{"numero_id": "ulb-durendal-1895-03-n3", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1895-03-n3-001", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 45, "page_fin": 53, "titre_corps": "Projet d’institut de Clercs minorés", "titre_sommaire": "Projet d’institut de Clercs minorés", "signature_source": "L’abbé E. Henriet", "ancre_debut": "PROJET D’INSTITUT", "ancre_fin": "L’Abbé E. HENRIET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES MOIS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 155, "fin_caractere_exclue": 1696, "texte": "PROJET D'INSTITUT\n                                         DE\n\n\n\n          CLERCS                               MINORÉS\n  L'article qu'on va lire s'écarte assez notablement du programme de cette Revue.\nToutefois nous avons cru bien faire en lui accordant l'hospitalité. L'Etude de\nM. l'abbé Henriet renferme diverses considérations intéressant l'Art religieux qui\ndevaient être dites et qu'il était utile surtout qu'un prêtre dît avec l'autorité de sa\nparole.                                                (NOTE DE LA RÉDACTION.)\n\n                                           I\n\n              ON ne peut, sans une véritable affliction, constater la\n              désolation d'innombrables églises.\n                  Combien sont mal tenues les sacristies !\n                  Avec quelles indifférence et indécence sont traitées trop\n              souvent les choses saintes !\n   De quelle manière pitoyable et ridicule, en bien des endroits, sont\ncélébrés les S ts -Mystères et les Offices sacrés !\n   Il est extrêmement pénible de voir des laïques gagés chargés du\nculte divin ; et encore ces laïques sont-ils souvent grossiers et d'une\nconduite peu régulière.\n   Quelle chose fâcheuse, qu'à l'autel, le prêtre soit assisté d'enfants\nmal instruits, de gens vulgaires qu'on n'a pas honte de revêtir d'orne­\nments sacrés, à qui on fait remplir des fonctions saintes pour lesquelles\nla Sainte-Eglise a établi des Clercs qu'elle y prépare par des Ordina-\ntions spéciales !\n   Combien les fidèles sont souvent victimes de la rapacité des sacris-\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2165, "texte": "46                            DURENDAL\n\n\ntains, des employés des pompes funèbres, etc., en un mot de tous\nceux que les personnes du monde désignent ordinairement sous le\nnom de gens d'église !\n   Beaucoup de sacristies ont plus l'aspect d'un bureau d'administra­\ntion que d'un lieu choisi comme dépôt des vases et ornements sacrés.\n   Dans les pèlerinages, comment tolère-t-on que la piété des fidèles\nsoit exploitée d'une façon si indiscrète?\n   De là sans doute ces récriminations interminables contre le casuel.\n   Tout ceci est une pierre d'achoppement pour beaucoup de fidèles\npeu instruits qui ne veulent plus voir dans la religion qu'une affaire\nde commerce et dans une église qu'une banque d'un genre tout spécial.\n                                      *\n                                 *        *\n   Le chant de l'église est éminemment un chant populaire : il est fait\npour être exécuté par toute une assemblée de fidèles. Aussi est-ce un\ncontre-sens que de faire chanter l'office par quelques voix seulement.\nComment encore le chant est-il exécuté dans la plupart des églises\ndes petites villes et des campagnes? Dans les grandes villes, on a la\nprétention de faire de la musique religieuse! mais à vrai dire, ce n'est\nni de la musique sacrée ni de la musique profane ; c'est une espèce\nparticulière de musique bâtarde, le plus souvent de mauvais goût.\nLes compositeurs n'ont pas assez l'esprit de foi pour écrire de la\nmusique chrétienne : les artistes actuels connaissant à peine le plain­\nchant, ne le peuvent faire exécuter qu'en le dénaturant sans le vouloir.\n   Bref, ou le chant ecclésiastique est pitoyable ou mal compris et\ntrès mal rendu. Les églises font cependant de grands sacrifices\nd'argent pour monter des maîtrises où se forment des enfants de\nchœur qui n'attendent que le moment favorable de vendre au théâtre\nle talent que la religion leur a développé en y joignant une instruction\net une éducation qui les devaient mettre en état de la servir digne­\nment.\n                                  *       *\n Maintenant construit-on une église? on cherche avant tout le com­\nmode, le confortable : on n'a plus guère en pratique la science du\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2220, "texte": "                               DURENDAL                                47\n\nsymbolisme, on n'a plus ordinairement cette foi robuste qui enfanta\ntant de chefs-d'œuvre. On ne sait plus travailler comme autrefois des\ntabernacles, des reliquaires, des autels, des vases sacrés. Ceux qu'on\nadmire encore aujourd'hui sont dus au travail intelligent et pieux de\nquelques moines qui savaient apprécier la sainteté de la maison de\nDieu.\n                                       *\n                                   *       *\n   Ce n'est pas à dire qu'à l'heure présente, on ne rencontre pas de\nbelles choses dans certaines églises, des ornements et des vases sacrés\nd'une grande richesse et d'un travail achevé. Mais malheureusement\ntout ce qui se rapporte au culte est présentement tombé dans le\ndomaine du négoce. Il y a des magasins de vases sacrés comme des\nmagasins d'orfèvrerie et de bijouterie. Les passants voient en étalage\ndes calices, des ciboires, des ostensoirs avant de les voir sur l'autel.\n   Il y a des magasins de chasubles et de chapes comme d'habille­\nments de confection : on expose en montre des rochets et des aubes\ncomme des toilettes de bal et des trousseaux de mariées.\n   Les tableaux qu'on admire justement sont dus au pinceau de\n peintres pieux. Aujourd'hui on ne saurait presque plus faire un tableau\n de religion vraiment religieux par la conception et l'exécution. Un\ntableau de piété est-il commandé? Il se fera comme un autre, dans un\n atelier rempli de toiles souvent plus que profanes !\n                                       *\n                                   *       *\n   Tout ceci ne serait-il pas une des raisons qui font que tant de\n personnes regardent la construction, la décoration, l'ameublement\n d'une église, comme s'il s'agissait d'un palais de justice ou d'un hôtel\n de ville : les ornements sacrés dont se revêtent les prêtres qui célèbrent\n les Saints-Mystères, comme l'uniforme du soldat ou du fonctionnaire?\n                                       *\n                                   *       *\n   Ne serait-il pas à désirer que tout ce qui est nécessaire au culte\n divin fût fabriqué presque en secret, à l'ombre de l'église, sous les\n yeux et la bénédiction de ses ministres?\n"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1839, "texte": "48                            DURENDAL\n\n  Qu'on se rappelle la piété avec laquelle les moines d'autrefois pré­\nparaient avec recueillement le vin du Saint-Sacrifice, façonnaient les\npains d'autel, purifiaient les linges sacrés!\n                                     *\n                                 *        *\n   D'une part la pauvreté des églises, d'une autre l'habitude routinière\nd'administrer les Sacrements avec le strict nécessaire de préparatifs\net de cérémonies diminuent chez les fidèles et chez les prêtres — je le\ncrains — le respect que tous leur doivent. Peu à peu, dans l'esprit\ndes fidèles, les cérémonies de l'Extrême-Onction et du Saint-Viatique,\nvont de pair avec l'apposition des scellés, et la liquidation des suc­\ncessions.\n\n\n                                     II\n\n\nI L est temps de rendre au culte la dignité qu'il mérite et que\n   réclament la sainteté de Dieu et l'autorité de l'Eglise. A l'époque\noù tant d'anciens ordres renaissent, où tant de nouvelles commu­\nnautés surgissent, quand toutes les misères humaines ont des asiles,\nJésus-Christ seul sera-t-il toujours délaissé dans ses temples?\n  N'est-il pas utile de faire revivre et d'utiliser les Ordres Mineurs\npar le moyen d'un Institut de Clercs Minorés?\n                                     *\n\n  Cet institut demanderait des sujets tout particuliers, des hommes\nayant un art ou un métier et de plus d'éducation et d'instruction con­\nvenables.\n  L e recrutement ne serait pas aussi difficile qu'on le pourrait\ncraindre au premier abord.\n  Il est des artistes et des artisans chrétiens peintres, musiciens,\nsculpteurs, architectes, archéologues, etc. Plusieurs peut-être se con­\nsacreraient volontiers au service de Dieu; mais jusqu'ici ils n'ont pas\nrencontré de congrégations dans lesquelles ils pussent conserver,\nexercer, perfectionner leurs talents.\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": "                               DURENDAL                                49\n\n  Convenons que dans les communautés existantes les artistes sont\nrares, et semblent des spécialités presque gênantes.\n   Les œuvres militaires envoient quelquefois en religion des soldats\nconvertis. C'est rare sans doute, mais ils n'ont guère de choix : unique­\nment des ordres de pénitence ou de contemplation ou ailleurs les\nvulgaires fonctions de frères servants. D'anciens soldats seraient très\npropres aux cérémonies, à la police, à la garde de l'église...\n   Souvent on voit sortir du séminaire des jeunes gens qui m a n q u e n t\nd'aptitude aux sciences ecclésiastiques, ils se pourraient rendre très\nutiles à la Sainte Eglise en la servant dans les Ordres Mineurs.\n  D'autres qui entrent dans les Ordres Sacrés feraient peut-être mieux\nde se contenter des moindres. Ils sont arrivés au séminaire après des\nétudes trop rapides et trop tardives : la piété, le zèle, la bonne\nvolonté ne suffisent pas toujours pour réussir dans le ministère sacer­\ndotal : les vocations contemplatives ne s'imposent pas. Les Ordres\nMineurs offriraient à plusieurs un juste milieu profitable.\n                                       *\n                                  *        *\n   Outre les exercices pieux essentiels à tout noviciat, les futurs clercs\ndevraient recevoir une instruction solidement chrétienne. Ils étudie­\nraient les Sacrements et les Sacramentaux surtout au point de vue\nliturgique et canonique ; la Liturgie aussi largement que possible ;\nl'Ecriture Sainte, en tant qu'explication du Psautier et des passages\ndes Livres Saints insérés au Bréviaire et au Missel ; l'histoire ecclé­\nsiastique principalement sous le côté hagiographique ; le plain-chant\nvocal et instrumental.\n                                       *\n                                   *       *\n  A toute communauté, il faut un esprit, une vie intime, une raison\nidéale de son existence.\n  N'est-il pas naturel que des hommes constitués par vocation les\ngardiens, les décorateurs, les amis, les défenseurs des Saints Autels,\nprient de parole et d'action, de cœur et de bouche, pour que tout ce\nqui a pris naissance au pied de ces mêmes autels persévère et se\n"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1824, "texte": "50                              DURENDAL\n\n\nfortifie de jour en jour dans le monde? que Dieu trouve des âmes\ndévouées qui se donnent aux nombreuses œuvres qu'il a suscitées dans\nson Eglise pour la propagation de la foi, pour le soulagement des\nmalheureux, pour la sanctification des âmes, etc. En un mot, que la\nvie intime des Clercs Minorés reflète le souhait évangélique :\n  Rogate ergo Dominum messis, ut mittat operarios in messem suam!\n\n\n                                       III\n\n             les Clercs Minorés dans le vaste champ de travail qui,\nS    UIVONS\n      Dieu aidant, s'ouvrira devant eux.\n   Plusieurs pourront exercer leur art en demeurant dans la maison-\nmère, ou en ne la quittant que temporairement. Tels, les architectes,\npeintres...\n   D'autres pourront être attachés au service de grandes églises, et se\ncharger du lutrin, des orgues, de la sacristie.\n   D'autres devront installer des ateliers catholiques à l'instar des\nusines chrétiennes encouragées par les Congrès catholiques. Ils diri­\ngeront des ouvriers laïques dans la confection de tout ce qui a rapport\nau culte.\n  Statuaire, peinture sur verre, menuiserie, ébénisterie, serrurerie\nartistique, orfèvrerie, horlogerie, chasublerie, lingerie, facture d'orgues,\nfonderie de cloches.\n                                       *\n                                   *       *\n\n   Rien dans le culte n'a été laissé à l'arbitraire. On ne s'en douterait\npas à voir les licences que se permettent les fabricants laïques affran­\nchis de tout contrôle.\n   Par exemple : les orfèvres semblent généralement croire qu'ils sont\nconstitués vis-à-vis de l'Eglise dans une sorte d'indépendance et qu'au­\ncune règle n'existe qui comprime leur essor et leur fantaisie; il n'en\nest pas ainsi.\n   Les peintres, imagiers, sculpteurs, etc., ne s'inquiètent guère des\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1984, "texte": "                                DURENDAL                                5l\n\n\nprescriptions du Concile de Trente et du décret d'Urbain VIII qui\nsoumettent les images des saints au contrôle direct de l'évêque, et\nrejettent impitoyablement toute innovation, toute bizarrerie et tout\ncostume non conforme à la tradition.\n   De même pour les autres fournisseurs des églises.\n                                       *\n                                   *       *\n   Tout au contraire, les Clercs directeurs des ateliers catholiques, ne\nferaient rien exécuter sans qu'au préalable les dessins et les plans\nn'aient été soumis à l'approbation épiscopale. Ils se conformeraient\npour le choix et l'emploi des matières aux traditions et aux prescrip­\ntions de l'Eglise.\n                                  *        *\n   Il est bien regrettable de voir tant de faux dans nos églises : étoffes\nfausses, or faux,., presque toujours des imitations trompeuses, des\nsimulacres mensongers, au lieu de la vérité en tout et partout. Le\nnégoce y trouve son compte, assurément, mais le culte y perd de sa\ndignité. Il faudrait revenir au vrai, coûte que coûte : des matières\ntoujours vraies, plus ou moins riches, mais arrière tout clinquant.\n  Evidemment cette obéissance scrupuleuse à toutes les règles n'ai­\nderait pas beaucoup le succès financier : le gain résulte ordinairement\nde l'exploitation habile de tous les caprices, de toutes les fantaisies\nunie à une parfaite insouciance de toute règle. Les ateliers des Clercs\nMinorés né pourraient s'ouvrir et subsister qu'avec le secours d'une\nadhésion efficace de l'épiscopat, du clergé, de tous les catholiques\nsoucieux de reconnaître partout l'autorité de l'Eglise.\n\n                                   IV\n\n\nL    E besoin intime de rendre à l'Eglise son haut domaine sur tout\n      le matériel nécessaire au culte, est constaté par des efforts con­\nstants, quoique épars et isolés.\n   Dans beaucoup de communautés religieuses on fabrique des pains\nd'autel.\n"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1951, "texte": "52                             DURENDAL\n\n\n   En 1869, M. l'abbé Michelier, curé de Perthes (Vaucluse), a établi\nsous sa surveillance une vaste fabrication de pains d'autel; un\nmécanisme particulier fut inventé, un outillage perfectionné a\nété monté au prix de 8,000 francs. « J'ai toujours, dit-il dans\nson prospectus, regardé comme une honte pour le clergé que les\npains d'autel fussent un article de boutique d'épicier comme dans\ntrop de localités. »\n   Plusieurs négociants du Midi se munissent d'approbations ecclé­\nsiastiques avant d'offrir leur vin pour le Saint Sacrifice, et de le\ncertifier vinum de vite.\n    Des fabriques d'églises, des séminaires cherchent à utiliser ainsi\ndirectement les produits de leurs vignes.\n    Les Religieux Prémontrés de Saint-Michel (près Tarascon) font\naussi du vin de messe. Ils s'occupent encore de la fabrication des\nbougies et cierges liturgiques.\n    Dans plusieurs communautés cloîtrées (Carmélites, Clarisses, Bon\n Pasteur...) on confectionne des ornements d'église.\n    A Nuits (Côte d'Or) des religieuses travaillent la lingerie d'autel.\n    Pour les Franciscaines du Dorat (Haute Vienne, diocèse de Limo­\n ges), la confection de lingerie et d'ornements, la fourniture de tout\n objet de culte sont le but exprès de leur fondation.\n    A Saint-Médard lez-Soissons, les sourdes-muettes ont, sous la direc­\n tion des Sœurs de la Sagesse, un ouvroir pour broderie, tapisserie\n d'ornements et bannières.\n    Au Mans, les Carmélites avaient établi un atelier de vitraux qu'elles\n ont dû céder, ne pouvant bientôt plus suffire aux commandes.\n    Pour la tenue des lutrins et des sacristies, nous avons' :\n    Les Frères de Saint Viateur (Lyon).\n    Les Frères de la Sainte Famille (Belley).\n    Les Frères Maristes (Paris).\n    Les Frères de la Doctrine chrétienne (Namy).\n    Une école de Saint-Luc a été fondée à Gand (Belgique) par un\n éminent artiste chrétien, M. Béthune. Elle est dirigée par des frères\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 966, "texte": "                                DURENDAL                                 53\n\nqui enseignent aux ouvriers l'art chrétien du moyen-âge appliqué aux\ndiverses industries.\n                                        *\n                                    *       *\n  Chaque congrès des Œ u v r e s catholiques ne m a n q u e pas de disserter\nsur l'art chrétien dans ses différentes applications : imagerie religieuse,\nchant ecclésiastique, peinture, statuaire.\n  Plusieurs maîtrises, écoles cléricales se sont établies auprès de\ncélèbres sanctuaires pour en rehausser les solennités.\n                                        *\n                                    *       *\n   Ces travaux, ces essais et ces vœux n'indiquent-ils pas suffisamment\nle besoin d'un centre au rayonnement puissant? n'inspirent-ils pas\nl'espérance et la prière?\n   Domine, opus tuum, vivifica illud!\n                                             L'Abbé E . H E N R I E T .\n\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-03-n3-002", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 53, "page_fin": 54, "titre_corps": "Les Mois", "titre_sommaire": "Les Mois", "signature_source": "Thomas Braun", "ancre_debut": "LES MOIS", "ancre_fin": "THOMAS BRAUN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 64, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 966, "fin_caractere_exclue": 1626, "texte": "LES MOIS\n                      LES    HETRES             DE   MARS\n\n                  es hêtres durs, et raides, haut le front,\n              L     Tremblent au vent qui fait crier la branche.\n               La couleur morne et sèche de leur tronc\n               Prend, vers le soir, une apparence blanche.\n               — La lune brille et le bois se déhanche. —\n               On croit ouïr les pleurs des bois blessés\n               Grinçants, des bois saignants, des bois cassés.\n               — L'averse bat les vitres de la chambre. —\n               Et l'eau se gonfle au creux des longs fossés.\n               — L'averse bat et le bois se démembre. —\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1116, "texte": "54                     DURENDAL\n\n\n\n             LES CHANTS           D'AVRIL\n\n      Le ciel est vif et la joie est aux prés\n          Que le soleil fraîchit de sa lumière...\n     L'épine meurt aux ronces des fourrés\n     Et nous revient la clarté coutumière\n     Dans la campagne alerte et printannière.\n     Lors donc au val les-moutons turbulents\n     Sont descendus en longs troupeaux bêlants,\n     Abandonnant les vieilles bergeries.\n     Et le pasteur promène ses doigts lents\n     Sur les pipeaux où chantent les prairies.\n\n\n          LES FONTAINES           DE     JUIN\n\n       Au val heureux que flleurissent les thyms,\n           Les serpolets, les mauves, les lavandes,\n     Sonne la source aux fraîcheurs des matins,\n     Quand l'aube naît, rieuse, sur les landes,\n     Ou que le soir s'écrase au fond des brandes.\n     La source sonne en rires nets et doux,\n     La source sonne en passant sous les houx\n     Et fait, parfois, de larges mares claires\n     Où s'en viendront, par troupes, les bœufs roux\n     Boire et rêver aux ciels crépusculaires.\n                                         THOMAS BRAUN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-03-n3-003", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 55, "page_fin": 55, "titre_corps": "Les Inondations", "titre_sommaire": "Les Inondations", "signature_source": "H. 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CARTON DE W I A R T .\n     Janvier 1895.\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-03-n3-004", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 55, "page_fin": 61, "titre_corps": "Léon Bloy, le misérable", "titre_sommaire": "Léon Bloy, le misérable", "signature_source": "Pol Demade", "ancre_debut": "Léon Bloy le misérable", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PETITS MEMOIRES POLITIQUES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 66, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 991, "fin_caractere_exclue": 1842, "texte": "Léon Bloy, le misérable.\n                     I. — ENTRE L'OMBRE ET LA LUMIÈRE\n                                            Ah ! Seigneur ! donnez-moi la force et le courage\n                                            De contempler mon cœur et mon corps sans dégoût !\n                                                                             BAUDELAIRE.\n\n\n        QUELQU'UN a dit : « Les confesseurs seraient les plus tragiques des roman­\n          ciers si Dieu, par un prodige sans cesse renouvelé, ne leur maintenait\n          obstinément les lèvres closes. » Cette affirmation constituera sans doute\nun dès attendu motivant le jugement suprême des Assises de la vallée de Josaphat,\n— aujourd'hui c'est une phrase vaine. On aurait même le droit de se demander si\nDieu, brisant les scellés de ce tombeau vivant qu'on appelle une bouche de prêtre,\n"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2764, "texte": "56                                   DURENDAL\n\nil en sortirait autre chose que ce qui sort d'une tombe, c'est-à-dire du silence. Le\npéché est un gouffre dont l'épouvantement est intraduisible.\n   Léon Bloy doit se sentir tranquille : le secret de la confession est bien gardé, et,\ndu colloque sacramentel qui se tint, entre l'ancien communard qu'il était et quelque\nsaint prêtre demeuré inconnu, le jour où la grâce de Dieu piqua d'une lueur d'espé­\nrance le bagne d'ignominie où il croupissait, de ce colloque, rien ne transpirera\njamais. C'est heureux pour Bloy. Il est à supposer cependant qu'à côté de ces\nconfidences d'âme, l'autobiographie du Désespéré, si orgiaque de malpropreté\nmorale, est d'une teinte infiniment dégradée. Lucifer fut véritablement lésé dans\nses plus chers intérêts quand on lui confisqua cette âme qu'il devait croire sienne\npour avoir pris sur elle d'irrévocables avancements d'hoirie.\n   Au surplus, je suis chrétien d'assez de profondeur pour savoir que le sacrement\nde pénitence est de toute efficacité pour défanger la plus boueuse des âmes.\n   Bloy se convertit et nous devint frère.\n   Ce n'était pas, pour le catholicisme, une recrue banale que celle de ce barbare.\nOn le vit bien, quelques années après, quand il s'installa dans la Littérature. Il\napportait, au service de la Justice et de la Vérité, la plus formidable plume de ce\nsiècle et même d'une dixaine d'autres.\n   Je n'ai donc rien à retirer des éloges que je lui ai adressés autrefois, et même, à\ncette heure, où j'assiste, plus navré encore qu'indigné, à la déchéance de celui que\nj'appelais naguère « l'Ange exterminateur », je confesse que, même tombé sous la\nboue, Léon Bloy garde encore quelque splendeur satanique.\n\n\n\n                        IL   — U N SPADASSIN DE LETTRES.\n\n                                                        Fonçons un peu sur cette chiennaille.\n                                                                                     JOINVILLE.\n\n\n         u reste, Léon Bloy est tombé comme jadis les Anges, par orgueil.\n\n D           Ce puissant de la Parole Ecrite, — j'allais dire : ce Roi Salomon de\n          l'Ecritoire, — eut l'honneur de naître à peu près pauvre et de synthétiser\nen sa personne étrange la plus magnifique opulence d'en haut avec la plus parfaite\ngueuserie d'en bas.\n  Malheureusement, ou heureusement, le génie est d'un placement difficile. Il fallait\nvivre pourtant. Bloy choisit la carrière qui s'accordait le mieux avec son incurable\nparesse : il se fit mendiant.\n  On pense bien qu'il ne fut pas un Par-les-chemins ordinaire et je n'ai pas besoin\nde faire remarquer qu'il ne tendit pas la main sous le porche des églises.\n  Il s'alla poster le long d'un chemin dont seuls les élus de la misère savent tout le\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2510, "texte": "                                     DURENDAL                                       57\nrapport : la littérature. Ils ont grand cœur d'ordinaire, les chevaliers de la plume,\net bien que leur bourse toujours très légère les gêne peu, dans le voyage vers la\ngloire, ils la vident volontiers en route...\n   Si Léon Bloy s'en était tenu à la mendicité pure, nous n'aurions rien à lui\nreprocher; il ne serait justiciable que de Celui qui sonde les cœurs et les reins. Peu\nnous importe, en effet, de savoir que ce gueux-ci a achevé d'user les dix ou\nvingt 'mille culottes, défraîchies seulement, en cette seconde moitié du XIXe siècle,\npar les gens de lettres charitables; peu nous importe qu'il ait porté les vieux\npantalons de Veuillot, de Féval, d'Hello, de Barbey d'Aurevilly, de Bourget et de\nquelques autres dont l'énumération, fastidieuse ici, serait facilement remplaçable\npar une simple lecture du Boitin pour la France ou de [''Annuaire Rozez pour la\nBelgique (1). Encore une fois, ceci ne nous regarderait pas, non plus que l'inutile\ngaspillage qu'il a fait d'une subsistance qui aurait pu servir à l'apaisement de faims\nplus pressantes que la sienne... Ce que nous reprochons à Bloy, ce n'est pas d'avoir\nmendié ou vécu d'aumônes, mais d'avoir brigandé.\n   Bloy avait trop d'orgueil pour demeurer simple mendiant; en effet, il s'éleva au\ngrade de spadassin de lettres et devint, en très peu de temps, en littérature,\nquelqu'un comme le Vieux de la Montagne. Du premier coup il conquit la maîtrise.\nJ'avoue cependant que son dernier crime, — celui qui est l'occasion de cet article\nde justice, — est vraiment de la plus superbe ignominie et dépasse de cent coudées\ntous ces précédents exploits.\n   Sur la couverture noir mat d'une brochure in-8° carré, s'étale, en majuscules\ndorées, cette phrase d'épouvante :\n\n\n                      Ici, on assassine\n                              les Grands Hommes.\n   Thésée dut être frappé par quelqu'inscription analogue le jour où il heurta, de sa\nmassue vengeresse, la porte de la caverne où Procuste, le brigand fameux de\nl'Attique, menait tous les voyageurs et les étendait sur son lit, leur coupant les\njambes quand elles dépassaient la mesure, ou les étirant jusqu'à les briser lorsqu'elles\nétaient trop courtes.\n   Léon Bloy, lui, travaille dans les réputations... Et, derrière cette porte à enseigne\nsinistre, clans la caverne littéraire où il convie le public, il lie dos à dos, pour de\nsavantes tortures : Ernest Hello et Madame Hello.\n\n   (1) Authentique.\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2718, "texte": "58                                                DURENDAL\n\n  On n'aura idée des raffinements dont use le spadassin que par ce qu'il dit\nlui-même de ses procédés :\n   « Le réel, proclame-t-il, c'est de trouver des épithètes homicides, des métaphores\nassommantes, des incidentes à couper et triangulaires. Il faut inventer des cata-\nchrèses qui empalent, des métonymies qui grillent les pieds, des synecdoques qui\narrachent les ongles, des ironies qui déchirent les sinuosités du rable, des litotes qui\nécorchent vif, des périphrases qui émasculent et des hyperboles de plomb fondu.\nSurtout il ne faut pas que la mort soit douce... Enfin, l'essentiel, c'est de faire\nsouffrir et, de tous les instruments de torture morale, la plume d'un bon journaliste\nest encore ce qu'il y a de mieux. »\n   Cette « esthétique tortionnaire », comme il l'appelle lui-même, était applicable à\nquelques chenapans célèbres dont il était urgent de débarrasser les abords du\nchristianisme, et Bloy ne s'en fit point faute; — malheureusement l'orgueil, un\nincommensurable orgueil « lui tourna la tête » dans la direction des gouffres de\nténèbres et celui qui s'intitulait « l'Ambassadeur de Dieu » trouva bientôt « que le\nmeilleur régal du diable c'est une innocence (1). Pour qu'on mérite les supplices\nprécédemment décrits, deux titres sont requis : celui d'innocent d'abord, celui de\nbienfaiteur personnel du bourreau ensuite.\n   Je ne sache pas, malgré la plus minutieuse enquête, qu'on ait jamais rendu\nimpunément service à Léon Bloy.\n   Malgré le dégoût que j'éprouve d'avance, je suis contrains de citer des faits,\nsinon on ne croirait pas.\n   Ah ! l'homme est une vilaine bête.\n   Léon Bloy a reçu des Chartreux, à diverses reprises, de forts subsides pour\nécrire sur N. D. de la Salette un livre qu'il avait solennellement promis d'écrire et\nqu'il n'a jamais écrit.\n   Paul Féval, Louis Veuillot, Rodolphe Salis (2) l'ont soutenu, de mille sortes\npendant des années, — Bloy les a successivement bafoués et insultés.\n  Il a écrit des articles immondes contre les amis de Barbey d'Aurevilly, contre\n  lle\nM Read, contre Landry, qui l'empêchèrent dix ans de crever de misère et de faim.\n  Ernest Hello et Mme Hello l'ont secouru dans la mesure de leurs forces; ils ont\ncherché à L. Bloy un emploi où il put honorablement gagner la vie et le misérable\nvient de publier à leur endroit un article que le dernier des goujats renoncerait\nà signer.\n  Si le diable n'était pas dans l'affaire il faudrait renoncer à comprendre, à moins\n\n   (1) BAHDEY D'AUREVILLY.\n   (2) R. SALIS a été successivement sous sa plume : « Le Gentil homme cabaretier, un reitre épique \" — (et plus tard\n— « un répugnant industriel, un mascarille, un bas laquais. »\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2682, "texte": "                                               DURENDAL                                                   59\n\nde supposer que Bloy ne soit un cas exceptionnel de tératologie humaine et qu'il\nporte, en sa poitrine, une crapaudière, à la place du cœur. Mais faut-il chercher une\nautre explication que l'orgueil au sujet de l'homme qui va répétant partout :\n« Il n'existe pas un prêtre digne de me confesser. » « J e suis la seule voix éloquente\nque possède aujourd'hui l'Église. » « J e suis l'épée du Seigneur qui se lamente en\nesprit et en vérité. »\n  « L'égoîsme superlatif — a dit un homme dont Bloy ne récusera pas le témoi­\ngnage : Roselly de Lorgues, — cette préférence de soi à toute chose, qui se nomme\nOrgueil, contient le germe de tout crime. Initimn omnispeccati superbia (1) ».\n\n\n\n                           III.   —    L A DAMNATION DE         L'ARTISTE...\n\n                                                                 Heureux ceux qui trouvent l'enfer ici bas.\n                                                                                               BALZAC\n\n\n\n\nE\n          T cette exagération de l'amour propre (continue Roselly de Lorgues) qui\n           nous pousse à nous estimer par dessus tout, à nous préférer au reste de la\n            Création, souvent même au Créateur, peut s'accroître jusqu'à s'embraser\nsoudain, à ravager l'intelligence dans un instant, comme une éruption volcanique. »\n  Aucun doute n'est permis — hélas! — Léon Bloy est bien réellement ce ravagé\nde l'intelligence. Ses dernières publications sont d'un dément et nous voyons se\nréaliser, en ce misérable, la terrifiante aventure du Roi de Babylone narrée par\nDaniel :\n  « Nabuchodonosor ex hominibus adjectus est, et fœnum ut bos comedit, et rore cœli\ncorpus ejus infectum est.\n  « Nabuchodonosor fut chassé d'entre les hommes et il mangea du foin comme le\nbœuf et la rosée du ciel vint tremper son corps. »\n  Sous ce rapport, je ne sais rien de douloureux comme le parallèle qu'on fait\ninvolontairement entre les pages écrites par Bloy il y a cinq ou six ans, sur\nErnest Hello — et celles tracées hier, à propos du même écrivain.\n  « Écrivez mon nom sur la poussière des grand routes que vous allez parcourir,\ncomme le nom de celui qui ne peut pas se passer de voir et de toucher ce qu'il a\ndemandé et voulu, parle Ernest Hello dans une lettre à Léon Bloy.\n  Vous crierez mon nom au fond de tous les abîmes et du sommet de toutes les\nmontagnes, comme le nom de celui qui veut absolument voir, voir, voir sur la terre\nce qu'il a demandé !\n  Et vous placerez mon nom sur toutes les lèvres, même les moins éloquentes,\n\n  (1) De ta mort avant l'homme, par ROSELLI DE LORGUES, 1841.\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2689, "texte": "6o                                      PURENDAL\n\nmême les plus médiocres, afin _que tout, à la fois dise et crie mon éternelle récla­\nmation. »\n   Il y a cinq ou six ans, Bloy paraissait comprendre ces paroles, il disait :\n    « Il faudrait être un tragique grec pour raconter les douleurs de ce cnrétien\n(Hello) que le seul mot de résignation faisait éclater en rugissements et qui croyait\nsincèrement que la gloire de Dieu sortirait de sa propre gloire (1). »\n   C'était cela ou à peu près. Ernest Hello, en effet, s'épouvantait de l'indifférence\ndes hommes vis-à-vis de la Parole de Dieu que ses œuvres commentaient. Il ambi­\ntionnait la gloire, certes, mais à la manière du psalmiste : Non nobis, Domine, sed\nnomini tuo da gloriam.\n    Cette parole Hello continue de la prononcer, avec la sonorité solennelle de la\nmort. Mais c'est en vain, Bloy ne l'entend plus.\n    « On a vu — déraisonne Bloy, dans un récent écrit sur Hello — on a vu ce famé­\nlique de la Splendeur parcourir les bureaux de rédaction, s'offrir du matin au soir,\n à l'insolence des cochons de plume, dans l'espérance, toujours déçue, d'en obtenir\nquelques sales lignes!... Il eut espéré le règne de Dieu, d'un Lepelletier ou d'un\n Chincholle!... \"\n    Hello, le Réclamier de Dieu... Bloy ne comprend pas!\n    Cette situation, comparable à la tentative de Véronique, dont elle est une transpo­\n sition moderne, non seulement Bloy n'en comprend pas le grandiose, mais elle le\n met hors de lui-même.\n    Jésus-Christ, a dit Pascal, sera en agonie jusqu'à la fin des siècles. Or, Ernest\n Hello qui sait, à n'en pas douter, que la Passion se renouvelle chaque jour, est\n accouru pour voir le Christ en marche vers le Calvaire et passant sur le front de\n l'humanité. Hello est là, mêlé à la foule compacte des penseurs, artistes de tout\n genre et de toute valeur. Et on croit l'entendre crier : Celui qui passe là bas devant\n nous, traînant une croix, c'est mon Maître, c'est notre Maître à tous, c'est la Voix,\n la Vérité, la Vie. Cependant, autour de lui, les hommes demeurent indifférents ou\n hostiles. Alors Hello, que navre la douleur de son Sauveur abandonné, tente des\n efforts surhumains pour fendre la foule. Ses tentatives sont infructueuses. Ce que\n voyant, il demande, il supplie ceux qui l'entourent, de lui ouvrir leurs rangs, de lui\n faire au moins un passage, si petit soit-il, afin qu'il aille essuyer la Face Doulou­\n reuse de son maître, comme Véronique, ou le soulager en partageant sa croix,\n comme le Cyrénéen.\n  Léon Bloy hausse les épaules devant ces cris et devant ces efforts         il déclare\nqu'Hello est « devenu la proie d'un sophisme de dérision. »\n\n\n     (1) Brelan d'Excommuniés, p. 54.\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1828, "texte": "                                                   DURENDAL                                                           61\n\n   Quel trait citer après celui-là!\n   Bloy, s'emporte comme un fou furieux, au seul nom de Joseph Serre, l'auteur\nd'un livre sur Hello. Le seul tort de Serre, si toutefois on peut appeler cette attitude\nun tort, est d'être passé silencieux devant l'énergumène. Il ne l'a pas cité dans son\nlivre. Voilà tout son crime.\n   Enfin, que Léon Bloy se soit conduit comme un ignoble gredin et un gifflable\npied plat vis-à-vis d'une femme, que la plus élémentaire bienséance, à défaut de\nsentiment chevaleresque, ordonnait de respecter, qui s'en étonnera! Nous devons\nà Madame Hello, écrivais-je l'an dernier, une reconnaissance éternelle pour ceci :\nqu'elle épousât Hello malade et promis à une mort prochaine, et le soutint du\nréconfort d'une si puissante tendresse qu'il vécut trente ans encore pour la gloire\ndu Christ et l'honneur des lettres. C'était le témoignage que lui rendait Hello\nmourant.\n   « Trente ans ! s'écrie Léon Bloy, le misérable. Il eût mieux valu, Madame, ne le\nlaisser vivre que dix ans, et que ces dix ans eussent été d'un homme. »\n   Encore une fois, c'est de la démence la plus crevant les yeux. Les trente pages\nécrites par Bloy sous ce titre sinistre : Ici on assassine les Grands Hommes, sont de\nla première à la dernière ligne l'œuvre de la déraison. C'est à peine s'il leur\nmanque, pour dissiper un dernier doute, à la place du nom de l'éditeur, le timbre\nde l'Asile où leur auteur, d'urgence, a été colloque...\n   Quelle catastrophe ! ou plutôt quelle punition ! et pourtant, il faut conclure, avec\nBalzac : « Heureux ceux qui trouvent l'enfer ici-bas. »\n                                                                                               POL DEMADE.\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-03-n3-005", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 61, "page_fin": 63, "titre_corps": "Petits Mémoires politiques d’Archange Dupéqueux", "titre_sommaire": "Petits mémoires politiques", "signature_source": "Archange Dupéqueux", "ancre_debut": "PETITS MEMOIRES POLITIQUES", "ancre_fin": "Exécuteur testamentaire d’Archange Dupéqueux", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Roche Tarpéienne", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 1828, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "PETITS                 MÉMOIRES                          POLITIQUES\n                                     D'ARCHANGE D U P E Q U E U X (1)\n\n\n\n        ARCHANGE Dupéqueux, décédé à Cancanville,   nous ayant institué son légataire\n      universel et son exécuteur testamentaire, nous commençons, aujourd'hui,\nconformément à ses dernières et sacrées volontés, la publication des papiers qu'il\nnous a laissés sous ce titre : Les Mémoires politiques d'Archange Dupéqueux. Nous\navons reproduit scrupuleusement le manuscrit de notre ami, dans sa forme pitto-\n\n    (1) Durendal ne s'occupe point de politique; si elle consent à publier les \" Petits Mémoires politiques d'Archange Dupé\n queux » c'est en raison de leur très haut cachet d'intellectualité. (N. D. L. R.)\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1926, "texte": " 62                                  DURENDAL\n\n\nresque, sans y rien ajouter et en y retranchant que deux ou trois phrases un peu\nvives sur les hommes de l'époque, — mots et appréciations trop personnelles, —\nque notre ami aurait vraisemblablement modifiés lui-même si la mort n'était venue\nle prendre aussi brusquement.\n\n                               MES     PRINCIPES\n  Un homme qui veut faire de la politique doit bien se convaincre de ceci :\nLorsqu'on ne veut pas être réduit à se laver les mains, au moins de temps en\ntemps, il ne faut pas se mettre dans la politique.\n\n  Le cas de Ponce Pilate est à méditer au seuil d'une carrière politique.\n  Il s'était sali les mains, rien de plus naturel, — mais pourquoi se les laver en\npublic ?\n\n  Quand on est bon à rien, on est encore bon à cela : la politique.\n\n  Lavez un charbonnier, il voudra se mettre dans le parlement, et il n'aura pas\nchangé de métier, le politicien étant, par essence, l'homme qui noircit et se noircit.\n\n  Tant qu'il y aura un parlement dans une nation, il y aura des gens qui achè­\nteront et d'autres qui se vendront.\n\n  Judas est un politicien qui a mal tourné.\n\n  En politique si on cesse une minute d'avoir du toupet on est fini !\n\n  Celui qui a dit, que la liberté était une guitare, a dit une grosse vérité.\n  Voyez la Presse. On la dit libre.\n  Quand on parle à un journaliste de restriction à apporter à la liberté de la\nPresse : il gueule, et quand un reporter à deux sous la ligne, parle d'exprimer\ndans les colonnes de son journal, son avis très net sur l'origine d'un feu de\ncheminée : il engueule. Le journaliste entend être libre, mais il ne veut pas qu'on\nle soit.\n  On représente la Liberté par une femme généralement peu vêtue; — serait-ce\nparce que la Liberté est une dévergondée? Peut-être.\n\n  Au village on fait de la politique en détail. Ce n'est pas plus propre. Un pou est\ntoujours un pou, sur une souris comme sur un éléphant.\n"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 987, "texte": "                                      DURENDAL                                                63\n\n   « Celui qui a dit que la première qualité d'un politique était de savoir changer\nd'avis a dit une grande vérité. » — Ainsi parle Joseph De Maistre. — Malheureuse­\nment beaucoup de politiciens manquent de cette essentielle qualité, à preuve ce mot\nde Gladstone : « J'ai dans ma carrière politique entendu au moins 8,000 discours.\nSur ce nombre, il n'y en a eu que trois qui m'aient fait changer d'opinion... mais\npas de vote. »\n\n  Les honnêtes gens parlent de leurs vices, les autres de leurs vertus.\n\n  On ne s'imagine pas assez la toute puissance de la médiocrité.\n\n  Les médiocres ne devant pas descendre de beaucoup, se trouvent tout de suite au\nniveau nécessairement bas de la politique.\n                                                                   PALSAC,\n                                              Exécuteur   testamentaire   d'Archange   Dupéqueux.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-03-n3-007", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 63, "page_fin": 66, "titre_corps": "Roche Tarpéienne et Capitole", "titre_sommaire": "Roche Tarpéienne et Capitole", "signature_source": "", "ancre_debut": "Roche Tarpéienne et Capitole", "ancre_fin": "que de Ed. Pilon, « qu'il mutile la douceur de son âme dans l'inutile parade des mots. » POL DEMADE.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MIROIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 74, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 987, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "Roche Tarpéienne et Capitole\n\n   A m e s m o d e r n e s , par HENRY BORDEAUX. (Un vol., PERRIN, Paris, 3.50.)\n   Nous avons publié, à cette même place, l'an dernier, sur Henry Bordeaux, une\npage que nos lecteurs n'ont peut-être pas tout à fait oubliée. « L'auteur, disions-\nnous, est un des meilleurs écrivains de la jeune école catholique contemporaine. Il\npossède ces dons d'enthousiasme et d'amour qui font le vrai critique, etc., etc. »\nNous n'avions de l'auteur, à cette époque, pour établir notre jugement, que des\npages éparses sur l'Art et la Littérature. C'est d'hier seulement que nous avons une\nœuvre, ce volume des Ames modernes. Nous ne changerons rien à notre jugement.\nL'arbre en fruits réalise toutes les promesses de l'arbre en fleurs. Voici de la\ncritique comme nous l'aimons, de la critique qui a des nerfs, du sang, du cœur, de\nla vie enfin — et, ce n'est pas tout : de la critique qui aime la vie, que la vie intrigue\net passionne.\n   L'intérêt de ce livre, en effet, — nous ne ferons qu'indiquer, il faut lire soi-même,\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2887, "texte": "64                                     DURENDAL\n\n— consiste en ce que Bordeaux a cherché, dans les œuvres de ceux qu'il juge,\n« les lambeaux saignants de leur cœur que tous les écrivains portent dans leurs\nœuvres », et que les ayant trouvés, il-les découvre délicatement devant nous, ces\nlambeaux qui sont quelque chose des âmes non vulgaires d'Ibsen, de Loti,\nd'Hérédia, de Lemaître, de Villiers de l'Isle Adam.\n                                       . . .\n  Voilà certes de la grande critique et il faut louer sans réserve M. Bordeaux de\nnous en avoir donné la joie...\n                                                    *\n                                                   * *\n  L e D r o i t p r i v é et l a Q u e s t i o n sociale. — Discours prononcé à la Fédération\ndes Avocats belges, le 23 décembre 1894, par HERMANN D E BAETS. (SIFFER,\nGand, 0.50.)\n  Encore que cette brochure soit étrangère au programme de notre revue, nous en\nrecommandons chaleureusement la lecture à tous nos amis. Il y a, pour tous, profit\nà lire de nobles pensées noblement dites.\n                                                    *\n   L'Origine d e s Contes p o p u l a i r e s , par CHARLES MARTENS. — M. Charles\nMartens a réuni en plaquette les si curieuses études sur l'origine des contes popu­\nlaires qu'il a données (en 1894) à la Revue Néo-Scholastique. Ce travail, entrepris\nensuite de la lecture du livre de Joseph Bédier : Les Fabliaux, études de littérature\npopulaire et d'histoire du moyen-âge, est plein d'aperçus intéressants, de remarques\npiquantes, d'observations judicieuses. C'est à la fois l'œuvre d'un aimable cher­\ncheur et d'un lettré délicat. M. Ch. Martens possède admirablement son sujet,\nc'est un charme qu'étudier avec un tel guide; nous espérons qu'il n'en restera pas\nà ce début et qu'il édifiera l'œuvre dont ceci est tout au plus le portique.\nL'histoire de la littérature populaire! La matière est séduisante. Laissez-vous\nséduire, M. Martens.                                      '\n                                               *\n                                           *       *\n  La poésie liturgique traditionnelle de l'Eglise catholique en Orient,\npar ULYSSE CHEVALIER. (DESCLÉE. Prix : 5 francs.)\n  Les 339 pièces de ce volume, distribuées suivant l'ordre du Bréviaire et du\nMissel, constituent, dans la pensée de leur auteur, une anthologie de notre poésie\nchrétienne traditionnelle. M. Chevalier est un de nos savants les plus réputés; il le\nprouve du reste abondamment dans cette belle introduction à l'histoire de l'hymno­\nlogie catholique qui ouvre le livre; il avait donc tous les talents qu'il fallait pour\nmettre à la portée du grand public notre magnifique littérature liturgique... et\npourtant, qu'il nous permette de le lui dire, en toute sincérité et sympathie, le\nprésent volume n'atteindra pas ce but. Son livre sur la Poésie de l'Eglise est une\n"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3048, "texte": "                                         DURENDAL                                            65\n\nœuvre trop exclusivement savante; s'adressant à l'élite tout au plus. Nous ne\nsommes plus au temps où le peuple chantait lui-même à l'église, un latin liturgique\ncompris de tous. L'éducation du peuple est à refaire. Pour ce, un livre simple, avec\ntraduction intelligente, débarrassé de tout appareil extérieur de la science, est\nnécessaire. M. Chevalier peut nous donner ce livre, contenu en germe dans l'œuvre\nactuelle. Puisse ce souhait être entendu.\n                                                *\n                                            * *\n   L'histoire et l'esprit de l a l i t t é r a t u r e française a u m o y e n - â g e , critique\nidéale et catholique, par A. CHARAUX, professeur à l'Université de Lille. (DESCLÉE.\nPrix : 4 francs.)\n   L'auteur de ce livre entend faire « une histoire critique, philosophique, morale,\nreligieuse et sociale de la littérature française ».\n   Avoir une prétention et la justifier est l'impertinence de la force, prononce de\nBalzac. M. Charaux a cette impertinence de la force. Malheureusement il ne la\njustifie pas et sa tentative de critique idéale ou catholique n'est, au plus, qu'une\nbonne histoire littéraire, — comme on en a tant fait, — mais dont nous le félicitons\ntrès sincèrement pour la largeur d'esprit, la belle impartialité, l'enthousiasme\ncatholique qu'il y a mis.\n                                                *\n                                             * *\n   H o r s d u S i è c l e , par ALBERT GIRAUD. (LACOMBLEZ. Prix : 3 francs.)\n   Les poètes, a dit, je crois, d'Aurevilly, enfoncent les historiens. Ce mot n'est pas\nun paradoxe. Les historiens, quand par hasard ils ont cette puissance de l'histoire,\npeignent à froid, leurs couleurs sont du soleil mort. Les poètes, au contraire, — et\nje dis cela pour M. Giraud, à propos de ce livre dont le sous titre porte : Sous la\nCouronne, Devant le Sphynx —, les poètes peignent à chaud. E h ! même pourquoi\nparler couleur de ceux qui manient mieux que la couleur : le sang et le soleil,\ncelui-ci faisant bouillonner celui-là. Albert Giraud n'est pas qu'un descriptif, c'est\nun évocateur. Il vous met bien hors du siècle, sous Charles IX et Henri III, et\nl'illusion est telle, ou plutôt tel est le réalisme de l'évocation, que la dernière page\nlue, il faut un effort pour rentrer dans cette vie-ci. Il y a un instant les Mignons\nétaient là, Quélus vient de mourir, le Roi se désespère, Entraguet essaie en vain de\n le consoler, la Reine de Navarre n'est pas loin, Pierre de l'Estoile écoute aux\n portes... Giraud fait vivre et vit. Lui-même mêle son âme à l'âme du temps qu'il\n évoque. C'est Hamlet errant à la Cour des Valois, Hamlet qui s'oublie quelquefois\n à se poser des énigmes, à se ressouvenir de l'Evangile, à se désespérer avant\n Schopenhauer. Hors du Siècle, d'un poète, c'est déjà, suivant le mot de Bacon, une\nâme ajoutée aux choses; de Giraud c'est de l'art, et du meilleur, du plus grand,\n s'additionnant à la Vérité.\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1067, "texte": "66                                   DURENDAL\n\n   F l a m m e s et F l a m m è c h e s , par JEAN CASIER, un volume, chez LACOMBLEZ.\n   Notre ami Jean Casier ne se plaindra pas d'avoir eu une mauvaise presse. Le\n Bien Public, 1''Indépendant, la Revue Générale, le Magasin littéraire l'ont mené au\nCapitule en triomphe. Il ne saurait nous en vouloir de compléter la cérémonie en\njouant le rôle du romain, chargé de rappeler le triomphateur à la modestie.\n   Chacune des 52 pièces de ce recueil renferme une pensée belle ou touchante, c'est\nincontestable, — mais, hélas! cette pensée est invariablement trahie, à quelque\ntournant de phrase, par une expression assassine ou, ce qui est pis, ridicule.\nM. Jean Casier n'est qu'un demi poète, puisqu'il est impuissant à rendre le rêve qui\nle hante. Qu'il s'examine la conscience, littérairement, et il reconnaîtra, selon le\nmot pittoresque de Ed. Pilon, « qu'il mutile la douceur de son âme dans l'inutile\nparade des mots. »\n                                                                     POL DEMADE.\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-03-n3-006", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 66, "page_fin": 68, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature : Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde", "titre_sommaire": "Propos des Douze Pairs", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "apprenti d'art : Ton secret, ne le demande pas aux autres, c'est en toi-même qu'il faut le chercher.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 1067, "fin_caractere_exclue": 2548, "texte": "MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n     Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n\nL    E Journal des Gens de Lettres m'accuse d'avoir, dans mon conte Une Femme de\n      tête, imité Eune Entêtée d'un certain Descamps. Or je ne connais ni cette\nœuvre ni cet auteur. Qui me rendra le service de me les faire connaître?\n                                                                                 P.D.\n                                              *\n                                            * *\n\nM                                                                    er\n       ONSIEUR Jules Onraet publie dans la Quinzaine (n° du 1 janvier), sous le\n        pseudonyme de Villefranche, une fable au titre profondément suggestif :\nL'Huître incrédule.\n                                              *\n                                            * *\n\nL    e poète le plus délicat et le plus raffiné de la France ». Ainsi débute M. Camille\n       Renard, professeur à l'Académie royale des Beaux-Arts de Liége. (Bulletin\nbibliographique de la librairie Castaigne, mars 1894.) Le poète le plus délicat et le plus\nraffiné de la France! Vous vous imaginez tout de suite que ce doit être Musset,\nVerlaine Hérédia... Oyez la fin de la phrase : « A dit que ce qui se comprend bien\ns'énonce clairement. »\n   Boileau! le poète le plus délicat et le plus raffiné de la France! Ces professeurs\nsont d'une force surprenante. Il est vrai qu'ils se gardent bien de lire les œuvres de\n"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "                                     DURENDAL                                       67\n\nMonsieur, eh puis! leur esthétique est si rudimentaire qu'ils seraient très capables,\nles ayant lues, de prendre le Joseph Prudhomme du Parnasse pour quelqu'un en\nlittérature.\n   Rétablissons la vérité. Boileau n'est pas poète. Ce fut un homme d'un certain\nbon sens étroit qui eut le tort de mettre en vers, peu délicats et peu raffinés, des\naphorismes qui eussent gagnés à être énoncé en prose. Quant à sa fameuse phrase :\n                 « Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement\n                   Et les mots pour le dire arrivent aisément. »\n   Chacun sait par expérience ce qu'elle vaut !\n                                             *\n                                         *       *\n\nN    ous avons cru reconnaître déjà, au Magazin littéraire, Monsieur J . M. Ville-\n      franche sous le pseudonyme bien belge de Jules Onraet.\n                                             *\n                                         *       *\n\nM    ONSIEUR Valentin ne décolère pas contre Maurice Maeterlinck. Pensez donc :\n       le Maeterlinck s'enlève à plus d'éditions qu'il ne se liquide d'exemplaires du\nMonsieur Valentin.\n   Rédemption, il est vrai, a été sujette à deux éditions (encore faudrait-il savoir où\ndiable tout cela a passé !), mais Jules Lemaître ne dira jamais d'elle ce qu'il écrivait\n{Débats, 8 juillet 1894) de l'ensorcellant dramaturge gantois : « Je continue, je\nl'avoue, à subir le sortilège des petits drames de M. Maurice Maeterlinck. La Mort\nde Tintagiles ne m'a pas moins pris qu'Alladine ou Intérieur. »\n                                             *\n                                         *       *\n\nC    'EST une sottise de notre temps de vouloir faire des gens de lettres au collège,\n       dit quelque part Veuillot : les gens de lettres se font eux-mêmes, dans la vie;\nau collège on ne fait que des grimauds. » L'influence des académies sur la formation\ndes artistes est quelque chose d'analogue. Les artistes se font eux-mêmes en face de\nla nature, les académies ne produisent que des croûtes. Sait-on l'histoire de Puvis\nde Chavannes ? Elle repose de l'histoire de tant de peintres que la vocation tour­\nmentait déjà en nourrice.\n   Bourguignon par ses origines, Puvis de Chavannes naquit à Lyon, le 14 dé­\ncembre 1824. Sa famille aurait voulu le voir ingénieur. Docilement, il prépara\nl'Ecole polytechnique, fit une année de mathématiques spéciales. Mais, pressé par\nl'âge, il dut renoncer à l'école et abandonna les sciences.\n   — Et je vins à Paris, raconte le maître, sans projet bien arrêté, avec une envie\nvague de faire de la peinture.\n   Au bout de quelque temps, continue Puvis, j'allai trouver Ary Scheffer et lui\ndemandai de me conseiller. Il ne put me prendre avec lui et me présenta à son\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2651, "texte": "68                                   DURENDAL\n\nfrère. Henry Scheffer, qui avait beaucoup de talent et qui était le plus charmant\ncompagnon du monde, n'imposait pas à ses. élèves une très étroite discipline. Je\nn'étais pas encore possédé par le goût du travail et ma paresse seule profita de la\nliberté qui m'était laissée. Aussi, quand je partis pour l'Italie, quelques mois après,\nje ne savais, à vrai dire, rien. Mais à Florence, où je passai un an environ, seul\navec un camarade, je me mis à la besogne sérieusement. Je travaillais dans ma\nchambre, peignant, dessinant sans relâche d'après le modèle.\n    Il m'a toujours plu d'aller ainsi à l'aventure, abandonné à mon goût et n'écoutant\nque mon instinct. A part trois mois passés dans l'atelier de Couture, j'ai toujours\ntravaillé solitairement.\n    J'admire les Maîtres, certes, mais je n'ai pas vieilli dans les musées, allez! ni\ndans les bibliothèques. J'étais trop pressé de donner la liberté à ce qui s'agitait\nen moi.\n    Je n'avais pas trouvé ma voie du premier coup. Je travaillais depuis assez\nlongtemps déjà et j'accumulais les études (j'ai brûlé tout ça dernièrement, ça faisait\nun tas si gros que je le remuais avec une fourche), mais je n'avais pas encore une\norientation sûre, lorsque j'entrepris-la décoration d'une salle à manger de campagne.\n    Il me parut tout de suite que j'entrai dans un pays déjà connu de moi et, dès lors,\nj'ai continué à m'avancer sans hésitation...\n    C'est par un funeste préjugé, poursuit Puvis de Chavannes, qu'on conseille\n d'étudier les Maîtres afin d'apprendre d'eux le métier, les secrets de l'art. Mais en\nart il n'y a pas de métier, sorte de domaine commun, accessible à tous. Il n'existe\npas non plus, que je sache, de traité de rhétorique permettant à l'écrivain de trouver\n un style. Sous peine de n'être pas, il faut que l'écrivain, l'artiste, invententent leur\n style, leur métier. La seule chose qu'on puisse prendre des Maîtres, c'est leur\n naïveté, leur humilité devant la nature.\n     Hors de cette première vertu, qui est la mère de toutes, que peut-on demander\n aux Maîtres? Ils n'ont de transmissible que leurs défauts. Je ne connais guère que\n l'antique dont l'étude soit soit sans danger. Car l'antique, c'est la nature même.\n Allez ! Vous pouvez copier le torse de ['Illissus, sans craindre de prendre une\n manière.\n     Il me semble donc qu'il est imprudent de diriger de trop près l'admiration des\n jeunes gens. L'admiration doit aller librement. J'aime mieux la voir s'égarer que\n s'asservir.\n     Je dirais volontiers à l'apprenti d'art : Ton secret, ne le demande pas aux autres,\n  c'est en toi-même qu'il faut le chercher.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 54, "texte": "MARS   1895   (DEUXIÈME ANNÉE.)\n\n\n\n\n                                  'Dy&*h?fs\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "                   DURENDAL\n  REVUE CATHOLIQUE D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n\n\n                        ABONNEMENTS\nBelgique : un an. . - , . * fr. 5 . 0 0 | Étranger : un an             fr. 6 . 5 0\n                         Prix du numéro : 1 franc\n\n\n\n\n              Comité de rédaction de * Dnrendal » :\nMM. P O L DEMADE, HENRY CARTON DE WIART, l'Abbé HENRY MŒLLER.\n\n\n                            Collaborateurs :\nMM. EDMOND JOLY, WILLIAM RITTER, l'Abbé HECTOR HOORNAERT,\n     CHARLES BUET, HENRY BORDEAUX, M™ P .                      DEMADE, EDMOND\n     CARTON DE WIART, MAURICE DULLAERT, FÏRMIN VANDENBOSCH,\n     ADOLPHE HARDY, PAUL HAREL, VICTOR DENYN, MAURICE RANWEZ,\n     ERNEST PÉRIER, J, SOUDAN, MAURICE CLAEYS, JOSÉ HENNEBICQ,\n     LÉON L E JEUNE,       GEORGES VIRRÈS,         THOMAS BRAUN, JOSEPH\n     SERRE, PALSAC P .\n\n\n\n                    «Durendal» ne publie que de l'inédit\n        Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs articles\n\n\n                     LES MANUSCRITS N E SONT PAS R E N D U S\n\n\n\n\nToutes correspondances doivent être adressées à la Rédaction et Administration :\n                Rue Albert-de-la-Tour,            à Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": " Mars 1895                                                                     N° 3\n\n                                    DURENDAL\n\n\n\n\n                     PROJET D'INSTITUT\n                                         DE\n\n\n\n          CLERCS                               MINORÉS\n  L'article qu'on va lire s'écarte assez notablement du programme de cette Revue.\nToutefois nous avons cru bien faire en lui accordant l'hospitalité. L'Etude de\nM. l'abbé Henriet renferme diverses considérations intéressant l'Art religieux qui\ndevaient être dites et qu'il était utile surtout qu'un prêtre dît avec l'autorité de sa\nparole.                                                (NOTE DE LA RÉDACTION.)\n\n                                           I\n\n              ON ne peut, sans une véritable affliction, constater la\n              désolation d'innombrables églises.\n                  Combien sont mal tenues les sacristies !\n                  Avec quelles indifférence et indécence sont traitées trop\n              souvent les choses saintes !\n   De quelle manière pitoyable et ridicule, en bien des endroits, sont\ncélébrés les S ts -Mystères et les Offices sacrés !\n   Il est extrêmement pénible de voir des laïques gagés chargés du\nculte divin ; et encore ces laïques sont-ils souvent grossiers et d'une\nconduite peu régulière.\n   Quelle chose fâcheuse, qu'à l'autel, le prêtre soit assisté d'enfants\nmal instruits, de gens vulgaires qu'on n'a pas honte de revêtir d'orne­\nments sacrés, à qui on fait remplir des fonctions saintes pour lesquelles\nla Sainte-Eglise a établi des Clercs qu'elle y prépare par des Ordina-\ntions spéciales !\n   Combien les fidèles sont souvent victimes de la rapacité des sacris-\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "46                            DURENDAL\n\n\ntains, des employés des pompes funèbres, etc., en un mot de tous\nceux que les personnes du monde désignent ordinairement sous le\nnom de gens d'église !\n   Beaucoup de sacristies ont plus l'aspect d'un bureau d'administra­\ntion que d'un lieu choisi comme dépôt des vases et ornements sacrés.\n   Dans les pèlerinages, comment tolère-t-on que la piété des fidèles\nsoit exploitée d'une façon si indiscrète?\n   De là sans doute ces récriminations interminables contre le casuel.\n   Tout ceci est une pierre d'achoppement pour beaucoup de fidèles\npeu instruits qui ne veulent plus voir dans la religion qu'une affaire\nde commerce et dans une église qu'une banque d'un genre tout spécial.\n                                      *\n                                 *        *\n   Le chant de l'église est éminemment un chant populaire : il est fait\npour être exécuté par toute une assemblée de fidèles. Aussi est-ce un\ncontre-sens que de faire chanter l'office par quelques voix seulement.\nComment encore le chant est-il exécuté dans la plupart des églises\ndes petites villes et des campagnes? Dans les grandes villes, on a la\nprétention de faire de la musique religieuse! mais à vrai dire, ce n'est\nni de la musique sacrée ni de la musique profane ; c'est une espèce\nparticulière de musique bâtarde, le plus souvent de mauvais goût.\nLes compositeurs n'ont pas assez l'esprit de foi pour écrire de la\nmusique chrétienne : les artistes actuels connaissant à peine le plain­\nchant, ne le peuvent faire exécuter qu'en le dénaturant sans le vouloir.\n   Bref, ou le chant ecclésiastique est pitoyable ou mal compris et\ntrès mal rendu. Les églises font cependant de grands sacrifices\nd'argent pour monter des maîtrises où se forment des enfants de\nchœur qui n'attendent que le moment favorable de vendre au théâtre\nle talent que la religion leur a développé en y joignant une instruction\net une éducation qui les devaient mettre en état de la servir digne­\nment.\n                                  *       *\n Maintenant construit-on une église? on cherche avant tout le com­\nmode, le confortable : on n'a plus guère en pratique la science du\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                               DURENDAL                                47\n\nsymbolisme, on n'a plus ordinairement cette foi robuste qui enfanta\ntant de chefs-d'œuvre. On ne sait plus travailler comme autrefois des\ntabernacles, des reliquaires, des autels, des vases sacrés. Ceux qu'on\nadmire encore aujourd'hui sont dus au travail intelligent et pieux de\nquelques moines qui savaient apprécier la sainteté de la maison de\nDieu.\n                                       *\n                                   *       *\n   Ce n'est pas à dire qu'à l'heure présente, on ne rencontre pas de\nbelles choses dans certaines églises, des ornements et des vases sacrés\nd'une grande richesse et d'un travail achevé. Mais malheureusement\ntout ce qui se rapporte au culte est présentement tombé dans le\ndomaine du négoce. Il y a des magasins de vases sacrés comme des\nmagasins d'orfèvrerie et de bijouterie. Les passants voient en étalage\ndes calices, des ciboires, des ostensoirs avant de les voir sur l'autel.\n   Il y a des magasins de chasubles et de chapes comme d'habille­\nments de confection : on expose en montre des rochets et des aubes\ncomme des toilettes de bal et des trousseaux de mariées.\n   Les tableaux qu'on admire justement sont dus au pinceau de\n peintres pieux. Aujourd'hui on ne saurait presque plus faire un tableau\n de religion vraiment religieux par la conception et l'exécution. Un\ntableau de piété est-il commandé? Il se fera comme un autre, dans un\n atelier rempli de toiles souvent plus que profanes !\n                                       *\n                                   *       *\n   Tout ceci ne serait-il pas une des raisons qui font que tant de\n personnes regardent la construction, la décoration, l'ameublement\n d'une église, comme s'il s'agissait d'un palais de justice ou d'un hôtel\n de ville : les ornements sacrés dont se revêtent les prêtres qui célèbrent\n les Saints-Mystères, comme l'uniforme du soldat ou du fonctionnaire?\n                                       *\n                                   *       *\n   Ne serait-il pas à désirer que tout ce qui est nécessaire au culte\n divin fût fabriqué presque en secret, à l'ombre de l'église, sous les\n yeux et la bénédiction de ses ministres?\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "48                            DURENDAL\n\n  Qu'on se rappelle la piété avec laquelle les moines d'autrefois pré­\nparaient avec recueillement le vin du Saint-Sacrifice, façonnaient les\npains d'autel, purifiaient les linges sacrés!\n                                     *\n                                 *        *\n   D'une part la pauvreté des églises, d'une autre l'habitude routinière\nd'administrer les Sacrements avec le strict nécessaire de préparatifs\net de cérémonies diminuent chez les fidèles et chez les prêtres — je le\ncrains — le respect que tous leur doivent. Peu à peu, dans l'esprit\ndes fidèles, les cérémonies de l'Extrême-Onction et du Saint-Viatique,\nvont de pair avec l'apposition des scellés, et la liquidation des suc­\ncessions.\n\n\n                                     II\n\n\nI L est temps de rendre au culte la dignité qu'il mérite et que\n   réclament la sainteté de Dieu et l'autorité de l'Eglise. A l'époque\noù tant d'anciens ordres renaissent, où tant de nouvelles commu­\nnautés surgissent, quand toutes les misères humaines ont des asiles,\nJésus-Christ seul sera-t-il toujours délaissé dans ses temples?\n  N'est-il pas utile de faire revivre et d'utiliser les Ordres Mineurs\npar le moyen d'un Institut de Clercs Minorés?\n                                     *\n\n  Cet institut demanderait des sujets tout particuliers, des hommes\nayant un art ou un métier et de plus d'éducation et d'instruction con­\nvenables.\n  L e recrutement ne serait pas aussi difficile qu'on le pourrait\ncraindre au premier abord.\n  Il est des artistes et des artisans chrétiens peintres, musiciens,\nsculpteurs, architectes, archéologues, etc. Plusieurs peut-être se con­\nsacreraient volontiers au service de Dieu; mais jusqu'ici ils n'ont pas\nrencontré de congrégations dans lesquelles ils pussent conserver,\nexercer, perfectionner leurs talents.\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                               DURENDAL                                49\n\n  Convenons que dans les communautés existantes les artistes sont\nrares, et semblent des spécialités presque gênantes.\n   Les œuvres militaires envoient quelquefois en religion des soldats\nconvertis. C'est rare sans doute, mais ils n'ont guère de choix : unique­\nment des ordres de pénitence ou de contemplation ou ailleurs les\nvulgaires fonctions de frères servants. D'anciens soldats seraient très\npropres aux cérémonies, à la police, à la garde de l'église...\n   Souvent on voit sortir du séminaire des jeunes gens qui m a n q u e n t\nd'aptitude aux sciences ecclésiastiques, ils se pourraient rendre très\nutiles à la Sainte Eglise en la servant dans les Ordres Mineurs.\n  D'autres qui entrent dans les Ordres Sacrés feraient peut-être mieux\nde se contenter des moindres. Ils sont arrivés au séminaire après des\nétudes trop rapides et trop tardives : la piété, le zèle, la bonne\nvolonté ne suffisent pas toujours pour réussir dans le ministère sacer­\ndotal : les vocations contemplatives ne s'imposent pas. Les Ordres\nMineurs offriraient à plusieurs un juste milieu profitable.\n                                       *\n                                  *        *\n   Outre les exercices pieux essentiels à tout noviciat, les futurs clercs\ndevraient recevoir une instruction solidement chrétienne. Ils étudie­\nraient les Sacrements et les Sacramentaux surtout au point de vue\nliturgique et canonique ; la Liturgie aussi largement que possible ;\nl'Ecriture Sainte, en tant qu'explication du Psautier et des passages\ndes Livres Saints insérés au Bréviaire et au Missel ; l'histoire ecclé­\nsiastique principalement sous le côté hagiographique ; le plain-chant\nvocal et instrumental.\n                                       *\n                                   *       *\n  A toute communauté, il faut un esprit, une vie intime, une raison\nidéale de son existence.\n  N'est-il pas naturel que des hommes constitués par vocation les\ngardiens, les décorateurs, les amis, les défenseurs des Saints Autels,\nprient de parole et d'action, de cœur et de bouche, pour que tout ce\nqui a pris naissance au pied de ces mêmes autels persévère et se\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "50                              DURENDAL\n\n\nfortifie de jour en jour dans le monde? que Dieu trouve des âmes\ndévouées qui se donnent aux nombreuses œuvres qu'il a suscitées dans\nson Eglise pour la propagation de la foi, pour le soulagement des\nmalheureux, pour la sanctification des âmes, etc. En un mot, que la\nvie intime des Clercs Minorés reflète le souhait évangélique :\n  Rogate ergo Dominum messis, ut mittat operarios in messem suam!\n\n\n                                       III\n\n             les Clercs Minorés dans le vaste champ de travail qui,\nS    UIVONS\n      Dieu aidant, s'ouvrira devant eux.\n   Plusieurs pourront exercer leur art en demeurant dans la maison-\nmère, ou en ne la quittant que temporairement. Tels, les architectes,\npeintres...\n   D'autres pourront être attachés au service de grandes églises, et se\ncharger du lutrin, des orgues, de la sacristie.\n   D'autres devront installer des ateliers catholiques à l'instar des\nusines chrétiennes encouragées par les Congrès catholiques. Ils diri­\ngeront des ouvriers laïques dans la confection de tout ce qui a rapport\nau culte.\n  Statuaire, peinture sur verre, menuiserie, ébénisterie, serrurerie\nartistique, orfèvrerie, horlogerie, chasublerie, lingerie, facture d'orgues,\nfonderie de cloches.\n                                       *\n                                   *       *\n\n   Rien dans le culte n'a été laissé à l'arbitraire. On ne s'en douterait\npas à voir les licences que se permettent les fabricants laïques affran­\nchis de tout contrôle.\n   Par exemple : les orfèvres semblent généralement croire qu'ils sont\nconstitués vis-à-vis de l'Eglise dans une sorte d'indépendance et qu'au­\ncune règle n'existe qui comprime leur essor et leur fantaisie; il n'en\nest pas ainsi.\n   Les peintres, imagiers, sculpteurs, etc., ne s'inquiètent guère des\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                                DURENDAL                                5l\n\n\nprescriptions du Concile de Trente et du décret d'Urbain VIII qui\nsoumettent les images des saints au contrôle direct de l'évêque, et\nrejettent impitoyablement toute innovation, toute bizarrerie et tout\ncostume non conforme à la tradition.\n   De même pour les autres fournisseurs des églises.\n                                       *\n                                   *       *\n   Tout au contraire, les Clercs directeurs des ateliers catholiques, ne\nferaient rien exécuter sans qu'au préalable les dessins et les plans\nn'aient été soumis à l'approbation épiscopale. Ils se conformeraient\npour le choix et l'emploi des matières aux traditions et aux prescrip­\ntions de l'Eglise.\n                                  *        *\n   Il est bien regrettable de voir tant de faux dans nos églises : étoffes\nfausses, or faux,., presque toujours des imitations trompeuses, des\nsimulacres mensongers, au lieu de la vérité en tout et partout. Le\nnégoce y trouve son compte, assurément, mais le culte y perd de sa\ndignité. Il faudrait revenir au vrai, coûte que coûte : des matières\ntoujours vraies, plus ou moins riches, mais arrière tout clinquant.\n  Evidemment cette obéissance scrupuleuse à toutes les règles n'ai­\nderait pas beaucoup le succès financier : le gain résulte ordinairement\nde l'exploitation habile de tous les caprices, de toutes les fantaisies\nunie à une parfaite insouciance de toute règle. Les ateliers des Clercs\nMinorés né pourraient s'ouvrir et subsister qu'avec le secours d'une\nadhésion efficace de l'épiscopat, du clergé, de tous les catholiques\nsoucieux de reconnaître partout l'autorité de l'Eglise.\n\n                                   IV\n\n\nL    E besoin intime de rendre à l'Eglise son haut domaine sur tout\n      le matériel nécessaire au culte, est constaté par des efforts con­\nstants, quoique épars et isolés.\n   Dans beaucoup de communautés religieuses on fabrique des pains\nd'autel.\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "52                             DURENDAL\n\n\n   En 1869, M. l'abbé Michelier, curé de Perthes (Vaucluse), a établi\nsous sa surveillance une vaste fabrication de pains d'autel; un\nmécanisme particulier fut inventé, un outillage perfectionné a\nété monté au prix de 8,000 francs. « J'ai toujours, dit-il dans\nson prospectus, regardé comme une honte pour le clergé que les\npains d'autel fussent un article de boutique d'épicier comme dans\ntrop de localités. »\n   Plusieurs négociants du Midi se munissent d'approbations ecclé­\nsiastiques avant d'offrir leur vin pour le Saint Sacrifice, et de le\ncertifier vinum de vite.\n    Des fabriques d'églises, des séminaires cherchent à utiliser ainsi\ndirectement les produits de leurs vignes.\n    Les Religieux Prémontrés de Saint-Michel (près Tarascon) font\naussi du vin de messe. Ils s'occupent encore de la fabrication des\nbougies et cierges liturgiques.\n    Dans plusieurs communautés cloîtrées (Carmélites, Clarisses, Bon\n Pasteur...) on confectionne des ornements d'église.\n    A Nuits (Côte d'Or) des religieuses travaillent la lingerie d'autel.\n    Pour les Franciscaines du Dorat (Haute Vienne, diocèse de Limo­\n ges), la confection de lingerie et d'ornements, la fourniture de tout\n objet de culte sont le but exprès de leur fondation.\n    A Saint-Médard lez-Soissons, les sourdes-muettes ont, sous la direc­\n tion des Sœurs de la Sagesse, un ouvroir pour broderie, tapisserie\n d'ornements et bannières.\n    Au Mans, les Carmélites avaient établi un atelier de vitraux qu'elles\n ont dû céder, ne pouvant bientôt plus suffire aux commandes.\n    Pour la tenue des lutrins et des sacristies, nous avons' :\n    Les Frères de Saint Viateur (Lyon).\n    Les Frères de la Sainte Famille (Belley).\n    Les Frères Maristes (Paris).\n    Les Frères de la Doctrine chrétienne (Namy).\n    Une école de Saint-Luc a été fondée à Gand (Belgique) par un\n éminent artiste chrétien, M. Béthune. Elle est dirigée par des frères\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                                DURENDAL                                 53\n\nqui enseignent aux ouvriers l'art chrétien du moyen-âge appliqué aux\ndiverses industries.\n                                        *\n                                    *       *\n  Chaque congrès des Œ u v r e s catholiques ne m a n q u e pas de disserter\nsur l'art chrétien dans ses différentes applications : imagerie religieuse,\nchant ecclésiastique, peinture, statuaire.\n  Plusieurs maîtrises, écoles cléricales se sont établies auprès de\ncélèbres sanctuaires pour en rehausser les solennités.\n                                        *\n                                    *       *\n   Ces travaux, ces essais et ces vœux n'indiquent-ils pas suffisamment\nle besoin d'un centre au rayonnement puissant? n'inspirent-ils pas\nl'espérance et la prière?\n   Domine, opus tuum, vivifica illud!\n                                             L'Abbé E . H E N R I E T .\n\n\n\n\n                         LES MOIS\n                      LES    HETRES             DE   MARS\n\n                  es hêtres durs, et raides, haut le front,\n              L     Tremblent au vent qui fait crier la branche.\n               La couleur morne et sèche de leur tronc\n               Prend, vers le soir, une apparence blanche.\n               — La lune brille et le bois se déhanche. —\n               On croit ouïr les pleurs des bois blessés\n               Grinçants, des bois saignants, des bois cassés.\n               — L'averse bat les vitres de la chambre. —\n               Et l'eau se gonfle au creux des longs fossés.\n               — L'averse bat et le bois se démembre. —\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "54                     DURENDAL\n\n\n\n             LES CHANTS           D'AVRIL\n\n      Le ciel est vif et la joie est aux prés\n          Que le soleil fraîchit de sa lumière...\n     L'épine meurt aux ronces des fourrés\n     Et nous revient la clarté coutumière\n     Dans la campagne alerte et printannière.\n     Lors donc au val les-moutons turbulents\n     Sont descendus en longs troupeaux bêlants,\n     Abandonnant les vieilles bergeries.\n     Et le pasteur promène ses doigts lents\n     Sur les pipeaux où chantent les prairies.\n\n\n          LES FONTAINES           DE     JUIN\n\n       Au val heureux que flleurissent les thyms,\n           Les serpolets, les mauves, les lavandes,\n     Sonne la source aux fraîcheurs des matins,\n     Quand l'aube naît, rieuse, sur les landes,\n     Ou que le soir s'écrase au fond des brandes.\n     La source sonne en rires nets et doux,\n     La source sonne en passant sous les houx\n     Et fait, parfois, de larges mares claires\n     Où s'en viendront, par troupes, les bœufs roux\n     Boire et rêver aux ciels crépusculaires.\n                                         THOMAS BRAUN.\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "                                   DURENDAL                                                     55\n\n\n\n              LES INONDATIONS\n               Reculant dans la nuit leurs horizons lointains,\n               Les champs inondés font l'effet d'une lagune\n               Où nagent les reflets sinistres de la lune,\n               Où frémissent au vent des spectres incertains.\n\n               Sur notre âme inquiète où le deuil fait la nuit,\n               Un regard dort parfois comme une flamme morte,\n               Et des rêves d'ailleurs que le vent berce et porte\n               Passent comme un frisson sans évoquer de bruit.\n\n               Mais l'aube renaîtra qui chassera le soir.\n               Belles d'avoir souffert, nos âmes et les plaines\n               Souriront au printemps qui finira leurs peines.\n               N'aura-t-il pas tôt fait de les fleurir d'espoir?\n                                                   H.    CARTON DE W I A R T .\n     Janvier 1895.\n\n\n\n\n      Léon Bloy, le misérable.\n                     I. — ENTRE L'OMBRE ET LA LUMIÈRE\n                                            Ah ! Seigneur ! donnez-moi la force et le courage\n                                            De contempler mon cœur et mon corps sans dégoût !\n                                                                             BAUDELAIRE.\n\n\n        QUELQU'UN a dit : « Les confesseurs seraient les plus tragiques des roman­\n          ciers si Dieu, par un prodige sans cesse renouvelé, ne leur maintenait\n          obstinément les lèvres closes. » Cette affirmation constituera sans doute\nun dès attendu motivant le jugement suprême des Assises de la vallée de Josaphat,\n— aujourd'hui c'est une phrase vaine. On aurait même le droit de se demander si\nDieu, brisant les scellés de ce tombeau vivant qu'on appelle une bouche de prêtre,\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "56                                   DURENDAL\n\nil en sortirait autre chose que ce qui sort d'une tombe, c'est-à-dire du silence. Le\npéché est un gouffre dont l'épouvantement est intraduisible.\n   Léon Bloy doit se sentir tranquille : le secret de la confession est bien gardé, et,\ndu colloque sacramentel qui se tint, entre l'ancien communard qu'il était et quelque\nsaint prêtre demeuré inconnu, le jour où la grâce de Dieu piqua d'une lueur d'espé­\nrance le bagne d'ignominie où il croupissait, de ce colloque, rien ne transpirera\njamais. C'est heureux pour Bloy. Il est à supposer cependant qu'à côté de ces\nconfidences d'âme, l'autobiographie du Désespéré, si orgiaque de malpropreté\nmorale, est d'une teinte infiniment dégradée. Lucifer fut véritablement lésé dans\nses plus chers intérêts quand on lui confisqua cette âme qu'il devait croire sienne\npour avoir pris sur elle d'irrévocables avancements d'hoirie.\n   Au surplus, je suis chrétien d'assez de profondeur pour savoir que le sacrement\nde pénitence est de toute efficacité pour défanger la plus boueuse des âmes.\n   Bloy se convertit et nous devint frère.\n   Ce n'était pas, pour le catholicisme, une recrue banale que celle de ce barbare.\nOn le vit bien, quelques années après, quand il s'installa dans la Littérature. Il\napportait, au service de la Justice et de la Vérité, la plus formidable plume de ce\nsiècle et même d'une dixaine d'autres.\n   Je n'ai donc rien à retirer des éloges que je lui ai adressés autrefois, et même, à\ncette heure, où j'assiste, plus navré encore qu'indigné, à la déchéance de celui que\nj'appelais naguère « l'Ange exterminateur », je confesse que, même tombé sous la\nboue, Léon Bloy garde encore quelque splendeur satanique.\n\n\n\n                        IL   — U N SPADASSIN DE LETTRES.\n\n                                                        Fonçons un peu sur cette chiennaille.\n                                                                                     JOINVILLE.\n\n\n         u reste, Léon Bloy est tombé comme jadis les Anges, par orgueil.\n\n D           Ce puissant de la Parole Ecrite, — j'allais dire : ce Roi Salomon de\n          l'Ecritoire, — eut l'honneur de naître à peu près pauvre et de synthétiser\nen sa personne étrange la plus magnifique opulence d'en haut avec la plus parfaite\ngueuserie d'en bas.\n  Malheureusement, ou heureusement, le génie est d'un placement difficile. Il fallait\nvivre pourtant. Bloy choisit la carrière qui s'accordait le mieux avec son incurable\nparesse : il se fit mendiant.\n  On pense bien qu'il ne fut pas un Par-les-chemins ordinaire et je n'ai pas besoin\nde faire remarquer qu'il ne tendit pas la main sous le porche des églises.\n  Il s'alla poster le long d'un chemin dont seuls les élus de la misère savent tout le\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "                                     DURENDAL                                       57\nrapport : la littérature. Ils ont grand cœur d'ordinaire, les chevaliers de la plume,\net bien que leur bourse toujours très légère les gêne peu, dans le voyage vers la\ngloire, ils la vident volontiers en route...\n   Si Léon Bloy s'en était tenu à la mendicité pure, nous n'aurions rien à lui\nreprocher; il ne serait justiciable que de Celui qui sonde les cœurs et les reins. Peu\nnous importe, en effet, de savoir que ce gueux-ci a achevé d'user les dix ou\nvingt 'mille culottes, défraîchies seulement, en cette seconde moitié du XIXe siècle,\npar les gens de lettres charitables; peu nous importe qu'il ait porté les vieux\npantalons de Veuillot, de Féval, d'Hello, de Barbey d'Aurevilly, de Bourget et de\nquelques autres dont l'énumération, fastidieuse ici, serait facilement remplaçable\npar une simple lecture du Boitin pour la France ou de [''Annuaire Rozez pour la\nBelgique (1). Encore une fois, ceci ne nous regarderait pas, non plus que l'inutile\ngaspillage qu'il a fait d'une subsistance qui aurait pu servir à l'apaisement de faims\nplus pressantes que la sienne... Ce que nous reprochons à Bloy, ce n'est pas d'avoir\nmendié ou vécu d'aumônes, mais d'avoir brigandé.\n   Bloy avait trop d'orgueil pour demeurer simple mendiant; en effet, il s'éleva au\ngrade de spadassin de lettres et devint, en très peu de temps, en littérature,\nquelqu'un comme le Vieux de la Montagne. Du premier coup il conquit la maîtrise.\nJ'avoue cependant que son dernier crime, — celui qui est l'occasion de cet article\nde justice, — est vraiment de la plus superbe ignominie et dépasse de cent coudées\ntous ces précédents exploits.\n   Sur la couverture noir mat d'une brochure in-8° carré, s'étale, en majuscules\ndorées, cette phrase d'épouvante :\n\n\n                      Ici, on assassine\n                              les Grands Hommes.\n   Thésée dut être frappé par quelqu'inscription analogue le jour où il heurta, de sa\nmassue vengeresse, la porte de la caverne où Procuste, le brigand fameux de\nl'Attique, menait tous les voyageurs et les étendait sur son lit, leur coupant les\njambes quand elles dépassaient la mesure, ou les étirant jusqu'à les briser lorsqu'elles\nétaient trop courtes.\n   Léon Bloy, lui, travaille dans les réputations... Et, derrière cette porte à enseigne\nsinistre, clans la caverne littéraire où il convie le public, il lie dos à dos, pour de\nsavantes tortures : Ernest Hello et Madame Hello.\n\n   (1) Authentique.\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "58                                                DURENDAL\n\n  On n'aura idée des raffinements dont use le spadassin que par ce qu'il dit\nlui-même de ses procédés :\n   « Le réel, proclame-t-il, c'est de trouver des épithètes homicides, des métaphores\nassommantes, des incidentes à couper et triangulaires. Il faut inventer des cata-\nchrèses qui empalent, des métonymies qui grillent les pieds, des synecdoques qui\narrachent les ongles, des ironies qui déchirent les sinuosités du rable, des litotes qui\nécorchent vif, des périphrases qui émasculent et des hyperboles de plomb fondu.\nSurtout il ne faut pas que la mort soit douce... Enfin, l'essentiel, c'est de faire\nsouffrir et, de tous les instruments de torture morale, la plume d'un bon journaliste\nest encore ce qu'il y a de mieux. »\n   Cette « esthétique tortionnaire », comme il l'appelle lui-même, était applicable à\nquelques chenapans célèbres dont il était urgent de débarrasser les abords du\nchristianisme, et Bloy ne s'en fit point faute; — malheureusement l'orgueil, un\nincommensurable orgueil « lui tourna la tête » dans la direction des gouffres de\nténèbres et celui qui s'intitulait « l'Ambassadeur de Dieu » trouva bientôt « que le\nmeilleur régal du diable c'est une innocence (1). Pour qu'on mérite les supplices\nprécédemment décrits, deux titres sont requis : celui d'innocent d'abord, celui de\nbienfaiteur personnel du bourreau ensuite.\n   Je ne sache pas, malgré la plus minutieuse enquête, qu'on ait jamais rendu\nimpunément service à Léon Bloy.\n   Malgré le dégoût que j'éprouve d'avance, je suis contrains de citer des faits,\nsinon on ne croirait pas.\n   Ah ! l'homme est une vilaine bête.\n   Léon Bloy a reçu des Chartreux, à diverses reprises, de forts subsides pour\nécrire sur N. D. de la Salette un livre qu'il avait solennellement promis d'écrire et\nqu'il n'a jamais écrit.\n   Paul Féval, Louis Veuillot, Rodolphe Salis (2) l'ont soutenu, de mille sortes\npendant des années, — Bloy les a successivement bafoués et insultés.\n  Il a écrit des articles immondes contre les amis de Barbey d'Aurevilly, contre\n  lle\nM Read, contre Landry, qui l'empêchèrent dix ans de crever de misère et de faim.\n  Ernest Hello et Mme Hello l'ont secouru dans la mesure de leurs forces; ils ont\ncherché à L. Bloy un emploi où il put honorablement gagner la vie et le misérable\nvient de publier à leur endroit un article que le dernier des goujats renoncerait\nà signer.\n  Si le diable n'était pas dans l'affaire il faudrait renoncer à comprendre, à moins\n\n   (1) BAHDEY D'AUREVILLY.\n   (2) R. SALIS a été successivement sous sa plume : « Le Gentil homme cabaretier, un reitre épique \" — (et plus tard\n— « un répugnant industriel, un mascarille, un bas laquais. »\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "                                               DURENDAL                                                   59\n\nde supposer que Bloy ne soit un cas exceptionnel de tératologie humaine et qu'il\nporte, en sa poitrine, une crapaudière, à la place du cœur. Mais faut-il chercher une\nautre explication que l'orgueil au sujet de l'homme qui va répétant partout :\n« Il n'existe pas un prêtre digne de me confesser. » « J e suis la seule voix éloquente\nque possède aujourd'hui l'Église. » « J e suis l'épée du Seigneur qui se lamente en\nesprit et en vérité. »\n  « L'égoîsme superlatif — a dit un homme dont Bloy ne récusera pas le témoi­\ngnage : Roselly de Lorgues, — cette préférence de soi à toute chose, qui se nomme\nOrgueil, contient le germe de tout crime. Initimn omnispeccati superbia (1) ».\n\n\n\n                           III.   —    L A DAMNATION DE         L'ARTISTE...\n\n                                                                 Heureux ceux qui trouvent l'enfer ici bas.\n                                                                                               BALZAC\n\n\n\n\nE\n          T cette exagération de l'amour propre (continue Roselly de Lorgues) qui\n           nous pousse à nous estimer par dessus tout, à nous préférer au reste de la\n            Création, souvent même au Créateur, peut s'accroître jusqu'à s'embraser\nsoudain, à ravager l'intelligence dans un instant, comme une éruption volcanique. »\n  Aucun doute n'est permis — hélas! — Léon Bloy est bien réellement ce ravagé\nde l'intelligence. Ses dernières publications sont d'un dément et nous voyons se\nréaliser, en ce misérable, la terrifiante aventure du Roi de Babylone narrée par\nDaniel :\n  « Nabuchodonosor ex hominibus adjectus est, et fœnum ut bos comedit, et rore cœli\ncorpus ejus infectum est.\n  « Nabuchodonosor fut chassé d'entre les hommes et il mangea du foin comme le\nbœuf et la rosée du ciel vint tremper son corps. »\n  Sous ce rapport, je ne sais rien de douloureux comme le parallèle qu'on fait\ninvolontairement entre les pages écrites par Bloy il y a cinq ou six ans, sur\nErnest Hello — et celles tracées hier, à propos du même écrivain.\n  « Écrivez mon nom sur la poussière des grand routes que vous allez parcourir,\ncomme le nom de celui qui ne peut pas se passer de voir et de toucher ce qu'il a\ndemandé et voulu, parle Ernest Hello dans une lettre à Léon Bloy.\n  Vous crierez mon nom au fond de tous les abîmes et du sommet de toutes les\nmontagnes, comme le nom de celui qui veut absolument voir, voir, voir sur la terre\nce qu'il a demandé !\n  Et vous placerez mon nom sur toutes les lèvres, même les moins éloquentes,\n\n  (1) De ta mort avant l'homme, par ROSELLI DE LORGUES, 1841.\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "6o                                      PURENDAL\n\nmême les plus médiocres, afin _que tout, à la fois dise et crie mon éternelle récla­\nmation. »\n   Il y a cinq ou six ans, Bloy paraissait comprendre ces paroles, il disait :\n    « Il faudrait être un tragique grec pour raconter les douleurs de ce cnrétien\n(Hello) que le seul mot de résignation faisait éclater en rugissements et qui croyait\nsincèrement que la gloire de Dieu sortirait de sa propre gloire (1). »\n   C'était cela ou à peu près. Ernest Hello, en effet, s'épouvantait de l'indifférence\ndes hommes vis-à-vis de la Parole de Dieu que ses œuvres commentaient. Il ambi­\ntionnait la gloire, certes, mais à la manière du psalmiste : Non nobis, Domine, sed\nnomini tuo da gloriam.\n    Cette parole Hello continue de la prononcer, avec la sonorité solennelle de la\nmort. Mais c'est en vain, Bloy ne l'entend plus.\n    « On a vu — déraisonne Bloy, dans un récent écrit sur Hello — on a vu ce famé­\nlique de la Splendeur parcourir les bureaux de rédaction, s'offrir du matin au soir,\n à l'insolence des cochons de plume, dans l'espérance, toujours déçue, d'en obtenir\nquelques sales lignes!... Il eut espéré le règne de Dieu, d'un Lepelletier ou d'un\n Chincholle!... \"\n    Hello, le Réclamier de Dieu... Bloy ne comprend pas!\n    Cette situation, comparable à la tentative de Véronique, dont elle est une transpo­\n sition moderne, non seulement Bloy n'en comprend pas le grandiose, mais elle le\n met hors de lui-même.\n    Jésus-Christ, a dit Pascal, sera en agonie jusqu'à la fin des siècles. Or, Ernest\n Hello qui sait, à n'en pas douter, que la Passion se renouvelle chaque jour, est\n accouru pour voir le Christ en marche vers le Calvaire et passant sur le front de\n l'humanité. Hello est là, mêlé à la foule compacte des penseurs, artistes de tout\n genre et de toute valeur. Et on croit l'entendre crier : Celui qui passe là bas devant\n nous, traînant une croix, c'est mon Maître, c'est notre Maître à tous, c'est la Voix,\n la Vérité, la Vie. Cependant, autour de lui, les hommes demeurent indifférents ou\n hostiles. Alors Hello, que navre la douleur de son Sauveur abandonné, tente des\n efforts surhumains pour fendre la foule. Ses tentatives sont infructueuses. Ce que\n voyant, il demande, il supplie ceux qui l'entourent, de lui ouvrir leurs rangs, de lui\n faire au moins un passage, si petit soit-il, afin qu'il aille essuyer la Face Doulou­\n reuse de son maître, comme Véronique, ou le soulager en partageant sa croix,\n comme le Cyrénéen.\n  Léon Bloy hausse les épaules devant ces cris et devant ces efforts         il déclare\nqu'Hello est « devenu la proie d'un sophisme de dérision. »\n\n\n     (1) Brelan d'Excommuniés, p. 54.\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                                                   DURENDAL                                                           61\n\n   Quel trait citer après celui-là!\n   Bloy, s'emporte comme un fou furieux, au seul nom de Joseph Serre, l'auteur\nd'un livre sur Hello. Le seul tort de Serre, si toutefois on peut appeler cette attitude\nun tort, est d'être passé silencieux devant l'énergumène. Il ne l'a pas cité dans son\nlivre. Voilà tout son crime.\n   Enfin, que Léon Bloy se soit conduit comme un ignoble gredin et un gifflable\npied plat vis-à-vis d'une femme, que la plus élémentaire bienséance, à défaut de\nsentiment chevaleresque, ordonnait de respecter, qui s'en étonnera! Nous devons\nà Madame Hello, écrivais-je l'an dernier, une reconnaissance éternelle pour ceci :\nqu'elle épousât Hello malade et promis à une mort prochaine, et le soutint du\nréconfort d'une si puissante tendresse qu'il vécut trente ans encore pour la gloire\ndu Christ et l'honneur des lettres. C'était le témoignage que lui rendait Hello\nmourant.\n   « Trente ans ! s'écrie Léon Bloy, le misérable. Il eût mieux valu, Madame, ne le\nlaisser vivre que dix ans, et que ces dix ans eussent été d'un homme. »\n   Encore une fois, c'est de la démence la plus crevant les yeux. Les trente pages\nécrites par Bloy sous ce titre sinistre : Ici on assassine les Grands Hommes, sont de\nla première à la dernière ligne l'œuvre de la déraison. C'est à peine s'il leur\nmanque, pour dissiper un dernier doute, à la place du nom de l'éditeur, le timbre\nde l'Asile où leur auteur, d'urgence, a été colloque...\n   Quelle catastrophe ! ou plutôt quelle punition ! et pourtant, il faut conclure, avec\nBalzac : « Heureux ceux qui trouvent l'enfer ici-bas. »\n                                                                                               POL DEMADE.\n\n                 PETITS                 MÉMOIRES                          POLITIQUES\n                                     D'ARCHANGE D U P E Q U E U X (1)\n\n\n\n        ARCHANGE Dupéqueux, décédé à Cancanville,   nous ayant institué son légataire\n      universel et son exécuteur testamentaire, nous commençons, aujourd'hui,\nconformément à ses dernières et sacrées volontés, la publication des papiers qu'il\nnous a laissés sous ce titre : Les Mémoires politiques d'Archange Dupéqueux. Nous\navons reproduit scrupuleusement le manuscrit de notre ami, dans sa forme pitto-\n\n    (1) Durendal ne s'occupe point de politique; si elle consent à publier les \" Petits Mémoires politiques d'Archange Dupé\n queux » c'est en raison de leur très haut cachet d'intellectualité. (N. D. L. R.)\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": " 62                                  DURENDAL\n\n\nresque, sans y rien ajouter et en y retranchant que deux ou trois phrases un peu\nvives sur les hommes de l'époque, — mots et appréciations trop personnelles, —\nque notre ami aurait vraisemblablement modifiés lui-même si la mort n'était venue\nle prendre aussi brusquement.\n\n                               MES     PRINCIPES\n  Un homme qui veut faire de la politique doit bien se convaincre de ceci :\nLorsqu'on ne veut pas être réduit à se laver les mains, au moins de temps en\ntemps, il ne faut pas se mettre dans la politique.\n\n  Le cas de Ponce Pilate est à méditer au seuil d'une carrière politique.\n  Il s'était sali les mains, rien de plus naturel, — mais pourquoi se les laver en\npublic ?\n\n  Quand on est bon à rien, on est encore bon à cela : la politique.\n\n  Lavez un charbonnier, il voudra se mettre dans le parlement, et il n'aura pas\nchangé de métier, le politicien étant, par essence, l'homme qui noircit et se noircit.\n\n  Tant qu'il y aura un parlement dans une nation, il y aura des gens qui achè­\nteront et d'autres qui se vendront.\n\n  Judas est un politicien qui a mal tourné.\n\n  En politique si on cesse une minute d'avoir du toupet on est fini !\n\n  Celui qui a dit, que la liberté était une guitare, a dit une grosse vérité.\n  Voyez la Presse. On la dit libre.\n  Quand on parle à un journaliste de restriction à apporter à la liberté de la\nPresse : il gueule, et quand un reporter à deux sous la ligne, parle d'exprimer\ndans les colonnes de son journal, son avis très net sur l'origine d'un feu de\ncheminée : il engueule. Le journaliste entend être libre, mais il ne veut pas qu'on\nle soit.\n  On représente la Liberté par une femme généralement peu vêtue; — serait-ce\nparce que la Liberté est une dévergondée? Peut-être.\n\n  Au village on fait de la politique en détail. Ce n'est pas plus propre. Un pou est\ntoujours un pou, sur une souris comme sur un éléphant.\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                                      DURENDAL                                                63\n\n   « Celui qui a dit que la première qualité d'un politique était de savoir changer\nd'avis a dit une grande vérité. » — Ainsi parle Joseph De Maistre. — Malheureuse­\nment beaucoup de politiciens manquent de cette essentielle qualité, à preuve ce mot\nde Gladstone : « J'ai dans ma carrière politique entendu au moins 8,000 discours.\nSur ce nombre, il n'y en a eu que trois qui m'aient fait changer d'opinion... mais\npas de vote. »\n\n  Les honnêtes gens parlent de leurs vices, les autres de leurs vertus.\n\n  On ne s'imagine pas assez la toute puissance de la médiocrité.\n\n  Les médiocres ne devant pas descendre de beaucoup, se trouvent tout de suite au\nniveau nécessairement bas de la politique.\n                                                                   PALSAC,\n                                              Exécuteur   testamentaire   d'Archange   Dupéqueux.\n\n\n\n\n                 Roche Tarpéienne et Capitole\n\n   A m e s m o d e r n e s , par HENRY BORDEAUX. (Un vol., PERRIN, Paris, 3.50.)\n   Nous avons publié, à cette même place, l'an dernier, sur Henry Bordeaux, une\npage que nos lecteurs n'ont peut-être pas tout à fait oubliée. « L'auteur, disions-\nnous, est un des meilleurs écrivains de la jeune école catholique contemporaine. Il\npossède ces dons d'enthousiasme et d'amour qui font le vrai critique, etc., etc. »\nNous n'avions de l'auteur, à cette époque, pour établir notre jugement, que des\npages éparses sur l'Art et la Littérature. C'est d'hier seulement que nous avons une\nœuvre, ce volume des Ames modernes. Nous ne changerons rien à notre jugement.\nL'arbre en fruits réalise toutes les promesses de l'arbre en fleurs. Voici de la\ncritique comme nous l'aimons, de la critique qui a des nerfs, du sang, du cœur, de\nla vie enfin — et, ce n'est pas tout : de la critique qui aime la vie, que la vie intrigue\net passionne.\n   L'intérêt de ce livre, en effet, — nous ne ferons qu'indiquer, il faut lire soi-même,\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "64                                     DURENDAL\n\n— consiste en ce que Bordeaux a cherché, dans les œuvres de ceux qu'il juge,\n« les lambeaux saignants de leur cœur que tous les écrivains portent dans leurs\nœuvres », et que les ayant trouvés, il-les découvre délicatement devant nous, ces\nlambeaux qui sont quelque chose des âmes non vulgaires d'Ibsen, de Loti,\nd'Hérédia, de Lemaître, de Villiers de l'Isle Adam.\n                                       . . .\n  Voilà certes de la grande critique et il faut louer sans réserve M. Bordeaux de\nnous en avoir donné la joie...\n                                                    *\n                                                   * *\n  L e D r o i t p r i v é et l a Q u e s t i o n sociale. — Discours prononcé à la Fédération\ndes Avocats belges, le 23 décembre 1894, par HERMANN D E BAETS. (SIFFER,\nGand, 0.50.)\n  Encore que cette brochure soit étrangère au programme de notre revue, nous en\nrecommandons chaleureusement la lecture à tous nos amis. Il y a, pour tous, profit\nà lire de nobles pensées noblement dites.\n                                                    *\n   L'Origine d e s Contes p o p u l a i r e s , par CHARLES MARTENS. — M. Charles\nMartens a réuni en plaquette les si curieuses études sur l'origine des contes popu­\nlaires qu'il a données (en 1894) à la Revue Néo-Scholastique. Ce travail, entrepris\nensuite de la lecture du livre de Joseph Bédier : Les Fabliaux, études de littérature\npopulaire et d'histoire du moyen-âge, est plein d'aperçus intéressants, de remarques\npiquantes, d'observations judicieuses. C'est à la fois l'œuvre d'un aimable cher­\ncheur et d'un lettré délicat. M. Ch. Martens possède admirablement son sujet,\nc'est un charme qu'étudier avec un tel guide; nous espérons qu'il n'en restera pas\nà ce début et qu'il édifiera l'œuvre dont ceci est tout au plus le portique.\nL'histoire de la littérature populaire! La matière est séduisante. Laissez-vous\nséduire, M. Martens.                                      '\n                                               *\n                                           *       *\n  La poésie liturgique traditionnelle de l'Eglise catholique en Orient,\npar ULYSSE CHEVALIER. (DESCLÉE. Prix : 5 francs.)\n  Les 339 pièces de ce volume, distribuées suivant l'ordre du Bréviaire et du\nMissel, constituent, dans la pensée de leur auteur, une anthologie de notre poésie\nchrétienne traditionnelle. M. Chevalier est un de nos savants les plus réputés; il le\nprouve du reste abondamment dans cette belle introduction à l'histoire de l'hymno­\nlogie catholique qui ouvre le livre; il avait donc tous les talents qu'il fallait pour\nmettre à la portée du grand public notre magnifique littérature liturgique... et\npourtant, qu'il nous permette de le lui dire, en toute sincérité et sympathie, le\nprésent volume n'atteindra pas ce but. Son livre sur la Poésie de l'Eglise est une\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                                         DURENDAL                                            65\n\nœuvre trop exclusivement savante; s'adressant à l'élite tout au plus. Nous ne\nsommes plus au temps où le peuple chantait lui-même à l'église, un latin liturgique\ncompris de tous. L'éducation du peuple est à refaire. Pour ce, un livre simple, avec\ntraduction intelligente, débarrassé de tout appareil extérieur de la science, est\nnécessaire. M. Chevalier peut nous donner ce livre, contenu en germe dans l'œuvre\nactuelle. Puisse ce souhait être entendu.\n                                                *\n                                            * *\n   L'histoire et l'esprit de l a l i t t é r a t u r e française a u m o y e n - â g e , critique\nidéale et catholique, par A. CHARAUX, professeur à l'Université de Lille. (DESCLÉE.\nPrix : 4 francs.)\n   L'auteur de ce livre entend faire « une histoire critique, philosophique, morale,\nreligieuse et sociale de la littérature française ».\n   Avoir une prétention et la justifier est l'impertinence de la force, prononce de\nBalzac. M. Charaux a cette impertinence de la force. Malheureusement il ne la\njustifie pas et sa tentative de critique idéale ou catholique n'est, au plus, qu'une\nbonne histoire littéraire, — comme on en a tant fait, — mais dont nous le félicitons\ntrès sincèrement pour la largeur d'esprit, la belle impartialité, l'enthousiasme\ncatholique qu'il y a mis.\n                                                *\n                                             * *\n   H o r s d u S i è c l e , par ALBERT GIRAUD. (LACOMBLEZ. Prix : 3 francs.)\n   Les poètes, a dit, je crois, d'Aurevilly, enfoncent les historiens. Ce mot n'est pas\nun paradoxe. Les historiens, quand par hasard ils ont cette puissance de l'histoire,\npeignent à froid, leurs couleurs sont du soleil mort. Les poètes, au contraire, — et\nje dis cela pour M. Giraud, à propos de ce livre dont le sous titre porte : Sous la\nCouronne, Devant le Sphynx —, les poètes peignent à chaud. E h ! même pourquoi\nparler couleur de ceux qui manient mieux que la couleur : le sang et le soleil,\ncelui-ci faisant bouillonner celui-là. Albert Giraud n'est pas qu'un descriptif, c'est\nun évocateur. Il vous met bien hors du siècle, sous Charles IX et Henri III, et\nl'illusion est telle, ou plutôt tel est le réalisme de l'évocation, que la dernière page\nlue, il faut un effort pour rentrer dans cette vie-ci. Il y a un instant les Mignons\nétaient là, Quélus vient de mourir, le Roi se désespère, Entraguet essaie en vain de\n le consoler, la Reine de Navarre n'est pas loin, Pierre de l'Estoile écoute aux\n portes... Giraud fait vivre et vit. Lui-même mêle son âme à l'âme du temps qu'il\n évoque. C'est Hamlet errant à la Cour des Valois, Hamlet qui s'oublie quelquefois\n à se poser des énigmes, à se ressouvenir de l'Evangile, à se désespérer avant\n Schopenhauer. Hors du Siècle, d'un poète, c'est déjà, suivant le mot de Bacon, une\nâme ajoutée aux choses; de Giraud c'est de l'art, et du meilleur, du plus grand,\n s'additionnant à la Vérité.\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "66                                   DURENDAL\n\n   F l a m m e s et F l a m m è c h e s , par JEAN CASIER, un volume, chez LACOMBLEZ.\n   Notre ami Jean Casier ne se plaindra pas d'avoir eu une mauvaise presse. Le\n Bien Public, 1''Indépendant, la Revue Générale, le Magasin littéraire l'ont mené au\nCapitule en triomphe. Il ne saurait nous en vouloir de compléter la cérémonie en\njouant le rôle du romain, chargé de rappeler le triomphateur à la modestie.\n   Chacune des 52 pièces de ce recueil renferme une pensée belle ou touchante, c'est\nincontestable, — mais, hélas! cette pensée est invariablement trahie, à quelque\ntournant de phrase, par une expression assassine ou, ce qui est pis, ridicule.\nM. Jean Casier n'est qu'un demi poète, puisqu'il est impuissant à rendre le rêve qui\nle hante. Qu'il s'examine la conscience, littérairement, et il reconnaîtra, selon le\nmot pittoresque de Ed. Pilon, « qu'il mutile la douceur de son âme dans l'inutile\nparade des mots. »\n                                                                     POL DEMADE.\n\n\n               MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n     Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n\nL    E Journal des Gens de Lettres m'accuse d'avoir, dans mon conte Une Femme de\n      tête, imité Eune Entêtée d'un certain Descamps. Or je ne connais ni cette\nœuvre ni cet auteur. Qui me rendra le service de me les faire connaître?\n                                                                                 P.D.\n                                              *\n                                            * *\n\nM                                                                    er\n       ONSIEUR Jules Onraet publie dans la Quinzaine (n° du 1 janvier), sous le\n        pseudonyme de Villefranche, une fable au titre profondément suggestif :\nL'Huître incrédule.\n                                              *\n                                            * *\n\nL    e poète le plus délicat et le plus raffiné de la France ». Ainsi débute M. Camille\n       Renard, professeur à l'Académie royale des Beaux-Arts de Liége. (Bulletin\nbibliographique de la librairie Castaigne, mars 1894.) Le poète le plus délicat et le plus\nraffiné de la France! Vous vous imaginez tout de suite que ce doit être Musset,\nVerlaine Hérédia... Oyez la fin de la phrase : « A dit que ce qui se comprend bien\ns'énonce clairement. »\n   Boileau! le poète le plus délicat et le plus raffiné de la France! Ces professeurs\nsont d'une force surprenante. Il est vrai qu'ils se gardent bien de lire les œuvres de\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                                     DURENDAL                                       67\n\nMonsieur, eh puis! leur esthétique est si rudimentaire qu'ils seraient très capables,\nles ayant lues, de prendre le Joseph Prudhomme du Parnasse pour quelqu'un en\nlittérature.\n   Rétablissons la vérité. Boileau n'est pas poète. Ce fut un homme d'un certain\nbon sens étroit qui eut le tort de mettre en vers, peu délicats et peu raffinés, des\naphorismes qui eussent gagnés à être énoncé en prose. Quant à sa fameuse phrase :\n                 « Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement\n                   Et les mots pour le dire arrivent aisément. »\n   Chacun sait par expérience ce qu'elle vaut !\n                                             *\n                                         *       *\n\nN    ous avons cru reconnaître déjà, au Magazin littéraire, Monsieur J . M. Ville-\n      franche sous le pseudonyme bien belge de Jules Onraet.\n                                             *\n                                         *       *\n\nM    ONSIEUR Valentin ne décolère pas contre Maurice Maeterlinck. Pensez donc :\n       le Maeterlinck s'enlève à plus d'éditions qu'il ne se liquide d'exemplaires du\nMonsieur Valentin.\n   Rédemption, il est vrai, a été sujette à deux éditions (encore faudrait-il savoir où\ndiable tout cela a passé !), mais Jules Lemaître ne dira jamais d'elle ce qu'il écrivait\n{Débats, 8 juillet 1894) de l'ensorcellant dramaturge gantois : « Je continue, je\nl'avoue, à subir le sortilège des petits drames de M. Maurice Maeterlinck. La Mort\nde Tintagiles ne m'a pas moins pris qu'Alladine ou Intérieur. »\n                                             *\n                                         *       *\n\nC    'EST une sottise de notre temps de vouloir faire des gens de lettres au collège,\n       dit quelque part Veuillot : les gens de lettres se font eux-mêmes, dans la vie;\nau collège on ne fait que des grimauds. » L'influence des académies sur la formation\ndes artistes est quelque chose d'analogue. Les artistes se font eux-mêmes en face de\nla nature, les académies ne produisent que des croûtes. Sait-on l'histoire de Puvis\nde Chavannes ? Elle repose de l'histoire de tant de peintres que la vocation tour­\nmentait déjà en nourrice.\n   Bourguignon par ses origines, Puvis de Chavannes naquit à Lyon, le 14 dé­\ncembre 1824. Sa famille aurait voulu le voir ingénieur. Docilement, il prépara\nl'Ecole polytechnique, fit une année de mathématiques spéciales. Mais, pressé par\nl'âge, il dut renoncer à l'école et abandonna les sciences.\n   — Et je vins à Paris, raconte le maître, sans projet bien arrêté, avec une envie\nvague de faire de la peinture.\n   Au bout de quelque temps, continue Puvis, j'allai trouver Ary Scheffer et lui\ndemandai de me conseiller. Il ne put me prendre avec lui et me présenta à son\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "68                                   DURENDAL\n\nfrère. Henry Scheffer, qui avait beaucoup de talent et qui était le plus charmant\ncompagnon du monde, n'imposait pas à ses. élèves une très étroite discipline. Je\nn'étais pas encore possédé par le goût du travail et ma paresse seule profita de la\nliberté qui m'était laissée. Aussi, quand je partis pour l'Italie, quelques mois après,\nje ne savais, à vrai dire, rien. Mais à Florence, où je passai un an environ, seul\navec un camarade, je me mis à la besogne sérieusement. Je travaillais dans ma\nchambre, peignant, dessinant sans relâche d'après le modèle.\n    Il m'a toujours plu d'aller ainsi à l'aventure, abandonné à mon goût et n'écoutant\nque mon instinct. A part trois mois passés dans l'atelier de Couture, j'ai toujours\ntravaillé solitairement.\n    J'admire les Maîtres, certes, mais je n'ai pas vieilli dans les musées, allez! ni\ndans les bibliothèques. J'étais trop pressé de donner la liberté à ce qui s'agitait\nen moi.\n    Je n'avais pas trouvé ma voie du premier coup. Je travaillais depuis assez\nlongtemps déjà et j'accumulais les études (j'ai brûlé tout ça dernièrement, ça faisait\nun tas si gros que je le remuais avec une fourche), mais je n'avais pas encore une\norientation sûre, lorsque j'entrepris-la décoration d'une salle à manger de campagne.\n    Il me parut tout de suite que j'entrai dans un pays déjà connu de moi et, dès lors,\nj'ai continué à m'avancer sans hésitation...\n    C'est par un funeste préjugé, poursuit Puvis de Chavannes, qu'on conseille\n d'étudier les Maîtres afin d'apprendre d'eux le métier, les secrets de l'art. Mais en\nart il n'y a pas de métier, sorte de domaine commun, accessible à tous. Il n'existe\npas non plus, que je sache, de traité de rhétorique permettant à l'écrivain de trouver\n un style. Sous peine de n'être pas, il faut que l'écrivain, l'artiste, invententent leur\n style, leur métier. La seule chose qu'on puisse prendre des Maîtres, c'est leur\n naïveté, leur humilité devant la nature.\n     Hors de cette première vertu, qui est la mère de toutes, que peut-on demander\n aux Maîtres? Ils n'ont de transmissible que leurs défauts. Je ne connais guère que\n l'antique dont l'étude soit soit sans danger. Car l'antique, c'est la nature même.\n Allez ! Vous pouvez copier le torse de ['Illissus, sans craindre de prendre une\n manière.\n     Il me semble donc qu'il est imprudent de diriger de trop près l'admiration des\n jeunes gens. L'admiration doit aller librement. J'aime mieux la voir s'égarer que\n s'asservir.\n     Je dirais volontiers à l'apprenti d'art : Ton secret, ne le demande pas aux autres,\n  c'est en toi-même qu'il faut le chercher.\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "                                    A LIRE\n   Dans la Nervie : Une très réjouissante critique de Rédemption.\n   Dans la Jeune Belgique : De magnifiques vers de Gilkin, Cartuyvels) etc. —\nLe sonnet FApôtre, signé Ch. Descamps, doit se lire Chevalier Descamps.\n   Au Magasin (février) : Une fable de M. Jules Onraet.\n   Dans Pages d'Art : La Flore de l'Océan. — Quand cette revue se débarrassera-\nt-elle de son odieux frontispice?\n   La Justice sociale. Organe des démocrates catholiques. — Hebdomadaire. — Abon-\nnement 5 francs. — Rue Montagne-aux-Herbes-Potagères, i6, Bruxelles.\n   L'Alimentation. Habitation et santé du peuple, revue de la vie individuelle et\nsociale. Mensuel. Abonnement 1 franc par an. — Rue du Parchemin, 15-17,\nBruxelles.\n\n\n\n\n                   PETITE         CORRESPONDANCE\n   A nos abonnés de France. — Nous prions nos abonnés de France de nous envoyer\nspontanément le montant de leur abonnement par la poste, afin de nous éviter des\nfrais trop considérables.\n  ERNEST PÉRIER. -r- Nous attendons l'exécution de votre promesse.\n\n  A E. LECOMTE. — Puisqu'il est un Barbet tout court, sans plus, on peut le\ntraiter comme un vulgaire quatre-pattes.\n  A divers jeunes. — Nous ne comprenons pas votre manie de fonder revues sur\nrevues. Nous sommes éclectiques en principe et en pratique. Vous vous plaignez de\nce que nous sommes inhospitaliers, et vous n'êtes jamais venus frapper à notre\nporte !\n  A J. C , à Gand. — Vous dites : (Printemps gris) Au ciel sérieux... En douteriez-\nvous? Gare l'excommunication!\n  On demande un illustrateur poiir ce quatrain extrait de Flammes et Flammèches :\n                      Oh ! par dessus la contingence\n                      Aux inextricables rameaux,\n                      Asseoir sa pâle intelligence\n                      En l'Être, pénétré sans mots!\n  A F. A., Louvain. — Sommes à votre disposition pour toutes explications\ndésirables.\n"}]}