{"numero_id": "ulb-basoche-1886-02-n14", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "articles": [{"article_id": "ulb-basoche-1886-02-n14-001", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 65, "page_fin": 73, "titre_corps": "Fin de Race : II", "titre_sommaire": "Fin de Race (suite)", "signature_source": "Maurice Frison", "ancre_debut": "FIN DE RACE", "ancre_fin": "Maurice Frison", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 923, "texte": "FIN DE RACE\n                             II\n\n\n\n        a n s ses rapports   a v e c son père, Jean gardait\n\n\nD        toujours la froideur de l'enfant habitué à\n         vénérer les siens avec un recueillem ent\nqui bannissait toute fam iliarité affectueuse.\n  U ne paix sereine les enveloppait, quand brutal­\nlement une femme se jeta au travers de leur vie.\n  L e conseiller de R aleghem l ’avait rencontrée au\nsortir du P alais. Sa dém arche altière, son profil\nnoble l'avaient remué dans sa native admiration\npour tout ce qui renferme en soi une d istinction\ninaccoutum ée.\n  Il emporta dans l ’austérité de sa bibliothèque\nquelque chose de cette vision entrevue, un souvenir\ndu balancem ent rhythmé de sa dém arche, u ne ch a ­\nleur de la caresse de son œ il.\n  Longtem ps ainsi cette pensée le poursuivit. A\nl’heure où, fatigué par l ’étude d’un dossier obscur·\nle menton dans la main, l’œil m ort, il fixait un\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1435, "texte": "66                   LA BASOCHE\n\n\n\n point vague, intangible, il la voyait belle, impo­\n sante et désirable à la fois.\n    Au début, ce n’étaient que de courtes distrac­\n tions aisément secouées, mais peu à peu, il se\n complut en de longues songeries.\n     Il était arrivé à l'âge où les passions ont une\n ténacité calme que rien n’ébranle. Inhabituée aux\n affections, son âme lentement fut envahie par cet\n amour têtu, aux appétences irraisonnées.\n    L a femme qui avait allumé cet homme austère,\neffacé chez lui tout souci de la dignité de son\nsacerdoce, était une actrice célèbre. M. de Rale­\nghem eut pour elle des souplesses de vieux beau\nplié aux galanteries de coulisses. Ses bouquets,\nses cadeaux la poursuivaient au théâtre, dans sa\nloge, chez elle. En présence de celte attaque vul­\ngaire, faite tout au plus pour séduire une cabotine\nde bas étage, l’artiste altière s’insurgea.\n    Il la voulait pourtant, c’était sa pensée, fixe,\nobsédante, et ne pouvant autrement la vaincre,\nil lui offrit de l’épouser. Devant l’auréole d’un\nvieux nom, elle oublia que l’homme qui l'aimait\nétait presque un vieillard, pour ne voir en lui que\nle gentilhomme qui donnerait à sa vie l’opulence\nsolide d’une antique famille ; elle accepta.\n   Lorsque Jean apprit le mariage de son père il\nfut frappé d’un coup de masse.Sa pensée hésitante,\nainsi qu’en un cauchemar, se refusait à croire.\n   Mais la réalité s’imposait, le forçait à embrasser\n"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1213, "texte": "                    FIN DE RACE                    67\n\n\nl’effondrement des illusions longtemps chéries.\nAvec des rages, il songeait aux grandeurs abolies,\nà l’austérité d’une lignée salie à jamais par la faute\nd’un seul.\n   L ’impure allait s’asseoir au foyer, en bannir les\ngloires ancestrales ; il devait fuir.\n   E t, abandonnant l’antique steen des Raleghem,\nil vécut seul, cherchant l’oubli dans son étude\nnoble.\n\n\n                         III\n\n   Deux ans passèrent.\n   Un soir, Jean fut appelé auprès de son père\nmalade. Madame de Raleghem l’attendait. Elle lui\napparut grande, serrée en une robe d’un gris moel­\nleux ; gris aussi, son œil avait l’éclat discret d’une\nperle fine, et avec sa chevelure d’un blond cendré,\nelle formait une harmonie grise dans une note\nreposante. L e visage d’une carnation mate, aux\ntransparences carminées, était exquisement pur\ndans ses formes délicates. L a distinction aristo­\ncratique dont était empreinte toute sa personne,\nsurprit étrangement le jeune homme.\n   L e conseiller de Raleghem mourut. A genoux\nau chevet, ils pleurèrent, et cette douleur com­\nmune mit entre eux une sorte de confraternité\ndans la peine.\n   Durant les jours sombres qui précèdent les funé·\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1269, "texte": "68                  LA BASOCHE\n\n\n\nrailles, dans le demi jour morne des appartements\nfermés, une intimité s’établit entre eux et Jean la\ntrouva si digne dans sa tristesse de veuve regret­\ntant l’époux respecté, qu’il sentit s’évanouir sa\nmorgue.\n   Pour obéir à une dernière volonté de son père\nil ne quitta plus l’hôtel. Il se tenait tout le jour\ndans la vieille salle d’étude, ne sortant qu’aux\nheures de repas. Alors seulement il rencontrait\nsa belle-mère. Pendant ces entrevues, il ne cessait\nde lui montrer une déférence un peu froide.\n   A la longue cependant leurs entretiens perdi­\nrent de leur sécheresse. Elle l'amenait inconsciem­\nment à parler d’art. Alors elle montrait toute son\nimpressionnabilité de sensitive : elle avait en\nmusique, en peinture, des émotions intenses, et\nla vue d’une toile sincère, l’audition d’une œuvre\noriginale lui donnaient des enthousiasmes ardents\nqu’elle s’efforcait de communiquer à Jean.\n\n                        IV\n\n   Paisibles ainsi, les jours monotonement cou­\nlèrent et toute trace de ressentiment disparut chez\nle jeune homme.\n   Un soir d’été, au sortir du dîner, Madame de\nRaleghem s’assit devant un merveilleux clavecin,\noublié depuis des années dans un coin du salon.\nSéduite par la naïveté de quelques morceaux du\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1444, "texte": "                    FIN DE RACE                   69\n\n\n        siècle trouvés dans la bibliothèque, elle\nX V III e\ns’efforçait de les exécuter sur le vieil instrument.\n   Jean s’était approché d’elle : par la fenêtre\nlargement ouverte, l'haleine chaude du soir enva­\nhissait la place, entraînant les senteurs lourdes\nd’un acacia blanc. Derrière les hauts murs, couverts\nde lierre, on entendait le grouillement sourd, les\nbruits vagues de la ville que dominait l’égrène­\nment argentin d’un jet d’eau craché par un sphinx\nde pierre, au bas du perron.\n   Debout auprès du clavecin, bercé par le mouve­\nment plaintif de cette musique délicieusement vieil­\nlote, Jean suivait d’un œil machinal l’infatigable\nagilité de ce filet d’eau.\n    Une gène indicible le gagnait, c’était comme un\nbesoin qu’il ne pouvait analyser, un sentiment qui\nlui causait un malaise, une impression vague de\ndésir indéfini.\n    Détournantla tête, il regarda longtemps madame\nde Raleghem, admirant cette silhouette fine enve­\nloppée de molles clartés vespérales et son tourment\n prit une acuitié douloureuse.\n    Elle avançait la main pour tourner le feuillet, il\nvoulut la prévenir, leurs doigts se touchèrent ; ce\n fut une secousse en eux, leurs regards se rencon­\n trèrent, se fuyant aussitôt, comme honteux d’une\n faute. En cet instant il eut la révélation fou­\n droyante de la femme, la terrible, l’adorable, la\n maîtresse funeste des destinées, il se sentit étreint\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1423, "texte": "70                   LA BASOCHE\n\n\n\npar elle ; une terreur le prit, il quitta le salon\n brusquement.\n    E t dans la salle d’étude, devant les portraits en­\ndormis dans l’or des grands cadres, il dit, par­\nlant de cette chose qu’il n’osait nommer, et que\npourtant il sentait irrésistiblement attachée à lui :\n « Non, cela ne sera pas, je le jure ! »\n    De ce jour sa vie fut tordue par des désirs fous ;\nc ’était la hantise qu’avait subie le vieux conseiller,\nmais plus âpre, chez ce jeune homme à la droiture\n fanatique.\n    L e père avait cédé sans honte, lentement,\ncomme convaincu de l’inutilité de la résistance ;\nJean, héroïque, voulut vaincre.\n    Il songeait au vieux Hugues, il se sentait la\nvolonté rigide de l’ancien au cœur droit.\n    Il eut pour elle un mépris dur; prétextant des\nétudes accaparantes, il refusait de la voir, man­\ngeait seul frugalement auprès de ses livres, travail­\nlait sans répit de longues heures. Mais son calme\nd’autrefois l’avait abandonné, son œuvre devenait\nsaccadée, heurtée. Quelque chose des tourments de\nson âme s’y montrait. Il était parvenu à chasser loin\nde lui le souvenir de la femme crainte,mais une peur\nindécise le poursuivait. Parfois il croyait entendre\nun frôlement d’étoffe, il se retournait épouvanté»\nembrassait d’un œil effaré la froideur de la grande\nchambre, écoutait le battement lent de la vieille\nhorloge à cadran d’argent,puis reprenait son étude\navec rage.\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1301, "texte": "                    FIN DE RACE                   71\n\n\n   E t ce fut ainsi durant des mois, sans que la\npaix se fit en lui.\n   Certains jours, un désir opiniâtre de la voir le\nprenait; alors il descendait, la cherchait dans\nl’hôtel ; puis quand un instant il avait savouré la\njoie honteuse de la caresser de son regard, il se\ndérobait, couvant des colères sourdes contre cette\ninexorable dominatrice de sa pensée.\n\n\n                          V\n\n   Dans le foyer vaste, un amoncellement de bûches\nflambait, répandant dans la salle une chaleur\nlourde; de temps en temps un craquement de\nboiserie troublait le silence, une torpeur envelop­\npait les choses. Il sentait en lui comme un affais­\nsement de sa force, un épuisement de lutteur qui\nlivre un terrible combat depuis des heures et se\nsent faiblir.\n   Il voulut sortir, aller respirer un air qui ne fut\npoint imprégné d’elle, voir des choses qui ne l’obli­\ngeraient point à songer à elle, reprendre l’entièreté\nde sa volonté pour se dominer lui-même, pour\nramener sa pensée aux travaux désertés. Comme\nil passait près d’une porte, une toux légère lui\nannonça que quelqu’un était là ; poussé par une\nforce secrète qui commandait à ses muscles sans\nque sa raison s’y opposât, il entra. Il eut un mou­\nvement de recul en voyant Mme de Raleghem; assise\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1377, "texte": "72                  LA BASOCHE\n\n\n\nsur un fauteuil bas auprès d’une fenêtre qui l’inon­\ndait d’un flot de jour; elle lisait. En le voyant elle\ndéposa son livre, et, anonchalie, le genou enserré\ndans ses mains étendues, la tète un peu renversée,\nle regardait s’approcher.\n   Il était debout devant elle, leurs yeux se mi­\nraient fixes, pénétrants, incendiés de reflets mouil­\nlés. Ebloui, il ne la voyait plus; mangée par la\nlumière, elle apparaissait comme une tache aveu­\nglante d’où son regard jaillissait avec des éclats\nd’escarboucles. Immobile, fasciné comme un oiseau\nqui sent planer sur lui le vol fatal d’un épervier, il\nse laissait aller à l’entraînement surhumain qui le\npoussait vers elle. Il sentit deux mains pareilles à\ndes serres poigner ses épaules, un œil ardent brûler\nson âme, un frôlement de chair toucher sa joue, et\nil tomba dans ses bras.\n   L ’hérédité, la bête mauvaise mâtée par une\nmarmoréenne volonté, revivait; âpre, horrible, elle\nl’avait ressaisi.\n   Quand il s’arracha, des flux de sang, comme\nune marée de feu, battaient ses tempes, brûlaient\nses muscles,coulaient furieux dans ses veines, enve­\nloppant son corps dans un réseau de métal ardent.\n   Il fuyait, courant par les grands corridors som­\nbres.\n  E t c’étaient dans les coins des remuements\nd’ombres, des êtres qui surgissaient pour mau­\ndire, et la vie gagnant tout, les tentures, les\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 769, "texte": "                         FIN DE RACE                          73\n\n\n\nmarbres, les bois, les pierres, l’âme du vieil hôtel\nse soulevait, et des voix tonnantes clamaient :\n« inceste! parjure! » et il fuyait, appelant sur lui\nl’écroulement des voûtes.\n   Au seuil de la salle de travail, il s’arrêta, reje­\ntant la lourde portière. Puis hagard, les yeux\ncrachant des éclairs roux, il marcha au grand trip­\ntyque, comme pour y trouver le châtiment\ncherché.\n   Tenaillé par des affres, il eut devant la haute\nfigure du vieux Hugues, un dernier geste d’hor­\nreur, et, comme si quelque chose se fut brisé en\nlui, il s’abattit, stridant une plainte, bavant des\nsalives sanglantes.\n\n                                       M a u r ic e F r is o n .\n\n   B ru xelles. Décembre 1885\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1886-02-n14-002", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 74, "page_fin": 78, "titre_corps": "Griseries", "titre_sommaire": "Griseries (vers)", "signature_source": "Jean Lorrain", "ancre_debut": "GRISERIES", "ancre_fin": "Jean Lorrain", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 95, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 622, "texte": "GRISERIES\n\n\n        L E S BO U LIN GRIN S,\n\n\n                   Pour Madame Julia Daudet.\n\n\nDans la ronce et dans l’herbe humide\nDe l ’ancien parc à l’abandon\nSonge, étrange cariatide,\nUn morne et lépreux Cupidon.\n\nSoulevant entre ses mains vides\n Un vieux cadran solaire absent,\n‘D ieu du passé , ses vœux avides\nImplorent en vain le présent.\n\nL e cadran, qu’effleuraient les heures,\nDans la fo lle avoine est tombé\nEt, pareil aux vieilles demeures,\nUn lierre aux yeux l’a dérobé.\n\nAvec un bruit d ’eau monotone,\nL à bas, au fond des boulingrins ,\nUne fin e averse d'automne\nMouille et détrempe les terrains ,\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 902, "texte": "               G RISERIES                          75\n  !\n\n\n R esté, lui, f i d èle à sa pose ,\n L ’Eros, aile comme jadis,\n Dans un geste d’apothéose\n Tend vers le ciel deux bras verdis.\n\n Au loin l'interminable allée ,\n Mourante au bord d’un saut de loups,\n Encadre , morne et désolée,\n Une plaine oit pomment des choux,\n\nEt sur son socle , qui s'écaille,\nL e dieu mythologique et fier,\n— Des siècles juste représaille —\nA ce plant de choux pou r enfer.\n\nAvec un bruit d'eau monotone,\nL à bas, au fo n d des boulingrins,\nUne fine averse d ’automne .\nMouille et détrempe les terrains.\n\n\n              F A N ER IE\n\n                                      Pour Sarah\n\nDes vieilles étoffes fan ées\nj e suis le m aladif amant,\nj'en veux dire l’enchantement\nEt les nuances Surannées;\n\nLeurs tons discrets et douloureux\nDe vivantes choses anciennes\nEt les langueurs patriciennes\nDes vieux orfrois cadavéreux.\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1079, "texte": "76                 LA BASOCHE\n\n\n\n     Mon âme, gui s'avive et souffre\n     Adore les sourires las\n     Et fatigués des satins soufre,\n     Rayés de rose et de lilas ;\n\n     Et c’est une aventure exquise\n     De retrouver dans un reflet\n     Tout un bleu passé de marquise\n     Fleurant la jonquille et l’œillet.\n\n     Les vieux lampas aux tons d ’agate,\n     Lustrés sous l’ongle aigu du temps,\n     Ont la hautaine et délicate\n     Tristesse des lointains printemps;\n\n     Les fr a is printemps de la jeunesse,\n     Avrils emportés sans retours\n     Et dont les lys de soie épaisse\n     S’effeuillent dans les gros de Tours.\n\n     Mais pour chanter la griserie\n     Errante en ces luxes défunts,\n     Volupté savante et meurtrie\n     De vieux baisers, d’anciens parfum s,\n\n     I l fa u d ra it sous mes doigts dociles,\n     Les cordes d’un basson d ’amour\n     Au long manche de bois des Iles\n     Peint de légères Tom padour:\n\n     El dans l’ombre aimable et dévote\n     D ’un boudoir obscur et fa rd é,\n     Sur des airs dansants de gavotte,\n      Moi-même, en habit démodé,\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 744, "texte": "                G RISERIES                   77\n\n\n Des vieilles étoffes fanées\n J ’évoquerai l’esprit charmant\n Et le rêveur enchantement\n Des nuances, ces raffinées !\n\n\n\n           C O IN D E PARC\n\n\n                    Pour Madame Charles Hayem.\n\n\nC’est, rongé de lierre et de ronces\nEt d’eau donnante environné,\nL a bas, dans l’île des quinconces,\nUn petit Temple abandonné;\n\n\n Un petit temple de Cythère\n Où, déguisée en pèlerin,\nJadis Aminthe avec mystère\nVenait marivauder un brin,\n\n\nEt sous le camail à coquille\n‘Belle à miracle etfa ite au tour,\nRythmait en domino jonquille\nDes révérences à l'Amour, ...\n\nEt sous le ciel mélancolique\nEt bas, traversé de vents froid s,\nVoilà qu’en la crypte idyllique\nS’entassent les feuilles des bois.\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 864, "texte": "78                         LA BASOCHE\n\n\n\n              Il bruine , et sous les cassures\n              Des g rands nuages am aigris\n              Le marbre, veine defissures,\n              A des pâleurs de vert-de-gris ;\n\n              Et les soirs, à l’heure où le dôm e,\n              Orné d’attributs Pompadour,\n              Apparait , comme un blanc fantôm e\n              Sur ses colonnettes à jou r !\n\n              De l’oseraie humide et brune\n              Glissant jusqu’au parvis muet,\n              Les bleus rayons du clair de lune\n              Seuls y dansent le menuet.\n\n              C’est, rongé de lierre et de ronces\n              Et d’eau dormante environné,\n              L à bas, dans l’île des quinconces,\n              Un petit temple abandonné.\n\n                                                 J e a n L o r r a in .\n\n     Décem bre 8; .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1886-02-n14-003", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 79, "page_fin": 88, "titre_corps": "Visions", "titre_sommaire": "Visions (nouvelle)", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "VISIONS", "ancre_fin": "Arnold Goffin", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1413, "texte": "VISIONS\n                                      A Ch. -            H. de T.\n\n                                  « O v e r th e M o u n tain s\n                                        O f th e M oon ,\n                                 D o w n th e V a lle y o f th e S h a d o w ,\n                                        R id e , b o ld ly r id e , ·\n                                        T h e sh ad e re p lie d , —\n                                  « I f v o n s e e k fo r     E ld o r a d o ! *\n                                                         (H . A . P o e .j\n\n\n                            i.\n\n           longtemps, — trop longtem ps, j ’avais enduré\n\n\n B\n       ie n\n\n        le joug pesant et dur de ces gens-là, lorsque\n        je me décidai à fu ir leur m aison. E n un jour\nd’énergie, je transportai mon léger bagage dans une\ncham bre louée très loin, aux confins des faubourgs.\nJ e me rappelle encore l ’im pression             désespérée du\nprem ier soir : N ’ayant pu obtenir de lum ière, monté\nsur une chaise, par la lucarne, je regardai le paysage\nenvironnant... Un site h orrible, m orose, sans grâce,\nempuanti par les exhalaisons des fabriques qui haus­\nsaient leurs m urs d’ un blanc sale, lamentablement\nsinistres, de tous côtés. Novem bre fin issait; les nuages\ncouraient bas, uniformém ent livides, d’un gris pous­\nsiéreux et triste — et absorbaient les fumées jaunâtres\n"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1574, "texte": "8o                      LA BASOCHE\n\n\n\nvom ies, sans relâche, par les cheminées des m anu­\nfactures.\n  Certes, je ne regrettai rien ; une joie d’être seul —\nlibre! — m e possédait m êm e, m ais l'enfant,altéré d’am itié,\nde caresses et de douces paroles, qui existe en moi,\npleura, sans écouter les sages avis de ma raison.\n   Une pluie fine tombait, m aintenant, et l ’indicible\nm élancolie de la banlieue s'accrut en core; tout s’ em­\nbruma derrière le liquide rideau de l’averse... L e désir\nim périeux me saisit, de dévaler parmi ces rues e t ces cam ­\npagnes lugub res; il me semble que là, m ieux que dans\nl ’esseulement, je trouverais le décor convenable à ma\nran cœ u r...\n    Vaguem ent, d’ un pas m achinal et mou, je déam­\nbulai, m ’inquiétant peu du retou r; les derniers bâti­\nments disparurent. — la terre nue; avec de ci de là un\nbouquet d’arbustes desséchés et ruisselants, s’étendait\n— illim itée..\n  Sans chapeau, légèrement vêtu, laissant de mes\nsouliers à chaque mare de boue, trébuchant, je che­\nm inai... Com bien de temps j ’allai ainsi, point ne\nsaurais-je le d ire ; je me souviens pourtant m ’être\nassis sur une b o rn e... puis, plus rien ; la nuit vin t, —\nmon esprit aussi s’ enténébra alors, sans doute :\nl ’obscurité m’a toujours épeuré!\n    Au matin, des rouliers me réveillèrent, étendu dans\nun champ fraîchem ent labouré. J ’avais froid. Mes\nréponses incohérentes leur firent supposer que j ’étais\nivre, car ils s’éloignèrent en riant.\n Je me relevai lourdem ent et me rem is en route.\nQuelles réflexions me suscita ma situation? Souvent je\n"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1684, "texte": "                            VISIONS                         81\n\n\n me le suis demandé, depuis; la m ém oire de ce moment\n a disparu.\n Ma mansarde rejointe — par où et com m ent? — je\nme couchai, trop faible pour ôter mes habits qui m’en­\nveloppaient ainsi qu'un suaire glacé. Alternativem ent,\nj ’étouffais et je grelottais; d’abord comme de fines\npiqûres d’aiguille me lancinèrent le co rp s; — peu à\npeu elles pénétrèrent plus fort, — puis fort, fo rt...\nE n fin , ce furent des coups de poignard, un long et\nperfide poignard dentelé; — la douleur n’ interrom pit\nplus, bientôt. Dans ma tête tournait le bruit cadencé\nd’un train en m arche; la sueur me découlait de toutes\np a r ts ;j’avais si froid ... J e m’im aginais être emporté en\nun tourbillon insensé; un galop sur un cheval furieux,\nà la crête d’un précipice, avec l’im m inence de la chute\nbroyante... T o u t cessa d’un coup. Un som meil hale­\ntant et fiévreux me terrassa...\n  E t depuis, je ne me suis point réveillé ; la           con­\nscience des choses et des gens m’a été retirée pendant\nces heures... C ’est, je crois, — oui, ce jour-là, même,\nque commença mon existence actuelle — bien difficile\nà définir. Cet unique vocable en pourrait donner une\napproxim ative idée : Som nanbule!\n  Je voyage dans un rêve; les hommes m’apparaissent\ncomme des objets inanim és et toujours un étonnement\nme prend, lorsque je les vois s’agiter ou parler. Une\ncréation à moi seul peuple m on esprit ; c ’est avec elle\nque je vis, que je pleure et que je ris et hors de ce\nmonde, tout m’est illusions et vaines chim ères.\n  A ucune souffrance ne m ’affecta ; indifférent, bien\ndes mois je suis resté couché: des femmes et des méde­\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1422, "texte": "82                     LA BASOCHE\n\n\n\ncins tournaient autour de mon lit, me soulevaient, me\npalpaient, me faisaient avaler des boissons amères,\nsans que je m ’en préoccupasse : je me laissais manier\ncomme la matière inerte... On me croit fo u ! o h ! la\nréconfortante, la douce folie qui éloigne de moi mes\nbourreaux !\n  Je contemple les m ouvants tableaux, séraphiques\nou horribles qui surgissent à mes yeu x et, q u'ils ne\nvoient pas, e u x !\n   J ’ai essayé de les traduire en mots, pour en garder\nle souvenir vivace, m ais mes récurrences, cruellem ent\ninfidèles, ne m’ont perm is de recueillir que quelques\nunes de ces Visions.\n\n                             II.\n\n\n\n. . Soudain, je fus élevé au sommet d’une haute\nmontagne. A mes pieds, s’étendait un champ immense,\nondulant, d’où montait une clam eur con fu se... A le\nconsidérer plus attentivement, je découvris que les\nblés de ce singulier champ étaient des hom m es, — de\ncontrées et de conditions différentes ; ils riaient et chan­\ntaient et pleuraient tous à la fo is...\n  Cependant, un ouvrier pauvrement habillé, courbé\net tordu, les fauchait sans relâche et m éthodi­\nquement : ils tom baient, par rangées, les uns sur les\nautres, et ceux-là mêmes pour lesquels le moment fatal\nim m inait, semblaient ignorer l ’approche du sinistre\nm oissonneur. Ils ne le voyaient pas et la faux revenait\ndéjà sur eux dans son mouvement fatidique, — q u ’ils\nriaient encore!\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1672, "texte": "                        VISIONS                         83\n\n\n\n  L ’astre rougeoyant s’effondra à l’ O ccident; les buées\ncrépusculaires noyèrent dans l’om bre le contour de la\nplanète. — L e laborieux paysan, se redressant un\ninstant, s’essuya le front du revers de la main et jetant\nun regard vide et morne vers le Ciel, parut consulter\nun Dieu inconnu... M ais, aucune réponse ne fut\ndonnée, sans doute, à sa question muette, car — repre­\nnant son outil — il continua, im passible, sa tâche\ninterrom pue...\n  L a silhouette de la M O R T s’effaça, graduellem ent,\ndans la pénom bre... L e bruissem ent de la foule, au\nm ilieu du calme nocturne, s’ éleva, puis gronda form i­\ndablem ent... U n vent frais et humide rafraîchit mon\nangoisse; je perçus des chocs brisés, un remous\ngigantesque...\n  L a lum ière reparut, — une aurore terne, doulou­\nreu se... L a plaine, à présent, était complètement sub­\nmergée, m ais, au lieu de descendre de l ’horizon, les\neaux giroyaient doucement et offraient une surface\nunie et lisse comme de la glace, avec des reflets\nd’acier. U n entonnoir se creusait, non loin de la côte.\n— L e mouvement s’accélérait peu à peu. — Après\nune contemplation prolongée, mon attention fut attirée\npar une infinité d’épaves et de débris flottants... Rem pli\nd’une h orreur paralysante, je vis, subitem ent, s’ élever\navec des gestes de marionnette, un gros cadavre gonflé,\nbouffi et verdâtre qui me cria : — « C'est moi qui suis\nl ’H onneur! » — L a violence du courant l ’entraîna et\nsa vo ix fut couverte par les cris du vent. — E t sans\ncesse, — sans cesse, comme une procession dégoûtante,\ndes spectres défilèrent devant moi et sur un ton perçant\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1600, "texte": "84                         LA BASOCHE\n\n\n\net railleur, ils me lançaient : — « C'est moi qui suis\nla C h asteté!... » — « C ’est moi qui suis la Ju s t ic e !...»\n— et la force croissante de la giration les emportait\nvers le go uffre...\n   Longtem ps, je restai dans la tempête, dans l’orage,\naffrontant tout pour voir, pour voir encore ! E n fin , une\nplus hideuse dépouille, couverte d’ulcères et suppurant\ndes humeurs immondes, qui salissaient les flots autour\nd’elle, surgit du tombeau mouvant et agitant ses bras\ndécharnés, clama dans un rire sarcastique et brisé : --\n « C ’est m o i... c’est moi qui suis l’A m o u r!... » — et elle\ndisparut... A ce spectacle, je m’ évanouis.\n   Bientôt, je repris mes sens, un frisson de froid péné­\ntrant tout mon être... E t, regardant autour de m oi, je\nvis avec stupeur que les eaux étaient montées; je gravis\nle rocher et m’installai au faîte, hâtivement, — m ais, à\nmon inexprim able terreur, la sinistre marée me suivit\njusqu’à ce dernier refu ge... L e Ciel semblait s ’abaisser\net le cercle de l’horizon se rétrécissait, visiblem ent...\nUne lamentation désespérée passa comme un souffle\nform idable; la masse liquide s’arrêta, puis reprit sa\ncourse éperdue... A lors, je me laissai glisser et la ronde\nm ’en leva...\n E t une voix surnaturelle prononça, solennellement :\n— « N éant! N éant! le vieux Dieu est vaincu !... »\n  Tout sombra dans le noir impénétrable et je me\nsentis emporté, toujours — toujours plus vite...\n\n                               II I\n\n     ... J ’entendis cette parole :\n     — « Il est perdu ! » — et soulevant avec difficulté\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1494, "texte": "                          VISIONS                         85\n\n\nmes paupières, je vis un homme grave, étranger, et une\nfemme dont les traits me rem ém orèrent faiblem ent\nquelqu'un qu’ en d’autres temps — bien des ans, certes\n— je devais avoir connu. E t cet homme reprit :\n— « C ’est une question d’heures, il agonise! »\n Je criai : — « O ui, le vieux Dieu est mort !... »\n   A ces mots, la femme pleura et m urm ura sur un\ndiapason bas et voilé : — « O h! la raison a déjà dis­\np aru ... »\n\n                             IV\n\n\n\n  Du brouillard passa de nouveau et je me mis à\npenser à une eau-forte de Félicien Rops, que je n’ai\njam ais vue. mais qui me fut décrite par un de mes\namis, — pendant ma vie terrestre, — et intitulée : L e\nm auvais S em eur.\n  S u r Paris endorm i, la silhouette convulsée du dia­\nbolique Sem eur se dresse ; — il plonge la main dans\nson van et d'un geste sardoniquem ent bénisseur épar­\npille les germes de l'ivraie, dans la cité géante...\n   A mes yeux, immédiatement, ce tableau s’ évapora;\nle jour se leva, la ville m ’apparu t... E t toute la verdure\ndes boulevards, des squares, des bois et des parcs se\ncomposait de plantes suintantes, aux form es obscènes,\nà l’ haleine fétide, exhalant une repoussante odeur de\ncharogne. E lles naissaient, grandissaient, fructifiaient\nen quelques m inutes...\n  Et, se prom enant paisiblement, les Parisiens et les\nParisiennes sem blaient savourer un plaisir extrême\nà s’asseoir sous l ’om brage empoisonné de ces arbres et\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1659, "texte": "86                       LA BASOCHE\n\n\n\nmême, ils en portaient des branches à leurs bouton­\nnières et à leurs corsages. Les femmes, en passant, non­\nchalamment arrachaient les fruits pourris qui pen­\ndaient à portée de la main et y mordaient avec un goût\névident...\n   L a funeste végétation gagnait du terrain ; des bou­\nches d’égoûts, d’entre les pavés, des fenêtres sortaient,\nse tordaient, rampaient des lianes épaisses et gluantes...\nComme une marée vénéneuse, elles s'étendirent, m on­\ntèrent aux étages, s’étalèrent sur les toits, ensevelissant\nles m aisons, les monuments, les églises sous une couche\nde leurs sinistres fleurs... U ne buée flottait au-dessus\nd’elles et les oiseaux qui volaient dans cette atmosphère,\nsentaient s’alourdir leurs ailes et tombaient bientôt,\nm ourants...\n   E t portant mes regards au loin, je vis, accourant de\ntous les points cardinaux, d’innom brables foules, qui\npélerinaient vers la Sodom e maudite pour goûter, elles\naussi, du F r u i t d e l ’ a r b r e d e l a s c i e n c e . . .\n  Des bruits de fête, — une musique infernale et pria-\npique, des cris, des spasm es; un fracas d’orgie, où se\nmêlaient des plaintes, des râles, des sanglots et de\nféroces hurlements de joie, montait vers le ciel, ainsi\nqu’un encens ironique...\n     L e soir funeste était arrivé ; la masse confuse de\nla Capitale s’illum in a; la flore im pure qui la couvrait,\njetait de longues traînées phosphorescentes... De légè­\nres lueurs coururent de proche en proche, des flam ­\nmes pétillèrent, grandirent et peu après, l ’incendie se\npropageant, l’antique pécheresse Lutèce ne fut plus\nqu’un brasier énorm e... Une colonne de tourbillon-\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1528, "texte": "                         VISIONS                        87\n\nnantes fumées envahit l’horizon et me cacha tout spec­\ntacle...\n\n\n  Je regardai, longuement, dans les ténèbres lourdes,\ncherchant à sonder leurs m ystères, aspirant à la lu­\nmière qui existait' au -delà , à la resplendissante, prin­\ntanière et rejouissante lu m ière...\n   L a brum e s’éclaircit, cependant; la nuit s’appâlit ;\n— un voile laiteux emprisonnait les ch oses... Comme\nu n rideau de gaze, il s’ enleva peu à peu et découvrit une\nvallée circulaire, clôturée étroitement par les m onta­\ngnes. Le centre de ce cirque naturel était vide, mais\nles collines qui en form aient les gradins se couron­\nnaient d’une m ultitude compacte et incessamment\nrenouvelée; il y avait là des hommes des races les plus\nd iverses; — des spectateurs nouveaux en rem plaçaient\ncontinuellement d’autres qui, lassés, sans doute, p ar­\ntaient pour vo ir autre chose... T o u s les regards con­\nvergeaient, obstinément, vers l ’arène; de temps à autre\nune partie de ce peuple lançait un « Ah » collectif,\nparaissant annoncer le commencement de la fête.\nL ’attention redoublait, alors — mais rien ne se m on­\ntrait.\n   D’interminables h e u re s, j’attendis vainem ent. In ­\ntrigué, enfin, je me penchai vers mon voisin, un vieil­\nlard , et lui demandai :\n  — Dites-moi donc quelle représentation va vous\nêtre donnée et pourquoi elle tarde tant?\n  Ebauchant un signe, comme pour m’ordonner de\nparler moins haut, il me répondit doucement :\n  — » Jeune homme, — la légende nous enseigne\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 648, "texte": "88                    LA BASOCHE\n\n\n\nqu’ en ce lieu et à une époque indéterminée, doivent se\npasser de grandes — et saintes choses...\n  E t depuis des m illiers d’années les générations se\nsuccèdent et attendent ce spectacle nonpareil. Les an­\ncêtres, le moment venu, s’éloignent, heureux et sans\nimpatience ni colère, car — ils ont la F o i et croient\nfermement que leurs enfants verront le mystère qu’il\nleur a été refusé de contem pler...\n  M ais, ajouta-t-il tristement, — mais, ainsi que vous\npouvez en ju g e r , ju squ’ici — ils ont toujours été\ndéçus !... »\n\n\n     Septem bre 85.\n                                    A r n o l d G o f f in .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1886-02-n14-004", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 89, "page_fin": 90, "titre_corps": "Cantique", "titre_sommaire": "Cantique (poésie)", "signature_source": "Albert Mennel", "ancre_debut": "CANTIQUE", "ancre_fin": "Albert Mennel", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 110, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1005, "texte": "C A N TIQUE\n                                             A Hector Chainaye\n\n\nJ ’ai fa it de mon amour comme une solitude\noù plus rien qui leur soit étranger, ne distrait\nl’humble admiration et le culte secret\nqui me sont devenus une douce habitude.\n\nCantique de prière et d’adoration, —\nmon amour vous implore et vous chante un hommage\npour vos rares beautés, ô vous, de qui l’image\nm’a laisse pour toujours cette âpre passion.\n\n Car vous êtes vraiment la femme entre les femmes!\nla lampe de mon cœur, ce ténébreux réduit ;\nEt les regards pensifs de vos yeux pleins de m it,\nm’évoquent les clartés et les ombres des âmes.\n\nLa courbe de vos chairs, vos gestes gracieux,\nme disent la mesure élégiaque et grave\ndes rythmes oubliés, et la marche suave\ndes parfums, qui s’ent vont, en été, vers l'es cieux .\n\n Votre voix, — oh j ’entends les musiques bénies\nque ce monde nerveux peut encore écouter, —\nm’ont laissé deviner ce que l’on doit goûter\nen entendant au ciel les saintes harmonies.\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1166, "texte": "90                      LA BASOCHE\n\n\n\nEt puisque les parfums les p lu s fins, les plus chers,\nque se brûle en un jour l’Afrique parfumée,\nne valent pas, pour moi, l’odeur que f a i humée,\net que laissent dans l’air la rondeur de vos chairs ;\n\net puisque la splendeur très douce de l’étoile\net l’éclat bienfaisant des beaux soleils d’été\nme sont moins précieux que la chère clarté\nqu’épandent vos regards et qu’une larme voile,\n\n          Soyez l’odeur qui traînera\n          sur le chemin où passera\n          la douleur de mon existence,\n          et qui, m’embaumant pour toujours\n          d’inassouvissables amours,\n          me sauvera de l’inconstance!\n\n         Soyez le rythme que tout bas\n         mon cœur silencieux et las\n         entendra résonner sans trêve,\n         et qui, p ar son enchantemen,\n         le conduira très doucement\n         au pays adoré du rêve!\n\n         Soyez la musique pour moi,\n         éveillant un nouvel émoi\n         dans mon cœur calme et sans envie;\n         soyez l’étoile de mes nuits,\n         et le soleil pour mes ennuis,\n         soyezma lumière et ma vie!\n\n                                      A lbert M en n el.\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1886-02-n14-005", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 91, "page_fin": 94, "titre_corps": "L’Œil", "titre_sommaire": "", "signature_source": "Hector Chainaye", "ancre_debut": "L’ŒIL", "ancre_fin": "Hector Chainaye", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 112, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 804, "texte": "L’ŒIL\n   Dans un rêve qui aurait dû me prendre la vie,\nje v i s u n œ i l , —\n\n                         q u i é t a i t l ’O e i l .\n\n\nOeil — F leu r éclose du cerveau —\n           F leu r sans être fleur —\n           F leu r des fleurs — fleuris dans la paix de\n                 ma chair.\nOeil — E n cen so ir des regards parfum és —\n           Parfum sans être parfum —\n           Parfum des parfums — subtilise mon atmos­\n                 phere astrale.\nO eil — A rc-en-ciel des couleurs —\n           Couleur sans être couleur —\n           Couleur des couleurs — emparadise mes\n               visions.\nO eil — D iam ant prismatique des passions —\n           D iam ant sans être diam ant —\n           D iam ant des diamants — irise-moi de tes\n                 feux sataniques.\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1235, "texte": "92                   LA BASOCHE\n\n\n\nOeil — Soleil des chairs —\n       Flamme sans être flamme —\n       Flamme des flammes — embrase-moi.\nOeil — Orgue mystique —\n       Musique sans être musique —\n        Musique des musiques — magnifie la lutte\n            éternelle.\nOeil — Mariage de la chair et de l’esprit —\n       Chair spirituelle, Esprit charnel —\n       Chair et Esprit le plus charnels et spirituels\n            — bénis l'union de mon corps et de mon âme.\nOeil — Bouche des fronts plus pure que la bouche\n            — baise-moi.\n     — Duvet plus velouté que le duvet des joues\n            — endors-moi dans l’oubli des brutalités\n            du monde.\n     — Chevelure des regards plus vaporeuse que\n            la chevelure — enveloppe-moi de tes\n            brumes rêveuses.\n     — Enlacement plus irrésistible que l’enlace­\n            ment des bras — enlace-moi dans l ’incons­\n            cience des douleurs.\n     — Voix plus chantante que la voix — étouffe\n           de tes harmonies divines les bruits de la terre.\n     — Oreille plus percevante que l’oreille —\n           écoute mes religieuses supplications au milieu\n            des blasphèmes.\n     — Sens triomphateur des autres sens —\n           asservis-moi.\n"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1355, "texte": "                           l ’œ il                    g3\n\n\n\nOeil — Initiation des nouveaux-nés — dis-moi leur\n              étonnement douloureux.\n     — Langage des amants — dis-m oi leur passion\n             faite de l'ignorance d'eux-mêmes.\n     — Adieu suprême des mourants — dis-moi le\n              bonheur d'arriver au port.\n     — Initial et final de la vie — dis-moi ton secret.\n     — Créateur sans sexe — dis-moi la sublimité des\n             créations spirituelles.\nOeil — Calice des pleurs — reçois mes pleurs\n     — Cassolette des joies — brûle mes joies.\n     — Clairière des sombres pensées — éclaire la\n             nuit de mon cerveau.\n     — Cygne blanc du lac noir des spleens — viens\n              me consoler des longs ennuis mortels.\n     — Goutte de rosée céleste — apaise m a soif.\nOeil — Clefdes âmes— donne-moi la force de lespénétrer.\n     — Inquisiteur des pervers — donne-moi le\n              courage de les juger.\n     — Bouclier des innocents — donne moi l'héroïsme\n              de les protéger.\n     — Protestation des martyrs — donne-moi la\n             mission de les venger.\n     — Joyau des Vierges — purifie-moi.\n     — Joyau inviolé des prostituées — rends-moi\n             charitable.\nOeil — Courage du lion — Hypocrisie du serpent\n           — Traîtrise du tigre — Lâcheté du\n           loup — Hystérie du bouc —\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 991, "texte": "94                   LA BASOCHE\n\n\n\nOeil — Aigle, vampire et colombe —\n     — Espace, lumière, aile et vent —\n     — Organe le plus et le moins bestial —\n     — Organe le plus humain et le plus divin —\n            reflète toutes les bestialités de mon être, tous\n            les sentiments de mon âme, et sois mon seul\n           ju g e.\nOeil — Organe céleste des évocations, des exor­\n           cismes, et des contemplations —\n            hypnotise-moi.\n     — Temple des magies —\n     — Sanctuaire des rêves —\n     — Autel de la foi —\n     — Dôme des enthousiasmes —\n     — Epée des forts —\n     — Sceptre des lucides —\n     — Refuge des refuges —\n     — Abîmes des abîmes —\n     — Révélation des révélations —\n     — Enigme des énigmes —\n     — Triangle des secrets éternels —\n     — Agasa, fluide vital, souffle du Tout —\n     — Ahancara, lumière interne, don des\n            Pitris —\nOeil — Oeil des yeux — hypnotise-moi.\n                                   H e c t o r C h a in a y e .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1886-02-n14-006", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 95, "page_fin": 98, "titre_corps": "Les Concubins", "titre_sommaire": "Les Concubins", "signature_source": "Evrehailles", "ancre_debut": "LES CONCUBINS", "ancre_fin": "Evrehailles", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 116, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1009, "texte": "LES CONCUBINS\n      ivre pétri, gorgé d’exubérances, aux pulpes\n\nL       crevantes sous la tumultueuse poussée des\n        sèves, entre les feuillets duquel on hume,\ncomme sous des aisselles, l’âcre parfum des sueurs\net des fatigues ; juteux, charnu, soulevé de bouil­\nlons comme ces fumiers palpitants superbement\nà point dont les exhalaisons lourdes et rousses\nenivrent; voilà les Concubins.\n  A la lecture de ces puissantes nouvelles cam pa­\ngnardes, on ne peut se défendre d’une impression\nd’exagération, devant la boursouflure énorme sous\nlaquelle les êtres et les choses, dans les situations\ntout ordinaires, acquièrent un gonflement épique.\nM ais, si nous tenons compte de la date du livre —\nA vril-M ai 1885 — alors que L em onnier term inait\nH appe-C hair ; si nous voulons rappeler cet amour\ndu grandiloque que l’écrivain s ’avoue volontiers,\nnous pourrons conclure sans       trop de témérité\nque l ’auteur, en des heures de délassement, repor­\ntait sur ses voisins de village des prunelles encore\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1846, "texte": " 96                          LA BASOCHE\n\n\n\n d ilatées p a r des ta b le a u x cy c lo p ée n s         d e Happe-\n Cha ir ; c ’est à de p a re ille s d istractio n s d ’ un la b e u r\nén orm e q u e n o u s d ev o n s les Concubins, la Glèbe,\net les Pidoux et les Colasse.\n      L a p re m iè re de ces n o u v e lle s n o u s d ép e in t une\nin sa tia b le taure, a u x flan cs fo u a illé s p ar la b o u lim ie\ndes a ssau ts ch arn els. A p rè s a v o ir         a v e u li son p re ­\nm ie r m âle , d élab ré p a r u n e c o p u latio n sa n s ré p it\nni cesse, e lle s ’a c co u p le à u n ro b u ste ch arp e n tier,\nq u i satisfait in fa tig a b le m e n t son a v id e d ésir de\nm atern ité. E t le s co n c u b in s v iv e n t e n sem b le, a yan t\nré lé g u é le m ari,       d even u    id io t à la su ite d ’une\nc h u te , d an s u n coin de fo u rn il.\n   S u it la Glèbe, in co n te sta b le m e n t la m eille u re :\nun c o u p le de b ru tes, s ’é ch in a n t ju sq u 'à c re va iso n\nsu r une terre farou ch em en t h ostile et b re h a ig n e ,\ns’y tra în e n t en u n végètem en t de tra v a u x fo rcen és.\nU n e sa iso n ,      e n fin , est fa v o ra b le et le c lo s, dès\nlo rs, le u r ren d au c en tu p le d es m oisson s s a v o u ­\nreuses. A p rè s le Pèlerinage, q u e n o u s regretto n s de\ntro u v er en ce re c u e il, vien t les Pidoux et les Colasse,\nn arratio n d’ une de ces h a in e s féroces de p a y sa n s,\nnée d ’une e m p rise d e q u elq u es p ied s de ch am p ,\nd ’ un a rb re p o u ssé su r u n e terre m ito yen n e, d ’ une\n« se rv itu d e de p a ssa g e » ou de la jo u issa n c e d ’ un\np u its.\n   S i n o u s n o u s rep orton s, à p résen t, a u x Contes\nq u e l ’a u teu r p u b lia it ja d is , n o u s d em eu ro n s su rp ris\nde la va riété d’asp ects sou s le sq u e ls il a su n o u s\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1942, "texte": "                            LES CONCUBINS                             97\n\n\np résen ter le s c o in s de n atu re où l ’attiren t su rtou t\nses d ile ctio n s et son te m p éram en t. E t n o u s nous\nra p p e lo n s ces p aro le s,    q u e, san s c rain te         d 'u n e\nd é fa illa n c e de sa vo lo n té o u d e sa fo rce, il nous\ndisait un jo u r : « L e v é rita b le artiste d oit p o u v o ir\npén étrer la n a tu re d an s toutes ses m an ife sta tio n s,\net la tra d u ire en d es form es to u jo u rs ch an g ea n tes,\ncom m e c e lle s q u ’e lle re v ê t elle-m êm e.\n   E n ce. tem ps, su rtou t, il ne p eu t s ’e n ferm er en\nun e fo rm e u n iq u e ; l ’e ffro y a b le n écessité d e d ép a s­\nser les d ev a n cie rs p a r la su b tilité , sin o n p a r le\ng é n ie , le co n d a m n e    au la b e u r-p ro té e d e v a rie r\nde fo rm e , selo n le m ode d 'e x p re ssio n , et d ’a tm o s­\np h è re in te lle c tu e lle selo n le g e n re d ’o b ssrv a tio n .\nIm p o se r sa form e au su je t, d û t c e lu i-c i y cra q u er\ncom m e en un b ro d eq u in d e tortu re, — telle était la\nlo i d es ro m a n tiq u es ; m ais nou s d ev o n s être m oins\nd esp o tiq u es et p lu s     re sp e c tu e u x : c ’est   le    su je t\nm êm e q u i d oit n o u s so u ffle r et l ’id é e, et le m ot\np o u r la ré a lise r. »\n   A in s i s’e x p liq u e la d ive rsité d es su je ts e n tre ­\np ris p a r l ’é criv a in : Les Chantiers, le Mâle et le Mort,\nThérèse Monique, Contesflamands, l'Hystérique, Happe-\nChair, le v o lu m e d e n o u v e lle s sp iritu a liste s q u i\np a ra îtra cette a n n ée ch ez L e m e rre , et un rom an\nb o u rg e o is, u n e o b se rv atio n b ru x e llo ise , « c ru e lle\nétude de fem m e » q u ’il tien t à p résen t su r le m étier.\nA in s i s ’e x p liq u e   e n c o re , p o u r les Concubins,         la\nfo rm e s p é c ia le dan s la q u e lle l ’œ u vre est grassem en t\nco u lé e .\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1230, "texte": "98                          LA BASOCHE\n\n\n\n     L a p h rase la rg e , d év elo p p ée , p u issa n te d ’a llu re\net rich e d e m ots p ein tre s, c o u v re d ’u n e p o u rp re les\nsu jets traités. E t ch aq u e fo is, un fin a l b re f, co u p é\nn et, ajo u te à la fo rc e d ’évocation : tous les ru stres\nd ép ein ts au co u rs du liv re , son t cam p és a v e c des\nh a rd ie sse s et d es b ru ta lités v iv a n te s ; n o u s p riso n s\nsu rtou t, d a n s la Glèbe, la fig u re d u v ie u x C a c o , un e\ndes p lu s v é c u e s et d es m ie u x ré u ssie s.\n   L e v o lu m e est édité          p a r M o n n ie r a ve c lu x e\net go û t et le s illu stra tio n s de F . F a u , à p art la p ag e\nd e la Glèbe, ne d ép aren t p as, ch ose p lu s ra re q u ’on\nn e p en se , l ’œ u v re d e C a m ille L e m o n n ie r.\n   C elu i-ci term in e en ce m om en t la B elgiqu e et,\nou tre le v o lu m e p o u r L e m e rre , q u i co n tie n d ra\nMorteroche, a écrit, en d écem b re, un liv re de contes\ng a i s p o u r le s e n fa n ts. Happe-Chair, d o n t l'é c riv a in\nc o rrig e le s d ern iè re s fe u ille s, d oit p a ra ître in c e s­\nsam m en t.\n\n                                               E v r e h a il l e s\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1886-02-n14-007", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 99, "page_fin": 101, "titre_corps": "L’Essor : Chronique artistique", "titre_sommaire": "Chronique artistique : L’Essor", "signature_source": "Jacques Champal", "ancre_debut": "L’ESSOR", "ancre_fin": "Jacques Champal", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 120, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1158, "texte": "L ’ESSOR.\n\n            C H R O N IQ U E A R T IS T IQ U E .\n\n\n   On n ’a pas cassé J e carreaux à la dixièm e de l’E sso r;\nl’ensemble du salon est médiocre.\n  Quelques fervents seulement s’imposent à notre\nindulgence, et parm i eux, le plus lym phatique est\nle religieux De G roux. L e p è le r in a g e de Saint-\nColomban chante, dans sa décoloration de fresque,\ndes choses bien artistiques. T o u t n’ est pas par­\nfait dans cette petite esquisse, mais il y a là une\naspiration vers un idéal clairement entrevu. Qu’ im ­\nporte la nature des préoccupations en art, fausses ou\nvraies? quand on en a réellement, on devient Puvis de\nChavannes ou M anet. Plus l ’obsession est grande,\nd’autant m eilleure sera la toile. Manet, qui ne se con­\ntentait plus de la notation exacte des tons, rêvait au\nmouvement en peinture. L ’extravagant a régénéré l’art\nde son pays !\n   De Groux semble, à son insu, s’inspirer de certains\nprim itifs italiens. Ces grands volontaires sont d’un bel\nexem ple; espérons que le jeune peintre ne faillira pas\naux engagements qu’il prend en entrant dans cette voie:\non annonce que De G roux dessine un grand carton\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1668, "texte": "100                   LA BASOCHE\n\n\n\nreprésentant une procession à M achelen; ce travail\naffirm era peut-être complètement sa personnalité.\n   Georges Lem m en, après avoir beaucoup intrigué par\nle plus ou moins d’imitation qu ’il apportait dans ses\npetits portraits, tranche aujourd’hui avec son passé\nartistique. Ses études de « lum ière » brutales et outrées\nintéressent comme tous les premiers pas. Léon Frédéric\nne nous dit pas grand chose, m algré la dim ension et la\nquantité de ses œ u vres; il lui manque « l ’ob jectif»\nauquel nous faisions allusion plus haut. T o u t lui paraît\nindifférent ou de même im portance; son exécution\ns’en ressent aussi, et elle nous laisse froid.\n  L e dessinateur Amédée L yn en est un illustrateur qui\nconnaît son affaire, chose très rare en notre pays de\ncolo ristes; m ais nous croyons qu ’indépendamm ent de\nses qualités pratiques, il pourrait être plus réellem ent\nartiste. Un sculpteur français, en nous parlant un jour\nd’un talent analogue disait : « C ’est bien, m ais il m an­\nque dans cela « du Dieu. »\n  L ’envoi de M. Demol retient d’avantage, parce qu’il\ny a là un travail intérieur, un malaise même, si l ’on\nveut, qui prouve des intentions. La charpente de toutes\nses études est voulue, et m algré son côté désagréable,\nleur couleur semble vraie.\n   L ’artiste impose déjà sa fiction.\n  Marcette, Orner D ierickx, L a cro ix et Delsaux, dont\nles tableaux et dessins ont m oindre im portance artis­\ntique, méritent cependant pour des qualités diverses\nune mention spéciale. Parm i les recrues assez nom ­\nbreuses cette année, nous signalons M. W olles qui\npeint déjà la nature en délicat épris de son m étier. Ses\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 901, "texte": "                       l ’e s s o r                                101\n\n\nautomnes sont très-fins et plus d’un artiste « sérieux »\nvoudrait trouver aussi facilem ent des harm onies de\ncouleur aussi saines, m algré leur fluidité.\n  L a neige de M me L acroix donne également de bonnes\npromesses.\n  L a sculpture, représentée par MM. D illens, Braeke\net Gaspar compte peu de m orceaux à l ’E sso r. L a figure\nfunéraire de Ju lie n D illens, d’un jet rem arquable, ré­\nclame son exécution en m arbre pour expliquer le lym ­\nphatisme de ses surfaces actuelles. L es superbes\nesquisses pour la M aison du R o i ont étonné les per­\nsonnes qui ne savaient pas encore Dillens un grand\ndécorateur par tempérament.\n  L e buste de Braeke est assez insignifiant ; celui de\nGaspar a plus de caractère, mais il devrait être beaucoup\nplus travaillé.\n\n                                      J a c q u es C ham p a l .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1886-02-n14-008", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 102, "page_fin": 106, "titre_corps": "Lutèce : Chronique parisienne", "titre_sommaire": "Tablettes parisiennes", "signature_source": "Jean Ajalbert", "ancre_debut": "LUTÈCE", "ancre_fin": "Jean Ajalbert", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 123, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1218, "texte": "LUTÈCE\n           C H R O N IQ U E P A R I S I E N N E\n\n\n   Chaque été, quelque chroniqueur se hasarde à\ndécouvrir qu'il n ’y a pas seulement des arriv és dans\nla littérature , et laissé tomber de sa plume le nom\nd’un inconnu. A u x dernières chaleurs, a transpiré la\nnouvelle qu’il existait une école de » décadents. »\nE t tout le monde de s’écrier : « Q u’est-ce que les\ndécadents? Où ça se vend-il? » Il parait même qu ’un\nsoir de gaité, le duc de M orny demandait, chez\nBignon, qu’on lui servît un décadent au cresson.\nL a foule d élirait; les reporters, dans leurs pérégrina­\ntions à travers les brasseries de Montmartre et du\nQuartier Latin, découvrirent deux ou trois poètes\nflegmatiques, qui se laissèrent affubler du nom de\ndécadents. On prépara des décadents à toutes les\nsauces, et les journaux se prirent à dauber sur le\ncompte de Lutèce, org an e de la jeu n e littérature.\n  Or ni M . Bourde, ni M. Cham psaur ne pouvaient\nparler des jeunes en connaissance de cause. La\n« nouvelle littérature » semble être aussi peu familière\nà M. Bourde qu’a M. Edm ond Lepelletier, qui nous\naccuse de faire des vers fau x ! Quand à M. Félicien\nCham psaur, il est plus particulièrem ent incompétent.\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1691, "texte": "                           LUTÈCE                        103\n\nVers ou prose, il n ’a guère « fa it » que les vers ou la\nprose des au tres; il n ’a pas oublié que notre ami\nR. Darzens, dans un article de la Jeun e-Fran ce\nUn valet de lettres, le qualifia de ram asseur de\nbouts de cigares ; cependant l ’insulteur à gages du\nsupplément du F ig a r o , émergeant de la boue dans\nlaquelle il est enlizé, vida son hebdomadaire potée\nd’ordures sur les \" Décadenticulets »; ram assant les\nplus ineptes racontars sur leur vie privée, il vint\nreprocher à l ’un sa difform ité physique, à l’autre ses\namitiés, à d’autres leurs amours.\n  Seul, Robert Caze eut le courage de défendre les\njeunes, d’affirm er qu’ils étaient de fort honnêtes gens,\nbien élevés pour la plupart et très innocents des vices\nqu’on leur reprochait. L ’auteur de l' E lèv e Gendrevin\net de G ran d’M ère fut audacieux ju squ’à reconnaître du\ntalent à quelques-uns et à im prim er leurs vers dans le\nV oltaire.\n  Ces m essieurs de la rive droite durent être quelque\npeu em barrassés pour édifier les deux colonnes et\nquelques lignes dont se compose \" l ’article. » Ils\nignoraient nom bre de « plaquettes de vers » parues ça\net là ; et ne fréquentaient pas certainem ent chez\nTrézenik et R ail. Car, L utèce est peu aimé, et cela se\nconçoit. L utèce est un périodique coup de pied au\ncul des chroniqueurs ignares, des reporters im béciles.\nOn n’ y respecte pas les maîtres ; et lorsque Z ola et\nC ladel publient l ' Œ uvre et M i D iab le avec l’admirative\napprobation de la presse, Lutèce pousse le cri d’alarm e :\n« Z ola se m eurt , Cladel est mort. » Non-seulem ent les\nétrangers, mais les amis de Lutèce sont houspillés, et\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1718, "texte": "104                    LA BASOCHE\n\n\nde quelle sorte! Il faut lire les Têtes de P ipes et le\nVenin de M ostra illes (Léo T rézenik et Georges Rail).\nLes Têtes de Pipes forment 21 m édaillons, peu flattés,\nde Lutétiens, à qui, du moins, l ’on ne pourra pas\nreprocher d’avoir été une association d’admiration\nmutuelle. Dans le Venin sont consignées toutes les\ng a ffes de grands « confrères » ; ce sera un curieux\ndocument de la décadence du journalism e en 1 8 8 5 ,\net le nom de décadent convenait là, plus q u ’appliqué\naux chercheurs d’une form ule d’art nouvelle. Léo\nTrézenik et Georges R ail ont inventé de se blaguer\neux mêmes, et L é o T rézen ik fait paraître les P roses\ndécadentes. V oila quatre ans que dure la lutte, inces­\nsante, acharnée. Lutèce publie successivem ent les vers\nde Jean Ram eau, G. d’Esparbès, Edm ond H araucourt,\nFernand Icres, Henri Beauclair (Adoré Floupette)\nEm ile Goudeau, Georges S o rin , V ignier, L . T ailhade,\nJean Moréas, Robert Caze, Paul Verlaine, enfin, qui\nest peut-être le plus curieux poète de ce temps. E t les\nchroniques alternées de Trézenik et de R ail, si\nfinement verveuses et gouailleuses, les plus amusantes\nparodies, succèdent aux pièces sérieuses. Après les\nP arfu m s de R . Caze, à 100 francs l’exem plaire, les\nF ro m a g es de Léo Trézenik. L e lecteur déconcerté se\nperd à travers la fantaisie de ce journal d’une mise en\npage changeante, dont les plus assidus collaborateurs\ndisparaissent tout-à-coup dans les tourmentes de la vie ;\net L utèce où, sim ultanément ne collaborent guère que\ncinq ou six « jeunes » semble être rédigé par cinquante\nindividus, tant il y a de talent, d’esprit, de fum isterie,\nde mauvaise foi amusante dans ses quatre pages !\n"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1771, "texte": "                          LUTÈCE                          105\n\n\nJam ais journal n ’a soulevé de pareilles tempêtes, n ’a\namassé tant de colères contre lui. Cependant ses pires\nennemis sont ses plus fidèles lecteurs.\n   Les collaborateurs vont cueillir l a « feu ille» au sortir\ndes presses, le vendredi soir. On rencontre à l ’im pri­\nmerie V erlaine, M oréas, Caze, de R égnier, Grenet\nDancourt, G. L orin , J . V idal, P . Adam , R . Darzens,\nE . M ikaël, Reynaud, G riffin, N orès, C ohl, H enri\nM angis, le critique th éâtral... et les heures passent à\nm édire des absents, — tout le monde debout, nul ne\nrem arquant qu’il n’y a que deux chaises dans la salle\nde rédaction. Im prim erie, direction, rédaction, c’est\ntout un. Léo T rézen ik et Georges R ail sont im pri­\nm eurs, là-bas, près de la Halle aux V in s ; et c ’est avec la\nblouse de typos q u ’ils reçurent un jour Jean L o rrain ,\nluisant, pourri de chic, et s’obstinant à demander : —\nle directeur ? Grâce à cette im prim erie, ils se sont assuré\nune suprême indépendance : les directeurs de L u tèce\nsont maîtres chez eux ; ils rédigent, ils im prim ent\ncomme tel est leur bon p la isir; souvent excessifs, sou­\nvent injustes, mais par am our de l’art. A présent,\nm algré les rancunes et les jalousies, les grands jo u r­\nnaux se résignent à parler de L utèce, et voilà que,\nn’ayant rien demandé et ne devant rien à personne,\npar eux-m êm es, les lutétiens forcent la réclame et les\néditeurs. Il faudra com pter avec eux.\n  D’autre part, les lutétiens se rencontrent le samedi\nau café de l' E co le de M édecine , facilem ent reconnais­\nsables à ce signe, qu’ils ne jouent pas — et qu ’ils se\nsont sévèrement interdit d’introduire des femmes dans\nle groupe. Ce n’est pas la bruyante bohème romantique :\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1382, "texte": " 106                   LA BASOCHE\n\n\n\nles plus jeunes même tiennent à se faire couper les\ncheveux ; seuls, d’Esparbès et Darzens dont les cri­\nnières nous signalaient aux bourgeois, sont punis par\noù ils ont péché : soldats d’une république barbare, ils\nont à présent la tête rasée !\n  C ’est là, que se préparent les abom inables fu m is­\nteries, qui ont fait traiter Lutèce de « journal cyn i­\nque i ; c’est là qu’un soir, après des pourparlers nom ­\nbreux, M ariottes d’A utu n, un poète de la« Fosse-aux-\nOurs » vint déclamer quelques centaines d’alexandrins\ninouïs, sans qu’un seul lutétien trahît son envie de\nrire, devant cette réjouissante exhibition. L a « fum is­\nterie » a été poussée au point de fonder un dîner des\n« têtes de pipes », c’est-à-dire de tous les éreintés de\nL utèce. Une partie seu lem ent, mais la m eilleure,\na répondu à l ’invitation; c’est le dîner le plus réussi que\nje sache, et l ’on y mange de bon appétit ; chaque\ndîneur, outre sa m âchoire, a bien quelques dents con­\ntre ses voisins.\n   L e temps et la place me manquaient également pour\nparler de Lutèce comme il fallait. M ais ces simples\nnotes ont le mérite d’être vraies, et cela n’est peut-être\npas à dédaigner, après les dix articles de la grande\npresse, actes d’accusations ignobles suivis de jugements\npar trop téméraires.\n\n\n                                      J ea n A ja l b e r t .\n"}]}, {"article_id": "ulb-basoche-1886-02-n14-009", "volume": "ELB-ULB-a087-1886-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a087-1886-002.pdf", "ocr_sha256": "6640323667f17af240d7b4eccc4082c3ba4adf02b82a5216ae149a2013cb59a0", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 128, "page_fin": 128, "titre_corps": "Janvier-Guignol", "titre_sommaire": "Janvier-Guignol", "signature_source": "PULCINELLA", "ancre_debut": "JANVIER GUIGNOL", "ancre_fin": "PULCINELLA", "fin_page_complete": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 149, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1364, "texte": "J A N V I E R · GUIGN OL\n\n\n Ja n v ier , de la neige aux manchettes,    Oh froides, froides , combien froides\n — Tour singer monsieur de Buffon , —        Sont les choses de ce temps-cil\n A servi chaud sur leurs brochettes          Naquet, danseur de cordes roides,\n Les vers du Sahara-bouffon.                 Sur son luth s’arrête , transi.\n «Jean n’est pas mort parmi les Maures, \"   Pontonnier ju ré des rivières\nClame Caliban-Bergerat,                     Le fro id donnerait au Jourdain\nEt les critiques matamores                  Lut même de ses estriviéres\nGueusent à qui l 'hébergera.                S i Kisletn n'avait son gourdin ...\n\nL a M er fera bien des banquises            Et cependant au téléphone\nAn boréal faubourg! gare au                 Des enfers, Meyerbecr entend\n‘Pudique effroi de tes marquises,           L e s T e m p lie rs et reste aphone\nPetit polisson : F ig a r o !               Devant ces souvenirs d'antan .......\nConserve un sarment de réclame              Ça donc, poètes, que l ’on triche,\nPour chauffer Dau det-Tar tarin ;           Versez du b le u dans l’hydromel :\nL e pauvre a du sorbet dans l ’âme          Richepin mange du pain riche\nComme le Mont Blanc , son parrain.          Sur un comptoir de caramel!\n\n\n                                                            P U L C IN E L L A .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 80, "texte": "                                            ■\n                                        *>s&\n                                        ■\n\n\n   LA\n\n\n\n\ndes 'Presses de   UÎe'ns, ‘Bruxelles.\n\n                                        I l\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "                              BASOCHE\n                    REVUE DE LITTÉRATURE ET D’ART\nparaissant chaque mois en livraisons de 64 pages au moins\n\n                   P R IX D E L ’A B O N N E M E N T :\n B e lg iq u e : 5 fr a n c s p a r an. — U nion P o s ta le : 6,50 fra n cs.\n         Toute demande d’abonnement doit être accompagnée dii montant en mandat-poste\n\n\n                            D IR E C T IO N DE L A REVUE :\n\n                Gal er i e      B o r t l e r , 1, à B r u x e l l e s\n                     Adresser tout ce qui concerne VAdministration :\n\n      29, rue                du Trône, Bruxelles\n\n\n     L A B A SO C H E reste absolument indépendante de toute coterie littéraire ou\nartistique.\n      La politique est rigoureusement exclue de ses colonnes.\n     Chaque collaborateur accepte l’entière responsabilité, de ses articles.\n     Nous rendrons compte de tout ouvrage dont d e u x exemplaires parviendront\naux bureaux de la Revue.\n\n    Paraîtront dans les prochains numéros des articles inédits de MM. Camille\nLemonnier, Joris Karl Huysmans, Léon Cladel; La Chambre obscure, par Hector\nChainaye, Devant la Mer, par Célestin Demblon; une étude sur Paul Bourget, par\nGust. Andel; Essai biographique sur Pierre Charles Baudelaire, par Arnold Goffin,\nSaJambâ, par Ernest Mahaini, La Forge, par Evrehailles, Le Missel, poésies, par\nJules Frédéric, etc., etc. Des vers de MM. Jean Ajalbert; Ephraïm Mikhaël, Albert\nMennel, Jean Lorrain, Stuart Merril, Iules Frédéric, Paul Montane, Aug. Vierset,\nPierre Quillard, Rod. Darzcns.\n\n     Il est tiré de la Basoche une édition de luxe, à douze.exemplaires numérotés, sur\ngrand papier de Hollande. Chaque livraison est enrichie d’une eau forte tirée à douze\n épreuves, et la collection porte le nom du souscripteur. Prix de l’abonnement : 1 5 fr,\npar an.\n    (N B. Il reste encore une collection disponible).                                   /\n\n            Voir au dos de la livraison le sommaire de ce n°.\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": "          M aison L O U 1o\nP L A 6 E       ^ A IN T -JE A N ,                                Bf{UXEDDE^\n           CONFECTIONS PO UR HOMMES\n    M aison réputée pour sa coîrfÉ élégante, et ses beaux\n                       assortim ents.\nC achet des grands m archands-tailleurs, mais à moitié prix.\n     Costumes sur m esure depuis                                   .      .   fr.      45\n     Pardessus         id.                                         .      . ' »        28\n     Pantalons         id.                                         .      .   »        12\n\n\n     LA TAVERNE GOLDSCHMIDTest l'établissement ou l'on\nP E U T M A K G E R LE M I E U X ET LS M O INS CHER DP. B R U X ELLE S\n         S P É C IA L IT É D E P L A T S DU JO U R\nV ivem ent recom m andé aux gourm ets et aux am ateurs de\n                        vieux vins.\n     Salons au premier, les plus beaux de la capitale\n\n\n  A hA ~ © I^ O jà j3 E J T O U I ^\n                                     Restaurant\n          1 , R U E DU G R A N D -CE R F, 1\n                      (coin de la rue a u x Laines)\n\nii « t a m         n i        n     u      ili                                 i i ii â 1 1 .\n             V i a n d e s f r o i d e s l re q u a l i t é\n                        LA MAISON SE CHARGE DES\n\nDîners et Soupers de Sociétés, Prix Modérés\n           Nous recommandons à nos lecteurs la\n\nTAVERNE                                        SAINÿ-JEAN\n           R estaurant Metzger et r fvenaile\n  D IN E R S E T D É JE U N E R S A LA C A R TE\n             S P É C I A L I T É DE P U T S DU J O U R D E P U I S 0 . 7 5 C E N T .\n\nG randes et p etites salles p our Banquets et Dîners de S o ciétés\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "                    MAZAGRAN EXTRA\n     b    o     c     k   ;     n   a    t   i o          n       a    l\n              72, boulevard Anspach — 1, Place de la Bourse\n                              3, Rue Henri Maus\n\n         C. 10 — Gr. J Café Jean, Bruxelles. — 10 C.\n\n\n\n              C H A P E IC E R IE        A N G L A IS E\n\nF erd in an d                                    B o i ^n é\n          6, rue d’Arenberg, 6 (en face de 1’Alcazar)\n\n                          S E U L E M A IS O N\nv e n d a n t l a véritalDle c a s q u e t t e u n i v e r s i t a i r e\n\nChapeaux soie extra .     .   .                   .           .       F r. i6\n    »    feutre,, depuis .  .                .        .                »    8\n    »    mécaniques, depuis .                     .           .        » i5\n\n                    G -Z R -^ IS r iD   C H O I X\n\nde Paletots imperméables, Catines et Parapluies anglais\n\n\n              Photographie NBSTLER\n86, Marché aux Herbes, 86\n                    (p rès des G aleries St-H ubert)\n\n\n          PHOTOGRAPHIE ARTISTIQUE, SCIENTIFIQUE\n                        E T COM M ERCIALE\n\n                    m     t ia iim      w as      « tâ W          â a lt\n                    Reproductions, Groupes.\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": ""}, {"page_pdf": 85, "texte": ""}, {"page_pdf": 86, "texte": "       FIN DE RACE\n                             II\n\n\n\n        a n s ses rapports   a v e c son père, Jean gardait\n\n\nD        toujours la froideur de l'enfant habitué à\n         vénérer les siens avec un recueillem ent\nqui bannissait toute fam iliarité affectueuse.\n  U ne paix sereine les enveloppait, quand brutal­\nlement une femme se jeta au travers de leur vie.\n  L e conseiller de R aleghem l ’avait rencontrée au\nsortir du P alais. Sa dém arche altière, son profil\nnoble l'avaient remué dans sa native admiration\npour tout ce qui renferme en soi une d istinction\ninaccoutum ée.\n  Il emporta dans l ’austérité de sa bibliothèque\nquelque chose de cette vision entrevue, un souvenir\ndu balancem ent rhythmé de sa dém arche, u ne ch a ­\nleur de la caresse de son œ il.\n  Longtem ps ainsi cette pensée le poursuivit. A\nl’heure où, fatigué par l ’étude d’un dossier obscur·\nle menton dans la main, l’œil m ort, il fixait un\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "66                   LA BASOCHE\n\n\n\n point vague, intangible, il la voyait belle, impo­\n sante et désirable à la fois.\n    Au début, ce n’étaient que de courtes distrac­\n tions aisément secouées, mais peu à peu, il se\n complut en de longues songeries.\n     Il était arrivé à l'âge où les passions ont une\n ténacité calme que rien n’ébranle. Inhabituée aux\n affections, son âme lentement fut envahie par cet\n amour têtu, aux appétences irraisonnées.\n    L a femme qui avait allumé cet homme austère,\neffacé chez lui tout souci de la dignité de son\nsacerdoce, était une actrice célèbre. M. de Rale­\nghem eut pour elle des souplesses de vieux beau\nplié aux galanteries de coulisses. Ses bouquets,\nses cadeaux la poursuivaient au théâtre, dans sa\nloge, chez elle. En présence de celte attaque vul­\ngaire, faite tout au plus pour séduire une cabotine\nde bas étage, l’artiste altière s’insurgea.\n    Il la voulait pourtant, c’était sa pensée, fixe,\nobsédante, et ne pouvant autrement la vaincre,\nil lui offrit de l’épouser. Devant l’auréole d’un\nvieux nom, elle oublia que l’homme qui l'aimait\nétait presque un vieillard, pour ne voir en lui que\nle gentilhomme qui donnerait à sa vie l’opulence\nsolide d’une antique famille ; elle accepta.\n   Lorsque Jean apprit le mariage de son père il\nfut frappé d’un coup de masse.Sa pensée hésitante,\nainsi qu’en un cauchemar, se refusait à croire.\n   Mais la réalité s’imposait, le forçait à embrasser\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                    FIN DE RACE                    67\n\n\nl’effondrement des illusions longtemps chéries.\nAvec des rages, il songeait aux grandeurs abolies,\nà l’austérité d’une lignée salie à jamais par la faute\nd’un seul.\n   L ’impure allait s’asseoir au foyer, en bannir les\ngloires ancestrales ; il devait fuir.\n   E t, abandonnant l’antique steen des Raleghem,\nil vécut seul, cherchant l’oubli dans son étude\nnoble.\n\n\n                         III\n\n   Deux ans passèrent.\n   Un soir, Jean fut appelé auprès de son père\nmalade. Madame de Raleghem l’attendait. Elle lui\napparut grande, serrée en une robe d’un gris moel­\nleux ; gris aussi, son œil avait l’éclat discret d’une\nperle fine, et avec sa chevelure d’un blond cendré,\nelle formait une harmonie grise dans une note\nreposante. L e visage d’une carnation mate, aux\ntransparences carminées, était exquisement pur\ndans ses formes délicates. L a distinction aristo­\ncratique dont était empreinte toute sa personne,\nsurprit étrangement le jeune homme.\n   L e conseiller de Raleghem mourut. A genoux\nau chevet, ils pleurèrent, et cette douleur com­\nmune mit entre eux une sorte de confraternité\ndans la peine.\n   Durant les jours sombres qui précèdent les funé·\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "68                  LA BASOCHE\n\n\n\nrailles, dans le demi jour morne des appartements\nfermés, une intimité s’établit entre eux et Jean la\ntrouva si digne dans sa tristesse de veuve regret­\ntant l’époux respecté, qu’il sentit s’évanouir sa\nmorgue.\n   Pour obéir à une dernière volonté de son père\nil ne quitta plus l’hôtel. Il se tenait tout le jour\ndans la vieille salle d’étude, ne sortant qu’aux\nheures de repas. Alors seulement il rencontrait\nsa belle-mère. Pendant ces entrevues, il ne cessait\nde lui montrer une déférence un peu froide.\n   A la longue cependant leurs entretiens perdi­\nrent de leur sécheresse. Elle l'amenait inconsciem­\nment à parler d’art. Alors elle montrait toute son\nimpressionnabilité de sensitive : elle avait en\nmusique, en peinture, des émotions intenses, et\nla vue d’une toile sincère, l’audition d’une œuvre\noriginale lui donnaient des enthousiasmes ardents\nqu’elle s’efforcait de communiquer à Jean.\n\n                        IV\n\n   Paisibles ainsi, les jours monotonement cou­\nlèrent et toute trace de ressentiment disparut chez\nle jeune homme.\n   Un soir d’été, au sortir du dîner, Madame de\nRaleghem s’assit devant un merveilleux clavecin,\noublié depuis des années dans un coin du salon.\nSéduite par la naïveté de quelques morceaux du\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                    FIN DE RACE                   69\n\n\n        siècle trouvés dans la bibliothèque, elle\nX V III e\ns’efforçait de les exécuter sur le vieil instrument.\n   Jean s’était approché d’elle : par la fenêtre\nlargement ouverte, l'haleine chaude du soir enva­\nhissait la place, entraînant les senteurs lourdes\nd’un acacia blanc. Derrière les hauts murs, couverts\nde lierre, on entendait le grouillement sourd, les\nbruits vagues de la ville que dominait l’égrène­\nment argentin d’un jet d’eau craché par un sphinx\nde pierre, au bas du perron.\n   Debout auprès du clavecin, bercé par le mouve­\nment plaintif de cette musique délicieusement vieil­\nlote, Jean suivait d’un œil machinal l’infatigable\nagilité de ce filet d’eau.\n    Une gène indicible le gagnait, c’était comme un\nbesoin qu’il ne pouvait analyser, un sentiment qui\nlui causait un malaise, une impression vague de\ndésir indéfini.\n    Détournantla tête, il regarda longtemps madame\nde Raleghem, admirant cette silhouette fine enve­\nloppée de molles clartés vespérales et son tourment\n prit une acuitié douloureuse.\n    Elle avançait la main pour tourner le feuillet, il\nvoulut la prévenir, leurs doigts se touchèrent ; ce\n fut une secousse en eux, leurs regards se rencon­\n trèrent, se fuyant aussitôt, comme honteux d’une\n faute. En cet instant il eut la révélation fou­\n droyante de la femme, la terrible, l’adorable, la\n maîtresse funeste des destinées, il se sentit étreint\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "70                   LA BASOCHE\n\n\n\npar elle ; une terreur le prit, il quitta le salon\n brusquement.\n    E t dans la salle d’étude, devant les portraits en­\ndormis dans l’or des grands cadres, il dit, par­\nlant de cette chose qu’il n’osait nommer, et que\npourtant il sentait irrésistiblement attachée à lui :\n « Non, cela ne sera pas, je le jure ! »\n    De ce jour sa vie fut tordue par des désirs fous ;\nc ’était la hantise qu’avait subie le vieux conseiller,\nmais plus âpre, chez ce jeune homme à la droiture\n fanatique.\n    L e père avait cédé sans honte, lentement,\ncomme convaincu de l’inutilité de la résistance ;\nJean, héroïque, voulut vaincre.\n    Il songeait au vieux Hugues, il se sentait la\nvolonté rigide de l’ancien au cœur droit.\n    Il eut pour elle un mépris dur; prétextant des\nétudes accaparantes, il refusait de la voir, man­\ngeait seul frugalement auprès de ses livres, travail­\nlait sans répit de longues heures. Mais son calme\nd’autrefois l’avait abandonné, son œuvre devenait\nsaccadée, heurtée. Quelque chose des tourments de\nson âme s’y montrait. Il était parvenu à chasser loin\nde lui le souvenir de la femme crainte,mais une peur\nindécise le poursuivait. Parfois il croyait entendre\nun frôlement d’étoffe, il se retournait épouvanté»\nembrassait d’un œil effaré la froideur de la grande\nchambre, écoutait le battement lent de la vieille\nhorloge à cadran d’argent,puis reprenait son étude\navec rage.\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                    FIN DE RACE                   71\n\n\n   E t ce fut ainsi durant des mois, sans que la\npaix se fit en lui.\n   Certains jours, un désir opiniâtre de la voir le\nprenait; alors il descendait, la cherchait dans\nl’hôtel ; puis quand un instant il avait savouré la\njoie honteuse de la caresser de son regard, il se\ndérobait, couvant des colères sourdes contre cette\ninexorable dominatrice de sa pensée.\n\n\n                          V\n\n   Dans le foyer vaste, un amoncellement de bûches\nflambait, répandant dans la salle une chaleur\nlourde; de temps en temps un craquement de\nboiserie troublait le silence, une torpeur envelop­\npait les choses. Il sentait en lui comme un affais­\nsement de sa force, un épuisement de lutteur qui\nlivre un terrible combat depuis des heures et se\nsent faiblir.\n   Il voulut sortir, aller respirer un air qui ne fut\npoint imprégné d’elle, voir des choses qui ne l’obli­\ngeraient point à songer à elle, reprendre l’entièreté\nde sa volonté pour se dominer lui-même, pour\nramener sa pensée aux travaux désertés. Comme\nil passait près d’une porte, une toux légère lui\nannonça que quelqu’un était là ; poussé par une\nforce secrète qui commandait à ses muscles sans\nque sa raison s’y opposât, il entra. Il eut un mou­\nvement de recul en voyant Mme de Raleghem; assise\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "72                  LA BASOCHE\n\n\n\nsur un fauteuil bas auprès d’une fenêtre qui l’inon­\ndait d’un flot de jour; elle lisait. En le voyant elle\ndéposa son livre, et, anonchalie, le genou enserré\ndans ses mains étendues, la tète un peu renversée,\nle regardait s’approcher.\n   Il était debout devant elle, leurs yeux se mi­\nraient fixes, pénétrants, incendiés de reflets mouil­\nlés. Ebloui, il ne la voyait plus; mangée par la\nlumière, elle apparaissait comme une tache aveu­\nglante d’où son regard jaillissait avec des éclats\nd’escarboucles. Immobile, fasciné comme un oiseau\nqui sent planer sur lui le vol fatal d’un épervier, il\nse laissait aller à l’entraînement surhumain qui le\npoussait vers elle. Il sentit deux mains pareilles à\ndes serres poigner ses épaules, un œil ardent brûler\nson âme, un frôlement de chair toucher sa joue, et\nil tomba dans ses bras.\n   L ’hérédité, la bête mauvaise mâtée par une\nmarmoréenne volonté, revivait; âpre, horrible, elle\nl’avait ressaisi.\n   Quand il s’arracha, des flux de sang, comme\nune marée de feu, battaient ses tempes, brûlaient\nses muscles,coulaient furieux dans ses veines, enve­\nloppant son corps dans un réseau de métal ardent.\n   Il fuyait, courant par les grands corridors som­\nbres.\n  E t c’étaient dans les coins des remuements\nd’ombres, des êtres qui surgissaient pour mau­\ndire, et la vie gagnant tout, les tentures, les\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                         FIN DE RACE                          73\n\n\n\nmarbres, les bois, les pierres, l’âme du vieil hôtel\nse soulevait, et des voix tonnantes clamaient :\n« inceste! parjure! » et il fuyait, appelant sur lui\nl’écroulement des voûtes.\n   Au seuil de la salle de travail, il s’arrêta, reje­\ntant la lourde portière. Puis hagard, les yeux\ncrachant des éclairs roux, il marcha au grand trip­\ntyque, comme pour y trouver le châtiment\ncherché.\n   Tenaillé par des affres, il eut devant la haute\nfigure du vieux Hugues, un dernier geste d’hor­\nreur, et, comme si quelque chose se fut brisé en\nlui, il s’abattit, stridant une plainte, bavant des\nsalives sanglantes.\n\n                                       M a u r ic e F r is o n .\n\n   B ru xelles. Décembre 1885\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "           GRISERIES\n\n\n        L E S BO U LIN GRIN S,\n\n\n                   Pour Madame Julia Daudet.\n\n\nDans la ronce et dans l’herbe humide\nDe l ’ancien parc à l’abandon\nSonge, étrange cariatide,\nUn morne et lépreux Cupidon.\n\nSoulevant entre ses mains vides\n Un vieux cadran solaire absent,\n‘D ieu du passé , ses vœux avides\nImplorent en vain le présent.\n\nL e cadran, qu’effleuraient les heures,\nDans la fo lle avoine est tombé\nEt, pareil aux vieilles demeures,\nUn lierre aux yeux l’a dérobé.\n\nAvec un bruit d ’eau monotone,\nL à bas, au fond des boulingrins ,\nUne fin e averse d'automne\nMouille et détrempe les terrains ,\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "               G RISERIES                          75\n  !\n\n\n R esté, lui, f i d èle à sa pose ,\n L ’Eros, aile comme jadis,\n Dans un geste d’apothéose\n Tend vers le ciel deux bras verdis.\n\n Au loin l'interminable allée ,\n Mourante au bord d’un saut de loups,\n Encadre , morne et désolée,\n Une plaine oit pomment des choux,\n\nEt sur son socle , qui s'écaille,\nL e dieu mythologique et fier,\n— Des siècles juste représaille —\nA ce plant de choux pou r enfer.\n\nAvec un bruit d'eau monotone,\nL à bas, au fo n d des boulingrins,\nUne fine averse d ’automne .\nMouille et détrempe les terrains.\n\n\n              F A N ER IE\n\n                                      Pour Sarah\n\nDes vieilles étoffes fan ées\nj e suis le m aladif amant,\nj'en veux dire l’enchantement\nEt les nuances Surannées;\n\nLeurs tons discrets et douloureux\nDe vivantes choses anciennes\nEt les langueurs patriciennes\nDes vieux orfrois cadavéreux.\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "76                 LA BASOCHE\n\n\n\n     Mon âme, gui s'avive et souffre\n     Adore les sourires las\n     Et fatigués des satins soufre,\n     Rayés de rose et de lilas ;\n\n     Et c’est une aventure exquise\n     De retrouver dans un reflet\n     Tout un bleu passé de marquise\n     Fleurant la jonquille et l’œillet.\n\n     Les vieux lampas aux tons d ’agate,\n     Lustrés sous l’ongle aigu du temps,\n     Ont la hautaine et délicate\n     Tristesse des lointains printemps;\n\n     Les fr a is printemps de la jeunesse,\n     Avrils emportés sans retours\n     Et dont les lys de soie épaisse\n     S’effeuillent dans les gros de Tours.\n\n     Mais pour chanter la griserie\n     Errante en ces luxes défunts,\n     Volupté savante et meurtrie\n     De vieux baisers, d’anciens parfum s,\n\n     I l fa u d ra it sous mes doigts dociles,\n     Les cordes d’un basson d ’amour\n     Au long manche de bois des Iles\n     Peint de légères Tom padour:\n\n     El dans l’ombre aimable et dévote\n     D ’un boudoir obscur et fa rd é,\n     Sur des airs dansants de gavotte,\n      Moi-même, en habit démodé,\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                G RISERIES                   77\n\n\n Des vieilles étoffes fanées\n J ’évoquerai l’esprit charmant\n Et le rêveur enchantement\n Des nuances, ces raffinées !\n\n\n\n           C O IN D E PARC\n\n\n                    Pour Madame Charles Hayem.\n\n\nC’est, rongé de lierre et de ronces\nEt d’eau donnante environné,\nL a bas, dans l’île des quinconces,\nUn petit Temple abandonné;\n\n\n Un petit temple de Cythère\n Où, déguisée en pèlerin,\nJadis Aminthe avec mystère\nVenait marivauder un brin,\n\n\nEt sous le camail à coquille\n‘Belle à miracle etfa ite au tour,\nRythmait en domino jonquille\nDes révérences à l'Amour, ...\n\nEt sous le ciel mélancolique\nEt bas, traversé de vents froid s,\nVoilà qu’en la crypte idyllique\nS’entassent les feuilles des bois.\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "78                         LA BASOCHE\n\n\n\n              Il bruine , et sous les cassures\n              Des g rands nuages am aigris\n              Le marbre, veine defissures,\n              A des pâleurs de vert-de-gris ;\n\n              Et les soirs, à l’heure où le dôm e,\n              Orné d’attributs Pompadour,\n              Apparait , comme un blanc fantôm e\n              Sur ses colonnettes à jou r !\n\n              De l’oseraie humide et brune\n              Glissant jusqu’au parvis muet,\n              Les bleus rayons du clair de lune\n              Seuls y dansent le menuet.\n\n              C’est, rongé de lierre et de ronces\n              Et d’eau dormante environné,\n              L à bas, dans l’île des quinconces,\n              Un petit temple abandonné.\n\n                                                 J e a n L o r r a in .\n\n     Décem bre 8; .\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "               VISIONS\n                                      A Ch. -            H. de T.\n\n                                  « O v e r th e M o u n tain s\n                                        O f th e M oon ,\n                                 D o w n th e V a lle y o f th e S h a d o w ,\n                                        R id e , b o ld ly r id e , ·\n                                        T h e sh ad e re p lie d , —\n                                  « I f v o n s e e k fo r     E ld o r a d o ! *\n                                                         (H . A . P o e .j\n\n\n                            i.\n\n           longtemps, — trop longtem ps, j ’avais enduré\n\n\n B\n       ie n\n\n        le joug pesant et dur de ces gens-là, lorsque\n        je me décidai à fu ir leur m aison. E n un jour\nd’énergie, je transportai mon léger bagage dans une\ncham bre louée très loin, aux confins des faubourgs.\nJ e me rappelle encore l ’im pression             désespérée du\nprem ier soir : N ’ayant pu obtenir de lum ière, monté\nsur une chaise, par la lucarne, je regardai le paysage\nenvironnant... Un site h orrible, m orose, sans grâce,\nempuanti par les exhalaisons des fabriques qui haus­\nsaient leurs m urs d’ un blanc sale, lamentablement\nsinistres, de tous côtés. Novem bre fin issait; les nuages\ncouraient bas, uniformém ent livides, d’un gris pous­\nsiéreux et triste — et absorbaient les fumées jaunâtres\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "8o                      LA BASOCHE\n\n\n\nvom ies, sans relâche, par les cheminées des m anu­\nfactures.\n  Certes, je ne regrettai rien ; une joie d’être seul —\nlibre! — m e possédait m êm e, m ais l'enfant,altéré d’am itié,\nde caresses et de douces paroles, qui existe en moi,\npleura, sans écouter les sages avis de ma raison.\n   Une pluie fine tombait, m aintenant, et l ’indicible\nm élancolie de la banlieue s'accrut en core; tout s’ em­\nbruma derrière le liquide rideau de l’averse... L e désir\nim périeux me saisit, de dévaler parmi ces rues e t ces cam ­\npagnes lugub res; il me semble que là, m ieux que dans\nl ’esseulement, je trouverais le décor convenable à ma\nran cœ u r...\n    Vaguem ent, d’ un pas m achinal et mou, je déam­\nbulai, m ’inquiétant peu du retou r; les derniers bâti­\nments disparurent. — la terre nue; avec de ci de là un\nbouquet d’arbustes desséchés et ruisselants, s’étendait\n— illim itée..\n  Sans chapeau, légèrement vêtu, laissant de mes\nsouliers à chaque mare de boue, trébuchant, je che­\nm inai... Com bien de temps j ’allai ainsi, point ne\nsaurais-je le d ire ; je me souviens pourtant m ’être\nassis sur une b o rn e... puis, plus rien ; la nuit vin t, —\nmon esprit aussi s’ enténébra alors, sans doute :\nl ’obscurité m’a toujours épeuré!\n    Au matin, des rouliers me réveillèrent, étendu dans\nun champ fraîchem ent labouré. J ’avais froid. Mes\nréponses incohérentes leur firent supposer que j ’étais\nivre, car ils s’éloignèrent en riant.\n Je me relevai lourdem ent et me rem is en route.\nQuelles réflexions me suscita ma situation? Souvent je\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                            VISIONS                         81\n\n\n me le suis demandé, depuis; la m ém oire de ce moment\n a disparu.\n Ma mansarde rejointe — par où et com m ent? — je\nme couchai, trop faible pour ôter mes habits qui m’en­\nveloppaient ainsi qu'un suaire glacé. Alternativem ent,\nj ’étouffais et je grelottais; d’abord comme de fines\npiqûres d’aiguille me lancinèrent le co rp s; — peu à\npeu elles pénétrèrent plus fort, — puis fort, fo rt...\nE n fin , ce furent des coups de poignard, un long et\nperfide poignard dentelé; — la douleur n’ interrom pit\nplus, bientôt. Dans ma tête tournait le bruit cadencé\nd’un train en m arche; la sueur me découlait de toutes\np a r ts ;j’avais si froid ... J e m’im aginais être emporté en\nun tourbillon insensé; un galop sur un cheval furieux,\nà la crête d’un précipice, avec l’im m inence de la chute\nbroyante... T o u t cessa d’un coup. Un som meil hale­\ntant et fiévreux me terrassa...\n  E t depuis, je ne me suis point réveillé ; la           con­\nscience des choses et des gens m’a été retirée pendant\nces heures... C ’est, je crois, — oui, ce jour-là, même,\nque commença mon existence actuelle — bien difficile\nà définir. Cet unique vocable en pourrait donner une\napproxim ative idée : Som nanbule!\n  Je voyage dans un rêve; les hommes m’apparaissent\ncomme des objets inanim és et toujours un étonnement\nme prend, lorsque je les vois s’agiter ou parler. Une\ncréation à moi seul peuple m on esprit ; c ’est avec elle\nque je vis, que je pleure et que je ris et hors de ce\nmonde, tout m’est illusions et vaines chim ères.\n  A ucune souffrance ne m ’affecta ; indifférent, bien\ndes mois je suis resté couché: des femmes et des méde­\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "82                     LA BASOCHE\n\n\n\ncins tournaient autour de mon lit, me soulevaient, me\npalpaient, me faisaient avaler des boissons amères,\nsans que je m ’en préoccupasse : je me laissais manier\ncomme la matière inerte... On me croit fo u ! o h ! la\nréconfortante, la douce folie qui éloigne de moi mes\nbourreaux !\n  Je contemple les m ouvants tableaux, séraphiques\nou horribles qui surgissent à mes yeu x et, q u'ils ne\nvoient pas, e u x !\n   J ’ai essayé de les traduire en mots, pour en garder\nle souvenir vivace, m ais mes récurrences, cruellem ent\ninfidèles, ne m’ont perm is de recueillir que quelques\nunes de ces Visions.\n\n                             II.\n\n\n\n. . Soudain, je fus élevé au sommet d’une haute\nmontagne. A mes pieds, s’étendait un champ immense,\nondulant, d’où montait une clam eur con fu se... A le\nconsidérer plus attentivement, je découvris que les\nblés de ce singulier champ étaient des hom m es, — de\ncontrées et de conditions différentes ; ils riaient et chan­\ntaient et pleuraient tous à la fo is...\n  Cependant, un ouvrier pauvrement habillé, courbé\net tordu, les fauchait sans relâche et m éthodi­\nquement : ils tom baient, par rangées, les uns sur les\nautres, et ceux-là mêmes pour lesquels le moment fatal\nim m inait, semblaient ignorer l ’approche du sinistre\nm oissonneur. Ils ne le voyaient pas et la faux revenait\ndéjà sur eux dans son mouvement fatidique, — q u ’ils\nriaient encore!\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                        VISIONS                         83\n\n\n\n  L ’astre rougeoyant s’effondra à l’ O ccident; les buées\ncrépusculaires noyèrent dans l’om bre le contour de la\nplanète. — L e laborieux paysan, se redressant un\ninstant, s’essuya le front du revers de la main et jetant\nun regard vide et morne vers le Ciel, parut consulter\nun Dieu inconnu... M ais, aucune réponse ne fut\ndonnée, sans doute, à sa question muette, car — repre­\nnant son outil — il continua, im passible, sa tâche\ninterrom pue...\n  L a silhouette de la M O R T s’effaça, graduellem ent,\ndans la pénom bre... L e bruissem ent de la foule, au\nm ilieu du calme nocturne, s’ éleva, puis gronda form i­\ndablem ent... U n vent frais et humide rafraîchit mon\nangoisse; je perçus des chocs brisés, un remous\ngigantesque...\n  L a lum ière reparut, — une aurore terne, doulou­\nreu se... L a plaine, à présent, était complètement sub­\nmergée, m ais, au lieu de descendre de l ’horizon, les\neaux giroyaient doucement et offraient une surface\nunie et lisse comme de la glace, avec des reflets\nd’acier. U n entonnoir se creusait, non loin de la côte.\n— L e mouvement s’accélérait peu à peu. — Après\nune contemplation prolongée, mon attention fut attirée\npar une infinité d’épaves et de débris flottants... Rem pli\nd’une h orreur paralysante, je vis, subitem ent, s’ élever\navec des gestes de marionnette, un gros cadavre gonflé,\nbouffi et verdâtre qui me cria : — « C'est moi qui suis\nl ’H onneur! » — L a violence du courant l ’entraîna et\nsa vo ix fut couverte par les cris du vent. — E t sans\ncesse, — sans cesse, comme une procession dégoûtante,\ndes spectres défilèrent devant moi et sur un ton perçant\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "84                         LA BASOCHE\n\n\n\net railleur, ils me lançaient : — « C'est moi qui suis\nla C h asteté!... » — « C ’est moi qui suis la Ju s t ic e !...»\n— et la force croissante de la giration les emportait\nvers le go uffre...\n   Longtem ps, je restai dans la tempête, dans l’orage,\naffrontant tout pour voir, pour voir encore ! E n fin , une\nplus hideuse dépouille, couverte d’ulcères et suppurant\ndes humeurs immondes, qui salissaient les flots autour\nd’elle, surgit du tombeau mouvant et agitant ses bras\ndécharnés, clama dans un rire sarcastique et brisé : --\n « C ’est m o i... c’est moi qui suis l’A m o u r!... » — et elle\ndisparut... A ce spectacle, je m’ évanouis.\n   Bientôt, je repris mes sens, un frisson de froid péné­\ntrant tout mon être... E t, regardant autour de m oi, je\nvis avec stupeur que les eaux étaient montées; je gravis\nle rocher et m’installai au faîte, hâtivement, — m ais, à\nmon inexprim able terreur, la sinistre marée me suivit\njusqu’à ce dernier refu ge... L e Ciel semblait s ’abaisser\net le cercle de l’horizon se rétrécissait, visiblem ent...\nUne lamentation désespérée passa comme un souffle\nform idable; la masse liquide s’arrêta, puis reprit sa\ncourse éperdue... A lors, je me laissai glisser et la ronde\nm ’en leva...\n E t une voix surnaturelle prononça, solennellement :\n— « N éant! N éant! le vieux Dieu est vaincu !... »\n  Tout sombra dans le noir impénétrable et je me\nsentis emporté, toujours — toujours plus vite...\n\n                               II I\n\n     ... J ’entendis cette parole :\n     — « Il est perdu ! » — et soulevant avec difficulté\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                          VISIONS                         85\n\n\nmes paupières, je vis un homme grave, étranger, et une\nfemme dont les traits me rem ém orèrent faiblem ent\nquelqu'un qu’ en d’autres temps — bien des ans, certes\n— je devais avoir connu. E t cet homme reprit :\n— « C ’est une question d’heures, il agonise! »\n Je criai : — « O ui, le vieux Dieu est mort !... »\n   A ces mots, la femme pleura et m urm ura sur un\ndiapason bas et voilé : — « O h! la raison a déjà dis­\np aru ... »\n\n                             IV\n\n\n\n  Du brouillard passa de nouveau et je me mis à\npenser à une eau-forte de Félicien Rops, que je n’ai\njam ais vue. mais qui me fut décrite par un de mes\namis, — pendant ma vie terrestre, — et intitulée : L e\nm auvais S em eur.\n  S u r Paris endorm i, la silhouette convulsée du dia­\nbolique Sem eur se dresse ; — il plonge la main dans\nson van et d'un geste sardoniquem ent bénisseur épar­\npille les germes de l'ivraie, dans la cité géante...\n   A mes yeux, immédiatement, ce tableau s’ évapora;\nle jour se leva, la ville m ’apparu t... E t toute la verdure\ndes boulevards, des squares, des bois et des parcs se\ncomposait de plantes suintantes, aux form es obscènes,\nà l’ haleine fétide, exhalant une repoussante odeur de\ncharogne. E lles naissaient, grandissaient, fructifiaient\nen quelques m inutes...\n  Et, se prom enant paisiblement, les Parisiens et les\nParisiennes sem blaient savourer un plaisir extrême\nà s’asseoir sous l ’om brage empoisonné de ces arbres et\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "86                       LA BASOCHE\n\n\n\nmême, ils en portaient des branches à leurs bouton­\nnières et à leurs corsages. Les femmes, en passant, non­\nchalamment arrachaient les fruits pourris qui pen­\ndaient à portée de la main et y mordaient avec un goût\névident...\n   L a funeste végétation gagnait du terrain ; des bou­\nches d’égoûts, d’entre les pavés, des fenêtres sortaient,\nse tordaient, rampaient des lianes épaisses et gluantes...\nComme une marée vénéneuse, elles s'étendirent, m on­\ntèrent aux étages, s’étalèrent sur les toits, ensevelissant\nles m aisons, les monuments, les églises sous une couche\nde leurs sinistres fleurs... U ne buée flottait au-dessus\nd’elles et les oiseaux qui volaient dans cette atmosphère,\nsentaient s’alourdir leurs ailes et tombaient bientôt,\nm ourants...\n   E t portant mes regards au loin, je vis, accourant de\ntous les points cardinaux, d’innom brables foules, qui\npélerinaient vers la Sodom e maudite pour goûter, elles\naussi, du F r u i t d e l ’ a r b r e d e l a s c i e n c e . . .\n  Des bruits de fête, — une musique infernale et pria-\npique, des cris, des spasm es; un fracas d’orgie, où se\nmêlaient des plaintes, des râles, des sanglots et de\nféroces hurlements de joie, montait vers le ciel, ainsi\nqu’un encens ironique...\n     L e soir funeste était arrivé ; la masse confuse de\nla Capitale s’illum in a; la flore im pure qui la couvrait,\njetait de longues traînées phosphorescentes... De légè­\nres lueurs coururent de proche en proche, des flam ­\nmes pétillèrent, grandirent et peu après, l ’incendie se\npropageant, l’antique pécheresse Lutèce ne fut plus\nqu’un brasier énorm e... Une colonne de tourbillon-\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                         VISIONS                        87\n\nnantes fumées envahit l’horizon et me cacha tout spec­\ntacle...\n\n\n  Je regardai, longuement, dans les ténèbres lourdes,\ncherchant à sonder leurs m ystères, aspirant à la lu­\nmière qui existait' au -delà , à la resplendissante, prin­\ntanière et rejouissante lu m ière...\n   L a brum e s’éclaircit, cependant; la nuit s’appâlit ;\n— un voile laiteux emprisonnait les ch oses... Comme\nu n rideau de gaze, il s’ enleva peu à peu et découvrit une\nvallée circulaire, clôturée étroitement par les m onta­\ngnes. Le centre de ce cirque naturel était vide, mais\nles collines qui en form aient les gradins se couron­\nnaient d’une m ultitude compacte et incessamment\nrenouvelée; il y avait là des hommes des races les plus\nd iverses; — des spectateurs nouveaux en rem plaçaient\ncontinuellement d’autres qui, lassés, sans doute, p ar­\ntaient pour vo ir autre chose... T o u s les regards con­\nvergeaient, obstinément, vers l ’arène; de temps à autre\nune partie de ce peuple lançait un « Ah » collectif,\nparaissant annoncer le commencement de la fête.\nL ’attention redoublait, alors — mais rien ne se m on­\ntrait.\n   D’interminables h e u re s, j’attendis vainem ent. In ­\ntrigué, enfin, je me penchai vers mon voisin, un vieil­\nlard , et lui demandai :\n  — Dites-moi donc quelle représentation va vous\nêtre donnée et pourquoi elle tarde tant?\n  Ebauchant un signe, comme pour m’ordonner de\nparler moins haut, il me répondit doucement :\n  — » Jeune homme, — la légende nous enseigne\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "88                    LA BASOCHE\n\n\n\nqu’ en ce lieu et à une époque indéterminée, doivent se\npasser de grandes — et saintes choses...\n  E t depuis des m illiers d’années les générations se\nsuccèdent et attendent ce spectacle nonpareil. Les an­\ncêtres, le moment venu, s’éloignent, heureux et sans\nimpatience ni colère, car — ils ont la F o i et croient\nfermement que leurs enfants verront le mystère qu’il\nleur a été refusé de contem pler...\n  M ais, ajouta-t-il tristement, — mais, ainsi que vous\npouvez en ju g e r , ju squ’ici — ils ont toujours été\ndéçus !... »\n\n\n     Septem bre 85.\n                                    A r n o l d G o f f in .\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                   C A N TIQUE\n                                             A Hector Chainaye\n\n\nJ ’ai fa it de mon amour comme une solitude\noù plus rien qui leur soit étranger, ne distrait\nl’humble admiration et le culte secret\nqui me sont devenus une douce habitude.\n\nCantique de prière et d’adoration, —\nmon amour vous implore et vous chante un hommage\npour vos rares beautés, ô vous, de qui l’image\nm’a laisse pour toujours cette âpre passion.\n\n Car vous êtes vraiment la femme entre les femmes!\nla lampe de mon cœur, ce ténébreux réduit ;\nEt les regards pensifs de vos yeux pleins de m it,\nm’évoquent les clartés et les ombres des âmes.\n\nLa courbe de vos chairs, vos gestes gracieux,\nme disent la mesure élégiaque et grave\ndes rythmes oubliés, et la marche suave\ndes parfums, qui s’ent vont, en été, vers l'es cieux .\n\n Votre voix, — oh j ’entends les musiques bénies\nque ce monde nerveux peut encore écouter, —\nm’ont laissé deviner ce que l’on doit goûter\nen entendant au ciel les saintes harmonies.\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "90                      LA BASOCHE\n\n\n\nEt puisque les parfums les p lu s fins, les plus chers,\nque se brûle en un jour l’Afrique parfumée,\nne valent pas, pour moi, l’odeur que f a i humée,\net que laissent dans l’air la rondeur de vos chairs ;\n\net puisque la splendeur très douce de l’étoile\net l’éclat bienfaisant des beaux soleils d’été\nme sont moins précieux que la chère clarté\nqu’épandent vos regards et qu’une larme voile,\n\n          Soyez l’odeur qui traînera\n          sur le chemin où passera\n          la douleur de mon existence,\n          et qui, m’embaumant pour toujours\n          d’inassouvissables amours,\n          me sauvera de l’inconstance!\n\n         Soyez le rythme que tout bas\n         mon cœur silencieux et las\n         entendra résonner sans trêve,\n         et qui, p ar son enchantemen,\n         le conduira très doucement\n         au pays adoré du rêve!\n\n         Soyez la musique pour moi,\n         éveillant un nouvel émoi\n         dans mon cœur calme et sans envie;\n         soyez l’étoile de mes nuits,\n         et le soleil pour mes ennuis,\n         soyezma lumière et ma vie!\n\n                                      A lbert M en n el.\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                         L’ŒIL\n   Dans un rêve qui aurait dû me prendre la vie,\nje v i s u n œ i l , —\n\n                         q u i é t a i t l ’O e i l .\n\n\nOeil — F leu r éclose du cerveau —\n           F leu r sans être fleur —\n           F leu r des fleurs — fleuris dans la paix de\n                 ma chair.\nOeil — E n cen so ir des regards parfum és —\n           Parfum sans être parfum —\n           Parfum des parfums — subtilise mon atmos­\n                 phere astrale.\nO eil — A rc-en-ciel des couleurs —\n           Couleur sans être couleur —\n           Couleur des couleurs — emparadise mes\n               visions.\nO eil — D iam ant prismatique des passions —\n           D iam ant sans être diam ant —\n           D iam ant des diamants — irise-moi de tes\n                 feux sataniques.\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "92                   LA BASOCHE\n\n\n\nOeil — Soleil des chairs —\n       Flamme sans être flamme —\n       Flamme des flammes — embrase-moi.\nOeil — Orgue mystique —\n       Musique sans être musique —\n        Musique des musiques — magnifie la lutte\n            éternelle.\nOeil — Mariage de la chair et de l’esprit —\n       Chair spirituelle, Esprit charnel —\n       Chair et Esprit le plus charnels et spirituels\n            — bénis l'union de mon corps et de mon âme.\nOeil — Bouche des fronts plus pure que la bouche\n            — baise-moi.\n     — Duvet plus velouté que le duvet des joues\n            — endors-moi dans l’oubli des brutalités\n            du monde.\n     — Chevelure des regards plus vaporeuse que\n            la chevelure — enveloppe-moi de tes\n            brumes rêveuses.\n     — Enlacement plus irrésistible que l’enlace­\n            ment des bras — enlace-moi dans l ’incons­\n            cience des douleurs.\n     — Voix plus chantante que la voix — étouffe\n           de tes harmonies divines les bruits de la terre.\n     — Oreille plus percevante que l’oreille —\n           écoute mes religieuses supplications au milieu\n            des blasphèmes.\n     — Sens triomphateur des autres sens —\n           asservis-moi.\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                           l ’œ il                    g3\n\n\n\nOeil — Initiation des nouveaux-nés — dis-moi leur\n              étonnement douloureux.\n     — Langage des amants — dis-m oi leur passion\n             faite de l'ignorance d'eux-mêmes.\n     — Adieu suprême des mourants — dis-moi le\n              bonheur d'arriver au port.\n     — Initial et final de la vie — dis-moi ton secret.\n     — Créateur sans sexe — dis-moi la sublimité des\n             créations spirituelles.\nOeil — Calice des pleurs — reçois mes pleurs\n     — Cassolette des joies — brûle mes joies.\n     — Clairière des sombres pensées — éclaire la\n             nuit de mon cerveau.\n     — Cygne blanc du lac noir des spleens — viens\n              me consoler des longs ennuis mortels.\n     — Goutte de rosée céleste — apaise m a soif.\nOeil — Clefdes âmes— donne-moi la force de lespénétrer.\n     — Inquisiteur des pervers — donne-moi le\n              courage de les juger.\n     — Bouclier des innocents — donne moi l'héroïsme\n              de les protéger.\n     — Protestation des martyrs — donne-moi la\n             mission de les venger.\n     — Joyau des Vierges — purifie-moi.\n     — Joyau inviolé des prostituées — rends-moi\n             charitable.\nOeil — Courage du lion — Hypocrisie du serpent\n           — Traîtrise du tigre — Lâcheté du\n           loup — Hystérie du bouc —\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "94                   LA BASOCHE\n\n\n\nOeil — Aigle, vampire et colombe —\n     — Espace, lumière, aile et vent —\n     — Organe le plus et le moins bestial —\n     — Organe le plus humain et le plus divin —\n            reflète toutes les bestialités de mon être, tous\n            les sentiments de mon âme, et sois mon seul\n           ju g e.\nOeil — Organe céleste des évocations, des exor­\n           cismes, et des contemplations —\n            hypnotise-moi.\n     — Temple des magies —\n     — Sanctuaire des rêves —\n     — Autel de la foi —\n     — Dôme des enthousiasmes —\n     — Epée des forts —\n     — Sceptre des lucides —\n     — Refuge des refuges —\n     — Abîmes des abîmes —\n     — Révélation des révélations —\n     — Enigme des énigmes —\n     — Triangle des secrets éternels —\n     — Agasa, fluide vital, souffle du Tout —\n     — Ahancara, lumière interne, don des\n            Pitris —\nOeil — Oeil des yeux — hypnotise-moi.\n                                   H e c t o r C h a in a y e .\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "LES CONCUBINS\n      ivre pétri, gorgé d’exubérances, aux pulpes\n\nL       crevantes sous la tumultueuse poussée des\n        sèves, entre les feuillets duquel on hume,\ncomme sous des aisselles, l’âcre parfum des sueurs\net des fatigues ; juteux, charnu, soulevé de bouil­\nlons comme ces fumiers palpitants superbement\nà point dont les exhalaisons lourdes et rousses\nenivrent; voilà les Concubins.\n  A la lecture de ces puissantes nouvelles cam pa­\ngnardes, on ne peut se défendre d’une impression\nd’exagération, devant la boursouflure énorme sous\nlaquelle les êtres et les choses, dans les situations\ntout ordinaires, acquièrent un gonflement épique.\nM ais, si nous tenons compte de la date du livre —\nA vril-M ai 1885 — alors que L em onnier term inait\nH appe-C hair ; si nous voulons rappeler cet amour\ndu grandiloque que l’écrivain s ’avoue volontiers,\nnous pourrons conclure sans       trop de témérité\nque l ’auteur, en des heures de délassement, repor­\ntait sur ses voisins de village des prunelles encore\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": " 96                          LA BASOCHE\n\n\n\n d ilatées p a r des ta b le a u x cy c lo p ée n s         d e Happe-\n Cha ir ; c ’est à de p a re ille s d istractio n s d ’ un la b e u r\nén orm e q u e n o u s d ev o n s les Concubins, la Glèbe,\net les Pidoux et les Colasse.\n      L a p re m iè re de ces n o u v e lle s n o u s d ép e in t une\nin sa tia b le taure, a u x flan cs fo u a illé s p ar la b o u lim ie\ndes a ssau ts ch arn els. A p rè s a v o ir         a v e u li son p re ­\nm ie r m âle , d élab ré p a r u n e c o p u latio n sa n s ré p it\nni cesse, e lle s ’a c co u p le à u n ro b u ste ch arp e n tier,\nq u i satisfait in fa tig a b le m e n t son a v id e d ésir de\nm atern ité. E t le s co n c u b in s v iv e n t e n sem b le, a yan t\nré lé g u é le m ari,       d even u    id io t à la su ite d ’une\nc h u te , d an s u n coin de fo u rn il.\n   S u it la Glèbe, in co n te sta b le m e n t la m eille u re :\nun c o u p le de b ru tes, s ’é ch in a n t ju sq u 'à c re va iso n\nsu r une terre farou ch em en t h ostile et b re h a ig n e ,\ns’y tra în e n t en u n végètem en t de tra v a u x fo rcen és.\nU n e sa iso n ,      e n fin , est fa v o ra b le et le c lo s, dès\nlo rs, le u r ren d au c en tu p le d es m oisson s s a v o u ­\nreuses. A p rè s le Pèlerinage, q u e n o u s regretto n s de\ntro u v er en ce re c u e il, vien t les Pidoux et les Colasse,\nn arratio n d’ une de ces h a in e s féroces de p a y sa n s,\nnée d ’une e m p rise d e q u elq u es p ied s de ch am p ,\nd ’ un a rb re p o u ssé su r u n e terre m ito yen n e, d ’ une\n« se rv itu d e de p a ssa g e » ou de la jo u issa n c e d ’ un\np u its.\n   S i n o u s n o u s rep orton s, à p résen t, a u x Contes\nq u e l ’a u teu r p u b lia it ja d is , n o u s d em eu ro n s su rp ris\nde la va riété d’asp ects sou s le sq u e ls il a su n o u s\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                            LES CONCUBINS                             97\n\n\np résen ter le s c o in s de n atu re où l ’attiren t su rtou t\nses d ile ctio n s et son te m p éram en t. E t n o u s nous\nra p p e lo n s ces p aro le s,    q u e, san s c rain te         d 'u n e\nd é fa illa n c e de sa vo lo n té o u d e sa fo rce, il nous\ndisait un jo u r : « L e v é rita b le artiste d oit p o u v o ir\npén étrer la n a tu re d an s toutes ses m an ife sta tio n s,\net la tra d u ire en d es form es to u jo u rs ch an g ea n tes,\ncom m e c e lle s q u ’e lle re v ê t elle-m êm e.\n   E n ce. tem ps, su rtou t, il ne p eu t s ’e n ferm er en\nun e fo rm e u n iq u e ; l ’e ffro y a b le n écessité d e d ép a s­\nser les d ev a n cie rs p a r la su b tilité , sin o n p a r le\ng é n ie , le co n d a m n e    au la b e u r-p ro té e d e v a rie r\nde fo rm e , selo n le m ode d 'e x p re ssio n , et d ’a tm o s­\np h è re in te lle c tu e lle selo n le g e n re d ’o b ssrv a tio n .\nIm p o se r sa form e au su je t, d û t c e lu i-c i y cra q u er\ncom m e en un b ro d eq u in d e tortu re, — telle était la\nlo i d es ro m a n tiq u es ; m ais nou s d ev o n s être m oins\nd esp o tiq u es et p lu s     re sp e c tu e u x : c ’est   le    su je t\nm êm e q u i d oit n o u s so u ffle r et l ’id é e, et le m ot\np o u r la ré a lise r. »\n   A in s i s’e x p liq u e la d ive rsité d es su je ts e n tre ­\np ris p a r l ’é criv a in : Les Chantiers, le Mâle et le Mort,\nThérèse Monique, Contesflamands, l'Hystérique, Happe-\nChair, le v o lu m e d e n o u v e lle s sp iritu a liste s q u i\np a ra îtra cette a n n ée ch ez L e m e rre , et un rom an\nb o u rg e o is, u n e o b se rv atio n b ru x e llo ise , « c ru e lle\nétude de fem m e » q u ’il tien t à p résen t su r le m étier.\nA in s i s ’e x p liq u e   e n c o re , p o u r les Concubins,         la\nfo rm e s p é c ia le dan s la q u e lle l ’œ u vre est grassem en t\nco u lé e .\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "98                          LA BASOCHE\n\n\n\n     L a p h rase la rg e , d év elo p p ée , p u issa n te d ’a llu re\net rich e d e m ots p ein tre s, c o u v re d ’u n e p o u rp re les\nsu jets traités. E t ch aq u e fo is, un fin a l b re f, co u p é\nn et, ajo u te à la fo rc e d ’évocation : tous les ru stres\nd ép ein ts au co u rs du liv re , son t cam p és a v e c des\nh a rd ie sse s et d es b ru ta lités v iv a n te s ; n o u s p riso n s\nsu rtou t, d a n s la Glèbe, la fig u re d u v ie u x C a c o , un e\ndes p lu s v é c u e s et d es m ie u x ré u ssie s.\n   L e v o lu m e est édité          p a r M o n n ie r a ve c lu x e\net go û t et le s illu stra tio n s de F . F a u , à p art la p ag e\nd e la Glèbe, ne d ép aren t p as, ch ose p lu s ra re q u ’on\nn e p en se , l ’œ u v re d e C a m ille L e m o n n ie r.\n   C elu i-ci term in e en ce m om en t la B elgiqu e et,\nou tre le v o lu m e p o u r L e m e rre , q u i co n tie n d ra\nMorteroche, a écrit, en d écem b re, un liv re de contes\ng a i s p o u r le s e n fa n ts. Happe-Chair, d o n t l'é c riv a in\nc o rrig e le s d ern iè re s fe u ille s, d oit p a ra ître in c e s­\nsam m en t.\n\n                                               E v r e h a il l e s\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                    L ’ESSOR.\n\n            C H R O N IQ U E A R T IS T IQ U E .\n\n\n   On n ’a pas cassé J e carreaux à la dixièm e de l’E sso r;\nl’ensemble du salon est médiocre.\n  Quelques fervents seulement s’imposent à notre\nindulgence, et parm i eux, le plus lym phatique est\nle religieux De G roux. L e p è le r in a g e de Saint-\nColomban chante, dans sa décoloration de fresque,\ndes choses bien artistiques. T o u t n’ est pas par­\nfait dans cette petite esquisse, mais il y a là une\naspiration vers un idéal clairement entrevu. Qu’ im ­\nporte la nature des préoccupations en art, fausses ou\nvraies? quand on en a réellement, on devient Puvis de\nChavannes ou M anet. Plus l ’obsession est grande,\nd’autant m eilleure sera la toile. Manet, qui ne se con­\ntentait plus de la notation exacte des tons, rêvait au\nmouvement en peinture. L ’extravagant a régénéré l’art\nde son pays !\n   De Groux semble, à son insu, s’inspirer de certains\nprim itifs italiens. Ces grands volontaires sont d’un bel\nexem ple; espérons que le jeune peintre ne faillira pas\naux engagements qu’il prend en entrant dans cette voie:\non annonce que De G roux dessine un grand carton\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "100                   LA BASOCHE\n\n\n\nreprésentant une procession à M achelen; ce travail\naffirm era peut-être complètement sa personnalité.\n   Georges Lem m en, après avoir beaucoup intrigué par\nle plus ou moins d’imitation qu ’il apportait dans ses\npetits portraits, tranche aujourd’hui avec son passé\nartistique. Ses études de « lum ière » brutales et outrées\nintéressent comme tous les premiers pas. Léon Frédéric\nne nous dit pas grand chose, m algré la dim ension et la\nquantité de ses œ u vres; il lui manque « l ’ob jectif»\nauquel nous faisions allusion plus haut. T o u t lui paraît\nindifférent ou de même im portance; son exécution\ns’en ressent aussi, et elle nous laisse froid.\n  L e dessinateur Amédée L yn en est un illustrateur qui\nconnaît son affaire, chose très rare en notre pays de\ncolo ristes; m ais nous croyons qu ’indépendamm ent de\nses qualités pratiques, il pourrait être plus réellem ent\nartiste. Un sculpteur français, en nous parlant un jour\nd’un talent analogue disait : « C ’est bien, m ais il m an­\nque dans cela « du Dieu. »\n  L ’envoi de M. Demol retient d’avantage, parce qu’il\ny a là un travail intérieur, un malaise même, si l ’on\nveut, qui prouve des intentions. La charpente de toutes\nses études est voulue, et m algré son côté désagréable,\nleur couleur semble vraie.\n   L ’artiste impose déjà sa fiction.\n  Marcette, Orner D ierickx, L a cro ix et Delsaux, dont\nles tableaux et dessins ont m oindre im portance artis­\ntique, méritent cependant pour des qualités diverses\nune mention spéciale. Parm i les recrues assez nom ­\nbreuses cette année, nous signalons M. W olles qui\npeint déjà la nature en délicat épris de son m étier. Ses\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                       l ’e s s o r                                101\n\n\nautomnes sont très-fins et plus d’un artiste « sérieux »\nvoudrait trouver aussi facilem ent des harm onies de\ncouleur aussi saines, m algré leur fluidité.\n  L a neige de M me L acroix donne également de bonnes\npromesses.\n  L a sculpture, représentée par MM. D illens, Braeke\net Gaspar compte peu de m orceaux à l ’E sso r. L a figure\nfunéraire de Ju lie n D illens, d’un jet rem arquable, ré­\nclame son exécution en m arbre pour expliquer le lym ­\nphatisme de ses surfaces actuelles. L es superbes\nesquisses pour la M aison du R o i ont étonné les per­\nsonnes qui ne savaient pas encore Dillens un grand\ndécorateur par tempérament.\n  L e buste de Braeke est assez insignifiant ; celui de\nGaspar a plus de caractère, mais il devrait être beaucoup\nplus travaillé.\n\n                                      J a c q u es C ham p a l .\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "                   LUTÈCE\n           C H R O N IQ U E P A R I S I E N N E\n\n\n   Chaque été, quelque chroniqueur se hasarde à\ndécouvrir qu'il n ’y a pas seulement des arriv és dans\nla littérature , et laissé tomber de sa plume le nom\nd’un inconnu. A u x dernières chaleurs, a transpiré la\nnouvelle qu’il existait une école de » décadents. »\nE t tout le monde de s’écrier : « Q u’est-ce que les\ndécadents? Où ça se vend-il? » Il parait même qu ’un\nsoir de gaité, le duc de M orny demandait, chez\nBignon, qu’on lui servît un décadent au cresson.\nL a foule d élirait; les reporters, dans leurs pérégrina­\ntions à travers les brasseries de Montmartre et du\nQuartier Latin, découvrirent deux ou trois poètes\nflegmatiques, qui se laissèrent affubler du nom de\ndécadents. On prépara des décadents à toutes les\nsauces, et les journaux se prirent à dauber sur le\ncompte de Lutèce, org an e de la jeu n e littérature.\n  Or ni M . Bourde, ni M. Cham psaur ne pouvaient\nparler des jeunes en connaissance de cause. La\n« nouvelle littérature » semble être aussi peu familière\nà M. Bourde qu’a M. Edm ond Lepelletier, qui nous\naccuse de faire des vers fau x ! Quand à M. Félicien\nCham psaur, il est plus particulièrem ent incompétent.\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                           LUTÈCE                        103\n\nVers ou prose, il n ’a guère « fa it » que les vers ou la\nprose des au tres; il n ’a pas oublié que notre ami\nR. Darzens, dans un article de la Jeun e-Fran ce\nUn valet de lettres, le qualifia de ram asseur de\nbouts de cigares ; cependant l ’insulteur à gages du\nsupplément du F ig a r o , émergeant de la boue dans\nlaquelle il est enlizé, vida son hebdomadaire potée\nd’ordures sur les \" Décadenticulets »; ram assant les\nplus ineptes racontars sur leur vie privée, il vint\nreprocher à l ’un sa difform ité physique, à l’autre ses\namitiés, à d’autres leurs amours.\n  Seul, Robert Caze eut le courage de défendre les\njeunes, d’affirm er qu’ils étaient de fort honnêtes gens,\nbien élevés pour la plupart et très innocents des vices\nqu’on leur reprochait. L ’auteur de l' E lèv e Gendrevin\net de G ran d’M ère fut audacieux ju squ’à reconnaître du\ntalent à quelques-uns et à im prim er leurs vers dans le\nV oltaire.\n  Ces m essieurs de la rive droite durent être quelque\npeu em barrassés pour édifier les deux colonnes et\nquelques lignes dont se compose \" l ’article. » Ils\nignoraient nom bre de « plaquettes de vers » parues ça\net là ; et ne fréquentaient pas certainem ent chez\nTrézenik et R ail. Car, L utèce est peu aimé, et cela se\nconçoit. L utèce est un périodique coup de pied au\ncul des chroniqueurs ignares, des reporters im béciles.\nOn n’ y respecte pas les maîtres ; et lorsque Z ola et\nC ladel publient l ' Œ uvre et M i D iab le avec l’admirative\napprobation de la presse, Lutèce pousse le cri d’alarm e :\n« Z ola se m eurt , Cladel est mort. » Non-seulem ent les\nétrangers, mais les amis de Lutèce sont houspillés, et\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "104                    LA BASOCHE\n\n\nde quelle sorte! Il faut lire les Têtes de P ipes et le\nVenin de M ostra illes (Léo T rézenik et Georges Rail).\nLes Têtes de Pipes forment 21 m édaillons, peu flattés,\nde Lutétiens, à qui, du moins, l ’on ne pourra pas\nreprocher d’avoir été une association d’admiration\nmutuelle. Dans le Venin sont consignées toutes les\ng a ffes de grands « confrères » ; ce sera un curieux\ndocument de la décadence du journalism e en 1 8 8 5 ,\net le nom de décadent convenait là, plus q u ’appliqué\naux chercheurs d’une form ule d’art nouvelle. Léo\nTrézenik et Georges R ail ont inventé de se blaguer\neux mêmes, et L é o T rézen ik fait paraître les P roses\ndécadentes. V oila quatre ans que dure la lutte, inces­\nsante, acharnée. Lutèce publie successivem ent les vers\nde Jean Ram eau, G. d’Esparbès, Edm ond H araucourt,\nFernand Icres, Henri Beauclair (Adoré Floupette)\nEm ile Goudeau, Georges S o rin , V ignier, L . T ailhade,\nJean Moréas, Robert Caze, Paul Verlaine, enfin, qui\nest peut-être le plus curieux poète de ce temps. E t les\nchroniques alternées de Trézenik et de R ail, si\nfinement verveuses et gouailleuses, les plus amusantes\nparodies, succèdent aux pièces sérieuses. Après les\nP arfu m s de R . Caze, à 100 francs l’exem plaire, les\nF ro m a g es de Léo Trézenik. L e lecteur déconcerté se\nperd à travers la fantaisie de ce journal d’une mise en\npage changeante, dont les plus assidus collaborateurs\ndisparaissent tout-à-coup dans les tourmentes de la vie ;\net L utèce où, sim ultanément ne collaborent guère que\ncinq ou six « jeunes » semble être rédigé par cinquante\nindividus, tant il y a de talent, d’esprit, de fum isterie,\nde mauvaise foi amusante dans ses quatre pages !\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                          LUTÈCE                          105\n\n\nJam ais journal n ’a soulevé de pareilles tempêtes, n ’a\namassé tant de colères contre lui. Cependant ses pires\nennemis sont ses plus fidèles lecteurs.\n   Les collaborateurs vont cueillir l a « feu ille» au sortir\ndes presses, le vendredi soir. On rencontre à l ’im pri­\nmerie V erlaine, M oréas, Caze, de R égnier, Grenet\nDancourt, G. L orin , J . V idal, P . Adam , R . Darzens,\nE . M ikaël, Reynaud, G riffin, N orès, C ohl, H enri\nM angis, le critique th éâtral... et les heures passent à\nm édire des absents, — tout le monde debout, nul ne\nrem arquant qu’il n’y a que deux chaises dans la salle\nde rédaction. Im prim erie, direction, rédaction, c’est\ntout un. Léo T rézen ik et Georges R ail sont im pri­\nm eurs, là-bas, près de la Halle aux V in s ; et c ’est avec la\nblouse de typos q u ’ils reçurent un jour Jean L o rrain ,\nluisant, pourri de chic, et s’obstinant à demander : —\nle directeur ? Grâce à cette im prim erie, ils se sont assuré\nune suprême indépendance : les directeurs de L u tèce\nsont maîtres chez eux ; ils rédigent, ils im prim ent\ncomme tel est leur bon p la isir; souvent excessifs, sou­\nvent injustes, mais par am our de l’art. A présent,\nm algré les rancunes et les jalousies, les grands jo u r­\nnaux se résignent à parler de L utèce, et voilà que,\nn’ayant rien demandé et ne devant rien à personne,\npar eux-m êm es, les lutétiens forcent la réclame et les\néditeurs. Il faudra com pter avec eux.\n  D’autre part, les lutétiens se rencontrent le samedi\nau café de l' E co le de M édecine , facilem ent reconnais­\nsables à ce signe, qu’ils ne jouent pas — et qu ’ils se\nsont sévèrement interdit d’introduire des femmes dans\nle groupe. Ce n’est pas la bruyante bohème romantique :\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": " 106                   LA BASOCHE\n\n\n\nles plus jeunes même tiennent à se faire couper les\ncheveux ; seuls, d’Esparbès et Darzens dont les cri­\nnières nous signalaient aux bourgeois, sont punis par\noù ils ont péché : soldats d’une république barbare, ils\nont à présent la tête rasée !\n  C ’est là, que se préparent les abom inables fu m is­\nteries, qui ont fait traiter Lutèce de « journal cyn i­\nque i ; c’est là qu’un soir, après des pourparlers nom ­\nbreux, M ariottes d’A utu n, un poète de la« Fosse-aux-\nOurs » vint déclamer quelques centaines d’alexandrins\ninouïs, sans qu’un seul lutétien trahît son envie de\nrire, devant cette réjouissante exhibition. L a « fum is­\nterie » a été poussée au point de fonder un dîner des\n« têtes de pipes », c’est-à-dire de tous les éreintés de\nL utèce. Une partie seu lem ent, mais la m eilleure,\na répondu à l ’invitation; c’est le dîner le plus réussi que\nje sache, et l ’on y mange de bon appétit ; chaque\ndîneur, outre sa m âchoire, a bien quelques dents con­\ntre ses voisins.\n   L e temps et la place me manquaient également pour\nparler de Lutèce comme il fallait. M ais ces simples\nnotes ont le mérite d’être vraies, et cela n’est peut-être\npas à dédaigner, après les dix articles de la grande\npresse, actes d’accusations ignobles suivis de jugements\npar trop téméraires.\n\n\n                                      J ea n A ja l b e r t .\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                  MUSIQUE\n\n                  L E S T E M P L IE R S .\n\n\n  Prem ière représentation; m usique de H . L itolff.\nThéâtre de la M onn aie; 25 jan vier 1886.\n  Après toute cette série de lamentables reprises dont\nl ’ interprétation seule pouvait offrir quelque intérêt, on\nnous devait bien une vraie prem ière, une œuvre vierge,\nqui sût ranim er les polémiques salutaires étouffées\nsous les   cendres des dernières       exhum ations.   Les\nT em pliers ont, enfin, remplacé sur l’affiche L u cie\nde L a m erm o o r et les opéras verdâtres, et le public\nbruxellois a pu ju ger cette prim eur si longtemps\nattendue. Disons tout d’abord que , la reconnaissance de\nce bon public,ravi d’entendre une œuvre nouvelle, s ’est\nmanifestée, au cours de la première soirée, par des ova­\ntions enthousiastes; le succès des T em pliers a été\ncomplet.\n   Ce jugement sera-t-il confirm é par la critique rebelle\nà l ’engouement et soucieuse des seuls progrès de l’art?\nN ous ne le croyons pas. L es T em pliers sont l’œuvre\nd’un m usicien de très grand talent, resté le partisan\nde cette doctrine réactionnaire dont M eyerbeer est le\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": " 108                    LA BASOCHE\n\n\n\nchampion le plus fam eux. N ous dirons qu’ils sont\nmoins une nouveauté qu’une résurrection, sans qu ’il\nfaille pour cela crier au décalque ou au plagiat. H . Litolff\nn ’a pas la puissance de M eyerbeer : il possède en\nrevanche plus de grâce et de poésie sincère ; mais il est\nmanifestement de la même école. Toute la partie solide\ndes T em pliers est bâtie des mêmes m atériaux que les\npartitions m eyerbeeristes et avec une identique struc­\nture. C ’est, dans le récitatif comme dans le dialoguera\nmême phrase si banale et si connue qu ’on la fredonne\nd’avance en lisant le liv ret; c’ est surtout la même\nrecherche des effets, qui nous vaut, pour une ou deux\npages vraim ent larges et inspirées, les boursouflures,\nles invraisenblances, tout le charlatanism e des opéras\nvieux-jeu. Seules, les parties épisodiques et certaines\nphrases des romances d’am our sont conçues dans un\nstyle plus frais et plus poétique ; c’est ce qu’ il y a de\nm eilleur dans cette partition si touffue.\n   E t m aintenant que nous avons critiqué l ’œ uvre, nous\npouvons sans nous contredire saluer l’honnêteté du\nvieux compositeur qui, fidèle à des préjugés — les con­\nvictions de toute sa v ie — est venu loyalem ent soumettre\nson œuvre à la critique contem poraine, sans rien\nretrancher de ses idées et surtout sans rien emprunter\naux procédés d’une école rivale. E t l ’on a vu les adm i­\nrateurs les plus fervents de Richard W agner applaudir\navec les autres en cette belle soirée qui a vengé un homme\nde talent, une saine conscience d’artiste, des indifférences\net des injustices anciennes. Ce qui n ’empêchera pas, du\nreste, qu’ on ne flétrisse comme devant l ’intolérance\ndeswagnériens farouches, lorsqu’interrogés s u r la valeur\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                        MUSIQUE\n\n\n\ndes T em pliers ils combattront des procédés qui sont la\nnégation de toutes leurs préférences et de leur foi.\n  On a trop unanim ement déploré dans l ’œuvre des libret­\ntistes, les erreurs historiques et les naïvetés poétiques\nqui l ’émaillent, pour que nous nous y arrêrions. Recon­\nnaissons cependant que la donnée générale des T em pliers\nest intéressante et digne de séduire un compositeur.\n   L ’interprétation m asculine des T em pliers est tout à\nfait supérieure : MM. E n gel, B érardi, Dubulle, Renaud\nont chanté et joué leurs rôles comme les plus confiants\npouvaient l’espérer, et n’ ont pas peu contribué au succès\nde la pièce : par contre, Mme M ontalba n’est pas bonne\ndans le rôle d’Isabelle. Il nous coûte de renier nos pre­\nmières illusions, m ais, nous l ’avouons, nous ne pouvons\nnous faire à cette vo ix fatigante, toujours inquiète et\njam ais reposée, qui tient l ’auditeur dans une énervante\nanxiété.\n  L e balletest fort jolim ent réglé; les chœurs m archent\nbien, l’orchestre est parfait comme toujours et la mise\nen scène est étonnante de richesse et de goût.\n\n                                          M a r iu s R e m y .\n\n\n\n                   M O R S E T V IT A .\n\n  E n core un chant du cygne : celui de Charles G ounod.\n  L e com positeur, tombé dans un m ysticism e exagéré,\nn ’ y a pas trouvé l’inspiration qu’il espérait pour écrire\nune œuvre religieuse d’aussi longue haleine que M ors\net Vita.\n  Rédem ption, donnée précédemment, était beaucoup\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "110                    LA BASOCHE\n\n\n\nplus rem arquable, car l ’auteur pouvait y trouver des\nscènes convenables à son tempérament essentielle­\nment vivant. A ussi longtemps que Gounod s’est borné\nà chanter l ’amour et la vie, il a produit des œuvres de\nréel mérite, et dont quelques unes resteront. N ’ayant\npas la puissance de conception qu’exige l ’art religieux,\nil la rem place par le bruit et par des enharmonies\nbizarres qui sont désagréables bien plus qu ’em poi ­\ngnantes. Gounod n'est puissant que lorsqu’il confine\nson inspiration dans l’harm onie pure et l’accord par­\nfait. M ors et Vita contient des passages de haut intérêt,\nmais ceux dont j’indique plus haut le caractère, pro­\nduisent certainement le plus d’im pression. Les pages\nqui disent la m ort et le néant sont ternes, on y sent\nl ’effort, le traînement que s’ impose le musicien pour\nne pas entonner tout à l ’instant le H osannah de déli­\nvrance. E n somme, si la grande trilogie sacrée de\nGounod est appelée à figurer honorablement parmi ses\nœ uvres, les plus estimées de celles-ci seront toujours,\nm algré les regrets exprim és par l ’auteur à leur sujet\n— Faust et M ireille — et quelques autres opéras peut-\nêtre. « Ceci est mon dernier péché, disait Gounod à la\nrépétition générale, en s’adressant aux exécutants;\ntâchez de me le faire pardonner. » L a société de\nMusique, qui a interprété l ’œuvre de façon parfaite, a\nexaucé cette prière. Mais si le succès de M ors et Vita\na prouvé à l ’auteur qu’il était pardonné, puisse son\nintelligence artistique lui faire com prendre tout le\ndanger d’une récidive.\n\n                                                M. H.\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                         MUSIQUE                        111\n\n\n  Les journaux nous apprennent que le com positeur\nE r a s m e R a w a y vient d’achever une grande sym phonie.\nN ous nous rappelons le succès tout artistique rem ­\nporté par sa dernière œ u vre: les A dieu x, il y a deux\nans. M. Raw ay est, sans contredit, un m usicien de la\nplus haute valeur, et des prem iers du pays. A ussi,\nespérons-nous, avec tous les partisans de la jeune\nécole, entendre cet hiver à B ruxelles la sym phonie\nannoncée.\n\n                 CO N CERTS R U SSES\n\n  L e 8 janvier, la Société d’Em ulation de L iége donnait\nune audition de m usique russe ; — le dimanche suivant,\nle Concert Populaire de Bruxelles était presque exclu­\nsivem ent consacré à l’audition d’œuvres russes, — et\nquelques jours après, au théâtre royal de L iége, avait\nlieu la 1 re représentation du « P rison n ier du C aucase »\nopéra de César Cui : ces trois solennités m usicales en\nl ’honneur de la nouvélle E cole Russe, avaient attiré\ngrand monde, les critiques des principaux journau x,\nles artistes, les littérateurs, les gens de goût. L es\ncom positeurs Borodine et C ui, héros de ces fêtes\nartistiques, y assistaient, auprès de la Comtesse de\nM ercy-Argenteau, leur initiatrice. L ’interprétation de\nl’orchestre de Bruxelles, sous la magistrale direction\nde M . J . Dupont, a été m erveilleuse, et les acteurs du\nthéâtre de Liége n’ont pas été inférieurs à leur tâche.\nL ’an dernier, les prem iers concerts russes furent orga­\nnisés à Liége sous la vaillante direction de M. Jad oul,\nconcerts très intéressants, et dont les program m es\nétaient certes des m ieux composés.\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "112                    LA BASOCHE\n\n\n\n   L e plus original, le plus puissant des trois m usi­\nciens est bien B orodin e. Incontestablement, il nous a\nsemblé le plus inattendu ou le moins « déjà vu », le\nplus national. Son inspiration est profonde, et dans\ntoutes ses productions, il y a de la fluidité, de l’espace,\nun magnétisme tout moderne, une poésie étrange.\n  R im sk i-K o rsa k o ff a m oindre valeur. Sa qualité\ndom inante est le pittoresque de l’orchestration, le\ndessin de la com position. Mais la pensée interne\nn ’anime pas toujours l’œ uvre, comme chez Borodine.\nLes développements du sujet ne paraissent pas logiques,\nsuivent la fantaisie des trouvailles. Son art vit d’une\nvie toute extérieure, curieuse, intéressante, qui flatte\npar ses richesses, mais n’émeut guère.\n   Cui est le m oins rem arquable des trois. — Ses\ncompositions sont belles, adroites, ingénieuses si l’on\nveut, mais peu originales. L a musique de cet auteur\nest cosmopolite, non russe. Les « Suites-M iniatures »\nexécutées à Bruxelles, nous ont confirm é dans notre\nopinion 'sur cet art presque superficiel. E t L e P rison ­\nn ier du Caucase    nous a paru un opéra long sans\nraison d’être long, lourd et sans souffle. C ’est dit on,\nle m oins fort des opéras de Cui. L e       directeur    du\nthéâtre de Liége l’aurait fait exécuter de préférence\naux autres, pour ménager une transition aux auditeurs;\nen voulant être habile, on a été peu politique. Il fallait\nau contraire étonner, brusquer par l’œuvre la plus\noriginale; l’auteur d’abord n’aurait pas été sacrifié, et\nles auditeurs, sans nul doute, auraient été plus\nsatisfaits.\n                                               H. C h.\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "     LIVRES N O U VEAU X\n  L Y S I A N E D E L Y S I A S , par M a x W a l l e r . Chez\nCallewaert, B ruxelles. Un beau volume sur vélin,\nbroché en parchemin.\n   Des deux nouvelles qui composent ce livre, nous\npréférons de beaucoup G reta F ried m a n n , non pas\nque les types en soient bien neufs : U ne Gretchen, un\nF au st — moderne, qui fréquente la R o y a le et l'Eden\n— et un vieux savant allem and; m ais à cause de sa\nfraîcheur et de sa vivacité. G reta possède de réelles\nqualités de douceur et d’ émotion, un charme non sans\nm élancolie, et une véritable richesse descriptive; le dia­\nlogue y est alerte et pimpant, et, n ’en déplaise à l ’auteur,\nnous prisons plus haut le style de Greta que celui de\nL y sia n e de L y sias.\n    Cette dernière œuvre a été, visiblem ent, écrite sous\nl ’impression encore subsistante de la lecture du Vice\nSuprêm e ; l ’auteur est hanté par la vision de Léonora\nd ’Este, tandis qu’il peint sa L ysiane. Comme en un\ncauchem ar, nous apparaît cette hautaine et inquiétante\ncomtesse, videuse de corps et de cœurs. N ous croyons\nce roman élaboré en une période de transition; ainsi\nd’ailleurs nous le présente M . Max W aller en sa préface.\n  Nous parlions tantôt du style de L y s ia n e ; ceci nous\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": " 114                    LA BASOCHE\n\n\n\n  remet en m ém oire une fort plaisante épître, que\n M. W aller écrivit à l’E stacade, l ’été dernier; il y\n avouait rieusement, qu'à propos de L a Vie B ête ,\n l ’éditeur Brancart s’était fourré le ... nom dans l’œ il.\n   « Je relus ma première phrase : « Ce jour-là il avait fait\n » brûlarit; un soleil torride avait grillé l'herbe et des\n » trombes de poussière avaient        » trois avait en deux\n » lignes; un style d’auvergnat; je trouvais ça très bien. »\n   Nous allons peut être stupéfier puissamment M . W al­\nler, m ais q u’il nous permette de le lu i dire: « il continue\nà trouver ça très bien. » Nous citons :\n  » Et maintenant que le terme était venu que Lysiane, avec\n» la surprenante clairvoyance de la femme avait clos sa\n» robe comme on ferme une prison, avant la venue du\n» Dégoût suprême, il venait... » (Page 6.)\n   Encore, page 12 :\n   « Le cercle se composait de tous gens du high-life\n» bruxellois, panaché de rastaquouères, les uns affinés\n» superficiellement par la vie de salon dans les ambassades......\n» Cuaras était arrivé à Bruxelles, fourni d’argent, Qu’un\n» ami malin l’aidait à dépenser. Clergery était au demeurant,\n» le seul être officiellement taré du groupe, où il n'était\n» qu'à force de courbettes et de petits services q u i\n» l ’ a v a i e n t rendu indispensable de Leuze, un comte\n» romain, et le duc Grégory de Perriane, étaient les seuls\n» Belges du cercle, q u i ne comptait d’assidus q u e les\n» sept jeunes gens q u e nous trouvons réunis. D ’Astor\n» avait émigré après la Commune et Pablo de Drasz\n» attendait, pour retourner en Roumanie, d’avoir son grade\n» d’ officier...\n  Encore, page 24 :\n  « On nous met dans la main et dans la tête des cliosettes\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                         LIVRES NOUVEAUX\n\n\n\n    » intitulées A R e b o u r s ou autre chose, vite! vous criez :\n    » Nous décadons          mais je ne décade pas, moi... je fais\n    » bras de fer pour l'un et mon devoir pour l'autre... Quand\n    » vous venez me parler d’un tas d’inventions byzantines ou\n    » autres, j’ ai envie de vous dire : allez vous laver ! Cela\n    » n’empêchera pas un tas de bonshommes comme moi d’ en\n    » faire d’autres... »\n\n      N otre bonne foi nous interdit d’em ployer, en parlant\n    de ces citations, le cliché de rigueur : « pris au hasard »,\n    mais il n'en reste pas moins vrai que la discipline de\n    l'écrivain est relâchée dans L y sia n e, et nous pour­\n    rions signaler plus d’un passage encore, valant ceux\n    donnés plus haut.\n      Certes, nous m ériterions d’être appelé pédant ergo­\n    teur, en relevant pareilles tares dans une œuvre de\n    longue haleine ; mais tel n ’est pas le cas, et nos rem arques\n    sont d’autant plus justifiées, que jam ais, ju squ’ici,\n    M. W aller n’avait prêté le flanc à ce genre de critique.\n      L ’aristocratism e du rom an nous paraît parfois dou­\n    teux: que dire, par exemple, de ce dialogue entre le duc\n    et la duchesse de Perriane :\n      — Je vous écoute, madame, prononça-t-il.\n»     — Voici, mon cher maître.,. Vous ê t e s l i b r e   de   ch er­\n\n    ch er   DEHORS CE QUE VOUS NE TROUVEZ PLUS D ED A N S;...\n    vous êtes donc bien libre et Dieu me garde d’invoquer un\n    titre d’épouse, qui n’ est ratifié par aucune loi sérieuse, pour\n    vous rendre la vie désagréable par des récriminations dignes\n    des gens de peu...\n      Est-ce ainsi que M . W aller nous revèlera la race,\n    nous fera découvrir « la grâce moderne mêlée à la\n    beauté simple des vieilles souches nobles ? »\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "11 6                    LA BASOCHE\n\n\n\n  D’un autre côté, nous trouvons une rare élégance et\nune richesse du m eilleur goût, dans le détail des acces­\nsoires du rom an; sur lequel la plus juste appréciation a\nété portée par M . W aller lui-même, en sa préface à\nJoséphin Péladan. où il avoue :\n  « Lysianede Lyslas a été écrite dans cette période critique\n» du style où, partant de la note sincère, mais telle qu’elle\n» et maladroite,l’écrivain fait un effort pour raffiner son art\n» et le mener, peu à peu, vers la forme définitive de l’œuvre.\n  « Cette œuvre n’est ni celle-ci, ni la précédente, et je sens\n» très bien combien il y a dans tout ce volume ce que nous\n» nommons des trous. »\n  Il n’y a rien à ajouter ni retrancher à cela.\n  L e charmant, très fin et très fantasque diseur de\nContes y annonce l ’intention de rem placer son pour­\npoint chatoyant par une cuirasse lourde. Ira-t-elle\naussi bien à sa taille?\n   Nous le souhaitons de tout cœur, car curieux et rare\nserait le livre vif, pétulant, paradoxal, capricieux et\ntriste tout à la fois, que nous donnerait M . W aller,\naffranchissant sa personnalité, et dégagé comme il l ’est\nde toute entrave d’écoles.\n                                                   Evr.\n   Pour paraître prochainem ent, du même auteur :\nL a flû te à S ieb el et N ouvelles com m e ça.\n\n   L 'IM IT A T I O N D E N O T R E -D A M E L A       LU N E\nselon J u l e s L a f o r g u e . Léon V anier, éd.\n  Combien d e discrets, la s des pom pes du so le il et lui re ­\nprochant — bien injustem ent,car le sait-il ? — le tumulte\ncourtisan et affairé des capitales, ont, en leur intimité,\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                      LIVRES NOUVEAUX                     117\n\nconstruit des sentiments les plus sidéraux et les plus\nadmiratifs, extasiés et blancs, une chapelle à la Lune\noù ils mirent leurs prose, vers, peinture, en ex-voto.\n  Du temps préhistorique, ou très empiriquem ent,\nune traînée de blanc frisée à ses lim ites, on parcourait\nle corps d’End ym ion, des poètes ont dit ses charmes.\nEvoquons le plus musical des poèmes en prose de\nBaudelaire et ces pages de Salam m bô.\n  M. Jules Laforgue vient d’apporter sa contribution\nà ce culte nocturne. Ce n’est ni Sélèné, ni T an it, ni\nCelle qui dit : « T u subiras éternellement l’influence\nde mon baiser. T u seras belle à ma m anière », mais\nune L un e jolie et qui le sait, aux contingences philo­\nsophiques. E lle s’avance dans une nuit pleine de silen­\ncieuse infinité c laire; pas le m oindre écho des gens de\nla terre. C ’est la\n                      “ Dame très lasse\n                      » De nos terrasses. »\n  On éprouve une déception de n ’y pouvoir aller; au\nmoins si on la connaissait m ieux, docum entairem ent !\net M . Laforgue nous dit son clim at, sa faune, sa flore.\nC ’est dans un permanent automne, de la nacre, ivoire,\nporcelaine, m ercure en geysers, craie, et des nécro­\npoles, des cratères éteints, des cataractes l’air en zinc\net des dolmens par caravanes, des cygnes, des paons\nblancs, des sphinx, des rennes aux andouillers de\ncristal, des ours blancs\n       « graves comme des Mages, vont déambulant\n       « les bras en croix vers les miels du divin silence »\net des fleurs fixes, m andragores à visage, des palm iers\nde corail ivoirin, des lys m armoréens, etc...\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "118                      LA BASOCHE\n\n\n\n  E t cette Lun e a sur terre ses succédanés, elle en a\nentre lune et terre, des Pierrots sceptiques, corrects,\nfrugaux, doux et dandys; ils disent des choses mi-\ntristes, m i-creuses, sont toujours spirituels et particu­\nliers ; nous renvoyons les cu rieux du vers et les\népris de la L un e à la plaquette finement ouvrée ; ils y\ntrouveront les litanies aux Prem iers Q uartiers, les\nlinges, les stérilités\n                  « des félines Ophélies\n                  « Orphelines en folies. »\n  N ul doute que ces vers délicats n ’eussent touché le\ntrès pur poète et roi des N octam bules,Gérard d eN erval.\n\n                                                     S. S.\n\n\n   L E S F L A M B A IS O N S , par Lucien Dhuguet. —\nP aris, G iraud, éd.\n  E t d’abord, pourquoi cela s’appelle-t-il les F la m b a i ­\nsons ? Est-ce pour q u ’on jette le livre au feu après — ou\navant — l ’avoir lu ? L ’auteur, m alheureusement, n ’a\npas consacré le m oindre bout de préface à expliquer\nson titre.\n  Toujours est-il que les F lam baison s, puisque flam ­\nbaisons il y a, sont une série de petites poésies très\ninsignifiantes, sans la m oindre inspiration, le plus\npetit souffle; c ’est laborieusem ent fabriqué, à grand\nrenfort de chevilles, et les saçrifices forcés faits à la\nrim e amènent des choses étonnantes, souvent incom ­\npréhensibles.\n  L ivre très nul, en somme, mais amusant pour ceux\nqui aim ent à rire. J e cite :\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                             LIVRES NOUVEAUX                             119\n\n\n                    « A la vieille horloge du temps,\n                    » L'airain, d’une voix argentine,\n                    » Sonnera vos dix-huit printemps.\n    V oici le        temps, possesseur d’une vieille horloge\n dont l’airain sonne les printem ps                        des demoiselles,\n d’une voix argentine! U n amateur de curiosités, le\n Tem ps !\n   N ’allez pas croire que l ’auteur s'im agine écrire des\nchoses transcendantes; il confesse avec une modestie\n m erveilleuse qu’il n ’atteint pas le talent de Dorât :\n                   « Encor si j’avais la plume\n                   » Leste et fine de Dorât?\n                   » Je songe avec amertume\n                   » Que son goût me manquera.\n    Ce pauvre m onsieur Dhuguet! Qu’ il jette loin de lui\nce calice d’amertume. Dorât, m algré tout son goût,\nn ’aurait jam ais trouvé ceci :\n                   « Mais ce que je ne puis rendre,\n                   » C’est la voix au timbre d’or,\n                   » Le regard malin et tendre,\n                   u V r a i s o l e i l d e M e s s id o r .\n    !!!!\n    E t puis, il a des titres exquis, M. D huguet; deux\nsurtout exhalent une saveu r                         : F eu illets intimes\nB uen-retiro.\n    Enfoncé, D orât!\n                                                                B . O. V .\n   O R A IS O N F U N È B R E du docteur A drien P élad an\nfils, p a r J o s è p h i n P é l a d a n .\n  Poète, orientaliste, archéologue, médecin et m a g e ,\n— ne prédit-il pas la guerre et la Comm une, et en 1879,\nau tém oignage irrécusable de son frère, n’au gura-t-il\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "120                      LA BASOCHE\n\n\n\npoint les circonstances de sa propre m ort? — cet\nomniscient, enfin, qui fût Adrien Péladan, succom bait\nrécem m ent« empoisonné p a r un m édicam ent étran g er »,\navant la réalisation de l’œuvre grandiose dès longtemps\nprojetée : sa Philosophie des Sciences.\n  Après avoir, homme, combattu la maladie qui le\nterrassait ; catholique,     les pharisiens de son parti ;\nsavant, la science athée et m atérialiste, il se retira\nde la vie militante.\n   Un    épisode    est à retenir      dans    cet   apostolat\ndouloureux ; un enseignement est à retirer de cette\nm onstrueuse ignom inie dont se rendirent coupables\nles étudiants sectaires et intolérants de M ontpellier.\nEcoutez :\n  « Insoucieux de la rancune athée, Adrien Péladan vint à\n» Montpellier passer les derniers examens et la thèse.\n» On l’avait d’abord refusé à une autre faculté pour une\n» composition écrite sur la graine et quand il alla demander\n» la raison du refus à son examinateur, il reçut cette réponse\n» mémorable : « C’était trop fort pour un élève, j’ai cru que\n» vous aviez copié ! » Aux épreuves orales de Montpellier, de\n» semblables défaites ne valaient plus ; ce savant catholique\n» allait prendre le bonnet, malgré sa foi ; mais les étudiants\n» sans Dieu se coalisèrent en un dessin si noir que je ne\n» saurais indiquer le semblable dans l’histoire; et quand\n» Adrien Péladan fils parut dans la salle d’examen, une\n» clameur s’éleva qui ne cessa plus ; ils étaient quatre cents\n» hurleurs; les professeurs déjà arrivés s’épeurèrent et\n» fuirent, les autres épouvantés ne se montrèrent pas, et du\n» doyen au dernier des étudiants il n’y eût à cette heure là que\n» des lâches dans cette célèbre faculté ; que l’opprobre de\n» cette barbarie reste à jamais sur Montpellier ! L ’infortuné\n» médecin catholique eût une décomposition du sang et\n» manqua de périr, »\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                  LIVRES NOUVEAUX                      121\n\n   A la suite de ce guet-apens infâm e, A drien Péladan\nren o n ça... « E t verbum caro fa ctu m est , et cette\nintelligence s’est faite charité. » M édecin des pauvres,\nil donnait la plupart du temps la consultation, le\nremède et une aumône » : les N îm ois, ses concitoyens,\nreconnaissants, l ’appelèrent so rcier !\n  S u r cette tombe, prém aturém ent creusée, Joséphin\nPéladan a prononcé une oraison funèbre qui dépasse\nen grandeur celles de Bossuet lui-m êm e. L ’évêque\nde M eaux célébrait la vie de princes qu’il n ’aim ait\npeut-être guère; l’auteur du V ice Suprêm e pleure la\nmort d’un frère.\n Il le grandit, l ’ exalte, le m agnifie, en écrase ses\nchétifs et ignorants auditeurs. P u is, soudainement\nhum ble, prosterné, il dit une invocation sublim e,\nd ’une extraordinaire beauté m ystique, où s’exalte sa\ncroyance enflammée, et dont, par respect, nous\nnous refusons de citer une ligne ici. L e frère outragé,\nm eurtri, accablé sous le poids des douleurs, l’ écrivain\nhautain, abdiquant ses justes rancunes, hum iliant ses\norgueils, s’agenouille et le front incliné vers la terre,\n— prie.\n                                               A . G.\n\n  L A -I-T O U ! — L 'E d iteu r H enry Kistem aekers vient\nde faire paraître en un mignon livriculet L a-ï-tou , par\nEdm ond Lepelletier. Ce volume est le prem ier d’une\nsérie de six, d’exigu form at, qui paraîtront sous le\ntitre de i É dition p riv ée. » L e prochain sera K e es\nD oorik, de Georges Eekhoud.\n  La-ï-tou, étrange petite étude psychique, n ’est pas né\nd’aujourd’hui. Ja d is, une feuille parisienne peu connue,\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "122                        LA BASOCHE\n\n\n\ndepuis longtemps défunte, le publia non sans succès.\nC ’est le mérite de M. Kistem aekers d’avoir su goûter\nl ’exquisité d’une œuvrette naïvement émue, peu pré­\ntentieuse, et q u’il eût été cruel d'enterrer à tout jam ais.\n\n                   E N P R É P A R A T IO N .\n\n  Ceux de D em ain , études sur les écrivains de la jeune\ngénération, par Oscar M éténier (Giraud, éd.).\n   Outre R hin , roman de jeunesse, illustré par Caran\nd’A ch e , par Oscar Méténier (Marpon et Flam m arion, éd.).\n   L a B ohêm e B ou rg eoise, par O scar Méténier, paraî­\ntra le 1 er octobre prochain, chez H enry Kistem aekers.\n\n\n   L e 15 m ars, notre collaborateur Paul B erlier fera\nparaître sous son pseudonyme : S apho, un volume de\nvers, S C H E R Z A N D O , r i m e s f o l l e s , tiré à deux cent\nvingt-trois exemplaires, dont deux cents sur papier vergé,\nvingt sur papier de H ollande et trois sur grand papier\ndu Ja p o n ; ces exem plaires, paraphés et numérotés, ne\nseront pas mis dans le commerce. L e volume est\nenrichi d’une superbe eau-forte de Léon Dardenne.\n\n\n  Depuis quelques jours, l ’éditeur Kistem aekers a m is\nen vente la T eign e, le roman si longtemps attendu\nde Lu c. Descaves. P a r la suite, viendront Virus\nd'A m ou r, d’Ad. Tabarant, et Caresses P erdues d’ H enri\nNizet, un roman parisien que l ’auteur des Béotiens\nétudie en ce moment sur place.\n   P o u r prendre date et titre, signalons encore, d’Ad. T a ­\nbarant, deux œuvres su r le métier : Vécu, nouvelles\nparisiennes, et Z ola et sa queue, essai de critique litté­\nraire basée sur un nouveau système d’observation.\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "Chronique de l’Art et du Livre\n\n   Ce no de la Basoche contient une eau-forte de Jan Toorop.\nA la veille de l’ouverture du salon des X X , nos abonnés\nnous saurons gré de leur offrir une oeuvre du jeune maître,\nun des plus solides et sincères talents du groupe impression­\nniste.\n\n\n  J.-K . H u y s m a n s travaille en ce moment à un nouveau\nroman, dont l’ apparition est impatiemment attendue par les\nadmirateurs de ce nerveux artiste. Impatience justifiée,\nd’ailleurs, — car, après A Rebours, ce livre quintessencié,\nne pourrait-on appliquer à son auteur le verdict porté sur\nBaudelaire par Barbey d’Aurevilly, au sujet des Fleurs du\nMal : — « Il est tenu de se taire maintenant, car il a dit les\n« mots suprêmes sur le mal de la Vie, — ou de parler un\n« autre langage. »\n\n\n  La Jeune Belgique a donné il y a quelques jours, par l’organe\nde M. Henri Maubel, la troisième de ses conférences sur elle\nmême, depuis l’hiver; on nous assure que ce n’est pas la der­\nnière. Nous n’y trouvons rien à redire, certes; plus on\nsecouera le public, mieux cela vaudra — à la conférence dont\nnous parlons, il y avait quarante-deux personnes, dont six\nJeunes Belgique et un buste de Sa Majesté le Roi — mais\ncomment diablenos copains font-ils leur compte, en cette boite\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "124                     LA BASOCHE\n\n\n\nà domino qu'est notre bonne ville de Bruxelles, pour se\npousser ainsi les uns les autres sans finir par se bousculer?\n\n\n\n  Notre collaborateur Achille Chainaye, le statuaire des X X ,\npublie en ce moment dans la Réforme, une série d’articles à\nrévélation sur les artistes de l’Ecole de sculpture flamande.\nD ’après lui, les flamands du bronze et du marbre auraient eu\nune très forte école de sculpture dont on se doutait très peu,\nnos peintres ayant toujours absorbé à eux seuls l’ attention.\n   M. Chainaye prépare un long travail sur le sujet, et il y a\nheu de s’en féliciter, car peu nous semblent plus autorisés\nque lui à commenter la véritable valeur de nos productions\nnationales en statuaire.\n\n\n   En mars prochain, aura lieu, sous le haut patronage de\nJean Portaels et Jean Rousseau, l’ouverture de l’exposition\nAgneessens, que nous avons réclamée l’ an dernier.\n   Le comité, composé du docteur Lequime, l’amateur bien\nconnu, de MM. Van der Stappen, Blanc-Garin, Hennebicq et\nSolvay, réunit en ce moment un choix d’œuvres du grand\nartiste. Il a obtenu la libre disposition du palais des Beaux\nArts pour ouvrir cette exposition. Nous espérons bien que\nle ministère des Beaux Arts ne laissera pas s’échapper l’occa­\nsion d’acheter quelques-unes des œuvres du maître peintre ;\nil comblera ainsi une lacune regrettable du M usée de Bruxelles.\n\n\n\n  La littérature est dans le marasme. — Ce mois ci, la Jeune\nBelgique n’a eu à relater ni le moindre procès, ni le duel le\nplus insignifiant ; pas même une effleurante chiquenaude 1Les\névénements ne voudraient-ils plus servir nos impétueux\namis? — Contraignez les donc à rester à votre dévotion,\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                         CHRONIQUE                          125\n\n\nmaladroits ! Que de gens vous bousculent en rue? Etripez-les !\nce sont des ennemis du jeune mouvement ! Que de réver­\nbères, que de bornes-postales vous forcent à des détours?\nRenversez les, ce sont des succursales de l 'Office de Publicité.\nOn est J . B. ou on ne l’est pas, que diable! Puis, égorgez\nun dindon, trempez votre numéro dans le rouge, et hurlez\naux vents : n u m e r o d e c o m b a t !\n\n   J e f Lambeaux et Conviens. — La galerie du Cercle Artis-\nne chôme plus depuis près de deux mois. Les expositions s’y\nsuccèdent presque sans interruption. La plus intéressante\nd’entre toutes fut récemment celle du statuaire Lambeaux et\ndu paysagiste Courtens.\n   Le sculpteur a obtenu un très grand succès avec son\ngroupe La folle Chanson, bien éclairé cette fois, et le Coureur\nde la fontaine d’Anvers, modelé jadis pendant le séjour de\nl’artiste à Florence. Plusieurs bustes et une petite fontaine\nen bronze, composée de cygnes gracieux et d’une sorte de\nLéda adorable, complétaient l’ensemble de Je f Lambeaux.\nLe plus remarquable de ces morceaux était sans conteste\nle marbre de la Rieuse. Ce buste palpitant de vie étonnait\npar la simplicité des moyens d’exécution.\n   Frans Courtens a retiré moins de profit artistique de la\nconfrontation de ses oeuvres entre elles. Après les avoir\npassées toutes en revue, il nous a semblé que le talent du\njeune peintre était fait plutôt de « fabrication » que d’émo­\ntions réelles et diverses.\n   Tant pis, c’est encore une illusion perdue...\n                                                 J . C.\n\n\n  Nos artistes méconnus. — Le 17 janvier, au cimetière de\nSchaerbeek, où repose le peintre Louis Dubois, M. Camille\nLemonnier a prononcé, à l’inauguration du médaillon du\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "126                       LA BASOCHE\n\n\n\nsculpteur Van der Stappen, un discours vibrant d’émotion\net de superbe indignation. Un grand nombre de peintres et\nde sculpteurs, le Cercle des X X , la plupart des rédacteurs de\nl'Art Moderne, de la Jeune Belgique et de la Basoche s’étaient\nfait un pieux devoir d’assister à cette cérémonie d’hommage\net de réparation.\n\n\n La Question Wagner a remplacé la Question du G ai et la\nQuestion de la Crémation.\n   « Paris est Mont, il est Tour, il est Phare... » Il effare sur­\ntout par les scènes qui s’y passent actuellement, à propos de\nL o h e n g r in . Urbs, Αστυ, la Ville par excellence, le grand\ncentre des commis voyageurs, des maquignons et des auver-\npins, ne veut pas permettre à M. Carvalho de monter L o h e n ­\ng r i n . A défaut de M. Deroulède, trop occupé par la présidence\n\nd’honneur des gymnasiarques et des orphéonistes de France,\nune deroulède femelle, bas-bleu déteint qui préside aux des­\ntinées de la Nouvelle Revue, se fait la Don Quichotesse des\nstupides hostilités patrio tardes contre l’art de Wagner.\n   Heureusement pour l’honneur du génie français, la mino­\nrité, c’est-à-dire, les artistes et les gens d’âme, protestent\navec énergie.\n\n\n\n   A la Bibliothèque Royale, on refuse de parti pris une foule\nde livres; la demande d’ un Zola, par exemple, hérissonne\nles étonnants employés. Dernièrement, M. Waller ayant\nréclamé les Contes de la Reine de Navarre, un des singuliers\nconservateurs qui trottinent entre les bancs de la salle de\nlecture, refusa net de satisfaire notre imberbe confrère.\n« Vous voulez lire des contes, mon jeune ami? lisez ceux de\nSchmidt ! » — « J ’ en fais, Monsieur, par deux t, a soupiré\nWaller, et triste, il s’en est allé, par l’allée, tristement\ns’en est allé.\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                          CHRONIQUE                            127\n\n\n   Il nous a été donné de voir, il y a quelques jours, l’expo­\nsition de M . Middeleer, élève de Frantz Meerts.M . Middeleer\nsuit les traditions des gothiques, serre la forme de près, et\ncherche à la comprendre jusque dans ses moindres détails.\nSon exposition nous montre lés études qu’il a faites en Italie,\noù il a accompagné F. Meerts. Très intéressantes et pitto­\nresques, elles lui seront de précieux documents pour les œu­\nvres qu’il a entreprises.\n\n\n   La presse a ronflé, le mois dernier, ses laudations les plus\nsuperlatives, à propos du Théâtre de la Bourse, la nouvelle\nsalle de spectacle ouverte à Bruxelles. On a parlé d’art\ndécoratif, de Mille et une Nuits, de splendeurs orientales, de\nsalles célèbres dégottées à jamais.\n   L ’ art décoratif n’a rien à voir en cette affaire, et la réputa­\ntion des salles célèbres peut être sans inquiétude : Le théâtre\nde la Bourse est bourgeois, criard, d’un luxe lupanaresque ;\nsa décoration de bazar n’est qu'une camelotte de papier\nmâché, de carton-pâte et de plâtras. Un mauvais goût atroce\na décoré les colonnes et plaqué des macarons partout, tendu\nles vélums sans un pli gracieux, réalisé une salle archi-vul­\ngaire, où l’escalier seul met une note inattendue On objec­\ntera qu’une décoration artistique eût coûté fort cher; soit,\nmais alors, qu’on laisse l’art de côté, et qu’on ne le fasse pas\nmonter tapageusement sur cette galère.\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "                           J A N V I E R · GUIGN OL\n\n\n Ja n v ier , de la neige aux manchettes,    Oh froides, froides , combien froides\n — Tour singer monsieur de Buffon , —        Sont les choses de ce temps-cil\n A servi chaud sur leurs brochettes          Naquet, danseur de cordes roides,\n Les vers du Sahara-bouffon.                 Sur son luth s’arrête , transi.\n «Jean n’est pas mort parmi les Maures, \"   Pontonnier ju ré des rivières\nClame Caliban-Bergerat,                     Le fro id donnerait au Jourdain\nEt les critiques matamores                  Lut même de ses estriviéres\nGueusent à qui l 'hébergera.                S i Kisletn n'avait son gourdin ...\n\nL a M er fera bien des banquises            Et cependant au téléphone\nAn boréal faubourg! gare au                 Des enfers, Meyerbecr entend\n‘Pudique effroi de tes marquises,           L e s T e m p lie rs et reste aphone\nPetit polisson : F ig a r o !               Devant ces souvenirs d'antan .......\nConserve un sarment de réclame              Ça donc, poètes, que l ’on triche,\nPour chauffer Dau det-Tar tarin ;           Versez du b le u dans l’hydromel :\nL e pauvre a du sorbet dans l ’âme          Richepin mange du pain riche\nComme le Mont Blanc , son parrain.          Sur un comptoir de caramel!\n\n\n                                                            P U L C IN E L L A .\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "   La Société ’Nouvelle, la vaillante revue qui naquit en même\ntemps que la Basoche, entame superbement sa deuxième\nannée d’existence; nous y relevons une magnifique page sur\nl’Ardenne de Camille Lemonnier, la suite des très pitto-\nresc ’.es Vacances de James Van Drunen, un Courrier Pari-\nsiei ^lein de verve et de captivant intérêt, signé par Jean\nBernard, des chroniques littéraire par A . James et musicale,\npar Ch. Delgouffre : enfin, des articles économiques de\nMM. E. Pignon, H, Girard, H. George et F. Borde.\n\n\n\n   Voici la liste complète et définitive des artistes qui partici­\nperont au proci&in salon des X X dont l'ouverture aura lieu\nle 6 février.\n  Belgique : Charles Hermans. Leopold Speekaert, peintres ;\nAuguste Danse, graveur.\n  France : Albert Besnard, Ciaude Monet, Auguste Renoir,\nFrédéricZandomeneghi, peintres ; Ferdinand Gaillard, peintre\net graveur; Henri Guérard, graveur; Odilon Redon, dessi­\nnateur; Joseph Carriès, sculpteur; Oscar Roty, graveur en\nmédailles.\n   Pays-Bas : Isaac Israels, G.-H . Breitr.er, peintres.\n   Angleterre: Clara Montalba, aquarelliste.\n   Italie : Adolphe Monticelli, peintre.\n   Norwège: Fredrik Kolstô, Christian Krohg, peintres.\n  Etats-Unis : William Chase, James M. Neill Whistler,\npeintres.\n\n\n   M. Vittorio Pica publie dans la G a z e t t a L e t t e r a r i a\n de Turin, une série d’articles sous la rubrique I. Moderni ■\nBizantini. L ’auteur y analyse les œuvres de Francis\nPoictevin, Joris Karl Huysmans, Paul Verlaine. Ces critiques\ndénotent chez leur écrivain une profonde connaissance des\nlettres françaises jointe à un consciencieux et intelligent\nexamen des œuvres qui l’occupent.\n   M. Pica continuera son travail sur ceux qu’il appelle les\n« Moderni Bizantini » par des études sur Péladan, Villiers de\nl’Isle-Adam, Rollinat, Loti, Moreas, etc., ainsi que sur nos\ncollaborateurs Stéphane Mallarmé, Théo Hannon, Stanislas\nde Guaita, Jean Lorrain, René Ghil.\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "N ° 14 (tome II , n° 2 )                             C IN Q U A N T E C E N T IM E S                                             F év rie r 1886\n                                                                (sans l'e a u forte)\n\n\n\n\nRETVE                   ffiERSVELIiE DF LiriTOERKTCVRE ET                                                                               D’RRW\n\n       I                                                                 ---------- ,\n\n\n                                                         SOMMAIRE :\n     I. Dessin de J a n                T oorop,             gravé p a r ...........................                      E vely\n\n    II.               Fin de Race (Suite)...........................................................                     M a u r ic e F r is o n\n\n  III. Griseries (V ers).......................................... .....                                                J e a n L o r r a in\n\n  IV . Visions ( N o u v e l l e ) .........................................................................             A rn old      G o f f in\n\n   V . Cantique ( P o é s ie ) ..........................................................................               A lber t      M ennel\n\n  VI. Les C o n c u b in s ....................................................................... E v r e h a i l l e s\n VII. Chronique Artistique : L ’Essor ................................................                                  Jacques C h am pal\n\nVIII. Tablettes p a risien n es......................................................                                   Jean A ja l b e r t\n\n  IX. Musique : Les Templiers, Mors et Vita, les Concerts\n                  r u s s e s .......................................................................................   M a r iu s R é m y\n\n   X . Livres N o u v e a u x ...........................................................                                X.\n  X I. Chronique de l ’ Art et du Livre....................................                                              X.\n XII. Janvier-Guignol................................................................                                    P u l c in e l l a\n\n\n\n\n                                                                   BRUXELLES\n                                                                      J V lo E N S , jÜ D I T E U R\n\n\n                                                           7 , g a l e r i e b o r t i c K, 7\n"}]}