{"numero_id": "ulb-durendal-1894-09-n9", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1894-09-n9-001", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 165, "page_fin": 173, "titre_corps": "La Parabole des Vierges", "titre_sommaire": "La Parabole des Vierges", "signature_source": "HECTOR HOORNAERT", "ancre_debut": "LA PARABOLE DES VIERGES", "ancre_fin": "HECTOR HOORNAERT", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 206, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 178, "fin_caractere_exclue": 1849, "texte": "LA               PARABOLE\n                      DES V I E R G E S (1)\n                                                                                 Vigilate quia nescitîs diem neque horam.\n  A   Mme   J U L E S HOORNAEHT-SOENENS                                                               SAINT MATHIHU.\n\n\n\n\n  Une place publique d'une ville de Judée; au fond, un vaste palais. La porte\ncentrale de la façade est à deux battants et dorée; on y accède de droite et de-\ngauche par un double escalier de marbre blanc. Nuit d'orient vaguement éclairée.\n\n                                                  SCÈNE I\n                                                Chœur lointain des Vierges qui\n                                             se rapprochent graduellement :\n              Le vent léger du soir a caressé la plaine ;\n              Les vieillards sont assis, rêveurs, au bord des puits ;\n              O Vierges ! délaissant les fuseaux et la laine,\n                       Allumez votre lampe pleine\n              Et fermez votre cœur aux terrestres soucis !\n                                                  Sur la scène.\n                  Déjà sourit la Nuit mystérieuse!\n              Le doux parfum des lys l'embaume; le ciel pur\n                      Sur la Cité silencieuse\n                  Verse la paix de son mystique azur!\n                      Voici ton heure, ô cœur fidèle!\n                  Réjouis-toi, car l'Époux va venir!\n              Hosanna ! nous verrons la Porte d'or s'ouvrir\n              Et nous donner accès à la Fête éternelle !\n  (1) La musique de cette scène lyrique a été écrite pour voix et grand orchestre-par M. Joseph Ryelandt.\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1500, "texte": "166                        DURENDAL\n\n\n              Les Vierges sages, vêtues avec simplicité, se groupent du\n            côté droit de la scène;LesViergesfolles,vaniteusementparées,\n            du côté gauche. Les premières portent un vase d'huile.\n\n                      LES VIERGES SAGES\n\n               Symboles des cœurs vigilants,\n               Parlez pour nous, lampes d'argile;\n      Annoncez à l'Epoux nos travaux diligents\n      Qui n'ont point rencontré la minuté inutile!\n               Parlez pour nous, lampes d'argile,\n          Parlez pour nous, lampes du saint labeur,\n      Lampes de notre joie et de notre douleur\n          Dont le regard confond la nuit hostile !\n          Baume onctueux que le cœur pur distille,\n                   Huile de la ferveur,\n          Coulez, coulez dans nos lampes d'argile\n               Et brûlez/devant le Seigneur !\n\n              Brûlez jusqu'à la dernière heure,\n          Faites le jour sur le chemin mauvais,\n          Eclairez-nous jusqu'à l'heure de paix\n      Où l'Epoux sourira dans sa blanche demeure !\n               Nous l'attendons, Il va venir!\n              Voici ton heure, ô cœur fidèle !\n          La Porte d'or devant nous va s'ouvrir\n      Et nous donner accès à la Fête éternelle!\n\n                     LES VIERGES FOLLES\n\n                       Vierges, nos sœurs,\n      Pourquoi charger vos bras de ce vase inutile?\n              Ne craignez point de manquer d'huile\n      Pour marcher au devant de l'Époux de nos cœurs !\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1388, "texte": "                    DURENDAL                            167\n\nPortant d'un doigt léger notre lampe d'argile,\n               Plus légères que vous,\nNous irons en chantant au devant de l'Époux !\nLe nard a parfumé nos jeunes chevelures\n    Et antimoine assombrit nos sourcils;\nDes paillettes, d'argent constellent nos ceintures\nQue rehausse l'éclat verdâtre des béryls...\nLes plis amples e t purs de nos robes de laine\nSont blancs comme nos doigts vierges de tout travail;\nEt sur nos cous fardés, fières comme des reines,\nNous sentons frissonner le luxe du corail !\nComme nous, ô nos sœurs, parfumez votre tête,\nEtalez la splendeur de vos robes de fête,\nCar bientôt, devant nous, la Porte va s'ouvrir!\n\n        Votre joie est trop soucieuse ;\n        Quel mal peut-il nous advenir,\n        Puisque voici la Nuit heureuse,\n    La douce Nuit où l'exil doit finir?\n        Libres de tout poids inutile,\n        Craintives sœurs, imitez-nous;\n    Ne soyez point la vassale servile,\n        Si vous voulez plaire à l'Epoux!\n\n                LES VIERGES SAGES\n\n          Fermez vos bouches imprudentes,\n                   Vierges, nos sœurs!\n              Chères imprévoyantes,\nVeillez et redoutez les célestes rigueurs !\nNous avons repoussé les vaines impostures,\n              L'antimoine et le fard ;\nMais nos cœurs caressés par le divin regard\nDépassent en blancheur les laines les plus pures.\n"}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1515, "texte": "168                         DURENDAL\n\n\n                Ils sont tels qu'un jardin fermé\n                     Qu'une fontaine arrose;\n      Ils sont tels qu'un arbuste ombreux et parfumé\n           Où la colombe en roucoulant se pose!\n      O nos sœurs, redoutez le retard de l'Époux!...\n                Voyez, voyez comme la flamme\n                De votre lampe épuise l'âme!\n      Dans une heure, comment l'alimenterez-vous?...\n      Le Seigneur n'admettra que les Vierges fidèles\n      Dont les lampes auront des flammes immortelles !\n\n                      LES VIERGES FOLLES\n\n              La prévoyance est un fardeau ;\n      Nos cœurs seront légers à l'heure de la fête !\n\n                       LES VIERGES SAGES\n\n              Grâce à l'ennui de ce fardeau,\n      Nos lampes brûleront à l'heure de la fête!\n      Ne vous abusez point, ô sœurs! Nulle clameur\n          N'annonce encor l'approche du Seigneur.\n\n                      LES VIERGES FOLLES\n                                 Etourdies depuis un moment par une\n                              vague somnolence.\n          Reposons-nous ; elle est longue, la veille !\n              Nos lampes brûlent à merveille;\n          Nous n'avons nul fâcheux pressentiment;\n      L'Époux ne peut tarder, dormons discrètement.\n\n                       LES VIERGES SAGES\n\n          Que le repos nous prépare au mystère ;\n          Qu'un sommeil léger nous soit salutaire.\n              Lampes, qui parlerez pour nous,\n      Epiez dans la nuit l'approche de l'Époux.\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1483, "texte": "                      DURENDAL                                169\n\n\n          Somnolence des Vierges sur les degrés de marbre, suivie\n       de sommeil. Interprétation symphonique de leurs rêves. Les\n       lampes des Vierges sages baissent; celles des Vierges folles\n       s'éteignent. A la fin de l'intermède, on entend une clameur\n       qui annonce dans le lointain l'arrivée de l'Epoux. Les\n       Vierges sages se dressent les premières en toute hâte.\n\n                 LES VIERGES SAGES\n\n            Les lampes ont baissé!\nRanimons leur éclat par la force de l'huile !\n       L'Époux vient!\n                     Elles versent de l'huile dans leurs lampes.\n                   Les Vierges folles s'éveillent à leur tour.\n\n                LES VIERGES FOLLES\n\n                       Que s'est-il passé?\n   Voici que fume une mèche inutile\nDans nos lampes tantôt brillantes de clarté!\n        Ah ! montrez-nous votre bonté,\n   Sœurs de nos cœurs, montrez-vous secourables!\nUn peu d'huile! Un peu d'huile!\n\n                 LES VIERGES SAGES '\n\n                               Hélas! sœurs lamentables,\nSœurs folles, l'Époux vient! Courez chez les marchands!\nNous ne pouvons tarder d'escorter de nos chants\n   Le Rédempteur en sa grandeur royale.\n                               Elles sortent par la droite.\n\n                LES VIERGES FOLLES\n\n              Imprévoyance fatale !\n              Hâtons-nous ! Hâtons-nous !\n                               Elles sortent par la gauche.\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1477, "texte": "170                       DURENDAL\n\n\n\n\n                         S C È N E II\n\n                La scène reste un moment vide; puis, dans le lointain\n              d'abord, s'élève l'Ode de joie du cortège nuptial qui\n              conduit l'Epoux à la demeure de l'Épouse.\n\n          Sa majesté comme un soleil rayonne\n          Sur le lac bleu de nos humbles vertus;\n      La pourpre est sur ses mains, la pourpre le couronne,\n      Ses yeux ont la douceur des mystiques lotus !\n          Elles sonnent plus haut, ses paroles royales,\n               Que tympanons et que cymbales;\n          La jubilation accompagne ses pas !\n      Des parfums plus exquis que myrrhe et cinnamome\n               L'entourent de leur frais arome\n               Et grisent les cœurs délicats\n                   Des Vierges liliales\n      Qui portent devant Lui leurs lampes triomphales!\n               Los à l'Epoux triomphateur,\n               Terrible comme un char de guerre\n      Et doux comme le faon du vallon solitaire !\n               Los à l'Epouse du Sauveur!\n\n                           L'ÉPOUX\n\n      De vos lampes j'ai vu briller la flamme claire;\n          Vous étiez là, lorsque je suis venu!\n      Suivez-moi hors du temps au paradis/stellaire\n      Où vous boirez à même un bonheur inconnu !\n      O roses de Saron, roseaux aromatiques!\n      Vases d'or pleins de nard et de myrrhe mystiques,\n                    Lys au cœur virginal,\n      Venez et parfumez mon festin nuptial !\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "                      DURENDAL                                 171\n\n                  LES VIERGES SAGES\n\nSignal de la vendange et des corbeilles pleines,\nVous nous êtes plus doux que le chant des fontaines\n         Dans le désert blanc de soleil!\n         Mes sœurs, buvons le vin vermeil,\n         Le vin des vignes rédemptrices,\n         Dans l'or splendide des calices\n         De l'immuable éternité!\n\n                     S C È N E III\n\n          La Porte d'or s'ouvre d'elle-même; l'Epoux, suivi des\n        Vierges sages, entre dans la salle du festin qui projette une\n       vive clarté sur la scène. Au moment où la Porte se referme,\n       les Vierges folles entrent par la gauche, effarées, les cheveux\n       en désordre; leurs lampes brûlent.\n\n                 LES VIERGES FOLLES\n\nO ce bruit dans la nuit pleine d'anxiété !\n     Est-ce le choc de la porte massive\nQui rejette aux tourments notre chœur exilé!\n          Minute affreuse et décisive !\nO frisson du bonheur, à jamais envolé,\nNe glacez point nos corps d'une folle épouvante!\nUn espoir en nos cœurs traîne encor, désolé!\nFrappons! Attendrissons la Justice clémente!\n                     Elles frappent de temps en temps à la Porte,\n                  jusqu'à la fin de la scène.\n    Ouvrez, Seigneur! par pitié! par pitié!\nLa solitaire nuit au dehors est terrible,\n         La nuit de votre inimitié !\nNe soyez point pour nous le roc inaccessible\nQui barre la vallée exquise du repos!\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1626, "texte": "172                         DURENDAL\n\n\n           Ouvrez! ouvrez! Nous ferons pénitence\n           Pendant mille ans dans les plus durs travaux!\n      Donnez-nous seulement une vague espérance,\n      Un mot consolateur, un seul, et nous irons\n      Fouler sous nos pieds nus l'horreur des scorpions !\n      Et nous boirons du fiel, et, couvertes de cendre,\n                Pâles, l'on nous verra descendre\n      Dans l'opprobre et le deuil et la honte et le sang,\n      Pour retrouver, Seigneur, notre cœur innocent !\n                Ouvrez, ouvrez! Notre poing saigne!\n           Pitié! pitié! Que votre grâce daigne\n      Arracher notre cœur, hagard, épouvanté,\n      A l'horreur de la noire et morne éternité !\n\n\n\n                                  L'Époux paraît sur le seuil; l'éclat de\n                                sa majesté fait reculer les Suppliantes.\n                             L'ÉPOUX\n\n      Je ne.vous connais pas ! Dans la Nuit éternelle,\n                    La glaciale nuit,\n                    Restez, troupe-infidèle!\n           Vetre bonheur est à jamais détruit !\n      Lorsque je suis venu, votre flamme était morte;\n      Votre cœur n'avait point l'huile de la ferveur\n      Et vous n'étiez pas là, lorsque j'ouvris la porte\n      De la salle où sourit l'Épouse du Sauveur!\n               Retirez-vous, troupe infidèle,\n      Je ne vous connais pas, ô Vierges de la Nuit!\n           Votre bonheur est à jamais détruit!\n      Frissonnez à jamais dans la honte éternelle!\n                                         L'Epoux rentre et la Porte se\n                                       referme avec bruit.\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1363, "texte": "                      DURENDAL                                173\n\n\n\n                      scène     V\n\n                 LES VIERGES FOLLES\n\n                     Trop tard ! Trop-tard !\nLes gardes ont fermé les portes de la ville\nEt bandent dans la nuit leur arc sur le rempart!\n                     Trop tard ! Trop tard !\nFuis dans l'ombre, remords de nos lampes d'argile,\nRien ne peut expier votre fatal retard !\n                     Trop tard ! Trop tard !\nPlongeons-nous dans la mer de la douleur stérile.\nPour des temps éternels, la Nuit est notre asile,\n                     Trop tard ! Trop tard !\n       Les Vierges désespérées tombent étendues sur les degrés qui\n    mènent à la Porte. Les lampes se brisent et s'éteignent, la nuit\n    s'épaissit et dans le grand silence des Voix heureuses chantent :\n\n            CHŒUR DES BIENHEUREUSES\n\n         Flammes d'Amour et Paix sereine,\n         Baume enivrant des jours sans fin,\n    Saturez-nous de Gloire souveraine,\n         Nous, les admises au Festin!\nTous les liens sont brisés, voici la délivrance!\n              Hosanna à l'Époux !\n         Les Reines de la Vigilance\n    Goûtent un miel ineffablement doux !\nHosanna aux Splendeurs de la Demeure immense!\nHosanna! Hosanna à l'ineffable Époux!\n                                          Rideau.\n                                      HECTOR HOORNAERT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-09-n9-002", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 174, "page_fin": 174, "titre_corps": "Simple Chanson", "titre_sommaire": "Simple Chanson", "signature_source": "MAURICE DULLAERT", "ancre_debut": "SIMPLE CHANSON", "ancre_fin": "MAURICE DULLAERT", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 215, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 891, "texte": "SIMPLE CHANSON\n           Je t'aime, enfant radieuse\n           Qui fus douce à l'exilé!\n           Tes baisers m'ont consolé,\n           Laisse-moi te faire heureuse.\n\n           Je ne t'offre, ô vierge, rien,\n           Pour que s'enchante ta vie,\n           De ce que la foule envie,\n           Rien, et tu f en doutes bien.\n\n           Mais le seul don que réclame\n           La candeur de ton aveu,\n           Je te l'apporte, ce peu\n           Qui vaut tout au monde, une âme ;\n\n           Ma pauvre âme que voilà,\n           Si lasse encore des routes,\n           Et qui se sauve en toi toute.\n           Je te la donne, prends-la.\n\n           Je t'aime, enfant radieuse\n           Qui fus douce à l'exilé!\n           Tes baisers m'ont consolé,\n           Laisse-moi te faire heureuse.\n  1893.                               MAURICE DULLAERT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-09-n9-003", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 175, "page_fin": 178, "titre_corps": "Jules Abrassart", "titre_sommaire": "Jules Abrassart", "signature_source": "P. DEMADE", "ancre_debut": "JULES ABRASSART", "ancre_fin": "P. DEMADE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 216, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 133, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "JULES ABRASSART\nPoésies : L e s A i l e s de la l y r e , t. I et IL — H e x a m e r o n p o é t i q u e b e l g e ,\n  t. III. — L e s M a n d r a g o r e s , t. IV. — L a V i e a i m a n t e , t. V. — Précédées\n  d'une préface de M. Ferdinand Loise, de l'Académie royale de Belgique.\n                                                                     Ecrit pour la consolation de ceux\n                                                                   qui ont le vers solitaire.\n\n                    DONNER      au public, d'un coup, cinq volumes de vers, et sous\n                        le patronage d'un académicien encore, voilà qui n'est certes\n                        point banal. Qu'on fouille l'histoire littéraire, on trouvera\n                        peu d'exemples d'une telle bravoure. Car c'est crâne, incon­\n                        testablement, ce défi jeté à la gloire : A nous deux, quitte\n           ou double ! Quel dommage que ce soit une crânerie posthume. Après\n           tout, pour nous, critique, il est préférable que l'auteur soit mort, nous\n           n'avons plus désormais à nous soucier de l'homme, et c'est autant d'aise\n           de plus vis-à-vis de l'œuvre. Si même, comme nous le prévoyons, de\n           notre critique naissait, envers l'auteur défunt, quelque irrespect littéraire,\n           il ne faudrait pas nous en vouloir : ceux-là seuls, sont responsables de\n           tout, qui ont exposé Jules Abrassart, en donnant son œuvre au public.\n           Il est des morts qui demandent impérieusement à dormir et c'est un\ngrave manquement, au respect qu'on leur doit, de les réveiller... pour leur faire\nécouter un morceau de critique qu'autrement ils n'eussent pas entendu.\n\n                                                   *\n                                               *       *\n   Du moment qu'il s'agissait d'un homme de lettres défunt, uniquement défunt, on\npouvait prévoir que l'Académie donnerait, et Elle a donné, rassurez-vous. Nos\nacadémiciens ont toujours montré une excessive prédilection pour les morts, il faut\nqu'ils soient absolument affamés par plusieurs années de jeûne (Prix quinquennal)\npour oser porter la dent sur un vivant; littérairement, ces messieurs sont nos\nhyènes : ils déterrent! Ce qui était moins présumable cependant, c'est que, cette\nfois encore, on utiliserait M. F . Loise; non que M. Loise soit le plus malhabile\nen l'espèce, mais, au contraire, parce qu'il est, sinon le premier, au moins un\ndes premiers sujets. Et puis, on savait l'honorable academien déjà fort occupé.\nM. Alphonse du Prat de Lamartine l'a depuis longtemps accaparé, pour l'ornemen-\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2986, "texte": "176                                    DURENDAL\n\ntation de son tombeau. Ce n'est un mystère pour personne que M. Ferdinand Loise\nest l'ombre de l'ombre de Lamartine, si pas son ombre elle-même. Pauvre Lamar­\ntine, te voilà donc dans la situation de Pierre Schlemihl : l'homme qui a perdu son\nombre, laché pour Abrassart, hélas !\n   Donc, c'est M. Ferdinand Loise, l'académicien, qui préfacie les œuvres poétiques\nde Jules Abrassart... Dès le seuil, on perçoit une vague odeur de boutique, comme\nsi on allait entrer tout de suite chez un épicier (déjà!).\n   « Le public belge s'est habitué, dit M. Loise, à n'attacher de prix en poésie qu'à\nla monnaie frappée au coin de France. C'est d'ailleurs la faute de la presse, qui n'a\nd'écho que pour la marchandise de provenance parisienne. Où sont les journalistes\nqui s'occupent sérieusement de nos productions indigènes? » Comment trouvez-vous\ncet académicien qui compare la poésie de J. Abrassart au billon étranger tant décrié,\nou encore à la mélasse et à la moutarde indigènes! nationales, monsieur! Dites?\n   Voici ce que je lis dans une note émanant de la famille du défunt : « M. Loise,\nl'éminent auteur de l'Histoire universelle de la poésie, membre de la classe des lettres\nde l'Académie royale, a bien voulu faire aux œuvres les honneurs d'une étude dont\nnous avons le droit d'être fiers. » Ne disons rien, soyons fiers... Mais à la place du\ndéfunt, je demanderais à qui de droit l'unique minute indispensable pour revenir et\ncasser mon cercueil sur la... tête de l'homme à la préface.\n   Ne nous arrêtons pas à cet incident. — « Que la jeunesse, comme dit l'honorable\nacademien, sensible à la beauté et aux séductions de la parole, apprenne à connaître\nceux qui ont travaillé à faire êclore en elle les beaux sentiments et les nobles pensées en\ns'appliquant à les orner de tous les prestiges de la forme. » C'est en ces termes de banale\nrhétorique que le préfacier annonce : Jules Abrassart ! Puis il biographie. A dix ans,\nl'enfant « commençait à griffonner des vers : imitations de Virgile et d'Homère,\nd'après Delille et Mme Dacier. » Abrassart sut bientôt en entier une foule de choses :\nEsther Athalie, l'Art poétique de Boileau, etc., etc. Je passe une infinité de détails\npour en arriver au principal : au poète.\n   « Le poète, déclare M. F . Loise, a des accents qui sont bien à lui, et sa poésie\nreste dans l'idéal sans sortir de la réalité. » On se demande, avec effroi, ce que serait\nun poète qui aurait des accents qui ne seraient pas à lui, et on demeure confondu de\nla bizarre situation de cette poésie, qui pontifie dans le salon sans sortir de la cui­\nsine. Je signale ce cas d'ubiquité à l'Académie, la priant de ne pas user de rigueur\nenvers M. Loise...\n   Abrassart fut tout un temps silencieux; ce silence bien innocent inquiète beaucoup\nle biographe : « Maintenant, dit-il, le poète, tout entier à ses devoirs de professeur,\nd'abord, d'époux et de père, ensuite, semble avoir déserté la muse, qui reste muette\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2955, "texte": "                                     DURENDAL                                      177\n\npendant seize ans. » Malheureusement, ce silence ne dura pas, et, sous la conduite\nde M. Loise, nous retrouvons le poète « sur les champs de bataille de l'art ».\n  C'est ici que la préface devient exquise. Elle nous montre le poète dans des\nconcours : où il triomphe successivement sur 275, 600, 462, 489, 529 concurrents...\nJe me sens la chair de poule à l'aspect de ces chiffres fantastiques, et vous?\n  M. Loise, au contraire, garde au milieu de ses massacres poétiques une impertur­\nbable sérénité; mais qu'est-ce que je dis là, il chante, il exulte... Entendez :\n  « M. Jules Abrassart est artiste, poète, législateur, virtuose lyrique, maître en\nvers/chef d'école de la métrique musicale dans la poésie française; ses œuvres vont\nsurvivre et Dieu, sans doute, aura jugé que l'auteur était digne de prendre place\nparmi les esprits célestes qui ont mission de chanter ses gloires... » Nous voilà\nmenacé des œuvres de J. Abrassart pour le temps et l'éternité... Qu'est-ce que de\nnous ! dirait Bossuet.\n                                           *\n                                         * *\n\n   Après la préface, les œuvres! Il est bon de savoir de quoi nous sommes menacés.\n   J'ai dit que cinq volumes avaient été publiés, d'un seul coup, audacieusement. Ils\nappartiennent désormais à la critique, et j'ai le droit de dire ce que j'en pense; tout\nce qu'on peut exiger de moi, c'est que j'examine en toute conscience et que je me\nprononce en toute sincérité.\n   J'ai lu les mille pages de ces cinq volumes et je les trouve pour les trois quarts\nabsolument médiocres. Il y avait d'Abrassart un volume, un seul, à donner au public\nen réunissant sous un titre, fut-ce celui de transcriptions rythmiques, les magni­\nfiques traductions que le poète avait faites des poèmes de Schiller, de Goethe, de\nHeine, etc. Ce livre-là, allégé par exemple de la ridicule préface de M. Loise, m'eut\nparu très beau et digne, sans restriction aucune, de tous les suffrages.\n   Elles sont vraiment jolies et chantantes ces transcriptions rythmiques, comme\nles appelle l'auteur. Elles dénotent une habileté de main merveilleuse.\n   Ce volume-là, composé d'extraits des tomes I et II actuellement intitulés : Les\nAiles de la lyre, m'eut trouvé enthousiaste... Quant au reste de l'œuvre, j'ai bien le\nregret de devoir le dire, imitant de Loise le style épicier : je n'en, donne pas quatre\nsous, ce qui fait moins d'un sou le volume !\n   On l'a dit déjà, ce sont des vers honnêtes, probes, souvent bien tournés, mais\nd'une poésie banale, vieillotte et, pour tout dire, ennuyeuse et conventionnelle.\nLe dernier numéro de Durendal, sous le titre : Trouvailles d'un pêcheur de perles,\ncontenait quelques échantillons de cette poésie. Rien ne me serait plus facile que\nd'étaler ici toute une vaste collection de ces cocasseries littéraires, ces cinq volumes\nen fourmillent. Mais à quoi bon?\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2208, "texte": "178                                   DURENDAL\n\n   Je crois cependant de mon devoir d'appeler l'attention des éditeurs graves sur\nl'énorme bouffonnerie de certaines pièces. Je citerai notamment, dans le tome III :\nHexameron, le Debout, peuple! cantate d'un beau dix-huit cent trentisme composée\npour l'inauguration de la statue de Sylvain Van de Weyer :\n\n                          « Toi qui de loin, dans Albion,\n                            Sus préserver d'indignes pièges,\n                            Les premiers élans du Lion. »\n\n    Allez lire ces vers, place de la Gare, à Louvain, et si vous n'entendez rire les\n pavés, venez me le dire.\n   On a publié également dans le tome IV, étiqueté : Les Mandragores, une série\n de... oserais-je rapporter le fait? une série de Cartes postales et de Nouvelles cartes\npostales absolument uniques, je pense, dans les Annales de la poésie. (Quelle bonne\n fortune pour l'auteur de l'Histoire universelle de la poésie!) J'ai compté neuf de ces\n cartes, à la file... neuf, une pour chaque chœur des anges (voir plus haut).\n   Le tome V : La Vie aimante, renferme cet amour de sonnet : La peur des armes à\nfeu, qui a paru dans notre numéro du mois d'août.\n    « Quand l'enfant s'aperçut qu'on tendait... à la cible. » Souvenez-vous.\n\n\n\n  Mais, c'est assez s'occuper « de nos productions indigènes », il est temps de\nconclure, si déjà le lecteur ne s'est donné cette peine.\n  M. Jules Abrassart, dans un sonnet intitulé : Feu follet, inséré dans le tome IV\nde ses œuvres : Les Mandragores, écrit :\n                                                     Sur ma parole,\n                      Tout ce que j'écris là n'a pas le sens commun.\n  Ce partiel jugement de l'auteur, étendu à ses œuvres entières, nous paraîtrait\nexcessif; tout au plus pourrait-on l'appliquer à la préface de M. F . Loise et aux trois\nquarts de l'œuvre. Il faut faire l'exception que j'ai dite en faveur des traductions.\n  En somme, nous avons un beau traducteur de plus... qui n'existerait pas si Goethe,\nSchiller et quelques autres ne s'étaient donné la peine de naître avant lui.\n  Mais un poète? Je réponds : non.\n                                                                     P.   DEMADE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-09-n9-004", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 179, "page_fin": 179, "titre_corps": "Pensées", "titre_sommaire": "Pensées", "signature_source": "Mgr VAN WEDDINGEN", "ancre_debut": "PENSÉES", "ancre_fin": "Mgr VAN WEDDINGEN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 220, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 126, "fin_caractere_exclue": 2114, "texte": "PENSÉES\n\nLES       classes publiques s'ouvrent à toute sorte d'intelligences. Pour ces auditoires\n        mêlés, les élévations éloquentes, les larges synthèses où un penseur résume ses\nhautes pensées, ses doutes discrets, les faiblesses des démonstrations courantes,\nn'éveillent qu'un moindre intérêt. Ce ne sont pas les disciples seulement qui trou­\nveraient cela insipide, peu pratique : le digne homme, aussi, qui a charge de gloser\nsur le texte, et parfois ne l'entend pas très bien, proclame que toute cette littérature\nn'est d'aucun profit. Des écrits d'ordonnance pédagogique, conçus dans une forme\nclaire, mis en livres, chapitres et paragraphes : voilà la discipline adusum scholarwn!\nTrès souvent l'ordre apparent n'est qu'un mensonge, la lucidité un piège, et le\nbéat manuel, qui promettait la doctrine, une sorte de table des matières contenant des\nétiquettes à vide... Ce qui reste vrai, c'est qu'auprès de la foule des écoliers — et\nparmi ceux-ci ne faudrait-il pas ranger nombre de maîtres ? — les œuvres littéraires\nobtiendront toujours une faveur excessivement restreinte... Les esprits médiocres forment\nla majorité et ce sont les majorités qui font loi, dans les écoles comme ailleurs.\nQui donc a défini le maître, un homme, en général instruit, habile à réduire la\nmatière au minimum supportable, à un encéphale moyen? Celui-là a bien défini!\nL'on trouvera peut-être que c'est une méthode défectueuse que de subordonner à ce\npoint l'enseignement à tous ses degrés aux capacités ordinaires, et que ce procédé,\npour être commode aux docteurs en routine, mène au sacrifice des intelligences d'élite.\nCela paraît fort plausible, mais ainsi va cette planète étrange ! Le plus curieux des\nlivres serait l'histoire critique de l'enseignement public : on y verrait la part que\nla convention et l'esprit de coterie exercent encore ici-bas, et sans doute y exerceront\ndans les siècles des siècles !\n                                                           Mgr VAN WEDDINGEN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-09-n9-006", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 180, "page_fin": 181, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Roche Tarpéenne et Capitole", "signature_source": "P. D.", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne et Capitole", "ancre_fin": "sur le même rayon, le présent livre de Tolstoï sur l'Esprit chrétien et le patriotisme. P . 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Ceux-là, on les déporte vers les Sibéries de l'enthousiasme ou\ndans les Saharahs de l'admiration...\n   Je n'imiterai pas mes confrères et ne dirai rien de ce Lourdes, de Zola, mais il m'a\nparu plaisant, et d'une ironie supérieure, de réunir ici deux ou trois critiques\nvenues à Zola de ses amis littéraires.\n   « Le livre de Zola, dit l'Echo de Paris (29 juillet 1894), est un ouvrage qui donne\nenvie de se gratter. On éprouve, en parcourant ces pages, de vagues démangeaisons.\nL'imagination aidant, on croit voir ramper et vous grimper au corps des myriades\nde parasites taquins sortis des pages de ce livre. Ah! ce Zola est un si grand\nremueur de foules, et il rend avec tant de force la migration des masses! »\n   La Plume (du 15 août) n'est pas moins cruelle : « La nature de M. Zola, dit-elle,\nest grossière, vulgaire, ravalée à des visions insignifiantes et photographiques d'un\nœil en quête de laideur et à la recherche des côtés difformes de l'individu. »\n   En voulez-vous encore? Voici ce que dit M. T. de Wyzewa dans la Revue bleue\n(4 août) : « Lourdes est un mauvais roman, plus pesant, plus étouffant que pas un\nde la série des Rougon-Macquart. C'est un roman si mauvais que je ne vois même\npersonne à qui il puisse plaire, ni les croyants ni les incrédules, ni les réalistes ni\nles idéalistes. Il déplaira surtout à ceux qui demandent qu'un roman les émeuve,\ncar il n'y a point de trace clans Lourdes d'une émotion vraie, et jamais M. Zola\nn'avait écrit un roman qui sentit davantage la facture, le procédé, je dirai même la\nhâte d'en avoir fini. Oui, c'est un mauvais roman. »\n  Enfin, ce mot de Zola lui-même, s'il vous plaît (Conversation avec Charles\nMorice, Journal, 20 août 1894) : « La beauté! je ne sais pas ce que c'est. La vie!\nparlez-moi de la vie! Je ne me suis jamais soucié de l'esthétique. J'écris mal?\nQu'est-ce que ça me fait, si j'écris vivant. »\n  Le tirage du volume a pourtant dépassé les 100,000, dit-on! Qu'est-ce que ça\nprouve? Sinon que les sots depuis Adam sont en majorité.\n                                                                           P . D.\n"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2817, "texte": "                                               DURENDAL                                           181\n\n  L ' E s p r i t c h r é t i e n et le p a t r i o t i s m e , par   LÉON TOLSTOÏ   (Paris, Didier,\nprix : fr. 2.50).\n   « Pour délivrer les hommes des misères qui les étouffent : il suffit de ne pas\nmentir. » Ainsi parle l'auteur du livre, et donnant l'exemple, il dénonce au monde\nce qu'il appelle la duperie du patriotisme. Tolstoï voit le patriotisme se résoudre en\nces crises de haine, décorées du nom pompeux de guerres et de batailles, et il l'abo­\nmine comme un vice antichrétien et antisocial. Qui lui donnera tort? Quand le\npatriotisme commande la guerre, c'est-à-dire le meurtre en masse, il est aussi abo­\nminable que l'anarchisme qui prêche le meurtre isolé. On peut même dire que, s'il\nest une différence, entre le chef d'Etat qui signe une déclaration de guerre et le\nCaserio quelconque qui guette ce chef pour l'assassiner, la différence est à l'avantage\nde l'assassin détaillant. Dans un siècle ou deux (le Progrès est si lent!) les peuples,\ndevenus enfin intelligents, se refuseront sûrement à se battre pour les beaux yeux\ndes chefs d'Etat et qui sait, si par un retour de fortune, possible après tout, ils\nn'enverront pas à l'échafaud les princes ou les présidents de République qui avaient\nla monstrueuse prétention de les envoyer à la Grande boucherie des champs de\nbatailles. Ce sera le premier acte du patriotisme vrai.\n   En ce temps-là, quelque part, au fond d'une bibliothèque, on découvrira peut-être\nce livre de Tolstoï qui apparaît aujourd'hui comme violent, et quelque contemporain\nécrira : « Déjà vers la fin du XIXe siècle, un écrivain d'une extrême modération... »\nPeut-être encore qu'au lieu de découvrir l'œuvre de Tolstoï, ces hommes-là mettront\nau jour Une Académie de fou, de notre spirituel COOMANS. En effet, dans ce livre\nqui date de trente ou quarante ans, on rencontre déjà toutes ces idées actuelles de\nTolstoï, ces idées qui faisaient écrire l'autre jour à Maurice Barrès : que Tolstoï\nétait un prophète religieux. Voilà qui va dérider notre cher compatriote. Lisez, par\nexemple, de Coomans, ces pages intitulées : Abus du patriotisme. — Le Patriotisme\ns'étend et s'éteint. — Il est tour à tour vertu et crime. — Définition du patriotisme exclusif.\n— Disparitions des petits patriotismes, etc., etc. Coomans a autant, sinon plus, de\nphilosophie que Tolstoï et il possède en plus de l'écrivain russe une bonhomie\ninfiniment spirituelle. Tout Belge qui se pique d'aimer les choses de la Pensée doit\navoir les œuvres de Coomans dans sa bibliothèque et, s'il les a, qu'il place, à côté,\nsur le même rayon, le présent livre de Tolstoï sur l'Esprit chrétien et le patriotisme.\n                                                                                         P . D.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-09-n9-005", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 182, "page_fin": 184, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature", "titre_sommaire": "Miroir d'Art et de Littérature (Propos des Douze Pairs autour de la Table ronde)", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "appel aux artistes, en vue d'un prochain Salon d'Art moderne. — Une étude sur la douleur, etc.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 223, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 65, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n      Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n\nU     N journal belge définit ainsi les menus « Des objets artistiques parfois exquis,\n       propres à ennoblir les labeurs de l'estomac. » On est prié d'expérimenter\ncette phrase sur le premier garçon d'hôtel qu'on rencontrera.\n\n                                         *        *\n\n\nC     'EST aux femmes que l'Eglise doit presque tous ses grands hommes », écrit\n       M. Kurth dans ses Origines de la civilisation moderne. Et les autres! à qui les\ndoit-elle ?\n                                          *\n                                         * *\n\nE     NCORE un ! Herr Doctor Herman Vierordt tient à marcher sur les traces des\n        Francotte, des Nordau et autres insulteurs attitrés du Génie. Dans un article,\nparu tout récemment dans la Neurologische Centralblatt, l'éminent professeur dit\nvertement leur fait à quelques hommes... point vulgaires cependant. Vierordt range\nparmi les fous : Kant, à cause de certaine asymétrie crânienne; Raphaël, comme\nbrachycéphale; Cuvier, hydrocéphalie manifeste; Byron, pour malformations mul­\ntiples; Henri Heine, mort du tabes dorsalis; Saint Paul, lequel fut épileptique\n(accès sur le chemin de Damas); Pierre le Grand, Napoléon I, Pie IX, tous épilep-\ntiques; Rousseau, atteint de la folie des persécutions, etc., etc. Stultorum numerus\ninfinitus! Nous nous demandons avec effroi si on ne ferait pas bien de mettre le\nnom de Vierordt sur la liste... et même d'effacer tous autres noms. C'est un phéno­\nmène d'observation clinique que les médecins aliénistes finissent tous par la folie.\n                                              *\n                                          *    *\n\nU     N acte de vandalisme littéraire :\n         « Celui qui règne le soir dans les cités, et de qui relèvent tous les réverbères,\nà qui seul appartient de faire sur le trottoir la clarté ou l'ombre dense, est aussi le\nseul qui se glorifie de nous donner, selon qu'il lui plaît, de sérieux ou de ridicules\nlumignons. Soit qu'il allume les becs, soit qu'il les éteigne, soit qu'il communique\nl'étincelle au gaz ou qu'il la lui retire, il nous apprend nos devoirs d'une manière\npéremptoire et digne des intérêts de la Compagnie; car, boutant la flamme, il nous\n"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2784, "texte": "183                                    DURENDAL\n\nindique le système d'en user, comme il le fait lui-même, et il nous fait voir, en la\nsoufflant, que toute la clarté des becs de gaz est empruntée et que, pour être à\nniveau de l'étage, ils n'en sont pas moins sous sa main et sous son autorité suprême.\nC'est ainsi qu'il instruit les citoyens, non point par des discours et par des paroles,\nmais par des effets et des exemples. Vanum est vobis ante lucem surgere. »\n  Il est à peine nécessaire de le constater : le respect s'en va, le respect est parti.\nMadame se meurt ! madame est morte !\n                                               *\n                                           *   *\n\nD     E Maurice Barrès :\n        L'homme capable de quelque philosophie prend l'habitude de mépriser les\nindividus de qui il ne partage pas les idées, et de les mépriser au point que leurs\ninjures soient inexistantes.                                     (Journal, 6 juillet.)\n   Les hommes de haute culture font émouvantes les idées. Ils créent un état d'âme.\nLeurs paroles mettent des ondes vibrantes dans les foules, rendent possibles les\ngrandes journées — et l'installation des petits hommes.\n   D'ailleurs, les petits hommes les paient en incompréhension.\n                                                                    (Journal, 10 août.)\n                                             *\n                                           * *\n\nD     EMANDEZ à un crapaud — écrivait cet infect Voltaire — ce que c'est que la\n       beauté, le grand beau : il vous répondra que c'est sa crapaude. »\n   Le langage de Cicéron, parlant des choses de l'art et de la beauté, n'est guère\nplus sublime que celui du vieux satyre de Ferney. « Nous méprisons ces futilités,\n— écrit-il, — nous les abandonnons aux peuples tributaires pour les consoler et les distraire\ndans leur esclavage... Ce sont des bagatelles bonnes pour amuser des enfants. » N'est-ce\npas qu'il traite bien les chefs-d'œuvre, le Prince... des Raseurs? C'est pourtant à ce\njoli personnage que fut confié le soin de mettre la dernière main, le vernis, à notre\nEducation humanitaire ! Heureusement que nous ne l'avons jamais gobé, le formi­\ndable bavard. Et nous ne sommes pas le seul.\n   Michel de Montaigne, clans ses Essais (Livre II, ch. x), dit tout carrément : « Sa\nfaçon d'escrire me semble ennuyeuse... je n'y treuve que du vent... ses discours\n languissent autour du pot...; ils sont bons pour l'eschole où nous avons loisir de\nsommeiller. »\n   J.-K. Huysmans est moins tendre encore :\n   « La langue verbeuse, les métaphores redondantes, les digressions amphigou­\nriques du Pois Chiche, ne me ravissent point; la jactance de ses apostrophes, le\nflux de ses rengaines patriotiques, l'emphase de ses harangues, la pesante masse de\n"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "                                     DURENDÀL                                       184\n\nson style, charnu, nourri, mais tourné à la graisse et privé de moelles et d'os, les\ninsupportables scories de ses longs adverbes ouvrant la phrase, les inaltérables\nformules de ses adipeuses périodes mal liées entre elles par le fil des conjonctions,\nenfin, ses lassantes habitudes de tautologie ne me séduisent guère. » (A Rebours.)\n                                             *\n                                         *       *\n\nL   A lettre que Mgr Ireland avait écrite à notre collaborateur M. P . Demade, à\n     propos du roman et du théâtre, et que nous avons publiée dans notre numéro\nd'août, a fait le tour de la presse française et belge. Le Figaro, l'Univers, la Liberté,\nle Monde, le Temps, le Journal des Débats, l'Union, la Métropole, ont reproduit cette\ncurieuse lettre, sur laquelle nous reviendrons quelque jour plus à loisir.\n                                             *\n                                         *       *\n\nI L nous a été donné d'entendre, lors du récent congrès international des catho­\n    liques, tenu à Bruxelles, deux magnifiques discours : l'un du D r Schaepmann,\nmembre du parlement hollandais, sur l'Enthousiasme, — l'autre de Mgr Keane,\nrecteur de l'Université de Washington, à propos du congrès des religions de\nChicago. Ces hommes de science, à côté desquels nous rangerons encore M. de Lap-\nparent, professeur de géologie aux Facultés catholiques de Paris, ont parlé comme\ndes orateurs-poètes.\n                                             *\n                                         *       *\nN    ous publierons prochainement :\n       Sainte Marie de l'Art, esthétique du culte de la Vierge. Cette étude, due à la\nplume d'un croyant, qui est à la fois un poète et un philosophe, causera sans nul\ndoute une certaine surprise par le monde des lettres catholiques, et son auteur, qui\nest à peu près inconnu aujourd'hui du public, pourrait bien ne plus l'être demain.\n— Un appel aux artistes, en vue d'un prochain Salon d'Art moderne. — Une étude\nsur la douleur, etc.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 204, "texte": "SEPTEMBRE   1894\n\n\n\n\n                   kOffaux\n                             D-\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": ""}, {"page_pdf": 206, "texte": " Septembre 1894                                                                                               N° 9\n                                                  DURENDAL\n\n\n\n\nLA               PARABOLE\n                      DES V I E R G E S (1)\n                                                                                 Vigilate quia nescitîs diem neque horam.\n  A   Mme   J U L E S HOORNAEHT-SOENENS                                                               SAINT MATHIHU.\n\n\n\n\n  Une place publique d'une ville de Judée; au fond, un vaste palais. La porte\ncentrale de la façade est à deux battants et dorée; on y accède de droite et de-\ngauche par un double escalier de marbre blanc. Nuit d'orient vaguement éclairée.\n\n                                                  SCÈNE I\n                                                Chœur lointain des Vierges qui\n                                             se rapprochent graduellement :\n              Le vent léger du soir a caressé la plaine ;\n              Les vieillards sont assis, rêveurs, au bord des puits ;\n              O Vierges ! délaissant les fuseaux et la laine,\n                       Allumez votre lampe pleine\n              Et fermez votre cœur aux terrestres soucis !\n                                                  Sur la scène.\n                  Déjà sourit la Nuit mystérieuse!\n              Le doux parfum des lys l'embaume; le ciel pur\n                      Sur la Cité silencieuse\n                  Verse la paix de son mystique azur!\n                      Voici ton heure, ô cœur fidèle!\n                  Réjouis-toi, car l'Époux va venir!\n              Hosanna ! nous verrons la Porte d'or s'ouvrir\n              Et nous donner accès à la Fête éternelle !\n  (1) La musique de cette scène lyrique a été écrite pour voix et grand orchestre-par M. Joseph Ryelandt.\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "166                        DURENDAL\n\n\n              Les Vierges sages, vêtues avec simplicité, se groupent du\n            côté droit de la scène;LesViergesfolles,vaniteusementparées,\n            du côté gauche. Les premières portent un vase d'huile.\n\n                      LES VIERGES SAGES\n\n               Symboles des cœurs vigilants,\n               Parlez pour nous, lampes d'argile;\n      Annoncez à l'Epoux nos travaux diligents\n      Qui n'ont point rencontré la minuté inutile!\n               Parlez pour nous, lampes d'argile,\n          Parlez pour nous, lampes du saint labeur,\n      Lampes de notre joie et de notre douleur\n          Dont le regard confond la nuit hostile !\n          Baume onctueux que le cœur pur distille,\n                   Huile de la ferveur,\n          Coulez, coulez dans nos lampes d'argile\n               Et brûlez/devant le Seigneur !\n\n              Brûlez jusqu'à la dernière heure,\n          Faites le jour sur le chemin mauvais,\n          Eclairez-nous jusqu'à l'heure de paix\n      Où l'Epoux sourira dans sa blanche demeure !\n               Nous l'attendons, Il va venir!\n              Voici ton heure, ô cœur fidèle !\n          La Porte d'or devant nous va s'ouvrir\n      Et nous donner accès à la Fête éternelle!\n\n                     LES VIERGES FOLLES\n\n                       Vierges, nos sœurs,\n      Pourquoi charger vos bras de ce vase inutile?\n              Ne craignez point de manquer d'huile\n      Pour marcher au devant de l'Époux de nos cœurs !\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                    DURENDAL                            167\n\nPortant d'un doigt léger notre lampe d'argile,\n               Plus légères que vous,\nNous irons en chantant au devant de l'Époux !\nLe nard a parfumé nos jeunes chevelures\n    Et antimoine assombrit nos sourcils;\nDes paillettes, d'argent constellent nos ceintures\nQue rehausse l'éclat verdâtre des béryls...\nLes plis amples e t purs de nos robes de laine\nSont blancs comme nos doigts vierges de tout travail;\nEt sur nos cous fardés, fières comme des reines,\nNous sentons frissonner le luxe du corail !\nComme nous, ô nos sœurs, parfumez votre tête,\nEtalez la splendeur de vos robes de fête,\nCar bientôt, devant nous, la Porte va s'ouvrir!\n\n        Votre joie est trop soucieuse ;\n        Quel mal peut-il nous advenir,\n        Puisque voici la Nuit heureuse,\n    La douce Nuit où l'exil doit finir?\n        Libres de tout poids inutile,\n        Craintives sœurs, imitez-nous;\n    Ne soyez point la vassale servile,\n        Si vous voulez plaire à l'Epoux!\n\n                LES VIERGES SAGES\n\n          Fermez vos bouches imprudentes,\n                   Vierges, nos sœurs!\n              Chères imprévoyantes,\nVeillez et redoutez les célestes rigueurs !\nNous avons repoussé les vaines impostures,\n              L'antimoine et le fard ;\nMais nos cœurs caressés par le divin regard\nDépassent en blancheur les laines les plus pures.\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "168                         DURENDAL\n\n\n                Ils sont tels qu'un jardin fermé\n                     Qu'une fontaine arrose;\n      Ils sont tels qu'un arbuste ombreux et parfumé\n           Où la colombe en roucoulant se pose!\n      O nos sœurs, redoutez le retard de l'Époux!...\n                Voyez, voyez comme la flamme\n                De votre lampe épuise l'âme!\n      Dans une heure, comment l'alimenterez-vous?...\n      Le Seigneur n'admettra que les Vierges fidèles\n      Dont les lampes auront des flammes immortelles !\n\n                      LES VIERGES FOLLES\n\n              La prévoyance est un fardeau ;\n      Nos cœurs seront légers à l'heure de la fête !\n\n                       LES VIERGES SAGES\n\n              Grâce à l'ennui de ce fardeau,\n      Nos lampes brûleront à l'heure de la fête!\n      Ne vous abusez point, ô sœurs! Nulle clameur\n          N'annonce encor l'approche du Seigneur.\n\n                      LES VIERGES FOLLES\n                                 Etourdies depuis un moment par une\n                              vague somnolence.\n          Reposons-nous ; elle est longue, la veille !\n              Nos lampes brûlent à merveille;\n          Nous n'avons nul fâcheux pressentiment;\n      L'Époux ne peut tarder, dormons discrètement.\n\n                       LES VIERGES SAGES\n\n          Que le repos nous prépare au mystère ;\n          Qu'un sommeil léger nous soit salutaire.\n              Lampes, qui parlerez pour nous,\n      Epiez dans la nuit l'approche de l'Époux.\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                      DURENDAL                                169\n\n\n          Somnolence des Vierges sur les degrés de marbre, suivie\n       de sommeil. Interprétation symphonique de leurs rêves. Les\n       lampes des Vierges sages baissent; celles des Vierges folles\n       s'éteignent. A la fin de l'intermède, on entend une clameur\n       qui annonce dans le lointain l'arrivée de l'Epoux. Les\n       Vierges sages se dressent les premières en toute hâte.\n\n                 LES VIERGES SAGES\n\n            Les lampes ont baissé!\nRanimons leur éclat par la force de l'huile !\n       L'Époux vient!\n                     Elles versent de l'huile dans leurs lampes.\n                   Les Vierges folles s'éveillent à leur tour.\n\n                LES VIERGES FOLLES\n\n                       Que s'est-il passé?\n   Voici que fume une mèche inutile\nDans nos lampes tantôt brillantes de clarté!\n        Ah ! montrez-nous votre bonté,\n   Sœurs de nos cœurs, montrez-vous secourables!\nUn peu d'huile! Un peu d'huile!\n\n                 LES VIERGES SAGES '\n\n                               Hélas! sœurs lamentables,\nSœurs folles, l'Époux vient! Courez chez les marchands!\nNous ne pouvons tarder d'escorter de nos chants\n   Le Rédempteur en sa grandeur royale.\n                               Elles sortent par la droite.\n\n                LES VIERGES FOLLES\n\n              Imprévoyance fatale !\n              Hâtons-nous ! Hâtons-nous !\n                               Elles sortent par la gauche.\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "170                       DURENDAL\n\n\n\n\n                         S C È N E II\n\n                La scène reste un moment vide; puis, dans le lointain\n              d'abord, s'élève l'Ode de joie du cortège nuptial qui\n              conduit l'Epoux à la demeure de l'Épouse.\n\n          Sa majesté comme un soleil rayonne\n          Sur le lac bleu de nos humbles vertus;\n      La pourpre est sur ses mains, la pourpre le couronne,\n      Ses yeux ont la douceur des mystiques lotus !\n          Elles sonnent plus haut, ses paroles royales,\n               Que tympanons et que cymbales;\n          La jubilation accompagne ses pas !\n      Des parfums plus exquis que myrrhe et cinnamome\n               L'entourent de leur frais arome\n               Et grisent les cœurs délicats\n                   Des Vierges liliales\n      Qui portent devant Lui leurs lampes triomphales!\n               Los à l'Epoux triomphateur,\n               Terrible comme un char de guerre\n      Et doux comme le faon du vallon solitaire !\n               Los à l'Epouse du Sauveur!\n\n                           L'ÉPOUX\n\n      De vos lampes j'ai vu briller la flamme claire;\n          Vous étiez là, lorsque je suis venu!\n      Suivez-moi hors du temps au paradis/stellaire\n      Où vous boirez à même un bonheur inconnu !\n      O roses de Saron, roseaux aromatiques!\n      Vases d'or pleins de nard et de myrrhe mystiques,\n                    Lys au cœur virginal,\n      Venez et parfumez mon festin nuptial !\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                      DURENDAL                                 171\n\n                  LES VIERGES SAGES\n\nSignal de la vendange et des corbeilles pleines,\nVous nous êtes plus doux que le chant des fontaines\n         Dans le désert blanc de soleil!\n         Mes sœurs, buvons le vin vermeil,\n         Le vin des vignes rédemptrices,\n         Dans l'or splendide des calices\n         De l'immuable éternité!\n\n                     S C È N E III\n\n          La Porte d'or s'ouvre d'elle-même; l'Epoux, suivi des\n        Vierges sages, entre dans la salle du festin qui projette une\n       vive clarté sur la scène. Au moment où la Porte se referme,\n       les Vierges folles entrent par la gauche, effarées, les cheveux\n       en désordre; leurs lampes brûlent.\n\n                 LES VIERGES FOLLES\n\nO ce bruit dans la nuit pleine d'anxiété !\n     Est-ce le choc de la porte massive\nQui rejette aux tourments notre chœur exilé!\n          Minute affreuse et décisive !\nO frisson du bonheur, à jamais envolé,\nNe glacez point nos corps d'une folle épouvante!\nUn espoir en nos cœurs traîne encor, désolé!\nFrappons! Attendrissons la Justice clémente!\n                     Elles frappent de temps en temps à la Porte,\n                  jusqu'à la fin de la scène.\n    Ouvrez, Seigneur! par pitié! par pitié!\nLa solitaire nuit au dehors est terrible,\n         La nuit de votre inimitié !\nNe soyez point pour nous le roc inaccessible\nQui barre la vallée exquise du repos!\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "172                         DURENDAL\n\n\n           Ouvrez! ouvrez! Nous ferons pénitence\n           Pendant mille ans dans les plus durs travaux!\n      Donnez-nous seulement une vague espérance,\n      Un mot consolateur, un seul, et nous irons\n      Fouler sous nos pieds nus l'horreur des scorpions !\n      Et nous boirons du fiel, et, couvertes de cendre,\n                Pâles, l'on nous verra descendre\n      Dans l'opprobre et le deuil et la honte et le sang,\n      Pour retrouver, Seigneur, notre cœur innocent !\n                Ouvrez, ouvrez! Notre poing saigne!\n           Pitié! pitié! Que votre grâce daigne\n      Arracher notre cœur, hagard, épouvanté,\n      A l'horreur de la noire et morne éternité !\n\n\n\n                                  L'Époux paraît sur le seuil; l'éclat de\n                                sa majesté fait reculer les Suppliantes.\n                             L'ÉPOUX\n\n      Je ne.vous connais pas ! Dans la Nuit éternelle,\n                    La glaciale nuit,\n                    Restez, troupe-infidèle!\n           Vetre bonheur est à jamais détruit !\n      Lorsque je suis venu, votre flamme était morte;\n      Votre cœur n'avait point l'huile de la ferveur\n      Et vous n'étiez pas là, lorsque j'ouvris la porte\n      De la salle où sourit l'Épouse du Sauveur!\n               Retirez-vous, troupe infidèle,\n      Je ne vous connais pas, ô Vierges de la Nuit!\n           Votre bonheur est à jamais détruit!\n      Frissonnez à jamais dans la honte éternelle!\n                                         L'Epoux rentre et la Porte se\n                                       referme avec bruit.\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                      DURENDAL                                173\n\n\n\n                      scène     V\n\n                 LES VIERGES FOLLES\n\n                     Trop tard ! Trop-tard !\nLes gardes ont fermé les portes de la ville\nEt bandent dans la nuit leur arc sur le rempart!\n                     Trop tard ! Trop tard !\nFuis dans l'ombre, remords de nos lampes d'argile,\nRien ne peut expier votre fatal retard !\n                     Trop tard ! Trop tard !\nPlongeons-nous dans la mer de la douleur stérile.\nPour des temps éternels, la Nuit est notre asile,\n                     Trop tard ! Trop tard !\n       Les Vierges désespérées tombent étendues sur les degrés qui\n    mènent à la Porte. Les lampes se brisent et s'éteignent, la nuit\n    s'épaissit et dans le grand silence des Voix heureuses chantent :\n\n            CHŒUR DES BIENHEUREUSES\n\n         Flammes d'Amour et Paix sereine,\n         Baume enivrant des jours sans fin,\n    Saturez-nous de Gloire souveraine,\n         Nous, les admises au Festin!\nTous les liens sont brisés, voici la délivrance!\n              Hosanna à l'Époux !\n         Les Reines de la Vigilance\n    Goûtent un miel ineffablement doux !\nHosanna aux Splendeurs de la Demeure immense!\nHosanna! Hosanna à l'ineffable Époux!\n                                          Rideau.\n                                      HECTOR HOORNAERT.\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "174                DURENDAL\n\n\n\n\n          SIMPLE CHANSON\n           Je t'aime, enfant radieuse\n           Qui fus douce à l'exilé!\n           Tes baisers m'ont consolé,\n           Laisse-moi te faire heureuse.\n\n           Je ne t'offre, ô vierge, rien,\n           Pour que s'enchante ta vie,\n           De ce que la foule envie,\n           Rien, et tu f en doutes bien.\n\n           Mais le seul don que réclame\n           La candeur de ton aveu,\n           Je te l'apporte, ce peu\n           Qui vaut tout au monde, une âme ;\n\n           Ma pauvre âme que voilà,\n           Si lasse encore des routes,\n           Et qui se sauve en toi toute.\n           Je te la donne, prends-la.\n\n           Je t'aime, enfant radieuse\n           Qui fus douce à l'exilé!\n           Tes baisers m'ont consolé,\n           Laisse-moi te faire heureuse.\n  1893.                               MAURICE DULLAERT.\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                                          DURENDAL                                                  175\n\n\n\n\n                         JULES ABRASSART\nPoésies : L e s A i l e s de la l y r e , t. I et IL — H e x a m e r o n p o é t i q u e b e l g e ,\n  t. III. — L e s M a n d r a g o r e s , t. IV. — L a V i e a i m a n t e , t. V. — Précédées\n  d'une préface de M. Ferdinand Loise, de l'Académie royale de Belgique.\n                                                                     Ecrit pour la consolation de ceux\n                                                                   qui ont le vers solitaire.\n\n                    DONNER      au public, d'un coup, cinq volumes de vers, et sous\n                        le patronage d'un académicien encore, voilà qui n'est certes\n                        point banal. Qu'on fouille l'histoire littéraire, on trouvera\n                        peu d'exemples d'une telle bravoure. Car c'est crâne, incon­\n                        testablement, ce défi jeté à la gloire : A nous deux, quitte\n           ou double ! Quel dommage que ce soit une crânerie posthume. Après\n           tout, pour nous, critique, il est préférable que l'auteur soit mort, nous\n           n'avons plus désormais à nous soucier de l'homme, et c'est autant d'aise\n           de plus vis-à-vis de l'œuvre. Si même, comme nous le prévoyons, de\n           notre critique naissait, envers l'auteur défunt, quelque irrespect littéraire,\n           il ne faudrait pas nous en vouloir : ceux-là seuls, sont responsables de\n           tout, qui ont exposé Jules Abrassart, en donnant son œuvre au public.\n           Il est des morts qui demandent impérieusement à dormir et c'est un\ngrave manquement, au respect qu'on leur doit, de les réveiller... pour leur faire\nécouter un morceau de critique qu'autrement ils n'eussent pas entendu.\n\n                                                   *\n                                               *       *\n   Du moment qu'il s'agissait d'un homme de lettres défunt, uniquement défunt, on\npouvait prévoir que l'Académie donnerait, et Elle a donné, rassurez-vous. Nos\nacadémiciens ont toujours montré une excessive prédilection pour les morts, il faut\nqu'ils soient absolument affamés par plusieurs années de jeûne (Prix quinquennal)\npour oser porter la dent sur un vivant; littérairement, ces messieurs sont nos\nhyènes : ils déterrent! Ce qui était moins présumable cependant, c'est que, cette\nfois encore, on utiliserait M. F . Loise; non que M. Loise soit le plus malhabile\nen l'espèce, mais, au contraire, parce qu'il est, sinon le premier, au moins un\ndes premiers sujets. Et puis, on savait l'honorable academien déjà fort occupé.\nM. Alphonse du Prat de Lamartine l'a depuis longtemps accaparé, pour l'ornemen-\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "176                                    DURENDAL\n\ntation de son tombeau. Ce n'est un mystère pour personne que M. Ferdinand Loise\nest l'ombre de l'ombre de Lamartine, si pas son ombre elle-même. Pauvre Lamar­\ntine, te voilà donc dans la situation de Pierre Schlemihl : l'homme qui a perdu son\nombre, laché pour Abrassart, hélas !\n   Donc, c'est M. Ferdinand Loise, l'académicien, qui préfacie les œuvres poétiques\nde Jules Abrassart... Dès le seuil, on perçoit une vague odeur de boutique, comme\nsi on allait entrer tout de suite chez un épicier (déjà!).\n   « Le public belge s'est habitué, dit M. Loise, à n'attacher de prix en poésie qu'à\nla monnaie frappée au coin de France. C'est d'ailleurs la faute de la presse, qui n'a\nd'écho que pour la marchandise de provenance parisienne. Où sont les journalistes\nqui s'occupent sérieusement de nos productions indigènes? » Comment trouvez-vous\ncet académicien qui compare la poésie de J. Abrassart au billon étranger tant décrié,\nou encore à la mélasse et à la moutarde indigènes! nationales, monsieur! Dites?\n   Voici ce que je lis dans une note émanant de la famille du défunt : « M. Loise,\nl'éminent auteur de l'Histoire universelle de la poésie, membre de la classe des lettres\nde l'Académie royale, a bien voulu faire aux œuvres les honneurs d'une étude dont\nnous avons le droit d'être fiers. » Ne disons rien, soyons fiers... Mais à la place du\ndéfunt, je demanderais à qui de droit l'unique minute indispensable pour revenir et\ncasser mon cercueil sur la... tête de l'homme à la préface.\n   Ne nous arrêtons pas à cet incident. — « Que la jeunesse, comme dit l'honorable\nacademien, sensible à la beauté et aux séductions de la parole, apprenne à connaître\nceux qui ont travaillé à faire êclore en elle les beaux sentiments et les nobles pensées en\ns'appliquant à les orner de tous les prestiges de la forme. » C'est en ces termes de banale\nrhétorique que le préfacier annonce : Jules Abrassart ! Puis il biographie. A dix ans,\nl'enfant « commençait à griffonner des vers : imitations de Virgile et d'Homère,\nd'après Delille et Mme Dacier. » Abrassart sut bientôt en entier une foule de choses :\nEsther Athalie, l'Art poétique de Boileau, etc., etc. Je passe une infinité de détails\npour en arriver au principal : au poète.\n   « Le poète, déclare M. F . Loise, a des accents qui sont bien à lui, et sa poésie\nreste dans l'idéal sans sortir de la réalité. » On se demande, avec effroi, ce que serait\nun poète qui aurait des accents qui ne seraient pas à lui, et on demeure confondu de\nla bizarre situation de cette poésie, qui pontifie dans le salon sans sortir de la cui­\nsine. Je signale ce cas d'ubiquité à l'Académie, la priant de ne pas user de rigueur\nenvers M. Loise...\n   Abrassart fut tout un temps silencieux; ce silence bien innocent inquiète beaucoup\nle biographe : « Maintenant, dit-il, le poète, tout entier à ses devoirs de professeur,\nd'abord, d'époux et de père, ensuite, semble avoir déserté la muse, qui reste muette\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                                     DURENDAL                                      177\n\npendant seize ans. » Malheureusement, ce silence ne dura pas, et, sous la conduite\nde M. Loise, nous retrouvons le poète « sur les champs de bataille de l'art ».\n  C'est ici que la préface devient exquise. Elle nous montre le poète dans des\nconcours : où il triomphe successivement sur 275, 600, 462, 489, 529 concurrents...\nJe me sens la chair de poule à l'aspect de ces chiffres fantastiques, et vous?\n  M. Loise, au contraire, garde au milieu de ses massacres poétiques une impertur­\nbable sérénité; mais qu'est-ce que je dis là, il chante, il exulte... Entendez :\n  « M. Jules Abrassart est artiste, poète, législateur, virtuose lyrique, maître en\nvers/chef d'école de la métrique musicale dans la poésie française; ses œuvres vont\nsurvivre et Dieu, sans doute, aura jugé que l'auteur était digne de prendre place\nparmi les esprits célestes qui ont mission de chanter ses gloires... » Nous voilà\nmenacé des œuvres de J. Abrassart pour le temps et l'éternité... Qu'est-ce que de\nnous ! dirait Bossuet.\n                                           *\n                                         * *\n\n   Après la préface, les œuvres! Il est bon de savoir de quoi nous sommes menacés.\n   J'ai dit que cinq volumes avaient été publiés, d'un seul coup, audacieusement. Ils\nappartiennent désormais à la critique, et j'ai le droit de dire ce que j'en pense; tout\nce qu'on peut exiger de moi, c'est que j'examine en toute conscience et que je me\nprononce en toute sincérité.\n   J'ai lu les mille pages de ces cinq volumes et je les trouve pour les trois quarts\nabsolument médiocres. Il y avait d'Abrassart un volume, un seul, à donner au public\nen réunissant sous un titre, fut-ce celui de transcriptions rythmiques, les magni­\nfiques traductions que le poète avait faites des poèmes de Schiller, de Goethe, de\nHeine, etc. Ce livre-là, allégé par exemple de la ridicule préface de M. Loise, m'eut\nparu très beau et digne, sans restriction aucune, de tous les suffrages.\n   Elles sont vraiment jolies et chantantes ces transcriptions rythmiques, comme\nles appelle l'auteur. Elles dénotent une habileté de main merveilleuse.\n   Ce volume-là, composé d'extraits des tomes I et II actuellement intitulés : Les\nAiles de la lyre, m'eut trouvé enthousiaste... Quant au reste de l'œuvre, j'ai bien le\nregret de devoir le dire, imitant de Loise le style épicier : je n'en, donne pas quatre\nsous, ce qui fait moins d'un sou le volume !\n   On l'a dit déjà, ce sont des vers honnêtes, probes, souvent bien tournés, mais\nd'une poésie banale, vieillotte et, pour tout dire, ennuyeuse et conventionnelle.\nLe dernier numéro de Durendal, sous le titre : Trouvailles d'un pêcheur de perles,\ncontenait quelques échantillons de cette poésie. Rien ne me serait plus facile que\nd'étaler ici toute une vaste collection de ces cocasseries littéraires, ces cinq volumes\nen fourmillent. Mais à quoi bon?\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "178                                   DURENDAL\n\n   Je crois cependant de mon devoir d'appeler l'attention des éditeurs graves sur\nl'énorme bouffonnerie de certaines pièces. Je citerai notamment, dans le tome III :\nHexameron, le Debout, peuple! cantate d'un beau dix-huit cent trentisme composée\npour l'inauguration de la statue de Sylvain Van de Weyer :\n\n                          « Toi qui de loin, dans Albion,\n                            Sus préserver d'indignes pièges,\n                            Les premiers élans du Lion. »\n\n    Allez lire ces vers, place de la Gare, à Louvain, et si vous n'entendez rire les\n pavés, venez me le dire.\n   On a publié également dans le tome IV, étiqueté : Les Mandragores, une série\n de... oserais-je rapporter le fait? une série de Cartes postales et de Nouvelles cartes\npostales absolument uniques, je pense, dans les Annales de la poésie. (Quelle bonne\n fortune pour l'auteur de l'Histoire universelle de la poésie!) J'ai compté neuf de ces\n cartes, à la file... neuf, une pour chaque chœur des anges (voir plus haut).\n   Le tome V : La Vie aimante, renferme cet amour de sonnet : La peur des armes à\nfeu, qui a paru dans notre numéro du mois d'août.\n    « Quand l'enfant s'aperçut qu'on tendait... à la cible. » Souvenez-vous.\n\n\n\n  Mais, c'est assez s'occuper « de nos productions indigènes », il est temps de\nconclure, si déjà le lecteur ne s'est donné cette peine.\n  M. Jules Abrassart, dans un sonnet intitulé : Feu follet, inséré dans le tome IV\nde ses œuvres : Les Mandragores, écrit :\n                                                     Sur ma parole,\n                      Tout ce que j'écris là n'a pas le sens commun.\n  Ce partiel jugement de l'auteur, étendu à ses œuvres entières, nous paraîtrait\nexcessif; tout au plus pourrait-on l'appliquer à la préface de M. F . Loise et aux trois\nquarts de l'œuvre. Il faut faire l'exception que j'ai dite en faveur des traductions.\n  En somme, nous avons un beau traducteur de plus... qui n'existerait pas si Goethe,\nSchiller et quelques autres ne s'étaient donné la peine de naître avant lui.\n  Mais un poète? Je réponds : non.\n                                                                     P.   DEMADE.\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "                                     DURENDAL                                        179\n\n\n\n\n                                 PENSÉES\n\nLES       classes publiques s'ouvrent à toute sorte d'intelligences. Pour ces auditoires\n        mêlés, les élévations éloquentes, les larges synthèses où un penseur résume ses\nhautes pensées, ses doutes discrets, les faiblesses des démonstrations courantes,\nn'éveillent qu'un moindre intérêt. Ce ne sont pas les disciples seulement qui trou­\nveraient cela insipide, peu pratique : le digne homme, aussi, qui a charge de gloser\nsur le texte, et parfois ne l'entend pas très bien, proclame que toute cette littérature\nn'est d'aucun profit. Des écrits d'ordonnance pédagogique, conçus dans une forme\nclaire, mis en livres, chapitres et paragraphes : voilà la discipline adusum scholarwn!\nTrès souvent l'ordre apparent n'est qu'un mensonge, la lucidité un piège, et le\nbéat manuel, qui promettait la doctrine, une sorte de table des matières contenant des\nétiquettes à vide... Ce qui reste vrai, c'est qu'auprès de la foule des écoliers — et\nparmi ceux-ci ne faudrait-il pas ranger nombre de maîtres ? — les œuvres littéraires\nobtiendront toujours une faveur excessivement restreinte... Les esprits médiocres forment\nla majorité et ce sont les majorités qui font loi, dans les écoles comme ailleurs.\nQui donc a défini le maître, un homme, en général instruit, habile à réduire la\nmatière au minimum supportable, à un encéphale moyen? Celui-là a bien défini!\nL'on trouvera peut-être que c'est une méthode défectueuse que de subordonner à ce\npoint l'enseignement à tous ses degrés aux capacités ordinaires, et que ce procédé,\npour être commode aux docteurs en routine, mène au sacrifice des intelligences d'élite.\nCela paraît fort plausible, mais ainsi va cette planète étrange ! Le plus curieux des\nlivres serait l'histoire critique de l'enseignement public : on y verrait la part que\nla convention et l'esprit de coterie exercent encore ici-bas, et sans doute y exerceront\ndans les siècles des siècles !\n                                                           Mgr VAN WEDDINGEN.\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "180                                  DURENDAL\n\n\n\n\n                 Roche Tarpéienne et Capitole\n   L o u r d e s , par E M I L E ZOLA. — Chaque fois que cet immonde Zola publie un\nvolume nouveau, les catholiques lui font l'honneur et la réclame des plus retentis­\nsantes discussions. Tout le monde s'en mêle, depuis le plus humble saute-ruisseau\nlittéraire jusqu'à des prélats comme Mgr Ricard et Mgr de Harlez. Jamais pareil\nhonneur ne fut concédé par la critique bien pensante, mais mal agissante, à des\nécrivains catholiques. Ceux-là, on les déporte vers les Sibéries de l'enthousiasme ou\ndans les Saharahs de l'admiration...\n   Je n'imiterai pas mes confrères et ne dirai rien de ce Lourdes, de Zola, mais il m'a\nparu plaisant, et d'une ironie supérieure, de réunir ici deux ou trois critiques\nvenues à Zola de ses amis littéraires.\n   « Le livre de Zola, dit l'Echo de Paris (29 juillet 1894), est un ouvrage qui donne\nenvie de se gratter. On éprouve, en parcourant ces pages, de vagues démangeaisons.\nL'imagination aidant, on croit voir ramper et vous grimper au corps des myriades\nde parasites taquins sortis des pages de ce livre. Ah! ce Zola est un si grand\nremueur de foules, et il rend avec tant de force la migration des masses! »\n   La Plume (du 15 août) n'est pas moins cruelle : « La nature de M. Zola, dit-elle,\nest grossière, vulgaire, ravalée à des visions insignifiantes et photographiques d'un\nœil en quête de laideur et à la recherche des côtés difformes de l'individu. »\n   En voulez-vous encore? Voici ce que dit M. T. de Wyzewa dans la Revue bleue\n(4 août) : « Lourdes est un mauvais roman, plus pesant, plus étouffant que pas un\nde la série des Rougon-Macquart. C'est un roman si mauvais que je ne vois même\npersonne à qui il puisse plaire, ni les croyants ni les incrédules, ni les réalistes ni\nles idéalistes. Il déplaira surtout à ceux qui demandent qu'un roman les émeuve,\ncar il n'y a point de trace clans Lourdes d'une émotion vraie, et jamais M. Zola\nn'avait écrit un roman qui sentit davantage la facture, le procédé, je dirai même la\nhâte d'en avoir fini. Oui, c'est un mauvais roman. »\n  Enfin, ce mot de Zola lui-même, s'il vous plaît (Conversation avec Charles\nMorice, Journal, 20 août 1894) : « La beauté! je ne sais pas ce que c'est. La vie!\nparlez-moi de la vie! Je ne me suis jamais soucié de l'esthétique. J'écris mal?\nQu'est-ce que ça me fait, si j'écris vivant. »\n  Le tirage du volume a pourtant dépassé les 100,000, dit-on! Qu'est-ce que ça\nprouve? Sinon que les sots depuis Adam sont en majorité.\n                                                                           P . D.\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                                               DURENDAL                                           181\n\n  L ' E s p r i t c h r é t i e n et le p a t r i o t i s m e , par   LÉON TOLSTOÏ   (Paris, Didier,\nprix : fr. 2.50).\n   « Pour délivrer les hommes des misères qui les étouffent : il suffit de ne pas\nmentir. » Ainsi parle l'auteur du livre, et donnant l'exemple, il dénonce au monde\nce qu'il appelle la duperie du patriotisme. Tolstoï voit le patriotisme se résoudre en\nces crises de haine, décorées du nom pompeux de guerres et de batailles, et il l'abo­\nmine comme un vice antichrétien et antisocial. Qui lui donnera tort? Quand le\npatriotisme commande la guerre, c'est-à-dire le meurtre en masse, il est aussi abo­\nminable que l'anarchisme qui prêche le meurtre isolé. On peut même dire que, s'il\nest une différence, entre le chef d'Etat qui signe une déclaration de guerre et le\nCaserio quelconque qui guette ce chef pour l'assassiner, la différence est à l'avantage\nde l'assassin détaillant. Dans un siècle ou deux (le Progrès est si lent!) les peuples,\ndevenus enfin intelligents, se refuseront sûrement à se battre pour les beaux yeux\ndes chefs d'Etat et qui sait, si par un retour de fortune, possible après tout, ils\nn'enverront pas à l'échafaud les princes ou les présidents de République qui avaient\nla monstrueuse prétention de les envoyer à la Grande boucherie des champs de\nbatailles. Ce sera le premier acte du patriotisme vrai.\n   En ce temps-là, quelque part, au fond d'une bibliothèque, on découvrira peut-être\nce livre de Tolstoï qui apparaît aujourd'hui comme violent, et quelque contemporain\nécrira : « Déjà vers la fin du XIXe siècle, un écrivain d'une extrême modération... »\nPeut-être encore qu'au lieu de découvrir l'œuvre de Tolstoï, ces hommes-là mettront\nau jour Une Académie de fou, de notre spirituel COOMANS. En effet, dans ce livre\nqui date de trente ou quarante ans, on rencontre déjà toutes ces idées actuelles de\nTolstoï, ces idées qui faisaient écrire l'autre jour à Maurice Barrès : que Tolstoï\nétait un prophète religieux. Voilà qui va dérider notre cher compatriote. Lisez, par\nexemple, de Coomans, ces pages intitulées : Abus du patriotisme. — Le Patriotisme\ns'étend et s'éteint. — Il est tour à tour vertu et crime. — Définition du patriotisme exclusif.\n— Disparitions des petits patriotismes, etc., etc. Coomans a autant, sinon plus, de\nphilosophie que Tolstoï et il possède en plus de l'écrivain russe une bonhomie\ninfiniment spirituelle. Tout Belge qui se pique d'aimer les choses de la Pensée doit\navoir les œuvres de Coomans dans sa bibliothèque et, s'il les a, qu'il place, à côté,\nsur le même rayon, le présent livre de Tolstoï sur l'Esprit chrétien et le patriotisme.\n                                                                                         P . D.\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "182                                  DURENDAL\n\n\n\n\n               MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n      Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n\nU     N journal belge définit ainsi les menus « Des objets artistiques parfois exquis,\n       propres à ennoblir les labeurs de l'estomac. » On est prié d'expérimenter\ncette phrase sur le premier garçon d'hôtel qu'on rencontrera.\n\n                                         *        *\n\n\nC     'EST aux femmes que l'Eglise doit presque tous ses grands hommes », écrit\n       M. Kurth dans ses Origines de la civilisation moderne. Et les autres! à qui les\ndoit-elle ?\n                                          *\n                                         * *\n\nE     NCORE un ! Herr Doctor Herman Vierordt tient à marcher sur les traces des\n        Francotte, des Nordau et autres insulteurs attitrés du Génie. Dans un article,\nparu tout récemment dans la Neurologische Centralblatt, l'éminent professeur dit\nvertement leur fait à quelques hommes... point vulgaires cependant. Vierordt range\nparmi les fous : Kant, à cause de certaine asymétrie crânienne; Raphaël, comme\nbrachycéphale; Cuvier, hydrocéphalie manifeste; Byron, pour malformations mul­\ntiples; Henri Heine, mort du tabes dorsalis; Saint Paul, lequel fut épileptique\n(accès sur le chemin de Damas); Pierre le Grand, Napoléon I, Pie IX, tous épilep-\ntiques; Rousseau, atteint de la folie des persécutions, etc., etc. Stultorum numerus\ninfinitus! Nous nous demandons avec effroi si on ne ferait pas bien de mettre le\nnom de Vierordt sur la liste... et même d'effacer tous autres noms. C'est un phéno­\nmène d'observation clinique que les médecins aliénistes finissent tous par la folie.\n                                              *\n                                          *    *\n\nU     N acte de vandalisme littéraire :\n         « Celui qui règne le soir dans les cités, et de qui relèvent tous les réverbères,\nà qui seul appartient de faire sur le trottoir la clarté ou l'ombre dense, est aussi le\nseul qui se glorifie de nous donner, selon qu'il lui plaît, de sérieux ou de ridicules\nlumignons. Soit qu'il allume les becs, soit qu'il les éteigne, soit qu'il communique\nl'étincelle au gaz ou qu'il la lui retire, il nous apprend nos devoirs d'une manière\npéremptoire et digne des intérêts de la Compagnie; car, boutant la flamme, il nous\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": "183                                    DURENDAL\n\nindique le système d'en user, comme il le fait lui-même, et il nous fait voir, en la\nsoufflant, que toute la clarté des becs de gaz est empruntée et que, pour être à\nniveau de l'étage, ils n'en sont pas moins sous sa main et sous son autorité suprême.\nC'est ainsi qu'il instruit les citoyens, non point par des discours et par des paroles,\nmais par des effets et des exemples. Vanum est vobis ante lucem surgere. »\n  Il est à peine nécessaire de le constater : le respect s'en va, le respect est parti.\nMadame se meurt ! madame est morte !\n                                               *\n                                           *   *\n\nD     E Maurice Barrès :\n        L'homme capable de quelque philosophie prend l'habitude de mépriser les\nindividus de qui il ne partage pas les idées, et de les mépriser au point que leurs\ninjures soient inexistantes.                                     (Journal, 6 juillet.)\n   Les hommes de haute culture font émouvantes les idées. Ils créent un état d'âme.\nLeurs paroles mettent des ondes vibrantes dans les foules, rendent possibles les\ngrandes journées — et l'installation des petits hommes.\n   D'ailleurs, les petits hommes les paient en incompréhension.\n                                                                    (Journal, 10 août.)\n                                             *\n                                           * *\n\nD     EMANDEZ à un crapaud — écrivait cet infect Voltaire — ce que c'est que la\n       beauté, le grand beau : il vous répondra que c'est sa crapaude. »\n   Le langage de Cicéron, parlant des choses de l'art et de la beauté, n'est guère\nplus sublime que celui du vieux satyre de Ferney. « Nous méprisons ces futilités,\n— écrit-il, — nous les abandonnons aux peuples tributaires pour les consoler et les distraire\ndans leur esclavage... Ce sont des bagatelles bonnes pour amuser des enfants. » N'est-ce\npas qu'il traite bien les chefs-d'œuvre, le Prince... des Raseurs? C'est pourtant à ce\njoli personnage que fut confié le soin de mettre la dernière main, le vernis, à notre\nEducation humanitaire ! Heureusement que nous ne l'avons jamais gobé, le formi­\ndable bavard. Et nous ne sommes pas le seul.\n   Michel de Montaigne, clans ses Essais (Livre II, ch. x), dit tout carrément : « Sa\nfaçon d'escrire me semble ennuyeuse... je n'y treuve que du vent... ses discours\n languissent autour du pot...; ils sont bons pour l'eschole où nous avons loisir de\nsommeiller. »\n   J.-K. Huysmans est moins tendre encore :\n   « La langue verbeuse, les métaphores redondantes, les digressions amphigou­\nriques du Pois Chiche, ne me ravissent point; la jactance de ses apostrophes, le\nflux de ses rengaines patriotiques, l'emphase de ses harangues, la pesante masse de\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "                                     DURENDÀL                                       184\n\nson style, charnu, nourri, mais tourné à la graisse et privé de moelles et d'os, les\ninsupportables scories de ses longs adverbes ouvrant la phrase, les inaltérables\nformules de ses adipeuses périodes mal liées entre elles par le fil des conjonctions,\nenfin, ses lassantes habitudes de tautologie ne me séduisent guère. » (A Rebours.)\n                                             *\n                                         *       *\n\nL   A lettre que Mgr Ireland avait écrite à notre collaborateur M. P . Demade, à\n     propos du roman et du théâtre, et que nous avons publiée dans notre numéro\nd'août, a fait le tour de la presse française et belge. Le Figaro, l'Univers, la Liberté,\nle Monde, le Temps, le Journal des Débats, l'Union, la Métropole, ont reproduit cette\ncurieuse lettre, sur laquelle nous reviendrons quelque jour plus à loisir.\n                                             *\n                                         *       *\n\nI L nous a été donné d'entendre, lors du récent congrès international des catho­\n    liques, tenu à Bruxelles, deux magnifiques discours : l'un du D r Schaepmann,\nmembre du parlement hollandais, sur l'Enthousiasme, — l'autre de Mgr Keane,\nrecteur de l'Université de Washington, à propos du congrès des religions de\nChicago. Ces hommes de science, à côté desquels nous rangerons encore M. de Lap-\nparent, professeur de géologie aux Facultés catholiques de Paris, ont parlé comme\ndes orateurs-poètes.\n                                             *\n                                         *       *\nN    ous publierons prochainement :\n       Sainte Marie de l'Art, esthétique du culte de la Vierge. Cette étude, due à la\nplume d'un croyant, qui est à la fois un poète et un philosophe, causera sans nul\ndoute une certaine surprise par le monde des lettres catholiques, et son auteur, qui\nest à peu près inconnu aujourd'hui du public, pourrait bien ne plus l'être demain.\n— Un appel aux artistes, en vue d'un prochain Salon d'Art moderne. — Une étude\nsur la douleur, etc.\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": ""}, {"page_pdf": 227, "texte": ""}]}