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TRISTAN KLINGSOR.\nLa fiancée blanche et la fiancée noire. LOUISE et Louis DELATTRE.\nDes oiseaux d'automne                      HENRI GHÉON.\nLittérature catholique                     MAURICE DES OMBIAUX\nPicorée                                     PÉRINET.\n\n\n\n\n                   le numéro, fr. 0,80\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-203", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "le coq rouge & L'ART JEUNE PARAISSANT", "ancre_fin": "ETRANGER 25", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Rédacteur en chef", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 325, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 469, "texte": "le coq                               rouge\n                       &    L'ART         JEUNE\n             PARAISSANT LE l 5 DE CHAQUE MOIS\n\n\n              Prix d'abonnement annuel :\nBELGIQUE                                            8 FRANCS.\nÉTRANGER                                           10\n                                         (BELGIQUE 20\nEdition sur papier de Hollande Van Gelder? ,\n                                         (ETRANGER 25        »\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-204", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Rédacteur en chef", "ancre_fin": "131, rue de Brabant.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "REVUES A LIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 325, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 469, "fin_caractere_exclue": 906, "texte": "Rédacteur en chef : MAURICE DES O M B I A U X , 6 rue de Bériot.\n\n\n  Les rédacteurs du Coq Rouge se réunissent tous les mercredis à\n5 heures au Café de l'Hôtel Ravenstein, rue Ravenstein.\n  Pour envoi de copie, correspondances diverses, offres de colla-\nboration, demandes d'échange, administration, s'adresser à\n            M. HENRI V A N D E P U T T E , Secrétaire,\n                           131, rue de Brabant.\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-205", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Revues à lire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUES A LIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 325, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 906, "fin_caractere_exclue": 1610, "texte": "REVUES A LIRE :\nSociété Nouvelle, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles.\nArt Moderne, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles.\nRéveil, 64, rue Kessels, Bruxelles.\nLibre Journal, 55, rue de la Chaussée, Mons.\nVan nu en straks, 211 Dahliastraat, Anvers.\nMercure de France, 15, rue de l'Echaudé, Paris.\nRevue Blanche, 1, rue-Ladite, Paris.\nMagasine international, 91, avenue Niel, Paris.\nErmitage, 26, rue Juliette Lamber, Paris.\nLa Revue sentimentale, 3o, rue des Ecoles, Asnièrcs.\nLa Province Nouvelle, 43, rue de Paris, Auxerre.\nLa Plume, 31, rue Bonaparte, Paris.\nDocuments sur le Naturisme, 10, rue des Tenneroles, Saint-Cloud.\nL'effort, 8, rue Ingres, Toulouse.\nDie Gesellschaft, Hans Merian, éditeur, Leipzig.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-001", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 289, "page_fin": 293, "titre_corps": "William Morris", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice des Ombiaux", "ancre_debut": "W I L L I A M MORRIS             C'EST une douce et noble f", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 326, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "W I L L I A M MORRIS\n\n           C'EST une douce et noble figure qui ne s'effacera pas de la\n             mémoire des contemporains, quoique la mort ait fermé\n             ses yeux pleins de bonté et de naïveté, tout imprégnés du\n             rêve sublime de réveiller l'art depuis longtemps éteint\ndans les âmes des travailleurs voués aux pénibles et mécaniques\ntravaux de l'industrie moderne.\n   Comme écrivain, William Morris a laissé quelques livres, The\nEarthly Paradise, par exemple, dont l'originalité n'a pas à souffrir\ndu voisinage du sublime et prodigieux Svvinburne ou de l'ineffable\nDante Gabriel Rosetti. Mais ce n'est pas à ce point de vue qu'il offre\nle plus d'intérêt. C'est précisément cet apostolat d'art, auquel il a\nlibéralement consacré toute sa vie, qui lui fait une personnalité des\nplus curieuses et des plus sympathiques.\n   Dans l'ardeur de sa croyance et aussi, sans doute, pour donner\nplus de poids à son système social et religieux, Tolstoï se mit réso-\nlument à entreprendre un métier et fabriqua des chaussures.\n   William Morris, voué à son œuvre, paya aussi de sa personne et,\ncomme Tolstoï, se fit artisan. Pour provoquer la renaissance des arts\ndécoratifs, il n'hésita pas à s'appliquer à divers métiers pour former\nlui-même les ouvriers de la manufacture de Merton Abbey. Il se fit\naussi imprimeur et l'on a pu admirer les chefs-d'œuvre de typogra-\nphie sortis de la Kelmscott press.\n   Indépendamment des résultats obtenus, du génie ou du talent de\ntels hommes, il y a quelque chose qui force notre admiration, les\nrend vénérables et grands, c'est l'énergie et la persévérance qu'ils\nont mises à réaliser leur rêve d'humanité supérieure. Ils ont ainsi\nmanifesté une valeur humaine et montré une telle hauteur d'idéal que,\n                                                                   19\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2600, "texte": "                               — 290 —\n\nsi même la réalisation ne répond pas à leur attente, ils n'en sont pas\nmoins remarquables à nos yeux.\n   Ce sont des saints de l'humanité et rien que leur vie, en elle-\nmême, par un effort vers un absolu de bonté et de beauté, est une\nœuvre d'art.\n   Les Nouvelles de nulle part ou une époque de répit sont l'exposé\ngracieux du système idéal de William Morris. I1 s'y manifeste un\noptimisme que rien ne rebute, un optimisme absolu, envers et contre\ntout, que nous ne pouvons point admettre, mais qui nous touche\nparce qu'il témoigne de la pureté d'âme, de la candide honnêteté de\ncet homme, épris de justice autant que de beauté.\n   La charmante utopie de Morris.fut supérieure à sa réalisation,\nl'apôtre était plus grand que l'artiste. Le passé le requit trop, il ne\nsut pas suffisamment s'en débarrasser. Lui qui cependant se méfiait\nd'un art fixé, ne sut pas créer des formes nouvelles, plus appropriées\nà la compréhension de ses contemporains, je parle surtout de ceux\nauprès de qui il voulait pénétrer, les travailleurs.\n   Dans sa célèbre conférence à l'Ecole de dessin de la Société des\nArts, à Birmingham, il disait :\n   « Je pense, en vérité, que si toutes choses restaient dans le monde\nen l'état actuel, le progrès superficiel que nous avons admis pourrait\nnous conduire à un genre d'art particulier, qui resterait comme fixé.\nCe genre serait exploité professionnellement par et pour un nombre\nrestreint d'artistes qui se feraient un devoir de mépriser le vulgaire\ntroupeau, de se tenir à l'écart des luttes que le pauvre monde a\ntoujours soutenues pour l'indépendance, de défendre soigneusement\nleur forteresse d'art aristocratique. Ce serait peine perdue que de\nparler davantage de cette école qui a pour devise un mot d'argot,\nmoins innocent peut-être qu'il le p a r a î t : l'Art pour l'Art. Elle\nmourra de sa belle mort, lorsque l'art, à la fin devenu chose trop\ndélicate pour la main même des initiés, ceux-ci n'auront plus qu'à\ns'abstenir, et personne ne s'en plaindra. »\n   E t voici ce qu'il opposait aux manifestations de ces hobereaux de\nl'art :\n   « L'art qu'il nous faut doit être bon à tous, pratiqué par tous, et\nc'est lui qui nous ennoblira ; car, ne l'oublions pas, si chacun n'en\nprend bientôt sa bonne part, il n'en restera pour personne ; si tous\nn'en sont ennoblis, l'humanité perdra la noblesse qu'elle s'est acquise.\nL'art que nous évoquons n'est pas non plus un vain rêve. Cet art\nétait vivant à des époques pires que la notre, alors qu'il y avait moins\nde courage, de bonté et de vérité dans le monde ; cet art revivra dans\n"}, {"page_pdf": 328, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2715, "texte": "                               — 291 —\n\n  un temps meilleur que le nôtre, où il, y aura plus de courage, de\n  bonté et de vérité dans le monde. »\n     Mais William Morris, tout en pensant que l'on ne peut séparer\n  l'art de la morale, de la vie civile et de la religion, tout en espérant\n une époque nouvelle où le travail, reprenant sa vraie place d'honneur,\n rendrait à l'homme les facultés créatrices que donnent la joie de\n l'action et le sentiment de la beauté de la forme, n'avait-il pas de\n l'art une conception trop déterminée par les formes antérieures ?\n     Choisissons un exemple. Ceux qui ont vu les merveilleux livres\n  imprimés sous la direction de cet artiste les ont beaucoup admirés,\n sans doute, mais ils ont tous constaté qu'ils n'étaient que la reconsti-\n tution d'anciennes et des meilleures typographies. Pour arriver à ce\n résultat, il fallait à l'auteur une érudition considérable, fruit de\n longues études.\n     Maintenant qu'il n'existe plus de tradition d'art chez les ouvriers,\n il serait indispensable que ceux-ci acquissent une véritable science,\n pour arriver aux résultats souhaités par William Morris. Le but est\n sans doute manqué. Pour nous, il importerait surtout que l'ouvrier\n se trouvât dans des conditions économiques telles qu'il pût réaliser\n dans son travail l'idéal d'art qui est en lui.\n     Après cela, que l'on renforce, à l'aide de n'importe quel enseigne-\nment, la faculté créatrice de l'artisan, rien de plus naturel, mais si\n l'on veut lui imposer dès l'abord un trop lourd héritage, il ne saura\n point s'en servir, sa spontanéité s'étiolera et il aura bien de la peine\n à retrouver quelque initiative.\n     Morris fut un voyant, un compréhensif, mais il avait trop d'atta-\n ches avec une école d'art dont toutes les tendances étaient opposées\n aux siennes et dont il ne sut pas s'affranchir, pour marcher tout à fait\n dans le sens de ses théories, j'ai parlé des préraphaélites.\n     Le nom même choisi par les artistes de cette école en indique la\ntendance et je ne pense pas que c'était-d'eux que parlait Morris\nlorsqu'il s'exprimait de la sorte :\n     » Je suppose que si, à n'importe quelle époque, une demi-douzaine\nd'hommes appliquent ardemment leur cœur à un mouvement quel-\nconque qui n'est pas en discordance avec la nature, ce mouvement\ndevra se réaliser un jour ou l'autre, parce que ce n'est pas par\nhasard qu'une idée surgit dans le cerveau de quelques-uns, mais ils\ny sont poussés et forcés de parler ou d'agir par quelque chose se sou-\nlevant au cœur du monde qui serait laissé sans cela sans expression. »\n     Les préraphaélites ne surent pas s'inspirer de la nature. Requis\npar la forme d'art d'un temps, ils s'entêtèrent à la considérer comme\n"}, {"page_pdf": 329, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2674, "texte": "                               — 292 —\n\n  unique et définitive. Il ne parurent pas comprendre que, adéquate à\n  son temps, elle ne pouvait guère s'appliquer à un autre temps qui\n  n'avait rien de commun avec le premier.\n     Il est nécessaire de s'expliquer. Il y a deux parts dans toute œuvre\n  d'art : celle qui vient du temps pendant lequel l'artiste a vécu et\n  celle qui ne vient que de l'intellectualité de l'artiste et de sa\n  conscience de l'humanité.\n     Ainsi Carpaccio, Mantegna, Boticelli, Ghirlandajo, Filippo Lippi,\n  Gentile da Fabriano, etc., ont été des réalistes en ce sens qu'ils ont\n peint dans leurs œuvres des gens qui vivaient autour d'eux, des\n types qu'ils remarquaient dans la rue, avec les vêtements, les bijoux\n et les coiffures et la mode de l'époque. Leurs œuvres subirent donc\n les modes d'alors et ce n'est point par cela qu'elles valent, mais par\n le génie de l'artiste, par ce qui échappe à notre compréhension et.\n à notre explication. Mais les pasticheurs de maintenant ont l'air de\n croire que ces vêtements, ces coiffures sont indispensables pour créer\n une œuvre. Si l'on ne donne pas aux têtes de femmes et d'hommes\n une forme spéciale, si les vêtements n'ont pas telle ou telle tournure,\n si les cheveux ne sont pas disposés de telle ou telle façon, ces mes-\n sieurs trouvent que ce n'est pas assez profond.\n    Ils n'ont attaché d importance qu'aux accessoires, ils n'ont point\n compris la haute signification des œuvres des primitifs italiens, qui\n furent des peintres de la vie. Ils n'eurent point les prétentions\n mystiques et ésotériques de leurs imitateurs, mais ils furent des\n créateurs et exprimèrent tout leur temps.\n    Les préraphaélites n'exprimèrent jamais le leur, ils ne firent que\nrappeler des époques mortes. Aussi, tout snobisme de côté, il faut\navouer qu'ils ne sont souvent que de simples illustrateurs de légendes.\n    Telle est donc l'antinomie qu'il y eut entre les théories de Morris\net celles de ses amis les plus chers.\n    Morris crut trop qu'il réveillerait le sens artistique du peuple en\nl'envoyant dans des écoles d'arts mécaniques et de dessin. Le musée\nde South Kensington avait trop d'importance dans ses espérances et\nses discours.\n    Si jamais se réalise en Angleterre le rêve de cet esprit charmant,\nje doute fort que ce musée ait une part quelconque dans le mouve-\nment de rénovation d'art; il l'entravera plutôt si les études archéolo-\ngiques l'emportent sur les études vivantes.\n    Pour créer, comme l'écrivait Jean Baffier dans Les marges d'un\ncarnet d'ouvrier, il faut être dans le mouvement et la vie, c'est-à-dire\nau centre de tout ce qui vibre. Il faut prosterner son front devant la\n"}, {"page_pdf": 330, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2280, "texte": "                               — 293 —\n\n  grande œuvre, la Nature, l'adorer dans son infinie grandeur, en\n  embrassant la terre et le ciel ; il faut se mettre à genoux devant le\n  petit brin d'herbe et contempler longuement et tendrement la plus\n  petite fleur. Alors, si l'on est pénétré des splendeurs de la création,\n  si l'on est ému par le mystérieux rapport des êtres et des choses, on\n  peut chercher à réaliser l'œuvre d'art.\n     Mais pour grouper les forces créatrices, pour les utiliser, les\n  féconder, il faut autre chose que des musées, des écoles et des salons\n  annuels : il faut une croyance ! C'est donc dans l'âme d'une nation\n  que doit se trouver le courant d'émulation qui détermine l'impulsion\n créatrice et non dans la contemplation de débris provenant de civili-\n sations antérieures, pas plus que dans les théories de professeurs.\n     Oui, tant que le peuple ne se sera pas délivré de l'asservissement\n matériel et moral dans lequel on le retient, tant qu'il restera crou-\n pissant dans la boue de la misère, tant que le souffle embrasé d'une\n religion nouvelle, une religion de l'humanité, n'aura pas réchauffé\n son cœur, son grand cœur ingénu, il n'y aura pas chez lui de place\n pour l'art.\n     L'art, la beauté, sont faits des chocs de passions tumultueuses ou\n d'une croyance exaltée, sublimée. Ceux qui agitèrent leur âme\n ardente, comme une torche, aux yeux des peuples et les enflammèrent,\n firent plus pour l'art que tous les enseignements des professeurs.\n    William Morris a élevé très haut le goût du public anglais, mais\n nous croyons que la renaissance des arts décoratifs a été absolument\nfactice. Pour qu'elle puisse être efficace et subsister, elle doit venir\nnon d'en haut, mais être l'émanation de l'âme collective des travail-\nleurs .\n    Ajoutons que les théories du sublime rêveur que fut Morris n'ont\nrien gagné à passer la Manche. On connaît les déplorables résultats\nqu'elles produisirent ici, où l'on fit de nauséabondes applications de\nl'art à la rue et à toutes sortes d'autres choses.\n    Mais nous nous garderons bien d'en rendre responsable le poète\nanglais qui vient de mourir et pour qui nous avons une admiration\nattendrie et une vénération profonde.\n\n                                       M A U R I C E DES OMBIAUX.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-002", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 294, "page_fin": 294, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : D'exquise lune", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "HEURES HARMONIEUSES D'exquise lune. 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Mon âme est toute nue !\n\nLe but est loin : le soir et l'ombre tombent.\nLa nuit viendra, la, nuit viendra !\nIl y aura des étoiles sans nombre,\nEt peut-être la lune en grand apparat.\nLe but est loin, la nuit viendra,\nMaisjoie, et joie! il y aura des étoiles!\n\nEt puis qu'importe ! la route est bonne,\nEt joie ! l'heure joyeuse s'abandonne,\nEntre mes bras, entre mes bras!\n\nEt joie ! mon âme est toute nue !\n\n\n\n                                     "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-004", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 295, "page_fin": 295, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : De clarté bleue", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "De clarté bleue. 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On entend des fontaines\nChansonner leurs chansons sous la 'mousse.\nAh! tintez, les clochettes, clochettes lointaines,\nMariez vos douceurs aux douceurs de l'eau douce,\nSous la blanche splendeur des pommiers !\n\nEt la lumière est bleue, et l'heure est blette et pure,\nEt tout estjeune et frais d'une sève nouvelle.\nCristal, cristal de l'heure ! Et, les yeux pleins d'azur,\nOn s'étonne en pleurant que la vie soit si belle!\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-005", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 296, "page_fin": 296, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : D'or", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "D'or. 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LA pluie d'automne, chaude et triste", "ancre_fin": "La pluie d'automne, chaude et triste.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "De divinité.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 334, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 829, "fin_caractere_exclue": 1634, "texte": "De pluie.\n       LA pluie d'automne, chaude et triste,\n        Depuis toujours, croit-on, tombe et persiste,\nEt tombe, et coule, et s'infinise.\nSeptembre pleure, lamentable, dans la bise\nSa douleur lente et ses poignants adieux.\nEt quels deux gris, là-haut, après les beaux deux bleus\nD'été, les beaux deux bleus d'azur et d'or !\n\nPar la ville où le soir allume ses magies\nDe gaz, et de fanaux électriques et blancs,\nMes pas s'en vont, et ma mélancolie\nPleure en la pluie qui pleure infiniment,\nLa pluie d'automne, chaude et triste.\n\nQuel deuil s'éplore en moi? Je suis d'automne,\nComme le ciel et la lumière, etje m'attriste,\nJe me révolte et je m'étonne.\nQuel deuil dans la pluie lente a pleuré jusqu'à moi?\nJe ne veux pas, mon âme, être triste d'automne,\nJe veux chanter encor les soleils d'autrefois!\n"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 265, "texte": "                        — 298—\n\nMais c'est en vain! Je cède aux tristesses de l'heure,\nEt je m'en vais, etje sanglote au ciel, et pleure,\nSous la pluie lente et fine qui persiste,\nLa pluie d'automne, chaude et triste.\n\n\n\n\n                                           "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-008", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 298, "page_fin": 298, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : De divinité", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "De divinité. 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La mort s'en vient vers nous.\nElle nous couchera dans la terre éternelle.\nLa porte s'ouvrira nous sortirons des villes.\nDes gens diront sur nous des mots tristes et doux,\nEt Von nous couchera dans la terre éternelle,\nDans la terre étemelle et libre, sous le ciel !\n\nA lors, ô mon ami, nous serons dans la Terre,\nCette Terre, vers qui nous tendons nos baisers,\nMais nous ne pourrons plus, douleur, douleur, douleur,\nMais nous ne pourrons plus éperdument chanter\nQu'elle est divine et qu'elle est belle !\n\n                                 GEORGES     RENCY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-010", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 300, "page_fin": 301, "titre_corps": "Proses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Robert Scheffer", "ancre_debut": "PROSES                                        I.                C'EST une rue déserte qu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 337, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1837, "texte": "PROSES\n                                       I.\n\n\n\n            C'EST une rue déserte que mes yeux de sommeil contemplent\n             depuis un long temps; depuis si longtemps qu'enfin des\n             formes y naissent et s'y précisent.\n                Un lion d'azur se dresse; immobile il présente entre\nses pattes énormes un livre ouvert dont les pages sont blanches.\nA côté de lui surgit, et plus grand que lui, un linceul vert. Au bord\nopposé de la rue, sur le toit plat d'un palais de métal, un être à face\nhumaine et dont le corps est sinueux regarde curieusement.\n   — La coupole d'or qui clôt la rue — un ciel d'acier pèse sur elle —\nporte une croix brisée.\n   Sur les pages du livre que présente le lion d'azur, une main invisible\ntrace des signes sanglants. Pour les déchiffrer, l'être insinueux\navance la tête, le linceul vert ondule et se penche.\n - Or, moi qui viens de lire dans le livre maculé de la destinée, j'ai\npeur du linceul qui me réclame, j'ai peur de l'être énigmatique qui fut\nmoi, j'ai peur du lion à qui, sans le connaître, j'ai confié ma destinée.\nE t la croix brisée sur le dôme taciturne, m'épouvante, car je l'ai\nbrisée — mais quand? — et c'était mon espérance dernière.\n\n                                     II.\n\n   Je suis comme un soleil blessé qui s'effraye de voir un fleuve de\nténèbres couler de sa blessure.\n   « Qui donc, clame-t-il, qui donc m'a blessé? »\n   E t les autres soleils, ses frères, rient de sa plainte vaine, car il s'est\nblessé lui-même ; et joyeux de resplendir, ils le regardent s'éteindre\net mourir.\n\n                                    III.\n\n  Prends les cœurs endormis par lés rêves d'amour, prends les forêts\néchevelées par les rêves que leur soufflent les tempêtes, prends les\nocéans qui oscillent au rêve rythmique des flux, prends et donne à\n"}, {"page_pdf": 338, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2081, "texte": "                              — 301 —\n\nton âme pour la remplir et l'apaiser. Car je la connais : elle est vaste\net insatiable. Et si tu ne lui donnes sans cesse, elle saisira le monde,\nelle le jettera dans l'abîme, elle l'y suivra, et luttant corps à corps\navec le néant des choses, elle s'y plongera à jamais, en criant la haine\net le remords d'avoir vécu.\n\n                                  IV.\n\n   J'ai reconnu ce fantôme qui visite ma nuit et je lui ai dit : « D'où\nviens-tu? » Les feuilles doucement agitées frémissaient sur ma tête,\net le fantôme se mit à pleurer.\n   « D'où viens-tu, lui ai-je dit, ombre lasse dont la poitrine contient\npeut-être un cœur, ce cœur que j'ai perdu ? Sais-tu quelque souffrance\ndont je n'ai point souffert et me l'apportes-tu afin de l'enchasser dans\nma poitrine en place de mon cœur, ce cœur que j'ai perdu? Vois les\nétoiles scintillent à tes larmes, et vois, mes yeux à moi n'ont plus de\nlarmes. Comme une fenêtre ouverte \"sur la mer, ma prunelle est\nouverte sur ma douleur. Fantôme aimé, ô cher moi-même, sèche tes\nlarmes pour regarder avec moi ma douleur.\n   « Avant que la nuit n'ait pâli et que se referment les tombes,\ndis-moi si je suis mort et si tu pleures sur la poussière, la pauvre\npoussière de mon cœur mort. »\n\n                                  .V.\n\n   Douce comme la tombée silencieuse de la neige, une chanson\naccompagne ma vie et me mène par mille chemins.\n   Voici les bois verts, voici des prairies et des fleurs, voici des\ntombes. — La chanson m'appelle vers l'immense horizon qu'elle\nemplit.\n   Voici la mer anxieuse qui demande : Quel crime ai-je commis? —\nVoici les frontons blancs des temples, et les pierres où sont assises\nles vierges qui chantent. — Voici la femme aux larges yeux de\ndouleur et de force qui crie ; arrête-toi! —\n   « Si tu me suis, me dit la chanson, bientôt tu ne m'entendras\nplus. »\n   E t j'ai soif de silence, et pour ne plus l'entendre, je la suis.\nImplacable, la chanson m'entraîne, et derrière moi, la femme se tord\nles bras.\n\n                                             ROBERT    SCHEFFER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-011", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 302, "page_fin": 302, "titre_corps": "Le satyre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Fontainas", "ancre_debut": "L E SATYRE                                        La Vida es sueno.                                              CALDERO", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 339, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 827, "texte": "L E SATYRE\n                                       La Vida es sueno.\n                                             CALDERON.\n\n\n\n      CUEILLE,Satyre, un rire à des griffes de roses.\n       L'héroïque parfum exalte de sa joie\nLe dédain empourpré des corolles écloses ;\n\n\nC'est midi ! L'ombre bleue aux grands ormes s'éploie,\nLe fleuve lourd s'entasse autour des feuilles lentes\nD'où ton œil d'or épie en de frissons la proie.\n\n\nTout le rêve, un baiser dontfou tu l'ensanglantes,\nS'ouvre à des vols soudains d'élytres vers l'azur\nSur qui tu clos l'essor de paumes ruisselantes :\n\n\nLa nymphe est morte! Les nymphes. Le sort est dur\nEcoute, que ta vie éprise de mensonge\nS'éjouisse à dormir au pied de quelque mur,\n\n\nQu'importe ? le bonheur de la vie est un songe.\n\n\n                                 ANDRÉ    FONTAINAS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-012", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 303, "page_fin": 306, "titre_corps": "Les simples chants...", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edmond Pilon", "ancre_debut": "L E S SIMPLES CHANTS...                LES simples chants,               Les s", "ancre_fin": "Le lent silence des rossignols Après le lent silence des pinsons... EDMOND PILON.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "HEURES HARMONIEUSES D'exquise lune.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 340, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 938, "texte": "L E S SIMPLES CHANTS...\n\n\n             LES simples chants,\n              Les simples voix,\n              Rythmés et fers sous le soleil\n  Des moineaux francs\n  Au fond du bois\n  S'éveillent ;\n\n  Ils gazouillent et bruissent\n  Et légers nous avertissent\n  De cette aurore sur les champs\n  De mon Printemps et de ta Joie...\n\n  Les simples chants,\n  Les simples voix...\n\n  Les uns ont becqueté les grappes\n  Et c'est pourquoi ils sont heureux.\n  Les autres, dans les bluets bleus,\n  Ont établi leur agape\n  Et, c'est toute une noce de pinsons;\n  Autour de la maison\n  Quifrappe,\n  De ses échos, nos vitres d'argent !\n\n  De simples voix,\n  De simples chants...\n\n  Le grand soleil d'or\n  Sème sur les champs\n  Sa moisson coupée de rayons de lumière ;\n  Les étoiles nocturnes ont laissé\n  Un peu de leurs flots d'or\n  Dans les ornières\n  Et sur les blés\n  De meule riche en meule et de toit en toit...\n\n  Les simples voix,\n  Les simples chants\n"}, {"page_pdf": 341, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1188, "texte": "                           — 304 —\n\n Des moineaux francs\n Au fond du bois\n S'éveillent et s ' é g a i e n t .\n\n Je te rêve en robe d'épis\n Et en couronne de pavots\n Je te rêve reine des blés nouveaux\n Et des vignes où le Midi\n Comme un riche Roi d'Aurore\nDisperse sa fortune de rayons;\nJe te rêve au milieu des pinsons.\nImpératrice de ma moisson\nEt dominatrice de ma pensée,\nJe te rêve celle des gerbes glanées\nEt des baisers cueillis\nEntre une gragge pesante et un flot   d'épis...\n\nLes moineaux francs, au fond du bois\nFont un concert à notre amour ;\nAu jour.\nC'est eux qui viennent, je crois,\nFrapper aux vitres\nEt t'éveiller ;\nC'est eux, les petits familiers,\nQui viennent\nSur la persienne\nEt la croisée,\nA l'aube se poser...\n\nLeurs voix musiciennes\nOnt des trilles si printaniers\nQu'il me semble bien souvent à les entendre\nQu ils viennent de quelque lointain paradis\nD'un radieux et jeune Christ\nPour mieux bercer de leur chanson tendre\nTon éveil frivole et mon rêve léger !\n\nParmi les blés\nToujours en fête,\nDes cris d'alouettes sont montés...\n\n Des cris de pinsons et d'alouettes\nEn trilles jettent\n De pommier en pommier\n'L'éclat épars de joyeuses fêles ;\n Et de haie en fenêtre\n"}, {"page_pdf": 342, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1479, "texte": "                    — 305 —\n\nToute une aurore et tout un été\nEploient leur délice terrestre vers la Beauté\nEt toute leur jonchée d'aube vers tes pieds blancs !\n\nLes simples voix,\nLes simples chants\nNe s'éteignent qu'à l'Angelus\nLorsque ton doux sourire absent\nN'éclaire plus\nLes vitres où ils te voyaient\nDebout et semblable à ces roses\nQu'ils savent naître, fraîches écloses\nEn gerbes — et mourir lentement\nAux églantiers fleuris des haies...\n\nLes simples chants\nAu fond des bois se taisent,\nLes simples voix\nAu fond des bois s'apaisent ..\n\nMais d'autres chants, les chants de la nuit naissent,\nMais d'autres voix, les voix dû soir s'éveillent :\nDe haie en haie, de treille en treille,\nDes voix mélodieuses de rossignols naissent...\n\nC'est l'heure des lampes, dans la maison close,\nTout le bonheur du jour se repose ';\nLes beaux yeux qui s'emplissaient de lumière vive\nSe ferment sous d'autres fleurs qui sont mes lèvres ;\nLa grosse horloge à la voix de cuivre\nTourne son dernier tour et puis l'achève\nPour recommencer Une nouvelle heure ;\nToutes les fleurs\nFerment leurs pétales ;\nToutes les mains s'apaisent et, pâles,\nNe savent plus que tomber inertes ,.\n\nAu dehors de la forêt verte\nEt dans les champs, des rafales\nM'apportent encore l'écho ami\nDes murmures frais de mélodie ;\nLe dernier écho apporté des bois\nS'éteint avec le dernier mot de l'enfant vers moi ;\nEt le dernier trille\nAccompagne son dernier rire...\n\n                                                        20\n"}, {"page_pdf": 343, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 405, "texte": "                                — 306 —\n\n           En simples chants,\n           En simples voix,\n           Sur la maison\n           Et sur le clos qu'isole\n           Un peu d'aubépine, s'étend -\n           Le lent silence des rossignols\n           Après le lent silence des pinsons...\n\n                                                  EDMOND   PILON.\n\n\n\n\n                                  LES\n\n\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-013", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", 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Lui, serrait sa main,\npar derrière, de toute une joie, infinie, de vivre...\n   Et certes! elle n'était ni belle ni jolie!, peut-être... Mais elle avait\ndans ses grands yeux le reflet de toutes les lumières... Puis une main\net une taille qu'il pouvait serrer, une nuque à couvrir de baisers aux\nmoments ravis.\n   Lui, plastiquement, n'était guère plus beau. Mais tout en jeunesse,\nil avait des regards qui pétillaient, au fin fond de ses graves petits\nyeux de jais. Sa voix caressait. E t le soir entier était son complice!\n   Telle était l'affaire en effet... La lune et le soir, le soir et la lune,\nétaient devenus tout leur amour... C étaient lui et elle qu'ils aimaient\nen eux. Toute leur gravité tendre et toute leur grâce.,. Ils ne faisaient\nque vivre la tendresse de cette soirée que laluneaimait...Etôcharme!\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2583, "texte": "                               — 307 —\n\nô charme! scintillants de vie, par le soir et parmi les clartés de la\nlune, mes deux petits amants...\n   Langoureuse et tiède, cette soirée! mais aussi claire et fine... Le\nciel leur découvrait son infinitude pure. Les arbres, en ombres\ndiaphanes, se couchaient sur leur route. Un éventail de rayons mois,\nd'une blondeur violette, jaillissait des branchages, où la brise drainait\nses froufroutantes soieries... La lune et ses clartés possédaient toute\nla terre...\n   O lune! en effet..., somptueuse et éternelle! face d'or et de nacre\nfigés, dans le splendide ciel fluide, saphirin et tremblant... Protégés\npar toi, sous ta lumière, mes deux petits amants!...\n\n    Et oui, sous la lune, mes deux petits amants marchent sans cesse...\nIls suivent tout simplement les grands boulevards qui encerclent\nleur ville, et ils ne peuvent se décider à les laisser. Car ici c'est\nl'intimité des choses, et l'amour de toutes en eux... Ici, c'est le ciel,\nla lune, et les feuillages..., les feuillages qui ont de si insidieuses\nchansons câlines dans le soir frôleur.... Tandis que là, c'est la réalité\nqui leur fait un peu peur, amas de pierres et d'ombres, dont le cœur\nen clarté semble une bien effrayante fournaise...\n   Au dessus de la ville, en effet, des buées blanches et rousses\ns'élèvent parmi des lueurs électriques.\n   — Restons ici! dit la petite aimée... Restons ici... Je t'aime de\ntout mon cœur... Nous voici au plus beau moment de ta vie et de\nma vie... Restons!... Cette route semble — à cause de la lune — un\nruisseau pâle... E h ! laissons entraîner nos pas, au gré de son cours...,\nà l'infini...\n   (Son bras fébrile de joie gagnait sa cause mieux que ses paroles...)\n   L'ami, cependant, était heureux de se laisser faire. La gloire d'être\naimé, lorsqu'il aimait, et pour la première fois de sa vie ! gonflait sa\npoitrine juvénile... Les frissons musicaux du soir enivraient ses\noreilles. Les parfums de cette petite chair jeune, frémissante, faisaient\nvibrer sa chair adolescente...\n   O soir de lune exquise! O lune dans le soir exquis! Par le soir et\nparmi les clartés de la lune, mes deux petits amants...\n   Il l'aimait... elle l'aimait... Ils étaient ingénus et délicieux comme\ndes fruits... E t vrai! ils eussent été d'une candeur à faire pleurer et\nà faire rire en même temps, si la lune n'avait été là, expliquant tout...\n   Ah ! mes petits amants ! mes faons ! mes fleurs ! mes papillons !\nvous vous disiez des mots d'amour, comme il ne s'en dit que dans les\ncontes; vous vous becquotiez, infiniment, comme il ne s'est jamais\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2486, "texte": "                                — 308 —\n\n fait que dans les poèmes ; vous viviez tout à fait, enfin, dans une féerie\njolie inexprimable. Mais, je vous l'ai dit, s'il y avait -une cause à\n cela, c'était la lune...\n    E t vous étiez cependant de très réels amants! passionnés et fols,\ndont la chair brûlait, et dont le cœur battait très fort...\n    Ils marchaient... Ils marchaient!... Lui, un peu plus grand,\n ennouant un bras au cou de la bien-aimée, pour que leurs lèvres\n fussent plus proches l'une de l'autre, semblait, sur elle, étendre sa\ntendresse royale, comme un manteau à pierreries..., et. faire\nconverger à plaisir, vers cette petite vie! vers cette joliesse! oh!\nsurtout vers ces yeux!... toutes les suavités de ce soir de lune\nexquise.\n    E t le charme tout entier se trouvait là-dedans...\n    Mais aussi les feuillages des arbres frêles remuaient et paraissaient\nvoleter. E t la lune, y flutait de petits rayons pâles, comme en\nbémol... Un tel palpitant et frêle battement d'ailes, dans la lumière,\n agitait les folioles des cîmes, que parfois, le vent semblait plutôt y\npleuviner haletamment...\n    Des frissons, autour d'eux, frémissaient comme des jupes. Pour\n le bien-aimé, la lune, la soirée, les feuilles et l'aimée, étaient\négalement amoureuses...\n    E t ils marchaient... et ils marchaient... et d'après leur béatitude,\nil n'y avait pas de raison pour que cela finisse.\n    Mais comme la nuit avançait, lui, dit enfin, malgré le charme... :\n    Vraiment! il sera bientôt temps de rentrer, bien-aimée... Ta\nmaman t'attend. La mienne de même. Allons-nous en chacun vers\nle calme, candide et tiède foyer familial... »\n    Mais elle disait : c Je t'aime! Je t'aime! Que veux-tu davantage?\nLaisse nous... Un quart d'heure encore! Allons-nous en jusqu'à la\nfin de ce chemin... »\n    Mais la fin d'un cercle! (Ohé. la femme!...) C'était d'ailleurs son\nunique désir : aller aipsi par cette route d'amour, par cette route de\njoie, par cette route de lune, à l'infini...\n    — Eh non! Rentrons! dit l'aimé. Il est grand temps.\n    E t il alluma un cigare. E t ce fut là, brusquement, au pied d'un\narbre, le clignement bleu-or-rosé de la flammette, et des 'étincelles\nsautantes dans ses graves petits yeux de jais, et tout un rayonnement,\nlarge, sur son visage...\n    Or, s.'il disait : rentrons, ce n'était pas à cause de l'heure\n— ô égoïste! —, mais bien parce qu'il songeait à la table de famille,\nautour de laquelle tous lisaient, la maman sourieuse, le père grave et\n"}, {"page_pdf": 346, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 748, "texte": "                               — 309 —\n\ndoux, les câlinantes petites sœurs jolies, dont les lueurs de la lampe\nà abat-jour rouge rendaient plus rouges les joues, plus larges-claires\nles prunelles, et plus dorés les frisottants cheveux si fins...\n   La petite aimée, bien à regret ! lui obéit...; ils prirent une rue\nà droite, vers leur demeure...\n   Mais ce ne fut vraiment pour eux que changer de joie! Car les\nrues les plus banales, à cause de la lune et de l'amour, leur étaient\ndes voies triomphales, qu'enguirlandaient magnifiquement les\nréverbères !\n   Lui, 'cependant, tête un peu renversée, aspirait les capiteuses\nsaveurs de son cigare, avec l'air de souffler dans une trompette\nd'extase !\n\n\n                                               "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-014", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 309, "page_fin": 311, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : De clarté bleue", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Vande Putte", "ancre_debut": "De clarté bleue. AU JARDIN, les poiriers sont", "ancre_fin": "il ferma la fenêtre.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "De Joie.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 346, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 748, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "De clarté bleue.\n\n              AU JARDIN, les poiriers sont en feuilles et fleurs; et cela\n               met sur l'azur soyeux des bouquets blanchement\n               nuptiaux et des feuilles d'un vert enfantin, si joliment\n               rosées — comme prêtes au vol —, et si joliment remuées\nqu'on dirait de petits oiseaux. L'air est très pur et valse avec douceur.\nUn frisson clair agite en multitude les herbes de la pelouse. La\nlumière caresse. Les ombres frêles des arbustes palpitent sur les\nchemins.\n   Et là haut, très haut, en l'infinitude divine de l'éther bleu, de\ngrands nuages d'ouate soyeuse et pure, doucement voguent éternel-\nlement...\n    Alors! en une fois, le Printemps-jouvence et sa joie, envahissent la\nchambre, inondent ses yeux et clarifient son âme, de toute une onde\n palpitante d'ailes, de toute une onde de lumière, à la fois fraîche et\n ardente !\n    Il en oublie même aussitôt, sans s'en apercevoir — pauvre et cher\n impulsif! — toute la magnificence efflorescente de ses rêves d'hier,\nqui moururent à peine rêvés, tous ses loyaux désirs, pourtant\n réalisables, et qui n'aboutirent pas! Car il n'existe plus en cet instant,\n pour lui comme pour tous les êtres vivants, et pour toutes les formes\n de la matière joyeusement existante, que cette béatifique, simple et\n réelle extase de participer à la candeur du renouveau...\n    Il s'accouda alors à la balustrade vieille de sa fenêtre, regardant,\n écoutant, sourieur... Il vivait!... E t je vous assure que cette heure\n lui fut de suprême bonheur !\n"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "                               — 310 —\n\n    De ci de là un oiseau chantait un petit peu. E t bah! cri furtif et\nglissé! si peu de chose!... mais avec en lui toute la joliesse et toute\n la clarté d'un glissement de lumière sonore... La brise agitait les\n pousses et les feuilles. La terre des chemins et des parterres, brune-\nblanche, était rosie par le soleil. Des mouches bleues, dès cantharides\nvert et carmin, des guêpes d'or, y vaguaient. Bougeantes, les ombres\ndes rosiers y couchaient leur délicatesse.\n   Puis les oiseaux, ainsi qu'ils ont coutume à toutes les vesprées,\nchantaient plus haut, plus nombreusément. Il y avait aussi des coqs\nqui criaient rouge et rauque; il y avait quelques bruits de pompe,\nun appel d'enfant, un trille de canaris en cage. E t lui fumait, et il\nlui semblait que vers le bleu idéalement fluide, très jeune, tout son\nêtre s'en allait en rêveries et adorations, avec les fumées pures\nexhalées de ses lèvres, qui tournoyaient, planaient un peu, et\ns'enfuyaient aussitôt, en impalpables envolées fuyantes...\n   Ah ! qu'importaient, maintenant, ses fréquentes sensations de\nsolitude, si amèrement mornes ! Qu'importait l'absence de telle\nfemme, avec tels yeux, avec telle bouche et tels cheveux, avec tel\ncœur, divers et simple... Qu'importaient ces maisons, ces toits,\nces plate-formes de là-bas, avec leur popote, leur train-train vulgaire,\nleurs soucis?... Puisqu'il se sentait, en cette heure belle, heureuse et\nvraie, comme tout nu dans cette atmosphère de nature nue et\nlumineuse !\n   Mais il s'assit bientôt, devant la fenêtre... Il était en effet un peu\nlassé par une journée de travail.\n   Il avait pris maintenant sa bonne grande pipe amie.\n   Des bouffées bleues, grosses et éployées,. s'en envolaient, vite\nemportées — par quelque haleine brusque de vent — vers l'azur\nsoyeux, et vers les nuages et vers le soleil...\n   Par moments cependant, elles demeuraient immobiles, les fumées,\nsemblables à un lien diaphane, tissé par sa songerie entre ses yeux,\nson cerveau, son âme, et le beau jardin de neuve nature.\n   E t ! aussi, il y eut des instants où il lui semblait, paupières mi-\ncloses, voit advenir vers lui, au long de ces fumées — peut-être au\nlong de sa songerie —, tout le délicieux jardin, multiflori et beau, et\nses évocations.\n   Oui! et certes! et tout entier! il ascendait vers lui en une montée\nd'émerveillements...\n   Des parfums nimbaient les fleurs, qui se contournaient dans les\nnuancements de la fumée. Des coloris jolis, pâles ou vivaces, y\nsinuaient. Une ineffable mélodie en émanait.\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1912, "texte": "                                — 311    —\n\n\n    E t il y avait aussi — ainsi que des symboles ou des synthèses de\n la joie de l'heure et du paysage —, de douces faces de femmes aux\nyeux limpides et splendides, aux lèvres ingénues, voluptueuses... E t\n ces faces étaient tournées vers lui avec amour. Et il y avait aussi des\nvisages d'enfants, dont coulaient luisants les petits cheveux de soie\nblonde, dont souriaient les lèvres naïves et les dents scintillantes, et\n dont les bras vers lui se tendaient, avec des gestes de caresses. Aux\ncoudes, ces bras très frais avaient des fossettes petites, semblables à\ndes pétales de fleurs retournés.\n    E t oui, soit ! Cette imagination entière n'était, je le veux bien, que\nfumée d'azur et soleil, mais ses rêves les plus merveilleux y vivaient;\net de là son charme, son charme infiniment.\n    C'est alors que les mains de ces enfants semblèrent caresser ses\njoues, et que les lèvres de ces femmes, et que le printemps tout entier\nle baisa sur les lèvres, passionnément!\n    Puis, cela s'évagua... Il n'y eut plus que des fumées capricieuses,\nil n'y eut plus que la féerie claire du jardin, et lui - lui qui contem-\nplait toutes les choses, comme s'il eût été entouré d'une amour infinie,\net comme baigné d'un clair de lune d'âme; lui enfin, qui les aimait\ncomme si son amour pour elles devait se condenser en cette minute-là,\net qu'aussitôt après il lui faudrait mourir...\n    Il fut même, à un certain moment, si exultamment heureux de son\nambiance, qu'il eut un geste brusque des bras au dehors, un violent\ngeste d e grande admiration. E t l'on eût dit que ses bras avides,\ntendus vers le ciel bleu, tendue sur le ciel bleu, voulaient l'attirer à\neux, et l'étreindre !\n    E t le soir tombait. E t le vent se jouait dans les feuillages un peu\nchanteurs. Et comme il faisait froid, il ferma la fenêtre.\n\n\n\n\n                                                         "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-015", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 311, "page_fin": 312, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : De Joie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Vande Putte", "ancre_debut": "De Joie. h 'ÉBLOUISSANT azur imme", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 348, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 1912, "fin_caractere_exclue": 2490, "texte": "De Joie.\n\n\n\n\nh\n             'ÉBLOUISSANT azur immense de la Joie s'épanouissait en\n               lui. Et il s'en allait de cette chambre(foyer,calme, lecture\n               et lampe à flamme extasiée...), de la chambre de cet ami\n            ' dont, durant une heure, il avait vécu la pensée et\nl'enthousiasme, et qui lui-même vivait, en même temps, sa pensée\net son enthousiasme, à lui. Le soir était gris-bleu d'automne pur, avec\nde gaies lumières rubis, là-bas, et ici, et là-bas encore, mouvantes...\nIl marchait, allègre, fol de l'exaltation que l'on a, jeune, à se sentir\n"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2782, "texte": "                               — 312 —\n\n\nintensément exister. Le ciel était large; des nuages en souffles\npassaient vite devant ce miracle de splendeur qu'est la lune.\n   E h ! énorme ciel! (et vers toi l'inexprimable extase de ses yeux !)\nCiel en craquelures de pâle veloutée et laiteuse douceur bleue, et qui\npasse, et qui fuit, devant la lune large aux macules d'argent, veinée\nd'or, très éblouissante de nacre!\n   N'est-ce pas? Quel souffle délicieux s'exhale de la vie! Toutes les\nmauvaises ardeurs humaines se lénifient. La nuit l'enivre de lyrisme.\nSon cœur est d'une ineffable candeur... E t qui oserait dire, qu'il\nn'éclôt pas, vraiment, aux fissures des pavés, beaucoup de fleurs\ntendant vers sa joie leurs faces jolies, de matins-printemps?\n   Que voulez vous? C'est avec tant d'adoration et de bonheur, que,\ndurant une heure, ils avaient lu, là, les plus capiteuses merveilles des\nmaîtres : vers intenses, aigument piqués dans leur cœur comme des\nlames de lumière; d'autres qui compénétramment y avaient fait\nruisseler leurs caresses de douceurs, comme d'enjôleuses tièdes eaux ;\ndes proses enfin, aux suprêmes tournoiements de finales, semblant\ns harmoniser avec les ondulations de belles ressouvenues musiques.\n   Il lui semblait que les lumières des étoiles ne s'étaient jamais tues!\net que toujours, immuable, s'était infinisé ainsi que maintenant la\ncrépitante nuit constellée! Lointain déjà même, l'énorme pommel-\nlement fuyard des nuages de tantôt devant la lune. Seule, emplissait\nla nature et la vie, l'exultante piaffe de sa Joie!\n   E t comme précisément, il se trouvait au haut d'un boulevard\ndevant la ville entière, étalée, toute palpitante d'une multitude de\nlumières, sa juvénilité exaspérée se mit à pétiller en exhorbitants cris\ninternes d'enthousiasme! — Devant la quadruple traînée des gros ors\nbrillants, un peu vibrants, et qui montaient vers la nuit de l'horizon,\napâlie comme en un émoi et une rumeur de lumière... E t plus haut,\n(lorsque, tête renversée, ses yeux suivirent doucement la courbe de la\nnue, jusqu'au plein épanouissement du ciel), ce furent, en ses\nprunelles, les innombrables étoiles éternelles. A h ! . . . ah! exaltation\nardente de sa joie magnifique! éblouissante féerie! toutes les lumières,\ntoutes les étoiles, sont vêtues de prestige !\n   Mais ce fut aussi, en même temps, l'émollience de son ravissement,\nparce que, avec exquisité, un très grand jardin public, tout prêt et\ndans le bas, chuchotait petitement par son délicieux jet d'eau; et très\nimpressionnantes en étaient les belles courbes sombres, démarquant\ndes espaces de terre clairement pâles comme des chairs au clair de\nlune.\n   Un peu partout remuait des ombres, des branches, et des frissons.\nE t là-bas, monotonément, voix de sanglot joli, un coucou chantait.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-016", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 313, "page_fin": 313, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : D'or", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Vande Putte", "ancre_debut": "A montante prairie est étoilée de marguerites", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 350, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 2131, "texte": "A montante prairie est étoilée de marguerites — blanc et\n              lumière — angéliquement. Le ciel est bleu avec douceur.\n              Des mondes de nuages s'y meuvent.\n                 Oublions-nous. Laissons entrer en nous le bel immense\nunivers, et nous serons beaux et immenses ainsi que lui... Tout est\nsoleil. Tout est vert et clair sur du bleu. Beaucoup d'oiseaux chantent\ncomme des enfants...\n   Allons-nous en. Oublions-nous! Silencieux, ouvrons les yeux.\nToutes les choses émerveillent.\n   Car il pleut du soleil sur la prairie.\n   Le vent agite les feuillages épais comme des soies. Et exister est\nla plus suprême des joies !\n   Identifions-nous à toutes ces choses, je vous prie. Soyons-les\nOublions-nous. Le vent nous courbera comme elles, et le soleil sera\nnotre boisson, et nous serons chez nous parmi les arbres, et les\nfleurettes nous sembleront germer de nos regards !\n   Mais voyez! Alentour de nous, des branches se balancent...\nL'horizon azuré'est constellé de neiges. Nuages! Il nage à l'horizon\ndes nacres et des neiges...\n   Puis c'est le ciel qui est une très-haute ivresse; ce sont les pâque-\nrettes qui nous aiment bien, et qui sont bonnes, parce qu'elles ont un\ncœur d'or; c'est le vol des oiseaux, c'est le scintillement du solei\ndans nos cils!\n   A h ! joie altière et puérile! monde divin! ciel infini! existence\nbercée de réel et de rêve qu'on ne distingue plus... Amour des amours!\njoie des joies! et harmonie des harmonies, dans l'archangélisme\ncandide de cette verte et fleurie patrie d'une si toute douceur!\n   L'heure est pure et contemplative. Tous les êtres y sont baignés\nde gaîté. Des fourmis courent; des moucherons volent; des herbes\nondulent et des fleurs s'agitent ; des lumières brillent... Mais surtout\nbeau, plus que toutes les autres choses belles, un petit chemin bien-\nheureux s'encoule rose, infiniment, parmi des prés où il se perd enfin,\nainsi qu'un clair isthme de chair dans une mer d'herbages verts...\n   E t exister est La plus suprême des joies !\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-017", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 314, "page_fin": 315, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : De chair", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Vande Putte", "ancre_debut": "De chair. 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E t ma plus grande félicité est de respirer\n la fragrance jaune-pourpre de cette rose de ta boutonnière, et de la\n couvrir de baisers ! »\n    E t voici ce que lui dit le bien-aimé :\n    « Puisque les géraniums ont des gloires aussi rouges, puisque les\n arbres clairs sont surchargés de fruits (cerises sur azur! pêches\n velouteuses! scintillantes groseilles !) puisque les pelouses sont\n odorantes d'odeurs de foins, puisque tout l'Eté s'épanouit! —\n accorde ta chair en fleurs à mes désirs, et donne à mes regards et mes\n lèvres ta poitrine parfumée de parfums de roses pour qu'ils la couvrent\nde baisers ! »\n    E t voici que la bien-aimée dit encore :\n    « Ne comprends-tu? J'ai tant de pudeurs! Car nul homme,\njusqu'ici — pourtant tu le sais! — n'a jamais vêtu de ses caresses ma\n virginale poitrine, que tu dis parfumée de parfums de roses! Puis,\nosérai-je? montrer ainsi ma chair toute nue à tous ces yeux de ciel et\nde soleil qui nous regardent à travers branches! — Ah! ne\ncomprends-tu? De grâce, pourquoi ne veux-tu pas comprendre! Ne\npouvons-nous nous aimer ainsi?... Couvre ma main de ta main de\ntendresse, si cela te plaît. Dis-moi que tu m'aimes... E t toi, laisse-moi\nt'aimer comme j'aime de t'aimer, et néanmoins au-dessus de toutes\nchoses... Oh! laisse-moi surtout respirer, silencieusement, la fragrance\njaune-pourpre de cette rose de ta boutonnière, et laisse-moi la couvrir\nde baisers ! »\n    Mais voici que le bien-aimé disait encore :\n   « Non! non! toutes les choses palpitent trop d'une vie passionnée!\nPuis-je donc être autrement qu'elles? Je t'en supplie, abandonne-toi!\npuisque c'est la vie qui l'a voulu... Car songe que je ne puis t'aimer\ntout entière de la façon dont tu veux que je t'aime. Eh ! d'ailleurs, les\noiseaux chantent — écoute-les.' — comme des fols ! Une effervescence\net une ivresse de joie font tournoyer toute la vie. Laissons-nous aller\nà cela!... Que te peut-il faire d'être nue, d'ailleurs, devant la toute\nnudité du grand ciel? — Oh! le soleil est beau ! et toutes choses sont\n"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1985, "texte": "                               — 315 —\n\n éblouissantes! Suivons la loi. Aimons-nous comme s'aiment tous les\n êtres, mais mieux. Sois à moi, ma bien-aimée! ma bien-aimée!\n    Ah! déjà, je te couvre toute de mes baisers ! »\n    Mais la bien-aimée balbutiait encore :\n    « Oh ! ne me foule pas! ne me fane pas trop vite! Ma grâce ne\n sera-t-elle tuée? M'aimeras-tu encore?... Oh! regarde avec moi, quel\n timide soleil, ici, sous les feuillures... Et quel charme de rester,\n parmi cela, candides comme des enfants. »\n    Mais lui la prit alors à pleine étreinte, et lui couvrit la face de\n baisers fous et violents :\n    « E h ! bah! laissons donc faire la vie! laissons-la donc passer, à\n large fleuve, à travers nous! à travers notre cœur! à travers notre\nchair! E t n'aie plus de ces scrupules vains, puisque, je te l'assure, en\nembrassant ces seins que je dénude, ce sera à la fois, je te l'assure, ta\npoitrine d'été, toutes les roses, la nature infinie et notre amour, que\nje couvrirai de baisers ! »\n    E t voici que la bien-aimée dit enfin (ah! elle se pâmait déjà dans\nl'étreinte magnjfique !) :\n    « O bien-aimé! tu as la voix si franche et les yeux si limpides,\nque je suis bien forcée d 'ajouter foi à tes paroles... Si tu le veux,\nprends moi. Ne t'ai-je pas dit depuis longtemps, que j'étais à toi\ntout entière?... Songe surtout que je t'aime par-dessus toutes\nchoses... »\n    E t sous le loyal ciel! parmi les fleurs enivrantes de senteurs, ils\ns'aimèrent, ils se possédèrent selon la vie ! — Le soleil riait de lumière\nparmi des nuages de marbre doux. E t le ciel s'étendait, à l'infini, en\nmer azurée et dorée. '— Les petits insectes d'argent dansaient autour\ndes fleurs à longue tige et à jaune calice... E t toutes les roses, celles\nà face blanche, comme celles à bouche ardente et rouge, exhalaient\nautour d'eux leurs âmes volupteuses...\n   Bien-aimée! Bien-aimé! disaient-ils; et ils se couvraient de\nbaisers!..\n\n\n\n                                                    "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-018", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 315, "page_fin": 316, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : De Pluie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Vande Putte", "ancre_debut": "De Pluie. 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Une bise folle\n faisait tournoyer la pluie et nous la jetait au visage.\n    Elle disait la misère de cœur, dans laquelle elle vivait chez elle, à\n cause de son amour ,P,our moi ; elle disait même cela avec tant de\n détails, elle me faisait entrer dans un taillis si embroussaillé de\n mesquineries et de machins, que j'en étais navré de désillusions.\n    Ah ! pauvre, moi ! qui avais cru que la vie arrangeait tout si bien, et\n que l'amour s'accommodait de la réalité !...\n   Je lui disais cependant, serrant sa main, puis son poignet, avec\nferveur : « Ne pleure pas. Puisque je t'aime! » Ne me fais pas de\n peine, ma douce petite; tout cela changera, et nous serons un jour\nréunis en paix et joie.\n   Surtout n'exagère rien... (Mais elle est si nerveuse !.. ). Songe aussi\nqu'ils en doivent avoir eux-mêmes bien du chagrin, à cause de leurs\nidées, fausses je veux bien, mais réelles... »\n    Le vent nous souffletait. Elle s'était serrée contre ma poitrine, et\nma foi, je t'embrassai à pleines lèvres, et sur les yeux, à ce coin de rue\noù beaucoup passaient.\n   Mais elle répétait : « Mère a dit ceci, père a dit cela... E t on\nm'énerve ! Et je n'ai jamais pu être joyeuse!... Que veux-tu donc que\nje ne sois plus triste? Moi qui n'ai aucun bonheur, moi qui ne suis pas\nmême sûre de toi !...\n   — Oh! veux-tu ! lui disais-je alors, achetons-nous des ailes azur et\n neige — et l'envolée! Nous irons visiter les sphères...\n    Mon vieil ami Siegfried est certes bien fort, mais mon autre vieil\nami, Tristan, avait peut-être raison... Dans l'espace sans limités...\n   — Oh! si je pouvais! reprenait-elle. Je serais à toi! nous nous\nen irions... »\n   E t c'était moi, maintenant, qui sanglotais !...\n   Je lui offris le bras pour la première fois. Son nerveux poignet\nfrémissait douloureusement. — Elle semblait se reposer tout entière\nsur ce bras, que je lui offrais pour la première fois...\n   E t puis, c'était un soir, un triste et beau soir, de pluvieux septem-\nbre... Nous causions, nous causions, ma bien-aimée et moi, nous en\nallant, tristes et las, sous les lueurs des réverbères. Du jais niellé d'or\nruisselait aux rigoles. Les étalages étincelaient, intimes et dorés\ncomme des sanctuaires. Chaque goutelette, sur les trottoirs d'ébène\nluisant, fasait un petit rond, d'où, semblait-il, jaillissait une perle.\nUne bise folle faisait tournoyer la pluie et nous la jetait au visage.\n   Je la laissai au coin d'une rue, en lui répétant que je l'aimais...\n   E t je m'en allai très très seul, entouré de pluie treillissée,\nmonotone !\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-019", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 317, "page_fin": 319, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : De Divinité", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Vande Putte", "ancre_debut": "De Divinité. 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Oh! ce soir! je voudrais des\n   livres, des phrases, des vers suprêmement doux, ivres de passion\n   intime, éperaûment tressaillants de vertigineuses volupteuses silen-\n   cieuses...\n      — Tu es bien difficile à contenter, mon ami : Mais, heureusement,\n! je vois ce dont il s'agit : Ce ne sont pas des livres qu'il te faut...\n   Laisse la bibliothèque, et les belles âmes vivantes qui l'habitent, et\n   qu'en un instant, nous pourrions faire renaître en feuilletant des\n   pages... Laisse la bibliothèque...\n      Approche-toi plutôt de la fenêtre. Regarde la nuit et le ciel ! Oui,\n  approche-toi plutôt de la fenêtre...\n      La nuit ? Elle est éblouissante d'astres comme jamais. Elle est\n  toute palpitante de frissons, et douce, et douce, et câline, et parfaite,\n  et aimante pour nous, ainsi qu'une bouche à baisers, tendue vers nos\n  lèvres dans les ténèbres. Des caresses de fraîcheurs s'exhalent des\n buissons. L'air est tiède. Des parfums de fruits, ineffablement\n l'embaument...\n     Le ciel ? Il est très pantelant de mondes, si scintillants que leurs\n lueurs nous semblent presque de petites stalactites...\n     Approche-toi de la fenêtre...\n     Regarde la nuit et le ciel... Laisse-toi faire ! E t lorsque cela, tu\n l'auras contemplé, et lorsque surtout tu l'auras vécu, tu te sentiras\n plein de Dieu, de pureté et de joie.\n     — Certes, répondit Georges.\n     (Il s'était assis sur la tablette intérieure de la fenêtre. Il regardait\nla nuit et le ciel...\n     Cependant, sous la lueur dorée candide de la lampe, l'autre\n"}, {"page_pdf": 355, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2344, "texte": "                                — 318 —\n\n  demeurait accoudé à la table, les regards infinisés en rêveries, —\n ravis. Il laissait entrer, sereinement, en lui, la bienheureuse splendeur\n  de l'heure.\n    Alors ce fut une fervente extase en prières qui monta de leurs\n cœurs de jeunesse, vers la nuit, vers le ciel, vers tout! et vers\n eux-mêmes qui contenaient, maintenant, la nuit, le ciel, et tout.\n     Ils se taisaient...)\n    — J'ai déjà joliment oublié les livres, dit pourtant Georges.\n    — Ça ne m'étonne pas!\n    E t ils se turent à nouveau.\n    Des berceuses mélodieuses de fumées blanches bleutées se dérou-\n laient à l'entour de leurs songeries. Une rumeur très atténuée leur\n arrivait de la ville, ainsi qu'un râle pâle et musical. La paix\n délicieuse des jardins entrait chez eux par la fenêtre ouverte.\n    — Ah ! prononça Georges tout à coup, ah ! si nous étions, en ce\n moment tout à fait satisfait — du côté cœur s'entend... Nous\n pourrions savourer ici une heure de bonheur absolu...\n    — Comment? fit l'autre... Mais je croyais... Et Marguerite?\n N'as-tu pas le cœur plein, toi ?\n    — Oui.., oui... peut-être bien... en théorie... mais est-ce qu'en\n réalité on sait jamais? J'ai mille autres désirs qui fusent de mon être,\nà chaque instant, vers mille autres êtres... Je voudrais aimer mieux,\n et plus encore, et d'autres façons — de toutes les façons !...\n    — Eh ! tu es très heureux, toi ! Tu en es déjà à la recherche des\nsuprêmes.\n    Moi, j'en suis encore à la toute première question d'amour... sans\nréponse vraie.\n    A h ! cria-t-il brusquement, en parcourant la chambre... Si je\npouvais aimer ! aimer ! avec toute cette frénésie et toutes ces toutes-\ndouceurs que je sens en moi. Si je pouvais aimer!\n    Puis b a h ! (II s'était rassis, un peu navré...) je ne trouverai\njamais .. Il vaut mieux ne plus y penser — et aimer partout, et aimer\ntoutes sortes de choses et d'êtres, par-ci par-là, comme je l'ai déjà\nfait jusqu'ici... L'amour se dépense fatalement, et l'on a grand tort\nde se remuer.\n    — D'ailleurs! d'ailleurs! regarde... quelle nuit!\n    C'était lui, maintenant, qui faisait le leçon ! E t charme ! ne\nvoilà-t-il pas qu'il répétait ses phrases mêmes ?)\n   Viens ici, près de moi... Donne-moi ta main... Tu sais bien que je\nt'aime... Approche-toi donc de la fenêtre... Regarde la nuit et\nle ciel.\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2443, "texte": "                                -319     -\n\n    La nuit ? Elle est éblouissante d'astres comme jamais... Elle est\n toute palpitante de frissons, et douce, et douce, et câline, et parfaite,\n et aimante pour nous, ainsi qu'une bouche à baisers, tendue vers nos\n lèvres dans les ténèbres. Des caresses de fraîcheurs s'exhalent des\n buissons. L'air est tiède. Des parfums de fruits, ineffablement l'em-\n baument...\n    Le ciel ? Il est très pantelant de mondes, si scintillants que leurs\n lueurs nous semblent presque de petites stalactites...\n    Approche-toi de la fenêtre !\n    Regarde la nuit et le ciel,.. Laisse-toi faire! E t lorsque cela,\ntu l'auras contemplé (comme tu m'as dit tantôt de le faire, et comme\nje l'ai fait; — sans cela je n'aurais pas la force douce de te dire\nces mots...) et lorsque surtout tu l'auras vécu, tu te sentiras plein de\nDieu, de pureté, et de joie.\n    — Certes, répondit l'autre, comme Georges, un peu avant lui,\n avait répondu. (Il s'était approché de la fenêtre. Un coude sur la\nbalustrade, il regardait la nuit et le ciel... Son bras droit enlaçait le\ncou de son ami. Il redevenait calme et heureux, silencieusement.\n    E t ce fut à nouveau une fervente extase en prière, qui monta de\n leurs cœurs de jeunesse, vers la nuit, le ciel, et tout...)\n    — Oh comme nos cœurs ont disparu ! balbutiait Georges; c'est le\n cœur de la nature même (n'est-ce pas?) qui bat au lieu du nôtre dans\nnos poitrines... Il n'y a, vraiment ici presque plus rien de nos\npauvres moi; plus rien que nos regards et notre extase... Comme nous\nle disions tantôt, nous voici pleins de joie, de pureté, et de Dieu !\n    En effet ! Ils se sentaient grandis au-dessus de tout, séparés de tout\n(par delà les éthers...). L'âme même du monde, l'âme de l'âme de la\nvie les emplissait. Ils s'apparaissaient comme des synthèses de la\ndivinité éparse en tout, ils s'apparaissaient (en cet instant) comme les\nplus belles de Pan !\n   Les faces ? — La lace, faudrait-il dire, car il n'y avait — enfin ! —\nplus aucune différence entre eux ; ils s'étaient confondus et unifiés,\ngrâce à la nuit et à leur tendresse absolue...\n   Quoique mille chansons de vie s'agitassent en eux, ils se taisaient,\ntout comme cette pure nature nocturne, à la fois silencieuse et innom-\nbrablement vocale...\n    Ils vivaient au delà du temps et de l'espace, dans le cœur même de\nla vie éternelle et de l'Amour infini..., en Dieu..., en le plus beau\nd'eux-mêmes !...\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-020", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 320, "page_fin": 321, "titre_corps": "Les heures harmonieuses : Vraie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Vande Putte", "ancre_debut": "Vraie. 0 cher Georges! mets dans", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 357, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 2311, "texte": "Vraie.\n\n\n\n0            cher Georges! mets dans ma main ta main loyale;\n              viens avec moi et aie confiance, puisque tu sais que\n              seules me tentent les larges routes ensoleillées !\n                 Puis aussitôt, vois quelles ardentes roses tendent vers\nnous leurs faces pourprées, quels grandement lys jaunes de toutes\nparts jaillissent... Et vois par contre combien est bête cette ville où\nnous vivons, combien toutes ces maisons ressemblent à des casernes,\net comme ces réverbères, tristes et scintillants, jouent bien leur rôle\nde flambeaux funéraires.\n   Songe que c'est pourtant là-dedans qu'on veut enclore pour à\njamais nos belles vies trop violentes et leurs désirs, et leurs amours\net leur labeur...\n   Mais ! après cela, par dessus elle, regarde au loin l'immense\ncampagne, toute entière fumante de rosée ! odorante de foin !\néblouissante de moissons ondulées...\n   Les voies rauques des corps, écarlate et or, s'épanouissent et nous\n appellent! L'instant est décisif, éternel et très beau. — Enguirlande\n de jeunes espoirs et de fleurs nouvelles ton cœur d'enfant ! Prends en\n main ton orgueil et ta bonté, celui-là comme une arme fière pour\nvaincre, celle-ci comme la semence magnifique à semer. Charge sur\nton épaule, enfin, tous tes instruments de travail, tous tes instruments\nde bonheur : la faux, la bêche, la pioche et ta vaillance... Aie\nconfiance! je t'en supplie, puisque tu sais que seules me tentent les\nlarges routes ensoleillées...\n   Viens avec moi ! Mets dans ma main ta main loyale! et allons\nretrouver notre Mère la terre !\n\n\n\n\n   Mets ta main dans ma main loyale. Viens avec moi, puisque tu le\nveux bien... Mais hâte-toi ! hâte-toi ! car déjà se penchent les arbres\nsous le poids des fruits mûrs et les faucheurs commencent la fauchaison.\nTous sont là pour la récolte, les hommes, les femmes et les enfants.\nSeuls d'entre ceux qui vivent selon la vie, nous, nous ne sommes pas\nlà pour la récolte !\n   E t pourtant quelle superbe existence ! E t pourtant quel bonheur\naltier ! Faucher, semer, labourer, glaner, selon notre force de\npuissants jeunes hommes, sous legrand ciel épanoui, ennuagé, parmi\n toutes les choses gonflées de soleil, de sève et de parfums !\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "                               — 321     —\n\n\n   Oh! gai! l'aube enfantine... On s'en va vers les champs au chant\ndes alouettes. Gai ! le matin allègre ! Sur fond de ciel, à larges coups\nde bras, travailler ! tandis que les troupeaux de pesants bœufs\nbeuglants et de jeunes chevaux hennissants s'en viennent aux prés...\nEt gai ! encore ! l'énorme sieste de midi sur la terre pâmée... — alors\nque le soleil, triomphalement, incendie les toits rouges et les chaumes\nd'or .. E t gai! et gai! l'après-midi aux lumières fines où le travail\nplus calme, plus las, est comme baigné d'une intense douceur\ndélicieuse, tandis que le couchant miraculeux s'aurore déjà... E t\nbientôt l'on s'en revient, grave et joyeux, ployant le dos sous la bonne\nfatigue et la belle récolte... Autour de nous les bêtes se hâtent vers\nl'étable... Les chemins sont emplis de pâles et blondes buées... E t\nnous allons vers la maison dont le toit fume naïvement, vers le petit\njardin où les cris des grillons crépitent, vers les arbustes fruitiers où\nchantent les mille moineaux amis...\n   Et gai! gai! gai! enfin, le bon foyer où tous s'aiment bien et se\nsourient, se parlant des joies laborieuses du jour, sous la lampe,\nautour des plats dont les fumées sont religieuses et bleues...\n   Enfin, tout étant accompli, ce serait le sommeil paisible, très frais\net pur, la fenêtre ouverte et laissant entrer les haleines des jardins\nassoupis et le souffle câlin des étoiles amies...\n   Ah! gai! gai! ô cher Georges! mets ta main dans ma main loyale,\net allons retrouver notre Mère la Terre.\n\n                                    *\n                                   * *\n  Tu me dis que c'est impossible, du moins maintenant ! Tu dis que\nnous n'en aurions pas le courage et que d'autres en souffriraient...\nMais pourquoi n'aurions-nous pas le courage d'être heureux?...\nPourquoi souffriraient-ils, ceux-là, de notre bonheur ?\n  E t puis... et puis... tu as peut-être raison... Il y a trop de choses\nqui nous retiennent... Mais certes en cela nous sommes lâches... et\neux nous aiment mal... E t tout cela est joliment triste !\n  Ah ! donne-moi quand même ta main!... ta main loyale... Viens\navec moi... Aie confiance... E t du moins, allons voir de loin cette\nChanaan que peut-être nous n'atteindrons jamais...\n  Mets dans ma main ta main loyale... Regardons et pleurons vers\nnotre Mère la Terre !\n\n                                             HENRI VANDE PUTTE.\n                                                                      21\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-021", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 322, "page_fin": 322, "titre_corps": "Chanson d'Engaddi", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tristan Klingsor", "ancre_debut": "CHANSON                  D'ENGADDI                                           à Max   Elskamp.           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Si tu veux connaître le meilleur chemin, ajouta la fille,\npourquoi ne loues-tu pas un guide? »\n   Mais la belle-fille dit :\n   « Viens avec moi, cher pauvre homme, je te conduirai. »\n   Le bon Dieu tourna le dos aux deux insolentes en leur annonçant\nqu'elles allaient devenir aussi noires que la nuit et aussi laides que le\npéché ;. et il suivit l'aimable belle-fille.\n   Comme on approchait du village :\n   « Choisis trois choses, lui dit-il. Quelles qu'elles soient, je te les\naccorde d'avance.\n   — Je veux devenir aussi blanche et aussi belle que le soleil, »\nrépondit la jeune fille tout premièrement.\n   Aussitôt elle fut agréable aux yeux comme la lumière du jour.\n   « Je veux avoir une bourse d'argent qui ne se puisse jamais vider, »\ndit-elle ensuite.\n   Elle l'obtint aussitôt.\n   « Réfléchis à présent, lui dit pourtant le bon Dieu. N'oublie pas\nde me demander la meilleure des choses.\n   — Ah ! Je souhaite aller en paradis après ma mort. »\n   Le bon Dieu lui promit qu'il en serait en ceci certainement comme\nelle l'avait désiré et il disparut.\n   Cependant, en rentrant chez elles, la mère et la fille se trouvèrent\nsi-laides et si noires au lieu que la belle-fille était si fraîche et si jolie,\nque pour celle ci la haine s'accrut encore dans le cœur des deux\nméchantes et qu'elles ne pensèrent plus qu'à la rendre plus malheu-\nreuse encore.\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "                                -   324   -\n\n    Or la belle-fille avait un frère qui s'appelait Régnier ; elle l'aimait\n beaucoup et elle lui raconta tout ce qui lui était arrivé.\n    « Chère sœur, lui dit Régnier, je veux faire ton portrait. Car, en\nvérité, oui, tu es si belle que je voudrais pouvoir te contempler à tout\n moment du jour et de la nuit. E t de la sorte, au moins, j'aurai\nconstamment ton image sous les yeux.\n    — J'y consens, répondit-elle. Garde-toi seulement de laisser voir\ncette image à personne d'étranger. »\n    Régnier peignit le portrait de sa sœur et le suspendit au mur de\nsa chambre dans le château du roi où il était cocher. Chaque jour,\n avec un plaisir nouveau, il passait quelques instants devant cette\n image de sa chère sœur et rendait grâce à Dieu de l'avoir faite\nsi belle.\n   Justement, la reine était morte un petit temps auparavant et le roi,\nencore plein de sa douleur, désespérait de retrouver jamais une\nfemme aussi pleine de grâces que la bien-aimée qu'il avait perdue.\n Les serviteurs, remarquant le plaisir que le cocher avait tous les jours\nà rester devant le portrait de sa chambre et, jaloux de son bonheur,\nrapportèrent la chose au roi. Celui-ci fut ému du grand amour de cet\nhomme et voulut qu'on lui apportât le tableau. Quand il vit que c'était\nexactement le portrait frappant et encore embelli de son épouse\nmorte, il se mit à l'aimer de toute son âme ; et le cocher lui ayant\nappris ensuite que c'était celui de sa propre sœur, bien vivante et\nparlante, il jura qu'aucune autre femme que celle-ci ne serait jamais\nson épouse à lui, le roi et il ordonna à Régnier de partir au galop la\nchercher dans son plus beau carrosse en lui portant les plus riches\nhabits qu'on pourrait trouver pour une royale fiancée.\n   Régnier alla donc au village dans ce brillant apparat et grande fut\nla joie de la belle-fille en apprenant ce qui amenait son frère. Au con-\ntraire la sœur au noir visage fut si accablée de jalousie et si tourmentée\nqu'elle dit à sa mère :\n   « A quoi sert donc toute votre malice si vous ne pouvez seulement\nme donner autant de plaisir qu'à cette... ?\n   — Calme-toi, mon enfant, répondit la vieille, je te promets que tu\nen auras plus qu'elle. »\n   Par sorcellerie, elle obscurcit aussitôt les yeux du cocher au point\nqu'il n'y voyait plus qu'à peine; et elle boucha les oreilles de la\nblanche fiancée jusqu'à la rendre presque sourde. Ils montèrent tous\ndans le carrosse; d'abord la fiancée dans ses somptueux habits, puis\nla mère avec sa fille. Enfin Régnier grimpa sur son siège et fouetta les\nchevaux.\n"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2087, "texte": "                                  — 325 —\n\n  On voyageait depuis quelque temps déjà, quand Régnier dit à\nsa sœur :\n\n            « Couvre-toi, ma petite sœur,\n            Pour que la pluie ne te mouille pas\n            Et pour que le vent ne te couvre pas de poussière ;\n            Pour être toute fine belle devant le roi. »\n\n   — Que dit mon cher frère? demanda la jolie fiancée.\n   — Il te demande, lui répondit la sorcière, d'enlever tes beaux\nhabits et de les passer à ta sœur. »\n   Elle les enleva donc et les passa à la fille au noir visage qui lui\ndonna en retour sa mauvaise robe grise. Un peu plus loin, Régnier\ndit de nouveau :\n\n            « Couvre-toi, ma petite sœur,\n            Pour que la pluie ne te mouille pas\n            Et pour que le vent ne te couvre pas de poussière ;\n            Pour être toute fine belle devant le roi. »\n\n   — Que dit mon cher frère ? demanda la fiancée.\n   — Il te demande, lui répondit la sorcière, d'enlever ta coiffe d'or et\nde la donner à ta sœur. »\n   Elle ôta sa coiffe d'or, la posa sur la tête de la laide fille, et se rassit\ntandis que ses longs cheveux dénoués lui tombaient autour du\nvisage et s'étalaient sur les épaules.\n   Arrivé plus loin, le cocher cria une fois encore :\n\n            « Couvre-toi, ma petite sœur,\n            Pour que la pluie ne te mouille pas\n            Et pour que le vent ne te couvre pas de poussière ;\n            Pour être toute fine belle devant le roi. »\n\n   — Que dit mon cher frère? demanda encore la fiancée, qui de\nnouveau n'avait pas entendu.\n   — Il te dit, répondit la méchante mère, de regarder à la portière. »\n   C'était au moment où ils passaient sur le pont d'une profonde\nrivière, et comme la fiancée se leva pour faire ce qu'on lui disait, les\ndeux méchantes femmes la poussèrent brusquement et la préci-\npitèrent dans l'eau. A l'endroit où elle disparut, un canard blanc\ncomme la neige surgit du miroir de l'eau et se mit à nager, tandis que\nRégnier, dont les yeux troublés n'avaient rien vu de ce qui s'était\npassé, continuait sa route. II arriva donc au château croyant bien que\n"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2146, "texte": "                               — 326 —\n\nc'était sa jolie sœur qu'il conduisait au roi, revêtue de ses brillants\n habits de fiancée royale.\n    En apercevant 1 épouvantable figure de la fille de la sorcière qu'on\nlui présentait, le roi entra dans une grande colère contre le cocher, et\nil ordonna, pour punir son insolence, de l'enfermer dans un ténébreux\ncachot plein de couleuvres et de vipères.\n    Et cependant, petit à petit, la vieille sorcière, avec l'aide de ses\nphiltres, parvint à charmer le roi et l'éblouir assez pour qu'il la\nsupportât à la cour avec sa fille. Plus tard, elle en arriva même à\nl'induire à un si vif amour pour celle-ci, qu'il parlait de l'épouser.\n    Un soir, la fiancée noire était assise sur les genoux du roi. Un\ncanard blanc comme la neige entra dans la cuisine en nageant par le\ntrou de l'évier; et de la pierre creusée en bassin où se lavait\nla vaisselle, il dit à la servante :\n\n                   « Jeune fille, allume du feu\n                   Pour que je chauffe mes plumes. »\n\n  La cuisinière fit un peu de feu par terre et le canard, en se dandi-\nnant, vint s'asseoir tout contre et en se chauffant il lissait ses\nplumes du bec. Il était bien à l'aise, quand il demanda tout à coup :\n\n              « Que f ait mon frère Régnier?\n              — Il est enfermé dans le cachot\n              Au milieu des couleuvres et des vipères, »\n\nrépondit la servante.\n   Un peu après, le canard demanda encore :\n\n            « La sorcière noire, que fait elle ici ?.\n            — Elle est bien au chaud, dans les bras du roi,\n\nrépondit la servante.\n   « Miséricorde ! » cria le canard et il disparut par le trou de l'évier.\n   Il revint, le soir suivant et posa les mêmes questions. E t le\ntroisième soir, la même chose. A la fin, la servante fit tout raconter\nau roi qui, curieux de contrôler ce mystère par lui-même, vint\ns'installer dans la cuisine.\n   On avait reculé les tables pour faire de la place ; la cuisinière\nvint montrer en détails comment le prodige se passait et quand\nle canard poussa la tête au trou du bac de pierre, le roi tira\nson épée et lui coupa le cou. A l'instant une belle jeune fille se\n"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1390, "texte": "                                — 327 —\n\ndressa devant lui, semblable en tous points au portrait que son\ncocher Régnier lui avait jadis montré. Et le roi était ravi de la voir\nsi belle; et comme elle était nue et toute mouillée, il lui envoya\naussitôt de riches costumes.\n    Lorsqu'elle fut habillée, elle raconta au roi les ruses et la malice\nqu'on avait employées pour la trahir et la jeter dans la rivière. Sa\npremière prière fut ensuite qu'on voulût bien relâcher son frère\nRégnier du cachot où il était injustement retenu.\n    Le roi lui accorda, dès l'instant, ce qu'elle demandait et il fit\nvenir la vieille sorcière tout de suite devant lui.\n    « Pourquoi, lui demanda-t-il, as-tu fait ceci et cela? » E t il lui dit\nce qui venait d'arriver. Elle fut si épouvantée de se voir découverte\nqu'elle ne trouva pas un mot de réponse.\n    « Cela va vous valoir, continua le roi, d'être toutes deux, toi et ta\nfille noire, enfermées dans un tonneau garni de beaux longs clous,\nbien pointus. On y attachera un cheval qui vous roulera là-dedans\nau travers du monde jusqu'à ce que vous soyez déchirées en petits\nmorceaux. »\n    C'est exactement ainsi qu'il en fut fait à la sorcière et à sa fille\ntandis que le roi épousait la blanche fiancée et récompensait le\nfidèle Régnier en le comblant de richesses et d'honneurs.\n\n                             LOUISE et Louis DELATTRE, traduct.\n\n\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-023", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 327, "page_fin": 328, "titre_corps": "Des oiseaux d'automne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Ghéon", "ancre_debut": "DES OISEAUX D'AUTOMNE                                             A M. Henri Vande Putte.                    LES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 364, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1390, "fin_caractere_exclue": 1844, "texte": "DES OISEAUX D'AUTOMNE\n                                            A M. Henri Vande Putte.\n\n\n\n                LES oiseaux se sont abattus sur la cour\n                  ce tiède automne encor vermeil,\n        ils ont joué et chanté tout le jour\n        et ils cueillaient les mouches au vol\n        pour s'endormir à la nuit la tête sous l'aile.\n        Bu-toit aux branches,\n        des branches au toit,\n        et ilsfaisaient halte dans le grand pin ;\n"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1450, "texte": "                        - 328   —\n\npour eux c'était chaque matin dimanche,\net ils lissaient leur plumage fin\navec leur bec\nsans songer qne l'hiver viendrait sur le vent froid.\n\n Gris comme tous les moineaux qu'on voit\nsur les routes et sur les cheminées,\nils étaient de petites bandes étonnées\nparfois\nsur la même ramure,\net l'on eût dit des enfants sages à l'école\nsur un banc sans un murmure.\n\nIls semblaient si tranquilles\nqu'on ne craignait plus le tout proche destin,\nils battaient de tels rires de joie\nen coups d'ailes fébriles,\nqu'on ne croyait pas le printemps si loin :\non les entendait dès l'aube,\nl'air fluait très doux quand its vivaient là.\n\nMais un jour\nils ont becqueté la vigne\ncar ils ont su les raisins mûrs,\nils ont devancé la cueille\net quand je suis venu sur le seuil\nils étaient pendus aux treilles vertes comme des grappes,\ntant que le soir, la vigne nue, ils étaient ivres.\n\nPuis, aux grands soleils rêvant le long du mur\ncomme des miroirs d'or haut levés,\nfaute d'autre jeu,\n ils se sont rués,\nils ont picoré le cœur dur\ndes grands soleils d'or graine à graine\n et se sont envolés par le ciel moins bleu.\n\nCar c'est l'automne triste,\nles oiseaux ont fait l'automne sur la cour\nde tout leur avril en éveil ;\nles nappes de clarté des murs blancs s'obscurcissent,\net, comme un vol d'oiseaux pareils\nles nuages de tous les horizons accourent\net mangent la face du soleil.\n                                        HENRI    GHÉON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-024", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 329, "page_fin": 332, "titre_corps": "Littérature catholique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice des Ombiaux", "ancre_debut": "LITTÉRATURE CATHOLIQUE   P o è m e s C a t h o l i q u e s , par", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 366, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1568, "texte": "LITTÉRATURE CATHOLIQUE\n  P o è m e s C a t h o l i q u e s , par EDOUARD NED.\n\n\n      ous offrons à déguster aux lecteurs le « poème »\n       suivant, qui est le prototype des pièces réunies sous\n       le titre ci-dessus indiqué :\n\n                      L E S AGES.\n\n  Autrefois l'on était catholique tout court,\n          Catholique de vieille roche,\n  On était au village aussi bien qu'à la cour\n          Sans peur ni feinte ni reproche.\n  On avait le cœur grand, plus grand que l'univers,\n          Capable de tout entreprendre;\n  On affirmait sa foi, debout, à cieux ouverts,\n          A quiconque voulait l'entendre.\n  Quand le Christ-Dieu passait, on ôtait son chapeau,\n          On s'agenouillait sur sa porte :\n  On avait la croyance idéale au drapeau\n          Et la foi vive qui transporte.\n  On luttait pour le bien et la gloire de Dieu\n          A grands coups d'estoc et de taille,\n  On marquait de la honte au front, comme du feu,\n          Ceux qui désertaient la bataille.\n  C'était les siècles forts et les siècles géants\n          Des fulgurantes épopées,\n  Et les mauvais esprits rentraient dans les néants\n         Devant les croix et les épées.\n  Aujourd'hui l'on s'est fait tout petit, tout petit\n         Jusqu'à devenir imbécile;\n  Avec du miel, avec du sucre on s'est bâti\n          Une religion facile ;\n  On trouve avec le ciel des accommodements\n          Qui ne gênent pas les affaires ;\n  On aime bien le Christ et les saints sacrements.\n          Mais les préceptes sont austères !\n  Et puis l'on craint le poids des rires gouailleurs\n"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1710, "texte": "                               — 330 —\n\n               Sous lesquels on courbe l'échiné,\n        Et le siècle s'en va du côté des railleurs :\n                Ce pauvre siècle a la trichine.\n\n\n  Mais en voilà assez pour cette pièce, car il faut que l'on savoure\naussi cet extrait des\n\n\n                         VIERGES FOLLES.\n\n                Et chacune ayant pu choisir\n                Sa route au gré de son désir\n                A choisi celle du plaisir.\n\n                La première, une ardente brune\n                Dit : Je veux trouver la fortune\n                Et faire des trous dans la lune.\n\n\n                La deuxième, une douce blonde\n                Dit : Je vais chercher par le monde\n                L'âme sœur à l'amour profonde.\n\n\n                La troisième, rousse en délire\n                Dit : Moi, je veux dans mon empire\n                Bien manger, bien boire et bien rire.\n\n                Et des jeunes gens de bon ton\n                Avec des cols blancs en carton\n                L'emmenèrent dans leur canton.\n\n   Qu'elle y reste pour montrer le bon exemple à l'auteur de ces\npetits exercices.\n   Jusqu'en ces dernières années, on n'avait jamais entendu parler de\nlittérature catholique. Il n'y avait que la littérature tout court comme\ndirait M. Ned, et l'on ne s'était pas encore fait tout petit jusqu'à\ndevenir imbécile.\n   Cependant il y avait beaucoup d'écrivains qui croyaient en Dieu\nle père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, en Jésus-Christ\nson fils unique et en notre mère la Sainte Eglise catholique, aposto-\nlique et romaine, ce qui ne les honore ni ne les déshonore à nos yeux.\nSeulement ils ne faisaient pas servir leur foi comme enseigne à leur\n"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "                               — 331 —\n\n boutique. Leur préoccupation était de faire de l'art. Ils y mettaient\n toute leur conscience et tout ce qu'ils avaient de meilleur en eux.\nC'étaient des catholiques tout court, comme dit M. Ned, mais c'étaient\ndes écrivains tout court, c'est encore plus net.\n   Aujourd'hui, une collection d'hallucinés et de gens adroits s'occu-\npant de droit, de médecine, de journalisme, de politique, de socio-\nlogie ont voulu, mélangeant tout cela avec de la littérature, créer la\nlittérature catholique.\n    Ils ont pris comme patrons des artistes tels que Barbey d'Aurevilly,\nBaudelaire, Villers de l'Isle Adam, Verlaine, etc., qui auraient rugi\nde voir leurs noms servir de réclame à ces puffistes.\n   Ils ont même, afin de le mieux accaparer, adressé des lettres de\nfaire part à la mort de Verlaine et fait dire un service funèbre annoncé\ndans les papiers publics comme une représentation théâtrale.\n   Ajoutons que la foi n'a rien à gagner à être traitée de la sorte. Ce\nque nous connaissons des vers catholiques, pastiches de cet admirable\nSagesse de Verlaine, ne vaut pas mieux que les cantiques fabriqués\npar des sacristains et des vicaires à, l'usage des premières com-\nmunions.\n   Je conserve un meilleur souvenir des refrains que Bouvard, le clerc\nde l'église d'en haut, nous apprenait lorsque nous allions au caté-\nchisme, à Thuin :\n\n                          J'ai mon âme\n                          Toute de flamme\n                          J'ai mon sauveur\n                          Au m'ilieu de mon cœur.\n\n   Le pauvre hère, qui n'avait que la peau sur les os et à travers les\njoues de qui l'on voyait la place de dents arrachées, Bouvard qui\nexerçait trois ou quatre métiers pour gagner sa vie, mettait une telle\nconviction dans les leçons qu'il nous donnait, que sa laideur devenait\ntouchante et que ces paroles, dignes de billets de caramel, devenaient\npresque belles en sa bouche édentée. Mais il n'avait de prétention\nque celle d'être un bon sacristain, et ne ridiculisait pas sa ferme\ncroyance. Il était humble comme un frère lai.\n   Maintenant on veut appliquer l'art à toutes sortes de choses qui\nont cessé d'être compatibles avec lui. On l'applique à la rue, on\nl'applique aussi aux sacristies.\n   On brandit toutes sortes de formules. On se pose en défenseur\nacharné de l'art, que l'église rejette loin d'elle, on proteste très haut\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 628, "texte": "                              — 332 —\n\ncontre l'index, une ancienne chinoiserie que personne ne connaît\nplus, même les meilleurs catholiques. Mais pour tout concilier on\nécrit que l'on fait de l'art pour Dieu.\n   Le public s'apercevra, d'après l'exemple qui vient d'être donné,\nqu'avec toutes ces déclamations inutiles dont n'eurent pas besoin les\nRacine, les Corneille, les Pascal, les Chateaubriand, les d'Aurevilly,\nles Baudelaire, les Verlaine, tous des catholiques, pour faire valoir\nleurs chefs-d'œuvre, on n'arrive plus qu'à faire de l'art pour l'amour\nde Dieu.\n                                      MAURICE DES OMBIAUX.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-025", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 333, "page_fin": 336, "titre_corps": "Picorée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Périnet", "ancre_debut": "PICOREE   A partir de février, M. 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Comme on le voit, le chantre des\n                                                        pantalons blancs de la gendarmerie, de\n                                                        l'épicier de Monrouge er des gants de\n   Le Réveil, dans son dernier numéro,                  filoselle a plus d'un disciple en Bel-\nproteste avec énergie contre le bruit                   gique,\nqui avait couru de sa fusion prochaine\navec une publication moribonde qui\nest réduite à reproduire les vers franco-                  Certes, l'effort tenté par notre géné-\nrusses pour remplir ses colonnes-.                      ration pour la conquête d'un idéal\n   Nous n'avons jamais pensé qu'une                     nouveau fut prodigieux. Des résultats\nfusion pareille fût possible. Le Réveil                 sont acquis dont nous avons le droit\naurait dû, pour cela, renier son passé.                 d'être fiers. Nous avons créé une forme\nIl ne faut pas oublier que c'est lui qui,               d'art imprévue : ce vers libre par qui\nle premier en Belgique, a guerroyé                      peuvent s'exprimer sans entrave tous\ncontre les pions, adversaires du vers                   les tempéraments. I1 est l'apogée du\nlibre.                                                  mode lyrique, un instrument incom-\n                                                        parable auquel nous devons de beaux\n                                                        livres (entre autres, la Chevauchée\n  Le pontife de la peinture ésotérique                  d'Yeldis et les Villages illusoires). La\nbelge a bien voulu reconnaître que,                     malveillance, les mensonges et les\nseul de tous les périodiques qui en ont                 huées des cuistres, les quolibets de\nparlé, le Coq Rouge n'est point resté                   vieux chapsodes effondrés dans le jour-\nbéat d'extase devant l'exposition de                    nalisme ne prévaudront point contre\ncassonade et d'épinards que le Sillon                   cette œuvre collective. Et c'est chez\na organisée au Musée moderne.                           nous, dans nos revues, que les hommes\n                                                        futurs rechercheront, trouveront les\n                                                        bons poètes de notre temps. Alors que\n   De l'école du Cérisier fleuri et de la               la démocratie a tout abaissé, alors que\nCantate des télégraphes, dont l'organe                  les bourgeois prépotents, en haine de\npublie aussi les vers composés pour les                 l'idée, exaltent le ventre, rien que le\nfêtes franco-russes :                                   ventre, alors que leurs valets de la\nMa cousine est petite et n'a pas dix-sept ans!           presse étouffent toute oeuvre haute,\nSa lèvre est lumineuse et ses jeux excitants.\n                                                         nous avons maintenu la recherche\nEt quand sa main s'enroule à quelque boucle brune\nSes doigts blancs sont pareils à dix rayons de lune.    désintéressée du beau. Le troupeau des\n                                                        électeurs et des élus, la cohue des\nElle joue an tennis et fume dans son lit.\nSon père est un baron vaguement ramolli,                coprolâtres, les marchands de men-\nEt depuis qu'elle est morte, amoureux de sa femme       songes nous tiennent en mépris. C'est\nCe qui, d'ailleurs, est tout A fait dans le programme\n                                                        notre gloire et le signe de notre force.\nElle porte le nom romantique d'Ella,                    Cela sera reconnu un jour.\nEt, suivant ses désirs ou ses besoins, elle a\nPour amant son griffon, pour jouet ses cousins.             Mais voici que fatigués, ou effrayés,\n"}, {"page_pdf": 371, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3694, "texte": "ou désireux de satisfactions immé-          lons témoigner de notre haine envers\ndiates, certains s'arrêtent, regardent en   l'argent qui, dans la société actuelle,\narrière et se détournent de leurs frères,   fausse jusqu'aux plus intimes mani-\noubliant que notre vers libre a pour        festations de la vie,\nseule raison d'être l'interprétation de        » Nous croyons à des Temps d'har-\ntoutes les formes de la vie, quelles        monie où les actions humaines, déli-\nqu'elles soient, ils retombent aux erre-    vrées, trouveront en elles-mêmes leur\nments anciens. Ils proposent des            joie et leur récompensent, très calmes,\nrestrictions; la manie des entités les      nous allons comme en ces temps-là.\nreprend et ils voudraient, dirait-on,          » L'Enclos paraîtra chaque mois,\nnous faire rétrograder vers ce marécage     sans vente et sans abonnements : nous\nd'où nous nous étions évadés: l'Art         l'a Iresserons à quiconque nous en fera\npour l'Art.                                 la demande. Pour la diffus'on de nos\n       ADOLPHE RETTÉ (La       Plumé).      idées, nous choisirons des libraires à\n                                            qui nous le donnerons.\n                                               » Nous nous sommes répartis les\n    On a représenté récemment au            charges d'une année à trois, suivant\nthéâtre du Parc une comédie moderne         nos salaires ; les camarades et ceux\net un poème archaïque d'Oscar Wilde.        que nous pourrons intéresser partici-\n    De la représentation même il n'y a      peront à l'effort commun par des\n rien à dire, sinon que l'une désœuvrés,    souscriptions volontaires. »\nLa Passante, est banalement gra-\ncieuse, malgré le type osé et aimé de\n Garlington, auquel le poète a fait dire      La direction des Concerts-Ysaye\nses idées-belles et vraies; que l'autre, nous adresse le programme complet de\nSalomé, a de mélodieuses phrases sa saison. Les concerts d'orchestre\nbizarres, des trouvailles, des images' seront au nombre de six. Les séances\nétincelantes et sensuelles..., et que de musique de chambre du quatuor\nMlle Lina Munte en incarnait les rôles Ysaye également. Les concerts d'or-\nprincipaux avec une grâce molle, une chestre se feront, ainsi que nous l'avons\nplastique et des colères voluptueuses, déjà annoncé, au Théâtre de l'Alham-\nmerveilleuses... Mais ce qu'il importe bra, où aura lieu également la répéti-\nque nous retenions de cette représen- tion générale publique. Les séances du\ntation, c'est la bassesse gouailleuse d'un quatuor auront» lieu à la Maison\ncertain M. Vanor, qui employa la d'Art.\nconférence qu'on lui avait confiée, à         L'ensemble du programme est des\ndémolir vilainememr et en tous points, plus intéressants. A chaque concert\nartiste et homme, Oscar Wilde, à qui, symphonique on entendra des solistes\npar leur présence, tous venaient rendre de renom ; au premier, le 29 novembre,\nun pur hommage de haute estime et M. Raoul Pugno, lepianiste parisien ;\nd'admiration.                              au deuxième, le 10 janvier, le célèbre\n    Nous nous réjouissons des coups quatuor vocal néerlandais, composé de\nde sifflet qui lui ont coupé la parole ! M m e s Reddingius, Loman, MM. Rog-\n                                           mans et Meschoert; au troisième, le\n                                           31 janvier, Mme Ellen Gulbranson, la\n   L'Enclos, une nouvelle revue, nous Brunnhildede Bayreuth; au quatrième,\narrive. Elle porte en tête cette annonce le 14 février, Mme Félix Mottl, qui\nfière et belle, digne d'être reproduite : chantera sous la direction de son mari,\n   « En publiant cette revue nous vou- M. Félix Mottl, chargé de conduire ce\n"}, {"page_pdf": 372, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3471, "texte": "                                       335\n\nconcert en l'absence de M. Ysaye; au       soires. Les signataires de l'article et\ncrrïquième, le 21 mars, M. César           de la translation sont V. M Crawford\nThomson, le célèbre violoniste liégeois,   el Mistress Alma Strettell.\net M. Eugène Ysaye lui-même ; enfin,\nau sixième et dernier concert, qui sera\nun concert spirituel du jeudi Saint, la         Dans le Savoy de novembre un\nsociété chorale la Légia.                    article étendu, sous la signature de\n   Au programme des œuvres, nous             M. Osmay Edwards, a été également\n voyons figurer la symphonie héroïque        publié sur Emile Verhaeren. Le publi-\n de Beethoven, la symphonie ita-             ciste anglais avait traduit dans le nu-\nlienne de Mendelssohn, une sympho-           méro précédent du Savoy la pièce des\nnie encore inconnue à Bruxelles du           Débâcles : Pieusement.\njeune maître russe Gazounow, les\nconcertos pour piano de Grieg, pour\nviolon de Brahms, le double concerto          Du Journal des Goncourt, lundi\npour violon (en ré) de Bach; des            13 octobre 1893, à propos de la visite\nœuvres de Dvorack, Vincent d'Indy,         en France de l'amiral Avellan :\nE M . Chabrier, le prélude à l'Après-         « La France n'a plus la mesure\nmidi d'un faune, de Claude Debussy,        d'une nation bien portante. Dans ses\nle concerto inédit pour violoncelle de     sympathies, ses affections, c'est une\nM. Joseph Jacob, un Hamlet de G. Le-       détraquée, dont les engouements ont\nkeu, une suite Wallonne de M. Th.          l'humble domesticité d'une courtisane\nYsaye, le Judas de M. Sylvain Dupuis,      amoureuse. »\nenfin la Cène des apôtres, de Richard\nWagner, et la Rhapsodie de Brahms\nque chantera la Légia, sans parler des         A la suite des fêtes franco-russes,\npièces moins importantes.                   l'immortel François Coppée a éprouvé\n   Pour le quatuor, outre les clas-         le besoin de modifier la fière devise\nsiques : Schumann,         Mendelssohn      qu'avait forgée pour lui Villiers de\n(onctuor), Mozart, Beethoven (les der-      l'Isle-Adam. Jusqu'ici le : Donnez-moi\nniers quatuors), le programme annonce       de l'argent, puisque j'aime ma mère,\ndes œuvres de Saint-Saëns, d'Indy,          avait suffi à assurer au poète le gîte et\nErnest Chausson, Debussy.                   le couvert. Mais avec l'âge un brin\n   La première séance du quatuor            d'ambition lui est venu et le chantre de\nYsaye est fixée au jeudi 19 novembre.        Nicolas II, «fils d'Alexandre trois »,\nLe programme comprend le quatuor            arbore aujourd'hui une devise non\npour cordes de Schumann qui, depuis         moins fière '.\nbien longtemps, n'a plus été entendu à          Donnez-moi l'Aigle blanc, puisque\nBruxelles et la quintette de César         je suis larbin.\nFranck. Avec son frère, Théo Ysaye,             M. François Coppée n'a cependant\nM. Eugène Ysaye jouera à cette séance       pas cru devoir modifier ses armes, qui\nla nouvelle sonate pour piano et violon     sont, comme chacun sait, de tête de\nde Camille Saint Saëns.                     veau sur champ de cassonade.\n\n\n   Dans le numéro de novembre, le               Notre collaborateur Robert de\nFortny ghtlw review» publie un article       Souza fera paraître très prochainement\nétendu sur E. Verhaeren et la traduc-        un volume de poèmes intitulé : Sources\ntion du Fossoyeur des Villages illu-         vers le fleuve.\n"}, {"page_pdf": 373, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1673, "texte": "                                   — 336 —\n\n   Les vers magnifiquement doux et        Arthur Toisoul; Le livre des mas-\nlégendaires que nous avons publiés de     ques. par Remy de Gourmont (illustra-\nlui dans notre numéro précédent font      tions par F. Vallotton) ; La tragédie\npartie de ce recueil et nous le font      de l'homme, par Eméric Madach ;\ndésirer vivement ainsi qu'une pure        Pauline ou la liberté de l'amour, par\net certaine joie d'art.                    Louis Dumur; Phormion, de Térence,\n   Il paraîtra également, au Mercure      traduction littérale par Emile Boisacq ;\nde France, VAlmanach des poètes           Ballades (nouvelle série), par Paul\npour 1897, illustré par A. Rassenfosse.   Fort ; Sylvie ou les émois passionnés,\n                                          par Eugène Montfort (avec préface par\n                                          Saint-Georges de Bouhélier); Poèmes\n   Une conférence était annoncée au       (les Soirs, les Débâcles, les Flambeaux\nCercle artistique sur les massacres       noirs), par Emile Verhaeren ; les Fon-\nd'Arménie. Par suite d'intervention       taines miraculeuses, par Yves Ber-\ndiplomatique de la part de M. Cara-       thou.\nthéodory Etfendi, ambassadeur de\nTurquie, cette conférence n'a pas eu\nlieu.                                       Erratum : C'est Aréthuse et non\n   Cette lâcheté est la réhabilitation     Prêtresse que Henri de Régnier nous\ndes têtes de Turc.                        donnera prochainement.\n\n                                                                   PERINET.\n  Accusés de réception : Opôra, par\n\n\n\n\n Des presses de XAVIER HAVERMANS, Galerie du Commerce, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1896-11-n7-206", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Ont paru : Collection du COQ ROUGF.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 374, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 1133, "texte": "Ont paru :\n\n   Collection du COQ ROUGF.\n\n\n\n   TÉRENCE :\n                                    PHORMION\n                        Traduction littérale, par EMILE BOISACQ.\n\n                                             Prix : fr. 1.50.\n    Quelques exemplaires sur hollande, à fr. 3.00.\n\n\n\n      Collection, du MERCURE DE FRANCE :\n\nBALLADES (nouvelle série), par PAUL FORT .        .   .   . fr.     250\nSYLVIE OU LES ÉMOIS PASSIONNÉS,\n                        par EUGÈNE MONTFORT.          .   .         »\nLE LIVRE DES MASQUES, par REMY DE GOURMONT .                        3 50\nLA TRAGÉDIE DE L'HOMME, par EMERIC MADACH                     .     3 50\n\n\n      Sous presse :\n\nA EUX DEUX, conte, par ANDRÉ RUIJTERS             .       . fr.     3 00\nEDOUARD II, par GEORGES EEKHOUD,\n                           d'après Marlowe,.                  . 4 00\nLES HEURES CLAIRES, poèmes,\n                          par EMILE VERHAEREN.            .         3 00\nSOURCES VERS LE FLEUVE, poèmes,\n                            par ROBERT DE SOUZA.          .     .   3 50\nLA BELLE DOULEUR, poèmes, par CHARLES BERNARD.                      2 00\n"}, {"page_pdf": 375, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 338, "texte": "        Vient de paraître\n\n\n                             dans la Collection du COQ ROUGE\n\n\n\n\n       OPÔRA\n        POÈME\n\n\n                                             par ARTHUR TOISOUL.\n\n\n\n\nTirage à petit nombre d'exemplaires,\n               sur japon fort, à 5 francs.\n\n\n                            En vente au Secrétariat de la Revue.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 324, "texte": "n° 7 — tome                  II.           novembre 1896.\n\n\n\n le coq rouge\n                               et\n\n\n              l'art jeune\n\n\n\n                     SOMMAIRE :\n\nWilliam Morris                             MAURICE DES OMBIAUX\nLes Heures harmonieuses                    GEORGES RENCY.\nProses                                     ROBERT SCHEFFER.\nLe satyre                                  ANDRÉ FoNTAINAS.\nLes simples chants                         EDMOND PILON.\nLes Heures harmonieuses                    HENRI VANDE PUTTE.\nChanson d'Engaddi . . . . . . .            TRISTAN KLINGSOR.\nLa fiancée blanche et la fiancée noire. LOUISE et Louis DELATTRE.\nDes oiseaux d'automne                      HENRI GHÉON.\nLittérature catholique                     MAURICE DES OMBIAUX\nPicorée                                     PÉRINET.\n\n\n\n\n                   le numéro, fr. 0,80\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "          le coq                               rouge\n                       &    L'ART         JEUNE\n             PARAISSANT LE l 5 DE CHAQUE MOIS\n\n\n              Prix d'abonnement annuel :\nBELGIQUE                                            8 FRANCS.\nÉTRANGER                                           10\n                                         (BELGIQUE 20\nEdition sur papier de Hollande Van Gelder? ,\n                                         (ETRANGER 25        »\n\nRédacteur en chef : MAURICE DES O M B I A U X , 6 rue de Bériot.\n\n\n  Les rédacteurs du Coq Rouge se réunissent tous les mercredis à\n5 heures au Café de l'Hôtel Ravenstein, rue Ravenstein.\n  Pour envoi de copie, correspondances diverses, offres de colla-\nboration, demandes d'échange, administration, s'adresser à\n            M. HENRI V A N D E P U T T E , Secrétaire,\n                           131, rue de Brabant.\n\n\n\n                  REVUES A LIRE :\nSociété Nouvelle, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles.\nArt Moderne, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles.\nRéveil, 64, rue Kessels, Bruxelles.\nLibre Journal, 55, rue de la Chaussée, Mons.\nVan nu en straks, 211 Dahliastraat, Anvers.\nMercure de France, 15, rue de l'Echaudé, Paris.\nRevue Blanche, 1, rue-Ladite, Paris.\nMagasine international, 91, avenue Niel, Paris.\nErmitage, 26, rue Juliette Lamber, Paris.\nLa Revue sentimentale, 3o, rue des Ecoles, Asnièrcs.\nLa Province Nouvelle, 43, rue de Paris, Auxerre.\nLa Plume, 31, rue Bonaparte, Paris.\nDocuments sur le Naturisme, 10, rue des Tenneroles, Saint-Cloud.\nL'effort, 8, rue Ingres, Toulouse.\nDie Gesellschaft, Hans Merian, éditeur, Leipzig.\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "            W I L L I A M MORRIS\n\n           C'EST une douce et noble figure qui ne s'effacera pas de la\n             mémoire des contemporains, quoique la mort ait fermé\n             ses yeux pleins de bonté et de naïveté, tout imprégnés du\n             rêve sublime de réveiller l'art depuis longtemps éteint\ndans les âmes des travailleurs voués aux pénibles et mécaniques\ntravaux de l'industrie moderne.\n   Comme écrivain, William Morris a laissé quelques livres, The\nEarthly Paradise, par exemple, dont l'originalité n'a pas à souffrir\ndu voisinage du sublime et prodigieux Svvinburne ou de l'ineffable\nDante Gabriel Rosetti. Mais ce n'est pas à ce point de vue qu'il offre\nle plus d'intérêt. C'est précisément cet apostolat d'art, auquel il a\nlibéralement consacré toute sa vie, qui lui fait une personnalité des\nplus curieuses et des plus sympathiques.\n   Dans l'ardeur de sa croyance et aussi, sans doute, pour donner\nplus de poids à son système social et religieux, Tolstoï se mit réso-\nlument à entreprendre un métier et fabriqua des chaussures.\n   William Morris, voué à son œuvre, paya aussi de sa personne et,\ncomme Tolstoï, se fit artisan. Pour provoquer la renaissance des arts\ndécoratifs, il n'hésita pas à s'appliquer à divers métiers pour former\nlui-même les ouvriers de la manufacture de Merton Abbey. Il se fit\naussi imprimeur et l'on a pu admirer les chefs-d'œuvre de typogra-\nphie sortis de la Kelmscott press.\n   Indépendamment des résultats obtenus, du génie ou du talent de\ntels hommes, il y a quelque chose qui force notre admiration, les\nrend vénérables et grands, c'est l'énergie et la persévérance qu'ils\nont mises à réaliser leur rêve d'humanité supérieure. Ils ont ainsi\nmanifesté une valeur humaine et montré une telle hauteur d'idéal que,\n                                                                   19\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "                               — 290 —\n\nsi même la réalisation ne répond pas à leur attente, ils n'en sont pas\nmoins remarquables à nos yeux.\n   Ce sont des saints de l'humanité et rien que leur vie, en elle-\nmême, par un effort vers un absolu de bonté et de beauté, est une\nœuvre d'art.\n   Les Nouvelles de nulle part ou une époque de répit sont l'exposé\ngracieux du système idéal de William Morris. I1 s'y manifeste un\noptimisme que rien ne rebute, un optimisme absolu, envers et contre\ntout, que nous ne pouvons point admettre, mais qui nous touche\nparce qu'il témoigne de la pureté d'âme, de la candide honnêteté de\ncet homme, épris de justice autant que de beauté.\n   La charmante utopie de Morris.fut supérieure à sa réalisation,\nl'apôtre était plus grand que l'artiste. Le passé le requit trop, il ne\nsut pas suffisamment s'en débarrasser. Lui qui cependant se méfiait\nd'un art fixé, ne sut pas créer des formes nouvelles, plus appropriées\nà la compréhension de ses contemporains, je parle surtout de ceux\nauprès de qui il voulait pénétrer, les travailleurs.\n   Dans sa célèbre conférence à l'Ecole de dessin de la Société des\nArts, à Birmingham, il disait :\n   « Je pense, en vérité, que si toutes choses restaient dans le monde\nen l'état actuel, le progrès superficiel que nous avons admis pourrait\nnous conduire à un genre d'art particulier, qui resterait comme fixé.\nCe genre serait exploité professionnellement par et pour un nombre\nrestreint d'artistes qui se feraient un devoir de mépriser le vulgaire\ntroupeau, de se tenir à l'écart des luttes que le pauvre monde a\ntoujours soutenues pour l'indépendance, de défendre soigneusement\nleur forteresse d'art aristocratique. Ce serait peine perdue que de\nparler davantage de cette école qui a pour devise un mot d'argot,\nmoins innocent peut-être qu'il le p a r a î t : l'Art pour l'Art. Elle\nmourra de sa belle mort, lorsque l'art, à la fin devenu chose trop\ndélicate pour la main même des initiés, ceux-ci n'auront plus qu'à\ns'abstenir, et personne ne s'en plaindra. »\n   E t voici ce qu'il opposait aux manifestations de ces hobereaux de\nl'art :\n   « L'art qu'il nous faut doit être bon à tous, pratiqué par tous, et\nc'est lui qui nous ennoblira ; car, ne l'oublions pas, si chacun n'en\nprend bientôt sa bonne part, il n'en restera pour personne ; si tous\nn'en sont ennoblis, l'humanité perdra la noblesse qu'elle s'est acquise.\nL'art que nous évoquons n'est pas non plus un vain rêve. Cet art\nétait vivant à des époques pires que la notre, alors qu'il y avait moins\nde courage, de bonté et de vérité dans le monde ; cet art revivra dans\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                               — 291 —\n\n  un temps meilleur que le nôtre, où il, y aura plus de courage, de\n  bonté et de vérité dans le monde. »\n     Mais William Morris, tout en pensant que l'on ne peut séparer\n  l'art de la morale, de la vie civile et de la religion, tout en espérant\n une époque nouvelle où le travail, reprenant sa vraie place d'honneur,\n rendrait à l'homme les facultés créatrices que donnent la joie de\n l'action et le sentiment de la beauté de la forme, n'avait-il pas de\n l'art une conception trop déterminée par les formes antérieures ?\n     Choisissons un exemple. Ceux qui ont vu les merveilleux livres\n  imprimés sous la direction de cet artiste les ont beaucoup admirés,\n sans doute, mais ils ont tous constaté qu'ils n'étaient que la reconsti-\n tution d'anciennes et des meilleures typographies. Pour arriver à ce\n résultat, il fallait à l'auteur une érudition considérable, fruit de\n longues études.\n     Maintenant qu'il n'existe plus de tradition d'art chez les ouvriers,\n il serait indispensable que ceux-ci acquissent une véritable science,\n pour arriver aux résultats souhaités par William Morris. Le but est\n sans doute manqué. Pour nous, il importerait surtout que l'ouvrier\n se trouvât dans des conditions économiques telles qu'il pût réaliser\n dans son travail l'idéal d'art qui est en lui.\n     Après cela, que l'on renforce, à l'aide de n'importe quel enseigne-\nment, la faculté créatrice de l'artisan, rien de plus naturel, mais si\n l'on veut lui imposer dès l'abord un trop lourd héritage, il ne saura\n point s'en servir, sa spontanéité s'étiolera et il aura bien de la peine\n à retrouver quelque initiative.\n     Morris fut un voyant, un compréhensif, mais il avait trop d'atta-\n ches avec une école d'art dont toutes les tendances étaient opposées\n aux siennes et dont il ne sut pas s'affranchir, pour marcher tout à fait\n dans le sens de ses théories, j'ai parlé des préraphaélites.\n     Le nom même choisi par les artistes de cette école en indique la\ntendance et je ne pense pas que c'était-d'eux que parlait Morris\nlorsqu'il s'exprimait de la sorte :\n     » Je suppose que si, à n'importe quelle époque, une demi-douzaine\nd'hommes appliquent ardemment leur cœur à un mouvement quel-\nconque qui n'est pas en discordance avec la nature, ce mouvement\ndevra se réaliser un jour ou l'autre, parce que ce n'est pas par\nhasard qu'une idée surgit dans le cerveau de quelques-uns, mais ils\ny sont poussés et forcés de parler ou d'agir par quelque chose se sou-\nlevant au cœur du monde qui serait laissé sans cela sans expression. »\n     Les préraphaélites ne surent pas s'inspirer de la nature. Requis\npar la forme d'art d'un temps, ils s'entêtèrent à la considérer comme\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "                               — 292 —\n\n  unique et définitive. Il ne parurent pas comprendre que, adéquate à\n  son temps, elle ne pouvait guère s'appliquer à un autre temps qui\n  n'avait rien de commun avec le premier.\n     Il est nécessaire de s'expliquer. Il y a deux parts dans toute œuvre\n  d'art : celle qui vient du temps pendant lequel l'artiste a vécu et\n  celle qui ne vient que de l'intellectualité de l'artiste et de sa\n  conscience de l'humanité.\n     Ainsi Carpaccio, Mantegna, Boticelli, Ghirlandajo, Filippo Lippi,\n  Gentile da Fabriano, etc., ont été des réalistes en ce sens qu'ils ont\n peint dans leurs œuvres des gens qui vivaient autour d'eux, des\n types qu'ils remarquaient dans la rue, avec les vêtements, les bijoux\n et les coiffures et la mode de l'époque. Leurs œuvres subirent donc\n les modes d'alors et ce n'est point par cela qu'elles valent, mais par\n le génie de l'artiste, par ce qui échappe à notre compréhension et.\n à notre explication. Mais les pasticheurs de maintenant ont l'air de\n croire que ces vêtements, ces coiffures sont indispensables pour créer\n une œuvre. Si l'on ne donne pas aux têtes de femmes et d'hommes\n une forme spéciale, si les vêtements n'ont pas telle ou telle tournure,\n si les cheveux ne sont pas disposés de telle ou telle façon, ces mes-\n sieurs trouvent que ce n'est pas assez profond.\n    Ils n'ont attaché d importance qu'aux accessoires, ils n'ont point\n compris la haute signification des œuvres des primitifs italiens, qui\n furent des peintres de la vie. Ils n'eurent point les prétentions\n mystiques et ésotériques de leurs imitateurs, mais ils furent des\n créateurs et exprimèrent tout leur temps.\n    Les préraphaélites n'exprimèrent jamais le leur, ils ne firent que\nrappeler des époques mortes. Aussi, tout snobisme de côté, il faut\navouer qu'ils ne sont souvent que de simples illustrateurs de légendes.\n    Telle est donc l'antinomie qu'il y eut entre les théories de Morris\net celles de ses amis les plus chers.\n    Morris crut trop qu'il réveillerait le sens artistique du peuple en\nl'envoyant dans des écoles d'arts mécaniques et de dessin. Le musée\nde South Kensington avait trop d'importance dans ses espérances et\nses discours.\n    Si jamais se réalise en Angleterre le rêve de cet esprit charmant,\nje doute fort que ce musée ait une part quelconque dans le mouve-\nment de rénovation d'art; il l'entravera plutôt si les études archéolo-\ngiques l'emportent sur les études vivantes.\n    Pour créer, comme l'écrivait Jean Baffier dans Les marges d'un\ncarnet d'ouvrier, il faut être dans le mouvement et la vie, c'est-à-dire\nau centre de tout ce qui vibre. Il faut prosterner son front devant la\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "                               — 293 —\n\n  grande œuvre, la Nature, l'adorer dans son infinie grandeur, en\n  embrassant la terre et le ciel ; il faut se mettre à genoux devant le\n  petit brin d'herbe et contempler longuement et tendrement la plus\n  petite fleur. Alors, si l'on est pénétré des splendeurs de la création,\n  si l'on est ému par le mystérieux rapport des êtres et des choses, on\n  peut chercher à réaliser l'œuvre d'art.\n     Mais pour grouper les forces créatrices, pour les utiliser, les\n  féconder, il faut autre chose que des musées, des écoles et des salons\n  annuels : il faut une croyance ! C'est donc dans l'âme d'une nation\n  que doit se trouver le courant d'émulation qui détermine l'impulsion\n créatrice et non dans la contemplation de débris provenant de civili-\n sations antérieures, pas plus que dans les théories de professeurs.\n     Oui, tant que le peuple ne se sera pas délivré de l'asservissement\n matériel et moral dans lequel on le retient, tant qu'il restera crou-\n pissant dans la boue de la misère, tant que le souffle embrasé d'une\n religion nouvelle, une religion de l'humanité, n'aura pas réchauffé\n son cœur, son grand cœur ingénu, il n'y aura pas chez lui de place\n pour l'art.\n     L'art, la beauté, sont faits des chocs de passions tumultueuses ou\n d'une croyance exaltée, sublimée. Ceux qui agitèrent leur âme\n ardente, comme une torche, aux yeux des peuples et les enflammèrent,\n firent plus pour l'art que tous les enseignements des professeurs.\n    William Morris a élevé très haut le goût du public anglais, mais\n nous croyons que la renaissance des arts décoratifs a été absolument\nfactice. Pour qu'elle puisse être efficace et subsister, elle doit venir\nnon d'en haut, mais être l'émanation de l'âme collective des travail-\nleurs .\n    Ajoutons que les théories du sublime rêveur que fut Morris n'ont\nrien gagné à passer la Manche. On connaît les déplorables résultats\nqu'elles produisirent ici, où l'on fit de nauséabondes applications de\nl'art à la rue et à toutes sortes d'autres choses.\n    Mais nous nous garderons bien d'en rendre responsable le poète\nanglais qui vient de mourir et pour qui nous avons une admiration\nattendrie et une vénération profonde.\n\n                                       M A U R I C E DES OMBIAUX.\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "                            LES\n\n\nHEURES                HARMONIEUSES\n                                       D'exquise    lune.\n\n\n D       OUCEUR    de Inné en les verdures,\n           Toute la nuit se baigne en vous,\n A vec la joie de ses murmures,\n Avec ses chants exquis et doux,\n Toute la nuit se baigne en vous !\n\n Et puis aussi tout mon amour,\n Tout mon amour ardent et fou,\n Se baigne en vous, se baigne en vous,\n Douceur de lune en les verdures !\n\n 0 magnifique ciel, éternel ciel lunaire,\n O lune éblouissante de lumière,\n Splendeur à défaillir de triomphal azur!\n\n Mais vous, douceur, douceur baignante,\n Douceur de lune en les verdures,\n Ah ! je vous aime éperdument, el tends vers vous,\n Dans mes deux mains qui sont des fleurs,\n Tout mon amour, tout mon amour,\n Vers vous, douceur, douceur baignante,\n Douceur de lune en les verdures,\n Douceur, douceur...\n\n\n\n                                              De Joie.\n\n        ET joie ! la route est douce et bonne !\n         Il n'est point d'avenir, il n'est plus dépassé:\n Et joie! l'heure joyeuse s'abandonne\n Entre mes bras, et joie! entre mes bras !\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "                        — 295 —\n\nMon pas est ferme et point lassé.\nL'horizon rit de toute sa lumière.\nDes chants d'oiseaux trilleut à l'éperdue.\nEt joie! la vie et la lumière!\nEt joie ! Mon âme est toute nue !\n\nLe but est loin : le soir et l'ombre tombent.\nLa nuit viendra, la, nuit viendra !\nIl y aura des étoiles sans nombre,\nEt peut-être la lune en grand apparat.\nLe but est loin, la nuit viendra,\nMaisjoie, et joie! il y aura des étoiles!\n\nEt puis qu'importe ! la route est bonne,\nEt joie ! l'heure joyeuse s'abandonne,\nEntre mes bras, entre mes bras!\n\nEt joie ! mon âme est toute nue !\n\n\n\n                                     De clarté     bleue.\n\nCRISTAL,         cristal de l'heure! Ah! tintez, les clochettes,\n        Très doucement dans la paix douce des campagnes!\nEt'vous, éjouissez l'air et le ciel, fleurettes,\nFleurettes claires des campagnes !\n\nEt vous aussi, bouquets que tendent les pommiers\nComme une promesse, à leurs branches,\nSoyez la pureté de l'heure extasiée\nEt sa musique fraîche et blanche !\n\nCristal, cristal de l'heure! On entend des fontaines\nChansonner leurs chansons sous la 'mousse.\nAh! tintez, les clochettes, clochettes lointaines,\nMariez vos douceurs aux douceurs de l'eau douce,\nSous la blanche splendeur des pommiers !\n\nEt la lumière est bleue, et l'heure est blette et pure,\nEt tout estjeune et frais d'une sève nouvelle.\nCristal, cristal de l'heure ! Et, les yeux pleins d'azur,\nOn s'étonne en pleurant que la vie soit si belle!\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "                           296 —\n\n                                                   D'or.\n\n\n  LA      vie immense et folle est là, m'offrant sa bouche.\n         Son étreinte m'enserre et m'écrase.\nJe la tiens sur mon cœur, et c'est toute une extase;\nEt je m'éclaire aux grands soleils farouches\nQue sont ses yeux rayonnants comme une aube !\n\nO Vie! avec tes yeux, tes lèvres et ton cœur,\nAvec ta nudité sublime et naturelle\nQue nul mensonge ne dérobe,\nAvec tes longs cheveux cascadants qui ruissellent,\nO Vie ! avec ton cœur,\nApparais-moi plus belle encore, et plus parfaite.\nJe t'en supplie, aie en toi tous les charmes,\nStatue inoubliable, ô Vie en fleur, ô Vie en fête !\nEt puisque tu es belle à défaillir, malgré les larmes,\nMalgré les chocs et les douleurs, malgré la mort,\nFais chanter les oiseaux, fais déferler la mer,\nFais bruire à grand bruit les grands arbres desplaines,\nFais surgir, triomphal et fou, narguant le sort,\nLe merveilleux soleil des récoltes prochaines ;\nAbsorbe en toi l'immensité des nuits sereines,\nSois la vie éblouie et battante des jours,\nEt puisque tu me tends aussi ta bouche rouge,\nJe t'en supplie, unis en elle, ô Vie en fleur,\nPour exalter ta face et réjouir mon cœur,\nToutes les lèvres de tous les amours !\n\n\n\n                                            De    chair.\n\n       AMOURcharnel, visage clair où rit la Vie,\n        En cet éden de libre ciel et de campagne épanouie\nTu baises nos printemps qui se baisent aux lèvres.\nL'herbe haute est en or, et lés fleurs enivrées\nVoluptueusementpenchent la tête sous la fièvre\nDe rut et de soleil dont est saoûle la terre!\n\nVivant! mon cœur bondit comme une bête de lumière,\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "                       — 297 —\n\n Se cabre et part, rageur et fou, sur la route royale\n Où mes- désirs sont de superbes reposons !\n Et ta chair vibre, et tu m'étreins, à bien-aimée,\n Fougueuse, avec au fond de tes larges yeux pâles\n Un ciel immense et bleu, comme une gloire!\n\nBatse-moi, l'heure est bonne, et nos baisers sont purs.\nL'immortelle douceur de vivre chante en nous.\nPossédons-nous éperdûment, ravissons-nous\nL'un à l'autre, pour renaître à la vie\nL'un et l'autre, là-haut de l'extase infinie!\n\nAh! nue et désirante, ah! tu es belle, et je t'adore,\nDéesse bien humaine, en ta splendide nudité.\nTa chair m'enivre, et m'éblouit comme une aurore.\nIl n'est plus qu'elle au monde, épanouie et nue,\nReine de grâce et de beauté,\nTa jeune chair en fleur, merveilleusement nue!\n\n\n\n                                              De pluie.\n       LA pluie d'automne, chaude et triste,\n        Depuis toujours, croit-on, tombe et persiste,\nEt tombe, et coule, et s'infinise.\nSeptembre pleure, lamentable, dans la bise\nSa douleur lente et ses poignants adieux.\nEt quels deux gris, là-haut, après les beaux deux bleus\nD'été, les beaux deux bleus d'azur et d'or !\n\nPar la ville où le soir allume ses magies\nDe gaz, et de fanaux électriques et blancs,\nMes pas s'en vont, et ma mélancolie\nPleure en la pluie qui pleure infiniment,\nLa pluie d'automne, chaude et triste.\n\nQuel deuil s'éplore en moi? Je suis d'automne,\nComme le ciel et la lumière, etje m'attriste,\nJe me révolte et je m'étonne.\nQuel deuil dans la pluie lente a pleuré jusqu'à moi?\nJe ne veux pas, mon âme, être triste d'automne,\nJe veux chanter encor les soleils d'autrefois!\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "                        — 298—\n\nMais c'est en vain! Je cède aux tristesses de l'heure,\nEt je m'en vais, etje sanglote au ciel, et pleure,\nSous la pluie lente et fine qui persiste,\nLa pluie d'automne, chaude et triste.\n\n\n\n\n                                           De divinité.\n\n       VOici l'extase !\n         Un soir de mai s'est posé sur ma lèvre,\nEt le vent qui passait m'a souri.\nTous les oiseaux éclairaient l'ombre, et l'on sentait des cœurs\nHeurter éperdûment leurs sanglots dans la nuit.\n\nVoici l'extase!\nLe ciel, comme un baiser, défaillait sur ma lèvre,\nIl flottait longuement de longs parfums d'amour.\nUn souvenir d'étreinte agitait l'air encore.\nEt la nuit se dressait, jeune comme une aurore,\nAvec ses lèvres-fleurs entr'ouvertes, riante...\n\n0 nuit divine, et tes doux yeux, et tes heures chantantes,\nEt ta beauté dans la beauté de mon extase,\nAvec de la musique inouïe et des fleurs\nMontantes,\nEt des parfums et de câlines phrases,\nQue sans doute, dans l'ombre, des ombres heureuses,\nSe murmuraient, mystérieuses !\n\n0 nuit, vers ta splendeur, mon cœur!\n\n\n\n                                                  Vraie.\n\n       LA liberté des deux, la liberté des plaines,\n        L'immense liberté de vivre au grand soleil,\nSans dieux, sans lois, sans frein, la liberté sereine,\nLa liberté du bon sommeil,\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "                        — 299 —\n\nLa liberté du bon réveil,\nParmi des choses libres, sous le ciel !\n\n0 mon ami, pleurons, nous tenant embrassés.\nLa porte est close encore et ne veut point s'ouvrir.\nEt le temps passe et fuit, et la mort s'est dressée,\nEpouvantablement sur le chemin de l'avenir.\n\nElle vient à grands pas,\nEt le temps passe et fuit : elle vient à grands pas.\nEt c'est vers nous, vers nos jeunesses,\nQu'elle se dresse,\nEt qu'elle vient, à larges pas, tendant les bras...\n\nO mon ami, pleurons! La mort s'en vient vers nous.\nElle nous couchera dans la terre éternelle.\nLa porte s'ouvrira nous sortirons des villes.\nDes gens diront sur nous des mots tristes et doux,\nEt Von nous couchera dans la terre éternelle,\nDans la terre étemelle et libre, sous le ciel !\n\nA lors, ô mon ami, nous serons dans la Terre,\nCette Terre, vers qui nous tendons nos baisers,\nMais nous ne pourrons plus, douleur, douleur, douleur,\nMais nous ne pourrons plus éperdument chanter\nQu'elle est divine et qu'elle est belle !\n\n                                 GEORGES     RENCY.\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "                             PROSES\n                                       I.\n\n\n\n            C'EST une rue déserte que mes yeux de sommeil contemplent\n             depuis un long temps; depuis si longtemps qu'enfin des\n             formes y naissent et s'y précisent.\n                Un lion d'azur se dresse; immobile il présente entre\nses pattes énormes un livre ouvert dont les pages sont blanches.\nA côté de lui surgit, et plus grand que lui, un linceul vert. Au bord\nopposé de la rue, sur le toit plat d'un palais de métal, un être à face\nhumaine et dont le corps est sinueux regarde curieusement.\n   — La coupole d'or qui clôt la rue — un ciel d'acier pèse sur elle —\nporte une croix brisée.\n   Sur les pages du livre que présente le lion d'azur, une main invisible\ntrace des signes sanglants. Pour les déchiffrer, l'être insinueux\navance la tête, le linceul vert ondule et se penche.\n - Or, moi qui viens de lire dans le livre maculé de la destinée, j'ai\npeur du linceul qui me réclame, j'ai peur de l'être énigmatique qui fut\nmoi, j'ai peur du lion à qui, sans le connaître, j'ai confié ma destinée.\nE t la croix brisée sur le dôme taciturne, m'épouvante, car je l'ai\nbrisée — mais quand? — et c'était mon espérance dernière.\n\n                                     II.\n\n   Je suis comme un soleil blessé qui s'effraye de voir un fleuve de\nténèbres couler de sa blessure.\n   « Qui donc, clame-t-il, qui donc m'a blessé? »\n   E t les autres soleils, ses frères, rient de sa plainte vaine, car il s'est\nblessé lui-même ; et joyeux de resplendir, ils le regardent s'éteindre\net mourir.\n\n                                    III.\n\n  Prends les cœurs endormis par lés rêves d'amour, prends les forêts\néchevelées par les rêves que leur soufflent les tempêtes, prends les\nocéans qui oscillent au rêve rythmique des flux, prends et donne à\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "                              — 301 —\n\nton âme pour la remplir et l'apaiser. Car je la connais : elle est vaste\net insatiable. Et si tu ne lui donnes sans cesse, elle saisira le monde,\nelle le jettera dans l'abîme, elle l'y suivra, et luttant corps à corps\navec le néant des choses, elle s'y plongera à jamais, en criant la haine\net le remords d'avoir vécu.\n\n                                  IV.\n\n   J'ai reconnu ce fantôme qui visite ma nuit et je lui ai dit : « D'où\nviens-tu? » Les feuilles doucement agitées frémissaient sur ma tête,\net le fantôme se mit à pleurer.\n   « D'où viens-tu, lui ai-je dit, ombre lasse dont la poitrine contient\npeut-être un cœur, ce cœur que j'ai perdu ? Sais-tu quelque souffrance\ndont je n'ai point souffert et me l'apportes-tu afin de l'enchasser dans\nma poitrine en place de mon cœur, ce cœur que j'ai perdu? Vois les\nétoiles scintillent à tes larmes, et vois, mes yeux à moi n'ont plus de\nlarmes. Comme une fenêtre ouverte \"sur la mer, ma prunelle est\nouverte sur ma douleur. Fantôme aimé, ô cher moi-même, sèche tes\nlarmes pour regarder avec moi ma douleur.\n   « Avant que la nuit n'ait pâli et que se referment les tombes,\ndis-moi si je suis mort et si tu pleures sur la poussière, la pauvre\npoussière de mon cœur mort. »\n\n                                  .V.\n\n   Douce comme la tombée silencieuse de la neige, une chanson\naccompagne ma vie et me mène par mille chemins.\n   Voici les bois verts, voici des prairies et des fleurs, voici des\ntombes. — La chanson m'appelle vers l'immense horizon qu'elle\nemplit.\n   Voici la mer anxieuse qui demande : Quel crime ai-je commis? —\nVoici les frontons blancs des temples, et les pierres où sont assises\nles vierges qui chantent. — Voici la femme aux larges yeux de\ndouleur et de force qui crie ; arrête-toi! —\n   « Si tu me suis, me dit la chanson, bientôt tu ne m'entendras\nplus. »\n   E t j'ai soif de silence, et pour ne plus l'entendre, je la suis.\nImplacable, la chanson m'entraîne, et derrière moi, la femme se tord\nles bras.\n\n                                             ROBERT    SCHEFFER.\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "             L E SATYRE\n                                       La Vida es sueno.\n                                             CALDERON.\n\n\n\n      CUEILLE,Satyre, un rire à des griffes de roses.\n       L'héroïque parfum exalte de sa joie\nLe dédain empourpré des corolles écloses ;\n\n\nC'est midi ! L'ombre bleue aux grands ormes s'éploie,\nLe fleuve lourd s'entasse autour des feuilles lentes\nD'où ton œil d'or épie en de frissons la proie.\n\n\nTout le rêve, un baiser dontfou tu l'ensanglantes,\nS'ouvre à des vols soudains d'élytres vers l'azur\nSur qui tu clos l'essor de paumes ruisselantes :\n\n\nLa nymphe est morte! Les nymphes. Le sort est dur\nEcoute, que ta vie éprise de mensonge\nS'éjouisse à dormir au pied de quelque mur,\n\n\nQu'importe ? le bonheur de la vie est un songe.\n\n\n                                 ANDRÉ    FONTAINAS.\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "L E S SIMPLES CHANTS...\n\n\n             LES simples chants,\n              Les simples voix,\n              Rythmés et fers sous le soleil\n  Des moineaux francs\n  Au fond du bois\n  S'éveillent ;\n\n  Ils gazouillent et bruissent\n  Et légers nous avertissent\n  De cette aurore sur les champs\n  De mon Printemps et de ta Joie...\n\n  Les simples chants,\n  Les simples voix...\n\n  Les uns ont becqueté les grappes\n  Et c'est pourquoi ils sont heureux.\n  Les autres, dans les bluets bleus,\n  Ont établi leur agape\n  Et, c'est toute une noce de pinsons;\n  Autour de la maison\n  Quifrappe,\n  De ses échos, nos vitres d'argent !\n\n  De simples voix,\n  De simples chants...\n\n  Le grand soleil d'or\n  Sème sur les champs\n  Sa moisson coupée de rayons de lumière ;\n  Les étoiles nocturnes ont laissé\n  Un peu de leurs flots d'or\n  Dans les ornières\n  Et sur les blés\n  De meule riche en meule et de toit en toit...\n\n  Les simples voix,\n  Les simples chants\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "                           — 304 —\n\n Des moineaux francs\n Au fond du bois\n S'éveillent et s ' é g a i e n t .\n\n Je te rêve en robe d'épis\n Et en couronne de pavots\n Je te rêve reine des blés nouveaux\n Et des vignes où le Midi\n Comme un riche Roi d'Aurore\nDisperse sa fortune de rayons;\nJe te rêve au milieu des pinsons.\nImpératrice de ma moisson\nEt dominatrice de ma pensée,\nJe te rêve celle des gerbes glanées\nEt des baisers cueillis\nEntre une gragge pesante et un flot   d'épis...\n\nLes moineaux francs, au fond du bois\nFont un concert à notre amour ;\nAu jour.\nC'est eux qui viennent, je crois,\nFrapper aux vitres\nEt t'éveiller ;\nC'est eux, les petits familiers,\nQui viennent\nSur la persienne\nEt la croisée,\nA l'aube se poser...\n\nLeurs voix musiciennes\nOnt des trilles si printaniers\nQu'il me semble bien souvent à les entendre\nQu ils viennent de quelque lointain paradis\nD'un radieux et jeune Christ\nPour mieux bercer de leur chanson tendre\nTon éveil frivole et mon rêve léger !\n\nParmi les blés\nToujours en fête,\nDes cris d'alouettes sont montés...\n\n Des cris de pinsons et d'alouettes\nEn trilles jettent\n De pommier en pommier\n'L'éclat épars de joyeuses fêles ;\n Et de haie en fenêtre\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "                    — 305 —\n\nToute une aurore et tout un été\nEploient leur délice terrestre vers la Beauté\nEt toute leur jonchée d'aube vers tes pieds blancs !\n\nLes simples voix,\nLes simples chants\nNe s'éteignent qu'à l'Angelus\nLorsque ton doux sourire absent\nN'éclaire plus\nLes vitres où ils te voyaient\nDebout et semblable à ces roses\nQu'ils savent naître, fraîches écloses\nEn gerbes — et mourir lentement\nAux églantiers fleuris des haies...\n\nLes simples chants\nAu fond des bois se taisent,\nLes simples voix\nAu fond des bois s'apaisent ..\n\nMais d'autres chants, les chants de la nuit naissent,\nMais d'autres voix, les voix dû soir s'éveillent :\nDe haie en haie, de treille en treille,\nDes voix mélodieuses de rossignols naissent...\n\nC'est l'heure des lampes, dans la maison close,\nTout le bonheur du jour se repose ';\nLes beaux yeux qui s'emplissaient de lumière vive\nSe ferment sous d'autres fleurs qui sont mes lèvres ;\nLa grosse horloge à la voix de cuivre\nTourne son dernier tour et puis l'achève\nPour recommencer Une nouvelle heure ;\nToutes les fleurs\nFerment leurs pétales ;\nToutes les mains s'apaisent et, pâles,\nNe savent plus que tomber inertes ,.\n\nAu dehors de la forêt verte\nEt dans les champs, des rafales\nM'apportent encore l'écho ami\nDes murmures frais de mélodie ;\nLe dernier écho apporté des bois\nS'éteint avec le dernier mot de l'enfant vers moi ;\nEt le dernier trille\nAccompagne son dernier rire...\n\n                                                        20\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "                                — 306 —\n\n           En simples chants,\n           En simples voix,\n           Sur la maison\n           Et sur le clos qu'isole\n           Un peu d'aubépine, s'étend -\n           Le lent silence des rossignols\n           Après le lent silence des pinsons...\n\n                                                  EDMOND   PILON.\n\n\n\n\n                                  LES\n\n\n\n    HEURES HARMONIEUSES\n                                                   D'exquise   lune.\n\n             PAR le soir, et parmi les clartés de la lune, s'en allaient mes\n              deux petits amants...\n                  Gestes ennoués ! main sur l'épaule ! traînerie des pas !\n              semblant caresser le sol soyeux, qui miroite parfois...\n O mes petits amants! ô ce soir! ô cette lune!... Par le soir, et parmi\nles clartés de la lune, s'en allaient mes deux petits amants...\n   Elle, laissait traîner, à terre, son parapluie. Lui, serrait sa main,\npar derrière, de toute une joie, infinie, de vivre...\n   Et certes! elle n'était ni belle ni jolie!, peut-être... Mais elle avait\ndans ses grands yeux le reflet de toutes les lumières... Puis une main\net une taille qu'il pouvait serrer, une nuque à couvrir de baisers aux\nmoments ravis.\n   Lui, plastiquement, n'était guère plus beau. Mais tout en jeunesse,\nil avait des regards qui pétillaient, au fin fond de ses graves petits\nyeux de jais. Sa voix caressait. E t le soir entier était son complice!\n   Telle était l'affaire en effet... La lune et le soir, le soir et la lune,\nétaient devenus tout leur amour... C étaient lui et elle qu'ils aimaient\nen eux. Toute leur gravité tendre et toute leur grâce.,. Ils ne faisaient\nque vivre la tendresse de cette soirée que laluneaimait...Etôcharme!\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "                               — 307 —\n\nô charme! scintillants de vie, par le soir et parmi les clartés de la\nlune, mes deux petits amants...\n   Langoureuse et tiède, cette soirée! mais aussi claire et fine... Le\nciel leur découvrait son infinitude pure. Les arbres, en ombres\ndiaphanes, se couchaient sur leur route. Un éventail de rayons mois,\nd'une blondeur violette, jaillissait des branchages, où la brise drainait\nses froufroutantes soieries... La lune et ses clartés possédaient toute\nla terre...\n   O lune! en effet..., somptueuse et éternelle! face d'or et de nacre\nfigés, dans le splendide ciel fluide, saphirin et tremblant... Protégés\npar toi, sous ta lumière, mes deux petits amants!...\n\n    Et oui, sous la lune, mes deux petits amants marchent sans cesse...\nIls suivent tout simplement les grands boulevards qui encerclent\nleur ville, et ils ne peuvent se décider à les laisser. Car ici c'est\nl'intimité des choses, et l'amour de toutes en eux... Ici, c'est le ciel,\nla lune, et les feuillages..., les feuillages qui ont de si insidieuses\nchansons câlines dans le soir frôleur.... Tandis que là, c'est la réalité\nqui leur fait un peu peur, amas de pierres et d'ombres, dont le cœur\nen clarté semble une bien effrayante fournaise...\n   Au dessus de la ville, en effet, des buées blanches et rousses\ns'élèvent parmi des lueurs électriques.\n   — Restons ici! dit la petite aimée... Restons ici... Je t'aime de\ntout mon cœur... Nous voici au plus beau moment de ta vie et de\nma vie... Restons!... Cette route semble — à cause de la lune — un\nruisseau pâle... E h ! laissons entraîner nos pas, au gré de son cours...,\nà l'infini...\n   (Son bras fébrile de joie gagnait sa cause mieux que ses paroles...)\n   L'ami, cependant, était heureux de se laisser faire. La gloire d'être\naimé, lorsqu'il aimait, et pour la première fois de sa vie ! gonflait sa\npoitrine juvénile... Les frissons musicaux du soir enivraient ses\noreilles. Les parfums de cette petite chair jeune, frémissante, faisaient\nvibrer sa chair adolescente...\n   O soir de lune exquise! O lune dans le soir exquis! Par le soir et\nparmi les clartés de la lune, mes deux petits amants...\n   Il l'aimait... elle l'aimait... Ils étaient ingénus et délicieux comme\ndes fruits... E t vrai! ils eussent été d'une candeur à faire pleurer et\nà faire rire en même temps, si la lune n'avait été là, expliquant tout...\n   Ah ! mes petits amants ! mes faons ! mes fleurs ! mes papillons !\nvous vous disiez des mots d'amour, comme il ne s'en dit que dans les\ncontes; vous vous becquotiez, infiniment, comme il ne s'est jamais\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "                                — 308 —\n\n fait que dans les poèmes ; vous viviez tout à fait, enfin, dans une féerie\njolie inexprimable. Mais, je vous l'ai dit, s'il y avait -une cause à\n cela, c'était la lune...\n    E t vous étiez cependant de très réels amants! passionnés et fols,\ndont la chair brûlait, et dont le cœur battait très fort...\n    Ils marchaient... Ils marchaient!... Lui, un peu plus grand,\n ennouant un bras au cou de la bien-aimée, pour que leurs lèvres\n fussent plus proches l'une de l'autre, semblait, sur elle, étendre sa\ntendresse royale, comme un manteau à pierreries..., et. faire\nconverger à plaisir, vers cette petite vie! vers cette joliesse! oh!\nsurtout vers ces yeux!... toutes les suavités de ce soir de lune\nexquise.\n    E t le charme tout entier se trouvait là-dedans...\n    Mais aussi les feuillages des arbres frêles remuaient et paraissaient\nvoleter. E t la lune, y flutait de petits rayons pâles, comme en\nbémol... Un tel palpitant et frêle battement d'ailes, dans la lumière,\n agitait les folioles des cîmes, que parfois, le vent semblait plutôt y\npleuviner haletamment...\n    Des frissons, autour d'eux, frémissaient comme des jupes. Pour\n le bien-aimé, la lune, la soirée, les feuilles et l'aimée, étaient\négalement amoureuses...\n    E t ils marchaient... et ils marchaient... et d'après leur béatitude,\nil n'y avait pas de raison pour que cela finisse.\n    Mais comme la nuit avançait, lui, dit enfin, malgré le charme... :\n    Vraiment! il sera bientôt temps de rentrer, bien-aimée... Ta\nmaman t'attend. La mienne de même. Allons-nous en chacun vers\nle calme, candide et tiède foyer familial... »\n    Mais elle disait : c Je t'aime! Je t'aime! Que veux-tu davantage?\nLaisse nous... Un quart d'heure encore! Allons-nous en jusqu'à la\nfin de ce chemin... »\n    Mais la fin d'un cercle! (Ohé. la femme!...) C'était d'ailleurs son\nunique désir : aller aipsi par cette route d'amour, par cette route de\njoie, par cette route de lune, à l'infini...\n    — Eh non! Rentrons! dit l'aimé. Il est grand temps.\n    E t il alluma un cigare. E t ce fut là, brusquement, au pied d'un\narbre, le clignement bleu-or-rosé de la flammette, et des 'étincelles\nsautantes dans ses graves petits yeux de jais, et tout un rayonnement,\nlarge, sur son visage...\n    Or, s.'il disait : rentrons, ce n'était pas à cause de l'heure\n— ô égoïste! —, mais bien parce qu'il songeait à la table de famille,\nautour de laquelle tous lisaient, la maman sourieuse, le père grave et\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "                               — 309 —\n\ndoux, les câlinantes petites sœurs jolies, dont les lueurs de la lampe\nà abat-jour rouge rendaient plus rouges les joues, plus larges-claires\nles prunelles, et plus dorés les frisottants cheveux si fins...\n   La petite aimée, bien à regret ! lui obéit...; ils prirent une rue\nà droite, vers leur demeure...\n   Mais ce ne fut vraiment pour eux que changer de joie! Car les\nrues les plus banales, à cause de la lune et de l'amour, leur étaient\ndes voies triomphales, qu'enguirlandaient magnifiquement les\nréverbères !\n   Lui, 'cependant, tête un peu renversée, aspirait les capiteuses\nsaveurs de son cigare, avec l'air de souffler dans une trompette\nd'extase !\n\n\n                                               De clarté bleue.\n\n              AU JARDIN, les poiriers sont en feuilles et fleurs; et cela\n               met sur l'azur soyeux des bouquets blanchement\n               nuptiaux et des feuilles d'un vert enfantin, si joliment\n               rosées — comme prêtes au vol —, et si joliment remuées\nqu'on dirait de petits oiseaux. L'air est très pur et valse avec douceur.\nUn frisson clair agite en multitude les herbes de la pelouse. La\nlumière caresse. Les ombres frêles des arbustes palpitent sur les\nchemins.\n   Et là haut, très haut, en l'infinitude divine de l'éther bleu, de\ngrands nuages d'ouate soyeuse et pure, doucement voguent éternel-\nlement...\n    Alors! en une fois, le Printemps-jouvence et sa joie, envahissent la\nchambre, inondent ses yeux et clarifient son âme, de toute une onde\n palpitante d'ailes, de toute une onde de lumière, à la fois fraîche et\n ardente !\n    Il en oublie même aussitôt, sans s'en apercevoir — pauvre et cher\n impulsif! — toute la magnificence efflorescente de ses rêves d'hier,\nqui moururent à peine rêvés, tous ses loyaux désirs, pourtant\n réalisables, et qui n'aboutirent pas! Car il n'existe plus en cet instant,\n pour lui comme pour tous les êtres vivants, et pour toutes les formes\n de la matière joyeusement existante, que cette béatifique, simple et\n réelle extase de participer à la candeur du renouveau...\n    Il s'accouda alors à la balustrade vieille de sa fenêtre, regardant,\n écoutant, sourieur... Il vivait!... E t je vous assure que cette heure\n lui fut de suprême bonheur !\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "                               — 310 —\n\n    De ci de là un oiseau chantait un petit peu. E t bah! cri furtif et\nglissé! si peu de chose!... mais avec en lui toute la joliesse et toute\n la clarté d'un glissement de lumière sonore... La brise agitait les\n pousses et les feuilles. La terre des chemins et des parterres, brune-\nblanche, était rosie par le soleil. Des mouches bleues, dès cantharides\nvert et carmin, des guêpes d'or, y vaguaient. Bougeantes, les ombres\ndes rosiers y couchaient leur délicatesse.\n   Puis les oiseaux, ainsi qu'ils ont coutume à toutes les vesprées,\nchantaient plus haut, plus nombreusément. Il y avait aussi des coqs\nqui criaient rouge et rauque; il y avait quelques bruits de pompe,\nun appel d'enfant, un trille de canaris en cage. E t lui fumait, et il\nlui semblait que vers le bleu idéalement fluide, très jeune, tout son\nêtre s'en allait en rêveries et adorations, avec les fumées pures\nexhalées de ses lèvres, qui tournoyaient, planaient un peu, et\ns'enfuyaient aussitôt, en impalpables envolées fuyantes...\n   Ah ! qu'importaient, maintenant, ses fréquentes sensations de\nsolitude, si amèrement mornes ! Qu'importait l'absence de telle\nfemme, avec tels yeux, avec telle bouche et tels cheveux, avec tel\ncœur, divers et simple... Qu'importaient ces maisons, ces toits,\nces plate-formes de là-bas, avec leur popote, leur train-train vulgaire,\nleurs soucis?... Puisqu'il se sentait, en cette heure belle, heureuse et\nvraie, comme tout nu dans cette atmosphère de nature nue et\nlumineuse !\n   Mais il s'assit bientôt, devant la fenêtre... Il était en effet un peu\nlassé par une journée de travail.\n   Il avait pris maintenant sa bonne grande pipe amie.\n   Des bouffées bleues, grosses et éployées,. s'en envolaient, vite\nemportées — par quelque haleine brusque de vent — vers l'azur\nsoyeux, et vers les nuages et vers le soleil...\n   Par moments cependant, elles demeuraient immobiles, les fumées,\nsemblables à un lien diaphane, tissé par sa songerie entre ses yeux,\nson cerveau, son âme, et le beau jardin de neuve nature.\n   E t ! aussi, il y eut des instants où il lui semblait, paupières mi-\ncloses, voit advenir vers lui, au long de ces fumées — peut-être au\nlong de sa songerie —, tout le délicieux jardin, multiflori et beau, et\nses évocations.\n   Oui! et certes! et tout entier! il ascendait vers lui en une montée\nd'émerveillements...\n   Des parfums nimbaient les fleurs, qui se contournaient dans les\nnuancements de la fumée. Des coloris jolis, pâles ou vivaces, y\nsinuaient. Une ineffable mélodie en émanait.\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                                — 311    —\n\n\n    E t il y avait aussi — ainsi que des symboles ou des synthèses de\n la joie de l'heure et du paysage —, de douces faces de femmes aux\nyeux limpides et splendides, aux lèvres ingénues, voluptueuses... E t\n ces faces étaient tournées vers lui avec amour. Et il y avait aussi des\nvisages d'enfants, dont coulaient luisants les petits cheveux de soie\nblonde, dont souriaient les lèvres naïves et les dents scintillantes, et\n dont les bras vers lui se tendaient, avec des gestes de caresses. Aux\ncoudes, ces bras très frais avaient des fossettes petites, semblables à\ndes pétales de fleurs retournés.\n    E t oui, soit ! Cette imagination entière n'était, je le veux bien, que\nfumée d'azur et soleil, mais ses rêves les plus merveilleux y vivaient;\net de là son charme, son charme infiniment.\n    C'est alors que les mains de ces enfants semblèrent caresser ses\njoues, et que les lèvres de ces femmes, et que le printemps tout entier\nle baisa sur les lèvres, passionnément!\n    Puis, cela s'évagua... Il n'y eut plus que des fumées capricieuses,\nil n'y eut plus que la féerie claire du jardin, et lui - lui qui contem-\nplait toutes les choses, comme s'il eût été entouré d'une amour infinie,\net comme baigné d'un clair de lune d'âme; lui enfin, qui les aimait\ncomme si son amour pour elles devait se condenser en cette minute-là,\net qu'aussitôt après il lui faudrait mourir...\n    Il fut même, à un certain moment, si exultamment heureux de son\nambiance, qu'il eut un geste brusque des bras au dehors, un violent\ngeste d e grande admiration. E t l'on eût dit que ses bras avides,\ntendus vers le ciel bleu, tendue sur le ciel bleu, voulaient l'attirer à\neux, et l'étreindre !\n    E t le soir tombait. E t le vent se jouait dans les feuillages un peu\nchanteurs. Et comme il faisait froid, il ferma la fenêtre.\n\n\n\n\n                                                         De Joie.\n\n\n\n\nh\n             'ÉBLOUISSANT azur immense de la Joie s'épanouissait en\n               lui. Et il s'en allait de cette chambre(foyer,calme, lecture\n               et lampe à flamme extasiée...), de la chambre de cet ami\n            ' dont, durant une heure, il avait vécu la pensée et\nl'enthousiasme, et qui lui-même vivait, en même temps, sa pensée\net son enthousiasme, à lui. Le soir était gris-bleu d'automne pur, avec\nde gaies lumières rubis, là-bas, et ici, et là-bas encore, mouvantes...\nIl marchait, allègre, fol de l'exaltation que l'on a, jeune, à se sentir\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "                               — 312 —\n\n\nintensément exister. Le ciel était large; des nuages en souffles\npassaient vite devant ce miracle de splendeur qu'est la lune.\n   E h ! énorme ciel! (et vers toi l'inexprimable extase de ses yeux !)\nCiel en craquelures de pâle veloutée et laiteuse douceur bleue, et qui\npasse, et qui fuit, devant la lune large aux macules d'argent, veinée\nd'or, très éblouissante de nacre!\n   N'est-ce pas? Quel souffle délicieux s'exhale de la vie! Toutes les\nmauvaises ardeurs humaines se lénifient. La nuit l'enivre de lyrisme.\nSon cœur est d'une ineffable candeur... E t qui oserait dire, qu'il\nn'éclôt pas, vraiment, aux fissures des pavés, beaucoup de fleurs\ntendant vers sa joie leurs faces jolies, de matins-printemps?\n   Que voulez vous? C'est avec tant d'adoration et de bonheur, que,\ndurant une heure, ils avaient lu, là, les plus capiteuses merveilles des\nmaîtres : vers intenses, aigument piqués dans leur cœur comme des\nlames de lumière; d'autres qui compénétramment y avaient fait\nruisseler leurs caresses de douceurs, comme d'enjôleuses tièdes eaux ;\ndes proses enfin, aux suprêmes tournoiements de finales, semblant\ns harmoniser avec les ondulations de belles ressouvenues musiques.\n   Il lui semblait que les lumières des étoiles ne s'étaient jamais tues!\net que toujours, immuable, s'était infinisé ainsi que maintenant la\ncrépitante nuit constellée! Lointain déjà même, l'énorme pommel-\nlement fuyard des nuages de tantôt devant la lune. Seule, emplissait\nla nature et la vie, l'exultante piaffe de sa Joie!\n   E t comme précisément, il se trouvait au haut d'un boulevard\ndevant la ville entière, étalée, toute palpitante d'une multitude de\nlumières, sa juvénilité exaspérée se mit à pétiller en exhorbitants cris\ninternes d'enthousiasme! — Devant la quadruple traînée des gros ors\nbrillants, un peu vibrants, et qui montaient vers la nuit de l'horizon,\napâlie comme en un émoi et une rumeur de lumière... E t plus haut,\n(lorsque, tête renversée, ses yeux suivirent doucement la courbe de la\nnue, jusqu'au plein épanouissement du ciel), ce furent, en ses\nprunelles, les innombrables étoiles éternelles. A h ! . . . ah! exaltation\nardente de sa joie magnifique! éblouissante féerie! toutes les lumières,\ntoutes les étoiles, sont vêtues de prestige !\n   Mais ce fut aussi, en même temps, l'émollience de son ravissement,\nparce que, avec exquisité, un très grand jardin public, tout prêt et\ndans le bas, chuchotait petitement par son délicieux jet d'eau; et très\nimpressionnantes en étaient les belles courbes sombres, démarquant\ndes espaces de terre clairement pâles comme des chairs au clair de\nlune.\n   Un peu partout remuait des ombres, des branches, et des frissons.\nE t là-bas, monotonément, voix de sanglot joli, un coucou chantait.\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "                              — 313 —\n\n\n                                                          D'or.\n\n             LA montante prairie est étoilée de marguerites — blanc et\n              lumière — angéliquement. Le ciel est bleu avec douceur.\n              Des mondes de nuages s'y meuvent.\n                 Oublions-nous. Laissons entrer en nous le bel immense\nunivers, et nous serons beaux et immenses ainsi que lui... Tout est\nsoleil. Tout est vert et clair sur du bleu. Beaucoup d'oiseaux chantent\ncomme des enfants...\n   Allons-nous en. Oublions-nous! Silencieux, ouvrons les yeux.\nToutes les choses émerveillent.\n   Car il pleut du soleil sur la prairie.\n   Le vent agite les feuillages épais comme des soies. Et exister est\nla plus suprême des joies !\n   Identifions-nous à toutes ces choses, je vous prie. Soyons-les\nOublions-nous. Le vent nous courbera comme elles, et le soleil sera\nnotre boisson, et nous serons chez nous parmi les arbres, et les\nfleurettes nous sembleront germer de nos regards !\n   Mais voyez! Alentour de nous, des branches se balancent...\nL'horizon azuré'est constellé de neiges. Nuages! Il nage à l'horizon\ndes nacres et des neiges...\n   Puis c'est le ciel qui est une très-haute ivresse; ce sont les pâque-\nrettes qui nous aiment bien, et qui sont bonnes, parce qu'elles ont un\ncœur d'or; c'est le vol des oiseaux, c'est le scintillement du solei\ndans nos cils!\n   A h ! joie altière et puérile! monde divin! ciel infini! existence\nbercée de réel et de rêve qu'on ne distingue plus... Amour des amours!\njoie des joies! et harmonie des harmonies, dans l'archangélisme\ncandide de cette verte et fleurie patrie d'une si toute douceur!\n   L'heure est pure et contemplative. Tous les êtres y sont baignés\nde gaîté. Des fourmis courent; des moucherons volent; des herbes\nondulent et des fleurs s'agitent ; des lumières brillent... Mais surtout\nbeau, plus que toutes les autres choses belles, un petit chemin bien-\nheureux s'encoule rose, infiniment, parmi des prés où il se perd enfin,\nainsi qu'un clair isthme de chair dans une mer d'herbages verts...\n   E t exister est La plus suprême des joies !\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "                                314\n\n\n                                                        De chair.\n\n\n               VOICI ce que dit la bien-aimée :\n                   « Tous les rosiers sont pleinement en fleurs, vois\n                donc! Ceux-ci ont cent visages de lumière blanche;\n                ceux-là ont des roses qui semblent d'ardentes bouches\n rouges. Tout cela fleure voluptueusement. Et moi je t'aime! je t'aime\n au-dessus de toutes choses. E t ma plus grande félicité est de respirer\n la fragrance jaune-pourpre de cette rose de ta boutonnière, et de la\n couvrir de baisers ! »\n    E t voici ce que lui dit le bien-aimé :\n    « Puisque les géraniums ont des gloires aussi rouges, puisque les\n arbres clairs sont surchargés de fruits (cerises sur azur! pêches\n velouteuses! scintillantes groseilles !) puisque les pelouses sont\n odorantes d'odeurs de foins, puisque tout l'Eté s'épanouit! —\n accorde ta chair en fleurs à mes désirs, et donne à mes regards et mes\n lèvres ta poitrine parfumée de parfums de roses pour qu'ils la couvrent\nde baisers ! »\n    E t voici que la bien-aimée dit encore :\n    « Ne comprends-tu? J'ai tant de pudeurs! Car nul homme,\njusqu'ici — pourtant tu le sais! — n'a jamais vêtu de ses caresses ma\n virginale poitrine, que tu dis parfumée de parfums de roses! Puis,\nosérai-je? montrer ainsi ma chair toute nue à tous ces yeux de ciel et\nde soleil qui nous regardent à travers branches! — Ah! ne\ncomprends-tu? De grâce, pourquoi ne veux-tu pas comprendre! Ne\npouvons-nous nous aimer ainsi?... Couvre ma main de ta main de\ntendresse, si cela te plaît. Dis-moi que tu m'aimes... E t toi, laisse-moi\nt'aimer comme j'aime de t'aimer, et néanmoins au-dessus de toutes\nchoses... Oh! laisse-moi surtout respirer, silencieusement, la fragrance\njaune-pourpre de cette rose de ta boutonnière, et laisse-moi la couvrir\nde baisers ! »\n    Mais voici que le bien-aimé disait encore :\n   « Non! non! toutes les choses palpitent trop d'une vie passionnée!\nPuis-je donc être autrement qu'elles? Je t'en supplie, abandonne-toi!\npuisque c'est la vie qui l'a voulu... Car songe que je ne puis t'aimer\ntout entière de la façon dont tu veux que je t'aime. Eh ! d'ailleurs, les\noiseaux chantent — écoute-les.' — comme des fols ! Une effervescence\net une ivresse de joie font tournoyer toute la vie. Laissons-nous aller\nà cela!... Que te peut-il faire d'être nue, d'ailleurs, devant la toute\nnudité du grand ciel? — Oh! le soleil est beau ! et toutes choses sont\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                               — 315 —\n\n éblouissantes! Suivons la loi. Aimons-nous comme s'aiment tous les\n êtres, mais mieux. Sois à moi, ma bien-aimée! ma bien-aimée!\n    Ah! déjà, je te couvre toute de mes baisers ! »\n    Mais la bien-aimée balbutiait encore :\n    « Oh ! ne me foule pas! ne me fane pas trop vite! Ma grâce ne\n sera-t-elle tuée? M'aimeras-tu encore?... Oh! regarde avec moi, quel\n timide soleil, ici, sous les feuillures... Et quel charme de rester,\n parmi cela, candides comme des enfants. »\n    Mais lui la prit alors à pleine étreinte, et lui couvrit la face de\n baisers fous et violents :\n    « E h ! bah! laissons donc faire la vie! laissons-la donc passer, à\n large fleuve, à travers nous! à travers notre cœur! à travers notre\nchair! E t n'aie plus de ces scrupules vains, puisque, je te l'assure, en\nembrassant ces seins que je dénude, ce sera à la fois, je te l'assure, ta\npoitrine d'été, toutes les roses, la nature infinie et notre amour, que\nje couvrirai de baisers ! »\n    E t voici que la bien-aimée dit enfin (ah! elle se pâmait déjà dans\nl'étreinte magnjfique !) :\n    « O bien-aimé! tu as la voix si franche et les yeux si limpides,\nque je suis bien forcée d 'ajouter foi à tes paroles... Si tu le veux,\nprends moi. Ne t'ai-je pas dit depuis longtemps, que j'étais à toi\ntout entière?... Songe surtout que je t'aime par-dessus toutes\nchoses... »\n    E t sous le loyal ciel! parmi les fleurs enivrantes de senteurs, ils\ns'aimèrent, ils se possédèrent selon la vie ! — Le soleil riait de lumière\nparmi des nuages de marbre doux. E t le ciel s'étendait, à l'infini, en\nmer azurée et dorée. '— Les petits insectes d'argent dansaient autour\ndes fleurs à longue tige et à jaune calice... E t toutes les roses, celles\nà face blanche, comme celles à bouche ardente et rouge, exhalaient\nautour d'eux leurs âmes volupteuses...\n   Bien-aimée! Bien-aimé! disaient-ils; et ils se couvraient de\nbaisers!..\n\n\n\n                                                    De Pluie.\n\n            UN soir triste et beau de pluvieux septembre, nous\n             causions, ma bien-aimée et moi, sous les lueurs d'un\n            réverbère. Du jais niellé d'or ruisselait aux rigoles. Les\n             étalages étincelaient, intimes et dorés comme des sanc-\ntuaires. Chaque goutelette, sur les trottoirs d'ébène luisant, faisait\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "                                — 316 —\n\n un petit rond, d'où, semblait-il, jaillissait une perle. Une bise folle\n faisait tournoyer la pluie et nous la jetait au visage.\n    Elle disait la misère de cœur, dans laquelle elle vivait chez elle, à\n cause de son amour ,P,our moi ; elle disait même cela avec tant de\n détails, elle me faisait entrer dans un taillis si embroussaillé de\n mesquineries et de machins, que j'en étais navré de désillusions.\n    Ah ! pauvre, moi ! qui avais cru que la vie arrangeait tout si bien, et\n que l'amour s'accommodait de la réalité !...\n   Je lui disais cependant, serrant sa main, puis son poignet, avec\nferveur : « Ne pleure pas. Puisque je t'aime! » Ne me fais pas de\n peine, ma douce petite; tout cela changera, et nous serons un jour\nréunis en paix et joie.\n   Surtout n'exagère rien... (Mais elle est si nerveuse !.. ). Songe aussi\nqu'ils en doivent avoir eux-mêmes bien du chagrin, à cause de leurs\nidées, fausses je veux bien, mais réelles... »\n    Le vent nous souffletait. Elle s'était serrée contre ma poitrine, et\nma foi, je t'embrassai à pleines lèvres, et sur les yeux, à ce coin de rue\noù beaucoup passaient.\n   Mais elle répétait : « Mère a dit ceci, père a dit cela... E t on\nm'énerve ! Et je n'ai jamais pu être joyeuse!... Que veux-tu donc que\nje ne sois plus triste? Moi qui n'ai aucun bonheur, moi qui ne suis pas\nmême sûre de toi !...\n   — Oh! veux-tu ! lui disais-je alors, achetons-nous des ailes azur et\n neige — et l'envolée! Nous irons visiter les sphères...\n    Mon vieil ami Siegfried est certes bien fort, mais mon autre vieil\nami, Tristan, avait peut-être raison... Dans l'espace sans limités...\n   — Oh! si je pouvais! reprenait-elle. Je serais à toi! nous nous\nen irions... »\n   E t c'était moi, maintenant, qui sanglotais !...\n   Je lui offris le bras pour la première fois. Son nerveux poignet\nfrémissait douloureusement. — Elle semblait se reposer tout entière\nsur ce bras, que je lui offrais pour la première fois...\n   E t puis, c'était un soir, un triste et beau soir, de pluvieux septem-\nbre... Nous causions, nous causions, ma bien-aimée et moi, nous en\nallant, tristes et las, sous les lueurs des réverbères. Du jais niellé d'or\nruisselait aux rigoles. Les étalages étincelaient, intimes et dorés\ncomme des sanctuaires. Chaque goutelette, sur les trottoirs d'ébène\nluisant, fasait un petit rond, d'où, semblait-il, jaillissait une perle.\nUne bise folle faisait tournoyer la pluie et nous la jetait au visage.\n   Je la laissai au coin d'une rue, en lui répétant que je l'aimais...\n   E t je m'en allai très très seul, entouré de pluie treillissée,\nmonotone !\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "                                  -   317   -\n\n     — Heuh! heuh! songeais-je, me rappelant: « Nous irons visiter\n  les sphères... » J'étais bien bon, bien bon!..,\n     E t c'était moi, maintenant, qui sanglotais!\n\n\n\n\n                   De                                     Divinité.\n\n   ET               Laforgue ?\n                     — Ah ! celui-là est étonnant !... Mais à part lui ?...\n                     — Oh! il y en a bien d'autres! Verlaine d'abord,\n                  Heine, Elskamp, Jammes, Rimbaud, Swinburne, — et\n   les autres!... Puis les anciens : Rabelais sublime, Homère magnifique,\n   Shakespeare énorme et exquis...\n      — Oui,... oui. Mais pas ce soir. Oh! ce soir! je voudrais des\n   livres, des phrases, des vers suprêmement doux, ivres de passion\n   intime, éperaûment tressaillants de vertigineuses volupteuses silen-\n   cieuses...\n      — Tu es bien difficile à contenter, mon ami : Mais, heureusement,\n! je vois ce dont il s'agit : Ce ne sont pas des livres qu'il te faut...\n   Laisse la bibliothèque, et les belles âmes vivantes qui l'habitent, et\n   qu'en un instant, nous pourrions faire renaître en feuilletant des\n   pages... Laisse la bibliothèque...\n      Approche-toi plutôt de la fenêtre. Regarde la nuit et le ciel ! Oui,\n  approche-toi plutôt de la fenêtre...\n      La nuit ? Elle est éblouissante d'astres comme jamais. Elle est\n  toute palpitante de frissons, et douce, et douce, et câline, et parfaite,\n  et aimante pour nous, ainsi qu'une bouche à baisers, tendue vers nos\n  lèvres dans les ténèbres. Des caresses de fraîcheurs s'exhalent des\n buissons. L'air est tiède. Des parfums de fruits, ineffablement\n l'embaument...\n     Le ciel ? Il est très pantelant de mondes, si scintillants que leurs\n lueurs nous semblent presque de petites stalactites...\n     Approche-toi de la fenêtre...\n     Regarde la nuit et le ciel... Laisse-toi faire ! E t lorsque cela, tu\n l'auras contemplé, et lorsque surtout tu l'auras vécu, tu te sentiras\n plein de Dieu, de pureté et de joie.\n     — Certes, répondit Georges.\n     (Il s'était assis sur la tablette intérieure de la fenêtre. Il regardait\nla nuit et le ciel...\n     Cependant, sous la lueur dorée candide de la lampe, l'autre\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "                                — 318 —\n\n  demeurait accoudé à la table, les regards infinisés en rêveries, —\n ravis. Il laissait entrer, sereinement, en lui, la bienheureuse splendeur\n  de l'heure.\n    Alors ce fut une fervente extase en prières qui monta de leurs\n cœurs de jeunesse, vers la nuit, vers le ciel, vers tout! et vers\n eux-mêmes qui contenaient, maintenant, la nuit, le ciel, et tout.\n     Ils se taisaient...)\n    — J'ai déjà joliment oublié les livres, dit pourtant Georges.\n    — Ça ne m'étonne pas!\n    E t ils se turent à nouveau.\n    Des berceuses mélodieuses de fumées blanches bleutées se dérou-\n laient à l'entour de leurs songeries. Une rumeur très atténuée leur\n arrivait de la ville, ainsi qu'un râle pâle et musical. La paix\n délicieuse des jardins entrait chez eux par la fenêtre ouverte.\n    — Ah ! prononça Georges tout à coup, ah ! si nous étions, en ce\n moment tout à fait satisfait — du côté cœur s'entend... Nous\n pourrions savourer ici une heure de bonheur absolu...\n    — Comment? fit l'autre... Mais je croyais... Et Marguerite?\n N'as-tu pas le cœur plein, toi ?\n    — Oui.., oui... peut-être bien... en théorie... mais est-ce qu'en\n réalité on sait jamais? J'ai mille autres désirs qui fusent de mon être,\nà chaque instant, vers mille autres êtres... Je voudrais aimer mieux,\n et plus encore, et d'autres façons — de toutes les façons !...\n    — Eh ! tu es très heureux, toi ! Tu en es déjà à la recherche des\nsuprêmes.\n    Moi, j'en suis encore à la toute première question d'amour... sans\nréponse vraie.\n    A h ! cria-t-il brusquement, en parcourant la chambre... Si je\npouvais aimer ! aimer ! avec toute cette frénésie et toutes ces toutes-\ndouceurs que je sens en moi. Si je pouvais aimer!\n    Puis b a h ! (II s'était rassis, un peu navré...) je ne trouverai\njamais .. Il vaut mieux ne plus y penser — et aimer partout, et aimer\ntoutes sortes de choses et d'êtres, par-ci par-là, comme je l'ai déjà\nfait jusqu'ici... L'amour se dépense fatalement, et l'on a grand tort\nde se remuer.\n    — D'ailleurs! d'ailleurs! regarde... quelle nuit!\n    C'était lui, maintenant, qui faisait le leçon ! E t charme ! ne\nvoilà-t-il pas qu'il répétait ses phrases mêmes ?)\n   Viens ici, près de moi... Donne-moi ta main... Tu sais bien que je\nt'aime... Approche-toi donc de la fenêtre... Regarde la nuit et\nle ciel.\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "                                -319     -\n\n    La nuit ? Elle est éblouissante d'astres comme jamais... Elle est\n toute palpitante de frissons, et douce, et douce, et câline, et parfaite,\n et aimante pour nous, ainsi qu'une bouche à baisers, tendue vers nos\n lèvres dans les ténèbres. Des caresses de fraîcheurs s'exhalent des\n buissons. L'air est tiède. Des parfums de fruits, ineffablement l'em-\n baument...\n    Le ciel ? Il est très pantelant de mondes, si scintillants que leurs\n lueurs nous semblent presque de petites stalactites...\n    Approche-toi de la fenêtre !\n    Regarde la nuit et le ciel,.. Laisse-toi faire! E t lorsque cela,\ntu l'auras contemplé (comme tu m'as dit tantôt de le faire, et comme\nje l'ai fait; — sans cela je n'aurais pas la force douce de te dire\nces mots...) et lorsque surtout tu l'auras vécu, tu te sentiras plein de\nDieu, de pureté, et de joie.\n    — Certes, répondit l'autre, comme Georges, un peu avant lui,\n avait répondu. (Il s'était approché de la fenêtre. Un coude sur la\nbalustrade, il regardait la nuit et le ciel... Son bras droit enlaçait le\ncou de son ami. Il redevenait calme et heureux, silencieusement.\n    E t ce fut à nouveau une fervente extase en prière, qui monta de\n leurs cœurs de jeunesse, vers la nuit, le ciel, et tout...)\n    — Oh comme nos cœurs ont disparu ! balbutiait Georges; c'est le\n cœur de la nature même (n'est-ce pas?) qui bat au lieu du nôtre dans\nnos poitrines... Il n'y a, vraiment ici presque plus rien de nos\npauvres moi; plus rien que nos regards et notre extase... Comme nous\nle disions tantôt, nous voici pleins de joie, de pureté, et de Dieu !\n    En effet ! Ils se sentaient grandis au-dessus de tout, séparés de tout\n(par delà les éthers...). L'âme même du monde, l'âme de l'âme de la\nvie les emplissait. Ils s'apparaissaient comme des synthèses de la\ndivinité éparse en tout, ils s'apparaissaient (en cet instant) comme les\nplus belles de Pan !\n   Les faces ? — La lace, faudrait-il dire, car il n'y avait — enfin ! —\nplus aucune différence entre eux ; ils s'étaient confondus et unifiés,\ngrâce à la nuit et à leur tendresse absolue...\n   Quoique mille chansons de vie s'agitassent en eux, ils se taisaient,\ntout comme cette pure nature nocturne, à la fois silencieuse et innom-\nbrablement vocale...\n    Ils vivaient au delà du temps et de l'espace, dans le cœur même de\nla vie éternelle et de l'Amour infini..., en Dieu..., en le plus beau\nd'eux-mêmes !...\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "                              — 320 —\n\n\n                                                         Vraie.\n\n\n\n0            cher Georges! mets dans ma main ta main loyale;\n              viens avec moi et aie confiance, puisque tu sais que\n              seules me tentent les larges routes ensoleillées !\n                 Puis aussitôt, vois quelles ardentes roses tendent vers\nnous leurs faces pourprées, quels grandement lys jaunes de toutes\nparts jaillissent... Et vois par contre combien est bête cette ville où\nnous vivons, combien toutes ces maisons ressemblent à des casernes,\net comme ces réverbères, tristes et scintillants, jouent bien leur rôle\nde flambeaux funéraires.\n   Songe que c'est pourtant là-dedans qu'on veut enclore pour à\njamais nos belles vies trop violentes et leurs désirs, et leurs amours\net leur labeur...\n   Mais ! après cela, par dessus elle, regarde au loin l'immense\ncampagne, toute entière fumante de rosée ! odorante de foin !\néblouissante de moissons ondulées...\n   Les voies rauques des corps, écarlate et or, s'épanouissent et nous\n appellent! L'instant est décisif, éternel et très beau. — Enguirlande\n de jeunes espoirs et de fleurs nouvelles ton cœur d'enfant ! Prends en\n main ton orgueil et ta bonté, celui-là comme une arme fière pour\nvaincre, celle-ci comme la semence magnifique à semer. Charge sur\nton épaule, enfin, tous tes instruments de travail, tous tes instruments\nde bonheur : la faux, la bêche, la pioche et ta vaillance... Aie\nconfiance! je t'en supplie, puisque tu sais que seules me tentent les\nlarges routes ensoleillées...\n   Viens avec moi ! Mets dans ma main ta main loyale! et allons\nretrouver notre Mère la terre !\n\n\n\n\n   Mets ta main dans ma main loyale. Viens avec moi, puisque tu le\nveux bien... Mais hâte-toi ! hâte-toi ! car déjà se penchent les arbres\nsous le poids des fruits mûrs et les faucheurs commencent la fauchaison.\nTous sont là pour la récolte, les hommes, les femmes et les enfants.\nSeuls d'entre ceux qui vivent selon la vie, nous, nous ne sommes pas\nlà pour la récolte !\n   E t pourtant quelle superbe existence ! E t pourtant quel bonheur\naltier ! Faucher, semer, labourer, glaner, selon notre force de\npuissants jeunes hommes, sous legrand ciel épanoui, ennuagé, parmi\n toutes les choses gonflées de soleil, de sève et de parfums !\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "                               — 321     —\n\n\n   Oh! gai! l'aube enfantine... On s'en va vers les champs au chant\ndes alouettes. Gai ! le matin allègre ! Sur fond de ciel, à larges coups\nde bras, travailler ! tandis que les troupeaux de pesants bœufs\nbeuglants et de jeunes chevaux hennissants s'en viennent aux prés...\nEt gai ! encore ! l'énorme sieste de midi sur la terre pâmée... — alors\nque le soleil, triomphalement, incendie les toits rouges et les chaumes\nd'or .. E t gai! et gai! l'après-midi aux lumières fines où le travail\nplus calme, plus las, est comme baigné d'une intense douceur\ndélicieuse, tandis que le couchant miraculeux s'aurore déjà... E t\nbientôt l'on s'en revient, grave et joyeux, ployant le dos sous la bonne\nfatigue et la belle récolte... Autour de nous les bêtes se hâtent vers\nl'étable... Les chemins sont emplis de pâles et blondes buées... E t\nnous allons vers la maison dont le toit fume naïvement, vers le petit\njardin où les cris des grillons crépitent, vers les arbustes fruitiers où\nchantent les mille moineaux amis...\n   Et gai! gai! gai! enfin, le bon foyer où tous s'aiment bien et se\nsourient, se parlant des joies laborieuses du jour, sous la lampe,\nautour des plats dont les fumées sont religieuses et bleues...\n   Enfin, tout étant accompli, ce serait le sommeil paisible, très frais\net pur, la fenêtre ouverte et laissant entrer les haleines des jardins\nassoupis et le souffle câlin des étoiles amies...\n   Ah! gai! gai! ô cher Georges! mets ta main dans ma main loyale,\net allons retrouver notre Mère la Terre.\n\n                                    *\n                                   * *\n  Tu me dis que c'est impossible, du moins maintenant ! Tu dis que\nnous n'en aurions pas le courage et que d'autres en souffriraient...\nMais pourquoi n'aurions-nous pas le courage d'être heureux?...\nPourquoi souffriraient-ils, ceux-là, de notre bonheur ?\n  E t puis... et puis... tu as peut-être raison... Il y a trop de choses\nqui nous retiennent... Mais certes en cela nous sommes lâches... et\neux nous aiment mal... E t tout cela est joliment triste !\n  Ah ! donne-moi quand même ta main!... ta main loyale... Viens\navec moi... Aie confiance... E t du moins, allons voir de loin cette\nChanaan que peut-être nous n'atteindrons jamais...\n  Mets dans ma main ta main loyale... Regardons et pleurons vers\nnotre Mère la Terre !\n\n                                             HENRI VANDE PUTTE.\n                                                                      21\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "CHANSON                  D'ENGADDI\n\n                                         à Max   Elskamp.\n\n\n\n       JÉSUS des anges et des Maries,\n        petite image peinte de bois\n        en robe d étoiles fleurie,\n        souries-moi.\n\nJésus, ma pauvre âme s'effraie\ncomme un agneau divin qui broute au bois\nles épines des roseraies :\nsouriez-moi.\n\nJésus, qui avez eu le doux malheur\nde la couronne de ronces des bois\naprès la couroune adorable de fleurs,\nsouriez-moi.\n\nJésus, mon Cœur est misérable\ncomme un meurtrier qui rôde au bois\navec le couteau ou le bâton d'érable :\nsouriez-moi.\n\nJésus des carrefours et des chemins\npendu comme un oiseau, mort aux croix de bois\navec les roses des clous aux mains,\nsouries moi ..\n                              TRISTAN    KLINGSOR.\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "       LA FIANCÉE B L A N C H E\n                    et la Fiancée Noire\n                  (CONTE      D E S FRÈRES       GRIMM)\n\n\n               UN jour, une femme avec sa fille et sa belle-fille coupait,\n                pour sa vache, de l'herbe dans un champ, quand un\n                vieil homme qui passait par là et qui n'était autre que le\n                bon Dieu déguisé, leur demanda de vouloir bien lui\nindiquer le plus court chemin du village.\n   « Le plus court chemin du village? répliqua la mère; cherche-le\ntoi-même.\n   — H é ! Si tu veux connaître le meilleur chemin, ajouta la fille,\npourquoi ne loues-tu pas un guide? »\n   Mais la belle-fille dit :\n   « Viens avec moi, cher pauvre homme, je te conduirai. »\n   Le bon Dieu tourna le dos aux deux insolentes en leur annonçant\nqu'elles allaient devenir aussi noires que la nuit et aussi laides que le\npéché ;. et il suivit l'aimable belle-fille.\n   Comme on approchait du village :\n   « Choisis trois choses, lui dit-il. Quelles qu'elles soient, je te les\naccorde d'avance.\n   — Je veux devenir aussi blanche et aussi belle que le soleil, »\nrépondit la jeune fille tout premièrement.\n   Aussitôt elle fut agréable aux yeux comme la lumière du jour.\n   « Je veux avoir une bourse d'argent qui ne se puisse jamais vider, »\ndit-elle ensuite.\n   Elle l'obtint aussitôt.\n   « Réfléchis à présent, lui dit pourtant le bon Dieu. N'oublie pas\nde me demander la meilleure des choses.\n   — Ah ! Je souhaite aller en paradis après ma mort. »\n   Le bon Dieu lui promit qu'il en serait en ceci certainement comme\nelle l'avait désiré et il disparut.\n   Cependant, en rentrant chez elles, la mère et la fille se trouvèrent\nsi-laides et si noires au lieu que la belle-fille était si fraîche et si jolie,\nque pour celle ci la haine s'accrut encore dans le cœur des deux\nméchantes et qu'elles ne pensèrent plus qu'à la rendre plus malheu-\nreuse encore.\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "                                -   324   -\n\n    Or la belle-fille avait un frère qui s'appelait Régnier ; elle l'aimait\n beaucoup et elle lui raconta tout ce qui lui était arrivé.\n    « Chère sœur, lui dit Régnier, je veux faire ton portrait. Car, en\nvérité, oui, tu es si belle que je voudrais pouvoir te contempler à tout\n moment du jour et de la nuit. E t de la sorte, au moins, j'aurai\nconstamment ton image sous les yeux.\n    — J'y consens, répondit-elle. Garde-toi seulement de laisser voir\ncette image à personne d'étranger. »\n    Régnier peignit le portrait de sa sœur et le suspendit au mur de\nsa chambre dans le château du roi où il était cocher. Chaque jour,\n avec un plaisir nouveau, il passait quelques instants devant cette\n image de sa chère sœur et rendait grâce à Dieu de l'avoir faite\nsi belle.\n   Justement, la reine était morte un petit temps auparavant et le roi,\nencore plein de sa douleur, désespérait de retrouver jamais une\nfemme aussi pleine de grâces que la bien-aimée qu'il avait perdue.\n Les serviteurs, remarquant le plaisir que le cocher avait tous les jours\nà rester devant le portrait de sa chambre et, jaloux de son bonheur,\nrapportèrent la chose au roi. Celui-ci fut ému du grand amour de cet\nhomme et voulut qu'on lui apportât le tableau. Quand il vit que c'était\nexactement le portrait frappant et encore embelli de son épouse\nmorte, il se mit à l'aimer de toute son âme ; et le cocher lui ayant\nappris ensuite que c'était celui de sa propre sœur, bien vivante et\nparlante, il jura qu'aucune autre femme que celle-ci ne serait jamais\nson épouse à lui, le roi et il ordonna à Régnier de partir au galop la\nchercher dans son plus beau carrosse en lui portant les plus riches\nhabits qu'on pourrait trouver pour une royale fiancée.\n   Régnier alla donc au village dans ce brillant apparat et grande fut\nla joie de la belle-fille en apprenant ce qui amenait son frère. Au con-\ntraire la sœur au noir visage fut si accablée de jalousie et si tourmentée\nqu'elle dit à sa mère :\n   « A quoi sert donc toute votre malice si vous ne pouvez seulement\nme donner autant de plaisir qu'à cette... ?\n   — Calme-toi, mon enfant, répondit la vieille, je te promets que tu\nen auras plus qu'elle. »\n   Par sorcellerie, elle obscurcit aussitôt les yeux du cocher au point\nqu'il n'y voyait plus qu'à peine; et elle boucha les oreilles de la\nblanche fiancée jusqu'à la rendre presque sourde. Ils montèrent tous\ndans le carrosse; d'abord la fiancée dans ses somptueux habits, puis\nla mère avec sa fille. Enfin Régnier grimpa sur son siège et fouetta les\nchevaux.\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "                                  — 325 —\n\n  On voyageait depuis quelque temps déjà, quand Régnier dit à\nsa sœur :\n\n            « Couvre-toi, ma petite sœur,\n            Pour que la pluie ne te mouille pas\n            Et pour que le vent ne te couvre pas de poussière ;\n            Pour être toute fine belle devant le roi. »\n\n   — Que dit mon cher frère? demanda la jolie fiancée.\n   — Il te demande, lui répondit la sorcière, d'enlever tes beaux\nhabits et de les passer à ta sœur. »\n   Elle les enleva donc et les passa à la fille au noir visage qui lui\ndonna en retour sa mauvaise robe grise. Un peu plus loin, Régnier\ndit de nouveau :\n\n            « Couvre-toi, ma petite sœur,\n            Pour que la pluie ne te mouille pas\n            Et pour que le vent ne te couvre pas de poussière ;\n            Pour être toute fine belle devant le roi. »\n\n   — Que dit mon cher frère ? demanda la fiancée.\n   — Il te demande, lui répondit la sorcière, d'enlever ta coiffe d'or et\nde la donner à ta sœur. »\n   Elle ôta sa coiffe d'or, la posa sur la tête de la laide fille, et se rassit\ntandis que ses longs cheveux dénoués lui tombaient autour du\nvisage et s'étalaient sur les épaules.\n   Arrivé plus loin, le cocher cria une fois encore :\n\n            « Couvre-toi, ma petite sœur,\n            Pour que la pluie ne te mouille pas\n            Et pour que le vent ne te couvre pas de poussière ;\n            Pour être toute fine belle devant le roi. »\n\n   — Que dit mon cher frère? demanda encore la fiancée, qui de\nnouveau n'avait pas entendu.\n   — Il te dit, répondit la méchante mère, de regarder à la portière. »\n   C'était au moment où ils passaient sur le pont d'une profonde\nrivière, et comme la fiancée se leva pour faire ce qu'on lui disait, les\ndeux méchantes femmes la poussèrent brusquement et la préci-\npitèrent dans l'eau. A l'endroit où elle disparut, un canard blanc\ncomme la neige surgit du miroir de l'eau et se mit à nager, tandis que\nRégnier, dont les yeux troublés n'avaient rien vu de ce qui s'était\npassé, continuait sa route. II arriva donc au château croyant bien que\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "                               — 326 —\n\nc'était sa jolie sœur qu'il conduisait au roi, revêtue de ses brillants\n habits de fiancée royale.\n    En apercevant 1 épouvantable figure de la fille de la sorcière qu'on\nlui présentait, le roi entra dans une grande colère contre le cocher, et\nil ordonna, pour punir son insolence, de l'enfermer dans un ténébreux\ncachot plein de couleuvres et de vipères.\n    Et cependant, petit à petit, la vieille sorcière, avec l'aide de ses\nphiltres, parvint à charmer le roi et l'éblouir assez pour qu'il la\nsupportât à la cour avec sa fille. Plus tard, elle en arriva même à\nl'induire à un si vif amour pour celle-ci, qu'il parlait de l'épouser.\n    Un soir, la fiancée noire était assise sur les genoux du roi. Un\ncanard blanc comme la neige entra dans la cuisine en nageant par le\ntrou de l'évier; et de la pierre creusée en bassin où se lavait\nla vaisselle, il dit à la servante :\n\n                   « Jeune fille, allume du feu\n                   Pour que je chauffe mes plumes. »\n\n  La cuisinière fit un peu de feu par terre et le canard, en se dandi-\nnant, vint s'asseoir tout contre et en se chauffant il lissait ses\nplumes du bec. Il était bien à l'aise, quand il demanda tout à coup :\n\n              « Que f ait mon frère Régnier?\n              — Il est enfermé dans le cachot\n              Au milieu des couleuvres et des vipères, »\n\nrépondit la servante.\n   Un peu après, le canard demanda encore :\n\n            « La sorcière noire, que fait elle ici ?.\n            — Elle est bien au chaud, dans les bras du roi,\n\nrépondit la servante.\n   « Miséricorde ! » cria le canard et il disparut par le trou de l'évier.\n   Il revint, le soir suivant et posa les mêmes questions. E t le\ntroisième soir, la même chose. A la fin, la servante fit tout raconter\nau roi qui, curieux de contrôler ce mystère par lui-même, vint\ns'installer dans la cuisine.\n   On avait reculé les tables pour faire de la place ; la cuisinière\nvint montrer en détails comment le prodige se passait et quand\nle canard poussa la tête au trou du bac de pierre, le roi tira\nson épée et lui coupa le cou. A l'instant une belle jeune fille se\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "                                — 327 —\n\ndressa devant lui, semblable en tous points au portrait que son\ncocher Régnier lui avait jadis montré. Et le roi était ravi de la voir\nsi belle; et comme elle était nue et toute mouillée, il lui envoya\naussitôt de riches costumes.\n    Lorsqu'elle fut habillée, elle raconta au roi les ruses et la malice\nqu'on avait employées pour la trahir et la jeter dans la rivière. Sa\npremière prière fut ensuite qu'on voulût bien relâcher son frère\nRégnier du cachot où il était injustement retenu.\n    Le roi lui accorda, dès l'instant, ce qu'elle demandait et il fit\nvenir la vieille sorcière tout de suite devant lui.\n    « Pourquoi, lui demanda-t-il, as-tu fait ceci et cela? » E t il lui dit\nce qui venait d'arriver. Elle fut si épouvantée de se voir découverte\nqu'elle ne trouva pas un mot de réponse.\n    « Cela va vous valoir, continua le roi, d'être toutes deux, toi et ta\nfille noire, enfermées dans un tonneau garni de beaux longs clous,\nbien pointus. On y attachera un cheval qui vous roulera là-dedans\nau travers du monde jusqu'à ce que vous soyez déchirées en petits\nmorceaux. »\n    C'est exactement ainsi qu'il en fut fait à la sorcière et à sa fille\ntandis que le roi épousait la blanche fiancée et récompensait le\nfidèle Régnier en le comblant de richesses et d'honneurs.\n\n                             LOUISE et Louis DELATTRE, traduct.\n\n\n\n\n  DES OISEAUX D'AUTOMNE\n                                            A M. Henri Vande Putte.\n\n\n\n                LES oiseaux se sont abattus sur la cour\n                  ce tiède automne encor vermeil,\n        ils ont joué et chanté tout le jour\n        et ils cueillaient les mouches au vol\n        pour s'endormir à la nuit la tête sous l'aile.\n        Bu-toit aux branches,\n        des branches au toit,\n        et ilsfaisaient halte dans le grand pin ;\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "                        - 328   —\n\npour eux c'était chaque matin dimanche,\net ils lissaient leur plumage fin\navec leur bec\nsans songer qne l'hiver viendrait sur le vent froid.\n\n Gris comme tous les moineaux qu'on voit\nsur les routes et sur les cheminées,\nils étaient de petites bandes étonnées\nparfois\nsur la même ramure,\net l'on eût dit des enfants sages à l'école\nsur un banc sans un murmure.\n\nIls semblaient si tranquilles\nqu'on ne craignait plus le tout proche destin,\nils battaient de tels rires de joie\nen coups d'ailes fébriles,\nqu'on ne croyait pas le printemps si loin :\non les entendait dès l'aube,\nl'air fluait très doux quand its vivaient là.\n\nMais un jour\nils ont becqueté la vigne\ncar ils ont su les raisins mûrs,\nils ont devancé la cueille\net quand je suis venu sur le seuil\nils étaient pendus aux treilles vertes comme des grappes,\ntant que le soir, la vigne nue, ils étaient ivres.\n\nPuis, aux grands soleils rêvant le long du mur\ncomme des miroirs d'or haut levés,\nfaute d'autre jeu,\n ils se sont rués,\nils ont picoré le cœur dur\ndes grands soleils d'or graine à graine\n et se sont envolés par le ciel moins bleu.\n\nCar c'est l'automne triste,\nles oiseaux ont fait l'automne sur la cour\nde tout leur avril en éveil ;\nles nappes de clarté des murs blancs s'obscurcissent,\net, comme un vol d'oiseaux pareils\nles nuages de tous les horizons accourent\net mangent la face du soleil.\n                                        HENRI    GHÉON.\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "LITTÉRATURE CATHOLIQUE\n  P o è m e s C a t h o l i q u e s , par EDOUARD NED.\n\n\n      ous offrons à déguster aux lecteurs le « poème »\n       suivant, qui est le prototype des pièces réunies sous\n       le titre ci-dessus indiqué :\n\n                      L E S AGES.\n\n  Autrefois l'on était catholique tout court,\n          Catholique de vieille roche,\n  On était au village aussi bien qu'à la cour\n          Sans peur ni feinte ni reproche.\n  On avait le cœur grand, plus grand que l'univers,\n          Capable de tout entreprendre;\n  On affirmait sa foi, debout, à cieux ouverts,\n          A quiconque voulait l'entendre.\n  Quand le Christ-Dieu passait, on ôtait son chapeau,\n          On s'agenouillait sur sa porte :\n  On avait la croyance idéale au drapeau\n          Et la foi vive qui transporte.\n  On luttait pour le bien et la gloire de Dieu\n          A grands coups d'estoc et de taille,\n  On marquait de la honte au front, comme du feu,\n          Ceux qui désertaient la bataille.\n  C'était les siècles forts et les siècles géants\n          Des fulgurantes épopées,\n  Et les mauvais esprits rentraient dans les néants\n         Devant les croix et les épées.\n  Aujourd'hui l'on s'est fait tout petit, tout petit\n         Jusqu'à devenir imbécile;\n  Avec du miel, avec du sucre on s'est bâti\n          Une religion facile ;\n  On trouve avec le ciel des accommodements\n          Qui ne gênent pas les affaires ;\n  On aime bien le Christ et les saints sacrements.\n          Mais les préceptes sont austères !\n  Et puis l'on craint le poids des rires gouailleurs\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": "                               — 330 —\n\n               Sous lesquels on courbe l'échiné,\n        Et le siècle s'en va du côté des railleurs :\n                Ce pauvre siècle a la trichine.\n\n\n  Mais en voilà assez pour cette pièce, car il faut que l'on savoure\naussi cet extrait des\n\n\n                         VIERGES FOLLES.\n\n                Et chacune ayant pu choisir\n                Sa route au gré de son désir\n                A choisi celle du plaisir.\n\n                La première, une ardente brune\n                Dit : Je veux trouver la fortune\n                Et faire des trous dans la lune.\n\n\n                La deuxième, une douce blonde\n                Dit : Je vais chercher par le monde\n                L'âme sœur à l'amour profonde.\n\n\n                La troisième, rousse en délire\n                Dit : Moi, je veux dans mon empire\n                Bien manger, bien boire et bien rire.\n\n                Et des jeunes gens de bon ton\n                Avec des cols blancs en carton\n                L'emmenèrent dans leur canton.\n\n   Qu'elle y reste pour montrer le bon exemple à l'auteur de ces\npetits exercices.\n   Jusqu'en ces dernières années, on n'avait jamais entendu parler de\nlittérature catholique. Il n'y avait que la littérature tout court comme\ndirait M. Ned, et l'on ne s'était pas encore fait tout petit jusqu'à\ndevenir imbécile.\n   Cependant il y avait beaucoup d'écrivains qui croyaient en Dieu\nle père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, en Jésus-Christ\nson fils unique et en notre mère la Sainte Eglise catholique, aposto-\nlique et romaine, ce qui ne les honore ni ne les déshonore à nos yeux.\nSeulement ils ne faisaient pas servir leur foi comme enseigne à leur\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "                               — 331 —\n\n boutique. Leur préoccupation était de faire de l'art. Ils y mettaient\n toute leur conscience et tout ce qu'ils avaient de meilleur en eux.\nC'étaient des catholiques tout court, comme dit M. Ned, mais c'étaient\ndes écrivains tout court, c'est encore plus net.\n   Aujourd'hui, une collection d'hallucinés et de gens adroits s'occu-\npant de droit, de médecine, de journalisme, de politique, de socio-\nlogie ont voulu, mélangeant tout cela avec de la littérature, créer la\nlittérature catholique.\n    Ils ont pris comme patrons des artistes tels que Barbey d'Aurevilly,\nBaudelaire, Villers de l'Isle Adam, Verlaine, etc., qui auraient rugi\nde voir leurs noms servir de réclame à ces puffistes.\n   Ils ont même, afin de le mieux accaparer, adressé des lettres de\nfaire part à la mort de Verlaine et fait dire un service funèbre annoncé\ndans les papiers publics comme une représentation théâtrale.\n   Ajoutons que la foi n'a rien à gagner à être traitée de la sorte. Ce\nque nous connaissons des vers catholiques, pastiches de cet admirable\nSagesse de Verlaine, ne vaut pas mieux que les cantiques fabriqués\npar des sacristains et des vicaires à, l'usage des premières com-\nmunions.\n   Je conserve un meilleur souvenir des refrains que Bouvard, le clerc\nde l'église d'en haut, nous apprenait lorsque nous allions au caté-\nchisme, à Thuin :\n\n                          J'ai mon âme\n                          Toute de flamme\n                          J'ai mon sauveur\n                          Au m'ilieu de mon cœur.\n\n   Le pauvre hère, qui n'avait que la peau sur les os et à travers les\njoues de qui l'on voyait la place de dents arrachées, Bouvard qui\nexerçait trois ou quatre métiers pour gagner sa vie, mettait une telle\nconviction dans les leçons qu'il nous donnait, que sa laideur devenait\ntouchante et que ces paroles, dignes de billets de caramel, devenaient\npresque belles en sa bouche édentée. Mais il n'avait de prétention\nque celle d'être un bon sacristain, et ne ridiculisait pas sa ferme\ncroyance. Il était humble comme un frère lai.\n   Maintenant on veut appliquer l'art à toutes sortes de choses qui\nont cessé d'être compatibles avec lui. On l'applique à la rue, on\nl'applique aussi aux sacristies.\n   On brandit toutes sortes de formules. On se pose en défenseur\nacharné de l'art, que l'église rejette loin d'elle, on proteste très haut\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "                              — 332 —\n\ncontre l'index, une ancienne chinoiserie que personne ne connaît\nplus, même les meilleurs catholiques. Mais pour tout concilier on\nécrit que l'on fait de l'art pour Dieu.\n   Le public s'apercevra, d'après l'exemple qui vient d'être donné,\nqu'avec toutes ces déclamations inutiles dont n'eurent pas besoin les\nRacine, les Corneille, les Pascal, les Chateaubriand, les d'Aurevilly,\nles Baudelaire, les Verlaine, tous des catholiques, pour faire valoir\nleurs chefs-d'œuvre, on n'arrive plus qu'à faire de l'art pour l'amour\nde Dieu.\n                                      MAURICE DES OMBIAUX.\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "                                     PICOREE\n  A partir de février, M. Georges                       Étant fort littéraire, elle connaît par cœur\n                                                        Les romans alléchants qu'on fépute malsains.\nRency signera mensuellement une                         Et se rend au Salut pour les enfanta de chœur.\nChronique des Poésies.                                     Comme on le voit, le chantre des\n                                                        pantalons blancs de la gendarmerie, de\n                                                        l'épicier de Monrouge er des gants de\n   Le Réveil, dans son dernier numéro,                  filoselle a plus d'un disciple en Bel-\nproteste avec énergie contre le bruit                   gique,\nqui avait couru de sa fusion prochaine\navec une publication moribonde qui\nest réduite à reproduire les vers franco-                  Certes, l'effort tenté par notre géné-\nrusses pour remplir ses colonnes-.                      ration pour la conquête d'un idéal\n   Nous n'avons jamais pensé qu'une                     nouveau fut prodigieux. Des résultats\nfusion pareille fût possible. Le Réveil                 sont acquis dont nous avons le droit\naurait dû, pour cela, renier son passé.                 d'être fiers. Nous avons créé une forme\nIl ne faut pas oublier que c'est lui qui,               d'art imprévue : ce vers libre par qui\nle premier en Belgique, a guerroyé                      peuvent s'exprimer sans entrave tous\ncontre les pions, adversaires du vers                   les tempéraments. I1 est l'apogée du\nlibre.                                                  mode lyrique, un instrument incom-\n                                                        parable auquel nous devons de beaux\n                                                        livres (entre autres, la Chevauchée\n  Le pontife de la peinture ésotérique                  d'Yeldis et les Villages illusoires). La\nbelge a bien voulu reconnaître que,                     malveillance, les mensonges et les\nseul de tous les périodiques qui en ont                 huées des cuistres, les quolibets de\nparlé, le Coq Rouge n'est point resté                   vieux chapsodes effondrés dans le jour-\nbéat d'extase devant l'exposition de                    nalisme ne prévaudront point contre\ncassonade et d'épinards que le Sillon                   cette œuvre collective. Et c'est chez\na organisée au Musée moderne.                           nous, dans nos revues, que les hommes\n                                                        futurs rechercheront, trouveront les\n                                                        bons poètes de notre temps. Alors que\n   De l'école du Cérisier fleuri et de la               la démocratie a tout abaissé, alors que\nCantate des télégraphes, dont l'organe                  les bourgeois prépotents, en haine de\npublie aussi les vers composés pour les                 l'idée, exaltent le ventre, rien que le\nfêtes franco-russes :                                   ventre, alors que leurs valets de la\nMa cousine est petite et n'a pas dix-sept ans!           presse étouffent toute oeuvre haute,\nSa lèvre est lumineuse et ses jeux excitants.\n                                                         nous avons maintenu la recherche\nEt quand sa main s'enroule à quelque boucle brune\nSes doigts blancs sont pareils à dix rayons de lune.    désintéressée du beau. Le troupeau des\n                                                        électeurs et des élus, la cohue des\nElle joue an tennis et fume dans son lit.\nSon père est un baron vaguement ramolli,                coprolâtres, les marchands de men-\nEt depuis qu'elle est morte, amoureux de sa femme       songes nous tiennent en mépris. C'est\nCe qui, d'ailleurs, est tout A fait dans le programme\n                                                        notre gloire et le signe de notre force.\nElle porte le nom romantique d'Ella,                    Cela sera reconnu un jour.\nEt, suivant ses désirs ou ses besoins, elle a\nPour amant son griffon, pour jouet ses cousins.             Mais voici que fatigués, ou effrayés,\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "ou désireux de satisfactions immé-          lons témoigner de notre haine envers\ndiates, certains s'arrêtent, regardent en   l'argent qui, dans la société actuelle,\narrière et se détournent de leurs frères,   fausse jusqu'aux plus intimes mani-\noubliant que notre vers libre a pour        festations de la vie,\nseule raison d'être l'interprétation de        » Nous croyons à des Temps d'har-\ntoutes les formes de la vie, quelles        monie où les actions humaines, déli-\nqu'elles soient, ils retombent aux erre-    vrées, trouveront en elles-mêmes leur\nments anciens. Ils proposent des            joie et leur récompensent, très calmes,\nrestrictions; la manie des entités les      nous allons comme en ces temps-là.\nreprend et ils voudraient, dirait-on,          » L'Enclos paraîtra chaque mois,\nnous faire rétrograder vers ce marécage     sans vente et sans abonnements : nous\nd'où nous nous étions évadés: l'Art         l'a Iresserons à quiconque nous en fera\npour l'Art.                                 la demande. Pour la diffus'on de nos\n       ADOLPHE RETTÉ (La       Plumé).      idées, nous choisirons des libraires à\n                                            qui nous le donnerons.\n                                               » Nous nous sommes répartis les\n    On a représenté récemment au            charges d'une année à trois, suivant\nthéâtre du Parc une comédie moderne         nos salaires ; les camarades et ceux\net un poème archaïque d'Oscar Wilde.        que nous pourrons intéresser partici-\n    De la représentation même il n'y a      peront à l'effort commun par des\n rien à dire, sinon que l'une désœuvrés,    souscriptions volontaires. »\nLa Passante, est banalement gra-\ncieuse, malgré le type osé et aimé de\n Garlington, auquel le poète a fait dire      La direction des Concerts-Ysaye\nses idées-belles et vraies; que l'autre, nous adresse le programme complet de\nSalomé, a de mélodieuses phrases sa saison. Les concerts d'orchestre\nbizarres, des trouvailles, des images' seront au nombre de six. Les séances\nétincelantes et sensuelles..., et que de musique de chambre du quatuor\nMlle Lina Munte en incarnait les rôles Ysaye également. Les concerts d'or-\nprincipaux avec une grâce molle, une chestre se feront, ainsi que nous l'avons\nplastique et des colères voluptueuses, déjà annoncé, au Théâtre de l'Alham-\nmerveilleuses... Mais ce qu'il importe bra, où aura lieu également la répéti-\nque nous retenions de cette représen- tion générale publique. Les séances du\ntation, c'est la bassesse gouailleuse d'un quatuor auront» lieu à la Maison\ncertain M. Vanor, qui employa la d'Art.\nconférence qu'on lui avait confiée, à         L'ensemble du programme est des\ndémolir vilainememr et en tous points, plus intéressants. A chaque concert\nartiste et homme, Oscar Wilde, à qui, symphonique on entendra des solistes\npar leur présence, tous venaient rendre de renom ; au premier, le 29 novembre,\nun pur hommage de haute estime et M. Raoul Pugno, lepianiste parisien ;\nd'admiration.                              au deuxième, le 10 janvier, le célèbre\n    Nous nous réjouissons des coups quatuor vocal néerlandais, composé de\nde sifflet qui lui ont coupé la parole ! M m e s Reddingius, Loman, MM. Rog-\n                                           mans et Meschoert; au troisième, le\n                                           31 janvier, Mme Ellen Gulbranson, la\n   L'Enclos, une nouvelle revue, nous Brunnhildede Bayreuth; au quatrième,\narrive. Elle porte en tête cette annonce le 14 février, Mme Félix Mottl, qui\nfière et belle, digne d'être reproduite : chantera sous la direction de son mari,\n   « En publiant cette revue nous vou- M. Félix Mottl, chargé de conduire ce\n"}, {"page_pdf": 372, "texte": "                                       335\n\nconcert en l'absence de M. Ysaye; au       soires. Les signataires de l'article et\ncrrïquième, le 21 mars, M. César           de la translation sont V. M Crawford\nThomson, le célèbre violoniste liégeois,   el Mistress Alma Strettell.\net M. Eugène Ysaye lui-même ; enfin,\nau sixième et dernier concert, qui sera\nun concert spirituel du jeudi Saint, la         Dans le Savoy de novembre un\nsociété chorale la Légia.                    article étendu, sous la signature de\n   Au programme des œuvres, nous             M. Osmay Edwards, a été également\n voyons figurer la symphonie héroïque        publié sur Emile Verhaeren. Le publi-\n de Beethoven, la symphonie ita-             ciste anglais avait traduit dans le nu-\nlienne de Mendelssohn, une sympho-           méro précédent du Savoy la pièce des\nnie encore inconnue à Bruxelles du           Débâcles : Pieusement.\njeune maître russe Gazounow, les\nconcertos pour piano de Grieg, pour\nviolon de Brahms, le double concerto          Du Journal des Goncourt, lundi\npour violon (en ré) de Bach; des            13 octobre 1893, à propos de la visite\nœuvres de Dvorack, Vincent d'Indy,         en France de l'amiral Avellan :\nE M . Chabrier, le prélude à l'Après-         « La France n'a plus la mesure\nmidi d'un faune, de Claude Debussy,        d'une nation bien portante. Dans ses\nle concerto inédit pour violoncelle de     sympathies, ses affections, c'est une\nM. Joseph Jacob, un Hamlet de G. Le-       détraquée, dont les engouements ont\nkeu, une suite Wallonne de M. Th.          l'humble domesticité d'une courtisane\nYsaye, le Judas de M. Sylvain Dupuis,      amoureuse. »\nenfin la Cène des apôtres, de Richard\nWagner, et la Rhapsodie de Brahms\nque chantera la Légia, sans parler des         A la suite des fêtes franco-russes,\npièces moins importantes.                   l'immortel François Coppée a éprouvé\n   Pour le quatuor, outre les clas-         le besoin de modifier la fière devise\nsiques : Schumann,         Mendelssohn      qu'avait forgée pour lui Villiers de\n(onctuor), Mozart, Beethoven (les der-      l'Isle-Adam. Jusqu'ici le : Donnez-moi\nniers quatuors), le programme annonce       de l'argent, puisque j'aime ma mère,\ndes œuvres de Saint-Saëns, d'Indy,          avait suffi à assurer au poète le gîte et\nErnest Chausson, Debussy.                   le couvert. Mais avec l'âge un brin\n   La première séance du quatuor            d'ambition lui est venu et le chantre de\nYsaye est fixée au jeudi 19 novembre.        Nicolas II, «fils d'Alexandre trois »,\nLe programme comprend le quatuor            arbore aujourd'hui une devise non\npour cordes de Schumann qui, depuis         moins fière '.\nbien longtemps, n'a plus été entendu à          Donnez-moi l'Aigle blanc, puisque\nBruxelles et la quintette de César         je suis larbin.\nFranck. Avec son frère, Théo Ysaye,             M. François Coppée n'a cependant\nM. Eugène Ysaye jouera à cette séance       pas cru devoir modifier ses armes, qui\nla nouvelle sonate pour piano et violon     sont, comme chacun sait, de tête de\nde Camille Saint Saëns.                     veau sur champ de cassonade.\n\n\n   Dans le numéro de novembre, le               Notre collaborateur Robert de\nFortny ghtlw review» publie un article       Souza fera paraître très prochainement\nétendu sur E. Verhaeren et la traduc-        un volume de poèmes intitulé : Sources\ntion du Fossoyeur des Villages illu-         vers le fleuve.\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": "                                   — 336 —\n\n   Les vers magnifiquement doux et        Arthur Toisoul; Le livre des mas-\nlégendaires que nous avons publiés de     ques. par Remy de Gourmont (illustra-\nlui dans notre numéro précédent font      tions par F. Vallotton) ; La tragédie\npartie de ce recueil et nous le font      de l'homme, par Eméric Madach ;\ndésirer vivement ainsi qu'une pure        Pauline ou la liberté de l'amour, par\net certaine joie d'art.                    Louis Dumur; Phormion, de Térence,\n   Il paraîtra également, au Mercure      traduction littérale par Emile Boisacq ;\nde France, VAlmanach des poètes           Ballades (nouvelle série), par Paul\npour 1897, illustré par A. Rassenfosse.   Fort ; Sylvie ou les émois passionnés,\n                                          par Eugène Montfort (avec préface par\n                                          Saint-Georges de Bouhélier); Poèmes\n   Une conférence était annoncée au       (les Soirs, les Débâcles, les Flambeaux\nCercle artistique sur les massacres       noirs), par Emile Verhaeren ; les Fon-\nd'Arménie. Par suite d'intervention       taines miraculeuses, par Yves Ber-\ndiplomatique de la part de M. Cara-       thou.\nthéodory Etfendi, ambassadeur de\nTurquie, cette conférence n'a pas eu\nlieu.                                       Erratum : C'est Aréthuse et non\n   Cette lâcheté est la réhabilitation     Prêtresse que Henri de Régnier nous\ndes têtes de Turc.                        donnera prochainement.\n\n                                                                   PERINET.\n  Accusés de réception : Opôra, par\n\n\n\n\n Des presses de XAVIER HAVERMANS, Galerie du Commerce, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 374, "texte": "           Ont paru :\n\n   Collection du COQ ROUGF.\n\n\n\n   TÉRENCE :\n                                    PHORMION\n                        Traduction littérale, par EMILE BOISACQ.\n\n                                             Prix : fr. 1.50.\n    Quelques exemplaires sur hollande, à fr. 3.00.\n\n\n\n      Collection, du MERCURE DE FRANCE :\n\nBALLADES (nouvelle série), par PAUL FORT .        .   .   . fr.     250\nSYLVIE OU LES ÉMOIS PASSIONNÉS,\n                        par EUGÈNE MONTFORT.          .   .         »\nLE LIVRE DES MASQUES, par REMY DE GOURMONT .                        3 50\nLA TRAGÉDIE DE L'HOMME, par EMERIC MADACH                     .     3 50\n\n\n      Sous presse :\n\nA EUX DEUX, conte, par ANDRÉ RUIJTERS             .       . fr.     3 00\nEDOUARD II, par GEORGES EEKHOUD,\n                           d'après Marlowe,.                  . 4 00\nLES HEURES CLAIRES, poèmes,\n                          par EMILE VERHAEREN.            .         3 00\nSOURCES VERS LE FLEUVE, poèmes,\n                            par ROBERT DE SOUZA.          .     .   3 50\nLA BELLE DOULEUR, poèmes, par CHARLES BERNARD.                      2 00\n"}, {"page_pdf": 375, "texte": "        Vient de paraître\n\n\n                             dans la Collection du COQ ROUGE\n\n\n\n\n       OPÔRA\n        POÈME\n\n\n                                             par ARTHUR TOISOUL.\n\n\n\n\nTirage à petit nombre d'exemplaires,\n               sur japon fort, à 5 francs.\n\n\n                            En vente au Secrétariat de la Revue.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 7, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1896-11", "signet_source": "N°7 - tome II - Novembre 1896", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 324 : « n° 7 — tome II. novembre 1896 », avec sommaire imprimé. 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