{"numero_id": "ulb-durendal-1894-08-n8", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1894-08-n8-001", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 145, "page_fin": 145, "titre_corps": "La Rédaction de Durendal, constituée en comité provisoire", "titre_sommaire": "", "signature_source": "LA RÉDACTION", "ancre_debut": "La Rédaction de Durendal", "ancre_fin": "LA RÉDACTION", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L’ÉCOLE NOUVELLE", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 182, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 186, "fin_caractere_exclue": 541, "texte": "La Rédaction de Durendal, constituée en comité provisoire, a pris\nl'initiative d'un Salon international d'Art chrétien moderne, lequel\ns'ouvrira l'an prochain, à Bruxelles. Ceci afin de prendre date.\n                                                                                           LA RÉDACTION.\n   7 août 1894.\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-08-n8-002", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 145, "page_fin": 149, "titre_corps": "L’École nouvelle", "titre_sommaire": "L’École nouvelle", "signature_source": "POL DEMADE", "ancre_debut": "L’ÉCOLE NOUVELLE", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A propos du Roman et du Théâtre", "segments_controles": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 182, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 541, "fin_caractere_exclue": 2111, "texte": "L'ÉCOLE NOUVELLE\n\n Il vient de se constituer, ici, à Bruxelles, une « Ligue pour la réforme de\n    l'enseignement moyen » et, bien que je ne sois guère partisan des Ligues,\ni'ai donné à celle-ci mon approbation la plus enthousiaste. J'aurais volontiers\nsigné des deux mains (n'était la difficulté que j'éprouve à écrire de la main\ngauche) le manifeste que mes collègues du Comité provisoire ( 1) m'ont soumis\ntout récemment, et auquel j'emprunte le fond même de cet article, l'Ecole\nnouvelle.\n   te Nos études moyennes sont-elles à la hauteur des nécessités de l'heure pré-\nsente ? » se demandent les rédacteurs du manifeste.\n   La question, ainsi posée, recevrait de la plupart des pères de famille une\nréponse assurément négative. Le jeune homme passe au Collège un temps qui\nn'est nullement proportionné au profit qu'il en retire et aux sacrifices, souvent\ndouloureux, que ses parents s'imposent pour lui donner un complément de cul­\nture intellectuelle.\n   Ce complément a longtemps consisté dans l'étude exclusive des langues\ngrecque et latine et des écrivains dont le génie a fait de ces langues, les admi-\nrables instruments de civilisation que l'on sait. Une telle organisation avait\n\n     (1) Le Comité provisoire se compose do MM. Alphonse Degïve, directeur de l'Ecole de médecine vétérinaire de Cure^heni\net président de l'Académie de médecine; Gustave Meyer, docteur en philosophie et en droit, Liége; Eugène Monseur, pro­\nfesseur à l'Université de Bruxelles; Maurice Wilmotte, professeur à l'Université de Liége; Pol Demade, docteur en médecine,\nBruxelles.\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "146                                DURENDAL\n\nsa raison d'être en un temps où une infime minorité de citoyens possédait une\ninstruction plus étendue que celle de l'école primaire. A notre époque, elle ne\nrépond plus aux aspirations générales d'une foule d'esprits moyens, que les\ntâches pratiques attendent au sortir du Collège et qui cherchent en vain dans\nles leçons de celui-ci un aliment intellectuel en rapport avec leurs besoins orga-\nniques et leur véritable destination.\n   Ces esprits réclament d'autres satisfactions et, comme le Collège ne peut les\nleur offrir, ils gardent pendant toute leur vie la fâcheuse empreinte de l'inachevé\net de l'incertain. C'est parmi eux que se recrutent surtout les mécontents et les\ndéclassés, dont le nombre sans cesse croissant constitue aujourd'hui un péril\nsocial.\n   Des réformes plus apparentes que réelles ont été tentées déjà en France et\nen Allemagne. Mais la base des études secondaires est restée gréco-latine et\nles innovations auxquelles on n'a pu se refuser n'ont réussi qu'à masquer\nles imperfections du cadre traditionnel de ces études. C'est ce cadre qu'il\nfaut rompre, sous peine de perpétuel' le malaise moral dont nous souffrons\ntous. Il convient que les études moyennes soient modernes dans leur\nessence, que la langue maternelle en constitue le fondement, que\nles sciences naturelles et les mathématiques y soient enseignées dans\nun esprit à la fois plus large et plus soutenu. A notre avis, d'ailleurs,\nl'étude du latin serait beaucoup plus sérieuse si elle était abordée plus tard\nqu'aujourd'hui et seulement par un petit groupe de jeunes gens à l'esprit\nplus formé et chez lesquels se dessinent déjà des vocations pour certaines\n hautes études.\n   Voilà quelques-unes des considérations dont se sont inspirés les signataires\nde ce manifeste. Ils s'adressent à toutes les bonnes volontés, aux hommes\nd'enseignement comme aux simples pères de famille et ils les prient, sans\ndistinction de parti, de leur apporter l'appoint si nécessaire de leur savoir\nprofessionnel et de leur expérience intime. Ils s'adressent même aux adver-\nsaires de la réforme qu'ils préconisent, car ils espèrent qu'en les éclairant sur\nson opportunité, ils les rallieront peu à peu à leurs projets, qu'en tout cas ils\nrecevront d'eux, par des discussions courtoises et techniques, de nouveaux\néclaircissements dont bénéficieront leurs vues.\n"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2359, "texte": "                                 DURENDAL                                  147\n\n    Ces vues peuvent se résumer ainsi, tous détails d'application étant d'ailleurs\nréservés :\n    1. Unité complète du Collège jusqu'à la quatrième inclusivement.\n    2. Exclusion du latin et du grec du programme commun des trois années\ninférieures du Collège, au profit de l'enseignement de la langue maternelle\n(français ou flamand), d'une seconde langue (français en paysflamand;flamand\nou allemand en pays wallon), des sciences naturelles et des mathématiques.\n    3. Rôle éducateur réservé exclusivement à la langue maternelle.\n    4. Création de Collèges modernes où serait appliqué notre programme d'en-\nseignement.\n    Un programme analogue, inspiré des idées déjà anciennes de M. Proost,\navait été présenté à la « Société scientifique de Bruxelles », en avril dernier,\npar M. Degive, président de l'Académie de médecine.\n    Ce programme vise la suppression des classes dites professionnelles, où l'on\n envoie trop souvent des jeunes gens qui sont incapablesdefaire leurs humanités.\nLes trois premières années d'humanités seraient communes; on se bornerait à\ny enseigner, dans leurs premiers éléments, le français, le flamand, l'anglais,\n l'arithmétique, la géographie et les sciences d'observation.\n    Au sortir de la quatrième, bifurcation des études. Les jeunes gens désireux\n de faire des études littéraires entreprendraient l'étude du latin et du grec ; les\n autres approfondiraient l'étude des sciences naturelles, des langues modernes et\n des mathématiques. Tous seraient obligés de parler et surtout d'écrire facile-\n ment et correctement leur langue maternelle.\n    La réalisation de ce programme offrirait plusieurs avantages précieux et\n incontestables, notamment ceux-ci :\n     1° De diminuer le nombre des déclassés, lesquels grossissent chaque jour les\n rangs des révoltés et. des anarchistes, parce que l'instruction de luxe qu'ils\n ont reçue les laisse désarmés dans la lutte pour l'existence ;\n    20 De permettre aux vocations de se dessiner, à un âge où les facultés intel-\n lectuelles sont suffisamment développées ;\n    3° D'initier tout le monde aux principes des sciences naturelles, sciences\n d'une utilité primordiale, puisque, comme l'a dit M. Proost, elles nous\n apprennent à connaître et nous enseignent à vaincre les éléments et les forces\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "148                                                 DURENDAL\n\n\ndestructives de la nature, contre lesquelles notre existence n'est qu'une lutte\nperpétuelle.\n   Je ne vois pas quelle fin de non recevoir on pourrait opposer à ces desiderata.\nNotre enseignement moyen, ne craignons pas de l'avouer, est en-dessous de\ntout; il est en retard de plusieurs siècles sur le progrès; coûte que coûte, une\nréforme est urgente, indispensable, et voilà le but de la Ligue.\n   Assurément, cette réforme rencontrera quelques oppositions. Il sévit ici\nendémiquementce qu'on pourrait appeler : le mal archéologique. Tout Belge est\nconservateur de quelque chose, celui-ci d'une vieille assiette, celui-là d'une\nvieille conception politique, si bien que chez nous, nouveauté et progrès sont\nconfondus dans un même anathème. A ce sentiment, ou plutôt à ce ressen-\ntiment, s'ajoute, chez beaucoup de catholiques, hélas! comme une sorte de\ncrainte du progrès; de sorte que nous, auxquels il a été dit : La vérité vous\ndélivrera, nous assistons à ce confondant spectacle, donné par quelques-uns\nde nos frères et qui est vraiment un beau sujet d'allégorie : Les prisonniers de\nl'Erreur refusant de se laisser délivrer par la Vérité.\n   C'est une erreur et une faute. « L'inertie des catholiques à se défendre\njusqu'ici sur le terrain des sciences naturelles, où l'irréligion les attaque\net les provoque de toutes parts, est l'une des causes principales des défail-\n lances nombreuses et des défections que l'on signale chaque jour parmi\nnous, écrivait M. Proost, en 1879. Il n'est que temps, concluait l'éminent\nprofesseur de Louvain, d'accepter franchement LA LUTTE SUR LE TERRAIN\nMODERNE » (1).\n   On vous propose aujourd'hui, lecteurs, de vous liguer, en dehors de tout\nesprit de parti, pour étudier, discuter et faire triompher une réforme de\nl'enseignement moyen, réforme conçue dans un sens de modernité et de progrès.\nCe serait, à mon humble avis, une maladresse que de faire défaut. Le progrès\nest fatal, or, je soutiens qu'il vaut mieux qu'il se fasse avec nous que malgré\nnous, c'est-à-dire contre nous; sans compter que ce serait une erreur de refuser\nla main qui nous est loyalement tendue par nos adversaires.\n   Je suis convaincu que les abonnés de Durendal se feront un devoir et un\nhonneur de s'inscrire dans la Ligue. Dans la liste des adhérents de la pre-\n   (1) La Philosophie naturelle en Angleterre, p. 27.\n"}, {"page_pdf": 186, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 835, "texte": "                                                    DURENDAL                                                          149\n\nmière heure, je suis heureux de voir figurer les noms de plusieurs des nôtres :\nMgr C. DE HARLEZ, professeur à l'Université de Louvain (1); A. PROOST,\nprofesseur à l'Université de Louvain; H. CARTON DE WIART, avocat, direc-\nteur de /'Avenir social, Bruxelles.\n   La compagnie est bonne. On vous attend, amis lecteurs.\n                                                                                               POL DEMADE.\n   P. S. — La Ligue publiera un bulletin consacré à l'étude des questions\nd'enseignement moyen. Ce bulletin sera servi à tous les adhérents, dont la coti-\nsation est fixée à trois francs. — On peut s'inscrire rue Albert de Latour, 14,\nBruxelles. Il suffit d'envoyer son nom.\n\n\n\n\n        "}, {"page_pdf": 186, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 1565, "fin_caractere_exclue": 1731, "texte": "\n    (1) Mgr de Harlez, favorable tout au moins au principe de la Réforme, souhaiterait certaines modifications un peu diffé­\nrentes du programme actuel de la Ligue.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-08-n8-003", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 151, "page_fin": 151, "titre_corps": "Une lettre de Monseigneur Ireland", "titre_sommaire": "Lettre à propos du roman et du théâtre", "signature_source": "JOHN IRELAND", "ancre_debut": "Saint-Paul, le 29 juin 1894", "ancre_fin": "JOHN IRELAND", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A côté de l’avis d’un Prince", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 188, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 266, "fin_caractere_exclue": 1953, "texte": "Saint-Paul, le 29 juin 1894.\n                        Mon cher monsieur,\n   Je vous remercie de la lettre dont vous m'avez honoré à propos du\nrecueil de quelques-uns de mes discours, que M. l'abbé Klein vient\nde donner au public français. C'est pour moi un plaisir et un encoura­\ngement de savoir que des hommes dont je dois respecter le jugement\napprouvent mes paroles.\n   C'est une de mes convictions les plus profondes que les enfants de\nla vérité travaillent la plupart du temps en vain, parce qu'ils se\ntiennent éloignés de ceux qu'ils voudraient gagner : ils vivent dans le\npassé plutôt que dans le présent, dans l'air plutôt que sur la terre.\n   Vous avez raison de dire que nous devrions nous saisir de toutes les\narmes possibles dans notre sainte guerre et occuper toutes les avenues\nmenant à l'esprit et au cœur de nos contemporains. Pourquoi ne nous\nservirions-nous pas du roman et du théâtre? Il y a des millions\nd'hommes qui ne connaissent que le roman et le théâtre, et si nous vou­\nlons qu'ils nous écoutent, il faut bien que nous allions à leur rencontre.\n   Les gens de lettres peuvent faire un bien immense à l'Eglise. Le\nmonde n'écoute guère qu'eux, aujourd'hui : ils sont les rois de la pensée.\n   Priant Dieu de vous bénir et de vous offrir mille occasions de tra­\nvailler pour Lui, je suis, cher monsieur,\n                                                     Votre serviteur,\n                                                 JOHN I R E L A N D ,\n                                                                                      Archevêque de Saint-Paul.\n                                                             *\n                                        * *\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-08-n8-004", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 152, "page_fin": 152, "titre_corps": "L’Opinion de Jules Barbey d’Aurevilly", "titre_sommaire": "Les Catholiques et l’Art (inédit)", "signature_source": "JULES BARBEY D’AUREVILLY", "ancre_debut": "Je trouve très impertinent", "ancre_fin": "JULES BARBEY D’AUREVILLY", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 189, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 340, "fin_caractere_exclue": 1390, "texte": "« ... Je trouve très impertinent pour nous autres, catholiques, que\nles Drôles de l'incrédulité aient la prétention d'être les seuls qui\npuissent écrire des livres d'imagination et de sentiment intéressants, et\nce livre, très catholique, sera une réponse aux incroyables préten­\ntions de ces messieurs. Notre mère l'Eglise est insultée de toutes les\nmanières, et il ne faut pas que les artistes, d'aucun degré et d'aucun\ngenre, acceptent pour elle l'injure qu'on lui jette. Ils ont à prouver\nqu'ils peuvent faire ce que peuvent faire les ennemis; être spirituels,\nintéressants, pathétiques, forts sur la passion humaine, et catholiques\ntoujours, par-dessus le marché! Est-ce que le grand Calderon de la\nBarca, l'un des plus grands artistes qui aient jamais existé, n'a pas\ntrouvé dans le catholicisme des sujets de drame et des ressources de\npassion supérieurs à tout ce que Shakespeare lui-même a mis en\nscène, avec son prodigieux génie et son impie sérénité d'observateur? »\n\n                                          J U L E S BARBEY D'AUREVILLY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-08-n8-005", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 153, "page_fin": 156, "titre_corps": "Terrien", "titre_sommaire": "Terrien", "signature_source": "GEORGES VIRRÈS", "ancre_debut": "TERRIEN", "ancre_fin": "GEORGES VIRRÈS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "GENIE ET FOLIE", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 190, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 113, "fin_caractere_exclue": 1999, "texte": "TERRIEN\n                                                             A   Pol.   DEMADE\n\n\n\nCE         terrien était un grand vieillard. D'épais sourcils broussail­\n            leux et grisonnants soulignaient de traits énergiques un\n            front large couronné de cheveux presque blancs. Ses veux\n            bleus avaient des luisances d'acier au soleil, sa bouche\n            — dont la ligne arquait — dénonçait un caractère tenace,\net le nez aux narines serrées coupant vigoureusement le visage donnait\nà sa physionomie un caractère de résolution implacable. Sur la face\nentière, la terre, la maîtresse de ce robuste, avait mis la patine de sa\nteinte. Nulle autre couleur ne vivifiait cette tête sèche, mais virile.\n   A la tombée du jour, lorsqu'il s'en retournait des pénibles labeurs,\net que déjà la nigride nuit effaçait les ultimes clartés au couchant, sa\nhaute stature remuait l'ombre fuligineuse éparse sur les champs, et\nson pas pesant s'enfonçait dans les terreaux asservis à sa vigueur. Il\ntraversait serein les plaines immenses et, tel un conquérant glorieux,\nil revenait fier du bon combat livré dans la solennité des campagnes\nendormies.\n  Ainsi s'écoulaient les jours, en longs hersages dans les terres embla­\nvées, jachérant vaillamment dans les grasses alluvions, produisant\ntoujours une ouvrée superbe sous les midis ardents ou les automnes\ndéjà frileux.\n   U n soir, il rentra plus fatigué que de coutume. L'averse avait cinglé\nl'air toute la relevée, et le pacant, raillant les autres ouvriers qui s'en­\nfuyaient sous ce déluge, avait bravement travaillé malgré la pluie\nincessante. A présent, il était pris de frissons. Sa fille, la seule enfant\nqu'il avait eue de sa femme, morte en lui donnant le jour, le ques­\ntionna anxieusement. Il haussa ses larges épaules. B a h ! demain il n'y\nparaîtrait plus. L e jour suivant, une pleurésie se déclara et, pendant\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1932, "texte": "154                              DURENDAL\n\n\nde longues semaines, la maladie étreignit cruellement le rude glébéien.\n   Lorsqu'il fut hors de danger, ses forces ne revinrent pas. L e travail,\nqui l'avait connu si vigoureux et si ardent, lui répugnait maintenant.\nU n e phthisie lente, mais sûre, minait cette constitution de lutteur.\n   Alors vint la misère. Les heures noires aux pensées lugubres, à la\nfaim tenaillante.\n   Un matin, sa fille lui remit de l'argent. Economies amassées jadis,\nlui dit-elle, et qu'il fallait se résigner à entamer aujourd'hui. L'épargne\nétait considérable, et ils vécurent des mois meilleurs.\n\n   Terrifié, le père s'était affaissé sur un banc.\n   Enceinte! Sa fille! Enceinte! et des sanglots secouaient son grand\ncorps amaigri.\n   L'argent mis de côté, c'était la monnaie dont on payait l'usage de\nsa chair! Un infâme, rôdant autour de leur gêne, avait escompté\nleur détresse!\n   Effrayant, le poing levé, il marcha vers sa fille. Celle-ci m u r m u r a ,\nblémissante : J'avais faim. L a main s'abattit impitoyable. P u i s , sai­\nsissant l'enfant, le plébéien la poussa vers la porte. Sa bouche eut un\nqualificatif d'infamie.\n\n   Hâve, guenilleux, ayant le ventre et l'esprit vides, le père est assis\ndans sa miséreuse chaumine.\n   Au dehors tout est joie. L e village, en cette dominicale journée,\nfête l'annuelle jkermesse, et les gars farauds ayant au bras leurs pro­\nmises rougeaudes coquettement attifées, et les enfants un peu raides\ndans leurs habits des dimanches, et tous les vieux rompus aux durs\ntravaux avec leurs compagnes des jours laborieux, la petite tête ridée\ndans la blancheur des béguins, se hâtent vers la place où les échoppes\net carrousels, tantôt les bals, montrent la splendeur de la fête.\n   Farouche, le regard fou, à larges enjambées avec des gestes d'écart,\nle terrien traverse la foule en liesse, et, comme poussé par une invin­\ncible puissance, il marche, il marche.\n"}, {"page_pdf": 192, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2060, "texte": "                                  DURENDAL                                   155\n\n   L e voilà à l'entrée du village ; a b a n d o n n a n t la grande route qui\ndéroule ses spirales blanches vers la colline prochaine, il traverse les\nprés étoiles de fleurettes, il foule l'herbe qui devient plus sombre.\n   E t voici la rivière.\n   Il s'arrête, son regard fixe l'eau prismatique en laquelle un autre\nlui-même se reflète, l'appelle, l'incitant à une tombée finale et très\ndouce, en l'oubli des jours mauvais. Son regard immobile scrute l'onde\ncharmeresse, et lentement s'incline sa tête fatiguée.\n   B r u s q u e m e n t traversant le ciel de sa résonnance claire, la cloche de\nl'église voisine épand par l'air vespéral ses vibrations de piété, rappe­\nlant aux campagnes religieuses la salutation de l'ange à Marie.\nEvocateur des jours anciens, le son symbolique pénètre l'âme du\npaysan avec tout un rappel de choses d'autrefois. U n mariage dans\nl'église rustique, plus tard un baptême, hélas ! et parmi les temps très\nloin, une initiation aux joies supra-terrestres, un jour de blancheur\nvirginale et de prime réception divine. Il revécut en un instant son\nexistence, et l'idée s'arrêta là-bas, dans le petit temple avec son grand\nChrist sanguinolent, qui refuserait de recevoir un corps dont l'âme\nserait m a u d i t e .\n  Il ferma les yeux, ne voulant plus subir l'attirance fatale de l'eau,\npourprée maintenant par l'embrasement du soleil couchant. Il eut un\nsubit recul, et, de nouveau, il marcha.\n  Il marcha, traversant les plaines et les routes, gravissant les montées\nardues en une course folle, passant au milieu des terrains en friche et\ndes bois assombris.\n  Il marcha, comme inconscient de lui-même, par la nuit...\n  Perçant la voûte du ciel de points lumineux, les étoiles flambaient\nà présent dans le soir bleu, et la lune gravissait majestueusement son\norbe entre ses pâles nimbes.\n\n   L e paysan marche.\n  T o u t à coup ses jambes vacillent, un éblouissement fulgure dans\nses yeux agrandis, et il tombe, le visage en avant, le front portant\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 626, "texte": "156                            DURENDAL\n\n\nviolemment sur une pierre pointue qui gisait là au milieu d'un chemin.\n   Son corps immense étend une tache sombre sur la route sinueuse,\net son visage ensanglanté miroite sous les froids rayons de la lune.\n   L e terrien remue, ses yeux s'ouvrent. Il sent une torpeur douce et\nlasse l'envahir, comme un sommeil aux étreintes ineffables.\n   Son bras se lève, et portant la main vers le front : Au nom du Père,\ndit-il, et...\n   Mais la mort arrêta le geste.\n                                                          GEORGES          VIRRÈS.\n  Tongres, juin 1894.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-08-n8-006", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 156, "page_fin": 160, "titre_corps": "Génie et Folie", "titre_sommaire": "", "signature_source": "HENRY MŒLLER", "ancre_debut": "GENIE ET FOLIE", "ancre_fin": "HENRY MŒLLER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 193, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 626, "fin_caractere_exclue": 1730, "texte": "GENIE ET                 FOLIE\n                                            L'Hommc médiocre a horreur des saints et des\n                                          hommes de génie. ]! les trouve exagérés.\n                                                                              E. HELLO.\n\n                 L'HOMME de   génie est un fou! L e génie, c'est la folie!\n                   Tel est le cri du cœur (à supposer qu'il en ait un)\n                   de l'homme médiocre.\n                      On devrait hausser les épaules en entendant de\n                   telles énormités et ne répondre que par le silence du\n                   mépris. Mais comment ne pas s'indigner! comment\ndompter sa colère! comment réprimer ses nerfs! à la vue d'un crétin\ncrachant à la face de ce roi de l'intelligence, qu'on appelle l'homme de\ngénie, devant lequel tous les peuples se sont agenouillés avec respect,\nque tous les siècles ont glorifié, dont on a de tout temps conservé\nles œuvres, avec la vénération dont le croyant entoure les reliques\ndes saints et qu'il témoigne au ciboire d'or qui contient son Dieu.\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2250, "texte": "                               DURENDAL                              157\n\n   Les génies sont la plus pure gloire dû genre humain, dont ils\nincarnent l'idéal en leur haute personnalité. L e génie, c'est l'esprit\nhumain à sa plus haute puissance. C'est l'homme idéal. J'allais dire,\nc'est l'homme divinisé.\n   L e vrai génie est complet. A une intelligence supérieure, il unit un\ncœur d'ange et une âme d'élite. E t on le traite de fou !\n   Il y a, dans l'homme de génie, des choses étranges, sans doute. Il\nest souvent original dans ses façons d'agir, comme il l'est dans ses\nfaçons de penser. Quoi d'étonnant ! Il est en dehors de la norme ordi­\nnaire. Il est tout naturel qu'il n'agisse pas d'une manière ordinaire.\nVivant plus par l'esprit que par le corps, il m a n q u e généralement de\nsens pratique. Il est gauche et maladroit dans sa manière d'envisager\nla vie extérieure, à laquelle il ne comprend rien, dont il fait peu de\ncas, du reste, la considérant comme une chose accessoire. Il est perdu\ndans ses hautes contemplations. Aux altitudes où son esprit plane, on\nn'aperçoit plus les platitudes de la vie bourgeoise. Pourvu qu'on le\nlaisse vaquer à ses pensées, il ne s'inquiète pas des misères de la vie.\nIl préfère les subir que de renoncer aux rêves d'idéal qui le hantent.\nCe que les hommes considèrent comme l'essentiel, il le méprise. T o u t e\nsa vie est concentrée dans sa pensée. T o u t e son âme est dans son\ncerveau. Il ne vit que par l'idée.\n   Sans doute ses maladresses peuvent prêter au sourire. Mais de là à\ndire qu'il est fou, il y a un abîme.\n   On argue que les hommes de génie sont fous de ce qu'ils sont portés\nà la mélancolie. A ce compte là tous les saints étaient des fous! L a\nphysionomie des saints, au milieu de leurs plus divines extases,\nconserve un air triste et voilé. Mettant leur idéal dans les cieux, il\nleur était dur de vivre sur terre. Les brutalités de la vie les en dégoû­\ntaient. Ils aspiraient à secouer leurs chaînes terrestres pour s'envoler\nvers les sphères lumineuses des cieux. Ils soupiraient après la beauté\ninfinie et sans voile. Les beautés de la terre, obscurcies par tant de\nvilenies, entourées de tant de fumier, devaient froisser leur sens divin.\n  Ainsi en est-il de l'homme de génie.\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2264, "texte": "158                             DURENDAL\n\n\n   L a terre est-elle donc si belle, le spectacle du monde est-il donc si\nréjouissant, les hommes avec leurs passions, leurs bassesses et leurs\nvices, sont-ils donc si attrayants, pour que l'on ait perpétuellement le\nsourire sur les lèvres? Il est impossible qu'un homme d'esprit ne soit\npas imprégné de tristesse en assistant aux scènes écœurantes qui se\ndéroulent sur le théâtre du monde.\n   Voilà le secret de la tristesse mélancolieuse du génie. Il ne sent\nd'attrait que pour l'idéal, son âme ne vibre que pour lui, tout son\nêtre y aspire, il voudrait tout idéaliser, et, s'il jette un regard sur le\nmonde, il ne rencontre partout que le contrepied de ce qu'il aime. Il\nest tout esprit! et le monde est tout matière; il n'est que pensée! et le\nmonde ne pense p a s ; il est tout affection! et le monde est sans cœur;\nil n'est que poésie! et le monde est brutal.\n  Enfin, la mélancolie du génie a une autre source, et c'est son\nimpuissance radicale à réaliser entièrement l'idéal rêvé. Quelque\nparfait que soit son chef-d'œuvre, il est toujours en deça de son idée.\nJamais l'artiste n'arrive à donner, à l'expression matérielle de sa\npensée, la splendeur qu'elle a dans son cerveau.\n   L a vie de l'artiste n'est qu'un long et douloureux chemin de croix !\nSans doute, elle a ses rayons de soleil : les heures sublimes de l'inspi­\nration. Mais combien vite ils s'évanouissent sous les gros et sombres\nnuages du découragement, du désespoir et d'un anéantissement à la\nfois physique et moral.\n   L a conception de l'idée géniale, dont l'incarnation va révéler l'ar­\ntiste, est l'affaire d'un instant, rapide comme l'éclair. T o u t d'un coup,\nsouvent au moment où il y pensait le moins, parfois seulement après\nde longues et laborieuses années d'études, de méditations et de tâton­\nnements, voilà qu'inspiré, soit par un spectacle suggestif de la nature,\nsoit par la vue d'un chef-d'œuvre, soit par un simple regard intérieur,\nl'idéal lui apparaît tout rutilant de magnificence. Quel tressaillement\nde joie, quelle ivresse et quelle volupté pour l'âme de l'artiste! C'est\nle paradis! Il vient de voir son dieu face à face dans le ciel étoile de\nson rêve. Fiévreusement, il saisit l'outil. Il a hâte d'incruster sa pensée\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2278, "texte": "                               DURENDAL                              159\n\ndans la matière. De peur qu'elle ne lui échappe, il travaille jours et\nnuits, sans trêves ni cesses, jusqu'à ce qu'épuisé, surmené, abîmé, il\ntombe de lassitude. Contraint par les limites des forces humaines,\nsi peu proportionnées hélas ! à l'énergie psychique de l'artiste,\nil interrompt l'exécution de son œuvre. Quoiqu'inachevée, elle lui\nparaît bonne, il la contemple d'un œil satisfait. Il s'abandonne au\nrepos, bercé par l'espoir d'arriver à créer un chef-d'œuvre. Mais il a\ncompté sans le travail mystérieux et inconscient du cerveau durant le\nsommeil. L'objet de son rêve, à l'état de veille, devient l'objet de son\nrêve, durant le sommeil. L'idéal, entrevu au moment de l'inspiration,\ns'épanouit toujours, s'embellit et s'agrandit sans cesse dans le cerveau\nde l'artiste. Il finit par atteindre des proportions tellement grandioses\nqu'elles sont irréalisables pour une faible créature humaine. C'est ici\nque commence l'agonie de l'artiste.\n   Quel n'est pas son désespoir quand, au réveil, se retrouvant en tête-\nà-tête avec son œuvre, il la trouve mauvaise. Chaque regard jeté sur\nl'ébauche de la veille est un coup de poignard pour lui. Plus il la\ncontemple, plus il la trouve imparfaite. Il ne lui voit plus que des\ndéfauts. Il finit par la haïr et par maudire son impuissance. L'exécu­\ntion ne rend pas du tout l'idéal de beauté entrevu dans son rêve.\n   Que d'artistes, sous l'influence de cette première et terrible décep­\ntion, ont déchiré la toile, saccagé l'argile, brûlé le chef-d'œuvre! Les\nforts recommencent. Mais quelle dose de courage et quelle puissance\nde tempérament il leur faut, et quelle succession ininterrompue de\nnouvelles et cruelles déceptions ils se préparent. Et surtout, quel ter­\nrible et affreux moment que celui où ils ont tellement travaillé et\nretravaillé, touché et retouché leur œuvre, qu'il n'y a plus moyen d'y\najouter un seul trait, et qu'ils se voient contraints de la livrer telle\nqu'elle est, c'est-à-dire réalisant moins que jamais, pour eux du\nmoins, l'idéal rêvé. Aucune parole humaine ne peut rendre dans\nson angoissante et poignante réalité l'intensité de ce tourment de\nl'artiste.\n   Le bourgeois imbécile, qui ne comprend rien à la souffrance du\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2008, "texte": "160                            DURENDAL\n\n\ngénie, l'insulte, lui crache son mépris au visage, le traite ironiquement\nde poète ou de fou, ce qui est tout un pour lui.\n   Nous saluons avec enthousiasme cette glorieuse victime. Alors\nmême que l'artiste succomberait, dans sa lutte avec l'ange, dans son\nduel avec l'idéal, et que, surmené par un surcroît de labeur cérébral,\nil tomberait réellement dans la folie, nous nous inclinerions avec res­\npect devant cette grande et noble ruine. Il tombe sur le champ de\nl'honneur. C'est pour la conquête de l'idéal que, mentalement, il meurt.\nC'est là une mort glorieuse entre toutes. N'eut-il laissé qu'un seul\nchef-d'œuvre, sa vie a été plus longue, en valeur, que celle de cent\nmille bourgeois qui ont passé la leur dans l'abondance des richesses\ncorporelles, d'une part, et dans l'exubérance de la médiocrité intellec­\ntuelle, d'autre part. Il a assez vécu, puisqu'il a enfanté un chef-\nd'œuvre. Qui aurait le front d'insulter le martyr qui sacrifie à l'idéal\nde son âme la vie de son corps ? L'artiste broyé par le travail est un\nmartyr aussi. Il immole, sur l'autel de l'idéal, ce qu'il a de plus pré­\ncieux : la vie de l'esprit. C'est le plus beau et le plus héroïque de tous\nles sacrifices.\n   O fous sublimes, que ces grands artistes ! Plutôt que de renoncer à\nl'idéal, ils ont préféré se vouer à la plus cruelle de toutes les morts,\ncelle de l'intelligence. L'œuvre géniale leur a coûté la vie, mais ils ont\nconquis l'immortalité. Ils seront, durant tous les siècles à venir, l'objet\ndu culte enthousiaste et de la reconnaissance éternelle de tous les\nesprits d'élite, dont leur chef-d'œuvre sera comme l'aliment eucharis­\ntique, le pain de vie, la source qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle.\nC'est une ample et glorieuse compensation à l'aveugle et odieux\nmépris, dont ils ont été abreuvés, durant leur vie et souvent même\njusque par-delà la tombe, par le rebut du genre humain.\n                                              L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-08-n8-007", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 161, "page_fin": 162, "titre_corps": "Trouvailles d’un pêcheur de perles", "titre_sommaire": "Trouvailles d’un pêcheur de perles", "signature_source": "PALSAC", "ancre_debut": "Trouvailles d’un pêcheur de perles", "ancre_fin": "PALSAC", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MIROIR D’ART ET DE LITTÉRATURE", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 198, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 117, "fin_caractere_exclue": 2123, "texte": "Trouvailles d'un pêcheur de perles\n           Le rythme et le dessin sont venus de l'aurore :\n           Quelques bambous tressés en Chine, au bord des champs,\n           Furent l'œuf d'où sortit la pagode d'Ellore.\n                                                                      T. I, p. 121.\n\n           L'ardent soleil de l'Art en sa fleur de granit.\n                                                                     T. I, p . 122.\n\n\n                  Liberté, liberté féconde,\n                  Prends ton arc au puissant soleil;\n                  Viens! et fais refleurir le monde\n                  Sous le feu de ton dard vermeil.\n                                                                   T. i n , p. 106.\n\n                                          ... Tu la cloues\n           Au pilori honteux d'où son cœur palpitant\n           Ne pourra fuir les coups de ton rire insultant.\n                                                                      T. V, p. 98.\n\nEnfin ! pour le bouquet :\n                            LA PEUR DES ARMES A FEU\n\n           Sur son mol oreiller l'enfant gisait malade.\n           Debout contre un fauteuil, grave et l'œil attentif,\n           Arlequin contemplait son petit camarade\n           Près du joyeux tambour devenu tout craintif.\n\n           On sonne; l'escalier craque. — Augure maussade!\n           C'est le docteur. — Un sphinx est moins dubitatif...\n           Bref, il part; et tout bas, comme à la cantonnade,\n           Pour rassurer la mère, ordonne... un laxatif.\n\n           Quand l'enfant s'aperçut qu'on tendait... à la cible,\n           Pâlissant tout à coup d'une horreur indicible,\n           Il repoussa... l'objet dont il s'était saisi :\n\n            « Vois-tu, mère! Bébé veut bien qu'on le bassine;\n            » Mais, s'il lui faut encor prendre ta médecine,\n            » Pas... sans la regarder;.pas avec... ton fusil! »\n                                           JULES ADRASSART. Poésies : La Vu aimante. T. V, p. I 5 I .\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 492, "texte": "162                                   DURENDAL\n\n   L'auteur est certifié artiste, poète, législateur, virtuose lyrique, maître en vers et\nchef d'Ecole désormais de la métrique musicale dans la poésie française. Le certificat est\nsigné (battez tambours, canons tonnez) : Ferdinand Loise, de l'Académie de\nBelgique. Voilà une traite tirée sur la gloire et que la gloire laissera sans aucun\ndoute protester !                                                           PALSAC.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-08-n8-008", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 162, "page_fin": 164, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature", "titre_sommaire": "Miroir d'Art et de Littérature (Propos des Douze Pairs autour de la Table ronde)", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "« marche à grands pas vers les demeures intimes du palais dont elle a déjà franchi le seuil. »", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 199, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 492, "fin_caractere_exclue": 2390, "texte": "MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n      Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n  Nous avons à enregistrer la mort — douloureuse pour les lettres — du poète\nathée Leconte de Lisle. Quand donc aurons-nous à enregistrer la naissance\n— joyeuse, certes oui, — du vrai poète catholique qui nous manque toujours, que\nVictor Hugo promettait, que Lamartine faillit être, que fut le Verlaine de Sagesse.\nQuand ?\n                                     * ' *\n   Le peintre Cogen a rapporté de Rome un très beau portrait de Léon XIII.\nNos lecteurs connaissent, de Lembach, un Léon XIII fantastique, une âme à peine\nrevêtu de chair; et un autre, de Chartran, somptueux, presque théâtral. Cogen a\nréalisé le Pape tel qu'il est, celui que Séverine décrivait ainsi :\n   « Très pâle, très droit, très mince, à peine accessible au regard, tant il reste peu\nde matière terrestre en cette gaîne de drap blanc. Une bonté attendrie est tapie dans\nla moue de ses lèvres et se dénonce seulement dans le sourire. Le nez long, solide,\nrévèle la volonté, une volonté inflexible, qui sait attendre. Taille svelte, aussi\naltière que le pin qui se silhouette en i sur le ciel bleu du blason des Pecci. »\n   Remarque bizarre et qu'on a faite déjà, à propos de saint Vincent de Paul et du\ncuré d'Ars, sans ce sourire de la charité qui fleurit sur ses lèvres, Léon XIII\nressemblerait étonnamment... à Voltaire.\n   « Dieu, qui se joue de tout et qui veut nous montrer que toute apparence est\n vaine, a mis le cœur de son meilleur ami derrière les traits de son ennemi le plus\nimplacable. »                                                                P. D.\n                                            *\n                                           * *\n   Nos lecteurs se souviennent d'une page, publiée ici même, par André Hallays,\n sur la Musique d'église. En même temps que paraissait cet article, la Sacrée Congre-\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2738, "texte": "                                       DURENDAL                                       163\n\ngation des Rites publiait un reglement sur la musique sacrée, dans lequel on lisait,\nentre autres choses, ceci :\n   Article 9. — Est absolument défendue dans l'église, toute musique profane, surtout si\nelle s'inspire de motifs et de réminiscences de théâtre.\n   Tout ce règlement est à lire. Nous espérons que MM. les membres du clergé\ntiendront note des ordonnances pontificales.\n                                               *\n                                             * *\n   Sujet de style proposé aux élèves de rhétorique (dernier concours général).\n   « La générosité d'argent est facile : il n'y a qu'à être riche pour en avoir, mais c'est\ncelle qui ne coûte pas un sou, la générosité de l'âme, qui est estimable. »\n   Le Patriote demande le nom de l'auteur; nous demandons sa tête, à supposer que\nl'auteur d'une pareille énormité ait une tête.\n                                               *\n                                             * *\n   Jolie boutade de Maurice Dewulf, cueillie dans la Revue néo-scolastique :\n   « Pour certains auditeurs, la musique n'est pas de l'art, mais un voluptueux\nexcitant. Ainsi, on rencontre des personnes qui, au dessert, éprouvent le besoin\nd'entendre un morceau de musique pour se faciliter la digestion. »\n   « Dans les dîners d'hommes, lit-on dans le Journal des Goncourt, il y a une\ntendance à parler de l'immortalité de l'âme au dessert. » Est-ce pour une raison\nanalogue? Nous demandons une réponse philosophique, néo-scolastique ou autre.\n                                               *\n                                             * *\n   M. C. Lemonnier nous a cruellement fait expier, lors de l'inauguration du monu­\nment de Ch. Decoster, le beau discours qu'il prononça cet hiver pour G. Eekhoud.\nLes symbolistes présents auront rencontré là matière à allégorie, par exemple :\n« L'Obscurité haranguant la Lumière ! » Heureux Decoster qui n'entendait pas.\n                                               *\n                                             * *\n   A R..., qui nous mande ce qu'il faut faire pour devenir académicien.\n   Il faut lire l'Almanach royal.\n   « L'académie — y est-il dit — est divisée en trois classes. La première classe...\nLa deuxième classe (celle des lettres)... La troisième classe... Chaque classe est\ncomposée de trente membres. Elle compte, en outre (ne pas lire en outres), dix\ncorrespondants régnicoles (prononcez suivant Littré : règh-ni-ko-l').\n   Pour devenir membre, il faut être Belge ou naturalisé Belge, d'un caractère\nhonorable et auteur d'un ouvrage important relatif aux travaux de la classe. »\n   Récapitulons :\n    1° Belge ou naturalisé Belge.\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2808, "texte": "164                                  DURENDAL\n\n   2° D'un caractère honorable. — Voilà qui devient moins précis. Pour en savoir\nplus long, ouvrez votre dictionnaire. Honorable : qui mérite d'être honoré. Honorer :\nrendre honneur. Honneur : estime glorieuse. J'espère que c'est clair. Passons.\n   3 0 Auteur d'un ouvrage important relatif aux travaux de la classe.\n   Ouvrage important. — Servons-nous, pour l'explication de ce nouveau mystère,\nde la méthode qui vient de nous réussir si admirablement ci-dessus.\n   Important : qui importe. Importer : avoir de l'importance. Importance : état de\nce qui importe. A la bonne heure! C'est franc, au moins.\n   Les travaux de la classe. — Tout ce que nous avons pu savoir, concernant ces\ntravaux, est condensable en cette phrase, que nous extrayons de l'Almanach royal :\n« Les vacances de l'Académie commencent après les séances du mois d'août et\nfinissent le 20 septembre. » Les travaux... c'est tout le reste, car, suivant la défini­\ntion de Molière : Tout ce qui n'est pas prose est vers et tout ce qui n'est pas vers\nest prose, on doit légitimement conclure : Tout ce qui n'est pas vacances est travaux.\n   Si on remplit ces trois conditions fort simples, on devient — ou plutôt on est\nsusceptible de devenir — académicien.\n   Quant on l'est, eh bien on l'est! et on a le droit de porter l'habit couleur martin-\npêcheur, que nous avons décrit dans notre dernier numéro (page 123). Rappelez-\nvous : épée facultative! Un siècle plus tôt, on aurait ajoute : perruque obligatoire.\n\n                                             *\n                                         *     *\n   Au pilori !\n   Un de nos lecteurs nous envoie, pour notre Salle des horreurs, une image reli­\n gieuse absolument stupéfiante, qui porte cette marque : N° 1. Bonamy, éditeur\npontifical à Poitiers.\n   Cette gravure en taille douce est intitulée : La Chaîne. Elle est agrémentée de\n cette inscription extraite, au dire de l'éditeur pontifical, du psaume IX : Qui pourra\npénétrer dans la maison du Seigneur ?\n    L'image représente un parvis tapissé de croix, et d'un style particulier à Bonamy\n (comme le verset de son psaume fantaisiste). Au centre de ce parvis ou de\n-cette cour s'aperçoit une colombe, les ailes étendues, désireuse d'entrer... on ne\n sait où, vu l'absence de porte, mais immobilisée dans cette fâcheuse posture par\n diverses chaînes passées autour du cou. Une de ces chaînes la rattache à un cochon\n — quel réalisme admirable — qui grogne là paisiblement, la queue en vrille.\n    Au verso, une prose quelconque, sortie, comme la colombe et le cochon, des\n ateliers de Bonamy, nous apprend que le parvis énigmatique est : Le vestibule sacré,\n et que la colombe enchaînée « marche à grands pas vers les demeures intimes du palais\n dont elle a déjà franchi le seuil. »\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 180, "texte": "AOÛT 1894\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": ""}, {"page_pdf": 182, "texte": "  Août 1894                                                                                                     N° 8\n\n                                                    DURENDAL\n\n\n\n\n   La Rédaction de Durendal, constituée en comité provisoire, a pris\nl'initiative d'un Salon international d'Art chrétien moderne, lequel\ns'ouvrira l'an prochain, à Bruxelles. Ceci afin de prendre date.\n                                                                                           LA RÉDACTION.\n   7 août 1894.\n\n\n\n\n                              L'ÉCOLE NOUVELLE\n\n Il vient de se constituer, ici, à Bruxelles, une « Ligue pour la réforme de\n    l'enseignement moyen » et, bien que je ne sois guère partisan des Ligues,\ni'ai donné à celle-ci mon approbation la plus enthousiaste. J'aurais volontiers\nsigné des deux mains (n'était la difficulté que j'éprouve à écrire de la main\ngauche) le manifeste que mes collègues du Comité provisoire ( 1) m'ont soumis\ntout récemment, et auquel j'emprunte le fond même de cet article, l'Ecole\nnouvelle.\n   te Nos études moyennes sont-elles à la hauteur des nécessités de l'heure pré-\nsente ? » se demandent les rédacteurs du manifeste.\n   La question, ainsi posée, recevrait de la plupart des pères de famille une\nréponse assurément négative. Le jeune homme passe au Collège un temps qui\nn'est nullement proportionné au profit qu'il en retire et aux sacrifices, souvent\ndouloureux, que ses parents s'imposent pour lui donner un complément de cul­\nture intellectuelle.\n   Ce complément a longtemps consisté dans l'étude exclusive des langues\ngrecque et latine et des écrivains dont le génie a fait de ces langues, les admi-\nrables instruments de civilisation que l'on sait. Une telle organisation avait\n\n     (1) Le Comité provisoire se compose do MM. Alphonse Degïve, directeur de l'Ecole de médecine vétérinaire de Cure^heni\net président de l'Académie de médecine; Gustave Meyer, docteur en philosophie et en droit, Liége; Eugène Monseur, pro­\nfesseur à l'Université de Bruxelles; Maurice Wilmotte, professeur à l'Université de Liége; Pol Demade, docteur en médecine,\nBruxelles.\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "146                                DURENDAL\n\nsa raison d'être en un temps où une infime minorité de citoyens possédait une\ninstruction plus étendue que celle de l'école primaire. A notre époque, elle ne\nrépond plus aux aspirations générales d'une foule d'esprits moyens, que les\ntâches pratiques attendent au sortir du Collège et qui cherchent en vain dans\nles leçons de celui-ci un aliment intellectuel en rapport avec leurs besoins orga-\nniques et leur véritable destination.\n   Ces esprits réclament d'autres satisfactions et, comme le Collège ne peut les\nleur offrir, ils gardent pendant toute leur vie la fâcheuse empreinte de l'inachevé\net de l'incertain. C'est parmi eux que se recrutent surtout les mécontents et les\ndéclassés, dont le nombre sans cesse croissant constitue aujourd'hui un péril\nsocial.\n   Des réformes plus apparentes que réelles ont été tentées déjà en France et\nen Allemagne. Mais la base des études secondaires est restée gréco-latine et\nles innovations auxquelles on n'a pu se refuser n'ont réussi qu'à masquer\nles imperfections du cadre traditionnel de ces études. C'est ce cadre qu'il\nfaut rompre, sous peine de perpétuel' le malaise moral dont nous souffrons\ntous. Il convient que les études moyennes soient modernes dans leur\nessence, que la langue maternelle en constitue le fondement, que\nles sciences naturelles et les mathématiques y soient enseignées dans\nun esprit à la fois plus large et plus soutenu. A notre avis, d'ailleurs,\nl'étude du latin serait beaucoup plus sérieuse si elle était abordée plus tard\nqu'aujourd'hui et seulement par un petit groupe de jeunes gens à l'esprit\nplus formé et chez lesquels se dessinent déjà des vocations pour certaines\n hautes études.\n   Voilà quelques-unes des considérations dont se sont inspirés les signataires\nde ce manifeste. Ils s'adressent à toutes les bonnes volontés, aux hommes\nd'enseignement comme aux simples pères de famille et ils les prient, sans\ndistinction de parti, de leur apporter l'appoint si nécessaire de leur savoir\nprofessionnel et de leur expérience intime. Ils s'adressent même aux adver-\nsaires de la réforme qu'ils préconisent, car ils espèrent qu'en les éclairant sur\nson opportunité, ils les rallieront peu à peu à leurs projets, qu'en tout cas ils\nrecevront d'eux, par des discussions courtoises et techniques, de nouveaux\néclaircissements dont bénéficieront leurs vues.\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "                                 DURENDAL                                  147\n\n    Ces vues peuvent se résumer ainsi, tous détails d'application étant d'ailleurs\nréservés :\n    1. Unité complète du Collège jusqu'à la quatrième inclusivement.\n    2. Exclusion du latin et du grec du programme commun des trois années\ninférieures du Collège, au profit de l'enseignement de la langue maternelle\n(français ou flamand), d'une seconde langue (français en paysflamand;flamand\nou allemand en pays wallon), des sciences naturelles et des mathématiques.\n    3. Rôle éducateur réservé exclusivement à la langue maternelle.\n    4. Création de Collèges modernes où serait appliqué notre programme d'en-\nseignement.\n    Un programme analogue, inspiré des idées déjà anciennes de M. Proost,\navait été présenté à la « Société scientifique de Bruxelles », en avril dernier,\npar M. Degive, président de l'Académie de médecine.\n    Ce programme vise la suppression des classes dites professionnelles, où l'on\n envoie trop souvent des jeunes gens qui sont incapablesdefaire leurs humanités.\nLes trois premières années d'humanités seraient communes; on se bornerait à\ny enseigner, dans leurs premiers éléments, le français, le flamand, l'anglais,\n l'arithmétique, la géographie et les sciences d'observation.\n    Au sortir de la quatrième, bifurcation des études. Les jeunes gens désireux\n de faire des études littéraires entreprendraient l'étude du latin et du grec ; les\n autres approfondiraient l'étude des sciences naturelles, des langues modernes et\n des mathématiques. Tous seraient obligés de parler et surtout d'écrire facile-\n ment et correctement leur langue maternelle.\n    La réalisation de ce programme offrirait plusieurs avantages précieux et\n incontestables, notamment ceux-ci :\n     1° De diminuer le nombre des déclassés, lesquels grossissent chaque jour les\n rangs des révoltés et. des anarchistes, parce que l'instruction de luxe qu'ils\n ont reçue les laisse désarmés dans la lutte pour l'existence ;\n    20 De permettre aux vocations de se dessiner, à un âge où les facultés intel-\n lectuelles sont suffisamment développées ;\n    3° D'initier tout le monde aux principes des sciences naturelles, sciences\n d'une utilité primordiale, puisque, comme l'a dit M. Proost, elles nous\n apprennent à connaître et nous enseignent à vaincre les éléments et les forces\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "148                                                 DURENDAL\n\n\ndestructives de la nature, contre lesquelles notre existence n'est qu'une lutte\nperpétuelle.\n   Je ne vois pas quelle fin de non recevoir on pourrait opposer à ces desiderata.\nNotre enseignement moyen, ne craignons pas de l'avouer, est en-dessous de\ntout; il est en retard de plusieurs siècles sur le progrès; coûte que coûte, une\nréforme est urgente, indispensable, et voilà le but de la Ligue.\n   Assurément, cette réforme rencontrera quelques oppositions. Il sévit ici\nendémiquementce qu'on pourrait appeler : le mal archéologique. Tout Belge est\nconservateur de quelque chose, celui-ci d'une vieille assiette, celui-là d'une\nvieille conception politique, si bien que chez nous, nouveauté et progrès sont\nconfondus dans un même anathème. A ce sentiment, ou plutôt à ce ressen-\ntiment, s'ajoute, chez beaucoup de catholiques, hélas! comme une sorte de\ncrainte du progrès; de sorte que nous, auxquels il a été dit : La vérité vous\ndélivrera, nous assistons à ce confondant spectacle, donné par quelques-uns\nde nos frères et qui est vraiment un beau sujet d'allégorie : Les prisonniers de\nl'Erreur refusant de se laisser délivrer par la Vérité.\n   C'est une erreur et une faute. « L'inertie des catholiques à se défendre\njusqu'ici sur le terrain des sciences naturelles, où l'irréligion les attaque\net les provoque de toutes parts, est l'une des causes principales des défail-\n lances nombreuses et des défections que l'on signale chaque jour parmi\nnous, écrivait M. Proost, en 1879. Il n'est que temps, concluait l'éminent\nprofesseur de Louvain, d'accepter franchement LA LUTTE SUR LE TERRAIN\nMODERNE » (1).\n   On vous propose aujourd'hui, lecteurs, de vous liguer, en dehors de tout\nesprit de parti, pour étudier, discuter et faire triompher une réforme de\nl'enseignement moyen, réforme conçue dans un sens de modernité et de progrès.\nCe serait, à mon humble avis, une maladresse que de faire défaut. Le progrès\nest fatal, or, je soutiens qu'il vaut mieux qu'il se fasse avec nous que malgré\nnous, c'est-à-dire contre nous; sans compter que ce serait une erreur de refuser\nla main qui nous est loyalement tendue par nos adversaires.\n   Je suis convaincu que les abonnés de Durendal se feront un devoir et un\nhonneur de s'inscrire dans la Ligue. Dans la liste des adhérents de la pre-\n   (1) La Philosophie naturelle en Angleterre, p. 27.\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "                                                    DURENDAL                                                          149\n\nmière heure, je suis heureux de voir figurer les noms de plusieurs des nôtres :\nMgr C. DE HARLEZ, professeur à l'Université de Louvain (1); A. PROOST,\nprofesseur à l'Université de Louvain; H. CARTON DE WIART, avocat, direc-\nteur de /'Avenir social, Bruxelles.\n   La compagnie est bonne. On vous attend, amis lecteurs.\n                                                                                               POL DEMADE.\n   P. S. — La Ligue publiera un bulletin consacré à l'étude des questions\nd'enseignement moyen. Ce bulletin sera servi à tous les adhérents, dont la coti-\nsation est fixée à trois francs. — On peut s'inscrire rue Albert de Latour, 14,\nBruxelles. Il suffit d'envoyer son nom.\n\n\n\n\n        A propos du Roman et du Théâtre\n                      UNE L E T T R E D E MONSEIGNEUR                                IRELAND\nL'OPINION D E J U L E S BARBEY D'AUREVILLY                                           (FRAGMENT INÉDIT DE SA\n\n                                   CORRESPONDANCE AVEC T R É B U T I E N )\n\n\n\n\nM      onseigneur Ireland, archevêque de Saint-Paul, aux Etats-Unis, auteur de ce\n        beau livre : L'Eglise et le Siècle, adresse à notre collaborateur, M. Pol\nDemade, une lettre remarquable qu'on lira plus loin. Disons, en quelques mots,\nl'origine de cette lettre.\n\n  « Nous devons vivre avec notre siècle, — avait dit Mgr Ireland, dans\nson livre : L'Eglise et le Siècle, — le connaître et nous tenir en contact\n\n    (1) Mgr de Harlez, favorable tout au moins au principe de la Réforme, souhaiterait certaines modifications un peu diffé­\nrentes du programme actuel de la Ligue.\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "150                                        DURENDAL\n\n\navec lui. Il y a des catholiques à qui le présent ne sera réellement\nconnu que longtemps après qu'il sera devenu le passé. Il ne nous\nservira de rien de comprendre le treizième siècle mieux que le dix-\nneuvième siècle. Le passé ne reviendra pas. La réaction est le rêve\nd'hommes assis aux portes des cimetières, pleurant sur des tombes\nqui ne se rouvriront pas et oubliant le monde vivant qui les pousse.\nParlons à notre siècle des choses qu'il sent, et dans la langue qu'il comprend.\nSoyons en lui et de lui, si nous voulons qu'il nous écoute (1). — Je\nn'oublie pas de quelle immense importance sont pour l'Eglise la litté­\nrature et la presse catholiques (2). — Cherchez les hommes, parlez-leur\nnon en phrases montées sur des échasses ou par sermons dans le style\ndu dix-septième siècle, mais en paroles brûlantes qui trouvent le\nchemin de leurs cœurs en même temps que de leurs esprits. Popula­\nrisez la religion aussi loin que les principes le permettent. Faites\nchanter au peuple, dans une sainte allégresse, des cantiques de\nlouange et d'adoration. Attirez-le à Dieu par toutes les fibres de son\norigine adamique. Sauvez les masses; ne cessez de penser et de tra­\nvailler à leur salut » (3).\n\n  Ensuite de la lecture de L'Eglise et du Siècle, M. Pol Demade écrivit à l'illustre\nprélat une lettre dans laquelle, en même temps qu'il lui envoyait l'assurance de sa\nrespectueuse admiration, il lui demandait conseils et encouragement.\n   « Ne croyez-vous pas, monseigneur, écrivait notre ami, qu'il est urgent pour\nnous de nous accaparer de tous les moyens de propagande artistique et littéraire et\nplus spécialement de ces deux formes de la pensée contemporaine, le roman et le\nthéâtre? Pourquoi ne nous servirions-nous pas du théâtre et du roman pour tra­\nvailler à la gloire de Dieu? Pourquoi ne pas mettre au service du bien une forme de\npensée qui jusqu'ici a pu servir le mal?\n   Je serais hautement honoré, monseigneur, si vous vouliez me communiquer\nquelques-unes de vos pensées en la matière. Ce serait pour tous les catholiques,\nmes frères d'armes et pour moi, un précieux encouragement que votre parole\napostolique. »\n\n   (1); L'Eglise ti le Siècle, p. 90-96.\n  (2) Ibid. p. 100.\n  (3) Ibid., p. 102 et 103.\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "                                                     DURENDAL                                                          l5l\n\n   Voici maintenant la réponse de Mgr Ireland à notre collaborateur :\n\n                                                                       Saint-Paul, le 29 juin 1894.\n                        Mon cher monsieur,\n   Je vous remercie de la lettre dont vous m'avez honoré à propos du\nrecueil de quelques-uns de mes discours, que M. l'abbé Klein vient\nde donner au public français. C'est pour moi un plaisir et un encoura­\ngement de savoir que des hommes dont je dois respecter le jugement\napprouvent mes paroles.\n   C'est une de mes convictions les plus profondes que les enfants de\nla vérité travaillent la plupart du temps en vain, parce qu'ils se\ntiennent éloignés de ceux qu'ils voudraient gagner : ils vivent dans le\npassé plutôt que dans le présent, dans l'air plutôt que sur la terre.\n   Vous avez raison de dire que nous devrions nous saisir de toutes les\narmes possibles dans notre sainte guerre et occuper toutes les avenues\nmenant à l'esprit et au cœur de nos contemporains. Pourquoi ne nous\nservirions-nous pas du roman et du théâtre? Il y a des millions\nd'hommes qui ne connaissent que le roman et le théâtre, et si nous vou­\nlons qu'ils nous écoutent, il faut bien que nous allions à leur rencontre.\n   Les gens de lettres peuvent faire un bien immense à l'Eglise. Le\nmonde n'écoute guère qu'eux, aujourd'hui : ils sont les rois de la pensée.\n   Priant Dieu de vous bénir et de vous offrir mille occasions de tra­\nvailler pour Lui, je suis, cher monsieur,\n                                                     Votre serviteur,\n                                                 JOHN I R E L A N D ,\n                                                                                      Archevêque de Saint-Paul.\n                                                             *\n                                        * *\n\nA   côté de l'avis d'un Prince de l'Eglise, plaçons l'avis d'un Prince des Lettres,\n     de Jules Barbey d'Aurevilly, que Lamartine appelle quelque part le duc de\nGuise de la littérature et qui s'impose, de par cet admirable roman chef-d'œuvre :\nLe Prêtre marié (1), comme le plus grand et, de l'avis de beaucoup, comme l'unique\nromancier catholique de ce siècle.\n\n    (11) En dépit de l'intitulé sataniquc, ce livre absolument chaste peut être mis entre toutes les mains. Ceci soit dit pour\nquelques jansénistes.                                                                                      N. D. L. R.\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "l52                                DURENDAL\n\n  D'Aurevilly, dans sa correspondance avec son ami et confident Trébutien (corres­\npondance religieusement conservée et qui sera publiée quelque jour), traite en\nplusieurs endroits de la question qui nous occupe. Une de ces lettres, inédite,\ncontient les remarquables lignes qu'on va lire :\n\n   « ... Je trouve très impertinent pour nous autres, catholiques, que\nles Drôles de l'incrédulité aient la prétention d'être les seuls qui\npuissent écrire des livres d'imagination et de sentiment intéressants, et\nce livre, très catholique, sera une réponse aux incroyables préten­\ntions de ces messieurs. Notre mère l'Eglise est insultée de toutes les\nmanières, et il ne faut pas que les artistes, d'aucun degré et d'aucun\ngenre, acceptent pour elle l'injure qu'on lui jette. Ils ont à prouver\nqu'ils peuvent faire ce que peuvent faire les ennemis; être spirituels,\nintéressants, pathétiques, forts sur la passion humaine, et catholiques\ntoujours, par-dessus le marché! Est-ce que le grand Calderon de la\nBarca, l'un des plus grands artistes qui aient jamais existé, n'a pas\ntrouvé dans le catholicisme des sujets de drame et des ressources de\npassion supérieurs à tout ce que Shakespeare lui-même a mis en\nscène, avec son prodigieux génie et son impie sérénité d'observateur? »\n\n                                          J U L E S BARBEY D'AUREVILLY.\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "                                DURENDAL                                     153\n\n\n\n\n                            TERRIEN\n                                                             A   Pol.   DEMADE\n\n\n\nCE         terrien était un grand vieillard. D'épais sourcils broussail­\n            leux et grisonnants soulignaient de traits énergiques un\n            front large couronné de cheveux presque blancs. Ses veux\n            bleus avaient des luisances d'acier au soleil, sa bouche\n            — dont la ligne arquait — dénonçait un caractère tenace,\net le nez aux narines serrées coupant vigoureusement le visage donnait\nà sa physionomie un caractère de résolution implacable. Sur la face\nentière, la terre, la maîtresse de ce robuste, avait mis la patine de sa\nteinte. Nulle autre couleur ne vivifiait cette tête sèche, mais virile.\n   A la tombée du jour, lorsqu'il s'en retournait des pénibles labeurs,\net que déjà la nigride nuit effaçait les ultimes clartés au couchant, sa\nhaute stature remuait l'ombre fuligineuse éparse sur les champs, et\nson pas pesant s'enfonçait dans les terreaux asservis à sa vigueur. Il\ntraversait serein les plaines immenses et, tel un conquérant glorieux,\nil revenait fier du bon combat livré dans la solennité des campagnes\nendormies.\n  Ainsi s'écoulaient les jours, en longs hersages dans les terres embla­\nvées, jachérant vaillamment dans les grasses alluvions, produisant\ntoujours une ouvrée superbe sous les midis ardents ou les automnes\ndéjà frileux.\n   U n soir, il rentra plus fatigué que de coutume. L'averse avait cinglé\nl'air toute la relevée, et le pacant, raillant les autres ouvriers qui s'en­\nfuyaient sous ce déluge, avait bravement travaillé malgré la pluie\nincessante. A présent, il était pris de frissons. Sa fille, la seule enfant\nqu'il avait eue de sa femme, morte en lui donnant le jour, le ques­\ntionna anxieusement. Il haussa ses larges épaules. B a h ! demain il n'y\nparaîtrait plus. L e jour suivant, une pleurésie se déclara et, pendant\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "154                              DURENDAL\n\n\nde longues semaines, la maladie étreignit cruellement le rude glébéien.\n   Lorsqu'il fut hors de danger, ses forces ne revinrent pas. L e travail,\nqui l'avait connu si vigoureux et si ardent, lui répugnait maintenant.\nU n e phthisie lente, mais sûre, minait cette constitution de lutteur.\n   Alors vint la misère. Les heures noires aux pensées lugubres, à la\nfaim tenaillante.\n   Un matin, sa fille lui remit de l'argent. Economies amassées jadis,\nlui dit-elle, et qu'il fallait se résigner à entamer aujourd'hui. L'épargne\nétait considérable, et ils vécurent des mois meilleurs.\n\n   Terrifié, le père s'était affaissé sur un banc.\n   Enceinte! Sa fille! Enceinte! et des sanglots secouaient son grand\ncorps amaigri.\n   L'argent mis de côté, c'était la monnaie dont on payait l'usage de\nsa chair! Un infâme, rôdant autour de leur gêne, avait escompté\nleur détresse!\n   Effrayant, le poing levé, il marcha vers sa fille. Celle-ci m u r m u r a ,\nblémissante : J'avais faim. L a main s'abattit impitoyable. P u i s , sai­\nsissant l'enfant, le plébéien la poussa vers la porte. Sa bouche eut un\nqualificatif d'infamie.\n\n   Hâve, guenilleux, ayant le ventre et l'esprit vides, le père est assis\ndans sa miséreuse chaumine.\n   Au dehors tout est joie. L e village, en cette dominicale journée,\nfête l'annuelle jkermesse, et les gars farauds ayant au bras leurs pro­\nmises rougeaudes coquettement attifées, et les enfants un peu raides\ndans leurs habits des dimanches, et tous les vieux rompus aux durs\ntravaux avec leurs compagnes des jours laborieux, la petite tête ridée\ndans la blancheur des béguins, se hâtent vers la place où les échoppes\net carrousels, tantôt les bals, montrent la splendeur de la fête.\n   Farouche, le regard fou, à larges enjambées avec des gestes d'écart,\nle terrien traverse la foule en liesse, et, comme poussé par une invin­\ncible puissance, il marche, il marche.\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "                                  DURENDAL                                   155\n\n   L e voilà à l'entrée du village ; a b a n d o n n a n t la grande route qui\ndéroule ses spirales blanches vers la colline prochaine, il traverse les\nprés étoiles de fleurettes, il foule l'herbe qui devient plus sombre.\n   E t voici la rivière.\n   Il s'arrête, son regard fixe l'eau prismatique en laquelle un autre\nlui-même se reflète, l'appelle, l'incitant à une tombée finale et très\ndouce, en l'oubli des jours mauvais. Son regard immobile scrute l'onde\ncharmeresse, et lentement s'incline sa tête fatiguée.\n   B r u s q u e m e n t traversant le ciel de sa résonnance claire, la cloche de\nl'église voisine épand par l'air vespéral ses vibrations de piété, rappe­\nlant aux campagnes religieuses la salutation de l'ange à Marie.\nEvocateur des jours anciens, le son symbolique pénètre l'âme du\npaysan avec tout un rappel de choses d'autrefois. U n mariage dans\nl'église rustique, plus tard un baptême, hélas ! et parmi les temps très\nloin, une initiation aux joies supra-terrestres, un jour de blancheur\nvirginale et de prime réception divine. Il revécut en un instant son\nexistence, et l'idée s'arrêta là-bas, dans le petit temple avec son grand\nChrist sanguinolent, qui refuserait de recevoir un corps dont l'âme\nserait m a u d i t e .\n  Il ferma les yeux, ne voulant plus subir l'attirance fatale de l'eau,\npourprée maintenant par l'embrasement du soleil couchant. Il eut un\nsubit recul, et, de nouveau, il marcha.\n  Il marcha, traversant les plaines et les routes, gravissant les montées\nardues en une course folle, passant au milieu des terrains en friche et\ndes bois assombris.\n  Il marcha, comme inconscient de lui-même, par la nuit...\n  Perçant la voûte du ciel de points lumineux, les étoiles flambaient\nà présent dans le soir bleu, et la lune gravissait majestueusement son\norbe entre ses pâles nimbes.\n\n   L e paysan marche.\n  T o u t à coup ses jambes vacillent, un éblouissement fulgure dans\nses yeux agrandis, et il tombe, le visage en avant, le front portant\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "156                            DURENDAL\n\n\nviolemment sur une pierre pointue qui gisait là au milieu d'un chemin.\n   Son corps immense étend une tache sombre sur la route sinueuse,\net son visage ensanglanté miroite sous les froids rayons de la lune.\n   L e terrien remue, ses yeux s'ouvrent. Il sent une torpeur douce et\nlasse l'envahir, comme un sommeil aux étreintes ineffables.\n   Son bras se lève, et portant la main vers le front : Au nom du Père,\ndit-il, et...\n   Mais la mort arrêta le geste.\n                                                          GEORGES          VIRRÈS.\n  Tongres, juin 1894.\n\n\n\n\n                  GENIE ET                 FOLIE\n                                            L'Hommc médiocre a horreur des saints et des\n                                          hommes de génie. ]! les trouve exagérés.\n                                                                              E. HELLO.\n\n                 L'HOMME de   génie est un fou! L e génie, c'est la folie!\n                   Tel est le cri du cœur (à supposer qu'il en ait un)\n                   de l'homme médiocre.\n                      On devrait hausser les épaules en entendant de\n                   telles énormités et ne répondre que par le silence du\n                   mépris. Mais comment ne pas s'indigner! comment\ndompter sa colère! comment réprimer ses nerfs! à la vue d'un crétin\ncrachant à la face de ce roi de l'intelligence, qu'on appelle l'homme de\ngénie, devant lequel tous les peuples se sont agenouillés avec respect,\nque tous les siècles ont glorifié, dont on a de tout temps conservé\nles œuvres, avec la vénération dont le croyant entoure les reliques\ndes saints et qu'il témoigne au ciboire d'or qui contient son Dieu.\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                               DURENDAL                              157\n\n   Les génies sont la plus pure gloire dû genre humain, dont ils\nincarnent l'idéal en leur haute personnalité. L e génie, c'est l'esprit\nhumain à sa plus haute puissance. C'est l'homme idéal. J'allais dire,\nc'est l'homme divinisé.\n   L e vrai génie est complet. A une intelligence supérieure, il unit un\ncœur d'ange et une âme d'élite. E t on le traite de fou !\n   Il y a, dans l'homme de génie, des choses étranges, sans doute. Il\nest souvent original dans ses façons d'agir, comme il l'est dans ses\nfaçons de penser. Quoi d'étonnant ! Il est en dehors de la norme ordi­\nnaire. Il est tout naturel qu'il n'agisse pas d'une manière ordinaire.\nVivant plus par l'esprit que par le corps, il m a n q u e généralement de\nsens pratique. Il est gauche et maladroit dans sa manière d'envisager\nla vie extérieure, à laquelle il ne comprend rien, dont il fait peu de\ncas, du reste, la considérant comme une chose accessoire. Il est perdu\ndans ses hautes contemplations. Aux altitudes où son esprit plane, on\nn'aperçoit plus les platitudes de la vie bourgeoise. Pourvu qu'on le\nlaisse vaquer à ses pensées, il ne s'inquiète pas des misères de la vie.\nIl préfère les subir que de renoncer aux rêves d'idéal qui le hantent.\nCe que les hommes considèrent comme l'essentiel, il le méprise. T o u t e\nsa vie est concentrée dans sa pensée. T o u t e son âme est dans son\ncerveau. Il ne vit que par l'idée.\n   Sans doute ses maladresses peuvent prêter au sourire. Mais de là à\ndire qu'il est fou, il y a un abîme.\n   On argue que les hommes de génie sont fous de ce qu'ils sont portés\nà la mélancolie. A ce compte là tous les saints étaient des fous! L a\nphysionomie des saints, au milieu de leurs plus divines extases,\nconserve un air triste et voilé. Mettant leur idéal dans les cieux, il\nleur était dur de vivre sur terre. Les brutalités de la vie les en dégoû­\ntaient. Ils aspiraient à secouer leurs chaînes terrestres pour s'envoler\nvers les sphères lumineuses des cieux. Ils soupiraient après la beauté\ninfinie et sans voile. Les beautés de la terre, obscurcies par tant de\nvilenies, entourées de tant de fumier, devaient froisser leur sens divin.\n  Ainsi en est-il de l'homme de génie.\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "158                             DURENDAL\n\n\n   L a terre est-elle donc si belle, le spectacle du monde est-il donc si\nréjouissant, les hommes avec leurs passions, leurs bassesses et leurs\nvices, sont-ils donc si attrayants, pour que l'on ait perpétuellement le\nsourire sur les lèvres? Il est impossible qu'un homme d'esprit ne soit\npas imprégné de tristesse en assistant aux scènes écœurantes qui se\ndéroulent sur le théâtre du monde.\n   Voilà le secret de la tristesse mélancolieuse du génie. Il ne sent\nd'attrait que pour l'idéal, son âme ne vibre que pour lui, tout son\nêtre y aspire, il voudrait tout idéaliser, et, s'il jette un regard sur le\nmonde, il ne rencontre partout que le contrepied de ce qu'il aime. Il\nest tout esprit! et le monde est tout matière; il n'est que pensée! et le\nmonde ne pense p a s ; il est tout affection! et le monde est sans cœur;\nil n'est que poésie! et le monde est brutal.\n  Enfin, la mélancolie du génie a une autre source, et c'est son\nimpuissance radicale à réaliser entièrement l'idéal rêvé. Quelque\nparfait que soit son chef-d'œuvre, il est toujours en deça de son idée.\nJamais l'artiste n'arrive à donner, à l'expression matérielle de sa\npensée, la splendeur qu'elle a dans son cerveau.\n   L a vie de l'artiste n'est qu'un long et douloureux chemin de croix !\nSans doute, elle a ses rayons de soleil : les heures sublimes de l'inspi­\nration. Mais combien vite ils s'évanouissent sous les gros et sombres\nnuages du découragement, du désespoir et d'un anéantissement à la\nfois physique et moral.\n   L a conception de l'idée géniale, dont l'incarnation va révéler l'ar­\ntiste, est l'affaire d'un instant, rapide comme l'éclair. T o u t d'un coup,\nsouvent au moment où il y pensait le moins, parfois seulement après\nde longues et laborieuses années d'études, de méditations et de tâton­\nnements, voilà qu'inspiré, soit par un spectacle suggestif de la nature,\nsoit par la vue d'un chef-d'œuvre, soit par un simple regard intérieur,\nl'idéal lui apparaît tout rutilant de magnificence. Quel tressaillement\nde joie, quelle ivresse et quelle volupté pour l'âme de l'artiste! C'est\nle paradis! Il vient de voir son dieu face à face dans le ciel étoile de\nson rêve. Fiévreusement, il saisit l'outil. Il a hâte d'incruster sa pensée\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                               DURENDAL                              159\n\ndans la matière. De peur qu'elle ne lui échappe, il travaille jours et\nnuits, sans trêves ni cesses, jusqu'à ce qu'épuisé, surmené, abîmé, il\ntombe de lassitude. Contraint par les limites des forces humaines,\nsi peu proportionnées hélas ! à l'énergie psychique de l'artiste,\nil interrompt l'exécution de son œuvre. Quoiqu'inachevée, elle lui\nparaît bonne, il la contemple d'un œil satisfait. Il s'abandonne au\nrepos, bercé par l'espoir d'arriver à créer un chef-d'œuvre. Mais il a\ncompté sans le travail mystérieux et inconscient du cerveau durant le\nsommeil. L'objet de son rêve, à l'état de veille, devient l'objet de son\nrêve, durant le sommeil. L'idéal, entrevu au moment de l'inspiration,\ns'épanouit toujours, s'embellit et s'agrandit sans cesse dans le cerveau\nde l'artiste. Il finit par atteindre des proportions tellement grandioses\nqu'elles sont irréalisables pour une faible créature humaine. C'est ici\nque commence l'agonie de l'artiste.\n   Quel n'est pas son désespoir quand, au réveil, se retrouvant en tête-\nà-tête avec son œuvre, il la trouve mauvaise. Chaque regard jeté sur\nl'ébauche de la veille est un coup de poignard pour lui. Plus il la\ncontemple, plus il la trouve imparfaite. Il ne lui voit plus que des\ndéfauts. Il finit par la haïr et par maudire son impuissance. L'exécu­\ntion ne rend pas du tout l'idéal de beauté entrevu dans son rêve.\n   Que d'artistes, sous l'influence de cette première et terrible décep­\ntion, ont déchiré la toile, saccagé l'argile, brûlé le chef-d'œuvre! Les\nforts recommencent. Mais quelle dose de courage et quelle puissance\nde tempérament il leur faut, et quelle succession ininterrompue de\nnouvelles et cruelles déceptions ils se préparent. Et surtout, quel ter­\nrible et affreux moment que celui où ils ont tellement travaillé et\nretravaillé, touché et retouché leur œuvre, qu'il n'y a plus moyen d'y\najouter un seul trait, et qu'ils se voient contraints de la livrer telle\nqu'elle est, c'est-à-dire réalisant moins que jamais, pour eux du\nmoins, l'idéal rêvé. Aucune parole humaine ne peut rendre dans\nson angoissante et poignante réalité l'intensité de ce tourment de\nl'artiste.\n   Le bourgeois imbécile, qui ne comprend rien à la souffrance du\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "160                            DURENDAL\n\n\ngénie, l'insulte, lui crache son mépris au visage, le traite ironiquement\nde poète ou de fou, ce qui est tout un pour lui.\n   Nous saluons avec enthousiasme cette glorieuse victime. Alors\nmême que l'artiste succomberait, dans sa lutte avec l'ange, dans son\nduel avec l'idéal, et que, surmené par un surcroît de labeur cérébral,\nil tomberait réellement dans la folie, nous nous inclinerions avec res­\npect devant cette grande et noble ruine. Il tombe sur le champ de\nl'honneur. C'est pour la conquête de l'idéal que, mentalement, il meurt.\nC'est là une mort glorieuse entre toutes. N'eut-il laissé qu'un seul\nchef-d'œuvre, sa vie a été plus longue, en valeur, que celle de cent\nmille bourgeois qui ont passé la leur dans l'abondance des richesses\ncorporelles, d'une part, et dans l'exubérance de la médiocrité intellec­\ntuelle, d'autre part. Il a assez vécu, puisqu'il a enfanté un chef-\nd'œuvre. Qui aurait le front d'insulter le martyr qui sacrifie à l'idéal\nde son âme la vie de son corps ? L'artiste broyé par le travail est un\nmartyr aussi. Il immole, sur l'autel de l'idéal, ce qu'il a de plus pré­\ncieux : la vie de l'esprit. C'est le plus beau et le plus héroïque de tous\nles sacrifices.\n   O fous sublimes, que ces grands artistes ! Plutôt que de renoncer à\nl'idéal, ils ont préféré se vouer à la plus cruelle de toutes les morts,\ncelle de l'intelligence. L'œuvre géniale leur a coûté la vie, mais ils ont\nconquis l'immortalité. Ils seront, durant tous les siècles à venir, l'objet\ndu culte enthousiaste et de la reconnaissance éternelle de tous les\nesprits d'élite, dont leur chef-d'œuvre sera comme l'aliment eucharis­\ntique, le pain de vie, la source qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle.\nC'est une ample et glorieuse compensation à l'aveugle et odieux\nmépris, dont ils ont été abreuvés, durant leur vie et souvent même\njusque par-delà la tombe, par le rebut du genre humain.\n                                              L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                                   DURENDAL                                                         161\n\n\n\n\n         Trouvailles d'un pêcheur de perles\n           Le rythme et le dessin sont venus de l'aurore :\n           Quelques bambous tressés en Chine, au bord des champs,\n           Furent l'œuf d'où sortit la pagode d'Ellore.\n                                                                      T. I, p. 121.\n\n           L'ardent soleil de l'Art en sa fleur de granit.\n                                                                     T. I, p . 122.\n\n\n                  Liberté, liberté féconde,\n                  Prends ton arc au puissant soleil;\n                  Viens! et fais refleurir le monde\n                  Sous le feu de ton dard vermeil.\n                                                                   T. i n , p. 106.\n\n                                          ... Tu la cloues\n           Au pilori honteux d'où son cœur palpitant\n           Ne pourra fuir les coups de ton rire insultant.\n                                                                      T. V, p. 98.\n\nEnfin ! pour le bouquet :\n                            LA PEUR DES ARMES A FEU\n\n           Sur son mol oreiller l'enfant gisait malade.\n           Debout contre un fauteuil, grave et l'œil attentif,\n           Arlequin contemplait son petit camarade\n           Près du joyeux tambour devenu tout craintif.\n\n           On sonne; l'escalier craque. — Augure maussade!\n           C'est le docteur. — Un sphinx est moins dubitatif...\n           Bref, il part; et tout bas, comme à la cantonnade,\n           Pour rassurer la mère, ordonne... un laxatif.\n\n           Quand l'enfant s'aperçut qu'on tendait... à la cible,\n           Pâlissant tout à coup d'une horreur indicible,\n           Il repoussa... l'objet dont il s'était saisi :\n\n            « Vois-tu, mère! Bébé veut bien qu'on le bassine;\n            » Mais, s'il lui faut encor prendre ta médecine,\n            » Pas... sans la regarder;.pas avec... ton fusil! »\n                                           JULES ADRASSART. Poésies : La Vu aimante. T. V, p. I 5 I .\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "162                                   DURENDAL\n\n   L'auteur est certifié artiste, poète, législateur, virtuose lyrique, maître en vers et\nchef d'Ecole désormais de la métrique musicale dans la poésie française. Le certificat est\nsigné (battez tambours, canons tonnez) : Ferdinand Loise, de l'Académie de\nBelgique. Voilà une traite tirée sur la gloire et que la gloire laissera sans aucun\ndoute protester !                                                           PALSAC.\n\n\n\n\n                MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n      Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n  Nous avons à enregistrer la mort — douloureuse pour les lettres — du poète\nathée Leconte de Lisle. Quand donc aurons-nous à enregistrer la naissance\n— joyeuse, certes oui, — du vrai poète catholique qui nous manque toujours, que\nVictor Hugo promettait, que Lamartine faillit être, que fut le Verlaine de Sagesse.\nQuand ?\n                                     * ' *\n   Le peintre Cogen a rapporté de Rome un très beau portrait de Léon XIII.\nNos lecteurs connaissent, de Lembach, un Léon XIII fantastique, une âme à peine\nrevêtu de chair; et un autre, de Chartran, somptueux, presque théâtral. Cogen a\nréalisé le Pape tel qu'il est, celui que Séverine décrivait ainsi :\n   « Très pâle, très droit, très mince, à peine accessible au regard, tant il reste peu\nde matière terrestre en cette gaîne de drap blanc. Une bonté attendrie est tapie dans\nla moue de ses lèvres et se dénonce seulement dans le sourire. Le nez long, solide,\nrévèle la volonté, une volonté inflexible, qui sait attendre. Taille svelte, aussi\naltière que le pin qui se silhouette en i sur le ciel bleu du blason des Pecci. »\n   Remarque bizarre et qu'on a faite déjà, à propos de saint Vincent de Paul et du\ncuré d'Ars, sans ce sourire de la charité qui fleurit sur ses lèvres, Léon XIII\nressemblerait étonnamment... à Voltaire.\n   « Dieu, qui se joue de tout et qui veut nous montrer que toute apparence est\n vaine, a mis le cœur de son meilleur ami derrière les traits de son ennemi le plus\nimplacable. »                                                                P. D.\n                                            *\n                                           * *\n   Nos lecteurs se souviennent d'une page, publiée ici même, par André Hallays,\n sur la Musique d'église. En même temps que paraissait cet article, la Sacrée Congre-\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                                       DURENDAL                                       163\n\ngation des Rites publiait un reglement sur la musique sacrée, dans lequel on lisait,\nentre autres choses, ceci :\n   Article 9. — Est absolument défendue dans l'église, toute musique profane, surtout si\nelle s'inspire de motifs et de réminiscences de théâtre.\n   Tout ce règlement est à lire. Nous espérons que MM. les membres du clergé\ntiendront note des ordonnances pontificales.\n                                               *\n                                             * *\n   Sujet de style proposé aux élèves de rhétorique (dernier concours général).\n   « La générosité d'argent est facile : il n'y a qu'à être riche pour en avoir, mais c'est\ncelle qui ne coûte pas un sou, la générosité de l'âme, qui est estimable. »\n   Le Patriote demande le nom de l'auteur; nous demandons sa tête, à supposer que\nl'auteur d'une pareille énormité ait une tête.\n                                               *\n                                             * *\n   Jolie boutade de Maurice Dewulf, cueillie dans la Revue néo-scolastique :\n   « Pour certains auditeurs, la musique n'est pas de l'art, mais un voluptueux\nexcitant. Ainsi, on rencontre des personnes qui, au dessert, éprouvent le besoin\nd'entendre un morceau de musique pour se faciliter la digestion. »\n   « Dans les dîners d'hommes, lit-on dans le Journal des Goncourt, il y a une\ntendance à parler de l'immortalité de l'âme au dessert. » Est-ce pour une raison\nanalogue? Nous demandons une réponse philosophique, néo-scolastique ou autre.\n                                               *\n                                             * *\n   M. C. Lemonnier nous a cruellement fait expier, lors de l'inauguration du monu­\nment de Ch. Decoster, le beau discours qu'il prononça cet hiver pour G. Eekhoud.\nLes symbolistes présents auront rencontré là matière à allégorie, par exemple :\n« L'Obscurité haranguant la Lumière ! » Heureux Decoster qui n'entendait pas.\n                                               *\n                                             * *\n   A R..., qui nous mande ce qu'il faut faire pour devenir académicien.\n   Il faut lire l'Almanach royal.\n   « L'académie — y est-il dit — est divisée en trois classes. La première classe...\nLa deuxième classe (celle des lettres)... La troisième classe... Chaque classe est\ncomposée de trente membres. Elle compte, en outre (ne pas lire en outres), dix\ncorrespondants régnicoles (prononcez suivant Littré : règh-ni-ko-l').\n   Pour devenir membre, il faut être Belge ou naturalisé Belge, d'un caractère\nhonorable et auteur d'un ouvrage important relatif aux travaux de la classe. »\n   Récapitulons :\n    1° Belge ou naturalisé Belge.\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "164                                  DURENDAL\n\n   2° D'un caractère honorable. — Voilà qui devient moins précis. Pour en savoir\nplus long, ouvrez votre dictionnaire. Honorable : qui mérite d'être honoré. Honorer :\nrendre honneur. Honneur : estime glorieuse. J'espère que c'est clair. Passons.\n   3 0 Auteur d'un ouvrage important relatif aux travaux de la classe.\n   Ouvrage important. — Servons-nous, pour l'explication de ce nouveau mystère,\nde la méthode qui vient de nous réussir si admirablement ci-dessus.\n   Important : qui importe. Importer : avoir de l'importance. Importance : état de\nce qui importe. A la bonne heure! C'est franc, au moins.\n   Les travaux de la classe. — Tout ce que nous avons pu savoir, concernant ces\ntravaux, est condensable en cette phrase, que nous extrayons de l'Almanach royal :\n« Les vacances de l'Académie commencent après les séances du mois d'août et\nfinissent le 20 septembre. » Les travaux... c'est tout le reste, car, suivant la défini­\ntion de Molière : Tout ce qui n'est pas prose est vers et tout ce qui n'est pas vers\nest prose, on doit légitimement conclure : Tout ce qui n'est pas vacances est travaux.\n   Si on remplit ces trois conditions fort simples, on devient — ou plutôt on est\nsusceptible de devenir — académicien.\n   Quant on l'est, eh bien on l'est! et on a le droit de porter l'habit couleur martin-\npêcheur, que nous avons décrit dans notre dernier numéro (page 123). Rappelez-\nvous : épée facultative! Un siècle plus tôt, on aurait ajoute : perruque obligatoire.\n\n                                             *\n                                         *     *\n   Au pilori !\n   Un de nos lecteurs nous envoie, pour notre Salle des horreurs, une image reli­\n gieuse absolument stupéfiante, qui porte cette marque : N° 1. Bonamy, éditeur\npontifical à Poitiers.\n   Cette gravure en taille douce est intitulée : La Chaîne. Elle est agrémentée de\n cette inscription extraite, au dire de l'éditeur pontifical, du psaume IX : Qui pourra\npénétrer dans la maison du Seigneur ?\n    L'image représente un parvis tapissé de croix, et d'un style particulier à Bonamy\n (comme le verset de son psaume fantaisiste). Au centre de ce parvis ou de\n-cette cour s'aperçoit une colombe, les ailes étendues, désireuse d'entrer... on ne\n sait où, vu l'absence de porte, mais immobilisée dans cette fâcheuse posture par\n diverses chaînes passées autour du cou. Une de ces chaînes la rattache à un cochon\n — quel réalisme admirable — qui grogne là paisiblement, la queue en vrille.\n    Au verso, une prose quelconque, sortie, comme la colombe et le cochon, des\n ateliers de Bonamy, nous apprend que le parvis énigmatique est : Le vestibule sacré,\n et que la colombe enchaînée « marche à grands pas vers les demeures intimes du palais\n dont elle a déjà franchi le seuil. »\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": ""}, {"page_pdf": 203, "texte": ""}]}