{"numero_id": "ulb-durendal-1894-03-n3", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1894-03-n3-001", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 45, "page_fin": 45, "titre_corps": "À Madame Ernest Hello", "titre_sommaire": "", "signature_source": "DURENDAL", "ancre_debut": "A Madame ERNEST HELLO", "ancre_fin": "DURENDAL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 185, "fin_caractere_exclue": 667, "texte": "A Madame ERNEST HELLO,            — à laquelle nous devons une reconnais-\nsance éternelle pour ceci : qu'elle épousa Hello malade et promis à une mort\nprochaine, et le soutint du réconfort d'une si puissante tendresse qu'il vécut\ntrente ans encore pour la gloire du Christ et l'honneur des lettres, — les pages\nqui suivent sont dédiées, en témoignage de respect et d'admiration.\n                                                                                              DURENDAL."}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-03-n3-002", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 45, "page_fin": 48, "titre_corps": "Pages inédites d’Ernest Hello", "titre_sommaire": "Pages inédites", "signature_source": "ERNEST HELLO", "ancre_debut": "Pages inédites d’ERNEST HELLO", "ancre_fin": "ERNEST HELLO", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "DEUX PRIERES", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 690, "fin_caractere_exclue": 2203, "texte": "Pages inédites d'ERNEST HELLO\nL'HOMME        DE G É N I E —         HAINE      ET AFFECTION —              POUR CEUX QUI DEVINENT —\n                              LE   FANATISME — L A JUSTICE VRAIE ( I )\n\n\n\n\n                             DIEU étonne toujours. Quand il vous confierait ses\n                               projets, il vous étonnerait encore par leur exécution.\n                               Or, il communique à l'homme de génie un reflet\n                               de cette puissance d'étonner.\n                     L'homme de génie étonne les autres et lui-même\n          par l'inattendu de ses coups d'œil. Dieu, qui l'emploie à de\n         plus grandes choses q u e les autres hommes, lui fait sentir\n         plus profondément sa qualité de serviteur et de créature. Il\n         le dépouille et le décore; il le vide et le remplit alternati­\n         vement. Il l'écrase sous son fond propre qui est le Néant,\n         avant de le combler de son E t r e à L u i , afin que l'homme\n         sache à qui l'Etre appartient en propriété. E n l'entraînant\nsur les hauteurs, Dieu lui montre les abîmes, et lui cache quelquefois\nle fil imperceptible, à l'aide duquel il le tient, suspendu sur eux,\ncroyant tomber et montant.\n\n    (1) Nous devons ces papes absolument inédites à la gracieuseté deMmeErnest Hello. Nous attirons l'attention de nos\nlecteurs sur ces deux fragments prophétiques : Le fanatisme, La Justice vraie, qu'on croirait écrits d'hier. Hello est mort\nen 1885. Le Génie est voyant.\n"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2124, "texte": " 46                             DURENDAL\n\n\n   L'homme de génie est celui qui échappe aux mesures que les autres\nhommes tiennent dans leurs mains. Il est, relativement à eux, à perte\nde vue. Aussi est-il quelquefois adoré, habituellement nié ; il n'est pas\njugé : car il ne pourrait être jugé que par ses pairs.\n   L'homme de génie voit les choses, même les plus vulgaires, sous un\njour particulier. Le plus usé des lieux communs s'éclaire, sous son\nregard, d'une lumière aussi neuve qu'éblouissante. La Parole qu'il\nprononce peut avoir été prononcée avant lui, mais elle n'a pas été\nprononcée comme il la prononce. Ce que les autres voient d'en bas, il\nle voit d'en haut. Aussi voit-il autrement, même quand il voit les\nmêmes choses. Vous êtes dans une cabane au fond d'un vallon, cette\ncabane est pour vous sans Beauté. Elle vous masque le ciel et ne vous\nmontre rien. Mais vue de haut, mêlée aux jeux de lumière et aux\naccidents de terrain, elle concourt à la variété, à l'unité, à la splendeur\ndu Paysage. Mais il faut être sur la Montagne.\n                                       *\n                                   *        *\n\n       UN ennemi nous fait tort : nous pouvons être irrités, nous ne\n       sommes pas blessés. L'homme ne peut être blessé que par son\nami. La haine ne peut naître que d'une affection trahie.\n   Le fait, trop évident pour avoir besoin de preuve, a une raison\nd'être, et cette raison, la voici :\n   L'homme, dis-je, ne hait pas son ennemi; il hait son ancien ami.\nC'est qu'il n'a éprouvé, de la part de l'ennemi, aucun refus ; car il ne\nlui a rien offert, et rien demandé; ces deux êtres ne se devaient que la\ncharité générale, qui est due à tous par tous. En manquant à cette\ncharité, ils ont violé une loi générale : mais il n'ont rompu aucun lien\nparticulier.\n                                       *■\n\n\n\n\n    L y a dans l'homme supérieur un mélange singulier de timidité et\nI   d'assurance; assurance, car il sait ce que vaut l'opinion des hommes\net ne recule jamais devant elle; timidité, car il se sait étranger en ce\nmonde, et connaît par expérience la férocité de la bêtise. Aussi ne\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "                                                   DURENDAL            47\n\nlivre-t-il pas à l'ennemi le secret de ses douleurs : ceux-là deviennent\nses amis qui savent deviner. Deviner! Il 3^ a, je pense, pour ceux qui\ncroient à l'avenir avant de l'avoir vu, pour ceux dont l'admiration\nprécède et produit l'admiration du monde, il y a sans doute quelque\npart pour ceux qui devinent des récompenses exceptionnelles. Ils ont\ncompris, donc ils ont égalé. Il n'est plus temps, après la victoire, de\nrendre hommage au vainqueur, c'est d'avance qu'il faut saluer.\n                                                             *\n                                                         *       *\nLES       crimes auxquels sont mêlées les religions ont, à l'heure qu'il\n      est, quelque chose d'invraisemblable. Comment tant d'indiffé­\nrence, et au milieu de cette indifférence (j'allais dire au cœur de cette\nindifférence; mais le cœur est justement ce qu'elle n'a pas\"), au milieu\nde cette froideur universelle, voici que le Fanatisme trouve sa place !\n   Le Fanatisme au milieu de notre Incroyance! En apparance, c'est\ninexplicable. En réalité, c'est tout simple. Toutes les erreurs se tiennent.\n   La Foi et la Charité s'embrassent. L'Indifférence et le Fanatisme\npeuvent bien s'unir ou plutôt se coaliser dans l'enfer qui est leur\ndomaine. L'Indifférence, qui voudrait se donner des airs de supériorité\net de protection, est féroce en réalité.\n   La Foi est douce et tendre, malgré les airs sévères qu'elle prend de\ntemps en temps.\n   L'apparition de Torquemada et celle des massacres dont l'Orient (1)\nvient d'être le Théâtre, se donnent l'une à l'autre une redoutable\nactualité.\n   Les deux drames ont l'air de s'entendre pour effrayer le monde au\nmême moment.\n                                                             *\n                                                         *       *\nLA     Justice vulgaire est une Injustice infinie.\n        Dans certaines provinces, quand on veut parler d'une personne\nou d'une chose inflexible, on dit : c'est raide comme la Justice!\n\n  (1) Aujourd'hui on pourrait dire Paris, la France. E. H.\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 684, "texte": " 48                                DURENDAL\n\n\n   O Justice, qu'elle idée on se fait de toi! L a Justice raide est cette\népouvantable Iniquité qui ne tient pas compte de la faiblesse, qui ne\ntient pas compte de la tentation !\n   L a Justice vraie est ce qu'il y a de plus tendre, de plus sensible, de\nplus cordial, de plus pathétique au monde. L a Justice vraie a des\ndéchirements d'âme, elle a l'Intelligence des faiblesses qu'elle juge,\nelle a l'Immense pitié des misères qu'elle constate ; le cri du Pauvre\nest au cœur de la Justice, ce qu'est le cri d'un Enfant au cœur d'une\nMère.\n      (Reproduction interdite.)                           ERNEST HELLO.\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-03-n3-003", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 48, "page_fin": 49, "titre_corps": "Deux Prières (inédites)", "titre_sommaire": "Deux prières", "signature_source": "ERNEST HELLO", "ancre_debut": "DEUX PRIERES", "ancre_fin": "ERNEST HELLO", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 684, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "DEUX             PRIERES\n                                    (INÉDITES)\n\n\nO    Poussière fidèle, sans pourriture et sans orgueil, fille de la terre, sa\n     substance et son image, de laquelle je suis tiré, que je renie incessam-\nment, qui vole obéissante sous le souffle de Dieu qui passe, tu n'as jamais dit\nque tu es le soleil, ou l'air ou la lumière, tu te donnes pour ce que tu es ; tu te\ndonnes à nous comme tu es ; tu ne te vantes pas, tu ne mens pas, tu ne résistes\npas; ô poussière, ô ma mère, que je te trouve sublime auprès de moi!\n   Comment me portes-tu, terre sacrée qui as porté Dieu.\n   Seigneur, que voulez-vous que je vous dise? Délivrez-moi, montrez-moi\nvotre Face, ne me cachez pas votre amour; que j'habite en vous, gardé par\nvous, sans retour sur moi, sans peur de moi, dans la joie de l'adoration\nà jamais, à jamais, à jamais! Amen.\n                                           *\n                                       *       *\n\n Petit enfant de Nazareth, qui vivez dans le silence, la paix et l'humilité,\n    venez en moi me donner la douceur, le silence, la paix, l'humilité; faites\nque j'aime les petites choses, les petits enfants, vos outils, votre table; que je\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 645, "texte": "                                                 DURENDAL                                                  49\n\ntravaille avec vous, sous vos yeux, dans votre amour ; que je ne vous perde\npas de vue; que je vive, que je pense, que je parle, comme sachant bien que\nvous êtes là, Marie et Joseph, à côté. Donnez-moi le goût de la petite maison,\navec sa douceur, son ordre, sa modestie et le soulagement qui vient de\nl'humilité.\n  Donnez-moi la paix, la jeunesse, le calme, l'enfance, la petite maison.\n  Donnez-moi Nazareth. Ainsi soit-il.\n                                                                                     ERNEST           HELLO."}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-03-n3-004", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 49, "page_fin": 58, "titre_corps": "Ernest Hello", "titre_sommaire": "Ernest Hello", "signature_source": "HENRY MŒLLER", "ancre_debut": "ERNEST HELLO", "ancre_fin": "HENRY MŒLLER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 66, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 684, "fin_caractere_exclue": 1520, "texte": "ERNEST HELLO\n\n                                DURENDAL a\n                                 prévenu ses lecteurs, dans sa geste\n                   idéale, « qu'elle aurait à rendre, à plusieurs des\n                   nôtres, une justice tardive, mais nécessaire ». Au\n                   premier rang de ceux que : nôtres! hautement\n                   nous proclamons, — il n'est pas besoin de le dire,\n                   n'est-ce pas? — est notre grand et cher Ernest\n                   Hello, ce fier génie chrétien, si odieusement mé­\nconnu des siens, un des plus fastueux penseurs catholiques de cette\ngénération. Nous ne nous lasserons jamais, nous, ses admirateurs\nconvaincus, de clamer la grandesse de cet esprit éminent, en dépit\n\n  Nos lecteurs trouveront, encartés dans ce numéro, le portrait du Maître, que noua avions annoncé.\n"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": " 50                                                  DURENDAL\n\n\nde l'indifférence stupide de quelques esprits contemporains étroits,\nabrutis par le plus intransigeant classicisme.\n   J'ai dit : notre grand et cher Hello. En effet, parmi les auteurs de\nprédilection, il en est que l'on se contente d'admirer, d'autres, qu'à\nla fois on admire et on aime. Ernest Hello est de ceux que nous\nadmirons et que nous aimons. Oui! nous admirons d'enthousiasme ce\nmajestueux génie et nous aimons, avec toute la passion de nos cœurs,\ncette âme d'élite. Si Ernest Hello a été une des plus lumineuses\nintelligences du siècle, ce fut, en plus, une de ces âmes royales\n— Barbey d'Aurevilly les appelait : des âmes princesses — que Dieu\nse plait à envoyer de temps en temps au monde vieillissant, pour le\nréveiller de son assoupissement et « lui parler, dans le présent, le\nlangage de l'avenir » (1).\n   Hello, c'est l'homme de l'idéal. Tout Hello est dans cette définition.\nL'idéal, c'était sa vie. Il ne respirait que pour lui. L'œil de cet aigle\nde génie était sans cesse fixé sur ce soleil des intelligences. Son cœur\nne battait que pour lui. Vers lui montaient, nuit et jour, toutes les\nplus ardentes aspirations de son âme enthousiaste. A l'encontre de\nl'homme médiocre, qui n'a qu'une passion, — dit Hello, — la haine\ndu beau, il n'eut qu'une passion : la passion de l'idéal! Ce fut l'unique\neffort de toute sa vie, la règle de toutes ses pensées, de tous ses actes.\nIl s'absorba en lui, il s'y transfigura. L'idéal, c'était, pour Hello, ce\npain quotidien de l'âme, dont il disait : « Nous sommes grands à ce\npoint que rien ne nous suffit pour nous nourrir » (2). Il se serait passé\nplus aisément du pain matériel, que de ce pain-là, qu'il dévorait avec\nl'avidité d'un affamé. Plus il en mangeait, plus il en avait faim.\n    L'esprit peut être fasciné un moment par une beauté créée, il finit\ntoujours par se lasser. Les charmes de la créature, étant contingents,\nsont impuissants à assouvir complètement notre aspiration vers le\nbeau. Mais l'idéal, c'est le beau infini, c'est l'océan de la beauté, c'est\nle beau dans son essence! Plus on le scrute, plus il s'aggrandit.\n\n  (1) L'HOMMI:, p. 313 : La critique. (Nous citons d'après l'édition originale, Paris, Palmé, 1872.;\n  (2) L'HOMME, p. 129.\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "                                             DURENDAL                   5l\n\nL'esprit, en le contemplant, y découvre continuellement de nouvelles\nmagnificences. Jamais il ne l'épuisé. T o u t homme éprouve dans\nl'intimité de son être un instinctif besoin de cet idéal pour lequel il a\nété créé. Les énergies de son âme l'exigent aussi impérieusement que\nla faim appelle le pain. Mais l'homme de génie est doué de facultés\nplus affinées que l'homme vulgaire, sa faim d'idéal est plus impé­\nrieuse, plus irrasatiable, plus absolue.\n   Telle, la nature d'Ernest Hello. L'idéal, qui, pour les gens du\nmonde, n'existe pas, était, pour Hello, la plus vivante des réalités.\n « T o u t e s les fois qu'on parle de vérité et de beauté, de choses éter­\nnelles, de choses invisibles, — dit-il, — l'homme du monde se croit\nau spectacle! » (1). Mais Ernest Hello ne s'inquiétait pas du monde,\n « dont la principale occupation », disait-il dans son langage profond,\nest « de fuir la face de saint Jean » (2) et « dont les portes se\nferment instinctivement devant l'homme supérieur, alors que les gens\nmédiocres n'ont qu'à se présenter pour qu'elles s'ouvrent » (3). Il ne se\nsouciait guère de ses idiotes affaires, de ses folies et de ses névroses,\nde sa sotte vanité, de ses plaisirs imbéciles, de ses appétits de bête\nfauve. Quand il daignait se tourner vers ce monde-là, c'était pour lui\njeter, avec le haussement d'épaules du dédain, un regard de mépris,\nc'était pour le maudir, pour lui reprocher, à l'égal d'un crime, son\nindifférence vis-à-vis de l'idéal. L e plus grand scélérat, pour Hello,\nn'est pas celui qui attente à la vie du corps, mais celui qui tue l'idéal\ndans les âmes.\n   « L e monde, — disait-il, — c'est l'impureté même, c'est l'infâme\npar excellence, c'est la vieillesse. Il est bien difficile d'imaginer sur la\nterre combien les gens du monde sont vieux ! » (4). Il définissait\nl'homme du monde : « Celui qui essaie de faire, entre l'artiste et le\nmonsieur chrétien, une réconciliation » (5).\n  Hello, c'est l'homme de l'intuition ! le penseur ! le voyant !\n  (1) L'HOMME, p. 365 : L'art.\n  (2] L'HOMME, p. 112 : Le monde.\n  (3) L'HOMME, p. 305 : L'art.\n  {4) L'HOMME, pp. 108 et 116 : Le monde.\n  (5) L'HOMME, p. 367 : Le mépru de l'art.\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2105, "texte": " 52                                        DURENDAL\n\n\n   L a plupart des hommes ne s'élèvent à la vérité que par les sentiers\ntortueux du raisonnement. L e génie va droit à elle comme la flèche\nva droit au but. Il la perçoit instantanément. U n coup d'œil lui suffit.\nL'homme vulgaire raisonne, le génie voit! Quand la vérité vient à lui,\nil ne lui demande pas : qui es-tu? il s'écrie immédiatement : c'est\névident.\n   Voilà Ernest Hello.\n   Quand on lit, même dans ce qu'il a écrit de plus simple, les œuvres\nextraordinaires de l'extraordinaire Ernest Hello, on est à chaque\ninstant et tout d'un coup ébloui p a r un éclair de génie. C'est, quand\nil vous lance une de ces pensées profondes « qui vous font sentir en\nfrissonnant le voisinage de l'éternité » (1). D'instinct on s'arrête.\nL'esprit, illuminé subitement p a r cet éclair, sent le besoin du recueil­\nlement. Hello vous dit, en une parole de feu, une vérité d'une telle\nfécondité, qu'elle aurait besoin, pour se développer, de tout un\nvolume. Cette parole renferme plus de lumière que cent autres livres\nvides et banals.\n   Ernest Hello fait penser, parce qu'il fut lui-même un penseur. Il\nvécut plus au dedans qu'au dehors de lui-même. Il considérait comme\nles meilleures de sa vie, les heures de la solitude, du recueillement et\nde la contemplation, dont il disait : « Chacun de nous ne connaît-il\npas ces heures admirables de lumière intérieure où il semble q u e\nl'homme en présence et en possession de lui-même s'aperçoive pour\nla première fois et se reconnaisse? On dirait que, débarrassé des\nobstacles et délivré des ténèbres derrière lesquelles il était voilé à\nlui-même, il entre enfin dans la liberté et dans la joie de son être!\nC'est le réveil du regard h u m a i n ! » (2).\n   L e chef-d'œuvre d'Hello, c'est : L'Homme. Jamais écrivain n'a mis a u\nservice de l'idéal de telles munificences de langage, d'enthousiasme e t\nd'inspiration, qu'Hello, dans cet admirable traité de l'homme.\n   Beaucoup de livres seront depuis longtemps ensevelis dans le\n\n  (1) L ' H O M M E , p . 321 :   L'art.\n  (2) L ' H O M M E , p . 307 :   L'art.\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2370, "texte": "                                  DURENDAL                              53\n\nsépulcre sept fois scellé de l'oubli, qu'il éveillera encore l'admiration\ndu penseur, que les artistes et les poètes y puiseront leur inspiration\net que les jeunes talents y découvriront l'idée révélatrice. Vainement\nils l'ont cherché jadis, cette idée-là, dans leurs béats manuels. Leurs\nmaîtres, qui « se dispensant de penser à l'infini en dispensent leurs\nécoliers » (1), — selon la parole d'Hello, — étaient incapables de la\nleur communiquer. Hello leur dira cette parole de vie, qui décide de\ntout un avenir.\n    S'il est un livre dont il faut dire au monde la fameuse parole qui\n décida de l'avenir du grand Augustin : Toile et lege : prends et lis !\n c'est bien celui-là. Je jugerais volontiers de la valeur d'un homme,\n d'après l'impression que la lecture de ce livre magistral lui ferait. Si\n ce livre n'a pas de sens pour lui, qu'il dise un éternel adieu aux choses\n de l'esprit. Il n'est pas né pour les comprendre. Qu'il renonce à la\n poésie, à l'art, à la pensée, à l'infini, à ce qu'Hello appelait : « les\nchoses invisibles et éternelles ! » L'idéal n'est pas son fait. Il n'est pas\ntaillé à sa mesure. Il n'est pas capable de saisir la question, la grande\nquestion, celle qu'Hello appelait l'unique question, celle qui vaut\nseule la peine d'être étudiée. Si, au contraire, le lecteur, je ne dis pas :\nen jetant un coup d'œil superficiel et distrait dans ce livre, mais en le\nméditant, — car c'est un livre qui doit être savouré à petites closes,\ntant il est substantiel, — se sent empoigné, s'extasie à la vue des\nsplendeurs qu'il renferme, laisse choir le livre des mains, en s'écriant :\nO h ! que c'est b e a u ! Quel génie! Quelle révélation! Je lui dirais sans\nhésiter : Vous, vous êtes quelqu'un. Consacrez-vous à la littérature, à\nl'art, au culte du beau. L'idéal, c'est votre pays. Vous y êtes chez vous.\n   T o u s les chapitres de ce livre admirable sont rutilants de beauté,\ndébordants de sève intellectuelle, imprégnés de poésie, saturés d'idéal.\nMais la plus belle partie, celle qu'Hello semble avoir développée avec\nle plus de complaisance, c'est certainement la dernière, où il est traité\nde l'art. Hello nous en dit lui-même la raison : « L'art, c'est la pensée\nqui a occupé toute ma vie! » E t pourquoi? Parce que « l'art est dans\n  (1) L'HOMME:, P. 316 : L'art.\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2271, "texte": " 54                                          DURENDAL\n\n\nl'ordre naturel la manifestation de l'idéal » (1). Or, nous l'avons dit,\nHello c'est l'homme de l'idéal. L'art est un, dans la pensée d'Hello, et\nil voudrait tout dire en une parole. Mais le verbe humain est boiteux.\nDieu seul est capable de prononcer une de ces paroles éternelles, q u i\ndisent tout en un m o t . « L'art, sans violer son unité, adoucira ses\nsplendeurs immenses et complaisantes, pour les accommoder à notre\nspécialité humaine » (2). Ernest Hello avait de l'art, de l'artiste e t d e\nsa mission, l'idée la plus grandiose q u e l'on puisse rêver. « L'art,\n— dit-il, — a été, est et sera toujours u n e ascension ». Combien\nsuggestive, sa définition de l'artiste : « L'artiste, l'artiste digne de ce\nnom, c'est celui qui donne de l'air à l'âme humaine. L'art dans u n e\ncertaine mesure et dans un certain moment est la force qui fait éclater\nla voûte du souterrain où nous étouffons. Quand l'âme se trouve en\nface d'un véritable artiste, elle a de l'air : elle respire, elle prend\nconscience d'elle-même, elle s'écrie : Oui, mon Dieu, j e suis grande\net j e l'avais oublié! » (3).\n   L a mission de l'artiste, de « cet homme investi d'une telle dignité\net d'une telle puissance q u e sa pensée devient le pain qui nourrit les\nautres hommes, le sang qui circule dans leurs veines, c'est de réveiller\ndans le public l'étincelle menacée, l'inquiétude du beau ! » (4). Parole\nmagnifique, que tous les artistes de tous les siècles devraient prendre\npour devise.\n   Ernest Hello aurait voulu prendre en main le fouet du Christ\nchassant les vendeurs du temple, pour expulser du temple de l'art\nles infâmes, qui le polluent, en prostituant leur talent, dont ils se\nservent, non pour exalter, mais pour ravaler l'âme humaine. Il mau­\ndissait ces exploiteurs du vice, « ces hommes qui s'appellent artistes\net qui ont peur que cette terre ne soit pas assez pleine de boue. Ils\nveulent renchérir sur les hontes de la vie réelle par les hontes d e la\nvie imaginaire, où ils nous promènent! » (5).\n  (1) L ' H O M M E , p . 293 :     L'avt.\n  (2) L ' H O . M M E , p . 293 :   L'art.\n  (3) L ' H O M M E , p . 299 :     L'art.\n  (4) L ' H O M M E , p . 311 :     L'art.\n  (5) L ' H O M M E , p . 311 :     L'art.\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2370, "texte": "                                                               DURENDAL            55\n\n   N'est-il pas providentiel, que le chef-d'œuvre d'Hello fasse sa réap­\nparition dans le monde littéraire, à l'heure même où l'idéal semble\nvouloir prendre sa revanche. Pourquoi les esprits sont-ils lassés du\nnaturalisme, au point d'en avoir la nausée? Parce que l'intelligence\nhumaine est créée pour l'idéal. Or, le n a t u r a l i s m e , — dit H e l l o , — c'est\n« la négation franche de l'idéal, la suppression radicale de l'art » (1).\n   Notre siècle est sous le coup d'une crise formidable. L e navire de\nla société humaine est balloté en tous sens par une mer houleuse,\ntourmentée par le déchaînement de la plus furieuse des tempêtes. L e\nciel est menaçant. L'horizon est noir. L e tonnerre gronde sourdement\ndans le lointain. De sinistres éclairs déchirent les nuées. L a foudre\nest suspendue sur nos têtes et semble prête à éclater. L'anarchie la\nplus complète divise les âmes et règne dans les idées sociales, litté­\nraires et politiques. L a société en désarroi ne parvient pas à s'orienter.\nElle a perdu sa boussole, elle clame d'urgence après un pilote, elle\nscrute anxieusement l'horizon, cherchant à y découvrir le phare étin-\ncelant qui doit la guider au port. Hello lui montre dans son livre le\nphare du salut. Ce phare, c'est l'idéal! en langage chrétien, c'est Dieu !\n   L e chancre qui ronge la société moderne, d'après Hello, c'est u n\nimmense ennui. L e XIXe siècle s'ennuie, parce qu'il a perdu la vraie\nnotion de l'idéal, « il s'ennuie, parce qu'il vit sans Dieu. L'ennui du\nXIXe siècle n'est pas un ennui superficiel, c'est un ennui profond, un\nabîme. L e gouffre béant ne peut être comblé que par Dieu, car Dieu\nseul suffit, pour que l'homme ne s'ennuie pas » (2).\n   L e monde écoutera-t-il la parole de vie de ce voyant génial, au\nverbe de feu? Les catholiques rendront-ils enfin justice à ce grand\ncroyant, dont la foi égalait le génie? Assez longtemps ils l'ont tenu\nenseveli dans les oubliettes d'un silence de conspirateur. L'indifférence\ndu public chrétien, à l'égard d'un des plus grands hommes de notre\nlittérature catholique contemporaine, est insondable! Faut-il l'attribuer\nà l'ineptie, à l'impuissance de s'élever jusqu'au génie, à la médiocrité\n\n  (1) L ' H O M M E , p. 385 : Tendances actuelles de l'art.\n  (2) L'HOMME, p. 395 : Le roman.\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2158, "texte": " 56                            DURENDAL\n\nen un mot? O h ! alors je comprends la haine d'Ernest Hello pour\nl'homme médiocre, dont il donne la hideuse mais vivante photographie\n dans un des plus beaux chapitres de L'Homme.\n   Hello abominait la médiocrité, au delà de toute humaine expression!\n D'aucuns lui en ont fait un crime. Ce sentiment n'est pas chrétien\na-t-on dit. Ceux qui parlent ainsi n'ont pas lu, ou n'ont pas compris,\nles vigoureuses pages d'Hello sur l'homme médiocre. Il ne lui reproche\npas du tout une incapacité dont il ne peut mais, il ne le considère\npas du tout comme un monstrueux pécheur, ainsi qu'on a écrit. Il ne\ndéteste que l'homme médiocre, qui ne veut pas convenir de sa médio­\ncrité, qui se croit quelqu'un, qui s'érige en censeur du génie, qui va\njusqu'à se vanter d'être médiocre. Voilà l'animal qu'il fustige de si\nmaîtresse façon.\n   Ernest Hello le hait, à cause de son dédain, vis-à-vis du génie. Il\nlui reproche : son mépris pour l'homme supérieur, sa haine du beau,\nsa déférence pour l'opinion publique, — celle des imbéciles, — son\nimpertinence à juger les hommes sur leur succès, leur fortune. Il en\nveut à l'homme médiocre, pour sa passivité, son antipathie pour tout\nce qui est jeune, sa sympathie enthousiaste pour tout ce qui sent le\nmoisi, — c'est beau parce que c'est vieux, est un dogme fondamental\nde son credo, — enfin et surtout, sa manie de taxer d'exagération tout\nce qui est noble, tout ce qui est génial, tout ce qui est sublime, c'est-\nà-dire, tout ce qui dépasse la pitoyable envergure de son tout petit\nesprit. « Si le mot exagérer n'existait pas, — dit Hello, — l'homme\nmédiocre l'inventerait! » (1).\n   Hello s'insurge contre l'homme médiocre parce qu'il manque de\ncharité intellectuelle, la plus rare des chantés, a dit Ernest Hello,\ndans le chapitre vraiment inspiré de la charité intellectuelle.\n   Il se fut révolté, lui, et on s'imagine avec quelle superbe violence!\ncontre l'homme médiocre qui serait venu lui soutenir, par exemple :\nque le talent est une névrose, — que les hommes supérieurs sont des\nfous, — que le génie est une forme de déséquilibration mentale, — que\n  1) L'HOMME:, P. 58.\n"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2325, "texte": "                                                     DURENDAL                     57\n\n« l'aurea mediocritus n'est pas vraie pour la fortune seulement : qu'elle\nl'est surtout pour l'intelligence ». Il lui eut répondu : Vous blas­\nphémez le don de Dieu. Vous parlez le langage de S a t a n ! C'est vous\net les gens de votre bord, que le Christ eut en vue, lorsqu'il confondit\nle Tentateur, sur la montagne, par cette fière réponse, dont l'homme\nmédiocre, cet eunuque intellectuel ! est essentiellement inepte à saisir\nla profondeur : « L ' h o m m e ne vit pas seulement de pain, mais de\nparole ».\n   Oui, il y a des hommes, « qui ont plus besoin de lumière, de parole\net même de parole splendide que de pain! » — comme dit notre admi­\nrable Hello. « Il en est qui ont besoin que la parole leur arrive à eux\nrevêtue de magnificence! Il en est qui ont besoin, non seulement pour\nl'ornement de l'intelligence, mais même pour la vie de l'âme, que la\nparole arrive à eux, telle que leur âme est faite pour la désirer, pour\nla recevoir, pour se l'assimiler » (1).\n   Au génie, Dieu a confié le soin de distribuer aux âmes, l'aumône\nroyale de la parole de lumière. E t celui qui décourage le génie est\n« l'homicide de toutes les âmes qui auront besoin de lui dans le présent\net dans l'avenir » (2). Il empêche le génie de remplir sa mission, car\nl'homme de génie a une mission, et une grande mission à remplir dans\nle monde : celle de ramener les âmes à l'idéal par l'exaltation du beau !\n« Personne ne peut savoir — dit Ernest Hello — combien le beau fait\nde bien » (3). L'artiste est l'apôtre du beau. Il fait le bien, en créant\ndes chefs-d'œuvre. T o u t chef-d'œuvre, indépendamment même de son\ncréateur et quand bien même l'artiste ne serait pas un croyant, est\nune bonne action. C'est une révélation de l'idéal infini. Car tout ce\nqui est beau est un reflet de la beauté absolue (4).\n   L a fonction du génie, c'est d'arracher l'âme humaine aux viletés du\nterre à terre de l'existence et de l'emporter sur les ailes de l'enthou­\nsiasme, jusqu'à la contemplation amoureuse des splendeurs idéales du\n\n  (1) La charité intellectuelle, p. 366. (Plateaux de la balance.)\n  (2) La charitéintellectuelle, p. 396.\n  (3) La charité intellectuelle, p, 379.\n  (4) Toute créature glorifiée est un reflet de Dieu! (L'HOMME, p. 348 : L'art.\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1670, "texte": " 58                                                  DURENDAL\n\n\nbeau infini. Or, nul artiste de la plume ne s'est acquitté de cette fonc­\ntion, avec autant de talent et de conviction, que notre grand et immortel\nErnest Hello : L'âme humaine lui en devra une reconnaissance éter­\nnelle. Sa mission n'est pas finie. Elle durera aussi longtemps que vivra\nson chef-d'œuvre : c'est-à-dire toujours! Nous osons l'espérer, pour\nl'honneur de l'intelligence humaine. Aidons ce puissant génie dans\nl'accomplissement de sa mission idéale, en lui faisant la charité de\nnotre admiration sympathique (1), cette aumône intellectuelle, dont sa\ngrande âme fut si avide et qui lui fut impitoyablement et brutalement\nrefusée de son vivant, et en travaillant à la divulgation de ses chefs-\nd'œuvre. Souvenons-nous de la grande parole d'Hello : « Celui qui\ndonne la mort à un livre de génie, donne la mort à toute la postérité\nqu'aurait ce livre » (2). Bien loin de demander avec l'homme médiocre,\n« le plus froid et le plus féroce ennemi de l'homme de génie » (3), la\nsuppression des âmes princesses, si nécessaires au vieux monde, disons\nplutôt avec le grand Ernest Hello : « Que Dieu donc nous donne des\nhommes de génie assez ambitieux pour s'oublier, assez grands pour\nêtre humbles, assez humbles pour être grands, qui restituent aux\nchoses leur majesté perdue » (4).\n                                                                          L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n\n\n\n\n  (I) Celui qui comprend fait à celui qui parle une immense charité. [La charité intellectuelle,\n  (2) La charité intellectuelle, p. 396.\n  (3) L'HOMME, p. 62 : L'homme médiocre.\n  (4) L'HOMME, p. 326 : L'art.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-03-n3-007", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 59, "page_fin": 60, "titre_corps": "Notes littéraires sur E. Hello", "titre_sommaire": "Notes littéraires sur E. Hello", "signature_source": "L. D. 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La Flandre\nlibérale NOUS a donné là un rare, mais bel exemple de la justice que se doivent entre\neux, quand même, et toujours, de loyaux adversaires.\n\n    Parmi les écrivains qui se sont fait les défenseurs d'une doctrine religieuse,\npolitique ou scientifique, il s'en trouve que leurs adversaires même lisent\nfréquemment avec profit et admirent à l'égal de maîtres. C'est que leurs\n ouvrages, à côté de parties réservées à la contreverse, aux batailles et aux\n escarmouches de l'idée et de la plume, renferment des pages plus hautes, parce\n qu'elles sont vraiment humaines. Les livres de ces auteurs passent de génération\n en génération, toujours certains de trouver des lecteurs, ne fût-ce que parmi les\n délicats, les lettrés et les intellectuels.\n    Ernest Hello peut être rangé parmi ces écrivains et L'Homme, son principal\n ouvrage, entre les volumes que, chacun devrait lire. L'Homme vient d'être\n réédité par la librairie Perrin. C'est un recueil de maximes, de fragments,\n parus dans les journaux, à droite et à gauche, et que l'auteur avait enfin\n réunis à la prière de ses amis. L'ouvrage comprend trois livres, intitulés : la\n  Vie, la Science, l'Art : ce sont là trois ensembles complets, qui ne pêchent\n pas, comme les recueils de pensées, par le manque d'unité ou par la sécheresse.\n    Hello est un ardent champion de l'idée catholique, et s'affirme tel, lui\n même, ouvertement. Ses ouvrages respirent une foi presque aveugle (1).\n Néanmoins, ce qui tient le plus de place dans ses écrits, c'est bien l'âme\n humaine avec toutes ses pensées, tous ses secrets, ses sommets radieux et ses\n ténébreux abîmes. Sa psychologie est la plus précise et la plus subtile qui soit.\n Il parle de l'avare et de l'avarice en termes si profonds et si sûrs, que la\nfameuse comédie de Molière devient, aux yeux de tout lecteur sérieux, une\n ébauche indécise et difforme. 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De là, on aperçoit et on domine\nla vie, et les hommes. Le chemin est malaisé, plein de hasards et de surprises :\naussi, peu de voyageurs se décident à le parcourir jusqu'au bout. Par contre, le\nlecteur persévérant et courageux est largement payé de ses peines, par l'imprévu,\nla netteté, la nouveauté inattendue des aspects découverts. Excelsior, monte\ntoujours plus haut, est un des préceptes favoris de Hello. Il est bien plus aisé\nde descendre. C'est ce qui explique surtout son impopularité.\n    On a maintes fois vanté la virulence combattive de Barbey d'Aurevilly, son\n verbe acéré, la parole mordante avec laquelle il flagelle les vices, les défauts et\n les travers humains. A ce point de vue, Ernest Hello ne le cède en rien, au\nfameux auteur de les Œ u v r e s et les Hommes. Mais si ce dernier est parfois\n aveuglé au point d'oublier les mérites parfois très réels de ceux qu'il attaque,\n l'écrivain de L ' H o m m e ne pêche point par le même défaut. La clairvoyance,\n chez lui, est un don véritable, et ne le trahit jamais.\n\n\n   Nous le disons encore une fois, à part les défauts que l'on rencontre dans\npresque tout ouvrage philosophique et littéraire, surtout dans les œuvres pré-\nsentant nettement, comme celle-ci, ce double caractère, le livre de Hello est un\nlivre admirable, un chef-d'œuvre qui s'impose, comme tel, aux yeux de tout\nhomme de bonne foi. Le chrétien convaincu comme le résolu libre-penseur y\ntrouveront de vrais et très hauts enseignements. La lecture de ce traité sur\nl'Homme est d'un profit certain pour tous les hommes.\n\n    (1) Selon nous, il n'y a pas, sur le globe terraqué, plus d'un cent d'individus par siècle (et encore!) capables de lire quoi\nque ce soit, voire des étiquettes de pots à moutarde. » Note du comte Mathias Philippe de Villiers de l'Isle-Adam.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-03-n3-005", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 61, "page_fin": 63, "titre_corps": "Joseph Serre", "titre_sommaire": "Ernest Hello et Joseph Serre", "signature_source": "POL DEMADE", "ancre_debut": "JOSEPH SERRE", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "JEAN LANDER", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 105, "fin_caractere_exclue": 2096, "texte": "JOSEPH SERRE\n JOSEPH SERRE. — Ernest Hello (L'homme, le penseur, l'écrivain, avec portrait).\nUn vol. chez Perrin, Paris, 1894. — Prix : 3 fr. 50.\n\n\n\n\nT\n            OUT homme, — écrivait Hello, — qui garde une parole\n            de vie et ne la donne pas, est un homme qui, dans une\n            famine, garde du pain dans son grenier, sans le manger ni\n            le donner. »\n   Cette parole de vie, Ernest Hello la possédait; mais ce fut en vain\nqu'il tenta d'incroyables efforts pour la faire parvenir à la foule...,\nelle lui resta pour compte ! Fut-ce la faute de la foule ou celle des\npasteurs de l'époque, et parmi ceux-ci faut-il nommer Veuillot-l'envie ?\nJe veux l'ignorer. Ce ne fut toujours pas la faute d'Hello, à la fois\napôtre et martyr de la charité intellectuelle, si cette parole, c'est-à-dire\ndu pain et de la vie, s'accumula, momentanément inutile, comme le\nblé des Pharaons dans les greniers des Sept années d'abondance.\nJusqu'ici, on savait, vaguement, dans les cénacles littéraires, l'exis­\ntence de ces richesses oubliées. Il a fallu la famine intellectuelle de\nces derniers jours du siècle pour en raviver une bonne fois le souvenir.\n   C'est à cette heure qu'apparaît le beau livre de M. Joseph Serre sur\nErnest Hello. Les livres gardant, comme les enfants, quelque reflet\ndes préoccupations au milieu desquelles ils furent conçus, j'ai donc\nretrouvé en ce volume ce souci de la première heure, ainsi traduisible :\nvoici du pain à manger. Double originalité de ces pages : elles parlent\nà peine de l'homme qu'était Hello — « La vie extérieure, prend soin\nde nous dire M. Serre, est nulle dans Hello. La vie physique est\nmourante. Hello n'est pas un littérateur, il est à peine un homme.\n C'est un penseur. » — et elles sont à peu près muettes sur l'écrivain\n qu'est Joseph Serre. Ni biographie, ni égotisme. Ce livre est écrit à\n la Gloire d'une œuvre. M. J. Serre a dû se dire : que toute la glose\n possible, autour d'un homme, ne vaudra jamais l'œuvre de cet homme\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": " 62                            DURENDAL\n\n\nlui-même, et il a eu le rare mérite de nous laisser seul à seul devant\nHello-le-penseur. Il s'est bien gardé de recommencer, au sujet d'Hello,\nle livre de Charles Buet sur Barbey d'Aurevilly, ou celui de du\nPontavice de Heussey sur Villiers de l'Isle-Adam. Dieu sait cependant\nsi l'occasion était tentante ! et quelle curieuse psychologie était à faire\n« de ce maître de tous nos psychologues d'à p r é s e n t » , comme disait\nl'autre jour Lucien Descaves! Serre ne l'a point fait. Son œuvre est\nd'une autre beauté. Il a vu Hello et il est venu nous le dire. P a r une\nrare faveur, il est entré, lui, un des affamés de cette époque, dans ces\ngreniers d'abondance dont j e parlais tantôt, et il s'y est rassasié du\n pain de cette parole vivante ; mais, pendant qu'il mangeait, il a songé\n à nous, ses frères en soif et en faim intellectuelles. C'est de cette\n pensée, de son rassasiement et de notre famine, que naquit sans\n doute le livre qu'il nous donne aujourd'hui.\n   Serre rentre là, de la Terre Promise des œuvres d'Hello, chargé\ncomme Caleb, — que ma naïve Bible d'enfance, ma Bible à images,\nme représentait pliant sous le poids d'une seule grappe de raisin.\nIl rentre de l'exploration de l'œuvre d'Hello, — cette Golconde de\nl'Idée, — porteur de quelques magnifiques diamants de la pensée.\nCe livre n'est pas la Terre diamantifère elle-même, mais c'en est le\nsouvenir et le désir, et c'est toujours autant. Voilà Joseph Serre\ndevenu de par ce livre, pour tous ceux, et ils sont nombreux, hélas!\nparmi nous, qui ignorent Hello, le guide à peu près indispensable.\n   Il faut lire ce beau livre du disciple qui donne l'envie des magni­\nfiques écrits du Maître; car Serre n'est pas seulement cet explorateur\nque je viens de dire, il est encore le disciple. Je me le représente sous\nles traits d'un de ses extraordinaires gardiens de trésors artistiques,\nqu'on voit s'éprendre d'une belle passion pour les chefs-d'œuvre qui\nles entourent et qui font ce rêve, dont il appartient à l'avenir seul de\ndire la folie ou la sagesse, — de les égaler. Or, je note qu'il y a, dans\nles yeux et dans le langage de Joseph Serre, ou, si vous préférez,\ndans sa pensée et dans son style, souvent, quelque chose d'Ernest\n Hello. L a «belle passion», elle habite depuis longtemps son cœur;\n"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 474, "texte": "                                 DÜRENDAL                                63\n\nc'est elle sans doute qui lui inspira de nous faire la charité de son\nlivre, elle et la fidélité à cette sentence d'Hello, son Maître :\n   « L a parole écrite est une immense charité, et sa diffusion, quand\nelle est bonne et belle, est, par excellence, l'acte de c h a n t é au dix-\nneuvième siècle. »\n                                                         POL DEMADE.\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-03-n3-006", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 63, "page_fin": 64, "titre_corps": "Jean Lander (Mme Ernest Hello)", "titre_sommaire": "Jean Lander", "signature_source": "Mme Pol Demade", "ancre_debut": "JEAN LANDER", "ancre_fin": "M POL DEMADE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MIROIR D’ART ET DE LITTÉRATURE", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 474, "fin_caractere_exclue": 1854, "texte": "JEAN LANDER\n                              (Mme ERNEST HELLO)\n\n\n\n             Mme E r n e s t Hello est l'auteur de plusieurs volumes de nouvelles\n             publiées sous le pseudonyme de Jean L a n d e r et préfaciées\npar son illustre mari.\n   « L e lecteur, écrit Ernest Hello, en tête d'un de ses volumes : L e\nchemin de la vie, n'aime que les enseignements déguisés, et Jean\nL a n d e r les lui offre cachés sous des colliers de perles, c'est-à-dire\nsous des parures de larmes. P o u r lire ces nouvelles à un auditoire\nquelconque, il faut avoir des larmes dans la voix. L'attendrissement\nest leur caractère propre. L e sentiment qui les inspire est si simple et\nsi profond, que les mots les plus ordinaires y font monter les larmes\naux yeux, sans qu'on sache très bien pourquoi. L'extrême pureté de\nces récits est pour quelque chose dans l'émotion qu'ils provoquent.\nCar la pureté donne la force au sentiment, et Jean L a n d e r semble\navoir le don d'introduire le sentiment pur et fort dans tous les détails\nde la vie humaine. Pauvre vie h u m a i n e ! elle a tant besoin de secours\npour être portée légèrement! E h bien, ses actes les plus insignifiants\nen apparence prennent, sous la plume de Jean L a n d e r , une couleur\nchaude et attendrissante qui les relève et les adoucit. Notre génération\na perdu le goût du pain. Jean L a n d e r pourrait lui rendre ce goût.\n"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 725, "texte": " 64                                DURENDAL\n\nLes aliments qu'il lui offre sont très simples, très salutaires, très\nfortifiants. Les sentiments les plus élevés trouvent leur place dans\nces pages très simples où la vie humaine se déroule avec bonhomie\net, en même temps, j'ose le dire, avec solennité. »\n   Rarement éloge nous parut plus impartial, mieux mérité. A notre\nhumble avis, les œuvres de Jean Lander constituent à l'esprit et au\ncœur une sorte de villégiature littéraire. C'est là qu'on mange du vrai\npain, certes, mais c'est là aussi qu'on respire de l'air pur embaumé\nà la fois du parfum des vraies vertus et des vraiesme fleurs.\n                                                       M POL DEMADE.\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-03-n3-008", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 64, "page_fin": 64, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature", "titre_sommaire": "Miroir d'Art et de Littérature (Propos des Douze Pairs autour de la Table ronde)", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "emade — A propos du rapport sur le prix quinquennal — L'abêtissement à divers degrés — Poésies.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 725, "fin_caractere_exclue": 1825, "texte": "MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n      Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n  Au cours du procès Moore.\n  — Ca! un poète?... Il ressemble à un honnête homme! murmure, à côté de moi,\nun bon bourgeois, dans l'esprit duquel Moore est un calomnié.\n                                                 (Libre Parole, 22 décembre 1893.)\n                                          *\n                                         * *\n  Une bien jolie définition de la philosophie, extraite de la Revue bleue :\n  « Ce qu'ont imaginé les hommes les moins bêtes sur ces choses que personne ne\nsaura jamais. »\n                                          *\n                                         * *\n  Durendal remercie les journaux qui ont bien voulu faire part à leurs lecteurs de\nson apparition, et tout particulièrement le Patriote, de Bruxelles, et l'Étudiant, de\nLouvain.\n                                         * *\n   Au prochain numéro : Franz Stuck, par William Bitter — Un conte ironique de Pol\nDemade — A propos du rapport sur le prix quinquennal — L'abêtissement à divers\ndegrés — Poésies.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 58, "texte": "MARS I 8 Q 4\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": ""}, {"page_pdf": 60, "texte": ""}, {"page_pdf": 61, "texte": ""}, {"page_pdf": 62, "texte": "  Mars 1894                                                                                                   N°3-,\n\n                                                   DURENDAL.\n\n\n\n\n   A Madame ERNEST HELLO,            — à laquelle nous devons une reconnais-\nsance éternelle pour ceci : qu'elle épousa Hello malade et promis à une mort\nprochaine, et le soutint du réconfort d'une si puissante tendresse qu'il vécut\ntrente ans encore pour la gloire du Christ et l'honneur des lettres, — les pages\nqui suivent sont dédiées, en témoignage de respect et d'admiration.\n                                                                                              DURENDAL.\n\n\n\n\n                  Pages inédites d'ERNEST HELLO\nL'HOMME        DE G É N I E —         HAINE      ET AFFECTION —              POUR CEUX QUI DEVINENT —\n                              LE   FANATISME — L A JUSTICE VRAIE ( I )\n\n\n\n\n                             DIEU étonne toujours. Quand il vous confierait ses\n                               projets, il vous étonnerait encore par leur exécution.\n                               Or, il communique à l'homme de génie un reflet\n                               de cette puissance d'étonner.\n                     L'homme de génie étonne les autres et lui-même\n          par l'inattendu de ses coups d'œil. Dieu, qui l'emploie à de\n         plus grandes choses q u e les autres hommes, lui fait sentir\n         plus profondément sa qualité de serviteur et de créature. Il\n         le dépouille et le décore; il le vide et le remplit alternati­\n         vement. Il l'écrase sous son fond propre qui est le Néant,\n         avant de le combler de son E t r e à L u i , afin que l'homme\n         sache à qui l'Etre appartient en propriété. E n l'entraînant\nsur les hauteurs, Dieu lui montre les abîmes, et lui cache quelquefois\nle fil imperceptible, à l'aide duquel il le tient, suspendu sur eux,\ncroyant tomber et montant.\n\n    (1) Nous devons ces papes absolument inédites à la gracieuseté deMmeErnest Hello. Nous attirons l'attention de nos\nlecteurs sur ces deux fragments prophétiques : Le fanatisme, La Justice vraie, qu'on croirait écrits d'hier. Hello est mort\nen 1885. Le Génie est voyant.\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": " 46                             DURENDAL\n\n\n   L'homme de génie est celui qui échappe aux mesures que les autres\nhommes tiennent dans leurs mains. Il est, relativement à eux, à perte\nde vue. Aussi est-il quelquefois adoré, habituellement nié ; il n'est pas\njugé : car il ne pourrait être jugé que par ses pairs.\n   L'homme de génie voit les choses, même les plus vulgaires, sous un\njour particulier. Le plus usé des lieux communs s'éclaire, sous son\nregard, d'une lumière aussi neuve qu'éblouissante. La Parole qu'il\nprononce peut avoir été prononcée avant lui, mais elle n'a pas été\nprononcée comme il la prononce. Ce que les autres voient d'en bas, il\nle voit d'en haut. Aussi voit-il autrement, même quand il voit les\nmêmes choses. Vous êtes dans une cabane au fond d'un vallon, cette\ncabane est pour vous sans Beauté. Elle vous masque le ciel et ne vous\nmontre rien. Mais vue de haut, mêlée aux jeux de lumière et aux\naccidents de terrain, elle concourt à la variété, à l'unité, à la splendeur\ndu Paysage. Mais il faut être sur la Montagne.\n                                       *\n                                   *        *\n\n       UN ennemi nous fait tort : nous pouvons être irrités, nous ne\n       sommes pas blessés. L'homme ne peut être blessé que par son\nami. La haine ne peut naître que d'une affection trahie.\n   Le fait, trop évident pour avoir besoin de preuve, a une raison\nd'être, et cette raison, la voici :\n   L'homme, dis-je, ne hait pas son ennemi; il hait son ancien ami.\nC'est qu'il n'a éprouvé, de la part de l'ennemi, aucun refus ; car il ne\nlui a rien offert, et rien demandé; ces deux êtres ne se devaient que la\ncharité générale, qui est due à tous par tous. En manquant à cette\ncharité, ils ont violé une loi générale : mais il n'ont rompu aucun lien\nparticulier.\n                                       *■\n\n\n\n\n    L y a dans l'homme supérieur un mélange singulier de timidité et\nI   d'assurance; assurance, car il sait ce que vaut l'opinion des hommes\net ne recule jamais devant elle; timidité, car il se sait étranger en ce\nmonde, et connaît par expérience la férocité de la bêtise. Aussi ne\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                                                   DURENDAL            47\n\nlivre-t-il pas à l'ennemi le secret de ses douleurs : ceux-là deviennent\nses amis qui savent deviner. Deviner! Il 3^ a, je pense, pour ceux qui\ncroient à l'avenir avant de l'avoir vu, pour ceux dont l'admiration\nprécède et produit l'admiration du monde, il y a sans doute quelque\npart pour ceux qui devinent des récompenses exceptionnelles. Ils ont\ncompris, donc ils ont égalé. Il n'est plus temps, après la victoire, de\nrendre hommage au vainqueur, c'est d'avance qu'il faut saluer.\n                                                             *\n                                                         *       *\nLES       crimes auxquels sont mêlées les religions ont, à l'heure qu'il\n      est, quelque chose d'invraisemblable. Comment tant d'indiffé­\nrence, et au milieu de cette indifférence (j'allais dire au cœur de cette\nindifférence; mais le cœur est justement ce qu'elle n'a pas\"), au milieu\nde cette froideur universelle, voici que le Fanatisme trouve sa place !\n   Le Fanatisme au milieu de notre Incroyance! En apparance, c'est\ninexplicable. En réalité, c'est tout simple. Toutes les erreurs se tiennent.\n   La Foi et la Charité s'embrassent. L'Indifférence et le Fanatisme\npeuvent bien s'unir ou plutôt se coaliser dans l'enfer qui est leur\ndomaine. L'Indifférence, qui voudrait se donner des airs de supériorité\net de protection, est féroce en réalité.\n   La Foi est douce et tendre, malgré les airs sévères qu'elle prend de\ntemps en temps.\n   L'apparition de Torquemada et celle des massacres dont l'Orient (1)\nvient d'être le Théâtre, se donnent l'une à l'autre une redoutable\nactualité.\n   Les deux drames ont l'air de s'entendre pour effrayer le monde au\nmême moment.\n                                                             *\n                                                         *       *\nLA     Justice vulgaire est une Injustice infinie.\n        Dans certaines provinces, quand on veut parler d'une personne\nou d'une chose inflexible, on dit : c'est raide comme la Justice!\n\n  (1) Aujourd'hui on pourrait dire Paris, la France. E. H.\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": " 48                                DURENDAL\n\n\n   O Justice, qu'elle idée on se fait de toi! L a Justice raide est cette\népouvantable Iniquité qui ne tient pas compte de la faiblesse, qui ne\ntient pas compte de la tentation !\n   L a Justice vraie est ce qu'il y a de plus tendre, de plus sensible, de\nplus cordial, de plus pathétique au monde. L a Justice vraie a des\ndéchirements d'âme, elle a l'Intelligence des faiblesses qu'elle juge,\nelle a l'Immense pitié des misères qu'elle constate ; le cri du Pauvre\nest au cœur de la Justice, ce qu'est le cri d'un Enfant au cœur d'une\nMère.\n      (Reproduction interdite.)                           ERNEST HELLO.\n\n\n\n\n                       DEUX             PRIERES\n                                    (INÉDITES)\n\n\nO    Poussière fidèle, sans pourriture et sans orgueil, fille de la terre, sa\n     substance et son image, de laquelle je suis tiré, que je renie incessam-\nment, qui vole obéissante sous le souffle de Dieu qui passe, tu n'as jamais dit\nque tu es le soleil, ou l'air ou la lumière, tu te donnes pour ce que tu es ; tu te\ndonnes à nous comme tu es ; tu ne te vantes pas, tu ne mens pas, tu ne résistes\npas; ô poussière, ô ma mère, que je te trouve sublime auprès de moi!\n   Comment me portes-tu, terre sacrée qui as porté Dieu.\n   Seigneur, que voulez-vous que je vous dise? Délivrez-moi, montrez-moi\nvotre Face, ne me cachez pas votre amour; que j'habite en vous, gardé par\nvous, sans retour sur moi, sans peur de moi, dans la joie de l'adoration\nà jamais, à jamais, à jamais! Amen.\n                                           *\n                                       *       *\n\n Petit enfant de Nazareth, qui vivez dans le silence, la paix et l'humilité,\n    venez en moi me donner la douceur, le silence, la paix, l'humilité; faites\nque j'aime les petites choses, les petits enfants, vos outils, votre table; que je\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "                                                 DURENDAL                                                  49\n\ntravaille avec vous, sous vos yeux, dans votre amour ; que je ne vous perde\npas de vue; que je vive, que je pense, que je parle, comme sachant bien que\nvous êtes là, Marie et Joseph, à côté. Donnez-moi le goût de la petite maison,\navec sa douceur, son ordre, sa modestie et le soulagement qui vient de\nl'humilité.\n  Donnez-moi la paix, la jeunesse, le calme, l'enfance, la petite maison.\n  Donnez-moi Nazareth. Ainsi soit-il.\n                                                                                     ERNEST           HELLO.\n\n\n\n\n                                  ERNEST HELLO\n\n                                DURENDAL a\n                                 prévenu ses lecteurs, dans sa geste\n                   idéale, « qu'elle aurait à rendre, à plusieurs des\n                   nôtres, une justice tardive, mais nécessaire ». Au\n                   premier rang de ceux que : nôtres! hautement\n                   nous proclamons, — il n'est pas besoin de le dire,\n                   n'est-ce pas? — est notre grand et cher Ernest\n                   Hello, ce fier génie chrétien, si odieusement mé­\nconnu des siens, un des plus fastueux penseurs catholiques de cette\ngénération. Nous ne nous lasserons jamais, nous, ses admirateurs\nconvaincus, de clamer la grandesse de cet esprit éminent, en dépit\n\n  Nos lecteurs trouveront, encartés dans ce numéro, le portrait du Maître, que noua avions annoncé.\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": " 50                                                  DURENDAL\n\n\nde l'indifférence stupide de quelques esprits contemporains étroits,\nabrutis par le plus intransigeant classicisme.\n   J'ai dit : notre grand et cher Hello. En effet, parmi les auteurs de\nprédilection, il en est que l'on se contente d'admirer, d'autres, qu'à\nla fois on admire et on aime. Ernest Hello est de ceux que nous\nadmirons et que nous aimons. Oui! nous admirons d'enthousiasme ce\nmajestueux génie et nous aimons, avec toute la passion de nos cœurs,\ncette âme d'élite. Si Ernest Hello a été une des plus lumineuses\nintelligences du siècle, ce fut, en plus, une de ces âmes royales\n— Barbey d'Aurevilly les appelait : des âmes princesses — que Dieu\nse plait à envoyer de temps en temps au monde vieillissant, pour le\nréveiller de son assoupissement et « lui parler, dans le présent, le\nlangage de l'avenir » (1).\n   Hello, c'est l'homme de l'idéal. Tout Hello est dans cette définition.\nL'idéal, c'était sa vie. Il ne respirait que pour lui. L'œil de cet aigle\nde génie était sans cesse fixé sur ce soleil des intelligences. Son cœur\nne battait que pour lui. Vers lui montaient, nuit et jour, toutes les\nplus ardentes aspirations de son âme enthousiaste. A l'encontre de\nl'homme médiocre, qui n'a qu'une passion, — dit Hello, — la haine\ndu beau, il n'eut qu'une passion : la passion de l'idéal! Ce fut l'unique\neffort de toute sa vie, la règle de toutes ses pensées, de tous ses actes.\nIl s'absorba en lui, il s'y transfigura. L'idéal, c'était, pour Hello, ce\npain quotidien de l'âme, dont il disait : « Nous sommes grands à ce\npoint que rien ne nous suffit pour nous nourrir » (2). Il se serait passé\nplus aisément du pain matériel, que de ce pain-là, qu'il dévorait avec\nl'avidité d'un affamé. Plus il en mangeait, plus il en avait faim.\n    L'esprit peut être fasciné un moment par une beauté créée, il finit\ntoujours par se lasser. Les charmes de la créature, étant contingents,\nsont impuissants à assouvir complètement notre aspiration vers le\nbeau. Mais l'idéal, c'est le beau infini, c'est l'océan de la beauté, c'est\nle beau dans son essence! Plus on le scrute, plus il s'aggrandit.\n\n  (1) L'HOMMI:, p. 313 : La critique. (Nous citons d'après l'édition originale, Paris, Palmé, 1872.;\n  (2) L'HOMME, p. 129.\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "                                             DURENDAL                   5l\n\nL'esprit, en le contemplant, y découvre continuellement de nouvelles\nmagnificences. Jamais il ne l'épuisé. T o u t homme éprouve dans\nl'intimité de son être un instinctif besoin de cet idéal pour lequel il a\nété créé. Les énergies de son âme l'exigent aussi impérieusement que\nla faim appelle le pain. Mais l'homme de génie est doué de facultés\nplus affinées que l'homme vulgaire, sa faim d'idéal est plus impé­\nrieuse, plus irrasatiable, plus absolue.\n   Telle, la nature d'Ernest Hello. L'idéal, qui, pour les gens du\nmonde, n'existe pas, était, pour Hello, la plus vivante des réalités.\n « T o u t e s les fois qu'on parle de vérité et de beauté, de choses éter­\nnelles, de choses invisibles, — dit-il, — l'homme du monde se croit\nau spectacle! » (1). Mais Ernest Hello ne s'inquiétait pas du monde,\n « dont la principale occupation », disait-il dans son langage profond,\nest « de fuir la face de saint Jean » (2) et « dont les portes se\nferment instinctivement devant l'homme supérieur, alors que les gens\nmédiocres n'ont qu'à se présenter pour qu'elles s'ouvrent » (3). Il ne se\nsouciait guère de ses idiotes affaires, de ses folies et de ses névroses,\nde sa sotte vanité, de ses plaisirs imbéciles, de ses appétits de bête\nfauve. Quand il daignait se tourner vers ce monde-là, c'était pour lui\njeter, avec le haussement d'épaules du dédain, un regard de mépris,\nc'était pour le maudir, pour lui reprocher, à l'égal d'un crime, son\nindifférence vis-à-vis de l'idéal. L e plus grand scélérat, pour Hello,\nn'est pas celui qui attente à la vie du corps, mais celui qui tue l'idéal\ndans les âmes.\n   « L e monde, — disait-il, — c'est l'impureté même, c'est l'infâme\npar excellence, c'est la vieillesse. Il est bien difficile d'imaginer sur la\nterre combien les gens du monde sont vieux ! » (4). Il définissait\nl'homme du monde : « Celui qui essaie de faire, entre l'artiste et le\nmonsieur chrétien, une réconciliation » (5).\n  Hello, c'est l'homme de l'intuition ! le penseur ! le voyant !\n  (1) L'HOMME, p. 365 : L'art.\n  (2] L'HOMME, p. 112 : Le monde.\n  (3) L'HOMME, p. 305 : L'art.\n  {4) L'HOMME, pp. 108 et 116 : Le monde.\n  (5) L'HOMME, p. 367 : Le mépru de l'art.\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": " 52                                        DURENDAL\n\n\n   L a plupart des hommes ne s'élèvent à la vérité que par les sentiers\ntortueux du raisonnement. L e génie va droit à elle comme la flèche\nva droit au but. Il la perçoit instantanément. U n coup d'œil lui suffit.\nL'homme vulgaire raisonne, le génie voit! Quand la vérité vient à lui,\nil ne lui demande pas : qui es-tu? il s'écrie immédiatement : c'est\névident.\n   Voilà Ernest Hello.\n   Quand on lit, même dans ce qu'il a écrit de plus simple, les œuvres\nextraordinaires de l'extraordinaire Ernest Hello, on est à chaque\ninstant et tout d'un coup ébloui p a r un éclair de génie. C'est, quand\nil vous lance une de ces pensées profondes « qui vous font sentir en\nfrissonnant le voisinage de l'éternité » (1). D'instinct on s'arrête.\nL'esprit, illuminé subitement p a r cet éclair, sent le besoin du recueil­\nlement. Hello vous dit, en une parole de feu, une vérité d'une telle\nfécondité, qu'elle aurait besoin, pour se développer, de tout un\nvolume. Cette parole renferme plus de lumière que cent autres livres\nvides et banals.\n   Ernest Hello fait penser, parce qu'il fut lui-même un penseur. Il\nvécut plus au dedans qu'au dehors de lui-même. Il considérait comme\nles meilleures de sa vie, les heures de la solitude, du recueillement et\nde la contemplation, dont il disait : « Chacun de nous ne connaît-il\npas ces heures admirables de lumière intérieure où il semble q u e\nl'homme en présence et en possession de lui-même s'aperçoive pour\nla première fois et se reconnaisse? On dirait que, débarrassé des\nobstacles et délivré des ténèbres derrière lesquelles il était voilé à\nlui-même, il entre enfin dans la liberté et dans la joie de son être!\nC'est le réveil du regard h u m a i n ! » (2).\n   L e chef-d'œuvre d'Hello, c'est : L'Homme. Jamais écrivain n'a mis a u\nservice de l'idéal de telles munificences de langage, d'enthousiasme e t\nd'inspiration, qu'Hello, dans cet admirable traité de l'homme.\n   Beaucoup de livres seront depuis longtemps ensevelis dans le\n\n  (1) L ' H O M M E , p . 321 :   L'art.\n  (2) L ' H O M M E , p . 307 :   L'art.\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "                                  DURENDAL                              53\n\nsépulcre sept fois scellé de l'oubli, qu'il éveillera encore l'admiration\ndu penseur, que les artistes et les poètes y puiseront leur inspiration\net que les jeunes talents y découvriront l'idée révélatrice. Vainement\nils l'ont cherché jadis, cette idée-là, dans leurs béats manuels. Leurs\nmaîtres, qui « se dispensant de penser à l'infini en dispensent leurs\nécoliers » (1), — selon la parole d'Hello, — étaient incapables de la\nleur communiquer. Hello leur dira cette parole de vie, qui décide de\ntout un avenir.\n    S'il est un livre dont il faut dire au monde la fameuse parole qui\n décida de l'avenir du grand Augustin : Toile et lege : prends et lis !\n c'est bien celui-là. Je jugerais volontiers de la valeur d'un homme,\n d'après l'impression que la lecture de ce livre magistral lui ferait. Si\n ce livre n'a pas de sens pour lui, qu'il dise un éternel adieu aux choses\n de l'esprit. Il n'est pas né pour les comprendre. Qu'il renonce à la\n poésie, à l'art, à la pensée, à l'infini, à ce qu'Hello appelait : « les\nchoses invisibles et éternelles ! » L'idéal n'est pas son fait. Il n'est pas\ntaillé à sa mesure. Il n'est pas capable de saisir la question, la grande\nquestion, celle qu'Hello appelait l'unique question, celle qui vaut\nseule la peine d'être étudiée. Si, au contraire, le lecteur, je ne dis pas :\nen jetant un coup d'œil superficiel et distrait dans ce livre, mais en le\nméditant, — car c'est un livre qui doit être savouré à petites closes,\ntant il est substantiel, — se sent empoigné, s'extasie à la vue des\nsplendeurs qu'il renferme, laisse choir le livre des mains, en s'écriant :\nO h ! que c'est b e a u ! Quel génie! Quelle révélation! Je lui dirais sans\nhésiter : Vous, vous êtes quelqu'un. Consacrez-vous à la littérature, à\nl'art, au culte du beau. L'idéal, c'est votre pays. Vous y êtes chez vous.\n   T o u s les chapitres de ce livre admirable sont rutilants de beauté,\ndébordants de sève intellectuelle, imprégnés de poésie, saturés d'idéal.\nMais la plus belle partie, celle qu'Hello semble avoir développée avec\nle plus de complaisance, c'est certainement la dernière, où il est traité\nde l'art. Hello nous en dit lui-même la raison : « L'art, c'est la pensée\nqui a occupé toute ma vie! » E t pourquoi? Parce que « l'art est dans\n  (1) L'HOMME:, P. 316 : L'art.\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": " 54                                          DURENDAL\n\n\nl'ordre naturel la manifestation de l'idéal » (1). Or, nous l'avons dit,\nHello c'est l'homme de l'idéal. L'art est un, dans la pensée d'Hello, et\nil voudrait tout dire en une parole. Mais le verbe humain est boiteux.\nDieu seul est capable de prononcer une de ces paroles éternelles, q u i\ndisent tout en un m o t . « L'art, sans violer son unité, adoucira ses\nsplendeurs immenses et complaisantes, pour les accommoder à notre\nspécialité humaine » (2). Ernest Hello avait de l'art, de l'artiste e t d e\nsa mission, l'idée la plus grandiose q u e l'on puisse rêver. « L'art,\n— dit-il, — a été, est et sera toujours u n e ascension ». Combien\nsuggestive, sa définition de l'artiste : « L'artiste, l'artiste digne de ce\nnom, c'est celui qui donne de l'air à l'âme humaine. L'art dans u n e\ncertaine mesure et dans un certain moment est la force qui fait éclater\nla voûte du souterrain où nous étouffons. Quand l'âme se trouve en\nface d'un véritable artiste, elle a de l'air : elle respire, elle prend\nconscience d'elle-même, elle s'écrie : Oui, mon Dieu, j e suis grande\net j e l'avais oublié! » (3).\n   L a mission de l'artiste, de « cet homme investi d'une telle dignité\net d'une telle puissance q u e sa pensée devient le pain qui nourrit les\nautres hommes, le sang qui circule dans leurs veines, c'est de réveiller\ndans le public l'étincelle menacée, l'inquiétude du beau ! » (4). Parole\nmagnifique, que tous les artistes de tous les siècles devraient prendre\npour devise.\n   Ernest Hello aurait voulu prendre en main le fouet du Christ\nchassant les vendeurs du temple, pour expulser du temple de l'art\nles infâmes, qui le polluent, en prostituant leur talent, dont ils se\nservent, non pour exalter, mais pour ravaler l'âme humaine. Il mau­\ndissait ces exploiteurs du vice, « ces hommes qui s'appellent artistes\net qui ont peur que cette terre ne soit pas assez pleine de boue. Ils\nveulent renchérir sur les hontes de la vie réelle par les hontes d e la\nvie imaginaire, où ils nous promènent! » (5).\n  (1) L ' H O M M E , p . 293 :     L'avt.\n  (2) L ' H O . M M E , p . 293 :   L'art.\n  (3) L ' H O M M E , p . 299 :     L'art.\n  (4) L ' H O M M E , p . 311 :     L'art.\n  (5) L ' H O M M E , p . 311 :     L'art.\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                                                               DURENDAL            55\n\n   N'est-il pas providentiel, que le chef-d'œuvre d'Hello fasse sa réap­\nparition dans le monde littéraire, à l'heure même où l'idéal semble\nvouloir prendre sa revanche. Pourquoi les esprits sont-ils lassés du\nnaturalisme, au point d'en avoir la nausée? Parce que l'intelligence\nhumaine est créée pour l'idéal. Or, le n a t u r a l i s m e , — dit H e l l o , — c'est\n« la négation franche de l'idéal, la suppression radicale de l'art » (1).\n   Notre siècle est sous le coup d'une crise formidable. L e navire de\nla société humaine est balloté en tous sens par une mer houleuse,\ntourmentée par le déchaînement de la plus furieuse des tempêtes. L e\nciel est menaçant. L'horizon est noir. L e tonnerre gronde sourdement\ndans le lointain. De sinistres éclairs déchirent les nuées. L a foudre\nest suspendue sur nos têtes et semble prête à éclater. L'anarchie la\nplus complète divise les âmes et règne dans les idées sociales, litté­\nraires et politiques. L a société en désarroi ne parvient pas à s'orienter.\nElle a perdu sa boussole, elle clame d'urgence après un pilote, elle\nscrute anxieusement l'horizon, cherchant à y découvrir le phare étin-\ncelant qui doit la guider au port. Hello lui montre dans son livre le\nphare du salut. Ce phare, c'est l'idéal! en langage chrétien, c'est Dieu !\n   L e chancre qui ronge la société moderne, d'après Hello, c'est u n\nimmense ennui. L e XIXe siècle s'ennuie, parce qu'il a perdu la vraie\nnotion de l'idéal, « il s'ennuie, parce qu'il vit sans Dieu. L'ennui du\nXIXe siècle n'est pas un ennui superficiel, c'est un ennui profond, un\nabîme. L e gouffre béant ne peut être comblé que par Dieu, car Dieu\nseul suffit, pour que l'homme ne s'ennuie pas » (2).\n   L e monde écoutera-t-il la parole de vie de ce voyant génial, au\nverbe de feu? Les catholiques rendront-ils enfin justice à ce grand\ncroyant, dont la foi égalait le génie? Assez longtemps ils l'ont tenu\nenseveli dans les oubliettes d'un silence de conspirateur. L'indifférence\ndu public chrétien, à l'égard d'un des plus grands hommes de notre\nlittérature catholique contemporaine, est insondable! Faut-il l'attribuer\nà l'ineptie, à l'impuissance de s'élever jusqu'au génie, à la médiocrité\n\n  (1) L ' H O M M E , p. 385 : Tendances actuelles de l'art.\n  (2) L'HOMME, p. 395 : Le roman.\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": " 56                            DURENDAL\n\nen un mot? O h ! alors je comprends la haine d'Ernest Hello pour\nl'homme médiocre, dont il donne la hideuse mais vivante photographie\n dans un des plus beaux chapitres de L'Homme.\n   Hello abominait la médiocrité, au delà de toute humaine expression!\n D'aucuns lui en ont fait un crime. Ce sentiment n'est pas chrétien\na-t-on dit. Ceux qui parlent ainsi n'ont pas lu, ou n'ont pas compris,\nles vigoureuses pages d'Hello sur l'homme médiocre. Il ne lui reproche\npas du tout une incapacité dont il ne peut mais, il ne le considère\npas du tout comme un monstrueux pécheur, ainsi qu'on a écrit. Il ne\ndéteste que l'homme médiocre, qui ne veut pas convenir de sa médio­\ncrité, qui se croit quelqu'un, qui s'érige en censeur du génie, qui va\njusqu'à se vanter d'être médiocre. Voilà l'animal qu'il fustige de si\nmaîtresse façon.\n   Ernest Hello le hait, à cause de son dédain, vis-à-vis du génie. Il\nlui reproche : son mépris pour l'homme supérieur, sa haine du beau,\nsa déférence pour l'opinion publique, — celle des imbéciles, — son\nimpertinence à juger les hommes sur leur succès, leur fortune. Il en\nveut à l'homme médiocre, pour sa passivité, son antipathie pour tout\nce qui est jeune, sa sympathie enthousiaste pour tout ce qui sent le\nmoisi, — c'est beau parce que c'est vieux, est un dogme fondamental\nde son credo, — enfin et surtout, sa manie de taxer d'exagération tout\nce qui est noble, tout ce qui est génial, tout ce qui est sublime, c'est-\nà-dire, tout ce qui dépasse la pitoyable envergure de son tout petit\nesprit. « Si le mot exagérer n'existait pas, — dit Hello, — l'homme\nmédiocre l'inventerait! » (1).\n   Hello s'insurge contre l'homme médiocre parce qu'il manque de\ncharité intellectuelle, la plus rare des chantés, a dit Ernest Hello,\ndans le chapitre vraiment inspiré de la charité intellectuelle.\n   Il se fut révolté, lui, et on s'imagine avec quelle superbe violence!\ncontre l'homme médiocre qui serait venu lui soutenir, par exemple :\nque le talent est une névrose, — que les hommes supérieurs sont des\nfous, — que le génie est une forme de déséquilibration mentale, — que\n  1) L'HOMME:, P. 58.\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                                                     DURENDAL                     57\n\n« l'aurea mediocritus n'est pas vraie pour la fortune seulement : qu'elle\nl'est surtout pour l'intelligence ». Il lui eut répondu : Vous blas­\nphémez le don de Dieu. Vous parlez le langage de S a t a n ! C'est vous\net les gens de votre bord, que le Christ eut en vue, lorsqu'il confondit\nle Tentateur, sur la montagne, par cette fière réponse, dont l'homme\nmédiocre, cet eunuque intellectuel ! est essentiellement inepte à saisir\nla profondeur : « L ' h o m m e ne vit pas seulement de pain, mais de\nparole ».\n   Oui, il y a des hommes, « qui ont plus besoin de lumière, de parole\net même de parole splendide que de pain! » — comme dit notre admi­\nrable Hello. « Il en est qui ont besoin que la parole leur arrive à eux\nrevêtue de magnificence! Il en est qui ont besoin, non seulement pour\nl'ornement de l'intelligence, mais même pour la vie de l'âme, que la\nparole arrive à eux, telle que leur âme est faite pour la désirer, pour\nla recevoir, pour se l'assimiler » (1).\n   Au génie, Dieu a confié le soin de distribuer aux âmes, l'aumône\nroyale de la parole de lumière. E t celui qui décourage le génie est\n« l'homicide de toutes les âmes qui auront besoin de lui dans le présent\net dans l'avenir » (2). Il empêche le génie de remplir sa mission, car\nl'homme de génie a une mission, et une grande mission à remplir dans\nle monde : celle de ramener les âmes à l'idéal par l'exaltation du beau !\n« Personne ne peut savoir — dit Ernest Hello — combien le beau fait\nde bien » (3). L'artiste est l'apôtre du beau. Il fait le bien, en créant\ndes chefs-d'œuvre. T o u t chef-d'œuvre, indépendamment même de son\ncréateur et quand bien même l'artiste ne serait pas un croyant, est\nune bonne action. C'est une révélation de l'idéal infini. Car tout ce\nqui est beau est un reflet de la beauté absolue (4).\n   L a fonction du génie, c'est d'arracher l'âme humaine aux viletés du\nterre à terre de l'existence et de l'emporter sur les ailes de l'enthou­\nsiasme, jusqu'à la contemplation amoureuse des splendeurs idéales du\n\n  (1) La charité intellectuelle, p. 366. (Plateaux de la balance.)\n  (2) La charitéintellectuelle, p. 396.\n  (3) La charité intellectuelle, p, 379.\n  (4) Toute créature glorifiée est un reflet de Dieu! (L'HOMME, p. 348 : L'art.\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": " 58                                                  DURENDAL\n\n\nbeau infini. Or, nul artiste de la plume ne s'est acquitté de cette fonc­\ntion, avec autant de talent et de conviction, que notre grand et immortel\nErnest Hello : L'âme humaine lui en devra une reconnaissance éter­\nnelle. Sa mission n'est pas finie. Elle durera aussi longtemps que vivra\nson chef-d'œuvre : c'est-à-dire toujours! Nous osons l'espérer, pour\nl'honneur de l'intelligence humaine. Aidons ce puissant génie dans\nl'accomplissement de sa mission idéale, en lui faisant la charité de\nnotre admiration sympathique (1), cette aumône intellectuelle, dont sa\ngrande âme fut si avide et qui lui fut impitoyablement et brutalement\nrefusée de son vivant, et en travaillant à la divulgation de ses chefs-\nd'œuvre. Souvenons-nous de la grande parole d'Hello : « Celui qui\ndonne la mort à un livre de génie, donne la mort à toute la postérité\nqu'aurait ce livre » (2). Bien loin de demander avec l'homme médiocre,\n« le plus froid et le plus féroce ennemi de l'homme de génie » (3), la\nsuppression des âmes princesses, si nécessaires au vieux monde, disons\nplutôt avec le grand Ernest Hello : « Que Dieu donc nous donne des\nhommes de génie assez ambitieux pour s'oublier, assez grands pour\nêtre humbles, assez humbles pour être grands, qui restituent aux\nchoses leur majesté perdue » (4).\n                                                                          L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n\n\n\n\n  (I) Celui qui comprend fait à celui qui parle une immense charité. [La charité intellectuelle,\n  (2) La charité intellectuelle, p. 396.\n  (3) L'HOMME, p. 62 : L'homme médiocre.\n  (4) L'HOMME, p. 326 : L'art.\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                                                      DURENDAL                       59\n\n\n\n\nL    a Flandre libérale, dans un sentiment d'impartialité qui lui fait le plus grand\n      honneur, a publié, le 16 janvier dernier, sur le livre d'Ernest Hello : L'Homme,\ndes Notes littéraires, signées L. D. B., dont nous reproduisons les principales. La Flandre\nlibérale NOUS a donné là un rare, mais bel exemple de la justice que se doivent entre\neux, quand même, et toujours, de loyaux adversaires.\n\n    Parmi les écrivains qui se sont fait les défenseurs d'une doctrine religieuse,\npolitique ou scientifique, il s'en trouve que leurs adversaires même lisent\nfréquemment avec profit et admirent à l'égal de maîtres. C'est que leurs\n ouvrages, à côté de parties réservées à la contreverse, aux batailles et aux\n escarmouches de l'idée et de la plume, renferment des pages plus hautes, parce\n qu'elles sont vraiment humaines. Les livres de ces auteurs passent de génération\n en génération, toujours certains de trouver des lecteurs, ne fût-ce que parmi les\n délicats, les lettrés et les intellectuels.\n    Ernest Hello peut être rangé parmi ces écrivains et L'Homme, son principal\n ouvrage, entre les volumes que, chacun devrait lire. L'Homme vient d'être\n réédité par la librairie Perrin. C'est un recueil de maximes, de fragments,\n parus dans les journaux, à droite et à gauche, et que l'auteur avait enfin\n réunis à la prière de ses amis. L'ouvrage comprend trois livres, intitulés : la\n  Vie, la Science, l'Art : ce sont là trois ensembles complets, qui ne pêchent\n pas, comme les recueils de pensées, par le manque d'unité ou par la sécheresse.\n    Hello est un ardent champion de l'idée catholique, et s'affirme tel, lui\n même, ouvertement. Ses ouvrages respirent une foi presque aveugle (1).\n Néanmoins, ce qui tient le plus de place dans ses écrits, c'est bien l'âme\n humaine avec toutes ses pensées, tous ses secrets, ses sommets radieux et ses\n ténébreux abîmes. Sa psychologie est la plus précise et la plus subtile qui soit.\n Il parle de l'avare et de l'avarice en termes si profonds et si sûrs, que la\nfameuse comédie de Molière devient, aux yeux de tout lecteur sérieux, une\n ébauche indécise et difforme. Les chapitres qu'il consacre à l'Art résument et\n\n   (1) Ce presque est de trop. Lisez aveugle tout court. N. D. L. R.\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": " 60                                                   DURENDAL\n\n\ncontiennent tout ce que les esthéticiens ont pu écrire ou diront dans l'avenir.\nL ' H o m m e est la véritable Bible de l'Humanité.\n    Cependant, — chose qui paraît inexplicable au premier abord (1), — ce\nn'est pas un livre populaire, vulgarisé à l'égal de tel ou tel roman-feuilleton.\nIl y a à cela plusieurs raisons. Tout d'abord, il incite à penser, et est d'une\nlecture assez laborieuse. Il offre, par contre, l'avantage de laisser au lecteur\nun bagage moral que nid roman ne lui fournira jamais. Celui qui lit ces\npages, fait, pour ainsi parler, un voyage lointain.\n   Hello vous prend la main, et vous entraîne irrésistiblement, par des sentiers\nmultiples, au sommet d'une montagne élevée. De là, on aperçoit et on domine\nla vie, et les hommes. Le chemin est malaisé, plein de hasards et de surprises :\naussi, peu de voyageurs se décident à le parcourir jusqu'au bout. Par contre, le\nlecteur persévérant et courageux est largement payé de ses peines, par l'imprévu,\nla netteté, la nouveauté inattendue des aspects découverts. Excelsior, monte\ntoujours plus haut, est un des préceptes favoris de Hello. Il est bien plus aisé\nde descendre. C'est ce qui explique surtout son impopularité.\n    On a maintes fois vanté la virulence combattive de Barbey d'Aurevilly, son\n verbe acéré, la parole mordante avec laquelle il flagelle les vices, les défauts et\n les travers humains. A ce point de vue, Ernest Hello ne le cède en rien, au\nfameux auteur de les Œ u v r e s et les Hommes. Mais si ce dernier est parfois\n aveuglé au point d'oublier les mérites parfois très réels de ceux qu'il attaque,\n l'écrivain de L ' H o m m e ne pêche point par le même défaut. La clairvoyance,\n chez lui, est un don véritable, et ne le trahit jamais.\n\n\n   Nous le disons encore une fois, à part les défauts que l'on rencontre dans\npresque tout ouvrage philosophique et littéraire, surtout dans les œuvres pré-\nsentant nettement, comme celle-ci, ce double caractère, le livre de Hello est un\nlivre admirable, un chef-d'œuvre qui s'impose, comme tel, aux yeux de tout\nhomme de bonne foi. Le chrétien convaincu comme le résolu libre-penseur y\ntrouveront de vrais et très hauts enseignements. La lecture de ce traité sur\nl'Homme est d'un profit certain pour tous les hommes.\n\n    (1) Selon nous, il n'y a pas, sur le globe terraqué, plus d'un cent d'individus par siècle (et encore!) capables de lire quoi\nque ce soit, voire des étiquettes de pots à moutarde. » Note du comte Mathias Philippe de Villiers de l'Isle-Adam.\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                                 DURENDAL                                 61\n\n\n\n\n                        JOSEPH SERRE\n JOSEPH SERRE. — Ernest Hello (L'homme, le penseur, l'écrivain, avec portrait).\nUn vol. chez Perrin, Paris, 1894. — Prix : 3 fr. 50.\n\n\n\n\nT\n            OUT homme, — écrivait Hello, — qui garde une parole\n            de vie et ne la donne pas, est un homme qui, dans une\n            famine, garde du pain dans son grenier, sans le manger ni\n            le donner. »\n   Cette parole de vie, Ernest Hello la possédait; mais ce fut en vain\nqu'il tenta d'incroyables efforts pour la faire parvenir à la foule...,\nelle lui resta pour compte ! Fut-ce la faute de la foule ou celle des\npasteurs de l'époque, et parmi ceux-ci faut-il nommer Veuillot-l'envie ?\nJe veux l'ignorer. Ce ne fut toujours pas la faute d'Hello, à la fois\napôtre et martyr de la charité intellectuelle, si cette parole, c'est-à-dire\ndu pain et de la vie, s'accumula, momentanément inutile, comme le\nblé des Pharaons dans les greniers des Sept années d'abondance.\nJusqu'ici, on savait, vaguement, dans les cénacles littéraires, l'exis­\ntence de ces richesses oubliées. Il a fallu la famine intellectuelle de\nces derniers jours du siècle pour en raviver une bonne fois le souvenir.\n   C'est à cette heure qu'apparaît le beau livre de M. Joseph Serre sur\nErnest Hello. Les livres gardant, comme les enfants, quelque reflet\ndes préoccupations au milieu desquelles ils furent conçus, j'ai donc\nretrouvé en ce volume ce souci de la première heure, ainsi traduisible :\nvoici du pain à manger. Double originalité de ces pages : elles parlent\nà peine de l'homme qu'était Hello — « La vie extérieure, prend soin\nde nous dire M. Serre, est nulle dans Hello. La vie physique est\nmourante. Hello n'est pas un littérateur, il est à peine un homme.\n C'est un penseur. » — et elles sont à peu près muettes sur l'écrivain\n qu'est Joseph Serre. Ni biographie, ni égotisme. Ce livre est écrit à\n la Gloire d'une œuvre. M. J. Serre a dû se dire : que toute la glose\n possible, autour d'un homme, ne vaudra jamais l'œuvre de cet homme\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": " 62                            DURENDAL\n\n\nlui-même, et il a eu le rare mérite de nous laisser seul à seul devant\nHello-le-penseur. Il s'est bien gardé de recommencer, au sujet d'Hello,\nle livre de Charles Buet sur Barbey d'Aurevilly, ou celui de du\nPontavice de Heussey sur Villiers de l'Isle-Adam. Dieu sait cependant\nsi l'occasion était tentante ! et quelle curieuse psychologie était à faire\n« de ce maître de tous nos psychologues d'à p r é s e n t » , comme disait\nl'autre jour Lucien Descaves! Serre ne l'a point fait. Son œuvre est\nd'une autre beauté. Il a vu Hello et il est venu nous le dire. P a r une\nrare faveur, il est entré, lui, un des affamés de cette époque, dans ces\ngreniers d'abondance dont j e parlais tantôt, et il s'y est rassasié du\n pain de cette parole vivante ; mais, pendant qu'il mangeait, il a songé\n à nous, ses frères en soif et en faim intellectuelles. C'est de cette\n pensée, de son rassasiement et de notre famine, que naquit sans\n doute le livre qu'il nous donne aujourd'hui.\n   Serre rentre là, de la Terre Promise des œuvres d'Hello, chargé\ncomme Caleb, — que ma naïve Bible d'enfance, ma Bible à images,\nme représentait pliant sous le poids d'une seule grappe de raisin.\nIl rentre de l'exploration de l'œuvre d'Hello, — cette Golconde de\nl'Idée, — porteur de quelques magnifiques diamants de la pensée.\nCe livre n'est pas la Terre diamantifère elle-même, mais c'en est le\nsouvenir et le désir, et c'est toujours autant. Voilà Joseph Serre\ndevenu de par ce livre, pour tous ceux, et ils sont nombreux, hélas!\nparmi nous, qui ignorent Hello, le guide à peu près indispensable.\n   Il faut lire ce beau livre du disciple qui donne l'envie des magni­\nfiques écrits du Maître; car Serre n'est pas seulement cet explorateur\nque je viens de dire, il est encore le disciple. Je me le représente sous\nles traits d'un de ses extraordinaires gardiens de trésors artistiques,\nqu'on voit s'éprendre d'une belle passion pour les chefs-d'œuvre qui\nles entourent et qui font ce rêve, dont il appartient à l'avenir seul de\ndire la folie ou la sagesse, — de les égaler. Or, je note qu'il y a, dans\nles yeux et dans le langage de Joseph Serre, ou, si vous préférez,\ndans sa pensée et dans son style, souvent, quelque chose d'Ernest\n Hello. L a «belle passion», elle habite depuis longtemps son cœur;\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "                                 DÜRENDAL                                63\n\nc'est elle sans doute qui lui inspira de nous faire la charité de son\nlivre, elle et la fidélité à cette sentence d'Hello, son Maître :\n   « L a parole écrite est une immense charité, et sa diffusion, quand\nelle est bonne et belle, est, par excellence, l'acte de c h a n t é au dix-\nneuvième siècle. »\n                                                         POL DEMADE.\n\n\n                        JEAN LANDER\n                              (Mme ERNEST HELLO)\n\n\n\n             Mme E r n e s t Hello est l'auteur de plusieurs volumes de nouvelles\n             publiées sous le pseudonyme de Jean L a n d e r et préfaciées\npar son illustre mari.\n   « L e lecteur, écrit Ernest Hello, en tête d'un de ses volumes : L e\nchemin de la vie, n'aime que les enseignements déguisés, et Jean\nL a n d e r les lui offre cachés sous des colliers de perles, c'est-à-dire\nsous des parures de larmes. P o u r lire ces nouvelles à un auditoire\nquelconque, il faut avoir des larmes dans la voix. L'attendrissement\nest leur caractère propre. L e sentiment qui les inspire est si simple et\nsi profond, que les mots les plus ordinaires y font monter les larmes\naux yeux, sans qu'on sache très bien pourquoi. L'extrême pureté de\nces récits est pour quelque chose dans l'émotion qu'ils provoquent.\nCar la pureté donne la force au sentiment, et Jean L a n d e r semble\navoir le don d'introduire le sentiment pur et fort dans tous les détails\nde la vie humaine. Pauvre vie h u m a i n e ! elle a tant besoin de secours\npour être portée légèrement! E h bien, ses actes les plus insignifiants\nen apparence prennent, sous la plume de Jean L a n d e r , une couleur\nchaude et attendrissante qui les relève et les adoucit. Notre génération\na perdu le goût du pain. Jean L a n d e r pourrait lui rendre ce goût.\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": " 64                                DURENDAL\n\nLes aliments qu'il lui offre sont très simples, très salutaires, très\nfortifiants. Les sentiments les plus élevés trouvent leur place dans\nces pages très simples où la vie humaine se déroule avec bonhomie\net, en même temps, j'ose le dire, avec solennité. »\n   Rarement éloge nous parut plus impartial, mieux mérité. A notre\nhumble avis, les œuvres de Jean Lander constituent à l'esprit et au\ncœur une sorte de villégiature littéraire. C'est là qu'on mange du vrai\npain, certes, mais c'est là aussi qu'on respire de l'air pur embaumé\nà la fois du parfum des vraies vertus et des vraiesme fleurs.\n                                                       M POL DEMADE.\n\n\n              MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n      Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n  Au cours du procès Moore.\n  — Ca! un poète?... Il ressemble à un honnête homme! murmure, à côté de moi,\nun bon bourgeois, dans l'esprit duquel Moore est un calomnié.\n                                                 (Libre Parole, 22 décembre 1893.)\n                                          *\n                                         * *\n  Une bien jolie définition de la philosophie, extraite de la Revue bleue :\n  « Ce qu'ont imaginé les hommes les moins bêtes sur ces choses que personne ne\nsaura jamais. »\n                                          *\n                                         * *\n  Durendal remercie les journaux qui ont bien voulu faire part à leurs lecteurs de\nson apparition, et tout particulièrement le Patriote, de Bruxelles, et l'Étudiant, de\nLouvain.\n                                         * *\n   Au prochain numéro : Franz Stuck, par William Bitter — Un conte ironique de Pol\nDemade — A propos du rapport sur le prix quinquennal — L'abêtissement à divers\ndegrés — Poésies.\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": ""}, {"page_pdf": 83, "texte": ""}]}