{"numero_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "articles": [{"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-201", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "n° 1 — tome II. mai 1896", "ancre_fin": "REVUS LITTÉRAIRE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE :", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "n° 1 — tome                    II.                mai 1896\n\n\n\n\nle coq rouge\n                 REVUS      LITTÉRAIRE\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-202", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE :", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 139, "fin_caractere_exclue": 1016, "texte": "SOMMAIRE :\nUne Cause littéraire                   MAURICE DES OMBIAUX.\nLe Déclin                              J. 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Maurice des Ombiaux, 6, rue de Bériot.\n\n     _Secrétaires de la Auguste\n                        rédaction\n                                             Biernaux,\n                                     Sander Pierron,\n\n  La copie devra être envoyée quinze jours avant l'apparition du\nnuméro, soit le I er de chaque mois,\n\n\nAdministration, Annonces,Abonnement,vente au numéro, s'adresser\n      à M. Longfis, 6, Montagne=aux=herbes potagères\n\n\n     l e s manuscrits non insérés ne seront pas rendus.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-205", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Page de titre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "le coq rouge Deuxième Année", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 201, "texte": "le coq rouge\n\n            Deuxième Année\n\n      MAI    1896 — AVRIL           1897\n\n\n\n\n            IXELLES-BÜUXJ3LL-ES\n  IMPRIMERIE ÉCONOMIQUE, NlCpî-Xa \"VXTaiïBKSWB»\n                38, rue de Trêves\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-001", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 1, "page_fin": 4, "titre_corps": "Une cause littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice des Ombiaux", "ancre_debut": "U N E CAUSE LITTÉRAIRE                       Firmin Van den Bosch s'oc", "ancre_fin": "B I A U X .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "DÉCLIN                                               à EMILE VERHAEREN.      .... E t la f", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": 1, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1751, "texte": "U N E CAUSE LITTÉRAIRE\n\n\n\n                   Firmin Van den Bosch s'occupe, sous ce titre,\n                    durant trois numéros du Magasin Littéraire, des\n                    démêlés que le Coq Rouge a eus avec une autre\n                    revue. Certes M. Van den Bosch peut, et c'est son\n droit, en penser ce qu'il veut et l'exprimer comme il lui convient, mais\n c'est également notre droit de constater qu'il parle de choses qu'il\n ne semble connaître que très imparfaitement. S'il avait lu notre revue\ncomme il a lu celle qu'il oppose à la nôtre, il n'aurait pas écrit que\nnous nous étions constitués les champions de l'Art social opposé à\nl'Art pour l'Art, pas plus que du vers libre opposé au vers régulier.\n    Tous les fascicules du Coq Rouge s'insurgent contre une pareille\nassertion. Depuis l'article de tête jusqu'à la fin des picorées, nous\ndéfions M. Van den Bosch de trouver une seule ligne établissant ce\nqu'il avance. Nous nous sommes toujours efforcés, au contraire, de\ndéfendre la liberté absolue de l'artiste, contre les formules que l'on\nveut lui imposer, que ces formules nous viennent d'une tradition mal\ncomprise ou du snobisme qui en invente chaque jour de nouvelles.\nNous avons revendiqué, pour l'écrivain, le droit de créer l'expression\nla plus adéquate à son tempérament et à ses aspirations. Nous avons\nconspué les maîtres d'école, aussi bien ceux de l'Art pour l'Art que\nde l'Art social. Nous pouvons donc prétendre que ce n'est pas en\nnous lisant que M. Van den Bosch s'est fait une opinion sur notre\ncompte, mais bien en nous regardant à travers le tissus de perfidies,\nde mauvaise foi et de malpropretés, que nos adversaires ont jeté sur\n\n                                                                     [\n"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": 2, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "                                 —   2   —\n\n\nnous pour travestir l'attitude que nous avons prise en fondant le Coq\nRouge et que nous n'avons cessé de garder depuis lors.\n    Notre intention manifestée catégoriquement dès la première page\ndu Coq était de rester en dehors de toute dispute, de toute querelle,\nqui ne profitent à personne d'autre qu'aux Pecuchets et aux Bon-\nhommets ayant pour chefs de file quelques mauvais petits journalistes\nqui ne manquent pas de se frotter les mains en comptant les coups.\nMais le caractère extra-littéraire des attaques auxquelles on s'est livré\nenvers nous, les insinuations que l'on faisait pénétrer dans les cabi-\nnets directoriaux des journaux quotidiens et les couloirs de ministères\npour nous susciter des désagréments dans notre vie privée, nous ont\nforcé à remettre les choses au point. Cela fait, nous nous sommes\nremis à travailler.\n   Vraiment, ce n'est qu'en lisant nos détracteurs et non pas le Coq\nRouge, que M. Van den Bosch a pu écrire ces lignes « malheureuse-\nment la discussion entre Parnassiens et Verslibristes ne se maintient\npoint longtemps aux calmes et sereines hauteurs de la théorie ; elle\ndescend bientôt au terre à terre des exagérations, des gros mots et\ndes personnalités. »\n    La seule théorie que nous ayons faite, a été de proclamer l'inanité\nde toute théorie. Les œuvres seules valent. Quant aux personnalités,\nelles nous sont fort indifférentes. Nous n'avons pas, nous, modifié du\ntout au tout notre appréciation sur le talent de tels ou tels écrivains\nparce que nous avions cessé de nous entendre avec eux au sujet de\nl'aménité que nous croyions due à un artiste tel que Verhaeren, dans\nla chronique littéraire d'une revue à laquelle nous, ses amis, collabo-\nrions.\n    M. Van den Bosch pour remplir convenablement le rôle de Salomon\nde lettres qu'il s'attribue auraît dû ne pas écouter qu'une cloche, car\nil n'a entendu qu'un son et ce son est aigre et faux.\n    Nous le regrettons, car son article est, à d'autres points de vue, loin\nd'être dépourvu de bon sens et de justesse; ainsi nous sommes parfai-\ntement d'accord avec lui lorsqu'il dit à propos de Verhaeren :\n    « La critique est indigne de son nom et de sa mission quand, par\nune incroyable aberration de parti-pris, elle prend prétexte des quel-\nques lacunes d'une œuvre pour lui dénier toute valeur et exagère les\n défauts d'un artiste pour pouvoir d'autant mieux se dispenser de\n reconnaître ses mérites; ne cherchons pas les poux dans la crinière du\n lion !\n    Nous ne pouvons également que rendre hommage à la clarté et à\n"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": 3, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "                                  — 3 —\n\n l'impartialité qu'il a apportées dans l'étude des deux modes rythmi-\n ques d'expression qui se disputent le domaine poëtique au lieu de se\n  le partager et approuver, sans réserves, les considérations suivantes\n qu'il déduit de son rapide aperçu des transformations et de l'évolution\n  de la Poésie française. Les adversaires les plus acharnés du vers libre\n  n'ont pas encore trouvé à en détruire la logique et à y répondre\n  d'une manière présentable.\n     i° C'est dans le sens de la liberté que le vers français a perpétuelle-\n  ment évolué; dès lors donc qu'une atteinte fut portée à son intégrité\n  classique, les ultimes innovations d'aujourd'hui étaient à prévoir ; et,\n  si sacrilège il y a, les révolutionnaires d'aujourd'hui en partagent la\n  responsabilité avec les révolutionnaires de jadis; la méconnaissance\n. actuelle du nombre homosyllabique et de la rime fait suite logique au\n  rejet ancien de l'hémistiche et à la réhabilitation de l'enjambement ;\n  ceci appelait cela.\n     2° Qu'on consulte les plus anciens traités de versification ou les\n  plus contemporains, tous donnent au vers une origine et une destinée\n  musicales et en font comme l'appropriation de la mélodie à l'expres-\n  sion verbale de la pensée et du sentiment; si donc les ariettes\n  cadencées et régulières d'autrefois ont cessé de plaire, pourquoi\n  ne pourrait-on leur substituer un ensemble rythmique moins précis\n  de contour, plus savamment orchestré et, osons le mot, plus Wagné-\n  rien ?\n     3° Toute question de-principe étant hors de propos, ce n'est point\n  sur des théories, mais par les œuvres qu'il faut juger.\n     Cette dernière conclusion, que nous avons indiquée tout au long\n  d'une année dans le Coq Rouge, montre que M. Van den Bosch est\n  complètement d'accord avec nous sur l'inanité des discussions litté-\n  raires, c'est ce que nous voulons retenir de son article.\n     Plus que jamais nous sommes décidés à ne pas nous écarter de la\n voie que nous nous sommes tracée au début de la revue.\n     Si cette voie qui avait été suivie chez nous depuis 1880 n'avait pas\n  été abandonnée par d'autres, si la loyauté la plus élémentaire n'avait\n  pas été indignement violée, les jeunes écrivains belges seraient encore\n  groupés en un faisceau solide et brillant. Il n'est pas inutile, ne fut-ce\n  que pour éclairer sur nos intentions les gens de bonne volonté qui\n  nous ont peu lus, comme M. Van den Bosch, de rappeler la règle que\n  nous nous sommes imposée : « Permettre à des écrivains de talent\n  variés et d'orientation esthétique ou philosophique différente, mais\n  qui éprouvent l'un pour l'autre une sincère et loyale estime, de se\n"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": 4, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 421, "texte": "                                — 4 —\n\nrencontrer sur un terrain commun et d'y faire œuvre d'art et de\nbeauté, chacun en toute indépendance en toute spontanéité, sans\npréoccupation de forme, de canon et de dogme, sans souci des petites\nchapelles et des courtes échelles qui s'érigent et se dressent autour\nd'eux. »\n                                          M A U R I C E DES O M B I A U X .\n\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-002", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 4, "page_fin": 6, "titre_corps": "Déclin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J.-H. 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Les sensations\ntombent, au grand hasard, sur le champ du cœur, extrêmement\nvivant et mort aussi — dans une Immanence où l'Ephémère atteint\nen même temps son maximum. Tout point du paysage symbolise\ncette ténuité agglomérée dans la vastitude. On se sent vivre, une fois,\net mourir pour jamais. L'essentiel de la destinée est tristement\nintense et, toutefois, le contingent très clair. Les mille nostalgies\n accourent, de tant de patries inconnues ! C'est une grande logique\nsans effort de raison, un grand amour sans lutte. Chaque fibre est\norientée vers le crépuscule, comme les pauvres fleurs transies, chaque\nfragment de pensée s'incline dans autant de passé que d'avenir. A\nchaque effort de joie, la respiration de l'âme s'arrête, et la joie n'est\n pourtant pas absente. Il l'éprouvait ; Paule était à son côté comme\n une entité, et plus abstraite, plus immatérielle, à mesure que le jour\n diminuait. Ils s'arrêtèrent près d'une anse. Elle s'y assit, ils se\n mirent sous un saule. Ils représentèrent le grand tableau de la plus\n"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2686, "texte": "                                — 5 —\n\ngrande aventure humaine. L'eau, mère de vie, leur parlait en douceur.\nAvril arrimait ses cargaisons fécondes. La tente immense de l'éter-\nnité s'enveloppait de silence... Muet, il demeura dans le soir, regar-\ndant les petites flèches noires des hirondelles et des martinets, sous\nle bain des nuages. Dans la demi-fraîcheur, après le jour si chaud, le\nspectacle lui est suffisant pour vivre ; il semble qu'il y vivrait éternel-\nlement, désintéressé de toutes les cuissons de ses efforts, rien qu'à\ncontempler ces hirondelles, trois virgules, qui flottent, girent et\nsombrent. Qu'est donc cette noblesse du soir qui approche : « le\nnoble soir approche ! » Les hirondelles, vies qui ne gênent pas les\nnôtres, alliées et bienvenues, il partage leur surcroît de force, leurs\nderniers bonds allègres dans le lac léger de l'air.\n    De plus en plus, à mesure que le contre crépuscule s'efface sur\nl'Est pâle, elles s'assemblent, elles jouent, à la fin du jour, un jeu de\nsolidarité qui symbolise la vaste entente de la fin de saison. Elles\npassent devant le saule à grand vol, avec une sifflerie retentissante,\nne chassant plus, n'ayant plus l'unique préoccupation du bec dévo-\n rant et silencieux...\n    Il épie les nuages comme firent Thaïes ou Ptol'émée : son ciel est\n une plus vaste réalité. Mais le frais du soir n'a point varié, depuis\n Thaïes.\n    Ah ! frais du soir, bonne respiration, régal des nuages! Et presque\n soudain, voici les hirondelles rentrées. Il les imagine au gîte, près\n de cette famille à qui tout le jour elles donnèrent la becquée, dans\n leurs petites cabanes de boue, leurs petits home confortable — fermant\n ces yeux nerveux, qui voient si bien et si vite, fermant ces terribles\n ailes qui coupèrent l'air toute la journée, ces ailes invincibles — repo-\n sant ces nerfs subtils et si violents, cette belle machine d'orientation\n et d'induction. Petites cabanes de boue suspendues à l'angle du toit,\n au rebord du clocher... minuscules familles !...\n    Le vide un instant, puis un hanneton en retard, puis un papillon\n crépusculaire, puis enfin la silencieuse chasseresse sur ses ailes taci-\n turnes et tremblotantes : la chauve-souris.\n    C'est son amie, il l'a aimée déjà quand ses camarades enfants lui\n jetaient des pierres. Elle le frappe d'une délicieuse impression de\n mystère, bête de pénombre, essai du monde vivipare vers le domaine\n  de l'air, pauvre être à mamelles presqu'humaines, qui vole en empor-\n  tant son petit à sa poitrine ! Son vol tremblote et pourtant il est\n léger, il sombre, mais il s'enlève aussi — il croche dans l'espace.\n  Va, crépusculaire, prends ta minute de joie, goûte ta courte pâture\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 512, "texte": "                                  — 6 —\n\ndans ton viandis de l'air, dans les prairies du clair-obscur!... E t le\njour est tombé tout entier ; les hommes allument lentement. L'étoile\nqui vient au fond du ciel, n'est plus l'étoile d'Egypte ou de Babel :\nc'est une plus grande étoile. Mais il demeure en elle, de l'étoile\nd'Egypte, le prisme adorable des ancêtres, le poème des simples qui\nla chantèrent !\n\n  (L'Isle Adam,   Avril   1890)\n\n                                                     J.-H.   ROSNY.\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-003", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 6, "page_fin": 7, "titre_corps": "Fragment d’un poème", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri de Régnier", "ancre_debut": "FRAGMENT D'UN                                  POÈME           DEBOUT.               Parmi les cyprès", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 512, "fin_caractere_exclue": 1441, "texte": "FRAGMENT D'UN                                  POÈME\n\n         DEBOUT.\n              Parmi les cyprès durs et les ifs noirs, debout\n        Dans l'aube morne où vous passez vers d'autres soirs,\n        O vous\n        Qui allez à ce que j'ai fui,\n        Passants en marche vers la nuit,\n        Moi qui viens de la nuit et qui verrai l'aurore.\n        Je vous offre debout parmi les cyprès noirs\n        L'épi d'or qu'a mûri mon passé.\n\n        J'AI    manié la rame et j'ai porté le glaive;\n             Le bec de ma galère a mordu la grève;\n        Le vent courbait au loin les fleurs des écumes\n        Et ce furent des soirs tragiques sur la mer\n        Avec les aubes, une à une !\n        La tempête emporta nos rames et nos voiles\n        Et nous nous hélions en des buccins de fer\n        De barque en barque, sur la mer,\n        Mais nous n'allions pas vers les mêmes étoiles\n        Et seuls d'entre eux nous abordâmes.\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 951, "texte": "                          — 7 —\n\n         IL y avait toutes les fleurs dans l'île\n          Et des lyres chantaient au seuil des palais graves ;\n    Des cors sonnaient à la porte des villes\n    Où nous entrâmes\n    Car nous portions à nos mains hautaines\n    Des fleurs et des épées;\n    Nous nous assîmes près des fontaines,\n    Tristes hélas ! malgré nos fleurs et nos épées;\n    Et nos mains, rouges des roses coupées,\n    Honteuses de leurs bagues d'or,\n    Car malgré les flûtes et les cors\n    Et nos grâces hautaines\n    Les fleurs se fanaient vite en nos mains viles,\n    El seulj'ai quitté l'île.\n\n\n        DEPUIS, j'ai tant marché vers tant de soirs\n         Qu'après des nuits, à l'aube,\n   Ne sachant plus d'où j'étais venu\n   Je me vis nu,\n   Debout parmi les cyprès durs et les ifs noirs,\n   Et dans mes mains, saignantes encor,\n   Avait mûri un épi d'or.\n\n\nDécembre 1893.\n                                   H E N R I DE R É G N I E R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-004", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 8, "page_fin": 11, "titre_corps": "Episode de la rentrée du comte et de la comtesse d’Yperdamme", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Delattre", "ancre_debut": "EPISODE DE LA RENTRÉE DU COMTE ET DE LA COMTESSE D'YPERDAMME               DEPUIS quelque temps, il", "ancre_fin": "sont désobéissants ! » Louis DELATTRE.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA          FIÈVRE                                               A ÉMILE VERHAEREN.              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Un petit oiseau dans la paume, seigneur Zacha-\nrius ! Des grâces de pervenches, bleues dans les feuilles vertes. Sei-\ngneur Zachârius, elle était morte, morte la fille de Jaïr l'orfèvre...\nAh! la moisson pénible, la moisson cruelle, malheureuse Ephraïma!..\nAlors Jésus marcha vers la morte ; et Ephraïma, comme le soleil qui\nse lève splendide quand toute la nuit on a désespéré, Ephraïma\nreconquit sa radieuse jeunesse! Nous entendîmes longtemps son âme\nqui chantait en hésitant comme des flûtes à l'aurore.\n   C'est ici que ce sont passées ces choses surnaturelles et excellentes\nE t voilà qu'on dirait que l'univers entier veut contempler leur\nthéâtre. Des étrangers aux cheveux noirs, aux lèvres rouges, aux\nyeux brillants y arrivent de leurs lointains pays en suivant des étoiles\nqui sillonnent les d e u x ; et ils marchent en riant.\n   La cour de l'auberge du Cygne, où les derniers arbres de la route\nentrent dans la ville, est pleine de voitures. De poudreuses carrioles\npeintes en bleu, pareilles à celles sur lesquelles on se promène aux\nchamps au trot d'un petit cheval, en buvant aux guinguettes à toits\nde tuiles roses; des charrettes munies de bâches en toile blanche et\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2657, "texte": "liées derrière comme une bourse. Des chars énormes et cubiquespeints\nen jaune brillant et bariolés de dessins représentant un éléphant, ou\ndeux éléphants, ou trois éléphants, munis de trompes en gomme\npour le crayon et de broches d'ivoire courbées comme des ferrures de\ntraîneaux. Ces voitures blindées et ventrues enserreraient les trésors\nde plusieurs familles et n'en seraient pas incommodées ; elles portent\nen travers, en bandouillère, des mots écrits en couleurs vives qui\nindiquent leur capacité, et leur confortable : « Je suis capitonnée » dit\nl'une. « Je suis légère » dit l'autre. Une flamande rebondie et qui\nparaît rire : « Ik ben dik en zoet » dit-elle. Et derrière des chariots\nhanséatiques bâtis solidement assez pour rouler autour du monde,\n des chevaux, à même des bottelées de foin suspendues, mangent un\n morceau sur le pouce.\n   Des poules trottinent ; elles vont, elles viennent dans la cour. Elles\nsont chez elles et habituées à toutes ces choses. Elles ferment un œil,\npuis l'autre. On ne saurait pas dire à quoi elles pensent. Et quand les\n coqs les surprennent, elles font l'étonnée. Puis elles repartent ; Jules\n Renard assure qu'elles marchent pieds nus.\n    Dans un coin, une haute pompe aux garnitures de cuivre à l'air\nrevêche d'une fille dont on ne veut pas. Elle grince et crie comme un\npaon dès qu'on la touche. Aux côtés de la grande porte, contre les\ngonds, sont dressées deux pierres; et sur l'une une petite fille est\n assise et sur l'autre un petit garçon balance les jambes. Ces en-\n fants ont la peau luisante encore du savon dont on vient de les frotter\n et les cheveux mouillés des dents du peigne. Ils tiennent dans les\n bras une gerbe de marguerites qu'il cueillirent aux champs, entre\n deux étangs, dans le retrait d'un mur délabré qui clôture le parc du\n château. Le vieux jardinier à barbe en collier, les avisant là, les\n appela et à chacun donna une rose, une rose qui simule à présent\n des lèvres ardentes dans le printemps doux et rieur des fleurettes\n blanches. Les petits attendent ils ne savent quoi, qui doit venir par\n la route. Voilà, voilà la voiture! Tra... tra... Elle vient de loin; elle\n a l'air animé de quelqu'un qui aime les routes grises, le soleil\n brûlant et la poussière qui roule en tourbillon ; ses ferrailles sonnent\n et disent : « C'est moi ! »\n    Elle n'est pas encore arrêtée, qu'une jeune femme en est sautée :\n Tout de suite on remarque son costume gracieux et simple qui n'est\n orné que des couleurs discrètes du plumage des oiseaux chanteurs.\n D'ailleurs sa physionomie fine et mutine rappelle la fauvette.\n    La fillette qui attendait avec des fleurs se précipite, semblant\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2671, "texte": "                                 —   10   —\n\n\n\n reconnaître celle qu'elle n'a jamais vue, mais dont l'air amène la\n tire de tout embarras.\n     — Petite madame, qu'elle lui dit à peu près, n'est-ce pas, tu arrives\n de Paris ? C'est toi! Voici les marguerites cueillies entre les étangs;\n le jardinier du château a donné la rose rouge... Comme tu ris! E t\n que tes.yeux sont brillants, tes joues blanches, et que tu sens bon! Ils\npousse donc tant de violettes en ta ville, qu'elles te parfument encore\nd'ici? Tu ris, tu ris comme une qui, de joie de vivre, ne se sent plus\nvivre. Dis-moi, toutes les dames sont comme toi, là-bas ? E t est-il\nvrai qu'elles portent de beaux chapeaux à plumes tous les jours, et\nqu'elles inventent la mode ? Tu allais jouer sur l'Esplanade quand tu\n étais encore petite ? E t sais-tu encore danser? Veux-tu sauter à la\n corde avec moi ?\n    La belle jeune femme a déposé son ombrelle, et le bouquet en\ndisant que oui. Elles sautent ensemble à la corde en criant vinaigre\nquand la danse est plus rapide; elles mordent sur leurs lèvres et\n tendent un peu le cou pour ne pas s'essouffler.\n    Cependant un côté de la voiture a penché, les ressorts ont gémi et\n un seigneur à la taille plutôt corpulente a sauté de la-voiture avec\nune agilité inattendue. Ses joues sont enluminées; il porte un large\n feutre- gris et un pourpoint de velours bleu ceint d'une écharpe\norange. Le petit garçon de la pierre du porche a couru vers lui.\n    — Monsieur je viens te dire bonjour. Comme tu es gros! Tu as\nl'air plus réjoui que l'aubergiste qui rit toujours et tu es rouge comme\nle receveur qui n'a plus de cheveux et qui va à la chasse avec des\nguêtres jaunes. On nous a dit que tu aimes les enfants et que tu viens\nici pour raconter beaucoup d'histoires. L'autre samedi, au soir\nj'avais pu accompagner mon papa qui allait faire sa barbe près du\nRempart et j'étais resté au cabaret avec lui pendant la soirée. I1\njouait aux cartes contre le Bailly sur une petite table carrée couverte\nd'un bout de tapisserie.\n    « J'étais avec la cabaretière et son chat sous le manteau de la che-\nminée. Quoique bien attentive à servir mon père et son ami, Thalie\nme raconta alors que deux nouveaux Saints avaient paru sur la plage,\nde ces jours-ci ; l'un tout rond, trapu et de visage rose et riant ; l'autre\nlong maigre et jaune d'une gaîté silencieuse; il jouait de la flûte et le\npetit, en relevant son manteau, dansait. Et dans les cabarets, ils racon-\ntaient qu'ils étaient les meilleurs amis de Saint Nicolas ; qu'ensemble\n même, ils avaient eu toutes sortes d'aventures et fait de grands\n voyages. A deux, ils passaient ici parce que le pays était beau. Ils y\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 914, "texte": "                                 — II   —\n\n\nreviendraient jouer de la flûte et danser quand certain couple y serait\nétabli. Ne les as-tu pas vus? Quand vont-ils venir? Oh que je vou-\ndrais les voir! »\n   Le gros seigneur à l'opulente écharpe orange riait. Il ne savait que\nfaire du bouquet de marguerites piqué de la rose du jardinier. Il se\nbaissait autant qu'il pouvait pour rire le plus près du visage de l'en-\nfant. Je ne sais pourquoi il ne lui dit pas : « Tu viens prendre un\nverre? »\n   Mais alors l'aubergiste arriva sur le seuil, les servantes et d'autres\nfemmes. E t la mère des deux petits leur cria: «Voulez-vous bien finir?\net ne pas ennuyer les voyageurs ! Ah excusez, Monsieur et Madame !\nD'habitude ils sont les plus sages du monde; c'est toujours quand il y\na des étrangers, qu'ils sont désobéissants ! »\n                                                 Louis   DELATTRE.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-005", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 11, "page_fin": 13, "titre_corps": "La fièvre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Fontainas", "ancre_debut": "LA          FIÈVRE                                               A ÉMILE VERHAEREN.              LA fiè", "ancre_fin": "peur : La mort!.. ANDRÉ FONTAINAS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA         VIERGE                  AU           ROUET                         (LÉGENDE CHINOISE.)              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Ta tête sépulcrale en mes bras\nLa fièvre la mange de baisers moites et longs\nEt tes cheveux étaient-ils si blonds,\nO qu'ils sont longs, et sans odeur, et qu'ils sont las,\nQu'ils sont longs!\nLa fièvre persiste, et toi-même! Mes bras\nTe retiennent impérieux, ne t'en va pas.\nJe t aime bien-aimée et je t'aime! mes bras\nTe retiennent, ne t'en va pas.\nJe t'aime.\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 736, "texte": "                               — 13 —\n\nLa fièvre. .\nTes yeux se sont-ils eutr'ouverts? Non. La même\nAtroce douleur de fièvre\nTe tord et te contracte et te brûle les lèvres ;\nTes pauvres membres tombent si maigres et si las\nEt s'enfoncent de souffrance dans tes rigides draps\nD'un tel poids de vie angoissée\nQue je sens éperdu qu'elle n' est point passée\nEt qu'elle ne passera pas\nL'atroce douloureuse ardeur de ta fièvre.\n\nTa tête sur l'oreiller repose. Dors.\nJe suis bien las.\nMais pourquoi ce sanglot? ne te réveille pas,\nDors.\nJe suis si las.\nQuoi! ce sanglot encore\nEt puis, rien.\n0 silence, ténèbre, la nuit, ce sanglot et puis rien,\nJ'ai peur :\nLa mort!..\n                                              ANDRÉ     FONTAINAS\n\n\n\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-006", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 13, "page_fin": 16, "titre_corps": "La vierge au rouet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hubert Stiernet", "ancre_debut": "LA         VIERGE                  AU           ROUET                         (LÉGENDE CHINOISE.)              LORSQ", "ancre_fin": "Pâtre et de l'Etoile. HUBERT STIERNET.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "UN            SIMPLE                                           A EUGÈNE         DEMOLDER.          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Les voiles de l'âge ne se sont-ils pas subitement dissipés, la\n  lumière n'est-elle pas devenue plus claire ?\n     Mais, c'est une illusion, car les pauvres, qui croient lire, répètent\n  de mémoire ces mots qui coulent au ruisseau murmurant dans la\n  solitude de lave de leur cœur.\n     L'étoile que ses sœurs appelaient la Vierge au Rouet fut envoyée\n  sur la terre pour recueillir on ne sait quelle précieuse essence, et prit\n  la forme d'une radieuse jeune fille. Elle s'égara, la première nuit\n dans de grandes plaines couvertes d'une herbe fine et molle, qui for-\n mait le plus délicieux des tapis, et s'oublia à voir folâtrer les moutons\n blancs de la lune entre lesquels les autres étoiles lui jetaient leurs\n froids baiser d'or.\n     Les caresses ambiguës de la solitude commençaient à amollir son\n cœur et à l'imprégner du philtre subtil du regret, lorsqu'elle abaissa\n les yeux et vit, sur la tendre roseur du ciel lointain, dans le flou\n d'un rêve lumineux, un pâtre conduire vers elle son troupeau de\n silence.\n    Il s'arrêta pendant que ses prunelles s'emplissaient d'admiration\n et, dédaignant le soleil qui. déployait derrière lui l'éventail de ses\n magies, ce fut à la Vierge au Rouet qu'il chanta ce jour l'hymne ma-\n tinal. Ivresse de la fleur, qui éclôt sous le baiser tiède des jours d'avril,\n de l'oiselet qui égrène pour lui seul le chapelet de cristal de ses pre-\n mières notes dans les frisselis des jeunes feuillages, somptueuses et\ncaptives lueurs des germes enfouies, qui célébrera l'intimité suave et\ndéfaillante de vos poèmes, qui redira les amours de l'Etoile et du\nBerger dans la maison roulante des vastes étendues !\n    Mais la Vierge au Rouet qui avait oublié sa mission et perdu,\ndans les cantilènes de volupté, le souvenir même des monotones\ndélices du ciel, ne tarda pas à expier durement son bonheur, car, le\nseptième jour de la septième lune, avant que la poudre eût épuisé la\ncoupe charmeresse, elle dut délaisser son ami et reprendre sa place\nparmi les étoiles. Les larmes des deux amants inondèrent le monde\net l'eau ruisselle en pluie sur toute\" la terre chaque fois que revient le\njour mémorable de la cruelle séparation.\n    Le pâtre erra désespéré à travers monts et vallées; lui, dont le\ncœur se gonflait ardemment de la sereine poésie des nuits, qui écou-\ntait indéfiniment la musique des brises parfumées, marcha comme\nun corps sans âme, indifférent même à son troupeau, et les nouveau-\nnés moururent dans les ornières ou se noyèrent dans les mares son-\n"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2473, "texte": "                                — 15 —\n\ngeuses des bruyères. Les yeux fixaient constamment le ciel qui\nn'était plus qu'une immense soie bleue dérobant l'aimée. Il traversait\navec hâte les pâtis les plus tendres et les plus aromatiques, aiguil-\nlonné par la récurrence de joies troublantes, puis, s'arrêtait enfiévré\net restait immobile durant de longues heures : les agnelles bêlaient\ntristement autour de lui; il ramenait alors les regards en bas et se\nvoyait au milieu d'un sol rocailleux et nu, sur lequel ses bêtes\naffamées et malades se couchaient. La paisible maison suspendue, la\ndouce maison de ses rêveries d'autrefois ne lui procurait aucun repos ;\nil en sortait pour s'appuyer sur sa houlette et interroger une à une\nles lumières de la voûte nocturne, pour leur crier les sanglots de ses\nsonges disparus :\n  Laquelle d'entre vous est mienne? Laquelle est ma Vierge\nadorée, ma Vierge au Rouet?...\n    Mais les fallacieuses étoiles semblaient se rire de ses désespérances;\nvoilà qu'à la lueur fuyante et triste de l'une d'elles, il a senti son\ncœur se contracter effrayamment parce qu'il a cru retrouver un regard\nde l'Amante... ; mais aussitôt l'étoile se met à papilloter ironique-\nment. Vous rappelez-vous la cruauté de cet éclat de rire dont la jeune\nfille soudain a rompu le charme et dissipé l'effet d'une minute exquise\nd'abandon, volée à son apparente indifférence?\n\n   E t les brebis étant mortes au cours des périgrinations de famine, il\nne fut plus que le berger d'un troupeau illusoire, plus sûrement encore\nle berger du troupeau des souffrances et des angoisses homicides qui\naccomplirent bientôt leur œuvre.\n   A sa mort, les dieux émus voulurent récompenser cette inouïe et\npitoyable fidélité, et transformèrent aussi le pâtre en une étoile qu'ils\nplacèrent au firmament. Mais ils firent couler entre les deux astres\nsympathiques la Voie lactée, le grand fleuve aux profondeurs moel-\nleuses et insondables, dont les flots sont de fin brouillard de nacre\npulvérisée.\n   Cependant, chaque année, le septième jour de la septième lune,\nvous n'entendrez jamais plus caqueter dans les pommiers ; et vous\nne verrez pas s'élever, le long des peupliers en aigrette, le vol lent et\ncahoté des oiseaux blancs et noirs à la queue trop lourde ; parce que\nce jour, les pies charitables prennent leur essor vers les hautes\nrégions et vont construire, ouvriers innombrables et habiles, un pont\nau-dessus de la Voie lactée. Puis, quand vient la grande nuit, quoique\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 523, "texte": "                                — 16 —\n\nle ciel, en cet instant soit de pure améthiste, toutes les étoiles bais-\nsent discrètement leurs paupières et, dans l'immuable silence céruléen,\naux deux bouts opposés de la passerelle merveilleuse, le pâtre fidèle\net la Vierge au Rouet s'avancent l'un vers l'autre, ravis comme au\njour de la première rencontre, et répètent frémissants l'ineffable duo\nd'amour du Pâtre et de l'Etoile.\n                                                 HUBERT        STIERNET.\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-007", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 16, "page_fin": 16, "titre_corps": "Un simple", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "UN            SIMPLE                                           A EUGÈNE         DEMOLDER.          I    L est", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 523, "fin_caractere_exclue": 1733, "texte": "UN            SIMPLE\n                                          A EUGÈNE         DEMOLDER.\n\n\n\n      I    L est celui qui va regardant et rêvant.\n            Bien qu'il semble à l'entendre un tout petit\n       Des anges quelquefois conversent avec lui.\n                                                              enfant,\n\n\n      Certes, le siècle est rude, et tout espoir est vain;\n      Mais, si tard que ce fût il a suffit qu'il vînt,\n      Et les cœurs, depuis lors, sentent moins leur ennui.\n\n      Et son humilité pourtant, nous confond tous !\n      A le voir tel qu'il est, doux entre les plus doux,\n      La colombe et l'agneau pressentent un des leurs.\n\n      Il est parlé de lui dans les Fioretti :\n      C'est lui qui, s'inclinant vers l'humble et le petit,\n      Sut évangeliser les bêtes et les fleurs.\n\n      Amour, à qui tout cède, a placé dans sa voix\n      Cet ascendant si fort et si simple à la fois :\n      Les plus tendres dit-on, sont les mieux obéis...\n\n      Tel il vit parmi nous, pauvre innocent, joyeux\n      Mais quand il pense au ciel on voit dans ses grandsyeux\n      Les pleurs de l'exilé qui rêve du pays...\n                                              FERNAND         SEVERIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-008", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 17, "page_fin": 22, "titre_corps": "L’Eveilleur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Blanche Rousseau", "ancre_debut": "L'EVEILLEUR                                       A CAMILLE LEMONNIER.                  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Il était vêtu bizarrement de\nculottes de velours noir, d'une blouse blanche et d'un grand col à\npointes; sur sa tête, un chapeau rond avec une longue plume de\npaon, et, à ses pieds, des souliers rouges comme ceux des enfants de\nchoeur.\n   Le village où il vint était, lui aussi, un singulier village ; l'herbe\ndes prés était d'un vert tout pâle, les arbres à sommets très ronds ou\npointus, l'eau des ruisseaux d'un bleu d'azur... Chaque maison était\nblanche avec un toit rose tendre et des volets roses ; chacune était\npetite et propre, tout étincelante au soleil. — Les habitants eux-\nmêmes étaient des êtres simples et naïf; les femmes portaient des\n bonnets, des tabliers blancs à bavette courte qui les faisaient ressem-\n bler à de petites filles jouant à la grand'mère; elles se divertissaient\nen écoutant chanter l'eau d'une source ou le vent dans les arbres, et\nles hommes aimaient à danser avec elles, au clair de lune, dans les\nsoirs de printemps : Tous étaient bons, et pleuraient et riaient faci-\nlement.\n   A la fin d'un après-midi de Mai, le petit joueur de flûte entra dans\nle village. Il monta silencieusement la colline, et quand il fut en haut\nil s'assit sur un tronc d'arbre renversé et commença doucement à\njouer de sa flûte. Les premiers qui l'entendirent, furent deux petits\ngarçons qui pêchaient à la ligne derrière le mur d'un moulin, et dans\nleur étonnement ils manquèrent choir dans l'eau, — puis une\nbande de fillettes occupées à jouer au volant, et qui accoururent, la\n                                                                   2\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2652, "texte": "                                  — 18 —\n\n raquette en l'air; enfin vinrent une maman, son bébé sur l'épaule...\ntrois gamins à chapeaux énormes, se tenant par la main... Un\nhomme qui venait du champ avec sa charrue et ses bœufs; et tous\ns'alignaient au bas de la colline sans oser s'approcher trop.\n   Les yeux levés au ciel, le petit bonhomme jouait comme s'il eut\nété seul; les sons de sa flûte étaient doux et perlés, tour à tour\ntendres et plaintifs, semblables à la voix d'un rossignol chantant au\nfond d'un bois ou au vent soufflant dans les épis — : « Ecoutez !\ndisait cette voix, je viens de loin vous parler de choses mystérieuses.\n   « . . . Le clair de lune brille, la nuit, sur l'eau qui reflète des visages\nétranges.\n   « . . . Un petit pâtre est sorti et erre silencieusement avec ses mou-\ntons... Mais riez ! c'est printemps et lés pommiers fleurissent eux\naussi; — l'aile du moulin tourne au vent... les papillons volent en se\ndisant d'étranges choses.\n   « Ecoutez bien ce que je vous révèle du pays de là-bas... »\n   Tous écoutaient, les yeux en l'air, dans une grande émotion. Des\nenfants lâchèrent leurs gerbes de fleurs... Une femme se mit à\npleurer tout à coup... E t la flûte du petit homme disait :\n   « Au bas de la colline, le village, avec ses maisons roses et ses\narbres vert pâle, et ses prairies aux fleurs d'étoiles... cueillez les\nétoiles des prairies !... Mais, dans la prairie un long chemin blanc\ncoule vers un fleuve vers là-bas! l'or pleut dans la plaine... le soleil\nest rouge sur le bois; les oiseaux de lumière s'envolent... le pays\nmerveilleux s'éveille à la voix de ma flûte... »\n   Peu à peu d'autres personnes s'étaient jointes aux premières ; les\nfemmes sortaient de leurs maisons, les hommes abandonnaient leur\ntravail... Enfin, le village entier fut au bas de la colline, immobile,\nretenant son souffle, tandis que le petit bonhomme jouait, les yeux\nau ciel. Il ne resta plus qu'une vieille, la plus vieille du village ; elle\navait cent ans et ne voyait plus bien clair... Elle demeura assise dans\nun coin de la cabane; vers la nuit, elle regarda par la fenêtre et,\napercevant vaguement la foule au bas de la colline songea : « De\ngrands oiseaux se sont abattus sur le village.» E t elle eut peur.\n   Le petit homme joua jusqu'au soir. Quand la nuit commença à\ndevenir épaisse il déposa sa flûte dans l'herbe et regarda à ses pieds .\nTous tenaient les yeux fixés sur lui dans un étrange silence mais\ndevant son regard, ils se dispersèrent lentement, sans rien se dire.\nLes enfants s'égrenèrent dans les chemins, s'attardant à regarder\nl'eau couler et frémissant au moindre bruit; les femmes et les hommes\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "                                — 19 —\n\n\n se serraient la main sans parler. Le petit homme sourit mélancolique-\n ment et s'endormit, le visage vers le ciel.\n    Le lendemain et les jours suivants, le petit homme ne quitta pas la\n colline.\n    Il regardait le ciel et la prairie' en murmurant des paroles douces\n dans une langue inconnue... parfois il regardait très loin, là où per-\n sonne ne voit. Quand le soleil se mettait à baisser au ciel, il prenait\n sa flûte et jouait, et tout le village entourait le mont. Les abeilles et\n les papillons arrivaient par nuées, voltiger autour de lui ; quelques-\n uns se posaient sur son front et ses épaules... Il jouait sans rien\n regarder, les yeux au ciel. Chaque matin un grand oiseau blanc\n s'abattait sur la colline et déposait sur ses genoux un fruit étrange\n qui était sa seule nourriture ; personne n'osait l'approcher, jamais on\n ne parlait dé lui :\n    Tous en avaient crainte et respect.\n    Un soir la flûte eut des sons si divins que toutes les âmes en trem-\n blèrent :\n    — « Ecoutez, disait-elle, les colombes reviennent de voyage et\n s'envolent vers là-bas... Le chemin est long et doux, les colombes\n voltigent dans les branches des arbres... Des chants mystérieux font\n défaillir les cœurs ; les têtes se courbent l'une vers l'autre... Là-bas\n les épis d'or sont hauts, le temps de la moisson est venu, les filles\n'aiguisent leur faulx d'argent. Les roses du rosier seront bientôt\n fanées et leur parfum se perd dans l'herbe.»\n    Quand il déposa sa flûte, un sanglot sortit de la foule : Il l'en-\n tendit et croisa les bras sur son cœur.\n    Ce soir-là, le petit homme ne se coucha pas pour dormir. Il\n demeura debout, les yeux au ciel, les bras croisés sur son cœur. On\n entendait des pompes grincer, le bruit des sabots sur la route, et des\n portes claquer à distance... Les abeilles et les papillons s'étaient\n abattus en cercles, autour de lui... Les fenêtres des cabanes s'allumè-\n rent puis s'éteignirent : la nuit profonde était venue ; la lune se\n leva... Alors une femme se glissa d'une chaumière et se mit à monter\n lentement la colline.\n    Le petit homme l'entendait monter en gémissant, et son cœur bat-\n tait sous ses bras en croix. Quand elle fut en haut, elle s'arrêta à\n quelques pas de lui, toute frissonnante et jolie, dans un rayon de\n lune. Elle avait joint aussi les bras sur sa poitrine et la tête baissée\n doucement attendait. Il alla vers elle, il lui prit la main...\n    Alors elle leva les yeux, et pendant un moment, tous deux se\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "                                — 20 —\n\n\nregardèrent en silence, — Mais la femme, tout à coup, tomba sur ses\ngenoux et se mit à pleurer...\n    « Petit joueur de flûte, je ne sais ce que tu m'as fait : j'aime et je\n souffre de bonheur... Veux-tu jouer de ta flûte pour moi seule, cette\n nuit, et je danserai sur la colline ? »\n    Sans répondre, le petit homme prit sa flûte et joua. La femme aus-\nsitôt se mit à danser dans l'herbe; elle tourbillonnait, puis se balan-\nçait comme un épi au vent, les cheveux envolés, semblable à une\ngrande fleur vivante : elle tenait son tablier blanc des deux bouts, et\n la lune y versait des rayons.\n    ... Elle tomba, roula dans l'herbe, se releva et dansa encore... ses\n yeux étincelaient ; enfin, épuisée, elle se laissa glisser aux genoux\ndu petit homme implorant : « Petit joueur de flûte, laisse cela, je\nt'en prie ; mon cœur est amoureux. Veux-tu me garder près de toi ?\nJe serai ta femme et je danserai, la nuit, au clair de lune. » E t elle\nlui baisait les genoux et pleurait dans ses mains ouvertes.\n    Le petit homme sourit mélancoliquement.\n    Au point du jour, la femme descendit et retourna chez elle, pendant\ntoute la journée elle s'occupa comme à l'ordinaire, mais la nuit elle\n revint et dansa sur le mont... Chaque jour elle était paysanne dans\nsa chaumière, et chaque nuit elle dansait au son de la flûte, des\n rayons de la lune dans son tablier comme la fée des lumières\nblanches. Quand elle était épuisée de fatigue, elle se couchait aux\npieds de son maître et lui baisait les mains : Mais lui la regardait\ntristement, sans rien dire.\n    Elle fit ainsi des nuits et des nuits, puis, soudain, elle devint\ninquiète... Elle semblait toujours attendre quelque chose et inter-\nrompait sa danse pour agiter son mouchoir vers le long chemin blanc\nqui traversait la prairie et se perdait au loin. Une fois, elle dit au\njoueur de flûte : « Petit homme de mon âme, je ne sais ce que j'ai ;\nmon cœur est comme un veilleur qui regarde vers la mer ; quelque\nchose m'attire que je ne vois pas encore... « Danse ! » dit le petit\nhomme. Il jouait de sa flûte, les yeux au ciel, et elle dansa... Son\ncorps se tordait gracieusement, son cou ployait; elle était comme un\ngrand lys dont les pétales se baisent en frissonnant ; ses longs che-\nveux flottaient autour d'elle avec des caresses brûlantes... Le petit\nhomme la regardait et jouait de plus en plus vite, sa flûte éperdue\navait des accents de détresse et de pitié, mêlés à une joie divine et la\nfemme sanglotait. Elle dansa jusqu'à l'aube, pleurant et\" riant, les\nbras en croix sur son cœur.\n"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2693, "texte": "                               —   21   -\n\n\n\n    La nuit suivante, pour la seconde fois quelqu'un monta lentement\nla colline. Le petit joueur de flûte attendait immobile, et la femme\nattendait aussi. . C'était un homme du village ; il se laissa tomber à\ngenoux devant le charmeur et, lui baisant les mains, lui parla avec\ndes sanglots : « Petit joueur de flûte, je ne sais ce que tu m'as fait :\nmon cœur a faim et soif ; laisse moi danser ici, je te prie, au son de ta\nflûte ; je serai ton frère et ne te quitterai plus. »\n    Le petit homme sourit tristement, et, prenant sa flûte, il joua.\n    La femme regarda l'homme, et l'homme s'avança vers elle et lui\nprit la main, et ils dansèrent ensemble. Ils étaient beaux et gracieux,\nleurs pieds ne touchaient pas le sol... Tout à coup, l'homme tira son\nmouchoir et l'agita vers le chemin. « Pourquoi agites-tu ton mou-\nchoir ? » demanda la femme. L'homme répondit: «J'ai vu, là-bas,\nun petit clocher... Mais toi-même tu agites le tien ? - « J'ai vu une\nflèche d'argent sur le clocher, » dit la femme.\n    Leurs mouchoirs battaient l'air comme des ailes de papillons\nblancs... Ils dansaient, enlacés, la lune les baisait au visage ; toujours\ndansant ils descendirent la colline... Le petit joueur de flûte, mainte-\nnant, ne voyait plus que leurs têtes., puis leurs mains croisées au-\ndessus de leur têtes... Enfin ils disparurent dans le chemin blanc.\n    Alors le petit homme jeta sa flûte et se coucha dans l'herbe, le visage\nvers le ciel.\n    L'un après l'autre tous les habitants du village montèrent la colline\net vinrent danser au son de la flûte. Il y avait des mamans qui arri-\nvaient en tenant leur bébé dans les bras... L'une avait un tout petit\naccroché à sa robe, et qui traînait un cheval de bois; une autre une\nfillette qui, se croyant partie pour un long voyage, avait voulu em-\nporter sa poupée; une autre un angelet rose, les bras noués autour de\nson cou. Les hommes vinrent aussi, invinciblement attirés par la\nflûte merveilleuse. Chacun disait en arrivant :\n    « Petit homme de mon âme laisse-moi rester avec toi,.. Je serai ta\nfemme... ou ton frère, on ton amie; je ne te quitterai plus. » Mais\nchacun finissait par descendre le mont en dansant et on ne le re-\nvoyait plus... Quelques-uns partirent seuls, mais le plus souvent ils\ns'en allaient à deux, les bras entrelacés, le regard perdu...\n    Un soir, on n'entendit aucun bruit dans le village.\n    Le petit joueur de flûte monta sur le tronc d'un arbre et regarda en\nbas: Tout était immobile; les petites maisons roses semblaient assou- '\npies dans le soleil couchant... Çà-et-là un volet battait doucement\ncontre un mur, aucune fumée ne montait des cheminées. Dans les\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2431, "texte": "                                   22 —\n\n\n chemins déserts des troupeaux de brebis abandonnés erraient en\nbêlant. Alors, voyant cela, le petit homme prit sa flûte et joua pour\nla dernière fois...\n     « Adieu, adieu! » disait-il, « voilà que vous montez le long chemin\n fleuri, jusqu'à là-bas, dans le pays enchanté où les étoiles parlent à\n ceux qui écoutent..\n     « Allez ! les brebis bêlent, ce soir, dans les chemins, mais, là-bas,\n des brebis plus \"blanches vous attendent... L'amour a fleuri dans vos\n cœurs... l'amour a semé des violettes sur la route... Aimez-vous!\n Aimez-vous !... »\n     Il joua longtemps, les yeux attachés au ciel, et si doucement que\n les arbres frissonnaient à l'entendre. Les abeilles et les papillons, en\n cercles autour de lui, agitaient leurs ailes frémissantes : Quand il eut\n fini, il se tourna vers eux, leur soufflant un baiser :\n    — Adieu, dit-il, vous aussi mes petits amis, et puissiez-vous\n  longtemps voler libres dans la lumière...\n    Eux se mirent à pleurer leurs petites larmes d'insectes, et l'un dit :\n    — Ne nous quitte pas, nous sommes plus fidèles que les hom-\n  mes... E t si tu pars, reviendras-tu ?\n    Le petit homme sourit mélancoliquement et descendit la colline.\n    Comme il sortait du village, il vit la vieille femme, la plus vieille,\ncelle qui avait cent ans, et la seule qui ne fût pas venue à lui. Jusqu'à\nelle aussi, pourtant, les sons, de la flûte merveilleuse étaient arrivés,\nmais elle était si vieille, si vieille, qu'elle les entendait comme d'un\n autre rnonde. Quand le petit homme fut tout près d'elle, elle lui mit\n une main sur le bras :\n    — Belle âme, dit-elle, ils t'ont laissé seul, toi qui a fait leur\njoie, et que t'ont-ils donné en récompense?\n    Le petit joueur de flûte s'arrêta et, tirant de son sein un splendide\ncollier de perles dont chacune reflétait le ciel entier, il le montra à la\nvieille et dit :\n    — Ils m'ont donné leurs premières larmes d'amour... Je les ai re-\ncueillies dans mes deux mains ouvertes; j'en ai fait un collier que je\nporte sur mon cœur, plus beau que tous les rêves. Je suis l'éveilleur,\nl'éternellement seul ; j'éveille les cœurs et je dis le chemin des pays\nmerveilleux... »\n    — E t moi, rêva la vieille, ils m'ont abandonnée ; qui me con-\nduira dans ces pays ? »\n    — La Mort, dit le petit homme.\n    E t il partit sans se retourner.\n                                             BLANCHE      ROUSSEAU.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-009", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 23, "page_fin": 24, "titre_corps": "Vers : Fragment", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Roussel", "ancre_debut": "FRAGMENT       Allons, ô mon amie, d l'ombr", "ancre_fin": "par l'ombre d'un beau soir !", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA P E T I T E E N F A N T LASSE                                       A AUGUSTE     BIERNAUX.    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Il tira et, voyez I\nc'était une botte de marin.\n   « Voilà un drôle de poisson » dit-il; et il restait là à regarder sa\nprise.\n   Cette botte semblait si bien être celle de son frère qui avait disparu\ndans la grande tempête de l'hiver dernier tandis qu'il revenait au\nrivage.\n   Il y avait encore quelque chose à l'intérieur de la botte, mais Isaac\nn'osait pas regarder ce que c'était et il ne savait que faire de la botte\nnon plus.\nLa rapporter à la maison ce serait effrayer sa mère ; il ne fallait\npas la rejeter à la mer; il décida, consequemment, d'aller trouver le\npasteur de Brönö et d'obtenir de lui qu'il l'enterrât chrétiennement.\n   « Mais je ne puis faire cela pour une botte ! objecta le curé.\n   Le pêcheur se gratta la tête. « Na, na » dit-il.\n   E t il s'imagina de demander combien il faudrait d'un être humain\npour que les prières de l'Eglise puissent être dites sur ses restes.\n   « Cela je ne puis vous le dire au juste » — répliqua le curé - « une\ndent, un doigt, quelques bribes de cheveux ne suffisent pas. En tous\ncas, les restes doivent être assez importants pour donner l'assurance\nqu'ils ont contenu une âme. Mais lire la Sainte Ecriture sur un doigt\nde pied ou deux dans une botte, oh ! non, jamais de la vie ! »\n   Mais Isaac attendit le moment propice et, à la dérobée, enterra\nnéanmoins la botte dans le cimetière.\n   E t il rentra.\n   Il lui parut qu'il avait, le mieux possible, rempli son devoir. Il\nétait préférable, après tout, que quelque chose de son frère se trouvât\n\n  (1) District de la Norwège septentrionale.\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2423, "texte": "                                 — 28 —\n\n\nsi près de la maison de Dieu plutôt que d'être, de nouveau, dans sa\nbotte, au fond de la mer.\n    Mais, vers l'automne, il arriva que, se trouvant dehors parmi les\nrécifs à la chasse aux phoques, parmi les herbes marines rejetées en\nmasses par le reflux il pêcha un ceinturon et un fourreau vide.\n    Il les reconnut aussitôt comme ayant appartenu à son frère.\n    Le fil de fer goudronné qui recouvrait le fourreau avait été détendu\net blanchi par l'eau de mer; et Isaac se rappelait très-bien comment\nson frère, tandis qu'il travaillait à ce fourreau, avait discuté avec lui\nau sujet du cuir pour le ceinturon pris à la peau d'un vieux cheval\ntué récemment.\n    La boucle de ce ceinturon ils l'avaient achetée ensemble chez un\nmarchand, le samedi ; la mère avait vendu des myrtilles, des coqs de\nbruyère et trois livres de laine. Ils étaient revenus un peu « gais » et\nils avaient beaucoup ri, de la vieille femme du cap qui avait employé\nun paillasson en guise de voile.\n   Isaac prit donc le ceinturon et n'en parla pas. Il n'était pas bon de\ncauser de la peine inutilement, se dit-il.\n    Mais plus on s'éloignait dans l'hiver plus il se tracassait de ce que le\npasteur lui avait répondu. E t il se demandait ce qu'il ferait si d'aven-\nture il trouvait autre chose encore, soit l'autre botte, soit quelque\nreste entamé par un poulpe, un poisson, un crabe ou un requin du\nGroenland. Il avait peur, maintenant, de se risquer en bâteau là,\nparmi les récifs.\n    E t pourtant, précisément, il se sentait comme attiré de ce côté par\nl'espoir de trouver, peut-être, des restes en assez grande quantité\npour pouvoir montrer au pasteur qu'ils avaient contenu une âme et le\npersuader ainsi de leur donner une sépulture chrétienne.\n    Il tomba dans de sombres rêveries.\n    E t il eut des songes terribles.\n    Sa porte s'ouvrait avec fracas au milieu de la nuit, laissant pénétrer\nle vent froid de la mer : son frère — lui semblait-il — sautillait, en\nboitant, dans la chambre ; il criait pour redemander son pied man-\nquant et les Draugs (1) l'entouraient, le poussant.\n    Des heures et des heures durant Isaac restait inoccupé, regardant\nvaguement vers le cinquième mur (2).\n\n  (1) Les « Draugs» sont des démons particuliers à la Norwege du Nord ; ils\nparcourent les mers sur des moitiés de bateaux.\n  (2) C'est-à-dire ne songeant à rien — une maison ayant d'habitude quatre\nmurs.\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "                                 -   29 —\n\n    A la fin, il crut qu'il en perdrait l'esprit : avoir enterré cette botte\nau cimetière, de lui-même, c'était trop de responsabilités!\n     Il ne voulait point la rejeter à la mer et pourtant elle ne pouvait\nrester où il l'avait mise.\n     Il était si fortement convaincu que son frère ne pouvait être parmi\nles bienheureux et il ne cessait de vaguer çà et là et de songer à ce qui\nflottait encore de lui, sans doute, parmi les récifs.\n     Et il prit le parti de draguer là-bas ; et il s'en alla avec des cordes\net tout l'attirail nécessaire. Mais il ne retira que du varech, des mau-\nvaises herbes, des étoiles de mer, du rebut.\n     Un soir qu'il était assis dehors près des rochers, essayant si la\npêche lui réussirait, sa ligne avec la pierre et tous les hameçons\nplongea brusquement par dessus bord et le dernier des hameçons\naccrocha l'un de ses yeux : l'œil s'en alla droit au fond de la mer.\n   ' Inutile de draguer pour cela et il pouvait s'en passer très bien pour\nramener de la pêche son bateau.\n     La nuit, tandis qu'il était au lit avec un bandeau sur sa paupière\nvides, la douleur le tenant éveillé, il pensa et pensa tellement que les\nchoses lui apparurent toutes noires, aussi noires qu'elles pouvaient\nl'être pour lui. Y avait-il sur la terre quelqu'un d'aussi embarrassé?\n     Et tout à coup voici qu'une chose singulière lui advint :\n     Il regardait autour de lui — pensait-il — tout au fond de la mer et\n il voyait les poissons évoluer : ils cherchaient leur proie parmi le\n varech et les algues, près des hameçons de la ligne. Ils mordaient à\nl'appât, se tortillaient, tâchaient de filer. D'abord ce fut une morue,\npuis un cabillaud, puis un chien de mer. Enfin arriva une merluche :\nelle restait immobile, là, et semblait mâcher l'eau, un peu, avant\n d'avaler.\n     Et Isaac vit quelque chose dont il ne pouvait détacher son regard :\n c'était comme le dos d'un homme en veste de cuir, avec une manche\n prise sous le grappin d'un Femb ö ring (1).\n      Puis survint un grand flétan blanc qui avala le hameçon : tout\n devint noir comme de la poix.\n      « Il faut laisser le gros flétan entraîner l'amorce, encore, quand\n  tu pêcheras demain — quelque chose dit — le hameçon déchire ma\n  bouche ainsi. Inutile de chercher, hormis le soir, quand la mer se\n  retire ».\n\n  (1) Un grand bateau, à 5 rameurs de chaque côté, dont on se sert pour la\npêche d'hiver dans la Norwège septentrionale.\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "                                — 30 —\n\n   Le lendemain, Isaac partit pour la pêche : il avait pris au cimetière\nun fragment de pierre tombale pour draguer le fond de l'eau ; et le\nsoir, quand la mer commença de se retirer, il était dans le « Sund »,\nde nouveau et cherchait.\n   Tout de suite il retira le grappin d'un Femb ö ring, auquel était\naccrochée une veste en cuir de marin : il y avait dans cette veste,\nencore, les restes d'un bras.\n   Les poissons en avaient détaché autant qu'ils avaient pu.\n   Isaac s'en alla tout droit chez le pasteur.\n  « Quoi ! Lire les prières de l'Eglise sur une vieille veste en cuir\ntout abîmée par l'eau de mer! » s'écria-t-il.\n   « Je mettrai la botte par dessus le marché », répondit le pêcheur.\n      Annoncez donc toutes vos épaves au porche de l'Eglise ; c'est là\nla vraie place ! » tonna le pasteur.\n   E t alors Isaac le regarda fixement dans les yeux.\n   « Cette botte a pesé de toute sa lourdeur sur ma conscience — dit-\nil — et assurément je ne veux point porter en surplus le poids de cette\nveste de cuir ».\n   « Je vous répète que je ne veuxpas jeter au vent la terre consacrée»\nrépliqua le pasteur. Il allait se fâcher pour tout de bon.\n   Isaac se grattait la tête. « Na, na » dit-il.\n   E t avec cela il devait se satisfaire et rentrer chez lui.\n   Mais il n'y avait plus de repos ni.pour son corps ni pour son esprit :\nun si oppressant fardeau pesait sur lui.\n   Pendant la nuit il revit le grand flétan blanc. Il tournait, tournait\ntoujours au fond de la mer, si lentement, si tristement. On eût dit\nqu'une sorte de filet imperceptible l'entourait et qu'il s'efforçait, en\nvain, de glisser par les mailles.\n   Isaac regardait, regardait : sa paupière vide lui faisait mal.\n   Il avait à peine jeté ses cordes pour draguer, le lendemain, qu'un\nhorrible poulpe monta : il lança un jet noir droit devant lui.\n   Mais un soir Isaac laissa aller le bateau à la dérive, hors des récifs,\nmais en deçà des îles. Finalement l'embarcation s'arrêta comme\nretenue par une forte amarre : il faisait terriblement silencieux ; dans\nle ciel par un oiseau; nul signe de vie sur la mer.\n  Et, tout à coup, juste devant le foc il y eut de gros bouillons et\nquand ces bouillons crevèrent, Isaac entendit comme un lourd et pro-\nfond soupir.\n   Le pêcheur avait son opinion à lui sur ce qu'il avait vu.\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2225, "texte": "                                — 31 —\n\n   « Le pasteur de Brönö veillera aux funérailles ou il aura de mes\nnouvelles » dit-il.\n   A partir de ce moment se répandit le bruit qu'il possédait le don\nde seconde vue : bien des choses lui apparaissaient qui pour les autres\nrestaient cachées.\n   Il pouvait dire exactement où l'on trouverait le poisson en grands\nbancs serrés près du rivage et chaque fois qu'on le questionnait il\nrépondait :\n   « Si moi je ne le sais pas, mon frère le sait. »\n    Mais voici qu'un jour le pasteur de Brönö dut s'en aller par mer à\nun endroit de la côte pour exercer son saint ministère ; et Isaac se\ntrouvait parmi les marins qui conduisaient le bâteau.\n   On partit avec une bonne brise.\n   Le pasteur arriva très vite à destination et ne fut pas long pour ce\nqu'il devait faire, car le lendemain il lui fallait célébrer le service divin\ndans l'église de sa paroisse.\n   « La mer me paraît un peu dure et le soir tombe » — dit-il —\nmais comme nous sommes arrivés jusqu'ici, je pense que nous pou-\nvons rentrer également. »\n   On n'avait pas quitté la côte de longtemps qu'un vent de tempête\nse leva, sifflant et gémissant : il fallut diminuer la voilure.\n   L'on continua : l'embrun de la mer et les flocons de neige tourbil-\nlonnaient autour des oreilles des passagers ; les vagues étaient hautes\ncomme des maisons.\n   Jamais le pasteur de Brönö n'avait vu temps pareil. Le bâteau\ncoupait les vagues, une à une.\n   Bientôt il fit complètement noir.\n   La mer brillait comme un champ de neige dans les montagnes ; la\ntempête augmentait.\n    Isaac venait de carguer les voiles lorsque l'une des planches par le\ntravers céda : l'eau pénétrait en écumant. E t le pasteur, avec tous les\ngens de l'équipage se précipitèrent sur le pont ; le bateau sombrait\n— hurlaient-ils.\n   « Je ne pense pas que ce soit pour cette fois-ci » dit Isaac; et il\nresta comme il était, au gouvernail.\n   Mais comme la lune perçait de ses rayons la grêle, on vit qu'un\nétrange marin était installé dans les dalots, vidant avec une escope\nl'eau au fur et à mesure qu'elle pénétrait.\n    « Je ne me rappelle pas avoir engagé celui-là » fit le pasteur de\n Brönö on dirait qu'il enlève l'eau avec une botte et il me paraît\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1450, "texte": "                               — 32 —\n\nqu'il n'a ni culotte ni peau sur ses jambes, et que son corps n'est ni\nplus ni moins qu'une veste de cuir flottante et vide. »\n    « Le pasteur l'a déjà vu, je pense » intervint Isaac.\n    Alors le pasteur de Brönö s'irrita.\n       Par la vertu dé mon saint ministère — dit-il — je t'adjure de\nquitter le bâteau. »\n   « Na, na »répliqua Isaac « est-ce que le pasteur répondra aussi\npour la planche qui a cédé? »\n   E t le pasteur se rendit compte de la mauvaise passe dans laquelle\nil se trouvait.\n    « L'homme me paraît mortellement fort et nous avons grand\nbesoin de lui ; et ce n'est pas un grand péché sans doute, d'assister un\nserviteur de Dieu sur la raer. Mais je voudrais savoir ce qu'il demande\nen retour. »\n   Les vagues se brisaient et la tempête hurlait autour de lui.\n    « Rien que deux ou trois pelletés de terre sur une botte pourrie et\nsur une veste de cuir moisi » dit Isaac.\n    « Si tu peux venir rôder encore ici-bas, je suppose que rien ne\nt'empêchera de rentrer au séjour des bienheureux, autant que je\nsache » cria le pasteur de Brönö — « et tu auras tes pelletées de terre\npar dessus le marché ! »\n   Il avait à peine dit cela que la mer parmi les récifs, soudain s'apai-\nsait, et que le bateau touchait le rivage : le mât craqua.\n\n                           Traduit   du norwègien de Jonas Lie\n                                 par G E O   KHNOPFF.\n\n\n\n\n                           HS^y\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-015", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 33, "page_fin": 34, "titre_corps": "Philaster", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hubert Stiernet", "ancre_debut": "PHILASTER                UNE tragédie de Beaumon", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2071, "texte": "PHILASTER\n\n              UNE tragédie de Beaumont et Fletcher, deux contempo-\n               rains de Shakespeare, voilà certes un spectacle qui ne\n               nous est point offert tous les jours!\n                  L'artiste d'ailleurs qui a conçu l'idée de cette repré-\nsentation et qui l'a rendue possible, est M. Georges Eekhoud, et il\nfaut son érudition, sa constance de laborieux, toutes les hautes et\ntrès spéciales qualités de son esprit compréhensif et subtil pour mener\nà bien une telle entreprise.\n   Les affinités d'instinct qui ont naguère poussé le robuste écrivain à\ns'évader du siècle où son grand cœur se cogne et se meurtrit à toutes\nles anguleuses petitesses, pour aller s'attabler avec les vagabonds de\ngénie du règne d'Elisabeth, l'émotion qu'il a ressentie à boire à leur\nbroc, à partager leur intégrale liberté de vivre et d'aimer, l'aisance et\nla joie qu'il a manifestées en leur compagnie, nous font deviner\ncombien a dû être puissante la tentation de voir s'incarner encore des\npersonnages créés par eux.\n   Lors de l'apparition de la vivante étude intitulée : Au Siècle de\nShakespeare qui servit d'introduction aux belles conférences données\ndepuis à l'Université nouvelle, M. Hubert Krains a fait ressortir la\nchaîne esthétique et psychologique qui rattache l'auteur de Cycle pati-\nbulaire et de Mes Communions à la luxuriante époque de la renaissance\nanglaise, (1) La conférence qui a précédé la tragédie a été une attes-\ntation de cette parenté. En phrases substantielles et sans détours,\nécoutées avec autant d'attention et de plaisir que dites avec convic-\ntion, M. Georges Eeckhoud, a évoqué rapidement cette période où\nles éclairs de la passion la plus pure et la plus vibrante magnifiaient\nl'existence des nobles gredins et des admirables libertaires artistes\nqui, simplement, créaient des chefs-d'œuvre, parce qu'ils étaient\nsincères et aimants. Les paroles, affirmant avec audace la priorité de\n\n\n  (1) Voir Société nouvelle — mars 1893.\n                                                                    3\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "                               -   34   -\n\nla sympathie sur tout ce que l'hypocrisie moderne a baptisé et catalo-\ngué « sentiments nécessaires » ont sonné comme une fanfare rouge.\n    Après avoir rappelé que quiconque ne voit la Renaissance anglaise\nqu'à travers Shakespeare, s'en forge une idée peu exacte, le Maître a\nparlé de ceux qui entouraient le grand poète et qui sont moins\nconnus, mais qui, unissant à de grosses maladresses de métier, des\nchoses non moins exquises que celles qui émerveillent dans les œu-\nvres du génie qui les domine tous, reflètent peut-être leur temps avec\nplus de vérité. De ce nombre sont les deux auteurs de Philaster.\n    Les trois personnages principaux que la pièce met en scène appa-\nraissent resplendissants de beauté psychique, les héros d'un amour\ndébarrassé des ordinaires soucis de la chair et qui vous agenouille\nd'admiration et de confusion, tant il reste cependant, humain en\ns'exaspérant Le touchant et noble attachement de Bellario pour le\nPrince, cet amour devant lequel ne comptent ni la vie, ni le parjure,\nqui ne fait aspirer qu'à vivre en la présence de l'aimé, mais qui rend\ncette présence indispensable, trouve son pendant dans la grandeur\n d'âme d'Aréthuse, et les dernières paroles du drame nous sem-\n blent en synthétiser la portée. La princesse épouse Philaster et dit à\n Bellario qui a repris ses habits de femme :\n    — Eh bien, viens, vis avec moi, vis aussi librement que moi-même.\nCelle qui aime mon Seigneur, maudite soit l'épouse qui voudrait lé\nhaïr ! —\n    L'absence de mièvreries sentimentales, la simplicité des scènes\nessentielles prouvent la vérité de pareilles œuvres et la riche santé de\nla sève qui les anime.\n    Nous regrettons vraiment de ne pouvoir analyser la tragédie et\nsurtout de ne pouvoir mettre en évidence comme il le conviendrait la\njustesse d'adaptation, la connaissance du milieu et la science de lan-\n gage et de nuances que M. Georges Eekhoud a employées à nous\nrendre ce curieux et admirable spécimen d'un art, par certains côtés\n et non des moins importants, encore bien au-dessus des productions\n que ce temps-ci considère comme belles.\n    La pièce fut jouée sur la scène du Théâtre communal, le cinq\nmai dernier par les acteurs amateurs du cercle l'Avenir. Ne faisons\npoint de jaloux ; tous ont certainement mérité les applaudissements\nqu'une salle comble né leur a d'ailleurs pas plus ménagés qu'à\n M. Georges Eekhoud dont je soupçonne le cœur d'avoir été plus ému\npar la très réelle gratitude de tous les artistes qui, ce soir, se pressè-\nrent autour de lui.\n                                                 HUBERT STIERNET.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-016", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 35, "page_fin": 37, "titre_corps": "Henry de Régnier — Francis Vielé-Griffin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Verhaeren", "ancre_debut": "HENRY               DE R É G N I E R                  —           FRANCIS                   VIELÉ             GRIFFIN            ILest rare qu'on parle de", "ancre_fin": "d'œuvre apparaît et s'éclaire. 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Si quelque grave critique personnifie la litté-\nrature de cette heure par le mot Symbolisme, 'aussitôt il nous le pré-\nsente, flanqué à droite de Henry de Régnier, à gauche de Francis\nVielé Griffin. Il le mène à l'autel, lui donnant pour évangile un sonnet\nde Mallarmé et pour credo, un texte tronqué de Rimbaud. Il\npromulgue inévitablement que le nouveau culte est incompréhensible\net que son latin date de la décadence. Il n'oublie ni de citer une rime\nfausse d'Aretlnise, ni une strophe en demi-jour des Cygnes. Puis il s'en\nva, non sans faire un boniment sur l'école à laquelle il appartient ou\nappartenait jadis, et qui fut inévitablement la dernière des écoles\nfrançaises, encore soucieuse de mesure, de tradition et de goût.\n   Après elle, plus rien n'existe. Depuis qu'il y a une critique, les\ncritiques posés et pesants tiennent le même inoffensif raisonnement\navec une telle sérénité qu'on s'étonne de rencontrer encore des\nhommes assez calés dans la bêtise pour accepter un rôle aussi humi-\nliant. La plupart des critiques sont des poètes ratés comme la plupart\ndes magistrats sont des avocats sans clients. C'est quand on est inca-\npable d'être quelqu'un qu'on met le plus d'audace et d'acharnement\nà nier les autres. C'est quand on ne parvient point à voir clair en\nsoi-même et à proférer sa lumière en un livre, qu'on juge avec le plus\nde ténacité et le plus d'insolence l'effort lumineux d'autrui.\n   En littérature, les critiques sont ceux que l'art a exilés. Ils vaguent\nà ses confins. Ils n'entrent point, sinon pour en être rejetés, dans\nle pays de clarté et de feu. Ce sont des restes, des scories.\n   MM. Henry de Regnier et Francis Vielé Griffin apparaissent\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": "                                — 36     -\n\ndonc régulièrement maltraités, dès que le bureau de la critique officielle\nrédige ses circulaires, ayant servi au cours des âges, contre tous les\nnovateurs.\n   De grandes fresques mélancoliques d'or, des personnages graves,\ncomme des siècles, des sceptres et couronnes héraldiques ou légen-\ndaires, des antithèses continuelles et poursuivies au long des vers\nentre les significations des emblèmes évoqués, une lenteur et une calme\nbeauté se mouvant dans les paroles et les rythmes, une couleur de\nsoir enveloppant les ensembles, quelque chose d'éternel prolongeant\nles gestes humains au-delà de l'heure qui passe, une tristesse fière et,\npour tout dire, une solennelle lassitude personnalisent le talent de\nHenry de Regnier. Quoiqu'il écrive, soit vers, soit prose, ces dons\nd'écrivain fastueux et grave s'accusent aussitôt : on n'a qu'à lire les\ndix premières lignes de ses poèmes pour en deviner le signataire. Ses\npersonnages, qu'ils soient le Destin, la Chimère, le Chevalier, la\n Fée; ses décors, qu'ils soient des terrasses, des étangs, des grèves ou\ndes jardins anoblis de fleurs; ses emblèmes, qu'ils soient la lance, le\nbouclier, la lyre, le thyrse, le glaive, vivent et s'éclairent d'une beauté\nnouvelle qui est son rêve à lui. On suggère avec trop de complaisance\nqu'il est tributaire du génie de M. Mallarmé et du haut talent de\nM. de Heredia. On exagère de parti pris leur influence, pour dimi-\nnuer méchamment un poète qui arrive. La seule ressemblance qui\nunit ces trois grands écrivains, c'est leur commune manière de sentir\nplastiquement la beauté.\n   M. Viélé Griffin est avant tout un rythmeur.\n   Aucun poète français ne l'est autant et aussi spontanément que\nlui. L'architecture des syllabes, les lignes de la vision, la couleur des\nmots ne le séduisent qu'autant que rien ne heurte son oreille. On\nsent chez ce poëte combien la mesure syllabique et régulière des vers\nest différente du rythme variable, flexible, ductile, profond et uni-\nversel. Celui-ci, que l'on pourrait définir la vie même de l'émotion\nou de l'idée, son extériorisation verbale, son mouvement sonore,\nrègne, quasi-seul, en toute son œuvre. En ces premiers poèmes il se\nfait jour, dès que le débutant se révèle celui qui fera la Chevauchée\nd'Yeldis et le Rire de Mélissa. E t dans Joies, il se surprend déjà à\nchaque page.\n   La phrase de Vielé Griffin, très librement versifiée avec tantôt des\nassonances, tantôt des rimes par grappes, tantôt des omissions\nvoulues est sinueuse et abondante ; elle s'épand flexible ; elle est adé-\nquate à l'idée, miraculeusement.\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1142, "texte": "                                -   37   -\n\n\n   L'amour et la mort se côtoient ou plutôt s'unissent dans son\nœuvre; la vie et la mort n'y semblent point en contradiction, mais en\naccord. Il n'est guère de poème où cette large pensée n'intervienne,\ncaractérisant de sa tragédie mentale les moindres poèmes dédiés aux\nmois ou aux circonstances. La personnalité de Vielé Griffin est\nencore plus accusée que celle de Henry de Regnier, et rien n'est plus\njuste que d'affirmer, comme on l'a fait, que son œuvre supprimée, il\nmanquerait une émotion et une vision à la somme de beautés que la\npéosie française réunit en un prodigieux faisceau.\n   Les œuvres quasi-complètes des deux beaux poètes dont nous\nvenons de parler, ont été réunies par le Mercure de France, récemment.\nLe livre de Henry de Régnier - s'intitule Poèmes et comprend les\nPoèmes anciens et Romanesques et Tel qu'en Songe ; celui de Vielé\nGriffin rassemble les Cygnes, la Chevauchée d'Yeldis, Joies. Et les\npages sont nombreuses en ces deux receuils où l'incontestable chef-\nd'œuvre apparaît et s'éclaire.\n                                                EMILE    VERHAEREN.\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-017", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 37, "page_fin": 41, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Willem Ulric", "ancre_debut": "CHRONIQUE                             LITTÉRAIRE    Six Chansons de Pauvre H", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 1142, "fin_caractere_exclue": 2138, "texte": "CHRONIQUE                             LITTÉRAIRE\n   Six Chansons de Pauvre Homme par M. M A X E L S K A M P (Paul\nLacomblez, Bruxelles). — La Pluie et le Beau Temps par M. G U S -\nTAVE K A H N (Léon Vanier, Paris). — Le Roi Fou par le même\nauteur (Havard, Paris). — Ballades par M. PAUL FORT (Edition\ndu Mercure de France). — Le Trésor des Humbles par M. M A U R I C E\nM A E T E R L I N C K (idem). — Pages Posthumes de P A U L J A N S S E N S\n(A. Godenne, Malines). — La Forêt Bruissante par M. A D O L P H E\nR E T T É (Bibliothèque artistique et littéraire, Paris). — Les Impossi-\nbles Noces par M. ADRIEN M I T H O U A R D (Edition du « Mercure de\nFrance »). — Berthille d'Haegeleere par S A N D E R P I E R R O N (Edition\ndu « Coq Rouge»).\n   La moisson littéraire est si abondante que force m'est de ne con-\nsacrer que quelques lignes à nombre de beaux livres, quitte à publier\nplus tard des études d'ensemble sur les auteurs de ces livres\nà l'occasion de la parution de prochaines œuvres :\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "                               — 38 —\n\n    Six Chansons de Pauvre Homme de M. Max Elskamp ajoutent\n une exquise plaquette aux précédents volumes de vers, du simple et\n naïf poëte anversois. C'est d'un art parfait et impressionnant qui n'a\nrien d'affecté ou de voulu dans sa grâce ingénue. On dirait des\n choses écrites par un de ces illuminés et de ces extatiques d'autrefois\n et il s'en dégage le charme de pureté et de candeur du François d'As-\n sise des Fioretti. Par ce temps de carnaval ésotérique où les gourgan-\n dines se coiffent à la vierge et où les pîtres roulent des yeux de\n pigeon pâmé et d'agneau sans macule en parlant de Botticelli et de\n Fra Angelico, L'art de Max Elskamp est un phénomène rare et\n vengeur.\n    Des mystiques de sa sincérité nous empêcheront de confondre une\n orientation morale, une tendance d'esprit et une esthétique respecta-\n ble quoique à notre avis atrocement déprimante et inopportune en ce\n temps où on aurait tant besoin d'énergie et d'intrépidité — avec le\nsnobisme des drôles et drôlesses de tout étage, qui y trouvent l'excuse\n de leur aveulissement et nous la font à la chasteté et à la continence.\n    Gustave Kahn, encore un vrai poëte, et, avec Jules Laforgue un\ndes novateurs de la métrique et de la prosodie, nous donne La Pluie\n et le Beau Temps. Comme le titre l'indique ce petit livre dit les\n alternatives de tristesse et de bonheur que nous apporte la vie. Le\npoëte assimile les états variés de nos âmes aux paysages de la nature\net aux contrastes des saisons. E t en quelles images toujours neuves\net suggestives jusqu'à vous obséder longtemps après la lecture, il\nopère ces magiques transpositions !\n    Le même auteur nous envoie un roman Le Roi Fou. Œ u v r e\ncurieuse, d'un observateur ironiste jusqu'à la cruauté,mais à laquelle\nle poëte ajoute l'attrait d'une conception fantastique et l'impeccable\nélégance d'un style métallique et comme damasquiné.\n    De Paul Fort des Ballades qu'il a appelées très justement lui-\nmême des proses libres. Mélange étourdissant de sentimentalisme\npassif et de gaminerie fringante. Art chatoyant comme il n'en peut naître\nque dans cette ville capiteuse et éperonnante de Paris. M. Fort est\nun petit-fils de Henri Heine et un fils de Laforgue. Mais il est\nparvenu encore à exaspérer les contrastes de rire et de larmes; son\nrire est âpre comme un sifflet de titi et ses larmes tombent semblables\nà des gouttes de plomb fondu. Un des curieux bouquins publiés cet\nhiver. L'auteur nous promet une nouvelle série de ces Ballades que\nn'eût pas rêvé le plus fantasque des Allemands.\n   Le Trésor des Humbles de M. Maurice Maeterlinck est un beau\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2466, "texte": "                                -   39    -\n\nlivre d'essais philosophiques où le dramaturge se repose, en contem-\nplatif et en penseur, des fatalités tragiques et des mystérieux effrois\n de son théâtre. Ce livre se recommande par une langue délicieuse,\n simple et comme attendrie, insinuante et caressante comme les\n consolations. Il porte dignement son titre : Le Trésor des Humbles.\n C'est bien un cours de bonté et d'élévation morale.\n    C'est avec un sentiment de poignante tristesse que j'ai lu les Pages\nPosthumes de Paul Janssens, un jeune instituteur qui s'exila au\n Congo, paraît-il pour en finir plus tôt avec cette vie d'indigence et de\ndétresse. En ces proses testamentaires, nombre de pages attestent un\nécrivain de race. J'ai retenu surtout plusieurs sinistres et affolants\npaysages du continent noir. Voici ce qu'il écrivit de Mongalla à son\nami M. J. Laenen, celui qui a réuni pieusement les pages en ques-\n tion :\n    « La Mongalla, rivière d'une solitude effroyable, coule entre deux\nrives boisées éternellement. J'y sens une oppression, un étouffement,\nla sensation atroce d'une étroitesse d'espace. Ce qui fait que, souvent,\nla folie sous le crâne, luttant contre la Mort, j'ai le besoin invincible\n de faire des courses énormes.\n    « La forêt est impénétrable, les pirogues ne sont pas à ma dispo-\nsition, et de plaines, il n'y en a pas ; il n'y a qu'envasement d'âme,\nque désespoir... »\n    Un des livres récents auquel nous serions désireux de dédier une\nétude au lieu d'une simple annonce bibliographique, est la Forêt\nBruissante de M. Adolphe Retté, le poète dont on n'a pas oublié un\nautre beau livre l'Archipel en fleurs. Cette fois il s'agit d'un noble et\nlarge poème symbolique, comme qui dirait d'une épopée humani-\ntaire. Jacques Simple le berger, aidé de Madeleine et de Pierre le\nBarbare, marchent à travers la forêt des tyrannies, des sacrilèges et\ndes embûches, complice des mages et des Rois, vers l'Arcadie, la\nnouvelle terre promise. Poème de toute beauté dont ces quelques\nvers exciteront la curiosité des lecteurs :\n\n            Je n'ai commis que le crime de naître\n            Et si je suis mauvais les rois m'ont rendu tel...\n            Si tu savais ! dès les vieux âges\n            Les miens furent élus pour des labeurs mortels.\n            Ils furent le bétail qu'on frappe et qu'on outrage,\n            Ceux qu'on traque et qu'on pressure,\n            Les serfs voués aux morsures\n            Des hyènes royales....\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "                                 — 40 —\n\n            De droit j'ai faim, de droit j'ai froid, de droit je hais.\n            Et dès toujours je suis la chair dont se régalent\n            Les maîtres de la Forêt.\n   Et cette sublime parole du Christ que le poëte imagine délivré\npar Jacques Simple, des derniers marchands du Temple qui exploi-\ntaient son martyre en entretenant ses plaies et en prolongeant son\nagonie :\n   \" Laisse \", dit-il à Jacques qui veut le retenir en Arcadie :\n\n            Laisse : je ne suis plus de ceux de cette terre\n            Car à l'aube du jour qui ne doit pas finir\n            Le dernier des dieux peut mourir\n            Pour se sacrifier au salut d'autres inondes.\n\n   Cette idée n'est elle pas d'un beau poëte ?\n   Un livre remarquable aussi, œuvre d'un esprit philosophique,\nc'est Les Impossibles Noces, trois petits poèmes de M. Adrien\nMithouard. Les impossibles noces autrement dit l'union tragique mais\néternelle des deux époux incompatibles : le Rire et la Douleur.\n   Oyez cette présentation des mariés antithétiques :\n\n           Vers le premier pillier, l'époux\n           Rêva des ciels purs et légers, des climats doux,\n           Des cigales chantant midi, des clartés sèches\n           Au fil de l'horizon à vif ouvrant des brèches,\n           Des grands aloès dont au bout d'un siècle éclôt\n           La fleur, explosion vivante du sol chaud,\n           Et de bois d'olivers au bord de la mer bleue.\n           Deux petits culs de jatte en pleurs portaient la queue\n           De l'épouse lamentable, qui, l'air dolent,\n           Pour voile des fils de la vierge s'envolant\n           D'un feuillage frileux dont elle était coiffée,\n           Songeait à la gracile et glaciale fée\n           Des fiords et des sapins, qu'auréole un halo\n           Qui va, blonde le long de l'azur noir de l'eau.\n           Faire paître la neige et le vent de la dune\n           A des troupeaux d'ours blancs qui gueulent à la lune.\n\n   M. Sander Pierron, un jeune auteur déjà connu par des Pages de\nCharité, vient de publier chez les éditeurs du « Coq Rouge »,\nBerthille d'Haegeleere un grand roman de mœurs patriales où se ren-\ncontrent en des scènes vivantes et observées la gent des campagnes\nbrabançonnes, les ouvriers d'industries plus ou moins artistiques,\nl'engeance à peine moins écœurante des bohêmes à la Murger; et enfin\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2535, "texte": "                                 — 41 —\n\n    une poignée — et encore — de vrais artistes. Une touchante intrigue\n   d'amour et surtout l'amitié virile de deux frères, héros du livre,\n   sert de baseet de motif conducteur à cette œuvré représentant certes,\n   un des efforts les plus sérieux dus aux « jeunes » de la nouvelle\n   pousse.\n      Les personnages de Berthille d'Haegeleere sont tous campés et ana-\n   lysés avec beaucoup de souci plastique et de spontanéité morale.\n   Mes prédilections iront aux deux frères Demane, à leur ami Royvèle,\n   au personnage si touchant de Cholle, le chemineau, puis à quelques\n  pittoresques et savoureuses figures d'arrière plan. Une inquiétante\n  silhouette de sorcière, la Touvraise, dramatise ce livre d'exubérance\n  naïve ou de mélancolie sereine.\n     Le roman, très développé, mais sans longueurs « naturalistes » ne\n  comporte pas moins de trois parties : La Forge des Raisins, l'Exil du\n  Cœur et la Touvraise. Au nombre des chapitres les plus réussis je\n  citerai ceux relatifs à l'enfance butineuse et indisciplinée des Demane\n  au hameau natal, avec leurs paysages et leurs intérieurs bellement\n  flamands ; l'arrivée de Cholle le vagabond recueilli dans une ferme et\n  aussi l'éclipsé douloureuse du désespéré ; puis, l'apprentissage du\n jeune lithographe Jean Demane, les brimades et l'atmosphère triviale\n de l'atelier, un atelier bien bruxellois; des réunions non moins au-\n thentiques de rapins à la Mandragore ; l'hôpital militaire e t l'agonie\n du peintre Baltus, ces dernières peut être les plus hautes pages du\n livre.\n     La troisième partie contient une amusante pendaison de crémail-\n lère.\n     Les épisodes idylliques de la fin, peut-être un peu précipités, ont de\nla poésie, du sentiment et même du pathétisme. La figure de l'héroïne\nest traitée avec une ferveur exquise. Je le répète, Berthille d'Haege-\nleere constitue l'œuvre d'un écrivain de tempérament, d'un artiste\nsincère et solidement trempé, qui ne s'attarde pas en poussives subti-\nlités narcissiennes ou en ingénieuses mais creuses gageures de sty-\nliste.\n                                                    WILLEM     ULRIC.\n   Accusés de réception : L'Eau du Soir par M. Aimé L. Pfinder;\nle Heures, de Mystère par M. Maurice Leblanc; Moussorgski par\nPierre d'Alheim ; Sans Horizon par M. Franz Mahutte; Mai par\nM. Arthur Toisoul ; Le Maustichi par M. Jean du Ry-Ternel ; Jules\nLaforgue par M. Camille Mauclair; Le Pèlerin du Silence par\nM. Remy de Gourmont; Ballades (nouvelle série) par M. Paul Fort.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-018", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 42, "page_fin": 42, "titre_corps": "Affaire Ensor-Stevens", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. Biernaux", "ancre_debut": "AFFAIRE ENSOR-STEVENS A la suite de l'article sur les frères Stevens", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 1432, "texte": "AFFAIRE E N S O R - S T E V E N S\n   A la suite del'article sur les frères Stevens paru dans le Coq Rouge,\nM. Paul Stevens envoya deux amis demander des explications à\nM. James Ensor, auteur de l'article. Celui-ci ne donna pas signe de\nvie.\n   Devant ce silence, M.Paul Stevens nous demanda d'intervenir. Il\nnous prie, pour terminer cette affaire, de donner connaissance, à nos\nlecteurs, de la lettre que nous lui avons adressée :\n\n    A la suite de l'entretien que nous avons eu lundi dernier, j'ai écrit\nà M. James Ensor.\n    Voici le paragraphe de sa réponse qui nous paraît indiquer le sens\nqu'il attache à son article :\n    « Au reste je n'ai pas attaqué les frères Stevens dans leur honneur,\n« j'ai simplement montré, en termes un peu piquants, M. Alfred\n« Stevens attaquant les jeunes artistes; cela c'est son droit et M. Arthur\n« Stevens favorisant les artistes français, c'est encore son droit. C'est\n« aussi mon droit de dire ce que j'en pense. »\n   Il est d'usage dans la presse, et particulièrement dans les revues\nlittéraires, que les articles signés engagent personnellement leurs\nauteurs. Le comité du CoqRouge ne croit donc pas devoir assumer la\nresponsabilité de cet article.\n   Nous ne pouvons toutefois que regretter l'attitude de M. Ensor à\nvotre égard.\n   Veuillez agréer, etc.\n\n                                               Pour le Coq Rouge,\n\n                                                AUG. BIERNAUX.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-019", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 43, "page_fin": 48, "titre_corps": "Picorée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Périnet", "ancre_debut": "PICOREE Ceux qui s'abonneront pour la", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 3138, "texte": "PICOREE\n   Ceux qui s'abonneront pour la              avons reçu de l'intéressé des remercie-\n deuxième année au Coq rouge, pour-           ments « pour la note du Coq rouge\n ront se procurer, au prix de , 5 francs      qui rectifie et fixe désormais un point\n seulement, la première année de la           d'opinion et dissipe une équivoque\n revue, sans toutefois avoir droit à l'eau-   volontaire. »\n forte qu'elle contient.                        Avis à ceux qui de bonne ou de\n                                              mauvaise foi, de mauvaise plutôt, insi-\n                                              nuaient que le poète de Tel qu'en\n                                              songe avait renié son passé.\n   Nous rappelons qu'un comité com-\n posé de MM. Eekhoud, Verhaeren,\n Brouez, Maubel et des Ombiaux s'est\nformé pour élever à Francis Nautet un            L'Art à la rue a été traité comme il\nmonument funéraire.                           convient, pendant ces derniers temps.\n   MM. André Fontainas et Hubert              La ligue artistique a publié une série\nKrains nous ont fait parvenir leur            de lettres où l'on malmène assez vigou-\nsouscription.                                 reusement les industriels organisateurs\n   Prière aux amis de Francis Nautet          de ce badigeonnage infect qui désho-\nd'adresser leur souscription au secré-        nore quelques façades de nos rues\ntaire du comité M. Maurice des                principales. Inutile de dire que nous\nOmbiaux, 6, rue Bériot.                       sommes de l'avis de ceux qui se sont\n                                              montrés les plus sévères à l'égard de\n                                              cette entreprise équivoque. Aux débuts\n                                              de l'œuvre nous avons été les premiers\n                                              à manifester l'opinion qui s'affirme\n   Le Moniteur nous annonce que               bruyamment aujourd'hui, en décer-\nnotre ami Emile Verhaeren vient               nant le premier prix à la très vieille\nd'être décoré de notre ordre national.        enseigne intitulée : de drie gezellen.\n   Cette décoration honore grandement\n                                                 Les conducteurs de l'art à la rue,\nle ministre qui l'a faite, aussi nous lui\n                                              conspués à Bruxelles, se rabattent sur\nadressons nos félicitations.\n                                              la province. C'est Charleroi qu'ils ont\n                                              choisi pour y exercer leur négoce.\n                                              Nous avons trouvé, dans un journal\n                                              de cette ville, un compte rendu extra-\n A la suite de l'articulet paru dans nos      ordinaire d'une séance non moins\npicorees de mars-avril relativement à         extraordinaire où, dans un décor\nla collaboration de M. Henri de Régnier       d'affiches, un vaudevilliste a réédité\nà la Revue des Deux Mondes, nous              tous les calembours de la revue, et\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3735, "texte": "                                      — 44 —\n\nl'imprcssario bien connu des célé-           pathie qui s'établit bien vite entre\nbrités nationales, fait marcher la lan-      l'écrivain parisien et son public bruxel-\nterne magique qu'il n'oublie jamais          lois, ont valu à Léon Bazalgette un\nd'allumer.                                   réel succès que nous sommes heureux\n   « Nous y vîmes, dit le journal et nous    de ratifier.\nne voulons déflorer ce compte rendu\nsuave par aucun commentaire), nous y\nvîmes la Société des accordéons sym-\nphoniques de Lodelinsart sous la                 Un procès qui ne manquera pas d'in-\ndirection de M. Rayon. Cette société,        téresser les écrivains que les éditeurs\non le sait, faisait ses débuts à Char-       tondent et retondent à plaisir, est\nleroi. Elle a fort bien réussi et ça été     actuellement pendant entre MM. Paul\nun étonnement que ces larges sono-           Bourget et Lemerre,\nrités d'accordéons imilant parfois               M. Paul Bourget se promenant en\nl'orgue et aussi toutes les nuances et       Amérique y découvrit une édition de\nles finesses des intruments à corde. »       Cosmopolis qui lui était inconnue.\n   Pauvres carolorégiens! ! !                Ami intime jusque là du célèbre édi-\n                                             teur des Parnassiens, il avait toujours\n                                             eu la plus entière confiance en ce\n                                             négociant aux allures de Mécène. Mais\n                                             ayant ouvert les yeux et perdu la foi,\n   Léon Bazalgette, le distingué direc-      il réclama des comptes. Le bonhomme\nteur du Magasine international, a            après s'être fait tirer l'oreille s'avoua\n donné le 7 avril, à la Section d'Art et     débiteur d'un arriéré de 40,000 fr.\nd'Enseignement de la Maison du               M Bourget ne s'en contenta pas, il\n Peuple, une fort intéressante confé-        réclama la vérification complète des\nrence sur l'Internationale des Poètes.       comptes et la production des livres de\n   Il a flétri notamment l'insanité du       l'éditeur. M. Lemerre refuse, ce qui\nchauvinisme bourgeois en matière             lui valut une raclée du psycologue et\nd'art, comme dans le domaine mili-           une assignation devant le tribunal de\ntaire, ce dernier refuge de la barbarie;     commerce.\nl'Art ne se détermine pas par des fron-         A ce propos M. Henri Bauer, rap-\ntières politiques; il faut l'admirer d'où    pelle dans l'Echo Je Paris cette petite\nqu'il vienne ; la fraternité des artistes,   histoire savoureuse :\nquel que soit leur lieu d'origine, doit\nse développer parallèlement à la frater-        « Un écrivain de grand talent —\nnité des prolétaires, des travailleurs       pourquoi ne le nommerions-nous pas?\nmanuels.                                     Mme Judith Gautier — avait fait édi-\n   Il a également exposé des idées           ter chez Lemerre le Dragon impérial.\nempreintes d'une forte originalité sur       Quelque temps après, plusieurs per-\nl'esthétique moderne, en affirmant la        sonnes ayant voulu se procurer\nnécessité pour elle d'être de plus en        l'ouvrage, il leur fut répondu que\nplus l'expression adéquate de la Réalité     l'édition était épuisée. Lors l'auteur se\net de la Vie.                                rendit chez l'éditeur et lui demanda\n   La diction nette et vibrante du con-      son dû. « Mais je ne vous dois rien,\nférencier, mise au service d'une pensée      répondit notre homme sans être décon-\ntoujours claire dans l'abstraction et        certé; l'édition est. épuisée, mais elle\npoétiquement colorée, la chaude sym-         n'a pas été vendue ; j'avais place vos\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3705, "texte": "volumes dans la réserve d'une de mes        tions et expositions. Parmi ses collabo-\nboutiques, et les rats les ont dévorés.»    rateurs citons : MM. Paul Adam,\n   « Un rat, — un rat! » s'écrie Ham-       d'Annunzio, Bang, Beaubourg, Tristan\nlet entendant un bruit équivoque, et        Bernard, Bjornson, Jacques St-Cère,\nd'un coup d'épée dans la tapisserie il      Emerson, Echegarray, Barrès, Fogaz-\ncloue Polonius embusqué. »                  zara, de Goncourt. K. Hamsun, Ibsen,\n                                            Jacobsen, J. Jullien, Bernard Lazare,\n                                            Maeterlinck, Mourey, Schwob, Jonas\n                                            et Eric Lie, Strindberg, de Régnier,\n                                            Rodenbach, W. Witmann, etc , etc.,\n                                            parmi ses dessinateurs : Anquetin, de\n                                            Toulouse Lautrec, Luce, Launay,\n                                            Munch, etc , etc.\n   L'Art Flamand par Jules Du Jar-\n                                              Les communications doivent être\ndin ouvrage illustré de 1500 dessins\n                                            adressées à MM Pierre GuéJy. direc-\nchoisis par Josef Middeleer et de\n                                            teur et Ad. Van Bever, secrétaire, aux\n288 photogravures, tirées hors-texte,\n                                            bureaux de la revue, 69. rue Blanche,\nen couleurs. Arthur Boitte, éditeur,\n                                            Paris.\n 11, rue du Magistrat, à Bruxelles.\n   Les trois livraisons de cet impor-\ntant ouvrage qui nous parviennent\naujourd'hui ont trait aux romanistes :\nBernard Van Orley, Jean Schorul,\nles Mastaert, les Coninxlao et les\nFloris.\n   Comme de coutume ces livraisons            La nouvelle de M. Paul Arden,\nrenferment d'admirables dessins et de       publiée dans le numéro mars-avril du\nfort belles planches hors-texte qui         Coq rouge devait se terminer par les\naccompagnent les dissertations de           deux paragraphes ci-après qui ont été\nl'auteur sur la vie et l'œuvre des          omis :\nmaîtres étudiés.\n                                               A cette vie, Silvère s'affola, près\n   La superbe publication de M. Ar-\n                                            de perdre la raison : pris de rage, il\nthur Boitte augmente d'attrait à\n                                            eut un jour la pensée de faire chavirer\nmesure qu'elle se complète et sa ten-       le canot, d'engloutir Elienne et lui-\ntative mérite les encouragements des        même au plus profond de ces flots qui\npassionnés d'art.                           lui mettaient en l'âme un tourment\n                                            d'enfer; il eut la vision de cette défini-\n                                            tive possession qui donnerait pour\n                                            jamais Elienne à la mer victorieuse —\n                                            et la jalousie fut plus forte que le\n                                            désespoir...\n                                               Et ce fut dès lors entre lui et la mer\n   Une nouvelle revue           illustrée\n                                            grandiose une haine implacable, du-\n« l'Aube » , a paru le 15 avril.\n                                            rant les jours qui achevèrent la saison.\nCette publication donnera des œuvres\ninédites françaises et étrangères et des\nillustrations de peintres de tous pays.       Puis, un soir, alors que Silvère, de\nElle organisera des conférences, audi-      sa fenêtre, contemplait l'immensité\n"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3513, "texte": "                                       -      46   -\n\n mouvante qui lui avait définitivement         je pense, par tous les écrivains nou-\n ravi le cœur d'Elienne, un paquebot,          veaux, est celui-ci : les vers sont bons\ngrondant, bavant de la fumée noire,            quelle que soit la règle à laquelle ils\nmugissant, passa, gagnant le large; sur        s'astreignent, pourvu qu'ils signifient\nle pont, des passagers faisaient aux           sincèrement la personnalité du poète.\namis restés encore sur la plage des            Tel rimera richement, se conformera\nsignes d'adieu.                                aux alternances bi-sexuelles, comptera\n   Silvère reconnut Elienne; il attendit       les syllabes; tel autre usera de l'asso-\nun geste d'amitié, qui eût été un der-         nance, n'aura cure d'alterner les sexes,\nnier souvenir d'elle ..                        suivra son rythme sans tenir compte\n   Mais hélas! la mer — triomphante!           du nombre de syllabes. Tous deux\n— enlevait Elienne ; lui et son pauvre         auront raison s'ils parviennent à nous\namour étaient vaincus : le beau rêve à         toucher. Le vers libre bien manié,\ntire d'ailes s'était à jamais envolé.          offre des ressources innombrables; il\n   Et Silvère regardait s'enfoncer dans        permet l'imprévu,      mais n'importe\nl'or fauve du couchant la tache noire          qu'elle autre forme d'art, fût-elle oppo-\ndu navire, —. cependant que deux               sée, reste légitime. »\nlarmes descendaient le long de ses\njoues.\n\n\n\n\n                                                  Nous avons reçu quatre numéros de\n                                               la Revista literaria ; elle paraît tous\n   D'Adolphe Retté :                           les dix jours, en fascicules de seize\n   « Ayant en tête la Forêt bruissante         pages grand in-8°, à Bucarest, sous la\noù s'alternent les descriptions posant         direction de Th. M. Stoenescu, auquel\nle décor et le dialogue, je fus naturel-       prêtent leur aide un grand nombre de\nlement conduit à employer le vers              collaborateurs dont les noms se ter-\nlibre. Ce moyen d'art me permettait            minent de la même indécente façon. A\nd'éviter la monotonie qui eût résulté          côté d'ceuvres originales (nous vou-\nde l'emploi exclusif de l'alexandrin. Il       lons simplement dire non traduites),\nme permettait aussi de fixer le plus           légendes, poésies sentimentales, nou-\nexactement possible les phrases lyri-          velles à la Coppée, chaque numéro\nques de mes personnages selon le               contient des traductions de fantaisies\nrythme adéquat aux mouvements de               d'Alphonse Allais et une tranche d'un\nleur âme. C'est là, soit dit en passant,       roman de Gaboriau !\nune des vertus les plus méconnues du              Pauvres Roumains !\nvers libre : la faculté qu'il confère au\npoète d'assouplir l'appareil par trop\nrigide que nous léguèrent ceux du Par-\nnasse. Nulle restriction ne tient contre\nl'opportunité de cette évolution. D'ail-\n                                                 A lire dans le Mercure de France\nleurs toute latitude n'est-elle pas laissée\n                                               de ce mois l'introduction à un Essai\nà qui tente les -différents modes d'ex-\n                                               sur Jules Laforgue par M. Maurice\npression poétique! Le principe, admis,\n                                               Maeterlinck, la suite de la traduction\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3744, "texte": "                                   — 47 —\n\npar M Barthelémy du Sartor Resartus           — Ce serait un grand débarras de\nde Carlyle, les mordaces et cinglants      la bêtise chic et de l'imbécillité élé-\nEpilogues de Remy de Gourmont;             gante, qu'une machine infernale qui,\nla suite de Pauline, le roman de           par un beau jour, tuerait tout le Paris\nM. Louis Dumur, des vues de                faisant de 4 à 6 heures, le tour du lac\nMM. Albert Samain, Pierre Quillard,        du Bois de Boulogne!\ndes traductions, de très curieux contes       — Il y a des envieux qui paraissent\nhongrois et arméniens, enfin, dans la      tellement accablés de votre bonheur,\nrevue du mois, les critiques littéraires   qu'ils vous inspirent presque la velléité\nde MM. Vidé Griffin et Robert de           de les plaindre.\nSouza, et la chronique d'art de M. Ca-        — La description matérielle des\nmille Mauclair.                            choses et des lieux n'est pas dans le\n   Dans la Revue Blanche : (fascicule      roman, telle que nous la comprenons,\ndu 1er mai) Des Mères futures par          la description pour la description.\n Paul Adam. Le Patriotisme ou la           Elle est le moyen de transporter le\nPaix par Léon Tolstoï, la Vie men-         lecteur dans un certain milieu favo-\ntale par M. Gustave Kahn et des cro-       rable à l'émotion morale qui doit\n quis belges par Métin.                    jaillir de ces choses et de ces lieux !\n   Dans la Société nouvelle le très           — Ce qui entend le plus de bêtises\ncurieux article d'Edouard Carpentier       dans le monde est peut-être un tableau\nsur le Mariage dans une Société libre,     de musée.\nde nombreuses traductions et adapta-          — On rencontre des hommes si\ntions du russe, de beaux vers de Charles   bassement attachés à une mémoire\nVanlerberghe et une étude très logi-       célèbre qu'ils vous font l'effet de\nque du professeur Ernest Nys sur le        laquais d'une immortalité.\nDroit de la Vieille Irlande. Comme\n                                              — I1 y a un Beau, un beau\ntoujours un numéro d'une belle tenue\n                                           ennuyeux, qui ressemble à un pensum\nlittéraire et d'une haute sélection de\n                                           du Beau.\n pensée.\n                                              — L'épithète rare, voilà la marque\n                                           de l'écrivain.\n                                              — Les Académies ont été unique-\n                                           ment instituées pour préférer Bonnas-\n  La Revue des Revues a publié ce          sieux à Barye, Flourens à Hugo et\nmois un article excellent, d'une éton-     tout le monde à Balzac.\nnante compréhension, de M. Remy de            — Autrefois la province ne lisait\nGourmont sur Georges Eekhoud.              pas, et n'avait nulle opinion sur les\n  Cette étude fait partie de la série      faiseurs de livres.\ndes Nouveaux Venus que M. de Gour-            Aujourd'hui elle en lit le plus, mais\nmont réunira prochainement en vo-          elle a des opinions littéraires, prises\nlume.                                      dans le bas des petits journaux. Un\n                                           déplorable progrès.\n                                              — On ne saura jamais combien les\n                                           marchands de la pensée et de l'écri-\n  Du Journal des Goncourt :                ture des autres sont bêtes.\n                                              — La science du romancier n'est\n   — Voir, sentir, exprimer — tout         pas de tout écrire mais de tout choisir.\nl'art est làl  *                              — Ce gouvernement-ci hait encore\n"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1945, "texte": "                                    -      48     -\n\nplus l'homme de lettres, que le répu-           directeur des Beaux-Arts, comment il\nblicain ou le socialiste ! (C'est vrai          trouvait le Salon de cette année ? ( 1888)\npartout !)                                         — Pas d'oeuvre supérieure, mais\n   — Il est rare que les faiseurs de            une bonne moyenne.\nl'opinion en art ou en littérature ne              — Très bien, répondit Grévy, c'est\nsubissent pas la tyrannie des imbéciles !       ce qu'il faut dans une république.\nles guides du gros public en sont géné-\nralement les domestiques.\n   — Jamais un auteur ne s'avoue que,\nplus sa célébrité grossit, plus son                Nous avons reçu : Une Squaw, par\ntalent compte d'admirateurs incapables          I. Will, A travers passions et caprices\nde l'apprécier.                                 par Emile Greyson, le Sermon sur la\n   — De l'observation spontanée et              Montagne par Edmond Picard, et,\npresque faite au dépit de soi : Bon ! je        du Mercure de France, la réédition, en\nle veux bien, mais de l'observation             un bel et fort volume, du Cycle Pati-\ncomme on va au ministère, merci !               bulaire, ce livre prodigieux de notre\n(Attrape Zola et les naturalistes !)            ami Georges Eekhoud, augmenté de\n  — Le mérite de mes livres, disait             plusieurs nouvelles : Aux bords de la\nsérieusement un bibliophile, qui vient          Durme, Le tribunal au chauffoir, Le\nde vendre sa bibliothèque, — très               Tatouage, La bonne leçon et le Suicide\ncher : le mérite de mes livres c'est            par amour.\nqu'ils n'ont jamais été ouverts.                   Nous en rendrons compte prochai-\n  — Un mot caractéristique de ce                nement.\ntemps.\n  Le président Grévy demandant au                                        PÉRINET.\n\n\n\n\n   Des presses de XAVIER IIAVERMANS Galerie du Commerce, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-05-n1-206", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES Delattre (Louis). Contes de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3482, "texte": "LES LIVRES\nDelattre (Louis). Contes de               Maeterlinck (Maurice). Les\n        mon village . . . 3 50                    Sept Princesses . . 2 »\n  — Les Miroirs de jeunesse 3 50           — Pelléas et Mélisande . 3 50\n  — Une Rose à la Bouche. 3 50             — Les Disciples à Saïs et\n                                                  les fragments de No-\nDemolder (E.) Contes d'Yper-                      valis                4 \"\n       danime                3        «\n — Impression d'Art . . 3             »   Marlow (G.) L'Ame en Exil. 3 »\n — James Ensor . . . . 3              »\n — Récits de Nazareth. . 3            »   Mauclair (Camille) Couronne\n                                                  de Clarté . . . . 3 5o\ndes Ombiaux (M. ) Vers de\n       l'espoir             2 »           Nautet (Francis). Notes sur\n  — Chants des jours loin-                        la Littérature, 2 vo-\n       tains (épuisé) . . .                       lumes Vve Monnom. 3 50\n  — Les amants de Taille-                  — Histoire des Lettres\n       mark (drame) . . . 2 »                     Belges d'expression\n  — La Ronde du Trouvère 2 »                      française, Ch. Rozez.\nEekhoud (Georges) Kees Doo-               Pierron (Sander). Pages de\n       rik . .' . . . . 3 50                      Chanté             3 50\n  — Kermesses . . . . 5 »                   — Berthille d'Haegeleer 5 »\n  — Nouvelles Kermesses . 3 50\n  — Les milices de Saint                  Severin (Fernand). Le Lys . 2 \"\n       François     . . . .                 — Le Don d'enfance      . 2 »\n  — La Nouvelle Carthage . 4 \"              — Un chant dans l'ombre 3 »\n  — Les Fusillés de Malines 3 50          Stiernet (H.). Histoires du\n  — Au siècle de Shakes-                           Chat, etc. (dessins de\n       paere                3 »                    Lynen. Office de Pu-\n  — Mes Communions . . 5 »                        blicité)                1 50\n  — Le Cycle Patibulaire 3 50               — Contes au Perron (Vos,\n  — Philaster (tragédie de                        Bruxelles) . . . . 2 »\n       Beaumont et Fletcher) 2 »\n                                          De Régnier (H.). Le Bosquet\nElskamp (Max.) Dominical . 2 »                   de Psyché . . . . 2 »\n  — Salutations, dont d'an-                — Contes à soi-même. . 3 »\n       géliques . . . . 3 50               — Episodes Sites et Son-\n  — En Symbole vers l'Apos-                      nets                 3 »\n       tolat                3 50           — Poèmes 1895.Lemerre. 3 50\nKahn (Gustave). Chansons                   — Tel qu'en Songe . . 3 50\n       d'amant              3 50          Van Lerberghe (Ch.). Les\n — Les Palais nomades . 3 50                    Flaireurs . . . .  1 »\nKrains (H.) Histoires luna-\n        tiques              3 »           Verhaeren (E.) Les Apparus\n — Les bons Parents . . 3 \"                      dans mes chemins . 2 «\n                                           — Les Moines . . . . 3 »\nMaeterlinck (Maurice). Les                 — Les Campagnes hallu-\n        Aveugles (L'Intruse,                     cinées               3 50\n        Les A v e u g l e s ) . . . 3 »    — Les Villages Illusoires. 3 5o\n — La Princesse Maleine . 3 50\n — Serres chaudes . . . 3 »               Vielé-Griffin. Les Cygnes . 3 «\n — L'Ornement des noces                     — Chevauchée d'Yeldis . 3 «\n        spirituelles, , , , 4 »             — Poésies complètes . . 3 50\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 10, "texte": "n° 1 — tome                    II.                mai 1896\n\n\n\n\nle coq rouge\n                 REVUS      LITTÉRAIRE\n\n\n\n\n                    SOMMAIRE :\nUne Cause littéraire                   MAURICE DES OMBIAUX.\nLe Déclin                              J. H. ROSNY.\nFragment de poème                      HENRI DE REGNIER.\nÉpisode                                Louis DELATTRE.\nLa Fièvre                              ANDRÉ FONTAINAS.\nLa Vierge au Rouet                     HUBERT STIERNET.\nUn Simple                              FERNAND SEVERIN.\nL'Éveilleur                            BLANCHE ROUSSEAU.\nVers                                   FERNAND ROUSSEL.\nIsaac et le Pasteur de Brönö. . . .    GEO KHNOPFF.\nPhilaster                              HUBERT STIERNET.\nH. de Régnier et F.Viélé-Griffin . .   EMILE VERHAEREN.\nChronique littéraire                   GEORGES EEKHOUD.\nAffaire Ensor-Stevens                  AUG. BIERNAUX.\nPicorées .                             PÉRINET.\n\n\n\n\n                le numéro fr. 0.80\n"}, {"page_pdf": 11, "texte": "       le coq                          rouge\n                 REVUE DE LITTÉRATURE\n            PARAISSANT LE l 5 DE CHAQUE MOIS\n\n                                V\n            P r i x d'abonnement annuel :\nBELGIQUE                                                  8 FRANCS.\nÉTRANGER.           .   .                                 10\n                                      ( B E L G I Q U E 20\nÉdition sur papier de Hollande Van Gelder , ETRANGER 25\n\n\n\n\n             Comité de Rédaction :\nLouis DELATTRE — EUGÈNE DEMOLDER — MAURICE DES\n  OMBIAUX —       GEORGES     EEKHOUD —       HUBERT KRAINS       —\n  EMILE VERHAEREN — HUBERT STIERNET.\n\n\n\n  Envoi de copie, correspondances diverses, offres de collaboration,\ndemandes d'échange, s'adresser\n         à M. Maurice des Ombiaux, 6, rue de Bériot.\n\n     _Secrétaires de la Auguste\n                        rédaction\n                                             Biernaux,\n                                     Sander Pierron,\n\n  La copie devra être envoyée quinze jours avant l'apparition du\nnuméro, soit le I er de chaque mois,\n\n\nAdministration, Annonces,Abonnement,vente au numéro, s'adresser\n      à M. Longfis, 6, Montagne=aux=herbes potagères\n\n\n     l e s manuscrits non insérés ne seront pas rendus.\n"}, {"page_pdf": 12, "texte": "le coq rouge\n\n            Deuxième Année\n\n      MAI    1896 — AVRIL           1897\n\n\n\n\n            IXELLES-BÜUXJ3LL-ES\n  IMPRIMERIE ÉCONOMIQUE, NlCpî-Xa \"VXTaiïBKSWB»\n                38, rue de Trêves\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": ""}, {"page_pdf": 14, "texte": "    U N E CAUSE LITTÉRAIRE\n\n\n\n                   Firmin Van den Bosch s'occupe, sous ce titre,\n                    durant trois numéros du Magasin Littéraire, des\n                    démêlés que le Coq Rouge a eus avec une autre\n                    revue. Certes M. Van den Bosch peut, et c'est son\n droit, en penser ce qu'il veut et l'exprimer comme il lui convient, mais\n c'est également notre droit de constater qu'il parle de choses qu'il\n ne semble connaître que très imparfaitement. S'il avait lu notre revue\ncomme il a lu celle qu'il oppose à la nôtre, il n'aurait pas écrit que\nnous nous étions constitués les champions de l'Art social opposé à\nl'Art pour l'Art, pas plus que du vers libre opposé au vers régulier.\n    Tous les fascicules du Coq Rouge s'insurgent contre une pareille\nassertion. Depuis l'article de tête jusqu'à la fin des picorées, nous\ndéfions M. Van den Bosch de trouver une seule ligne établissant ce\nqu'il avance. Nous nous sommes toujours efforcés, au contraire, de\ndéfendre la liberté absolue de l'artiste, contre les formules que l'on\nveut lui imposer, que ces formules nous viennent d'une tradition mal\ncomprise ou du snobisme qui en invente chaque jour de nouvelles.\nNous avons revendiqué, pour l'écrivain, le droit de créer l'expression\nla plus adéquate à son tempérament et à ses aspirations. Nous avons\nconspué les maîtres d'école, aussi bien ceux de l'Art pour l'Art que\nde l'Art social. Nous pouvons donc prétendre que ce n'est pas en\nnous lisant que M. Van den Bosch s'est fait une opinion sur notre\ncompte, mais bien en nous regardant à travers le tissus de perfidies,\nde mauvaise foi et de malpropretés, que nos adversaires ont jeté sur\n\n                                                                     [\n"}, {"page_pdf": 15, "texte": "                                 —   2   —\n\n\nnous pour travestir l'attitude que nous avons prise en fondant le Coq\nRouge et que nous n'avons cessé de garder depuis lors.\n    Notre intention manifestée catégoriquement dès la première page\ndu Coq était de rester en dehors de toute dispute, de toute querelle,\nqui ne profitent à personne d'autre qu'aux Pecuchets et aux Bon-\nhommets ayant pour chefs de file quelques mauvais petits journalistes\nqui ne manquent pas de se frotter les mains en comptant les coups.\nMais le caractère extra-littéraire des attaques auxquelles on s'est livré\nenvers nous, les insinuations que l'on faisait pénétrer dans les cabi-\nnets directoriaux des journaux quotidiens et les couloirs de ministères\npour nous susciter des désagréments dans notre vie privée, nous ont\nforcé à remettre les choses au point. Cela fait, nous nous sommes\nremis à travailler.\n   Vraiment, ce n'est qu'en lisant nos détracteurs et non pas le Coq\nRouge, que M. Van den Bosch a pu écrire ces lignes « malheureuse-\nment la discussion entre Parnassiens et Verslibristes ne se maintient\npoint longtemps aux calmes et sereines hauteurs de la théorie ; elle\ndescend bientôt au terre à terre des exagérations, des gros mots et\ndes personnalités. »\n    La seule théorie que nous ayons faite, a été de proclamer l'inanité\nde toute théorie. Les œuvres seules valent. Quant aux personnalités,\nelles nous sont fort indifférentes. Nous n'avons pas, nous, modifié du\ntout au tout notre appréciation sur le talent de tels ou tels écrivains\nparce que nous avions cessé de nous entendre avec eux au sujet de\nl'aménité que nous croyions due à un artiste tel que Verhaeren, dans\nla chronique littéraire d'une revue à laquelle nous, ses amis, collabo-\nrions.\n    M. Van den Bosch pour remplir convenablement le rôle de Salomon\nde lettres qu'il s'attribue auraît dû ne pas écouter qu'une cloche, car\nil n'a entendu qu'un son et ce son est aigre et faux.\n    Nous le regrettons, car son article est, à d'autres points de vue, loin\nd'être dépourvu de bon sens et de justesse; ainsi nous sommes parfai-\ntement d'accord avec lui lorsqu'il dit à propos de Verhaeren :\n    « La critique est indigne de son nom et de sa mission quand, par\nune incroyable aberration de parti-pris, elle prend prétexte des quel-\nques lacunes d'une œuvre pour lui dénier toute valeur et exagère les\n défauts d'un artiste pour pouvoir d'autant mieux se dispenser de\n reconnaître ses mérites; ne cherchons pas les poux dans la crinière du\n lion !\n    Nous ne pouvons également que rendre hommage à la clarté et à\n"}, {"page_pdf": 16, "texte": "                                  — 3 —\n\n l'impartialité qu'il a apportées dans l'étude des deux modes rythmi-\n ques d'expression qui se disputent le domaine poëtique au lieu de se\n  le partager et approuver, sans réserves, les considérations suivantes\n qu'il déduit de son rapide aperçu des transformations et de l'évolution\n  de la Poésie française. Les adversaires les plus acharnés du vers libre\n  n'ont pas encore trouvé à en détruire la logique et à y répondre\n  d'une manière présentable.\n     i° C'est dans le sens de la liberté que le vers français a perpétuelle-\n  ment évolué; dès lors donc qu'une atteinte fut portée à son intégrité\n  classique, les ultimes innovations d'aujourd'hui étaient à prévoir ; et,\n  si sacrilège il y a, les révolutionnaires d'aujourd'hui en partagent la\n  responsabilité avec les révolutionnaires de jadis; la méconnaissance\n. actuelle du nombre homosyllabique et de la rime fait suite logique au\n  rejet ancien de l'hémistiche et à la réhabilitation de l'enjambement ;\n  ceci appelait cela.\n     2° Qu'on consulte les plus anciens traités de versification ou les\n  plus contemporains, tous donnent au vers une origine et une destinée\n  musicales et en font comme l'appropriation de la mélodie à l'expres-\n  sion verbale de la pensée et du sentiment; si donc les ariettes\n  cadencées et régulières d'autrefois ont cessé de plaire, pourquoi\n  ne pourrait-on leur substituer un ensemble rythmique moins précis\n  de contour, plus savamment orchestré et, osons le mot, plus Wagné-\n  rien ?\n     3° Toute question de-principe étant hors de propos, ce n'est point\n  sur des théories, mais par les œuvres qu'il faut juger.\n     Cette dernière conclusion, que nous avons indiquée tout au long\n  d'une année dans le Coq Rouge, montre que M. Van den Bosch est\n  complètement d'accord avec nous sur l'inanité des discussions litté-\n  raires, c'est ce que nous voulons retenir de son article.\n     Plus que jamais nous sommes décidés à ne pas nous écarter de la\n voie que nous nous sommes tracée au début de la revue.\n     Si cette voie qui avait été suivie chez nous depuis 1880 n'avait pas\n  été abandonnée par d'autres, si la loyauté la plus élémentaire n'avait\n  pas été indignement violée, les jeunes écrivains belges seraient encore\n  groupés en un faisceau solide et brillant. Il n'est pas inutile, ne fut-ce\n  que pour éclairer sur nos intentions les gens de bonne volonté qui\n  nous ont peu lus, comme M. Van den Bosch, de rappeler la règle que\n  nous nous sommes imposée : « Permettre à des écrivains de talent\n  variés et d'orientation esthétique ou philosophique différente, mais\n  qui éprouvent l'un pour l'autre une sincère et loyale estime, de se\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": "                                — 4 —\n\nrencontrer sur un terrain commun et d'y faire œuvre d'art et de\nbeauté, chacun en toute indépendance en toute spontanéité, sans\npréoccupation de forme, de canon et de dogme, sans souci des petites\nchapelles et des courtes échelles qui s'érigent et se dressent autour\nd'eux. »\n                                          M A U R I C E DES O M B I A U X .\n\n\n\n\n                          DÉCLIN\n\n                                             à EMILE VERHAEREN.\n\n\n   .... E t la fin du jour s'épand divine. Tout est jardins, jardins\ncélestes, jardins d'eau, jardins d'herbe. L'heure est lucide, mais avec\nles premières traces d'indécision. Chaque pensée étonne, comme\nchaque foliole, et la gravité de l'âme, vaste, est aussi ramenée à l'en-\nfance.\n   Peu, infiniment peu, impprtent malice, ruse, finesse. Les sensations\ntombent, au grand hasard, sur le champ du cœur, extrêmement\nvivant et mort aussi — dans une Immanence où l'Ephémère atteint\nen même temps son maximum. Tout point du paysage symbolise\ncette ténuité agglomérée dans la vastitude. On se sent vivre, une fois,\net mourir pour jamais. L'essentiel de la destinée est tristement\nintense et, toutefois, le contingent très clair. Les mille nostalgies\n accourent, de tant de patries inconnues ! C'est une grande logique\nsans effort de raison, un grand amour sans lutte. Chaque fibre est\norientée vers le crépuscule, comme les pauvres fleurs transies, chaque\nfragment de pensée s'incline dans autant de passé que d'avenir. A\nchaque effort de joie, la respiration de l'âme s'arrête, et la joie n'est\n pourtant pas absente. Il l'éprouvait ; Paule était à son côté comme\n une entité, et plus abstraite, plus immatérielle, à mesure que le jour\n diminuait. Ils s'arrêtèrent près d'une anse. Elle s'y assit, ils se\n mirent sous un saule. Ils représentèrent le grand tableau de la plus\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "                                — 5 —\n\ngrande aventure humaine. L'eau, mère de vie, leur parlait en douceur.\nAvril arrimait ses cargaisons fécondes. La tente immense de l'éter-\nnité s'enveloppait de silence... Muet, il demeura dans le soir, regar-\ndant les petites flèches noires des hirondelles et des martinets, sous\nle bain des nuages. Dans la demi-fraîcheur, après le jour si chaud, le\nspectacle lui est suffisant pour vivre ; il semble qu'il y vivrait éternel-\nlement, désintéressé de toutes les cuissons de ses efforts, rien qu'à\ncontempler ces hirondelles, trois virgules, qui flottent, girent et\nsombrent. Qu'est donc cette noblesse du soir qui approche : « le\nnoble soir approche ! » Les hirondelles, vies qui ne gênent pas les\nnôtres, alliées et bienvenues, il partage leur surcroît de force, leurs\nderniers bonds allègres dans le lac léger de l'air.\n    De plus en plus, à mesure que le contre crépuscule s'efface sur\nl'Est pâle, elles s'assemblent, elles jouent, à la fin du jour, un jeu de\nsolidarité qui symbolise la vaste entente de la fin de saison. Elles\npassent devant le saule à grand vol, avec une sifflerie retentissante,\nne chassant plus, n'ayant plus l'unique préoccupation du bec dévo-\n rant et silencieux...\n    Il épie les nuages comme firent Thaïes ou Ptol'émée : son ciel est\n une plus vaste réalité. Mais le frais du soir n'a point varié, depuis\n Thaïes.\n    Ah ! frais du soir, bonne respiration, régal des nuages! Et presque\n soudain, voici les hirondelles rentrées. Il les imagine au gîte, près\n de cette famille à qui tout le jour elles donnèrent la becquée, dans\n leurs petites cabanes de boue, leurs petits home confortable — fermant\n ces yeux nerveux, qui voient si bien et si vite, fermant ces terribles\n ailes qui coupèrent l'air toute la journée, ces ailes invincibles — repo-\n sant ces nerfs subtils et si violents, cette belle machine d'orientation\n et d'induction. Petites cabanes de boue suspendues à l'angle du toit,\n au rebord du clocher... minuscules familles !...\n    Le vide un instant, puis un hanneton en retard, puis un papillon\n crépusculaire, puis enfin la silencieuse chasseresse sur ses ailes taci-\n turnes et tremblotantes : la chauve-souris.\n    C'est son amie, il l'a aimée déjà quand ses camarades enfants lui\n jetaient des pierres. Elle le frappe d'une délicieuse impression de\n mystère, bête de pénombre, essai du monde vivipare vers le domaine\n  de l'air, pauvre être à mamelles presqu'humaines, qui vole en empor-\n  tant son petit à sa poitrine ! Son vol tremblote et pourtant il est\n léger, il sombre, mais il s'enlève aussi — il croche dans l'espace.\n  Va, crépusculaire, prends ta minute de joie, goûte ta courte pâture\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "                                  — 6 —\n\ndans ton viandis de l'air, dans les prairies du clair-obscur!... E t le\njour est tombé tout entier ; les hommes allument lentement. L'étoile\nqui vient au fond du ciel, n'est plus l'étoile d'Egypte ou de Babel :\nc'est une plus grande étoile. Mais il demeure en elle, de l'étoile\nd'Egypte, le prisme adorable des ancêtres, le poème des simples qui\nla chantèrent !\n\n  (L'Isle Adam,   Avril   1890)\n\n                                                     J.-H.   ROSNY.\n\n\n\n\n   FRAGMENT D'UN                                  POÈME\n\n         DEBOUT.\n              Parmi les cyprès durs et les ifs noirs, debout\n        Dans l'aube morne où vous passez vers d'autres soirs,\n        O vous\n        Qui allez à ce que j'ai fui,\n        Passants en marche vers la nuit,\n        Moi qui viens de la nuit et qui verrai l'aurore.\n        Je vous offre debout parmi les cyprès noirs\n        L'épi d'or qu'a mûri mon passé.\n\n        J'AI    manié la rame et j'ai porté le glaive;\n             Le bec de ma galère a mordu la grève;\n        Le vent courbait au loin les fleurs des écumes\n        Et ce furent des soirs tragiques sur la mer\n        Avec les aubes, une à une !\n        La tempête emporta nos rames et nos voiles\n        Et nous nous hélions en des buccins de fer\n        De barque en barque, sur la mer,\n        Mais nous n'allions pas vers les mêmes étoiles\n        Et seuls d'entre eux nous abordâmes.\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                          — 7 —\n\n         IL y avait toutes les fleurs dans l'île\n          Et des lyres chantaient au seuil des palais graves ;\n    Des cors sonnaient à la porte des villes\n    Où nous entrâmes\n    Car nous portions à nos mains hautaines\n    Des fleurs et des épées;\n    Nous nous assîmes près des fontaines,\n    Tristes hélas ! malgré nos fleurs et nos épées;\n    Et nos mains, rouges des roses coupées,\n    Honteuses de leurs bagues d'or,\n    Car malgré les flûtes et les cors\n    Et nos grâces hautaines\n    Les fleurs se fanaient vite en nos mains viles,\n    El seulj'ai quitté l'île.\n\n\n        DEPUIS, j'ai tant marché vers tant de soirs\n         Qu'après des nuits, à l'aube,\n   Ne sachant plus d'où j'étais venu\n   Je me vis nu,\n   Debout parmi les cyprès durs et les ifs noirs,\n   Et dans mes mains, saignantes encor,\n   Avait mûri un épi d'or.\n\n\nDécembre 1893.\n                                   H E N R I DE R É G N I E R .\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "EPISODE DE LA RENTRÉE DU COMTE\nET DE LA COMTESSE D'YPERDAMME\n\n             DEPUIS quelque temps, il se passe ici des choses merveil-\n               leuses. On a revu la Vierge Marie portant dans ses\n               bras le divin Bambin. Elle vint assise sur un âne qui\n               avait une grosse tête et un ventre gris de philosophe, je\nveux dire très ample. Saint Joseph marchait devant, à petits pas, la\ntête penchée, avec une scie sur l'épaule et le sac de tapisserie des\nmenuisiers à la main. Un autre jour, Saint Pierre fit ici aborder sa\nbarque ce jour d'hiver qu'il avait pêché, près de Knocke, sa pèche\nmiraculeuse à 1 injonction de l'Homme Vêtu de lin descendu des\ndunes, une main sur le cœur... E t Ephraïma! Ephraïma! Seize ans!\net si douce, si fluette ! Un petit oiseau dans la paume, seigneur Zacha-\nrius ! Des grâces de pervenches, bleues dans les feuilles vertes. Sei-\ngneur Zachârius, elle était morte, morte la fille de Jaïr l'orfèvre...\nAh! la moisson pénible, la moisson cruelle, malheureuse Ephraïma!..\nAlors Jésus marcha vers la morte ; et Ephraïma, comme le soleil qui\nse lève splendide quand toute la nuit on a désespéré, Ephraïma\nreconquit sa radieuse jeunesse! Nous entendîmes longtemps son âme\nqui chantait en hésitant comme des flûtes à l'aurore.\n   C'est ici que ce sont passées ces choses surnaturelles et excellentes\nE t voilà qu'on dirait que l'univers entier veut contempler leur\nthéâtre. Des étrangers aux cheveux noirs, aux lèvres rouges, aux\nyeux brillants y arrivent de leurs lointains pays en suivant des étoiles\nqui sillonnent les d e u x ; et ils marchent en riant.\n   La cour de l'auberge du Cygne, où les derniers arbres de la route\nentrent dans la ville, est pleine de voitures. De poudreuses carrioles\npeintes en bleu, pareilles à celles sur lesquelles on se promène aux\nchamps au trot d'un petit cheval, en buvant aux guinguettes à toits\nde tuiles roses; des charrettes munies de bâches en toile blanche et\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "liées derrière comme une bourse. Des chars énormes et cubiquespeints\nen jaune brillant et bariolés de dessins représentant un éléphant, ou\ndeux éléphants, ou trois éléphants, munis de trompes en gomme\npour le crayon et de broches d'ivoire courbées comme des ferrures de\ntraîneaux. Ces voitures blindées et ventrues enserreraient les trésors\nde plusieurs familles et n'en seraient pas incommodées ; elles portent\nen travers, en bandouillère, des mots écrits en couleurs vives qui\nindiquent leur capacité, et leur confortable : « Je suis capitonnée » dit\nl'une. « Je suis légère » dit l'autre. Une flamande rebondie et qui\nparaît rire : « Ik ben dik en zoet » dit-elle. Et derrière des chariots\nhanséatiques bâtis solidement assez pour rouler autour du monde,\n des chevaux, à même des bottelées de foin suspendues, mangent un\n morceau sur le pouce.\n   Des poules trottinent ; elles vont, elles viennent dans la cour. Elles\nsont chez elles et habituées à toutes ces choses. Elles ferment un œil,\npuis l'autre. On ne saurait pas dire à quoi elles pensent. Et quand les\n coqs les surprennent, elles font l'étonnée. Puis elles repartent ; Jules\n Renard assure qu'elles marchent pieds nus.\n    Dans un coin, une haute pompe aux garnitures de cuivre à l'air\nrevêche d'une fille dont on ne veut pas. Elle grince et crie comme un\npaon dès qu'on la touche. Aux côtés de la grande porte, contre les\ngonds, sont dressées deux pierres; et sur l'une une petite fille est\n assise et sur l'autre un petit garçon balance les jambes. Ces en-\n fants ont la peau luisante encore du savon dont on vient de les frotter\n et les cheveux mouillés des dents du peigne. Ils tiennent dans les\n bras une gerbe de marguerites qu'il cueillirent aux champs, entre\n deux étangs, dans le retrait d'un mur délabré qui clôture le parc du\n château. Le vieux jardinier à barbe en collier, les avisant là, les\n appela et à chacun donna une rose, une rose qui simule à présent\n des lèvres ardentes dans le printemps doux et rieur des fleurettes\n blanches. Les petits attendent ils ne savent quoi, qui doit venir par\n la route. Voilà, voilà la voiture! Tra... tra... Elle vient de loin; elle\n a l'air animé de quelqu'un qui aime les routes grises, le soleil\n brûlant et la poussière qui roule en tourbillon ; ses ferrailles sonnent\n et disent : « C'est moi ! »\n    Elle n'est pas encore arrêtée, qu'une jeune femme en est sautée :\n Tout de suite on remarque son costume gracieux et simple qui n'est\n orné que des couleurs discrètes du plumage des oiseaux chanteurs.\n D'ailleurs sa physionomie fine et mutine rappelle la fauvette.\n    La fillette qui attendait avec des fleurs se précipite, semblant\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "                                 —   10   —\n\n\n\n reconnaître celle qu'elle n'a jamais vue, mais dont l'air amène la\n tire de tout embarras.\n     — Petite madame, qu'elle lui dit à peu près, n'est-ce pas, tu arrives\n de Paris ? C'est toi! Voici les marguerites cueillies entre les étangs;\n le jardinier du château a donné la rose rouge... Comme tu ris! E t\n que tes.yeux sont brillants, tes joues blanches, et que tu sens bon! Ils\npousse donc tant de violettes en ta ville, qu'elles te parfument encore\nd'ici? Tu ris, tu ris comme une qui, de joie de vivre, ne se sent plus\nvivre. Dis-moi, toutes les dames sont comme toi, là-bas ? E t est-il\nvrai qu'elles portent de beaux chapeaux à plumes tous les jours, et\nqu'elles inventent la mode ? Tu allais jouer sur l'Esplanade quand tu\n étais encore petite ? E t sais-tu encore danser? Veux-tu sauter à la\n corde avec moi ?\n    La belle jeune femme a déposé son ombrelle, et le bouquet en\ndisant que oui. Elles sautent ensemble à la corde en criant vinaigre\nquand la danse est plus rapide; elles mordent sur leurs lèvres et\n tendent un peu le cou pour ne pas s'essouffler.\n    Cependant un côté de la voiture a penché, les ressorts ont gémi et\n un seigneur à la taille plutôt corpulente a sauté de la-voiture avec\nune agilité inattendue. Ses joues sont enluminées; il porte un large\n feutre- gris et un pourpoint de velours bleu ceint d'une écharpe\norange. Le petit garçon de la pierre du porche a couru vers lui.\n    — Monsieur je viens te dire bonjour. Comme tu es gros! Tu as\nl'air plus réjoui que l'aubergiste qui rit toujours et tu es rouge comme\nle receveur qui n'a plus de cheveux et qui va à la chasse avec des\nguêtres jaunes. On nous a dit que tu aimes les enfants et que tu viens\nici pour raconter beaucoup d'histoires. L'autre samedi, au soir\nj'avais pu accompagner mon papa qui allait faire sa barbe près du\nRempart et j'étais resté au cabaret avec lui pendant la soirée. I1\njouait aux cartes contre le Bailly sur une petite table carrée couverte\nd'un bout de tapisserie.\n    « J'étais avec la cabaretière et son chat sous le manteau de la che-\nminée. Quoique bien attentive à servir mon père et son ami, Thalie\nme raconta alors que deux nouveaux Saints avaient paru sur la plage,\nde ces jours-ci ; l'un tout rond, trapu et de visage rose et riant ; l'autre\nlong maigre et jaune d'une gaîté silencieuse; il jouait de la flûte et le\npetit, en relevant son manteau, dansait. Et dans les cabarets, ils racon-\ntaient qu'ils étaient les meilleurs amis de Saint Nicolas ; qu'ensemble\n même, ils avaient eu toutes sortes d'aventures et fait de grands\n voyages. A deux, ils passaient ici parce que le pays était beau. Ils y\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "                                 — II   —\n\n\nreviendraient jouer de la flûte et danser quand certain couple y serait\nétabli. Ne les as-tu pas vus? Quand vont-ils venir? Oh que je vou-\ndrais les voir! »\n   Le gros seigneur à l'opulente écharpe orange riait. Il ne savait que\nfaire du bouquet de marguerites piqué de la rose du jardinier. Il se\nbaissait autant qu'il pouvait pour rire le plus près du visage de l'en-\nfant. Je ne sais pourquoi il ne lui dit pas : « Tu viens prendre un\nverre? »\n   Mais alors l'aubergiste arriva sur le seuil, les servantes et d'autres\nfemmes. E t la mère des deux petits leur cria: «Voulez-vous bien finir?\net ne pas ennuyer les voyageurs ! Ah excusez, Monsieur et Madame !\nD'habitude ils sont les plus sages du monde; c'est toujours quand il y\na des étrangers, qu'ils sont désobéissants ! »\n                                                 Louis   DELATTRE.\n\n\n\n\n                     LA          FIÈVRE\n\n                                             A ÉMILE VERHAEREN.\n\n\n\n          LA fièvre n'a pas quitté ta prunelle élargie\n           Je te vois de souffrance, rire.\n           O Toi de volupté jadis, quel est ce rire\n           Qui sanglote et scintille à ta lèvre rougie\nComme un mauvais rêve d'agonie ?\n\nPleure plutôt pleure l'antique mort de palmes\nAu désert implacable sons les cieux calmes:\nLà bas l'espoir de vivre enivre d'un vrai rire\nLe visage de ceux qui se mirent\nAu foisonnement las de fleurs chaudes en palmes.\n\nO vis! vivre est la seule sagesse.\nVis Celle que tu fus, l'Insoucieuse, et laisse\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "Tes cheveux au vent mol de parfums que dispersent,\n0 Toi, tous mes désirs vers Toi ! la fièvre folle\nDe Toi! mes doigts crispés en des caresses\nO Folle!\nSois folle encore, et blonde et, tes baisers ! frivole\nEn jeux sans fin vers les lèvres de mes caresses.\n\nLa fièvre ne te laisse pas.\nVoici que tes yeux se closent aussi las\nQu'en ce jour d'un autre hiver,\nSouviens-toi, lorsqu'après l'orage sur la mer\nNous filmes à travers la tande longue et le silence\nNous asseoir aux portes d'un parc\nDont la neige assoupit les feuillages vers des sépulcres,\nEt où tu t'endormis\nO si froide dans le site glacial.\nCe fut au nord d'ici après les mers et les falaises\nPar les landes glaciaires d'un si lointain pays\nQu'il me souvient à peine des feuillages de ce parc\nEt des sépulcres dans la neige:\nMais seulement tes yeux fiévreux sous leurs paupières\nJe les sens qui souffrent comme au soir de cet hiver\nLà bas, quand nous avions marché dans la neige.\n\nTes yeux ne s'ouvriront-ils plus ?\nO je t'aime plus belle et plus pâle\nQue la neige par les sites du parc\nO ce soupir en tes dents froides est-ce un râle\nTes yeux ne s'ouvriront-ils plus?\n\nSoulève-toi. Ta tête sépulcrale en mes bras\nLa fièvre la mange de baisers moites et longs\nEt tes cheveux étaient-ils si blonds,\nO qu'ils sont longs, et sans odeur, et qu'ils sont las,\nQu'ils sont longs!\nLa fièvre persiste, et toi-même! Mes bras\nTe retiennent impérieux, ne t'en va pas.\nJe t aime bien-aimée et je t'aime! mes bras\nTe retiennent, ne t'en va pas.\nJe t'aime.\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "                               — 13 —\n\nLa fièvre. .\nTes yeux se sont-ils eutr'ouverts? Non. La même\nAtroce douleur de fièvre\nTe tord et te contracte et te brûle les lèvres ;\nTes pauvres membres tombent si maigres et si las\nEt s'enfoncent de souffrance dans tes rigides draps\nD'un tel poids de vie angoissée\nQue je sens éperdu qu'elle n' est point passée\nEt qu'elle ne passera pas\nL'atroce douloureuse ardeur de ta fièvre.\n\nTa tête sur l'oreiller repose. Dors.\nJe suis bien las.\nMais pourquoi ce sanglot? ne te réveille pas,\nDors.\nJe suis si las.\nQuoi! ce sanglot encore\nEt puis, rien.\n0 silence, ténèbre, la nuit, ce sanglot et puis rien,\nJ'ai peur :\nLa mort!..\n                                              ANDRÉ     FONTAINAS\n\n\n\n\n    LA         VIERGE                  AU           ROUET\n                        (LÉGENDE CHINOISE.)\n\n\n           LORSQUE les vieux mandarins ont vainement demandé au\n              divin Confusius le secret ultime des choses, ils relèvent\n              leur tête glabre, lourde des abîmes entrevus et vont\n              relire la douce histoire sous les tonnelles étoilées de\n              clématites.\n  Ils sentent tout à coup leurs yeux endoloris et brûlants se rafraîchir\ncomme au contact des ondes d'un Léthé généreux et repoussent sur\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "                                   — 14 —\n\n\n  leur front leurs solennelles besicles : pourquoi, en effet cette aide\n  inutile ? Les voiles de l'âge ne se sont-ils pas subitement dissipés, la\n  lumière n'est-elle pas devenue plus claire ?\n     Mais, c'est une illusion, car les pauvres, qui croient lire, répètent\n  de mémoire ces mots qui coulent au ruisseau murmurant dans la\n  solitude de lave de leur cœur.\n     L'étoile que ses sœurs appelaient la Vierge au Rouet fut envoyée\n  sur la terre pour recueillir on ne sait quelle précieuse essence, et prit\n  la forme d'une radieuse jeune fille. Elle s'égara, la première nuit\n dans de grandes plaines couvertes d'une herbe fine et molle, qui for-\n mait le plus délicieux des tapis, et s'oublia à voir folâtrer les moutons\n blancs de la lune entre lesquels les autres étoiles lui jetaient leurs\n froids baiser d'or.\n     Les caresses ambiguës de la solitude commençaient à amollir son\n cœur et à l'imprégner du philtre subtil du regret, lorsqu'elle abaissa\n les yeux et vit, sur la tendre roseur du ciel lointain, dans le flou\n d'un rêve lumineux, un pâtre conduire vers elle son troupeau de\n silence.\n    Il s'arrêta pendant que ses prunelles s'emplissaient d'admiration\n et, dédaignant le soleil qui. déployait derrière lui l'éventail de ses\n magies, ce fut à la Vierge au Rouet qu'il chanta ce jour l'hymne ma-\n tinal. Ivresse de la fleur, qui éclôt sous le baiser tiède des jours d'avril,\n de l'oiselet qui égrène pour lui seul le chapelet de cristal de ses pre-\n mières notes dans les frisselis des jeunes feuillages, somptueuses et\ncaptives lueurs des germes enfouies, qui célébrera l'intimité suave et\ndéfaillante de vos poèmes, qui redira les amours de l'Etoile et du\nBerger dans la maison roulante des vastes étendues !\n    Mais la Vierge au Rouet qui avait oublié sa mission et perdu,\ndans les cantilènes de volupté, le souvenir même des monotones\ndélices du ciel, ne tarda pas à expier durement son bonheur, car, le\nseptième jour de la septième lune, avant que la poudre eût épuisé la\ncoupe charmeresse, elle dut délaisser son ami et reprendre sa place\nparmi les étoiles. Les larmes des deux amants inondèrent le monde\net l'eau ruisselle en pluie sur toute\" la terre chaque fois que revient le\njour mémorable de la cruelle séparation.\n    Le pâtre erra désespéré à travers monts et vallées; lui, dont le\ncœur se gonflait ardemment de la sereine poésie des nuits, qui écou-\ntait indéfiniment la musique des brises parfumées, marcha comme\nun corps sans âme, indifférent même à son troupeau, et les nouveau-\nnés moururent dans les ornières ou se noyèrent dans les mares son-\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "                                — 15 —\n\ngeuses des bruyères. Les yeux fixaient constamment le ciel qui\nn'était plus qu'une immense soie bleue dérobant l'aimée. Il traversait\navec hâte les pâtis les plus tendres et les plus aromatiques, aiguil-\nlonné par la récurrence de joies troublantes, puis, s'arrêtait enfiévré\net restait immobile durant de longues heures : les agnelles bêlaient\ntristement autour de lui; il ramenait alors les regards en bas et se\nvoyait au milieu d'un sol rocailleux et nu, sur lequel ses bêtes\naffamées et malades se couchaient. La paisible maison suspendue, la\ndouce maison de ses rêveries d'autrefois ne lui procurait aucun repos ;\nil en sortait pour s'appuyer sur sa houlette et interroger une à une\nles lumières de la voûte nocturne, pour leur crier les sanglots de ses\nsonges disparus :\n  Laquelle d'entre vous est mienne? Laquelle est ma Vierge\nadorée, ma Vierge au Rouet?...\n    Mais les fallacieuses étoiles semblaient se rire de ses désespérances;\nvoilà qu'à la lueur fuyante et triste de l'une d'elles, il a senti son\ncœur se contracter effrayamment parce qu'il a cru retrouver un regard\nde l'Amante... ; mais aussitôt l'étoile se met à papilloter ironique-\nment. Vous rappelez-vous la cruauté de cet éclat de rire dont la jeune\nfille soudain a rompu le charme et dissipé l'effet d'une minute exquise\nd'abandon, volée à son apparente indifférence?\n\n   E t les brebis étant mortes au cours des périgrinations de famine, il\nne fut plus que le berger d'un troupeau illusoire, plus sûrement encore\nle berger du troupeau des souffrances et des angoisses homicides qui\naccomplirent bientôt leur œuvre.\n   A sa mort, les dieux émus voulurent récompenser cette inouïe et\npitoyable fidélité, et transformèrent aussi le pâtre en une étoile qu'ils\nplacèrent au firmament. Mais ils firent couler entre les deux astres\nsympathiques la Voie lactée, le grand fleuve aux profondeurs moel-\nleuses et insondables, dont les flots sont de fin brouillard de nacre\npulvérisée.\n   Cependant, chaque année, le septième jour de la septième lune,\nvous n'entendrez jamais plus caqueter dans les pommiers ; et vous\nne verrez pas s'élever, le long des peupliers en aigrette, le vol lent et\ncahoté des oiseaux blancs et noirs à la queue trop lourde ; parce que\nce jour, les pies charitables prennent leur essor vers les hautes\nrégions et vont construire, ouvriers innombrables et habiles, un pont\nau-dessus de la Voie lactée. Puis, quand vient la grande nuit, quoique\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "                                — 16 —\n\nle ciel, en cet instant soit de pure améthiste, toutes les étoiles bais-\nsent discrètement leurs paupières et, dans l'immuable silence céruléen,\naux deux bouts opposés de la passerelle merveilleuse, le pâtre fidèle\net la Vierge au Rouet s'avancent l'un vers l'autre, ravis comme au\njour de la première rencontre, et répètent frémissants l'ineffable duo\nd'amour du Pâtre et de l'Etoile.\n                                                 HUBERT        STIERNET.\n\n\n\n\n                    UN            SIMPLE\n                                          A EUGÈNE         DEMOLDER.\n\n\n\n      I    L est celui qui va regardant et rêvant.\n            Bien qu'il semble à l'entendre un tout petit\n       Des anges quelquefois conversent avec lui.\n                                                              enfant,\n\n\n      Certes, le siècle est rude, et tout espoir est vain;\n      Mais, si tard que ce fût il a suffit qu'il vînt,\n      Et les cœurs, depuis lors, sentent moins leur ennui.\n\n      Et son humilité pourtant, nous confond tous !\n      A le voir tel qu'il est, doux entre les plus doux,\n      La colombe et l'agneau pressentent un des leurs.\n\n      Il est parlé de lui dans les Fioretti :\n      C'est lui qui, s'inclinant vers l'humble et le petit,\n      Sut évangeliser les bêtes et les fleurs.\n\n      Amour, à qui tout cède, a placé dans sa voix\n      Cet ascendant si fort et si simple à la fois :\n      Les plus tendres dit-on, sont les mieux obéis...\n\n      Tel il vit parmi nous, pauvre innocent, joyeux\n      Mais quand il pense au ciel on voit dans ses grandsyeux\n      Les pleurs de l'exilé qui rêve du pays...\n                                              FERNAND         SEVERIN.\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                  L'EVEILLEUR\n                                      A CAMILLE LEMONNIER.\n\n\n               AU haut d'une colline, dans un gentil village, un petit\n                homme, un jour, vint jouer de la flûte.\n                   C'était un drôle de petit bonhomme tout jeune encore\n                et beau malgré ses membres grêles et ses joues creuses ;\npâle, avec de grands yeux pleins de tristesse, un front ou les veines\ntraçaient un enchevêtrement de fils bleus. Il était vêtu bizarrement de\nculottes de velours noir, d'une blouse blanche et d'un grand col à\npointes; sur sa tête, un chapeau rond avec une longue plume de\npaon, et, à ses pieds, des souliers rouges comme ceux des enfants de\nchoeur.\n   Le village où il vint était, lui aussi, un singulier village ; l'herbe\ndes prés était d'un vert tout pâle, les arbres à sommets très ronds ou\npointus, l'eau des ruisseaux d'un bleu d'azur... Chaque maison était\nblanche avec un toit rose tendre et des volets roses ; chacune était\npetite et propre, tout étincelante au soleil. — Les habitants eux-\nmêmes étaient des êtres simples et naïf; les femmes portaient des\n bonnets, des tabliers blancs à bavette courte qui les faisaient ressem-\n bler à de petites filles jouant à la grand'mère; elles se divertissaient\nen écoutant chanter l'eau d'une source ou le vent dans les arbres, et\nles hommes aimaient à danser avec elles, au clair de lune, dans les\nsoirs de printemps : Tous étaient bons, et pleuraient et riaient faci-\nlement.\n   A la fin d'un après-midi de Mai, le petit joueur de flûte entra dans\nle village. Il monta silencieusement la colline, et quand il fut en haut\nil s'assit sur un tronc d'arbre renversé et commença doucement à\njouer de sa flûte. Les premiers qui l'entendirent, furent deux petits\ngarçons qui pêchaient à la ligne derrière le mur d'un moulin, et dans\nleur étonnement ils manquèrent choir dans l'eau, — puis une\nbande de fillettes occupées à jouer au volant, et qui accoururent, la\n                                                                   2\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "                                  — 18 —\n\n raquette en l'air; enfin vinrent une maman, son bébé sur l'épaule...\ntrois gamins à chapeaux énormes, se tenant par la main... Un\nhomme qui venait du champ avec sa charrue et ses bœufs; et tous\ns'alignaient au bas de la colline sans oser s'approcher trop.\n   Les yeux levés au ciel, le petit bonhomme jouait comme s'il eut\nété seul; les sons de sa flûte étaient doux et perlés, tour à tour\ntendres et plaintifs, semblables à la voix d'un rossignol chantant au\nfond d'un bois ou au vent soufflant dans les épis — : « Ecoutez !\ndisait cette voix, je viens de loin vous parler de choses mystérieuses.\n   « . . . Le clair de lune brille, la nuit, sur l'eau qui reflète des visages\nétranges.\n   « . . . Un petit pâtre est sorti et erre silencieusement avec ses mou-\ntons... Mais riez ! c'est printemps et lés pommiers fleurissent eux\naussi; — l'aile du moulin tourne au vent... les papillons volent en se\ndisant d'étranges choses.\n   « Ecoutez bien ce que je vous révèle du pays de là-bas... »\n   Tous écoutaient, les yeux en l'air, dans une grande émotion. Des\nenfants lâchèrent leurs gerbes de fleurs... Une femme se mit à\npleurer tout à coup... E t la flûte du petit homme disait :\n   « Au bas de la colline, le village, avec ses maisons roses et ses\narbres vert pâle, et ses prairies aux fleurs d'étoiles... cueillez les\nétoiles des prairies !... Mais, dans la prairie un long chemin blanc\ncoule vers un fleuve vers là-bas! l'or pleut dans la plaine... le soleil\nest rouge sur le bois; les oiseaux de lumière s'envolent... le pays\nmerveilleux s'éveille à la voix de ma flûte... »\n   Peu à peu d'autres personnes s'étaient jointes aux premières ; les\nfemmes sortaient de leurs maisons, les hommes abandonnaient leur\ntravail... Enfin, le village entier fut au bas de la colline, immobile,\nretenant son souffle, tandis que le petit bonhomme jouait, les yeux\nau ciel. Il ne resta plus qu'une vieille, la plus vieille du village ; elle\navait cent ans et ne voyait plus bien clair... Elle demeura assise dans\nun coin de la cabane; vers la nuit, elle regarda par la fenêtre et,\napercevant vaguement la foule au bas de la colline songea : « De\ngrands oiseaux se sont abattus sur le village.» E t elle eut peur.\n   Le petit homme joua jusqu'au soir. Quand la nuit commença à\ndevenir épaisse il déposa sa flûte dans l'herbe et regarda à ses pieds .\nTous tenaient les yeux fixés sur lui dans un étrange silence mais\ndevant son regard, ils se dispersèrent lentement, sans rien se dire.\nLes enfants s'égrenèrent dans les chemins, s'attardant à regarder\nl'eau couler et frémissant au moindre bruit; les femmes et les hommes\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                                — 19 —\n\n\n se serraient la main sans parler. Le petit homme sourit mélancolique-\n ment et s'endormit, le visage vers le ciel.\n    Le lendemain et les jours suivants, le petit homme ne quitta pas la\n colline.\n    Il regardait le ciel et la prairie' en murmurant des paroles douces\n dans une langue inconnue... parfois il regardait très loin, là où per-\n sonne ne voit. Quand le soleil se mettait à baisser au ciel, il prenait\n sa flûte et jouait, et tout le village entourait le mont. Les abeilles et\n les papillons arrivaient par nuées, voltiger autour de lui ; quelques-\n uns se posaient sur son front et ses épaules... Il jouait sans rien\n regarder, les yeux au ciel. Chaque matin un grand oiseau blanc\n s'abattait sur la colline et déposait sur ses genoux un fruit étrange\n qui était sa seule nourriture ; personne n'osait l'approcher, jamais on\n ne parlait dé lui :\n    Tous en avaient crainte et respect.\n    Un soir la flûte eut des sons si divins que toutes les âmes en trem-\n blèrent :\n    — « Ecoutez, disait-elle, les colombes reviennent de voyage et\n s'envolent vers là-bas... Le chemin est long et doux, les colombes\n voltigent dans les branches des arbres... Des chants mystérieux font\n défaillir les cœurs ; les têtes se courbent l'une vers l'autre... Là-bas\n les épis d'or sont hauts, le temps de la moisson est venu, les filles\n'aiguisent leur faulx d'argent. Les roses du rosier seront bientôt\n fanées et leur parfum se perd dans l'herbe.»\n    Quand il déposa sa flûte, un sanglot sortit de la foule : Il l'en-\n tendit et croisa les bras sur son cœur.\n    Ce soir-là, le petit homme ne se coucha pas pour dormir. Il\n demeura debout, les yeux au ciel, les bras croisés sur son cœur. On\n entendait des pompes grincer, le bruit des sabots sur la route, et des\n portes claquer à distance... Les abeilles et les papillons s'étaient\n abattus en cercles, autour de lui... Les fenêtres des cabanes s'allumè-\n rent puis s'éteignirent : la nuit profonde était venue ; la lune se\n leva... Alors une femme se glissa d'une chaumière et se mit à monter\n lentement la colline.\n    Le petit homme l'entendait monter en gémissant, et son cœur bat-\n tait sous ses bras en croix. Quand elle fut en haut, elle s'arrêta à\n quelques pas de lui, toute frissonnante et jolie, dans un rayon de\n lune. Elle avait joint aussi les bras sur sa poitrine et la tête baissée\n doucement attendait. Il alla vers elle, il lui prit la main...\n    Alors elle leva les yeux, et pendant un moment, tous deux se\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "                                — 20 —\n\n\nregardèrent en silence, — Mais la femme, tout à coup, tomba sur ses\ngenoux et se mit à pleurer...\n    « Petit joueur de flûte, je ne sais ce que tu m'as fait : j'aime et je\n souffre de bonheur... Veux-tu jouer de ta flûte pour moi seule, cette\n nuit, et je danserai sur la colline ? »\n    Sans répondre, le petit homme prit sa flûte et joua. La femme aus-\nsitôt se mit à danser dans l'herbe; elle tourbillonnait, puis se balan-\nçait comme un épi au vent, les cheveux envolés, semblable à une\ngrande fleur vivante : elle tenait son tablier blanc des deux bouts, et\n la lune y versait des rayons.\n    ... Elle tomba, roula dans l'herbe, se releva et dansa encore... ses\n yeux étincelaient ; enfin, épuisée, elle se laissa glisser aux genoux\ndu petit homme implorant : « Petit joueur de flûte, laisse cela, je\nt'en prie ; mon cœur est amoureux. Veux-tu me garder près de toi ?\nJe serai ta femme et je danserai, la nuit, au clair de lune. » E t elle\nlui baisait les genoux et pleurait dans ses mains ouvertes.\n    Le petit homme sourit mélancoliquement.\n    Au point du jour, la femme descendit et retourna chez elle, pendant\ntoute la journée elle s'occupa comme à l'ordinaire, mais la nuit elle\n revint et dansa sur le mont... Chaque jour elle était paysanne dans\nsa chaumière, et chaque nuit elle dansait au son de la flûte, des\n rayons de la lune dans son tablier comme la fée des lumières\nblanches. Quand elle était épuisée de fatigue, elle se couchait aux\npieds de son maître et lui baisait les mains : Mais lui la regardait\ntristement, sans rien dire.\n    Elle fit ainsi des nuits et des nuits, puis, soudain, elle devint\ninquiète... Elle semblait toujours attendre quelque chose et inter-\nrompait sa danse pour agiter son mouchoir vers le long chemin blanc\nqui traversait la prairie et se perdait au loin. Une fois, elle dit au\njoueur de flûte : « Petit homme de mon âme, je ne sais ce que j'ai ;\nmon cœur est comme un veilleur qui regarde vers la mer ; quelque\nchose m'attire que je ne vois pas encore... « Danse ! » dit le petit\nhomme. Il jouait de sa flûte, les yeux au ciel, et elle dansa... Son\ncorps se tordait gracieusement, son cou ployait; elle était comme un\ngrand lys dont les pétales se baisent en frissonnant ; ses longs che-\nveux flottaient autour d'elle avec des caresses brûlantes... Le petit\nhomme la regardait et jouait de plus en plus vite, sa flûte éperdue\navait des accents de détresse et de pitié, mêlés à une joie divine et la\nfemme sanglotait. Elle dansa jusqu'à l'aube, pleurant et\" riant, les\nbras en croix sur son cœur.\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                               —   21   -\n\n\n\n    La nuit suivante, pour la seconde fois quelqu'un monta lentement\nla colline. Le petit joueur de flûte attendait immobile, et la femme\nattendait aussi. . C'était un homme du village ; il se laissa tomber à\ngenoux devant le charmeur et, lui baisant les mains, lui parla avec\ndes sanglots : « Petit joueur de flûte, je ne sais ce que tu m'as fait :\nmon cœur a faim et soif ; laisse moi danser ici, je te prie, au son de ta\nflûte ; je serai ton frère et ne te quitterai plus. »\n    Le petit homme sourit tristement, et, prenant sa flûte, il joua.\n    La femme regarda l'homme, et l'homme s'avança vers elle et lui\nprit la main, et ils dansèrent ensemble. Ils étaient beaux et gracieux,\nleurs pieds ne touchaient pas le sol... Tout à coup, l'homme tira son\nmouchoir et l'agita vers le chemin. « Pourquoi agites-tu ton mou-\nchoir ? » demanda la femme. L'homme répondit: «J'ai vu, là-bas,\nun petit clocher... Mais toi-même tu agites le tien ? - « J'ai vu une\nflèche d'argent sur le clocher, » dit la femme.\n    Leurs mouchoirs battaient l'air comme des ailes de papillons\nblancs... Ils dansaient, enlacés, la lune les baisait au visage ; toujours\ndansant ils descendirent la colline... Le petit joueur de flûte, mainte-\nnant, ne voyait plus que leurs têtes., puis leurs mains croisées au-\ndessus de leur têtes... Enfin ils disparurent dans le chemin blanc.\n    Alors le petit homme jeta sa flûte et se coucha dans l'herbe, le visage\nvers le ciel.\n    L'un après l'autre tous les habitants du village montèrent la colline\net vinrent danser au son de la flûte. Il y avait des mamans qui arri-\nvaient en tenant leur bébé dans les bras... L'une avait un tout petit\naccroché à sa robe, et qui traînait un cheval de bois; une autre une\nfillette qui, se croyant partie pour un long voyage, avait voulu em-\nporter sa poupée; une autre un angelet rose, les bras noués autour de\nson cou. Les hommes vinrent aussi, invinciblement attirés par la\nflûte merveilleuse. Chacun disait en arrivant :\n    « Petit homme de mon âme laisse-moi rester avec toi,.. Je serai ta\nfemme... ou ton frère, on ton amie; je ne te quitterai plus. » Mais\nchacun finissait par descendre le mont en dansant et on ne le re-\nvoyait plus... Quelques-uns partirent seuls, mais le plus souvent ils\ns'en allaient à deux, les bras entrelacés, le regard perdu...\n    Un soir, on n'entendit aucun bruit dans le village.\n    Le petit joueur de flûte monta sur le tronc d'un arbre et regarda en\nbas: Tout était immobile; les petites maisons roses semblaient assou- '\npies dans le soleil couchant... Çà-et-là un volet battait doucement\ncontre un mur, aucune fumée ne montait des cheminées. Dans les\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "                                   22 —\n\n\n chemins déserts des troupeaux de brebis abandonnés erraient en\nbêlant. Alors, voyant cela, le petit homme prit sa flûte et joua pour\nla dernière fois...\n     « Adieu, adieu! » disait-il, « voilà que vous montez le long chemin\n fleuri, jusqu'à là-bas, dans le pays enchanté où les étoiles parlent à\n ceux qui écoutent..\n     « Allez ! les brebis bêlent, ce soir, dans les chemins, mais, là-bas,\n des brebis plus \"blanches vous attendent... L'amour a fleuri dans vos\n cœurs... l'amour a semé des violettes sur la route... Aimez-vous!\n Aimez-vous !... »\n     Il joua longtemps, les yeux attachés au ciel, et si doucement que\n les arbres frissonnaient à l'entendre. Les abeilles et les papillons, en\n cercles autour de lui, agitaient leurs ailes frémissantes : Quand il eut\n fini, il se tourna vers eux, leur soufflant un baiser :\n    — Adieu, dit-il, vous aussi mes petits amis, et puissiez-vous\n  longtemps voler libres dans la lumière...\n    Eux se mirent à pleurer leurs petites larmes d'insectes, et l'un dit :\n    — Ne nous quitte pas, nous sommes plus fidèles que les hom-\n  mes... E t si tu pars, reviendras-tu ?\n    Le petit homme sourit mélancoliquement et descendit la colline.\n    Comme il sortait du village, il vit la vieille femme, la plus vieille,\ncelle qui avait cent ans, et la seule qui ne fût pas venue à lui. Jusqu'à\nelle aussi, pourtant, les sons, de la flûte merveilleuse étaient arrivés,\nmais elle était si vieille, si vieille, qu'elle les entendait comme d'un\n autre rnonde. Quand le petit homme fut tout près d'elle, elle lui mit\n une main sur le bras :\n    — Belle âme, dit-elle, ils t'ont laissé seul, toi qui a fait leur\njoie, et que t'ont-ils donné en récompense?\n    Le petit joueur de flûte s'arrêta et, tirant de son sein un splendide\ncollier de perles dont chacune reflétait le ciel entier, il le montra à la\nvieille et dit :\n    — Ils m'ont donné leurs premières larmes d'amour... Je les ai re-\ncueillies dans mes deux mains ouvertes; j'en ai fait un collier que je\nporte sur mon cœur, plus beau que tous les rêves. Je suis l'éveilleur,\nl'éternellement seul ; j'éveille les cœurs et je dis le chemin des pays\nmerveilleux... »\n    — E t moi, rêva la vieille, ils m'ont abandonnée ; qui me con-\nduira dans ces pays ? »\n    — La Mort, dit le petit homme.\n    E t il partit sans se retourner.\n                                             BLANCHE      ROUSSEAU.\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "                  FRAGMENT\n      Allons, ô mon amie, d l'ombre des grands bois\n       Raffraîchir nos deux cœurs de leurs longues pensées.\nLe silence, en chantant nos âmes fiancées\nFera dire à l'écho, de sa confuse voix,\nL'aveu que nous n'osons pas cueillir de nos lèvres\nEt nos mains s'enlaçant s'avoûont dans la nuit,\nSans craindre le tourment d'un lancinant ennui,\nLe doux émoi donné par les heures de fièvres.\n\nChère, voici mon cœur et voici ta douleur.\nElle vient près de toi vivace et solitaire\nPour s'enivrer un peu, loin de sa peine amère,\nD'amour, ce cher secret qu'on dit plein de douceur.\nTu me vois ignorant de ces humaines choses :\nJardinier convulsif, je n'ai jamais connu\nQue les fleurs du néant et de mon être nu\nEt je voudrais savoir le bon parfum des roses.\nMe voici devant toi, divine créature;\nFemme, bel ange humain, produit mystérieux\nAdorable et maudit par l'enfer et les cieux,\nVoici mon cœur, prends-le — et fais en ta pâture !\n\nLe silence promène au-dessus de la nuit\nSon doux et fol archet sur les feuilles bruissantes\nEt chante en palpitant en ses notes glissantes\nLe tout puissant regret de ce bonheur enfui.\nO femme fais sentir à mon âme ignorante'\nLe pouvoir tant vanté de ta féminité,\nCar je me livre à toi dans mon intensité\nGrisé divinement en ma chair délirante.\n\nMes mains avec amour implorent ta bonté.\nExauce encor les vœux d'une folle ignorance\nQui réclame un amer baiser de ta science,\nEt peut-être qu'alors mon cœur plein de santé\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "                            — 24 —\n\n\n Rayonnant et joyeux saura chanter ta gloire\n D'une voix parfumée aux longs baisers du soir!\n Ah ! me voilà conquis ! ma chair est défaillante\n D'avoir tant respiré ton âme bienveillante\n Et je me crois revivre en l'aube de l'espoir !\n\n\n  Mon rêve est doux et bon, joli comme un sourire :\n  Pouvoir un peu mourir à l'ombre de ta chair,\n  Pouvoir un peu chanter sous un beau regard clair\n  Et nu, savoir le seul que ton cœur puisse élire,\n  Alors que le silence, amoureux et discret\n  Serait le confident de nos plaintes heureuses !\n  Tes lèvres fleuriront à mes strophes berceuses,\n  Tes mains caresseront l'aveu de mon secret\n  Et je serai pour toi le bel enfant timide\n  Dont tu voudras sans doute amuser ton savoir\n  Nonchalemment grisé par l'ombre d'un beau soir !\n\n\n\n\nLA P E T I T E E N F A N T LASSE\n                                      A AUGUSTE     BIERNAUX.\n\n  CE     soir dans la clarté mourante d'un beau soir,\n       Mon âme t'a chantée, ô ma belle enfant lasse !\n J'ai chanté ton symbole et mes mots longs d'espoir\n Ont conté sans faiblir la douceur de ta race !\n\n C'est toujours près de loi, ma chère enfant de songe\n Que mon âme revient, heureuse en sa détresse,\n Car mon cœur altéré de sa route s'allonge\n A l'ombre de tes yeux, si frais de ta tendresse.\n\n Nous avons la fierté de nos seules bontés.\n Tes gestes d'avenir — lumière en ma souffrance ! —\n Consolent mon orgueil des larmes du passé\n Et tu me vois sourire alors dans mon silence !\n\n O ma petite enfant, ô ma mélancolie,\n Tu berces mon savoir de toute ta jeunesse\n Et je sens que mon cœur tulmutueux oublie\n Auprès de ta candeur sa trop jeune vieillesse ?\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "                      —   25 —\n\n\n\n          SOUFFRANCE\n                                  A   Louis   DELATTRE.\n\n\n    Je souffre la douleur de ne plus me comprendre,\n     D'avoir une âme neuve en un corps maladif\nEt d'aller dans la nuit d'un pas souple et furtif\nChercher en criminel ce qui doit me surprendre.\n\nLa chair me semble triste et bien lourde à porter,\nCar je la sens vieillir en ses desseins étranges\nEt je me sens maudit alors qu'un rêve d'anges\nS'efforce encore en moi — Vainement ! — de chanter.\n\nMon cœur martyrisé cultive son martyre,\nPleurant sa solitude en son triste délire,\nSans qu'à sa voix ne vienne un doux et bon docteur.\n\nEt le voici marchant au travers de la vie\n— Belle ombre que la mort n'a pas encore ravie. —\nHabile seulement a rythmer sa douleur !\n\n\n\n\n          APPARITION\n                           A GUSTAVE      RAHLENBEEK.\n\n\n    L'AURORE opalisait un timide matin.\n     Etirant sa langueur parmi de jeunes roses\nMon cœur, dans le réveil du silence des choses,\nVit une ombre grandir au détour du chemin.\n\nCette ombre lui parut étrangement semblable\nA l'âme qui connut sa peine et sa douleur,\nQui partagea l'amer souci de son bonheur\nEt qui, pour lui toujours, eut la main secourable.\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "                       -   26   -\n\nAlors très tendrement, dans la vague romance\nQue chantait dans les fleurs à mi-voix le silence,\nPour consoler un peu cette ombre solitaire,\n\nMon cœur sut retrouver de ses divins mensonges.\nEt s'arrêtant alors mon âme de naguère\nPleura dans la splendeur ancienne de ses songes.\n\n\n\n\n            CONFESSION\n                            A M A U R I C E DES O M B I A U X .\n\n\n AH      ! la longue douleur d'être seul à pleurer\n       Un rêve qn'on voulait un avenir de gloire.\nEt de songer encor qu'une éternité noire\nEst l'unique horizon que l'on puisse espérer.\n\nJ'enfonce avec rage en un tombeau de doutes\nLoin de tout ce qui fut le doux et bon orgueil ;\nEntendre enfin l'oubli sonner sur le cercueil\nAlors que l'on voudrait chanter le long des routes!...\n\nEtre seul et vouloir d'exquises cruautés,\nSavourer longuement sur de jeunes beautés;\nEtre seul à penser dans l'ombre du silence...\n\nAh ! la lente douleur de ces heures d'effroi\nOù l'on sent que son cœur s'étiole et prend froid\nAux sons graves et lourds des cloches de souffrance...\n\n                                    FERNAND       ROUSSEL,\n                                                                  4\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "ISAAC ET LE PASTEUR DE BRÖNÖ\n\n              DANS le Helgeland (1), vivait autrefois un pêcheur nommé\n                Isaac.\n                  Un jour qu'il était occupé à pêcher au flétan, il sentit\n                quelque chose de lourd à ses lignes. Il tira et, voyez I\nc'était une botte de marin.\n   « Voilà un drôle de poisson » dit-il; et il restait là à regarder sa\nprise.\n   Cette botte semblait si bien être celle de son frère qui avait disparu\ndans la grande tempête de l'hiver dernier tandis qu'il revenait au\nrivage.\n   Il y avait encore quelque chose à l'intérieur de la botte, mais Isaac\nn'osait pas regarder ce que c'était et il ne savait que faire de la botte\nnon plus.\nLa rapporter à la maison ce serait effrayer sa mère ; il ne fallait\npas la rejeter à la mer; il décida, consequemment, d'aller trouver le\npasteur de Brönö et d'obtenir de lui qu'il l'enterrât chrétiennement.\n   « Mais je ne puis faire cela pour une botte ! objecta le curé.\n   Le pêcheur se gratta la tête. « Na, na » dit-il.\n   E t il s'imagina de demander combien il faudrait d'un être humain\npour que les prières de l'Eglise puissent être dites sur ses restes.\n   « Cela je ne puis vous le dire au juste » — répliqua le curé - « une\ndent, un doigt, quelques bribes de cheveux ne suffisent pas. En tous\ncas, les restes doivent être assez importants pour donner l'assurance\nqu'ils ont contenu une âme. Mais lire la Sainte Ecriture sur un doigt\nde pied ou deux dans une botte, oh ! non, jamais de la vie ! »\n   Mais Isaac attendit le moment propice et, à la dérobée, enterra\nnéanmoins la botte dans le cimetière.\n   E t il rentra.\n   Il lui parut qu'il avait, le mieux possible, rempli son devoir. Il\nétait préférable, après tout, que quelque chose de son frère se trouvât\n\n  (1) District de la Norwège septentrionale.\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "                                 — 28 —\n\n\nsi près de la maison de Dieu plutôt que d'être, de nouveau, dans sa\nbotte, au fond de la mer.\n    Mais, vers l'automne, il arriva que, se trouvant dehors parmi les\nrécifs à la chasse aux phoques, parmi les herbes marines rejetées en\nmasses par le reflux il pêcha un ceinturon et un fourreau vide.\n    Il les reconnut aussitôt comme ayant appartenu à son frère.\n    Le fil de fer goudronné qui recouvrait le fourreau avait été détendu\net blanchi par l'eau de mer; et Isaac se rappelait très-bien comment\nson frère, tandis qu'il travaillait à ce fourreau, avait discuté avec lui\nau sujet du cuir pour le ceinturon pris à la peau d'un vieux cheval\ntué récemment.\n    La boucle de ce ceinturon ils l'avaient achetée ensemble chez un\nmarchand, le samedi ; la mère avait vendu des myrtilles, des coqs de\nbruyère et trois livres de laine. Ils étaient revenus un peu « gais » et\nils avaient beaucoup ri, de la vieille femme du cap qui avait employé\nun paillasson en guise de voile.\n   Isaac prit donc le ceinturon et n'en parla pas. Il n'était pas bon de\ncauser de la peine inutilement, se dit-il.\n    Mais plus on s'éloignait dans l'hiver plus il se tracassait de ce que le\npasteur lui avait répondu. E t il se demandait ce qu'il ferait si d'aven-\nture il trouvait autre chose encore, soit l'autre botte, soit quelque\nreste entamé par un poulpe, un poisson, un crabe ou un requin du\nGroenland. Il avait peur, maintenant, de se risquer en bâteau là,\nparmi les récifs.\n    E t pourtant, précisément, il se sentait comme attiré de ce côté par\nl'espoir de trouver, peut-être, des restes en assez grande quantité\npour pouvoir montrer au pasteur qu'ils avaient contenu une âme et le\npersuader ainsi de leur donner une sépulture chrétienne.\n    Il tomba dans de sombres rêveries.\n    E t il eut des songes terribles.\n    Sa porte s'ouvrait avec fracas au milieu de la nuit, laissant pénétrer\nle vent froid de la mer : son frère — lui semblait-il — sautillait, en\nboitant, dans la chambre ; il criait pour redemander son pied man-\nquant et les Draugs (1) l'entouraient, le poussant.\n    Des heures et des heures durant Isaac restait inoccupé, regardant\nvaguement vers le cinquième mur (2).\n\n  (1) Les « Draugs» sont des démons particuliers à la Norwege du Nord ; ils\nparcourent les mers sur des moitiés de bateaux.\n  (2) C'est-à-dire ne songeant à rien — une maison ayant d'habitude quatre\nmurs.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                                 -   29 —\n\n    A la fin, il crut qu'il en perdrait l'esprit : avoir enterré cette botte\nau cimetière, de lui-même, c'était trop de responsabilités!\n     Il ne voulait point la rejeter à la mer et pourtant elle ne pouvait\nrester où il l'avait mise.\n     Il était si fortement convaincu que son frère ne pouvait être parmi\nles bienheureux et il ne cessait de vaguer çà et là et de songer à ce qui\nflottait encore de lui, sans doute, parmi les récifs.\n     Et il prit le parti de draguer là-bas ; et il s'en alla avec des cordes\net tout l'attirail nécessaire. Mais il ne retira que du varech, des mau-\nvaises herbes, des étoiles de mer, du rebut.\n     Un soir qu'il était assis dehors près des rochers, essayant si la\npêche lui réussirait, sa ligne avec la pierre et tous les hameçons\nplongea brusquement par dessus bord et le dernier des hameçons\naccrocha l'un de ses yeux : l'œil s'en alla droit au fond de la mer.\n   ' Inutile de draguer pour cela et il pouvait s'en passer très bien pour\nramener de la pêche son bateau.\n     La nuit, tandis qu'il était au lit avec un bandeau sur sa paupière\nvides, la douleur le tenant éveillé, il pensa et pensa tellement que les\nchoses lui apparurent toutes noires, aussi noires qu'elles pouvaient\nl'être pour lui. Y avait-il sur la terre quelqu'un d'aussi embarrassé?\n     Et tout à coup voici qu'une chose singulière lui advint :\n     Il regardait autour de lui — pensait-il — tout au fond de la mer et\n il voyait les poissons évoluer : ils cherchaient leur proie parmi le\n varech et les algues, près des hameçons de la ligne. Ils mordaient à\nl'appât, se tortillaient, tâchaient de filer. D'abord ce fut une morue,\npuis un cabillaud, puis un chien de mer. Enfin arriva une merluche :\nelle restait immobile, là, et semblait mâcher l'eau, un peu, avant\n d'avaler.\n     Et Isaac vit quelque chose dont il ne pouvait détacher son regard :\n c'était comme le dos d'un homme en veste de cuir, avec une manche\n prise sous le grappin d'un Femb ö ring (1).\n      Puis survint un grand flétan blanc qui avala le hameçon : tout\n devint noir comme de la poix.\n      « Il faut laisser le gros flétan entraîner l'amorce, encore, quand\n  tu pêcheras demain — quelque chose dit — le hameçon déchire ma\n  bouche ainsi. Inutile de chercher, hormis le soir, quand la mer se\n  retire ».\n\n  (1) Un grand bateau, à 5 rameurs de chaque côté, dont on se sert pour la\npêche d'hiver dans la Norwège septentrionale.\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "                                — 30 —\n\n   Le lendemain, Isaac partit pour la pêche : il avait pris au cimetière\nun fragment de pierre tombale pour draguer le fond de l'eau ; et le\nsoir, quand la mer commença de se retirer, il était dans le « Sund »,\nde nouveau et cherchait.\n   Tout de suite il retira le grappin d'un Femb ö ring, auquel était\naccrochée une veste en cuir de marin : il y avait dans cette veste,\nencore, les restes d'un bras.\n   Les poissons en avaient détaché autant qu'ils avaient pu.\n   Isaac s'en alla tout droit chez le pasteur.\n  « Quoi ! Lire les prières de l'Eglise sur une vieille veste en cuir\ntout abîmée par l'eau de mer! » s'écria-t-il.\n   « Je mettrai la botte par dessus le marché », répondit le pêcheur.\n      Annoncez donc toutes vos épaves au porche de l'Eglise ; c'est là\nla vraie place ! » tonna le pasteur.\n   E t alors Isaac le regarda fixement dans les yeux.\n   « Cette botte a pesé de toute sa lourdeur sur ma conscience — dit-\nil — et assurément je ne veux point porter en surplus le poids de cette\nveste de cuir ».\n   « Je vous répète que je ne veuxpas jeter au vent la terre consacrée»\nrépliqua le pasteur. Il allait se fâcher pour tout de bon.\n   Isaac se grattait la tête. « Na, na » dit-il.\n   E t avec cela il devait se satisfaire et rentrer chez lui.\n   Mais il n'y avait plus de repos ni.pour son corps ni pour son esprit :\nun si oppressant fardeau pesait sur lui.\n   Pendant la nuit il revit le grand flétan blanc. Il tournait, tournait\ntoujours au fond de la mer, si lentement, si tristement. On eût dit\nqu'une sorte de filet imperceptible l'entourait et qu'il s'efforçait, en\nvain, de glisser par les mailles.\n   Isaac regardait, regardait : sa paupière vide lui faisait mal.\n   Il avait à peine jeté ses cordes pour draguer, le lendemain, qu'un\nhorrible poulpe monta : il lança un jet noir droit devant lui.\n   Mais un soir Isaac laissa aller le bateau à la dérive, hors des récifs,\nmais en deçà des îles. Finalement l'embarcation s'arrêta comme\nretenue par une forte amarre : il faisait terriblement silencieux ; dans\nle ciel par un oiseau; nul signe de vie sur la mer.\n  Et, tout à coup, juste devant le foc il y eut de gros bouillons et\nquand ces bouillons crevèrent, Isaac entendit comme un lourd et pro-\nfond soupir.\n   Le pêcheur avait son opinion à lui sur ce qu'il avait vu.\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                                — 31 —\n\n   « Le pasteur de Brönö veillera aux funérailles ou il aura de mes\nnouvelles » dit-il.\n   A partir de ce moment se répandit le bruit qu'il possédait le don\nde seconde vue : bien des choses lui apparaissaient qui pour les autres\nrestaient cachées.\n   Il pouvait dire exactement où l'on trouverait le poisson en grands\nbancs serrés près du rivage et chaque fois qu'on le questionnait il\nrépondait :\n   « Si moi je ne le sais pas, mon frère le sait. »\n    Mais voici qu'un jour le pasteur de Brönö dut s'en aller par mer à\nun endroit de la côte pour exercer son saint ministère ; et Isaac se\ntrouvait parmi les marins qui conduisaient le bâteau.\n   On partit avec une bonne brise.\n   Le pasteur arriva très vite à destination et ne fut pas long pour ce\nqu'il devait faire, car le lendemain il lui fallait célébrer le service divin\ndans l'église de sa paroisse.\n   « La mer me paraît un peu dure et le soir tombe » — dit-il —\nmais comme nous sommes arrivés jusqu'ici, je pense que nous pou-\nvons rentrer également. »\n   On n'avait pas quitté la côte de longtemps qu'un vent de tempête\nse leva, sifflant et gémissant : il fallut diminuer la voilure.\n   L'on continua : l'embrun de la mer et les flocons de neige tourbil-\nlonnaient autour des oreilles des passagers ; les vagues étaient hautes\ncomme des maisons.\n   Jamais le pasteur de Brönö n'avait vu temps pareil. Le bâteau\ncoupait les vagues, une à une.\n   Bientôt il fit complètement noir.\n   La mer brillait comme un champ de neige dans les montagnes ; la\ntempête augmentait.\n    Isaac venait de carguer les voiles lorsque l'une des planches par le\ntravers céda : l'eau pénétrait en écumant. E t le pasteur, avec tous les\ngens de l'équipage se précipitèrent sur le pont ; le bateau sombrait\n— hurlaient-ils.\n   « Je ne pense pas que ce soit pour cette fois-ci » dit Isaac; et il\nresta comme il était, au gouvernail.\n   Mais comme la lune perçait de ses rayons la grêle, on vit qu'un\nétrange marin était installé dans les dalots, vidant avec une escope\nl'eau au fur et à mesure qu'elle pénétrait.\n    « Je ne me rappelle pas avoir engagé celui-là » fit le pasteur de\n Brönö on dirait qu'il enlève l'eau avec une botte et il me paraît\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "                               — 32 —\n\nqu'il n'a ni culotte ni peau sur ses jambes, et que son corps n'est ni\nplus ni moins qu'une veste de cuir flottante et vide. »\n    « Le pasteur l'a déjà vu, je pense » intervint Isaac.\n    Alors le pasteur de Brönö s'irrita.\n       Par la vertu dé mon saint ministère — dit-il — je t'adjure de\nquitter le bâteau. »\n   « Na, na »répliqua Isaac « est-ce que le pasteur répondra aussi\npour la planche qui a cédé? »\n   E t le pasteur se rendit compte de la mauvaise passe dans laquelle\nil se trouvait.\n    « L'homme me paraît mortellement fort et nous avons grand\nbesoin de lui ; et ce n'est pas un grand péché sans doute, d'assister un\nserviteur de Dieu sur la raer. Mais je voudrais savoir ce qu'il demande\nen retour. »\n   Les vagues se brisaient et la tempête hurlait autour de lui.\n    « Rien que deux ou trois pelletés de terre sur une botte pourrie et\nsur une veste de cuir moisi » dit Isaac.\n    « Si tu peux venir rôder encore ici-bas, je suppose que rien ne\nt'empêchera de rentrer au séjour des bienheureux, autant que je\nsache » cria le pasteur de Brönö — « et tu auras tes pelletées de terre\npar dessus le marché ! »\n   Il avait à peine dit cela que la mer parmi les récifs, soudain s'apai-\nsait, et que le bateau touchait le rivage : le mât craqua.\n\n                           Traduit   du norwègien de Jonas Lie\n                                 par G E O   KHNOPFF.\n\n\n\n\n                           HS^y\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                       PHILASTER\n\n              UNE tragédie de Beaumont et Fletcher, deux contempo-\n               rains de Shakespeare, voilà certes un spectacle qui ne\n               nous est point offert tous les jours!\n                  L'artiste d'ailleurs qui a conçu l'idée de cette repré-\nsentation et qui l'a rendue possible, est M. Georges Eekhoud, et il\nfaut son érudition, sa constance de laborieux, toutes les hautes et\ntrès spéciales qualités de son esprit compréhensif et subtil pour mener\nà bien une telle entreprise.\n   Les affinités d'instinct qui ont naguère poussé le robuste écrivain à\ns'évader du siècle où son grand cœur se cogne et se meurtrit à toutes\nles anguleuses petitesses, pour aller s'attabler avec les vagabonds de\ngénie du règne d'Elisabeth, l'émotion qu'il a ressentie à boire à leur\nbroc, à partager leur intégrale liberté de vivre et d'aimer, l'aisance et\nla joie qu'il a manifestées en leur compagnie, nous font deviner\ncombien a dû être puissante la tentation de voir s'incarner encore des\npersonnages créés par eux.\n   Lors de l'apparition de la vivante étude intitulée : Au Siècle de\nShakespeare qui servit d'introduction aux belles conférences données\ndepuis à l'Université nouvelle, M. Hubert Krains a fait ressortir la\nchaîne esthétique et psychologique qui rattache l'auteur de Cycle pati-\nbulaire et de Mes Communions à la luxuriante époque de la renaissance\nanglaise, (1) La conférence qui a précédé la tragédie a été une attes-\ntation de cette parenté. En phrases substantielles et sans détours,\nécoutées avec autant d'attention et de plaisir que dites avec convic-\ntion, M. Georges Eeckhoud, a évoqué rapidement cette période où\nles éclairs de la passion la plus pure et la plus vibrante magnifiaient\nl'existence des nobles gredins et des admirables libertaires artistes\nqui, simplement, créaient des chefs-d'œuvre, parce qu'ils étaient\nsincères et aimants. Les paroles, affirmant avec audace la priorité de\n\n\n  (1) Voir Société nouvelle — mars 1893.\n                                                                    3\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "                               -   34   -\n\nla sympathie sur tout ce que l'hypocrisie moderne a baptisé et catalo-\ngué « sentiments nécessaires » ont sonné comme une fanfare rouge.\n    Après avoir rappelé que quiconque ne voit la Renaissance anglaise\nqu'à travers Shakespeare, s'en forge une idée peu exacte, le Maître a\nparlé de ceux qui entouraient le grand poète et qui sont moins\nconnus, mais qui, unissant à de grosses maladresses de métier, des\nchoses non moins exquises que celles qui émerveillent dans les œu-\nvres du génie qui les domine tous, reflètent peut-être leur temps avec\nplus de vérité. De ce nombre sont les deux auteurs de Philaster.\n    Les trois personnages principaux que la pièce met en scène appa-\nraissent resplendissants de beauté psychique, les héros d'un amour\ndébarrassé des ordinaires soucis de la chair et qui vous agenouille\nd'admiration et de confusion, tant il reste cependant, humain en\ns'exaspérant Le touchant et noble attachement de Bellario pour le\nPrince, cet amour devant lequel ne comptent ni la vie, ni le parjure,\nqui ne fait aspirer qu'à vivre en la présence de l'aimé, mais qui rend\ncette présence indispensable, trouve son pendant dans la grandeur\n d'âme d'Aréthuse, et les dernières paroles du drame nous sem-\n blent en synthétiser la portée. La princesse épouse Philaster et dit à\n Bellario qui a repris ses habits de femme :\n    — Eh bien, viens, vis avec moi, vis aussi librement que moi-même.\nCelle qui aime mon Seigneur, maudite soit l'épouse qui voudrait lé\nhaïr ! —\n    L'absence de mièvreries sentimentales, la simplicité des scènes\nessentielles prouvent la vérité de pareilles œuvres et la riche santé de\nla sève qui les anime.\n    Nous regrettons vraiment de ne pouvoir analyser la tragédie et\nsurtout de ne pouvoir mettre en évidence comme il le conviendrait la\njustesse d'adaptation, la connaissance du milieu et la science de lan-\n gage et de nuances que M. Georges Eekhoud a employées à nous\nrendre ce curieux et admirable spécimen d'un art, par certains côtés\n et non des moins importants, encore bien au-dessus des productions\n que ce temps-ci considère comme belles.\n    La pièce fut jouée sur la scène du Théâtre communal, le cinq\nmai dernier par les acteurs amateurs du cercle l'Avenir. Ne faisons\npoint de jaloux ; tous ont certainement mérité les applaudissements\nqu'une salle comble né leur a d'ailleurs pas plus ménagés qu'à\n M. Georges Eekhoud dont je soupçonne le cœur d'avoir été plus ému\npar la très réelle gratitude de tous les artistes qui, ce soir, se pressè-\nrent autour de lui.\n                                                 HUBERT STIERNET.\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "HENRY               DE R É G N I E R                  —\n          FRANCIS                   VIELÉ             GRIFFIN\n\n          ILest rare qu'on parle de l'un sans discourir sur l'œuvre de\n            l'autre. Les attaques subies, leurs débuts contemporains\n            leur collaboration aux mêmes revues, on ne sait quelle\n            habitude prise de prononcer leurs noms l'un à la suite de\nl'autre, comme si les syllabes s'appelaient entre elles, surtout leur\ntalent également fier, haut, quoique différent, les impose ensem-\nble à l'admiration. Si quelque grave critique personnifie la litté-\nrature de cette heure par le mot Symbolisme, 'aussitôt il nous le pré-\nsente, flanqué à droite de Henry de Régnier, à gauche de Francis\nVielé Griffin. Il le mène à l'autel, lui donnant pour évangile un sonnet\nde Mallarmé et pour credo, un texte tronqué de Rimbaud. Il\npromulgue inévitablement que le nouveau culte est incompréhensible\net que son latin date de la décadence. Il n'oublie ni de citer une rime\nfausse d'Aretlnise, ni une strophe en demi-jour des Cygnes. Puis il s'en\nva, non sans faire un boniment sur l'école à laquelle il appartient ou\nappartenait jadis, et qui fut inévitablement la dernière des écoles\nfrançaises, encore soucieuse de mesure, de tradition et de goût.\n   Après elle, plus rien n'existe. Depuis qu'il y a une critique, les\ncritiques posés et pesants tiennent le même inoffensif raisonnement\navec une telle sérénité qu'on s'étonne de rencontrer encore des\nhommes assez calés dans la bêtise pour accepter un rôle aussi humi-\nliant. La plupart des critiques sont des poètes ratés comme la plupart\ndes magistrats sont des avocats sans clients. C'est quand on est inca-\npable d'être quelqu'un qu'on met le plus d'audace et d'acharnement\nà nier les autres. C'est quand on ne parvient point à voir clair en\nsoi-même et à proférer sa lumière en un livre, qu'on juge avec le plus\nde ténacité et le plus d'insolence l'effort lumineux d'autrui.\n   En littérature, les critiques sont ceux que l'art a exilés. Ils vaguent\nà ses confins. Ils n'entrent point, sinon pour en être rejetés, dans\nle pays de clarté et de feu. Ce sont des restes, des scories.\n   MM. Henry de Regnier et Francis Vielé Griffin apparaissent\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "                                — 36     -\n\ndonc régulièrement maltraités, dès que le bureau de la critique officielle\nrédige ses circulaires, ayant servi au cours des âges, contre tous les\nnovateurs.\n   De grandes fresques mélancoliques d'or, des personnages graves,\ncomme des siècles, des sceptres et couronnes héraldiques ou légen-\ndaires, des antithèses continuelles et poursuivies au long des vers\nentre les significations des emblèmes évoqués, une lenteur et une calme\nbeauté se mouvant dans les paroles et les rythmes, une couleur de\nsoir enveloppant les ensembles, quelque chose d'éternel prolongeant\nles gestes humains au-delà de l'heure qui passe, une tristesse fière et,\npour tout dire, une solennelle lassitude personnalisent le talent de\nHenry de Regnier. Quoiqu'il écrive, soit vers, soit prose, ces dons\nd'écrivain fastueux et grave s'accusent aussitôt : on n'a qu'à lire les\ndix premières lignes de ses poèmes pour en deviner le signataire. Ses\npersonnages, qu'ils soient le Destin, la Chimère, le Chevalier, la\n Fée; ses décors, qu'ils soient des terrasses, des étangs, des grèves ou\ndes jardins anoblis de fleurs; ses emblèmes, qu'ils soient la lance, le\nbouclier, la lyre, le thyrse, le glaive, vivent et s'éclairent d'une beauté\nnouvelle qui est son rêve à lui. On suggère avec trop de complaisance\nqu'il est tributaire du génie de M. Mallarmé et du haut talent de\nM. de Heredia. On exagère de parti pris leur influence, pour dimi-\nnuer méchamment un poète qui arrive. La seule ressemblance qui\nunit ces trois grands écrivains, c'est leur commune manière de sentir\nplastiquement la beauté.\n   M. Viélé Griffin est avant tout un rythmeur.\n   Aucun poète français ne l'est autant et aussi spontanément que\nlui. L'architecture des syllabes, les lignes de la vision, la couleur des\nmots ne le séduisent qu'autant que rien ne heurte son oreille. On\nsent chez ce poëte combien la mesure syllabique et régulière des vers\nest différente du rythme variable, flexible, ductile, profond et uni-\nversel. Celui-ci, que l'on pourrait définir la vie même de l'émotion\nou de l'idée, son extériorisation verbale, son mouvement sonore,\nrègne, quasi-seul, en toute son œuvre. En ces premiers poèmes il se\nfait jour, dès que le débutant se révèle celui qui fera la Chevauchée\nd'Yeldis et le Rire de Mélissa. E t dans Joies, il se surprend déjà à\nchaque page.\n   La phrase de Vielé Griffin, très librement versifiée avec tantôt des\nassonances, tantôt des rimes par grappes, tantôt des omissions\nvoulues est sinueuse et abondante ; elle s'épand flexible ; elle est adé-\nquate à l'idée, miraculeusement.\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                                -   37   -\n\n\n   L'amour et la mort se côtoient ou plutôt s'unissent dans son\nœuvre; la vie et la mort n'y semblent point en contradiction, mais en\naccord. Il n'est guère de poème où cette large pensée n'intervienne,\ncaractérisant de sa tragédie mentale les moindres poèmes dédiés aux\nmois ou aux circonstances. La personnalité de Vielé Griffin est\nencore plus accusée que celle de Henry de Regnier, et rien n'est plus\njuste que d'affirmer, comme on l'a fait, que son œuvre supprimée, il\nmanquerait une émotion et une vision à la somme de beautés que la\npéosie française réunit en un prodigieux faisceau.\n   Les œuvres quasi-complètes des deux beaux poètes dont nous\nvenons de parler, ont été réunies par le Mercure de France, récemment.\nLe livre de Henry de Régnier - s'intitule Poèmes et comprend les\nPoèmes anciens et Romanesques et Tel qu'en Songe ; celui de Vielé\nGriffin rassemble les Cygnes, la Chevauchée d'Yeldis, Joies. Et les\npages sont nombreuses en ces deux receuils où l'incontestable chef-\nd'œuvre apparaît et s'éclaire.\n                                                EMILE    VERHAEREN.\n\n\n\n\n   CHRONIQUE                             LITTÉRAIRE\n   Six Chansons de Pauvre Homme par M. M A X E L S K A M P (Paul\nLacomblez, Bruxelles). — La Pluie et le Beau Temps par M. G U S -\nTAVE K A H N (Léon Vanier, Paris). — Le Roi Fou par le même\nauteur (Havard, Paris). — Ballades par M. PAUL FORT (Edition\ndu Mercure de France). — Le Trésor des Humbles par M. M A U R I C E\nM A E T E R L I N C K (idem). — Pages Posthumes de P A U L J A N S S E N S\n(A. Godenne, Malines). — La Forêt Bruissante par M. A D O L P H E\nR E T T É (Bibliothèque artistique et littéraire, Paris). — Les Impossi-\nbles Noces par M. ADRIEN M I T H O U A R D (Edition du « Mercure de\nFrance »). — Berthille d'Haegeleere par S A N D E R P I E R R O N (Edition\ndu « Coq Rouge»).\n   La moisson littéraire est si abondante que force m'est de ne con-\nsacrer que quelques lignes à nombre de beaux livres, quitte à publier\nplus tard des études d'ensemble sur les auteurs de ces livres\nà l'occasion de la parution de prochaines œuvres :\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "                               — 38 —\n\n    Six Chansons de Pauvre Homme de M. Max Elskamp ajoutent\n une exquise plaquette aux précédents volumes de vers, du simple et\n naïf poëte anversois. C'est d'un art parfait et impressionnant qui n'a\nrien d'affecté ou de voulu dans sa grâce ingénue. On dirait des\n choses écrites par un de ces illuminés et de ces extatiques d'autrefois\n et il s'en dégage le charme de pureté et de candeur du François d'As-\n sise des Fioretti. Par ce temps de carnaval ésotérique où les gourgan-\n dines se coiffent à la vierge et où les pîtres roulent des yeux de\n pigeon pâmé et d'agneau sans macule en parlant de Botticelli et de\n Fra Angelico, L'art de Max Elskamp est un phénomène rare et\n vengeur.\n    Des mystiques de sa sincérité nous empêcheront de confondre une\n orientation morale, une tendance d'esprit et une esthétique respecta-\n ble quoique à notre avis atrocement déprimante et inopportune en ce\n temps où on aurait tant besoin d'énergie et d'intrépidité — avec le\nsnobisme des drôles et drôlesses de tout étage, qui y trouvent l'excuse\n de leur aveulissement et nous la font à la chasteté et à la continence.\n    Gustave Kahn, encore un vrai poëte, et, avec Jules Laforgue un\ndes novateurs de la métrique et de la prosodie, nous donne La Pluie\n et le Beau Temps. Comme le titre l'indique ce petit livre dit les\n alternatives de tristesse et de bonheur que nous apporte la vie. Le\npoëte assimile les états variés de nos âmes aux paysages de la nature\net aux contrastes des saisons. E t en quelles images toujours neuves\net suggestives jusqu'à vous obséder longtemps après la lecture, il\nopère ces magiques transpositions !\n    Le même auteur nous envoie un roman Le Roi Fou. Œ u v r e\ncurieuse, d'un observateur ironiste jusqu'à la cruauté,mais à laquelle\nle poëte ajoute l'attrait d'une conception fantastique et l'impeccable\nélégance d'un style métallique et comme damasquiné.\n    De Paul Fort des Ballades qu'il a appelées très justement lui-\nmême des proses libres. Mélange étourdissant de sentimentalisme\npassif et de gaminerie fringante. Art chatoyant comme il n'en peut naître\nque dans cette ville capiteuse et éperonnante de Paris. M. Fort est\nun petit-fils de Henri Heine et un fils de Laforgue. Mais il est\nparvenu encore à exaspérer les contrastes de rire et de larmes; son\nrire est âpre comme un sifflet de titi et ses larmes tombent semblables\nà des gouttes de plomb fondu. Un des curieux bouquins publiés cet\nhiver. L'auteur nous promet une nouvelle série de ces Ballades que\nn'eût pas rêvé le plus fantasque des Allemands.\n   Le Trésor des Humbles de M. Maurice Maeterlinck est un beau\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                                -   39    -\n\nlivre d'essais philosophiques où le dramaturge se repose, en contem-\nplatif et en penseur, des fatalités tragiques et des mystérieux effrois\n de son théâtre. Ce livre se recommande par une langue délicieuse,\n simple et comme attendrie, insinuante et caressante comme les\n consolations. Il porte dignement son titre : Le Trésor des Humbles.\n C'est bien un cours de bonté et d'élévation morale.\n    C'est avec un sentiment de poignante tristesse que j'ai lu les Pages\nPosthumes de Paul Janssens, un jeune instituteur qui s'exila au\n Congo, paraît-il pour en finir plus tôt avec cette vie d'indigence et de\ndétresse. En ces proses testamentaires, nombre de pages attestent un\nécrivain de race. J'ai retenu surtout plusieurs sinistres et affolants\npaysages du continent noir. Voici ce qu'il écrivit de Mongalla à son\nami M. J. Laenen, celui qui a réuni pieusement les pages en ques-\n tion :\n    « La Mongalla, rivière d'une solitude effroyable, coule entre deux\nrives boisées éternellement. J'y sens une oppression, un étouffement,\nla sensation atroce d'une étroitesse d'espace. Ce qui fait que, souvent,\nla folie sous le crâne, luttant contre la Mort, j'ai le besoin invincible\n de faire des courses énormes.\n    « La forêt est impénétrable, les pirogues ne sont pas à ma dispo-\nsition, et de plaines, il n'y en a pas ; il n'y a qu'envasement d'âme,\nque désespoir... »\n    Un des livres récents auquel nous serions désireux de dédier une\nétude au lieu d'une simple annonce bibliographique, est la Forêt\nBruissante de M. Adolphe Retté, le poète dont on n'a pas oublié un\nautre beau livre l'Archipel en fleurs. Cette fois il s'agit d'un noble et\nlarge poème symbolique, comme qui dirait d'une épopée humani-\ntaire. Jacques Simple le berger, aidé de Madeleine et de Pierre le\nBarbare, marchent à travers la forêt des tyrannies, des sacrilèges et\ndes embûches, complice des mages et des Rois, vers l'Arcadie, la\nnouvelle terre promise. Poème de toute beauté dont ces quelques\nvers exciteront la curiosité des lecteurs :\n\n            Je n'ai commis que le crime de naître\n            Et si je suis mauvais les rois m'ont rendu tel...\n            Si tu savais ! dès les vieux âges\n            Les miens furent élus pour des labeurs mortels.\n            Ils furent le bétail qu'on frappe et qu'on outrage,\n            Ceux qu'on traque et qu'on pressure,\n            Les serfs voués aux morsures\n            Des hyènes royales....\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "                                 — 40 —\n\n            De droit j'ai faim, de droit j'ai froid, de droit je hais.\n            Et dès toujours je suis la chair dont se régalent\n            Les maîtres de la Forêt.\n   Et cette sublime parole du Christ que le poëte imagine délivré\npar Jacques Simple, des derniers marchands du Temple qui exploi-\ntaient son martyre en entretenant ses plaies et en prolongeant son\nagonie :\n   \" Laisse \", dit-il à Jacques qui veut le retenir en Arcadie :\n\n            Laisse : je ne suis plus de ceux de cette terre\n            Car à l'aube du jour qui ne doit pas finir\n            Le dernier des dieux peut mourir\n            Pour se sacrifier au salut d'autres inondes.\n\n   Cette idée n'est elle pas d'un beau poëte ?\n   Un livre remarquable aussi, œuvre d'un esprit philosophique,\nc'est Les Impossibles Noces, trois petits poèmes de M. Adrien\nMithouard. Les impossibles noces autrement dit l'union tragique mais\néternelle des deux époux incompatibles : le Rire et la Douleur.\n   Oyez cette présentation des mariés antithétiques :\n\n           Vers le premier pillier, l'époux\n           Rêva des ciels purs et légers, des climats doux,\n           Des cigales chantant midi, des clartés sèches\n           Au fil de l'horizon à vif ouvrant des brèches,\n           Des grands aloès dont au bout d'un siècle éclôt\n           La fleur, explosion vivante du sol chaud,\n           Et de bois d'olivers au bord de la mer bleue.\n           Deux petits culs de jatte en pleurs portaient la queue\n           De l'épouse lamentable, qui, l'air dolent,\n           Pour voile des fils de la vierge s'envolant\n           D'un feuillage frileux dont elle était coiffée,\n           Songeait à la gracile et glaciale fée\n           Des fiords et des sapins, qu'auréole un halo\n           Qui va, blonde le long de l'azur noir de l'eau.\n           Faire paître la neige et le vent de la dune\n           A des troupeaux d'ours blancs qui gueulent à la lune.\n\n   M. Sander Pierron, un jeune auteur déjà connu par des Pages de\nCharité, vient de publier chez les éditeurs du « Coq Rouge »,\nBerthille d'Haegeleere un grand roman de mœurs patriales où se ren-\ncontrent en des scènes vivantes et observées la gent des campagnes\nbrabançonnes, les ouvriers d'industries plus ou moins artistiques,\nl'engeance à peine moins écœurante des bohêmes à la Murger; et enfin\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                                 — 41 —\n\n    une poignée — et encore — de vrais artistes. Une touchante intrigue\n   d'amour et surtout l'amitié virile de deux frères, héros du livre,\n   sert de baseet de motif conducteur à cette œuvré représentant certes,\n   un des efforts les plus sérieux dus aux « jeunes » de la nouvelle\n   pousse.\n      Les personnages de Berthille d'Haegeleere sont tous campés et ana-\n   lysés avec beaucoup de souci plastique et de spontanéité morale.\n   Mes prédilections iront aux deux frères Demane, à leur ami Royvèle,\n   au personnage si touchant de Cholle, le chemineau, puis à quelques\n  pittoresques et savoureuses figures d'arrière plan. Une inquiétante\n  silhouette de sorcière, la Touvraise, dramatise ce livre d'exubérance\n  naïve ou de mélancolie sereine.\n     Le roman, très développé, mais sans longueurs « naturalistes » ne\n  comporte pas moins de trois parties : La Forge des Raisins, l'Exil du\n  Cœur et la Touvraise. Au nombre des chapitres les plus réussis je\n  citerai ceux relatifs à l'enfance butineuse et indisciplinée des Demane\n  au hameau natal, avec leurs paysages et leurs intérieurs bellement\n  flamands ; l'arrivée de Cholle le vagabond recueilli dans une ferme et\n  aussi l'éclipsé douloureuse du désespéré ; puis, l'apprentissage du\n jeune lithographe Jean Demane, les brimades et l'atmosphère triviale\n de l'atelier, un atelier bien bruxellois; des réunions non moins au-\n thentiques de rapins à la Mandragore ; l'hôpital militaire e t l'agonie\n du peintre Baltus, ces dernières peut être les plus hautes pages du\n livre.\n     La troisième partie contient une amusante pendaison de crémail-\n lère.\n     Les épisodes idylliques de la fin, peut-être un peu précipités, ont de\nla poésie, du sentiment et même du pathétisme. La figure de l'héroïne\nest traitée avec une ferveur exquise. Je le répète, Berthille d'Haege-\nleere constitue l'œuvre d'un écrivain de tempérament, d'un artiste\nsincère et solidement trempé, qui ne s'attarde pas en poussives subti-\nlités narcissiennes ou en ingénieuses mais creuses gageures de sty-\nliste.\n                                                    WILLEM     ULRIC.\n   Accusés de réception : L'Eau du Soir par M. Aimé L. Pfinder;\nle Heures, de Mystère par M. Maurice Leblanc; Moussorgski par\nPierre d'Alheim ; Sans Horizon par M. Franz Mahutte; Mai par\nM. Arthur Toisoul ; Le Maustichi par M. Jean du Ry-Ternel ; Jules\nLaforgue par M. Camille Mauclair; Le Pèlerin du Silence par\nM. Remy de Gourmont; Ballades (nouvelle série) par M. Paul Fort.\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "  AFFAIRE E N S O R - S T E V E N S\n   A la suite del'article sur les frères Stevens paru dans le Coq Rouge,\nM. Paul Stevens envoya deux amis demander des explications à\nM. James Ensor, auteur de l'article. Celui-ci ne donna pas signe de\nvie.\n   Devant ce silence, M.Paul Stevens nous demanda d'intervenir. Il\nnous prie, pour terminer cette affaire, de donner connaissance, à nos\nlecteurs, de la lettre que nous lui avons adressée :\n\n    A la suite de l'entretien que nous avons eu lundi dernier, j'ai écrit\nà M. James Ensor.\n    Voici le paragraphe de sa réponse qui nous paraît indiquer le sens\nqu'il attache à son article :\n    « Au reste je n'ai pas attaqué les frères Stevens dans leur honneur,\n« j'ai simplement montré, en termes un peu piquants, M. Alfred\n« Stevens attaquant les jeunes artistes; cela c'est son droit et M. Arthur\n« Stevens favorisant les artistes français, c'est encore son droit. C'est\n« aussi mon droit de dire ce que j'en pense. »\n   Il est d'usage dans la presse, et particulièrement dans les revues\nlittéraires, que les articles signés engagent personnellement leurs\nauteurs. Le comité du CoqRouge ne croit donc pas devoir assumer la\nresponsabilité de cet article.\n   Nous ne pouvons toutefois que regretter l'attitude de M. Ensor à\nvotre égard.\n   Veuillez agréer, etc.\n\n                                               Pour le Coq Rouge,\n\n                                                AUG. BIERNAUX.\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                               PICOREE\n   Ceux qui s'abonneront pour la              avons reçu de l'intéressé des remercie-\n deuxième année au Coq rouge, pour-           ments « pour la note du Coq rouge\n ront se procurer, au prix de , 5 francs      qui rectifie et fixe désormais un point\n seulement, la première année de la           d'opinion et dissipe une équivoque\n revue, sans toutefois avoir droit à l'eau-   volontaire. »\n forte qu'elle contient.                        Avis à ceux qui de bonne ou de\n                                              mauvaise foi, de mauvaise plutôt, insi-\n                                              nuaient que le poète de Tel qu'en\n                                              songe avait renié son passé.\n   Nous rappelons qu'un comité com-\n posé de MM. Eekhoud, Verhaeren,\n Brouez, Maubel et des Ombiaux s'est\nformé pour élever à Francis Nautet un            L'Art à la rue a été traité comme il\nmonument funéraire.                           convient, pendant ces derniers temps.\n   MM. André Fontainas et Hubert              La ligue artistique a publié une série\nKrains nous ont fait parvenir leur            de lettres où l'on malmène assez vigou-\nsouscription.                                 reusement les industriels organisateurs\n   Prière aux amis de Francis Nautet          de ce badigeonnage infect qui désho-\nd'adresser leur souscription au secré-        nore quelques façades de nos rues\ntaire du comité M. Maurice des                principales. Inutile de dire que nous\nOmbiaux, 6, rue Bériot.                       sommes de l'avis de ceux qui se sont\n                                              montrés les plus sévères à l'égard de\n                                              cette entreprise équivoque. Aux débuts\n                                              de l'œuvre nous avons été les premiers\n                                              à manifester l'opinion qui s'affirme\n   Le Moniteur nous annonce que               bruyamment aujourd'hui, en décer-\nnotre ami Emile Verhaeren vient               nant le premier prix à la très vieille\nd'être décoré de notre ordre national.        enseigne intitulée : de drie gezellen.\n   Cette décoration honore grandement\n                                                 Les conducteurs de l'art à la rue,\nle ministre qui l'a faite, aussi nous lui\n                                              conspués à Bruxelles, se rabattent sur\nadressons nos félicitations.\n                                              la province. C'est Charleroi qu'ils ont\n                                              choisi pour y exercer leur négoce.\n                                              Nous avons trouvé, dans un journal\n                                              de cette ville, un compte rendu extra-\n A la suite de l'articulet paru dans nos      ordinaire d'une séance non moins\npicorees de mars-avril relativement à         extraordinaire où, dans un décor\nla collaboration de M. Henri de Régnier       d'affiches, un vaudevilliste a réédité\nà la Revue des Deux Mondes, nous              tous les calembours de la revue, et\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "                                      — 44 —\n\nl'imprcssario bien connu des célé-           pathie qui s'établit bien vite entre\nbrités nationales, fait marcher la lan-      l'écrivain parisien et son public bruxel-\nterne magique qu'il n'oublie jamais          lois, ont valu à Léon Bazalgette un\nd'allumer.                                   réel succès que nous sommes heureux\n   « Nous y vîmes, dit le journal et nous    de ratifier.\nne voulons déflorer ce compte rendu\nsuave par aucun commentaire), nous y\nvîmes la Société des accordéons sym-\nphoniques de Lodelinsart sous la                 Un procès qui ne manquera pas d'in-\ndirection de M. Rayon. Cette société,        téresser les écrivains que les éditeurs\non le sait, faisait ses débuts à Char-       tondent et retondent à plaisir, est\nleroi. Elle a fort bien réussi et ça été     actuellement pendant entre MM. Paul\nun étonnement que ces larges sono-           Bourget et Lemerre,\nrités d'accordéons imilant parfois               M. Paul Bourget se promenant en\nl'orgue et aussi toutes les nuances et       Amérique y découvrit une édition de\nles finesses des intruments à corde. »       Cosmopolis qui lui était inconnue.\n   Pauvres carolorégiens! ! !                Ami intime jusque là du célèbre édi-\n                                             teur des Parnassiens, il avait toujours\n                                             eu la plus entière confiance en ce\n                                             négociant aux allures de Mécène. Mais\n                                             ayant ouvert les yeux et perdu la foi,\n   Léon Bazalgette, le distingué direc-      il réclama des comptes. Le bonhomme\nteur du Magasine international, a            après s'être fait tirer l'oreille s'avoua\n donné le 7 avril, à la Section d'Art et     débiteur d'un arriéré de 40,000 fr.\nd'Enseignement de la Maison du               M Bourget ne s'en contenta pas, il\n Peuple, une fort intéressante confé-        réclama la vérification complète des\nrence sur l'Internationale des Poètes.       comptes et la production des livres de\n   Il a flétri notamment l'insanité du       l'éditeur. M. Lemerre refuse, ce qui\nchauvinisme bourgeois en matière             lui valut une raclée du psycologue et\nd'art, comme dans le domaine mili-           une assignation devant le tribunal de\ntaire, ce dernier refuge de la barbarie;     commerce.\nl'Art ne se détermine pas par des fron-         A ce propos M. Henri Bauer, rap-\ntières politiques; il faut l'admirer d'où    pelle dans l'Echo Je Paris cette petite\nqu'il vienne ; la fraternité des artistes,   histoire savoureuse :\nquel que soit leur lieu d'origine, doit\nse développer parallèlement à la frater-        « Un écrivain de grand talent —\nnité des prolétaires, des travailleurs       pourquoi ne le nommerions-nous pas?\nmanuels.                                     Mme Judith Gautier — avait fait édi-\n   Il a également exposé des idées           ter chez Lemerre le Dragon impérial.\nempreintes d'une forte originalité sur       Quelque temps après, plusieurs per-\nl'esthétique moderne, en affirmant la        sonnes ayant voulu se procurer\nnécessité pour elle d'être de plus en        l'ouvrage, il leur fut répondu que\nplus l'expression adéquate de la Réalité     l'édition était épuisée. Lors l'auteur se\net de la Vie.                                rendit chez l'éditeur et lui demanda\n   La diction nette et vibrante du con-      son dû. « Mais je ne vous dois rien,\nférencier, mise au service d'une pensée      répondit notre homme sans être décon-\ntoujours claire dans l'abstraction et        certé; l'édition est. épuisée, mais elle\npoétiquement colorée, la chaude sym-         n'a pas été vendue ; j'avais place vos\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "volumes dans la réserve d'une de mes        tions et expositions. Parmi ses collabo-\nboutiques, et les rats les ont dévorés.»    rateurs citons : MM. Paul Adam,\n   « Un rat, — un rat! » s'écrie Ham-       d'Annunzio, Bang, Beaubourg, Tristan\nlet entendant un bruit équivoque, et        Bernard, Bjornson, Jacques St-Cère,\nd'un coup d'épée dans la tapisserie il      Emerson, Echegarray, Barrès, Fogaz-\ncloue Polonius embusqué. »                  zara, de Goncourt. K. Hamsun, Ibsen,\n                                            Jacobsen, J. Jullien, Bernard Lazare,\n                                            Maeterlinck, Mourey, Schwob, Jonas\n                                            et Eric Lie, Strindberg, de Régnier,\n                                            Rodenbach, W. Witmann, etc , etc.,\n                                            parmi ses dessinateurs : Anquetin, de\n                                            Toulouse Lautrec, Luce, Launay,\n                                            Munch, etc , etc.\n   L'Art Flamand par Jules Du Jar-\n                                              Les communications doivent être\ndin ouvrage illustré de 1500 dessins\n                                            adressées à MM Pierre GuéJy. direc-\nchoisis par Josef Middeleer et de\n                                            teur et Ad. Van Bever, secrétaire, aux\n288 photogravures, tirées hors-texte,\n                                            bureaux de la revue, 69. rue Blanche,\nen couleurs. Arthur Boitte, éditeur,\n                                            Paris.\n 11, rue du Magistrat, à Bruxelles.\n   Les trois livraisons de cet impor-\ntant ouvrage qui nous parviennent\naujourd'hui ont trait aux romanistes :\nBernard Van Orley, Jean Schorul,\nles Mastaert, les Coninxlao et les\nFloris.\n   Comme de coutume ces livraisons            La nouvelle de M. Paul Arden,\nrenferment d'admirables dessins et de       publiée dans le numéro mars-avril du\nfort belles planches hors-texte qui         Coq rouge devait se terminer par les\naccompagnent les dissertations de           deux paragraphes ci-après qui ont été\nl'auteur sur la vie et l'œuvre des          omis :\nmaîtres étudiés.\n                                               A cette vie, Silvère s'affola, près\n   La superbe publication de M. Ar-\n                                            de perdre la raison : pris de rage, il\nthur Boitte augmente d'attrait à\n                                            eut un jour la pensée de faire chavirer\nmesure qu'elle se complète et sa ten-       le canot, d'engloutir Elienne et lui-\ntative mérite les encouragements des        même au plus profond de ces flots qui\npassionnés d'art.                           lui mettaient en l'âme un tourment\n                                            d'enfer; il eut la vision de cette défini-\n                                            tive possession qui donnerait pour\n                                            jamais Elienne à la mer victorieuse —\n                                            et la jalousie fut plus forte que le\n                                            désespoir...\n                                               Et ce fut dès lors entre lui et la mer\n   Une nouvelle revue           illustrée\n                                            grandiose une haine implacable, du-\n« l'Aube » , a paru le 15 avril.\n                                            rant les jours qui achevèrent la saison.\nCette publication donnera des œuvres\ninédites françaises et étrangères et des\nillustrations de peintres de tous pays.       Puis, un soir, alors que Silvère, de\nElle organisera des conférences, audi-      sa fenêtre, contemplait l'immensité\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "                                       -      46   -\n\n mouvante qui lui avait définitivement         je pense, par tous les écrivains nou-\n ravi le cœur d'Elienne, un paquebot,          veaux, est celui-ci : les vers sont bons\ngrondant, bavant de la fumée noire,            quelle que soit la règle à laquelle ils\nmugissant, passa, gagnant le large; sur        s'astreignent, pourvu qu'ils signifient\nle pont, des passagers faisaient aux           sincèrement la personnalité du poète.\namis restés encore sur la plage des            Tel rimera richement, se conformera\nsignes d'adieu.                                aux alternances bi-sexuelles, comptera\n   Silvère reconnut Elienne; il attendit       les syllabes; tel autre usera de l'asso-\nun geste d'amitié, qui eût été un der-         nance, n'aura cure d'alterner les sexes,\nnier souvenir d'elle ..                        suivra son rythme sans tenir compte\n   Mais hélas! la mer — triomphante!           du nombre de syllabes. Tous deux\n— enlevait Elienne ; lui et son pauvre         auront raison s'ils parviennent à nous\namour étaient vaincus : le beau rêve à         toucher. Le vers libre bien manié,\ntire d'ailes s'était à jamais envolé.          offre des ressources innombrables; il\n   Et Silvère regardait s'enfoncer dans        permet l'imprévu,      mais n'importe\nl'or fauve du couchant la tache noire          qu'elle autre forme d'art, fût-elle oppo-\ndu navire, —. cependant que deux               sée, reste légitime. »\nlarmes descendaient le long de ses\njoues.\n\n\n\n\n                                                  Nous avons reçu quatre numéros de\n                                               la Revista literaria ; elle paraît tous\n   D'Adolphe Retté :                           les dix jours, en fascicules de seize\n   « Ayant en tête la Forêt bruissante         pages grand in-8°, à Bucarest, sous la\noù s'alternent les descriptions posant         direction de Th. M. Stoenescu, auquel\nle décor et le dialogue, je fus naturel-       prêtent leur aide un grand nombre de\nlement conduit à employer le vers              collaborateurs dont les noms se ter-\nlibre. Ce moyen d'art me permettait            minent de la même indécente façon. A\nd'éviter la monotonie qui eût résulté          côté d'ceuvres originales (nous vou-\nde l'emploi exclusif de l'alexandrin. Il       lons simplement dire non traduites),\nme permettait aussi de fixer le plus           légendes, poésies sentimentales, nou-\nexactement possible les phrases lyri-          velles à la Coppée, chaque numéro\nques de mes personnages selon le               contient des traductions de fantaisies\nrythme adéquat aux mouvements de               d'Alphonse Allais et une tranche d'un\nleur âme. C'est là, soit dit en passant,       roman de Gaboriau !\nune des vertus les plus méconnues du              Pauvres Roumains !\nvers libre : la faculté qu'il confère au\npoète d'assouplir l'appareil par trop\nrigide que nous léguèrent ceux du Par-\nnasse. Nulle restriction ne tient contre\nl'opportunité de cette évolution. D'ail-\n                                                 A lire dans le Mercure de France\nleurs toute latitude n'est-elle pas laissée\n                                               de ce mois l'introduction à un Essai\nà qui tente les -différents modes d'ex-\n                                               sur Jules Laforgue par M. Maurice\npression poétique! Le principe, admis,\n                                               Maeterlinck, la suite de la traduction\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                                   — 47 —\n\npar M Barthelémy du Sartor Resartus           — Ce serait un grand débarras de\nde Carlyle, les mordaces et cinglants      la bêtise chic et de l'imbécillité élé-\nEpilogues de Remy de Gourmont;             gante, qu'une machine infernale qui,\nla suite de Pauline, le roman de           par un beau jour, tuerait tout le Paris\nM. Louis Dumur, des vues de                faisant de 4 à 6 heures, le tour du lac\nMM. Albert Samain, Pierre Quillard,        du Bois de Boulogne!\ndes traductions, de très curieux contes       — Il y a des envieux qui paraissent\nhongrois et arméniens, enfin, dans la      tellement accablés de votre bonheur,\nrevue du mois, les critiques littéraires   qu'ils vous inspirent presque la velléité\nde MM. Vidé Griffin et Robert de           de les plaindre.\nSouza, et la chronique d'art de M. Ca-        — La description matérielle des\nmille Mauclair.                            choses et des lieux n'est pas dans le\n   Dans la Revue Blanche : (fascicule      roman, telle que nous la comprenons,\ndu 1er mai) Des Mères futures par          la description pour la description.\n Paul Adam. Le Patriotisme ou la           Elle est le moyen de transporter le\nPaix par Léon Tolstoï, la Vie men-         lecteur dans un certain milieu favo-\ntale par M. Gustave Kahn et des cro-       rable à l'émotion morale qui doit\n quis belges par Métin.                    jaillir de ces choses et de ces lieux !\n   Dans la Société nouvelle le très           — Ce qui entend le plus de bêtises\ncurieux article d'Edouard Carpentier       dans le monde est peut-être un tableau\nsur le Mariage dans une Société libre,     de musée.\nde nombreuses traductions et adapta-          — On rencontre des hommes si\ntions du russe, de beaux vers de Charles   bassement attachés à une mémoire\nVanlerberghe et une étude très logi-       célèbre qu'ils vous font l'effet de\nque du professeur Ernest Nys sur le        laquais d'une immortalité.\nDroit de la Vieille Irlande. Comme\n                                              — I1 y a un Beau, un beau\ntoujours un numéro d'une belle tenue\n                                           ennuyeux, qui ressemble à un pensum\nlittéraire et d'une haute sélection de\n                                           du Beau.\n pensée.\n                                              — L'épithète rare, voilà la marque\n                                           de l'écrivain.\n                                              — Les Académies ont été unique-\n                                           ment instituées pour préférer Bonnas-\n  La Revue des Revues a publié ce          sieux à Barye, Flourens à Hugo et\nmois un article excellent, d'une éton-     tout le monde à Balzac.\nnante compréhension, de M. Remy de            — Autrefois la province ne lisait\nGourmont sur Georges Eekhoud.              pas, et n'avait nulle opinion sur les\n  Cette étude fait partie de la série      faiseurs de livres.\ndes Nouveaux Venus que M. de Gour-            Aujourd'hui elle en lit le plus, mais\nmont réunira prochainement en vo-          elle a des opinions littéraires, prises\nlume.                                      dans le bas des petits journaux. Un\n                                           déplorable progrès.\n                                              — On ne saura jamais combien les\n                                           marchands de la pensée et de l'écri-\n  Du Journal des Goncourt :                ture des autres sont bêtes.\n                                              — La science du romancier n'est\n   — Voir, sentir, exprimer — tout         pas de tout écrire mais de tout choisir.\nl'art est làl  *                              — Ce gouvernement-ci hait encore\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "                                    -      48     -\n\nplus l'homme de lettres, que le répu-           directeur des Beaux-Arts, comment il\nblicain ou le socialiste ! (C'est vrai          trouvait le Salon de cette année ? ( 1888)\npartout !)                                         — Pas d'oeuvre supérieure, mais\n   — Il est rare que les faiseurs de            une bonne moyenne.\nl'opinion en art ou en littérature ne              — Très bien, répondit Grévy, c'est\nsubissent pas la tyrannie des imbéciles !       ce qu'il faut dans une république.\nles guides du gros public en sont géné-\nralement les domestiques.\n   — Jamais un auteur ne s'avoue que,\nplus sa célébrité grossit, plus son                Nous avons reçu : Une Squaw, par\ntalent compte d'admirateurs incapables          I. Will, A travers passions et caprices\nde l'apprécier.                                 par Emile Greyson, le Sermon sur la\n   — De l'observation spontanée et              Montagne par Edmond Picard, et,\npresque faite au dépit de soi : Bon ! je        du Mercure de France, la réédition, en\nle veux bien, mais de l'observation             un bel et fort volume, du Cycle Pati-\ncomme on va au ministère, merci !               bulaire, ce livre prodigieux de notre\n(Attrape Zola et les naturalistes !)            ami Georges Eekhoud, augmenté de\n  — Le mérite de mes livres, disait             plusieurs nouvelles : Aux bords de la\nsérieusement un bibliophile, qui vient          Durme, Le tribunal au chauffoir, Le\nde vendre sa bibliothèque, — très               Tatouage, La bonne leçon et le Suicide\ncher : le mérite de mes livres c'est            par amour.\nqu'ils n'ont jamais été ouverts.                   Nous en rendrons compte prochai-\n  — Un mot caractéristique de ce                nement.\ntemps.\n  Le président Grévy demandant au                                        PÉRINET.\n\n\n\n\n   Des presses de XAVIER IIAVERMANS Galerie du Commerce, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                        LES LIVRES\nDelattre (Louis). Contes de               Maeterlinck (Maurice). Les\n        mon village . . . 3 50                    Sept Princesses . . 2 »\n  — Les Miroirs de jeunesse 3 50           — Pelléas et Mélisande . 3 50\n  — Une Rose à la Bouche. 3 50             — Les Disciples à Saïs et\n                                                  les fragments de No-\nDemolder (E.) Contes d'Yper-                      valis                4 \"\n       danime                3        «\n — Impression d'Art . . 3             »   Marlow (G.) L'Ame en Exil. 3 »\n — James Ensor . . . . 3              »\n — Récits de Nazareth. . 3            »   Mauclair (Camille) Couronne\n                                                  de Clarté . . . . 3 5o\ndes Ombiaux (M. ) Vers de\n       l'espoir             2 »           Nautet (Francis). Notes sur\n  — Chants des jours loin-                        la Littérature, 2 vo-\n       tains (épuisé) . . .                       lumes Vve Monnom. 3 50\n  — Les amants de Taille-                  — Histoire des Lettres\n       mark (drame) . . . 2 »                     Belges d'expression\n  — La Ronde du Trouvère 2 »                      française, Ch. Rozez.\nEekhoud (Georges) Kees Doo-               Pierron (Sander). Pages de\n       rik . .' . . . . 3 50                      Chanté             3 50\n  — Kermesses . . . . 5 »                   — Berthille d'Haegeleer 5 »\n  — Nouvelles Kermesses . 3 50\n  — Les milices de Saint                  Severin (Fernand). Le Lys . 2 \"\n       François     . . . .                 — Le Don d'enfance      . 2 »\n  — La Nouvelle Carthage . 4 \"              — Un chant dans l'ombre 3 »\n  — Les Fusillés de Malines 3 50          Stiernet (H.). Histoires du\n  — Au siècle de Shakes-                           Chat, etc. (dessins de\n       paere                3 »                    Lynen. Office de Pu-\n  — Mes Communions . . 5 »                        blicité)                1 50\n  — Le Cycle Patibulaire 3 50               — Contes au Perron (Vos,\n  — Philaster (tragédie de                        Bruxelles) . . . . 2 »\n       Beaumont et Fletcher) 2 »\n                                          De Régnier (H.). Le Bosquet\nElskamp (Max.) Dominical . 2 »                   de Psyché . . . . 2 »\n  — Salutations, dont d'an-                — Contes à soi-même. . 3 »\n       géliques . . . . 3 50               — Episodes Sites et Son-\n  — En Symbole vers l'Apos-                      nets                 3 »\n       tolat                3 50           — Poèmes 1895.Lemerre. 3 50\nKahn (Gustave). Chansons                   — Tel qu'en Songe . . 3 50\n       d'amant              3 50          Van Lerberghe (Ch.). Les\n — Les Palais nomades . 3 50                    Flaireurs . . . .  1 »\nKrains (H.) Histoires luna-\n        tiques              3 »           Verhaeren (E.) Les Apparus\n — Les bons Parents . . 3 \"                      dans mes chemins . 2 «\n                                           — Les Moines . . . . 3 »\nMaeterlinck (Maurice). Les                 — Les Campagnes hallu-\n        Aveugles (L'Intruse,                     cinées               3 50\n        Les A v e u g l e s ) . . . 3 »    — Les Villages Illusoires. 3 5o\n — La Princesse Maleine . 3 50\n — Serres chaudes . . . 3 »               Vielé-Griffin. Les Cygnes . 3 «\n — L'Ornement des noces                     — Chevauchée d'Yeldis . 3 «\n        spirituelles, , , , 4 »             — Poésies complètes . . 3 50\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 1, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1896-05", "signet_source": "N°1 - tome II - Mai 1896", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 10 (« n° 1 — tome II. mai 1896 ») ; page de titre du tome, PDF 12 (Deuxième année, mai 1896 – avril 1897) ; sommaire imprimé de la couverture utilisé pour les attributions. 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