{"numero_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "articles": [{"article_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5-201", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "n° 5 — tome II. septembre 1896", "ancre_fin": "L'ART JEUNE.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE :", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 220, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 140, "texte": "n° 5 -- tome                 II.             septembre 1896\n\n\n\n le coq rouge\n                      & L'ART JEUNE.\n\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5-202", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE :", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 220, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 786, "texte": "SOMMAIRE :\n\nNous tous                                  MAURICE DES OMBIAUX.\nSeptembre                                  GUSTAVE K A H N .\nLe jardin                                  ANDRÉ RUYTERS.\nCloches joyeuses                           GEORGES PIOCH.\nRêve d'oiseaux                         .   H E N R I DE CLASSANT.\nOpôra                                      ARTHUR TOISOUL.\nNepenthés                                  CAMILLE MARYX.\nTérence : Phormion (suite)   . . . .       E M . BOISACQ.\nChronique littéraire                       GEORGES RENCY.\nPicorée                                    PÉRINET.\n\n\n\n\n                   le numéro fr. 0,80\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5-203", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "le coq rouge & L'ART JEUNE PARAISSANT", "ancre_fin": "ETRANGER 25", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Rédacteur en chef", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 221, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 418, "texte": "le coq rouge\n                   &    L'ART      JEUNE\n           PARAISSANT LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n           Prix d'abonnement annuel :\nBELGIQUE                                            8 FRANCS.\nÉTRANGER                                           10\n                                         (BELGIQUE 20\nÉdition sur papier de Hollande Van Gelder{\n                                   (ETRANGER 25           »\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5-204", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Rédacteur en chef", "ancre_fin": "131, rue de Brabant.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "REVUES A LIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 221, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 418, "fin_caractere_exclue": 836, "texte": "Rédacteur en chef : MAURICE DES OMBIAUX, 6 rue de Bériot.\n\n\n  Les rédacteurs du Coq Rouge se réunissent tous les mercredis à\n5 heures au Café de l'Hôtel Ravenstein, rue Ravenstein.\n  Pour envoi de copie, correspondances diverses, offres de colla-\nboration, demandes d'échange, administration, s'adresser à\n            M. H E N R I VANDEPUTTE, Secrétaire,\n                         131, rue de Brabant.\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5-205", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Revues à lire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUES A LIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 221, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 836, "fin_caractere_exclue": 1523, "texte": "REVUES A LIRE :\nSociété Nouvelle, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles.\nArt Moderne, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles.\nRéveil, 64, rue Kessels, Bruxelles.\nLa Lutte, 15, place Van Meyel, Bruxelles.\nLibre Journal, 117, rue du Havre, Mons.\nMercure de France, 15, rue de l'Echaudé, Paris.\nRevue Blanche, 1, rue Laffite, Paris.\nMagazine international, ci, avenue Niel, Paris.\nErmitage, 26, rue Juliette Lamber, Paris.\nL'Aube, 26, rue d'Orléans, Paris.\nRevue des Revues, 32, rue de Verneuil, Paris.\nLa Plume, 31, rue Bonaparte, Paris.\nDocuments sur le Naturisme, 10, rue des Tenneroles, Saint-Cloud,\nL'effort, 8, rue des Puits-Creusés, Toulouse.\nDie Gesellschaft, Hans Merian, éditeur, Leipzig.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5-001", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 193, "page_fin": 203, "titre_corps": "Nous tous", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice des Ombiaux", "ancre_debut": "NOUS TOUS LORSQu'lL y a seize ans", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 222, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1726, "texte": "NOUS TOUS\n\n\n   LORSQu'lL              y a seize ans quelques jeunes gens, liés par le\n              même enthousiasme pour l'Art, réunirent leurs forces, leur\n              foi, leur jeunesse, pour donnera leur pays une vie littéraire\n              qu'il n'avait jamais connue jusqu'alors, ils ne trouvèrent,\ndans les œuvres de leurs devanciers, si l'on excepte Decoster, Lemon-\nnier, Pirmez et Picard, qu'une veulerie d'expression qui n'avait\nd'égale que la veulerie des idées.\n    Mais l'indigence de l'expression était plus choquante encore à une\népoque où fleurissait le Parnasse en France, où la réaction contre le\nromantisme atteignait son degré le plus élevé d'exaspération, au point\nque la jeunesse, dans l'exagération de son culte pour la forme, ne\ns'attachait plus qu'à décrire des sentiments d'exception.\n    Si le snobisme la fit se livrer parfois à des contorsions bizarres au\npoint de\" sacrer grand homme le vicomte de Lautréamont, et chef-\nd'œuvre les chants de Maldoror, il faut reconnaître que cet inconvé-\nnient' fut moindre que le service rendu à nos écrivains en les faisant\nsoigner la correction de leurs œuvres, dans un milieu où l'on n'était\nque trop facilement enclin à l'incorrection.\n   Toutefois on ne s'arrêta pas dans cette voie. On ne sut pas, la\nformeconquise, la faire servir à autre chosequ'àdes enjolivements, des\narabesques et des variations de toutes sortes. Nos jeunes prosateurs\nfirent, la plupart, de fort jolies phrases et d'exquises métaphores,\nmais il semble que la recherche des tournures précieuses les empêcha\nde penser, de manier des idées, de cristalliser quelques parcelles de vie\n                                                                       13\n"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2302, "texte": "                                — 194 —\n\ndans leurs écrits. On accumulait des mots extraordinaires, mais le\nsouffle manquait pour aller au delà d'un poème en prose d'une tour-\nnure byzantine ou japonaise.\n   Les poètes faisaient d'excellents vers, à peu près irréprochables,\nmais le souci exagéré de la forme les empêchait de regarder autre\nchose que le passé. Ils se souvenaient trop de leurs devanciers et ne\nsavaient penser qu'à travers les œuvres des autres.\n   Mais tout cela était fort joli et, je le répète, point du tout inutile\ndans ce pays de patois.\n\n\n                                   *\n\n   L'enthousiasme indéniable que suscita, dans la jeunesse amie du\nbeau, le mouvement de 1880, ne tarda pas à s'arrêter.\n   L'Art pour l'Art ne peut préoccuper que des écrivains de déca-\ndence. Le public n'y trouve pas d'intérêt. Les questions de technique,\nles affaires de métier le laissent singulièrement froid. Il demande\nl'émotion:\n   L'émotion, on ne sut pas la lui donner; le culte immodéré de la\nforme en avait desséché les sources.\n   Cette littérature ne parvint donc pas à créer chez nous une renais-\nsance de l'intellectualité. Nos écrivains n'avaient d'ailleurs jamais eu\nce but. Ils s'installaient dans de vieilles tours lézardées, prétendant\nqu'elles étaient d'ivoire, ne sachant trop ce qu'ils voulaient faire,\n-attendant la gloire, ou se disant, pour se consoler, qu'ils ne seraient\n compris que dans cinquante ans.\n   De sorte que malgré ce qu'ils ont écrit, le public les ignore toujours.\n Le public a tort,'mais ils sont trop loin de lui, ils n'exaltent que des\n sentiments artificiels.\n\n                                       *\n                                           *\n\n   Autre chose paraît enthousiasmer la jeunesse, à l'heure actuelle.\nSous l'impulsion de grands penseurs, de savants et d'apôtres, le\nniveau moral de la société se relève, la compréhension de la vie\napparaît plus large, plus grande, plus généreuse, plus conforme à la\nnature. Les grands sentiments humains requièrent plus l'admi-\nration que des choses d'exception, que les névroses mystiques,\nhystériques, etc. Le cœur s'exalte vers le soleil, la liberté. On'veut\nvivre débarrassé des liens qui depuis des siècles ligottent les hommes,\ndes dogmes et des lois qui nous empêchent de suivre la spontanéité de\n"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2380, "texte": "                              -   195   —\n\nnos impulsions naturelles, moulent nos actions, nos pensées, d'une\nmanière fixée d'avance.\n   Nous ne voulons plus obéir à des formules et à des règles que nous\nn'ayons librement consenties.\n   Nous ne voulons plus vivre avec les morts. Ils nous ont assez tiré\npar les pieds. Ils nous empêchaient de nous élever. Laissons-les,\nvivons avec les vivants, vivons nos rêves, vivons de nos forces vives,\naccordons nos instincts, ne les étouffante pas.\n   Les artistes qui sont les harpes éoliennes vibrant sous les courants\nde pensées, d'aspirations et de désirs encore informulés, qui traversent\nle monde, doivent exprimer l'idéal vers lequel tendent leurs contem-\nporains.\n   Chez nous, la race n'est pas tellement appauvrie que la génération\nqui commence à penser ne puisse trouver son expression.\n\n\n\n\n   Une philosophie nouvelle est née des développements continuels\nde la science. Elle ne cherche plus l'harmonie dans une tyrannique\nuniformité, mais dans le libre développement, la spontanéité, l'ini-\ntiative des hommes. Elle veut élargir l'humanité. On n'exclura plus\npersonne de son sein. La variété infinie de capacités, de tempéra-\nments et d'énergies individuelles pourra fleurir.\n   Certes, cette manière de voir n'est pas universellement admise. Il\ny a même des esprits robustes, comme M. Brunetière, qui ont\nclaironné la faillite de la science. Mais il est à remarquer qu'après la\ncélèbre réponse de M. Berthelot, le directeur de la Revue des Deux\nMondes restreignit la portée de son article et l'intitula : la Renais-\nsance de l'Idéalisme. C'était faire amende honorable, car l'Idéalisme\nconçu dans les anciennes formes, avec les anciennes idées, n'était pas\nmort. Certes la science s'en était complètement écartée et avec elle\ntous les esprits dégagés d'opinions imposées. De la sorte il était fort\ndélaissé.\n   Sa renaissance, telle que nous la comprenons, ne peut venir que de\ncette science que l'on traite avec tant de désinvolture.\n   La philosophie dont nous parlons a une évolution parallèle à celle\ndes sciences. De même que celles-ci ne peuvent plus accorder\nd'importance aux axiomes formulés il y a trois siècles et que des faits\ninnombrables sont venus détruire, de même la philosophie ne peut\nplus admettre des dogmes qui apparaissent maintenant comme des\nrecettes d'empiriques. Elle nécessite des formes nouvelles.\n"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "                               -— 196 —\n\n    Mais chaque homme tient à la formule que sa génération a trouvée.\nAu fur et à mesure qu'il vieillit, il cherche à l'accorder, à la relier\naux précédentes. La peur de celles qui doivent venir, le rejette dans\nles bras d'un passé longtemps dédaigné et lui fait donner un sens\nplus étroit aux règles existantes. Il arrive à les vénérer comme si\nelles étaient de révélation divine et, plus que jamais, le règne de\nl'a-priorisme se consolide.\n   Peu d'hommes savent admettre, quoi qu'on dise, l'évolution indé-\nfinie. Chacun l'arrête à soi. Il considère qu'elle est arrivée, avec lui,\nà son épanouissement suprême.\n\n\n                                   * *\n\n    Ce qui Vient d'être dit se marque bien plus encore en littérature\n que dans les autres domaines de l'iritellectualité.\n    Nous avons constaté les résultats produits par cette critique évo-\n lutive dont M. Brunetière se constitua l'inventeur breveté.\n    On sait qu'avec une grande habileté et une dialectique solide, cet\nacadémicien s'efforce, si on l'en croit, d'appliquer à la critique litté-\nraire les théories de l'évolution. Sa méthode consiste à réclamer\nde Darwin et de Haeckel le secours que Taine a demandé à\nGeoffroy Saint-Hilaire et à Cuvier.\n    Mais n'est il pas curieux de constater que le même M. Brune-\ntière, après avoirexposé ses principes, les a combattus avec une égale\nénergie pour subordonner la science à la morale et infirmer l'autorité\nde toute doctrine fondée sur les sciences naturelles. Après avoir\nrevendiqué le droit de s'en servir, il a repoussé avec opiniâtreté les\nidées darwiniennes au nom d'une morale immuable, et condamné\nl'introduction des théories transformistes dans la psychologie et la\nsociologie.\n   Comme on le voit, le célèbre critique est un fantaisiste. Il érige en\nsystème le paradoxe et soutient fortement des opinions extraordi-\nnaires et souvent contradictoires. Quoi de plus subjectif?\n   Il faut toutefois reconnaître que son projet ne manquait pas\nd'ampleur et d'audace. Mais comment appliquer aux plus hautes\nmanifestations de l'âme humaine que sont les œuvres d'art, les\nméthodes basées sur des faits d'expérimentation externe ? Avant\nd'en arriver là, ne faudrait-il pas que les sciences nous aient dit le\ndernier mot sur nos origines et notre nature ?\n   Ce dogmatisme en matière de critique est également professé par\nM. Doumic, le disciple bien aimé en qui M. Brunetière a mis toute\n"}, {"page_pdf": 226, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2511, "texte": "                               — 197 —\n\nsa confiance. Lui aussi condamne là critique subjective comme sub-\nversive et dangereuse. La critique objective est la seule bonne à son\nsens. Il la pratique avec habileté. L'élève a plus d'adresse, mais\nmoins de force que le maître. M. Brunetière met de la passion dans\nses articles, tandis que chez M. Doumic c'est le scepticisme qui en\ntient lieu. Il a la prudence et la malice d'un vieillard. Il a été piquant\nde voir la chiquenaude par laquelle il s'est débarrassé de nos petits\n« Raphaëls noirs » qui tout en se déclarant « trop artistes pour lui »\nessaient de s'accrocher à sa dialectique professorale et placent en lui\nleurs plus chers espoirs.\n  Les protagonistes de la critique objective, malgré leur formidable\nappareil d'érudition, de raisonnements et d'arguments, ne nous\nparaissent faire, en réalité, tout comme beaucoup d'autres qui n'ont\npas leur prétention, que de la critique subjective.\n  Celle-ci est la seule rationnelle, cela paraît indéniable. Pouvons-\nnous connaître des autres plus que nous ne' connaissons de nous-\nmêmes ? E t les règles que nous établirions en nous flattant de cette\nconnaissance seraient-elles autre chose que le reflet de nos goûts et\nde notre caractère ?\n  En un mot, pouvons-nous objectiver autre chose que nous-mêmes?\n   Le résultat obtenu par l'un sera plus considérable s'il a du monde\nune conscience supérieure, mais nous ne pouvons pas sortir de nous-\nmêmes et c'est à travers le même prisme formé par nos cellules\ncérébrales que nous voyons les événements de la vie.\n   Certes, pour ne rien exagérer, il y a bien quelques règles de bon\nsens qui paraissent, au premier abord, imprescriptibles. Nous serions\nles premiers à les enseigner si nous y étions appelés, mais nous les\navons déjà vues subir tant d'accrocs !\n   En dehors de quelques vérités supérieures qui nous sont enseignées\npar les mathématiques, a-t-on jamais formulé quelque axiome ou\nquelque théorème dont la démonstration n'ait dû être faussée par la\nsuite ? Et, pour me servir d'une comparaison tirée de l'algèbre, à\nopposer aux fabricants de formules, ceux qui veulent réduire les\ninconnues d'une œuvre d'art, ne sont-ils pas toujours mis en défaut\npar une équation qui leur manque pour fixer la valeur d.e chaque x\net de chaque y ?\n  Ils ne peuvent, dès lors, établir ces valeurs qu'en recourant aux\nprobabilités.\n   L'équation qui manque, c'est précisément la personnalité de\nl'artiste. Elle est irréductible et c'est ce que certains appelleront sa\n"}, {"page_pdf": 227, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2393, "texte": "                               — 198 —\n\npart de divin, qui échappe à la connaissance humaine, comme toutes\nles raisons de notre existence.\n  \" Si l'on nous permet encore une comparaison tirée des mathéma-\ntiques, nous constaterons que la critique la plus savante, la plus\nminutieuse, la plus loyale, la plus éclairée, ne sera jamais, dans son\nrapport avec la vérité absolue, autre chose que l'asymptote auprès de\nl'hyperbole. Elle s'en approchera constamment, niais ne l'atteindra\njamais.\n    C'est pourquoi nous n e pouvons attribuer à la critique l'importance\nque certain dogmatisme a voulu lui donner. Ne croyant pas à la\nrévélation divine des règles, nous ne pouvons que nous en tenir à ce\nque nous sentons, à ce que nous voyons, à ce que nous constatons.\n    Nous ne considérons pas comme définitive et immuable à l'égard\nde tous l'expression que nous avons trouvée pour nous-mêmes. Il ne\nmanqueiait plus que cela, diront, mais dans un autre sens que\nnous, les pjaisantins qui prétendent détenir le monopole de la litté-\nrature en Belgique.\n    Les bâtisseurs du système de la critique objective sont des esprits\ntrès robustes. Leur édifice est, il faut l'accorder, considérable, mais\nils sont épais et leurs facultés trop grossières pour s'appliquer aux\nœuvres d'un art qui s'est affranchi des conventions.\n\n\n                                   * *\n\n   Les conventions ! aucune langue n'en a subi de plus inutiles que\nla langue française. E t elle est encore la proie d'un appareil de règles\nsurannées.\n   Son évolution a suivi et peut-être subi l'évolution politique de la\nFrance. S'il était nécessaire de fondre en un langage unique les\ndialectes divers, il n'importait pas de lui imposer des règles de fer\nqui devaient comprimer la pensée et éloigner cette poésie légère,\nténue et fluide que l'on ne trouve plus que dans les vieilles chansons\npopulaires.\n   Il y a longtemps déjà, un critique allemand, A. Schlegel écrivait\nque si la poésie refleurissait en France, ce serait par un retour à\nl'esprit poétique de la littérature des temps anciens.\n   Il faudrait sauter par-dessus l'époque classique, malgré tous les\nchefs-d'œuvres qu'elle vit éclore, pour se retremper aux sources\npremières, aux temps où le poète écoutait encore chanter son cœur.\n   Une poésie s'épanouissait en France, toute de spontanéité et de\nnaïveté, où s'exaltait l'âme de la race même. Et cette poésie n'était\n"}, {"page_pdf": 228, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "                              — 199 —\n\npoint, comme celle de nos jours, l'exclusif apanage de quelques\nlettrés.\n   Mais on voulut ressusciter la Rome morte depuis des siècles, on\nvoulut ramener la louve romaine victorieuse avec ses costumes, ses\nusages, ses dieux, en Gaule, chez un peuple à demi germanique.\n   La langue alors subit un travail considérable, se déforma pour\ns'adapter au moule antique, mais un déchirement se produisit :\nl'élément latin triomphait.\n   Les grammairiens et les éplucheurs de mots s'en mêlèrent et l'Art\nfinit par s'égarer dans de quasi-géométries. I1 devint froid, calculé,\ncompassé, exempt de douce rêverie, défiant à l'égard de l'inspiration\nimmédiate de la nature. Correct, grand, beau, noble, mais uniforme\nde pensée et d'expression, il se figea dans du marbre ou de l'or. Mais-ce\nmarbre et cet or ne sont point la vie. Ces richesses seront dédaignées,\ntandis que la gerbe de fleurs champêtres de La Fontaine refleurira\néternellement, parce que le bonhomme n'a pas vu les sentiments de\nl'humanité à travers les règles et les conventions de son époque : son\ngénie l'en avait affranchi.\n   Les romantiques ont brisé ces règles dans lesquelles ils se trouvaient\nà l'étroit, mais ils en ont conservé les morceaux, que la fin de ce\nsiècle verra disparaître.\n\n                                   * *\n\n   Le plus grand mérite de ce siècle est peut-être d'avoir trouvé, à\ntravers les inventions innombrables, les découvertes sublimes, le\ndéveloppement inouï de l'activité sociale, l'entrechoquement et le\nbouleversement de tous les systèmes philosophiques, une compréhen-\nsion humaine de la vie, une morale humaine, altruiste, dégagée du\nfard que les hypocrisies et les erreurs séculaires avaient plaquées\nsur elle.\n   Ainsi la nouvelle génération s'est réconciliée avec la vie et s'est\nprise à l'aimer avec exaltation, comme à toutes les grandes époques\nde force et d'énergie.\n   Et c'est l'honneur de la science de nous avoir rendu la simplicité,\nmais consciente, de l'ignorance.\n   Les qualités affectives de l'homme peuvent se développer à la seule\nidée de la vie. Ainsi, il retrouvera le sens poétique des moindres\nchoses de la nature, négligées par un art qui ne se complaisait qu'en\njabots, en habits brodés et couvert de joailleries.\n   D'une bonté plus large et d'un amour plus grand de la vie, l'Art\n doit sortir bondissant et joyeux, dégagé de toute entrave.\n"}, {"page_pdf": 229, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2284, "texte": "                               — 200 —\n\n   E t les petits Canuts de notre littérature auront beau lui dire en fai-\nsant leur plus grosse voix : « tu n'iras pas plus loin », il les renversera\ntous. Ils auront beau vouloir poser des bornes d'Hercule. Elles sem-\nblaient de grande taille et inébranlables, et cependant le Moyen-Age\nles a renversées. Le nouvel âge où l'humanité sera libre, ne s'aper-\ncevra même pas qu'on en a placé de nouvelles, parce qu'il n'aura plus\nd'effort à faire pour les balayer.\n\n                                        *\n                                       * *\n    Les romantiques, avons-nous dit, ont sapé le classicisme que les\nparnassiens ont voulu restaurer. Mais ceux-ci n'ont plus d'impor-\ntance : les plus glorieux d'entre eux ont abandonné le Parnasse.\n   On en aime quelques autres, comme on aime des bibelots rares, et\nils n'offrent plus qu'un faible intérêt historique.\n   Aussi le retour offensif de leurs petits imitateurs n'a-t-il pas\nd'importance.\n    N'est-ce pas M. Doumic, à l'habit duquel ils s'accrochaient déses-\npérément il y a quelques mois, qui les accuse de préciosité et de gon-\ngorisme, reproche grave sous sa plume? Nous lui donnerions\ndifficilement tort, car cette école n'a pas d'issue : elle marque la fin\nd'un âge pareil au monstre décrit par Horace au commencement de\nson Art poétique, desinit in piscem.\n   C'est la fin. Le vieux Walhall littéraire, comme le Walhall social,\ntremble sur ses bases.\n   Les dieux ont vaincu naguère les géants, mais nous assistons à\nleur crépuscule.\n   En vain Wotan, ne sachant se résigner à sa chute prochaine,\nessaie-t-il de susciter un héros qui reconquerra le Trésor par lui\nperdu. Mais il ne peut qu'armer de sa propre épée le bras de\nSiegmund, l'enfant de sa douleur. C'est lui-même donc, c'est sa\npensée qui combat et elle est désormais impuissante : elle doit\nsuccomber.\n   Pour reconquérir l'or, emblème de la puissance de vie, il faudra le\nlibre, l'ignorant, le simple et le fol, n'ayant eu d'autre maître que la\nNature, celui qui s'est forgé lui-même son glaive, le sublime\nSiegfried.\n   E t le verbe est un glaive.\n                                       *\n                                   *       ■   *\n\n\n\n\n  Chez nous, la race n'est pas tellement appauvrie que la génération\n"}, {"page_pdf": 230, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2611, "texte": "                                — 201    —\n\n qui commence à penser ne puisse trouver son expression, avons-nous\n dit au début de cet article.\n    A l'encontre de la première génération littéraire et suivant l'exem-\n ple de nos meilleurs écrivains qui s'étaient affranchis de toute entrave,\n ne se reliant plus à la tradition que par le talent, la génération nou-\n velle a jeté par-dessus bord tout ce qui pouvait la gêner dans son\n expression. Elle ne s'est pas attachée à ressembler de point en point\n à une école littéraire qui a fait son temps et à pousser sur elle comme\n une verrue.\n    Ces jeunes hommes entrèrent dans les Lettres, pénétrés d'une\n ignorance qu'ils brandirent parfois avec ostentation, il faut bien\nl'avouer.\n    Mais qui oserait le leur reprocher ? Ceux qui admiraient naguère\n le premier livre d'un des leurs, où des kyrielles d'adjectifs dansaient\n une danse de Saint-Guy, avec des contorsions bizarres et mons-\ntrueuses, devant quelques substantifs ahuris? Non, n'est-ce pas, ce\nserait trop drôle. On ne se souviendrait plus qu'on proclamait cet\nopuscule un chef-d'œuvre destiné à révolutionner le monde par sa\nnouveauté. Pourtant, à part cette clownerie de forme, que conte-\nnait-il ? Les attaques de nerfs d'un émotionnel mixte, tout au plus.\n    Il ne faut point blâmer les nouveaux de n'avoir su se plier à une\ndiscipline qui leur semblait surannée et incompatible avec leur tem-\npérament. Ils ont crié ce qu'ils avaient en eux avec les moyens peu\nperfectionnés qu'ils possédaient. Les cœurs des grammairiens ont\nsaigné parce qu'ils échappaient à leur influence. Cependant, petit à\npetit, les formes dont ils se servent s'épurent et les scories dispa-\nraissent.\n    On s'est empressé de leur jeter la pierre, de leur lancer des\n bordées d'injures, parce qu'ils ne se présentaient pas aux réunions où\n le pion à tête d'oiseau posée sur un ventre bedonnant soutenu par des\njambes maigres et fléchissantes, professe la poésie devant quelques\njeunes rimailleurs pâles et chevelus dont il corrige les devoirs de style.\n    Quant à nous, nous avons cherché en eux autre chose que\nles défauts inévitables des débutants. La valeur humaine d'une\nœuvre, si je puis m'exprimer ainsi avec quelque chance d'être\ncompris, nous intéresse plus que toutes les recherches d'expression\nobtenues après une laborieuse gymnastique. Du moment que cette\nvaleur se manifeste à nous, c'est qu'elle a trouvé la forme qui lui\nconvenait; et nous nous efforcerons de la développer et de l'exalter,\ncertains que les imperfections s'en iront d'elles-mêmes, au fur et à\nmesure que la pensée s'affermira et mûrira.\n"}, {"page_pdf": 231, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "                              — 202 —\n\n   On leur reprochait dernièrement de prétendre noter leurs sensa-\ntions au moment où ils sentent, sans aucune transition, et l'on\ndénonçait leur principe artistique comme erroné et funeste. Or, il est\nmanifeste que cela est matériellement impossible. On leur attribuait\ndonc une absurdité afin de les combattre plus facilement. C'est\nvraiment un procédé par trop sommaire de discussion.\n   Mais le gongorisme et l'Art pour l'Art ne peuvent admettre qu'ils\naient échappé à leur enseignement neutre et à leur débilitante\ninfluence. C'est pourquoi l'on n'hésite pas à s'insinuer dans les\njournaux quotidiens, pour user, à leur égard comme au nôtre, de\nla mauvaise foi la plus corrosive.\n   Tout cela nous est indifférent et nous n'en chérissons que davantage\nnos jeunes amis.\n   Qu'on nous montre, dans les serres chaudes où l'on élève à grands\nfrais quelques avortons de lettres cosmopolites, péniblement rassem-\nblés, des gaillards tels que MM. Ruijters, Rousseau, Vande Putte,\nRency, Toisoul, Bernard, etc.\n   Je n'opposerai pas M. Ruijters ni M. Vande Putte à leurs pro-\nsateurs. Ils n'ent ont pas. Mais parmi leurs petits rimailleurs d'alexan-\ndrins poussifs, qu'ils nous montrent et choisissent soigneusement dans\ntoute la bande moutonnière des enfants de l'ordre et de l'harmonie,\ncelui qui est capable d'écrire une -Chanson de vie comme celle de\nM. Georges Rency. Qu'ils nous montrent donc un poète comme\ncelui-là. S'il n'a pas leur recherche de métaphores baudelairiennes\net banvillesques, c'est que son lyrisme s'accorde mal de leurs\nocarinas. Citerai-je aussi le Mai de M. Toisoul? Il n'y a non plus\npersonne à opposer à celui-là.\n   Nos cadets, après avoir jeté leurs gourmes avec une pétulance et\nune confiance de jeunes hommes pleins de santé et d'espoir, ont\ntrouvé, maintenant qu'ils se sentent plus sûrs d'eux-mêmes, qu'ils\nn'avaient plus la moindre raison de n'être pas avec nous, dans la\nmême revue.\n   Nous avons tous le même respect pour la liberté de l'écrivain. Nous\ncroyons tous que les vieux critères sont finis, que l'harmonie et la\nbeauté d'une œuvre existent dans le seul rapport entre la pensée et\nsa forme et qu'elles ne dépendent plus de l'emploi de certains modes\nd'expression.\n   On leur a reproché d'être individualistes ; nous le sommes aussi.\n   Nous leur ouvrons donc toutes grandes les portes de notre maison\nqu'ils connaissent bien, car ils y sont déjà venus souvent en visite.\n Par ma voix, les aînés leur souhaitent la joyeuse entrée. Qu'ils\n"}, {"page_pdf": 232, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1585, "texte": "                              — 203   —\n\n\nviennent avec toute la turbulence de leur jeunesse, sans la moindre\ncontrainte, en chantant et en dansant si cela leur fait plaisir. Qu'ils\nla remplissent, qu'ils la bourrent, cette maison, nous l'agrandirons\ns'il le faut.\n    Mais qu'ils me permettent un conseil que, seules, les quelques\nannées que j'ai de plus qu'eux m'autorisent à leur donner. Qu'ils se\ngardent de la mauvaise foi, de la duplicité, des polémiques louches et\nodieuses et des infamies dont on a soulevé l'anonymat et qui désho-\nnorent des écrivains d'ici, en qui lé journalisme avec toutes ses tares\net ses abjections, a tué l'Art. Qu'ils se souviennent de ces paroles\nd'Hans Sachs, le seul qui, au milieu du muflisme des maîtres\nchanteurs inféodés à la routine, ait compris le chant inspiré du\nmerveilleux Walter de. Stolzing : « Au milieu des tracas, des ennuis\nde l'existence coutumière, heureux et grand celui qui garde le\ntrésor de sa jeunesse et de son amour, heureux celui qui les chante\ntoujours ».\n     Celui-là seul est l'Artiste, celui-là seul élèvera nos âmes,\nexcitera les enthousiasmes, et c'est sur son front que la postérité\nreconnaissante déposera la couronne de lauriers.\n    E t maintenant, amis, au travail. Les discussions, les disputes ne\nservent à rien. Nos œuvres seules montreront ce que nous valons,\nlaissons les polémiques de papiers quotidiens aux ratés qui ne\nsavent plus se manifester d'une autre manière.\n    A l'œuvre donc, et faisons chanter haut et clair notre Coq Rouge.\n\n\n                                       M A U R I C E DES OMBIAUX\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5-002", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 204, "page_fin": 205, "titre_corps": "Septembre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gustave Kahn", "ancre_debut": "SEPTEMBRE LAmonotone terreur des", "ancre_fin": "frapper de son tonnerre GUSTAVE KAHN.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE JARDIN", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 233, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1243, "texte": "SEPTEMBRE\n\n         LAmonotone terreur des choses\n           S'aigrit d'impatience et d incertitude.\n Est-ce danger de mort rude ?\n peut-être les jeux de l'ondée\n se rythmeront agiles en frappant sur les feuilles\n et se poursuivront ils aux mares débordées,\n l'averse comme sur une enclume\nfrapper a-t-ell e les fleurs contre la terre solide\n ou l'éclair zigzaguant fendra-t il les tiges\n que lui tord l'autan sifflant —\n quel é.it l'inconnu qui se masque de brume!\n\n\n Un aboi scande l'espace,\n Une fillette en mante noire\ndont le cœur éclate de peur et de silence\nse presse, sous la grise menace\nde l'orage, au sourd grondement,\nbruit dans les cavernes blanches\ndont le ciel se creuse lividement.\nDes vols brefs sillent dans l'horizon,\nles aile des colombes blanches\nse débattent dans l'air sourd,\nau lointain la nuit à peine se devine\nparmi la lenteur d Une bru/ne opaline\nouate claire ou nul nuage ne court,\n\n\nla vapeur grasse d'un steamer\ntraîne panache sombre au ras de la mo-\n     et la carcasse du vaisseau\n     semble une lointaine écuelle\n     abandonnée sur du sable.\n      Les arbres anxieux fléchissent\ncomme en crainte d un coup qui les accable\net toutes leurs feuilles gémissent\nentre les doigts joueurs du vent cruel.\n"}, {"page_pdf": 234, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 504, "texte": "                                — 205 —\n\n\n             Le ciel est tendu comme un drap livide\n             un peu au dessus de la f ace effarée\n              de la terre tremblante de ses mille rides\n              Veuille le ciel donner à la terre orpheline\n                        aumône et pitié\n             veuille le ciel donner à la pauvre terre\n        l'aumône de ses eaux, sans la frapper de son tonnerre\n\n                                                GUSTAVE KAHN.\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5-003", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 205, "page_fin": 212, "titre_corps": "Le jardin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Ruyters", "ancre_debut": "LE JARDIN Q UAND elle entra, hautaine et belle", "ancre_fin": "larges gouttes, avait saigné... ANDRÉ RUIJTERS.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CLOCHES JOYEUSES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 234, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 504, "fin_caractere_exclue": 2011, "texte": "LE JARDIN\n\n\n\nQ            UAND elle entra, hautaine et belle, il était dans l'herbe\n              agenouillé, occupé à contempler les yeux de grandes\n              roses rouges et velouteuses. Le sable de l'allée cria sous\n              les pas de celle qui arrivait. Il se retourna, et ce lui fut\nl'inexprimable étonnement de l'apercevoir... « Vous ! » fit-il, et il se\nreleva... « Vous ! . . . » Il ne comprenait pas. Celle qui ne l'aimait plus,\ncelle qui l'avait quitté, elle était là, revenue !\n   Elle répondit, de voix pressée : « Oui ! C'est moi ! Je passais par\nici. Je suis entrée pour une minute... Je ne vous gêne pas?\n   Elle n'osait le regarder en face ; elle avait tourné la tête vers\nl'horizon, là-bas, où un couchant s'alanguissait, rose et pâle.\n   Il ne sut rien répliquer. Cette présence soudaine le stupéfiait.\nPourquoi était-elle ici ? Que voulait-elle ? Et il était si surpris qu'il\nn'avait même pas à la revoir, l'ancienne aimée regrettée, l'affolement\nde cœur qu'il se fut imaginé devoir souffrir. Pourquoi était-elle\nvenue ?... Elle passait par ici ? E t non ! Qu'eût-elle donc pu chercher\nà cette heure, dans la campagne, muette et vide, sinon... Il n'acheva\npas sa réflexion. Ah ! à quoi bon ! Tout n'était-il pas fini? Ne valait-\nil pas mieux laisser tranquilles les vieilles blessures mi-oubliées. Et\npaisiblement, il répondit...\n   — « Pourquoi me demandez-vous si vous me gênez, Hélène ?\nPourquoi supposez-vous cela ?\n   — « Je ne sais pas !... C'est une simple question... »\n"}, {"page_pdf": 235, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "                                —   206   —\n\n\n   E t ils se turent, embarrassés, avec, peut-être aussi, un peu de\ntrouble qui montait en leur cœur. Autour d'eux, c'était la pensivité\nrecueillie et grave du soir qui tombe, le graduel enroulement des\nombres qui se déplient, l'assoupissement de tout le paysage et, à\nl'horizon, la pamoison extasiée du couchant. Une fine odeur de\nrosée nageait dans l'air. E t ils ne savaient plus que dire. Elle semblait\ncomme un peu surprise de se voir là. Et lui, ne. comprenait toujours\npas. Pourtant, par amour-propre, il feignit de trouver cette présence\ntrès plausible et il dit, de ton dégagé...\n   — « Vous êtes venue à pied? Le temps est vraiment fort doux.\nIl fait bon marcher dans la campagne, maintenant. L'air est plein de\nsuavités. Vous n'êtes pas fatiguée au moins?... »\n   Elle leva les yeux vers lui. Il les regarda.\n   Les yeux d'Hélène! Ces yeux violets! Ces yeux baisés... ces yeux\nqu'il avait chéris, ces yeux qu'il avait vus, ardents et fous,... ils furent,\nun instant, sur les siens posés puis s'abaissèrent.\n   E t Georges sentit un petit frémissement douloureux lui traverser\nla poitrine.. Oh! ces yeux... Pourquoi n'aimaient-ils plus? Pourquoi...\nMais non ! Il ne fallait pas être faible ! II se raidit contre son émotion,\nla refoula, comme on refoule un sanglot.\n   « . . . Vous êtes bien seul, ici... murmura-t-elle.\n   ... Oui, je suis très seul. Mais c'est précisément, dans cette inten-\ntion que je me suis sauvé ici... Au reste, cette solitude ne m'est pas\nun isolement et je ne m'y déplais point... Bien au contraire !...\n    ... Ah ! fit-elle. E t elle pensait qu'il avait été un temps où cette\nsolitude qu'il voulait maintenant lui eût été saignante et cruelle. E t\nde nouveau un silence pesa sur eux.\n   Un vent, frais et pénétrant, se levait, se glissant entre les branches\nd'arbres, avec toutes sortes de murmures effacés et musicaux. E t le\nsoir descendait — doucement. Le ciel là-bas, à l'occident, n'était plus\nque faiblement mauve et de grands brouillards montaient.\n   E t il se disait qu'aux jours passés, celle qui, froide, était assise près\nde lui, avait marché à ses côtes, chaude et vibrante et qu'il l'avait\nrêvée éternellement dévouée... Mais ils eurent peur de s'attendrir en\nse taisant plus longtemps. Ils craignaient de se confronter avec\nleurs âmes, ils savaient qu'elles étaient souffrantes et lasses, et ne\nprétendaient se l'avouer. Ils continuèrent donc leur jeu cruel et\n presque ironique...\n    — « Ne restez pas ainsi immobile... Vous pourriez prendre froid !\n L'humidité se fait... Promenons-nous un peu... Si vous le voulez, je\n vous montrerai mon jardin... Tenez, venez avec moi... Je n'ai plus\n"}, {"page_pdf": 236, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "                               — 207 —\n\nrien à faire, ici. J'élève des plantes. Je les aime et elles m'aiment.\n Nous vivons dans une intimité ravissante. Elles me confient les grands\nsecrets de leurs petits cœurs et je leur dis toutes mes pensées. Il y a\ndes minutes où je perçois que vraiment nous nous comprenons. Nous\n avons une affection immatérielle et discrète. Je ne les touche jamais.\nIl y a en elles, je ne sais quelle pudeur que je crains de froisser. Et\nje sens qu'elles m'en sont reconnaissantes. Quand je passe entre elles,\nun effluve de baiser monte de leurs chères mignonnes bouches et\nm'enveloppe...\n   Et tandis que, la face levée, elle respirait l'air parfumé, il la\ncontemplait avidement. E t il reconnaissait avec angoisse, le délicieux\nvisage qu'il avait tant aimé, les yeux fiers et fins, les lèvres minces\net voluptueuses. Elle était belle, ainsi qu'autrefois. Elle était tout de\nnoir vêtue avec, seulement autour du cou nu, un peu de soie violette.\n   — « Voulez-vous venir ?\n   Il l'emmena par les allées qui se faisaient obscures. Des massifs\nde lilas à droite et à gauche élevaient en paquets leurs tiges graciles,\nleurs bouquets de verdure. E t les feuillages léthargies dormaient\ndans la paix du crépuscule. Un silence énorme écrasait tout bruit.\nL'on avait autour de soi, dans ce recueillement, la vertigineuse\nsensation d'un infini muet où toutes choses seraient mortes, étouffées.\nSeule, dans l'herbe, la petite voix effarée et plaintive d'un cri-cri se\nlamentait.\n   Georges continua :\n   — « Celles que je préfère : ce sont les roses et les héliotropes.\nLes unes, parce qu'elles sont de vie brutale et impérieuse, les autres,\nparce qu'elles sont de méditation et de mystère. J'en ai des parterres\ndébordés. Je passe maintes heures à les regarder sans bouger, l'out\nle jour, il y a autour d'elles un chatoyement de petites bêtes célestes,\ndes mouches de cristal, des petits scarabés et des abeilles et des\npapillons aussi, naturellement. Fleurs et bestioles, cela fait une\neffervescence de toutes les couleurs... T e n e z ! Nous y sommes...\n  L'atmosphère était animée et comme mouvante de parfums. On\nen sentait partout le flux et la respiration vivante. Ils s'arrêtèrent.\nDans les ténèbres indécises, ces parfums mettaient mille caresses\ninexprimables. Il en était d'acides, d'aigus, il en était de sucrés; les\nuns détonnaient violemment, les autres intenses et perfides sem-\nblaient étreindre avec lascivité.\n  ... Vous devez en avoir beaucoup... apprécia-t-elle...\n  ... Oh ! J'en ai des centaines... j'en ai des plages tout entières.\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2697, "texte": "                                  — 208 —\n\n\n  Vous ne pouvez les distinguer. Il fait trop noir... Mais n'est-ce pas\n  que vous en percevez l'ardente palpitation vitale...\n      Il l'entraîna au travers du parterre. L'obscurité était tombée. Les\n  arbres se dressaient, droits et souples, sur l'azur profond. De temps\n  en temps, liquidement, une étoile luisait. Les fleurs paraissaient\n  attentives. Leur silence était éveillé et elles écoutaient ce que les deux\n  allaient se dire.\n     Hélène marchait un peu troublée. Les grêles cri-cri dans l'herbe\n  lui racontaient des choses tristes. Elle eût souhaité que Georges ne\n  fût pas ainsi orgueilleux. Pourquoi ne pleurait-il pas?... Peut-être\n eût-elle pleuré avec lui. E t elle l'entendait avec contrainte. Il se\n baissait parfois, lui désignait des touffes plus opaques parmi l'ombre,\n'citait des noms. Les grandes roses faisaient des taches pâles. D'au-\n cunes, blanches et douces, étaient comme des boules d'ouate. Les\n héliotropes demeuraient invisibles mais leur odeur insistait, tressant\n derrière Georges et Hélène, un vivace et embaumé sillage. E t les deux\n s'engagèrent dans un sentier étroit, sous des aubépines. Des oiseaux,\n très loin, dans la campagne, syllabaient. O h ! Ils avaient peur de la\n solitude ! E t Hélène s'énervait. Elle prit en haine, tout à coup, ces\n fleurs et brusque, déclara...\n     — « Cela m'entête de rester ici... J'étouffe... Sortons de ce\n sentier, de toutes ces fleurs..-.\n     Il eut l'air étonné.\n     — « C'est bien!... Suivez-moi... Il y a un banc tout près d'ici...\n Vous pourrez vous y asseoir. L'odeur des fleurs n'est plus si âpre. Elle\n arrive toujours, mais plus lointaine, moins sexuelle... Vous com-\n prenez qu'il n'est guère possible de l'éviter tout à fait. Car c'est à\n dessein que j'ai mis tant de petites vies autour de moi. Elles ne\n m'abandonnent jamais. Je ne saurais être seul parmi elles. Je puis\n m'écarter, m'en aller loin, les parfums ailés finissent toujours par me\n retrouver...\n    Etait-ce un reproche déguisé? Elle le crut et n'osa rien répondre...\n    Le soir était trempé de mélancolie. Les cri-cri s'obstinaient,\n malgré les fleurs, à dire qu'il est des tristesses. E t le grand silence\nnavrait. Le vent remuait les branches avec précaution. Un bruit d'eau\n mousseuse semblait couler dans les feuillages. E t le ciel, immensé-\nment vide, s'ouvrait au-dessus d'eux, tiède et bleu, — infini !...\n    ... Venez ici vous asseoir fit-il... et sous le grand tilleul dont les\nramures flexibles et légères frémissaient, ils firent halte.\n    Mille choses confuses palpitaient entre eux. E t pensive, Hélène\nregardait Georges. Elle semblait excédée et lasse et désolée qu'il fût\n"}, {"page_pdf": 238, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2828, "texte": "                               —   209   —\n\ndur et froid. Pourquoi donc ne pleurait-il pas. Il eût été si suprême\nde pleurer avec lui, de laver leurs pauvres cœurs de toutes les lies\naccumulées. Et, comme inconsciemment, elle répéta — « Vous êtes\nbien seul ici!... Il tourna les yeux vers elle, interrogateur, hésitant...\n   — « Seul, Hélène, oui, je suis très seul ! Je suis retiré de la vie\net je n'ai plus peur d'elle. Elle ne me sera jamais plus mauvaise. Je\nsuis seul avec moi-même et j'ai appris à m'aimer. Je m'entoure d'une\ntendresse chaude et incessante, j e m'absorbe en moi. Vous le\ndirais-je ? Mon âme et moi, avons toujours l'air de nous regarder\namoureusement, au fond des prunelles. Je pratique une sorte de\npanthéisme individualiste. Certains soirs, je me grise de mon cœur à\nm'en pâmer. Je viens m'asseoir ici — où nous sommes présente-\nment — ; les roses et les héliotropes me sourient de loin. Je baisse\nles paupières et, délicieusement attentif à mon âme, je sens comme\nde très légers souffles courir dans mes membres, de fines vibrations\nd'être qui me traversent le corps, onduleuses et fugaces, pour venir\nenfin converger en mon cœur et y instrumenter la plénière harmonie\nde moi-même.\n    « ... Vous n'êtes pas changé!... fit-elle, avec un sourire pâle. Je\nvous retrouve tel que je... Mais elle s'arrêta. N'allait-elle pas dire\nqu'elle le retrouvait tel qu'elle l'avait laissé? Une pudeur lui ferma\nles lèvres et puis aussi n'y avait-il pas en elle, dans sa poitrine,\nd'amères larmes qui se fondaient?...\n    Et la nuit s'achevait, simple, admirable. Le petit jardin touffu\ndans la longue plaine uniforme paraissait résorber en sa verdure toute\nl'ombre éparse. Il s'accusait bloc de ténèbres, compactes et pures.\nEt les lignes de l'horizon, les lointaines frontières du paysage, sur la\nclarté sourde, intérieure du ciel — ondulaient, indéfinissablement\nimmobiles. Des élans de brise s'inachevaient, retombaient en modu-\nlations imprécises dans les feuillages. Le vent avait l'air' de jouer,\n capricieusement, avec les parfums ravis et épars de toutes les fleurs.\n    E t les deux n'osaient plus parler. Hélène venait de relever, un\npeu, sa voilette. Ses lèvres moites buvaient la fraîcheur. E t Georges\n les contemplait. La même émotion profonde qui, tantôt, l'avait saisi\n à voir les yeux de l'ancienne aimée, le reprenait maintenant. Les\n lèvres d'Hélène, ces lèvres voluptueuses et minces qui, tant de fois,\n molles et humides, s'étaient sur les siennes collées... les lèvres\n d'Hélène et leur odeur et leur ardeur ! Et voici qu'il se découvrit\n soudain, très bon et affamé du besoin de faire pour elle quelque chose\n d'affectueux et de pieux. Il voulut lui prendre les mains. Mais une\n gêne le retint. Il se contenta de dire :\n                                                                       14\n"}, {"page_pdf": 239, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2511, "texte": "                               —   210   —\n\n\n\n   — « Hélène ! Il fait froid. Excusez-moi, je n'ai pas encore songé\nà vous demander d'entrer chez moi. Dites, voulez-vous pas ?...\n   Elle tressaillit...\n   — « Entrer chez vous! O h ! Non... Non ! E t elle se leva. Ce fut\nune seconde d'angoisse et d'attente aigiie. N'allaient-ils donc pas\nenfin trouver les mots qui feraient éclater leur superficielle contrainte.\nN'allaient-ils pas donc se regarder de toute leur âme et fondre en\nlarmes?... Mais non... pas une parole; pas un g e s t e ! . . . Il n'osait\npas. Il la savait ondoyante et multiple et maligne parfois. Il eut peur\nqu'elle ne rît à toutes dents s'il lui avouait qu'il était toujours\ninconsolable de l'exil de sa présence. Elle fit un pas.\n   — « Georges, je vais m'en aller.\n   — « Vous en aller !...\n   — « Oui !... L'heure avance. Le soir est déjà très vieux. Vous\nsavez que la route est-longue encore...\n   — « Vous en aller... Oh ! au moins, vous voulez bien que je vous\nreconduise... un peu...\n   — « Oui... venez...\n   Elle examina une dernière fois le site, candide et reposant, dans le\nténèbre limpide, respira encore le parfum coloré des fleurs, puis,\nlente, s'en fut.\n    Ils s'enfoncèrent sous les allées de lilas. Et, comme elle allait\nsortir, franchir la porte grillée, il l'arrêta...\n   — « ... Une minute... Hélène . . j e vous prie... attendez!... »\n   E t il courut vers les roses que, tantôt, lorsqu'elle était entrée, il\ncontemplait, arracha la plus grosse, la plus lourde et retournant à\nelle, la lui mit dans les mains — sans rien dire. Elle eut un cillement\nreconnaissant et ils s'éloignèrent.\n    Le petit jardin délaissé éteignit, derrière eux, son murmure fré-\nmissant et délicat. Ils marchèrent par la plaine. Il y avait dans l'azur,\nune demi-lune, liquide, défaillante, presque fondue et que le ciel,\n avec avidité semblait boire. La campagne s'allongeait dans la\n méditation profonde du silence. Des arbres, aux côtés du chemin,\n avaient des balancements de branches, hésitants, enfantins.\n    Et c'était sur eux à cette heure le chagrin d'une séparation immi-\n nente. Ils se disaient qu'ils n'avaient pas profité du temps propice.\n Pourquoi ne s'étaient-ils avoués ? Ils avaient joué la comédie de la\n force et de la sereineté — comme si tous deux ils n'étaient navrés,\n comme si, en venant vers lui, elle ne se reconnaissait vaincue.\n     E t cette promenade, dans le soir, leur en évoquait d'autres, de\n jadis et d'amour. Alors, ils s'en allaient enlacés, d'un commun\n"}, {"page_pdf": 240, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "                                 — 211    —\n\n\nrythme de marche, ennoués l'un à l'autre et se baisant de pas en\npas. Toutes les choses leur souriaient en clarté sur la route et jamais,\ndans les fleurs bienfaisantes, ils n'avaient respiré de tristesse. Pour-\nquoi n'avaient-ils pas pleuré tantôt, quand le jardin, câlin et discret,\nétait d'intimité si sympathique à leur deuil ?...\n   Ils ne disaient mot et avançaient lentement. Leurs ombres, parfois\nsur la terre devant eux, se touchaient, s'effleuraient ou confluaient\nl'une en l'autre. C'était d'une allégorie narquoise et cruelle. Ils en\nsuivaient le jeu avec une assiduité pensive. Cela les dispensait de\nréfléchir davantage. E t puis n*était-ce pas une conversation invoulue\net troublante, la pantomime immatérielle de leurs reflets et de leurs\ncontacts sur le sable du chemin ?...\n   Et ils continuaient, taciturnes. Leurs pieds sonnaient clair sur les\npavés durs. Les buissons d'aubépine entre lesquels ils allaient, les\nécoutaient et les regardaient disparaître — longuement. E t le ciel\nterne, sans étoiles, trempé de la mate lueur de cette lune agonisante\ns'ouvrait devant eux. Enfin, ils arrivèrent aux premières maisons du\nvillage. Les fenêtres éclairées étaient rouges dans la rue noire.\nHélène s'arrêta...\n   — « N'allez pas plus loin! Me voici près de mon chez moi...\n   Elle lui tendit la main — solennelle, anxieuse. C'était l'instant\ndécisif où se coagulait tout son espoir. Elle restait froide mais — oh !\ncombien intensément — attendaient ses yeux...\n   Il prit la main qu'elle offrit et, la poitrine gonflée, très bas, il dit...\n   ... Vous avez été bonne et je vous remercie, Hélène... E t j'ai été\nheureux en vous — encore... après si long temps...\n   Il se baissa et, dans la paume tiède d'Hélène, mit un fiévreux\nbaiser.\n   ... Je vous laisse donc puisque vous me le demandez !...\n   Elle recula d'un pas, indécise, le regarda, puis soudain, sentant\nqu'elle n'en pouvait plus et qu'elle allait faiblir, elle lui jeta un... « Au\nrevoir!... » sanglotant et s'en alla.\n   Il demeura immobile, palpitant de pensées diverses, informulées,\nmais du fond de son être, un frisson de joie monta, s'épanouit. A\nmi-voix, il répéta... Elle reviendra! Elle reviendra!... E t il reconnut\nalors combien triomphalement, encore il l'aimait. Oh ! Hélène... Son\namour était grand, grand, assez pour emplir tout l'horizon, vivifier\nle ciel mort, pour illuminer la nuit entière.\n   Il s'en retourna, calme et lent. Le paysage lui parut flotter dans\nune béatitude moelleuse. On eût cru que le cœur de toutes les choses,\ndans l'obscurité pâle, battait éperdument du vivace espoir de l'aube.\n"}, {"page_pdf": 241, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 707, "texte": "                              —   212   —\n\n\nEt comme à un détour de la route, il s'arrêtait pour s'orienter, il\nentendit son pas derrière lui. Oh! son pas comme un battement\nd'ailes. Il n'osa se retourner. Il l'écouta se rapprocher. Oh ! qu'allait-\nelle faire ou dire... Une main sur son épaule... Elle est là, encore...\nHélène... Et voici que fébrilement, elle arrache en morceaux la rose\nqu'il lui a donnée, lui en jette une moitié, garde l'autre et, rapide,\ns'enfuit, le laissant étonné, ému, des pétales rouges plein les mains,\ncomme si le cœur d'Hélène, son cœur blessé, sur ses doigts, à larges\ngouttes, avait saigné...\n\n                                                 ANDRÉ RUIJTERS.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5-004", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 212, "page_fin": 213, "titre_corps": "Cloches joyeuses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Pioch", "ancre_debut": "CLOCHES JOYEUSES TU t'en vas, tu t'en vas", "ancre_fin": "les cloches. GEORGES PIOCH.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "RÊVE D'OISEAUX", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 241, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 707, "fin_caractere_exclue": 1687, "texte": "CLOCHES JOYEUSES\n\n        TU         t'en vas, tu t'en vas, —pour de l'exil encore !\n                 Emportant à ton front mes baisers en aurore\n        Et te cherchant en vain parmi le souvenir\n        De cette enfance de bonheur que fut ton rire.\n\n        En vain, ô joie ! en vain. Ton rire, il t'a quitté.\n        Parmi la floraison de tes gestes mièvres,\n        Et les baisers qui fleurir, nt tes lèvres,\n        Ton rire en fleur, je l'ai glané.\n        Et le voici, joli de ton amour, en moi.\n        Oh! ton rire partout, doucement, — en ma voix,\n        En mes sens, en mon âme.\n        Et dans ce soir enfant dont me réclame\n        La torpeur virginale, où ma chair s'oubliera.\n        Ton rire fervent de gaîté,\n        Dans de l'ombre chanté par des oiseaux, là-bas,\n        Le voici, splendidè, éclaté\n        Par le scintillement de la première étoile.\n        Ton rire, il est la brise, et le feu qui dévoile,\n        Par de là le couchant, deféeriques réveils.\n"}, {"page_pdf": 242, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 440, "texte": "                       — 2l3   —\n\n\nAlors que de doux sons aspergeant le soleil,\nVers sa mort de triomphe elles tintent, résonnent.\n— Angélusant Vespace atone, —\nLasses d'évoquer le passé qui reproche\nEt de charmer la menace de l'avenir,\nCest ton rire, exauçant leur rêve d être bonnes,\nQue sonnent à l'envi, que sonnent à plaisir,\nLes cloches où s'émeut l'âme du soir, les cloches.\n\n                                   GEORGES PIOCH.\n\n\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5-005", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 213, "page_fin": 213, "titre_corps": "Rêve d’oiseaux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri de Classant", "ancre_debut": "RÊVE D'OISEAUX A HENRI VANDE PUTTE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 242, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 440, "fin_caractere_exclue": 1418, "texte": "RÊVE               D'OISEAUX\n                               A HENRI VANDE PUTTE.\n\n          LE       bruit quefont sur la nappe d'eau,\n                 les pleurs lilials de l'aube\n        ravivent les oiseaux reposés\n        dans leurs rêves de quiétude.\n        Ils songent que la solitude\n       sous un ciel gris s'est blanchement parée\n       et que l'hiver a caché la verdure.\n       Alors, pauvres oiseaux, à les entendre,\n       en les trilles sonores de leurs plaintes,\n       on dirait qu'ils s'éveillent une dernière fois\n       pour subir le froid de la mort.\n       Mais ô l'illusion très rose\n       le soleil a grandi sur les hills veloutés\n       et les gouttes de la rosée\n       passent dans les rayons d'or et tombent,\n       lentement, lumineuses, au milieu de leurs ailes.\n       Ils chantent de nouveau, ils chantent\n       et l'on peut voir leurs formes frêles\n       s'iriser dans le zénith tendre.\n\n                               H E N R I DE CLASSANT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5-006", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 214, "page_fin": 226, "titre_corps": "Opôra", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arthur Toisoul", "ancre_debut": "OPÔRA FRONTISPICE. Lasse d'avoir baisé", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 243, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1502, "texte": "OPÔRA\n\n                              FRONTISPICE.\n\n\n             Lasse d'avoir baisé son beau corps au soleil\n             Myrte porte la coupe à sa lèvre sonore\n             Et boit joyeusement le doux lesbos vermeil\n             Que lui pressa l'automne en la pesante amphore.\n\n             Sur son visage rose à la rose pareil\n             Un clair rire étonné s'en vient soudain éclore,\n             Et dans sesyeux profonds descend un blond sommeil\n             Comme en la mer aux poiisons d'or la jaune aurore.\n\n             Lors elle choit sur l'herbe où sa gorge d'oiseau\n             Epanche un chant de foie heureuse et haute et folle\n             Que dore l'endoiement riant de son troupeau\n\n             Et l'éclat du soleil en sereine auréole,\n             Et douce comme on cueille une branche de juin\n             Joue avec ses seins ronds et se donne au matin.\n\n\n               (Une prairie heureuse de soleil et de fleurs).\n\n\n                                  IOLAS.\n  Opôra me donnera bientôt le fruit charmant du plaisir d'amour que\nnous eûmes ensemble.\n                                LYSIDICE.\n  Opôra !\n                                  IOLAS.\n  Ta chèvre sautille, Lysidice.\n                                LYSIDICE.\n   Vois. J'ai cueilli autour de moi les marguerites les plus blanches,\net ma chair douce les aime de la plus belle envie.\n                                  IOLAS.\n  Toi belle et nue couchée parmi cette herbe nouvelle, et fraîche de\n"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2322, "texte": "                              —    215   —\n\n\nce gai matin. La brise chante ton doux nom, Lysidice, elle chante\nle ciel et l'oiseau frêle, et la gentille cigale et l'abeille.\n                              LYSIDICE..\n  Lysidice étendue au long de ton corps, Iolas, et qui s'abandonne\nmollement aux caprices de ses songes pâles, et qui s'étonne de se\nvoir vivre en cette chaude lumière du soleil.\n                                  IOLAS.\n  Tu passes dans la vie éternelle comme toutes les choses, la source\net la mer, et l'oiseau des nues et la fleur de la prairie; et ta bouche\nchante ou pleure, chante ou crie de joie ou de tristesse, selon ton\ncœur. Puisque la fleur t'aime, Lysidice, et l'herbe et la fontaine,\npuisque ta gorge est belle de sa chair tendre et de sa voix de mai,\npuisque tes bras ronds et tes mains légères, puisque ton ventre et tes\nseins n'ignorent plus la volupté de vivre, ô Lysidice, aime toute\nchose du même amour et fais ton sourire à ton image.\n                             LYSIDICE.\n  J'aime ma chèvre, Iolas.\n                                  IOLAS.\n  Lysidice fleurie de sa bouche et de ses yeux bleus, de ses seins\npointus, de son cœur et de sa blonde joie !\n                              LYSIDICE.\n  Lysidice-fleur.\n                                  IOLAS.\n  Lysidice-marguerite, étonnée de vivre parmi cette herbe haute.\n                               LYSIDICE.\n   Elles sont si blanches, ces marguerites, plus blanches que ma\nhanche. E t si je détourne mes regards d'elles et que je les plonge au\nfond de moi-même, je m'apparais alors suprême et simple ineffable-\nment. E t quels soleils intérieurs éblouissent et gonflent ma chair,\nIolas! E t comme je m'adore alors à mains jointes et recueillies! Tu\n n'entends pas les cris d'oiseau qui s'élèvent de ma gorge, et les chants\nd'abeille? Je vais à la poursuite de ces chants. Je me lève, les bras\nvers le ciel et grande de toute ma vie. Suis-moi, Iolas, je cours vers\nce peu d'ombre, là-bas, au pied du grand chêne, suis-moi, suis mon\ncaprice de savoir si parmi cette ombre, mes mains ne seront pas\nmoins roses qu'en ce soleil, et ces marguerites moins blanches : car\nne t'ai-je pas dit que ma chair les aime de la plus belle envie? Tu me\nsuis : j'entends tes p a s ; les miens sont plus agiles à la course, ils\nsont comme l'écho des tiens.\n"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1766, "texte": "                                — 2l6 —\n\n                                  IOLAS.\n   Tes pieds sont légers, ils bondissent sous ta longue chevelure.\n                                LYSID1CE.\n   Ils bondissent comme le cerf, le cerf aux douces larmes.\n                                  IOLAS.\n   Joie ! joie!\n                                LYSIDICE.\n   Joie! Voici déjà le chêne.\n                                  IOLAS.\n   Tu es belle au milieu de tes bonds sauvages.\n                                LYSIDICE.\n   Voici le chêne, et l'ombre enfin qu'on dirait lasse et languissante\ncomme je halette de cette course. E t l'ombre, enfin. L'air est plus\nfrais, ici, et l'herbe moins haute et moins sèche où je me roule déjà\nde toute ma joie.\n                                LYSIDICE.\n  Lysidice-fleur : car mes mains sont moins roses et ces marguerites\nmoins blanches, parmi cette ombre.\n                                 IOLAS.\n  Joie ! joie ! Lysidice !\n                                LYSIDICE.\n  Douce lassitude d'être belle et de vivre!\n                                 IOLAS.\n  Voici ma lèvre comme une coupe...\n                                LYSIDICE.\n  Où Lysidice s'en viendrait boire un peu de ma vie?\n                                 IOLAS.\n\n  Si je t'aime, si j'aime ton baiser, c'est parce que tu es sœur de\ntoutes les choses, ces feuilles, ces branches qui me ravissent autant\nque ta bouche heureuse.\n                               LYSIDICE.\n  L'épi, la rose, le ciel, tes yeux aussi, Iolas, et ma chèvre qui\nbroute la feuillée, là-bas, toutes choses sœurs de moi, dis-tu?\n                                 IOLAS.\n  Eh oui, eh oui! E t toute chose a son charme propre, ici-bas, toute\nchose à sa naïve beauté séduisante. E t je vois l'aimée en la fleur qui\n"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1867, "texte": "                               -     217    -\n\n\n ne parle pas, comme je la vois en toi dont la bouche est sonore de\n chansons douces, comme je la vois aussi dans l'éclat de ma chair, de\n ma chair que j'aime autant que la mer ou ta chevelure, que j'aime\nautant que le beau ramier qui roucoule et se gonfle la gorge dans\nl'arbre. Il n'est pas une lèvre que mon cœur ne désire, et pas même\nun sourire. La feuille qui tombe à l'automne tombe comme en mon\ncœur d'automne, et la pousse qui naît en avril naît comme en mon\ncœur d'avril. E t le baiser de Myrte, de Myrte que j'aperçois boire à\nla source avec ses chèvres douces, là-bas, de Myrte aux yeux verts,\nm'est aussi cher que ta brillante paupière aux longs cils noirs,\nLysidice, et celui de la gaie Lénie qui l'accompagne, et celui\nd'Opôra au gros ventre luisant.\n                               LYSIDICE.\n  Douce lassitude de vivre! Me voici les yeux ouverts et reposée\nencore le long de ton corps, Iolas.\n                                   IOLAS.\n  Tu es lasse de ce matin.\n                               LYSIDICE.\n   Ce doux matin.\n                                   IOLAS.\n  Tu es lasse.\n                               LYSIDICE.\n  Je me roule encore dans l'herbe.\n                                   IOLAS.\n  Herbe fraîche de cette ombre...\n                               LYSIDICE.\n   Si fraîche et caresseuse. Je l'aime. Je ne sais assez me rouler parmi\nsa douceur d'aile.\n                                   IOLAS.\n  Joie! joie!\n                               LYSIDICE.\n   Et je trouve dans chacune de mes poses un nouveau bonheur,\njouisseuse. Mais je suis lasse aussi d'être heureuse. Douce lassitude.\nJe voudrais souffrir. Je voudrais me meurtrir aux épines du mûrier...\n                                   IOLAS.\n  Aux épines...\n                              LYSIDICE.\n  et voir couler un peu de mon sang rouge.\n"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1619, "texte": "                                — 2l8 —\n\n                                  IOLAS.\n  O Lysidice!\n                                 LYSIDICE.\n   Je sais tout l'espoir dont ma vie est fleurie. Je voudrais mourir\ntout à l'heure et me voir renaître, une aurore sereine, en les feuilles\net les fruits, les cigales et les abeilles, les brebis et les cerfs. Ecoute\nencore tous les chants qui prennent leur vol de ma gorge heureuse!\nMa gorge est une ruche mélodieuse. Ecoute, écoute !\n                                  IOLAS.\n  Lysidice! ta chair se greffe sans cesse aux chairs, ta vie aux vies.\n                                LYSIDICE.\n   Douce lassitude ai-je de vivre et de boire du bonheur à pleine\nlèvre autour de ma hanche. Donne-moi ma flûte pour que j ' y joue\nun appel à ma chèvre qui s'éloigne là-bas. Donne-moi ma flûte, elle\nest là derrière moi.\n                                  IOLAS.\n  Où est-elle?\n                                LYSIDICE.\n  Là. Mon bras ne sait pas y atteindre.\n                                  IOLAS.\n  Voici.\n                                LYSIDICE.\n  Ma bouche est légère.\n                                  IOLAS.\n  Ta chèvre ne t'écoute pas, elle s'enfuit vers les rochers, là-bas.\n                                LYSIDICE.\n  Elle s'enfuit.\n                                  IOLAS.\n  Elle s'enfuit.\n                                LYSIDICE.\n  O capricieuse! Je cours après elle.\n                                  IOLAS.\n  Maintenant ton appel est comme une Furie.\n                                LYSIDICE\n  O capricieuse !\n                                 MYRTÉ.\n  Elle fuit, elle fuit.\n"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1465, "texte": "                               — 219      -\n\n                                 IOLAS.\n  Myrté ! Myrté ! m'entends-tu ! Myrté Myrté !\n                                MYRTÉ.\n  Elle fuit toujours.\n                                IOLAS.\n  Myrté! Myrté! viens auprès de moi? Ne regarde plus la course de\nLysidice.\n                             MYRTÉ.\n  Ma voix chante. Que me veux-tu, Iolas? Que me veux-tu? que\nme veux-tu?\n                                IOLAS.\n  Accours dans mes bras, ton nom est pâle à ma lèvre.\n                                MYRTÉ.\n  Iolas? Iolas dans l'herbe en fleur.\n                                 IOLAS.\n  Je me lève vers ta bouche.\n                                MYRTÉ.\n  Iolas! Iolas ! mes cris sont de joie.\n                                 IOLAS.\n  Myrté ?\n                                MYRTÉ\n  Voici Myrté que tu aimes.\n                                 IOLAS.\n  Oh! que je meure d'avoir vu tes yeux verts!\n                                MYRTÉ\n  Tu ne meurs pas:\n                                 IOLAS.\n  Oh! oh! tu es glorieuse de toute ta jeunesse, et vierge encore. Mes\nbras tremblent d'enlacer ton corps.\n                              MYRTÉ.\n   Et tu aimes'mes yeux verts. Ils sont verts comme la source froide\noù je vais baigner mes cheveux noirs tous les matins.\n                               IOLAS.\n   Myrté, ne vois-tu pas que mon visage est comme une rose pleine de\nsoleil? Ne vois-tu pas que ma bouche se couronne de joie?\n"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1564, "texte": "                               — 220 —\n\n                                 MYRTÉ.\n   Ta bouche...\n                                 IOLAS.\n  Ne sais-tu pas que mon vœu est de te dire Amour ?\n                             MYRTÉ.\n  Amour! Je t'aime, Iolas, et Lysidice, et toutes nous t'aimons :\ncar tu nous aimes toutes du même amour.\n                                  IOLAS.\n  Tu es l'hyacinthe qui s'ouvre à l'aurore.\n                                 MYRTÉ.\n  E t Lysidice est la rose du midi éclatant.\n                                  IOLAS.\n  Tu es la fille du Printemps.\n                                 MYRTÉ.\n  Comme Lénie est la belle joie de l'Été.\n                                 IOLAS.\n  O Myrté! tu es vierge, tes seins sont durs et ton épaule est lumi-\nneuse de sa jeune chair.\n                                 MYRTÉ.\n  Pour toi je suis un avril.\n                                 IOLAS.\n  Comme Opôra est un automne.\n                                 MYRTÉ.\n   Heureuse Opôra, heureuse! De son ventre fécond sortira bientôt\nle fruit du plaisir d'amour que vous eûtes ensemble, plaisir que je ne\nsais pas encore, pucelle, mais qui doit être bien plus doux que celui\ndélicieux d'extase que je me suis déjà donné en me frottant sur le\ndos de mes chèvres?\n                                 IOLAS.\n  Tes chèvres ?\n                                 MYRTÉ.\n  Mes chèvres douces...\n                                 IOLAS.\n  O Myrté qui! donc t'apprit cela?\n                                 MYRTÉ.\n  Nul autre que moi-même. J'étais encore tout enfant lorsqu'un jour\n"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1923, "texte": "                               — 231      —\n\n\nblond j'eus le caprice de sauter sur un de mes chevreaux, ainsi :\nvois comme j'écarte les jambes. E t lors je sentis couler un grand\nplaisir dans mes veines, et crus mourir. Je n'en fus point étonnée,\ncependant, car il me semblait avoir déjà joui pareillement. Depuis je\nrecommençai chaque matin la même chose, n'étant vraiment heu-\nreuse qu'alors.\n                                  IOLAS.\n   O Myrté! tu avais comme le souvenir d'avoir joui d'amour!\nO simple! tu avais ce souvenir comme je crois avoir vécu jadis,\nil y a longtemps, sur des gazons fleuris semblables à celui-ci? Pour-\ntant je sais que je ne suis pas celui d'hier, je sais que je ne suis pas\ncelui de l'heure passée Je perpétue l'Homme, je me reflète en le sein\nfécond d'Opôra. Je suis à peine celui de cet instant, ma vie se greffe\naux vies, mon âme aux âmes et ma chair aux chairs, sans cesse, sans\ncesse, ma chair aux fleurs, ma chair aux fruits, ma chair, à la terre.\nO Myrté! veux-tu donc que je te dise Amour?\n                                 MYRTÉ.\n  Mais oui, Iolas, l'autre jour Mélibée me désirait comme tu me\ndésires aujourd'hui, mais il ne me prit point malgré ma prière et ma\nhâte de savoir Amour, il ne me prit point parce que, disait-il, j'étais\nencore une enfant.\n                                  IOLAS.\n  Et aujourd'hui tu es une jeune fille si belle, si belle..'.\n                                 MYRTÉ.\n  Ah! que me fais-tu? que me fais-tu? Ah ! ah !\n                                  IOLAS.\n  Tu cries, tu pleures.\n                                  MYRTÉ.\n  Je crie.\n                                  IOLAS.\n  Tu pleures.\n                                 MYRTÉ.\n  Je suis faible dans tes bras forts; je meurs, je meurs...\n                                     IOLAS.\n  Eh non ! tu ne meurs point, tu ne meurs point.\n                                 MYRTÉ.\n  Ah! a h ! tu me fais souffrir...\n"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1640, "texte": "                               — 222 —\n\n                                IOLAS.\n   Myrté...\n                                MYRTÉ.\n  Souffrir...\n                             IOLAS.\n  N'es-tu pas femme, maintenant, comme Opôra, Lénie et Lysidice?\nNe sais-tu pas Amour comme elles ?\n                                MYRTÉ.\n  Je saigne.\n                                IOLAS.\n   Sèche tes larmes. Opôra s'en vient vers nous, elle rit, et son rire\nest de joie.\n                                MYRTÉ.\n  Ah! ah! Iolas, je souffre.\n                                IOLAS.\n  Tu souffres...\n                                MYRTÉ.\n  E t je pleure.\n                                IOLAS.\n  Sèche tes larmes.\n                                OPORA.\n  Iolas et Myrté ! Joie! joie! Heureux es-tu, Iolas, car elle était\npucelle si naïve! Heureux conquérant aimé de toutes et qui nous\naimes toutes du même amour! Elle est belle Iolas, ses yeux sont verts.\n                                IOLAS.\n  Tu pleures et caches ta tête dans mes bras, Myrté.\n                               OPORA.\n    Calme ta douleur, Myrté si gentille, ne pleure plus, belle jeune\nfille. Regarde plutôt l'ivresse que va me donner Iolas! Je me roule à\ntes côtés, Iolas, du désir d'être toute à toi à mon tour et de jouir de\nvie? je t'aime, Iolas, je t'aime.\n                                IOLAS.\n  Opôral Opôra! ton ventre est si gros. Opôra, tes yeux de démone!\n                               OPORA.\n Ta bouche, tes bras, ton étreinte, Iolas! Je me glisse sous toi.\nOh! oh! joie suprême ! Oh! oh! douceur et joie! Je te mords, je te\nmords; ton sang coule. Oh! la plus pure des joies !\n"}, {"page_pdf": 252, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1788, "texte": "                                          — 223 —\n\n                                             IOLAS.\n  O voluptueuse !\n                                             OPORA.\n  Jouir d e vie, et frémir!                Myrté,       n'envies-tu        pas mes     instants\nd'ivresse ? M a i n t e n a n t mes y e u x s'éteignent c o m m e des étoiles et\nma chair s'endort.\n                                          LYSIDICE.\n  O p ô r a ! O p ô r a ! j ' a c c o u r s t'offrir mes r e g a r d s .\n                                             LÉNIE.\n  O p ô r a ! O p ô r a !... et moi m a b o u c h e .\n                                            OPORA.\n   M a voix est lasse.\n                                           LYSIDICE.\n   Caresse ma chèvre, O p ô r a 1\n                                             OPORA.\n   Mes y e u x s o n t c o m m e des étoiles.\n                                             IOLAS.\n  Lysidice, te voici revenue !\n                                            MYRTÉ.\n   Oh ! oh ! j ' e n v i e ton ivresse, O p ô r a !\n                                            OPORA.\n  E t moi ta souffrance.\n                                              IOLAS.\n  T u saignes, L y s i d i c e , tes j a m b e s et tes seins sont m e u r t r i s .\n                                           LYSIDICE.\n  Ce sont les mûriers du rocher, là-bas, qui m ' o n t blessée ainsi, selon\nle caprice q u ' a v a i e n t m e s y e u x et m o n c œ u r tout à l'heure.\n                                             OPORA.\n   Mes y e u x s o n t m o r t s .\n                                             LÉNIE.\n  T a b o u c h e est belle d e volupté sereine.\n                                             OPORA.\n  Lénie !\n                                             LÉNIE.\n  Voici mon baiser.\n"}, {"page_pdf": 253, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1702, "texte": "                                — 224 —\n\n                               OPORA.\n  Ta bouche, Lénie ! Enlace-nous de tes bras et de tes longs che-\nveux ? Enlace-nous, Myrté, comme tu bois tendrement à la fontaine\nverte, là-bas ? Enlace-nous, Lysidice ? Enlacez-nous ? enlacez-nous ?\n                                 MYRTÉ.\n  Joie ! joie ! Je t'enlace de mes cheveux et de mes bras ronds. Et toi\naussi, cher lolas qui me fis souffrir.\n                                 OPORA.\n  Je t'aime, Myrté; je t'aime, lolas.\n                                 IOLAS.\n   Naïve Myrté ! Opôra aux yeux de démone ? E t toi Lénie ? Toutes\nsi belles de vos chevelures noires et de vos lèvres étranges, à toutes :\nma lèvre.\n                «               MYRTÉ.\n   lolas, je suis heureuse de cette joie qui m'inonde, et de cette lumière\ndu jour. J'oublie ma souffrance. Je t'aime, lolas. Tu sens mon\nétreinte ? Je t'aime, Opôra ! Lénie, Lénie, j'aime toute chose.\n                                 LÉNIE.\n  Ne dois-tu pas aimer toute chose ?\n                                 MYRTÉ.\n  Mes cris sont de joie. Lénie, je m'aime.\n                               LYSIDICE.\n  Myrté ! Myrté !\n                                 LÉNIE.\n  Lysidice ! Lysidice !\n                                 OPORA\n  Vois-tu passer le vieux Porphyre, là-bas, lolas?\n                                 IOLAS.\n  Là-bas?\n                                CPORA.\n  Le sage Porphyre qui naquit par delà la mer.\n                               IOLAS.\n   Il vient vers nous, Opôra; il a entendu nos cris de joie. Chloé\nl'accompagne? On dirait que ses yeux ne voient plus le ciel.\n                                 LÉNIE.\n  Ne sommes-nous pas les couleurs de la Joie?\n"}, {"page_pdf": 254, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1549, "texte": "                                       — 225       —\n\n                                       LYSIDICE.\n  Nos corps s o n t souples c o m m e le serpent et d o u x c o m m e l'ivoire.\n                                         IOLAS.\n  Porphyre !\n                                         OPORA.\n  Porphyre !\n                                         LÉNIE.\n  J e suis belle, Iolas.\n                                         MYRTÉ.\n  Il est c o m m e u n aveugle. Chloé guide ses p a s . E l l e ne sait pas\nencore A m o u r , Chloé.\n                                         IOLAS.\n  Porphyre !\n                                         MYRTÉ\n  Il a p p r o c h e . Il a l'air las et triste!\n                                          IOLAS.\n  Porphyre !\n                                        OPORA.\n  T u souffres, P o r p h y r e ?\n                                         CHLOÉ.\n  Il ne souffre p o i n t .\n                                     PORPHYDE\n  C'est toi, O p ô r a ?\n                                         IOLAS.\n  Tes pas chancellent.\n                                      PORPHYRE.\n  C'est toi, I o l a s ?\n                                        OPORA.\n  Hélas !\n                                     PORPHYRE.\n Mes y e u x n e v e r r o n t plus j a m a i s votre joie bondir d a n s la prairi».\n                                         LÉNIE.\n Quel m a l h e u r t'arrive, P o r p h y r e ?\n                                         IOLAS.\n  Hélas !\n                                                                                    5\n"}, {"page_pdf": 255, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1276, "texte": "                                 — 226 —\n\n                                   MYRTÉ\n  Hélas ! hélas !\n                                 PORPHYRE.\n   Ne me plaignez point ainsi, mes beaux enfants. Si l'âge me ravit\nla lumière du jour, si mes yeux sont devenus pauvres pour toujours,\nmes heures d'hier furent roses comme votre belle jeunesse de cette\nheure d'or E t la nuit sans étoile qui m'entoure me semble aussi belle\net pure que l'éclat du soleil ; j ' y trouve une douceur éternelle et un\nbonheur nouveau.\n                                 LYSIDICE.\n  Un bonheur...\n                                   IOLAS.\n  Pauvre Porphyre!\n                                   LÉNIE.\n  Je suis la Joie.\n                                  OPORA.\n   Le fils d ' Œ n o n e , Aristée, atteignit sept années sans voir la lumière\ndu ciel, ses pauvres yeux étaient comme les tiens, Porphyre, quand\nun vieux berger nommé Philas lui donna le conseil d'aller tous les\nmatins laver ses paupières dans la rosée fraîche, aux calices des\nfeuilles et des fleurs. Il suivit ce sage conseil et lors ses yeux s'ou-\nvrirent au jour, certaine heure d'or, et il rit de joie et d'étonnement\nà la vue de ses beaux ongles roses comme la rose.\n\n\n                                                      Arthur TOISOUL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5-007", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 227, "page_fin": 227, "titre_corps": "Népenthés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Camille Maryx", "ancre_debut": "NÉPENTHÉS SENS-tu mourir en toi", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 256, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1815, "texte": "NÉPENTHÉS\nSENS-tu         mourir en toi la volupté de vivre?\n\nL'impalpable Vainqueur qui console et délivre\nEmporte loin de nous nos défaillants vouloirs :\nTel qu'une voix lointaine de rêve et d'espoir,\nLe long frémissement des peupliers sonores\nSème, dans la clarté pâlissante du soir,\nUne langueur quifait pâmer les passiflores\nAux rampes des perrons ébranlés par le temps.\n\nL'or charmeur du couchant sur les vastes prairies\nAllonge, triste et doux ses rayons nonchalants;\nDans les profonds miroirs des salles défleuries\nS'allume un vague éclat, pâle comme un regret.\nEt, dans le parc étrange on voit d'un bleu reflet,\nComme des boucliers épars dans l'herbe verte\nDes lacs-silencieux luire sous le soleil.\n\nSur le parc endormi flotte un brouillard vermeil...\nEt la fleur de ta lèvre à mes baisers offerte !\nEt tesyeux, lacs de rêve où se plongent mes yeux,\nIncertains et changeants comme les vastes cieux\nOù fuit le vol lassé de ma pensée amère!\nL'air s'emplit de parfums balsamiques et lourds...\nQuelle extase ai-je bue aux seins de la Chimère ?\nSens-tu, quand les iris et les glaïeuls des rives\nS'effeuillent sur les eaux dans les déclins des fours,\nSe détacher de nous nos âmes fugitives,\nEt l'ombre de la nuit captiver nos désirs ?\n\nLe vent tiède, soupir nostalgique des cimes\nPasse chargé de rêve et lourd de souvenirs ;\nLe songe de ce jour s'écroule dans l'abîme...\nTon cœur a-t-il frémi d'un langoureux espoir ?\nLa couleur de tesyeux s'efface dans le soir...\nSur les perrons branlants, au seuil muet des portes,\nTombent languissamment les passiflores mortes.\nEt l'or mourant du ciel s'étale sur les prés...\nO poison pénétrant subtilement mes pores !\nEst-ce l'éclat du soir ou tesyeux adorés ?\nEst-ce la mort qui vient, belle comme une aurore ?\n                                   CAMILLE MARYX.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5-008", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 228, "page_fin": 236, "titre_corps": "Térence : Phormion", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Em. Boisacq", "ancre_debut": "TÉRENCE: P H O R M I ON TRADUCTION LITTÉRALE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 257, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1610, "texte": "TÉRENCE:\n                                       P H O R M I ON\n              TRADUCTION          LITTÉRALE        (Suite).\n\n\n                             Acte IV.\n                        S C È N E VI (728-765).\n\n                      SOPHRONA     —    CHRÉMES.\n\n   Sophrona sort de la maison Je Démiphon, sans voir Chrémès. Elle\nest fort agitée.\n    SOPHRONA. Que faire? Quel ami trouver dans ma détresse? A qui\nm'adresser pour des conseils? Auprès de qui chercher du secours?\nCar j'ai peur que ma maîtresse, pour avoir suivi mon conseil, ne\nsoit, sans l'avoir mérité, indignement traitée, tant le père du jeune\nhomme, à ce que j'entends, est irrité de ce mariage.\n   CHRÉMÈS (à part, et un peu surpris.) Quelle est cette vieille, qui sort\nde chez mon frère, à demi-morte (de frayeur) ?\n    SOPHKONA. C'est la pauvreté qui m'a poussée à le faire, — alors\nmôme que je savais que ce mariage n'était pas valable, — à pourvoit\nà ce qu'en attendant sa vie fût assurée.\n   C H R É M È S (à part, avec émotion). A coup sûr, par Pollux, si mes\nsens ne me trompent, si mes yeux ne voient mal, c'est la nourrice de\nma fille que j'aperçois!\n    SOPHRONA. E t on ne découvre pas...\n    CHRÉMÈS (à part). Que faire?\n   SOPHRONA. .. celui qui est son père.\n   CHRÉMÈS (à part). L'aborder, ou attendre, afin de mieux saisir\nce qu'elle dit ?\n    SOPHRONA. Si je pouvais maintenant le trouver, je n'aurais plus\nrien à craindre.\n    CHRÉMÈS. C'est bien elle ; je vais lui parler. (Il s'approche.)\n    SOPHRONA. Qui est-ce qui parle ici ?\n    CHRÉMÈS (l'appelant doucement). Sophrona !\n   SOPHRONA...et qui prononce mon nom?\n"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2033, "texte": "                              — 229 ~~\n\n  CHRÉMÈS.    Regarde-moi.\n  SOPHRONA. Dieux, je vous supplie, n'est-ce pas Stilpon ?\n  CHRÉMÈS.    Non.\n  SOPHRONA (consternée). Tu dis non?\n  CHRÉMÈS.     Eloigne-toi un peu de la porte, par ici, je te prie,\nSophrona. A l'avenir, ne m'appelle plus de ce nom.\n  SOPHRONA. Comment? je t'en supplie, tu n'es pas celui que tou-\njours tu as dit être?\n  CHRÉMÈS (alarme). Chut !\n  SOPHRONA. Que crains-tu de cette porte ?\n   CHRÉMÈS. J'ai ma femme qui est enfermée ici, la peste ! Mais je me\nsuis donné autrefois ce faux nom, de peur que par hasard ou impru-\ndence, on n'allât de chez vous jaser au dehors, et qu'après cela ma\nfemme, par l'une ou l'autre voie, ne découvrît mon secret.\n   SOPHRONA. Par Pollux! Voilà pourquoi, malheureuses que nous\nétions, nous n'avons jamais pu te découvrir ici !\n  CHRÉMÈS. Eh bien ! dis-moi, comment as-tu affaire à             cette\nfamille de la maison de qui tu sors ? Où sont-elles?\n  SOPHRONA. Malheureuse que je suis!\n  CHRÉMÈS. Voyons, qu'y a-t-il ? Sont-elles en vie?\n    SOPHRONA. Ta fille est vivante. Pour la mère, le chagrin l'a tuée,\n la malheureuse !\n    CHRÉMÈS (froidement). C'est bien triste !\n    SOPHRONA. Alors, moi, vieille femme esseulée, pauvre, inconnue,\nj'ai, comme j'ai pu, fait épouser la jeune fille par ce jeune homme, le\nmaître de cette maison.\n  CHRÉMÈS (ahuri). Par Antiphon?\n  SOPHRONA.    Mais oui, lui-même.\n  CHRÉMÈS (éperdu). Comment?       Il a deux femmes?\n   SOPHRONA (scandalisée). Oh ! je t'en supplie, il n'en a pas'd'autre\nque celle-là.\n   CHRÉMÈS. Qu'est-ce alors que cette autre qu'on dit sa parente ?\n   SOPHRONA. Mais c'est celle-ci.\n   CHRÉMÈS. T U dis?\n   SOPHRONA. Cela a été fait à dessein, pour que son amoureux pût\nl'obtenir sans dot.\n   CHRÉMÈS (se détournant). Grands dieux! Comme souvent arrivent\npar hasard, sans calcul, de ces choses qu'on n'oserait souhaiter! En\ndébarquant, je trouve ma fille mariée à qui je voulais et comme je le\nvoulais. Ce que mon frère et moi mettions tous nos efforts à faire\n"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1898, "texte": "                                   — 230     —\n\n\naboutir, lui (Antiphon), tout seul, sans embarras pour nous, mais au\nprix de mille inquiétudes pour lui-même, y a réussi.\n   SOPHRONA (interrompant le monologue de Chrémès). Vois mainte-\nnant ce qu'il y a à faire : le père du jeune homme est arrivé, et l'on\ndit qu'il est outré de ce mariage.\n   C H R É M È S . Il n'y a pas de danger. Mais, au nom des dieux et des\nhommes, prends bien garde qu'on ne découvre qu'elle est ma fille.\n   SOPHRONA. Personne ne le saura par moi.\n    C H R É M È S . Suis-moi: (ma fille et toi,) vous apprendrez le reste à\nl'intérieur.\n\n\n\n                                  Acte V.\n\n                            S C È N E I (766-783).\n\n                             DÉMIPHON-GÉTA.\n\n   DÉMIPHON. C'est bien notre faute si d'autres trouvent leur avantage\nà être malhonnêtes, quand nous-mêmes travaillons à nous entendre\nappeler trop bons, trop complaisants. « Si tu t'enfuis, gare à la\nmaison [du maître], » à ce que l'on dit (1). N'était-ce pas assez\nqu'il m'eût fait tort? Non, sans doute : nous avons été jusqu'à lui\njeter de l'argent, pour qu'il ait de quoi vivre, jusqu'au jour d'une\nnouvelle friponnerie !\n   GÉTA. C'est évident.\n   DÉMIPHON. Aujourd'hui, c'est aux francs coquins que vont les\nrécompenses !\n   GÉTA. Ce n'est que trop vrai.\n   DÉMIPHON. De sorte qu'à dire vrai nous avons agi dans cette\naffaire de la plus sotte façon.\n   GÉTA. Je souhaite seulement que ce projet de la marier nous per-\nmette de sortir de litige.\n   DÉMIPHON (tressautant). Faudrait-il en douter ?\n   GÉTA. Ma foi, je ne sais, étant donné le gaillard, s'il ne changera\npas d'avis.\n   D É M I P H O N . Comment? Changer d'avis, dis-tu ?\n   G É T A . Je n'en sais rien ; je dis seulement : « Si peut-être ».\n\n\n  (1) Proverbe emprunté aux esclaves fugitifs et qui équivaut à : a Gardons-nous de\ntomber d'un mal dans un autre plus grand 1.\n"}, {"page_pdf": 260, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "                                     — 23l      -\n\n   DÉMIPHON. Je ferai en sorte, ainsi que pensait mon frère, d'amener\nsa femme ici, pour qu'elle parle à cette fille (Phanium). Toi, Géta,\nprends les devants, va dire qu'elle (Nausistrata) va venir.\n   Démiphon entre dans la maison de Chrémès.\n   GÉTA (seul). On a trouvé l'argent pour Phédria ; du procès, pas\nun mot; nos mesures sont prises pour qu'elle (Phanium) ne s'en aille\npas d'ici pour le moment; mais après ? Qu'arrivera-t- il ? Tu patauges\ndans le même bourbier ; tu paieras deux fois l'intérêt, Géta (1) ; le\nmalheur qui nous menaçait a été écarté pour un temps ; ton compte\nde coups s'élève, si tu n'ouvres l'œil... Je m'en vais maintenant à\nla maison et je préviendrai Phanium, qu'elle ne s'effraye pas de\nPhormion, ou des paroles de celle-ci (Nausistrata).\n   Il entre dans la maison de Démiphon.\n\n\n                            S C È N E II (784-795).\n\n                         DÉMIPHON - NAUSISTRATA.\n\n   Ils sortent de la maison de Chrémès.\n   DÉMIPHON (avec une politesse étudiée). Allons, Nausistrata, selon\nton habitude, fais en sorte que cette fille se réconcilie avec nous,\npour qu'elle fasse de son plein gré ce qu'elle doit faire.\n   NAUSISTRATA. Je m'y emploierai.\n   DÉMIPHON. Prête-moi maintenant ton concours, comme tantôt »\ntu m'as aidé de ton argent.\n   NAUSISTRATA. T U es le bienvenu ; mais, par Pollux, je suis\nmoins en mesure de t'aider qu'il ne conviendrait : la faute en est à\nmon mari.\n   DÉMIPHON. Que veux-tu dire?\n   NAUSISTRATA. Parce que, par Pollux ! il gère de façon fort\nnégligente la fortune si bien acquise par mon père, car celui-ci\nretirait régulièrement de ces fermes deux talents d'argent. Gomme\nun homme l'emporte sur un autre !\n   DÉMIPHON. Eh quoi ! deux talents?\n   N A U S I S T R A T A . Oui, deux talents, et cela quand les denrées étaient\nbien moins chères.\n   DÉMIPHON. Oh !\n\n\n  (1) Géta considère qu'il n'a obtenu l'argent nécessaire à Phédria qu'au prix d'une\nnouvelle complication, dont il aura à subir les conséquences. De là son expressio 1 qui\ncorrespond à notre formule familière : faire un trou pour en boucher un autre.\n"}, {"page_pdf": 261, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1873, "texte": "                                   — 232     —\n\n  NAUSISTRATA.             Que penses-tu de cela ?\n  DÉMIPHON           (évasif). Tu as raison.\n   NAUSISTRATA. Je voudrais être née homme ; j'aurais, moi,\nmontré ..\n   DÉMIPHON. Je n'en doute pas.\n   NAUSISTRATA. ... de quelle manière...\n   DÉMIPHON. Ménage-toi, je t'en prie; que tu puisses causer avec\nelle ; crains, jeune comme elle est, qu'elle ne te fatigue (i).\n   N A U S I S T R A T A . Je suivrai ton conseil... Mais c'est mon mari que\nje vois sortir de chez toi.\n\n\n                           S C È N E I I I (796-820).\n\n   Chrémès sort, très animé, de la maison de Démiphon ; il n'aper-\nçoit pas tout d'abord Nausistrata, gui est à l'arrière-plan.\n   CHRÉMES. Eh bien! Démiphon, est-ce qu'on lui a remis largent?\n   D É M I P H O N . J'y ai pourvu sur-le-champ.\n   C H R É M È S . Je voudrais que tu ne l'eusses pas donné... Aïe! C'est\nma femme que je vois; j'ai failli dire plus qu'il ne convenait.\n   D É M I P H O N . Pourquoi le voudrais tu, Chrémès?\n   C H R É M È S (confus). Tout va bien.\n   D É M I P H O N . Eh bien! et toi? lui as-tu dit (à Phanium) pourquoi\nnous amenons celle-ci ?\n   CHRÉMÈS. J'ai arrangé l'affaire.\n   D É M I P H O N . Qu'en dit-elle enfin?\n   C H R É M È S . On ne peut pas l'éloigner,\n   D É M I P H O N . Comment? On ne peut pas?\n   C H R É M È S (perplexe et d'un ton évasif). Parce qu'ils s'adorent l'un\nl'autre.\n   DÉMIPHON. Qu'est-ce que cela nous fait ?\n   CHRÉMES. Beaucoup; en outre, j'ai découvert qu'elle nous est\nproche parente.\n   D É M I P H O N . Comment cela?... Tu radotes.\n   C H R É M È S . Cela se trouve ainsi. Je ne parle pas à la légère : je me\nle suis rappelé.\n   DÉMIPHON. N'as-tu pas un grain de folie?\n   N A U S I S T R A T A . Holà ! Je t'en prie, garde-toi de toucher à une\nparente.\n\n\n  (1) Démiphon prévoit une scène assez vive entre les deux femmes.\n"}, {"page_pdf": 262, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2150, "texte": "                                  — 233 —\n\n     DÉMIPHON. Elle ne l'est pas.\n    C H R É M È S . Ne dis pas non : le nom de son père n'était pas le vrai;\n c'est ce qui t'a trompé.\n     DÉMIPHON (incrédule). Elle ne connaissait pas son père ?\n     CHRÉMÈS. Elle le connaissait.\n    DÉMIPHON. Pourquoi l'appelait-elle d'un autre nom ?\n    C H R É M È S (à part, à Démiphon, et jetant un regard effrayé sur sa\nfemme dont les soupçons s'éveillent). Tu ne veux pas de la journée\n t'en rapporter à moi, ni me comprendre?\n    DÉMIPHON. Si tu n'établis rien?\n    CHRÉMÈS (impatienté). Tu me fais mourir.\n    NAUSISTRATA. Je me demande ce qui se passe.\n     DÉMIPHON. Ma foi, par Hercule! Je l'ignore.\n     CHRÉMÈS (désespéré). Tu veux le savoir? Eh bien! Jupiter me\n garde ! Il n'y a personne qui lui soit plus proche que moi-même et toi.\n     DÉMIPHON {ahuri). Grands dieux!... Allons la trouver ; je veux\n que tous ensemble nous sachions si le fait est vrai ou faux. (Il se\n dirige vers sa demeure et fait signe à son frère et à sa belk-sœur de\n le suivre.)\n     CHRÉMÈS (l'arrêtant). Voyons !\n     D É M I P H O N . Eh bien ! quoi ?~\n     CHRÉMÈS. Avoir si peu de confiance en moi !\n     DÉMITHON (impatienté). Tu veux que je te croie ? Tu veux que je\n ne te questionne plus à ce sujet? Eh bien! soit. E t alors? Que faire\n de la fille de notre ami (1) ?\n     C H R É M È S . Très bien.\n     DÉMIPHON. Alors nous l'abandonnons?\n     C H R É M È S . Naturellement.\n   . DÉMIPHON. Que l'autre (2) demeure ?\n   CHRÉMÈS.      Oui.\n   DÉMIPHON. T U peux donc te retirer,      Nausistrata.\n   NAUSISTRATA. Par Pollux ! A mon sens, il vaut mieux pour tous\nqu'elle demeure que de devoir partir, comme tu l'avais proposé; car\nelle m'a paru, quand je l'ai vue, très distinguée. (Elle rentre chez elle.)\n   DÉMIPHON (brusquement). Que signifie cette histoire ?\n   CHRÉMÈS (anxieux). A-t-elle fermé la porte ?\n   DÉMIPHON.       Oui.\n\n\n   (1) Phanium encore; pour Nausistrata, c'est la fille d'un ami de Chrémès et de\n Démiphon qu'Antiphon devait épouser.\n   (2) Phanium ; Démiphon ignore toujours que Phinium et la fille de Chrémès sont\n une seule et même personne.\n"}, {"page_pdf": 263, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2074, "texte": "                               — 234 —\n\n   CHRÉMÈS (va s'en assurer et revient). O Jupiter ! C'est providen-\ntiel!... C'est ma fille que j'ai trouvée mariée à ton fils !\n   D É M I P H O N . Hein? Comment a-ce été possible?\n   CHRÉMÈS (défiant). L'endroit n'est pas assez sûr pour le raconter.\n   D É M I P H O N . Mais viens chez moi.\n   C H R É M È S . Écoute, je désire que même nos fils n'en aient pas\nconnaissance.\n   Ils entrent chez Démiphon.\n\n                        S C È N E IV (820-828).\n\n                               ANTIPHON.\n\n   Il revient, après avoir aidé Phédria à s'entendre avec Dorion. Il\nse désole en songeant à sa propre situation.\n   Je me réjouis, si pénible que soit ma situation, de voir mon cousin\nobtenir ce qu'il désire... Comme il est beau de ne nourrir dans son\ncœur que des passions aisées à guérir quand les choses ont mauvaise\ntournure\"! Lui, dès qu'il a eu trouvé l'argent, s'est tiré de peine; moi,\naucun expédient ne peut me soustraire aux tortures de langoisse, si\nla chose demeure secrète, de la honte, si elle se dévoile. E t je n'oserais\nmaintenant rentrer au logis, si je n'avais la perspective de la garder;\nmais où pourrais-je bien trouver Géta, pour lui demander à quel\nmoment il me conseille de voir mon père?\n   Il remonte la scène et fouille du regard la rue de gauche; Phormion\nentre par la droite.\n\n                         S C È N E V (829 840).\n\n                       PHORMION     —A     NTIPHON.\n\n  PHORMION (monologuant). J'ai reçu la somme ; je l'ai remise au mar-\nchand ,\" j'ai emmené la fille et pris soin que Phédria puisse en faire sa\nfemme : elle a. été affranchie. Maintenant il ne me reste plus qu'une\nchose à faire, obtenir des deux vieux du loisir pour boire, car je\nvoudrais jouir de ces quelques jours.\n   ANTIPHON (àpart). Mais c'est Phormion! (Haut.)'Quoi       de neuf?\n   PHORMION. Que veux-tu dire ?\n   A N T I P H O N . Quelles sont les intentions de Phédria? Comment\nd'après son dire, veut-il avoir son soûl de l'amour?\n   PHORMION. A son tour il va jouer ton rôle.\n   A N T I P H O N . Quel rôle?\n"}, {"page_pdf": 264, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2232, "texte": "                                    — 235 —\n\n   PHORMION.    Se cacher de son père. Il te demande de jouer en\nrevanche le sien, de plaider sa cause, car c'est chez moi qu'il va venir\nboire. Moi, je dirai aux deux vieux que je m'en vais à Sunium, au\nmarché, acheter la petite servante dont Géta parlait tout à l'heure ;\nil ne faut pas que, ne me voyant pas ici, ils s'imaginent que je\ngaspille leur argent. (On entend frapper à la porte, à l'intérieur de la\nmaison de Démiphon (1).) Mais la porte de chez toi a résonné. (Anti-\nphon se dissimule pour éviter une rencontre éventuelle avec son père.)\n   ANTIPHON. Vois donc; qui est-ce qui sort?\n   PHORMION. C'est Géta. (Tous deux se retirent vers le fond de la\nscène.)\n\n                            S C È N E IV (841-883).\n\n                     GÉTA — ANTIPHON—              PHORMION.\n\n   GÉTA (très animé). O fortune! ô fortune rare! de quelles faveurs\nsoudaines vous avez par votre assistance comblé ce jour pour le\nbonheur d'Antiphon mon maître !...\n   A N T I P H O N (à part à Phormion).     Que veut-il donc dire, celui-là ?\n   GÉTA. ... et nous, ses amis, de quelle crainte vous nous avez\ndélivrés ! (Changeant brusquement de ton, et rassemblant les plis de\nson manteau.) Mais voici que je perds mon temps, moi qui ne charge\npas cette épaule de mon manteau et ne Cours pas trouver mon homme,\npour lui dire le bonheur qui lui est échu.\n   A N T I P H O N (à part, et fort étonné), Est-ce que tu 'comprends, toi,\nce qu'il raconte ?\n   PHORMION (à part). E t toi?\n  ANTIPHON (même jeu). Pas un mot.\n   PHORMION (même jeu). E t moi tout autant.\n   GÉTA. Je vais aller d'ici chez le marchand; c'est là qu'ils sont en\nce moment.\n  A N T I P H O N (le rappelant). O h é ! G é t a !\n   GÉTA (bourru, et sans voir son maître). T'y voilà, Géta!... Est-il\nétonnant ou nouveau qu'on vous rappelle quand vous avez pris votre\ncourse ?\n   A N T I P H O N . Géta !\n  GÉTA. Par Hercule ! Il continue... Tu as beau m'ennuyer, je ne\nme rendrai pas.\n\n  (1) La porte de la rue dans les maisons grecques s'ouvrait souvent vers l'extérieur.\nPour ne pas provoguer de trouble dans les rues très étroites en ouvrant brusquement,\non avait l'habitude d'annoncer sa sortie par un coup frappé à l'intérieur.\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "                               — 236 —\n\n  ANTIPHON.          Veux-tu bien t'arrêter ?\n   GÉTA. Va te faire rosser.\n   A N T I P H O N (irrité). C'est ce qui va t'arriver, si tu ne t'arrêtes,\nvaurien !\n   GÉTA. Il faut que ce soit quelqu'un de la maison: il me promet\nune raclée. (Se retournant.) Mais est-ce celui que je cherche, ou non?...\nC'est lui-même. Arrive ici, et vivement.\n   A N T I P H O N . Qu'y a-t-il ?\n   G É T A . O l'homme le plus heureux de tous les hommes de la terre !\nSans contredit, il n'y a que toi, Antiphon, pour être ainsi chéri des\ndieux !\n   ANTIPHON. Je le souhaite; mais je souhaite aussi qu'on me dise\ncomment je le puis croire.\n   GÉTA. Te suffit-il que je t'inonde de joie ?\n   A N T I P H O N (impatienté). Tu me fais mourir.\n   PHORMION (s'approchant).        Voyons, trève de promesses, et dis ce\nque tu apportes de neuf.\n   GÉTA. Ah ! Toi aussi tu étais là, Phormion ?\n   PHORMION. J'y étais; mais tu tardes ?\n   G É T A . Voilà, écoute : (à Phormion) dès que nous t'avons donné\nl'argent au forum, nous sommes partis tout droit vers la maison ;\n(à Antiphon) dans l'entretemps, mon maître m'envoie auprès de ta\nfemme.\n   ANTIPHON. Dans quel but?\n   G É T A (impatienté). Je néglige de le dire : cela n'a pas de rapport\navec l'affaire, Antiphon. (Mimant la scène qu'il raconte.) Comme je\nmettais les pieds dans le gynécée, Mida, son petit esclave, accourt à\nmoi, me saisit derrière par mon manteau, me tire en arrière : je me\nretourne, je lui demande pourquoi il me retient ; il me dit que défense\nest faite d'entrer chez sa maîtresse. « Tout à l'heure, dit-il, Sophrcna\na introduit ici Chrémès, le frère du vieux; » il ajoute qu'il est encore\nà l'intérieur avec elles. Entendant cela, je me dirige doucement à pas\nde loup vers la porte, j ' y arrive, je me poste auprès, je retiens mon\nsouffle, j'applique mon oreille, et ainsi je commence à prêter attention,\nessayant de saisir leur entretien.\n   PHORMION. Bien, Géta.\n\n\n     (à suivre).                                  EM. BOISACQ.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5-009", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 237, "page_fin": 238, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 266, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 2541, "texte": "CHRONIQUE                           LITTÉRAIRE\n\n\nL          ARMES EN FLEURS, par Maurice des Ombiaux (Edition du\n            Coq Rouge).\n              Je ne puis pas, dans cette maison qui est la sienne\ncomme elle est désormais la mienne, louer ainsi qu'il conviendrait de\nle faire, les qualités purement littéraires de Maurice des Ombiaux.\nCette tâche est d'ailleurs depuis longtemps accomplie. D'autres, plus\nautorisés que moi, ont vanté la correction parfaite, la noblesse\nconstante, la douce poésie légendaire de son style. Mais en présence\ndu livre dont je m'occupe ici, une autre besogne se propose, et celle-là\nje prétends ne point la répudier. Je veux, obéissant à la plus chère\nde mes préoccupations, dégager de ce livre sa valeur humaine, ce qui\nfait qu'il est vraiment une œuvre vivante et intéressante.\n   Et donc, je me suis demandé, lecture faite, quelle impression\nsubsistait en moi et quel écho vibrait encore. Je me suis demandé ce\nque j'avais gagné à vivre ainsi, une heure durant, en communion\nspirituelle avec cette âme qui se disait. Et, joie! Oui, je dois le crier\nbien haut : j'avais gagné quelque chose! Il y avait en moi — et elle\ns'y montre encore chaque fois que je pense à ce livre — une radieuse\nfigure de jeune fille, celle de la sœur morte que l'auteur a chantée ;\nune radieuse figure qui me souriait, là-bas, aux frontières de l'invi-\nsible, et dont le sourire m'était le plus serein des réconforts. Elle\navait commencé de vivre à la saison des roses. Elle était venue, fleur\ntriomphale parmi les fleurs, donner pour la première fois à son frère\nla conscience de la vie et de la joie. Plus tard, ses maladies d'enfance\navaient éveillé en lui le souci de la tristesse et le soin du courage.\nPlus tard encore, quand il était loin de chez lui, dans la ville\ngothique des Flandres ou dans la solitude grandiose de la Campine,\nelle demeurait, devant les yeux de son souvenir et de son amour,\ncomme la fée de leur pays, comme la Minerve tutélaire de son errant\nexil. Pour lui, qui n'avait plus la foi traditionnelle, elle remplaçait\nla madone aux doux yeux que les autres invoquent aux heures\nmauvaises. C'était à elle, à sa petite sœur aimée, qu'il songeait,\nlorsqu'un danger menaçait de ternir la belle pureté de son âme. Elle\nétait bien pour lui la conscience de la Vie et de sa vie, celle dont on\nattend, comme une sentence, le sourire qui dit : « C'est bien.        Et\npuis, un jour, la Mort vint la prendre, et ce fut pour son frère une\nimmense douleur. Mais quand il la vit, morte, couchée dans les roses\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1058, "texte": "                              — 238 —\n\n— elle était morte aux roses, — quand il sentit les parfums enivrants\noù son souffle semblait vivre et respirer encore, quand il suivit son\ncorps par les routes et par les villes patriales, au milieu des verdures\net des fleurs, sa douleur s'apaisa, magnifique, et cette mort se changea\nsoudain en un triomphe. Eh! non, sa sœur n'était point morte ;\nest-ce que la Mort existe ? Elle était simplement retournée à la\nTerre, elle revivait déjà dans ces splendides parfums de roses. E t sur\nla tombe où l'Église venait pleurer les admirables paroles de sa\nliturgie, se révéla soudain au frère consolé ce dogme de profonde et\néternelle vérité : que la Terre seule a immortellement le droit de\nchanter : Je. suis la résurrection et la vie ! E t c'est pourquoi, en nous\noffrant ce livre de piété fraternelle, ce livre qui nous aidera peut-être\nun jour à triompher de douleurs semblables, Maurice des Ombiaux\ny a écrit en dédicace : « A la Terre maternelle ».\n\n                                                GEORGES     RENCY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5-010", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 239, "page_fin": 240, "titre_corps": "Picorée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Périnet", "ancre_debut": "PICOREE Le 17 août dernier, deux de nos", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 268, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3488, "texte": "PICOREE\n   Le 17 août dernier, deux de nos         indubitablement être laissées à l'appré-\ncollaborateurs se sont mariés, une rose    ciation individuelle, aidée par toute la\nh la bouche.                               lumière que la science ou la physiolo-\n   Mlle Louise Allard et notre ami         gie pourront dans l'avenir jeter sur ce\nLouis Delattre ont voulu, de la sorte,     sujet), — je crains cependant que l'on\nassurer au Coq Rouge une collabora-        ne comprenne pas clairement que l'ar-\ntion régulière par la publication de ces   deur d'un amour réellement humain\nadorables contes des frères Grimm,         et naturel entre deux personnes du\ntraduits par eux.                          même sexe, peut être et est souvent\n   Le Coq Rouge leur adresse un coco-      ressenti sans dépravation de caractère\nrico plein d'allégresse.                   ni de conduite. Il est impossible de lire\n   Le même mois notre collaborateur        les superbes sonnets de Shakespeare\nSander Pierron a épousé Mlle de            et de Michel-Ange, sans que l'on sente,\nForge.                                     sous la masse générale d'expression\n   Que les jeunes époux reçoivent nos      émotionnelle, la pulsation d'un désir\nsouhaits de bonheur.                       corporel distinct; et Tennyson, qui est\n                                           cependant assez timide, est trop artiste\n                                           et trop véritablement homme pour ne\n  Après l'Art à la rue, l'Art appliqué     pas reconnaître, dans son grand poème\naux chemins de fer, postes et télé-        d'amitié In memoriam (voir chants\ngraphes.                                   XIII, XVIII), le caractère passionné\n  L'espace nous manque, ce mois,           de son attachement — ce qui lui attira\npour rendre compte des peintures dont      une verte réprimande de la part du\non est obligé de subir la vue, lorsqu'on    Times lors de la publication du poème.\nveut acheter un timbre-poste.               Il serait pourtant monstrueux de sup-\n  Nous en parlerons prochainement.          poser que ces hommes, et d'autres,\n                                            furent particulièrement dissolus parce\n                                            qu'ils étaient capables de tels senti-\n   Revue des revues de septembre :          ments et prêts à en avouer le côté\n   La Société Nouvelle publie le com-       sensuel. »\nmencement d'une très logique et pro-          Dans la même revue, à lire aussi des\nfonde étude, destinée à faire quelque      fragments d'une autobiographie de\ntapage dans la grenouillère vertuolâtre    Michel Bakounine; le commencement\net pharisienne : l'amour homogénique       de la superbe conférence donnée le\net sa place dans une société libre, par    7 avril 1896 à la Maison du Peuple de\nEdward Carpenter. Par amour homo-          Bruxelles, sur l'Internationale     des\ngénique, l'auteur entend ce que d'autres   Poètes, par M. Léon Bazalgette, l'aussi\nappellent amour homosexuel ou ura-         érudit que compréhensif directeur du\nniste. Voici un passage de cette loyale    Magasine International ; la suite du\nétude : Quoi que je ne me propose          curieux roman de Gustave Kahn : Le\npoint dans cet écrit de condamner des      Conte de l'Or et du Silence; enfin de\nactes spéciaux ou des familiarités entre   très intéressantes Impressions de B a y -\n amants (puisque ces choses doivent        reuth, de Henry Maubel, le plus mu-\n"}, {"page_pdf": 269, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3785, "texte": "                                        240\n\n sicien de nos littérateurs, peut-être      les pudiques chroniqueurs du journa-\n celui qui parvient le mieux à transpo-     lisme boulevardier attrapent une dége-\n ser en littérature ses impressions mu-     lée à peu près comparable à celle que\n sicales et h lutter de subtilité et de     notre ami Camille Mauclair adminis-\n profondeur avec l'art des Schumann et      tra, dans le Coq Rouge, au glabre\n des Wagner.                                François Coppée.\n    Au Mercure de France, un fier              A retenir cette phrase de Berrichon:\n article intitulé: Les massacres d'Ar-      « L'œuvre de Verlaine, poète person-\n ménie, quelques documents et remar-        nel, n'est sublime que parce que sa\nques en l'honneur du sultan Abdul           vie le fut. »\nHamid, de la civilisation européenne           L'Ermitage     publie un article très\net de l'alliance franco-russe; la suite     compréhensif sur le pur et haut poète\ndu fort joli roman de M. Hugues Re-         Francis Vielé-Griffin.\nbell : La Nichina ; des vers de Henry          La Gesellschaft, une des principales\n Bataille, Charles-Henry Hirsch et          revues de la jeune Allemagne, publie\n Léautard ; la suite des traductions du     dans son numéro de septembre, une\nSartor Resartus de Carlyle et de la         notice critique et biographique sur\n Tragédie de l'Homme           d'Emerich    Georges Eekhoud, par M. Alfred\nMadach:un article d'Alfred Jarry et         Goetze.\nles toujours corrosifs Epilogues de            M. Alfred Goetze donne, dans la\n Remy de Gourmont.                          même livraison une remarquable tra-\n    Dans la même revue les chroniques       duction de Burch Mitsu, là nouvelle\n littéraires de Vielé-Griffin, Rachilde,    de Georges Eekhoud.\n etc. etc.                                     Un beau portrait de l'auteur de\n    Dans l'Aube, des traductions de Ga-     Cycle patibulaire et des Communions\nbriel d'Annunzio et un conte de Georges     illustre ce fascicule.\nEekhoud, intitulé Une partie sur l'eau.\n    Les deux derniers fascicules de la\nRevue Blanche (1 et 15 septembre)              Notre ami Maurice Maeterlinck\ncompteront parmi les meilleurs de           donnera, très prochainement, dans la\nl'année. Nous y trouvons un article         collection du Mercure de France, son\ntrès spirituel de Rachilde: Questions       nouveau drame : Aglavaine et Sély-\nbrûlantes des lettres archi-intéressantes   sette. Paraîtront également dans cette\nde Jules Laforgue la Vie mentale de         collection : la réédition, en un volume,\nGustave Kahn ; le commencement              des trois cahiers de vers épuisés\nd'une étude passionnelle de Robert          d'Emile Verhaeren (Soirs, Débâcles,\nScheffer : Le prince Narcisse ; un          Flambeaux noirs) ; Le Voyage d'U-\narticle très juste contre la démocratie     rian et Paludes, d'André Gide, en un\nlittéraire, par M. Paul Fournier, dans      volume également ; A-vau         l'amour,\nlequel il conteste le sens esthétique de    contes, par André Ruyters; on annonce\nla foule, et qu'il intitule : La race       aussi Ombres et Mirages de Robert\ninconnue ; des proses d'un charme           Scheffer; à paraître également, dans la\ninfini d'Ernest La Jeunesse sur Fanny       collection du Coq Rouge, sur Japon\n Qaessinger et les Lettres ; des vers       impérial, Opéra, d'Arthur Toisoul.\nd'Henry Bataille: Quelques silences;        Tirage à 350 exemplaires numérotés.\net un superbe article de Paterne Ber-       Prix : 2 francs en souscription chez\nrichon Pour Verlaine, dans lequel les       l'auteur, 38, Rue Vautier, Ixelles.\nmoralistes et les puritains à la ligne,                                PÉRINET.\n\n  Des presses de XAVIER HAVERMANS, Galerie du Commerce, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-09-n5-206", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES Bernard (Charles). Et chanta", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 270, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3290, "texte": "LES LIVRES\nBernard (Charles). Et chanta            Maeterlinck (Maurice). Ala-\n        la feuillée . . . . I      »            dine et Palomides . 3 50\n                                         — Le Trésor des Humbles 3 50\nDelattre (Louis). Contes de\n        mon village . . . 3 50          Marlow (Georges).     L'Ame\n  — Les Miroirs de jeunesse 3 50              en Exil                 3 »\n  — Une Rose à la Bouche. 3 50          Maubel (Henry). Miette . . 3 50\n                                         — Etude de jeune fille . 2 »\nDemolder (E.) Contes d'Yper-             — Q u e l q u ' u n d'aujour-\n       damme                 3 »                d'hui                  3 5o\n  — Impression d'Art . . 3 »             — Ames de couleur . . 2 »\n  — James Ensor . . . . 3 \"\n  — Récits de Nazareth. . 3 »           Pierron (Sander). Pages de\n                                                Charité            3 50\ndes Ombiaux (Maurice). Vers\n       de l ' e s p o i r . . . . 2 »     — Berthille d'Haegeleere 5 »\n  — Chants des jours loin-              Rency (Georges). Vie     .   . 3 »\n       tains (épuisé) . . .\n  — Les amants de Taille-               Rousseau (Blanche). La\n       mark (drame). . . 2 »                    Simple                1 »\n  — La Ronde du Trouvère 2 »            Ruyters (André). Douze petits\n  — Larmes en fleurs (hors                      nocturnes . . . . 2 »\n       commercé)....                     — Les Oiseaux dans la\n                                                cage                  3 »\nEekhoud (Georges) Kees Doo-             Severin (Fernand). Le Lys . 2 »\n       rik                  3 50\n  — Kermesses . . . . 5 »                 — Le Don d'enfance . . 2 »\n  — Nouvelles Kermesses . 3 50            — Un chant dans l'ombre 3 »\n  — Les milices de Saint                Stiernet (Hubert). Histoires\n       François (épuisé). .                     du Chat . . . . 1 50\n  — La Nouvelle Carthage. 4 »             — Contes au Perron . . 2 »\n  — Les Fusillés de Malines 3 50\n  — Au siècle de Shakes-                Toisoul (Arthur). Mai . . 3      »\n       paere                3 »           — Opôra                  2     »\n  — Mes Communions . . 5 »\n  — Le Cycle Patibulaire 3 50           Vande Putte(Henri). L'homme\n  — Philaster (tragédie de                      jeune               3    »\n      Beaumont et Fletcher) 2 .»          — La Noce                 5    »\n                                        Van Eerberghe (Charles).\nElskamp (Max.) Dominical . 2 »                 Les Flaireurs . . . 1 »\n  — Salutations, dont d'an-\n       géliques . . . . 3 50            Verhaeren (Emile) Les Appa-\n  — En Symbole vers l'Apos-                    rus dans mes chemins. 3 50\n       tolat                3 50          — Les Campagnes hallu-\n  — Six chansons de pauvre                     cinées                 5 »\n       homme. . .                         — Almanach                  5 »\n                                          — Les Villages Illusoires. 5 »\nKrains (H.). Les bons Parents 3 »         — Poèmes                    3 50\n — Histoires lunatiques . 3 »             — Les Villes tentaculaires. 5 »\n\n Tous les volumes, indiqués ci-dessus, sont envoyés franco, contre\nmandat-poste adressé au secrétariat de la revue,\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 220, "texte": "n° 5 -- tome                 II.             septembre 1896\n\n\n\n le coq rouge\n                      & L'ART JEUNE.\n\n\n\n\n                      SOMMAIRE :\n\nNous tous                                  MAURICE DES OMBIAUX.\nSeptembre                                  GUSTAVE K A H N .\nLe jardin                                  ANDRÉ RUYTERS.\nCloches joyeuses                           GEORGES PIOCH.\nRêve d'oiseaux                         .   H E N R I DE CLASSANT.\nOpôra                                      ARTHUR TOISOUL.\nNepenthés                                  CAMILLE MARYX.\nTérence : Phormion (suite)   . . . .       E M . BOISACQ.\nChronique littéraire                       GEORGES RENCY.\nPicorée                                    PÉRINET.\n\n\n\n\n                   le numéro fr. 0,80\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "        le coq rouge\n                   &    L'ART      JEUNE\n           PARAISSANT LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n           Prix d'abonnement annuel :\nBELGIQUE                                            8 FRANCS.\nÉTRANGER                                           10\n                                         (BELGIQUE 20\nÉdition sur papier de Hollande Van Gelder{\n                                   (ETRANGER 25           »\nRédacteur en chef : MAURICE DES OMBIAUX, 6 rue de Bériot.\n\n\n  Les rédacteurs du Coq Rouge se réunissent tous les mercredis à\n5 heures au Café de l'Hôtel Ravenstein, rue Ravenstein.\n  Pour envoi de copie, correspondances diverses, offres de colla-\nboration, demandes d'échange, administration, s'adresser à\n            M. H E N R I VANDEPUTTE, Secrétaire,\n                         131, rue de Brabant.\n\n\n               REVUES A LIRE :\nSociété Nouvelle, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles.\nArt Moderne, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles.\nRéveil, 64, rue Kessels, Bruxelles.\nLa Lutte, 15, place Van Meyel, Bruxelles.\nLibre Journal, 117, rue du Havre, Mons.\nMercure de France, 15, rue de l'Echaudé, Paris.\nRevue Blanche, 1, rue Laffite, Paris.\nMagazine international, ci, avenue Niel, Paris.\nErmitage, 26, rue Juliette Lamber, Paris.\nL'Aube, 26, rue d'Orléans, Paris.\nRevue des Revues, 32, rue de Verneuil, Paris.\nLa Plume, 31, rue Bonaparte, Paris.\nDocuments sur le Naturisme, 10, rue des Tenneroles, Saint-Cloud,\nL'effort, 8, rue des Puits-Creusés, Toulouse.\nDie Gesellschaft, Hans Merian, éditeur, Leipzig.\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                       NOUS TOUS\n\n\n   LORSQu'lL              y a seize ans quelques jeunes gens, liés par le\n              même enthousiasme pour l'Art, réunirent leurs forces, leur\n              foi, leur jeunesse, pour donnera leur pays une vie littéraire\n              qu'il n'avait jamais connue jusqu'alors, ils ne trouvèrent,\ndans les œuvres de leurs devanciers, si l'on excepte Decoster, Lemon-\nnier, Pirmez et Picard, qu'une veulerie d'expression qui n'avait\nd'égale que la veulerie des idées.\n    Mais l'indigence de l'expression était plus choquante encore à une\népoque où fleurissait le Parnasse en France, où la réaction contre le\nromantisme atteignait son degré le plus élevé d'exaspération, au point\nque la jeunesse, dans l'exagération de son culte pour la forme, ne\ns'attachait plus qu'à décrire des sentiments d'exception.\n    Si le snobisme la fit se livrer parfois à des contorsions bizarres au\npoint de\" sacrer grand homme le vicomte de Lautréamont, et chef-\nd'œuvre les chants de Maldoror, il faut reconnaître que cet inconvé-\nnient' fut moindre que le service rendu à nos écrivains en les faisant\nsoigner la correction de leurs œuvres, dans un milieu où l'on n'était\nque trop facilement enclin à l'incorrection.\n   Toutefois on ne s'arrêta pas dans cette voie. On ne sut pas, la\nformeconquise, la faire servir à autre chosequ'àdes enjolivements, des\narabesques et des variations de toutes sortes. Nos jeunes prosateurs\nfirent, la plupart, de fort jolies phrases et d'exquises métaphores,\nmais il semble que la recherche des tournures précieuses les empêcha\nde penser, de manier des idées, de cristalliser quelques parcelles de vie\n                                                                       13\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "                                — 194 —\n\ndans leurs écrits. On accumulait des mots extraordinaires, mais le\nsouffle manquait pour aller au delà d'un poème en prose d'une tour-\nnure byzantine ou japonaise.\n   Les poètes faisaient d'excellents vers, à peu près irréprochables,\nmais le souci exagéré de la forme les empêchait de regarder autre\nchose que le passé. Ils se souvenaient trop de leurs devanciers et ne\nsavaient penser qu'à travers les œuvres des autres.\n   Mais tout cela était fort joli et, je le répète, point du tout inutile\ndans ce pays de patois.\n\n\n                                   *\n\n   L'enthousiasme indéniable que suscita, dans la jeunesse amie du\nbeau, le mouvement de 1880, ne tarda pas à s'arrêter.\n   L'Art pour l'Art ne peut préoccuper que des écrivains de déca-\ndence. Le public n'y trouve pas d'intérêt. Les questions de technique,\nles affaires de métier le laissent singulièrement froid. Il demande\nl'émotion:\n   L'émotion, on ne sut pas la lui donner; le culte immodéré de la\nforme en avait desséché les sources.\n   Cette littérature ne parvint donc pas à créer chez nous une renais-\nsance de l'intellectualité. Nos écrivains n'avaient d'ailleurs jamais eu\nce but. Ils s'installaient dans de vieilles tours lézardées, prétendant\nqu'elles étaient d'ivoire, ne sachant trop ce qu'ils voulaient faire,\n-attendant la gloire, ou se disant, pour se consoler, qu'ils ne seraient\n compris que dans cinquante ans.\n   De sorte que malgré ce qu'ils ont écrit, le public les ignore toujours.\n Le public a tort,'mais ils sont trop loin de lui, ils n'exaltent que des\n sentiments artificiels.\n\n                                       *\n                                           *\n\n   Autre chose paraît enthousiasmer la jeunesse, à l'heure actuelle.\nSous l'impulsion de grands penseurs, de savants et d'apôtres, le\nniveau moral de la société se relève, la compréhension de la vie\napparaît plus large, plus grande, plus généreuse, plus conforme à la\nnature. Les grands sentiments humains requièrent plus l'admi-\nration que des choses d'exception, que les névroses mystiques,\nhystériques, etc. Le cœur s'exalte vers le soleil, la liberté. On'veut\nvivre débarrassé des liens qui depuis des siècles ligottent les hommes,\ndes dogmes et des lois qui nous empêchent de suivre la spontanéité de\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": "                              -   195   —\n\nnos impulsions naturelles, moulent nos actions, nos pensées, d'une\nmanière fixée d'avance.\n   Nous ne voulons plus obéir à des formules et à des règles que nous\nn'ayons librement consenties.\n   Nous ne voulons plus vivre avec les morts. Ils nous ont assez tiré\npar les pieds. Ils nous empêchaient de nous élever. Laissons-les,\nvivons avec les vivants, vivons nos rêves, vivons de nos forces vives,\naccordons nos instincts, ne les étouffante pas.\n   Les artistes qui sont les harpes éoliennes vibrant sous les courants\nde pensées, d'aspirations et de désirs encore informulés, qui traversent\nle monde, doivent exprimer l'idéal vers lequel tendent leurs contem-\nporains.\n   Chez nous, la race n'est pas tellement appauvrie que la génération\nqui commence à penser ne puisse trouver son expression.\n\n\n\n\n   Une philosophie nouvelle est née des développements continuels\nde la science. Elle ne cherche plus l'harmonie dans une tyrannique\nuniformité, mais dans le libre développement, la spontanéité, l'ini-\ntiative des hommes. Elle veut élargir l'humanité. On n'exclura plus\npersonne de son sein. La variété infinie de capacités, de tempéra-\nments et d'énergies individuelles pourra fleurir.\n   Certes, cette manière de voir n'est pas universellement admise. Il\ny a même des esprits robustes, comme M. Brunetière, qui ont\nclaironné la faillite de la science. Mais il est à remarquer qu'après la\ncélèbre réponse de M. Berthelot, le directeur de la Revue des Deux\nMondes restreignit la portée de son article et l'intitula : la Renais-\nsance de l'Idéalisme. C'était faire amende honorable, car l'Idéalisme\nconçu dans les anciennes formes, avec les anciennes idées, n'était pas\nmort. Certes la science s'en était complètement écartée et avec elle\ntous les esprits dégagés d'opinions imposées. De la sorte il était fort\ndélaissé.\n   Sa renaissance, telle que nous la comprenons, ne peut venir que de\ncette science que l'on traite avec tant de désinvolture.\n   La philosophie dont nous parlons a une évolution parallèle à celle\ndes sciences. De même que celles-ci ne peuvent plus accorder\nd'importance aux axiomes formulés il y a trois siècles et que des faits\ninnombrables sont venus détruire, de même la philosophie ne peut\nplus admettre des dogmes qui apparaissent maintenant comme des\nrecettes d'empiriques. Elle nécessite des formes nouvelles.\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "                               -— 196 —\n\n    Mais chaque homme tient à la formule que sa génération a trouvée.\nAu fur et à mesure qu'il vieillit, il cherche à l'accorder, à la relier\naux précédentes. La peur de celles qui doivent venir, le rejette dans\nles bras d'un passé longtemps dédaigné et lui fait donner un sens\nplus étroit aux règles existantes. Il arrive à les vénérer comme si\nelles étaient de révélation divine et, plus que jamais, le règne de\nl'a-priorisme se consolide.\n   Peu d'hommes savent admettre, quoi qu'on dise, l'évolution indé-\nfinie. Chacun l'arrête à soi. Il considère qu'elle est arrivée, avec lui,\nà son épanouissement suprême.\n\n\n                                   * *\n\n    Ce qui Vient d'être dit se marque bien plus encore en littérature\n que dans les autres domaines de l'iritellectualité.\n    Nous avons constaté les résultats produits par cette critique évo-\n lutive dont M. Brunetière se constitua l'inventeur breveté.\n    On sait qu'avec une grande habileté et une dialectique solide, cet\nacadémicien s'efforce, si on l'en croit, d'appliquer à la critique litté-\nraire les théories de l'évolution. Sa méthode consiste à réclamer\nde Darwin et de Haeckel le secours que Taine a demandé à\nGeoffroy Saint-Hilaire et à Cuvier.\n    Mais n'est il pas curieux de constater que le même M. Brune-\ntière, après avoirexposé ses principes, les a combattus avec une égale\nénergie pour subordonner la science à la morale et infirmer l'autorité\nde toute doctrine fondée sur les sciences naturelles. Après avoir\nrevendiqué le droit de s'en servir, il a repoussé avec opiniâtreté les\nidées darwiniennes au nom d'une morale immuable, et condamné\nl'introduction des théories transformistes dans la psychologie et la\nsociologie.\n   Comme on le voit, le célèbre critique est un fantaisiste. Il érige en\nsystème le paradoxe et soutient fortement des opinions extraordi-\nnaires et souvent contradictoires. Quoi de plus subjectif?\n   Il faut toutefois reconnaître que son projet ne manquait pas\nd'ampleur et d'audace. Mais comment appliquer aux plus hautes\nmanifestations de l'âme humaine que sont les œuvres d'art, les\nméthodes basées sur des faits d'expérimentation externe ? Avant\nd'en arriver là, ne faudrait-il pas que les sciences nous aient dit le\ndernier mot sur nos origines et notre nature ?\n   Ce dogmatisme en matière de critique est également professé par\nM. Doumic, le disciple bien aimé en qui M. Brunetière a mis toute\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": "                               — 197 —\n\nsa confiance. Lui aussi condamne là critique subjective comme sub-\nversive et dangereuse. La critique objective est la seule bonne à son\nsens. Il la pratique avec habileté. L'élève a plus d'adresse, mais\nmoins de force que le maître. M. Brunetière met de la passion dans\nses articles, tandis que chez M. Doumic c'est le scepticisme qui en\ntient lieu. Il a la prudence et la malice d'un vieillard. Il a été piquant\nde voir la chiquenaude par laquelle il s'est débarrassé de nos petits\n« Raphaëls noirs » qui tout en se déclarant « trop artistes pour lui »\nessaient de s'accrocher à sa dialectique professorale et placent en lui\nleurs plus chers espoirs.\n  Les protagonistes de la critique objective, malgré leur formidable\nappareil d'érudition, de raisonnements et d'arguments, ne nous\nparaissent faire, en réalité, tout comme beaucoup d'autres qui n'ont\npas leur prétention, que de la critique subjective.\n  Celle-ci est la seule rationnelle, cela paraît indéniable. Pouvons-\nnous connaître des autres plus que nous ne' connaissons de nous-\nmêmes ? E t les règles que nous établirions en nous flattant de cette\nconnaissance seraient-elles autre chose que le reflet de nos goûts et\nde notre caractère ?\n  En un mot, pouvons-nous objectiver autre chose que nous-mêmes?\n   Le résultat obtenu par l'un sera plus considérable s'il a du monde\nune conscience supérieure, mais nous ne pouvons pas sortir de nous-\nmêmes et c'est à travers le même prisme formé par nos cellules\ncérébrales que nous voyons les événements de la vie.\n   Certes, pour ne rien exagérer, il y a bien quelques règles de bon\nsens qui paraissent, au premier abord, imprescriptibles. Nous serions\nles premiers à les enseigner si nous y étions appelés, mais nous les\navons déjà vues subir tant d'accrocs !\n   En dehors de quelques vérités supérieures qui nous sont enseignées\npar les mathématiques, a-t-on jamais formulé quelque axiome ou\nquelque théorème dont la démonstration n'ait dû être faussée par la\nsuite ? Et, pour me servir d'une comparaison tirée de l'algèbre, à\nopposer aux fabricants de formules, ceux qui veulent réduire les\ninconnues d'une œuvre d'art, ne sont-ils pas toujours mis en défaut\npar une équation qui leur manque pour fixer la valeur d.e chaque x\net de chaque y ?\n  Ils ne peuvent, dès lors, établir ces valeurs qu'en recourant aux\nprobabilités.\n   L'équation qui manque, c'est précisément la personnalité de\nl'artiste. Elle est irréductible et c'est ce que certains appelleront sa\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "                               — 198 —\n\npart de divin, qui échappe à la connaissance humaine, comme toutes\nles raisons de notre existence.\n  \" Si l'on nous permet encore une comparaison tirée des mathéma-\ntiques, nous constaterons que la critique la plus savante, la plus\nminutieuse, la plus loyale, la plus éclairée, ne sera jamais, dans son\nrapport avec la vérité absolue, autre chose que l'asymptote auprès de\nl'hyperbole. Elle s'en approchera constamment, niais ne l'atteindra\njamais.\n    C'est pourquoi nous n e pouvons attribuer à la critique l'importance\nque certain dogmatisme a voulu lui donner. Ne croyant pas à la\nrévélation divine des règles, nous ne pouvons que nous en tenir à ce\nque nous sentons, à ce que nous voyons, à ce que nous constatons.\n    Nous ne considérons pas comme définitive et immuable à l'égard\nde tous l'expression que nous avons trouvée pour nous-mêmes. Il ne\nmanqueiait plus que cela, diront, mais dans un autre sens que\nnous, les pjaisantins qui prétendent détenir le monopole de la litté-\nrature en Belgique.\n    Les bâtisseurs du système de la critique objective sont des esprits\ntrès robustes. Leur édifice est, il faut l'accorder, considérable, mais\nils sont épais et leurs facultés trop grossières pour s'appliquer aux\nœuvres d'un art qui s'est affranchi des conventions.\n\n\n                                   * *\n\n   Les conventions ! aucune langue n'en a subi de plus inutiles que\nla langue française. E t elle est encore la proie d'un appareil de règles\nsurannées.\n   Son évolution a suivi et peut-être subi l'évolution politique de la\nFrance. S'il était nécessaire de fondre en un langage unique les\ndialectes divers, il n'importait pas de lui imposer des règles de fer\nqui devaient comprimer la pensée et éloigner cette poésie légère,\nténue et fluide que l'on ne trouve plus que dans les vieilles chansons\npopulaires.\n   Il y a longtemps déjà, un critique allemand, A. Schlegel écrivait\nque si la poésie refleurissait en France, ce serait par un retour à\nl'esprit poétique de la littérature des temps anciens.\n   Il faudrait sauter par-dessus l'époque classique, malgré tous les\nchefs-d'œuvres qu'elle vit éclore, pour se retremper aux sources\npremières, aux temps où le poète écoutait encore chanter son cœur.\n   Une poésie s'épanouissait en France, toute de spontanéité et de\nnaïveté, où s'exaltait l'âme de la race même. Et cette poésie n'était\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": "                              — 199 —\n\npoint, comme celle de nos jours, l'exclusif apanage de quelques\nlettrés.\n   Mais on voulut ressusciter la Rome morte depuis des siècles, on\nvoulut ramener la louve romaine victorieuse avec ses costumes, ses\nusages, ses dieux, en Gaule, chez un peuple à demi germanique.\n   La langue alors subit un travail considérable, se déforma pour\ns'adapter au moule antique, mais un déchirement se produisit :\nl'élément latin triomphait.\n   Les grammairiens et les éplucheurs de mots s'en mêlèrent et l'Art\nfinit par s'égarer dans de quasi-géométries. I1 devint froid, calculé,\ncompassé, exempt de douce rêverie, défiant à l'égard de l'inspiration\nimmédiate de la nature. Correct, grand, beau, noble, mais uniforme\nde pensée et d'expression, il se figea dans du marbre ou de l'or. Mais-ce\nmarbre et cet or ne sont point la vie. Ces richesses seront dédaignées,\ntandis que la gerbe de fleurs champêtres de La Fontaine refleurira\néternellement, parce que le bonhomme n'a pas vu les sentiments de\nl'humanité à travers les règles et les conventions de son époque : son\ngénie l'en avait affranchi.\n   Les romantiques ont brisé ces règles dans lesquelles ils se trouvaient\nà l'étroit, mais ils en ont conservé les morceaux, que la fin de ce\nsiècle verra disparaître.\n\n                                   * *\n\n   Le plus grand mérite de ce siècle est peut-être d'avoir trouvé, à\ntravers les inventions innombrables, les découvertes sublimes, le\ndéveloppement inouï de l'activité sociale, l'entrechoquement et le\nbouleversement de tous les systèmes philosophiques, une compréhen-\nsion humaine de la vie, une morale humaine, altruiste, dégagée du\nfard que les hypocrisies et les erreurs séculaires avaient plaquées\nsur elle.\n   Ainsi la nouvelle génération s'est réconciliée avec la vie et s'est\nprise à l'aimer avec exaltation, comme à toutes les grandes époques\nde force et d'énergie.\n   Et c'est l'honneur de la science de nous avoir rendu la simplicité,\nmais consciente, de l'ignorance.\n   Les qualités affectives de l'homme peuvent se développer à la seule\nidée de la vie. Ainsi, il retrouvera le sens poétique des moindres\nchoses de la nature, négligées par un art qui ne se complaisait qu'en\njabots, en habits brodés et couvert de joailleries.\n   D'une bonté plus large et d'un amour plus grand de la vie, l'Art\n doit sortir bondissant et joyeux, dégagé de toute entrave.\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "                               — 200 —\n\n   E t les petits Canuts de notre littérature auront beau lui dire en fai-\nsant leur plus grosse voix : « tu n'iras pas plus loin », il les renversera\ntous. Ils auront beau vouloir poser des bornes d'Hercule. Elles sem-\nblaient de grande taille et inébranlables, et cependant le Moyen-Age\nles a renversées. Le nouvel âge où l'humanité sera libre, ne s'aper-\ncevra même pas qu'on en a placé de nouvelles, parce qu'il n'aura plus\nd'effort à faire pour les balayer.\n\n                                        *\n                                       * *\n    Les romantiques, avons-nous dit, ont sapé le classicisme que les\nparnassiens ont voulu restaurer. Mais ceux-ci n'ont plus d'impor-\ntance : les plus glorieux d'entre eux ont abandonné le Parnasse.\n   On en aime quelques autres, comme on aime des bibelots rares, et\nils n'offrent plus qu'un faible intérêt historique.\n   Aussi le retour offensif de leurs petits imitateurs n'a-t-il pas\nd'importance.\n    N'est-ce pas M. Doumic, à l'habit duquel ils s'accrochaient déses-\npérément il y a quelques mois, qui les accuse de préciosité et de gon-\ngorisme, reproche grave sous sa plume? Nous lui donnerions\ndifficilement tort, car cette école n'a pas d'issue : elle marque la fin\nd'un âge pareil au monstre décrit par Horace au commencement de\nson Art poétique, desinit in piscem.\n   C'est la fin. Le vieux Walhall littéraire, comme le Walhall social,\ntremble sur ses bases.\n   Les dieux ont vaincu naguère les géants, mais nous assistons à\nleur crépuscule.\n   En vain Wotan, ne sachant se résigner à sa chute prochaine,\nessaie-t-il de susciter un héros qui reconquerra le Trésor par lui\nperdu. Mais il ne peut qu'armer de sa propre épée le bras de\nSiegmund, l'enfant de sa douleur. C'est lui-même donc, c'est sa\npensée qui combat et elle est désormais impuissante : elle doit\nsuccomber.\n   Pour reconquérir l'or, emblème de la puissance de vie, il faudra le\nlibre, l'ignorant, le simple et le fol, n'ayant eu d'autre maître que la\nNature, celui qui s'est forgé lui-même son glaive, le sublime\nSiegfried.\n   E t le verbe est un glaive.\n                                       *\n                                   *       ■   *\n\n\n\n\n  Chez nous, la race n'est pas tellement appauvrie que la génération\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": "                                — 201    —\n\n qui commence à penser ne puisse trouver son expression, avons-nous\n dit au début de cet article.\n    A l'encontre de la première génération littéraire et suivant l'exem-\n ple de nos meilleurs écrivains qui s'étaient affranchis de toute entrave,\n ne se reliant plus à la tradition que par le talent, la génération nou-\n velle a jeté par-dessus bord tout ce qui pouvait la gêner dans son\n expression. Elle ne s'est pas attachée à ressembler de point en point\n à une école littéraire qui a fait son temps et à pousser sur elle comme\n une verrue.\n    Ces jeunes hommes entrèrent dans les Lettres, pénétrés d'une\n ignorance qu'ils brandirent parfois avec ostentation, il faut bien\nl'avouer.\n    Mais qui oserait le leur reprocher ? Ceux qui admiraient naguère\n le premier livre d'un des leurs, où des kyrielles d'adjectifs dansaient\n une danse de Saint-Guy, avec des contorsions bizarres et mons-\ntrueuses, devant quelques substantifs ahuris? Non, n'est-ce pas, ce\nserait trop drôle. On ne se souviendrait plus qu'on proclamait cet\nopuscule un chef-d'œuvre destiné à révolutionner le monde par sa\nnouveauté. Pourtant, à part cette clownerie de forme, que conte-\nnait-il ? Les attaques de nerfs d'un émotionnel mixte, tout au plus.\n    Il ne faut point blâmer les nouveaux de n'avoir su se plier à une\ndiscipline qui leur semblait surannée et incompatible avec leur tem-\npérament. Ils ont crié ce qu'ils avaient en eux avec les moyens peu\nperfectionnés qu'ils possédaient. Les cœurs des grammairiens ont\nsaigné parce qu'ils échappaient à leur influence. Cependant, petit à\npetit, les formes dont ils se servent s'épurent et les scories dispa-\nraissent.\n    On s'est empressé de leur jeter la pierre, de leur lancer des\n bordées d'injures, parce qu'ils ne se présentaient pas aux réunions où\n le pion à tête d'oiseau posée sur un ventre bedonnant soutenu par des\njambes maigres et fléchissantes, professe la poésie devant quelques\njeunes rimailleurs pâles et chevelus dont il corrige les devoirs de style.\n    Quant à nous, nous avons cherché en eux autre chose que\nles défauts inévitables des débutants. La valeur humaine d'une\nœuvre, si je puis m'exprimer ainsi avec quelque chance d'être\ncompris, nous intéresse plus que toutes les recherches d'expression\nobtenues après une laborieuse gymnastique. Du moment que cette\nvaleur se manifeste à nous, c'est qu'elle a trouvé la forme qui lui\nconvenait; et nous nous efforcerons de la développer et de l'exalter,\ncertains que les imperfections s'en iront d'elles-mêmes, au fur et à\nmesure que la pensée s'affermira et mûrira.\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "                              — 202 —\n\n   On leur reprochait dernièrement de prétendre noter leurs sensa-\ntions au moment où ils sentent, sans aucune transition, et l'on\ndénonçait leur principe artistique comme erroné et funeste. Or, il est\nmanifeste que cela est matériellement impossible. On leur attribuait\ndonc une absurdité afin de les combattre plus facilement. C'est\nvraiment un procédé par trop sommaire de discussion.\n   Mais le gongorisme et l'Art pour l'Art ne peuvent admettre qu'ils\naient échappé à leur enseignement neutre et à leur débilitante\ninfluence. C'est pourquoi l'on n'hésite pas à s'insinuer dans les\njournaux quotidiens, pour user, à leur égard comme au nôtre, de\nla mauvaise foi la plus corrosive.\n   Tout cela nous est indifférent et nous n'en chérissons que davantage\nnos jeunes amis.\n   Qu'on nous montre, dans les serres chaudes où l'on élève à grands\nfrais quelques avortons de lettres cosmopolites, péniblement rassem-\nblés, des gaillards tels que MM. Ruijters, Rousseau, Vande Putte,\nRency, Toisoul, Bernard, etc.\n   Je n'opposerai pas M. Ruijters ni M. Vande Putte à leurs pro-\nsateurs. Ils n'ent ont pas. Mais parmi leurs petits rimailleurs d'alexan-\ndrins poussifs, qu'ils nous montrent et choisissent soigneusement dans\ntoute la bande moutonnière des enfants de l'ordre et de l'harmonie,\ncelui qui est capable d'écrire une -Chanson de vie comme celle de\nM. Georges Rency. Qu'ils nous montrent donc un poète comme\ncelui-là. S'il n'a pas leur recherche de métaphores baudelairiennes\net banvillesques, c'est que son lyrisme s'accorde mal de leurs\nocarinas. Citerai-je aussi le Mai de M. Toisoul? Il n'y a non plus\npersonne à opposer à celui-là.\n   Nos cadets, après avoir jeté leurs gourmes avec une pétulance et\nune confiance de jeunes hommes pleins de santé et d'espoir, ont\ntrouvé, maintenant qu'ils se sentent plus sûrs d'eux-mêmes, qu'ils\nn'avaient plus la moindre raison de n'être pas avec nous, dans la\nmême revue.\n   Nous avons tous le même respect pour la liberté de l'écrivain. Nous\ncroyons tous que les vieux critères sont finis, que l'harmonie et la\nbeauté d'une œuvre existent dans le seul rapport entre la pensée et\nsa forme et qu'elles ne dépendent plus de l'emploi de certains modes\nd'expression.\n   On leur a reproché d'être individualistes ; nous le sommes aussi.\n   Nous leur ouvrons donc toutes grandes les portes de notre maison\nqu'ils connaissent bien, car ils y sont déjà venus souvent en visite.\n Par ma voix, les aînés leur souhaitent la joyeuse entrée. Qu'ils\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "                              — 203   —\n\n\nviennent avec toute la turbulence de leur jeunesse, sans la moindre\ncontrainte, en chantant et en dansant si cela leur fait plaisir. Qu'ils\nla remplissent, qu'ils la bourrent, cette maison, nous l'agrandirons\ns'il le faut.\n    Mais qu'ils me permettent un conseil que, seules, les quelques\nannées que j'ai de plus qu'eux m'autorisent à leur donner. Qu'ils se\ngardent de la mauvaise foi, de la duplicité, des polémiques louches et\nodieuses et des infamies dont on a soulevé l'anonymat et qui désho-\nnorent des écrivains d'ici, en qui lé journalisme avec toutes ses tares\net ses abjections, a tué l'Art. Qu'ils se souviennent de ces paroles\nd'Hans Sachs, le seul qui, au milieu du muflisme des maîtres\nchanteurs inféodés à la routine, ait compris le chant inspiré du\nmerveilleux Walter de. Stolzing : « Au milieu des tracas, des ennuis\nde l'existence coutumière, heureux et grand celui qui garde le\ntrésor de sa jeunesse et de son amour, heureux celui qui les chante\ntoujours ».\n     Celui-là seul est l'Artiste, celui-là seul élèvera nos âmes,\nexcitera les enthousiasmes, et c'est sur son front que la postérité\nreconnaissante déposera la couronne de lauriers.\n    E t maintenant, amis, au travail. Les discussions, les disputes ne\nservent à rien. Nos œuvres seules montreront ce que nous valons,\nlaissons les polémiques de papiers quotidiens aux ratés qui ne\nsavent plus se manifester d'une autre manière.\n    A l'œuvre donc, et faisons chanter haut et clair notre Coq Rouge.\n\n\n                                       M A U R I C E DES OMBIAUX\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "          SEPTEMBRE\n\n         LAmonotone terreur des choses\n           S'aigrit d'impatience et d incertitude.\n Est-ce danger de mort rude ?\n peut-être les jeux de l'ondée\n se rythmeront agiles en frappant sur les feuilles\n et se poursuivront ils aux mares débordées,\n l'averse comme sur une enclume\nfrapper a-t-ell e les fleurs contre la terre solide\n ou l'éclair zigzaguant fendra-t il les tiges\n que lui tord l'autan sifflant —\n quel é.it l'inconnu qui se masque de brume!\n\n\n Un aboi scande l'espace,\n Une fillette en mante noire\ndont le cœur éclate de peur et de silence\nse presse, sous la grise menace\nde l'orage, au sourd grondement,\nbruit dans les cavernes blanches\ndont le ciel se creuse lividement.\nDes vols brefs sillent dans l'horizon,\nles aile des colombes blanches\nse débattent dans l'air sourd,\nau lointain la nuit à peine se devine\nparmi la lenteur d Une bru/ne opaline\nouate claire ou nul nuage ne court,\n\n\nla vapeur grasse d'un steamer\ntraîne panache sombre au ras de la mo-\n     et la carcasse du vaisseau\n     semble une lointaine écuelle\n     abandonnée sur du sable.\n      Les arbres anxieux fléchissent\ncomme en crainte d un coup qui les accable\net toutes leurs feuilles gémissent\nentre les doigts joueurs du vent cruel.\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "                                — 205 —\n\n\n             Le ciel est tendu comme un drap livide\n             un peu au dessus de la f ace effarée\n              de la terre tremblante de ses mille rides\n              Veuille le ciel donner à la terre orpheline\n                        aumône et pitié\n             veuille le ciel donner à la pauvre terre\n        l'aumône de ses eaux, sans la frapper de son tonnerre\n\n                                                GUSTAVE KAHN.\n\n\n\n\n                       LE JARDIN\n\n\n\nQ            UAND elle entra, hautaine et belle, il était dans l'herbe\n              agenouillé, occupé à contempler les yeux de grandes\n              roses rouges et velouteuses. Le sable de l'allée cria sous\n              les pas de celle qui arrivait. Il se retourna, et ce lui fut\nl'inexprimable étonnement de l'apercevoir... « Vous ! » fit-il, et il se\nreleva... « Vous ! . . . » Il ne comprenait pas. Celle qui ne l'aimait plus,\ncelle qui l'avait quitté, elle était là, revenue !\n   Elle répondit, de voix pressée : « Oui ! C'est moi ! Je passais par\nici. Je suis entrée pour une minute... Je ne vous gêne pas?\n   Elle n'osait le regarder en face ; elle avait tourné la tête vers\nl'horizon, là-bas, où un couchant s'alanguissait, rose et pâle.\n   Il ne sut rien répliquer. Cette présence soudaine le stupéfiait.\nPourquoi était-elle ici ? Que voulait-elle ? Et il était si surpris qu'il\nn'avait même pas à la revoir, l'ancienne aimée regrettée, l'affolement\nde cœur qu'il se fut imaginé devoir souffrir. Pourquoi était-elle\nvenue ?... Elle passait par ici ? E t non ! Qu'eût-elle donc pu chercher\nà cette heure, dans la campagne, muette et vide, sinon... Il n'acheva\npas sa réflexion. Ah ! à quoi bon ! Tout n'était-il pas fini? Ne valait-\nil pas mieux laisser tranquilles les vieilles blessures mi-oubliées. Et\npaisiblement, il répondit...\n   — « Pourquoi me demandez-vous si vous me gênez, Hélène ?\nPourquoi supposez-vous cela ?\n   — « Je ne sais pas !... C'est une simple question... »\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "                                —   206   —\n\n\n   E t ils se turent, embarrassés, avec, peut-être aussi, un peu de\ntrouble qui montait en leur cœur. Autour d'eux, c'était la pensivité\nrecueillie et grave du soir qui tombe, le graduel enroulement des\nombres qui se déplient, l'assoupissement de tout le paysage et, à\nl'horizon, la pamoison extasiée du couchant. Une fine odeur de\nrosée nageait dans l'air. E t ils ne savaient plus que dire. Elle semblait\ncomme un peu surprise de se voir là. Et lui, ne. comprenait toujours\npas. Pourtant, par amour-propre, il feignit de trouver cette présence\ntrès plausible et il dit, de ton dégagé...\n   — « Vous êtes venue à pied? Le temps est vraiment fort doux.\nIl fait bon marcher dans la campagne, maintenant. L'air est plein de\nsuavités. Vous n'êtes pas fatiguée au moins?... »\n   Elle leva les yeux vers lui. Il les regarda.\n   Les yeux d'Hélène! Ces yeux violets! Ces yeux baisés... ces yeux\nqu'il avait chéris, ces yeux qu'il avait vus, ardents et fous,... ils furent,\nun instant, sur les siens posés puis s'abaissèrent.\n   E t Georges sentit un petit frémissement douloureux lui traverser\nla poitrine.. Oh! ces yeux... Pourquoi n'aimaient-ils plus? Pourquoi...\nMais non ! Il ne fallait pas être faible ! II se raidit contre son émotion,\nla refoula, comme on refoule un sanglot.\n   « . . . Vous êtes bien seul, ici... murmura-t-elle.\n   ... Oui, je suis très seul. Mais c'est précisément, dans cette inten-\ntion que je me suis sauvé ici... Au reste, cette solitude ne m'est pas\nun isolement et je ne m'y déplais point... Bien au contraire !...\n    ... Ah ! fit-elle. E t elle pensait qu'il avait été un temps où cette\nsolitude qu'il voulait maintenant lui eût été saignante et cruelle. E t\nde nouveau un silence pesa sur eux.\n   Un vent, frais et pénétrant, se levait, se glissant entre les branches\nd'arbres, avec toutes sortes de murmures effacés et musicaux. E t le\nsoir descendait — doucement. Le ciel là-bas, à l'occident, n'était plus\nque faiblement mauve et de grands brouillards montaient.\n   E t il se disait qu'aux jours passés, celle qui, froide, était assise près\nde lui, avait marché à ses côtes, chaude et vibrante et qu'il l'avait\nrêvée éternellement dévouée... Mais ils eurent peur de s'attendrir en\nse taisant plus longtemps. Ils craignaient de se confronter avec\nleurs âmes, ils savaient qu'elles étaient souffrantes et lasses, et ne\nprétendaient se l'avouer. Ils continuèrent donc leur jeu cruel et\n presque ironique...\n    — « Ne restez pas ainsi immobile... Vous pourriez prendre froid !\n L'humidité se fait... Promenons-nous un peu... Si vous le voulez, je\n vous montrerai mon jardin... Tenez, venez avec moi... Je n'ai plus\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "                               — 207 —\n\nrien à faire, ici. J'élève des plantes. Je les aime et elles m'aiment.\n Nous vivons dans une intimité ravissante. Elles me confient les grands\nsecrets de leurs petits cœurs et je leur dis toutes mes pensées. Il y a\ndes minutes où je perçois que vraiment nous nous comprenons. Nous\n avons une affection immatérielle et discrète. Je ne les touche jamais.\nIl y a en elles, je ne sais quelle pudeur que je crains de froisser. Et\nje sens qu'elles m'en sont reconnaissantes. Quand je passe entre elles,\nun effluve de baiser monte de leurs chères mignonnes bouches et\nm'enveloppe...\n   Et tandis que, la face levée, elle respirait l'air parfumé, il la\ncontemplait avidement. E t il reconnaissait avec angoisse, le délicieux\nvisage qu'il avait tant aimé, les yeux fiers et fins, les lèvres minces\net voluptueuses. Elle était belle, ainsi qu'autrefois. Elle était tout de\nnoir vêtue avec, seulement autour du cou nu, un peu de soie violette.\n   — « Voulez-vous venir ?\n   Il l'emmena par les allées qui se faisaient obscures. Des massifs\nde lilas à droite et à gauche élevaient en paquets leurs tiges graciles,\nleurs bouquets de verdure. E t les feuillages léthargies dormaient\ndans la paix du crépuscule. Un silence énorme écrasait tout bruit.\nL'on avait autour de soi, dans ce recueillement, la vertigineuse\nsensation d'un infini muet où toutes choses seraient mortes, étouffées.\nSeule, dans l'herbe, la petite voix effarée et plaintive d'un cri-cri se\nlamentait.\n   Georges continua :\n   — « Celles que je préfère : ce sont les roses et les héliotropes.\nLes unes, parce qu'elles sont de vie brutale et impérieuse, les autres,\nparce qu'elles sont de méditation et de mystère. J'en ai des parterres\ndébordés. Je passe maintes heures à les regarder sans bouger, l'out\nle jour, il y a autour d'elles un chatoyement de petites bêtes célestes,\ndes mouches de cristal, des petits scarabés et des abeilles et des\npapillons aussi, naturellement. Fleurs et bestioles, cela fait une\neffervescence de toutes les couleurs... T e n e z ! Nous y sommes...\n  L'atmosphère était animée et comme mouvante de parfums. On\nen sentait partout le flux et la respiration vivante. Ils s'arrêtèrent.\nDans les ténèbres indécises, ces parfums mettaient mille caresses\ninexprimables. Il en était d'acides, d'aigus, il en était de sucrés; les\nuns détonnaient violemment, les autres intenses et perfides sem-\nblaient étreindre avec lascivité.\n  ... Vous devez en avoir beaucoup... apprécia-t-elle...\n  ... Oh ! J'en ai des centaines... j'en ai des plages tout entières.\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": "                                  — 208 —\n\n\n  Vous ne pouvez les distinguer. Il fait trop noir... Mais n'est-ce pas\n  que vous en percevez l'ardente palpitation vitale...\n      Il l'entraîna au travers du parterre. L'obscurité était tombée. Les\n  arbres se dressaient, droits et souples, sur l'azur profond. De temps\n  en temps, liquidement, une étoile luisait. Les fleurs paraissaient\n  attentives. Leur silence était éveillé et elles écoutaient ce que les deux\n  allaient se dire.\n     Hélène marchait un peu troublée. Les grêles cri-cri dans l'herbe\n  lui racontaient des choses tristes. Elle eût souhaité que Georges ne\n  fût pas ainsi orgueilleux. Pourquoi ne pleurait-il pas?... Peut-être\n eût-elle pleuré avec lui. E t elle l'entendait avec contrainte. Il se\n baissait parfois, lui désignait des touffes plus opaques parmi l'ombre,\n'citait des noms. Les grandes roses faisaient des taches pâles. D'au-\n cunes, blanches et douces, étaient comme des boules d'ouate. Les\n héliotropes demeuraient invisibles mais leur odeur insistait, tressant\n derrière Georges et Hélène, un vivace et embaumé sillage. E t les deux\n s'engagèrent dans un sentier étroit, sous des aubépines. Des oiseaux,\n très loin, dans la campagne, syllabaient. O h ! Ils avaient peur de la\n solitude ! E t Hélène s'énervait. Elle prit en haine, tout à coup, ces\n fleurs et brusque, déclara...\n     — « Cela m'entête de rester ici... J'étouffe... Sortons de ce\n sentier, de toutes ces fleurs..-.\n     Il eut l'air étonné.\n     — « C'est bien!... Suivez-moi... Il y a un banc tout près d'ici...\n Vous pourrez vous y asseoir. L'odeur des fleurs n'est plus si âpre. Elle\n arrive toujours, mais plus lointaine, moins sexuelle... Vous com-\n prenez qu'il n'est guère possible de l'éviter tout à fait. Car c'est à\n dessein que j'ai mis tant de petites vies autour de moi. Elles ne\n m'abandonnent jamais. Je ne saurais être seul parmi elles. Je puis\n m'écarter, m'en aller loin, les parfums ailés finissent toujours par me\n retrouver...\n    Etait-ce un reproche déguisé? Elle le crut et n'osa rien répondre...\n    Le soir était trempé de mélancolie. Les cri-cri s'obstinaient,\n malgré les fleurs, à dire qu'il est des tristesses. E t le grand silence\nnavrait. Le vent remuait les branches avec précaution. Un bruit d'eau\n mousseuse semblait couler dans les feuillages. E t le ciel, immensé-\nment vide, s'ouvrait au-dessus d'eux, tiède et bleu, — infini !...\n    ... Venez ici vous asseoir fit-il... et sous le grand tilleul dont les\nramures flexibles et légères frémissaient, ils firent halte.\n    Mille choses confuses palpitaient entre eux. E t pensive, Hélène\nregardait Georges. Elle semblait excédée et lasse et désolée qu'il fût\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "                               —   209   —\n\ndur et froid. Pourquoi donc ne pleurait-il pas. Il eût été si suprême\nde pleurer avec lui, de laver leurs pauvres cœurs de toutes les lies\naccumulées. Et, comme inconsciemment, elle répéta — « Vous êtes\nbien seul ici!... Il tourna les yeux vers elle, interrogateur, hésitant...\n   — « Seul, Hélène, oui, je suis très seul ! Je suis retiré de la vie\net je n'ai plus peur d'elle. Elle ne me sera jamais plus mauvaise. Je\nsuis seul avec moi-même et j'ai appris à m'aimer. Je m'entoure d'une\ntendresse chaude et incessante, j e m'absorbe en moi. Vous le\ndirais-je ? Mon âme et moi, avons toujours l'air de nous regarder\namoureusement, au fond des prunelles. Je pratique une sorte de\npanthéisme individualiste. Certains soirs, je me grise de mon cœur à\nm'en pâmer. Je viens m'asseoir ici — où nous sommes présente-\nment — ; les roses et les héliotropes me sourient de loin. Je baisse\nles paupières et, délicieusement attentif à mon âme, je sens comme\nde très légers souffles courir dans mes membres, de fines vibrations\nd'être qui me traversent le corps, onduleuses et fugaces, pour venir\nenfin converger en mon cœur et y instrumenter la plénière harmonie\nde moi-même.\n    « ... Vous n'êtes pas changé!... fit-elle, avec un sourire pâle. Je\nvous retrouve tel que je... Mais elle s'arrêta. N'allait-elle pas dire\nqu'elle le retrouvait tel qu'elle l'avait laissé? Une pudeur lui ferma\nles lèvres et puis aussi n'y avait-il pas en elle, dans sa poitrine,\nd'amères larmes qui se fondaient?...\n    Et la nuit s'achevait, simple, admirable. Le petit jardin touffu\ndans la longue plaine uniforme paraissait résorber en sa verdure toute\nl'ombre éparse. Il s'accusait bloc de ténèbres, compactes et pures.\nEt les lignes de l'horizon, les lointaines frontières du paysage, sur la\nclarté sourde, intérieure du ciel — ondulaient, indéfinissablement\nimmobiles. Des élans de brise s'inachevaient, retombaient en modu-\nlations imprécises dans les feuillages. Le vent avait l'air' de jouer,\n capricieusement, avec les parfums ravis et épars de toutes les fleurs.\n    E t les deux n'osaient plus parler. Hélène venait de relever, un\npeu, sa voilette. Ses lèvres moites buvaient la fraîcheur. E t Georges\n les contemplait. La même émotion profonde qui, tantôt, l'avait saisi\n à voir les yeux de l'ancienne aimée, le reprenait maintenant. Les\n lèvres d'Hélène, ces lèvres voluptueuses et minces qui, tant de fois,\n molles et humides, s'étaient sur les siennes collées... les lèvres\n d'Hélène et leur odeur et leur ardeur ! Et voici qu'il se découvrit\n soudain, très bon et affamé du besoin de faire pour elle quelque chose\n d'affectueux et de pieux. Il voulut lui prendre les mains. Mais une\n gêne le retint. Il se contenta de dire :\n                                                                       14\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "                               —   210   —\n\n\n\n   — « Hélène ! Il fait froid. Excusez-moi, je n'ai pas encore songé\nà vous demander d'entrer chez moi. Dites, voulez-vous pas ?...\n   Elle tressaillit...\n   — « Entrer chez vous! O h ! Non... Non ! E t elle se leva. Ce fut\nune seconde d'angoisse et d'attente aigiie. N'allaient-ils donc pas\nenfin trouver les mots qui feraient éclater leur superficielle contrainte.\nN'allaient-ils pas donc se regarder de toute leur âme et fondre en\nlarmes?... Mais non... pas une parole; pas un g e s t e ! . . . Il n'osait\npas. Il la savait ondoyante et multiple et maligne parfois. Il eut peur\nqu'elle ne rît à toutes dents s'il lui avouait qu'il était toujours\ninconsolable de l'exil de sa présence. Elle fit un pas.\n   — « Georges, je vais m'en aller.\n   — « Vous en aller !...\n   — « Oui !... L'heure avance. Le soir est déjà très vieux. Vous\nsavez que la route est-longue encore...\n   — « Vous en aller... Oh ! au moins, vous voulez bien que je vous\nreconduise... un peu...\n   — « Oui... venez...\n   Elle examina une dernière fois le site, candide et reposant, dans le\nténèbre limpide, respira encore le parfum coloré des fleurs, puis,\nlente, s'en fut.\n    Ils s'enfoncèrent sous les allées de lilas. Et, comme elle allait\nsortir, franchir la porte grillée, il l'arrêta...\n   — « ... Une minute... Hélène . . j e vous prie... attendez!... »\n   E t il courut vers les roses que, tantôt, lorsqu'elle était entrée, il\ncontemplait, arracha la plus grosse, la plus lourde et retournant à\nelle, la lui mit dans les mains — sans rien dire. Elle eut un cillement\nreconnaissant et ils s'éloignèrent.\n    Le petit jardin délaissé éteignit, derrière eux, son murmure fré-\nmissant et délicat. Ils marchèrent par la plaine. Il y avait dans l'azur,\nune demi-lune, liquide, défaillante, presque fondue et que le ciel,\n avec avidité semblait boire. La campagne s'allongeait dans la\n méditation profonde du silence. Des arbres, aux côtés du chemin,\n avaient des balancements de branches, hésitants, enfantins.\n    Et c'était sur eux à cette heure le chagrin d'une séparation immi-\n nente. Ils se disaient qu'ils n'avaient pas profité du temps propice.\n Pourquoi ne s'étaient-ils avoués ? Ils avaient joué la comédie de la\n force et de la sereineté — comme si tous deux ils n'étaient navrés,\n comme si, en venant vers lui, elle ne se reconnaissait vaincue.\n     E t cette promenade, dans le soir, leur en évoquait d'autres, de\n jadis et d'amour. Alors, ils s'en allaient enlacés, d'un commun\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "                                 — 211    —\n\n\nrythme de marche, ennoués l'un à l'autre et se baisant de pas en\npas. Toutes les choses leur souriaient en clarté sur la route et jamais,\ndans les fleurs bienfaisantes, ils n'avaient respiré de tristesse. Pour-\nquoi n'avaient-ils pas pleuré tantôt, quand le jardin, câlin et discret,\nétait d'intimité si sympathique à leur deuil ?...\n   Ils ne disaient mot et avançaient lentement. Leurs ombres, parfois\nsur la terre devant eux, se touchaient, s'effleuraient ou confluaient\nl'une en l'autre. C'était d'une allégorie narquoise et cruelle. Ils en\nsuivaient le jeu avec une assiduité pensive. Cela les dispensait de\nréfléchir davantage. E t puis n*était-ce pas une conversation invoulue\net troublante, la pantomime immatérielle de leurs reflets et de leurs\ncontacts sur le sable du chemin ?...\n   Et ils continuaient, taciturnes. Leurs pieds sonnaient clair sur les\npavés durs. Les buissons d'aubépine entre lesquels ils allaient, les\nécoutaient et les regardaient disparaître — longuement. E t le ciel\nterne, sans étoiles, trempé de la mate lueur de cette lune agonisante\ns'ouvrait devant eux. Enfin, ils arrivèrent aux premières maisons du\nvillage. Les fenêtres éclairées étaient rouges dans la rue noire.\nHélène s'arrêta...\n   — « N'allez pas plus loin! Me voici près de mon chez moi...\n   Elle lui tendit la main — solennelle, anxieuse. C'était l'instant\ndécisif où se coagulait tout son espoir. Elle restait froide mais — oh !\ncombien intensément — attendaient ses yeux...\n   Il prit la main qu'elle offrit et, la poitrine gonflée, très bas, il dit...\n   ... Vous avez été bonne et je vous remercie, Hélène... E t j'ai été\nheureux en vous — encore... après si long temps...\n   Il se baissa et, dans la paume tiède d'Hélène, mit un fiévreux\nbaiser.\n   ... Je vous laisse donc puisque vous me le demandez !...\n   Elle recula d'un pas, indécise, le regarda, puis soudain, sentant\nqu'elle n'en pouvait plus et qu'elle allait faiblir, elle lui jeta un... « Au\nrevoir!... » sanglotant et s'en alla.\n   Il demeura immobile, palpitant de pensées diverses, informulées,\nmais du fond de son être, un frisson de joie monta, s'épanouit. A\nmi-voix, il répéta... Elle reviendra! Elle reviendra!... E t il reconnut\nalors combien triomphalement, encore il l'aimait. Oh ! Hélène... Son\namour était grand, grand, assez pour emplir tout l'horizon, vivifier\nle ciel mort, pour illuminer la nuit entière.\n   Il s'en retourna, calme et lent. Le paysage lui parut flotter dans\nune béatitude moelleuse. On eût cru que le cœur de toutes les choses,\ndans l'obscurité pâle, battait éperdument du vivace espoir de l'aube.\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": "                              —   212   —\n\n\nEt comme à un détour de la route, il s'arrêtait pour s'orienter, il\nentendit son pas derrière lui. Oh! son pas comme un battement\nd'ailes. Il n'osa se retourner. Il l'écouta se rapprocher. Oh ! qu'allait-\nelle faire ou dire... Une main sur son épaule... Elle est là, encore...\nHélène... Et voici que fébrilement, elle arrache en morceaux la rose\nqu'il lui a donnée, lui en jette une moitié, garde l'autre et, rapide,\ns'enfuit, le laissant étonné, ému, des pétales rouges plein les mains,\ncomme si le cœur d'Hélène, son cœur blessé, sur ses doigts, à larges\ngouttes, avait saigné...\n\n                                                 ANDRÉ RUIJTERS.\n\n\n\n\n           CLOCHES JOYEUSES\n\n        TU         t'en vas, tu t'en vas, —pour de l'exil encore !\n                 Emportant à ton front mes baisers en aurore\n        Et te cherchant en vain parmi le souvenir\n        De cette enfance de bonheur que fut ton rire.\n\n        En vain, ô joie ! en vain. Ton rire, il t'a quitté.\n        Parmi la floraison de tes gestes mièvres,\n        Et les baisers qui fleurir, nt tes lèvres,\n        Ton rire en fleur, je l'ai glané.\n        Et le voici, joli de ton amour, en moi.\n        Oh! ton rire partout, doucement, — en ma voix,\n        En mes sens, en mon âme.\n        Et dans ce soir enfant dont me réclame\n        La torpeur virginale, où ma chair s'oubliera.\n        Ton rire fervent de gaîté,\n        Dans de l'ombre chanté par des oiseaux, là-bas,\n        Le voici, splendidè, éclaté\n        Par le scintillement de la première étoile.\n        Ton rire, il est la brise, et le feu qui dévoile,\n        Par de là le couchant, deféeriques réveils.\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": "                       — 2l3   —\n\n\nAlors que de doux sons aspergeant le soleil,\nVers sa mort de triomphe elles tintent, résonnent.\n— Angélusant Vespace atone, —\nLasses d'évoquer le passé qui reproche\nEt de charmer la menace de l'avenir,\nCest ton rire, exauçant leur rêve d être bonnes,\nQue sonnent à l'envi, que sonnent à plaisir,\nLes cloches où s'émeut l'âme du soir, les cloches.\n\n                                   GEORGES PIOCH.\n\n\n\n    RÊVE               D'OISEAUX\n                               A HENRI VANDE PUTTE.\n\n          LE       bruit quefont sur la nappe d'eau,\n                 les pleurs lilials de l'aube\n        ravivent les oiseaux reposés\n        dans leurs rêves de quiétude.\n        Ils songent que la solitude\n       sous un ciel gris s'est blanchement parée\n       et que l'hiver a caché la verdure.\n       Alors, pauvres oiseaux, à les entendre,\n       en les trilles sonores de leurs plaintes,\n       on dirait qu'ils s'éveillent une dernière fois\n       pour subir le froid de la mort.\n       Mais ô l'illusion très rose\n       le soleil a grandi sur les hills veloutés\n       et les gouttes de la rosée\n       passent dans les rayons d'or et tombent,\n       lentement, lumineuses, au milieu de leurs ailes.\n       Ils chantent de nouveau, ils chantent\n       et l'on peut voir leurs formes frêles\n       s'iriser dans le zénith tendre.\n\n                               H E N R I DE CLASSANT.\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": "                             OPÔRA\n\n                              FRONTISPICE.\n\n\n             Lasse d'avoir baisé son beau corps au soleil\n             Myrte porte la coupe à sa lèvre sonore\n             Et boit joyeusement le doux lesbos vermeil\n             Que lui pressa l'automne en la pesante amphore.\n\n             Sur son visage rose à la rose pareil\n             Un clair rire étonné s'en vient soudain éclore,\n             Et dans sesyeux profonds descend un blond sommeil\n             Comme en la mer aux poiisons d'or la jaune aurore.\n\n             Lors elle choit sur l'herbe où sa gorge d'oiseau\n             Epanche un chant de foie heureuse et haute et folle\n             Que dore l'endoiement riant de son troupeau\n\n             Et l'éclat du soleil en sereine auréole,\n             Et douce comme on cueille une branche de juin\n             Joue avec ses seins ronds et se donne au matin.\n\n\n               (Une prairie heureuse de soleil et de fleurs).\n\n\n                                  IOLAS.\n  Opôra me donnera bientôt le fruit charmant du plaisir d'amour que\nnous eûmes ensemble.\n                                LYSIDICE.\n  Opôra !\n                                  IOLAS.\n  Ta chèvre sautille, Lysidice.\n                                LYSIDICE.\n   Vois. J'ai cueilli autour de moi les marguerites les plus blanches,\net ma chair douce les aime de la plus belle envie.\n                                  IOLAS.\n  Toi belle et nue couchée parmi cette herbe nouvelle, et fraîche de\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "                              —    215   —\n\n\nce gai matin. La brise chante ton doux nom, Lysidice, elle chante\nle ciel et l'oiseau frêle, et la gentille cigale et l'abeille.\n                              LYSIDICE..\n  Lysidice étendue au long de ton corps, Iolas, et qui s'abandonne\nmollement aux caprices de ses songes pâles, et qui s'étonne de se\nvoir vivre en cette chaude lumière du soleil.\n                                  IOLAS.\n  Tu passes dans la vie éternelle comme toutes les choses, la source\net la mer, et l'oiseau des nues et la fleur de la prairie; et ta bouche\nchante ou pleure, chante ou crie de joie ou de tristesse, selon ton\ncœur. Puisque la fleur t'aime, Lysidice, et l'herbe et la fontaine,\npuisque ta gorge est belle de sa chair tendre et de sa voix de mai,\npuisque tes bras ronds et tes mains légères, puisque ton ventre et tes\nseins n'ignorent plus la volupté de vivre, ô Lysidice, aime toute\nchose du même amour et fais ton sourire à ton image.\n                             LYSIDICE.\n  J'aime ma chèvre, Iolas.\n                                  IOLAS.\n  Lysidice fleurie de sa bouche et de ses yeux bleus, de ses seins\npointus, de son cœur et de sa blonde joie !\n                              LYSIDICE.\n  Lysidice-fleur.\n                                  IOLAS.\n  Lysidice-marguerite, étonnée de vivre parmi cette herbe haute.\n                               LYSIDICE.\n   Elles sont si blanches, ces marguerites, plus blanches que ma\nhanche. E t si je détourne mes regards d'elles et que je les plonge au\nfond de moi-même, je m'apparais alors suprême et simple ineffable-\nment. E t quels soleils intérieurs éblouissent et gonflent ma chair,\nIolas! E t comme je m'adore alors à mains jointes et recueillies! Tu\n n'entends pas les cris d'oiseau qui s'élèvent de ma gorge, et les chants\nd'abeille? Je vais à la poursuite de ces chants. Je me lève, les bras\nvers le ciel et grande de toute ma vie. Suis-moi, Iolas, je cours vers\nce peu d'ombre, là-bas, au pied du grand chêne, suis-moi, suis mon\ncaprice de savoir si parmi cette ombre, mes mains ne seront pas\nmoins roses qu'en ce soleil, et ces marguerites moins blanches : car\nne t'ai-je pas dit que ma chair les aime de la plus belle envie? Tu me\nsuis : j'entends tes p a s ; les miens sont plus agiles à la course, ils\nsont comme l'écho des tiens.\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "                                — 2l6 —\n\n                                  IOLAS.\n   Tes pieds sont légers, ils bondissent sous ta longue chevelure.\n                                LYSID1CE.\n   Ils bondissent comme le cerf, le cerf aux douces larmes.\n                                  IOLAS.\n   Joie ! joie!\n                                LYSIDICE.\n   Joie! Voici déjà le chêne.\n                                  IOLAS.\n   Tu es belle au milieu de tes bonds sauvages.\n                                LYSIDICE.\n   Voici le chêne, et l'ombre enfin qu'on dirait lasse et languissante\ncomme je halette de cette course. E t l'ombre, enfin. L'air est plus\nfrais, ici, et l'herbe moins haute et moins sèche où je me roule déjà\nde toute ma joie.\n                                LYSIDICE.\n  Lysidice-fleur : car mes mains sont moins roses et ces marguerites\nmoins blanches, parmi cette ombre.\n                                 IOLAS.\n  Joie ! joie ! Lysidice !\n                                LYSIDICE.\n  Douce lassitude d'être belle et de vivre!\n                                 IOLAS.\n  Voici ma lèvre comme une coupe...\n                                LYSIDICE.\n  Où Lysidice s'en viendrait boire un peu de ma vie?\n                                 IOLAS.\n\n  Si je t'aime, si j'aime ton baiser, c'est parce que tu es sœur de\ntoutes les choses, ces feuilles, ces branches qui me ravissent autant\nque ta bouche heureuse.\n                               LYSIDICE.\n  L'épi, la rose, le ciel, tes yeux aussi, Iolas, et ma chèvre qui\nbroute la feuillée, là-bas, toutes choses sœurs de moi, dis-tu?\n                                 IOLAS.\n  Eh oui, eh oui! E t toute chose a son charme propre, ici-bas, toute\nchose à sa naïve beauté séduisante. E t je vois l'aimée en la fleur qui\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "                               -     217    -\n\n\n ne parle pas, comme je la vois en toi dont la bouche est sonore de\n chansons douces, comme je la vois aussi dans l'éclat de ma chair, de\n ma chair que j'aime autant que la mer ou ta chevelure, que j'aime\nautant que le beau ramier qui roucoule et se gonfle la gorge dans\nl'arbre. Il n'est pas une lèvre que mon cœur ne désire, et pas même\nun sourire. La feuille qui tombe à l'automne tombe comme en mon\ncœur d'automne, et la pousse qui naît en avril naît comme en mon\ncœur d'avril. E t le baiser de Myrte, de Myrte que j'aperçois boire à\nla source avec ses chèvres douces, là-bas, de Myrte aux yeux verts,\nm'est aussi cher que ta brillante paupière aux longs cils noirs,\nLysidice, et celui de la gaie Lénie qui l'accompagne, et celui\nd'Opôra au gros ventre luisant.\n                               LYSIDICE.\n  Douce lassitude de vivre! Me voici les yeux ouverts et reposée\nencore le long de ton corps, Iolas.\n                                   IOLAS.\n  Tu es lasse de ce matin.\n                               LYSIDICE.\n   Ce doux matin.\n                                   IOLAS.\n  Tu es lasse.\n                               LYSIDICE.\n  Je me roule encore dans l'herbe.\n                                   IOLAS.\n  Herbe fraîche de cette ombre...\n                               LYSIDICE.\n   Si fraîche et caresseuse. Je l'aime. Je ne sais assez me rouler parmi\nsa douceur d'aile.\n                                   IOLAS.\n  Joie! joie!\n                               LYSIDICE.\n   Et je trouve dans chacune de mes poses un nouveau bonheur,\njouisseuse. Mais je suis lasse aussi d'être heureuse. Douce lassitude.\nJe voudrais souffrir. Je voudrais me meurtrir aux épines du mûrier...\n                                   IOLAS.\n  Aux épines...\n                              LYSIDICE.\n  et voir couler un peu de mon sang rouge.\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "                                — 2l8 —\n\n                                  IOLAS.\n  O Lysidice!\n                                 LYSIDICE.\n   Je sais tout l'espoir dont ma vie est fleurie. Je voudrais mourir\ntout à l'heure et me voir renaître, une aurore sereine, en les feuilles\net les fruits, les cigales et les abeilles, les brebis et les cerfs. Ecoute\nencore tous les chants qui prennent leur vol de ma gorge heureuse!\nMa gorge est une ruche mélodieuse. Ecoute, écoute !\n                                  IOLAS.\n  Lysidice! ta chair se greffe sans cesse aux chairs, ta vie aux vies.\n                                LYSIDICE.\n   Douce lassitude ai-je de vivre et de boire du bonheur à pleine\nlèvre autour de ma hanche. Donne-moi ma flûte pour que j ' y joue\nun appel à ma chèvre qui s'éloigne là-bas. Donne-moi ma flûte, elle\nest là derrière moi.\n                                  IOLAS.\n  Où est-elle?\n                                LYSIDICE.\n  Là. Mon bras ne sait pas y atteindre.\n                                  IOLAS.\n  Voici.\n                                LYSIDICE.\n  Ma bouche est légère.\n                                  IOLAS.\n  Ta chèvre ne t'écoute pas, elle s'enfuit vers les rochers, là-bas.\n                                LYSIDICE.\n  Elle s'enfuit.\n                                  IOLAS.\n  Elle s'enfuit.\n                                LYSIDICE.\n  O capricieuse! Je cours après elle.\n                                  IOLAS.\n  Maintenant ton appel est comme une Furie.\n                                LYSIDICE\n  O capricieuse !\n                                 MYRTÉ.\n  Elle fuit, elle fuit.\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "                               — 219      -\n\n                                 IOLAS.\n  Myrté ! Myrté ! m'entends-tu ! Myrté Myrté !\n                                MYRTÉ.\n  Elle fuit toujours.\n                                IOLAS.\n  Myrté! Myrté! viens auprès de moi? Ne regarde plus la course de\nLysidice.\n                             MYRTÉ.\n  Ma voix chante. Que me veux-tu, Iolas? Que me veux-tu? que\nme veux-tu?\n                                IOLAS.\n  Accours dans mes bras, ton nom est pâle à ma lèvre.\n                                MYRTÉ.\n  Iolas? Iolas dans l'herbe en fleur.\n                                 IOLAS.\n  Je me lève vers ta bouche.\n                                MYRTÉ.\n  Iolas! Iolas ! mes cris sont de joie.\n                                 IOLAS.\n  Myrté ?\n                                MYRTÉ\n  Voici Myrté que tu aimes.\n                                 IOLAS.\n  Oh! que je meure d'avoir vu tes yeux verts!\n                                MYRTÉ\n  Tu ne meurs pas:\n                                 IOLAS.\n  Oh! oh! tu es glorieuse de toute ta jeunesse, et vierge encore. Mes\nbras tremblent d'enlacer ton corps.\n                              MYRTÉ.\n   Et tu aimes'mes yeux verts. Ils sont verts comme la source froide\noù je vais baigner mes cheveux noirs tous les matins.\n                               IOLAS.\n   Myrté, ne vois-tu pas que mon visage est comme une rose pleine de\nsoleil? Ne vois-tu pas que ma bouche se couronne de joie?\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "                               — 220 —\n\n                                 MYRTÉ.\n   Ta bouche...\n                                 IOLAS.\n  Ne sais-tu pas que mon vœu est de te dire Amour ?\n                             MYRTÉ.\n  Amour! Je t'aime, Iolas, et Lysidice, et toutes nous t'aimons :\ncar tu nous aimes toutes du même amour.\n                                  IOLAS.\n  Tu es l'hyacinthe qui s'ouvre à l'aurore.\n                                 MYRTÉ.\n  E t Lysidice est la rose du midi éclatant.\n                                  IOLAS.\n  Tu es la fille du Printemps.\n                                 MYRTÉ.\n  Comme Lénie est la belle joie de l'Été.\n                                 IOLAS.\n  O Myrté! tu es vierge, tes seins sont durs et ton épaule est lumi-\nneuse de sa jeune chair.\n                                 MYRTÉ.\n  Pour toi je suis un avril.\n                                 IOLAS.\n  Comme Opôra est un automne.\n                                 MYRTÉ.\n   Heureuse Opôra, heureuse! De son ventre fécond sortira bientôt\nle fruit du plaisir d'amour que vous eûtes ensemble, plaisir que je ne\nsais pas encore, pucelle, mais qui doit être bien plus doux que celui\ndélicieux d'extase que je me suis déjà donné en me frottant sur le\ndos de mes chèvres?\n                                 IOLAS.\n  Tes chèvres ?\n                                 MYRTÉ.\n  Mes chèvres douces...\n                                 IOLAS.\n  O Myrté qui! donc t'apprit cela?\n                                 MYRTÉ.\n  Nul autre que moi-même. J'étais encore tout enfant lorsqu'un jour\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "                               — 231      —\n\n\nblond j'eus le caprice de sauter sur un de mes chevreaux, ainsi :\nvois comme j'écarte les jambes. E t lors je sentis couler un grand\nplaisir dans mes veines, et crus mourir. Je n'en fus point étonnée,\ncependant, car il me semblait avoir déjà joui pareillement. Depuis je\nrecommençai chaque matin la même chose, n'étant vraiment heu-\nreuse qu'alors.\n                                  IOLAS.\n   O Myrté! tu avais comme le souvenir d'avoir joui d'amour!\nO simple! tu avais ce souvenir comme je crois avoir vécu jadis,\nil y a longtemps, sur des gazons fleuris semblables à celui-ci? Pour-\ntant je sais que je ne suis pas celui d'hier, je sais que je ne suis pas\ncelui de l'heure passée Je perpétue l'Homme, je me reflète en le sein\nfécond d'Opôra. Je suis à peine celui de cet instant, ma vie se greffe\naux vies, mon âme aux âmes et ma chair aux chairs, sans cesse, sans\ncesse, ma chair aux fleurs, ma chair aux fruits, ma chair, à la terre.\nO Myrté! veux-tu donc que je te dise Amour?\n                                 MYRTÉ.\n  Mais oui, Iolas, l'autre jour Mélibée me désirait comme tu me\ndésires aujourd'hui, mais il ne me prit point malgré ma prière et ma\nhâte de savoir Amour, il ne me prit point parce que, disait-il, j'étais\nencore une enfant.\n                                  IOLAS.\n  Et aujourd'hui tu es une jeune fille si belle, si belle..'.\n                                 MYRTÉ.\n  Ah! que me fais-tu? que me fais-tu? Ah ! ah !\n                                  IOLAS.\n  Tu cries, tu pleures.\n                                  MYRTÉ.\n  Je crie.\n                                  IOLAS.\n  Tu pleures.\n                                 MYRTÉ.\n  Je suis faible dans tes bras forts; je meurs, je meurs...\n                                     IOLAS.\n  Eh non ! tu ne meurs point, tu ne meurs point.\n                                 MYRTÉ.\n  Ah! a h ! tu me fais souffrir...\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "                               — 222 —\n\n                                IOLAS.\n   Myrté...\n                                MYRTÉ.\n  Souffrir...\n                             IOLAS.\n  N'es-tu pas femme, maintenant, comme Opôra, Lénie et Lysidice?\nNe sais-tu pas Amour comme elles ?\n                                MYRTÉ.\n  Je saigne.\n                                IOLAS.\n   Sèche tes larmes. Opôra s'en vient vers nous, elle rit, et son rire\nest de joie.\n                                MYRTÉ.\n  Ah! ah! Iolas, je souffre.\n                                IOLAS.\n  Tu souffres...\n                                MYRTÉ.\n  E t je pleure.\n                                IOLAS.\n  Sèche tes larmes.\n                                OPORA.\n  Iolas et Myrté ! Joie! joie! Heureux es-tu, Iolas, car elle était\npucelle si naïve! Heureux conquérant aimé de toutes et qui nous\naimes toutes du même amour! Elle est belle Iolas, ses yeux sont verts.\n                                IOLAS.\n  Tu pleures et caches ta tête dans mes bras, Myrté.\n                               OPORA.\n    Calme ta douleur, Myrté si gentille, ne pleure plus, belle jeune\nfille. Regarde plutôt l'ivresse que va me donner Iolas! Je me roule à\ntes côtés, Iolas, du désir d'être toute à toi à mon tour et de jouir de\nvie? je t'aime, Iolas, je t'aime.\n                                IOLAS.\n  Opôral Opôra! ton ventre est si gros. Opôra, tes yeux de démone!\n                               OPORA.\n Ta bouche, tes bras, ton étreinte, Iolas! Je me glisse sous toi.\nOh! oh! joie suprême ! Oh! oh! douceur et joie! Je te mords, je te\nmords; ton sang coule. Oh! la plus pure des joies !\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "                                          — 223 —\n\n                                             IOLAS.\n  O voluptueuse !\n                                             OPORA.\n  Jouir d e vie, et frémir!                Myrté,       n'envies-tu        pas mes     instants\nd'ivresse ? M a i n t e n a n t mes y e u x s'éteignent c o m m e des étoiles et\nma chair s'endort.\n                                          LYSIDICE.\n  O p ô r a ! O p ô r a ! j ' a c c o u r s t'offrir mes r e g a r d s .\n                                             LÉNIE.\n  O p ô r a ! O p ô r a !... et moi m a b o u c h e .\n                                            OPORA.\n   M a voix est lasse.\n                                           LYSIDICE.\n   Caresse ma chèvre, O p ô r a 1\n                                             OPORA.\n   Mes y e u x s o n t c o m m e des étoiles.\n                                             IOLAS.\n  Lysidice, te voici revenue !\n                                            MYRTÉ.\n   Oh ! oh ! j ' e n v i e ton ivresse, O p ô r a !\n                                            OPORA.\n  E t moi ta souffrance.\n                                              IOLAS.\n  T u saignes, L y s i d i c e , tes j a m b e s et tes seins sont m e u r t r i s .\n                                           LYSIDICE.\n  Ce sont les mûriers du rocher, là-bas, qui m ' o n t blessée ainsi, selon\nle caprice q u ' a v a i e n t m e s y e u x et m o n c œ u r tout à l'heure.\n                                             OPORA.\n   Mes y e u x s o n t m o r t s .\n                                             LÉNIE.\n  T a b o u c h e est belle d e volupté sereine.\n                                             OPORA.\n  Lénie !\n                                             LÉNIE.\n  Voici mon baiser.\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "                                — 224 —\n\n                               OPORA.\n  Ta bouche, Lénie ! Enlace-nous de tes bras et de tes longs che-\nveux ? Enlace-nous, Myrté, comme tu bois tendrement à la fontaine\nverte, là-bas ? Enlace-nous, Lysidice ? Enlacez-nous ? enlacez-nous ?\n                                 MYRTÉ.\n  Joie ! joie ! Je t'enlace de mes cheveux et de mes bras ronds. Et toi\naussi, cher lolas qui me fis souffrir.\n                                 OPORA.\n  Je t'aime, Myrté; je t'aime, lolas.\n                                 IOLAS.\n   Naïve Myrté ! Opôra aux yeux de démone ? E t toi Lénie ? Toutes\nsi belles de vos chevelures noires et de vos lèvres étranges, à toutes :\nma lèvre.\n                «               MYRTÉ.\n   lolas, je suis heureuse de cette joie qui m'inonde, et de cette lumière\ndu jour. J'oublie ma souffrance. Je t'aime, lolas. Tu sens mon\nétreinte ? Je t'aime, Opôra ! Lénie, Lénie, j'aime toute chose.\n                                 LÉNIE.\n  Ne dois-tu pas aimer toute chose ?\n                                 MYRTÉ.\n  Mes cris sont de joie. Lénie, je m'aime.\n                               LYSIDICE.\n  Myrté ! Myrté !\n                                 LÉNIE.\n  Lysidice ! Lysidice !\n                                 OPORA\n  Vois-tu passer le vieux Porphyre, là-bas, lolas?\n                                 IOLAS.\n  Là-bas?\n                                CPORA.\n  Le sage Porphyre qui naquit par delà la mer.\n                               IOLAS.\n   Il vient vers nous, Opôra; il a entendu nos cris de joie. Chloé\nl'accompagne? On dirait que ses yeux ne voient plus le ciel.\n                                 LÉNIE.\n  Ne sommes-nous pas les couleurs de la Joie?\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "                                       — 225       —\n\n                                       LYSIDICE.\n  Nos corps s o n t souples c o m m e le serpent et d o u x c o m m e l'ivoire.\n                                         IOLAS.\n  Porphyre !\n                                         OPORA.\n  Porphyre !\n                                         LÉNIE.\n  J e suis belle, Iolas.\n                                         MYRTÉ.\n  Il est c o m m e u n aveugle. Chloé guide ses p a s . E l l e ne sait pas\nencore A m o u r , Chloé.\n                                         IOLAS.\n  Porphyre !\n                                         MYRTÉ\n  Il a p p r o c h e . Il a l'air las et triste!\n                                          IOLAS.\n  Porphyre !\n                                        OPORA.\n  T u souffres, P o r p h y r e ?\n                                         CHLOÉ.\n  Il ne souffre p o i n t .\n                                     PORPHYDE\n  C'est toi, O p ô r a ?\n                                         IOLAS.\n  Tes pas chancellent.\n                                      PORPHYRE.\n  C'est toi, I o l a s ?\n                                        OPORA.\n  Hélas !\n                                     PORPHYRE.\n Mes y e u x n e v e r r o n t plus j a m a i s votre joie bondir d a n s la prairi».\n                                         LÉNIE.\n Quel m a l h e u r t'arrive, P o r p h y r e ?\n                                         IOLAS.\n  Hélas !\n                                                                                    5\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "                                 — 226 —\n\n                                   MYRTÉ\n  Hélas ! hélas !\n                                 PORPHYRE.\n   Ne me plaignez point ainsi, mes beaux enfants. Si l'âge me ravit\nla lumière du jour, si mes yeux sont devenus pauvres pour toujours,\nmes heures d'hier furent roses comme votre belle jeunesse de cette\nheure d'or E t la nuit sans étoile qui m'entoure me semble aussi belle\net pure que l'éclat du soleil ; j ' y trouve une douceur éternelle et un\nbonheur nouveau.\n                                 LYSIDICE.\n  Un bonheur...\n                                   IOLAS.\n  Pauvre Porphyre!\n                                   LÉNIE.\n  Je suis la Joie.\n                                  OPORA.\n   Le fils d ' Œ n o n e , Aristée, atteignit sept années sans voir la lumière\ndu ciel, ses pauvres yeux étaient comme les tiens, Porphyre, quand\nun vieux berger nommé Philas lui donna le conseil d'aller tous les\nmatins laver ses paupières dans la rosée fraîche, aux calices des\nfeuilles et des fleurs. Il suivit ce sage conseil et lors ses yeux s'ou-\nvrirent au jour, certaine heure d'or, et il rit de joie et d'étonnement\nà la vue de ses beaux ongles roses comme la rose.\n\n\n                                                      Arthur TOISOUL.\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "            NÉPENTHÉS\nSENS-tu         mourir en toi la volupté de vivre?\n\nL'impalpable Vainqueur qui console et délivre\nEmporte loin de nous nos défaillants vouloirs :\nTel qu'une voix lointaine de rêve et d'espoir,\nLe long frémissement des peupliers sonores\nSème, dans la clarté pâlissante du soir,\nUne langueur quifait pâmer les passiflores\nAux rampes des perrons ébranlés par le temps.\n\nL'or charmeur du couchant sur les vastes prairies\nAllonge, triste et doux ses rayons nonchalants;\nDans les profonds miroirs des salles défleuries\nS'allume un vague éclat, pâle comme un regret.\nEt, dans le parc étrange on voit d'un bleu reflet,\nComme des boucliers épars dans l'herbe verte\nDes lacs-silencieux luire sous le soleil.\n\nSur le parc endormi flotte un brouillard vermeil...\nEt la fleur de ta lèvre à mes baisers offerte !\nEt tesyeux, lacs de rêve où se plongent mes yeux,\nIncertains et changeants comme les vastes cieux\nOù fuit le vol lassé de ma pensée amère!\nL'air s'emplit de parfums balsamiques et lourds...\nQuelle extase ai-je bue aux seins de la Chimère ?\nSens-tu, quand les iris et les glaïeuls des rives\nS'effeuillent sur les eaux dans les déclins des fours,\nSe détacher de nous nos âmes fugitives,\nEt l'ombre de la nuit captiver nos désirs ?\n\nLe vent tiède, soupir nostalgique des cimes\nPasse chargé de rêve et lourd de souvenirs ;\nLe songe de ce jour s'écroule dans l'abîme...\nTon cœur a-t-il frémi d'un langoureux espoir ?\nLa couleur de tesyeux s'efface dans le soir...\nSur les perrons branlants, au seuil muet des portes,\nTombent languissamment les passiflores mortes.\nEt l'or mourant du ciel s'étale sur les prés...\nO poison pénétrant subtilement mes pores !\nEst-ce l'éclat du soir ou tesyeux adorés ?\nEst-ce la mort qui vient, belle comme une aurore ?\n                                   CAMILLE MARYX.\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "    TÉRENCE:\n                                       P H O R M I ON\n              TRADUCTION          LITTÉRALE        (Suite).\n\n\n                             Acte IV.\n                        S C È N E VI (728-765).\n\n                      SOPHRONA     —    CHRÉMES.\n\n   Sophrona sort de la maison Je Démiphon, sans voir Chrémès. Elle\nest fort agitée.\n    SOPHRONA. Que faire? Quel ami trouver dans ma détresse? A qui\nm'adresser pour des conseils? Auprès de qui chercher du secours?\nCar j'ai peur que ma maîtresse, pour avoir suivi mon conseil, ne\nsoit, sans l'avoir mérité, indignement traitée, tant le père du jeune\nhomme, à ce que j'entends, est irrité de ce mariage.\n   CHRÉMÈS (à part, et un peu surpris.) Quelle est cette vieille, qui sort\nde chez mon frère, à demi-morte (de frayeur) ?\n    SOPHKONA. C'est la pauvreté qui m'a poussée à le faire, — alors\nmôme que je savais que ce mariage n'était pas valable, — à pourvoit\nà ce qu'en attendant sa vie fût assurée.\n   C H R É M È S (à part, avec émotion). A coup sûr, par Pollux, si mes\nsens ne me trompent, si mes yeux ne voient mal, c'est la nourrice de\nma fille que j'aperçois!\n    SOPHRONA. E t on ne découvre pas...\n    CHRÉMÈS (à part). Que faire?\n   SOPHRONA. .. celui qui est son père.\n   CHRÉMÈS (à part). L'aborder, ou attendre, afin de mieux saisir\nce qu'elle dit ?\n    SOPHRONA. Si je pouvais maintenant le trouver, je n'aurais plus\nrien à craindre.\n    CHRÉMÈS. C'est bien elle ; je vais lui parler. (Il s'approche.)\n    SOPHRONA. Qui est-ce qui parle ici ?\n    CHRÉMÈS (l'appelant doucement). Sophrona !\n   SOPHRONA...et qui prononce mon nom?\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                              — 229 ~~\n\n  CHRÉMÈS.    Regarde-moi.\n  SOPHRONA. Dieux, je vous supplie, n'est-ce pas Stilpon ?\n  CHRÉMÈS.    Non.\n  SOPHRONA (consternée). Tu dis non?\n  CHRÉMÈS.     Eloigne-toi un peu de la porte, par ici, je te prie,\nSophrona. A l'avenir, ne m'appelle plus de ce nom.\n  SOPHRONA. Comment? je t'en supplie, tu n'es pas celui que tou-\njours tu as dit être?\n  CHRÉMÈS (alarme). Chut !\n  SOPHRONA. Que crains-tu de cette porte ?\n   CHRÉMÈS. J'ai ma femme qui est enfermée ici, la peste ! Mais je me\nsuis donné autrefois ce faux nom, de peur que par hasard ou impru-\ndence, on n'allât de chez vous jaser au dehors, et qu'après cela ma\nfemme, par l'une ou l'autre voie, ne découvrît mon secret.\n   SOPHRONA. Par Pollux! Voilà pourquoi, malheureuses que nous\nétions, nous n'avons jamais pu te découvrir ici !\n  CHRÉMÈS. Eh bien ! dis-moi, comment as-tu affaire à             cette\nfamille de la maison de qui tu sors ? Où sont-elles?\n  SOPHRONA. Malheureuse que je suis!\n  CHRÉMÈS. Voyons, qu'y a-t-il ? Sont-elles en vie?\n    SOPHRONA. Ta fille est vivante. Pour la mère, le chagrin l'a tuée,\n la malheureuse !\n    CHRÉMÈS (froidement). C'est bien triste !\n    SOPHRONA. Alors, moi, vieille femme esseulée, pauvre, inconnue,\nj'ai, comme j'ai pu, fait épouser la jeune fille par ce jeune homme, le\nmaître de cette maison.\n  CHRÉMÈS (ahuri). Par Antiphon?\n  SOPHRONA.    Mais oui, lui-même.\n  CHRÉMÈS (éperdu). Comment?       Il a deux femmes?\n   SOPHRONA (scandalisée). Oh ! je t'en supplie, il n'en a pas'd'autre\nque celle-là.\n   CHRÉMÈS. Qu'est-ce alors que cette autre qu'on dit sa parente ?\n   SOPHRONA. Mais c'est celle-ci.\n   CHRÉMÈS. T U dis?\n   SOPHRONA. Cela a été fait à dessein, pour que son amoureux pût\nl'obtenir sans dot.\n   CHRÉMÈS (se détournant). Grands dieux! Comme souvent arrivent\npar hasard, sans calcul, de ces choses qu'on n'oserait souhaiter! En\ndébarquant, je trouve ma fille mariée à qui je voulais et comme je le\nvoulais. Ce que mon frère et moi mettions tous nos efforts à faire\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "                                   — 230     —\n\n\naboutir, lui (Antiphon), tout seul, sans embarras pour nous, mais au\nprix de mille inquiétudes pour lui-même, y a réussi.\n   SOPHRONA (interrompant le monologue de Chrémès). Vois mainte-\nnant ce qu'il y a à faire : le père du jeune homme est arrivé, et l'on\ndit qu'il est outré de ce mariage.\n   C H R É M È S . Il n'y a pas de danger. Mais, au nom des dieux et des\nhommes, prends bien garde qu'on ne découvre qu'elle est ma fille.\n   SOPHRONA. Personne ne le saura par moi.\n    C H R É M È S . Suis-moi: (ma fille et toi,) vous apprendrez le reste à\nl'intérieur.\n\n\n\n                                  Acte V.\n\n                            S C È N E I (766-783).\n\n                             DÉMIPHON-GÉTA.\n\n   DÉMIPHON. C'est bien notre faute si d'autres trouvent leur avantage\nà être malhonnêtes, quand nous-mêmes travaillons à nous entendre\nappeler trop bons, trop complaisants. « Si tu t'enfuis, gare à la\nmaison [du maître], » à ce que l'on dit (1). N'était-ce pas assez\nqu'il m'eût fait tort? Non, sans doute : nous avons été jusqu'à lui\njeter de l'argent, pour qu'il ait de quoi vivre, jusqu'au jour d'une\nnouvelle friponnerie !\n   GÉTA. C'est évident.\n   DÉMIPHON. Aujourd'hui, c'est aux francs coquins que vont les\nrécompenses !\n   GÉTA. Ce n'est que trop vrai.\n   DÉMIPHON. De sorte qu'à dire vrai nous avons agi dans cette\naffaire de la plus sotte façon.\n   GÉTA. Je souhaite seulement que ce projet de la marier nous per-\nmette de sortir de litige.\n   DÉMIPHON (tressautant). Faudrait-il en douter ?\n   GÉTA. Ma foi, je ne sais, étant donné le gaillard, s'il ne changera\npas d'avis.\n   D É M I P H O N . Comment? Changer d'avis, dis-tu ?\n   G É T A . Je n'en sais rien ; je dis seulement : « Si peut-être ».\n\n\n  (1) Proverbe emprunté aux esclaves fugitifs et qui équivaut à : a Gardons-nous de\ntomber d'un mal dans un autre plus grand 1.\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "                                     — 23l      -\n\n   DÉMIPHON. Je ferai en sorte, ainsi que pensait mon frère, d'amener\nsa femme ici, pour qu'elle parle à cette fille (Phanium). Toi, Géta,\nprends les devants, va dire qu'elle (Nausistrata) va venir.\n   Démiphon entre dans la maison de Chrémès.\n   GÉTA (seul). On a trouvé l'argent pour Phédria ; du procès, pas\nun mot; nos mesures sont prises pour qu'elle (Phanium) ne s'en aille\npas d'ici pour le moment; mais après ? Qu'arrivera-t- il ? Tu patauges\ndans le même bourbier ; tu paieras deux fois l'intérêt, Géta (1) ; le\nmalheur qui nous menaçait a été écarté pour un temps ; ton compte\nde coups s'élève, si tu n'ouvres l'œil... Je m'en vais maintenant à\nla maison et je préviendrai Phanium, qu'elle ne s'effraye pas de\nPhormion, ou des paroles de celle-ci (Nausistrata).\n   Il entre dans la maison de Démiphon.\n\n\n                            S C È N E II (784-795).\n\n                         DÉMIPHON - NAUSISTRATA.\n\n   Ils sortent de la maison de Chrémès.\n   DÉMIPHON (avec une politesse étudiée). Allons, Nausistrata, selon\nton habitude, fais en sorte que cette fille se réconcilie avec nous,\npour qu'elle fasse de son plein gré ce qu'elle doit faire.\n   NAUSISTRATA. Je m'y emploierai.\n   DÉMIPHON. Prête-moi maintenant ton concours, comme tantôt »\ntu m'as aidé de ton argent.\n   NAUSISTRATA. T U es le bienvenu ; mais, par Pollux, je suis\nmoins en mesure de t'aider qu'il ne conviendrait : la faute en est à\nmon mari.\n   DÉMIPHON. Que veux-tu dire?\n   NAUSISTRATA. Parce que, par Pollux ! il gère de façon fort\nnégligente la fortune si bien acquise par mon père, car celui-ci\nretirait régulièrement de ces fermes deux talents d'argent. Gomme\nun homme l'emporte sur un autre !\n   DÉMIPHON. Eh quoi ! deux talents?\n   N A U S I S T R A T A . Oui, deux talents, et cela quand les denrées étaient\nbien moins chères.\n   DÉMIPHON. Oh !\n\n\n  (1) Géta considère qu'il n'a obtenu l'argent nécessaire à Phédria qu'au prix d'une\nnouvelle complication, dont il aura à subir les conséquences. De là son expressio 1 qui\ncorrespond à notre formule familière : faire un trou pour en boucher un autre.\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "                                   — 232     —\n\n  NAUSISTRATA.             Que penses-tu de cela ?\n  DÉMIPHON           (évasif). Tu as raison.\n   NAUSISTRATA. Je voudrais être née homme ; j'aurais, moi,\nmontré ..\n   DÉMIPHON. Je n'en doute pas.\n   NAUSISTRATA. ... de quelle manière...\n   DÉMIPHON. Ménage-toi, je t'en prie; que tu puisses causer avec\nelle ; crains, jeune comme elle est, qu'elle ne te fatigue (i).\n   N A U S I S T R A T A . Je suivrai ton conseil... Mais c'est mon mari que\nje vois sortir de chez toi.\n\n\n                           S C È N E I I I (796-820).\n\n   Chrémès sort, très animé, de la maison de Démiphon ; il n'aper-\nçoit pas tout d'abord Nausistrata, gui est à l'arrière-plan.\n   CHRÉMES. Eh bien! Démiphon, est-ce qu'on lui a remis largent?\n   D É M I P H O N . J'y ai pourvu sur-le-champ.\n   C H R É M È S . Je voudrais que tu ne l'eusses pas donné... Aïe! C'est\nma femme que je vois; j'ai failli dire plus qu'il ne convenait.\n   D É M I P H O N . Pourquoi le voudrais tu, Chrémès?\n   C H R É M È S (confus). Tout va bien.\n   D É M I P H O N . Eh bien! et toi? lui as-tu dit (à Phanium) pourquoi\nnous amenons celle-ci ?\n   CHRÉMÈS. J'ai arrangé l'affaire.\n   D É M I P H O N . Qu'en dit-elle enfin?\n   C H R É M È S . On ne peut pas l'éloigner,\n   D É M I P H O N . Comment? On ne peut pas?\n   C H R É M È S (perplexe et d'un ton évasif). Parce qu'ils s'adorent l'un\nl'autre.\n   DÉMIPHON. Qu'est-ce que cela nous fait ?\n   CHRÉMES. Beaucoup; en outre, j'ai découvert qu'elle nous est\nproche parente.\n   D É M I P H O N . Comment cela?... Tu radotes.\n   C H R É M È S . Cela se trouve ainsi. Je ne parle pas à la légère : je me\nle suis rappelé.\n   DÉMIPHON. N'as-tu pas un grain de folie?\n   N A U S I S T R A T A . Holà ! Je t'en prie, garde-toi de toucher à une\nparente.\n\n\n  (1) Démiphon prévoit une scène assez vive entre les deux femmes.\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "                                  — 233 —\n\n     DÉMIPHON. Elle ne l'est pas.\n    C H R É M È S . Ne dis pas non : le nom de son père n'était pas le vrai;\n c'est ce qui t'a trompé.\n     DÉMIPHON (incrédule). Elle ne connaissait pas son père ?\n     CHRÉMÈS. Elle le connaissait.\n    DÉMIPHON. Pourquoi l'appelait-elle d'un autre nom ?\n    C H R É M È S (à part, à Démiphon, et jetant un regard effrayé sur sa\nfemme dont les soupçons s'éveillent). Tu ne veux pas de la journée\n t'en rapporter à moi, ni me comprendre?\n    DÉMIPHON. Si tu n'établis rien?\n    CHRÉMÈS (impatienté). Tu me fais mourir.\n    NAUSISTRATA. Je me demande ce qui se passe.\n     DÉMIPHON. Ma foi, par Hercule! Je l'ignore.\n     CHRÉMÈS (désespéré). Tu veux le savoir? Eh bien! Jupiter me\n garde ! Il n'y a personne qui lui soit plus proche que moi-même et toi.\n     DÉMIPHON {ahuri). Grands dieux!... Allons la trouver ; je veux\n que tous ensemble nous sachions si le fait est vrai ou faux. (Il se\n dirige vers sa demeure et fait signe à son frère et à sa belk-sœur de\n le suivre.)\n     CHRÉMÈS (l'arrêtant). Voyons !\n     D É M I P H O N . Eh bien ! quoi ?~\n     CHRÉMÈS. Avoir si peu de confiance en moi !\n     DÉMITHON (impatienté). Tu veux que je te croie ? Tu veux que je\n ne te questionne plus à ce sujet? Eh bien! soit. E t alors? Que faire\n de la fille de notre ami (1) ?\n     C H R É M È S . Très bien.\n     DÉMIPHON. Alors nous l'abandonnons?\n     C H R É M È S . Naturellement.\n   . DÉMIPHON. Que l'autre (2) demeure ?\n   CHRÉMÈS.      Oui.\n   DÉMIPHON. T U peux donc te retirer,      Nausistrata.\n   NAUSISTRATA. Par Pollux ! A mon sens, il vaut mieux pour tous\nqu'elle demeure que de devoir partir, comme tu l'avais proposé; car\nelle m'a paru, quand je l'ai vue, très distinguée. (Elle rentre chez elle.)\n   DÉMIPHON (brusquement). Que signifie cette histoire ?\n   CHRÉMÈS (anxieux). A-t-elle fermé la porte ?\n   DÉMIPHON.       Oui.\n\n\n   (1) Phanium encore; pour Nausistrata, c'est la fille d'un ami de Chrémès et de\n Démiphon qu'Antiphon devait épouser.\n   (2) Phanium ; Démiphon ignore toujours que Phinium et la fille de Chrémès sont\n une seule et même personne.\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "                               — 234 —\n\n   CHRÉMÈS (va s'en assurer et revient). O Jupiter ! C'est providen-\ntiel!... C'est ma fille que j'ai trouvée mariée à ton fils !\n   D É M I P H O N . Hein? Comment a-ce été possible?\n   CHRÉMÈS (défiant). L'endroit n'est pas assez sûr pour le raconter.\n   D É M I P H O N . Mais viens chez moi.\n   C H R É M È S . Écoute, je désire que même nos fils n'en aient pas\nconnaissance.\n   Ils entrent chez Démiphon.\n\n                        S C È N E IV (820-828).\n\n                               ANTIPHON.\n\n   Il revient, après avoir aidé Phédria à s'entendre avec Dorion. Il\nse désole en songeant à sa propre situation.\n   Je me réjouis, si pénible que soit ma situation, de voir mon cousin\nobtenir ce qu'il désire... Comme il est beau de ne nourrir dans son\ncœur que des passions aisées à guérir quand les choses ont mauvaise\ntournure\"! Lui, dès qu'il a eu trouvé l'argent, s'est tiré de peine; moi,\naucun expédient ne peut me soustraire aux tortures de langoisse, si\nla chose demeure secrète, de la honte, si elle se dévoile. E t je n'oserais\nmaintenant rentrer au logis, si je n'avais la perspective de la garder;\nmais où pourrais-je bien trouver Géta, pour lui demander à quel\nmoment il me conseille de voir mon père?\n   Il remonte la scène et fouille du regard la rue de gauche; Phormion\nentre par la droite.\n\n                         S C È N E V (829 840).\n\n                       PHORMION     —A     NTIPHON.\n\n  PHORMION (monologuant). J'ai reçu la somme ; je l'ai remise au mar-\nchand ,\" j'ai emmené la fille et pris soin que Phédria puisse en faire sa\nfemme : elle a. été affranchie. Maintenant il ne me reste plus qu'une\nchose à faire, obtenir des deux vieux du loisir pour boire, car je\nvoudrais jouir de ces quelques jours.\n   ANTIPHON (àpart). Mais c'est Phormion! (Haut.)'Quoi       de neuf?\n   PHORMION. Que veux-tu dire ?\n   A N T I P H O N . Quelles sont les intentions de Phédria? Comment\nd'après son dire, veut-il avoir son soûl de l'amour?\n   PHORMION. A son tour il va jouer ton rôle.\n   A N T I P H O N . Quel rôle?\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "                                    — 235 —\n\n   PHORMION.    Se cacher de son père. Il te demande de jouer en\nrevanche le sien, de plaider sa cause, car c'est chez moi qu'il va venir\nboire. Moi, je dirai aux deux vieux que je m'en vais à Sunium, au\nmarché, acheter la petite servante dont Géta parlait tout à l'heure ;\nil ne faut pas que, ne me voyant pas ici, ils s'imaginent que je\ngaspille leur argent. (On entend frapper à la porte, à l'intérieur de la\nmaison de Démiphon (1).) Mais la porte de chez toi a résonné. (Anti-\nphon se dissimule pour éviter une rencontre éventuelle avec son père.)\n   ANTIPHON. Vois donc; qui est-ce qui sort?\n   PHORMION. C'est Géta. (Tous deux se retirent vers le fond de la\nscène.)\n\n                            S C È N E IV (841-883).\n\n                     GÉTA — ANTIPHON—              PHORMION.\n\n   GÉTA (très animé). O fortune! ô fortune rare! de quelles faveurs\nsoudaines vous avez par votre assistance comblé ce jour pour le\nbonheur d'Antiphon mon maître !...\n   A N T I P H O N (à part à Phormion).     Que veut-il donc dire, celui-là ?\n   GÉTA. ... et nous, ses amis, de quelle crainte vous nous avez\ndélivrés ! (Changeant brusquement de ton, et rassemblant les plis de\nson manteau.) Mais voici que je perds mon temps, moi qui ne charge\npas cette épaule de mon manteau et ne Cours pas trouver mon homme,\npour lui dire le bonheur qui lui est échu.\n   A N T I P H O N (à part, et fort étonné), Est-ce que tu 'comprends, toi,\nce qu'il raconte ?\n   PHORMION (à part). E t toi?\n  ANTIPHON (même jeu). Pas un mot.\n   PHORMION (même jeu). E t moi tout autant.\n   GÉTA. Je vais aller d'ici chez le marchand; c'est là qu'ils sont en\nce moment.\n  A N T I P H O N (le rappelant). O h é ! G é t a !\n   GÉTA (bourru, et sans voir son maître). T'y voilà, Géta!... Est-il\nétonnant ou nouveau qu'on vous rappelle quand vous avez pris votre\ncourse ?\n   A N T I P H O N . Géta !\n  GÉTA. Par Hercule ! Il continue... Tu as beau m'ennuyer, je ne\nme rendrai pas.\n\n  (1) La porte de la rue dans les maisons grecques s'ouvrait souvent vers l'extérieur.\nPour ne pas provoguer de trouble dans les rues très étroites en ouvrant brusquement,\non avait l'habitude d'annoncer sa sortie par un coup frappé à l'intérieur.\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "                               — 236 —\n\n  ANTIPHON.          Veux-tu bien t'arrêter ?\n   GÉTA. Va te faire rosser.\n   A N T I P H O N (irrité). C'est ce qui va t'arriver, si tu ne t'arrêtes,\nvaurien !\n   GÉTA. Il faut que ce soit quelqu'un de la maison: il me promet\nune raclée. (Se retournant.) Mais est-ce celui que je cherche, ou non?...\nC'est lui-même. Arrive ici, et vivement.\n   A N T I P H O N . Qu'y a-t-il ?\n   G É T A . O l'homme le plus heureux de tous les hommes de la terre !\nSans contredit, il n'y a que toi, Antiphon, pour être ainsi chéri des\ndieux !\n   ANTIPHON. Je le souhaite; mais je souhaite aussi qu'on me dise\ncomment je le puis croire.\n   GÉTA. Te suffit-il que je t'inonde de joie ?\n   A N T I P H O N (impatienté). Tu me fais mourir.\n   PHORMION (s'approchant).        Voyons, trève de promesses, et dis ce\nque tu apportes de neuf.\n   GÉTA. Ah ! Toi aussi tu étais là, Phormion ?\n   PHORMION. J'y étais; mais tu tardes ?\n   G É T A . Voilà, écoute : (à Phormion) dès que nous t'avons donné\nl'argent au forum, nous sommes partis tout droit vers la maison ;\n(à Antiphon) dans l'entretemps, mon maître m'envoie auprès de ta\nfemme.\n   ANTIPHON. Dans quel but?\n   G É T A (impatienté). Je néglige de le dire : cela n'a pas de rapport\navec l'affaire, Antiphon. (Mimant la scène qu'il raconte.) Comme je\nmettais les pieds dans le gynécée, Mida, son petit esclave, accourt à\nmoi, me saisit derrière par mon manteau, me tire en arrière : je me\nretourne, je lui demande pourquoi il me retient ; il me dit que défense\nest faite d'entrer chez sa maîtresse. « Tout à l'heure, dit-il, Sophrcna\na introduit ici Chrémès, le frère du vieux; » il ajoute qu'il est encore\nà l'intérieur avec elles. Entendant cela, je me dirige doucement à pas\nde loup vers la porte, j ' y arrive, je me poste auprès, je retiens mon\nsouffle, j'applique mon oreille, et ainsi je commence à prêter attention,\nessayant de saisir leur entretien.\n   PHORMION. Bien, Géta.\n\n\n     (à suivre).                                  EM. BOISACQ.\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "   CHRONIQUE                           LITTÉRAIRE\n\n\nL          ARMES EN FLEURS, par Maurice des Ombiaux (Edition du\n            Coq Rouge).\n              Je ne puis pas, dans cette maison qui est la sienne\ncomme elle est désormais la mienne, louer ainsi qu'il conviendrait de\nle faire, les qualités purement littéraires de Maurice des Ombiaux.\nCette tâche est d'ailleurs depuis longtemps accomplie. D'autres, plus\nautorisés que moi, ont vanté la correction parfaite, la noblesse\nconstante, la douce poésie légendaire de son style. Mais en présence\ndu livre dont je m'occupe ici, une autre besogne se propose, et celle-là\nje prétends ne point la répudier. Je veux, obéissant à la plus chère\nde mes préoccupations, dégager de ce livre sa valeur humaine, ce qui\nfait qu'il est vraiment une œuvre vivante et intéressante.\n   Et donc, je me suis demandé, lecture faite, quelle impression\nsubsistait en moi et quel écho vibrait encore. Je me suis demandé ce\nque j'avais gagné à vivre ainsi, une heure durant, en communion\nspirituelle avec cette âme qui se disait. Et, joie! Oui, je dois le crier\nbien haut : j'avais gagné quelque chose! Il y avait en moi — et elle\ns'y montre encore chaque fois que je pense à ce livre — une radieuse\nfigure de jeune fille, celle de la sœur morte que l'auteur a chantée ;\nune radieuse figure qui me souriait, là-bas, aux frontières de l'invi-\nsible, et dont le sourire m'était le plus serein des réconforts. Elle\navait commencé de vivre à la saison des roses. Elle était venue, fleur\ntriomphale parmi les fleurs, donner pour la première fois à son frère\nla conscience de la vie et de la joie. Plus tard, ses maladies d'enfance\navaient éveillé en lui le souci de la tristesse et le soin du courage.\nPlus tard encore, quand il était loin de chez lui, dans la ville\ngothique des Flandres ou dans la solitude grandiose de la Campine,\nelle demeurait, devant les yeux de son souvenir et de son amour,\ncomme la fée de leur pays, comme la Minerve tutélaire de son errant\nexil. Pour lui, qui n'avait plus la foi traditionnelle, elle remplaçait\nla madone aux doux yeux que les autres invoquent aux heures\nmauvaises. C'était à elle, à sa petite sœur aimée, qu'il songeait,\nlorsqu'un danger menaçait de ternir la belle pureté de son âme. Elle\nétait bien pour lui la conscience de la Vie et de sa vie, celle dont on\nattend, comme une sentence, le sourire qui dit : « C'est bien.        Et\npuis, un jour, la Mort vint la prendre, et ce fut pour son frère une\nimmense douleur. Mais quand il la vit, morte, couchée dans les roses\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "                              — 238 —\n\n— elle était morte aux roses, — quand il sentit les parfums enivrants\noù son souffle semblait vivre et respirer encore, quand il suivit son\ncorps par les routes et par les villes patriales, au milieu des verdures\net des fleurs, sa douleur s'apaisa, magnifique, et cette mort se changea\nsoudain en un triomphe. Eh! non, sa sœur n'était point morte ;\nest-ce que la Mort existe ? Elle était simplement retournée à la\nTerre, elle revivait déjà dans ces splendides parfums de roses. E t sur\nla tombe où l'Église venait pleurer les admirables paroles de sa\nliturgie, se révéla soudain au frère consolé ce dogme de profonde et\néternelle vérité : que la Terre seule a immortellement le droit de\nchanter : Je. suis la résurrection et la vie ! E t c'est pourquoi, en nous\noffrant ce livre de piété fraternelle, ce livre qui nous aidera peut-être\nun jour à triompher de douleurs semblables, Maurice des Ombiaux\ny a écrit en dédicace : « A la Terre maternelle ».\n\n                                                GEORGES     RENCY.\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "                            PICOREE\n   Le 17 août dernier, deux de nos         indubitablement être laissées à l'appré-\ncollaborateurs se sont mariés, une rose    ciation individuelle, aidée par toute la\nh la bouche.                               lumière que la science ou la physiolo-\n   Mlle Louise Allard et notre ami         gie pourront dans l'avenir jeter sur ce\nLouis Delattre ont voulu, de la sorte,     sujet), — je crains cependant que l'on\nassurer au Coq Rouge une collabora-        ne comprenne pas clairement que l'ar-\ntion régulière par la publication de ces   deur d'un amour réellement humain\nadorables contes des frères Grimm,         et naturel entre deux personnes du\ntraduits par eux.                          même sexe, peut être et est souvent\n   Le Coq Rouge leur adresse un coco-      ressenti sans dépravation de caractère\nrico plein d'allégresse.                   ni de conduite. Il est impossible de lire\n   Le même mois notre collaborateur        les superbes sonnets de Shakespeare\nSander Pierron a épousé Mlle de            et de Michel-Ange, sans que l'on sente,\nForge.                                     sous la masse générale d'expression\n   Que les jeunes époux reçoivent nos      émotionnelle, la pulsation d'un désir\nsouhaits de bonheur.                       corporel distinct; et Tennyson, qui est\n                                           cependant assez timide, est trop artiste\n                                           et trop véritablement homme pour ne\n  Après l'Art à la rue, l'Art appliqué     pas reconnaître, dans son grand poème\naux chemins de fer, postes et télé-        d'amitié In memoriam (voir chants\ngraphes.                                   XIII, XVIII), le caractère passionné\n  L'espace nous manque, ce mois,           de son attachement — ce qui lui attira\npour rendre compte des peintures dont      une verte réprimande de la part du\non est obligé de subir la vue, lorsqu'on    Times lors de la publication du poème.\nveut acheter un timbre-poste.               Il serait pourtant monstrueux de sup-\n  Nous en parlerons prochainement.          poser que ces hommes, et d'autres,\n                                            furent particulièrement dissolus parce\n                                            qu'ils étaient capables de tels senti-\n   Revue des revues de septembre :          ments et prêts à en avouer le côté\n   La Société Nouvelle publie le com-       sensuel. »\nmencement d'une très logique et pro-          Dans la même revue, à lire aussi des\nfonde étude, destinée à faire quelque      fragments d'une autobiographie de\ntapage dans la grenouillère vertuolâtre    Michel Bakounine; le commencement\net pharisienne : l'amour homogénique       de la superbe conférence donnée le\net sa place dans une société libre, par    7 avril 1896 à la Maison du Peuple de\nEdward Carpenter. Par amour homo-          Bruxelles, sur l'Internationale     des\ngénique, l'auteur entend ce que d'autres   Poètes, par M. Léon Bazalgette, l'aussi\nappellent amour homosexuel ou ura-         érudit que compréhensif directeur du\nniste. Voici un passage de cette loyale    Magasine International ; la suite du\nétude : Quoi que je ne me propose          curieux roman de Gustave Kahn : Le\npoint dans cet écrit de condamner des      Conte de l'Or et du Silence; enfin de\nactes spéciaux ou des familiarités entre   très intéressantes Impressions de B a y -\n amants (puisque ces choses doivent        reuth, de Henry Maubel, le plus mu-\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "                                        240\n\n sicien de nos littérateurs, peut-être      les pudiques chroniqueurs du journa-\n celui qui parvient le mieux à transpo-     lisme boulevardier attrapent une dége-\n ser en littérature ses impressions mu-     lée à peu près comparable à celle que\n sicales et h lutter de subtilité et de     notre ami Camille Mauclair adminis-\n profondeur avec l'art des Schumann et      tra, dans le Coq Rouge, au glabre\n des Wagner.                                François Coppée.\n    Au Mercure de France, un fier              A retenir cette phrase de Berrichon:\n article intitulé: Les massacres d'Ar-      « L'œuvre de Verlaine, poète person-\n ménie, quelques documents et remar-        nel, n'est sublime que parce que sa\nques en l'honneur du sultan Abdul           vie le fut. »\nHamid, de la civilisation européenne           L'Ermitage     publie un article très\net de l'alliance franco-russe; la suite     compréhensif sur le pur et haut poète\ndu fort joli roman de M. Hugues Re-         Francis Vielé-Griffin.\nbell : La Nichina ; des vers de Henry          La Gesellschaft, une des principales\n Bataille, Charles-Henry Hirsch et          revues de la jeune Allemagne, publie\n Léautard ; la suite des traductions du     dans son numéro de septembre, une\nSartor Resartus de Carlyle et de la         notice critique et biographique sur\n Tragédie de l'Homme           d'Emerich    Georges Eekhoud, par M. Alfred\nMadach:un article d'Alfred Jarry et         Goetze.\nles toujours corrosifs Epilogues de            M. Alfred Goetze donne, dans la\n Remy de Gourmont.                          même livraison une remarquable tra-\n    Dans la même revue les chroniques       duction de Burch Mitsu, là nouvelle\n littéraires de Vielé-Griffin, Rachilde,    de Georges Eekhoud.\n etc. etc.                                     Un beau portrait de l'auteur de\n    Dans l'Aube, des traductions de Ga-     Cycle patibulaire et des Communions\nbriel d'Annunzio et un conte de Georges     illustre ce fascicule.\nEekhoud, intitulé Une partie sur l'eau.\n    Les deux derniers fascicules de la\nRevue Blanche (1 et 15 septembre)              Notre ami Maurice Maeterlinck\ncompteront parmi les meilleurs de           donnera, très prochainement, dans la\nl'année. Nous y trouvons un article         collection du Mercure de France, son\ntrès spirituel de Rachilde: Questions       nouveau drame : Aglavaine et Sély-\nbrûlantes des lettres archi-intéressantes   sette. Paraîtront également dans cette\nde Jules Laforgue la Vie mentale de         collection : la réédition, en un volume,\nGustave Kahn ; le commencement              des trois cahiers de vers épuisés\nd'une étude passionnelle de Robert          d'Emile Verhaeren (Soirs, Débâcles,\nScheffer : Le prince Narcisse ; un          Flambeaux noirs) ; Le Voyage d'U-\narticle très juste contre la démocratie     rian et Paludes, d'André Gide, en un\nlittéraire, par M. Paul Fournier, dans      volume également ; A-vau         l'amour,\nlequel il conteste le sens esthétique de    contes, par André Ruyters; on annonce\nla foule, et qu'il intitule : La race       aussi Ombres et Mirages de Robert\ninconnue ; des proses d'un charme           Scheffer; à paraître également, dans la\ninfini d'Ernest La Jeunesse sur Fanny       collection du Coq Rouge, sur Japon\n Qaessinger et les Lettres ; des vers       impérial, Opéra, d'Arthur Toisoul.\nd'Henry Bataille: Quelques silences;        Tirage à 350 exemplaires numérotés.\net un superbe article de Paterne Ber-       Prix : 2 francs en souscription chez\nrichon Pour Verlaine, dans lequel les       l'auteur, 38, Rue Vautier, Ixelles.\nmoralistes et les puritains à la ligne,                                PÉRINET.\n\n  Des presses de XAVIER HAVERMANS, Galerie du Commerce, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "                      LES LIVRES\nBernard (Charles). Et chanta            Maeterlinck (Maurice). Ala-\n        la feuillée . . . . I      »            dine et Palomides . 3 50\n                                         — Le Trésor des Humbles 3 50\nDelattre (Louis). Contes de\n        mon village . . . 3 50          Marlow (Georges).     L'Ame\n  — Les Miroirs de jeunesse 3 50              en Exil                 3 »\n  — Une Rose à la Bouche. 3 50          Maubel (Henry). Miette . . 3 50\n                                         — Etude de jeune fille . 2 »\nDemolder (E.) Contes d'Yper-             — Q u e l q u ' u n d'aujour-\n       damme                 3 »                d'hui                  3 5o\n  — Impression d'Art . . 3 »             — Ames de couleur . . 2 »\n  — James Ensor . . . . 3 \"\n  — Récits de Nazareth. . 3 »           Pierron (Sander). Pages de\n                                                Charité            3 50\ndes Ombiaux (Maurice). Vers\n       de l ' e s p o i r . . . . 2 »     — Berthille d'Haegeleere 5 »\n  — Chants des jours loin-              Rency (Georges). Vie     .   . 3 »\n       tains (épuisé) . . .\n  — Les amants de Taille-               Rousseau (Blanche). La\n       mark (drame). . . 2 »                    Simple                1 »\n  — La Ronde du Trouvère 2 »            Ruyters (André). Douze petits\n  — Larmes en fleurs (hors                      nocturnes . . . . 2 »\n       commercé)....                     — Les Oiseaux dans la\n                                                cage                  3 »\nEekhoud (Georges) Kees Doo-             Severin (Fernand). Le Lys . 2 »\n       rik                  3 50\n  — Kermesses . . . . 5 »                 — Le Don d'enfance . . 2 »\n  — Nouvelles Kermesses . 3 50            — Un chant dans l'ombre 3 »\n  — Les milices de Saint                Stiernet (Hubert). Histoires\n       François (épuisé). .                     du Chat . . . . 1 50\n  — La Nouvelle Carthage. 4 »             — Contes au Perron . . 2 »\n  — Les Fusillés de Malines 3 50\n  — Au siècle de Shakes-                Toisoul (Arthur). Mai . . 3      »\n       paere                3 »           — Opôra                  2     »\n  — Mes Communions . . 5 »\n  — Le Cycle Patibulaire 3 50           Vande Putte(Henri). L'homme\n  — Philaster (tragédie de                      jeune               3    »\n      Beaumont et Fletcher) 2 .»          — La Noce                 5    »\n                                        Van Eerberghe (Charles).\nElskamp (Max.) Dominical . 2 »                 Les Flaireurs . . . 1 »\n  — Salutations, dont d'an-\n       géliques . . . . 3 50            Verhaeren (Emile) Les Appa-\n  — En Symbole vers l'Apos-                    rus dans mes chemins. 3 50\n       tolat                3 50          — Les Campagnes hallu-\n  — Six chansons de pauvre                     cinées                 5 »\n       homme. . .                         — Almanach                  5 »\n                                          — Les Villages Illusoires. 5 »\nKrains (H.). Les bons Parents 3 »         — Poèmes                    3 50\n — Histoires lunatiques . 3 »             — Les Villes tentaculaires. 5 »\n\n Tous les volumes, indiqués ci-dessus, sont envoyés franco, contre\nmandat-poste adressé au secrétariat de la revue,\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1896-09", "signet_source": "N°5 - tome II - Septembre 1896", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 220 (« n° 5 — tome II. septembre 1896 »), conforme au signet ; sommaire imprimé de la couverture utilisé pour les attributions. Pagination : PDF = page imprimée + 29. PDF 270 (p. 241) : tarif de librairie « Les livres » (Collection du Coq rouge), mis en nulls ; PDF 271 : couverture.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}