{"numero_id": "ulb-durendal-1894-02-n2", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1894-02-n2-001", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 25, "page_fin": 34, "titre_corps": "Fin de chevalerie : Repues franches", "titre_sommaire": "Repues franches", "signature_source": "H. CARTON DE WIART", "ancre_debut": "FIN DE CHEVALERIE", "ancre_fin": "H. CARTON DE WIART", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA FORCE DU PÉNITENT", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 163, "fin_caractere_exclue": 2071, "texte": "FIN DE CHEVALERIE\n\n\n                 REPUES FRANCHES\n                              A EUGÈNE DEMOLDER\n\n                                             C'est vers le Moyen-Age énorme et délicat\n                                             Qu'il faudrait que mon cœur en panne naviguât,\n                                             Loin de nos jours d'esprit charnel et de chair triste.\n                                             Verlaine                               (Sagesse).\n\n\n                   LA cité liégeoise s'est éveillée avec l'aube, — en un\n                   blanc matin de septembre.\n                        Majestueusement, le soleil ascensionne vers l'em­\n                    pyrée, et l'or fluide de ses rayons s'efforce d'étancher\n                   le brouillard qui flotte suspendu sur la Meuse,\n                   comme les fumées d'un cheval en sueur.\n   P o u r le marché-franc de la F ê t e saint L a m b e r t , les forains\napprêtent, en t u m u l t e , leurs tréteaux et leurs éventaires dont la\nperspective se prolonge loin, bien loin, — parallèle au cours du\nfleuve, — sous les arbres à la chevelure déjà fauve.\n   Eblouissement dans les yeux ! Bourdonnement dans les tympans !\n   A la gloire des poteries hollandaises, des cuivres de Dinant, des\nfourrures d'Allemagne, des draps de F l a n d r e s et des autres renom­\nmées exotiques ou indigènes, claquent, au fronton des échoppes, de\nlarges bandes de toile bariolée. Maraîchers, fromagers, fariniers,\nchaudronniers, maquignons, vendeurs de colombes, d'oiseaux chan­\ntants et de chasse exaltent à l'envi, dans des patois wallons ou thiois,\nl'excellence de leurs marchandises. P l u s calmes, les changeurs et\nprêteurs de L o m b a r d i e attendent silencieusement que leur heure soit\nvenue, — et supputent la valeur de toutes ces choses qu'ils reverront\nquelque jour, à l'état de gages, sur leurs comptoirs et félonnes balances.\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2261, "texte": " 26                            DURENDAL\n\n\n  Voici des cottiresses qui passent, et des bourgeoises de petit état et\ndes pucelettes aux bliauts simples. Dans un coin, un Juif, en bonnet\njaune, dissimule ses bijoux d'ambre et de perles sous un tapis fané;\nà la curiosité allumée de ces femmes, il répond par une arrogante\nindifférence : « Cecy n'est nin pour vos escarcelles, mes commères, » et\npar semblables propos excitant les vanités ingénues, il leur abandonne\npour un marc d'argent une bague de la valeur de trois sols tournois.\n   Sur les degrés des fontaines et sous les porches s'échelonnent des\ngrappes de squalides vieilles, — assises à croppetons, — commises à la\nhaute surveillance des baudets, des charrettes et des mannes vides, et\nleur sénile caquetage est souvent coupé d'injures et de prises à partie.\n   Les taverniers, très importants, clament des ordres aux subalternes.\nD'aucuns, plantés sous leurs enseignes de tôle qui dansent à la brise,\npot et gobelet en mains, disent aux passants le goût merveilleux de\nleur vin — « creu ès bons terroirs d'entour » — sec et délié à regail-\nlardir le saint Christophe de pierre de la cathédrale, et ainsi ils har­\nponnent les plus altérés.\n  D'heure en heure plus dense, la foule roule maintenant, au sortir\nde la messe, en flots lourds, avec une petite houle parfois, des arrêts,\ndes retraits, des hésitations, des précipitations soudaines.\n   Des baladins et des pitres de toute sorte ont ouvert leurs jeux :\nIci, du haut d'un baril, un pèlerin présumé, tout armoyé de coquilles,\npsalmodie la complainte de saint Angadresme et conte comme quoi,\nd'un coup de sa baguette de frêne, le bienheureux pourfendit trois\ngéants sarrazins. T r è s grave, son-compagnon, affublé d'une barbe de\nmousse, fait baiser à quelques bonnes femmes une apocryphe plume\ndu coq de la Passion et deux des charbons sur lesquels grilla le grand\nsaint L a u r e n t . Dont le profit est gros.\n  Plus loin, des acrobates jonglent avec élégance, — des charmeurs\nde serpents, bras allongés, déroulent leurs ceintures vivantes, — de\npauvres histrions simulent des tournois grotesques ou représentent\ndévotement le roi Salomon ou le pauvre sire Job, avec les mêmes\npourpoints troués au coude. E t les bonnes gens et les mauvais gar-\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1997, "texte": "                               DURENDAL                               27\n\nçons de s'ébaudir autour d'eux, se baignant d'aise aux plus méchants\npropos et aux plus basses scurrilités.\n   Tout ce peuple en liesse brille, scintille, poudroie dans l'air limpide\net radieux où la sève humaine monte en conflit de mille bruits assour­\ndissants, en cantate inharmonique de rires, de jurons, d'appels, d'in­\njures, de boniments...\n   Scandant à coups de battant clair cette ardente cacophonie, toutes\nles cloches civiles et religieuses magnifient à l'unisson la Franchise\nsolennelle : Le clocher octogone de Saint-Lambert pointe haut dans\nla nue, comme une âme avide d'idéal, et ses dix-huit « filles », — con­\n duites par la cloche blanche du Ban, — semblent rivaliser d'élans\npour porter plus haut, toujours plus haut, leurs célestes volées.\n   Le dôme colossal des Dominicains gronde lentement, pour l'effa­\n rement des corneilles dont le vol elliptique tournoie au-dessus du\n moustier.\n   Saint-Paul et Saint-Martin ont de gracieux airs d'ariettes : les bulles\n échappées de leurs carillons semblent danser de maison en maison.\n Et l'abbaye Saint-Jacques, et la commanderie des Templiers, et la\n grosse tour de Saint-Denis, et l'église de la Chartreuse chantent\n comme autant de nids de pinsons.\n    Et la sonnerie de la Violette, aux accents plus graves et plus rares,\n clame aux campagnes l'indépendance du Perron liégeois.\n                                       *\n                                   *       *\n\n   Midi. Le soleil verse à cru ses rayons. La Meuse, étalée dans son\ncalme des jours sereins, ruisselle d'ocellures bleues et de paillettes\nargentées.\n   Au pont d'Amercœur, un regain de curiosité populaire s'accuse par\ndes courants de foule et des accords de clameurs.\n   — Noël! Noël! crient des voix rieuses... Noël au sire des Repues\nfranches !\n   Précédé par l'écho contagieux de ces « Noël! », escorté d'enfants en\ndélire, de bachelettes dansantes, de sabouleux et de truands dégin-\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2074, "texte": " 28                           DURENDAL\n\n\ngandés, apparaît, — objet de tous les regards et de tous les gestes, —\nle chevalier Vincent, « de par la grâce de Dieu » sire de Malempré-\nBueren, et doyen de tous les hauberts du pays hesbignon.\n   A travers l'ovation joyeuse, il passe, la face noble éclairée d'un\nbienveillant sourire. Son destrier, l'illustre Passavant, mi-juponné de\nfer, retrouve, en dépit de sa vieillesse et de sa piteuse maigreur, des\nallures triomphales.\n   — Largesse ! largesse ! clament des rivageois massés à la porte du\npont. Et le chevalier Vincent, — en réponse à ces paumes et à ces\nchaperons qui se tendent vers lui en forme d'innocente plaisanterie, —\nrépond généreusement par un salut protecteur éployé à la ronde.\n   Il est quelque peu malaisé de sa personne, le vieux chevalier\nVincent : pansardement gros et chichement accoutré, — au demeurant,\nun des plus dignes gentilshommes de la chrétienté et, sans conteste,\nle plus endetté qui soit.\n   Tout bossué reluit son cimier de bataille, projeté sur la nuque par\négard pour une terrible cicatrice, — douloureuse encore, peut-être, —\nqui saille sur son front comme une barre d'illégitimité sur un écusson.\nSon large torse se dessine sous un pourpoint en cuir de Hongrie noirci\ndu frottement des armes, par dessus lequel flotte entr'ouvert un vieux\nmanteau de fourrure sans couleur appréciable.\n   Le regard est franc et clair. La taille haute, seyant au comman­\ndement.\n   Parvenu au quai de la Goffe, la première visite du chevalier Vincent\nest pour la taverne des Trois Rois de Cologne, — modeste auberge\ndissimulée sur la rive parmi les maisons tassées l'une contre l'autre et\nhuchées sur pilotis dans la peur des inondations, — hostellerie fameuse\n aux pays de Liége, de Looz et de Franchimont, auprès de tous les\n fervents de la bonne chère et des loyales beuveries.\n                                      *\n                                  *       *\n\n  Il est du nombre de ces fervents, le vaillant sire. Et c'est pour,\nsans bourse délier, faire bombance, qu'il a, en ce jour de franchise,\n"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "                                DURENDAL                                29\n\ndéserté son inviolable mouvance de Bueren où l'année durant il reste\nreclus, comme un hibou en son trou ou un moine en son cloître.\nL a s ! bien plus qu'un parti-pris philosophique, de trop tristes néces­\nsités le contraignent à cette solitude. Son patrimoine a croulé peu à\npeu, ébréché d'abord par les équipements de guerre, les dépenses\nd'hospitalité, le train des meutes et des écuries, puis achevé par les\nterribles expédients d'usure où le sire fut réduit après avoir aliéné\ntout ce qu'il put de ses terres et châtellenies. Ainsi travaillé de la\nmaladie faute d'argent, — menacé de plusieurs prises de corps que\ndes hérauts publièrent par toute la principauté, — il était exposé s'il\nsortait de son aire à être molesté par de vils recors, en dépit du saint\nB a p t ê m e de la Chevalerie; bien plus, à être précipité en quelque\ncul de basse fosse de la Violette, pêle-mêle avec les tire-laine, les\nfaux trembleurs de fièvre et les impudiques, si grande était la rigueur\ndes édits du tribunal des X I I . U n e consolation lui demeurait seule\nen sa male fortune : Profiter des jours libres, — telle la fête de saint\nL a m b e r t à Liége, — où de séculaires privilèges ôtaient tout pouvoir\nà la verge des sergents, pour narguer ses ennemis et faire ripaille à\nla face du soleil. E t c'est pourquoi il ne m a n q u a i t pas une franche­\nfoire, de Maestricht à Stavelot.\n  Complice de cette plaisante odyssée, le peuple wallon s'en gaussait\nvolontiers, sans aucune méchanceté. Car la gaîne un peu grossière\ndu sire cachait un h o m m e de bon lieu et de grand bon sens. E t sa\nproverbiale goinfrerie ne l'empêchait pas, — témoins ses rudes trépi-\ngnées et ses belles emprises : en Allemagne avec les Bade, sur les\nmarches de France avec Saint Pol, un peu partout avec Jean de\nLuxembourg, — d'être le parangon de tous les chevaliers qui de ce\ntemps mirent leur épée au service des bonnes causes.\n   Ne connaissait-on pas aussi ses prouesses pour les haï-droits,\nc'est-à-dire pour le bon peuple de Liége : N'avait-il point à Monte-\nnaeken rallié les milices dispersées? E t à Brusthem, n'avait-il point\ntenu tête jusqu'au bout, défendant de son corps le vieux comte de\nBerlo, avoué de saint L a m b e r t et gonfalonier de la cité? Ce fut à\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2066, "texte": " 30                           DURENDAL\n\n\nBrusthem qu'une lame pénétrant sous son gantelet lui trancha la\nmain gauche. Et depuis, le membre mutilé était remplacé par un\ncrochet de fer, — et les méchants n'y avaient rien gagné.\n\n\n    — Holà! maître Simonon. La venaison est-elle à point? Baille\nm'en une tranche et tu sais de quelle taille il me la faut. Puise aussi\nà ton cellier une ayme de vin du Rhin, car la langue me pèle, faute\nd'humidité.\n    Maître Simonon, syndic de son métier, s'inclina devant cet onéreux\nchaland dont il avait toujours admiré les capacités et la belle humeur,\nsi bien qu'il lui pardonnait son insolvabilité, fier, au surplus, du\nlustre que le choix d'un tel connaisseur donnait à son hostellerie, et\njugeant que les nombreux périls que le sire avait courus pour les\nbourgeois valaient bien quelque compensation.\n    Tôt assis dans la meilleure chaire, le chevalier Vincent, entouré\nd'un cercle admirateur, devise sentencieusement, sans oublier de\ns'humecter fréquemment la langue, « car icelle est toute pareille à la\nnavette d'un tisserand à laquelle si l'huile faut, faut le travail ».\n    — Ah! mes amis, parlez-moi des jours de franchise où l'on peut\nmuser tout à l'aise sans devoir, à toute alerte, courir aux églises et\nautres lieux d'asile! Je ne connais qu'un seul temps qui lui soit préfé­\nrable : le beau, l'heureux temps de la guerre qui permet aux honnêtes\ngens endettées d'aller partout, de jour comme de nuit, dînant chez\n l'un, couchant chez l'autre, dans l'ignorance du tien et du mien, et\nsans que l'officialité y trouve à reprendre. Lors, ce sont les sergents\n qui se dérobent et n'osent mettre le nez à l'huis.\n    Et s'interrompant : Or çà, maître Simonon, remplis ce pot et pré­\n pare double ration à mon vieux compagnon Passavant. Ne manque\n point non plus à dresser mon compte pour la saint Hubert prochaine,\n et prie Dieu pour qu'il m'accorde, d'ici-là, prospérité et crédit.\n    Puis, reprenant : La guerre, bonnes gens, ah! plus n'est-elle celle\n que j'ai aimée... Maudits soient ces physiciens et leurs damnées\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2203, "texte": "                                 DURENDAL                              3l\n\ninventions : aujourd'hui, saint Georges lui-même est démonté par un\nmanant caché derrière un buisson et qui allume, en faisant dans ses\nchausses, la mèche de son arquebuse. Mais tout va de mal en pis. E t\nles belles âmes sont mortes. E t la sainte Chevalerie tombe partout en\ndécri. Les beaux sires vraiment, par les cornes de Mahom! que vos\nnobles de la ville avec leurs boucles soyeuses, leurs manches en jupes,\nleurs poulaines en queues de lézard, leurs épaules à maheustres et\nleurs jambes de sauterelles! Bons à alambiquer des alliances et à\noffrir leurs plumes de dindons pour tous les beaux traités qu'ils font\nsigner aux princes. E t vos barons du plat et du haut pays qui mécon­\nnaissent tous les commandements, pillent les voyageurs, ne font\njamais la part du pauvre, et laissent trotter leur bête par tous les\nchemins. J'en sais, vertu de Dieu! qui crachent par leurs bouches de\nsépulcres toutes les folies et les abominations de l'enfer, vantant Judas\net pressurant les clercs. Il n'est fille à la veillée ni lard au saloir qui\nne tremble à leur approche. Ce ne sont plus gentilshommes, mais\nvrais griffons, tout gueules et tout ventres.\n   Il continua longtemps, — heureux de rompre enfin un long silence,—\nle langage tout farci d'imprécations et d'invocations, de sang, de mort,\nde tête.\n   A la fois brutal et ingénu, railleur du présent et respectueux du\npassé, il semblait — dans ses propos de matérialité grossière et de\nmysticisme religieux, — la vivante incarnation de cette Chevalerie\nfinissante, aux prises avec l'esprit diplomatique des chevaliers civilisés\net la sauvagerie antichrétienne des chevaliers dégénérés. Son idéal\nétait resté simple, — un devoir de tutelle pour les faibles :\n                    Chevaliers en ce monde-cy\n                    Ne peuvent vivre sans soucy.\n                    Ils doivent le peuple deffendre\n                    E t leur sang pour la foy espandre.\n\n  Aussi, dans ses anathèmes, ne faisait-il point de quartier aux félons,\naux mauvais riches ni aux impies, — quant aux péchés de gourman­\ndise et de dette, à peine en s'y livrant eût-il craint d'attiser le feu du\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2171, "texte": " 32                           DURENDAL\n\n\nPurgatoire « brûlure de chandelle, disait-il, dont on se guérit avec\nl'onguent des œuvres pies ».\n   Or, tandis que, pourpoint délacé, il faisait honneur au cellier des\nTrois Rois, buvant vin sur cervoise, hydromel sur hysope, — et tant\nplus, tant mieux! — des haillonneux le considéraient, massés sur le\nseuil. Leurs yeux émérillonnés disaient si bien la convoitise que le\nchevalier Vincent, se sentant ainsi regardé, se sentait peu à peu\nmaigrir. Il les invita donc à entrer, et pour le joyeux ébahissement\nde ces pauvres hères, il décida le bon Simonon à les régaler en sa\ncompagnie. Et sur le désir du sire des Repues franches, les liquides\nréconfortants furent distribués à la ronde, dans les plus beaux flacons\ndu dressoir : dames-jeannes à cols grèles et anses chimériques, obèses\ncruches flamandes en grès émaillé et merveilleux vidrecomes alle­\n mands historiés de blasons. Dans la simplicité et la joie fruste de ces\n loqueteux : gestes ronds, éclats de gaîté franche, le haubert se\n complut longuement, criant masse à l'un, masse à l'autre, faisant état\n de boire plus que toute la compagnie.\n    Quand il jugea la mesure pleine, il prit congé — par crainte de\n fermentation — et s'étant cerclé de son mieux dans son pourpoint, il\n enfourcha Passavant, lequel, regaillardi d'avoine, s'enleva parmi les\n dalles de la rue en une apothéose de galopades et d'étincelles.\n                                      *\n                                  *       *\n\n   Toujours accompagné des « Noël » de la foule, le sire s'en fut au\nPalais du Prince visiter un sien compère, le docte chanoine de\nMorialmé, membre du tréfoncier chapitre, sans contredit le plus périt\net entendu de Liège ès choses politiques. Ensemble ils agitèrent des\ncontroverses ingénieuses, puis — pour leur mutuel soulâs :— chan­\ntèrent d'interminables vieilles chansons où dialoguaient Misère, Gloire\net Plaisir. D'autres amis au même quartier le reçurent encore et\nfestoyèrent avec lui : le vieux comte de Berlo et Dom Maur, celui-là\nmême qui peignait de si mirifiques enluminures sur le vélin des\nmissels, — en retenant son haleine et en écartant sa barbe.\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2044, "texte": "                               DURENDAL                             33\n\n   E t quand il reparut sur les quais de la foire, où, comme au coeur,\naffluait le sang de la ville, des clameurs joyeuses saluèrent son teint\nplus allumé. P o u r lui faire fête, des musiciens donnèrent l'aubade.\nE t le peuple lui ayant livré la place d'honneur, il admira, sans\ndescendre de son cheval, deux belles filles d'Egypte, aux gorgerins de\nrubis et d'escarboucles rehaussant la chaude matité de leurs chairs,\nqui dansaient gracieusement, tout en chantant une mélopée bizarre\ncadencée du heurt sourd des tambourins.\n\n                                  ** *\n\n   Mais le soleil descend sur l'horizon. Avant de s'immerger dans sa\ngloire, il crible le sol et le fleuve d'obliques flèches d'or, jaunit le\nfaîte des maisons, incendie les vitraux des églises, empourpre le\nfeuillage, enivre la ville entière de son voluptueux adieu...\n   Les premières torchères s'allument aux angles des venelles, devant\nles niches des saints, éclaboussant de plaques livides les murs en\ngrisaille.\n   L e chevalier Vincent n'a point oublié qu'avec le jour expire la\nFranchise. Il pique des deux, et le voici qui chevauche vers Bois-\nl'Evêque, dans la direction du Couchant.\n   — Los au sire des Repues franches ! Los à Passavant !\n   Déjà, ils ont franchi les douves. E t devant eux, au lointain des\ncollines superposées, la plus haute tourelle de Bueren dessine son\ncône penché sur le fond de cuivre du ciel... L e site est sauvage : à\ndroite, se creusent des ravines obscures, des carrières abandonnées,\nmenaçantes comme des embuscades. A gauche, surgissent de formi­\ndables chênes dont les racines échappées du sol ressemblent dans la\npénombre à des nids effarés de grands serpents.\n   A mi-côte, au pied du gibet de Saint-Gilles, Passavant s'arrête pour\nreprendre du souffle. E t le bon sire se retourne, le poing droit sur la\ncroupe de sa bête fumante, pour envelopper d'un dernier regard le\npaysage qui s'enfuit.\n   U n e confuse rumeur de fête plane au-dessus de la ville toute\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 890, "texte": " 34                            DURENDAL\n\nscintillante de lumières. On devine encore dans le cadre des montagnes\nles prés de Doixhe que mille rivelettes empourprées transforment en\nun archipel de feu, et plus loin, tout là-bas, la forêt de Kinkempois,\nmasse sombre et indécise.\n   Mais Passavant s'étant remis à caracoler, le bon chevalier Vincent\ns'affermit en selle, et poursuit sa route vers l'astre qui s'enfonce. Son\ncerveau échauffé des vapeurs bachiques mûrit des idées altières, et\nson hautain cimier brandit des allumailles de reflets. Ainsi crête\nd'orgueil, le sire des Repues franches s'en va vers le soleil, droit sur\nses étriers, — fier, — plus fier que s'il avait eu, marchant derrière\nlui en un sillage de gloire et d'opulence, cinquante mille hommes\nd'armes, — à sa solde.\n                                              H. CARTON DE WIART.\n  Mardi-Gras 1894.\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-02-n2-002", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 34, "page_fin": 36, "titre_corps": "La Force du pénitent", "titre_sommaire": "La force du pénitent", "signature_source": "H. HOORNAERT", "ancre_debut": "LA FORCE DU PÉNITENT", "ancre_fin": "H. HOORNAERT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE DÉMENTI", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 890, "fin_caractere_exclue": 1277, "texte": "LA FORCE DU PÉNITENT\n\n                                    I\n         J'allais par le désert qui conduit à la Mort\n         Et la faim me rendait insensible à mon sort.\n         Or je m'étais couché sans force, quand un ange\n         M'a secoué criant : « Lève-toi, fils, et mange! »\n         Et d'un œil égaré j'ai vu près de ma main\n         Se dresser une cruche et s'élargir un pain.\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1269, "texte": "                     DURENDAL                              35\n\nJe bus et je mangeai; mais ma lourde paupière\nAussitôt retomba dans sa torpeur première.\nL'ange encor m'éveilla : « Bois et mange, mon fils ! »\nCria-t-il, et dressé, longuement je le fis.\nE t comme je mangeais, je sentis une flamme\nD'une force terrible et douce emplir mon âme.\nE t , pendant de longs jours, vers le mont du Dieu fort,\nJ e marchai calme et pur, triomphant de la Mort.\n\n\n                         II\n\nQue toute chair h u m a i n e et mortelle se taise,\nCar mon cœur se dilate et mon trouble s'apaise.\nL e Seigneur pitoyable a remis tous mes torts ;\nIl a nourri mon âme et mon corps de son Corps!\nLes mères ont livré leurs enfants aux nourrices,\nMais L u i nourrit les siens de ses vives délices !\nComme une cire molle et blanche se dissout\nE n une autre et ne fait avec elle qu'un tout,\nAinsi j'ai senti Dieu, grâce à ma pénitence,\nSaturer tout mon moi de sa propre substance!\nJ'ai senti qu'il plaçait, contact vertigineux,\nSa bouche sur ma bouche et ses yeux sur mes y e u x !\nMon cœur est maintenant plein d'un feu de fournaise!\nQue toute chair humaine et mortelle se taise!\n\n\n                         III\n\nJe ressusciterai! Lorsque viendra le jour\nJe ressusciterai pour la Vie et l'Amour!\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 858, "texte": " 36                           DURENDAL\n\n\n         Depuis qu'en mon néant le P a i n daigna descendre,\n         L'Éternel couve en moi comme un feu sous la cendre,\n         E t ronge lentement, par un travail obscur,\n         T o u t ce que la Révolte y fit germer d'impur.\n         Mon cœur porte le sceau de la Vie éternelle\n         E t je ris quand je vois la mort qui me harcelle!\n         Chrysalide difforme et qui subit son corps\n         Je sens l'ange nimbé qui sous ma chair se tord, .\n\n         E t j'aspire au signal des vibrantes trompettes,\n         Au tumulte effrayant des os et des squelettes\n         Qui reprendront leur chair pour l'Ombre ou pour le J o u r !\n         Seigneur, fais que je sois digne alors de l'Amour!\n\n                                                        H.   HOORNAERT.\nJanvier 1894.\n\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-02-n2-003", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 36, "page_fin": 38, "titre_corps": "Le Démenti", "titre_sommaire": "Le Démenti", "signature_source": "Mme Pol Demade", "ancre_debut": "LE DÉMENTI", "ancre_fin": "M POL DEMADE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 858, "fin_caractere_exclue": 1631, "texte": "LE DÉMENTI\n                                              A MADAME CHARLES CLAEYS\n\n\n\n             'ÉTAIT très drôle et très amusant aussi de les voir flâner\n             par la rue, ces deux petits hommes, se donnant le bras,\n             la veille de la Saint-Nicolas, coiffés d'un béret bleu et\n             blanc, en culottes courtes, chaudement emmitouflés dans\n             leur caban, ainsi que deux jeunes hidalgos. L'air froid\nde cette tombée du jour leur fouettait le visage, deux jolies figures de\ngarçonnets aux joues rosées comme deux belles pommes d'amour.\n  P o u r lors, Jacques, l'aîné des deux jeunes promeneurs, glossait un\npeu irrévérencieusement Saint-Nicolas ! — et Gonzalve, — cinq ans, —\naux grands yeux bleus, deux lambeaux d'azur enchassés sous son\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "                                DURENDAL                               37\n\nfront, comme deux perles de lapis vivantes, — Gonzalve buvait les\nparoles de son grand frère.\n   — C'est des blagues, j'te dis. D'abord les Saints ça ne bouge pas,\ndis ! ça regarde le bon Dieu tout l'temps ! Gonzalve leva la tête un\npeu. — E t puis, poursuivit Jacques gravement, ils sont riches au ciel,\ntu sais... et alors pourquoi que Saint-Nicolas achèterait ses surprises\nsur la terre? Ils ont bien mieux là-haut !\n   Gonzalve regardait le ciel qui s'épinglait du point d'or des étoiles.\nJacques le dépassait évidemment, il ne voyait pas comment répondre.\n   Ils collèrent donc leur petit nez curieux à la vitre d'une confiserie.\n   Jacques imperturbable continua son soliloque :\n   — Des pendules de chocolat!... des cochons en sucre !... et il partit\nd'un éclat de rire moqueur, comme part un irrésistible obus...\n   Cela dura dix grandes minutes.\n   — Non, impossible ! tiens : Puisqu'au ciel c'est toujours ils ne doivent\npas aimer les montres, les pendules, ni tout ça... Moi, je crois que\n Saint-Nicolas c'est... eh b i e n ! c'est petit père ou petite mère. E t le\n reste, c'est de la frime !\n   Jacques dit : frime, crânement comme un officier qui commande un\n peloton d'exécution crie : feu !\n    Gonzalve solennel — c'était déjà un petit penseur — conclut :\n on verra bien.\n    Il fut convenu qu'on ouvrirait l'œil pour savoir à quoi s'en tenir.\n   — Le bon, comme dit père, avait commandé Jacques.\n    L e soir on les coucha tôt, comme d'habitude, dans leur chambrette\n d'enfant, où voletaient des oiseaux bleus et rouges sur fond blanc, et\n la porte d'entrée qui séparait leur chambre de celle de leurs parents\n demeura entr'ouverte. Quand la prière fut dite, qu'ils eurent placés\n leurs paniers de Saint-Nicolas, remplis de provisions pour l'âne, au\n pied de leur lit, et qu'ils furent bien cachés dans leurs draps blancs,\n avec des caresses et des baisers, l'obscurité s'épaissit autour d'eux. De\n temps en temps, d'un lit à l'autre, courut étouffé, comme d'une senti­\n nelle éveillée, dans la nuit, ce mot :\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1703, "texte": " 38                             DURENDAL\n\n\n   Est-ce que tu dors? On répondait en toussant. C'était convenu.\n   Les derniers appels de Jacques restèrent sans réponse.\n   Il était évident que Gonzalve s'était endormi. Un bruit de toupie\nronronnante, qui partait de sa couchette, ne laissait aucun doute à cet\négard.\n   Jacques songea à se lever, pour secouer le dormeur; mais de crainte\nde tumulte n'en fit rien. A quoi bon ! il veillerait seul, il se rendit\ndonc compte...\n   Combien de temps cela dura-t-il ? Jacques ne l'a jamais dit, mais\nvoici ce qu'il raconta, et cela une seule fois — plus tard — la veille de\nsa première communion, sa tête dans les genoux de sa mère... qui\nsentit des pleurs d'enfant rouler sur ses mains...\n   « Il se produisit, conta Jacques, comme une lueur douce autour du\nlit de Gonzalve, comme si on tamisait de la lumière dans de la mous­\nseline, et cela venait de quelqu'un qu'on ne voyait que très faiblement,\nà la façon d'une figure dessinée avec du phosphore le soir sur une\nmuraille. L'apparition s'agenouilla au pied du lit de mon frère... elle\nvint, ensuite, à moi, sans s'agenouiller.\n   » J'étais bien éveillé, mère, je t'assure. J'ai voulu crier, l'apparition\na mis la main sur mes lèvres, en faisant un geste, et j'ai vu nettement\nle feu d'un diamant sur l'un de ses doigts. »\n    Le matin de la Saint-Nicolas, Jacques, aussitôt levé, était allé droit\nau lit de Gonzalve, et, comme c'était une petite nature droite, inca­\npable de mensonge, il avait dit simplement ceci :\n   J'ai menti hier, Gonzalve, Saint-Nicolas existe. J'en suis sûr.\n    Il n'avait pas osé ajouter : je l'ai vu.          me\n                                                   M POL DEMADE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-02-n2-004", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 39, "page_fin": 40, "titre_corps": "Légende : La Naissance des étoiles", "titre_sommaire": "La Naissance des Étoiles", "signature_source": "GEORGES VIRRÈS", "ancre_debut": "LEGENDE", "ancre_fin": "GEORGES VIRRÈS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES NOTRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 106, "fin_caractere_exclue": 1860, "texte": "LEGENDE\n\n                LA NAISSANCE DES E T O I L E S\n\n                                                 A Louis DE LA VALLÉE\n\n\n              LORSQUE de   ses mains pleines de rayonnements Dieu\n            / eut fait l'homme, cette force, et la femme, cette grâce,\n                il marcha calme et lent dans sa majesté sereine, vers\n                le tertre moussu et fleuri qui dominait le merveilleux\n                jardin.\n         Les roses, ces rivales d'Eve, s'épanouissaient au passage du\n       Maître, exhalant leur âme de parfums, en un encens mystique.\n       Les marguerites d'or et d'hermine tendaient vers lui leurs grâces\nalanguies, tandis que se mirait dans les tapis de violettes l'azur du\nciel. Les papillons mettaient une joie claire au-dessus des fleurs, et\nles théories harmonieuses d'oiseaux disaient la gloire du Créateur. Un\nlion au poil roux où se jouait la clarté s'agenouilla. Un tigre frôla en\nfrémissant d'orgueil la robe lyliale du travailleur divin.\n   Ainsi Dieu parvint à i'endroit le plus élevé du paradisiaque jardin,\net là, s'étant assis, il contempla la terre baignée dans une fanfare\ntriomphale de lumière, par la gloire ardente du soleil.\n   Le Maître, d'un regard doux et profond, embrassa la création, et\nle vivant bouquet de son œuvre lui apparut tel en ce moment d'apai­\nsement, que se mouillèrent attendris ses yeux royaux.\n   Alors, en un soudain volètement d'ailes laiteuses, apparurent devant\nlui deux anges. Aux mains chacun, un pétale de lys. Avec des gestes\nexquis de grâces amoureuses, lentement ils recueillirent les pleurs, ces\ndiamants éclos de paupières divines, sur la pâle enveloppe de la fleur\nneigeuse, puis, dans un bruissement doux comme un lointain accord,\nils s'envolèrent vers la nue.\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 593, "texte": " 40                                 DURENDAL\n\n\n   Or, pendant qu'ils traversaient les espaces infinis, monta de la terre\nune brise embaumée qui fit envoler les larmes en gouttelettes d'argent\npar la blondeur des lumières. Et elles allèrent si haut, si haut, qu'elles\natteignirent les voûtes du ciel où elles s'attachèrent, devenues mul­\ntitude.\n   La nuit vint, drapée dans son manteau sombre, et, ô merveille!\ns'allumèrent là haut, vibrantes flammes d'or, les larmes de Dieu\ntransformées en étoiles !\n                                                            GEORGES VIRRÈS.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-02-n2-005", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 40, "page_fin": 41, "titre_corps": "Les Nôtres : Un critique : Henry Bordeaux", "titre_sommaire": "Henry Bordeaux", "signature_source": "P. D.", "ancre_debut": "LES NOTRES", "ancre_fin": "P. D.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 593, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "LES NOTRES                           « L'enthousiasme, — écrivait le génial\n                                             auteur du Style, — qui seul a le don de\n      Un critique : HENRY BORDEAUX           sentir le génie, a seul aussi le droit de le\n                                             juger. La médiocrité, qui est privée de ce\n  Henry Bordeaux est un des meilleurs        sens, n'aperçoit en lui que le côté négatif,\nécrivains de la jeune école catholique       le défaut; elle le juge comme un magis­\ncontemporaine. C'est particulièrement un     trat juge un coupable. Aux yeux de la\nvéritable critique, mais non point au sens    médiocrité, le génie est le coupable par\nabsurde et bas qu'on prête à ce mot. Il       excellence; et même, si la médiocrité ne\npossède, lui, ces dons d'enthousiasme et      trouve pas dans les leçons qu'elle sait par\nd'amour, faute desquelles la critique est     cœur le texte qui le condamne, peu im­\nréduite à une besogne de charcuterie,         porte, il est condamné d'avance par une\npuisqu'elle consiste à couper l'auteur en     loi sans formule, faite tout exprès pour\nquatre et encore en quatre, pour la vente     lui. La grande critique vit d'admiration,\net dans le but sans doute de mettre le        la petite, de chicane. L'enthousiasme\npublic en appétit.                            manque en, ce monde, que la critique\n   On ne m'en voudra pas, j'espère, de        s'emploie tout entière à le rallumer, et\nciter à ce propos quelques lignes d'Ernest    elle deviendra vivante. Qu'elle apporte sa\nHello, lesquelles s'appliquent à l'auteur     pierre à l'édification d'une jeunesse nou­\nde Têodor de Wyzewa, et seront le Credo       velle, de la jeunesse que le monde attend.\nlittéraire des critiques de Durendal.         La jeunesse manque sur cette terre. Des\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3199, "texte": "                                      DURENDAL                                           41\n\ncadavres refroidis peuplent les ateliers et    pages jadis publiées par la Revue générale\nles mansardes...                               sous les plus expresses réserves.\n   Comprenez-vous alors la tâche sublime          C'est un bien curieux écrivain aussi\nqui se présente à la critique vraie? Il faut   que ce Wyzewa dont Henry Bordeaux\nqu'elle se fasse assez grande pour devenir     nous dit la pensée inquiète. Ne voici pas\nconsolatrice. Il faut qu'elle entre dans le    que ce cérébral pur d'autrefois fait volte-\nchamp de la vie, il faut qu'elle prenne        face et confesse :\nd'une main la main froide de celui qui            « Nous périssons par l'excès de la pen­\nmarche seul, et que de l'autre main elle       sée ou de cette curiosité maudite que pro­\nle désigne aux regards des hommes. Il          duisent les soi-disant sciences. Et les\nfaut qu'elle soit capable d'oser assez pour    cœurs se dessèchent, et le goût même de\nadmirer et pour flétrir librement. Il faut     la pure beauté de jour en jour diminue.\nqu'elle fasse honte au troupeau de sa          Je voudrais qu'on essayât, avec plus de\ndocilité stupide envers les aveugles qui le    talent et d'autorité, l'entreprise que j'ai\nmènent, de sa résistance stupide vis-à-vis     essayée et où je crains d'avoir échoué :\nde ceux qui voient le jour. Là où l'amour      qu'on essayât de fermer les cerveaux et\nn'a aucune place, il n'y a rien de vrai,       de rouvrir les cœurs. »\nni de beau, ni de fécond : le caractère           A quoi le critique répond en des pages\nde cette critique, qu'on pourrait appeler      très belles, synthétisées en cette phrase :\nnégative, c'est l'absence d'amour. Que la      « Non, certes, il ne faut point fermer les\ncritique s'éveille à l'amour de l'infini, et   cerveaux pour rouvrir les cœurs; il faut\nla face de l'art sera changée, car, si elle    ouvrir à la fois les cerveaux et les cœurs,\naime l'infini, la critique aura des vues       car l'union de la pensée et du sentiment\nd'ensemble. »                                  peut seule expliquer toute la vie humaine\n   M. Henry Bordeaux est un de ces rares       et peut seule enfanter ces œuvres infini­\ncritiques de l'amour; il sent le génie et le   ment douces, chères aux cœurs qu'elles\ntalent, il est enthousiaste de ceux qu'il      caressent ineffablement, et emportées\njuge, il est avec ceux qui espèrent, il        dans le ciel de l'Art sur ces deux ailes :\ncomprend et il égale, puisque, suivant le      la bonne volonté et la bonne foi, que\nmot de Raphaël, comprendre, c'est égaler.      seules Dieu réclame de ses créatures pour\n   M. Henry Bordeaux nous a prouvé ceci,       les appeler jusqu'à lui. »\nautrefois déjà, .en une magnifique étude         Bordeaux vous ces pensées noble­\nsur Villiers de l'Isle-Adam. En voici une      ment, le front dans la lumière, avec des\n nouvelle preuve : une simple brochurette      mots adéquats et de fastueux gestes de\n sur Têodor de Wyzewa (Genève, Eggi­           style. A lui, de Durendal, ce salut fier.\n mann, éditeur), réimpression de quelques                                       p . D.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-02-n2-007", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 42, "page_fin": 43, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Roche Tarpéenne et Capitole", "signature_source": "", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne et Capitole", "ancre_fin": "érieur prouve le soin pieux des édi­ retourne, avec des bonds, des replie­ teurs et les honore.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 70, "fin_caractere_exclue": 2969, "texte": "Roche Tarpéienne et Capitole\n\" FIRMIN VANDENBOSCH nous envoie, de            Durendal contre tous les crétins de\nGand, une plaquette charmante d'impres­         l'heure actuelle.\nsion et d'expression, intitulée : Maredsous.       Aux armes, cher ami !     p. D.\n\"Sous la joliesse de l'imprimé, la langueur                        *\n des phrases, et malgré le ton mystique,—                         * *\n                                                  S o u v e n i r s d ' A u b e r g e , par PAUL HAREL. (Vie\n à quelques heurts imprévus d'adjectifs ou      et Amat, Paris.)\n de substantifs, à l'éclat métallique de cer­      Un livre à lire aux heures du soir,\n tains mots, comme on devine bien que           quand vous prend la lassitude intellec­\n celui qui promène là ses rêveries dans le      tuelle des fins de jour.\n cloître n'est pas un moine, mais un com­          Quelques histoires très spirituellement\n battif. Entendez plutôt :                      contées, écrites d'une haleine, en style\n   « E h ! pour l'amour de Dieu et du culte     alerte et primesautier, par un vrai gaulois\npur et digne qui lui est dû, quand nous         mâtiné de normand. N'y cherchez pas\navons les Evangiles, l'Imitation et pour        le vocable précieux, le mot rare, le verbe\nchaque jour de l'année d'admirables             splendide à la mode chez les jeunes. Le\nprières liturgiques, que n'empêchons-           style est simple, élégant, l'expression\nnous, par notre dédain, le commercial et        toujours impeccable. Et que de verve,\nquotidien déballage d'insanités soi-disant      d'humour et d'esprit dans ce petit volume.\npieuses, dont le moindre inconvénient              « Suivant l'expression magnifique de\nest de servir de cibles aux risées de           Peladan, nous dit M. Harel dans sa pré­\nl'incroyance... L'appropriation aux pra­        face, il faut être en cette vie le « chevalier\ntiques dévotieuses du vélocipède et de la       d'une idée». J'ai servi deux idées, qui\nlumière électrique ne peut se faire atten­      m'ont paru nobles : le retour aux familles\ndre, puisque déjà nous avons le chemin          nombreuses et le maintien du paysan au\nde fer de l'Eternité, — sans billet de          village. »\nretour!... »                                       Et M. Harel est un catholique. Il aime\n  C'est absolument notre avis. Ah! les          et estime les pauvres gens, les besogneux,\nsujets à batailles ne manquent pas! Aussi       les mendiants, toute la gueuserie guenil-\nsommes-nous impatients de voir notre            leuse, comme dirait Léon Bloy.\nami s'enrôler, avec tous les jeunes-Roland         Bref, Souvenirs d'Auberge, c'est un bon\nde la littérature, sous les plis de notre       livre et une bonne action.            M. R.\ndrapeau, et brandir, avec eux, l'invincible                            *\n                                                                      * *\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2768, "texte": "                                      DURENDAL                                        43\n\n   Mémoires historiques et littéraires.        ments, des trouvailles de supplices... En\n   Les articles de critique de Barbey          piètre état sont les célébrités qui sortent\nd'Aurevilly, formant sous ce titre le          de ses griffes ou qu'il a déchirées, d'une\nXIVe volume de la série : Les Œuvres et        course folle, aux angles de ses paradoxes.\nles Hommes, ont autrefois paru çà et là.          Qu'importe alors sa partialité quelque­\nNous en devons le rassemblement à l'ad­        fois excessive, ses erreurs, même !\nmirable piété d'une femme qui a voué sa           Auprès d'un belluaire maniant ainsi\nvie à cette tâche aussi noble qu'utile.        des lanières au bout desquelles souvent\n   Pourquoi dire son nom? Il est dans la       il y a des clous et du sang, comme ils\nmémoire de tous ceux qui connurent et          apparaissent chétifs ces critiques d'à pré­\naimèrent le Connétable des Lettres : cela      sent dont la réputation se fonde sur le\nsuffit. Chaque année, les mêmes mains          scepticisme, le dilettantisme, et qui font\nfidèles déposent une nouvelle gerbe sur        claquer leur pauvre petit fouet sur la voi­\nsa tombe; et vraiment, je ne vois point        ture aux chèvres !\nde fleurs qui conviennent mieux à ce              Au résumé, peut-être est-il moins ren­\ngrand disparu, puisqu'elles sont « Ce qui      versant qu'il en a l'air, le mot de cet édi­\nne meurt pas ! »                               teur inénarrable qui disait, il y a quelque\n   Critique, le somptueux auteur des Dia-      temps : « Barbey d'Aurevilly ne se vend\nboliques et de l'Ensorcelée, s'il a généra­    guère... Je vais être obligé d'en faire...\n                                               UN CLASSIQUE ! »\nlement peu ménagé ses contemporains,\nne s'est pas montré plus tendre pour             Niaiserie d'hier,— vérité de demain.\nquelques gloires des siècles passés.           (Le Journal )        LUCIEN DESCAVES.\n                                                                    *\n   Il joue avec, comme le chat avec les                            * *\nsouris. Aux unes, il casse les reins d'un         Vient de paraître chez Sanard et Deran-\ncoup de dent et les traîne ensuite, inertes    geon, un livre que Villiers de l'Isle-Adam\net vidées, sur la claie de ses métaphores.     citait toujours comme un chef-d'œuvre :\nCruel envers d'autres, il ne les tue pas       Christophe Colomb, par le comte Roselly\nsur l'heure, les mordille, les déchiquette,    de Lorgues. L'édition nouvelle de ce livre\nles laisse et les reprend, les flaire et les   supérieur prouve le soin pieux des édi­\nretourne, avec des bonds, des replie­          teurs et les honore.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-02-n2-006", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 44, "page_fin": 44, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature", "titre_sommaire": "Miroir d'Art et de Littérature (Propos des Douze Pairs autour de la Table ronde)", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "s à la gracieuseté de Mme veuve Ernest Hello. (1) Ce portrait sera réservé à nos seuls abonnés.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 2266, "texte": "MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n      Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n   A propos d'imagerie religieuse, — signalons à l'attention de nos lecteurs les très\nbelles images murales colorées, exposées en ce moment chez Dietrich (Montagne\nde la Cour, 52). La Presse anglaise — ces images viennent d'Angleterre — en a fait\nl'éloge très justement. Il y a là, entre autres, saint George au Dragon, — L'annon-\nciation, — Le sacrifice d'Abraham, — et un Christ en croix, absolument remar­\nquables. Ajoutons que ces planches sont signées des noms, illustres par delà le\ndétroit, de Christopher W . Whall, Selwijn Image, Louis Davis et Heywood Summer.\nCe sont de vrais tableaux aux prix démocratisés. Et voilà toujours autant de fait\npour l'éducation artistique de la masse, à laquelle, dans la pensée des artistes qui\nles conçurent, ces tableaux-images s'adressent.\n\n                                                         *   *\n  Maxime Du Camp, de l'Académie française, vient de mourir à soixante-douze ans.\nUn académicien de moins, un fauteuil de plus.\n                                           *\n                                         * *\n  Le 12 février, notre collaborateur, Pol Demade, a donné, au Cercle Léon XIII,\nune conférence sur ce sujet : La décadence de l'art catholique contemporain. Cette\nconférence sera publiée dans les colonnes de l'Avenir social, lequel a été si bienveil­\nlant pour Durendal. — Nous y reviendrons.\n                                           *\n                                         * *\n   Le salon de la Libre Esthétique s'est ouvert dans les galeries du Musée moderne,\nle samedi 17 courant. — Notre collaborateur Maurice Bekaert expose ses œuvres\nau Cercle artistique et littéraire de Gand (Rempart-Saint-Jean, 12).\n                                           *\n                                         * *\n   Le numéro de mars sera consacré tout entier à Ernest Hello, le grand écrivain\ncatholique méconnu. Il contiendra, du maître, en plus du portrait annoncé (1),\nplusieurs pages absolument inédites, que nous devons à la gracieuseté de Mme veuve\nErnest Hello.\n\n   (1) Ce portrait sera réservé à nos seuls abonnés.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 34, "texte": "FÉVRIER 1894\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": ""}, {"page_pdf": 36, "texte": " Février 1894                                                                          N° 2\n\n                                DURENDAL\n\n\n\n\n                         FIN DE CHEVALERIE\n\n\n                 REPUES FRANCHES\n                              A EUGÈNE DEMOLDER\n\n                                             C'est vers le Moyen-Age énorme et délicat\n                                             Qu'il faudrait que mon cœur en panne naviguât,\n                                             Loin de nos jours d'esprit charnel et de chair triste.\n                                             Verlaine                               (Sagesse).\n\n\n                   LA cité liégeoise s'est éveillée avec l'aube, — en un\n                   blanc matin de septembre.\n                        Majestueusement, le soleil ascensionne vers l'em­\n                    pyrée, et l'or fluide de ses rayons s'efforce d'étancher\n                   le brouillard qui flotte suspendu sur la Meuse,\n                   comme les fumées d'un cheval en sueur.\n   P o u r le marché-franc de la F ê t e saint L a m b e r t , les forains\napprêtent, en t u m u l t e , leurs tréteaux et leurs éventaires dont la\nperspective se prolonge loin, bien loin, — parallèle au cours du\nfleuve, — sous les arbres à la chevelure déjà fauve.\n   Eblouissement dans les yeux ! Bourdonnement dans les tympans !\n   A la gloire des poteries hollandaises, des cuivres de Dinant, des\nfourrures d'Allemagne, des draps de F l a n d r e s et des autres renom­\nmées exotiques ou indigènes, claquent, au fronton des échoppes, de\nlarges bandes de toile bariolée. Maraîchers, fromagers, fariniers,\nchaudronniers, maquignons, vendeurs de colombes, d'oiseaux chan­\ntants et de chasse exaltent à l'envi, dans des patois wallons ou thiois,\nl'excellence de leurs marchandises. P l u s calmes, les changeurs et\nprêteurs de L o m b a r d i e attendent silencieusement que leur heure soit\nvenue, — et supputent la valeur de toutes ces choses qu'ils reverront\nquelque jour, à l'état de gages, sur leurs comptoirs et félonnes balances.\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": " 26                            DURENDAL\n\n\n  Voici des cottiresses qui passent, et des bourgeoises de petit état et\ndes pucelettes aux bliauts simples. Dans un coin, un Juif, en bonnet\njaune, dissimule ses bijoux d'ambre et de perles sous un tapis fané;\nà la curiosité allumée de ces femmes, il répond par une arrogante\nindifférence : « Cecy n'est nin pour vos escarcelles, mes commères, » et\npar semblables propos excitant les vanités ingénues, il leur abandonne\npour un marc d'argent une bague de la valeur de trois sols tournois.\n   Sur les degrés des fontaines et sous les porches s'échelonnent des\ngrappes de squalides vieilles, — assises à croppetons, — commises à la\nhaute surveillance des baudets, des charrettes et des mannes vides, et\nleur sénile caquetage est souvent coupé d'injures et de prises à partie.\n   Les taverniers, très importants, clament des ordres aux subalternes.\nD'aucuns, plantés sous leurs enseignes de tôle qui dansent à la brise,\npot et gobelet en mains, disent aux passants le goût merveilleux de\nleur vin — « creu ès bons terroirs d'entour » — sec et délié à regail-\nlardir le saint Christophe de pierre de la cathédrale, et ainsi ils har­\nponnent les plus altérés.\n  D'heure en heure plus dense, la foule roule maintenant, au sortir\nde la messe, en flots lourds, avec une petite houle parfois, des arrêts,\ndes retraits, des hésitations, des précipitations soudaines.\n   Des baladins et des pitres de toute sorte ont ouvert leurs jeux :\nIci, du haut d'un baril, un pèlerin présumé, tout armoyé de coquilles,\npsalmodie la complainte de saint Angadresme et conte comme quoi,\nd'un coup de sa baguette de frêne, le bienheureux pourfendit trois\ngéants sarrazins. T r è s grave, son-compagnon, affublé d'une barbe de\nmousse, fait baiser à quelques bonnes femmes une apocryphe plume\ndu coq de la Passion et deux des charbons sur lesquels grilla le grand\nsaint L a u r e n t . Dont le profit est gros.\n  Plus loin, des acrobates jonglent avec élégance, — des charmeurs\nde serpents, bras allongés, déroulent leurs ceintures vivantes, — de\npauvres histrions simulent des tournois grotesques ou représentent\ndévotement le roi Salomon ou le pauvre sire Job, avec les mêmes\npourpoints troués au coude. E t les bonnes gens et les mauvais gar-\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "                               DURENDAL                               27\n\nçons de s'ébaudir autour d'eux, se baignant d'aise aux plus méchants\npropos et aux plus basses scurrilités.\n   Tout ce peuple en liesse brille, scintille, poudroie dans l'air limpide\net radieux où la sève humaine monte en conflit de mille bruits assour­\ndissants, en cantate inharmonique de rires, de jurons, d'appels, d'in­\njures, de boniments...\n   Scandant à coups de battant clair cette ardente cacophonie, toutes\nles cloches civiles et religieuses magnifient à l'unisson la Franchise\nsolennelle : Le clocher octogone de Saint-Lambert pointe haut dans\nla nue, comme une âme avide d'idéal, et ses dix-huit « filles », — con­\n duites par la cloche blanche du Ban, — semblent rivaliser d'élans\npour porter plus haut, toujours plus haut, leurs célestes volées.\n   Le dôme colossal des Dominicains gronde lentement, pour l'effa­\n rement des corneilles dont le vol elliptique tournoie au-dessus du\n moustier.\n   Saint-Paul et Saint-Martin ont de gracieux airs d'ariettes : les bulles\n échappées de leurs carillons semblent danser de maison en maison.\n Et l'abbaye Saint-Jacques, et la commanderie des Templiers, et la\n grosse tour de Saint-Denis, et l'église de la Chartreuse chantent\n comme autant de nids de pinsons.\n    Et la sonnerie de la Violette, aux accents plus graves et plus rares,\n clame aux campagnes l'indépendance du Perron liégeois.\n                                       *\n                                   *       *\n\n   Midi. Le soleil verse à cru ses rayons. La Meuse, étalée dans son\ncalme des jours sereins, ruisselle d'ocellures bleues et de paillettes\nargentées.\n   Au pont d'Amercœur, un regain de curiosité populaire s'accuse par\ndes courants de foule et des accords de clameurs.\n   — Noël! Noël! crient des voix rieuses... Noël au sire des Repues\nfranches !\n   Précédé par l'écho contagieux de ces « Noël! », escorté d'enfants en\ndélire, de bachelettes dansantes, de sabouleux et de truands dégin-\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": " 28                           DURENDAL\n\n\ngandés, apparaît, — objet de tous les regards et de tous les gestes, —\nle chevalier Vincent, « de par la grâce de Dieu » sire de Malempré-\nBueren, et doyen de tous les hauberts du pays hesbignon.\n   A travers l'ovation joyeuse, il passe, la face noble éclairée d'un\nbienveillant sourire. Son destrier, l'illustre Passavant, mi-juponné de\nfer, retrouve, en dépit de sa vieillesse et de sa piteuse maigreur, des\nallures triomphales.\n   — Largesse ! largesse ! clament des rivageois massés à la porte du\npont. Et le chevalier Vincent, — en réponse à ces paumes et à ces\nchaperons qui se tendent vers lui en forme d'innocente plaisanterie, —\nrépond généreusement par un salut protecteur éployé à la ronde.\n   Il est quelque peu malaisé de sa personne, le vieux chevalier\nVincent : pansardement gros et chichement accoutré, — au demeurant,\nun des plus dignes gentilshommes de la chrétienté et, sans conteste,\nle plus endetté qui soit.\n   Tout bossué reluit son cimier de bataille, projeté sur la nuque par\négard pour une terrible cicatrice, — douloureuse encore, peut-être, —\nqui saille sur son front comme une barre d'illégitimité sur un écusson.\nSon large torse se dessine sous un pourpoint en cuir de Hongrie noirci\ndu frottement des armes, par dessus lequel flotte entr'ouvert un vieux\nmanteau de fourrure sans couleur appréciable.\n   Le regard est franc et clair. La taille haute, seyant au comman­\ndement.\n   Parvenu au quai de la Goffe, la première visite du chevalier Vincent\nest pour la taverne des Trois Rois de Cologne, — modeste auberge\ndissimulée sur la rive parmi les maisons tassées l'une contre l'autre et\nhuchées sur pilotis dans la peur des inondations, — hostellerie fameuse\n aux pays de Liége, de Looz et de Franchimont, auprès de tous les\n fervents de la bonne chère et des loyales beuveries.\n                                      *\n                                  *       *\n\n  Il est du nombre de ces fervents, le vaillant sire. Et c'est pour,\nsans bourse délier, faire bombance, qu'il a, en ce jour de franchise,\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                                DURENDAL                                29\n\ndéserté son inviolable mouvance de Bueren où l'année durant il reste\nreclus, comme un hibou en son trou ou un moine en son cloître.\nL a s ! bien plus qu'un parti-pris philosophique, de trop tristes néces­\nsités le contraignent à cette solitude. Son patrimoine a croulé peu à\npeu, ébréché d'abord par les équipements de guerre, les dépenses\nd'hospitalité, le train des meutes et des écuries, puis achevé par les\nterribles expédients d'usure où le sire fut réduit après avoir aliéné\ntout ce qu'il put de ses terres et châtellenies. Ainsi travaillé de la\nmaladie faute d'argent, — menacé de plusieurs prises de corps que\ndes hérauts publièrent par toute la principauté, — il était exposé s'il\nsortait de son aire à être molesté par de vils recors, en dépit du saint\nB a p t ê m e de la Chevalerie; bien plus, à être précipité en quelque\ncul de basse fosse de la Violette, pêle-mêle avec les tire-laine, les\nfaux trembleurs de fièvre et les impudiques, si grande était la rigueur\ndes édits du tribunal des X I I . U n e consolation lui demeurait seule\nen sa male fortune : Profiter des jours libres, — telle la fête de saint\nL a m b e r t à Liége, — où de séculaires privilèges ôtaient tout pouvoir\nà la verge des sergents, pour narguer ses ennemis et faire ripaille à\nla face du soleil. E t c'est pourquoi il ne m a n q u a i t pas une franche­\nfoire, de Maestricht à Stavelot.\n  Complice de cette plaisante odyssée, le peuple wallon s'en gaussait\nvolontiers, sans aucune méchanceté. Car la gaîne un peu grossière\ndu sire cachait un h o m m e de bon lieu et de grand bon sens. E t sa\nproverbiale goinfrerie ne l'empêchait pas, — témoins ses rudes trépi-\ngnées et ses belles emprises : en Allemagne avec les Bade, sur les\nmarches de France avec Saint Pol, un peu partout avec Jean de\nLuxembourg, — d'être le parangon de tous les chevaliers qui de ce\ntemps mirent leur épée au service des bonnes causes.\n   Ne connaissait-on pas aussi ses prouesses pour les haï-droits,\nc'est-à-dire pour le bon peuple de Liége : N'avait-il point à Monte-\nnaeken rallié les milices dispersées? E t à Brusthem, n'avait-il point\ntenu tête jusqu'au bout, défendant de son corps le vieux comte de\nBerlo, avoué de saint L a m b e r t et gonfalonier de la cité? Ce fut à\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": " 30                           DURENDAL\n\n\nBrusthem qu'une lame pénétrant sous son gantelet lui trancha la\nmain gauche. Et depuis, le membre mutilé était remplacé par un\ncrochet de fer, — et les méchants n'y avaient rien gagné.\n\n\n    — Holà! maître Simonon. La venaison est-elle à point? Baille\nm'en une tranche et tu sais de quelle taille il me la faut. Puise aussi\nà ton cellier une ayme de vin du Rhin, car la langue me pèle, faute\nd'humidité.\n    Maître Simonon, syndic de son métier, s'inclina devant cet onéreux\nchaland dont il avait toujours admiré les capacités et la belle humeur,\nsi bien qu'il lui pardonnait son insolvabilité, fier, au surplus, du\nlustre que le choix d'un tel connaisseur donnait à son hostellerie, et\njugeant que les nombreux périls que le sire avait courus pour les\nbourgeois valaient bien quelque compensation.\n    Tôt assis dans la meilleure chaire, le chevalier Vincent, entouré\nd'un cercle admirateur, devise sentencieusement, sans oublier de\ns'humecter fréquemment la langue, « car icelle est toute pareille à la\nnavette d'un tisserand à laquelle si l'huile faut, faut le travail ».\n    — Ah! mes amis, parlez-moi des jours de franchise où l'on peut\nmuser tout à l'aise sans devoir, à toute alerte, courir aux églises et\nautres lieux d'asile! Je ne connais qu'un seul temps qui lui soit préfé­\nrable : le beau, l'heureux temps de la guerre qui permet aux honnêtes\ngens endettées d'aller partout, de jour comme de nuit, dînant chez\n l'un, couchant chez l'autre, dans l'ignorance du tien et du mien, et\nsans que l'officialité y trouve à reprendre. Lors, ce sont les sergents\n qui se dérobent et n'osent mettre le nez à l'huis.\n    Et s'interrompant : Or çà, maître Simonon, remplis ce pot et pré­\n pare double ration à mon vieux compagnon Passavant. Ne manque\n point non plus à dresser mon compte pour la saint Hubert prochaine,\n et prie Dieu pour qu'il m'accorde, d'ici-là, prospérité et crédit.\n    Puis, reprenant : La guerre, bonnes gens, ah! plus n'est-elle celle\n que j'ai aimée... Maudits soient ces physiciens et leurs damnées\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                                 DURENDAL                              3l\n\ninventions : aujourd'hui, saint Georges lui-même est démonté par un\nmanant caché derrière un buisson et qui allume, en faisant dans ses\nchausses, la mèche de son arquebuse. Mais tout va de mal en pis. E t\nles belles âmes sont mortes. E t la sainte Chevalerie tombe partout en\ndécri. Les beaux sires vraiment, par les cornes de Mahom! que vos\nnobles de la ville avec leurs boucles soyeuses, leurs manches en jupes,\nleurs poulaines en queues de lézard, leurs épaules à maheustres et\nleurs jambes de sauterelles! Bons à alambiquer des alliances et à\noffrir leurs plumes de dindons pour tous les beaux traités qu'ils font\nsigner aux princes. E t vos barons du plat et du haut pays qui mécon­\nnaissent tous les commandements, pillent les voyageurs, ne font\njamais la part du pauvre, et laissent trotter leur bête par tous les\nchemins. J'en sais, vertu de Dieu! qui crachent par leurs bouches de\nsépulcres toutes les folies et les abominations de l'enfer, vantant Judas\net pressurant les clercs. Il n'est fille à la veillée ni lard au saloir qui\nne tremble à leur approche. Ce ne sont plus gentilshommes, mais\nvrais griffons, tout gueules et tout ventres.\n   Il continua longtemps, — heureux de rompre enfin un long silence,—\nle langage tout farci d'imprécations et d'invocations, de sang, de mort,\nde tête.\n   A la fois brutal et ingénu, railleur du présent et respectueux du\npassé, il semblait — dans ses propos de matérialité grossière et de\nmysticisme religieux, — la vivante incarnation de cette Chevalerie\nfinissante, aux prises avec l'esprit diplomatique des chevaliers civilisés\net la sauvagerie antichrétienne des chevaliers dégénérés. Son idéal\nétait resté simple, — un devoir de tutelle pour les faibles :\n                    Chevaliers en ce monde-cy\n                    Ne peuvent vivre sans soucy.\n                    Ils doivent le peuple deffendre\n                    E t leur sang pour la foy espandre.\n\n  Aussi, dans ses anathèmes, ne faisait-il point de quartier aux félons,\naux mauvais riches ni aux impies, — quant aux péchés de gourman­\ndise et de dette, à peine en s'y livrant eût-il craint d'attiser le feu du\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": " 32                           DURENDAL\n\n\nPurgatoire « brûlure de chandelle, disait-il, dont on se guérit avec\nl'onguent des œuvres pies ».\n   Or, tandis que, pourpoint délacé, il faisait honneur au cellier des\nTrois Rois, buvant vin sur cervoise, hydromel sur hysope, — et tant\nplus, tant mieux! — des haillonneux le considéraient, massés sur le\nseuil. Leurs yeux émérillonnés disaient si bien la convoitise que le\nchevalier Vincent, se sentant ainsi regardé, se sentait peu à peu\nmaigrir. Il les invita donc à entrer, et pour le joyeux ébahissement\nde ces pauvres hères, il décida le bon Simonon à les régaler en sa\ncompagnie. Et sur le désir du sire des Repues franches, les liquides\nréconfortants furent distribués à la ronde, dans les plus beaux flacons\ndu dressoir : dames-jeannes à cols grèles et anses chimériques, obèses\ncruches flamandes en grès émaillé et merveilleux vidrecomes alle­\n mands historiés de blasons. Dans la simplicité et la joie fruste de ces\n loqueteux : gestes ronds, éclats de gaîté franche, le haubert se\n complut longuement, criant masse à l'un, masse à l'autre, faisant état\n de boire plus que toute la compagnie.\n    Quand il jugea la mesure pleine, il prit congé — par crainte de\n fermentation — et s'étant cerclé de son mieux dans son pourpoint, il\n enfourcha Passavant, lequel, regaillardi d'avoine, s'enleva parmi les\n dalles de la rue en une apothéose de galopades et d'étincelles.\n                                      *\n                                  *       *\n\n   Toujours accompagné des « Noël » de la foule, le sire s'en fut au\nPalais du Prince visiter un sien compère, le docte chanoine de\nMorialmé, membre du tréfoncier chapitre, sans contredit le plus périt\net entendu de Liège ès choses politiques. Ensemble ils agitèrent des\ncontroverses ingénieuses, puis — pour leur mutuel soulâs :— chan­\ntèrent d'interminables vieilles chansons où dialoguaient Misère, Gloire\net Plaisir. D'autres amis au même quartier le reçurent encore et\nfestoyèrent avec lui : le vieux comte de Berlo et Dom Maur, celui-là\nmême qui peignait de si mirifiques enluminures sur le vélin des\nmissels, — en retenant son haleine et en écartant sa barbe.\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                               DURENDAL                             33\n\n   E t quand il reparut sur les quais de la foire, où, comme au coeur,\naffluait le sang de la ville, des clameurs joyeuses saluèrent son teint\nplus allumé. P o u r lui faire fête, des musiciens donnèrent l'aubade.\nE t le peuple lui ayant livré la place d'honneur, il admira, sans\ndescendre de son cheval, deux belles filles d'Egypte, aux gorgerins de\nrubis et d'escarboucles rehaussant la chaude matité de leurs chairs,\nqui dansaient gracieusement, tout en chantant une mélopée bizarre\ncadencée du heurt sourd des tambourins.\n\n                                  ** *\n\n   Mais le soleil descend sur l'horizon. Avant de s'immerger dans sa\ngloire, il crible le sol et le fleuve d'obliques flèches d'or, jaunit le\nfaîte des maisons, incendie les vitraux des églises, empourpre le\nfeuillage, enivre la ville entière de son voluptueux adieu...\n   Les premières torchères s'allument aux angles des venelles, devant\nles niches des saints, éclaboussant de plaques livides les murs en\ngrisaille.\n   L e chevalier Vincent n'a point oublié qu'avec le jour expire la\nFranchise. Il pique des deux, et le voici qui chevauche vers Bois-\nl'Evêque, dans la direction du Couchant.\n   — Los au sire des Repues franches ! Los à Passavant !\n   Déjà, ils ont franchi les douves. E t devant eux, au lointain des\ncollines superposées, la plus haute tourelle de Bueren dessine son\ncône penché sur le fond de cuivre du ciel... L e site est sauvage : à\ndroite, se creusent des ravines obscures, des carrières abandonnées,\nmenaçantes comme des embuscades. A gauche, surgissent de formi­\ndables chênes dont les racines échappées du sol ressemblent dans la\npénombre à des nids effarés de grands serpents.\n   A mi-côte, au pied du gibet de Saint-Gilles, Passavant s'arrête pour\nreprendre du souffle. E t le bon sire se retourne, le poing droit sur la\ncroupe de sa bête fumante, pour envelopper d'un dernier regard le\npaysage qui s'enfuit.\n   U n e confuse rumeur de fête plane au-dessus de la ville toute\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": " 34                            DURENDAL\n\nscintillante de lumières. On devine encore dans le cadre des montagnes\nles prés de Doixhe que mille rivelettes empourprées transforment en\nun archipel de feu, et plus loin, tout là-bas, la forêt de Kinkempois,\nmasse sombre et indécise.\n   Mais Passavant s'étant remis à caracoler, le bon chevalier Vincent\ns'affermit en selle, et poursuit sa route vers l'astre qui s'enfonce. Son\ncerveau échauffé des vapeurs bachiques mûrit des idées altières, et\nson hautain cimier brandit des allumailles de reflets. Ainsi crête\nd'orgueil, le sire des Repues franches s'en va vers le soleil, droit sur\nses étriers, — fier, — plus fier que s'il avait eu, marchant derrière\nlui en un sillage de gloire et d'opulence, cinquante mille hommes\nd'armes, — à sa solde.\n                                              H. CARTON DE WIART.\n  Mardi-Gras 1894.\n\n\n\n\n             LA FORCE DU PÉNITENT\n\n                                    I\n         J'allais par le désert qui conduit à la Mort\n         Et la faim me rendait insensible à mon sort.\n         Or je m'étais couché sans force, quand un ange\n         M'a secoué criant : « Lève-toi, fils, et mange! »\n         Et d'un œil égaré j'ai vu près de ma main\n         Se dresser une cruche et s'élargir un pain.\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                     DURENDAL                              35\n\nJe bus et je mangeai; mais ma lourde paupière\nAussitôt retomba dans sa torpeur première.\nL'ange encor m'éveilla : « Bois et mange, mon fils ! »\nCria-t-il, et dressé, longuement je le fis.\nE t comme je mangeais, je sentis une flamme\nD'une force terrible et douce emplir mon âme.\nE t , pendant de longs jours, vers le mont du Dieu fort,\nJ e marchai calme et pur, triomphant de la Mort.\n\n\n                         II\n\nQue toute chair h u m a i n e et mortelle se taise,\nCar mon cœur se dilate et mon trouble s'apaise.\nL e Seigneur pitoyable a remis tous mes torts ;\nIl a nourri mon âme et mon corps de son Corps!\nLes mères ont livré leurs enfants aux nourrices,\nMais L u i nourrit les siens de ses vives délices !\nComme une cire molle et blanche se dissout\nE n une autre et ne fait avec elle qu'un tout,\nAinsi j'ai senti Dieu, grâce à ma pénitence,\nSaturer tout mon moi de sa propre substance!\nJ'ai senti qu'il plaçait, contact vertigineux,\nSa bouche sur ma bouche et ses yeux sur mes y e u x !\nMon cœur est maintenant plein d'un feu de fournaise!\nQue toute chair humaine et mortelle se taise!\n\n\n                         III\n\nJe ressusciterai! Lorsque viendra le jour\nJe ressusciterai pour la Vie et l'Amour!\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": " 36                           DURENDAL\n\n\n         Depuis qu'en mon néant le P a i n daigna descendre,\n         L'Éternel couve en moi comme un feu sous la cendre,\n         E t ronge lentement, par un travail obscur,\n         T o u t ce que la Révolte y fit germer d'impur.\n         Mon cœur porte le sceau de la Vie éternelle\n         E t je ris quand je vois la mort qui me harcelle!\n         Chrysalide difforme et qui subit son corps\n         Je sens l'ange nimbé qui sous ma chair se tord, .\n\n         E t j'aspire au signal des vibrantes trompettes,\n         Au tumulte effrayant des os et des squelettes\n         Qui reprendront leur chair pour l'Ombre ou pour le J o u r !\n         Seigneur, fais que je sois digne alors de l'Amour!\n\n                                                        H.   HOORNAERT.\nJanvier 1894.\n\n\n\n\n                           LE DÉMENTI\n                                              A MADAME CHARLES CLAEYS\n\n\n\n             'ÉTAIT très drôle et très amusant aussi de les voir flâner\n             par la rue, ces deux petits hommes, se donnant le bras,\n             la veille de la Saint-Nicolas, coiffés d'un béret bleu et\n             blanc, en culottes courtes, chaudement emmitouflés dans\n             leur caban, ainsi que deux jeunes hidalgos. L'air froid\nde cette tombée du jour leur fouettait le visage, deux jolies figures de\ngarçonnets aux joues rosées comme deux belles pommes d'amour.\n  P o u r lors, Jacques, l'aîné des deux jeunes promeneurs, glossait un\npeu irrévérencieusement Saint-Nicolas ! — et Gonzalve, — cinq ans, —\naux grands yeux bleus, deux lambeaux d'azur enchassés sous son\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                                DURENDAL                               37\n\nfront, comme deux perles de lapis vivantes, — Gonzalve buvait les\nparoles de son grand frère.\n   — C'est des blagues, j'te dis. D'abord les Saints ça ne bouge pas,\ndis ! ça regarde le bon Dieu tout l'temps ! Gonzalve leva la tête un\npeu. — E t puis, poursuivit Jacques gravement, ils sont riches au ciel,\ntu sais... et alors pourquoi que Saint-Nicolas achèterait ses surprises\nsur la terre? Ils ont bien mieux là-haut !\n   Gonzalve regardait le ciel qui s'épinglait du point d'or des étoiles.\nJacques le dépassait évidemment, il ne voyait pas comment répondre.\n   Ils collèrent donc leur petit nez curieux à la vitre d'une confiserie.\n   Jacques imperturbable continua son soliloque :\n   — Des pendules de chocolat!... des cochons en sucre !... et il partit\nd'un éclat de rire moqueur, comme part un irrésistible obus...\n   Cela dura dix grandes minutes.\n   — Non, impossible ! tiens : Puisqu'au ciel c'est toujours ils ne doivent\npas aimer les montres, les pendules, ni tout ça... Moi, je crois que\n Saint-Nicolas c'est... eh b i e n ! c'est petit père ou petite mère. E t le\n reste, c'est de la frime !\n   Jacques dit : frime, crânement comme un officier qui commande un\n peloton d'exécution crie : feu !\n    Gonzalve solennel — c'était déjà un petit penseur — conclut :\n on verra bien.\n    Il fut convenu qu'on ouvrirait l'œil pour savoir à quoi s'en tenir.\n   — Le bon, comme dit père, avait commandé Jacques.\n    L e soir on les coucha tôt, comme d'habitude, dans leur chambrette\n d'enfant, où voletaient des oiseaux bleus et rouges sur fond blanc, et\n la porte d'entrée qui séparait leur chambre de celle de leurs parents\n demeura entr'ouverte. Quand la prière fut dite, qu'ils eurent placés\n leurs paniers de Saint-Nicolas, remplis de provisions pour l'âne, au\n pied de leur lit, et qu'ils furent bien cachés dans leurs draps blancs,\n avec des caresses et des baisers, l'obscurité s'épaissit autour d'eux. De\n temps en temps, d'un lit à l'autre, courut étouffé, comme d'une senti­\n nelle éveillée, dans la nuit, ce mot :\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": " 38                             DURENDAL\n\n\n   Est-ce que tu dors? On répondait en toussant. C'était convenu.\n   Les derniers appels de Jacques restèrent sans réponse.\n   Il était évident que Gonzalve s'était endormi. Un bruit de toupie\nronronnante, qui partait de sa couchette, ne laissait aucun doute à cet\négard.\n   Jacques songea à se lever, pour secouer le dormeur; mais de crainte\nde tumulte n'en fit rien. A quoi bon ! il veillerait seul, il se rendit\ndonc compte...\n   Combien de temps cela dura-t-il ? Jacques ne l'a jamais dit, mais\nvoici ce qu'il raconta, et cela une seule fois — plus tard — la veille de\nsa première communion, sa tête dans les genoux de sa mère... qui\nsentit des pleurs d'enfant rouler sur ses mains...\n   « Il se produisit, conta Jacques, comme une lueur douce autour du\nlit de Gonzalve, comme si on tamisait de la lumière dans de la mous­\nseline, et cela venait de quelqu'un qu'on ne voyait que très faiblement,\nà la façon d'une figure dessinée avec du phosphore le soir sur une\nmuraille. L'apparition s'agenouilla au pied du lit de mon frère... elle\nvint, ensuite, à moi, sans s'agenouiller.\n   » J'étais bien éveillé, mère, je t'assure. J'ai voulu crier, l'apparition\na mis la main sur mes lèvres, en faisant un geste, et j'ai vu nettement\nle feu d'un diamant sur l'un de ses doigts. »\n    Le matin de la Saint-Nicolas, Jacques, aussitôt levé, était allé droit\nau lit de Gonzalve, et, comme c'était une petite nature droite, inca­\npable de mensonge, il avait dit simplement ceci :\n   J'ai menti hier, Gonzalve, Saint-Nicolas existe. J'en suis sûr.\n    Il n'avait pas osé ajouter : je l'ai vu.          me\n                                                   M POL DEMADE.\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                              DURENDÂL                                  39\n\n\n\n\n                           LEGENDE\n\n                LA NAISSANCE DES E T O I L E S\n\n                                                 A Louis DE LA VALLÉE\n\n\n              LORSQUE de   ses mains pleines de rayonnements Dieu\n            / eut fait l'homme, cette force, et la femme, cette grâce,\n                il marcha calme et lent dans sa majesté sereine, vers\n                le tertre moussu et fleuri qui dominait le merveilleux\n                jardin.\n         Les roses, ces rivales d'Eve, s'épanouissaient au passage du\n       Maître, exhalant leur âme de parfums, en un encens mystique.\n       Les marguerites d'or et d'hermine tendaient vers lui leurs grâces\nalanguies, tandis que se mirait dans les tapis de violettes l'azur du\nciel. Les papillons mettaient une joie claire au-dessus des fleurs, et\nles théories harmonieuses d'oiseaux disaient la gloire du Créateur. Un\nlion au poil roux où se jouait la clarté s'agenouilla. Un tigre frôla en\nfrémissant d'orgueil la robe lyliale du travailleur divin.\n   Ainsi Dieu parvint à i'endroit le plus élevé du paradisiaque jardin,\net là, s'étant assis, il contempla la terre baignée dans une fanfare\ntriomphale de lumière, par la gloire ardente du soleil.\n   Le Maître, d'un regard doux et profond, embrassa la création, et\nle vivant bouquet de son œuvre lui apparut tel en ce moment d'apai­\nsement, que se mouillèrent attendris ses yeux royaux.\n   Alors, en un soudain volètement d'ailes laiteuses, apparurent devant\nlui deux anges. Aux mains chacun, un pétale de lys. Avec des gestes\nexquis de grâces amoureuses, lentement ils recueillirent les pleurs, ces\ndiamants éclos de paupières divines, sur la pâle enveloppe de la fleur\nneigeuse, puis, dans un bruissement doux comme un lointain accord,\nils s'envolèrent vers la nue.\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": " 40                                 DURENDAL\n\n\n   Or, pendant qu'ils traversaient les espaces infinis, monta de la terre\nune brise embaumée qui fit envoler les larmes en gouttelettes d'argent\npar la blondeur des lumières. Et elles allèrent si haut, si haut, qu'elles\natteignirent les voûtes du ciel où elles s'attachèrent, devenues mul­\ntitude.\n   La nuit vint, drapée dans son manteau sombre, et, ô merveille!\ns'allumèrent là haut, vibrantes flammes d'or, les larmes de Dieu\ntransformées en étoiles !\n                                                            GEORGES VIRRÈS.\n\n\n\n\n           LES NOTRES                           « L'enthousiasme, — écrivait le génial\n                                             auteur du Style, — qui seul a le don de\n      Un critique : HENRY BORDEAUX           sentir le génie, a seul aussi le droit de le\n                                             juger. La médiocrité, qui est privée de ce\n  Henry Bordeaux est un des meilleurs        sens, n'aperçoit en lui que le côté négatif,\nécrivains de la jeune école catholique       le défaut; elle le juge comme un magis­\ncontemporaine. C'est particulièrement un     trat juge un coupable. Aux yeux de la\nvéritable critique, mais non point au sens    médiocrité, le génie est le coupable par\nabsurde et bas qu'on prête à ce mot. Il       excellence; et même, si la médiocrité ne\npossède, lui, ces dons d'enthousiasme et      trouve pas dans les leçons qu'elle sait par\nd'amour, faute desquelles la critique est     cœur le texte qui le condamne, peu im­\nréduite à une besogne de charcuterie,         porte, il est condamné d'avance par une\npuisqu'elle consiste à couper l'auteur en     loi sans formule, faite tout exprès pour\nquatre et encore en quatre, pour la vente     lui. La grande critique vit d'admiration,\net dans le but sans doute de mettre le        la petite, de chicane. L'enthousiasme\npublic en appétit.                            manque en, ce monde, que la critique\n   On ne m'en voudra pas, j'espère, de        s'emploie tout entière à le rallumer, et\nciter à ce propos quelques lignes d'Ernest    elle deviendra vivante. Qu'elle apporte sa\nHello, lesquelles s'appliquent à l'auteur     pierre à l'édification d'une jeunesse nou­\nde Têodor de Wyzewa, et seront le Credo       velle, de la jeunesse que le monde attend.\nlittéraire des critiques de Durendal.         La jeunesse manque sur cette terre. Des\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                                      DURENDAL                                           41\n\ncadavres refroidis peuplent les ateliers et    pages jadis publiées par la Revue générale\nles mansardes...                               sous les plus expresses réserves.\n   Comprenez-vous alors la tâche sublime          C'est un bien curieux écrivain aussi\nqui se présente à la critique vraie? Il faut   que ce Wyzewa dont Henry Bordeaux\nqu'elle se fasse assez grande pour devenir     nous dit la pensée inquiète. Ne voici pas\nconsolatrice. Il faut qu'elle entre dans le    que ce cérébral pur d'autrefois fait volte-\nchamp de la vie, il faut qu'elle prenne        face et confesse :\nd'une main la main froide de celui qui            « Nous périssons par l'excès de la pen­\nmarche seul, et que de l'autre main elle       sée ou de cette curiosité maudite que pro­\nle désigne aux regards des hommes. Il          duisent les soi-disant sciences. Et les\nfaut qu'elle soit capable d'oser assez pour    cœurs se dessèchent, et le goût même de\nadmirer et pour flétrir librement. Il faut     la pure beauté de jour en jour diminue.\nqu'elle fasse honte au troupeau de sa          Je voudrais qu'on essayât, avec plus de\ndocilité stupide envers les aveugles qui le    talent et d'autorité, l'entreprise que j'ai\nmènent, de sa résistance stupide vis-à-vis     essayée et où je crains d'avoir échoué :\nde ceux qui voient le jour. Là où l'amour      qu'on essayât de fermer les cerveaux et\nn'a aucune place, il n'y a rien de vrai,       de rouvrir les cœurs. »\nni de beau, ni de fécond : le caractère           A quoi le critique répond en des pages\nde cette critique, qu'on pourrait appeler      très belles, synthétisées en cette phrase :\nnégative, c'est l'absence d'amour. Que la      « Non, certes, il ne faut point fermer les\ncritique s'éveille à l'amour de l'infini, et   cerveaux pour rouvrir les cœurs; il faut\nla face de l'art sera changée, car, si elle    ouvrir à la fois les cerveaux et les cœurs,\naime l'infini, la critique aura des vues       car l'union de la pensée et du sentiment\nd'ensemble. »                                  peut seule expliquer toute la vie humaine\n   M. Henry Bordeaux est un de ces rares       et peut seule enfanter ces œuvres infini­\ncritiques de l'amour; il sent le génie et le   ment douces, chères aux cœurs qu'elles\ntalent, il est enthousiaste de ceux qu'il      caressent ineffablement, et emportées\njuge, il est avec ceux qui espèrent, il        dans le ciel de l'Art sur ces deux ailes :\ncomprend et il égale, puisque, suivant le      la bonne volonté et la bonne foi, que\nmot de Raphaël, comprendre, c'est égaler.      seules Dieu réclame de ses créatures pour\n   M. Henry Bordeaux nous a prouvé ceci,       les appeler jusqu'à lui. »\nautrefois déjà, .en une magnifique étude         Bordeaux vous ces pensées noble­\nsur Villiers de l'Isle-Adam. En voici une      ment, le front dans la lumière, avec des\n nouvelle preuve : une simple brochurette      mots adéquats et de fastueux gestes de\n sur Têodor de Wyzewa (Genève, Eggi­           style. A lui, de Durendal, ce salut fier.\n mann, éditeur), réimpression de quelques                                       p . D.\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": " 42                                    DURENDAL\n\n\n\n\n                  Roche Tarpéienne et Capitole\n\" FIRMIN VANDENBOSCH nous envoie, de            Durendal contre tous les crétins de\nGand, une plaquette charmante d'impres­         l'heure actuelle.\nsion et d'expression, intitulée : Maredsous.       Aux armes, cher ami !     p. D.\n\"Sous la joliesse de l'imprimé, la langueur                        *\n des phrases, et malgré le ton mystique,—                         * *\n                                                  S o u v e n i r s d ' A u b e r g e , par PAUL HAREL. (Vie\n à quelques heurts imprévus d'adjectifs ou      et Amat, Paris.)\n de substantifs, à l'éclat métallique de cer­      Un livre à lire aux heures du soir,\n tains mots, comme on devine bien que           quand vous prend la lassitude intellec­\n celui qui promène là ses rêveries dans le      tuelle des fins de jour.\n cloître n'est pas un moine, mais un com­          Quelques histoires très spirituellement\n battif. Entendez plutôt :                      contées, écrites d'une haleine, en style\n   « E h ! pour l'amour de Dieu et du culte     alerte et primesautier, par un vrai gaulois\npur et digne qui lui est dû, quand nous         mâtiné de normand. N'y cherchez pas\navons les Evangiles, l'Imitation et pour        le vocable précieux, le mot rare, le verbe\nchaque jour de l'année d'admirables             splendide à la mode chez les jeunes. Le\nprières liturgiques, que n'empêchons-           style est simple, élégant, l'expression\nnous, par notre dédain, le commercial et        toujours impeccable. Et que de verve,\nquotidien déballage d'insanités soi-disant      d'humour et d'esprit dans ce petit volume.\npieuses, dont le moindre inconvénient              « Suivant l'expression magnifique de\nest de servir de cibles aux risées de           Peladan, nous dit M. Harel dans sa pré­\nl'incroyance... L'appropriation aux pra­        face, il faut être en cette vie le « chevalier\ntiques dévotieuses du vélocipède et de la       d'une idée». J'ai servi deux idées, qui\nlumière électrique ne peut se faire atten­      m'ont paru nobles : le retour aux familles\ndre, puisque déjà nous avons le chemin          nombreuses et le maintien du paysan au\nde fer de l'Eternité, — sans billet de          village. »\nretour!... »                                       Et M. Harel est un catholique. Il aime\n  C'est absolument notre avis. Ah! les          et estime les pauvres gens, les besogneux,\nsujets à batailles ne manquent pas! Aussi       les mendiants, toute la gueuserie guenil-\nsommes-nous impatients de voir notre            leuse, comme dirait Léon Bloy.\nami s'enrôler, avec tous les jeunes-Roland         Bref, Souvenirs d'Auberge, c'est un bon\nde la littérature, sous les plis de notre       livre et une bonne action.            M. R.\ndrapeau, et brandir, avec eux, l'invincible                            *\n                                                                      * *\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                                      DURENDAL                                        43\n\n   Mémoires historiques et littéraires.        ments, des trouvailles de supplices... En\n   Les articles de critique de Barbey          piètre état sont les célébrités qui sortent\nd'Aurevilly, formant sous ce titre le          de ses griffes ou qu'il a déchirées, d'une\nXIVe volume de la série : Les Œuvres et        course folle, aux angles de ses paradoxes.\nles Hommes, ont autrefois paru çà et là.          Qu'importe alors sa partialité quelque­\nNous en devons le rassemblement à l'ad­        fois excessive, ses erreurs, même !\nmirable piété d'une femme qui a voué sa           Auprès d'un belluaire maniant ainsi\nvie à cette tâche aussi noble qu'utile.        des lanières au bout desquelles souvent\n   Pourquoi dire son nom? Il est dans la       il y a des clous et du sang, comme ils\nmémoire de tous ceux qui connurent et          apparaissent chétifs ces critiques d'à pré­\naimèrent le Connétable des Lettres : cela      sent dont la réputation se fonde sur le\nsuffit. Chaque année, les mêmes mains          scepticisme, le dilettantisme, et qui font\nfidèles déposent une nouvelle gerbe sur        claquer leur pauvre petit fouet sur la voi­\nsa tombe; et vraiment, je ne vois point        ture aux chèvres !\nde fleurs qui conviennent mieux à ce              Au résumé, peut-être est-il moins ren­\ngrand disparu, puisqu'elles sont « Ce qui      versant qu'il en a l'air, le mot de cet édi­\nne meurt pas ! »                               teur inénarrable qui disait, il y a quelque\n   Critique, le somptueux auteur des Dia-      temps : « Barbey d'Aurevilly ne se vend\nboliques et de l'Ensorcelée, s'il a généra­    guère... Je vais être obligé d'en faire...\n                                               UN CLASSIQUE ! »\nlement peu ménagé ses contemporains,\nne s'est pas montré plus tendre pour             Niaiserie d'hier,— vérité de demain.\nquelques gloires des siècles passés.           (Le Journal )        LUCIEN DESCAVES.\n                                                                    *\n   Il joue avec, comme le chat avec les                            * *\nsouris. Aux unes, il casse les reins d'un         Vient de paraître chez Sanard et Deran-\ncoup de dent et les traîne ensuite, inertes    geon, un livre que Villiers de l'Isle-Adam\net vidées, sur la claie de ses métaphores.     citait toujours comme un chef-d'œuvre :\nCruel envers d'autres, il ne les tue pas       Christophe Colomb, par le comte Roselly\nsur l'heure, les mordille, les déchiquette,    de Lorgues. L'édition nouvelle de ce livre\nles laisse et les reprend, les flaire et les   supérieur prouve le soin pieux des édi­\nretourne, avec des bonds, des replie­          teurs et les honore.\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": " 44                                                    DURENDAL\n\n\n\n\n                    MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n      Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n   A propos d'imagerie religieuse, — signalons à l'attention de nos lecteurs les très\nbelles images murales colorées, exposées en ce moment chez Dietrich (Montagne\nde la Cour, 52). La Presse anglaise — ces images viennent d'Angleterre — en a fait\nl'éloge très justement. Il y a là, entre autres, saint George au Dragon, — L'annon-\nciation, — Le sacrifice d'Abraham, — et un Christ en croix, absolument remar­\nquables. Ajoutons que ces planches sont signées des noms, illustres par delà le\ndétroit, de Christopher W . Whall, Selwijn Image, Louis Davis et Heywood Summer.\nCe sont de vrais tableaux aux prix démocratisés. Et voilà toujours autant de fait\npour l'éducation artistique de la masse, à laquelle, dans la pensée des artistes qui\nles conçurent, ces tableaux-images s'adressent.\n\n                                                         *   *\n  Maxime Du Camp, de l'Académie française, vient de mourir à soixante-douze ans.\nUn académicien de moins, un fauteuil de plus.\n                                           *\n                                         * *\n  Le 12 février, notre collaborateur, Pol Demade, a donné, au Cercle Léon XIII,\nune conférence sur ce sujet : La décadence de l'art catholique contemporain. Cette\nconférence sera publiée dans les colonnes de l'Avenir social, lequel a été si bienveil­\nlant pour Durendal. — Nous y reviendrons.\n                                           *\n                                         * *\n   Le salon de la Libre Esthétique s'est ouvert dans les galeries du Musée moderne,\nle samedi 17 courant. — Notre collaborateur Maurice Bekaert expose ses œuvres\nau Cercle artistique et littéraire de Gand (Rempart-Saint-Jean, 12).\n                                           *\n                                         * *\n   Le numéro de mars sera consacré tout entier à Ernest Hello, le grand écrivain\ncatholique méconnu. Il contiendra, du maître, en plus du portrait annoncé (1),\nplusieurs pages absolument inédites, que nous devons à la gracieuseté de Mme veuve\nErnest Hello.\n\n   (1) Ce portrait sera réservé à nos seuls abonnés.\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": ""}, {"page_pdf": 57, "texte": ""}]}