{"numero_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "articles": [{"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-201", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "n° II — tome II. mars 1897.", "ancre_fin": "l'art jeune", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE :", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 502, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 170, "texte": "n° II — tome                   II.                 mars 1897.\n\n\n\n\n le coq rouge\n                              et\n\n\n\n\n               l'art jeune\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-202", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE :", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 502, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 170, "fin_caractere_exclue": 772, "texte": "SOMMAIRE :\n\nBelgeoisie      .              . .    MAURICE DES OMBIAUX.\nL'Amour.                          .   CHARLES VAN LERBERGHE.\nLes Ruches. .         . .   . . .     HENRI GHÉON.\nBallades de la Mer .        . . .     PAUL FORT.\nVers                                  TRISTAN KLINGSOR.\nImage de Dieu. . . .          . .     ARTHUR TOISOUL.\nMes Frères aimés                      HENRI VAN DE PUTTE.\nChronique des Poésies                 GEORGES RENCY.\nChronique littéraire . .      . .     MAURICE DES OMBIAUX.\nPicorées                              PÉRINET\n\n\n\n\n                    le numéro, fr. 0.80\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-203", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "le coq rouge & L'ART JEUNE PARAISSANT", "ancre_fin": "ETRANGER 25", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Rédacteur en chef", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 503, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 465, "texte": "LE COQ                   ROUGE\n                    & L'ART         JEUNE\n\n          PARAISSANT LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n\n              Prix d'abonnement annuel :\nBELGIQUE                                                 8 FRANCS.\nÉTRANGER                                                10\n                                         (BELGIQUE.   . 20    »\nEdition sur papier de Hollande Van Gelder\n                                          ÉTRANGER    . 25\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-204", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Rédacteur en chef", "ancre_fin": "131, rue de Brabant.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "REVUES A LIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 503, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 465, "fin_caractere_exclue": 881, "texte": "Rédacteur en chef : MAURICE DES OMBIAUX, 6, rue de Bériot.\n\n\n  Les rédacteurs du Coq rouge se réunissent tous les mercredis à\n5 heures au Café de l'Hôtel Ravenstein, rue Ravenstein.\n  Pour envoi de copie, correspondances diverses, offres de colla-\nboration, demandes d'échange, administration, s'adresser à\n           M. HENRI VAN DE PUTTE, Secrétaire,\n                    131, rue de Brabant.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-205", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Revues à lire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUES A LIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 503, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 881, "fin_caractere_exclue": 1481, "texte": "REVUES A LIRE :\nArt moderne, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles.\nRéveil, 64, rue Kessels, Bruxelles.\nLibre Journal, 55, rue de la Chaussée, Mons.\nVan nu en straks, 21, Dahliastraat, Anvers.\nMercure de France, 15, rue de l'Echaudé, Paris.\nRevue blanche, 1, rue Laffite, Paris.\nErmitage, 26, rue Juliette-Lamber, Paris.\nLa Revue sentimentale, 91, rue de Carmaux, Albi.\nLa Province nouvelle, 43, rue de Paris, Auxerre.\nLa Plume, 31, rue Bonaparte, Paris.\nDocuments sur le Naturisme, 10, rue des Tenneroles, Saint-Cloud.\nL'Effort, 8, rue Ingres, Toulouse.\nDie Gesellschaft, Hans Merian, éditeur, Leipzig.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-001", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 453, "page_fin": 458, "titre_corps": "Belgeoisie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice des Ombiaux", "ancre_debut": "BELGEOISIE E EKHOUD et VERHAEREN ont jeté", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 504, "page_imprimee": 453, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1862, "texte": "BELGEOISIE\n\n\n\nE\n             EKHOUD et VERHAEREN ont jeté de bien grosses pierres\n               dans la mare aux grenouilles nationales, à en juger par\n               les coassements que l'on ne cesse de pousser depuis\n               lors.\n    Tous deux, l'un dans la Réforme, l'autre dans le Réveil, ont qua-\nlifié comme il convient le milieu belge. On avait déjà entendu d'aussi\ncinglant langage. Mais de la part de deux écrivains que l'on n'ose\nplus nier chez nous à cause de la renommée qu'ils ont acquise en\nFrance aussi bien qu'en Allemagne et en Angleterre, de la part de\nces deux chefs de file de notre jeunesse littéraire, de la part de ces\nartistes, enfin, qui ont le plus magnifié, dans leurs œuvres, leur sol\nnatal avec toutes ses gloires, ces reproches prenaient les proportions\nd'un réquisitoire contre une certaine Belgique mesquine qui date\nde 1830, une Belgique de hasard et de contrebande, groupement\ncalamiteux de deux races sans cohésion, sans sympathie entre elles,\nà en juger par le dernier avatar du mouvement flamingant, cette\nBelgique qui n'est, en somme, qu'une organisation administrative et\nqui ne peut guère être une patrie que pour des fonctionnaires.\n   Toutes les plumes « autorisées » ont tenu à protester par quelques\nbrabançonnes de différents genres contre les allégations de nos deux\nécrivains. Il y a eu d'abord un journaliste qui fait partie de beaucoup\nde jurys, après lui le plus copieux des sinécuristes, et enfin le sénateur\nesthète. Il ne manque plus maintenant que le ministre de l'intérieur\nou celui de l'agriculture, car on ne sait pas exactement lequel des\ndeux a les beaux-arts et les lettres dans ses attributions, nous\nfasse connaître que tout se passe pour le mieux des écrivains, dans\nla meilleure des Belgeoisies.\n                                                                     30\n"}, {"page_pdf": 505, "page_imprimee": 454, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "                              — 454 —\n\n   La Belgique est un pays de cocagne, dit M. de Haulleville, et pour\ncause.\n   La Belgique n'est guère meilleure ou pire pour ses artistes que\nn'importe quelle contrée, selon M. Picard, mais si on se dégage des\ncontingences, si on voit les choses de plus haut, nous devenons un\npeuple étonnant.\n   Allons Eekhoud, allons Verhaeren, vous n'êtes que des belgo-\nphobes par parti pris. Quelle importance peuvent avoir vos philip-\npiques, voire même vos personnes et vos oeuvres peut-être, vis-à-vis\nde l'éternité? Vu d'un peu loin, mais qu'est-ce donc qu'un homme\nqui meurt de faim en comparaison de la Famine des Indes? Un grand\névénement qu'est-ce encore, à côté de tous ceux qui s'accomplissent\ndans l'infinie vibration des sphères. Un homme, aussi beau, aussi\nétonnant qu'il soit, mais ce n'est plus rien lorsqu'on le voit de la\nnacelle d'un ballon, à une hauteur de mille mètres ! Notre Saint-\nMichel en or qui terrasse le dragon au sommet de la tour ajourée\nde l'Hôtel de ville, n'est lui-même, vu de là, qu'un petit point lumi-\nneux.\n   Et il y a beaucoup de choses que M. Picard ne semble voir que du\nhaut de son ballon. Quand on connaît ou qu'on est à même de con-\nnaître, comme lui, les détresses qui étreignent des écrivains d'ici, et\ndu plus grand talent, un langage comme le sien est bien près de\ndevenir odieux. A moins qu'il ne veuille se complaire en des mœurs\nd'autruche qui se fourre la tête sous l'aile aux moments critiques.\n  Ce n'est pas au public que nous voulons nous en prendre aujour-\nd'hui. Le public, nous le connaissons, il ne vaut pas grand'chose au\npoint de vue intellectuel, aussi nous n'en attendons pas plus qu'il ne\nfaut. Mais le public est un peu ce qu'on l'a fait et s'il est incompré-\nhensif, voire même hostile, les dirigeants : gouvernement, jour-\nnaux, etc., doivent en assumer quelque responsabilité.\n   Il ne se passe pas de semaine que nous n'entendions, à la Chambre\ndes représentants, prononcer le mot de Patrie avec un P majuscule.\nOr, un pays n'est glorieux que par ses poètes, ses artistes. Alexandre\nn'est plus qu'une métaphore, sauf pour les professeurs d'histoire\nmilitaire, tandis qu'Homère, Eschyle, Sophocle, Phidias, Praxitèle\nsont non seulement l'impérissable beauté, l'immortelle grandeur\nde la Grèce, mais aussi celles des ères. Les hommes politiques et les\nindustriels du siècle et même les conservateurs de musées seront\noubliés depuis longtemps quand on parlera toujours de Victor Hugo;\nchez nous le nom de Cockerill par exemple, pour citer quelqu'un\nde considérable, n'évoquera plus rien, alors que les œuvres des\n"}, {"page_pdf": 506, "page_imprimee": 455, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2621, "texte": "                              — 455 —\n\nDecoster, des Lemonnier, des Eekhoud, des Verhaeren, seront\nencore là pour attester que la Belgique ne fut pas exclusivement un\npays de chicaneaux, de mercantis et de ventres, mais qu'il enfanta\naussi quelques cerveaux. C'est par l'Art, l'Art seul, qu'un peuple,\nqu'une civilisation se survivent à eux-mêmes, car c'est l'Art seul\nqui perpétue les héros et qui forme l'âme de l'humanité. Ce n'est\nque par l'Art que l'homme s'élève dans la conscience du monde.\n    Il est évident qu'à part l'amour que chacun de nous peut avoir\n pour le coin de terre où il est né, où il a vécu, si nous songeons à\nune patrie, ce sera à celle dont nous parlons la langue, dont les\nsouvenirs nous exaltent et où nous avons des sympathies. Et chez\nnous les dirigeants ne font rien pour protéger ce qui pourrait être,\ndans l'histoire, la beauté et la noblesse de la Belgique. Ils semblent\navoir à cœur de justifier cet adage : petit pays, petit esprit, petites\ngens.\n    Un fin lettré, un Belge, M. le vicomte de Spoelberg de Lovenjoul\nvient de leur montrer combien il les juge incapables de s'intéresser\n aux choses d'art, en léguant sa splendide collection de manuscrits à\nla Bibliothèque nationale de France. Si la Belgique avait le respect\ndû à ces trésors, il en eût plutôt doté son pays.\n    Alors que nos hommes politiques mijotent une quantité de rata-\ntouilles dans leur cuisine nationale, alors que leur sollicitude s'étend\nindéfiniment à toutes sortes de choses secondaires, on ne les voit\njamais s'occuper de ce qui est le patrimoine sacré d'une nation :\nl'Art.\n    Ils ont de l'argent pour recommencer la grande arcade de l'Expo-\nsition qui avait déjà coûté 800,000 francs et qui, maintenant et non\nterminée, a déjà absorbé 2 millions, mais ils n'ont que quelques\naumônes pour les artistes. Et jamais quelqu'un ne s'est levé, au\nParlement, défenseur de cette grande cause, pour demander au\ngouvernement les mesures qu'il compte prendre pour sauvegarder\nce patrimoine et permettre à ceux qui en sont les dépositaires, d'y\n consacrer leur vie sans s'amertumer en des besognes déprimantes.\n Quelquefois des députés ont effleuré le sujet, mais comme ils étaient\n de l'opposition, le gouvernement n'y a prêté aucune attention.\n    Pourtant, si le public ne s'intéresse pas assez aux artistes, c'est\n à un gouvernement, soucieux du jugement de l'avenir, qu'il appar-\ntiendrait d'assurer à ceux-ci une existence qui leur permît de\n travailler à leur œuvre en toute indépendance, avec le calme et la\n sécurité matérielle désirables.\n    Dans tous les pays de l'Europe, même les plus petits comme la\n"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "                             — 456 —\n\nSuisse et le Danemark où le niveau intellectuel des classes bour-\ngeoises est supérieur à celui de la Belgique, où les artistes sont\nconnus et aimés, les gouvernements ne croient cependant pas pou-\nvoir se désintéresser, comme le nôtre, du sort de leurs écrivains. Ils\ndisposent de places modestes qui assurent aux plus pauvres d'entre\neux la vie paisible d'une suffisante aisance. Leconte de Lisle était\nsous-bibliothécaire au Palais du Luxembourg. Léon Diercx et\nquelques autres ont des emplois analogues. Chez nous, rien de\npareil. Il y a bien de grasses sinécures, de copieuses prébendes,\nmais elles vont aux éclopés de la politique, aux dégommés du\njournalisme et à d'autres individus, d'allures louches, qui ont été\nemployés à de basses besognes et dont on veut acheter le silence.\n   Pourtant il y a, je n'hésite pas à le dire à rencontre de M. de\nHaulleville, il y a des détresses qui, pour être supportées avec une\ngrandeur d'âme peu commune, n'en sont pas moins plus dures que\ncelles que l'on a connues jusqu'ici, auprès desquelles la misère de\nDecoster pourrait même paraître anodine. Et il y a cette circon-\nstance aggravante, que, du temps de Decoster, l'attention avait été\npeu appelée sur notre littérature d'expression française qui naissait\n à peine, tandis que, maintenant, cette excuse n'existe plus. Nous\n ayons des écrivains qui ont déjà une œuvre considérable derrière\n eux, qui ont été reconnus et proclamés à l'étranger et ici même,\n que les mauvaises volontés invétérées ne peuvent plus nier, qui se\n débattent dans la plus pénible des situations matérielles. Et le gou-\n vernement les ignore à en juger par les nullités à qui il accorde ses\n faveurs. Il vient encore d'en donner un exemple par la constitution\n du jury chargé de décerner le prix triennal de littérature dramatique\n qui comprend M. Fétis, cet ancêtre qui conserve la Bibliothèque\n royale, M. Doutrepont, professeur, absolument inconnu dans la\n critique, un ou deux professeurs encore, aussi ignorés, et un seul\n homme de lettres, d'ailleurs sans œuvres, M. Lucien Solvay,\njournaliste, rédacteur au Soir, critique grommeleusement hostile à\n tout notre mouvement littéraire. On ne pourrait se moquer plus\n ostensiblement de nos écrivains.\n   Tout le monde sait qu'il y a ici une Académie des belles-lettres.\nElle se compose de vingt membres parmi lesquels il y a un seul\nlittérateur, et encore! C'est M. Charles Potvin, le chantre de l'urne\nde l'individu.\n   Tout aussi bien pourrais-je continuer une énumération de faits\nqui prouvent que nos hommes d'Etat ne veulent rien faire pour la\ngloire de notre nation. Notre petit pays neutre n'a et ne peut avoir\n"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2779, "texte": "                               — 457 —\n\nde renommée à l'étranger que par ses artistes, et le gouvernement\nfait tout ce qu'il peut pour les étouffer, ou les forcer à aller demander\nleur pain à d'autres pays. Est-il inutile de rappeler que notre sou-\nverain qui reçoit des cyclistes vainqueurs n'a jamais fait le même\nhonneur à un écrivain qui venait d'être distingué ?\n   M. Picard aura beau protester. S'il veut se rendre compte que\ntout n'est pas pour le mieux en Belgeoisie, il lui suffit de regarder\nautour de lui, auprès de lui. Ah! je sais bien que l'on n'aime pas de\nconstater la caducité d'une oeuvre à laquelle on a mis beaucoup de\nsoi-même, mais il serait puéril aussi de prétendre que tout marche\nbien parce qu'on ne veut rien voir. L'Art moderne, ce journal\nd'avant-garde, n'a-t-il pas abandonné son poste pour ne plus guère\ns'occuper que des revues de l'Alcazar et autres lieux, des récitals de\nprofesseurs de piano et d'autres manifestations mondaines et demi-\nmondaines de l'Art. Quand, dans son milieu, on n'a pas réalisé autre\nchose, il ne convient pas de prêcher ses voisins.\n   Quant à M. de Haulleville, son cas est différent. Je comprends\nqu'il pousse son enthousiasme pour le pays jusqu'à emprunter à\nMme de Staël son amour pour les gendarmes en bonnet à poils, car\nle budget est une « vache à lait » pour lui. On lui a octroyé, pour\nqu'il abandonne la direction du Journal de Bruxelles, la conservation\ndes musées du Cinquantenaire et de la Porte de Hal, on l'a nommé\nprofesseur à l'Ecole de guerre, etc. Mais il devrait se borner à nous\nparler de sa propre situation. Ce n'est pas parce qu'on l'a comblé\nd'emplois, qu'il n'y a plus rien pour les écrivains qui ont fait leurs,\npreuves. Il reconnaît, d'ailleurs, non sans une indécence qui m'a\nautorisé à énumérer ses prébendes, qu'un de nos littérateurs ne peut\ns'occuper exclusivement de son art que parce que son père et son\nbeau-père ont prévu pour lui les contingences de la vie littéraire.\nComme la recette n'est pas à la portée de tous les artistes, il com-\nprendra sans doute qu'elle ne suffise pas et ferait mieux de nous\nexpliquer celle par laquelle il a été accablé de sinécures.\n   Tout en lui passant sa plaisanterie bilingue, d'un esprit inférieur\nà celui qu'il manifeste habituellement, sur le nom d'Eekhoud et sans\nlui dire (si Eekhoud est « Bois de chêne » pour les dames) ce que\nHaulleville est pour les garçons de café, nous nous arrêterons à la\nphrase qui termine son article insidieux, où il parle de voyous. Si,\nelle est simplement lancée à la cantpnnade, en pure parade, en pure\nbravade, elle n'a d'autre défaut que de n'avoir aucune signification.\nSi elle vise ceux contre qui sa chronique est dirigée, nous pourrions\ndemander de quel côté est le voyou, et l'on trouverait sans doute\n"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1979, "texte": "                               — 458 —\n\nque le voyou a peu le courage de ses injures. Dans tous les cas,\nnous nous étonnons de trouver ce terme, et aussi peu expliqué, sous\nune plume d'ordinaire plus pondérée et plus prudente. Il est vrai\nque chez nous les pires grossièretés sont admises lorsqu'elles\ns'adressent à des écrivains. Elles sont presque de bon ton. La soli-\ndarité n'existe pas ici, où elle paraît cependant plus nécessaire\nqu'ailleurs. M. Picard lui-même nous le démontre. Il pourra juger\nde l'opportunité et de la justesse de sa dissertation en voyant le parti\nque MM. Solvay et Haulleville en ont tiré. Leur approbation, en\ncette matière, devrait constituer pour lui un criterium infaillible. Il\ndevrait se garder de les aider à fournir des armes à' l'hostilité, ou\ntout au moins à l'inertie du gouvernement à l'égard des artistes.\nMais nous lui pardonnons.\n   Quant aux deux arcadiens, leur rôle est moins excusable, parce\nqu'il est prémédité. Leur insistance à répéter que tout est bien parce\nqu'ils sont repus est trop grande, pour ne pas être remarquée. Ils\nsavent ce qu'ils font et pourquoi ils le font. Ils n'ont pas même le\nprétexte de l'ignorance. On ne saurait assez répéter combien cette\nconduite est odieuse.\n   Nous retiendrons donc de la petite agitation de ces protestataires,\nque nos amis Eekhoud et Verhaeren ont eu plus raison encore\nqu'ils ne le croyaient, de caractériser la situation comme ils l'ont fait.\nMaintenant plus que jamais, ceux qui sont en mesure de témoigner\naux écrivains quelque sollicitude effective, ne montrent qu'une\nindifférence narquoise à l'égard de la littérature de notre pays. Et\ndésormais, nous ne cesserons de le leur répéter. Ce ne sera donc\npas au public que nous nous en prendrons, mais aux autorités et à\nceux qui, tout en se posant comme les coryphées de notre art\nnational, ne négligent aucune occasion de montrer le peu de cas\nqu'ils en font.\n\n                                             MAURICE DES OMBIAUX.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-002", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 459, "page_fin": 459, "titre_corps": "L’amour", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Van Lerberghe", "ancre_debut": "L'AMOUR DEUX enfants jouent avec l'Amour", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", 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              CHARLES VAN LERBERGHE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-003", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 460, "page_fin": 461, "titre_corps": "Les ruches", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Ghéon", "ancre_debut": "LES RUCHES LES ruches sont au fond du jardin", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 511, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1191, "texte": "LES            RUCHES\n LES      ruches sont au fond du jardin,\n      loin de la maison,\nnloi de la route,\npour que les passants n'en approchent point,\npour que les enfants ne les touchent\net ne s'y piquent les mains,\net que les abeilles restent libres et douces.\n\nElles s'adossent à la haie\nnouée de jonc, d'osier et fleurie d'aubépine,\nelles sont de petites cabanes\nà toit pointu de chaume clair\nperdues là-bas, en pleine campagne,\nretraites de rêve aux simples exils\net on ne les sait pas si près.\n\nElles ne voient pas la maison,\ncar elles se cachent au bas d'une pente,\nelles ne savent pas si les enfants\njouent et chantent dans le village,\nelles entendent à peine les cloches grêles\n et les galops de charrettes bruyantes,\n elles ont les moissons qui poussent derrière elles.\n\n L'air très vif\njoue alentour\n et elles s'en aiment fouettées,\n le soleil très chaud les baigne,\n elles n'aiment d'ombre que celle\n qu'elles dessinent à leur pied\n et qui tourne tout le jour\n comme une lente aiguille bleue;\n on dirait de gâteaux dorés\n que le soleil cuit à petit feu.\n\nIl les éveille\nd'un vol de rayons par la porte basse,\net les vols d'abeilles\nun à un\nmêlent leur or vibrant au sien\n"}, {"page_pdf": 512, "page_imprimee": 461, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1259, "texte": "                    — 461 —\n\net la brise les disperse :\nchacune s'envole sur le jardin\net l'on ne distingue plus qui chante\nles abeilles ou le matin.\n\nTelle s'en vient juqu'au chèvrefeuille\nqui tapisse la maison,\nelle butine les capucines du perron\ncouleur de jour,\net telle entre par la fenêtre;\nd'autres bourdonnent sur. les tilleuls\naux fleurs parfumées :\net toutes ont des ailes légères de caresse.\n\nElles passent à ras de terre\nen frôlant les fleurettes basses des bordures,\nles œillets de Chine et les pâquerettes,\nelles volent de l'une à l'une,\net celles-ci sont sur les roses\net celles-là sont dans les lys :\nle chant s'est éteint dans les ruches chaudes,\nles ruches endormies fredonnent au fond des calices.\n\nAux derniers rayons les abeilles sortent,\nelles font un nuage d'or en sortant\nà secouer leurs ailes sucrées,\nelles sentent bon\ncomme les fleurs qu'elles ont pillées\net elles emportent un peu du jardin\nà leur demeure\npour refleurir un printemps jeune\nau miel ensoleillé des hivers blonds.\n\nLe long de la haie,\nen pleine campagne,\ndans l'air libre qui les vêt\n— clochers de labeur sonnant les épargnes —\ninsoucieuses des mois,\nen un ronronnement étemel de rouet,\nles ruches œuvrent de la joie.\n\n                                   HENRI GHÉON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-004", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 462, "page_fin": 466, "titre_corps": "Ballades de la mer", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Fort", "ancre_debut": "BALLADES DE LA MER (D'UNE NOUVELLE SÉRIE) I Tes beaux yeux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 513, "page_imprimee": 462, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1379, "texte": "BALLADES DE LA MER\n                     (D'UNE NOUVELLE SÉRIE)\n\n\n\n\nI Tes beaux yeux, ma brunette, m'ont charmé vivement.\n\n  Derrière chez mon père il y a-z-un pommier doux, tous les\noiseaux du jour vont s'alombrer dessous.\n\n J'y ai trouvé ma mie qui faisait la cueillette ; tout autour du pom-\nmier j ' y ai dit mon amour. .\n\n   Elle avait des yeux doux comme la mer gentille, et doux comme\nla mer gentille au point du jour.\n\n  Et j ' y ai dit : « Ma mie, tout en vous regardant je n'ai pour\nexistence qu'un souffle seulement.\n\n   » Je vous donne mon souffle avec mon existence, et ma barque,\nle soir, tout' blanche de poissons. »\n\n  — « Ah! j'en ai un qui m'aime, qui m'aime tendrement, toujours\nà me dire : Mon p'tit coeur que j'aime tant. »\n\n  — « Ah ! si vous me laissez ma barque et mon amour, la mort,\ncette tigresse, va me jouer un tour. »\n\n   Elle m'a laissé là ma barque et mon amour et je m'en fus trouver\nla mer au point du jour.\n\n  Derrière chez mon père il y a-z-un pommier doux, toute ma joie\ndans l'herbe est endormie dessous.\n\n  A l'entour de ma peine, tout est bleu, tout est blanc... Je n'ai\npour existence qu'un souffle seulement.\n\n  Tes beaux yeux, ma brunette, m'ont charmé vivement !\n\n\nIIIlest bon de partir, il est beau de chanter sous le sourire blanc\n      des voiles, quand chante le matin aux ailes du vent frais,\nchanter, partir, sans un regret.\n"}, {"page_pdf": 514, "page_imprimee": 463, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1884, "texte": "                              — 463 —\n\n  Ceux de la terre, qu'ils pleurent, car ils sont ceux qui partent.\nCeux de la mer, leurs voiles sont gonflées de souvenirs, et le pays\nquitté, plus beau dans leur mémoire, restera le refrain des pays\nqu'ils vont voir.\n\n    Ceux qui restent, pleurez, vous êtes ceux qui partent : tous les\njours, à chaque heure, la terre, vous l'oublierez. Et l'on n'aime\nvraiment que dans le souvenir le pays que l'on aime, et lorsqu'on\n l'a quitté.\n\n   Quand l'aube se révèle aux ailes du zéphyr et que l'on appareille\nil est beau de chanter ! Ceux qui restent, pleurez, vous venez de\npartir... En nous laissant partir, ô laissez-nous rester!\n\n\nIII La mer a pris tous les marins, toutes les filles sont sur la\n       plage, et les mouchoirs volent aux mains; les voiles vont\ncomme en courant.\n\n   La mer se gonfle comme un sein et montre aux filles sur la plage\nles veines bleues de ses courants sous la dentelle des sillages.\n\n  — « O mer jolie, seras-tu sage? » — « Adieu! » répondent les\nmarins. Toutes les filles sont sur la plage, la terre s'en va comme en\ncourant.\n\n  — « Adieu! » vient répéter le vent à toutes les filles sur la plage.\nLa mer se gonfle comme un sein. Un courant va rire au rivage...\n\n  La peine gonfle tous les seins. Les filles courent sur la plage, et\nles-mouchoirs volent aux mains. La mer a pris tous les marins.\n\n\n\nIV Sur  la mer blanche de colère, par cette blanche nuit de neige,\n   les barques plongent, aux arpèges de la rafale et de la mer.\n\n  Les barques portent leur linceul, où veille seul un falot rouge;\nlà mer et le ciel, autour d'elles, c'est comme leur tombeau qui\nbouge.\n\n  E t rien ne penserait revivre si la neige ne s'éclairait, par larges\nondes de tons ivres, des signes lumineux des grèves.\n\n  Un mousse rêve au sol natal, à ses doux soirs l'été passé, sous la\ncorbeille orientale des beaux rayons entrecroisés.\n"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 464, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1315, "texte": "                            — 464 —\n\n    Alors voilà que chanta le coq rouge, alors voilà que chanta le\nV   gris.\n\n — Dit-on que Iohan est mort dans la mer?\n — On dit que la mer ne l'a pas rendu.\n\n Alors voilà que chanta le coq rouge.\n\n — Dit-on que sa barque est revenue seule ?\n\n — On dit qu'on a vu Iohan la pousser.\n\n Alors voilà que chanta le coq gris.\n\n — Mais Iohan est mort, dit-on, dans la mer?\n\n — Oui, et la mer ne l'a pas rendu.\n\n Alors voilà que chanta le coq rouge.\n\n — Sa barque est donc revenue toute seule ?\n\n  — Non, on a vu Iohan la pousser.\n\n  Alors voilà que chanta le coq gris.\n\n  — Kokoriko, c'est donc Iohan lui-même.\n  — Kikiriki, ou bien c'est son esprit.\n  Alors voilà que chanta lé coq rouge, alors voilà que chanta, le\ngris.\nVI     Quel œuf fabuleux couve donc le tonnerre? De tous côtés,\n      sous les éclairs, des plumes, des plumes percent la mer. La\nmer est jaune, les cieux sont verts, l'air blanc d'écume est blanc\nd'éclairs.\n\n   Quel œuf fabuleux couve donc le tonnerre? Les cieux s'en-\nflamment, l'air est en feu ! Le bel œuf d'or, le bel œuf pour\nétrennes... La mer se dresse, avec des ailes! La coquille des nues\néclate, fermons les yeux.\n\n Un doux soleil sous la paupière... Entre les cils on voit les cieux.\nUn oiseau bleu dans la lumière, un oiseau d'or aux ailes bleues.\n"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 465, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1603, "texte": "                              — 465 —\n\n        Ils ont choisi la mer, ils rie reviendront plus. Et puis, s'ils\nVII vous reviennent, les reconnaîtrez-vous?\n  La mer les a masqués, avant de vous les rendre. On ne sait s'ils\nsourient ou s'ils pleurent sous leur hâle.\n\n  Et ils n'ont plus leur âme, elle est restée en mer. Que la mer est\nardente, empressée au butin !\n\n  — Ils ne reviendront plus, ils ont choisi la mer. Et puis, s'ils\nrevenaient, seraient-ils revenus?\n\n\n         Si des vents ne venaient rafraîchir nos mémoires, on\nVIII userait ses souvenirs sur cette mer sans limite ;\n  chargés de vos senteurs, légers de vos refrains, doux champs, et\nvous, chansons de nos terroirs,\n\n  si des vents ne venaient rafraîchir nos mémoires, on oublierait ses\nsouvenirs et que des terres existent.\n\n  Mais les vents passent dans les cordages, pleins de senteurs et de\nchansons ;\n\n  et nous levons nos mains ravies, ... à travers nos mains le vent\npasse,\n\n  à travers les nerfs si sensibles, et nous crucifie au Passé !\n\n\n     X O grande mer, que l'on se ravit de part et d'autre, grande\nI     mer, que les hommes fous croient se ravir, quand tu laisses\ncouler pour toi le sang des hommes, ne songeant en toi-même qu'à\nmirer l'Autre Monde.\n\n  Les flottes peuvent s'arracher tes miroirs, les briser en se les\narrachant!... Les flottes sont passées, tes miroirs renaissants res-\nplendissent derrière elles.\n\n   Rien de mortel peut-il, Mer, te donner à vivre, calmer la soif de\nciel dont tes miroirs sont ivres? N'est-ce pas l'Autre Monde qu'il te\nfaut réfléchir quand tu veux adoucir tes miroirs bondissants ?\n"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 466, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1266, "texte": "                              — 466 —\n\n  Ce n'est qu'au bord du ciel que s'usent tes tempêtes, par delà les\nnuages, dans l'azur frémissant, ce n'est qu'au cœur du ciel, où\nsongent les planètes, que se nouent et s'ordonnent tes révolutions.\n\n\n    O ne te laisse plus aller à la paresse du vent lisse et du flot\nX   doucement qui te berce, réveille-toi, mon âme, et sors de ta\nlangueur, dans la barque fragile où te mena mon cœur.\n\n   Prends la barre, dirige et sauve-moi d'un monde où rien n'est doux\nqu'en rêve, où le rêve est menteur, mène-moi sans regret vers cette\nîle féconde où règne l'infinie et la franche douleur.\n\n   Dans cette île tout fleuve est composé de larmes, et la montagne\nen feu de cœurs amoncelés ; mais, sans cessa, le flot monte éteindre\nla flamme qui, mourante, le baise et tend à le sécher.\n\n  Puis une autre montagne enflammée d'autres cœurs se livre au\nnoir torrent des larmes amassées, car Dieu n'ensemença qu'un\néternel malheur dans cette île féconde où rien ne peut cesser.\n\n  Mais l'île est si lointaine et ta foi si petite, ô mon âme, et la mer\ndu mensonge est si grande, qu'au milieu de ta course on te verra\npoursuivre le fugitif espoir d'un bonheur dans ce monde.\n\n\n                                                       PAUL FORT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-005", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 467, "page_fin": 467, "titre_corps": "Vers : Bohémiens", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tristan Klingsor", "ancre_debut": "VERS I Bohémiens Les bohémiens qui ont des fleurs de neige", "ancre_fin": "la chanson des bohémiennes d'amour qui ont aux corsages des roses de sang", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "II Conte", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 518, "page_imprimee": 467, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 749, "texte": "VERS\n                           I\n\n                    Bohémiens\nLes bohémiens qui ont des fleurs de neige\ndans leur barbe noire, ce soir, sont passés\navec leurs femmes et leurs marmots en cortège,\nregards durs, faim au ventre et pieds blessés,\nles bohémiens de Bohême au hameau sont passés.\n\nOn dit qu'ils ont volé ainsi en hordes\ndes poules, des agneaux en brisant les huis,\nqu'ils ont volé pour en faire des danseurs de corde\ndes enfants; on a même dit depuis\nqu'on a trouvé des flaques rouges auprès des puits.\n\nEt, pris de peur au feu de braise des fours,\nles vieux et les adolescents\nécoutent se perdre au carrefour\nla chanson des bohémiennes d'amour\nqui ont aux corsages des roses de sang.\n\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-006", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 467, "page_fin": 468, "titre_corps": "Vers : Conte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tristan Klingsor", "ancre_debut": "II Conte Un homme sans amour est un dormeur sans rêve", "ancre_fin": "se remit à fumer son calumet d'argent", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "III Mascarade", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 518, "page_imprimee": 467, "debut_caractere": 749, "fin_caractere_exclue": 1064, "texte": "II\n\n                        Conte\n« Un homme sans amour est un dormeur sans rêve »,\ndit-elle; il posa son bonnet de Syrie,\nôta sa pipe de ses lèvres\net sourit.\n\nIl avait déjà dans sa barbe d'or\ndes fils d'argent, mais ses yeux étaient comme\nceux des rois mages qu'on adore\npour avoir cueilli le bonheur des hommes.\n"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 468, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 709, "texte": "                         — 468 —\n\n Son manteau de soie et ses manches\n étaient brochés de chimères agriffées,\n avec des revers d'hermines blanches\n et des dentelles comme des collerettes de fées.\n\n Sa cathèdre toute en bois de rose\n était sculptée de licornes doubles\n où dans sa grave pose\n d'enchanteur, s'appuyaient son chef et ses coudes.\n\n Il sourit. Il sourit comme un roi mage\n en sa barbe blonde, fleurie de givre\n leva les yeux du vieux missel d'images\n et ses doigts tournèrent la page du Livre.\n\n « Un homme sans amour est un dormeur sans rêve »,\n reprit-elle... Et Klingsor songeant,\n l'ayant amicalement baisée aux lèvres,\n se remit à fumer son calumet d'argent.\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-007", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 468, "page_fin": 468, "titre_corps": "Vers : Mascarade", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tristan Klingsor", "ancre_debut": "III Mascarade Le vent apporte des airs de mandores", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 519, "page_imprimee": 468, "debut_caractere": 709, "fin_caractere_exclue": 1394, "texte": "III\n\n                      Mascarade\nLe vent apporte des airs de mandores\nde la forêt, mais on ne sait où sont cachés\nles bossus de Bohême ou les nains d'Eudor\nqui font ainsi chuchoter leurs archets\nau grêle accompagnement des grelots d'or.\n\nC'est une musique au rythme sourd\nqui meurt et renaît : on entend maintenant\nle son des cistres et voici qu'au détour\nde la route qui fait au bois un tournant\napparaissent les musiciens d'amour.\n\n Et c'est sur le dos bâté de soie des ânes,\n la mascarade des fous rieurs ou sévères\n de Tunis, d'Europe et de Bactriane\n où la Mort en Pierrot vert\njette en l'air ses grelots de crânes.\n                                          TRISTAN KLINGSOR.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-008", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 469, "page_fin": 469, "titre_corps": "Image de Dieu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arthur Toisoul", "ancre_debut": "IMAGE DE DIEU ELLE est couchée dans l'herbe", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 520, "page_imprimee": 469, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 907, "texte": "IMAGE DE DIEU\n\n ELLE      est couchée dans l'herbe\n      Et ses yeux sont fatigués d'avoir pleuré.\nElle est couchéeet sa chevelure\nEst pleine de fleurs.\n\nChair toute fraîche et cheveux épars,\nElle a pleuré parmi ses regards\nEt ses bras ouverts attendent l'amant\nQu'elle pressera sur son cœur\n\nElle vit en silence\nEt ses jeunes seins pointus sont des ondes légères\nOù de l'ombre verte se balance\nEt de la lumière;\n\nC'est le baiser d'amant que lui donne\nLe soleil jaune sur les seins et les lèvres,\nComme en un riant rêve\nUn peu de mousse verte sur une bouche.\n\nElle est couchée dans l'herbe\nEt ses yeux de diamant\nEt ses paupières mobiles sont la parure\nDe sa beauté blonde.\n\nElle est simple. Sa chevelure\nEst pleine de fleurs.\nElle a pâli d'amour\nEt son visage éclaire la lumière du jour.\n\n                                         ARTHUR TOISOUL.\n\n\n\n\n                                                     31\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-009", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 470, "page_fin": 480, "titre_corps": "Mes frères aimés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Van de Putte", "ancre_debut": "MES FRERES AIMES VOICI Arthur Toisoul", "ancre_fin": "mais en vous ! HENRI VAN DE PUTTE.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE DES POÉSIES Francis Jammes et Paul Fort", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 521, "page_imprimee": 470, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1895, "texte": "MES FRERES AIMES\nVOICI              Arthur. Toisoul.\n                  Il s'en est allé, celui-ci, à travers le mois de Mai,\n                vers l'épanouissement total de sa belle vie.\n                  Or, Mai est un ruisseau clair de douce jeunesse, et\nil semble l'allégorie de nos âmes de jeunes hommes, et il a des rives\nfleuries de mille délices.\n   Ce poète a suivi ces rives en chantant...\n   Oh! le grave et béat chanteur ! chanteur exalté et calme en même\ntemps, de toutes les joies de la terre :\n                       Car voici de la joie sereine.\n   Et ce n'est pas le cerveau, et ce n'est pas le coeur, qui lui fait dire\ncela. Ce sont surtout les joies sensuelles : celles de la vue, celles du\ngoût, celles de l'odorat et de l'ouïe, celles du sexe !\n   Il est allé ainsi d'une joie à une autre, suivant sa destinée. Les\nabeilles bruirent, les fleurs embaumèrent, les oiseaux chantaient\nclair et haut, les bêtes se promenaient avec douceur, son aimée\nsouriait et se donnait à lui. Et il la sentait sœur et amie de ces êtres,\net il aimait en elle toute la nature !\n   C'est pourquoi il s'écrie vers elle :\n           Vois donc jaillir autour de nous, parmi les choses,\n           la simple vie harmonieuse et grandiose...\n  Et c'est ainsi qu'il a pu nous dire ces glorieux paysages de soleil :\n                   Où Dieu ruisselle et chante Amour.\n   J'ai dit qu'il était calme et exalté en même temps. Cela est naturel\net ses vers le prouvent.\n   S'il est calme c'est qu'il est le songeur qui contemple, en passant,\nles faces diverses de la beauté.\n   Donc, de la paix est enclose, par suite de cela, dans certains de\nses vers :\n                         Une légère et fraîche manne,\n                        quel été pur tombe du ciel !\n  Ailleurs :\n            Le soleil nous regarde aller dans sa splendeur\n            et nous n'écoutons plus l'éternel chant des choses.\n"}, {"page_pdf": 522, "page_imprimee": 471, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2015, "texte": "                                — 471 —\n\n  Ailleurs encore, en finale de ce merveilleux petit poème gothique,\nLa Dormeuse :\n                     Vers du bonheur et de la joie _\n                     les songes d'or de la dormeuse,\n                     tandis que du silence poussa\n                     en simples roses sur la route.\n\n  S'il s'exalte, par contre, c'est que la claire jeunesse festoyante\ncrie, rit et éclate en lui :\n\n              Quels cris de joie ravie doux et mélodieux\n              et quelles mains jointes dans le fond de nos yeux !\n\n  Parfois elle défaille d'un bonheur éperdu :\n   (Oh! écoutez-la! — et n'est-ce pas que c'est très beau de magni-\nficence lyrique?...)\n\n         La pelouse nous semble un solennel décor\n         d'où jailliraient en jets d'eau d'or de vastes glaives,\n         et l'on dirait que nous allons dans un haut rêve,\n         au son attendrissant de chalumeaux sonores,\n         et que nos chairs d'enfant se meurent de lumière...\n\n   Mais ce poème de Mai n'est qu'une route, je l'ai dit, vers la plé-\nnière floraison de son moi. Mai, c'est après les confus doux babils\nd'avril, la première clameur de la lumière. Mai ouvre au soleil les\nportes de l'année !\n   Ayant traversé cette phase d'éveil, il semble que le poète se crie à\nlui-même ces vers de son Matin de soleil :\n\n              Et un, donc, et deux, et trois : te voici debout\n              dans de la belle vie lumineuse et qui bout!\n\net qu'aussitôt il se trouve transporté dans « la prairie heureuse de\nsoleil et de fleurs » d'Opôra.\n   Et là, tout bonheur se trouve accompli. L'être splendidement\nvivant possède tout entière la vie; le printemps pubère et vierge,\nl'été épanoui, l'automne fécond — Myrte, Lysidice, Opôra! — Et\nIolas c'est lui, c'est le poète! qui reprenant la sereine et haute\nconception païenne, s'éjoie en jeune roi triomphant devant la vie,\nservie pour lui comme le plus suprême et le plus fastueux des\nfestins.\n   En fait de poème dialogué, la poésie française ne nous a rien donné\n"}, {"page_pdf": 523, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2334, "texte": "                               — 472 —\n\nd'aussi beau, depuis Palai de Griffin, Aréthuse de de Régnier, et\nUn Jour de Jammes.\n  Des clartés d'aube d'été vivifient ses phrases, et de tous les jeunes\nécrivains il possède la prose la plus pure'.\n\n   Voici Eugène Montfort :\n   Ah ! Dieu ! comme elle bondit, comme elle s'ébat, tumultueuse et\npassionnée et claire, sa joie ! Je ne sais pas de bonheur allègre de\nmatin de printemps où tous les oiseaux s'égosillent, qui soit supé-\nrieur en fraîcheur au bonheur de le lire. Œuvre toute en cris, en\nsanglots, en baisers, en éclats de rire de toutes les couleurs! Et\nc'est déjà une trouvaille ravissante, et c'est déjà d'une haute allé-\ngresse, que ce seul nom de Sylvie qu'il donna à sa bien-aimée ! C'est\nsurtout d'une rieuse grâce infinie que de la faire chanter sans cesse,\nau commencement et à la fin de chaque chapitre, partout, partout,\ncomme une pure clameur blanche ! Car à lui seul il est l'appel le\nplus gai et le plus jeune qui existe.\n   Sylvie ou les émois passionnés (je préfère ce second titre parce qu'il\nrésume le livre) est le très simple poème d'un amour qui s'épanouit\nentre deux jeunes gens — elle spontanée, oiseau, et sans pensée,\nmais toute en vie! lui fougueux, hilare et palpitant... — et de\nl'amour qui meurt et pleure parce que la jeune femme s'en va...\n   J'ai été tout amour à le vivre, ce poème, parce qu'il me disait la\nbelle âme d'eau vive d'un homme jeune puissamment vivant, et du\nfait, une partie — la plus belle sans doute — de l'âme de tous ceux\nde son âge.\n   Puis il y a là des parfums, des fleurs, du soleil et des herbes, dans\nun ébouriffement superbe d'éveils hardis ! La chair y est aimée. Le\nciel, la terre et l'air y apparaissent heureux et beaux. Les prairies y\nhalètent comme la poitrine de Sylvie. La vie universelle et celle de\nces deux êtres s'identifient et se fécondent. C'est une belle chanson\npanthéiste.\n   Je l'aime pour cela, je l'aime parce qu'elle dit mon âme d'hier, je\nl'aime pour la tendre ardeur claire de ses mots, je l'aime même pour\nses imperfections, parce qu'elles me prouvent que le poète s'y est\n donné, entièrement, malhabile splendidement à exprimer le Dieu\ndont éclate sa poitrine de jeune héros !\n\n  Voici Jean Viollis :\n  Ainsi qu'un aîné grave et tendre.\n  Il composa pour moi (et pour tous ceux qui sont dignes de\n"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2012, "texte": "                              — 473     -\n\nl'aimer) cette Guirlande des jours, que l'on nommerait bien mieux la\nGuirlande des tendresses. Elle ne se compose en effet que de la louange\nde toutes les choses et de tous les êtres qu'il a chéris... Et c'est une\njeune union de fleurs diverses, odoriférantes et belles...\n   Le poète dit lui-même que ses vers « sont la guirlande, un peu\nfrivole, d'une adolescence studieuse et contemplative ». Et c'est\nbien cela, quoique frivole soit de trop, parce que n'importe quelle\nsensation de vie, si minime soit elle, n'est jamais frivole, une fois\nque nous l'avons transposée dans de la beauté.\n   Le rythme de ces poèmes est paisible et intime; la lampe et le\nsoleil y font rayonner une égale douceur. La jeunesse y règne,\nfraîche et franche et songeuse, regardant\n                                       passer les jours,\n         avec pour eux, un doux sourire sur les lèvres.\n\n  Une sérénité vraiment très sincère, très recueillie, très belle,\némane de vers comme ceux-ci :\n\n         Voici l'heureux foyer d'êtres qui me sont chers\n         et la nappe qui rit aux blanches porcelaines,\n         et le repas frugal où je m'attarde à peine,\n         le pain doré, la soupe grasse et le vin clair.\n\n         Puis le thé chantera comme une âme sonore\n         et les chats dormiront roulés sur le tapis.\n         Derrière la fenêtre aux rideaux attiédis,\n         l'ombre sera paisible et la nuit monotone.\n\n         Qui songe à regretter le jour évanoui?\n         Il a coulé comme un beau fleuve à la lumière.\n         Demain sera pareil et frère d'aujourd'hui\n         et le même sommeil baisera ma paupière.\n\n  Et ces vers-ci ! Quelle tendresse dorée et adorable les emplit :\n\n         J'ai pris tous vos regards comme un essaim d'abeilles,\n         et je leur ai donné la ruche de mon cœur...\n\n  Ceux-ci de même :\n         Le crépuscule notes émeut et nous caresse,\n         et dans la grâce défaillante de vos mains\n         je sens tout l'abandon de vos délicatesses.\n"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "                               — 474 —\n\n  Et je ne sais rien de plus diaphanement fin et charmeur que ces\nderniers :\n         Et vois se balancer dans un peu de soleil\n         le charme délicat et la blonde merveille\n         des transparents raisins qu'entourent les abeilles,\n         comme un frêle tissudemurmures et d'ailes !\n Cette poésie-là s'insinue peu à peu, mais sûrement et profondé-\nment, au cœur de la bonté de mon cœur doux et familial.\n\n   Voici Saint-Georges de Bouhélier :\n   Quoi que ce poète lui-même en pense, ses livres sont écrits bien\nmoins selon son cœur que selon son cerveau. — Ce n'est donc pas\nce que j'entends par une œuvre absolument sincère; par suite, à\nchaque instant, je me sens enclin, légitimement, à la juger et à la\ndiscuter. (Ah! si je n'avais été si impétueusement entraîné par le\nbeau fleuve de son génie !...)\n   Mais j'ai le respect profond de Saint-Georges de Bouhélier parce\nque sa vie est courageuse, parce qu'il y a dans son style des splen-\ndeurs de fraîcheur, d'ardeur et somptueuses, parce qu'il résuma ma\nconception ingénue, profonde et sentimentale, du monde et de Dieu,\net parce qu'il se cache, sous sa littérature, un cœur que je devine\nmagnifique. Je suis heureux également de son influence, naturiste\net païenne comme il sied ; et aussi longtemps que cela ne tournera\npas à l'école, tout sera pour le mieux.\n   Mais parlons, s'il vous plaît, de toutes ces choses en détail.\n   Saint-Georges de Bouhélier possède une langue parfaite, entendez\nbien! — parfaite. Des lumières exaltées en giclent de toutes parts.\nUne frénésie ardente et douce et orgueilleuse en est le sang. Elle\nscintille et elle bondit. Elle a les coloris les plus paroxystes et les\nplus inattendus, d'une acide saveur ou d'une pâleur délicate et\nlanguide. Elle est suave et pompeuse, on l'a bien dit!\n   Et les adjectifs, très aigus, y sont éclatamment ardents. Et certains\nverbes s'y montrent avec une si excessive superbe, qu'ils imposent\nà mon esprit d'inoubliables images poignantes, et me causent ainsi\ndes joies et des douleurs presque physiques.\n   J'ai cueilli au cours de son dernier livre — le plus harmonique —\nces quelques phrases en exemple : « Je pleure, en songeant aux\npetites herbes sèches que nous froissions et qui craquaient, tandis\nqu'un ciel froid et livide s'engouffrait sous les voûtes du bois. Les\nblanches flammes d'un soleil d'hiver se tassaient, sonnantes, dans le\n"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "                              — 475 —\n\nsable ardent. Des pies luisaient, se hérissaient de tout l'éclat des\naigrettes glauques. Les aromates nous pénétraient.\n   Ensuite l'air, verdit et devint glacial. »\n   Ailleurs : « Parmi un bosquet d'héliotropes, le chien gardien\nbondit, j'écoute. Il aboie, il court comme une flamme. — D'écarlates\ncoqs tonnent dans les branches. Un ciel mince rayonne sur du\nsable, et des champs de roses dévorent l'aube d'été. »\n   Ailleurs encore : « O le ciel et la mer, éclatante coupe d'eau\nglauque pour que la lune y boive ! »\n   Et c'est, enfin, étourdissant de somptuosités intenses lorsqu'il\n parle « des rocailleuses grottes grondantes d'eaux glaciaires » et de\n « toute la magnifique mer qui « s'ébroue » aux plages pures, traver-\n sées d'orages ! »\n   Remarquez cependant que ces phrases qui m'éblouirent parlent\n toutes de sensations, et pensez à la suite de cela que ce sont celles-ci\n qui ont trouvé, dans ses livres, la plus puissante et la plus originale\n expression..— Les faits et les idées sont, en effet, quelquefois narrés\n ou énoncés, les uns avec un certain pédantisme dix-huitième siècle\n bien gênant, les autres avec une emphase plus désagréable encore,\net qui rappelle par trop Rousseau. — J'ai eu cependant grande\naisance à oublier ces ennuis, à cause de l'étincelante beauté des\n passages de pure poésie, tels que ceux cités plus hauts, et aussi —\navec quelles hautes joies ! — devant les sentiments fiers et splendides\n qui s'exhalent en lumière, dans les cris que voici et dans les tendres\n chuchotements que voilà :\n   « L'ardente blancheur de ton visage, ô Clarisse, délicieuse amie,\néclaira le seuil du berger. Des agneaux bêlèrent dans l'espace des\nvents. Au front des monts tremblaient des grappes. — C'est ainsi\nque se dissipait l'ennui du temps. » — « La contemplation d'une\nruche ou d'un fruit, du poudreux talus bleu où brûle la haie vivace,\nun cri, le sifflet du berger, voilà les objets de ma joie! Le sentiment\nque j'ai de Dieu contribue à leur grande splendeur. » — « Comme\nnous existerons avec véhémence ! » — « Le vertige du monde me\nsaisit, je retournai au jardin. D'énormes pommes brûlaient sur les\nfeuilles. Au détour de la route, je vis la rose aurore tourner parmi\nune ronde d'enfants. Les blés luirent et le flot trembla aux berges\ngrondeuses. O beauté, ô jeunesse, comme je me sentis vivre! » —\n« En effet, le vieux Pan palpite en moi. J'ai tant vécu, ici, ailleurs,\nen Arcadie, au Caucase. — Ma race remonte à Adam. — En vérité,\nje me sais apte à tout. Le mouvement des planètes scande mon\ncœur, mes pas. »\n"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2552, "texte": "                             — 476 —\n\n   Et enfin, cette venue de l'aube, dont le chant exultant m'a saoulé\nde bonheur :\n   « Je me souviens quand certaines nuits, j'épiai le retour, de\nl'aurore. Embusqué derrière la fenêtre ou le sombre arceau d'une\ntonnelle, je guette, palpitant d'anxiété. Dès qu'elle m'aperçoit, j'ai\npeur de mourir. Mon coeur frémit comme un pays qui flambe. Elle\nvient, là-bas; ah! qu'elle est belle! D'abord elle éclaire la colline.\nSa face m'éblouit, souriante d'une pure carnation d'or. Elle gronde\ndans le tonnerre des coquelicots. Des liserons sonnent et un coq\nluit. — Rougissants, les bois se tournent vers l'été. Des boeufs pié-\ntinent la boue, les joncs. — Tumulte aux basses-cours, parmi\nl'herbe, le bourg! — Voici, l'aurore frappe à ma porte. Ouvrirai-je ?\nHélas ! aux cailloux du mur elle aiguise, affûte ses lumières. Ter-\nreur! crime et amour! De rouges glaives brillent! — Belle aube,\naube meurtrière, comme je vous ai aimée! Vous veniez vers moi,\nje tremblai. — Vos joues sont d'une pudeur si douce! »\n   Je me sens donc très admiratif, devant la majesté (originale\nmalgré d'indéniables influences) de son style aux pures et larges\nondulances, et qui parfois crépite en si puissants cris de clarté et\nde jeunesse!\n   Pour ce qui est de la substance, de l'idée de cette œuvre, elle\nm'apparaît comme simple, altière et belle ; elle pourrait s'appeler\nla théorie de Phéroïsation. Et cela ne peut que nous plaire! E t je\ntrouve que rien n'est d'une plus haute pensée que de regarder\nchaque homme comme une manifestation adorable de Dieu, de ne\nconsidérer dans n'importe quel être que le geste éternel, et de\nvouloir que nous tendions de toutes nos forces vers la suprêmisa-\ntion héroïque de la divinité qui brûle en nous.\n   Et ce poète a trouvé, des poètes, cette définition étonnante : « Ce\nsont des Yeux-dieux, des Archanges-lèvres. » — Il a d'ailleurs dit\nl'auguste puissance du poète, comme aucun ne l'avait su dire avant\nlui. — Mais s'il a compris le poète, il n'a pas toujours compris les\npoètes, et si Hugo, Zola, Verlaine et Rimbaud lui apparurent sous\nun angle très juste, il semble s'être tourné en aveugle vers Richard\nWagner ou Ibsen.\n   Or, dans l'énoncé de toutes ces idées, Bouhélier nous apparaît\nbien, selon sa propre expression, comme « un Christ ingénu ». —\nIngénu? Hélas ! pourquoi ne l'est-il pas toujours? et pourquoi,\nsouvent, cache-t-il avec tant de soin ses sensations merveilleuses\nsous l'épaisse vêture de la métaphysique?\n   Puis, aussi, il ne faut pas trop qu'on nous la fasse au Jésus-\n"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "                              — 477 —\n\nChrist ! Car cela est insupportable ! — Surtout lorsqu'on ne prophé-\ntise que les idées qu'énoncèrent depuis des temps, Platon, Hegel et\nSpinoza..— Je pense d'ailleurs que telle n'est pas la volonté de cet\nécrivain, mais d'autres tentent de le faire passer pour tel, et cela\nnuit à sa beauté, et par suite cela m'ennuie, et c'est pourquoi j'ai\nfait cette remarque.\n   Ah ! que Saint-Georges de Bouhélier, comme tous les vrais poètes\n— et il en est ! — se contente simplement de prétendre chanter à sa\nfaçon, avec ses mots, avec son cœur, la conception qu'il a du Tout\ndivin, et cela suffira, et dans ce seul cas il fera œuvre d'art.\n   Et pour ces causes, bien plus juste et aimable est cette définition\nque le poète nous donne de lui-même : « Je suis un sombre enfant\ntrès pur ».\n   D'ailleurs ! d'ailleurs ! peu importent ces vétilles ! Ce qu'il faut\naimer véhémentement c'est la Force qu'il est. Et c'est cela que je\nvénère, avec joie et ardeur.\n\n   Voici Georges Rency :\n   Ce qui importe surtout, me semble-t-il, en notre aujourd'hui de\nmédiocrité et de saleté, c'est que les jeunes hommes aient une belle\nâme.\n   Je désire, en effet, qu'ils croient, veulent, aiment et se révoltent,\nqu'ils aient des cœurs fervents, des oreilles et des yeux émerveillés,\nune bouche fière et pure, digne de dire aux foules abruties de faim,\nde lucre et de politique, qu'une rénovation est pour elles possible,\net que, si elles le veulent, elles vivront sans doute un jour dans le\nbonheur et selon la beauté.\n   Or l'âme de Georges Rency est telle, et c'est pourquoi je l'admire\net l'aime si passionnément.\n   O chère claire âme ! âme heureuse ! C'est vraiment une joie\ngrisante que de vous écouter chanter! Et c'est drôle, vous êtes le\nmélange le plus complexe qui soit : sensations et sentiments puérils\nde simplicité et de candeur, avec pour se dire une ferveur pure,\ncaresseuse, toute féminine, — et malgré cela de brusques à-coups de\nvirilité fougueuse, en rébellion contre le milieu qui l'étouffé et en\ntriomphantes clameurs vers le large!\n   Les œuvres de Georges Rency, d'après cela, se divisent naturel-\nlement en deux parts très distinctes. Ses poèmes chantent l'enfance\nparée de féminité, qui s'éjoie en lui; tandis que ses contes pleurent\nses dégoûts et exaltent les gloires de ses espoirs très mâles.\n   Ah! vers le large! Toute sa jeunesse, toute sa vie, a tendu vers\n"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "                              — 478 —\n\ncela, avec un amour ardent et presque instinctif.— Et les Etapes\ndisent les pas qu'il a déjà faits dans le sens du but admirable ; le\nVengeur, ensuite, est un appel vers les campagnes pures, vers la\nnature, qui sera notre rédemptrice; dans le Poète et sa mère, la Force\ndu Poète et le Délicieux égoïsme, il vante la splendeur de la puissance\ndivine qu'il sent en lui, et l'amour qui irradie son cœur; dans la\nFontaine enfin, il s'agenouille devant la sereine beauté, c'est-à-dire\ndevant le but atteint. — Par ces œuvres-là, il se rattache à la lignée\nmagnifique des Paul Adam, des Verhaeren et des Eekhoud, pro-\nphètes joyeux, libres, païens et exaltés, de la société future!\n   Mais dans ses poèmes, dans Vie et dans les Heures harmonieuses,\nc'est toute sa merveilleuse tendresse qui se dit, grâce à d'enivrantes\nmusiques de mots et de rythmes.\n   Vie c'est la claire chanson de ses bonheurs de penser et d'aimer.\nOh ! parmi des buissons murmurants, parmi la toute douceur des\nfeuilles agitées et des parfums des fleurs, sous l'héroïque soleil ou\nsous la tendre lune, des baisers sont échangés par deux âmes\nd'amour..., et des songeries s'exhalent et s'érigent des rêves de\nbeauté !\n   Dans les Heures harmonieuses, il est le poète de l'extase.\n   Vivre pour lui, désormais, c'est penser et aimer, et vivre c'est\ns'extasier. C'est même ainsi que l'on peut lui donner les plus glorieux\ndes surnoms, et qu'on peut indifféremment le qualifier : poète de la\nPensée, poète de l'Amour, poète de Vie ou poète de l'Extase!\n   Et si j'aime peu la forme, parfois protestante (qu'on comprenne!)\nde sa prose (alors qu'elle jaillit et s'élargit, quand elle veut, en de\nsi belles hymnes !), je m'avoue adorablement enivré par la câline\nmélodie de ses rythmes luisants.\n\n  Or, j'eusse voulu parler ici d'Edmond Pilon, dont l'admirable et\nprobe âme compréhensive m'a toujours charmé, mais comme ses\nPoèmes de mes soirs ne me semblent pas l'énoncé vrai de sa belle indi-\nvidualité, je préfère attendre pour lui dire quelle place il occupe\ndans mon amoureuse admiration.\n\n  Il en sera de même, hélas! pour plusieurs autres qui, n'ayant pas\nencore publié de livre, n'ont pu jusqu'ici nous montrer, tout\nentière, leur personnalité et leur conception neuve de la vie.\n  Toutefois, j'en parlerai certainement plus tard, car je les aime\nbeaucoup. Et je pourrai alors vous exprimer quelles merveilles de\ngrâce et de tendresse tremblante vibrent au long des phrases sensi-\n"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2514, "texte": "                               — 479 —\n\ntives de Charles-Louis Philippe, et de ses vers graciles et tremblants;\nquelles féminines caresses et quel parfum de mystériosité délicieuse\némanent des contes de Blanche Rousseau; quel sens ironique et\ndivin des joliesses de choses possède Léon-Paul Fargue ; quelle\ngrandeur donne aux oiseaux, aux abeilles et à tous les êtres menus,\nHenri Ghéon ; et la splendeur spacieuse qui entoure les amants\nde Gabriel Soulages.\n\n    Mais je veux vous faire remarquer, avant de finir, quels sont les\n poètes qui firent transition entre les symbolistes et ces jeunes dont\nj'ai parlé.\n   Ceux qui firent cette transition, et qui sont ainsi un peu nos\nparents, c'est le délicieux amant de l'idéal qu'est André Gide; C'est\nl'ingénu et vital Louis Delattre (vous savez bien ! celui qui a une\n rose à la bouche, et dont nous enchante la si adorable incorrection..,);\nc'est Max Elskamp, candide et sublime poète, aux vers tout en délices,\n en coloris, en sourires et en sanglots de joie...; c'est enfin ce Francis\nJammes trop méconnu — comme Elskamp et Delattre d'ailleurs.\n    Or; Jammes nous a dit, cependant, des poèmes chantants des plus\n fervents baisers, odorants de fruits, reluisants de soleil, qu'embau-\n ment les souvenirs, et que remplissent de mirages merveilleux les\n évocations des pays lointains, que de quelconques objets lui évo-\n quent. Certes! c'est là l'un des plus beaux, l'un des plus purs, l'un\n des plus originaux poètes qui soient, et je regrette infiniment que\n tous ne sachent comme moi la grandeur de sentiment, la belle phi-\n losophie, la simplicité magnifique et dorée que ses vers renferment...\n    De ces quatre artistes, je voudrais parler plus longuement; mais,\n outre que je ne puis allonger davantage mon article, je sais qu'il\n sera consacré ici même à chacun d'eux, prochainement, une étude\n spéciale.\n    Toutefois, il ne faut pas limiter à ces quatre-là, la liste des poètes\n qui furent nos frères aînés ou nos aïeux. On pourrait s'en aller\n aussi bien jusqu'à Griffin, Verhaeren, Laforgue, Rimbaud, etc.\n Mais, alors, il n'y a plus de raison pour que cela finisse. Remontant\n les âges, on pourrait citer tous les vrais poètes qui existèrent jamais,\n tous ceux par la bouche desquels le vrai Dieu a parlé. Et quant à\n moi, je n'ai voulu vous entretenir que de ceux à qui cette grâce\n sublime vient à peine d'être accordée.\n\n  Et maintenant, donnons-nous la main, jeunes hommes ! faisons\nune belle guirlande de vie chantante, et suivons les neuf Sœurs\n"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 474, "texte": "                              — 480 —\n\ndivines qui se donnent la main de même, et nous précèdent et nous\nappellent, avec des charmes et des enjôlements vraiment exquis.\n  Elles sont nues, elles sont belles, elles chantent comme nous, elles\nsont l'éternelle grâce printanière, et vous êtes le printemps aussi...\n  Lorsqu'elles se taisent, ma foi, il me semble encore les entendre\nchanter — mais en vous !\n\n                                           HENRI VAN DE PUTTE.\n\n\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-010", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 480, "page_fin": 482, "titre_corps": "Chronique des poésies", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rency", "ancre_debut": "CHRONIQUE DES POÉSIES Francis Jammes et Paul Fort Le noble et grand poète", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 531, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 474, "fin_caractere_exclue": 1845, "texte": "CHRONIQUE DES POÉSIES\n\n              Francis Jammes et Paul Fort\n\n\n\n\nL\n             E noble et grand poète Francis Jammes a chanté un\n              chant nouveau. Les clairons officiels auront soin de\n              rester sans clameur. Qu'il soit permis, ici, à mon\n              humble amour et à mon admiration fervente de mur-\nmurer pour lui des louanges.\n   Je n'ai pas besoin de faire connaître aux lecteurs du Coq rouge la\nNaissance du Poète. Tous l'ont lue; tous, je l'espère, ont eu, à cette\nlecture, l'impression formidable du chef-d'œuvre; beaucoup, sans\ndoute, se sont étonnés d'ouïr, après la correction sèche des parnas-\nsiens à laquelle le public lettré s'est, hélas ! habitué, d'ouïr accents\nsi simples et si profonds, si larges, si panthéistes, et de découvrir\nun poète qui ne fût que cela, que cet immense cela, un Poète. Je ne\nsais si l'on comprendra bien ce que je veux dire. Je ne puis cepen-\ndant m'exprimer autrement. J'estime que, depuis la mort de Ver-\nlaine, il y a en France et en Belgique de très grands poètes, mais\nqu'il n'y en a qu'un seul qui ne soit que Poète et que celui-là\nc'est Francis Jammes. Les autres ont arrangé la nature et ont\nappliqué à cela leur admirable génie. Jammes a chanté simplement\nles choses de sa vie, les choses toutes simples de sa vie. Dans la\nNaissance du Poète, il a dit son âme, et l'on a su que son âme était\n"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2575, "texte": "                              — 481 —\n\nformée de l'âme même du monde, et qu'elle palpitait au rythme\nuniversel de la Vie.\n   Je déclare que chanter ainsi, abstraction faite de toutes les qua-\nlités d'art et de métier — et chez Jammes elles sont extraordinaires,\n— je déclare que chanter ainsi est une gloire miraculeuse, et que,\nsi Francis Jammes, en tant qu'écrivain, a des égaux, il n'est nul\npoète de l'heure présente qui puisse se dire plus grand que lui.\nNous, qui, depuis quatre ans, vivons dans les lettres, hier encore\nnous ignorions son nom. Ses deux premiers livres de vers avaient\nparu pourtant; une sorte de conspiration faisait le silence autour\nde son génie. Eh bien! il est temps que ce silence cesse. Il est\ntemps que la France reconnaisse en lui l'un des plus merveilleux et\ndes plus éternels de ses poètes. Nous ne cesserons, pour ce qui nous\nregarde, de crier son nom à tous les échos, espérant le jour proche\noù notre admiration et notre amour passeront dans toutes les âmes\n et les embraseront !\n\n                                   *\n                                  * *\n\n   Paul Fort est un créateur. Je salue en lui : un artiste merveil-\nleux, possesseur d'une langue admirable et d'un vocabulaire infini;\nun poète dont les visions, les rêveries et les cris ne doivent qu'à\nlui-même leur beauté. M. Pierre Louys, en présentant au public\nles Ballades françaises, écrit que ce livre annonce un grand écrivain.\nCette annonce n'en sera pas une pour nous qui connaissions et\naimions Paul Fort et qui le considérions depuis longtemps comme\nun maître. Son premier recueil de ballades nous étonna d'abord,\ncomme doit étonner toute œuvre vraiment neuve et originale. Notre\nesprit et notre cœur s'y retrouvèrent bientôt. Ce livre devint un\nlivre de chevet en même temps que les poésies de Laforgue, à qui\nPaul Fort glorieusement s'apparie. Nous aimions déjà cette forme\nfamilière, créée par le poète, qui lui permet de dire tout, les choses\ngrandes et les choses petites, sans que ce mélange amène la moindre\ndiscordance. Nous aimions cette chanson incessante, — car toutes\n ces ballades sont des chants, et je n'en connais pas de plus harmo-\n nieux ! Nous nous plaisions à voir surgir devant nous les évocations\n tour à tour gracieuses ou terribles, légendaires, chatoyantes, riantes\n ou tristes, dont ces chants nous parlaient; nous avions des ravisse-\n ments infinis à lire ces petites pièces de vingt ou trente lignes, dans\n lesquelles tenaient un sentiment fort et exquis, une émotion large,\n sincère et splendidement humaine. Nous faisions tout cela bien\n"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1205, "texte": "                             — 482 —\n\navant que n'eût paru l'édition définitive des Ballades françaises au\nMercure. J'estime que la disposition de ce livre est bien faite pour\nmettre du jour dans l'œuvre de Paul Fort et qu'elle contribuera à\nfamiliariser le public avec cet art si neuf et si profond. Mais nous\nqui avons chéri chacune de ces ballades dans les éditions précé-\ndentes et qui en connaissons si bien la place, nous n'irons au livre\nnouveau que pour les ballades inédites. Elles témoignent, celles-ci,\ndu souci qu'a l'artiste de reaouveler sa manière, tout en gardant,\net combien légitimement! le beau cadre qu'il a trouvé. Il semble\ns'y orienter davantage vers l'objectivité des légendes et des chan-\nsons populaires. Alexandrins sonores et pleins, encore qu'écrits en\nprose, ou rythmes sautillants et légers, selon le genre, ces poèmes\nont gardé le charme intense des précédents, mais bien renouvelé,\nainsi qu'il convenait. Paul Fort est admirable : il le deviendra plus\nencore.\n\n\n\n\n  Je parlerai, dans ma prochaine chronique, des livres de Jean\nDelville, Ferdinand Hérold, Henri de Régnier, Georges Pioch,\nAlbert Brandenburg.\n\n                                                GEORGES RENCY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-011", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 483, "page_fin": 484, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice des Ombiaux", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE O N peut affirmer que le Carillonneur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 534, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\n\n\nO\n             N peut affirmer que le Carillonneur est, en prose, le livre\n              de maîtrise de M. Georges Rodenbach. Il est supérieur\n              et résume tous ceux où le poète avait décrit Bruges,\n              cette ville de rêve endormie dans les brumes de ses\ncanaux morts et du passé. L'hallucination de ces vieux murs noirs,\nde ces pignons dentelles, de ces tours ajourées, de ces fenêtres\nouvrées, le charme de l'eau verte étoilée de nénuphars sur laquelle\nglissent, frôlant le silence, les cygnes blancs, le chant cristallin des\nalouettes du carillon et les martèlements des bourdons graves\nforment l'atmosphère et le décor de l'œuvre. D'un bout à l'autre\nc'est la mélancolie des choses anciennes qui imprègnent les âmes,\nforment les sensations et influent sur les désirs et les actions des\npersonnages. Car l'écrivain ne s'est pas laissé aller à ne transcrire\nque des visions, il ne s'est pas borné à décrire ; avec un art d'une\nextrême délicatesse, il nous a montré le drame qui s'accomplit entre\nquelques caractères et il a établi, à merveille, les rapports des\nchoses et des acteurs entre eux. Tel aspect d'un coin de ville\ncorrespond toujours à tel « état d'âme » d'un de ses héros. Et c'est\navec une habileté et un tact tout français qu'il se livre à l'analyse\ndes sentiments.\n\n\n   Sous la plume alerte et vive de Willy, la Maîtresse d'Esthètes\napparaît avec tous les ridicules et la suffisance aussi vaniteuse\nqu'énorme, que lui ont laissés les coryphées du snobisme artistique.\nNul n'a plus d'esprit que l'auteur de la Mouche des croches et des\nBains de sons pour ce genre de roman et nul ne saurait conduire son\nrécit avec plus de verve. Il pétille du commencement jusqu'à la fin.\nComme Willy est un auteur gai, il n'a pas voulu faire tourner\nl'histoire au tragique, il la termine par une ironie amusante et\npleine de philosophie.\n\n\n  Georges Eekhoud continue l'œuvre magnifique et considérable\nqu'il a entreprise sur la pléiade shakespearienne, par Christophe\nMarlowe dont il nous donne une savoureuse étude critique et\nbiographique, avant dç passer à la traduction d'Edouard II.\n"}, {"page_pdf": 535, "page_imprimee": 484, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1745, "texte": "                              — 484 -\n\n   M. Adolphe Retté vient de réunir, sous le titre : Aspects, ses\narticles de la Plume. Il n'est guère intéressant d'épiloguer sur de la\ncritique. M. Retté a ses opinions et nous avons les nôtres, et nous\navons sans doute raison de part et d'autre ; c'est pourquoi le titre\nqu'il a choisi n'est pas déplacé, il est exempt de toute prétention.\n   M. Retté a été souvent sévère dans ses jugements, mais cela ne\nme déplaît point, parce que cette sévérité part d'une conviction\nforte et d'une âme ardente.\n   Mais si ses critiques ont eu parfois une certaine âpreté, elles ont\nété faites avec une absolue sincérité, et ne sont jamais sorties d'un\nton fort acceptable pour tous. Il faut plutôt le louer de ne pas être\nun perpétuel bénisseur. Il n'y a rien qui gâte une jeunesse littéraire\ncomme l'encensoir manié à tour de bras; on finit par ne plus s'y\nreconnaître, et le lecteur crédule en arrive aisément à ne plus\nsavoir quel écrivain a le plus de génie, tellement ils en ont tous.\n   Un grand mérite de M. Retté c'est que, lorsqu'il nous dit quelque\nchose, nous savons que telle est son opinion, sans préoccupation de\ncoterie ou d'intérêt, mais en toute vérité. Et ce n'est pas commun\nà l'heure qu'il est. Aussi je crois que, tout dernièrement, c'est à\ntort que quelques bons écrivains de nos amis se sont émus de son\narticle sur Stéphane Mallarmé. Nous aimons autant qu'eux le\npoête, nous connaissons l'homme par les récits enthousiastes\nqu'on nous en a faits, mais ce n'est pas une raison pour nier à\nquelqu'un le droit d'en parler avec certaines réserves. M. Retté\nn'a pas injurié Mallarmé, il l'a critiqué, ce qui n'est pas la même\nchose.\n\n                                         MAURICE DES OMBIAUX.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-012", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 485, "page_fin": 486, "titre_corps": "Picorées", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Périnet", "ancre_debut": "PICOREES Nous lisons dans l'Eveil", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 536, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3431, "texte": "PICOREES\n   Nous lisons dans l'Eveil, un très          l'expression des larmes et des souf-\nintéressant journal hebdomadaire de           frances des générations et l'œuvre d'ar-\nlittérature, l'articulet suivant auquel       tistes qui eux aussi furent des déclassés ?\nnous nous rallions complètement:                 Loin de les en chasser et d'exaspérer\n   A croire l'Etoile belge, qui s'empresse    cette misèrequi va dolente et résignée\nd'appuyer l'idée, la. Jeune Belgique vou-     vers des lendemains sans soleils, et loin\ndrait qu'il fût établi un droit à l'entrée    de nous associer à une vilenie, laissons\nde nos musées nationaux. Telle propo-         aux misérables, en même temps que\nsition a lieu de nous surprendre, non         l'éblouissement d'oeuvres dont ils sen-\npoint quand elle a l'appui de l'Etoile        tent peut-être confusément les beautés,\nbelge qui est là dans son rôle, mais bien     une petite part des soins jaloux qu'on\nquand elle émane d'une revue soi-             réserve aux tableaux, aux livres et aux\ndisant artistique qui ne cesse de gémir       animaux des jardins zoologiques et\nsur l'indifférence de la foule vis-à-vis de   qu'on néglige parfois d'assurer aux\nl'art.                                        hommes.\n   Loin d'entraver par une taxe, si\nminime qu'elle puisse être, l'entrée\nde nos musées, nous voudrions qu'à               Séance Verlaine. — Le 25 mars aura\nla gratuité de l'entrée vienne s'ajouter      lieu, à la Libre Esthétique, une séance\nl'attrait de cours ou de conférences          dédiée à Paul Verlaine.\négalement gratuits, qui faciliteraient           Le comité parisien a envoyé à Bru-\naux cerveaux les plus frustes, la com-        xelles son secrétaire, M. Cazals, pour\npréhension des œuvres d'art.                  l'organiser avec le concours de quelques\n   Mais il y a plus et les raisons qui        amis et admirateurs du poète mort. La\nmotivent cette proposition lui donnent        recette sera versée dans la caisse du\nun caractère odieux. On se plaint sur-        monument commémoratif à ériger au\ntout de ce que par suite de la gratuité de    Luxembourg.\nl'entrée, les musées deviennent « en             Le programme est ainsi fixé :\nhiver, le refuge diurne de l'hospitalité         MM. Emile Verhaeren, Charles Mo-\nde nuit (sic). »                              rice, Camille Lemonnier et Edmond\n   On préférerait probablement que les        Picard entretiendront le public de l'œu-\nmalheureux se laissent crever de froid        vre et de la vie de Paul Verlaine.\nsur le porche de monuments ou sans               M. Henry Krauss déclamera la Mort\nnuire à personne ils trouvent un peu de       de Philippe II et récitera quelques\nréconfort.                                    poèmes des Fêtes galantes.\n   Comment la Jeune Belgique n'a-t-elle          M. Georges Flé fera exécuter cinq\npoint trouvé touchant que ces musées,         mélodies inédites, paroles de Paul Ver-\noù est personnifié l'orgueil des concep-      laine.\ntions humaines, servent en même                  Avis à tous ceux qui ont le culte de\ntemps d'asile à quelques pauvres loques       l'auteur de Sagesse.\nhumaines en détresse ? Et ne sont-ils\npoint chez eux les parias de la société,\ndans ces galeries où malgré l'ironie des        Jeudi dernier a eu lieu, à la Maison\ncadres dorés, les tableaux sont souvent       d'Art, le fameux tournoi poétique orga-\n"}, {"page_pdf": 537, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3095, "texte": "nisé par le Salon d'Art idéaliste. Un              Le salon de la Libre Esthétique s'est\nnommé A. du Chastain y a chanté                 ouvert ce mois, avec d'intéressants ta-\nles gloires de l'alexandrin et, pour le         bleaux de Besnard, de belles peintures\njustifier, nous a conduits jusqu'aux ori-       de Blanche, un remarquable portrait de\ngines de la colonne dorique ou ionienne.        Baudelaire par de Groux, ainsi qu'une\nAprès avoir abondamment vaticiné là-            émouvante veillée de Waterloo. Toorop\ndessus et déclaré qu'il ne comprend rien        y reparaît avec un talent mûri, plus\nau vers libre, il a fini par constater que      sobre, mais aussi plus impressionnant\nles théories n'ont pas d'importance et          et plus définitif. Ensor y a deux toiles,\nque seules les œuvres valent. Ge n'était        une nature morte et des petites dan-\npas la peine de tant se fatiguer pour           seuses, qui montrent une fois de plus le\narriver à cette conclusion que nous             coloriste qu'il est et les résultats aux-\nn'avons cessé de répéter depuis la fon-         quels il atteindrait s'il se débarrassait\ndation du Coq rouge.                            plus souvent de ses fantaisies macabres,\n   Ce tournoi n'a guère été meurtrier.          un peu surannées maintenant. De\nLes vers ont été mal lus en général.            Gouve de Nuncques a quelques paysages\nMM. des Ombiaux, Rency et Verhaeren             de rêve, Claus de riantes toiles pleines\nont eu la chance d'être interprétés par         de clarté. Il y a encore M. Melchers qui\nM. Chomé, qui a déclamé admirable-              désapprend de peindre pour s'attarder à\nment Mon cœur dans la caverne de la             des puérilités qu'il a tort de prendre\nhaine, Madeleine et la Révolte. Mais            pour du symbolisme. C'est tout au\nElskamp a été fort maltraité par un             plus de la jobardise.\njeune homme blond dont nous igno-\nrons le nom et qui paraissait ne rien\ncomprendre au charme pénétrant de                  Le salon d'Art idéaliste aussi a\nl'auteur des Enluminures et de la Se-           ouvert ses portes. On n'y voit guère que\nmaine du pauvre homine.                         des intentions, la réalisation manque.\n    Quant à M. Delville, le directeur de        Il y a là des gens qui dessinent bien,\nces festivités, il a été modeste. Il n'a fait   mais qui ne savent pas peindre. Tout\nlire que cinq de ses pièces par deux dé-        qe qu'on peut citer de cette manifesta-\nclamateurs.                                     tion, ce sont les sculptures de Craco qui\n    Citons pour finir Mlle Paulette De-         sont de beaucoup supérieures à leur\n backer qui a lu gentiment une pièce de         entourage. On s'étonne même qu'un tel\n M. Van de Putte, mais qui n'a pas inter-       artiste consente à se laisser affubler\n prété, comme il convient, MM. Mockel           d'une étiquette aussi puérile, aussi vide\n et Van Lerberghe.                              de sens que celle d'Art idéaliste.\n                                                                            PÉRINET.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-206", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Table des matières", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "T A B L E DES M A T I È R E S", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 538, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 2662, "texte": "T A B L E DES M A T I È R E S\n                                  PAGES                                   PAGES\n\n\n Allard, Louise, et Delattre, Louis.             des Ombiaux, Maurice.\nLa Demoiselle Maleen                127   Une Cause littéraire .          .    1\nLe Prince Grenouille.               172   Larmes en fleurs .                  49\nLa Jolie Catherinette. .            176   La Vierge en or                    ] 54\n                                          Nous tous. . .                    193\n         Bernard, Charles.                William Morris. . .             .289\nCette pâle nuit .   .'            . 385   Litlérature catholique .     . . 329\n                                          Le Bouquet de chèvrefeuille       400\n         Biernaux, Auguste.               Belgeoisie . . .        . . . . 453\n                                          Chronique littéraire . . 133, 445, 483\nAffaire Ensor-Stevens    .          42\n                                                de Souza, Robert.\n           Boisacq, Emile.\nA propos d'«Aphrodite » . . .      77 Histoires de France . .             . 254\nGhormion (trad. de Térence) 81, 117,\n                         178, 228, 277         Eekhoud, Georges.\n                                       Tante Marie. . . . . .             . ,345\n           Boissier, Emile.\nCantilènes pour Régine .        . 75             Elskamp, Max.\n                                          Enluminure (chanson) .:. . . . 367\n        Cammaerts, Emile.\nLes Briquetiers;    . . . .115                        Flé, Georges.\n                                          Axel (musique).\n         de Classant, Henri.\nRêve d'Oiseaux.                    213             Fontainas, André.\n\n     Delattre, Louise et Louis.           La Fièvre   . . . . . . . .   11\n                                          Le Satyre   .. .   . . .    .302,\nLa Fiancée blanche .              . 323\n                                                       Fort, Paul.\n           Delattre, Louis.\n                                          Ballades de l'été . .           .110\nEpisode                              8\n                                          Ballades de la mer.               462\nLa Petite Ecole. . . . . . .        97\n                                                      Ghéori, Henri.\n         Demolder, Eugène.\nMusique fantaisiste . . . .      68       Des Oiseaux d'automne . . . .       327\nNoël pour le Coq rouge !.   . . 352       Les Ruches . . . . . . . .          460\n\n         de Régnier, Henri.                      Hérold, A.-Ferdinand.\nFragment de poème .      .    .      6    Vers                            .    66\n"}, {"page_pdf": 539, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3006, "texte": "II\n\n                                   PAGES                                     PAGES\n\n           Hirsch, Ch.-Henry.                           Pioch, Georges.\nYvelaine                             108   Cloches joyeuses                    212\n\n           Jammes, Francis.                         Ramaeckers, Georges.\nLa Naissance du Poète .            .411    Chutes d'automne                    263\n\n            Kahn, Gustave.                             Reney, Georges.\nSeptembre                            204   Une Mort                    . . 73\n                                           Une Expérience                  164\n             Khnopff, Geo.                 Les Heures harmonieuses . 265, 294\n                                           La Chanson d'amour              387\nIsaac et le Pasteur de Brönö .        27   Chronique littéraire            237\n                                           Chronique des poésies . . . 440 480\n           Klingsor, Tristan.\n                                                    Rodenbach, Georges.\nChanson d'Engaddi . . . . . 322\nVers                        467            La Part des isolés . . . . . .      343\n\n            Krains, Hubert.                          Rousseau, Blanche.\nGeorge Keiler .                      145   L'Eveilleur . . . .          . . . . 17\nEugène Demolder.      . . .        . 432   Des Souvenirs . . .             . . 368\n\n       Lemonnier, Camille.                           Roussel, Fernand.\nConstantin Meunier                   337   Vers                                23\n\n            Maryx, Camille.                              Rosny, J.-H.\n\nNepenthès . .         .        .     227   Le Déclin     . . . . . . . .        4\n\n                                                       Ruyters, André.\n           Mauclalr, Camille.\n                                           Le Jardin                           205\nLettre parisienne                    272   Les Peintres.                       241\n                                           L'Ame qui part.    . . . . . .      375\n            Mockel, Albert.\nLa Chambre vide . . . . . .          350            Sainte-Brigitte, Paul.\n                                           Du Sommeil au fond des yeux. . 380\n                Périnet.\n                                                       Scheffer, Robert.\nPicorée 43, 92, 142, 191, 239, 286, 333,\n                                    485    Proses                              300\nChoses d ' a r t . . . .   . . .    451\n                                                     Severin, Fernand.\n            Pierron, Sander.               Un Simple . .         .              16\n\nLe long de la Pède,                  381               Stiernet, Hubert.\n                                           La Vierge au Rouet . . . . .         13\n            Pilon, Edmond.\n                                           Philaster                            33\nLes Simples Chants                   303   Le Passeur d'eau                    360\n"}, {"page_pdf": 540, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1136, "texte": "                                                                               III\n\n                                PAGES                                        PAGES\n\n\n          Toisoul, Arthur.                     Van Lerberghe, Charles.\nOpôra.                            214    L'Amour.                             459\nEllore .                          370\nImage de Dieu                     469               Verhaeren, Emile.\n                                         H. de Régnier et F. Vielé-Griffin . 36\n           Ulrie, Willem.                En Forêt.           .               245\n                                         Veneris Resurrectiones              356\nChronique littéraire           37, 138   Essai sur l'art contemporain        438\n\n        Van de Putte, Henri.                       Vielé-Griffln, Francis.\nLa Noce                        . 148 Comme un bouquet aux mains\nLes Heures harmonieuses      247, 306. d'une       fille.       244\nAmour                          . 392\nMes Frères aimés             424, 470          Will. J.\nLa Légende de Vie                 436    Vision.                               69\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-207", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Le Coq rouge", "ancre_debut": "Le COQ rOUge commencera le 1er juin", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 541, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 719, "texte": "Le COQ rOUge commencera le 1er juin sa troisième                  année.\nLe prix    de l'abonnement      et le prix du numéro resteront             les\nmêmes,    malgré l'augmentation      notable     du nombre       des   pages.\nCes mesures    ont été prises     à la suite     d'une   union    entre    les\ntrois revues littéraires     Belges : Le Coq rOUge, l'Art jeune\net   Le   Réveil. La revue      définitive     ainsi formée      gardera    le\ntitre . Le Coq rouge.\n     Un    Comité,   formé    des rédactions      de L'Art jeune,          du\nRéveil et du Coq rOUge, et de membres                nouveaux,         patron-\nnera la    Revue.\n                                                   LE COQ ROUGE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-209", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonce : La Revue blanche", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "La revue blanche BI-MENSUELLE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 542, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 339, "texte": "La revue blanche    BI-MENSUELLE\n\n\n\n\n                       STÉPHANE MALLARME\n                 par   FÉLIX    VALLOTTON\n                                      Le numéro : fr. 0.60\n   Paris,\n                               En Belgique : 15 francs par an\n1, vue Laffite\n                                    —         8 fr. 50 par semestre\n"}]}, {"article_id": "ulb-coqrouge-1897-03-n11-210", "volume": "ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-a0125-1896-1897-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "14bbed4f4c038f6a5e169ed783ab653edd3e8550152dedfe92059a24a2764a44", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonce : collection du Coq rouge", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Vient de paraître", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 543, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 479, "texte": "Vient de paraître\ndans la collection du COQ ROUGE\n\n\n\n\n                                    Frontispice de EMILE FABRY\n\n                                               Vers de GEORGES RENCY\n\n                        Proses de HENRI VAN DE PUTTE\n\n                                                             Prix : fr. 3.50\n\n                 Il reste quelques exemplaires sur Japon fort à 10 fr\n\n\n\n     Bruxelles. — Imprimerie économique, N. 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MAURICE DES OMBIAUX.\nPicorées                              PÉRINET\n\n\n\n\n                    le numéro, fr. 0.80\n"}, {"page_pdf": 503, "texte": "             LE COQ                   ROUGE\n                    & L'ART         JEUNE\n\n          PARAISSANT LE 15 DE CHAQUE MOIS\n\n\n\n              Prix d'abonnement annuel :\nBELGIQUE                                                 8 FRANCS.\nÉTRANGER                                                10\n                                         (BELGIQUE.   . 20    »\nEdition sur papier de Hollande Van Gelder\n                                          ÉTRANGER    . 25\n\nRédacteur en chef : MAURICE DES OMBIAUX, 6, rue de Bériot.\n\n\n  Les rédacteurs du Coq rouge se réunissent tous les mercredis à\n5 heures au Café de l'Hôtel Ravenstein, rue Ravenstein.\n  Pour envoi de copie, correspondances diverses, offres de colla-\nboration, demandes d'échange, administration, s'adresser à\n           M. HENRI VAN DE PUTTE, Secrétaire,\n                    131, rue de Brabant.\n\n\n\n\n                  REVUES A LIRE :\nArt moderne, 32, rue de l'Industrie, Bruxelles.\nRéveil, 64, rue Kessels, Bruxelles.\nLibre Journal, 55, rue de la Chaussée, Mons.\nVan nu en straks, 21, Dahliastraat, Anvers.\nMercure de France, 15, rue de l'Echaudé, Paris.\nRevue blanche, 1, rue Laffite, Paris.\nErmitage, 26, rue Juliette-Lamber, Paris.\nLa Revue sentimentale, 91, rue de Carmaux, Albi.\nLa Province nouvelle, 43, rue de Paris, Auxerre.\nLa Plume, 31, rue Bonaparte, Paris.\nDocuments sur le Naturisme, 10, rue des Tenneroles, Saint-Cloud.\nL'Effort, 8, rue Ingres, Toulouse.\nDie Gesellschaft, Hans Merian, éditeur, Leipzig.\n"}, {"page_pdf": 504, "texte": "                     BELGEOISIE\n\n\n\nE\n             EKHOUD et VERHAEREN ont jeté de bien grosses pierres\n               dans la mare aux grenouilles nationales, à en juger par\n               les coassements que l'on ne cesse de pousser depuis\n               lors.\n    Tous deux, l'un dans la Réforme, l'autre dans le Réveil, ont qua-\nlifié comme il convient le milieu belge. On avait déjà entendu d'aussi\ncinglant langage. Mais de la part de deux écrivains que l'on n'ose\nplus nier chez nous à cause de la renommée qu'ils ont acquise en\nFrance aussi bien qu'en Allemagne et en Angleterre, de la part de\nces deux chefs de file de notre jeunesse littéraire, de la part de ces\nartistes, enfin, qui ont le plus magnifié, dans leurs œuvres, leur sol\nnatal avec toutes ses gloires, ces reproches prenaient les proportions\nd'un réquisitoire contre une certaine Belgique mesquine qui date\nde 1830, une Belgique de hasard et de contrebande, groupement\ncalamiteux de deux races sans cohésion, sans sympathie entre elles,\nà en juger par le dernier avatar du mouvement flamingant, cette\nBelgique qui n'est, en somme, qu'une organisation administrative et\nqui ne peut guère être une patrie que pour des fonctionnaires.\n   Toutes les plumes « autorisées » ont tenu à protester par quelques\nbrabançonnes de différents genres contre les allégations de nos deux\nécrivains. Il y a eu d'abord un journaliste qui fait partie de beaucoup\nde jurys, après lui le plus copieux des sinécuristes, et enfin le sénateur\nesthète. Il ne manque plus maintenant que le ministre de l'intérieur\nou celui de l'agriculture, car on ne sait pas exactement lequel des\ndeux a les beaux-arts et les lettres dans ses attributions, nous\nfasse connaître que tout se passe pour le mieux des écrivains, dans\nla meilleure des Belgeoisies.\n                                                                     30\n"}, {"page_pdf": 505, "texte": "                              — 454 —\n\n   La Belgique est un pays de cocagne, dit M. de Haulleville, et pour\ncause.\n   La Belgique n'est guère meilleure ou pire pour ses artistes que\nn'importe quelle contrée, selon M. Picard, mais si on se dégage des\ncontingences, si on voit les choses de plus haut, nous devenons un\npeuple étonnant.\n   Allons Eekhoud, allons Verhaeren, vous n'êtes que des belgo-\nphobes par parti pris. Quelle importance peuvent avoir vos philip-\npiques, voire même vos personnes et vos oeuvres peut-être, vis-à-vis\nde l'éternité? Vu d'un peu loin, mais qu'est-ce donc qu'un homme\nqui meurt de faim en comparaison de la Famine des Indes? Un grand\névénement qu'est-ce encore, à côté de tous ceux qui s'accomplissent\ndans l'infinie vibration des sphères. Un homme, aussi beau, aussi\nétonnant qu'il soit, mais ce n'est plus rien lorsqu'on le voit de la\nnacelle d'un ballon, à une hauteur de mille mètres ! Notre Saint-\nMichel en or qui terrasse le dragon au sommet de la tour ajourée\nde l'Hôtel de ville, n'est lui-même, vu de là, qu'un petit point lumi-\nneux.\n   Et il y a beaucoup de choses que M. Picard ne semble voir que du\nhaut de son ballon. Quand on connaît ou qu'on est à même de con-\nnaître, comme lui, les détresses qui étreignent des écrivains d'ici, et\ndu plus grand talent, un langage comme le sien est bien près de\ndevenir odieux. A moins qu'il ne veuille se complaire en des mœurs\nd'autruche qui se fourre la tête sous l'aile aux moments critiques.\n  Ce n'est pas au public que nous voulons nous en prendre aujour-\nd'hui. Le public, nous le connaissons, il ne vaut pas grand'chose au\npoint de vue intellectuel, aussi nous n'en attendons pas plus qu'il ne\nfaut. Mais le public est un peu ce qu'on l'a fait et s'il est incompré-\nhensif, voire même hostile, les dirigeants : gouvernement, jour-\nnaux, etc., doivent en assumer quelque responsabilité.\n   Il ne se passe pas de semaine que nous n'entendions, à la Chambre\ndes représentants, prononcer le mot de Patrie avec un P majuscule.\nOr, un pays n'est glorieux que par ses poètes, ses artistes. Alexandre\nn'est plus qu'une métaphore, sauf pour les professeurs d'histoire\nmilitaire, tandis qu'Homère, Eschyle, Sophocle, Phidias, Praxitèle\nsont non seulement l'impérissable beauté, l'immortelle grandeur\nde la Grèce, mais aussi celles des ères. Les hommes politiques et les\nindustriels du siècle et même les conservateurs de musées seront\noubliés depuis longtemps quand on parlera toujours de Victor Hugo;\nchez nous le nom de Cockerill par exemple, pour citer quelqu'un\nde considérable, n'évoquera plus rien, alors que les œuvres des\n"}, {"page_pdf": 506, "texte": "                              — 455 —\n\nDecoster, des Lemonnier, des Eekhoud, des Verhaeren, seront\nencore là pour attester que la Belgique ne fut pas exclusivement un\npays de chicaneaux, de mercantis et de ventres, mais qu'il enfanta\naussi quelques cerveaux. C'est par l'Art, l'Art seul, qu'un peuple,\nqu'une civilisation se survivent à eux-mêmes, car c'est l'Art seul\nqui perpétue les héros et qui forme l'âme de l'humanité. Ce n'est\nque par l'Art que l'homme s'élève dans la conscience du monde.\n    Il est évident qu'à part l'amour que chacun de nous peut avoir\n pour le coin de terre où il est né, où il a vécu, si nous songeons à\nune patrie, ce sera à celle dont nous parlons la langue, dont les\nsouvenirs nous exaltent et où nous avons des sympathies. Et chez\nnous les dirigeants ne font rien pour protéger ce qui pourrait être,\ndans l'histoire, la beauté et la noblesse de la Belgique. Ils semblent\navoir à cœur de justifier cet adage : petit pays, petit esprit, petites\ngens.\n    Un fin lettré, un Belge, M. le vicomte de Spoelberg de Lovenjoul\nvient de leur montrer combien il les juge incapables de s'intéresser\n aux choses d'art, en léguant sa splendide collection de manuscrits à\nla Bibliothèque nationale de France. Si la Belgique avait le respect\ndû à ces trésors, il en eût plutôt doté son pays.\n    Alors que nos hommes politiques mijotent une quantité de rata-\ntouilles dans leur cuisine nationale, alors que leur sollicitude s'étend\nindéfiniment à toutes sortes de choses secondaires, on ne les voit\njamais s'occuper de ce qui est le patrimoine sacré d'une nation :\nl'Art.\n    Ils ont de l'argent pour recommencer la grande arcade de l'Expo-\nsition qui avait déjà coûté 800,000 francs et qui, maintenant et non\nterminée, a déjà absorbé 2 millions, mais ils n'ont que quelques\naumônes pour les artistes. Et jamais quelqu'un ne s'est levé, au\nParlement, défenseur de cette grande cause, pour demander au\ngouvernement les mesures qu'il compte prendre pour sauvegarder\nce patrimoine et permettre à ceux qui en sont les dépositaires, d'y\n consacrer leur vie sans s'amertumer en des besognes déprimantes.\n Quelquefois des députés ont effleuré le sujet, mais comme ils étaient\n de l'opposition, le gouvernement n'y a prêté aucune attention.\n    Pourtant, si le public ne s'intéresse pas assez aux artistes, c'est\n à un gouvernement, soucieux du jugement de l'avenir, qu'il appar-\ntiendrait d'assurer à ceux-ci une existence qui leur permît de\n travailler à leur œuvre en toute indépendance, avec le calme et la\n sécurité matérielle désirables.\n    Dans tous les pays de l'Europe, même les plus petits comme la\n"}, {"page_pdf": 507, "texte": "                             — 456 —\n\nSuisse et le Danemark où le niveau intellectuel des classes bour-\ngeoises est supérieur à celui de la Belgique, où les artistes sont\nconnus et aimés, les gouvernements ne croient cependant pas pou-\nvoir se désintéresser, comme le nôtre, du sort de leurs écrivains. Ils\ndisposent de places modestes qui assurent aux plus pauvres d'entre\neux la vie paisible d'une suffisante aisance. Leconte de Lisle était\nsous-bibliothécaire au Palais du Luxembourg. Léon Diercx et\nquelques autres ont des emplois analogues. Chez nous, rien de\npareil. Il y a bien de grasses sinécures, de copieuses prébendes,\nmais elles vont aux éclopés de la politique, aux dégommés du\njournalisme et à d'autres individus, d'allures louches, qui ont été\nemployés à de basses besognes et dont on veut acheter le silence.\n   Pourtant il y a, je n'hésite pas à le dire à rencontre de M. de\nHaulleville, il y a des détresses qui, pour être supportées avec une\ngrandeur d'âme peu commune, n'en sont pas moins plus dures que\ncelles que l'on a connues jusqu'ici, auprès desquelles la misère de\nDecoster pourrait même paraître anodine. Et il y a cette circon-\nstance aggravante, que, du temps de Decoster, l'attention avait été\npeu appelée sur notre littérature d'expression française qui naissait\n à peine, tandis que, maintenant, cette excuse n'existe plus. Nous\n ayons des écrivains qui ont déjà une œuvre considérable derrière\n eux, qui ont été reconnus et proclamés à l'étranger et ici même,\n que les mauvaises volontés invétérées ne peuvent plus nier, qui se\n débattent dans la plus pénible des situations matérielles. Et le gou-\n vernement les ignore à en juger par les nullités à qui il accorde ses\n faveurs. Il vient encore d'en donner un exemple par la constitution\n du jury chargé de décerner le prix triennal de littérature dramatique\n qui comprend M. Fétis, cet ancêtre qui conserve la Bibliothèque\n royale, M. Doutrepont, professeur, absolument inconnu dans la\n critique, un ou deux professeurs encore, aussi ignorés, et un seul\n homme de lettres, d'ailleurs sans œuvres, M. Lucien Solvay,\njournaliste, rédacteur au Soir, critique grommeleusement hostile à\n tout notre mouvement littéraire. On ne pourrait se moquer plus\n ostensiblement de nos écrivains.\n   Tout le monde sait qu'il y a ici une Académie des belles-lettres.\nElle se compose de vingt membres parmi lesquels il y a un seul\nlittérateur, et encore! C'est M. Charles Potvin, le chantre de l'urne\nde l'individu.\n   Tout aussi bien pourrais-je continuer une énumération de faits\nqui prouvent que nos hommes d'Etat ne veulent rien faire pour la\ngloire de notre nation. Notre petit pays neutre n'a et ne peut avoir\n"}, {"page_pdf": 508, "texte": "                               — 457 —\n\nde renommée à l'étranger que par ses artistes, et le gouvernement\nfait tout ce qu'il peut pour les étouffer, ou les forcer à aller demander\nleur pain à d'autres pays. Est-il inutile de rappeler que notre sou-\nverain qui reçoit des cyclistes vainqueurs n'a jamais fait le même\nhonneur à un écrivain qui venait d'être distingué ?\n   M. Picard aura beau protester. S'il veut se rendre compte que\ntout n'est pas pour le mieux en Belgeoisie, il lui suffit de regarder\nautour de lui, auprès de lui. Ah! je sais bien que l'on n'aime pas de\nconstater la caducité d'une oeuvre à laquelle on a mis beaucoup de\nsoi-même, mais il serait puéril aussi de prétendre que tout marche\nbien parce qu'on ne veut rien voir. L'Art moderne, ce journal\nd'avant-garde, n'a-t-il pas abandonné son poste pour ne plus guère\ns'occuper que des revues de l'Alcazar et autres lieux, des récitals de\nprofesseurs de piano et d'autres manifestations mondaines et demi-\nmondaines de l'Art. Quand, dans son milieu, on n'a pas réalisé autre\nchose, il ne convient pas de prêcher ses voisins.\n   Quant à M. de Haulleville, son cas est différent. Je comprends\nqu'il pousse son enthousiasme pour le pays jusqu'à emprunter à\nMme de Staël son amour pour les gendarmes en bonnet à poils, car\nle budget est une « vache à lait » pour lui. On lui a octroyé, pour\nqu'il abandonne la direction du Journal de Bruxelles, la conservation\ndes musées du Cinquantenaire et de la Porte de Hal, on l'a nommé\nprofesseur à l'Ecole de guerre, etc. Mais il devrait se borner à nous\nparler de sa propre situation. Ce n'est pas parce qu'on l'a comblé\nd'emplois, qu'il n'y a plus rien pour les écrivains qui ont fait leurs,\npreuves. Il reconnaît, d'ailleurs, non sans une indécence qui m'a\nautorisé à énumérer ses prébendes, qu'un de nos littérateurs ne peut\ns'occuper exclusivement de son art que parce que son père et son\nbeau-père ont prévu pour lui les contingences de la vie littéraire.\nComme la recette n'est pas à la portée de tous les artistes, il com-\nprendra sans doute qu'elle ne suffise pas et ferait mieux de nous\nexpliquer celle par laquelle il a été accablé de sinécures.\n   Tout en lui passant sa plaisanterie bilingue, d'un esprit inférieur\nà celui qu'il manifeste habituellement, sur le nom d'Eekhoud et sans\nlui dire (si Eekhoud est « Bois de chêne » pour les dames) ce que\nHaulleville est pour les garçons de café, nous nous arrêterons à la\nphrase qui termine son article insidieux, où il parle de voyous. Si,\nelle est simplement lancée à la cantpnnade, en pure parade, en pure\nbravade, elle n'a d'autre défaut que de n'avoir aucune signification.\nSi elle vise ceux contre qui sa chronique est dirigée, nous pourrions\ndemander de quel côté est le voyou, et l'on trouverait sans doute\n"}, {"page_pdf": 509, "texte": "                               — 458 —\n\nque le voyou a peu le courage de ses injures. Dans tous les cas,\nnous nous étonnons de trouver ce terme, et aussi peu expliqué, sous\nune plume d'ordinaire plus pondérée et plus prudente. Il est vrai\nque chez nous les pires grossièretés sont admises lorsqu'elles\ns'adressent à des écrivains. Elles sont presque de bon ton. La soli-\ndarité n'existe pas ici, où elle paraît cependant plus nécessaire\nqu'ailleurs. M. Picard lui-même nous le démontre. Il pourra juger\nde l'opportunité et de la justesse de sa dissertation en voyant le parti\nque MM. Solvay et Haulleville en ont tiré. Leur approbation, en\ncette matière, devrait constituer pour lui un criterium infaillible. Il\ndevrait se garder de les aider à fournir des armes à' l'hostilité, ou\ntout au moins à l'inertie du gouvernement à l'égard des artistes.\nMais nous lui pardonnons.\n   Quant aux deux arcadiens, leur rôle est moins excusable, parce\nqu'il est prémédité. Leur insistance à répéter que tout est bien parce\nqu'ils sont repus est trop grande, pour ne pas être remarquée. Ils\nsavent ce qu'ils font et pourquoi ils le font. Ils n'ont pas même le\nprétexte de l'ignorance. On ne saurait assez répéter combien cette\nconduite est odieuse.\n   Nous retiendrons donc de la petite agitation de ces protestataires,\nque nos amis Eekhoud et Verhaeren ont eu plus raison encore\nqu'ils ne le croyaient, de caractériser la situation comme ils l'ont fait.\nMaintenant plus que jamais, ceux qui sont en mesure de témoigner\naux écrivains quelque sollicitude effective, ne montrent qu'une\nindifférence narquoise à l'égard de la littérature de notre pays. Et\ndésormais, nous ne cesserons de le leur répéter. Ce ne sera donc\npas au public que nous nous en prendrons, mais aux autorités et à\nceux qui, tout en se posant comme les coryphées de notre art\nnational, ne négligent aucune occasion de montrer le peu de cas\nqu'ils en font.\n\n                                             MAURICE DES OMBIAUX.\n"}, {"page_pdf": 510, "texte": "         L'AMOUR\n DEUX       enfants jouent avec l'Amour.\n      L'un est aveugle, l'autre sourd.\nCelui qui le voit, en silence,\nEpie à ses lèvres l'apparence\nD'un nom voluptueux et doux.\nIl regarde ces lèvres où\nCe nom divin tremble et s'éclaire,\nVoilé d'un éternel mystère.\nElles s'allongent avec langueur.\nEst-ce un souffle sur une fleur?\nOu ne serait-ce, ainsi qu'il semble,\nQue le son d'un baiser qui tremble,\nUn son de soie et de velours ?...\nDeux enfants jouent avec l'Amour.\nCelui qui l'écoute, dans l'ombre,\nEntend son nom magique et sombre ;\nMais en cette âme d'obscurité,\nLa splendeur pâle et la beauté\nDe cet être inconnu qu'il nomme,\nN'est qu'un murmure doux et lointain,\nComme de roses et de satin...\nC'est un bruit de mer qui déferle;\nUn bruit d'eau où tombe une perle;\nC'est un son clair, puis un son sourd...\nDeux enfants jouent avec l'Amour.\n\n\n                        CHARLES VAN LERBERGHE.\n"}, {"page_pdf": 511, "texte": "        LES            RUCHES\n LES      ruches sont au fond du jardin,\n      loin de la maison,\nnloi de la route,\npour que les passants n'en approchent point,\npour que les enfants ne les touchent\net ne s'y piquent les mains,\net que les abeilles restent libres et douces.\n\nElles s'adossent à la haie\nnouée de jonc, d'osier et fleurie d'aubépine,\nelles sont de petites cabanes\nà toit pointu de chaume clair\nperdues là-bas, en pleine campagne,\nretraites de rêve aux simples exils\net on ne les sait pas si près.\n\nElles ne voient pas la maison,\ncar elles se cachent au bas d'une pente,\nelles ne savent pas si les enfants\njouent et chantent dans le village,\nelles entendent à peine les cloches grêles\n et les galops de charrettes bruyantes,\n elles ont les moissons qui poussent derrière elles.\n\n L'air très vif\njoue alentour\n et elles s'en aiment fouettées,\n le soleil très chaud les baigne,\n elles n'aiment d'ombre que celle\n qu'elles dessinent à leur pied\n et qui tourne tout le jour\n comme une lente aiguille bleue;\n on dirait de gâteaux dorés\n que le soleil cuit à petit feu.\n\nIl les éveille\nd'un vol de rayons par la porte basse,\net les vols d'abeilles\nun à un\nmêlent leur or vibrant au sien\n"}, {"page_pdf": 512, "texte": "                    — 461 —\n\net la brise les disperse :\nchacune s'envole sur le jardin\net l'on ne distingue plus qui chante\nles abeilles ou le matin.\n\nTelle s'en vient juqu'au chèvrefeuille\nqui tapisse la maison,\nelle butine les capucines du perron\ncouleur de jour,\net telle entre par la fenêtre;\nd'autres bourdonnent sur. les tilleuls\naux fleurs parfumées :\net toutes ont des ailes légères de caresse.\n\nElles passent à ras de terre\nen frôlant les fleurettes basses des bordures,\nles œillets de Chine et les pâquerettes,\nelles volent de l'une à l'une,\net celles-ci sont sur les roses\net celles-là sont dans les lys :\nle chant s'est éteint dans les ruches chaudes,\nles ruches endormies fredonnent au fond des calices.\n\nAux derniers rayons les abeilles sortent,\nelles font un nuage d'or en sortant\nà secouer leurs ailes sucrées,\nelles sentent bon\ncomme les fleurs qu'elles ont pillées\net elles emportent un peu du jardin\nà leur demeure\npour refleurir un printemps jeune\nau miel ensoleillé des hivers blonds.\n\nLe long de la haie,\nen pleine campagne,\ndans l'air libre qui les vêt\n— clochers de labeur sonnant les épargnes —\ninsoucieuses des mois,\nen un ronronnement étemel de rouet,\nles ruches œuvrent de la joie.\n\n                                   HENRI GHÉON.\n"}, {"page_pdf": 513, "texte": "     BALLADES DE LA MER\n                     (D'UNE NOUVELLE SÉRIE)\n\n\n\n\nI Tes beaux yeux, ma brunette, m'ont charmé vivement.\n\n  Derrière chez mon père il y a-z-un pommier doux, tous les\noiseaux du jour vont s'alombrer dessous.\n\n J'y ai trouvé ma mie qui faisait la cueillette ; tout autour du pom-\nmier j ' y ai dit mon amour. .\n\n   Elle avait des yeux doux comme la mer gentille, et doux comme\nla mer gentille au point du jour.\n\n  Et j ' y ai dit : « Ma mie, tout en vous regardant je n'ai pour\nexistence qu'un souffle seulement.\n\n   » Je vous donne mon souffle avec mon existence, et ma barque,\nle soir, tout' blanche de poissons. »\n\n  — « Ah! j'en ai un qui m'aime, qui m'aime tendrement, toujours\nà me dire : Mon p'tit coeur que j'aime tant. »\n\n  — « Ah ! si vous me laissez ma barque et mon amour, la mort,\ncette tigresse, va me jouer un tour. »\n\n   Elle m'a laissé là ma barque et mon amour et je m'en fus trouver\nla mer au point du jour.\n\n  Derrière chez mon père il y a-z-un pommier doux, toute ma joie\ndans l'herbe est endormie dessous.\n\n  A l'entour de ma peine, tout est bleu, tout est blanc... Je n'ai\npour existence qu'un souffle seulement.\n\n  Tes beaux yeux, ma brunette, m'ont charmé vivement !\n\n\nIIIlest bon de partir, il est beau de chanter sous le sourire blanc\n      des voiles, quand chante le matin aux ailes du vent frais,\nchanter, partir, sans un regret.\n"}, {"page_pdf": 514, "texte": "                              — 463 —\n\n  Ceux de la terre, qu'ils pleurent, car ils sont ceux qui partent.\nCeux de la mer, leurs voiles sont gonflées de souvenirs, et le pays\nquitté, plus beau dans leur mémoire, restera le refrain des pays\nqu'ils vont voir.\n\n    Ceux qui restent, pleurez, vous êtes ceux qui partent : tous les\njours, à chaque heure, la terre, vous l'oublierez. Et l'on n'aime\nvraiment que dans le souvenir le pays que l'on aime, et lorsqu'on\n l'a quitté.\n\n   Quand l'aube se révèle aux ailes du zéphyr et que l'on appareille\nil est beau de chanter ! Ceux qui restent, pleurez, vous venez de\npartir... En nous laissant partir, ô laissez-nous rester!\n\n\nIII La mer a pris tous les marins, toutes les filles sont sur la\n       plage, et les mouchoirs volent aux mains; les voiles vont\ncomme en courant.\n\n   La mer se gonfle comme un sein et montre aux filles sur la plage\nles veines bleues de ses courants sous la dentelle des sillages.\n\n  — « O mer jolie, seras-tu sage? » — « Adieu! » répondent les\nmarins. Toutes les filles sont sur la plage, la terre s'en va comme en\ncourant.\n\n  — « Adieu! » vient répéter le vent à toutes les filles sur la plage.\nLa mer se gonfle comme un sein. Un courant va rire au rivage...\n\n  La peine gonfle tous les seins. Les filles courent sur la plage, et\nles-mouchoirs volent aux mains. La mer a pris tous les marins.\n\n\n\nIV Sur  la mer blanche de colère, par cette blanche nuit de neige,\n   les barques plongent, aux arpèges de la rafale et de la mer.\n\n  Les barques portent leur linceul, où veille seul un falot rouge;\nlà mer et le ciel, autour d'elles, c'est comme leur tombeau qui\nbouge.\n\n  E t rien ne penserait revivre si la neige ne s'éclairait, par larges\nondes de tons ivres, des signes lumineux des grèves.\n\n  Un mousse rêve au sol natal, à ses doux soirs l'été passé, sous la\ncorbeille orientale des beaux rayons entrecroisés.\n"}, {"page_pdf": 515, "texte": "                            — 464 —\n\n    Alors voilà que chanta le coq rouge, alors voilà que chanta le\nV   gris.\n\n — Dit-on que Iohan est mort dans la mer?\n — On dit que la mer ne l'a pas rendu.\n\n Alors voilà que chanta le coq rouge.\n\n — Dit-on que sa barque est revenue seule ?\n\n — On dit qu'on a vu Iohan la pousser.\n\n Alors voilà que chanta le coq gris.\n\n — Mais Iohan est mort, dit-on, dans la mer?\n\n — Oui, et la mer ne l'a pas rendu.\n\n Alors voilà que chanta le coq rouge.\n\n — Sa barque est donc revenue toute seule ?\n\n  — Non, on a vu Iohan la pousser.\n\n  Alors voilà que chanta le coq gris.\n\n  — Kokoriko, c'est donc Iohan lui-même.\n  — Kikiriki, ou bien c'est son esprit.\n  Alors voilà que chanta lé coq rouge, alors voilà que chanta, le\ngris.\nVI     Quel œuf fabuleux couve donc le tonnerre? De tous côtés,\n      sous les éclairs, des plumes, des plumes percent la mer. La\nmer est jaune, les cieux sont verts, l'air blanc d'écume est blanc\nd'éclairs.\n\n   Quel œuf fabuleux couve donc le tonnerre? Les cieux s'en-\nflamment, l'air est en feu ! Le bel œuf d'or, le bel œuf pour\nétrennes... La mer se dresse, avec des ailes! La coquille des nues\néclate, fermons les yeux.\n\n Un doux soleil sous la paupière... Entre les cils on voit les cieux.\nUn oiseau bleu dans la lumière, un oiseau d'or aux ailes bleues.\n"}, {"page_pdf": 516, "texte": "                              — 465 —\n\n        Ils ont choisi la mer, ils rie reviendront plus. Et puis, s'ils\nVII vous reviennent, les reconnaîtrez-vous?\n  La mer les a masqués, avant de vous les rendre. On ne sait s'ils\nsourient ou s'ils pleurent sous leur hâle.\n\n  Et ils n'ont plus leur âme, elle est restée en mer. Que la mer est\nardente, empressée au butin !\n\n  — Ils ne reviendront plus, ils ont choisi la mer. Et puis, s'ils\nrevenaient, seraient-ils revenus?\n\n\n         Si des vents ne venaient rafraîchir nos mémoires, on\nVIII userait ses souvenirs sur cette mer sans limite ;\n  chargés de vos senteurs, légers de vos refrains, doux champs, et\nvous, chansons de nos terroirs,\n\n  si des vents ne venaient rafraîchir nos mémoires, on oublierait ses\nsouvenirs et que des terres existent.\n\n  Mais les vents passent dans les cordages, pleins de senteurs et de\nchansons ;\n\n  et nous levons nos mains ravies, ... à travers nos mains le vent\npasse,\n\n  à travers les nerfs si sensibles, et nous crucifie au Passé !\n\n\n     X O grande mer, que l'on se ravit de part et d'autre, grande\nI     mer, que les hommes fous croient se ravir, quand tu laisses\ncouler pour toi le sang des hommes, ne songeant en toi-même qu'à\nmirer l'Autre Monde.\n\n  Les flottes peuvent s'arracher tes miroirs, les briser en se les\narrachant!... Les flottes sont passées, tes miroirs renaissants res-\nplendissent derrière elles.\n\n   Rien de mortel peut-il, Mer, te donner à vivre, calmer la soif de\nciel dont tes miroirs sont ivres? N'est-ce pas l'Autre Monde qu'il te\nfaut réfléchir quand tu veux adoucir tes miroirs bondissants ?\n"}, {"page_pdf": 517, "texte": "                              — 466 —\n\n  Ce n'est qu'au bord du ciel que s'usent tes tempêtes, par delà les\nnuages, dans l'azur frémissant, ce n'est qu'au cœur du ciel, où\nsongent les planètes, que se nouent et s'ordonnent tes révolutions.\n\n\n    O ne te laisse plus aller à la paresse du vent lisse et du flot\nX   doucement qui te berce, réveille-toi, mon âme, et sors de ta\nlangueur, dans la barque fragile où te mena mon cœur.\n\n   Prends la barre, dirige et sauve-moi d'un monde où rien n'est doux\nqu'en rêve, où le rêve est menteur, mène-moi sans regret vers cette\nîle féconde où règne l'infinie et la franche douleur.\n\n   Dans cette île tout fleuve est composé de larmes, et la montagne\nen feu de cœurs amoncelés ; mais, sans cessa, le flot monte éteindre\nla flamme qui, mourante, le baise et tend à le sécher.\n\n  Puis une autre montagne enflammée d'autres cœurs se livre au\nnoir torrent des larmes amassées, car Dieu n'ensemença qu'un\néternel malheur dans cette île féconde où rien ne peut cesser.\n\n  Mais l'île est si lointaine et ta foi si petite, ô mon âme, et la mer\ndu mensonge est si grande, qu'au milieu de ta course on te verra\npoursuivre le fugitif espoir d'un bonheur dans ce monde.\n\n\n                                                       PAUL FORT.\n"}, {"page_pdf": 518, "texte": "                     VERS\n                           I\n\n                    Bohémiens\nLes bohémiens qui ont des fleurs de neige\ndans leur barbe noire, ce soir, sont passés\navec leurs femmes et leurs marmots en cortège,\nregards durs, faim au ventre et pieds blessés,\nles bohémiens de Bohême au hameau sont passés.\n\nOn dit qu'ils ont volé ainsi en hordes\ndes poules, des agneaux en brisant les huis,\nqu'ils ont volé pour en faire des danseurs de corde\ndes enfants; on a même dit depuis\nqu'on a trouvé des flaques rouges auprès des puits.\n\nEt, pris de peur au feu de braise des fours,\nles vieux et les adolescents\nécoutent se perdre au carrefour\nla chanson des bohémiennes d'amour\nqui ont aux corsages des roses de sang.\n\n\n\n\n                           II\n\n                        Conte\n« Un homme sans amour est un dormeur sans rêve »,\ndit-elle; il posa son bonnet de Syrie,\nôta sa pipe de ses lèvres\net sourit.\n\nIl avait déjà dans sa barbe d'or\ndes fils d'argent, mais ses yeux étaient comme\nceux des rois mages qu'on adore\npour avoir cueilli le bonheur des hommes.\n"}, {"page_pdf": 519, "texte": "                         — 468 —\n\n Son manteau de soie et ses manches\n étaient brochés de chimères agriffées,\n avec des revers d'hermines blanches\n et des dentelles comme des collerettes de fées.\n\n Sa cathèdre toute en bois de rose\n était sculptée de licornes doubles\n où dans sa grave pose\n d'enchanteur, s'appuyaient son chef et ses coudes.\n\n Il sourit. Il sourit comme un roi mage\n en sa barbe blonde, fleurie de givre\n leva les yeux du vieux missel d'images\n et ses doigts tournèrent la page du Livre.\n\n « Un homme sans amour est un dormeur sans rêve »,\n reprit-elle... Et Klingsor songeant,\n l'ayant amicalement baisée aux lèvres,\n se remit à fumer son calumet d'argent.\n\n\n\n\n                             III\n\n                      Mascarade\nLe vent apporte des airs de mandores\nde la forêt, mais on ne sait où sont cachés\nles bossus de Bohême ou les nains d'Eudor\nqui font ainsi chuchoter leurs archets\nau grêle accompagnement des grelots d'or.\n\nC'est une musique au rythme sourd\nqui meurt et renaît : on entend maintenant\nle son des cistres et voici qu'au détour\nde la route qui fait au bois un tournant\napparaissent les musiciens d'amour.\n\n Et c'est sur le dos bâté de soie des ânes,\n la mascarade des fous rieurs ou sévères\n de Tunis, d'Europe et de Bactriane\n où la Mort en Pierrot vert\njette en l'air ses grelots de crânes.\n                                          TRISTAN KLINGSOR.\n"}, {"page_pdf": 520, "texte": "IMAGE DE DIEU\n\n ELLE      est couchée dans l'herbe\n      Et ses yeux sont fatigués d'avoir pleuré.\nElle est couchéeet sa chevelure\nEst pleine de fleurs.\n\nChair toute fraîche et cheveux épars,\nElle a pleuré parmi ses regards\nEt ses bras ouverts attendent l'amant\nQu'elle pressera sur son cœur\n\nElle vit en silence\nEt ses jeunes seins pointus sont des ondes légères\nOù de l'ombre verte se balance\nEt de la lumière;\n\nC'est le baiser d'amant que lui donne\nLe soleil jaune sur les seins et les lèvres,\nComme en un riant rêve\nUn peu de mousse verte sur une bouche.\n\nElle est couchée dans l'herbe\nEt ses yeux de diamant\nEt ses paupières mobiles sont la parure\nDe sa beauté blonde.\n\nElle est simple. Sa chevelure\nEst pleine de fleurs.\nElle a pâli d'amour\nEt son visage éclaire la lumière du jour.\n\n                                         ARTHUR TOISOUL.\n\n\n\n\n                                                     31\n"}, {"page_pdf": 521, "texte": "          MES FRERES AIMES\nVOICI              Arthur. Toisoul.\n                  Il s'en est allé, celui-ci, à travers le mois de Mai,\n                vers l'épanouissement total de sa belle vie.\n                  Or, Mai est un ruisseau clair de douce jeunesse, et\nil semble l'allégorie de nos âmes de jeunes hommes, et il a des rives\nfleuries de mille délices.\n   Ce poète a suivi ces rives en chantant...\n   Oh! le grave et béat chanteur ! chanteur exalté et calme en même\ntemps, de toutes les joies de la terre :\n                       Car voici de la joie sereine.\n   Et ce n'est pas le cerveau, et ce n'est pas le coeur, qui lui fait dire\ncela. Ce sont surtout les joies sensuelles : celles de la vue, celles du\ngoût, celles de l'odorat et de l'ouïe, celles du sexe !\n   Il est allé ainsi d'une joie à une autre, suivant sa destinée. Les\nabeilles bruirent, les fleurs embaumèrent, les oiseaux chantaient\nclair et haut, les bêtes se promenaient avec douceur, son aimée\nsouriait et se donnait à lui. Et il la sentait sœur et amie de ces êtres,\net il aimait en elle toute la nature !\n   C'est pourquoi il s'écrie vers elle :\n           Vois donc jaillir autour de nous, parmi les choses,\n           la simple vie harmonieuse et grandiose...\n  Et c'est ainsi qu'il a pu nous dire ces glorieux paysages de soleil :\n                   Où Dieu ruisselle et chante Amour.\n   J'ai dit qu'il était calme et exalté en même temps. Cela est naturel\net ses vers le prouvent.\n   S'il est calme c'est qu'il est le songeur qui contemple, en passant,\nles faces diverses de la beauté.\n   Donc, de la paix est enclose, par suite de cela, dans certains de\nses vers :\n                         Une légère et fraîche manne,\n                        quel été pur tombe du ciel !\n  Ailleurs :\n            Le soleil nous regarde aller dans sa splendeur\n            et nous n'écoutons plus l'éternel chant des choses.\n"}, {"page_pdf": 522, "texte": "                                — 471 —\n\n  Ailleurs encore, en finale de ce merveilleux petit poème gothique,\nLa Dormeuse :\n                     Vers du bonheur et de la joie _\n                     les songes d'or de la dormeuse,\n                     tandis que du silence poussa\n                     en simples roses sur la route.\n\n  S'il s'exalte, par contre, c'est que la claire jeunesse festoyante\ncrie, rit et éclate en lui :\n\n              Quels cris de joie ravie doux et mélodieux\n              et quelles mains jointes dans le fond de nos yeux !\n\n  Parfois elle défaille d'un bonheur éperdu :\n   (Oh! écoutez-la! — et n'est-ce pas que c'est très beau de magni-\nficence lyrique?...)\n\n         La pelouse nous semble un solennel décor\n         d'où jailliraient en jets d'eau d'or de vastes glaives,\n         et l'on dirait que nous allons dans un haut rêve,\n         au son attendrissant de chalumeaux sonores,\n         et que nos chairs d'enfant se meurent de lumière...\n\n   Mais ce poème de Mai n'est qu'une route, je l'ai dit, vers la plé-\nnière floraison de son moi. Mai, c'est après les confus doux babils\nd'avril, la première clameur de la lumière. Mai ouvre au soleil les\nportes de l'année !\n   Ayant traversé cette phase d'éveil, il semble que le poète se crie à\nlui-même ces vers de son Matin de soleil :\n\n              Et un, donc, et deux, et trois : te voici debout\n              dans de la belle vie lumineuse et qui bout!\n\net qu'aussitôt il se trouve transporté dans « la prairie heureuse de\nsoleil et de fleurs » d'Opôra.\n   Et là, tout bonheur se trouve accompli. L'être splendidement\nvivant possède tout entière la vie; le printemps pubère et vierge,\nl'été épanoui, l'automne fécond — Myrte, Lysidice, Opôra! — Et\nIolas c'est lui, c'est le poète! qui reprenant la sereine et haute\nconception païenne, s'éjoie en jeune roi triomphant devant la vie,\nservie pour lui comme le plus suprême et le plus fastueux des\nfestins.\n   En fait de poème dialogué, la poésie française ne nous a rien donné\n"}, {"page_pdf": 523, "texte": "                               — 472 —\n\nd'aussi beau, depuis Palai de Griffin, Aréthuse de de Régnier, et\nUn Jour de Jammes.\n  Des clartés d'aube d'été vivifient ses phrases, et de tous les jeunes\nécrivains il possède la prose la plus pure'.\n\n   Voici Eugène Montfort :\n   Ah ! Dieu ! comme elle bondit, comme elle s'ébat, tumultueuse et\npassionnée et claire, sa joie ! Je ne sais pas de bonheur allègre de\nmatin de printemps où tous les oiseaux s'égosillent, qui soit supé-\nrieur en fraîcheur au bonheur de le lire. Œuvre toute en cris, en\nsanglots, en baisers, en éclats de rire de toutes les couleurs! Et\nc'est déjà une trouvaille ravissante, et c'est déjà d'une haute allé-\ngresse, que ce seul nom de Sylvie qu'il donna à sa bien-aimée ! C'est\nsurtout d'une rieuse grâce infinie que de la faire chanter sans cesse,\nau commencement et à la fin de chaque chapitre, partout, partout,\ncomme une pure clameur blanche ! Car à lui seul il est l'appel le\nplus gai et le plus jeune qui existe.\n   Sylvie ou les émois passionnés (je préfère ce second titre parce qu'il\nrésume le livre) est le très simple poème d'un amour qui s'épanouit\nentre deux jeunes gens — elle spontanée, oiseau, et sans pensée,\nmais toute en vie! lui fougueux, hilare et palpitant... — et de\nl'amour qui meurt et pleure parce que la jeune femme s'en va...\n   J'ai été tout amour à le vivre, ce poème, parce qu'il me disait la\nbelle âme d'eau vive d'un homme jeune puissamment vivant, et du\nfait, une partie — la plus belle sans doute — de l'âme de tous ceux\nde son âge.\n   Puis il y a là des parfums, des fleurs, du soleil et des herbes, dans\nun ébouriffement superbe d'éveils hardis ! La chair y est aimée. Le\nciel, la terre et l'air y apparaissent heureux et beaux. Les prairies y\nhalètent comme la poitrine de Sylvie. La vie universelle et celle de\nces deux êtres s'identifient et se fécondent. C'est une belle chanson\npanthéiste.\n   Je l'aime pour cela, je l'aime parce qu'elle dit mon âme d'hier, je\nl'aime pour la tendre ardeur claire de ses mots, je l'aime même pour\nses imperfections, parce qu'elles me prouvent que le poète s'y est\n donné, entièrement, malhabile splendidement à exprimer le Dieu\ndont éclate sa poitrine de jeune héros !\n\n  Voici Jean Viollis :\n  Ainsi qu'un aîné grave et tendre.\n  Il composa pour moi (et pour tous ceux qui sont dignes de\n"}, {"page_pdf": 524, "texte": "                              — 473     -\n\nl'aimer) cette Guirlande des jours, que l'on nommerait bien mieux la\nGuirlande des tendresses. Elle ne se compose en effet que de la louange\nde toutes les choses et de tous les êtres qu'il a chéris... Et c'est une\njeune union de fleurs diverses, odoriférantes et belles...\n   Le poète dit lui-même que ses vers « sont la guirlande, un peu\nfrivole, d'une adolescence studieuse et contemplative ». Et c'est\nbien cela, quoique frivole soit de trop, parce que n'importe quelle\nsensation de vie, si minime soit elle, n'est jamais frivole, une fois\nque nous l'avons transposée dans de la beauté.\n   Le rythme de ces poèmes est paisible et intime; la lampe et le\nsoleil y font rayonner une égale douceur. La jeunesse y règne,\nfraîche et franche et songeuse, regardant\n                                       passer les jours,\n         avec pour eux, un doux sourire sur les lèvres.\n\n  Une sérénité vraiment très sincère, très recueillie, très belle,\némane de vers comme ceux-ci :\n\n         Voici l'heureux foyer d'êtres qui me sont chers\n         et la nappe qui rit aux blanches porcelaines,\n         et le repas frugal où je m'attarde à peine,\n         le pain doré, la soupe grasse et le vin clair.\n\n         Puis le thé chantera comme une âme sonore\n         et les chats dormiront roulés sur le tapis.\n         Derrière la fenêtre aux rideaux attiédis,\n         l'ombre sera paisible et la nuit monotone.\n\n         Qui songe à regretter le jour évanoui?\n         Il a coulé comme un beau fleuve à la lumière.\n         Demain sera pareil et frère d'aujourd'hui\n         et le même sommeil baisera ma paupière.\n\n  Et ces vers-ci ! Quelle tendresse dorée et adorable les emplit :\n\n         J'ai pris tous vos regards comme un essaim d'abeilles,\n         et je leur ai donné la ruche de mon cœur...\n\n  Ceux-ci de même :\n         Le crépuscule notes émeut et nous caresse,\n         et dans la grâce défaillante de vos mains\n         je sens tout l'abandon de vos délicatesses.\n"}, {"page_pdf": 525, "texte": "                               — 474 —\n\n  Et je ne sais rien de plus diaphanement fin et charmeur que ces\nderniers :\n         Et vois se balancer dans un peu de soleil\n         le charme délicat et la blonde merveille\n         des transparents raisins qu'entourent les abeilles,\n         comme un frêle tissudemurmures et d'ailes !\n Cette poésie-là s'insinue peu à peu, mais sûrement et profondé-\nment, au cœur de la bonté de mon cœur doux et familial.\n\n   Voici Saint-Georges de Bouhélier :\n   Quoi que ce poète lui-même en pense, ses livres sont écrits bien\nmoins selon son cœur que selon son cerveau. — Ce n'est donc pas\nce que j'entends par une œuvre absolument sincère; par suite, à\nchaque instant, je me sens enclin, légitimement, à la juger et à la\ndiscuter. (Ah! si je n'avais été si impétueusement entraîné par le\nbeau fleuve de son génie !...)\n   Mais j'ai le respect profond de Saint-Georges de Bouhélier parce\nque sa vie est courageuse, parce qu'il y a dans son style des splen-\ndeurs de fraîcheur, d'ardeur et somptueuses, parce qu'il résuma ma\nconception ingénue, profonde et sentimentale, du monde et de Dieu,\net parce qu'il se cache, sous sa littérature, un cœur que je devine\nmagnifique. Je suis heureux également de son influence, naturiste\net païenne comme il sied ; et aussi longtemps que cela ne tournera\npas à l'école, tout sera pour le mieux.\n   Mais parlons, s'il vous plaît, de toutes ces choses en détail.\n   Saint-Georges de Bouhélier possède une langue parfaite, entendez\nbien! — parfaite. Des lumières exaltées en giclent de toutes parts.\nUne frénésie ardente et douce et orgueilleuse en est le sang. Elle\nscintille et elle bondit. Elle a les coloris les plus paroxystes et les\nplus inattendus, d'une acide saveur ou d'une pâleur délicate et\nlanguide. Elle est suave et pompeuse, on l'a bien dit!\n   Et les adjectifs, très aigus, y sont éclatamment ardents. Et certains\nverbes s'y montrent avec une si excessive superbe, qu'ils imposent\nà mon esprit d'inoubliables images poignantes, et me causent ainsi\ndes joies et des douleurs presque physiques.\n   J'ai cueilli au cours de son dernier livre — le plus harmonique —\nces quelques phrases en exemple : « Je pleure, en songeant aux\npetites herbes sèches que nous froissions et qui craquaient, tandis\nqu'un ciel froid et livide s'engouffrait sous les voûtes du bois. Les\nblanches flammes d'un soleil d'hiver se tassaient, sonnantes, dans le\n"}, {"page_pdf": 526, "texte": "                              — 475 —\n\nsable ardent. Des pies luisaient, se hérissaient de tout l'éclat des\naigrettes glauques. Les aromates nous pénétraient.\n   Ensuite l'air, verdit et devint glacial. »\n   Ailleurs : « Parmi un bosquet d'héliotropes, le chien gardien\nbondit, j'écoute. Il aboie, il court comme une flamme. — D'écarlates\ncoqs tonnent dans les branches. Un ciel mince rayonne sur du\nsable, et des champs de roses dévorent l'aube d'été. »\n   Ailleurs encore : « O le ciel et la mer, éclatante coupe d'eau\nglauque pour que la lune y boive ! »\n   Et c'est, enfin, étourdissant de somptuosités intenses lorsqu'il\n parle « des rocailleuses grottes grondantes d'eaux glaciaires » et de\n « toute la magnifique mer qui « s'ébroue » aux plages pures, traver-\n sées d'orages ! »\n   Remarquez cependant que ces phrases qui m'éblouirent parlent\n toutes de sensations, et pensez à la suite de cela que ce sont celles-ci\n qui ont trouvé, dans ses livres, la plus puissante et la plus originale\n expression..— Les faits et les idées sont, en effet, quelquefois narrés\n ou énoncés, les uns avec un certain pédantisme dix-huitième siècle\n bien gênant, les autres avec une emphase plus désagréable encore,\net qui rappelle par trop Rousseau. — J'ai eu cependant grande\naisance à oublier ces ennuis, à cause de l'étincelante beauté des\n passages de pure poésie, tels que ceux cités plus hauts, et aussi —\navec quelles hautes joies ! — devant les sentiments fiers et splendides\n qui s'exhalent en lumière, dans les cris que voici et dans les tendres\n chuchotements que voilà :\n   « L'ardente blancheur de ton visage, ô Clarisse, délicieuse amie,\néclaira le seuil du berger. Des agneaux bêlèrent dans l'espace des\nvents. Au front des monts tremblaient des grappes. — C'est ainsi\nque se dissipait l'ennui du temps. » — « La contemplation d'une\nruche ou d'un fruit, du poudreux talus bleu où brûle la haie vivace,\nun cri, le sifflet du berger, voilà les objets de ma joie! Le sentiment\nque j'ai de Dieu contribue à leur grande splendeur. » — « Comme\nnous existerons avec véhémence ! » — « Le vertige du monde me\nsaisit, je retournai au jardin. D'énormes pommes brûlaient sur les\nfeuilles. Au détour de la route, je vis la rose aurore tourner parmi\nune ronde d'enfants. Les blés luirent et le flot trembla aux berges\ngrondeuses. O beauté, ô jeunesse, comme je me sentis vivre! » —\n« En effet, le vieux Pan palpite en moi. J'ai tant vécu, ici, ailleurs,\nen Arcadie, au Caucase. — Ma race remonte à Adam. — En vérité,\nje me sais apte à tout. Le mouvement des planètes scande mon\ncœur, mes pas. »\n"}, {"page_pdf": 527, "texte": "                             — 476 —\n\n   Et enfin, cette venue de l'aube, dont le chant exultant m'a saoulé\nde bonheur :\n   « Je me souviens quand certaines nuits, j'épiai le retour, de\nl'aurore. Embusqué derrière la fenêtre ou le sombre arceau d'une\ntonnelle, je guette, palpitant d'anxiété. Dès qu'elle m'aperçoit, j'ai\npeur de mourir. Mon coeur frémit comme un pays qui flambe. Elle\nvient, là-bas; ah! qu'elle est belle! D'abord elle éclaire la colline.\nSa face m'éblouit, souriante d'une pure carnation d'or. Elle gronde\ndans le tonnerre des coquelicots. Des liserons sonnent et un coq\nluit. — Rougissants, les bois se tournent vers l'été. Des boeufs pié-\ntinent la boue, les joncs. — Tumulte aux basses-cours, parmi\nl'herbe, le bourg! — Voici, l'aurore frappe à ma porte. Ouvrirai-je ?\nHélas ! aux cailloux du mur elle aiguise, affûte ses lumières. Ter-\nreur! crime et amour! De rouges glaives brillent! — Belle aube,\naube meurtrière, comme je vous ai aimée! Vous veniez vers moi,\nje tremblai. — Vos joues sont d'une pudeur si douce! »\n   Je me sens donc très admiratif, devant la majesté (originale\nmalgré d'indéniables influences) de son style aux pures et larges\nondulances, et qui parfois crépite en si puissants cris de clarté et\nde jeunesse!\n   Pour ce qui est de la substance, de l'idée de cette œuvre, elle\nm'apparaît comme simple, altière et belle ; elle pourrait s'appeler\nla théorie de Phéroïsation. Et cela ne peut que nous plaire! E t je\ntrouve que rien n'est d'une plus haute pensée que de regarder\nchaque homme comme une manifestation adorable de Dieu, de ne\nconsidérer dans n'importe quel être que le geste éternel, et de\nvouloir que nous tendions de toutes nos forces vers la suprêmisa-\ntion héroïque de la divinité qui brûle en nous.\n   Et ce poète a trouvé, des poètes, cette définition étonnante : « Ce\nsont des Yeux-dieux, des Archanges-lèvres. » — Il a d'ailleurs dit\nl'auguste puissance du poète, comme aucun ne l'avait su dire avant\nlui. — Mais s'il a compris le poète, il n'a pas toujours compris les\npoètes, et si Hugo, Zola, Verlaine et Rimbaud lui apparurent sous\nun angle très juste, il semble s'être tourné en aveugle vers Richard\nWagner ou Ibsen.\n   Or, dans l'énoncé de toutes ces idées, Bouhélier nous apparaît\nbien, selon sa propre expression, comme « un Christ ingénu ». —\nIngénu? Hélas ! pourquoi ne l'est-il pas toujours? et pourquoi,\nsouvent, cache-t-il avec tant de soin ses sensations merveilleuses\nsous l'épaisse vêture de la métaphysique?\n   Puis, aussi, il ne faut pas trop qu'on nous la fasse au Jésus-\n"}, {"page_pdf": 528, "texte": "                              — 477 —\n\nChrist ! Car cela est insupportable ! — Surtout lorsqu'on ne prophé-\ntise que les idées qu'énoncèrent depuis des temps, Platon, Hegel et\nSpinoza..— Je pense d'ailleurs que telle n'est pas la volonté de cet\nécrivain, mais d'autres tentent de le faire passer pour tel, et cela\nnuit à sa beauté, et par suite cela m'ennuie, et c'est pourquoi j'ai\nfait cette remarque.\n   Ah ! que Saint-Georges de Bouhélier, comme tous les vrais poètes\n— et il en est ! — se contente simplement de prétendre chanter à sa\nfaçon, avec ses mots, avec son cœur, la conception qu'il a du Tout\ndivin, et cela suffira, et dans ce seul cas il fera œuvre d'art.\n   Et pour ces causes, bien plus juste et aimable est cette définition\nque le poète nous donne de lui-même : « Je suis un sombre enfant\ntrès pur ».\n   D'ailleurs ! d'ailleurs ! peu importent ces vétilles ! Ce qu'il faut\naimer véhémentement c'est la Force qu'il est. Et c'est cela que je\nvénère, avec joie et ardeur.\n\n   Voici Georges Rency :\n   Ce qui importe surtout, me semble-t-il, en notre aujourd'hui de\nmédiocrité et de saleté, c'est que les jeunes hommes aient une belle\nâme.\n   Je désire, en effet, qu'ils croient, veulent, aiment et se révoltent,\nqu'ils aient des cœurs fervents, des oreilles et des yeux émerveillés,\nune bouche fière et pure, digne de dire aux foules abruties de faim,\nde lucre et de politique, qu'une rénovation est pour elles possible,\net que, si elles le veulent, elles vivront sans doute un jour dans le\nbonheur et selon la beauté.\n   Or l'âme de Georges Rency est telle, et c'est pourquoi je l'admire\net l'aime si passionnément.\n   O chère claire âme ! âme heureuse ! C'est vraiment une joie\ngrisante que de vous écouter chanter! Et c'est drôle, vous êtes le\nmélange le plus complexe qui soit : sensations et sentiments puérils\nde simplicité et de candeur, avec pour se dire une ferveur pure,\ncaresseuse, toute féminine, — et malgré cela de brusques à-coups de\nvirilité fougueuse, en rébellion contre le milieu qui l'étouffé et en\ntriomphantes clameurs vers le large!\n   Les œuvres de Georges Rency, d'après cela, se divisent naturel-\nlement en deux parts très distinctes. Ses poèmes chantent l'enfance\nparée de féminité, qui s'éjoie en lui; tandis que ses contes pleurent\nses dégoûts et exaltent les gloires de ses espoirs très mâles.\n   Ah! vers le large! Toute sa jeunesse, toute sa vie, a tendu vers\n"}, {"page_pdf": 529, "texte": "                              — 478 —\n\ncela, avec un amour ardent et presque instinctif.— Et les Etapes\ndisent les pas qu'il a déjà faits dans le sens du but admirable ; le\nVengeur, ensuite, est un appel vers les campagnes pures, vers la\nnature, qui sera notre rédemptrice; dans le Poète et sa mère, la Force\ndu Poète et le Délicieux égoïsme, il vante la splendeur de la puissance\ndivine qu'il sent en lui, et l'amour qui irradie son cœur; dans la\nFontaine enfin, il s'agenouille devant la sereine beauté, c'est-à-dire\ndevant le but atteint. — Par ces œuvres-là, il se rattache à la lignée\nmagnifique des Paul Adam, des Verhaeren et des Eekhoud, pro-\nphètes joyeux, libres, païens et exaltés, de la société future!\n   Mais dans ses poèmes, dans Vie et dans les Heures harmonieuses,\nc'est toute sa merveilleuse tendresse qui se dit, grâce à d'enivrantes\nmusiques de mots et de rythmes.\n   Vie c'est la claire chanson de ses bonheurs de penser et d'aimer.\nOh ! parmi des buissons murmurants, parmi la toute douceur des\nfeuilles agitées et des parfums des fleurs, sous l'héroïque soleil ou\nsous la tendre lune, des baisers sont échangés par deux âmes\nd'amour..., et des songeries s'exhalent et s'érigent des rêves de\nbeauté !\n   Dans les Heures harmonieuses, il est le poète de l'extase.\n   Vivre pour lui, désormais, c'est penser et aimer, et vivre c'est\ns'extasier. C'est même ainsi que l'on peut lui donner les plus glorieux\ndes surnoms, et qu'on peut indifféremment le qualifier : poète de la\nPensée, poète de l'Amour, poète de Vie ou poète de l'Extase!\n   Et si j'aime peu la forme, parfois protestante (qu'on comprenne!)\nde sa prose (alors qu'elle jaillit et s'élargit, quand elle veut, en de\nsi belles hymnes !), je m'avoue adorablement enivré par la câline\nmélodie de ses rythmes luisants.\n\n  Or, j'eusse voulu parler ici d'Edmond Pilon, dont l'admirable et\nprobe âme compréhensive m'a toujours charmé, mais comme ses\nPoèmes de mes soirs ne me semblent pas l'énoncé vrai de sa belle indi-\nvidualité, je préfère attendre pour lui dire quelle place il occupe\ndans mon amoureuse admiration.\n\n  Il en sera de même, hélas! pour plusieurs autres qui, n'ayant pas\nencore publié de livre, n'ont pu jusqu'ici nous montrer, tout\nentière, leur personnalité et leur conception neuve de la vie.\n  Toutefois, j'en parlerai certainement plus tard, car je les aime\nbeaucoup. Et je pourrai alors vous exprimer quelles merveilles de\ngrâce et de tendresse tremblante vibrent au long des phrases sensi-\n"}, {"page_pdf": 530, "texte": "                               — 479 —\n\ntives de Charles-Louis Philippe, et de ses vers graciles et tremblants;\nquelles féminines caresses et quel parfum de mystériosité délicieuse\némanent des contes de Blanche Rousseau; quel sens ironique et\ndivin des joliesses de choses possède Léon-Paul Fargue ; quelle\ngrandeur donne aux oiseaux, aux abeilles et à tous les êtres menus,\nHenri Ghéon ; et la splendeur spacieuse qui entoure les amants\nde Gabriel Soulages.\n\n    Mais je veux vous faire remarquer, avant de finir, quels sont les\n poètes qui firent transition entre les symbolistes et ces jeunes dont\nj'ai parlé.\n   Ceux qui firent cette transition, et qui sont ainsi un peu nos\nparents, c'est le délicieux amant de l'idéal qu'est André Gide; C'est\nl'ingénu et vital Louis Delattre (vous savez bien ! celui qui a une\n rose à la bouche, et dont nous enchante la si adorable incorrection..,);\nc'est Max Elskamp, candide et sublime poète, aux vers tout en délices,\n en coloris, en sourires et en sanglots de joie...; c'est enfin ce Francis\nJammes trop méconnu — comme Elskamp et Delattre d'ailleurs.\n    Or; Jammes nous a dit, cependant, des poèmes chantants des plus\n fervents baisers, odorants de fruits, reluisants de soleil, qu'embau-\n ment les souvenirs, et que remplissent de mirages merveilleux les\n évocations des pays lointains, que de quelconques objets lui évo-\n quent. Certes! c'est là l'un des plus beaux, l'un des plus purs, l'un\n des plus originaux poètes qui soient, et je regrette infiniment que\n tous ne sachent comme moi la grandeur de sentiment, la belle phi-\n losophie, la simplicité magnifique et dorée que ses vers renferment...\n    De ces quatre artistes, je voudrais parler plus longuement; mais,\n outre que je ne puis allonger davantage mon article, je sais qu'il\n sera consacré ici même à chacun d'eux, prochainement, une étude\n spéciale.\n    Toutefois, il ne faut pas limiter à ces quatre-là, la liste des poètes\n qui furent nos frères aînés ou nos aïeux. On pourrait s'en aller\n aussi bien jusqu'à Griffin, Verhaeren, Laforgue, Rimbaud, etc.\n Mais, alors, il n'y a plus de raison pour que cela finisse. Remontant\n les âges, on pourrait citer tous les vrais poètes qui existèrent jamais,\n tous ceux par la bouche desquels le vrai Dieu a parlé. Et quant à\n moi, je n'ai voulu vous entretenir que de ceux à qui cette grâce\n sublime vient à peine d'être accordée.\n\n  Et maintenant, donnons-nous la main, jeunes hommes ! faisons\nune belle guirlande de vie chantante, et suivons les neuf Sœurs\n"}, {"page_pdf": 531, "texte": "                              — 480 —\n\ndivines qui se donnent la main de même, et nous précèdent et nous\nappellent, avec des charmes et des enjôlements vraiment exquis.\n  Elles sont nues, elles sont belles, elles chantent comme nous, elles\nsont l'éternelle grâce printanière, et vous êtes le printemps aussi...\n  Lorsqu'elles se taisent, ma foi, il me semble encore les entendre\nchanter — mais en vous !\n\n                                           HENRI VAN DE PUTTE.\n\n\n\n\n  CHRONIQUE DES POÉSIES\n\n              Francis Jammes et Paul Fort\n\n\n\n\nL\n             E noble et grand poète Francis Jammes a chanté un\n              chant nouveau. Les clairons officiels auront soin de\n              rester sans clameur. Qu'il soit permis, ici, à mon\n              humble amour et à mon admiration fervente de mur-\nmurer pour lui des louanges.\n   Je n'ai pas besoin de faire connaître aux lecteurs du Coq rouge la\nNaissance du Poète. Tous l'ont lue; tous, je l'espère, ont eu, à cette\nlecture, l'impression formidable du chef-d'œuvre; beaucoup, sans\ndoute, se sont étonnés d'ouïr, après la correction sèche des parnas-\nsiens à laquelle le public lettré s'est, hélas ! habitué, d'ouïr accents\nsi simples et si profonds, si larges, si panthéistes, et de découvrir\nun poète qui ne fût que cela, que cet immense cela, un Poète. Je ne\nsais si l'on comprendra bien ce que je veux dire. Je ne puis cepen-\ndant m'exprimer autrement. J'estime que, depuis la mort de Ver-\nlaine, il y a en France et en Belgique de très grands poètes, mais\nqu'il n'y en a qu'un seul qui ne soit que Poète et que celui-là\nc'est Francis Jammes. Les autres ont arrangé la nature et ont\nappliqué à cela leur admirable génie. Jammes a chanté simplement\nles choses de sa vie, les choses toutes simples de sa vie. Dans la\nNaissance du Poète, il a dit son âme, et l'on a su que son âme était\n"}, {"page_pdf": 532, "texte": "                              — 481 —\n\nformée de l'âme même du monde, et qu'elle palpitait au rythme\nuniversel de la Vie.\n   Je déclare que chanter ainsi, abstraction faite de toutes les qua-\nlités d'art et de métier — et chez Jammes elles sont extraordinaires,\n— je déclare que chanter ainsi est une gloire miraculeuse, et que,\nsi Francis Jammes, en tant qu'écrivain, a des égaux, il n'est nul\npoète de l'heure présente qui puisse se dire plus grand que lui.\nNous, qui, depuis quatre ans, vivons dans les lettres, hier encore\nnous ignorions son nom. Ses deux premiers livres de vers avaient\nparu pourtant; une sorte de conspiration faisait le silence autour\nde son génie. Eh bien! il est temps que ce silence cesse. Il est\ntemps que la France reconnaisse en lui l'un des plus merveilleux et\ndes plus éternels de ses poètes. Nous ne cesserons, pour ce qui nous\nregarde, de crier son nom à tous les échos, espérant le jour proche\noù notre admiration et notre amour passeront dans toutes les âmes\n et les embraseront !\n\n                                   *\n                                  * *\n\n   Paul Fort est un créateur. Je salue en lui : un artiste merveil-\nleux, possesseur d'une langue admirable et d'un vocabulaire infini;\nun poète dont les visions, les rêveries et les cris ne doivent qu'à\nlui-même leur beauté. M. Pierre Louys, en présentant au public\nles Ballades françaises, écrit que ce livre annonce un grand écrivain.\nCette annonce n'en sera pas une pour nous qui connaissions et\naimions Paul Fort et qui le considérions depuis longtemps comme\nun maître. Son premier recueil de ballades nous étonna d'abord,\ncomme doit étonner toute œuvre vraiment neuve et originale. Notre\nesprit et notre cœur s'y retrouvèrent bientôt. Ce livre devint un\nlivre de chevet en même temps que les poésies de Laforgue, à qui\nPaul Fort glorieusement s'apparie. Nous aimions déjà cette forme\nfamilière, créée par le poète, qui lui permet de dire tout, les choses\ngrandes et les choses petites, sans que ce mélange amène la moindre\ndiscordance. Nous aimions cette chanson incessante, — car toutes\n ces ballades sont des chants, et je n'en connais pas de plus harmo-\n nieux ! Nous nous plaisions à voir surgir devant nous les évocations\n tour à tour gracieuses ou terribles, légendaires, chatoyantes, riantes\n ou tristes, dont ces chants nous parlaient; nous avions des ravisse-\n ments infinis à lire ces petites pièces de vingt ou trente lignes, dans\n lesquelles tenaient un sentiment fort et exquis, une émotion large,\n sincère et splendidement humaine. Nous faisions tout cela bien\n"}, {"page_pdf": 533, "texte": "                             — 482 —\n\navant que n'eût paru l'édition définitive des Ballades françaises au\nMercure. J'estime que la disposition de ce livre est bien faite pour\nmettre du jour dans l'œuvre de Paul Fort et qu'elle contribuera à\nfamiliariser le public avec cet art si neuf et si profond. Mais nous\nqui avons chéri chacune de ces ballades dans les éditions précé-\ndentes et qui en connaissons si bien la place, nous n'irons au livre\nnouveau que pour les ballades inédites. Elles témoignent, celles-ci,\ndu souci qu'a l'artiste de reaouveler sa manière, tout en gardant,\net combien légitimement! le beau cadre qu'il a trouvé. Il semble\ns'y orienter davantage vers l'objectivité des légendes et des chan-\nsons populaires. Alexandrins sonores et pleins, encore qu'écrits en\nprose, ou rythmes sautillants et légers, selon le genre, ces poèmes\nont gardé le charme intense des précédents, mais bien renouvelé,\nainsi qu'il convenait. Paul Fort est admirable : il le deviendra plus\nencore.\n\n\n\n\n  Je parlerai, dans ma prochaine chronique, des livres de Jean\nDelville, Ferdinand Hérold, Henri de Régnier, Georges Pioch,\nAlbert Brandenburg.\n\n                                                GEORGES RENCY.\n"}, {"page_pdf": 534, "texte": "  CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n\n\n\nO\n             N peut affirmer que le Carillonneur est, en prose, le livre\n              de maîtrise de M. Georges Rodenbach. Il est supérieur\n              et résume tous ceux où le poète avait décrit Bruges,\n              cette ville de rêve endormie dans les brumes de ses\ncanaux morts et du passé. L'hallucination de ces vieux murs noirs,\nde ces pignons dentelles, de ces tours ajourées, de ces fenêtres\nouvrées, le charme de l'eau verte étoilée de nénuphars sur laquelle\nglissent, frôlant le silence, les cygnes blancs, le chant cristallin des\nalouettes du carillon et les martèlements des bourdons graves\nforment l'atmosphère et le décor de l'œuvre. D'un bout à l'autre\nc'est la mélancolie des choses anciennes qui imprègnent les âmes,\nforment les sensations et influent sur les désirs et les actions des\npersonnages. Car l'écrivain ne s'est pas laissé aller à ne transcrire\nque des visions, il ne s'est pas borné à décrire ; avec un art d'une\nextrême délicatesse, il nous a montré le drame qui s'accomplit entre\nquelques caractères et il a établi, à merveille, les rapports des\nchoses et des acteurs entre eux. Tel aspect d'un coin de ville\ncorrespond toujours à tel « état d'âme » d'un de ses héros. Et c'est\navec une habileté et un tact tout français qu'il se livre à l'analyse\ndes sentiments.\n\n\n   Sous la plume alerte et vive de Willy, la Maîtresse d'Esthètes\napparaît avec tous les ridicules et la suffisance aussi vaniteuse\nqu'énorme, que lui ont laissés les coryphées du snobisme artistique.\nNul n'a plus d'esprit que l'auteur de la Mouche des croches et des\nBains de sons pour ce genre de roman et nul ne saurait conduire son\nrécit avec plus de verve. Il pétille du commencement jusqu'à la fin.\nComme Willy est un auteur gai, il n'a pas voulu faire tourner\nl'histoire au tragique, il la termine par une ironie amusante et\npleine de philosophie.\n\n\n  Georges Eekhoud continue l'œuvre magnifique et considérable\nqu'il a entreprise sur la pléiade shakespearienne, par Christophe\nMarlowe dont il nous donne une savoureuse étude critique et\nbiographique, avant dç passer à la traduction d'Edouard II.\n"}, {"page_pdf": 535, "texte": "                              — 484 -\n\n   M. Adolphe Retté vient de réunir, sous le titre : Aspects, ses\narticles de la Plume. Il n'est guère intéressant d'épiloguer sur de la\ncritique. M. Retté a ses opinions et nous avons les nôtres, et nous\navons sans doute raison de part et d'autre ; c'est pourquoi le titre\nqu'il a choisi n'est pas déplacé, il est exempt de toute prétention.\n   M. Retté a été souvent sévère dans ses jugements, mais cela ne\nme déplaît point, parce que cette sévérité part d'une conviction\nforte et d'une âme ardente.\n   Mais si ses critiques ont eu parfois une certaine âpreté, elles ont\nété faites avec une absolue sincérité, et ne sont jamais sorties d'un\nton fort acceptable pour tous. Il faut plutôt le louer de ne pas être\nun perpétuel bénisseur. Il n'y a rien qui gâte une jeunesse littéraire\ncomme l'encensoir manié à tour de bras; on finit par ne plus s'y\nreconnaître, et le lecteur crédule en arrive aisément à ne plus\nsavoir quel écrivain a le plus de génie, tellement ils en ont tous.\n   Un grand mérite de M. Retté c'est que, lorsqu'il nous dit quelque\nchose, nous savons que telle est son opinion, sans préoccupation de\ncoterie ou d'intérêt, mais en toute vérité. Et ce n'est pas commun\nà l'heure qu'il est. Aussi je crois que, tout dernièrement, c'est à\ntort que quelques bons écrivains de nos amis se sont émus de son\narticle sur Stéphane Mallarmé. Nous aimons autant qu'eux le\npoête, nous connaissons l'homme par les récits enthousiastes\nqu'on nous en a faits, mais ce n'est pas une raison pour nier à\nquelqu'un le droit d'en parler avec certaines réserves. M. Retté\nn'a pas injurié Mallarmé, il l'a critiqué, ce qui n'est pas la même\nchose.\n\n                                         MAURICE DES OMBIAUX.\n"}, {"page_pdf": 536, "texte": "                            PICOREES\n   Nous lisons dans l'Eveil, un très          l'expression des larmes et des souf-\nintéressant journal hebdomadaire de           frances des générations et l'œuvre d'ar-\nlittérature, l'articulet suivant auquel       tistes qui eux aussi furent des déclassés ?\nnous nous rallions complètement:                 Loin de les en chasser et d'exaspérer\n   A croire l'Etoile belge, qui s'empresse    cette misèrequi va dolente et résignée\nd'appuyer l'idée, la. Jeune Belgique vou-     vers des lendemains sans soleils, et loin\ndrait qu'il fût établi un droit à l'entrée    de nous associer à une vilenie, laissons\nde nos musées nationaux. Telle propo-         aux misérables, en même temps que\nsition a lieu de nous surprendre, non         l'éblouissement d'oeuvres dont ils sen-\npoint quand elle a l'appui de l'Etoile        tent peut-être confusément les beautés,\nbelge qui est là dans son rôle, mais bien     une petite part des soins jaloux qu'on\nquand elle émane d'une revue soi-             réserve aux tableaux, aux livres et aux\ndisant artistique qui ne cesse de gémir       animaux des jardins zoologiques et\nsur l'indifférence de la foule vis-à-vis de   qu'on néglige parfois d'assurer aux\nl'art.                                        hommes.\n   Loin d'entraver par une taxe, si\nminime qu'elle puisse être, l'entrée\nde nos musées, nous voudrions qu'à               Séance Verlaine. — Le 25 mars aura\nla gratuité de l'entrée vienne s'ajouter      lieu, à la Libre Esthétique, une séance\nl'attrait de cours ou de conférences          dédiée à Paul Verlaine.\négalement gratuits, qui faciliteraient           Le comité parisien a envoyé à Bru-\naux cerveaux les plus frustes, la com-        xelles son secrétaire, M. Cazals, pour\npréhension des œuvres d'art.                  l'organiser avec le concours de quelques\n   Mais il y a plus et les raisons qui        amis et admirateurs du poète mort. La\nmotivent cette proposition lui donnent        recette sera versée dans la caisse du\nun caractère odieux. On se plaint sur-        monument commémoratif à ériger au\ntout de ce que par suite de la gratuité de    Luxembourg.\nl'entrée, les musées deviennent « en             Le programme est ainsi fixé :\nhiver, le refuge diurne de l'hospitalité         MM. Emile Verhaeren, Charles Mo-\nde nuit (sic). »                              rice, Camille Lemonnier et Edmond\n   On préférerait probablement que les        Picard entretiendront le public de l'œu-\nmalheureux se laissent crever de froid        vre et de la vie de Paul Verlaine.\nsur le porche de monuments ou sans               M. Henry Krauss déclamera la Mort\nnuire à personne ils trouvent un peu de       de Philippe II et récitera quelques\nréconfort.                                    poèmes des Fêtes galantes.\n   Comment la Jeune Belgique n'a-t-elle          M. Georges Flé fera exécuter cinq\npoint trouvé touchant que ces musées,         mélodies inédites, paroles de Paul Ver-\noù est personnifié l'orgueil des concep-      laine.\ntions humaines, servent en même                  Avis à tous ceux qui ont le culte de\ntemps d'asile à quelques pauvres loques       l'auteur de Sagesse.\nhumaines en détresse ? Et ne sont-ils\npoint chez eux les parias de la société,\ndans ces galeries où malgré l'ironie des        Jeudi dernier a eu lieu, à la Maison\ncadres dorés, les tableaux sont souvent       d'Art, le fameux tournoi poétique orga-\n"}, {"page_pdf": 537, "texte": "nisé par le Salon d'Art idéaliste. Un              Le salon de la Libre Esthétique s'est\nnommé A. du Chastain y a chanté                 ouvert ce mois, avec d'intéressants ta-\nles gloires de l'alexandrin et, pour le         bleaux de Besnard, de belles peintures\njustifier, nous a conduits jusqu'aux ori-       de Blanche, un remarquable portrait de\ngines de la colonne dorique ou ionienne.        Baudelaire par de Groux, ainsi qu'une\nAprès avoir abondamment vaticiné là-            émouvante veillée de Waterloo. Toorop\ndessus et déclaré qu'il ne comprend rien        y reparaît avec un talent mûri, plus\nau vers libre, il a fini par constater que      sobre, mais aussi plus impressionnant\nles théories n'ont pas d'importance et          et plus définitif. Ensor y a deux toiles,\nque seules les œuvres valent. Ge n'était        une nature morte et des petites dan-\npas la peine de tant se fatiguer pour           seuses, qui montrent une fois de plus le\narriver à cette conclusion que nous             coloriste qu'il est et les résultats aux-\nn'avons cessé de répéter depuis la fon-         quels il atteindrait s'il se débarrassait\ndation du Coq rouge.                            plus souvent de ses fantaisies macabres,\n   Ce tournoi n'a guère été meurtrier.          un peu surannées maintenant. De\nLes vers ont été mal lus en général.            Gouve de Nuncques a quelques paysages\nMM. des Ombiaux, Rency et Verhaeren             de rêve, Claus de riantes toiles pleines\nont eu la chance d'être interprétés par         de clarté. Il y a encore M. Melchers qui\nM. Chomé, qui a déclamé admirable-              désapprend de peindre pour s'attarder à\nment Mon cœur dans la caverne de la             des puérilités qu'il a tort de prendre\nhaine, Madeleine et la Révolte. Mais            pour du symbolisme. C'est tout au\nElskamp a été fort maltraité par un             plus de la jobardise.\njeune homme blond dont nous igno-\nrons le nom et qui paraissait ne rien\ncomprendre au charme pénétrant de                  Le salon d'Art idéaliste aussi a\nl'auteur des Enluminures et de la Se-           ouvert ses portes. On n'y voit guère que\nmaine du pauvre homine.                         des intentions, la réalisation manque.\n    Quant à M. Delville, le directeur de        Il y a là des gens qui dessinent bien,\nces festivités, il a été modeste. Il n'a fait   mais qui ne savent pas peindre. Tout\nlire que cinq de ses pièces par deux dé-        qe qu'on peut citer de cette manifesta-\nclamateurs.                                     tion, ce sont les sculptures de Craco qui\n    Citons pour finir Mlle Paulette De-         sont de beaucoup supérieures à leur\n backer qui a lu gentiment une pièce de         entourage. On s'étonne même qu'un tel\n M. Van de Putte, mais qui n'a pas inter-       artiste consente à se laisser affubler\n prété, comme il convient, MM. Mockel           d'une étiquette aussi puérile, aussi vide\n et Van Lerberghe.                              de sens que celle d'Art idéaliste.\n                                                                            PÉRINET.\n"}, {"page_pdf": 538, "texte": "       T A B L E DES M A T I È R E S\n                                  PAGES                                   PAGES\n\n\n Allard, Louise, et Delattre, Louis.             des Ombiaux, Maurice.\nLa Demoiselle Maleen                127   Une Cause littéraire .          .    1\nLe Prince Grenouille.               172   Larmes en fleurs .                  49\nLa Jolie Catherinette. .            176   La Vierge en or                    ] 54\n                                          Nous tous. . .                    193\n         Bernard, Charles.                William Morris. . .             .289\nCette pâle nuit .   .'            . 385   Litlérature catholique .     . . 329\n                                          Le Bouquet de chèvrefeuille       400\n         Biernaux, Auguste.               Belgeoisie . . .        . . . . 453\n                                          Chronique littéraire . . 133, 445, 483\nAffaire Ensor-Stevens    .          42\n                                                de Souza, Robert.\n           Boisacq, Emile.\nA propos d'«Aphrodite » . . .      77 Histoires de France . .             . 254\nGhormion (trad. de Térence) 81, 117,\n                         178, 228, 277         Eekhoud, Georges.\n                                       Tante Marie. . . . . .             . ,345\n           Boissier, Emile.\nCantilènes pour Régine .        . 75             Elskamp, Max.\n                                          Enluminure (chanson) .:. . . . 367\n        Cammaerts, Emile.\nLes Briquetiers;    . . . .115                        Flé, Georges.\n                                          Axel (musique).\n         de Classant, Henri.\nRêve d'Oiseaux.                    213             Fontainas, André.\n\n     Delattre, Louise et Louis.           La Fièvre   . . . . . . . .   11\n                                          Le Satyre   .. .   . . .    .302,\nLa Fiancée blanche .              . 323\n                                                       Fort, Paul.\n           Delattre, Louis.\n                                          Ballades de l'été . .           .110\nEpisode                              8\n                                          Ballades de la mer.               462\nLa Petite Ecole. . . . . . .        97\n                                                      Ghéori, Henri.\n         Demolder, Eugène.\nMusique fantaisiste . . . .      68       Des Oiseaux d'automne . . . .       327\nNoël pour le Coq rouge !.   . . 352       Les Ruches . . . . . . . .          460\n\n         de Régnier, Henri.                      Hérold, A.-Ferdinand.\nFragment de poème .      .    .      6    Vers                            .    66\n"}, {"page_pdf": 539, "texte": "II\n\n                                   PAGES                                     PAGES\n\n           Hirsch, Ch.-Henry.                           Pioch, Georges.\nYvelaine                             108   Cloches joyeuses                    212\n\n           Jammes, Francis.                         Ramaeckers, Georges.\nLa Naissance du Poète .            .411    Chutes d'automne                    263\n\n            Kahn, Gustave.                             Reney, Georges.\nSeptembre                            204   Une Mort                    . . 73\n                                           Une Expérience                  164\n             Khnopff, Geo.                 Les Heures harmonieuses . 265, 294\n                                           La Chanson d'amour              387\nIsaac et le Pasteur de Brönö .        27   Chronique littéraire            237\n                                           Chronique des poésies . . . 440 480\n           Klingsor, Tristan.\n                                                    Rodenbach, Georges.\nChanson d'Engaddi . . . . . 322\nVers                        467            La Part des isolés . . . . . .      343\n\n            Krains, Hubert.                          Rousseau, Blanche.\nGeorge Keiler .                      145   L'Eveilleur . . . .          . . . . 17\nEugène Demolder.      . . .        . 432   Des Souvenirs . . .             . . 368\n\n       Lemonnier, Camille.                           Roussel, Fernand.\nConstantin Meunier                   337   Vers                                23\n\n            Maryx, Camille.                              Rosny, J.-H.\n\nNepenthès . .         .        .     227   Le Déclin     . . . . . . . .        4\n\n                                                       Ruyters, André.\n           Mauclalr, Camille.\n                                           Le Jardin                           205\nLettre parisienne                    272   Les Peintres.                       241\n                                           L'Ame qui part.    . . . . . .      375\n            Mockel, Albert.\nLa Chambre vide . . . . . .          350            Sainte-Brigitte, Paul.\n                                           Du Sommeil au fond des yeux. . 380\n                Périnet.\n                                                       Scheffer, Robert.\nPicorée 43, 92, 142, 191, 239, 286, 333,\n                                    485    Proses                              300\nChoses d ' a r t . . . .   . . .    451\n                                                     Severin, Fernand.\n            Pierron, Sander.               Un Simple . .         .              16\n\nLe long de la Pède,                  381               Stiernet, Hubert.\n                                           La Vierge au Rouet . . . . .         13\n            Pilon, Edmond.\n                                           Philaster                            33\nLes Simples Chants                   303   Le Passeur d'eau                    360\n"}, {"page_pdf": 540, "texte": "                                                                               III\n\n                                PAGES                                        PAGES\n\n\n          Toisoul, Arthur.                     Van Lerberghe, Charles.\nOpôra.                            214    L'Amour.                             459\nEllore .                          370\nImage de Dieu                     469               Verhaeren, Emile.\n                                         H. de Régnier et F. Vielé-Griffin . 36\n           Ulrie, Willem.                En Forêt.           .               245\n                                         Veneris Resurrectiones              356\nChronique littéraire           37, 138   Essai sur l'art contemporain        438\n\n        Van de Putte, Henri.                       Vielé-Griffln, Francis.\nLa Noce                        . 148 Comme un bouquet aux mains\nLes Heures harmonieuses      247, 306. d'une       fille.       244\nAmour                          . 392\nMes Frères aimés             424, 470          Will. J.\nLa Légende de Vie                 436    Vision.                               69\n"}, {"page_pdf": 541, "texte": "     Le COQ rOUge commencera le 1er juin sa troisième                  année.\nLe prix    de l'abonnement      et le prix du numéro resteront             les\nmêmes,    malgré l'augmentation      notable     du nombre       des   pages.\nCes mesures    ont été prises     à la suite     d'une   union    entre    les\ntrois revues littéraires     Belges : Le Coq rOUge, l'Art jeune\net   Le   Réveil. La revue      définitive     ainsi formée      gardera    le\ntitre . Le Coq rouge.\n     Un    Comité,   formé    des rédactions      de L'Art jeune,          du\nRéveil et du Coq rOUge, et de membres                nouveaux,         patron-\nnera la    Revue.\n                                                   LE COQ ROUGE.\n"}, {"page_pdf": 542, "texte": "     La revue blanche    BI-MENSUELLE\n\n\n\n\n                       STÉPHANE MALLARME\n                 par   FÉLIX    VALLOTTON\n                                      Le numéro : fr. 0.60\n   Paris,\n                               En Belgique : 15 francs par an\n1, vue Laffite\n                                    —         8 fr. 50 par semestre\n"}, {"page_pdf": 543, "texte": "           Vient de paraître\ndans la collection du COQ ROUGE\n\n\n\n\n                                    Frontispice de EMILE FABRY\n\n                                               Vers de GEORGES RENCY\n\n                        Proses de HENRI VAN DE PUTTE\n\n                                                             Prix : fr. 3.50\n\n                 Il reste quelques exemplaires sur Japon fort à 10 fr\n\n\n\n     Bruxelles. — Imprimerie économique, N. Vandersypen, rue de Trêves ÜS.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 10, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1897-03", "signet_source": "N°11 - tome II - Mars 1897", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 502 : « n° 11 — tome II. mars 1897 », « le coq rouge et l'art jeune », avec sommaire imprimé (attributions confirmées). PDF 503 : verso de couverture ; PDF 538-540 : table des matières annuelle du tome II ; PDF 541-543 : annonces (troisième année, union avec l'Art jeune et le Réveil).", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}