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VIELÉ-GRIFFIN.\nEn forêt                                 EMILE VERHAEREN.\n Les heures harmonieuses                 H E N R I VANDE PUTTE.\n Histoires de France                     ROBERT DE SOUZA.\n Chutes d'automne                        GEORGES RAMAECKERS.\n Les heures harmonieuses                 GEORGES RENCY.\n'Lettre parisienne                       CAMDLLE MAUCLAIR.\n Térence : Phormion (suite et fin) . . . E M . BOISACQ.\n Picorée                                 PÉRINET.\n\n\n\n\n                  le numéro, fr. 0,80\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-203", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "le coq rouge & L'ART JEUNE PARAISSANT", "ancre_fin": "ETRANGER 25", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Rédacteur en chef", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 273, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 422, "texte": "le coq rouge\n                    &    L'ART       JEUNE\n           PARAISSANT LE l 5 DE CHAQUE MOIS\n\n\n           Prix d'abonnement annuel :\nBELGIQUE.                                           8 FRANCS.\nÉTRANGER                                           10\n                                         (BELGIQUE 20\nÉdition sur papier de Hollande Van Gelder .\n                                        (ETRANGER 25    »\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-204", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Rédacteur en chef", "ancre_fin": "131, rue de Brabant.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "REVUES A LIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 273, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 422, "fin_caractere_exclue": 852, "texte": "Rédacteur en chef : MAURICE DES O M B I A U X , 6 rue de Bériot.\n\n\n  Les rédacteurs du Coq Rouge se réunissent tous les mercredis à\n5 heures au Café de l'Hôtel Ravenstein, rue Ravenstein.\n  Pour envoi de copie, correspondances diverses, offres de colla-\nboration, demandes d'échange, administration, s'adresser à\n            M. HENRI V A N D E P U T T E , Secrétaire,\n                        131, rue de Brabant.\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-205", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Revues à lire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUES A LIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 273, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 852, "fin_caractere_exclue": 1543, "texte": "REVUES A LIRE :\nSociété Nouvelle, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles.\nArt Moderne, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles.\nRéveil, 64, rue Kessels, Bruxelles.\nLa Lutte, 15, place Van Meyel, Bruxelles.\nLibre Journal, 117, rue du Havre, Mons.\nMercure de France, 15, rue de l'Echaudé, Paris.\nRevue Blanche, 1, rue Laffite, Paris.\nMagazine international, 9 1 , avenue Niel, Paris.\nErmitage, 26, rue Juliette Lamber, Paris.\nL'Aube, 26, rue d'Orléans, Paris.\nRevue des Revues, 32, rue de Verneuil, Paris.\nLa Plume, 3 1 , rue Bonaparte, Paris.\nDocuments sur le Naturisme, 10, rue des Tenneroles, Saint-Cloud.\nL'effort, 8, rue des Puits-Creusés, Toulouse.\nDie Gesellschaft, Hans Merian, éditeur, Leipzig.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-001", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 241, "page_fin": 243, "titre_corps": "Les peintres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Ruyters", "ancre_debut": "LES PEINTRES LA récente ouverture du", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 274, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1850, "texte": "LES PEINTRES\n\n  LA         récente ouverture du « Sillon » nous paraît offrir occasion\n              propice d'exprimer certaines choses que nous tenons à\n              dire. Certes, l'événement en soi n'a rien que de très insi-\n              gnifiant. C'est la réunion de quelques petits jeunes hommes\nprésomptueux et inexpérimentés qui cherchent à se prouver à eux-\nmêmes et qui ne réussissent — oh ! on n'en saurait douter ! — qu'à\ns'inquiéter. Nous n'eussions même daigné, en cette « revue d'art, »\nparler d'une manifestation aussi obscure et mauvaise. Mais parce\nqu'à cette heure, en notre patrie putride, la génération actuelle des\npeintres paraît offrir en l'ensemble de son mouvement ce caractère\nde cabotinage et de servilité qui a désigné le « Sillon » à notre\ndédain, parce qu'aussi ce que je me vois forcé d'appeler le public est\nexposé à croire que c'est en de pareilles œuvres qu'il faut croire, nous\navons estimé qu'il serait bon et profitable de prononcer quelques\nparoles d'explication.\n   Le menu salonnet qui vient de s'inaugurer présente l'exacte repro-\nduction de ce que nous apparaît la peinture officielle jeune, c'est-à-\ndire celle qu'approuvent les folliculaires, les poètes déclassés, les\njuifs et autres gens de « sens éclairé » dont la haute compétence ne\npeut, en matière de médiocrité, être contestée. Nous nous y sommes\nrendus avec l'espoir de trouver là peut-être un vivant ou un sincère\nfourvoyé. Nous en avons fait le tour, vite désillusionnés, doucement\négayés ensuite de maintes naïvetés suaves (c'est un sentiment si\nlouable en ces jours de scepticisme I), mais peu à peu écœurés, jus-\nqu'à en sortir emplis d'indignation. Ils sont là une cinquantaine qui\nnous dévoilent ce qui doit assurément être le meilleur de leur âme,\n                                                                      16\n"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2795, "texte": "                               — 242    —\n\neh bien! je vous jure qu'il n'en est pas un dont on oserait serrer la\n main. Cette exposition m'a fait songer à je ne sais quel repaire de\nfaux monnayeurs. Certes, le mot est cru, mais je ne fais que le déduire\ndes faits, de leurs propres (?) actes, de ce que j'ai vu, et je ne saurais\nappliquer d'autre épithète à des gens qui prétendent acheter la gloire\navec l'œuvre même de ceux qui les ont devancés. Si nous voulons\nrésumer notre impression, nous ne pourrons que prononcer ceci :\n    Il y a là du Degreef falsifié par un M. Verdussen et un autre\nmonsieur du nom de Blieck ; il y a du Verwée contrefait par un\n M. Bernier, qui s'applique en même temps à reproduire Tschaggeny.\nIl y a du Colmant travesti mais non masqué par ce M. Blieck, qui\nsemble éprouver pour Degreef une prédilection si indiscrète, prédi-\nlection qui s'étend d'ailleurs encore à Ottevaere et à Gilsoul. Il y a du\nBurne-Jones, du Crane fidèlement imités par M. Stevens, qui nous\ndonne aussi un petit dessin (cette étoffe tombée et s'étalant en cent\n plis et cassures de reflets) qui n'a pas manqué de rappeler certain\n dessin semblable de Vinci, au Louvre. Il y a même du Puvis dont\n M. Janssens se charge de fournir une copie informe. Si nous ajoutons\nquelques aquarelles de Cassiers par M. Flasschoen, quelques gastro-\nnomies, enseignes de traiteurs, de Bellis (oh ! honte...) par M. Ma-\nthieu, un vague et nébuleux Frédéric par M. Denayer, je crois que\nnotre bilan se pourra clôturer. Eh non! Cependant! J'oubliais l'un\ndes plus caractéristiques de ces jeunes gens, M. Coulomb qui, en une\nfoule de petits croquis, s'épuise à nous remettre en mémoire les purs\nvisages de Knoppf, les pervers et bleus sourires des filles de Rops,\nles héraldiques pourtraitures de Doudelet, les grouillantes multitudes\nd'Ensor.\n   Je vous demande de quel nom il faut désigner ces procédés et de\nquels yeux, nous devons regarder ceux qui s'y livrent?... Mais cessons\nde nous occuper de ces infantiles quelconqueries. Je l'ai déclaré au\ndébut de ces lignes, le « Sillon » ne m'a été qu'une occasion. Nous\navons tenu à dire qu'il y a une autre peinture que la peinture de pas-\ntiche et de plagiat, qu'il y a la peinture d'art, une peinture qui se\nmoule sur la vie, qui la transporte, l'infinise, une peinture adéquate à\nnotre cœur et que l'on doit aimer parce qu'elle nous exprime si puis-\nsamment que nous ne saurions la méconnaître sans nous renier nous-\nmêmes. Mais comment la sauraient-ils comprendre, les impuissants,\nles ratés ! Comment sentiraient-ils la vie, ceux qui n'ont en guise de\ncœur qu'un miroir attentif et déformant? Dieu merci! Le temps\nsemble révolu des imbécillités magistes où il n'y avait d'ésotérique\nqu'une vanité et une cuistrerie effarantes, de ces idéalistes de grenier\n"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "                               -   243   -\n\n qui voulaient rendre le surnaturel !... eux qui n'avaient jamais vu\n dans la nature et dans les hommes que des souillures ou d'allégori-\n ques apparences? Faut-il donc que nous apercevions maintenant une\n autre peste se déclarer, que nous découvrions un autre aspect de la\n bêtise? A h ! C'est ainsi que ces gens souhaitent l'art et ce sont de\n pareilles merveilles que couvent les airs profonds, les longs cheveux\n sales, les cabans hétéroclites dont ces messieurs nous imposent sou-\n vent la répugnante promiscuité.\n    Race de Rapins ! Où doit donc en être tombée la peinture pour que\n « peintre » nous apparaisse le plus insultant vocable qu'il soit possible\nde trouver ! Mais je m'aperçois que ceci est presque de la rhétorique\net à quoi bon s'échauffer à propos d'êtres que nous classons, intellec-\ntuellement, au niveau des citrons, des homards, des vaches qu'ils\n peignent !\n    A côté d'eux et sur un plus loyal chemin, il en est d'autres que\nnous aimons, il en est qui voient dans l'art autre chose que pillerie et\n rapine. Ceux-là sont conduits par leur cœur, et c'est en eux que se\nrévèle la vraie génération. Il y a en Belgique des jeunes auxquels\nnous nous faisons une joie de tendre la main. Nous les sentons amis\net quoique plusieurs nous soient inconnus ; quoique plusieurs vivent\nécartés de nous, nous avons la conviction ardente qu'ils nous savent\ncomme nous'les savons et que notre art est identique au leur. Il y a\nici des Frédéric, des Hymans, des Baes, des Gilsoul, des Fabry, des\nLaermans, des de Groux, des Levêque, des Doudelet, des Claus, des\nMellery, des de Gouve, des Ensor, d'autres encore... Ceux-là expri-\nment la vie telle qu'elle leur bat au cœur. Ceux-là' sont probes, hon-\nnêtes. Ceux-là sont beaux et vrais. Il n'est pas nécessaire que, parmi\nleurs confrères, on les désigne ou les élise. Ils sentent eux-mêmes\nqu'ils sont d'une race spéciale et noble. Ils sont assez virils pour ne\npas devoir recourir, afin d'engendrer leur œuvre, au sperme d'un\nautre. Ceux-là sont nos frères. J'ai pensé à eux, en écrivant cette\npage, et je leur dédie mon effort pour qu'on ne les confonde pas avec\nles copistes et les mercenaires, pour qu'on sache que, s'il en est qui ont\ndroit au mépris, d'autres, hautainement, peuvent exiger le droit à\nl'estime et à l'admiration.\n                                                  ANDRÉ     RUYTERS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-002", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 244, "page_fin": 245, "titre_corps": "Comme un bouquet aux mains d’une fille", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Francis Vielé-Griffin", "ancre_debut": "Comme un bouquet aux mains d'une fille LA bise tourne et la brise", "ancre_fin": "aux mains d'une fille. 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—\nVotre face de cristal blanc\nVa choir, morte, parmi l'étang\nCassée aux angles des vaguelles ;\nLes troncs plient comme des baguettes;\nL'ouragan pille aux chaumières cognées,\nLeur chaume immense, par poignées.\n\nC'est les noces du vent et de l'automne\n— Eh la lune garde à vous » ! —\nLe vent est ce cavalier lourd\n"}, {"page_pdf": 279, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 924, "texte": "                       — 246 —\n\nQui s'est soûlé, ce soir, et fait l'amour,\nA tous les coins des carrefours,\nAvec la rouge et violente automne.\n\n— « Eh la lune, garde à vous » —\nVotre allure de Sainte Vierge\nEt vos étoiles et vos cierges\nN'ont rien à faire, à cette heure de fête,\nOù l'automne et le vent perdent la tête,\nOù l'on entend leurs cris et leurs spasmes de bruit\nImmensément s'entremordre la nuit\nEt les forêts ployer et s'agiter soudain,\nComme des dos, à coups de reins.\n\n— « Eh la lune, garde à vous » —\nLes chiens rodent, les loups maraudent,\nUne odeur ample et chaude\nGrise la force et redresse debout\nLe rut universel qui gonfle monte et bout\nDans les assauts de la nature en rage :\nAvec l'automne ivre et sauvage\nDe l'est à l'ouest, du sud au nord,\nLe vent râlant s'accouple à mort.\nLes chiens s'en vont, flairant les loups\n— « Eh la lune garde à vous » !\n\n                                  EMILE VERHAEREN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-004", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 247, "page_fin": 249, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : Matinale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Vande Putte", "ancre_debut": "LES HEURES HARMONIEUSES Matinale DONC, la douceur", "ancre_fin": "dans le ciel bleu de ciel", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Diamantaire GRAPPES d'étoiles ! ô séré", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 280, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "LES\n\n    HEURES HARMONIEUSES\n\n                                                     Matinale\n\n               DONC, la douceur d'une fraîcheur de matin baigne le Parc\n                 où il attend, où il se promène par les larges allées, dont\n                les chemins semblent faits de chair pâle, de chair très\n                fraîche, et comme vivante à cause de la lumière qui s'y\njoue. Et il écoute les oiseaux ehanter leurs tchip! tchip ! tchip!\n miraculeux de limpidité. E t il songe, dans ce Parc banal! mais\nféérisé de matin, à Siegfried, sans doute son idéal symbole, écoutant\n chanter le divin oiseau au seuil de la forêt d'émerveillement. Mais\n ah ! n'a-t-il raison ? puisque c'est l'éternelle Voix qu'il entend en leur\n voix?\n    Il attend ! De ses lèvres, des cigarettes s'en vont, en bleues fumées\n et fluides rêveries. La douceur d'une fraîcheur de matin baigne le\n Parc...\n   Les herbes sont plus vertes. Les petits bourgeons font sur le ciel,\nblanchement et soyeusement bleu, des dentelles de perles. Une\nhaleine semble s'exhaler, onduleuse et douce, du ciel, vers lui...\n   Viendra-t-elle? Elle a bien promis! Mais bast! les femmes pro-\nmettent si aisément en un instant sentimental. Viendra-t-elle? Il la\ndésire. Il l'aime sans doute (un peu...), puisqu'elle est pour lui, en ce\nmoment, la chose suprême et la plus désirée, en somme ce que les quel-\nconques poètes appellent leur idéal... Viendra-t-elle? Oh! cependant,\ncomme les oiseaux chantent! qu'ils sont naïfs! et qu'ils vivent pour\neux-mêmes! N'est-ce pas? il aura beau pleurer où rire, vaguer tout\nseul ou avec l'aimée, ces petits être candides et absolument heureux\nchanteront toujours de même...\n   Puis quelle clarté calme, sur toutes choses ! mais surtout sur les\nmenues fraîches feuilles qui s'épanouissent aux bourgeons, et que la\nbrise fine fait palpiter comme de petites ailes... E t des enfants jouent\ndans des bosquets, qui ont des cris comme des soies éployées!\n   Or un petit pauvre dort sur un banc, la chemise ouverte laissant\nvoir sa poitrine... E t le soleil amical l'entoure, le divin soleil semble\nveiller sur lui...\n   Oh! (dites? écoutez moi !...) Oh! dormir dans ce rayon de soleil,\n"}, {"page_pdf": 281, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "                               — 248 —\n\n en cet endroit, sur ce coin de banc! o h ! être ce petit pauvre sans\nfoyer ni loi, dormant au soleil la poitrine nue!\n   D'autres enfants, cependant, font un cercle de pâtés de sable\n autour du socle d'une statue. E t tous ces êtres sont heureux ! Ils\nn'ont pas le lassant souci de penser ou d'aimer; ils n'ont que la\njoie toute pure d'exister.\n   Mais las! pourquoi celle-là ne vient elle pas? alors que l'heure est\nsi bonne, si propice aux jeunes et toutes neuves tendresses... A h ! se\ndit-il, je pourrais la faire s'asseoir sur ce banc vert très clair. Moi à\ncôté d'elle, mais comme à genoux. Elle ferait avec le bout de son\nombrelle des dessins capricieux dans le sable du sol. Je lui prendrais\nla main. Nous causerions comme les plus profonds des amis, de\nchoses que tous deux nous aimons beaucoup, et nous ne parlerions ni\nde nous mêmes, ni de notre amour, et nous oublirions l'heure...\nChère jeune fille! Ce nous serait la joie suprême, l'amour infini;\nexister ainssi l'un à côté de l'autre, presque identifiés ; vivre chacun\nune heure de vie toute nue, nourris de soleil, de sensation et de ten-\ndresse; se vivre l'un l'autre enfin, en s'aimant mutuellement dans\ntoutes les choses bien-aimées.\n   A h ! hélas! hélas! pourquoi ne vient-elle pas?\n   — C'est bien ici pourtant qu'il lui dit hier de venir. Et elle pro-\nmit. E t elle était si fidèlement soudeuse, qu'il n'eut pas su douter de\nsa parole...\n   Il se lève alors, il regarde au loin. Mais personne. L'allée est vide,\net celle-là aussi, et celle-là... Les chemins d'un or blond et clair, les\nfeuillages joliment verdaces. Plus loin, les masses de ramures se\nviolacent. E t les petits oiseaux gazouillent.\n  A h ! qu'elle vienne! e t , que cessent enfin les bonds haletants et\nfébriles de son cœur si vivant!\n   Il se promène encore. E t c'est toujours la même douceur, le\nmême calme..., les mêmes oiseaux..., mais aussi la même las-\nsante amertume de l'attente... Il va. Il contourne un petit bassin. Il\nfume... De ses lèvres, des cigarettes s'en vont, en bleues fumées\net fluides rêveries... L'eau du bassin réverbère verdi l'azur du\nciel... Des ondulations minimes y crépèlent doucement du cristal\nluisant...\n   Au milieu de l'eau, des arbustes forment un ilôt, et là dedans, des\noiseaux nombreux babillent et remuent..\n   Mais oh! joie! la voilà! aperçue brusquement, et qui vient vers\nlui! et qui vient vers lui!\n"}, {"page_pdf": 282, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1074, "texte": "                               — 249 —\n\n   Vraiment! elle a même l'air trop simple! Mais elle est délicieuse\n tout plein !\n   Délicieuse! Délicieuse ! Elle vient vers lui... Elle longe noncha-\nlamment les pelouses; elle lui sourit; sa présence illumine les\nchoses...\n   Puis, sa robe est claire! grise et bleue. Elle a des mousselines à\nson chapeau, le col mi-nu, et une touffe de gaze, soyeuse, sur la poi-\ntrine... Chérie... oh! qu'elle soit venue !...\n   Elle s'explique à peine, la mauvaise! mais qu'importe ! la voilà!\nCe sont ses mains gantées, ses yeux grisants, le jeu de son genou\nsous le jupon, sa taille, son pied petit, elle tout entière! E t elle lui\nserre les mains comme très heureuse. E t lui se laisse aller à ce doux\nrêve. E t il songe à Siegfried au seuil de la forêt d'émerveillement.\n   C'est, cependant, la douceur d'une fraîcheur de matin baignant\nle Parc...\n\n  O chants d'oiseaux (je vous prie...) chantelets et chantelets d'oi-\nseaux! scintillez maintenant étoilément dans le ciel bleu de ciel...\n\n\n\n\n                                                "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-005", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 249, "page_fin": 251, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : Diamantaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Vande Putte", "ancre_debut": "Diamantaire GRAPPES d'étoiles ! ô séré", "ancre_fin": "qui chantent, qui chantent! qui chantent!", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Délicieuse de peine et de soir SUZANNE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 282, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 1074, "fin_caractere_exclue": 2172, "texte": "Diamantaire\n\n             GRAPPES d'étoiles ! ô sérénité divine ! ô magnifique nuit\n              constellée de tremblotements enfantins! Clameurs de\n              trains aussi, pleurantes et éployées; clameurs, détresses\n              à l'éperdue !... Or, cependant, mon âme est fraîche et\nbleue, mon âme est étoilée et très paisible comme cette heure — cette\nbelle, cette douce heure d'exaltation épanouie, où chantent seules les\nfeuillaisons bleues blêmes, vertes et veloutées... — où seule scintille,\nen oubli du monde et de ses quinquets vulgaires, la confiante joie des\nastres palpitants.\n   Donc mon âme est paisible, étoilée, fraîche et bleue. Donc aussi,\nles choses se reposent, et c'est grand charme de sentir combien can-\ndidement elles semblent dormir pensives, dans de la chaude lumière\nou de l'ombre moelleuse.\n   Continûment, les feuillages ont des chansons de très lointaines\npetites sources, de sangloteuses petites sources mélodieuses et timides.\n   Ah ! rires de Mai ! Sourires d'éveil de nos yeux candides !\n   Espoirs d'être d e u x ! ô petites sources dans les feuillages!...\n"}, {"page_pdf": 283, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2664, "texte": "                               — 250 —\n\n    Accoudons-nous, je t'en prie, ami, à la fenêtre. Regardons tout\ncela. Vivons cette belle heure après tant d'autres aussi belles et déjà\nvécues et trop vite oubliées. Mais celle-ci vivons-la, avec, en surplus,\nl'extraordinaire joie de penser que nous la vivons, et de jouir de\nl'inappréciable et de l'irrétrouvable de chacune de nos moindres sen-\nsations... Regardons tout cela!...\n    Viens près de moi, donc; et vois : les plus belles choses de l'univers\nentier, scintillent et s'étalent devant nous. Ah ! L'éternelle nuit d'étoi-\nles !... Regarde ! pour nous c'est la plus belle qui fût jamais.. Tu sais\nbien! c'est celle-là dont les hommes-dieux nous ont parlé, soit en\nmusique, soit en vers. — Celle-là? mais l'unique! celle qui s'étend à\nl'infini... et dont, à ce moment, nous avons presque la sensation abso-\nlue et divine...\n    L'éternelle nuit d'étoiles frissonne, au-dessus du jardin... E t elle\ns'étend à l'infini... Et tous les mondes y remuent, énormes et éblouis-\nsants, dans la pâleur, bleuie et molle, de l'air d'été...\n    E t certes ! la paix des étoiles nous bénit.\n    O heure auguste et irretrouvable! te dis-je... Nos cœurs, ami, sont\nérigés, par nos gestes de bonheur, par notre bonheur religieux, ainsi\nque des calices, vers la sérénité suprême de la nuit !\n    E t il fait pur. E t des brises se meuvent, et ébranlent — mais à\npeine! —les ondes musicales des feuillages. E t leur douceur silen-\ncieuse a de très aimantes caresses pour les feuillages...\n    La nuit est claire ! et le jour approche. L'aube s'annonce déjà, vois !\nlà-bas, en d'ineffables émois de couleurs, rouges et violettes...\n    Et le ciel est soyeusement verdi.\n    Déjà, loin, infiniment loin! un coq enroué a chanté ! et c'est sans\ndoute, du moins nous le songeons ainsi à cause de l'éclat de sa voix\n— c'est sans doute en quelque ferme blanche et rouge écarlate, bai-\ngnée des vagues des blés éblouissamment jeunement verts...\n    A h ! écoutons maintenant, le brusque jailli cantique ardent, ingénu\net diamantaire ! des puérils rossignols sublimes, qui criblent de voix\naiguës les bosquets sombres.\n    Puis, cette douceur!...\n    Sens-tu ce calme idéal pleuvant du ciel?... Entends-tu cette rumeur\nchatoyante qui ondule sur les choses et monte comme une prière ?\nRestons immobiles, je te le demande. Ne cassons pas le beau réseau\nde fils de lumière, que la féerie de l'heure a tissé entre le paysage et\nnotre cœur ! — Tout est très pacifique... Les constellations pâlissent.\nLa lune éclaire encore le ciel du matin, déjà soyeux, rose, adolescent,\nde sa face de belle nacre et de prestige simple... Et il fait pur ! E t\n"}, {"page_pdf": 284, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 535, "texte": "                                — 251 —\n\nles rossignols chantent! Et, là-bas, les touffes d'arbustes sont étin-\ncelantes de leurs chansons comme de prismatiques pierreries regar-\ndées par l'aube! et le ciel entier semble embrasé et illuminé de leurs\nroulades !\n   Oh! leurs roulades effervescentes! O grappes étoiles! sérénité\ndivine! Le matin a surgi pur et beau du sein de l'infinie mer des\nténèbres nocturnes! E t nous y écoutons, éblouis, les rossignols, qui\nchantent, qui chantent! qui chantent!\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-006", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 251, "page_fin": 252, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : Délicieuse de peine et de soir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Vande Putte", "ancre_debut": "Délicieuse de peine et de soir SUZANNE !... La craintive vo", "ancre_fin": "des gestes et des signes désespérés", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Ardente S'ÉPANOUISSE l'impérieu", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 284, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 535, "fin_caractere_exclue": 2063, "texte": "Délicieuse de peine et de soir\n\n\n              SUZANNE !...\n                    La craintive voix s'insinua à peine dans l'air... Le\n                 silence redominait déjà. Le soir était sublime de calme.\n                 Les limpides étoiles rayonnaient d'or. Oh ! lointaine-\nment, ce pauvre bugle malhabile qui pleurait Dagobert et ton taine\net beaucoup de choses lamentables !\n   Baignés d'une blanche brume de douceur et de silence, les arbres.\nEt ta nacre, ô lune, scintillante argentément dans le pur ciel. Ah !\nta chair était souveraine et simple et admirable...\n   — Suzanne!...\n   Cette fois, la voix s'alanguit plus longuement et avec plus de dou-\nceur, elle se modula et ondula parmi les ondes pures de l'atmosphère\ncraintive.\n   Lui, cependant, s'était avancé sur la route, et le croissant\nde la lune lui apparut comme suspendu aux branchages bougeants\nd'un marronnier. Parmi les feuilles, se dentelaient des éclaircies de\nnuit blème, et des étoiles regardaient.\n   D'un lent balancement les branches étaient bercées. Des grillons\ntrillaient. Pacifique, une sérénité semblait descendre en effluves et en\ngrands larges baisers, de l'immense ciel très limpide.\n   Et les millions d'étoiles pâles s'éparpillaient dans l'infini.\n   — Suzanne! Suzanne! Suzanne!\n   Comme la voix se tordit avec détresse !\n   Mais rien à faire ! Puisqu'il ne savait pas? Puisque nulle voix ne\nrépondait à cette voix? Pourtant ! n'était-ce pas lui qui appelait ?\n   Ah ! Ah ! il s'en fut de cet endroit ! car que faire de toutes ces nos-\n"}, {"page_pdf": 285, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1692, "texte": "                                — 252\n\n\ntalgies! de toutes ces pauvres pauvres nostalgies en appels vers le pays\nde son cœur que l'on ne trouve jamais ?\n   E t il s'en est allé, allé, allé... La nuit frissonnait doucement. Des\nphalènes volèrent... Là-bas, une seule fenêtre de paix était éclose d'or\ndans des verdures.\n   E t il s'en est allé, hélas! E t il n'a jamais su la cause de cet appel\nqui se plaignait ! Il n'a même jamais su s'il l'avait rêvé ou réellement\nentendu. E t pourtant ! comme au tournant de la route il s'arrêtait, il\nlui sembla l'entendre une dernière fois, criante, en toute angoisse,\nde ce seul mot: Suzanne! Suzanne! Suzanne! par trois fois, et puis\nencore. — Après cela, des sanglots tombèrent l'un sur l'autre.\n   E t il n'a jamais su. Il n'a rien vu! malgré ses regards fixés suppliam-\nment, de toutes parts, sur la campagne endormie, sur les chemins pâlis,\net les chuchotements des bosquets.\n   Oh ! maintenant, n'est-ce pas? et hélas! ce pauvre bugle malhabile\nqui pleure tout seul et toujours, Dagobert, ton taine, et beaucoup de\nchoses lamentables ! Oh! ces grillons et ces grenouilles qui se plai-\ngnent ! E t là-bas, ces sanglots qui tombent l'un sur l'autre, comme\nune triste source, pleurant les désespoirs de la belle nuit...\n   Ah ! Suzanne! Suzanne! combien donc vous ont appelée? auxquels\nvous n'avez jamais répondu !\n   E t il s\"en allait tristement, songeant qu'en cette voix c'était le soir\ntout entier qui semblait se lamenter et appeler. E t ces appels et ces\nlamentations, il les imaginait des bras tendus, faisant sur fond de\nciel de nuit pâle, des gestes et des signes désespérés. '\n\n\n\n\n                                                         "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-007", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 252, "page_fin": 254, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : Ardente", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Vande Putte", "ancre_debut": "Ardente S'ÉPANOUISSE l'impérieu", "ancre_fin": "spontanés vols d'oiseaux.. 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Aussi, aussi... surtout ! cette très belle\net chaude prairie où je me couche.\n   Gloire des yeux et splendide voyage, le ciel est soleillement bleu ;\ndes nuages de moelleux paros le meuvent, des fleurs d'arbustes\nl'étoilent de rose...\n"}, {"page_pdf": 286, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2667, "texte": "                                — 253     -\n\n    Familiale pelouse, d'ailleurs! charme infini! Toutes les choses gré-\n sillent d'ardeur ! Les grandes herbes fleurent sonorément.Des millions\n de marguerites tendent vers moi leurs faces jolies... L'air chaud est\n dense. Les moustiques qui y volent — on dirait presque qu'ils y nagent\n— ces moustiques sont en argent.\n    De petits calices d'or s'érigent au \"haut de leurs bougeantes fines et\nfrêles tiges... Les neiges bleu-vertes des pommiers incessamment\nse défleurent en tournoyant... E t les fraîches feuillures vert et or,\nscintillent sur le ciel soleillement bleu...\n    Passé la haie, de grasses vaches dans des prés d'or. Des bosquets\nen irréelle lumière. Une gaie venelle grêlée de soleil beige et puéril...\n Des enfants qui y avancent sont dorés de la tête aux pieds, paiement\ndorés... Leur chevelure est une auréole ébouriffée. E t c'est là-bas,\nl'éperdue trillerie sonore des grillons, si en harmonie avec l'illumina-\ntion verte et rose de l'heure, que c'est le soleil lui-même qui semble\ntriller et crier, éperdûment et sonorément.\n    Ah! aussi ! les nuages passent et s'en vont ! De divins aperçus de\nbleu sourient entre les neiges... Ailleurs, un nuaget pâle et ondulé\nvogue tout seul sur une mer illimitée de tendre azur...\n    Et les oiseaux, les oiseaux chantent toujours tapage, de voix char-\nmante et tapotée. Les herbes se balancent au-dessus de ma tête cou-\nchée, et me semblent grandes comme des arbres, et me semblent des\njets de soleil... E t sur le ciel soleillement bleu, un arbre souple et tors,\nau tronc bas, épanouit, pour quelles noces magnifiques ? le bouquet\nfrais de ses branches, de ses fleurs et de ses teintes, délicieusement\njaponaisement rouges et blanches!\n    Donc : ô ciel énorme et placide! ô chers oiseaux! ô arbustes ! ô\nbonheur d'exister en cette heure-ci, inestimable! O h ! indécision\nmiraculeuse et vibrante de choses ensoleillées ! Venelle ! paradis\nbocager ! éden très simple, mais habité de babils d'oiseaux, tout\nodorant d'âmes de lilas, délicieux de courreries de scarabées\néclatants et verts, et du béatifique sommeil des insectes au cœur-\ncalice de ces grandes fleurs jaunes, balsamiques, balancées et\ngraciles...\n    Et tout à coup je découvre qu'une pure petite eau chantonne\nglouglou, non loin de moi, par delà la haie sans doute... Sans\ndoute aussi que des fleurettes se penchent vers, elles, y mirant leurs\nnaïfs visages, et que le soleil s'éparpille joliment en chaque palpita-\ntion de son fluide treillis de cristal...\n    Et comme, accoudé, je regarde vers la haie, avec ce drôle désir\nirraisonné, de voir ce bruit, j'aperçois une enfant qui me regarde\n"}, {"page_pdf": 287, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 802, "texte": "                               — 254     -\n\ncurieusement, les deux menottes accrochées, fraîches et blanches,\nparmi les feuilles, la bouche un peu ouverte et comme respirante, et\nles yeux grands épanouis au large comme de purs ciels.\n   E t je regarde les regards de cette enfant, et c'est comme si je con-\ntemplais les yeux de ma candide et paisible joie.\n   Ah ! vous oiseaux ! oiseaux ! continuez à chanter tapage. Tout va\nbien. Je ne jetterai pas de bombe aujourd'hui, et je ne ferai pas la\nnoce... L'heure est belle et suave comme une femme qu'on aime. Et\nmon adoration pour vous, monte vers vous et vers le ciel soleillement\nbleu, à la fois comme des jaillissements de fleurs, des prières et de\nspontanés vols d'oiseaux..\n                                             HENRI VANDE PUTTE.\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-008", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 254, "page_fin": 255, "titre_corps": "Histoires de France : Le roy", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Robert de Souza", "ancre_debut": "HISTOIRES D E FRANCE LE ROT Monjoye escriet, ç", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 287, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 802, "fin_caractere_exclue": 1567, "texte": "HISTOIRES D E FRANCE\n                              LE ROT\n\n                                 Monjoye escriet, ço est l'enseigne Carlun.\n                                    La chanson de Roland, chant 11.\n\n\n         LA     plaine est rase aux chevaux de guerre ;\n              Le sang est clair dans l'herbe verte;\n       Les moissons fument des flammes !\n\n       Joie, joie ! on clame, on clame !\n       Capelé de mailles, sanglé de fer,\n       L'épieu en main, l'épée au flanc,\n       Le Héros\n       Précipite au galop\n       La guerre,\n       Le sang bouillant,\n       Le cœur haut.\n\n       La guerre est gloire,\n       Et la mort est victoire ;\n       La vie est bannière de vaillance :\n       Les preux la suivent jusqu'en la mort ;\n       LA mort est gloire !\n"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1040, "texte": "                     — 255 —\n\nJoie, joie, joie, joie !\nSoufflez du cor ;\nLe Héros qui chevauche est roi\nDe par les douze pairs qu'il devance\nEt sa vertu fière cerclée d'or.\n\nLa plaine est rase aux chevaux de guerre\nQui portent les preux et leurs armes de vaillance.\n\nLa vie est guerre :\nOrage tonnant dans un nuage\nQui monte de la poudre des routes\nSous la course des rages ;\nJaillit l'éclair!\nLe preux d'un fier bras abat\nLe fer;\nLa nue éclate et gronde d'un feu de sang.\nRavages !\nLe preux est roi !\n\nLe preux est roi qui commande la victoire\nD'estoc et de taille toujours plus avant.\nPrêtent main forte et tiennent le pas :\nNoblesse qui le pennon déploie,\nHonneur qui sur l'écu flamboie,\nCroyance qui répieu porte droit,\nEt par dessus le rouge flamboiement\nAnges du ciel et saints du paradis.\n\nTrouble et peineuse est la royale vie!\n\nMais la chair brutale s'humilie :\nLa garde de l'épée fait une croix ;\nMais l'esprit simple sonne d'un cor joyeux ;\nEt malgré l'ombre qui poudroie,\nLe sang est clair dans l'herbe verte,\nLe ciel est bleu.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-009", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 256, "page_fin": 258, "titre_corps": "Histoires de France : Les communiants", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Robert de Souza", "ancre_debut": "LES COMMUNIANTS Aubépine, mon bien, Je te c", "ancre_fin": "fleur Aspirent l'âme de l'univers !", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA REYNE La Reine venait d'invent", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 289, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 1579, "texte": "LES COMMUNIANTS\n\n                                  Aubépine, mon bien,\n                                  Je te cueille et te prends ;\n                                  Si je meurs en chemin,\n                                  Sers-moi de sacrement.\n                                            Chanson populaire.\n\n      DESSOUS un pin, les Chevaliers gisants\n       Voient leur âme couler à terre...\nIls eurent grand cœur les braves compagnons !\nTous deux unis en la paix comme en guerre,\nEt comme, d'angoisse encore, sur le gazon.\n\nLe soir est proche, et la mêlée disjointe,\nUn calme f rais apaise la prairie;\nD'entre les places d'herbe nouvelle\nQue ne couvrent pas les corps meurtris,\nLes premières fleurettes lèvent leur pointe,\nEt le renouveau s'épanouit.\n\n— Ami, avez-vous plaie mortelle?\nDit d'un soupir le Chevalier de Gloire;\n— Ami, ne gardez vous espoir ?\nD'un ton dolent dit le Servant d'Amour.\n\nIls se sont ouï à leur verbe contrit,\nEt l'eau du cœur leur découle des yeux.\n\n— Hé, las ! mon frère, il me faut vous quitter\nEt du même coup perdre ces jours glorieux.\n— Hé, las ! mon frère, il me faut vous pleurer\nEt du même coup ne plus revoir ma Dame.\n\nMais si vous étiez moins navré\nPourtant, et ne passiez pas\nDe claire vie si belle à trépas,\nPrenez ceci, le portez à ma Dame,\nCe sont reliques quelle reconnaîtra.\nJe les ai prises de sa main suave,\nLe jour quelle me la tendit en adieu,\nA ses ongles de coraline :\nLes découpai menu d'un fin ciseau.\nCousis les pointes à cette courte peau,\nLes serrai fort sous mon bliaut\n"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1532, "texte": "                     — 257 —\n\nTout contre la chair nue de ma poitrine,\nEt depuis lejour de grand deuil et d'adieu,\nPetite haire, en moi, plus loin, chaque heure, engrave\nAvec l'amour de ma gentille Dame\nLa mémoire de sa main suave.\nAmi, mon frère, ceci prenez\nEt lui donnez si vous ne trépasse^.\n\n— Mon ƒrère n'ayez souci :\nCe sera comme vous désirez.\nMais nous sommes tous deux comme occis ;\nIl faut que l'âme songe au paradis.\n\nLe Chevalier de Gloire ayant fiché en terre,\nDevant leurs yeux, la croix de son épée,\nIls tendirent au ciel l'hommage de leur gant;\nEt le ciel l'accepta d'un long regard mourant\nQui rougit le fer de lumière.\nPuis run, dans ses doigts, saisissant\n Une pâquerette à la blanche couronne d'hostie,\nIl la porta aux lèvres de l'ami\nPour qu'il eût goût, en trépassant,\nDu pain de vie.\nEt l'autre, jusqu'à sa blessure haussant,\nLe menu calice d'une fleur d'or,\nIl le porta aux lèvres de l'ami,\n L'ayant empli d'une goutte de son sang\n\nEt les Chevaliers se couchèrent\nLa main dans la main pour la mort.\n\n\nLors, sur leur paix mystique\nLe bleu tendelet du ciel s'était ouvert\nAu chœur des anges en damas de pourpre et d'or.\nEt les brises du soir redisent leur cantique\nToujours, à travers les branches despins,\nAvant que ne s'épaississe le mystère\nQue la nuit ferme sur la prairie\nEntre nos yeux et les rayons divins,\nLorsque en l'union des dernières lumières\nLes oiseaux s'accordent aux fleurs\nPour consommer toute harmonie\nEt chanter aux âmes unies :\n                                                         '7\n"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 360, "texte": "                       — 258 —\n\n— Bénis les victorieux qui meurent -\nEn chevaliers de justice et d'amour,\nAvec l'humble viatique d'une fleur\nPour aller joindre l'esprit d'un dieu !\nBénis les chevaliers qui meurent !\nLes victorieux,\nDans l'extase des heures dernières\nQui en la communion vivante d'une fleur\nAspirent l'âme de l'univers !\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-010", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 258, "page_fin": 260, "titre_corps": "Histoires de France : La reyne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Robert de Souza", "ancre_debut": "LA REYNE La Reine venait d'invent", "ancre_fin": "fruits qui tombent comme des têtes.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA VIERGE — Cette assurance est de g", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 291, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 360, "fin_caractere_exclue": 1514, "texte": "LA REYNE\n\n                               La Reine venait d'inventer\n                                 ces robes à la gore où\n                                 l'on entrevoyait le sein à\n                                 travers un lacis de rubans\n                                  agrémenté de pierreries.\n                     La Reine Isabeau. Villiers de 1'lsle Adam.\n\nLES      quinconces du verger alignent d'ombres naines,\n      Claires d'une chaude vapeur lunaire d'automne,\nLeurs droites allées devant le portail.\n\nUne fumée odore et traîne -\nEt flottonne.\nMêlée aux parfums mûrs des poires et des pommes.\n\nLes dernières cires grésillent de la fête\nQui rougeoient le seuil du portail\nD'où la fumée traîne et odore.\n\nLa nuit est d'un silence si mûr\nQu'il se mesure\nAux chutes mornes sur le sol mort -\nDes fruits qui tombent comme des têtes...\n\nLes quinconces s'alignent d'cmbres naines\nJusqu'au fond où le verger miroite plus clair\nComme d'une sournoise nappe d'eau stellaire\nQue troublent des fléchissements de corps\nQui se penchent.\n\nDes fruits qui tombent marquent le silence.\n\nAu fond du verger pourtant il n'est point d'eau,\nPoint d'eau qui dort,\n"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1403, "texte": "                           — 259 —\n\nMais pour de la soie, je ne dis pas ;\nDe la soie blanche roidie d'argent\nEt brodée en lys de diamants;\nMais pour une robe, je ne dis pas :\nUne robe qui s'étoile comme de l'eau\nEt qui chatoie\nSous les genoux d'un beau mignot\nDressé hardi de ses deux bras tendus et de sa tête\nVers sa Douce royale de joie,\nTandis que chutent autour d'eux de leur poids mort\nLes fruits qui tombent comme des têtes.\n\nSur la poitrine du beau mignot\nSont blasonnés trois liéparts d'or,\nEt dam l'emprise des corps,\nLes trois liéparts d'or sont en joie\nQui mordent les lys de diamants,\nLt à belles dents\nLes broient.\n\nEt les fruits   tombent.\n\nMais la Douce met les fruits hors\nDe ses deux seins de lune miellée\nQui béent, qui se tendent dans l'ombre ;\nLa royale Douce est en joie :\nPoint ne craint la belle dent qui mord,\nLes jeunes cruelles caresses des belles dents blanches\nQui mangent !\nTout est bon qui vous laisse accolée,\nAprès jeux, danses et fêtes,\nD'un baiser...\nEt parmi les perles et diamants,\nPerdue dans le silence qui toujours plus s'étend,\nOù les fruits tombent comme des têtes,\nQu'on pâme d'aise aux mignotises d'amour !\n\nLe verger se peuple d'ombres naines\nD'heure en heure plus noires des grandes clartés de la nuit\nAnx cieux saures et rouges d'incendies\nQui, jusqu'au portail rougeoyant,\nToujours,\nDes dernières cires qui grésillent de la fête,\nDrapent à pans flambants\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 792, "texte": "                      —        260\n\nDe haut,\nPour le cortège de princes, qui sans doute s'apprête,\nLeurs dais royaux.\n\nMais du portail ne sort\nQue la fumée déserte de la fête...\nDans la salle, seul, un homme oublié de la fête,\nD'un sommeil innocent,\nSous les flambeaux,\nDort...\nChue, l'épée des preux\nA terre !\nSur les yeux,\nLa couronne de velours glisse, aux fleurons d'or ;\nEt /es dernières lumières\nEn font des ombres sur le carreau.\n\nEl cependant que sous la démence des rêces\nL'homme penche, penche le poids qui s'en va, morne, de sa tête,\nLa Douce sous les quinconces et le jouvenceau\nOnt pâmé d'aise aux mignotises d'amour,\nDans un silence toujours plus mûr et lourd\nOù chutent autour d'eux, s'écrasent de leur poids mort,\nLes fruits qui tombent comme des têtes.\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-011", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 260, "page_fin": 262, "titre_corps": "Histoires de France : La vierge", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Robert de Souza", "ancre_debut": "LA VIERGE — Cette assurance est de g", "ancre_fin": "les Saintes... Simplesse détient notre salut.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES ORGUES LESsouffles chantent", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 293, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 792, "fin_caractere_exclue": 1512, "texte": "LA VIERGE\n\n                       — Cette assurance est de grand poids.\n                       — Je la tiens pour un grand trésor.\n                                  Interrogatoire de la Pucelle.\n\n\nC   OMPA GNE des brebis, sœur des agneaux,\n     La bergerette a poussé son troupeau,\nDès l'aube, le long des pentes, au dessus du village.\nDans la rosée des lumières matinales\nQui éveillent peu à peu les profondeurs du val,\nElle s'est assise à mi-coteau,\nAu frais de la fontaine des groseillers,\nA ou'ir bruire son âme comme l'antique feuillage\nDu Beau Mai,\nOù devisent d'accord les Saintes et les Fées.\n\nL'herbage nouvel des pâris\nQue buissonnent de leurs jaunes toisons les brebis\nJusqu'à l'orée, là-haut, du bois chenu,\n"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1473, "texte": "                       — 261    —\n\n\nMène par descentes douces ses yeux\nAu seuil même des chaumines du village\nQue longue guerre cruelle laissa piteux :\nLa tour de l'église y a croulé,\nDes chaumes de parents ont brûlé,\nEt la route par le pays perdu\nEst le sillon après l'orage.\n\nUne Vierge fut au pays promise :\nSimplesse détient notre salut.\n\nLa bergerette auprès de la fontaine\nDemeure en rêverie assise ;\nSes doigts distraits de la quenouille de laine\nTombée au giron de sa cotte vermeille\nDégrapillent les branches des groseilles,\nEn fantaisie de sa pensée lointaine.\nEt sous l'ombre des siècles qu'étend l'Arbre des-Fées,\nLe front élu par rayonnées,\nLa nimbent à travers les feuillées\nLes radiances divines du soleil !\n\nLe soleil monte par le mitan du jour;\nEt la bergerette s'est dressée,\nCar elle voit loin ce que son âme bruit,\nSans voir Amour\nQui jeunet joueur pastoureau.\nEn tapinois est venu du village,\nSur le midi,\nRendre aux Dames-Fées l'hommage\nD'un cœur fervent et d'un gâteau\nQu'elle eût rompu, gente aimée, avec lui.\n\nMais elle voit loin, plus loin, ce que son âme bruit.\nLa force est vouée de sa chair brune et fière,\nHardie de l'instinct pur qui ne faut !\n...A l'autre penchant de la vallée,\nCe n'est plus la roche du coteau,\nMais la croupe d'un roussin de guerre;\nL'armure de l'azur y étincelle,\nEt le vent écharpe la nuée\nEn une blanche et peinte bannière\nEt frise des plumes de cimier ;.\nUn rais éblouissant du ciel\nPerce l'air\nEn un éclair d'épée...\n"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 777, "texte": "                        — 262 —\n\n\nHardi, gens des cités,\n Gens des hameaux !\nBataille!...\nLaissez les vieilles avec les agneaux au bercail,\nEt chevauchez!\nLa vie est guerre, et la guerre est sainte\nEn sacrifice...\n— Justice ! justice !\nPuis, lors, Espoir relance les semailles\nD'où verdit pour le renouveau\nLa paix :\nMoissons et joies...\nRien contre la hardiesse de la foi\nNe prévaut,\n— Sautez la haie ! —\nNi sape, ni siège, ni feinte,\nNi traîtrise !\nUne Vierge fut au pays promise :\nLe temps lui pèse comme à unefemme enceinte.\nRien contre la hardiesse de la foi\nNe prévaut !\nQue chacun écoute ses Voix,\nEt nul bien fleuri ne sera perdu!\nVoici que des hymnes d'oiseaux\nFont chanter dans l'arbre les Fées et les Saintes...\n\nSimplesse détient notre salut.\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-012", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 262, "page_fin": 263, "titre_corps": "Histoires de France : Les orgues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Robert de Souza", "ancre_debut": "LES ORGUES LESsouffles chantent... E", "ancre_fin": "du passé. R O B E R T DE SOUZA.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHUTES D A U T O M N E O H ! le soleil", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 295, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 777, "fin_caractere_exclue": 1219, "texte": "LES ORGUES\n\n\n\n     LESsouffles chantent...\n\nEt les voix séculaires cherchent l'écho\nDe l'âme passante\nQui marche, et va, d'un pas perdu, au jour.\nLuisant vers elle de sa vive ogive de feuillage,\nSans qu'elle entende,\nD'entre le bruissement des ombres en arceaux\nQui courbent sur sa vie la protection des âges,\nLe cri de la jeunesse des héros,\nLa voix dénonciatrice de l'amour,\nQu'ailés de ramilles claires et d'oiseaux\nLes souffles chantent.\n"}, {"page_pdf": 296, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1027, "texte": "                         — 263 —\n\nL'âme s'en va, d'un pas perdu et sourd,\nPar la forêt prof onde des mélodies\nQui ont lancé, d'un jet, les fûts hardis\nBordant les vieux chemins qui la mènent au jour.\nLes arcs déploient la pleine magnificence de leurs accords\nSur des lointains qui les prolongent et les brisent,\nD'où l'éclair d'un glaive, d'une note jaillit\nAu long pleurant secours d'un cor.\nDes gestes de gloire qui sonnent leur prise\nL'abandonnent, aux sons des musettes et des/lûtes,\nTandis qu'aux cimes montent les prières en essors\nQui retombent, sur l'aile harmonieuse des brises,\nEn effusion de larmes inconsolées..\n\nLes souffles chantent.\n\nMais l'âme s'en va d'un pas perdu qui butte\nVers l'espérance, là-bas, du jour\nLuisant vers elle de sa vive ogive de feuillage,\nSans qu'elle entende,\nSans qu'elle sache que nulle vie présente\nN'atteint Jamais l'éclatante porte du jour\nDe son pas perdu qui marche tout le voyage\nSous les voûtes hautes du passé.\n\n                                        R O B E R T DE SOUZA.\n\n\n\n\n "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-013", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 263, "page_fin": 264, "titre_corps": "Chutes d’automne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "CHUTES D A U T O M N E O H ! le soleil au bois qui p", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 296, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 1027, "fin_caractere_exclue": 1441, "texte": "CHUTES D A U T O M N E\n\nO         H ! le soleil au bois qui pénètre et qui tremble,\n             le soleil de septembre,\nOh ! le soleil et sa tiédeur par tous mes membres,\nOh ! les rayons pâlis en la pauvre feuillée\n           feuille à feuille effeuillée,\n           en la feuillée où selon l'heure\n                  le vent d'Automne,\n                  le vent chantonne,\n                  chantonne ou pleure !\n"}, {"page_pdf": 297, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1118, "texte": "                        — 264 —\n\nEt les grands arbres verts encor,\nou riches déjà d'une feuillée d'or\n          seulement blonde,\nles grands arbres autour du bord\nde l'eau poissonneuse et profonde\ns'étonnent d'entrevoir de larges trous d'azur\n          au fond de l'étang pur\noù s'épleurent et se reflètent\n                les fanaisons\n                des feuillaisons\n                de la saison\n                chère aux Poètes.\nEt c'est dans les grands bois mourants\nle grincement rythmé des branches;\nmais c'est aussi dans les vergers\npoiriers, pommiers, de fruits mûrs surchargés\nqui, tentateurs, vers les bouches se penchent ;\net c'est dans la feuillêe, souvent,\nle bruit que fait une poire qui tombe\net c'est à chaque coup de vent\n                 une hécatombe!\n\nAh! les bons fruits mûrs, ah! tombez nombreux!\n           de toutes les branches,\nafin qu'au prochain matin de dimanche\nle jardin soit plein de grands cris heureux\net de bouches rouges qui s'ouvrent avides\net boivent le jus des bons fruits sapides\nen mordant leur chair à belles dents blanches!\n                               GEORGES RAMAEKERS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-014", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 265, "page_fin": 265, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : Matinale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "LES HEURES HARMONIEUSES cMatinale LA brise joue", "ancre_fin": "immortelle !", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Diamantaire. ETOILES !", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 298, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 948, "texte": "LES\n\n\nHEURES                HARMONIEUSES\n\n                                              cMatinale\n\n\n        LA brise joue, en clairs sourires, matutine,\n         Parmi le réveil d'or des oiseaux et des feuilles,\n Le ciel est doux et vaste, et sa bonté s'effeuille,\n Et neige calmement en lumière câline.\n\n Azur! vers ta jeunesse au large épanouie,\n Vers ta candeur inviolée et tes bruits d'ailes,\n Ma jeunesse s'érige et se veut éternelle\n En l'effarement bleu de sa joie éblouie.\n\n Le visage des fleurs, et leurs yeux, et leurs lèvres,\n Et leur haleine parfumée, et leurs couleurs,\n Et la splendeur, au loin, de l'horizon qui meurt\n Sous le baiser ardent d'un grand soleil de fièvre,\n\n Mon âme a tout compris, mon âme a tout aimé,\n Elle a tout l'horizon, toutes les fleurs en elle.\n L'azur immense et fort la vêt de son baiser,\n Et l'aurore est sa face éclatante, immortelle !\n\n\n\n                                         "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-015", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 265, "page_fin": 266, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : Diamantaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "Diamantaire. 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Un ciel voyage,\nNoyé tout entier dans sa mer de lumière,\nBien au-dessus, lien au-dessus du paysage.\nFlambez, ma joie, ardente et ivre,\nMa joie de vivre sous le ciel!\n\nEt puis qu'importe! Un soleil d'or\nS'allume aux fleurs de la prairie,\nUn soleil d'or, comme un décor,\nMagnifiant les fleurs de vie dans la prairie.\nFlambez, ma joie, ma joie ardente et ivre\nMa joie de vivre sous le ciel!\n\nEt puis qu'importe tout! Qu'importe ombre ou soleil?\nQu'importent fleurs en joie ou désert triste?\nJ'existe!\n                                       GEORGES RENCY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-018", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 268, "page_fin": 271, "titre_corps": "La fleur du berger", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louise et Louis Delattre, traduct.", "ancre_debut": "LA F L E U R D U BERGER Conte des frères Grimm U", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 301, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 2074, "texte": "LA F L E U R D U BERGER\n\n                Conte des frères Grimm\n\n\n               UNE sorcière avait deux filles. Elle en aimait beaucoup\n                 l'une, sa propre fille, qui était laide et méchante; mais\n                 l'autre, sa belle-fille, qui était bonne et parfaitement\n                 bien tournée, elle la détestait.\n   Un jour, la jolie sœur reçut en cadeau, de son fiancé, un tablier fort\ncoquet et qui lui seyait à ravir. L'autre en fut si jalouse qu'elle dit à\nsa mère :\n   « Ma mère, ma mère, je veux avoir ce tablier. Il me le faut!\n   — Bon, lui répondit la vieille, ne te chagrine pas, tu l'auras. D'ail-\nleurs, il y a longtemps que ta sœur devrait être morte. Aussi, cette\nnuit, tandis qu'elle dormira, je veux aller lui couper la tête. Prends\ndonc soin de te coucher au fond du lit et de la mettre sur le bord. »\n   Ce qu'elle complotait serait arrivé si la pauvre enfant, heureusement\ncachée dans un coin de la chambre, n'avait tout entendu sans qu'on\nla vît.\n   N'osant s'enfuir, elle fit semblant de rien durant la journée, et\nl'heure d'aller au lit arriva. Elle laissa alors sa méchante sœur y entrer\nla première, se coucher au fond et s'endormir profondément; puis\nelle la poussa au bord et prit sa place dans la ruelle.\n   A minuit, voilà la sorcière qui entre dans la chambre, tenant une\nhache à la main droite. De l'autre, en tâtonnant, elle sent dans les\nténèbres comment est placée celle qu'elle veut tuer ; et saisissant son\narme à deux mains, d un coup, han ! elle lui coupe la tête.\n   C'était la tête de sa propre enfant. Mais elle n'en savait rien et elle\nregagna son lit en riant d'avoir si tôt et si proprement fait.\n   Dès que la vieille eut disparu, la pauvre fille échappée à la mort se\nleva sans bruit et courut à la maison de son fiancé, son bien-aimé\nRoland. Elle frappa à la porte, il vint lui ouvrir.\n      Oh ! cher Roland, il nous faut prendre la fuite au plus vite, lui\ndit-elle sans reprendre haleine. Ma belle-mère, cette nuit, en voulant\n me tuer, s coupé par méprise le cou à sa propre fille. Mais quand il\n"}, {"page_pdf": 302, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "                                — 269 —\n\n fera jour et qu'elle découvrira son œuvre, nous sommes perdus si elle\n nous trouve.\n    — Oui, dit Roland, mais avant de partir, il faut pourtant que tu lui\n enlèves sa crossette de sorcière; sinon, nous serons tôt rattrapés, si\n vite que nous allions. »\n    La jeune fille, en tremblant, s'en retourna prendre le bâton. Elle\n emporta aussi la tête coupée d'où trois gouttes de sang tombèrent :\n une sur le lit, une sur l'escalier et une sur les carreaux de la cuisine ;\n et elle se hâta de rejoindre son bon ami.\n    Au matin, voilà la sorcière qui se lève. Bon, elle appelle sa fille et\nlui crie de vite se lever, qu'elle a pour elle le joli tablier. Mais pas de\nfille.\n    « Où donc es-tu ? crie la mère.\n    — Ici ; je balaie l'escalier, » répond la première goutte de sang.\n    La vieille monte là d'où vient la voix, mais elle a beau chercher,\n elle ne voit personne sur les marches. Elle crie de nouveau :\n    « Où es tu ?\n    — Ici, dans la cuisine; je me chauffe, » répond la deuxième goutte\n de sang.\n    La sorcière redescend, mais ne trouvant non plus personne près\n du poêle, elle se met en colère.\n     « Où es-tu? crie-t-elle encore.\n    — Ici, dans mon lit, » répond la troisième goutte de sang.\n    La vieille va à la chambre et s'approchant du lit, que voit-elle ? Sa\npropre enfant baignant dans son sang et à qui elle-même avait coupé\nla tête pendant la nuit.\n    Dans une rage terrible, elle courut à la fenêtre d'où elle voyait\njusqu'à une grande distance à la ronde et découvrit bientôt sa belle-\nfille et Roland qui fuyaient.\n    « Ah ! n'essayez pas de m'échapper, vous deux, cria-t-elle. Si loin\nque vous soyez, je vous rattraperai toujours. »\n    Passant ses souliers d'une lieue, à l'aide desquels elle franchissait\nune heure de chemin en une enjambée,elle les eut vite rejoints. Mais la\njeune fille l'avait vue approcher; elle toucha son ami Roland du bâton\nmagique et, du coup, le changea en un étang au milieu duquel, sous\nforme de canard, elle se mit elle-même à nager.\n    La sorcière eut beau lui jeter morceaux de pain sur morceaux de\npain et l'appeler d'une voix mielleuse et dire: « Cani, cani, cani ! »\net se donner mille peines, elle ne put l'attraper; et le soir venu, elle\ndut s'en retourner toute seule et la rage au cœur.\n    Les deux fuyards reprirent leurs formes naturelles dès qu'elle eut\n"}, {"page_pdf": 303, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2530, "texte": "                                — 270 —\n\n\ndisparu. Ils se remirent en route et marchèrent jusqu'à la pointe du\njour. Alors, de sa baguette, la jeune fille changea son ami Roland en\njoueur de violon et, sous l'aspect d'une fraîche fleur fleurie, elle se\ncacha au milieu d'une haie d'épines.\n   La sorcière ne tarda pas à se montrer.\n   « Cherjoueur de violon, dit-elle, me permets-tu de cueillir cette\njolie fleurette?.\n   — Comment donc, répondit celui-ci, mais volontiers ! E t je vous\njouerai même, parce que c'est vous, un joyeux air de mon violon, au\nsurplus. »\n   La vieille désirait ardemment cette fleur, qui cachait elle savait bien\nqui. Mais juste comme elle avançait la main pour la saisir, le violo-\nneux commença un air qui, à l'instant, l'obligea de dansera Car son\nviolon était enchanté, et plus vite il en jouait, plus haut devait sauter\nla vieille et plus rapidement elle devait danser, au milieu de la haie et\ndes épines aiguës. Ses vêtements furent bientôt en loques et sa peau\ndéchirée en lambeaux ; et comme le violon ne s'arrêtait pas, par le\npouvoir de l'enchantement, il lui fallut danser jusqu'au bout de ses\nforces. Enfin, n'en pouvant plus, elle tomba morte pour toujours.\n   Ils étaient libres et Roland dit à la jeune fille :\n   « Moi, à présent, je m'en retourne à la maison de mon père, arran-\nger tout pour notre mariage.\n   — Bien, dit-elle. Je t'attendrai ici. Pour qu'aucun autre que toi ne\nme voie, je prendrai la forme de cette pierre rouge au bord du champ.»\n   Elle en fit comme elle disait et Roland s'en alla. Cependant, rentré\nchez lui, il rencontra une fillette qui le fascina si doucement qu'il\noublia sa première fiancée. En vain la pauvre abandonnée l'attendit\nbien longtemps. Quand elle comprit que l'infidèle ne reviendrait plus\nla chercher, elle se changea en une fleur qui poussait au bord de la\nroute.\n   « Peut-être passera-t-il par ce chemin avec une autre à son bras,\npensait-elle de son bien-aimé. Ah! je serais déjà heureuse s'il m'écra-\nsait de ses pieds. »\n   Un berger, qui gardait les moutons dans les prés voisins, vit un\njour cette fleur, et la trouvant si jolie, avec un air si tendre et un par-\nfum si doux, il la cueillit et la porta dans sa cabane où il l'enferma\ndans son armoire.\n   Dès cet instant, il n'arriva plus chez le berger que des choses mer-\nveilleuses. Au matin, quand il se levait, la besogne était terminée, la\nchambre balayée, la table et les chaises frottées et le poêle allumé.\n Quand il rentrait pour dîner, à midi, la nappe était mise et un bon\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2745, "texte": "                               -   271   —\n\nrepas fumait dans les assiettes. Cela l'intriguait ; mais il eut beau\nfaire, et se cacher derrière les meubles pour surprendre qui l'aidait\nainsi, il ne trouva personne dans la cabane.\n   Ces soins empressés ne laissaient pas de beaucoup lui plaire, et pour-\ntant il commença peu à peu de se sentir mal à l'aise. Il alla s'en ouvrir\nà une bonne femme réputée pour ses conseils pleins de sagesse.\n   « Certainement, certainement, opina-t-elle, il y a du sortilège là-\ndessous. Tiens-toi donc éveillé un matin ou l'autre et fais attention à\nce qui se passera à tes côtés. Si quelque objet, n'importe quoi, se met\nà bouger dans la chambre, lève-toi et jette un drap blanc par-dessus ;\nl'enchantement sera détruit. »\n   Le berger rentra chez lui et le lendemain, à la pointe du jour, il\ns'éveilla. Doucement, alors, il vit s'ouvrir son tiroir e t une fleur en\nsortir. Il bondit vers elle, la couvrit d'un linge blanc et, du coup, une\nbelle jeune fille surgit devant lui.\n    Elle avoua au berger que sous la forme d'une fleur, c'était elle qui\navait pris soin de sa maison durant ces jours derniers. Puis elle raconta\nson histoire. Le berger en fut si ému et il éprouva tant de plaisir à la\ncontempler, qu'il lui demanda tout de suite de consentir à devenir sa\nfemme. Mais elle lui dit non et qu'elle voulait rester fidèle à son bien-\naimé Roland, encore qu'il l'eût oubliée. Pourtant, elle lui promettait\nde continuer à rester près de lui et garder sa maison le plus soigneuse-\nment et le plus diligemment qu'elle pourrait.\n   C'est ainsi que vint le mariage de Roland. Or, c'est une vieille cou-\ntume, en ce pays-là, que les jeunes filles du village se réunissent\ndevant le couple qui se marie et célèbrent ses noces par des chants.\n   La pauvre jeune fille avait senti son cœur se briser en sa poitrine à\nla nouvelle du mariage de son bien-aimé. Elle refusa d'abord de\nsuivre ses compagnes à la cérémonie ; mais à la fin, celles-ci parvin-\nrent à l'emmener.\n   Son tour vint de chanter sa chanson. Alors elle recula de quelques\npas pour se mettre derrière les autres et cacher un peu sa douleur, car\nelle n'avait pas la force de faire autrement.\n   Dès que son chant, qui pleurait et tremblait, arriva aux oreilles de\nRoland, celui-ci pâlit et s'écria :\n    « Je connais cette voix ! C'est celle de ma vraie fiancée, de ma bien-\naimée. Je n'en aime pas d'autre; je ne veux pas d'autre épouse. »\n   Et tous les anciens souvenirs des jours passés qu'il avait oubliés se\n relevèrent subitement dans son cœur.\n   Ainsi eut lieu le mariage de la fidèle jeune fille avec son bien-aimé\n Roland. Ses pleurs étaient finis, son bonheur commençait.\n                             LOUISE et Louis DELATTRE, traduct.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-019", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 272, "page_fin": 276, "titre_corps": "Lettre parisienne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Camille Mauclair", "ancre_debut": "LETTRE PARISIENNE POUR user d'un cliché célèbre", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 305, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "LETTRE                   PARISIENNE\n\n               POUR user d'un cliché célèbre, « à l'heure où paraîtront\n                ces lignes », les lampions auront fini de brûler à Paris,\n                et les galas auront vécu. Mais à l'heure où j'écris cette\n                correspondance, que l'on m'invite à recommencer au\n Coq Rouge, l'indécente comédie n'est pas encore jouée, on s'y apprête\n— et vraiment je ne puis parler que de cela. Il n'y a rien à dire sur la\nlittérature pour l'instant, et d'ailleurs la littérature, ceux qui l'hono-\nrent, ceux qui la gâtent, c'est bien peu de chose en ce moment: tous,\nnous sommes portés sur un flot humain, et il est nauséabond, et nous\nne pouvons y échapper. Le bain de boue est universel : parlons de\ncette immersion forcée. Au surplus, y a-t-il des choses à dire, sinon\npour l'utilité, du moins pour l'honnenr: et comme la liberté d e la\npresse interdit à Paris les opinions indépendantes, ce me sera un\nrecours précieux que de trouver ici l'occasion de parler.\n   L'aventure franco-russe se présente, pour qui n'est pas dévoué au\ngénie de M. Hanotaux et à la gentilhommerie d'Arthur Meyer, sous\ndeux aspects distincts. Le premier est ridicule, le second est odieux.\nCette farce se joue simultanément sur deux scènes. La scène la plus\ncriardement éclairée est en France, à Cherbourg, à Paris, à Ver-\nsailles. La seconde scène est peu éclairée, la distance l'assombrit\nencore, c'est un théâtre de drame — c'est l'Arménie. Entre ces deux\nspectacles, une comédie financière occupe l'entr'acte : l'emprunt\nrusse arrangé par Rothschild, à la boutonnière duquel l'Aigle-Blanc\nest venu préalablement se fixer, gage de bonne négociation.\n   Le titulaire actuel de l'héritage des Romanoff, race de bouchers,\nde fusilleurs, de fous et de tyranneaux, promène depuis deux mois à\ntravers l'Europe l'insolence d'un voyage de noces protégé par sa police\net réglé par ses chambellans. Toute la politique française depuis 1871\nsemble n'avoir abouti qu'à une espérance: acheter à bon prix un\nsoutien sérieux. Soutien: dans le monde des filles s'assurant un\nappui, on prononce souteneur. Cette attitude d'expédient est deve-\nnue le fond de la diplomatie, On compte donc que les finances fran-\nçaises paieront — et on a raison, puisqu'après Cronstadt on paya, et\naussi après Toulon, et qu'on paiera après cette cérémonie dernière.\nMais ce versement n'est que le' dessous pratique de l'affaire : c'est\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2968, "texte": "                                — 273 —\n\nentendu, on est discret, on n'en parle pas. L'accueil extérieur occupe\nseul la foule : et l'on dirait que la France devient démente. C'est un\nréveil effarant des sentiments les plus pénibles : la platitude dépasse\nce qu'on eût imaginé. La lecture des journaux est inouïe. Ce que les\ngazettes, depuis deux mois, contiennent de propositions saugrenues,\ninconvenantes, bouffonnes, est véritablement impossible à dénombrer.\nLe sentiment dominant, c'est que tous cherchent à faire oublier au\nTsar qu'il vient visiter une République. Pas un instant on ne songe au\ncontraire à garder correctement les distances entre le régime qu'il\nincarne et le nôtre. On croirait que Marianne semble indécente à tous\nceux qui vivent d'elle. On n'ose présenter cette vierge de cuisine à la\nTsarine, on veut dissimuler le bonnet phrygien en présence de la\ncouronne. Des vaudevilles naissent de cette fausse pudeur. On agite\nsérieusement la question de donner à M Félix Faure un uniforme de\ngénéral, afin qu'il n'ait pas l'air d'un maître d'hôtel. On voit les\nbourgeoises, femmes de fonctionnaires bourgeois, réclamer des man-\nteaux de cour, et l'on est obligé de leur faire observer — avec quel\nregret ! — qu'il n'y a plus de cour dans la République française !\n   Du côté décoratif, l'invention est irrésistiblement drôle. Le génie\ndes artificiers et de? tapissiers s'affole à l'idée de faire grand, et pro-\npose de mettre des fleurs en papier sur les arbres, puisque l'ingrate\nnature se refuse à les fleurir en octobre en l'honneur des Russes ! Les\nlampions changent de forme ; on gratte, on cloue, on se livre au délire\ndu provisoire. Tout le monde veut sa part de gloriole, chaque corps\nde métier souhaitant être présenté, congratulé, mis en relief. Les\nétudiants réclament, les cyclistes s'interrogent, les dames de la Halle\nvoudraient bien... Le camelot est prospère. On vend des emblèmes\nridicules, le portrait de la Tsarine traîne chez le marchand de vin, des\naffiches bariolées montrent le Tsar, en uniforme français, salué par nos\ntroupes et nos drapeaux. Au milieu de tous les projets emphatiques\nqu'on lui présente, l'hôte étranger choisit, ses secrétaires dictent ses\nvolontés, refusent ceci, corrigent cela ; la morgue impériale s'épanouit\nde la soumission républicaine. Les agents de police pétersbourgeois\nveilleront eux-mêmes à la sûreté du maître dans le pays ami ; il\ncommande ses menus, règle les distractions qu'on lui offrira. La\nconfiance est si délicatement grande qu'il aura ici son train: un mois\nd'avance, cette lourde prison roulante, dûment blindée, essaie les\nvoies ferrées qu'on répare, qu'on farcit de soldats et de sbires. Jamais\nenthousiasme ne fut si rudement réglementé : la baïonnette intervient\npartout; le ministère, passivement, s'incline. L'empereur fait à son\nbon plaisir. Il n'est pas encore là, mais de loin on le sent, ses ordres\n\n                                                                       18\n"}, {"page_pdf": 307, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "                               — 274 —\n\n arrivent, comme arrivaient ceux de Napoléon jadis à Berlin ou à\n Vienne.\n   E t il y aura des attractions, hormis les pétards et les fusées ! Le\nmalingre Nicolas, jouant les Pierre-le-Grand, viendra voir l'Académie\nen séance ; il y aura discours de M. Legouvé et compliment de\n M. Coppée sur papier à fleurs. Et il y aura aussi compliment de\n M. Claretie, présentant avec sa grâce melliflue sa troupe de cabotins.\n Le Tsar ne s'ennuiera pas parmi ces grotesques, dont les métaphores\nsauront cajoler à souhait sa roideur d'invité tout-puissant. E t les\nharangues politiques seront... ce que nous savons. On aura du tact.\n M. Claretie ne parlera pas du décret de Moscou, les cortèges évite-\nront le boulevard de Sébastopol, Marianne s'habillera convenable-\nment, mettra des gants. Tout cela est comique, bête, coûteux et pas\ntrès fier, mais on peut en prendre son parti. C'est la face amusante\ndes choses, la mascarade d'une politique d'expédients et d'un régime\ngalvaudé qui ne croit plus en lui-même.\n   La face tragique et honteuse de la situation, c'est le silence convenu\nde la diplomatie européenne, et particulièrement la tacite acceptation\nde la France, au sujet des massacres d'Arménie. L'odeur de sang\nmonte désagréablement au milieu des banquets. L'acceptation du\nTsar vis-à-vis de l'alliance, c'est la condition du laissez-faire là-bas.\n« Couvrez notre emprunt, recevez-nous, inclinez-vous, et nous vous\ngardons protection : mais en échange, en clause expresse, taisez-vous\nsur ce qui se passe en Orient. Nous avons besoin qu'un peuple périsse;\nne mettez pas le nez dans nos affaires. » Tel est, débarrassé des\nformules alambiquées, le mot d'ordre catégorique que la chancellerie\nrusse donne sèchement, à la chancellerie française. Les Arméniens\ngênent la politique de nos amis: il serait bon qu'ils fussent supprimés.\nEn attendant que les Turcs soient délogés par lui de Constantinople,\nle Cosaque les juge aptes à cette besogne de débarras. Il ne met pas\nlui-même la main à l'ouvrage, mais il laisse opérer, sous le couvert de\nson indifférence calculée. E t soixante mille hommes déjà ont été\négorgés. « L'ordre règne.     C'est le fameux mot de cette politique\nrusse si lucidement abominable. S'il ne règne pas encore là-bas, il\nrégnera: les morts sont calmes! La boucherie est confiée à la race la\nplus aveuglément féroce et brute qui soit en Europe : les étals regor-\ngent de monceaux de cadavres déchiquetés. On tue, on fusille, on\nbrûle, on hache, on pend vieillards, femmes et enfants pour le plus\ngrand bénéfice de la diplomatie moscovite. Personne ne bouge.\n   Les escadres stationnent là-bas pour la forme, mais tout le monde\nsait à quoi s'en tenir sur les causes de l'extermination. Les premiers\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2892, "texte": "                                — 275 —\n\njours, nos officiers recueillaient à bord les fugitifs. Cet élémentaire\nesprit d'humanité est encore jugé superflu et gênant ; les consuls\nrusses, sur instructions du cabinet de Pétersbourg, insinuent à nos\ncommandants de vaisseaux qu'il plairait en haut lieu qu'on réprimât\nces interventions des témoins; et on engage doucement nos marins\nécœurés à ne se mêler de protection qu'à la dérobée. L'assassinat d'une\nnation s'accomplit avec l'assentiment des civilisés. « Ce qui nous\nrépugne dans cette histoire, écrit un officier présent, c'est de voir dans\nla presse, dans les grands journaux qui nous parviennent ici, à quel\npoint la falsification des dépêches peut atteindre, à quel point le men-\nsonge et l'altération systématique des faits selon un mot d'ordre\n bafouent insolemment la vérité sinistre que nous avons sous les yeux.\n C'est à démissionner pour ne pas en voir davantage. » Les journaux\n insèrent passivement des communiqués officiels et des télégrammes\n travestis. Par respect pour les tout-puissants alliés, on se tait. Cette\n affaire d'Arménie est un chef-d'œuvre de perfidie, de bassesse et\n d'horreur : tout le vice des systèmes politiques actuels s'y révélera\n pour l'historien avec une saisissante netteté.\n    E t M. Hanotaux, les mains liées, admet comme les autres. E t le\n terrible petit autocrate, le Tsar blanc aux épaules chétives, pour le\n règne et le bénéfice de qui s'accomplit l'ignominie d'Orient, le Tsar\n chargé de sang comme tous ses prédécesseurs, le chef des Barbares en\n somme, vient à Paris, paisiblement en apparence, en réalité dans des\n wagons blindés et parmi une armée d'argousins. Et à présent négo-\n ciez-vous, emprunts, résonnez, harangues, brûlez, feux d'artifice,\n épanouissez-vous, ripaille publique, sottises, congratulations des\n gazettes! L'Arménie est si loin! Il vaut mieux n'en pas parler ! Ces\n Arméniens ne sont pas intéressants; on les ignore; ce sont des trouble-\n fête, après tout. E t Paris s'amuse, s'endimanche, et M. Arthur Meyer,\n et M. Xau, et quelques autres notoires traitants de publicité s'ingé-\n nient à enguirlander la dynastie des Romanoff, et la comédie de\n l'alliance couvre la sale réalité de l'emprunt et l'atroce réalité du mas-\n sacre. Le cabotinage atteint son comble; le peuple, appâté par l'occa-\n sion du commerce, chauffé par la réclame, excité par les uniformes et\n les landaus, court à l'exhibition officielle comme à un cortège de car-\n naval; à peine si quelques caricatures vaillantes, les efforts de quel-\n ques journaux d'opposition, la voix généreuse et d'ailleurs étouffée\n d'un Paul Adam, font un faible contrepoids à cette ruée. C'est là ce\n qu'il faut que nous endurions sans pouvoir rien dire. E t quelque faible\n que soit le chauvinisme, on se sentirait quand même énervé en com-\n parant l'adulation de la France présente à certaines heures nobles de\n"}, {"page_pdf": 309, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1118, "texte": "                               — 276 —\n\njadis, si la pensée ne s'élargissait pas, si l'on n'était pas ayant tout\nrévolté de songer que toutes ces singeries de diplomates, ces sala-\nmalecs et ces inconséquences ne sont que le prix du sang. Nous nous\ncroyons très loin des rois Scythes ou des boucheries d'un Cambyse\nou d'un Timour ! Le sociologue sourit et songe ....\n   E t comment vous étonneriez-vous que je ne parle pas littérature\nen cette lettre, première d'une série nouvelle, que je ne vous raconte\npas les projets de M. Antoine ou de M. Lugné-Poe,la dernière facétie\n de M. Zola ou de M. Coppée, que je ne vous entretienne pas du récent\n ouvrage de M. Marcel Schvvob ou de M. Rosny ? Il y a ici un drame,\nune comédie-bouffe, une psychologie qui va autrement loin que la\nlittérature, et si vous le voulez bien, nous plaisanterons ou nous\nserons touchés d'art un autre jour — un jour où l'immonde Vie\nmoderne, de lucre, de bassesse, de cynisme et de sang, apparaîtra\nmoins obsédante dans le silence du pays des songes.\n\n\n                                             CAMILLE     MAUCLAIR.\n\n\n\n\n    3 octobre 1896.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-020", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 277, "page_fin": 285, "titre_corps": "Phormion", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Boisacq", "ancre_debut": "TÉRENCE : PHORMION TRADUCTION LITTÉRALE (Suite et fin). Acte V. SCÈNE VI (841-883)", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 310, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1466, "texte": "TÉRENCE :\n                                        P HO R M IO N\n          TRADUCTION           LITTÉRALE      (Suite    et fin).\n\n\n                               Acte V.\n                        S C È N E VI (841-883).\n\n                                 (Suite.)\n\n    GÉTA. Là, j'en apprends une bien bonne, si bien que, par Hercule!\nj'ai failli crier de joie.\n    ANTIPHON. Laquelle?\n    GÉTA. Que penses-tu que c'était?\n    ANTIPHON. Je l'ignore.\n    G É T A . Eh bien ! Tout ce qu'il y a de merveilleux : il s'est trouvé\nque ton oncle est le père de Phanium, ta femme !\n    ANTIPHON (ahuri). Tu dis?\n    GÉTA. Jadis il a eu des relations avec la mère, à Lemnos, en\ncachette.\n    PHORMIOX (incrédule). Tu rêves : comment ne connaîtrait-elle pas\nson père ?\n    GÉTA. Crois bien, Phormion, qu'il y a un motif à cela ; mais\nt'imagines-tu que j'aie pu, derrière la porte, comprendre tout ce dont\nils ont parlé entre eux à l'intérieur ?\n    A N T I P H O N . Et moi aussi, j'ai déjà eu vent de cette histoire.\n    GÉTA. Eh bien ! Voici qui te fera croire davantage : dans 1 inter-\nvalle, ton oncle sort de cette maison ; un moment après il y rentre\navec ton père ; ils disent tous deux qu'ils te donnent pleine liberté\nde la garder. Bref, on m'a envoyé, pour te chercher et t'amener?\n    ANTIPHON (excité). Mais entraîne moi donc; pourquoi tarder?\n    GÉTA. Sitôt dit, sitôt fait.\n    ANTIPHON (serrant avec effusion la main de Phormion). Mon cher\n Phormion, adieu.\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "                                 — 278 —\n\n   PHORMION.    Adieu, Antiphon. Par tous les dieux, l'affaire a bien\nmarché : j'en suis heureux. (Antiphon et Ge'ta entrent chez Démiphon. )\n\n\n                       S C È N E V I I (884-893).\n\n                                PHORMION.\n\n   Quel heureux hasard s'est offert à eux, tout d'un coup! Me voici\nla plus belle occasion d'attraper les deux vieux, d'enlever à Phédria\nses soucis d'argent et de le dispenser de supplier encore un de ses\namis; car c'est à lui qu'ira ce même argent, malgré eux, tout comme ils\nme l'ont donné. La tournure que l'affaire a prise m'a fourni le moyen\nde le leur arracher. Il me faut maintenant prendre un nouveau rôle et\nun nouveau visage... Mais j'e m'en vais d'ici dans cette ruelle toute\nproche; c'est de là que j'e me montrerai à eux, dès qu'ils seront dans\nla rue. Quant à l'endroit où j'avais feint d'aller, au marché, je n'y\nvais pas. (Exit.)\n\n\n                      SCÈNE VIII       (894-989).\n\n\n               DÉMIPHON        — CHRÊMES    —   PHORMION.\n\n\n   Démiphon et Chrémès sortent de la maison du premier. Ils\ns'avancent au premier plan; bientôt après Phormion traverse la\nscène derrière eux.\n   DÉMIPHON. Je dois et je rends à juste titre grandes grâces aux\ndieux, mon frère, de ce que les choses ont si heureusement tourné\npour nous.\n   CHRÉMÈS. N'est-elle pas distinguée, comme je l'ai dit ?\n   DÉMIPHON. Absolument... Il nous faut à présent trouver Phormion\nau plus tôt, pour lui enlever nos trente mines avant qu'il les gaspille.\n   PHORMION (feignant de ne pas les voir et frappant à la porte de\nDémiphon). Je vais trouver Démiphon, s'il est chez lui, pour...\n   DÉMIPHON (touchant Phormion        à l'épaulé). Mais nous allions\nchez toi, Phormion.\n   PHORMION. Pour la même affaire, peut-être?\n  DÉMIPHON. Ma foi,     oui.\n   PHORMION (avec une amertume feinte). Je le pensais bien. Pourquoi\nalliez-vous chez moi ? C'est une plaisanterie. (Agressif.) Vous pen-\n"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "                                 — 279     -\n\n siez que je n'exécuterais pas ce que j'aurais une fois entrepris?\n Holà ! Pour grande que soit ma pauvreté, je n'ai pourtant eu jusqu'ici\n d'autre souci que de garder mon honneur; et je viens justement\n t'annoncer, Demiphon, que je suis prêt : dès que vous voudrez,\n donnez-moi l'épouse ; car j'ai laissé de côté, comme de juste, toutes\n mes affaires, lorsque j'ai constaté que vous y teniez si fort.\n    DEMIPHON: Mais celui-ci m'a détourné de te la donner: « Quelle\nsera, m'a-t-il dit, la clameur du public, si tu fais cela? Quand on a pu\n naguère la marier honnêtement, on ne l'a pas mariée ; il serait\nhonteux maintenant de la chasser. » A peu près tout ce que toi-\nmême tout à l'heure me reprochais en face.\n    PHORMION. Vous vous moquez de moi avec assez d'insolence.\n    D E M I P H O N . Comment ?\n    PHORMION. T U le demandes? Parce que je ne pourrai pas même\népouser l'autre : de quel air retournerais-je auprès d'une femme que\nj'ai dédaignée?\n    C H R É M È S (bas à Demiphon).     « Puis, je vois qu'Antiphon se sépa-\nrerait d'elle à regret. » Dis-lui cela.\n    D E M I P H O N . Puis, je vois que mon fils se séparerait de cette femme\nsûrement à regret. Mais passe, je t'en prie, au forum, et donne ordre,\nPhormion, qu'on me crédite de cet argent.\n    PHORMION. De l'argent que j'ai réparti entre mes créanciers?\n    D E M I P H O N . Que faire alors ?\n    PHORMION (solennel). Si tu veux me donner la femme que tu m'as\npromise, je l'épouserai; mais si c'est que tu préfères, Demiphon, la\nvoir demeurer chez toi, la dot doit rester ici (il se frappe la poi-\ntrine) ; car il n'est pas juste que je sois votre dupe, moi qui, par\nconsidération pour vous, ai signifié mon refus à l'autre, laquelle\nm'apportait la même dot.\n    DEMIPHON (éclatant). Vas-tu t'aller faire pendre, avec tes grands\nairs, vagabond? Est-ce que tu t'imagines toujours qu'on ne te connaît\npas ou qu'on ignore tes exploits ?\n    PHORMION. Je me fâche.\n    D E M I P H O N . L'épouserais-tu, si on te la donnait?\n    PHORMION. Fais-en l'essai.\n    D E M I P H O N . Pour que mon fils aille la voir chez toi? C'était là\nvotre plan !\n   PHORMION. Je t'en prie, qu'est-ce que tu racontes là ?\n    DEMIPHON. Voyons, rends-moi l'argent.\n    PHORMION. Mais donne-moi la femme, toi.\n    DEMIPHON (lui prenant le bras). Viens devant les juges.\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2158, "texte": "                             — 280 —\n\n\n  PHORMION.    Sûrement, si vous continuez à me molester...\n  DÉMIPHON. Que feras-tu?\n   PHORMION. Moi? Vous croyez peut-être que je ne patronne que\ndes femmes sans dot ; je sais aussi défendre celles qui en ont une.\n   CHRÉMÈS (jouant l'indifférence). Que nous importe ?\n   PHORMION (ironique). En rien. (Très haut.) Je connaissais ici\nune certaine dame dont le mari...\n   CHRÉMÈS (alarmé). Hein ?\n   DÉMIPHON. Qu'y a-t-il?\n   PHORMION. ... avait une femme à Lemnos,...\n   CHRÉMÈS (désespéré). Je suis mort!...\n   PHORMION. ... dont il eut une fille ; il l'élève en cachette.\n   CHRÉMES. ... et enterré !\n   PHORMION. Je m'en vais, sans plus, le lui raconter.\n   CHRÉMÈS. Je t'en supplie, n'en fais rien.\n   PHORMION (d'un ton de surprise ironique). Comment? C'était toi\nce mari?\n   DÉMIPHON (rageur). Comme il joue bien son jeu!\n   C H R É M È S . Nous te tenons quitte.\n   PHORMION. Chansons !\n   CHRÉMÈS. Que te faut-il ? L'argent que tu détiens, nous te l'aban-\ndonnons.\n   PHORMION. J'entends. Mais, diantre! pourquoi donc vous moquez-\nvous ainsi de moi, sots que vous êtes, avec vos résolutions d'enfant :\n« Je ne veux pas, je veux ; puis de nouveau, je veux, je ne veux pas ;\nprends, restitue; ce qui a été dit est non avenu; ce qui était convenu\ntout à l'heure, ne l'est plus. »\n   CHRÉMÈS (à part). Comment et de qui a-t-il pu l'apprendre ?\n   DÉMIPHON (à part). Je l'ignore. Mais je sais positivement que je\nn'en ai dit mot à personne.\n   CHRÉMÈS (à part). Les dieux me soient en aide! Cela tient du\nprodige !\n   PHORMION (à part, d'un ton satisfait). Je les ai mis mal à l'aise.\n   DÉMIPHON (à part à Chrêmes). Comment? Il nous prendrait tout\ncet argent et se moquerait de nous avec ce sans-gêne ? Par Hercule,\nplutôt mourir ! Songe à te montrer viril et résolu : tu vois que ta\nfaute a été divulguée et que tu ne peux plus la cacher à ta femme.\nMaintenant, Chrémès, le meilleur moyen de l'apaiser est que nous\nlui disions nous-mêmes ce qu'elle apprendrait d'autres; après cela\nnous pourrons à notre guise nous venger de cette canaille.\n   PHORMION (à part). E h ! mais! je m'enfonce, si je ne prends garde\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2192, "texte": "                               — 281 —\n\nà moi. Ces gens-là pensent à m'attaquer avec une férocité de gla-\ndiateurs !\n   CHRÉMÈS. Mais j'ai bien peur qu'on ne puisse l'apaiser.\n   DÉMIPHON. Aie bon courage : je saurai vous réconcilier, Chrémès,\nen m'appuyant sur ce fait que la femme dont tu as eu cette fille a\nquitté ce monde.\n   PHORMION (qui a surpris leur conversation). C'est ainsi que vous\nen agissez avec moi ? Vous attaquez avec assez d'adresse ! Par\nHercule ! Ce ne sera pas pour le bien de ton frère, Démiphon, que\ntu m'auras provoqué. (A Chrémès.) E t toi, à quoi penses-tu ? Après\navoir à l'étranger contenté tes caprices et oublié le respect dû à cette\nfemme si bien née, jusqu'à lui faire un affront inouï, tu arriverais à\nprésent pour réparer ta faute à force de prières ?... Au récit de tes\nfredaines, je vais si bien l'enflammer contre toi que toutes tes larmes\nn'éteindront pas le feu de sa vengeance.\n   DÉMIPHON (rageur). Malheur ! Puissent tous les dieux et déesses\nle confondre ! Un homme peut-il être possédé d'une pareille impu-\ndence ? Dire que ce scélérat n'est pas transporté loin d'ici, aux frais\nde l'État, dans des terres désertes !\n   CHRÉMÈS. J'en suis réduit à ne savoir réellement que devenir\navec lui.\n   DÉMIPHON (violent). Je le sais bien, moi : allons devant les juges.\n   PHORMION. Devant les juges? (Montrant la maison de Chrémès.)\nPar ici, s'il vous plaît.\n   CHRÉMÈS (à Démiphon).          Cours-lui après, retiens-le, pendant que\nj'appelle mes esclaves.\n   D É M I P H O N . Mais je ne puis pas seul ; accours.\n   PHORMION (luttant).        Une première plainte contre toi, pour voies\nde fait !\n   DÉMIPHON. Vas-y, accuse moi.\n   PHORMION. Une seconde plainte contre toi, Chrémès.\n  CHRÉMÈS. Traîne-le !\n   PHORMION. C'est là votre plan? A coup sûr il me faut donner de\nla voix : Nausistrata, arrive !\n   ClIRÉMÈs. Ferme-lui la bouche, à cette canaille!... Vois donc,\ncomme il est fort !\n   PHORMION (criant). Nausistrata, dis-je.\n   DÉMIPHON. Veux-tu bien te taire ?\n   PHORMION. Me taire ?\n   DÉMIPHON. S'il ne suit pas, mets-lui tes poings dans le ventre.\n   PHORMION. Crève-moi un œil, si tu veux : je sais où prendre ma\nrevanche, et joliment !\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1730, "texte": "                                   — 282 —\n            I\n\n\n\n\n                         S C È N E IX (990-1055).\n\n\n     NAUSISTRATA — CHRÊMES — DÉMIPHON — PHORMION.\n\n   NAUSISTRATA (sortant de chez elle). Qui prononce mon nom ?\n(Voyant qu'il s'est passé quelque chose d'extraordinaire.)        Eh bien !\nmon mari, je t'en prie, pourquoi ce tapage?\n   PHORMION (moqueur, à Chrémès). Voyons, pourquoi demeures-tu\nlà tout interdit ?\n   NAUSISTRATA (à Chrémès). Qui est cet homme ?... (Un temps.)\nTu ne me réponds pas ?\n   P H O R M I O N . Qu'il te réponde, lui qui ne sait, par Hercule ! où il\nen est ?\n   CHRÉMÈS (à sa femme). Garde-toi de le croire en rien.\n   PHORMION (à la même). Va, touche-le ; tue-moi, s'il n'est pas\nfroid comme marbre.\n   CHRÉMÈS. Ce n'est rien.\n   NAUSISTRATA. Mais enfin? Que raconte cet homme ?\n   PHORMION. T U vas le savoir : écoute.\n   C H R É M È S . Tu vas encore le croire ?\n   NAUSISTRATA. Je t'en prie, comment le croirais-je, lui qui n'a\nrien d i t ?\n   PHORMION. Le pauvre homme radote de frayeur.\n   NAUSISTRATA. Par Pollux ! Ce n'est pas sans motif que tu as\nsi peur !\n   C H R É M È S . Moi, peur ?\n   PHORMION (ironique). Très bien, en vérité : puisque tu n'as pas\ndu tout peur, et que ce que je dis n'est rien non plus, parle, toi.\n   D É M I P H O N . Canaille ! Qu'il le raconte pour toi ?\n   P H O R M I O N (avec mépris). Holà ! toi, tu as bien travaillé pour ton\nfrère !\n   NAUSISTRATA. Mon mari, ne me diras-tu pas...\n   C H R É M È S . Mais...\n   NAUSISTRATA. Pourquoi ce mais ?\n   C H R É M È S . Il est inutile que je te dise...\n   PHORMION. Inutile, pour toi sans doute; mais il faut qu'elle sache.\nA Lemnos...\n   NAUSISTRATA. Hein ? Que dis-tu ?\n  C H R É M È S . Te tairas-tu ?\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2349, "texte": "                                — 283 —\n\n  PHORMION.         ... à ton insu...\n  CHRÉMÈS.          Malheur à moi !\n  PHORMION. ... il a épousé une femme...\n  NAUSISTRATA. Mon pauvre homme ! Que les dieux nous préservent!\n  P H O R M I O N . C'est la pure vérité !\n  NAUSISTRATA. Malheureuse!... Je me meurs!\n   PHORMION. E t il a eu d'elle une fille déjà, pendant que tu dormais.\n   C H R É M È S (avec terreur, à Démiphon). Qu'allons-nous faire ?\n   NAUSISTRATA (indignée). Par les dieux immortels ! C'est un acte\ndéplorable et criminel !\n   P H O R M I O N . Voilà ce qu'il a fait.\n   NAUSISTRATA (même jeu).            A-t-on jamais commis acte plus\nscandaleux ?... Les voilà bien, ceux-là qui vous deviennent des\nvieillards quand il s'agit de leurs femmes ! Démiphon, j'en appelle\nà toi, car je suis écœurée de parler à cet homme : c'était cela ces\nfréquents voyages et ces longs séjours à Lemnos ? C'était cela cette\nbaisse des prix qui diminuait nos revenus ?\n   D É M I P H O N . Nausistrata, je ne nie pas qu'il ait commis une faute\nen cette affaire, mais pourquoi serait-elle impardonnable ?\n   PHORMION. Autant parler à un mort.\n   D É M I P H O N . Ce n'est pas par indifférence ni par aversion pour toi\nqu'il l'a fait. Il y a environ quinze ans, étant pris de vin, il s'est\noublié avec une femme, de qui est née cette fille, et depuis lors il n'a\njamais plus eu de rapports avec elle. Elle est morte : avec elle a\ndisparu toute cause d'embarras. Aussi je te prie de montrer encore ici\nla patience que tu as eue en d'autres occasions.\n   NAUSISTRATA. Comment ? De la patience ? Je souhaite, mal-\nheureuse, que ce soit la fin ; mais comment l'espérer ? Puis-je croire\nque l'âge le rendra moins fou dorénavant ? Alors déjà c'était un\nvieillard, si c'est la vieillesse qui rend les hommes réservés. Ma\nbeauté et mon âge ont-ils aujourd'hui plus d'attraits, Démiphon ?\n Quelle garantie me donnes-tu ici qui me fasse attendre ou espérer\nque cela n'arrivera plus ?\n   P H O R M I O N (au public, avec une voix de crieur). Funérailles de\nChrémès ! Pour qui vent y assister, allons, c'est le moment ! (Mon-\ntrant Chrémès anéanti.) Voilà comme je me venge. Venez-y main-\ntenant, attaquez-vous à Phormion, si l'envie vous en prend : je vous\nassommerai mon homme par un châtiment tout pareil.\n   D É M I P H O N . . . (1).\n\n\n\n  (1) Lacune probable.\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2249, "texte": "                                 — 284 —\n\n   PHORMION (avec une pitié méprisante). Oui, qu'il rentre en faveur\nauprès d'elle : ma vengeance me suffit. Sa femme a de quoi lui\nchuchoter sans cesse à l'oreille jusqu'à la fin de ses jours.\n   NAUSISTRATA (avec une amère ironie). Mais on dirait que je l'ai\nmérité, je crois. Pourquoi te rappellerais-je en détail, Démiphon,\nquelle femme j'ai été pour lui ?\n   DÉMIPHON. Je sais tout cela comme toi.\n   NAUSISTRATA. Cette façon de me traiter semble-t-elle méritée ?\n   DÉMIPHON. Pas le moins du monde. Mais puisque récriminer ne\npeut faire que cela ne soit point, pardonne : il supplie, il avoue, il\ns'excuse ; que veux-tu de plus ?\n   PHORMION (à part). Mais avant qu'elle lui donne son pardon, il me\nfaut veiller à Phédria et à moi. (Il s'approche.) O h é ! Nausistrata,\navant de lui répondre à la légère, écoute.\n  NAUSISTRATA. Qu'est-ce ?\n  PHORMION.           J'ai soutiré à celui-là, par un tour, trente mines; je\nles ai remises à ton fils, et lui les a données à un marchand pour prix\nde sa maîtresse.\n   CHRÉMÈS (furieux).           Hein ? Tu dis ?\n   NAUSISTRATA (sarcastique). Te paraît-il si mauvais que ton fils, un\njeune homme, ait une maîtresse, quand toi tu as deux femmes ? N'en\nas-tu pas honte? De quel front le gronderas-tu ? Réponds-moi ? (Un\nsilence.)\n    D É M I P H O N . Il fera ce que tu voudras.\n   NAUSISTRATA. Eh bien ! pour te dire maintenant ma résolution,\nje ne pardonne, je ne promets, je ne réponds rien avant d'avoir vu\nmon fils ; c'est à son jugement que j'abandonne tout. Je ferai ce qu'il\nproposera.\n   PHORMION. T U es femme de grand sens, Nausistrata.\n   NAUSISTRATA (à Démiphon). Cela te suffit-il ?\n  DÉMIPHON.      Oui.\n  C H R É M È S . E t moi donc, je me tire d'affaire\n                                                 de bonne, d'excellente\nfaçon, et je n'y comptais guère.\n   NAUSISTRATA (à Phormion).         Toi, dis-moi, quel est ton nom ?\n   P H O R M I O N . Phormion, l'ami de votre famille, par Hercule ! et\ntout dévoué à Phédria, ton fils.\n   NAUSISTRATA. Phormion, je te promets, par Castor ! de parler et\nd'agir désormais pour toi en tout ce que je pourrai et que tu voudras.\n   PHORMION. Grand merci !\n   NAUSISTRATA. Tu le mérites bien, ma foi !\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 844, "texte": "                                    — 285 —\n\n   PHORMION.   Veux-tu dès aujourd'hui, Nausistrata, faire une chose\nqui me réjouisse et qui fasse mal aux yeux de ton mari ?\n   NAUSISTRATA. Je le désire.\n   PHORMION.      Invite-moi à souper.\n   NAUSISTRATA. Par Pollux ! Je t'invite.\n   DÉMIPHON. Entrons au logis.\n   NAUSISTRATA.        Soit ; mais où est Phédria, notre juge ?\n   P H O R M I O N . Je vais le faire venir.\n   Ils se dirigent tous vers la demeure de Chrémès ; le chanteur\ns'avance (1).\n   L E CHANTEUR (au public). Vous, adieu, et applaudissez. (Rideau.)\n\n\n\n                                                         EMILE    BOISACQ.\n\n\n\n\n  (1) C'est lui qui, debout à côté du joueur de flûte, chantait les parties lyriques\nde la pièce, pendant que l'acteur en scène en exécutait la mimique. Il prononçait\naussi la formule finale.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-021", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 286, "page_fin": 288, "titre_corps": "Picorée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Périnet", "ancre_debut": "PICOREE L'aplatissement devant le Tsar", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 319, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2982, "texte": "PICOREE\n\n    L'aplatissement devant le Tsar le potentat capable de féliciter les\nétant, en ce moment, général en égorgeurs de soixante mille inoffensifs\nFrance, même chez nombre de leurs réclamant contre le pillage de la sol-\nécrivains ayant vraiment du talent, le datesque turque ? Quelle date aux\ntriste François Coppée a voulu sur- annales de la France !\npasser tous les autres en veulerie. Il va    » Car ils salueront, ils acclameront,\nsans dire qu'il y a réussi Dans un ils trépigneront devant le jeune homme\narticle du Journal, n° du jeudi 1er oc- à face plate. Modistes, épiciers, merciers,\ntobre, et intitulé Préparatifs, il indique catins et calicots se préparent au grand\ngravement au monde attentif la portée jour de bassesse. La peur du Prussien\ndu grrrand événement qu'on attend. affole leur couardise ; et, sur le sol où\nRien ne pourrait, que la citation en- furent proclamés les Droits de l'Hom-\ntière de l'article, donner une idée de la me, ils crieront leur bonheur d'adorer\nbassesse et de l'hypocrisie que le vis- une bouche qui félicita le Turc du\nqueux journaliste y déploie. Il y a là- sang humain versé, par massacre, soi-\ndedans des «Vive le Tsar» et des «Vive xante mille fois ! »\nla Russie», des déclamations sentimen-        Ceci est bien et franchement pensé,\ntales à l'adresse de l'Ami de la France, et le parfum de force et de bonté qui\net, naturellement, pour finir, l'évoca- en émane aide à oublier la puanteur\ntion mystérieuse de la Revanche. Le rou- que dégage presque toute la presse\nblard flatteur trouve même le moyen française en ce moment.\nde célébrer en quelques phrases bien\nsenties les ouvriers de Paris, ces ex-\ntraordinaires ouvriers qui sont tous.un\npeu artistes ! Il veut parler sans doute\nde ces jardiniers illusoires essayant de      Le poète Henri de Régnier réédi-\nrendre aux arbres des boulevards, dé- tera prochainement, dans la collection\n pouillés par l'automne, un printemps du Mercure de France, son magnifi-\nfactice, en y collant des feuilles et des que poème :« Prêtresse », auquel seront\nfleurs en papier? Que tout cela est jointes deux autres nouvelles : « La\n triste, grands dieux ! et que l'on est Corbeille des Heures » et « Les Ro-\n heureux de lire, à la suite de ces plati- seaux de la Flûte ». Il nous donnera\ntudes, le mâle et courageux article de ensuite une sorte de roman : « Les\n Paul Adam en la Revue blanche : Il passe-temps de M. d'Amercoeur. »\npleut du sang. L'admirable penseur y\n rappelle les massacres d'Arménie et les\n félicitations du Tsar qu'ils ont values\n  à la Porte.                                 «Aucune œuvre d'art ne devrait être\n    « Comment l'histoire jugera-t-elle ce isolée, fossilifiée, fixée;elle devrait être\n peuple, qui, pour obtenir un knout pro- une exception spontanée et momenta-\n tecteur, salue d'acclamations délirantes née. Un grand homme, en chacune de\n\n                                                                                         \\\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3816, "texte": "                                    — 287 —\n\nses attitudes et de ses actions, est une    nécessités, quelques travaux ou actions\nnouvelle statue. Une belle femme est        inévitables, puis, les maudissant, leur\nune image qui communique une noble          tourne le dos pour courir à la jouis-\nfolie à tous ceux qui la regardent. La      sance. Mais les lois de la nature ne\nvie d'un homme peut être lyrique ou         permettent pas ces séparations et ces\népique,. autant qu'un poème ou un           jeux de compensations, ces partages du\nroman.                                      nécessaire et du beau. Dès que la\n   Une véritable synthèse des lois de la    beauté n'est plus recherchée religieuse-\ncréation — en admettant que l'homme         ment, amoureusement, mais simple-\nsoit capable de la trouver — emporte-       ment pour le plaisir, elle dégrade celui\nrait l'art dans le royaume de la nature     qui la cherche. On ne peut plus attein-\net détruirait la barrière qui le sépare     dre la plus haute beauté, et ni toile, ni\nde la vie et le fait prendre pour le con-   pierre, ni son, ni lyrisme ne la réali-\ntraste de celle-ci dans la société mo-      seront ; une beauté efféminée, pru-\nderne. Les sources de l'invention et de     dente, maladive, qui n'est pas la beauté,\nla beauté sont bien près d'être taries.     est tout ce que l'on pourra produire ;\nUn roman populaire, une représenta-         car la main ne peut pas exécuter des\ntion théâtrale ou une salle de bal nous     choses plus élevées que l'âme, le ca-\nfont sentir que nous ne sommes tous         ractère n'en peuvent inspirer. »\nque des mendiants à la porte de l'éta-                 EMEBSON, trad. I. WILL.\nblissement de bienfaisance du monde,\n— sans dignité, sans adresse ou ingé-\nniosité L'art est pauvre et mesquin.           L'Avenir Social, sous la signature\nLa vieille et tragique Nécessité n'en-      de M. Jules Destrée, publie un article\nnoblit plus le ciseau ni le crayon, —       intitulé : Les œuvres d'art dans les\ncette vieille Nécessité qui pèse jusque     églises. L'auteur commence par éta-\nsur le front des Vénus et des Cupidon       blir que les œuvres d'art appartiennent\nde l'antiquité et fournit la seule excuse   à la nation. Ensuite que les déplorables\nà l'intrusion de ces figures anormales      tolérances dont on use vis-à-vis des\ndans la nature, l'excuse qu elles étaient   fabriques d'églises aboutissent à rendre\ninévitables ; l'artiste était ivre d'une    celte propriété illusoire. Enfin, que\npassion pour la forme; il ne pouvait        toutes les réclamations faites jadis par\npas y résister et elle donnait le jour à    M. Slingeneyer et hier par M. Destrée\nces superbes extravagances Mais l'ar-       lui-même, n'ont jusqu'à ce jour changé\ntiste et l'esthète de nos jours cherchent   quoi que ce soit au vandalisme dévot\ndans l'art la preuve ou la démonstra-       qui détruit les chefs-d'œuvre, puisqu'on\ntion de leur talent, ou bien encore un      se trouve en présence d'un gouverne-\nrefuge contre les maux de la vie. Les       ment quasi complice, dont le souci\nhommes ne sont pas satisfaits de la         électoral ne s'accommode point, dans\nfigure qu'ils font aux yeux de leur         la circonstance, du souci d'art.\npropre imagination et ils courent à            Nous croyons que M. Destrée a rai-\nl'art, et mettent tout ce qu'ils ont de     son, mais la cause de l'indifférence\nmeilleur dans un oratorio, une statue       gouvernementale nous paraît plus pro-\nou une peinture. L'art fait le même         fonde. Que le gouvernement soit clé-\neffort que la prospérité matérielle : il    rical ou libéral, qu'importe! Il est de\nessaie de détacher le beau de l'utile,      l'essence de tout gouvernement parle-\nd'accomplir, en les détestant, quelques      mentaire d'être inapte aux question s\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2685, "texte": "                                     -   288 —\n\n esthétiques, mais industrieux et habile     sur l'A mour Homogénique ; des lettres\n aux questions électorales Si jamais les     de Tourguenieff ; un conte de Georges\n adversaires semi-séculaires du parti        Eekhoud : le Sublime Escarpe ; des\n actuellement régnant, revenaient au         ballades de Paul Fort ; la suite du\n pouvoir et prenaient en main la cause       Conte de l'Or et du Silence, de Gustave\n des maîtres, ce ne serait jamais que        Kahn.\n dans le but, mesquin s'il en est, de          A la Revue Blanche, un article\n taquiner l'ennemi. L'art est au-dessus     d'avant-garde, très juste et très crâne,\ndes partis et ceux-ci ne s'inquiètent que   intitulé l'Amour sélectif, par Ch. Jack-\nde ce qui est au-dessous d'eux. Ils ont     son ; la fin du curieux conte de Robert\npeur du sol qui tremble en bas ; ils        Scheffer : le Prince Narcisse ; la Vie\nsont trop aveugles pour voir la foudre      mentale, de Gustave Kahn; de toujours\nqui, un jour, les culbutera d'en haut.      intéressants inédits de Jules Laforgue;\n   Touteslesgrandes idées formidables       et surtout un magnifique article de\nsont niées par le parlementarisme : il a     Paul Adam, intitulé : Il pleut du sang\nson petit stock de lieux communs qui        et opposant les massacres de chrétiens\nlui suffit pour faire croire qu'il s'in-    en Arménie à la badauderie russophile\nquiète de justice et d'art. Il nomme des    et aux lècheries franco-russes à Paris.\ncommissions, il rédige des circulaires,        Au Mercure de France : de Paul\nil fait des lois qu'il émascule d'amen-     Gérardy : l'âme allemande d'aujour-\n dements, mais tout cela ne sert qu'à       d'hui ; la matière de l'esprit, par Ra-\npeu de chose. Ce qu'il faudrait, c'est      childe ; des vers d'André Fontainas,\n que ceux qui sont la force profonde,       de Pierre Quillard et d'Edouard Du-\ncelle de demain, et qui précisément         jardin ; un article de Lugné-Poe, sur\nagissent comme la foudre, vengent un        des choses de théâtre ; la suite de la\njour l'art comme ils vengeront la jus-      Nichina, le très amusant roman de\ntice.                                       galanterie vénitienne et néo-païenne,\n                                            par Hugues Rebell ; enfin la suite des\n                                            traductions de Sartor Resartus et de la\n                                            Tragédie de l'Homme.\n   Revue des revues d'octo.bre :\n   A la Société Nouvelle : la suite de                              PÉRINET.\nl'admirable étude d'Edouard Carpenter\n\n\n\n\n  Des presses de XAVIER HAVERMANS, Galerie du Commerce, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-10-n6-206", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Collection du COQ ROUGE. 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VIELÉ-GRIFFIN.\nEn forêt                                 EMILE VERHAEREN.\n Les heures harmonieuses                 H E N R I VANDE PUTTE.\n Histoires de France                     ROBERT DE SOUZA.\n Chutes d'automne                        GEORGES RAMAECKERS.\n Les heures harmonieuses                 GEORGES RENCY.\n'Lettre parisienne                       CAMDLLE MAUCLAIR.\n Térence : Phormion (suite et fin) . . . E M . BOISACQ.\n Picorée                                 PÉRINET.\n\n\n\n\n                  le numéro, fr. 0,80\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "        le coq rouge\n                    &    L'ART       JEUNE\n           PARAISSANT LE l 5 DE CHAQUE MOIS\n\n\n           Prix d'abonnement annuel :\nBELGIQUE.                                           8 FRANCS.\nÉTRANGER                                           10\n                                         (BELGIQUE 20\nÉdition sur papier de Hollande Van Gelder .\n                                        (ETRANGER 25    »\n\n\nRédacteur en chef : MAURICE DES O M B I A U X , 6 rue de Bériot.\n\n\n  Les rédacteurs du Coq Rouge se réunissent tous les mercredis à\n5 heures au Café de l'Hôtel Ravenstein, rue Ravenstein.\n  Pour envoi de copie, correspondances diverses, offres de colla-\nboration, demandes d'échange, administration, s'adresser à\n            M. HENRI V A N D E P U T T E , Secrétaire,\n                        131, rue de Brabant.\n\n\n               REVUES A LIRE :\nSociété Nouvelle, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles.\nArt Moderne, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles.\nRéveil, 64, rue Kessels, Bruxelles.\nLa Lutte, 15, place Van Meyel, Bruxelles.\nLibre Journal, 117, rue du Havre, Mons.\nMercure de France, 15, rue de l'Echaudé, Paris.\nRevue Blanche, 1, rue Laffite, Paris.\nMagazine international, 9 1 , avenue Niel, Paris.\nErmitage, 26, rue Juliette Lamber, Paris.\nL'Aube, 26, rue d'Orléans, Paris.\nRevue des Revues, 32, rue de Verneuil, Paris.\nLa Plume, 3 1 , rue Bonaparte, Paris.\nDocuments sur le Naturisme, 10, rue des Tenneroles, Saint-Cloud.\nL'effort, 8, rue des Puits-Creusés, Toulouse.\nDie Gesellschaft, Hans Merian, éditeur, Leipzig.\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "                LES PEINTRES\n\n  LA         récente ouverture du « Sillon » nous paraît offrir occasion\n              propice d'exprimer certaines choses que nous tenons à\n              dire. Certes, l'événement en soi n'a rien que de très insi-\n              gnifiant. C'est la réunion de quelques petits jeunes hommes\nprésomptueux et inexpérimentés qui cherchent à se prouver à eux-\nmêmes et qui ne réussissent — oh ! on n'en saurait douter ! — qu'à\ns'inquiéter. Nous n'eussions même daigné, en cette « revue d'art, »\nparler d'une manifestation aussi obscure et mauvaise. Mais parce\nqu'à cette heure, en notre patrie putride, la génération actuelle des\npeintres paraît offrir en l'ensemble de son mouvement ce caractère\nde cabotinage et de servilité qui a désigné le « Sillon » à notre\ndédain, parce qu'aussi ce que je me vois forcé d'appeler le public est\nexposé à croire que c'est en de pareilles œuvres qu'il faut croire, nous\navons estimé qu'il serait bon et profitable de prononcer quelques\nparoles d'explication.\n   Le menu salonnet qui vient de s'inaugurer présente l'exacte repro-\nduction de ce que nous apparaît la peinture officielle jeune, c'est-à-\ndire celle qu'approuvent les folliculaires, les poètes déclassés, les\njuifs et autres gens de « sens éclairé » dont la haute compétence ne\npeut, en matière de médiocrité, être contestée. Nous nous y sommes\nrendus avec l'espoir de trouver là peut-être un vivant ou un sincère\nfourvoyé. Nous en avons fait le tour, vite désillusionnés, doucement\négayés ensuite de maintes naïvetés suaves (c'est un sentiment si\nlouable en ces jours de scepticisme I), mais peu à peu écœurés, jus-\nqu'à en sortir emplis d'indignation. Ils sont là une cinquantaine qui\nnous dévoilent ce qui doit assurément être le meilleur de leur âme,\n                                                                      16\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "                               — 242    —\n\neh bien! je vous jure qu'il n'en est pas un dont on oserait serrer la\n main. Cette exposition m'a fait songer à je ne sais quel repaire de\nfaux monnayeurs. Certes, le mot est cru, mais je ne fais que le déduire\ndes faits, de leurs propres (?) actes, de ce que j'ai vu, et je ne saurais\nappliquer d'autre épithète à des gens qui prétendent acheter la gloire\navec l'œuvre même de ceux qui les ont devancés. Si nous voulons\nrésumer notre impression, nous ne pourrons que prononcer ceci :\n    Il y a là du Degreef falsifié par un M. Verdussen et un autre\nmonsieur du nom de Blieck ; il y a du Verwée contrefait par un\n M. Bernier, qui s'applique en même temps à reproduire Tschaggeny.\nIl y a du Colmant travesti mais non masqué par ce M. Blieck, qui\nsemble éprouver pour Degreef une prédilection si indiscrète, prédi-\nlection qui s'étend d'ailleurs encore à Ottevaere et à Gilsoul. Il y a du\nBurne-Jones, du Crane fidèlement imités par M. Stevens, qui nous\ndonne aussi un petit dessin (cette étoffe tombée et s'étalant en cent\n plis et cassures de reflets) qui n'a pas manqué de rappeler certain\n dessin semblable de Vinci, au Louvre. Il y a même du Puvis dont\n M. Janssens se charge de fournir une copie informe. Si nous ajoutons\nquelques aquarelles de Cassiers par M. Flasschoen, quelques gastro-\nnomies, enseignes de traiteurs, de Bellis (oh ! honte...) par M. Ma-\nthieu, un vague et nébuleux Frédéric par M. Denayer, je crois que\nnotre bilan se pourra clôturer. Eh non! Cependant! J'oubliais l'un\ndes plus caractéristiques de ces jeunes gens, M. Coulomb qui, en une\nfoule de petits croquis, s'épuise à nous remettre en mémoire les purs\nvisages de Knoppf, les pervers et bleus sourires des filles de Rops,\nles héraldiques pourtraitures de Doudelet, les grouillantes multitudes\nd'Ensor.\n   Je vous demande de quel nom il faut désigner ces procédés et de\nquels yeux, nous devons regarder ceux qui s'y livrent?... Mais cessons\nde nous occuper de ces infantiles quelconqueries. Je l'ai déclaré au\ndébut de ces lignes, le « Sillon » ne m'a été qu'une occasion. Nous\navons tenu à dire qu'il y a une autre peinture que la peinture de pas-\ntiche et de plagiat, qu'il y a la peinture d'art, une peinture qui se\nmoule sur la vie, qui la transporte, l'infinise, une peinture adéquate à\nnotre cœur et que l'on doit aimer parce qu'elle nous exprime si puis-\nsamment que nous ne saurions la méconnaître sans nous renier nous-\nmêmes. Mais comment la sauraient-ils comprendre, les impuissants,\nles ratés ! Comment sentiraient-ils la vie, ceux qui n'ont en guise de\ncœur qu'un miroir attentif et déformant? Dieu merci! Le temps\nsemble révolu des imbécillités magistes où il n'y avait d'ésotérique\nqu'une vanité et une cuistrerie effarantes, de ces idéalistes de grenier\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "                               -   243   -\n\n qui voulaient rendre le surnaturel !... eux qui n'avaient jamais vu\n dans la nature et dans les hommes que des souillures ou d'allégori-\n ques apparences? Faut-il donc que nous apercevions maintenant une\n autre peste se déclarer, que nous découvrions un autre aspect de la\n bêtise? A h ! C'est ainsi que ces gens souhaitent l'art et ce sont de\n pareilles merveilles que couvent les airs profonds, les longs cheveux\n sales, les cabans hétéroclites dont ces messieurs nous imposent sou-\n vent la répugnante promiscuité.\n    Race de Rapins ! Où doit donc en être tombée la peinture pour que\n « peintre » nous apparaisse le plus insultant vocable qu'il soit possible\nde trouver ! Mais je m'aperçois que ceci est presque de la rhétorique\net à quoi bon s'échauffer à propos d'êtres que nous classons, intellec-\ntuellement, au niveau des citrons, des homards, des vaches qu'ils\n peignent !\n    A côté d'eux et sur un plus loyal chemin, il en est d'autres que\nnous aimons, il en est qui voient dans l'art autre chose que pillerie et\n rapine. Ceux-là sont conduits par leur cœur, et c'est en eux que se\nrévèle la vraie génération. Il y a en Belgique des jeunes auxquels\nnous nous faisons une joie de tendre la main. Nous les sentons amis\net quoique plusieurs nous soient inconnus ; quoique plusieurs vivent\nécartés de nous, nous avons la conviction ardente qu'ils nous savent\ncomme nous'les savons et que notre art est identique au leur. Il y a\nici des Frédéric, des Hymans, des Baes, des Gilsoul, des Fabry, des\nLaermans, des de Groux, des Levêque, des Doudelet, des Claus, des\nMellery, des de Gouve, des Ensor, d'autres encore... Ceux-là expri-\nment la vie telle qu'elle leur bat au cœur. Ceux-là' sont probes, hon-\nnêtes. Ceux-là sont beaux et vrais. Il n'est pas nécessaire que, parmi\nleurs confrères, on les désigne ou les élise. Ils sentent eux-mêmes\nqu'ils sont d'une race spéciale et noble. Ils sont assez virils pour ne\npas devoir recourir, afin d'engendrer leur œuvre, au sperme d'un\nautre. Ceux-là sont nos frères. J'ai pensé à eux, en écrivant cette\npage, et je leur dédie mon effort pour qu'on ne les confonde pas avec\nles copistes et les mercenaires, pour qu'on sache que, s'il en est qui ont\ndroit au mépris, d'autres, hautainement, peuvent exiger le droit à\nl'estime et à l'admiration.\n                                                  ANDRÉ     RUYTERS.\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "Comme un bouquet aux mains d'une fille\n\n            LA bise tourne et la brise\n             Chante clair dans les branches noires;\n     La porte s'ouvre en surprise\n     Et rejette au mur le heurtoir;\n     Elles vont vers le printemps en fête\n     Radieuses de jeune espoir,\n     Car le vieux soleil scintille\n     Et voici le silex qui brille\n     Sur la route sèche et nette...\n     La vie est faite et défaite\n     Comme un bouquet aux mains d'une fille.\n\n     Avec des fleurs qui causent\n     Qu'on effeuille sans se le dire ;\n     Et la chanson fraîche éclose\n     Des bruits de querelles et des bruits de rires ;\n     La dernière violette et la première rose;\n     Avec tout l'avenir\n     Dans les yeux, sur la bouche qui s'ose\n     Jusqu'au baiser bénin où les lèvres se closent\n     En un petit frisson et un grand soupir ;\n     Au long du parterre qu'elles pillent\n     Elles vont vers l'été, 'blondes têtes!...\n     La vie est faite et défaite\n     Comme un bouquet aux mains d'une fille.\n\n     Dans les foins où les fleurs qui meurent\n     Sont douces comme un vain regret;\n     Sous les saules qui pleurent et effleurent\n     L'eau qui dort comme une morte à leurs pieds;\n     Elles vont vers l'automne et babillent\n     A vec des mots de poète :\n     Là vie est faite et défaite.\n     Comme un bouquet aux mains d'une fille.\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "                     -   215   -\n\n\n  La chanson sonne autour du pressoir\n  A u pas lourd des vignerons ;\n  L'ombre, plus hâtive à chaque soir,\n  Disperse les rondes qu'elle rompt\n  Comme des guirlandes fanées ;\n  Les plaines sont moissonnées,\n  Les treilles découronnées ;\n  Rieuses, mais étonnées,\n  Sous l'effeuillaison des charmilles\n  Elles vont vers l'hiver qui les guette :\n  Car la vie est faite et défaite\n  Comme un bouquet aux mains d'une fille.\n\n                         FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN.\n\n\n\n\n               EN         FORET\n\n\nD         ES nuages, couleur de marbre,\n            Volent à travers le ciel fou\n           — « Eh la lune, garde à vous » !\nL'espace crie et se déchire\nOn écoute railler ou rire,\nSous l'écorce, par leurs fentes, méchantes\nLes arbres,\n\n— « Eh la lune, garde à vous » ! —\nVotre face de cristal blanc\nVa choir, morte, parmi l'étang\nCassée aux angles des vaguelles ;\nLes troncs plient comme des baguettes;\nL'ouragan pille aux chaumières cognées,\nLeur chaume immense, par poignées.\n\nC'est les noces du vent et de l'automne\n— Eh la lune garde à vous » ! —\nLe vent est ce cavalier lourd\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "                       — 246 —\n\nQui s'est soûlé, ce soir, et fait l'amour,\nA tous les coins des carrefours,\nAvec la rouge et violente automne.\n\n— « Eh la lune, garde à vous » —\nVotre allure de Sainte Vierge\nEt vos étoiles et vos cierges\nN'ont rien à faire, à cette heure de fête,\nOù l'automne et le vent perdent la tête,\nOù l'on entend leurs cris et leurs spasmes de bruit\nImmensément s'entremordre la nuit\nEt les forêts ployer et s'agiter soudain,\nComme des dos, à coups de reins.\n\n— « Eh la lune, garde à vous » —\nLes chiens rodent, les loups maraudent,\nUne odeur ample et chaude\nGrise la force et redresse debout\nLe rut universel qui gonfle monte et bout\nDans les assauts de la nature en rage :\nAvec l'automne ivre et sauvage\nDe l'est à l'ouest, du sud au nord,\nLe vent râlant s'accouple à mort.\nLes chiens s'en vont, flairant les loups\n— « Eh la lune garde à vous » !\n\n                                  EMILE VERHAEREN.\n"}, {"page_pdf": 280, "texte": "                                  LES\n\n    HEURES HARMONIEUSES\n\n                                                     Matinale\n\n               DONC, la douceur d'une fraîcheur de matin baigne le Parc\n                 où il attend, où il se promène par les larges allées, dont\n                les chemins semblent faits de chair pâle, de chair très\n                fraîche, et comme vivante à cause de la lumière qui s'y\njoue. Et il écoute les oiseaux ehanter leurs tchip! tchip ! tchip!\n miraculeux de limpidité. E t il songe, dans ce Parc banal! mais\nféérisé de matin, à Siegfried, sans doute son idéal symbole, écoutant\n chanter le divin oiseau au seuil de la forêt d'émerveillement. Mais\n ah ! n'a-t-il raison ? puisque c'est l'éternelle Voix qu'il entend en leur\n voix?\n    Il attend ! De ses lèvres, des cigarettes s'en vont, en bleues fumées\n et fluides rêveries. La douceur d'une fraîcheur de matin baigne le\n Parc...\n   Les herbes sont plus vertes. Les petits bourgeons font sur le ciel,\nblanchement et soyeusement bleu, des dentelles de perles. Une\nhaleine semble s'exhaler, onduleuse et douce, du ciel, vers lui...\n   Viendra-t-elle? Elle a bien promis! Mais bast! les femmes pro-\nmettent si aisément en un instant sentimental. Viendra-t-elle? Il la\ndésire. Il l'aime sans doute (un peu...), puisqu'elle est pour lui, en ce\nmoment, la chose suprême et la plus désirée, en somme ce que les quel-\nconques poètes appellent leur idéal... Viendra-t-elle? Oh! cependant,\ncomme les oiseaux chantent! qu'ils sont naïfs! et qu'ils vivent pour\neux-mêmes! N'est-ce pas? il aura beau pleurer où rire, vaguer tout\nseul ou avec l'aimée, ces petits être candides et absolument heureux\nchanteront toujours de même...\n   Puis quelle clarté calme, sur toutes choses ! mais surtout sur les\nmenues fraîches feuilles qui s'épanouissent aux bourgeons, et que la\nbrise fine fait palpiter comme de petites ailes... E t des enfants jouent\ndans des bosquets, qui ont des cris comme des soies éployées!\n   Or un petit pauvre dort sur un banc, la chemise ouverte laissant\nvoir sa poitrine... E t le soleil amical l'entoure, le divin soleil semble\nveiller sur lui...\n   Oh! (dites? écoutez moi !...) Oh! dormir dans ce rayon de soleil,\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": "                               — 248 —\n\n en cet endroit, sur ce coin de banc! o h ! être ce petit pauvre sans\nfoyer ni loi, dormant au soleil la poitrine nue!\n   D'autres enfants, cependant, font un cercle de pâtés de sable\n autour du socle d'une statue. E t tous ces êtres sont heureux ! Ils\nn'ont pas le lassant souci de penser ou d'aimer; ils n'ont que la\njoie toute pure d'exister.\n   Mais las! pourquoi celle-là ne vient elle pas? alors que l'heure est\nsi bonne, si propice aux jeunes et toutes neuves tendresses... A h ! se\ndit-il, je pourrais la faire s'asseoir sur ce banc vert très clair. Moi à\ncôté d'elle, mais comme à genoux. Elle ferait avec le bout de son\nombrelle des dessins capricieux dans le sable du sol. Je lui prendrais\nla main. Nous causerions comme les plus profonds des amis, de\nchoses que tous deux nous aimons beaucoup, et nous ne parlerions ni\nde nous mêmes, ni de notre amour, et nous oublirions l'heure...\nChère jeune fille! Ce nous serait la joie suprême, l'amour infini;\nexister ainssi l'un à côté de l'autre, presque identifiés ; vivre chacun\nune heure de vie toute nue, nourris de soleil, de sensation et de ten-\ndresse; se vivre l'un l'autre enfin, en s'aimant mutuellement dans\ntoutes les choses bien-aimées.\n   A h ! hélas! hélas! pourquoi ne vient-elle pas?\n   — C'est bien ici pourtant qu'il lui dit hier de venir. Et elle pro-\nmit. E t elle était si fidèlement soudeuse, qu'il n'eut pas su douter de\nsa parole...\n   Il se lève alors, il regarde au loin. Mais personne. L'allée est vide,\net celle-là aussi, et celle-là... Les chemins d'un or blond et clair, les\nfeuillages joliment verdaces. Plus loin, les masses de ramures se\nviolacent. E t les petits oiseaux gazouillent.\n  A h ! qu'elle vienne! e t , que cessent enfin les bonds haletants et\nfébriles de son cœur si vivant!\n   Il se promène encore. E t c'est toujours la même douceur, le\nmême calme..., les mêmes oiseaux..., mais aussi la même las-\nsante amertume de l'attente... Il va. Il contourne un petit bassin. Il\nfume... De ses lèvres, des cigarettes s'en vont, en bleues fumées\net fluides rêveries... L'eau du bassin réverbère verdi l'azur du\nciel... Des ondulations minimes y crépèlent doucement du cristal\nluisant...\n   Au milieu de l'eau, des arbustes forment un ilôt, et là dedans, des\noiseaux nombreux babillent et remuent..\n   Mais oh! joie! la voilà! aperçue brusquement, et qui vient vers\nlui! et qui vient vers lui!\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "                               — 249 —\n\n   Vraiment! elle a même l'air trop simple! Mais elle est délicieuse\n tout plein !\n   Délicieuse! Délicieuse ! Elle vient vers lui... Elle longe noncha-\nlamment les pelouses; elle lui sourit; sa présence illumine les\nchoses...\n   Puis, sa robe est claire! grise et bleue. Elle a des mousselines à\nson chapeau, le col mi-nu, et une touffe de gaze, soyeuse, sur la poi-\ntrine... Chérie... oh! qu'elle soit venue !...\n   Elle s'explique à peine, la mauvaise! mais qu'importe ! la voilà!\nCe sont ses mains gantées, ses yeux grisants, le jeu de son genou\nsous le jupon, sa taille, son pied petit, elle tout entière! E t elle lui\nserre les mains comme très heureuse. E t lui se laisse aller à ce doux\nrêve. E t il songe à Siegfried au seuil de la forêt d'émerveillement.\n   C'est, cependant, la douceur d'une fraîcheur de matin baignant\nle Parc...\n\n  O chants d'oiseaux (je vous prie...) chantelets et chantelets d'oi-\nseaux! scintillez maintenant étoilément dans le ciel bleu de ciel...\n\n\n\n\n                                                Diamantaire\n\n             GRAPPES d'étoiles ! ô sérénité divine ! ô magnifique nuit\n              constellée de tremblotements enfantins! Clameurs de\n              trains aussi, pleurantes et éployées; clameurs, détresses\n              à l'éperdue !... Or, cependant, mon âme est fraîche et\nbleue, mon âme est étoilée et très paisible comme cette heure — cette\nbelle, cette douce heure d'exaltation épanouie, où chantent seules les\nfeuillaisons bleues blêmes, vertes et veloutées... — où seule scintille,\nen oubli du monde et de ses quinquets vulgaires, la confiante joie des\nastres palpitants.\n   Donc mon âme est paisible, étoilée, fraîche et bleue. Donc aussi,\nles choses se reposent, et c'est grand charme de sentir combien can-\ndidement elles semblent dormir pensives, dans de la chaude lumière\nou de l'ombre moelleuse.\n   Continûment, les feuillages ont des chansons de très lointaines\npetites sources, de sangloteuses petites sources mélodieuses et timides.\n   Ah ! rires de Mai ! Sourires d'éveil de nos yeux candides !\n   Espoirs d'être d e u x ! ô petites sources dans les feuillages!...\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "                               — 250 —\n\n    Accoudons-nous, je t'en prie, ami, à la fenêtre. Regardons tout\ncela. Vivons cette belle heure après tant d'autres aussi belles et déjà\nvécues et trop vite oubliées. Mais celle-ci vivons-la, avec, en surplus,\nl'extraordinaire joie de penser que nous la vivons, et de jouir de\nl'inappréciable et de l'irrétrouvable de chacune de nos moindres sen-\nsations... Regardons tout cela!...\n    Viens près de moi, donc; et vois : les plus belles choses de l'univers\nentier, scintillent et s'étalent devant nous. Ah ! L'éternelle nuit d'étoi-\nles !... Regarde ! pour nous c'est la plus belle qui fût jamais.. Tu sais\nbien! c'est celle-là dont les hommes-dieux nous ont parlé, soit en\nmusique, soit en vers. — Celle-là? mais l'unique! celle qui s'étend à\nl'infini... et dont, à ce moment, nous avons presque la sensation abso-\nlue et divine...\n    L'éternelle nuit d'étoiles frissonne, au-dessus du jardin... E t elle\ns'étend à l'infini... Et tous les mondes y remuent, énormes et éblouis-\nsants, dans la pâleur, bleuie et molle, de l'air d'été...\n    E t certes ! la paix des étoiles nous bénit.\n    O heure auguste et irretrouvable! te dis-je... Nos cœurs, ami, sont\nérigés, par nos gestes de bonheur, par notre bonheur religieux, ainsi\nque des calices, vers la sérénité suprême de la nuit !\n    E t il fait pur. E t des brises se meuvent, et ébranlent — mais à\npeine! —les ondes musicales des feuillages. E t leur douceur silen-\ncieuse a de très aimantes caresses pour les feuillages...\n    La nuit est claire ! et le jour approche. L'aube s'annonce déjà, vois !\nlà-bas, en d'ineffables émois de couleurs, rouges et violettes...\n    Et le ciel est soyeusement verdi.\n    Déjà, loin, infiniment loin! un coq enroué a chanté ! et c'est sans\ndoute, du moins nous le songeons ainsi à cause de l'éclat de sa voix\n— c'est sans doute en quelque ferme blanche et rouge écarlate, bai-\ngnée des vagues des blés éblouissamment jeunement verts...\n    A h ! écoutons maintenant, le brusque jailli cantique ardent, ingénu\net diamantaire ! des puérils rossignols sublimes, qui criblent de voix\naiguës les bosquets sombres.\n    Puis, cette douceur!...\n    Sens-tu ce calme idéal pleuvant du ciel?... Entends-tu cette rumeur\nchatoyante qui ondule sur les choses et monte comme une prière ?\nRestons immobiles, je te le demande. Ne cassons pas le beau réseau\nde fils de lumière, que la féerie de l'heure a tissé entre le paysage et\nnotre cœur ! — Tout est très pacifique... Les constellations pâlissent.\nLa lune éclaire encore le ciel du matin, déjà soyeux, rose, adolescent,\nde sa face de belle nacre et de prestige simple... Et il fait pur ! E t\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "                                — 251 —\n\nles rossignols chantent! Et, là-bas, les touffes d'arbustes sont étin-\ncelantes de leurs chansons comme de prismatiques pierreries regar-\ndées par l'aube! et le ciel entier semble embrasé et illuminé de leurs\nroulades !\n   Oh! leurs roulades effervescentes! O grappes étoiles! sérénité\ndivine! Le matin a surgi pur et beau du sein de l'infinie mer des\nténèbres nocturnes! E t nous y écoutons, éblouis, les rossignols, qui\nchantent, qui chantent! qui chantent!\n\n\n\n\n                              Délicieuse de peine et de soir\n\n\n              SUZANNE !...\n                    La craintive voix s'insinua à peine dans l'air... Le\n                 silence redominait déjà. Le soir était sublime de calme.\n                 Les limpides étoiles rayonnaient d'or. Oh ! lointaine-\nment, ce pauvre bugle malhabile qui pleurait Dagobert et ton taine\net beaucoup de choses lamentables !\n   Baignés d'une blanche brume de douceur et de silence, les arbres.\nEt ta nacre, ô lune, scintillante argentément dans le pur ciel. Ah !\nta chair était souveraine et simple et admirable...\n   — Suzanne!...\n   Cette fois, la voix s'alanguit plus longuement et avec plus de dou-\nceur, elle se modula et ondula parmi les ondes pures de l'atmosphère\ncraintive.\n   Lui, cependant, s'était avancé sur la route, et le croissant\nde la lune lui apparut comme suspendu aux branchages bougeants\nd'un marronnier. Parmi les feuilles, se dentelaient des éclaircies de\nnuit blème, et des étoiles regardaient.\n   D'un lent balancement les branches étaient bercées. Des grillons\ntrillaient. Pacifique, une sérénité semblait descendre en effluves et en\ngrands larges baisers, de l'immense ciel très limpide.\n   Et les millions d'étoiles pâles s'éparpillaient dans l'infini.\n   — Suzanne! Suzanne! Suzanne!\n   Comme la voix se tordit avec détresse !\n   Mais rien à faire ! Puisqu'il ne savait pas? Puisque nulle voix ne\nrépondait à cette voix? Pourtant ! n'était-ce pas lui qui appelait ?\n   Ah ! Ah ! il s'en fut de cet endroit ! car que faire de toutes ces nos-\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "                                — 252\n\n\ntalgies! de toutes ces pauvres pauvres nostalgies en appels vers le pays\nde son cœur que l'on ne trouve jamais ?\n   E t il s'en est allé, allé, allé... La nuit frissonnait doucement. Des\nphalènes volèrent... Là-bas, une seule fenêtre de paix était éclose d'or\ndans des verdures.\n   E t il s'en est allé, hélas! E t il n'a jamais su la cause de cet appel\nqui se plaignait ! Il n'a même jamais su s'il l'avait rêvé ou réellement\nentendu. E t pourtant ! comme au tournant de la route il s'arrêtait, il\nlui sembla l'entendre une dernière fois, criante, en toute angoisse,\nde ce seul mot: Suzanne! Suzanne! Suzanne! par trois fois, et puis\nencore. — Après cela, des sanglots tombèrent l'un sur l'autre.\n   E t il n'a jamais su. Il n'a rien vu! malgré ses regards fixés suppliam-\nment, de toutes parts, sur la campagne endormie, sur les chemins pâlis,\net les chuchotements des bosquets.\n   Oh ! maintenant, n'est-ce pas? et hélas! ce pauvre bugle malhabile\nqui pleure tout seul et toujours, Dagobert, ton taine, et beaucoup de\nchoses lamentables ! Oh! ces grillons et ces grenouilles qui se plai-\ngnent ! E t là-bas, ces sanglots qui tombent l'un sur l'autre, comme\nune triste source, pleurant les désespoirs de la belle nuit...\n   Ah ! Suzanne! Suzanne! combien donc vous ont appelée? auxquels\nvous n'avez jamais répondu !\n   E t il s\"en allait tristement, songeant qu'en cette voix c'était le soir\ntout entier qui semblait se lamenter et appeler. E t ces appels et ces\nlamentations, il les imaginait des bras tendus, faisant sur fond de\nciel de nuit pâle, des gestes et des signes désespérés. '\n\n\n\n\n                                                         Ardente\n\n               S'ÉPANOUISSE l'impérieuse félicité d'exister ardemment !\n                car les toits sont rouges là-bas, les bois lointains sont\n                violets de lumière, et le ciel est soleillement bleu !\n                   Ah ! aussi, les fraîches feuillures vert et or sur ce ciel-\nlà ! Aussi, les arbres flexibles fleuris, les clairs robes paysannes, le\nvolètement des cris d'oiseaux... Aussi, aussi... surtout ! cette très belle\net chaude prairie où je me couche.\n   Gloire des yeux et splendide voyage, le ciel est soleillement bleu ;\ndes nuages de moelleux paros le meuvent, des fleurs d'arbustes\nl'étoilent de rose...\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": "                                — 253     -\n\n    Familiale pelouse, d'ailleurs! charme infini! Toutes les choses gré-\n sillent d'ardeur ! Les grandes herbes fleurent sonorément.Des millions\n de marguerites tendent vers moi leurs faces jolies... L'air chaud est\n dense. Les moustiques qui y volent — on dirait presque qu'ils y nagent\n— ces moustiques sont en argent.\n    De petits calices d'or s'érigent au \"haut de leurs bougeantes fines et\nfrêles tiges... Les neiges bleu-vertes des pommiers incessamment\nse défleurent en tournoyant... E t les fraîches feuillures vert et or,\nscintillent sur le ciel soleillement bleu...\n    Passé la haie, de grasses vaches dans des prés d'or. Des bosquets\nen irréelle lumière. Une gaie venelle grêlée de soleil beige et puéril...\n Des enfants qui y avancent sont dorés de la tête aux pieds, paiement\ndorés... Leur chevelure est une auréole ébouriffée. E t c'est là-bas,\nl'éperdue trillerie sonore des grillons, si en harmonie avec l'illumina-\ntion verte et rose de l'heure, que c'est le soleil lui-même qui semble\ntriller et crier, éperdûment et sonorément.\n    Ah! aussi ! les nuages passent et s'en vont ! De divins aperçus de\nbleu sourient entre les neiges... Ailleurs, un nuaget pâle et ondulé\nvogue tout seul sur une mer illimitée de tendre azur...\n    Et les oiseaux, les oiseaux chantent toujours tapage, de voix char-\nmante et tapotée. Les herbes se balancent au-dessus de ma tête cou-\nchée, et me semblent grandes comme des arbres, et me semblent des\njets de soleil... E t sur le ciel soleillement bleu, un arbre souple et tors,\nau tronc bas, épanouit, pour quelles noces magnifiques ? le bouquet\nfrais de ses branches, de ses fleurs et de ses teintes, délicieusement\njaponaisement rouges et blanches!\n    Donc : ô ciel énorme et placide! ô chers oiseaux! ô arbustes ! ô\nbonheur d'exister en cette heure-ci, inestimable! O h ! indécision\nmiraculeuse et vibrante de choses ensoleillées ! Venelle ! paradis\nbocager ! éden très simple, mais habité de babils d'oiseaux, tout\nodorant d'âmes de lilas, délicieux de courreries de scarabées\néclatants et verts, et du béatifique sommeil des insectes au cœur-\ncalice de ces grandes fleurs jaunes, balsamiques, balancées et\ngraciles...\n    Et tout à coup je découvre qu'une pure petite eau chantonne\nglouglou, non loin de moi, par delà la haie sans doute... Sans\ndoute aussi que des fleurettes se penchent vers, elles, y mirant leurs\nnaïfs visages, et que le soleil s'éparpille joliment en chaque palpita-\ntion de son fluide treillis de cristal...\n    Et comme, accoudé, je regarde vers la haie, avec ce drôle désir\nirraisonné, de voir ce bruit, j'aperçois une enfant qui me regarde\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "                               — 254     -\n\ncurieusement, les deux menottes accrochées, fraîches et blanches,\nparmi les feuilles, la bouche un peu ouverte et comme respirante, et\nles yeux grands épanouis au large comme de purs ciels.\n   E t je regarde les regards de cette enfant, et c'est comme si je con-\ntemplais les yeux de ma candide et paisible joie.\n   Ah ! vous oiseaux ! oiseaux ! continuez à chanter tapage. Tout va\nbien. Je ne jetterai pas de bombe aujourd'hui, et je ne ferai pas la\nnoce... L'heure est belle et suave comme une femme qu'on aime. Et\nmon adoration pour vous, monte vers vous et vers le ciel soleillement\nbleu, à la fois comme des jaillissements de fleurs, des prières et de\nspontanés vols d'oiseaux..\n                                             HENRI VANDE PUTTE.\n\n\n\n\n      HISTOIRES D E FRANCE\n                              LE ROT\n\n                                 Monjoye escriet, ço est l'enseigne Carlun.\n                                    La chanson de Roland, chant 11.\n\n\n         LA     plaine est rase aux chevaux de guerre ;\n              Le sang est clair dans l'herbe verte;\n       Les moissons fument des flammes !\n\n       Joie, joie ! on clame, on clame !\n       Capelé de mailles, sanglé de fer,\n       L'épieu en main, l'épée au flanc,\n       Le Héros\n       Précipite au galop\n       La guerre,\n       Le sang bouillant,\n       Le cœur haut.\n\n       La guerre est gloire,\n       Et la mort est victoire ;\n       La vie est bannière de vaillance :\n       Les preux la suivent jusqu'en la mort ;\n       LA mort est gloire !\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": "                     — 255 —\n\nJoie, joie, joie, joie !\nSoufflez du cor ;\nLe Héros qui chevauche est roi\nDe par les douze pairs qu'il devance\nEt sa vertu fière cerclée d'or.\n\nLa plaine est rase aux chevaux de guerre\nQui portent les preux et leurs armes de vaillance.\n\nLa vie est guerre :\nOrage tonnant dans un nuage\nQui monte de la poudre des routes\nSous la course des rages ;\nJaillit l'éclair!\nLe preux d'un fier bras abat\nLe fer;\nLa nue éclate et gronde d'un feu de sang.\nRavages !\nLe preux est roi !\n\nLe preux est roi qui commande la victoire\nD'estoc et de taille toujours plus avant.\nPrêtent main forte et tiennent le pas :\nNoblesse qui le pennon déploie,\nHonneur qui sur l'écu flamboie,\nCroyance qui répieu porte droit,\nEt par dessus le rouge flamboiement\nAnges du ciel et saints du paradis.\n\nTrouble et peineuse est la royale vie!\n\nMais la chair brutale s'humilie :\nLa garde de l'épée fait une croix ;\nMais l'esprit simple sonne d'un cor joyeux ;\nEt malgré l'ombre qui poudroie,\nLe sang est clair dans l'herbe verte,\nLe ciel est bleu.\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "                       — 256 —\n\n                LES COMMUNIANTS\n\n                                  Aubépine, mon bien,\n                                  Je te cueille et te prends ;\n                                  Si je meurs en chemin,\n                                  Sers-moi de sacrement.\n                                            Chanson populaire.\n\n      DESSOUS un pin, les Chevaliers gisants\n       Voient leur âme couler à terre...\nIls eurent grand cœur les braves compagnons !\nTous deux unis en la paix comme en guerre,\nEt comme, d'angoisse encore, sur le gazon.\n\nLe soir est proche, et la mêlée disjointe,\nUn calme f rais apaise la prairie;\nD'entre les places d'herbe nouvelle\nQue ne couvrent pas les corps meurtris,\nLes premières fleurettes lèvent leur pointe,\nEt le renouveau s'épanouit.\n\n— Ami, avez-vous plaie mortelle?\nDit d'un soupir le Chevalier de Gloire;\n— Ami, ne gardez vous espoir ?\nD'un ton dolent dit le Servant d'Amour.\n\nIls se sont ouï à leur verbe contrit,\nEt l'eau du cœur leur découle des yeux.\n\n— Hé, las ! mon frère, il me faut vous quitter\nEt du même coup perdre ces jours glorieux.\n— Hé, las ! mon frère, il me faut vous pleurer\nEt du même coup ne plus revoir ma Dame.\n\nMais si vous étiez moins navré\nPourtant, et ne passiez pas\nDe claire vie si belle à trépas,\nPrenez ceci, le portez à ma Dame,\nCe sont reliques quelle reconnaîtra.\nJe les ai prises de sa main suave,\nLe jour quelle me la tendit en adieu,\nA ses ongles de coraline :\nLes découpai menu d'un fin ciseau.\nCousis les pointes à cette courte peau,\nLes serrai fort sous mon bliaut\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "                     — 257 —\n\nTout contre la chair nue de ma poitrine,\nEt depuis lejour de grand deuil et d'adieu,\nPetite haire, en moi, plus loin, chaque heure, engrave\nAvec l'amour de ma gentille Dame\nLa mémoire de sa main suave.\nAmi, mon frère, ceci prenez\nEt lui donnez si vous ne trépasse^.\n\n— Mon ƒrère n'ayez souci :\nCe sera comme vous désirez.\nMais nous sommes tous deux comme occis ;\nIl faut que l'âme songe au paradis.\n\nLe Chevalier de Gloire ayant fiché en terre,\nDevant leurs yeux, la croix de son épée,\nIls tendirent au ciel l'hommage de leur gant;\nEt le ciel l'accepta d'un long regard mourant\nQui rougit le fer de lumière.\nPuis run, dans ses doigts, saisissant\n Une pâquerette à la blanche couronne d'hostie,\nIl la porta aux lèvres de l'ami\nPour qu'il eût goût, en trépassant,\nDu pain de vie.\nEt l'autre, jusqu'à sa blessure haussant,\nLe menu calice d'une fleur d'or,\nIl le porta aux lèvres de l'ami,\n L'ayant empli d'une goutte de son sang\n\nEt les Chevaliers se couchèrent\nLa main dans la main pour la mort.\n\n\nLors, sur leur paix mystique\nLe bleu tendelet du ciel s'était ouvert\nAu chœur des anges en damas de pourpre et d'or.\nEt les brises du soir redisent leur cantique\nToujours, à travers les branches despins,\nAvant que ne s'épaississe le mystère\nQue la nuit ferme sur la prairie\nEntre nos yeux et les rayons divins,\nLorsque en l'union des dernières lumières\nLes oiseaux s'accordent aux fleurs\nPour consommer toute harmonie\nEt chanter aux âmes unies :\n                                                         '7\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": "                       — 258 —\n\n— Bénis les victorieux qui meurent -\nEn chevaliers de justice et d'amour,\nAvec l'humble viatique d'une fleur\nPour aller joindre l'esprit d'un dieu !\nBénis les chevaliers qui meurent !\nLes victorieux,\nDans l'extase des heures dernières\nQui en la communion vivante d'une fleur\nAspirent l'âme de l'univers !\n\n                      LA REYNE\n\n                               La Reine venait d'inventer\n                                 ces robes à la gore où\n                                 l'on entrevoyait le sein à\n                                 travers un lacis de rubans\n                                  agrémenté de pierreries.\n                     La Reine Isabeau. Villiers de 1'lsle Adam.\n\nLES      quinconces du verger alignent d'ombres naines,\n      Claires d'une chaude vapeur lunaire d'automne,\nLeurs droites allées devant le portail.\n\nUne fumée odore et traîne -\nEt flottonne.\nMêlée aux parfums mûrs des poires et des pommes.\n\nLes dernières cires grésillent de la fête\nQui rougeoient le seuil du portail\nD'où la fumée traîne et odore.\n\nLa nuit est d'un silence si mûr\nQu'il se mesure\nAux chutes mornes sur le sol mort -\nDes fruits qui tombent comme des têtes...\n\nLes quinconces s'alignent d'cmbres naines\nJusqu'au fond où le verger miroite plus clair\nComme d'une sournoise nappe d'eau stellaire\nQue troublent des fléchissements de corps\nQui se penchent.\n\nDes fruits qui tombent marquent le silence.\n\nAu fond du verger pourtant il n'est point d'eau,\nPoint d'eau qui dort,\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "                           — 259 —\n\nMais pour de la soie, je ne dis pas ;\nDe la soie blanche roidie d'argent\nEt brodée en lys de diamants;\nMais pour une robe, je ne dis pas :\nUne robe qui s'étoile comme de l'eau\nEt qui chatoie\nSous les genoux d'un beau mignot\nDressé hardi de ses deux bras tendus et de sa tête\nVers sa Douce royale de joie,\nTandis que chutent autour d'eux de leur poids mort\nLes fruits qui tombent comme des têtes.\n\nSur la poitrine du beau mignot\nSont blasonnés trois liéparts d'or,\nEt dam l'emprise des corps,\nLes trois liéparts d'or sont en joie\nQui mordent les lys de diamants,\nLt à belles dents\nLes broient.\n\nEt les fruits   tombent.\n\nMais la Douce met les fruits hors\nDe ses deux seins de lune miellée\nQui béent, qui se tendent dans l'ombre ;\nLa royale Douce est en joie :\nPoint ne craint la belle dent qui mord,\nLes jeunes cruelles caresses des belles dents blanches\nQui mangent !\nTout est bon qui vous laisse accolée,\nAprès jeux, danses et fêtes,\nD'un baiser...\nEt parmi les perles et diamants,\nPerdue dans le silence qui toujours plus s'étend,\nOù les fruits tombent comme des têtes,\nQu'on pâme d'aise aux mignotises d'amour !\n\nLe verger se peuple d'ombres naines\nD'heure en heure plus noires des grandes clartés de la nuit\nAnx cieux saures et rouges d'incendies\nQui, jusqu'au portail rougeoyant,\nToujours,\nDes dernières cires qui grésillent de la fête,\nDrapent à pans flambants\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "                      —        260\n\nDe haut,\nPour le cortège de princes, qui sans doute s'apprête,\nLeurs dais royaux.\n\nMais du portail ne sort\nQue la fumée déserte de la fête...\nDans la salle, seul, un homme oublié de la fête,\nD'un sommeil innocent,\nSous les flambeaux,\nDort...\nChue, l'épée des preux\nA terre !\nSur les yeux,\nLa couronne de velours glisse, aux fleurons d'or ;\nEt /es dernières lumières\nEn font des ombres sur le carreau.\n\nEl cependant que sous la démence des rêces\nL'homme penche, penche le poids qui s'en va, morne, de sa tête,\nLa Douce sous les quinconces et le jouvenceau\nOnt pâmé d'aise aux mignotises d'amour,\nDans un silence toujours plus mûr et lourd\nOù chutent autour d'eux, s'écrasent de leur poids mort,\nLes fruits qui tombent comme des têtes.\n\n                     LA VIERGE\n\n                       — Cette assurance est de grand poids.\n                       — Je la tiens pour un grand trésor.\n                                  Interrogatoire de la Pucelle.\n\n\nC   OMPA GNE des brebis, sœur des agneaux,\n     La bergerette a poussé son troupeau,\nDès l'aube, le long des pentes, au dessus du village.\nDans la rosée des lumières matinales\nQui éveillent peu à peu les profondeurs du val,\nElle s'est assise à mi-coteau,\nAu frais de la fontaine des groseillers,\nA ou'ir bruire son âme comme l'antique feuillage\nDu Beau Mai,\nOù devisent d'accord les Saintes et les Fées.\n\nL'herbage nouvel des pâris\nQue buissonnent de leurs jaunes toisons les brebis\nJusqu'à l'orée, là-haut, du bois chenu,\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "                       — 261    —\n\n\nMène par descentes douces ses yeux\nAu seuil même des chaumines du village\nQue longue guerre cruelle laissa piteux :\nLa tour de l'église y a croulé,\nDes chaumes de parents ont brûlé,\nEt la route par le pays perdu\nEst le sillon après l'orage.\n\nUne Vierge fut au pays promise :\nSimplesse détient notre salut.\n\nLa bergerette auprès de la fontaine\nDemeure en rêverie assise ;\nSes doigts distraits de la quenouille de laine\nTombée au giron de sa cotte vermeille\nDégrapillent les branches des groseilles,\nEn fantaisie de sa pensée lointaine.\nEt sous l'ombre des siècles qu'étend l'Arbre des-Fées,\nLe front élu par rayonnées,\nLa nimbent à travers les feuillées\nLes radiances divines du soleil !\n\nLe soleil monte par le mitan du jour;\nEt la bergerette s'est dressée,\nCar elle voit loin ce que son âme bruit,\nSans voir Amour\nQui jeunet joueur pastoureau.\nEn tapinois est venu du village,\nSur le midi,\nRendre aux Dames-Fées l'hommage\nD'un cœur fervent et d'un gâteau\nQu'elle eût rompu, gente aimée, avec lui.\n\nMais elle voit loin, plus loin, ce que son âme bruit.\nLa force est vouée de sa chair brune et fière,\nHardie de l'instinct pur qui ne faut !\n...A l'autre penchant de la vallée,\nCe n'est plus la roche du coteau,\nMais la croupe d'un roussin de guerre;\nL'armure de l'azur y étincelle,\nEt le vent écharpe la nuée\nEn une blanche et peinte bannière\nEt frise des plumes de cimier ;.\nUn rais éblouissant du ciel\nPerce l'air\nEn un éclair d'épée...\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "                        — 262 —\n\n\nHardi, gens des cités,\n Gens des hameaux !\nBataille!...\nLaissez les vieilles avec les agneaux au bercail,\nEt chevauchez!\nLa vie est guerre, et la guerre est sainte\nEn sacrifice...\n— Justice ! justice !\nPuis, lors, Espoir relance les semailles\nD'où verdit pour le renouveau\nLa paix :\nMoissons et joies...\nRien contre la hardiesse de la foi\nNe prévaut,\n— Sautez la haie ! —\nNi sape, ni siège, ni feinte,\nNi traîtrise !\nUne Vierge fut au pays promise :\nLe temps lui pèse comme à unefemme enceinte.\nRien contre la hardiesse de la foi\nNe prévaut !\nQue chacun écoute ses Voix,\nEt nul bien fleuri ne sera perdu!\nVoici que des hymnes d'oiseaux\nFont chanter dans l'arbre les Fées et les Saintes...\n\nSimplesse détient notre salut.\n\n\n                    LES ORGUES\n\n\n\n     LESsouffles chantent...\n\nEt les voix séculaires cherchent l'écho\nDe l'âme passante\nQui marche, et va, d'un pas perdu, au jour.\nLuisant vers elle de sa vive ogive de feuillage,\nSans qu'elle entende,\nD'entre le bruissement des ombres en arceaux\nQui courbent sur sa vie la protection des âges,\nLe cri de la jeunesse des héros,\nLa voix dénonciatrice de l'amour,\nQu'ailés de ramilles claires et d'oiseaux\nLes souffles chantent.\n"}, {"page_pdf": 296, "texte": "                         — 263 —\n\nL'âme s'en va, d'un pas perdu et sourd,\nPar la forêt prof onde des mélodies\nQui ont lancé, d'un jet, les fûts hardis\nBordant les vieux chemins qui la mènent au jour.\nLes arcs déploient la pleine magnificence de leurs accords\nSur des lointains qui les prolongent et les brisent,\nD'où l'éclair d'un glaive, d'une note jaillit\nAu long pleurant secours d'un cor.\nDes gestes de gloire qui sonnent leur prise\nL'abandonnent, aux sons des musettes et des/lûtes,\nTandis qu'aux cimes montent les prières en essors\nQui retombent, sur l'aile harmonieuse des brises,\nEn effusion de larmes inconsolées..\n\nLes souffles chantent.\n\nMais l'âme s'en va d'un pas perdu qui butte\nVers l'espérance, là-bas, du jour\nLuisant vers elle de sa vive ogive de feuillage,\nSans qu'elle entende,\nSans qu'elle sache que nulle vie présente\nN'atteint Jamais l'éclatante porte du jour\nDe son pas perdu qui marche tout le voyage\nSous les voûtes hautes du passé.\n\n                                        R O B E R T DE SOUZA.\n\n\n\n\n CHUTES D A U T O M N E\n\nO         H ! le soleil au bois qui pénètre et qui tremble,\n             le soleil de septembre,\nOh ! le soleil et sa tiédeur par tous mes membres,\nOh ! les rayons pâlis en la pauvre feuillée\n           feuille à feuille effeuillée,\n           en la feuillée où selon l'heure\n                  le vent d'Automne,\n                  le vent chantonne,\n                  chantonne ou pleure !\n"}, {"page_pdf": 297, "texte": "                        — 264 —\n\nEt les grands arbres verts encor,\nou riches déjà d'une feuillée d'or\n          seulement blonde,\nles grands arbres autour du bord\nde l'eau poissonneuse et profonde\ns'étonnent d'entrevoir de larges trous d'azur\n          au fond de l'étang pur\noù s'épleurent et se reflètent\n                les fanaisons\n                des feuillaisons\n                de la saison\n                chère aux Poètes.\nEt c'est dans les grands bois mourants\nle grincement rythmé des branches;\nmais c'est aussi dans les vergers\npoiriers, pommiers, de fruits mûrs surchargés\nqui, tentateurs, vers les bouches se penchent ;\net c'est dans la feuillêe, souvent,\nle bruit que fait une poire qui tombe\net c'est à chaque coup de vent\n                 une hécatombe!\n\nAh! les bons fruits mûrs, ah! tombez nombreux!\n           de toutes les branches,\nafin qu'au prochain matin de dimanche\nle jardin soit plein de grands cris heureux\net de bouches rouges qui s'ouvrent avides\net boivent le jus des bons fruits sapides\nen mordant leur chair à belles dents blanches!\n                               GEORGES RAMAEKERS.\n"}, {"page_pdf": 298, "texte": "                          LES\n\n\nHEURES                HARMONIEUSES\n\n                                              cMatinale\n\n\n        LA brise joue, en clairs sourires, matutine,\n         Parmi le réveil d'or des oiseaux et des feuilles,\n Le ciel est doux et vaste, et sa bonté s'effeuille,\n Et neige calmement en lumière câline.\n\n Azur! vers ta jeunesse au large épanouie,\n Vers ta candeur inviolée et tes bruits d'ailes,\n Ma jeunesse s'érige et se veut éternelle\n En l'effarement bleu de sa joie éblouie.\n\n Le visage des fleurs, et leurs yeux, et leurs lèvres,\n Et leur haleine parfumée, et leurs couleurs,\n Et la splendeur, au loin, de l'horizon qui meurt\n Sous le baiser ardent d'un grand soleil de fièvre,\n\n Mon âme a tout compris, mon âme a tout aimé,\n Elle a tout l'horizon, toutes les fleurs en elle.\n L'azur immense et fort la vêt de son baiser,\n Et l'aurore est sa face éclatante, immortelle !\n\n\n\n                                         Diamantaire.\n\n\n        ETOILES !\n        L'heure est à vous de lumière et d'azur !\n Et vous, Rossignols,\n Soyez la joie de l'air, éparse et triomphale !\n\n O nuit d'oiseaux et d'astres, ô nuit pure,\n Pieusement, voici mes mains vers ta splendeur,\n En long geste éperdu de sanglotante extase!\n"}, {"page_pdf": 299, "texte": "                       — 266 —\n\nEtoiles, et vous, Rossignols,\nSoyez la joie chantante et brillante de l'heure,\nEt chantez et brillez, je vous prie,\nParmi le vaste ciel en fleur,\nParmi l'ombre fleurie et vibrante des feuilles,\nChantez et brûlez ce peu de ma vie\nQue je vous offre ici du geste de mes mains!\n\nInfiniment, chantez, ô Rossignols; et vous, E toiles,\nInfiniment, semez au ciel vos baisers d'or:\nChanson des nids, chanson des sphères,\nDans la beauté de vos lumières,\nBercez mon âme au bercement de vos vagues impériales !\n\n0 délire de rire\nEn vous voyant chanter et luire,\nMes Rossignols et mes Etoiles!\n\n\n\n\n                        Délicieuse de peine et de soir\n\n\n       DÉLICIEUSE,ô nuit,\n        Et sanglotante éperdûment de lune bleue,\nQuels violons soudains aux clartés éblouies\nVous chantent tout au long de leurs archets mystérieux ?\n\nO nuit, fermant les yeux, je vous vois, pâle,\nUn doigt posé sur vos lèvres ouvertes,\nAvec en vos cheveux des parures d'étoiles,\nAvec en vos grands yeux des prières offertes,\nA vec, en votre geste, une angoisse étonnée\nParmi l'extase d'or des lumières violonnées.\n\nPleurez, violons,\nTout au long, tout au long des archets lents et longs,\nPleurez exquisement vers la nuit qui s'épeure,\nEt clamez, violons, brusquement, parfois,\nPlus haut, plus clair, dans la douceur de vos sanglots,\nLe cri d'appel où vibre éperdûment\nLa délicieuse angoisse de l'heure.\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "                       — 267 —\n\n                                                Ârdente\n\n\n        FLEURS de soleil par la prairie,\n         O fleurs de vie!\nSoleil enfleurpar les champs bleus du ciel,\nSoleil!\n\nFlambez ma joie, dans l'heure ardente,\nMa joie de vivre sous le ciel!\nBaises, ma joie! de vos lèvres ardentes,\nLes grandes fleurs de rut de soleil!\n\nEt puis, qu'importe! Un ciel voyage,\nNoyé tout entier dans sa mer de lumière,\nBien au-dessus, lien au-dessus du paysage.\nFlambez, ma joie, ardente et ivre,\nMa joie de vivre sous le ciel!\n\nEt puis qu'importe! Un soleil d'or\nS'allume aux fleurs de la prairie,\nUn soleil d'or, comme un décor,\nMagnifiant les fleurs de vie dans la prairie.\nFlambez, ma joie, ma joie ardente et ivre\nMa joie de vivre sous le ciel!\n\nEt puis qu'importe tout! Qu'importe ombre ou soleil?\nQu'importent fleurs en joie ou désert triste?\nJ'existe!\n                                       GEORGES RENCY.\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "      LA F L E U R D U BERGER\n\n                Conte des frères Grimm\n\n\n               UNE sorcière avait deux filles. Elle en aimait beaucoup\n                 l'une, sa propre fille, qui était laide et méchante; mais\n                 l'autre, sa belle-fille, qui était bonne et parfaitement\n                 bien tournée, elle la détestait.\n   Un jour, la jolie sœur reçut en cadeau, de son fiancé, un tablier fort\ncoquet et qui lui seyait à ravir. L'autre en fut si jalouse qu'elle dit à\nsa mère :\n   « Ma mère, ma mère, je veux avoir ce tablier. Il me le faut!\n   — Bon, lui répondit la vieille, ne te chagrine pas, tu l'auras. D'ail-\nleurs, il y a longtemps que ta sœur devrait être morte. Aussi, cette\nnuit, tandis qu'elle dormira, je veux aller lui couper la tête. Prends\ndonc soin de te coucher au fond du lit et de la mettre sur le bord. »\n   Ce qu'elle complotait serait arrivé si la pauvre enfant, heureusement\ncachée dans un coin de la chambre, n'avait tout entendu sans qu'on\nla vît.\n   N'osant s'enfuir, elle fit semblant de rien durant la journée, et\nl'heure d'aller au lit arriva. Elle laissa alors sa méchante sœur y entrer\nla première, se coucher au fond et s'endormir profondément; puis\nelle la poussa au bord et prit sa place dans la ruelle.\n   A minuit, voilà la sorcière qui entre dans la chambre, tenant une\nhache à la main droite. De l'autre, en tâtonnant, elle sent dans les\nténèbres comment est placée celle qu'elle veut tuer ; et saisissant son\narme à deux mains, d un coup, han ! elle lui coupe la tête.\n   C'était la tête de sa propre enfant. Mais elle n'en savait rien et elle\nregagna son lit en riant d'avoir si tôt et si proprement fait.\n   Dès que la vieille eut disparu, la pauvre fille échappée à la mort se\nleva sans bruit et courut à la maison de son fiancé, son bien-aimé\nRoland. Elle frappa à la porte, il vint lui ouvrir.\n      Oh ! cher Roland, il nous faut prendre la fuite au plus vite, lui\ndit-elle sans reprendre haleine. Ma belle-mère, cette nuit, en voulant\n me tuer, s coupé par méprise le cou à sa propre fille. Mais quand il\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "                                — 269 —\n\n fera jour et qu'elle découvrira son œuvre, nous sommes perdus si elle\n nous trouve.\n    — Oui, dit Roland, mais avant de partir, il faut pourtant que tu lui\n enlèves sa crossette de sorcière; sinon, nous serons tôt rattrapés, si\n vite que nous allions. »\n    La jeune fille, en tremblant, s'en retourna prendre le bâton. Elle\n emporta aussi la tête coupée d'où trois gouttes de sang tombèrent :\n une sur le lit, une sur l'escalier et une sur les carreaux de la cuisine ;\n et elle se hâta de rejoindre son bon ami.\n    Au matin, voilà la sorcière qui se lève. Bon, elle appelle sa fille et\nlui crie de vite se lever, qu'elle a pour elle le joli tablier. Mais pas de\nfille.\n    « Où donc es-tu ? crie la mère.\n    — Ici ; je balaie l'escalier, » répond la première goutte de sang.\n    La vieille monte là d'où vient la voix, mais elle a beau chercher,\n elle ne voit personne sur les marches. Elle crie de nouveau :\n    « Où es tu ?\n    — Ici, dans la cuisine; je me chauffe, » répond la deuxième goutte\n de sang.\n    La sorcière redescend, mais ne trouvant non plus personne près\n du poêle, elle se met en colère.\n     « Où es-tu? crie-t-elle encore.\n    — Ici, dans mon lit, » répond la troisième goutte de sang.\n    La vieille va à la chambre et s'approchant du lit, que voit-elle ? Sa\npropre enfant baignant dans son sang et à qui elle-même avait coupé\nla tête pendant la nuit.\n    Dans une rage terrible, elle courut à la fenêtre d'où elle voyait\njusqu'à une grande distance à la ronde et découvrit bientôt sa belle-\nfille et Roland qui fuyaient.\n    « Ah ! n'essayez pas de m'échapper, vous deux, cria-t-elle. Si loin\nque vous soyez, je vous rattraperai toujours. »\n    Passant ses souliers d'une lieue, à l'aide desquels elle franchissait\nune heure de chemin en une enjambée,elle les eut vite rejoints. Mais la\njeune fille l'avait vue approcher; elle toucha son ami Roland du bâton\nmagique et, du coup, le changea en un étang au milieu duquel, sous\nforme de canard, elle se mit elle-même à nager.\n    La sorcière eut beau lui jeter morceaux de pain sur morceaux de\npain et l'appeler d'une voix mielleuse et dire: « Cani, cani, cani ! »\net se donner mille peines, elle ne put l'attraper; et le soir venu, elle\ndut s'en retourner toute seule et la rage au cœur.\n    Les deux fuyards reprirent leurs formes naturelles dès qu'elle eut\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "                                — 270 —\n\n\ndisparu. Ils se remirent en route et marchèrent jusqu'à la pointe du\njour. Alors, de sa baguette, la jeune fille changea son ami Roland en\njoueur de violon et, sous l'aspect d'une fraîche fleur fleurie, elle se\ncacha au milieu d'une haie d'épines.\n   La sorcière ne tarda pas à se montrer.\n   « Cherjoueur de violon, dit-elle, me permets-tu de cueillir cette\njolie fleurette?.\n   — Comment donc, répondit celui-ci, mais volontiers ! E t je vous\njouerai même, parce que c'est vous, un joyeux air de mon violon, au\nsurplus. »\n   La vieille désirait ardemment cette fleur, qui cachait elle savait bien\nqui. Mais juste comme elle avançait la main pour la saisir, le violo-\nneux commença un air qui, à l'instant, l'obligea de dansera Car son\nviolon était enchanté, et plus vite il en jouait, plus haut devait sauter\nla vieille et plus rapidement elle devait danser, au milieu de la haie et\ndes épines aiguës. Ses vêtements furent bientôt en loques et sa peau\ndéchirée en lambeaux ; et comme le violon ne s'arrêtait pas, par le\npouvoir de l'enchantement, il lui fallut danser jusqu'au bout de ses\nforces. Enfin, n'en pouvant plus, elle tomba morte pour toujours.\n   Ils étaient libres et Roland dit à la jeune fille :\n   « Moi, à présent, je m'en retourne à la maison de mon père, arran-\nger tout pour notre mariage.\n   — Bien, dit-elle. Je t'attendrai ici. Pour qu'aucun autre que toi ne\nme voie, je prendrai la forme de cette pierre rouge au bord du champ.»\n   Elle en fit comme elle disait et Roland s'en alla. Cependant, rentré\nchez lui, il rencontra une fillette qui le fascina si doucement qu'il\noublia sa première fiancée. En vain la pauvre abandonnée l'attendit\nbien longtemps. Quand elle comprit que l'infidèle ne reviendrait plus\nla chercher, elle se changea en une fleur qui poussait au bord de la\nroute.\n   « Peut-être passera-t-il par ce chemin avec une autre à son bras,\npensait-elle de son bien-aimé. Ah! je serais déjà heureuse s'il m'écra-\nsait de ses pieds. »\n   Un berger, qui gardait les moutons dans les prés voisins, vit un\njour cette fleur, et la trouvant si jolie, avec un air si tendre et un par-\nfum si doux, il la cueillit et la porta dans sa cabane où il l'enferma\ndans son armoire.\n   Dès cet instant, il n'arriva plus chez le berger que des choses mer-\nveilleuses. Au matin, quand il se levait, la besogne était terminée, la\nchambre balayée, la table et les chaises frottées et le poêle allumé.\n Quand il rentrait pour dîner, à midi, la nappe était mise et un bon\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "                               -   271   —\n\nrepas fumait dans les assiettes. Cela l'intriguait ; mais il eut beau\nfaire, et se cacher derrière les meubles pour surprendre qui l'aidait\nainsi, il ne trouva personne dans la cabane.\n   Ces soins empressés ne laissaient pas de beaucoup lui plaire, et pour-\ntant il commença peu à peu de se sentir mal à l'aise. Il alla s'en ouvrir\nà une bonne femme réputée pour ses conseils pleins de sagesse.\n   « Certainement, certainement, opina-t-elle, il y a du sortilège là-\ndessous. Tiens-toi donc éveillé un matin ou l'autre et fais attention à\nce qui se passera à tes côtés. Si quelque objet, n'importe quoi, se met\nà bouger dans la chambre, lève-toi et jette un drap blanc par-dessus ;\nl'enchantement sera détruit. »\n   Le berger rentra chez lui et le lendemain, à la pointe du jour, il\ns'éveilla. Doucement, alors, il vit s'ouvrir son tiroir e t une fleur en\nsortir. Il bondit vers elle, la couvrit d'un linge blanc et, du coup, une\nbelle jeune fille surgit devant lui.\n    Elle avoua au berger que sous la forme d'une fleur, c'était elle qui\navait pris soin de sa maison durant ces jours derniers. Puis elle raconta\nson histoire. Le berger en fut si ému et il éprouva tant de plaisir à la\ncontempler, qu'il lui demanda tout de suite de consentir à devenir sa\nfemme. Mais elle lui dit non et qu'elle voulait rester fidèle à son bien-\naimé Roland, encore qu'il l'eût oubliée. Pourtant, elle lui promettait\nde continuer à rester près de lui et garder sa maison le plus soigneuse-\nment et le plus diligemment qu'elle pourrait.\n   C'est ainsi que vint le mariage de Roland. Or, c'est une vieille cou-\ntume, en ce pays-là, que les jeunes filles du village se réunissent\ndevant le couple qui se marie et célèbrent ses noces par des chants.\n   La pauvre jeune fille avait senti son cœur se briser en sa poitrine à\nla nouvelle du mariage de son bien-aimé. Elle refusa d'abord de\nsuivre ses compagnes à la cérémonie ; mais à la fin, celles-ci parvin-\nrent à l'emmener.\n   Son tour vint de chanter sa chanson. Alors elle recula de quelques\npas pour se mettre derrière les autres et cacher un peu sa douleur, car\nelle n'avait pas la force de faire autrement.\n   Dès que son chant, qui pleurait et tremblait, arriva aux oreilles de\nRoland, celui-ci pâlit et s'écria :\n    « Je connais cette voix ! C'est celle de ma vraie fiancée, de ma bien-\naimée. Je n'en aime pas d'autre; je ne veux pas d'autre épouse. »\n   Et tous les anciens souvenirs des jours passés qu'il avait oubliés se\n relevèrent subitement dans son cœur.\n   Ainsi eut lieu le mariage de la fidèle jeune fille avec son bien-aimé\n Roland. Ses pleurs étaient finis, son bonheur commençait.\n                             LOUISE et Louis DELATTRE, traduct.\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "        LETTRE                   PARISIENNE\n\n               POUR user d'un cliché célèbre, « à l'heure où paraîtront\n                ces lignes », les lampions auront fini de brûler à Paris,\n                et les galas auront vécu. Mais à l'heure où j'écris cette\n                correspondance, que l'on m'invite à recommencer au\n Coq Rouge, l'indécente comédie n'est pas encore jouée, on s'y apprête\n— et vraiment je ne puis parler que de cela. Il n'y a rien à dire sur la\nlittérature pour l'instant, et d'ailleurs la littérature, ceux qui l'hono-\nrent, ceux qui la gâtent, c'est bien peu de chose en ce moment: tous,\nnous sommes portés sur un flot humain, et il est nauséabond, et nous\nne pouvons y échapper. Le bain de boue est universel : parlons de\ncette immersion forcée. Au surplus, y a-t-il des choses à dire, sinon\npour l'utilité, du moins pour l'honnenr: et comme la liberté d e la\npresse interdit à Paris les opinions indépendantes, ce me sera un\nrecours précieux que de trouver ici l'occasion de parler.\n   L'aventure franco-russe se présente, pour qui n'est pas dévoué au\ngénie de M. Hanotaux et à la gentilhommerie d'Arthur Meyer, sous\ndeux aspects distincts. Le premier est ridicule, le second est odieux.\nCette farce se joue simultanément sur deux scènes. La scène la plus\ncriardement éclairée est en France, à Cherbourg, à Paris, à Ver-\nsailles. La seconde scène est peu éclairée, la distance l'assombrit\nencore, c'est un théâtre de drame — c'est l'Arménie. Entre ces deux\nspectacles, une comédie financière occupe l'entr'acte : l'emprunt\nrusse arrangé par Rothschild, à la boutonnière duquel l'Aigle-Blanc\nest venu préalablement se fixer, gage de bonne négociation.\n   Le titulaire actuel de l'héritage des Romanoff, race de bouchers,\nde fusilleurs, de fous et de tyranneaux, promène depuis deux mois à\ntravers l'Europe l'insolence d'un voyage de noces protégé par sa police\net réglé par ses chambellans. Toute la politique française depuis 1871\nsemble n'avoir abouti qu'à une espérance: acheter à bon prix un\nsoutien sérieux. Soutien: dans le monde des filles s'assurant un\nappui, on prononce souteneur. Cette attitude d'expédient est deve-\nnue le fond de la diplomatie, On compte donc que les finances fran-\nçaises paieront — et on a raison, puisqu'après Cronstadt on paya, et\naussi après Toulon, et qu'on paiera après cette cérémonie dernière.\nMais ce versement n'est que le' dessous pratique de l'affaire : c'est\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                                — 273 —\n\nentendu, on est discret, on n'en parle pas. L'accueil extérieur occupe\nseul la foule : et l'on dirait que la France devient démente. C'est un\nréveil effarant des sentiments les plus pénibles : la platitude dépasse\nce qu'on eût imaginé. La lecture des journaux est inouïe. Ce que les\ngazettes, depuis deux mois, contiennent de propositions saugrenues,\ninconvenantes, bouffonnes, est véritablement impossible à dénombrer.\nLe sentiment dominant, c'est que tous cherchent à faire oublier au\nTsar qu'il vient visiter une République. Pas un instant on ne songe au\ncontraire à garder correctement les distances entre le régime qu'il\nincarne et le nôtre. On croirait que Marianne semble indécente à tous\nceux qui vivent d'elle. On n'ose présenter cette vierge de cuisine à la\nTsarine, on veut dissimuler le bonnet phrygien en présence de la\ncouronne. Des vaudevilles naissent de cette fausse pudeur. On agite\nsérieusement la question de donner à M Félix Faure un uniforme de\ngénéral, afin qu'il n'ait pas l'air d'un maître d'hôtel. On voit les\nbourgeoises, femmes de fonctionnaires bourgeois, réclamer des man-\nteaux de cour, et l'on est obligé de leur faire observer — avec quel\nregret ! — qu'il n'y a plus de cour dans la République française !\n   Du côté décoratif, l'invention est irrésistiblement drôle. Le génie\ndes artificiers et de? tapissiers s'affole à l'idée de faire grand, et pro-\npose de mettre des fleurs en papier sur les arbres, puisque l'ingrate\nnature se refuse à les fleurir en octobre en l'honneur des Russes ! Les\nlampions changent de forme ; on gratte, on cloue, on se livre au délire\ndu provisoire. Tout le monde veut sa part de gloriole, chaque corps\nde métier souhaitant être présenté, congratulé, mis en relief. Les\nétudiants réclament, les cyclistes s'interrogent, les dames de la Halle\nvoudraient bien... Le camelot est prospère. On vend des emblèmes\nridicules, le portrait de la Tsarine traîne chez le marchand de vin, des\naffiches bariolées montrent le Tsar, en uniforme français, salué par nos\ntroupes et nos drapeaux. Au milieu de tous les projets emphatiques\nqu'on lui présente, l'hôte étranger choisit, ses secrétaires dictent ses\nvolontés, refusent ceci, corrigent cela ; la morgue impériale s'épanouit\nde la soumission républicaine. Les agents de police pétersbourgeois\nveilleront eux-mêmes à la sûreté du maître dans le pays ami ; il\ncommande ses menus, règle les distractions qu'on lui offrira. La\nconfiance est si délicatement grande qu'il aura ici son train: un mois\nd'avance, cette lourde prison roulante, dûment blindée, essaie les\nvoies ferrées qu'on répare, qu'on farcit de soldats et de sbires. Jamais\nenthousiasme ne fut si rudement réglementé : la baïonnette intervient\npartout; le ministère, passivement, s'incline. L'empereur fait à son\nbon plaisir. Il n'est pas encore là, mais de loin on le sent, ses ordres\n\n                                                                       18\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "                               — 274 —\n\n arrivent, comme arrivaient ceux de Napoléon jadis à Berlin ou à\n Vienne.\n   E t il y aura des attractions, hormis les pétards et les fusées ! Le\nmalingre Nicolas, jouant les Pierre-le-Grand, viendra voir l'Académie\nen séance ; il y aura discours de M. Legouvé et compliment de\n M. Coppée sur papier à fleurs. Et il y aura aussi compliment de\n M. Claretie, présentant avec sa grâce melliflue sa troupe de cabotins.\n Le Tsar ne s'ennuiera pas parmi ces grotesques, dont les métaphores\nsauront cajoler à souhait sa roideur d'invité tout-puissant. E t les\nharangues politiques seront... ce que nous savons. On aura du tact.\n M. Claretie ne parlera pas du décret de Moscou, les cortèges évite-\nront le boulevard de Sébastopol, Marianne s'habillera convenable-\nment, mettra des gants. Tout cela est comique, bête, coûteux et pas\ntrès fier, mais on peut en prendre son parti. C'est la face amusante\ndes choses, la mascarade d'une politique d'expédients et d'un régime\ngalvaudé qui ne croit plus en lui-même.\n   La face tragique et honteuse de la situation, c'est le silence convenu\nde la diplomatie européenne, et particulièrement la tacite acceptation\nde la France, au sujet des massacres d'Arménie. L'odeur de sang\nmonte désagréablement au milieu des banquets. L'acceptation du\nTsar vis-à-vis de l'alliance, c'est la condition du laissez-faire là-bas.\n« Couvrez notre emprunt, recevez-nous, inclinez-vous, et nous vous\ngardons protection : mais en échange, en clause expresse, taisez-vous\nsur ce qui se passe en Orient. Nous avons besoin qu'un peuple périsse;\nne mettez pas le nez dans nos affaires. » Tel est, débarrassé des\nformules alambiquées, le mot d'ordre catégorique que la chancellerie\nrusse donne sèchement, à la chancellerie française. Les Arméniens\ngênent la politique de nos amis: il serait bon qu'ils fussent supprimés.\nEn attendant que les Turcs soient délogés par lui de Constantinople,\nle Cosaque les juge aptes à cette besogne de débarras. Il ne met pas\nlui-même la main à l'ouvrage, mais il laisse opérer, sous le couvert de\nson indifférence calculée. E t soixante mille hommes déjà ont été\négorgés. « L'ordre règne.     C'est le fameux mot de cette politique\nrusse si lucidement abominable. S'il ne règne pas encore là-bas, il\nrégnera: les morts sont calmes! La boucherie est confiée à la race la\nplus aveuglément féroce et brute qui soit en Europe : les étals regor-\ngent de monceaux de cadavres déchiquetés. On tue, on fusille, on\nbrûle, on hache, on pend vieillards, femmes et enfants pour le plus\ngrand bénéfice de la diplomatie moscovite. Personne ne bouge.\n   Les escadres stationnent là-bas pour la forme, mais tout le monde\nsait à quoi s'en tenir sur les causes de l'extermination. Les premiers\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                                — 275 —\n\njours, nos officiers recueillaient à bord les fugitifs. Cet élémentaire\nesprit d'humanité est encore jugé superflu et gênant ; les consuls\nrusses, sur instructions du cabinet de Pétersbourg, insinuent à nos\ncommandants de vaisseaux qu'il plairait en haut lieu qu'on réprimât\nces interventions des témoins; et on engage doucement nos marins\nécœurés à ne se mêler de protection qu'à la dérobée. L'assassinat d'une\nnation s'accomplit avec l'assentiment des civilisés. « Ce qui nous\nrépugne dans cette histoire, écrit un officier présent, c'est de voir dans\nla presse, dans les grands journaux qui nous parviennent ici, à quel\npoint la falsification des dépêches peut atteindre, à quel point le men-\nsonge et l'altération systématique des faits selon un mot d'ordre\n bafouent insolemment la vérité sinistre que nous avons sous les yeux.\n C'est à démissionner pour ne pas en voir davantage. » Les journaux\n insèrent passivement des communiqués officiels et des télégrammes\n travestis. Par respect pour les tout-puissants alliés, on se tait. Cette\n affaire d'Arménie est un chef-d'œuvre de perfidie, de bassesse et\n d'horreur : tout le vice des systèmes politiques actuels s'y révélera\n pour l'historien avec une saisissante netteté.\n    E t M. Hanotaux, les mains liées, admet comme les autres. E t le\n terrible petit autocrate, le Tsar blanc aux épaules chétives, pour le\n règne et le bénéfice de qui s'accomplit l'ignominie d'Orient, le Tsar\n chargé de sang comme tous ses prédécesseurs, le chef des Barbares en\n somme, vient à Paris, paisiblement en apparence, en réalité dans des\n wagons blindés et parmi une armée d'argousins. Et à présent négo-\n ciez-vous, emprunts, résonnez, harangues, brûlez, feux d'artifice,\n épanouissez-vous, ripaille publique, sottises, congratulations des\n gazettes! L'Arménie est si loin! Il vaut mieux n'en pas parler ! Ces\n Arméniens ne sont pas intéressants; on les ignore; ce sont des trouble-\n fête, après tout. E t Paris s'amuse, s'endimanche, et M. Arthur Meyer,\n et M. Xau, et quelques autres notoires traitants de publicité s'ingé-\n nient à enguirlander la dynastie des Romanoff, et la comédie de\n l'alliance couvre la sale réalité de l'emprunt et l'atroce réalité du mas-\n sacre. Le cabotinage atteint son comble; le peuple, appâté par l'occa-\n sion du commerce, chauffé par la réclame, excité par les uniformes et\n les landaus, court à l'exhibition officielle comme à un cortège de car-\n naval; à peine si quelques caricatures vaillantes, les efforts de quel-\n ques journaux d'opposition, la voix généreuse et d'ailleurs étouffée\n d'un Paul Adam, font un faible contrepoids à cette ruée. C'est là ce\n qu'il faut que nous endurions sans pouvoir rien dire. E t quelque faible\n que soit le chauvinisme, on se sentirait quand même énervé en com-\n parant l'adulation de la France présente à certaines heures nobles de\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "                               — 276 —\n\njadis, si la pensée ne s'élargissait pas, si l'on n'était pas ayant tout\nrévolté de songer que toutes ces singeries de diplomates, ces sala-\nmalecs et ces inconséquences ne sont que le prix du sang. Nous nous\ncroyons très loin des rois Scythes ou des boucheries d'un Cambyse\nou d'un Timour ! Le sociologue sourit et songe ....\n   E t comment vous étonneriez-vous que je ne parle pas littérature\nen cette lettre, première d'une série nouvelle, que je ne vous raconte\npas les projets de M. Antoine ou de M. Lugné-Poe,la dernière facétie\n de M. Zola ou de M. Coppée, que je ne vous entretienne pas du récent\n ouvrage de M. Marcel Schvvob ou de M. Rosny ? Il y a ici un drame,\nune comédie-bouffe, une psychologie qui va autrement loin que la\nlittérature, et si vous le voulez bien, nous plaisanterons ou nous\nserons touchés d'art un autre jour — un jour où l'immonde Vie\nmoderne, de lucre, de bassesse, de cynisme et de sang, apparaîtra\nmoins obsédante dans le silence du pays des songes.\n\n\n                                             CAMILLE     MAUCLAIR.\n\n\n\n\n    3 octobre 1896.\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "     TÉRENCE :\n                                        P HO R M IO N\n          TRADUCTION           LITTÉRALE      (Suite    et fin).\n\n\n                               Acte V.\n                        S C È N E VI (841-883).\n\n                                 (Suite.)\n\n    GÉTA. Là, j'en apprends une bien bonne, si bien que, par Hercule!\nj'ai failli crier de joie.\n    ANTIPHON. Laquelle?\n    GÉTA. Que penses-tu que c'était?\n    ANTIPHON. Je l'ignore.\n    G É T A . Eh bien ! Tout ce qu'il y a de merveilleux : il s'est trouvé\nque ton oncle est le père de Phanium, ta femme !\n    ANTIPHON (ahuri). Tu dis?\n    GÉTA. Jadis il a eu des relations avec la mère, à Lemnos, en\ncachette.\n    PHORMIOX (incrédule). Tu rêves : comment ne connaîtrait-elle pas\nson père ?\n    GÉTA. Crois bien, Phormion, qu'il y a un motif à cela ; mais\nt'imagines-tu que j'aie pu, derrière la porte, comprendre tout ce dont\nils ont parlé entre eux à l'intérieur ?\n    A N T I P H O N . Et moi aussi, j'ai déjà eu vent de cette histoire.\n    GÉTA. Eh bien ! Voici qui te fera croire davantage : dans 1 inter-\nvalle, ton oncle sort de cette maison ; un moment après il y rentre\navec ton père ; ils disent tous deux qu'ils te donnent pleine liberté\nde la garder. Bref, on m'a envoyé, pour te chercher et t'amener?\n    ANTIPHON (excité). Mais entraîne moi donc; pourquoi tarder?\n    GÉTA. Sitôt dit, sitôt fait.\n    ANTIPHON (serrant avec effusion la main de Phormion). Mon cher\n Phormion, adieu.\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "                                 — 278 —\n\n   PHORMION.    Adieu, Antiphon. Par tous les dieux, l'affaire a bien\nmarché : j'en suis heureux. (Antiphon et Ge'ta entrent chez Démiphon. )\n\n\n                       S C È N E V I I (884-893).\n\n                                PHORMION.\n\n   Quel heureux hasard s'est offert à eux, tout d'un coup! Me voici\nla plus belle occasion d'attraper les deux vieux, d'enlever à Phédria\nses soucis d'argent et de le dispenser de supplier encore un de ses\namis; car c'est à lui qu'ira ce même argent, malgré eux, tout comme ils\nme l'ont donné. La tournure que l'affaire a prise m'a fourni le moyen\nde le leur arracher. Il me faut maintenant prendre un nouveau rôle et\nun nouveau visage... Mais j'e m'en vais d'ici dans cette ruelle toute\nproche; c'est de là que j'e me montrerai à eux, dès qu'ils seront dans\nla rue. Quant à l'endroit où j'avais feint d'aller, au marché, je n'y\nvais pas. (Exit.)\n\n\n                      SCÈNE VIII       (894-989).\n\n\n               DÉMIPHON        — CHRÊMES    —   PHORMION.\n\n\n   Démiphon et Chrémès sortent de la maison du premier. Ils\ns'avancent au premier plan; bientôt après Phormion traverse la\nscène derrière eux.\n   DÉMIPHON. Je dois et je rends à juste titre grandes grâces aux\ndieux, mon frère, de ce que les choses ont si heureusement tourné\npour nous.\n   CHRÉMÈS. N'est-elle pas distinguée, comme je l'ai dit ?\n   DÉMIPHON. Absolument... Il nous faut à présent trouver Phormion\nau plus tôt, pour lui enlever nos trente mines avant qu'il les gaspille.\n   PHORMION (feignant de ne pas les voir et frappant à la porte de\nDémiphon). Je vais trouver Démiphon, s'il est chez lui, pour...\n   DÉMIPHON (touchant Phormion        à l'épaulé). Mais nous allions\nchez toi, Phormion.\n   PHORMION. Pour la même affaire, peut-être?\n  DÉMIPHON. Ma foi,     oui.\n   PHORMION (avec une amertume feinte). Je le pensais bien. Pourquoi\nalliez-vous chez moi ? C'est une plaisanterie. (Agressif.) Vous pen-\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                                 — 279     -\n\n siez que je n'exécuterais pas ce que j'aurais une fois entrepris?\n Holà ! Pour grande que soit ma pauvreté, je n'ai pourtant eu jusqu'ici\n d'autre souci que de garder mon honneur; et je viens justement\n t'annoncer, Demiphon, que je suis prêt : dès que vous voudrez,\n donnez-moi l'épouse ; car j'ai laissé de côté, comme de juste, toutes\n mes affaires, lorsque j'ai constaté que vous y teniez si fort.\n    DEMIPHON: Mais celui-ci m'a détourné de te la donner: « Quelle\nsera, m'a-t-il dit, la clameur du public, si tu fais cela? Quand on a pu\n naguère la marier honnêtement, on ne l'a pas mariée ; il serait\nhonteux maintenant de la chasser. » A peu près tout ce que toi-\nmême tout à l'heure me reprochais en face.\n    PHORMION. Vous vous moquez de moi avec assez d'insolence.\n    D E M I P H O N . Comment ?\n    PHORMION. T U le demandes? Parce que je ne pourrai pas même\népouser l'autre : de quel air retournerais-je auprès d'une femme que\nj'ai dédaignée?\n    C H R É M È S (bas à Demiphon).     « Puis, je vois qu'Antiphon se sépa-\nrerait d'elle à regret. » Dis-lui cela.\n    D E M I P H O N . Puis, je vois que mon fils se séparerait de cette femme\nsûrement à regret. Mais passe, je t'en prie, au forum, et donne ordre,\nPhormion, qu'on me crédite de cet argent.\n    PHORMION. De l'argent que j'ai réparti entre mes créanciers?\n    D E M I P H O N . Que faire alors ?\n    PHORMION (solennel). Si tu veux me donner la femme que tu m'as\npromise, je l'épouserai; mais si c'est que tu préfères, Demiphon, la\nvoir demeurer chez toi, la dot doit rester ici (il se frappe la poi-\ntrine) ; car il n'est pas juste que je sois votre dupe, moi qui, par\nconsidération pour vous, ai signifié mon refus à l'autre, laquelle\nm'apportait la même dot.\n    DEMIPHON (éclatant). Vas-tu t'aller faire pendre, avec tes grands\nairs, vagabond? Est-ce que tu t'imagines toujours qu'on ne te connaît\npas ou qu'on ignore tes exploits ?\n    PHORMION. Je me fâche.\n    D E M I P H O N . L'épouserais-tu, si on te la donnait?\n    PHORMION. Fais-en l'essai.\n    D E M I P H O N . Pour que mon fils aille la voir chez toi? C'était là\nvotre plan !\n   PHORMION. Je t'en prie, qu'est-ce que tu racontes là ?\n    DEMIPHON. Voyons, rends-moi l'argent.\n    PHORMION. Mais donne-moi la femme, toi.\n    DEMIPHON (lui prenant le bras). Viens devant les juges.\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "                             — 280 —\n\n\n  PHORMION.    Sûrement, si vous continuez à me molester...\n  DÉMIPHON. Que feras-tu?\n   PHORMION. Moi? Vous croyez peut-être que je ne patronne que\ndes femmes sans dot ; je sais aussi défendre celles qui en ont une.\n   CHRÉMÈS (jouant l'indifférence). Que nous importe ?\n   PHORMION (ironique). En rien. (Très haut.) Je connaissais ici\nune certaine dame dont le mari...\n   CHRÉMÈS (alarmé). Hein ?\n   DÉMIPHON. Qu'y a-t-il?\n   PHORMION. ... avait une femme à Lemnos,...\n   CHRÉMÈS (désespéré). Je suis mort!...\n   PHORMION. ... dont il eut une fille ; il l'élève en cachette.\n   CHRÉMES. ... et enterré !\n   PHORMION. Je m'en vais, sans plus, le lui raconter.\n   CHRÉMÈS. Je t'en supplie, n'en fais rien.\n   PHORMION (d'un ton de surprise ironique). Comment? C'était toi\nce mari?\n   DÉMIPHON (rageur). Comme il joue bien son jeu!\n   C H R É M È S . Nous te tenons quitte.\n   PHORMION. Chansons !\n   CHRÉMÈS. Que te faut-il ? L'argent que tu détiens, nous te l'aban-\ndonnons.\n   PHORMION. J'entends. Mais, diantre! pourquoi donc vous moquez-\nvous ainsi de moi, sots que vous êtes, avec vos résolutions d'enfant :\n« Je ne veux pas, je veux ; puis de nouveau, je veux, je ne veux pas ;\nprends, restitue; ce qui a été dit est non avenu; ce qui était convenu\ntout à l'heure, ne l'est plus. »\n   CHRÉMÈS (à part). Comment et de qui a-t-il pu l'apprendre ?\n   DÉMIPHON (à part). Je l'ignore. Mais je sais positivement que je\nn'en ai dit mot à personne.\n   CHRÉMÈS (à part). Les dieux me soient en aide! Cela tient du\nprodige !\n   PHORMION (à part, d'un ton satisfait). Je les ai mis mal à l'aise.\n   DÉMIPHON (à part à Chrêmes). Comment? Il nous prendrait tout\ncet argent et se moquerait de nous avec ce sans-gêne ? Par Hercule,\nplutôt mourir ! Songe à te montrer viril et résolu : tu vois que ta\nfaute a été divulguée et que tu ne peux plus la cacher à ta femme.\nMaintenant, Chrémès, le meilleur moyen de l'apaiser est que nous\nlui disions nous-mêmes ce qu'elle apprendrait d'autres; après cela\nnous pourrons à notre guise nous venger de cette canaille.\n   PHORMION (à part). E h ! mais! je m'enfonce, si je ne prends garde\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                               — 281 —\n\nà moi. Ces gens-là pensent à m'attaquer avec une férocité de gla-\ndiateurs !\n   CHRÉMÈS. Mais j'ai bien peur qu'on ne puisse l'apaiser.\n   DÉMIPHON. Aie bon courage : je saurai vous réconcilier, Chrémès,\nen m'appuyant sur ce fait que la femme dont tu as eu cette fille a\nquitté ce monde.\n   PHORMION (qui a surpris leur conversation). C'est ainsi que vous\nen agissez avec moi ? Vous attaquez avec assez d'adresse ! Par\nHercule ! Ce ne sera pas pour le bien de ton frère, Démiphon, que\ntu m'auras provoqué. (A Chrémès.) E t toi, à quoi penses-tu ? Après\navoir à l'étranger contenté tes caprices et oublié le respect dû à cette\nfemme si bien née, jusqu'à lui faire un affront inouï, tu arriverais à\nprésent pour réparer ta faute à force de prières ?... Au récit de tes\nfredaines, je vais si bien l'enflammer contre toi que toutes tes larmes\nn'éteindront pas le feu de sa vengeance.\n   DÉMIPHON (rageur). Malheur ! Puissent tous les dieux et déesses\nle confondre ! Un homme peut-il être possédé d'une pareille impu-\ndence ? Dire que ce scélérat n'est pas transporté loin d'ici, aux frais\nde l'État, dans des terres désertes !\n   CHRÉMÈS. J'en suis réduit à ne savoir réellement que devenir\navec lui.\n   DÉMIPHON (violent). Je le sais bien, moi : allons devant les juges.\n   PHORMION. Devant les juges? (Montrant la maison de Chrémès.)\nPar ici, s'il vous plaît.\n   CHRÉMÈS (à Démiphon).          Cours-lui après, retiens-le, pendant que\nj'appelle mes esclaves.\n   D É M I P H O N . Mais je ne puis pas seul ; accours.\n   PHORMION (luttant).        Une première plainte contre toi, pour voies\nde fait !\n   DÉMIPHON. Vas-y, accuse moi.\n   PHORMION. Une seconde plainte contre toi, Chrémès.\n  CHRÉMÈS. Traîne-le !\n   PHORMION. C'est là votre plan? A coup sûr il me faut donner de\nla voix : Nausistrata, arrive !\n   ClIRÉMÈs. Ferme-lui la bouche, à cette canaille!... Vois donc,\ncomme il est fort !\n   PHORMION (criant). Nausistrata, dis-je.\n   DÉMIPHON. Veux-tu bien te taire ?\n   PHORMION. Me taire ?\n   DÉMIPHON. S'il ne suit pas, mets-lui tes poings dans le ventre.\n   PHORMION. Crève-moi un œil, si tu veux : je sais où prendre ma\nrevanche, et joliment !\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "                                   — 282 —\n            I\n\n\n\n\n                         S C È N E IX (990-1055).\n\n\n     NAUSISTRATA — CHRÊMES — DÉMIPHON — PHORMION.\n\n   NAUSISTRATA (sortant de chez elle). Qui prononce mon nom ?\n(Voyant qu'il s'est passé quelque chose d'extraordinaire.)        Eh bien !\nmon mari, je t'en prie, pourquoi ce tapage?\n   PHORMION (moqueur, à Chrémès). Voyons, pourquoi demeures-tu\nlà tout interdit ?\n   NAUSISTRATA (à Chrémès). Qui est cet homme ?... (Un temps.)\nTu ne me réponds pas ?\n   P H O R M I O N . Qu'il te réponde, lui qui ne sait, par Hercule ! où il\nen est ?\n   CHRÉMÈS (à sa femme). Garde-toi de le croire en rien.\n   PHORMION (à la même). Va, touche-le ; tue-moi, s'il n'est pas\nfroid comme marbre.\n   CHRÉMÈS. Ce n'est rien.\n   NAUSISTRATA. Mais enfin? Que raconte cet homme ?\n   PHORMION. T U vas le savoir : écoute.\n   C H R É M È S . Tu vas encore le croire ?\n   NAUSISTRATA. Je t'en prie, comment le croirais-je, lui qui n'a\nrien d i t ?\n   PHORMION. Le pauvre homme radote de frayeur.\n   NAUSISTRATA. Par Pollux ! Ce n'est pas sans motif que tu as\nsi peur !\n   C H R É M È S . Moi, peur ?\n   PHORMION (ironique). Très bien, en vérité : puisque tu n'as pas\ndu tout peur, et que ce que je dis n'est rien non plus, parle, toi.\n   D É M I P H O N . Canaille ! Qu'il le raconte pour toi ?\n   P H O R M I O N (avec mépris). Holà ! toi, tu as bien travaillé pour ton\nfrère !\n   NAUSISTRATA. Mon mari, ne me diras-tu pas...\n   C H R É M È S . Mais...\n   NAUSISTRATA. Pourquoi ce mais ?\n   C H R É M È S . Il est inutile que je te dise...\n   PHORMION. Inutile, pour toi sans doute; mais il faut qu'elle sache.\nA Lemnos...\n   NAUSISTRATA. Hein ? Que dis-tu ?\n  C H R É M È S . Te tairas-tu ?\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                                — 283 —\n\n  PHORMION.         ... à ton insu...\n  CHRÉMÈS.          Malheur à moi !\n  PHORMION. ... il a épousé une femme...\n  NAUSISTRATA. Mon pauvre homme ! Que les dieux nous préservent!\n  P H O R M I O N . C'est la pure vérité !\n  NAUSISTRATA. Malheureuse!... Je me meurs!\n   PHORMION. E t il a eu d'elle une fille déjà, pendant que tu dormais.\n   C H R É M È S (avec terreur, à Démiphon). Qu'allons-nous faire ?\n   NAUSISTRATA (indignée). Par les dieux immortels ! C'est un acte\ndéplorable et criminel !\n   P H O R M I O N . Voilà ce qu'il a fait.\n   NAUSISTRATA (même jeu).            A-t-on jamais commis acte plus\nscandaleux ?... Les voilà bien, ceux-là qui vous deviennent des\nvieillards quand il s'agit de leurs femmes ! Démiphon, j'en appelle\nà toi, car je suis écœurée de parler à cet homme : c'était cela ces\nfréquents voyages et ces longs séjours à Lemnos ? C'était cela cette\nbaisse des prix qui diminuait nos revenus ?\n   D É M I P H O N . Nausistrata, je ne nie pas qu'il ait commis une faute\nen cette affaire, mais pourquoi serait-elle impardonnable ?\n   PHORMION. Autant parler à un mort.\n   D É M I P H O N . Ce n'est pas par indifférence ni par aversion pour toi\nqu'il l'a fait. Il y a environ quinze ans, étant pris de vin, il s'est\noublié avec une femme, de qui est née cette fille, et depuis lors il n'a\njamais plus eu de rapports avec elle. Elle est morte : avec elle a\ndisparu toute cause d'embarras. Aussi je te prie de montrer encore ici\nla patience que tu as eue en d'autres occasions.\n   NAUSISTRATA. Comment ? De la patience ? Je souhaite, mal-\nheureuse, que ce soit la fin ; mais comment l'espérer ? Puis-je croire\nque l'âge le rendra moins fou dorénavant ? Alors déjà c'était un\nvieillard, si c'est la vieillesse qui rend les hommes réservés. Ma\nbeauté et mon âge ont-ils aujourd'hui plus d'attraits, Démiphon ?\n Quelle garantie me donnes-tu ici qui me fasse attendre ou espérer\nque cela n'arrivera plus ?\n   P H O R M I O N (au public, avec une voix de crieur). Funérailles de\nChrémès ! Pour qui vent y assister, allons, c'est le moment ! (Mon-\ntrant Chrémès anéanti.) Voilà comme je me venge. Venez-y main-\ntenant, attaquez-vous à Phormion, si l'envie vous en prend : je vous\nassommerai mon homme par un châtiment tout pareil.\n   D É M I P H O N . . . (1).\n\n\n\n  (1) Lacune probable.\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "                                 — 284 —\n\n   PHORMION (avec une pitié méprisante). Oui, qu'il rentre en faveur\nauprès d'elle : ma vengeance me suffit. Sa femme a de quoi lui\nchuchoter sans cesse à l'oreille jusqu'à la fin de ses jours.\n   NAUSISTRATA (avec une amère ironie). Mais on dirait que je l'ai\nmérité, je crois. Pourquoi te rappellerais-je en détail, Démiphon,\nquelle femme j'ai été pour lui ?\n   DÉMIPHON. Je sais tout cela comme toi.\n   NAUSISTRATA. Cette façon de me traiter semble-t-elle méritée ?\n   DÉMIPHON. Pas le moins du monde. Mais puisque récriminer ne\npeut faire que cela ne soit point, pardonne : il supplie, il avoue, il\ns'excuse ; que veux-tu de plus ?\n   PHORMION (à part). Mais avant qu'elle lui donne son pardon, il me\nfaut veiller à Phédria et à moi. (Il s'approche.) O h é ! Nausistrata,\navant de lui répondre à la légère, écoute.\n  NAUSISTRATA. Qu'est-ce ?\n  PHORMION.           J'ai soutiré à celui-là, par un tour, trente mines; je\nles ai remises à ton fils, et lui les a données à un marchand pour prix\nde sa maîtresse.\n   CHRÉMÈS (furieux).           Hein ? Tu dis ?\n   NAUSISTRATA (sarcastique). Te paraît-il si mauvais que ton fils, un\njeune homme, ait une maîtresse, quand toi tu as deux femmes ? N'en\nas-tu pas honte? De quel front le gronderas-tu ? Réponds-moi ? (Un\nsilence.)\n    D É M I P H O N . Il fera ce que tu voudras.\n   NAUSISTRATA. Eh bien ! pour te dire maintenant ma résolution,\nje ne pardonne, je ne promets, je ne réponds rien avant d'avoir vu\nmon fils ; c'est à son jugement que j'abandonne tout. Je ferai ce qu'il\nproposera.\n   PHORMION. T U es femme de grand sens, Nausistrata.\n   NAUSISTRATA (à Démiphon). Cela te suffit-il ?\n  DÉMIPHON.      Oui.\n  C H R É M È S . E t moi donc, je me tire d'affaire\n                                                 de bonne, d'excellente\nfaçon, et je n'y comptais guère.\n   NAUSISTRATA (à Phormion).         Toi, dis-moi, quel est ton nom ?\n   P H O R M I O N . Phormion, l'ami de votre famille, par Hercule ! et\ntout dévoué à Phédria, ton fils.\n   NAUSISTRATA. Phormion, je te promets, par Castor ! de parler et\nd'agir désormais pour toi en tout ce que je pourrai et que tu voudras.\n   PHORMION. Grand merci !\n   NAUSISTRATA. Tu le mérites bien, ma foi !\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                                    — 285 —\n\n   PHORMION.   Veux-tu dès aujourd'hui, Nausistrata, faire une chose\nqui me réjouisse et qui fasse mal aux yeux de ton mari ?\n   NAUSISTRATA. Je le désire.\n   PHORMION.      Invite-moi à souper.\n   NAUSISTRATA. Par Pollux ! Je t'invite.\n   DÉMIPHON. Entrons au logis.\n   NAUSISTRATA.        Soit ; mais où est Phédria, notre juge ?\n   P H O R M I O N . Je vais le faire venir.\n   Ils se dirigent tous vers la demeure de Chrémès ; le chanteur\ns'avance (1).\n   L E CHANTEUR (au public). Vous, adieu, et applaudissez. (Rideau.)\n\n\n\n                                                         EMILE    BOISACQ.\n\n\n\n\n  (1) C'est lui qui, debout à côté du joueur de flûte, chantait les parties lyriques\nde la pièce, pendant que l'acteur en scène en exécutait la mimique. Il prononçait\naussi la formule finale.\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "                             PICOREE\n\n    L'aplatissement devant le Tsar le potentat capable de féliciter les\nétant, en ce moment, général en égorgeurs de soixante mille inoffensifs\nFrance, même chez nombre de leurs réclamant contre le pillage de la sol-\nécrivains ayant vraiment du talent, le datesque turque ? Quelle date aux\ntriste François Coppée a voulu sur- annales de la France !\npasser tous les autres en veulerie. Il va    » Car ils salueront, ils acclameront,\nsans dire qu'il y a réussi Dans un ils trépigneront devant le jeune homme\narticle du Journal, n° du jeudi 1er oc- à face plate. Modistes, épiciers, merciers,\ntobre, et intitulé Préparatifs, il indique catins et calicots se préparent au grand\ngravement au monde attentif la portée jour de bassesse. La peur du Prussien\ndu grrrand événement qu'on attend. affole leur couardise ; et, sur le sol où\nRien ne pourrait, que la citation en- furent proclamés les Droits de l'Hom-\ntière de l'article, donner une idée de la me, ils crieront leur bonheur d'adorer\nbassesse et de l'hypocrisie que le vis- une bouche qui félicita le Turc du\nqueux journaliste y déploie. Il y a là- sang humain versé, par massacre, soi-\ndedans des «Vive le Tsar» et des «Vive xante mille fois ! »\nla Russie», des déclamations sentimen-        Ceci est bien et franchement pensé,\ntales à l'adresse de l'Ami de la France, et le parfum de force et de bonté qui\net, naturellement, pour finir, l'évoca- en émane aide à oublier la puanteur\ntion mystérieuse de la Revanche. Le rou- que dégage presque toute la presse\nblard flatteur trouve même le moyen française en ce moment.\nde célébrer en quelques phrases bien\nsenties les ouvriers de Paris, ces ex-\ntraordinaires ouvriers qui sont tous.un\npeu artistes ! Il veut parler sans doute\nde ces jardiniers illusoires essayant de      Le poète Henri de Régnier réédi-\nrendre aux arbres des boulevards, dé- tera prochainement, dans la collection\n pouillés par l'automne, un printemps du Mercure de France, son magnifi-\nfactice, en y collant des feuilles et des que poème :« Prêtresse », auquel seront\nfleurs en papier? Que tout cela est jointes deux autres nouvelles : « La\n triste, grands dieux ! et que l'on est Corbeille des Heures » et « Les Ro-\n heureux de lire, à la suite de ces plati- seaux de la Flûte ». Il nous donnera\ntudes, le mâle et courageux article de ensuite une sorte de roman : « Les\n Paul Adam en la Revue blanche : Il passe-temps de M. d'Amercoeur. »\npleut du sang. L'admirable penseur y\n rappelle les massacres d'Arménie et les\n félicitations du Tsar qu'ils ont values\n  à la Porte.                                 «Aucune œuvre d'art ne devrait être\n    « Comment l'histoire jugera-t-elle ce isolée, fossilifiée, fixée;elle devrait être\n peuple, qui, pour obtenir un knout pro- une exception spontanée et momenta-\n tecteur, salue d'acclamations délirantes née. Un grand homme, en chacune de\n\n                                                                                         \\\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                                    — 287 —\n\nses attitudes et de ses actions, est une    nécessités, quelques travaux ou actions\nnouvelle statue. Une belle femme est        inévitables, puis, les maudissant, leur\nune image qui communique une noble          tourne le dos pour courir à la jouis-\nfolie à tous ceux qui la regardent. La      sance. Mais les lois de la nature ne\nvie d'un homme peut être lyrique ou         permettent pas ces séparations et ces\népique,. autant qu'un poème ou un           jeux de compensations, ces partages du\nroman.                                      nécessaire et du beau. Dès que la\n   Une véritable synthèse des lois de la    beauté n'est plus recherchée religieuse-\ncréation — en admettant que l'homme         ment, amoureusement, mais simple-\nsoit capable de la trouver — emporte-       ment pour le plaisir, elle dégrade celui\nrait l'art dans le royaume de la nature     qui la cherche. On ne peut plus attein-\net détruirait la barrière qui le sépare     dre la plus haute beauté, et ni toile, ni\nde la vie et le fait prendre pour le con-   pierre, ni son, ni lyrisme ne la réali-\ntraste de celle-ci dans la société mo-      seront ; une beauté efféminée, pru-\nderne. Les sources de l'invention et de     dente, maladive, qui n'est pas la beauté,\nla beauté sont bien près d'être taries.     est tout ce que l'on pourra produire ;\nUn roman populaire, une représenta-         car la main ne peut pas exécuter des\ntion théâtrale ou une salle de bal nous     choses plus élevées que l'âme, le ca-\nfont sentir que nous ne sommes tous         ractère n'en peuvent inspirer. »\nque des mendiants à la porte de l'éta-                 EMEBSON, trad. I. WILL.\nblissement de bienfaisance du monde,\n— sans dignité, sans adresse ou ingé-\nniosité L'art est pauvre et mesquin.           L'Avenir Social, sous la signature\nLa vieille et tragique Nécessité n'en-      de M. Jules Destrée, publie un article\nnoblit plus le ciseau ni le crayon, —       intitulé : Les œuvres d'art dans les\ncette vieille Nécessité qui pèse jusque     églises. L'auteur commence par éta-\nsur le front des Vénus et des Cupidon       blir que les œuvres d'art appartiennent\nde l'antiquité et fournit la seule excuse   à la nation. Ensuite que les déplorables\nà l'intrusion de ces figures anormales      tolérances dont on use vis-à-vis des\ndans la nature, l'excuse qu elles étaient   fabriques d'églises aboutissent à rendre\ninévitables ; l'artiste était ivre d'une    celte propriété illusoire. Enfin, que\npassion pour la forme; il ne pouvait        toutes les réclamations faites jadis par\npas y résister et elle donnait le jour à    M. Slingeneyer et hier par M. Destrée\nces superbes extravagances Mais l'ar-       lui-même, n'ont jusqu'à ce jour changé\ntiste et l'esthète de nos jours cherchent   quoi que ce soit au vandalisme dévot\ndans l'art la preuve ou la démonstra-       qui détruit les chefs-d'œuvre, puisqu'on\ntion de leur talent, ou bien encore un      se trouve en présence d'un gouverne-\nrefuge contre les maux de la vie. Les       ment quasi complice, dont le souci\nhommes ne sont pas satisfaits de la         électoral ne s'accommode point, dans\nfigure qu'ils font aux yeux de leur         la circonstance, du souci d'art.\npropre imagination et ils courent à            Nous croyons que M. Destrée a rai-\nl'art, et mettent tout ce qu'ils ont de     son, mais la cause de l'indifférence\nmeilleur dans un oratorio, une statue       gouvernementale nous paraît plus pro-\nou une peinture. L'art fait le même         fonde. Que le gouvernement soit clé-\neffort que la prospérité matérielle : il    rical ou libéral, qu'importe! Il est de\nessaie de détacher le beau de l'utile,      l'essence de tout gouvernement parle-\nd'accomplir, en les détestant, quelques      mentaire d'être inapte aux question s\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "                                     -   288 —\n\n esthétiques, mais industrieux et habile     sur l'A mour Homogénique ; des lettres\n aux questions électorales Si jamais les     de Tourguenieff ; un conte de Georges\n adversaires semi-séculaires du parti        Eekhoud : le Sublime Escarpe ; des\n actuellement régnant, revenaient au         ballades de Paul Fort ; la suite du\n pouvoir et prenaient en main la cause       Conte de l'Or et du Silence, de Gustave\n des maîtres, ce ne serait jamais que        Kahn.\n dans le but, mesquin s'il en est, de          A la Revue Blanche, un article\n taquiner l'ennemi. L'art est au-dessus     d'avant-garde, très juste et très crâne,\ndes partis et ceux-ci ne s'inquiètent que   intitulé l'Amour sélectif, par Ch. Jack-\nde ce qui est au-dessous d'eux. Ils ont     son ; la fin du curieux conte de Robert\npeur du sol qui tremble en bas ; ils        Scheffer : le Prince Narcisse ; la Vie\nsont trop aveugles pour voir la foudre      mentale, de Gustave Kahn; de toujours\nqui, un jour, les culbutera d'en haut.      intéressants inédits de Jules Laforgue;\n   Touteslesgrandes idées formidables       et surtout un magnifique article de\nsont niées par le parlementarisme : il a     Paul Adam, intitulé : Il pleut du sang\nson petit stock de lieux communs qui        et opposant les massacres de chrétiens\nlui suffit pour faire croire qu'il s'in-    en Arménie à la badauderie russophile\nquiète de justice et d'art. Il nomme des    et aux lècheries franco-russes à Paris.\ncommissions, il rédige des circulaires,        Au Mercure de France : de Paul\nil fait des lois qu'il émascule d'amen-     Gérardy : l'âme allemande d'aujour-\n dements, mais tout cela ne sert qu'à       d'hui ; la matière de l'esprit, par Ra-\npeu de chose. Ce qu'il faudrait, c'est      childe ; des vers d'André Fontainas,\n que ceux qui sont la force profonde,       de Pierre Quillard et d'Edouard Du-\ncelle de demain, et qui précisément         jardin ; un article de Lugné-Poe, sur\nagissent comme la foudre, vengent un        des choses de théâtre ; la suite de la\njour l'art comme ils vengeront la jus-      Nichina, le très amusant roman de\ntice.                                       galanterie vénitienne et néo-païenne,\n                                            par Hugues Rebell ; enfin la suite des\n                                            traductions de Sartor Resartus et de la\n                                            Tragédie de l'Homme.\n   Revue des revues d'octo.bre :\n   A la Société Nouvelle : la suite de                              PÉRINET.\nl'admirable étude d'Edouard Carpenter\n\n\n\n\n  Des presses de XAVIER HAVERMANS, Galerie du Commerce, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "    Collection du COQ ROUGE.\n          A paraître :\n\n\n\n              OPÔRA               POÈME\npar ARTHUR TOISOUL.\n                                   350 exemplaires numérotés\n                              sur papier impérial. — A fr. 2.00.\n\n    L'ODEON jouera en mars prochain :\n\n                                         Georges EEKHOUD\nPHILASTER\n         d'après Francis BEAUMONT et John FLETCHER.\n\nPhilaster est en vente au Secrétariat de la Revue\n                                 au prix de fr. 2.50 le volume.\n\n    Chez DEMAN, prochainement :\n\n\n\nLimbes et Lumières\n                               POÈMES\n\n    par GUSTAVE KAHN.\n\nCollection du MERCURE DE FRANCE :\n      Viennent de paraître:\n\nAGLAVAINE ET SÉLYSETTE, par MAURICE MAETERLINCK.\nPALUDES et LE VOYAGE D'URIAN, par ANDRÉ GIDE.\nPAULINE, par Louis DUMUR.\nSPICILÈGE, par MARCEL SCHWOB.\n\n                                        Chaque volume: fr. 3.50.\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "Vient de paraître au MERCURE DE FRANCE:\n\n\n\n\n   POÈMES         (Nouvelle série).\n\n\n\n          LES SOIRS\n\n          LES DÉBACLES\n\n          LES FLAMBEAUX NOIRS\n\n\n\n\npar EMILE VERHAEREN.\n\n                             Prix du volume : fr. 3.50\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 6, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1896-10", "signet_source": "N°6 - tome II - Octobre 1896", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 272 : « n° 6 — tome II. octobre 1896 » ; concorde avec le signet « N°6 - tome II - Octobre 1896 ». 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