{"numero_id": "ulb-durendal-1895-02-n2", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1895-02-n2-001", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 25, "page_fin": 44, "titre_corps": "À bas le divorce", "titre_sommaire": "A bas le divorce (comédie)", "signature_source": "Joseph Nicolas", "ancre_debut": "A BAS LE DIVORCE", "ancre_fin": "JOSEPH NICOLAS", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 251, "fin_caractere_exclue": 1929, "texte": "A BAS LE DIVORCE\n                                   COMÉDIE EN UN ACTE\nReprésentée pour la première fois à l'Association générale des Etudiants de Paris, en mars 1893.\n\n\n\n                                     PERSONNAGES :\n                    LE COMTE CHARLES DU SAY.\n                    LA BARONNE MADELEINE DE GRAVES.\n                    BAPTISTE, domestique de la Baronne.\n\n\n  La scène représente un boudoir meublé avec goût et élégance. Quelques fleurs. Piano. Guéridon au\n1er plan à droite. Tables, chaises, etc. Lampes allumées.\n\n\n                                         Scène        I.\n                                    LA     BARONNE.\n   L A BARONNE (entrant par    le fond à gauche. Elle est en toilette de ville.\nA la cantonade). L e journal est-il arrivé, Baptiste? (Regardant sur le\nguéridon.) Ah oui, le voilà. Voyons s'ils ont inséré mon annonce. J e ne\nla vois pas. Où l'ont-ils donc placée? (Lisant.) « Maladies conta­\ngieuses. » Ce n'est pas ça. (Lisant.) « M a d a m e L a m b e r t , accou... »\nP a s encore ça. Enfin! L e s imbéciles! Ils m'ont placé entre un cheval\npur sang à vendre et une d e m a n d e de nourrice. Si ce n'est pas absurde!\n(Lisant.) « Baronne divorcée, vingt-quatre ans, très riche, jolie, sans\ntache, désire se remarier avec monsieur d'âge, de fortune et de rang\nanalogue, de préférence divorcé. Ecrire rue Murillo, 64, initiales A . X . »\nIl faut bien passer le temps à faire quelque chose. (D'un air très ennuyé.)\nJ'ai tant de distractions! (Lisant.) « Baronne divorcée. » Ce n'est pas\ntout-à-fait vrai ; je ne le suis pas encore; l'affaire ne doit se plaider\nque dans quinze jours. Au reste, ce n'est là qu'un détail. L e divorce,\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1870, "texte": "26                                DURENDAL\n\n\nje l'obtiendrai. Les motifs ne sont pas bien sérieux cependant. Il n'est\npas douteux que je sois un peu... comment dire cela... un peu...\nbeaucoup... papillon! Mais mon mari, oh l u i ! . . . Brave homme, toute­\nfois, très complaisant. (Vivement.) S o m m e toute, je crois qu'il y a\ncompensation.\n\n                                 S c è n e II.\n                      LA B A R O N N E ,    BAPTISTE\n  BAPTISTE    (entrant et tenant un plateau couvert de lettres). L a correspon­\ndance de M a d a m e .\n   L A BARONNE. Donnez. (A part.) Des réponses à mon annonce, sans\ndoute. Ça va vite et bien. E n voilà déjà onze.\n   BAPTISTE (très froid pendant toute la scène). M a d a m e la Baronne\nn'a-t-elle rien autre à m'ordonner.\n   L A BARONNE. Si. Nettoyez les touches du piano. (Allant s'asseoir près\ndu guéridon. A part.) J e suis émue. C'est drôle, très drôle, que d'avoir\nentre les mains des lettres qui traitent d'un sujet aussi intéressant.\n(Elle en ouvre une, puis regarde Baptiste en train de rêver.) Baptiste, pour­\nquoi ne faites vous pas ce que je vous ai commandé ?\n  BAPTISTE (sursautant).         J e rêvais !\n    L A BARONNE (pendant cette conversation la Baronne ouvre et déchire des\nlettres). A quoi?\n    B A P T I S T E . Je n'ose pas le dire.\n    L A BARONNE. Sans doute à une servante qui vous aura entortillé?\n    BAPTISTE. O h ! non. Dieu m'en garde, M a d a m e .\n    L A BARONNE. Mais à quoi alors?\n    B A P T I S T E . C'est que... oui, certainement alors... c'est q u e . . .\n    L A BARONNE. Répondez, allons.\n    BAPTISTE. Je ferais tout d'abord remarquer à Madame la Baronne\nque je suis son frère de lait et que c'est en cette qualité que je me\npermets d e . . . Enfin, j'étais en train de penser qu'il y a un moyen pour\nne jamais être obligé de divorcer.\n  L A BARONNE (distraitement).    Lequel?\n"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1687, "texte": "                                  DURENDAL                                    27\n\n  BAPTISTE.    C'est un moyen que m'a donné mon grand-père; et mon\ngrand-père était l'homme...\n   L A BARONNE (l'interrompant). Assez je la connais par cœur votre\nhistoire. C'est au moins la cinquantième fois que vous me la racontez.\nÉpoussetez, vous ferez beaucoup mieux.\n  BAPTISTE   (à part). Oui çà vaut tout autant, j'aurais quand même\nprêché dans le désert. D o m m a g e p o u r t a n t . . . car, enfin, elle est ma\nsœur de lait et mon grand-père disait aussi qu'on devait tenir à\nl'honneur de sa famille et empêcher les divorces.\n   L A BARONNE (à part). Voyons ce qu'il peut bien dire celui-ci :\n(Lisant.) M a d a m e ,\n\n                  L e scintillement des étoiles,\n                  L a vivacité de l'éclair,\n                  L e ciel sans nuages, sans voiles,\n                  Les grandes splendeurs de la mer,\n                  Me plaisent moins que vos beaux yeux *\n                               Si bleus.\n\n                  L e givre qui brille la nuit\n                  Aux rayons de la pâle lune,\n                  E t le soleil qui luit\n                  Dorant le sable de la dune,\n                  Sont peu, près de vos cheveux blonds\n                               Si longs.\n\n                  L a pourpre et son éclat brillant,\n                  L a blanche aubépine fleurie,\n                  L e feu le plus étincelant,\n                  L a fleur même la mieux choisie,\n                  Ne valent pas vos lèvres closes\n                              Si roses.\n\n  A-t-on jamais rien vu de plus idiot! S'il croit que je vais lui\nrépondre... (Elle jette la lettre par tare.)\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2015, "texte": "28                                 DURENDAL\n\n\n   BAPTISTE          (qui a écouté). E n voilà une qui vient -pour sûr du petit\npoète qui loge au sixième.\n   L A BARONNE (voyant Baptiste qui écoute). Baptiste, allez me chercher\nun coupe-papier.\n   B A P T I S T E . Oui, M a d a m e la Baronne. (A part.) M a d a m e la Baronne\nn'a pas beaucoup de confiance en moi, elle me cache tous ses secrets.\nElle méprise ses parents pauvres. Çà n'a pas plus de cœur qu'une\npuce.\n  L A BARONNE.            S'il vous plaît?\n   B A P T I S T E (froissé), j'y vais, M a d a m e , j ' y vais. (Il sort.)\n  L A BARONNE (lisant). « Chère, Madame, je ne crois pas me vanter\nen vous disant que j'ai toutes les qualités voulues p o u r faire le\nbonheur d'une femme. J'ai cinquante ans, je suis chauve, il ne me\nm a n q u e que neuf dents par devant, je me suis ruiné trois fois, je me\nsuis m a r i é et j'ai divorcé deux fois... »\n    Si j'ai un bon conseil à vous donner, mon cher Monsieur, c'est de\nne plus recommencer. O h ! les hommes, sont-ils prétentieux? (Prenant\nla dernière lettre.) Décidément, si cela continue, je n'en trouverai pas\nu n e seule de convenable.\n    B A P T I S T E (entrant). Voilà le coupe-papier demandé. (Il se remet à la\n besogne.)\n    L A BARONNE (à part). Voyons la dernière. « Madame, je viens de\n lire votre annonce. Elle m'a séduite, on ne peut plus. Aussi j'aurai\n l'honneur de me présenter moi-même chez vous ce soir, vers 6 heures. »\n signée « Comte de X... » (Se levant.) E h bien! elle me va cette lettre.\n Il a beaucoup de toupet ce Monsieur. Oser venir se présenter ici,\n comme cela, sans façon, si vite et sans me connaître. Quelle heure\n est-il Baptiste?\n     BAPTISTE.       Six heures moins un quart, M a d a m e la Baronne.\n   L A BARONNE (à part). Il ne peut tarder à venir. Je vais réparer tant\nsoit peu le désordre de ma toilette. C'est bien le moins qu'on puisse\nfaire lorsque... Baptiste, s'il vient un monsieur, dites lui d'attendre.\n   B A P T I S T E . Oui, M a d a m e la Baronne.\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1930, "texte": "                                  DURENDAL                                    29\n\n  L A BARONNE.           E t surtout, si on vous interrogeait, n'oubliez pas mes\nrecommandations.\n  B A P T I S T E . N o n , M a d a m e la Baronne.\n\n\n                                S c è n e III.\n                              BAPTISTE.\n\n  BAPTISTE    (seul, maussade). Ses recommandations, ses recommanda\ntions ! Il faut bien avouer que M a d a m e la Baronne a de singulières\nfantaisies depuis qu'elle a quitté Monsieur le Comte du Say, son mari.\nAu lieu de rester tranquillement à son domicile légal, comme ils\nappellent ça chez les juges, imaginez-vous qu'elle a loué ce petit appar­\ntement où elle vient passer plusieurs jours de la semaine sous un faux\nnom : M a d a m e de Spare. Il paraît que c'est le nom d'une de ses\ngrandes tantes morte aux temps des Croisades sous les murs de\nJéricho. L e plus beau de l'histoire c'est qu'elle m'a ordonné de faire\nla bête sitôt qu'il arrive quelqu'un, ce qui, entre parenthèses, me\nréussit toujours. J e n'y comprends rien. Elle ne veut pas me dire\npourquoi. Elle aura certainement commis un acte délictueux. J'en\nfrémis d'horreur, car enfin, elle a sucé le m ê m e lait que moi. Peut-\nêtre que m a mère alors ne lui donnait que mes restes. Mais quand\nmême elle est m a sœur de lait et...\n\n\n                                Scène        IV.\n                       LE COMTE,          BAPTISTE.\n\n  L E COMTE.         M'y voici. Il n'y a pas de mal. J e suis curieux... curieux.\nT i e n s , c'est toi, Baptiste.\n  BAPTISTE    (ému). N o n . . . c'est-à-dire... si, Monsieur le Comte...\n(A part.) Qu'est-ce qu'il peut bien venir faire ici. P o u r sur que M a d a m e\nne l'attend pas. Faisons la bête.\n  L E COMTE.  Il me semble que lorsque m a femme et moi nous nous\nsommes séparés, tu l'as suivie pour rester à son service. T u as donc\nchangé? T u te fatigues vite des bonnes places à ce qu'il parait.\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1930, "texte": "30                               DURENDAL\n\n\n     BAPTISTE.        J e ne sais pas.\n   L E C O M T E . Comment, tu ne sais pas !\n   B A P T I S T E . Je crois que oui.\n   L E COMTE (à part). Aurait-il quelque chose de dérangé! Mon brave\nBaptiste, chez qui es-tu en service. (A part.) Il faut que je m'informe\nun peu.\n   B A P T I S T E . Chez M a d a m e la Baronne.\n   L E C O M T E . Oui, c'est bien, c'est très bien. Mais chez quelle baronne?\n   B A P T I S T E . Chez M a d a m e la Baronne de Spare.\n   L E C O M T E . T i e n s , tiens, un nom que ma femme avait dans ses\ntitres. U n e parente éloignée, peut-être.\n   B A P T I S T E . O y e . . . oye... il commence à flairer juste.\n   L E C O M T E . Qu'as-tu?\n    B A P T I S T E . Rien.\n   L E COMTE (à part). Donnons un louis, ça l'excitera à parler. P r e n d s ,\nBaptiste... pour ce que tu viens de dire. T u auras encore autant si tu\nallonges tant soit peu tes réponses.\n    B A P T I S T E . Merci, Monsieur le Comte. (A part.) Méfions-nous.\n    L E C O M T E . Est-ce une vraie baronne, au moins.\n    B A P T I S T E (à part.) Je ne comprends pas trop bien. Répondons\nquand même. (Au Comte.) Je ne voudrais pas me permettre de lui\nd e m a n d e r cela. (A part.) J'allonge.\n    L E C O M T E (à part). Diable, qu'a-t-il donc mangé aujourd'hui. Impos­\nsible d'en tirer quelque chose. (A Baptiste.) Est-elle jolie, ta baronne?\n    B A P T I S T E . Je ne l'ai pas encore regardée comme il faut, Monsieur\n le Comte. (A part.) J'allonge encore.\n    L E COMTE (à part). L'imbécile, et c'est que je ne puis pas me fâcher,\n il serait capable de ne plus rien répondre. (A Baptiste.) Quel âge\n peut-elle avoir?\n     BAPTISTE.  Je vous répète que ne l'ayant pas encore examinée à\nfond, cela m'est tout à fait inconnu. (A part.) J'allonge toujours.\n  L E C O M T E (éclatant). Ah ça, as-tu donc étudié la diplomatie?\n  BAPTISTE (étonné et dédaigneux). Non, Monsieur le Comte.\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2010, "texte": "                                     DURENDAL                               3l\n\n  L E COMTE.         On le croirait pourtant à t'entendre répondre.\n  B A P T I S T E (stupéfait). B a h ! Si je pensais seulement que toute la\ndiplomatie consiste u n i q u e m e n t à savoir bien faire la bête.\n  L E COMTE.         Allons, assez. Parle-moi franchement et sans détour,\nanimal.\n  B A P T I S T E (sec).\n                       Merci.\n   L E C O M T E (à part). Cristi... animal moi-même, je me suis fâché, j'ai\neu tort. (Insinuant.) Mon brave Baptiste, dis-moi, la Baronne reçoit-\nelle beaucoup de visites?\n  BAPTISTE.         J e ne m'occupe pas de ces détails, et caetera, et caetera.\n   L E C O M T E (stupéfait). C o m m e n t et caetera, et caetera?\n   B A P T I S T E (calmé). Mais oui. Q u a n d on n'a plus rien à dire on dit\net caetera pour allonger, et vous n'ignorez pas que je dois allonger le\nplus possible pour vous faire plaisir.\n  LE        {résigné et à part). Quelle brute. Il faut bien que j'en\n        COMTE\nprenne mon parti. {A Baptiste.) Va m'annoncer à Madame de Spare.\n  B A P T I S T E (ne bougeant pas et soupirant).Ah! a h ! a h !\n  L E C O M T E . P o u r q u o i gémis-tu? Es-tu malade?\n  B A P T I S T E . Non, j e songe.\n  L E C O M T E . A quoi?\n  B A P T I S T E . A une observation que je voudrais bien pouvoir faire à\nMonsieur le Comte, si toutefois il le permet.\n  L E C O M T E . T o u t ce que tu veux, Baptiste.\n  B A P T I S T E (sentencieux). E h bien, si vous l'aviez voulu, vous n'auriez\njamais dû divorcer.\n  L E C O M T E . Ah bah ! et comment ça?\n  B A P T I S T E . C'est un moyen que m'a donné mon grand-père. E t mon\ngrand-père était le plus savant de notre village, après le curé et le\nmaitre d'école. Il disait très souvent : Si tu ne veux pas divorcer...\n   L E COMTE.         E h bien?\n   B A P T I S T E . E h bien, ne te marie j a m a i s .\n   L E COMTE (à part). A-t-on jamais vu un idiot semblable!\n   B A P T I S T E . Qu'en dites-vous, Monsieur le Comte?\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2085, "texte": "32                               DURENDAL\n\n     L E COMTE.  Que ton grand-père aurait dû être décoré pour en avoir\ntrouvé une pareille.\n   BAPTISTE (heureux). Vous êtes au moins raisonnable, vous compre­\nnez. Ce n'est pas comme Madame la Baronne qui dit que mon grand-\npère était un imbécile.\n   L E COMTE. Allons, va m'annoncer maintenant. (Il prend un journal.)\n   BAPTISTE. Oui, Monsieur le Comte. (A part et en s'en allant.) Je n'y\ntiens pas trop; je suis sûr que Madame ne s'attend pas à cette visite,\nsurtout en ce moment ci où elle en attend une autre. (Il sort et crie très\nfort dans les coulisses.) Monsieur le Comte est là, Monsieur le Comte est là.\n   L E COMTE. Tiens! voilà une manière d'annoncer que je ne connais­\nsais pas. Quelle singulière maison!\n\n                               Scène V.\n                              LE COMTE\n     L E COMTE (seul). Me voilà lancé dans l'inconnu. Plaise à Dieu qu'elle\nsoit aussi spirituelle, aussi jolie et aussi volage, c'est-à-dire, non, moins\nvolage que ma femme ou sinon pas de remariage. Ah Madeleine, si tu\nl'avais voulu! Nous n'aurions pas été obligé de nous séparer!\n   On me fait attendre. Je suis curieux de faire la connaissance du\npetit chef-d'œuvre de femme décrit dans l'annonce... Du reste, cela ne\nm'engage à rien. Si je trouve la dame bête ou laide, je la flatte\npendant cinq minutes, je fais semblant d'être follement épris de ses\ncharmes, je lui demande instamment de pouvoir lui rendre des visites\nassidues, je pars en lui disant mille compliments et j'ai grand soin de\nne plus me représenter. Très innocente cette petite récréation.\n(S'asseyant près du guéridon, à droite.) On ne se presse pas de venir. Si\n Madame de Spare croit me plaire en me faisant poser ici, elle se\ntrompe. J'ai grande envie de le lui prouver en filant. (Fausse sortie.)\nAprès tout, ce serait ridicule. Je me suis dérangé pour venir jusqu'ici,\n attendons la fin. Du reste, je n'ai rien à faire ailleurs. Si je fumais\n une cigarette. On aurait tort de se gêner... chez les autres. (Il prend\n un journal de manière à être caché derrière.)\n"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1992, "texte": "                                     DURENDAL                                       33\n\n\n\n                                   Scène VI.\n                       LA BARONNE, L E               COMTE\n\n   L A BARONNE        (entrant à gauche). A-t-on jamais vu annoncer comme\nça! Baptiste devient fou. (Apercevant quelqu'un). T i e n s , voilà mon pré­\nt e n d a n t ! Ma foi, il est sans façon. B a h ! ça me va... C'est ennuyeux,\nil ne me voit p a s ; je ne sais que faire. (Elle remue une chaise.)\n   L E C O M T E (abaissant son journal   pour regarder, puis se levant en sursaut\net à part). Saperlotte, m a femme.\n   L A BARONNE (à part). Mon mari.\n   L E C O M T E (pataugeant). C o m m e n t allez-vous, M a d a m e ?\n   L A BARONNE (pataugeant également). Oui, Monsieur, il fait assez mau­\nvais, oui... assez...\n   L E C O M T E . Allons... allons... t a n t mieux. Ça me fait plaisir, oui...\nplaisir.\n   L A BARONNE.      Merci, vous êtes bien aimable... (Silence.)\n  L E C O M T E (à part). C'est idiot de se laisser démonter pour si peu.\n  L A B A R O N N E (à part). N'est-ce pas ridicule de patauger ainsi.\n  L E C O M T E (regardant sa femme fixement et en raillant). Il paraît,\nM a d a m e , qu'on est déjà fatiguée de vivre seule.\n  LA   BARONNE     (sèchement). P a s plus que vous, Monsieur.\n  L E C O M T E . Ah p a r d o n ! . . . certainement je suis fatigué d e . . . certai­\nnement... mais vous l'avez été avant moi.\n  LA   BARONNE.     E t comment cela, s'il vous plaît?\n   L E C O M T E . Mais d a m e . . . si vous n'aviez pas mis une annonce aussi\nalléchante dans le journal, je ne crois pas que j'aurais eu la moindre\ndes envies de quitter mon état de mari divorcé. C'est vous qui avez\ncommencé, j'achève. Vous avez proposé par voie de journal, je n'ai fait\nqu'emballer... comme au whist. (Silence.)\n  L A BARONNE.       Est-ce tout ce que vous aviez à dire?\n  LE   COMTE.       Oui, M a d a m e .\n  LA   B A R O N N E . E h bien, alors je vous permets d e . . . partir.\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1877, "texte": "34                                DURENDAL\n\n\n     LE   COMTE.   Déjà?\n     L A BARONNE.    Oui.\n     LE   COMTE.   J e m'en vais. Mille pardons du grand dérangement\nque je vous cause. (Il se dirige vers la porte du fond.)\n   L A BARONNE (à part). Comme il est aimable aujourd'hui!\n   L E C O M T E (à part.) Est-elle gentille!\n   L A BARONNE (à part). J'ai eu tort de le renvoyer si vite... Si j'osais!\n   L E C O M T E (à ce moment le Comte ouvre la porte puis, sur le point de\nsortir, il s'arrête et regarde fixement la Baronne qui, placée à l'avant-scène\ntout à gauche, fait de même; jeu de scène. Après quelques instants, le comte\nrevient en scène). Baronne... j'oubliais avant de partir.\n  L A BARONNE.        Quoi donc?\n   L E C O M T E . J'oubliais de vous faire un compliment.\n   L A BARONNE. A moi?\n   L E C O M T E . O u i . Vous êtes vraiment ravissante aujourd'hui.\n  L A B A R O N N E . VOUS trouvez?\n   L E C O M T E . Je ne vous ai jamais vue si fraîche, si jolie.\n  L A BARONNE. F l a t t e u r .\n   L E C O M T E . Je ne flatte pas, M a d a m e . Du reste, je n'ai aucun\nintérêt à le faire.\n   L A BARONNE. Avouez, toutefois, que vos éloges sont singulièrement\nexagérés.\n   L E C O M T E (s'emballant). Je n'en conviens absolument pas. Tenez,\npar exemple, cette robe vous va merveilleusement... mais là, merveil­\nleusement. Si vous saviez combien elle fait ressortir vos charmes, votre\nbeauté troublante. E t puis vos cheveux dont l'arrangement délicieux...\n  L A BARONNE (l'interrompant).       Ah ça, grand fou, avez-vous bientôt fini!\nVoudriez-vous, par hasard, que je vous fasse aussi des compliments!\n    L E C O M T E . Oh m a d a m e ! Vous interprétez bien mal m a pensée.\nT r o p heureux de ce que vous me permettiez de vous dire ce que je\nressens à votre vue.\n  L A BARONNE.     Monsieur, on dirait que vous me faites la cour.\n  L E C O M T E . Moi?\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "                                     DURENDAL                                       35\n\n  L A BARONNE.      Oui, vous.\n  L E C O M T E . Supposons que cela soit. Serais-je le seul? Croyez-vous\nque personne d'autre n'ait découvert en vous tous les charmes que\nvous possédez et ne se soit follement épris de votre beauté?\n  L A BARONNE.       J e me permets d'en douter énormément.\n   L E C O M T E . Vous avez tort, m a d a m e . Vous devez avoir b e a u c o u p . . .\nd'admirateurs si, comme je le suppose, vous courrez encore le m o n d e .\nCroiriez-vous que je suis un peu jaloux.\n  L A BARONNE.         A vous de voir si vous avez tort.\n   L E C O M T E (triste et doux.) Madeleine, allez-vous encore beaucoup\ndans le monde?\n   L A B A R O N N E . Oui, Charles, parce qu'il le faut pour conserver des\nrelations. Mais c'est bien malgré moi, je trouve le monde si a b s u r d e .\n  L E COMTE.      On doit tant compter avec les imbéciles, ils y sont si\nnombreux.\n  L A BARONNE.       E t toi, sors-tu beaucoup?\n   L E C O M T E . Non, m a chère, depuis quelque temps je ne vais plus\nqu'à mon cercle et cela p e n d a n t deux heures tout au plus par jour. J e\nvis en ermite.\n  L A BARONNE.   J e ne te crois pas.\n   L E COMTE (prenant sa femme par le bras). E t pour quels motifs?\n   L A BARONNE. Mais... dans le temps tu aimais beaucoup à sortir,\ntrop m ê m e .\n  L E COMTE.   J e ne dis pas non ; heureusement j'en suis revenu. Oh\nle monde, j'en ai j u s q u e par dessus la tête.\n   L A BARONNE (allant s'asseoir avec son mari sur le fauteuil). T u ne vois\nplus personne de mes anciennes amies, alors?\n  L E COMTE.    Si fait, m a d a m e de Hautecornes, entre autres, qui me\nforce à venir à ses réceptions.\n  L A BARONNE.      Il y a longtemps que je ne l'ai plus vue. Que devient-\nelle donc?\n  L E COMTE. Elle devient de plus en plus laide et grincheuse.\n  L A BARONNE. P a s possible !\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1518, "texte": "36                                DURENDAL\n\n\n     L E COMTE.  Elle fait tout ce qu'elle peut pour être battue par son\nmari et tout ce qu'elle peut pour être aimée par d'autres.\n L A BARONNE. E t ? . . .\n L E C O M T E . E t elle n'y parvient p a s ; elle y perd tout son temps.\n L A BARONNE. Naturellement.\n\n\n                               Scène      VII.\n              LA B A R O N N E , L E C O M T E ,    BAPTISTE\n  BAPTISTE.          M a d a m e la Baronne, c'est la vieille qui fait demander\nsi vous recevez.\n   L E C O M T E (à la baronne). Quelle vieille?\n   L A BARONNE. Oh rien! U n e vieille et ennuyeuse douairière qui\nm'assomme de ses visites.\n   L E C O M T E (riant). — N'empêche qu'il est sans gêne, Baptiste.\n   L A BARONNE (à Baptiste). Dites que je n'y suis pas.\n   B A P T I S T E (embarrassé). Mais...\n   L A BARONNE. E h bien?\n   BAPTISTE (penaud). J e lui ai dit le contraire.\n   L E C O M T E . Imbécile.\n   L A BARONNE. Maladroit.\n   L E C O M T E . Que faire ?\n   L A BARONNE. Oui, que faire?\n   L E C O M T E . Dis que tu es indisposée ou que tu prends ton bain.\n   L A BARONNE (à Baptiste). Baptiste, allez dire que je ne reçois pas,\nque je souffre de la migraine; qu'elle revienne plus tard.\n   B A P T I S T E . Oui, M a d a m e la Baronne. (A part.) Mazette, on dirait\nqu'ils se font de l'œil. (Il sort.)\n\n                              Scène VIII.\n                     LA BARONNE, L E            COMTE\n  L E COMTE.  Elle ne va pas être contente « la vieille » de se voir\nainsi congédiée.\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2359, "texte": "                                    DURENDAL                                     37\n\n  L A BARONNE.       Que m'importe! N'en parlons plus. Dis-moi plutôt\ndes nouvelles de ta cousine Gabrielle... la papillone, comme moi.\n  L E C O M T E (riant). C o m m e n t ! tu ne sais pas?\n  L A BARONNE (souriant). N o n .\n  L E C O M T E (riant toujours). Elle est sur le point de divorcer.\n  L A BARONNE (se levant et s'écartant du Comte, froidement).               Cela me\nrappelle, Monsieur, que nous sommes dans la même situation.\n  L E C O M T E (se levant aussi, à part). T i e n s , c'est vrai! je l'avais totale­\nment oublié. (A la Baronne.) Vous avez raison, M a d a m e .\n  L A BARONNE. J e serais fachée de vous retenir plus longtemps. D u\nreste, j'ai beaucoup d'occupations; ainsi, Monsieur...\n   L E C O M T E (hésitant). Avant de partir, encore une d e m a n d e . Per­\nmettez-vous que je vienne vous rendre visite de temps en temps?\n   L A BARONNE. L e moins possible; Monsieur.\n   L E C O M T E (saluant). M a d a m e . (Avant de partir il la regarde longuement.)\n\n                                  Scène       IX.\n                             LA B A R O N N E\n   L A BARONNE (seule). C o m m e il m'a regardé ! M'aimerait-il de nou­\nveau? D u reste, il y a un instant, ne nous sommes-nous pas oubliés\nau point de nous tutoyer. L'aimerai-je encore par h a s a r d ! Qu'y\naurait-il d'impossible à cela. Il me semble qu'il est mieux maintenant\nque j a d i s ; je ne sais pourquoi. Il me plaisait tout à l'heure. C'est\nétonnant, bizarre, étrange. J'ai ressenti un trouble inexprimable pen­\ndant qu'il me parlait. Ses yeux, lorsqu'il me fixait, me donnaient une\nétrange secousse. Oui, oui, je l'aime encore, je l'aime plus que j a m a i s . . .\nj'ai beau ne pas vouloir, c'est plus fort que moi. S'il pouvait revenir!\nMais lui ! sais-je bien si je ne lui suis pas complètement indifférente.\n(Réfléchissant.) Si j'essayais de le ramener par la jalousie? Car je veux\n absolument son amour. (Apercevant par terre un chiffon de papier et le\nramassant.) Ah! la lettre du petit poète. Au fait, voilà mon affaire.\n Oui, mais maintenant comment m'y prendre pour faire croire à Charles\n que j'ai u n . . . amoureux, alors qu'il n'en est rien. Ce n'est pas tout-à-\n fait facile, les maris ne le croient jamais, même lorsque c'est vrai.\n A h ! une idée. (Elle sonne.)\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1743, "texte": "38                                 DURENDAL\n\n\n\n\n                                  Scène      X.\n                       LA B A R O N N E ,    BAPTISTE\n\n     BAPTISTE.       M a d a m e la Baronne m'a timbré?\n   L A BARONNE. O u i . Connaissez-vous le poëte qui loge ici plus haut?\n   B A P T I S T E . J e crois bien. J e crois bien. C'est le plus aimable garçon\nqu'on puisse trouver. Il est un peu drôle cependant, puisqu'il faut tout\ndire.\n   L A B A R O N N E . C o m m e n t cela?\n   B A P T I S T E . Figurez-vous que chaque fois que je le rencontre dans\nl'escalier il me parle de M a d a m e la B a r o n n e ; puis il tire une lettre de\nsa poche, puis il veut me la donner, puis il la remet en poche, puis il\nme donne cent sous, p u i s . . .\n     L A BARONNE.    Ah!\n     BAPTISTE.        Puis il s'en va en soupirant comme un bœuf et en tour­\nnant de gros yeux comme une grenouille expirante. Je crois qu'il aime\nbien M a d a m e la Baronne.\n   L A BARONNE (distraitement). Qui vous l'a dit?\n    B A P T I S T E . Ce n'est pas difficile à voir. Il me l'a dit plus de cent et\ncent fois. A preuve même qu'il fait un arbre pour vous.\n    L A B A R O N N E . Comment, un arbre?\n   BAPTISTE. Oui, M a d a m e , oui. U n arbre qu'il appelle : arbre « géné-\nralogique ». Ça doit être très curieux.\n    L A BARONNE. Taisez-vous, imbécile, vous radotez.\n    BAPTISTE. Je vous jure que je ne dis que la vérité toute nue.\n    L A BARONNE (à part). T o u t s'arrange. J'ai trouvé un amoureux... à\ndistance. Voilà l'épouvantail à présenter à mon mari. Je verrai bien\ns'il m'aime.\n    BAPTISTE (à part). Qu'est ce qui lui prend de parler comme ça toute\nseule. J'ai eu tort de lui dire ça.\n    L A BARONNE. Baptiste.\n    BAPTISTE. Madame la Baronne.\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1850, "texte": "                                   DURENDAL                                     39\n\n  L A BARONNE.          Vous allez vous rendre chez le Comte, mon mari, et,\nsous prétexte de lui rendre un service signalé, vous lui direz que le\npoète dont nous venons de parler me fait la cour et me rend de nom­\nbreuses visites. Dépêchez-vous.\n  BAPTISTE (sans bouger). Non, M a d a m e la Baronne.\n  L A BARONNE. E t pourquoi cela?\n  B A P T I S T E . Parce que ce n'est pas vrai.\n  L A BARONNE. Que vous importe?\n  BAPTISTE (digne). Parce que je ne veux ni mentir ni dire du mal de\nm a sœur de lait et que je tiens à l'honneur de m a famille.\n   L A BARONNE (furieuse). Vous ne voulez pas obéir?\n   B A P T I S T E . Non, M a d a m e la Baronne.\n   L A BARONNE. C'est votre dernier mot?\n   B A P T I S T E . Oui, M a d a m e la Baronne.\n   L A BARONNE. Sortez, je vous chasse. (Elle sort.)\n   B A P T I S T E . Bien, M a d a m e la Baronne.\n\n                                 Scène         XI.\n                                B A P T I S T E\n\n   BAPTISTE    (seul). Voilà ce que c'est que d'avoir encore un peu de\npudeur. Si je n'avais plus eu de pudeur, on ne m'aurait pas chassé.\nD o m m a g e que mon grand-père ne soit pas ici, il aurait fait des mots.\n   C'est bête d'être flanqué à la porte aussi b r u s q u e m e n t ; je ne me\nplaisais pas mal à ce service; j'aurais voulu pour beaucoup y rester\ntoujours... parce que j'aime bien m a d a m e la baronne et que j'aime\nencore mieux Joséphine la cuisinière. B a h ! soyons philosophe et\nallons préparer nos malles.\n                                 Scène       XII.\n                       LA BARONNE,            BAPTISTE\n   L A BARONNE (entrant).         Comment, vous n'êtes pas parti?\n   B A P T I S T E (très digne). J e m'en vais... je m'en vais, m a d a m e . . . je\n m'en vais. (Il sort en murmurant.)\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "40                              DURENDAL\n\n\n     L A BARONNE.  Imbécile qui ne veut pas se charger de cette petite\nbesogne. Mais, j ' y songe, j'oubliais Joséphine. Elle voudra bien, elle.\n(Elle sort à gauche.)\n\n                             Scène     XIII.\n                              LE COMTE\n     L E COMTE (seul).J e reviens... c'est malgré moi... mais je reviens\nquand m ê m e . Elle m'a entortillé tout à l'heure. Elle me paraissait si\nfraîche, si jolie. Oui, plus fraîche, plus jolie que dans le t e m p s . J e\nsuis repincé; je ne sais trop comment... J'ai une envie folle de me\nréconcilier avec Madeleine. Si cela ne dépendait que de moi, ce serait\nvite fait. Mais c'est elle, et elle... elle m'a paru excessivement froide,\nquoique par moments elle se soit un peu adoucie. Si je lui avouais bien\nfranchement rnes projets. E n amour il ne nuit jamais d'être audacieux :\nje vais risquer quitte ou double. Si je réussis, c'est le bonheur; si\nj'échoue, il me restera au moins la consolation de me jeter à l'eau...\npour me refroidir. J'ignore comment toutes ces idées me sont venues,\nmais je sens bien qu'il m'est impossible de vivre plus longtemps\nséparé de Madeleine. Il me la faut... oui, il me la faut, m'obli-\ngera-t-elle à commettre des folies pour la ravoir.\n\n                             Scène      XIV.\n                         LE COMTE,      BAPTISTE\n     BAPTISTE  (tragiquement). Mes malles sont faites, je m'en vais, quit­\ntant cette maison, en martyr de ma pudeur.\n  L E C O M T E . Ah ! voilà Baptiste.\n  BAPTISTE. Oui, me voici : couronné d'une auréole de martyr.\n   L E C O M T E . Qu'est-ce qu'il chante?\n   BAPTISTE. Je suis un philosophe... je suis une victime.\n   L E COMTE (à part). Deviendrait-il fou? (A Baptiste.) Où est la\n Baronne?\n   BAPTISTE. Je ne sais pas.\n   L E C O M T E . Vous ne savez pas o ù ? . . .\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1904, "texte": "                                     DURENDAL                                      41\n\n  BAPTISTE           (interrompant). Non, je ne suis plus à son service.\n   L E C O M T E . Ah b a h ! Depuis quand cela?\n   B A P T I S T E . Depuis tout de suite.\n   L E C O M T E . E t pour quels motifs?\n   B A P T I S T E . Parce que je n'ai pas voulu mentir. J e suis immolé.\n   L E C O M T E . L a Baronne voulait te faire mentir.\n   BAPTISTE. Oui, elle voulait que je vienne vous dire... quelque\nchose... et je n'ai pas voulu.\n   L E C O M T E . Peut-on savoir quoi?\n   BAPTISTE. Non, Monsieur.\n   L E C O M T E . Ah ça, allez-vous redevenir mystérieux comme tantôt?\n   B A P T I S T E . O u i , je n'ai plus confiance en personne... si ce n'est en moi.\n   L E C O M T E . Si vous me faites savoir ce qui c'est passé, je vous\npromets que vous rentrerez au service de la Baronne.\n   B A P T I S T E . C'est bien vrai?\n   L E C O M T E . P u i s q u e je vous le dit. Réfléchissez.\n   BAPTISTE. Je réfléchis... et plus je réfléchis... plus je vois qu'il vaut\nmieux me taire. Je préfère tout perdre, même ma place et m'en aller.\n(Avec emphase.) Je m'en vais, le sort en est jeté.\n   L E C O M T E . Qu'est-ce que vous chantez?\n   BAPTISTE. J e ne chante pas, Monsieur.\n   L E COMTE. Allez trouver un médecin pour qu'il vous soigne, Bap­\ntiste, vous en avez besoin.\n   B A P T I S T E . Mais je ne suis pas m a l a d e .\n   L E C O M T E . Ça ne fait rien. Vous reviendrez quand vous serez guéri.\n   BAPTISTE. Mais... Voilà... je suis une victime. J e suis un malade...\nimaginaire, sans doute. (Il sort.)\n\n                                  Scène X V .\n                                LE       COMTE\n   L E C O M T E (seul).\n                   Il est impossible aujourd'hui. Je ne l'ai jamais vu\ncomme ça. E t la Baronne, je me d e m a n d e pour quel motif elle peut\nbien le renvoyer. Que de secrets pour un rien.\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "42                                 DURENDAL\n\n\n\n\n                                Scène X V I .\n                      LA BARONNE, L E COMTE.\n\n     L A BARONNE (entrant par où Baptiste\n                                       est sorti, à la cantonade). J e dînerai\ndans dix minutes. (Apercevant le Comte.) Vous voilà de nouveau, Comte?\n  L E COMTE (assez mal à l'aise). E n effet, Baronne... Il paraît que\nvous avez renvoyé Baptiste?\n     L A BARONNE.C'est vrai. J'ai été un peu vive. Mais tout est fini, j e\nviens de le reprendre à mon service.\n     L E COMTE. T a n tmieux. Il avait l'air tout drôle, ce brave garçon.\n  L A BARONNE. Ça se comprend. J e l'avais chassé pour une niaiserie.\n(Petit silence.) Puis-je vous d e m a n d e r sans indiscrétion ce qui vous\nramène ici.\n              Mon Dieu, M a d a m e , j e suis revenu parce qu'il me\n     L E COMTE.\nsemblait que notre conversation de tout à l'heure n'était pas complè­\ntement épuisée. J e me suis permis de venir l'achever, si vous y\nconsentez toutefois.\n     L A BARONNE (avec une pointe d'ironie). Avec infiniment de plaisir.\nJ'étais justement en train de me demander ce que je pourrais bien\nfaire pendant les dix minutes qui me séparent du dîner.\n     L E COMTE (un peu vexé). Alors je viens à propos.\n  L A BARONNE. T o u t à fait.\n  L E C O M T E . E h bien! tant mieux... car franchement, je croyais le\ncontraire.\n  L A BARONNE. P o u r quelle raison?\n  L E C O M T E . Mais, il m'est si souvent arrivé d'être un objet d'ennui\npour vous que vraiment...\n     L A BARONNE.    Avez-vous fini de plaisanter.\n  L E C O M T E . J e ne plaisante p a s . . . j e parle sérieusement, très sérieu­\nsement.\n  L A BARONNE. C'est peut-être pour cela que vous ne savez même\npas vous empêcher de sourire.\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2090, "texte": "                                       DURENDAL                        43\n\n  L E COMTE.       Mais, M a d a m e , je vous j u r e . . .\n   L A BARONNE. O h ! ne jurez pas; ce serait parfaitement inutile. Vous\nme forceriez à croire le contraire.\n   L E COMTE (s'asseyant). Merci de votre gracieux compliment.\n   L A BARONNE. J e ne dis que la vérité. Vous autres, hommes, lorsque\nvous faites des serments à une femme c'est toujours pour la tromper.\n   L E C O M T E . O h ! vous êtes injuste.\n  L A BARONNE (sérieusement). Du tout, du tout. T o u t e s les femmes en\nont la preuve. Mais vous-même, monsieur, ne vous rappelez-vous pas\ntoutes les protestations que vous me fîtes lorsque j'étais jeune fille?\nJe fus assez folle pour vous croire... E t , maintenant, dites-moi, où en\nsommes-nous arrivés malgré tous vos serments d'amour éternel?\n  L E COMTE.   Avouez que les reproches dont vous m'accablez doivent\nen partie retomber un peu sur vous.\n  L A BARONNE.   Soit. Mais répondez? Où en sommes-nous arrivés,\nmaintenant? Vous vivez seul comme si vous ne m'aviez jamais connue,\nvous vivez en garçon comme si rien n'était jamais venu troubler votre\nexistence... De mon côté, je vis comme je puis, me laissant adorer\npar des gens qui m'ennuyent le plus souvent, et tâchant de trouver le\nplus de distractions possibles... en ne faisant rien... (Pose.) Dites,\nlorsque nous nous sommes mariés, c'était là notre idéal, n'est-ce pas?\n(Silence.)\n  L E COMTE.      T o u t cela n'est pas irréparable.\n  L A BARONNE.       Grâce à Dieu, non.\n  L E COMTE.      E t si vous vouliez...\n  L A BARONNE.   O h ! soyez tranquille, j'ai déjà voulu. Il a bien fallu\nque je cherche à me distraire. Ce n'est pas pour rien que je suis jeune\net la nature ne m'a pas faite en carton. Comme j'aimais la poésie, je\nme suis mis en tète d'aimer un poète, je lui ai permis de m'écrire, de\nme rendre des visites. Ce matin même il est venu et...\n  L E C O M T E (qui s'est levé, agité).\n                              Pour la dernière fois, Baronne, car je\nvais immédiatement le provoquer et avant demain je l'aurai tué.\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1355, "texte": "44                                        DURENDAL\n\n\n     LA   BARONNE    {d'un air indifférent et railleur). T u é ! P o u r q u o i ? D e\nquel droit s'il vous plaît?\n   L E C O M T E . P a r ce que je sens que j e n'ai jamais cessé de t'aimer\net qu'en ce moment, plus que jamais, j e t'aime avec folie.\n     LA   BARONNE (se précipitant  vers le Comte). Mais moi aussi je t'aime.\n  L E COMTE (l'arrêtant). E t le poète alors?\n  L A B A R O N N E . U n e invention... pour voir si tu m'aimais encore.\n  L E C O M T E . T u me le jures?\n  L A B A R O N N E . Ose-tu douter de moi?\n  L E C O M T E . Oh non, tu es un ange, pardonne-moi, j ' a i toujours eu\ntort. (Il l'embrasse.)\n\n\n                                    Scène XVII.\n               L E COMTE, LA BARONNE, B A P T I S T E .\n\n     B A P T I S T E (entrant au moment\n                                 où le comte embrasse sa femme et, pour faire\nsemblant de n'avoir rien vu, se retournant immédiatement vers le fond tout\nen annonçant). M a d a m e la Baronne est servie.\n     L A BARONNE.Baptiste, vous ajouterez un couvert. (Elle sort au bras\ndu Comte aux yeux de Baptiste, stupéfait.)\n\n\n                                          RIDEAU\n\n                                                               JOSEPH      NICOLAS.\n\n                          (Tous droits de représentation sont réservés.)\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 30, "texte": "FÉVRIER 1895\n\n\n\n\n               ffi^MS\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "                    DURENDAL\n  REVUE CATHOLIQUE                    D'ART ET DE                  LITTÉRATURE\n\n\n\n                           ABONNEMENTS\nBelgique : un an                fr. 5 . 0 0 | Étranger : un an                  fr.     6.50\n                             Prix du numéro i 1 franc\n\n\n\n\n               Comité de rédaction de - Durendal » :\nM M . P O L D E M A D E , H E N R Y CARTON DE W I A R T , l'Abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n\n\n                                Collaborateurs :\nM M . EDMOND JOLY, W I L L I A M R I T T E R , l'Abbé H E C T O R HOORNAERT,\n     C H A R L E S B U E T , H E N R Y BORDEAUX, M1™          P.   DEMADE^       EDMOND\n     CARTON DE W I A R T , M A U R I C E D U L L A E R T , F I R M I N VANDENBOSCH,\n     A D O L P H E H A R D Y , P A U L H A R E L , VICTOR D E N Y N , M A U R I C E RANWEZ,\n     E R N E S T P É R I E R , J . SOUDAN, M A U R I C E CLAEYS, J O S É H E N N E B I C Q ,\n     X,ÉON    LE    JEUNE,      GEORGES V I R R È S ,    THOMAS       BRAUN,          JOSEPH.\n     S E R R E , PALSAC    P.\n\n                                         V -    M V. j\n\n\n\n\n                     «Durendal» ne publie que de l'inédit\n         Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs              articles\n\n\n\n                        LES MANUSCRITS N E SONT PAS R E N D U S\n\n\n\n\n Toutes correspondances doivent être adressées à la Rédaction et Administration                :\n\n                   Rue Albert-de-la-Tour, 14, à Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "  Février 1895                                                                           N° 2\n\n                                         DURENDAL\n\n\n\n\n                                                                A Madame MAX HEMELEERS.\n\n\n\n\n          A BAS LE DIVORCE\n                                   COMÉDIE EN UN ACTE\nReprésentée pour la première fois à l'Association générale des Etudiants de Paris, en mars 1893.\n\n\n\n                                     PERSONNAGES :\n                    LE COMTE CHARLES DU SAY.\n                    LA BARONNE MADELEINE DE GRAVES.\n                    BAPTISTE, domestique de la Baronne.\n\n\n  La scène représente un boudoir meublé avec goût et élégance. Quelques fleurs. Piano. Guéridon au\n1er plan à droite. Tables, chaises, etc. Lampes allumées.\n\n\n                                         Scène        I.\n                                    LA     BARONNE.\n   L A BARONNE (entrant par    le fond à gauche. Elle est en toilette de ville.\nA la cantonade). L e journal est-il arrivé, Baptiste? (Regardant sur le\nguéridon.) Ah oui, le voilà. Voyons s'ils ont inséré mon annonce. J e ne\nla vois pas. Où l'ont-ils donc placée? (Lisant.) « Maladies conta­\ngieuses. » Ce n'est pas ça. (Lisant.) « M a d a m e L a m b e r t , accou... »\nP a s encore ça. Enfin! L e s imbéciles! Ils m'ont placé entre un cheval\npur sang à vendre et une d e m a n d e de nourrice. Si ce n'est pas absurde!\n(Lisant.) « Baronne divorcée, vingt-quatre ans, très riche, jolie, sans\ntache, désire se remarier avec monsieur d'âge, de fortune et de rang\nanalogue, de préférence divorcé. Ecrire rue Murillo, 64, initiales A . X . »\nIl faut bien passer le temps à faire quelque chose. (D'un air très ennuyé.)\nJ'ai tant de distractions! (Lisant.) « Baronne divorcée. » Ce n'est pas\ntout-à-fait vrai ; je ne le suis pas encore; l'affaire ne doit se plaider\nque dans quinze jours. Au reste, ce n'est là qu'un détail. L e divorce,\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "26                                DURENDAL\n\n\nje l'obtiendrai. Les motifs ne sont pas bien sérieux cependant. Il n'est\npas douteux que je sois un peu... comment dire cela... un peu...\nbeaucoup... papillon! Mais mon mari, oh l u i ! . . . Brave homme, toute­\nfois, très complaisant. (Vivement.) S o m m e toute, je crois qu'il y a\ncompensation.\n\n                                 S c è n e II.\n                      LA B A R O N N E ,    BAPTISTE\n  BAPTISTE    (entrant et tenant un plateau couvert de lettres). L a correspon­\ndance de M a d a m e .\n   L A BARONNE. Donnez. (A part.) Des réponses à mon annonce, sans\ndoute. Ça va vite et bien. E n voilà déjà onze.\n   BAPTISTE (très froid pendant toute la scène). M a d a m e la Baronne\nn'a-t-elle rien autre à m'ordonner.\n   L A BARONNE. Si. Nettoyez les touches du piano. (Allant s'asseoir près\ndu guéridon. A part.) J e suis émue. C'est drôle, très drôle, que d'avoir\nentre les mains des lettres qui traitent d'un sujet aussi intéressant.\n(Elle en ouvre une, puis regarde Baptiste en train de rêver.) Baptiste, pour­\nquoi ne faites vous pas ce que je vous ai commandé ?\n  BAPTISTE (sursautant).         J e rêvais !\n    L A BARONNE (pendant cette conversation la Baronne ouvre et déchire des\nlettres). A quoi?\n    B A P T I S T E . Je n'ose pas le dire.\n    L A BARONNE. Sans doute à une servante qui vous aura entortillé?\n    BAPTISTE. O h ! non. Dieu m'en garde, M a d a m e .\n    L A BARONNE. Mais à quoi alors?\n    B A P T I S T E . C'est que... oui, certainement alors... c'est q u e . . .\n    L A BARONNE. Répondez, allons.\n    BAPTISTE. Je ferais tout d'abord remarquer à Madame la Baronne\nque je suis son frère de lait et que c'est en cette qualité que je me\npermets d e . . . Enfin, j'étais en train de penser qu'il y a un moyen pour\nne jamais être obligé de divorcer.\n  L A BARONNE (distraitement).    Lequel?\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                                  DURENDAL                                    27\n\n  BAPTISTE.    C'est un moyen que m'a donné mon grand-père; et mon\ngrand-père était l'homme...\n   L A BARONNE (l'interrompant). Assez je la connais par cœur votre\nhistoire. C'est au moins la cinquantième fois que vous me la racontez.\nÉpoussetez, vous ferez beaucoup mieux.\n  BAPTISTE   (à part). Oui çà vaut tout autant, j'aurais quand même\nprêché dans le désert. D o m m a g e p o u r t a n t . . . car, enfin, elle est ma\nsœur de lait et mon grand-père disait aussi qu'on devait tenir à\nl'honneur de sa famille et empêcher les divorces.\n   L A BARONNE (à part). Voyons ce qu'il peut bien dire celui-ci :\n(Lisant.) M a d a m e ,\n\n                  L e scintillement des étoiles,\n                  L a vivacité de l'éclair,\n                  L e ciel sans nuages, sans voiles,\n                  Les grandes splendeurs de la mer,\n                  Me plaisent moins que vos beaux yeux *\n                               Si bleus.\n\n                  L e givre qui brille la nuit\n                  Aux rayons de la pâle lune,\n                  E t le soleil qui luit\n                  Dorant le sable de la dune,\n                  Sont peu, près de vos cheveux blonds\n                               Si longs.\n\n                  L a pourpre et son éclat brillant,\n                  L a blanche aubépine fleurie,\n                  L e feu le plus étincelant,\n                  L a fleur même la mieux choisie,\n                  Ne valent pas vos lèvres closes\n                              Si roses.\n\n  A-t-on jamais rien vu de plus idiot! S'il croit que je vais lui\nrépondre... (Elle jette la lettre par tare.)\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "28                                 DURENDAL\n\n\n   BAPTISTE          (qui a écouté). E n voilà une qui vient -pour sûr du petit\npoète qui loge au sixième.\n   L A BARONNE (voyant Baptiste qui écoute). Baptiste, allez me chercher\nun coupe-papier.\n   B A P T I S T E . Oui, M a d a m e la Baronne. (A part.) M a d a m e la Baronne\nn'a pas beaucoup de confiance en moi, elle me cache tous ses secrets.\nElle méprise ses parents pauvres. Çà n'a pas plus de cœur qu'une\npuce.\n  L A BARONNE.            S'il vous plaît?\n   B A P T I S T E (froissé), j'y vais, M a d a m e , j ' y vais. (Il sort.)\n  L A BARONNE (lisant). « Chère, Madame, je ne crois pas me vanter\nen vous disant que j'ai toutes les qualités voulues p o u r faire le\nbonheur d'une femme. J'ai cinquante ans, je suis chauve, il ne me\nm a n q u e que neuf dents par devant, je me suis ruiné trois fois, je me\nsuis m a r i é et j'ai divorcé deux fois... »\n    Si j'ai un bon conseil à vous donner, mon cher Monsieur, c'est de\nne plus recommencer. O h ! les hommes, sont-ils prétentieux? (Prenant\nla dernière lettre.) Décidément, si cela continue, je n'en trouverai pas\nu n e seule de convenable.\n    B A P T I S T E (entrant). Voilà le coupe-papier demandé. (Il se remet à la\n besogne.)\n    L A BARONNE (à part). Voyons la dernière. « Madame, je viens de\n lire votre annonce. Elle m'a séduite, on ne peut plus. Aussi j'aurai\n l'honneur de me présenter moi-même chez vous ce soir, vers 6 heures. »\n signée « Comte de X... » (Se levant.) E h bien! elle me va cette lettre.\n Il a beaucoup de toupet ce Monsieur. Oser venir se présenter ici,\n comme cela, sans façon, si vite et sans me connaître. Quelle heure\n est-il Baptiste?\n     BAPTISTE.       Six heures moins un quart, M a d a m e la Baronne.\n   L A BARONNE (à part). Il ne peut tarder à venir. Je vais réparer tant\nsoit peu le désordre de ma toilette. C'est bien le moins qu'on puisse\nfaire lorsque... Baptiste, s'il vient un monsieur, dites lui d'attendre.\n   B A P T I S T E . Oui, M a d a m e la Baronne.\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "                                  DURENDAL                                    29\n\n  L A BARONNE.           E t surtout, si on vous interrogeait, n'oubliez pas mes\nrecommandations.\n  B A P T I S T E . N o n , M a d a m e la Baronne.\n\n\n                                S c è n e III.\n                              BAPTISTE.\n\n  BAPTISTE    (seul, maussade). Ses recommandations, ses recommanda\ntions ! Il faut bien avouer que M a d a m e la Baronne a de singulières\nfantaisies depuis qu'elle a quitté Monsieur le Comte du Say, son mari.\nAu lieu de rester tranquillement à son domicile légal, comme ils\nappellent ça chez les juges, imaginez-vous qu'elle a loué ce petit appar­\ntement où elle vient passer plusieurs jours de la semaine sous un faux\nnom : M a d a m e de Spare. Il paraît que c'est le nom d'une de ses\ngrandes tantes morte aux temps des Croisades sous les murs de\nJéricho. L e plus beau de l'histoire c'est qu'elle m'a ordonné de faire\nla bête sitôt qu'il arrive quelqu'un, ce qui, entre parenthèses, me\nréussit toujours. J e n'y comprends rien. Elle ne veut pas me dire\npourquoi. Elle aura certainement commis un acte délictueux. J'en\nfrémis d'horreur, car enfin, elle a sucé le m ê m e lait que moi. Peut-\nêtre que m a mère alors ne lui donnait que mes restes. Mais quand\nmême elle est m a sœur de lait et...\n\n\n                                Scène        IV.\n                       LE COMTE,          BAPTISTE.\n\n  L E COMTE.         M'y voici. Il n'y a pas de mal. J e suis curieux... curieux.\nT i e n s , c'est toi, Baptiste.\n  BAPTISTE    (ému). N o n . . . c'est-à-dire... si, Monsieur le Comte...\n(A part.) Qu'est-ce qu'il peut bien venir faire ici. P o u r sur que M a d a m e\nne l'attend pas. Faisons la bête.\n  L E COMTE.  Il me semble que lorsque m a femme et moi nous nous\nsommes séparés, tu l'as suivie pour rester à son service. T u as donc\nchangé? T u te fatigues vite des bonnes places à ce qu'il parait.\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "30                               DURENDAL\n\n\n     BAPTISTE.        J e ne sais pas.\n   L E C O M T E . Comment, tu ne sais pas !\n   B A P T I S T E . Je crois que oui.\n   L E COMTE (à part). Aurait-il quelque chose de dérangé! Mon brave\nBaptiste, chez qui es-tu en service. (A part.) Il faut que je m'informe\nun peu.\n   B A P T I S T E . Chez M a d a m e la Baronne.\n   L E C O M T E . Oui, c'est bien, c'est très bien. Mais chez quelle baronne?\n   B A P T I S T E . Chez M a d a m e la Baronne de Spare.\n   L E C O M T E . T i e n s , tiens, un nom que ma femme avait dans ses\ntitres. U n e parente éloignée, peut-être.\n   B A P T I S T E . O y e . . . oye... il commence à flairer juste.\n   L E C O M T E . Qu'as-tu?\n    B A P T I S T E . Rien.\n   L E COMTE (à part). Donnons un louis, ça l'excitera à parler. P r e n d s ,\nBaptiste... pour ce que tu viens de dire. T u auras encore autant si tu\nallonges tant soit peu tes réponses.\n    B A P T I S T E . Merci, Monsieur le Comte. (A part.) Méfions-nous.\n    L E C O M T E . Est-ce une vraie baronne, au moins.\n    B A P T I S T E (à part.) Je ne comprends pas trop bien. Répondons\nquand même. (Au Comte.) Je ne voudrais pas me permettre de lui\nd e m a n d e r cela. (A part.) J'allonge.\n    L E C O M T E (à part). Diable, qu'a-t-il donc mangé aujourd'hui. Impos­\nsible d'en tirer quelque chose. (A Baptiste.) Est-elle jolie, ta baronne?\n    B A P T I S T E . Je ne l'ai pas encore regardée comme il faut, Monsieur\n le Comte. (A part.) J'allonge encore.\n    L E COMTE (à part). L'imbécile, et c'est que je ne puis pas me fâcher,\n il serait capable de ne plus rien répondre. (A Baptiste.) Quel âge\n peut-elle avoir?\n     BAPTISTE.  Je vous répète que ne l'ayant pas encore examinée à\nfond, cela m'est tout à fait inconnu. (A part.) J'allonge toujours.\n  L E C O M T E (éclatant). Ah ça, as-tu donc étudié la diplomatie?\n  BAPTISTE (étonné et dédaigneux). Non, Monsieur le Comte.\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "                                     DURENDAL                               3l\n\n  L E COMTE.         On le croirait pourtant à t'entendre répondre.\n  B A P T I S T E (stupéfait). B a h ! Si je pensais seulement que toute la\ndiplomatie consiste u n i q u e m e n t à savoir bien faire la bête.\n  L E COMTE.         Allons, assez. Parle-moi franchement et sans détour,\nanimal.\n  B A P T I S T E (sec).\n                       Merci.\n   L E C O M T E (à part). Cristi... animal moi-même, je me suis fâché, j'ai\neu tort. (Insinuant.) Mon brave Baptiste, dis-moi, la Baronne reçoit-\nelle beaucoup de visites?\n  BAPTISTE.         J e ne m'occupe pas de ces détails, et caetera, et caetera.\n   L E C O M T E (stupéfait). C o m m e n t et caetera, et caetera?\n   B A P T I S T E (calmé). Mais oui. Q u a n d on n'a plus rien à dire on dit\net caetera pour allonger, et vous n'ignorez pas que je dois allonger le\nplus possible pour vous faire plaisir.\n  LE        {résigné et à part). Quelle brute. Il faut bien que j'en\n        COMTE\nprenne mon parti. {A Baptiste.) Va m'annoncer à Madame de Spare.\n  B A P T I S T E (ne bougeant pas et soupirant).Ah! a h ! a h !\n  L E C O M T E . P o u r q u o i gémis-tu? Es-tu malade?\n  B A P T I S T E . Non, j e songe.\n  L E C O M T E . A quoi?\n  B A P T I S T E . A une observation que je voudrais bien pouvoir faire à\nMonsieur le Comte, si toutefois il le permet.\n  L E C O M T E . T o u t ce que tu veux, Baptiste.\n  B A P T I S T E (sentencieux). E h bien, si vous l'aviez voulu, vous n'auriez\njamais dû divorcer.\n  L E C O M T E . Ah bah ! et comment ça?\n  B A P T I S T E . C'est un moyen que m'a donné mon grand-père. E t mon\ngrand-père était le plus savant de notre village, après le curé et le\nmaitre d'école. Il disait très souvent : Si tu ne veux pas divorcer...\n   L E COMTE.         E h bien?\n   B A P T I S T E . E h bien, ne te marie j a m a i s .\n   L E COMTE (à part). A-t-on jamais vu un idiot semblable!\n   B A P T I S T E . Qu'en dites-vous, Monsieur le Comte?\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "32                               DURENDAL\n\n     L E COMTE.  Que ton grand-père aurait dû être décoré pour en avoir\ntrouvé une pareille.\n   BAPTISTE (heureux). Vous êtes au moins raisonnable, vous compre­\nnez. Ce n'est pas comme Madame la Baronne qui dit que mon grand-\npère était un imbécile.\n   L E COMTE. Allons, va m'annoncer maintenant. (Il prend un journal.)\n   BAPTISTE. Oui, Monsieur le Comte. (A part et en s'en allant.) Je n'y\ntiens pas trop; je suis sûr que Madame ne s'attend pas à cette visite,\nsurtout en ce moment ci où elle en attend une autre. (Il sort et crie très\nfort dans les coulisses.) Monsieur le Comte est là, Monsieur le Comte est là.\n   L E COMTE. Tiens! voilà une manière d'annoncer que je ne connais­\nsais pas. Quelle singulière maison!\n\n                               Scène V.\n                              LE COMTE\n     L E COMTE (seul). Me voilà lancé dans l'inconnu. Plaise à Dieu qu'elle\nsoit aussi spirituelle, aussi jolie et aussi volage, c'est-à-dire, non, moins\nvolage que ma femme ou sinon pas de remariage. Ah Madeleine, si tu\nl'avais voulu! Nous n'aurions pas été obligé de nous séparer!\n   On me fait attendre. Je suis curieux de faire la connaissance du\npetit chef-d'œuvre de femme décrit dans l'annonce... Du reste, cela ne\nm'engage à rien. Si je trouve la dame bête ou laide, je la flatte\npendant cinq minutes, je fais semblant d'être follement épris de ses\ncharmes, je lui demande instamment de pouvoir lui rendre des visites\nassidues, je pars en lui disant mille compliments et j'ai grand soin de\nne plus me représenter. Très innocente cette petite récréation.\n(S'asseyant près du guéridon, à droite.) On ne se presse pas de venir. Si\n Madame de Spare croit me plaire en me faisant poser ici, elle se\ntrompe. J'ai grande envie de le lui prouver en filant. (Fausse sortie.)\nAprès tout, ce serait ridicule. Je me suis dérangé pour venir jusqu'ici,\n attendons la fin. Du reste, je n'ai rien à faire ailleurs. Si je fumais\n une cigarette. On aurait tort de se gêner... chez les autres. (Il prend\n un journal de manière à être caché derrière.)\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                                     DURENDAL                                       33\n\n\n\n                                   Scène VI.\n                       LA BARONNE, L E               COMTE\n\n   L A BARONNE        (entrant à gauche). A-t-on jamais vu annoncer comme\nça! Baptiste devient fou. (Apercevant quelqu'un). T i e n s , voilà mon pré­\nt e n d a n t ! Ma foi, il est sans façon. B a h ! ça me va... C'est ennuyeux,\nil ne me voit p a s ; je ne sais que faire. (Elle remue une chaise.)\n   L E C O M T E (abaissant son journal   pour regarder, puis se levant en sursaut\net à part). Saperlotte, m a femme.\n   L A BARONNE (à part). Mon mari.\n   L E C O M T E (pataugeant). C o m m e n t allez-vous, M a d a m e ?\n   L A BARONNE (pataugeant également). Oui, Monsieur, il fait assez mau­\nvais, oui... assez...\n   L E C O M T E . Allons... allons... t a n t mieux. Ça me fait plaisir, oui...\nplaisir.\n   L A BARONNE.      Merci, vous êtes bien aimable... (Silence.)\n  L E C O M T E (à part). C'est idiot de se laisser démonter pour si peu.\n  L A B A R O N N E (à part). N'est-ce pas ridicule de patauger ainsi.\n  L E C O M T E (regardant sa femme fixement et en raillant). Il paraît,\nM a d a m e , qu'on est déjà fatiguée de vivre seule.\n  LA   BARONNE     (sèchement). P a s plus que vous, Monsieur.\n  L E C O M T E . Ah p a r d o n ! . . . certainement je suis fatigué d e . . . certai­\nnement... mais vous l'avez été avant moi.\n  LA   BARONNE.     E t comment cela, s'il vous plaît?\n   L E C O M T E . Mais d a m e . . . si vous n'aviez pas mis une annonce aussi\nalléchante dans le journal, je ne crois pas que j'aurais eu la moindre\ndes envies de quitter mon état de mari divorcé. C'est vous qui avez\ncommencé, j'achève. Vous avez proposé par voie de journal, je n'ai fait\nqu'emballer... comme au whist. (Silence.)\n  L A BARONNE.       Est-ce tout ce que vous aviez à dire?\n  LE   COMTE.       Oui, M a d a m e .\n  LA   B A R O N N E . E h bien, alors je vous permets d e . . . partir.\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "34                                DURENDAL\n\n\n     LE   COMTE.   Déjà?\n     L A BARONNE.    Oui.\n     LE   COMTE.   J e m'en vais. Mille pardons du grand dérangement\nque je vous cause. (Il se dirige vers la porte du fond.)\n   L A BARONNE (à part). Comme il est aimable aujourd'hui!\n   L E C O M T E (à part.) Est-elle gentille!\n   L A BARONNE (à part). J'ai eu tort de le renvoyer si vite... Si j'osais!\n   L E C O M T E (à ce moment le Comte ouvre la porte puis, sur le point de\nsortir, il s'arrête et regarde fixement la Baronne qui, placée à l'avant-scène\ntout à gauche, fait de même; jeu de scène. Après quelques instants, le comte\nrevient en scène). Baronne... j'oubliais avant de partir.\n  L A BARONNE.        Quoi donc?\n   L E C O M T E . J'oubliais de vous faire un compliment.\n   L A BARONNE. A moi?\n   L E C O M T E . O u i . Vous êtes vraiment ravissante aujourd'hui.\n  L A B A R O N N E . VOUS trouvez?\n   L E C O M T E . Je ne vous ai jamais vue si fraîche, si jolie.\n  L A BARONNE. F l a t t e u r .\n   L E C O M T E . Je ne flatte pas, M a d a m e . Du reste, je n'ai aucun\nintérêt à le faire.\n   L A BARONNE. Avouez, toutefois, que vos éloges sont singulièrement\nexagérés.\n   L E C O M T E (s'emballant). Je n'en conviens absolument pas. Tenez,\npar exemple, cette robe vous va merveilleusement... mais là, merveil­\nleusement. Si vous saviez combien elle fait ressortir vos charmes, votre\nbeauté troublante. E t puis vos cheveux dont l'arrangement délicieux...\n  L A BARONNE (l'interrompant).       Ah ça, grand fou, avez-vous bientôt fini!\nVoudriez-vous, par hasard, que je vous fasse aussi des compliments!\n    L E C O M T E . Oh m a d a m e ! Vous interprétez bien mal m a pensée.\nT r o p heureux de ce que vous me permettiez de vous dire ce que je\nressens à votre vue.\n  L A BARONNE.     Monsieur, on dirait que vous me faites la cour.\n  L E C O M T E . Moi?\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                                     DURENDAL                                       35\n\n  L A BARONNE.      Oui, vous.\n  L E C O M T E . Supposons que cela soit. Serais-je le seul? Croyez-vous\nque personne d'autre n'ait découvert en vous tous les charmes que\nvous possédez et ne se soit follement épris de votre beauté?\n  L A BARONNE.       J e me permets d'en douter énormément.\n   L E C O M T E . Vous avez tort, m a d a m e . Vous devez avoir b e a u c o u p . . .\nd'admirateurs si, comme je le suppose, vous courrez encore le m o n d e .\nCroiriez-vous que je suis un peu jaloux.\n  L A BARONNE.         A vous de voir si vous avez tort.\n   L E C O M T E (triste et doux.) Madeleine, allez-vous encore beaucoup\ndans le monde?\n   L A B A R O N N E . Oui, Charles, parce qu'il le faut pour conserver des\nrelations. Mais c'est bien malgré moi, je trouve le monde si a b s u r d e .\n  L E COMTE.      On doit tant compter avec les imbéciles, ils y sont si\nnombreux.\n  L A BARONNE.       E t toi, sors-tu beaucoup?\n   L E C O M T E . Non, m a chère, depuis quelque temps je ne vais plus\nqu'à mon cercle et cela p e n d a n t deux heures tout au plus par jour. J e\nvis en ermite.\n  L A BARONNE.   J e ne te crois pas.\n   L E COMTE (prenant sa femme par le bras). E t pour quels motifs?\n   L A BARONNE. Mais... dans le temps tu aimais beaucoup à sortir,\ntrop m ê m e .\n  L E COMTE.   J e ne dis pas non ; heureusement j'en suis revenu. Oh\nle monde, j'en ai j u s q u e par dessus la tête.\n   L A BARONNE (allant s'asseoir avec son mari sur le fauteuil). T u ne vois\nplus personne de mes anciennes amies, alors?\n  L E COMTE.    Si fait, m a d a m e de Hautecornes, entre autres, qui me\nforce à venir à ses réceptions.\n  L A BARONNE.      Il y a longtemps que je ne l'ai plus vue. Que devient-\nelle donc?\n  L E COMTE. Elle devient de plus en plus laide et grincheuse.\n  L A BARONNE. P a s possible !\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "36                                DURENDAL\n\n\n     L E COMTE.  Elle fait tout ce qu'elle peut pour être battue par son\nmari et tout ce qu'elle peut pour être aimée par d'autres.\n L A BARONNE. E t ? . . .\n L E C O M T E . E t elle n'y parvient p a s ; elle y perd tout son temps.\n L A BARONNE. Naturellement.\n\n\n                               Scène      VII.\n              LA B A R O N N E , L E C O M T E ,    BAPTISTE\n  BAPTISTE.          M a d a m e la Baronne, c'est la vieille qui fait demander\nsi vous recevez.\n   L E C O M T E (à la baronne). Quelle vieille?\n   L A BARONNE. Oh rien! U n e vieille et ennuyeuse douairière qui\nm'assomme de ses visites.\n   L E C O M T E (riant). — N'empêche qu'il est sans gêne, Baptiste.\n   L A BARONNE (à Baptiste). Dites que je n'y suis pas.\n   B A P T I S T E (embarrassé). Mais...\n   L A BARONNE. E h bien?\n   BAPTISTE (penaud). J e lui ai dit le contraire.\n   L E C O M T E . Imbécile.\n   L A BARONNE. Maladroit.\n   L E C O M T E . Que faire ?\n   L A BARONNE. Oui, que faire?\n   L E C O M T E . Dis que tu es indisposée ou que tu prends ton bain.\n   L A BARONNE (à Baptiste). Baptiste, allez dire que je ne reçois pas,\nque je souffre de la migraine; qu'elle revienne plus tard.\n   B A P T I S T E . Oui, M a d a m e la Baronne. (A part.) Mazette, on dirait\nqu'ils se font de l'œil. (Il sort.)\n\n                              Scène VIII.\n                     LA BARONNE, L E            COMTE\n  L E COMTE.  Elle ne va pas être contente « la vieille » de se voir\nainsi congédiée.\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                                    DURENDAL                                     37\n\n  L A BARONNE.       Que m'importe! N'en parlons plus. Dis-moi plutôt\ndes nouvelles de ta cousine Gabrielle... la papillone, comme moi.\n  L E C O M T E (riant). C o m m e n t ! tu ne sais pas?\n  L A BARONNE (souriant). N o n .\n  L E C O M T E (riant toujours). Elle est sur le point de divorcer.\n  L A BARONNE (se levant et s'écartant du Comte, froidement).               Cela me\nrappelle, Monsieur, que nous sommes dans la même situation.\n  L E C O M T E (se levant aussi, à part). T i e n s , c'est vrai! je l'avais totale­\nment oublié. (A la Baronne.) Vous avez raison, M a d a m e .\n  L A BARONNE. J e serais fachée de vous retenir plus longtemps. D u\nreste, j'ai beaucoup d'occupations; ainsi, Monsieur...\n   L E C O M T E (hésitant). Avant de partir, encore une d e m a n d e . Per­\nmettez-vous que je vienne vous rendre visite de temps en temps?\n   L A BARONNE. L e moins possible; Monsieur.\n   L E C O M T E (saluant). M a d a m e . (Avant de partir il la regarde longuement.)\n\n                                  Scène       IX.\n                             LA B A R O N N E\n   L A BARONNE (seule). C o m m e il m'a regardé ! M'aimerait-il de nou­\nveau? D u reste, il y a un instant, ne nous sommes-nous pas oubliés\nau point de nous tutoyer. L'aimerai-je encore par h a s a r d ! Qu'y\naurait-il d'impossible à cela. Il me semble qu'il est mieux maintenant\nque j a d i s ; je ne sais pourquoi. Il me plaisait tout à l'heure. C'est\nétonnant, bizarre, étrange. J'ai ressenti un trouble inexprimable pen­\ndant qu'il me parlait. Ses yeux, lorsqu'il me fixait, me donnaient une\nétrange secousse. Oui, oui, je l'aime encore, je l'aime plus que j a m a i s . . .\nj'ai beau ne pas vouloir, c'est plus fort que moi. S'il pouvait revenir!\nMais lui ! sais-je bien si je ne lui suis pas complètement indifférente.\n(Réfléchissant.) Si j'essayais de le ramener par la jalousie? Car je veux\n absolument son amour. (Apercevant par terre un chiffon de papier et le\nramassant.) Ah! la lettre du petit poète. Au fait, voilà mon affaire.\n Oui, mais maintenant comment m'y prendre pour faire croire à Charles\n que j'ai u n . . . amoureux, alors qu'il n'en est rien. Ce n'est pas tout-à-\n fait facile, les maris ne le croient jamais, même lorsque c'est vrai.\n A h ! une idée. (Elle sonne.)\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "38                                 DURENDAL\n\n\n\n\n                                  Scène      X.\n                       LA B A R O N N E ,    BAPTISTE\n\n     BAPTISTE.       M a d a m e la Baronne m'a timbré?\n   L A BARONNE. O u i . Connaissez-vous le poëte qui loge ici plus haut?\n   B A P T I S T E . J e crois bien. J e crois bien. C'est le plus aimable garçon\nqu'on puisse trouver. Il est un peu drôle cependant, puisqu'il faut tout\ndire.\n   L A B A R O N N E . C o m m e n t cela?\n   B A P T I S T E . Figurez-vous que chaque fois que je le rencontre dans\nl'escalier il me parle de M a d a m e la B a r o n n e ; puis il tire une lettre de\nsa poche, puis il veut me la donner, puis il la remet en poche, puis il\nme donne cent sous, p u i s . . .\n     L A BARONNE.    Ah!\n     BAPTISTE.        Puis il s'en va en soupirant comme un bœuf et en tour­\nnant de gros yeux comme une grenouille expirante. Je crois qu'il aime\nbien M a d a m e la Baronne.\n   L A BARONNE (distraitement). Qui vous l'a dit?\n    B A P T I S T E . Ce n'est pas difficile à voir. Il me l'a dit plus de cent et\ncent fois. A preuve même qu'il fait un arbre pour vous.\n    L A B A R O N N E . Comment, un arbre?\n   BAPTISTE. Oui, M a d a m e , oui. U n arbre qu'il appelle : arbre « géné-\nralogique ». Ça doit être très curieux.\n    L A BARONNE. Taisez-vous, imbécile, vous radotez.\n    BAPTISTE. Je vous jure que je ne dis que la vérité toute nue.\n    L A BARONNE (à part). T o u t s'arrange. J'ai trouvé un amoureux... à\ndistance. Voilà l'épouvantail à présenter à mon mari. Je verrai bien\ns'il m'aime.\n    BAPTISTE (à part). Qu'est ce qui lui prend de parler comme ça toute\nseule. J'ai eu tort de lui dire ça.\n    L A BARONNE. Baptiste.\n    BAPTISTE. Madame la Baronne.\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                                   DURENDAL                                     39\n\n  L A BARONNE.          Vous allez vous rendre chez le Comte, mon mari, et,\nsous prétexte de lui rendre un service signalé, vous lui direz que le\npoète dont nous venons de parler me fait la cour et me rend de nom­\nbreuses visites. Dépêchez-vous.\n  BAPTISTE (sans bouger). Non, M a d a m e la Baronne.\n  L A BARONNE. E t pourquoi cela?\n  B A P T I S T E . Parce que ce n'est pas vrai.\n  L A BARONNE. Que vous importe?\n  BAPTISTE (digne). Parce que je ne veux ni mentir ni dire du mal de\nm a sœur de lait et que je tiens à l'honneur de m a famille.\n   L A BARONNE (furieuse). Vous ne voulez pas obéir?\n   B A P T I S T E . Non, M a d a m e la Baronne.\n   L A BARONNE. C'est votre dernier mot?\n   B A P T I S T E . Oui, M a d a m e la Baronne.\n   L A BARONNE. Sortez, je vous chasse. (Elle sort.)\n   B A P T I S T E . Bien, M a d a m e la Baronne.\n\n                                 Scène         XI.\n                                B A P T I S T E\n\n   BAPTISTE    (seul). Voilà ce que c'est que d'avoir encore un peu de\npudeur. Si je n'avais plus eu de pudeur, on ne m'aurait pas chassé.\nD o m m a g e que mon grand-père ne soit pas ici, il aurait fait des mots.\n   C'est bête d'être flanqué à la porte aussi b r u s q u e m e n t ; je ne me\nplaisais pas mal à ce service; j'aurais voulu pour beaucoup y rester\ntoujours... parce que j'aime bien m a d a m e la baronne et que j'aime\nencore mieux Joséphine la cuisinière. B a h ! soyons philosophe et\nallons préparer nos malles.\n                                 Scène       XII.\n                       LA BARONNE,            BAPTISTE\n   L A BARONNE (entrant).         Comment, vous n'êtes pas parti?\n   B A P T I S T E (très digne). J e m'en vais... je m'en vais, m a d a m e . . . je\n m'en vais. (Il sort en murmurant.)\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "40                              DURENDAL\n\n\n     L A BARONNE.  Imbécile qui ne veut pas se charger de cette petite\nbesogne. Mais, j ' y songe, j'oubliais Joséphine. Elle voudra bien, elle.\n(Elle sort à gauche.)\n\n                             Scène     XIII.\n                              LE COMTE\n     L E COMTE (seul).J e reviens... c'est malgré moi... mais je reviens\nquand m ê m e . Elle m'a entortillé tout à l'heure. Elle me paraissait si\nfraîche, si jolie. Oui, plus fraîche, plus jolie que dans le t e m p s . J e\nsuis repincé; je ne sais trop comment... J'ai une envie folle de me\nréconcilier avec Madeleine. Si cela ne dépendait que de moi, ce serait\nvite fait. Mais c'est elle, et elle... elle m'a paru excessivement froide,\nquoique par moments elle se soit un peu adoucie. Si je lui avouais bien\nfranchement rnes projets. E n amour il ne nuit jamais d'être audacieux :\nje vais risquer quitte ou double. Si je réussis, c'est le bonheur; si\nj'échoue, il me restera au moins la consolation de me jeter à l'eau...\npour me refroidir. J'ignore comment toutes ces idées me sont venues,\nmais je sens bien qu'il m'est impossible de vivre plus longtemps\nséparé de Madeleine. Il me la faut... oui, il me la faut, m'obli-\ngera-t-elle à commettre des folies pour la ravoir.\n\n                             Scène      XIV.\n                         LE COMTE,      BAPTISTE\n     BAPTISTE  (tragiquement). Mes malles sont faites, je m'en vais, quit­\ntant cette maison, en martyr de ma pudeur.\n  L E C O M T E . Ah ! voilà Baptiste.\n  BAPTISTE. Oui, me voici : couronné d'une auréole de martyr.\n   L E C O M T E . Qu'est-ce qu'il chante?\n   BAPTISTE. Je suis un philosophe... je suis une victime.\n   L E COMTE (à part). Deviendrait-il fou? (A Baptiste.) Où est la\n Baronne?\n   BAPTISTE. Je ne sais pas.\n   L E C O M T E . Vous ne savez pas o ù ? . . .\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                                     DURENDAL                                      41\n\n  BAPTISTE           (interrompant). Non, je ne suis plus à son service.\n   L E C O M T E . Ah b a h ! Depuis quand cela?\n   B A P T I S T E . Depuis tout de suite.\n   L E C O M T E . E t pour quels motifs?\n   B A P T I S T E . Parce que je n'ai pas voulu mentir. J e suis immolé.\n   L E C O M T E . L a Baronne voulait te faire mentir.\n   BAPTISTE. Oui, elle voulait que je vienne vous dire... quelque\nchose... et je n'ai pas voulu.\n   L E C O M T E . Peut-on savoir quoi?\n   BAPTISTE. Non, Monsieur.\n   L E C O M T E . Ah ça, allez-vous redevenir mystérieux comme tantôt?\n   B A P T I S T E . O u i , je n'ai plus confiance en personne... si ce n'est en moi.\n   L E C O M T E . Si vous me faites savoir ce qui c'est passé, je vous\npromets que vous rentrerez au service de la Baronne.\n   B A P T I S T E . C'est bien vrai?\n   L E C O M T E . P u i s q u e je vous le dit. Réfléchissez.\n   BAPTISTE. Je réfléchis... et plus je réfléchis... plus je vois qu'il vaut\nmieux me taire. Je préfère tout perdre, même ma place et m'en aller.\n(Avec emphase.) Je m'en vais, le sort en est jeté.\n   L E C O M T E . Qu'est-ce que vous chantez?\n   BAPTISTE. J e ne chante pas, Monsieur.\n   L E COMTE. Allez trouver un médecin pour qu'il vous soigne, Bap­\ntiste, vous en avez besoin.\n   B A P T I S T E . Mais je ne suis pas m a l a d e .\n   L E C O M T E . Ça ne fait rien. Vous reviendrez quand vous serez guéri.\n   BAPTISTE. Mais... Voilà... je suis une victime. J e suis un malade...\nimaginaire, sans doute. (Il sort.)\n\n                                  Scène X V .\n                                LE       COMTE\n   L E C O M T E (seul).\n                   Il est impossible aujourd'hui. Je ne l'ai jamais vu\ncomme ça. E t la Baronne, je me d e m a n d e pour quel motif elle peut\nbien le renvoyer. Que de secrets pour un rien.\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "42                                 DURENDAL\n\n\n\n\n                                Scène X V I .\n                      LA BARONNE, L E COMTE.\n\n     L A BARONNE (entrant par où Baptiste\n                                       est sorti, à la cantonade). J e dînerai\ndans dix minutes. (Apercevant le Comte.) Vous voilà de nouveau, Comte?\n  L E COMTE (assez mal à l'aise). E n effet, Baronne... Il paraît que\nvous avez renvoyé Baptiste?\n     L A BARONNE.C'est vrai. J'ai été un peu vive. Mais tout est fini, j e\nviens de le reprendre à mon service.\n     L E COMTE. T a n tmieux. Il avait l'air tout drôle, ce brave garçon.\n  L A BARONNE. Ça se comprend. J e l'avais chassé pour une niaiserie.\n(Petit silence.) Puis-je vous d e m a n d e r sans indiscrétion ce qui vous\nramène ici.\n              Mon Dieu, M a d a m e , j e suis revenu parce qu'il me\n     L E COMTE.\nsemblait que notre conversation de tout à l'heure n'était pas complè­\ntement épuisée. J e me suis permis de venir l'achever, si vous y\nconsentez toutefois.\n     L A BARONNE (avec une pointe d'ironie). Avec infiniment de plaisir.\nJ'étais justement en train de me demander ce que je pourrais bien\nfaire pendant les dix minutes qui me séparent du dîner.\n     L E COMTE (un peu vexé). Alors je viens à propos.\n  L A BARONNE. T o u t à fait.\n  L E C O M T E . E h bien! tant mieux... car franchement, je croyais le\ncontraire.\n  L A BARONNE. P o u r quelle raison?\n  L E C O M T E . Mais, il m'est si souvent arrivé d'être un objet d'ennui\npour vous que vraiment...\n     L A BARONNE.    Avez-vous fini de plaisanter.\n  L E C O M T E . J e ne plaisante p a s . . . j e parle sérieusement, très sérieu­\nsement.\n  L A BARONNE. C'est peut-être pour cela que vous ne savez même\npas vous empêcher de sourire.\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                                       DURENDAL                        43\n\n  L E COMTE.       Mais, M a d a m e , je vous j u r e . . .\n   L A BARONNE. O h ! ne jurez pas; ce serait parfaitement inutile. Vous\nme forceriez à croire le contraire.\n   L E COMTE (s'asseyant). Merci de votre gracieux compliment.\n   L A BARONNE. J e ne dis que la vérité. Vous autres, hommes, lorsque\nvous faites des serments à une femme c'est toujours pour la tromper.\n   L E C O M T E . O h ! vous êtes injuste.\n  L A BARONNE (sérieusement). Du tout, du tout. T o u t e s les femmes en\nont la preuve. Mais vous-même, monsieur, ne vous rappelez-vous pas\ntoutes les protestations que vous me fîtes lorsque j'étais jeune fille?\nJe fus assez folle pour vous croire... E t , maintenant, dites-moi, où en\nsommes-nous arrivés malgré tous vos serments d'amour éternel?\n  L E COMTE.   Avouez que les reproches dont vous m'accablez doivent\nen partie retomber un peu sur vous.\n  L A BARONNE.   Soit. Mais répondez? Où en sommes-nous arrivés,\nmaintenant? Vous vivez seul comme si vous ne m'aviez jamais connue,\nvous vivez en garçon comme si rien n'était jamais venu troubler votre\nexistence... De mon côté, je vis comme je puis, me laissant adorer\npar des gens qui m'ennuyent le plus souvent, et tâchant de trouver le\nplus de distractions possibles... en ne faisant rien... (Pose.) Dites,\nlorsque nous nous sommes mariés, c'était là notre idéal, n'est-ce pas?\n(Silence.)\n  L E COMTE.      T o u t cela n'est pas irréparable.\n  L A BARONNE.       Grâce à Dieu, non.\n  L E COMTE.      E t si vous vouliez...\n  L A BARONNE.   O h ! soyez tranquille, j'ai déjà voulu. Il a bien fallu\nque je cherche à me distraire. Ce n'est pas pour rien que je suis jeune\net la nature ne m'a pas faite en carton. Comme j'aimais la poésie, je\nme suis mis en tète d'aimer un poète, je lui ai permis de m'écrire, de\nme rendre des visites. Ce matin même il est venu et...\n  L E C O M T E (qui s'est levé, agité).\n                              Pour la dernière fois, Baronne, car je\nvais immédiatement le provoquer et avant demain je l'aurai tué.\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "44                                        DURENDAL\n\n\n     LA   BARONNE    {d'un air indifférent et railleur). T u é ! P o u r q u o i ? D e\nquel droit s'il vous plaît?\n   L E C O M T E . P a r ce que je sens que j e n'ai jamais cessé de t'aimer\net qu'en ce moment, plus que jamais, j e t'aime avec folie.\n     LA   BARONNE (se précipitant  vers le Comte). Mais moi aussi je t'aime.\n  L E COMTE (l'arrêtant). E t le poète alors?\n  L A B A R O N N E . U n e invention... pour voir si tu m'aimais encore.\n  L E C O M T E . T u me le jures?\n  L A B A R O N N E . Ose-tu douter de moi?\n  L E C O M T E . Oh non, tu es un ange, pardonne-moi, j ' a i toujours eu\ntort. (Il l'embrasse.)\n\n\n                                    Scène XVII.\n               L E COMTE, LA BARONNE, B A P T I S T E .\n\n     B A P T I S T E (entrant au moment\n                                 où le comte embrasse sa femme et, pour faire\nsemblant de n'avoir rien vu, se retournant immédiatement vers le fond tout\nen annonçant). M a d a m e la Baronne est servie.\n     L A BARONNE.Baptiste, vous ajouterez un couvert. (Elle sort au bras\ndu Comte aux yeux de Baptiste, stupéfait.)\n\n\n                                          RIDEAU\n\n                                                               JOSEPH      NICOLAS.\n\n                          (Tous droits de représentation sont réservés.)\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "   Durendal est la plus artistique et la moins coûteuse des revues\n(abonnement 5 francs j>ar an). D'une irréprochable moralité, elle peut\nêtre mise entre toutes les mains.\n   Durendal publie, chaque mois, des nouvelles, contes, légendes,\npoésies; des chroniques; des articles variés sur l'art, la littérature, la\nmusique.\n   Voici du reste quelques appréciations de la Presse catholique au\nsujet de Durendal :\n\n  « Durendal, la revue catholique d'art et de littérature, s'est donné pour mission\nde lutter en faveur de l'idéal et pour le réveil de l'art chrétien. Matériellement, la\nrevue est d'une facture très artistique, enjolivée de lettres ornées et de jolis\nculs-de-lampe. Durendal est pour nous faire honneur. »\n                                   Journal de Bruxelles. (23 mars et 6 juin 1894.)\n\n\n\n   « Durendal mérite une mention toute sympathique dans les colonnes de ce\njournal, non seulement parce qu'un de nos amis et collaborateur (Jean Suis, Pol\n Demade) y met le meilleur de son âme, mais encore parce qu'il y a là une tentative\n digne d'être encouragée et louée. L'amour des lettres dans un cœur chrétieV est\n une des formes de l'idéal. Saluons avec émotion les jeunes catholiques qui* à cette\n époque de positivisme plat, font une place d'honneur dans leur vie à l'atnour des\nlettres. »                                           Le Patriote, (12 rnars r394.)\n\n\n  « Durendal est un noble effort littéraire, auquel nous souhaitons, de grand cœur,\nun vif succès. »                                          L'Union. (5 mai ^94.)\n\n\n  « Durendal, la nouvelle revue des jeunes catholiques, a paru dans un flamboie-\nment de jeunesse, d'enthousiasme, d'art sincère et vrai. Nous ne pouvons qu'ap-\nplaudir à cette Revue qui parait à son heure et si nécessaire à cette époque d'épa-\nnouissement d'œuvres puissantes, mais trop souvent impies, sans aucun souci de\nDieu et des âmes.                                 L'Etudiant. (20 février 1894.)\n\n\n  « Durendal, la nouvelle revue d'art et de littérature, mérite toute notre attention.\nNous voici devant la plus noble des tentatives, celle qui répond le plus exactement\nà notre idéal, aussi ne saurions-nous assez la désigner aux catholiques italiens, »\n                                                          Corriere délia domenica.\n"}]}