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FRANCIS JAMMES.\nMes Frères aimés                              HENRI VAN DE PUTTE.\nLe Royaume authentique du Grand Saint\n  Nicolas                                     HUBERT KRAINS.\nLa Légende de Vie . . . . . . .               HENRI VAN DE PUTTE.\nEssai sur l'art contemporain . . . .          EMILE VERHAEREN.\nChronique des Poésies                         GEORGES RENCY.\nChronique des Proses                          MAURICE DES OMBIAUX.\nChoses d'art                                  PÉRINET\n\n\n\n\n                   le numéro, fr. 0.80\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-02-n10-203", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "le coq rouge & L'ART JEUNE PARAISSANT", "ancre_fin": "ETRANGER 25", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Rédacteur en chef", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 457, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 488, "texte": "LE COQ                       ROUGE\n                       & L'ART              JEUNE\n\n            PARAISSANT LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n\n                 Prix d'abonnement annuel :\nBELGIQUE                                                   8 FRANCS.\nÉTRANGER                                                  10\n                                            BELGIQUE.   . 20\nEdition sur papier de Hollande Van Gelder\n                                            ETRANGER    . 25\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-02-n10-204", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Rédacteur en chef", "ancre_fin": "131, rue de Brabant.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "REVUES A LIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 457, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 488, "fin_caractere_exclue": 909, "texte": "Rédacteur en chef : MAURICE DES OMBIAUX, 6, rue de Bériot.\n\n\n  Les rédacteurs du Coq rouge se réunissent tous les mercredis à\n5 heures au Café de l'Hôtel Ravenstein, rue Ravenstein.\n  Pour envoi de copie, correspondances diverses, offres de colla-\nboration, demandes d'échange, administration, s'adresser à\n            M. HENRI VAN DE PUTTE, Secrétaire,\n                      131, rue de Brabant.\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-02-n10-205", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Revues à lire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUES A LIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 457, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 909, "fin_caractere_exclue": 1509, "texte": "REVUES A LIRE :\nArt moderne, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles.\nRéveil, 64, rue Kessels, Bruxelles.\nLibre Journal, 55, rue de la Chaussée, Mons.\nVan nu en straks, 21, Dahliastraat, Anvers.\nMercure de France, 15, rue de l'Echaudé, Paris.\nRevue blanche, 1, rue Laffite, Paris.\nErmitage, 26, rue Juliette-Lamber, Paris.\nLa Revue sentimentale, 91, rue de Carmaux, Albi.\nLa Province nouvelle, 43, rue de Paris, Auxerre.\nLa Plume, 31, rue Bonaparte, Paris.\nDocuments sur le Naturisme, 10, rue des Tenneroles, Saint-Cloud.\nL'Effort, 8, rue Ingres, Toulouse.\nDie Gesellschaft, Hans Merian, éditeur, Leipzig.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-02-n10-001", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 411, "page_fin": 423, "titre_corps": "La naissance du poète", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Francis Jammes", "ancre_debut": "LA NAISSANCE DU POÈTE A FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 458, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 1741, "texte": "LA NAISSANCE DU POÈTE\n                                                        A FRANCIS    VIELÉ-GRIFFIN\n\n\n\n                                                    J'ai écrit cette œuvre dans le recueil-\n                                                  lement. J'ai senti, en l'écrivant, passer\n                                                  en moi des inspirations simples et\n                                                  pures. J'espère que vous l'aimerez &\n                                                  cause de cela. Je vous l'offre parce que\n                                                  vous êtes un grand poète.\n                                                                                     F. J.\n\n\n\n                           PREMIÈRE PARTIE\n\n\n                               Dans le Ciel\n   L'Univers est dans un grand recueillement. Je pense qu'il est un bloc de marbre\nnoir que l'intelligence et la lumière vont sculpter.\n   Peu à peu le noir devient blanc. C'est la neige qui sort de la nuit. Elle tombe\nsur la Terre.\n  C'est au mois de décembre.\n  Le poète va naître dans une douce maison de campagne.. Le ciel s'éclaire de plus\nen plus. Les forêts fleuries de neige sont des bouquets.\n  Des chants s'élèvent, doux.comme le silence qui les a précédés, à peine sensibles\nd'abord, comme des frissons de harpe, puis majestueux, calmes, apaisants. Ils\nemplissent d'amour l'étendue divine.\n  Et, dans les silences des chœurs, la campagne tressaille comme un ventre de\nfemme enceinte, et les coqs réveillés chantent. C'est le\n\n\n                                CHŒUR CÉLESTE\n\nauquel se mêlent les voix les plus pures de la Terre.\n                                                                                  27\n"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1594, "texte": "                        -   412 —\n\n                        DES ANGES\n\nNous sommes les linges que l'on ne peut pas voir\nparce que notre corps est en air et dans l'air.\nNous pleurons de joie sur les mendiants amers\nquand pleut sur eux la pluie douce des sous verts et noirs.\n\nNous ne connaissons pas les noms propres célèbres,\ncar que nous fait a nous que la Terre soit ronde,\ncar que nous fait à nous que la Mer soit profonde ?\nNous chantons Dieu qui le sait et en est le Père.\n\nNous chantons Dieu qui le sait et en est le Père.\nLa lumière fait naître les choses en ombre,\net quoique rien ne naisse ou, ne meure à la tombe,\nune grande joie va naître sur la Terre.\n\n                  UN ANGE SEUL DIT :\n\n               Un poète va naître.\n               Oh ! que Dieu est bon.\n               Le Monde va naître\n               dans une prison.\n\n               Nous sommes les anges\n               que l'on ne peut voir.\n               Nous aimons les mendiants\n               aux doigts en sous noirs.\n\n                       DES ESPRITS\n\nLe Monde, comme hier, roule, et comme demain.\nNous ne comprenons rien à ce que l'on comprend.\nNous savons que le feu et l'air sont transparents,\net qu'un poète naît ainsi que le matin.\n\nLa Terre, l'Univers et Ce qui les dépassé,\nchantent jusqu'à ce que le poète en soit plein,\net la mort c'est la vie, le père l'orphelin,\nl'orphelin c'est le père, et la prison l'espace.\n\nLes forêts, cette nuit, ont fait taire leurs harpes\npour en donner le son à celui qui va naître.\nLa Nuit était épaisse et donnait sa lumière\nà celui qui va en être plein comme un astre.\n"}, {"page_pdf": 460, "page_imprimee": 413, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1902, "texte": "                                 — 413 —\n\n         Le Jour se fait plus clair et il donne sa nuit\n         à celui qui y jettera de la lumière.\n         On a entendu s'arrêter, un moment, la Terre\n         qui lui donnait la terre afin qu'il la pétrît.\n\n         La Mer lui a donné les hoquets et les larmes,\n         le Feu lui a donné la chaleur des artères,\n         le Ciel lui a donné le séjour de la Terre,\n         la Vie lui a donné la Mort qui grandira.\n\n  On entend s'élever la prière d'une grand'mère paralytique. Elle plane dans le\nciel, ineffablement. A cette prière répondent\n\n                                 DEUX ANGES\n\n         Nous aimons les grand'mères paralytiques\n         dont la souffrance douce a fait mourir les pieds\n         et dont la consolation est la justice.\n\n         Nous aimons sur nos fronts les roses en papier\n         des églises pauvres où le silence crie,\n         et, sur l'autel, les vases de loterie dorés.\n\n         Nous ployons un genou et nous croisons les doigts,\n         en nous regardant, et pareils comme nos ailes.\n         Nous sommes la Religion qui s'en va,\n\n         mais reste aux cœurs meurtris des pauvresses humaines.\n\n                                      DIEU\n\n         J'aime les hommes bons. Je plains l'homme mauvais.\n         J'aime les bonnes choses, les animaux et les plantes.\n         J'aime les révoltés, j'aime les résignés,\n         j'aime la Nuit, le Jour, le Soir et l'Aube blanche.\n\n         J'aime et ne demandez pas d'expliquer des choses.\n         Pourquoi voulez-vous que je vous les explique ?\n         — Car c'est moi qui vous ai donné une logique,\n         et l'illogisme aussi, et le blé et les roses.\n\n         J'aime. Aimez. Sans doute que j'ai eu raison...\n         Ne me demandez pas pourquoi une vipère\n         se fait tuer pour ses petits, en bonne mère.\n         A genoux ! Les cœurs débordent de la raison.\n"}, {"page_pdf": 461, "page_imprimee": 414, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1477, "texte": "                         — 414 —\n\n                       TOUT LE CIEL\n\nHosanna ! Frappons donc sur les timbales d'or\ndes pôles résonnants du globe universel.\nFrappons encor, frappons encor, frappons encor,\net chantons un chant pur comme l'eau et le sel.\n\n\n                        UN ESPRIT\n\nLes oiseaux de paradis volent en Papouasie.\nIls agitent leur vol en guenilles d'or sur les fleurs en cloche\net sur les lianes dont bougent un peu les roses...\nLe poète qui naît entend cette harmonie.\n\n\n Une belle femme nue, sur des roses d'Asie,\nfait un geste aussi doux que la Mer qui se plie,\n et un jeune homme beau et assoupi l'admire...\n Le poète qui naît voit cette harmonie.\n\n\nSur le sable d'Afrique les pauvres militaires\nmeurent en appelant leurs amis et leurs mères,\net ont si soif qu'ils doivent lécher la terre\nsèche, de leur langue sèche, noire, salée et amère...\nLe poète qui naît entend ces agonies.\n\n\nDans les villes mercantiles, en Amérique,\non entend les hommes actifs taper le fer.\nLes cuirassés coupent la Mer.\nLe poète qui naît conçoit les mécaniques.\n\n\n L'Europe aux lèvres roses, aux blanches épaules,\nfait une vapeur bleue aux vitres du pôle,\n et est parfumée par des mers unies.\n Le poète qui naît sait cette harmonie.\n\n\n                          UN ANGE\n\nLe Monde est comme un arbre, et dont les purs esprits\n                      sont les bons fruits...\nLes fleurs sont les femmes, et les feuilles sèches se traînant\n                      sont les mendiants.\n"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 415, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1461, "texte": "                      — 415 —\n\n                      UN ESPRIT\n\n                        Femme,\n                        douce\n                        mousse\n                        d'âme...\n\n                         Homme,\n                         chose\n                         bonne...\n\n          LES PROCESSIONS DES CAMPAGNES\n\nNous sommes les processions des campagnes.\nDevant nous se dressent les montagnes,\net nous chantons sur la route en poussière, amie des ânes.\n\nLes petites filles blanches et empesées\nportent de petites bannières et sont frisées\ncomme les doux agneaux qui sont dans les prés.\n\nLa procession a deux rangs qui vont lentement.\nOn marche un à un. Les hommes vont gravement,\nen tendant le jarret, le chapeau à la main.\n\nC'est une gloire. On dirait des choses qui volent.\nLa rue de la petite ville est fraîche, et les banderolles\ninclinent des baisers à la jonchée d'herbes douces.\n\nLe chant monte et la petite place, au soir,\nagite poétiquement sur le pur reposoir\nles arbres municipaux frais comme des arrosoirs.\n\nL'Elévation ! A genoux I Les feuilles comme des arrosoirs\npleurent sur le peuple agenouillé et plein d'espoir,\net alors, dans l'enthousiasme, vers l'ostensoir\n\nles petites filles jettent des pétales de roses,\net les filles plus âgées qui chantaient si douces,\nse taisent, courbées devant les vases de mousse,\n\net la clochette tinte saintement,\net le peuple se relève tout doucement.\nTout ça a quelque chose de très calmant.\n"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 416, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1557, "texte": "                      — 416 —\n\nNous sommes les processions\ndes Fêtes-Dieu, des Rogations,\nles Adorations, les Bénédictions.\n\nNous sommes tristes comme les vieux jardins du pays basque,\ncomme les croix en fleurs des routes pâles,\ncomme l'âme du poète qui vit dans un village,\n\net qui regarde passer sur les pavés très âgés\nles pas morts de parents morts qui furent aux îles,\net qui dorment sous les tabacs roses des Antilles,\n\ndans la paix de la mort d'un cimetière abandonné.\n\n                  CHŒUR DE VIERGES\n\nOh ! quelles douces voix ! Ecoutons et prions.\n C'est un poète qui naît. Nous sommes les vierges qui donnons\nnos corps aux jeunes gens impurs et pardonnons\nen souriant et en ouvrant nos bras où glissent\nleurs sourires. Et nous sommes les vierges lisses\nqui lavons nos corps pour entrer dans le lit\ndes jeunes gens dont notre douce chasteté\npardonne, avec tristesse, la brutalité...'\nCar c'est de nous que naît l'humanité,\nde nous que naît la ligne de beauté,\nde nous que naît la ligne de bonté,\nde nous que naît la criminalité,\nde nous que naît l'universalité,\nde nous que naît, ce matin, un poète.\n\n                        UN ANGE\n\nD'où la chanson de cette lyre vient-elle ?\n\n                    UN AUTRE ANGE\n\nC'est le cri de l'enfant à travers les osiers\nde son berceau qui fait penser, au Nil\noù Moïse dormait ainsi que dans une île\nen argent, pendant qu'au bord vaseux les royales filles\nattendaient le lit flottant qu'elles recueillirent.\nDe même qu'aujourd'hui un poète naît d'une femme,\nde même, en ce temps-là, Moïse, poète par l'âme,\n"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 417, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1912, "texte": "                                — 417 —\n\n        naquit de ces filles qui furent ses mères\n        en l'empêchant de mourir noyé.\n        Que ce soit là ou ici-: le même berceau\n        que le berceau de Moïse-sauvé-des-eaux,\n        est le berceau d'où 'tu entends ce cri en rire\n        à travers les osiers qui forment une lyre.\n\n          UN MALHEUREUX QUI MEURT DANS UN HÔPITAL\n\n  (Son âme commence à monter au ciel, pendant que l'âme du poète descend su\nla Terre.)\n\n        Vous chantez de joie et moi je meurs abattu.\n        J'ai Je délire et vais mourir et vous chantez.\n        Je croyais dormir parmi les lits bien alignés,\n        lorsque l'on a enfoncé une chose aiguë\n                  dans ma plaie qui en a bougé.\n\n         Je vais mourir. J'entends vos chants de joie passer\n         dans les cornettes bougeantes et bien lissées\n         des sœurs en cire qui tiennent de longues fioles.\n         Les étudiants qui parlaient bas disaient : c'est drôle...\n                  Et la lampe baissait... baissait...\n\n        Je suis né un jour, moi aussi, comme un poète,\n        et j'ai perdu ma mère, mon père et mon frère.\n        J'avais une maladie et je gagnais assez d'argent\n        pour acheter les remèdes et le traitement\n                  et de quoi manger..\n\n                                     DIEU\n\n        Chantez ! Je suis Celui qui mène les agneaux\n      . dont la laine est durcie aux poussières des routes\n        vers la berge juteuse et verte où sont les eaux\n                                 douces.\n\n L'âme du malheureux monte au ciel. L'âme du poète descend sur la Terre.\nOn entend encore la voix de\n\n                                     DIEU.\n         L'Infini ouvrant l'ombre a ouvert la lumière.\n         L'un va à la lumière et l'autre va à l'ombre.\n         Qui naît, le savez vous? Qui descend à la tombe?\n         La mort, la vie pour vous sont des morceaux de terre.\n"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 418, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1451, "texte": "                      — 418 —\n\nMais il y a bien plus que des morceaux de terre,\nil y a bien plus que la lumière et que l'ombre.\nC'est ce qu'on ne sait pas qui est vraiment la tombe.\nC'est l'ombre qu'on ne sait pas qui est la lumière.\n\n                      DES ANGES\n\nChantons! L'âme du poète descend sur la Terre.\n\n\n\n                DEUXIÈME PARTIE\n\n                   Sur la Terre\n                Forêt. Hiver. Aube. Neige.\n\n                         L'ARBRE\nL'âme du poète descend sur la Terre.\nLe poète, c'est moi, puisque j'existe, et qu'il existe.\nJe porte des fruits, des fleurs et des colombes grises,\ncomme en portent aussi les mains du poète.\n\nComme lui, je porte une hache dans mon cœur ;\ncomme lui, je chante au vent. On n'écoute pas.\nEt, quand je suis vieux, je tombe à bas,\ncomme lui, sans cheveux et plein de vers rongeurs.\n\n                       LA PIERRE\n\nL'âme du poète descend sur la Terre.\nLe poète, c'est moi, car je suis dure comme l'homme,\ntout en ayant de la mousse douce et bonne,\ncomme de la bonté sur l'âme du poète.\n\nComme à lui, on me jette des ordures :\nles oiseaux jacasseurs, aux riches plumages,\nlaissent tomber sur moi des fientes du haut des arbres :\nmais je rends en argent ces êclaboussures.\n\n                      LE RUISSEAU\n\nL'âme du poète descend sur la Terre.\nLe poète, c'est moi, puisque je coule comme son sang,\net que je chante, et que je prie, en m'écorchant\naux ronces, pour aller me perdre dans la Mer.\n"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 419, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1691, "texte": "                       — 419 —\n\n Comme lui qui traîne, jusqu'à la mort, les feuilles\noù il a écrit en pleurant la grande Nature,\nje traîne les feuilles en or que je recueille,\nen passant, dans le bois, et sous elles je pleure.\n\n                      LA FOUGÈRE\nL'âme du poète descend sur la Terre.\nLe poète, c'est moi, car j'ombrage le front des ânes\net les champignons en poison comme les hommes,\net que mes feuilles sont ornées comme un poème.\n\nLui, c'est moi, car je jaunis et je suis cassante,\net me brise lorsque les larmes de la pluie\ntombent sur moi, comme celles des pauvres gens\nsur son âme qui en meurt petit à petit.\n\n                       LES JONCS\nL'âme du poète descend sur la Terre.\nLui, c'est nous. Nous sommes nus et sans feuilles.\nComme lui nous vivons pauvres dans les bourbiers,\nmaigres et 'nous pliant parce que nous sommes faibles.\n\nEt l'on ne peut saisir ce qui se passe en nous,\nainsi qu'on ne le peut dans l'âme du poète.\nLe chien d'arrêt croit trouver quelque chose toujours\nen. nous, mais n'y trouve souvent que de la terre.\n\n                       LES RONCES\nL'âme du poète descend sur la Terre.\nElle, c'est nous. Nous avons l'air méchantes, mais\nnous abritons des fleurs, des oiseaux et des lièvres...\nEt quand nous arrachons, aux agneaux, du duvet,\n\nc'est pour les nids où les oiseaux nus auraient froid,\net nous avons aussi pour eux de bonnes mûres :\nmais l'homme qui veut tout pour soi\nnous écarte à coups de couteau, à coups de chaussure.\n\n                LA MAISON ABANDONNÉE\n\nL'âme du poète descend sur la Terre.\nLui, c'est moi. Il y eut, peut-être, des amoureux,\nprès de ma cheminée en noir mortier pluvieux,\ncomme dans l'âme en miettes noires du poète.\n"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 420, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1663, "texte": "                                 — 420 —\n\n       Mais il n'y en a plus... Mais il n'y en a plus...\n       Il a l'air d'en rire comme moi, dans la nuit,\n       sous le vent, dans son pauvre et luisant pardessus,\n       comme moi sous mon toit si triste luisant de pluie.\n\n\n\n                       TROISIÈME PARTIE\n\n\n   Sur la mer, dans la mer et auprès de la mer\n\nDessus : un bateau, du brouillard et des oiseaux.\nDedans : des poissons, des algues, du corail, des noyés.\nAuprès : une maison de pêcheur.\n\n                                   LA MER\n\n       Je suis claire comme moi-même, l'air et l'âme\n       du poète, et l'on voit croître, à travers mes eaux,\n       des branches de corail pareilles -au cerveau\n       ramifié et aux. poumons rouges de l'homme.\n\n       Qui est-ce qui sait donc que je ne pense pas?\n       Qui est-ce qui niera que je ne sois poète,\n       lorsque des poissons d'or s'agitent dans ma tête\n       ainsi que des pensées qu'obscurcit le brouillard,\n\n       le brouillard qui descend ainsi que l'Inconnu,\n       et qui est ce voile jeté sur toutes choses\n       qui fait qu'on ne sait jamais où ont disparu\n       lès bateaux qui pleuraient au vent comme des hommes.\n\n                                UN BATEAU\n\n       Je vais, car je suis poète, sur une terre qui bouge\n       et qui est la mer où volent les poissons\n       et sur qui nagent les oiseaux aux ailes longues\n       et molles comme les flots qui se courbent.\n\n       On dit que le poète porte à la main une lyre.\n       Moi j'ai des cordes tendues où chante le vent,\n       et le vent n'est-il pas la voix de Dieu, autant\n       que celle du poète qui ne l'a que par Lui?\n"}, {"page_pdf": 468, "page_imprimee": 421, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1534, "texte": "                       — 421 —\n\nJ'ai le corps du poète au fond de la mer :\nle bateau mort à des côtes-comme les hommes;\net, ma voile, comme un mouchoir à une femme\ndit au revoir, salue quelque pieuvre cruelle.\n\n               UNE MAISON DE PÊCHEUR                 -\n\n            Je suis, au, bord de la mer,\n            une maison où les fenêtres\n            et la porte sont ouvertes,\n            et sont des trous en terre.\n\n            C'est moi qui suis le poète,\n            qui est, comme moi, en terre,\n            et qui a des trous à la tête :\n            yeux, nez, bouche et oreilles.\n\n            Des vêtements, devant moi\n            sèchent, jaunes, luisants et durs,\n            à côté d'une barque sur\n            laquelle il y a des rames.\n\n            Je suis, je suis le poète,\n            car par mes simples fenêtres,\n            tout le ciel entre en fête\n            dans les trous de ma tête.\n\n                       LES NOYÉS\n\nNous vivons dans la mort, comme les grands poètes :\ndans la mort transparente et saine de l'eau,\net nous n'entendons plus le murmure des terres,\net le ciel de la nuit fait le jour dans les flots.\n\nNous avons été déchirés par des requins,\ncomme le poète par l'homme, et avons nourri\ndes huîtres, des araignées, des oursins\net des pieuvres qui rougissent comme desfemmes qui sourient.\n\n Nous sommes noyés dans la mer, comme il est noyé\nsur là terre, et nos lambeaux s'incrustent aux rochers\ncomme des Prométhées dont le foie est rongé\npar l'amour de la tendre et chaste bien-aimée...\n"}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 422, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1492, "texte": "                        — 422 —\n\nMais nous nom vengerons, et quand la bien-aimée\ntendra sa bouche à l'eau pour y boire notre sang\nqui s'y épand en gouttes, nous laisserons, en pâlissant,\nglisser des roses d'or sur sa gorge gonflée.\n\nEt, petit à petit, comme des bras de femme,\nles algues nous entoureront, entoureront;\net nous en sentiront bientôt jusqu'au front,\npuis elles nous lieront doucement jusqu'à l'âme.\n\n\n\n\n               QUATRIÈME P A R T I E\n\n\n         Le Ciel, la Terre, la Mer,\n\n                         LE CIEL\n\n Dors, ô Terre! car je suis l'âme du poète.\n Je te berce à jamais au sein de l'Infini,\n pendant que Dieu, que l'on ne peut pas voir, nous berce\n'au sein de l'Infini d'où naît notre Fini.\n\n Les Forces sont en moi comme dans une forge.\n Les étoiles sont des charbons en feu qu'éteint\nje ne sais Qui de fort qui s'en va le matin,\n et qui forge les sangliers, le poète et l'orge.\n\nEcoute ! Les anges chantent de beaux cantiques.\nIls ont des harpes, des êcharpes et des voix tendres.\nEcoute ! Le poète est né ! Gloire ! Il faut entendre\ncette paix de Bonté et ces chœurs d'Harmonie.\n\nRegarde ! la nuit, ô Terre, se déchire,\nLe poète est né, et voici les Célébrantes :\nce sont les choses de tous les jours, qui, comme avant,\ncontinuent pour qu'il les aime et pour qu'il les chante.\n\n Vois! C'est là-bas, vers l'Aube, la colline,\nô Terre! avec les perdrix perdues dans la neige.\nIl fait jour ! Gloire ! Reconnais tes vieux cimetières\néparpillés comme des orgues d'agonie.\n"}, {"page_pdf": 470, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1381, "texte": "                      — 423 —\n\nReconnais-loi toi-même, et, puisque tu es lui,\npuisque nous sommes lui, toi et moi et la mer,\nregarde passer, en courbes, dans les airs,\nles canards qne tu dois reposer et nourrir.\n\nIls s'en viennent du Ciel pour aller à la Mer,\net pour se reposer, ô Terre! sur tes terres.\n Unissons nos devoirs et soyons le poète\nqui a un seul cœur et qui a une seule tête.\n\nEveille-toi! La nuit terrestre se déchire;\nle poète est né, et voici les Célébrantes.\n\n                       LA TERRE\n\nJe me réveille, ô Ciel! Je suis l'âme-poète,\nEt je te berce aussi, ô Ciel, parmi les cieux\n                      harmonieux.\nL'air que je berce est toi, et, bercé, tu me berces.\n\nJe me suis réveillée au cri poussé par l'Infini,\nau moment où naissait le poète dans la paix douce\n                      et bénie...\nEt j'entends les ruisseaux, les terres et les mousses.\n\n                 LA MER A LA TERRE\n\nTerre, je te berce de chants et de parfums,\net je berce le Ciel où chantent les étoiles.\nMais le Ciel qui me berce est bercé par toi.\nAimons-nous à jamais, car nous ne sommes qu'un.\n\n                        ENSEMBLE\n\nNous sommes l'âme du poète qui est née maintenant.\n Une grande joie M'emplit et Je parfume\nles pieds de Dieu, pareille à l'encensoir qui fume.\nJe suis le jour, la nuit, le bruit et le silence.\n\n                                       FRANCIS JAMMES.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-02-n10-002", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 424, "page_fin": 431, "titre_corps": "Mes frères aimés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Van de Putte", "ancre_debut": "MES FRÈRES AIMÉS C ECI n'est pas, je vous en préviens", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 471, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 2010, "texte": "MES FRÈRES AIMÉS\n\n\n\nC\n              ECI n'est pas, je vous en préviens, une chronique\n               littéraire ; c'est de l'amour et de l'admiration\n               — rien que cela — de l'admiration et de l'amour.\n                  S'il fallait pourtant préciser davantage, au sujet\nde la nature de cette brève étude, je dirais que c'est quelque\nchose comme un tableau de famille, dans lequel j'ai réuni tous\nles poètes jeunes d'aujourd'hui que je juge frères par le cœur,\nl'esprit et l'œuvre, et qui résument pour moi l'âme nouvelle.\n   Je parlerai donc de Tristan Klingsor, Eugène Montfort,\nJean Violis, Paul Fort, Saint-Georges de Bouhélier, Henry\nBataille, etc., et de mes chers amis compagnons de lutte :\nArthur Toisoul, André Ruyters, Charles Bernard, Georges\nRency, parce que mon cœur d'enfant a compris leur grand\ncœur, et s'en est très épris spontanément; parce que, aussi,\nmon cerveau de décadent (dans le beau sens, ce mot-là, bien\nentendu!) s'est émerveillé avec joie devant la forme originale,\ndevant les rythmes et les grâces si compliqués, devant la force\nde leurs poèmes !\n   Et je l'ai dit, et je le répète, ceci n'est pas une chronique\nlittéraire, mais de l'amour et de l'admiration, rien que cela, de\nl'admiration et de l'amour.\n\n   Donc, entonnons notre cantique !\n   O mes frères aimés, ô poètes jeunes, je voudrais vous élever\nun simple et loyal autel de gratitude et de tendresse, qui fasse\ns'arrêter sur la route littéraire quelques passants, et les force à\nsonger à vous, à vous lire..., par suite à vous aimer...\n   C'est bien le moins, en effet, que je fasse quelque chose pour\nvotre gloire !\n   Vous m'avez enchanté ! Vous m'avez enlevé en de tels ravis-\nsements ! J'ai trouvé en vos créations des béatitudes profondes,\ntelles que seuls m'en avaient - données de pareilles Laforgue,\nRimbaud, Verlaine, Griffin et Verhaeren. Je vous dois bien\nquelque chose pour cela, n'est-ce pas?\n   Ma reconnaissance se traduira en ces phrases, où je veux dire\nles beautés de vos livres.\n"}, {"page_pdf": 472, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "                             — 425 —\n   Car j'ai souvent pleuré de ne pouvoir donner la même joie à\nces trois morts divins dont j'ai cité les noms plus haut; je ne\nveux pas avoir plus tard le même regret pour l'un ou l'autre\nd'entre vous dont la mort désagréable désagrégerait la puissante\net neuve personnalité aimée.\n\n    Voici Paul Fort, Messieurs :\n    Une belle âme étonnamment prismatique, exprimée en images\n coloriées diversement, tintantes et nettes. Ce cher artiste nous\n chante des ballades, des poèmes plutôt, de tous les temps, de\n tous les sentiments, de toutes les teintes, avec leur bigarrure de\n cadences, parfois bizarres et parfois même puérils, comme s'il\n s'en souvenait d'enfance, mais toujours très adéquats et évoca-\n tifs. Chacun de ses mots, en effet, chacune de ses tournures est\nun jeu scintillant de miroitements.\n    C'est un véritable symboliste. Chaque ligne, chaque nuance\n du paysage matériel qu'il nous évoque, est en même temps la\n ligne ou la nuance d'un paysage d'âme. Quelquefois la forme et\n le fond se mêlent, et les cris de l'âme elle-même éclatent parmi\nles cris des personnages qui l'objectivent. Et je ne sais si ce n'est\nalors vraiment que l'œuvre est le plus belle.\"\n    La forme de cela est merveilleuse. Les mots chatoient et pal-\npitent d'une multiplicité extraordinaire de sensations. Et ce n'est\npas de la prose, malgré l'apparence typographique, et c'est\npurement de la pure poésie, aux sublimes ou fantaisistes guir-\nlandes de rythmes.\n    Car écoutez la belle folie lâchée de ceci : « Non ! Et toute\ncette folle ronde, bousculante, ivre-vive, de rousses, de noires,\nde blondes flottantes chevelures, qui se mêlent, qui s'emmêlent\nau souffle de la ronde? — Hé, c'est quelque incendie où les ors\net les cuivres, à s'entre-déchirer les ombres, se dévorent... »\n    Prêtez à nouveau l'oreille au délicieux chuchotement fin de\ncette ballade qui parut en l ' A r t jeune : « Une petite main pâle\nfleurit à la serrure... »\n    Entendez enfin chanter la claire matutine gaîté, la douceur\nbéatifiée de soleil d'après-midi de cette autre ballade où l'on est\n« enfin bien au long, en On pré, tout couché... où on entend les\ngrenouilles causer... où on écoute on ne sait quoi qui chante\ndans les herbes..: »\n    Pour ce qui est de dire le fond de ces livres, la chose est\nardue, sinon impossible. Chaque poème est en effet une concep-\n"}, {"page_pdf": 473, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2376, "texte": "                             — 426    -\n\ntion d'un genre, d'une époque, souvent même d'une âme diffé-\nrente. Comment donc vous dire tout cela?\n    Pourtant, ce que l'on y voit surtout, c'est d'abord des visions\nétranges et splendides, lucidement regardées et limpidement\ndites; puis, les drôles gestes sentimentaux de clowns tels que\nMiousic, Analytic et Coxcomb, incarnant toute l'intense et\nexultante vie de cœur de l'artiste, ainsi que ses fols jaillisse-\nments de rêveries... Et bast! ceux dont l'âme ne sait voir ni\nentendre, n'apercevront là que pirouettes, gammes, rires vifs et\nrythmes éperlés... Alors que, inconsciemment, c'est pour mieux\nles laisser voir (à ceux qui savent voir), que l'artiste, un peu\ncomme un Laforgue ou un Corbière, dissimule à demi ses san-\nglots sous des cris, et éparpille à chaque instant son âme claire\nen feux d'artifice de rires, — sachant bien que ces rires, lancés\ndans certain décor ou certaine atmosphère, sont plus lamen-\ntables que des plaintes !\n   Il y a enfin des extases religieuses devant certaines scènes,\ndevant le Silence, devant l'Aimée ; et des exaltations bondies\nvers des magnificences, comme en ces très compréhensives\nparoles chantées à la Beauté : « Qu'un sourire m'éclaire ta face\ninsaisissable. Ne sois plus éternelle, colore-toi de vie ; sois sen-\nsible, souris. Il n'est plus de barbares, il n'est que barbaries.\nNe sois plus éternelle, prends un peu de ma vie... Mué ton\nmarbre en chair, je te dirai, bien sage : — Façonne mon image,\nma chère, à ton image.\n   « Toi la mieux belle, toi qui te connais telle, toi, la seule\nbelle, ah! te cambrer mienne!... »\n   Et plus loin dans la même pièce : « Et malgré tout régnante !\nde me leurrer, soudaine, à tel clair, en telle ombre, d'indul-\ngence lointaine que mon désir veut croire avoir touché de\nl'aile, avant qu'elle ne s'efface aux mains pensées vers elle. —\n« Sur ton marbre, en reflet, ma pourpre humanité » si souvent\ndélirais-je. Mirage ! le soleil écartant les nuées, féal baisait tes\nneiges.\n   » Toi la plus belle, toi qui te sais bien telle, toi, la seule\nbelle, te posséder ! »\n   Dans ses derniers recueils, le poème tourne de plus en plus\nà la chanson, une chanson haute et claire et d'or, où tout\nreluit, rit et ronde.\n   Cet exquis motif populaire : « Si toutes les filles du monde\nvoulaient s'donner la main... » a déjà fait le tour de la littéra-\n"}, {"page_pdf": 474, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "                              — 427 —\n\nture... Et devant la mer, chacun de nous l'a entendu fleurir\nspontanément puérilement au fond de son cœur.\n   En résumé, Paul Fort nous a donné des livres de belle\nclarté de langue et d'idée — ceux qui n'y voient le sens de\nmoindres mots sont des myopes ou des crétins — des livres\nqui nous apportent une âme moderne, avec ses infiniment pêle-\nmêlées émotions. La langue en est éblouissante de variété,\nappropriée bellement à l'humanité de cet artiste, que l'on\ndevine très spontané, et que de suite on aime.\n  Aux heures ternes et mornes, cela nous remplira le cœur\nd'ardentes vitales crépitations, le cerveau de multiples et\ndélicieux mirages.\n\n   Voici Henry Bataille :\n   Son âme habite une Chambre blanche exquise comme\naucune. De la jeunesse douce et vaguement triste, des choses\nmerveilleuses de joliesse : lampes, miroirs et vieilles horloges,\nl'habitent. Et c'est la Chambre blanche d'enfance, que chacun\nde nous conserve close et bondée de souvenirs dans la grande\ndemeure qu'est le cœur.\n   O chambre exquise d'enfance !\n      où s'ouvre, au fond des lits, l'œil tendre des poupées.\n\n   Il faudrait avoir le cœur vanné pour ne pas aimer une\nchanson pareille. Tout y ravit : les ciels et les meubles, les\nsoirs et les jouets... On ne peut que s'y laisser prendre. — Pour-\nquoi ? — Oh ! je ne sais... C'est un charme... Que voulez-vous !\nje n'en peux rien, mais je suis heureux de dire — je ne puis\nfaire autrement — que ce livre m'a ensorcelé tout ce qu'il y a\nde plus délicat et frais en moi. C'est sans doute que ce jeune\nhomme se chérit très ineffablement en toutes les choses amies,\net que ces choses elles-mêmes sont aimables, avec leur joie\nmélancolieuse et leur puérilité.\n   Le sentiment du livre se résume en ce vers :\n                    En mélancolie de printemps.\n\n  Le sujet, en ces autres :\n        Je t'ai rêvée en la naïveté des choses\n        et j'ai parlé de toi aux plus vieilles d'entre elles.\n                                                                28\n"}, {"page_pdf": 475, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2004, "texte": "                            — 428 —\n\n   Et eh! oui! livre délicieux et émotif! écrit sous la lampe!\nparmi la vie des êtres d'antan ou printanniers, la fenêtre ouverte\nà demi, livre dont le poète a aimé les mots et les gestes, les\natmosphères, les robes fanées, les sanglots et les poupées, qui\nsont ses personnages ravissants...\n   Tout un coeur s'y révèle, avec sa langue, son ambiance, sa\nvie, si intensément délicieusement personnelles.\n   Des vers en seraient à citer, mais sans doute tous...\n   Quelques-uns sont d'un relief et d'une évocation qui étonnent ;\ntels ceux-ci :\n       Le cri du coq est plein de gouttes de rosée.\n       Dans les chemins et sous les bien-aimées ramées...\n       Pourtant je sens en moi se fermer des paupières.\n   Mais surtout ceux qui décrivent ce Soir vraiment extatique\nd'émotion musicale, où le poète murmure :\n    Ecoute! oh! l'on défaille dans l'ombre...\n    Un rossignol de nuit est tombé dans les branches...\n    Vois nos lampes, là-bas, au fond du jardin sombre...,\n    Elles s'éteignent comme se sont couchées toutes blanches,\n    Les robes cérémonieuses des jets d'eau.\n    Viens... Ne fais pas de bruit, c'est l'heure des roseaux...\n\n  Je ne sais pas de charme plus compénétrant. — C'est Une\nmélodie très doucereusement chuchoteuse... triste parfois, mais\ntoujours si jeune... ; des sanglots à musique!\n\n   Voici Charles Bernard :\n   Celui-là, depuis son premier recueil, a été classé le poète du\nclair de lune. La chose a même un peu tourné à la blague, et\nc'est grand tort ! Car sa nature même et, si je puis m'exprimer\nainsi, le caractère pur, lunaire et pâle de son âme, l'ont seuls\namené à cela.\n   Grandement, ses deux œuvres diffèrent.\n   La première, presque sans pensée, n'est autre chose qu'une\nexquise musique. Et le désir m'a souvent pris de l'épigraphier\nde ce vers du grand Verlaine bien-aimé :\n                 De la musique avant toute chose,\n                 Et pour cela préfère l'Impair.\n                 De la musique encore et toujours!\n"}, {"page_pdf": 476, "page_imprimee": 429, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2177, "texte": "                            — 429 —\n   La poésie cependant y chantait avec grand charme; une\npoésie claire, poudrée d'étoiles fines, et dont les s nombreux\nfaisaient frissonner de musicales soieries.\n   De belles lignes ondulent; des formes nues se meuvent\ndoucement — lointainement ; de grands décors hiératiques s'éri-\ngent ; et il émane de tout cela de vaguement tristes sentiments\net des évocations.\n   Nuits d'étoiles, sentes rêveuses, ébauches, redites, songes,\ncaresses, coloris et pierreries..., phalènes bruissonnantes, et\nruisselets chanteurs et berceurs de perles, musiques enfin, merveil-\nleuses ! c'est tout entière cette première œuvre, — qui m'a\nlaissé\n                le souvenir d'harmonieuses griseries.\n   La seconde au contraire s'est élargie. Toujours les mêmes\nafféteries étincelantes dans le mot et dans la chanson, oui,\nmais quel coup d'aile plus large et plus avide d'espace et de\nlumière et d'amour!...\n   Des amants se promènent à travers la nature magnifiée de\nlueurs de lune. Ils se couchent sur le sable semblable à une\nchair. Ils parlent de-leurs gestes, de leurs âmes, de leurs yeux.\nIls s'occupent, surtout ! à exprimer combien ils se sont identi-\nfiés avec la nuit, la nature et la lune..., et combien celles-ci\nles expriment.\n   L'allure du vers, elle aussi, a pris un autre essor. Elle s'est\nélargie magnifiquement en d'onduleux et limpides alexandrins.\nTout cela est beau d'une sérénité pure et claire. La lumière\nquoique douce, en éblouit !\n   Ce poète qui s'ignorait lui-même hier encore, se réalisera\nsans doute tout entier demain, dans sa beauté très à lui, —\navec la grâce de la Lune bien entendu...\n\n   Voici Tristan Klingsor :\n   Toutes celles, merveilleuses, que la légende fait défiler dans\nnos souvenirs, revivent ici...\n   O Princesses et Magiciennes ! Vous fûtes placées dans des\npalais, dans des paysages ravissants. Vous êtes vêtues de\ndélicatesse et de dentelles. Des soies et des bijoux, des velours\net vos chairs, luisent ou scintillent. Il se joue alentour de vous\ndes musiques frêles, félines et douces à en pleurer. Et des\nparfums sont exquis de mélodie.\n   De dire les grêles grâces de tous ces détails, le vers semble\n"}, {"page_pdf": 477, "page_imprimee": 430, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1919, "texte": "                            — 430 —\n\ntremblant, mais de ce tremblement légitime que paraissent\navoir également les prismes, lorsque beaucoup de lumières s'y\nreflètent.\n   Ah! écoutez cette chanson d'Izel, et vous saurez combien\nces poèmes peuvent avec exquisité griser :\n           Doux musiciens, frôlez les harpes d'argent;\n           La reine Izel est couchée avec son Page;\n           Doux musiciens, frôlez les harpes d'argent.\n\n           Elle s'est prise avec son Page à songer.\n           Et les harpes ont des musiques étranges;\n           il rôde une odeur de rose et d'oranger.\n            — « Izel, donne-moi ton corps à violer ;\n            qu'on caresse les harpes et les violes;\n            Izel, donne-moi ton corps à violer. » —\n            Or, la reine rêve de magique amour ;\n            les mauvaises voluptés hantent son âme;\n            or la reine rêve de magique amour.\n\n            Elle donne à son beau Page l'or filé\n            de ses longs cheveux de fée et de ses cils;\n            elle donne ses longs cheveux d'or filé.\n            Mais elle ne dira pas qu'il avait Izel\n            et qu'Elle a donné sa bouche de cerise\n            au Page vil qui voulut aimer Izel. .\n            Car de ses longs cheveux de vieil or filé\n            et de ses deux mains merveilleuses, Izel\n            l'a doucement, le pauvre Page, étranglé.\n            Doux musiciens, frôlez les harpes d'argent;\n            la reine Izel est couchée avec son Page;\n            doux musiciens, frôlez les harpes d'argent.\n\n   Lorsque je lis ces vers, chaque fois une langueur voluptueuse\nme saisit, à cause de la si harmonieuse traînerie du rythme. Je\nme sens bercé divinement par les airs aigrelets de vieille viole\nque joue ce poète; et j'oublie aussitôt, avec indulgence, que\ncomme de tous les vrais poètes, j'avais espéré entendre battre,\nlà, et pleurer et s'éjoyer un cœur ! et que je ne l'ai pas entendu...\n"}, {"page_pdf": 478, "page_imprimee": 431, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "                            — 431 —\n   Voici André Ruyters :\n   Un art de grâce inexprimablement ; des phrases d'une bleue\ndélicatesse dentelée et toujours féminine, et toujours selon le\nmatin frais ou la nuit moelleuse si chez soi !\n   La femme n'y vit que selon l'homme, par l'homme. Seuls,\nquelques gestes mutins et puérils, disant toute sa nature, lui\nsont personnels. Mais sensuelle merveilleusement, Margy!\nPuis oh! la joueuse! Elle est la grâce qui enjôle et déride la\nlittéraire gravité du poète. Elle est le résumé de la tourbillon-\nnante fête des papillons, des; parfums et des rires qui l'entourent!\n    Georges, au contraire, est un monsieur sérieux, - parfois\nembêtant, mais souventes fois très beau... Embêtant lorsque,\ncomme dans les Oiseaux, il dédaigne, du haut de ses principes,\nles voluptés chaudes et si spontanées, que lui offre cette bien-\naimée femme-enfant. Très beau lorsqu'il se laisse captiver par\nla splendeur veloutée de la nuit ou qu'il sent vivre en son cœur\ntoutes les vies.\n    Douze petits nocturnes, la première œuvre, n'est que l'expan-\n sion mélodieuse de ces sentiments d'une pureté et d'une gran-\n deur très douces. Des vers y sont faibles, mais il n'importe,\n puisque la plupart sont suaves, chuchoteurs et intimes.\n    Tous ses livres, indistinctement, me charment par la même\n gracilité de mot (ah ! ses mots c'est tantôt du cristal, tantôt\n de la soie, tantôt du velours!...) et les mêmes passionnés\n frémissements troublants ; ses deux derniers — Les Oiseaux\n et A eux deux — me font enrager parfois, à cause des philoso-\n phismes qui y étalent leur absurdité. L'enchantement, cepen-\n dant, est de beaucoup supérieur à la colère, et j'oublie presque\n toujours qu'il y a dans Georges trop de cerveau et trop peu\n d'humanité, parce que toutes les choses qui lui servent de\n décor sont si animées, si belles, si tremblantes, qu'elles en sont\n presque humaines.\n    Mais ce qu'il faut surtout remarquer dans l'A eux deux, c'est\n la vérité éternelle qu'il renferme : l'artiste se consolant de son\n impuissance devant l'idéal, grâce aux menues fines joies de\n la vie.\n  (Cette série sera continuée dans le prochain; j'y parlerai\nd'Eugène Montfort, Arthur Toisoul, Jean Violis, Saint-Georges\nde Bouhélier, Georges Rency.)\n                                       HENRI VAN DE PUTTE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-02-n10-003", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 432, "page_fin": 435, "titre_corps": "Le Royaume authentique du Grand Saint Nicolas", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hubert Krains", "ancre_debut": "Le Royaume authentique du Grand Saint Nicolas par M. 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La critique n'a pas eu de peine à reconnaître en lui un\ndes mieux doués parmi les jeunes écrivains flamands de langue\nfrançaise qui continuent, par la plume, l'œuvre que les vieux\npeintres flamands ont commencée par le pinceau. L'artiste qui\nest en Demolder descend de ces peintres, et il en descend par\nun littérateur : par Charles De Coster. Entre l'auteur de\nla Légende d'Ulenspiegel et l'auteur des Contes d'Yperdamme\net des Récits de Nazareth, il existe une parenté très étroite. Ils\nvoient tous deux l'art sous un même angle et procèdent par des\nmoyens analogues. Seulement, l'un est plus sobre et plus psy-\nchologue; l'autre est plus prodigue de couleur et s'attache\ndavantage aux côtés extérieurs des choses. Dans les tableaux\nà la plume de De Coster, l'homme est la chose principale et le\npaysage la chose accessoire. De Coster croque des scènes.\nDemolder — jusqu'à présent du moins — a surtout révélé de\nmagnifiques qualités de paysagiste. Chez lui, l'homme et le\npaysage sont traités de la même façon, ils sont au même plan,\nils vivent de la même vie et produisent à peu près le même\neffet. Je désire qu'on ne prenne pas ceci pour une critique. Il\ny a parfois plus d'intellectualité dans un paysage que dans une\nfigure, et, parmi les peintres, tous les penseurs ne se trouvent\npas du côté de ceux qui ont interprété exclusivement la vie\nhumaine. Le contemplatif qui parvient à évoquer l'âme des\nchoses et à la fixer dans son œuvre arrive parfois à résumer,\n"}, {"page_pdf": 480, "page_imprimee": 433, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "                            — 433 —\n\ndans une éblouissante synthèse, des joies, des drames ou des\nsouffrances aussi vastes et aussi profondes que l'énigme même\nde notre propre destinée. C'est souvent le cas pour Demolder.\nSes œuvres, plus séduisantes qu'empoignantes, s'emparent de\nl'âme sans que celle-ci s'en doute, elles l'élèvent insensiblement,\nmais elles ne s'arrêtent pas de l'élever, et leur action fascina-\ntrice cause une volupté particulière, une de ces voluptés pures\ncomme en produisent les amours platoniques.\n   Si De Coster avait traité le sujet choisi par Demolder, il\naurait fait la Légende de Saint Nicolas. Demolder intitule son\nlivre Le Royaume authentique du Grand Saint Nicolas. La dif-\nférence des titres me semble marquer clairement la différence\nqui existe entre ces deux talents, si ressemblants par d'autres\npoints. Demolder a été séduit moins par le personnage légen-\ndaire que par tout ce qu'il évoque. Saint Nicolas, c'est le saint\ndes illusions. C'est lui qui colore de si magiques couleurs les\nnuits de décembre que, quand nous avons perdu nos naïves\ncroyances d'enfant, la poésie de ces nuits continue de chanter\ndans nos cœurs. Saint Nicolas ne se contente pas de déposer\ndes jouets dans les chambres des mioches ; il donne aussi\nune âme aux paysages qu'il traverse et aux maisons qu'il\nvisite. Les paysages en deviennent plus poétiques et les mai-\nsons meilleures. C'est cette âme-là qui s'est révélée à Demolder;\nc'est elle qui palpite dans son livre. Le paradis où il nous\nmène est une Flandre idéalisée. C'est une Flandre vue à\ntravers le cœur de saint Nicolas, utilisé comme prisme. C'est\nune Flandre telle qu'auraient pu la voir en leurs plus beaux\nsonges les magiques peintres d'intérieurs et de paysages que\nfurent les Breughel, les Ruysdael, les Van der Meer de Delft,\nles Pieter de Hooghe, les Leys et les De Braekeleer. Quand on\nouvre le livre, quand on pénètre dans l'intérieur de cette\nvieille maison seigneuriale flamande où l'ange apporte, par une\nradieuse nuit d'hiver, un petit enfant qui sera saint Nicolas, on\nest déjà dans le ciel. Leys n'aurait pas mieux peint cet inté-\nrieur. L'auteur nous a conquis dès sa première page et nous le\nsuivons ensuite, le cœur plein de cette joie sereine que pro-\nvoque le déroulement d'un spectacle uniformément beau et pur,\npartout où son imagination vagabonde nous invite à flâner.\nNous traversons ainsi de magiques nuits d'hiver, des paysages\nde neige aux profondes douceurs d'hermine, nous assistons à\ndes kermesses d'une richesse incomparable, et nous nous\n"}, {"page_pdf": 481, "page_imprimee": 434, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "                            — 434 —\n\narrêtons devant des danses ensorcelantes où des poupées, trans-\nformées en délicieuses princesses de Watteau, valsent comme\ndes fées au son d'un orchestre angélique.\n    Saint Nicolas est présent partout dans cette féerie, mais\nil y joue un rôle un peu effacé. L'auteur en a fait un personnage\npeu agissant. Il a seulement vu en lui l'être bon et paternel\nqui répand la joie autour de sa personne et qui, patriarche\nindulgent, s'éloigne un peu pour savourer discrètement le\nbonheur qu'il éprouve à faire des heureux. Demoldér, d'ail-\nleurs, ne démonte pas d'habitude ses personnages pour nous\nmontrer ce qui se passe en eux. Il se contente d'indiquer le\nsentiment général qui les possède. Ici encore, il procède à la\nfaçon des peintres. Dans certains tableaux d'Henri de Braeke-\nleer, on peut voir un homme accoudé à une fenêtre ou une\nvieille femme assise au coin d'un feu. Une immobilité formi-\ndable semble peser sur eux. Après quelques instants de\ncontemplation, nous sentons cependant qu'il y a dans ces\npersonnages une vie plus puissante que cette immobilité. Par\nun geste qu'il leur a fait faire, par une attitude qu'il leur a\ndonnée, le peintre nous fait deviner qu'un drame se passe dans\nleur âme, et devant eux nous pouvons rêver toute leur vie en\nla colorant de nos propres rêves et de nos propres souffrances.\nDe même quand on lit Demolder, on interrompt parfois sa\nlecture pour rêver délicieusement devant certains person-\nnages à peine silhouettés, par exemple devant ces trois petites\nfilles « dont les têtes mignonnes reposaient sur l'oreiller,\ninclinées l'une vers l'autre et qui paraissaient n'avoir à elles\ntrois qu'un seul et même rêve qui les faisait sourire ».\n    S'il excelle à montrer ainsi par quelques traits suggestifs des\npersonnages très caractéristiques, qui produisent une forte\nimpression et qu'on n'oublie pas, il sait aussi, quand il le veut,\nnous présenter ses héros sous une forme moins passive. C'est\nainsi que la « tante Aurore » est un personnage singulièrement\nvivant et « saint Fridolin » encore plus, le saint malicieux et\n gai, l'amusant joueur de flûte dont Demolder a fait le cicerone\n de saint Nicolas, et qui traverse le livre avec des allures\n narquoises d'Ulenspiegel céleste.\n    Les amateurs de style plantureux et coloré se délecteront à\n la lecture du Royaume authentique du Grand Saint Nicolas. On\n sait que parmi les écrivains modernes, l'auteur est un de ceux\n qui possèdent les plus riches palettes. Sa phrase est un ruissel-\n"}, {"page_pdf": 482, "page_imprimee": 435, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "                            — 435 —\nlement de pierreries. Certains de ses contes même, comme la Cité\nmorte dans l'or, semblent n'avoir été écrits que pour le plaisir\nde prodiguer les trésors de sa plume. Dans son nouveau livre,\non ne trouve toutefois plus de ces avalanches de joyaux. Mais\non n'y perd rien. Si l'écrivain s'est assagi, si sa phrase, en\ns'assouplissant, a perdu quelques-uns de ses saphirs! et de ses\nrubis, elle reste solide, charnue et délicieusement colorée.\nSeulement, l'auteur s'efforce maintenant de mettre la couleur\nà l'endroit où elle doit se trouver; il dispose ses effets avec\nplus de science ; il travaille à devenir maître de sa plume, à lui\nfaire dire exactement ce qu'il veut dire ; et il arrive souvent\nainsi, par d'ingénieux procédés de style, à réaliser ce que\nFlaubert considérait comme le vrai but de l'art : faire rêver!\nSon Royaume de Saint Nicolas est aussi le royaume de la poésie.\n   M. Mofannes a illustré d'intéressants dessins le nouveau\nlivre d'Eugène Demolder et Félicien Rops lui a fait une\ndélicieuse et riante couverture.\n   En même temps qu'il a publié le Royaume authentique du\nGrand Saint Nicolas, Eugène Demolder a fait réimprimer ses\nContes d'Yperdamme et ses Récits de Nazareth en un seul\nvolume qui a maintenant pour titre La Légende d'Yperdamme.\nNous \"avons dit tout le bien que nous pensons de ces contes\ndans la Société nouvelle, lors de la publication de la première\nédition. La nouvelle rivalise de luxe avec le Royaume de\nSaint Nicolas. Rops et Morannes l'ont également illustrée.\nParmi les dessins du premier, nous recommandons tout\nspécialement aux admirateurs du maître le frontispice, dont\nnous aurons fait un éloge suffisant quand nous aurons dit que\nc'est un vrai Rops.\n\n                                         H U B E R T KRAINS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-02-n10-004", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 436, "page_fin": 438, "titre_corps": "La légende de vie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Van de Putte", "ancre_debut": "LA L É G E N D E DE VIE SUR l'océan doré de son imagination", "ancre_fin": "d'aujourd'hui ! HENRI VAN DE PUTTE.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Essai sur l'art contemporain", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 483, "page_imprimee": 436, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 2300, "texte": "LA L É G E N D E DE VIE\n             SUR l'océan doré de son imagination, une nef magni-\n                fique d'espoir s'est élancée, belle de vogue libre et\n                hardie, à pleines voiles, à pleines ailes !\n                   Elle s'en est allée en droite ligne, vers cette Ile\nVierge au surgissement de laquelle rêve notre désir, vers cette\nterre d'harmonie et de bonheur, à la fois de rêve et de vie, qui\nexiste en nous depuis si longtemps !\n   Là, vivent des êtres d'une innocence puissante, aux débor-\ndantes passions ingénues. Ils sont les plus pures incarnations\nde nous-mêmes. Ils sont les faces les plus belles de Pan.\n   Pays de joie et d'auguste paix! Pays de nature impolluée!\nPays d'Eden ! L'homme y est entouré d'une amitieuse famille de\nbêtes, et de plantes, et d'arbres. Les bœufs sont de graves et pai-\nsibles patriarches qui consolent. Les hêtres, comme de grands\nfrères, soutiennent les âmes chancelantes d'émois et de peines.\nLes fleurs ont des tendresses de petites filles amies. Les oiseaux\ncâlinent insidieusement.\n   Parmi ces êtres, le printemps frissonne de pubertés exquises;\nl'été bout ; l'automne se tord et se lamente, splendide ; l'hiver a\ndes virginités scintillantes et liliales. Et les travaux des champs,\nles repos, les amours et les enseignements se suivent à travers\nles régulières saisons, en guirlande fleurie de joies sereines.\n   Cependant, le drame sublime de la nouvelle rédemption\nhumaine se joue là, avec tous ses orgueils, avec toutes ses gloires!\navec aussi tous ses sanglots !\n   Si Barba a créé Eolie, l'Ile Vierge (il semble en effet l'avoir\ncréée de toutes pièces, l'avoir tirée de son grand cœur, ainsi\nbelle, pure, parée — et Barba est en somme le poète), c'est pour\nle salut de cette humanité future, libre, héroïque et franche!\nqu'il a engendrée en Sylvan.\n   (O Sylvan ! notre cœur a bondi d'allégresse exultée, à te voir\nchevaucher dans le monde, à t'entendre pleurer d'amour, à sentir\ns'agiter en toi toutes les splendeurs de la vie ! — Et ton âme\nchantait, rouge, magnifique et jeune, dans le cor de gloire et\nd'orgueil qui avait fait de toi un poète.— Nous t'aimions, ô Syl-\nvan, parce que tu éternisais les plus beaux de nos gestes, dans\nde la pure beauté.)\n   Et voici que dans cette île, l'Etranger est venu, le frère\n"}, {"page_pdf": 484, "page_imprimee": 437, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2390, "texte": "                            — 437 —\n\nmaudit de Barba, rapportant avec lui les angoisses mortes, les\nvieilles misères, les mystères inutiles (inutiles, car le mystère\nest une myopie, comme l'a si bien dit André Gide...). Et Sylvan,\nqui l'a entendu, se trouble, se chagrine! Il a perdu sa haute\nsérénité et sa candeur. C'est le moment d'inquiétude qui fait\nosciller sa vie sur sa base si ferme. Mais il passera outre — et\nj'en étais sûr! — ce sera même un nouvel et plus somptueux\nessor à travers la virginale et superbe Eolie !\n   Ce qui fait la grandeur de ce livre, c'est la bonté pompeuse et\ndouce de Barba, c'est la force divinement naïve de Sylvan. Ce\nqui en fait la grâce, c'est la petite trinité suave des sœurs et de\nl'amante de Sylvan : ô Hylette, ô Elée, ô Florie ! Celles-là rient,\ncajolent, se roulent dans les prés, se baignent nues, aiment;\ncaressent, chantent, dansent! font le pain et veillent au lait.\nElles sont l'innocence et la rieuse féminité d'Eolie. L'une\nd'elles, Elée, est plus troublante. Des restes d'âme ancienne\ns'agitent en elle. Mais l'amour l'unit à Sylvan, et la régénère\nmerveilleusement.\n   Mais ce qu'il faudrait dire encore, c'est le charme adolescent\nde ce sixième personnage : Eleuthère.\n   Eleuthère est le converti. C'est l'humanité non dégagée\nencore de ses peines volontaires, et qui entre dans Eolie, et qui\nse sent pris aussitôt par la sorcellerie du bonheur qui y règne.\nSa tendresse pour Sylvan, la tendresse qu'a pour lui Sylvan,\nest certes la chose la plus troublante de grâce que je connaisse;\net c'est la plus belle page du livre.\n   Eleuthère, comme nous, est parti hier à peine de la Ville\ntriste qui est située en face de l'Ile Vierge, et déjà le voici dans\nla Joie. De cette Ville, je ne parlerai pas ; non qu'elle ne soit\nadmirable de par cette barbare et profonde tristesse que des\ncarillons sur elle pleurent sans cesse, mais parce qu'elle me\nsemble surtout servir de repoussoir, pour faire valoir davantage\nla candide et jeune beauté d'Eolie.\n   Eolie ! Eolie ! Sur elle passent des ciels, teintés du sang des\nplus féminines des fleurs. Eolie ! Tous les parfums l'embaument!\nEolie! Eolie! Grave et pure, en même temps puissante et débor-\ndante de bonheur, elle semble l'œuvre de rêve, la terre d'élec-\ntion d'un Puvis de Chavannes flamand.\n                Ah! c'est là que je voudrais vivre\ncomme ditje ne sais plus quelle romance.\n"}, {"page_pdf": 485, "page_imprimee": 438, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 693, "texte": "                            — 436 —\n\n   Mais nos âmes et nos esprits rénovés n'ont depuis longtemps\nplus d'autre demeure !\n   Camille Lemonnier a réalisé là une œuvre large, bonne et que\nje crois éternelle. Son livre est un peu la bible de ces temps-ci.\n   La langue en est tantôt délicieuse de finesse, tantôt d'une\ncalme homérique magnificence.\n   Naturellement, la Presse, jalouse de son renom d'incom-\npréhension traditionnelle, parce que c'était une œuvre de beauté\nne lui a fait qu'un médiocre accueil.\n   Que le Poète sache en retour qu'il a avec lui l'enthousiasme\net l'admiration des jeunes hommes d'aujourd'hui !\n\n                                       HENRI VAN DE PUTTE.\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-02-n10-005", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 438, "page_fin": 440, "titre_corps": "Essai sur l’art contemporain", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Verhaeren", "ancre_debut": "Essai sur l'art contemporain par M. FIERENS-GEVAERT MONSIEUR Fierens-Gevaert signe", "ancre_fin": "E M I L E VERHAEREN.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE DES POÉSIES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 485, "page_imprimee": 438, "debut_caractere": 693, "fin_caractere_exclue": 1961, "texte": "Essai sur l'art contemporain\n                       par M. FIERENS-GEVAERT\n\n\n\n           MONSIEUR Fierens-Gevaert        signe, en un Essai sur\n                l'art contemporain, quelques idées et réflexions\n                esthétiques dont l'affirmation est précieuse à tout\n                vrai peintre, sculpteur ou musicien. Il imprime :\n « L'art aujourd'hui désavoue hautement tous les systèmes,\ntoutes les directions, tout ce qui peut éveiller de loin ou de\nprès l'idée d'adhésion à un programme d'école quelconque.\nL'individualité est la seule loi à laquelle on veut obéir et cela\nest une chose excellente puisque l'individualité est le principe\nde l'art. » Et conséquent jusqu'à l'extrême avec cette donnée,\n M. Fierens-Gevaert ajoutera pour exalter et défendre les\nartistes novateurs : « Renseignés sur mille choses, rassasiés de\nla vue des chefs-d'œuvre, ils ont la peur constante de verser\ndans les formules, de faire entendre un accent qui ne serait\n qu'un souvenir, de laisser percer une émotion déjà notée\nailleurs. Ils sentent leur vol s'alourdir par un bagage de\nscience et brusquement, sans réflexion, comme en une minute\n de folie, ils rejettent loin d'eux tout ce qu'ils ont pu retenir de\nla technique et des procédés d'autrefois. Et cependant les\n"}, {"page_pdf": 486, "page_imprimee": 439, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "                            — 439 —\nmonstruosités qu'on leur reproche sont l'affirmation de leur\nvitalité, et quoi qu'ils fassent, quels que soient leurs défauts,\nleurs faiblesses, leurs exagérations et leurs enfantillages, c'est à\neux, à l'incessante poussée de leur force révolutionnaire que\nl'art devra un jour quelque orientation nouvelle. »\n    C'est parfait. Et ce langage est d'une belle audace en face\ndes cuistres et des recommenceurs. Il acquiert une signification\nencore plus nette lorsque l'on songe que M. Fierens-Gevaert\nappartient au milieu du Journal des Débats.\n    Insensiblement, l'idée de rénovation incessante, d'art délais-\nsant le passé pour conquérir des forme inédites, s'insinue dans\nles ateliers. Ce nous a été une surprise dernièrement de lire,\ndans le grave journal Le Temps, un long article de M. Gaston\n Deschamps, à propos de Fernand Gregh, sur la poésie contem-\n poraine, où ce critique admettait presque le groupe des poètes\n actuels, qu'il disait — douce erreur — influencés tous par\n M. Mallarmé.\n    Les jours, en effet, sont déjà loin où l'on n'avait que sourires,\n dédain, calomnies et pionneries à opposer aux techniques\n récentes, et vraiment les vieilles lyres parnassiennes, illustres\njadis, tombent de plus en plus aux mains de quelques pauvres\n rapsodes secondaires. Ainsi les vieux instruments de musique\n finissent presque toujours par échouer chez des ophicléistes\n d'une fanfare de faubourg.\n     Revenons aux peintres.\n     M. Fierens-Gevaert, qui n'aime point les traditionnalistes,\n écrit à leur sujet : « Disons que l'imitation qu'on est convenu\n d'appeler académique ne fut jamais appliquée d'une façon aussi\n plate qu'à présent. Les exagérations extrêmes des novateurs\n sont en raison même de l'abaissement qu'a subi le niveau des\n écoles conservatrices... »\n     Toutefois, il serait injuste de ne point indiquer qu'adversaire\n de la tradition étroite, ponctuelle, systématique et plagiaire,\n  M. Fierens-Gevaert admet parfaitement — c'est l'évidence\n même \"— que tout artiste est le produit de tous ceux qui l'ont\n précédé. C'est un total mystérieusement réalisé par les siècles,\n  et voilà pourquoi les plus personnels d'entre les originaux\n  doivent à tous quelque chose. Ainsi comprise la descendance\n  est glorieuse : elle n'exclut en rien l'oeuvre spéciale que tout\n  élu réalise ou réalisera. On est de son siècle et de sa famille\n  parce qu'il n'y a pas moyen d'être autrement.\n"}, {"page_pdf": 487, "page_imprimee": 440, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 597, "texte": "                            — 440 —-\n\n   Voilà, croyons-nous, les idées maîtresses émises dans Essai\nsur l'art contemporain, où il nous plairait de signaler encore tel\nchapitre sur l'architecture, ne fût-ce que pour noter que l'auto-\nrité de Mérimée, invoquée page 42, n'est pas, en cette matière,\naussi sûre que l'auteur le croit. Depuis les derniers travaux des\nAnthyme de Saint-Paul, des Lefevre-Pontalis et des Gonse, on\nne peut plus reconnaître à l'arc brisé le rôle principal dans la\ntransformation du roman en gothique.\n\n                                          E M I L E VERHAEREN.\n\n\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-02-n10-006", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 440, "page_fin": 444, "titre_corps": "Chronique des poésies", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "CHRONIQUE DES POÉSIES A u début des articles de critique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 487, "page_imprimee": 440, "debut_caractere": 597, "fin_caractere_exclue": 1895, "texte": "CHRONIQUE DES POÉSIES\n\n\n\nA\n           u début des articles de critique — le moins critiques\n             possible — que je me propose d'écrire ici, qu'il me\n             soit permis de dresser rapidement le bilan de la\n             Poésie en Belgique pour l'année qui vient de\n s'écouler.\n    Cette année n'a pas été fructueuse. Nos poètes se sont\n étrangement tus, et, même dans les revues, trop peu souvent\n nous eûmes la joie de les lire. A part le grand Verhaeren, qui\ntravaille sans relâche, offrant ainsi le plus admirable exemple\n qui soit en nos jours de force et de volonté; à part aussi\nArthur Toisoul qui, avant OPORA, cette douce merveille, avait\n publié déjà MAI, livre de pure grâce et de délicate beauté, dont\n on a trop peu, oh! oui, bien trop peu parlé, qui sont ceux qui\nont vraiment donné ce qu'ils pouvaient donner? La maladie a\nempêché Elskamp de publier ses ENLUMINURES. Il serait chari-\ntable d'invoquer le même motif pour lé SATAN de Gilkin. Mais\nquelle excuse présenteraient Séverin, Giraud, Van Lerberghe\net les autres? Je veux espérer que l'heure de la stérilité n'a pas\nencore sonné pour eux, et que bientôt ils me fourniront tous\nl'occasion de parler de leurs vers, ce dont je m'acquitterai avec\njoie et amour pour quelques-uns, avec impartialité, du moins,\npour tous.\n"}, {"page_pdf": 488, "page_imprimee": 441, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2499, "texte": "                            — 441 —\n   Toutefois, les livres qui s'ouvrent devant moi sont nombreux,\ntrop nombreux même pour que je puisse en dire ici tout ce qui\nserait à en dire. La librairie Deman a édité, presque en même\ntemps, trois chefs-d'œuvre, et avec quel luxe ! et quelle beauté !\nCe sont : les H E U R E S CLAIRES, de Verhaeren ; les LIMBES DE\nLUMIÈRE, de Kahn, et la seconde édition des POÈMES DE P O Ë ,\ntraduits par Mallarmé.\n   Mallarmé, que certaines gens se plaisent pour l'instant à\ndénigrer, a certes écrit des vers splendides : Qu'y a-t-il de plus\nbeau au monde que son Hérodiade et son Après-midi d'un\nFaune? Et ses traductions de Poë sont tellement parfaites, qu'il\nest superflu de les vanter.\n   Les H E U R E S CLAIRES nous révèlent un Verhaeren inconnu,\nsoupçonné seulement dans quelques pièces des APPARUS DANS\nMES CHEMINS. Sa violence divine s'est muée en douceur. Il\nchante simplement celle qu'il aime, très simplement, avec une\n ardeur simple et une ferveur latente, sans romanesque, ni senti-\nmentalité, ni emphase, car son amour est simple. Le beau\njardin, l'éternel Eden les entoure, son amante et lui, et il dit\n doucement la beauté, la bonté de l'aimée ; il la remercie d'être\n venue à lui ; il énumère les joies de cœur et de chair qu'elle lui\n donne; il célèbre le bonheur qu'ils goûtent tous deux à « être\n fous de confiance ». Tout le monde a pensé, tout le monde a\n senti, tout le monde a vécu ces choses : personne jamais ne les\n avait dites. Ces accents sont vraiment universels, vraiment\n inentendus, et le rythme, d'une sûreté absolue, traduit magnifi-\n quement l'allégresse d'aimer.\n    Bizarres et complexes, les LIMBES DE LUMIÈRE ne se\n rattachent aux H E U R E S CLAIRES que par un même souci de\n simplicité, une même manière de dire les choses et les idées\n nettement, sans froideur d'allégorie, sans préoccupation de\n symbole. Ce livre charme diversement, l'impression qu'il donne\n n'est pas unique. Subitement, un tableau se dresse, évocateur\n et, oserai-je le mot? cinématographique; un lied chante — et\n quel délice qu'un lied de Kahn ! — des paysages et des images\n se montrent; des chansons de pitié ou d'amour grandissent et\n montent jusqu'au beau sanglot; et au miraculeux prisme des\n vers, des rêves d'Orient réfractent et disséminent leurs illusions\n et leurs joailleries. Kahn fait songer à un marchand arabe qui\n aurait rapporté de ses voyages asiatiques des visions et des\n mots. Les visions, chez lui, sont étranges et captivantes. Les\n"}, {"page_pdf": 489, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "                            — 442     -\n\nmots ont tour à tour une puissance et une douceur poignantes.\nJ'avoue aimer surtout, dans son livre, les dernières pièces\nréunies sous ce titre : A Jour fermant, et dédiées au beau poète\nLéon Dierx. Il s'en dégage une impression de tout n'est pas dit!\nqui fait passer dans l'âme une terreur et une pitié jusqu'ici\ninconnues.\n   Du Mercure de France, nous sont arrivés enfin — nous les\nattendions avec quelle impatience ! — les POÈMES D'ALFRED\nDOUGLAS. Le scandale fait autour de ce nom, le mépris affecté\nque lui témoignent des personnes peu franches, me permettent\nde parler comme il le faut de ce livre. Sincèrement, je crois que\ndepuis Swinburne, nul poète n'a chanté plus splendidement\nl'amour, nul n'a osé célébrer plus hautement dans ses vers la\ngloire et la volupté d'aimer les êtres qu'on aime, quels qu'ils\nsoient. Une sensualité ardente vit et vibre dans ces pages, un\ndésir de lumière et de joie s'y proclame, un orgueil souverain y\nlève magnifiquement la tête; toute passion, même la Honte, y\nest paroxystement exaltée. Il y a là, dans certaines descriptions,\ndes détails tellement merveilleux, qu'ils amènent aux lèvres un\nineffable sourire de ravissement. Et, en contemplant amoureu-\nsement le portrait du Poète qui éclaire tout le livreuses yeux\nalanguis et lointains, sa bouche chaude et voluptueuse, la parfaite\nharmonie de ses traits, en revivant en soi ses poèmes forts ou\nexquis où son âme apparaît divinement sincère, sentimentale et\nvolontaire, on comprend qu'un Poète ait aimé ce Poète d'un\namour absolu, à la face du monde, et sans hypocrisie.\n   Le Mercure, aussi, nous envoie son ALMANACH DES P O È T E S\npour l'année 1897, luxueusement édité par les soins de Robert de\nSouza, et orné de dessins, d'une fraîcheur et d'une délicatesse\nexquises, par Armand Rassenfosse. Douze Poètes y chantent les\nmois. Et c'est un plaisir de haut goût que de pouvoir jouir à la\nsuite de ces douze talents ! Ce sont, en suivant l'ordre des mois,\nGustave Kahn, légendaire et bigarré; Stuart Merrill, large et\npoignant; Francis Jammes, simple et délicieusement hospitalier;\nVielé-Griffin, pensif et comme attristé d'un passager décourage-\nment; Albert Mockel, vital et généreux; Henri de Régnier, évo-\ncateur et splendide; Robert de Souza, lumineux et lyrique;\nFerdinand Hérold, joyeux et robuste; André Fontainas, nostal-\ngique et confiant; Camille Mauclair, qui se confesse avec une\nadorable sentimentalité; Verhaeren, mélancolique et violent, et\nAndré Gide, savoureux et sourieur d'espoir. Ces almanachs du\n"}, {"page_pdf": 490, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "                             — 443 —\n\n Mercure, réunis, seront plus tard un bien intéressant florilège.\n   De France encore nous sont venus deux livres de jeunes.\n L'un, de Jean Violis, s'intitule la GUIRLANDE DES JOURS. L'au-\nteur dit lui-même de ses vers : « Il faut y voir seulement l'expres-\nsion sincère d'émotions différentes selon la grâce et la variété des\njours. » — « Ils sont la guirlande, un peu frivole, d'une adoles-\ncence studieuse et contemplative. » Et, il est vrai, ces vers ne\nsont que cela, mais c'est assez pour qu'ils soient délicieux. Un\ncharme de fraîcheur y passe comme une eau d'avril, une âme\njeune et délicate y dit sa joie devant les moindres choses de la\nvie. Ils sont d'un vrai Poète, ces vers que je cueille au hasard :\n     J'ai pris tous vos regards comme un essaim d'abeilles,\n     Et je leur ai donné la ruche de mon cœur.\n   Et il y en a d'autres, beaucoup d'autres, aussi beaux, plus\nbeaux encore peut-être. Le Poète est entré désormais dans la vie\nactive, il a quitté le jardin d'Enfance. Qu'il nous dise donc bien\nvite ses émerveillements ou ses douleurs. Nous avons foi en ses\nchants futurs. Et c'est pourquoi nous le suivrons des yeux avec\nsollicitude, s'éloignant sur la route vers demain, agitant comme\nun gage :\n          Son chapeau d'espérance au soleil du matin !\n   J'aime moins le second de ces livres, SUR LA R O U T E , de\nAlbert Fleury. Je ne comprends pas bien ces vers. Je ne sais pas\nd'où ils viennent, où ils vont. La raison d'être du poème\nm'échappe. Il y a certes dans ce livre un effort de recherches\nqui émeut, un désir de rythmes neufs qu'il faut approuver ; mais\nquelle grandiloquence, parfois; quelle prolixité, presque tou-\njours ! Des influences aussi se rencontrent çà et là. Cependant,\nil y a là des perles, dix pièces peut-être, qui se sauveront de\nl'oubli. Il n'est pas besoin que je les signale. Un jour, elles se\nmettront à briller, et tout le monde les reconnaîtra. Et j'en suis\nheureux pour Albert Fleury, un jeune, un enthousiaste, qui\nm'est profondément sympathique, et à qui je demande pardon\nd'avoir dit si durement de son livre le mal que j'en pense.\n   Charles Bernard, un des nôtres, dont la B E L L E DOULEUR\nm'a charmé, nous donna jadis E T CHANTA LA FEUILLÉE, poème\nexquis, suite de sensations merveilleuses et délicates, qui\nvivaient pour elles-mêmes, et que n'unissait le lien d'aucune\nidée. Dans la B E L L E DOULEUR, l'horizon s'est élargi, des person-\n                                                              29\n"}, {"page_pdf": 491, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1759, "texte": "                            — 444 —\n\nnages apparaissent, l'amour palpite, la vie est précisée, sous le\nmême clair de lune hiératique et troublant. Et pourtant, je m'en\ntiens encore, pour juger ce poète, à son premier livre, où je vois\nune plus parfaite réalisation. Il y a plus de choses, sans doute,\ndans le second, plus de sentiments, plus d'exaltation et plus\nd'extase. Mais je ne puis aimer les défaillances et les obscurités\ndont souffre le rythme en trop d'endroits. Charles Bernard étant\nun vrai poète, je lui devais ces critiques légères. Je serai ainsi\nplus à l'aise, bientôt, lors de son prochain volume, pour l'admi-\nrer, j'en suis sûr, entièrement.\n   Georges Ramaekers, poète qui fut parfois délicieux, chante\nla naissance du Christ — le sublime sujet pour un chrétien ! —\ndans sa N U I T RÉDEMPTRICE. En ouvrant ce livre, je souhaitais\nqu'il fût bon ; en le refermant, je suis heureux qu'il soit mauvais.\nUne banalité extraordinaire se développe en ces pages, et,\ndevant le berceau de l'Enfant-Dieu, ce poète chrétien n'a pas\ntrouvé un seul accent qui puisse nous émouvoir. Cet insuccès\nservirait à prouver une fois de plus, si l'évidence avait besoin de\npreuve, qu'on a beau chanter dans ses poèmes les choses les plus\nmagnifiques du monde : les vers n'en vaudront rien si l'art ne\ns'y trouve pas. Et c'est l'art tout simple qu'il faut y mettre ! Le\nlivre de Georges Ramaekers plaira peut-être aux catholiques?...\n   Quant aux FONTAINES MIRACULEUSES d'Yves Berthou, un\nvolume compact de la collection Lemerre, j'en dirai que j'y vois\nun effort sincère et inutile, et j'ajouterai que, pour les pages les\nplus supportables de ce livre,... Verlaine a bien fait de naître\navant Berthou.\n\n                                             GEORGES RENCY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-02-n10-007", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 445, "page_fin": 449, "titre_corps": "Chronique des proses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice des Ombiaux", "ancre_debut": "CHRONIQUE DES PROSES L ES gloses dont M. 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Eekhoud, qui\ncomptent parmi ce que l'on a dit de meilleur et de définitif sur\nce robuste artiste.\n   Mais ce n'est pas d'aujourd'hui que M. de Gourmont sait\nle respect que nous avons pour son judicieux esprit.\n\n   Le roman Pauline ou la liberté de l'amour commence par\nune conversation entre mari et femme récitant de longues\ntirades de morales opposées, et cela ne change guère par la\nsuite. M. Dumur arrange les personnages et les événements\ncomme des noix sur un bâton, non pour que tout finisse bien,\nmais afin de mieux placer ses théories, qui ne sont que la\nmonnaie courante des idées de notre temps sur la morale.\nL'on ne peut jurer de ne les avoir jamais rencontrées dans\nles œuvres de M. Bourget ou de M. Jules Case ou de\nmaint autre romancier français.\n   En somme, l'action de ce livre rie se différencie guère de\nbeaucoup d'autres : une histoire d'adultère, et M. Dumur n'a\npas rajeuni le vieux thème. Son livre n'a d'autre valeur qu'un\ntraité de morale, car tous les acteurs ne font que parler, en\ntoutes circonstances, à chaque page, comme des professeurs\nde philosophie. Seuls les quelques feuillets de la fin sont plus\nimprégnés d'humanité, l'auteur y a pensé un peu moins aux\nlieux communs sur l'amour, pour songer un peu plus à l'art.\nMais l'œuvre n'en est pas moins manquée. Il se peut que les\ngens pliés à toutes les vieilles conventions la trouvent auda-\ncieuse, mais au milieu du remuement d'idées qui s'accomplit\nactuellement, elle ne marquera en rien. Ce n'est que la vulgari-\nsation de théories qu'on ne songe même plus à discuter.\n"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2507, "texte": "                            — 446 —\n\n    Comme il s'agit en l'occurrence d'une réédition, on me permet-\ntra de parler un peu moins en particulier du Voyage d'Urien,\nremarquable par sa magnificence de style et la richesse de ses\ndescriptions, de ne signaler qu'en passant la beauté de divers\ntableaux tels que les douze jeunes hommes qui pleurent devant\nla mer, assis sur des trônes d'or, et l'agonie d'un des compagnons\ndu voyageur idéal. Je ne raconterai pas Paludes dont Henri Mau-\nbel entretint les lecteurs du Coq rouge voici plus d'un an, pour\nme préoccuper davantage de M. Gide lui-même. Il y a quelque\nintérêt à cela en raison de la valeur de l'écrivain et surtout de\nl'influence qu'il paraît exercer sur beaucoup de jeunes gens qui\nle brandissent comme un drapeau.\n    La personnalité de M. Gide nous requiert d'autant plus à ce\npoint de vue, que si de jeunes littérateurs marchent dans son sil-\nlage, c'est plus encore apparemment par ce que ses lives pro-\nmettent pour l'avenir, que pour ce qu'ils ont tenu jusqu'ici. On\ny sent une âme inquiète qui a bouleversé les notions qu'on lui\navait imposées et qui cherche la forme et l'expression du bonheur\nqu'elle aperçoit. M. Gide a voyagé sur l'océan pathétique, main-\ntenant il est parti à la recherche de soi-même.\n    On sent, jusque dans son mécontentement de Paludes, qu'il\nveut apporter dans ses manifestations une grande sincérité sans\nlaquelle l'Art ne peut être un apostolat.\n    Il lui semble sans doute aussi que, de plus en plus, l'Art doit\navoir une autre mission que celle de procurer aux hommes des\njouissances raffinées.\n    Au point de vue du style, M. Gide, dès les Cahiers d'André\n Walter, s'est révélé un artiste. Mais ce n'est point sous cet\naspect que nous voulons le regarder. Il s'est montré théoricien\net c'est par là qu'il a acquis l'influence dont je parlais tout à\nl'heure. Plus que beaucoup d'autres, il a charge d'âmes vis-à-vis\nde la jeunesse littéraire, et cette charge l'oblige; c'est pourquoi\nnous croyons nécessaire d'insister sur des points dont nous ne\n nous occuperions pas autant sans cela.\n    M. André Gide est un très curieux esprit plein de complica-\ntions. Ces complications sont à la vérité plus apparentes que\n réelles, mais dans Paludes, par exemple, il s'est plu à les déve-\n lopper, ce qui donne à son œuvre un aspect trop artificiel contre\n lequel il a réagi depuis.\n    L'ironie de Paludes est exagérée et fausse, parce que l'auteur,\n dans sa réaction contre un milieu, contre la contingence pour me\n"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 447, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2458, "texte": "                            — 447 —\n\nservir de son expression, s'est laissé aller à se rire de tout, sans\nvouloir discerner les valeurs humaines et supérieures qui se\ntrouvaient cependant à portée de lui. En un mot, M. Gide a eu\npeur de la simplicité. Certes, le milieu qu'il nous montre est\nmarécageux, mais dans ce milieu il y a un personnage devant\nqui, si j'étais Diogène, je m'arrêterais avec ma lanterne. C'est\nRichard. Celui-là agit dans toute la sincérité et l'intégrité de sa\nconscience. Il a réalisé sa conception de la vie. Il est vertueux\ndans le sens le plus noble de ce mot, en en écartant toutes les\nidées d'hypocrisie qui ont depuis longtemps altéré sa significa-\ntion initiale. On peut ne pas aimer, à cause d'une différence de\ntempérament, sa conception et sa forme de bonheur, mais on\nn'a pas le droit de s'en moquer.\n   M. Gide, qui à de certains moments m'apparaît comme un\nhuguenot, un huguenot à la façon de Théodore de Bèze, a une\nironie qui altère son caractère. Je la trouve d'autant plus dan-\ngereuse qu'elle pourrait facilement se retourner contre lui. Car\nil n'y a rien d'aussi facile au monde que de faire de l'ironie\npareille ; c'est l'ironie de l'homme de lettres qui se croit supé-\nrieur à la vie et paraît dédaigner de faire son accord avec elle,\npar parti pris.\n   Mais, heureusement, M. Gide l'a compris, c'est pourquoi il a\ntenu à ce que l'on ne considère Paludes que comme une préface,\npeut-être même une espèce de repoussoir, aux Nourritures ter-\nrestres, un volume que nous attendons avec impatience et que\nnous lirons avec joie.\n\n    Vieilles amours, de M. Paul Arden, s'intitulerait Amour de\nvieille fille avec plus de justesse. Mais ce titre alléchant aurait\npresque obligé l'auteur à faire un roman plus poussé, plus aigu,\nplus, à l'eau-forte que la pâtisserie de sentiments édulcorés\nqu'il nous a servie. Ses personnages ne sortent pas d'une bana-\nlité absolument surannée. Victor, Delphine, Cécile et tous les\nautres ne marquent par rien de particulier. Au point de vue de\nl'analyse, de ces caractères déplorablement ordinaires et chez\nqui l'auteur ne regarde que ce qu'il y a d'ordinaire, nous.\nconnaissons des quantités de romans anglais, à couverture\nrouge, qui lui sont supérieurs. C'est ce que les mères de famille,\nuniquement désireuses de faire faire de bons partis à leurs\nfilles et à leurs fils, appellent des romans honnêtes. On sait que\ncette honnêteté consiste à respecter la sacro-sainte théorie du\n"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 448, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "                            -   448 —\n\njuste milieu, les gens qui font bien leurs affaires, et à conspuer\ntous ceux qui ont une compréhension trop personnelle de la\nvie.\n   Ce qu'il faut encore reprocher à M. Arden, c'est d'être trop\nwallon. Sous prétexte de peindre des mœurs wallonnes, et qui\nne sont pas plus wallonnes que suisses, par exemple, il a la\nmanie de bourrer ses phrases de locutions wallonnes, mises\nentre parenthèses, qui, le plus souvent, n'ont rien de bien\ncaractéristique. Je suis fort à l'aise pour le chicaner à ce sujet.\nWallon moi-même, et plein d'amour pour mon coin de terre et\nles miens, je pense cependant que l'on abuse de cette qualité.\nSi j'aime à voir Barbey d'Aurevilly déclarer, à la fin du Cheva-\nlier des Touches, qu'il est plus Normand que Français, c'est qu'il\ny a là un geste d'une belle crânerie, tout à fait en rapport avec\nle magnifique écrivain qui a brandi l'énergie de sa race et de son\ntempérament contre la lâcheté de son époque. Mais, au fond,\nnous n'en croyons pas grand'chose et ce n'est pas pour cela que\nnous l'admirons. S'il n'avait pas crié des passions tumul-\ntueuses, ardentes et révoltées en un verbe incisif et brûlant, sa\nNormandie nous serait assez indifférente.\n   Tout aussi bien, j'aurais pu citer d'autres exemples.\n   La Wallonie est, depuis, sans doute, le temps où nous\nétions les féaux de Philippe le Bon et du Téméraire, le pays\nd'élection de ce vin riche et merveilleux et qui rend tous ceux\nqui l'aiment un peu poètes au moment de l'ivresse, ce vin qui\nexalte à l'infini notre imagination, le bourgogne. Les bons\nWallons de chez nous ne perdent jamais l'occasion d'en boire\nplus que de raison. Mais en notre pays, comme partout, il y a\nune bourgeoisie de parvenus qui a instauré un luxe de pacotille.\nLorsque vous devez aller chez ces gens-là, ils ne vous offrent\nplus, avec l'aménité et le sans-façon de nos vrais compatriotes,\nune de ces vieilles bouteilles couverte de limon que l'on va\nchercher à la cave (une cave comme une bibliothèque), dans un\npanier d'osier. Ils vous servent, avec mille cérémonies, quelque\nchose de fade ou d'incolore, un verre d'orgeat, par exemple.\n   Le livre de M. Arden est un peu ce verre d'orgeat.\n\n   Quelque part dans à Eux deux, Margy dit à Georges que son\nesprit ou sa conversation est pareille à un clown qui se contor-\nsionne sur la devanture d'une baraque de foire. C'est un peu le\nreproche que l'on songe à adresser à M. Ruyters, à propos de\n"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 449, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2052, "texte": "                             — 449 —\n\nson petit livre. Il ne se fixe sur rien, il voltige tout le temps, mais\nsouvent sans légèreté, ce qui n'est pas sans manquer de grâce.\nMalgré le gongorisme qui le pousse à des recherches de mots\nd'un goût parfois douteux, il est charmant quand il s'abandonne\nà transcrire des sensations, et nous promène dans un jardin\ndélicieux. L'intérêt diminue quand il parle de Margy, car il\nne réussit point à la faire vivre. Elle n'est qu'.un dédoublement\nde Georges, une poupée dont on voit trop les ficelles avec\nlesquelles il la fait se mouvoir. Le livre s'intitulerait plus\nexactement : A lui tout seul. L'originalité disparaît tout à fait\nlorsque M. Ruyters produit ses théories sur les sentiments ou\nsur l'art. On n'y sent qu'une pensée artificielle, puisée dans les\nlivres contemporains qui l'ont trop impressionné. Il est saturé\nde littérature et ce qu'il écrit s'en ressent. Quand il veut faire\nson des Esseintes, il disserte sur la peinture italienne et la\npeinture flamande, et constate avec une solennité qui fait\nsourire, que l'une est dynamique, tandis que l'autre est\nstatique.\n   Ses enthousiasmes paraissent souvent commandés. Ce sont\nceux d'un caractère froid, entêté, volontaire, que le souci de la\nsincérité n'embarrasse jamais.\n   Mais M. Ruyters a de très sérieuses qualités d'écrivain. Si\nje ne les ai pas énumérées comme il convient, c'est que la place\nm'aurait manqué pour parler de ses défauts qui sont nombreux.\nJe n'y attacherais aucune importance, s'il ne paraissait se plaire\nà les cultiver avec soin, voire même à les exagérer. Comme je\nle crois excellemment doué au point de vue du talent, je crois\naussi qu'il faut se montrer sévère à son égard à cause de cela\n même.\n\n   M. Ch. de Bigault de Casanove a publié dans la collection\ndu Mercure de France, une excellente traduction de la Tragédie\nde l'homme, d'Emerich Madach.\n   Nous avons reçu une plaquette de jolies proses lyriques,\nintitulée Noël des femmes, par M. Paul Germain.\n\n                                      MAURICE DES OMBIAUX.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-02-n10-008", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 451, "page_fin": 452, "titre_corps": "Choses d’art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Périnet", "ancre_debut": "D'ART Durant les trois mois qui viennent de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 498, "page_imprimee": 451, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 4463, "texte": "D'ART\n   Durant les trois mois qui viennent de      Elsa douce et d'une tendresse délicieuse.\ns'écouler, un nombre étonnant d'œuvres        Seguin, altier et mâle et haut artiste\nou d'exécutions d'art de toutes sortes        comme toujours.\nfurent offertes à notre admiration ou            En peinture, beaucoup moins d'in-\nnotre mépris.                                 térêt, à coup sûr. Oubliant avec plaisir\n   Là musique nous donna certes les           le Sillon, auquel notre ami Ruyters n'a\nplus grandes joies. A mettre hors de          que trop peu dit ses vérités; l'envoi de\npair, tout d'abprd, les concerts de l'Al-     Rome de Delville (un Orphée d'un grêle\nhambra qui, sous ta direction pas-            hideux, dans un décor conventionnel\nsionnée, hautement cpmpréhensive,             à plaisir); et l'incident Kemmerich, acte\nd'Eugène Isaye, nous révélèrent Vistor,       d'un despotisme gaga dégoûtant à coup\nde d'Indy, une magnifiquement déses-          sûr, mais dont il a été suffisamment\npérée et sentimentale Symphonie ina-          parlé — allons droit à l'heureuse et probe\nchevée, de Schubert, et le grave, per-        réouverture de Pour l'Art. Il y a là en ef-\nsonnel et superbe Hamlet, de ce grand         fet un groupement d'artistes, de valeurs\nméconnu que fut Guillaume Lekeu. On           diverses, mais qui tous, on le sent, ont\ny joua en outre du Beethoven, du              la volonté loyale de faire mieux et selon\nTristan, du Parsifal. L'Ouverture de          eux mêmes, — et cela seul mérite que\nTannhäuser y fut exécutée comme               l'on s'arrête, regarde et s'émeuve. Tous,\njamais auparavant.                            ont creusé leur personnalité, tous se\n   Au Concert populaire se montra dans        sont efforcés. Tel, par exemple, Otte-\ntpute sa splendeur triste et bondissante,     vaere, plus noble et pur, dans ses\n                                              paysages graves et lointains. Tel Gan-\nla grande et - belle âme originale de\n                                              dara, dans ses sensuels — et de quelle\nRichard Strauss.\n                                              grâce ! — portraits de femmes. Tels\n   Mais que notre haine la plus soignée\n                                              Fabry, Coppens, Hannotiau. Tel sur-\npourchasse les virtuoses — Gérardy,\n                                              tout Laermans, d'une grandeur si an-\nJacobs, Deru, — qui nous harcelèrent          goissée, dans ses ciels, et dans les gestes\nsi affreusement les oreilles,.de leurs in-    et les costumes de ses foules. Des sculp-\nterminables et insipides concertos!           teurs sont mêlés à ces peintres. Un nou-\n   D'autre part, le - quatuor Dubois,         veau, incomplet encore, mais déjà d'une\nGietzen, etc. — une association vail-         large allure, Spinglaer, y est à citer.\nlante et talentueuse de jeunes musiciens      Puis, surtout, et au-dessus de tous, et\n- exécuta à la Maison d'Art avec une          comme l'un des plus beaux artistes\nbelle clarté : l'éblouissant et tendre qua-   d'aujourd'hui, Victor Rousseau, dont\ntuor de Borodine (oh le Nocturne!), du        le Cantique d'Amour est d'une mélo-\nBrahms, beau mais glacialement cor-           dieuse pureté suprême.\nrect, du Franck.                                 L'exposition des œuvres de Léon\n\". Il y eut enfin, à la Maison du Peuple,     Frédéric, actuellement ouverte à la\nune séance consacrée à d'Indy, où             Maison d'Art, le montre dans toute la\nfurent jouées quelques-unes de ses plus,      grandeur simple de son talent, aujour-\npures merveilles, entre autres la scène       d'hui pleinement épanoui:\nd'amour du Chant de la Cloche.\n   Pour ce qui est des théâtres, rien à          Les revues enfin.\nremarquer, sinon que la Monnaie, se              La Revue blanche nous a donné ses\ndépartant enfin de son régime de mé-          plus beaux numéros. De sublimes iné-\ndiocrité reconnue, a consenti à nous          dits de Laforgue, d'adorables lettres de\nmontrer Maria Brema. Et celle-ci fut          Verlaine, du Paul Adam prophétique,\nsplendide, rude et sculpturale et fu-         clair et heureux, du Jammes aux\nrieuse dans Lohengrin, enjôleuse et très      grâces exquises et odorantes !\nardemment femme dans Samson! La                 Le Magazine international magnifie\nKutscherra lui fut une digne émule,           chaque fois son allure outrancièrement\n"}, {"page_pdf": 499, "page_imprimee": 452, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4162, "texte": "et superbement large. Son numéro d'il           M. Jean Delville organise pour le\ny a deux mois publiait une série d'œuvres    11 mars, un Tournoi poétique, qui aura\nde jeunes Hollandais, d'une poésie vi-       lieu au Salon d'Art idéaliste, à la Maison\ntale, joyeuse et délicieuse.                 d'Art, et auxquels prendront part :\n   Au Mercure de France, un referendum       Maurice des Ombiaux, André Fontai-\nbien amusant sur cette question :            nas, Iwan Gilkin, Valère Gille, Albert\n« Quels sont les dix académiciens à          Giraud, Maurice Maeterlinck, Albert\nexclure des deux Académies (la de Gon-       Mockel, Georges Rency, André Ruyters,\ncourt et, la vieille) ? » Citons cette ré-   Fernand Séverin, Arthur Toisoul, Henri\nponse de Paul Fort, un peu méchante          Van de Putte, Charles Van Lerberghe\nniais si malicieuse : « Quels sont les dix   et Emile Verhaeren.\ncollaborateurs à. exclure du Mercure?           Le tournoi sera précédé d'une confé-\nQu'on songe à se nettoyer soi-même           rence par M. du Chastain.\navant de vouloir nettoyer les autres ! »        Comme M. Delville nous déclare qu'il\n   A la 'Revue sentimentale, d'idiotes       ne s'agit là que de faire connaître les\nengueulades, et de belles oeuvres de         poètes belges et leurs diverses tendances,\nGabriel Soulages et de Lorenzo di            au public d'ordinaire si magnifiquement\nSparri. Au Réveil, du Ghéon, délicat         ignorant en cette matière, les nôtres ont\net jeune et personnel. A l'Effort, un        cru bien faire en s'y produisant, quelque\nadmirable article de Jean Viollis.           absurde que soit le titre donné à cette\n   Mais le fait le plus important survenu    séance.\nce mois-ci dans le monde des revues,\nc'est la disparition de la Société nou-\nvelle, la revue de Fernand Brouez, qui          Pour paraître prochainement, dans la\ndurant treize années y combattit le bon      collection du Coq rouge : Contes, par\ncombat au premier rang, pour la liberté       Blanche Rousseau; les Heures harmo-\ndé la vie, des idées et de l'art.            nieuses, par Georges Rency et Henri\n                                              Van de Putte (frontispice d'Emile\n                                              Fabry) ; un volume de notes de voyage\n   L'admirable et définitive étude con-       d'André Gide, et la Naissance du Poète,\nsacrée à Constantin Meunier, par Ca-          par Francis Jammes.\nmille Lemonnier, dans notre numéro              Sous presse, au Mercure : Ballades\nde décembre-janvier, est reproduite en       françaises, par Paul Fort. Seront réunies\ntête de l'ouvrage : Constantin Meunier,      dans ce volume, revues, la plupart de ses\npeintre et sculpteur, publié par Becker-     œuvres déjà parues et un grand nombre\nHollemans, 7, rue de Namur, Bruxelles,       d'œuvres nouvelles. Squelettes fleuris,\nau prix de 200 francs. Cet ouvrage con-      poèmes, par Tristan Klingsor,\ntient, en merveilleuses reproductions\nphotographiques, l'œuvre entier de notre\ngrand artiste.                                  Un Comité vient de se constituer\n                                             pour élever un monument à la mémoire\n                                             d'André Van Hasselt. Si le nom d'aucun\n  Nous apprenons au dernier moment           des nôtres n'y figure, ce n'est pas parce\nque le' Magazine international disparaît     que nous ne voulons pas nous associer à\nlui aussi. Encore un superbe effort          cet hommage au poète, mais tout simple-\ncassé en plein essor, hélas ! Nous ne        ment parce que les organisateurs n'ont\nnous en faisons cependant pas trop de        pas jugé à propos d'adresser une con-\npeine, en songeant que vu l'héroïque         vocation au Coq rouge.\nardeur de son directeur, Léon Bazal-            Nous regrettons qu'on ail voulu en-\ngette, il ne peut que renaître prochaine-    rôler le souvenir de notre grand com-\nment de ses cendres glorieuses.              patriote dans une coterie, au lieu de\n                                             s'adresser à toutes les bonnes volontés\n                                             et toutes les admirations. PÉRINET.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-02-n10-206", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Viennent de paraître : chez DEMAN", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 500, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 363, "texte": "Viennent de paraître :\n\n\n                                             chez DEMAN\n\n\n\n\nLES HEURES         par EMILE VERHAEREN\n\n\n\nPrix : 3 francs.\n\n\n\n\n                                       chez LACOMBLEZ\n\n\n\n\n   A EUX DEUX\n                          CONTE\n\n\n\n                   par ANDRÉ RUIJTERS\n\n\n\nPrix : 2 francs.\n\n\n           En vente au Secrétariat de la Revue.\n"}, {"page_pdf": 501, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 222, "texte": "En vente, au COQ ROUGE :\n\n\n\n\nEdouard II\n         par GEORGES EEKHOUD\n\n\n\n                         d'après CHRISTOPHE MARLOWE\n\n\n\n\nPrix : 4 francs.\n\n\n\n    Bruxelles. — Imprimerie économique, N. Vanderaypen, rue de Trêves 38.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 456, "texte": "n° 10 — tome                      Il.                   février 1897.\n\n\n\n\nle coq rouge\n                              et\n\n\n\n              L'art jeune\n\n\n\n                      SOMMAIRE :\n\nLa Naissance du Poète . . . . .         . .   FRANCIS JAMMES.\nMes Frères aimés                              HENRI VAN DE PUTTE.\nLe Royaume authentique du Grand Saint\n  Nicolas                                     HUBERT KRAINS.\nLa Légende de Vie . . . . . . .               HENRI VAN DE PUTTE.\nEssai sur l'art contemporain . . . .          EMILE VERHAEREN.\nChronique des Poésies                         GEORGES RENCY.\nChronique des Proses                          MAURICE DES OMBIAUX.\nChoses d'art                                  PÉRINET\n\n\n\n\n                   le numéro, fr. 0.80\n"}, {"page_pdf": 457, "texte": "               LE COQ                       ROUGE\n                       & L'ART              JEUNE\n\n            PARAISSANT LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n\n                 Prix d'abonnement annuel :\nBELGIQUE                                                   8 FRANCS.\nÉTRANGER                                                  10\n                                            BELGIQUE.   . 20\nEdition sur papier de Hollande Van Gelder\n                                            ETRANGER    . 25\n\n\nRédacteur en chef : MAURICE DES OMBIAUX, 6, rue de Bériot.\n\n\n  Les rédacteurs du Coq rouge se réunissent tous les mercredis à\n5 heures au Café de l'Hôtel Ravenstein, rue Ravenstein.\n  Pour envoi de copie, correspondances diverses, offres de colla-\nboration, demandes d'échange, administration, s'adresser à\n            M. HENRI VAN DE PUTTE, Secrétaire,\n                      131, rue de Brabant.\n\n\n\n\n                    REVUES A LIRE :\nArt moderne, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles.\nRéveil, 64, rue Kessels, Bruxelles.\nLibre Journal, 55, rue de la Chaussée, Mons.\nVan nu en straks, 21, Dahliastraat, Anvers.\nMercure de France, 15, rue de l'Echaudé, Paris.\nRevue blanche, 1, rue Laffite, Paris.\nErmitage, 26, rue Juliette-Lamber, Paris.\nLa Revue sentimentale, 91, rue de Carmaux, Albi.\nLa Province nouvelle, 43, rue de Paris, Auxerre.\nLa Plume, 31, rue Bonaparte, Paris.\nDocuments sur le Naturisme, 10, rue des Tenneroles, Saint-Cloud.\nL'Effort, 8, rue Ingres, Toulouse.\nDie Gesellschaft, Hans Merian, éditeur, Leipzig.\n"}, {"page_pdf": 458, "texte": "   LA NAISSANCE DU POÈTE\n                                                        A FRANCIS    VIELÉ-GRIFFIN\n\n\n\n                                                    J'ai écrit cette œuvre dans le recueil-\n                                                  lement. J'ai senti, en l'écrivant, passer\n                                                  en moi des inspirations simples et\n                                                  pures. J'espère que vous l'aimerez &\n                                                  cause de cela. Je vous l'offre parce que\n                                                  vous êtes un grand poète.\n                                                                                     F. J.\n\n\n\n                           PREMIÈRE PARTIE\n\n\n                               Dans le Ciel\n   L'Univers est dans un grand recueillement. Je pense qu'il est un bloc de marbre\nnoir que l'intelligence et la lumière vont sculpter.\n   Peu à peu le noir devient blanc. C'est la neige qui sort de la nuit. Elle tombe\nsur la Terre.\n  C'est au mois de décembre.\n  Le poète va naître dans une douce maison de campagne.. Le ciel s'éclaire de plus\nen plus. Les forêts fleuries de neige sont des bouquets.\n  Des chants s'élèvent, doux.comme le silence qui les a précédés, à peine sensibles\nd'abord, comme des frissons de harpe, puis majestueux, calmes, apaisants. Ils\nemplissent d'amour l'étendue divine.\n  Et, dans les silences des chœurs, la campagne tressaille comme un ventre de\nfemme enceinte, et les coqs réveillés chantent. C'est le\n\n\n                                CHŒUR CÉLESTE\n\nauquel se mêlent les voix les plus pures de la Terre.\n                                                                                  27\n"}, {"page_pdf": 459, "texte": "                        -   412 —\n\n                        DES ANGES\n\nNous sommes les linges que l'on ne peut pas voir\nparce que notre corps est en air et dans l'air.\nNous pleurons de joie sur les mendiants amers\nquand pleut sur eux la pluie douce des sous verts et noirs.\n\nNous ne connaissons pas les noms propres célèbres,\ncar que nous fait a nous que la Terre soit ronde,\ncar que nous fait à nous que la Mer soit profonde ?\nNous chantons Dieu qui le sait et en est le Père.\n\nNous chantons Dieu qui le sait et en est le Père.\nLa lumière fait naître les choses en ombre,\net quoique rien ne naisse ou, ne meure à la tombe,\nune grande joie va naître sur la Terre.\n\n                  UN ANGE SEUL DIT :\n\n               Un poète va naître.\n               Oh ! que Dieu est bon.\n               Le Monde va naître\n               dans une prison.\n\n               Nous sommes les anges\n               que l'on ne peut voir.\n               Nous aimons les mendiants\n               aux doigts en sous noirs.\n\n                       DES ESPRITS\n\nLe Monde, comme hier, roule, et comme demain.\nNous ne comprenons rien à ce que l'on comprend.\nNous savons que le feu et l'air sont transparents,\net qu'un poète naît ainsi que le matin.\n\nLa Terre, l'Univers et Ce qui les dépassé,\nchantent jusqu'à ce que le poète en soit plein,\net la mort c'est la vie, le père l'orphelin,\nl'orphelin c'est le père, et la prison l'espace.\n\nLes forêts, cette nuit, ont fait taire leurs harpes\npour en donner le son à celui qui va naître.\nLa Nuit était épaisse et donnait sa lumière\nà celui qui va en être plein comme un astre.\n"}, {"page_pdf": 460, "texte": "                                 — 413 —\n\n         Le Jour se fait plus clair et il donne sa nuit\n         à celui qui y jettera de la lumière.\n         On a entendu s'arrêter, un moment, la Terre\n         qui lui donnait la terre afin qu'il la pétrît.\n\n         La Mer lui a donné les hoquets et les larmes,\n         le Feu lui a donné la chaleur des artères,\n         le Ciel lui a donné le séjour de la Terre,\n         la Vie lui a donné la Mort qui grandira.\n\n  On entend s'élever la prière d'une grand'mère paralytique. Elle plane dans le\nciel, ineffablement. A cette prière répondent\n\n                                 DEUX ANGES\n\n         Nous aimons les grand'mères paralytiques\n         dont la souffrance douce a fait mourir les pieds\n         et dont la consolation est la justice.\n\n         Nous aimons sur nos fronts les roses en papier\n         des églises pauvres où le silence crie,\n         et, sur l'autel, les vases de loterie dorés.\n\n         Nous ployons un genou et nous croisons les doigts,\n         en nous regardant, et pareils comme nos ailes.\n         Nous sommes la Religion qui s'en va,\n\n         mais reste aux cœurs meurtris des pauvresses humaines.\n\n                                      DIEU\n\n         J'aime les hommes bons. Je plains l'homme mauvais.\n         J'aime les bonnes choses, les animaux et les plantes.\n         J'aime les révoltés, j'aime les résignés,\n         j'aime la Nuit, le Jour, le Soir et l'Aube blanche.\n\n         J'aime et ne demandez pas d'expliquer des choses.\n         Pourquoi voulez-vous que je vous les explique ?\n         — Car c'est moi qui vous ai donné une logique,\n         et l'illogisme aussi, et le blé et les roses.\n\n         J'aime. Aimez. Sans doute que j'ai eu raison...\n         Ne me demandez pas pourquoi une vipère\n         se fait tuer pour ses petits, en bonne mère.\n         A genoux ! Les cœurs débordent de la raison.\n"}, {"page_pdf": 461, "texte": "                         — 414 —\n\n                       TOUT LE CIEL\n\nHosanna ! Frappons donc sur les timbales d'or\ndes pôles résonnants du globe universel.\nFrappons encor, frappons encor, frappons encor,\net chantons un chant pur comme l'eau et le sel.\n\n\n                        UN ESPRIT\n\nLes oiseaux de paradis volent en Papouasie.\nIls agitent leur vol en guenilles d'or sur les fleurs en cloche\net sur les lianes dont bougent un peu les roses...\nLe poète qui naît entend cette harmonie.\n\n\n Une belle femme nue, sur des roses d'Asie,\nfait un geste aussi doux que la Mer qui se plie,\n et un jeune homme beau et assoupi l'admire...\n Le poète qui naît voit cette harmonie.\n\n\nSur le sable d'Afrique les pauvres militaires\nmeurent en appelant leurs amis et leurs mères,\net ont si soif qu'ils doivent lécher la terre\nsèche, de leur langue sèche, noire, salée et amère...\nLe poète qui naît entend ces agonies.\n\n\nDans les villes mercantiles, en Amérique,\non entend les hommes actifs taper le fer.\nLes cuirassés coupent la Mer.\nLe poète qui naît conçoit les mécaniques.\n\n\n L'Europe aux lèvres roses, aux blanches épaules,\nfait une vapeur bleue aux vitres du pôle,\n et est parfumée par des mers unies.\n Le poète qui naît sait cette harmonie.\n\n\n                          UN ANGE\n\nLe Monde est comme un arbre, et dont les purs esprits\n                      sont les bons fruits...\nLes fleurs sont les femmes, et les feuilles sèches se traînant\n                      sont les mendiants.\n"}, {"page_pdf": 462, "texte": "                      — 415 —\n\n                      UN ESPRIT\n\n                        Femme,\n                        douce\n                        mousse\n                        d'âme...\n\n                         Homme,\n                         chose\n                         bonne...\n\n          LES PROCESSIONS DES CAMPAGNES\n\nNous sommes les processions des campagnes.\nDevant nous se dressent les montagnes,\net nous chantons sur la route en poussière, amie des ânes.\n\nLes petites filles blanches et empesées\nportent de petites bannières et sont frisées\ncomme les doux agneaux qui sont dans les prés.\n\nLa procession a deux rangs qui vont lentement.\nOn marche un à un. Les hommes vont gravement,\nen tendant le jarret, le chapeau à la main.\n\nC'est une gloire. On dirait des choses qui volent.\nLa rue de la petite ville est fraîche, et les banderolles\ninclinent des baisers à la jonchée d'herbes douces.\n\nLe chant monte et la petite place, au soir,\nagite poétiquement sur le pur reposoir\nles arbres municipaux frais comme des arrosoirs.\n\nL'Elévation ! A genoux I Les feuilles comme des arrosoirs\npleurent sur le peuple agenouillé et plein d'espoir,\net alors, dans l'enthousiasme, vers l'ostensoir\n\nles petites filles jettent des pétales de roses,\net les filles plus âgées qui chantaient si douces,\nse taisent, courbées devant les vases de mousse,\n\net la clochette tinte saintement,\net le peuple se relève tout doucement.\nTout ça a quelque chose de très calmant.\n"}, {"page_pdf": 463, "texte": "                      — 416 —\n\nNous sommes les processions\ndes Fêtes-Dieu, des Rogations,\nles Adorations, les Bénédictions.\n\nNous sommes tristes comme les vieux jardins du pays basque,\ncomme les croix en fleurs des routes pâles,\ncomme l'âme du poète qui vit dans un village,\n\net qui regarde passer sur les pavés très âgés\nles pas morts de parents morts qui furent aux îles,\net qui dorment sous les tabacs roses des Antilles,\n\ndans la paix de la mort d'un cimetière abandonné.\n\n                  CHŒUR DE VIERGES\n\nOh ! quelles douces voix ! Ecoutons et prions.\n C'est un poète qui naît. Nous sommes les vierges qui donnons\nnos corps aux jeunes gens impurs et pardonnons\nen souriant et en ouvrant nos bras où glissent\nleurs sourires. Et nous sommes les vierges lisses\nqui lavons nos corps pour entrer dans le lit\ndes jeunes gens dont notre douce chasteté\npardonne, avec tristesse, la brutalité...'\nCar c'est de nous que naît l'humanité,\nde nous que naît la ligne de beauté,\nde nous que naît la ligne de bonté,\nde nous que naît la criminalité,\nde nous que naît l'universalité,\nde nous que naît, ce matin, un poète.\n\n                        UN ANGE\n\nD'où la chanson de cette lyre vient-elle ?\n\n                    UN AUTRE ANGE\n\nC'est le cri de l'enfant à travers les osiers\nde son berceau qui fait penser, au Nil\noù Moïse dormait ainsi que dans une île\nen argent, pendant qu'au bord vaseux les royales filles\nattendaient le lit flottant qu'elles recueillirent.\nDe même qu'aujourd'hui un poète naît d'une femme,\nde même, en ce temps-là, Moïse, poète par l'âme,\n"}, {"page_pdf": 464, "texte": "                                — 417 —\n\n        naquit de ces filles qui furent ses mères\n        en l'empêchant de mourir noyé.\n        Que ce soit là ou ici-: le même berceau\n        que le berceau de Moïse-sauvé-des-eaux,\n        est le berceau d'où 'tu entends ce cri en rire\n        à travers les osiers qui forment une lyre.\n\n          UN MALHEUREUX QUI MEURT DANS UN HÔPITAL\n\n  (Son âme commence à monter au ciel, pendant que l'âme du poète descend su\nla Terre.)\n\n        Vous chantez de joie et moi je meurs abattu.\n        J'ai Je délire et vais mourir et vous chantez.\n        Je croyais dormir parmi les lits bien alignés,\n        lorsque l'on a enfoncé une chose aiguë\n                  dans ma plaie qui en a bougé.\n\n         Je vais mourir. J'entends vos chants de joie passer\n         dans les cornettes bougeantes et bien lissées\n         des sœurs en cire qui tiennent de longues fioles.\n         Les étudiants qui parlaient bas disaient : c'est drôle...\n                  Et la lampe baissait... baissait...\n\n        Je suis né un jour, moi aussi, comme un poète,\n        et j'ai perdu ma mère, mon père et mon frère.\n        J'avais une maladie et je gagnais assez d'argent\n        pour acheter les remèdes et le traitement\n                  et de quoi manger..\n\n                                     DIEU\n\n        Chantez ! Je suis Celui qui mène les agneaux\n      . dont la laine est durcie aux poussières des routes\n        vers la berge juteuse et verte où sont les eaux\n                                 douces.\n\n L'âme du malheureux monte au ciel. L'âme du poète descend sur la Terre.\nOn entend encore la voix de\n\n                                     DIEU.\n         L'Infini ouvrant l'ombre a ouvert la lumière.\n         L'un va à la lumière et l'autre va à l'ombre.\n         Qui naît, le savez vous? Qui descend à la tombe?\n         La mort, la vie pour vous sont des morceaux de terre.\n"}, {"page_pdf": 465, "texte": "                      — 418 —\n\nMais il y a bien plus que des morceaux de terre,\nil y a bien plus que la lumière et que l'ombre.\nC'est ce qu'on ne sait pas qui est vraiment la tombe.\nC'est l'ombre qu'on ne sait pas qui est la lumière.\n\n                      DES ANGES\n\nChantons! L'âme du poète descend sur la Terre.\n\n\n\n                DEUXIÈME PARTIE\n\n                   Sur la Terre\n                Forêt. Hiver. Aube. Neige.\n\n                         L'ARBRE\nL'âme du poète descend sur la Terre.\nLe poète, c'est moi, puisque j'existe, et qu'il existe.\nJe porte des fruits, des fleurs et des colombes grises,\ncomme en portent aussi les mains du poète.\n\nComme lui, je porte une hache dans mon cœur ;\ncomme lui, je chante au vent. On n'écoute pas.\nEt, quand je suis vieux, je tombe à bas,\ncomme lui, sans cheveux et plein de vers rongeurs.\n\n                       LA PIERRE\n\nL'âme du poète descend sur la Terre.\nLe poète, c'est moi, car je suis dure comme l'homme,\ntout en ayant de la mousse douce et bonne,\ncomme de la bonté sur l'âme du poète.\n\nComme à lui, on me jette des ordures :\nles oiseaux jacasseurs, aux riches plumages,\nlaissent tomber sur moi des fientes du haut des arbres :\nmais je rends en argent ces êclaboussures.\n\n                      LE RUISSEAU\n\nL'âme du poète descend sur la Terre.\nLe poète, c'est moi, puisque je coule comme son sang,\net que je chante, et que je prie, en m'écorchant\naux ronces, pour aller me perdre dans la Mer.\n"}, {"page_pdf": 466, "texte": "                       — 419 —\n\n Comme lui qui traîne, jusqu'à la mort, les feuilles\noù il a écrit en pleurant la grande Nature,\nje traîne les feuilles en or que je recueille,\nen passant, dans le bois, et sous elles je pleure.\n\n                      LA FOUGÈRE\nL'âme du poète descend sur la Terre.\nLe poète, c'est moi, car j'ombrage le front des ânes\net les champignons en poison comme les hommes,\net que mes feuilles sont ornées comme un poème.\n\nLui, c'est moi, car je jaunis et je suis cassante,\net me brise lorsque les larmes de la pluie\ntombent sur moi, comme celles des pauvres gens\nsur son âme qui en meurt petit à petit.\n\n                       LES JONCS\nL'âme du poète descend sur la Terre.\nLui, c'est nous. Nous sommes nus et sans feuilles.\nComme lui nous vivons pauvres dans les bourbiers,\nmaigres et 'nous pliant parce que nous sommes faibles.\n\nEt l'on ne peut saisir ce qui se passe en nous,\nainsi qu'on ne le peut dans l'âme du poète.\nLe chien d'arrêt croit trouver quelque chose toujours\nen. nous, mais n'y trouve souvent que de la terre.\n\n                       LES RONCES\nL'âme du poète descend sur la Terre.\nElle, c'est nous. Nous avons l'air méchantes, mais\nnous abritons des fleurs, des oiseaux et des lièvres...\nEt quand nous arrachons, aux agneaux, du duvet,\n\nc'est pour les nids où les oiseaux nus auraient froid,\net nous avons aussi pour eux de bonnes mûres :\nmais l'homme qui veut tout pour soi\nnous écarte à coups de couteau, à coups de chaussure.\n\n                LA MAISON ABANDONNÉE\n\nL'âme du poète descend sur la Terre.\nLui, c'est moi. Il y eut, peut-être, des amoureux,\nprès de ma cheminée en noir mortier pluvieux,\ncomme dans l'âme en miettes noires du poète.\n"}, {"page_pdf": 467, "texte": "                                 — 420 —\n\n       Mais il n'y en a plus... Mais il n'y en a plus...\n       Il a l'air d'en rire comme moi, dans la nuit,\n       sous le vent, dans son pauvre et luisant pardessus,\n       comme moi sous mon toit si triste luisant de pluie.\n\n\n\n                       TROISIÈME PARTIE\n\n\n   Sur la mer, dans la mer et auprès de la mer\n\nDessus : un bateau, du brouillard et des oiseaux.\nDedans : des poissons, des algues, du corail, des noyés.\nAuprès : une maison de pêcheur.\n\n                                   LA MER\n\n       Je suis claire comme moi-même, l'air et l'âme\n       du poète, et l'on voit croître, à travers mes eaux,\n       des branches de corail pareilles -au cerveau\n       ramifié et aux. poumons rouges de l'homme.\n\n       Qui est-ce qui sait donc que je ne pense pas?\n       Qui est-ce qui niera que je ne sois poète,\n       lorsque des poissons d'or s'agitent dans ma tête\n       ainsi que des pensées qu'obscurcit le brouillard,\n\n       le brouillard qui descend ainsi que l'Inconnu,\n       et qui est ce voile jeté sur toutes choses\n       qui fait qu'on ne sait jamais où ont disparu\n       lès bateaux qui pleuraient au vent comme des hommes.\n\n                                UN BATEAU\n\n       Je vais, car je suis poète, sur une terre qui bouge\n       et qui est la mer où volent les poissons\n       et sur qui nagent les oiseaux aux ailes longues\n       et molles comme les flots qui se courbent.\n\n       On dit que le poète porte à la main une lyre.\n       Moi j'ai des cordes tendues où chante le vent,\n       et le vent n'est-il pas la voix de Dieu, autant\n       que celle du poète qui ne l'a que par Lui?\n"}, {"page_pdf": 468, "texte": "                       — 421 —\n\nJ'ai le corps du poète au fond de la mer :\nle bateau mort à des côtes-comme les hommes;\net, ma voile, comme un mouchoir à une femme\ndit au revoir, salue quelque pieuvre cruelle.\n\n               UNE MAISON DE PÊCHEUR                 -\n\n            Je suis, au, bord de la mer,\n            une maison où les fenêtres\n            et la porte sont ouvertes,\n            et sont des trous en terre.\n\n            C'est moi qui suis le poète,\n            qui est, comme moi, en terre,\n            et qui a des trous à la tête :\n            yeux, nez, bouche et oreilles.\n\n            Des vêtements, devant moi\n            sèchent, jaunes, luisants et durs,\n            à côté d'une barque sur\n            laquelle il y a des rames.\n\n            Je suis, je suis le poète,\n            car par mes simples fenêtres,\n            tout le ciel entre en fête\n            dans les trous de ma tête.\n\n                       LES NOYÉS\n\nNous vivons dans la mort, comme les grands poètes :\ndans la mort transparente et saine de l'eau,\net nous n'entendons plus le murmure des terres,\net le ciel de la nuit fait le jour dans les flots.\n\nNous avons été déchirés par des requins,\ncomme le poète par l'homme, et avons nourri\ndes huîtres, des araignées, des oursins\net des pieuvres qui rougissent comme desfemmes qui sourient.\n\n Nous sommes noyés dans la mer, comme il est noyé\nsur là terre, et nos lambeaux s'incrustent aux rochers\ncomme des Prométhées dont le foie est rongé\npar l'amour de la tendre et chaste bien-aimée...\n"}, {"page_pdf": 469, "texte": "                        — 422 —\n\nMais nous nom vengerons, et quand la bien-aimée\ntendra sa bouche à l'eau pour y boire notre sang\nqui s'y épand en gouttes, nous laisserons, en pâlissant,\nglisser des roses d'or sur sa gorge gonflée.\n\nEt, petit à petit, comme des bras de femme,\nles algues nous entoureront, entoureront;\net nous en sentiront bientôt jusqu'au front,\npuis elles nous lieront doucement jusqu'à l'âme.\n\n\n\n\n               QUATRIÈME P A R T I E\n\n\n         Le Ciel, la Terre, la Mer,\n\n                         LE CIEL\n\n Dors, ô Terre! car je suis l'âme du poète.\n Je te berce à jamais au sein de l'Infini,\n pendant que Dieu, que l'on ne peut pas voir, nous berce\n'au sein de l'Infini d'où naît notre Fini.\n\n Les Forces sont en moi comme dans une forge.\n Les étoiles sont des charbons en feu qu'éteint\nje ne sais Qui de fort qui s'en va le matin,\n et qui forge les sangliers, le poète et l'orge.\n\nEcoute ! Les anges chantent de beaux cantiques.\nIls ont des harpes, des êcharpes et des voix tendres.\nEcoute ! Le poète est né ! Gloire ! Il faut entendre\ncette paix de Bonté et ces chœurs d'Harmonie.\n\nRegarde ! la nuit, ô Terre, se déchire,\nLe poète est né, et voici les Célébrantes :\nce sont les choses de tous les jours, qui, comme avant,\ncontinuent pour qu'il les aime et pour qu'il les chante.\n\n Vois! C'est là-bas, vers l'Aube, la colline,\nô Terre! avec les perdrix perdues dans la neige.\nIl fait jour ! Gloire ! Reconnais tes vieux cimetières\néparpillés comme des orgues d'agonie.\n"}, {"page_pdf": 470, "texte": "                      — 423 —\n\nReconnais-loi toi-même, et, puisque tu es lui,\npuisque nous sommes lui, toi et moi et la mer,\nregarde passer, en courbes, dans les airs,\nles canards qne tu dois reposer et nourrir.\n\nIls s'en viennent du Ciel pour aller à la Mer,\net pour se reposer, ô Terre! sur tes terres.\n Unissons nos devoirs et soyons le poète\nqui a un seul cœur et qui a une seule tête.\n\nEveille-toi! La nuit terrestre se déchire;\nle poète est né, et voici les Célébrantes.\n\n                       LA TERRE\n\nJe me réveille, ô Ciel! Je suis l'âme-poète,\nEt je te berce aussi, ô Ciel, parmi les cieux\n                      harmonieux.\nL'air que je berce est toi, et, bercé, tu me berces.\n\nJe me suis réveillée au cri poussé par l'Infini,\nau moment où naissait le poète dans la paix douce\n                      et bénie...\nEt j'entends les ruisseaux, les terres et les mousses.\n\n                 LA MER A LA TERRE\n\nTerre, je te berce de chants et de parfums,\net je berce le Ciel où chantent les étoiles.\nMais le Ciel qui me berce est bercé par toi.\nAimons-nous à jamais, car nous ne sommes qu'un.\n\n                        ENSEMBLE\n\nNous sommes l'âme du poète qui est née maintenant.\n Une grande joie M'emplit et Je parfume\nles pieds de Dieu, pareille à l'encensoir qui fume.\nJe suis le jour, la nuit, le bruit et le silence.\n\n                                       FRANCIS JAMMES.\n"}, {"page_pdf": 471, "texte": "         MES FRÈRES AIMÉS\n\n\n\nC\n              ECI n'est pas, je vous en préviens, une chronique\n               littéraire ; c'est de l'amour et de l'admiration\n               — rien que cela — de l'admiration et de l'amour.\n                  S'il fallait pourtant préciser davantage, au sujet\nde la nature de cette brève étude, je dirais que c'est quelque\nchose comme un tableau de famille, dans lequel j'ai réuni tous\nles poètes jeunes d'aujourd'hui que je juge frères par le cœur,\nl'esprit et l'œuvre, et qui résument pour moi l'âme nouvelle.\n   Je parlerai donc de Tristan Klingsor, Eugène Montfort,\nJean Violis, Paul Fort, Saint-Georges de Bouhélier, Henry\nBataille, etc., et de mes chers amis compagnons de lutte :\nArthur Toisoul, André Ruyters, Charles Bernard, Georges\nRency, parce que mon cœur d'enfant a compris leur grand\ncœur, et s'en est très épris spontanément; parce que, aussi,\nmon cerveau de décadent (dans le beau sens, ce mot-là, bien\nentendu!) s'est émerveillé avec joie devant la forme originale,\ndevant les rythmes et les grâces si compliqués, devant la force\nde leurs poèmes !\n   Et je l'ai dit, et je le répète, ceci n'est pas une chronique\nlittéraire, mais de l'amour et de l'admiration, rien que cela, de\nl'admiration et de l'amour.\n\n   Donc, entonnons notre cantique !\n   O mes frères aimés, ô poètes jeunes, je voudrais vous élever\nun simple et loyal autel de gratitude et de tendresse, qui fasse\ns'arrêter sur la route littéraire quelques passants, et les force à\nsonger à vous, à vous lire..., par suite à vous aimer...\n   C'est bien le moins, en effet, que je fasse quelque chose pour\nvotre gloire !\n   Vous m'avez enchanté ! Vous m'avez enlevé en de tels ravis-\nsements ! J'ai trouvé en vos créations des béatitudes profondes,\ntelles que seuls m'en avaient - données de pareilles Laforgue,\nRimbaud, Verlaine, Griffin et Verhaeren. Je vous dois bien\nquelque chose pour cela, n'est-ce pas?\n   Ma reconnaissance se traduira en ces phrases, où je veux dire\nles beautés de vos livres.\n"}, {"page_pdf": 472, "texte": "                             — 425 —\n   Car j'ai souvent pleuré de ne pouvoir donner la même joie à\nces trois morts divins dont j'ai cité les noms plus haut; je ne\nveux pas avoir plus tard le même regret pour l'un ou l'autre\nd'entre vous dont la mort désagréable désagrégerait la puissante\net neuve personnalité aimée.\n\n    Voici Paul Fort, Messieurs :\n    Une belle âme étonnamment prismatique, exprimée en images\n coloriées diversement, tintantes et nettes. Ce cher artiste nous\n chante des ballades, des poèmes plutôt, de tous les temps, de\n tous les sentiments, de toutes les teintes, avec leur bigarrure de\n cadences, parfois bizarres et parfois même puérils, comme s'il\n s'en souvenait d'enfance, mais toujours très adéquats et évoca-\n tifs. Chacun de ses mots, en effet, chacune de ses tournures est\nun jeu scintillant de miroitements.\n    C'est un véritable symboliste. Chaque ligne, chaque nuance\n du paysage matériel qu'il nous évoque, est en même temps la\n ligne ou la nuance d'un paysage d'âme. Quelquefois la forme et\n le fond se mêlent, et les cris de l'âme elle-même éclatent parmi\nles cris des personnages qui l'objectivent. Et je ne sais si ce n'est\nalors vraiment que l'œuvre est le plus belle.\"\n    La forme de cela est merveilleuse. Les mots chatoient et pal-\npitent d'une multiplicité extraordinaire de sensations. Et ce n'est\npas de la prose, malgré l'apparence typographique, et c'est\npurement de la pure poésie, aux sublimes ou fantaisistes guir-\nlandes de rythmes.\n    Car écoutez la belle folie lâchée de ceci : « Non ! Et toute\ncette folle ronde, bousculante, ivre-vive, de rousses, de noires,\nde blondes flottantes chevelures, qui se mêlent, qui s'emmêlent\nau souffle de la ronde? — Hé, c'est quelque incendie où les ors\net les cuivres, à s'entre-déchirer les ombres, se dévorent... »\n    Prêtez à nouveau l'oreille au délicieux chuchotement fin de\ncette ballade qui parut en l ' A r t jeune : « Une petite main pâle\nfleurit à la serrure... »\n    Entendez enfin chanter la claire matutine gaîté, la douceur\nbéatifiée de soleil d'après-midi de cette autre ballade où l'on est\n« enfin bien au long, en On pré, tout couché... où on entend les\ngrenouilles causer... où on écoute on ne sait quoi qui chante\ndans les herbes..: »\n    Pour ce qui est de dire le fond de ces livres, la chose est\nardue, sinon impossible. Chaque poème est en effet une concep-\n"}, {"page_pdf": 473, "texte": "                             — 426    -\n\ntion d'un genre, d'une époque, souvent même d'une âme diffé-\nrente. Comment donc vous dire tout cela?\n    Pourtant, ce que l'on y voit surtout, c'est d'abord des visions\nétranges et splendides, lucidement regardées et limpidement\ndites; puis, les drôles gestes sentimentaux de clowns tels que\nMiousic, Analytic et Coxcomb, incarnant toute l'intense et\nexultante vie de cœur de l'artiste, ainsi que ses fols jaillisse-\nments de rêveries... Et bast! ceux dont l'âme ne sait voir ni\nentendre, n'apercevront là que pirouettes, gammes, rires vifs et\nrythmes éperlés... Alors que, inconsciemment, c'est pour mieux\nles laisser voir (à ceux qui savent voir), que l'artiste, un peu\ncomme un Laforgue ou un Corbière, dissimule à demi ses san-\nglots sous des cris, et éparpille à chaque instant son âme claire\nen feux d'artifice de rires, — sachant bien que ces rires, lancés\ndans certain décor ou certaine atmosphère, sont plus lamen-\ntables que des plaintes !\n   Il y a enfin des extases religieuses devant certaines scènes,\ndevant le Silence, devant l'Aimée ; et des exaltations bondies\nvers des magnificences, comme en ces très compréhensives\nparoles chantées à la Beauté : « Qu'un sourire m'éclaire ta face\ninsaisissable. Ne sois plus éternelle, colore-toi de vie ; sois sen-\nsible, souris. Il n'est plus de barbares, il n'est que barbaries.\nNe sois plus éternelle, prends un peu de ma vie... Mué ton\nmarbre en chair, je te dirai, bien sage : — Façonne mon image,\nma chère, à ton image.\n   « Toi la mieux belle, toi qui te connais telle, toi, la seule\nbelle, ah! te cambrer mienne!... »\n   Et plus loin dans la même pièce : « Et malgré tout régnante !\nde me leurrer, soudaine, à tel clair, en telle ombre, d'indul-\ngence lointaine que mon désir veut croire avoir touché de\nl'aile, avant qu'elle ne s'efface aux mains pensées vers elle. —\n« Sur ton marbre, en reflet, ma pourpre humanité » si souvent\ndélirais-je. Mirage ! le soleil écartant les nuées, féal baisait tes\nneiges.\n   » Toi la plus belle, toi qui te sais bien telle, toi, la seule\nbelle, te posséder ! »\n   Dans ses derniers recueils, le poème tourne de plus en plus\nà la chanson, une chanson haute et claire et d'or, où tout\nreluit, rit et ronde.\n   Cet exquis motif populaire : « Si toutes les filles du monde\nvoulaient s'donner la main... » a déjà fait le tour de la littéra-\n"}, {"page_pdf": 474, "texte": "                              — 427 —\n\nture... Et devant la mer, chacun de nous l'a entendu fleurir\nspontanément puérilement au fond de son cœur.\n   En résumé, Paul Fort nous a donné des livres de belle\nclarté de langue et d'idée — ceux qui n'y voient le sens de\nmoindres mots sont des myopes ou des crétins — des livres\nqui nous apportent une âme moderne, avec ses infiniment pêle-\nmêlées émotions. La langue en est éblouissante de variété,\nappropriée bellement à l'humanité de cet artiste, que l'on\ndevine très spontané, et que de suite on aime.\n  Aux heures ternes et mornes, cela nous remplira le cœur\nd'ardentes vitales crépitations, le cerveau de multiples et\ndélicieux mirages.\n\n   Voici Henry Bataille :\n   Son âme habite une Chambre blanche exquise comme\naucune. De la jeunesse douce et vaguement triste, des choses\nmerveilleuses de joliesse : lampes, miroirs et vieilles horloges,\nl'habitent. Et c'est la Chambre blanche d'enfance, que chacun\nde nous conserve close et bondée de souvenirs dans la grande\ndemeure qu'est le cœur.\n   O chambre exquise d'enfance !\n      où s'ouvre, au fond des lits, l'œil tendre des poupées.\n\n   Il faudrait avoir le cœur vanné pour ne pas aimer une\nchanson pareille. Tout y ravit : les ciels et les meubles, les\nsoirs et les jouets... On ne peut que s'y laisser prendre. — Pour-\nquoi ? — Oh ! je ne sais... C'est un charme... Que voulez-vous !\nje n'en peux rien, mais je suis heureux de dire — je ne puis\nfaire autrement — que ce livre m'a ensorcelé tout ce qu'il y a\nde plus délicat et frais en moi. C'est sans doute que ce jeune\nhomme se chérit très ineffablement en toutes les choses amies,\net que ces choses elles-mêmes sont aimables, avec leur joie\nmélancolieuse et leur puérilité.\n   Le sentiment du livre se résume en ce vers :\n                    En mélancolie de printemps.\n\n  Le sujet, en ces autres :\n        Je t'ai rêvée en la naïveté des choses\n        et j'ai parlé de toi aux plus vieilles d'entre elles.\n                                                                28\n"}, {"page_pdf": 475, "texte": "                            — 428 —\n\n   Et eh! oui! livre délicieux et émotif! écrit sous la lampe!\nparmi la vie des êtres d'antan ou printanniers, la fenêtre ouverte\nà demi, livre dont le poète a aimé les mots et les gestes, les\natmosphères, les robes fanées, les sanglots et les poupées, qui\nsont ses personnages ravissants...\n   Tout un coeur s'y révèle, avec sa langue, son ambiance, sa\nvie, si intensément délicieusement personnelles.\n   Des vers en seraient à citer, mais sans doute tous...\n   Quelques-uns sont d'un relief et d'une évocation qui étonnent ;\ntels ceux-ci :\n       Le cri du coq est plein de gouttes de rosée.\n       Dans les chemins et sous les bien-aimées ramées...\n       Pourtant je sens en moi se fermer des paupières.\n   Mais surtout ceux qui décrivent ce Soir vraiment extatique\nd'émotion musicale, où le poète murmure :\n    Ecoute! oh! l'on défaille dans l'ombre...\n    Un rossignol de nuit est tombé dans les branches...\n    Vois nos lampes, là-bas, au fond du jardin sombre...,\n    Elles s'éteignent comme se sont couchées toutes blanches,\n    Les robes cérémonieuses des jets d'eau.\n    Viens... Ne fais pas de bruit, c'est l'heure des roseaux...\n\n  Je ne sais pas de charme plus compénétrant. — C'est Une\nmélodie très doucereusement chuchoteuse... triste parfois, mais\ntoujours si jeune... ; des sanglots à musique!\n\n   Voici Charles Bernard :\n   Celui-là, depuis son premier recueil, a été classé le poète du\nclair de lune. La chose a même un peu tourné à la blague, et\nc'est grand tort ! Car sa nature même et, si je puis m'exprimer\nainsi, le caractère pur, lunaire et pâle de son âme, l'ont seuls\namené à cela.\n   Grandement, ses deux œuvres diffèrent.\n   La première, presque sans pensée, n'est autre chose qu'une\nexquise musique. Et le désir m'a souvent pris de l'épigraphier\nde ce vers du grand Verlaine bien-aimé :\n                 De la musique avant toute chose,\n                 Et pour cela préfère l'Impair.\n                 De la musique encore et toujours!\n"}, {"page_pdf": 476, "texte": "                            — 429 —\n   La poésie cependant y chantait avec grand charme; une\npoésie claire, poudrée d'étoiles fines, et dont les s nombreux\nfaisaient frissonner de musicales soieries.\n   De belles lignes ondulent; des formes nues se meuvent\ndoucement — lointainement ; de grands décors hiératiques s'éri-\ngent ; et il émane de tout cela de vaguement tristes sentiments\net des évocations.\n   Nuits d'étoiles, sentes rêveuses, ébauches, redites, songes,\ncaresses, coloris et pierreries..., phalènes bruissonnantes, et\nruisselets chanteurs et berceurs de perles, musiques enfin, merveil-\nleuses ! c'est tout entière cette première œuvre, — qui m'a\nlaissé\n                le souvenir d'harmonieuses griseries.\n   La seconde au contraire s'est élargie. Toujours les mêmes\nafféteries étincelantes dans le mot et dans la chanson, oui,\nmais quel coup d'aile plus large et plus avide d'espace et de\nlumière et d'amour!...\n   Des amants se promènent à travers la nature magnifiée de\nlueurs de lune. Ils se couchent sur le sable semblable à une\nchair. Ils parlent de-leurs gestes, de leurs âmes, de leurs yeux.\nIls s'occupent, surtout ! à exprimer combien ils se sont identi-\nfiés avec la nuit, la nature et la lune..., et combien celles-ci\nles expriment.\n   L'allure du vers, elle aussi, a pris un autre essor. Elle s'est\nélargie magnifiquement en d'onduleux et limpides alexandrins.\nTout cela est beau d'une sérénité pure et claire. La lumière\nquoique douce, en éblouit !\n   Ce poète qui s'ignorait lui-même hier encore, se réalisera\nsans doute tout entier demain, dans sa beauté très à lui, —\navec la grâce de la Lune bien entendu...\n\n   Voici Tristan Klingsor :\n   Toutes celles, merveilleuses, que la légende fait défiler dans\nnos souvenirs, revivent ici...\n   O Princesses et Magiciennes ! Vous fûtes placées dans des\npalais, dans des paysages ravissants. Vous êtes vêtues de\ndélicatesse et de dentelles. Des soies et des bijoux, des velours\net vos chairs, luisent ou scintillent. Il se joue alentour de vous\ndes musiques frêles, félines et douces à en pleurer. Et des\nparfums sont exquis de mélodie.\n   De dire les grêles grâces de tous ces détails, le vers semble\n"}, {"page_pdf": 477, "texte": "                            — 430 —\n\ntremblant, mais de ce tremblement légitime que paraissent\navoir également les prismes, lorsque beaucoup de lumières s'y\nreflètent.\n   Ah! écoutez cette chanson d'Izel, et vous saurez combien\nces poèmes peuvent avec exquisité griser :\n           Doux musiciens, frôlez les harpes d'argent;\n           La reine Izel est couchée avec son Page;\n           Doux musiciens, frôlez les harpes d'argent.\n\n           Elle s'est prise avec son Page à songer.\n           Et les harpes ont des musiques étranges;\n           il rôde une odeur de rose et d'oranger.\n            — « Izel, donne-moi ton corps à violer ;\n            qu'on caresse les harpes et les violes;\n            Izel, donne-moi ton corps à violer. » —\n            Or, la reine rêve de magique amour ;\n            les mauvaises voluptés hantent son âme;\n            or la reine rêve de magique amour.\n\n            Elle donne à son beau Page l'or filé\n            de ses longs cheveux de fée et de ses cils;\n            elle donne ses longs cheveux d'or filé.\n            Mais elle ne dira pas qu'il avait Izel\n            et qu'Elle a donné sa bouche de cerise\n            au Page vil qui voulut aimer Izel. .\n            Car de ses longs cheveux de vieil or filé\n            et de ses deux mains merveilleuses, Izel\n            l'a doucement, le pauvre Page, étranglé.\n            Doux musiciens, frôlez les harpes d'argent;\n            la reine Izel est couchée avec son Page;\n            doux musiciens, frôlez les harpes d'argent.\n\n   Lorsque je lis ces vers, chaque fois une langueur voluptueuse\nme saisit, à cause de la si harmonieuse traînerie du rythme. Je\nme sens bercé divinement par les airs aigrelets de vieille viole\nque joue ce poète; et j'oublie aussitôt, avec indulgence, que\ncomme de tous les vrais poètes, j'avais espéré entendre battre,\nlà, et pleurer et s'éjoyer un cœur ! et que je ne l'ai pas entendu...\n"}, {"page_pdf": 478, "texte": "                            — 431 —\n   Voici André Ruyters :\n   Un art de grâce inexprimablement ; des phrases d'une bleue\ndélicatesse dentelée et toujours féminine, et toujours selon le\nmatin frais ou la nuit moelleuse si chez soi !\n   La femme n'y vit que selon l'homme, par l'homme. Seuls,\nquelques gestes mutins et puérils, disant toute sa nature, lui\nsont personnels. Mais sensuelle merveilleusement, Margy!\nPuis oh! la joueuse! Elle est la grâce qui enjôle et déride la\nlittéraire gravité du poète. Elle est le résumé de la tourbillon-\nnante fête des papillons, des; parfums et des rires qui l'entourent!\n    Georges, au contraire, est un monsieur sérieux, - parfois\nembêtant, mais souventes fois très beau... Embêtant lorsque,\ncomme dans les Oiseaux, il dédaigne, du haut de ses principes,\nles voluptés chaudes et si spontanées, que lui offre cette bien-\naimée femme-enfant. Très beau lorsqu'il se laisse captiver par\nla splendeur veloutée de la nuit ou qu'il sent vivre en son cœur\ntoutes les vies.\n    Douze petits nocturnes, la première œuvre, n'est que l'expan-\n sion mélodieuse de ces sentiments d'une pureté et d'une gran-\n deur très douces. Des vers y sont faibles, mais il n'importe,\n puisque la plupart sont suaves, chuchoteurs et intimes.\n    Tous ses livres, indistinctement, me charment par la même\n gracilité de mot (ah ! ses mots c'est tantôt du cristal, tantôt\n de la soie, tantôt du velours!...) et les mêmes passionnés\n frémissements troublants ; ses deux derniers — Les Oiseaux\n et A eux deux — me font enrager parfois, à cause des philoso-\n phismes qui y étalent leur absurdité. L'enchantement, cepen-\n dant, est de beaucoup supérieur à la colère, et j'oublie presque\n toujours qu'il y a dans Georges trop de cerveau et trop peu\n d'humanité, parce que toutes les choses qui lui servent de\n décor sont si animées, si belles, si tremblantes, qu'elles en sont\n presque humaines.\n    Mais ce qu'il faut surtout remarquer dans l'A eux deux, c'est\n la vérité éternelle qu'il renferme : l'artiste se consolant de son\n impuissance devant l'idéal, grâce aux menues fines joies de\n la vie.\n  (Cette série sera continuée dans le prochain; j'y parlerai\nd'Eugène Montfort, Arthur Toisoul, Jean Violis, Saint-Georges\nde Bouhélier, Georges Rency.)\n                                       HENRI VAN DE PUTTE.\n"}, {"page_pdf": 479, "texte": "      Le Royaume authentiqueduGrand Saint Nicolas\n                     par   M. EUGÈNE DEMOLDER\n\n\n                (Edition du MERCURE DE FRANCE)\n\n\n\n\nP\n            ARMI les nombreux volumes que le nouvel an fait\n              régulièrement éclore, en voici un qui ne réjouira\n              pas seulement les enfants, mais qui fera aussi le\n              bonheur des artistes. Il est intitulé Le Royaume\nauthentique du Grand Saint Nicolas, et il a pour auteur M. Eugène\nDemolder.\n   On connaît Eugène Demolder. Ses premiers contes nous\nl'ont révélé comme un styliste incomparable et comme un\npeintre de lettres d'une originalité et d'une puissance singu-\nlières. La critique n'a pas eu de peine à reconnaître en lui un\ndes mieux doués parmi les jeunes écrivains flamands de langue\nfrançaise qui continuent, par la plume, l'œuvre que les vieux\npeintres flamands ont commencée par le pinceau. L'artiste qui\nest en Demolder descend de ces peintres, et il en descend par\nun littérateur : par Charles De Coster. Entre l'auteur de\nla Légende d'Ulenspiegel et l'auteur des Contes d'Yperdamme\net des Récits de Nazareth, il existe une parenté très étroite. Ils\nvoient tous deux l'art sous un même angle et procèdent par des\nmoyens analogues. Seulement, l'un est plus sobre et plus psy-\nchologue; l'autre est plus prodigue de couleur et s'attache\ndavantage aux côtés extérieurs des choses. Dans les tableaux\nà la plume de De Coster, l'homme est la chose principale et le\npaysage la chose accessoire. De Coster croque des scènes.\nDemolder — jusqu'à présent du moins — a surtout révélé de\nmagnifiques qualités de paysagiste. Chez lui, l'homme et le\npaysage sont traités de la même façon, ils sont au même plan,\nils vivent de la même vie et produisent à peu près le même\neffet. Je désire qu'on ne prenne pas ceci pour une critique. Il\ny a parfois plus d'intellectualité dans un paysage que dans une\nfigure, et, parmi les peintres, tous les penseurs ne se trouvent\npas du côté de ceux qui ont interprété exclusivement la vie\nhumaine. Le contemplatif qui parvient à évoquer l'âme des\nchoses et à la fixer dans son œuvre arrive parfois à résumer,\n"}, {"page_pdf": 480, "texte": "                            — 433 —\n\ndans une éblouissante synthèse, des joies, des drames ou des\nsouffrances aussi vastes et aussi profondes que l'énigme même\nde notre propre destinée. C'est souvent le cas pour Demolder.\nSes œuvres, plus séduisantes qu'empoignantes, s'emparent de\nl'âme sans que celle-ci s'en doute, elles l'élèvent insensiblement,\nmais elles ne s'arrêtent pas de l'élever, et leur action fascina-\ntrice cause une volupté particulière, une de ces voluptés pures\ncomme en produisent les amours platoniques.\n   Si De Coster avait traité le sujet choisi par Demolder, il\naurait fait la Légende de Saint Nicolas. Demolder intitule son\nlivre Le Royaume authentique du Grand Saint Nicolas. La dif-\nférence des titres me semble marquer clairement la différence\nqui existe entre ces deux talents, si ressemblants par d'autres\npoints. Demolder a été séduit moins par le personnage légen-\ndaire que par tout ce qu'il évoque. Saint Nicolas, c'est le saint\ndes illusions. C'est lui qui colore de si magiques couleurs les\nnuits de décembre que, quand nous avons perdu nos naïves\ncroyances d'enfant, la poésie de ces nuits continue de chanter\ndans nos cœurs. Saint Nicolas ne se contente pas de déposer\ndes jouets dans les chambres des mioches ; il donne aussi\nune âme aux paysages qu'il traverse et aux maisons qu'il\nvisite. Les paysages en deviennent plus poétiques et les mai-\nsons meilleures. C'est cette âme-là qui s'est révélée à Demolder;\nc'est elle qui palpite dans son livre. Le paradis où il nous\nmène est une Flandre idéalisée. C'est une Flandre vue à\ntravers le cœur de saint Nicolas, utilisé comme prisme. C'est\nune Flandre telle qu'auraient pu la voir en leurs plus beaux\nsonges les magiques peintres d'intérieurs et de paysages que\nfurent les Breughel, les Ruysdael, les Van der Meer de Delft,\nles Pieter de Hooghe, les Leys et les De Braekeleer. Quand on\nouvre le livre, quand on pénètre dans l'intérieur de cette\nvieille maison seigneuriale flamande où l'ange apporte, par une\nradieuse nuit d'hiver, un petit enfant qui sera saint Nicolas, on\nest déjà dans le ciel. Leys n'aurait pas mieux peint cet inté-\nrieur. L'auteur nous a conquis dès sa première page et nous le\nsuivons ensuite, le cœur plein de cette joie sereine que pro-\nvoque le déroulement d'un spectacle uniformément beau et pur,\npartout où son imagination vagabonde nous invite à flâner.\nNous traversons ainsi de magiques nuits d'hiver, des paysages\nde neige aux profondes douceurs d'hermine, nous assistons à\ndes kermesses d'une richesse incomparable, et nous nous\n"}, {"page_pdf": 481, "texte": "                            — 434 —\n\narrêtons devant des danses ensorcelantes où des poupées, trans-\nformées en délicieuses princesses de Watteau, valsent comme\ndes fées au son d'un orchestre angélique.\n    Saint Nicolas est présent partout dans cette féerie, mais\nil y joue un rôle un peu effacé. L'auteur en a fait un personnage\npeu agissant. Il a seulement vu en lui l'être bon et paternel\nqui répand la joie autour de sa personne et qui, patriarche\nindulgent, s'éloigne un peu pour savourer discrètement le\nbonheur qu'il éprouve à faire des heureux. Demoldér, d'ail-\nleurs, ne démonte pas d'habitude ses personnages pour nous\nmontrer ce qui se passe en eux. Il se contente d'indiquer le\nsentiment général qui les possède. Ici encore, il procède à la\nfaçon des peintres. Dans certains tableaux d'Henri de Braeke-\nleer, on peut voir un homme accoudé à une fenêtre ou une\nvieille femme assise au coin d'un feu. Une immobilité formi-\ndable semble peser sur eux. Après quelques instants de\ncontemplation, nous sentons cependant qu'il y a dans ces\npersonnages une vie plus puissante que cette immobilité. Par\nun geste qu'il leur a fait faire, par une attitude qu'il leur a\ndonnée, le peintre nous fait deviner qu'un drame se passe dans\nleur âme, et devant eux nous pouvons rêver toute leur vie en\nla colorant de nos propres rêves et de nos propres souffrances.\nDe même quand on lit Demolder, on interrompt parfois sa\nlecture pour rêver délicieusement devant certains person-\nnages à peine silhouettés, par exemple devant ces trois petites\nfilles « dont les têtes mignonnes reposaient sur l'oreiller,\ninclinées l'une vers l'autre et qui paraissaient n'avoir à elles\ntrois qu'un seul et même rêve qui les faisait sourire ».\n    S'il excelle à montrer ainsi par quelques traits suggestifs des\npersonnages très caractéristiques, qui produisent une forte\nimpression et qu'on n'oublie pas, il sait aussi, quand il le veut,\nnous présenter ses héros sous une forme moins passive. C'est\nainsi que la « tante Aurore » est un personnage singulièrement\nvivant et « saint Fridolin » encore plus, le saint malicieux et\n gai, l'amusant joueur de flûte dont Demolder a fait le cicerone\n de saint Nicolas, et qui traverse le livre avec des allures\n narquoises d'Ulenspiegel céleste.\n    Les amateurs de style plantureux et coloré se délecteront à\n la lecture du Royaume authentique du Grand Saint Nicolas. On\n sait que parmi les écrivains modernes, l'auteur est un de ceux\n qui possèdent les plus riches palettes. Sa phrase est un ruissel-\n"}, {"page_pdf": 482, "texte": "                            — 435 —\nlement de pierreries. Certains de ses contes même, comme la Cité\nmorte dans l'or, semblent n'avoir été écrits que pour le plaisir\nde prodiguer les trésors de sa plume. Dans son nouveau livre,\non ne trouve toutefois plus de ces avalanches de joyaux. Mais\non n'y perd rien. Si l'écrivain s'est assagi, si sa phrase, en\ns'assouplissant, a perdu quelques-uns de ses saphirs! et de ses\nrubis, elle reste solide, charnue et délicieusement colorée.\nSeulement, l'auteur s'efforce maintenant de mettre la couleur\nà l'endroit où elle doit se trouver; il dispose ses effets avec\nplus de science ; il travaille à devenir maître de sa plume, à lui\nfaire dire exactement ce qu'il veut dire ; et il arrive souvent\nainsi, par d'ingénieux procédés de style, à réaliser ce que\nFlaubert considérait comme le vrai but de l'art : faire rêver!\nSon Royaume de Saint Nicolas est aussi le royaume de la poésie.\n   M. Mofannes a illustré d'intéressants dessins le nouveau\nlivre d'Eugène Demolder et Félicien Rops lui a fait une\ndélicieuse et riante couverture.\n   En même temps qu'il a publié le Royaume authentique du\nGrand Saint Nicolas, Eugène Demolder a fait réimprimer ses\nContes d'Yperdamme et ses Récits de Nazareth en un seul\nvolume qui a maintenant pour titre La Légende d'Yperdamme.\nNous \"avons dit tout le bien que nous pensons de ces contes\ndans la Société nouvelle, lors de la publication de la première\nédition. La nouvelle rivalise de luxe avec le Royaume de\nSaint Nicolas. Rops et Morannes l'ont également illustrée.\nParmi les dessins du premier, nous recommandons tout\nspécialement aux admirateurs du maître le frontispice, dont\nnous aurons fait un éloge suffisant quand nous aurons dit que\nc'est un vrai Rops.\n\n                                         H U B E R T KRAINS.\n"}, {"page_pdf": 483, "texte": "        LA L É G E N D E DE VIE\n             SUR l'océan doré de son imagination, une nef magni-\n                fique d'espoir s'est élancée, belle de vogue libre et\n                hardie, à pleines voiles, à pleines ailes !\n                   Elle s'en est allée en droite ligne, vers cette Ile\nVierge au surgissement de laquelle rêve notre désir, vers cette\nterre d'harmonie et de bonheur, à la fois de rêve et de vie, qui\nexiste en nous depuis si longtemps !\n   Là, vivent des êtres d'une innocence puissante, aux débor-\ndantes passions ingénues. Ils sont les plus pures incarnations\nde nous-mêmes. Ils sont les faces les plus belles de Pan.\n   Pays de joie et d'auguste paix! Pays de nature impolluée!\nPays d'Eden ! L'homme y est entouré d'une amitieuse famille de\nbêtes, et de plantes, et d'arbres. Les bœufs sont de graves et pai-\nsibles patriarches qui consolent. Les hêtres, comme de grands\nfrères, soutiennent les âmes chancelantes d'émois et de peines.\nLes fleurs ont des tendresses de petites filles amies. Les oiseaux\ncâlinent insidieusement.\n   Parmi ces êtres, le printemps frissonne de pubertés exquises;\nl'été bout ; l'automne se tord et se lamente, splendide ; l'hiver a\ndes virginités scintillantes et liliales. Et les travaux des champs,\nles repos, les amours et les enseignements se suivent à travers\nles régulières saisons, en guirlande fleurie de joies sereines.\n   Cependant, le drame sublime de la nouvelle rédemption\nhumaine se joue là, avec tous ses orgueils, avec toutes ses gloires!\navec aussi tous ses sanglots !\n   Si Barba a créé Eolie, l'Ile Vierge (il semble en effet l'avoir\ncréée de toutes pièces, l'avoir tirée de son grand cœur, ainsi\nbelle, pure, parée — et Barba est en somme le poète), c'est pour\nle salut de cette humanité future, libre, héroïque et franche!\nqu'il a engendrée en Sylvan.\n   (O Sylvan ! notre cœur a bondi d'allégresse exultée, à te voir\nchevaucher dans le monde, à t'entendre pleurer d'amour, à sentir\ns'agiter en toi toutes les splendeurs de la vie ! — Et ton âme\nchantait, rouge, magnifique et jeune, dans le cor de gloire et\nd'orgueil qui avait fait de toi un poète.— Nous t'aimions, ô Syl-\nvan, parce que tu éternisais les plus beaux de nos gestes, dans\nde la pure beauté.)\n   Et voici que dans cette île, l'Etranger est venu, le frère\n"}, {"page_pdf": 484, "texte": "                            — 437 —\n\nmaudit de Barba, rapportant avec lui les angoisses mortes, les\nvieilles misères, les mystères inutiles (inutiles, car le mystère\nest une myopie, comme l'a si bien dit André Gide...). Et Sylvan,\nqui l'a entendu, se trouble, se chagrine! Il a perdu sa haute\nsérénité et sa candeur. C'est le moment d'inquiétude qui fait\nosciller sa vie sur sa base si ferme. Mais il passera outre — et\nj'en étais sûr! — ce sera même un nouvel et plus somptueux\nessor à travers la virginale et superbe Eolie !\n   Ce qui fait la grandeur de ce livre, c'est la bonté pompeuse et\ndouce de Barba, c'est la force divinement naïve de Sylvan. Ce\nqui en fait la grâce, c'est la petite trinité suave des sœurs et de\nl'amante de Sylvan : ô Hylette, ô Elée, ô Florie ! Celles-là rient,\ncajolent, se roulent dans les prés, se baignent nues, aiment;\ncaressent, chantent, dansent! font le pain et veillent au lait.\nElles sont l'innocence et la rieuse féminité d'Eolie. L'une\nd'elles, Elée, est plus troublante. Des restes d'âme ancienne\ns'agitent en elle. Mais l'amour l'unit à Sylvan, et la régénère\nmerveilleusement.\n   Mais ce qu'il faudrait dire encore, c'est le charme adolescent\nde ce sixième personnage : Eleuthère.\n   Eleuthère est le converti. C'est l'humanité non dégagée\nencore de ses peines volontaires, et qui entre dans Eolie, et qui\nse sent pris aussitôt par la sorcellerie du bonheur qui y règne.\nSa tendresse pour Sylvan, la tendresse qu'a pour lui Sylvan,\nest certes la chose la plus troublante de grâce que je connaisse;\net c'est la plus belle page du livre.\n   Eleuthère, comme nous, est parti hier à peine de la Ville\ntriste qui est située en face de l'Ile Vierge, et déjà le voici dans\nla Joie. De cette Ville, je ne parlerai pas ; non qu'elle ne soit\nadmirable de par cette barbare et profonde tristesse que des\ncarillons sur elle pleurent sans cesse, mais parce qu'elle me\nsemble surtout servir de repoussoir, pour faire valoir davantage\nla candide et jeune beauté d'Eolie.\n   Eolie ! Eolie ! Sur elle passent des ciels, teintés du sang des\nplus féminines des fleurs. Eolie ! Tous les parfums l'embaument!\nEolie! Eolie! Grave et pure, en même temps puissante et débor-\ndante de bonheur, elle semble l'œuvre de rêve, la terre d'élec-\ntion d'un Puvis de Chavannes flamand.\n                Ah! c'est là que je voudrais vivre\ncomme ditje ne sais plus quelle romance.\n"}, {"page_pdf": 485, "texte": "                            — 436 —\n\n   Mais nos âmes et nos esprits rénovés n'ont depuis longtemps\nplus d'autre demeure !\n   Camille Lemonnier a réalisé là une œuvre large, bonne et que\nje crois éternelle. Son livre est un peu la bible de ces temps-ci.\n   La langue en est tantôt délicieuse de finesse, tantôt d'une\ncalme homérique magnificence.\n   Naturellement, la Presse, jalouse de son renom d'incom-\npréhension traditionnelle, parce que c'était une œuvre de beauté\nne lui a fait qu'un médiocre accueil.\n   Que le Poète sache en retour qu'il a avec lui l'enthousiasme\net l'admiration des jeunes hommes d'aujourd'hui !\n\n                                       HENRI VAN DE PUTTE.\n\n\n\n\n      Essai sur l'art contemporain\n                       par M. FIERENS-GEVAERT\n\n\n\n           MONSIEUR Fierens-Gevaert        signe, en un Essai sur\n                l'art contemporain, quelques idées et réflexions\n                esthétiques dont l'affirmation est précieuse à tout\n                vrai peintre, sculpteur ou musicien. Il imprime :\n « L'art aujourd'hui désavoue hautement tous les systèmes,\ntoutes les directions, tout ce qui peut éveiller de loin ou de\nprès l'idée d'adhésion à un programme d'école quelconque.\nL'individualité est la seule loi à laquelle on veut obéir et cela\nest une chose excellente puisque l'individualité est le principe\nde l'art. » Et conséquent jusqu'à l'extrême avec cette donnée,\n M. Fierens-Gevaert ajoutera pour exalter et défendre les\nartistes novateurs : « Renseignés sur mille choses, rassasiés de\nla vue des chefs-d'œuvre, ils ont la peur constante de verser\ndans les formules, de faire entendre un accent qui ne serait\n qu'un souvenir, de laisser percer une émotion déjà notée\nailleurs. Ils sentent leur vol s'alourdir par un bagage de\nscience et brusquement, sans réflexion, comme en une minute\n de folie, ils rejettent loin d'eux tout ce qu'ils ont pu retenir de\nla technique et des procédés d'autrefois. Et cependant les\n"}, {"page_pdf": 486, "texte": "                            — 439 —\nmonstruosités qu'on leur reproche sont l'affirmation de leur\nvitalité, et quoi qu'ils fassent, quels que soient leurs défauts,\nleurs faiblesses, leurs exagérations et leurs enfantillages, c'est à\neux, à l'incessante poussée de leur force révolutionnaire que\nl'art devra un jour quelque orientation nouvelle. »\n    C'est parfait. Et ce langage est d'une belle audace en face\ndes cuistres et des recommenceurs. Il acquiert une signification\nencore plus nette lorsque l'on songe que M. Fierens-Gevaert\nappartient au milieu du Journal des Débats.\n    Insensiblement, l'idée de rénovation incessante, d'art délais-\nsant le passé pour conquérir des forme inédites, s'insinue dans\nles ateliers. Ce nous a été une surprise dernièrement de lire,\ndans le grave journal Le Temps, un long article de M. Gaston\n Deschamps, à propos de Fernand Gregh, sur la poésie contem-\n poraine, où ce critique admettait presque le groupe des poètes\n actuels, qu'il disait — douce erreur — influencés tous par\n M. Mallarmé.\n    Les jours, en effet, sont déjà loin où l'on n'avait que sourires,\n dédain, calomnies et pionneries à opposer aux techniques\n récentes, et vraiment les vieilles lyres parnassiennes, illustres\njadis, tombent de plus en plus aux mains de quelques pauvres\n rapsodes secondaires. Ainsi les vieux instruments de musique\n finissent presque toujours par échouer chez des ophicléistes\n d'une fanfare de faubourg.\n     Revenons aux peintres.\n     M. Fierens-Gevaert, qui n'aime point les traditionnalistes,\n écrit à leur sujet : « Disons que l'imitation qu'on est convenu\n d'appeler académique ne fut jamais appliquée d'une façon aussi\n plate qu'à présent. Les exagérations extrêmes des novateurs\n sont en raison même de l'abaissement qu'a subi le niveau des\n écoles conservatrices... »\n     Toutefois, il serait injuste de ne point indiquer qu'adversaire\n de la tradition étroite, ponctuelle, systématique et plagiaire,\n  M. Fierens-Gevaert admet parfaitement — c'est l'évidence\n même \"— que tout artiste est le produit de tous ceux qui l'ont\n précédé. C'est un total mystérieusement réalisé par les siècles,\n  et voilà pourquoi les plus personnels d'entre les originaux\n  doivent à tous quelque chose. Ainsi comprise la descendance\n  est glorieuse : elle n'exclut en rien l'oeuvre spéciale que tout\n  élu réalise ou réalisera. On est de son siècle et de sa famille\n  parce qu'il n'y a pas moyen d'être autrement.\n"}, {"page_pdf": 487, "texte": "                            — 440 —-\n\n   Voilà, croyons-nous, les idées maîtresses émises dans Essai\nsur l'art contemporain, où il nous plairait de signaler encore tel\nchapitre sur l'architecture, ne fût-ce que pour noter que l'auto-\nrité de Mérimée, invoquée page 42, n'est pas, en cette matière,\naussi sûre que l'auteur le croit. Depuis les derniers travaux des\nAnthyme de Saint-Paul, des Lefevre-Pontalis et des Gonse, on\nne peut plus reconnaître à l'arc brisé le rôle principal dans la\ntransformation du roman en gothique.\n\n                                          E M I L E VERHAEREN.\n\n\n\n\n  CHRONIQUE DES POÉSIES\n\n\n\nA\n           u début des articles de critique — le moins critiques\n             possible — que je me propose d'écrire ici, qu'il me\n             soit permis de dresser rapidement le bilan de la\n             Poésie en Belgique pour l'année qui vient de\n s'écouler.\n    Cette année n'a pas été fructueuse. Nos poètes se sont\n étrangement tus, et, même dans les revues, trop peu souvent\n nous eûmes la joie de les lire. A part le grand Verhaeren, qui\ntravaille sans relâche, offrant ainsi le plus admirable exemple\n qui soit en nos jours de force et de volonté; à part aussi\nArthur Toisoul qui, avant OPORA, cette douce merveille, avait\n publié déjà MAI, livre de pure grâce et de délicate beauté, dont\n on a trop peu, oh! oui, bien trop peu parlé, qui sont ceux qui\nont vraiment donné ce qu'ils pouvaient donner? La maladie a\nempêché Elskamp de publier ses ENLUMINURES. Il serait chari-\ntable d'invoquer le même motif pour lé SATAN de Gilkin. Mais\nquelle excuse présenteraient Séverin, Giraud, Van Lerberghe\net les autres? Je veux espérer que l'heure de la stérilité n'a pas\nencore sonné pour eux, et que bientôt ils me fourniront tous\nl'occasion de parler de leurs vers, ce dont je m'acquitterai avec\njoie et amour pour quelques-uns, avec impartialité, du moins,\npour tous.\n"}, {"page_pdf": 488, "texte": "                            — 441 —\n   Toutefois, les livres qui s'ouvrent devant moi sont nombreux,\ntrop nombreux même pour que je puisse en dire ici tout ce qui\nserait à en dire. La librairie Deman a édité, presque en même\ntemps, trois chefs-d'œuvre, et avec quel luxe ! et quelle beauté !\nCe sont : les H E U R E S CLAIRES, de Verhaeren ; les LIMBES DE\nLUMIÈRE, de Kahn, et la seconde édition des POÈMES DE P O Ë ,\ntraduits par Mallarmé.\n   Mallarmé, que certaines gens se plaisent pour l'instant à\ndénigrer, a certes écrit des vers splendides : Qu'y a-t-il de plus\nbeau au monde que son Hérodiade et son Après-midi d'un\nFaune? Et ses traductions de Poë sont tellement parfaites, qu'il\nest superflu de les vanter.\n   Les H E U R E S CLAIRES nous révèlent un Verhaeren inconnu,\nsoupçonné seulement dans quelques pièces des APPARUS DANS\nMES CHEMINS. Sa violence divine s'est muée en douceur. Il\nchante simplement celle qu'il aime, très simplement, avec une\n ardeur simple et une ferveur latente, sans romanesque, ni senti-\nmentalité, ni emphase, car son amour est simple. Le beau\njardin, l'éternel Eden les entoure, son amante et lui, et il dit\n doucement la beauté, la bonté de l'aimée ; il la remercie d'être\n venue à lui ; il énumère les joies de cœur et de chair qu'elle lui\n donne; il célèbre le bonheur qu'ils goûtent tous deux à « être\n fous de confiance ». Tout le monde a pensé, tout le monde a\n senti, tout le monde a vécu ces choses : personne jamais ne les\n avait dites. Ces accents sont vraiment universels, vraiment\n inentendus, et le rythme, d'une sûreté absolue, traduit magnifi-\n quement l'allégresse d'aimer.\n    Bizarres et complexes, les LIMBES DE LUMIÈRE ne se\n rattachent aux H E U R E S CLAIRES que par un même souci de\n simplicité, une même manière de dire les choses et les idées\n nettement, sans froideur d'allégorie, sans préoccupation de\n symbole. Ce livre charme diversement, l'impression qu'il donne\n n'est pas unique. Subitement, un tableau se dresse, évocateur\n et, oserai-je le mot? cinématographique; un lied chante — et\n quel délice qu'un lied de Kahn ! — des paysages et des images\n se montrent; des chansons de pitié ou d'amour grandissent et\n montent jusqu'au beau sanglot; et au miraculeux prisme des\n vers, des rêves d'Orient réfractent et disséminent leurs illusions\n et leurs joailleries. Kahn fait songer à un marchand arabe qui\n aurait rapporté de ses voyages asiatiques des visions et des\n mots. Les visions, chez lui, sont étranges et captivantes. Les\n"}, {"page_pdf": 489, "texte": "                            — 442     -\n\nmots ont tour à tour une puissance et une douceur poignantes.\nJ'avoue aimer surtout, dans son livre, les dernières pièces\nréunies sous ce titre : A Jour fermant, et dédiées au beau poète\nLéon Dierx. Il s'en dégage une impression de tout n'est pas dit!\nqui fait passer dans l'âme une terreur et une pitié jusqu'ici\ninconnues.\n   Du Mercure de France, nous sont arrivés enfin — nous les\nattendions avec quelle impatience ! — les POÈMES D'ALFRED\nDOUGLAS. Le scandale fait autour de ce nom, le mépris affecté\nque lui témoignent des personnes peu franches, me permettent\nde parler comme il le faut de ce livre. Sincèrement, je crois que\ndepuis Swinburne, nul poète n'a chanté plus splendidement\nl'amour, nul n'a osé célébrer plus hautement dans ses vers la\ngloire et la volupté d'aimer les êtres qu'on aime, quels qu'ils\nsoient. Une sensualité ardente vit et vibre dans ces pages, un\ndésir de lumière et de joie s'y proclame, un orgueil souverain y\nlève magnifiquement la tête; toute passion, même la Honte, y\nest paroxystement exaltée. Il y a là, dans certaines descriptions,\ndes détails tellement merveilleux, qu'ils amènent aux lèvres un\nineffable sourire de ravissement. Et, en contemplant amoureu-\nsement le portrait du Poète qui éclaire tout le livreuses yeux\nalanguis et lointains, sa bouche chaude et voluptueuse, la parfaite\nharmonie de ses traits, en revivant en soi ses poèmes forts ou\nexquis où son âme apparaît divinement sincère, sentimentale et\nvolontaire, on comprend qu'un Poète ait aimé ce Poète d'un\namour absolu, à la face du monde, et sans hypocrisie.\n   Le Mercure, aussi, nous envoie son ALMANACH DES P O È T E S\npour l'année 1897, luxueusement édité par les soins de Robert de\nSouza, et orné de dessins, d'une fraîcheur et d'une délicatesse\nexquises, par Armand Rassenfosse. Douze Poètes y chantent les\nmois. Et c'est un plaisir de haut goût que de pouvoir jouir à la\nsuite de ces douze talents ! Ce sont, en suivant l'ordre des mois,\nGustave Kahn, légendaire et bigarré; Stuart Merrill, large et\npoignant; Francis Jammes, simple et délicieusement hospitalier;\nVielé-Griffin, pensif et comme attristé d'un passager décourage-\nment; Albert Mockel, vital et généreux; Henri de Régnier, évo-\ncateur et splendide; Robert de Souza, lumineux et lyrique;\nFerdinand Hérold, joyeux et robuste; André Fontainas, nostal-\ngique et confiant; Camille Mauclair, qui se confesse avec une\nadorable sentimentalité; Verhaeren, mélancolique et violent, et\nAndré Gide, savoureux et sourieur d'espoir. Ces almanachs du\n"}, {"page_pdf": 490, "texte": "                             — 443 —\n\n Mercure, réunis, seront plus tard un bien intéressant florilège.\n   De France encore nous sont venus deux livres de jeunes.\n L'un, de Jean Violis, s'intitule la GUIRLANDE DES JOURS. L'au-\nteur dit lui-même de ses vers : « Il faut y voir seulement l'expres-\nsion sincère d'émotions différentes selon la grâce et la variété des\njours. » — « Ils sont la guirlande, un peu frivole, d'une adoles-\ncence studieuse et contemplative. » Et, il est vrai, ces vers ne\nsont que cela, mais c'est assez pour qu'ils soient délicieux. Un\ncharme de fraîcheur y passe comme une eau d'avril, une âme\njeune et délicate y dit sa joie devant les moindres choses de la\nvie. Ils sont d'un vrai Poète, ces vers que je cueille au hasard :\n     J'ai pris tous vos regards comme un essaim d'abeilles,\n     Et je leur ai donné la ruche de mon cœur.\n   Et il y en a d'autres, beaucoup d'autres, aussi beaux, plus\nbeaux encore peut-être. Le Poète est entré désormais dans la vie\nactive, il a quitté le jardin d'Enfance. Qu'il nous dise donc bien\nvite ses émerveillements ou ses douleurs. Nous avons foi en ses\nchants futurs. Et c'est pourquoi nous le suivrons des yeux avec\nsollicitude, s'éloignant sur la route vers demain, agitant comme\nun gage :\n          Son chapeau d'espérance au soleil du matin !\n   J'aime moins le second de ces livres, SUR LA R O U T E , de\nAlbert Fleury. Je ne comprends pas bien ces vers. Je ne sais pas\nd'où ils viennent, où ils vont. La raison d'être du poème\nm'échappe. Il y a certes dans ce livre un effort de recherches\nqui émeut, un désir de rythmes neufs qu'il faut approuver ; mais\nquelle grandiloquence, parfois; quelle prolixité, presque tou-\njours ! Des influences aussi se rencontrent çà et là. Cependant,\nil y a là des perles, dix pièces peut-être, qui se sauveront de\nl'oubli. Il n'est pas besoin que je les signale. Un jour, elles se\nmettront à briller, et tout le monde les reconnaîtra. Et j'en suis\nheureux pour Albert Fleury, un jeune, un enthousiaste, qui\nm'est profondément sympathique, et à qui je demande pardon\nd'avoir dit si durement de son livre le mal que j'en pense.\n   Charles Bernard, un des nôtres, dont la B E L L E DOULEUR\nm'a charmé, nous donna jadis E T CHANTA LA FEUILLÉE, poème\nexquis, suite de sensations merveilleuses et délicates, qui\nvivaient pour elles-mêmes, et que n'unissait le lien d'aucune\nidée. Dans la B E L L E DOULEUR, l'horizon s'est élargi, des person-\n                                                              29\n"}, {"page_pdf": 491, "texte": "                            — 444 —\n\nnages apparaissent, l'amour palpite, la vie est précisée, sous le\nmême clair de lune hiératique et troublant. Et pourtant, je m'en\ntiens encore, pour juger ce poète, à son premier livre, où je vois\nune plus parfaite réalisation. Il y a plus de choses, sans doute,\ndans le second, plus de sentiments, plus d'exaltation et plus\nd'extase. Mais je ne puis aimer les défaillances et les obscurités\ndont souffre le rythme en trop d'endroits. Charles Bernard étant\nun vrai poète, je lui devais ces critiques légères. Je serai ainsi\nplus à l'aise, bientôt, lors de son prochain volume, pour l'admi-\nrer, j'en suis sûr, entièrement.\n   Georges Ramaekers, poète qui fut parfois délicieux, chante\nla naissance du Christ — le sublime sujet pour un chrétien ! —\ndans sa N U I T RÉDEMPTRICE. En ouvrant ce livre, je souhaitais\nqu'il fût bon ; en le refermant, je suis heureux qu'il soit mauvais.\nUne banalité extraordinaire se développe en ces pages, et,\ndevant le berceau de l'Enfant-Dieu, ce poète chrétien n'a pas\ntrouvé un seul accent qui puisse nous émouvoir. Cet insuccès\nservirait à prouver une fois de plus, si l'évidence avait besoin de\npreuve, qu'on a beau chanter dans ses poèmes les choses les plus\nmagnifiques du monde : les vers n'en vaudront rien si l'art ne\ns'y trouve pas. Et c'est l'art tout simple qu'il faut y mettre ! Le\nlivre de Georges Ramaekers plaira peut-être aux catholiques?...\n   Quant aux FONTAINES MIRACULEUSES d'Yves Berthou, un\nvolume compact de la collection Lemerre, j'en dirai que j'y vois\nun effort sincère et inutile, et j'ajouterai que, pour les pages les\nplus supportables de ce livre,... Verlaine a bien fait de naître\navant Berthou.\n\n                                             GEORGES RENCY.\n"}, {"page_pdf": 492, "texte": "  CHRONIQUE DES PROSES\n\n\nL\n           ES gloses dont M. Remy de Gourmont a fait\n             accompagner les extraordinaires Masques de Val-\n             loton, sont d'un lettré fin et délicat. Le livre nous\n             intéresse vivement, d'abord parce qu'il réunit tous\nles jeunes que nous aimons et qui ont été pour une si grande\npart dans notre développement littéraire, ensuite parce que la\nlangue en est claire et subtile, apte à fixer en quelques traits\nun talent et un caractère. L e volume contient de belles pages\net j'en sais, comme celles qui concernent M. Eekhoud, qui\ncomptent parmi ce que l'on a dit de meilleur et de définitif sur\nce robuste artiste.\n   Mais ce n'est pas d'aujourd'hui que M. de Gourmont sait\nle respect que nous avons pour son judicieux esprit.\n\n   Le roman Pauline ou la liberté de l'amour commence par\nune conversation entre mari et femme récitant de longues\ntirades de morales opposées, et cela ne change guère par la\nsuite. M. Dumur arrange les personnages et les événements\ncomme des noix sur un bâton, non pour que tout finisse bien,\nmais afin de mieux placer ses théories, qui ne sont que la\nmonnaie courante des idées de notre temps sur la morale.\nL'on ne peut jurer de ne les avoir jamais rencontrées dans\nles œuvres de M. Bourget ou de M. Jules Case ou de\nmaint autre romancier français.\n   En somme, l'action de ce livre rie se différencie guère de\nbeaucoup d'autres : une histoire d'adultère, et M. Dumur n'a\npas rajeuni le vieux thème. Son livre n'a d'autre valeur qu'un\ntraité de morale, car tous les acteurs ne font que parler, en\ntoutes circonstances, à chaque page, comme des professeurs\nde philosophie. Seuls les quelques feuillets de la fin sont plus\nimprégnés d'humanité, l'auteur y a pensé un peu moins aux\nlieux communs sur l'amour, pour songer un peu plus à l'art.\nMais l'œuvre n'en est pas moins manquée. Il se peut que les\ngens pliés à toutes les vieilles conventions la trouvent auda-\ncieuse, mais au milieu du remuement d'idées qui s'accomplit\nactuellement, elle ne marquera en rien. Ce n'est que la vulgari-\nsation de théories qu'on ne songe même plus à discuter.\n"}, {"page_pdf": 493, "texte": "                            — 446 —\n\n    Comme il s'agit en l'occurrence d'une réédition, on me permet-\ntra de parler un peu moins en particulier du Voyage d'Urien,\nremarquable par sa magnificence de style et la richesse de ses\ndescriptions, de ne signaler qu'en passant la beauté de divers\ntableaux tels que les douze jeunes hommes qui pleurent devant\nla mer, assis sur des trônes d'or, et l'agonie d'un des compagnons\ndu voyageur idéal. Je ne raconterai pas Paludes dont Henri Mau-\nbel entretint les lecteurs du Coq rouge voici plus d'un an, pour\nme préoccuper davantage de M. Gide lui-même. Il y a quelque\nintérêt à cela en raison de la valeur de l'écrivain et surtout de\nl'influence qu'il paraît exercer sur beaucoup de jeunes gens qui\nle brandissent comme un drapeau.\n    La personnalité de M. Gide nous requiert d'autant plus à ce\npoint de vue, que si de jeunes littérateurs marchent dans son sil-\nlage, c'est plus encore apparemment par ce que ses lives pro-\nmettent pour l'avenir, que pour ce qu'ils ont tenu jusqu'ici. On\ny sent une âme inquiète qui a bouleversé les notions qu'on lui\navait imposées et qui cherche la forme et l'expression du bonheur\nqu'elle aperçoit. M. Gide a voyagé sur l'océan pathétique, main-\ntenant il est parti à la recherche de soi-même.\n    On sent, jusque dans son mécontentement de Paludes, qu'il\nveut apporter dans ses manifestations une grande sincérité sans\nlaquelle l'Art ne peut être un apostolat.\n    Il lui semble sans doute aussi que, de plus en plus, l'Art doit\navoir une autre mission que celle de procurer aux hommes des\njouissances raffinées.\n    Au point de vue du style, M. Gide, dès les Cahiers d'André\n Walter, s'est révélé un artiste. Mais ce n'est point sous cet\naspect que nous voulons le regarder. Il s'est montré théoricien\net c'est par là qu'il a acquis l'influence dont je parlais tout à\nl'heure. Plus que beaucoup d'autres, il a charge d'âmes vis-à-vis\nde la jeunesse littéraire, et cette charge l'oblige; c'est pourquoi\nnous croyons nécessaire d'insister sur des points dont nous ne\n nous occuperions pas autant sans cela.\n    M. André Gide est un très curieux esprit plein de complica-\ntions. Ces complications sont à la vérité plus apparentes que\n réelles, mais dans Paludes, par exemple, il s'est plu à les déve-\n lopper, ce qui donne à son œuvre un aspect trop artificiel contre\n lequel il a réagi depuis.\n    L'ironie de Paludes est exagérée et fausse, parce que l'auteur,\n dans sa réaction contre un milieu, contre la contingence pour me\n"}, {"page_pdf": 494, "texte": "                            — 447 —\n\nservir de son expression, s'est laissé aller à se rire de tout, sans\nvouloir discerner les valeurs humaines et supérieures qui se\ntrouvaient cependant à portée de lui. En un mot, M. Gide a eu\npeur de la simplicité. Certes, le milieu qu'il nous montre est\nmarécageux, mais dans ce milieu il y a un personnage devant\nqui, si j'étais Diogène, je m'arrêterais avec ma lanterne. C'est\nRichard. Celui-là agit dans toute la sincérité et l'intégrité de sa\nconscience. Il a réalisé sa conception de la vie. Il est vertueux\ndans le sens le plus noble de ce mot, en en écartant toutes les\nidées d'hypocrisie qui ont depuis longtemps altéré sa significa-\ntion initiale. On peut ne pas aimer, à cause d'une différence de\ntempérament, sa conception et sa forme de bonheur, mais on\nn'a pas le droit de s'en moquer.\n   M. Gide, qui à de certains moments m'apparaît comme un\nhuguenot, un huguenot à la façon de Théodore de Bèze, a une\nironie qui altère son caractère. Je la trouve d'autant plus dan-\ngereuse qu'elle pourrait facilement se retourner contre lui. Car\nil n'y a rien d'aussi facile au monde que de faire de l'ironie\npareille ; c'est l'ironie de l'homme de lettres qui se croit supé-\nrieur à la vie et paraît dédaigner de faire son accord avec elle,\npar parti pris.\n   Mais, heureusement, M. Gide l'a compris, c'est pourquoi il a\ntenu à ce que l'on ne considère Paludes que comme une préface,\npeut-être même une espèce de repoussoir, aux Nourritures ter-\nrestres, un volume que nous attendons avec impatience et que\nnous lirons avec joie.\n\n    Vieilles amours, de M. Paul Arden, s'intitulerait Amour de\nvieille fille avec plus de justesse. Mais ce titre alléchant aurait\npresque obligé l'auteur à faire un roman plus poussé, plus aigu,\nplus, à l'eau-forte que la pâtisserie de sentiments édulcorés\nqu'il nous a servie. Ses personnages ne sortent pas d'une bana-\nlité absolument surannée. Victor, Delphine, Cécile et tous les\nautres ne marquent par rien de particulier. Au point de vue de\nl'analyse, de ces caractères déplorablement ordinaires et chez\nqui l'auteur ne regarde que ce qu'il y a d'ordinaire, nous.\nconnaissons des quantités de romans anglais, à couverture\nrouge, qui lui sont supérieurs. C'est ce que les mères de famille,\nuniquement désireuses de faire faire de bons partis à leurs\nfilles et à leurs fils, appellent des romans honnêtes. On sait que\ncette honnêteté consiste à respecter la sacro-sainte théorie du\n"}, {"page_pdf": 495, "texte": "                            -   448 —\n\njuste milieu, les gens qui font bien leurs affaires, et à conspuer\ntous ceux qui ont une compréhension trop personnelle de la\nvie.\n   Ce qu'il faut encore reprocher à M. Arden, c'est d'être trop\nwallon. Sous prétexte de peindre des mœurs wallonnes, et qui\nne sont pas plus wallonnes que suisses, par exemple, il a la\nmanie de bourrer ses phrases de locutions wallonnes, mises\nentre parenthèses, qui, le plus souvent, n'ont rien de bien\ncaractéristique. Je suis fort à l'aise pour le chicaner à ce sujet.\nWallon moi-même, et plein d'amour pour mon coin de terre et\nles miens, je pense cependant que l'on abuse de cette qualité.\nSi j'aime à voir Barbey d'Aurevilly déclarer, à la fin du Cheva-\nlier des Touches, qu'il est plus Normand que Français, c'est qu'il\ny a là un geste d'une belle crânerie, tout à fait en rapport avec\nle magnifique écrivain qui a brandi l'énergie de sa race et de son\ntempérament contre la lâcheté de son époque. Mais, au fond,\nnous n'en croyons pas grand'chose et ce n'est pas pour cela que\nnous l'admirons. S'il n'avait pas crié des passions tumul-\ntueuses, ardentes et révoltées en un verbe incisif et brûlant, sa\nNormandie nous serait assez indifférente.\n   Tout aussi bien, j'aurais pu citer d'autres exemples.\n   La Wallonie est, depuis, sans doute, le temps où nous\nétions les féaux de Philippe le Bon et du Téméraire, le pays\nd'élection de ce vin riche et merveilleux et qui rend tous ceux\nqui l'aiment un peu poètes au moment de l'ivresse, ce vin qui\nexalte à l'infini notre imagination, le bourgogne. Les bons\nWallons de chez nous ne perdent jamais l'occasion d'en boire\nplus que de raison. Mais en notre pays, comme partout, il y a\nune bourgeoisie de parvenus qui a instauré un luxe de pacotille.\nLorsque vous devez aller chez ces gens-là, ils ne vous offrent\nplus, avec l'aménité et le sans-façon de nos vrais compatriotes,\nune de ces vieilles bouteilles couverte de limon que l'on va\nchercher à la cave (une cave comme une bibliothèque), dans un\npanier d'osier. Ils vous servent, avec mille cérémonies, quelque\nchose de fade ou d'incolore, un verre d'orgeat, par exemple.\n   Le livre de M. Arden est un peu ce verre d'orgeat.\n\n   Quelque part dans à Eux deux, Margy dit à Georges que son\nesprit ou sa conversation est pareille à un clown qui se contor-\nsionne sur la devanture d'une baraque de foire. C'est un peu le\nreproche que l'on songe à adresser à M. Ruyters, à propos de\n"}, {"page_pdf": 496, "texte": "                             — 449 —\n\nson petit livre. Il ne se fixe sur rien, il voltige tout le temps, mais\nsouvent sans légèreté, ce qui n'est pas sans manquer de grâce.\nMalgré le gongorisme qui le pousse à des recherches de mots\nd'un goût parfois douteux, il est charmant quand il s'abandonne\nà transcrire des sensations, et nous promène dans un jardin\ndélicieux. L'intérêt diminue quand il parle de Margy, car il\nne réussit point à la faire vivre. Elle n'est qu'.un dédoublement\nde Georges, une poupée dont on voit trop les ficelles avec\nlesquelles il la fait se mouvoir. Le livre s'intitulerait plus\nexactement : A lui tout seul. L'originalité disparaît tout à fait\nlorsque M. Ruyters produit ses théories sur les sentiments ou\nsur l'art. On n'y sent qu'une pensée artificielle, puisée dans les\nlivres contemporains qui l'ont trop impressionné. Il est saturé\nde littérature et ce qu'il écrit s'en ressent. Quand il veut faire\nson des Esseintes, il disserte sur la peinture italienne et la\npeinture flamande, et constate avec une solennité qui fait\nsourire, que l'une est dynamique, tandis que l'autre est\nstatique.\n   Ses enthousiasmes paraissent souvent commandés. Ce sont\nceux d'un caractère froid, entêté, volontaire, que le souci de la\nsincérité n'embarrasse jamais.\n   Mais M. Ruyters a de très sérieuses qualités d'écrivain. Si\nje ne les ai pas énumérées comme il convient, c'est que la place\nm'aurait manqué pour parler de ses défauts qui sont nombreux.\nJe n'y attacherais aucune importance, s'il ne paraissait se plaire\nà les cultiver avec soin, voire même à les exagérer. Comme je\nle crois excellemment doué au point de vue du talent, je crois\naussi qu'il faut se montrer sévère à son égard à cause de cela\n même.\n\n   M. Ch. de Bigault de Casanove a publié dans la collection\ndu Mercure de France, une excellente traduction de la Tragédie\nde l'homme, d'Emerich Madach.\n   Nous avons reçu une plaquette de jolies proses lyriques,\nintitulée Noël des femmes, par M. Paul Germain.\n\n                                      MAURICE DES OMBIAUX.\n"}, {"page_pdf": 497, "texte": ""}, {"page_pdf": 498, "texte": "                                                 D'ART\n   Durant les trois mois qui viennent de      Elsa douce et d'une tendresse délicieuse.\ns'écouler, un nombre étonnant d'œuvres        Seguin, altier et mâle et haut artiste\nou d'exécutions d'art de toutes sortes        comme toujours.\nfurent offertes à notre admiration ou            En peinture, beaucoup moins d'in-\nnotre mépris.                                 térêt, à coup sûr. Oubliant avec plaisir\n   Là musique nous donna certes les           le Sillon, auquel notre ami Ruyters n'a\nplus grandes joies. A mettre hors de          que trop peu dit ses vérités; l'envoi de\npair, tout d'abprd, les concerts de l'Al-     Rome de Delville (un Orphée d'un grêle\nhambra qui, sous ta direction pas-            hideux, dans un décor conventionnel\nsionnée, hautement cpmpréhensive,             à plaisir); et l'incident Kemmerich, acte\nd'Eugène Isaye, nous révélèrent Vistor,       d'un despotisme gaga dégoûtant à coup\nde d'Indy, une magnifiquement déses-          sûr, mais dont il a été suffisamment\npérée et sentimentale Symphonie ina-          parlé — allons droit à l'heureuse et probe\nchevée, de Schubert, et le grave, per-        réouverture de Pour l'Art. Il y a là en ef-\nsonnel et superbe Hamlet, de ce grand         fet un groupement d'artistes, de valeurs\nméconnu que fut Guillaume Lekeu. On           diverses, mais qui tous, on le sent, ont\ny joua en outre du Beethoven, du              la volonté loyale de faire mieux et selon\nTristan, du Parsifal. L'Ouverture de          eux mêmes, — et cela seul mérite que\nTannhäuser y fut exécutée comme               l'on s'arrête, regarde et s'émeuve. Tous,\njamais auparavant.                            ont creusé leur personnalité, tous se\n   Au Concert populaire se montra dans        sont efforcés. Tel, par exemple, Otte-\ntpute sa splendeur triste et bondissante,     vaere, plus noble et pur, dans ses\n                                              paysages graves et lointains. Tel Gan-\nla grande et - belle âme originale de\n                                              dara, dans ses sensuels — et de quelle\nRichard Strauss.\n                                              grâce ! — portraits de femmes. Tels\n   Mais que notre haine la plus soignée\n                                              Fabry, Coppens, Hannotiau. Tel sur-\npourchasse les virtuoses — Gérardy,\n                                              tout Laermans, d'une grandeur si an-\nJacobs, Deru, — qui nous harcelèrent          goissée, dans ses ciels, et dans les gestes\nsi affreusement les oreilles,.de leurs in-    et les costumes de ses foules. Des sculp-\nterminables et insipides concertos!           teurs sont mêlés à ces peintres. Un nou-\n   D'autre part, le - quatuor Dubois,         veau, incomplet encore, mais déjà d'une\nGietzen, etc. — une association vail-         large allure, Spinglaer, y est à citer.\nlante et talentueuse de jeunes musiciens      Puis, surtout, et au-dessus de tous, et\n- exécuta à la Maison d'Art avec une          comme l'un des plus beaux artistes\nbelle clarté : l'éblouissant et tendre qua-   d'aujourd'hui, Victor Rousseau, dont\ntuor de Borodine (oh le Nocturne!), du        le Cantique d'Amour est d'une mélo-\nBrahms, beau mais glacialement cor-           dieuse pureté suprême.\nrect, du Franck.                                 L'exposition des œuvres de Léon\n\". Il y eut enfin, à la Maison du Peuple,     Frédéric, actuellement ouverte à la\nune séance consacrée à d'Indy, où             Maison d'Art, le montre dans toute la\nfurent jouées quelques-unes de ses plus,      grandeur simple de son talent, aujour-\npures merveilles, entre autres la scène       d'hui pleinement épanoui:\nd'amour du Chant de la Cloche.\n   Pour ce qui est des théâtres, rien à          Les revues enfin.\nremarquer, sinon que la Monnaie, se              La Revue blanche nous a donné ses\ndépartant enfin de son régime de mé-          plus beaux numéros. De sublimes iné-\ndiocrité reconnue, a consenti à nous          dits de Laforgue, d'adorables lettres de\nmontrer Maria Brema. Et celle-ci fut          Verlaine, du Paul Adam prophétique,\nsplendide, rude et sculpturale et fu-         clair et heureux, du Jammes aux\nrieuse dans Lohengrin, enjôleuse et très      grâces exquises et odorantes !\nardemment femme dans Samson! La                 Le Magazine international magnifie\nKutscherra lui fut une digne émule,           chaque fois son allure outrancièrement\n"}, {"page_pdf": 499, "texte": "et superbement large. Son numéro d'il           M. Jean Delville organise pour le\ny a deux mois publiait une série d'œuvres    11 mars, un Tournoi poétique, qui aura\nde jeunes Hollandais, d'une poésie vi-       lieu au Salon d'Art idéaliste, à la Maison\ntale, joyeuse et délicieuse.                 d'Art, et auxquels prendront part :\n   Au Mercure de France, un referendum       Maurice des Ombiaux, André Fontai-\nbien amusant sur cette question :            nas, Iwan Gilkin, Valère Gille, Albert\n« Quels sont les dix académiciens à          Giraud, Maurice Maeterlinck, Albert\nexclure des deux Académies (la de Gon-       Mockel, Georges Rency, André Ruyters,\ncourt et, la vieille) ? » Citons cette ré-   Fernand Séverin, Arthur Toisoul, Henri\nponse de Paul Fort, un peu méchante          Van de Putte, Charles Van Lerberghe\nniais si malicieuse : « Quels sont les dix   et Emile Verhaeren.\ncollaborateurs à. exclure du Mercure?           Le tournoi sera précédé d'une confé-\nQu'on songe à se nettoyer soi-même           rence par M. du Chastain.\navant de vouloir nettoyer les autres ! »        Comme M. Delville nous déclare qu'il\n   A la 'Revue sentimentale, d'idiotes       ne s'agit là que de faire connaître les\nengueulades, et de belles oeuvres de         poètes belges et leurs diverses tendances,\nGabriel Soulages et de Lorenzo di            au public d'ordinaire si magnifiquement\nSparri. Au Réveil, du Ghéon, délicat         ignorant en cette matière, les nôtres ont\net jeune et personnel. A l'Effort, un        cru bien faire en s'y produisant, quelque\nadmirable article de Jean Viollis.           absurde que soit le titre donné à cette\n   Mais le fait le plus important survenu    séance.\nce mois-ci dans le monde des revues,\nc'est la disparition de la Société nou-\nvelle, la revue de Fernand Brouez, qui          Pour paraître prochainement, dans la\ndurant treize années y combattit le bon      collection du Coq rouge : Contes, par\ncombat au premier rang, pour la liberté       Blanche Rousseau; les Heures harmo-\ndé la vie, des idées et de l'art.            nieuses, par Georges Rency et Henri\n                                              Van de Putte (frontispice d'Emile\n                                              Fabry) ; un volume de notes de voyage\n   L'admirable et définitive étude con-       d'André Gide, et la Naissance du Poète,\nsacrée à Constantin Meunier, par Ca-          par Francis Jammes.\nmille Lemonnier, dans notre numéro              Sous presse, au Mercure : Ballades\nde décembre-janvier, est reproduite en       françaises, par Paul Fort. Seront réunies\ntête de l'ouvrage : Constantin Meunier,      dans ce volume, revues, la plupart de ses\npeintre et sculpteur, publié par Becker-     œuvres déjà parues et un grand nombre\nHollemans, 7, rue de Namur, Bruxelles,       d'œuvres nouvelles. Squelettes fleuris,\nau prix de 200 francs. Cet ouvrage con-      poèmes, par Tristan Klingsor,\ntient, en merveilleuses reproductions\nphotographiques, l'œuvre entier de notre\ngrand artiste.                                  Un Comité vient de se constituer\n                                             pour élever un monument à la mémoire\n                                             d'André Van Hasselt. Si le nom d'aucun\n  Nous apprenons au dernier moment           des nôtres n'y figure, ce n'est pas parce\nque le' Magazine international disparaît     que nous ne voulons pas nous associer à\nlui aussi. Encore un superbe effort          cet hommage au poète, mais tout simple-\ncassé en plein essor, hélas ! Nous ne        ment parce que les organisateurs n'ont\nnous en faisons cependant pas trop de        pas jugé à propos d'adresser une con-\npeine, en songeant que vu l'héroïque         vocation au Coq rouge.\nardeur de son directeur, Léon Bazal-            Nous regrettons qu'on ail voulu en-\ngette, il ne peut que renaître prochaine-    rôler le souvenir de notre grand com-\nment de ses cendres glorieuses.              patriote dans une coterie, au lieu de\n                                             s'adresser à toutes les bonnes volontés\n                                             et toutes les admirations. PÉRINET.\n"}, {"page_pdf": 500, "texte": "Viennent de paraître :\n\n\n                                             chez DEMAN\n\n\n\n\nLES HEURES         par EMILE VERHAEREN\n\n\n\nPrix : 3 francs.\n\n\n\n\n                                       chez LACOMBLEZ\n\n\n\n\n   A EUX DEUX\n                          CONTE\n\n\n\n                   par ANDRÉ RUIJTERS\n\n\n\nPrix : 2 francs.\n\n\n           En vente au Secrétariat de la Revue.\n"}, {"page_pdf": 501, "texte": "En vente, au COQ ROUGE :\n\n\n\n\nEdouard II\n         par GEORGES EEKHOUD\n\n\n\n                         d'après CHRISTOPHE MARLOWE\n\n\n\n\nPrix : 4 francs.\n\n\n\n    Bruxelles. — Imprimerie économique, N. 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