{"numero_id": "ulb-durendal-1895-05-n5", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "articles": [{"article_id": "ulb-durendal-1895-05-n5-001", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 93, "page_fin": 95, "titre_corps": "Huysmans et la critique", "titre_sommaire": "Huysmans et la critique", "signature_source": "L’abbé Henry Mœller", "ancre_debut": "Huysmans et la critique", "ancre_fin": "HENRY MŒLLER", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 112, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 159, "fin_caractere_exclue": 2178, "texte": "Huysmans et la critique\n                                                            L'homme m é d i o c r e est le plus froid et\n                                                       le plus féroce ennemi d e l'homme d e génie.\n                                                                                    ERNEST    HELLO.\n\n                        A MON TRÈS CHER AMI J . - K . HUYSMANS.\n\n\n\n                  DANS le  numéro précédent de cette revue, notre ami\n                  Pol D e m a d e a fait une lumineuse et enthousiaste\n                  analyse du beau livre d ' H u y s m a n s , En Route. Ce\n                  livre est tout à la gloire des lettres catholiques, mais\n                  il est écrit par un artiste et c'est assez pour que les\n                  catholiques réactionnaires le condamnent. Ils n'y ont\npas manqué. On a couvert l'auteur de boue. Des articles vraiment\ninsensés et de la plus insigne mauvaise foi ont paru, à cette occasion,\ndans les quotidiens catholiques français. U n journal a fait exception\ncependant, Le Monde. L'abbé Klein, dont les vues larges et les idées\ngénéreuses nous étaient déjà connues par des écrits antérieurs, y a\npublié une magnifique étude d'En Route. Il contient quelques réserves,\nsans doute, et nous en partageons certaines, mais en somme il est des\nplus élogieux.\n   Une revue s'est distinguée entre toutes par sa violence dans la\nguerre qu'on a faite à H u y s m a n s , les Etudes religieuses de Paris. L'ar­\nticle de M. Noury est le fait ou d'un impuissant ou d'un h o m m e de\nmauvaise foi. C'est une véritable infamie. J e tiens du reste de source\ncertaine qu'il a excité l'indignation des confrères eux-mêmes du susdit\nécrivassier et que plusieurs d'entre eux ont m ê m e envoyé leur protes­\ntation à l'auteur d'En Route.\n   L'ouvrage d ' H u y s m a n s est une des plus superbes apologies du\ncatholicisme qui ait été écrite en ce siècle. L'art catholique, surtout\nle grand art du XIIIe siècle, avec ses incomparables cathédrales ogivales,\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2266, "texte": " 94                             DURENDAL\n\n\n y est dépeint dans toutes ses splendeurs en des pages rutilantes d'art\n et de poésie. Les incomparables mélodies grégoriennes et la majes­\ntueuse liturgie de l'Église qui se marie si admirablement avec le\nplain-chant, cette musique toute céleste qui devrait être chantée par\ndes anges, y sont décrites d'une plume vraiment idéale par un enthou­\nsiaste convaincu. M. Noury lui en fait presque un reproche. Il trouve\nl'enthousiasme de l'auteur exagéré, délirant. Il lui reproche sa haine\nde tout ce qui est moderne dans l'Église. Huysmans eut sans doute,\nà son avis, dû préférer à nos belles églises du moyen âge les odieuses\net mesquines églises modernes, notamment celles des Jésuites qui\nressemblent à tout, excepté à une église. Il suffirait d'enlever le Saint-\nSacrement, les autels, les confessionnaux et les statues de saints pour\nles transformer en Eden, en Alhambra, en Waux-Hall.\n   Aux ravissantes mélodies grégoriennes, notre critique préfère sans\ndoute les messes infâmes et vraiment indécentes, dont la musique est\nsouvent celle d'un opéra, qui s'exécutent dans nos temples aujour­\nd'hui. Tout mon sang bout dans mes veines, quand j'entends chanter\npar des artistes qui, la veille au soir, chantaient au théâtre, des\nTantum Ergo, des O Salutaris, des Ave-Maria sur des airs d'opérette\net de café-concert. Oh! si c'est là l'art moderne religieux, qu'on\nle supprime, grand Dieu! Je le méprise et je le haïs autant qu'Huys­\nmans. C'est un scandale. Il peut servir d'aliment à des chrétiens\nsensuels qui viennent à l'église pour se distraire et par mode, ou à\ndes mondaines dont la piété n'est qu'un vernis et qui viennent à\nl'église pour se pavaner bien plus que pour y prier Dieu.\n   A ces orgies musicales, je préfère mille fois une humble messe basse\noù l'âme peut au moins se recueillir dans le calme et la paix du Ciel.\n   Mais M. Noury fait un reproche bien plus grave et plus sanglant à\nl'auteur d'En Route. A l'en croire, ce livre ne serait qu'un tissu de\nturpitudes. Cette affirmation est vraiment incroyable. Le livre d'Huys­\nmans est la confession d'un artiste qui, après avoir été ballotté par les\ntempêtes des passions et entraîné par les séductions du monde, est\nramené à Dieu par l'art catholique.\n"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2218, "texte": "                                  DURENDAL                                   95\n\n   H u y s m a n s adresse cette confession à la fois douloureuse, angois­\nsante et vraiment poignante à ses confrères en art. Il voudrait leur\nfaire partager son bonheur en leur faisant partager sa foi. Pour montrer\ntoute la puissance de la grâce qui l'a frappé, comme Saül sur la route\nde D a m a s , il décrit la lutte terrible dont son âme a été le théâtre,\nduel gigantesque entre Satan et Dieu, entre le vice et la vertu, et qui\nse termine finalement par le triomphe le plus absolu de la grâce dans\nla paix de l'amour de Dieu.\n   Je ne dis pas que l'auteur ne soit allé peut-être un peu loin dans\nl'autopsie de ce cadavre fétide qu'est une âme privée de la grâce de\nDieu et engluée dans les passions de la brute. Ses descriptions sont\nparfois un peu trop naturalistes, peut-être. Mais l'intention et la bonne\nfoi de l'auteur paraîtront évidentes à tout esprit loyal et intègre.\nL'auteur n'a eu qu'une chose en vue, rendre plus saillant le triomphe\n final de Dieu.\n   On oublie bien vite ces petits détails relevés par une critique veule\net odieuse autant qu'étroite, en face de ces pages ravissantes sur la\nbeauté idéale de la mystique chrétienne, dont l'auteur a une concep­\ntion étonnante, qui forment la partie principale de cet admirable livre.\n   J'aurais encore bien des inepties à relever dans la critique imbécile\nde M. N o u r y . Mais en voilà assez pour en donner une idée. Pourquoi\ndu reste s'inquiéter plus longtemps d'un critique qui a la naïveté de\ndéclarer lui-même son incompétence en art. L e critique s'est jugé et con­\ndamné lui-même par cette parole imprudente. Pourquoi vous occuper\nalors, Monsieur, d'une chose qui ne vous regarde pas et sur laquelle\npersonne ne vous d e m a n d a i t votre avis?\n   L'ouvrage d ' H u y s m a n s est avant tout et essentiellement une œuvre\nd'art et j'ajoute une œuvre d'art chrétien, et c'est à ce point de vue là\nqu'il faut le juger. Notre ami Pol D e m a d e l'a fait d'une façon supé­\nrieure dans notre numéro précédent. J'y renvoie le critique maladroit\net inepte des Etudes religieuses.\n                                                   L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-05-n5-002", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 96, "page_fin": 97, "titre_corps": "Les Mois", "titre_sommaire": "Les Mois", "signature_source": "Thomas Braun", "ancre_debut": "LES MOIS", "ancre_fin": "THOMAS BRAUN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "FRAGMENTS INEDITS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 115, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1045, "texte": "LES MOIS\n              LES   VERGERS      DE    MAI\n\n\n     L 'aube s'éveille aux touffes de lilas\n         Où tiédissent les brises parfumées,\n     Et les vergers en de blancs falbalas\n     Ont entendu dans les jeunes ramées\n     Poindre le chant des oiselles aimées.\n     Sous le soleil qui l'argenté, l'étang\n     Près des sapins, au fond du clos, s'étend,\n     Et, tout à coup, la verte libellule\n     Frôlant l'eau calme en son vol miroitant,\n     Zèbre l'azur de ses ailes de tulle.\n\n\n\n        LES PAPILLONS          DE     JUILLET\n\n        Au ras du sol volent les papillons\n           Par les jasmins et par les herbes mûres.\n     Les épis roux se lèvent aux sillons\n     Et dans la paix des ombreuses ramures\n     S'épand le bruit d'indéfinis murmures.\n     Sur les bleuets vibre l'or des couleurs;\n     Les rouges bruns et les jaunes brûleurs\n     Mêlent une aile aux pistils des corolles,\n     Et l'on croit voir de belles neuves fleurs\n     Fléchir au vent dans les avoines folles.\n"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 872, "texte": "                                DURENDAL                                         97\n\n                        LES   ROSES       D'AOUT\n                                                 D'après une estampe ancienne.\n\n                 es prés sont lourds et lourds les arbres verts\n             L     Dans la chaleur tranquillisante et douce...\n             L'ombre se calme au fond, des hauts couverts\n             Et les geais bleus s'abattent sur la mousse.\n             Adieu! tout a germé! Plus rien ne pousse;\n             L'alouette, haute, dessus les champs\n             Monte dans l'air, éclatante de chants...\n             Un bel enfant cueille des roses blanches\n             Dans un jardin où, tristes, deux vieux paons\n             Traînent leur queue au milieu des pervenches.\n                                                   THOMAS BRAUN.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-05-n5-003", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 97, "page_fin": 98, "titre_corps": "Fragments inédits", "titre_sommaire": "Fragments inédits", "signature_source": "Ernest Hello", "ancre_debut": "FRAGMENTS INEDITS", "ancre_fin": "ERNEST HELLO", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 116, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 872, "fin_caractere_exclue": 1651, "texte": "FRAGMENTS INEDITS\n                 Nous sommes tellement finis que pour exprimer l'Infini,\n                 nous nous servons d'un mot négatif. Infini, non fini.\n                 Nous sommes obligés de prendre le fini pour base\n                 du mot, et puis de le nier.\n                    L e mot infini a trois syllabes, et le fini occupe\n                 deux d'entre elles. Deux sur trois, c'est beaucoup.\n                    Quand nous essayons de parler de l'Infini, le fini\nnous remplit la bouche. L'affirmation absolue devient entre nos lèvres\nune négation.\n  Autant faut-il en dire de l'Immense.\n   Nous sommes obligés de parler de mesure pour dire qu'il n'y en a\npas. Notre limite éclate et s'affirme par les efforts même que nous\nfaisons pour parler d'autre chose.\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1509, "texte": "98                             DURENDAL\n\n  Pour parler d'Infini, on dirait qu'il nous faut prendre le mot fini\ncomme victime et l'offrir en sacrifice...\n  Est-ce qu'il y aurait quelque rapport entre cet acte de la langue\nhumaine et cet acte de la flamme qui, voulant parler d'Infini à sa\nmanière, cherche une victime pour la brûler.\n  Dans un cas comme dans l'autre, est-ce que l'Infini nous dirait :\n  « Qu'y a-t-il de commun entre Vous et Moi? »\n                                      *\n                                  *       *\n   Voilà un I qui désigne un siècle. Faites-le suivre d'une rangée de\nzéros...\n   Vous aurez un milliard, dix milliards, cent milliards; allongez la\nrangée, faites-la courir une lieue de terrain; vous ne nommerez pas\ncette quantité, les chiffres seront depuis longtemps vaincus.\n   Il s'agit de siècles absolument innombrables.\n   La rangée de zéros couvre une lieue ; faites-la couvrir mille lieues ;\nl'imagination recule. Mais il y a des étoiles dont la lumière, à\n70,000 lieues par seconde, ne nous est pas encore parvenue depuis\n6,000 a n s .\n  Faites courir cet espace innommé par la rangée des zéros.\n  Multipliez ce chiffre par lui-même autant de fois qu'il y a de feuilles\ndans les arbres, autant de fois qu'il y en a eu depuis la création du\nmonde.\n  L'Eternité commence-t-elle?\n  Pas encore !\n  Tout cela c'est le temps, et elle lui dit dans son langage :\n  « Qu'y a-t-il de commun entre Toi et Moi? »\n         (1872)                                    ERNEST HELLO.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-05-n5-004", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 99, "page_fin": 102, "titre_corps": "Un Sermon", "titre_sommaire": "Un Sermon", "signature_source": "Edmond Joly", "ancre_debut": "UN SERMON", "ancre_fin": "EDMOND JOLY", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L’ART POUR L’ART", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 2029, "texte": "UN SERMON\n                  NTRÉ à l'église Sainte-Gudule, pendant le sermon       du\n                    père Ollivier. C'est une surprise de voir tant de\n                    monde entassé vous arrêter au transept. Devant le\n                    rare tableau de l'auditoire sous la grande verrière\n                    incendiée, le problème d'entendre se pose. Tout à\n                    coup, une surprise encore, et plus grande. Dans cet\nauditoire, il s'est produit un mouvement si vif, que des souvenirs\nprofanes apportent un charme dissonnant. Il faut approcher. La\nréussite d'un mouvement tournant et voici qu'enfin les mots arrivent.\nC'est une exposition dogmatique : Le Fils de Dieu fut pauvre et, de\nlà, les pauvres le représentent. Langue et débit d'un homme de talent.\nRien, au prime abord, d'extraordinaire. Mais, bien vite, apparaît ce\nque reflètent les visages attentifs ; la vie. Elle vient de se révéler dans\nle discours comme l'eau sous une prairie ; à des étincelles, à un mou­\nvement de lumière. Dès lors nous pensions à dire, en Durendal qui\nbataille contre toutes les routines, quel pouvoir peut prendre la\nparole, délivrée et animée par l'art.\n   La doctrine est celle qui tant de fois a frappé des oreilles, hélas!\nrespectueusement inattentives. Mais, d'être dépouillée de ces formules\nbanales qui, ordinairement, l'enserrent comme une gangue terreuse,\nelle sonne, au choc des âmes, un son clair de métal. La parole divine\nest comparable au glaive à deux tranchants. C'est bien un brandisse­\nment d'arme, cet enseignement d'actualité, pressant comme un avis\npersonnel. Le plus souvent, un langage d'une tenue spéciale ne laisse\narriver en chaire aucun reflet direct de notre vie. Nos défauts, nos\nvices, ne nous y apparaissent plus qu'en des formes conventionnelles;\net les anathèmes divins, tombant sur celle-ci, semblent ne pas nous\natteindre. Ce n'est pas notre avarice, notre égoïsme qui sont frappés ;\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "100                                                  DURENDAL\n\nc'est, plutôt, ceux des contemporains de Louis XIV. Ici, notre vie\nactuelle est redite par le P . Ollivier du haut de l'éternelle chaire. Sa\nmesquinerie criminelle se dénonce rien que par les mots proférés là.\nL'éveil de curiosité, le misérable plaisir de l'anecdote se transforme\nd'art, d'un art qui fait l'œuvre de Dieu en mettant notre vie, toute\nvivante, sous les coups du Verbe sacré. C'est par là que Jean-Bouche-\nd'Or remuait Constantinople; sans cesse, faisant l'Évangile juge du\nsiècle, de la ville, et du palais impérial m ê m e . Ah ! évidemment, la\ncité mugissait comme l'eau où l'on plonge un fer rouge. Ici, le\nP . Ollivier a su tenir tout un auditoire éveillé. L e respect des choses\nreligieuses n'en souffrira-t-il pas? Craignons plutôt qu'elles ne soient\nensevelies sous ce vain respect. L e bâillement n'est pas plus chrétien\nque le sourire; et le talent, comme la piété, sépareront toujours saint\nJérôme, ou Grignon de Montfort, des abjects prédicateurs de la ligue.\nD'ailleurs, il ne s'agit pas de heurter des coutumes religieuses, mais\ndes servitudes mondaines ; et le prédicateur s'en rehausse devant\nl'auditoire selon ces charmantes excuses : « Je prêche depuis 37 ans...\nT o u s mes sermons de charité m'ont valu des blâmes mondains. Je\n m'y attends encore. Permettez-moi seulement une entière franchise.\n Du reste, vous ne me la permettriez pas que ce serait absolument la\n même chose ! »\n    L a grande question de la charité, qui engage la légitimité de la\nrichesse, évoque, en accusation, toute notre vie. Donc celle-ci appor­\ntera devant le Verbe divin tous les mots par lesquels nous la célébrons,\npour lesquels les pauvres la dénoncent. Voici le couturier, le club, les\n« échos » mondains, les réputations d'élégance ou de vice généreux.\nE t , après le jour où une vanité inlassable consuma ce superflu qui\nappartient au pauvre dont il est le nécessaire (1), c'est le sommeil sans\nremords « sur lequel, Mesdames, plane la malédiction de J é s u s ! »\nUn frissonnement, presque, passa dans la foule des chapeaux fleuris,\nla formidable défense de frivolité.\n\n    (1) Le superflu des riches devrait servir pour le nécessaire des pauvres. Et c'est le nécessaire des pauvres qui sert pour le\nsuperflu des riches.                                                                          (Le Jurisconsulte DOMAT.)\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2234, "texte": "                               DURENDAL                               101\n\n\n   Mais le prédicateur véritable, sent, encore, dans ce premier émoi,\nla complaisance mondaine se rehaussant des libertés qu'elle concède\nau ministre de Dieu comme l'exclusivisme des salons s'égaie d'indul­\ngences pour les poètes bohèmes, ou les amuseurs professionnels. La\nliberté apostolique, reconquise par l'art vivant sur les formules rhéto-\nriciennes, poursuit ce subtil et suprême orgueil. « C'est une des plus\ndures condescendances de la charité que ces fréquentations inévitables,\nces papotages qui réforment le siècle autour des tasses de thé. Ah!\nbien souvent, j'ai dû alors me faire violence pour ne pas siffler;\ncomme après, dans les galetas, pour ne pas dire à la révolte que,\nsouvent, elle a raison. »\n   Elle est bien brisée de ce coup, la convention qui sépare la chaire\nde la vie qu'elle doit diriger. Toute notre vie apparaît et c'est le\nChrist, qui était hier, qui est aujourd'hui, qui sera demain, c'est le\nChrist qui la juge. Sous la misère sacrée, du haut de la croix, il\ncondamne toutes ces choses que son ministre accuse devant lui et\ndont les coupables sont là. C'est par la chaire, seulement, que le Sei­\ngneur jugera notre siècle pour le sauver. On le cite beaucoup ailleurs,\naujourd'hui. Mais est-ce encore lui, cette étrange, presque sacrilège\nfigure de rêveur blond, évoqué d'ordinaire? Un homme, un grand\nhomme de plus; que nous importe? C'est un Dieu seul qui nous peut\nsauver. C'est ce Dieu qu'annonce la parole apostolique, le Seigneur,\nqui, après avoir pris sur lui notre misère, est remonté sur son trône\ntout puissant. On pense à cette image du Christ Pantocrator, qui\ndomine toute église grecque, et, par-dessus les fresques pleines d'anges\net de saints, règne par la bénédiction de sa main et le livre de sa\nparole, éternels également.\n   L'écriture ne nous donnera jamais cet émoi entier. Il appartient à\nla prédication, où ces trois termes magnifiques de la vie des âmes : la\nparole sacrée, l'orateur, l'auditoire, se réunissent pour d'incroyables\nmagnificences de vie.\n   Il serait curieux de constater combien la civilisation matérialiste\nsent le besoin du prédicateur. L'art, la science, la politique s'efforcent\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 437, "texte": "102                               DURENDAL\n\n\nà nous le donner; en vain, naturellement. L'âme moderne, pourtant,\nn'aura eu qu'alors toute sa floraison d'art, en unissant à la majesté\nd'une parole divine la plus complexe h u m a n i t é qui fut, peut-être,\nj a m a i s . Ce pourrait être la merveille des merveilles, un prédicateur\nmoderne.\n                                                           EDMOND          JOLY.\n\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-05-n5-005", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 102, "page_fin": 105, "titre_corps": "L’Art pour l’Art", "titre_sommaire": "L’Art pour l’Art", "signature_source": "D. Mercier", "ancre_debut": "L’ART POUR L’ART", "ancre_fin": "D. MERCIER", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A côté de ces considérations", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 121, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 437, "fin_caractere_exclue": 1562, "texte": "L'ART POUR L'ART\n                                  (DOCUMENTS)\n\n\n                                                      Pulchrum trahit ad se desidcrium.\n\n\n                      DÈs l'apparition de cette Revue catholique d'Art et\n                      de L i t t é r a t u r e , on a fait, de divers côtés, à ses\n                      rédacteurs, cette question : « Êtes-vous partisans\n                      de la formule moderne de l'art pour l'art? » Notre\n                      programme était cependant assez clair. Nous pro­\n                      fitons de la publication, dans la Revue Néo-Scolas­\n                      tique, de Louvain, d'une étude d e Mgr Mercier sur\nle beau dans la nature et dans l'art pour préciser. A cet effet, nous\nreproduirons une page du s y m p a t h i q u e professeur qui veut bien nous\nécrire : « J'accède très volontiers au désir que vous voulez bien m'ex­\nprimer de faire passer u n e page de scolastique dans votre jeune et\nvivant recueil. »\n   L'auteur a exposé les notions d'ordre de beauté, manifestation de\nl'ordre, et d'art, expression du beau; il a parlé d e la conception et de\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1963, "texte": "                                DURENDAL                               103\n\nl'expression du beau dans l'art et il vient à se demander, sous forme\nde conclusion, quelles relations il y a entre l'art et la morale. Voici\nses paroles :\n   « L'Art ne s'adresse pas à l'intelligence seule, il exprime un sentiment\net se donne pour mission de le faire passer dans l'âme d'autrui. L'art\ncherche à faire impression. Or cette impression est un appel à la volonté.\n   Toute œuvre d'art est donc de sa nature en relation nécessaire avec\nl'ordre moral.\n  Que penser, dès lors, de la formule courante : « L'art pour l'art? »\n  Prise au pied de la lettre, cette formule n'a pas de sens. L'art est\nun moyen. Dire qu'un moyen a sa raison d'être en lui-même, qu'un\nmoyen est pour lui-même et non pour le but par rapport auquel il est\nmoyen, c'est ne pas s'entendre soi-même.\n   Aussi n'est-ce pas là le sens de la formule, d'ailleurs peu heureuse,\nde « l'art pour l'art ».\n   Ceux qui la préconisent veulent dire que l'art n'a pas de fin extrin-\nsèque à poursuivre. Il ne doit pas servir des buts utilitaires ou profes­\nsionnels, comme un vulgaire métier, mais doit être désintéressé. Sa\nfin intrinsèque, la seule digne de lui, c'est le beau, la conception et\nl'expression du beau.\n   Ainsi entendue, la formule est correcte, élevée ; elle exprime en\ntermes concis la noble mission de l'art.\n   S'ensuit-il que l'art puisse s'affranchir des lois de la morale et de la\nreligion et peindre indifféremment la vertu ou le vice, le respect ou le\nmépris de ce qui est sacré?\n   Non, car l'art a pour but intrinsèque de susciter, par l'expression\ndu beau artistique, un sentiment de complaisance ou de jouissance\ndans les facultés émotives du sujet qui le perçoit. Or, faire une pein­\nture immorale ou irréligieuse qui est de nature à susciter chez celui\nqui la contemple un sentiment de complaisance, c'est blesser la morale\net la religion.\n   Donc, l'art comme tel relève de la morale.\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2091, "texte": "104                              DURENDAL\n\n\n   S'ensuit-il au moins que l'art puisse ou doive s'interdire de favoriser\npositivement la morale ou la religion.\n   Sans aucun doute, l'art peut ne pas tendre positivement à un but\nmoral ultérieur.\n   L e beau en lui-même peut être indifférent et il n'est pas interdit à\nl'homme de vouloir des choses indifférentes. Il suffit d'une intention\nsubjective générale qui soit honnête, pour que la volition d'une chose\nindifférente devienne moralement bonne. Or, par le fait seul qu'il\npoursuit directement le beau, l'artiste a une intention droite, car il\nsert incontestablement la cause du vrai et du bien en contribuant à\nfaire prévaloir les jouissances esthétiques sur les satisfactions\ngrossières de l'animalité. Donc l'art ne commande pas la recherche\nexpresse d'un b u t positivement moral ou religieux.\n     Est-ce à dire que l'art l'exclue?\n     T a n t s'en faut. P o u r le prétendre, il faudrait soutenir que dans le\ndomaine moral et religieux il n'y a ni ordre ni perfection, ou que\nl'ordre et la perfection, s'il y en a, ne sont pas susceptibles d'être\nt r a d u i t s en des formes sensibles en harmonie avec notre nature intelli­\ngente. Or, aucune des deux hypothèses ne résiste un instant à l'examen.\n    Aussi bien, les faits ne parlent-ils pas plus haut que toutes les\ndiscussions? L e s pieuses fresques de F r a Angelico, la Cène de L é o n a r d\nde Vinci, les Vierges de Murillo; la poésie de nos livres sacrés et des\nh y m n e s liturgiques; la majesté de nos cathédrales; la noblesse du\nchant grégorien, ne sont-ce pas autant d'éternels chefs-d'œuvre enfantés\np a r l'inspiration religieuse?\n   L e domaine de l'art est aussi vaste que celui du beau. Or le beau,\nc'est la manifestation de l'ordre. P e u importe le domaine, profane ou\nreligieux, où il est réalisé, l'ordre est beau et son expression est digne\nde tenter le génie de l'artiste.\n   Seul le désordre, physique et moral, est ennemi du beau et par\nconséquent de l'art.\n   P l u s il y a d'éléments de désordre, physique et moral, dans une\nœuvre, plus elle est laide.\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 350, "texte": "                                DURENDAL                                 105\n\n   P l u s , au contraire, il y a d'ordre, physique ou moral, plus aussi\nelle est belle en elle-même et capable, par conséquent, de produire\nsur la nature raisonnable de l'homme l'impression du beau.\n                                                       D. MERCIER. »\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-05-n5-006", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 105, "page_fin": 105, "titre_corps": "L’Art pour l’Art", "titre_sommaire": "L’Art pour l’Art", "signature_source": "J. Péladan", "ancre_debut": "A côté de ces considérations", "ancre_fin": "J. PÉLADAN", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 124, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 350, "fin_caractere_exclue": 1524, "texte": "A côté de ces considérations philosophiques, il sera piquant de\nrappeler quelques-uns des axiomes énoncés par un esthète et un\nartiste de carrière, J. Pcladan, dans son livre : L'Art idéaliste et mystique\n(Paris, Chamuel 1894).\n  « Il n'y a pas d'autre Beauté que Dieu.\n  L'Art ou recherche de Dieu par la Beauté.\n  Qu'est-ce donc que la Beauté? sinon la recherche de Dieu par la\nVie et la F o r m e .\n   L'Art est l'ensemble des moyens réalisateurs de la Beauté.\n   Si la Beauté est le but, l'Art le moyen, quelle sera la règle? L'Idéal.\n   L'Art idéaliste est donc celui qui réunit dans une œuvre toutes les\nperfections que l'esprit peut concevoir sur un t h è m e donné.\n   L'œuvre d'art qui ne suscite pas des pensées afférentes à l'au delà\nn'a pas atteint son but, celui de toute chose créée, rendre témoignage\nà la lumière.\n   Il faut que l'œuvre d'art nécessite un haussement moral chez le\nspectateur.\n   Réconcilier l'idée et la forme, le sentiment et la technie, l'art et\nl'idéal : tel est le devoir où quiconque a reçu d'En H a u t l'amour de la\nbeauté doit travailler de ses forces entières.\n                                                         J. PÉLADAN. »\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-05-n5-007", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 106, "page_fin": 106, "titre_corps": "Rondel florianesque", "titre_sommaire": "Rondel florianesque", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "RONDEL FLORIANESQUE", "ancre_fin": "FRANZ ANSEL", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Faut-il louer le mérite littéraire", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 125, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 836, "texte": "RONDEL         FLORIANESQUE\n\n                    Ma bergère, prends ta houlette,\n                    Et mets ta robe de satin :\n                    Dans les fraîcheurs du clair matin,\n                    Nous cueillerons la violette.\n\n                    Un ciel rose et bleu se reflète\n                    A u cristal du lac argentin :\n                    Ma bergère, prends ta houlette,\n                    Et mets ta robe de satin !\n\n                    En voltigeant, leste et follette,\n                     Tu riras ton rire argentin,\n                     Tandis qu'au val fleuri de thym\n                    Je chanterai mon odelette :\n                    Ma bergère, prends ta houlette!\n                                                        FRANZ ANSEL.\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-05-n5-008", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 106, "page_fin": 110, "titre_corps": "Faut-il louer le mérite littéraire des écrivains mauvais ?", "titre_sommaire": "Faut-il louer le mérite littéraire des écrivains mauvais ?", "signature_source": "Pol Demade", "ancre_debut": "Faut-il louer le mérite littéraire", "ancre_fin": "POL DEMADE", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 125, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 836, "fin_caractere_exclue": 1599, "texte": "Faut-il louer le mérite littéraire des écrivains\n                        mauvais ?\n             L'IMPERTINENTE question     qu'on vient de lire fut posée\n              dans la Civilta catholica et résolue par la négative dans\n              une étude qui a pour auteur le P. Gallerani S. J.\n                Cette étude, traduite en français, fut reprise par le\n              crochet diligent de ce chiffonnier belge qui a nom le\n    Courrier de Bruxelles et étalée, bien en place, au rez-de-chaussée\n    de ce marchand de bric à brac de toutes les antiquailles conser­\n    vatrices. Jusque là il n'y avait pas à s'inquiéter.\n  Mais voici que les articles du P. Gallerani apparaissent en bro­\nchure, aggravés encore, si possible, par les commentaires du R. P. Lin-\n"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2113, "texte": "                                 DURENDAL                                107\n\ntelo S. J. et recommandés spécialement, — ainsi s'exprime une note\ndes éditeurs, — aux hommes d'éducation, aux critiques de la presse,\nà la jeunesse catholique. Cette fois c'est trop fort et je ne résiste pas\nà la tentation de dire quelques mots de la brochure et des idées\nqu'elle renferme.\n   Je demande pardon de ma franchise aux excellents amis que je\ncompte dans la Compagnie de Jésus, mais je ne peux m'empêcher\nd'admirer leur audace en la circonstance. Non, je ne m'attendais pas\nà m'entendre poser cette question par les partisans acharnés des\nclassiques païens !\n   Ce n'est un mystère pour personne que les Jésuites répudient les\nclassiques chrétiens et les Pères de l'Église, pour s'en tenir aux\nclassiques païens parce que ces derniers sont d'un mérite littéraire\nsupérieur !\n   Du reste, voici les paroles formelles du R. P. Delaporte extraites\ndes Etudes religieuses : « Les pères n'avaient ni langue, ni style... Ils\nmanquent totalement de goût... Il n'y a point de modèles chez eux, etc., etc. \"\nC'est net, j'espère. Et de fait, les Jésuites s'attachèrent et demeurent\nattachés aux païens. Plutôt Horace que Prudence, plutôt Cicéron\nque saint Jérôme. Voilà comment fut résolue, cette fois, par la Com­\npagnie, la question du mérite littéraire des écrivains.\n   Le mérite littéraire doit l'emporter sur tous autres mérites ! On se\nsoucia aussi peu que possible de la pensée; la perfection littéraire,\ntout était là !\n   Aussi avons-nous souri, pour ne pas dire plus, quand nous avons lu\nle paragraphe de la brochure intitulé : Comparaisons qui rendent sensible\nl'absurdité de louer les qualités secondaires. Entendez cette phrase du\ndit paragraphe : « Et nous devrions nous extasier devant la souplesse\nde leur esprit, admirer l'élégance de la phrase et la perfection du\nstyle! Mais la beauté de la forme n'a ici d'autre effet que de rendre\n plus pernicieux le mal causé par le fond. Et pour ce motif, au point\n de vue moral, bien loin de louer cette belle forme, nous ne lui devons\n que notre horreur et nos dégoûts. »\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2074, "texte": "108                           DURENDAL\n\n\n  Tantôt le R. P . Delaporte se déclarait pour les classiques païens...\nà cause du mérite littéraire; — et voici maintenant que le R. P. Galle­\nrani, soutenu par le R. P. Lintelo, déclare absurde la louange accordée\naux qualités secondaires, c'est-à-dire au mérite littéraire.\n  Selon que vous serez classique ou moderne, les jugements des\nJésuites vous rendront blanc ou noir!\n  Laissons cette casuistique à ceux que l'équilibrisme divertit.\n                                     *\n                                 *       *\n\n   Quand nous avons fondé Durendal, nous avons inscrit à notre pro­\ngramme cette déclaration très nette :\n   « Durendal sera éclectique sans restriction aucune. Nous serons\nattentifs à toutes les manifestations du Beau. Nos sympathies iront\ndonc aux sincères, aux vrais, où qu'ils soient, fussent-ils à cent mille\nlieues de nous. »\n   Notre réponse ne saurait être douteuse. Il faut louer le mérite litté-\nraire partout où il se rencontre. La brochure du R. P. Lintelo n'est pas\nfaite pour nous convertir, au contraire. Nous admirons donc, comme\nles Jésuites, dans les auteurs païens tout ce qui est admirable; mais\non nous permettra, au nom de la logique, d'admirer également dans\nles auteurs modernes, quels qu'ils soient, tout ce qui est admirable.\nOn ne nous ôtera pas de l'esprit cette croyance que tout ce qui est beau\nest digne de l'admiration des catholiques. Nous sommes plus d'un à\npenser cela.\n   Qu'on nous permette d'opposer à la brochure mentionnée ces nobles\nparoles de Mgr d'Hulst :\n   « Vous les connaissez comme moi, ces chrétiens timides et moroses que\nla civilisation humaine inquiète, pour ne pas dire qu'elle les scanda­\nlise. Ils font mauvaise mine au progrès. Passe encore, disent-ils, pour\nles lettres et les arts. L'Eglise les a cultivés dans tous les temps. Aux\nâges de barbarie, elle les a même préservés du naufrage. C'est elle qui\na sauvé l'étincelle et rendu possible à l'humanité de rallumer le foyer.\nToutefois, même dans cet ordre, on les voit, je ne sais pourquoi, suivre\n"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2327, "texte": "                                  DURENDAL                                   109\n\nd'un œil maussade les transformations du goût. L'architecture du moyen\nâge et la sculpture du XVe siècle, la littérature du XVIIe devraient, à\nles en croire, borner les préférences des chrétiens. L'antiquité clas­\nsique et toute la culture moderne représentent, à leurs yeux, ce qu'ils\nappellent un art païen, c'est-à-dire d a m n a b l e .\n   Les incroyants recueillent avidement ces déclarations ; ils s'empres­\nsent de les mettre au compte de la religion elle-même pour désigner\ncelle-ci au mépris et au ressentiment des niais, toujours flattés de\ns'entendre appeler les champions du progrès.\n   Répondre aux amis qui se trompent, c'est donc confondre les adver­\nsaires à qui, sans le vouloir, ceux-là ont fourni des armes.\n   L'erreur de ces chrétiens pusillanimes est de croire qu'une chose est\nmauvaise parce qu'elle ne peut être maniée sans péril : s'il en était\nainsi, c'est la vie h u m a i n e elle-même qu'il faudrait déclarer mauvaise,\nc'est l'œuvre de Dieu qu'il faudrait condamner; car Dieu a fait la\nliberté et toute liberté est périlleuse.\n   Oui, la littérature antique et la littérature contemporaine contiennent\nun poison de scepticisme et d'immoralité ; mais elles contiennent\naussi des formes admirables, des merveilles de pensée, de sentiment et d'ex-\npression, une psychologie profonde, de puissantes aspirations vers l'idéal.\nEst-il donc impossible de leur prendre tout cela et d'exclure le reste?\nPour demeurer croyant et chaste, l'écrivain n'a pas besoin d'être froid et roide.\nL'ont-ils donc été, ces grands maîtres qu'on prétend imiter parce\nqu'on les répète, et qu'on imiterait bien mieux en étant de son temps\ncomme ils ont été du leur, en mariant, comme l'a fait Dante, à la fermeté\nd'une foi sûre d'elle-même, toutes les audaces et toutes les ardeurs de son\nsiècle.\n   L'art aussi, j'en conviens, est plein de séductions dangereuses : c'est\nle Jardin de la T e n t a t i o n . Mais, si Dieu n'a pas été complice du péché\nen plaçant le premier h o m m e dans les bosquets de l'Eden, une civili­\nsation humaine ne mérite pas l'anathème pour rechercher le beau, même à\ntravers l'inévitable risque moral, pourvu qu'elle se tienne ferme à l'affir­\nmation du devoir et qu'elle proclame bien haut l'alliance possible et\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1677, "texte": "110                                  DURENDAL\n\n\nnécessaire d'une esthétique toujours en quête de procédés nouveaux et d'une\néthique fortement appuyée aux règles du bien (1). »\n   La brochure parle quelque part de dédain envers la littérature\ncatholique. Ce dédain serait-il tout à fait immérité? Je ne le crois pas.\nIl n'y a pas à se le dissimuler : littérairement nos adversaires sont\nplus forts que nous. Ce n'est pas que nous manquions de penseurs;\nmais nous habillons d'ordinaire notre pensée beaucoup moins bien\nque nombre de nos adversaires. De là notre infériorité. Eh bien ! ce\nmérite littéraire qui nous manque, nous devons l'acquérir absolument,\nsous peine de manquer à l'un de nos devoirs de catholiques.\n   Je signale ce point aux éducateurs de la Compagnie de Jésus.\nQuand la Vérité, pardon de la vulgarité de la comparaison, s'en ira\ndans le monde aussi bien mise, sinon mieux, que le mensonge, on\nl'accueillera plus volontiers, n'en doutez pas.\n   Et sous ce rapport je vous en veux un peu, mes Révérends Pères,\nde mériter le dur reproche qu'on vous a fait en ces termes : « Grands\ndans tant de choses, les Jésuites sont petits dans les Arts. » Petits, mais\nc'est très doux encore; j'aurais écrit nids, moi.\n   Voyons, mes Pères, lorsqu'on est le premier ordre d'un temps pas­\nsionné pour l'art et la littérature, on n'a pas le droit de se contenter\nd'écrire des Guides du Jeune Littérateur ou même des brochures\nridicules. Faites-vous artistes, littérateurs et aidez-nous à infuser un\npeu de sang à l'Art et à la Littérature catholiques qui se meurent\nd'anémie.                                                  POL DEMADE.\n\n\n\n  (I) Carême 1895, 6me conférence.\n"}]}, {"article_id": "ulb-durendal-1895-05-n5-009", "volume": "ELB-AML-484382-1895-000-002_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-AML-484382-1895-000-002_f.pdf", "ocr_sha256": "0df52fc58bd9cd5adae9d20bc1512c3631bbc2f3ac2489ddc793b58bceebc44e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 111, "page_fin": 112, "titre_corps": "Miroir d’Art et de Littérature : Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde", "titre_sommaire": "Propos des Douze Pairs", "signature_source": "", "ancre_debut": "MIROIR", "ancre_fin": "notes bibliographiques sur diverses œuvres : L'Ame en exil; Les Disciples à Sais; Passé le Détroit.", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 130, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 108, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n     Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n\nL    E Père Ollivier, parlant à Sainte-Gudule, de l'opinion mondaine, cette tyrannie\n      qui dispute l'âme à la Loi unique, a fait une vraie trouvaille. Il a incarné\nl'opinion mondaine dans la Presse, puis il a ajouté : « Mais Dieu se moque des jour-\nnalistes. » Aristophane apparaissant dans une chaire d'église, sous le froc domini­\ncain, ce n'est pas le spectacle de tous les jours.\n                                              *\n                                            * *\n\nS    IGNALONS à ceux qu'intéressent les choses pédagogiques :\n       Une Très élémentaire psychologie de l'art d'écrire, par Arthur Daxhelet, profes­\nseur à l'Athénée royal de Bruges.\n   La publication du premier volume de la Collection des classiques latins chrétiens et\npaïens comparés, sous la direction de l'abbé Guillaume.\n                                              *\n                                            * *\n\nN     OTRE vaillant collaborateur et ami l'abbé H . Mceller relève plus haut, comme\n       il méritait de l'être, l'article des Études religieuses, article de la plus insigne\nmauvaise foi. Qu'ajouter à sa protestation, sinon ceci : que des critiques du genre\nde celles de Noury déshonorent la cause qu'elles prétendent servir. Du livre de\nJ.-K. Huysmans j'ai assez parlé pour me contenter d'une simple remarque concer­\nnant sa moralité particulière. En Route est une manière de sermon sur l'Impureté\net, selon le mot vrai de Barbey d'Aurevilly, pareille peinture est toujours assez\nmorale quand elle est tragique et qu'elle donne l'horreur des choses qu'elle retrace. Or,\ncette horreur du péché, le livre d'Huysmans l'inspire à un degré suprême. Je ne dis\npas, bien entendu, qu'à ce sermon il faille mener les enfants, non; du reste, on ne\nprêche pas pour eux et cela n'empêche pas la prédication d'être bonne et utile.\nM. J. Noury préfère évidemment à Jérôme Savonarole, tonnant, avec une belle\nimpudeur chrétienne, contre les vices de son temps, le R. P . Didon buvant à\npetites gorgées, en pleine chaire, entre le premier et le second point d'une confé­\nrence élégante, un verre d'eau sucrée. Aussi le style d'Huysmans lui semble-t-il\nd'un « réalisme effréné ». Hélas! que dirait le bon critique des Études religieuses s'il\navait à juger le réalisme bien autrement effréné de saine Clément d'Alexandrie, de\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2627, "texte": "112                                  DURENDAL\n\n\nsaint Bernard, d'Odon de Cluny... Il faut en prendre son parti; le roman usurpe\nsur le sermonnaire, mais à qui la faute? Les maires du palais prennent la place\ndes rois fainéants.                                                         P. D.\n                                             *\n                                           * *\n\nP    AROLES d'André Lemoyne à l'un des derniers dîners de la Société des Gens de\n      Lettres, transcrites ici pour la consolation de plusieurs poètes.\n   « Dans un siècle d'industrie, de houille et de vapeur, un mauvais plaisant a\ncomparé le poète de nos jours à un pauvre papillon effaré qui heurterait une loco­\nmotive en marche. — Sans aller aussi' loin, on peut affirmer qu'à notre époque,\npour l'article « poésie », l'offre passe la demande. Si Leconte de Lisle, de glorieuse\nmémoire, avait dû vivre de sa plume, ou plutôt de sa lyre, il aurait gagné tout au\nplus six cents francs chaque année, juste la somme qu'un conseil municipal de\nprovince attribue quelquefois au jeune peintre aspirant au premier prix de Rome. »\n                                          -■i'r\n\n\n\n\nU      N beau cas (signalé à Monsieur Max Nordan).\n          Certain monsieur se livre contre moi, derrière la table de rédaction d'une\nde nos plus infimes revues, à des violences verbales absolument énormes...\n   On sait l'influence déplorable du printemps sur certains cerveaux. Pendant que\nla sève monte aux arbres, la raison, chez certains sujets, opère en sens contraire.\nIl y aurait de la cruauté à insister. Des cas de cette espèce ne relèvent pas de la\ncritique, mais de la douche.\n                                         * *\n\nJ   'AI dit, dans une précédente étude sur En Rouie, de J.-K. Huysmans, que\n      M. l'abbé Klein, seul peut-être parmi les catholiques, avait fait preuve d'intel­\nligence en sa critique. Le souci de la vérité m'oblige à confesser une erreur invo­\nlontaire. Notre confrère et ami de la Revue Générale, M. Eugène Gilbert, a rendu,\nlui aussi, pleine justice à l'œuvre d'Huysmans, et il l'a fait avec la sincérité et le\nfier talent que tout le monde lui connaît. L'exemple a du reste été suivi par\nMM. Maurice Dullaert et Firmin Vandenbosch. Du courage, il y a encore des\nPreux!                                                                      p . D.\n                                           *\n                                         * *\n\nL     'ABONDANCE des matières nous oblige à remettre au prochain numéro des notes\n        bibliographiques sur diverses œuvres : L'Ame en exil; Les Disciples à Sais;\nPassé le Détroit.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 110, "texte": "MAI   1895   (DEUXIÈME ANNÉE.)\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "                  DURENDAL\n  REVUE      CATHOLIQUE         D'ART     ET DE           LITTÉRATURE\n\n\n\n                       ABONNEMENTS\nBelgique : un an. . . . . . fr. 5.00 | Étranger : un an         fr. 6.50\n                         Prix du numéro i 1 franc\n\n\n\n   Nous recommandons très instamment, à tous nos lecteurs, une\nactive propagande en faveur de cette revue que nous voudrions voir\ns'agrandir et se développer de plus en plus. Nous serions heureux\nd'élargir nos cadres, de faire la place plus large aux nouvelles, à la\ncritique, aux questions actuelles, de donner des portraits, des des-\nsins, etc. Surtout nous voudrions réaliser en cette revue un projet qui\nnous est cher : réunir les éléments de l'Histoire des lettres catholiques\nau xix e siècle. Ce ne sont ni les sujets, ni les talents qui manquent.\nMalheureusement l'apathie des catholiques, en ce qui concerne les\nchoses de l'intelligence, est grande —- pour ne pas dire plus. Que nos\nlecteurs s'efforcent de réagir contre ce courant d'indifférence.\n   Que chacun de nos abonnés, par exemple, nous amène un ou deux\nde ses amis et, d'ici peu, grâce à ces recrues nouvelles, nous pourrons\nréaliser une partie de nos désirs.\n   Durendal, il est à peine besoin de le dire, est une œuvre de désinté-\nressement; mais justement, à cause de cela, nous Voudrions que nos\namis nous aident, chacun dans la mesure du possible, à faire de la\nrevue une publication digne de l'Art et de la Littérature catholiques.\n   Puisse cet appel être entendu.\n                                                     L À RÉDACTION.\n\n\n\nToutes correspondances doivent être adressées 4 la Rédaction et Administration :\n                Rue Albert-de-la-Tour, 14, à Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": " Mai 1895                                                                                         N° 5\n\n                                   DURENDAL\n\n\n\n\n       Huysmans et la critique\n                                                            L'homme m é d i o c r e est le plus froid et\n                                                       le plus féroce ennemi d e l'homme d e génie.\n                                                                                    ERNEST    HELLO.\n\n                        A MON TRÈS CHER AMI J . - K . HUYSMANS.\n\n\n\n                  DANS le  numéro précédent de cette revue, notre ami\n                  Pol D e m a d e a fait une lumineuse et enthousiaste\n                  analyse du beau livre d ' H u y s m a n s , En Route. Ce\n                  livre est tout à la gloire des lettres catholiques, mais\n                  il est écrit par un artiste et c'est assez pour que les\n                  catholiques réactionnaires le condamnent. Ils n'y ont\npas manqué. On a couvert l'auteur de boue. Des articles vraiment\ninsensés et de la plus insigne mauvaise foi ont paru, à cette occasion,\ndans les quotidiens catholiques français. U n journal a fait exception\ncependant, Le Monde. L'abbé Klein, dont les vues larges et les idées\ngénéreuses nous étaient déjà connues par des écrits antérieurs, y a\npublié une magnifique étude d'En Route. Il contient quelques réserves,\nsans doute, et nous en partageons certaines, mais en somme il est des\nplus élogieux.\n   Une revue s'est distinguée entre toutes par sa violence dans la\nguerre qu'on a faite à H u y s m a n s , les Etudes religieuses de Paris. L'ar­\nticle de M. Noury est le fait ou d'un impuissant ou d'un h o m m e de\nmauvaise foi. C'est une véritable infamie. J e tiens du reste de source\ncertaine qu'il a excité l'indignation des confrères eux-mêmes du susdit\nécrivassier et que plusieurs d'entre eux ont m ê m e envoyé leur protes­\ntation à l'auteur d'En Route.\n   L'ouvrage d ' H u y s m a n s est une des plus superbes apologies du\ncatholicisme qui ait été écrite en ce siècle. L'art catholique, surtout\nle grand art du XIIIe siècle, avec ses incomparables cathédrales ogivales,\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": " 94                             DURENDAL\n\n\n y est dépeint dans toutes ses splendeurs en des pages rutilantes d'art\n et de poésie. Les incomparables mélodies grégoriennes et la majes­\ntueuse liturgie de l'Église qui se marie si admirablement avec le\nplain-chant, cette musique toute céleste qui devrait être chantée par\ndes anges, y sont décrites d'une plume vraiment idéale par un enthou­\nsiaste convaincu. M. Noury lui en fait presque un reproche. Il trouve\nl'enthousiasme de l'auteur exagéré, délirant. Il lui reproche sa haine\nde tout ce qui est moderne dans l'Église. Huysmans eut sans doute,\nà son avis, dû préférer à nos belles églises du moyen âge les odieuses\net mesquines églises modernes, notamment celles des Jésuites qui\nressemblent à tout, excepté à une église. Il suffirait d'enlever le Saint-\nSacrement, les autels, les confessionnaux et les statues de saints pour\nles transformer en Eden, en Alhambra, en Waux-Hall.\n   Aux ravissantes mélodies grégoriennes, notre critique préfère sans\ndoute les messes infâmes et vraiment indécentes, dont la musique est\nsouvent celle d'un opéra, qui s'exécutent dans nos temples aujour­\nd'hui. Tout mon sang bout dans mes veines, quand j'entends chanter\npar des artistes qui, la veille au soir, chantaient au théâtre, des\nTantum Ergo, des O Salutaris, des Ave-Maria sur des airs d'opérette\net de café-concert. Oh! si c'est là l'art moderne religieux, qu'on\nle supprime, grand Dieu! Je le méprise et je le haïs autant qu'Huys­\nmans. C'est un scandale. Il peut servir d'aliment à des chrétiens\nsensuels qui viennent à l'église pour se distraire et par mode, ou à\ndes mondaines dont la piété n'est qu'un vernis et qui viennent à\nl'église pour se pavaner bien plus que pour y prier Dieu.\n   A ces orgies musicales, je préfère mille fois une humble messe basse\noù l'âme peut au moins se recueillir dans le calme et la paix du Ciel.\n   Mais M. Noury fait un reproche bien plus grave et plus sanglant à\nl'auteur d'En Route. A l'en croire, ce livre ne serait qu'un tissu de\nturpitudes. Cette affirmation est vraiment incroyable. Le livre d'Huys­\nmans est la confession d'un artiste qui, après avoir été ballotté par les\ntempêtes des passions et entraîné par les séductions du monde, est\nramené à Dieu par l'art catholique.\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                                  DURENDAL                                   95\n\n   H u y s m a n s adresse cette confession à la fois douloureuse, angois­\nsante et vraiment poignante à ses confrères en art. Il voudrait leur\nfaire partager son bonheur en leur faisant partager sa foi. Pour montrer\ntoute la puissance de la grâce qui l'a frappé, comme Saül sur la route\nde D a m a s , il décrit la lutte terrible dont son âme a été le théâtre,\nduel gigantesque entre Satan et Dieu, entre le vice et la vertu, et qui\nse termine finalement par le triomphe le plus absolu de la grâce dans\nla paix de l'amour de Dieu.\n   Je ne dis pas que l'auteur ne soit allé peut-être un peu loin dans\nl'autopsie de ce cadavre fétide qu'est une âme privée de la grâce de\nDieu et engluée dans les passions de la brute. Ses descriptions sont\nparfois un peu trop naturalistes, peut-être. Mais l'intention et la bonne\nfoi de l'auteur paraîtront évidentes à tout esprit loyal et intègre.\nL'auteur n'a eu qu'une chose en vue, rendre plus saillant le triomphe\n final de Dieu.\n   On oublie bien vite ces petits détails relevés par une critique veule\net odieuse autant qu'étroite, en face de ces pages ravissantes sur la\nbeauté idéale de la mystique chrétienne, dont l'auteur a une concep­\ntion étonnante, qui forment la partie principale de cet admirable livre.\n   J'aurais encore bien des inepties à relever dans la critique imbécile\nde M. N o u r y . Mais en voilà assez pour en donner une idée. Pourquoi\ndu reste s'inquiéter plus longtemps d'un critique qui a la naïveté de\ndéclarer lui-même son incompétence en art. L e critique s'est jugé et con­\ndamné lui-même par cette parole imprudente. Pourquoi vous occuper\nalors, Monsieur, d'une chose qui ne vous regarde pas et sur laquelle\npersonne ne vous d e m a n d a i t votre avis?\n   L'ouvrage d ' H u y s m a n s est avant tout et essentiellement une œuvre\nd'art et j'ajoute une œuvre d'art chrétien, et c'est à ce point de vue là\nqu'il faut le juger. Notre ami Pol D e m a d e l'a fait d'une façon supé­\nrieure dans notre numéro précédent. J'y renvoie le critique maladroit\net inepte des Etudes religieuses.\n                                                   L'abbé H E N R Y M Œ L L E R .\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "96                     DURENDAL\n\n\n\n\n                LES MOIS\n              LES   VERGERS      DE    MAI\n\n\n     L 'aube s'éveille aux touffes de lilas\n         Où tiédissent les brises parfumées,\n     Et les vergers en de blancs falbalas\n     Ont entendu dans les jeunes ramées\n     Poindre le chant des oiselles aimées.\n     Sous le soleil qui l'argenté, l'étang\n     Près des sapins, au fond du clos, s'étend,\n     Et, tout à coup, la verte libellule\n     Frôlant l'eau calme en son vol miroitant,\n     Zèbre l'azur de ses ailes de tulle.\n\n\n\n        LES PAPILLONS          DE     JUILLET\n\n        Au ras du sol volent les papillons\n           Par les jasmins et par les herbes mûres.\n     Les épis roux se lèvent aux sillons\n     Et dans la paix des ombreuses ramures\n     S'épand le bruit d'indéfinis murmures.\n     Sur les bleuets vibre l'or des couleurs;\n     Les rouges bruns et les jaunes brûleurs\n     Mêlent une aile aux pistils des corolles,\n     Et l'on croit voir de belles neuves fleurs\n     Fléchir au vent dans les avoines folles.\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                                DURENDAL                                         97\n\n                        LES   ROSES       D'AOUT\n                                                 D'après une estampe ancienne.\n\n                 es prés sont lourds et lourds les arbres verts\n             L     Dans la chaleur tranquillisante et douce...\n             L'ombre se calme au fond, des hauts couverts\n             Et les geais bleus s'abattent sur la mousse.\n             Adieu! tout a germé! Plus rien ne pousse;\n             L'alouette, haute, dessus les champs\n             Monte dans l'air, éclatante de chants...\n             Un bel enfant cueille des roses blanches\n             Dans un jardin où, tristes, deux vieux paons\n             Traînent leur queue au milieu des pervenches.\n                                                   THOMAS BRAUN.\n\n\n\n\n                FRAGMENTS INEDITS\n                 Nous sommes tellement finis que pour exprimer l'Infini,\n                 nous nous servons d'un mot négatif. Infini, non fini.\n                 Nous sommes obligés de prendre le fini pour base\n                 du mot, et puis de le nier.\n                    L e mot infini a trois syllabes, et le fini occupe\n                 deux d'entre elles. Deux sur trois, c'est beaucoup.\n                    Quand nous essayons de parler de l'Infini, le fini\nnous remplit la bouche. L'affirmation absolue devient entre nos lèvres\nune négation.\n  Autant faut-il en dire de l'Immense.\n   Nous sommes obligés de parler de mesure pour dire qu'il n'y en a\npas. Notre limite éclate et s'affirme par les efforts même que nous\nfaisons pour parler d'autre chose.\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "98                             DURENDAL\n\n  Pour parler d'Infini, on dirait qu'il nous faut prendre le mot fini\ncomme victime et l'offrir en sacrifice...\n  Est-ce qu'il y aurait quelque rapport entre cet acte de la langue\nhumaine et cet acte de la flamme qui, voulant parler d'Infini à sa\nmanière, cherche une victime pour la brûler.\n  Dans un cas comme dans l'autre, est-ce que l'Infini nous dirait :\n  « Qu'y a-t-il de commun entre Vous et Moi? »\n                                      *\n                                  *       *\n   Voilà un I qui désigne un siècle. Faites-le suivre d'une rangée de\nzéros...\n   Vous aurez un milliard, dix milliards, cent milliards; allongez la\nrangée, faites-la courir une lieue de terrain; vous ne nommerez pas\ncette quantité, les chiffres seront depuis longtemps vaincus.\n   Il s'agit de siècles absolument innombrables.\n   La rangée de zéros couvre une lieue ; faites-la couvrir mille lieues ;\nl'imagination recule. Mais il y a des étoiles dont la lumière, à\n70,000 lieues par seconde, ne nous est pas encore parvenue depuis\n6,000 a n s .\n  Faites courir cet espace innommé par la rangée des zéros.\n  Multipliez ce chiffre par lui-même autant de fois qu'il y a de feuilles\ndans les arbres, autant de fois qu'il y en a eu depuis la création du\nmonde.\n  L'Eternité commence-t-elle?\n  Pas encore !\n  Tout cela c'est le temps, et elle lui dit dans son langage :\n  « Qu'y a-t-il de commun entre Toi et Moi? »\n         (1872)                                    ERNEST HELLO.\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                                DURENDAL                                99\n\n\n\n\n                     UN SERMON\n                  NTRÉ à l'église Sainte-Gudule, pendant le sermon       du\n                    père Ollivier. C'est une surprise de voir tant de\n                    monde entassé vous arrêter au transept. Devant le\n                    rare tableau de l'auditoire sous la grande verrière\n                    incendiée, le problème d'entendre se pose. Tout à\n                    coup, une surprise encore, et plus grande. Dans cet\nauditoire, il s'est produit un mouvement si vif, que des souvenirs\nprofanes apportent un charme dissonnant. Il faut approcher. La\nréussite d'un mouvement tournant et voici qu'enfin les mots arrivent.\nC'est une exposition dogmatique : Le Fils de Dieu fut pauvre et, de\nlà, les pauvres le représentent. Langue et débit d'un homme de talent.\nRien, au prime abord, d'extraordinaire. Mais, bien vite, apparaît ce\nque reflètent les visages attentifs ; la vie. Elle vient de se révéler dans\nle discours comme l'eau sous une prairie ; à des étincelles, à un mou­\nvement de lumière. Dès lors nous pensions à dire, en Durendal qui\nbataille contre toutes les routines, quel pouvoir peut prendre la\nparole, délivrée et animée par l'art.\n   La doctrine est celle qui tant de fois a frappé des oreilles, hélas!\nrespectueusement inattentives. Mais, d'être dépouillée de ces formules\nbanales qui, ordinairement, l'enserrent comme une gangue terreuse,\nelle sonne, au choc des âmes, un son clair de métal. La parole divine\nest comparable au glaive à deux tranchants. C'est bien un brandisse­\nment d'arme, cet enseignement d'actualité, pressant comme un avis\npersonnel. Le plus souvent, un langage d'une tenue spéciale ne laisse\narriver en chaire aucun reflet direct de notre vie. Nos défauts, nos\nvices, ne nous y apparaissent plus qu'en des formes conventionnelles;\net les anathèmes divins, tombant sur celle-ci, semblent ne pas nous\natteindre. Ce n'est pas notre avarice, notre égoïsme qui sont frappés ;\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "100                                                  DURENDAL\n\nc'est, plutôt, ceux des contemporains de Louis XIV. Ici, notre vie\nactuelle est redite par le P . Ollivier du haut de l'éternelle chaire. Sa\nmesquinerie criminelle se dénonce rien que par les mots proférés là.\nL'éveil de curiosité, le misérable plaisir de l'anecdote se transforme\nd'art, d'un art qui fait l'œuvre de Dieu en mettant notre vie, toute\nvivante, sous les coups du Verbe sacré. C'est par là que Jean-Bouche-\nd'Or remuait Constantinople; sans cesse, faisant l'Évangile juge du\nsiècle, de la ville, et du palais impérial m ê m e . Ah ! évidemment, la\ncité mugissait comme l'eau où l'on plonge un fer rouge. Ici, le\nP . Ollivier a su tenir tout un auditoire éveillé. L e respect des choses\nreligieuses n'en souffrira-t-il pas? Craignons plutôt qu'elles ne soient\nensevelies sous ce vain respect. L e bâillement n'est pas plus chrétien\nque le sourire; et le talent, comme la piété, sépareront toujours saint\nJérôme, ou Grignon de Montfort, des abjects prédicateurs de la ligue.\nD'ailleurs, il ne s'agit pas de heurter des coutumes religieuses, mais\ndes servitudes mondaines ; et le prédicateur s'en rehausse devant\nl'auditoire selon ces charmantes excuses : « Je prêche depuis 37 ans...\nT o u s mes sermons de charité m'ont valu des blâmes mondains. Je\n m'y attends encore. Permettez-moi seulement une entière franchise.\n Du reste, vous ne me la permettriez pas que ce serait absolument la\n même chose ! »\n    L a grande question de la charité, qui engage la légitimité de la\nrichesse, évoque, en accusation, toute notre vie. Donc celle-ci appor­\ntera devant le Verbe divin tous les mots par lesquels nous la célébrons,\npour lesquels les pauvres la dénoncent. Voici le couturier, le club, les\n« échos » mondains, les réputations d'élégance ou de vice généreux.\nE t , après le jour où une vanité inlassable consuma ce superflu qui\nappartient au pauvre dont il est le nécessaire (1), c'est le sommeil sans\nremords « sur lequel, Mesdames, plane la malédiction de J é s u s ! »\nUn frissonnement, presque, passa dans la foule des chapeaux fleuris,\nla formidable défense de frivolité.\n\n    (1) Le superflu des riches devrait servir pour le nécessaire des pauvres. Et c'est le nécessaire des pauvres qui sert pour le\nsuperflu des riches.                                                                          (Le Jurisconsulte DOMAT.)\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                               DURENDAL                               101\n\n\n   Mais le prédicateur véritable, sent, encore, dans ce premier émoi,\nla complaisance mondaine se rehaussant des libertés qu'elle concède\nau ministre de Dieu comme l'exclusivisme des salons s'égaie d'indul­\ngences pour les poètes bohèmes, ou les amuseurs professionnels. La\nliberté apostolique, reconquise par l'art vivant sur les formules rhéto-\nriciennes, poursuit ce subtil et suprême orgueil. « C'est une des plus\ndures condescendances de la charité que ces fréquentations inévitables,\nces papotages qui réforment le siècle autour des tasses de thé. Ah!\nbien souvent, j'ai dû alors me faire violence pour ne pas siffler;\ncomme après, dans les galetas, pour ne pas dire à la révolte que,\nsouvent, elle a raison. »\n   Elle est bien brisée de ce coup, la convention qui sépare la chaire\nde la vie qu'elle doit diriger. Toute notre vie apparaît et c'est le\nChrist, qui était hier, qui est aujourd'hui, qui sera demain, c'est le\nChrist qui la juge. Sous la misère sacrée, du haut de la croix, il\ncondamne toutes ces choses que son ministre accuse devant lui et\ndont les coupables sont là. C'est par la chaire, seulement, que le Sei­\ngneur jugera notre siècle pour le sauver. On le cite beaucoup ailleurs,\naujourd'hui. Mais est-ce encore lui, cette étrange, presque sacrilège\nfigure de rêveur blond, évoqué d'ordinaire? Un homme, un grand\nhomme de plus; que nous importe? C'est un Dieu seul qui nous peut\nsauver. C'est ce Dieu qu'annonce la parole apostolique, le Seigneur,\nqui, après avoir pris sur lui notre misère, est remonté sur son trône\ntout puissant. On pense à cette image du Christ Pantocrator, qui\ndomine toute église grecque, et, par-dessus les fresques pleines d'anges\net de saints, règne par la bénédiction de sa main et le livre de sa\nparole, éternels également.\n   L'écriture ne nous donnera jamais cet émoi entier. Il appartient à\nla prédication, où ces trois termes magnifiques de la vie des âmes : la\nparole sacrée, l'orateur, l'auditoire, se réunissent pour d'incroyables\nmagnificences de vie.\n   Il serait curieux de constater combien la civilisation matérialiste\nsent le besoin du prédicateur. L'art, la science, la politique s'efforcent\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "102                               DURENDAL\n\n\nà nous le donner; en vain, naturellement. L'âme moderne, pourtant,\nn'aura eu qu'alors toute sa floraison d'art, en unissant à la majesté\nd'une parole divine la plus complexe h u m a n i t é qui fut, peut-être,\nj a m a i s . Ce pourrait être la merveille des merveilles, un prédicateur\nmoderne.\n                                                           EDMOND          JOLY.\n\n\n\n\n             L'ART POUR L'ART\n                                  (DOCUMENTS)\n\n\n                                                      Pulchrum trahit ad se desidcrium.\n\n\n                      DÈs l'apparition de cette Revue catholique d'Art et\n                      de L i t t é r a t u r e , on a fait, de divers côtés, à ses\n                      rédacteurs, cette question : « Êtes-vous partisans\n                      de la formule moderne de l'art pour l'art? » Notre\n                      programme était cependant assez clair. Nous pro­\n                      fitons de la publication, dans la Revue Néo-Scolas­\n                      tique, de Louvain, d'une étude d e Mgr Mercier sur\nle beau dans la nature et dans l'art pour préciser. A cet effet, nous\nreproduirons une page du s y m p a t h i q u e professeur qui veut bien nous\nécrire : « J'accède très volontiers au désir que vous voulez bien m'ex­\nprimer de faire passer u n e page de scolastique dans votre jeune et\nvivant recueil. »\n   L'auteur a exposé les notions d'ordre de beauté, manifestation de\nl'ordre, et d'art, expression du beau; il a parlé d e la conception et de\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                                DURENDAL                               103\n\nl'expression du beau dans l'art et il vient à se demander, sous forme\nde conclusion, quelles relations il y a entre l'art et la morale. Voici\nses paroles :\n   « L'Art ne s'adresse pas à l'intelligence seule, il exprime un sentiment\net se donne pour mission de le faire passer dans l'âme d'autrui. L'art\ncherche à faire impression. Or cette impression est un appel à la volonté.\n   Toute œuvre d'art est donc de sa nature en relation nécessaire avec\nl'ordre moral.\n  Que penser, dès lors, de la formule courante : « L'art pour l'art? »\n  Prise au pied de la lettre, cette formule n'a pas de sens. L'art est\nun moyen. Dire qu'un moyen a sa raison d'être en lui-même, qu'un\nmoyen est pour lui-même et non pour le but par rapport auquel il est\nmoyen, c'est ne pas s'entendre soi-même.\n   Aussi n'est-ce pas là le sens de la formule, d'ailleurs peu heureuse,\nde « l'art pour l'art ».\n   Ceux qui la préconisent veulent dire que l'art n'a pas de fin extrin-\nsèque à poursuivre. Il ne doit pas servir des buts utilitaires ou profes­\nsionnels, comme un vulgaire métier, mais doit être désintéressé. Sa\nfin intrinsèque, la seule digne de lui, c'est le beau, la conception et\nl'expression du beau.\n   Ainsi entendue, la formule est correcte, élevée ; elle exprime en\ntermes concis la noble mission de l'art.\n   S'ensuit-il que l'art puisse s'affranchir des lois de la morale et de la\nreligion et peindre indifféremment la vertu ou le vice, le respect ou le\nmépris de ce qui est sacré?\n   Non, car l'art a pour but intrinsèque de susciter, par l'expression\ndu beau artistique, un sentiment de complaisance ou de jouissance\ndans les facultés émotives du sujet qui le perçoit. Or, faire une pein­\nture immorale ou irréligieuse qui est de nature à susciter chez celui\nqui la contemple un sentiment de complaisance, c'est blesser la morale\net la religion.\n   Donc, l'art comme tel relève de la morale.\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "104                              DURENDAL\n\n\n   S'ensuit-il au moins que l'art puisse ou doive s'interdire de favoriser\npositivement la morale ou la religion.\n   Sans aucun doute, l'art peut ne pas tendre positivement à un but\nmoral ultérieur.\n   L e beau en lui-même peut être indifférent et il n'est pas interdit à\nl'homme de vouloir des choses indifférentes. Il suffit d'une intention\nsubjective générale qui soit honnête, pour que la volition d'une chose\nindifférente devienne moralement bonne. Or, par le fait seul qu'il\npoursuit directement le beau, l'artiste a une intention droite, car il\nsert incontestablement la cause du vrai et du bien en contribuant à\nfaire prévaloir les jouissances esthétiques sur les satisfactions\ngrossières de l'animalité. Donc l'art ne commande pas la recherche\nexpresse d'un b u t positivement moral ou religieux.\n     Est-ce à dire que l'art l'exclue?\n     T a n t s'en faut. P o u r le prétendre, il faudrait soutenir que dans le\ndomaine moral et religieux il n'y a ni ordre ni perfection, ou que\nl'ordre et la perfection, s'il y en a, ne sont pas susceptibles d'être\nt r a d u i t s en des formes sensibles en harmonie avec notre nature intelli­\ngente. Or, aucune des deux hypothèses ne résiste un instant à l'examen.\n    Aussi bien, les faits ne parlent-ils pas plus haut que toutes les\ndiscussions? L e s pieuses fresques de F r a Angelico, la Cène de L é o n a r d\nde Vinci, les Vierges de Murillo; la poésie de nos livres sacrés et des\nh y m n e s liturgiques; la majesté de nos cathédrales; la noblesse du\nchant grégorien, ne sont-ce pas autant d'éternels chefs-d'œuvre enfantés\np a r l'inspiration religieuse?\n   L e domaine de l'art est aussi vaste que celui du beau. Or le beau,\nc'est la manifestation de l'ordre. P e u importe le domaine, profane ou\nreligieux, où il est réalisé, l'ordre est beau et son expression est digne\nde tenter le génie de l'artiste.\n   Seul le désordre, physique et moral, est ennemi du beau et par\nconséquent de l'art.\n   P l u s il y a d'éléments de désordre, physique et moral, dans une\nœuvre, plus elle est laide.\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                                DURENDAL                                 105\n\n   P l u s , au contraire, il y a d'ordre, physique ou moral, plus aussi\nelle est belle en elle-même et capable, par conséquent, de produire\nsur la nature raisonnable de l'homme l'impression du beau.\n                                                       D. MERCIER. »\n\n  A côté de ces considérations philosophiques, il sera piquant de\nrappeler quelques-uns des axiomes énoncés par un esthète et un\nartiste de carrière, J. Pcladan, dans son livre : L'Art idéaliste et mystique\n(Paris, Chamuel 1894).\n  « Il n'y a pas d'autre Beauté que Dieu.\n  L'Art ou recherche de Dieu par la Beauté.\n  Qu'est-ce donc que la Beauté? sinon la recherche de Dieu par la\nVie et la F o r m e .\n   L'Art est l'ensemble des moyens réalisateurs de la Beauté.\n   Si la Beauté est le but, l'Art le moyen, quelle sera la règle? L'Idéal.\n   L'Art idéaliste est donc celui qui réunit dans une œuvre toutes les\nperfections que l'esprit peut concevoir sur un t h è m e donné.\n   L'œuvre d'art qui ne suscite pas des pensées afférentes à l'au delà\nn'a pas atteint son but, celui de toute chose créée, rendre témoignage\nà la lumière.\n   Il faut que l'œuvre d'art nécessite un haussement moral chez le\nspectateur.\n   Réconcilier l'idée et la forme, le sentiment et la technie, l'art et\nl'idéal : tel est le devoir où quiconque a reçu d'En H a u t l'amour de la\nbeauté doit travailler de ses forces entières.\n                                                         J. PÉLADAN. »\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "106                             DURENDAL\n\n\n\n\n                   RONDEL         FLORIANESQUE\n\n                    Ma bergère, prends ta houlette,\n                    Et mets ta robe de satin :\n                    Dans les fraîcheurs du clair matin,\n                    Nous cueillerons la violette.\n\n                    Un ciel rose et bleu se reflète\n                    A u cristal du lac argentin :\n                    Ma bergère, prends ta houlette,\n                    Et mets ta robe de satin !\n\n                    En voltigeant, leste et follette,\n                     Tu riras ton rire argentin,\n                     Tandis qu'au val fleuri de thym\n                    Je chanterai mon odelette :\n                    Ma bergère, prends ta houlette!\n                                                        FRANZ ANSEL.\n\n\n\n\n      Faut-il louer le mérite littéraire des écrivains\n                        mauvais ?\n             L'IMPERTINENTE question     qu'on vient de lire fut posée\n              dans la Civilta catholica et résolue par la négative dans\n              une étude qui a pour auteur le P. Gallerani S. J.\n                Cette étude, traduite en français, fut reprise par le\n              crochet diligent de ce chiffonnier belge qui a nom le\n    Courrier de Bruxelles et étalée, bien en place, au rez-de-chaussée\n    de ce marchand de bric à brac de toutes les antiquailles conser­\n    vatrices. Jusque là il n'y avait pas à s'inquiéter.\n  Mais voici que les articles du P. Gallerani apparaissent en bro­\nchure, aggravés encore, si possible, par les commentaires du R. P. Lin-\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                                 DURENDAL                                107\n\ntelo S. J. et recommandés spécialement, — ainsi s'exprime une note\ndes éditeurs, — aux hommes d'éducation, aux critiques de la presse,\nà la jeunesse catholique. Cette fois c'est trop fort et je ne résiste pas\nà la tentation de dire quelques mots de la brochure et des idées\nqu'elle renferme.\n   Je demande pardon de ma franchise aux excellents amis que je\ncompte dans la Compagnie de Jésus, mais je ne peux m'empêcher\nd'admirer leur audace en la circonstance. Non, je ne m'attendais pas\nà m'entendre poser cette question par les partisans acharnés des\nclassiques païens !\n   Ce n'est un mystère pour personne que les Jésuites répudient les\nclassiques chrétiens et les Pères de l'Église, pour s'en tenir aux\nclassiques païens parce que ces derniers sont d'un mérite littéraire\nsupérieur !\n   Du reste, voici les paroles formelles du R. P. Delaporte extraites\ndes Etudes religieuses : « Les pères n'avaient ni langue, ni style... Ils\nmanquent totalement de goût... Il n'y a point de modèles chez eux, etc., etc. \"\nC'est net, j'espère. Et de fait, les Jésuites s'attachèrent et demeurent\nattachés aux païens. Plutôt Horace que Prudence, plutôt Cicéron\nque saint Jérôme. Voilà comment fut résolue, cette fois, par la Com­\npagnie, la question du mérite littéraire des écrivains.\n   Le mérite littéraire doit l'emporter sur tous autres mérites ! On se\nsoucia aussi peu que possible de la pensée; la perfection littéraire,\ntout était là !\n   Aussi avons-nous souri, pour ne pas dire plus, quand nous avons lu\nle paragraphe de la brochure intitulé : Comparaisons qui rendent sensible\nl'absurdité de louer les qualités secondaires. Entendez cette phrase du\ndit paragraphe : « Et nous devrions nous extasier devant la souplesse\nde leur esprit, admirer l'élégance de la phrase et la perfection du\nstyle! Mais la beauté de la forme n'a ici d'autre effet que de rendre\n plus pernicieux le mal causé par le fond. Et pour ce motif, au point\n de vue moral, bien loin de louer cette belle forme, nous ne lui devons\n que notre horreur et nos dégoûts. »\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "108                           DURENDAL\n\n\n  Tantôt le R. P . Delaporte se déclarait pour les classiques païens...\nà cause du mérite littéraire; — et voici maintenant que le R. P. Galle­\nrani, soutenu par le R. P. Lintelo, déclare absurde la louange accordée\naux qualités secondaires, c'est-à-dire au mérite littéraire.\n  Selon que vous serez classique ou moderne, les jugements des\nJésuites vous rendront blanc ou noir!\n  Laissons cette casuistique à ceux que l'équilibrisme divertit.\n                                     *\n                                 *       *\n\n   Quand nous avons fondé Durendal, nous avons inscrit à notre pro­\ngramme cette déclaration très nette :\n   « Durendal sera éclectique sans restriction aucune. Nous serons\nattentifs à toutes les manifestations du Beau. Nos sympathies iront\ndonc aux sincères, aux vrais, où qu'ils soient, fussent-ils à cent mille\nlieues de nous. »\n   Notre réponse ne saurait être douteuse. Il faut louer le mérite litté-\nraire partout où il se rencontre. La brochure du R. P. Lintelo n'est pas\nfaite pour nous convertir, au contraire. Nous admirons donc, comme\nles Jésuites, dans les auteurs païens tout ce qui est admirable; mais\non nous permettra, au nom de la logique, d'admirer également dans\nles auteurs modernes, quels qu'ils soient, tout ce qui est admirable.\nOn ne nous ôtera pas de l'esprit cette croyance que tout ce qui est beau\nest digne de l'admiration des catholiques. Nous sommes plus d'un à\npenser cela.\n   Qu'on nous permette d'opposer à la brochure mentionnée ces nobles\nparoles de Mgr d'Hulst :\n   « Vous les connaissez comme moi, ces chrétiens timides et moroses que\nla civilisation humaine inquiète, pour ne pas dire qu'elle les scanda­\nlise. Ils font mauvaise mine au progrès. Passe encore, disent-ils, pour\nles lettres et les arts. L'Eglise les a cultivés dans tous les temps. Aux\nâges de barbarie, elle les a même préservés du naufrage. C'est elle qui\na sauvé l'étincelle et rendu possible à l'humanité de rallumer le foyer.\nToutefois, même dans cet ordre, on les voit, je ne sais pourquoi, suivre\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                                  DURENDAL                                   109\n\nd'un œil maussade les transformations du goût. L'architecture du moyen\nâge et la sculpture du XVe siècle, la littérature du XVIIe devraient, à\nles en croire, borner les préférences des chrétiens. L'antiquité clas­\nsique et toute la culture moderne représentent, à leurs yeux, ce qu'ils\nappellent un art païen, c'est-à-dire d a m n a b l e .\n   Les incroyants recueillent avidement ces déclarations ; ils s'empres­\nsent de les mettre au compte de la religion elle-même pour désigner\ncelle-ci au mépris et au ressentiment des niais, toujours flattés de\ns'entendre appeler les champions du progrès.\n   Répondre aux amis qui se trompent, c'est donc confondre les adver­\nsaires à qui, sans le vouloir, ceux-là ont fourni des armes.\n   L'erreur de ces chrétiens pusillanimes est de croire qu'une chose est\nmauvaise parce qu'elle ne peut être maniée sans péril : s'il en était\nainsi, c'est la vie h u m a i n e elle-même qu'il faudrait déclarer mauvaise,\nc'est l'œuvre de Dieu qu'il faudrait condamner; car Dieu a fait la\nliberté et toute liberté est périlleuse.\n   Oui, la littérature antique et la littérature contemporaine contiennent\nun poison de scepticisme et d'immoralité ; mais elles contiennent\naussi des formes admirables, des merveilles de pensée, de sentiment et d'ex-\npression, une psychologie profonde, de puissantes aspirations vers l'idéal.\nEst-il donc impossible de leur prendre tout cela et d'exclure le reste?\nPour demeurer croyant et chaste, l'écrivain n'a pas besoin d'être froid et roide.\nL'ont-ils donc été, ces grands maîtres qu'on prétend imiter parce\nqu'on les répète, et qu'on imiterait bien mieux en étant de son temps\ncomme ils ont été du leur, en mariant, comme l'a fait Dante, à la fermeté\nd'une foi sûre d'elle-même, toutes les audaces et toutes les ardeurs de son\nsiècle.\n   L'art aussi, j'en conviens, est plein de séductions dangereuses : c'est\nle Jardin de la T e n t a t i o n . Mais, si Dieu n'a pas été complice du péché\nen plaçant le premier h o m m e dans les bosquets de l'Eden, une civili­\nsation humaine ne mérite pas l'anathème pour rechercher le beau, même à\ntravers l'inévitable risque moral, pourvu qu'elle se tienne ferme à l'affir­\nmation du devoir et qu'elle proclame bien haut l'alliance possible et\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "110                                  DURENDAL\n\n\nnécessaire d'une esthétique toujours en quête de procédés nouveaux et d'une\néthique fortement appuyée aux règles du bien (1). »\n   La brochure parle quelque part de dédain envers la littérature\ncatholique. Ce dédain serait-il tout à fait immérité? Je ne le crois pas.\nIl n'y a pas à se le dissimuler : littérairement nos adversaires sont\nplus forts que nous. Ce n'est pas que nous manquions de penseurs;\nmais nous habillons d'ordinaire notre pensée beaucoup moins bien\nque nombre de nos adversaires. De là notre infériorité. Eh bien ! ce\nmérite littéraire qui nous manque, nous devons l'acquérir absolument,\nsous peine de manquer à l'un de nos devoirs de catholiques.\n   Je signale ce point aux éducateurs de la Compagnie de Jésus.\nQuand la Vérité, pardon de la vulgarité de la comparaison, s'en ira\ndans le monde aussi bien mise, sinon mieux, que le mensonge, on\nl'accueillera plus volontiers, n'en doutez pas.\n   Et sous ce rapport je vous en veux un peu, mes Révérends Pères,\nde mériter le dur reproche qu'on vous a fait en ces termes : « Grands\ndans tant de choses, les Jésuites sont petits dans les Arts. » Petits, mais\nc'est très doux encore; j'aurais écrit nids, moi.\n   Voyons, mes Pères, lorsqu'on est le premier ordre d'un temps pas­\nsionné pour l'art et la littérature, on n'a pas le droit de se contenter\nd'écrire des Guides du Jeune Littérateur ou même des brochures\nridicules. Faites-vous artistes, littérateurs et aidez-nous à infuser un\npeu de sang à l'Art et à la Littérature catholiques qui se meurent\nd'anémie.                                                  POL DEMADE.\n\n\n\n  (I) Carême 1895, 6me conférence.\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                                      DURENDAL                                       111\n\n\n\n\n               MIROIR D'ART ET DE LITTÉRATURE\n     Quelques propos des Douze Pairs autour de la Table ronde.\n\n\nL    E Père Ollivier, parlant à Sainte-Gudule, de l'opinion mondaine, cette tyrannie\n      qui dispute l'âme à la Loi unique, a fait une vraie trouvaille. Il a incarné\nl'opinion mondaine dans la Presse, puis il a ajouté : « Mais Dieu se moque des jour-\nnalistes. » Aristophane apparaissant dans une chaire d'église, sous le froc domini­\ncain, ce n'est pas le spectacle de tous les jours.\n                                              *\n                                            * *\n\nS    IGNALONS à ceux qu'intéressent les choses pédagogiques :\n       Une Très élémentaire psychologie de l'art d'écrire, par Arthur Daxhelet, profes­\nseur à l'Athénée royal de Bruges.\n   La publication du premier volume de la Collection des classiques latins chrétiens et\npaïens comparés, sous la direction de l'abbé Guillaume.\n                                              *\n                                            * *\n\nN     OTRE vaillant collaborateur et ami l'abbé H . Mceller relève plus haut, comme\n       il méritait de l'être, l'article des Études religieuses, article de la plus insigne\nmauvaise foi. Qu'ajouter à sa protestation, sinon ceci : que des critiques du genre\nde celles de Noury déshonorent la cause qu'elles prétendent servir. Du livre de\nJ.-K. Huysmans j'ai assez parlé pour me contenter d'une simple remarque concer­\nnant sa moralité particulière. En Route est une manière de sermon sur l'Impureté\net, selon le mot vrai de Barbey d'Aurevilly, pareille peinture est toujours assez\nmorale quand elle est tragique et qu'elle donne l'horreur des choses qu'elle retrace. Or,\ncette horreur du péché, le livre d'Huysmans l'inspire à un degré suprême. Je ne dis\npas, bien entendu, qu'à ce sermon il faille mener les enfants, non; du reste, on ne\nprêche pas pour eux et cela n'empêche pas la prédication d'être bonne et utile.\nM. J. Noury préfère évidemment à Jérôme Savonarole, tonnant, avec une belle\nimpudeur chrétienne, contre les vices de son temps, le R. P . Didon buvant à\npetites gorgées, en pleine chaire, entre le premier et le second point d'une confé­\nrence élégante, un verre d'eau sucrée. Aussi le style d'Huysmans lui semble-t-il\nd'un « réalisme effréné ». Hélas! que dirait le bon critique des Études religieuses s'il\navait à juger le réalisme bien autrement effréné de saine Clément d'Alexandrie, de\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "112                                  DURENDAL\n\n\nsaint Bernard, d'Odon de Cluny... Il faut en prendre son parti; le roman usurpe\nsur le sermonnaire, mais à qui la faute? Les maires du palais prennent la place\ndes rois fainéants.                                                         P. D.\n                                             *\n                                           * *\n\nP    AROLES d'André Lemoyne à l'un des derniers dîners de la Société des Gens de\n      Lettres, transcrites ici pour la consolation de plusieurs poètes.\n   « Dans un siècle d'industrie, de houille et de vapeur, un mauvais plaisant a\ncomparé le poète de nos jours à un pauvre papillon effaré qui heurterait une loco­\nmotive en marche. — Sans aller aussi' loin, on peut affirmer qu'à notre époque,\npour l'article « poésie », l'offre passe la demande. Si Leconte de Lisle, de glorieuse\nmémoire, avait dû vivre de sa plume, ou plutôt de sa lyre, il aurait gagné tout au\nplus six cents francs chaque année, juste la somme qu'un conseil municipal de\nprovince attribue quelquefois au jeune peintre aspirant au premier prix de Rome. »\n                                          -■i'r\n\n\n\n\nU      N beau cas (signalé à Monsieur Max Nordan).\n          Certain monsieur se livre contre moi, derrière la table de rédaction d'une\nde nos plus infimes revues, à des violences verbales absolument énormes...\n   On sait l'influence déplorable du printemps sur certains cerveaux. Pendant que\nla sève monte aux arbres, la raison, chez certains sujets, opère en sens contraire.\nIl y aurait de la cruauté à insister. Des cas de cette espèce ne relèvent pas de la\ncritique, mais de la douche.\n                                         * *\n\nJ   'AI dit, dans une précédente étude sur En Rouie, de J.-K. Huysmans, que\n      M. l'abbé Klein, seul peut-être parmi les catholiques, avait fait preuve d'intel­\nligence en sa critique. Le souci de la vérité m'oblige à confesser une erreur invo­\nlontaire. Notre confrère et ami de la Revue Générale, M. Eugène Gilbert, a rendu,\nlui aussi, pleine justice à l'œuvre d'Huysmans, et il l'a fait avec la sincérité et le\nfier talent que tout le monde lui connaît. L'exemple a du reste été suivi par\nMM. Maurice Dullaert et Firmin Vandenbosch. Du courage, il y a encore des\nPreux!                                                                      p . D.\n                                           *\n                                         * *\n\nL     'ABONDANCE des matières nous oblige à remettre au prochain numéro des notes\n        bibliographiques sur diverses œuvres : L'Ame en exil; Les Disciples à Sais;\nPassé le Détroit.\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                        PETITE       CHRONigUE\n\n  Nos remerciements très chaleureux à maître J.-K. Huysmans, qui a dit de nous\ncette parole flatteuse, trop assurément :\n  « Ah! DURENDAL! Quelle lame! Si nous avions cela en France! »\n                                             (L'Bscholier, 6 mai 1895.)\n  Des remerciements- encore au journal L'Union démocratique, lequel, dans son\nnuméro du 9 mai, nous a consacré un * Premier Bruxelles » fort bienveillant; des\nremerciements, mais des regrets de la méprise concernant Ernest Hello.\n\n\n\n\n                          PROCHAINEMENT\n\n Lettre ouverte à Pol Demade, par F. VANDENBOSCH.\n Sir Edward Burne Jones, par WILLIAM RITTER.\n L'Éducation anarchique, par POL DEMADE.\n Le Suiveur de cloches (nouvelle), par H. BORDEAUX.\n Les Mois (suite), par THOMAS BRAUN.\n Bibliographie. — PAUL HAREL : Les Voix de la Glèbe. — L'abbé FÉLIX KLEIN :\nAutour du Dilettantisme.\n"}]}