{"numero_id": "ulb-durendal-1894-05-n5", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1894-05-n5-001", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 85, "page_fin": 87, "titre_corps": "Entrevue avec le passé", "titre_sommaire": "Entrevue avec le passé", "signature_source": "FIRMIN VANDEN BOSCH", "ancre_debut": "ENTREVUE AVEC LE PASSE", "ancre_fin": "FIRMIN VANDEN BOSCH", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 110, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 136, "fin_caractere_exclue": 1775, "texte": "ENTREVUE AVEC LE PASSE\n                                                        A   J O S E P H SOUDAN\n\n\n\n                    AR ce soir calme de printemps, où rien ne bouge au\n                    dehors, en face de moi, de l'autre côté de mon\n                    bureau, le Passé est venu s'asseoir...\n                      C'est un jeune homme jaloux de sa libre person­\n                    nalité, aux ardeurs spontanées et combatives voilées\n                    aujourd'hui, sous le pâle reflet de la lampe, de cette\n          gaze idéale et légère que tisse la mélancolie sur les choses\n          qui ont déjà un autrefois...\n             Un vieux ballot de paperasses est là, jaunies et empous­\n          siérées, qu'ensemble, le Passé et moi, nous avons fouillé et\n                    feuilleté...\n                    Voici une collection de minuscule journal, aux let­\ntres déjà déteintes sur le papier grossier : L'Étudiant... Nous lisons\nles signatures : Sabre-tout, Ludovic Ziff, Jérôme Aida, Hugues Wanodon,\nThéophrasque, Cravache... Et, l'un après l'autre, il semble qu'ils appa­\nraissent, sur les chaises vides autour de nous, tels que jadis, en leur\nphysionomie d'alors et leur caractéristique propre, tous ces passagers\ndu même bateau, filant de caprice, d'enthousiasme et d'ironie entre\nles rives, toutes d'imprévu, de la vie universitaire...\n   Et puis s'évoquent les descentes sur le bord, de temps à autre, pour\nun charivari gouailleur à quelque « monument consacré » — oh ! la\n « campagne de Pandectes !» — ou une lutte à bras le corps contre les\n«doctrinaires » de la politique et des lettres... « Les doctrinaires! »\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2024, "texte": "   86                             DURENDAL\n\n\n  nous mettions dans ce mot tout notre mépris de la routine, comme\n  nous mettions dans le mot « jeunes » toutes nos inaltérables aspira­\n tions vers le progrès...\n    Le petit bateau d'alors — l'Étudiant — vit toujours, mais une chaîne\n  solide l'attache à d'officiels rivages; et les gambades, que de dociles\n jeunes gens — caniches portant la trace du collier — y viennent\n  essayer parfois sous l'œil de leurs maîtres, ne peuvent donner à\n l'embarcation, jadis librement vagabonde, même l'illusion de son\n indépendance ancienne...\n    L'équipage de jadis s'est dispersé : avocats, professeurs, substituts,\n voir même un chef de cabinet de ministre...\n    O Passé, à ces compagnons de notre active jeunesse, donnes-tu la\n joie parfois d'une causerie vespérale comme celle-ci, suggérant, parmi\n les prosaïsmes uniformes et brumeux de la vie, le rayon doré et\n fantaisiste du souvenir.\n                                         *\n                                     *       *\n\n     Après la collection de l'Etudiant, le Passé mit la main sur un gros\n  volume, neuf encore, mais relatant des choses vieilles déjà, en ce\n  temps de hâtive existence...\n       Le congrès de Matines —' section des arts et des lettres »... Les belles\n  journées! — avec Henry Carton de Wiart, Victor Denyn et les\n  autres! — les belles journées aux auto-da-fé flamboyants de tous les\n  antiques manuels crétinisateurs et de tous les programmes étriqués et\n  parcheminés — et le souffle de la modernité catholique battant sou­\n   dain les tempes des pions venus là pour se congratuler sur « leur\n   fidélité à la sainte tradition » et geindre sur la « tristesse de la litté­\n   rature présente »...\n      Et le soir, en nos promenades dans Malines désert et pacifié, sous\n- l'infini d'espoir du ciel étoile, nos projets s'esquissant, nos rêves se\n   déroulant — et naissant ce fils de notre communion intellectuelle :\n   Le Drapeau...\n      Pauvre petit Drapeau, à la mémoire chère comme d'un enfant\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1818, "texte": "                               DURENDAL                              87\n\nparti trop jeune, couché là, à présent, dans le linceul de ses douze\nnuméros...\n   Ses signatures passent une à une : Hoornaert, Carton de Wiart,\nDemade, Mœller, Denyn, Bekaert, Dutry, Soudan, Périer — et\nl'énigmatique petit Gavroche aux espiègles impertinences...\n   Ce fut l'œuvre d'union, le point de concentration vers où appareil­\nlèrent, de tous côtés, des haines et des croyances jusque-là isolées...\nL'œuvre est morte, l'union subsiste.\n   Et Durendal paraît, — Durendal, emblème de la victoire, comme le\nDrapeau fut le signal de la bataille.\n   Le Passé s'est évanoui, le Présent est là.\n   C'est, après la lutte, la pacification qui commence, l'universel\nrayonnement sur les intelligences de la grande loi de Beauté chré­\ntienne et artistique : éternité de l'Idée dans l'évolution permanente de\nla forme.\n\n\n\n\n     O toi, jeune homme, notre cadet aimé, dont l'esprit éploie ses ailes\nvers l'Œuvre calme et apaisée, du sein de cette terre promise des\nLettres chrétiennes vers laquelle nous nous acheminâmes toujours\nsans y pénétrer jamais, mais que tu conquerras toi et où ton adoles­\ncence enthousiaste et active dressera au Ciel les monuments d'art\nqu'en vain nous rêvâmes, ne sois point trop sévère pour les «critiques »\nque nous avons été...\n     Tu ne dois à tes aînés aucun regret, étant de taille à marcher seul ;\npeut-être leur dois-tu un souvenir, si jamais ils ont écarté du chemin\noù marchait ton inexpérience une broussaille encombrante, si, devant\ntes yeux novices, ils ont dissipé quelques-uns des brouillards où se\ndéconcertaient tes espoirs altiers, si, en un mot, ils furent pour\ntoi,   dans quelque modeste mesure que ce soit, des Annonciateurs\nd'aurore.\n                                           FIRMIN VANDEN BOSCH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-05-n5-002", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 88, "page_fin": 88, "titre_corps": "Nous remercions très sincèrement notre ami Firmin Vanden Bosch", "titre_sommaire": "", "signature_source": "DURENDAL", "ancre_debut": "Nous remercions très sincèrement", "ancre_fin": "DURENDAL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 113, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 566, "texte": "Nous remercions très sincèrement notre ami Firmin Vanden Bosch,\nancien rédacteur en chef au Drapeau, du témoignage de sympathie\nqu'il nous apporte. « Un souvenir », c'est-à-dire un regret adouci par\nun espoir, certes ! ceux de Durendal doivent bien cela à ceux du\nDrapeau momentanément licenciés. Licenciés, oui, rien de plus, et\nnous ne vous supposons pas d'humeur à nous laisser triompher sans\nvouloir « en être ».\n  Eh oui, pardi! on continue de se battre!\n                                                       DURENDAL."}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-05-n5-003", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 88, "page_fin": 90, "titre_corps": "Le Transcendantalisme", "titre_sommaire": "Le transcendantalisme", "signature_source": "EDMOND JOLY", "ancre_debut": "LE TRANSCENDANTALISME", "ancre_fin": "EDMOND JOLY", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 113, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 581, "fin_caractere_exclue": 1417, "texte": "LE TRANSCENDANTALISME\n\n             A dernière, la toute dernière étiquette d'art. Le vocable\n             est farouche, peu harmonique ; il est aussi exact et clair.\n              C'est assez pour lui faire bon accueil.\n                 Un artiste causeur, en nous le présentant l'autre jour,\n              le déclarait la dernière nouveauté, celle que les commis-\n    voyageurs peuvent garantir neuve, celle que l'on peut acheter avec\n    confiance, sûr d'être du dernier snob en l'affichant. Mais ce danger\n    n'est pas pour ici. Ici l'art règne, et c'est par amour de son culte\nque nous accueillons avec zèle sa nouvelle dévotion.\n  La définition en a été donnée par M. Maeterlinck dans la préface\naux sept essais d'Emerson. Cette définition, comme toutes les rares\nsentences du maître de Gand, est d'une profondeur énorme eût dit\n"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2125, "texte": "                                DURENDAL                               89\n\nFlaubert. La citer est inutile; nul ne peut être absous de ne l'avoir\npas lue.\n   Prenons-en une image, pour une délectation nouvelle. Ignorer le\ntranscendantal de la Vie et de l'Art, c'est être comme ceux qui ne\nseraient jamais sortis au milieu du jour. La pleine clarté; voilà le\ntranscendantal. Mais comme elle luit rarement pour la plupart des\nhommes ! Qu'est ce grand jour? C'est quand on saisit les rapports des\nperceptions matérielles ou élémentaires avec les plus sublimes que\ncelles-là puissent symboliser, ce qui a rapport à nos plus hauts\ninstincts, à nos plus grandes destinées ou au mystère qui est comme\nleur atmosphère choisie.\n   Ce mystère, dont, récemment, on s'est heureusement épris, est\ncomme la nuée du Temple salomonien ; il atteste et voile la consécra­\ntion, l'appropriation suprême du monde à l'Idéal, au Dieu vivant.\n   Comme forme d'art, le transcendantalisme évoque surtout ces\nrapports par le symbole. En essayer l'analyse ou la définition n'est\nque peu de chose. Les faire sentir par la structure même de l'œuvre\nest le vrai but. Ce but requiert presque toujours le symbole. Le\ntranscendantalisme serait donc assez exactement défini : symbolisme\ntranscendantal.\n   Alors que les amours de Matho et de Salammbô symbolisent les\nforces qui partagent en un but d'unité les êtres et les choses, Flaubert\nest symboliste, mais non transcendantal. Quand il évoque la fatalité\ndes contingences par l'ombre que Taanach voit s'allonger à la gauche\nde Salammbô allant vers l'amour et la mort, il est symboliste et\ntranscendantal.\n   C'est surtout au point de vue chrétien que cette doctrine d'art est\nintéressante. Les certitudes de la foi s'accommodent-elles du vague\nqui est un de ses procédés? Ce vague est comme la brume nécessaire\nà la fantasmagorie des forêts. Qui ne se rappelle les émotions de cette\naventure exquise : Etre en forêt par le brouillard. Il est aussi comme la\nnuit requise aux pluies d'or des feux d'artifice, ou aux splendeurs des\néclairs sur les flots. Ce vague nécessaire, la foi ne le dissipe-t-elle pas?\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1585, "texte": " 90                           DURENDAI:\n\n\n  Pour répondre, il suffit d'un mot ; méditez un mystère chrétien avec\nBossuet ou Hello. Quelle magnificence de lumière et d'obscurité aussi\nen émane !\n   Voyez les cathédrales ; les seules qui architecturalement méritent ce\nnom, celles du gothique primaire. Que d'inattendu, que de pitto­\nresque! L'unité, qui du grand chœur circule en tout le plan crucifère,\nse complète d'innombrables détails, de mystérieuses retraites pleines\nd'ombres et de jour teints aux verrières. Les clartés de la foi sont\nl'illumination du mystère, non pas sa disparition.\n   L e nouvel instrument d'art, l'étiquette qu'on y a mise, semblent\ndonc parfaitement justifiés. L e transcendantalisme est une direction,\nla plus sublime, peut-être, que la jeune école puisse suivre. Aussi\nbien, il semble qu'il ne sera pas la règle générale pour toute la vie\nlittéraire, mais seulement celle des heures choisies élues par la plus\npuissante et la plus rare inspiration.\n   Du reste cette impitoyable et salutaire vérité revient d'elle-même à\nl'esprit à l'occasion de chaque conquête nouvelle en esthétique : le\ntalent seul importe vraiment. Certes, les méthodes ont une hiérarchie ;\nl'une est plus sublime que l'autre; par là même, elle assure, à talent\négal, la préférence à l'œuvre qu'elle régit. Mais c'est le talent ou le\ngénie qui fait l'œuvre. Sans lui, pour ingénieuse et raffinée que soit\ntoute sa structure, elle est comme la monture de notre Roland; elle a\ntoutes les qualités, mais elle est morte!\n                                                    EDMOND JOLY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-05-n5-004", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 91, "page_fin": 91, "titre_corps": "Nuit de chapelle", "titre_sommaire": "Nuit de chapelle", "signature_source": "EDMOND JOLY", "ancre_debut": "NUIT DE CHAPELLE", "ancre_fin": "EDMOND JOLY", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 116, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 92, "fin_caractere_exclue": 1715, "texte": "NUIT DE CHAPELLE\n                LOTI, ce Massenet littéraire, nous a donné, fort exquise-\n                 ment après tout, le frisson de ces petites chapelles\n                 semées dans la campagne bretonne et « où veulent des\n                 âmes de morts ».\n                    Combien plus douces sont nos petites chapelles des\ncôtés où veille une maternelle protection. Aucune lampe mortuaire\nn'y tremble devant la fruste madone. On n'y trouve, à part les rares\nchandelles des vœux, que la seule illumination du jour vert reverbéré\ndu gazon, et la vivante combustion des fleurs s'évaporant en parfums.\n   Il est délicieux, rentré chez soi, la nuit, de se reporter en esprit à\nla petite chapelle rencontrée le jour et d'imaginer le songe obscur,\nd'inconnue solitude, dont la nuit vient l'emplir.\n   Combien délicieusement apeurante doit être cette ombre où n'ha­\nbite qu'un simulacre sacré et l'ange gardien des lieux de prière? Elle\ndoit avoir de rares exquisités, cette solitude dont la foi a voulu le\nvide sonore, l'hommage liturgique. Qui ne rêverait d'écouter sa\nvibrante âme de caverne sainte? Comme l'ouragan marin doit bien\ngémir à la porte tremblante, entre les barreaux des fenêtres ! Comme\nla girouette imagée doit geindre si proche, sur un toit si bas ! Les\ntonnerres doivent y venir aboyer d'épiques tentations.\n   Les pèlerinages psychiques d'Henri de Régnier ont là une de leurs\nstations et non la moins douce. A côté de Reims, de Bruges, de Ver­\nsailles, il faut élire aussi la chaumière-église, la chambrette vide et\nhantée d'anges.\n                                                    EDMOND JOLY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-05-n5-005", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 92, "page_fin": 101, "titre_corps": "L’Imagerie catholique et l’exposition des arts graphiques de Vienne", "titre_sommaire": "L’Imagerie catholique", "signature_source": "WILLIAM RITTER", "ancre_debut": "L’IMAGERIE CATHOLIQUE", "ancre_fin": "WILLIAM RITTER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 117, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 1922, "texte": "L'IMAGERIE CATHOLIQUE\nET    L'EXPOSITION       DES ARTS       GRAPHIQUES         DE VIENNE\n\n\n                                                  Vienne, mai 1894.\n\n\n\n\nT\n           OUT prêtre, qui construit une église laide, commet un péché\n           mortel ; il offense le saint Esprit. » C'est Peladan qui parle\n           ainsi, et, sans avoir mission de statuer si le péché est effec­\n           tivement mortel, nous sommes de son avis. Il faut que la\nmaison de Dieu soit aussi une école d'esthétique, et nul plus que le\nprêtre ne peut influer sur le goût d'un peuple.\n   Enfant, n'avez-vous pas collectionné des images, crié de joie à\nl'enluminure pieuse que vous avait méritée une leçon de catéchisme\nbien sue? E t croyez-vous que, si toutes les images qu'on vous avait\ndonnées, que vous avez trop regardées, trop aimées, eussent été belles,\nvotre niveau intellectuel ne serait pas, quel qu'il soit, encore plus\nélevé? Pour ma part, je ne le crois pas, j'en suis sur. Ce qui m'a\ndégoûté des images, c'est d'avoir eu très tôt le sentiment de leur\nignominie artistique; et si j'ai eu ce sentiment, je le dois à la galerie\nde tableaux de mon père, qui m'initia très jeune à l'Italie, à l'Alle­\nmagne et aux Pays-Bas de la grande époque. Depuis le jour où j'ai\nvu, réellement vu, seulement vu, pas même compris, un Léonard, j'ai\nvoué une haine implacable au quartier Saint-Sulpice et à Einsiedlen,\nle village montagnard de la Vierge de Saint-Meinrad, profané par les\ncopronymes es images, nommés Benzinger, qui réussissent à la fois à\ncumuler, quoique catholiques, le Juif et le Bourgeois, et à souiller\ntoute la catholicité allemande d'images auxquelles c'est faire trop\nd'honneur que de les employer aux plus vils usages.\n   « Habituez-vous au sublime, car on s'habitue au sublime comme à\nla trivialité », me disait, dans une autre circonstance, Peladan, le cher\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "                               DURENDAL                               93\n\n bon Mage, qu'il faudrait toujours entendre penser tout haut dans\n l'intimité, et les yeux fermés, au lieu que le regarder en public où\n le lire dans ses malheureux derniers livres géniaux, incomplets et\n boiteux, qui ont un pied dans l'empyrée et l'autre sur le boulevard,\n un dans saint Thomas d'Aquin et l'autre dans Eliphas Levi... N'im­\n porte, pour le dire en passant, Babylou est un chef-d'œuvre.\n    N'est-ce pas aussi un devoir du prêtre, nous habituer au sublime?\net sur terre, est-il quelqu'un d'autre qui puisse mieux nous habituer au\nsublime qu'eux? S'ils négligent de le faire, ne sont-ils pas coupables?\net ne rompent-ils pas schismatiquement avec la tradition par excellence\ndes grands papes? Pourquoi toutes les églises des Jésuites sont-elles\net continuent-elles d'être odieuses, décorées comme des théâtres du\nsiècle passé ne le sont pas? Pourquoi le petit paysan devenu prêtre,\nrenvoyé curé dans son village, n'a-t-il qu'une préoccupation : démolir\nla poétique et rustique chapelle d'autrefois, la dépouiller de ses vieux\nlierres et de ses tilleuls séculaires, pour édifier, sur un terrain vague,\nune grange à l'instar de telle ou telle église de la ville où il a été au\nséminaire? Pourquoi les dévotes copient-elles des modèles de brode­\nries pour ornements sacerdotaux tirées de leurs journaux de mode?\net pourquoi une chasuble faite avec les robes de brocart à grands\nramages de leurs aïeules est-elle encore plus pieuse que les dernières\ncréations des bonnes sœurs et des aristocratiques pensionnats?\n   A Djakovo (Croatie), Monseigneur Strossmayer a voulu que tout le\nlinge de ses autels fût d'étoffe populaire croate à broderies paysannes,\nque toute la décoration murale (à part les fresques) fût inspirée des\nmotifs nationaux jongo-slaves. En cela, il est le seul évêque catho­\nlique aussi artiste que les popes, tant accusés d'ignorance, de l'église\ngrecque... Et encore ces derniers commencent-ils à se gâter, mainte­\nnant qu'on se préoccupe de les « éclairer ». Mais en Roumanie, par\nexemple, avant le roi Charles, il y avait encore des Giotto parmi\nles zugrav paysans qui peignaient à la détrempe les murs de leurs\nexquises petites biseriques (églises... très spéciales; le mot roumain\nm'épargne une page de descriptions que je ferai une autre fois). Dans\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2082, "texte": " 94                            DURENDAL\n\n\ntous les couvents russes, roumains, bulgares, grecs, serbes, au mont\nAthos particulièrement, il est des caloyers peintres, qui se soumettent\nà une implacable tradition, mais qui ne commettent jamais d'ordure.\nEt leur moindre drap de mort (suaire que tous les pèlerins rapportent\npour eux-mêmes du mont Athos) vaut un Puvis de Chavannes à\ndomicile... Et les icônes russes; sauf les tout à fait récentes qui se\nressentent (pardon) réellement de l'influence du dernier boutiquier et\nbougre antiartistique, j'ai nommé, pour qu'il n'y ait pas d'équivoque,\nM. Bouguereau, qui peut être un parfait honnête homme, mais le\nseul artiste français qui ait les suffrages de la maison Benzinger ! Ces\nicônes russes sont généralement l'unique imagerie religieuse contem­\nporaine qui console un peu de l'existence de la peinture catholique\nmoderne au point où elle en est... Car l'icônoclastie, plutôt que\nSaint-Sulpice ou Einsiedlen! De même que le silence, à tout prix\nle silence, plutôt que toute poésie, toute musique ressemblant aux\ncantiques qui se chantent à Lourdes et dans toutes les écoles libres\nde France :\n                         J'irai la voir un jour\n                         Dans son céleste séjou-our.\n                         J'irai la voir un jou-our,\n                         Lui dire mo-on amour...\n\n   Dans ce dernier domaine encore, nous devrions prendre leçon de\nl'église grecque. Quand je suis à Paris, je vais à la messe à la chapelle\nrusse de la rue Daru. Inutile d'aller à Notre-Dame des Victoires ou à\nNotre-Dame de Lorette commettre, sous prétexte de servir l'Éternel,\nseptante-sept fois sept fois le péché de colère et d'enragement.\n   Disons le mot, tout cela qui commence par de la bêtise finit par la\nprofanation et le sacrilège; c'est l'échelle de Jacob qui va des billets\nde chemin de fer, « aller pas de retour » pour le paradis, aux œuvres\nde M. Jean Béraud, digne confrère de ce peintre à qui je demandais :\n« Qui donc vous posera votre saint Joseph? » et qui me répondit :\n« Je prendrai le premier... niais venu ».\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2344, "texte": "                                                         DURENDAL                                                            95\n\n                                                                 I\n   Jeunes gens catholiques, mes frères, si vous n'êtes ni assez riches\npour avoir dans vos chambrettes, sous vos yeux, de beaux tableaux,\ndessins, aquarelles ou pastels, ni assez intelligents pour en conquérir,\ncar je sais dès peintres charitables et intellectuels qui aiment mieux\nprocurer une jouissance esthétique à leurs pairs que satisfaire la vanité\nincompréhensive de boursicautiers véreux, ayez de belles gravures !\nSi les gravures coûtent encore trop, rabattez-vous sur les photogra­\nphies Braun, par exemple. Mieux vaut encore la photographie d'un\nLéonard ou d'un Dürer que telle madone moderne payée cent mille\nfrancs par l'Amérique. Et surtout, si vous ne pouvez rien avoir, meu­\nblez votre âme et votre esprit gratuitement dans les musées... Et puis,\npeut-être, essayez vous-mêmes de réaliser, selon votre âme, les divines\nchimères que vous souhaiteriez pour compagnes, pour spectatrices de\nvotre travail...\n   Aujourd'hui, je vous apporte une bonne nouvelle : l'imagerie catho­\nlique renaît. Je viens de découvrir quelques artistes allemands dont\nles lithographies sont arrière-petites-filles des xylographies de Dürer,\nou procèdent de cette bible illustrée de Schnorr qui fit pousser un tel\ncri d'enthousiasme au grand d'Aurevilly (Memoranda de Valogne). Ils sont\nquelques-uns déjà; et d'une telle individualité, d'une telle puissance,\nqu'il est impossible qu'ils ne déterminent point tout un mouvement.\n   Nous avons ici une exposition d'art graphique, petite mais exquise,\net qui contraste merveilleusement avec l'entassement des ordures\ninternationales qui se prélassent au Kunstlerhaus (I). C'est là, aux\narts graphiques, que j'ai découvert, presque agenouillé de joie, les\nicônards, grâce auxquels la chambrette des étudiants catholiques, et la\nchambre commune des plus pauvres ménages ouvriers, bien prochai­\nnement pourra être hantée par une présence réelle catholique et artistique\ndigne et de la minceur de leur bourse et de l'amplitude infinie de la\npensée chrétienne.\n    (1) J'ai dit ailleurs les exceptions : voir le Rappel du 3 avril, la Gazette des Beaux-Arts du 1r juin, le Magasin littéraire du\n15-avril, etc., etc.\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": " 96                             DURENDAL\n\n\n                                    II\n   Comme on va le voir, pour être mystiques ils ne s'en tiennent pas\nuniquement aux images de sainteté, mais pas un de leurs sujets,\nmême profanes, qui ne vaille mieux pour l'âme à être contemplé, que\nles trois quarts de la peinture dite religieuse moderne. Car, inutile de\ndémontrer, n'est-ce pas, que la profane Mélancolie de Dürer est plus\nédifiante que les anges joufflus, aux cuisses nues en sucre rose sous des\nrobes d'or fendues latéralement, de presque toutes les églises jésuites...\n   Mais avant de parler de ma découverte, je veux dire un mot, puisque\nj'en ai l'occasion, de l'architecte du musée où sont réunies temporai­\nrement leurs œuvres. L e feu baron Ferstel a eu la gloire, en effet, de\nconstruire l'une des très rares églises gothiques modernes, suppor­\ntables non seulement, mais opposables aux plus belles connues. U l m\net Cologne n'ont été que restaurées et complétées sur les plans des\nmaîtres de l'œuvre primitifs. L'église votive du baron Ferstel, à Vienne,\nla cathédrale romane de Fünfkirchen, en Hongrie, et la cathédrale\ngothique de Djakovo, en Slavonie, sont les trois monuments qui célè­\nbrent le mieux le catholicisme d'aujourd'hui et qui prouvent le mieux\nla possibilité d'un réveil de sa vitalité artistique. J'ai parlé au long et\nau large, autrefois, des deux dernières églises, dans le Magasin litté-\nraire, mais ma timide appréciation d'alors est loin de la clameur\nd'enthousiasme que je voudrais pouvoir pousser foudroyante aujour­\nd'hui en l'honneur des dernières grandes œuvres architecturales du\nchristianisme occidental.\n   Depuis les fenêtres du Musée d'art et d'industrie relégué tout au\nbout du Ring vers les casernes, le bras du Danube, et le quartier\njuif, la Leopoldstadt, on voit de loin s'emboîter horizontalement les\ngris toits plats de Landstrasse, un arrondissement de Vienne qui res­\nsemble, avec ses clochers carrés chaperonnés de calottes métalliques\ncontournées, à une ville hongroise. N'était l'absence de moulins à\nvent, on se croirait dans la banlieue de Szegedin. Au premier plan :\nla Wien, un égout collecteur, roule dans ses fossés verts, où se penchent\nde vieux arbres, dont les très jeunes pousses éclatent vert tout neuf en\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "                               DURENDAL                              97\n\npapillons japonais sur les monotones tuilades, et le viaduc de briques\nenfumées du chemin de fer de semi-ceinture. Paysage assez moderne,\nn'est-ce pas? assez grande ville commerçante, où l'on sent si bien le\ntransit entre l'Occident et l'Orient et ce dernier voisinage. Le tout a,\nce premier-printemps, les couleurs d'une aquarelle japonaise.\n   Retournez-vous... Vous croirez qu'entre le moyen-âge et nous, le\ncordon ombilical n'a pas été coupé, qu'il n'y a eu ni la Réforme, ni la\nRévolution, ni les Philosophies, ni le Militarisme. Et cependant,\nallez... c'est bien moderne!\n\n                                   III\n   Le premier de mes sublimes icônards s'appelle Hans Thoma et\nvit à Francfort-sur-Mein. Il lithographie sur papiers de couleur sem­\nblables à ceux de presque tous les dessins de maître allemands ou\nitaliens, avec des rehauts argentés ou blancs, encore à la manière des\ndessins de Holbein ou de Raphaël.\n   Je vais droit à sa planche la plus étrange : La Tentation du Christ.\nLui, le Lui de lumière, obstiné sans sourciller, ne veut pas regarder\nderrière Lui, et lui, le lui de ténèbres, en une attitude extraordinaire\nd'intensité, non seulement montre du doigt, des mains, des bras,\nmais du torse, de tout le corps, enfin, la merveilleuse féerie qu'il suf­\nfisait de voir pour succomber... Au contraire, le profil atrocement\nirrégulier, inharmonique, l'à rebours d'un profil de beauté, ne se pré­\noccupe que d'une chose : envoûter le divin ermite; il semble buté\nà celui du Christ, ce profil, et son regard cherche à hypnotiser Jésus,\nqui baisse les yeux... Qui baisse les yeux, parce qu'il est homme et\nqu'aucune infirmité humaine ne doit lui être épargnée, même celle de\nn'être victorieux de certaines tentations que par la fuite ! Et derrière\neux, depuis très profond à leurs pieds jusque très loin à l'horizon,\nc'est une ville fantasmagorique qui scintille, aérienne, dans la lumière,\nun emporium antique fabuleux, une sorte de Carthage fata Morgana au\nbord du golfe de Naples. Et c'est assez beau, ce prestigieux mirage,\npour que l'on comprenne l'instance tentatrice; et' cela m'incite à un\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2266, "texte": " 98                            DURENDAL\n\n\nnouveau haussement d'épaules pour cet art catholique qui veut chan­\nter les triomphes et qui croit les rendre suffisamment admirables par\neux-mêmes, alors qu'il supprime ce qui en fait la gloire et le mérite,\nc'est-à-dire la séduction excessive, le charme diabolique, la luciferienne\nattirance voluptueuse, tout le formidable, enfin, de la Tentation!...\nJe trouve immense de profondeur l'audace de cet artiste qui fait baisser\nles yeux et croiser les bras à l'Homme-Dieu devant la tentation. La\nvictoire sans effort, qu'on la laisse aux archanges, les porte-glaives du\nTrès Haut... Le Christ, Lui, est le fils de Dieu, mais II lut sur terre\nnotre frère.\n   Il n'est pas toujours aussi âpre, Hans Thoma; voici un nion de\ngrassouillets angelots humains qui semble un Rubens interprété par\nAlbert Dûurer. Ses nus sont d'une expressivité admirable, presque\ntoujours laids en soi, mais arrivant à être charmants dans leur maigreur\nnaïve. Rien qui ressemble à de la perversité. C'est délicieusement\nchaste et cela a l'air d'être réaliste par la copie exacte du modèle, mais\nc'est plein d'âmes au pluriel ; c'est l'âme des formes humaines mêlée à\nl'âme de la nature, aux âmes individuelles de l'atmosphère, du\nminéral, du végétal décoratifs. Le gamin, joueur de pipeau au bord\nd'un fleuve qui reflète le couchant, — un absolu chef-d'œuvre, — le\njeune homme à la fontaine, à première vue étonnent, à la longue\nenchantent, sans qu'il soit possible de se rendre compte du charme et\nde le préciser en mots humains, ce charme où il n'entre pas la moindre\nidée du péché que l'Italienne du XVIe siècle souhaitait à son sorbet\npour le trouver exquis. Appelons cela tout simplement de la poésie,\nmais de la plus indéfinissable, intime et impalpable.\n   La Récitense de Contes arrive à être presque fantastique. Ce n'est pas\nune grand'mère ordinaire. C'est la Mère L'Oie en personne, la Sagesse\ndes Nations incarnée, cette vieille femme entourée d'enfants, assise\ncontre une fenêtre, et qu'éclaire une énorme pleine lune suspendue\ndans la nuit verte sur les forêts silencieuses, d'où les contes émanent\nau crépuscule comme l'humidité balsamique de l'âme de l'humanité.\n   Les Filles du Rhin encore... C'est Wagner interprété par Durer. Rien\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2278, "texte": "                                DURENDAL                                 99\n\ns'il vous plaît, des tournoyants écheveaux de laine colorée de M. F a n t i n\nL a t o u r . Encore un vrai Dürer en bleu, le Christ au Mont des Oliviers.\nMais je cours pour m'arrêter au Patron de la Vallée, représentation\nallégorique, naïve et fraîche comme un conte allemand. Ciel plein\nd'étoiles. Au fond, très profonde, la vallée toute noire, piquée de\nquelques rares lumières, dort. E t dressé dans le vide, veillant, la\nlance au poing, un bel archange cuirassé, le saint Georges local, avec\ndes lumières argentées sur sa cuirasse, écoute la musique des sphères\net épand à travers les espaces la tutelle de sa prière.\n    U n simple paysage après cela, mais comme on n'eut jamais l'idée\nd'en faire depuis le moyen-âge. C'est, paraît-il, un bord de Mein, mais\nle vrai sujet, c'est les ronds de l'eau courante autour de quelques plantes\naquatiques. E t cela aussi bien que la Tentation, que l'Enfant au bord de\nl'eau, lithographie non pas en clair obscur, mais au trait, grossièrement,\nselon le procédé médiéval, avec de gros intervalles blancs entre les\nhachures.\n                                        IV\n   Je me suis attardé auprès de M. H . T h o m a . E t pour M. W . Stein-\nhausen, il faudrait précisément répéter la salutation héroïque de\nd'Aurevilly à l'apparition de la Bible de Schnorr. Son Christ prêchant\ndans une barque, tout seul sur un fond de lac sans limites et comme\nvu depuis la berge, le Christ au grand disque blanc du soleil épanoui\nde rayons derrière la tête, le Christ en extase nourri de sa contempla­\ntion, tout autant de Christs populaires, ouvriers, laids, mais transfi­\ngurés, sublimisés par l'expression. Dans la grande crucifixion sur un\nplateau solitaire et nu, et au devant d'un naïf panorama alpestre,\njamais on n'a rendu si sensible plastiquement, le aujourd'hui encore tu\nseras enparadis avec moi. Quoique distancés, les deux crucifiés, le Divin\net l'humain, ont l'air à la fois de se parler bouche à bouche, et le Christ\nde baiser au front le larron ; on sent leur cœur battre l'un pour l'autre,\ncar ce dut être pour le Christ, cette pitié et cette conversion in extremis\ndu larron, le commencement du paradis recouvré, de la Droite de Son\nP è r e réintégrée.\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2140, "texte": "100                             DURENDAL\n\n\n  On pourrait faire semblables observations dans la scène du Christ\navec le riche jeune homme, où un vieux burg allemand, toujours comme\nchez Dürer, ferme le paysage. Dans celle de l'aveugle-né reconnaissant\nJésus, le Jourdain au fond coule, débordé comme un Amazone entre\nmille îlots de forêts vierges.\n      Il faudrait longuement détailler la grande crucifixion rouge et or\nintitulée : «Venez tous à moi, vous qui souffrez », et la grande planche\noù sont confondus, en un même tableau, la sainte Cène et le retour de\nl'enfant prodigue, du pécheur. C'est là une très haute pensée, un très\ngrand art, et de facture cela a mieux que jamais l'honnête et large\nréalisme pastoral, dépaysé, délocalisé, dans le temps et l'espace de\nSchnorr.\n                                     V\n   M. K. von Pidoll procède également des vieux maîtres rugueux,\nnaïfs et sincères de l'Allemagne allemande du XVIe siècle, mais le\npaysage l'intéresse surtout, les coins de vieilles villes féodales, les\nmorceaux du saint E m p i r e romain et germanique encore subsistants,\net rendus par un art qui a des tournures médiévales aussi, châteaux\ngothiques, tours et remparts, églises romanes, paquets de maisons\ndécoratifs, forteresses vues à travers des arbres en fleurs obtenus par de\nfranches réserves, broussailles pittoresques sur les créneaux et dans les\ninterstices de la pierre et aux avant-plans... Encore une fois des\nimages d'aspect tout à fait moyen-âgeux, fonds et forme, mais où le\nmodernisme consiste surtout dans le choix du sujet dont un artiste de\nl'époque n'eut probablement pas plus senti l'intérêt que nous celui\nd'une vue d'hier.\n   M. O. Greiner, lui aussi, a la même saveur bien allemande, mais sa\nmeilleure planche, un couple étrangement nu dans un paysage tyrolien\ntandis qu'accourt une femme vêtue, fait songer à Botticelli revu par\nLucas Cranach... L e catalogue ne porte ni titre ni indication explica­\ntive d'aucune sorte. C'est crânement fort, mais qu'est-ce? Après tout,\nqu'importe, ce mystère, est un charme de plus. ,\n      M. Greiner apparaît comme un maître ès art décoratif dans le pro­\n"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2126, "texte": "                                DURENDAL                                 101\n\n\ngramme, pour une cantate exécutée à Leipzig en avril 1853, et comme\nun portraitiste extraordinaire dans sa série de bourgeois allemands. On\ndirait Holbein revenu et s'essayant aux sujets de Gavarni, et être\ntémoin de ces bizarres alliances, c'est l'une des impressions les plus\nextraordinaires que j'aie éprouvée. Un moment on se croit devenu fou.\n\n                                    VI\n   Et avant de finir, une minute; je reviens à MM. Steinhausen et\nThoma. Il faut commencer et finir par eux... N'est-il pas le symbole de\nleur art à la fois si nouveau et si vieux, le petit pâtre nu de M. Thoma?\nen réalité, un petit prolétaire allemand déshabillé, assis dans les\nombellifères au bord du Mein, mais si chastement assis, et si naïve­\nment oublieux de sa nudité, pour jouer de son chalumeau. Il est en si\nintime communion avec la nature crépusculaire, que son chant de\nquelques notes peut avoir toute la navrante mélancolie, toute la poi­\ngnante joie, des chants de pâtre de Tristan et Yseult. Aussi, cet art\nvieillot, rajeuni, volontairement archaïque, habilement maladroit\nquoique spontanément naïf, nous va droit au cœur, et nous paraît,\n— toujours comme le chant du pâtre, — plus près de la nature que les\npolyphonies orchestrales les plus colorées, que les débauches et les\noutrances impressionnistes les plus modernes. Il y a de l'analogie entre\nl'impression qui se dégage de cela et celle de certains rares passages\ndu Loti d'autrefois... Il est certains livres que j'aimerais voir illustrés\nainsi : l'Imitation de Jésus-Christ ou les Fioreti d'une part, d'autre part,\nle Virgile des églogues, les Idylles de Théocrite... enfin, la Légende\n dorée ou les pastorales païennes... Et puis, ces lithographies, je ne\n sais rien de tel à collectionner à côté de Rops, de Forain, de Redon.\n Tout cela ce sont des arts qui vont ensemble, par la force des con­\ntraires. Celui de MM. Thoma et Steinhausen est fait pour nous donner\n un jour le livre de prières, le Missel idéal.\n                                                    WILLIAM    RITTER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-05-n5-006", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 102, "page_fin": 102, "titre_corps": "Hymne au feu", "titre_sommaire": "Hymne au feu", "signature_source": "EDM. CARTON DE WIART", "ancre_debut": "HYMNE AU FEU", "ancre_fin": "EDM. CARTON DE WIART", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 127, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 1276, "texte": "HYMNE AU FEU\n                                              A HENRY CARTON DE WIART\n\n\n       1 ords tes longs bras de pourpre et tes molles spirales\n      Sur les chenets mordus par tes baisers ardents.\n      Dis tes graves chansons aux murs des vastes salles,\n      Fais-en vibrer la nuit, comme en les cathédrales\n      Vibrent de l'orgue ému les pleurs   agonisants.\n\n      Verse des flots de vie aux plaines irrisées\n      En de calmes matins, lorsque naît le soleil,\n      Et le soir, au déclin de ses splendeurs brisées,\n      Fais s'abîmer dans l'or les villes, embrasées\n      Par le suprême éclat de son regard vermeil.\n\n      Fils du Ciel, venge-le des Sodomes impures,\n      Fils de la Terre, étreins l'Etna de tes fureurs.\n      Ton règne est de partout : tu laves les souillures\n      Ou fais ardre nos flancs de brûlantes luxures,\n      Quand le Démon, ton dieu, nous souffle ses ardeurs.\n\n      Quel seras-tu pourtant, roi puissant sur la terre,\n      Lorsque dans l'au delà du siècle anéanti,\n      Pour mériter son Dieu, dans l'effroi du mystère,\n      Mon âme râlera sous ta morsure austère,\n      O purificateur de mon cœur repenti!\n                                          E D M . CARTON DE W I A R T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-05-n5-008", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 103, "page_fin": 103, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Roche Tarpéenne et Capitole", "signature_source": "H. Mœller", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne et Capitole", "ancre_fin": "H. MŒLLER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "MIROIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 128, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 117, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "Roche Tarpéienne et Capitole\n\n  L'Arche — Journal d'une Maman,       ■ par       note chrétienne. A preuve ce joli passage\nCAMILLE LEMONNIER.\n                                                   sur les fêtes de Noël et Pâques : « Une\n   Nous ne pouvons que féliciter Camille           Eglise, qui, dans son calendrier, a ces\nLemonnier, cet incomparable artiste de la          deux dates : Noël et Pâques, une Eglise,\nplume, pour son nouveau livre : L'Arche,           qui, en vénérant et magnifiant ces deux\nun vrai chef-d'œuvre ! Nous n'aimons ni            prodigieux mystères de l'amour, réchauffe\nn'approuvons certains de ses livres, à             autour toute la passion d'aimer de l'âme\ncause de leurs tendances par trop natu­            humaine et fait naître les deux jours\nralistes. Mais quel ravissant idéal que            uniques, infiniment tendres, eucharis­\ncelui de L'Arche! Qu'il est aimable, déli­         tiques, où toute querelle s'étouffe dans un\ncieux, azuré, plein de chants d'oiseaux,           universel embrassement, où la famille\nde sourires d'enfants, de fleurs de prin­          ressuscite chez les plus endurcis, où il\ntemps et de ciel bleu, ce charmant Jour-           germe un printemps des cœurs régénérés,\nnal d'une Maman, si naïf, si primesautier,         la petite fleur bleue du besoin de croire\nsi délicatement pensé et si finement écrit.        et d'espérer... une telle Eglise est bien\nIl renferme bien de-ci de-là une idée que          l'Eglise par excellence. J e comprends\nnous ne partagerions pas. Mais, en géné­           qu'il y ait des missionnaires pour aller la\nral, l'esprit en est bon et réconfortant.          porter chez les sauvages. »\nOn y entend parfois même résonner la                                        H.   MŒLLER.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-05-n5-007", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 103, "page_fin": 104, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature", "titre_sommaire": "Miroir d'Art et de Littérature (Propos des Douze Pairs autour de la Table ronde)", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "né par le maître, vaudra certes plus, pour sa gloire, que tous les granits et tous les bronzes.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 128, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 1915, "fin_caractere_exclue": 2345, "texte": "MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n     Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n   Léon Bloy a cessé de faire partie de la rédaction du Gil Blas.\n                                               *\n                                          *        *\n  L' Union a inauguré, sous ce titre : « A coups de plume », une galerie de portraits\nqui mériteront, à leur auteur, le premier siège vacant à l'académie du fou rire.\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2872, "texte": "104                                    DURENDAL\n\n   Le signataire de ces portraits — X mystérieux — appartient, croyons-nous, à la\nfamille spirituelle de cet animal ainsi décrit par La Fontaine dans la fable :\n   « Certain ours montagnard, ours à demi léché, » à cette différence près, différence\nminime au fond, que l'un travaillait à coups de pavés et que l'autre œuvre à coups\nde plume.\n   X nous apprend, par exemple, dans le numéro du 11 mai, que Camille Lemonnier\n« est un peintre qui est tout en excès et dans qui l'affectation a des reliefs de pose ». Son\nintelligence a — exactement — un million d'étincelles : « Son intelligence a mille\nregards; chaque regard voit des millions d'étincelles ». Et l'œuvre colossalement char­\npentée du maître, « n'est-ce pas d'un passant venu d'un monde extra terrestre devant un\nspectacle qu'il ne comprend pas? » « L'on ne lit pas Camille Lemonnier sans admirer\nla richesse de son ENCRIER; on demeure attristé de la stérilité de son talent hors de pair! »\nEt la conclusion de ces flambants coups de plume : « Lemonnier aurait pu être une\ndate dans l'histoire littéraire de la Belgique. » Dites un fruit sec, puisque vous y êtes.\n   Nous demandons la tête de X.                                                   TH. B.\n                                               *\n                                             * *\n   M. Francis de Monge aspirerait, nous dit-on, au titre de Sarcey belge. (Sous\nréserves.)                                                                         p. D.\n                                             * *\n   Nous recommandons chaleureusement à nos lecteurs, l'album du Vieil Anvers, de\nnotre si sympathique éditeur, M. Lyon-Claesen. C'est un magnifique volume avec\ndix planches hors texte, dont deux en couleur, reproduction d'aquarelles de M. Van\nKuyck, l'artiste anversois bien connu. Le texte historique est de M. Max Rooses,\nle savant conservateur du Musée Plantin.\n    Les lecteurs de Durendal ont pu apprécier, par les soins apportés à cette revue,\n le souci artistique de notre éditeur. Ils ne s'étonneront pas de nous entendre dire\n que l'album du Vieil Anvers est une véritable œuvre d'art.\n    Edition ordinaire, prix : un franc. — Edition de luxe, prix : dix francs.\n                                           *    *\n  Voici quelques nouvelles bibliographiques de nature à intéresser les amis litté­\nraires, nombreux en Belgique, du grand écrivain : Jules Barbey d'Aurevilly.\n  La correspondance sera certainement publiée.\n  Très prochainement paraîtront : Les Poésies et Rhythmes oubliés, le 5e volume de\nCritique de Théâtre, un memorandum de 1836, un autre de 1838.\n  De plus, une dizaine de volumes des Œuvres et des Hommes sont en préparation.\n   Ce monument littéraire, le seul ambitionné par le maître, vaudra certes plus,\npour sa gloire, que tous les granits et tous les bronzes.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 108, "texte": "MAI   1894\n\n\n\n\n                .1\n              I'alm\n             ^Piy&lka^\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": ""}, {"page_pdf": 110, "texte": " Mai 1894                                                                 N° 5\n\n                               DURENDAL\n\n\n\n\n            ENTREVUE AVEC LE PASSE\n                                                        A   J O S E P H SOUDAN\n\n\n\n                    AR ce soir calme de printemps, où rien ne bouge au\n                    dehors, en face de moi, de l'autre côté de mon\n                    bureau, le Passé est venu s'asseoir...\n                      C'est un jeune homme jaloux de sa libre person­\n                    nalité, aux ardeurs spontanées et combatives voilées\n                    aujourd'hui, sous le pâle reflet de la lampe, de cette\n          gaze idéale et légère que tisse la mélancolie sur les choses\n          qui ont déjà un autrefois...\n             Un vieux ballot de paperasses est là, jaunies et empous­\n          siérées, qu'ensemble, le Passé et moi, nous avons fouillé et\n                    feuilleté...\n                    Voici une collection de minuscule journal, aux let­\ntres déjà déteintes sur le papier grossier : L'Étudiant... Nous lisons\nles signatures : Sabre-tout, Ludovic Ziff, Jérôme Aida, Hugues Wanodon,\nThéophrasque, Cravache... Et, l'un après l'autre, il semble qu'ils appa­\nraissent, sur les chaises vides autour de nous, tels que jadis, en leur\nphysionomie d'alors et leur caractéristique propre, tous ces passagers\ndu même bateau, filant de caprice, d'enthousiasme et d'ironie entre\nles rives, toutes d'imprévu, de la vie universitaire...\n   Et puis s'évoquent les descentes sur le bord, de temps à autre, pour\nun charivari gouailleur à quelque « monument consacré » — oh ! la\n « campagne de Pandectes !» — ou une lutte à bras le corps contre les\n«doctrinaires » de la politique et des lettres... « Les doctrinaires! »\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "   86                             DURENDAL\n\n\n  nous mettions dans ce mot tout notre mépris de la routine, comme\n  nous mettions dans le mot « jeunes » toutes nos inaltérables aspira­\n tions vers le progrès...\n    Le petit bateau d'alors — l'Étudiant — vit toujours, mais une chaîne\n  solide l'attache à d'officiels rivages; et les gambades, que de dociles\n jeunes gens — caniches portant la trace du collier — y viennent\n  essayer parfois sous l'œil de leurs maîtres, ne peuvent donner à\n l'embarcation, jadis librement vagabonde, même l'illusion de son\n indépendance ancienne...\n    L'équipage de jadis s'est dispersé : avocats, professeurs, substituts,\n voir même un chef de cabinet de ministre...\n    O Passé, à ces compagnons de notre active jeunesse, donnes-tu la\n joie parfois d'une causerie vespérale comme celle-ci, suggérant, parmi\n les prosaïsmes uniformes et brumeux de la vie, le rayon doré et\n fantaisiste du souvenir.\n                                         *\n                                     *       *\n\n     Après la collection de l'Etudiant, le Passé mit la main sur un gros\n  volume, neuf encore, mais relatant des choses vieilles déjà, en ce\n  temps de hâtive existence...\n       Le congrès de Matines —' section des arts et des lettres »... Les belles\n  journées! — avec Henry Carton de Wiart, Victor Denyn et les\n  autres! — les belles journées aux auto-da-fé flamboyants de tous les\n  antiques manuels crétinisateurs et de tous les programmes étriqués et\n  parcheminés — et le souffle de la modernité catholique battant sou­\n   dain les tempes des pions venus là pour se congratuler sur « leur\n   fidélité à la sainte tradition » et geindre sur la « tristesse de la litté­\n   rature présente »...\n      Et le soir, en nos promenades dans Malines désert et pacifié, sous\n- l'infini d'espoir du ciel étoile, nos projets s'esquissant, nos rêves se\n   déroulant — et naissant ce fils de notre communion intellectuelle :\n   Le Drapeau...\n      Pauvre petit Drapeau, à la mémoire chère comme d'un enfant\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                               DURENDAL                              87\n\nparti trop jeune, couché là, à présent, dans le linceul de ses douze\nnuméros...\n   Ses signatures passent une à une : Hoornaert, Carton de Wiart,\nDemade, Mœller, Denyn, Bekaert, Dutry, Soudan, Périer — et\nl'énigmatique petit Gavroche aux espiègles impertinences...\n   Ce fut l'œuvre d'union, le point de concentration vers où appareil­\nlèrent, de tous côtés, des haines et des croyances jusque-là isolées...\nL'œuvre est morte, l'union subsiste.\n   Et Durendal paraît, — Durendal, emblème de la victoire, comme le\nDrapeau fut le signal de la bataille.\n   Le Passé s'est évanoui, le Présent est là.\n   C'est, après la lutte, la pacification qui commence, l'universel\nrayonnement sur les intelligences de la grande loi de Beauté chré­\ntienne et artistique : éternité de l'Idée dans l'évolution permanente de\nla forme.\n\n\n\n\n     O toi, jeune homme, notre cadet aimé, dont l'esprit éploie ses ailes\nvers l'Œuvre calme et apaisée, du sein de cette terre promise des\nLettres chrétiennes vers laquelle nous nous acheminâmes toujours\nsans y pénétrer jamais, mais que tu conquerras toi et où ton adoles­\ncence enthousiaste et active dressera au Ciel les monuments d'art\nqu'en vain nous rêvâmes, ne sois point trop sévère pour les «critiques »\nque nous avons été...\n     Tu ne dois à tes aînés aucun regret, étant de taille à marcher seul ;\npeut-être leur dois-tu un souvenir, si jamais ils ont écarté du chemin\noù marchait ton inexpérience une broussaille encombrante, si, devant\ntes yeux novices, ils ont dissipé quelques-uns des brouillards où se\ndéconcertaient tes espoirs altiers, si, en un mot, ils furent pour\ntoi,   dans quelque modeste mesure que ce soit, des Annonciateurs\nd'aurore.\n                                           FIRMIN VANDEN BOSCH.\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": " 88                           DURENDAL\n\n  Nous remercions très sincèrement notre ami Firmin Vanden Bosch,\nancien rédacteur en chef au Drapeau, du témoignage de sympathie\nqu'il nous apporte. « Un souvenir », c'est-à-dire un regret adouci par\nun espoir, certes ! ceux de Durendal doivent bien cela à ceux du\nDrapeau momentanément licenciés. Licenciés, oui, rien de plus, et\nnous ne vous supposons pas d'humeur à nous laisser triompher sans\nvouloir « en être ».\n  Eh oui, pardi! on continue de se battre!\n                                                       DURENDAL.\n\n\n\n\n          LE TRANSCENDANTALISME\n\n             A dernière, la toute dernière étiquette d'art. Le vocable\n             est farouche, peu harmonique ; il est aussi exact et clair.\n              C'est assez pour lui faire bon accueil.\n                 Un artiste causeur, en nous le présentant l'autre jour,\n              le déclarait la dernière nouveauté, celle que les commis-\n    voyageurs peuvent garantir neuve, celle que l'on peut acheter avec\n    confiance, sûr d'être du dernier snob en l'affichant. Mais ce danger\n    n'est pas pour ici. Ici l'art règne, et c'est par amour de son culte\nque nous accueillons avec zèle sa nouvelle dévotion.\n  La définition en a été donnée par M. Maeterlinck dans la préface\naux sept essais d'Emerson. Cette définition, comme toutes les rares\nsentences du maître de Gand, est d'une profondeur énorme eût dit\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                                DURENDAL                               89\n\nFlaubert. La citer est inutile; nul ne peut être absous de ne l'avoir\npas lue.\n   Prenons-en une image, pour une délectation nouvelle. Ignorer le\ntranscendantal de la Vie et de l'Art, c'est être comme ceux qui ne\nseraient jamais sortis au milieu du jour. La pleine clarté; voilà le\ntranscendantal. Mais comme elle luit rarement pour la plupart des\nhommes ! Qu'est ce grand jour? C'est quand on saisit les rapports des\nperceptions matérielles ou élémentaires avec les plus sublimes que\ncelles-là puissent symboliser, ce qui a rapport à nos plus hauts\ninstincts, à nos plus grandes destinées ou au mystère qui est comme\nleur atmosphère choisie.\n   Ce mystère, dont, récemment, on s'est heureusement épris, est\ncomme la nuée du Temple salomonien ; il atteste et voile la consécra­\ntion, l'appropriation suprême du monde à l'Idéal, au Dieu vivant.\n   Comme forme d'art, le transcendantalisme évoque surtout ces\nrapports par le symbole. En essayer l'analyse ou la définition n'est\nque peu de chose. Les faire sentir par la structure même de l'œuvre\nest le vrai but. Ce but requiert presque toujours le symbole. Le\ntranscendantalisme serait donc assez exactement défini : symbolisme\ntranscendantal.\n   Alors que les amours de Matho et de Salammbô symbolisent les\nforces qui partagent en un but d'unité les êtres et les choses, Flaubert\nest symboliste, mais non transcendantal. Quand il évoque la fatalité\ndes contingences par l'ombre que Taanach voit s'allonger à la gauche\nde Salammbô allant vers l'amour et la mort, il est symboliste et\ntranscendantal.\n   C'est surtout au point de vue chrétien que cette doctrine d'art est\nintéressante. Les certitudes de la foi s'accommodent-elles du vague\nqui est un de ses procédés? Ce vague est comme la brume nécessaire\nà la fantasmagorie des forêts. Qui ne se rappelle les émotions de cette\naventure exquise : Etre en forêt par le brouillard. Il est aussi comme la\nnuit requise aux pluies d'or des feux d'artifice, ou aux splendeurs des\néclairs sur les flots. Ce vague nécessaire, la foi ne le dissipe-t-elle pas?\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": " 90                           DURENDAI:\n\n\n  Pour répondre, il suffit d'un mot ; méditez un mystère chrétien avec\nBossuet ou Hello. Quelle magnificence de lumière et d'obscurité aussi\nen émane !\n   Voyez les cathédrales ; les seules qui architecturalement méritent ce\nnom, celles du gothique primaire. Que d'inattendu, que de pitto­\nresque! L'unité, qui du grand chœur circule en tout le plan crucifère,\nse complète d'innombrables détails, de mystérieuses retraites pleines\nd'ombres et de jour teints aux verrières. Les clartés de la foi sont\nl'illumination du mystère, non pas sa disparition.\n   L e nouvel instrument d'art, l'étiquette qu'on y a mise, semblent\ndonc parfaitement justifiés. L e transcendantalisme est une direction,\nla plus sublime, peut-être, que la jeune école puisse suivre. Aussi\nbien, il semble qu'il ne sera pas la règle générale pour toute la vie\nlittéraire, mais seulement celle des heures choisies élues par la plus\npuissante et la plus rare inspiration.\n   Du reste cette impitoyable et salutaire vérité revient d'elle-même à\nl'esprit à l'occasion de chaque conquête nouvelle en esthétique : le\ntalent seul importe vraiment. Certes, les méthodes ont une hiérarchie ;\nl'une est plus sublime que l'autre; par là même, elle assure, à talent\négal, la préférence à l'œuvre qu'elle régit. Mais c'est le talent ou le\ngénie qui fait l'œuvre. Sans lui, pour ingénieuse et raffinée que soit\ntoute sa structure, elle est comme la monture de notre Roland; elle a\ntoutes les qualités, mais elle est morte!\n                                                    EDMOND JOLY.\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                              DURENDAL                              91\n\n\n\n\n                 NUIT DE CHAPELLE\n                LOTI, ce Massenet littéraire, nous a donné, fort exquise-\n                 ment après tout, le frisson de ces petites chapelles\n                 semées dans la campagne bretonne et « où veulent des\n                 âmes de morts ».\n                    Combien plus douces sont nos petites chapelles des\ncôtés où veille une maternelle protection. Aucune lampe mortuaire\nn'y tremble devant la fruste madone. On n'y trouve, à part les rares\nchandelles des vœux, que la seule illumination du jour vert reverbéré\ndu gazon, et la vivante combustion des fleurs s'évaporant en parfums.\n   Il est délicieux, rentré chez soi, la nuit, de se reporter en esprit à\nla petite chapelle rencontrée le jour et d'imaginer le songe obscur,\nd'inconnue solitude, dont la nuit vient l'emplir.\n   Combien délicieusement apeurante doit être cette ombre où n'ha­\nbite qu'un simulacre sacré et l'ange gardien des lieux de prière? Elle\ndoit avoir de rares exquisités, cette solitude dont la foi a voulu le\nvide sonore, l'hommage liturgique. Qui ne rêverait d'écouter sa\nvibrante âme de caverne sainte? Comme l'ouragan marin doit bien\ngémir à la porte tremblante, entre les barreaux des fenêtres ! Comme\nla girouette imagée doit geindre si proche, sur un toit si bas ! Les\ntonnerres doivent y venir aboyer d'épiques tentations.\n   Les pèlerinages psychiques d'Henri de Régnier ont là une de leurs\nstations et non la moins douce. A côté de Reims, de Bruges, de Ver­\nsailles, il faut élire aussi la chaumière-église, la chambrette vide et\nhantée d'anges.\n                                                    EDMOND JOLY.\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": " 92                            DURENDAL\n\n\n\n\n            L'IMAGERIE CATHOLIQUE\nET    L'EXPOSITION       DES ARTS       GRAPHIQUES         DE VIENNE\n\n\n                                                  Vienne, mai 1894.\n\n\n\n\nT\n           OUT prêtre, qui construit une église laide, commet un péché\n           mortel ; il offense le saint Esprit. » C'est Peladan qui parle\n           ainsi, et, sans avoir mission de statuer si le péché est effec­\n           tivement mortel, nous sommes de son avis. Il faut que la\nmaison de Dieu soit aussi une école d'esthétique, et nul plus que le\nprêtre ne peut influer sur le goût d'un peuple.\n   Enfant, n'avez-vous pas collectionné des images, crié de joie à\nl'enluminure pieuse que vous avait méritée une leçon de catéchisme\nbien sue? E t croyez-vous que, si toutes les images qu'on vous avait\ndonnées, que vous avez trop regardées, trop aimées, eussent été belles,\nvotre niveau intellectuel ne serait pas, quel qu'il soit, encore plus\nélevé? Pour ma part, je ne le crois pas, j'en suis sur. Ce qui m'a\ndégoûté des images, c'est d'avoir eu très tôt le sentiment de leur\nignominie artistique; et si j'ai eu ce sentiment, je le dois à la galerie\nde tableaux de mon père, qui m'initia très jeune à l'Italie, à l'Alle­\nmagne et aux Pays-Bas de la grande époque. Depuis le jour où j'ai\nvu, réellement vu, seulement vu, pas même compris, un Léonard, j'ai\nvoué une haine implacable au quartier Saint-Sulpice et à Einsiedlen,\nle village montagnard de la Vierge de Saint-Meinrad, profané par les\ncopronymes es images, nommés Benzinger, qui réussissent à la fois à\ncumuler, quoique catholiques, le Juif et le Bourgeois, et à souiller\ntoute la catholicité allemande d'images auxquelles c'est faire trop\nd'honneur que de les employer aux plus vils usages.\n   « Habituez-vous au sublime, car on s'habitue au sublime comme à\nla trivialité », me disait, dans une autre circonstance, Peladan, le cher\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                               DURENDAL                               93\n\n bon Mage, qu'il faudrait toujours entendre penser tout haut dans\n l'intimité, et les yeux fermés, au lieu que le regarder en public où\n le lire dans ses malheureux derniers livres géniaux, incomplets et\n boiteux, qui ont un pied dans l'empyrée et l'autre sur le boulevard,\n un dans saint Thomas d'Aquin et l'autre dans Eliphas Levi... N'im­\n porte, pour le dire en passant, Babylou est un chef-d'œuvre.\n    N'est-ce pas aussi un devoir du prêtre, nous habituer au sublime?\net sur terre, est-il quelqu'un d'autre qui puisse mieux nous habituer au\nsublime qu'eux? S'ils négligent de le faire, ne sont-ils pas coupables?\net ne rompent-ils pas schismatiquement avec la tradition par excellence\ndes grands papes? Pourquoi toutes les églises des Jésuites sont-elles\net continuent-elles d'être odieuses, décorées comme des théâtres du\nsiècle passé ne le sont pas? Pourquoi le petit paysan devenu prêtre,\nrenvoyé curé dans son village, n'a-t-il qu'une préoccupation : démolir\nla poétique et rustique chapelle d'autrefois, la dépouiller de ses vieux\nlierres et de ses tilleuls séculaires, pour édifier, sur un terrain vague,\nune grange à l'instar de telle ou telle église de la ville où il a été au\nséminaire? Pourquoi les dévotes copient-elles des modèles de brode­\nries pour ornements sacerdotaux tirées de leurs journaux de mode?\net pourquoi une chasuble faite avec les robes de brocart à grands\nramages de leurs aïeules est-elle encore plus pieuse que les dernières\ncréations des bonnes sœurs et des aristocratiques pensionnats?\n   A Djakovo (Croatie), Monseigneur Strossmayer a voulu que tout le\nlinge de ses autels fût d'étoffe populaire croate à broderies paysannes,\nque toute la décoration murale (à part les fresques) fût inspirée des\nmotifs nationaux jongo-slaves. En cela, il est le seul évêque catho­\nlique aussi artiste que les popes, tant accusés d'ignorance, de l'église\ngrecque... Et encore ces derniers commencent-ils à se gâter, mainte­\nnant qu'on se préoccupe de les « éclairer ». Mais en Roumanie, par\nexemple, avant le roi Charles, il y avait encore des Giotto parmi\nles zugrav paysans qui peignaient à la détrempe les murs de leurs\nexquises petites biseriques (églises... très spéciales; le mot roumain\nm'épargne une page de descriptions que je ferai une autre fois). Dans\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": " 94                            DURENDAL\n\n\ntous les couvents russes, roumains, bulgares, grecs, serbes, au mont\nAthos particulièrement, il est des caloyers peintres, qui se soumettent\nà une implacable tradition, mais qui ne commettent jamais d'ordure.\nEt leur moindre drap de mort (suaire que tous les pèlerins rapportent\npour eux-mêmes du mont Athos) vaut un Puvis de Chavannes à\ndomicile... Et les icônes russes; sauf les tout à fait récentes qui se\nressentent (pardon) réellement de l'influence du dernier boutiquier et\nbougre antiartistique, j'ai nommé, pour qu'il n'y ait pas d'équivoque,\nM. Bouguereau, qui peut être un parfait honnête homme, mais le\nseul artiste français qui ait les suffrages de la maison Benzinger ! Ces\nicônes russes sont généralement l'unique imagerie religieuse contem­\nporaine qui console un peu de l'existence de la peinture catholique\nmoderne au point où elle en est... Car l'icônoclastie, plutôt que\nSaint-Sulpice ou Einsiedlen! De même que le silence, à tout prix\nle silence, plutôt que toute poésie, toute musique ressemblant aux\ncantiques qui se chantent à Lourdes et dans toutes les écoles libres\nde France :\n                         J'irai la voir un jour\n                         Dans son céleste séjou-our.\n                         J'irai la voir un jou-our,\n                         Lui dire mo-on amour...\n\n   Dans ce dernier domaine encore, nous devrions prendre leçon de\nl'église grecque. Quand je suis à Paris, je vais à la messe à la chapelle\nrusse de la rue Daru. Inutile d'aller à Notre-Dame des Victoires ou à\nNotre-Dame de Lorette commettre, sous prétexte de servir l'Éternel,\nseptante-sept fois sept fois le péché de colère et d'enragement.\n   Disons le mot, tout cela qui commence par de la bêtise finit par la\nprofanation et le sacrilège; c'est l'échelle de Jacob qui va des billets\nde chemin de fer, « aller pas de retour » pour le paradis, aux œuvres\nde M. Jean Béraud, digne confrère de ce peintre à qui je demandais :\n« Qui donc vous posera votre saint Joseph? » et qui me répondit :\n« Je prendrai le premier... niais venu ».\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                                                         DURENDAL                                                            95\n\n                                                                 I\n   Jeunes gens catholiques, mes frères, si vous n'êtes ni assez riches\npour avoir dans vos chambrettes, sous vos yeux, de beaux tableaux,\ndessins, aquarelles ou pastels, ni assez intelligents pour en conquérir,\ncar je sais dès peintres charitables et intellectuels qui aiment mieux\nprocurer une jouissance esthétique à leurs pairs que satisfaire la vanité\nincompréhensive de boursicautiers véreux, ayez de belles gravures !\nSi les gravures coûtent encore trop, rabattez-vous sur les photogra­\nphies Braun, par exemple. Mieux vaut encore la photographie d'un\nLéonard ou d'un Dürer que telle madone moderne payée cent mille\nfrancs par l'Amérique. Et surtout, si vous ne pouvez rien avoir, meu­\nblez votre âme et votre esprit gratuitement dans les musées... Et puis,\npeut-être, essayez vous-mêmes de réaliser, selon votre âme, les divines\nchimères que vous souhaiteriez pour compagnes, pour spectatrices de\nvotre travail...\n   Aujourd'hui, je vous apporte une bonne nouvelle : l'imagerie catho­\nlique renaît. Je viens de découvrir quelques artistes allemands dont\nles lithographies sont arrière-petites-filles des xylographies de Dürer,\nou procèdent de cette bible illustrée de Schnorr qui fit pousser un tel\ncri d'enthousiasme au grand d'Aurevilly (Memoranda de Valogne). Ils sont\nquelques-uns déjà; et d'une telle individualité, d'une telle puissance,\nqu'il est impossible qu'ils ne déterminent point tout un mouvement.\n   Nous avons ici une exposition d'art graphique, petite mais exquise,\net qui contraste merveilleusement avec l'entassement des ordures\ninternationales qui se prélassent au Kunstlerhaus (I). C'est là, aux\narts graphiques, que j'ai découvert, presque agenouillé de joie, les\nicônards, grâce auxquels la chambrette des étudiants catholiques, et la\nchambre commune des plus pauvres ménages ouvriers, bien prochai­\nnement pourra être hantée par une présence réelle catholique et artistique\ndigne et de la minceur de leur bourse et de l'amplitude infinie de la\npensée chrétienne.\n    (1) J'ai dit ailleurs les exceptions : voir le Rappel du 3 avril, la Gazette des Beaux-Arts du 1r juin, le Magasin littéraire du\n15-avril, etc., etc.\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": " 96                             DURENDAL\n\n\n                                    II\n   Comme on va le voir, pour être mystiques ils ne s'en tiennent pas\nuniquement aux images de sainteté, mais pas un de leurs sujets,\nmême profanes, qui ne vaille mieux pour l'âme à être contemplé, que\nles trois quarts de la peinture dite religieuse moderne. Car, inutile de\ndémontrer, n'est-ce pas, que la profane Mélancolie de Dürer est plus\nédifiante que les anges joufflus, aux cuisses nues en sucre rose sous des\nrobes d'or fendues latéralement, de presque toutes les églises jésuites...\n   Mais avant de parler de ma découverte, je veux dire un mot, puisque\nj'en ai l'occasion, de l'architecte du musée où sont réunies temporai­\nrement leurs œuvres. L e feu baron Ferstel a eu la gloire, en effet, de\nconstruire l'une des très rares églises gothiques modernes, suppor­\ntables non seulement, mais opposables aux plus belles connues. U l m\net Cologne n'ont été que restaurées et complétées sur les plans des\nmaîtres de l'œuvre primitifs. L'église votive du baron Ferstel, à Vienne,\nla cathédrale romane de Fünfkirchen, en Hongrie, et la cathédrale\ngothique de Djakovo, en Slavonie, sont les trois monuments qui célè­\nbrent le mieux le catholicisme d'aujourd'hui et qui prouvent le mieux\nla possibilité d'un réveil de sa vitalité artistique. J'ai parlé au long et\nau large, autrefois, des deux dernières églises, dans le Magasin litté-\nraire, mais ma timide appréciation d'alors est loin de la clameur\nd'enthousiasme que je voudrais pouvoir pousser foudroyante aujour­\nd'hui en l'honneur des dernières grandes œuvres architecturales du\nchristianisme occidental.\n   Depuis les fenêtres du Musée d'art et d'industrie relégué tout au\nbout du Ring vers les casernes, le bras du Danube, et le quartier\njuif, la Leopoldstadt, on voit de loin s'emboîter horizontalement les\ngris toits plats de Landstrasse, un arrondissement de Vienne qui res­\nsemble, avec ses clochers carrés chaperonnés de calottes métalliques\ncontournées, à une ville hongroise. N'était l'absence de moulins à\nvent, on se croirait dans la banlieue de Szegedin. Au premier plan :\nla Wien, un égout collecteur, roule dans ses fossés verts, où se penchent\nde vieux arbres, dont les très jeunes pousses éclatent vert tout neuf en\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                               DURENDAL                              97\n\npapillons japonais sur les monotones tuilades, et le viaduc de briques\nenfumées du chemin de fer de semi-ceinture. Paysage assez moderne,\nn'est-ce pas? assez grande ville commerçante, où l'on sent si bien le\ntransit entre l'Occident et l'Orient et ce dernier voisinage. Le tout a,\nce premier-printemps, les couleurs d'une aquarelle japonaise.\n   Retournez-vous... Vous croirez qu'entre le moyen-âge et nous, le\ncordon ombilical n'a pas été coupé, qu'il n'y a eu ni la Réforme, ni la\nRévolution, ni les Philosophies, ni le Militarisme. Et cependant,\nallez... c'est bien moderne!\n\n                                   III\n   Le premier de mes sublimes icônards s'appelle Hans Thoma et\nvit à Francfort-sur-Mein. Il lithographie sur papiers de couleur sem­\nblables à ceux de presque tous les dessins de maître allemands ou\nitaliens, avec des rehauts argentés ou blancs, encore à la manière des\ndessins de Holbein ou de Raphaël.\n   Je vais droit à sa planche la plus étrange : La Tentation du Christ.\nLui, le Lui de lumière, obstiné sans sourciller, ne veut pas regarder\nderrière Lui, et lui, le lui de ténèbres, en une attitude extraordinaire\nd'intensité, non seulement montre du doigt, des mains, des bras,\nmais du torse, de tout le corps, enfin, la merveilleuse féerie qu'il suf­\nfisait de voir pour succomber... Au contraire, le profil atrocement\nirrégulier, inharmonique, l'à rebours d'un profil de beauté, ne se pré­\noccupe que d'une chose : envoûter le divin ermite; il semble buté\nà celui du Christ, ce profil, et son regard cherche à hypnotiser Jésus,\nqui baisse les yeux... Qui baisse les yeux, parce qu'il est homme et\nqu'aucune infirmité humaine ne doit lui être épargnée, même celle de\nn'être victorieux de certaines tentations que par la fuite ! Et derrière\neux, depuis très profond à leurs pieds jusque très loin à l'horizon,\nc'est une ville fantasmagorique qui scintille, aérienne, dans la lumière,\nun emporium antique fabuleux, une sorte de Carthage fata Morgana au\nbord du golfe de Naples. Et c'est assez beau, ce prestigieux mirage,\npour que l'on comprenne l'instance tentatrice; et' cela m'incite à un\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": " 98                            DURENDAL\n\n\nnouveau haussement d'épaules pour cet art catholique qui veut chan­\nter les triomphes et qui croit les rendre suffisamment admirables par\neux-mêmes, alors qu'il supprime ce qui en fait la gloire et le mérite,\nc'est-à-dire la séduction excessive, le charme diabolique, la luciferienne\nattirance voluptueuse, tout le formidable, enfin, de la Tentation!...\nJe trouve immense de profondeur l'audace de cet artiste qui fait baisser\nles yeux et croiser les bras à l'Homme-Dieu devant la tentation. La\nvictoire sans effort, qu'on la laisse aux archanges, les porte-glaives du\nTrès Haut... Le Christ, Lui, est le fils de Dieu, mais II lut sur terre\nnotre frère.\n   Il n'est pas toujours aussi âpre, Hans Thoma; voici un nion de\ngrassouillets angelots humains qui semble un Rubens interprété par\nAlbert Dûurer. Ses nus sont d'une expressivité admirable, presque\ntoujours laids en soi, mais arrivant à être charmants dans leur maigreur\nnaïve. Rien qui ressemble à de la perversité. C'est délicieusement\nchaste et cela a l'air d'être réaliste par la copie exacte du modèle, mais\nc'est plein d'âmes au pluriel ; c'est l'âme des formes humaines mêlée à\nl'âme de la nature, aux âmes individuelles de l'atmosphère, du\nminéral, du végétal décoratifs. Le gamin, joueur de pipeau au bord\nd'un fleuve qui reflète le couchant, — un absolu chef-d'œuvre, — le\njeune homme à la fontaine, à première vue étonnent, à la longue\nenchantent, sans qu'il soit possible de se rendre compte du charme et\nde le préciser en mots humains, ce charme où il n'entre pas la moindre\nidée du péché que l'Italienne du XVIe siècle souhaitait à son sorbet\npour le trouver exquis. Appelons cela tout simplement de la poésie,\nmais de la plus indéfinissable, intime et impalpable.\n   La Récitense de Contes arrive à être presque fantastique. Ce n'est pas\nune grand'mère ordinaire. C'est la Mère L'Oie en personne, la Sagesse\ndes Nations incarnée, cette vieille femme entourée d'enfants, assise\ncontre une fenêtre, et qu'éclaire une énorme pleine lune suspendue\ndans la nuit verte sur les forêts silencieuses, d'où les contes émanent\nau crépuscule comme l'humidité balsamique de l'âme de l'humanité.\n   Les Filles du Rhin encore... C'est Wagner interprété par Durer. Rien\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                                DURENDAL                                 99\n\ns'il vous plaît, des tournoyants écheveaux de laine colorée de M. F a n t i n\nL a t o u r . Encore un vrai Dürer en bleu, le Christ au Mont des Oliviers.\nMais je cours pour m'arrêter au Patron de la Vallée, représentation\nallégorique, naïve et fraîche comme un conte allemand. Ciel plein\nd'étoiles. Au fond, très profonde, la vallée toute noire, piquée de\nquelques rares lumières, dort. E t dressé dans le vide, veillant, la\nlance au poing, un bel archange cuirassé, le saint Georges local, avec\ndes lumières argentées sur sa cuirasse, écoute la musique des sphères\net épand à travers les espaces la tutelle de sa prière.\n    U n simple paysage après cela, mais comme on n'eut jamais l'idée\nd'en faire depuis le moyen-âge. C'est, paraît-il, un bord de Mein, mais\nle vrai sujet, c'est les ronds de l'eau courante autour de quelques plantes\naquatiques. E t cela aussi bien que la Tentation, que l'Enfant au bord de\nl'eau, lithographie non pas en clair obscur, mais au trait, grossièrement,\nselon le procédé médiéval, avec de gros intervalles blancs entre les\nhachures.\n                                        IV\n   Je me suis attardé auprès de M. H . T h o m a . E t pour M. W . Stein-\nhausen, il faudrait précisément répéter la salutation héroïque de\nd'Aurevilly à l'apparition de la Bible de Schnorr. Son Christ prêchant\ndans une barque, tout seul sur un fond de lac sans limites et comme\nvu depuis la berge, le Christ au grand disque blanc du soleil épanoui\nde rayons derrière la tête, le Christ en extase nourri de sa contempla­\ntion, tout autant de Christs populaires, ouvriers, laids, mais transfi­\ngurés, sublimisés par l'expression. Dans la grande crucifixion sur un\nplateau solitaire et nu, et au devant d'un naïf panorama alpestre,\njamais on n'a rendu si sensible plastiquement, le aujourd'hui encore tu\nseras enparadis avec moi. Quoique distancés, les deux crucifiés, le Divin\net l'humain, ont l'air à la fois de se parler bouche à bouche, et le Christ\nde baiser au front le larron ; on sent leur cœur battre l'un pour l'autre,\ncar ce dut être pour le Christ, cette pitié et cette conversion in extremis\ndu larron, le commencement du paradis recouvré, de la Droite de Son\nP è r e réintégrée.\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "100                             DURENDAL\n\n\n  On pourrait faire semblables observations dans la scène du Christ\navec le riche jeune homme, où un vieux burg allemand, toujours comme\nchez Dürer, ferme le paysage. Dans celle de l'aveugle-né reconnaissant\nJésus, le Jourdain au fond coule, débordé comme un Amazone entre\nmille îlots de forêts vierges.\n      Il faudrait longuement détailler la grande crucifixion rouge et or\nintitulée : «Venez tous à moi, vous qui souffrez », et la grande planche\noù sont confondus, en un même tableau, la sainte Cène et le retour de\nl'enfant prodigue, du pécheur. C'est là une très haute pensée, un très\ngrand art, et de facture cela a mieux que jamais l'honnête et large\nréalisme pastoral, dépaysé, délocalisé, dans le temps et l'espace de\nSchnorr.\n                                     V\n   M. K. von Pidoll procède également des vieux maîtres rugueux,\nnaïfs et sincères de l'Allemagne allemande du XVIe siècle, mais le\npaysage l'intéresse surtout, les coins de vieilles villes féodales, les\nmorceaux du saint E m p i r e romain et germanique encore subsistants,\net rendus par un art qui a des tournures médiévales aussi, châteaux\ngothiques, tours et remparts, églises romanes, paquets de maisons\ndécoratifs, forteresses vues à travers des arbres en fleurs obtenus par de\nfranches réserves, broussailles pittoresques sur les créneaux et dans les\ninterstices de la pierre et aux avant-plans... Encore une fois des\nimages d'aspect tout à fait moyen-âgeux, fonds et forme, mais où le\nmodernisme consiste surtout dans le choix du sujet dont un artiste de\nl'époque n'eut probablement pas plus senti l'intérêt que nous celui\nd'une vue d'hier.\n   M. O. Greiner, lui aussi, a la même saveur bien allemande, mais sa\nmeilleure planche, un couple étrangement nu dans un paysage tyrolien\ntandis qu'accourt une femme vêtue, fait songer à Botticelli revu par\nLucas Cranach... L e catalogue ne porte ni titre ni indication explica­\ntive d'aucune sorte. C'est crânement fort, mais qu'est-ce? Après tout,\nqu'importe, ce mystère, est un charme de plus. ,\n      M. Greiner apparaît comme un maître ès art décoratif dans le pro­\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                                DURENDAL                                 101\n\n\ngramme, pour une cantate exécutée à Leipzig en avril 1853, et comme\nun portraitiste extraordinaire dans sa série de bourgeois allemands. On\ndirait Holbein revenu et s'essayant aux sujets de Gavarni, et être\ntémoin de ces bizarres alliances, c'est l'une des impressions les plus\nextraordinaires que j'aie éprouvée. Un moment on se croit devenu fou.\n\n                                    VI\n   Et avant de finir, une minute; je reviens à MM. Steinhausen et\nThoma. Il faut commencer et finir par eux... N'est-il pas le symbole de\nleur art à la fois si nouveau et si vieux, le petit pâtre nu de M. Thoma?\nen réalité, un petit prolétaire allemand déshabillé, assis dans les\nombellifères au bord du Mein, mais si chastement assis, et si naïve­\nment oublieux de sa nudité, pour jouer de son chalumeau. Il est en si\nintime communion avec la nature crépusculaire, que son chant de\nquelques notes peut avoir toute la navrante mélancolie, toute la poi­\ngnante joie, des chants de pâtre de Tristan et Yseult. Aussi, cet art\nvieillot, rajeuni, volontairement archaïque, habilement maladroit\nquoique spontanément naïf, nous va droit au cœur, et nous paraît,\n— toujours comme le chant du pâtre, — plus près de la nature que les\npolyphonies orchestrales les plus colorées, que les débauches et les\noutrances impressionnistes les plus modernes. Il y a de l'analogie entre\nl'impression qui se dégage de cela et celle de certains rares passages\ndu Loti d'autrefois... Il est certains livres que j'aimerais voir illustrés\nainsi : l'Imitation de Jésus-Christ ou les Fioreti d'une part, d'autre part,\nle Virgile des églogues, les Idylles de Théocrite... enfin, la Légende\n dorée ou les pastorales païennes... Et puis, ces lithographies, je ne\n sais rien de tel à collectionner à côté de Rops, de Forain, de Redon.\n Tout cela ce sont des arts qui vont ensemble, par la force des con­\ntraires. Celui de MM. Thoma et Steinhausen est fait pour nous donner\n un jour le livre de prières, le Missel idéal.\n                                                    WILLIAM    RITTER.\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "102                      DURENDAL\n\n\n\n\n               HYMNE AU FEU\n                                              A HENRY CARTON DE WIART\n\n\n       1 ords tes longs bras de pourpre et tes molles spirales\n      Sur les chenets mordus par tes baisers ardents.\n      Dis tes graves chansons aux murs des vastes salles,\n      Fais-en vibrer la nuit, comme en les cathédrales\n      Vibrent de l'orgue ému les pleurs   agonisants.\n\n      Verse des flots de vie aux plaines irrisées\n      En de calmes matins, lorsque naît le soleil,\n      Et le soir, au déclin de ses splendeurs brisées,\n      Fais s'abîmer dans l'or les villes, embrasées\n      Par le suprême éclat de son regard vermeil.\n\n      Fils du Ciel, venge-le des Sodomes impures,\n      Fils de la Terre, étreins l'Etna de tes fureurs.\n      Ton règne est de partout : tu laves les souillures\n      Ou fais ardre nos flancs de brûlantes luxures,\n      Quand le Démon, ton dieu, nous souffle ses ardeurs.\n\n      Quel seras-tu pourtant, roi puissant sur la terre,\n      Lorsque dans l'au delà du siècle anéanti,\n      Pour mériter son Dieu, dans l'effroi du mystère,\n      Mon âme râlera sous ta morsure austère,\n      O purificateur de mon cœur repenti!\n                                          E D M . CARTON DE W I A R T .\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                                     DURENDAL                                           103\n\n\n\n\n                     Roche Tarpéienne et Capitole\n\n  L'Arche — Journal d'une Maman,       ■ par       note chrétienne. A preuve ce joli passage\nCAMILLE LEMONNIER.\n                                                   sur les fêtes de Noël et Pâques : « Une\n   Nous ne pouvons que féliciter Camille           Eglise, qui, dans son calendrier, a ces\nLemonnier, cet incomparable artiste de la          deux dates : Noël et Pâques, une Eglise,\nplume, pour son nouveau livre : L'Arche,           qui, en vénérant et magnifiant ces deux\nun vrai chef-d'œuvre ! Nous n'aimons ni            prodigieux mystères de l'amour, réchauffe\nn'approuvons certains de ses livres, à             autour toute la passion d'aimer de l'âme\ncause de leurs tendances par trop natu­            humaine et fait naître les deux jours\nralistes. Mais quel ravissant idéal que            uniques, infiniment tendres, eucharis­\ncelui de L'Arche! Qu'il est aimable, déli­         tiques, où toute querelle s'étouffe dans un\ncieux, azuré, plein de chants d'oiseaux,           universel embrassement, où la famille\nde sourires d'enfants, de fleurs de prin­          ressuscite chez les plus endurcis, où il\ntemps et de ciel bleu, ce charmant Jour-           germe un printemps des cœurs régénérés,\nnal d'une Maman, si naïf, si primesautier,         la petite fleur bleue du besoin de croire\nsi délicatement pensé et si finement écrit.        et d'espérer... une telle Eglise est bien\nIl renferme bien de-ci de-là une idée que          l'Eglise par excellence. J e comprends\nnous ne partagerions pas. Mais, en géné­           qu'il y ait des missionnaires pour aller la\nral, l'esprit en est bon et réconfortant.          porter chez les sauvages. »\nOn y entend parfois même résonner la                                        H.   MŒLLER.\n\n\n\n\n                 MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n     Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n   Léon Bloy a cessé de faire partie de la rédaction du Gil Blas.\n                                               *\n                                          *        *\n  L' Union a inauguré, sous ce titre : « A coups de plume », une galerie de portraits\nqui mériteront, à leur auteur, le premier siège vacant à l'académie du fou rire.\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "104                                    DURENDAL\n\n   Le signataire de ces portraits — X mystérieux — appartient, croyons-nous, à la\nfamille spirituelle de cet animal ainsi décrit par La Fontaine dans la fable :\n   « Certain ours montagnard, ours à demi léché, » à cette différence près, différence\nminime au fond, que l'un travaillait à coups de pavés et que l'autre œuvre à coups\nde plume.\n   X nous apprend, par exemple, dans le numéro du 11 mai, que Camille Lemonnier\n« est un peintre qui est tout en excès et dans qui l'affectation a des reliefs de pose ». Son\nintelligence a — exactement — un million d'étincelles : « Son intelligence a mille\nregards; chaque regard voit des millions d'étincelles ». Et l'œuvre colossalement char­\npentée du maître, « n'est-ce pas d'un passant venu d'un monde extra terrestre devant un\nspectacle qu'il ne comprend pas? » « L'on ne lit pas Camille Lemonnier sans admirer\nla richesse de son ENCRIER; on demeure attristé de la stérilité de son talent hors de pair! »\nEt la conclusion de ces flambants coups de plume : « Lemonnier aurait pu être une\ndate dans l'histoire littéraire de la Belgique. » Dites un fruit sec, puisque vous y êtes.\n   Nous demandons la tête de X.                                                   TH. B.\n                                               *\n                                             * *\n   M. Francis de Monge aspirerait, nous dit-on, au titre de Sarcey belge. (Sous\nréserves.)                                                                         p. D.\n                                             * *\n   Nous recommandons chaleureusement à nos lecteurs, l'album du Vieil Anvers, de\nnotre si sympathique éditeur, M. Lyon-Claesen. C'est un magnifique volume avec\ndix planches hors texte, dont deux en couleur, reproduction d'aquarelles de M. Van\nKuyck, l'artiste anversois bien connu. Le texte historique est de M. Max Rooses,\nle savant conservateur du Musée Plantin.\n    Les lecteurs de Durendal ont pu apprécier, par les soins apportés à cette revue,\n le souci artistique de notre éditeur. Ils ne s'étonneront pas de nous entendre dire\n que l'album du Vieil Anvers est une véritable œuvre d'art.\n    Edition ordinaire, prix : un franc. — Edition de luxe, prix : dix francs.\n                                           *    *\n  Voici quelques nouvelles bibliographiques de nature à intéresser les amis litté­\nraires, nombreux en Belgique, du grand écrivain : Jules Barbey d'Aurevilly.\n  La correspondance sera certainement publiée.\n  Très prochainement paraîtront : Les Poésies et Rhythmes oubliés, le 5e volume de\nCritique de Théâtre, un memorandum de 1836, un autre de 1838.\n  De plus, une dizaine de volumes des Œuvres et des Hommes sont en préparation.\n   Ce monument littéraire, le seul ambitionné par le maître, vaudra certes plus,\npour sa gloire, que tous les granits et tous les bronzes.\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": ""}, {"page_pdf": 131, "texte": ""}]}