{"numero_id": "ulb-durendal-1895-04-n4", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1895-04-n4-001", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 69, "page_fin": 76, "titre_corps": "En Route. J.-K. Huysmans", "titre_sommaire": "En Route. J.-K. Huysmans", "signature_source": "Pol Demade", "ancre_debut": "FAUT IL que nous soyons", "ancre_fin": "POL DEMADK", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHANSON D’AVRIL", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 287, "fin_caractere_exclue": 1285, "texte": "FAUT-IL que    nous soyons pygmées, nous, les\n                       teneurs de plume, pour avoir parlé de ce livre\n                       sous ces vains titres de Chronique littéraire, de\n                       Bulletin bibliographique! C'est un phénomène\n                       déconcertant que nous ayons pu parcourir les\n                       cent premières pages d'En Route sans autre\n                       souci que celui de la critique, et il me parait\n                       absolument prodigieux que nous ayons pu\natteindre sans inquiétude, j'allais dire sans angoisse, la 458 et dernière\npage de ce livre tragique et douloureux. E t pendant cette lecture\nl'envie ne nous est jamais venue de nous assurer du titre réel du livre!\nJe viens de refermer le volume et je ne peux contenir mon étonne-\nment. Des mots, différents de ceux que j'avais cru voir tantôt,\nm'apparaissent maintenant sur cette couverture où, sous le nom\nd'Huysmans inscrit en noir, le mot d'En Route flambait en rouge.\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2036, "texte": "70                             DURENDAL\n\n\nJ'éprouve comme l'impression confuse que je viens de jeter un regard\ndans ce livre mentionné au verset mystérieux du Dies Irœ :\n\n                       Liber scriptus proferetur,\n                       In quo totum continetur,\n                       Unde mundus judicetur.\n\net que c'est l'histoire d'une âme que j'ai lue, l'histoire de J.-K. Huys­\nmans, telle qu'elle est inscrite au Grand Livre de la Dette humaine.\nEt puis, l'instant d'après, j'oublie tout-à-fait cette forme accidentelle\ndu livre et l'œuvre se dresse devant moi sous une forme autrement\nviolente et tenace : En Route s'anime et vit, et j'assiste, spectateur\nhorrifié, à ce drame effrayant et rendu visible, d'une âme « effarée\npar la grâce » et luttant à la fois contre Dieu et contre Satan.\n   D'autres fois enfin, on s'imagine, — à lire ce livre unique, ce livre\nnon pareil, — que la Vallée du Jugement fourmille déjà de l'Invisible\nfoule des ombres et que, les trompettes des anges étant redevenues\nsilencieuses, la confession publique a commencé pour J.-K. Huys­\nmans.\n   Histoire intime, drame spiritualiste, confession publique... En Route\nest tout cela. Il n'en fallait certes pas autant pour désarçonner la\ncritique et la jeter par terre !\n   Le spectacle d'une âme perdue, errante, affolée, dématée, n'eut\npoint étonné les faiseurs de compte-rendu, mais que cette âme, par\ndes chemins inaccoutumés d'art, cinglât droit vers le christianisme et\ns'y ancrât à jamais, ce dénouement devait mener à de belles incom­\npréhensions de divers côtés et surtout chez les catholiques, où l'abbé\nKlein, seul peut-être, fit preuve d'intelligence. Il est vrai que c'est un\nprêtre et que le volume — qui n'est pas un livre pour enfants, — est\nécrit uniquement pour les inquiets ou les soucieux de l'Au-delà.\n                                      *\n                                  *       *\n  Pour ceux-ci, En Route est de l'intérêt le plus passionnant. Biaise\nPascal, le janséniste, a beau dire que le moi est haïssable, il n'est\n"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2196, "texte": "                                DURENDAL                                71\n\nencore rien pour intéresser l'homme comme l'homme lui-même. Et\nvoilà comment je m'explique que ce vaste monologue d'un demi\nmillier de pages, en lequel J.-K. Huysmans, sous le nom de Durtal,\nmet en scène son âme très douloureuse, nous empoigne, comme\njamais spectateurs de drames ne se sentirent empoignés.\n    Mais, qu'est-ce que je dis! ce n'est pas du théâtre, c'est de la vie;\nces larmes sont vraies, le sang qui saigne de ces blessures fume; ces\ncris, ces soupirs, cette désolation, ces passions agitées, ce n'est pas\nune mise en scène, c'est la formidable réalité; ce n'est pas un rideau\n qui se lève, c'est une poitrine déchirée, lamentable, qui s'entr'ouvre\n et nous laisse voir à nu une âme douloureuse elle-même et saccagée...\n    Voici, en résumé, cette tragédie, si poignardement triste, et belle\n aussi, comme tant de choses tristes...\n     « Je suis allé à l'hôpital des âmes, à l'Eglise, — écrit Durtal (ou\n Huysmans), — on vous y reçoit au moins, on vous y couche, on vous\n y soigne ; on ne se borne pas à vous dire, en vous tournant le dos,\n ainsi que dans la clinique du Pessimisme, le nom du mal dont on\n souffre !\n     Durtal avait été ramené à la religion par l'art. Plus que par son\n dégoût de la vie même, l'art avait été l'irrésistible aimant qui l'avait\n attiré vers Dieu... Saint-Séverin par ses effluves et l'art délicieux de\n sa vieille nef, Saint-Sulpice par ses cérémonies et par ses chants\n l'avaient ramené vers l'art chrétien, qui l'avait, à son tour, dirigé\n vers Dieu...\n     Non, plus j'y songe, s'écriait Durtal, plus je trouve l'Eglise prodi­\n  gieuse unique! plus je suis convaincu qu'elle seule détient la vérité !\n — L'Eglise, elle est le haras divin et le dispensaire céleste des âmes ;\n  c'est elle qui les allaite, qui les élève, qui les panse... L'Eglise, elle\n  est indéfectible, elle est suradmirable, elle est immense...\n     Oui, mais alors, il faudrait suivre ses prescriptions et pratiquer les\n  sacrements qu'elle exige ! »\n     Et la chair, soudain, se dresse en déconcertante barrière de boue,\n  infranchissable. C'est alors que Durtal a ce qu'il appelle « un éclat\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "72                              DURENDAL\n\n\nd'âme », une involontaire prière et qu'il tombe à genoux, disant à la\nVierge :\n   « — Ayez pitié, écoutez-moi ; j'aime mieux tout plutôt que de rester\nainsi ! Pardonnez, Sainte Vierge, au salaud que je suis, car je n'ai\naucun courage pour me combattre! Ab ! si vous vouliez! je sais que\nc'est bien fort d'oser vous supplier... etc. »\n   L a lutte continue sous les yeux de l'abbé Gévresin, avec des alter­\nnatives d'espoirs et de défaites, puis d'espoir encore, jusqu'au jour où\nle prêtre se décide à appeler au secours du malheureux Durtal la\nprière toute puissante des monastères de Carmelites et de Clarisses.\nL'accalmie se fait un instant dans l'âme de D u r t a l . C'est à ce moment\nque l'abbé Gévresin propose comme moyen suprême une retraite de\nquelques jours à la T r a p p e , quand soudain la barrière de boue, qui\nsemblait s'être abaissée tantôt, s'exhausse plus formidable que jamais.\nDurtal cherche à établir le bilan de son âme. « L e Doit est terrible. »\nL'Avoir : la confession, passe encore, mais la communion, « proposer\nau Christ de descendre ainsi qu'un puisatier dans ma fosse ! »\n   « ... Je me dégoûte... j'ai l'âme détraquée : dès que je veux prier,\nmes sens s'épandent au dehors, je ne puis me recueillir... Mon âme\nest un mauvais lieu; elle est sordide, elle est mal famée; elle ne vaut\npas cher, elle ne vaut rien... J e me vomis. »\n   « Il n'y a pas à tenter de se faire le comptable de son âme — se dit\nà la fin le pauvre, — d'établir les doit et avoir; je suis poussé, sans\nsavoir comment, par une impulsion qui me monte du fond de l'être et\nà laquelle je suis parfaitement certain qu'il faudra céder. »\n   E t Durtal cède, il porte son âme désolée à la T r a p p e , où la lutte\nreprend avec une acuité qu'aucun adjectif ne saurait qualifier. Entendez\nla prière du premier soir de la T r a p p e , dite en sanglotant sous le\ncrucifix. « Père, j'ai chassé les pourceaux de mon être, mais ils m'ont\npiétiné et couvert de purin et l'étable même est en ruine. Ayez pitié,\nje reviens de si loin! faites miséricorde, Seigneur, au porcher sans\nplace! je suis entré chez vous, ne me chassez pas, soyez bon hôte,\nlavez-moi ! » Cette prière est suivie de la plus épouvantable des nuits\n"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2335, "texte": "                                 DURENDAL                                   73\n\nen laquelle « les cauchemars dépassèrent les limites des abominations\nque les démences les plus périlleuses rêvent. » E t cette situation va\ns'aggravant, affreuse, suant la peur, le remords, l'agonie, jusqu'à\nl'explosion d'un premier aveu.\n   « — Je ne me suis pas confessé depuis mon enfance; j'ai mené,\ndepuis ce temps-là, une vie ignoble, j ' a i . . . j'ai commis toutes les\ndébauches..., j'ai fait tout... tout... »\n   Une deuxième confession suit la première. Enfin « le moine leva\nles bras et les manches de sa coule volèrent ainsi que deux ailes\nau-dessus de lui. Il proférait, les yeux au ciel, l'impérieuse formule\nqui rompt les liens; et trois mots prononcés, d'une voix plus haute et\nplus lente : « Ego te absolvo » tombèrent sur D u r t a l qui frémit de la\ntête aux pieds. Il s'affaissa jusque sur le sol incapable de se réunir, de\nse comprendre, sentant seulement et cela d'une façon très nette, —\nque le Christ était en personne présent, était là, près de lui dans cette\npièce, — et ne trouvant aucune parole pour le remercier, il pleura,\nravi, courbé sous le grand signe de croix dont le couvrait le moine. »\n   Durtal a fini de pécher, il n'a pas fini de souffrir. Il quitte la T a b l e\nSainte dans un effrayant état de torpeur. « Il avait eu jusqu'à cette\nheure, dans le ciel interne, la pluie des scrupules, la tempête des\ndoutes, le coup de foudre de la luxure, maintenant c'était le silence et\nla mort. Les ténèbres complètes se faisaient en lui. Pis que le scru­\npule, pis que les tentations contre la pureté ou contre la foi, c'est\nl'abandon supposé du ciel que rien ne peut rendre. La nuit obscure! »\nIl faut une deuxième communion pour l'apaisement de Durtal.\n   « Alors, doucement, sans effets sensibles, le Sacrement agit; le\nChrist ouvrit, peu à peu, ce logis fermé et l'aéra; le jour entra à flots\nchez Durtal. Des fenêtres de ses sens qui plongeaient jusqu'alors sur\nil ne savait quel puisard, sur quel enclos h u m i d e et noyé d'ombre, il\ncontempla subitement, dans une trouée de lumière, la fuite à perte de\nvue du ciel. » L a paix et la joie lui viennent enfin. « Il se promena,\nsoulevé de terre par une joie confuse. Il se vaporisait en une sorte de\ngriserie, en une vague éthérisation où montaient, sans même penser\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "74                                                    DURENDAL\n\n\nà se formuler par des mots, des actions de grâces ; c'était un remercie­\nment de son âme, de son corps, de tout son être, à ce Dieu qu'il\nsentait vivant en lui et épars dans ce paysage mouillé qui semblait\ns'épandre, lui aussi, en des hymnes muettes. »\n   Je ne sais rien, dans la littérature de ces dernières années, de cette\nintensité de passion, d'angoisse, de vérité, de tristesse et de beauté\naussi. C'est de la vie la plus ardente et c'est à la fois de l'art le plus\nmagnifique. « Huysmans, dit fort justement l'abbé Klein, parle de ses\nimpressions en termes qu'on n'invente point si l'on n'a pas fait pour\nde bon ces expériences-là. » Or, dans ce chef-d'œuvre, — j'ai pesé le\nmot avant de l'écrire et ne l'ai pas trouvé trop lourd pour En Route, —\nla puissance du style double encore la puissance du fait. Ce n'est pas,\nje le sais, l'avis de tous; mais qu'on dise ce qu'on voudra, je prétends\nque ce livre ne pouvait pas être écrit dans une autre langue et d'une\nautre écriture que l'écriture volontairement chaude, vivante, violente,\nbrutale parfois de J.-K. Huysmans. Les passions sont des guerrières,\nelles vont à la bataille vêtues d'airain.\n\n                                                               *\n                                                           *       *\n\n    Je n'ai pas tout dit encore. Ce qui m'a empoigné dans ce livre c'est\nl'histoire de cette âme « effarée par la grâce », selon le mot de l'auteur,\nmais il me reste à parler du milieu où cette âme évolue et c'est la\nmoitié de l'œuvre.\n    Ce milieu, c'est « l'art admirable créé par l'Eglise », ce sont les\nchapelles, la littérature mystique, la liturgie, le plain chant. Ce thème,\nHuysmans l'a orchestré de pages merveilleuses : il a éprouvé comme\ncroyant, il a exprimé en artiste prodigieux. Lisez ses commentaires\nsur le De Profundis, « cette requête sublime finissant dans les san­\nglots », sur le Dies Irœ, « ce cri de la désolation absolue et de\nl'effroi » (1). C'est absolument inouï. Lisez ses pages sur l'hagiographie,\n\n    (1); Je ne peux retenir mon indignation à la. pensée qu'un religieux a écrit, à propos du Dies Irœ, cette phrase imbécile :\n«Ce ne sont point là les chefs-d'œuvre qui éveillent dans les jeunes âmes touchées de « l'Influence scevite «, le Mens dirintor\nou qui remplissent d'un chant frémissant l'Os magna Sonaturum. » Ah! le bon crétin !\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2285, "texte": "                                                 DURENDAL                                                          75\n\nsur Sainte L i d w i n e (2), sur les Saints, sur les H e u r e s canoniales, sur\nle cycle liturgique. Les écrivains sacrés n'ont rien écrit qui atteigne à\ncette magnificence.\n   Lisez encore, ah oui lisez toujours... la Messe des servantes à Saint-\nSulpice, la Prise de voile rue Monsieur, la Scène du crucifiement de\nJésus, d'après Catherine Emmerich, la Confession de Durtal à la\nT r a p p e , le Portrait de frère Simon le porcher, autant de chefs-d'œuvre\ndans un Chef-d'œuvre !\n   H u y s m a n s « a été ramené à la religion par l'art » et, à son tour,\nanimé du prosélytisme qui semble être l'essence m ê m e du catholi­\ncisme, il espère, à force d'art, faire accepter Dieu par la génération\nd'incrédules qui l'entourent. Réussira-t-il? L'art aura-t-il sur les autres\nla puissance qu'il a montré sur lui. Je ne sais. Pourtant j'aime à\nconstater que le livre obtient par le m o n d e un succès retentissant, et\nle succès prouve au moins que le lecteur a goûté avec et un peu\ncomme H u y s m a n s , sans doute, l'art admirable de l'Eglise. L a toute\npuissance de l'art opère donc, et l'auteur peut, dès aujourd'hui, se\nrendre témoignage qu'il a fait œuvre d'apôtre en même temps qu'œuvre\nd'artiste, puisqu'il a haussé, moralement haussé, par son admirable\nlivre, le niveau d'un certain nombre d'âmes. Quoi qu'il en soit,\nqu'il sache que Dieu tient plutôt compte de l'effort que du succès, et\nl'effort il l'a donné tout entier, formidable, superbe et, j'espère,\ntriomphant...\n  Un mot encore avant de finir, pour répondre d'avance au reproche\nqu'on me fera, d'être un critique enthousiaste. Oui certes, j'ai jugé\navec mon cœur, parce que c'est mon dogme, comme c'était celui\nd'Ernest Hello : « que là où l'amour n'a aucune place, il n'y a rien ni\nde vrai, ni de beau, ni de fécond, » et que pour accomplir sa tâche, il\nfaut que la critique ait de l'âme. » En Route a ses défauts, je le recon­\nnais ; il reste tout au fond, çà et là, un rien de fange naturaliste qui\nmonte et vient faire écume à la surface; l'écrivain m a n q u e de temp»\n\n\n  (2) Ce fragment a été publié ici même à Durendal., avant l'apparition du volume. Durendal, l' année, n° de décembre.,'\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 531, "texte": "76                             DURENDAL\n\nen temps de charité, d'humilité. J'oublie, je pardonne. Durtal vient à\npeine de se convertir, il a chassé de son cœur tous ses vices, il n'a pas\nencore eu le temps d'installer toutes ses vertus. Il vient de Là Bas,\nil est En Route, laissez-lui le-temps d'arriver Là Haut... E n attendant,\nsi vous êtes de vrais chrétiens, vous prierez pour J.-K. H u y s m a n s .\n                                                                 POL DEMADK.\n     Semaine Sainte 1895.\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-04-n4-002", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 78, "titre_corps": "Chanson d’avril", "titre_sommaire": "Chanson d’avril", "signature_source": "F. Passelecq", "ancre_debut": "CHANSON D’AVRIL", "ancre_fin": "F. 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V.,   A ROME.\n\n\n\n\n                Connais-tu les frissons de l'herbe\n                       Sous le vent,\n                Quand, dans les prés, Avril imberbe,\n                       Se levant\n                Les cheveux perlés de rosée,\n                Jette à l'aurore sa risée?...\n\n                 Des torsades d'or ruisselé,\n                         Par les fées\n                 Des nuits, au gazon constellé,\n                         Agrafées,\n                 Le font, au soleil, scintiller\n                 Comme un écrin de joaillier.\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 888, "texte": "               DURENDAL                  77\n\nAvec ses aubépins en haies,\n       Bouquetés\nDe blanc, — telles des fiancées —\n       Et hantés\nD'églantiers frêles, la prairie\nA des airs de tapisserie.\n\nMille bourgeons frais entr'ouverts,\n       En leur robe\nDe satin brun à crevés verts,\n       Fêtent l'aube;\nSans plus d'hivernales pâleurs\nDéjà se déclosent les fleurs.\n\nIl passe dans les pommiers grêles\n       Je ne sais\nQuels mystérieux froufrous d'ailes\n       Empressés...\nTandis que, bien loin, l'on peut voir,\nPenchés, des bœufs à l'abreuvoir.\n\nCalme, sous un voile de brume\n        Dont le bord\nBleuit, sans remous, sans écume,\n        L'étang dort :\nParfois, sur l'onde, une clarté\nCourt en rubans d'or pailleté...\n\nEcoute! là-bas, dans ce saule\n       Qu'un réseau\nDe rayons, du brouillard isole,\n       Un oiseau\nEgrène de sa voix pleurante\nQuelque chanson d'amour, navrante...\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 707, "texte": "78                              DURENDAL\n\n\n                Et lointaine, en nous, on dirait\n                        Que nous froisse,\n                Malgré le soleil guilleret,\n                        Une angoisse...\n                ... Oiseaux et fleurs et clairs Avrils,\n                Mon Dieu! combien dureront-ils?...\n\n                Si proche est ici-bas l'automne\n                         Du printemps...\n                Si tôt jaunit la feuille qui bourgeonne,\n                         Aux antans...\n                Un rêve vite éteint, hélas! voilà la vie...\n                Et le bonheur n'est jamais qu'en envie !\n  Avril 1893.                                         F . PASSELECQ.\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-04-n4-003", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 78, "page_fin": 89, "titre_corps": "Le Bonheur dans le rêve", "titre_sommaire": "Le Bonheur dans le rêve", "signature_source": "José Hennebicq", "ancre_debut": "Le Bonheur dans le rêve", "ancre_fin": "JOSE HENNEBICQ", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MIROIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 93, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 707, "fin_caractere_exclue": 1488, "texte": "Le Bonheur dans le rêve\n                 LEchâteau des F l a m e n t s était une solitaire demeure\n                  de campagne : castel par son architecture rudimen­\n                  taire et barbare, moutier par ses gothiques tourelles\n                  qui mitigeaient de mysticisme la rudesse de l'en­\n                  semble.\n                     Des bois séculaires le sertissaient d'une paisible\nsolitude et le protégeaient des tempêtes et des rafales.\n  Les musiques discrètes de leurs murmures, l'harmonie plaintive de\nleurs frémissements, leurs rumeurs tristes et déchirantes tour à tour\nemparadisaient ou épouvantaient le vieux manoir.\n  Forêts ! primitives basiliques aux insondables voûtes d'azur; temples\ndu mystère où vont prier les saints; retraites des poètes!\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "                               DURENDAL                                 79\n\n   Où les vierges entendent les voix élyséennes ;\n   Où les simples ouïssent les chœurs des séraphins;\n   Où les Jeanne d'Arc reçoivent des divines missions;\n   O forêts ! qu'émouvait la lyre enchanteresse du poète magique ;\n   Propices aux bergers nonchalants et rêveurs ;\n   Où les ophélies pleurent, où les amants s'esseulent;\n   Forêts où s'exubère la sève du p r i n t e m p s ; chaudes forêts d'été;\nforêts d'automne d'or et de mélancolie; forêts d'hiver, givrées et\nféeriques, forêts fantômes ou bien de fiançailles;\n   Forêts où semblent vibrer des harpes éoliennes, calmes ou furieuses,\nintimes ou vengeresses, que d'âmes avez-vous trouvées confuses ou\némues!\n   Nos rêves comme vos arbres montent vers les nuées; vos rythmes\net vos chants enivrent les cœurs purs et vos clameurs pareilles aux\ntumultes des flots nous troublent étrangement.\n   Un lac serein et clair, où régnait la suzeraine pâleur des cygnes,\nlaissait ses eaux limpides s'alanguir aux pieds des murs noircis. L e s\nastres s'y miraient par les nuits diaphanes, alors que lentement, dans\nle silence des choses, passaient des ombres chères. Des biches vaga­\nbondes, que n'effrayait jamais nul inquiétant Nemrod, s'abreuvaient\nconfiantes aux sources désirées ; des flaments familiers dormaient\ndans les clairières...\n\n  Stéphane et Gabrielle vivaient en ce séjour paradisiaque, parmi tout\nle rayonnement de leur jeunesse, emmi toute l'irradiance de leurs\nâmes émerveillées.\n   Leurs mains s'étaient jointes pour la même prière et mêmement\naussi leurs cœurs avaient battu pour le plus pur Idéal. L e u r chair\nn'avait jamais connu les corrosifs frissons des luxures qui damnent.\n   Elle avait été tout d'abord pour lui cette âme au loin dont rêvent\nles poètes : âme très chaste, ignorante du vice et des charnels désirs;\nfemme idéale d'une insexuelle beauté, être impalpable et pourtant\nespéré.\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2241, "texte": "80                              DURENDAL\n\n  Il la rêvait impeccable : belle ainsi qu'Aphrodite, pure ainsi q u ' H y ­\npathie au long regard très doux tel qu'un rayon de lune; Parfois il lui\nsemblait la voir en contemplant l'impavide et immortelle Vénus de\nMilo et il croyait entendre ses appels quand très seule et très lente\nune cloche tintait au loin...\n   Il vivait avec elle, elle pensait avec lui. Il la concevait habitant un\npays de rêve, là-bas par delà les pôles et les mers, sur une terre\nétrangère, — incréée peut-être, — aux flores inconnues. Ange plutôt\nque femme, pour lui elle n'était pas de ce monde : elle avait l'âme et\nle sourire de la Joconde.\n   P a r une mystérieuse attirance, — ô insoluble problème d'amour —\nils avaient pressenti devoir se rencontrer. Leurs cœurs s'étaient promis\nl'un à l'autre en d'immatérielles et mystiques fiançailles. Lointaines?\nQu'importent les espaces aux âmes adelphines? Celles-ci se savaient\ncinglant l'une vers l'autre pour se croiser un jour et faire voiles\nensemble au ciel ou bien cy-bas.\n   E t d'ailleurs Stéphane et Gabrielle étaient-ils jamais de ce monde\net n'avaient-ils pas d'avance emparadisé leur vie, puisqu'ils la rêvaient.\nD a n s le poudroiement d'or des lointains elle lui apparaissait, parmi\nles auréoles, les nimbes et les palmes, d'une lumineuse candeur.\n   Il ne la rattachait à aucune aucestrale lignée : pour lui elle était née\nd'un dieu telle qu'Aphrodite. Ou peut-être était-ce une étoile perdue\nque l'Invisible Semeur d'astres avait laissé choir lors des firmamen­\ntales semailles.\n   E t elle gardait pieusement, en la très orfévrée chapelle de son âme,\nl'extatique vision de l'Inconnu du rêve. Nouvelle et tendre Elsa sûre\nde son Lohengrin et confiante en lui. P e n d a n t ses songes couleur\nd'aube, elle avait souvent vu le cygne prophétique amenant, sur les\neaux calmes et cérulées, le chevalier béni cuirassé de soleil. Elle avait\nentendu le cor — clair annonciateur — prédire sa venue fabuleuse,\nmais certaine, parmi l'aurore vermeil. E t à travers l'éblouissante\narmure, elle avait senti battre un cœur ardent et pur.\n  Elle vivait ainsi extasiée et heureuse sous la tutélaire égide du\nGlaive fulgurant qui garde le Saint-Graal et les blanches Elsas.\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2144, "texte": "                                DURENDAL                                81\n\n   Aussi toute naturelle avait été leur rencontre. P o u r eux, elle n'eut\nrien d'étrange ou d'inexplicable, pressentie qu'elle était par leur infail­\nlible amour. L a raconter, ne serait-ce donc pas en atténuer le charme\net le mystère?\n   E t depuis, Stéphane et Gabrielle s'étaient retirés dans le familial\nmanoir. Quelle existence était la leur! Supra-terrestre et peut-être\npareille à celle qui attend les Bienheureux là-haut.\n   Il lui disait parfois : « L e bonheur, chère âme, meurt au seuil de la\nréalité, il est l'œuvre de notre vouloir : le rêve est la seule réalité.\nNous sommes heureux, car notre bonheur est en nous; nous sommes\nen dehors du destin, puisque nous nous sommes créé nous-mêmes\nune destinée, et la bonne fortune nous est aussi indifférente que les\nchoses adverses. Les contingences ne nous ont point touchés : nou­\nveaux Icares, nous nous sommes essorés vers l'Ether et nos aîles ne\nse sont point brisées. Nous avons compris que notre vie en ce monde\nn'est qu'un devenir : nous sommes en voyage vers l'Eternité, que le\nrêve soit notre viatique. Nous nous sommes revêtus de foi ainsi que\nd'une armure que nul ne peut fausser. De nos âmes nous avons fait\ndes temples où s'irradie la L u m i è r e Incréée.\n   Nous sommes loin des humains frêles jouets des passions et des\nillusions. Nous ne nous sommes jamais abaissés jusqu'à la sexualité;\npour nous la chair ne frissonne plus; elle a l'impassibilité des marbres.\nNos lèvres ne s'effleurent jamais et pourtant nos cœurs battent et nos\ncerveaux palpitent en même effort d'Idéal... »\n   E t leur vie s'écoulait calme et sereine comme ces beaux fleuves qui\ns'en vont tranquilles, entre deux rives ensoleillées, à l'océan.\n\n   C'était le printemps et c'était l'heure incertaine et indéfinissable où\nl'ombre envahit la lumière.\n   E n une salle exiguë et basse, aux tentures sombres, aux meubles\nrares, Stéphane et Gabrielle rêvaient, alanguis sur des divans. Un\nbleu nuage d'encens planait, nimbant de vague les choses ambiantes\net son mystique parfum incitait au songe ou à la prière. De sa voix\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "82                             DURENDAL\n\n\nimmatérielle, Gabrielle venait de chanter de lentes et mélancoliques\nmélopées.\n   Ils rêvaient maintenant et leurs yeux se reposaient sur des statuettes\nde marbre — icônes des belles œuvres grecques — qui semblaient\nsurgir de l'Ether.\n  — Vivons-nous encore? dit-elle soudain.\n  — Vous vivons et nous ne vivons plus, répondit Stéphane. Pour les\nhommes nous sommes morts depuis longtemps, ou plutôt nous avons\nperdu la raison. Mais nous, ne savsns-nous pas que nous vivons de la\nvie la meilleure, puisque nous avons élevé, comme un lys, notre\namour vers l'Idéal?\n   Si nous ne sommes pas encore des dieux, nous ne sommes plus des\nhommes.\n   Gabrielle l'interrompit :\n  — Est-ce cette magnétique soirée qui me trouble et me grise, ou\nbien serait-ce votre voix? J e me sens mal, sortons un peu, voulez-vous?\n   Ils se dirigèrent vers le lac.\n   Languissante, elle prit le bras de Stéphane. Ils marchaient lente­\nment, lui songeur, elle fiévreuse et comme en proie à un malaise.\n   — Je me sens lasse, dit-elle, reposons-nous.\n   Ils s'arrêtèrent et elle reprit :\n   — Non, mon frère, c'est vrai, nous ne sommes peut-être plus des\nhommes, mais n'avons-nous pas le tort de vouloir être des dieux?\nEst-ce possible? N'est-ce pas surhumain? N'est-ce pas violer les lois\nnaturelles?\n   E t ce disant elle darda ses regards inquiets sur le jeune homme.\n   Lui la regarda aussi et il la vit anxieuse de la réponse. Depuis\nquelque temps, il doutait d'ailleurs du devenir de celle qu'il avait\nélue. Il lui semblait qu'elle souffrait et il se demandait s'il n'exigeait\npas trop de Gabrielle. L a femme réapparaissait, par des fois, en elle;\nelle devenait câline, insidieuse, féline même. L'étrange question de\nce soir lui déchirait des voiles : il comprenait.\n     Calme en apparence, il répondit :\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2179, "texte": "                              DURENDAL                              83\n\n  — Non, mon amie, ma sœur, ce n'est pas impossible.\n  Nous ne pourrons jamais être des dieux, c'est vrai, mais nous\npouvons devenir supra humains. Ceux qui nous entourent boivent,\nmangent, reproduisent, c'est toute leur vie. Ils œuvrent comme la\ntaupe creuse, comme le castor bâtit. Ils ne pensent pas : ce sont des\norganismes. Pensons et rêvons. Aimons le Beau Idéal comme une des\nmanifestations du Divin, faisons le bien et surtout restons purs. C'est\npourquoi, Gabrielle, je vous appelle ma sœur d'élection, voulant par\nce mot conjurer vos désirs. Vous êtes ma sœur par la foi, par la\npensée, par le rêve.\n   Après un silence, elle reprit :\n   — Stéphane, vous avez été pour moi le Révélateur du Beau, vous\nm'avez, nouveau et cher Sézame, ouvert les temples de la Pensée et\nde l'Idée. Vous avez révélé, à mes yeux éblouis, à mon âme émer­\nveillée, les grandes œuvres et les belles gestes. C'était bien vous que\nj'attendais recéleur de mirages, dispensateur de méthodes. C'était bien\nvous que je devais rencontrer; pourtant vous êtes, j'ai honte de\nl'avouer, vous êtes trop haut pour moi. Vous êtes le pèlerin arrivé à\nla cîme, je suis la voyageuse qui désespère d'y atteindre jamais. Poète\net penseur, vous planez déjà — j'essaie seulement d'escalader !\n   Cependant tout mon vouloir y tend : je voudrais vous suivre afin\nque nos deux pensées ne fassent plus qu'une, comme nos cœurs ne\nfont plus qu'un.\n   Mais vous n'êtes plus un homme et moi je suis encore une femme.\nVoilà un an que nous vivons ici côte à côte : je sens que j'ai trop\nprésumé de moi-même. Aujourd'hui je défaille et il faut que je vous\nle confesse, je vous aime, non comme une sœur, je le sens, mais\ncomme... O h ! ne vous effrayez pas, Stéphane, je ne chercherai pas à\nvous faire oublier la fin que vous vous êtes proposée. Mon amour sera\npour vous le précieux cordial qu'on prend aux heures de défaillance,\nle réconfortant viatique, rien de plus.\n  Ne suis-je pas votre vassale, n'êtes-vous pas mon suzerain? Redes­\ncendez pour un instant des sommets où vous vous êtes hissé; venez\nme tendre la main et aimez-moi plus qu'une sœur.\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1819, "texte": "84                            DURENDAL\n\n  Pourquoi vous obstiner à ne voir en moi qu'une amie, car malgré\ntout ce que vous pourrez me dire, je sens bien que je ne vous ai pas\ntout entier.\n  Il me m a n q u e cette communion d'amour qui scelle à jamais les\npactes de fiançailles.\n  Elle me grandira, elle me métamorphosera, elle me fera mieux vous\ncomprendre. E t vous, Stéphane, vous n'en serez pas moins pur, car\nnotre amour sera trop haut pour tomber dans la fange des luxures.\nVous serez toujours le stylite, le solitaire hautain, le noble poursui­\nvant de l'Idéal.\n   J'ai souffert longtemps avant de vous dire ces choses et je souffre\nencore de vous faire cet aveu. Mais aime-t-on une sœur? Moi je\nt'aime, Stéphane, aime-moi aussi.\n   E t elle effleura passionnément la joue du jeune homme de ses lèvres\nde fièvre.\n   Il la repoussa doucement :\n   — L e printemps vous trouble, ma sœur, les effluves brûlants de\ncette soirée vous grisent. Vous me faites souffrir beaucoup en ce\nmoment, car vous venez encore de crever un mirage — le dernier des\nmirages h u m a i n s , peut-être.\n  Je vous avais rêvée pure, exempte de désirs. Je vous avais transfi­\ngurée et j'étais heureux. J'aurais dû ne jamais vous rencontrer. Car\naujourd'hui voilà la brutale réalité qui tue le rêve d'or. Vous n'étiez\npas une femme pour moi, vous étiez un ange, une étoile, une fée, que\nsais-je. Vous n'étiez pour moi qu'un beau marbre. Vous êtes donc une\nfemme comme toutes les autres? J e vous aime plus qu'un frère a\ncoutume d'aimer une sœur. Mon amour pour vous restera toujours\npur. D'autres partiraient, j'aurai la volonté de rester après d'aussi\ndangereux aveux. J e resterai et je vous guérirai. Rentrons.\n\n\n   Il resta, mais l'amour de Gabrielle était de ceux qu'on ne peut\n guérir.\n   Il partit donc en lui laissant cette lettre :\n"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "                               DURENDAL                                85\n\n   « Ma pauvre amie, je pars. Où vais-je? J e ne sais encore. J e vou­\ndrais faire un voyage sans fin, sur un vaisseau sans nom qui ne\ntrouverait jamais son port. J e vous le disais bien que le bonheur était\ndans le rêve, c'est vous qui l'avez brisé. Vous étiez la seule figure\nhumaine que je pouvais me résoudre à regarder et je vous contemplais\navec une sereine et chaste volupté : je vous aimais sans vous désirer.\n  Je pars afin de ne pas nous voir malheureux. J e pars afin que nous\nn'ayions pas honte de nous-mêmes.\n  Je souffre et je souffrirai encore, mais après les heures de tristesse,\naprès les larmes et les regrets, il me restera encore un Idéal : mon\ncœur comme un Phénix renaîtra pour l'aimer.\n  Vous qui demeurez en ce lieu où nous fiançâmes nos âmes, où nous\nvécûmes pareils à des ombres heureuses, rappelez-vous celui qui vous\navait voué un amour vierge et beau; que mon souvenir soit votre\nviatique. Guérissez-vous en contemplant les œuvres que je vous fis\nconnaître. Méditez devant les marbres impeccables des Grecs immor­\ntels, devant la Joconde et le Saint-Jean énigmatique et mystérieux\nprometteur de félicités. Réfugiez-vous dans la prière.\n   De loin je serai encore votre thérapeute et peut-être reviendrai-je\nun jour. »\n   Et, en effet, Stéphane partait vers l'Inconnu.\n   L'aveu de celle qui était sa sœur de dilection l'avait troublé plus\nqu'il n'osait se l'avouer et toute sa volonté avait été nécessaire pour\ntriompher.\n  Si intellectuel qu\"il pouvait être, il souffrait cependant de devoir\ndélaisser cette âme qu'il avait liée à la sienne. Il se reprochait d'avoir\nvoulu faire atteindre à son amie des hauteurs\" inaccessibles à une\nfemme et il regrettait par des fois de ne pas avoir laissé faiblir son\ncœur et sa chair.\n  Gabrielle était seule maintenant, désespérée peut-être, sans âme\npour pleurer avec elle.\n  Il eut un remords et il revint aux F l a m e n t s .\n  Les cygnes du grand lac exhalaient leur chant crépusculaire, l'eau\nsemblait morte.\n"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1978, "texte": "86                               DURENDAL\n\n\n   Rien ne répondit aux appels de Stéphane, que l'écho des grands bois.\n   Il pénétra dans le château et sur une table il trouva ce mot :\n   « Vous aviez raison, mon frère, le printemps me brûlait les sens,\nj'étais folle ce soir-là. H é l a s ! j'ai brisé notre rêve, nous étions si\nheureux avant cette fatale soirée! L e calme est revenu maintenant en\nmon âme.\n   L'orage s'est dissipé. Vous m'avez ouvert des horizons, des contrées\net des mondes. Merci à vous. Vous aussi vous étiez le seul que je\npouvais contempler, que je devais aimer. Vous avez bien fait de fuir.\nVous êtes resté pur et je n'ai point succombé.\n   J e pars, moi aussi, car ce manoir me rappelle des instants si doux,\nsi énivrants, des heures d'oubli si chères, que les larmes me viennent,\nque le désespoir me hante. D e fatales pensées me torturent.\n   Adieu solitaire château, adieu forêts aux murmures enchanteurs,\nadieu belles œuvres, adieu mes cygnes, rois des eaux mortes... Adieu\nmon frère, je pars et vais me réfugier dans la prière. »\n\n   U n grand désarroi régna dans le cœur de Stéphane. Son amour\npour Gabrielle était d'autant plus grand qu'il était immatériel.\n   Il lui avait offert sa pensée avec ses secrètes batailles, son cœur\navec ses b a t t e m e n t s , ses espoirs et son sang. Il lui avait donné ses\nsouffrances et ses joies, ses aspirations et ses luttes.\n   Il avait élevé vers elle, comme vers une madone, la blanche hostie\nde son âme et le calice auguste de sa vie.\n   E t cette sœur qu'il attendait, il l'avait donc rencontrée pour qu'elle\nbrisât son bonheur et son rêve. Elle avait fui aussi, le cœur mutilé,\nl'âme en détresse.\n\n   S t é p h a n e repartit vers les H a s a r d s .\n   Il traversa des villes qu'il ne voulut pas voir, le commerce des\nfoules lui étant une irrémédiable souffrance.\n   U n e nuit il s'arrêta pourtant dans une cité d'un autre âge où\ns'égrènent encore les notes argentines des carillons. Il erra par les\n"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2054, "texte": "                               DURENDAL                                87\n\nrues ensomeillées, le long des canaux aux eaux léthargiques et leurs\ncygnes dormants lui rappelèrent ceux des F l a m e n t s .\n   L e lendemain il s'en fut s'esseuler dans un village perdu près de la\nmer.\n   L a mer l'attirait comme elle attire les cœurs dévastés par les tem­\npêtes. Ses rumeurs innombrables et rythmiques bercent les plaintes\ndu triste. Ainsi en fut-il pour Stéphane : seul enfin devant elle, il\nsentit sa douleur s'atténuer, sinon s'évanouir.\n   L a vue des vagues aux changeantes couleurs fut pour lui un L é t h é .\n   Les aurores et les couchers l'hallucinaient surtout. Cette mer du\nmatin sous. Helios naissant — mer de nacre et de diamant, mer\nsidérale — exaltait son âme. Il rêvait de fabuleux départs vers\nd'éblouissantes contrées, d'épiques appareillages ou de légendaires\nconquêtes de toisons d'or.\n   Il songeait au vaisseau F a n t ô m e et aux conquistadors, au Révéla­\nteur du globe, à Cortès, à Pissaro, et l'âme de ces grands morts\nsemblait envahir la sienne.\n   Au coucher, cette mer d'or ou de cuivre rouge, cette mer de sang\nou de feu, cette mer d'incendie et d'apothéose, cette mer couleur des\ncœurs meurtris, l'attristait et lui rappelait le passé.\n   P a r m i cette solitude, sur cette grève déserte, Stéphane pouvait\nsupposer que les hommes n'avaient jamais existes : Aucune voile sur\ncette mer qui lui paraissait sans bornes.\n   Il était seul enfin, loin des humains qu'il abhorrait et de leurs\nvaincs clameurs, entre l'infini d'en haut et l'infini d'en bas.\n   Par cette huit sans étoiles et sans lune surtout, les deux infinis\nsemblaient s'être confondus. Nul chant de marins, nul bruit de la\nterre n'arrivaient jusqu'à lui. L'on n'entendait que la plainte lointaine\ndes flots aux rumeurs accalmées.\n   Stéphane se promenait à pas lents sur la grève en r y t h m a n t des\nvers à la Beauté.\n   Devant lui c'était l'infini noir, l'infernal empire des Ténèbres.\n   Soudain, là-bas, à l'horizon, apparut une clarté timide : étoile d'un\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2019, "texte": "88                              DURENDAL\n\n\nciel dantesque l'appelant comme celle des Mages vers un Messie\nnouveau? ou phare d'un port inhospitalier? ou vaisseau en détresse?\nou quoi?\n   E t maintenant il regardait cette étrange lueur tandis que son bras\ns'était tendu vers elle en un geste d'effroi.\n   L à aussi, dans cette immensité de bronze, vivaient des hommes\nqu'agitaient des passions, que torturaient des vices.\n   Il n'était donc pas seul sur cette côte silencieuse, car devant lui, au\nloin, quelque chose vivait qui l'obsédait.\n   Il n'était donc pas seul et où le serait-il pour ne pas voir ses sem­\nblables, ses frères — ô ironie! — ses frères à lui qui d e m a n d a i t des\ndéluges nouveaux pour les races nouvelles !\n\n   T r i s t e mais résigné, il quitta ce rivage, pour quelques heures hos­\npitalier. A cette heure où d'étranges hallalis sonnaient en son cœur,\nil se souvint qu'il pouvait encore prier et il s'arrêta dans une miséreuse\néglise de village. Il pria pour oublier qu'il est en ce monde des êtres\nvils et fourbes, pour oublier le passé et pour ne plus se souvenir qu'au\ndessus des pestilentiels charniers d'ici-bas, la divine clarté de l'Idéal\nbrille pour les E l u s .\n  E t Stéphane revint au solitaire manoir.\n\n   P o u r lui toutes les lèvres se sont tues, tous les yeux se sont clos.\nQue lui importe si les femmes sont perverses, s'il est des baisers et\ndes aveux, des spasmes et des étreintes. Les marbres seuls l'émeuvent.\nQue lui font les souffrances d'amour, les lâchetés des amants !\n   Il ne haït ni n'aime plus, il ne rit ni ne pleure. Il s'est taillé un\nmasque de pierre : les traits en sont impassibles et calmes.\n   Il passe dans la vie comme une ombre en un rêve et il habite très\nloin. Loin des villes et des foules qu'il méprise, mais qu'il plaint,\ndans une contrée inconnue, en un castel muet.\n   Il y contemple de belles icônes, des œuvres impeccables, et quand\nsous ses doigts de songe l'orgue exhale ses accords mystiques, il lui\nsemble ouïr les chœurs des séraphins.\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 349, "texte": "                                     DURENDAL                                     89\n\n   Les heures de détresse ont fui et — ainsi que Stéphane l'avait\nprédit — son cœur renaît comme un phénix, son âme comme un beau\nlys s'épanouit encore dans l'Ether pur.\n                                                          JOSÉ HENNEBICQ.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-04-n4-004", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 89, "page_fin": 92, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature : Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde", "titre_sommaire": "Propos des Douze Pairs", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "tte littérature avec une avidité de gens qui n'auraient pas mangé depuis 40 jours! 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Originale, pas de\nfemme, morale anti-alcoolique saisissanie. Pour compléter la chose, la Fédération\ndes Sociétés de tempérance aurait dû, ce nous semble, poser ces deux conditions\nsupplémentaires :\n   1° Le dramaturge sera tenu de prouver qu'il s'est abstenu de tout alcool depuis\nle jour de sa naissance;\n   2° Le lauréat prend l'engagement d'honneur de ne pas dépenser les 100 francs\nfastueusement offerts comme prime en folles orgies.\n                                           *\n                                          * *\n\nL    E théâtre de l'Œuvre a donné l'autre mois, à Paris, Intérieur, de Maurice Mae­\n      terlinck. M. Sarcey, qui s'entend en beauté à peu près autant qu'un éléphant\nà la culture des orchidées, confesse que « la pièce a obtenu un succès énorme\ndevant un public spécial », mais il la trouve mauvaise pour cette admirable raison\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2862, "texte": "90                                  DURENDAL\n\n« qu'il s'est ennuyé ferme, ce soir là ». M. Sarcey avait probablement trop bien\ndîné avant le spectacle, et comme ce ventripotent imbécile a la digestion lente, il\naura bâillé, d'où cette appréciation, qu'un de nos journaux nationaux qualifie\nd'appréciation autorisée! Autorisée par quoi? Par la dyspepsie?\n                                            *\n                                       *        *\n\nN    OTRE collaborateur    et ami M. William Ritter, dont on a lu ici même tant de\n       belles pages, vient d'entreprendre L'Art en Suisse, encyclopédie artistique de\nl'art des étrangers en Suisse et celui des Suisses à l'étranger. L'œuvre paraîtra à\nintervalles irréguliers en brochures et volumes indépendants dont l'ensemble\nconstituera un tout complet. La première livraison a paru (Siffer, Gand), elle est\nconsacrée à Edmond de Pury. Nous ne faisons que signaler l'entreprise de\nM. W . Ritter. Nous nous réservons d'en parler sous peu, plus à loisir.\n                                            *\n                                        *       *\nS    E moquera qui voudra de Péladan, comme métaphysicien, comme romancier,\n      comme artiste, comme dramaturge, le Sâr est sans conteste une des personna­\nlités les plus hautement remarquables de la génération présente : il honore, à l'égal\ndes plus illustres, les lettres, l'ait et la pensée de son époque.\n   Citons de lui cette définition de l'amour, emprunté à son admirable pastorale :\nle Fils des Etoiles et que le public acclama longuement, lors de la représentation :\n                  L'Amour est la forme attrayante de la douleur.\n                                            *\n                                        *       *\nT    ARTARIN DE TARASCON est dépassé.\n        Nous nous en voudrions de ne pas faire connaître à nos lecteurs La Lyre\nuniverselle, « revue poétique lamartinienne illustrée, bulletin officiel du Salon\nLamartine, des Banquets Lamartiniens, etc., etc. (Directeur-fondateur : Jules\nCanton, 17, rue Souffiot, Paris. Abonnement, 6 francs par an. ) » Oyez ces extraits\ndélicieux :\n   « Les Banquets Lamartiniens, organisées par La Lyre Universelle, sous la direc­\ntion de M. Jules Canton, en souvenir des célèbres banqueis Lamartiniens de 1848,\nont lieu, à sept heures précises du soir, tous les premiers dimanches du mois, dans\nles salles de l'Hôtel des Banquets Lamartine, 21, rue Valette (Panthéon). Ces ban­\nquets, admirablement servis, sous la direction de l'intelligente et distinguée\nmaîtresse de la maison, sont présidés, chaque fois, par une célébrité contemporaine\nqui y prononce un discours et sont suivis d'une soirée musicale, artistique et litté­\nraire donnée par les poètes de La Lyre Universelle et les artistes des théâtres et\nconcerts de Paris. La maison possède une jolie salle à manger et un beau salon,\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2935, "texte": "                                      DURENDAL                                        91\n\nayant vue sur un magnifique jardin, où les heureux convives des banquets Lamar-\ntiniens accordent, tous les mois, leur lyre, pour chanter en chœur, à la fraîcheur\ndes soirs, et la grandeur de la science, et la beauté de l'art et leur joyeux délire. —\nLe prix, dîner, café, liqueurs, punch ou thé et droit à la soirée compris, fr. 3.50. »\n   Avis à nos abonnés de passage à Paris.\n   Mais voici bien autre chose : nous citons textuellement, nous bornant à l'une ou\nl'autre parenthèse explicative !\n\n             « QUATRIÈME GRAND VOYAGE LAMARTINIEN\n   « Le 25 août dernier, lit-on dans La Lyre Universelle, numéro de janvier, vers la\ntombée de la nuit, on pouvait voir s'acheminer modestement vers la gare du Nord\nun voyageur, une valise à la main et muni seulement de quelques légers bagages.\nSi l'appareil qui l'accompagnait était simple, le but qu'il se proposait était grand,\ncar il ne projetait rien moins que de parcourir les départements du Nord de la\nFrance, la Belgique et tout le royaume des Pays-Bas. Etait-ce un simple touriste?\nNon, c'était un penseur, mieux que cela, un poète...\n   Tous les lecteurs de La Lyre Universelle ont déjà deviné qu'il s'agit de notre sym­\npathique Directeur, M. Jules Canton, qui partait pour sa quatrième grande tournée\nLamartinienne... M. Jules Canton se précipite, son bagage à la main, dans un\ncompartiment de première classe, (bigre!) le sifflet retentit et voilà l'express qui\ns'ébranle avec rapidité et disparaît... Nous voici arrivés à Soissons, où notre Direc­\nteur ne fait qu'une station d'une heure, en y saluant sur son passage la cathédrale,\nl'ombre de Clovis et le souvenir du vase célèbre que le guerrier franc brisa de sa hache\npour ne pas le voir tomber entre les mains de son rival. (M. Canton serait-il assez\naimable pour nous dire à quoi on distingue l'ombre de Clovis d'une autre et comment on\nsalue un souvenir?)\n   Notre Directeur reprend son express et, traversant comme une flèche les villes\nde Vervins, Fourmies, Maubeuge et la belle ville flamande (Pourquoi flamande?) de\nMons, il brûle l'espace et arrive à Bruxelles. Mais, pressé par le temps, ce dernier\nne peut multiplier ses visites comme il le voudrait, et faire adhérer les poètes à\nl'Œuvre Lamartinienne. (C'est regrettable.) Le Congrès d'Anvers va ouvrir ses\nportes et notre Directeur doit se trouver au milieu de ses confrères le 28 courant;\nil s'arrache avec peine aux splendeurs de la vieille cité brabançonne qu'il visite\nrapidement et, se jetant de nouveau dans un coupé-lit, gagne Anvers avec la\nrapidité de l'éclair. (Coupé-lit, à cause de la longueur du voyage, bien sûr !) La presse\nlocale signale comme partout, mais ici en langue néerlandaise, le passage du Direc­\nteur-Fondateur de La Lyre Universelle et du Salon Lamartine. »\n  Si tous les convives des Banquets lamartiniens sont de la jovialité de Jules\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2043, "texte": "92                                  DURENDAL\n\nCanton, on doit s'amuser ferme 21 rue Valette, à Paris, et on comprend ce terme\nde joyeux délire. Oh les farceurs! Nous ne serions pas fâché de faire la connais­\nsance de ce M. Jules... Provisoirement les Douze Pairs le proclament le Bouffon\nde la Table Ronde.\n                                        * *\n\nU     NE ineptie de Michelet :\n        « L'Eglise ne sait et ne peut chanter... Elle en reste au plain-chant; c'est\nsa condamnation. »\n   L'historien-poète avait décidément des trous dans le cerveau!\n\n                                        * \"*\n\n\nR     ÉFLEXION d'un habitué des tribunes de la Chambre :\n       « Otez au peuple belge le lien commun, gloire de La Palisse, ce peuple\nn'aura plus d'avocats! Supprimez la Brabançonne, les leaders politiques lui man­\nquent! Proclamez ce dilemme : la syntaxe ou la mort, la Chambre est abolie. »\n                                         *\n                                       * *\n\nI   L n'y a de beau en ce monde que ce qui est pur.\n                                                      (J. BARBEY D'AUREVILLY.)\n                                         *\n                                       * *\n\nL    A littérature antimaçonnique est bien faite pour donner des nausées. Les\n      maçons même convertis demeurent répugnants. Les ex-frères, au lieu de\nprovoquer tant de tapage autour d'eux, à l'occasion de leur conversion, agiraient\nplus proprement en observant une attitude modeste et moins cabotine. La paperas­\nserie des Taxil, des Rosen, des Maggiotta est écœurante. Il paraît que ça rapporte\ncependant, la Franc-Maçonnerie dévoilée, révélée, expliquée, commentée, illus­\ntrée, etc. Nous n'en voulons pour preuve que l'adresse de cette ordure de Taxil,\nainsi conçue :\n   « Château de Sévignacq, à Sévignacq Meyrac, près de Pau, Basses-Pyrénées, et\nà Paris, 137, rue d'Alésia. »\n   Les fidèles goulus se jettent, nous assure-t-on, sur cette littérature avec une\navidité de gens qui n'auraient pas mangé depuis 40 jours! C'est du propre !\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 82, "texte": "AVRIL   1895   (DEUXIÈME   ANNÉE.)\n\n\n\n\n                                     gxiiyzris\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "                       DURENDAL\n  REVUE         CATHOLIQUE                 D'ART        ET     DE            LITTÉRATURE\n\n\n\n\n                              ABONNEMENTS\nBelgique : un an                    fr. 5 . 0 0 | Etranger ; un-an                       fr.   6.50\n                                  Prix du numéro : 1 franc\n\n\n\n\n                 Comité de rédaction de « Durendal » :\nM M . P O L D E M A D E , H E N R Y CARTON D E W I A R T , l'Abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n\n\n                                   Collaborateurs :\nM M . EDMOND JOLY, W I L L I A M R I T T E R , l'Abbé H E C T O R HOORNAERT,\n     CHARLES B U E T ,        H E N R Y BORDEAUX, M1116 P .              DEMADE,         EDMOND\n\n     CARTON D E W I A R T , M A U R I C E D U L L A E R T , F I R M I N VANDENBOSCH,\n\n     A D O L P H E H A R D Y , P A U L H A R E L , VICTOR D E N Y N , M A U R I C E RANWEZ,\n\n     E R N E S T P É R I E R , J . SOUDAN', M A U R I C E C L A E Y S , ' J O S É H E N N E B I C Q ,\n\n     LÉON      L E JEUNE,          GEORGES V I R R È S ,       THOMAS        BRAUN,         JOSEPH\n\n     S E R R E , PALSAC      P.\n\n\n\n\n                     « Darendai» ne publie que de l'inédit\n         Les collaborateurs sont seuls responsables de leurs                     articles\n\n\n\n                          LES MANUSCRITS N E SONT PAS R E N D U S\n\n\n\n\nToutes correspondances doivent être adressées à la Rédaction et Administration :\n\n                    R u e Albert-de-la-Tour, 14, à B r u x e l l e s\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": " Avril 1895                                                             N° 4\n                               DURENDAL\n\n\n\n\n                                                 A ma chère femme, ces pages\n                                               pensées ensemble.\n\n\n                      FAUT-IL que    nous soyons pygmées, nous, les\n                       teneurs de plume, pour avoir parlé de ce livre\n                       sous ces vains titres de Chronique littéraire, de\n                       Bulletin bibliographique! C'est un phénomène\n                       déconcertant que nous ayons pu parcourir les\n                       cent premières pages d'En Route sans autre\n                       souci que celui de la critique, et il me parait\n                       absolument prodigieux que nous ayons pu\natteindre sans inquiétude, j'allais dire sans angoisse, la 458 et dernière\npage de ce livre tragique et douloureux. E t pendant cette lecture\nl'envie ne nous est jamais venue de nous assurer du titre réel du livre!\nJe viens de refermer le volume et je ne peux contenir mon étonne-\nment. Des mots, différents de ceux que j'avais cru voir tantôt,\nm'apparaissent maintenant sur cette couverture où, sous le nom\nd'Huysmans inscrit en noir, le mot d'En Route flambait en rouge.\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "70                             DURENDAL\n\n\nJ'éprouve comme l'impression confuse que je viens de jeter un regard\ndans ce livre mentionné au verset mystérieux du Dies Irœ :\n\n                       Liber scriptus proferetur,\n                       In quo totum continetur,\n                       Unde mundus judicetur.\n\net que c'est l'histoire d'une âme que j'ai lue, l'histoire de J.-K. Huys­\nmans, telle qu'elle est inscrite au Grand Livre de la Dette humaine.\nEt puis, l'instant d'après, j'oublie tout-à-fait cette forme accidentelle\ndu livre et l'œuvre se dresse devant moi sous une forme autrement\nviolente et tenace : En Route s'anime et vit, et j'assiste, spectateur\nhorrifié, à ce drame effrayant et rendu visible, d'une âme « effarée\npar la grâce » et luttant à la fois contre Dieu et contre Satan.\n   D'autres fois enfin, on s'imagine, — à lire ce livre unique, ce livre\nnon pareil, — que la Vallée du Jugement fourmille déjà de l'Invisible\nfoule des ombres et que, les trompettes des anges étant redevenues\nsilencieuses, la confession publique a commencé pour J.-K. Huys­\nmans.\n   Histoire intime, drame spiritualiste, confession publique... En Route\nest tout cela. Il n'en fallait certes pas autant pour désarçonner la\ncritique et la jeter par terre !\n   Le spectacle d'une âme perdue, errante, affolée, dématée, n'eut\npoint étonné les faiseurs de compte-rendu, mais que cette âme, par\ndes chemins inaccoutumés d'art, cinglât droit vers le christianisme et\ns'y ancrât à jamais, ce dénouement devait mener à de belles incom­\npréhensions de divers côtés et surtout chez les catholiques, où l'abbé\nKlein, seul peut-être, fit preuve d'intelligence. Il est vrai que c'est un\nprêtre et que le volume — qui n'est pas un livre pour enfants, — est\nécrit uniquement pour les inquiets ou les soucieux de l'Au-delà.\n                                      *\n                                  *       *\n  Pour ceux-ci, En Route est de l'intérêt le plus passionnant. Biaise\nPascal, le janséniste, a beau dire que le moi est haïssable, il n'est\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                                DURENDAL                                71\n\nencore rien pour intéresser l'homme comme l'homme lui-même. Et\nvoilà comment je m'explique que ce vaste monologue d'un demi\nmillier de pages, en lequel J.-K. Huysmans, sous le nom de Durtal,\nmet en scène son âme très douloureuse, nous empoigne, comme\njamais spectateurs de drames ne se sentirent empoignés.\n    Mais, qu'est-ce que je dis! ce n'est pas du théâtre, c'est de la vie;\nces larmes sont vraies, le sang qui saigne de ces blessures fume; ces\ncris, ces soupirs, cette désolation, ces passions agitées, ce n'est pas\nune mise en scène, c'est la formidable réalité; ce n'est pas un rideau\n qui se lève, c'est une poitrine déchirée, lamentable, qui s'entr'ouvre\n et nous laisse voir à nu une âme douloureuse elle-même et saccagée...\n    Voici, en résumé, cette tragédie, si poignardement triste, et belle\n aussi, comme tant de choses tristes...\n     « Je suis allé à l'hôpital des âmes, à l'Eglise, — écrit Durtal (ou\n Huysmans), — on vous y reçoit au moins, on vous y couche, on vous\n y soigne ; on ne se borne pas à vous dire, en vous tournant le dos,\n ainsi que dans la clinique du Pessimisme, le nom du mal dont on\n souffre !\n     Durtal avait été ramené à la religion par l'art. Plus que par son\n dégoût de la vie même, l'art avait été l'irrésistible aimant qui l'avait\n attiré vers Dieu... Saint-Séverin par ses effluves et l'art délicieux de\n sa vieille nef, Saint-Sulpice par ses cérémonies et par ses chants\n l'avaient ramené vers l'art chrétien, qui l'avait, à son tour, dirigé\n vers Dieu...\n     Non, plus j'y songe, s'écriait Durtal, plus je trouve l'Eglise prodi­\n  gieuse unique! plus je suis convaincu qu'elle seule détient la vérité !\n — L'Eglise, elle est le haras divin et le dispensaire céleste des âmes ;\n  c'est elle qui les allaite, qui les élève, qui les panse... L'Eglise, elle\n  est indéfectible, elle est suradmirable, elle est immense...\n     Oui, mais alors, il faudrait suivre ses prescriptions et pratiquer les\n  sacrements qu'elle exige ! »\n     Et la chair, soudain, se dresse en déconcertante barrière de boue,\n  infranchissable. C'est alors que Durtal a ce qu'il appelle « un éclat\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "72                              DURENDAL\n\n\nd'âme », une involontaire prière et qu'il tombe à genoux, disant à la\nVierge :\n   « — Ayez pitié, écoutez-moi ; j'aime mieux tout plutôt que de rester\nainsi ! Pardonnez, Sainte Vierge, au salaud que je suis, car je n'ai\naucun courage pour me combattre! Ab ! si vous vouliez! je sais que\nc'est bien fort d'oser vous supplier... etc. »\n   L a lutte continue sous les yeux de l'abbé Gévresin, avec des alter­\nnatives d'espoirs et de défaites, puis d'espoir encore, jusqu'au jour où\nle prêtre se décide à appeler au secours du malheureux Durtal la\nprière toute puissante des monastères de Carmelites et de Clarisses.\nL'accalmie se fait un instant dans l'âme de D u r t a l . C'est à ce moment\nque l'abbé Gévresin propose comme moyen suprême une retraite de\nquelques jours à la T r a p p e , quand soudain la barrière de boue, qui\nsemblait s'être abaissée tantôt, s'exhausse plus formidable que jamais.\nDurtal cherche à établir le bilan de son âme. « L e Doit est terrible. »\nL'Avoir : la confession, passe encore, mais la communion, « proposer\nau Christ de descendre ainsi qu'un puisatier dans ma fosse ! »\n   « ... Je me dégoûte... j'ai l'âme détraquée : dès que je veux prier,\nmes sens s'épandent au dehors, je ne puis me recueillir... Mon âme\nest un mauvais lieu; elle est sordide, elle est mal famée; elle ne vaut\npas cher, elle ne vaut rien... J e me vomis. »\n   « Il n'y a pas à tenter de se faire le comptable de son âme — se dit\nà la fin le pauvre, — d'établir les doit et avoir; je suis poussé, sans\nsavoir comment, par une impulsion qui me monte du fond de l'être et\nà laquelle je suis parfaitement certain qu'il faudra céder. »\n   E t Durtal cède, il porte son âme désolée à la T r a p p e , où la lutte\nreprend avec une acuité qu'aucun adjectif ne saurait qualifier. Entendez\nla prière du premier soir de la T r a p p e , dite en sanglotant sous le\ncrucifix. « Père, j'ai chassé les pourceaux de mon être, mais ils m'ont\npiétiné et couvert de purin et l'étable même est en ruine. Ayez pitié,\nje reviens de si loin! faites miséricorde, Seigneur, au porcher sans\nplace! je suis entré chez vous, ne me chassez pas, soyez bon hôte,\nlavez-moi ! » Cette prière est suivie de la plus épouvantable des nuits\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                                 DURENDAL                                   73\n\nen laquelle « les cauchemars dépassèrent les limites des abominations\nque les démences les plus périlleuses rêvent. » E t cette situation va\ns'aggravant, affreuse, suant la peur, le remords, l'agonie, jusqu'à\nl'explosion d'un premier aveu.\n   « — Je ne me suis pas confessé depuis mon enfance; j'ai mené,\ndepuis ce temps-là, une vie ignoble, j ' a i . . . j'ai commis toutes les\ndébauches..., j'ai fait tout... tout... »\n   Une deuxième confession suit la première. Enfin « le moine leva\nles bras et les manches de sa coule volèrent ainsi que deux ailes\nau-dessus de lui. Il proférait, les yeux au ciel, l'impérieuse formule\nqui rompt les liens; et trois mots prononcés, d'une voix plus haute et\nplus lente : « Ego te absolvo » tombèrent sur D u r t a l qui frémit de la\ntête aux pieds. Il s'affaissa jusque sur le sol incapable de se réunir, de\nse comprendre, sentant seulement et cela d'une façon très nette, —\nque le Christ était en personne présent, était là, près de lui dans cette\npièce, — et ne trouvant aucune parole pour le remercier, il pleura,\nravi, courbé sous le grand signe de croix dont le couvrait le moine. »\n   Durtal a fini de pécher, il n'a pas fini de souffrir. Il quitte la T a b l e\nSainte dans un effrayant état de torpeur. « Il avait eu jusqu'à cette\nheure, dans le ciel interne, la pluie des scrupules, la tempête des\ndoutes, le coup de foudre de la luxure, maintenant c'était le silence et\nla mort. Les ténèbres complètes se faisaient en lui. Pis que le scru­\npule, pis que les tentations contre la pureté ou contre la foi, c'est\nl'abandon supposé du ciel que rien ne peut rendre. La nuit obscure! »\nIl faut une deuxième communion pour l'apaisement de Durtal.\n   « Alors, doucement, sans effets sensibles, le Sacrement agit; le\nChrist ouvrit, peu à peu, ce logis fermé et l'aéra; le jour entra à flots\nchez Durtal. Des fenêtres de ses sens qui plongeaient jusqu'alors sur\nil ne savait quel puisard, sur quel enclos h u m i d e et noyé d'ombre, il\ncontempla subitement, dans une trouée de lumière, la fuite à perte de\nvue du ciel. » L a paix et la joie lui viennent enfin. « Il se promena,\nsoulevé de terre par une joie confuse. Il se vaporisait en une sorte de\ngriserie, en une vague éthérisation où montaient, sans même penser\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "74                                                    DURENDAL\n\n\nà se formuler par des mots, des actions de grâces ; c'était un remercie­\nment de son âme, de son corps, de tout son être, à ce Dieu qu'il\nsentait vivant en lui et épars dans ce paysage mouillé qui semblait\ns'épandre, lui aussi, en des hymnes muettes. »\n   Je ne sais rien, dans la littérature de ces dernières années, de cette\nintensité de passion, d'angoisse, de vérité, de tristesse et de beauté\naussi. C'est de la vie la plus ardente et c'est à la fois de l'art le plus\nmagnifique. « Huysmans, dit fort justement l'abbé Klein, parle de ses\nimpressions en termes qu'on n'invente point si l'on n'a pas fait pour\nde bon ces expériences-là. » Or, dans ce chef-d'œuvre, — j'ai pesé le\nmot avant de l'écrire et ne l'ai pas trouvé trop lourd pour En Route, —\nla puissance du style double encore la puissance du fait. Ce n'est pas,\nje le sais, l'avis de tous; mais qu'on dise ce qu'on voudra, je prétends\nque ce livre ne pouvait pas être écrit dans une autre langue et d'une\nautre écriture que l'écriture volontairement chaude, vivante, violente,\nbrutale parfois de J.-K. Huysmans. Les passions sont des guerrières,\nelles vont à la bataille vêtues d'airain.\n\n                                                               *\n                                                           *       *\n\n    Je n'ai pas tout dit encore. Ce qui m'a empoigné dans ce livre c'est\nl'histoire de cette âme « effarée par la grâce », selon le mot de l'auteur,\nmais il me reste à parler du milieu où cette âme évolue et c'est la\nmoitié de l'œuvre.\n    Ce milieu, c'est « l'art admirable créé par l'Eglise », ce sont les\nchapelles, la littérature mystique, la liturgie, le plain chant. Ce thème,\nHuysmans l'a orchestré de pages merveilleuses : il a éprouvé comme\ncroyant, il a exprimé en artiste prodigieux. Lisez ses commentaires\nsur le De Profundis, « cette requête sublime finissant dans les san­\nglots », sur le Dies Irœ, « ce cri de la désolation absolue et de\nl'effroi » (1). C'est absolument inouï. Lisez ses pages sur l'hagiographie,\n\n    (1); Je ne peux retenir mon indignation à la. pensée qu'un religieux a écrit, à propos du Dies Irœ, cette phrase imbécile :\n«Ce ne sont point là les chefs-d'œuvre qui éveillent dans les jeunes âmes touchées de « l'Influence scevite «, le Mens dirintor\nou qui remplissent d'un chant frémissant l'Os magna Sonaturum. » Ah! le bon crétin !\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                                                 DURENDAL                                                          75\n\nsur Sainte L i d w i n e (2), sur les Saints, sur les H e u r e s canoniales, sur\nle cycle liturgique. Les écrivains sacrés n'ont rien écrit qui atteigne à\ncette magnificence.\n   Lisez encore, ah oui lisez toujours... la Messe des servantes à Saint-\nSulpice, la Prise de voile rue Monsieur, la Scène du crucifiement de\nJésus, d'après Catherine Emmerich, la Confession de Durtal à la\nT r a p p e , le Portrait de frère Simon le porcher, autant de chefs-d'œuvre\ndans un Chef-d'œuvre !\n   H u y s m a n s « a été ramené à la religion par l'art » et, à son tour,\nanimé du prosélytisme qui semble être l'essence m ê m e du catholi­\ncisme, il espère, à force d'art, faire accepter Dieu par la génération\nd'incrédules qui l'entourent. Réussira-t-il? L'art aura-t-il sur les autres\nla puissance qu'il a montré sur lui. Je ne sais. Pourtant j'aime à\nconstater que le livre obtient par le m o n d e un succès retentissant, et\nle succès prouve au moins que le lecteur a goûté avec et un peu\ncomme H u y s m a n s , sans doute, l'art admirable de l'Eglise. L a toute\npuissance de l'art opère donc, et l'auteur peut, dès aujourd'hui, se\nrendre témoignage qu'il a fait œuvre d'apôtre en même temps qu'œuvre\nd'artiste, puisqu'il a haussé, moralement haussé, par son admirable\nlivre, le niveau d'un certain nombre d'âmes. Quoi qu'il en soit,\nqu'il sache que Dieu tient plutôt compte de l'effort que du succès, et\nl'effort il l'a donné tout entier, formidable, superbe et, j'espère,\ntriomphant...\n  Un mot encore avant de finir, pour répondre d'avance au reproche\nqu'on me fera, d'être un critique enthousiaste. Oui certes, j'ai jugé\navec mon cœur, parce que c'est mon dogme, comme c'était celui\nd'Ernest Hello : « que là où l'amour n'a aucune place, il n'y a rien ni\nde vrai, ni de beau, ni de fécond, » et que pour accomplir sa tâche, il\nfaut que la critique ait de l'âme. » En Route a ses défauts, je le recon­\nnais ; il reste tout au fond, çà et là, un rien de fange naturaliste qui\nmonte et vient faire écume à la surface; l'écrivain m a n q u e de temp»\n\n\n  (2) Ce fragment a été publié ici même à Durendal., avant l'apparition du volume. Durendal, l' année, n° de décembre.,'\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "76                             DURENDAL\n\nen temps de charité, d'humilité. J'oublie, je pardonne. Durtal vient à\npeine de se convertir, il a chassé de son cœur tous ses vices, il n'a pas\nencore eu le temps d'installer toutes ses vertus. Il vient de Là Bas,\nil est En Route, laissez-lui le-temps d'arriver Là Haut... E n attendant,\nsi vous êtes de vrais chrétiens, vous prierez pour J.-K. H u y s m a n s .\n                                                                 POL DEMADK.\n     Semaine Sainte 1895.\n\n\n\n\n                   CHANSON D'AVRIL\n                                            A MON AMI M.   V.,   A ROME.\n\n\n\n\n                Connais-tu les frissons de l'herbe\n                       Sous le vent,\n                Quand, dans les prés, Avril imberbe,\n                       Se levant\n                Les cheveux perlés de rosée,\n                Jette à l'aurore sa risée?...\n\n                 Des torsades d'or ruisselé,\n                         Par les fées\n                 Des nuits, au gazon constellé,\n                         Agrafées,\n                 Le font, au soleil, scintiller\n                 Comme un écrin de joaillier.\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "               DURENDAL                  77\n\nAvec ses aubépins en haies,\n       Bouquetés\nDe blanc, — telles des fiancées —\n       Et hantés\nD'églantiers frêles, la prairie\nA des airs de tapisserie.\n\nMille bourgeons frais entr'ouverts,\n       En leur robe\nDe satin brun à crevés verts,\n       Fêtent l'aube;\nSans plus d'hivernales pâleurs\nDéjà se déclosent les fleurs.\n\nIl passe dans les pommiers grêles\n       Je ne sais\nQuels mystérieux froufrous d'ailes\n       Empressés...\nTandis que, bien loin, l'on peut voir,\nPenchés, des bœufs à l'abreuvoir.\n\nCalme, sous un voile de brume\n        Dont le bord\nBleuit, sans remous, sans écume,\n        L'étang dort :\nParfois, sur l'onde, une clarté\nCourt en rubans d'or pailleté...\n\nEcoute! là-bas, dans ce saule\n       Qu'un réseau\nDe rayons, du brouillard isole,\n       Un oiseau\nEgrène de sa voix pleurante\nQuelque chanson d'amour, navrante...\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "78                              DURENDAL\n\n\n                Et lointaine, en nous, on dirait\n                        Que nous froisse,\n                Malgré le soleil guilleret,\n                        Une angoisse...\n                ... Oiseaux et fleurs et clairs Avrils,\n                Mon Dieu! combien dureront-ils?...\n\n                Si proche est ici-bas l'automne\n                         Du printemps...\n                Si tôt jaunit la feuille qui bourgeonne,\n                         Aux antans...\n                Un rêve vite éteint, hélas! voilà la vie...\n                Et le bonheur n'est jamais qu'en envie !\n  Avril 1893.                                         F . PASSELECQ.\n\n\n\n\n      Le Bonheur dans le rêve\n                 LEchâteau des F l a m e n t s était une solitaire demeure\n                  de campagne : castel par son architecture rudimen­\n                  taire et barbare, moutier par ses gothiques tourelles\n                  qui mitigeaient de mysticisme la rudesse de l'en­\n                  semble.\n                     Des bois séculaires le sertissaient d'une paisible\nsolitude et le protégeaient des tempêtes et des rafales.\n  Les musiques discrètes de leurs murmures, l'harmonie plaintive de\nleurs frémissements, leurs rumeurs tristes et déchirantes tour à tour\nemparadisaient ou épouvantaient le vieux manoir.\n  Forêts ! primitives basiliques aux insondables voûtes d'azur; temples\ndu mystère où vont prier les saints; retraites des poètes!\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                               DURENDAL                                 79\n\n   Où les vierges entendent les voix élyséennes ;\n   Où les simples ouïssent les chœurs des séraphins;\n   Où les Jeanne d'Arc reçoivent des divines missions;\n   O forêts ! qu'émouvait la lyre enchanteresse du poète magique ;\n   Propices aux bergers nonchalants et rêveurs ;\n   Où les ophélies pleurent, où les amants s'esseulent;\n   Forêts où s'exubère la sève du p r i n t e m p s ; chaudes forêts d'été;\nforêts d'automne d'or et de mélancolie; forêts d'hiver, givrées et\nféeriques, forêts fantômes ou bien de fiançailles;\n   Forêts où semblent vibrer des harpes éoliennes, calmes ou furieuses,\nintimes ou vengeresses, que d'âmes avez-vous trouvées confuses ou\némues!\n   Nos rêves comme vos arbres montent vers les nuées; vos rythmes\net vos chants enivrent les cœurs purs et vos clameurs pareilles aux\ntumultes des flots nous troublent étrangement.\n   Un lac serein et clair, où régnait la suzeraine pâleur des cygnes,\nlaissait ses eaux limpides s'alanguir aux pieds des murs noircis. L e s\nastres s'y miraient par les nuits diaphanes, alors que lentement, dans\nle silence des choses, passaient des ombres chères. Des biches vaga­\nbondes, que n'effrayait jamais nul inquiétant Nemrod, s'abreuvaient\nconfiantes aux sources désirées ; des flaments familiers dormaient\ndans les clairières...\n\n  Stéphane et Gabrielle vivaient en ce séjour paradisiaque, parmi tout\nle rayonnement de leur jeunesse, emmi toute l'irradiance de leurs\nâmes émerveillées.\n   Leurs mains s'étaient jointes pour la même prière et mêmement\naussi leurs cœurs avaient battu pour le plus pur Idéal. L e u r chair\nn'avait jamais connu les corrosifs frissons des luxures qui damnent.\n   Elle avait été tout d'abord pour lui cette âme au loin dont rêvent\nles poètes : âme très chaste, ignorante du vice et des charnels désirs;\nfemme idéale d'une insexuelle beauté, être impalpable et pourtant\nespéré.\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "80                              DURENDAL\n\n  Il la rêvait impeccable : belle ainsi qu'Aphrodite, pure ainsi q u ' H y ­\npathie au long regard très doux tel qu'un rayon de lune; Parfois il lui\nsemblait la voir en contemplant l'impavide et immortelle Vénus de\nMilo et il croyait entendre ses appels quand très seule et très lente\nune cloche tintait au loin...\n   Il vivait avec elle, elle pensait avec lui. Il la concevait habitant un\npays de rêve, là-bas par delà les pôles et les mers, sur une terre\nétrangère, — incréée peut-être, — aux flores inconnues. Ange plutôt\nque femme, pour lui elle n'était pas de ce monde : elle avait l'âme et\nle sourire de la Joconde.\n   P a r une mystérieuse attirance, — ô insoluble problème d'amour —\nils avaient pressenti devoir se rencontrer. Leurs cœurs s'étaient promis\nl'un à l'autre en d'immatérielles et mystiques fiançailles. Lointaines?\nQu'importent les espaces aux âmes adelphines? Celles-ci se savaient\ncinglant l'une vers l'autre pour se croiser un jour et faire voiles\nensemble au ciel ou bien cy-bas.\n   E t d'ailleurs Stéphane et Gabrielle étaient-ils jamais de ce monde\net n'avaient-ils pas d'avance emparadisé leur vie, puisqu'ils la rêvaient.\nD a n s le poudroiement d'or des lointains elle lui apparaissait, parmi\nles auréoles, les nimbes et les palmes, d'une lumineuse candeur.\n   Il ne la rattachait à aucune aucestrale lignée : pour lui elle était née\nd'un dieu telle qu'Aphrodite. Ou peut-être était-ce une étoile perdue\nque l'Invisible Semeur d'astres avait laissé choir lors des firmamen­\ntales semailles.\n   E t elle gardait pieusement, en la très orfévrée chapelle de son âme,\nl'extatique vision de l'Inconnu du rêve. Nouvelle et tendre Elsa sûre\nde son Lohengrin et confiante en lui. P e n d a n t ses songes couleur\nd'aube, elle avait souvent vu le cygne prophétique amenant, sur les\neaux calmes et cérulées, le chevalier béni cuirassé de soleil. Elle avait\nentendu le cor — clair annonciateur — prédire sa venue fabuleuse,\nmais certaine, parmi l'aurore vermeil. E t à travers l'éblouissante\narmure, elle avait senti battre un cœur ardent et pur.\n  Elle vivait ainsi extasiée et heureuse sous la tutélaire égide du\nGlaive fulgurant qui garde le Saint-Graal et les blanches Elsas.\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                                DURENDAL                                81\n\n   Aussi toute naturelle avait été leur rencontre. P o u r eux, elle n'eut\nrien d'étrange ou d'inexplicable, pressentie qu'elle était par leur infail­\nlible amour. L a raconter, ne serait-ce donc pas en atténuer le charme\net le mystère?\n   E t depuis, Stéphane et Gabrielle s'étaient retirés dans le familial\nmanoir. Quelle existence était la leur! Supra-terrestre et peut-être\npareille à celle qui attend les Bienheureux là-haut.\n   Il lui disait parfois : « L e bonheur, chère âme, meurt au seuil de la\nréalité, il est l'œuvre de notre vouloir : le rêve est la seule réalité.\nNous sommes heureux, car notre bonheur est en nous; nous sommes\nen dehors du destin, puisque nous nous sommes créé nous-mêmes\nune destinée, et la bonne fortune nous est aussi indifférente que les\nchoses adverses. Les contingences ne nous ont point touchés : nou­\nveaux Icares, nous nous sommes essorés vers l'Ether et nos aîles ne\nse sont point brisées. Nous avons compris que notre vie en ce monde\nn'est qu'un devenir : nous sommes en voyage vers l'Eternité, que le\nrêve soit notre viatique. Nous nous sommes revêtus de foi ainsi que\nd'une armure que nul ne peut fausser. De nos âmes nous avons fait\ndes temples où s'irradie la L u m i è r e Incréée.\n   Nous sommes loin des humains frêles jouets des passions et des\nillusions. Nous ne nous sommes jamais abaissés jusqu'à la sexualité;\npour nous la chair ne frissonne plus; elle a l'impassibilité des marbres.\nNos lèvres ne s'effleurent jamais et pourtant nos cœurs battent et nos\ncerveaux palpitent en même effort d'Idéal... »\n   E t leur vie s'écoulait calme et sereine comme ces beaux fleuves qui\ns'en vont tranquilles, entre deux rives ensoleillées, à l'océan.\n\n   C'était le printemps et c'était l'heure incertaine et indéfinissable où\nl'ombre envahit la lumière.\n   E n une salle exiguë et basse, aux tentures sombres, aux meubles\nrares, Stéphane et Gabrielle rêvaient, alanguis sur des divans. Un\nbleu nuage d'encens planait, nimbant de vague les choses ambiantes\net son mystique parfum incitait au songe ou à la prière. De sa voix\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "82                             DURENDAL\n\n\nimmatérielle, Gabrielle venait de chanter de lentes et mélancoliques\nmélopées.\n   Ils rêvaient maintenant et leurs yeux se reposaient sur des statuettes\nde marbre — icônes des belles œuvres grecques — qui semblaient\nsurgir de l'Ether.\n  — Vivons-nous encore? dit-elle soudain.\n  — Vous vivons et nous ne vivons plus, répondit Stéphane. Pour les\nhommes nous sommes morts depuis longtemps, ou plutôt nous avons\nperdu la raison. Mais nous, ne savsns-nous pas que nous vivons de la\nvie la meilleure, puisque nous avons élevé, comme un lys, notre\namour vers l'Idéal?\n   Si nous ne sommes pas encore des dieux, nous ne sommes plus des\nhommes.\n   Gabrielle l'interrompit :\n  — Est-ce cette magnétique soirée qui me trouble et me grise, ou\nbien serait-ce votre voix? J e me sens mal, sortons un peu, voulez-vous?\n   Ils se dirigèrent vers le lac.\n   Languissante, elle prit le bras de Stéphane. Ils marchaient lente­\nment, lui songeur, elle fiévreuse et comme en proie à un malaise.\n   — Je me sens lasse, dit-elle, reposons-nous.\n   Ils s'arrêtèrent et elle reprit :\n   — Non, mon frère, c'est vrai, nous ne sommes peut-être plus des\nhommes, mais n'avons-nous pas le tort de vouloir être des dieux?\nEst-ce possible? N'est-ce pas surhumain? N'est-ce pas violer les lois\nnaturelles?\n   E t ce disant elle darda ses regards inquiets sur le jeune homme.\n   Lui la regarda aussi et il la vit anxieuse de la réponse. Depuis\nquelque temps, il doutait d'ailleurs du devenir de celle qu'il avait\nélue. Il lui semblait qu'elle souffrait et il se demandait s'il n'exigeait\npas trop de Gabrielle. L a femme réapparaissait, par des fois, en elle;\nelle devenait câline, insidieuse, féline même. L'étrange question de\nce soir lui déchirait des voiles : il comprenait.\n     Calme en apparence, il répondit :\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                              DURENDAL                              83\n\n  — Non, mon amie, ma sœur, ce n'est pas impossible.\n  Nous ne pourrons jamais être des dieux, c'est vrai, mais nous\npouvons devenir supra humains. Ceux qui nous entourent boivent,\nmangent, reproduisent, c'est toute leur vie. Ils œuvrent comme la\ntaupe creuse, comme le castor bâtit. Ils ne pensent pas : ce sont des\norganismes. Pensons et rêvons. Aimons le Beau Idéal comme une des\nmanifestations du Divin, faisons le bien et surtout restons purs. C'est\npourquoi, Gabrielle, je vous appelle ma sœur d'élection, voulant par\nce mot conjurer vos désirs. Vous êtes ma sœur par la foi, par la\npensée, par le rêve.\n   Après un silence, elle reprit :\n   — Stéphane, vous avez été pour moi le Révélateur du Beau, vous\nm'avez, nouveau et cher Sézame, ouvert les temples de la Pensée et\nde l'Idée. Vous avez révélé, à mes yeux éblouis, à mon âme émer­\nveillée, les grandes œuvres et les belles gestes. C'était bien vous que\nj'attendais recéleur de mirages, dispensateur de méthodes. C'était bien\nvous que je devais rencontrer; pourtant vous êtes, j'ai honte de\nl'avouer, vous êtes trop haut pour moi. Vous êtes le pèlerin arrivé à\nla cîme, je suis la voyageuse qui désespère d'y atteindre jamais. Poète\net penseur, vous planez déjà — j'essaie seulement d'escalader !\n   Cependant tout mon vouloir y tend : je voudrais vous suivre afin\nque nos deux pensées ne fassent plus qu'une, comme nos cœurs ne\nfont plus qu'un.\n   Mais vous n'êtes plus un homme et moi je suis encore une femme.\nVoilà un an que nous vivons ici côte à côte : je sens que j'ai trop\nprésumé de moi-même. Aujourd'hui je défaille et il faut que je vous\nle confesse, je vous aime, non comme une sœur, je le sens, mais\ncomme... O h ! ne vous effrayez pas, Stéphane, je ne chercherai pas à\nvous faire oublier la fin que vous vous êtes proposée. Mon amour sera\npour vous le précieux cordial qu'on prend aux heures de défaillance,\nle réconfortant viatique, rien de plus.\n  Ne suis-je pas votre vassale, n'êtes-vous pas mon suzerain? Redes­\ncendez pour un instant des sommets où vous vous êtes hissé; venez\nme tendre la main et aimez-moi plus qu'une sœur.\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "84                            DURENDAL\n\n  Pourquoi vous obstiner à ne voir en moi qu'une amie, car malgré\ntout ce que vous pourrez me dire, je sens bien que je ne vous ai pas\ntout entier.\n  Il me m a n q u e cette communion d'amour qui scelle à jamais les\npactes de fiançailles.\n  Elle me grandira, elle me métamorphosera, elle me fera mieux vous\ncomprendre. E t vous, Stéphane, vous n'en serez pas moins pur, car\nnotre amour sera trop haut pour tomber dans la fange des luxures.\nVous serez toujours le stylite, le solitaire hautain, le noble poursui­\nvant de l'Idéal.\n   J'ai souffert longtemps avant de vous dire ces choses et je souffre\nencore de vous faire cet aveu. Mais aime-t-on une sœur? Moi je\nt'aime, Stéphane, aime-moi aussi.\n   E t elle effleura passionnément la joue du jeune homme de ses lèvres\nde fièvre.\n   Il la repoussa doucement :\n   — L e printemps vous trouble, ma sœur, les effluves brûlants de\ncette soirée vous grisent. Vous me faites souffrir beaucoup en ce\nmoment, car vous venez encore de crever un mirage — le dernier des\nmirages h u m a i n s , peut-être.\n  Je vous avais rêvée pure, exempte de désirs. Je vous avais transfi­\ngurée et j'étais heureux. J'aurais dû ne jamais vous rencontrer. Car\naujourd'hui voilà la brutale réalité qui tue le rêve d'or. Vous n'étiez\npas une femme pour moi, vous étiez un ange, une étoile, une fée, que\nsais-je. Vous n'étiez pour moi qu'un beau marbre. Vous êtes donc une\nfemme comme toutes les autres? J e vous aime plus qu'un frère a\ncoutume d'aimer une sœur. Mon amour pour vous restera toujours\npur. D'autres partiraient, j'aurai la volonté de rester après d'aussi\ndangereux aveux. J e resterai et je vous guérirai. Rentrons.\n\n\n   Il resta, mais l'amour de Gabrielle était de ceux qu'on ne peut\n guérir.\n   Il partit donc en lui laissant cette lettre :\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                               DURENDAL                                85\n\n   « Ma pauvre amie, je pars. Où vais-je? J e ne sais encore. J e vou­\ndrais faire un voyage sans fin, sur un vaisseau sans nom qui ne\ntrouverait jamais son port. J e vous le disais bien que le bonheur était\ndans le rêve, c'est vous qui l'avez brisé. Vous étiez la seule figure\nhumaine que je pouvais me résoudre à regarder et je vous contemplais\navec une sereine et chaste volupté : je vous aimais sans vous désirer.\n  Je pars afin de ne pas nous voir malheureux. J e pars afin que nous\nn'ayions pas honte de nous-mêmes.\n  Je souffre et je souffrirai encore, mais après les heures de tristesse,\naprès les larmes et les regrets, il me restera encore un Idéal : mon\ncœur comme un Phénix renaîtra pour l'aimer.\n  Vous qui demeurez en ce lieu où nous fiançâmes nos âmes, où nous\nvécûmes pareils à des ombres heureuses, rappelez-vous celui qui vous\navait voué un amour vierge et beau; que mon souvenir soit votre\nviatique. Guérissez-vous en contemplant les œuvres que je vous fis\nconnaître. Méditez devant les marbres impeccables des Grecs immor­\ntels, devant la Joconde et le Saint-Jean énigmatique et mystérieux\nprometteur de félicités. Réfugiez-vous dans la prière.\n   De loin je serai encore votre thérapeute et peut-être reviendrai-je\nun jour. »\n   Et, en effet, Stéphane partait vers l'Inconnu.\n   L'aveu de celle qui était sa sœur de dilection l'avait troublé plus\nqu'il n'osait se l'avouer et toute sa volonté avait été nécessaire pour\ntriompher.\n  Si intellectuel qu\"il pouvait être, il souffrait cependant de devoir\ndélaisser cette âme qu'il avait liée à la sienne. Il se reprochait d'avoir\nvoulu faire atteindre à son amie des hauteurs\" inaccessibles à une\nfemme et il regrettait par des fois de ne pas avoir laissé faiblir son\ncœur et sa chair.\n  Gabrielle était seule maintenant, désespérée peut-être, sans âme\npour pleurer avec elle.\n  Il eut un remords et il revint aux F l a m e n t s .\n  Les cygnes du grand lac exhalaient leur chant crépusculaire, l'eau\nsemblait morte.\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "86                               DURENDAL\n\n\n   Rien ne répondit aux appels de Stéphane, que l'écho des grands bois.\n   Il pénétra dans le château et sur une table il trouva ce mot :\n   « Vous aviez raison, mon frère, le printemps me brûlait les sens,\nj'étais folle ce soir-là. H é l a s ! j'ai brisé notre rêve, nous étions si\nheureux avant cette fatale soirée! L e calme est revenu maintenant en\nmon âme.\n   L'orage s'est dissipé. Vous m'avez ouvert des horizons, des contrées\net des mondes. Merci à vous. Vous aussi vous étiez le seul que je\npouvais contempler, que je devais aimer. Vous avez bien fait de fuir.\nVous êtes resté pur et je n'ai point succombé.\n   J e pars, moi aussi, car ce manoir me rappelle des instants si doux,\nsi énivrants, des heures d'oubli si chères, que les larmes me viennent,\nque le désespoir me hante. D e fatales pensées me torturent.\n   Adieu solitaire château, adieu forêts aux murmures enchanteurs,\nadieu belles œuvres, adieu mes cygnes, rois des eaux mortes... Adieu\nmon frère, je pars et vais me réfugier dans la prière. »\n\n   U n grand désarroi régna dans le cœur de Stéphane. Son amour\npour Gabrielle était d'autant plus grand qu'il était immatériel.\n   Il lui avait offert sa pensée avec ses secrètes batailles, son cœur\navec ses b a t t e m e n t s , ses espoirs et son sang. Il lui avait donné ses\nsouffrances et ses joies, ses aspirations et ses luttes.\n   Il avait élevé vers elle, comme vers une madone, la blanche hostie\nde son âme et le calice auguste de sa vie.\n   E t cette sœur qu'il attendait, il l'avait donc rencontrée pour qu'elle\nbrisât son bonheur et son rêve. Elle avait fui aussi, le cœur mutilé,\nl'âme en détresse.\n\n   S t é p h a n e repartit vers les H a s a r d s .\n   Il traversa des villes qu'il ne voulut pas voir, le commerce des\nfoules lui étant une irrémédiable souffrance.\n   U n e nuit il s'arrêta pourtant dans une cité d'un autre âge où\ns'égrènent encore les notes argentines des carillons. Il erra par les\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                               DURENDAL                                87\n\nrues ensomeillées, le long des canaux aux eaux léthargiques et leurs\ncygnes dormants lui rappelèrent ceux des F l a m e n t s .\n   L e lendemain il s'en fut s'esseuler dans un village perdu près de la\nmer.\n   L a mer l'attirait comme elle attire les cœurs dévastés par les tem­\npêtes. Ses rumeurs innombrables et rythmiques bercent les plaintes\ndu triste. Ainsi en fut-il pour Stéphane : seul enfin devant elle, il\nsentit sa douleur s'atténuer, sinon s'évanouir.\n   L a vue des vagues aux changeantes couleurs fut pour lui un L é t h é .\n   Les aurores et les couchers l'hallucinaient surtout. Cette mer du\nmatin sous. Helios naissant — mer de nacre et de diamant, mer\nsidérale — exaltait son âme. Il rêvait de fabuleux départs vers\nd'éblouissantes contrées, d'épiques appareillages ou de légendaires\nconquêtes de toisons d'or.\n   Il songeait au vaisseau F a n t ô m e et aux conquistadors, au Révéla­\nteur du globe, à Cortès, à Pissaro, et l'âme de ces grands morts\nsemblait envahir la sienne.\n   Au coucher, cette mer d'or ou de cuivre rouge, cette mer de sang\nou de feu, cette mer d'incendie et d'apothéose, cette mer couleur des\ncœurs meurtris, l'attristait et lui rappelait le passé.\n   P a r m i cette solitude, sur cette grève déserte, Stéphane pouvait\nsupposer que les hommes n'avaient jamais existes : Aucune voile sur\ncette mer qui lui paraissait sans bornes.\n   Il était seul enfin, loin des humains qu'il abhorrait et de leurs\nvaincs clameurs, entre l'infini d'en haut et l'infini d'en bas.\n   Par cette huit sans étoiles et sans lune surtout, les deux infinis\nsemblaient s'être confondus. Nul chant de marins, nul bruit de la\nterre n'arrivaient jusqu'à lui. L'on n'entendait que la plainte lointaine\ndes flots aux rumeurs accalmées.\n   Stéphane se promenait à pas lents sur la grève en r y t h m a n t des\nvers à la Beauté.\n   Devant lui c'était l'infini noir, l'infernal empire des Ténèbres.\n   Soudain, là-bas, à l'horizon, apparut une clarté timide : étoile d'un\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "88                              DURENDAL\n\n\nciel dantesque l'appelant comme celle des Mages vers un Messie\nnouveau? ou phare d'un port inhospitalier? ou vaisseau en détresse?\nou quoi?\n   E t maintenant il regardait cette étrange lueur tandis que son bras\ns'était tendu vers elle en un geste d'effroi.\n   L à aussi, dans cette immensité de bronze, vivaient des hommes\nqu'agitaient des passions, que torturaient des vices.\n   Il n'était donc pas seul sur cette côte silencieuse, car devant lui, au\nloin, quelque chose vivait qui l'obsédait.\n   Il n'était donc pas seul et où le serait-il pour ne pas voir ses sem­\nblables, ses frères — ô ironie! — ses frères à lui qui d e m a n d a i t des\ndéluges nouveaux pour les races nouvelles !\n\n   T r i s t e mais résigné, il quitta ce rivage, pour quelques heures hos­\npitalier. A cette heure où d'étranges hallalis sonnaient en son cœur,\nil se souvint qu'il pouvait encore prier et il s'arrêta dans une miséreuse\néglise de village. Il pria pour oublier qu'il est en ce monde des êtres\nvils et fourbes, pour oublier le passé et pour ne plus se souvenir qu'au\ndessus des pestilentiels charniers d'ici-bas, la divine clarté de l'Idéal\nbrille pour les E l u s .\n  E t Stéphane revint au solitaire manoir.\n\n   P o u r lui toutes les lèvres se sont tues, tous les yeux se sont clos.\nQue lui importe si les femmes sont perverses, s'il est des baisers et\ndes aveux, des spasmes et des étreintes. Les marbres seuls l'émeuvent.\nQue lui font les souffrances d'amour, les lâchetés des amants !\n   Il ne haït ni n'aime plus, il ne rit ni ne pleure. Il s'est taillé un\nmasque de pierre : les traits en sont impassibles et calmes.\n   Il passe dans la vie comme une ombre en un rêve et il habite très\nloin. Loin des villes et des foules qu'il méprise, mais qu'il plaint,\ndans une contrée inconnue, en un castel muet.\n   Il y contemple de belles icônes, des œuvres impeccables, et quand\nsous ses doigts de songe l'orgue exhale ses accords mystiques, il lui\nsemble ouïr les chœurs des séraphins.\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                                     DURENDAL                                     89\n\n   Les heures de détresse ont fui et — ainsi que Stéphane l'avait\nprédit — son cœur renaît comme un phénix, son âme comme un beau\nlys s'épanouit encore dans l'Ether pur.\n                                                          JOSÉ HENNEBICQ.\n\n\n\n\n               MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n\n    Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n\nM     ONSIEUR Camille Doucet (de l'Académie française) s'est définitivement endormi\n       le 1er avril.\n                                            *\n                                        *       *\n\nU     NE annonce délicieuse :\n        « La Fédération des Sociétés de tempérance ouvre un concours de pièce drama­\ntique originale, en langue française ou flamande, sans rôle de femme, et d'une\nmorale anti-alcoolique saisissante. Un prix de 100 francs sera décerné à la meilleure\npièce. S'adresser à M. Buse, avocat, rue des Douze-Chambres, à Gand. »\n   Et maintenant à vos pièces, les dramaturges! Est-ce compris? Originale, pas de\nfemme, morale anti-alcoolique saisissanie. Pour compléter la chose, la Fédération\ndes Sociétés de tempérance aurait dû, ce nous semble, poser ces deux conditions\nsupplémentaires :\n   1° Le dramaturge sera tenu de prouver qu'il s'est abstenu de tout alcool depuis\nle jour de sa naissance;\n   2° Le lauréat prend l'engagement d'honneur de ne pas dépenser les 100 francs\nfastueusement offerts comme prime en folles orgies.\n                                           *\n                                          * *\n\nL    E théâtre de l'Œuvre a donné l'autre mois, à Paris, Intérieur, de Maurice Mae­\n      terlinck. M. Sarcey, qui s'entend en beauté à peu près autant qu'un éléphant\nà la culture des orchidées, confesse que « la pièce a obtenu un succès énorme\ndevant un public spécial », mais il la trouve mauvaise pour cette admirable raison\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "90                                  DURENDAL\n\n« qu'il s'est ennuyé ferme, ce soir là ». M. Sarcey avait probablement trop bien\ndîné avant le spectacle, et comme ce ventripotent imbécile a la digestion lente, il\naura bâillé, d'où cette appréciation, qu'un de nos journaux nationaux qualifie\nd'appréciation autorisée! Autorisée par quoi? Par la dyspepsie?\n                                            *\n                                       *        *\n\nN    OTRE collaborateur    et ami M. William Ritter, dont on a lu ici même tant de\n       belles pages, vient d'entreprendre L'Art en Suisse, encyclopédie artistique de\nl'art des étrangers en Suisse et celui des Suisses à l'étranger. L'œuvre paraîtra à\nintervalles irréguliers en brochures et volumes indépendants dont l'ensemble\nconstituera un tout complet. La première livraison a paru (Siffer, Gand), elle est\nconsacrée à Edmond de Pury. Nous ne faisons que signaler l'entreprise de\nM. W . Ritter. Nous nous réservons d'en parler sous peu, plus à loisir.\n                                            *\n                                        *       *\nS    E moquera qui voudra de Péladan, comme métaphysicien, comme romancier,\n      comme artiste, comme dramaturge, le Sâr est sans conteste une des personna­\nlités les plus hautement remarquables de la génération présente : il honore, à l'égal\ndes plus illustres, les lettres, l'ait et la pensée de son époque.\n   Citons de lui cette définition de l'amour, emprunté à son admirable pastorale :\nle Fils des Etoiles et que le public acclama longuement, lors de la représentation :\n                  L'Amour est la forme attrayante de la douleur.\n                                            *\n                                        *       *\nT    ARTARIN DE TARASCON est dépassé.\n        Nous nous en voudrions de ne pas faire connaître à nos lecteurs La Lyre\nuniverselle, « revue poétique lamartinienne illustrée, bulletin officiel du Salon\nLamartine, des Banquets Lamartiniens, etc., etc. (Directeur-fondateur : Jules\nCanton, 17, rue Souffiot, Paris. Abonnement, 6 francs par an. ) » Oyez ces extraits\ndélicieux :\n   « Les Banquets Lamartiniens, organisées par La Lyre Universelle, sous la direc­\ntion de M. Jules Canton, en souvenir des célèbres banqueis Lamartiniens de 1848,\nont lieu, à sept heures précises du soir, tous les premiers dimanches du mois, dans\nles salles de l'Hôtel des Banquets Lamartine, 21, rue Valette (Panthéon). Ces ban­\nquets, admirablement servis, sous la direction de l'intelligente et distinguée\nmaîtresse de la maison, sont présidés, chaque fois, par une célébrité contemporaine\nqui y prononce un discours et sont suivis d'une soirée musicale, artistique et litté­\nraire donnée par les poètes de La Lyre Universelle et les artistes des théâtres et\nconcerts de Paris. La maison possède une jolie salle à manger et un beau salon,\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                                      DURENDAL                                        91\n\nayant vue sur un magnifique jardin, où les heureux convives des banquets Lamar-\ntiniens accordent, tous les mois, leur lyre, pour chanter en chœur, à la fraîcheur\ndes soirs, et la grandeur de la science, et la beauté de l'art et leur joyeux délire. —\nLe prix, dîner, café, liqueurs, punch ou thé et droit à la soirée compris, fr. 3.50. »\n   Avis à nos abonnés de passage à Paris.\n   Mais voici bien autre chose : nous citons textuellement, nous bornant à l'une ou\nl'autre parenthèse explicative !\n\n             « QUATRIÈME GRAND VOYAGE LAMARTINIEN\n   « Le 25 août dernier, lit-on dans La Lyre Universelle, numéro de janvier, vers la\ntombée de la nuit, on pouvait voir s'acheminer modestement vers la gare du Nord\nun voyageur, une valise à la main et muni seulement de quelques légers bagages.\nSi l'appareil qui l'accompagnait était simple, le but qu'il se proposait était grand,\ncar il ne projetait rien moins que de parcourir les départements du Nord de la\nFrance, la Belgique et tout le royaume des Pays-Bas. Etait-ce un simple touriste?\nNon, c'était un penseur, mieux que cela, un poète...\n   Tous les lecteurs de La Lyre Universelle ont déjà deviné qu'il s'agit de notre sym­\npathique Directeur, M. Jules Canton, qui partait pour sa quatrième grande tournée\nLamartinienne... M. Jules Canton se précipite, son bagage à la main, dans un\ncompartiment de première classe, (bigre!) le sifflet retentit et voilà l'express qui\ns'ébranle avec rapidité et disparaît... Nous voici arrivés à Soissons, où notre Direc­\nteur ne fait qu'une station d'une heure, en y saluant sur son passage la cathédrale,\nl'ombre de Clovis et le souvenir du vase célèbre que le guerrier franc brisa de sa hache\npour ne pas le voir tomber entre les mains de son rival. (M. Canton serait-il assez\naimable pour nous dire à quoi on distingue l'ombre de Clovis d'une autre et comment on\nsalue un souvenir?)\n   Notre Directeur reprend son express et, traversant comme une flèche les villes\nde Vervins, Fourmies, Maubeuge et la belle ville flamande (Pourquoi flamande?) de\nMons, il brûle l'espace et arrive à Bruxelles. Mais, pressé par le temps, ce dernier\nne peut multiplier ses visites comme il le voudrait, et faire adhérer les poètes à\nl'Œuvre Lamartinienne. (C'est regrettable.) Le Congrès d'Anvers va ouvrir ses\nportes et notre Directeur doit se trouver au milieu de ses confrères le 28 courant;\nil s'arrache avec peine aux splendeurs de la vieille cité brabançonne qu'il visite\nrapidement et, se jetant de nouveau dans un coupé-lit, gagne Anvers avec la\nrapidité de l'éclair. (Coupé-lit, à cause de la longueur du voyage, bien sûr !) La presse\nlocale signale comme partout, mais ici en langue néerlandaise, le passage du Direc­\nteur-Fondateur de La Lyre Universelle et du Salon Lamartine. »\n  Si tous les convives des Banquets lamartiniens sont de la jovialité de Jules\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "92                                  DURENDAL\n\nCanton, on doit s'amuser ferme 21 rue Valette, à Paris, et on comprend ce terme\nde joyeux délire. Oh les farceurs! Nous ne serions pas fâché de faire la connais­\nsance de ce M. Jules... Provisoirement les Douze Pairs le proclament le Bouffon\nde la Table Ronde.\n                                        * *\n\nU     NE ineptie de Michelet :\n        « L'Eglise ne sait et ne peut chanter... Elle en reste au plain-chant; c'est\nsa condamnation. »\n   L'historien-poète avait décidément des trous dans le cerveau!\n\n                                        * \"*\n\n\nR     ÉFLEXION d'un habitué des tribunes de la Chambre :\n       « Otez au peuple belge le lien commun, gloire de La Palisse, ce peuple\nn'aura plus d'avocats! Supprimez la Brabançonne, les leaders politiques lui man­\nquent! Proclamez ce dilemme : la syntaxe ou la mort, la Chambre est abolie. »\n                                         *\n                                       * *\n\nI   L n'y a de beau en ce monde que ce qui est pur.\n                                                      (J. BARBEY D'AUREVILLY.)\n                                         *\n                                       * *\n\nL    A littérature antimaçonnique est bien faite pour donner des nausées. Les\n      maçons même convertis demeurent répugnants. Les ex-frères, au lieu de\nprovoquer tant de tapage autour d'eux, à l'occasion de leur conversion, agiraient\nplus proprement en observant une attitude modeste et moins cabotine. La paperas­\nserie des Taxil, des Rosen, des Maggiotta est écœurante. Il paraît que ça rapporte\ncependant, la Franc-Maçonnerie dévoilée, révélée, expliquée, commentée, illus­\ntrée, etc. Nous n'en voulons pour preuve que l'adresse de cette ordure de Taxil,\nainsi conçue :\n   « Château de Sévignacq, à Sévignacq Meyrac, près de Pau, Basses-Pyrénées, et\nà Paris, 137, rue d'Alésia. »\n   Les fidèles goulus se jettent, nous assure-t-on, sur cette littérature avec une\navidité de gens qui n'auraient pas mangé depuis 40 jours! C'est du propre !\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                       A NOS ABONNÉS\n\n  Nous recommandons très instamment, à .tous nos lecteurs, une\nactive propagande en faveur de cette revue que nous voudrions voir\ns'agrandir et se développer de plus en plus. Nous serions heureux\nd'élargir nos cadres, de faire la place plus large aux nouvelles, à la\ncritique, aux questions actuelles, de donner des portraits, des des-\nsins, etc. Surtout nous voudrions réaliser en cette revue un projet qui\nnous est cher : réunir les éléments de l'Histoire des lettres catholiques\nau xixe siècle. Ce ne sont ni les sujets, ni les talents qui manquent.\nMalheureusement l'apathie des catholiques, en ce qui concerne les\nchoses de l'intelligence, est grande — pour ne pas dire plus. Que nos\nlecteuis s'efforcent de réagir contre ce courant d'indifférence.\n  Que chacun de nos abonnés, par exemple, nous amène un ou deux\nde ses amis et, d,'ici peu, grâce à ces recrues nouvelles, nous pourrons\nréaliser une partie de nos désirs.\n  Durendal, il est à peine besoin de le dire, est une œuvre de désinté-\nressement; mais justement, à cause de cela, nous voudrions que nos\namis nous aident, chacun dans la mesure du possible, à faire de la\nrevue une publication digne de l'Art et de la Littérature catholiques.\n  Puisse cet appel être entendu.\n                                                       L A RÉDACTION.\n\n\n\n\n                          PROCHAINEMENT\n   L'Art pour l'Art, par Monseigneur MERCIER. — Le Suiveur de cloches (nouvelle)\npar H. BORDEAUX. — Une page inédite d'Ernest Hello. — L'œuvre de M. l'abbé\nGUILLAUME. — Les Mois, de TH. BRAUN (suite). — Bibliographie : Les Disciples\nà Sais et les fragments de Nooalis, traduction Maeterlinck, un vol., Lacomblez,\n4 fr. — Passé le Détroit, par GABRIEL-MOUREY, vol. Ollendorf, fr. 3.50.\n"}]}