{"numero_id": "ulb-durendal-1894-10-n10", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1894-10-n10-001", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 185, "page_fin": 186, "titre_corps": "L’Automne", "titre_sommaire": "L’Automne", "signature_source": "THOMAS BRAUN", "ancre_debut": "L’AUTOMNE", "ancre_fin": "THOMAS BRAUN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Santa Maria dell’ Arte", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 230, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 142, "fin_caractere_exclue": 1573, "texte": "L'AUTOMNE\n\n         Sous le ciel morne et las nous arrive l'automne,\n         L'automne nous arrive et les bois se défeuillent...\n         Les feuilles dans les bois descendent monotones,\n         Descendent aux chemins boueux qui les accueillent.\n         Parfois, un coup de vent f ait tressaillir les branches,\n         Fait trembler les vieux nids où chantaient les aurores!\n         Les aurores chantaient, jadis, et les pervenches,\n         Les lys et les muguets que l'aurore colore,\n         Fleurissaient aux jardins arrosés de lumière,\n         De lumière tranquille, et douce, et printanière !...\n         L'automne nous arrive et les oiseaux sauvages,\n         Les oiseaux vers le Sud poussent leurs longues bandes,\n         Poussent leurs corps transis vers les autres rivages,\n         Les rivages meilleurs où d'or clair sont les landes.\n         Ils laissent nos forêts s'engourdir sous les brumes,\n         Nos forêts où le vert des feuilles s'atténue,\n         S'atténue, et jaunit, et tremble, diminue,\n         Cependant que les sarts aux coteaux roux s'allument,\n         S'allument aux coteaux dénudés qu'ils enfument.\n         La tristesse est aux champs dans les sillons humides,\n         La tristesse est dans l'âme où les heures passées,\n         Les heures de l'Été ramènent les pensées...\n         Aux humides sillons trempent les épis vides.\n         La terre où les moissons se déroulaient heureuses,\n"}, {"page_pdf": 231, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 529, "texte": "186                            DURENDAL\n\n           Se déroulaient indéfiniment par les chaumes,\n           La terre se laboure et, comme des fantômes,\n           Les laboureurs marchant aux heures ténébreuses,\n           Fouillent du soc de fer la terre bien-aimée!\n           L'âme se désespère en cette mort des choses,\n           Car elle a vu crouler les anciennes ramées.\n           Oh! le lourd navrement des Parterres sans roses...\n                                                     THOMAS          BRAUN.\n\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-10-n10-002", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 186, "page_fin": 195, "titre_corps": "Santa Maria dell’Arte : Esthétique de l’hyperdulie", "titre_sommaire": "Sancta Maria dell’ Arte", "signature_source": "EDMOND JOLY", "ancre_debut": "Santa Maria dell’ Arte", "ancre_fin": "EDMOND JOLY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CREPUSCULE", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 231, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 529, "fin_caractere_exclue": 1642, "texte": "Santa Maria dell' Arte\n                  ESTHETIQUE DE L'HYPERDULIE\n\n                                                 Dans la garde de Durendal, il y avait des\n                                               reliques du vêtement de la Vierge Marie.\n                                                                    (Chanson de Roland.)\n\n                                                      A MADAME POL DEMADE.\n\n           LE     tapage forain du dernier livre de M. Zola est presque\n                 apaisé. Nous ne songeons pas à remuer ce cadavre :\n                 il ne vaut pas l'autopsie. Pourtant, il y avait le sujet\n                 d'une œuvre unique dans Lourdes. Là se trouve, en\n                 effet, la plus parfaite fleur d'idéal éclose au milieu\n       de la plus parfaite civilisation matérielle. Le rapport de ces\n       deux termes embrasse toute la vie naturelle et tout l'Au-delà.\n       On ne nous a donné qu'une sorte d'œuvre de vulgarisation, de\nproduit Jules Verne, où les renseignements d'un guide à Lourdes sont\nreliés par une affabulation enfantinement matérialiste. Du reste, le\n"}, {"page_pdf": 232, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2169, "texte": "                              DURENDAL                             187\n\ndernier fidèle de Médan, Paul Alexis, a, peut-être, été le plus sévère\ncritique. Les concessions de son apologie avouent, en effet, l'œuvre de\nrapport, la maison-caserne au plan toujours uniforme. Si on ajoute que\nl'ameublement est du faubourg Saint-Antoine, attristé encore de faux\nbibelots, nous aurons tout l'ouvrage.\n   En cette revue, tous, grands et petits, ont le culte de l'Art. Son\nunité y est symbole d'une autre, suprême. Peut-être est-ce le moment\nd'y étudier l'âme même de Lourdes, Phyperdulie, le culte de la\nVierge. La piété, la théologie, l'apologétique demeureront exclues de\ncette légère esquisse. Leur domaine auguste ne nous appartient pas;\nle côté artistique, seul, nous doit attirer.\n                                     *\n                                 *       *\n   D'abord, LA VALEUR I D É A L E . Et peut-être quelques excuses\nne seront-elles pas hors de propos. Le naturalisme est encore si\nproche, qu'on n'est guère accoutumé à reconnaître, dans les idées, les\nmêmes lois d'art que dans les sons, les couleurs, les formes. Les\nidées, pourtant, ont bien aussi cette vie esthétique qui s'affirme par\nla beauté, la laideur, les rapports de contraste et d'affinité, l'har­\nmonie. Cherchons donc, au seul point de vue artistique, la valeur\nidéale de ce nom : Marie, la Vierge Mère de Dieu.\n   Pour apprécier le rayonnement qu'il jette en l'esprit, il faudrait\nétudier d'abord la valeur esthétique du mot principal, ce mot qui\n— oh bonheur des croyants! — est pour eux un nom, Dieu! La\nmagnificence unique de ce nom renferme la somme idéale du parfait.\nSeul, tout ce qui est défaillance, mal, est exclu essentiellement par\nl'Etre absolu et l'absolu Bien. Le simple penseur goûte ici, en volupté\nesthétique, quelque chose d'analogue à la contemplation intuitive des\nmystiques. C'est l'ivresse du Bien suprême entrevu. Ruysbroek en a\npoussé les cris splendides dans notre vieille forêt de Soignes, égalée,\ndès lors, aux radieuses thébaïdes.\n   Dans le titre de Mère de Dieu, le mot divin apparaît comme le\nsoleil illuminant une transparente nuée. Cette valeur idéale n'exista\n"}, {"page_pdf": 233, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2187, "texte": "188                            DURENDAL\n\n\n qu'en Marie. Les mythologies morcelaient le principal terme. Elles\nont inventé des mères d'un Dieu; elles ignorèrent la Mère de Dieu.\nE n Marie, pour la première fois, cette splendeur parfaite est proposée\nà l'Art.\n   Trouvons-nous ici l'éternel féminin chanté par le grand Goethe?\nOui et non. P o u r nous, rien d'analogue au partage qui divise, dans la\nnature, non seulement les êtres, mais aussi les choses et les idées. L a\nsplendeur divine en son unité de soleil et se manifestant par une\ncréation d'élite, pareille à son aube tendre, voilà l'éternel féminin\ndans le seul sens possible, divinement. T o u t autre serait mythologie,\npanthéisme, c'est-à-dire, pour l'Art, division et anéantissement.\n   Au prologue de Faust chantent trois archanges tandis que le globe\ntourne sous eux. Ils sont l'âme de Goethe et de l'art véritable : l'âme\nqui chante la création et qui enferme Michel, la force, Gabriel, la\ncharité, Raphaël, le remède et le secours. Cet art voit son symbole\nen Marie; elle est Vierge et Mère comme la pensée, elle est la fleur\nde cette création illuminée par son créateur.\n                                     *\n                                 *       *\n\n   Il est, dans la vie, une action où l'Idéalité semble à peine diminuée\npar le réel, une action qu'elle règle toute entière et où elle exprime\nsouverainement ses directions. Les contingences y touchent à l'Absolu,\nle Moment à l'Eternité. C'est la Liturgie. Elle est à l'action ordinaire\nce que l'Art est à la vie : une reproduction pour une finalité plus\nhaute. Nos plus sublimes rapports, nos élans aux plus transcendentals\nsymboles, s'y unissent en des simplicités et des magnificences d'actes\nfatidiques. Récemment encore, elle était presque inconnue de l'Art,\nau moins de l'art professionnel. Mais l'Idéalisme est venu, Verlaine a\nchanté ses liturgies intimes. Déjà la banalité menace.\n   Dans le cycle liturgique, l'hyperdulie fleurit comme une prairie au\nsoleil. Elle diapre la majesté du culte souverain de ses changeantes\nfloraisons mystiques. Celles-ci suivent presque les floraisons vivantes\ndes champs. Les fêtes de Marie sont comme les jours élus où se\n"}, {"page_pdf": 234, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2215, "texte": "                               DURENDAL                               l89\n\ncristallise chacune des beautés saisonnières. Aussi, on y trouve cette\nexquisité : des fleurs à la rosée bénite, aux parfums mêlés d'encens.\n   Si les abbayes où renait l'austère pompe cistercienne nous font\ngoûter tout le charme de l'actuelle liturgie, l'antique Byzance offrit,\nsemble-t-il, l'apogée terrestre de la L I T U R G I E mariale. Nicéphore,\nMétaphraste, ou bien Don Pitra, nous font entrevoir un rêve d'artiste.\nL'immense ville que devaient enfin perdre ses fautes, offre, en sa\ndévotion pleine d'abandons coupables, le charme attendri du repentir\net du retour, comme la nostalgie continue des vies au double courant.\nAlors que les barbares menacent, quels élans de somptueuse ferveur!\nLes murailles assiégées se haussent d'une muraille nouvelle priante\net vivante, tout un peuple entassé en des processions menées par\nl'image-qui-don ne-la-victoire, — Nicopœa.\n   U n e triple délivrance fit éclore cette fête exquise de l'hymne\nacathiste, — ou de la perpétuelle louange. — On apportait, dans le\npalais même, les trois principales icônes de Constantinople. L a plus\nmagnifique cour qu'empire eut formée, et un clergé où la pompe se\nfaisait divinement impériale, passaient tout un jour au milieu des\nencens irisés par les flammes des pierreries et des lampes, à psalmo­\ndier l'hymne-sans-fin.\n   L e suprême effort de l'âme byzantine, ses derniers soupirs d'amour,\ny jaillissent en fleurs orfèvrées. Banville a célébré la rime rare. Elle\nsemble un jeu devant ces combinaisons infinies de rhytmes et de sons.\nU n e inspiration ordinaire s'y abattrait bien vite ; l'oiseau de haut vol\ns'y joue comme l'eau riant sur les cailloux, le soleil ruisselant sur les\nfeuilles mouillées. E n ce chant du cygne, la muse grecque ne faisait\nqu'ennoblir de plus d'art son essor, orientalisait son couchant somp­\ntueux comme l'avait été sa première aurore.\n                                      *\n                                  *       *\n\n   Dans la vie ordinaire, l'hyperdulie est un charme d'allègement et\nde direction. C'est une maternité, une maternité disposant d'une\nscience et d'un pouvoir divin. L e langage en témoigne par une des\n"}, {"page_pdf": 235, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "190                             DURENDAL\n\n\nplus ravissantes parties du vocabulaire. Après ces mots : Notre-Dame,\ntous les bonheurs et tout ce qui les évoque se rappelle pour une pro­\nmesse ; toutes nos douleurs et tous leurs symboles pour un gage de\ndélivrance. Les précieuses litanies que formeraient ces noms! La vie\ny serait : Souvenirs de lieux chers, de purs rendez-vous ; évocation\ndes choses amies; rappel du mal dompté et qu'on fixe là, à côté de\nNotre-Dame, comme un ex-voto dans un temple. Cette pensée de\nMarie est, à l'âme, le bleu du ciel, le bleu où vient luire le soleil d'or.\nAussi, les trois principaux moments de la vie du jour sont-ils consacrés\npar L'ANGELUS, cette exquise sonnerie, où les cloches 'ne tintent\nplus pour une de nos heures conventionnelles, mais pour les étapes\nmêmes du Géant céleste. Notre course ici-bas est pareille à la sienne.\nEt la sonnerie, avec le symbole de ses nombres, de ses reprises, dit\négalement notre vie. Elle dit ses ineffables relations avec le soleil, et\navec le soleil divin qui apparut à Jean comme un manteau parant la\nfemme. « Un grand prodige parut dans le ciel : Une femme revêtue\ndu soleil, ayant la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne\nde douze étoiles. » (Apoc. XII, I.)\n    Faut-il s'étonner des nombreux angelus dont les récents poètes\ninquiètent la fatigue de leurs lecteurs?\n    C'est encore notre vie et ses mystiques modèles qu'évoque ce\nROSAIRE qui est comme l'hyperdulie matérialisée dans le plus\nexquis bibelot et le premier des bijoux. Le collier qu'on passe au cou,\n qu'on porte au bras, qu'on égrène, dont les perles évoquent l'écoule­\n ment de l'eau, les grains des fruits, les colliers d'or du ciel étoile.\nAussi ce collier, amuseur des doigts, qui orchestre d'un murmure une\nvague pantomime, se retrouve-t-il chez les rêveurs orientaux auxquels\n il est évocation et allègement. Mais le mystique collier de Marie est\n une guirlande faite au dessin de deux vies enlacées, la vie d'une\n mère, et celle de son fils, celle de la Vierge et celle de l'Homme-Dieu.\n La rose d'un salut divin s'y répète toujours. Ainsi les mots s'éclairent\n et pâlissent. Loi de répétition connue de l'art primitif, gardée à peine\n dans notre art populaire, presque retrouvée, tantôt! Sa cause n'est\n"}, {"page_pdf": 236, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2233, "texte": "                            DURENDAL                                191\n\npas dans les mots eux-mêmes, mais dans leur milieu accidentel.\n   Son enchantement, pareil à celui des clartés diffuses, en ondes\nbaignantes, préside aussi aux intellectuelles voluptés. L'amour n'a\nqu'un mot, en le redisant il ne le répète jamais. En la vie de Mozart\nsurtout, s'illustre le mot de Lacordaire.\n   Fait de ces roses, le rosaire est vraiment une joie de cueillette aux\nmains des enfants et des simples, comme il est, pour les contem­\nplatifs, le calice pourpré, où brûle l'essentielle flamme.\n   Du reste, le bibelot, le bibelot exquis, le bibelot d'âme, doit au\nculte de la Vierge ses plus précieux objets. Il suffit, pour en être\ncertain, d'avoir vu des collections d'ANCIENNES IMAGES D E\nP I É T É . Celles-ci ne doivent guère remonter plus haut que le sei­\nzième siècle. Plus anciennes, elles seraient trop frustes et trop belles\nen leur simplicité de primitifs. L'image de Marie domine toujours, et\nquel attrait émane des enjolivements, des fleurettes, des devises\nbaroquement charmantes ! L'enluminure, l'estampage, les dentelles\ns'unirent pour un charme autrefois primesautier, éphémère, aujour­\nd'hui cruel et doux comme le sourire mort des vieux portraits.\n                                     *\n                                 *       *\n\n   C'est la L É G E N D E qui achève d'exprimer l'influence hyperdulique\nsur la vie. Parfois elle est une œuvre d'art, ordinairement elle est\nl'œuvre de la vie même, la transformation de lointain qui seule livre\nsa quintessence. Rares sont les jours où la vie nous permet de vivre.\nBien rarement, aussi, elle se laisse comprendre. Un maître récem­\nment l'a dit : il faut pour cela lui ajouter quelque chose. La légende\nsouvent est ce quelque chose. Mais, en ce sujet, les devanciers ont été\nplus nombreux qu'en aucun autre. Leur foule a laissé comme un\npiétinement à travers une prairie. Disons seulement que la légende\natteint son apogée dans l'hyperdulie et par leurs lois mêmes à toutes\ndeux. N'est-ce pas surtout la mère qui raconte aux enfants? Sa ten­\ndresse ne forme-t-elle pas légende dans leurs premiers souvenirs?\nC'est elle qui, avec la fraîcheur de ce charme, oint brûlures et plaies.\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "192                            DURENDAL\n\n\n   U n e de ces légendes doit trouver place en Durendal; elle est si bien\nsienne! T o u s les samedis, les anges viennent, au soir, chanter le\nSalve Regina dans le val de Roncevaux. N'est-ce point la légende\nmême du silence, le silence, si grande volupté parce que liberté de\nl'harmonie?\n   Durendal n'étant pas moins belge qu'artiste, nous devons rappeler\n— rappeler, seulement; tous la savent — la légende nationale de\nBéatrix et la si fine introduction que Nodier lui donna avec sa forme\ndéfinitive. Disons qu'on la pourrait appeler la légende de l'Honneur,\ncomme celle de Roncevaux semble raconter le Silence. L'honneur,\ncette fleur délicate, que Dieu parfois demande pour lui, surtout au\nrepentir, mais dont l'arrachement est si effroyable qu'il l'épargne ici\npour et par Marie.\n                                      *\n                                  *       *\n\n\n    Ce sont les légendes, souvent, qui ont donné aux F L E U R S ces\nnoms charmants qui les vouent à la Vierge. P o u r t a n t ils nous font\npasser de la Vie, que les légendes cristallisent, à l'Art, dont ils sont\nune primitive et parfaite forme, allant parfois jusqu'au symbolisme.\n L a légende allemande montre un chariot de vin embourbé dans la\n route. L e conducteur caractérise, de fureurs stupides, la bête humaine.\n U n e loi de contraste, fait apparaître la Vierge. Elle promet son aide\n pour le don expiatoire, pour la douceur s'exerçant au vin versé à une\n soif mystique. Captif du charme, l'homme accepte sans comprendre\n_et naïvement interroge : Où est le verre? Mais la main virginale\n cueille un liseron; elle l'emplit au tonneau, transformant le symbole\n grossier aux lois d'exquisités célestes. Verre de Notre-Dame, est depuis\nlors le liseron. Sa petitesse de joyau, sa tremblante mousseline, sa\n sveltesse, de jet d'eau, son évasement généreux marqué d'une étoile\nd'aurore, ne sont-ils pas expliqués seulement par ces lèvres? Pareils\nnoms de fleurs sont bien des œuvres d'art. Ils expriment mieux qu'en\n phrases ou en peintures leur impression, leur valeur de pensée, leur\n"}, {"page_pdf": 238, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1974, "texte": "                                DURENDAL                                193\n\n  L'ancolie, qui est le gant de Notre-Dame, n'a aucune ressemblance\ngraphique avec une main. Cependant ce nom lui est délicieux. Ses\nminces enroulements et son bleu profond deviennent primitifs et\npuissants symboles du toucher divinement maternel, auguste et léger\ncomme une consécration.\n\n                                   *   *\n\n   Arrivés ainsi à l'ART proprement dit, nous trouvons désormais le\nterrain si fertile à la fois et si parcouru, que nous osons, à peine,\nquelques notations détachées. D'abord, n'est-ce pas, l'art littéraire et\nl'actuel Verlaine qui mérite seul peut-être — encore qu'il le porte si\nétrangement! — le nom de poète de la Vierge. Ses fautes, et surtout\ncelles des autres — oh! cette honte, pour eux, de son abandon! — le\nfont objet de scandale autant que de pieux et artistique bonheur.\nMais la Vierge est refuge des pécheurs; Jésus lui donna Madeleine\naussi bien que Jean.\n                            La mer sur qui prie\n                            La Vierge Marie.\n\n    Rien que par un rapprochement, Verlaine évoque la maternité\nberçante de ces deux presque-infinis.\n    Donnons un souvenir aux allitérations puériles, aux si prestes\njongleries de mots du XVIe et du XVIIe siècle. Il y eut souvent plus d'art\nqu'on ne croit dans ces vers-phénomènes.\n    L e sulpicien Olier offre au grand siècle, une langue vivante et\nimagée qui rappelle plus F l a u b e r t que Bossuet. Au siècle suivant, un\nmissionnaire breton, Grignon de Montfort, le continue. L e génie\nbiblique affirme, chez lui, cette parenté intellectuelle du Nord et de\nl'Orient dont notre renaissance du symbole doit nous rendre le rappel\nflatteur.\n   Dans les beaux-arts, hâtons-nous de signaler seulement les graveurs\nflamands du XVIe au XVIIIe siècle. Ils ont laissé des bois qui rachètent\npar une inimitable ingéniosité ce qu'ils doivent céder, pour le style, à\nl'admirable Vie de Marie, par Dürer.\n"}, {"page_pdf": 239, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2253, "texte": "194                              DURENDAL\n\n\n   Qu'il nous soit permis également un simple rappel pour cette\nadmirable statue de Tongres (XIIIe siècle), où la Vierge, amusant son\nFils d'une grappe de raisin, porte au côté un glaive pareil à notre\nD u r e n d a l . C'est Marie, cause de notre joie. L a joie, en effet, n'est-\nelle pas dans la protection aussi bien que dans les largesses? D u r e n d a l\nn'eut-elle pas pour sœur de gloire, Joyeuse?\n   Nous n'avons pu dire que bien peu, rien, sur l'Art, gloire spéciale\npourtant de l'hyperdulie. L A C A T H É D R A L E nous dispensera de\ntout le reste. C'est ici l'œuvre d'art unique qui les renferme toutes :\npoème de pierre, symphonie architecturale, tableau, sculpture, bro­\nderie, symbole, peut-être le plus magnifique de l'univers matériel.\nSelon des vers définitifs, leur forêt nous regarde passer; la Cathédrale\nreproduit cette forêt. Elle est l'univers même, l'univers en une forme\nd'élite, où tous ses symboles s'illuminent d'un seul. E t si l'âme affran­\nchie de l'impuissance charnelle par la Vérité donna ici sa complète\nexpression d'art, elle devient également expression suprême d'huma­\nnité et d'idéal.\n   L a cathédrale s'est élevée pour Marie, alors que sa pensée régnait\nsouverainement, alors qu'elle était pour tous Notre-Dame, comme\nJésus, Notre-Seigneur.\n   C'est la royauté de Marie, sa royauté de miséricorde, qui règne dans\nles couronnes légères et sublimes des tours. L'élan céleste de sa vie et\nde sa perfection unique s'élève, lis entre les épines, dans leur essor\nrapide, immense au-dessus des villes qu'il protège. Sa majesté, comme\nune traîne de manteau royal, décore la terre dans l'allongement fleuri\ndes nefs, entre les anges candataires des contre-forts. L e portail est\nsa robe brodée de chérubins, de monstres domptés et de feuillages.\nT o u t e la douceur de sa grâce émane des parures de printemps écloses\nsur chaque pierre, du charme d'étoffe et de nid où vont s'abriter les\noiseaux du ciel et les soupirantes âmes de la terre. P l u s sublime\nimage de Marie n'a jamais plané sur le monde. Les primitifs ne l'ont\nsu peindre ni si vivante ni si céleste. P o u r t a n t il faut que sa statue\nsoit au portail et, par la reproduction, fixe l'évocation du triomphant\n"}, {"page_pdf": 240, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 548, "texte": "                               DURENDAL                                 195\n\nsymbole. Marie, qu'il exprime, est le symbole de l'Art. N e serait-il\npas bien moderne que l'École idéaliste se l'appropriât comme une\nvieille bannière de gilde que tous, incrédules ou chrétiens, suivent\nrespectueux de l'Idée? Cette résurrection, cette appropriation, la plus\ncharmante peut-être, ne pourrait, h é l a s ! être tentée que par un\ninsoupçonnable, notoire aussi !\n                                                     EDMOND JOLY.\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-10-n10-003", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 195, "page_fin": 195, "titre_corps": "Crépuscule", "titre_sommaire": "Crépuscule", "signature_source": "AUGUSTE ARNAUTS", "ancre_debut": "CREPUSCULE", "ancre_fin": "AUGUSTE ARNAUTS", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 240, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 548, "fin_caractere_exclue": 1535, "texte": "CREPUSCULE\n                                                            A   A. V.\n\n           Quand le labeur du jour a pris fin an terroir,\n           Quand rien ne bouge plus dans la plaine assoupie\n           Et qu'au loin le moulin, dont la voile enfle et plie,\n           Se perd à l'horizon dans les brumes du soir,\n\n           En la chapelle hospitalière vont s'asseoir\n           Les vierges, implorant la madone Marie,\n           Et, dans un doux concert où leur âme s'allie,\n           Monte vers Dieu comme un effluve d'encensoir.\n\n           Leurs yeux ont des clartés d'aube pâle et mourante.\n           Il s'y reflète, ainsi qu'au fond d'une eau courante,\n           La divine splendeur d'un ciel d'azur et d'or.\n\n           Mais, voici que soudain tinte dans le silence\n           Le son clair du bourdon, qui là-haut recommence\n           Son appel morne et lent. Tel le glas de la mort.\n                                                AUGUSTE ARNAUTS.\n20 septembre 1894.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-10-n10-004", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 196, "page_fin": 198, "titre_corps": "Sur drap noir : L’Avertissement inutile", "titre_sommaire": "L’Avertissement inutile (nouvelle)", "signature_source": "Pol Demade", "ancre_debut": "SUR DRAP NOIR", "ancre_fin": "DEMADE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et signature relues sur les images", "pages": [{"page_pdf": 241, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 77, "fin_caractere_exclue": 1917, "texte": "SUR DRAP NOIR\n\n\n            L'AVERTISSEMENT INUTILE\n                                                                A   MAMAN.\n\n\n\n\n   LEs           demoiselles Champdœillet étaient neuf, comme les\n              Muses, et la tradition rapporte qu'elles furent toutes\n              fort jolies, en leur printemps, ce qui ajoute encore au\n             piquant de la comparaison entre ces neuf sœurs et les\nneuf Muses. L'une d'elles, la cadette et la dernière, vit encore; elle\nn'a que quatre-vingt-dix ans et c'est une majestueuse vieille. L'intérêt\nde cette histoire, je le dis aussitôt, réside ailleurs que dans un pro­\nblème d'esthétique féminine.\n   Quand la mère de ces neuf filles, qui eut par surcroît cinq garçons,\nmourut, vers quatre-vingt-seize en ans, aveugle, dans son lit, sans\nsouffrance, pendant qu'elle jouait de la guitare, — car elle mourut\ndans ces circonstances, — toutes les sœurs vivantes alors et dissémi­\nnées par la vie au travers du monde, quelques-unes très loin, très\nloin, toutes, dis-je, entendirent distinctement, à l'heure exacte où s'éteignit\nleur mère, d'abord un bruit de robe traînante et puis trois coups secs frappés\nprès de leur oreille, c'est-à-dire L'AVERTISSEMENT DE LA MORT.\n  L e plus étrange ce fut, dans la suite, qu'à la mort de chacune des\nsœurs, chaque fois, le même avertissement : un frôlement de j u p e de\nsoie, trois coups secs, fut donné par la morte aux survivantes.\n  L e dernier avertissement date de dix ans. Les deux sœurs qui\nsurvivaient alors, Anne et Charlotte, étaient justement celles des neuf\nqui s'étaient le mieux aimées toute leur vie. P e n d a n t toute leur jeu­\nnesse, jusqu'à la veille de leurs noces, jumelles de cœur, sinon de\nnaissance, elles avaient partagé la même chambre. E n t r e elles, malgré\ndes existences fort diverses et même fort mouvementées, jamais ne\n"}, {"page_pdf": 242, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1990, "texte": "                               DURENDAL                               197\n\ns'était produit la plus minime dissidence. Bien que séparées par les\nnécessités de la vie, elles n'avaient pas omis de se confier mutuelle­\nment tous leurs secrets et tous leurs petits mystères par une corres­\npondance d'une incomparable naïveté de sentiments (il nous fut\ndonné d'en lire quelques bribes), qui d u r a toute la vie de ce couple\nd'âme, toute la vie et même un peu plus. Je vous dirai à l'instant\npourquoi.\n   Donc, il y a dix ans, un matin de février, vers les huit heures,\ntandis qu'Anne, assise dans son lit, la tête relevée sur ses oreillers,\nfaisant réciter sa prière à sa petite fille, dont la tête blonde apparais­\nsait gamine à côté de sa vieille bonne tête de grand'mère blanche et\nchargée de papillottes, sa petite fille la vit brusquement s'interrompre\net écouter.\n   U n bruissement de soie traînante, trois coups secs. C'était l'aver­\ntissement.\n   L a grand'mère s'écria :\n   — Ma sœur ! ma sœur! L o t t e , petite L o t t e !\n   E t s'adressant à l'enfant :\n   — Mon enfant, votre tante Charlotte vient de mourir.\n   Ce fut un grand sans dessus dessous par la maison, où la tradition\nde l'avertissement était connue. Mais grand'mère avait une maladie\nde cœur, on savait que c'était par là que la mort entrerait quelque\njour. T o u s l'adoraient, on lui rendait idolâtrie pour idolâtrie. On\ntraita l'histoire de légende. Grand'mère resta pensive toute la journée,\net se calfeutra dans sa chambre rigoureusement, priant double ce\njour-là sa prière favorite pour les morts. On se garda bien de la\nlaisser descendre, on l'entoura seulement d'un peu plus d'affection, à\nsupposer que ce fut possible.\n   L'enfant avait positivement entendu quelque chose, mais quelque\nchose d'imprécis.\n   L e soir du même jour, le courrier apporta une lettre qui disait ceci :\n   « Notre tante Charlotte est morte ce matin à huit heures. »\n   On se regarda sans mot dire avec des yeux grands d'étonnement.\n"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2165, "texte": "198                                                   DURENDAL\n\n\n   Il fut entendu, à cause du cœur, que grand'mère ignorerait, qu'elle\nignorerait toujours.\n   I1 y a dix ans de cela et grand'mère continue d'ignorer... et de prier\nchaque jour pour les morts.\n   Elle ignore si bien, que, chaque année, depuis dix ans, dans les\nderniers jours de décembre, elle passe plusieurs heures à préparer,\npour le I e r janvier, sa lettre de bons souhaits et de confidences à sa\nsœur Charlotte. On lui laisse écrire cette lettre... qui n'a plus de\ndestination terrestre. Mais il a fallu expliquer à grand'mère pourquoi\nCharlotte ne répondait pas; on a prétexté un rhumatisme, une para­\nlysie, la vue faiblissante.\n  — Après tout, c'est naturel, a pensé la bonne vieille grand'maman,\nCharlotte a dix-huit mois de plus que moi.\n   Elle est fière d'être encore si vaillante, et parle même, parfois, d'un\nvoyage possible là-bas chez sa L o t t e , un voyage que, bien e n t e n d u ,\non ne lui laissera jamais entreprendre. L'avertissement est oublié!\n   L'Avertissement a été inutile, ainsi l'a voulu la tendresse filiale.\n   N e me demandez pas de philosophier sur le cas. J e suis sujet au\nvertige sur la lisière des abîmes.\n   Q u a n t aux curieux, qu'ils veuillent bien se contenter de ceci :\n   « L'hypothèse de la réalité d'une action télépathique auditive est\nun million quatre cent quatre-vingt-treize mille cent quatre-vingt-dix\nfois plus probable que celle de la coïncidence fortuite (1). »\n                                                                                                 PoL\n    12 octobre                                          1894                                              DEMADE.\n\n\n\n\n  (1) DARIEZ. Annales des Sciences psychiques. — La télépathie, selon le professeur Richet, c'est la transmission à distance, et\nsans aucun intermédiaire appréciable, d'une impression entre deux êtres : l'agent dont l'image, la voix, ou la présence se\nmanifeste à distance (télépathie visuelle, auditive, tactile), et le sujet qui perçoit ces manifestations. Au moment du phéno­\nmène, l'agent se trouve presque toujours en danger de mort, s'il ne meurt pas.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-10-n10-005", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 199, "page_fin": 201, "titre_corps": "La Lanterne de Diogène : Les eaux-fortes de M. 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Je ne me flatte pas d'avoir eu l'honneur de\n                            l'inventer, mais ce que je l'eus souhaité ! Car l'homme de ces\n                            gravures, le rêveur de ces Orients antiques est un étourdissant\n                            poète.\n   Des visions d'Orient à mille personnages dans des architectures surchargées et\nconfuses, sous des atours ruisselants de lumière et de pierreries, il les suggère plus\nqu'il ne les montre par des échevaux très brouillés de traits noirs, par un enchevê­\ntrement de formules kabbalistiques qui font penser à un grimoire dJalchimiste, par\nun griffonnage au burin d'une hardiesse folle, une mise à nu de réseaux nerveux\nqui devrait exprimer plutôt la noire truandaille d'une cave humide au fond de la\npouillerie d'une cour des miracles, que les radieuses processions religieuses et\ntriomphales de l'Inde des rajahs. Et cependant non; ces pelotons de traits, ces\ngrimoires de formules sémitiques-formes humaines, cet embrouillamini de fils\ncorrodés évoquent l'Inde d'il y a cinq mille ans mieux que les meilleurs tableaux\ndes peintres anglais débarqués hier du Dekan d'avant-hier.\n   M. Marius Bauer, qui n'a jamais mis les pieds aux Indes, — car ses eaux-fortes\nle prouvent de reste, — a été jusqu'à s'attaquer à l'Akédysséril de Villiers, qui lui\nnon plus n'avait pas voyagé si loin; et dire que l'illustrateur est à la hauteur du\npoète, c'est dire que visionnaire comme Villiers, il a su concevoir des villes plus\nhindoues que Bénarès même; et c'est la langue de Villiers qu'il faudrait pour\ncélébrer son interprétation de Villiers. Règle générale, je déteste, j'abomine les\ndescriptions que se permettent certains romanciers ou peintres, de pays très déter-\n\n    (*) Je vais la promener à travers le monde. Et plus heureux que Diogène je suis certain de rencontrer des hommes sinon\ndes œuvres, au moins un ou une par deux numéros de Durendal! C'est peut-être la récompense de n'être point cynique :\ntrouver ce qu'on cherche. Au reste, j'ai prié le Thaumaturge Saint-Antoine, dont j'ai baisé le mausolée en sa basilique de\nPadoue, de m'aider à tronver. Je mets sous sa spéciale protection ce voyage de découvertes artistiques sur le grand chemin\ndu monde, et le conjure de souffler ma lanterne si j'éclaire mal, aussi bien que si j'égare mon enquête dans des lieux où mieux\nvaudrait être aveugle qu'avoir le malheur de se plaire.\n"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3006, "texte": "200                                   DURENDAL\n\n\nminés où ils n'ont de leur vie pénétré. A quoi bon s'acharner à titrer d'un nom\ngéographique qui signifie des données certaines, scientifiques, les débauches somp­\ntueuses de leur imagination; n'est-ce point puéril? De quel droit substituent-ils au\nmien leur pressentiment sans garantie d'exactitude des pays lointains. Ils ne l'ont,\nce droit, que si leur invention est plus belle, plus exacte encore que la réalité; auquel\ncas alors ils sont des voyants, et ce cas, s'il est le leur, touche à l'occulte divinatoire\net ne ressort plus du seul domaine de l'art. Jusqu'ici j'avais constaté et admis deux\nde ces cas : Villiers et Mme Judith Gautier; désormais il faudra ajouter M. Marius\nBauer.\n  Le premier miracle de ses eaux-fortes, hindoustanes fantaisies architecturales\npréhistoriques, ébauches de premier jet d'un appareil incroyablement compliqué,\ngéniales élucubrations du cerveau d'un orientaliste mystique auquel n'est aucun\nbesoin de haschich pour grossir démesurément ses évocations des civilisations et\ndes âges lointains, débordement coloriste par de simples traits d'une faconde imagée\ntoute puissante, d'une exubérance tropicale, je l'ai dit, c'est d'être très obscures et\nde donner par une sorte de fugue dessinée, plus multiple et confuse que celles du\ngrand vieux Bach, la sensation des prodigieuses clartés crépusculaires dans les\ninouïs ciels roses, au dessus des formidables incendies de gemmes et d'escarboucles\ndes cités du Bahar aux noms d'incandescente nostalgie.\n    Le second, qui n'est pas moindre, consiste à n'avoir recours, pour stupéfier, à\naucun artifice de mise en scène, de ne s'attacher à aucune perspective et plantation\nthéâtrales, de ne s'entacher d'aucun groupement qui sente le grand opéra à\nl'italienne : la Reine de Saba de Coldmark aussi bien qu'Aida de Verdi ou que\nSalammbô de Reyer. Rien que des entassements de foules et d'architecture qui\nsemblent des cassures faites aux morceaux superposés de reliefs des pagodes, une\ncassure d'Elephanta ou d'Ellorah. Le procédé est très simple : un art enchevêtré\ncomme tout l'art hindou, comme toutes les imaginations du Pendjah. On dirait un\ndélirant conte d'Orient ou d'Extrême Orient raconté par un Européen qui s'en est\nallé aux hypogées du passé, et aux plaines d'or du Gange pèleriner et empreindre\nde Brahnanisme son art d'occident, tout comme il a aujourd'hui le contraire : au\nJapon, des Japonais retour d'Europe qui peignent leur pays à la fois avec un art\nfrançais et un tempérament japonais. Et j'ai pu constater les étrangetés que cela\nproduit. Ici il s'agit d'une imagination rembranesque, qui concevrait un peu, à la\nfaçon de Gustave Moreau, l'antiquité orientale, s'il ne s'y surajoutait pas une\npersonnalité toute asiatique, aux mille efflorescences touffues d'un dessin presque\norgiastique.\n  Dans la Bible ce visionnaire élit naturellement la prodigieuse aventure de la\nReine de Saba, et à toute page de l'œuvre on peut se demander si ce Hollandais ne\n"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1215, "texte": "                                     DURENDAL                                     20I\n\n\ntravaille pas plutôt à Java qu'à La Haye. Les Mille et une Nuits lui livrent les\ntrésors d'Ali-Baba auquel il a su ravir le Sésame ouvre-toi, et les portes des sérails\nà deux battants roulent sur leurs gonds devant lui. En Occident, seuls les presti­\ngieux fouillis de pierre den f elée de l'architecture gothique l'intéressent autant que\nles Alhambras et l'es Ellorahs, que les trésors des émirs, des Khans et des Kalifes.\nAprès Sourakarta, Djokjokarta, Dellei, Lahore, Mysore, Erzeroum et Stamboul,\nrien, sauf la cathédrale de Rouen.\n   Et cela me fait espérer qu'un jour proche M. Marius Bauer ouvrira les Evangiles,\nles commentera par les Révélations de Sœur Catherine Emmerich, et nous donnera\nune Passion grouillante et horrible; dantesque, rembranesque et fauve, chrétienne\net orientale à la fois comme son talent qui procède de l'Ancien Testament et des\nMille et une Nuits, et semble s'être épanoui devant les reliefs historiques, cosmogo­\nniques ou décoratifs, des Pagodes, du Temple, des Mosquées et des Cathédrales.\n                                                                 WILLIAM RITTER.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1894-10-n10-006", "volume": "ELB-AML-484382-1894-000-001_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1894-000-001_f.pdf", "ocr_sha256": "13f65d53db2c11ac71418a8220fb5df1d428b8f7c3d09b072f1bc832ab401443", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 201, "page_fin": 204, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature", "titre_sommaire": "Miroir d'Art et de Littérature (Propos des Douze Pairs autour de la Table ronde)", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "franchis­ sable jadis, n'est plus apparente aujourd'hui. » Vous êtes cruel, M. 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La Plume publiait du poète, dans\nun de ses derniers numéros, ces vers :\n\n                    « Mon Dieu, laissez rentrer en grâce\n                      Un pécheur qui revient de loin !\n                      A moi la tâche, à vous le soin\n              D'encourager au bien cette âme qui se lasse.\n"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "202                                   DURENDAL\n\n                        J'ai prouvé que je vous aimais :\n                        J'entends vous aimer plus encore\n                        Et du soir jusques à l'aurore,\n               Et de l'aurore au soir vous servir à jamais.\n                         Toutes occupations autres\n                         Que de vous chercher, je les hais\n                         Voyez que je ne mens pas... Mais\n                Guidez-moi, que je puisse encore être des vôtres.\n                                             *\n                                            * *\n\nD     ES nouvelles de Grand' Mère.\n        L'Académie (classe des lettres) vient de publier les questions faisant l'objet\nde concours. Il y en a, dans le nombre, qui sont d'un intérêt absolument poignant.\nQu'on en juge :\n   « Faire l'histoire du style périodique français avant Guez de Balzac.\n   Apprécier le mérite artistique des principaux rhétoriciens néerlandais du XVe et\ndu XVIe siècle, notamment Jan Van Hulst, Antonis de Roovere, Cornelis Everaert,\nMathijs de Casteleyn, Edouard de Dene et Jan-Baptiste Houwaert.\n   Faire, d'après les sources, l'histoire et la description du sanctuaire d'Esculape, à\nl'Epidaure, en insistant spécialement sur le théâtre de Polyeucte. »\n   Des médailles de la valeur de 800 francs sont attribuées aux meilleurs mémoires\nsur ces questions !\n   Une médaille d'or (valeur 800 toujours) est attribuée à cette question, intelligente\ncette fois :\n   « Faire l'histoire de la littérature française en Belgique, de 1815 à 183o. »\n   800 francs pour une bonne description du sanctuaire d'Esculape, c'est à peu près\nbien payé, mais 800 francs pour une histoire littéraire, eh! le boute feu de l'Académie\ndoit être tarifé plus fastueusement. Vieille chipie va!\n   Le prix Stassart (600 francs), pour une notice sur un belge célèbre, et dont l'Académie,\ndepuis 1875, ne trouve pas le placement, sera attribué, en 1898, à la meilleure notice\nconsacrée à la vie et aux travaux de Nicolas Cleynaerts, dit Clenardus, grammairien,\norientaliste et voyageur, né à Diest, en 1495, mort à Grenade en 1541.\n   Nicolas Cleynaerts! un belge célèbre, vous ne vous en doutiez pas. Ce que c'est\nque la célébrité! Est-ce que l'Académie se moquerait de nous par hasard?\n   La rédaction de Durendal ouvre un concours pour une notice sur ce belge obscur.\nQu'on se le dise. (Les membres de la classe des lettres en sont exclus.)\n"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2818, "texte": "                                     DURENDAL                                       203\n\n\nM    ONSIEUR Lévêque de Nivelles nous traite de « paladin du goupillon », parce que\n       nous avons affirmé et prouvé que son style était charentonesque ou gheelois.\n(Voir Durendal, numéro de juillet, p. 144.) Paladin du goupillon, fi Mgr Lévêque,\nque voilà une parole peu épiscopale! et que la crosse est sévère pour le goupillon.\n   Soumettons-nous et méditons pieusement la dernière lettre pastorale de Lévêque,\nen laquelle on lit ces mémorables paroles :\n   « Les dents de boue peuvent-elles donc déchirer les Êtres adamantins? —\n   O terre damnée! malheur à ceux de tes fils dotés par l'Innomable, d'âmes où\ns'agitent et y frappent du pied des ressouvenances redésirées de Bonté, de Justice... —\n   Pour draguer le monde, il faut les rouages d'acier des membres géants du microcéphale\nHercule.\n   Oui... le souverain bien serait le néant! Rien ne vaut la peine de rien. »\n   Ces textes sont tirés du « Colloque entre deux purs » publié dans la Revue Stella\n(août, septembre 1894), sous la signature de Lévêque susdit!\n   M. Lévêque, avec son faux air apocalyplique, nous fait l'effet de revenir de\nPathos, où sauvé de la douche, il a dû travailler au travestissement de l'Eve en Gilles.\n                                            *\n                                          * *\n\nS   ous ce titre « Rédemption », des Congolais, anciens esclaves libérés, viennent\n     de fonder à Ons-Fou-Dnou, village important du Haut-Congo, une société\nanti-esclavagiste, dans le but d'organiser une expédition en Europe, en vue de\ndélivrer les poètes blancs de... l'esclavage de la rime. A cet effet, ils ont institué un\nprix en nature, à décerner à la meilleure prose bayanzi. {Communiqué.)\n                                          *       *\n\n\nL   A critique est aisée, disait-on autrefois, l'art seul est difficile\n     tant que çà !\n                                                                         Aisée! oh pas\n\n  M. Sarcey — quelque chose comme l'Empereur de la critique — vient de s'attirer\nune lettre d'auteur offensé par lui et de laquelle nous extrayons ces lignes :\n  « Depuis que Léon Hennique, je crois, vous menaça de vous casser les reins si\nvous écriviez de nouveau qu'une de ces pièces « ne ferait pas d'argent », vous avez\nchangé de formule : « La pièce n'ira pas loin », insinuez-vous avec un jésuitisme qui\nétonne vraiment chez l'ancien mangeur de curés du XIXe siècle d'About.\n  Eh bien! à partir d'aujourd'hui, monsieur, je vous invite à trouver une troisième\nformule. »\n  Si on traite ainsi les princes, que fera-t-on des simples sujets?\n   L'Art est aisé, mes frères, la critique seule est difficile !\n                                              *\n                                          *       *\n"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2593, "texte": "204                                  DURENDAL\n\n\n\nR     ECETTE de cuisine littéraire — Villemessaut, le fondateur du Figaro,  avait reçu\n      une instruction des plus négligées; il n'écrivait, pas, mais il savait guider la\nplume des autres. « Je l'entends encore m'expliquer, écrit Aurélien Scholl, comment,\nselon lui, un article devait être traité. »\n   — « La chronique, disait Villemessaut, a besoin d'un menu, comme un dîner.\nIl faut commencer par les hors-d'ceuvre, quelque chose de léger, de piquant, qui\nmette le lecteur en appétit; le potage et l'entrée, c'est-à-dire l'exposition du sujet,\nla mise en train; puis, vous passez au plat de résistance, et vous terminez, autant\nque possible, par des fioritures qui sont le dessert et égaient le dénouement comme\nle mariage à la fin des vaudevilles. »\n                                             *\n                                        *        *\n\nR     ÉCLAME nouvelle :\n       Visité, à Namur, une Exposition universelle des conférences du « Bon Père ».\nL'éditeur Paul Godenne leur a réservé une vitrine spéciale, sans mélange de nul\nprofane bouquin. Les Namuroises l'appellent : la vitrine Van Tricht. Au-dessus\némerge, dominateur et doucement réclamier, le R. P . Van Tricht lui-même, photo-\ngraphiquement présent, perché sur un chevalet.\n  Nous serions curieux de savoir qui, des Namuroises, de l'éditeur, de l'auteur, a\nimaginé cette réclame fin-de-siècle. (M. R.)\n\n  Aperçu, à la vitrine d'un magasin littéraire, sous cette étiquette féroce : Buveurs\nde sang : « En ce moment l'animal est absolument microscopique. C'est une tête à\nlaquelle est attaché un soupçon de ventre. Mais, après avoir sucé pendant quelque\ntemps, l'abdomen s'arrondit, tant et si bien, que l'animal tout entier n'est plus qu'un\nventre auquel est attaché un soupçon de tête. »\n   Un abdomen qui suce ! Cela dégote les veaux à deux têtes et les coqs à trois\npattes de nos kermesses. Le magazin aurait-il troqué son astronome contre un\nartiste forain?\n                                             *\n                                         *       *\n\nA     paru l'Escholier. Nous souhaitons la bienvenue à ce jeune confrère qui repré­\n      sente toute la jeunesse catholique belge estudiante. Ses goûts littéraires sont\nles nôtres, autre cause de bonne entente. Valeat ! On s'abonne rue des Ursulines, 37\n(3 francs l'an).\n                                           * *\n\nD     U Gaulois :\n        « La distance entre un homme d'Etat et un comédien, presque infranchis­\nsable jadis, n'est plus apparente aujourd'hui. »\n   Vous êtes cruel, M. Gaston Jollivet.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 228, "texte": "OCTOBRE 1894\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": ""}, {"page_pdf": 230, "texte": "Octobre 1894                                                        N° 10\n\n                              DURENDAL\n\n\n\n\n                        L'AUTOMNE\n\n         Sous le ciel morne et las nous arrive l'automne,\n         L'automne nous arrive et les bois se défeuillent...\n         Les feuilles dans les bois descendent monotones,\n         Descendent aux chemins boueux qui les accueillent.\n         Parfois, un coup de vent f ait tressaillir les branches,\n         Fait trembler les vieux nids où chantaient les aurores!\n         Les aurores chantaient, jadis, et les pervenches,\n         Les lys et les muguets que l'aurore colore,\n         Fleurissaient aux jardins arrosés de lumière,\n         De lumière tranquille, et douce, et printanière !...\n         L'automne nous arrive et les oiseaux sauvages,\n         Les oiseaux vers le Sud poussent leurs longues bandes,\n         Poussent leurs corps transis vers les autres rivages,\n         Les rivages meilleurs où d'or clair sont les landes.\n         Ils laissent nos forêts s'engourdir sous les brumes,\n         Nos forêts où le vert des feuilles s'atténue,\n         S'atténue, et jaunit, et tremble, diminue,\n         Cependant que les sarts aux coteaux roux s'allument,\n         S'allument aux coteaux dénudés qu'ils enfument.\n         La tristesse est aux champs dans les sillons humides,\n         La tristesse est dans l'âme où les heures passées,\n         Les heures de l'Été ramènent les pensées...\n         Aux humides sillons trempent les épis vides.\n         La terre où les moissons se déroulaient heureuses,\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "186                            DURENDAL\n\n           Se déroulaient indéfiniment par les chaumes,\n           La terre se laboure et, comme des fantômes,\n           Les laboureurs marchant aux heures ténébreuses,\n           Fouillent du soc de fer la terre bien-aimée!\n           L'âme se désespère en cette mort des choses,\n           Car elle a vu crouler les anciennes ramées.\n           Oh! le lourd navrement des Parterres sans roses...\n                                                     THOMAS          BRAUN.\n\n\n\n\n         Santa Maria dell' Arte\n                  ESTHETIQUE DE L'HYPERDULIE\n\n                                                 Dans la garde de Durendal, il y avait des\n                                               reliques du vêtement de la Vierge Marie.\n                                                                    (Chanson de Roland.)\n\n                                                      A MADAME POL DEMADE.\n\n           LE     tapage forain du dernier livre de M. Zola est presque\n                 apaisé. Nous ne songeons pas à remuer ce cadavre :\n                 il ne vaut pas l'autopsie. Pourtant, il y avait le sujet\n                 d'une œuvre unique dans Lourdes. Là se trouve, en\n                 effet, la plus parfaite fleur d'idéal éclose au milieu\n       de la plus parfaite civilisation matérielle. Le rapport de ces\n       deux termes embrasse toute la vie naturelle et tout l'Au-delà.\n       On ne nous a donné qu'une sorte d'œuvre de vulgarisation, de\nproduit Jules Verne, où les renseignements d'un guide à Lourdes sont\nreliés par une affabulation enfantinement matérialiste. Du reste, le\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "                              DURENDAL                             187\n\ndernier fidèle de Médan, Paul Alexis, a, peut-être, été le plus sévère\ncritique. Les concessions de son apologie avouent, en effet, l'œuvre de\nrapport, la maison-caserne au plan toujours uniforme. Si on ajoute que\nl'ameublement est du faubourg Saint-Antoine, attristé encore de faux\nbibelots, nous aurons tout l'ouvrage.\n   En cette revue, tous, grands et petits, ont le culte de l'Art. Son\nunité y est symbole d'une autre, suprême. Peut-être est-ce le moment\nd'y étudier l'âme même de Lourdes, Phyperdulie, le culte de la\nVierge. La piété, la théologie, l'apologétique demeureront exclues de\ncette légère esquisse. Leur domaine auguste ne nous appartient pas;\nle côté artistique, seul, nous doit attirer.\n                                     *\n                                 *       *\n   D'abord, LA VALEUR I D É A L E . Et peut-être quelques excuses\nne seront-elles pas hors de propos. Le naturalisme est encore si\nproche, qu'on n'est guère accoutumé à reconnaître, dans les idées, les\nmêmes lois d'art que dans les sons, les couleurs, les formes. Les\nidées, pourtant, ont bien aussi cette vie esthétique qui s'affirme par\nla beauté, la laideur, les rapports de contraste et d'affinité, l'har­\nmonie. Cherchons donc, au seul point de vue artistique, la valeur\nidéale de ce nom : Marie, la Vierge Mère de Dieu.\n   Pour apprécier le rayonnement qu'il jette en l'esprit, il faudrait\nétudier d'abord la valeur esthétique du mot principal, ce mot qui\n— oh bonheur des croyants! — est pour eux un nom, Dieu! La\nmagnificence unique de ce nom renferme la somme idéale du parfait.\nSeul, tout ce qui est défaillance, mal, est exclu essentiellement par\nl'Etre absolu et l'absolu Bien. Le simple penseur goûte ici, en volupté\nesthétique, quelque chose d'analogue à la contemplation intuitive des\nmystiques. C'est l'ivresse du Bien suprême entrevu. Ruysbroek en a\npoussé les cris splendides dans notre vieille forêt de Soignes, égalée,\ndès lors, aux radieuses thébaïdes.\n   Dans le titre de Mère de Dieu, le mot divin apparaît comme le\nsoleil illuminant une transparente nuée. Cette valeur idéale n'exista\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "188                            DURENDAL\n\n\n qu'en Marie. Les mythologies morcelaient le principal terme. Elles\nont inventé des mères d'un Dieu; elles ignorèrent la Mère de Dieu.\nE n Marie, pour la première fois, cette splendeur parfaite est proposée\nà l'Art.\n   Trouvons-nous ici l'éternel féminin chanté par le grand Goethe?\nOui et non. P o u r nous, rien d'analogue au partage qui divise, dans la\nnature, non seulement les êtres, mais aussi les choses et les idées. L a\nsplendeur divine en son unité de soleil et se manifestant par une\ncréation d'élite, pareille à son aube tendre, voilà l'éternel féminin\ndans le seul sens possible, divinement. T o u t autre serait mythologie,\npanthéisme, c'est-à-dire, pour l'Art, division et anéantissement.\n   Au prologue de Faust chantent trois archanges tandis que le globe\ntourne sous eux. Ils sont l'âme de Goethe et de l'art véritable : l'âme\nqui chante la création et qui enferme Michel, la force, Gabriel, la\ncharité, Raphaël, le remède et le secours. Cet art voit son symbole\nen Marie; elle est Vierge et Mère comme la pensée, elle est la fleur\nde cette création illuminée par son créateur.\n                                     *\n                                 *       *\n\n   Il est, dans la vie, une action où l'Idéalité semble à peine diminuée\npar le réel, une action qu'elle règle toute entière et où elle exprime\nsouverainement ses directions. Les contingences y touchent à l'Absolu,\nle Moment à l'Eternité. C'est la Liturgie. Elle est à l'action ordinaire\nce que l'Art est à la vie : une reproduction pour une finalité plus\nhaute. Nos plus sublimes rapports, nos élans aux plus transcendentals\nsymboles, s'y unissent en des simplicités et des magnificences d'actes\nfatidiques. Récemment encore, elle était presque inconnue de l'Art,\nau moins de l'art professionnel. Mais l'Idéalisme est venu, Verlaine a\nchanté ses liturgies intimes. Déjà la banalité menace.\n   Dans le cycle liturgique, l'hyperdulie fleurit comme une prairie au\nsoleil. Elle diapre la majesté du culte souverain de ses changeantes\nfloraisons mystiques. Celles-ci suivent presque les floraisons vivantes\ndes champs. Les fêtes de Marie sont comme les jours élus où se\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "                               DURENDAL                               l89\n\ncristallise chacune des beautés saisonnières. Aussi, on y trouve cette\nexquisité : des fleurs à la rosée bénite, aux parfums mêlés d'encens.\n   Si les abbayes où renait l'austère pompe cistercienne nous font\ngoûter tout le charme de l'actuelle liturgie, l'antique Byzance offrit,\nsemble-t-il, l'apogée terrestre de la L I T U R G I E mariale. Nicéphore,\nMétaphraste, ou bien Don Pitra, nous font entrevoir un rêve d'artiste.\nL'immense ville que devaient enfin perdre ses fautes, offre, en sa\ndévotion pleine d'abandons coupables, le charme attendri du repentir\net du retour, comme la nostalgie continue des vies au double courant.\nAlors que les barbares menacent, quels élans de somptueuse ferveur!\nLes murailles assiégées se haussent d'une muraille nouvelle priante\net vivante, tout un peuple entassé en des processions menées par\nl'image-qui-don ne-la-victoire, — Nicopœa.\n   U n e triple délivrance fit éclore cette fête exquise de l'hymne\nacathiste, — ou de la perpétuelle louange. — On apportait, dans le\npalais même, les trois principales icônes de Constantinople. L a plus\nmagnifique cour qu'empire eut formée, et un clergé où la pompe se\nfaisait divinement impériale, passaient tout un jour au milieu des\nencens irisés par les flammes des pierreries et des lampes, à psalmo­\ndier l'hymne-sans-fin.\n   L e suprême effort de l'âme byzantine, ses derniers soupirs d'amour,\ny jaillissent en fleurs orfèvrées. Banville a célébré la rime rare. Elle\nsemble un jeu devant ces combinaisons infinies de rhytmes et de sons.\nU n e inspiration ordinaire s'y abattrait bien vite ; l'oiseau de haut vol\ns'y joue comme l'eau riant sur les cailloux, le soleil ruisselant sur les\nfeuilles mouillées. E n ce chant du cygne, la muse grecque ne faisait\nqu'ennoblir de plus d'art son essor, orientalisait son couchant somp­\ntueux comme l'avait été sa première aurore.\n                                      *\n                                  *       *\n\n   Dans la vie ordinaire, l'hyperdulie est un charme d'allègement et\nde direction. C'est une maternité, une maternité disposant d'une\nscience et d'un pouvoir divin. L e langage en témoigne par une des\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "190                             DURENDAL\n\n\nplus ravissantes parties du vocabulaire. Après ces mots : Notre-Dame,\ntous les bonheurs et tout ce qui les évoque se rappelle pour une pro­\nmesse ; toutes nos douleurs et tous leurs symboles pour un gage de\ndélivrance. Les précieuses litanies que formeraient ces noms! La vie\ny serait : Souvenirs de lieux chers, de purs rendez-vous ; évocation\ndes choses amies; rappel du mal dompté et qu'on fixe là, à côté de\nNotre-Dame, comme un ex-voto dans un temple. Cette pensée de\nMarie est, à l'âme, le bleu du ciel, le bleu où vient luire le soleil d'or.\nAussi, les trois principaux moments de la vie du jour sont-ils consacrés\npar L'ANGELUS, cette exquise sonnerie, où les cloches 'ne tintent\nplus pour une de nos heures conventionnelles, mais pour les étapes\nmêmes du Géant céleste. Notre course ici-bas est pareille à la sienne.\nEt la sonnerie, avec le symbole de ses nombres, de ses reprises, dit\négalement notre vie. Elle dit ses ineffables relations avec le soleil, et\navec le soleil divin qui apparut à Jean comme un manteau parant la\nfemme. « Un grand prodige parut dans le ciel : Une femme revêtue\ndu soleil, ayant la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne\nde douze étoiles. » (Apoc. XII, I.)\n    Faut-il s'étonner des nombreux angelus dont les récents poètes\ninquiètent la fatigue de leurs lecteurs?\n    C'est encore notre vie et ses mystiques modèles qu'évoque ce\nROSAIRE qui est comme l'hyperdulie matérialisée dans le plus\nexquis bibelot et le premier des bijoux. Le collier qu'on passe au cou,\n qu'on porte au bras, qu'on égrène, dont les perles évoquent l'écoule­\n ment de l'eau, les grains des fruits, les colliers d'or du ciel étoile.\nAussi ce collier, amuseur des doigts, qui orchestre d'un murmure une\nvague pantomime, se retrouve-t-il chez les rêveurs orientaux auxquels\n il est évocation et allègement. Mais le mystique collier de Marie est\n une guirlande faite au dessin de deux vies enlacées, la vie d'une\n mère, et celle de son fils, celle de la Vierge et celle de l'Homme-Dieu.\n La rose d'un salut divin s'y répète toujours. Ainsi les mots s'éclairent\n et pâlissent. Loi de répétition connue de l'art primitif, gardée à peine\n dans notre art populaire, presque retrouvée, tantôt! Sa cause n'est\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "                            DURENDAL                                191\n\npas dans les mots eux-mêmes, mais dans leur milieu accidentel.\n   Son enchantement, pareil à celui des clartés diffuses, en ondes\nbaignantes, préside aussi aux intellectuelles voluptés. L'amour n'a\nqu'un mot, en le redisant il ne le répète jamais. En la vie de Mozart\nsurtout, s'illustre le mot de Lacordaire.\n   Fait de ces roses, le rosaire est vraiment une joie de cueillette aux\nmains des enfants et des simples, comme il est, pour les contem­\nplatifs, le calice pourpré, où brûle l'essentielle flamme.\n   Du reste, le bibelot, le bibelot exquis, le bibelot d'âme, doit au\nculte de la Vierge ses plus précieux objets. Il suffit, pour en être\ncertain, d'avoir vu des collections d'ANCIENNES IMAGES D E\nP I É T É . Celles-ci ne doivent guère remonter plus haut que le sei­\nzième siècle. Plus anciennes, elles seraient trop frustes et trop belles\nen leur simplicité de primitifs. L'image de Marie domine toujours, et\nquel attrait émane des enjolivements, des fleurettes, des devises\nbaroquement charmantes ! L'enluminure, l'estampage, les dentelles\ns'unirent pour un charme autrefois primesautier, éphémère, aujour­\nd'hui cruel et doux comme le sourire mort des vieux portraits.\n                                     *\n                                 *       *\n\n   C'est la L É G E N D E qui achève d'exprimer l'influence hyperdulique\nsur la vie. Parfois elle est une œuvre d'art, ordinairement elle est\nl'œuvre de la vie même, la transformation de lointain qui seule livre\nsa quintessence. Rares sont les jours où la vie nous permet de vivre.\nBien rarement, aussi, elle se laisse comprendre. Un maître récem­\nment l'a dit : il faut pour cela lui ajouter quelque chose. La légende\nsouvent est ce quelque chose. Mais, en ce sujet, les devanciers ont été\nplus nombreux qu'en aucun autre. Leur foule a laissé comme un\npiétinement à travers une prairie. Disons seulement que la légende\natteint son apogée dans l'hyperdulie et par leurs lois mêmes à toutes\ndeux. N'est-ce pas surtout la mère qui raconte aux enfants? Sa ten­\ndresse ne forme-t-elle pas légende dans leurs premiers souvenirs?\nC'est elle qui, avec la fraîcheur de ce charme, oint brûlures et plaies.\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": "192                            DURENDAL\n\n\n   U n e de ces légendes doit trouver place en Durendal; elle est si bien\nsienne! T o u s les samedis, les anges viennent, au soir, chanter le\nSalve Regina dans le val de Roncevaux. N'est-ce point la légende\nmême du silence, le silence, si grande volupté parce que liberté de\nl'harmonie?\n   Durendal n'étant pas moins belge qu'artiste, nous devons rappeler\n— rappeler, seulement; tous la savent — la légende nationale de\nBéatrix et la si fine introduction que Nodier lui donna avec sa forme\ndéfinitive. Disons qu'on la pourrait appeler la légende de l'Honneur,\ncomme celle de Roncevaux semble raconter le Silence. L'honneur,\ncette fleur délicate, que Dieu parfois demande pour lui, surtout au\nrepentir, mais dont l'arrachement est si effroyable qu'il l'épargne ici\npour et par Marie.\n                                      *\n                                  *       *\n\n\n    Ce sont les légendes, souvent, qui ont donné aux F L E U R S ces\nnoms charmants qui les vouent à la Vierge. P o u r t a n t ils nous font\npasser de la Vie, que les légendes cristallisent, à l'Art, dont ils sont\nune primitive et parfaite forme, allant parfois jusqu'au symbolisme.\n L a légende allemande montre un chariot de vin embourbé dans la\n route. L e conducteur caractérise, de fureurs stupides, la bête humaine.\n U n e loi de contraste, fait apparaître la Vierge. Elle promet son aide\n pour le don expiatoire, pour la douceur s'exerçant au vin versé à une\n soif mystique. Captif du charme, l'homme accepte sans comprendre\n_et naïvement interroge : Où est le verre? Mais la main virginale\n cueille un liseron; elle l'emplit au tonneau, transformant le symbole\n grossier aux lois d'exquisités célestes. Verre de Notre-Dame, est depuis\nlors le liseron. Sa petitesse de joyau, sa tremblante mousseline, sa\n sveltesse, de jet d'eau, son évasement généreux marqué d'une étoile\nd'aurore, ne sont-ils pas expliqués seulement par ces lèvres? Pareils\nnoms de fleurs sont bien des œuvres d'art. Ils expriment mieux qu'en\n phrases ou en peintures leur impression, leur valeur de pensée, leur\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "                                DURENDAL                                193\n\n  L'ancolie, qui est le gant de Notre-Dame, n'a aucune ressemblance\ngraphique avec une main. Cependant ce nom lui est délicieux. Ses\nminces enroulements et son bleu profond deviennent primitifs et\npuissants symboles du toucher divinement maternel, auguste et léger\ncomme une consécration.\n\n                                   *   *\n\n   Arrivés ainsi à l'ART proprement dit, nous trouvons désormais le\nterrain si fertile à la fois et si parcouru, que nous osons, à peine,\nquelques notations détachées. D'abord, n'est-ce pas, l'art littéraire et\nl'actuel Verlaine qui mérite seul peut-être — encore qu'il le porte si\nétrangement! — le nom de poète de la Vierge. Ses fautes, et surtout\ncelles des autres — oh! cette honte, pour eux, de son abandon! — le\nfont objet de scandale autant que de pieux et artistique bonheur.\nMais la Vierge est refuge des pécheurs; Jésus lui donna Madeleine\naussi bien que Jean.\n                            La mer sur qui prie\n                            La Vierge Marie.\n\n    Rien que par un rapprochement, Verlaine évoque la maternité\nberçante de ces deux presque-infinis.\n    Donnons un souvenir aux allitérations puériles, aux si prestes\njongleries de mots du XVIe et du XVIIe siècle. Il y eut souvent plus d'art\nqu'on ne croit dans ces vers-phénomènes.\n    L e sulpicien Olier offre au grand siècle, une langue vivante et\nimagée qui rappelle plus F l a u b e r t que Bossuet. Au siècle suivant, un\nmissionnaire breton, Grignon de Montfort, le continue. L e génie\nbiblique affirme, chez lui, cette parenté intellectuelle du Nord et de\nl'Orient dont notre renaissance du symbole doit nous rendre le rappel\nflatteur.\n   Dans les beaux-arts, hâtons-nous de signaler seulement les graveurs\nflamands du XVIe au XVIIIe siècle. Ils ont laissé des bois qui rachètent\npar une inimitable ingéniosité ce qu'ils doivent céder, pour le style, à\nl'admirable Vie de Marie, par Dürer.\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "194                              DURENDAL\n\n\n   Qu'il nous soit permis également un simple rappel pour cette\nadmirable statue de Tongres (XIIIe siècle), où la Vierge, amusant son\nFils d'une grappe de raisin, porte au côté un glaive pareil à notre\nD u r e n d a l . C'est Marie, cause de notre joie. L a joie, en effet, n'est-\nelle pas dans la protection aussi bien que dans les largesses? D u r e n d a l\nn'eut-elle pas pour sœur de gloire, Joyeuse?\n   Nous n'avons pu dire que bien peu, rien, sur l'Art, gloire spéciale\npourtant de l'hyperdulie. L A C A T H É D R A L E nous dispensera de\ntout le reste. C'est ici l'œuvre d'art unique qui les renferme toutes :\npoème de pierre, symphonie architecturale, tableau, sculpture, bro­\nderie, symbole, peut-être le plus magnifique de l'univers matériel.\nSelon des vers définitifs, leur forêt nous regarde passer; la Cathédrale\nreproduit cette forêt. Elle est l'univers même, l'univers en une forme\nd'élite, où tous ses symboles s'illuminent d'un seul. E t si l'âme affran­\nchie de l'impuissance charnelle par la Vérité donna ici sa complète\nexpression d'art, elle devient également expression suprême d'huma­\nnité et d'idéal.\n   L a cathédrale s'est élevée pour Marie, alors que sa pensée régnait\nsouverainement, alors qu'elle était pour tous Notre-Dame, comme\nJésus, Notre-Seigneur.\n   C'est la royauté de Marie, sa royauté de miséricorde, qui règne dans\nles couronnes légères et sublimes des tours. L'élan céleste de sa vie et\nde sa perfection unique s'élève, lis entre les épines, dans leur essor\nrapide, immense au-dessus des villes qu'il protège. Sa majesté, comme\nune traîne de manteau royal, décore la terre dans l'allongement fleuri\ndes nefs, entre les anges candataires des contre-forts. L e portail est\nsa robe brodée de chérubins, de monstres domptés et de feuillages.\nT o u t e la douceur de sa grâce émane des parures de printemps écloses\nsur chaque pierre, du charme d'étoffe et de nid où vont s'abriter les\noiseaux du ciel et les soupirantes âmes de la terre. P l u s sublime\nimage de Marie n'a jamais plané sur le monde. Les primitifs ne l'ont\nsu peindre ni si vivante ni si céleste. P o u r t a n t il faut que sa statue\nsoit au portail et, par la reproduction, fixe l'évocation du triomphant\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "                               DURENDAL                                 195\n\nsymbole. Marie, qu'il exprime, est le symbole de l'Art. N e serait-il\npas bien moderne que l'École idéaliste se l'appropriât comme une\nvieille bannière de gilde que tous, incrédules ou chrétiens, suivent\nrespectueux de l'Idée? Cette résurrection, cette appropriation, la plus\ncharmante peut-être, ne pourrait, h é l a s ! être tentée que par un\ninsoupçonnable, notoire aussi !\n                                                     EDMOND JOLY.\n\n\n\n\n                        CREPUSCULE\n                                                            A   A. V.\n\n           Quand le labeur du jour a pris fin an terroir,\n           Quand rien ne bouge plus dans la plaine assoupie\n           Et qu'au loin le moulin, dont la voile enfle et plie,\n           Se perd à l'horizon dans les brumes du soir,\n\n           En la chapelle hospitalière vont s'asseoir\n           Les vierges, implorant la madone Marie,\n           Et, dans un doux concert où leur âme s'allie,\n           Monte vers Dieu comme un effluve d'encensoir.\n\n           Leurs yeux ont des clartés d'aube pâle et mourante.\n           Il s'y reflète, ainsi qu'au fond d'une eau courante,\n           La divine splendeur d'un ciel d'azur et d'or.\n\n           Mais, voici que soudain tinte dans le silence\n           Le son clair du bourdon, qui là-haut recommence\n           Son appel morne et lent. Tel le glas de la mort.\n                                                AUGUSTE ARNAUTS.\n20 septembre 1894.\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": "196                               DURENDAL\n\n\n\n\n                              SUR DRAP NOIR\n\n\n            L'AVERTISSEMENT INUTILE\n                                                                A   MAMAN.\n\n\n\n\n   LEs           demoiselles Champdœillet étaient neuf, comme les\n              Muses, et la tradition rapporte qu'elles furent toutes\n              fort jolies, en leur printemps, ce qui ajoute encore au\n             piquant de la comparaison entre ces neuf sœurs et les\nneuf Muses. L'une d'elles, la cadette et la dernière, vit encore; elle\nn'a que quatre-vingt-dix ans et c'est une majestueuse vieille. L'intérêt\nde cette histoire, je le dis aussitôt, réside ailleurs que dans un pro­\nblème d'esthétique féminine.\n   Quand la mère de ces neuf filles, qui eut par surcroît cinq garçons,\nmourut, vers quatre-vingt-seize en ans, aveugle, dans son lit, sans\nsouffrance, pendant qu'elle jouait de la guitare, — car elle mourut\ndans ces circonstances, — toutes les sœurs vivantes alors et dissémi­\nnées par la vie au travers du monde, quelques-unes très loin, très\nloin, toutes, dis-je, entendirent distinctement, à l'heure exacte où s'éteignit\nleur mère, d'abord un bruit de robe traînante et puis trois coups secs frappés\nprès de leur oreille, c'est-à-dire L'AVERTISSEMENT DE LA MORT.\n  L e plus étrange ce fut, dans la suite, qu'à la mort de chacune des\nsœurs, chaque fois, le même avertissement : un frôlement de j u p e de\nsoie, trois coups secs, fut donné par la morte aux survivantes.\n  L e dernier avertissement date de dix ans. Les deux sœurs qui\nsurvivaient alors, Anne et Charlotte, étaient justement celles des neuf\nqui s'étaient le mieux aimées toute leur vie. P e n d a n t toute leur jeu­\nnesse, jusqu'à la veille de leurs noces, jumelles de cœur, sinon de\nnaissance, elles avaient partagé la même chambre. E n t r e elles, malgré\ndes existences fort diverses et même fort mouvementées, jamais ne\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": "                               DURENDAL                               197\n\ns'était produit la plus minime dissidence. Bien que séparées par les\nnécessités de la vie, elles n'avaient pas omis de se confier mutuelle­\nment tous leurs secrets et tous leurs petits mystères par une corres­\npondance d'une incomparable naïveté de sentiments (il nous fut\ndonné d'en lire quelques bribes), qui d u r a toute la vie de ce couple\nd'âme, toute la vie et même un peu plus. Je vous dirai à l'instant\npourquoi.\n   Donc, il y a dix ans, un matin de février, vers les huit heures,\ntandis qu'Anne, assise dans son lit, la tête relevée sur ses oreillers,\nfaisant réciter sa prière à sa petite fille, dont la tête blonde apparais­\nsait gamine à côté de sa vieille bonne tête de grand'mère blanche et\nchargée de papillottes, sa petite fille la vit brusquement s'interrompre\net écouter.\n   U n bruissement de soie traînante, trois coups secs. C'était l'aver­\ntissement.\n   L a grand'mère s'écria :\n   — Ma sœur ! ma sœur! L o t t e , petite L o t t e !\n   E t s'adressant à l'enfant :\n   — Mon enfant, votre tante Charlotte vient de mourir.\n   Ce fut un grand sans dessus dessous par la maison, où la tradition\nde l'avertissement était connue. Mais grand'mère avait une maladie\nde cœur, on savait que c'était par là que la mort entrerait quelque\njour. T o u s l'adoraient, on lui rendait idolâtrie pour idolâtrie. On\ntraita l'histoire de légende. Grand'mère resta pensive toute la journée,\net se calfeutra dans sa chambre rigoureusement, priant double ce\njour-là sa prière favorite pour les morts. On se garda bien de la\nlaisser descendre, on l'entoura seulement d'un peu plus d'affection, à\nsupposer que ce fut possible.\n   L'enfant avait positivement entendu quelque chose, mais quelque\nchose d'imprécis.\n   L e soir du même jour, le courrier apporta une lettre qui disait ceci :\n   « Notre tante Charlotte est morte ce matin à huit heures. »\n   On se regarda sans mot dire avec des yeux grands d'étonnement.\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": "198                                                   DURENDAL\n\n\n   Il fut entendu, à cause du cœur, que grand'mère ignorerait, qu'elle\nignorerait toujours.\n   I1 y a dix ans de cela et grand'mère continue d'ignorer... et de prier\nchaque jour pour les morts.\n   Elle ignore si bien, que, chaque année, depuis dix ans, dans les\nderniers jours de décembre, elle passe plusieurs heures à préparer,\npour le I e r janvier, sa lettre de bons souhaits et de confidences à sa\nsœur Charlotte. On lui laisse écrire cette lettre... qui n'a plus de\ndestination terrestre. Mais il a fallu expliquer à grand'mère pourquoi\nCharlotte ne répondait pas; on a prétexté un rhumatisme, une para­\nlysie, la vue faiblissante.\n  — Après tout, c'est naturel, a pensé la bonne vieille grand'maman,\nCharlotte a dix-huit mois de plus que moi.\n   Elle est fière d'être encore si vaillante, et parle même, parfois, d'un\nvoyage possible là-bas chez sa L o t t e , un voyage que, bien e n t e n d u ,\non ne lui laissera jamais entreprendre. L'avertissement est oublié!\n   L'Avertissement a été inutile, ainsi l'a voulu la tendresse filiale.\n   N e me demandez pas de philosophier sur le cas. J e suis sujet au\nvertige sur la lisière des abîmes.\n   Q u a n t aux curieux, qu'ils veuillent bien se contenter de ceci :\n   « L'hypothèse de la réalité d'une action télépathique auditive est\nun million quatre cent quatre-vingt-treize mille cent quatre-vingt-dix\nfois plus probable que celle de la coïncidence fortuite (1). »\n                                                                                                 PoL\n    12 octobre                                          1894                                              DEMADE.\n\n\n\n\n  (1) DARIEZ. Annales des Sciences psychiques. — La télépathie, selon le professeur Richet, c'est la transmission à distance, et\nsans aucun intermédiaire appréciable, d'une impression entre deux êtres : l'agent dont l'image, la voix, ou la présence se\nmanifeste à distance (télépathie visuelle, auditive, tactile), et le sujet qui perçoit ces manifestations. Au moment du phéno­\nmène, l'agent se trouve presque toujours en danger de mort, s'il ne meurt pas.\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "                                                      DURENDAL                                                            199\n\n\n\n\n               LA LANTERNE DE DIOGÈNE (*)\n\n                            Les eaux-fortes de M. Marius Bauer.\n                            UNE des révélations du dernier Salon de Munich les plus étranges\n                            dont je me souvienne : les fastueux cauchemars aigues-forcés\n                            d'un Hollandais dont le nom m'était totalement inconnu : Marius\n                            Bauer. Qui est-il? Peu importe, je ne veux savoir aujourd'hui\n                            que ses œuvres. Je ne me flatte pas d'avoir eu l'honneur de\n                            l'inventer, mais ce que je l'eus souhaité ! Car l'homme de ces\n                            gravures, le rêveur de ces Orients antiques est un étourdissant\n                            poète.\n   Des visions d'Orient à mille personnages dans des architectures surchargées et\nconfuses, sous des atours ruisselants de lumière et de pierreries, il les suggère plus\nqu'il ne les montre par des échevaux très brouillés de traits noirs, par un enchevê­\ntrement de formules kabbalistiques qui font penser à un grimoire dJalchimiste, par\nun griffonnage au burin d'une hardiesse folle, une mise à nu de réseaux nerveux\nqui devrait exprimer plutôt la noire truandaille d'une cave humide au fond de la\npouillerie d'une cour des miracles, que les radieuses processions religieuses et\ntriomphales de l'Inde des rajahs. Et cependant non; ces pelotons de traits, ces\ngrimoires de formules sémitiques-formes humaines, cet embrouillamini de fils\ncorrodés évoquent l'Inde d'il y a cinq mille ans mieux que les meilleurs tableaux\ndes peintres anglais débarqués hier du Dekan d'avant-hier.\n   M. Marius Bauer, qui n'a jamais mis les pieds aux Indes, — car ses eaux-fortes\nle prouvent de reste, — a été jusqu'à s'attaquer à l'Akédysséril de Villiers, qui lui\nnon plus n'avait pas voyagé si loin; et dire que l'illustrateur est à la hauteur du\npoète, c'est dire que visionnaire comme Villiers, il a su concevoir des villes plus\nhindoues que Bénarès même; et c'est la langue de Villiers qu'il faudrait pour\ncélébrer son interprétation de Villiers. Règle générale, je déteste, j'abomine les\ndescriptions que se permettent certains romanciers ou peintres, de pays très déter-\n\n    (*) Je vais la promener à travers le monde. Et plus heureux que Diogène je suis certain de rencontrer des hommes sinon\ndes œuvres, au moins un ou une par deux numéros de Durendal! C'est peut-être la récompense de n'être point cynique :\ntrouver ce qu'on cherche. Au reste, j'ai prié le Thaumaturge Saint-Antoine, dont j'ai baisé le mausolée en sa basilique de\nPadoue, de m'aider à tronver. Je mets sous sa spéciale protection ce voyage de découvertes artistiques sur le grand chemin\ndu monde, et le conjure de souffler ma lanterne si j'éclaire mal, aussi bien que si j'égare mon enquête dans des lieux où mieux\nvaudrait être aveugle qu'avoir le malheur de se plaire.\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "200                                   DURENDAL\n\n\nminés où ils n'ont de leur vie pénétré. A quoi bon s'acharner à titrer d'un nom\ngéographique qui signifie des données certaines, scientifiques, les débauches somp­\ntueuses de leur imagination; n'est-ce point puéril? De quel droit substituent-ils au\nmien leur pressentiment sans garantie d'exactitude des pays lointains. Ils ne l'ont,\nce droit, que si leur invention est plus belle, plus exacte encore que la réalité; auquel\ncas alors ils sont des voyants, et ce cas, s'il est le leur, touche à l'occulte divinatoire\net ne ressort plus du seul domaine de l'art. Jusqu'ici j'avais constaté et admis deux\nde ces cas : Villiers et Mme Judith Gautier; désormais il faudra ajouter M. Marius\nBauer.\n  Le premier miracle de ses eaux-fortes, hindoustanes fantaisies architecturales\npréhistoriques, ébauches de premier jet d'un appareil incroyablement compliqué,\ngéniales élucubrations du cerveau d'un orientaliste mystique auquel n'est aucun\nbesoin de haschich pour grossir démesurément ses évocations des civilisations et\ndes âges lointains, débordement coloriste par de simples traits d'une faconde imagée\ntoute puissante, d'une exubérance tropicale, je l'ai dit, c'est d'être très obscures et\nde donner par une sorte de fugue dessinée, plus multiple et confuse que celles du\ngrand vieux Bach, la sensation des prodigieuses clartés crépusculaires dans les\ninouïs ciels roses, au dessus des formidables incendies de gemmes et d'escarboucles\ndes cités du Bahar aux noms d'incandescente nostalgie.\n    Le second, qui n'est pas moindre, consiste à n'avoir recours, pour stupéfier, à\naucun artifice de mise en scène, de ne s'attacher à aucune perspective et plantation\nthéâtrales, de ne s'entacher d'aucun groupement qui sente le grand opéra à\nl'italienne : la Reine de Saba de Coldmark aussi bien qu'Aida de Verdi ou que\nSalammbô de Reyer. Rien que des entassements de foules et d'architecture qui\nsemblent des cassures faites aux morceaux superposés de reliefs des pagodes, une\ncassure d'Elephanta ou d'Ellorah. Le procédé est très simple : un art enchevêtré\ncomme tout l'art hindou, comme toutes les imaginations du Pendjah. On dirait un\ndélirant conte d'Orient ou d'Extrême Orient raconté par un Européen qui s'en est\nallé aux hypogées du passé, et aux plaines d'or du Gange pèleriner et empreindre\nde Brahnanisme son art d'occident, tout comme il a aujourd'hui le contraire : au\nJapon, des Japonais retour d'Europe qui peignent leur pays à la fois avec un art\nfrançais et un tempérament japonais. Et j'ai pu constater les étrangetés que cela\nproduit. Ici il s'agit d'une imagination rembranesque, qui concevrait un peu, à la\nfaçon de Gustave Moreau, l'antiquité orientale, s'il ne s'y surajoutait pas une\npersonnalité toute asiatique, aux mille efflorescences touffues d'un dessin presque\norgiastique.\n  Dans la Bible ce visionnaire élit naturellement la prodigieuse aventure de la\nReine de Saba, et à toute page de l'œuvre on peut se demander si ce Hollandais ne\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "                                     DURENDAL                                     20I\n\n\ntravaille pas plutôt à Java qu'à La Haye. Les Mille et une Nuits lui livrent les\ntrésors d'Ali-Baba auquel il a su ravir le Sésame ouvre-toi, et les portes des sérails\nà deux battants roulent sur leurs gonds devant lui. En Occident, seuls les presti­\ngieux fouillis de pierre den f elée de l'architecture gothique l'intéressent autant que\nles Alhambras et l'es Ellorahs, que les trésors des émirs, des Khans et des Kalifes.\nAprès Sourakarta, Djokjokarta, Dellei, Lahore, Mysore, Erzeroum et Stamboul,\nrien, sauf la cathédrale de Rouen.\n   Et cela me fait espérer qu'un jour proche M. Marius Bauer ouvrira les Evangiles,\nles commentera par les Révélations de Sœur Catherine Emmerich, et nous donnera\nune Passion grouillante et horrible; dantesque, rembranesque et fauve, chrétienne\net orientale à la fois comme son talent qui procède de l'Ancien Testament et des\nMille et une Nuits, et semble s'être épanoui devant les reliefs historiques, cosmogo­\nniques ou décoratifs, des Pagodes, du Temple, des Mosquées et des Cathédrales.\n                                                                 WILLIAM RITTER.\n\n\n\n\n               MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n     Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n\nU    N acte de contrition :\n       Verlaine nous reviendrait-il définitivement? La Plume publiait du poète, dans\nun de ses derniers numéros, ces vers :\n\n                    « Mon Dieu, laissez rentrer en grâce\n                      Un pécheur qui revient de loin !\n                      A moi la tâche, à vous le soin\n              D'encourager au bien cette âme qui se lasse.\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "202                                   DURENDAL\n\n                        J'ai prouvé que je vous aimais :\n                        J'entends vous aimer plus encore\n                        Et du soir jusques à l'aurore,\n               Et de l'aurore au soir vous servir à jamais.\n                         Toutes occupations autres\n                         Que de vous chercher, je les hais\n                         Voyez que je ne mens pas... Mais\n                Guidez-moi, que je puisse encore être des vôtres.\n                                             *\n                                            * *\n\nD     ES nouvelles de Grand' Mère.\n        L'Académie (classe des lettres) vient de publier les questions faisant l'objet\nde concours. Il y en a, dans le nombre, qui sont d'un intérêt absolument poignant.\nQu'on en juge :\n   « Faire l'histoire du style périodique français avant Guez de Balzac.\n   Apprécier le mérite artistique des principaux rhétoriciens néerlandais du XVe et\ndu XVIe siècle, notamment Jan Van Hulst, Antonis de Roovere, Cornelis Everaert,\nMathijs de Casteleyn, Edouard de Dene et Jan-Baptiste Houwaert.\n   Faire, d'après les sources, l'histoire et la description du sanctuaire d'Esculape, à\nl'Epidaure, en insistant spécialement sur le théâtre de Polyeucte. »\n   Des médailles de la valeur de 800 francs sont attribuées aux meilleurs mémoires\nsur ces questions !\n   Une médaille d'or (valeur 800 toujours) est attribuée à cette question, intelligente\ncette fois :\n   « Faire l'histoire de la littérature française en Belgique, de 1815 à 183o. »\n   800 francs pour une bonne description du sanctuaire d'Esculape, c'est à peu près\nbien payé, mais 800 francs pour une histoire littéraire, eh! le boute feu de l'Académie\ndoit être tarifé plus fastueusement. Vieille chipie va!\n   Le prix Stassart (600 francs), pour une notice sur un belge célèbre, et dont l'Académie,\ndepuis 1875, ne trouve pas le placement, sera attribué, en 1898, à la meilleure notice\nconsacrée à la vie et aux travaux de Nicolas Cleynaerts, dit Clenardus, grammairien,\norientaliste et voyageur, né à Diest, en 1495, mort à Grenade en 1541.\n   Nicolas Cleynaerts! un belge célèbre, vous ne vous en doutiez pas. Ce que c'est\nque la célébrité! Est-ce que l'Académie se moquerait de nous par hasard?\n   La rédaction de Durendal ouvre un concours pour une notice sur ce belge obscur.\nQu'on se le dise. (Les membres de la classe des lettres en sont exclus.)\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "                                     DURENDAL                                       203\n\n\nM    ONSIEUR Lévêque de Nivelles nous traite de « paladin du goupillon », parce que\n       nous avons affirmé et prouvé que son style était charentonesque ou gheelois.\n(Voir Durendal, numéro de juillet, p. 144.) Paladin du goupillon, fi Mgr Lévêque,\nque voilà une parole peu épiscopale! et que la crosse est sévère pour le goupillon.\n   Soumettons-nous et méditons pieusement la dernière lettre pastorale de Lévêque,\nen laquelle on lit ces mémorables paroles :\n   « Les dents de boue peuvent-elles donc déchirer les Êtres adamantins? —\n   O terre damnée! malheur à ceux de tes fils dotés par l'Innomable, d'âmes où\ns'agitent et y frappent du pied des ressouvenances redésirées de Bonté, de Justice... —\n   Pour draguer le monde, il faut les rouages d'acier des membres géants du microcéphale\nHercule.\n   Oui... le souverain bien serait le néant! Rien ne vaut la peine de rien. »\n   Ces textes sont tirés du « Colloque entre deux purs » publié dans la Revue Stella\n(août, septembre 1894), sous la signature de Lévêque susdit!\n   M. Lévêque, avec son faux air apocalyplique, nous fait l'effet de revenir de\nPathos, où sauvé de la douche, il a dû travailler au travestissement de l'Eve en Gilles.\n                                            *\n                                          * *\n\nS   ous ce titre « Rédemption », des Congolais, anciens esclaves libérés, viennent\n     de fonder à Ons-Fou-Dnou, village important du Haut-Congo, une société\nanti-esclavagiste, dans le but d'organiser une expédition en Europe, en vue de\ndélivrer les poètes blancs de... l'esclavage de la rime. A cet effet, ils ont institué un\nprix en nature, à décerner à la meilleure prose bayanzi. {Communiqué.)\n                                          *       *\n\n\nL   A critique est aisée, disait-on autrefois, l'art seul est difficile\n     tant que çà !\n                                                                         Aisée! oh pas\n\n  M. Sarcey — quelque chose comme l'Empereur de la critique — vient de s'attirer\nune lettre d'auteur offensé par lui et de laquelle nous extrayons ces lignes :\n  « Depuis que Léon Hennique, je crois, vous menaça de vous casser les reins si\nvous écriviez de nouveau qu'une de ces pièces « ne ferait pas d'argent », vous avez\nchangé de formule : « La pièce n'ira pas loin », insinuez-vous avec un jésuitisme qui\nétonne vraiment chez l'ancien mangeur de curés du XIXe siècle d'About.\n  Eh bien! à partir d'aujourd'hui, monsieur, je vous invite à trouver une troisième\nformule. »\n  Si on traite ainsi les princes, que fera-t-on des simples sujets?\n   L'Art est aisé, mes frères, la critique seule est difficile !\n                                              *\n                                          *       *\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "204                                  DURENDAL\n\n\n\nR     ECETTE de cuisine littéraire — Villemessaut, le fondateur du Figaro,  avait reçu\n      une instruction des plus négligées; il n'écrivait, pas, mais il savait guider la\nplume des autres. « Je l'entends encore m'expliquer, écrit Aurélien Scholl, comment,\nselon lui, un article devait être traité. »\n   — « La chronique, disait Villemessaut, a besoin d'un menu, comme un dîner.\nIl faut commencer par les hors-d'ceuvre, quelque chose de léger, de piquant, qui\nmette le lecteur en appétit; le potage et l'entrée, c'est-à-dire l'exposition du sujet,\nla mise en train; puis, vous passez au plat de résistance, et vous terminez, autant\nque possible, par des fioritures qui sont le dessert et égaient le dénouement comme\nle mariage à la fin des vaudevilles. »\n                                             *\n                                        *        *\n\nR     ÉCLAME nouvelle :\n       Visité, à Namur, une Exposition universelle des conférences du « Bon Père ».\nL'éditeur Paul Godenne leur a réservé une vitrine spéciale, sans mélange de nul\nprofane bouquin. Les Namuroises l'appellent : la vitrine Van Tricht. Au-dessus\némerge, dominateur et doucement réclamier, le R. P . Van Tricht lui-même, photo-\ngraphiquement présent, perché sur un chevalet.\n  Nous serions curieux de savoir qui, des Namuroises, de l'éditeur, de l'auteur, a\nimaginé cette réclame fin-de-siècle. (M. R.)\n\n  Aperçu, à la vitrine d'un magasin littéraire, sous cette étiquette féroce : Buveurs\nde sang : « En ce moment l'animal est absolument microscopique. C'est une tête à\nlaquelle est attaché un soupçon de ventre. Mais, après avoir sucé pendant quelque\ntemps, l'abdomen s'arrondit, tant et si bien, que l'animal tout entier n'est plus qu'un\nventre auquel est attaché un soupçon de tête. »\n   Un abdomen qui suce ! Cela dégote les veaux à deux têtes et les coqs à trois\npattes de nos kermesses. Le magazin aurait-il troqué son astronome contre un\nartiste forain?\n                                             *\n                                         *       *\n\nA     paru l'Escholier. Nous souhaitons la bienvenue à ce jeune confrère qui repré­\n      sente toute la jeunesse catholique belge estudiante. Ses goûts littéraires sont\nles nôtres, autre cause de bonne entente. Valeat ! On s'abonne rue des Ursulines, 37\n(3 francs l'an).\n                                           * *\n\nD     U Gaulois :\n        « La distance entre un homme d'Etat et un comédien, presque infranchis­\nsable jadis, n'est plus apparente aujourd'hui. »\n   Vous êtes cruel, M. Gaston Jollivet.\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": ""}, {"page_pdf": 251, "texte": ""}]}