps.\n  Ainsi, le récepteur s’efforcait de façonner cette\nâme à l ’image des hautes figures des grands siècles.\nE t pareil à ce Rom ain qui entoura sa matrone en ­\nceinte des chefs-d’œuvre de l ’art grec pour que\nson sein, déshabitué des laideurs coutumières, en ­\nfantât une progéniture empreinte        d’une beauté\nsculpturale, il laissa ignorer à son élève les fa i­\nblesses des siens, en remplissant sa pensée de leur\nécrasante perfection.\n  Aussi le vieillard ne disait point tout ce que ses\nlongues    recherches   lui   avaient   dévoilé :   un\nsecret terrible, une plaie qui depuis des siècles\nressaignait par intervalles, une hérédité fatale qui\nl’effrayait.\n  E n fouillant dans les vieilles chroniques, il apprit\nque dans cette famille de magistrats aux mœurs si\npures, surgissaient tout à coup des êtres déséqui­\nlibrés, des mâles brûlés par des amours affolantes,\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "i8                    LA BASOCHE\n\n\n\ndes êtres flam bant des passions qui avaient couvé\ndurant des générations. Livrés corps et âme à leurs\ndésirs, ceux-là ne connaissaient aucun frein. Ainsi,\nW alter de Raleghem enleva la femme du doyen\ndes orfèvres et durant deux ans la tint cachée dans\nune cham bre de son hôtel; son petit fils H enry tua\nen com bat singulier deux de ses cousins qui lui\ndisputaient une femme aim ée. U n autre était mort\ndans les spasmes d’une folie furieuse, pour n’avoir\npu obtenir la main d’une duchesse; et bien d’autres\nencore avaient forfait.\n     Inexorable comme une lèpre assoupie mais incu­\nrable, toujours ce mal était revenu.\n     Il était cependant une de ces hideurs que le\nmaître ne cachait point, à cause de la rigidité cato ­\nnienne qu’y montra un Raleghem .\n     L ’histoire était peinte en un grand triptique de\nR oger van der W ey d e. L e gothique y avait rendu la\nlégende, et l’avait résumée au bas en quelques lignes\nsaisissantes dans leur brièveté lapidaire :\n     « L e sire Hugues de Raleghem du lignaige du\nL io n , estant au lit malade, frappa de sa propre\ndague, son propre      neveu qui avoit      violé   une\nfille. »\n     L e m aître revenait souvent à cette légende ;\nc ’était la gloire de la race, cet inflexible justicier.\nE t pour que l’élève l’eût toujours sous les yeux,\npour qu’il vit à chaque heure de sa vie comment les\nR aleghem comprenaient l’honneur, il avait fait\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                     FIN DE RACE                       19\n\n\npendre le tableau au mur de la salle gitée de chêne\noù s’écoulaient leurs jours studieux.\n  C ’était   une   vaste   cham bre    dont les    deux\nlarges fenêtres à croisillons de pierre s’ouvraient\nsur B ru xelles,   déroulé au loin ju sq u ’aux hau­\nteurs d’Anderlecht. E lle était tendue de tapisse­\nries d’Audenaerde aux tons éteints par la patine\nde trois siècles. A chaque angle des encoignures\nde noyer, quelque œuvre de m aîtrise d’un sculpteur\ndu seizième siècle : à travers        leurs vitres bos­\nselées, on entrevoyait des coupes fouillées par le\nburin des orfèvres de Bruges,          des   ivoires   de\nLouvain, des verres sveltes et versicolores rapportés\njadis de V enise par les membres d elà grande gilde\ndes drapiers, une corne de buffle cerclée d ’argent\ndans laquelle buvaient les membres du Serm ent des\nArbalétiers aux jours de réunions.\n  Au fond de la place, la lourde chem inée renais­\nsance flamande en pierre bleue de H ainaut carrait\nses formes massives. Devant le contre-cœ ur du\nfoyer en briques sigillées aux armes de Raleghem ,\ndes chenets qu’on disait forgés par Metsys tordaient\nleurs volutes tourmentées. Auprès d’eux, s'élevant\ndans l’ombre du m anteau, une paire d’andierssoute­\nnaient des torchères de fer battu. T o u t dans cette\nsalle était solide, sévère, et des cuirs, des vieux\nchênes s’exhalait comme un vigoureux parfum de\ndroiture.\n  C ’est là qu’avait grandi Jean de Raleghem et\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "30                   LA BASOCHE\n\n\n\nm aintenant que le maître était mort confiant dans\nl’œuvre accom plie, l’élève travaillait seul, stim ulé\npar les souvenirs endormis autour de lui dans le\nsilence du steen.\n\n     [A suivre).                    MAURICE FRISON.\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "   A HAPPY CHRISTMAS\n                                     à Jo h n Track.\n\n\n\n        e soir là, vingt-quatre décembre, veillée de Noël,\n\n\n\nC        mistress Dora Stephenson, maîtresse de piano,\n         sortait, tout alerte, de son petit appartement\nde la rue des Drapiers, à Bruxelles, en remplissant du\nfrou-frou tapageur de son waterproof l’escalier de la mai­\nson. E n bas, les gens se demandaient pourquoi mistress\nDora était si joyeuse, elle qui, de coutume, partait sans\nbruit, trottant menu. A h ! voilà : depuis une longue\nsemaine, mistress Dora s’inquiète : y aura-t-il un vrai\nNoël, avec de la bonne neige? Et la neige s’est mise à\nchoir, dès l’après midi, moutonnant dans le ciel sourd,\nen gais flocons épais, rieu rs; de la belle neige, toute de\nhouppes de cygnes et de papillons froissés.\n  D onc, mistress Dora s’ en allait, sa figure fanée bien\néjouie, la tête encapuchonnée d’une capeline imper­\nméable, et les pieds confortablement dans des socques\nde caoutchouc. Sous ses pas sautillants de petite mai­\ngre, la neige se froissait avec un joli friselis de soies\négratignées ; aux boulevards, sur le sol éclatant, les\nréverbères étaient plus lumineux que d’habitude, et,\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "22                     LA BASOCHE\n\n\n\ncomme le vent soufflait du Sud, elle regarda avec un\nsourire les arbres baroques, s’alignant en in term i­\nnables files, très noirs à sa gauche, et à sa droite,\ntout blancs.\n  Avec de minutieuses p récautions, elle enfila les\nQuatre· B ras , mais au débouché sur la place, le Palais\nde Ju stice lui donna une peur. C ar, derrière le rideau\nde flocons tombants, le monument form idable sem­\nblait se m ouvoir dans le vent, vers l’énorme gouffre\nqui bée sur la ville, au dessus de laquelle planaient les\nvagues lueurs du fond, luttant contre l’entassement\ncontinu des nappes de neige...\n   Dora frissonna; en hâte elle s’en fu t , droit devant elle\npar la rue de la Régence, qui enfonçait dans la pers­\npective courbe, les lignes noires de ses tramways.\n  A u Petit-Sablon, une adm iration l’arrêta ; les arbres\ndu square étaient chargés de m oire éclatante, les\nstatuettes, sur leur socles ourlés, s’habillaient d’ her­\nmines royales, et les grilles innom brables, ajourées,\ntordues fantasquement, leurs arabesques folles épais ­\nsement ouatées, form aient un cadre m erveilleux à ce\nrare ja rd in , tel q u ’en un précieux conte de fées, en\nfont les bons orfèvres, joailliers de nacre et d’ ivoire,\nqui savent le secret des blancheurs cristallines du\nciel. Tendus sur ce rêve lilia l, les fils du téléphone,\npoudrés à frim as, rappelaient ces ténus rubans de la\nvierge , diamantés aux premiers givres d ’automne de\ngrésil scintillant.\n  Mistress Stephenson, ravie, pensait à ces joliesses,\nen remontant d’un pas discret la rue de la Régence ;\nau bout, une saillie la fit rire ; son contentement venait\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "                     A HAPPY CHRISTMAS                  23\n\n\nde lui souffler cette idée folle, que la neige avait mis à\nGodefroid de Bouillon, caracolant là-haut, une che­\nmise de nuit et un bonnet de coton. E t sur cette\ndrôlerie, elle pénétra dans sa taverne accoutumée.\n   Il y avait beaucoup de dîneurs, ce soir-là ; mais par\nbonheur, sa table habituelle restait inoccupée; une\njoie la saisit, quand elle put s’asseoir, dans son coin\nde dilection, comme aux autres jours de l’année. E n\nconfiant son waterproof au garçon, elle regardait avec\nsatisfaction ces choses fam ilières ; les m urs aux déco­\nrations figées, où des élans sautent de glacier en gla­\ncier, franchissant depuis toujours les mêmes préci­\npices; sous des cadres, les portraits coloriés des chevaux\nvainqueurs du D erby; aussi, sur fond noir, en lettres\nd’argent, les annonces des victuailles : « Bass y C°.\n« Im perial Stout. Rum stek. O xtaïl-Soup » ; la voûte\narrondie en plafond de navire, brune de la patine des\nfumées ; le com ptoir avec son étincellement de pintes\nd’étain, ses pompes luisantes, ses bouteilles d’ale et de\ngin aux lueurs de pétrole, derrière lesquelles se tient,\nsérieuse, miss N e lly ; tout au fond, l’étal gigantesque\nexhibant des rangées de Jam bons d’Y o rk , gras et\njaunes — et c’est la renommée de la taverne « York-\nHouse » que cette luisante apothéose de lards entassés,\népandant un          arôme   poivré, haut prisé des go u r­\nmets.\n   E n attendant son repas, mistress Dora s’étonne :\nle m onsieur qui depuis toujours dîne en face d’elle,\nà l’autre rangée des tables, n’est pas encore arrivé.\nE lle   feuillette   curieusement le    Christm as-Num ber\ndu « Graphie »; il est m erveilleux, cette année; les\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "24                    LA BASOCHE\n\n\n\ngravures enluminées la prennent d’un intérêt palpi­\ntant; mais petit à petit, son front se rembrunit ; en\nvoyant ces scènes d’intérieur suaves, naïves un peu,\nles danses des babys autour du plum-pudding de Noël,\nles bûches flamboyantes dans l’âtre hospitalier du\n« home » et les jeunes gens furtifs qui embrassent les\nmisses rougissantes, malicieusement attardées sous le\n« mistletoe », elle songe à sa pauvre vie solitaire,\nmaintenant qu’elle a quarante ans bien sonnés ; et son\ncœur se gonfle doucement, au souvenir du seul rayon\nde soleil qui éclaira sa jeunesse      un cousin, officier\naux Horses G uards... une passionnette de seize an s...\nun baiser sur le cou, le soir du départ pour les Indes,...\net puis : rien ! Chaque Noël revenu la trouve plus\n esseulée, dans la gaieté sonore de la taverne banale, et\nchaque année elle pense, vaguement, n’osant plus\nl ’espérer, au bonheur des Noëls- en fam ille, qu’ elle ne\nconnaîtra pas...\n   — « H oh ! c’été mal, thrès mal, John ! »\n   Et M r Jam es Davis, le professeur d’anglais, dont la\nlangue ne s’est jam ais pliée aux barbaries de l’idiôme\nfranc, morigène vertement le garçon débordé par les\nclients, qui a laissé sa place à un intrus.\n   — « C ’été m al, yes, thrès mal ! »\n  C’est l’ habituel vis-à-vis de mistress Dora ; par\ndessus les dîneurs, ils se saluent, chaque so ir; mais\nmistress, fort sur son quant-à-soi, et Mr Jam es Davis,\nd’une timidité d’homme long et blond, ne se sont\njam ais adressé la parole. Pourtant, aujourd’h u i, la\ntable de mistress est la seule qui reste libre ; avec un\neffort, Jam es Davis s’approche et hasarde sa requête.\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "                  A HAPPY CHRISTMAS                    25\n\n\n\nM istress Dora sou rit; cela tombe à m erveille; elle n ’a\npas commencé encore.\n   E t les deux seuls dînent ensem ble, émus par cette\ndérogation aux coutumes prises, délicieusem ent trou­\nblés par ce tête à tête inattendu, s’accablant avec des\nmines précieuses, de prévenances et de sollicitudes.\n   L e repas leur sembla le m eilleur du monde et, à la\nfin, fidèles aux traditions, ils flam bèrent, de commun\naccord, un petit pudding.\n Après quoi, tout ébaubi lui- même de sa hardiesse,\nMister Davis osa proposer à Dora de l ’accom pagner et,\nun moment après, m istress Stephenson fut bien plus\nahurie encore, en constatant qu ’elle ne lu i avait pas\nrefusé cette faveur.\n   Ensem ble, bras dessus bras dessous, ils s’en furent à\nl’E den, un théâtre « very nice and delicious » affirm ait\nmistress, par ouï dire ; et M . Davis opinait prudemment\ndu bonnet, n’ayant jam ais osé y pénétrer.\n   Ils furent éblouis par la splendeur orientale du lieu,\net s’attendrirent tout à fait, quand deux anglais, bar­\nbouillés de noir, vinrent danser des gigues désor­\ndonnées et pincer du ben-joë, tandis q u ’une blonde\nmiss, en cheveux courts et grands yeu x bleus, chantait\ndes airs am éricains. D irai-je la joie, déguisée sous un\nair de reproche, qui envahit mistress D ora, lorsque\nMr Jam es, la ram enant ju squ’à son seuil, l’embrassa\nsur la joue en lui souhaitant un heureux N oël? —\nDirai-je aussi les folles idées qui sarabandaient sous\nle crâne de M ister Jam es, tout ragaillardi par cet ex­\nploit, et secoué d’une furieuse envie de danser, patau­\ngeant à l’aventure dans la neige riante.\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "                        LA BASOCHE\n\n\n\n  Or, l’an d’après, dans une rue bien calm e du haut\nIxelles, Mr J . Davis, les jambes sous la table brillante\net le dos au feu crépitant, contemple son intérieur\nsoigneux et rangé. Son sourire béat s’arrête sur sa\nchère femme, et, tandis qu'une bonne pimpante vient\ndéposer entre les petits vieux qui s’aiment le gateau de\nNoël, Jam es, attendri, se lève, et embrasse de tout son\ncœur Dora Davis, en souhaitant :\n  « A m e r r y C h r is tm a s , m y d e a r m is tr e s s . »\n\n\n\n                                             JEAN D'AVRIL.\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "        BAS-RELIEF GOTHIQUE\n\n\n                  PER VERSITÉ\n\n\nDebout sur le rebord étroit de la cymaise\nOù rampent les démons de pierre adolescents,\nAvec des airs subtils et des airs indécents\nL a Dame resplendit, provocante et mauvaise.\n\n\nDerrière Elle, pour cadre, un vitrail met la braise\nDe ses trèfles et de ses lys éblouissants.\nUn rayon d’or atteint ses cheveux flavescents,\nFait rougeoyer la chair de sa gorge, et la baise.\n\n\n   ses pieds, très bas, sur des tréteaux pavoisés\nD’ornements fastueux et d’emblèmes lubriques,\nAbétis bar le spasme et comme hypnotisés,\n\n\nSe tordent les Lascifs et les Fous hystériques.\nMais Elle, les bras nus et les seins découverts,\nLes damne en souriant de son regard bervers.\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "28                      LA BASOCHE\n\n\n\n\n                  C A N      D EU R\n\n\n\n\nDes fleurs dans ses cheveux, des fleurs à son corsage,\nDans les atours naïfs de ses simplicités,\nL a Vierge des Candeurs, la Vierge des Piétés\nUnit ses bras en croix et s’agenouille. — Oh! Sage,\n\n\nOh ! Pure, où vont tes yeux perdus en fixités:\nVers quel Pays lointain et vers quel Paysage?\nQuel Rêvefa it ton cœur ? Quel Espoir, quel Présage\nLis-tu par l’Au-delà des mondes habités?...\n\n\nElle prie... et son cœur, comme un nid plein de chants\nDemande le pardon pour l’Ame des méchants.\nElle prie... et tandis que monte sa briére\n\n\nDans le calme alangui de l enceinte et du soir,\nLes anges animés sous leurs habits de pierre\nSur son front prosterné balancent l’encensoir.\n\n\n                                        RAOUL RUSSEL.\n\n\nSt-Aygour-Octobre 85.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "             DU C A SSE\n                     un instant par les huit coups secs\n\nC\n         o u v ert\n          du tim bre de la vieille horloge, le tic-tac\n          som nolent du balancier reprit. L e père\nB uchaux leva la tête.\n  — H u it h e u re s !...\n  Essuyant à son tablier crasseux les mains hu­\nmides du lavage des verres, il quitta le com ptoir,\ntraînant ses savates.\n  — H o là! cria-t-il au bas de l’escalier, holà, la\nB e lle ! a-t-on l’envie de fainéanter ju sq u ’à m idi?\nA llons, debout : il est temps !\n  E t sans entendre la plainte gutturale qui lui\nparvint, étouffée, d’en haut, il se rem it à son baquet\nclapotant, rinçant les lourdes chopes, les retournant\nsur l ’égouttoir, entrechoquées dans un tintem ent\nclair.\n  — E h , eh ! bonne journ ée hier. E n co re deux\npareilles et la ducasse sera com plète. Nous pour­\nrons nous reposer toute la sem aine.\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "30                      LA BASOCHE\n\n\n\n     E t après un sourire de satisfaction qui lui ba­\nlafra les joues, le père Buchaux se versa une grande\ngoutte de péket qu’il avala d’un trait, en clignot ­\ntant des paupières.\n     — E t puis on s’am u se... T ien s, la B elle ? on\ns’est décidée à se lever, à la fin? Qu’as-tu donc fait\npour être là, baillant à te démonter la m âchoire ?\nP as tant de grim aces, hein ! A la besogne ; voilà\nbientôt neuf heures.\n     L a B elle, prise par le froid au sortir de la tié­\ndeur alanguissante du lit, grelottait sous son gros­\nsier châle rouge de laine tricotée. M archant sur\nses bas, qui laissaient sur le sol les em preintes\nmoites de ses p ied s, elle alla, en toussant, tirer\nses sabots de dessous le comptoir.\n     P h in a n ’avait rien qui pût justifier le nom que\nlui donnait, par dérision, son père: une petite\nfrimousse chiffonnée, qu’avivaient deux yeux gris,\ndemi fermés, brillant faux sous des touffes de\ncheveux roux, la peau pâle, tachée aux pommettes\nd’une rougeur maladive.\n  Agée de seize ans à peine, elle avait déjà dans\nson corps une allure de fem m e: petite et maigre\nen ses vêtements trop larges, elle marchait avec\nun déhanchem ent, les jam bes écartées comme si\nelles dussent se camper pour supporter une inces­\nsante fatigue.\n  Sans attendre une nouvelle apostrophe, l’enfant\nse mit à la besogne. Dégourdie par les premiers\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                        DUCASSE                     31\n\n\n\nefforts, elle eut bientôt rassem blé tables et chaises\ndans un co in : à pleins seaux elle inonda la salle,\nretroussant entre ses jam bes sa ju p e trop longue\net pliée en deux, la tête aux genoux, elle traîna\nson torchon, glissant         à reculons ses sabots en\ncadence. P u is elle s’en fut hâtivement dévorer sa\nm iche dans la cuisine à côté, pendant que les\ndalles séchaient. E t, la bouche encore pleine, elle\nrevint mettre tout en place.\n  Ju squ ’au soir, elle peina, nettoyant les lam pes,\npréparant les feux, frottant le piano de location\nqui dormait au fond de l’estaminet, à côté d’une\nestrade improvisée pour la ducasse, rangeant les,\nverres aux étagères, rem plaçant les bouteilles de\nliqueur vidées la veille.\n  A tout instant, elle s’interrompait pour servir\nles clients. Ils venaient du champ de foire, les\nmains dans les poches, la pipe au coin de la\nbouche, crachant sur les pierres sèches et luisantes\ndes flaques grasses qu’il fallait nettoyer après leur\ndépart.\n  A chaque entrée, par la porte béante, arrivait\nune bouffée de bruits discords : orgues ronflants\ndes tourniquets, cloches des montreurs de phéno­\nmènes, pétarades de trompettes et joyeuses mous ­\nquetades de flin g o ts....\n  Alors, la pauvre sentait son cœur gros et restait\nun instant im m obile, les bras découragés ; puis,\nd’un mouvement vif essuyant avec sa manche la\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "32                      LA BASOCHE\n\n\n\nsueur qui lui perlait au front, elle reprenait son\ntravail, avec des regards inquiets sur la vieille\nhorloge qui, monotone et sans repos, tictaquait à\nla m uraille.\n     L e soir, le cabaret fut bondé : tout luisait sous\nla    clarté   des lampes appendues        au   plafond\nbas :\n     L e père Buchaux trônait, la main droite sur la\npompe à bière, reflété dans la glace, en face, avec\ntoute son im posance ; chaque fois qu’il servait un\nverre, c’était avec un sonore « voilà m ’sieu,          »\nqui dominait.\n  Beaucoup de clients : toutes les tables étaient\noccupées : on avait même été forcé d’en placer\nune supplémentaire sur l’estrade.\n     Ils étouffaient, serrés les uns contre les autres,\nsuffoqués par la fumée épaisse des pipes et l ’écœu­\nrante odeur de l’alcool et de la bière.\n     Au milieu du vacarm e des discussions, des\ncoups de poings sur les tables, le piano, de temps\nà autre plaquait une ritournelle fausse. U n « ama­\nteur », la casquette sur l’oreille, les lèvres pincées\npar un sourire façonné, débitait quelques couplets,\npuis dégringolait de la « scène » pour venir se\nmêler aux conversations, tandis que le piano, après\nun dernier grincem ent d’acier, se taisait.\n     Buchaux annonça l ’entrée de P h in a la B elle.\n     P endant que s’élevait un murmure de satisfac­\ntion, il vint à l ’escalier.\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                           DUCASSE                    33\n\n\n\n  — E li bien, là haut ! E s-tu prête? Ces messieurs\natten d e n t....\n  P h in a ne répondit pas.\n  — Es-tu sourde? cria-t-il plus fort.\n  F urieu x, il enjam ba les marches deux à deux\nju sq u ’à la m ansarde.\n  P h in a, vêtue d’une robe claire rajustée à sa taille,\ndormait, étendue sur une chaise, la tête appuyée\nsur le bord de son lit défait : B uchaux la secoua :\n   — A llons, descends, fain éa n te... Il faut que les\nclients s’am u sen t... et les affaires?..\n   L a B elle le suivit, encore tout engourdie. E lle\ns’était faite belle : avait orné ses cheveux d’un\nlarge ruban bleu, form ant un nœud sur le dessus\nde la tête, tranchant sur le roux. Du linge rem ­\nbourrait son corset trop large à la poitrine, accen­\ntuant son apparence de femme faite : sa robe\nrelevée d’un côté laissait voir son bas blanc flottant\nsur un m ollet trop m aigre. Au côté, un éventail\nde papier pendait.\n   D e joyeux lazzis l’accueillirent : on avait ri la\nveille et chacun était revenu plein d’intentions.\n   L ’enfant à son entrée fut prise d’une quinte de\ntoux, en respirant le brouillard qui em plissait la\nsalle. E lle surmonta la fatigue qui faisait vaciller\nses jam bes endormies, monta sur l'estrade avec un\neffort et chanta.\n  S a voix rauque, et faible à la fois, faisait rire;\non s’amusait de son impuissance. Avec des gestes\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "34                     LA BASOCHE\n\n\n\nlents, elle avait com m encé un air fade et banal,\nbraillé cent fois au coin des rues.\n     E t quand détaillant le dernier vers du refrain :\n          Mon pauvre cœur, il ne faut plus aimer.\nelle voulut, pour la finale, donner plus d’am­\npleur et de sentiment, la voix cassa dans sa gorge\net elle toussa.\n     Ce fut alors un rire général, des trépignem ents,\ndes cris : Bravo ! encore ! encore !\n     E lle eut voulu éclater en sanglots, s’enfuir, mais\nsous le regard froid de Buchaux qui, de loin la\nclouait, elle n’osa.\n     E lle dut descendre, faire la quête, tendant la\nmain à ces gens qui la pinçaient au passage en se\ntordant, et un à un reprendre tous les couplets de\nla vieille romance.\n\n\n     B ie n avant dans la nuit, la fillette put rentrer\ndans sa cham bre humide sous le toit.\n     E nfou ie, sous sa couverture trop m ince, tout\nhabillée encore, elle       grelottait de fièvre et de\nfatigue, tandis que B u chau x, s’attardant à pinter\navec les derniers clients, répétait en bas, d’une\nlangue épaisse de boissons :\n     — On s’est bien amusé, ce so ir...\n\n                                      HENRI STRANARD.\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "Où il est parlé de la feste de Noêl et\n\n           aussi d’aut res chouses.\n                                   A m essire L é o n Dardenne ceste\n                      fantaisie est dédiée pour son esbaudissement.\n\n\n\n      ’y s t o i r e que vecy se passa, dist on, au temps\n\n\nL       où le paouvreroy Charles lesixiesme, atteint\n        du terrificque mal de folie, s’escrimoit en\nproësses avecque les ymaiges des tres illustres em­\npereurs Charles, Alexandre, David et César.\n   En cestuy temps demouroit à Paris, emmy\nruelle écartée où plus de brins d’herbe montroient\nla teste en ung jour que de passants en une année\ncomplété, ung vieil et meschant homme, tortu,\ncagot et borné, qui voulentiers eustcru que vessies\nfeussent lanternes si l’y avoit authorisé nostre\ntres saincte mère l'Ecclise chrestiane.\n   Prières begayoit, chapelets esgrenoit tout le jour,\ndont tres marrye et deconfite estoit sa jeune\nespousée, qui eust grandement préféré pour soupi­\nrer, je vous en asseure, d’aultres linceulx que ceux\nde la saincte table.\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": " 36                    LA BASOCHE\n\n\n\n      Or ne vous faut poinct celer que le Bonhom m e\n Hazard avoit placé devant leur hostel ung très\ngentil et gracieulx orphebvre, lequel avoit entr’a ­\nperçu le jo ly visaige de sa voisine et depuis lors\nbruloit plus qu’on ne        sauroit dire d’exhausser\ndextrement le ch ief de m essire son mary.\n      Mays tant soigneusement veilloit le susdict mary\nque peines et ruses avoient esté vaines.\n      Oyez doncques ce qu’il advint.\n      Lorsque joyeulx tintements se décrochèrent des\nclochers à la veille de N oël, proufïïctant de cecy\nque les confrères de la Passion bailloient représen ­\ntacion du pieulx mystère de Saincte-P élasg ie,\nnostre barbon qui dézirait l’aller ouyr, lairra sa\nfemme seule en l ’hostel.\n  — P riez, m ’amye, lui dist il, et comptez force\npatenostres à ceste fin que Noël nous soict propice.\n  Lors la paouvrette, resignée en son meshaing,\ns’estoit mis à la fenestre tristement, et regardoit\nles gais floccons de neige qui com m encoient à\nvoltiger, comme essaim de         blancs parpailloris,\nquand soubdainement se dressa à la vue d’icelle\nune teste bizarre, de cornes surmontée, sem blant\nyssir de terre, qu’elle print sans aulcun doubte\npour celle de messer Satanas.\n  Mays à peine eust elle le temps de s’esbahyr.\nPrestem ent le deable enjam ba la fenestre et s’en\nvint cheoir à ses genoulx.\n  — Rasseurez vostre esperit, mignonne, dist-il de\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                        CONTE                         37\n\n\nsa plus dolce voix. P o in ct ne suis je envoyé de\nl ’E n fer maulgré qu’on m’en ait baillé la livrée.\n  E t il adjouxta mieulx tendrement encores :\n  — R ecognoissez vous poinct vostre voisin Jeh an ,\nqui s’est de vous enamouré aux pechers fleuris\nsans oncques vous l ’avoir pu dire?\n  — V ère, fist elle, ne me confierez vous poinct\npourquoy je vous treuve ainsy basté ?\n  — D ea, m ignonne, pour ce que je debvais jouer\nmonseigneur le deable dans le mystère de Saincte\nP elasgie !\n  P a r ma foy, il treuva m oult de courtoisie en\nicelle ; si se prinrent ils à deviser amoureusement\nensem ble et préludèrent par caresses et baisers au\ngentil jeu que vous scavez bien.\n  P ou r abreger, tant et si bien parachevèrent les\nchouses que la petite en cuyda de plaisyr trespasser.\n  Mays creez qu’ils feurent bien estommis et folfrés\nquand soubdain le mary heurta l’huys.\n  — Ouvrez, m ’amye, cria-t-il en grand ire, ve\ncy que le vent enlève mon couvre-chief !\n  E t, plus pasle encores qu’ung floccon de neige,\ntandiz qu’elle alloit desclore l’huys, estant en grand\neffroy où elle pourroit musser son com paignon de\ndouleur, le confrère Jeh an se bouta darrière la\nhusche.\n  — Sans doubte, fist en entrant le soupessonneux\nmary, vous avez beaucoup dist de patenostres et\nrecité d’oraisons, car je vous voys bien esmoyée\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "38                    LA BASOCHE\n\n\n\nce jourd ’hui. L e deable me saulte au corps si je\nscais ce que vous feistes en mon absence !\n  — Ah ! mon amy, ne parlez poinct du deable, il\nvous pourrait ouyr !\n  E t dadvantaige morte que vifve, lapaouvrette\nservit le soupper au barbon, son époux, mays ne\nmangea guères, je vous ju re. E t lentement, len­\ntement s’ésgrenèrent les heures à son gré et à celuy\ndu paouvre deable, darrière la husche mussé.\n     — Pleust à Dieu que je feusse hors d’ici, pen ­\nsoit il, plutost que de veoir ce vieil cinge conter\nfleurette à ma mignotte amye !\n     E n la parfin, après maintes oraisons, le vieil\ncagot bouta ses bottes dans l’àtre, pource qu’il\nestoit coutumier de le faire lors de la feste de N oël,\net se mist au lit où il ne tarda aulcunem ent à s’en ­\ndormir.\n  Adoncques sire Jehan yssit de sa cachette et\nveant l ’huys verrouillé solidem ent, se dut enfuyr\npar la chem inée. Cuydez que ce feust non sans\npeine et soulaigement.\n   Ains le matin quand joyeulsem ent tintèrent les\ncloches dessus les toits frangés de neige, nostre\nmary s’en feust à ses souliers dans l’âtre.\n     Mays pensez combien feust marry en y treuvant\ndeux longues cornes       aurées, comme celles de\nmesser Satanas.\n  — Parbleu, m’amye, sescria-t-il en branlant du\nchief, que veut dire cecy ?\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                       CONTE                     39\n\n\n\n  — Ah ! mon chier époux, ne vous boutez pas\nen ire, je vous prie ; que diriez vous si vous aviez\nces cornes sur la teste aussy bien que vous les avez\naux piedz !\n\n\n\n                               LUC MALPER.\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "CHRONIQUE ARTISTIQUE\n             C H A R LES G O ETH A LS.\n\n        o u t le monde de l’art a connu Charles Goethals,\n\n\n\nT         ce jeune homme modeste et d’allure distinguée·\n          emportantpartout avec lui, en prisme délicieux,\nle rêve attendri de ses aspirations artistiques. Peintre d’a­\nbord par son métier de prédilection, poëte par le cœ ur,\ntrès passionné pour les lectures d’élite et auditeur enthou­\nsiaste des concerts fam eux, l ’artiste défunt constituait une\npersonnalité faite de toutes les supériorités de l’esprit et\nde toutes les délicatesses du sentiment. Son commerce\nétait une fortune pour ses amis intimes et la perte qu’ils\nfont est inappréciable. Pendant la longue maladie qui\ntuait insensiblement l ’homme, l’artiste fut toujours\nattentif aux moindres manifestations extérieures, et il\nne douta pas un seul instant qu'il ne reprendrait un\njour les pinceaux, pour soulager encore sa conscience\nde peintre avide de produire. Alors qu’il était affaibli\nau point de ne plus pouvoir exécuter un mouvem ent\nsans souffrir beaucoup, nous avons entendu Goethals\ndépêcher un des siens à l ’ouverture d’un salon dont il\nvoulait avoir la p rim eu r!... Mort pour l’art, — on sait\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                 CHRONIQUE ARTISTIQUE                     41\n\n\nque c’ est en peignant au bord de la mer qu ’il contracta\nson mal — ces préoccupations constantes devaient\ntoujours lui voiler sa triste situation. Les circonstances\nsemblaient vouloir atténuer la traîtrise de leur fata­\nlité! L e compagnon dévoué nous est enlevé; le sou­\nvenir nous le rappelera souvent et la prochaine expo­\nsition des X X réunira en un pieux faisceau les œuvres\nde Charles Goethals.\n   L e public s’ est surtout intéressé au peintre après le\nprem ier salon des X X . Il exposa alors plusieurs toiles\ninspirées de la \" vie pauvre \" à Bruges. L e M aître des\np a u v ress e V iatique, la D entellière, dans une harmonie\nde couleur tendrement assourdie, m urm uraient avec\nune poignante vérité les douleurs acceptées sans cris ni\nlarm es. Cette année même, Goethals peinait encore;\nquoique très affaibli déjà, il travailla beaucoup à l ’époque\nde la dernière exposition des X X et eut la joie de pouvoir\ny produire un œuvre nouvelle, intitulée : L a fin d’une\njo u rn ée! L ’im pression que nous firent ce tableau et\nson titre ne s’effacera jam ais de notre mémoire. Il sem ­\nblait une plainte et un d é fi!...\n  Depuis, nous avons souvent pensé au pauvre artiste\nachevant péniblement sa longue journée d’ennui dans\nl’espace restreint d’une cham bre de malade. Lorsque\nnous le visitions, nous prenions à plaisir de le faire\nvagabonder en esprit au beau pays du soleil d’où il\nétait revenu, chaque fois plus désireux d’y retourner\nen core... A lors, ensemble nous feuilletions les cartons\nde croquis et d’aquarelles si délicates qu’il avait rap­\nportés d’ Italie. Il s’attardait longuement aux souvenirs\nde Capri et de Naples, et nous nous rappelons même\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "42                      LA BASOCHE\n\n\n\nque, quelques jours avant sa mort, il nous chantonna,\ntout transporté d’un       bonheur lointain       hélas ! les\nbribes d’un air populaire napolitain; Pauvre am i!\nA l’affection qu’il avait vouée aux races m éridionales, se\njoignait sa reconnaissance pour le climat qui l ’avait\nune première fois rétabli d’une violente atteinte.\nLà-bas, derrière le rideau de brouillard, à l ’abri des\nrafales,il savait qu ’il aurait conservé la vie et la joie !...\n     L a joie pour Charles Goethals était le bonheur qu'il\néprouvait en travaillant ; le vaillant artiste a mené de\nfront deux tâches différentes, et a accablé de rudes\nlabeurs les courtes années de son existence. E nvoyé\npar le Gouvernement belge en Italie et en France pour\nétudier la peinture décorative et les moyens d’enseigner\nles principes de cet art difficile, on sait comment il\ns’acquitta de sa mission. Les nombreux relevés et copies\nde fragments décoratifs, les études savantes et succintes\nqu’il fît des chefs-d’œuvres du genre, la belle lettre\nadressée par son professeur M. Galand, de P aris, à\nl’ Inspecteur général des Beaux-A rts, prouvent que\nle m inistère n ’aurait pas pu placer plus intelligemment\nsa confiance. T o u t désigné par le résultat de ses recher­\nches à la première chaire de l ’école des arts décoratifs\nqu’on se proposait alors d’établir à Bruxelles, Goethals\nest donc mort sans avoir pu mettre à profit ses con­\nnaissances durement acquises ! A lors que nos disposi­\ntions artistiques naturelles nous éloignent presque\nlogiquement de ce qu’on est convenu d’appeler : le\nsens décoratif, nous possédions en Belgique un artiste\ncapable d’anim er de fresques les murs de nos palais,\nde peindre les plafonds de nos théâtres, de décorer\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                 CHRONIQUE ARTISTIQUE                       43\n\n\nenfin grandem ent nos monuments. Cette faculté dont\nle dom aine d’application est très étendu était inhérente\nau tempéramment de Charles Goethals, et n ’a jamais\nlassé son énergie. Toutes ces espérances et ces — désirs\n— se sont éteints en lu i! E t alternant avec ces travaux\nspéciaux, il peignait en intimiste des tableaux de mœurs\nitaliennes, des portraits et des paysages délicieux.\nRentré en Belgique, il brossa avec fièvre les nombreuses\ntoiles que lui inspirèrent la misère des petites villes de\nFlandre. Etrange sympathie que celle de cet artiste\nencore tout illum iné du spectacle grandiose et luxueux\nde l’ Italie, pour le noir et ce qui pleure dans l’ombre —\net qui est bien faite pour accorder à Charles Goethals\nl’extrême sensibilité qui faisait la base de son art. P lu ­\nsieurs de ses œuvres sont à peine « peintes · ; la pensée\nde leur auteur semble presqu’avoir suffi pour en faire\nchose d ’art précieuse. D ’autres,au contraire,constituent\nde solides m orceaux de peinture, mais toujours la\ngrandeur de sentiment qui a présidé à leur enfantement\nfrappe autant que les qualités d’exécution. Des unes\naux autres, l’esprit passe avec le plus grand intérêt, et\nil ne compare jam ais ces différentes productions pour\ndonner sa préférence, parce que tout ce que Goethals a\npeint palpite d’une réelle émotion.\n  L ’œuvre et la vie de cet artiste convaincu de son\napostolat sont d’un bel exemple pour la jeune école.\nPuisse-t-il l ’encourager à terminer ce qu ’elles laissent\ninachevé. L a modestie de Charles Goethals était si\ngrande q u’il se serait considéré comme payé de tous ses\nefforts personnels, s’ il avait pu prévoir q u ’il pourrait en\nêtre a in s i!......\n                                      JACQUES    CHAMPAL\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "    L IV R E S                NOUVEAUX\n\n\n  L A N U I T , premières poésies,par R o d o l p h e D a r z e n s .\n— V o l. papier vergé, tirage à petit nombre. C. Lebas,\néd. Paris.\n   De la foule des poètes qui encombrent le jeune\nParnasse français de leur m édiocrité navrante, celui-ci\nsort, et on le compte parmi les m eilleurs des arrivants.\nCertes, un reproche est à lui faire, dès l’abord : son\nmanque considérable encore de personnalité; mais il\nserait ridicule d’exiger tout d’ un début. E t le jou r où,\nprofitant des trésors artistiques am assés, sans su b ir pour\ncela la directe influence des maîtres, M. Darzens sera\nseul le conducteur de sa pensée, des œuvres sont à\nattendre de lui.\n   Comme « métier » , M. Darzens est des plus habiles.\nSon vers est éclatant, sonore, harm onieux, prestigieu ­\nsement musical et d’une science merveilleuse. C' est un\norfèvre rare, trop précieux peut-être,poussant à l’extrême\nle raffinement de la forme et la délicatesse d e sensation.\nSon livre chante la Fem m e, non dans la gloire char­\nnelle de l’amour v iril, mais dans la subtilité exquise de\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                     LIVRES    NOUVEAUX                      45\n\n\nla fém inité. Hanté par Baudelaire, et sous la pression\nq u’exerce sur son art Catulle Mendès, son m aître, il\ntraduit, en une langue savante et fouillée, les acuités\nperverses d’un énervé. E t son vers berceur endort\nl ’oreille charm ée, plongeant le cerveau dans cette tor­\npeur grisante qu’exhale l ’odeur de la femme moderne.\n  M alheureusement,ces suggestions fascinantes n'ém a­\nnent pas suffisamment de l’art du poète, et le rappel des\nprédécesseurs s’y fait sentir trop souvent. N éanm oins,\nla  N u i t contient plus d’une pièce directem ent née de\nl’auteur, d’une valeur réelle, et d’un présage heureux\npour l’époque prochaine où son originalité se dégagera.\n  M. Darzens a compté parm i les collaborateurs de la\nB asoch e naissante; sans aucun doute, nos lecteurs\nliront avec intérêt cette rapide silhouette que Robert\nCaze traça de notre am i, à présent secrétaire de la\nJeu n e F r a n c e , et qui eut l ’honneur insigne d’être au\nnombre des neuf poètes veillant, en garde d’honneur,\nVictor H ugo sous l’A rc de Triom phe :\n  « Vous rencontrerez un peu partout sur le boulevard, dans\n» les rédactions, à la salle d’armes, dans les baraques de\n» lutteurs, au cirque, chez les bouquinistes,un très long, très\n» maigre jeune homme, qui vous dira le bruit du jour, vous\n» lira les derniers beaux vers d’un ami, vous enseignera une\n» parade ou une riposte, vous présentera à Arpin neveu ou\n» à miss Fanny, l’écuyère, vous dénichera à des prix déri­\n  soires une édition introuvable ; ce gaillard-là a vingt ans,\n» un volume de vers sur la conscience, et même un secré­\n  tariat de rédaction qui l’occupe. C’est un parisien de\n\" Moscou.Il se nomme Rodolphe Darzens. Il sait Baudelaire\n\" et Hugo par cœur... »\n                                                      EVR.\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "46                      LA BASOCHE\n\n\n\n     TO Q U ES    ET   RO BES     par A r t h u r J a m e s . —\nToques et Robes a la sévère richesse d'un vieux livre\nde droit. A palper ses épais feuillets de Hollande et sa\ncouverture parcheminée, à voir la firme de son éditeur\net son grand texte elzévirien, on croit tenir en main\nquelque antique manuel de Jurisprudence.\n  Son contenu nous est une heureuse surprise en ces\npages d’aspect austère, M. Jam es nous a dépeint la vie\nintime du Palais. On sent que l’auteur est « une jeune\nrobe; » il n ’a point encore usé, en même temps que les\nlustrines de sa toge, les sensivités de son tempéremment\nd ’artiste au contact desséchant des dossiers. Rien du\nchicanous dans ces études ; ce sont les observations\némues d’un poète qui pénètre l ’âme de choses inertes\npour ceux qui vivent dans leur continuel voisinage.\n   Ecoutez-le parler des anciens, des chevronnés du\nB arreau !\n\n  « Dans les couloirs, sous les gigantesques voûtes, au pied\n» des colonnes dorées par le soleil, on les rencontre parfois,\n» drapés dans leur vieille robe — la robe de combat de jadis!\n  » Ils regardent passer la foule des jeunes recrues,\n» bruyantes et pleines de zèle, et dans leurs yeux semble\n» briller comme une flamme de regrets.\n  » Maintenant, des fenêtres de la bibliothèque, ils s’en vont\n» contempler le panorama superbe qui se déroule là-bas ;\n\" mais leurs yeux s’arrêtent avec complaisance sur un petit\n» carré qu’on distingue à grand’peine, perdu dans cet océan\n» de clochers et de toitures rouges.\n  » C’est le vieux Palais. »\n\n  Quelle sereine intim ité dans ces lignes !\n     L a « Huitième cham bre, » une esquisse de la buvette\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                   LIVRES NOUVEAUX                              47\n\n\ndu palais, trahit une hum our discrète et goguenarde à\nla fois. Avec le « Divorce high life » nous tombons en\npleine fashion ; ce coin soulevé de la vie mondaine,\nd’ une réalité triste sous ses dehors sautillants, dénote\nune pénétrante observation. Plus loin l’auteur touche\naux tragiques noirceurs de la cour d’assises, mais il le\nfait en écrivain répugnant au x côtés som bres des\nchoses. E t cependant, quelle âpre satire déguisée sous\nsa physionom ie de ju ré. Voyez ce bourgeois imbécile,\nce ventru à la m orale aussi étriquée que la cervelle :\nc’est lui qui acquittera un assassin ou prononcera sur\nle mérite d’une œuvre littéraire et enverra m oisir en\nprison, avec les escarpes et les bandits, un écrivain.\n  « Sur le seuil de l’arrière-boutique, il vient de paraître.\n\n  » — Et cela durera plusieurs jours, Monsieur? demande\n» un client.\n  » — Plusieurs jours, oui. Un infanticide, deux incendies\n» un vol avec escalade.... Vous savez, cette affaire qui a fait\n» tant de bruit. L’Etoile Belge a fait de longs articles là\n» dessus. Et le marchand s’étend avec complaisance sur les\n» détails qu’il a lus « dans la feuille. »\n  » Au fond, il a peine à contenir sa fierté de bourgeois. Sa\n» vanité l’étouffe. Il jugera. De sa voix dépendra le sort de\n» plusieurs criminels.\n  » — Il est temps que je parte, il est temps. Et tout en\n» disant cela, il ne bouge pas, traîne dans son magasin,\n» refait le nœud de sa cravate ; il veut que tous, passants et\n» clients, admirent son imposante personne »\n  Par ci par là, nous avons regretté de trouver dans le\nvolume des pages un peu inégales « Messieurs les\ngardien » par exemple, mais cette impression défavo­\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "48                     LA BASOCHE\n\n\n\nrable est rapidement effacée par l’ensemble excellent.\n   Le volume est orné d’une série de petits dessins bien\ncroqués et d’une bonne photogravure du jeune maître\nès-art illustratif Amédée Lynen.\n  E t notre conclusion sera celle de l ’auteur :\n\n  « Plaise au Tribunal,\n  » Condamner tous les hommes grincheux du monde\n» Judiciaire et même les autres, à prendre communication\n» des pièces du dossier : T o q u e s et R o b e s ;\n  » Excuser les fautes de l’auteur ;\n  » Dire en tous cas qu’il n’y a pas lieu de prononcer contre\n» lui un châtiment trop terrible ;\n  » Déclarer le jugement exécutoire nonobstant appel et\n» sans cautions. »\n                                                     KOB.\n\n\n\n   L E R O I T E L E T , la dernière œuvre de C é l e s ­\nt in D e m b l o n , (Giraud, éd. P aris,) témoigne de grands\nefforts, et prouve com bien le talent de l’écrivain\nliégeois s’est développé, depuis la publication de ses\n« Contes m élancoliques. » La phrase exprimant avec\nun religieux am our l’intime des pensées, est plus soi­\ngnée, plus écrite. L a façon de voir de l’artiste, sa\nvision est plus caractérisée. Il ne comprend guère la\nvie extérieure; tout le drame, pour lui, se passe dans\nle cerveau. Observation intéressante à faire : S i Dem­\nblon parvient à dominer la forme, à traduire une\npsychologie originale, il ne paraît pas encore maître de\nsa wallonnie, le sujet de ses œ uvres. L ’évolution est\nlogique. Il aime encore avec trop de fougue pour pou­\nvoir exprim er tout son am our, ou du moins il n’a\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                     LIVRES NOUVEAUX                          49\n\n\npas encore concentré sa volonté pour dompter sa pas­\nsion, qui jamais peut-être ne s’affaiblira. Mais n’ est-ce\npas la peur de souffrir qui lui fait remettre à plus\ntard cette douloureuse expérience? Une phrase du\nR oitelet caractérise la nouvelle, et prédit l ’œ uvre pro­\nchaine de l’écrivain d’âme. « Comment tout glorifier\nen quelques pages et qu’oser parm i ces m erveilles\nchoisir! M illepoèm es me sollicitent,inépuisable chacun,\net que voudrait épuiser ma tendresse. » Dans le R oite­\nlet, il a jeté toutes ces m erveilles avec des cris d’ad­\nm iration et d’ un touchant désespoir. Il parle des\nmagnificences de son pays, de ses souvenirs d’enfance,\nde ses impressions d'aujourd’h u i, des légendes w al­\nlonnes, il parle de toutes choses qui lui rendent si\nchers sa Gervagne et son Condroz, et ses villages :\nSiral, la N euville, les A w irs, Chokier. Mais bientôt, il\nsaura choisir parm i ces m erveilles, et produira une\nœuvre forte, où viendront résonner ses admirations,\nses souffrances, ainsi qu’en un coquillage se concen­\ntrent les voix de la mer. E t comme le coquillage frémit\ntoujours, cette œuvre restera vibrante des vibrations\nde son âme. P o u r nous, le R oitelet est donc un m or­\nceau d’art; « ce qu’on appelle en critique » un résultat,\npuisqu’il nous fait pressentir une œuvre forte.\n\n                                                        H. CH.\n\n\n   L A C H A IR , par O s c a r M é t é n i e r , un vol. K y ste ­\n m aekers, éd.\n   C y un naturaliste ; non pas un de ces innom ­\n brables et piteux anneaux sous-coccygiens de la\n vulgaire, de la plate « queue naturaliste », mais bien\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "50                      LA BASOCHE\n\n\n\nun jeune dont la personnalité s’accuse dès la première\noeuvre, qui voit les choses avec une perspicacité directe,\net non à travers les procédés qui aujourd’hui, dans cer­\ntaine école, ont remplacé le « tempérament ». P ar la\nC h air, M. Méténier révèle une belle habileté d’écrivain,\nen même temps q u ’un sentiment très profond de l’ émo­\ntion dramatique ; telle de ses nouvelles, En F a m ille,\nest sous ce dernier rapport un véritable chef-d’œuvre.\nL a C hair, qui donne son nom au volume, est une\nétude très fouillée de rut chez un jeune homme de\ndix-neuf ans, le vicomte de Vitresac, jeté vierge et\nneuf dans la vie du Quartier Latin ; parmi toute la\nnouvelle, rôde avec une intensité obsédante, cette\ncapiteuse et rousse « odor di fe m in a » qui poursuit le\nvicomte et provoque sa chute finale. Un puissant\nintérêt s’attache à cette Chair, qui frémit toute entière\nd’une belle vie, ardente et vigoureuse. — L es esquisses\nparisiennes : Petites V ieilles et Petits V ieux, sont de\ntrès délicats et subtils croquis, à la mine de plomb\n{F leu r de M oka), à l’eau-forte ( Tante A u rore ), au\nfusain (le P è r e Thom as), avec, pour finir, une jolie\nminiature : M onsieur C alvierre.\n   Par les E t u d e s d ’A r g o t , nous entrons dans la\npartie la plus audacieuse et la plus originale du livre ;\nl’auteur, avec une hardiesse, pénètre dans les m ilieux\nles plus honteux et les plus nauséabonds, y campe ses\npersonnages dans leur atmosphère habituelle, et leur\nfait parler leur si pittoresque idiome. Ces études sin­\ncères sont d'un réalisme et d’une vigueur effroyables;\nL a C asserole, M arius D au riat,E n fa m ille , empoignent\navec apreté. A citer surtout, dans la dernière de ces\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                    LIV RES NOUVEAUX                               5l\n\n\n\nnouvelles, la narration en un argot bref, haché, rapide,\nd’une exécution capitale, — une merveille d’évocation\ndescriptive.\n   N ous regrettons fort de devoir signaler, à côté de\nces beaux m orceaux d'art, des pièces absolument\nquelconques, telles que la P er le de C hateau vieu x ou\nl’Accident Chabert, qui, à notre avis, déparent le\nvolume par lequel M . Meténier vient de prendre, et\nde peu humble façon, sa place au monde des lettres.\n                                                         EVR.\n\n\n\n  L A B E L G I Q U E par C a m . L e m o n n i e r .— M. Cam ille\nLem onnier a term iné, le m ois dernier, dans le Tour du\nM onde , la description de la province de Liége. Cette\nnouvelle partie du grand travail sur la Belgique ne le\ncède en rien à ses devancières. La ville de Liégesurtout,\navec sa physionom ie propre, ses quais bruyants, ses\nquartiers populaires, a été saisie avec une vérité mer­\nveilleuse par l’écrivain. L e V al St-Lam bert, Seraing,\nL a Batte, les industries verviétoises, et, dans une note\nautre : l’ Ourthe, les Fagnes, la Baraque M ichel, ont\nfourni à l’auteur des occasions de développer en pleine\nliberté son prestigieux talent de styliste. De beaux\ndessins de Constantin M eu nier, M ellery, V erdeyn,\nHeins, etc., illustrent dignement le texte de l’écrivain\nnational.\n                                                          EVR.\n\n\n  L E S L E P IL L IE R , par       J ean    L o r r a in ;   i   v o l.\nGiraud, éd.\n   L e très rare et très précieux poète de la F o rêt bleue,\nle S an g des D ieu x, M odernités, V iviane , nous donne\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "52                     LA BASOCHE\n\n\n\naujourd’hui son premier volume de prose : les L ép illier.\nIl y encadre, dans des peintures de la vie provinciale\nqui produisent des sensations d’énervement exaspéré,\ntant l ’im pression en est réellement rendue, l’histoire\nd’ une vieille fille, enrichie vers la fin de sa vie par un\nhéritage inattendu. Cloîtrée dans le domaine dont la\nvoici chatelaîne, Mlle de Corm on, dédaignée et honnie\npar la société de la ville, passe ses jours dans la mono­\ntonie pesante de l’isolement. Une famille de gens\nlouches, les Lépillier. parvient à circonvenir la vieille\ndemoiselle, éloigne sans retour ses dernières relations,\net. tous liens brisés, la tient sous le séquestre de sa\nconstante vigilance : il faut que la fortune de Corm on\nrevienne aux Lépillier. L a pauvre vieille s'est d’abord\nlaissé attendrir par la petite Lépillier, et ce premier\nsentiment de femme éveillé en a fait naître un autre :\nle regret des années perdues et des amours inconnues.\nLe Lépillier devient son amant. Dès lors, commence\npour Mlle de Corm on une existence horrible de basse\net ignoble débauche, traversée parfois de réveils, et de\ntentatives de révolte tôt étouffées par la perverse su r­\nveillance des Lépillier. E t enfin, le testament signé, la\nvieille fille succombe, disparaissant d’une mort sinis­\ntrement équivoque.\n   Cette histoire sombrement tragique est narrée par\nl’auteur en une riche langue de lettré; peut-être\ncertains épisodes du livre frisent-ils le hors d’œ uvre,\nmais ces tares légères, bien excusables en un début\naussi victorieux — sont imputables au manque d’expé­\nrience de l’homme de métier, et largement rachetées\npar les exubérantes qualités de l’écrivain. Nous voulons\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "                     LIVRES NOUVEAUX                                    59\n\n\nsignaler, entr’autres tableaux d’une singulière valeur,\ncelui qui dépeint M lle de Corm on encanaillée avec ses\ndomestiques, dans la grande salle du château, en une\nnauséeuse orgie — et surtout, le rêve effrayamm ent\nfantastique et funèbre de l ’abbé B lin , décrit en des\npages qui ne le cèdent guère aux plus belles du Comte\nde l ’Isle-Adam .\n   Après ce roman d’un si noir réalism e, M . Jean\nLorrain a placé quelques nouvelles, délicieuses fantai­\nsies, d’une aimable joliesse : M adam e H e r b a u d ,\nDans un boudoir, Installations. « Dans un Boudoir »\nsurtout exale un charme pénétrant ; les descriptions y\nsont faites amoureusement, avec une piété d’antiquaire\nérudit, et au long du recueillem ent suave de l ’histoire,\ncourt une émotion discrète et com m unicative. C’ est\nd'un poète prenant sa revanche.\n                                                              EVR.\n\n\n   Pour paraître prochainement, du même auteur :\nTrès-Russe, et un volum e de poésies: les G riseries.\n\n\n   SU R     LE    V IF , vers     im pressionnistes par              J ea n\nA j a l b e r t . Un b e a u vol. T resse et Stock, é d . ,\n                                            Paris.\n   E n ces temps de m odernité, modernism e, m oder­\nnistes, m odernisants et m odernisards surtout, où les\nécrivains qui pompeusement s’affublent de ce titre,\npullulent autant et plus que cancrelas sous un four, nous\nne cèlerons pas notre satisfaction grande, de voir se\nmanifester parmi les Jeunes, un poète indiscutablement\net richement doué de ce sens des choses modernes ; non\npas un retapeur de vieilleries, désempoussièrant du bric\nà brac du passé des lieux communs rabâchés cent fois,\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "54                       LA BASOCHE\n\n\n\npour les entortiller dans l ’oripeau séduisant de la\ntournure nouvellle,— se croyant neuf parce qu ’il dit :\nhorizontale au lieu de courtisane et, pour un chariot :\ncam ion, — mais bien un traducteur de sensations\nparticulières, originales et personnelles, un im pres­\nsionniste, enfin.\n  Nous ne saurions mieux définir le talent du jeune\npoète, qu’en citant cet émotionnant passage de la\nsim ple, grande et loyale préface que Robert Caze a\nmise au livre de son ami :\n  “ Un soir, nous causions ; vous levâtes tout à coup les\n» yeux vers un cadre de bois laqué, qui contient un mélan­\n  colique et doux pastel signé J .F . Raffaëlli.Un terrain vague\n» de banlieue, sali par une herbe galeuse et rare ; des arbres\n» poitrinaires au premier plan,et dans le fond, des maisons à\n» six étages avec des coins de puisards noirs entrevus : tout\n\" l’envahissement de la maladive civilisation dans la malade\n\" campagne suburbaine.\n  « — Ce sont ces choses qu’il faudrait mettre en poésie,\n» me dîtes vous.\n  « Et vous les y avez mises,avec votre obstination de mon­\n  tagnard auvergnat qui n’économise pas les belles rimes...»\n\n  C ’est bien là , en effet, la caractéristique de M . A jalbert:\n« 11 écrit comme les peintres modernes p eignent; il\ntient d’eux le sens de la couleur et de l’arrangem ent,»\nCe qui le séduit particulièrement., sont les sites lépreux\nde banlieue, les paysages gris et m oroses, mélancoliques\nainsi que les Coppée faubouriens non pas, souffreteux\nplutôt, blêmes et ternis sous l’envahissem ent de la m a ­\nladive civilisation , comme dit avec si rare exactitude le\npréfacier.\n  Singulièrem ent obsédant est un art pareil. « Sonnet\nnuptial », qui ouvre le volume, pèse sur la pensée, de\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "                    LIVRES NOUVEAUX                        55\n\n\n\ntoute la lourdeur bête des vies monotonem ent bou r ­\ngeoises et terre-à-terre. « L es Chem inées, Chiens E rran ts,\nCiel gris » sont à citer encore, comme renfermant de\nsuggestifs tableaux. Connaît-on beaucoup de poèmes\noù l’im pression soit traduite avec une intensité plus\nâpre que dans cette m erveilleuse Pointe Sèche :\n\n    » Dans l’uniformité des teintes des cieux bas\n    Couleur de suie, où court l’humide vent d’automne,\n    Sur la route où l’on voit quelques traces de pas,\n    Les arbres défeuillés. en file monotone\n    Se dressent, un à un, espacés au compas.\n\n    Dans un terrain mal clos moisissent des barriques,\n    Des flaques d’eau, luisant sur le sol défoncé...\n    Une fabrique avec sa cheminée en briques...\n    Un peu d’herbe galeuse au revers d’un fossé...\n    Des chiffres noirs sur les bornes kilométriques...\n\n    Les fils du télégraphe, à travers l’air épais,\n    Découpent, deux par deux, des tranches parallèles\n    Jusqu’au poteau prochain, endormi dans la paix\n    Qui tombe des cieux gris sur les peupliers grêles\n    Droits au bord du trottoir, comme des parapets.\n\n    Interminablement, sous les cieux lymphatiques,\n    S’allonge la grand’route entre les champs déserts,\n    Balavée à présent par les vents hérétiques\n    Qui troublent le pieux silence — dans les airs —\n    Des arbres balançant leurs branches lymphatiques.\n\n  P ar son évocation fanée, chancreuse pour ainsi dire,\n“ Genevilliers » encore, doit être regardé comme une\ndes pièces capitales de ce beau livre, si puissamment\ntitré par ce vocable mordant à même la vie : Sur le Vif.\n  C’est un vibrant début que celui de M. Jean Ajalbert;\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "56                      LA BASOCH\n\n\n\nrares sont ceux qui, dès l ’abord, ont pu, ainsi que lui,\naffirm er leur existence, leur liberté, leur indépendance\nhautaine et complète vis-à-vis du déjà fait. Aussi,\ngardons-nous de la lecture de son livre, m algré les\npièces médiocres auxquelles nous nous sommes\nheurté, une confiance sereine dans l ’avenir du jeune\nartiste, dont le prem ier acte littéraire est une péti­\ntion de personnalité aussi franche et aussi fière.\n                                                      EVR.\n   L ’abondance des m atières nous force à remettre au\nn° prochain le compte rendu de :\n   Les Concubins, par Cam ille Lem onnier, I beau\nvolume illustré par F . Fau . M onnier, éd. Paris.\n   L e P sau tier de l’A m ie, très artistique livret de vers\narchaïquement habillés, par Alcan, à Paris, pour\nl’auteur Rodolphe Darzens.\n   Les F lam b aison s , par L . Dughet.\n   L y sian e de L y sia s, par M ax W aller, un superbe\nvolume broché en parchemin, chez Callewaert.\n   L a Complainte de N. D. la Lune , par J . Laforgue,\nchez Vanier.\n   A u commencement de Février, paraîtra chez Léon\nVanier, le sympathique éditeur des M odernes, \" T r a i t é\nd u V e r b e », par R e n é G h i l ; ce sont, introduits par\n\nune préface de Stéphane M allarm é, les articles rem a­\nniés, complets et invariables, que l’auteur de la\nL égen de d'Ames et de S an gs a publiés l’an dernier\ndans la B asoche.\n  Chez le même éditeur, vers le 1 5 février, M. Ed.\nD ujardin, directeur de la Revue W agn érien n e,\ndonnera « l e s H a n t i s e s » , recueil de 1 3 contes,\nnouvelles, études et poèmes en prose.\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "  Chronique de l’Art et du Livre\n\n   A L IÉ G E . - L ’an dernier, des artistes de talent et de\nconviction, MM· Jadoul et César Thompson, à la tête\ndesquels s’était placée une dame de haute intelligence et de\nrare distinction, Madame la Comtesse de Mercy-Argenteau,\norganisèrent à Liége des concerts de musique russe. Exé­\ncuter pour la première fois, en Belgique, les œuvres si\nprofondément originales de la Jeune Ecole russe, était\nremplir une réelle mission; mais s’adresser au public\nliégeois, qui n’a guère d’ éducation musicale, était une\nentreprise hardie. Ces artistes eurent donc le double mérite\n— d’innover, ce qui est très souvent dangereux — et\nd’innover à Liége, dans un milieu mesquinement hostile\naux expressions artistiques nouvelles. Cette fois, par excep­\ntion, le public semble avoir compris les qualités étonnantes\ndes productions si modernes des compositeurs russes. Et\ncette année, il se donnera encore des concerts à Liége.\nLe prochain aura lieu le 8 janvier, à la salle de la Société\nd’Emulation.\n  En voici le programme :\n  Introduction. I er acte d'Angelo. — C. Cui.\n  Cavatine du Prince Igar. — A. Borodine.\n  Dans les steppes de l'Asie Centrale, poème symphonique. —\nBorodine.\n  Antar, symphonie orientale en 4 parties. — N. Rimsky-\nKorsakoff.\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "58                       LA BASOCHE\n\n\n\n   Cui et Borodine assisteront, parait-il, à cette audition.\n   Et le 11 janvier, on représentera, pour la première fois, au\nthéâtre de Liége, « Le Prisonnier du Caucause ”, drame\nlyrique en 3 actes, de César Cui. L ’ auteur dirigera lui-\nmême l’orchestre.\n   Il faut donc croire que la tentative artistique de Mme la\nComtesse de Mercy-Argenteau et de MM. Jadoul et\nThompson, a pleinement réussi. Mais n’eut-elle pas eu tout\nce succès, que leurs efforts méritaient nos éloges les plus\nvifs et les plus sincères.\n   Nous parlerons dans notre prochain numéro du concert\nde Liége et de l'interprétation du Prisonnier du Caucase.\n   Il est très sérieusement question, à Bruxelles, de donner\naussi des auditions de musique russe aux Concerts Popu­\nlaires.\n\n\n\n   Les Etudiants Liégeois publieront, dans le courant de\njanvier, à l’instar de leurs frères de Gand, un almanach de\nleur Université, pour lequel ils se sont assuré la collabora­\ntion des principaux écrivains belges ; il n’est pas douteux\nqu’avec de pareils éléments, ils n’arrivent à un superbe\nrésultat. Le comité de rédaction, présidé par M. G. Rahlen ­\nbeck, est composé de MM. Jottrand, Mahaim, Mockel et\nVan Halmé.\n\n\n  M. Kistemaekers, l’éditeur des Naturalistes, vient d’être à\ndeux reprises cité devant la Cour d’Assises du Brabant et.....\nacquitté. On se demande encore comment ces bons jurés,\nd’ordinaire retraités de l’Etat, de la cassonade et des mer­\nceries, ont pu avoir autant de bon sens. Nous étions habitués\nà les considérer en gens qui prennent le Bottin pour une\nœuvre littéraire; il va falloir en rabattre. Même, nous devons\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                        CHRONIQUE                          59\n\n\nles remercier pour la publicité acharnée qu’ils donnent à de\nbeaux livres; si cela continue, l’école naturaliste brûlera\naux jurys un cierge de longueur telle que les chandelles\nromaines ne seront à côté de lui que des allumettes-bougies.\n\n\n\n  A Paris, ces ridicules, grotesques et odieuses manœuvres\nont eu un résultat terrible : Desprez,'l’auteur de Autour d’un\nClocher, est mort à la suite des souffrances endurées pendant\nson incarcération. Emile Zola, dans un article d'un retentis­\nsement énorme, a longuement parlé du beau talent du jeune\nromancier, de ses tortures en prison et a craché à la face des\ncuistres qui l’ont condamné cette injure cent fois méritée :\nV O U S ÊTES D ES M ISÉRABLES!\n\n\n\n\n    É T A T -C IV IL . — Naissances : La Nation, journal quo­\ntidien, donnant dans ses colonnes une large place aux\nchroniques d’ Art et d’Actualité. Sous l’habile direction de\nson rédacteur en chef, M. Lucien Solvay, La Nation compte\nau premier rang dans la presse quotidienne.\n    Le Programme, supplément littéraire hebdomadaire du\nProgramme, journal théâtral; a recueilli la collaboration de\nL ’Essai littéraire. Dirigé avec tact et à propos par MM.\nEmile Royer et Em. Vauthier. Donne dans chacun de ses\nnuméros de très belles photographies d’artistes de nos\nthéâtres.\n    La Soirce, journal théâtral illustré. Rédacteur en chef :\nMarcel Urbain. Paraît deux fois par semaine. Texte très\nlittéraire et dessins fort appréciés du public.\n    Le Globe illustré, qui remplacera auprès des gens de goût\nl' Illustration Européenne.\n    Décès : Le National Belge, journal quotidien.\n    Le Journal des Gens de Lettres Belges, Dr Emile Valentin,\ndirecteur.\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "60                        LA BASOCHE\n\n\n  La Revue Contemporaine (de Bruxelles), directeurs : Paul\nFontanar et J. Darvil.\n\n\n                 Paraîtront prochainement :\n   La Vie et la Mort, poésies, Jean Rameau.\n   Paris en travail, Léon Cladel.\n   Au Port, Félix Fénéon.\n  Hors du Siècle, poésies d’Albert Giraud. Lemerre.\n  Les Moines, poésies par Emile Verhaeren. Lemerre.\n  La Jeunesse blanche, de Georges Rodenbach.\n  De Georges Eekhoud : Les Milices de St-François, une\nseconde édition de Kees Doorik, augmenté de plusieurs\nchapitres et enrichi d’un dessin de Xavier Mellery, et un\nvolume : Les Nouvelles Kermesses.\n  Départ pour la Vie, Maurice Barrés.\n\n\n\n   Le n° d’hiver de l'Indépendance Belge a paru en une magni­\nfique livraison, toute venue de France. Nous n’y trouvons de\nBelge que M. Gustave Frédérix, qui, révérence parler, est\nbelge comme un escargot est de Bourgogne ou un chapon\ndu Mans. Pas un article d’un écrivain national, pas un dessin\nd’un artiste du terroir. Pourquoi l' Indépendance B e l g e , s’il\nvous plait?\n\n\n   La Société Nouvelle publie dans son dernier n° un superbe\narticle de M. Léon Cladel, signé :\n                                             L éo n C la d el\n     Au château de Famelette, en Hesbaye,\nsur les collines de la Meuse, le 13 Octobre 1885...\n  On tourne la page pour lire la suite, et l’on constate avec\nstupeur qu’il n’y a plus rien. Où sont restées les indications\natmosphériques et la hauteur au-dessus du niveau de la mer?\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                             CHRONIQUE                             6l\n\n\n\n   L a S u i s s e R o m a n d e , une revue de jeunes qui publia\nnaguères de superbes vers de Jean Lorrain,imprime avec un\nsérieux digne d’une sénilité parfaite les désopilantes appré­\nciations artistisques que nous détachons d’un tas de belles\nchoses de la même force :\n   «      toute révolution doit viser un vice social, artistique,\n» littéraire, prétendre à renverser pour reconstruire, à chan­\n   ger pour améliorer               Sinon, si elle abaisse le niveau de\n« l’art, de la littérature, de la morale, si elle dit Chapelain au\n   lieu d’Homère, Parny au lieu de Virgile, si elle remplace\n» Dante par Marini, Rossini par Wagner et Delacroix par\n» Courbet, la révolution devient aberration, vandalisme,\n» crime. Fausser le gout artistique d’un peuple n’est pas une\n» peccadille vénielle. Corrompre l’idéal littéraire d’unenation\n» ne fait pas encourir une petite responsabilité. Nous entre­\n   voyons dans l’avenir des siècles un suprême tribunal\n» esthétique, où Courbet et Manet auront à répondre de\n» leurs attentats à la peinture, Zola et Richepin des violences\n» exercées sur les lettres, Wagner et Massenet des voies de\n» fait commise sur la musique. »\n   Nos vives condoléances à la Suisse Romande.\n\n\n\n\n   Un très intéressant procès s’est déroulé pendant décembre\ndevant la chambre correctionnelle, à propos d’un coup de\npied décoché, d’intention, par M. Waller sur le fessier d’un\nM. Wauwermans. Le battu, pas content, réclamait trois mille\nfrancs de dommages-intérêts, etc., etc. M° Georges Roden ­\nbach, dans une spirituelle plaidoirie, dédaigneuse, mordante\net acérée à la fois, rossa d’importance la partie demande­\nresse, qui s’en retourna, remportant une belle veste dont les\npans devront lui suffire à cacher les ecchymoses que la\nsemelle de M. Waller a pu faire à son coccyx moral.\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": " 62                           LA BASOCHE\n\n\n  Il résulte de cela que, par décision judiciaire, les cancres,\nratés de lettres et abcès froids sont bannis du monde littéraire.\nNous ne demandions rien d’autre\n\n\n   L ’A l m a n a c h d e l ’ U n i v e r s i t é d e G a n d paraîtra vers la\nmi-janvier. Ce sera connue l’an dernier un recueil d’œuvres\nlittéraires dues à la collaboration d’étudiants belges et étran­\ngers. Le volume renfermera les portraits, en photogravure\nEvely, de MM. Carlier et Wagner.\n   Le luxe et la distinction que les étudiants gantois ont\napportés dans la publication de leur précédent annuaire\nnous sont un sûr garant du succès de cette nouvelle\npublication.\n   i vol. in-12 sur vélin teinté, 2 fr., s’ad : 17 , Marché au\nBeurre, à Gand, à M. Poirier, Secrétaire du Comité.\n\n   La liste des collaborateurs de notre sœur aînée, la Jeune\n Belgique, vient de s’augmenter de deux nouveaux poètes :\nAndré Fontainas et Frantz Van Peteghem, auteur de : Vers\nflamands en Français (?)\n\n\n  Les Lèvres Roses, poésie par Alexandre Tanchard. — Sous\nce joli titre, dans le coquet format elzévirien, M. Alexandre\nTanchard publie, chez l’éditeur Giraud, un recueil de vers\npleins de fougue, de jeunesse, de fraîcheur et de sentiment.\nLa note amoureuse y sonne la chanson des vingt ans avec\ntant de franchise, que l’on ne songe pas à reprocher au\npoète ses inconstances à l’ égard des charmantes pécheresses\nqu’il adore.\n\n\n  Sous ce titre : L'Esprit allemand, M. Pierre Peugeot,\nprofesseur de français en Russie, publie chez Giraud,. un\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                         CHRONIQUE                             63\n\n\nlivre très intéressant où le caractère allemand est étudié\ndans plus de 1,200 proverbes traduits en français et se\nrapportant aux conditions, aux vertus, aux vices, à la patrie,\nà l’amour, aux étrangers, etc., etc. C’est une étude très\noriginale et intéressante.\n\n\n  L'exécution de Mors et Vita. de Charles Gounod, aura lieu\nle 30 janvier, au Palais des Beaux-Arts. Solistes : Elly\nWarnots. Heuschling et Mme Schmitzler.\n\n\n   La Revue Indépendante, subitement disparue, a été\nheureusement remplacée par la R e v u e M o d e r n i s t e . Comme\nson ainée, celle-ci montre en toutes occasions une belle\nliberté d’allures, une intransigeante passion pour les choses\nde l’art, une violente et âpre haine pour les castrats du\nmonde des lettres. Dans le n° 9 nous recommandons aux\nféaux du franc parler le « Au royaume des ombres », de\nJacques le Mélancolique, où l’on démonte de maîtresse façon\nla pompe à eau littéraire dénommée : Claretie Jules.\n\n\n  La Revue Contemporaine. Sommaire du n° de décembre :\nLa nouvelle politique Anglo-Française. La Philosophie de\nM. Ronan, par Th. de Wysewa, Le docteur Petrus, nouvelle,\npar Pierre Cœur. L ’Echo et Nocturne, par André Lemoyne.\nLe Rouge Gorge, légende bretonne, par Georges Nardin,\nNotes d’Esthétique, par Charles Viguier. Le diable Helkésipode\ncoate, Ed. Dujardin. La Birmanie. Chroniques; Livres,\nThéâtres, Musique, Bibliographie.\n  Prix du n° : 2 fr., à Bruxelles, chez Rozez.\n\n\n   L ’interdiction, par la censure française, de Germinal, le\n drame tiré par M. W . Busnach, de l’admirable roman\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "64                              LA BASOCHE\n\n\n\nd’Emile Zola, a donné Heu dans la presse à de nombreux\narticles pour et contre la censure. Il est assez intéressant de\nconstater que les principaux auteurs dramatiques de l'époque,\nAugier, Dumas, Sardou, Dennery, Meilhac, Halévy, Pail­\nleron et O , consultés, se sont tous prononcés contre la\nsuppression de la censure. Les piètres motifs invoqués pour\nle maintien de ce contrôle, vexant et humiliant au premier\nchef, se résument en celui-ci, — une question de boutique,\nen somme — « si la censure était supprimée, les directeurs\nde théâtres devraient monter sous leur seule responsabilité\nles œuvres qu’ils entendraient représenter. Et qu’arriverait-il\nalors? La réponse est facile à faire en prenant l’exemple\nmême de Germinal : Après la première soirée, le ministre\neût évidemment supprimé la pièce, et le directeur eût fait en\npure perte de gros frais de costume et de mise en scène,\nque la censure lui a évités. »\n   Mais un moyen beaucoup plus simple encore, serait de\nsupprimer, en ce cas, l’intervention du ministre, et d’ac­\ncorder, en matière d’art dramatique, la liberté sans restric­\ntion que réclament, comme un droit, les oeuvres de la pensée.\n\n\n     Ont paru récemment :\n     P a u l B o u r g e t . Nouveaux essais de Psychologie contempo­\nraine (Alexandre Dumas, fils; — Leconte de Lisle; — les\nDe Concourt; — Tourgueneff; — Amiel). Chez Lemerre.\n     G u sta v e F la u bert.    Par les Champs et par les Grèves\n(Voyage en Bretagne). Ce volume contient en outre la\nLettre au conseil municipal de Rouen et des fragments d’œu­\nvres de jeunesse. (Charpentier, éd.)\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                 Avis très important\n     L e s fra is d ’encaissem ent de quittances à l ’étran ger étant\nconsidérables, nous prion s nos lecteurs du dehors de fa ire par­\nven ir le p lu s tôt possible leu r m andat postal à l ’adm in istration .\nN ous nous verrro n s forcés de cesser l ’en voi des num éros à ceux\nde nos abonnés qui ne seraient pas en règle le Ier F é v r ie r proch ain.\n\n\n\n     L A B A SO C H E reste absolument indépendante de toute coterie littéraire ou\nartistique. — Elle ouvre ses colonnes aux Jeunes. — Leurs envois seront examinés\npar un Comité littéraire et insérés, s’il y a lieu.\n      Nous rendrons compte de tout ouvrage dont deux exemplaires parviendront\naux bureaux de la Revue.\n     La reproduction des articles de L A B A SO C H E est autorisée, sous condition\nd’indiquer leur provenance et d’avertir la Direction.\n\n\n\n    L a D irection annonce a u x C o llab o rateu rs et C o rresp on d an ts\nde L A B A S O C H E q u ’afin de rég u la rise r l ’ ap p arition des liv r a i­\nsons, elle a fixé au 22 du m ois la date extrêm e de la réception des\narticles. P assé ce délai, les copies seront réservées au num éro du\nm ois su iva n t. E t, afin que nul n'en ign ore, cette m esure a b so ­\nlum en t gén érale sera observée avec la plus farouche e x a c titu d e .\n\n\n      N ou s prions instam m ent le s personnes qui ne désirent pas\ns ’abonner de ren vo yer a u x bu reau x de la R e v u e le présent\nnum éro\n\n\n    E R R A T A de la présente liv raiso n : page 1, splendide au lieu\nspendide; page 3, splendeurs au lieu de spendeurs; page 4, suinte~\nments au lieu de suitement; page 17, précepteur au lieu de récepteur.\n\n\n\n    Quelques collections de L a Basoche, année 1 8 8 5 , sont\nen vente au prix de cinq francs.\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "N ° 13 (tome I I , n° x)                                   C IN Q U A N T E C E N T IM E S                                              Ier Janvier\n\n\n\n\nRETVE                   ffiERS                   illllE DE LirrrTERïïrTVRE ETH D’KRW\n\n\n\n\n     I.     Proses Lyriques                 .         ...................................................                   A rn old       G o f f in\n\n   II. Noël L i v i d e .....................................................................................                E v r e h a il l e s\n\n  III. Vers.....................................................................................                             A lber t M ennel\n\n  IV. Fin de Race (No                           e l l e ) ............................................................       M a u r i c e F r is o n\n\n   V . A Happy Christine.' (Conte).....................................................                                      Je a n   d ’A v r i l\n\n  V I. Bas-Relief Gothiqu. (Sonnets) ..............................................                                          R a o u l R u ssel\n\n VII. Bucasse................................................................................                                H enri S tr an ar d\n\nVIII. Oil il est parlé de la                      ste de Noël et aussi d'aultres chouses                                     Luc M a lpe r\n  IX . Chronique Artistiq’ e : Charles Goethaels.                                                 .    .    .            Ja c q u e s C h a m pa l\n\n   X . Livres Nouveaux                                .....................................................                  X.\n  XI. Chronique de l ’ Ari et du Livrt.\n\n\n\n\n                                                                  BRUXELLES\n\n                                                        ¡I.-J3. JdOENS, JÎDITEUR\n                                                           7 , g a l e r i e b o r t I c K, 7\n"}]}