{"numero_id": "ulb-durendal-1894-04-n4", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1894-04-n4-001", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 65, "page_fin": 69, "titre_corps": "Franz Stuck", "titre_sommaire": "Franz Stuck", "signature_source": "WILLIAM RITTER", "ancre_debut": "FRANZ STUCK", "ancre_fin": "WILLIAM RITTER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 137, "fin_caractere_exclue": 1866, "texte": "F R A N Z STUCK\n\n                 UN maître qui tient de Barbey d'Aurevilly, autant que\n                 possible en Allemagne, en peinture, et en ignorant\n                 Barbey d'Aurevilly; un maître de la hautaine volée\n                 des Burne-Jones, Gustave Moreau, Félicien Rops,\n                 Fernand Khnoppf, Arnold Böcklin; enfin, l'une des\n                 plus brillantes étoiles de cette constellation d'artistes\n                 idéalistes que signale et dénombre le docteur Richard\nMuther au dernier chapitre de son périple à travers la peinture du\nXIXe siècle! Tout jeune encore, et le dernier venu dans la glorieuse\nfamille, Stuck y entre un peu en enfant prodigue, conscient de sa\nvirtuosité tout en sachant que la virtuosité est nulle sans la pensée.\nDessinateur strict, d'une sévérité implacable envers lui-même, d'une\nfougue de coloris spontanée et ardente, mais concentrée et maîtresse\nd'elle-même, le jeune artiste apparaît armé de pied en cap pour la\nconquête des belles chimères. En effet, nous le voyons conscient de\nsa mission artistique, respectueux du métier, tout en l'asservissant\nd'indéniable sorte à l'idée, la toute puissante dominatrice à laquelle\nil subordonne tous ses travaux. Il porte en outre sur toute son\nœuvre ce signe, qui est souvent l'une des plus convaincantes preuves\ndu véritable tempérament artiste. Il est inégal et prodigieusement\nvarié; à chaque nouveau tableau, il se recueille et se remet devant\nson rêve et devant la nature, le modèle, le truchement qui lui en\nfacilitera la réalisation ; il se refait un écolier qui apprend un art\nnouveau, et c'est grâce à cela que l'on découvre chez lui comme\nchez Rops plusieurs artistes divers et tant d'inspirations différentes.\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2272, "texte": " 66                           DURENDAL\n\n\nSes œuvres, je l'ai dit, ne sont pas toutes heureuses au même degré,\nmais toutes témoignent toujours d'une grande intensité de pensée,\nd'une féconde imagination et d'un opiniâtre effort vers l'idéalité sou­\nveraine. Rops a fait des paysans dignes de Millet son maître, et pour\navoir conçu les épouvantes des Sataniques et de la Tentation de saint\nAntoine, n'en a pas moins rapporté de Dalécarlie des idylles pures et\nnaïves, qui valent les pages les plus attendries de Loti dans Mon Frère\n Yves ou Matelot. Stuck, de même, griffonne d'une plume extraordinai­\nrement aisée et souple des attelages rustiques, des charrues au labour,\ndes paysans bavarois, et retrace les travaux campagnards des douze\nmois de l'année, tout en méditant sa vie d'Orphée et de Samson, son\nCalvaire ou le Péché... Je l'ai comparé à d'Aurevilly et vais tout à\nl'heure poursuivre la comparaison. L'occasion est bonne, puisque à\nMunich, la librairie du docteur Albert vient de publier, en un magni­\nfique volume, une série de cent reproductions des principales œuvres\nde Stuck, et avec un semblable ouvrage, c'est la gloire qui continue\net l'universalité qui commence.\n    Le portrait qu'a fait de Franz Stuck, Lembach, le sombre et sobre\nportraitiste de Léon XIII, de Bismarck, de presque toutes les célé­\nbrités allemandes contemporaines et des plus illustres étrangers, me\ndonne déjà un peu Barbey d'Aurevilly, mais le Barbey d'Aurevilly\nminiature, du petit portrait publié dans le Dandysme avec la mention :\nl'auteur à vingt ans. Il y a en Stuck le même petit brin de fatuité\nélégante, point fait du tout pour déplaire à une époque d'encanail­\nlement; dans ses yeux noirs un peu tsigane, à coup sûr très méri­\n dionaux, luit cette même étincelle souriante et glorieuse du beau\njeune homme vainqueur, alors qu'aux débuts pleins de promesses\n l'avenir apparaît tout en rose; et 1' expression totale a ce je ne sais\n quoi de satisfaction personnelle et de confiance en soi, qu'eut éga­\n lement d'Aurevilly, à l'heure des péchés de jeunesse, et qu'il a si\n saintement racheté par l'austérité de toute une vie. Somme toute\n quoi! il y a en Stuck le même dandysme d'antan, et peut-être jusqu'à\n la même conformation de tête que chez son grand modèle français.\n"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "                              DURENDAL                              67\n\nPuisse-t-il en vieillissant ascendre la même échelle de Jacob et dispa­\nraître dans la même splendeur radieuse.\n   Mais dans les œuvres, les analogies sont encore plus frappantes. Le\nplus célèbre, le meilleur tableau de Stuck semble la transposition en\npeinture de la profession de foi littéraire de d'Aurevilly : on croirait\nréentendre ce qu'il vaticina toute sa vie en un langage sublime : le\ncatholique ne doit pas reculer devant la peinture du péché et ne doit\nlui enlever aucune de ses séductions; à ne pas exprimer les appâts de\nla tentation, on diminue le mérite de la lutte et la gloire du triomphe;\nles leurres et les mensonges de la passion, les troubles de la chair\npeuvent et doivent être motifs à œuvre d'art, pourvu que l'art juge et\ncondamne sans défaillance et ne se trouble ni ne tremble devant les\nvices qu'il exprime tels qu'ils sont, c'est-à-dire portant en eux leurs\nchâtiments, et en conséquence aussi leur effroyable moralité.\n   Et voici comment Stuck a osé aborder et peindre un tel sujet :\nLe Péché. Il s'y est repris à réitérées fois avant d'arriver à la pleine\nréalisation de sa farouche et inoubliable allégorie; et il est curieux de\nsuivre la lente formation et l'éclosion définitive de son chef-d'œuvre.\nOh! les éléments en sont très simples : une femme et un serpent,\nmais rien de toutes les Salammbô lascives, salaces ou lubriques dont\nles salons contemporains ont été envahis. Et l'arrangement, la compo­\nsition sont encore plus simples, mais voyez ce que cela donne.\n   Droite, silencieuse et immobile, sortant blanche et nacrée d'une\nténèbre larveuse à la Rops, elle-même larve, et froide en sa chair\nd'ivoire, la gorge cambrée d'une femme nue. Inquiétante sirène, elle\nattend, sûre de son effet, de la puissance attractive de son seul aspect.\nVisage tranquille, sphingien, regard fixe qui ne sourcille pas, elle\ngarde un sérieux absolu et indéfinissable, qui a le mystère des sourires\nde Vinci. Sur l'épaule gauche de ce monstre femelle, la chute lourde\net droite aussi d'une pluvieuse chevelure noire; et derrière la nuque,\nle serpent sort écaillé, s'enfle reluisant, pend obscène, s'arrondit sous\n le ventre, remonte à l'épaule droite, et sur le sein pose sa hideuse\n petite tête plate, voluptueusement assoupie, quoique les yeux et la\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2285, "texte": " 68                            DURENDAL\n\n\nlangue dardés, et aux aguets. L'horrible bête à la fois gluante et\nsèche, gonflée de venin et de luxure, regarde dans la même direction\nque les yeux, qui ne sourcillent point, de sa formidable maîtresse...\nCe corps nu sortant de l'étreinte de ce serpent, c'est l'une des épou­\nvantes plastiques les plus excessives qu'artiste catholique ait jamais\ninventée; ce couple atroce, c'est bien là l'ennemi avec lequel on ne\nlutte pas, auquel on ne résiste que par la fuite. Les femmes des\nDiaboliques, de d'Aurevilly, seules m'ont donné la sensation, la sueur\nfroide de ce double monstre, femme et serpent si simplement juxta­\nposés, l'un encadrant l'autre, et tous deux cependant unis inextrica­\nblement, moralement. La jeune fille muette et glacée mourant net sous\nles caresses de son amant dans la première diabolique, la blême\n« Constance Chlore », la méprisante marquise de Stasseville, si som­\nbrement et doublement infanticide, sont deux sœurs du Péché de\nFranz Stuck, ou deux de ses rééditions littéraires, individualisées et\nlocalisées; tandis que le tableau, lui, peut bien réellement passer pour\nl'allégorie synthétique du péché, pas du tout aussi varié qu'on peut le\ncroire, au contraire, toujours le même au fond : beau corps tentateur\nqui, par malheur étreint, devient entre nos bras ce honteux serpent\nqui, à son tour, nous enserre, nous étouffe, nous brise les reins et nous\nabandonnerait aux charniers de l'impénitence, sans le perpétuel mira­\ncle messianique du saint Graal, du sang royal sauveur et rédempteur!\n   Comme Barbey d'Aurevilly encore, Franz Stuck a le culte et l'amour\nde la force, de la force souple et gracieuse, de la force elle aussi\nasservie à ce qui est son idée, à elle, force : la grâce. Les nus mascu­\nlins de Stuck, fermes et harmonieux, héroïques et cadencés, poitri­\nnants et rythmés, me rappellent tel sonnet superbement pécheur de\nce pauvre, pauvre pécheur que fut Raimbaud; je ne le citerai même\npas... et cependant, comme ces vers s'adapteraient merveilleusement\nà certaines académies de Stuck qui restaurent pleinement la compré­\nhension antique de l'académie.\n   Comme Barbey d'Aurevilly toujours, Stuck a de larges côtés roman­\ntiques et shakespeariens; la noire démence de ses chasses fantastiques,\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1423, "texte": "                              DURENDAL                               69\n\nla lutte en champ clos de ses faunes, bras croisés sur leur poitrine\nvelue et se cognant de leurs têtes cornues, la naïveté azurée de ses\nlégendes de la terre et de la mer, des étangs et des falaises, des prai­\nries et des dunes, eussent plu au vieux maître amoureux des récits\npopulaires et des fantaisies de poètes.\n   Comme d'Aurevilly encore et toujours, Stuck entrecoupe son œuvre\ntoute de pensée et d'imagination, de paysages magnifiquement sereins\net simples... Il comprend le paysan bavarois comme d'Aurevilly le\npaysan de Normandie... Faut-il ajouter que vivant à Munich, il s'est,\ncomme tous les rares peintres allemands qui soient de véritables\nincantateurs de la beauté plastique, détendu parfois en des amusettes\ndécoratives drolatiques et en des caricatures excessivement cocasses,\nmais d'un charme et d'un intérêt difficilement intelligible à des yeux\nlatins.\n   Voilà Franz Stuck présenté à nos lecteurs... Mais ce n'est là qu'une\npremière présentation. Avec ce qu'il a de génie en tête, ce grand\nartiste fera encore parler de lui quelque peu ! Et alors, il sera temps\nde mieux l'étudier. Aujourd'hui, j'ai seulement tenu à ce que Durendal\nait l'honneur d'être la première voix de langue française qui ait salué\nl'avènement du jeune maître au zénith de l'art rénové.\n                                                WILLIAM    RITTER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-04-n4-002", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 70, "page_fin": 70, "titre_corps": "Fleurs frêles", "titre_sommaire": "Fleurs frêles", "signature_source": "PAUL HAREL", "ancre_debut": "FLEURS FRÊLES", "ancre_fin": "PAUL HAREL", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 732, "texte": "FLEURS            FRÊLES\n     La fleur frêle de l'églantier,\n     Que le premier jour a pâlie,\n     Unit, au détour du sentier,\n     La grâce à la mélancolie.\n\n      Chère, ici nous avons parlé\n      Tous deux de tendresse infinie.\n      Où l'hymne s'est-il envolé?\n      Où vont la fleur et l'harmonie ?\n\n      Lorsque nous chercherons demain\n      L'endroit, témoin de nos paroles,\n      Le vent des nuits sur le chemin\n      Aura dispersé les corolles.\n\n      La fleur frêle de notre espoir,\n      Le doux secret de nos pensées,\n      Ira-t-il aussi quelque soir\n      Se perdre, au fond du chemin noir,\n      Avec les corolles blessées...?\n                                         PAUL   HAREL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-04-n4-003", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 71, "page_fin": 75, "titre_corps": "Les Deux Larrons : Laurent Tailhade & Léon Bloy", "titre_sommaire": "Les Deux Larrons", "signature_source": "POL DEMADE", "ancre_debut": "LES DEUX LARRONS", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE SACRIFICE", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 92, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 125, "fin_caractere_exclue": 2117, "texte": "LES DEUX LARRONS\n\n\n      LAURENT TAILHADE                           & LÉON BLOY\n                                             Un artiste a, plus qu'aucun homme, le devoir de ne\n                                          rien profaner de grand. — L'homme de lettres sans prin\n                                          cipes ou sans art et l'empoisonneur sont identiques.\n                                                             LÉON BLOY. Propos d'un entrepreneur\n                                                                de démolitions, pp. 120 et 120.\n\n\n                  JE viens de lire l'article élogieux que le catholique\n                    Léon Bloy consacre, dans le Gil Blas du 13 avril,\n                    à « son cher Tailhade », dont le muffie, pour me\n                    servir du vocabulaire de ces messieurs, a quelque\n                    peu été endommagé lors de l'explosion du restau­\n                    rant Foyot. Je ne me fais aucune illusion sur le sort\n                    de la réponse que je crois devoir faire à ce fou\ndithyrambe : ce qui pourra m'arriver de mieux, à supposer qu'on\ndaigne s'apercevoir de mon existence, ce sera une magnifique hottée\nd'injures, et sous ce rapport je peux être tranquille : Léon Bloy\nest le plus' important fournisseur de l'époque, à côté de lui Tailhade\nn'est même qu'un tout petit marchand des quatre saisons. A cela près,\nvis-à-vis surtout de ces deux fanatiques de la licence de tout dire, j'ai\nbien le droit, je pense, de parler librement.\n   Eh bien, je trouve le bras-dessus bras-dessous littéraire de Léon\nBloy et de Laurent Tailhade tout uniment ignoble.\n                                      *\n                                  *       *\n\n  Je ne sais si vous connaissez beaucoup Laurent Tailhade. La bombe\net la chronique de l'autre jour l'ont mis cependant en une certaine\nlumière dont il se serait peut-être bien passé. En tout cas, voici\nquelques traits réjouissants de cette physionomie : cet anarchiste en\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": " 72                              DURENDAL\n\n\n gants blancs, nous dit le Journal du 7 avril, est fils d'un magistrat; il\n fut élevé dans un séminaire et se destina longtemps aux ordres ecclé­\n siastiques, mais il renonça à cette vocation pour venir à Paris abominer\n le muffle; il a coutume de dîner en des restaurants soignés, ayant\n l'estomac assez délicat, poussant même jusqu'à la manie le besoin de\n plats spéciaux. Voilà l'homme, passons aux œuvres : ce génie morphi­\n nomane (F. Coppée l'appelle un raté!) a produit en tout et pour tout\n trois infimes plaquettes : Le Jardin des Rêves, Vitraux, Au Pays du\n Muffle, et Bloy l'appelle : le mortel élu du Seigneur pour colporter sur notre\nfumier un rayon du septième ciel! J'oublie deux phrases célèbres qu'il\n convient d'ajouter à la liste déjà si longue de ses œuvres complètes :\n     Qu'importent les victimes, si le geste est beau? Qu'importe la mort\n des vagues humanités, si, par elle, s'affirme l'individu (9 décembre 1893,\n le jour de l'attentat Vaillant). Je méprise le peuple, ramassis d'ivro­\n gnes, d'êtres médiocres et méchants. Le peuple, je suis convaincu\n d'avance de l'inanité de tous ses efforts, de l'imbécillité aveugle de\n tous ses mouvements. Son malheur, sa misère! ceci m'est absolument\n égal (6 avril 1894, interview rapporté par le Journal).\n     Enfin, — car ce n'est pas tout encore! il y a plus profond dans la\n boue, et il faut que je le dise, quel que soit le haut le cœur qui m'en\n prenne, rien qu'à l'idée, — l'ex-séminariste Tailhade est un parfait\n blasphémateur. Il insulta l'an dernier l'Auguste Sacrement'de l'Eucha­\n  ristie d'une manière qui fut particulièrement torturante et martyri­\n  sante pour nos cœurs, sans parler des larmes des anges. Léon Bloy\n  doit s'en souvenir ; cette ignominie s'étala dans une revue parisienne\n  à laquelle il collaborait à ce moment, et l'article, un article bibliogra­\n  phique, l'occasion était mince, était déjà, sans ces blasphèmes, d'une\n  assez belle goujaterie, d'un mufflisme assez transcendant. Un moment\n j'ai eu la pensée de transcrire ici, pour les rappeler à la mémoire de\n  Bloy, quelques lignes de l'article dont je parle, — je viens de le relire,\n j'y renonce : Satan n'est pas de nos abonnés et lui seul supporterait\n  cette transcription. Après cela ne pensez-vous pas que j'aie quelque\n  droit d'être indigné, quand on appelle, devant moi, Laurent Tailhade\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2211, "texte": "                                                     DURENDAL                                          73\n\n« un mortel élu du Seigneur », — ou encore « un promulgateur\nd'absolu »? C'est à envier des injures!\n                                                            •*\n                                                           * *\n\n    L'autre larron ! C'est Léon Bloy.\n   Vis-à-vis de celui-ci je me sens un peu plus à l'aise. Léon Bloy est\n catholique, tout au moins au fond de l'âme, il est doué d'un talent et\n d'un style extraordinaires et j'ai dit de lui, en diverses circonstances\nprivées et publiques, trop de bien, pour ne pas avoir le droit de m'ex­\n primer aujourd'hui très librement à son endroit et même à son\n envers (1).\n    Eh bien, le catholique et talentueux Léon Bloy s'encanaille abso­\nlument.\n    C'est avec un inexprimable serrement de cœur, par exemple, que je\nl'ai vu entrer, l'an dernier, lui, l'auteur du Révélateur du Globe, de\nChristophe Colomb devant les Taureaux, de La Chevalière de la Mort, dans\nce mauvais lieu littéraire qu'on appelle le Gil Bias. Certes la faim\nlégitime un certain nombre d'actes; et l'on peut très bien voler pour\nsustenter sa vie, mais je ne crois pas qu'elle excuse cela. En tout cas,\nj'eus préféré apprendre que Léon Bloy, affamé, avait été arrêté pour\nle vol d'un pain par un sergot, que par le rédacteur en chef du\njournal susdit. Le fait accompli, je m'étais imaginé naïvement qu'il\nallait faire dans les colonnes du Gil Blas un beau tapage catholique,\ncar enfin ce Savonarole laïque était de force à faire un sermon, même\ndans un lupanar, et à réussir quelque conversion, même dans ces\nmilieux-là. Les choses ne se sont point passées tout juste comme je\nles avais pensées. J'ai eu le courage de lire à peu près tout ce que\nBloy a écrit depuis cette malheureuse collaboration. Quelle chute !\nQuelle déchéance et de catholicisme et de talent.\n  — Comment est-ce possible? me disait l'autre jour encore un des\nadmirateurs de l'extraordinaire écrivain. Et c'est là ce Bloy qui nous\na parlé avec une si formidable hauteur et une si catholique magnifi-\n  (1) J'ai même offert à Bloy d'imprimer ici certain ouvrage de lui qui ne trouvait point d'éditeur.\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2075, "texte": " 74                             DURENDAL\n\n\ncence, dans son Désespéré, de la Douleur, des Pauvres, de la Mort, de\nla Face douloureuse du Christ? Je ne le reconnais plus. A peine de\ntemps en temps une lueur, un éclair.\n   Mon interlocuteur avait raison. Le formidable styliste n'est plus à\nl'heure actuelle que l'entrepreneur de vidange de toutes les bassesses\nhumaines et même de quelques autres...\n   Léon Bloy sait pourtant très bien qu'il n'a pas le droit de nous\nfrustrer, nous autres catholiques, des talents qui lui furent départis\npar Dieu et qu'il galvaude là-bas, comme l'enfant prodigue, à garder\nles pourceaux de Gil Blas. C'est dans ce milieu sans doute qu'il a\nrencontré Laurent Tailhade et d'autres, et d'autres...\n   Je ne sais vraiment quelle inconscience l'empêche de juger de\nl'abjection de son actuel entourage! Pour quatre sous, — le prix d'un\nnuméro de la dite feuille, — je me suis donné l'autre jour l'amère\nironie de ce spectacle d'une chronique de Léon Bloy et d'un feuilleton\nde Zola dans le même journal, le même jour, face à face, dirais-je,\ncar ils se tenaient comme les frères Siamois, et je me suis rappelé\nque Léon Bloy, tout récemment encore, traitait E. Zola « d'impur\nvivandier du matérialisme, de traitant de lettres » et qu'il appelait\nsur lui « la malédiction des pauvres ». Le voilà donc maintenant à\ncôté de ce même Zola qu'il qualifiait autrefois de Prince de la\ncrapule ! Belluaire et porcher se donnent la main !\n\n\n                                       *\n                                   *       *\n  J'extrais les versets suivants de l'Evangile selon saint Luc, ces\nparoles expliquent le titre de cet article, elles en seront la conclusion :\n  39. — Or, l'un des larrons qui étaient suspendus en croix le blas­\nphémait, disant : Si tu es le Christ, sauve-toi toi-même, et nous aussi.\n  40. — Mais l'autre répondant, le reprenait, disant : Ne crains-tu\npoint Dieu, quand tu subis la même condamnation?\n  41. — Encore pour nous, c'est avec justice; car nous recevons ce\nque nos actions méritent; mais celui-ci n'a rien fait de mal.\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 432, "texte": "                               DURENDAL                             75\n\n  42. — Et il disait à Jésus : Seigneur, souvenez-vous de moi quand\nvous serez arrivé dans votre royaume.\n  43. — Et Jésus lui dit : En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras\navec moi dans le paradis.\n  Je souhaite à Léon Bloy d'être le bon larron... jusqu'au bout!\n                                                      POL DEMADE.\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-04-n4-004", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 75, "page_fin": 75, "titre_corps": "Le Sacrifice", "titre_sommaire": "Le Sacrifice", "signature_source": "THOMAS BRAUN", "ancre_debut": "LE SACRIFICE", "ancre_fin": "THOMAS BRAUN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 96, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 432, "fin_caractere_exclue": 1265, "texte": "LE      SACRIFICE\n                                                        A HOMÈRE\n\n\n           Surya, baigné d'or, à l'horizon descend\n           Et l'éclat embrasé du char incandescent\n           Darde son feu de pourpre aux collines prochaines\n           Où se dressent, saignants, les palmiers et les chênes.\n           Le divin Achilleus, rapide quant aux pieds,\n           Offre à Zeus souverain, sur les royaux trépieds,\n           L'or, la myrrhe, l'encens et les vaches sacrées\n           Dont il fait ruisseler les mamelles nacrées.\n           Son torse nu se cambre et, grand dans le soleil,\n           Se découpe flambant, colossal et vermeil,\n           Tandis que de l'Hellas les vignes parfumées\n           Mêlent leur douce odeur au relent des fumées.\n                                                   THOMAS BRAUN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-04-n4-005", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": 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 Le bois se silhouette et ses feuillages roux\n     Découpent, dans le bleu du ciel, d'immenses trous\n     Que remplissent déjà de cris et de murmures\n\n     Deux pinsons amoureux célébrant le réveil.\n     Et la forêt craquant éclate sous la brise,\n     La nouvelle chaleur l'enveloppe, la grise,\n     Et la Terre applaudit au jeune et beau Soleil.\n\n     Ils sont passés, les jours de lassitudes mornes !\n     On voit s'épanouir les bourgeons goudronnés...\n     Et dans la gorge sombre aux herbages fanés,\n     Agitant leurs bras morts, revivent les vieux ornes.\n\n     Les labours, verdissant en la paix des sillons,\n     Montrent, par la santé des frissonnantes herbes,\n     Les tassements massifs des grands blés lourds, en gerbes,\n     Sous le soleil brûlant chanté par les grillons.\n\n     Et plus loin, vers le val dédaigné des hauts chênes,\n     Au fond de Méchenoit, les hêtres, les ormeaux\n     Offrent aux jeunes nids l'ombre de leurs rameaux\n     Et préparent l'autel pour les noces prochaines.\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 883, "texte": "                               DURENDAL                              77\n\n          Sur le flanc du Bannay, des bûcherons en chœur,\n          Travaillant, d'un poing ferme, et hardis à la tâche,\n          En leurs gestes de preux assaillent de la hache\n          Les grands arbres saignants qu'elle mord jusqu'au cœur.\n\n          Et les âpres genêts fleurissent dans la lande.\n          Leur jaune pâle et vif tranche sur les terreaux\n          Où rappellent, au soir, les bandes de perdreaux\n          Dans la bruyère rose et la claire lavande.\n\n           Oh! le repos béni dans le calme des bois,\n           Le bonheur de revoir sa forêt bien aimée\n           Et d'entendre chanter sous la neuve ramée,\n           En un joyeux printemps d'avril, sa jeune voix!\n                                                        THOMAS    BRAUN.\nBagimont, avril 1894.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-04-n4-006", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 77, "page_fin": 78, "titre_corps": "Tombée de nuit", "titre_sommaire": "Tombée de nuit", "signature_source": "ADOLPHE HARDY", "ancre_debut": "TOMBÉE DE NUIT", "ancre_fin": "ADOLPHE HARDY", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 98, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 883, "fin_caractere_exclue": 1401, "texte": "TOMBÉE          DE     NUIT\n\n           J'aime les soirs d'été, les soirs sereins, les soirs\n           Où, sous le ciel poudré de fins nuages roses,\n           Les vieux tilleuls en fleur et les buissons de roses\n           Balancent leurs parfums comme des encensoirs.\n\n           C'est bon de s'en aller alors sur la montagne,\n           Vers quelque site frais de verdure et de fleurs\n           Où des milliers d'oiseaux mêlent leurs derniers chœurs\n           A ux frissonnements d'or des blés dans la campagne.\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 966, "texte": "78                      DURENDAL\n\n\n     Là, blotti loin du monde et des chemins suivis,\n     Au pied d'un talus vert plein de senteurs de fraise,\n     Libre de tout souci, l'on peut du moins, à l'aise,\n     Laisser à l'aventure errer ses yeux ravis.\n\n     Oh! tout le charme exquis de ce coin solitaire!\n     Un vent doux court de branche en branche : l'on dirait\n     Qu'il chuchote un dernier bonsoir à la forêt\n     Et donne le signal aux oiseaux de se taire.\n\n     Cependant, tout bruit cesse. — A peine, par moment,\n     Entend-on d'un clocher tinter la note brève\n     Ou, du fond des grands bois absorbés dans leur rêve,\n     Lointainement, monter quelque vague aboîment.\n\n     Et, dans la nuit tombante et la paix des feuillages,\n     Tandis qu'autour de soi tout s'apaise et s'endort,\n     La lune monte au loin comme un ostensoir d'or\n     Qu'encensent les vapeurs molles des fins nuages.\n                                                ADOLPHE     HARDY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-04-n4-007", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 79, "page_fin": 79, "titre_corps": "L’Abêtissement : Faussement appelé enseignement", "titre_sommaire": "L’Abêtissement", "signature_source": "PALSAC", "ancre_debut": "L’ABÊTISSEMENT", "ancre_fin": "PALSAC", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 112, "fin_caractere_exclue": 1482, "texte": "L'ABÊTISSEMENT\n                            Faussement appelé : enseignement.\n\n\n\n                                      I er   DEGRÉ.\n\n  Abêtissement primaire (ou, par antiphrase, enseignement primaire),\n  Les portes sont bien closes.\n  Dans une école de village.\n  Des mioches épellent en chœur : « Les sabots sont faits de bois. — L'eau coule\ndans les ruisseaux. — Dieu créa les étoiles. »\n  Conclusion des gosses : L'école buissonnière.\n\n                                      II e   DEGRÉ.\n\n  Abêtissement moyen (ou, par antiphrase, enseignement moyen).\n  Les portes sont soigneusement closes.\n  Dans une classe de collège.\n  Le professeur dicte à ses élèves : « La première églogue de Vergue appartient au\ngenre tempéré. C'est, si j'ose m'exprimer ainsi, le type de la pastorale. Le sentiment\nde la nature, y... »\n  Conclusion des potaches : Des vacances éternelles.\n\n                                     III e DEGRÉ.\n\n  Abêtissement supérieur (ou, par antiphrase, enseignement supérieur).\n  Les portes sont hermétiquement closes.\n  Dans un cours d'université.\n  — Le sujet de la leçon de philosophie de ce jour, prononce un monsieur grave,\nchauve et décoré, sera le texte de Platon : « Le beau est la splendeur du vrai. »\n  Conclusion, après examen passé : Et maintenant, je m'en fous!\n                                                                         PALSAC.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-04-n4-009", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 80, "page_fin": 80, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Roche Tarpéenne et Capitole", "signature_source": "P. D.", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne et Capitole", "ancre_fin": "ées dans les Sorbonnes dé­ hommes, comptez sur moi. p. D. (1) J.-K. HUYSMANS. A Rebours, p, 36.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 101, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 77, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "Roche Tarpéienne et Capitole\n                                               signent sous ce nom générique : la déca­\n  Les Jésuites et les classiques chrétiens,    dence » (1).\npar M. l'abbé GUILLAUME. (Gand, Siffer.)\n                                                  En plus, nous sommes heureux de\n   L'ancienne, je dirais presque la suran­     constater que M. l'abbé Guillaume est\nnée controverse des classiques païens et       partisan de l'éclectisme littéraire qui con­\ndes classiques chrétiens continue d'occu­      stitue un des points essentiels du pro­\nper tous ceux — et ils sont nombreux —         gramme de cette revue. Certes il réclame\nqui s'intéressent aux choses de l'éduca­       des auteurs chrétiens comme éducateurs\ntion. Il serait pourtant bien facile de        de la jeunesse; mais il s'est fait cette\ns'entendre !                                   réflexion, qu'un prêtre d'infiniment de\n   Que l'éducation chrétienne doive se         sens me faisait naguère : « Si les philo­\nfaire par des chrétiens, mais c'est élémen­    sophes ou les artistes païens ont écrit des\ntaire : aussi sommes-nous absolument           pensées justes et vraies ou produit des\nd'accord avec M. l'abbé Guillaume dans         œuvres belles et vraies, ces pensées et\nses revendications si modérées, si légi­       ces œuvres étaient des pensées et des\ntimes en faveur des auteurs chrétiens.         œuvres dignes du christianisme et, comme\nJ'ai donc fort goûté, quant à moi, dans        telles, chrétiennes, par conséquent dignes\nce dernier livre, la défense du latin de       de notre admiration. » Ce n'est pas lui,\nnos pères contre certaines accusations         j'imagine, qui trouvera excessives nos\nqui, pour provenir d'un jésuite, n'en          revendications, lorsqu'il nous entendra\npuent pas moins à plein nez leur Renais­       dire : Des auteurs classiques, c'est très\nsance païenne; aussi ai-je savouré ces         bien ! mais faites donc une place aussi à\npages comme autrefois certaines d'Huys­        nos auteurs modernes.\nmans en lesquelles il est parlé « de ces           Bravo donc, M. l'abbé, et bon courage,\nouvrages latins, que les intelligences          et s'il faut, pour activer l'œuvre, démo­\nqu'ont domestiquées les déplorables le­         lir quelques murs et même quelques\nçons ressassées dans les Sorbonnes dé­          hommes, comptez sur moi.           p. D.\n\n\n\n\n   (1) J.-K. HUYSMANS. A Rebours, p, 36.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-04-n4-008", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 81, "page_fin": 84, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature", "titre_sommaire": "Miroir d'Art et de Littérature (Propos des Douze Pairs autour de la Table ronde)", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "e et Nuit de cha­ pelle ; — de Pol Demade : Le conte ironique déjà annoncé ; — des Poètes, etc.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 115, "fin_caractere_exclue": 2616, "texte": "MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n        Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n.      Aux collectionneurs. Voici une curieuse recette, garantie authentique, et copiée\n    d'une image religieuse fin-de-siècle. Cette pièce, nullement rarissime, pourrait\n    prendre place à côté du billet (aller sans retour) pour le Paradis, que nos lecteurs\n    connaissent déjà :\n       « Pour vous procurer une bonne santé pour corps et âme, prenez les racines de\n    la Foi, des feuilles vertes de l'Espérance, des roses de charité, l'encens du repentir,\n    la myrrhe de la mortification et le bois de la croix. Liez cela ensemble dans le\n    paquet de la résignation à la sainte Volonté de Dieu, mettez cela dans le pot de\n    l'attention et arrosez-le avec le vin de la sainte joie, l'eau de la sainte sobreté, et\n    mettez ce pot au feu de l'amour divin, afin que tout se bout bien, après cela\n    mettez-le dans la place fraîche de la méditation, fermez-le bien avec le bouchon du\n    silence.\n      Si vous prenez le matin et le soir une tasse de cette précieuse liqueur, vous\n    obtiendrez la santé que je vous souhaite et implore de Dieu. »\n                                                  *\n                                              *       *\n\n                                      SUR COMMANDE\n       Quelques échantillons du « style belge officiel », extraits du rapport, fait au nom\n    du jury, du concours de littérature française :\n       « Telle influence qui fit comme un sillon dans ce courant — la tâche de rapporteur\n    d'un jury littéraire, en même temps qu'elle a chance d'éveiller un intérêt, s'adapte\n    plus fidèlement... — d'inutiles tentatives de reconstruction sociale avaient généralisé\n    d'aristocratiques rancœurs et transformé en une véritable philosophie ce qui n'avait hanté,\n    pendant de longues années, qu'une minorité de cerveaux élus — la sérénité de convic-\n    tions négatives — la rime de plus en plus riche à force d'indigence même — M. Gilkin\n    n'a pas poussé aussi avant que M. Giraud le souci des nouvelles greffes. — Promenant\n    sa curiosité jamais lasse sur tant de sujets disparates, M. Nautet les embrasse, en\n    quelque sorte, jusqu'à s'étouffer lui-même, sans réussir (j'te crois!) à en extraire la\n    moelle et se l'assimiler », etc., etc.\n      Mais ce ne sont là que de viles mots, et d'ailleurs, le Journal de Bruxelles assure\n    que le rapport est si artistique et si consciencieux. Si artistique, on vient de voir! Si\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": " 82                                  DURENDAL\n\nconsciencieux? La Jeune Belgique se plaint, et à bon droit, selon nous, d'avoir été\npartialement jugée; d'autres pourraient en dire autant. Jugez vous-même.\n   « M. l'abbé Hoornaert, est-il écrit dans le rapport, est un poète, mais un poète\ntimide, qui a gardé le culte des vieux rythmes et qui étanche sa soif d'idéale perfec­\ntion à des sources demi-taries. »\n   M. Carton de Wiart est une sorte de pape littéraire : « il excommunie littéraire­\nment la plupart de ses coreligionnaires... et sa religion d'artiste lui a permis de\nbéatifier, sans scrupules, Villiers, Barbey ».\n   « M. Demade est pénétré d'une sensualité sublimisée... Des fumets de chairs très\ncaractérisés s'y associent à des fumées de très pur encens. »\n   « M. F . Vandenbosch, s'il faut en croire la nomenclature de ses publications, a\nnoyé un peu de politique dans beaucoup de littérature. »\n   A part cela..., nous occupons dans cette revue une place honorable! comme dit\nla Chronique du Magazin littéraire.                                               D.\n                                            *\n                                          * *\n   D'une conversation avec le poète Paul Verlaine :\n   — Il paraît que vous allez publier un livre nouveau ?\n   — Oui, cela s'appellera Dans les Limbes; ce livre sera le dernier d'une série qui aura\nassez duré pour mon calme personnel, pour ma conscience littéraire, et l'autre aussi!\n   Toutefois, vous remarquerez que le ton de Dans les Limbes sera moins vif que\ncelui des Chansons, des Odes et des Elégies. Ce sera bien l'apaisement du soir. Le\npoème finira par un dilemme que je me pose à moi-même : Serai-je heureux enfin,\n oui ou non ?\n   Eh bien ! à travers mille ennuis, hésitations, jusqu'à la maladie qui s'en mêle, il\n me semble que oui.\n    Donc, je dois me taire maintenant et, revenu à de bonnes idées, travailler à\n Varia, livre qui témoignera, comme jadis Sagesse, d'un grand changement pour le\n mieux, et d'un long, lent, mais sûr retour là où sonnent les cloches, toujours fidèles\n — l' Angelus oublié se souvient — dans le soleil couchant, mais encore glorieux.\n    Du reste, tout ce que je vous dis là, je le répéterai dans la préface de Dans les\n Limbes.\n    J'annoncerai, en même temps, un grand drame en cinq actes : Vive le Roy! auquel\n je travaille, puis-je dire, avec acharnement.\n                                       *\n                                     * *\n  Mésaventures professorales. L'an dernier, un critique belge confondait Jacques\nDelille avec Leconte de Lisle. En voici bien une autre :\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2590, "texte": "                                      DURENDAL                                       83\n\n  Un jeune pion, qui se documente, interroge un de nos amis :\n  — Ce Leconte de Lisle... était-ce le comte de l'Isle-Adam ?\n  De telles gens il est beaucoup, qui prendraient Vaugirard pour Rome !\n\n                                              *\n                                          *       *\n   La reine d'Angleterre vient de créer baronnet le peintre BURNE-JONES, dont il a\nété beaucoup question en ces dernières années. Burne-Jones est trop peu connu\nparmi nous. Or, écoutez bien ceci, catholiques, jamais aucun n'a peint les anges\ncomme Edward Burne-Jones. Il existe de lui, par exemple, un tableau composé de\nsix panneaux et intitulé : The Days of Création; la grâce et la beauté des êtres\nimaginés par l'artiste dépassent tout ce qu'on peut rêver; l'invention compliquée\ndes draperies et des ailes, l'élégance des lignes sont incroyables ; mais c'est surtout\nl'exquise délicatesse et la modulation des couleurs qui rendent ce tableau prodi­\ngieux. Ils sont beaux à l'extrême et étranges avec leurs yeux qui semblent com­\nprendre des choses incompréhensibles... Leurs robes et leurs ailes s'enchevêtrent\nd'une façon inattendue; elles sont verdâtres, jaunâtres, mêlées d'or et de brun, puis\ngris tourterelle, passées un peu et tendres, avec des tons de feuilles mortes, mêlées\nde gris d'argent; du vert émeraude, puis du rouge carmin, et du bleu et du rose\navec beaucoup d'or; des ailes bleu-vertes, bleu-indigo, vert-bleues, puis vertes tout\nà fait; il y a aussi des ailes qui ont l'air d'opales. Et il faudrait des mots inconnus\npour décrire le charme et la grâce de ces êtres magiques.\n  E . Burne-Jones est un intellectuel; ses types sont exquis. Tout dans ses figures\nse résume dans les yeux, qui prennent une importance extraordinaire... les yeux de\nBurne-Jones demeureront célèbres.\n   Les primitifs, surtout Botticelli, l'ont d'abord inspiré. Il a mêlé, â l'extraordinaire\npureté et à la grâce de ce peintre, le plus raffiné modernisme, mais sans aucun\nmatérialisme.\n  Voilà comment nous entendons l'éclectisme.\n   Qu'il y a loin, grand Dieu, des anges de Burne-Jones — aux banalités de l'im­\nmonde imagerie religieuse parisienne ou encore aux anges de kermesse flamande\nde fabrication brugeoise!...\n                                              *\n                                          *       *\n\n   Marcel Fleury nous envoie ces vers mignards, — malgré l'ordre, un peu bour­\ngeois, donné aux compositeurs : « S'il y a trop de copie, sacrifiez les poètes », nous\nles donnons ici :\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2490, "texte": "84                                  DURENDAL\n\n\n                          LE DAUPHIN TRISTE\n                                                        LOUIS XVI.\n\n                         Sur le fond d'azur des vitraux,\n                         Un blond dauphin regarde éclore\n                         La candeur des lys ancestraux\n                         Epanouis en blanche flore...\n\n                         Mais voici que le soir colore\n                         De pourpre ardente les carreaux :\n                         Et le pâle dauphin s'éplore\n                         De voir les doux lys ancestraux\n                         Saigner, saigner en rouge flore\n                         Sur le fond d'azur des vitraux...\n                                             *\n                                         *       *\n   Savourez-moi l'ironie de cette lettre de M. Huysmans :\n    « Vous me demandez de vous faire connaître quel serait, selon moi, l'accueil fait\npar le public à un roman-feuilleton dont l'anarchiste serait le héros, tel jadis\nRocambole.\n   Mais cela dépendrait uniquement de la façon dont serait traité ce feuilleton;\ns'il était rédigé par Jules Mary et découpé en d'habiles tranches, il aurait un succès\nassuré auprès de la clientèle spéciale qui se vautre dans ce genre d'écrits.\n    En tout cas, certaines conditions seraient requises, je crois, pour assurer le\nsuccès d'une aussi belle œuvre : 1° Un style indigent; 2° comme milieu, le grand\nmonde, le peuple ne s'intéressant pas du tout aux milieux qu'il fréquente, mais\nbien à ce qui lui est représenté comme étant la classe riche. Il va sans dire que\nl'anarchiste devrait épouser à la fin une fille du noble faubourg qu'il aurait convertie\nà ses idées et qui sacrifierait sa fortune pour soutenir cette cause. — Trémolo à\nl'orchestre et feux de bengale.\n    Une enfant abandonnée et reconnue, à la fin du feuilleton, à une marque de\nlinge, à un grain de beauté, voire même à la fameuse voix du sang, ne serait pas\n non plus un adjuvant méprisable pour décider de la gloire d'un tel roman.\n                                                                       HUYSMANS. »\n                                             *\n                                         * *\n   Au prochain numéro : de William Ritter : L'imagerie catholique et l'exposition des\narts graphiques de Vienne ; — d'Edmond Jolly : Le transcendantalisme et Nuit de cha­\npelle ; — de Pol Demade : Le conte ironique déjà annoncé ; — des Poètes, etc.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 84, "texte": "AVRIL 1894\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": ""}, {"page_pdf": 86, "texte": " Avril 1894                                                       N° 4\n\n                               DURENDAL\n\n\n\n\n                     F R A N Z STUCK\n\n                 UN maître qui tient de Barbey d'Aurevilly, autant que\n                 possible en Allemagne, en peinture, et en ignorant\n                 Barbey d'Aurevilly; un maître de la hautaine volée\n                 des Burne-Jones, Gustave Moreau, Félicien Rops,\n                 Fernand Khnoppf, Arnold Böcklin; enfin, l'une des\n                 plus brillantes étoiles de cette constellation d'artistes\n                 idéalistes que signale et dénombre le docteur Richard\nMuther au dernier chapitre de son périple à travers la peinture du\nXIXe siècle! Tout jeune encore, et le dernier venu dans la glorieuse\nfamille, Stuck y entre un peu en enfant prodigue, conscient de sa\nvirtuosité tout en sachant que la virtuosité est nulle sans la pensée.\nDessinateur strict, d'une sévérité implacable envers lui-même, d'une\nfougue de coloris spontanée et ardente, mais concentrée et maîtresse\nd'elle-même, le jeune artiste apparaît armé de pied en cap pour la\nconquête des belles chimères. En effet, nous le voyons conscient de\nsa mission artistique, respectueux du métier, tout en l'asservissant\nd'indéniable sorte à l'idée, la toute puissante dominatrice à laquelle\nil subordonne tous ses travaux. Il porte en outre sur toute son\nœuvre ce signe, qui est souvent l'une des plus convaincantes preuves\ndu véritable tempérament artiste. Il est inégal et prodigieusement\nvarié; à chaque nouveau tableau, il se recueille et se remet devant\nson rêve et devant la nature, le modèle, le truchement qui lui en\nfacilitera la réalisation ; il se refait un écolier qui apprend un art\nnouveau, et c'est grâce à cela que l'on découvre chez lui comme\nchez Rops plusieurs artistes divers et tant d'inspirations différentes.\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": " 66                           DURENDAL\n\n\nSes œuvres, je l'ai dit, ne sont pas toutes heureuses au même degré,\nmais toutes témoignent toujours d'une grande intensité de pensée,\nd'une féconde imagination et d'un opiniâtre effort vers l'idéalité sou­\nveraine. Rops a fait des paysans dignes de Millet son maître, et pour\navoir conçu les épouvantes des Sataniques et de la Tentation de saint\nAntoine, n'en a pas moins rapporté de Dalécarlie des idylles pures et\nnaïves, qui valent les pages les plus attendries de Loti dans Mon Frère\n Yves ou Matelot. Stuck, de même, griffonne d'une plume extraordinai­\nrement aisée et souple des attelages rustiques, des charrues au labour,\ndes paysans bavarois, et retrace les travaux campagnards des douze\nmois de l'année, tout en méditant sa vie d'Orphée et de Samson, son\nCalvaire ou le Péché... Je l'ai comparé à d'Aurevilly et vais tout à\nl'heure poursuivre la comparaison. L'occasion est bonne, puisque à\nMunich, la librairie du docteur Albert vient de publier, en un magni­\nfique volume, une série de cent reproductions des principales œuvres\nde Stuck, et avec un semblable ouvrage, c'est la gloire qui continue\net l'universalité qui commence.\n    Le portrait qu'a fait de Franz Stuck, Lembach, le sombre et sobre\nportraitiste de Léon XIII, de Bismarck, de presque toutes les célé­\nbrités allemandes contemporaines et des plus illustres étrangers, me\ndonne déjà un peu Barbey d'Aurevilly, mais le Barbey d'Aurevilly\nminiature, du petit portrait publié dans le Dandysme avec la mention :\nl'auteur à vingt ans. Il y a en Stuck le même petit brin de fatuité\nélégante, point fait du tout pour déplaire à une époque d'encanail­\nlement; dans ses yeux noirs un peu tsigane, à coup sûr très méri­\n dionaux, luit cette même étincelle souriante et glorieuse du beau\njeune homme vainqueur, alors qu'aux débuts pleins de promesses\n l'avenir apparaît tout en rose; et 1' expression totale a ce je ne sais\n quoi de satisfaction personnelle et de confiance en soi, qu'eut éga­\n lement d'Aurevilly, à l'heure des péchés de jeunesse, et qu'il a si\n saintement racheté par l'austérité de toute une vie. Somme toute\n quoi! il y a en Stuck le même dandysme d'antan, et peut-être jusqu'à\n la même conformation de tête que chez son grand modèle français.\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                              DURENDAL                              67\n\nPuisse-t-il en vieillissant ascendre la même échelle de Jacob et dispa­\nraître dans la même splendeur radieuse.\n   Mais dans les œuvres, les analogies sont encore plus frappantes. Le\nplus célèbre, le meilleur tableau de Stuck semble la transposition en\npeinture de la profession de foi littéraire de d'Aurevilly : on croirait\nréentendre ce qu'il vaticina toute sa vie en un langage sublime : le\ncatholique ne doit pas reculer devant la peinture du péché et ne doit\nlui enlever aucune de ses séductions; à ne pas exprimer les appâts de\nla tentation, on diminue le mérite de la lutte et la gloire du triomphe;\nles leurres et les mensonges de la passion, les troubles de la chair\npeuvent et doivent être motifs à œuvre d'art, pourvu que l'art juge et\ncondamne sans défaillance et ne se trouble ni ne tremble devant les\nvices qu'il exprime tels qu'ils sont, c'est-à-dire portant en eux leurs\nchâtiments, et en conséquence aussi leur effroyable moralité.\n   Et voici comment Stuck a osé aborder et peindre un tel sujet :\nLe Péché. Il s'y est repris à réitérées fois avant d'arriver à la pleine\nréalisation de sa farouche et inoubliable allégorie; et il est curieux de\nsuivre la lente formation et l'éclosion définitive de son chef-d'œuvre.\nOh! les éléments en sont très simples : une femme et un serpent,\nmais rien de toutes les Salammbô lascives, salaces ou lubriques dont\nles salons contemporains ont été envahis. Et l'arrangement, la compo­\nsition sont encore plus simples, mais voyez ce que cela donne.\n   Droite, silencieuse et immobile, sortant blanche et nacrée d'une\nténèbre larveuse à la Rops, elle-même larve, et froide en sa chair\nd'ivoire, la gorge cambrée d'une femme nue. Inquiétante sirène, elle\nattend, sûre de son effet, de la puissance attractive de son seul aspect.\nVisage tranquille, sphingien, regard fixe qui ne sourcille pas, elle\ngarde un sérieux absolu et indéfinissable, qui a le mystère des sourires\nde Vinci. Sur l'épaule gauche de ce monstre femelle, la chute lourde\net droite aussi d'une pluvieuse chevelure noire; et derrière la nuque,\nle serpent sort écaillé, s'enfle reluisant, pend obscène, s'arrondit sous\n le ventre, remonte à l'épaule droite, et sur le sein pose sa hideuse\n petite tête plate, voluptueusement assoupie, quoique les yeux et la\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": " 68                            DURENDAL\n\n\nlangue dardés, et aux aguets. L'horrible bête à la fois gluante et\nsèche, gonflée de venin et de luxure, regarde dans la même direction\nque les yeux, qui ne sourcillent point, de sa formidable maîtresse...\nCe corps nu sortant de l'étreinte de ce serpent, c'est l'une des épou­\nvantes plastiques les plus excessives qu'artiste catholique ait jamais\ninventée; ce couple atroce, c'est bien là l'ennemi avec lequel on ne\nlutte pas, auquel on ne résiste que par la fuite. Les femmes des\nDiaboliques, de d'Aurevilly, seules m'ont donné la sensation, la sueur\nfroide de ce double monstre, femme et serpent si simplement juxta­\nposés, l'un encadrant l'autre, et tous deux cependant unis inextrica­\nblement, moralement. La jeune fille muette et glacée mourant net sous\nles caresses de son amant dans la première diabolique, la blême\n« Constance Chlore », la méprisante marquise de Stasseville, si som­\nbrement et doublement infanticide, sont deux sœurs du Péché de\nFranz Stuck, ou deux de ses rééditions littéraires, individualisées et\nlocalisées; tandis que le tableau, lui, peut bien réellement passer pour\nl'allégorie synthétique du péché, pas du tout aussi varié qu'on peut le\ncroire, au contraire, toujours le même au fond : beau corps tentateur\nqui, par malheur étreint, devient entre nos bras ce honteux serpent\nqui, à son tour, nous enserre, nous étouffe, nous brise les reins et nous\nabandonnerait aux charniers de l'impénitence, sans le perpétuel mira­\ncle messianique du saint Graal, du sang royal sauveur et rédempteur!\n   Comme Barbey d'Aurevilly encore, Franz Stuck a le culte et l'amour\nde la force, de la force souple et gracieuse, de la force elle aussi\nasservie à ce qui est son idée, à elle, force : la grâce. Les nus mascu­\nlins de Stuck, fermes et harmonieux, héroïques et cadencés, poitri­\nnants et rythmés, me rappellent tel sonnet superbement pécheur de\nce pauvre, pauvre pécheur que fut Raimbaud; je ne le citerai même\npas... et cependant, comme ces vers s'adapteraient merveilleusement\nà certaines académies de Stuck qui restaurent pleinement la compré­\nhension antique de l'académie.\n   Comme Barbey d'Aurevilly toujours, Stuck a de larges côtés roman­\ntiques et shakespeariens; la noire démence de ses chasses fantastiques,\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                              DURENDAL                               69\n\nla lutte en champ clos de ses faunes, bras croisés sur leur poitrine\nvelue et se cognant de leurs têtes cornues, la naïveté azurée de ses\nlégendes de la terre et de la mer, des étangs et des falaises, des prai­\nries et des dunes, eussent plu au vieux maître amoureux des récits\npopulaires et des fantaisies de poètes.\n   Comme d'Aurevilly encore et toujours, Stuck entrecoupe son œuvre\ntoute de pensée et d'imagination, de paysages magnifiquement sereins\net simples... Il comprend le paysan bavarois comme d'Aurevilly le\npaysan de Normandie... Faut-il ajouter que vivant à Munich, il s'est,\ncomme tous les rares peintres allemands qui soient de véritables\nincantateurs de la beauté plastique, détendu parfois en des amusettes\ndécoratives drolatiques et en des caricatures excessivement cocasses,\nmais d'un charme et d'un intérêt difficilement intelligible à des yeux\nlatins.\n   Voilà Franz Stuck présenté à nos lecteurs... Mais ce n'est là qu'une\npremière présentation. Avec ce qu'il a de génie en tête, ce grand\nartiste fera encore parler de lui quelque peu ! Et alors, il sera temps\nde mieux l'étudier. Aujourd'hui, j'ai seulement tenu à ce que Durendal\nait l'honneur d'être la première voix de langue française qui ait salué\nl'avènement du jeune maître au zénith de l'art rénové.\n                                                WILLIAM    RITTER.\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "70             DURENDAL\n\n\n\n\n     FLEURS            FRÊLES\n     La fleur frêle de l'églantier,\n     Que le premier jour a pâlie,\n     Unit, au détour du sentier,\n     La grâce à la mélancolie.\n\n      Chère, ici nous avons parlé\n      Tous deux de tendresse infinie.\n      Où l'hymne s'est-il envolé?\n      Où vont la fleur et l'harmonie ?\n\n      Lorsque nous chercherons demain\n      L'endroit, témoin de nos paroles,\n      Le vent des nuits sur le chemin\n      Aura dispersé les corolles.\n\n      La fleur frêle de notre espoir,\n      Le doux secret de nos pensées,\n      Ira-t-il aussi quelque soir\n      Se perdre, au fond du chemin noir,\n      Avec les corolles blessées...?\n                                         PAUL   HAREL.\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                               DURENDAL                                                      71\n\n\n\n\n                         LES DEUX LARRONS\n\n\n      LAURENT TAILHADE                           & LÉON BLOY\n                                             Un artiste a, plus qu'aucun homme, le devoir de ne\n                                          rien profaner de grand. — L'homme de lettres sans prin\n                                          cipes ou sans art et l'empoisonneur sont identiques.\n                                                             LÉON BLOY. Propos d'un entrepreneur\n                                                                de démolitions, pp. 120 et 120.\n\n\n                  JE viens de lire l'article élogieux que le catholique\n                    Léon Bloy consacre, dans le Gil Blas du 13 avril,\n                    à « son cher Tailhade », dont le muffie, pour me\n                    servir du vocabulaire de ces messieurs, a quelque\n                    peu été endommagé lors de l'explosion du restau­\n                    rant Foyot. Je ne me fais aucune illusion sur le sort\n                    de la réponse que je crois devoir faire à ce fou\ndithyrambe : ce qui pourra m'arriver de mieux, à supposer qu'on\ndaigne s'apercevoir de mon existence, ce sera une magnifique hottée\nd'injures, et sous ce rapport je peux être tranquille : Léon Bloy\nest le plus' important fournisseur de l'époque, à côté de lui Tailhade\nn'est même qu'un tout petit marchand des quatre saisons. A cela près,\nvis-à-vis surtout de ces deux fanatiques de la licence de tout dire, j'ai\nbien le droit, je pense, de parler librement.\n   Eh bien, je trouve le bras-dessus bras-dessous littéraire de Léon\nBloy et de Laurent Tailhade tout uniment ignoble.\n                                      *\n                                  *       *\n\n  Je ne sais si vous connaissez beaucoup Laurent Tailhade. La bombe\net la chronique de l'autre jour l'ont mis cependant en une certaine\nlumière dont il se serait peut-être bien passé. En tout cas, voici\nquelques traits réjouissants de cette physionomie : cet anarchiste en\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": " 72                              DURENDAL\n\n\n gants blancs, nous dit le Journal du 7 avril, est fils d'un magistrat; il\n fut élevé dans un séminaire et se destina longtemps aux ordres ecclé­\n siastiques, mais il renonça à cette vocation pour venir à Paris abominer\n le muffle; il a coutume de dîner en des restaurants soignés, ayant\n l'estomac assez délicat, poussant même jusqu'à la manie le besoin de\n plats spéciaux. Voilà l'homme, passons aux œuvres : ce génie morphi­\n nomane (F. Coppée l'appelle un raté!) a produit en tout et pour tout\n trois infimes plaquettes : Le Jardin des Rêves, Vitraux, Au Pays du\n Muffle, et Bloy l'appelle : le mortel élu du Seigneur pour colporter sur notre\nfumier un rayon du septième ciel! J'oublie deux phrases célèbres qu'il\n convient d'ajouter à la liste déjà si longue de ses œuvres complètes :\n     Qu'importent les victimes, si le geste est beau? Qu'importe la mort\n des vagues humanités, si, par elle, s'affirme l'individu (9 décembre 1893,\n le jour de l'attentat Vaillant). Je méprise le peuple, ramassis d'ivro­\n gnes, d'êtres médiocres et méchants. Le peuple, je suis convaincu\n d'avance de l'inanité de tous ses efforts, de l'imbécillité aveugle de\n tous ses mouvements. Son malheur, sa misère! ceci m'est absolument\n égal (6 avril 1894, interview rapporté par le Journal).\n     Enfin, — car ce n'est pas tout encore! il y a plus profond dans la\n boue, et il faut que je le dise, quel que soit le haut le cœur qui m'en\n prenne, rien qu'à l'idée, — l'ex-séminariste Tailhade est un parfait\n blasphémateur. Il insulta l'an dernier l'Auguste Sacrement'de l'Eucha­\n  ristie d'une manière qui fut particulièrement torturante et martyri­\n  sante pour nos cœurs, sans parler des larmes des anges. Léon Bloy\n  doit s'en souvenir ; cette ignominie s'étala dans une revue parisienne\n  à laquelle il collaborait à ce moment, et l'article, un article bibliogra­\n  phique, l'occasion était mince, était déjà, sans ces blasphèmes, d'une\n  assez belle goujaterie, d'un mufflisme assez transcendant. Un moment\n j'ai eu la pensée de transcrire ici, pour les rappeler à la mémoire de\n  Bloy, quelques lignes de l'article dont je parle, — je viens de le relire,\n j'y renonce : Satan n'est pas de nos abonnés et lui seul supporterait\n  cette transcription. Après cela ne pensez-vous pas que j'aie quelque\n  droit d'être indigné, quand on appelle, devant moi, Laurent Tailhade\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                                                     DURENDAL                                          73\n\n« un mortel élu du Seigneur », — ou encore « un promulgateur\nd'absolu »? C'est à envier des injures!\n                                                            •*\n                                                           * *\n\n    L'autre larron ! C'est Léon Bloy.\n   Vis-à-vis de celui-ci je me sens un peu plus à l'aise. Léon Bloy est\n catholique, tout au moins au fond de l'âme, il est doué d'un talent et\n d'un style extraordinaires et j'ai dit de lui, en diverses circonstances\nprivées et publiques, trop de bien, pour ne pas avoir le droit de m'ex­\n primer aujourd'hui très librement à son endroit et même à son\n envers (1).\n    Eh bien, le catholique et talentueux Léon Bloy s'encanaille abso­\nlument.\n    C'est avec un inexprimable serrement de cœur, par exemple, que je\nl'ai vu entrer, l'an dernier, lui, l'auteur du Révélateur du Globe, de\nChristophe Colomb devant les Taureaux, de La Chevalière de la Mort, dans\nce mauvais lieu littéraire qu'on appelle le Gil Bias. Certes la faim\nlégitime un certain nombre d'actes; et l'on peut très bien voler pour\nsustenter sa vie, mais je ne crois pas qu'elle excuse cela. En tout cas,\nj'eus préféré apprendre que Léon Bloy, affamé, avait été arrêté pour\nle vol d'un pain par un sergot, que par le rédacteur en chef du\njournal susdit. Le fait accompli, je m'étais imaginé naïvement qu'il\nallait faire dans les colonnes du Gil Blas un beau tapage catholique,\ncar enfin ce Savonarole laïque était de force à faire un sermon, même\ndans un lupanar, et à réussir quelque conversion, même dans ces\nmilieux-là. Les choses ne se sont point passées tout juste comme je\nles avais pensées. J'ai eu le courage de lire à peu près tout ce que\nBloy a écrit depuis cette malheureuse collaboration. Quelle chute !\nQuelle déchéance et de catholicisme et de talent.\n  — Comment est-ce possible? me disait l'autre jour encore un des\nadmirateurs de l'extraordinaire écrivain. Et c'est là ce Bloy qui nous\na parlé avec une si formidable hauteur et une si catholique magnifi-\n  (1) J'ai même offert à Bloy d'imprimer ici certain ouvrage de lui qui ne trouvait point d'éditeur.\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": " 74                             DURENDAL\n\n\ncence, dans son Désespéré, de la Douleur, des Pauvres, de la Mort, de\nla Face douloureuse du Christ? Je ne le reconnais plus. A peine de\ntemps en temps une lueur, un éclair.\n   Mon interlocuteur avait raison. Le formidable styliste n'est plus à\nl'heure actuelle que l'entrepreneur de vidange de toutes les bassesses\nhumaines et même de quelques autres...\n   Léon Bloy sait pourtant très bien qu'il n'a pas le droit de nous\nfrustrer, nous autres catholiques, des talents qui lui furent départis\npar Dieu et qu'il galvaude là-bas, comme l'enfant prodigue, à garder\nles pourceaux de Gil Blas. C'est dans ce milieu sans doute qu'il a\nrencontré Laurent Tailhade et d'autres, et d'autres...\n   Je ne sais vraiment quelle inconscience l'empêche de juger de\nl'abjection de son actuel entourage! Pour quatre sous, — le prix d'un\nnuméro de la dite feuille, — je me suis donné l'autre jour l'amère\nironie de ce spectacle d'une chronique de Léon Bloy et d'un feuilleton\nde Zola dans le même journal, le même jour, face à face, dirais-je,\ncar ils se tenaient comme les frères Siamois, et je me suis rappelé\nque Léon Bloy, tout récemment encore, traitait E. Zola « d'impur\nvivandier du matérialisme, de traitant de lettres » et qu'il appelait\nsur lui « la malédiction des pauvres ». Le voilà donc maintenant à\ncôté de ce même Zola qu'il qualifiait autrefois de Prince de la\ncrapule ! Belluaire et porcher se donnent la main !\n\n\n                                       *\n                                   *       *\n  J'extrais les versets suivants de l'Evangile selon saint Luc, ces\nparoles expliquent le titre de cet article, elles en seront la conclusion :\n  39. — Or, l'un des larrons qui étaient suspendus en croix le blas­\nphémait, disant : Si tu es le Christ, sauve-toi toi-même, et nous aussi.\n  40. — Mais l'autre répondant, le reprenait, disant : Ne crains-tu\npoint Dieu, quand tu subis la même condamnation?\n  41. — Encore pour nous, c'est avec justice; car nous recevons ce\nque nos actions méritent; mais celui-ci n'a rien fait de mal.\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                               DURENDAL                             75\n\n  42. — Et il disait à Jésus : Seigneur, souvenez-vous de moi quand\nvous serez arrivé dans votre royaume.\n  43. — Et Jésus lui dit : En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras\navec moi dans le paradis.\n  Je souhaite à Léon Bloy d'être le bon larron... jusqu'au bout!\n                                                      POL DEMADE.\n\n\n\n                     LE      SACRIFICE\n                                                        A HOMÈRE\n\n\n           Surya, baigné d'or, à l'horizon descend\n           Et l'éclat embrasé du char incandescent\n           Darde son feu de pourpre aux collines prochaines\n           Où se dressent, saignants, les palmiers et les chênes.\n           Le divin Achilleus, rapide quant aux pieds,\n           Offre à Zeus souverain, sur les royaux trépieds,\n           L'or, la myrrhe, l'encens et les vaches sacrées\n           Dont il fait ruisseler les mamelles nacrées.\n           Son torse nu se cambre et, grand dans le soleil,\n           Se découpe flambant, colossal et vermeil,\n           Tandis que de l'Hellas les vignes parfumées\n           Mêlent leur douce odeur au relent des fumées.\n                                                   THOMAS BRAUN.\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "76                       DURENDAL\n\n\n\n\n                        AVRIL\n                                      A u POÈTE TERRIEN FRANÇOIS   FABIÉ\n\n\n\n     Le beau ciel azuré de sereine douceur\n     Déverse aux taillis noirs sa vibrante lumière,\n     Sur les fourrés tordus et sur la branche fière\n     Où le vent fait glisser sa caresse, berceur.\n\n     L'endeuillement d'hiver traîne sur les ramures.\n     Le bois se silhouette et ses feuillages roux\n     Découpent, dans le bleu du ciel, d'immenses trous\n     Que remplissent déjà de cris et de murmures\n\n     Deux pinsons amoureux célébrant le réveil.\n     Et la forêt craquant éclate sous la brise,\n     La nouvelle chaleur l'enveloppe, la grise,\n     Et la Terre applaudit au jeune et beau Soleil.\n\n     Ils sont passés, les jours de lassitudes mornes !\n     On voit s'épanouir les bourgeons goudronnés...\n     Et dans la gorge sombre aux herbages fanés,\n     Agitant leurs bras morts, revivent les vieux ornes.\n\n     Les labours, verdissant en la paix des sillons,\n     Montrent, par la santé des frissonnantes herbes,\n     Les tassements massifs des grands blés lourds, en gerbes,\n     Sous le soleil brûlant chanté par les grillons.\n\n     Et plus loin, vers le val dédaigné des hauts chênes,\n     Au fond de Méchenoit, les hêtres, les ormeaux\n     Offrent aux jeunes nids l'ombre de leurs rameaux\n     Et préparent l'autel pour les noces prochaines.\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                               DURENDAL                              77\n\n          Sur le flanc du Bannay, des bûcherons en chœur,\n          Travaillant, d'un poing ferme, et hardis à la tâche,\n          En leurs gestes de preux assaillent de la hache\n          Les grands arbres saignants qu'elle mord jusqu'au cœur.\n\n          Et les âpres genêts fleurissent dans la lande.\n          Leur jaune pâle et vif tranche sur les terreaux\n          Où rappellent, au soir, les bandes de perdreaux\n          Dans la bruyère rose et la claire lavande.\n\n           Oh! le repos béni dans le calme des bois,\n           Le bonheur de revoir sa forêt bien aimée\n           Et d'entendre chanter sous la neuve ramée,\n           En un joyeux printemps d'avril, sa jeune voix!\n                                                        THOMAS    BRAUN.\nBagimont, avril 1894.\n\n\n\n\n                     TOMBÉE          DE     NUIT\n\n           J'aime les soirs d'été, les soirs sereins, les soirs\n           Où, sous le ciel poudré de fins nuages roses,\n           Les vieux tilleuls en fleur et les buissons de roses\n           Balancent leurs parfums comme des encensoirs.\n\n           C'est bon de s'en aller alors sur la montagne,\n           Vers quelque site frais de verdure et de fleurs\n           Où des milliers d'oiseaux mêlent leurs derniers chœurs\n           A ux frissonnements d'or des blés dans la campagne.\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "78                      DURENDAL\n\n\n     Là, blotti loin du monde et des chemins suivis,\n     Au pied d'un talus vert plein de senteurs de fraise,\n     Libre de tout souci, l'on peut du moins, à l'aise,\n     Laisser à l'aventure errer ses yeux ravis.\n\n     Oh! tout le charme exquis de ce coin solitaire!\n     Un vent doux court de branche en branche : l'on dirait\n     Qu'il chuchote un dernier bonsoir à la forêt\n     Et donne le signal aux oiseaux de se taire.\n\n     Cependant, tout bruit cesse. — A peine, par moment,\n     Entend-on d'un clocher tinter la note brève\n     Ou, du fond des grands bois absorbés dans leur rêve,\n     Lointainement, monter quelque vague aboîment.\n\n     Et, dans la nuit tombante et la paix des feuillages,\n     Tandis qu'autour de soi tout s'apaise et s'endort,\n     La lune monte au loin comme un ostensoir d'or\n     Qu'encensent les vapeurs molles des fins nuages.\n                                                ADOLPHE     HARDY.\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                                     DURENDAL                                      79\n\n\n\n\n                      L'ABÊTISSEMENT\n                            Faussement appelé : enseignement.\n\n\n\n                                      I er   DEGRÉ.\n\n  Abêtissement primaire (ou, par antiphrase, enseignement primaire),\n  Les portes sont bien closes.\n  Dans une école de village.\n  Des mioches épellent en chœur : « Les sabots sont faits de bois. — L'eau coule\ndans les ruisseaux. — Dieu créa les étoiles. »\n  Conclusion des gosses : L'école buissonnière.\n\n                                      II e   DEGRÉ.\n\n  Abêtissement moyen (ou, par antiphrase, enseignement moyen).\n  Les portes sont soigneusement closes.\n  Dans une classe de collège.\n  Le professeur dicte à ses élèves : « La première églogue de Vergue appartient au\ngenre tempéré. C'est, si j'ose m'exprimer ainsi, le type de la pastorale. Le sentiment\nde la nature, y... »\n  Conclusion des potaches : Des vacances éternelles.\n\n                                     III e DEGRÉ.\n\n  Abêtissement supérieur (ou, par antiphrase, enseignement supérieur).\n  Les portes sont hermétiquement closes.\n  Dans un cours d'université.\n  — Le sujet de la leçon de philosophie de ce jour, prononce un monsieur grave,\nchauve et décoré, sera le texte de Platon : « Le beau est la splendeur du vrai. »\n  Conclusion, après examen passé : Et maintenant, je m'en fous!\n                                                                         PALSAC.\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": " 80                                        DURENDAL\n\n\n\n\n                     Roche Tarpéienne et Capitole\n                                               signent sous ce nom générique : la déca­\n  Les Jésuites et les classiques chrétiens,    dence » (1).\npar M. l'abbé GUILLAUME. (Gand, Siffer.)\n                                                  En plus, nous sommes heureux de\n   L'ancienne, je dirais presque la suran­     constater que M. l'abbé Guillaume est\nnée controverse des classiques païens et       partisan de l'éclectisme littéraire qui con­\ndes classiques chrétiens continue d'occu­      stitue un des points essentiels du pro­\nper tous ceux — et ils sont nombreux —         gramme de cette revue. Certes il réclame\nqui s'intéressent aux choses de l'éduca­       des auteurs chrétiens comme éducateurs\ntion. Il serait pourtant bien facile de        de la jeunesse; mais il s'est fait cette\ns'entendre !                                   réflexion, qu'un prêtre d'infiniment de\n   Que l'éducation chrétienne doive se         sens me faisait naguère : « Si les philo­\nfaire par des chrétiens, mais c'est élémen­    sophes ou les artistes païens ont écrit des\ntaire : aussi sommes-nous absolument           pensées justes et vraies ou produit des\nd'accord avec M. l'abbé Guillaume dans         œuvres belles et vraies, ces pensées et\nses revendications si modérées, si légi­       ces œuvres étaient des pensées et des\ntimes en faveur des auteurs chrétiens.         œuvres dignes du christianisme et, comme\nJ'ai donc fort goûté, quant à moi, dans        telles, chrétiennes, par conséquent dignes\nce dernier livre, la défense du latin de       de notre admiration. » Ce n'est pas lui,\nnos pères contre certaines accusations         j'imagine, qui trouvera excessives nos\nqui, pour provenir d'un jésuite, n'en          revendications, lorsqu'il nous entendra\npuent pas moins à plein nez leur Renais­       dire : Des auteurs classiques, c'est très\nsance païenne; aussi ai-je savouré ces         bien ! mais faites donc une place aussi à\npages comme autrefois certaines d'Huys­        nos auteurs modernes.\nmans en lesquelles il est parlé « de ces           Bravo donc, M. l'abbé, et bon courage,\nouvrages latins, que les intelligences          et s'il faut, pour activer l'œuvre, démo­\nqu'ont domestiquées les déplorables le­         lir quelques murs et même quelques\nçons ressassées dans les Sorbonnes dé­          hommes, comptez sur moi.           p. D.\n\n\n\n\n   (1) J.-K. HUYSMANS. A Rebours, p, 36.\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                                          DURENDAL                                       8l\n\n\n\n\n                   MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n        Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n.      Aux collectionneurs. Voici une curieuse recette, garantie authentique, et copiée\n    d'une image religieuse fin-de-siècle. Cette pièce, nullement rarissime, pourrait\n    prendre place à côté du billet (aller sans retour) pour le Paradis, que nos lecteurs\n    connaissent déjà :\n       « Pour vous procurer une bonne santé pour corps et âme, prenez les racines de\n    la Foi, des feuilles vertes de l'Espérance, des roses de charité, l'encens du repentir,\n    la myrrhe de la mortification et le bois de la croix. Liez cela ensemble dans le\n    paquet de la résignation à la sainte Volonté de Dieu, mettez cela dans le pot de\n    l'attention et arrosez-le avec le vin de la sainte joie, l'eau de la sainte sobreté, et\n    mettez ce pot au feu de l'amour divin, afin que tout se bout bien, après cela\n    mettez-le dans la place fraîche de la méditation, fermez-le bien avec le bouchon du\n    silence.\n      Si vous prenez le matin et le soir une tasse de cette précieuse liqueur, vous\n    obtiendrez la santé que je vous souhaite et implore de Dieu. »\n                                                  *\n                                              *       *\n\n                                      SUR COMMANDE\n       Quelques échantillons du « style belge officiel », extraits du rapport, fait au nom\n    du jury, du concours de littérature française :\n       « Telle influence qui fit comme un sillon dans ce courant — la tâche de rapporteur\n    d'un jury littéraire, en même temps qu'elle a chance d'éveiller un intérêt, s'adapte\n    plus fidèlement... — d'inutiles tentatives de reconstruction sociale avaient généralisé\n    d'aristocratiques rancœurs et transformé en une véritable philosophie ce qui n'avait hanté,\n    pendant de longues années, qu'une minorité de cerveaux élus — la sérénité de convic-\n    tions négatives — la rime de plus en plus riche à force d'indigence même — M. Gilkin\n    n'a pas poussé aussi avant que M. Giraud le souci des nouvelles greffes. — Promenant\n    sa curiosité jamais lasse sur tant de sujets disparates, M. Nautet les embrasse, en\n    quelque sorte, jusqu'à s'étouffer lui-même, sans réussir (j'te crois!) à en extraire la\n    moelle et se l'assimiler », etc., etc.\n      Mais ce ne sont là que de viles mots, et d'ailleurs, le Journal de Bruxelles assure\n    que le rapport est si artistique et si consciencieux. Si artistique, on vient de voir! Si\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": " 82                                  DURENDAL\n\nconsciencieux? La Jeune Belgique se plaint, et à bon droit, selon nous, d'avoir été\npartialement jugée; d'autres pourraient en dire autant. Jugez vous-même.\n   « M. l'abbé Hoornaert, est-il écrit dans le rapport, est un poète, mais un poète\ntimide, qui a gardé le culte des vieux rythmes et qui étanche sa soif d'idéale perfec­\ntion à des sources demi-taries. »\n   M. Carton de Wiart est une sorte de pape littéraire : « il excommunie littéraire­\nment la plupart de ses coreligionnaires... et sa religion d'artiste lui a permis de\nbéatifier, sans scrupules, Villiers, Barbey ».\n   « M. Demade est pénétré d'une sensualité sublimisée... Des fumets de chairs très\ncaractérisés s'y associent à des fumées de très pur encens. »\n   « M. F . Vandenbosch, s'il faut en croire la nomenclature de ses publications, a\nnoyé un peu de politique dans beaucoup de littérature. »\n   A part cela..., nous occupons dans cette revue une place honorable! comme dit\nla Chronique du Magazin littéraire.                                               D.\n                                            *\n                                          * *\n   D'une conversation avec le poète Paul Verlaine :\n   — Il paraît que vous allez publier un livre nouveau ?\n   — Oui, cela s'appellera Dans les Limbes; ce livre sera le dernier d'une série qui aura\nassez duré pour mon calme personnel, pour ma conscience littéraire, et l'autre aussi!\n   Toutefois, vous remarquerez que le ton de Dans les Limbes sera moins vif que\ncelui des Chansons, des Odes et des Elégies. Ce sera bien l'apaisement du soir. Le\npoème finira par un dilemme que je me pose à moi-même : Serai-je heureux enfin,\n oui ou non ?\n   Eh bien ! à travers mille ennuis, hésitations, jusqu'à la maladie qui s'en mêle, il\n me semble que oui.\n    Donc, je dois me taire maintenant et, revenu à de bonnes idées, travailler à\n Varia, livre qui témoignera, comme jadis Sagesse, d'un grand changement pour le\n mieux, et d'un long, lent, mais sûr retour là où sonnent les cloches, toujours fidèles\n — l' Angelus oublié se souvient — dans le soleil couchant, mais encore glorieux.\n    Du reste, tout ce que je vous dis là, je le répéterai dans la préface de Dans les\n Limbes.\n    J'annoncerai, en même temps, un grand drame en cinq actes : Vive le Roy! auquel\n je travaille, puis-je dire, avec acharnement.\n                                       *\n                                     * *\n  Mésaventures professorales. L'an dernier, un critique belge confondait Jacques\nDelille avec Leconte de Lisle. En voici bien une autre :\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                                      DURENDAL                                       83\n\n  Un jeune pion, qui se documente, interroge un de nos amis :\n  — Ce Leconte de Lisle... était-ce le comte de l'Isle-Adam ?\n  De telles gens il est beaucoup, qui prendraient Vaugirard pour Rome !\n\n                                              *\n                                          *       *\n   La reine d'Angleterre vient de créer baronnet le peintre BURNE-JONES, dont il a\nété beaucoup question en ces dernières années. Burne-Jones est trop peu connu\nparmi nous. Or, écoutez bien ceci, catholiques, jamais aucun n'a peint les anges\ncomme Edward Burne-Jones. Il existe de lui, par exemple, un tableau composé de\nsix panneaux et intitulé : The Days of Création; la grâce et la beauté des êtres\nimaginés par l'artiste dépassent tout ce qu'on peut rêver; l'invention compliquée\ndes draperies et des ailes, l'élégance des lignes sont incroyables ; mais c'est surtout\nl'exquise délicatesse et la modulation des couleurs qui rendent ce tableau prodi­\ngieux. Ils sont beaux à l'extrême et étranges avec leurs yeux qui semblent com­\nprendre des choses incompréhensibles... Leurs robes et leurs ailes s'enchevêtrent\nd'une façon inattendue; elles sont verdâtres, jaunâtres, mêlées d'or et de brun, puis\ngris tourterelle, passées un peu et tendres, avec des tons de feuilles mortes, mêlées\nde gris d'argent; du vert émeraude, puis du rouge carmin, et du bleu et du rose\navec beaucoup d'or; des ailes bleu-vertes, bleu-indigo, vert-bleues, puis vertes tout\nà fait; il y a aussi des ailes qui ont l'air d'opales. Et il faudrait des mots inconnus\npour décrire le charme et la grâce de ces êtres magiques.\n  E . Burne-Jones est un intellectuel; ses types sont exquis. Tout dans ses figures\nse résume dans les yeux, qui prennent une importance extraordinaire... les yeux de\nBurne-Jones demeureront célèbres.\n   Les primitifs, surtout Botticelli, l'ont d'abord inspiré. Il a mêlé, â l'extraordinaire\npureté et à la grâce de ce peintre, le plus raffiné modernisme, mais sans aucun\nmatérialisme.\n  Voilà comment nous entendons l'éclectisme.\n   Qu'il y a loin, grand Dieu, des anges de Burne-Jones — aux banalités de l'im­\nmonde imagerie religieuse parisienne ou encore aux anges de kermesse flamande\nde fabrication brugeoise!...\n                                              *\n                                          *       *\n\n   Marcel Fleury nous envoie ces vers mignards, — malgré l'ordre, un peu bour­\ngeois, donné aux compositeurs : « S'il y a trop de copie, sacrifiez les poètes », nous\nles donnons ici :\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "84                                  DURENDAL\n\n\n                          LE DAUPHIN TRISTE\n                                                        LOUIS XVI.\n\n                         Sur le fond d'azur des vitraux,\n                         Un blond dauphin regarde éclore\n                         La candeur des lys ancestraux\n                         Epanouis en blanche flore...\n\n                         Mais voici que le soir colore\n                         De pourpre ardente les carreaux :\n                         Et le pâle dauphin s'éplore\n                         De voir les doux lys ancestraux\n                         Saigner, saigner en rouge flore\n                         Sur le fond d'azur des vitraux...\n                                             *\n                                         *       *\n   Savourez-moi l'ironie de cette lettre de M. Huysmans :\n    « Vous me demandez de vous faire connaître quel serait, selon moi, l'accueil fait\npar le public à un roman-feuilleton dont l'anarchiste serait le héros, tel jadis\nRocambole.\n   Mais cela dépendrait uniquement de la façon dont serait traité ce feuilleton;\ns'il était rédigé par Jules Mary et découpé en d'habiles tranches, il aurait un succès\nassuré auprès de la clientèle spéciale qui se vautre dans ce genre d'écrits.\n    En tout cas, certaines conditions seraient requises, je crois, pour assurer le\nsuccès d'une aussi belle œuvre : 1° Un style indigent; 2° comme milieu, le grand\nmonde, le peuple ne s'intéressant pas du tout aux milieux qu'il fréquente, mais\nbien à ce qui lui est représenté comme étant la classe riche. Il va sans dire que\nl'anarchiste devrait épouser à la fin une fille du noble faubourg qu'il aurait convertie\nà ses idées et qui sacrifierait sa fortune pour soutenir cette cause. — Trémolo à\nl'orchestre et feux de bengale.\n    Une enfant abandonnée et reconnue, à la fin du feuilleton, à une marque de\nlinge, à un grain de beauté, voire même à la fameuse voix du sang, ne serait pas\n non plus un adjuvant méprisable pour décider de la gloire d'un tel roman.\n                                                                       HUYSMANS. »\n                                             *\n                                         * *\n   Au prochain numéro : de William Ritter : L'imagerie catholique et l'exposition des\narts graphiques de Vienne ; — d'Edmond Jolly : Le transcendantalisme et Nuit de cha­\npelle ; — de Pol Demade : Le conte ironique déjà annoncé ; — des Poètes, etc.\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": ""}, {"page_pdf": 107, "texte": ""}]}