{"numero_id": "ulb-durendal-1894-01-n1", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1894-01-n1-001", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 1, "page_fin": 5, "titre_corps": "La Geste idéale", "titre_sommaire": "La Geste idéale (programme)", "signature_source": "DURENDAL", "ancre_debut": "LA GESTE IDÉALE", "ancre_fin": "DURENDAL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SUR DRAP NOIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": 1, "debut_caractere": 233, "fin_caractere_exclue": 1309, "texte": "LA GESTE IDÉALE\n\n             Nous assistons, en ce moment, à un véritable 93 artistique\n             et littéraire. A côté de ceci la bataille romantique de\n             1830 apparaît comme une simple escarmouche, une\n             échauffourrée de très petits chouans, deux         mouches\n             noyées dans un verre d'eau}selon la pittoresque expression\nd'Ernest Hello.\n  T o u t e tradition est rompue, toute règle abolie, le passé est vili­\npendé, le naturalisme agonise, tous les systèmes, toutes les théories,\ntoutes les poétiques ont leurs adversaires et leurs amis intransi­\ngeants; c'est la fin du vieil autoritarisme. L'individualisme exaspéré\nnous a menés logiquement à l'anarchie. Jules H u r e t a collectionné à\nce propos de fort curieux documents dans son livre. J'y renvoie les\narchéologues et je leur signale, par la même occasion, le récit d'un de\nnos plus diligents entrepreneurs de déménagements littéraires, Etienne\nCornut, publié sous ce titre : « Les malfaiteurs littéraires. »\n  Ce dont les catholiques ne paraissent pas se douter, par exemple,\n"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": 2, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2045, "texte": " 2                                 DURENDAL\n\n\net ce dont ils semblent s'inquiéter moins encore, c'est de l'avanie qu'en\ncette aventure l'art catholique a éprouvée.\n   F o r t u n é Mazel, dans une très remarquable étude sur la Décadence\nreligieuse en France, publiée par lui dans l'Ermitage, nous dit tout\ncarrément : « Votre littérature est fade et nauséeuse et votre peinture\nconventionnelle et misérable ; votre statuaire banale ; votre architec­\nture imitatrice ; votre musique infiniment moins religieuse que mainte\nmusique qualifiée de profane. Vous n'avez plus même l'enthousiasme\nd'admirer. » (1)\n  Or, remarquez ceci, Mazel est un respectueux qui ne cache pas les\nsympathies qu'il nous porte; de plus, les sincères parmi nous ne parlent\npas autrement.\n   L e (Bien public publiait, l'autre jour, une page de l'abbé Vandengheyn\nsur la statuaire religieuse, dans laquelle je lisais ces lignes : « L a\nstatuaire religieuse, qui était un art, est ravalée, aujourd'hui, au rang\nde métier. Le fabricant se procure un type quelconque de saint, puis\nfaçonne un moule dont il tire une quantité indéterminée d'exemplaires.\nC'est un commerce qui se fait en gros et en détail. » L e journal\nconcluait : « L a statuaire religieuse est en pleine décadence. » E t ainsi\ndu reste. Voilà le fait.\n   A présent, les catholiques doivent se demander quel est, au milieu\nde l'universelle anarchie et contre la décadence particulière qui les\nmenace, le parti le plus sage à prendre.\n   A notre avis, il est opportun, pour nous, d'accepter, afin d'en tirer\ntout l'avantage possible, la situation d'absolue liberté conquise au\nprofit de L'Art.\n    Ne perdons pas de temps en regrets et en lamentations. Séparons-\nnous résolument du passé, si cher que ce cadavre puisse nous demeu­\nrer. Cessons, également, d'horripiler les oreilles de nos contemporains\n de notre ridicule complainte : sur le malheur des temps. Vivons poul­\n ie travail et l'espérance.\n     E n somme, et malgré tout, l'heure est propice. Mais il faut vouloir.\n     (1) L'Ermitage, sept. 1890.\n"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": 3, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "                                                    DURENDAL                                                            3\n\nOn ne sort pas sans effort de la Crise morale, dont notre ami H . Carton\nde W i a r t parlait l'autre jour à l ' A v e n i r social; et la (Revanche de l'Idéal,\nannoncée par notre sympathique confrère F i r m i n Vanden Bosch n'ira\npas toute seule.\n   U n e impérissable espérance nous doit animer par ceci : que l'anar­\nchie artistique et littéraire, qui a fait table rase de toutes les lois, n'a\nrien pu, et ne pourra sans doute rien, contre l'aspiration de l'âme\nhumaine vers la (Beauté. Cette aspiration est une loi naturelle, et en\nArt, selon nous, la seule légitime. C'est en se soumettant à cette loi les\ntout premiers que les catholiques se ressaisiront eux=mêmes, et qu'ils\nreconquéreront en Art le terrain perdu.\n   Le catholicisme intégral nous fait un devoir de rechercher la Beauté,\ncette Beauté qui, de son nom réel, s'appelle D I E U tout court. En Art,\ncette tendance vers Dieu se nomme, je crois — disons le mot franche\nment — l'Idéalisme.\n   Or, fait remarquable, l'âme contemporaine, désemparée de tout,\naiguille précisément vers l'Idéalisme...\n   Nous pensons donc — et quelques-uns de nos amis l'ont pensé avec\nnous — que l'heure propice a sonné qui pourrait mettre d'accord le\nmouvement conscient du catholicisme et le mouvement inconscient\ndu monde moderne vers l'Idéal, et voilà l'arrière-pensée qui a présidé\nà la création de cette nouvelle revue : Durendal (1).\n   Il existe en Belgique un assez grand nombre de revues ; nous rendons\njustice à toutes; ce sont autant d'efforts d'Art divers et variés : Durendal\nne sera qu'un effort de plus.\n   D'ailleurs, nous ne nous flattons pas d'illusions folles : nous ne\nserons peut-être qu'une petite pierre mise le long du chemin, mais\nil y a de ces petites pierres qui ont obligé le passant à faire un coude,\nà passer plutôt par ici que par là, et voyez-vous le résultat, quand ce\npar ici c'est le chemin vers l'Idéal !\n\n    (1) Durendal avec un c. — Plusieurs nous font ce reproche de naître avec cette tache originelle d'une faute d'orthographc.\nLittré, Larousse, M. de Bomicr (de l'Académie française) écrivent Durandal. Nous avons préféré l'orthographe primitive et\narchaïque — soit! — du vieux poème, telle qu'elle existe dans les manuscrits originaux et dans le texte modernisé du Baron\nAdolphe d'Avril (de la Société bibliographique).\n"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": 4, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": " 4                              DURENDAL\n\n\n  Au surplus, voici notre programme :\n   « Cette Revue nouvelle n'a d'autre prétention que celle-ci : réunir,\nen plus grand nombre possible, des artistes jeunes, voués à I'ART pour\nlui-même, sans but apologétique direct et fiers seulement de travailler\nà l'élévation de l'âme humaine.\n   » L ' A R T , selon nous, n'est pas un monopole. Il n'est de soi ni musul­\nman ni catholique. Ainsi, le paganisme, de l'assentiment unanime, a\npossédé d'admirables artistes.\n   » Il n'est donc pas question d'accaparer I'ART au profit d'une idée ;\nmais il s'agit, ayant cette idée, de faire œuvre artistique.\n   » E n inscrivant ce mot de CATHOLIQUE en tête de cette revue, nous\navons voulu affirmer un droit.\n   » Dans la morale des Libres Penseurs, écrit fièrement J. Barbey\nd'Aurevilly, les catholiques ne doivent toucher ni à l'art, ni à la litté­\nrature, ni à rien, mais s'agenouiller dans un coin, prier et laisser le\nmonde et la Libre Pensée tranquilles. Certes ! je le crois bien que les\nLibres Penseurs voudraient cela! Si c'est bouffon par un côté, par\nl'autre une telle idée a sa profondeur. Je crois bien qu'ils aimeraient\nà se débarrasser de nous par un tel ostracisme, à pouvoir dire, nous\nayant barré toutes les avenues, toutes les spécialités de la pensée :\n« Ces misérables Catholiques ! Sont-ils assez en dehors de toutes les\nvoies de l'esprit humain ! »\n   » Nous croyons, cependant, que l'artiste catholique se doit d'oeuvrer\nà la gloire de ses croyances. L a parole magnifiquement exprimée\nne demeure jamais sans effet ; de plus, la lassitude, capable de\nprendre les hommes vis-à-vis du Vrai, est impuissante en face de la\nBeauté.\n   » Nous ne reconnaissons ni écoles artistiques, ni drapeaux, ni théo­\nries, ni poétiques, ni autoritarisme littéraire quelconque.\n   » Durendal sera éclectique sans restriction aucune. Nous serons\nattentifs à toutes les manifestations du Beau. Nos sympathies iront\ndonc aux sincères, aux vrais, où qu'ils soient, fussent-ils à cent mille\nlieues de nous, et à ceux-là seuls. C'est dire que, pour se réclamer de\n"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1071, "texte": "                                  DURENDAL                                                5\n\nnos enthousiasmes, le simple qualificatif de catholique joint à une\nœuvre, à défaut d'art, ne suffira pas.\n   M Ces mêmes idées inspireront notre critique. L a Critique est la\nconscience de l'artiste. Il est défendu à celui-ci de transiger avec elle.\nA ce sujet, nous prévenons le lecteur que nous aurons à rendre à\nplusieurs des nôtres une justice tardive, mais nécessaire. Ces réhabili­\ntations n'iront pas sans quelques exécutions. Nous en aurons le courage.\n   » Nous sommes particulièrement heureux, en raison même de notre\néclectisme, d'acclamer et de suivre le magnifique mouvement de l'art\nmoderne vers l'Idéalisme. L'amour du Beau commence une sorte de\nrédemption. « L'Art, écrivait Ernest Hello, est dans l'ordre intellec­\ntuel ce que l'espérance est clans l'ordre moral. »\n   » (Durendal choisit pour apparaître cette heure d'espérance intellec­\ntuelle. »\n                                                                    DURENDAL.\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-01-n1-002", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 5, "page_fin": 11, "titre_corps": "Sur drap noir : L’Âme prisonnière", "titre_sommaire": "L’Âme prisonnière (nouvelle)", "signature_source": "POL DEMADE", "ancre_debut": "SUR DRAP NOIR", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "DIES IRaE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 1071, "fin_caractere_exclue": 1727, "texte": "SUR DRAP NOIR\n\n\n                  L'AME PRISONNIÈRE\n                       A   MONSIEUR LE PROFESSEUR   VERRIEST\n\n                                                               Stipendium peccati mors.\n                                                                               SAINT PAUL.\n\n   Ulric Klangsor!\n   Au-dessus de cette rumeur vague et comme lointaine qui est\nl'habituel dénonciateur de la foule vivante, ce nom sonore d'Ulric\nKlangsor éclata soudain, il y a dix ans, corné par la trompette de la\nrenommée à laquelle la Gloire capricieuse avait collé ses lèvres pâles.\nL a fanfare de ce nom par-dessus le monde fut de vitesse et de violence\n"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2175, "texte": " 6                             DURENDAL\n\n\ncomme une rafale et une tempête. De ce coup les paperasses légères\nde la presse se perdirent dans le vent ainsi que de vaines feuilles\nd'automne et les académies imprudemment secouées de leur torpeur\nfurent annihilées comme des collections de momies en poussière.\n   Cet ouragan de gloire avait été déchaîné par l'apparition imprévue\nen un salonnet obscur d'une toile du plus étrange effet : Le (Dam et\nsigné de ce nom nouveau : Ulric Klangsor.\n   « La Peine du (Dam, disait le catalogue, figurait Lucifer devant la\nporte fermée du Paradis, le crâne volant en éclats à l'apparition, au\nloin, derrière la matérialité de la porte close, de l'ombre elle-même\nde Dieu. »\n    C'était de l'idéalisme à outrance. Une angoisse affreuse, formidable,\ntranspirait sur la face bouleversée de l'Ange déchu au ressouvenir de\nce Dieu éternellement beau, passant revêtu de la lumière, et dont\nquelque chose, au travers de la porte d'airain, lui arrivait quand même.\n    Cette image dut s'ancrer dans les âmes comme une obsession. Le\npublic fut d'abord pris de stupeur devant Le (Dam; il se fit autour du\ntableau de Klangsor vingt-quatre heures de silence : le mot de chef-\nd'œuvre, puis le mot de génie avaient été prononcés tout bas et un\ndoigt sur les lèvres, quand tout-à-coup s'opéra la débâcle de toutes\nces froideurs, laissant la place à toutes les laves fumantes du plus\nardent enthousiasme.\n    Et l'on apprit que cet Ulric Klangsor, qui se permettait de réveiller\n le monde par le coup de tonnerre d'une œuvre de si hautaine et si\n intense peinture religieuse, était un inconnu de quarante ans qui\n avait peiné jusqu'alors, ayant eu faim et soif tous les jours de sa vie.\n — Et cette anecdote vraie fut contée sur lui : — Depuis cinq ans l'abbé\n Renaud donnait quotidiennement la sainte communion à un mendiant,\n un porte-loque, lequel venait passer deux heures chaque matin,\n comme écroulé au pied d'une colonne, dans un coin d'ombre de sa\n cathédrale. Un jour le mendiant disparut. Vers ce temps, l'abbé\n Renaud eut l'honneur d'être présenté à Ulric Klangsor — ce prédi­\ncateur-artiste dont un certain nombre de prêtres voulurent voir le\n"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2307, "texte": "                                DURENDAL\n                                                                        7\nsermon peint qui valait tous les leurs. — Les mains des deux hommes,\nen se serrant, se sentirent un peu trembler et le peintre, très pâle,\n dit tout bas au prêtre :\n    — L e mendiant, n'est-ce pas? Oui, Monsieur l'abbé, vous l'avez\nreconnu.\n    Ulric Klangsor savoura ce triomphe dont lui seul ne s'étonnait pas.\n Depuis des années il voyait lentement mûrir ce beau fruit rare et\nsavoureux de la gloire et il avait bien compté ne pas s'en aller de la\nvie sans y avoir mis ses lèvres saturées si longtemps d'amertume.\n Mais la gloire ne lui tourna pas la tête. Il fut grandement satisfait de\ncette attention de la foule, fixée sur cette toile qui rénovait la peinture\n religieuse dégradée par une infinité de cuistres. Ce qui combla surtout\n de joies secrètes son âme de croyant, ce fut l'incessante procession\n d'êtres humains qui défilèrent attentifs devant son œuvre de foi, le\n tableau du (Dam. Son pinceau génialement avait rendu la peine du\npéché saisissante, et devait avoir porté déjà — qui le savait? —\n l'inquiétude en quelqu'âme ignorée. Dieu lui avait peut-être fait\n l'honneur — le plus grand qu'il puisse accorder à un homme qui n'est\n point un prêtre — de se servir de lui pour faire pleuvoir la lumière\ndans les ténèbres de quelque conscience. Car le (Dam. était un\nsermonnaire vivant et perpétuel. Or, Klangsor avait porté le rêve et\nl'ambition de cette prédication d'art, dans sa tête et dans son cœur,\npendant plus de cinq années de toute une vie passée à les réaliser.\nL e (Dam, c'était toute une vie, tout un art, le sien. P o u r ces quelques\nmètres carrés de toile, quarante ans d'une irréprochable existence\ncatholique avaient été dépensés dont la foule emportait en passant\nquelque chose, un peu de lui. Oui, positivement la foule le prenait,\net Klangsor en éprouvait parfois comme une jalousie de mère qu'un\nbaiser pris à son enfant par un inconnu exaspère. Après tout c'était\nsa chose, cette toile, et ne la défendait-il pas en l'aimant ainsi. Il en\nvint, hélas, à ce degré d'exaspération jalouse, qu'il fut interdit de\nlui parler de l'achat de son œuvre. P a r malheur, il arriva que, certain\njour, sous la grande baie vitrée où le (Dam était exposé, un Américain\n"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2236, "texte": " 8                              DURENDAL\n\n\nvénal proposa au peintre de couvrir d'or son tableau pour l'emporter\négoïstement là-bas, en sa galerie de la terre des banknotes. P o u r\ntoute réponse, Ulric exaspéré prit son couteau de poche et en taillada\nfurieusement la toile : deux minutes suffirent à la destruction de\nl'incomparable chef-d'œuvre qui se fit sous l'oeil flegmatique du\nYankee.\n   U n cri de réprobation s'éleva universel, auquel l'artiste, calmé et\nrepenti, répondit par ce seul mot :\n   — Je recommencerai.\n   On apprit, en effet, quelques mois plus tard, par l'indiscrétion d'un\nrapin que Klangsor recommençait, et, de loin en loin, cette promesse\nparut dans les feuilles publiques : Klangsor, claquemuré dans son\natelier, travaille. L e public espérait, vaguement, car il n'ignorait pas\navec quelle incompréhensible lenteur l'artiste s'était décidé à recom­\nmencer. E n effet, une étrange tristesse envahissait à tout propos\nl'artiste, tristesse dont il n'était tiré que par des secousses mystérieuses\nimprimées à son être et qu'il comparait à des glaives qu'on lui aurait\npassé à travers du corps. Des plaines sombres de mélancolie s'allon­\ngeaient actuellement sous ses regards attristés, au-dessus desquelles\nil lui semblait que la gloire un instant rayonnante n'apparaîtrait\njamais plus... P o u r t a n t il travaillait, il recommençait; mais la plaine\nde tristesse s'allongeait, toujours plus immense et plus sombre, et\nl'unique joie qu'il entrevoyait encore, à peine brillante comme une\nluciole, c'était sa femme, le seul être vivant qui parvenait à le tirer de\nsa désespérance. E t cette luciole baissa aussi. E t puis, tout-à-coup, ce\nbruit exact courut les ateliers, les journaux, la foule : Ulric Klangsor,\n le peintre fameux, venait d'être frappé de cécité. Il était aveugle à\njamais. Quand l'artiste s'aperçut du malheur, il était trop tard : ses\n yeux étaient irréparablement morts à la lumière. Il eut une crise de\n désespoir dans laquelle il pensa et, peut-être, espéra mourir, mais la\n vie, ou plutôt le désir de vivre le reprit, et la rage cette fois de recom­\n mencer : le (Dam, une véritable rage s'empara de lui. Puisque c'en\n était fini de la lumière et de la couleur, il recommencerait avec du\n"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2075, "texte": "                               DURENDAL                               9\n\nbronze, il donnerait au Dam une voix d'airain. — Sa prédication\nserait continuée sur la voie publique. Il pensa ceci tout bas en se\nfrappant la poitrine. — Comme les grands artistes complets, comme\nBuonarotti et quelques géants de sa lignée, Klangsor maniait avec\nune facilité égale le pinceau et l'ébauchoir, la couleur et la glaise. Il\nmaudit la couleur et demanda de la terre, du plâtre, du marbre ! La\npremière ébauche du groupement imaginé par lui fut saisissante, au\ndire de quelques-uns de ses amis. Il leur parut que l'âme prisonnière\nde l'artiste faisait un effort suprême pour s'échapper par l'unique voie\nqui lui demeurait ouverte. Klangsor fut pris un moment d'une telle\nrage de travail et d'oeuvre que la glaise froide en trembla jusqu'au\ntressaillement dans ses mains. Cela dura dix jours, pas plus. Il se\npassa, ce dixième jour, dans l'atelier une scène horrible : l'artiste\naveugle et impatient, qui œuvrait avec l'acharnement que les paladins\napportent à des batailles, demandait incessamment de la glaise.\n   — Encore, femme, encore!\n   — Mais tu en as.\n   — J'en ai ?\n   — Les mains pleines, mon pauvre homme.\n   — Mais non! Donne m'en, te dis-je.\n   Klangsor ne sentait plus. Le sens du tact lui faisait soudainement\ndéfaut. Il mourait d'un peu plus. L'artiste vaincu et sa femme res­\ntèrent l'un en face de l'autre, elle sanglotante, ruisselante de larmes,\nlui la fixant de ses yeux morts, les mains maculées de cette glaise\nqu'il réclamait et ne sentait plus.\n   — Femme, femme, articula-t-il péniblement, en tremblant. Et il\ndit encore quelques mots inintelligibles.\n   Le génie de l'artiste essaya de ce dernier moyen d'évasion ; impla­\ncablement condamnée, en vertu d'une justice supérieure à la séques­\ntration éternelle, son àme se rua à ses lèvres pour tenter de s'échapper\npar cette porte de la parole, qui demeura quelque temps encore\nentr'ouverte..., mais ce ne fut plus qu'un bégaiement. L'âme d'Ulric\nKlangsor était bien définitivement prisonnière, claquemurée sous le\n"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2221, "texte": " 10                            DURENDAL\n\n\nquintuple airain de ses sens abolis, cadenassée dans l'argile de sa\nchair pour le reste de sa vie, laquelle heureusement ne devait plus\nêtre longue. Ce fut un douloureux spectacle que celui de. cette impuis­\nsance. C'est à peine si sa femme, — cette Niobé nouvelle à laquelle\non avait plus tué en prenant les cinq sens de son cher grand artiste,\nqu'à l'autre en lui tuant ses sept enfants, — c'est à peine si sa femme\nsurprit encore quelques tressaillements capables d'indiquer que l'âme\nhabitait encore sa prison de chair inerte.\n   Ulric Klangsor mourut et dans la foule immense qui suivit les\nfunérailles de cet illustre artiste, mort glorieux sans une œuvre,\n— ironie amère de la gloire, — deux hommes gravement discutèrent..\n   — T a b è s ! Ataxie locomotrice, dégénérescence des cordons posté­\nrieurs de la moelle, oui, certes, tant que vous voudrez, docteur,\ndisait l'abbé Renaud au praticien qui avait veillé l'agonie de l'artiste,\nmais la cause, la vraie cause, la connaissez-vous?\n   — Oh ! assurément, fit son interlocuteur, ce ne fut pas celle qu'habi­\ntuellement indique la science !\n   — Alors..., vous ne savez pas?\n   — Que je l'ignore absolument, c'est peut-être beaucoup d i r e ! . . .\n   — E t quand vous la connaîtriez, selon la science... Qu'est-ce qu'une\nmaladie? Qu'est-ce que la maladie? Docteur? Vous êtes philosophe,\nvous voyez assez avant dans le catholicisme pour que l'explication\nque je vais vous proposer ne vous effarouche pas. T o u t e misère de\nl'homme découle du péché. Or, voici un artiste de génie, n'est-ce pas?\nqui a commis ce crime énorme d'annihiler un chef-d'œuvre, d'éteindre\nun flambeau capable d'éclairer une âme, c'est-à-dire, coupable d'avoir\ndissimulé à jamais aux regards des hommes un peu de la beauté de\nDieu, et il en est puni intelligemment,    remarquez cela, non par une\nmaladie quelconque, mais par un mal effroyable, de mesure exacte-\nment proportionnelle au crime qu'il a perpétré; l'expiation est accom­\npagnée des circonstances précises de la faute, mais cette fois venge­\nresses. Il annihile et il est annihilé. Singulière corrélation, avouez-le.\nVous appelez cela : tabes. Nous sommes d'accord, à cette différence\n"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 578, "texte": "                                   DÜRENDAL                                               II\n\n\nprès que vous dites maladie où je prononce punition.                            Stipendium\npeccati   mors!\n  L e s deux causeurs restèrent longtemps silencieux sur ce mot. Au\nm o m e n t de se quitter, le médecin, pensif, serra la main du prêtre et,\nle regardant, il dit cette parole, conclusion d'une discussion intérieure :\n  — Peut-être, l'abbé, peut-être.\n\nJanvier 1894.\n                                                                 POL DEMADE.\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-01-n1-003", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 11, "page_fin": 11, "titre_corps": "Dies iræ !", "titre_sommaire": "Dies Irae", "signature_source": "MAURICE CLAEYS", "ancre_debut": "DIES IRaE", "ancre_fin": "MAURICE CLAEYS", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 578, "fin_caractere_exclue": 1660, "texte": "DIES          IRaE!\n                                                  Manduccmus et bibamus erns enim nioriemur.\n\n              Les pauvres en liesse auront des Balthasars!...\n              Leurs gars, près de l'église, en s'écriant : « Cocottes »,\n              Jetteront ricanants leur sébile aux dévotes...\n              Leurs filles n'iront plus se vendre aux lupanars!...\n\n              Mauvais riche, à toi l'or, les palais, les nectars...\n              Dès ce jour, c'en est fait des vœux que te marmotte\n              Le noir désespéré qu'éclabousse de crotte\n              Le trot de tes chevaux, la course de tes chars!...\n\n              Jouis jusque demain!... Tu leur as volé Dieu,\n              Il ne leur reste rien... hors le fer et le feu !\n              Ou la recette encor de la bombe assassine...\n\n              Et pour garder ton corps du banquet des corbeaux,\n              Quand ton chef roulera, froid, de la guillotine,\n              Ta fille embrassera le valet des bourreaux!...\n                                                             MAURICE CLAEYS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-01-n1-004", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 12, "page_fin": 15, "titre_corps": "Morale et Littérature", "titre_sommaire": "Morale et littérature", "signature_source": "HENRY MŒLLER", "ancre_debut": "MORALE ET LITTÉRATURE", "ancre_fin": "HENRY MŒLLER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 1950, "texte": "MORALE ET LITTÉRATURE\n\n\n             ON l'a dit, avec infiniment de justesse, à propos d'une\n             conférence sur la littérature moderne : « L e vice et la\n             vertu ne sont pas l'apanage d'un siècle quelconque, ils\n             sont de tous les temps.-»\n                 Condamner en bloc, soit toute la littérature d'un siècle,\nparce que certains écrivains de l'époque ont publié des œuvres immo­\nrales ; soit tous les écrits d'un auteur, parce que parmi eux il en est\nde blâmables, est insensé.\n  T o u s les siècles comptent dans leur sein des auteurs qui ont foulé\naux pieds les lois de la morale. L e XVIIe siècle lui-même, ce siècle si\ncher au classicisme pédant, n'est pas indemne de ce chef. Oh ! que\nnon ! Les contes de L a Fontaine doivent leur célébrité autant, sinon\nplus, à leur inspiration lubrique qu'au talent de l'écrivain. Nos péda­\ngogues en interdisent, avec raison, la lecture, à leurs jeunes disciples,\nmais ils n'en proposent pas moins, avec enthousiasme, à leur admi­\nration, les fables du bonhomme. E n quoi, ils ont raison encore.\n   Mais, pour Dieu ! soyez logiques ! mes beaux messieurs !\n   Dès lors que vous offrez une si accueillante hospitalité dans vos\nclasses à un auteur du XVIIe siècle, quoiqu'il ait plus d'une fois trempé\nsa plume dans la boue, de quel droit nous jetez-vous la petite pierre\nde votre pudeur effarouchée, sous prétexte que nous poussons la\njeunesse dans des voies dangereuses, lorsque nous l'engageons à\npermettre loyalement aux littératures de notre époque de s'ouvrir sur\nleurs pupitres, à côté des chefs-d'œuvre des temps passés.\n   Parce qu'un littérateur a enfreint la morale dans l'un ou l'autre de\nses livres, faut-il l'excommunier absolument? Qu'on mette la jeunesse\nen garde, qu'on la dirige dans ses lectures, qu'on lui indique les\nécueils à éviter! c'est parfait. Mais il n'est \"ni juste, ni logique de lui\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2209, "texte": "                                 DURENDAL                                 13\n\ninterdire toutes les œuvres de cet écrivain, m ê m e celles qui sont irré­\nprochables. Dans de telles conditions, une étude sérieuse de la litté­\nrature est impossible. Autant la supprimer d'un coup.\n   L e grand poète Verlaine a publié des œuvres licencieuses, tout à\nfait blâmables. Nous les lui reprochons. J a d i s , il s'en repentait\nlui-même :\n  . « L'auteur — c'est Verlaine qui parle — n'a pas toujours pensé\n» comme aujourd'hui. Il a longtemps erré dans la corruption contem­\n» poraine, y prenant sa part de fautes et d'ignorance... Il a publié,\n» très jeune, des vers sceptiques et tristement légers... » Ces paroles\nsont tirées de la préface de Sagesse, un des plus beaux poèmes chré­\ntiens de ce siècle. Verlaine l'appelle : « Son premier acte de foi\npublic ». « On n'y trouvera rien — dit-il — de contraire à cette\n» charité que l'auteur désormais chrétien doit aux pécheurs dont il a\n» jadis et presque naguère pratiqué les haïssables mœurs. Il ose\n» compter qu'en ce livre nulle dissonance n'ira choquer la délicatesse\n» catholique : ce serait sa plus chère gloire, comme c'est son espoir le\n« p l u s fier. »\n   Ce poème, d'une envolée si pure, devrait être classique dans tous\nles collèges et il en est presque universellement banni. Les Maîtres\neux-mêmes ne l'ont jamais l u ; il en est qui ignorent jusqu'au nom du\ngrand poète.\n   Ce que nous disons de Verlaine, nous devons le dire à plus forte\nraison de Barbey d'Aurevilly, Villiers de l'Isle-Adam, L . Bloy et\nd'Ernest Hello, surtout d'Ernest Hello, cet affamé d ' i d é a l q u i a dit de\nlui-même cette belle parole : « J e suis le pauvre des pauvres, car quel\nest le pauvre, sinon celui qui a besoin? E t mon besoin est immense,\nil est infini ! » Cette âme essentiellement virginale, ce génie profon­\ndément chrétien et dont la foi vibre avec une telle intensité dans toute\nson œuvre que Barbey d'Aurevilly en a pu dire : « L e caractère du\n» talent d'Ernest Hello, c'est ne rien faire comme personne, non par\n» originalité littéraire ou calcul d'art, mais par une originalité autre­\n» ment grandiose et profonde, l'embrasement d'une foi religieuse, qui,\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": " 14                            DURENDAL\n\n\n» dans un temps où l'enthousiasme est tué dans tous les esprits et\n» dans tous les cœurs, est la plus stupéfiante originalité. »\n   Toujours inconséquents avec eux-mêmes, les adorateurs du veau\nd'or littéraire du XVIIe siècle désavouent encore l'exclusivisme que\nnous leur reprochons, lorsqu'ils prodiguent l'encens de leurs louanges\naux classiques de Rome et d'Athènes. Car, personne que je sache\nn'aura la naïveté de prétendre que la chasteté était précisément la\nnote dominante des œuvres de ces païens, adorateurs de Vénus!\n   Nous ne demandons qu'une chose, c'est que l'on traite nos gloires\ncontemporaines avec autant de courtoisie que l'on en témoigne aux\npaïens du monde antique et aux classiques du XVIIe siècle.\n   Ne pourrait-on faire, pour la littérature moderne, tout au moins ce\nque l'on a fait pour les lettres païennes? Glaner dans les chefs-d'œuvre\nde notre siècle quelques passages saillants, virilement pensés et artis­\ntiquement ciselés et en faire un recueil où les jeunes esprits puissent,\nsans danger pour leur intégrité, s'initier à la littérature de leur temps.\n   A h ! les lettres modernes sont en révolte avec la morale! Motif de\nplus, pour celui qui en a la puissance, de s'en emparer et de travailler\nà détourner le courant faux et malsain qui les entraîne et à leur infuser\nu n e sève plus idéale. Mais pour atteindre ce but, il faut produire des\nœuvres, qui, et comme conception et comme expression, ne soient pas\ninférieures, en valeur artistique, aux compositions si finement pensées\net si délicatement stylées de nos écrivains modernes. Si vous avez la\nnoble ambition de vous élever jusqu'à ces cîmes lumineuses où planent,\nnimbés de l'auréole du génie, les Villiers de l'Isle-Adam, les Barbey\nd'Aurevilly, les Ernest Hello, il vous faut, jeunes gens, secouer une\nbonne fois l'engourdissement dans lequel l'étude exagérée de l'antique\na figé vos intelligences, communier à l'idéal des maîtres actuels par la\ncontemplation de leurs chefs-d'œuvre, vous familiariser avec leur\nesthétique, afin d'arriver ainsi à la maîtrise dans l'art d'écrire. Oui,\njeunes gens, « âmes de penseurs et d'écrivains, maîtres d'un âge futur,\njeunes créateurs qui venez, l'éclair au front, confiants en votre foi\nnouvelle, vous qui, perdus encore sous votre lampe d'étude en quelque\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1031, "texte": "                                                      DURENDAL                                    15\n\n\nfroide chambre de là capitale, vous êtes dit tout bas : « O presse\npuissante, à moi tes milliers de feuilles où j'écrirai des pensées d'une\nbeauté nouvelle » (1), vous avez le légitime espoir de jouer, un rôle\nsuperbe dans le splendide mouvement artistique contemporain. Votre\nplace y est toute désignée.\n   L'avenir est à vous, si vous le voulez, car l'avenir est plus que\njamais à l'idéal. L e monde est saturé de naturalisme, il ne demande\nqu'à monter. Soyez les chevaliers de l'idéal, les apôtres du beau,\nles messies de l'art. Aidez les foules dans l'ascension vers l'idéal,\ndont elles ont faim et soif. Consacrez-vous, tout entiers, à cette mis­\nsion, si digne de vos juvéniles ardeurs, avec toute la puissance de\nvos esprits, tout l'enthousiasme de vos cœurs de vingt ans et tout\nl'élan de vos âmes d'artistes et de chrétiens !\n                                                                 L'abbé H E N R Y M Œ L L E R"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 1372, "fin_caractere_exclue": 1425, "texte": "\n  ( l ) VILLIERS DE L'ISLE-ADAM,   Contes   crucis.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-01-n1-005", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 15, "page_fin": 17, "titre_corps": "Les Vendangeuses", "titre_sommaire": "Les Vendangeuses", "signature_source": "HENRY BORDEAUX", "ancre_debut": "POÈME EN PROSE", "ancre_fin": "HENRY BORDEAUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOËL NOIR", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 1088, "fin_caractere_exclue": 1372, "texte": "P O È M E EN PROSE\n\n\n\n                            LES VENDANGEUSES\n   Le soleil d'octobre déverse les suprêmes chaleurs d'automne sur les\nvignes encore feuillues, et les vignes aux feuilles d'un vert pâle et d'un\njaune tendre se penchent, très lasses, sous le poids des raisins mûrs.\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": " 16                             DURENDAL\n\n\n  Les raisins mûrs multiplient     leurs taches noires parmi les feuilles\nimpuissantes à les dissimuler ; ils pendent, par grappes, aux ceps fati-\ngués et implorent la vendange.\n   Voici que les cohortes des vendangeurs aux bras forts, et les théories\ndes vendangeuses aux frêles mains d'amoureuses, se répandent       parmi\nles vignes dorées au soleil d'octobre.\n   Et les raisins noirs, aux graines compactes, lourdement tombent dans\nles seaux, et les ceps très las se redressent, déchargés de leurs fruits.\n   Les vendangeuses courbent leurs tailles souples parmi les vignes, et\nle rythme onduleux de leurs jeunes corps atteste l'adolescence et la\nbeauté.\n   Elles égrènent leurs rires sonores en cueillant les raisins noirs, et\nlorsqu'elles se redressent soudainement, leurs poitrines bombées et leurs\ncous graciles et blancs révèlent la maturité de leurs ardentes  jeunesses.\n\n   Leurs yeux limpides reflètent la gloire du soleil d'octobre aux rayons\npâlis, et leurs bouches sourient aux choses et fleurissent de pourpre la\ngrâce de leurs traits.\n  Et leurs doigts frêles se rougissent au sang des raisins, et leurs lèvres\noù s'écrasèrent les graines mûres, semblent une êclosion de rouges roses\nremontantes.\n   Le sang des raisins ensanglante la pâleur de leurs mains et de leurs\nvisages ; le sang des raisins exalte leurs vigueurs d'adolescentes et enivre\nleurs cœurs joyeux.\n  Et la joie brutale et crue des peuples barbares se magnifie en leurs\nyeux extasiés, et la splendeur de la joie physique se symbolise en le sang\nde ces raisins pourpre.\n   Les silhouettes des vendangeuses se courbent et se redressent sur les\nvignes dorées, parmi les rayons d'or du soleil d'octobre, et la beauté de\nleurs formes onduleuses tressaille d'allégresse et chante     harmonieuse-\nment la joie suprême des forces   naturelles.\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "                                DURENDAL                                17\n\n   Cependant, à l'horizon lointain descend le soleil d'or. A mesure qu'il\ns'en va ses rayons augmentent     d'intensité et étincellent sur les vignes\ndorées.\n   Et les rayons du soleil qui meurt, d'un rouge incandescent, ensan-\nglantent le ciel, comme de grands aigles dont le sang coulerait dans\nl'espace attristé.\n   Le soleil coule en fleuve de sang sur la terre épouvantée, et sur les\nvignes assombries. Et le sang du soleil se mêle au sang des raisins sur\nles mains et les lèvres des vendangeuses.\n  Et les vendangeuses suspendent tout=à=coup leurs rires sonores, et\nbaissent, craintives, leurs yeux mélancoliques.\n   Car, dans ce soleil d'octobre d'où le sang dégoutte à flots, et dans ces\nraisins noirs où leurs mains s'ensanglantent,      leur apparaît la mort\ninévitable, sœur de la joie physique, la mort qui tord les jeunes hommes\nsur les rouges champs de bataille, et brise les cœurs sanglants des\namoureuses...\n                                                  H E N R Y BORDEAUX.\n   Thonon=les= (Bains, octobre 1893.\n\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-01-n1-006", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 17, "page_fin": 21, "titre_corps": "Noël noir", "titre_sommaire": "Noël noir", "signature_source": "MAURICE RANWEZ", "ancre_debut": "NOËL NOIR", "ancre_fin": "MAURICE RANWEZ", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Roche Tarpéienne et Capitole", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 1138, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "NOËL NOIR\n\n                   A la vesprée, noirs de houille, ils s'en reviennent de\n                   la fosse, les mineurs; le dos rond, la démarche\n                   hésitante, le corps affaissé, comme aplati, sous le\n                   poids des galeries — tous, avec cet air passif et\n                   grave que donne la lutte contre les éléments, l'in­\n                   consciente obsession du grisou.\n                   Casqués de cette calotte grossière, sorte de toque\nfaite de cuir, dur comme du granit, à croire qu'on l'a taillé dans\nla peau des aurochs défunts — coiffe, sans doute, mais plus encore\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1870, "texte": " 18                            DURENDAL\n\n\nbouclier contre les pierres branlantes du fond — ils marchent les\nbras ballants, tenant d'une main le bidon à café et de l'autre la\nlampe, leur soleil de dessous terre.\n  L a journée est finie. Encore une, disent-ils. E t leurs pas marquent\nde larges empreintes noires la neigé gelée, qui grince sous le fer des\nsouliers lourds.\n  Derrière, l'antique fosse fumeuse — éternellement vieille et noire —\nprofile sombrement la masse disgracieuse de ses mornes constructions\ndans le clair du ciel, où timidement la lune point.\n  E t toujours, rythmiquement, comme un balancier d'horloge, la\nmachine du puits d'exhaure renifle, sonore. Ame du grand corps\ninforme.\n                                  * *\n\n   Demain c'est Noël. U n e grande fête — qui ne vaut pas la sainte\nBarbe pourtant, aux yeux des mineurs — mais qui compte gros, tout\nde même, au ciel et sur la terre, puisqu'on ne descend pas ce jour-là.\n   Les cloches de Gohyssart, messagères universelles d'événements\nlugubres et tristes ou de fêtes aimées, tintent joyeuses. Sonneries\ndouces à l'âme angoissée, caressantes au t y m p a n délicat rudoyé\nsouvent par les heurts sinistres des sirènes d'usine.\n   E t il fait blanc, tout blanc par la route fuyante, comme si Dieu eut\nvoulu immaculer la terre souillée, avant d'y faire naître son F i l s .\n   A chaque carrefour, quelques mineurs se détachent de la b a n d e . E t\nles autres de continuer leur route, en causant.\n   Un des plus jeunes, Jean, hâte le pas. Sa femme l'attend au logis;\nelle se souvient que le trait est avancé d'une heure et que son homme\nlui a promis de ne pas entrer au cabaret.\n   L'exactitude est la politesse des rois, ce charbonnier est roi par\nce côté.\n                                     * *\n\n  C'est ici. U n e poignée de mains aux camarades et l'on se quitte sur\nun vigoureux « au revoir ».\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2070, "texte": "                               DURENDAL                               19\n\n   U n e modeste façon de maisonnette basse, pas bien spacieuse, avec\nun lopin de terre derrière — représentative, exactement, de l'impor­\ntance sociale de son propriétaire.\n   U n e porte, une fenêtre à volets verts où se joue, blafarde, la lueur\ndu réverbère d'en face.\n   Derrière se dresse, géant, le pyramidal terry — écran noir qui\nmasque un coin de l'horizon.\n   Il y a vingt ans — on s'en souvient au village — c'était à cette place\nune prairie. Depuis, le crassier s'est élevé, se haussant chaque jour\nun peu plus et de là-haut comblant la vallée, la submergeant sous\nl'envahissement d'une lave noire et froide.\n   Aujourd'hui, le tas est énorme. C'est presque une montagne.\n   Quelques maisonnettes de houilleurs, humblement tapies à l'abri\nde la tempête, gisent là comme accroupies au pied du T i t a n de\ncendres — dont la masse compacte semble protectrice. Illusion...\nL e jour est proche où le géant les écrasera.\n\n                                  *       *\n\n  U n e place proprette, blanchie à la chaux, très simplement meublée.\nQuelques chaises symétriquement rangées le long des murs, une table\ndevant laquelle sont assis deux garçonnets, 5 et 7 ans, les deux fils\nde Jean, et à côté le berceau, où dort leur petite sœur. Dans le coin,\nune vieille armoire en chêne, héritage de l'aïeul; au-dessus l'horloge;\nsur la muraille encore, deux chromolithographies à 50 centimes,\nachetées à la dernière foire de Charleroi, les portraits du Roi et de la\nReine, et en face, sur la cheminée, à la place d'honneur, le crucifix\nde cuivre rouge.\n   Mélanie, la femme de Jean, inspecte d'un coup d'œil circulaire la\nmaison toute resplendissante de la propreté méticuleuse des veilles\nde fête.\n   E t l'on soupe frugalement de pommes de terre rôties sur le gril,\nd'un hareng doré par le fumage et, en guise de dessert, d'une tartine\nde vrai beurre, arrosé de bonne bière blonde, chantée par les\nGaulois aïeux.\n                                      *\n                                  *       *\n"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2098, "texte": " 20                             DURENDAL\n\n   Les enfants sont couchés. E t les époux, un peu rêveurs, sont assis\nau coin du feu à écouter le râle du vent dans la cheminée.\n   Mélanie, tout en berçant le marmot qui geint, se remémore les\nsplendeurs de l'ancienne messe de minuit, la crèche nimbée de\nl'auréole lumineuse et le petit Jésus rose, couché sur un lit de paille\ndorée. A présent, on ne chante plus la messe de minuit. Les temps\nont été proclamés mauvais, en chaire, de par M. le Curé, et le pasteur\net les paroissiens restent chez eux la nuit de Noël, par crainte des\nrôdeurs nocturnes.\n   Jean semble préoccupé, distrait. Sa main étreint son front plissé\ncomme pour en exprimer un souvenir. Soudain : « Mélanie, parle-t-il,\nest-ce que vous savez ? Il y a juste dix ans aujourd'hui que nous nous\nsommes mariés. » E t sa femme de répondre, surprise : « P a s une\nraison, mon homme, pour être comme ça tout chose, tout pensif. »\n   Ils se rappellent les jours lointains...\n   L e terry, là derrière... Ah! l'ont-ils gravi, enfants, l'énorme crassier,\nen quête de miettes de charbon oubliées. Ont-ils gratté, ensemble,\nses flancs noirs pour y trouver du pain. Puis plus tard, le charbon­\nnage voisin où ils ont peiné tous deux. Jean, un rude homme, puissant\nde muscles, travaillait à la veine. E n a-t-il donné des coups de pioche\ndepuis lors. Mélanie, elle, occupée au jour, triait les gaillettes. Mais\nelle finit par descendre aussi, pour devenir hiercheuse, et ses bras\npoussèrent maints wagonnets chargés.\n  C'est là qu'ils s'étaient connus. E t la sympathie était née, cordiale,\nau sein de cette laborieuse misère commune. Un jour, lassés enfin\nde cette perpétuelle contemplation du noir, dans leur âme abrutie\npar la matérialité du travail quotidien, un sentiment pur avait jailli,\net bien vite ils s'étaient mariés, heureux de mettre un peu de bleu\ndans leur vie.\n                                      *\n                                     * *\n\n  Il y a dix ans de cela. Jean, âpre à la besogne, gagne pour deux...\npour cinq, Dieu l'ayant fait père de trois enfants. Mélanie, économe\n"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 943, "texte": "                                          DURENDAL                                       21\n\n\net laborieuse, dirige son ménage, s'ingéniant                    à mettre un sou de\ncôté pour les mauvais j o u r s .\n  E t la joie de ces parents, leur orgueil, l'espoir de leur vieillesse,\nce sont leurs trois enfants, beaux comme eux, de la beauté âpre\net virile des êtres forts.\n   Ils sont heureux à faire envie aux riches, ces miséreux                        obscurs,\nces besogneux, ces vaillants de la glèbe noire! H e u r e u x , oui, plei­\nnement, car ils possèdent cette richesse vraie — présent royal de\njoyeuse     entrée     apporté à l ' H u m a n i t é inquiète       par     le Christ,    au\njour glorieux de sa nativité              — la paix       promise     aux     hommes      de\nbonne     volonté.\n                                                              MAURICE RANWEZ.\nJ u m e t , 15 décembre 1893.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-01-n1-008", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 21, "page_fin": 22, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Roche Tarpéenne et Capitole", "signature_source": "", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne et Capitole", "ancre_fin": "aube blanche d'idéa­ H. GRAVEZ. lisme; il passe bien, dans ce matin de (Nervie, janvier 1894.)", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 943, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "Roche Tarpéienne et Capitole\n Paroles pour        Georges   Eekhoud,    par   d'airain. A la lecture de semblables pages,\nCAMILLE LEMONNIER (Editeur Lacomblez).           dont toutes les phrases sont comme les\n   Camille Lemonnier est certes loin de          artères, coupées et versant leur beau sang\nnous, d'esprit et de tendances, mais quel        rouge et chaud, impossible de ne pas\nadmirable, quel puissant ouvrier de la           sentir passer en soi un frisson d'admira­\npensée et de la phrase, dans ces dix             tion, impossible de ne pas crier à l'ar­\npages par exemple écrites pour Eekhoud.          tiste : Vous, vous êtes un vivant au\nCela vous entre dans l'intelligence avec         moins! Nous devions cette parole de\nla force d'une hache s'entant au cœur            justice à Lemonnier. Demain nous nous\nd'un chêne, entrant et n'en sachant plus         battrons peut-être contre lui, aujourd'hui\nsortir, demeurant là en vous, devenant           il ne nous en coûte pas de lui rendre cet\nvotre propre substance comme la hache            hommage mérité. Un catholique doit être\nd'acier inséparable du bois aux fibres           vrai.                               p. D.\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": " 22                                              DURENDAL\n\n\n L o u i s e , roman lyrique par M. CHARLES FUSTER.        poète, quelques petits nuages attristés,\n  Un roman en vers! Quel luxe dans les                     mais nous espérons les voir s'évanouir\nmots, mais en fait, ici, quelle pauvreté                   dans ce midi clair que nous promet ce\ndans les choses. Pauvre roman et pau­                      premier livre et que nous serons heureux\nvres, très pauvres vers. Nous espérons                     de saluer, heureux et peut-être fiers.\nque M. Fuster, qui a donné des preuves                                                       p. D.\n                                                                               *\nd'un joli talent, s'abstiendra à l'avenir de                                      * *\npuérilités semblables. L'écrivain a plus                     La Littérature catholique contempo­\nmâle besogne aujourd'hui que s'amuser                      raine. (Prix : 1 franc.)\nà crever des bulles de savon.        p. D.                   POL DEMADE vient de publier en bro­\n                                                           chure une conférence consacrée à ces\n                          *\n                         * *                               grands artistes : Barbey d'Aurevilly, Léon\n L e V e r b e a u r o r a l , JOSÉ HENNEBICQ.. Malines,   Bloy, Villiers de l'Isle-Adam, Ernest\nGodenne, 2 fr.                                             Hello. Ainsi que le constate, non sans\n   Les enfants qui naissent et les poètes                  amertume, M. Demade, ces noms glo­\nqui débutent commencent leur vie par                       rieux sont des exceptions rares et leur\ndes larmes. M. José Hennebicq n'a point                    gloire, à dire vrai, n'est reconnue et\nmanqué à cette règle. Le Verbe amoral,                     appréciée que de leurs adversaires. Il est\nmalgré le précieux de ce titre, est mélan­                 à cela d'autres raisons que celles que\ncolique et charmant aussi comme ces                        nous donne l'auteur, et pour n'en citer\npremières larmes enfantines. Ces perles                    qu'une : tous quatre, à des degrés divers,\nvivantes ont, par un autre côté, ce                        sont de fiers indisciplinés. On ne pouvait\ncharme encore de nous apparaître dans                      les dénoncer comme impies, on usa d'une\nla lumière douce et dorée d'un soleil                      arme plus sûre : le silence.\nlevant, éclairant une aube blanche d'idéa­                                            H. GRAVEZ.\nlisme; il passe bien, dans ce matin de                     (Nervie, janvier 1894.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-01-n1-007", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 23, "page_fin": 24, "titre_corps": "Miroir de littérature", "titre_sommaire": "Miroir d'Art et de Littérature (Propos des Douze Pairs autour de la Table ronde)", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "Georges Virrès, et Mme Demade; des vers de M. l'abbé H. Hoornaert et de M. 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Le\ndilettante ne fabriquera et ne jettera jamais aucune bombe. Son anarchie est pure­\nment spéculative. C'est par dandysme qu'il applaudit aux assassinats. Il juge cette\nopinion élégante et s'en fait une macabre parure. Egoïste et vaniteux, il laisse\néclater, dans toute son horreur, sa haine de raté. Ces malheureux Tantales des\nfruits d'or du succès, aigris, névrosés, pleins de bile et de rage, rêvent d'un cata­\nclysme, ont les cauchemars d'un Erostrate et se transforment, tout doucement, en\npetits Nérons en chambre. »\n   Il nous souvient que le goujat de lettres, qui a nom Taiihade, insulta, d'ignoble\nmanière, l'an dernier, un des nôtres, M. Jean Casier — lequel, en trop bon catho­\nlique, se laissa faire, un peu. — Notre ami ne pensait pas, à ce moment là, qu'il aurait\nassisté, un jour, à cette jolie scène de cannibalisme littéraire : François Coppée\ndévorant Tailhade préalablement lardé de juteuses épithètes et truffé de compa­\nraisons à l'emporte-gueule.\n                                             *\n                                         *       *\n  Au dessinateur Gisbert Combaz, à l'éditeur Lyon-Claesen, lesquels si bellement\ndamasquinèrent Durendal, moult grâces des Douze Pairs de la Table ronde.\n\n                                         *       *\n  Sagax — un pseudonyme derrière lequel se dissimule, nous assure-t-on, la person­\nnalité assez turbulente de Monseigneur de Harlez, — s'en prend, dans une obscure\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2445, "texte": " 24                                  DURENDAL\n\nfeuille de province, à notre ami l'abbé Hector Hoornaert. Sagax prête à l'auteur de\nla parodie « Africus » des intentions complètement fausses. Il eut été plus simple de se\nsouvenir que toutes les œuvres dramatiques, ayant fait du bruit, ont suscité des\nparodies, depuis « Andromaque » jusqu'à « Hernani » et 1' « Intruse ».\n   La personnalité de Sagax nous fait renoncer à de plus amples commentaires.\n                                             *\n                                         *       *\n  Un mot cruel de Maurice Barrès :\n   « Mettez des jeunes gens ensemble, les plus distingués baisseront, les pires mon­\nteront, et il se fera un niveau de médiocrité. »\n\n                                         * ' *\n   « Singulier effet de l'éloignement, alors que V. Hugo baisse, Barbey d'Aurevilly\ngrandit. »                                           La Plume, 15 décembre 1893.\n                                            *\n                                          * *\n   Nous signalons à l'attention de nos amis une remarquable étude du docteur\nFortuné Mazel sur La Décadence religieuse en France, publiée dans l'Ermitage\n(livraisons de septembre, octobre et novembre 1893). L'auteur ne partage peut-être\npas toutes nos croyances, mais, en tous cas, c'est un respectueux; il écrit de bonne\nfoi, comme dirait Montaigne, et son œuvre mérite à tous égards d'être étudiée par\nles catholiques, tant de Belgique que de France, soucieux des aspirations de leur\ntemps.\n                                            *\n                                          * *\n   Oyez donc cette bourde colossale, qu'en un français étrange, commit l'autre jour\nun journaliste belge :\n   « En ridiculisant par sa candidature à l'Académie française et ses visites gro­\ntesques, dans une tapissière, aux Immortels, Tournadre n'a-t-il pas fait œuvre de\njuif en cherchant à ridiculiser cette institution fondée par le cardinal de Richelieu,\net dont le renom et le prestige rejaillissent sur le pays de France? »\n   Et nous qui avons traité naguère l'Académie de Belgique de « morgue littéraire! »\nRidiculiser une académie, quel crime ! Comme si les académies ne se ridiculisaient\npas d'elles-mêmes !\n                                           * *\n\n  Au numéro de février : Un Conte de M. H. Carton de Wiart; des proses de\nM. Georges Virrès, et Mme Demade; des vers de M. l'abbé H. Hoornaert et de\nM. Ernest Périer; etc.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 6, "texte": "JANVIER 1894\n"}, {"page_pdf": 7, "texte": ""}, {"page_pdf": 8, "texte": "                       URENDAL\n                               REVUE           CATHOLIQUE\n\n           D'ART E T DE              LITTÉRATURE\n Janvier 1894                                                     N° 1\n\n\n\n\n                   LA GESTE IDÉALE\n\n             Nous assistons, en ce moment, à un véritable 93 artistique\n             et littéraire. A côté de ceci la bataille romantique de\n             1830 apparaît comme une simple escarmouche, une\n             échauffourrée de très petits chouans, deux         mouches\n             noyées dans un verre d'eau}selon la pittoresque expression\nd'Ernest Hello.\n  T o u t e tradition est rompue, toute règle abolie, le passé est vili­\npendé, le naturalisme agonise, tous les systèmes, toutes les théories,\ntoutes les poétiques ont leurs adversaires et leurs amis intransi­\ngeants; c'est la fin du vieil autoritarisme. L'individualisme exaspéré\nnous a menés logiquement à l'anarchie. Jules H u r e t a collectionné à\nce propos de fort curieux documents dans son livre. J'y renvoie les\narchéologues et je leur signale, par la même occasion, le récit d'un de\nnos plus diligents entrepreneurs de déménagements littéraires, Etienne\nCornut, publié sous ce titre : « Les malfaiteurs littéraires. »\n  Ce dont les catholiques ne paraissent pas se douter, par exemple,\n"}, {"page_pdf": 9, "texte": " 2                                 DURENDAL\n\n\net ce dont ils semblent s'inquiéter moins encore, c'est de l'avanie qu'en\ncette aventure l'art catholique a éprouvée.\n   F o r t u n é Mazel, dans une très remarquable étude sur la Décadence\nreligieuse en France, publiée par lui dans l'Ermitage, nous dit tout\ncarrément : « Votre littérature est fade et nauséeuse et votre peinture\nconventionnelle et misérable ; votre statuaire banale ; votre architec­\nture imitatrice ; votre musique infiniment moins religieuse que mainte\nmusique qualifiée de profane. Vous n'avez plus même l'enthousiasme\nd'admirer. » (1)\n  Or, remarquez ceci, Mazel est un respectueux qui ne cache pas les\nsympathies qu'il nous porte; de plus, les sincères parmi nous ne parlent\npas autrement.\n   L e (Bien public publiait, l'autre jour, une page de l'abbé Vandengheyn\nsur la statuaire religieuse, dans laquelle je lisais ces lignes : « L a\nstatuaire religieuse, qui était un art, est ravalée, aujourd'hui, au rang\nde métier. Le fabricant se procure un type quelconque de saint, puis\nfaçonne un moule dont il tire une quantité indéterminée d'exemplaires.\nC'est un commerce qui se fait en gros et en détail. » L e journal\nconcluait : « L a statuaire religieuse est en pleine décadence. » E t ainsi\ndu reste. Voilà le fait.\n   A présent, les catholiques doivent se demander quel est, au milieu\nde l'universelle anarchie et contre la décadence particulière qui les\nmenace, le parti le plus sage à prendre.\n   A notre avis, il est opportun, pour nous, d'accepter, afin d'en tirer\ntout l'avantage possible, la situation d'absolue liberté conquise au\nprofit de L'Art.\n    Ne perdons pas de temps en regrets et en lamentations. Séparons-\nnous résolument du passé, si cher que ce cadavre puisse nous demeu­\nrer. Cessons, également, d'horripiler les oreilles de nos contemporains\n de notre ridicule complainte : sur le malheur des temps. Vivons poul­\n ie travail et l'espérance.\n     E n somme, et malgré tout, l'heure est propice. Mais il faut vouloir.\n     (1) L'Ermitage, sept. 1890.\n"}, {"page_pdf": 10, "texte": "                                                    DURENDAL                                                            3\n\nOn ne sort pas sans effort de la Crise morale, dont notre ami H . Carton\nde W i a r t parlait l'autre jour à l ' A v e n i r social; et la (Revanche de l'Idéal,\nannoncée par notre sympathique confrère F i r m i n Vanden Bosch n'ira\npas toute seule.\n   U n e impérissable espérance nous doit animer par ceci : que l'anar­\nchie artistique et littéraire, qui a fait table rase de toutes les lois, n'a\nrien pu, et ne pourra sans doute rien, contre l'aspiration de l'âme\nhumaine vers la (Beauté. Cette aspiration est une loi naturelle, et en\nArt, selon nous, la seule légitime. C'est en se soumettant à cette loi les\ntout premiers que les catholiques se ressaisiront eux=mêmes, et qu'ils\nreconquéreront en Art le terrain perdu.\n   Le catholicisme intégral nous fait un devoir de rechercher la Beauté,\ncette Beauté qui, de son nom réel, s'appelle D I E U tout court. En Art,\ncette tendance vers Dieu se nomme, je crois — disons le mot franche\nment — l'Idéalisme.\n   Or, fait remarquable, l'âme contemporaine, désemparée de tout,\naiguille précisément vers l'Idéalisme...\n   Nous pensons donc — et quelques-uns de nos amis l'ont pensé avec\nnous — que l'heure propice a sonné qui pourrait mettre d'accord le\nmouvement conscient du catholicisme et le mouvement inconscient\ndu monde moderne vers l'Idéal, et voilà l'arrière-pensée qui a présidé\nà la création de cette nouvelle revue : Durendal (1).\n   Il existe en Belgique un assez grand nombre de revues ; nous rendons\njustice à toutes; ce sont autant d'efforts d'Art divers et variés : Durendal\nne sera qu'un effort de plus.\n   D'ailleurs, nous ne nous flattons pas d'illusions folles : nous ne\nserons peut-être qu'une petite pierre mise le long du chemin, mais\nil y a de ces petites pierres qui ont obligé le passant à faire un coude,\nà passer plutôt par ici que par là, et voyez-vous le résultat, quand ce\npar ici c'est le chemin vers l'Idéal !\n\n    (1) Durendal avec un c. — Plusieurs nous font ce reproche de naître avec cette tache originelle d'une faute d'orthographc.\nLittré, Larousse, M. de Bomicr (de l'Académie française) écrivent Durandal. Nous avons préféré l'orthographe primitive et\narchaïque — soit! — du vieux poème, telle qu'elle existe dans les manuscrits originaux et dans le texte modernisé du Baron\nAdolphe d'Avril (de la Société bibliographique).\n"}, {"page_pdf": 11, "texte": " 4                              DURENDAL\n\n\n  Au surplus, voici notre programme :\n   « Cette Revue nouvelle n'a d'autre prétention que celle-ci : réunir,\nen plus grand nombre possible, des artistes jeunes, voués à I'ART pour\nlui-même, sans but apologétique direct et fiers seulement de travailler\nà l'élévation de l'âme humaine.\n   » L ' A R T , selon nous, n'est pas un monopole. Il n'est de soi ni musul­\nman ni catholique. Ainsi, le paganisme, de l'assentiment unanime, a\npossédé d'admirables artistes.\n   » Il n'est donc pas question d'accaparer I'ART au profit d'une idée ;\nmais il s'agit, ayant cette idée, de faire œuvre artistique.\n   » E n inscrivant ce mot de CATHOLIQUE en tête de cette revue, nous\navons voulu affirmer un droit.\n   » Dans la morale des Libres Penseurs, écrit fièrement J. Barbey\nd'Aurevilly, les catholiques ne doivent toucher ni à l'art, ni à la litté­\nrature, ni à rien, mais s'agenouiller dans un coin, prier et laisser le\nmonde et la Libre Pensée tranquilles. Certes ! je le crois bien que les\nLibres Penseurs voudraient cela! Si c'est bouffon par un côté, par\nl'autre une telle idée a sa profondeur. Je crois bien qu'ils aimeraient\nà se débarrasser de nous par un tel ostracisme, à pouvoir dire, nous\nayant barré toutes les avenues, toutes les spécialités de la pensée :\n« Ces misérables Catholiques ! Sont-ils assez en dehors de toutes les\nvoies de l'esprit humain ! »\n   » Nous croyons, cependant, que l'artiste catholique se doit d'oeuvrer\nà la gloire de ses croyances. L a parole magnifiquement exprimée\nne demeure jamais sans effet ; de plus, la lassitude, capable de\nprendre les hommes vis-à-vis du Vrai, est impuissante en face de la\nBeauté.\n   » Nous ne reconnaissons ni écoles artistiques, ni drapeaux, ni théo­\nries, ni poétiques, ni autoritarisme littéraire quelconque.\n   » Durendal sera éclectique sans restriction aucune. Nous serons\nattentifs à toutes les manifestations du Beau. Nos sympathies iront\ndonc aux sincères, aux vrais, où qu'ils soient, fussent-ils à cent mille\nlieues de nous, et à ceux-là seuls. C'est dire que, pour se réclamer de\n"}, {"page_pdf": 12, "texte": "                                  DURENDAL                                                5\n\nnos enthousiasmes, le simple qualificatif de catholique joint à une\nœuvre, à défaut d'art, ne suffira pas.\n   M Ces mêmes idées inspireront notre critique. L a Critique est la\nconscience de l'artiste. Il est défendu à celui-ci de transiger avec elle.\nA ce sujet, nous prévenons le lecteur que nous aurons à rendre à\nplusieurs des nôtres une justice tardive, mais nécessaire. Ces réhabili­\ntations n'iront pas sans quelques exécutions. Nous en aurons le courage.\n   » Nous sommes particulièrement heureux, en raison même de notre\néclectisme, d'acclamer et de suivre le magnifique mouvement de l'art\nmoderne vers l'Idéalisme. L'amour du Beau commence une sorte de\nrédemption. « L'Art, écrivait Ernest Hello, est dans l'ordre intellec­\ntuel ce que l'espérance est clans l'ordre moral. »\n   » (Durendal choisit pour apparaître cette heure d'espérance intellec­\ntuelle. »\n                                                                    DURENDAL.\n\n\n\n\n                             SUR DRAP NOIR\n\n\n                  L'AME PRISONNIÈRE\n                       A   MONSIEUR LE PROFESSEUR   VERRIEST\n\n                                                               Stipendium peccati mors.\n                                                                               SAINT PAUL.\n\n   Ulric Klangsor!\n   Au-dessus de cette rumeur vague et comme lointaine qui est\nl'habituel dénonciateur de la foule vivante, ce nom sonore d'Ulric\nKlangsor éclata soudain, il y a dix ans, corné par la trompette de la\nrenommée à laquelle la Gloire capricieuse avait collé ses lèvres pâles.\nL a fanfare de ce nom par-dessus le monde fut de vitesse et de violence\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": " 6                             DURENDAL\n\n\ncomme une rafale et une tempête. De ce coup les paperasses légères\nde la presse se perdirent dans le vent ainsi que de vaines feuilles\nd'automne et les académies imprudemment secouées de leur torpeur\nfurent annihilées comme des collections de momies en poussière.\n   Cet ouragan de gloire avait été déchaîné par l'apparition imprévue\nen un salonnet obscur d'une toile du plus étrange effet : Le (Dam et\nsigné de ce nom nouveau : Ulric Klangsor.\n   « La Peine du (Dam, disait le catalogue, figurait Lucifer devant la\nporte fermée du Paradis, le crâne volant en éclats à l'apparition, au\nloin, derrière la matérialité de la porte close, de l'ombre elle-même\nde Dieu. »\n    C'était de l'idéalisme à outrance. Une angoisse affreuse, formidable,\ntranspirait sur la face bouleversée de l'Ange déchu au ressouvenir de\nce Dieu éternellement beau, passant revêtu de la lumière, et dont\nquelque chose, au travers de la porte d'airain, lui arrivait quand même.\n    Cette image dut s'ancrer dans les âmes comme une obsession. Le\npublic fut d'abord pris de stupeur devant Le (Dam; il se fit autour du\ntableau de Klangsor vingt-quatre heures de silence : le mot de chef-\nd'œuvre, puis le mot de génie avaient été prononcés tout bas et un\ndoigt sur les lèvres, quand tout-à-coup s'opéra la débâcle de toutes\nces froideurs, laissant la place à toutes les laves fumantes du plus\nardent enthousiasme.\n    Et l'on apprit que cet Ulric Klangsor, qui se permettait de réveiller\n le monde par le coup de tonnerre d'une œuvre de si hautaine et si\n intense peinture religieuse, était un inconnu de quarante ans qui\n avait peiné jusqu'alors, ayant eu faim et soif tous les jours de sa vie.\n — Et cette anecdote vraie fut contée sur lui : — Depuis cinq ans l'abbé\n Renaud donnait quotidiennement la sainte communion à un mendiant,\n un porte-loque, lequel venait passer deux heures chaque matin,\n comme écroulé au pied d'une colonne, dans un coin d'ombre de sa\n cathédrale. Un jour le mendiant disparut. Vers ce temps, l'abbé\n Renaud eut l'honneur d'être présenté à Ulric Klangsor — ce prédi­\ncateur-artiste dont un certain nombre de prêtres voulurent voir le\n"}, {"page_pdf": 14, "texte": "                                DURENDAL\n                                                                        7\nsermon peint qui valait tous les leurs. — Les mains des deux hommes,\nen se serrant, se sentirent un peu trembler et le peintre, très pâle,\n dit tout bas au prêtre :\n    — L e mendiant, n'est-ce pas? Oui, Monsieur l'abbé, vous l'avez\nreconnu.\n    Ulric Klangsor savoura ce triomphe dont lui seul ne s'étonnait pas.\n Depuis des années il voyait lentement mûrir ce beau fruit rare et\nsavoureux de la gloire et il avait bien compté ne pas s'en aller de la\nvie sans y avoir mis ses lèvres saturées si longtemps d'amertume.\n Mais la gloire ne lui tourna pas la tête. Il fut grandement satisfait de\ncette attention de la foule, fixée sur cette toile qui rénovait la peinture\n religieuse dégradée par une infinité de cuistres. Ce qui combla surtout\n de joies secrètes son âme de croyant, ce fut l'incessante procession\n d'êtres humains qui défilèrent attentifs devant son œuvre de foi, le\n tableau du (Dam. Son pinceau génialement avait rendu la peine du\npéché saisissante, et devait avoir porté déjà — qui le savait? —\n l'inquiétude en quelqu'âme ignorée. Dieu lui avait peut-être fait\n l'honneur — le plus grand qu'il puisse accorder à un homme qui n'est\n point un prêtre — de se servir de lui pour faire pleuvoir la lumière\ndans les ténèbres de quelque conscience. Car le (Dam. était un\nsermonnaire vivant et perpétuel. Or, Klangsor avait porté le rêve et\nl'ambition de cette prédication d'art, dans sa tête et dans son cœur,\npendant plus de cinq années de toute une vie passée à les réaliser.\nL e (Dam, c'était toute une vie, tout un art, le sien. P o u r ces quelques\nmètres carrés de toile, quarante ans d'une irréprochable existence\ncatholique avaient été dépensés dont la foule emportait en passant\nquelque chose, un peu de lui. Oui, positivement la foule le prenait,\net Klangsor en éprouvait parfois comme une jalousie de mère qu'un\nbaiser pris à son enfant par un inconnu exaspère. Après tout c'était\nsa chose, cette toile, et ne la défendait-il pas en l'aimant ainsi. Il en\nvint, hélas, à ce degré d'exaspération jalouse, qu'il fut interdit de\nlui parler de l'achat de son œuvre. P a r malheur, il arriva que, certain\njour, sous la grande baie vitrée où le (Dam était exposé, un Américain\n"}, {"page_pdf": 15, "texte": " 8                              DURENDAL\n\n\nvénal proposa au peintre de couvrir d'or son tableau pour l'emporter\négoïstement là-bas, en sa galerie de la terre des banknotes. P o u r\ntoute réponse, Ulric exaspéré prit son couteau de poche et en taillada\nfurieusement la toile : deux minutes suffirent à la destruction de\nl'incomparable chef-d'œuvre qui se fit sous l'oeil flegmatique du\nYankee.\n   U n cri de réprobation s'éleva universel, auquel l'artiste, calmé et\nrepenti, répondit par ce seul mot :\n   — Je recommencerai.\n   On apprit, en effet, quelques mois plus tard, par l'indiscrétion d'un\nrapin que Klangsor recommençait, et, de loin en loin, cette promesse\nparut dans les feuilles publiques : Klangsor, claquemuré dans son\natelier, travaille. L e public espérait, vaguement, car il n'ignorait pas\navec quelle incompréhensible lenteur l'artiste s'était décidé à recom­\nmencer. E n effet, une étrange tristesse envahissait à tout propos\nl'artiste, tristesse dont il n'était tiré que par des secousses mystérieuses\nimprimées à son être et qu'il comparait à des glaives qu'on lui aurait\npassé à travers du corps. Des plaines sombres de mélancolie s'allon­\ngeaient actuellement sous ses regards attristés, au-dessus desquelles\nil lui semblait que la gloire un instant rayonnante n'apparaîtrait\njamais plus... P o u r t a n t il travaillait, il recommençait; mais la plaine\nde tristesse s'allongeait, toujours plus immense et plus sombre, et\nl'unique joie qu'il entrevoyait encore, à peine brillante comme une\nluciole, c'était sa femme, le seul être vivant qui parvenait à le tirer de\nsa désespérance. E t cette luciole baissa aussi. E t puis, tout-à-coup, ce\nbruit exact courut les ateliers, les journaux, la foule : Ulric Klangsor,\n le peintre fameux, venait d'être frappé de cécité. Il était aveugle à\njamais. Quand l'artiste s'aperçut du malheur, il était trop tard : ses\n yeux étaient irréparablement morts à la lumière. Il eut une crise de\n désespoir dans laquelle il pensa et, peut-être, espéra mourir, mais la\n vie, ou plutôt le désir de vivre le reprit, et la rage cette fois de recom­\n mencer : le (Dam, une véritable rage s'empara de lui. Puisque c'en\n était fini de la lumière et de la couleur, il recommencerait avec du\n"}, {"page_pdf": 16, "texte": "                               DURENDAL                               9\n\nbronze, il donnerait au Dam une voix d'airain. — Sa prédication\nserait continuée sur la voie publique. Il pensa ceci tout bas en se\nfrappant la poitrine. — Comme les grands artistes complets, comme\nBuonarotti et quelques géants de sa lignée, Klangsor maniait avec\nune facilité égale le pinceau et l'ébauchoir, la couleur et la glaise. Il\nmaudit la couleur et demanda de la terre, du plâtre, du marbre ! La\npremière ébauche du groupement imaginé par lui fut saisissante, au\ndire de quelques-uns de ses amis. Il leur parut que l'âme prisonnière\nde l'artiste faisait un effort suprême pour s'échapper par l'unique voie\nqui lui demeurait ouverte. Klangsor fut pris un moment d'une telle\nrage de travail et d'oeuvre que la glaise froide en trembla jusqu'au\ntressaillement dans ses mains. Cela dura dix jours, pas plus. Il se\npassa, ce dixième jour, dans l'atelier une scène horrible : l'artiste\naveugle et impatient, qui œuvrait avec l'acharnement que les paladins\napportent à des batailles, demandait incessamment de la glaise.\n   — Encore, femme, encore!\n   — Mais tu en as.\n   — J'en ai ?\n   — Les mains pleines, mon pauvre homme.\n   — Mais non! Donne m'en, te dis-je.\n   Klangsor ne sentait plus. Le sens du tact lui faisait soudainement\ndéfaut. Il mourait d'un peu plus. L'artiste vaincu et sa femme res­\ntèrent l'un en face de l'autre, elle sanglotante, ruisselante de larmes,\nlui la fixant de ses yeux morts, les mains maculées de cette glaise\nqu'il réclamait et ne sentait plus.\n   — Femme, femme, articula-t-il péniblement, en tremblant. Et il\ndit encore quelques mots inintelligibles.\n   Le génie de l'artiste essaya de ce dernier moyen d'évasion ; impla­\ncablement condamnée, en vertu d'une justice supérieure à la séques­\ntration éternelle, son àme se rua à ses lèvres pour tenter de s'échapper\npar cette porte de la parole, qui demeura quelque temps encore\nentr'ouverte..., mais ce ne fut plus qu'un bégaiement. L'âme d'Ulric\nKlangsor était bien définitivement prisonnière, claquemurée sous le\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": " 10                            DURENDAL\n\n\nquintuple airain de ses sens abolis, cadenassée dans l'argile de sa\nchair pour le reste de sa vie, laquelle heureusement ne devait plus\nêtre longue. Ce fut un douloureux spectacle que celui de. cette impuis­\nsance. C'est à peine si sa femme, — cette Niobé nouvelle à laquelle\non avait plus tué en prenant les cinq sens de son cher grand artiste,\nqu'à l'autre en lui tuant ses sept enfants, — c'est à peine si sa femme\nsurprit encore quelques tressaillements capables d'indiquer que l'âme\nhabitait encore sa prison de chair inerte.\n   Ulric Klangsor mourut et dans la foule immense qui suivit les\nfunérailles de cet illustre artiste, mort glorieux sans une œuvre,\n— ironie amère de la gloire, — deux hommes gravement discutèrent..\n   — T a b è s ! Ataxie locomotrice, dégénérescence des cordons posté­\nrieurs de la moelle, oui, certes, tant que vous voudrez, docteur,\ndisait l'abbé Renaud au praticien qui avait veillé l'agonie de l'artiste,\nmais la cause, la vraie cause, la connaissez-vous?\n   — Oh ! assurément, fit son interlocuteur, ce ne fut pas celle qu'habi­\ntuellement indique la science !\n   — Alors..., vous ne savez pas?\n   — Que je l'ignore absolument, c'est peut-être beaucoup d i r e ! . . .\n   — E t quand vous la connaîtriez, selon la science... Qu'est-ce qu'une\nmaladie? Qu'est-ce que la maladie? Docteur? Vous êtes philosophe,\nvous voyez assez avant dans le catholicisme pour que l'explication\nque je vais vous proposer ne vous effarouche pas. T o u t e misère de\nl'homme découle du péché. Or, voici un artiste de génie, n'est-ce pas?\nqui a commis ce crime énorme d'annihiler un chef-d'œuvre, d'éteindre\nun flambeau capable d'éclairer une âme, c'est-à-dire, coupable d'avoir\ndissimulé à jamais aux regards des hommes un peu de la beauté de\nDieu, et il en est puni intelligemment,    remarquez cela, non par une\nmaladie quelconque, mais par un mal effroyable, de mesure exacte-\nment proportionnelle au crime qu'il a perpétré; l'expiation est accom­\npagnée des circonstances précises de la faute, mais cette fois venge­\nresses. Il annihile et il est annihilé. Singulière corrélation, avouez-le.\nVous appelez cela : tabes. Nous sommes d'accord, à cette différence\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "                                   DÜRENDAL                                               II\n\n\nprès que vous dites maladie où je prononce punition.                            Stipendium\npeccati   mors!\n  L e s deux causeurs restèrent longtemps silencieux sur ce mot. Au\nm o m e n t de se quitter, le médecin, pensif, serra la main du prêtre et,\nle regardant, il dit cette parole, conclusion d'une discussion intérieure :\n  — Peut-être, l'abbé, peut-être.\n\nJanvier 1894.\n                                                                 POL DEMADE.\n\n\n                             DIES          IRaE!\n                                                  Manduccmus et bibamus erns enim nioriemur.\n\n              Les pauvres en liesse auront des Balthasars!...\n              Leurs gars, près de l'église, en s'écriant : « Cocottes »,\n              Jetteront ricanants leur sébile aux dévotes...\n              Leurs filles n'iront plus se vendre aux lupanars!...\n\n              Mauvais riche, à toi l'or, les palais, les nectars...\n              Dès ce jour, c'en est fait des vœux que te marmotte\n              Le noir désespéré qu'éclabousse de crotte\n              Le trot de tes chevaux, la course de tes chars!...\n\n              Jouis jusque demain!... Tu leur as volé Dieu,\n              Il ne leur reste rien... hors le fer et le feu !\n              Ou la recette encor de la bombe assassine...\n\n              Et pour garder ton corps du banquet des corbeaux,\n              Quand ton chef roulera, froid, de la guillotine,\n              Ta fille embrassera le valet des bourreaux!...\n                                                             MAURICE CLAEYS.\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": " 12                            DURENDAL\n\n\n\n\n                 MORALE ET LITTÉRATURE\n\n\n             ON l'a dit, avec infiniment de justesse, à propos d'une\n             conférence sur la littérature moderne : « L e vice et la\n             vertu ne sont pas l'apanage d'un siècle quelconque, ils\n             sont de tous les temps.-»\n                 Condamner en bloc, soit toute la littérature d'un siècle,\nparce que certains écrivains de l'époque ont publié des œuvres immo­\nrales ; soit tous les écrits d'un auteur, parce que parmi eux il en est\nde blâmables, est insensé.\n  T o u s les siècles comptent dans leur sein des auteurs qui ont foulé\naux pieds les lois de la morale. L e XVIIe siècle lui-même, ce siècle si\ncher au classicisme pédant, n'est pas indemne de ce chef. Oh ! que\nnon ! Les contes de L a Fontaine doivent leur célébrité autant, sinon\nplus, à leur inspiration lubrique qu'au talent de l'écrivain. Nos péda­\ngogues en interdisent, avec raison, la lecture, à leurs jeunes disciples,\nmais ils n'en proposent pas moins, avec enthousiasme, à leur admi­\nration, les fables du bonhomme. E n quoi, ils ont raison encore.\n   Mais, pour Dieu ! soyez logiques ! mes beaux messieurs !\n   Dès lors que vous offrez une si accueillante hospitalité dans vos\nclasses à un auteur du XVIIe siècle, quoiqu'il ait plus d'une fois trempé\nsa plume dans la boue, de quel droit nous jetez-vous la petite pierre\nde votre pudeur effarouchée, sous prétexte que nous poussons la\njeunesse dans des voies dangereuses, lorsque nous l'engageons à\npermettre loyalement aux littératures de notre époque de s'ouvrir sur\nleurs pupitres, à côté des chefs-d'œuvre des temps passés.\n   Parce qu'un littérateur a enfreint la morale dans l'un ou l'autre de\nses livres, faut-il l'excommunier absolument? Qu'on mette la jeunesse\nen garde, qu'on la dirige dans ses lectures, qu'on lui indique les\nécueils à éviter! c'est parfait. Mais il n'est \"ni juste, ni logique de lui\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                                 DURENDAL                                 13\n\ninterdire toutes les œuvres de cet écrivain, m ê m e celles qui sont irré­\nprochables. Dans de telles conditions, une étude sérieuse de la litté­\nrature est impossible. Autant la supprimer d'un coup.\n   L e grand poète Verlaine a publié des œuvres licencieuses, tout à\nfait blâmables. Nous les lui reprochons. J a d i s , il s'en repentait\nlui-même :\n  . « L'auteur — c'est Verlaine qui parle — n'a pas toujours pensé\n» comme aujourd'hui. Il a longtemps erré dans la corruption contem­\n» poraine, y prenant sa part de fautes et d'ignorance... Il a publié,\n» très jeune, des vers sceptiques et tristement légers... » Ces paroles\nsont tirées de la préface de Sagesse, un des plus beaux poèmes chré­\ntiens de ce siècle. Verlaine l'appelle : « Son premier acte de foi\npublic ». « On n'y trouvera rien — dit-il — de contraire à cette\n» charité que l'auteur désormais chrétien doit aux pécheurs dont il a\n» jadis et presque naguère pratiqué les haïssables mœurs. Il ose\n» compter qu'en ce livre nulle dissonance n'ira choquer la délicatesse\n» catholique : ce serait sa plus chère gloire, comme c'est son espoir le\n« p l u s fier. »\n   Ce poème, d'une envolée si pure, devrait être classique dans tous\nles collèges et il en est presque universellement banni. Les Maîtres\neux-mêmes ne l'ont jamais l u ; il en est qui ignorent jusqu'au nom du\ngrand poète.\n   Ce que nous disons de Verlaine, nous devons le dire à plus forte\nraison de Barbey d'Aurevilly, Villiers de l'Isle-Adam, L . Bloy et\nd'Ernest Hello, surtout d'Ernest Hello, cet affamé d ' i d é a l q u i a dit de\nlui-même cette belle parole : « J e suis le pauvre des pauvres, car quel\nest le pauvre, sinon celui qui a besoin? E t mon besoin est immense,\nil est infini ! » Cette âme essentiellement virginale, ce génie profon­\ndément chrétien et dont la foi vibre avec une telle intensité dans toute\nson œuvre que Barbey d'Aurevilly en a pu dire : « L e caractère du\n» talent d'Ernest Hello, c'est ne rien faire comme personne, non par\n» originalité littéraire ou calcul d'art, mais par une originalité autre­\n» ment grandiose et profonde, l'embrasement d'une foi religieuse, qui,\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": " 14                            DURENDAL\n\n\n» dans un temps où l'enthousiasme est tué dans tous les esprits et\n» dans tous les cœurs, est la plus stupéfiante originalité. »\n   Toujours inconséquents avec eux-mêmes, les adorateurs du veau\nd'or littéraire du XVIIe siècle désavouent encore l'exclusivisme que\nnous leur reprochons, lorsqu'ils prodiguent l'encens de leurs louanges\naux classiques de Rome et d'Athènes. Car, personne que je sache\nn'aura la naïveté de prétendre que la chasteté était précisément la\nnote dominante des œuvres de ces païens, adorateurs de Vénus!\n   Nous ne demandons qu'une chose, c'est que l'on traite nos gloires\ncontemporaines avec autant de courtoisie que l'on en témoigne aux\npaïens du monde antique et aux classiques du XVIIe siècle.\n   Ne pourrait-on faire, pour la littérature moderne, tout au moins ce\nque l'on a fait pour les lettres païennes? Glaner dans les chefs-d'œuvre\nde notre siècle quelques passages saillants, virilement pensés et artis­\ntiquement ciselés et en faire un recueil où les jeunes esprits puissent,\nsans danger pour leur intégrité, s'initier à la littérature de leur temps.\n   A h ! les lettres modernes sont en révolte avec la morale! Motif de\nplus, pour celui qui en a la puissance, de s'en emparer et de travailler\nà détourner le courant faux et malsain qui les entraîne et à leur infuser\nu n e sève plus idéale. Mais pour atteindre ce but, il faut produire des\nœuvres, qui, et comme conception et comme expression, ne soient pas\ninférieures, en valeur artistique, aux compositions si finement pensées\net si délicatement stylées de nos écrivains modernes. Si vous avez la\nnoble ambition de vous élever jusqu'à ces cîmes lumineuses où planent,\nnimbés de l'auréole du génie, les Villiers de l'Isle-Adam, les Barbey\nd'Aurevilly, les Ernest Hello, il vous faut, jeunes gens, secouer une\nbonne fois l'engourdissement dans lequel l'étude exagérée de l'antique\na figé vos intelligences, communier à l'idéal des maîtres actuels par la\ncontemplation de leurs chefs-d'œuvre, vous familiariser avec leur\nesthétique, afin d'arriver ainsi à la maîtrise dans l'art d'écrire. Oui,\njeunes gens, « âmes de penseurs et d'écrivains, maîtres d'un âge futur,\njeunes créateurs qui venez, l'éclair au front, confiants en votre foi\nnouvelle, vous qui, perdus encore sous votre lampe d'étude en quelque\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                                                      DURENDAL                                    15\n\n\nfroide chambre de là capitale, vous êtes dit tout bas : « O presse\npuissante, à moi tes milliers de feuilles où j'écrirai des pensées d'une\nbeauté nouvelle » (1), vous avez le légitime espoir de jouer, un rôle\nsuperbe dans le splendide mouvement artistique contemporain. Votre\nplace y est toute désignée.\n   L'avenir est à vous, si vous le voulez, car l'avenir est plus que\njamais à l'idéal. L e monde est saturé de naturalisme, il ne demande\nqu'à monter. Soyez les chevaliers de l'idéal, les apôtres du beau,\nles messies de l'art. Aidez les foules dans l'ascension vers l'idéal,\ndont elles ont faim et soif. Consacrez-vous, tout entiers, à cette mis­\nsion, si digne de vos juvéniles ardeurs, avec toute la puissance de\nvos esprits, tout l'enthousiasme de vos cœurs de vingt ans et tout\nl'élan de vos âmes d'artistes et de chrétiens !\n                                                                 L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n\n\n\n\n                                                  P O È M E EN PROSE\n\n\n\n                            LES VENDANGEUSES\n   Le soleil d'octobre déverse les suprêmes chaleurs d'automne sur les\nvignes encore feuillues, et les vignes aux feuilles d'un vert pâle et d'un\njaune tendre se penchent, très lasses, sous le poids des raisins mûrs.\n\n  ( l ) VILLIERS DE L'ISLE-ADAM,   Contes   crucis.\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": " 16                             DURENDAL\n\n\n  Les raisins mûrs multiplient     leurs taches noires parmi les feuilles\nimpuissantes à les dissimuler ; ils pendent, par grappes, aux ceps fati-\ngués et implorent la vendange.\n   Voici que les cohortes des vendangeurs aux bras forts, et les théories\ndes vendangeuses aux frêles mains d'amoureuses, se répandent       parmi\nles vignes dorées au soleil d'octobre.\n   Et les raisins noirs, aux graines compactes, lourdement tombent dans\nles seaux, et les ceps très las se redressent, déchargés de leurs fruits.\n   Les vendangeuses courbent leurs tailles souples parmi les vignes, et\nle rythme onduleux de leurs jeunes corps atteste l'adolescence et la\nbeauté.\n   Elles égrènent leurs rires sonores en cueillant les raisins noirs, et\nlorsqu'elles se redressent soudainement, leurs poitrines bombées et leurs\ncous graciles et blancs révèlent la maturité de leurs ardentes  jeunesses.\n\n   Leurs yeux limpides reflètent la gloire du soleil d'octobre aux rayons\npâlis, et leurs bouches sourient aux choses et fleurissent de pourpre la\ngrâce de leurs traits.\n  Et leurs doigts frêles se rougissent au sang des raisins, et leurs lèvres\noù s'écrasèrent les graines mûres, semblent une êclosion de rouges roses\nremontantes.\n   Le sang des raisins ensanglante la pâleur de leurs mains et de leurs\nvisages ; le sang des raisins exalte leurs vigueurs d'adolescentes et enivre\nleurs cœurs joyeux.\n  Et la joie brutale et crue des peuples barbares se magnifie en leurs\nyeux extasiés, et la splendeur de la joie physique se symbolise en le sang\nde ces raisins pourpre.\n   Les silhouettes des vendangeuses se courbent et se redressent sur les\nvignes dorées, parmi les rayons d'or du soleil d'octobre, et la beauté de\nleurs formes onduleuses tressaille d'allégresse et chante     harmonieuse-\nment la joie suprême des forces   naturelles.\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "                                DURENDAL                                17\n\n   Cependant, à l'horizon lointain descend le soleil d'or. A mesure qu'il\ns'en va ses rayons augmentent     d'intensité et étincellent sur les vignes\ndorées.\n   Et les rayons du soleil qui meurt, d'un rouge incandescent, ensan-\nglantent le ciel, comme de grands aigles dont le sang coulerait dans\nl'espace attristé.\n   Le soleil coule en fleuve de sang sur la terre épouvantée, et sur les\nvignes assombries. Et le sang du soleil se mêle au sang des raisins sur\nles mains et les lèvres des vendangeuses.\n  Et les vendangeuses suspendent tout=à=coup leurs rires sonores, et\nbaissent, craintives, leurs yeux mélancoliques.\n   Car, dans ce soleil d'octobre d'où le sang dégoutte à flots, et dans ces\nraisins noirs où leurs mains s'ensanglantent,      leur apparaît la mort\ninévitable, sœur de la joie physique, la mort qui tord les jeunes hommes\nsur les rouges champs de bataille, et brise les cœurs sanglants des\namoureuses...\n                                                  H E N R Y BORDEAUX.\n   Thonon=les= (Bains, octobre 1893.\n\n\n\n\n                           NOËL NOIR\n\n                   A la vesprée, noirs de houille, ils s'en reviennent de\n                   la fosse, les mineurs; le dos rond, la démarche\n                   hésitante, le corps affaissé, comme aplati, sous le\n                   poids des galeries — tous, avec cet air passif et\n                   grave que donne la lutte contre les éléments, l'in­\n                   consciente obsession du grisou.\n                   Casqués de cette calotte grossière, sorte de toque\nfaite de cuir, dur comme du granit, à croire qu'on l'a taillé dans\nla peau des aurochs défunts — coiffe, sans doute, mais plus encore\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": " 18                            DURENDAL\n\n\nbouclier contre les pierres branlantes du fond — ils marchent les\nbras ballants, tenant d'une main le bidon à café et de l'autre la\nlampe, leur soleil de dessous terre.\n  L a journée est finie. Encore une, disent-ils. E t leurs pas marquent\nde larges empreintes noires la neigé gelée, qui grince sous le fer des\nsouliers lourds.\n  Derrière, l'antique fosse fumeuse — éternellement vieille et noire —\nprofile sombrement la masse disgracieuse de ses mornes constructions\ndans le clair du ciel, où timidement la lune point.\n  E t toujours, rythmiquement, comme un balancier d'horloge, la\nmachine du puits d'exhaure renifle, sonore. Ame du grand corps\ninforme.\n                                  * *\n\n   Demain c'est Noël. U n e grande fête — qui ne vaut pas la sainte\nBarbe pourtant, aux yeux des mineurs — mais qui compte gros, tout\nde même, au ciel et sur la terre, puisqu'on ne descend pas ce jour-là.\n   Les cloches de Gohyssart, messagères universelles d'événements\nlugubres et tristes ou de fêtes aimées, tintent joyeuses. Sonneries\ndouces à l'âme angoissée, caressantes au t y m p a n délicat rudoyé\nsouvent par les heurts sinistres des sirènes d'usine.\n   E t il fait blanc, tout blanc par la route fuyante, comme si Dieu eut\nvoulu immaculer la terre souillée, avant d'y faire naître son F i l s .\n   A chaque carrefour, quelques mineurs se détachent de la b a n d e . E t\nles autres de continuer leur route, en causant.\n   Un des plus jeunes, Jean, hâte le pas. Sa femme l'attend au logis;\nelle se souvient que le trait est avancé d'une heure et que son homme\nlui a promis de ne pas entrer au cabaret.\n   L'exactitude est la politesse des rois, ce charbonnier est roi par\nce côté.\n                                     * *\n\n  C'est ici. U n e poignée de mains aux camarades et l'on se quitte sur\nun vigoureux « au revoir ».\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "                               DURENDAL                               19\n\n   U n e modeste façon de maisonnette basse, pas bien spacieuse, avec\nun lopin de terre derrière — représentative, exactement, de l'impor­\ntance sociale de son propriétaire.\n   U n e porte, une fenêtre à volets verts où se joue, blafarde, la lueur\ndu réverbère d'en face.\n   Derrière se dresse, géant, le pyramidal terry — écran noir qui\nmasque un coin de l'horizon.\n   Il y a vingt ans — on s'en souvient au village — c'était à cette place\nune prairie. Depuis, le crassier s'est élevé, se haussant chaque jour\nun peu plus et de là-haut comblant la vallée, la submergeant sous\nl'envahissement d'une lave noire et froide.\n   Aujourd'hui, le tas est énorme. C'est presque une montagne.\n   Quelques maisonnettes de houilleurs, humblement tapies à l'abri\nde la tempête, gisent là comme accroupies au pied du T i t a n de\ncendres — dont la masse compacte semble protectrice. Illusion...\nL e jour est proche où le géant les écrasera.\n\n                                  *       *\n\n  U n e place proprette, blanchie à la chaux, très simplement meublée.\nQuelques chaises symétriquement rangées le long des murs, une table\ndevant laquelle sont assis deux garçonnets, 5 et 7 ans, les deux fils\nde Jean, et à côté le berceau, où dort leur petite sœur. Dans le coin,\nune vieille armoire en chêne, héritage de l'aïeul; au-dessus l'horloge;\nsur la muraille encore, deux chromolithographies à 50 centimes,\nachetées à la dernière foire de Charleroi, les portraits du Roi et de la\nReine, et en face, sur la cheminée, à la place d'honneur, le crucifix\nde cuivre rouge.\n   Mélanie, la femme de Jean, inspecte d'un coup d'œil circulaire la\nmaison toute resplendissante de la propreté méticuleuse des veilles\nde fête.\n   E t l'on soupe frugalement de pommes de terre rôties sur le gril,\nd'un hareng doré par le fumage et, en guise de dessert, d'une tartine\nde vrai beurre, arrosé de bonne bière blonde, chantée par les\nGaulois aïeux.\n                                      *\n                                  *       *\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": " 20                             DURENDAL\n\n   Les enfants sont couchés. E t les époux, un peu rêveurs, sont assis\nau coin du feu à écouter le râle du vent dans la cheminée.\n   Mélanie, tout en berçant le marmot qui geint, se remémore les\nsplendeurs de l'ancienne messe de minuit, la crèche nimbée de\nl'auréole lumineuse et le petit Jésus rose, couché sur un lit de paille\ndorée. A présent, on ne chante plus la messe de minuit. Les temps\nont été proclamés mauvais, en chaire, de par M. le Curé, et le pasteur\net les paroissiens restent chez eux la nuit de Noël, par crainte des\nrôdeurs nocturnes.\n   Jean semble préoccupé, distrait. Sa main étreint son front plissé\ncomme pour en exprimer un souvenir. Soudain : « Mélanie, parle-t-il,\nest-ce que vous savez ? Il y a juste dix ans aujourd'hui que nous nous\nsommes mariés. » E t sa femme de répondre, surprise : « P a s une\nraison, mon homme, pour être comme ça tout chose, tout pensif. »\n   Ils se rappellent les jours lointains...\n   L e terry, là derrière... Ah! l'ont-ils gravi, enfants, l'énorme crassier,\nen quête de miettes de charbon oubliées. Ont-ils gratté, ensemble,\nses flancs noirs pour y trouver du pain. Puis plus tard, le charbon­\nnage voisin où ils ont peiné tous deux. Jean, un rude homme, puissant\nde muscles, travaillait à la veine. E n a-t-il donné des coups de pioche\ndepuis lors. Mélanie, elle, occupée au jour, triait les gaillettes. Mais\nelle finit par descendre aussi, pour devenir hiercheuse, et ses bras\npoussèrent maints wagonnets chargés.\n  C'est là qu'ils s'étaient connus. E t la sympathie était née, cordiale,\nau sein de cette laborieuse misère commune. Un jour, lassés enfin\nde cette perpétuelle contemplation du noir, dans leur âme abrutie\npar la matérialité du travail quotidien, un sentiment pur avait jailli,\net bien vite ils s'étaient mariés, heureux de mettre un peu de bleu\ndans leur vie.\n                                      *\n                                     * *\n\n  Il y a dix ans de cela. Jean, âpre à la besogne, gagne pour deux...\npour cinq, Dieu l'ayant fait père de trois enfants. Mélanie, économe\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "                                          DURENDAL                                       21\n\n\net laborieuse, dirige son ménage, s'ingéniant                    à mettre un sou de\ncôté pour les mauvais j o u r s .\n  E t la joie de ces parents, leur orgueil, l'espoir de leur vieillesse,\nce sont leurs trois enfants, beaux comme eux, de la beauté âpre\net virile des êtres forts.\n   Ils sont heureux à faire envie aux riches, ces miséreux                        obscurs,\nces besogneux, ces vaillants de la glèbe noire! H e u r e u x , oui, plei­\nnement, car ils possèdent cette richesse vraie — présent royal de\njoyeuse     entrée     apporté à l ' H u m a n i t é inquiète       par     le Christ,    au\njour glorieux de sa nativité              — la paix       promise     aux     hommes      de\nbonne     volonté.\n                                                              MAURICE RANWEZ.\nJ u m e t , 15 décembre 1893.\n\n\n\n\n                  Roche Tarpéienne et Capitole\n Paroles pour        Georges   Eekhoud,    par   d'airain. A la lecture de semblables pages,\nCAMILLE LEMONNIER (Editeur Lacomblez).           dont toutes les phrases sont comme les\n   Camille Lemonnier est certes loin de          artères, coupées et versant leur beau sang\nnous, d'esprit et de tendances, mais quel        rouge et chaud, impossible de ne pas\nadmirable, quel puissant ouvrier de la           sentir passer en soi un frisson d'admira­\npensée et de la phrase, dans ces dix             tion, impossible de ne pas crier à l'ar­\npages par exemple écrites pour Eekhoud.          tiste : Vous, vous êtes un vivant au\nCela vous entre dans l'intelligence avec         moins! Nous devions cette parole de\nla force d'une hache s'entant au cœur            justice à Lemonnier. Demain nous nous\nd'un chêne, entrant et n'en sachant plus         battrons peut-être contre lui, aujourd'hui\nsortir, demeurant là en vous, devenant           il ne nous en coûte pas de lui rendre cet\nvotre propre substance comme la hache            hommage mérité. Un catholique doit être\nd'acier inséparable du bois aux fibres           vrai.                               p. D.\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": " 22                                              DURENDAL\n\n\n L o u i s e , roman lyrique par M. CHARLES FUSTER.        poète, quelques petits nuages attristés,\n  Un roman en vers! Quel luxe dans les                     mais nous espérons les voir s'évanouir\nmots, mais en fait, ici, quelle pauvreté                   dans ce midi clair que nous promet ce\ndans les choses. Pauvre roman et pau­                      premier livre et que nous serons heureux\nvres, très pauvres vers. Nous espérons                     de saluer, heureux et peut-être fiers.\nque M. Fuster, qui a donné des preuves                                                       p. D.\n                                                                               *\nd'un joli talent, s'abstiendra à l'avenir de                                      * *\npuérilités semblables. L'écrivain a plus                     La Littérature catholique contempo­\nmâle besogne aujourd'hui que s'amuser                      raine. (Prix : 1 franc.)\nà crever des bulles de savon.        p. D.                   POL DEMADE vient de publier en bro­\n                                                           chure une conférence consacrée à ces\n                          *\n                         * *                               grands artistes : Barbey d'Aurevilly, Léon\n L e V e r b e a u r o r a l , JOSÉ HENNEBICQ.. Malines,   Bloy, Villiers de l'Isle-Adam, Ernest\nGodenne, 2 fr.                                             Hello. Ainsi que le constate, non sans\n   Les enfants qui naissent et les poètes                  amertume, M. Demade, ces noms glo­\nqui débutent commencent leur vie par                       rieux sont des exceptions rares et leur\ndes larmes. M. José Hennebicq n'a point                    gloire, à dire vrai, n'est reconnue et\nmanqué à cette règle. Le Verbe amoral,                     appréciée que de leurs adversaires. Il est\nmalgré le précieux de ce titre, est mélan­                 à cela d'autres raisons que celles que\ncolique et charmant aussi comme ces                        nous donne l'auteur, et pour n'en citer\npremières larmes enfantines. Ces perles                    qu'une : tous quatre, à des degrés divers,\nvivantes ont, par un autre côté, ce                        sont de fiers indisciplinés. On ne pouvait\ncharme encore de nous apparaître dans                      les dénoncer comme impies, on usa d'une\nla lumière douce et dorée d'un soleil                      arme plus sûre : le silence.\nlevant, éclairant une aube blanche d'idéa­                                            H. GRAVEZ.\nlisme; il passe bien, dans ce matin de                     (Nervie, janvier 1894.)\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                                    DURENDAL                                      23\n\n\n\n\n                       MIROIR DE LITTÉRATURE\n\n    Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n   La Rédaction de Durendal remercie les abonnés, les amis et les collaborateurs de\nla première heure, — tous ceux enfin qui lui ont apporté le concours de leur sym­\npathie, de leur vaillance ou de leur plume.\n                                             *\n                                         *       *\n  Deux citations à rapprocher du même journal :\n  M. Laurent Tailhade (à propos du crime de Vaillant) :\n  « Qu'importent les victimes, si le geste est beau ? »\n   M. François Coppée :\n   « C'est un dilettante. Il admire le « geste » de Vaillant. N'ayez pas peur. Le\ndilettante ne fabriquera et ne jettera jamais aucune bombe. Son anarchie est pure­\nment spéculative. C'est par dandysme qu'il applaudit aux assassinats. Il juge cette\nopinion élégante et s'en fait une macabre parure. Egoïste et vaniteux, il laisse\néclater, dans toute son horreur, sa haine de raté. Ces malheureux Tantales des\nfruits d'or du succès, aigris, névrosés, pleins de bile et de rage, rêvent d'un cata­\nclysme, ont les cauchemars d'un Erostrate et se transforment, tout doucement, en\npetits Nérons en chambre. »\n   Il nous souvient que le goujat de lettres, qui a nom Taiihade, insulta, d'ignoble\nmanière, l'an dernier, un des nôtres, M. Jean Casier — lequel, en trop bon catho­\nlique, se laissa faire, un peu. — Notre ami ne pensait pas, à ce moment là, qu'il aurait\nassisté, un jour, à cette jolie scène de cannibalisme littéraire : François Coppée\ndévorant Tailhade préalablement lardé de juteuses épithètes et truffé de compa­\nraisons à l'emporte-gueule.\n                                             *\n                                         *       *\n  Au dessinateur Gisbert Combaz, à l'éditeur Lyon-Claesen, lesquels si bellement\ndamasquinèrent Durendal, moult grâces des Douze Pairs de la Table ronde.\n\n                                         *       *\n  Sagax — un pseudonyme derrière lequel se dissimule, nous assure-t-on, la person­\nnalité assez turbulente de Monseigneur de Harlez, — s'en prend, dans une obscure\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": " 24                                  DURENDAL\n\nfeuille de province, à notre ami l'abbé Hector Hoornaert. Sagax prête à l'auteur de\nla parodie « Africus » des intentions complètement fausses. Il eut été plus simple de se\nsouvenir que toutes les œuvres dramatiques, ayant fait du bruit, ont suscité des\nparodies, depuis « Andromaque » jusqu'à « Hernani » et 1' « Intruse ».\n   La personnalité de Sagax nous fait renoncer à de plus amples commentaires.\n                                             *\n                                         *       *\n  Un mot cruel de Maurice Barrès :\n   « Mettez des jeunes gens ensemble, les plus distingués baisseront, les pires mon­\nteront, et il se fera un niveau de médiocrité. »\n\n                                         * ' *\n   « Singulier effet de l'éloignement, alors que V. Hugo baisse, Barbey d'Aurevilly\ngrandit. »                                           La Plume, 15 décembre 1893.\n                                            *\n                                          * *\n   Nous signalons à l'attention de nos amis une remarquable étude du docteur\nFortuné Mazel sur La Décadence religieuse en France, publiée dans l'Ermitage\n(livraisons de septembre, octobre et novembre 1893). L'auteur ne partage peut-être\npas toutes nos croyances, mais, en tous cas, c'est un respectueux; il écrit de bonne\nfoi, comme dirait Montaigne, et son œuvre mérite à tous égards d'être étudiée par\nles catholiques, tant de Belgique que de France, soucieux des aspirations de leur\ntemps.\n                                            *\n                                          * *\n   Oyez donc cette bourde colossale, qu'en un français étrange, commit l'autre jour\nun journaliste belge :\n   « En ridiculisant par sa candidature à l'Académie française et ses visites gro­\ntesques, dans une tapissière, aux Immortels, Tournadre n'a-t-il pas fait œuvre de\njuif en cherchant à ridiculiser cette institution fondée par le cardinal de Richelieu,\net dont le renom et le prestige rejaillissent sur le pays de France? »\n   Et nous qui avons traité naguère l'Académie de Belgique de « morgue littéraire! »\nRidiculiser une académie, quel crime ! Comme si les académies ne se ridiculisaient\npas d'elles-mêmes !\n                                           * *\n\n  Au numéro de février : Un Conte de M. H. Carton de Wiart; des proses de\nM. Georges Virrès, et Mme Demade; des vers de M. l'abbé H. Hoornaert et de\nM. Ernest Périer; etc.\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": ""}, {"page_pdf": 33, "texte": ""}]}